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Le plan saoudien de Trump s’effiloche

Le plan saoudien de Trump s’effiloche


Par Alastair Crooke – Le 17 novembre 2017 – Source Consortium News

Le président Trump serre la main du prince héritier saoudien et ministre de la Défense Mohammed ben Salman le 20 mai 2017. (Capture d’écran de Whitehouse.gov)

Le président Trump et son gendre avaient parié que le jeune prince de la couronne était capable de remodeler le Moyen-Orient, mais son plan s’est rapidement effiloché, révélant un dangereux travail d’amateur.

Aaron Miller et Richard Sokolsky, dans Foreign Policy, suggèrent que « le succès le plus notable à l’étranger de Mohammed ben Salman pourrait être la séduction et la conquête du Président Donald Trump et de son beau-fils Jared Kushner ». En fait, il est possible que ce « succès » s’avère être le seul de MbS.


« Ce n’était pas très convaincant, écrivaient Miller et Sokolsky, cette relation intime reflétait surtout une convergence d’intérêts d’impératifs stratégiques. »

Trump, comme toujours, voulait se différencier de ce qu’avait fait le Président Obama ; les Saoudiens, quant à eux, étaient déterminés à exploiter l’antipathie viscérale de Trump pour l’Iran et renverser ainsi le courant des récentes défaites subies par le royaume.

Le prix que paraissait promettre MbS semblait assez séduisant pour faire d’une pierre trois coups, porter un coup à l’Iran, « normaliser » les relations avec Israël dans le monde arabe et trouver un accord palestinien. Le président US n’en donna les détails qu’à ses seuls réseaux familiaux, faisant délibérément preuve de désinvolture vis a vis des responsables de la politique étrangère et de la défense de son administration, laissant ainsi les responsables officiels dans l’ignorance et l’expectative. Trump a lourdement parié sur MbS et sur Jared Kushner comme intermédiaire. Mais le grand plan de MbS − la tentative de susciter une provocation contre le Hezbollah au Liban, à laquelle ce dernier aurait sur-réagi, donnant ainsi à Israël et à l’« Alliance sunnite » le prétexte espéré pour agir en force contre l’Iran et le Hezbollah − s’est effondré dès le premier obstacle.

La première étape s’est simplement transformée en feuilleton, avec l’étrange prise d’otage du Premier ministre libanais Saad Hariri par MbS, qui n’a servi qu’à ressouder les Libanais au lieu de les diviser en fractions rivales, comme il l’espérait.

Mais la déroute au Liban a eu une conséquence bien plus importante qu’un feuilleton raté sur la mésaventure de MbS. C’est que non seulement il n’a pas fait « aboyer le chien dans la nuit », mais que les Israéliens n’avaient pas du tout l’intention d’« aboyer » ; c’est à dire d’assumer le rôle (comme le correspondant israélien vétéran Ben Caspit le dit avec emphase) de « bâton avec lequel les dirigeants sunnites menacent leurs ennemis mortels les chiites..… À l’heure actuelle personne en Israël, en particulier le Premier ministre Benjamin Netanyahou, n’est pressé d’ouvrir un front septentrional, et s’il le faisait cela signifierait être aspiré dans les portes de l’enfer ».

La défaite syrienne

Soyons clairs, la soi-disant Alliance sunnite (principalement l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, l’Égypte ayant déjà reculé) vient d’être vaincue en Syrie. Elle n’a aucune capacité de « renverser » l’Iran, le Hezbollah ou le PMU irakien (une milice chiite) – sauf en utilisant le « bâton » israélien. Israël peut avoir les mêmes intérêts stratégiques que l’Alliance sunnite, mais comme le note Caspit, « les Saoudiens sont intéressés à ce qu’Israël fasse le sale boulot pour eux. Mais en fin de compte, tout le monde en Israël n’est pas aussi excité à ce sujet. »

Caspit [commentateur israélien, NdT] interpelle sur un éventuel affrontement entre l’Alliance sunnite et le front mené par l’Iran comme étant « une véritable guerre d’Armageddon ». Ces mots résument les réserves israéliennes.

Ce refus d’« aboyer » coupe, en quelque sorte, l’herbe sous les pieds du « grand plan » de Kushner car si Israël n’entre pas dans le jeu, que reste-t-il à discuter ? Israël était précisément le « bâton », également dans le plan de Trump. Pas de bâton, pas d’Alliance sunnite pour contenir l’Iran ; de plus, pas de normalisation des rapports saoudiens avec Israël, ni d’initiative israélo-palestinienne. La maladresse (« témérité inconsciente » comme le déclare un officiel US) de MbS a tiré le tapis sous les pieds de la politique US au Moyen Orient.

Jared Kushner, Conseiller principal de la Maison-Blanche, et son épouse, Ivanka Trump, assistante du président ; Wilbur Ross, secrétaire américain au Commerce ; Rex Tillerson, secrétaire d’État américain et Reince Priebus, chef d’état-major de la Maison Blanche ; invités du roi saoudien Salman , Le 20 mai 2017, à Riyad, Arabie Saoudite. (Photo officielle de la Maison Blanche par Shealah Craighead)

Pourquoi Trump a-t-il joué si gros sur un Kushner sans expérience et un MbS impulsif ? Bien entendu, si un tel « grand plan » avait fonctionné, c’eût été, en effet, un coup de maître pour sa politique étrangère fait par dessus la tête des professionnels responsables de la politique étrangère et de la sécurité qui en avaient été exclus. Trump se serait alors senti plus libre pour échapper aux tentacules de la caste dirigeante et atteindre une large autonomie vis à vis de ses « gardiens ». Il aurait ainsi réalisé son coup par l’entremise familiale plutôt que par la voie officielle.

Mais si cela tourne à la farce − et MbS commence à être considéré aux US comme un perdreau de l’année plutôt que comme un Machiavel − le (méprisé) « système » tiendra sa revanche. Les jugements présidentiels resteront alors discrédités et toujours plus sujets aux justifications et au « gardiennage ».

Par conséquent MbS et Kushner peuvent avoir nui au Président Trump d’une manière beaucoup plus importante. Le pari perdu sur l’inexpérimenté MbS peut filtrer dans d’autres sphères, telle que la mise en cause ouvertement par les alliés du fondement de ses jugements sur la Corée du Nord. En résumé la crédibilité du Président supportera les conséquences de son échec à manipuler MbS.

Le vœu pieux pour l’Arabie saoudite

Honnêtement, il y a beaucoup d’illusion et même de l’hypocrisie dans le comportement occidental vis à vis de l’Arabie Saoudite, le Président Trump n’est pas le seul à être esclave de ses idées sur l’Arabie Saoudite ; la notion même d’Arabie Saoudite se transformant en un centre régional puissant, « moderne », musclé qui peut regarder l’Iran de haut − bien qu’elle soit largement acceptée chez les commentateurs US − semblerait, en soi, un brin irréaliste. Oui, le Royaume n’a guère d’autre alternative que de se transformer alors que la fin des dividendes pétroliers approche, et cela peut bien signifier, en théorie, un tournant brutal du royaume vers une nouvelle voie.

Le ministre saoudien de la défense, le prince héritier Mohammad bin Salman Al Saud

Mais définir exactement comment le royaume peut se réinventer, sans se déchirer, est probablement beaucoup plus compliqué que de plaider pour l’adoption de la superficielle « Modernité Occidentale », ou que de combattre la « corruption ». Ceci [la corruption, NdT] est de la fumée, car la famille est l’État, et l’État (et ses richesses pétrolières) est à la famille. Il n’y a pas de frontière, ou de ligne de démarcation, entre l’État et la famille, cette dernière bénéficie des privilèges et avantages de naissance en fonction de la proximité ou de l’éloignement du trône et les avantages accordés ou confisqués reflètent seulement les besoins de puissance qui servent maintenir son absolutisme. Il n’y a pas de « foutu mérite » ou d’équité dans ce système. Cela n’a jamais été prévu.

Alors que peut donc signifier le terme « corruption » dans un tel système ? L’Arabie Saoudite ne prétend même pas jouer sur un terrain de jeu avec des règles établies. La loi (et les règles) sont simplement ce que dit, ou signe le roi au jour le jour.

Ce que signifiait habituellement « corruption », lorsque l’Europe d’antan « bénéficiait » d’un tel système de pouvoir absolu, était assez clair : vous vous êtes mis en travers du chemin du roi, c’est tout ce que « corruption » impliquait. Si le monde extérieur pense que MbS mène l’Arabie Saoudite vers une Modernité Occidentale alors on doit vouloir dire ou penser au largage de « la famille » (les 15.000 princes de sang royal), ou qu’il se dirige vers l’établissement d’une monarchie constitutionnelle et une société citoyenne basée sur des lois et pas d’autres choses.

Rien dans les agissements de MbS n’indique qu’il aille dans cette direction. Ses agissements indiquent plutôt qu’il veut recouvrer et restaurer l’aspect absolutiste de la monarchie. La modernité à laquelle il pense est du type de celle que vous achetez, en kit sur étagère, prête à être assemblée. En résumé, le plan est d’acheter une base industrielle, en kit à monter, pour compenser l’épuisement des revenus pétroliers.

Vision 2030 nous annonce que cette « base industrielle » de haute technologie, bien présentée, est supposée rapporter 1 000 milliards de dollars de bénéfice annuel si tout va bien… C’est à dire que ceci est prévu comme une source alternative de revenu, précisément au bénéfice de « la famille », et non pas pour l’attribuer ailleurs [pour le bénéfice du peuple, NdT]. Par conséquent ce n’est pas « réformiste » dans la notion occidentale de la modernité qui est « l’égalité devant la loi » et la protection des droits.

Espoirs industriels irréalistes

Ce type d’industrialisation à grande vitesse, sans base constitutive, n’est pas si facile à greffer sur cette société (si vous n’êtes pas Joseph Staline). Ça coûte cher et, comme l’histoire nous le dit c’est, également, socialement et culturellement déstabilisant. Cela coûtera beaucoup plus que les 800 milliards de dollars que MbS espère « récupérer » de ses prisonniers ( par la coercition physique, 17 d’entre eux ont été hospitalisés, conséquence de leur traitement en détention).

Le président Donald Trump et la première dame Melania Trump rejoignent le roi saoudien Salman et le président égyptien Abdel Fattah Al Sissi, le 21 mai 2017, pour participer à l’ouverture inaugurale du Centre mondial de lutte contre l’idéologie extrémiste. (Photo officielle de la Maison Blanche par Shealah Craighead).

Mais si ce n’est pas pour « occidentaliser » l’économie, pourquoi tant de membres importants de la famille ont ils dus être « mis de côté » Cette partie du « grand plan » est peut être en relation avec la raison pour laquelle MbS voulait, autant, « courtiser et séduire » le Président Trump, comme le disent Miller et Solkosky. MbS est clair à ce propos. Il avait dit au Président Trump qu’il voulait restaurer l’ancienne grandeur du royaume pour être à nouveau le meneur du monde sunnite et le gardien de l’Islam. Et pour ce faire, le retour de l’Iran et le renouveau chiite doivent être combattus et ramenés à la subordination du leadership saoudien.

La difficulté était que certains dans la famille se seraient opposés à un tel aventurisme face à l’Iran et MbS semble poursuivre une notion similaire à celle des néocons, et comme Kristolian argumente, vous ne pouvez pas instaurer (ou restaurer) une omelette « hégémonie bienveillante » sans casser des œufs. Et comme le notaient Miller et Sokolsky, « il n’en fallait pas plus pour convaincre » Trump. La vision de MbS concordait précisément avec ses propres impératifs et son animosité contre l’Iran. Trump a dûment tweeté son approbation pour la répression saoudienne de la « corruption ».

Et voici la 3ème jambe du « grand plan ». Israël serait « le bâton » de l’alliance Saoudienne-EAU-USA contre l’Iran (Le Hezbollah étant le levier pour l’actionner). L’Arabie Saoudite, alors, en retour, bougerait, en reconnaissant l’État Juif, et Israël donnerait aux Palestiniens « quelque chose », un « quelque chose » qui pourrait être appelé un état, même si ce serait beaucoup moins qu’un état. Les USA et l’Arabie Saoudite se coordonneraient pour presser les Palestiniens d’accepter les propositions US pour un accord.

Pourquoi ça n’a pas marché ? Il s’agit probablement d’attentes exagérées de ce que chacune des parties pouvait réellement mettre en œuvre, croyant les uns les autres en la rhétorique de chacun : l’histoire d’amour de l’Amérique avec la Royauté Saoudienne, les liens entre la famille Kushner et Netanyahu, le vœux pieu de Kushner et Trump que MbS pourrait être l’instrument pour restaurer non seulement le Royaume Saoudien en tant que « policier » de l’Amérique dans le monde islamique, mais aussi l’ambassadeur de l’ordre américain au Moyen Orient.

Peut-être Jared Kushner a-t-il cru Bibi Netanyahu quand il a laissé entendre que la « normalisation » des relations entre l’Arabie Saoudite et Israël pourrait avoir une réciprocité dans les concessions aux Palestiniens ? (alors que le cabinet de sécurité israélien avait déjà opposé son veto aux concessions, bien moindres que l’établissement d’un état, qui avaient été discutées à ce propos).

Peut être Jared a-t-il cru MbS lorsqu’il lui a suggéré qu’il pouvait mobiliser le monde Sunnite contre l’Iran si l’Amérique et Israël le soutenaient ? (alors même que l’Égypte s’opposait à la déstabilisation du Liban).

Peut être MbS a t il cru que Trump parlait au nom de l’Amérique lorsqu’il lui a offert son soutien, quand en fait il ne parlait qu’au nom de la Maison Blanche ?

Peut être MbS pensait il que Trump rallierait l’Europe contre le Hezbollah au Liban ? En fait, les Européens ont pour priorité la stabilité du Liban.

Et peut être MbS et Kushner pensaient-ils que Netanyahu parlait au nom d’Israël lorsqu’il promettait d’être un partenaire du front contre l’Hezbollah et l’Iran ? Était-ce le « grand plan » proclamé entre Netanyahu et Trump la veille du jour où ce dernier lançait sa bordée aux Nations Unies en septembre, contre l’Iran ?

Alors qu’en fait un Premier Ministre Israélien peut déclarer la guerre aux Palestiniens avec une relative liberté de manœuvre, il n’en est pas de même lorsque l’État d’Israël même est mis en jeu. Aucun Premier Ministre israélien ne peut s’engager dans un conflit qui pourrait mettre en jeu l’existence d’Israël sans avoir un large appui des responsables politiques et de la sécurité, et les dirigeants d’Israël n’envisageraient qu’une guerre qui servirait totalement les intérêts israéliens, et sûrement pas pour plaire à MbS ou à Mr Trump.

Ben Caspit ainsi que d’autres commentateurs israéliens confirment que les dirigeants israéliens ne voient pas la guerre avec le Hezbollah, et le risque d’un conflit plus large, comme étant dans l’intérêt israélien.

Les retombées de cet épisode sont hautement significatives, Il est clair qu’actuellement Israël n’est pas disposé à envisager une guerre dans cette région, comme l’explique Caspit. Il a été aussi souligné la vacuité des ambitions de MbS pour réaliser une « Alliance Sunnite » contre l’Iran, et cela a sapé la politique d’endiguement de l’Iran du Président Trump. Pour le moment, on peut espérer au moins de la part de l’Iran et de la Russie, qu’ils consolident l’État syrien et qu’ils stabilisent la partie septentrionale du Moyen Orient. La « guerre d’Armageddon » de Caspit peut encore arriver, mais peut-être pas pour le moment.

