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LIBAN : APRES LA VISITE D’EMMANUEL MACRON, QUEL EST LE COUP D’APRES ?

LIBAN : APRES LA VISITE D’EMMANUEL MACRON, QUEL EST LE COUP D’APRES ?

Publié par: Richard Labévièrele: 08 septembre, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientImprimerEmail

Pour la diplomatie française, le Liban ne peut pas être un pays comme les autres. En se rendant à Beyrouth le 1er septembre dernier – après une première visite le 6 août, le lendemain des explosions qui ont ravagé le port -, le président de la République a ainsi salué le centième anniversaire de la création – par la France – du « Grand Liban », du Liban dans ses frontières actuelles.

Richard Labévière

Par Richard Labévière

Le 1er septembre marque le centenaire de la création en 1920 du « Grand Liban » par le haut-commissaire français, le général Henri Gouraud, en tant qu’entité distincte de la Syrie et que la France avait été chargée de gouverner par la Société des Nations (SDN). Le Grand Liban combinait le Mont Liban – où les populations étaient et sont principalement chrétiennes et druzes avec des zones à l’ouest et au sud où les communautés sont principalement sunnites et chi’ites. Le général Gouraud avait fait sa déclaration depuis la Résidence des Pins – qui est aujourd’hui la résidence de l’ambassadeur de France au Liban, là où le président Macron a récemment rencontré des responsables politiques libanais.

Hormis cette résonnance historique, la visite présidentielle tombait doublement à propos : le Pays du Cèdre traverse la plus grave crise économique et sociale depuis la guerre civile (1975 – 1990) ; avec la démission du gouvernement d’Hassan Diab – pourtant le meilleur qu’ait connu le pays depuis l’intermède du général Fouad Chéhab (1958 – 1964) -, l’instabilité prévaut plus que jamais. Par conséquent, les différentes manifestations françaises de solidarité étaient particulièrement bienvenues : le porte-hélicoptère-amphibie (PHA) Tonnerre a débarqué plusieurs dizaines de tonnes d’aide humanitaire et d’autres bâtiments de la Marine nationale ont débarqué nombre de spécialistes en catastrophes et reconstructions.

LA SECTE CONTRE L’ELYSEE

Par ailleurs, et hormis quelques voix minoritaires dénonçant une « ingérence », la population libanaise – dans sa majorité – a salué les gestes de solidarité de la France éternelle. Cela dit, cette posture n’est pas sans ambiguïté, révélant notamment quelques contradictions franco-françaises… La principale exprime une divergence d’approche et d’agenda entre l’Élysée et le Quai d’Orsay. En effet, Emmanuel Macron a mis un point d’honneur à rencontrer l’ensemble des composantes de la classe politique libanaise, y compris le Hezbollah, le parti chi’ite restant toujours copieusement démonisé par Washington et Tel-Aviv1. Quelques jours auparavant, le ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian avait soigneusement boycotté les représentants de ce parti.

Conseillant aux députés du Hezbollah « d’être davantage libanais », l’Élysée cherchait à faire savoir qu’il reconnaissait enfin cette incompressible évidence : composante majeure de la vie politique libanaise, le parti chi’ite est parfaitement incontournable, tandis que le Quai d’Orsay restait et reste actuellement encore sur la ligne américano-israélienne de son boycott, affirmant que cette organisation politico-militaire n’est qu’une « organisation terroriste », courroie de transmission de Téhéran.

Au Quai, la « Secte » ou la « Meute » – une bande de néo-conservateurs à la française – fait toujours la loi, sans que l’Élysée ne puisse faire grand-chose, d’autant que cette association de diplomates – ayant été en poste à Washington, Bruxelles-Otan et Tel-Aviv – se tient fermement les coudes et partage les mêmes relations affairistes.

Le porte-hélicoptère français “Tonnerre” est arrivé vendredi à Beyrouth une semaine après la double explosion au port de Beyrouth. À son bord, plusieurs tonnes d’aide alimentaire (farine, blé, portions pour l’armée libanaise) et humanitaire (notamment des médicaments) mais aussi des matériaux nécessaires à la reconstruction (aluminium, verre, plâtre).

« Ils sont de plus en plus nombreux à aspirer à vendre leurs services en fin de carrière », écrit Marc Endeweld dans une remarquable enquête2 : « ancien secrétaire général du Quai, M. Gérard Errera conseille le groupe financier américain Blackstone et l’opérateur téléphonique chinois Huawei. M. Jean-David Lévitte, qui fut conseiller diplomatique des présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, a été recruté comme conseiller spécial par Rock Creek Global Advisors, une société de conseil fondée par M. Joshua Bolten, ancien directeur de cabinet du président George W. Bush. Plus récemment, l’ancien ambassadeur de France à Tel-aviv et Washington, M. Gérard Araud, a rejoint la société de communication de Richard Attias, qui appartient aujourd’hui pour moitié à un fonds souverain saoudien ».

Dès juin 2017 – sitôt élu président – Emmanuel Macron promettait dans un entretien au Figaro3 : « avec moi, ce sera la fin d’une forme de néo-conservatisme importée en France depuis dix ans. La démocratie ne se fait pas depuis l’extérieur à l’insu des peuples. La France n’a pas participé à la guerre en Irak et elle a eu raison. Et elle a eu tort de faire la guerre de cette manière en Libye. Quel fût le résultat de ces interventions ? Des Etats faillis dans lesquels prospèrent les groupes terroristes. Je ne veux pas de cela en Syrie… ».

CASSER LES ETAT-NATIONS !

N’oublions pas que cette divergence Quai/Elysée, que la Secte a pris naissance lorsque Bernard Kouchner était ministre des Affaires étrangères (entre 2007 et 2010)4. Derrière tous ses boniments sur « l’action humanitaire » et les « ingérences » toutes aussi généreuses, l’agenda était parfaitement clair : fragiliser, sinon casser les État-nations du Sud – retribaliser les populations – afin de perpétrer l’influence, sinon l’hégémonie des pays occidentaux, au premier desquels les États-Unis et leur satellite israélien.

Dans ce jeu de massacre, le Liban constitue toujours un merveilleux laboratoire où il suffit d’attiser quelque peu les fractures confessionalo-communautaires pour atteindre la Syrie, l’Iran, sinon la Russie voire la Chine. Emmanuel Bonne, le conseiller diplomatique du président de la République en sait quelque chose, lui qui fût ambassadeur de France au Liban (2015 – 2017). Aujourd’hui à contre-emploi, puisqu’il est chargé d’accompagner la « nouvelle approche diplomatique du Proche-Orient » que veut incarner Emmanuel Macron, Emmanuel Bonne fût, tout comme Gérard Araud, un farouche partisan du renversement de Bachar al-Assad… sans doute pour offrir le pouvoir syrien aux Frères musulmans ou à d’autres « révolutionnaires » jihadistes – qui au même moment assassinaient nos enfants dans les rues de Paris, de Londres et d’autres cités occidentales !

Comprenne qui pourra, toujours est-il que les principaux conseillers du Quai en charge des Proche et Moyen-Orient, continuent à soutenir et promouvoir les factions libanaises qui cherchent à renverser le président Michel Aoun parce que ce dernier a eu le grand tort – à leurs yeux – de nouer une alliance avec le Hezbollah dès novembre 2006. Comment Emmanuel Macron peut-il s’émanciper de cet « État profond », qui favorise d’abord les intérêts américano-israéliens avant d’œuvrer à la défense de ceux de la France ? Grande question… dont le début d’une réponse possible commence par la pensée, sinon la mise en œuvre d’une diplomatie française réellement adaptée à la région.

