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Le libra, beaucoup à en dire, et à s’interroger

Le libra, beaucoup à en dire, et à s’interroger

Par Alexis Toulet,samedi 22 juin 2019.Lien permanent Billets

Facebook a annoncé le projet de créer une monnaie numérique privée le libra, reposant sur la technologie de la chaîne de blocs (blockchain), destinée à devenir une monnaie mondiale adossée à ses réseaux sociaux, dont il a publié le livre blanc le 18 juin, et qu’il vise à lancer en 2020.Comment comprendre le libra, et quel peut être son avenir ? Il y a beaucoup à en dire, et encore de nombreuses interrogations.

Voici dix points de repère et interrogations sur le projet Libra :

1. Le libra ne sera pas une monnaie souveraine comme par exemple l’euro ou le yen – en dépit de ce que dit craindre Bruno Lemaire. Il lui manquerait pour cela d’avoir cours légal sur un certain territoire, de même que l’euro a cours légal sur le territoire des Etats qui l’ont adopté comme monnaie, c’est-à-dire qu’il existe une obligation légale pour les débiteurs de l’accepter en paiement. En revanche, nul ne sera obligé d’accepter d’être payé en libras, dans aucun pays. Il n’est cependant pas acquis que cela fasse une vraie différence, tant sont populaires les médias sociaux

2. Le libra ne sera pas une cryptomonnaie – ou cryptoactif ou cryptojeton quel que soit le nom qu’on choisisse de lui donner – au sens par exemple du bitcoin ou de l’éther. En effet, cette monnaie sera gouvernée de manière centralisée par un intermédiaire auquel les détenteurs de libras seront bien obligés de faire confiance, non pas de manière décentralisée et désintermédiatisée comme le bitcoin – et ceci indépendamment de l’utilisation pour le libra de la technologie de chaîne de blocs, qui ne suffit pas à elle seule à faire une cryptomonnaie au sens propre. Le libra sera une monnaie fiduciaire, comme euro, dollar ou franc suisse, « fiduciaire » dérivant du mot latin pour confiance : il s’agira bien pour les détenteurs de libras de faire confiance aux acteurs (une centaine) établis pour sa gestion. Ce sont ces acteurs qui constitueront collectivement l’intermédiaire en question

3. Pourquoi alors utiliser la technologie de la chaîne de blocs ? Une bonne vieille base de données aurait suffi. Il y a peut-être une part de sacrifice à une idée à la mode – un aspect publicitaire. Il y a surtout semble-t-il la volonté d’inspirer confiance en soulignant que non non ce n’est pas Facebook qui contrôlera le libra – voyons, qu’alliez-vous croire ? – puisqu’il s’agira d’une centaine d’entreprises et institutions diverses au total. Et on comprend aisément que Facebook se pose la question de la confiance qu’il s’agit d’inspirer, vu sa relation disons « compliquée » à la morale commune comme au respect de ses utilisateurs

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Les options de confidentialité proposées par Facebook
En 2013, Edward Snowden révélait que les grandes entreprises américaines d’Internet partageaient systématiquement les données de leurs utilisateurs avec les « services » américains

4. Ce discours est-il crédible ? C’est à regarder de beaucoup plus près. Dans le système bitcoin, pour prendre le contrôle du réseau il faudrait rassembler plus de 50% de sa puissance de calcul. Et dans le système libra ? La règle sera-t-elle similaire ? Dans ce cas, quelle sera la répartition des puissances de calcul entre les cent acteurs à la base du système, théoriquement égaux entre eux ? Facebook, ou encore tel petit sous-groupe de firmes géantes parmi les cent, ne disposerait-il pas d’une position « plus égale que les autres », du simple fait de la puissance énorme de ses serveurs ?

5. A part l’extension de son domaine d’intervention – souci classique de toute entreprise en développement – une motivation de ce projet pourrait être le recueil des données financières et de paiement, pour utilisation en propre ou revente aux acteurs intéressés. Facebook proteste ses grands dieux que telle n’est pas son intention naturellement, là encore le système du contrôle distribué sur cent acteurs est mis en avant… mais l’infrastructure technique sera bien celle de Facebook, notamment pour le logiciel de paiement « Calibra » prévu pour la gestion par tout un chacun de son portefeuille de libras. Et tout « code de bonne conduite » mis en avant par une entreprise pourrait être détourné d’autant plus facilement que celle-ci maîtrise le soubassement technique de l’ensemble

