Archives pour la catégorie LIBAN

La force de frappe balistique asymétrique du Hezbollah pourrait entrer en action en cas de nouveaux raids israéliens en Syrie

La force de frappe balistique asymétrique du Hezbollah pourrait entrer en action en cas de nouveaux raids israéliens en Syrie

L’analyse tacite du dernier discours de Hassan Nasrallah, Secrétaire général du Hezbollah libanais, une formation politico-militaire de la résistance libanaise soutenant l’armée régulière syrienne depuis le début du conflit au Levant est que :

  1. La force de frappe balistique du mouvement, considérée comme l’une des plus importantes detenues par une entité non-étatique au monde, est intégrée à la seconde artillerie syrienne (missiles balistiques) et à celle, bien plus conséquente, de la République islamique d’Iran ;
  2. Qu’en cas de nouvelle escalade israélienne, le Hezbollah et la Syrie peuvent répliquer par des frappes balistiques ciblant un grand nombre d’objectifs israéliens listés sur une base de données commune.
  3. Que l’arsenal du Hezbollah en matière de roquettes et de missiles n’a cessé de s’accroître quantitativement et qualitativement au point où la stratégie de ce mouvement est en train de s’adapter à de nouvelles formes de guerre asymétrique impliquant non seulement le « déluge balistique » mais des opérations terrestres sur des fronts larges et étendus avec progression et occupation du terrain.

C’est l’une des très dures leçons acquises dans la longue guerre en Syrie.

Les dirigeants israéliens ne mesurent pas avec exactitude l’ampleur du problème qu’ils se sont créés dans ce qu’ils appellent leur front du Nord en ciblant la Syrie avec une guerre hybride en vue d’y induire un changement de régime dans ce qu’ils percevaient comme le maillon faible dans l’alliance stratégique entre le Hezbollah libanais, Damas et Téhéran.

Une nouvelle ligne rouge vient d’être tracée par le Hezbollah. On verra quelle sera la réaction d’Israël. Dans tous les cas de figures, un scénario similaire à la guerre de juillet 2006 n’est plus à écarter. Avec des conséquences bien plus grandes, vu la nature du conflit en cours au Levant.
En 2006, la Syrie avait soutenu le Hezbollah dans la plus grande discrétion. Aujourd’hui Damas et le Hezbollah sont sur la même ligne de front.

Les voies du Seigneurs sont souvent impénétrables !

La force de frappe balistique asymétrique du Hezbollah pourrait entrer en action en cas de nouveaux raids israéliens en Syrie

 

Publicités

Paris dément avoir proposé à Tel-Aviv d’attaquer le Liban une fois son gouvernement formé !

Tue Jan 29, 2019 10:56AM
Des jeunes portent des drapeaux du Hezbollah sous les yeux de quelques soldats israéliens à Metoula en Galilée, le 10 février 2018. ©The Daily Star
Des jeunes portent des drapeaux du Hezbollah sous les yeux de quelques soldats israéliens à Metoula en Galilée, le 10 février 2018. ©The Daily Star

Le président français, Emmanuel Macron vient d’apposer une fin de non recevoir catégorique depuis Le Caire à tous ceux qui en France comme ailleurs demandaient à ce que Paris mette un terme à sa présence militaire illégale en Syrie et qu’il franchisse le premier pas dans le sens d’une normalisation avec Damas avant qu’il ne soit trop tard, c’est-à-dire avant que les portes du marché de la reconstruction syrienne ne lui soient définitivement fermées. Pourquoi? Pour ceux des commentateurs qui ont suivi la visite de Rivlin à Paris, les premiers éléments de la réponse commencent à se manifester. 

Ce fut vendredi, soit peu après le départ du chef du régime israélien Reuven Rivlin de Paris, que le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a lancé une sévère mise en garde à l’Iran, le menaçant de pires sanctions, s’il continuait à « produire des missiles et à en fournir aux groupes armés du Moyen-Orient ».  Le lendemain, le journal israélien Maariv affirmait que la France aurait prié Israël de retarder son action militaire contre le Hezbollah jusqu’au mois de mars tout en lançant un ultimatum à Beyrouth pour que ce dernier mette au plus vite sur pied le gouvernement libanais.

Le Quai d’Orsay a annoncé, le lundi 28 janvier que les informations rapportées la veille par le quotidien israélien Maariv et selon lesquelles la France aurait demandé à Israël de n’engager aucune action militaire contre le Liban avant la formation d’un nouveau gouvernement n’étaient que des « spéculations sans aucun fondement ».

La porte-parole du Quai d’Orsay, Agnès Von der Mühll l’a indiqué, lors d’un point de presse lundi, démentant, également, l’information rapportée aussi par Maariv selon laquelle la France avait cessé de fournir son aide à l’armée libanaise.

 

« La France est attentive à la situation au Liban et elle souhaite qu’un gouvernement soit maintenant formé au plus vite. Elle considère qu’il s’agit là d’une nécessité pour que la souveraineté, la sécurité et la stabilité du Liban prévalent dans un contexte régional difficile », a ajouté la porte-parole qui a tenu surtout à évoquer à mots couverts la perspective d’un conflit Israël/Hezbollah : « la France appelle en outre au strict respect des résolutions du Conseil de sécurité et elle salue l’engagement de la Finul pour que le calme soit maintenu le long de la Ligne bleue, à la frontière entre le Liban et Israël ».

A quoi joue Israël? Le quotidien Maariv en donne un aperçu. Le journal avait rapporté dimanche que Le Drian avait déclaré que lui et d’autres hauts responsables français avaient « demandé à Israël d’attendre la formation d’un nouveau gouvernement au Liban avant toute action militaire » contre ce pays. Le chef de la diplomatie française aurait également indiqué, selon le quotidien israélien que la France avait récemment cessé de fournir son aide à l’armée libanaise.