Ainsi, il ne suffit pas de réclamer des réformes – des ré-for-mes – en sautant comme un cabri ! Quelles réformes ? Dans quels secteurs ? Avec qui ? Et dans quel ordre. L’ensemble des classes politiques libanaise et française réclament des « réformes », mais sans jamais n’en rien dire de précis et de concret. Comme des perroquets, les journalistes répètent à tous vents que les gouvernements libanais sont corrompus depuis la nuit des temps… La belle affaire et quel scoop ! Ils étaient moins loquaces lorsque Jacques Chirac soutenait, mordicus, son grand copain, l’affairiste Rafic Hariri, lorsque Nicolas Sarkozy et François Hollande faisaient de même avec son fils Saad, tout aussi voyou que les Nabih Berry, Walid Joumblatt, Gemayel et autres Samir Geagea !

Étrangement la rengaine est repartie de plus belle alors que le dernier gouvernement de Hassan Diab était certainement l’un des plus compétents depuis la fin de la guerre civile (1975 – 1990). Alors des réformes – lesquelles ? – et après ? Le coup d’après, ce serait justement de fixer des objectifs et une méthode pour les atteindre. Le ministre plénipotentiaire (1ère classe) Pierre Duquesne vient d’être nommé ambassadeur chargé de la coordination du soutien international au Liban. C’est bien ! Bon travail, en vous souhaitant pleine réussite Monsieur l’Ambassadeur.

Cette nomination est un bon signe, mais une vraie diplomatie française pour le Liban et le Proche-Orient : c’est quoi au juste ? D’abord revenir à la centralité du conflit israélo-palestinien qui déstabilise l’ensemble de la région depuis la naissance du régime de Tel-Aviv (1948). Il fût un temps où Élysée et Quai d’Orsay condamnaient – certes en des termes soigneusement pesés – les bombardements israéliens sur Gaza et la colonisation de la Cisjordanie. Aujourd’hui, la soldatesque israélienne peut commettre n’importe quelle forfaiture en violant allègrement les eaux territoriales et l’espace aérien libanais : pas un mot, ni du Quai, ni de l’Élysée.

Dans un deuxième temps, il s’agirait de tirer toutes les conséquences de l’invasion anglo-américaine de l’Irak au printemps 2003, afin de corriger rapidement les mêmes désastres en cours aujourd’hui en Syrie et en Libye. En se rendant en Irak afin de conforter les efforts de restauration d’un État stato-national, Emmanuel Macron envoie quelques messages politiques forts, mais qui resteront abstraits s’ils ne sont pas suivis de coopérations économiques conséquentes. Et pourquoi se sent-il obligé de le faire en critiquant la présence d’intérêts iraniens dans ce pays ? Quand la diplomatie française cessera-t-elle de donner des gages à Washington pour voler de ses propres ailes ?

Enfin, dans un troisième mouvement, il s’agirait de revisiter et de hiérarchiser les intérêts français dans la région pour les consolider en communiquant davantage sur leurs implications et les perspectives qu’elles ouvrent. Ces dossiers sont trop rarement évoqués à l’Assemblée nationale et au Sénat…

Non seulement, il y aurait urgence à rouvrir notre ambassade à Damas, mais également une même nécessité s’impose pour refonder notre relation avec Téhéran, sur d’autres bases que celles d’une hostilité américaine invariable depuis la révolution islamique de 1979 – et surtout qui ne correspond pas – pas du tout – aux intérêts de notre pays.

NOUS NE DEFENDONS PAS GEORGES MALBRUNOT

Comme beaucoup, nous avons jugé plutôt déplacé le recadrage public du journaliste du Figaro Georges Malbrunot par le président de la République. Si ce dernier avait des choses importantes à reprocher au premier, il aurait pu le faire entre quatre yeux plutôt que de se donner ainsi en spectacle devant les caméras accompagnant son déplacement au Proche Orient. Cette perte publique de nerf n’est certainement pas à mettre au bénéfice de l’Élysée, mais ne blanchit pas pour autant sa victime dont les entorses déontologiques sont couvertes depuis des années par l’establishment parisien !

Et nous en savons quelque chose pour avoir employé la personne en question – il y a quelques années – au service étranger de Radio France Internationale (RFI). Sans détailler l’ensemble des forfaitures professionnelles du personnage, il faut comprendre la colère présidentielle après la parution d’un article dans Le Figaro du mardi 1er septembre. Celui, enchaîne les contre-vérités, les erreurs factuelles et les hypothèses les plus farfelues. Dans le même article, Georges Malbrunot prétend avoir interrogé le politologue libanais Walid Charara, ce que ce dernier dément formellement. Malbrunot a tout simplement volé les propos d’une conversation à bâtons rompus entre le politologue et des membres de la délégation française.

Depuis des années, sous couvert du Figaro, Georges Malbrunot fait plus du tourisme que du journalisme, n’hésitant pas au passage à régler quelques comptes personnels. Alors si, au passage, il lui arrive de se faire baffer par le Président, on ne va pas pleurer.
Malgré tout, bonne lecture et à la semaine prochaine.
Richard Labévière
Richard Labébvière est le Rédacteur en Chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient, observatoire géostratégique (https://prochetmoyen-orient.ch/). Spécialiste du Monde arabe, du Maghreb, des questions de la défense et du terrorisme, on lui doit une vingtaine d’ouvrages de référence :
– Dollars for terror ; Quand la Syrie s’éveillera ; La bataille du Grand Nord a commencé… ; Les coulisses de la terreur ; Bethléem en Palestine ; Le grand retournement: Bagdad-Beyrouth ; Oussama Ben Laden, ou, Le meurtre du père: Etats-Unis, Arabie Saoudite, Pakistan ; Vérités et mythologies du 11 septembre: modeste contribution aux cérémonies officielles du Xe anniversaire ; Terrorisme face cachée de la mondialisation ; Islam et terrorisme, le casse-tête syrien ; Duel aux sommets: la montagne à l’épreuve de la démocratie, La trastienda del terror, La tuerie d’Ehden, ou, La malédiction de Arabes chrétiens ; Les dollars de la terreur: Les Etats-Unis et les islamistes ; Bernard-Henry Lévy, ou, La règle du je.

Notes
1 Relire l’excellent ouvrage de Frédéric Domont et Walid Charara : Le Hezbollah, un mouvement islamo-nationaliste. Editions Fayard, 2004.
2 « Emmanuel Macron et l’« État profond », dans Le Monde Diplomatique de septembre dernier.
3 Le Figaro, 22 juin 2017.
4 Pierre Péan : Le monde selon K. Éditions Fayard, février 2009.

Proche et Moyen-Orient.ch

LIBAN : APRES LA VISITE D’EMMANUEL MACRON, QUEL EST LE COUP D’APRES ?

https://www.afrique-asie.fr/liban-apres-la-visite-demmanuel-macron-quel-est-le-coup-dapres/

Adib refuse de fixer un délai pour la formation de son gouvernement

Adib refuse de fixer un délai pour la formation de son gouvernement

Le PM désigné insisterait sur la formation d’un cabinet d’experts composé de 14 ministres – sept chrétiens et sept musulmans – alors que le président Aoun pencherait pour un cabinet composé de 24 ministres.