6. L’adossement du libra sur « un panier de devises traditionnelles et d’obligations d’Etat » se veut rassurant, par son classicisme pour une monnaie fiduciaire. Oui, mais là aussi il y a potentiellement du bénéfice et du pouvoir à « gratter ». A partir du moment où le libra serait suffisamment établi, d’une part le taux de couverture de la masse monétaire aujourd’hui annoncé à « 1 pour 1 » pourrait être baissé en-dessous de 100%, permettant l’émission de libras sans contrepartie, bref la création d’une « poule aux œufs d’or » similaire à celles dont dispose les banques centrales des monnaies souveraines : une véritable planche à billets

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Le libra, une poule aux oeufs d’or ?
Seulement pour ses maîtres, en tout cas

7. D’autre part, l’arbitrage entre telle ou telle monnaie pour la constitution des réserves fournirait un levier de pression plus qu’intéressant sur tel ou tel pays ou bloc économique même les plus grands. En effet, si l’on imagine le libra utilisé quotidiennement par 1 à 2 milliards de personnes, sa masse monétaire énorme générerait une forte capacité de pression sur tout Etat. Voir cette remarque intéressante sur « Capital »

« [Avec Libra] Facebook ne va pas concurrencer les États mais plutôt organiser la concurrence entre eux. Projetons nous dans 10 ans quand le Libra sera utilisé par 1,5 milliard de personnes, soit plus que le yuan et plein d’autres monnaies. Il y aura une masse monétaire monstrueuse et le rapport de force sera totalement inversé.

En cas de conflit avec la BCE, Libra pourra réduire la part de l’euro dans son panier de devises au profit d’autres monnaies. Ça fera chuter le cours de l’euro, du CAC 40 et aura des conséquences sur la zone euro, comme lorsqu’un fonds de pension fait pression sur des États, mais en version XXL. On se retrouvera sur un marché où le dollar ne sera plus l’étalon -ce que l’on peut regretter ou pas-, remplacé par le Libra, de dépit de sa fonction de panier de devises. »

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8. Ce méga-projet de Facebook peut rencontrer des obstacles, et d’abord le risque d’une régulation, voir la Banque de France qui agit, par l’intermédiaire de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (APCR), pour pousser à la discussion au G7 de la régulation des « stable coins », dont le Libra

« Je souligne à ce propos que nous venons, avec Bruno Le Maire et au nom de la présidence française du G7, de décider la mise en place d’une task-force sur les projets de « stable coins »: le » libra », dont on a beaucoup parlé ces derniers jours, mais pas seulement lui. Au demeurant, ce terme de » stable » devra être précisé: stable contre quoi (si c’est un panier de devises, quel panier ?); et stable jusqu’à quel point (fixe, ou partiellement flexible ?). Dirigée par Benoit Coeuré avec des représentants des banques centrales, elle devra dans les prochains mois examiner les exigences anti-blanchiment, mais aussi celles de protection des consommateurs, de résilience opérationnelle, ainsi que les éventuelles questions de transmission de la politique monétaire. Nous voulons allier ouverture sur l’innovation et fermeté sur la régulation: c’est l’intérêt de tous. Et nous devons parallèlement améliorer encore l’efficacité des systèmes de paiement existants, en transfrontières : la Banque de France promeut activement une stratégie européenne en la matière. »

En un mot, les Etats « bougent encore ». Mais sauront-ils et voudront-ils accorder leurs visions et leurs pratiques pour établir une régulation suffisamment stricte et universelle pour se protéger des pressions que les maîtres du libra pourraient exercer sur eux ? Il est permis d’en douter, à considérer d’une part l’influence des théories du type « dérégulation en tout domaine et quoi qu’il arrive » d’autre part la montée des tensions géopolitiques : quand on s’inquiète de passer ou de rester devant son voisin, on s’occupe moins des éventuels intérêts communs, à supposer encore qu’on soit conscient qu’il pourrait en rester

9. Une autre limite potentielle à ce projet, c’est la concurrence. Si d’autres parmi les grands médias et maîtres d’Internet montent des projets semblables, il est envisageable que la concurrence entre plusieurs monnaies privées, chacune attachée à un réseau social, limite le pouvoir de chacune d’entre elles, du moins pour ce qui est des aspects « planche à billets » et « levier de pression sur les Etats ».

Cependant, rien n’est moins sûr. D’une part il se pourrait qu’existe un avantage objectif à utiliser une seule monnaie privée à l’échelle mondiale – c’est alors l’un de ces projets de monnaie privée qui l’emporterait et marginaliserait tous les autres, comme par exemple Google l’a fait pour les moteurs de recherche. D’autre part, le monopole n’est pas la seule forme excessive de contrôle capitalistique… il y a encore le cartel. Rien n’empêcherait les institutions contrôlant un petit nombre de monnaies privées adossées à des médias sociaux… de s’entendre entre elles !