« Nous condamnons fermement les envois d’armes par l’Iran à l’aile militaire du Hezbollah », aurait-dit, selon le Maariv, le ministre français, confirmant que le président Emmanuel Macron avait annulé sa visite au Liban prévue en février. Il est clair, relève l’analyste politique Hanif Ghafari, qu’Israël tente de se faire rallier par la France dans la guerre qui est la sienne contre l’axe de la Résistance. Les prises de position de l’Elysée, l’insistance de Paris à vouloir prolonger sa présence militaire illégale dans le pays ont suscité trop d’espoir dans le camp israélien. Après tout, la flotte française en Méditerranée a déjà accompagné Israël dans ses attaques militaires anti-syriennes et le crash l’IL-20 russe a d’ailleurs été le fruit de cette coopération que la Russie a tue pour cause des considérations politiques. Mais au stade actuel des choses, Israël a besoin d’alliés contre l’axe de la Résistance qui lui parait la menace immédiate la plus sérieuse qui soit.

En effet, les propos, désormais démentis par le Quai d’Orsay, et qui selon le Maariv auraient été tenus lors de la visite du président israélien Reuven Rivlin la semaine dernière à Paris, ont été rapportés peu après l’important discours prononcé par le secrétaire général du Hezbollah et alors qu’Israël affirme avoir détruit lors de sa dernière frappe plusieurs sites appartenant au CGRI. Lors de son point de presse avec Rivlin, Macron a d’ailleurs fait part de sa « préoccupation face aux menaces apparues suite à la découverte par l’armée israélienne de tunnels creusés par le Hezbollah depuis le Liban ». Tout ceci laisse peu de doute sur la présence d’un certain courant au sein de l’appareil du pouvoir français qui aimerait en découdre avec la Résistance. Reste à savoir si oui ou non une telle confrontation va dans l’intérêt de la France, se demande l’expert iranien.

https://www.presstv.com/DetailFr/2019/01/29/587098/Isral-veut-inciter-Paris–une-guerre-contre-le-Hezbollah

Le sommet économique de la Ligue arabe et l’affaire Moussa Sadr

Le sommet économique de la Ligue arabe et l’affaire Moussa Sadr

+

Le sommet économique de la Ligue arabe devrait se tenir les 19 et 20 janvier à Beyrouth (Liban). Cependant, deux motifs peuvent le reporter.

- En premier lieu, les États membres de la Ligue se disputent sur l’opportunité de réintroduire la Syrie dans l’organisation dès cette réunion.

- En second lieu, le parti libanais Amal, fondé durant la Guerre civile par l’imam iranien Moussa Sadr, s’oppose à la venue d’une délégation libyenne tant que la question de la disparition de l’imam, lors d’un voyage officiel en Libye en 1978, n’aura pas été résolue.

L’un des fils de Mouammar Kadhafi, Hannibal, est actuellement détenu au Liban. Il a déclaré, en janvier 2017, qu’Abdessalam Jalloud (alors numéro 2 de la Libye, réputé beaucoup plus dur que Kadhafi) avait organisé l’enlèvement de l’imam, que des agents libyens avaient usurpé l’identité de l’imam et de sa suite pour faire croire qu’ils avaient quitté la Libye et s’étaient rendus à Rome. Hannibal a également donné des informations sur le lieu où l’imam aurait été mis au secret pendant des années. Ami d’enfance de Mouammar Kadhafi, Abdessalam Jalloud a été écarté du pouvoir en 1993 après avoir commis plusieurs lourdes erreurs. Il vit aujourd’hui à Londres.

Ces informations contredisent les déclarations du colonel Ahmad Ramadan al-Asaibie, en 2011 à une chaîne de télévision émiratie [1]. Selon l’ancien directeur du bureau d’information du Guide, il aurait été assassiné sur ordre de Mouammar Kadhafi durant son séjour.

Ces deux versions portent sur la disparition de l’imam, mais ne lèvent pas les polémiques ni sur son rôle politique exact, ni sur le commanditaire de son assassinat.

Le ministre libanais de la Justice (bloc du président Michel Aoun), Salim Jreissati, a déclaré avoir reçu en mai 2018 une lettre du rapporteur du Comité des droits de l’homme des Nations unies le questionnant sur la légalité de l’incarcération d’Hannibal Kadhafi. Il a soudain demandé, le 9 janvier 2019, à l’inspection judiciaire de faire le point sur ce sujet. Ce à quoi le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil (bloc d’Amal), a répondu en mettant en doute d’existence de la lettre des Nations unies.

Selon la presse libanaise, la Russie ferait pression sur le gouvernement pour qu’il libère Hannibal Kadhafi.

Le parti Amal prépare un éventuel blocage de l’aéroport pour empêcher la délégation libyenne de se rendre au sommet économique de la Ligue arabe.

Les clauses secrètes de l’accord gazier entre Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël

Les clauses secrètes de l’accord gazier entre Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël

+

Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël sont parvenus à conclure un accord sur la construction commune d’un gazoduc en Méditerranée. Il s’agira de l’ouvrage le plus long et le plus profond en mer. Il n’aura qu’une capacité modeste de 12 milliards de m3 par an. Estimé à 8 milliards de dollars, il devrait être mis en service dans 5 ans. Cependant la date de début des travaux n’a pas été annoncée.

L’Égypte, la Palestine, le Liban, la Syrie et la Turquie ne font pas officiellement partie de cet accord alors qu’ils sont concernés par le champ gazier découvert en 2011.

Note : la Turquie n’a aucun rapport avec ce champ, mais occupe Chypre-Nord qui est concerné par lui. En février 2018, la marine militaire turque avait empêché un navire d’exploration italien de sonder les fonds dans les eaux territoriales chypriotes du Nord. En juin, le président Recep Tayyip Erdoğan avait menacé toute entité qui s’aviserait d’entreprendre des recherches sans son autorisation dans cette zone occupée.

En réalité, il semble que le Hamas et l’Égypte soient parties prenantes à cet accord.
- L’autorisation donnée au début du mois par Israël au Qatar de prendre en charge les fonctionnaires de Gaza serait la contrepartie de la reconnaissance par le Hamas de la frontière maritime de la Palestine tracée unilatéralement par Israël. Le gaz palestinien serait donc exploité par Israël et les droits reversés par le Qatar au Hamas.
- Israël a également signé un accord avec l’Égypte pour lui exporter du gaz. Cet accord parallèle a été conclu via la société East Gas, dont les services secrets égyptiens sont l’actionnaire majoritaire. Là encore, du gaz offshore égyptien serait exploité par Israël, puis ré-acheminé en Égypte pour y être liquéfié et exporté.