OLJ / le 03 septembre 2020 à 16h19

Adib refuse de fixer un délai pour la formation de son gouvernement

Le Premier ministre désigné Moustapha Adib, lors d’un point presse à l’issue d’un entretien avec le président Michel Aoun, le 3 septembre 2020 au palais de Baabda. Photo Dalati et Nohra

Le Premier ministre libanais désigné, Moustapha Adib, a refusé jeudi de fixer un délai pour la formation de son gouvernement, à l’issue d’un entretien avec le président Michel Aoun au palais de Baabda, au cours duquel les deux hommes ont évoqué le résultat des consultations parlementaires non contraignantes qui ont lieu mercredi à Aïn el-Tiné, selon notre correspondante Hoda Chedid.

« Ma conviction et ma volonté est de former une équipe de travail homogène, un gouvernement d’experts mettant en œuvre les réformes le plus rapidement possible », a déclaré M. Adib lors d’un court point presse à l’issue de son entretien de 45 minutes environ avec le chef de l’Etat, selon des propos rapportés par l’Agence nationale d’information (Ani, officielle). « Nous avons évoqué avec le président de la République les consultations parlementaires non contraignantes que j’ai menées. J’ai ressenti auprès des députés et des blocs parlementaires leur volonté de coopérer pour que le gouvernement soit rapidement formé afin d’affronter les défis », a ajouté le PM désigné. Selon notre correspondante à Baabda Hoda Chédid, M. Adib a toutefois refusé de fixer de délai pour la naissance de son cabinet.

Le président libanais Michel Aoun (g) s’entretenant avec le Premier ministre désigné Moustapha Adib, le 3 septembre 2020 au palais de Baabda. Photo Ani

Mercredi, à l’issue des consultations parlementaires non contraignantes, M. Adib s’était engagé à former rapidement un « gouvernement d’experts ».Lire aussiMacron parti, les tiraillements politiciens refont surface

Selon des informations relayées par la chaîne locale LBCI, le chef du gouvernement désigné insisterait sur la formation d’un gouvernement d’experts composé de 14 ministres – sept chrétiens et sept musulmans – alors que le président Aoun pencherait pour un cabinet composé de 24 ministres, avec un seul portefeuille chacun, avec des experts et des politiques.

M. Adib, ancien ambassadeur du Liban à Berlin, avait été nommé lundi pour former le cabinet à une confortable majorité de 90 députés sur les 120 encore en exercice. Si le processus de formation des gouvernements peut durer parfois des mois en raison des blocages politiques, la situation s’annonce différente cette fois. La pression internationale, notamment française, ainsi que celle de la rue, amplifiées par la double explosion tragique au port de Beyrouth le 4 août, a rendu encore plus urgente la nécessité de réformes pour sortir le pays de la tourmente politique et de sa pire crise économique depuis des décennies. Mardi, Emmanuel Macron avait affirmé en clôture de sa visite à Beyrouth que toutes les forces politiques libanaises s’étaient engagées à faciliter la formation de ce « gouvernement de mission », afin qu’il soit mis sur pied d’ici deux semaines. Il a annoncé qu’il serait de retour au Liban en décembre pour suivre les progrès réalisés, et qu’il inviterait à Paris, en octobre, les responsables libanais à une réunion organisée parallèlement à une nouvelle conférence d’aide internationale. Il avait averti qu’il s’agissait de « la dernière chance pour le système » libanais.Lire aussiAu Liban, forces et limites du « nouveau mandat » français

De son côté, le secrétaire d’Etat adjoint américain chargé du Proche-Orient, David Schenker, qui est arrivé à Beyrouth mercredi pour « exhorter les dirigeants libanais à mettre en œuvre des réformes qui répondent au désir du peuple libanais », s’est entretenu avec plusieurs activistes de la société civile, selon l’ambassade américaine à Beyrouth.

https://www.lorientlejour.com/article/1231359/adib-refuse-de-fixer-un-delai-pour-la-formation-de-son-gouvernement.html

Emmanuel Macron s’en prend à un journaliste…

Emmanuel Macron sur le site dévasté par l'explosion au port de Beyrouth, le 6 août 2020

Emmanuel Macron s’en prend à un journaliste du Figaro après un article sur le Hezbollah – vidéo

© AP Photo / Thibault CamusINTERNATIONAL16:41 02.09.2020(mis à jour 20:55 02.09.2020)URL courte3032115S’abonner

Lors d’une réception au Liban, Emmanuel Macron a apostrophé le journaliste du Figaro Georges Malbrunot, lui reprochant un manque de professionnalisme et de déontologie. En cause, selon LCI, un article rédigé par le grand reporter à propos d’une entrevue entre le chef d’État français et le leader du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad.

Emmanuel Macron a pris à partie le journaliste Georges Malbrunot, lors d’une réception à Beyrouth. Son mouvement de colère a été saisi par les caméras de LCI.

Le Président de la République a interpellé le grand reporter, qui couvre son déplacement au Liban pour le compte du Figaro. Il lui a reproché notamment un manque de déontologie dans son travail.

«Ce que vous avez fait là, compte tenu de la sensibilité du sujet, compte tenu de ce que vous savez de l’histoire de ce pays, est irresponsable. Irresponsable pour la France, irresponsable pour les intéressés ici, et grave d’un point de vue déontologique», a déclaré le chef de l’État à Georges Malbrunot.

Emmanuel Macron a ajouté qu’il défendait toujours les journalistes, mais que Georges Malbrunot avait fait preuve de mesquinerie et d’une attitude non professionnelle.

«Vous m’avez toujours entendu défendre les journalistes. Je le ferai toujours. Mais je vous parle avec franchise. Ce que vous avez fait est grave, non professionnel et mesquin», a-t-il lancé au reporter du Figaro.

https://fr.sputniknews.com/international/202009021044364334-emmanuel-macron-sen-prend-a-un-journaliste-du-figaro-apres-un-article-sur-le-hezbollah—video/?utm_source=push&utm_medium=browser_notification&utm_campaign=sputnik_fr

Liban : Macron assure qu’il fera pression pour la formation d’un gouvernement et des réformes 1 sept.