10. Une éventualité intrigante est que « Zuck [ne] soit l’idiot utile de Satoshi ». C’est-à-dire que le PDG de Facebook Zuckerberg découvre qu’au final son projet ne serve que de marchepied à une cryptomonnaie au sens propre, c’est-à-dire décentralisée et sans intermédiaire, que ce soit le bitcoin créé par Satoshi Nakamoto ou une autre. En effet, ce qui bloque actuellement l’extension du système cryptomonnaie n’est plus la limitation technique du nombre de transactions que le réseau peut prendre en charge par seconde : l’obstacle a été levé en ce qui concerne le bitcoin avec le réseau secondaire Lightning. En dehors d’une stabilisation au moins relative de la valeur du bitcoin – qui pourrait arriver avec le temps – il manque surtout l’extension du nombre de personnes « initiées » au-delà des quelques millions qui y ont déjà « touché » voire qui possèdent des bitcoins ou d’autres cryptos. Or, le libra promet de faire passer le nombre d’initiés de millions… jusqu’à un ou plusieurs milliards ! Rien n’empêchera que ces personnes ne s’intéressent ensuite à un système qui leur procure essentiellement les mêmes bénéfices, mais sans le contrôle par l’intermédiaire privé que serait Facebook – même rejoint par 99 autres

N’ayant que l’apparence d’une cryptomonnaie sans intermédiaire recouvrant la réalité d’une monnaie fiduciaire privée, le libra en somme sera au bitcoin ce qu’est le Canada Dry à l’alcool : un succédané. Or, il se pourrait fort bien que la consommation de Canada Dry ne soit que le premier pas vers la consommation d’alcools à proprement parler..

.http://www.noeud-gordien.fr/index.php?post/2019/06/22/Le-libra%2C-beaucoup-%C3%A0-en-dire%2C-et-%C3%A0-s-interroger

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LA LIBRA DE FACEBOOK VA ACCÉLÉRER LA PERTE DE CRÉDIBILITÉ DES BANQUES CENTRALES


LA LIBRA DE FACEBOOK VA ACCÉLÉRER LA PERTE DE CRÉDIBILITÉ DES BANQUES CENTRALES

PUBLIÉ PAR PHILIPPE HERLIN | 27 JUIN 2019 | ARTICLES1063 

Nous posions la question en mai dernier : les GAFA vont-ils précipiter la chute des banques ? Désormais, avec la cryptomonnaie que va lancer Facebook l’année prochaine, il faut passer à un niveau supérieur : en plus de concurrencer le secteur bancaire traditionnel, la Libra risque d’accélérer la perte de crédibilité des banques centrales. Car cette fois, il ne s’agit pas seulement de nouveaux services de paiement, mais d’une nouvelle monnaie internationale à part entière.

En effet, la Libra sera ce qu’on appelle un stablecoin, c’est-à-dire une cryptomonnaie stable car basée sur un panier de plusieurs grandes devises internationales (dollar, euro, livre sterling, sans doute yen et yuan). Cette stabilité constitue une différence essentielle avec le bitcoin dont la forte volatilité du cours décourage nombre d’utilisateurs. Facebook créera un portefeuille dédié afin de gérer sa monnaie, le Calibra ; là encore, sa simplicité d’utilisation représentera un vrai avantage par rapport aux différents portefeuilles bitcoin existants.

Avec ses presque 3 milliards de membres, Facebook (ainsi que ses filiales Whatsapp et Instagram) possède une force de frappe qu’aucune entreprise n’a jamais possédée dans l’histoire. En conséquence, sa cryptomonnaie peut concurrencer les monnaies souveraines de la planète. Les pays émergents ayant une monnaie inflationniste et pratiquant le contrôle des changes peuvent légitimement voir la Libra comme un concurrent direct. Leur population aura intérêt à basculer sur la nouvelle monnaie pour se libérer de l’inflation qui ronge leur épargne. Les banques centrales des pays émergents doivent sérieusement s’inquiéter et on peut prévoir que beaucoup d’entre elles voudront tout simplement l’interdire.

Pour les pays de l’OCDE, qui bénéficient de devises stables, l’intérêt apparaîtra moins évident au premier abord. Mais la facilité d’utilisation et l’effet de mode peuvent convaincre de nombreux utilisateurs. Mais surtout, ceux qui doutent de la solidité de leurs banques (les Italiens, les Grecs, les Espagnols, les clients de la Deutsche Bank, etc.) peuvent également se reporter sur la Libra afin de protéger leurs avoirs (ne vaut-il pas mieux déposer son cash chez Facebook, qui dispose de plus de 100 milliards de dollars de liquidités et qui pèse 500 milliards de dollars en bourse, soit presque autant que tout le secteur bancaire européen, plutôt que dans une banque au bilan rempli de dettes ?).