Alastair Crooke est un ancien diplomate britannique qui fut une figure principale du renseignement britannique ainsi que de la diplomatie européenne, il est le fondateur du Conflicts Forum.

Note du Saker Francophone

Pour comprendre cet article et en faire un objet de réflexion plutôt qu'une lecture passive, il est nécessaire de poser quelques repaires :

Premièrement : qui est l'auteur de ce billet ?

Alastair Crooke, un ancien agent du MI6 britannique, est un spécialiste du Moyen Orient. Il réside à Beyrouth et est considéré comme un sympathisant du monde arabe − plus particulièrement du Hamas − et un opposant à la politique américaine néocon au Moyen-Orient, qu'il connaît bien, et pas seulement depuis l'ère Trump. Voir ici et  pour plus de précisions.

Deuxièmement : Qui sont les acteurs et quel est le contexte du billet ?

Mohammed Ben Salman, Prince héritier du Royaume d'Arabie Saoudite, qui a effectivement pris le pouvoir dans le pays par un coup de force le 5 novembre 2017. MbS dans le texte.

Trump, inutile de vous le décrire.
Kushner, gendre, conseillé officiel de Trump, marié à la fille de Trump, Ivanka, elle même conseiller officiel de son père.
Netanyahu, Premier Ministre Israélien, à noter qu'il possède la double nationalité américaine.

Troisièmement : Le contexte

Il y a un triple contexte, tout d'abord le contexte du Moyen-Orient, la lutte « à mort » entre, d'une part les Chiites : Hezbollah libanais et Iran, principalement, qui en assurent le leadership et, d'autre part les Sunnites : EAU ; Égypte ; Arabie Saoudite, cette dernière voit son influence, dans le monde Arabe, décliner.

Ensuite l'implication, non-officielle, de l'Arabie Saoudite en Syrie contre Bachar el Assad.

Puis un contexte interne américain la lutte de pouvoir complexe entre le Président Trump avec sa garde rapprochée et l' « état profond » US, les néocons,les conseillers pro-israéliens.

Et enfin, sous-jacente, l'intrusion de la Russie dans ce Moyen-Orient compliqué, qui fait beaucoup d'ombre à l'influence US dans cette partie du monde.

Je ne cite que les principaux acteurs du contexte, en réalité ce contexte est encore bien plus compliqué.

Bien que Mr Crooke ait un pedigree impressionnant, et malgré une analyse relativement vraisemblable, on ne peut pas s’empêcher d'y voir un certain nombre de faiblesses, peut être dues à un parti pris évident. Même si les intentions rapportées des uns et des autres ne manquent pas de crédibilité, on est tout de même étonné par la relative « naïveté », suggérée par l'auteur, des protagonistes de cette affaire « peut être que l'un a cru ceci, l'autre cela », etc... On imagine mal des conversations aussi décisives à mots couverts dans ce genre d'affaire.

Mais son message semble être non seulement sur ce qui se passe dans cette région du monde mais aussi de faire passer Mr Trump et son équipe pour une bande de branquignoles. Cette équipe doit sûrement en comporter un certain nombre, comme dans toutes les démocraties à base de partis politiques, mais j'ai du mal à croire que Trump et sa famille ont pu concocter tous seuls une telle démarche. D'ailleurs la photo, censée illustrer son propos, le contredit puisqu'on y voit, et la légende le confirme, des secrétaires d'État dont celui de la défense avec d'autres officiels.

En dehors de cet aspect polémique, il fonde ses hypothèses sur des intentions attribuées aux acteurs de cet épisode et non sur des faits, de plus le succès ou l'échec d'une politique ne se juge pas sur 15 jours ou 3 mois, mais sur le long terme.

Enfin je remarque qu'à aucun moment de son analyse il n'est question de la Russie qui joue un rôle majeur, y compris auprès de l'Arabie Saoudite aussi bien par son poids militaire dans la région que par son adoption probable du pétro-yuan en substitution au pétro-dollar en paiement du pétrole d'Arabie Saoudite.

Ceci dit l'article ne manque pas d'intérêt puisqu'il permet à un lecteur non-américain de se forger une idée sur ce jeu compliqué de la politique au Moyen-Orient, je dis « non-américain » car il est évident que cet article est essentiellement destiné à des lecteurs américains pour la partie « Trump et son équipe ».

Traduit par Claude relu par Cat pour le Saker francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/le-plan-saoudien-de-trump-seffiloche

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Le Hezbollah modifie le scénario en déclarant qu’Israël parie sur le Prince Rouge

Le Hezbollah modifie le scénario en déclarant qu’Israël parie sur le Prince Rouge


Par Andrew Korybko − Le 10 novembre 2017 − Source TheDuran


Le Secrétaire général du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah a décerné une distinction déshonorante à Mohammed bin Salman pour son pouvoir – supposé – de contrôler l’ennemi sioniste détesté de l’Iran, ce qui est la façon la plus claire de désigner le « Prince Rouge » comme une menace pour la République Islamique.

Ce n’est pas révéler un secret que de dire que l’Iran et l’Arabie saoudite se haïssent mutuellement pour des raisons trop nombreuses pour être exposées dans la présente analyse, mais qui ont été exploitées par les USA et Israël dans leur but commun de diviser pour régner. Donc, en soi, il n’y a rien d’étrange à ce que le Secrétaire général du Hezbollah interpelle durement le prince héritier saoudien Mohammed ben Salman. Cette fois, cependant, la polémique est sans précédent à cause d’un étonnant renversement des rôles.

Lorsqu’il parlait de la manière dont Riyad essaie d’inciter Tel Aviv à attaquer le Liban, Nasrallah sous entendait qu’au lieu que ce soit l’Arabie saoudite qui est sous le contrôle d’Israël, en réalité c’est Israël qui est sous le contrôle du « Prince Rouge » du Royaume, en le soudoyant à coups de milliards de dollars, dont certains pourraient provenir des avoirs de $800 milliards que Mohammed bin Salman pourrait confisquer aux oligarques de son pays.

Le Hezbollah a la réputation d’être précis et sincère dans ses déclarations, il ne faudrait donc pas ignorer que ce sur quoi Nasrallah nous alerte pourrait être sur le point de se produire si Riyad et Tel Aviv ont, en effet, des entretiens sur ce scénario. Il a cependant ajouté qu’en définitive Israël se défilerait à cause du prix élevé à payer.

En tout cas, ce qu’il est important d’en retenir est que le Hezbollah (et on peut aussi logiquement supposer l’Iran) pense que le futur roi de 32 ans détient un formidable pouvoir en étant capable de contrôler l’ennemi juré sioniste, contrairement à ses prédécesseurs qui étaient accusés d’en être les marionnettes (et c’était assez visible).

Étant donné que Nasrallah n’est pas connu pour prendre des gants dans ses déclarations, on devra admettre qu’en disant cela il y a là un sérieux message, envoyé par le Hezbollah et son allié iranien, à l’intention de tous les partisans de la Résistance, à savoir que le « Prince Rouge » est une des menaces les plus dangereuses pour le monde.

Mohamed bin Salman a, en effet, déclenché une guerre désastreuse au Yémen qui a déjà fait plus de 10 000 morts contribuant ainsi à l’une des pires crises humanitaires au monde. Il a aussi les mains couvertes de sang de par son implication clandestine dans la guerre en Syrie depuis qu’il était devenu ministre de la Défense saoudien début 2015. Jusqu’à maintenant il était considéré comme un instrument sioniste et pas du tout capable de contrôler des acteurs aussi puissants que Netanyahou.

Ce qui a changé depuis ces dernières années est que le « Prince Rouge » vient de prendre un pouvoir sans précédent pendant le week-end en concentrant son autorité sur le pays et en surmontant habilement le processus de prise de décision parcellisé de la cour royale du Royaume. En effet, il a emprisonné  les membres influents de sa famille et de l’oligarchie saoudienne qui s’opposent à lui sous le prétexte d’une campagne anti-corruption, avec le plein soutien des services de sécurité nationale.

L’Iran considère cela comme un changement inquiétant dans l’équilibre régional des forces car cela fait disparaître l’ancienne politique « analyser et équilibrer » de l’activité saoudienne à l’étranger, maintenant que les politiques étrangère et militaire sont entre les seules mains du « Prince Rouge ». Cela fait ainsi du pays un adversaire plus redoutable, dans le sens où il peut maintenant agir sans hésitation lorsqu’il aura fait son choix.

Ceci signifie non seulement que l’Arabie saoudite pourrait devenir imprévisible, mais aussi qu’il y a peu de chance que tous les efforts traditionnels de Téhéran, avec sa convaincante capacité de dissuasion, soient couronnés de succès. Il ne faudra plus simplement convaincre quelques princes influents et facilement impressionnables, parmi plusieurs centaines d’entre eux, que l’Iran veut faire des affaires, lui permettant ainsi de perturber la capacité de décision et de réflexion de l’Arabie saoudite sur la conduite à tenir. Maintenant l’Iran doit affronter un défi beaucoup plus difficile, rendre hésitant un Mohammed ben Salman notoirement déterminé, s’il espère contenir Riyad dans l’avenir.

Cela dit, il semble peu probable pour le moment que le « Prince Rouge » continue à menacer l’Iran et ses intérêts. Il est plus important pour lui de se concentrer sur la consolidation de son pouvoir et de s’assurer de la continuité de la loyauté de l’Armée et des services de sécurité. C’est pourquoi ce que dit actuellement Mohammed bin Salman est essentiellement destiné à un public interne plutôt qu’à jeter de l’huile sur le feu.

Ce que veut réellement le « Prince Rouge » est provoquer une révolution dans son royaume en le sortant du féodalisme et, plus tard, au travers d’une combinaison de réformes socio-économique et religieuse en promouvant sa vision du projet de développement de grands travaux d’aménagement à l’horizon 2030. On peut supposer qu’une large partie sera financée par les avoirs confisqués à l’oligarchie (d’où son sobriquet de « Prince Rouge »). C’est cette volonté, à long terme, de corriger les faiblesses structurelles de l’Arabie saoudite que l’Iran considère comme le prolongement le plus déstabilisant, bouleversant l’équilibre des pouvoirs de la région.

Plutôt que de faire face à un pays sur une trajectoire descendante, implosant dans une orgie de violence extrémiste, sectaire et générationnelle à mesure que les fonds pétroliers se tarissent et que les nombreux problèmes du Royaume deviennent ingérables, l’Iran devra peut être affronter un pays beaucoup plus fort qu’il ne l’imagine si la « révolution du Prince Rouge » est couronnée de succès. C’est encore un gros point d’interrogation, car on peut imaginer qu’elle soit contrée durant le laps de temps nécessaire pour progresser concrètement.

Ce sont les raisons pour lesquelles l’Iran et son allié Hezbollah voient en Mohamed bin Salman une menace. Ils lui ont décerné le titre déshonorant de « soi-disant capable » de contrôler Israël, dans l’espoir que ce message alarmant transmette à leurs partisans l’importance de la menace à long terme du « Prince Rouge » pour leur vision régionale de la paix et de la stabilité au Moyen-Orient.

D’autre part, ce message pourrait être interprété par les ennemis américains et israéliens de l’Iran comme une confirmation du poids potentiel géopolitique de Mohammed bin Salman. Et, par conséquent, les inviter à le soutenir plus que jamais. Ce qu’il est important de garder à l’esprit, c’est que ce pourrait être ce dont l’« État Profond » américain a besoin pour faire oublier sa déconfiture dans le partenariat des Grandes Puissances entre la Chine et la Russie, en changeant de jeu, en s’impliquant dans un soutien total au « Prince Rouge » comme ultime contre-poids anti-iranien pour contenir la République islamique.

Andrew Korybko

Traduit par Claude, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/le-hezbollah-modifie-le-scenario-en-declarant-quisrael-parie-sur-le-prince-rouge

MBS, l’apprenti sorcier

MBS, l’apprenti sorcier

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22 novembre, 2017
Entretien

Bassam Tahhan

Le premier ministre d’un Etat souverain retenu par un autre Etat a été une première extraordinaire dans les annales des relations diplomatiques. Voir Saad Hariri annoncer sa démission à la télévision depuis Ryad tenait du tragi-comique. Tragique car il en va de la stabilité du Liban et plus largement de toute la région ; comique car cela relève d’une bouffonnerie de la part d’un prince héritier, Mohamed Ben Salman, dit MBS, qui n’aura finalement, et malgré les conseils de Jared Kushner, le gendre de Donald TRUMP, réussi qu’à se prendre les pieds dans le tapis. Avec sa médiation, le Président, Emmanuel Macron, a permis aux deux parties de sortir, la tête haute, de cette impasse. Pour autant, le retour de Saad Hariri à Beyrouth ne résout pas la crise libanaise et il reste de nombreuses inconnues. Bassam Tahhan, consultant en géopolitique internationale, décrypte un dossier complexe, sorte de puzzle auquel il manquerait des pièces…

Lorsque Saad HARIRI était à Ryad, Emmanuel MACRON l’a invité, avec sa famille, or, le Premier ministre libanais est arrivé en France sans ses deux adolescents restés en Arabie Saoudite. Comment interpréter l’absence de ces deux enfants ?

Selon moi, le fait que Saad Hariri ne soit venu qu’avec son aîné et pas avec ses deux autres enfants signifie qu’il demeure otage et qu’il fait toujours l’objet de pressions. Mais tout de même, cette affaire met en lumière les incongruités de la politique libanaise où un Premier ministre peut avoir plusieurs nationalités. Saad Hariri a trois passeports : français, saoudien et libanais ce qui pose un vrai problème. Est-ce qu’un Premier ministre peut jouir d’une autre nationalité ? En outre, il ne faut pas oublier qu’il fait également partie de la famille de l’actuel roi.

Comment analyser cette séquestration ?

Cela fait partie d’un plan américain dessiné depuis longtemps par Donald Trump, sa fille et son gendre Jared Kushner, ils utilisent MBS comme un apprenti sorcier. Si cette affaire tourne mal pour le Liban dans le cas où le parti d’Hariri, le « Courant du Futur » ou d’autres acteurs de la scène libanaise comme Samir Geagea entreraient en conflit avec le Hezbollah, ils essaieront d’étendre ce conflit à l’Iran ou la Syrie. Cette affaire est une sorte de crise du Qatar bis.

Quelle peut être l’issue de cette crise ?

Saad Hariri rentré au Liban le jour de la fête de l’indépendance, avait deux possibilités, maintenir sa démission ou y renoncer. Il a choisi une troisième voie qui consiste à suspendre sa décision, nous revoilà donc à la case départ, la crise libanaise est toujours au-devant de la scène. Cela étant, le Président libanais, Michel Aoun et Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah sortent grandis de cette séquence par la sagesse avec laquelle ils ont géré cette crise délicate et sans précédent dans les relations internationales. Ironie du sort, Saad Hariri se retrouve dans les habits du héros populaire. Autant dire que la séquestration du Premier ministre a eu les effets inverses à ceux escomptés : MBS s’est tiré une balle dans le pied. Il faut donc s’attendre à des répercussions graves dans les semaines à venir concernant la situation intérieure du Royaume Saoudite. Se servir de Saad Hariri pour déstabiliser le Liban était de toute façon une très mauvaise idée. Il faut se souvenir qu’il s’est retrouvé au pouvoir par hasard, il a mis ses pas dans ceux de son père, mais le costume est trop grand pour lui. Il n’est à la hauteur ni en politique ni dans les affaires. Il s’est retrouvé à la tête d’une immense holding et son groupe OGER a fait faillite.