Liban : Macron assure qu’il fera pression pour la formation d’un gouvernement et des réformes 1 sept. 2020, 13:43 © Dalati and Nora Source: AFP Le président de la République française Emmanuel Macron aux côtés du président libanais Michel Aoun à Beyrouth le 31 août. En visite au Liban dans un contexte de crise politique, le président français entend faire pression. Il a notamment promis qu’il ne libérerait pas les fonds promis à ce pays deux ans plus tôt, si des réformes n’étaient pas mises en place. Plus libanais que les Libanais ? De passage dans le pays, qui traverse une grave crise politico-économique, Emmanuel Macron a annoncé, dans des propos rapportés par Reuters, qu’il entendait bien «utiliser son poids pour qu’un gouvernement soit formé» et des réformes mises en place. «Les six prochaines semaines seront cruciales pour le Liban» a estimé le président de la République qui a ajouté, toujours selon l’agence de presse, qu’il ne libérerait pas les fonds promis au Liban lors de la conférence de Paris de 2018, si des réformes n’étaient pas mises en œuvre.  «C’est la dernière chance pour ce système», a déclaré le chef d’Etat français au site d’information Politico. «C’est un pari risqué que je fais, j’en suis conscient […] Je mets la seule chose que j’ai sur la table: mon capital politique.» Emmanuel Macron brandit un possible gel du plan international d’assistance financière Le président français prévient dans cette interview que les trois mois à venir seront prépondérants pour qu’un véritable changement ait lieu au Liban. Dans le cas contraire, il se dit prêt à changer d’approche et à soutenir des mesures punitives allant d’un gel du plan international d’assistance financière au Liban à des sanctions contre les dirigeants. Lire aussi Liban : Moustapha Adib désigné Premier ministre avec l’appui d’une forte majorité de députés Les six prochaines semaines, a-t-il par ailleurs déclaré à la presse, doivent être «concentrées» sur l’urgence. Le chef de l’Etat a par ailleurs ajouté que Paris était prêt à organiser une conférence internationale à la mi-octobre pour étudier les moyens pour venir en aide au Liban. «J’ai compris qu’il y avait une défiance à l’égard des pouvoirs publics libanais», a-t-il poursuivi, notant un problème de circulation de l’information et peut-être, d’après lui, de transparence. Des déclarations suivies de propositions. Accompagné de représentants de l’ONU et des ONG locales sur le porte-hélicoptère Tonnerre, Emmanuel Macron s’est dit prêt à accueillir en octobre une conférence internationale de soutien au Liban. «Il faut qu’on continue à mobiliser toute la communauté internationale […] Je suis prêt à ce qu’on réorganise, autour peut-être de mi-fin octobre, une conférence internationale de soutien avec les Nations unies», a-t-il fait savoir, repris par France 24. Selon la chaîne publique, Emmanuel Macron devrait rencontrer le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah lors d’une série d’entretiens au cours desquels ils rencontrera différents chefs de partis du Liban. Plus tôt dans la journée, le chef d’Etat français a planté un cèdre dans la réserve de Jaj, à l’occasion du premier centenaire du Grand-Liban, symbolisant l’amitié entre la France et le Liban. Le 31 août, jour de l’arrivée d’Emmanuel Macron au Liban, Moustapha Adib a été désigné Premier ministre. Il est désormais chargé de former un gouvernement. Le président de la République française est arrivé accompagné du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et du ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran. La délégation a été accueilli sur le tarmac par le chef de l’Etat libanais, Michel Aoun. LIRE AUSSI Emmanuel Macron tient sa promesse et revient au Liban un mois après les explosions à Beyrouth International

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Liban : Moustapha Adib nommé premier ministre

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Liban : Moustapha Adib nommé premier ministre

Les faits 

Le nouveau premier ministre libanais, Moustapha Adib, s’est engagé lundi 31 août à former en un « temps record » une équipe ministérielle formée d’« experts » et de personnes « compétentes » et chargée de mettre en oeuvre des « réformes » longtemps attendues.

  • La Croix 
  • le 31/08/2020 à 13:28

Lecture en 1 min.

Liban : Moustapha Adib nommé premier ministre
Moustapha Adib, a été désigné premier ministre après avoir obtenu le plus grand nombre de voix lors de consultations parlementaires menées par le chef de l’État Michel Aoun.BILAL HUSSEIN/AP

Un nouveau chef de gouvernement. L’ambassadeur du Liban en Allemagne, Moustapha Adib, a été désigné premier ministre après avoir obtenu le plus grand nombre de voix lors de consultations parlementaires menées par le chef de l’État Michel Aoun.

À l’issue de sa désignation, le nouveau premier ministre libanais s’est engagé à former en un « temps record » une équipe ministérielle formée d’« experts » et de personnes « compétentes » et chargée de mettre en oeuvre des « réformes » longtemps attendues.

→ À LIRE. Liban : les enfants particulièrement fragilisés après l’explosion à Beyrouth

« La tâche que j’ai acceptée repose sur le fait que toutes les forces politiques (…) sont conscientes de la nécessité de former un gouvernement en un temps record et de commencer à mettre en oeuvre des réformes, avec comme point de départ un accord avec le Fonds monétaire international », a déclaré Moustapha Adib dans un discours télévisé.i Pourquoi lire La Croix ?+La Croix choisit dans le flot de l’actualité des pépites à mettre en lumière, en privilégiant le recul et l’analyse.

Emmanuel Macron en visite

Sa désignation est intervenue à quelques heures de l’arrivée au Liban du président français Emmanuel Macron qui a pressé les dirigeants libanais de former rapidement un « gouvernement de mission » chargé de sortir le pays de la crise économique et politique.

L’explosion du 4 août, qui a dévasté une grande partie du port et au-delà, a causé des dommages matériels de l’ordre de 3,8 à 4,6 milliards de dollars, tandis que les pertes économiques, résultant de la baisse de la production des différents secteurs de l’économie, représentent entre 2,9 et 3,5 milliards de dollars, selon les résultats de cette «évaluation rapide des dommages et des besoins» menée conjointement avec l’Onu et l’Union européenne entre le 5 et le 31 août.

https://www.la-croix.com/Monde/Liban-Moustapha-Adib-nomme-premier-ministre-2020-08-31-1201111541

La réduction des effectifs de la FINUL est (et n’est pas) une autre grande décision de Trump

La réduction des effectifs de la FINUL est (et n’est pas) une autre grande décision de Trump


Par Moon of Alabama − Le 29 août 2020

Selon l’Associated Press, l’administration Trump a remporté une autre grande victoire en matière de politique étrangère.

Le Conseil de l’ONU approuve la réduction des effectifs de maintien de la paix au Liban, comme le souhaitaient les États-Unis

Paragraphes 1 et 2, sur 24 paragraphes :

Le Conseil de sécurité de l'ONU a approuvé à l'unanimité vendredi une résolution réduisant la force de maintien de la paix de l'ONU au Sud-Liban et élargissant son mandat pour répondre aux préoccupations des États-Unis et d'Israël concernant les activités du groupe militant Hezbollah dans la région.

La résolution, rédigée par la France, réduit le plafond des effectifs de la force, connue sous le nom de FINUL, de 15 000 à 13 000 hommes, sous la pression des États-Unis.

Paragraphes 6 et 7 :

La résolution donne aux États-Unis une victoire symbolique, mais elle sera presque certainement aussi accueillie favorablement par de nombreux pays qui considèrent la FINUL comme essentielle au maintien de la paix dans une région instable et soutiennent fermement son mandat actuel qui est largement maintenu pour une année supplémentaire.

"Aujourd'hui, nous mettons fin à une longue période de complaisance du Conseil à l'égard de la FINUL et à l'influence croissante et déstabilisatrice de l'Iran et de son client, l'organisation terroriste Hezbollah", a déclaré l'ambassadeur américain Kelly Craft dans une déclaration après le vote.

Paragraphe 22 :

Selon la FINUL elle-même, elle compte actuellement environ 10 250 soldats, dont plus de 9 400 soldats d’infanterie et plus de 850 marins affectés à son groupe d'intervention maritime. En outre, la mission compte environ 900 membres de personnel civil, tant international que national.

Avant le renouvellement de son mandat, la FINUL comptait 4 750 soldats de moins que ce qu’autorisait son mandat. Elle disposera désormais de 2 750 hommes de moins que ce que lui permet son mandat.

Des modifications mineures supplémentaires ont été apportées au mandat, qui n’auront pas non plus de conséquences pratiques. Pour parvenir à cette grande victoire, l’administration Trump avait menacé d’opposer son veto au renouvellement du mandat et de mettre fin au financement de la FINUL.

La France, qui avait pris l’initiative de réécriture du mandat, a trouvé cela amusant :

"Veto et puis quoi ? Ils vont déployer 10 000 marines pour remplacer la FINUL ?", m'a dit un haut diplomate français.

C’était une menace vide de sens de la part de l’administration Trump, mais elle a conduit à un résultat qui peut être vendu aux supporters nationaux comme une grande victoire, même si cela n’a rien changé.