Ces contournements visent à masquer les contradictions entre les rhétoriques officielles des dirigeants et la réalité de leurs pratiques.

L’ensemble de ces accords a été parrainé par l’Union européenne et le Qatar.

http://www.voltairenet.org/article204084.html

Les élections ne suffisent pas à la démocratie

Les élections ne suffisent pas à la démocratie

Vu d’Occident, trois élections démocratiques viennent de se tenir en Tunisie, au Liban et en Iraq. Mais pour ces peuples, ces scrutins n’avaient pas grand chose à voir avec l’idéal démocratique car les institutions, que les Occidentaux leur ont imposées, ont été conçues pour les empêcher de choisir librement leurs dirigeants.

| Damas (Syrie)

+
JPEG - 28.5 ko

L’abstention massive lors des élections législatives libanaises (50 %), iraquiennes (65 %), et municipales tunisiennes (77 %) a été interprétée par les Occidentaux comme la preuve de l’immaturité de ces peuples. Qu’ils disposent de la démocratie depuis 7 ou 75 ans, ils sont irresponsables et doivent donc être placés sous tutelle.

Oubliant qu’en Occident aussi certaines consultations nationales ont été marquées par des taux d’abstention similaires, les Occidentaux expliquent ceux de la Tunisie, du Liban et de l’Iraq par les mauvais résultats économiques de leurs gouvernements. Comme si les Arabes n’avaient pas compris qu’ils pouvaient délibérer de projets et choisir leur avenir, mais s’imaginaient qu’ils devaient approuver les performances de leurs gouvernants passés.

Pressés de rétablir un mandat sur le Levant, les Occidentaux avaient ainsi interprété la libération de Saad Hariri de sa geôle saoudienne comme la victoire d’Emmanuel Macron Le Magnifique. Ils n’avaient ni vu le camouflet infligé par le prince héritier saoudien au président français à l’aéroport de Riyad [1], ni l’efficacité des démarches du président Michel Aoun aux Nations unies. À leurs yeux, les Libanais ne pouvaient pas se débrouiller seuls. Ils ne pouvaient obtenir de résultats qu’encadrés par eux.

Les médias occidentaux abordent les invraisemblables institutions libanaises en les qualifiant de « compliquées », mais sans expliquer que le système communautaire a été conçu par l’ancienne puissance coloniale pour que rien, jamais, ne change. La France est laïque chez elle, mais surtout pas dans ses anciennes colonies. Et les aménagements de la loi électorale avec l’introduction de la proportionnelle au sein des communautés, non seulement maintiennent le carcan colonial, mais en complexifient le maillage.

Oui, il est ridicule de voir la Tunisie élire pour la première fois ses conseillers municipaux, le Liban élire au bout de neuf ans des députés héréditaires, et l’Iraq divisé en 37 partis politiques. Mais c’est précisément parce que c’est ridicule que beaucoup d’électeurs ont refusé de se plier à ce jeu humiliant.

Contrairement à l’interprétation occidentale, ces taux d’abstention, s’ils manifestent un rejet des procédures démocratiques, ne signifient absolument pas le rejet de la démocratie, mais de son dévoiement.

Les Tunisiens, qui ont vu Ennahdha et Nidaâ Tounès s’allier après s’être combattus, avaient toutes les raisons d’anticiper que les deux grands partis s’entendraient entre eux pour se répartir les postes locaux comme ils l’ont fait avec les fonctions nationales. Les Libanais, qui savent ne pas avoir d’autre choix que celui du « seigneur de guerre » de leur communauté et de ses vassaux pour se défendre des autres communautés, ont eux aussi rejeté cet emprisonnement. Les Iraquiens, dont le Premier ministre élu avait été renversé il y a quatre ans par les puissances étrangères, savent que leur vote ne sera pas pris en compte s’il contrevient aux desiderata de l’auto-proclamée « communauté internationale ».

Seuls le Hezbollah libanais, issu de la Résistance contre l’occupation israélienne, et la Coalition iraquienne de Moqtada el-Sadr, issue de la Résistance à l’occupation états-unienne, ont fait le plein de leurs voix avec leurs alliés.

Que l’on ne s’y trompe pas, les Occidentaux se félicitent implicitement de l’abstention car ils y trouvent la justification de leur agression du « Moyen-Orient élargi » depuis 17 ans. Toute expression d’une volonté organisée des peuples est pour eux un cauchemar, leur unique objectif étant de renverser les États et de détruire les sociétés pour mieux les dominer.

Ainsi, lorsque les Syriens, en pleine guerre, se sont rués sur les bureaux de vote pour élire leur président, les Occidentaux sont restés pétrifiés. Ils ont été contraints de remettre à plus tard leur plan de renversement de la République arabe syrienne.

Les Arabes comme les autres hommes aspirent à déterminer eux-mêmes leur propre destin.

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] « Le camouflet infligé au président Macron en Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 novembre 2018.

http://www.voltairenet.org/article201073.html

Liban: une «grande victoire» pour le Hezbollah, un revers pour Saad Hariri

 

Liban: une «grande victoire» pour le Hezbollah, un revers pour Saad Hariri

media Des habitants de Marjayoun suivent le discours du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, à la télévision, le 7 mai 2018. REUTERS/Aziz Taher

Le Hezbollah chiite et ses alliés disposeraient de 42 sièges, soit le tiers de blocage au Parlement libanais, selon les résultats des élections législatives annoncés lundi soir 7 mai par le ministre de l’Intérieur. Dans une allocution télévisée, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a salué « une victoire politique et morale de la Résistance ». Quant au Premier ministre Saad Hariri, il annonce selon ses propres termes « de lourdes pertes » pour son parti.

reportage
A Beyrouth, les partisans du Hezbollah satisfaits des résultats aux législatives 08/05/2018 – par Laure Stephan Écouter

Dans le quartier de Zoqaq Al-Blat, dans l’ouest de Beyrouth, l’intervention de Hassan Nasrallah a été accueillie par des pétards par les sympathisants du Hezbollah et de son allié Amal, rapporte notre correspondante à Beyrouth Laure Stephan. C’est un classique, à chaque fois que le chef du Parti de Dieu s’exprime. Mais ce lundi, cette célébration marquait aussi la satisfaction de ses partisans, après les bons résultats enregistrés.