Quel a été le rôle d’Emmanuel Macron ?

Le Président français a joué un coup de maître, il a occupé la scène et a permis à tout le monde d’avoir une sortie honorable. Le Liban retrouve un Premier ministre libre au moins physiquement, ce qui redore le blason d’un Etat qui aurait pu passer comme fantoche dans la mesure où son Premier ministre est arrêté dans un autre pays. Emmanuel Macron est donc gagnant sur tous les tableaux de la scène libanaise du parti de Michel Aoun à celui d’Hariri.  Il est également gagnant du côté de l’Arabie Saoudite car il a offert une porte de sortie à MBS, dont tout le monde a pu s’apercevoir qu’il pratiquait les méthodes d’un Etat voyou.

L’ Arabie Saoudite sort elle totalement perdante de cette séquence surréaliste ?

Attendons de voir la suite, néanmoins l’actualité autour du Premier ministre a permis de masquer momentanément l’extrême fragilité de ce Royaume et ses nombreux problèmes. En effet, cet Etat est englué dans la guerre au Yémen et dans la crise du Qatar ; il a perdu en Syrie malgré les milliards déversés. Enfin « l’affaire Hariri » a permis d’occulter, un tant soit peu, l’incroyable purge des princes réalisée en vue de la difficile succession du prince héritier.

Les Etats-Unis et Israël, un pays qui s’est rapproché de l’Arabie Saoudite, ont-ils raison de se servir de MBS afin de jouer leur carte stratégique au Proche et Moyen Orient, n’est-ce pas un jeu extrêmement risqué ?

C’est un fait aujourd’hui, les relations entre le royaume saoudite et Israël éclatent au grand jour avec la bénédiction de l’administration trump et la coopération étroite de son gendre Jared Kushner. Effectivement, il y a un risque, celui de déclencher une guerre au Moyen Orient à cause du manque d’expérience de MBS. Cette guerre aurait des conséquences néfastes sur tous les pays de la région et notamment sur Israël qui serait peut-être obligé d’adopter une riposte nucléaire. Néanmoins quoi que fasse MBS, ce ne pourrait être que bénéfique pour les USA et Israël car la désagrégation des différentes entités au royaume saoudite irait dans le sens du rêve du Moyen Orient tant désiré par les néoconservateurs et donnerait peut-être une chance à Israël d’annexer des territoires qui iraient jusqu’aux côtes de la mer rouge de ce royaume.

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Au bord de la guerre

Au bord de la guerre


La purge de Muhammad Bin-Salman en Arabie Saoudite est le prélude à quelque chose de plus grand


Par Abdel Bari Atwan – Le 10 novembre 2017 – Source raialyoum.com

bin salamn cc.jpg666Notre région est au bord de la guerre. Nous ne devrions pas laisser de petits détails – comme la démission du Premier ministre libanais Saad al-Hariri ou la détention de princes et d’anciens ministres en Arabie saoudite – nous détourner d’une compréhension plus large des développements réels qui se déroulent en coulisses. La phase vraiment dangereuse est celle qui suivra la purge du prince héritier Muhammad Bin-Salman sur le front intérieur saoudien. Elle peut être le précurseur de scénarios pour une guerre régionale qui pourrait, sans exagération, finir par être la plus dévastatrice de son histoire moderne.

Tout ce qui se passe actuellement fait partie d’un plan soigneusement planifié et élaboré, et c’est le prélude à une guerre sectaire menée sous le couvert d’un « nationalisme arabe » contre le pouvoir croissant de l’Iran « chiite » et de ses substituts au Yémen, au Liban et en Irak avec le soutien régional américain et israélien.

L’ancienne Arabie saoudite n’est plus. Le wahhabisme respire encore, mais à peine, et il est en train de devenir une histoire du passé. Un quatrième État saoudien, vêtu de modernité et basé sur des alliances différentes, est en train de naître.

Alors que son futur fondateur et homme fort, Muhammad Bin-Salman, accuse l’Iran de monter une “attaque militaire directe qui peut constituer un acte de guerre” contre son pays en fournissant prétendument des missiles à des factions au Yémen, et que sa position est approuvée et soutenue par les États-Unis, il est clair qu’une nouvelle alliance dirigée par les Américains prend forme dans la région.

La purge de Muhammad Bin-Salman, incluant la détention de 11 princes et de dizaines d’hommes d’affaires et d’anciens fonctionnaires sous la bannière de la lutte contre la corruption, n’est qu’une première phase. Il semble qu’elle se soit déroulée sans heurt jusqu’à présent, sans rencontrer d’obstacles sérieux.

L’homme a maintenant pris en main les quatre principaux piliers du pouvoir de l’État – l’économie, la sécurité et les forces militaires, les médias et l’establishment religieux (le Conseil officiel des hauts Oulémas et les non-officiels clercs “éveillés”). Ils sont totalement sous son contrôle. Il a jeté tous ses adversaires, et tous ceux qui ont critiqué son gouvernement derrière les barreaux (ou, dans le cas des princes et d’autres personnalités de haut rang, les a incarcérés dans un hôtel de luxe, pour le moment). Cette dernière série de mise en détention ne sera probablement pas la dernière, car il s’agit d’un bulldozer qui nivelle tout ce qui se trouve sur son chemin.

En temps voulu, Muhammad Bin-Salman passera à ce que nous croyons être une deuxième phase plus sérieuse, celle de la confrontation militaire.

Cela pourrait inclure les étapes suivantes :

Premièrement, précipiter une confrontation militaire avec l’Iran avec en toile de fond le siège impitoyable du Yémen, après avoir imposé un blocus terrestre, aérien et maritime total sous prétexte d’empêcher les missiles iraniens d’arriver entre les mains des Houthis.

Deuxièmement, la formation d’une nouvelle alliance sur le modèle de la coalition Tempête du désert formée en 1990 pour expulser les forces irakiennes du Koweït. Les candidats à cette coalition, outre l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, comprennent la Jordanie, l’Égypte, le Soudan et le Maroc. (Le roi du Maroc qui était, par coïncidence, dans la capitale des Émirats arabes unis, Abou Dhabi, chercherait à négocier avec l’Arabie saoudite au sujet des récentes détentions : il a reçu le message clair de Riyad de ne pas interférer avec ce qui se passe en Arabie saoudite, selon des sources fiables).

Troisièmement, le bombardement du Liban et la destruction de ses infrastructures sous prétexte d’essayer d’éradiquer le Hezbollah. Un tel assaut conduirait le parti à riposter par des frappes de missiles intensives contre Israël, et serait plus susceptible que jamais d’entraîner l’Iran et la Syrie.

Quatrièmement, une invasion du Qatar par les forces égyptiennes, émiraties et saoudiennes visant à renverser son régime, précipitant un affrontement avec la force turque de 30 000 hommes déployée dans ce pays.

Cinquièmement, une contre-offensive américano-saoudo-israélienne en Syrie visant à reconquérir les zones perdues par les États-Unis et les forces proxy de leurs alliés comme Alep, Homs et Deir ez-Zor. Les États-Unis ne peuvent pas facilement digérer leur défaite en Syrie du fait de la Russie et de l’Iran, même au risque de provoquer une collision avec la Russie. Ils ont délibérément saboté la conférence sur le dialogue national syrien à Sotchi, que Moscou avait appelé de ces vœux, en demandant à l’opposition syrienne de la boycotter.

Sixièmement, mobiliser les milices kurdes dans le nord de l’Irak et la Syrie en tant que mandataires américains dans ces guerres dans le but d’affaiblir et de déstabiliser l’Iran, la Turquie et l’Irak.

Ce ne sont là que les plus évidentes des mesures que peut prendre la nouvelle alliance dirigée par les États-Unis – peu importe comment elle choisit de s’appeler.

Mais rien de tout cela ne signifie que cette coalition soit assurée de réussir dans la réalisation de ses objectifs pour remodeler la région selon ses spécifications.

Le contre-scénario pourrait être celui de la consolidation d’une alliance irano-syro-turco-irakienne avec laquelle la Russie sympathiserait d’abord et qu’elle pourrait finir par diriger. Ensemble, ces pays possèdent de formidables arsenaux de missiles qui viseraient principalement l’Arabie saoudite, les EAU et Israël. Les systèmes anti-missiles Patriot des États-Unis tant vantés, achetés par ces États-cibles, seraient inefficaces face aux frappes intensives de milliers de missiles lancés simultanément.

La mesure du succès dans cette guerre régionale que l’on peut anticiper et qui peut être imminente serait la destruction de l’Iran, le changement de régime au Qatar et l’éradication du Hezbollah. Mais son échec signifierait des ravages pour l’Arabie saoudite, Israël et les EAU, et le démembrement du royaume saoudien en fragments.

Nous ne sommes ni devins ni diseurs de bonne aventure. Néanmoins, ceci peut s’avérer être la dernière guerre de transformation de la région, changeant ses États, ses frontières, et peut-être aussi ses populations. Les Arabes et les Iraniens survivront certainement à un tel cataclysme. Mais Israël dans sa forme actuelle peut-il survivre aussi ?

Abdel Bari Atwan

Note du Saker Francophone

Il est fort peu probable que le Hezbollah lance un quelconque missile autrement que sur une force d'invasion terrestre israélienne, scénario peu probable. Nasrallah est bien trop rusé pour laisser une seule image de juifs morts dans les rues de Tel-Aviv qui permettrait une gigantesque campagne médiatique contre l'Iran, justifiant la destruction de ce pays. Au contraire, comme en Syrie qui a refusé de répliquer sur le sol israélien aux multiples provocations, ou en Ukraine ou les Novorusses n'ont pas répondus plus que nécessaire aux mêmes provocations, ce sont les destructions du Liban qui pourraient enfoncer encore un peu plus l'image désastreuse de l'Arabie saoudite, d’Israël et des USA.

Trump y laisserait ses derniers quarterons de supporters aux États-Unis, la gauche libérale et sociétale, soutenant cette coalition, serait décrédibilisée en Europe. Il semble plus probable que les rodomontades de cette coalition ne trouvent en face qu'un silence poli et pas du tout la montée aux extrêmes attendue pour justifier une guerre régionale, seule capable de renverser la table. Et enfin, il reste le rôle de l'éléphant dans la région, la Chine, qui avec sa route de la soie peut permettre le développement... ou pas, des pays impliqués dans une aventure militaire sans lendemain.

 

http://lesakerfrancophone.fr/au-bord-de-la-guerre

Arabie Saoudite : Après la tentative de coup d’état, par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 13-11-2017

Beyrouth, 13 novembre 2017.

Comme l’a titré le quotidien Al-Akhbar, dès le lendemain de l’annonce de sa démission sur la chaine de télévision saoudienne Al-Arabia, le Premier ministre libanais Saad Hariri serait l’« otage » du jeune prince héritier Mohamad Ben Salman (MBS). La démission surprise de Saad Hariri constitue sans doute l’un des dégâts collatéraux d’une tentative de coup d’Etat fomenté par les princes, hommes d’affaires et responsables militaires du clan de l’ancien roi Abdallah et d’autres cercles – religieux notamment -, victimes de la révolution de palais mené par l’actuel roi Salman (83 ans) pour installer définitivement son fils MBS (32 ans) sur le trône !

OTAGE ET PRISONNIER

Otage et prisonnier de la monarchie wahhabite, Saad Hariri l’est à plusieurs titres : Premier ministre libanais, mais détenteur d’un passeport saoudien, Saad Hariri et sa famille restent historiquement liés au clan Abdallah. Le Premier ministre libanais partage les options régionales de l’ancien roi d’Arabie : conservatisme sunnite, fermeté vis-à-vis d’Israël et évitement d’un durcissement immodéré avec l’Iran. Cette posture l’a amené à accepter l’accession du général Michel Aoun à la présidence du Liban, après avoir tendu la main à Sleiman Frangieh, le chef des Marada, lui-aussi partisan du camp du « 8 mars », allié au Hezbollah.

En obligeant Saad Hariri à démissionner de ses fonctions d’une manière si brutale, MBS le force aussi à renoncer à la participation du Hezbollah aux pouvoirs exécutif (deux ministres font actuellement partie du gouvernement) et législatif (13 députés sur 128) libanais et, par conséquent, à renier son pragmatisme consensuel qui avait permis au Pays du Cèdre de sortir de plusieurs années de blocage politique. Et pour qu’il boive le calice jusqu’à la lie, Riyad oblige Saad Hariri à effectuer une visite aux Emirats arabes unis, l’autre partenaire de l’Arabie saoudite partisan d’un durcissement des relations avec l’Iran et le Qatar. Le Premier ministre libanais a dû aussi accorder une interview effectuée depuis Riyad à la chaine libanaise Future-TV(organe du camp du 14 mars auquel appartient Saad Hariri) ce dimanche 12 Novembre. Il déclare qu’il est fier d’avoir démissionné depuis l’Arabie saoudite, ajoutant que « le roi Salman le considère comme un fils et qu’il respecte le prince héritier MBS ». Tout est dit !

Non sans cynisme, et en forçant ainsi le Premier ministre libanais à se transformer en VRP de sa politique belliciste, Riyad ose affirmer que Saad Hariri est bien libre de ses mouvements ! En réalité, toute la famille du Premier ministre libanais est retenue en résidence surveillée dans une banlieue résidentielle de Riyad, en dépit des tentatives de médiation libanaise, égyptienne, marocaine, palestinienne et française pour le ramener au Liban – lui et sa famille – ou les exfiltrer vers la France. Profitant de la visite d’Emmanuel Macron aux Emirats arabes unis, la diplomatie française aura mobilisé, en vain, toutes ses énergies.

L’actuel ambassadeur de France à Riyad, l’excellent François Gouyette, a remué des montagnes et des dunes. Il a pu s’entretenir seul à seul avec le Premier ministre libanais et comprendre que ce dernier et sa famille sont retenus en Arabie saoudite contre leur volonté. Bertrand Besancenot – ambassadeur de France à Riyad durant dix ans et actuel médiateur dans le contentieux opposant la monarchie saoudienne au Qatar – ainsi que le patron des services extérieurs (DGSE), Bernard Emié – ancien ambassadeur à Alger et Beyrouth – ont eux-aussi aussi mouillé la chemise, mais se heurtant à une absolue fin de non-recevoir du pouvoir saoudien.