Les banques centrales européennes ont flairé le danger et viennent de décider, à l’initiative de la France, de créer une « taskforce » sur les stablecoins dans le cadre du G7. L’inquiétude est réelle, d’autant que leur crédibilité s’érode dangereusement ces temps-ci : la Fed vient d’interrompre sa remontée des taux, la BCE admet qu’elle pourrait continuer sa politique de taux-zéro, pendant que la BoJ reste engluée dans un QE massif. Les acteurs économiques commencent (enfin !) à s’interroger sur la crédibilité des banques centrales (et d’ailleurs le cours de l’or se met à monter…).

Ce type de concurrence s’est déjà produit dans l’histoire : au Moyen Âge, le Florin de Florence et le Ducat de Venise circulaient dans l’Europe entière. Leur teneur garantie en or en faisait des monnaies de confiance par rapport aux devises nationales trop souvent manipulées. Cependant, la Libra ne joue pas dans cette catégorie et c’est son point faible, que l’on a pas encore suffisamment mesuré : l’actif qui le soutiendra sera « la dette de gouvernements stables et peu susceptibles de faire défaut ou de connaître une forte inflation » comme le précise son Livre blanc. Justement, en cas de crise « 2008 en pire », il risque de ne pas y en avoir… Si le yen, l’euro, le dollar s’effondrent et connaissent une vague d’inflation, la Libra sera emportée dans la même tourmente, et les épargnants subiront de sévères pertes. Non, la seule vraie garantie en cas de crise monétaire reste l’or physique, comme à l’époque du Florin et du Ducat.

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.Tags : OrÉconomieCrise financièreMonnaieBanques centralesPolitiqueQEInflation


PHILIPPE HERLIN CHERCHEUR EN FINANCE / DOCTEUR EN ÉCONOMIE

Chercheur en finance et docteur en économie du Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris. Adepte des penseurs du risque extrême comme Benoît Mandelbrot et Nassim Taleb, ainsi que de l’école autrichienne, il apporte son regard sur la crise actuelle, celle de la zone euro, des dettes publiques, du système bancaire. Auteur d’un livre de référence sur l’or (L’or un placement d’avenir, Eyrolles), il souhaite lui voir jouer un rôle croissant dans nos économies, jusqu’à sa remonétisation pleine et entière.

https://or.fr/actualites/libra-facebook-va-accelerer-perte-credibilite-banques-centrales-1570

LIBRA LA FUTURE MONNAIE DE FACEBOOK

 

LIBRA LA FUTURE MONNAIE DE FACEBOOK

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Facebook a annoncé la création en 2020 de sa propre monnaie. Libra sera une crypto-monnaie utilisant la technologie Blockchain comme le bitcoin. La création monétaire était jusqu’à présent le privilège des souverains ou des états. Au Moyen-Âge, le faux-monnayage était d’ailleurs considéré comme un crime de lèse-majesté. Souveraineté et monnaie sont intimement liés comme on l’a vu dans les débats enflammés autour de l’Euro. Une entreprise privée qui se met “à battre monnaie” selon l’expression consacrée, voilà donc un événement considérable. Nous nous y intéressons cette semaine.

“Et le prince seul a droit de battre monnaie attendu que lui seul a droit d’exiger que son témoignage fasse autorité parmi tout un peuple”  Jean-Jacques Rousseau l’Emile 

Libra une nouvelle crypto-monnaie

Définitions

– La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle

– La crypto-monnaie, ou monnaie cryptographique, est une monnaie 100% électronique, virtuelle. Le principe d’échelle de valeur qui la définit est le même que celui des monnaies courantes. Mais sa différence, c’est qu’elle est uniquement virtuelle. L’autre différence, c’est que cette monnaie est cryptée, c’est-à-dire qu’elle n’est utilisable que par une personne possédant le code permettant de décrypter la monnaie. 

Crypto-Monnaie, D'Affaires, Finances, L'Argent Libra

L’histoire de la monnaie est aussi une histoire technologique. La pièce de monnaie se développe avec la métallurgie. Le billet de banque est indissociable des techniques d’imprimerie, la carte de paiement de l’électronique… L’informatique a amené une dématérialisation sans précédent de la monnaie. Il n’est donc guère surprenant qu’Internet apporte sa pierre à l’édifice de la création technologique monétaire pour encore faciliter les échanges. Marc Zuckerberg décrit d’ailleurs ainsi son ambition : “envoyer de l’argent à quelqu’un devrait être aussi simple que de lui envoyer une photo”.

