Archives pour la catégorie Langue

En France, une anglicisation à outrance

En France, une anglicisation à outrance

Publié par Gilles Munier sur 6 Novembre 2019, 21:07pm

Revue de presse :  Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF)

La France meilleure en anglais que 17 ex-colonies britanniques, au péril de ses intérêts de grande puissance. Une grave erreur stratégique.

Contrairement à une idée entretenue par certains, les Français excellent presque en anglais, dans une France qui subit une anglicisation à marche forcée. Une situation pourtant clairement contraire à ses intérêts de grande puissance.

Selon la dernière édition du classement international annuel EF EPI (Education First, English Proficiency Index), publiée ce mardi 05 novembre, la France se classe 35e pour ce qui est du niveau en anglais de sa population. L’Hexagone fait ainsi mieux que de nombreux pays pouvant être considérés comme anglophones, et non des moindres, et dépasse également de nombreuses puissances économiques et géopolitiques.

La France loin devant de nombreux pays anglophones et autres puissances

Comme le révèle ce classement annuel, la France dépasse ainsi non moins de 17 anciennes colonies britanniques ayant toutes l’anglais pour langue co-officielle, de jure ou de facto, comme Hong Kong (33e), l’Inde (34e), les Émirats arabes unis (70e), la Jordanie (75e) ou le Sri Lanka (78e). Elle fait donc encore « mieux » que lors des trois précédentes éditions du classement, lorsqu’elle dépassait à chaque fois dix ou onze ex-colonies britanniques.

Mais la France est également la grande puissance non anglophone la plus anglicisée au monde, et se classe largement devant les chefs de file des autres principaux espaces géolinguistiques, à savoir la Chine (40e), la Russie (48e), le Brésil (59e), le Mexique (67e) et l’Arabie saoudite (98e, ou l’Égypte, 77e). Elle devance aussi le Japon (49e), dont la société est technologiquement la plus avancée au monde, et qui exporte largement plus que l’Hexagone (+ 27 % en 2018 selon l’OMC, soit + 156 Mds de dollars).

Une anglicisation à outrance…

Cette situation ubuesque est en bonne partie la conséquence de cette anglicisation à outrance que l’on observe en France depuis plusieurs années, et où se multiplient les dérives, légales ou illégales, que l’on ne rencontre nullement ailleurs dans le vaste monde francophone, en dehors de sa partie européenne et sans repères. Une France où l’on ne compte plus les entreprises au site internet exclusivement en langue anglaise, ainsi que les manifestations et salons internationaux où le français est banni de l’affichage. Chose impensable au Québec ou encore en Afrique francophone, Maghreb inclus. Une France où l’on ne compte plus les Grandes écoles au site internet majoritairement en anglais. Chose, là encore, impensable en Afrique francophone et au Québec, grande province où, et contrairement à la France, tous les intitulés de fonction et de formation diplômantes sont également en langue française, tout comme les noms des établissements d’enseignement supérieur francophones, très majoritaires (ou encore les slogans publicitaires….). Un Hexagone qui accueille avec insuffisamment de respect les touristes francophones et francophiles, de l’intérieur du reste du monde, en mettant de plus en plus à leur disposition des documents d’information exclusivement en anglais, ou avec une version quasi « microscopique » en français. Là encore, à l’inverse de ce qui se fait au Québec et en Afrique francophone. Une France dont de nombreux diplomates affichent désormais des messages d’absence uniquement en anglais, contrairement à leurs confrères francophones du Québec ou d’Afrique, et ce, sans aucune sanction disciplinaire.

À cette attitude s’ajoute également celle des institutions de l’Union européenne qui mènent, au mépris des traités européens et avec la constante et bienveillante complicité des acteurs économiques et politiques français, une politique active d’éradication de la langue française, anglicisant encore davantage une France ayant perdu une bonne partie de ses repères. À titre d’exemple, la récente réglementation européenne « SERA – Partie C » qui vise à imposer l’anglais comme unique langue de communication entre les pilotes privés français et les six principaux aéroports métropolitains. Aberration qui n’existe ni au Québec ni en Afrique francophone, où il faudra alors, à l’entrée en vigueur de cette réglementation, s’exiler afin de vivre sa passion en français. Une France repliée sur l’Union européenne, zone la plus anglicisée au monde, et qui ne cesse donc de se comparer aux autres de ses pays membres, vassaux culturels et, in fine, politiques des puissances anglo-saxonnes.

Pourtant, le fait de vivre d’abord en français n’empêche nullement d’autres pays et territoires francophones d’être parmi les plus dynamiques au monde. Ainsi, il convient de rappeler la puissance économique du Québec, qui compte de nombreuses entreprises mondialement connues, comme Bombardier (numéro un mondial de la construction ferroviaire et numéro quatre de la construction aéronautique), Hydro-Québec (quatrième producteur mondial d’hydroélectricité), la SNC-Lavalin (un des leaders de l’ingénierie et de la construction, avec plus de 51 000 employés à travers le monde) ou encore le Cirque du Soleil, numéro un dans son domaine avec ses près de 4 000 salariés. Une vaste province, dont la capitale économique, Montréal, est un centre majeur de la haute technologie en étant le troisième pôle mondial pour l’aéronautique (derrière Seattle et Toulouse) et l’industrie du jeu vidéo, et le quatrième pour le secteur des effets spéciaux cinématographiques. Une ville-monde de plus en plus francophone (avec un pourcentage ne cessant d’augmenter pour les résidents ayant le français pour première langue officielle canadienne, et s’établissant à 78,1 % selon le dernier recensement de 2016), et qui a été élue meilleure ville étudiante au monde, en 2017, par le classement international QS Best Soudent Cities (établi par le cabinet britannique Quacquarelli Symonds), ainsi que « Communauté intelligente de l’année 2016 » (par l’organisme américain Intelligent Community Forum, en raison, notamment, de son avance en matière de technologie numérique et d’intelligence artificielle). Enfin, le Québec, c’est également un vaste territoire au taux de chômage le plus faible du Canada (4,7 % en août 2019, contre 5,7 %), et à la « capitale nationale » (la ville de Québec) affichant toujours le taux de chômage le plus faible parmi les dix principales villes canadiennes (seulement 2,6 % en août 2019 !) … et qui commence à concurrencer Montréal en matière d’innovation technologique. Un Québec sans lequel le Canada serait donc presque un pays quelconque…

Et concernant l’Afrique subsaharienne francophone, il convient là aussi de rappeler que ce vaste espace est le moteur de la croissance économique du continent, dont il a réalisé les meilleurs performances pendant six des sept années de la période 2012-2018, avec une croissance annuelle de 4,2 % en moyenne (4,9 % hors cas très particulier de la Guinée équatoriale), contre 2,9 % pour le reste de l’Afrique subsaharienne (et ce, notamment grâce aux nombreuses réformes accomplies par une majorité de pays afin d’améliorer le climat des affaires et de progresser en matière de bonne gouvernance). De bonnes performances en partie dues au dynamisme particulier de l’espace UEMOA (en Afrique de l’Ouest francophone), qui continue à être la plus vaste zone de forte croissance du continent (6,3 % en moyenne annuelle sur la période 2012-2018, et 6,4 % en 2018).

…et contraire aux intérêts de la France

Contribuer activement au recul de la langue française constitue pourtant une grave erreur stratégique. Loin d’être un simple passe-temps pour passionnés de dictées, de mots croisés ou encore de poèmes, la langue est avant tout une question d’influence culturelle et géopolitique, et de parts de marché.