Représentant la France à Beyrouth, l’ambassadeur Bruno Foucher a fait le tour des responsables politiques du Pays du Cèdre, s’assurant de leur volonté unanime à éclaircir les conditions de cette démission surréaliste, contraire à tous les usages. Avec sang-froid et maîtrise, le président libanais Michel Aoun a rejeté cette démission prononcée en dehors du territoire national, exigeant le retour de Saad Hariri au Liban afin qu’il puisse expliquer à ses pairs les raisons d’une telle décision. Seul le chef des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, semble se réjouir du coup de force saoudien…

Sur la route du retour des Emirats arabes unis où il venait d’inaugurer le Louvre local, Emmanuel Macron a fait halte à l’aéroport de Riyad pour y rencontrer MBS, afin d’évoquer « les crises régionales » et le sort du Premier ministre libanais. En signant dernièrement avec Theresa May et Angela Merkel un communiqué commun appelant Donald Trump à ne pas défaire l’accord sur le nucléaire iranien, le président français a indisposé, non seulement Washington, mais aussi Riyad. Afin de rééquilibrer la donne, Emmanuel Macron a donc multiplié les déclarations de fermeté vis-à-vis de l’Iran – s’agissant notamment de son programme balistique – lors de sa visite de la base française d’Abu Dhabi. Mais cela n’a pas suffi à convaincre MBS de le laisser ramener Saad Hariri et sa famille à Paris pour sortir de l’impasse.

« MBS est maintenant prisonnier d’une fuite en avant comme le Prince de Machiavel : soit supprimer tous ses opposants d’un coup, soit succomber lui-même à ses opposants », explique un expert libanais de la monarchie wahhabite qui souhaite conserver l’anonymat ; « à 32 ans, ce jeune prince sans expérience pense qu’avec l’argent il peut tout acheter alors que ses décisions sont des échecs patents, en Syrie, au Yémen et au Bahreïn- où la répression quotidienne par les forces saoudiennes de sécurité contre une population majoritairement chi’ite indispose aussi fortement les minorités chi’ites des provinces pétrolières saoudiennes régulièrement secouées par des mouvements de protestation tout aussi violemment réprimés. Sa conception géopolitique du monde la plus sophistiquée se réduit à celle de la planète des singes… »

REVOLUTION ET CONTRE-REVOLUTION DE PALAIS

Roland Lombardi1 nous rappelle opportunément l’exemple le plus frappant de la détermination de MBS à détenir la totalité du pouvoir entre ses seules mains : « le cas du puissant et incontournable prince Mohammed ben Nayef Al Saoud (57 ans et propre cousin du jeune prince), ancien Monsieur Sécurité et anti-terrorisme du royaume et véritable version bédouine d’un Joseph Fouché ou d’un J. Edgar Hoover est emblématique. Il a été évincé en juin dernier de son ministère de l’Intérieur, de son poste de vice-Premier ministre et surtout de son statut de prince héritier… Tout cela engendre frustrations, rancœurs et fait de nombreux mécontents parmi les élites et les notables écartés du pouvoir ».

Dans les milieux religieux, ce ne sont pas moins d’un millier d’imams wahhabites jugés extrémistes qui ont été mis à l’ombre en quelques semaines, comme en témoignent les dernières arrestations de Salman al-Awda, Awad al-Qarni et Ali al-Omari, trois prédicateurs conservateurs très populaires. D’autres arrestations concernent notamment des personnes étroitement liées à la famille du défunt prince héritier et ministre de la Défense Sultan ben Abdel Aziz, mort en 2011. Le nombre des comptes en banque, appartenant à des particuliers, qui ont été gelés, est passé de 1 200 à plus de 1 700, précise-t-on de sources bancaires.

La dernière décision de MBS visant à permettre aux femmes de conduire leur propre voiture sans être accompagnées d’un chaperon, a été perçue par le Conseil des Oulémas et tous les gardiens du wahhabisme – qui sert toujours de fondement aux lois de la monarchie – comme un véritable défi et une concession faite à l’administration américaine.

Cette révolution de palais, à la fois autoritaire et tintée de modernisme, est couverte, sinon encouragée par Donald Trump lui-même, qui a décidé de miser sur le jeune prince héritier à trois conditions : moderniser, sinon « occidentaliser » les usages de la vie quotidienne de la monarchie ; combattre le radicalisme salafiste et arrêter de financer le terrorisme islamiste ; enfin, orienter principalement la politique étrangère de la monarchie contre l’Iran en se rapprochant d’Israël. Cette « couverture » américaine est principalement le fait de quatre personnages clefs : Jared Kushner (36 ans), le gendre et proche conseiller de Trump, farouchement pro-israélien ; le général H. R. McMaster conseiller à la sécurité nationale ; le général James Mattis Secrétaire à la Défense et le chef de cabinet de la Maison blanche, le général John Kelly.

Les trois derniers connaissent bien les arcanes de l’Orient compliqué et cherchent à tourner la page d’une Arabie saoudite impliquée dans les attentats du 11 septembre 2001 : 17 des 19 pirates de l’air étaient Saoudiens ou d’origine saoudienne. Le 20 mai 2017 à Riyad, devant une cinquantaine de pays sunnites, Donald Trump adoube l’Arabie saoudite comme la seule et unique puissance régionale du Proche-Orient aux côtés d’Israël. Non content de vendre plusieurs centaines de milliards d’armements aux monarchies du Golfe, Donald Trump appelle – en convergence de moins en moins cachée avec Israël – à « isoler l’Iran », accusé de « soutenir le terrorisme ».

Parmi les 10 000 princes saoudiens, ces orientations ne font pas l’unanimité, surtout le rapprochement amorcé avec Tel-Aviv. Ajoutées à l’autoritarisme grandissant de MBS et à sa volonté affichée d’accaparer la totalité du pouvoir, plusieurs manifestations populaires ont été violemment réprimées dernièrement, notamment dans la province du Assir, la région stratégique des terminaux gaziers et pétroliers. Plusieurs sources locales parlent même d’affrontements armés faisant plusieurs dizaines de victimes. Il n’en faut pas plus pour que le Palais dénonce une tentative de coup d’Etat, lui permettant de finir de décapiter toute espèce d’opposition au nom d’une soudaine « lutte contre la corruption ».

Jared Kushner arrive à Riyad en catastrophe. Durant la nuit de samedi à dimanche dernier, il reste en compagnie de MBS jusqu’à 4 heures du matin, tandis que la Vème Flotte2 est mise en alerte. Plusieurs escadrilles de la chasse américaine survolent Djeddah et le Nedj, couverts par un appareil de surveillance AWACS (Airborne Warning and Control System). Accréditant qu’il y a bien eu tentative de coup d’Etat, le CENTCOM reste en alerte, particulièrement mobilisé pour la protection de Dubaï après l’affirmation d’un journal iranien disant qu’il suffirait d’un missile sur cette ville pour faire éclater « la bulle financière des Emirats arabes unis ».

ARRESTATIONS ET ATTENTATS

Simultanément à cette purge sans précédent engagée par MBS contre ses opposants, dimanche 5 novembre l’hélicoptère du prince Mansour ben Moqren – vice-gouverneur de la province du Assir (dans laquelle se sont déroulées les manifestations anti-MBS) – s’écrase près d’Abha à proximité de la frontière du Yémen. « D’autres responsables militaires » se trouvaient à bord de l’appareil a précisé la chaine pro-gouvernementale Al-Arabia, laissant entendre que l’appareil avait été victime, soit d’une avarie technique, soit d’un tir des rebelles yéménites houthi…

Accusés d’être soutenus par l’Iran, ces derniers ont revendiqué avoir tiré un missile sur une distance de plus de 750 kilomètres pour viser l’aéroport de Riyad. Il s’agit de la première attaque du genre visant la capitale saoudienne. Si plusieurs officiers européens de renseignement confirment la paternité « houthi » du tir de ce missile sur Riyad, ces mêmes sources se montrent plus dubitatives quant au crash de l’hélicoptère du prince Moqren. Certains estiment qu’aucune indication de tir de proximité n’a été relevé et que l’explosion est intervenue de l’intérieur de l’appareil…

Dans ce contexte de « tension extrême », selon les propres termes d’un ambassadeur européen en poste à Riyad, le roi Salman a signé deux décrets. Le premier entérine la mise à la retraite anticipée et l’arrestation de l’émir Metab ben Abdallah, le puissant chef de la Garde nationale saoudienne – un corps d’élite de 200 000 hommes chargé d’assurer la sécurité de la capitale et de lutter contre le terrorisme. Le même texte officialise aussi les arrestations du vice-amiral Abdallah al-Sultan, aux commandes de la marine saoudienne depuis 2014 et du ministre de l’Economie et du Plan Adel Fakih.

Un second décret a installé une Commission de lutte contre la corruption, sous la présidence de MBS. Cette nouvelle instance décide aussitôt d’appréhender onze princes, quatre autres ministres en exercice et une dizaine d’anciens ministres dont l’émir Turki ben Abdallah, l’ancien gouverneur de la province de Riyad, lui aussi proche du clan Abdallah. Dans le même temps, à New York, on annonçait que l’offre publique d’achat pour la privatisation effective de l’ARAMCO serait lancée non pas à Riyad, mais… à Wall Street à la plus grande joie du président Trump !

Fait aussi partie de la charrette l’homme d’affaire Walid ben Talal, considéré comme l’un des hommes les plus riches du monde. Sa société Kingdom Holding Company est actionnaire de Citigroup, Apple, Twitter et Euro-Disney notamment. Son animosité envers le président américain Donald Trump pourrait être l’une des raisons de son arrestation. Deux autres hommes d’affaires opposés à MBS font partie du lot : Walid ben Ibrahim al-Ibrahim, le propriétaire de la MBC (Middle East Broadcasting Company) ayant refusé dernièrement de vendre ses chaines à MBS et Bakr ben Laden, le président du groupe Saudi BinLaden, référence lourde des attentats du 11 septembre 2001.

Toutes ces personnalités- soit plus de 1 500 personnes – ont été enfermées à l’hôtel Ritz de Riyad où a été aussi transféré Saad Hariri. La presse officielle de la monarchie vient d’annoncer l’adoption d’une nouvelle loi anti-terroriste qui préconise notamment des peines d’emprisonnement de 5 à 15 ans pour diffamation ou insulte publique à l’égard du roi ou du prince héritier.

L’APRES AOUN A COMMENCE

« Indépendamment de l’insulte faite au peuple libanais, aujourd’hui, le jeune MBS fait exactement ce que Recept Erdogan a fait après la tentative de coup d’Etat visant à le renverser en juillet 2016 », explique un officier de renseignement en poste à Beyrouth, « il fait le ménage en neutralisant les grandes familles, les milieux sécuritaires, économiques et médiatiques suspectés, non pas d’avoir participé directement à la tentative de coup d’Etat, mais de l’avoir acceptée, sinon souhaitée. Avec l’aval des Etats-Unis, il est en train de mettre en place un régime dictatorial tout en libéralisant les mœurs et les réseaux sociaux, parce que c’est meilleur pour les affaires ».

La prise en otage du Premier ministre libanais par les autorités saoudiennes a principalement trois conséquences sur la situation libanaise : une remontée optimale de la menace terroriste (des attentats contre des cibles chi’ites sont à craindre, notamment dans le nord du pays et les régions et quartiers urbains chi’ites des grandes agglomérations) ; la suspension des élections législatives qui devaient avoir lieu en mai prochain ; et la recherche – qui s’annonce d’ores et déjà laborieuse – d’un nouveau gouvernement de « technocrates » où la présence du Hezbollah ne serait plus affichée.

D’une manière générique et organique, cette crise relance aussi la course à la succession de Michel Aoun pour la future présidence de la République. Dialectiquement, la prise d’otage de Saad Hariri foudroie les espoirs de Gibran Bassil de succéder à son beau-père à Baabda, sans parler de ceux du chef des FL Samir Geagea, le « tueur en série » de la guerre civile, aujourd’hui courroie de transmission au Liban des intérêts israéliens et saoudiens.

Victime de son double langage – critiquant le Hezbollah en Arabie saoudite et dans toute la région tout en s’affichant comme son allié sur la scène intérieure -, le premier est largement responsable de l’affaire Hariri. Obligé maintenant de sortir de ses ambiguïtés coutumières, il ne peut être un candidat sérieux à la succession de son beau-père ! Depuis qu’il est sorti de prison, le deuxième souffle sur les braises confessionnelles comme s’il rêvait de voir reprendre la guerre civile pour s’adonner à son occupation favorite : l’assassinat de tous ceux qui ne partagent pas son fantasme d’un réduit chrétien purifié ethniquement et religieusement !

« Dans tous les cas de figures », affirme un ambassadeur européen en poste à Beyrouth, « ni Gibran Bassil, ni Samir Geagea ne pourront prétendre à la succession de Michel Aoun, qui nécessitera un homme jeune, apaisé, populaire et ouvert ».

La rédaction de prochetmoyen-orient.ch souhaite la libération prochaine de Saad Hariri et de sa famille, ainsi que la stabilité de notre cher Liban ! Bonne lecture et bonne semaine !

Richard Labévière
13 novembre 2017

1 Roland Lombardi – docteur en histoire, consultant indépendant en géopolitique et analyste au sein du groupe JFC Conseil. « Arabie saoudite : La “Nuit des Longs Cimeterres” se poursuit… » 8 novembre 2017.
2 La Cinquième flotte de l’US Navy a été créée le 26 avril 1944 puis supprimée en janvier 1947. Dans les années 1990, suite à la guerre du Golfe, le Pentagone a décidé de créer une flotte chargée des forces navales au Moyen-Orient. Elle est donc recréée le 1er juillet 1995. Son quartier général se trouve à Manama, au Bahreïn. Le soulèvement bahreïni de 2011 aurait conduit le commandement américain à envisager d’implanter le quartier général de la flotte dans un pays plus stable, le Qatar ou les Émirats arabes unis. La Ve flotte opère sous l’autorité du CENTCOM.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 13-11-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

4 réponses à Arabie Saoudite : Après la tentative de coup d’état, par Richard Labévière

  1. Pierre Tavernier Le 26 novembre 2017 à 06h49

    Afficher/Masquer

    Bonjour
    En complément, cette interview de Bassam Tahhan :
    https://www.iveris.eu/list/entretiens/295-mbs_lapprenti_sorcier

    Notons que Guillaume Berlat est plus réservé sur le bilan de la diplomatie française :
    http://prochetmoyen-orient.ch/arabie-saoudite-liban-voyage-en-absurdie/

    Et Richard Labévière montre dans cet édito les facteurs de risque de déstabilisation :
    http://prochetmoyen-orient.ch/hariri-a-paris-geagea-en-embuscade-a-beyrouth/

    Soulignons que ce dernier a été écrit avant l’annonce par Hariri qu’il suspendait sa démission.

    pour lire les 4 réponses , cliquez sur le lien :

     

    https://www.les-crises.fr/arabie-saoudite-apres-la-tentative-de-coup-detat-par-richard-labeviere/

Washington trahit plus vite que son ombre

Washington trahit plus vite que son ombre

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Washington trahit plus vite que son ombre

Après deux coups de téléphone de Trump, l’un avec Poutine, l’autre avec Erdogan, il semble que les USA soient clairement sur le point de laisser les Kurdes à leur sort désormais assez triste. Les stratèges de “D.C.-la-folle” ont audacieusement calculé qu’il valait mieux, d’une part tenter de maintenir de bonnes relations avec la Turquie, d’autre part tenter d’embrasser ce qu’on ne peut étouffer, à savoir la dynamique d’arrangement que les Russes mènent d’une main de maître en Syrie. Mais quoi, les Kurdes ont l’habitude, ils ont pu mesurer combien la trahison était l’une des “valeurs” préférées des USA dans le “tourbillon crisique” syrien & alentours…

« Les Kurdes ont été trahis plusieurs fois dans le passé », dit un des experts convoqués par RT. « Ils ne seront pas surpris par ça. Et ils ont probablement fait des plans depuis un certain temps selon la possibilité que leur “protecteur”, les Etats-Unis, les abandonnerait. » Le plus assuré de “ces plans” des Kurdes semble être un rapprochement kurde du gouvernement syrien. Cela signifierait un renforcement d’Assad déjà bien assuré dans l’actuelle situation, et une garantie de la protection de l’unité de la Syrie ; indirectement, il s’agit également d’un renforcement de la position des Russes et des Iraniens.