Comme le bitcoin, Libra sera une crypto-monnaie c’est-à- dire une monnaie électronique virtuelle. Ne vous attendez (ou au moins pas tout de suite) à voir circuler des pièces et des billets à l’effigie de Marc Zuckerberg. Elle utilisera la technologie de la blockchain. Je ne suis pas expert en la matière. Comme pour l’immense majorité, son fonctionnement demeure obscur pour moi. Mais il faut retenir que cette technologie permet des transactions sécurisées, cryptées de manière décentralisée. Comme l’écrit le mathématicien Jean-Paul Delahaye, il faut s’imaginer « un très grand cahier, que tout le monde peut lire librement et gratuitement, sur lequel tout le monde peut écrire, mais qui est impossible à effacer et indestructible. »

Libra un nouveau mode de paiement en ligne encore plus simple

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Libra permettra donc aux 2.4 milliards d’utilisateurs de l’environnement Facebook (Facebook mais aussi Instagram, Whatsapp ou Messenger) d’acheter des produits ou des services. Les particuliers pourront également se transférer des fonds en Libra. Pour rendre son éco-système incontournable, Facebook a choisi de s’associer dans le projet Libra à de puissants partenaires. On parle dans le tour de table de Libra de Visa-Mastercard, Paypal, Spotify, Uber, Booking.com ou encore Illiad la maison-mère de Free. On pourrait donc demain payer ses vacances sur Booking en Libra ou encore plus “fashion” louer une trottinette électrique Uber avec la monnaie virtuelle.

Avec ce projet, Facebook va un cran plus loin dans la dématérialisation de la monnaie. Les BATX chinois avec leurs systèmes Alipay ou WeChat Pay avaient déjà ringardisé la carte bancaire. Dans la quête au toujours plus facile, toujours plus simple, il semblait donc logique que Facebook mais aussi sans doute demain Amazon et les autres GAFA se lancent dans ces nouvelles technologies de paiement. Mais le projet de Facebook va plus loin. Il ne se limite pas à la création d’un nouveau mode de paiement plus pratique comme Alipay. La création d’une nouvelle monnaie possède indiscutablement une dimension politique et idéologique que je vous propose maintenant d’explorer.

Libra un projet imprégné de l’idéologie libertarienne

La symbolique autour du projet Libra est riche. Il faut toujours s’intéresser aux mots.  Au 1er sens, Libra c’est une unité de mesure la livre : Libra la livre sterling numérique. Mais derrière le mot Libra, il y a bien sûr le mot libre. Facebook a choisi d’appeler sa crypto-monnaie Libra et non pas “Quick” ou “Easy”. Libra permettrait de nous libérer. De nous libérer de quoi au fait? Du dollar, de l’Euro, du Yen? Et derrière des états souverains, des gouvernements.

Je ne peux m’empêcher de voir derrière le projet Libra une dimension idéologique. “Minimum government, maximum freedom” telle est la devise des libertariens. Comme nous l’avions évoqué dans l’article pourquoi les GAFA font tout pour ne pas payer d’impôt, la Silicon Valley est profondément imprégnée par cette idéologie libertarienne. Monnaie et souveraineté étatique sont intimement liés. Cette initiative serait un nouveau coup de boutoir des disrupteurs du numérique contre l’Etat. Je vous invite à ce propos à lire le très intéressant éditorial de Gaspard Koenig paru dans les Echos intitulé Pourquoi il faut dire non à l’Etat Facebook. 

Une gouvernance sur le modèle des banques centrales

Monnaie et confiance vont de pair. Facebook n’étant pas un état, il est fondamental pour l’entreprise d’apporter des garanties aux utilisateurs futurs de Libra. L’histoire de la monnaie est pleine d’innovations qui se sont mal terminées pour “les early adopters”. Les deux premières tentatives de création de billets de banque en France et le système de John Law se terminèrent par des banqueroutes retentissantes. Le Bitcoin a défrayé la chronique ces dernières années par sa volatilité spéculative.

Pour éviter ces déboires, Facebook a choisi de ne pas faire de Libra non pas une monnaie spéculative mais plutôt une “stable coin” avec un taux de change dont l’évolution sera limitée et encadrée, assise sur un panier de devises. La gouvernance serait assurée par une fondation sise à Genève. Le choix de la ville est là aussi symbolique. Genève est connue comme le siège de nombreuses institutions internationales et financières.