Hassan Nasrallah a déclaré que son parti avait progressé en termes de sièges au Parlement, mais il n’a pas donné de chiffres. Une lecture des résultats officiels montre que le Hezbollah et ses alliés de toutes les confessions disposent de 42 sièges, soit le tiers de blocage au Parlement, indique notre correspondant à Beyrouth Paul Khalifeh. Le chef du parti pro-iranien s’est félicité du taux de participation dans ses fiefs à majorité chiite, qui a parfois dépassé les 60%, alors qu’au niveau national, il était de 49,2% seulement.

Cette mobilisation est un revers cinglant, selon Hassan Nasrallah, pour tous ceux qui pensaient que le parti pouvait être sanctionné au sein de la communauté. « La Resistance », a-t-il dit – en utilisant le surnom que se donne le Hezbollah, en référence à sa lutte contre Israël – a enregistré, une « grande victoire morale et politique ». Il a aussi appelé à la formation rapide d’un gouvernement. Comme le précédent exécutif, le cabinet devrait rassembler les principales forces politiques du pays.

Les élections législatives libanaises se sont déroulées alors que les tensions ne cessent de croître entre Israël et les Etats-Unis d’une part, et l’Iran d’autre part. L’Iran, dont le Hezbollah est un allié. Dans les rangs des partisans du Hezbollah, on voulait écarter le risque d’une nouvelle guerre au Liban, en estimant que le parti, qui s’est renforcé militairement par son intervention en Syrie aux côtés du régime syrien, a démontré sa force de dissuasion.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri pendant sa conférence de presse, ce lundi 7 mai, au lendemain du scrutin des législatives. REUTERS/Mohamed Azakir

« De lourdes pertes » pour le parti de Saad Hariri

Dans le camp sunnite, le Premier ministre, Saad Hariri, a dû reconnaître le net recul de son parti au Parlement, avec la perte d’un tiers des sièges. Mais, en conférence de presse, il a tout de même énuméré les victoires décrochées.

« Dans [les résultats] que nous avons vus, nous sommes en tête au Akkar, à Tripoli, à Beyrouth, à Eklim et Saïda, et même à l’est et au nord de la Bekaa, ce qui donne au Mouvement du futur un gros bloc de 21 députés au Parlement », a-t-il déclaré avant l’annonce officielle des résultats.

21 députés sur 128, contre 33 dans le précédent Parlement. Saad Hariri a admis que son parti « avait parié sur un meilleur résultat et un bloc plus large ».

Concernant le faible taux de participation – 49,2% – le Premier ministre estime que beaucoup n’ont pas compris la nouvelle loi électorale. Restant la force la plus importante au sein du camp sunnite, Saad Hariri devrait être reconduit au poste de Premier ministre, mais la forte poussée du Hezbollah le met en difficulté et il devra sûrement faire des concessions aux autres forces politiques.

Le parti chrétien du président Michel Aoun arrivé deuxième, et jusque-là allié du Hezbollah, devrait quant à lui jouer un rôle d’arbitre, avec environ 28 sièges.

Analyse : le prix à payer pour Saad Hariri

Saad Hariri est affaibli politiquement, mais toujours donné favori à sa propre succession. Il a toutes les chances d’être reconduit dans ses fonctions de chef du gouvernement. Sauf que ce ne sera pas gratuit, selon la chercheuse Aurélie Daher.

Je pense qu’il [Saad Hariri] va devoir payer un prix très cher pour être reconduit. D’abord qu’il surveille son langage […] S’il veut redevenir Premier ministre, il va falloir de nouveau qu’il s’engage à faire baisser le volume des tensions confessionnelles, changer de discours […] éviter les sujets qui fâchent notamment les sujets régionaux.
Aurélie Daher, chercheuse à Paris-Dauphine et Sciences Po Paris 07/05/2018 – par Vincent Souriau Écouter

(Re) lire : Liban: des élections législatives aux multiples enjeux

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20180507-liban-grande-victoire-hezbollah-gifle-saad-hariri-hezbollah

 

Le Liban s’oppose à la conférence de Bruxelles II

Le Liban s’oppose à la conférence de Bruxelles II

+

La conférence de Bruxelles II en soutien à la Syrie et aux pays de la région, co-organisée par l’Union européenne et les Nations unies, s’est clôturée le 25 avril 2018.

Les États donateurs ont mis en scène leur volonté d’aider le Liban à continuer à héberger des réfugiés syriens, le temps nécessaire à l’élaboration d’une solution politique pour la Syrie [1]. Ils ont donc enjoint les pays hôtes à donner un statut juridique aux réfugiés, y compris en cas de retour temporaire chez eux. Le Premier ministre libanais (sunnite), Saad Hariri, a semblé s’accorder avec ce discours.

Cependant, dès le communiqué final diffusé, les autres autorités libanaises, c’est à-dire le président de la République (chrétien) et le président de l’Assemblée nationale (chiite), ont vivement dénoncé cette conférence. Selon eux, elle ne vise au contraire qu’à empêcher le retour des réfugiés dans leur pays en prétendant chercher une solution politique qui a déjà été trouvée à Sotchi [2].

Le président de la République, Michel Aoun, est même allé plus loin. Selon lui, les Occidentaux entendent priver la Syrie de ses habitants et contraindre le Liban à les naturaliser.

En outre, les Libanais estiment que cette conférence allait à l’encontre de leur politique de distanciation laquelle, depuis la Déclaration de Baabda, interdit à l’État d’intervenir dans la guerre en Syrie.