La question en suspens est bien entendu celle que vous attendez tous et que nous connaissons bien : que vaut la parole de Trump ? Nul n’est capable de le dire. Nul n’est capable de dire s’il existe une parole qui puisse être avoir une signification impérative, aujourd’hui à Washington, et encore plus une parole qui puisse être tenue. La politique de la puisssante et exceptionnelle débâcle américaniste, en plus de l’illégalité et de la piraterie que constituent les sanctions dans tous les sens, est celle de la trahison et du désordre, – surtout du désordre, encore du désordre, toujours du désordre. Comme dirait l’expert déjà citée : en plus des Kurdes, ni les Syriens, ni les Turcs, ni les Russes, ni les Iraniens ne seraient surpris s’il y avait une nouvelle trahison de la parole prêtée plutôt que donnée…

(D’autre part et pour faire un lien avec un autre dossier, pas si éloigné que ça, le tout nouveau “jeune homme fort” de Ryad, MbS, ferait bien de se méfier des grands plans de guerre déstabilisatrice, par Liban interposé, qu’il serait tentée de lancer en croyant avoir le soutien des USA et d’Israël…)

Ci-dessous, une chronique de “la trahison du jour” venue de Washington, dans une version française d’un texte de RT interrogeant deux experts ce 25 novembre 2017.

dde.org

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Une trahison de plus de Washington

“Les milices kurdes syriennes se sentiront trahies et se rapprocheront probablement de Damas”, si Donald Trump tient sa promesse à Recep Tayyip Erdogan et “ajuste” le soutien militaire américain aux soi-disant Forces démocratiques syriennes, ont déclaré des experts à RT.

Dans un appel téléphonique avec son homologue turc vendredi, Trump a informé M. Erdogan à propos des « ajustements en attente pour le soutien militaire [américain] fourni à nos partenaires sur le terrain en Syrie », a déclaré le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. Trump a explicitement promis de « ne pas fournir d’armes au YPG », ce que Ankara considère comme une organisation terroriste affiliée au Parti des travailleurs du Kurdistan turc (PKK).

Mais sans le soutien de Washington, les Kurdes chercheront probablement des liens plus étroits avec Damas pour résoudre la crise syrienne et préserver l’unité du pays, a déclaré Rick Sterling à RT. « Ce qui peut arriver, c’est qu’ils [les Kurdes] peuvent reconnaître le gouvernement syrien et commencer à travailler plus étroitement avec lui. Bien sûr, ils ne se sont jamais battus contre les forces gouvernementales syriennes. Et je pense que ce qui pourrait arriver dans ce cas, c’est que le YPG s’alignera et indiquera très clairement qu’il ne cherche pas une fédération ou quoi que ce soit de ce genre, mais qu’il fera partie d’une future Syrie », a déclaré Sterling.

L’intention de Trump de revenir sur son soutien aux Kurdes, selon les experts, fait partie d’une tentative de “rattrapage” de la politique américaine sur la Syrie, suite à un certain nombre d’avancées diplomatiques récentes obtenues avec la contribution directe et dynamique de la Russie. Plus tôt cette semaine, le président russe Vladimir Poutine a accueilli le dirigeant syrien Bashar Assad à Sotchi. Il a ensuite convoqué un sommet sur l’avenir de la Syrie avec les dirigeants de l’Iran et de la Turquie, au cours duquel toutes les parties ont entériné une initiative visant à convoquer un dialogue national pan syrien. Les développements en Syrie ont également été discutés entre Poutine et Trump mardi, au cours d’une conversation téléphonique de plus d’une heure.

« Ce qui se passe en Syrie implique fondamentalement un échec de la politique étrangère américaine. Ce que je veux dire, c’est que Washington s’était allié aux Saoudiens pour soutenir les zélotes religieux. Cependant, avec l’intervention de la Russie, de l’Iran et du Hezbollah libanais, ces forces ont vaincu le soi-disant État islamique, elles ont vaincu les zélotes religieux et la politique américaine se démène maintenant pour essayer de trouver une alternative à cette politique ratée », explique l’historien Gerald Horne.

Selon Sterling, « le timing [de l’appel téléphonique de Trump-Erdogan] est motivé par le rôle de la Russie dans la recherche d’une solution, et par les progrès considérables qu’ils ont contribué à développer vers la résolution du conflit, notamment en réunissant les différentes parties autour de la même table ».

Sterling a néanmoins remarqué que certaines forces à Washington ne veulent pas que la paix prévale en Syrie. Washington pourrait s’allier avec les troupes turques en Syrie, qui sont officiellement sur place pour surveiller la zone de désescalade d’Idlib, l’une des quatre établies par Moscou, Ankara et Téhéran au début de l’année. Erdogan ne cache pas une seconde que les forces turques pourraient attaquer le bastion kurde d’Afrin dans le nord de la Syrie, [plaçant dans ce cas les forces US sur une ligne antagoniste des Kurdes].

« Il y a eu beaucoup de troupes turques dans le nord de la Syrie, il se peut donc que Washington s’aligne plus étroitement avec les troupes turques qui refuseront de quitter la Syrie », a déclaré Sterling. « Je pense que ce qui se passe à Washington, c’est qu’il y a une incertitude sur la façon de gérer la situation. Il y a des forces à Washington qui veulent jouer un rôle de spoiler dans cette [réalisation de la paix]. Ils ne veulent pas voir une solution au conflit, et c’est ce qui est dangereux. »

La décision de Washington de retirer leur soutien aux forces du YPG, qui ont constitué le cœur des Forces démocratiques syriennes (SDF) dirigées par les Etats-Unis, n’est rien de moins qu’une “trahison”, ont déclaré des experts à RT. « Les Kurdes ont été trahis plusieurs fois dans le passé », a déclaré Sterling. « Ils ne seront pas surpris par ça. Et ils ont probablement fait des plans depuis un certain temps selon la possibilité que leur “protecteur”, les Etats-Unis, les abandonnera. »

« Les Kurdes sont piégés, ils sont dans une impasse », suite au référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien en septembre, que les puissances régionales et les Etats-Unis n’ont pas reconnu, a dit Horne. « Les Kurdes se trouvent effectivement être les victimes d’un probable marché de dupes, et ce ne sera pas la première fois qu’ils seront lâchés par Washington », a-t-il ajouté. Il a noté que, suite à l’appel Erdogan-Trump, « les Kurdes sont vraiment sur un baril de poudre ».

 

RT

http://www.dedefensa.org/article/washington-trahit-plus-vite-que-son-ombre

Le jeu désespéré de l’Arabie saoudite

Le jeu désespéré de l’Arabie saoudite


Furieux de sa défaite en Syrie, le Prince héritier rejoue sa mise. Il arrête ses rivaux à leurs domiciles et provoque une crise politique au Liban, déclare l’ex-diplomate Alastair Crooke.


Par Alastair Crooke – Le 10 novembre 2017 – Source Consortium News

Potus, Flotus, le roi saoudien Salman et le président égyptien Abdel Fattah Al Sissi, le 21 mai 2017, pour participer à l’ouverture inaugurale du Centre mondial de lutte contre l’idéologie extrémiste. (Photo officielle de la Maison Blanche par Shealah Craighead)

Il est toujours tentant de jouer un autre coup. La guerre en Syrie touche à sa fin, et les pertes, sous les feux des projecteurs de la fin du jeu, pour ceux qui ont parié sur les perdants deviennent publiquement embarrassantes. Il est tentant de donner un coup de balai sur ces pertes et de faire un dernier pari en forme de bravade publique, le mâle “héros” risque sa maison et ce qu’elle contient sur un dernier coup de roulette. Les spectateurs présents se tiennent dans un impressionnant silence attendant que la roulette ralentisse, que la bille sautille case après case pour porter leur regard sur celle où elle va s’immobiliser, soit sur le noir, soit sur le rouge sang de la tragédie.

Pas seulement comme dans les romans mais aussi dans la vie, le Prince héritier saoudien Mohamed ben Salman (MbS) a tout misé sur le noir, avec ses “amis”, le beau fils du président Trump Jared Kushner, le prince héritier d’Abu Dhabi Mohamed ben Zayed et Trump lui même, qui ont osé le faire avec lui. Trump, dans sa vie professionnelle, a une ou deux fois mis en jeu son avenir sur un tour de roulette. Il avait joué et reconnu que c’est exaltant.

Mais dans l’ombre, derrière la salle de jeu, se tient le Premier ministre israélien Bibi Netanyahou. L’idée d’aller jouer au casino était, tout d’abord, la sienne. Si le héros sort le noir il partagera dans la joie, mais si c’est le rouge… Ne vous en faites pas, la maison de Bibi ne sera pas confisquée.

Soyons clairs, MbS est en train de rompre tous les liens qui maintiennent le royaume saoudien uni et intact. L’Arabie saoudite n’est pas qu’une affaire de famille, c’est aussi une confédération de tribus. Leurs intérêts divers avaient été pris en charge, essentiellement, à travers la composition de la Garde nationale, et de son contrôle. Celle-ci représente désormais non plus les diverses affiliations tribales du royaume, mais les intérêts sécuritaires d’un homme qui l’a accaparée pour lui même.

Idem pour les différentes branches cadettes de la famille al-Saoud, le partage soigneusement pesé du butin parmi les nombreux bénéficiaires de la famille est terminé. Un homme est en train de débarrasser la table des petits joueurs. Il a coupé les câbles qui reliaient la Cour à l’élite saoudienne des affaires et il découpe également lentement l’institution religieuse. Les religieux ont effectivement été éjectés du partenariat, fondé conjointement avec ibn-Saoud, le premier monarque d’Arabie saoudite qui a régné durant la première moitié du siècle dernier, connu également sous le nom de roi Abdul Aziz. En résumé, plus personne n’a de part dans cette entreprise, sauf MbS, et plus personne, semble-t-il, n’a de droits ou de compensations.

Pourquoi ? Parce que MbS voit que l’autorité politique et religieuse du monde arabe est en train de glisser comme du sable entre les doigts du roi et ne supporte pas l’idée que l’Iran (et les chiites honnis), pourrait en être l’héritier.

Transformer l’Arabie saoudite.

Par conséquent, l’Arabie saoudite doit être transformée d’un royaume endormi, déclinant, en un instrument pour affaiblir la puissance iranienne. Ceci, naturellement est en résonance avec le président américain qui semble, aussi, de plus en plus préoccupé par la réaffirmation du prestige U.S., sa dissuasion et sa puissance dans le monde (à l’inverse du discours non-interventionniste de la campagne). À la conférence du The American Conservative à Washington la semaine dernière, l’éditorialiste Robert Merry, un éditorialiste réaliste et prolifique, se plaignait de ce qu’“il n’y a aucun réalisme ni retenue dans la politique étrangère de l’ère Trump”.

Toutes les guerres sont coûteuses et nécessitent de l’argent (confisqué en conséquence aux rivaux de MbS arrêtés et accusés de corruption). Mais traditionnellement, l’Arabie saoudite (depuis le dix-huitième siècle) a tout misé dans ses luttes de pouvoir sur un outil particulier (et efficace) : enflammer le djihadisme wahhabite ; mais dans le sillage de la débâcle syrienne, il se trouve discrédité et n’est plus valable.

Ainsi maintenant, l’Arabie saoudite doit se fabriquer un nouvel instrument, pour se confronter à l’Iran et le choix du prince héritier est vraiment ironique : Islam modéré et nationalisme arabe (pour contrer l’Iran et la Turquie non arabes). Mohammed Abd el Wahhab doit s’en retourner dans sa tombe, islam “modéré” dans sa doctrine rigoureuse, menait seulement à l’idolâtrie (telle que pratiquée par les Ottomans) ce qui, de son point de vue, devrait être puni de la peine de mort.

En fait c’est la partie la plus risquée du jeu de MbS (alors que c’est la confiscation de la fortune monumentale du prince Walid bin Talal qui a retenu toute l’attention). Le roi Abdel Aziz fit face à une rébellion armée, et un autre fut assassiné pour s’être départi du principe du wahhabisme sur lequel l’État était fondé parce qu’ils avaient embrassé la modernité occidentalisée (considérée par le pur wahhabisme comme idolâtrie).

On ne peut pas exorciser la société saoudienne de son gène de ferveur wahhabite en lui demandant simplement de partir (Abdul Aziz a finalement surmonté cela en mitraillant ses adeptes, morts).

Mais embrasser l’“islam modéré (c’est à dire l’islam séculaire) et menacer d’affronter l’Iran a probablement été fait avec l’intention de chercher à plaire au président Trump pour évincer son cousin, prince Naif, comme prince héritier, une autre intention étant de faire apparaître l’Iran comme adepte d’un islam “extrémiste” à une Maison Blanche dont la vision sur le Moyen-Orient a été instillée par Bibi Netanyahou murmurant à l’oreille de Jared Kushner, et par les préjugés d’un cercle de conseillers qui ont une compréhension orientée de l’Iran, au lieu de l’aborder dans ses aspects divers. Netanyahou doit se féliciter de son habile stratagème.

Le coup de Netanyahou

Aucun doute à ce sujet : c’est un coup de Netanyahou. Cependant, la question est de savoir si cela tournera en une victoire à la Pyrrhus ou pas. Quoiqu’il en soit, il est hautement dangereux de jeter des grenades sur un matériau combustible. Ce projet US–Israël–Arabie saoudite–EAU est, au fond, de nier la réalité, pas moins. Il est enraciné dans le déni du revers subit par ces États, par leurs multiples échecs à façonner un “nouveau Moyen-Orient” sur le mode occidental. Maintenant, dans le sillage de leur échec en Syrie, où ils sont allés aux limites dans la recherche d’une victoire, ils tentent un autre coup à la roulette dans l’espoir de récupérer toutes leurs pertes précédentes. Ce qui est, pour le moins, un espoir fallacieux.
D’une part, la puissance de l’Iran dans le Moyen-Orient septentrional n’est pas provisoire. Elle est maintenant bien enracinée. L’“espace stratégique” de l’Iran inclut la Syrie, l’Irak, le Liban, le Yémen et, de plus en plus, la Turquie. L’Iran, avec la Russie, a joué un rôle majeur dans la défaite de l’EI. C’est un “partenaire stratégique” de la Russie, alors que celle-ci jouit maintenant d’une large influence à travers la région. En un mot, le poids politique se situe au nord plutôt qu’au sud affaibli.

Si on pense que la Russie pourrait être amenée à « contenir » l’Iran et ses alliés dans la région pour apaiser les inquiétudes israéliennes, cela ressort du vœu pieux. Même si la Russie le pouvait (et probablement elle ne le peut pas ), pourquoi le ferait elle ? Alors comment contenir l’Iran ? Par une action militaire ? Ceci, également, semble tiré par les cheveux.