Les partenaires de Libra sélectionnés par Facebook se verront proposer d’opérer un des 100 nœuds du réseau pour la somme de 10 millions de dollars l’unité. La fondation disposera donc d’un trésor de guerre de 1 milliard de dollars garant de la stabilité du système.Chaque partenaire disposera d’un siège de représentation au sein de la fondation qui sera une espèce de banque centrale du Libra.

Il y a un côté féodal dans cette organisation. Le prince des marchands Zuckerberg rassemble autour de lui ses barons dans une sorte guilde des E-commerçants. Une guilde en quête d’argent certainement, mais aussi en quête de pouvoir face aux états. Libra annonce d’aillleurs clairement que ses premières cibles seront les états aux monnaies vacillantes. Les états laisseront-ils faire? Quelle régulation autour de ces nouvelles monnaies? Tournant majeur ou tempête dans un verre d’eau. A suivre…

https://www.etonnante-epoque.fr/libra-la-future-monnaie-de-facebook/

Libra, la cryptomonnaie de Facebook qui inquiète les Etats

Libra, la cryptomonnaie de Facebook qui inquiète les Etats

Libra, la cryptomonnaie de Facebook qui inquiète les Etats© JUSTIN SULLIVAN Source: AFP
Le patron de Facebook Mark Zuckerberg.

Facebook va lancer en 2020 Libra, sa propre cryptomonnaie. Centralisée, elle sera gérée par un groupe de multinationales. Les pouvoirs publics s’inquiètent de la naissance d’une monnaie souveraine, qui vient directement concurrencer celle des Etats.

Le système financier mondial est-il à l’aube d’un véritable séisme ? La question mérite d’être posée depuis l’annonce le 18 juin par Facebook du lancement de sa cryptomonnaie, le Libra, qui sera mise en circulation courant 2020.

Basé sur le système de la chaîne de bloc – cette sorte de registre public, infalsifiable, sur lequel sont inscrites toutes les transactions – le Libra est censé permettre d’acheter des biens ou d’envoyer de l’argent aussi facilement qu’un message instantané. L’idée est de pouvoir effectuer des paiements en ligne directement d’un tiers à un autre sans passer par une institution financière et en s’affranchissant de la barrière des différentes devises.

Selon Facebook, cette monnaie vise en priorité les 1,7 milliard d’exclus du système bancaire, qui ne disposent pas de comptes bancaires, notamment dans les pays émergents. Mais l’ambition du géant des réseaux sociaux est évidemment bien plus grande : la multinationale entend à terme faire du Libra une monnaie incontournable dans les échanges virtuels. Pour preuve, il ne sera pas limité aux «seuls» 2,4 milliards d’utilisateurs de Facebook mais sera accessible à quiconque ouvre un portefeuille numérique (Calibra) où stocker ses jetons.

Si par certains aspects le Libra s’inspire des cryptomonnaies traditionnelles, la ressemblance n’est pourtant qu’en trompe-l’œil. Quand le Bitcoin ou l’Ethereum doivent leur succès à leur décentralisation, chaque unité étant créée par les utilisateurs eux-mêmes, le Libra fonctionne à l’inverse de façon totalement centralisée.

La Libra Association, association à but non lucratif, fera en effet office de banque centrale. 28 entités ont été désignées pour tenir ce rôle ô combien stratégique. Parmi elles, on retrouve des poids lourds du paiement en ligne, comme Mastercard, PayPal et Visa. A leurs côtés, eBay, Spotify, Uber, Vodafone Group, la firme d’investissement Andreessen Horowitz ou encore Iliad, le groupe français de télécommunications fondé par le milliardaire Xavier Niel. A l’avenir, pour les entreprises désireuses de rentrer dans ce club très fermé, qui peut rêver disposer un jour d’un pouvoir équivalent à celui de la FED ou de la BCE, il faudra présenter une valorisation de plus d’un milliard de dollars.

Autre différence majeure : le Libra sera adossé à un panier de devises traditionnelles mais aussi à des obligations d’Etat, une manière selon Facebook de lui apporter la stabilité qui fait défaut aux cryptomonnaies traditionnelles.

Menace pour les monnaies traditionnelles ?

S’il dispose des apparats d’une cryptomonnaie, le Libra s’apparente finalement beaucoup plus à une monnaie classique. Au point de concurrencer à terme le dollar ou l’euro ? La crainte est en tout cas vivace dans l’esprit des régulateurs. Le gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre Mark Carney a ainsi assuré suivre très attentivement la situation, jugeant que le projet Libra, s’il devait être un succès, «deviendra[it] instantanément systémique et devra[it] être soumis aux meilleures normes de régulation».