Pour ma part, je trouve ce genre d’action de politique étrangère formidable. Personne n’a été blessé par cette action. Rien n’a été endommagé. Toutes les personnes impliquées ont obtenu ce qu’elles voulaient.

Ne devrions-nous pas souhaiter davantage de ce type de politique ?

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/la-reduction-des-effectifs-de-la-finul-est-et-nest-pas-une-autre-grande-decision-de-trump

Emmanuel Macron effectuera une nouvelle visite au Liban le 1er septembre


Emmanuel Macron effectuera une nouvelle visite au Liban le 1er septembre

par Bienvenu Fiogbé26 août 2020 dans PolitiqueMonde 0Emmanuel Macron à BeyrouthPartager sur FacebookPartager sur Whatsapphttps://googleads.g.doubleclick.net/pagead/ads?client=ca-pub-4117480781049295&output=html&h=400&slotname=1019410033&adk=2221069310&adf=345339246&w=580&lmt=1598539698&rafmt=12&tp=site_kit&psa=1&guci=1.2.0.0.2.2.0.0&format=580×400&url=https%3A%2F%2Fafriqueactuelle.net%2F2020%2F08%2F26%2Femmanuel-macron-effectuera-une-nouvelle-visite-au-liban-le-1er-septembre%2F&flash=0&wgl=1&adsid=ChAI8LOd-gUQhY3UkNq_2aIvEi8AdIfKkC_EGlZW5siQZSp7zPYkIHbfOiAMklx1UHIstWIkG9ZzwV3UjIShWg_MsA&dt=1598539698360&bpp=20&bdt=1327&idt=253&shv=r20200825&cbv=r20190131&ptt=9&saldr=aa&abxe=1&prev_fmts=0x0%2C970x250&nras=1&correlator=5544567835765&frm=20&pv=1&ga_vid=2110385854.1597655724&ga_sid=1598539698&ga_hid=1056133948&ga_fc=0&ga_cid=566536753.1598539550&iag=0&icsg=139847140302&dssz=42&mdo=0&mso=0&u_tz=120&u_his=5&u_java=0&u_h=768&u_w=1366&u_ah=728&u_aw=1366&u_cd=24&u_nplug=3&u_nmime=4&adx=190&ady=1221&biw=1349&bih=625&scr_x=0&scr_y=0&oid=3&pvsid=2313987025931353&pem=693&ref=https%3A%2F%2Fafriqueactuelle.net%2Ftag%2Fliban%2F&rx=0&eae=0&fc=1920&brdim=0%2C0%2C0%2C0%2C1366%2C0%2C1366%2C728%2C1366%2C625&vis=1&rsz=%7C%7CeEbr%7C&abl=CS&pfx=0&fu=8448&bc=31&ifi=2&uci=a!2&btvi=1&fsb=1&xpc=PZ1LmIqtk5&p=https%3A//afriqueactuelle.net&dtd=278

Le Président français Emmanuel Macron effectuera une nouvelle visite au Liban le 1er septembre, rapportent mercredi les médias locaux.

Emmanuel Macron est attendu à Beyrouth lundi soir, avant de consacrer la journée de mardi au “suivi de l’aide à la reconstruction” et aux questions politiques alors que le Liban est en quête d’un nouveau gouvernement.

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En effet, il s’agira de la deuxième visite du Chef de l’Etat français qui s’était rendu à Beyrouth, le 7 août, trois jours après la gigantesque explosion au port de plusieurs milliers de tonnes de nitrate d’ammonium qui a fait environ 180 morts et ravagé des quartiers entiers.

Face à la pression de la rue, le chef du gouvernement libanais, Hassan Diab et son gouvernement avait jeté l’éponge.https://googleads.g.doubleclick.net/pagead/ads?client=ca-pub-4117480781049295&output=html&h=280&slotname=7010103316&adk=1785178062&adf=2979717046&w=336&lmt=1598539698&rafmt=12&tp=site_kit&psa=1&guci=1.2.0.0.2.2.0.0&format=336×280&url=https%3A%2F%2Fafriqueactuelle.net%2F2020%2F08%2F26%2Femmanuel-macron-effectuera-une-nouvelle-visite-au-liban-le-1er-septembre%2F&flash=0&wgl=1&adsid=ChAI8LOd-gUQhY3UkNq_2aIvEi8AdIfKkC_EGlZW5siQZSp7zPYkIHbfOiAMklx1UHIstWIkG9ZzwV3UjIShWg_MsA&dt=1598539698380&bpp=12&bdt=1347&idt=318&shv=r20200825&cbv=r20190131&ptt=9&saldr=aa&abxe=1&prev_fmts=0x0%2C970x250%2C580x400&nras=1&correlator=5544567835765&frm=20&pv=1&ga_vid=2110385854.1597655724&ga_sid=1598539698&ga_hid=1056133948&ga_fc=0&ga_cid=566536753.1598539550&iag=0&icsg=139847140302&dssz=42&mdo=0&mso=0&u_tz=120&u_his=5&u_java=0&u_h=768&u_w=1366&u_ah=728&u_aw=1366&u_cd=24&u_nplug=3&u_nmime=4&adx=139&ady=2116&biw=1349&bih=625&scr_x=0&scr_y=0&oid=3&pvsid=2313987025931353&pem=693&ref=https%3A%2F%2Fafriqueactuelle.net%2Ftag%2Fliban%2F&rx=0&eae=0&fc=1920&brdim=0%2C0%2C0%2C0%2C1366%2C0%2C1366%2C728%2C1366%2C625&vis=1&rsz=%7C%7CeEbr%7C&abl=CS&pfx=0&fu=8448&bc=31&ifi=3&uci=a!3&btvi=2&fsb=1&xpc=bNTb8vqsse&p=https%3A//afriqueactuelle.net&dtd=Emmanuel Macron effectuera une nouvelle visite au Liban le 1er septembre

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Crise libanaise. Le MV RHOSUS ou le retour en force de la thalassopolitique ?

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Crise libanaise. Le MV RHOSUS ou le retour en force de la thalassopolitique ?

Par Florian MANET, le 10 août 2020      

Expert des questions de sûreté maritime, Florian Manet a publié « Crime en bleu, essai de thalassopolitique » aux éditions Nuvis

https://fr.tipeee.com/diploweb/embed/buttonLa crise libanaise, suite à l’explosion du 4 août 2020 dans le port de Beyrouth, nous invite à reconsidérer les équilibres internationaux sous le prisme de la relation aux espaces océaniques. Cette approche singulière démontre l’importance du fait maritime aussi bien dans le dynamisme de la vie économique, dans le rayonnement international d’une puissance mais aussi dans la souveraineté d’un État.

LE 4 août 2020, l’explosion d’un stock de 2 750 tonnes de nitrate d’ammonium entreposé depuis 6 ans dans le port maritime de Beyrouth (Liban) génère un sinistre industriel hors norme doublé d’une catastrophe humaine. L’attention du monde entier se focalise alors sur les mécanismes d’approvisionnement internationaux en matières premières ou en produits transformés effectués par voie maritime. Le MV RHOSUS, battant pavillon moldave, est identifié comme le cargo porteur de ce fret explosif, abandonné dans un entrepôt, en attente d’une décision.