Les milieux militaire et de sécurité d’Israël, dans le sillage de la guerre du Liban en 2006, envisagent probablement une guerre (autre qu’avec les Palestiniens) qui sera courte (six jours ou moins), n’entraînera pas de lourdes pertes civiles et militaires, et pouvant être gagnée à bas coût. Idéalement, Israël espérerait une implication américaine totale (contrairement à 2006). Le Pentagone a peu d’appétence pour remettre ses bottes sur le terrain du Moyen-Orient, et les Israéliens le savent. D’autre part l’Arabie saoudite seule ne peut pas menacer militairement qui que ce soit (comme l’a amplement démontré le Yémen).

L’Arabie saoudite peut-elle coincer économiquement le Liban et imposer une pression politique sur tout gouvernement libanais ? Naturellement, mais la pression économique touchera probablement les sunnites, classes moyennes et d’affaires, plus durement que les 44% de la population libanaise qui est chiite. Généralement le Libanais a une aversion pour les interférences extérieures, et les sanctions et pressions américaines uniront probablement le Liban plutôt que le diviseront. (C’est la vieille, vieille histoire de l’imposition de sanctions). À première vue, les Européens non plus ne soutiendront pas volontiers la déstabilisation du Liban ni l’abandon du JCPOA, l’accord de 2015 pour empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires.

Alors que peut il arriver ? À première vue, l’Arabie saoudite, une société dans laquelle déjà beaucoup de tensions sont étouffées, peut simplement imploser sous une nouvelle répression (ou alors MbS pourrait en quelque sorte être “supprimé” avant que les tensions n’explosent). L’Amérique et Israël n’en ressortiront pas renforcés mais seront plutôt vus comme moins crédibles au Moyen-Orient.

Robert Malley, l’ancien conseiller pour le Moyen-Orient de la précédente administration, avertit du danger d’une explosion potentielle régionale : “La peur est une chose qui peut l’empêcher, mais qui  pourrait aussi la précipiter.”

Alastair Crooke est est un ancien diplomate britannique qui fut une figure principale du renseignement britannique ainsi que de la diplomatie européenne. Il est le fondateur et directeur du Conflicts Forum.

http://lesakerfrancophone.fr/le-jeu-desespere-d-arabie-saoudite

 

La prise d’otages politique, une pratique courante en Arabie saoudite, par René Naba

Source : Madaniya, René Naba, 10-11-2017

La prise d’otages politique est une pratique courante en Arabie saoudite et Saad Hariri, le chef du gouvernement libanais, avant d’être captif des Saoudiens à Riyad, aurait même participé à une opération similaire à l’encontre d’un jeune prince contestataire, selon les révélations de Moujtahed, le gazouilleur le plus célèbre du Royaume.

La pratique est ancienne et remonte à la décennie 1970.

L’exemple le plus connu est celui de Nasser As Saïd, le chef de l’opposition saoudienne, enlevé à Beyrouth, en pleine guerre civile libanaise, par les services saoudiens avec la complicité de dirigeants palestiniens, notamment Abou Zaim, responsable militaire du Fatah pour le sud Liban, agissant sur ordre d’Abou Iyad, le bras droit de Yasser Arafat. Nasser As Saïd, auteur d’un remarquable ouvrage sur «Le Royaume d’Al Saoud», drogué, a été jeté par dessus bord d’un avion militaire saoudien au dessus du Robh Al Khali, le quart désertique du royaume.
Que des dirigeants palestiniens se soient prêtés à de telles compromissions morales, qu’ils aient livré un opposant politique à une dictature, explique une part de leur déconfiture dans le commandement de leur guerre de libération nationale.

Le 2eme cas connu est celui du prince Sultan Ben Turki Ben Abdel Aziz, petit fils du fondateur du Royaume.

Sultan a été enlevé dans le palais du Roi Fahd à Genève, à la suite d’un traquenard, drogué et exfiltré de Suisse via un avion d’évacuation sanitaire vers l’Arabie saoudite où il a été maintenu sous contrôle entre hospitalisation et résidence surveillée. Son tort est d’avoir dénoncé un vaste réseau de corruption entre Rafic Hariri, ancien premier ministre du Liban et père de Saad et des princes de la famille royale saoudienne. Son rapatriement forcé a été alors décidé.

Le scénario de l’enlèvement

Les protagonistes ont mis à profit la visite en Suisse du prince héritier Abdallah, à l’époque chef de la garde nationale pour mettre en œuvre leur stratagème, ordonné d’ailleurs par Abdallalh en personne.

Sultan, natif de 1968 et âgé alors de 35 ans, a été invité au palais royal à Genève par Abdel Aziz, fils du Roi Fahd, et Sultan Al Cheikh au prétexte de conclure un arrangement. Au terme du déjeuner, les deux conjurés se sont éclipsés prétextant un coup de fil, leur hôte a été alors immobilisé par cinq gardes de corps masqués, drogué et expédié vers Riyad, via un Boeing 747 sanitaire appartenant à la famille royale saoudienne.

La totalité du récit de Moujtahed sur ce lien

La 3me tentative, avortée celle-là, a été dirigée contre Sara Bint Talal, la sœur de milliardaire Walid Ben Talal, avant sa demande d’asile politique à Londres.

Khaled Al Toueidjiry, à l’époque secrétaire particulier du Roi Abdallah , a convié à déjeuner en vue d’un arrangement la princesse. Flairant un traquenard, la princesse s’est esquivée. Sarah était dénommée «princesse Barbie» en raison de sa tendance à faire ses emplettes au supermarché en limousine.

Là aussi, qu’une princesse de sang royal saoudien quête l’asile politique auprès de son ancien colonisateur donne la mesure de l’étouffoir saoudien et de l’intolérance de ses dirigeants.

La liste n’est pas limitative. Pour s’en convaincre, il suffit de méditer sur le sort réservé au président nominal du Yémen, Abed Rabbo Hadi, en résidence surveillée, en Arabie Saoudite, uniquement autorisé à se manifester selon les besoins de la stratégie saoudienne.

Source : Madaniya, René Naba, 10-11-2017

 

https://www.les-crises.fr/la-prise-dotages-politique-une-pratique-courante-en-arabie-saoudite-par-rene-naba/

Le camouflet infligé au président Macron en Arabie saoudite

Le camouflet infligé au président Macron en Arabie saoudite

Ayant organisé à la hâte un déplacement en Arabie saoudite afin de ramener le Premier ministre libanais qui y est retenu prisonnier avec sa famille, le président Emmanuel Macron y a essuyé un affront public sans précédent. Bien que la presse française et occidentale ait tout fait pour occulter une partie des événements, l’opinion publique arabe n’a pu que constater la perte vertigineuse de prestige et d’influence de la France au Moyen-Orient.

| Damas (Syrie)

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Cet article fait suite à : « Coup de Palais à Riyad », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 novembre 2017.

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Le président Macron (ici avec « MBS ») n’est pas le seul responsable de l’humiliation que lui a infligée le roi d’Arabie saoudite. Il paye tout autant les crimes de ses prédécesseurs que son incapacité à déterminer une nouvelle politique au Moyen-Orient.

La démission du Premier ministre sunnite libanais et son discours télévisé anti-perse n’ont pas provoqué l’affrontement attendu dans son pays. Pis, son adversaire de toujours, le chiite sayyed Hassan Nasrallah, secrétaire général du Hezbollah, s’est offert le luxe de prendre sa défense, dévoilant qu’il était prisonnier à Riyad et dénonçant l’ingérence saoudienne dans la vie politique libanaise. En quelques heures la communauté religieuse d’Hariri a commencé à s’inquiéter pour son chef. Le président de la République, le chrétien Michel Aoun, a dénoncé un « enlèvement » et refusé de prendre acte de cette démission forcée tant que son Premier ministre ne sera pas venu la lui présenter en personne. Alors que certains leaders du Courant du Futur, le parti de Monsieur Hariri, assuraient qu’il était libre et en bonne santé, les Libanais dans leur ensemble faisaient bloc pour réclamer sa libération. Tous ont compris que le bref voyage de Saad Hariri aux Émirats et ses quelques apparitions publiques n’étaient que de la poudre aux yeux, sa famille étant retenue en otage à l’hôtel Ritz-Carlton de Riyad avec des centaines de personnalités arrêtées. De même, tous ont réalisé qu’en refusant la démission du Premier ministre pour le moment, Michel Aoun agissait en homme d’État et conservait le seul moyen de pression permettant éventuellement d’obtenir sa libération.

La France est l’ancienne puissance coloniale du Liban qu’elle a occupé jusqu’à la Seconde Guerre mondiale. Elle y a longtemps fait la pluie et le beau temps. Elle l’utilise aujourd’hui à la fois comme une antenne au Levant et comme paradis fiscal. Des personnalités libanaises ont été mêlées à tous les scandales politico-financiers des trente dernières années en France.

Le président Emmanuel Macron, agissant en protecteur du Liban, évoquait la nécessité du retour du Premier ministre dans son pays.

Le hasard du calendrier faisant qu’il se rendait à Abou Dhabi le 9 novembre pour y inaugurer le « Louvre des sables », il ne pouvait pas ne pas prendre d’initiative. Il se trouve que, succédant à « Jacques Chirac l’Arabe », à « Nicolas Sarkozy le Qatari » et à « François Hollande le Saoudien », le président Macron n’avait pas manqué durant sa campagne électorale de dire tout le mal qu’il pensait de Doha et de Riyad. Bien que ne manifestant aucune sympathie pour le Golfe, il s’était trouvé proche des Émiratis par défaut.

Le palais de l’Élysée tentait d’organiser une halte d’Emmanuel Macron à Riyad pour y ramener Saad Hariri. Mais le roi Salmane refusait de recevoir le petit Français.

Du point de vue du Conseil de coopération du Golfe (c’est-à-dire de tous les États arabes de cette région), la France fut durant les sept dernières années un allié sûr contre la Libye et contre la Syrie. Elle participa militairement —publiquement ou en secret— à tous les mauvais coups contre ces deux pays et fournit le parapluie diplomatique et le discours lénifiant nécessaires à ces agressions. Cependant, alors que la Libye est en proie au chaos et que la Syrie est, contre toute attente, en passe de gagner la guerre, la France se trouve de fait désemparée et inerte. Le nouvel hôte de l’Élysée, Emmanuel Macron, ignore tout de cette région du monde et balance entre un jour, une reconnaissance de la République syrienne et, le lendemain, des injures contre son président élu. En outre, l’Arabie saoudite et les Émirats ont très mal pris les déclarations du président Macron appelant à la désescalade avec le Qatar. Pour eux, sachant les efforts qu’ils ont commencé à faire pour rompre avec les jihadistes, il est inacceptable de tolérer le soutien de Doha aux terroristes.

L’inauguration du « Louvre des sables » était l’occasion d’un beau discours sur la culture qui nous unit ; prestation qui était incluse dans le package à 1 milliard de dollars conclu de longue date entre les deux États. Cette formalité accomplie, le président Macron s’enquit auprès de son hôte, cheikh Mohammed Ben Zayed, de ce qui se passait en Arabie saoudite voisine et du sort de Saad Hariri.

À la différence des bédouins d’Arabie saoudite et du Qatar, les Émiratis sont un peuple de pécheurs. Autant les premiers ne vécurent durant des siècles que dans leur désert, autant les seconds parcouraient les mers. En raison de cette particularité, les Émiratis avaient été rattachés durant la colonisation britannique à l’Empire des Indes, ne dépendant pas directement de Londres, mais de Delhi. Aujourd’hui ils ont investis leurs revenus pétroliers en achetant une soixantaine de ports dans vingt-cinq pays (dont Marseille en France, Rotterdam aux Pays-Bas, Londres et Southampton au Royaume-Uni). Ce dispositif permet à leurs services secrets de faire entrer et sortir ce qu’ils souhaitent dans ces pays malgré les contrôles des douanes locales ; un service qu’ils savent vendre à d’autres États. Grâce aux sanctions états-uniennes contre Téhéran, le port de Dubaï est devenu de facto la porte de l’Iran, encaissant des profits faramineux pour violer l’embargo US. C’est pourquoi Abou Dhabi a un intérêt économique vital à encourager la querelle arabo-perse, alors même que les Émirats revendiquent les îles de Tonb et de Bou-Moussa à leurs yeux « occupées » par l’Iran.

Il n’est un secret pour personne que cheikh Mohammed Ben Zayed exerce un fort ascendant sur le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane (« MBS »). Aussi le premier téléphona-t-il devant le président Macron au second pour lui obtenir un rendez-vous.

Le Français (39 ans) fit donc escale à Riyad sur le chemin du retour. Il fut accueilli à l’aéroport par « MBS » (32 ans) et y dîna avec lui.

Dans la nuit du 4 au 5 novembre, « MBS » a mis fin au gouvernement collégial de la dynastie des Saoud et a instauré le pouvoir personnel de son père, le roi Salmane. Pour ce faire, il a fait arrêter ou assassiner tous les leaders des autres clans de la famille royale ainsi que les prédicateurs et imams qui leurs sont dévoués, soit au total environ 2 400 personnalités. Des spin doctors israéliens ont présenté ce coup de Palais comme une opération anti-corruption.

Contrairement à ce qu’il croyait, le président français était venu pour rien. Il ne ramena pas avec lui le toujours Premier ministre libanais, et ne le rencontra même pas. Beaucoup plus grave, se disant conscient de ses lourdes obligations parisiennes, « MBS » le raccompagna à son avion.

Peut-être ne saisissez-vous pas l’injure faite à Emmanuel Macron tant elle paraît incroyablement grossière : le président français n’a pas été reçu par son homologue le roi d’Arabie saoudite bien que celui-ci accorde ces jours-ci quantité d’audiences à des personnalités de second rang.

Cette forme de goujaterie, caractéristique des manières de la diplomatie arabe, n’est pas uniquement imputable à « MBS », mais aussi à cheikh Mohammed Ben Zayed qui savait très bien à quoi s’en tenir en envoyant le jeune Français se faire humilier à Riyad.

Conclusion : en ne s’adaptant pas immédiatement au revirement de l’Arabie saoudite après le discours anti-terroriste de Donald Trump en mai dernier et en maintenant deux fers au feu, la France s’est mise elle-même au ban de la région. Les Émirats apprécient le Louvre et les corvettes de la Marine française, mais ils ne prennent plus les Français au sérieux. Les Saoudiens se souviennent des mots du candidat Macron contre eux et de ceux du président Macron en faveur du Qatar, le parrain actuel des Frères musulmans. Ils lui ont fait comprendre qu’il ne devait pas se mêler ni des problèmes du Golfe, ni de la succession au trône des Saoud, encore moins de la querelle contre l’Iran, et surtout pas des conflits autour du Liban.

La France est devenue étrangère au Moyen-Orient.

Thierry Meyssan

Thierry Meyssan Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump.

 Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale

Liban : Démission d’Hariri – l’analyse de Richard Labévière et René Naba

3 beaux article pour un événement important trop peu commenté…

Liban : Démission d’Hariri contre l’Iran ! Par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 06-11-2017

Beyrouth, le 5 novembre.