Une inquiétude partagée par le ministre français de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, selon qui une société privée «ne peut pas et ne doit pas créer une monnaie souveraine qui pourrait être en concurrence avec les monnaies des Etats». «Que Facebook crée un instrument de transaction, pourquoi pas. En revanche, que ça devienne une monnaie souveraine, il ne peut pas en être question», a-t-il martelé, disant vouloir fixer «une limite».

Un vœux pieux ? Aux Etats-Unis, la présidente démocrate de la commission des Services financiers de la Chambre des représentants, Maxine Waters, a demandé un «moratoire» sur ce projet, le temps que le Congrès et les régulateurs se penchent dessus, «compte tenu du passé troublé de l’entreprise». Sa demande a reçu une fin de non-recevoir diplomatique mais ferme de la part de Facebook. «Nous sommes impatients de répondre aux questions des décideurs politiques à mesure que ce processus avance», lui a ainsi répondu un porte-parole de l’entreprise.

Le sujet devrait en tout état de cause être évoqué au G7 finances qui se tiendra à Chantilly mi-juillet, Bruno Le Maire ayant demandé aux gouverneurs des banques centrales de préparer un rapport «sur les garanties qui doivent être apportées sur cette monnaie numérique pour qu’elle soit envisageable». Mais il semblerait que la multinationale ait pris tout le monde de court.

https://francais.rt.com/economie/63149-libra-cryptomonnaie-facebook-qui-inquiete-etats

Cryptomonnaie : le Libra sera libre comme les démocraties populaires sont démocratiques et populaires…

Cryptomonnaie : le Libra sera libre comme les démocraties populaires sont démocratiques et populaires…

facebook data security By: Book Catalog – CC BY 2.0

Ah, tiens, finalement, les cryptomonnaies, ce n’est pas si pourri que ça ! Regardez, même Facebook se lance dans l’aventure ! Avec l’arrivée d’un tel poids lourd dans l’espace des cryptomonnaies, pas de doute, cette invention financière majeure vient de faire un grand bond en avant… Mais avant de crier victoire, assiste-t-on réellement à la naissance d’une nouvelle cryptomonnaie ?

Pour le moment, c’est l’agitation sur la toile.

Du côté des médias traditionnels, c’est même la bousculade de petits articles pour détailler la nouvelle : pour les uns, Facebook veut bousculer les monnaies, pour d’autres, l’arrivée d’un tel géant doit même faire peur aux États.

Bref, on en parle un peu partout, les médias trépignent et c’est pour eux l’occasion de revenir à la fois sur le concept des monnaies et de s’interroger sur la place de cette technologie si vieille et pourtant si indispensable dans notre économie. La vulgarisation aidant, le lecteur le plus chanceux comprendra que la proposition de Facebook est essentiellement une nouvelle forme de coupons adossés à un groupe d’entreprises partenaires, à l’instar des miles aériennes ou d’autres jetons proposés par des chaînes ou des alliances commerciales.

Plus concrètement cependant, ceux qui voudront éplucher les caractéristiques du nouveau joujou de Zuckerberg pourront aller voir le joli site de la cryptomonnaie Libra, aux couleurs moyennement vitaminées de Facebook. On y notera les déclarations de principes, onctueuses comme un onguent sophistiqué, dans lesquelles on découvre que le but est d’offrir un moyen simple à des centaines de millions, que dis-je, des milliards d’individus de disposer d’avoirs numériques, de manipuler de la monnaie, et de faire des opérations bancaires.

Car si de moins en moins d’êtres humains meurent de faim, beaucoup trop sont encore exclus de l’accès aux services des banques et plus prosaïquement de la possibilité de recevoir ou d’échanger de la valeur de façon rapide, simple, efficace et sans danger. Avec un téléphone portable, une connexion au réseau et une cryptomonnaie qui fonctionne, « bancariser » ces personnes devient possible et le Libra de Facebook entend jouer ce rôle.

Cependant, une fois passées les présentations trendy et les jolies photos de banques d’images, les vidéos inspirantes à la musique neutre produites au kilomètre, l’épluchage du whitepapertechnique refroidit quelque peu l’enthousiasme que cette initiative pouvait avoir déclenché.

En termes de caractéristiques techniques, il s’agit d’une chaîne de blocs dont les principes se rapprochent un peu d’Ethereum plus que de Bitcoin, avec un système de paiement de la transaction intégré, un consensus basé apparemment sur une preuve d’enjeu plutôt qu’une preuve de travail même si, comme Ethereum, les détails sur l’implémentation de cette preuve d’enjeu restent flous.