Par sa gravité et par son ampleur exceptionnelle, le cas d’école libanais illustre les enjeux de la maritimisation à la fois du point de vue socio-économique mais, aussi, plus largement sur les équilibres internationaux. La crise libanaise actuelle générée par cette explosion n’est pas seulement « libanaise » dans ses conséquences mais affecte l’ensemble de la communauté internationale. Cet effet globalisant replace, au cœur des analyses, la thalassopolitique, c’est-à-dire une perception des relations internationales centrée sur les espaces océaniques et leur exploitation par l’homme.

Par cette réflexion personnelle, il ne s’agit pas de chercher à comprendre l’enchaînement dramatique des faits qui a conduit à cette funeste explosion du 4 août 2020, des enquêtes judiciaires comme administratives y pourvoiront chacune à leur manière. Au contraire, et de manière provisoire, efforçons-nous d’en tirer à chaud quelques enseignements facilitant la compréhension de cette crise et de dessiner les contours du « monde d’après ». Découvrons comme une banale mise en œuvre des mécanismes du droit international de la mer (I) démontre combien la thalassopolitique peut perturber les relations internationales (II).Crise libanaise. Le MV RHOSUS ou le retour en force de la thalassopolitique ?Florian ManetFlorian Manet auteur de « Le crime en bleu. Essai de thalassopolitique », ed. Nuvis

I. Une banale mise en œuvre des mécanismes du droit international de la mer

Le MV RHOSUS est un cargo de type vraquier long de 86 mètres, lancé en 1986 dans un chantier naval japonais. Après plusieurs propriétaires asiatiques, il fait l’objet d’une acquisition par un homme d’affaire russe en 2012. Battant dès lors pavillon moldave, le MV RHOSUS appareille le 27 septembre 2013 de Batoumi, en Géorgie, pour Matola au Mozambique. Il devait livrer 2750 tonnes de nitrate ammonium à la Fabrica explosivos. Pour diverses raisons, il modifie sa route et fait escale, le 21 novembre 2013, à Beyrouth.

Comme le prévoient les conventions internationales, ce navire fait l’objet d’un contrôle par l’État du port, en l’espèce les autorités portuaires libanaises. En sus des responsabilités propres à l’État du pavillon ( ici la Moldavie), il s’agit de s’assurer, auprès des navires étrangers naviguant dans les eaux territoriales d’un État côtier, de la conformité aux normes issues des différentes conventions internationales édictées, notamment, par l’Organisation Maritime Internationale (OMI) applicables en matière de protection de l’environnement marin, de sauvegarde de la vie humaine en mer et des conditions de travail des gens de mer. La dimension internationale du transport maritime a rendu indispensable une coordination régionale, notamment, pour réduire des distorsions de concurrence entre États. Aussi, de multiples accords régionaux ont vu le jour à l’image du Mémorandum d’entente de la Méditerranée ( Med Memorandum of Understanding) – dont le Liban est signataire – est signé à la Valette ( Malte) le 11 juillet 1997. Les résultats positifs enregistrés par cette procédure internationale de sécurité maritime se mesurent, notamment, à la diminution du nombre de sinistres graves ainsi qu’à la physionomie de la flotte mondiale.

A l’issue de leurs opérations de contrôle, les autorités portuaires libanaises prononcent une immobilisation du navire et, au vu de la dangerosité de la cargaison, décident la mise en sécurité du fret. A cet effet, elles transfèrent le nitrate des cales du navire vers un entrepôt situé sur le port.

Mis en demeure par les autorités portuaires, l’armateur se montre défaillant tout autant que le ou les propriétaire (s) de la cargaison qui ne donne (nt) pas signe de vie. Le sort réservé ensuite à ce produit hautement dangereux relève d’une procédure civile propre aux institutions libanaises. Toutefois, la défaillance de l’armateur se traduit aussi par l’abandon de l’équipage responsable du navire mouillant dans le port de Beyrouth.

II. La thalassopolitique, perturbatrice des relations internationales ?

Pays de tradition commerçante, le Liban est, par construction, ouvert sur le monde, exploitant avec brio les espaces océaniques pour accroître son rayonnement international et développer son économie. Par cette crise, il constitue, à cet égard, un cas d’école riche d’enseignements pour illustrer les enjeux de la maritimisation des économies et des modes de vie contemporains.

Une économie fragilisée car tributaire du fait maritime ?

Pays montagneux du Proche-Orient, le Liban possède, néanmoins, plus de 220 kilomètres de frontières avec le bassin levantin, partie orientale de la Méditerranée. Dès l’Antiquité, le lien avec la mer a constitué un fil conducteur de son développement économique, politique et culturel. Les Phéniciens, ce peuple de marins aventureux, ont, depuis ses côtes, établi des comptoirs dynamiques à travers toute la Méditerranée, de Carthage à Palerme, d’Ibiza à Chypre, de Tanger à la Sardaigne. Les cités de Phénicie devinrent alors un carrefour culturel comme commercial, confirmé par la suite. Toutefois, les soubresauts récents d’une histoire nationale marquée par les guerres civiles et les crises économiques ont entaché la réputation florissante de cet État jadis décrit dans la Bible comme « la terre du lait et du miel » ou, plus proche de nous, comme « la Suisse du Moyen Orient ».

En 2020, l’économie libanaise est très largement tributaire de la mer. Les quinze années de la guerre civile (1975-1990), les effets de la guerre de 2006 et de la crise économique ont durablement pénalisé le développement d’un tissu commercial et industriel ainsi que la construction d’infrastructures de transport. De fait, près de 80 % des biens de première nécessité sont ainsi importés. De fait, en 2018 [1], sa balance commerciale est très fortement déséquilibrée avec des importations s’élevant à 19,2 milliards de dollars tandis que les exportations représentent 3,8 milliards de dollars. 73 % des importations transitent par voie maritime contre 18 % par voie aérienne. Les tendances sont inversées pour les exportations avec 48 % par voie aérienne contre 37 % par voie maritime.

Au-delà de ses propres besoins nationaux, le Liban demeure un point d’entrée essentiel pour l’ensemble de la région. Les pays du Levant à l’image de la Jordanie, de la Syrie ou de l’Irak ou encore des Pays du Golfe dépendent aussi de leurs relations commerciales avec le Liban. Réduire voire supprimer ces flux commerciaux, c’est assurément asphyxier le pays et, dans une moindre mesure, l’ensemble de la région. C’est aussi créer les ferments d’instabilité et de troubles dans une région à la géopolitique des plus sensibles dans laquelle les grandes puissances sont très impliquées. Ce lien à la mer est essentiel. Il repose sur le dynamisme d’une infrastructure clé, le port maritime.

L’ « infrastructuration » des relations internationales ?

Blotti au pied de montagne, au cœur de la capitale, le port maritime de Beyrouth est le poumon de la vie socio-économique libanaise. En complément de l’aéroport international Rafic Hariri, il ouvre ce pays au reste du monde dont il dépend pour la fourniture des matières premières comme des biens manufacturés.

Le port maritime de Beyrouth est un port en plein développement suite à la reconstruction des années 1990. S’étalant sur plus de 120 hectares, il présente seize quais de déchargement et quatre bassins. Le quai 16 dédié à un terminal à conteneurs peut recevoir les plus grands porte-conteneurs en service. Disposant d’installations facilitant la rapidité des opérations logistiques, il échangeait en 2019 1,22 million d’équivalent vingt pieds (EVP). Faisant l’objet d’une concession accordée à un consortium privé, le BCTC ( Beirut Container Terminal Consortium), un appel d’offre devait mettre en concurrence le tandem CMA CGM – MSC, l’émirati Gulftainer et le hongkongais China Merchants Port. Cet attrait singulier exprimé par des géants mondiaux de la logistique portuaire suggère la valeur de la place libanaise dans le commerce international. Il laisse aussi supposer les jeux d’influence affichées ou dissimulées derrière ces investisseurs. Contrôler un port n’est pas anodin : il constitue un message envoyé à des acteurs internationaux privés comme étatiques. Ainsi, les efforts « sonnants et trébuchants » déployés par les opérateurs chinois à l’égard du port grec du Pirée (Grèce, Union européenne) explicitent une politique commerciale offensive au cœur de l’Europe, parfaitement intégrée dans le projet de la nouvelle route de la SoieBeyrouth sera-t-il une nouvelle pépite du collier de perle chinois ?