Ainsi, toutes les études économiques démontrent bien que les échanges peuvent être potentiellement bien plus importants entre pays, peuples ou communautés partageant une même langue, comme le rappelait si bien le rapport Attali sur la francophonie, publié en 2014. Ainsi, ce n’est pas un hasard si les touristes québécois sont proportionnellement quatre fois plus nombreux que les Américains à venir chaque année en France…et à y dépenser. Dans un autre registre, ce n’est pas non plus un hasard si les premiers pays au monde à avoir interdit le niqab étaient francophones, en Europe comme en Afrique (France, Belgique, Sénégal, Tchad, Congo…), et qu’ils aient été suivis, dans un premier temps, par des pays connus pour leur francophonophilie, et dans la plupart desquels le français est appris par la majorité des élèves, sinon par la totalité (Pays-Bas, canton suisse italophone du Tessin…). De même, on ne peut s’empêcher de constater, par exemple, que le Canada est toujours plus pacifiste lorsqu’il est dirigé par un Québécois… 

Les pays du monde francophone sont d’ailleurs, globalement, des sociétés moins inégalitaires, moins violentes et plus paisibles que les sociétés anglophones ou hispanophones, comme le confirment les différents classements internationaux en la matière (l’indice de GINI, selon lequel sept des dix pays les plus inégalitaires au monde sont anglophones, dont six en Afrique, contre un seul pays francophone, ou encore les statistiques sur les taux d’homicides). Par ailleurs, et en ce qui concerne la démocratie sur le continent africain (qui compte déjà de nombreux pays démocratiques, au passage), il convient de rappeler que la liberté d’expression est globalement plus étendue en Afrique francophone que dans le reste du continent, où se trouvent notamment les régimes les plus totalitaires, qui sont au degré « zéro » de liberté d’expression (l’Égypte, l’Érythrée, le Rwanda et le Eswatini, dernière monarchie absolue du continent).

Ces valeurs véhiculées par la langue française, et dont les pays francophones, parmi lesquels la France, peuvent être fiers. La France, justement véritable patrie des droits de l’Homme, et où s’appliquent le plus les principes – pourtant censés être universels – de l’égalité et de la fraternité. Chose que la plupart des Français, eux-mêmes, ne savent suffisamment (et notamment les professeurs de l’Education nationale, qui se doivent de connaître et de transmettre un certain nombre d’éléments cruciaux et nécessaires à l’unité et à la « solidité » de la nation). Parmi les exemples les plus importants et les moins connus à la fois, l’on peut citer le fait que tous les citoyens français aient exactement les mêmes droits civiques où qu’ils se trouvent, en métropole ou en outre-mer, dont ceux de participer à l’ensemble des élections nationales et d’être représentés au sein de toutes les institutions politiques nationales. Ce qui n’est absolument pas le cas des ultramarins britanniques et américains, pour qui il n’est guère permis de participer aux scrutins nationaux et d’être représentés, et auxquels interdiction est donc faite de prendre part à la gestion des affaires de la nation, et d’avoir la moindre possibilité d’influer sur son avenir. Un schéma de type colonial, une approche ségrégationniste, qui sont encore en vigueur dans ces deux pays anglo-saxons, à l’attitude radicalement différente de celle de la France.

En œuvrant constamment à réduction de la présence et de la visibilité de la langue française dans les différentes instances internationales ainsi que sur son propre sol, face aux étrangers de passage (hommes d’affaires, étudiants, touristes…), la France, qui est probablement la seconde puissance mondiale après les États-Unis, en combinant tous les critères de puissance (économie, capacités militaires, influence géopolitique et culturelle), seule base de comparaison possible et rationnelle entre pays, et qui est 27 fois plus étendue que l’Allemagne en incluant son immense territoire maritime (le deuxième plus vaste de la planète, avec ses près de 10,2 millions de km2), ne fait que diffuser au reste du monde un message disant clairement que le Français est une langue inutile à apprendre. Et de priver, ainsi, de nombreux peuples non francophones d’accès à la langue française et aux valeurs qu’elle véhicule.

De ce fait, elle s’emploie activement à entraver la dynamique favorable dont bénéficie l’apprentissage du français à travers le monde, grâce à l’émergence économique et démographique de l’espace francophone, vaste comme près de quatre fois l’Union européenne tout entière dans sa définition géographique la plus stricte, et regroupant désormais plus de 510 millions d’habitants. Tel un enfant, qui sur une plage, prendrait un malin plaisir à venir régulièrement détruire un château de sable patiemment édifié par d’autres enfants. Une augmentation constante du nombre d’apprenants du français dans le monde, dont l’ampleur pourrait être encore bien plus importante, mais qui dans le même temps échappe complètement au continent européen. Ce continent qui est le seul où l’enseignement de la langue de Molière en tant que langue étrangère baisse de manière constante, comme le mettent en évidence les trois derniers rapports de l’Organisation internationale de la Francophonie (publiés en 2010, 2014 et 2018).

Une baisse essentiellement – voire exclusivement – due à l’attitude de la France vis-à-vis de sa langue, et qui nuit gravement à son influence culturelle, économique et politique en Europe. Et dont les conséquences se traduisent jusqu’au niveau des flux migratoires, en réduisant considérablement l’importance de l’immigration d’origine européenne en France, constamment minoritaire (et qui se dirige alors massivement vers le Royaume-Uni – Brexit ou non – et vers l’Allemagne, dont l’influence culturelle demeure très forte dans l’ensemble de l’Europe de l’Est). Un déséquilibre qui ne facilite guère l’intégration des immigrés extra-européens, lorsqu’ils ont essentiellement, pour voisins, d’autres immigrés aux mêmes origines.

Mais ce manque d’intérêt vis-à-vis de la langue française explique également, en bonne partie, le manque d’intérêt de l’Hexagone vis-à-vis du monde francophone, dont les Français ignorent pratiquement tout. À titre d’exemple, la quasi-intégralité de la population française ne sait rien des Jeux de la Francophonie qui se sont tenus en juillet 2017 à Abidjan (contraste saisissant avec la couverture médiatique dont jouissent les Jeux du Commonwealth au Royaume-Uni), de la Basilique Notre-Dame de la Paix de Yamoussoukro en Côte d’Ivoire (qui n’est autre que le plus grand édifice chrétien au monde, quasi-réplique de la basilique Saint-Pierre de Rome), du concours musical « The Voice Afrique francophone » (qui fût dans sa saison 2017-2018 le plus grand concours musical au monde en termes d’audience cumulée, avec son équivalent arabophone), ou encore du peuple acadien et de son drapeau, qui n’est autre que le drapeau tricolore orné d’une petite étoile aux couleurs papales et symbole de la Vierge Marie. Un attachement historique à la France, mère patrie, qui y répond par une grande indifférence.