La démission, vendredi dernier, du Premier ministre libanais Saad Hariri sonne comme un coup de tonnerre supplémentaire dans les cieux déjà passablement tourmentés des Proche et Moyen-Orient. Cette décision spectaculaire fait suite à l’appel du président américain Donald Trump, lancé le 20 mai dernier depuis Riyad, d’« isoler l’Iran ». Elle intervient dans la phase ultime d’une révolution de palais en Arabie saoudite qui a vu, samedi dernier, l’arrestation d’une trentaine de princes et d’hommes d’affaires. Enfin, elle survient dans un contexte stratégique dominé par la reprise en main de la presque totalité du territoire syrien par l’armée gouvernementale et ses alliés russes, iraniens et du Hezbollah libanais.

LA DEFAITE DE L’AXE AMERICANO-ISRAELO-SAOUDIEN

Avec la libération de Deir ez-Zor par l’armée gouvernementale syrienne, l’opposition armée et ses soutiens sunnites – Arabie saoudite, Qatar, Emirats arabes unis, Koweït, etc. – sont aux abois. En reprenant le contrôle des régions de l’est de la Syrie, l’armée syrienne et ses alliés, non seulement libèrent des zones pétrolières qui seront essentielles pour la reconstruction du pays, mais surtout opère leur jonction avec les forces de Bagdad sur la frontière avec l’Irak, une bande de quelque 650 kilomètre entre la Jordanie et la Turquie.

« L’épouvantail d’un « couloir chi’ite » tant redouté par Washington, Riyad et Tel-Aviv ressurgit comme un spectre panique », souligne un ambassadeur européen en poste à Beyrouth, « à tel point que pour retarder cet inéluctable retournement, les forces spéciales américaines présentes dans la zone ont poussé des groupes kurdes à faire alliance avec les dernières unités combattantes de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch) encore déployées dans l’est de la Syrie ».

Deir ez-Zor était le dernier centre urbain aux mains de Dae’ch en Syrie, depuis la chute de Rakka mi-octobre. Après avoir contrôlé un tiers du pays, Dae’ch est aujourd’hui acculé dans la vallée de l’Euphrate. Le 7 octobre dernier, le général américain Robert Sofge, numéro deux de la coalition internationale anti-Dae’ch, estimait qu’environ 2 000 combattants jihadistes se cachent dans le désert environnant. Les deux victoires de Rakka et de Deir ez-Zor ne signifient certainement pas la fin de Dae’ch. « Bien qu’extrêmement amoindrie, l’organisation a recomposé des cellules dormantes dans les zones libérées et se réoriente déjà vers des actions traditionnelles de guérilla, avec le soutien de plusieurs groupes kurdes », confirme une source militaire européenne, ajoutant : « l’axe américano-israélo-saoudien perdra cette guerre et c’est l’Iran et la Russie qui vont y gagner… »

Malgré les protestations américaines, les troupes irakiennes ont débarrassé les zones frontalières avec la Syrie de l’essentiel des groupes salafistes. Des milices irakiennes ont même franchi la frontière pour aider les troupes syriennes à reprendre Abu Kamal, la dernière localité contrôlée par Dae’ch. Il est certain que cette jonction favorisera une collaboration militaire entre la Syrie et l’Irak, cauchemar de Washington, de Tel-Aviv et de Riyad.

Les États-Unis avaient prévu de prendre Abou Kamal avec les unités des Forces démocratiques syriennes (FDS) – leurs forces supplétives kurdes. Malheureusement pour eux, les forces gouvernementales syriennes les ont pris de vitesse. Durant plusieurs journées consécutives, les bombardiers Tu-22M3 à long rayon d’action de la Russie, ont soutenu l’offensive syrienne par des raids d’importance effectués directement depuis la Russie. Le Hezbollah a engagé plusieurs milliers de combattants.

Parrainé par l’Arabie saoudite en Irak et en Syrie, Dae’ch a, donc été anéanti, L’Irak a retrouvé sa souveraineté nationale et la Syrie est en passe de reconquérir la sienne. Dans les deux cas, les forces armées gouvernementales ont empêché les Kurdes de s’approprier une partie du territoire et déjoué les tentatives de relancer la guerre civile à leur profit. Face à cet échec des Etats-Unis qui misait sur une « partition », appelant pudiquement à l’instauration d’un « fédéralisme », la reconquête de la quasi-totalité du territoire national syrien relance une dynamique de revanche et de nouveaux irrédentismes.

Les propos de Benjamin Netanyahou, le 5 novembre à la BBC, confirment involontairement cette évolution et la défaite de l’axe américano-israélo-saoudien : « la démission de Saad Hariri veut dire que le Hezbollah a pris le pouvoir, ce qui signifie que l’Iran a pris le pouvoir. Ceci est un appel à se réveiller ! Le Moyen-Orient vit une période extrêmement dangereuse où l’Iran mène une tentative pour dominer et contrôler toute la région… Quand tous les Arabes et les Israéliens sont d’accords sur une chose, le monde doit l’entendre. Nous devons stopper cette prise de contrôle iranienne ». Dans tous les cas de figures, chaque fois qu’une nouvelle menace cible l’Iran, c’est le Liban qui trinque.

FIN D’UNE REVOLUTION DE PALAIS

Désormais, l’Arabie Saoudite et ses satellites du Golfe (à l’exception notoire du Qatar) cherchent un autre théâtre d’où ils pourraient défier et fragiliser l’Iran pour compenser la perte de la Syrie. L’impérieux désir de renverser la donne régionale pourrait les amener à tenter de reprendre pied au Liban. Les États du Golfe, Israël et les États-Unis ne veulent pas que l’Iran récolte les fruits d’une victoire en Syrie.

Ironie de l’histoire : le Premier ministre libanais (qui a un passeport saoudien) a démissionné sur ordre de l’Arabie Saoudite, en Arabie Saoudite, en direct sur la télévision saoudienne Al-Arabia. Dans sa lettre de démission, rédigée par des fonctionnaires du palais saoudien, il accuse l’Iran d’ingérence étrangère dans la politique libanaise. Une rumeur prétend également qu’un assassinat de Saad Hariri était planifié au Liban, ce qui n’a aucun sens nous ont confirmé plusieurs responsables des services de la sécurité intérieure libanaise, même si des proches du Premier ministre affirment que ce sont les services de renseignement français qui l’auraient averti. A Beyrouth, ces derniers démentent formellement « cette rumeur sans fondement ». D’autres sources évoquent un montage du Mossad…

Toujours est-il que la démission du Premier ministre libanais en Arabie saoudite est concomitante avec une spectaculaire arrestation de princes et particulièrement les puissants chefs de la Garde nationale et de la Marine. Riyad a décidé de bloquer les comptes bancaires du prince milliardaire Walid ben Talal et de dix autres dignitaires saoudiens. Une trentaine d’anciens ministres et d’hommes d’affaires ont été arrêtés dans la nuit de samedi à dimanche dernier, au nom de la lutte contre la corruption. Des porte-parole du Palais annoncent que quelques mille milliards de dollars pourraient être ainsi récupérés. Mais d’autres voix régionales plus avisées avancent que « sous prétexte d’une improbable lutte contre la corruption, il s’agissait surtout pour le nouveau pouvoir installé à Riyad d’achever sa révolution de palais en écartant les personnalités saoudiennes ne partageant pas les nouvelles options de Mohamad Ben Salman, à savoir un rapprochement avec Israël et un durcissement de la confrontation avec l’Iran, le Qatar et les mondes chi’ites ».

La démission surprise de Saad Hariri parachève une révolution de palais qui intervient en pleine reprise des négociations internationales sur la Syrie. En visite en Iran, le 1er novembre dernier, Vladimir Poutine a confirmé sa détermination à poursuivre le processus d’Astana par une prochaine réunion des différentes composantes de l’opposition à Sotchi. A Genève, le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu, Staffan de Mistura a prévu une nouvelle session de pourparlers entre l’opposition et le gouvernement syrien le 28 novembre prochain.

Au début de la semaine, Thamer al-Sabhan, le ministre saoudien des Affaires du Golfe, avait menacé le Hezbollah libanais et annoncé des surprises à venir. Se référant à l’un de ses tweets à l’adresse du gouvernement libanais, le ministre d’ajouter : « j’ai envoyé ce message au gouvernement parce que le parti de Satan (de Hezbollah s’entend) y est représenté et que c’est un parti terroriste. Le problème n’est pas de renverser le gouvernement, mais plutôt de renverser le Hezbollah ».

HASSAN NASRALLAH APPELLE AU CALME

Dimanche soir, lors d’une allocution télévisée, le secrétaire général du Hezbollah s’est montré rassurant en soulignant que « l’escalade politique verbale ne change rien à la réalité régionale ». Il a appelé les Libanais au calme et à ne pas céder à trois rumeurs colportées par ceux qui cherchent à provoquer une crise constitutionnelle : un projet d’assassinat contre Saad Hariri, une frappe israélienne et un plan saoudien pour attaquer le Liban.

Hassan Nasrallah a répondu point par point en expliquant, en substance : l’annonce d’un projet d’assassinat est « totalement fantaisiste » ; l’agenda de Tel-Aviv n’est pas identique à celui de Riyad et ne peut envisager des frappes dans le contexte actuel ; enfin, l’Arabie saoudite n’a pas les moyens d’attaquer le Liban. On peut ajouter… alors qu’elle perd en Syrie, qu’elle s’enlise au Yémen et qu’elle réprime la rue à Bahreïn, tandis que les dernières arrestations pourraient susciter des réactions de la rue et cristalliser une crise de régime qui couve depuis plusieurs mois !

Par ailleurs, le chef du Hezbollah a estimé que la démission de Saad Hariri n’est pas sa décision personnelle et qu’il faut attendre son retour au Liban pour qu’il s’explique devant ses pairs, peut-être ce jeudi, à moins que le Premier ministre libanais ne soit retenu en Arabie saoudite – en résidence surveillée, voire en prison ? Avec l’intelligence politique qu’on lui connait, Hassan Nasrallah a soigneusement évité d’accabler Saad Hariri personnellement, préférant remonter à la source de cette démission surprise : l’Arabie saoudite !

Sur la même longueur d’onde, des proches du président du Liban, Michel Aoun ont déclaré que cette démission – annoncée depuis un pays étranger – est anticonstitutionnelle. Le Président refuse d’en prendre acte avant d’avoir entendu, de la bouche de l’intéressé lui-même, les raisons d’une telle décision. A l’unisson, les deux responsables politiques ont demandé le retour physique de Saad Hariri sur le territoire libanais, afin de prendre les mesures adaptées.

Avant même l’annonce de la démission de Saad Hariri, Samir Geagea – le patron des Forces libanaise (FL) – avait, lui-aussi multiplié les attaques en direction du Hezbollah. Toujours en phase avec Tel-Aviv et Riyad, le leader d’extrême-droite cherchera, sans doute, à tirer profit de la situation pour affaiblir ses concurrents du camp chrétien en se présentant comme la seule alternative possible à la succession du président Michel Aoun.

D’autres conséquences sont à craindre. L’administration américaine pourrait en profiter pour annoncer de nouvelles sanctions contre le Hezbollah et le Liban. L’Arabie saoudite continuera à infiltrer au Liban une partie de ses combattants de la Qaïda et de Dae’ch en Syrie et en Irak. Comme depuis plusieurs décennies, la monarchie wahhabite financera de nouvelles opérations terroristes au Liban et dans d’autres pays de la région, ciblant des objectifs chi’ites et chrétiens. Sans prendre le risque de déclencher une guerre d’envergure, Israël poursuivra vraisemblablement harcèlements et provocations à l’encontre du Hezbollah le long de la frontière sud du Liban, de même que ses violations quotidiennes des l’espace aérien et des eaux territoriales du Pays du Cèdre.

En réponse à un article très étrange de Médiapart consacré la démission de Saad Hariri, Bernard Cornut – collaborateur de prochetmoyen-orient.ch-, a envoyé une réponse qui mérite d’être diffusée : « l’article cite le 1,5 million de réfugiés comme source de l’instabilité du Liban et la guerre en Syrie comme la cause de ces réfugiés. Il omet de mentionner la raison principale du déclenchement et de la prolongation de cette guerre, à savoir le feu vert d’Hillary Clinton au soutien financier et à l’armement massif des rebelles mercenaires engagés en Syrie, via les bases américaines installées en Turquie (Incirlik et Hatay) et en Jordanie, comme l’a reconnu récemment très clairement Hamid Ben Jassem, l’ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Qatar dans un entretien télévisé le 25 octobre dernier. Il précisait ainsi ce qu’il avait déjà reconnu dans une interview du 15 avril 2017 au Financial Times, citant sa visite au roi Abdallah d’Arabie dès le début des évènements de Syrie pour assurer cet appui massif illégal à des rebellions illégales.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 06-11-2017

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Saa Hariri, un homme aux ordres

Source : Madaniya, René Naba, 05-11-2017

Saad Hariri n’est pas un homme d’ordre, mais un homme aux ordres et son comportement imprévisible fait désordre. Sa démission samedi 4 Novembre 2017 de son poste de premier ministre, inopinément, sur claquement des doigts des Saoudiens, accrédite l’image d’un fantoche, d’un homme de paille de la dynastie wahhabite, à l’origine de sa fortune et de promotion politique. Signe de sa dépendance extrême à l’égard de ses parrains, c’est depuis l’Arabie saoudite et non depuis Beyrouth, la capitale d’un pays dont il est le chef du gouvernement, qu’il a annoncé sa démission, camouflant son abandon de poste par une violente diatribe contre l’Iran et le Hezbollah, son rival politique victorieux de toutes ses confrontations face au chef du clan saoudo américain au Liban. Depuis l’Arabie saoudite, qui lui a infligé camouflet sur camouflet lors de sa faillite, sans la moindre aide, sans la moindre attention au sort des centaines d’employés que l’héritier failli a été contraint de licencier et de réduire au chômage sans la moindre indemnité, dans la pure tradition du capitalisme sauvage pétro monarchique.

Précédée par la convocation à Ryad de tous les hommes liges libanais du bailleur de fonds saoudien, -Samir Geagea, Samy Gemayel, les chefs des anciennes milices chrétiennes pro israéliennes, le Patriarche maronite Béchara Rahi – tous munis d’un ordre de mission d’un ministricule saoudien, Tamer Al Sabhane, ordonnant « l’expulsion du Hezbollah du gouvernement libanais », cette démission paraît devoir traduire la volonté du Royaume d’engager l’épreuve de force contre l’Iran et son allié chiite libanais, alors que l’Arabie Saoudite et son protecteur américain enregistrent revers sur revers tant en Syrie, qu’en Irak et que la coalition pétro monarchique est enlisée dans une guerre sans fin au Yémen. « De soustraire le Liban du champ de bataille afin de le contraindre à une normalisation avec Israël dans la foulée de la diplomatie saoudienne, dénoncera Sayyed Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah Libanais, à l’annonce de cette démission.

La démission forcée du dirigeant sunnite libanais s’est accompagnée d’une purge sans précédent au pouvoir dans le royaume saoudien portant sur 4 ministres, onze princes, le commandement de la garde nationale, le fief ultra conservateur de la dynastie wahhabite, afin de brider toute contestation du pouvoir du jeune prince héritier Mohamad Ben Salmane (MBS) et aspirant impétueux à la succession de son père. Elle pourrait entraîner le Liban dans une spirale infernale, dans le droit fil de la politique israélo-américaine visant à la neutralisation du Hezbollah et déboucher à terme sur une nouvelle épreuve de force avec Israël. Depuis l’an 2000, Israël n’a jamais remporté un succès décisif face au Hezbollah, un des décideurs majeurs sur le plan régional et un des grands vainqueurs de la guerre de Syrie.