Le port maritime cristallise une infrastructure d’importance vitale rayonnant au-delà d’un simple périmètre national. C’est en lui-même un écosystème stratégique dont le dynamisme repose sur sa connexion avec l’hinterland et les autres destinations. Plaque-tournante multimodale des échanges de biens et de personnes, poumon économique national ou régional, baromètre capitalistique d’une place dans le commerce mondial, générateur de développement, telles sont les fonctions assurées par un port maritime. Selon Yann Alix, expert français de l’économie maritime et portuaire, trois critères définissent la valeur de cette installation essentielle. Tout d’abord, la centralité désigne le point de convergence des flux logistiques d’intérêt national, régional voire international. Ensuite, la nodalité détermine la réalité de la fonction de carrefour et l’intensité des nœuds de communication, physiques comme numériques qui y convergent. En l’espèce, le tissu libanais pêche par un défaut d’infrastructure de mobilité terrestre à l’image d’un réseau de chemin de fer délaissé. Enfin, la réticularité d’un port se mesure à son degré d’insertion ou d’interconnexion dans les flux logistiques internationaux. A ce titre, le port de Beyrouth relie 56 autres destinations internationales et possède des représentations permanentes des plus grands opérateurs maritimes au cœur du port. Ainsi, par exemple, l’étude des services proposés par le géant français CMA CGM démontre l’usage de cette plate-forme logistique dans les liaisons intra-méditerranéennes, Asie-Mer noire, la ligne « Bosphore express » ou encore celle North Europe – mediterranean. Au-delà de sa fonction première d’approvisionnement du pays et de sa sous-région, sa position stratégique en Méditerranée orientale le désigne comme un hub de redistribution et de reconfiguration de fret en fonction des liaisons opérées par les grands acteurs de la logistique internationale. Le développement du quai numéro 16 illustre cette fonction avec un bassin susceptible d’accueillir des navires à fort tirant d’eau comme des quais de chargement dotés de grues imposantes et d’entrepôts facilitant la reconfiguration des cargaisons. Le fret transporté par ces lignes régulières peut ensuite être réacheminé par des flux secondaires sous forme massifiée comme le permet le transport maritime [2] ou sous forme de colis distribués par voie routière ou, dans une moindre mesure au Liban, par le chemin de fer. La mise hors circuit à moyen terme du port de Beyrouth et l’actuelle impossibilité du port de Tripoli, deuxième place portuaire libanaise, à prendre le relais à très court terme imposent une reconfiguration des équilibres logistiques des chaînes d’approvisionnement internationales. Beyrouth retrouvera-t-il sa place d’avant la crise ? Ou bien sera-t-il durablement détrôné par un autre port méditerranéen ?

*

La crise libanaise nous invite à reconsidérer les équilibres internationaux sous le prisme de la relation aux espaces océaniques. Cette approche singulière démontre l’importance du fait maritime aussi bien dans le dynamisme de la vie économique, dans le rayonnement international d’une puissance mais aussi dans la souveraineté d’un État. Un Liban sans infrastructure portuaire ne peut survivre de manière autonome. Ni économiquement. Ni politiquement. Dans sa chute, il est susceptible d’entraîner une partie du Levant, malgré lui, à des degrés divers. Ce cas d’école ouvre aussi des pistes de réflexion sur la résilience des organisations humaines tributaires d’infrastructures à juste titre qualifiées d’importance vitale. La capacité à exploiter en sécurité de telles infrastructures de dimension internationale ne s’impose-t-il pas, désormais, comme un critère d’évaluation d’un État ? Car son incapacité constatée est facteur de déstabilisation interne et de dérèglement des relations internationales.

Dans un monde globalisé, interdépendant, les océans assurent véritablement le lien entre les États, fluidifiant, ainsi, les rapports interétatiques. Durant cette dernière décennie, la globalisation économique et financière s’est accélérée grâce aux progrès techniques, technologiques et organisationnels dont témoigne une logistique internationale symbolisée par des géants des mers comme des porte-conteneurs ou des pétroliers longs de 400 mètres. Au travers de ces opérateurs de logistiques omniprésents, elle a, aussi, fait émerger des géants financiers de dimension internationale qui jouent un rôle et une influence déterminante dans le concert des nations.

Copyright 10 août 2020-Manet/Diploweb.com


Plus

. Florian Manet, « Le crime en bleu. Essai de thalassopolitique« , Préfaces du général d’armée Richard Lizurey et de l’amiral Christophe Prazuck, ed. Nuvis. Sur Amazon

Et si les terroristes préparaient un Bataclan sur mer ? Cette perspective redoutable illustre l’actualité des menaces maritimes pesant sur nos économies globalisées, plus que jamais tributaires de la maritimisation des échanges et de nos modes de vie. Terrorisme, piraterie, cybercrime, trafic organisé d’êtres humains, narco trafic international, trafic illicite de déchets, d’armes ou encore de biens contrefaits, fraudes, pêche illégale, pollution expriment les multiples facettes d une activité criminelle organisée transnationale qui met en risque les équilibres socio-économiques et géopolitiques, jusqu’au coeur des territoires. L’auteur souligne dans ce livre l’importance des enjeux attachés à la lutte contre cette « thalassocratie criminelle » qui prospère dans les mécanismes spécifiques de l’écosystème maritime. Acteur économique et géopolitique à part entière, la criminalité organisée exploite insidieusement les lacunes du droit international de la mer et démultiplie ainsi sa capacité de déstabilisation des territoires. La police judiciaire maritime et portuaire est à la fois un outil de souveraineté sur les eaux territoriales et un levier de performance et d’anticipation en sécurité intérieure. Pour mieux lutter contre la criminalité organisée, l’auteur invite à une convergence des stratégies de défense et de sécurité intérieure ainsi qu’à une meilleure synergie internationale.

Se procurer sur Amazon le livre de Florian Manet, « Le crime en bleu. Essai de thalassopolitique », Préfaces du général d’armée Richard Lizurey et de l’amiral Christophe Prazuck, ed. Nuvis.

. Voir aussi Yan Giron, « Les espaces maritimes, lieux d’une mondialisation… criminelle hybride ? » sur Diploweb.com


Bonus

Vidéo. Le port, ville de l’ouverture au monde

Frédéric Sanoner, Capitaine de Vaisseau (R) de la Marine nationale française sait trouver les mots et les images pour donner à comprendre pourquoi les ports sont des villes stratégiques. Cette conférence a été organisée dans le cadre du Festival de Géopolitique de Grenoble (2017) organisé à Grenoble Ecole de Management (GEM).