Certains Européens s’interrogent également sur l’hébergement de réfugiés syriens par l’Union européenne. Ce « droit d’asile » semble avoir été détourné de sa finalité : il ne vise plus à sauver des civils d’un théâtre de guerre, mais en réalité à priver la Syrie de ses habitants.

Saad Hariri en Arabie saoudite : vers l’apaisement?

Saad Hariri en Arabie saoudite : vers l’apaisement?

Le Premier ministre libanais Saad Hariri s’est rendu en Arabie saoudite pour la première fois depuis la crise de novembre 2017. L’homme politique libanais, vraisemblablement contraint, avait présenté sa démission depuis Riyad le 4 novembre dernier. Le Liban et l’Arabie saoudite semblent avoir dépassé cet épisode houleux qui avait suscité de vives réactions internationales.

Le « feuilleton » Hariri

Saad Hariri s'est rendu à Riyad le 28 février.
Carte de l’Arabie saoudite.

Il y a quatre mois,  Saad Hariri, en visite diplomatique à Riyad, avait annoncé sa démission du poste de Premier ministre. Une démission surprise expliquée alors par la « mainmise » de l’Iran sur la politique libanaise. L’Iran était accusé d’influencer les affaires intérieures libanaises par le biais du Hezbollah. Le « parti de Dieu » faisait pourtant partie de la coalition au pouvoir depuis décembre 2016 dans le gouvernement d’union nationale dirigé par Saad Hariri. Face à cette démission suspecte, l’opinion publique libanaise s’était révoltée ; non pas contre l’influence iranienne, mais contre l’ingérence maladroite du nouveau dirigeant saoudien Mohamed Ben Salmane (MBS). Cet événement constituait une nouvelle escalade dans la lutte d’influence régionale entre l’Iran et l’Arabie saoudite. Après une médiation menée par l’Egypte et la France, le pays du Cèdre avait finalement retrouvé son Premier ministre. 

Le retour de Saad Hariri à Riyad, plusieurs mois après cette crise, n’est pas désintéressé puisque le Liban se prépare à plusieurs réunions internationales importantes. Deux sommets (Rome II et Paris IV) se tiendront dans les prochaines semaines, respectivement en soutien à la sécurité et l’armée libanaise et à l’économie du pays. Ces deux échéances s’achèveront par une réunion, à Bruxelles, sur les Etats accueillant les réfugiés syriens. Le Liban est l’un des pays qui accueille le plus de réfugiés : ils étaient entre 1 et 1,5 million sur le territoire fin 2017. Enfin, Saad Hariri cherche des soutiens en vue des prochaines élections législatives qui se tiendront en mai 2018. Le Premier ministre espère être reconduit.

L’échec de la stratégie étrangère saoudienne

La visite de Saad Hariri à Riyad témoigne par ailleurs de la volonté saoudienne d’apaiser les relations avec ses voisins et alliés régionaux. Le royaume du dirigeant réformateur « MBS » se trouve aujourd’hui dans une impasse. Sur le plan intérieur, le régime saoudien tente de moderniser le pays par de grandes réformes sociales et économiques (diversification de l’économie, droit de conduire des femmes, etc). Cependant, la politique étrangère « choc » menée par MBS ne porte pas ses fruits. Outre l’échec libanais, l’Arabie saoudite se confronte aujourd’hui à un enlisement du conflit au Yémen ainsi qu’à une inefficacité de ses mesures d’isolement envers le Qatar. Le royaume wahhabite peine également à contenir l’expansion de l’influence iranienne dans la région dans l’après conflit syrien. Même les Etats-Unis, allié de longue date, semblent faire fi des préoccupations saoudiennes sur l’épineuse question palestinienne. Donald Trump a ainsi reconnu unilatéralement Jérusalem comme capitale d’Israel en décembre dernier.

Ainsi, le retour au calme dans les relations entre le Liban et l’Arabie saoudite n’est pas étranger à l’impasse de la stratégie de la pétromonarchie dans sa politique régionale. Le souffle réformateur du jeune MBS ne suffit plus à conserver l’influence régionale. Les victoires diplomatiques sont rares tandis que l’Iran multiplie les avancées en Syrie, en Irak et au Liban. Ce dernier semble pourtant chercher le soutien de la puissance saoudienne pour les échéances politiques à venir. 

About Manon CHAUVET

Manon Chauvet est étudiante à Sciences Po Grenoble. Passionnée par les relations internationales et la géopolitique, elle est actuellement en stage à la Mission de la France aux Nations Unies, à New York.

La Russie au Liban : agenda antisioniste ou pivot pro-israélien?

La Russie au Liban : agenda antisioniste ou pivot pro-israélien?


Par Andrew Korybko – Le 23 février 2018 – Source Oriental Review

The top diplomats Nabil FAHMY (Egypt), Mohammad Javad ZARIF (Iran) and Sergey LAVROV (Russia) at the Middle East conference of Valdai Discussion Club, Moscow, Feb 2018 Hauts diplomates Nabil FAHMY (Egypte), Mohammad Javad ZARIF (Iran) et Sergey LAVROV (Russie) à la conférence sur le Moyen-Orient du Valdai Discussion Club, Moscou, février 2018

Selon diverses sources, le Liban a accepté de donner des droits de stationnement et de transit aux forces armées russes et de permettre à Moscou de développer ses réserves énergétiques offshore dans la Méditerranée orientale dans un mouvement qui est annoncé comme un tournant par certains analystes dans la Communauté des médias alternatifs. Le récit populaire qu’ils diffusent est que la Russie approfondit sa participation au Liban afin de dissuader une autre invasion israélienne, bien que cette histoire soit facilement démentie par un examen plus approfondi.


La présence de l’armée russe au Liban n’aura aucun effet sur les calculs d’Israël pour mener une guerre anti-iranienne contre le Hezbollah, puissant mouvement socio-politique de son voisin du nord et aussi puissante milice anti-terroriste. Pas même des milliers de soldats en rotation et des douzaines d’avions au plus fort de l’intervention de la Russie n’ont pu empêcher Tel-Aviv de bombarder la République arabe syrienne sous les mêmes prétextes que ceux qu’elle pourrait employer pour frapper Beyrouth.