Une ignorance dont la responsabilité est à imputer en premier aux responsables politiques, à un certain nombre de hauts fonctionnaires de l’Éducation nationale et aux médias, et qui s’oppose radicalement à la plus grande culture qu’ont les Britanniques au sujet des pays du Commonwealth. Cette bien meilleure connaissance, qui est en bonne partie à l’origine de leur attachement viscéral à leur langue, à sa défense et à sa diffusion. Et ce, contrairement à une majorité de Français qui, maintenus dans une certaine ignorance, se désintéressent consciemment ou inconsciemment de la leur, car ignorant sa dimension mondiale. D’où l’existence d’un véritable cercle vicieux, où le fait de ne pas s’intéresser à sa propre langue conduit, in fine, à ne pas s’intéresser au monde francophone, et où ne pas s’intéresser au monde francophone conduit à son tour à négliger sa langue et à la dévaloriser. Et donc à ne pas chercher à la défendre et à la promouvoir, et par conséquent à l’affaiblir en France et dans le monde, au détriment des intérêts supérieurs du pays (ainsi que de ceux de l’ensemble des pays et peuples ayant le français en partage).

Un double désintérêt vis-à-vis de la langue française et du monde francophone qui se traduit alors par la faiblesse des aides au développement allouées chaque année par la France à l’espace francophone, dont le montant est environ trois fois inférieur aux sommes allouées au seuls pays d’Europe orientale membres de l’UE (2,7 milliards d’euros versés, en 2016, aux 27 pays francophones du Sud et à leur 385 millions d’habitants environ, cette année-là, contre 8,2 milliards versées aux 13 pays appartenant au second ensemble et totalisant une population de 115 millions d’habitants. Soit 10,1 fois moins d’aides par habitant). Une politique défiant pourtant toute logique économique et géopolitique. D’un point de vue géopolitique, parce que ces pays votent régulièrement contre les positions françaises au sein des grandes instances internationales (contrairement à la majorité des pays francophones, avec qui sont souvent partagées des valeurs et une approche communes en matière d’affaires internationales). À cela, s’ajoute également bien d’autres exemples d’attitude contraire aux intérêts de la France, comme par exemple, le refus de la grande majorité des pays de l’UE d’utiliser à des fins militaires le projet Galileo, afin de ne pas déplaire aux États-Unis (un « GPS européen », entré en service fin 2016 et qui devrait être pleinement opérationnel en 2020, mais uniquement pour un usage civil. Un projet que la France aurait, de toute façon, pu faire seule si elle était encore gaulliste, le coût annuel du projet ne dépassant pas celui de l’extension et de l’entretien du réseau des TGV. Un niveau d’investissement unique au monde pour des trains à grande vitesse, pourtant dépourvus de tout intérêt stratégique, et dont l’intérêt écologique est négligeable sur long terme, compte tenu des travaux pharaoniques et terriblement polluants que nécessitent la construction des lignes, et de la baisse constante du niveau de pollution engendré par les automobiles).

Quant au niveau économique, premièrement parce que la France ne jouit que d’une part de marché marginale dans les pays d’Europe orientale membres de l’UE, située à 3,9% en 2016 contre 20,8% pour l’Allemagne. Un pays à qui profite donc essentiellement les aides françaises allouées à l’Europe orientale, et dont les exportations sont alors pratiquement subventionnées par l’Hexagone, qui mène ainsi une politique qui pourrait être résumée par la célèbre expression « travailler pour le roi de Prusse ». Deuxièmement, parce que c’est bien dans le monde francophone qu’il faut massivement investir, d’une part afin de tirer pleinement profit des opportunités et du dynamisme que l’on y trouve, et d’autre part, parce que c’est en accélérant l’émergence économique de l’espace francophone que l’apprentissage du français à travers le monde augmentera encore davantage. Une augmentation qui ne peut être que bénéfique à la France, à son influence culturelle, économique et géopolitique, ainsi qu’à l’ensemble des pays et peuples du monde francophone.

Ce monde francophone dont l’Afrique est aujourd’hui la pièce maîtresse, mais où certaines personnalités s’appuyent sur la grave dérive anglomane de la France d’aujourd’hui afin de demander l’installation de l’anglais comme première langue étrangère (pays de Maghreb), ou comme seconde langue officielle (Burkina Faso, Gabon, Madagascar). Et ce, au grand mépris des intérêts supérieurs, économiques et géopolitiques, de leur propre pays, et alors même que le français n’a jamais été autant parlé dans le monde. Dans un très long article publié le 26 octobre 2018, un ancien ambassadeur du Burkina Faso exhortait, ainsi, l’ensemble des pays d’Afrique francophone à faire de l’anglais une de leurs langues officielles, en égrenant une longue liste d’exemples de ce qu’il observait lui-même en France, dans ses rues, ses écoles et ses entreprises (dans une tribune intitulée « Francophones d’Afrique : speak English as well… and honni soit qui mal y pense ! », publié sur le site d’information lefaso.net, par son Excellence M. L. D. Ouédraogo). La France « principal promoteur de la langue anglaise dans l’espace francophone », selon ses propres termes. Un exemple concret de la menace que représente l’Hexagone, et désormais une partie non négligeable de sa population, pour la langue française, et donc pour l’ensemble des pays et peuples ayant le français en partage.

Alors que tous les autres grands pays non anglophones, et en particulier la Russie, la Chine, le Brésil et le Japon, s’emploient ouvertement à maintenir une certaine distance avec la culture anglo-saxonne et la langue qui s’y rattache, notamment pour ne pas s’affaiblir et afin de pouvoir continuer à exister et à peser sur la scène internationale (la Chine impose, par exemple, un quota annuel sur les productions cinématographiques américaines, de même qu’elle a développé son propre « Facebook », à l’instar de la Russie pour l’espace russophone), alors que les Anglo-Saxons n’ont toujours communiqué entre eux que dans leur propre langue, ne laissant guère de place à tout autre idiome dans l’espace public (faisant ainsi preuve, et ce depuis au moins les années 1600, d’une véritable intelligence stratégique qui a souvent fait cruellement défaut à la France), certains souhaitent que l’Hexagone aille encore plus loin sur la voie de l’absurde, de la défrancisation et de la trahison, en ayant rendu désormais obligatoire l’apprentissage d’une langue étrangère – donc neuf fois sur dix l’anglais -dès le CP (chose que même trois des quatre pays scandinaves n’ont osé faire), en encourageant la multiplication des classes bilingues (anglais-français), ou encore, pour d’autres, en proposant que les films américains soient diffusés en version originale à la télévision. Une fuite en avant aux conséquences gravissimes, dans un pays ayant perdu une bonne partie de ses repères.

La France d’aujourd’hui est donc bel et bien la principale menace qui pèse sur la langue et la culture françaises dans le monde. Cette langue qui est l’un des piliers de son identité et de sa puissance mondiale. Un de ses piliers auxquels l’on s’attaque sans retenue, afin, parfois, de servir certains intérêts.

Comme l’avait dit le général de Gaulle, « le snobisme anglo-saxon de la bourgeoisie française est quelque chose de terrifiant. […] Il y a chez nous toute une bande de lascars qui ont la vocation de la servilité. Ils sont faits pour faire des courbettes aux autres. » Quels qu’ils soient et où qu’ils soient, les responsables de ce processus d’éradication du français doivent être écartés. Il ne peut y avoir de place, en France, pour des individus hostiles à la langue française, et donc à la France et au monde francophone.