La dernière confrontation Israël-Hezbollah en 2006, s’est soldée par une humiliante retraite israélienne du sud Liban et la double démission du premier ministre Ehud Olmert et du chef de l’aviation Dan Haloutz. L’abdication de Hariri Jr devant l’oukaze saoudien est intervenue moins d’un an après sa nomination à la tête du gouvernement, après une éclipse de cinq ans marquée par la déconfiture retentissante de son empire. En guise de justificatif à sa démission, le milliardaire failli a dénoncé le rôle néfaste de l’Iran et du Hezbollah. L’Iran, et non l’Arabie, incubateur du terrorisme islamique. Le Hezbollah, la sentinelle de l’Indépendance libanaise, celui là -même qui a fermé l’œil sur ses jongleries financières avec la banque centrale libanaise pour le renflouer. Le Hezbollah qui a cautionné son retour au pouvoir par une entente avec le président Michel Aoun.

Onze mois de gouvernance exactement ; un délai court mais suffisant pour lui permettre de se reconstituer, avec la bienveillance du Président libanais Michel Aoun et du Hezbollah, une santé financière notamment grâce au reprofilage arbitraire de sa dette par la Banque Centrale du Liban, l’acquisition injustifiée des terres du domaine publique maritime libanais, et la réaffectation des chômeurs de ses entreprises dans des services publics libanais. Pour justifier sa fuite, le fugitif permanent de la vie politique libanaise a assuré qu’il avait fait l’objet d’une tentative d’attentat, un argument similaire que le quotidien français Libération s’était dévoué à avancer en 2011 pour expliquer sa déportation vers l’Arabie saoudite.

HÉRITIER PROBLÉMATIQUE ET PARFAIT EXEMPLE D’UN DIRIGEANT OFF SHORE

Signe de son attachement au Liban, ce flying Dutchman de l’époque contemporaine, en errance perpétuelle, n’a jamai , bien jamais, fait séjourner sa famille -son épouse d’origine syrienne et ses deux enfants-au Liban, vivant leur scolarité et leurs vacances entre l’Arabie saoudite, Paris et le sud de la France. Héritier problématique, Saad Hariri constitue un parfait exemple d’un dirigeant off shore. A l’Image de l’opposition syrienne off shore pétro monarchique, dont il fut un ferme soutien. L’histoire des relations internationales abonde en effet d’exemples de gouvernement en exil, de gouvernement provisoire ou de gouvernement transitoire, mais nulle part ailleurs qu’au Liban ne s’est pratiqué l’exercice au quotidien d’un gouvernement off shore.

Un chef de gouvernement dûment investi mais quasiment absent du siège de son pouvoir, n’y faisant escale qu’entre deux voyages, gérant à distance un pays pourtant considéré comme l’épicentre d’une zone névralgique. Le mérite en revient à Saad Hariri, l’héritier problématique de son père assassiné, Rafic Hariri, le milliardaire libano saoudien, dont la mandature gouvernementale constituera, c’est là son unique titre de gloire, une rare contribution à la science politique contemporaine. Le premier cas dans l’histoire d’un gouvernement par télécommande (remote control), dans la double acception du terme, un gouvernement téléguidé par ses commanditaires saoudiens, dont il répercute les consignes par télécommande, depuis son lieu d’exil, à ses collaborateurs délocalisés au Liban.

En pleine offensive israélienne contre le Liban, en juillet 2016, il désertera la champ de bataille, Beyrouth, une capitale dont il est député et chef de son bloc parlementaire majoritaire, pour se mettre au frais dans les palaces climatisés d’Arabie saoudite, glanant au passage le titre de «planqué de Beyrouth». Il récidivera six ans plus tard. En pleine tourmente de la révolte arabe du printemps 2011, l’homme insensible aux bouleversements de sa zone, demeurera cinq ans hors du Liban en quête d’un mirobolant contrat, à l’effet de le renflouer et de payer ses créanciers ses propres frères et sœurs, ayant opté pour la séparation des biens, face à un être aussi aléatoire.

LE CHEVAL DE TROIE DE LA FRANCE DANS LES PROJETS DE RECONSTRUCTION DE LA SYRIE.

Ultime point d’ancrage de la France au Liban, Jupiter de France a volé à son secours au lendemain de la magistrale victoire du Hezbollah libanais, l’été 2017, sur les groupements terroristes Daech et Jabhat An Nosra, qu’il a éradiqués de la zone frontalière syro libanaise. Sa visite à Paris au lendemain de la reddition de Daech, de surcroît le jour de la fête religieuse d’Al Adha, était destinée à détourner l’attention de l’opinion française sur l’exploit militaire réalisé par son rival chiite. En voulant donner de la visibilité au premier ministre libanais en faillite politique et financière, la France a voulu renflouer un de ses rares partenaires au Liban.

Tout d’abord politiquement, par son accueil par le président Emmanuel Macron, accréditant ainsi l’image d’un interlocuteur des dirigeants occidentaux, puis économiquement en acceptant de servir de paravent aux entreprises françaises, sous couvert de sociétés mixtes franco-libanaises dans le plan de reconstruction de la Syrie, dont la France est exclue. Incorrigible, sa nouvelle défection du champ de bataille alors que les menaces israéliennes se font de plus en précises contre le Liban va définitivement ancrer l’image d’un pantin désarticulé au gré des aléas de la stratégie erratique saoudienne. Un être sans consistance, ni substance. « Les marins de toutes les nations croient à l’existence d’un bâtiment hollandais dont l’équipage est condamné par la justice divine, pour crime de pirateries et de cruautés abominables, à errer sur les mers jusqu’à la fin des siècles. On considère sa rencontre comme un funeste présage ». Que les oracles préservent le Liban de ce Flying Dutchman de l’époque contemporaine.

Source : Madaniya, René Naba, 05-11-2017

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Liban – Démission d’Hariri – Première salve de la guerre saoudienne contre le Hezbollah

Source : Afrique-Asie, 06-11-2017

Mise à jour (5 Nov, 15h) – après la publication de cet article, les dirigeants saoudiens ont procédé à un « nettoyage » en Arabie Saoudite. De nombreux princes et hommes d’affaires ont été arrêtés. On en reparlera.

Il y a quatre jours, nous avons posé cette question : Est-ce que le « modéré Al-Qaïda » s’est fixé le Hezbollah pour cible ? La réponse implicite de cet article était « Oui, la guerre arrive au Liban ».

Aujourd’hui, le Premier ministre libanais Saad Al-Hariri a démissionné en faisant une déclaration écrite par l’Arabie Saoudite sur la chaîne de télévision saoudienne Al Arabia (vidéo). C’était la première salve.

L’axe Saoudo-Israélo-Américain perdra cette guerre et c’est l’Iran et la Russie qui vont y gagner.

Au début de la semaine, Thamer al-Sabhan, le ministre saoudien extrêmement sectaire des Affaires du Golfe, avait menacé le Hezbollah libanais et annoncé une surprise :

Le belliqueux ministre saoudien des Affaires du Golfe, Thamer al-Sabhan, a appelé lundi à « renverser le Hezbollah » et a annoncé des « développements étonnants » dans les « jours à venir ».
…
Se référant à son tweet de dimanche sur le gouvernement libanais, le ministre a déclaré : « J’ai envoyé ce tweet au gouvernement parce que le parti de Satan (Hezbollah) y est représenté et que c’est un parti terroriste. Le problème n’est pas de renverser le gouvernement, mais plutôt de renverser le Hezbollah. »

« Les développements à venir vont en étonner plus, c’est certain », a ajouté M. al-Sabhan.

Pendant qu’il y avait des combats en Syrie et en Irak, le Liban était en paix. Maintenant que ces guerres se terminent, les luttes par procuration reprennent au Liban. Joseph Bahout l’avait prédit à la mi-octobre :

Au niveau régional, l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis cherchent maintenant un autre endroit d’où ils pourraient défier et faire saigner l’Iran pour compenser la perte de la Syrie. Le violent désir de renverser la donne régionale pourrait les amener à tenter de reprendre pied au Liban. Les États du Golfe, Israël et les États-Unis ne veulent pas que l’Iran récolte les fruits d’une victoire en Syrie. S’ils cherchent à rééquilibrer la relation régionale avec Téhéran au Moyen -Orient, le seul endroit pour le faire serait le Liban, malgré les nombreux risques que cela comporterait.

Dans un tel cas, et malgré sa réticence à mettre en péril son sanctuaire libanais, le Hezbollah pourrait ne pas avoir d’autre choix que d’accepter le défi, surtout s’il a une composante israélienne.

La politique libanaise est organisée selon un accord compliqué. Le camp sunnite, financé par les Saoudiens, occupe le poste de premier ministre. Le poste de président est occupé par l’ancien général chrétien Michel Aoun. Le poste de président du parlement est occupé par le leader du mouvement chiite Amal Nabih Berri. Il y a deux mois, Berri avait proposé d’élire un nouveau parlement avant la fin de l’année. Une élection affaiblirait probablement la position sunnite.

Saad Al-Hariri est devenu premier ministre après une longue querelle au Liban qui s’était ravivée avec l’assassinat du père de Saad, Rafic Hariri, l’ancien premier ministre. Le Hezbollah a été accusé de cet assassinat mais il s’agissait plus probablement d’une opération secrète israélienne.

La famille Hariri s’est enrichie grâce à Saudi Oger, une entreprise de construction en Arabie Saoudite dont elle est propriétaire. Les Hariri ont des passeports saoudiens. Les affaires ont mal tourné sous Hariri junior. En juillet, Saudi Oger a fermé ses portes et le bruit court que la famille d’ex-milliardaires serait en faillite. Les dirigeants saoudiens les soutiennent financièrement.

Hariri avait récemment nommé un ambassadeur libanais en Syrie. Hier, Hariri a reçu la visite à Beyrouth d’Ali Velayati, un haut conseiller de Khamenei, le chef suprême d’Iran. Les Saoudiens n’ont apprécié ni l’un ni l’autre événement. Le plan de Thamer a été mis en marche. Ils ont envoyé un jet privé et ramené Hariri à Riyad. Là, le prince clown saoudien Mohammad bin Salman a donné à Hariri la lettre de démission (écrite par Thamer ?) qu’il a lue à la TV saoudienne.

Comble de l’ironie : Le Premier ministre libanais (qui a un passeport saoudien) démissionne sur ordre de l’Arabie Saoudite, en Arabie Saoudite, à la télévision saoudienne. Dans sa lettre de démission écrite par les Saoudiens (extraits), il accuse l’Iran d’ingérence étrangère dans la politique libanaise.

(Hariri prétend également que son assassinat était planifié au Liban. Cela n’a pas de sens. L’organisation de sécurité intérieure libanaise affirme qu’elle n’a pas connaissance d’un tel complot.) Hariri a besoin d’un prétexte pour rester en dehors du Liban et échapper à la colère de ceux qui lui faisaient confiance. Les médias saoudiens essaient de fabriquer une histoire fantastique à partir de ce supposé assassinat, mais il n’y a aucune preuve de quoi que ce soit.)

La démission de Hariri a pour but de provoquer une crise constitutionnelle au Liban et d’empêcher de nouvelles élections parlementaires. Voilà la suite probable du plan saoudien :

• L’administration Trump annoncera de nouvelles sanctions contre le Hezbollah et contre le Liban.
• Le gouvernement saoudien infiltrera au Liban une partie de ses combattants par procuration d’Al-Qaïda/EI de Syrie et d’Irak (éventuellement via la Turquie par la mer). Il financera des opérations terroristes libanaises locales.
• Des extrémistes sunnites se livreront à des nouvelles tentatives d’assassinat, à des attentats terroristes et à des émeutes contre les chrétiens et les chiites au Liban.
• Les États-Unis essayeront de pousser l’armée libanaise à déclarer la guerre au Hezbollah.
• Israël tentera de provoquer le Hezbollah et de détourner son attention avec de nouvelles machinations à la frontière libanaise et à la frontière syrienne. Mais il n’entamera PAS une vraie guerre.

Le plan a peu de chances de réussir :

• Le peuple libanais dans son ensemble ne veut pas d’une nouvelle guerre civile.
• L’armée libanaise ne s’impliquera avec un camp ou un autre et au contraire tentera de maintenir le calme partout.
• Les sanctions contre le Hezbollah frapperont tout le Liban, y compris les intérêts sunnites.
• Un nouveau premier ministre sunnite sera installé à la place de la marionnette saoudienne qui a démissionné.
• Le Liban constituera un nouveau marché pour les Russes et les Iraniens. Les compagnies russes s’engageront dans l’extraction gazière et pétrolière libanaise en Méditerranée et remplaceront les Etats-Unis.

Le plan saoudo/américano/israélien contre le Hezbollah a tout l’air d’une crise de rage impuissante provoquée par leur défaite en Syrie et en Irak.

Les troupes irakiennes ont, malgré les protestations des Etats-Unis, débarrassé les zones frontalières avec la Syrie de l’EI. Des milices irakiennes ont franchi la frontière pour aider les troupes syriennes à reprendre Abu Kamal, le dernier endroit contrôlé par l’EI. Cela ouvrira enfin une route directe de la Syrie vers l’Irak et au-delà. Les États-Unis avaient prévu de prendre Abou Kamal avec leurs forces par procuration kurdes/arabes et de bloquer cette route. Les forces gouvernementales syriennes se dépêchent de les en empêcher. Pour la quatrième journée consécutive, les bombardiers Tu-22M3 à long rayon d’action de la Russie ont soutenu le combat avec de grands raids effectués directement depuis la Russie. Le Hezbollah a réinjecté des milliers de combattants. Cette force massive va submerger les défenses de l’Etat islamique. La Syrie gagnera la course pour prendre la ville ainsi que la bataille.

L’Etat islamique parrainé par l’Arabie saoudite en Irak et en Syrie a été anéanti, il n’existe plus. Certains de ses éléments formeront des petits groupes terroristes dans le désert – cruels mais sans effet sur la situation globale.

L’Irak a retrouvé sa souveraineté nationale. Il a vaincu l’EI, empêché les Kurdes de s’approprier une partie du territoire arabe, et déjoué toutes les tentatives de relancer une guerre civile. Les combats en Syrie contre al-Qaïda, ainsi que l’ingérence turque, israélienne et américaine, dureront encore un an. Mais il est très probable que la puissante alliance de la Syrie, de l’Iran, de la Russie et du Hezbollah remportera la guerre. La Syrie a subi beaucoup de dommages mais elle a gardé son unité et son indépendance et elle survivra.

La guerre lancée contre le Hezbollah et donc contre le Liban se terminera probablement de la même manière.

Les efforts maniaques des Saoudiens et des Etats-Unis pour contrecarrer une prétendue influence iranienne (et russe), ont permis à l’Iran (et à la Russie) d’améliorer et de sécuriser leur situation bien mieux qu’ils n’auraient jamais pu l’espérer autrement. Je ne comprends vraiment pas pourquoi les Saoudiens pensent que leur nouvelle aventure au Liban va avoir une issue différente. Cela me dépasse.

Traduction : Dominique Muselet

Source : Afrique-Asie,, 06-11-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

 

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