Au contraire, au lieu d’être un mouvement anti-israélien, on peut affirmer que les relations militaires et énergétiques entre la Russie et le Liban pourraient être bénéfiques car elles positionnent Moscou pour remplacer l’Arabie saoudite, discréditée, comme force de contre-pouvoir pro-israélienne contre l’Iran suite à l’échec du soi-disant « enlèvement » du Premier ministre Hariri par le prince héritier Mohammed Bin Salman à la fin de l’année dernière et la vague de dégoût que cela a produit de la part de la société libanaise.

Puisque l’influence du soft power de l’Arabie saoudite s’estompe, il est dans l’intérêt de l’amélioration des grands intérêts stratégiques d’Israël d’introduire un autre parti dans les affaires libanaises pour assumer ce rôle important, précédemment occupé par Riyad. Voila donc pourquoi, que cela soit coordonné ou pas, la Russie y étend et diversifie son influence. Comme preuve supplémentaire de cela, il suffit de regarder les commentaires accablants du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov lors de la conférence du Valdai Discussion Club de cette semaine sur la politique de Moscou au Moyen-Orient.

Signe encore plus important de la force de l’alliance russo-israélienne, il a déclaré : « Nous avons dit à plusieurs reprises que nous n’accepterions pas les déclarations selon lesquelles Israël, en tant qu’État sioniste, devrait être détruit et rayé de la carte. Je crois que c’est une manière absolument fausse de faire avancer ses propres intérêts. » Cela peut être considéré comme un avertissement contre l’Iran, le Hezbollah et même certains en Syrie dont la Russie condamnera toutes les déclarations et actions qu’ils pourront entreprendre contre Israël.

Avec cette déclaration de clarification des politiques russes faisant autorité, il n’y a aucune raison que la présence accrue de la Russie au Liban dans les domaines militaire et de l’énergie soit contre les intérêts d’Israël. Mais c’est tout à l’avantage russe dans la région dans le sens où elle cherche à remplacer le rôle récemment déclinant de l’Arabie Saoudite dans le pays et donc à « contrebalancer » l’influence iranienne là-bas. Cela signifie clairement que cette présence n’aura aucun effet dissuasif sur le fait qu’Israël décide d’y mener une guerre anti-iranienne contre le Hezbollah ou de mener des frappes aériennes contre lui.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-russie-au-liban-agenda-antisioniste-ou-pivot-pro-israelien

 

Le grand marchandage de Poutine avec Israël : Israël peut-il l’accepter ?

Le grand marchandage de Poutine avec Israël : Israël peut-il l’accepter ?

Putin’s Grand Bargain to Israel: Can Israel Digest It?

« ...C’est le Grand Marchandage de Poutine : la Russie assumera une certaine responsabilité définie pour la sécurité d’Israël, mais pas si Israël entreprend des guerres de choix contre l’Iran et le Hezbollah, ou s’il perturbe délibérément la stabilité dans le nord – y compris en Irak. Et plus jamais de bombardements gratuits dans le nord, destinés à perturber la stabilité. Mais si Israël veut une guerre avec l’Iran, alors la Russie se tiendra à l’écart.... »

s253Par Alastair Crooke – Le 17 février 2018 – Source Strategic Culture

« Israël enfourche un grand cheval » écrit Alex Fishman (le correspondant vétéran de la défense israélien) dans le quotidien hébraïque Yedioth Ahronoth le mois dernier, « et s’approche à pas de géant d’une ‘guerre de choix’. Sans mâcher ses mots, c’est une guerre commencée au Liban. » Dans son article, Fishman note : « La dissuasion classique consiste à menacer un ennemi de ne pas vous nuire sur votre territoire, mais ici, Israël exige que l’ennemi s’abstienne de faire quelque chose sur son propre territoire, sinon Israël va lui nuire. Du point de vue historique et de la perspective de la légitimité internationale, les chances que cette menace soit reconnue comme valide, conduisant à la cessation des activités ennemies sur leur propre territoire, sont minces. »

Ben Caspit a également évoqué la perspective d’une « guerre de choix » tandis que – comme l’explique le professeur Idan Landau dans un blog israélien – un éditorial de Haaretz notait :

« Le gouvernement israélien doit donc à ses citoyens une explication précise, pertinente et convaincante quant au fait qu’une usine de missiles au Liban a changé l’équilibre stratégique au point de nécessiter d’aller en guerre. Il doit présenter au public israélien des évaluations sur le nombre attendu de victimes, les dommages causés aux infrastructures civiles et le coût économique de la guerre, par rapport au danger que représente la construction de l’usine de missiles. »

Nous vivons des temps dangereux au Moyen-Orient aujourd’hui – à la fois dans l’immédiat et à moyen terme.

La semaine dernière a vu le premier changeur de donne qui a presque plongé la région dans la guerre : la chute d’un des avions les plus sophistiqués d’Israël – un F16i. Mais comme le note Amos Harel à cette occasion :

« Le président russe Vladimir Poutine a mis fin à la confrontation entre Israël et l’Iran en Syrie – et les deux parties ont accepté sa décision (…) Samedi après-midi, après la deuxième vague de bombardements (…) des officiels israéliens tenaient toujours une ligne militante, et il semblait que Jérusalem envisageait d’autres actions militaires. Les discussions à ce sujet ont pris fin peu de temps après un appel téléphonique entre Poutine et le Premier ministre Benjamin Netanyahu. » (caractères gras ajoutés).