Le Centre d’étude et de réflexion sur le monde francophone (CERMF) est présidé par Ilyes Zouari

http://www.france-irak-actualite.com/2019/11/en-france-une-anglicisation-a-outrance.html

*Source : cermf

Publicités

Pétition pour la défense de la langue française

24.octobre.2019 // Les Crises

Pétition pour la défense de la langue française

Francelangue françaiseMerci68Je TweetJe commenteJ’envoie

Source : Le Grand Soir, 16-10-2019

« A chaque fois qu’affleure, d’une manière ou d’une autre, la question de la langue, cela signifie qu’une série d’autres problèmes est en train de s’imposer : la formation et l’élargissement de la classe dirigeante, la nécessité d’établir des rapports plus intimes entre groupes dirigeants et la masse nationale-populaire, c’est-à-dire de réorganiser l’hégémonie culturelle ». Antonio Gramsci, Cahiers de prison.

« Il ne restait de ce pays que son langage. Un beau langage qui servait à tout. Vous savez, comme on a chez soi une chose précieuse qui est là depuis si longtemps qu’on en use à n’importe quoi, à empêcher la fenêtre de se fermer, et le petit la prend comme une règle pour dessiner, et c’est un presse-papier si commode ! Qui donc se souciait que ce fût un pays, ce pays, et il est indiscutable que c’est un grand progrès que de perdre ce sens de la jalousie, cette haine du voisin, cet orgueil de son toit, un grand progrès sur les ténèbres, un grand progrès sur le néant ». Louis Aragon, poète et résistant.

Accompagnant la casse néolibérale et euro-atlantique du cadre national, des services publics et des conquis sociaux, une politique destructive de substitution systématique du « globish » à la langue française (pourtant « langue de la République » au titre de la Constitution…) affecte tous les aspects de la vie sociale en France. Entre mille exemples : Carrefour-Market lance une campagne intitulée Act for food ! ; Renault, Airbus et PSA basculent toute leur documentation technique à l’anglais ; des centaines de grandes entreprises, voire de « startup », obligent illégalement leurs salariés francophones à ne plus travailler qu’en anglais, pendant que la Poste lance « Ma French Bank », que la SNCF en voie de privatisation promeut ses Ouigo (lire we go), qu’EDF invite ses « clients » à « pulser », et que, plus grave encore, la contre-réforme Blanquer du lycée s’ajoute à la loi Fioraso et aux pratiques délétères de la direction de la Recherche pour faire de l’anglais, de la maternelle au Supérieur en passant par le CNRS, non pas une langue enseignée en France, mais une langue d’enseignement concurrençant et évinçant systématiquement le français (et se substituant de fait de toute autre langue étrangère !).

Il est clair qu’à terme, si ces pratiques continuent de se généraliser en France et en Europe (au détriment de l’allemand, de l’espagnol, de l’italien, du portugais, du russe, de l’arabe, du turc, du chinois, etc.), il n’y aura bientôt plus qu’une langue de prestige, celle de l’Oncle Sam et de Wall Street, ce qui portera un coup gravissime à la diversité culturelle qui fut toujours un aliment vital des échanges et de la culture. Le mauvais exemple est donné par Macron, qui ne perd jamais une occasion de jargonner en Globish devant les grands patrons et de promouvoir l’anglais comme langue internationale unique, non seulement à l’étranger mais en France même… Même si les intéressés n’en ont pour la plupart pas conscience parce qu’elle suit la mode, par mimétisme ou par « modernisme branché », cette invasion de la langue française par des mots ou des expressions d’origine anglosaxonne a contaminé jusqu’aux milieux populaires, voire militants : le tract n’est-il pas trop souvent devenu un flyer ? Il y a peu, des chercheurs en lutte défilaient derrière une banderole portant l’inscription Academic Pride…

Il faut dénoncer ces pratiques faussement anodines car elles sont le symptôme de l’allégeance sournoise à l’impérialisme occidental qui génère guerres et inégalités entre les hommes et entre les peuples. Du reste, des phénomènes identiques d’acculturation au détriment des langues nationales se déroulent en Europe orientale ou en Afrique, partout où l’impérialisme occidental est prégnant, économiquement et politiquement. Et nous sommes solidaires de tous ceux qui, en Roumanie, au Sénégal, etc. luttent pour la défense de leur langue et de leur culturel.

En France, derrière cette manœuvre antipopulaire de grande envergure et totalement soustraite au débat démocratique, on trouve le MEDEF : son ex-président, le baron Sellières, clamait ainsi en 2004 que l’anglais doit désormais « devenir la langue (sous-entendu : unique) de l’entreprise et des affaires » ; pratiquant de fait une « préférence nationale » inavouée, le CAC-40 n’embauche déjà plus guère que des « English Mother Tongue » (anglais langue maternelle) comme cadres supérieurs, pendant que l’OTAN a fait de l’anglais, y compris en France, la langue de travail unique des armées.

Quant à l’UE, elle ne craint pas, en plein Brexit et alors que l’anglais n’est plus la « langue officielle déposée » d’aucun Etat-membre, de promouvoir l’idée qu’il faut faire de l’anglais la langue officielle unique des institutions bruxelloises au détriment des autres langues nationales d’Europe. L’enjeu de cette politique de casse et de classe est énorme : il s’agit de renforcer le « marché unique » cher aux monopoles, de préparer la future « Union transatlantique » sous la houlette de Washington et de faciliter la mise en place des traités néolibéraux transcontinentaux (du type CETA, UE/Mercosur ou TAFTA).

En instituant la langue unique, les maîtres du grand capital rêvent de mettre en place un hypermarché continental et mondial de la force de travail qui, tout en humiliant les peuples non anglophones, en affaiblissant décisivement les nations existantes, en dévaluant les travailleurs actuels et futurs qui ne maîtriseraient « que » leur langue nationale (ou une langue étrangère autre que l’anglais), accentuerait brutalement la concurrence acharnée et le moins-disant social et salarial entre les prolétaires d’aujourd’hui et de demain : énormes avantages pour le grand patronat sur tous les terrains, social, politique, culturel…

C’est pourquoi, considérant que la résistance ne se divise pas et qu’elle comporte nécessairement une dimension culturelle et linguistique (comme le comprirent Lénine, Gramsci, Nicolas Guillen, Aragon…), nos organisations communistes appellent, non pas à proscrire l’anglais (qui, comme tel, n’est pas plus responsable que « le français », des prédations de type néocolonial que les impérialismes rivaux ont commises ou commettent encore en leurs noms), mais à combattre vigoureusement la POLITIQUE DU TOUT-anglais : c’est-à-dire la politique oligarchique et antidémocratique tentant à imposer une langue unique continentale, voire mondiale.