Les ports sont naturellement ouverts sur la mer et donc le monde. Chance pour leurs pays, mais non dénués de vulnérabilités stratégiques, ils ont toujours été l’opportunité de développement de villes éminentes. Le port, une ville de la planète mer !

https://www.youtube.com/embed/con6gI4oLqo?list=PL9yBpWxsppbiifvO7bb-yGo6dSUO7hFpy

Mots-clés : Moyen-orient (Asie occidentale)Liban MondialisationMaritimisationCrise Proche-Orient2020Porte-conteneursPort

https://www.diploweb.com/Crise-libanaise-Le-MV-RHOSUS-ou-le-retour-en-force-de-la-thalassopolitique.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NL30124082020&utm_medium=email

Correction et précisions

Correction et précisions

RÉSEAU VOLTAIRE | 7 AOÛT 2020ENGLISHESPAÑOL

Nous avons publié, dans la nuit du 6 août 2020 , un article de Thierry Meyssan intitulé « Israël détruit Beyrouth-Est avec une arme nouvelle ». Pour illustrer notre propos, nous avions joint une vidéo montrant un missile tiré sur l’entrepôt supposé du Hezbollah dans le port de Beyrouth.

Cette vidéo, dont nous précisions ne pas connaître l’origine, est apparue être un faux réalisé à partir d’une séquence de CNN.

Nous l’avons retirée de l’article. Au demeurant, elle n’y était pas nécessaire. Nous prions nos lecteurs de nous excuser de cette erreur d’illustration.

Par ailleurs, la photo de Benjamin Netanyahu n’est pas la bonne. Il y montre le site du Hezbollah sur le bord de l’autoroute à proximité de l’aéroport et non pas le site du port. C’est la seule image que nous ayons trouvée libre de droits. Si vous disposez de la bonne photo également libre de droits, veuillez nous l’envoyer, nous la ferons figurer à la place de l’actuelle.

Enfin, précisons que le Hezbollah avait évacué ses armes de cet entrepôt après le discours de Netanyahu, en 2018. Ce qu’Israël semblait ignorer

https://www.voltairenet.org/article210676.html.

LibanÀ Beyrouth, la démission du gouvernement Diab ne calme pas la rue

LibanÀ Beyrouth, la démission du gouvernement Diab ne calme pas la rue

4 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS)Lundi soir, sous la pression de la rue, Hassan Diab a annoncé la démission de son gouvernement. Une mesure insuffisante pour calmer les manifestants, six jours après les explosions dans le port de Beyrouth, qui ont fait au moins 150 morts. Ils veulent le départ d’une classe politique qu’ils jugent corrompue dans son ensemble. 

L’annonce a été faite par Hassan Diab dans un “discours passionné” à la télévision lundi soir, rapporte CNN. Le Premier ministre libanais a informé ses concitoyens de la démission de son gouvernement six jours après les explosions dans le port de Beyrouth, qui ont fait plus de 150 morts et des milliers de blessés.

M. Diab a mis ce “séisme qui a frappé le pays” sur le compte de la “corruption endémique” qui y règne. “Ce système est profondément enraciné, et je me suis rendu compte qu’il était plus puissant que l’État, qui, les mains liées, n’a pas réussi à le combattre ou à s’en débarrasser”, a ajouté celui qui s’est présenté comme un “réformateur”, note la BBC.

Son administration n’a pas résisté aux violentes manifestations qui ont éclaté dans le pays en réaction à la tragédie. “L’annonce de la démission a été accueillie par des feux d’artifice lundi après-midi”, décrit El País, soulignant que “c’est le second gouvernement que parvient à renverser le mouvement de protestation citoyenne”. À l’automne, le cabinet de Saad Hariri avait lui aussi renoncé face à la colère de la rue.

Comme le rappelle le New York Times, Hassan Diab était “largement vu comme un outsider peu expérimenté mais ambitieux” à la tête d’un cabinet de technocrates. Arrivé au pouvoir dans une nation confrontée à la pire crise économique de son histoire, “il a trouvé peu de solutions pour ralentir le déclin du pays”, poursuit le Times. Le président Michel Aoun a accepté une démission attendue sachant que trois membres du gouvernement avaient déjà quitté leur fonction plus tôt dans la journée. Le pays va donc connaître son troisième Premier ministre en un an.

“Toutefois”, prévient le Guardian“cette décision a peu de chance de mener immédiatement à un changement de gouvernement”. Le cabinet Diab restera en place pour expédier les affaires courantes en attendant que le Parlement se mette d’accord sur une nouvelle équipe dirigeante. “Il est à noter que si on s’appuie sur d’autres exemples au Liban, ce type de gouvernement peut durer plusieurs mois”, précise le site The961.

“La colère ne retombe pas à Beyrouth”, insiste la correspondante du Soir dans la capitale libanaise.“Quelques minutes après l’annonce de la démission du Premier ministre Hassan Diab, des milliers de Libanais rassemblés au centre-ville de Beyrouth ont repris les manifestations”, décrit-elle. “Le gouvernement, c’est un début, mais on veut beaucoup plus que ça. Les politiciens sont tous corrompus, ce sont eux qui nous ont menés à ce drame. Ils doivent prendre leurs responsabilités et partir, partir !” lui explique Rola, une étudiante.

Hassan Diab lâché par ses soutiens ?

Comme pendant le week-end, le pouvoir a répondu aux manifestations de lundi soir par des balles en caoutchouc et du gaz lacrymogène. La rue veut le départ des 128 députés du Parlement et de son chef, Nabih Berri, “en poste depuis vingt-sept ans – un record mondial”, constate le quotidien belge.

Nabih Berri, un nom également cité par L’Orient-Le Jour. Car si Hassan Diab “a fini par céder aux pressions populaires”, analyse le journal francophone, sa démission “résulte d’un règlement de comptes politiques avec le président de la Chambre”. L’OLJ rapporte que M. Berri n’a pas apprécié que le chef du gouvernement évoque la tenue d’élections anticipées pendant le week-end sans le consulter lui ou le Hezbollah, “percus comme les principaux parrains de son équipe”.

Le quotidien considère que le débat général convoqué jeudi à la Chambre aurait provoqué “la chute du cabinet” et que le Premier ministre a préféré partir de lui-même.

Selon le Washington Post, M. Diab “a perdu le soutien de politiciens puissants”, inquiets que l’enquête ouverte sur l’origine du drame aille trop loin. “Le système a paniqué à cause d’une chose en particulier, la levée du secret bancaire. Diab l’a décidé unilatéralement, à travers les tribunaux, sans le Parlement. C’était le signe qu’il n’était peut-être pas entièrement sous contrôle”, confie un conseiller de l’ex-Premier ministre au journal américain.

“Depuis de nombreuses années, une classe politique corrompue pille le Liban sans être dérangée. La démission du gouvernement actuel n’y changera rien”, déplore la Frankfurter Allgemeine Zeitung.“Le pouvoir est ailleurs : il est entre les mains des oligarques et des anciens et actuels seigneurs de guerre ainsi que des chefs de clan, qui se sont partagé le pays selon les groupes de population et, comme les seigneurs féodaux, assujettissent leurs partisans”, résume le quotidien allemand.

Alors plutôt qu’aider à résoudre la crise, la démission du gouvernement pourrait bien ajouter à “l’instabilité politique dans l’un des plus importants centres culturels et financiers du Moyen-Orient”redoute le Wall Street Journal“On avance vers l’inconnu”, prophétise Imad Salamey, un expert en politique de l’université américano-libanaise de Beyrouth interrogé par le Journal.

Autre risque soulevé par Vox, celui de voir les éventuels responsables “échapper à toute culpabilité sur le long terme” alors qu’ils étaient au pouvoir lors de l’explosion. Un rassemblement est attendu dans les environs du port ce mardi, une semaine tout juste après la tragédie.

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