Et cette dernière déclaration représentait le deuxième changeur de donne : dans le bon vieux temps, comme disait Martin Indyk, c’est vers les États-Unis qu’Israël se serait tourné par réflexe, mais pas cette fois-ci. Israël a demandé au président Poutine d’être médiateur. Il semble qu’Israël estime que M. Poutine est maintenant le « pouvoir indispensable ». Et en termes d’espace aérien dans le nord, il l’est. Comme Ronen Bergman l’a écrit dans le New York Times : premièrement « Israël ne pourra plus agir en Syrie sans limites » et deuxièmement, « si personne ne le sait encore, la Russie est la puissance dominante dans la région. »

Alors, de quoi s’agit-il ? Pour commencer, il ne s’agit pas d’un drone qui pourrait (ou non) avoir pénétré dans ce qu’Israël appelle Israël, ou ce que la Syrie considère comme un « Golan occupé ». Laissez-nous ignorer tout cela : ou, pensez-y comme à l’effet papillon dans la théorie du chaos, dont la petite impulsion change le monde, si vous préférez. En fin de compte cependant, ces divers avertissements d’une guerre imminente ont précipité  le succès de l’État syrien à vaincre l’insurrection djihadiste montée contre lui. Ce résultat a modifié l’équilibre des pouvoirs au niveau régional − et nous assistons à la réaction des États face à cette défaite stratégique.

Israël, ayant soutenu le camp des perdants, veut limiter ses pertes. Il craint les changements qui se produisent dans le nord de la région : le Premier ministre Netanyahou a demandé à plusieurs reprises au président Poutine de garantir que l’Iran et le Hezbollah ne puissent tirer aucun avantage stratégique de la victoire de la Syrie au détriment d’Israël. Mais il semble clair que Poutine n’a donné aucune garantie. Il a déclaré à Netanyahou que tout en reconnaissant et en prenant acte des intérêts de sécurité d’Israël, la Russie avait aussi ses intérêts – et a également souligné que l’Iran était un « partenaire stratégique » de la Russie.

Dans la pratique, il n’y a pas de présence effective de l’Iran ou du Hezbollah dans les environs immédiats d’Israël – et en effet, l’Iran et le Hezbollah ont en grande partie réduit leurs forces en Syrie dans son ensemble. Mais, il semble que Netanyahou voulait plus. Et pour faire pression sur la Russie afin qu’elle garantisse une future Syrie libre de toute présence chiite, Israël a bombardé la Syrie presque chaque semaine et a émis une série de menaces de guerre contre le Liban (sous prétexte que l’Iran y construisait des usines de missiles sophistiqués), disant en fait au président Poutine, que s’il ne donne pas de garanties fermes vis-à-vis d’une Syrie libérée de l’Iran et du Hezbollah, il perturbera les deux pays.

Eh bien, ce qui s’est passé, c’est qu’Israël a perdu un F16 : abattu de manière inattendue par les défenses aériennes syriennes. Le message est le suivant :

« La stabilité en Syrie et au Liban est dans l’intérêt russe. Alors que nous reconnaissons les intérêts de la sécurité d’Israël, il ne faut pas plaisanter avec les nôtres. Si vous voulez une guerre avec l’Iran c’est votre affaire, et la Russie ne sera pas impliquée. Mais n’oubliez pas que l’Iran est, et reste, notre partenaire stratégique. »

C’est le Grand Marchandage de Poutine : la Russie assumera une certaine responsabilité définie pour la sécurité d’Israël, mais pas si Israël entreprend des guerres de choix contre l’Iran et le Hezbollah, ou s’il perturbe délibérément la stabilité dans le nord – y compris en Irak. Et plus jamais de bombardements gratuits dans le nord, destinés à perturber la stabilité. Mais si Israël veut une guerre avec l’Iran, alors la Russie se tiendra à l’écart.

Israël a maintenant goûté au bâton du président Poutine : votre supériorité aérienne dans le nord vient d’être entamée par les défenses aériennes syriennes. Vous, Israël, perdriez complètement cette supériorité si nos défenses aériennes S400 étaient activées : « Pensez-y. »

En cas de doute, considérez cette déclaration en 2017, par le chef d’état-major des Forces aérospatiales russes, le général de division Sergueï Mechtcheriakov. Il avait déclaré :

« Aujourd’hui, un système de défense aérienne unifié et intégré a été mis en place en Syrie. Nous avons assuré l’interconnexion technique et informationnelle des systèmes de reconnaissance aérienne russe et syrien. Toutes les informations sur la situation dans les airs provenant des stations radars syriennes sont transmises aux points de contrôle du groupement de forces russes. »

Deux choses découlent de ceci :

Premièrement la Russie savait exactement ce qui se passait quand le F16 israélien a rencontré un tir de barrage de missiles de la part de la défense aérienne syrienne. Comme Alex Fishman, doyen des correspondants de la défense israélienne, l’a noté (en hébreu) ​​dans le quotidien Yediot Ahoronot le 11 février :

« Un des avions [israéliens] a été touché par les deux barrages de 27 missiles sol-air syriens (…) ce qui est une grande réussite pour l’armée syrienne, et embarrassant pour l’IAF, puisque les systèmes de guerre électronique qui enveloppent l’avion étaient supposés avoir fourni une protection contre un barrage de missiles (…) L’IAF va devoir mener une enquête approfondie de renseignement technique pour déterminer si les Syriens sont en possession de systèmes capables de contourner les systèmes israéliens d’alerte et de brouillage. Les Syriens ont-ils développé une nouvelle technique que l’IAF ignore ? Il a été signalé que les pilotes n’ont pas averti par contact radio qu’un missile ennemi les avait ciblés. En principe, ils étaient censés le signaler, ils étaient peut-être préoccupés, mais il y avait aussi la possibilité plus grave qu’ils ignoraient que le missile les avait dans le collimateur. Cela m’amène à la question de savoir pourquoi ils ne le savaient pas, et ils ont seulement réalisé la gravité du dommage après qu’ils aient été frappés et forcés à refluer. »

Deuxièmement l’affirmation d’Israël prétendant que la Syrie a ensuite été punie par Israël avec la destruction de 50% de son système de défense aérienne devrait être prise avec de grosses pincettes. Rappelez-vous que Mechtcheriakov a dit qu’il s’agissait d’un système russo-syrien intégré et unifié, c’est-à-dire qu’il était surmonté d’un drapeau russe – et cette revendication israélienne initiale a maintenant été rétropédalée par le porte-parole de l’IDF.