Nous communistes appelons donc à : · exiger des autorités, du patronat, des services publics et des collectivités publiques le respect et le renforcement de la législation visant à protéger le français ; · promouvoir un véritable apprentissage des langues étrangères dans leur pluralité dans le cadre de l’Education nationale (avec des maîtres qualifiés), y compris des principales langues de l’immigration de travail (ainsi que des langues régionales là où une demande significative existe) ; · reprendre et élargir le grand combat du PCF de Barbusse, d’Aragon, d’Eluard ou de Jean Ferrat pour la langue, pour la chanson francophone et pour des « lettres françaises » et francophones dans toute leur diversité (Wallonie, Suisse Romande, Afrique francophone, Québec…) ; non dans un esprit de « purisme » ou de fermeture aux autres cultures, mais pour favoriser un dialogue et une coopération égalitaires entre toutes les nations, toutes les langues et toutes les cultures nationales d’Europe et du monde. c’est-à-dire l’anglo-américain managérial…

Appel publié à l’initiative des organisations ou réseaux suivants (par ordre alphabétique) :

Association Nationale des Communistes (A.N.C.), Comité Internationaliste pour la Solidarité de Classe (CISC), Faire vivre et développer le PCF (FVD-PCF), Jeunes pour la Renaissance Communiste en France (JRCF), Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), Rassemblement communiste (RC), et d’autres militants communistes engagés dans la résistance linguistique. PREMIERS SIGNATAIRES (o.a.) : Francis Arzalier, historien, professeur IUFM retraité, bureau de l’A.N.C., Collectif Polex 95 ; Paul Barbazange, PCF 34, Faire vivre et développer le PCF (FVR-PCF) ; Danielle Bleitrach, (PCF 13, FVR-PCF) ; Saïd Bouamama, Rassemblement Communiste (RC) ; Pascal Brula (PCF 69, FVR-PCF) ; Marie-Christine Burricand (PCF 69, direction nationale, FVRPCF) ; Michel Decourcelles (RC) ; Gilliatt De Staërck, conducteur de bus (50), responsable national des Jeunes pour la Renaissance communiste en France (JRCF) ; Christian Champiré, maire PCF de Genay (62) ; Jean-François Dejours, professeur de philosophie, militant communiste (62), syndicaliste ; Aurélien Djament, mathématicien au CNRS, syndicaliste CGT, militant communiste, resp. d’association linguistique (59) ; Marianne Dunlop (PCF 62, FVD-PCF) ; Madeleine Dupont, ancien PEGC français/anglais, trésorière nationale du Comité Internationaliste pour la Solidarité internationaliste (CISC), 62 ; Vincent Flament, rédacteur en chef de Solidarité de classe, bulletin du CISC, professeur de français (59) ; Roland Fodé Diagne (RC) ; Rachida El Fekaïr, médiathécaire, membre du secrétariat national du PRCF (81) ; Mireille Gabrelle (RC) ; Georges Gastaud, secrétaire national du Pôle de Renaissance Communiste en France (PRCF), philosophe, fondateur d’une association internationaliste de résistance au tout-anglais (62) ; Dominique Haquette (RC) ; Jean-Pierre Hemmen, président du CISC (80) ; Charles Hoareau, syndicaliste International, président de l’A.N.C., 13 ; Fadi Kassem, secrétaire national adjoint du PRCF, professeur agrégé d’histoire (78) ; Razika Kerchouni, syndicaliste, bureau ANC, 93 ; Annie LacroixRiz, historienne, membre du Comité central du PRCF (78) ; Léon Landini, président de l’Amicale Carmagnole-Liberté des FTP-MOI, président du PRCF, Médaille de la Résistance, président d’honneur d’une association de lutte contre le tout-anglais (92) ; Claude Langlet (RC) ; Armand Lecoq (PCF 31, FVR-PCF) ; Pierre Lenormand, géographe, universitaire retraité, C.A. de l’ANC, 41 ; Jean Lévy, Blog Ca n’empêche pas Nicolas” ; Annette MateuCasado, coordinatrice de la direction du PRCF, militante de la culture catalane (66) ; Robert Malcles, historien, professeur retraité, C.A. de l’ANC, 30 ; Anne Manauthon (PCF 06, FVR-PCF) ; Pierre-Alain Millet, PCF 69, FVD-PCF ; Aymeric Monville, secrétaire de la commission internationale du PRCF, éditeur (92) ; Leila Moussavian-Huppe, PCF 67, FVR-PCF ; Moussa Naït (RC) ; Laurent Nardi, élu communiste de Passy (74), militant contre le tout-anglais ; Jean-Michel Padot, élu franchement communiste de Bully-les-Mines, militant contre le tout-anglais (62) ; Damien Parrot, dessinateur industriel, responsable JRCF (33) ; Hervé Poly (PCF 62, direction nationale, FVRPCF) ; Pierre Pranchère, président de la commission internationale du PRCF, anc. député, anc. Franc-Tireur et Partisan français (19) ; Jean Penichon, journaliste e, bureau de l’ANC, 75 ; Anna Persichini, trésorière nationale du PRCF, syndicaliste Métallurgie, 06 ; Gilbert Rémond, PCF 69, FVR-PCF ; William Roger (RC) ; Jany Sanfelieu, professeur de français retraitée, secrétaire à l’organisation du PRCF (89) ; Matthieu Seeburger (RC) ; Guillaume Suing (RC) ; Stéphane Toque, Paris, syndicaliste Énergie, bureau ANC ; Bernard Trannoy (PCF 33, FVR-PCF) ; Yves Vargas, philosophe, communiste sans parti (93) ; Mireille Villemin, bureau de l’ANC, 30

LES SIGNATURES DOIVENT ÊTRE ADRESSÉES À

dament.aurelien@orange.f

Source : Le Grand Soir, 16-10-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/petition-pour-la-defense-de-la-langue-francaise/

L’anglais en Europe malgré le Brexit : The Economist est-il toujours libéral ?

L’anglais en Europe malgré le Brexit : The Economist est-il toujours libéral ?

Breakfast table By: Anders Sandberg – CC BY 2.0

Pour The Economist, l’Union Européenne est trop fragile et trop récente pour ce plurilinguisme !

Vous aimez cet article ? Partagez le !

Par Yves Montenay.

En général, les libéraux ne se passionnent pas pour les guerres entre langues, étant partisans du « laisser-faire » dans ce domaine. Sauf si leur sentiment identitaire prime sur leur libéralisme.

Ce domaine est cependant plus réglementé qu’on ne le dit, d’abord par la notion de « langue officielle », par ailleurs très variable d’un pays à l’autre.

Quelques cas extrêmes sont l’éradication du français de la Flandre belge par, à mon avis, un « abus de majorité » démocratique, ou au Vietnam, pour éliminer tout vecteur de contestation politique. La plupart des pays ont des législations linguistiques plus ou moins modérées.

Contrairement à sa réputation, la France est assez libérale dans ce domaine à en juger par exemple par la langue des enseignes commerciales. Les États-Unis le sont également, à en juger par les facilités accordées à l’espagnol. Et l’Angleterre n’a pas de langue officielle, ni même d’ailleurs de constitution.

La campagne que vient de lancer dans ce domaine The Economist, journal longtemps britannique et maintenant anglo-américain est d’autant plus étonnante. En effet ce journal de l’élite anglophone mondiale fait campagne dans son numéro daté du 15 juin 2019 pour que l’anglais devienne la seule langue officielle de l’Europe après le Brexit. Le principal argument est que ce serait une langue neutre permettant de mieux travailler.

En fait cela cache soit une ignorance de l’Europe, soit un mépris pour les cultures  des autres, soit un cheval de Troie pour détruire une Europe devenue étrangère et donc concurrente.

Ou tout simplement l’habitude britannique de demander le beurre et l’argent du beurre.

LES ARGUMENTS DE THE ECONOMIST : UNE LANGUE DE TRAVAIL NEUTRE

Remarquons que le journal hésite entre 2 formules : « langue commune » dans le titre, et « seule langue officielle » dans le texte, donc une formule beaucoup plus dure. Soit les journalistes n’ont pas été attentifs, soit ils ont volontairement repris un titre masquant partiellement la révolution qu’ils proposent.

Leur raisonnement est simple : puisqu’il n’aura plus de Britanniques en Europe, l’anglais ne sera la langue de personne et sera donc neutre. Et puis les dernières élections ont montré que les alliances entre partis politiques au Parlement européen se faisaient par-dessus les frontières, ce qui implique une langue commune au parlement, rôle pour lequel l’anglais serait, selon eux, « le candidat logique ».

Ce serait d’ailleurs la position de Joachim Gauck, l’ancien président allemand, et de Mario Monti, l’ancien Premier ministre italien.

Le journal évacue les exemples des États-Unis, du Canada et de la Suisse qui ont plusieurs langues officielles (pour les États-Unis, le journal pense probablement à l’espagnol, qui bénéficie de lois locales, et non au français devenu symboliquement langue co-officielle en Louisiane).

Pour The Economist, l’Union Européenne est trop fragile et trop récente pour ce plurilinguisme !

Le journal évacue aussi l’accusation d’élitisme. Certes aujourd’hui une bonne maîtrise de l’anglais est limitée à une caste supérieure, mais cela pourrait disparaître si l’on impose fermement l’usage de cette langue dans chaque pays.

Enfin, pour le journal, l’argument le plus puissant est le réalisme : l’anglais est déjà de fait la langue de travail à Bruxelles et 97 % des enfants de 13 ans l’étudient à l’école, tandis que les cours en anglais se multiplient dans toutes les universités du continent.

Accessoirement, cela aiderait à diminuer l’énorme budget de traduction qui pèse sur l’Union Européenne.

Une clause de style : l’anglais ne serait qu’un complément aux langages nationaux qu’il faudra protéger, pour affirmer et non trahir l’idéal d’une Europe cosmopolite.

DES ARGUMENTS QUI EN CACHENT D’AUTRES ?

La plupart de ces arguments sont légers par rapport à l’enjeu, ou peuvent être retournés.

Par exemple, il est disproportionné de justifier cette énorme question linguistique par la commodité des échanges entre chefs de partis au parlement européen.

Écarter le fait que les États-Unis, le Canada ou la Suisse aient plusieurs langues officielles me paraît un peu rapide, ainsi que l’évocation du budget de traduction qui est surtout le résultat d’une mauvaise organisation à l’heure où la traduction automatique est presque parfaite pour les textes écrits, surtout s’ils ne sont pas littéraires, ce qui est le cas, et que les progrès sont rapides en matière de traduction automatique orale.

Écarter l’accusation d’élitisme en préconisant comme « solution » d’imposer « fermement » l’enseignement de l’anglais, donc en pratique au moins partiellement en anglais, est tout à fait contradictoire avec la clause de style selon laquelle l’anglais ne serait qu’un complément aux langages nationaux que l’on protégerait par ailleurs.

Quant à la neutralité, cela fait sourire les partisans de l’espéranto et surtout les connaisseurs de la mécanique bruxelloise que nous décrirons plus loin.

L’argument le plus puissant reste celui du « réalisme », c’est-à-dire le fait que l’anglais soit déjà répandu. À cela je répondrai que rien n’est gravé dans le marbre : le français était largement en usage à Bruxelles il n’y a pas si longtemps, comme d’ailleurs rappelé par The Economist.

En fait, ces arguments me semblent en cacher d’autres, plus intéressés, ou une certaine ignorance, voire un mépris pour les cultures des autres.

UN CHEVAL DE TROIE POUR DÉTRUIRE L’EUROPE ?

The Economist présente son idée de l’anglais comme seule langue officielle de l’Europe comme devant la renforcer. À mon avis c’est l’inverse qui se produira : l’Europe sortirait affaiblie d’une telle folie.

Une bonne partie des Européens est déjà dégoûtée de l’Union, et le serait encore plus si elle devenait ainsi étrangère et d’une certaine façon coloniale, en l’obligeant à utiliser de plus en plus souvent une autre langue que la leur.

Cela va en sens tout à fait inverse du courant ancien et puissant de « l’Europe des patries » ainsi que du courant identitaire actuel. On peut défendre son village, voire mourir pour la patrie, mais certainement pas pour Bruxelles !

Et si vraiment l’anglais devait rendre l’Union plus attractive et efficace, pourquoi diable la Grande-Bretagne a-t-elle voulu la quitter ?

En partie justement pour des raisons nationales… dont l’immigration des Polonais !

Enfin l’élitisme de cette idée est patent : la frange mondialisée de l’Europe oublie que la quasi-totalité de la population, si elle a souvent appris l’anglais à l’école, ne le parle pas, ou très mal.

C’est donc une manière de tenir à l’écart « le bas peuple » à un moment où il rappelle qu’il faut le respecter. Le forcer à apprendre l’anglais au lieu de l’histoire locale ou de l’informatique ne ferait qu’empirer le mécontentement !

Et du mécontentement contre l’Europe, il y en a ! En France les Gilets jaunes, le Rassemblement National, la France insoumise… En Allemagne et dans le reste de l’Europe également ! Ajouter une utilisation plus générale et obligatoire de l’anglais et ce serait la révolte contre cette « colonisation apatride » !

Dès maintenant, « le bas peuple » constate que les dossiers destinés à l’Union européenne préparés en langue nationale et obligatoirement traduits plus ou moins bien en anglais, ce qui est déjà exaspérant, sont plus souvent rejetés par technocratie anglophone que ceux concoctés dans les cercles anglophones privilégiés au détriment des besoins du terrain, comme en témoigne le rapport Grin.

Les Britanniques sont-ils si ignorants de ce que sont les pays européens ? Ou au contraire ceux d’entre eux le sachant ne se livrent-ils pas à une sorte de sabotage de l’Union pour voir dépérir un concurrent, ou tout simplement quelque chose qui ne les intéresse plus ?

Il est permis de penser que pour les Britanniques cette campagne pour l’anglais est en réalité tout à fait intéressée, car l’usage de leur langue en Europe leur rapporte beaucoup. Et ils risquent d’y perdre si le Brexit décide d’entamer le rôle dominant de l’anglais à Bruxelles.

LES ANGLAIS ET L’EUROPE : DEMANDER LE BEURRE ET L’ARGENT DU BEURRE !

Revenons en effet au « rapport Grin » qui décrit un écosystème anglophone regroupant les instances dirigeantes de l’Union et de nombreux groupes d’intérêts.

Cet écosystème a réussi à faire passer toute étude, projet ou financement par des textes en anglais faisant intervenir de nombreux Britanniques ou leurs obligés.

Des milliards d’euros sont en jeu qui pourraient être menacés par une diminution progressive du rôle de l’anglais suite au Brexit.

D’où l’intérêt pour les Britanniques de consolider cet écosystème en officialisant l’usage de l’anglais malgré leur départ, et si possible de l’étendre à l’ensemble de l’Europe, et non plus aux seules instances dirigeantes de l’Union, en faisant de l’anglais la seule langue officielle sur l’ensemble du territoire.

LES RAISONS INTELLECTUELLES DU REJET D’UNE LANGUE UNIQUE ET ÉTRANGÈRE

Mon expérience de l’international rejoint les constatations des linguistes : les idées se forment et s’expriment différemment dans chaque langue, et obliger à les formuler dans une langue étrangère entraîne une perte importante de qualification et plus généralement d’idées, au bénéfice justement des dits étrangers.

Voir notamment les travaux rassemblés par l’Observatoire Européen du Plurilinguisme, et illustrés par l’analyse des malentendus entre Renault et Nissan, lorsque ces entreprises communiquent en anglais, langue étrangère pour les deux parties.