Enfin, Poutine, à la suite de la chute des F16, a demandé à Israël de cesser de déstabiliser la Syrie. Il n’a rien dit à propos des drones syriens qui patrouillaient la frontière sud (une pratique syrienne régulière pour surveiller les groupes d’insurgés dans le sud). Le message est clair : Israël obtient des garanties de sécurité limitées de la Russie, mais perd sa liberté d’action. Sans la domination aérienne – que la Russie a déjà effacée – la prétendsupue ériorité sur ses États arabes voisins, qu’Israël a depuis longtemps enfouie dans sa psyché collective, verra les ailes d’Israël coupées.

Un tel marchandage peut-il être digéré culturellement en Israël ? Nous devons attendre de voir si les dirigeants d’Israël acceptent qu’ils ne jouissent plus de la supériorité aérienne sur le Liban ou la Syrie ; ou si, comme les commentateurs israéliens nous avertissent dans nos citations introductives, les dirigeants politiques israéliens opteront pour une guerre de choix, dans le but d’éviter la perte finale par Israël de sa domination du ciel. Il y a, bien sûr, l’autre option de se précipiter à Washington, afin d’essayer de convaincre l’Amérique d’adopter l’idée de l’expulsion de l’Iran de la Syrie – mais nous pensons que Poutine a déjà tranquillement cadré Trump à l’avance avec son plan. Qui sait ?

Alors, une guerre préventive pour essayer de récupérer la supériorité aérienne israélienne serait-elle faisable ou réaliste du point de vue des Forces de défense israéliennes ? C’est un point discutable. Un tiers des Israéliens sont culturellement et ethniquement russes, et beaucoup admirent le président Poutine. Ainsi, Israël pourrait-il compter, dans de telles circonstances, sur le fait que la Russie n’utilise pas ses propres missiles de défense aérienne hautement sophistiqués S400, stationnés en Syrie, pour protéger les militaires russes stationnés dans ce pays ?

Et les tensions israélo-syro-libanaises, en elles-mêmes, n’épuisent pas les risques actuels d’emballement associés à la Syrie. Le même week-end, la Turquie a perdu un hélicoptère et ses deux équipages, abattus par les forces kurdes à Afrin. Le sentiment en Turquie contre les YPG et le PKK s’enflamme ; le nationalisme et le nouvel ottomanisme sont en hausse et l’Amérique est présentée avec colère comme « l’ennemi stratégique » de la Turquie. Le président Erdogan affirme vigoureusement que les forces turques évacueront toutes les forces YPG / PKK d’Afrin jusqu’à l’Euphrate, mais un général américain dit que les troupes américaines ne bougeront pas pour laisser passer les troupes d’Erdogan, à mi-chemin à Manbij. Qui va baisser les yeux le premier ? Et, cette escalade peut-elle continuer sans une rupture majeure des relations turco-américaines ? Erdogan a déjà noté que le budget américain de la défense pour 2019 comprend une allocation de 550 millions de dollars pour les YPG. Que signifie exactement cette disposition de l’Amérique ?

De même, une direction militaire américaine, soucieuse de jouer un remake de la guerre du Vietnam – mais cette fois victorieuse pour montrer que le résultat du Vietnam était une défaite non méritée pour les forces américaines – peut-elle accepter de se retirer de son occupation agressive de la Syrie, à l’est de l’Euphrate et perdre ainsi sa crédibilité ? Surtout lorsque le rétablissement de la crédibilité et de l’influence militaires américaines est le mantra même des généraux de la Maison Blanche (et de Trump) ? Ou, la poursuite américaine de recherche de crédibilité militaire dégénèrera-t-elle en un jeu de poule mouillée, entre les forces américaines et les forces armées syriennes – ou avec la Russie elle-même, qui considère l’occupation américaine comme perturbante pour la stabilité régionale ?

La vue d’ensemble de la concurrence entre les États pour l’avenir de la Syrie (et de la région) est ouverte et visible. Mais qui se cache derrière ces autres provocations qui auraient pu également conduire à une escalade, et assez facilement entraîner la région dans un conflit ? Qui a fourni le missile sol-air portatif qui a fait tomber le chasseur russe SU25 − épisode qui s’est terminé avec le pilote entouré de djihadistes, préférant courageusement se tuer avec sa propre grenade plutôt que d’être capturé vivant ? Qui a aidé le groupe d’insurgés, qui a tiré le Manpad ? Qui a armé les Kurdes d’Afrin avec des armes antichar sophistiquées – qui ont détruit une vingtaine de chars turcs ? Qui a fourni les millions de dollars pour financer les tunnels et les bunkers construits par les Kurdes d’Afrin, et qui a payé pour l’équipement de sa force armée ?

Et qui était derrière l’essaim de drones armés envoyés attaquer la principale base aérienne russe à Khmeimim ? Les drones ont été conçus pour ressembler, de l’extérieur, à une simple fabrication artisanale qu’une force insurgée pourrait bricoler elle-même, mais depuis que les Russes, avec des mesures électroniques, ont réussi à en prendre le contrôle et à en faire atterrir six, ils ont pu constater qu’à l’intérieur, ils étaient tout à fait différents : ils contenaient des contre-mesures électroniques sophistiquées et des systèmes de guidage GPS. En bref, l’aspect extérieur rustique était un camouflage de leur véritable sophistication, ce qui représentait probablement l’œuvre d’une agence d’État. Qui ? Pourquoi ? Est-ce que quelqu’un espérait que la Russie et la Turquie se prendraient à la gorge ?

Nous ne le savons pas. Mais il est évident que la Syrie est le creuset de puissantes forces destructrices qui pourraient, par inadvertance ou involontairement, enflammer la Syrie et, potentiellement, le Moyen-Orient. Et comme l’a écrit le correspondant de la défense israélien, Amos Harel, nous avons déjà été, le week-end dernier, à « un cheveu d’un glissement vers la guerre ».

Alastair Crooke

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-grand-marchandage-de-poutine-avec-israel-israel-peut-il-laccepter