Quelques interprètes franco–japonais compétents en automobile et exploitant les très bons résultats de la traduction automatique pour les matières techniques auraient peut-être évité la crise qui s’est révélée depuis. Car au-delà du cas personnel de Carlos Ghosn, le problème est la méfiance des Japonais envers les Français, exacerbée par une série de malentendus linguistiques.

UNE IDÉE NÉFASTE ET INTÉRESSÉE

Bref cette idée de l’anglais langue officielle de l’Europe car « neutre » après le départ des Britanniques, est d’abord intéressée ! Elle est de plus néfaste aussi bien pour la construction européenne que pour chaque pays en particulier. Sur le plan économique d’abord, mais également sur le plan culturel.

Je ne parle pas des Britanniques et des Américains cultivés, souvent francophones, mais de l’historique « John Bull » (l’Anglais honni par les sans-culottes français), de la perfide Albion (l’Angleterre, ennemi acharnée de la Révolution et de Napoléon) et de « l’Oncle Sam », aux foucades dévastatrices bien avant son actuel avatar.

Soyons indulgents, dans le cas de The Economist, journal anti Brexit, il s’agit peut-être d’une tentative de garder une porte ouverte sur l’Europe.

Mais plus de 50 ans d’observation, dont quelques négociations commerciales délicates avec des Britanniques, m’ont fait constater qu’ils cherchent à torpiller toute solution logique ou d’intérêt mutuel, s‘ils la jugent contraire à leurs intérêts.

À nous donc de veiller aux nôtres !

Yves Montenay est l’auteur du livre La langue française, arme d’équilibre de la mondialisation(Les Belles Lettres, 2015).

https://www.contrepoints.org/2019/07/03/348225-langlais-en-europe-malgre-le-brexit-the-economist-est-il-toujours-liberal

La Turquie affirme sa puissance par la langue

La Turquie affirme sa puissance par la langue

Passerelle entre l’Orient et l’Occident, la Turquie est un pays stratégique pour plusieurs raisons géographiques. Véritable pont entre le Proche et le Moyen-Orient, son territoire relie également les anciens pays du bloc soviétiques et l’Iran via la mer Noire. Enfin, le pays est riverain avec des États européens, que ce soit dans l’espace méditerranéen ou par des frontières terrestres. 

Certaines populations turcophones sont éloignées de la Turquie, comme les Ouïghours chinois.
Les Ouïghours, population chinoise et turcophone du Xinjiang.

Sa situation géographique illustre bien l’importance de la Turquie au sein de la politique mondiale. Le pays est un carrefour du monde, et même de plusieurs mondes, qu’ils soient politiques, religieux, économiques, ou encore touristiques.

Un rayonnement linguistique turc

Cette situation de « hub » mondial permet également au pouvoir politique turc de rayonner au niveau international. Le pays bénéficie en effet d’une diaspora présente en Europe et dans le monde entier. Le poids de l’Histoire est également un véritable facteur d’influence car de nombreuses minorités d’Asie centrale et du Moyen-Orient sont turcophones. L’empire Ottoman a en effet permis d’unir différents peuples et ethnies autour d’une même langue. Celle-ci reste parlée dans de nombreux pays sous formes de dialectes. A l’instar de la politique française et de son investissement dans la francophonie, Ankara adopte une politique de rayonnement par la langue.

Actuellement, cinq pays indépendants sont turcophones : l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan. En revanche, il est notable de constater une perte de la pratique de ces langues turques en raison d’une « russophonisation » datant de l’époque soviétique. Les nouvelles générations parlent donc le russe ou les langues officielles de leur pays.

Un soutien aux turcophones du monde entier

Environ 200 millions de personnes parleraient une langue turcique à travers le monde. Ces langues ont les mêmes harmonies, les mêmes caractéristiques phonétiques ainsi que les mêmes étymologies. Majoritairement, leurs locuteurs sont issus des régions d’Asie centrale.

De nombreuses minorités vivent également dans des pays plus éloignés comme en Russie, en Sibérie notamment. C’est le cas des Dolganes, un peuple sibérien qui ne représente pas plus que quelques milliers de membres. La Chine est également un territoire qui comprend environ 12 millions de locuteurs turcophones : les Ouïhgours. Ce peuple musulman du Xinjiang est actuellement réprimé par le régime chinois. Le président Erdogan, qui s’affirme comme défenseur des peuples de langue turcique dénonce un traitement intolérable des Ouïhgours par Pékin.

Ankara défend également les intérêts de population d’origine turque ou turcophones. C’est le cas de la République Turque de Chypre du Nord qu’elle est la seule à reconnaître. Mais quels sont les intérêts réels incitant la Turquie à développer une politique de la langue depuis quelques années ?

Stratégie économique payante pour la Turquie

Cette stratégie permet de tisser des liens politiques et stratégiques forts avec des voisins historiques. Le conseil turcique est un véritable exemple de relations établies entre la Turquie et certains locuteurs turcophones (Ouzbékistan, Kirghizistan, Kazakhstan et Azerbaïdjan). Cette organisation, qui fut fondée en 2009, permet une coopération étendue sur certains domaines. Ankara a ainsi pu tisser des liens économiques, politiques et sportifs particuliers avec les pays précédemment nommés. Le président Erdogan a également encouragé, le 20 mai dernier, les pays membres à accueillir son protégé chypriote au sein du conseil.

Ankara adopte une approche électorale efficace

La coopération du monde turcophone participe également à des objectifs de politique intérieure poursuivis par Ankara. Cela suscite en effet une nostalgie d’un empire Ottoman qui unissait les peuples par-delà les frontières actuelles de la Turquie.  Cela permet, en conséquence, de susciter un attachement aux valeurs turques traditionnelles auprès d’une diaspora de près de trois millions de membres en Union Européenne. Le président Erdogan fut ainsi très largement conforté politiquement par les Turcs d’Union Européenne lors des élections présidentielles de 2018. Ce rayonnement est donc un moyen de renforcer une image favorable du mouvement politique du président actuel. Ce n’est donc absolument pas un hasard si le président Erdogan, alors candidat, est venu faire campagne en Europe.

La Turquie s’affirme comme puissance régionale

Le développement d’une politique des langues turciques permet enfin à Ankara de développer un réseau de rayonnement international et de se positionner ainsi comme une puissance régionale. Perçue comme un pont entre les différentes aires culturelles du monde, la Turquie entend ainsi passer de carrefour du monde à centre culturel, politique et économique majeur. Devenir un protecteur de minorité turcophones et mener une rapprochement politique turcique s’inscrit donc dans un objectif de rayonnement global et d’affirmation de puissance. La Turquie joue ici la carte de l’autonomie et de l’indépendance diplomatiqueet militaire dans une zone géographique complexe. Le pays se positionne ainsi comme un parrain régional à même de concurrencer l’influence arabe du Golfe Persique, de l’Iran et même de la Russie au Moyen-Orient et en Asie centrale. Ankara a de l’ambition et compte bien le montrer.

Sources :

-Site Web du conseil turcique : https://www.turkkon.org

-“La chambre de Commerce et d’Industrie turque est fondée sous le toit du Conseil turcique”,TRT, 17 mai 2019 (https://www.trt.net.tr/francais/turquie/2019/05/17/la-chambre-de-commerce-et-d-industrie-turque-est-fondee-sous-le-toit-du-conseil-turcique-1203161)

-“L’Asie centrale, une région turque ?”, Novastan, 29 mars 2017, (https://www.novastan.org/fr/kirghizstan/lasie-centrale-une-region-turque/)

About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant en Master II de Grenoble Ecole de Management. Il s’intéresse particulièrement aux questions de Défense et de gestion de crise dans les relations internationales

Mon week-end au Haut-Karabakh

Mon week-end au Haut-Karabakh

par Xavier Monthéard, 24 avril 2019
JPEG - 159.6 ko
Ancien codex arménien, musée de la cathédrale Saint-Sauveur d’Ispahan, en Iran.
© baroug

On commençait à s’ennuyer, dans le cassetin des correcteurs. Enfin, cassetin… Qu’on n’imagine pas une alcôve retirée, un repaire de Pères et Mères la Virgule où fuseraient à la cantonade autant de reparties — forcément brillantes — que de questions de syntaxe et d’orthotypographie, entre deux verres de rouge… J’ai connu de tels lieux. Ils n’existent plus. À présent nous révisons les textes des journalistes à leurs côtés, dans l’open space. Chacun devant son écran. Ici comme dans toutes les rédactions de France et de Navarre… avec l’inestimable compensation que le contenu des articles permet d’oublier la vie de bureau.

Pour un vendredi après-midi touchant à sa fin, le papier que j’entamais, donc, manquait de peps. Trop technique. L’extraction des matières premières en Arménie, déjà, il faut avoir envie… Mais traitée comme un article des Échos, en chiffres et mécanismes financiers : ma hantise. À moitié résigné, mon cerveau menaçait de se mettre en mode correction automatique. Pas de ça, Lisette ! Pour repartir d’un meilleur œil, je suis revenu aux premières lignes de l’article. Et j’ai regardé de plus près ce mot « Lorri » qui désignait une région du pays. En consultant l’oracle Internet, j’ai lu : « Lorri, Lori ou Lorê (en arménien Լոռի) », etc. Trois graphies possibles !?! Laquelle choisir, alors ?

(Ne pense pas, lecteur, que l’auteur de l’article aurait pu apporter une réponse satisfaisante à cette question. En l’espèce, le spécialiste de l’extractivisme était danois. De toute façon, un correcteur ne croit pas un journaliste sur parole. Il ne fait même pas confiance à un autre correcteur. Et pas toujours à lui-même.)

Comme un vieux chien de chasse réveillé par le fumet d’un printanier lapin de garenne, j’ai frétillé. Je n’avais jamais réfléchi à la transcription des noms propres arméniens ! Une erreur impardonnable, qu’il m’était donné de réparer. Chance supplémentaire, l’alphabet en usage à Erevan paraissait merveilleusement opaque. Peu de contrastes entre ses trente-huit lettres, hastes et hampes rares, symétries piégeuses…

PNG - 28.1 ko
Alphabet arménien en majuscules et minuscules, cc M. Adiputra.

Ma joie n’a plus connu de bornes quand j’ai compris qu’il n’existe pas de romanisation officielle de l’arménien. C’est-à-dire qu’aucun organisme international n’a autorité pour imposer que telles lettres arméniennes soient transcrites par telles lettres latines (ou romaines ; notre alphabet, quoi ! il faut faire un effort, lecteur).

La tâche s’annonçait limpide. Primo, déchiffrer cette écriture surgie du fin fond du Ve siècle. Secundo, comparer ses transcriptions concurrentes. Tertio, en choisir une adaptée à la langue française et concordant avec les pratiques du Monde diplomatique. (Recopier paresseusement les graphies majoritaires sur Internet aboutit mécaniquement à entériner des choix faits pour les anglophones… une « romanisation unique » qui n’est que ruine de l’âme — oui, j’exagère.)

L’article retrouvait son attrait. Il convenait certes de s’acquitter de sa correction. Mais l’aventure serait ailleurs. Elle allait même me tenir en haleine, fait imprévu, pendant le week-end. Bibliothèque de la rue Buffon, rayons langues des librairies, Internet : la documentation foisonnait. Comment faire sentir le plaisir pris à distinguer les variantes occidentale et orientale de l’arménien, à admirer ses graphèmes intelligemment adaptés à la notation d’un système phonétique quasi idéal (une lettre = un phonème) ? À ces émotions s’ajoutait le charme qui émanait d’une culture jalouse de ses particularismes. N’avait-elle pas résisté aux écritures arabe, latine et cyrillique ? Décidément, ce peuple méritait qu’on fasse à ses noms propres la politesse d’une naturalisation en bonne et due forme.

Le lundi matin, j’étais prêt à raconter à qui voulait l’entendre cette épopée en fauteuil et, moderne Champollion, à pavoiser d’un « Je tiens l’affaire ! ». Les collègues abordés m’ont sagement fui. Mais l’un d’entre eux, qui avait effectué des reportages dans la région, a prêté une oreille attentive. Puis m’a lancé malicieusement : « D’après tes conclusions, ce serait plutôt “Haut-Karabagh” que “Haut-Karabakh”, alors… » Je n’ai pu que m’incliner, anéanti. Depuis 1991 en effet, nous alignant sur la couverture que la presse internationale fait du conflit qui s’y déroule, nous avions écrit cent treize fois « Haut-Karabakh ». Et cette graphie-là, pas question de la changer.

Compléments

 La fiche « arménien » sur TypoDiplo.
 L’article de Philippe Descamps, « État de guerre permanent dans le Haut-Karabakh », Le Monde diplomatique, décembre 2012.
 Le troisième chapitre de la deuxième partie de la thèse de Sylvia Topouzkhanian, « La langue arménienne aujourd’hui », intitulé « L’appropriation simultanée de deux langues écrites (français et arménien) de la grande section de maternelle au cours élémentaire première année », Université Lyon-II, 2002.
 La carte de Cécile Marin, « Géopolitique des écritures », Le Monde diplomatique,août 2017.

Moscou dénonce une nouvelle loi « scandaleuse » de Kiev renforçant l’usage de l’ukrainien

Moscou, 25 avr 2019 (AFP) – La loi votée jeudi par le parlement ukrainien qui renforce l’usage de la langue ukrainienne au détriment du russe est « scandaleuse », a dénoncé la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova. »C’est une loi scandaleuse, on ne peut pas la désigner autrement », a déclaré la porte-parole devant la presse au sujet de cette loi qui élargit notamment les quotas de langue ukrainienne dans les médias audiovisuels et complique les débuts du nouveau président de l’Ukraine Volodymyr Zelensky, élu dimanche mais pas encore entré en fonction.

« Nous avons affaire à une décision qui ne fait qu’exacerber la division de la société ukrainienne et éloigne la perspective d’un règlement de la crise ukrainienne », a ajouté Maria Zakharova, critiquant un texte qui, selon elle, viole la Constitution ukrainienne et un « certain nombre de normes internationales ».

La question de la langue est douloureuse en Ukraine, qui a fait partie de l’Empire russe puis de l’URSS, et où l’usage de l’ukrainien a subi des restrictions, voire par moments une interdiction.

Si la pratique de l’ukrainien progresse depuis la chute de l’Union soviétique en 1991, encore plus depuis 2014 et le début de la crise avec la Russie, ce pays de presque 45 millions d’habitants compte toujours une importante communauté russophone concentrée dans l’est et le sud.

Publié le 25/04/2019 03:51