Pour fonctionner, Libra disposera d’un langage de script permettant de faire fonctionner les transactions (et par la suite de mettre en place des contrats automatisés, à l’instar d’Ethereum là encore). Le langage, « Move« , n’est pas détaillé et personne n’a idée ni de ses capacités, ni de sa solidité, ni des caractéristiques importantes (à commencer par sa vérification formelle).

Faisant fi des mécanismes de consensus déjà explorés par les cryptomonnaies existantes, Libra propose un nouveau mécanisme tolérant aux fautes byzantines, construit sur l’algorithme « HotStuff » produit par une chercheuse israélienne, Dahlia Malkhi. Si on peut admettre que sur le papier l’algorithme en question est plein de promesse en termes de performances et de facilité d’implémentation, force est de constater qu’on n’a pour le moment aucun recul sur sa résistance et sa capacité de monter en charge.

À ces éléments qui laissent penser que les personnes embauchées par Facebook pour créer une nouvelle cryptomonnaie ne sont pas complètement à côté de la plaque, on doit cependant ajouter quelques points qui laissent plus que perplexes sur l’avenir de cette aventure.

La lecture des documents fournis par la firme de Zuckerberg ne donne en effet qu’assez peu d’indications sur la nature publique des informations de transactions qui seront disponibles. Si, on le comprend, une centaine de grandes firmes participeront à la validation des transactions et à leur écriture dans le « grand livre général », on peine à voir où ce grand livre sera lisible, sachant que cette caractéristique – une publication au su et au vu de tous – est la base essentielle pour garantir la validité de ces transactions…

De la même façon, s’il est clairement indiqué que le protocole autorise chaque utilisateur à conserver un pseudonyme et plusieurs adresses pour effectuer des transactions sur la chaîne, on comprend malgré tout que les transactions, elles, seront hautement traçables, à l’instar de Bitcoin mais avec votre compte Facebook au bout. Question anonymat et fongibilité, ce n’est vraiment pas ça.

La Libra Fundation, qui se charge d’accueillir les premiers fondateurs, ces sociétés aptes à payer le ticket d’entrée de 10 000 000 de dollars pour participer, peut a priori refuser n’importe qui. Dès lors, il est naïf de penser que les 100 premiers participants de cette blockchains seront neutres. Leurs intérêts ne recouperont peut-être d’ailleurs pas celui des consommateurs…

Afin de contrebalancer la volatilité frénétique des cryptomonnaies, Libra propose un jeton adossé à un panier de monnaie. Ces monnaies – fiat, émises par des États – étant toutes inflationnistes, on peut donc garantir que le libra sera lui-même inflationniste et intrinsèquement manipulable par les États, ainsi que par ricochet, soumis aux règles qu’ils mettent en place à commencer par les contraintes parfois exorbitantes que le dollar impose. À ce titre, si le dollar fait partie du panier, le libra ne sera donc pas accessible aux Iraniens, par exemple…

En somme, cette monnaie sera donc centralisée, censurable sur un claquement de doigt étatique, inflationniste et reposant intégralement sur les marges de manœuvre laissées par des États. On peut donc ainsi garantir qu’il y aura des KYC et des AML, ce qui fera voler par la fenêtre les belles présentations précédentes expliquant vouloir offrir cette monnaie à ces milliards d’individus non bancarisés : comment être reconnu de façon crédible et passer ces filtres alors que dans beaucoup de pays l’acte de naissance, la carte d’identité ou les moyens d’identification ou de gestion de propriété privée (comme le cadastre par exemple) sont au mieux naissants, au pire inexistants ou complètement sujets à corruption ?

En réalité, on comprend surtout que pour Facebook, cette nouvelle aventure est l’occasion de mesurer son impact réel puisque, la fondation Libra l’explique directement, l’un des buts est de développer un véritable « standard d’identité » :

« An additional goal of the (Libra) association is to develop and promote an open identity standard. We believe that decentralized and portable digital identity is a prerequisite to financial inclusion and competition. »

Un monde où la monnaie, devenue globale, est à la merci des États qui n’auront aucun mal à tordre le bras de toutes les sociétés privées acoquinées dans cette fondation, où les identités de tous et de chacun sont connues et traquées efficacement, et où absolument tous les actes marchands sont potentiellement disséqués par des entreprises qui ont fait fort de mettre le Big data et l’Intelligence Artificielle à leur service, voilà qui vend du rêve, non ?

On peut cependant raisonnablement parier sur une réussite (au moins à court terme) de cette nouveauté : c’est nouveau, c’est facile d’emploi, cela donne quelques opportunités supplémentaires d’échanger (de l’argent ici) avec des connaissances, des amis, etc, et ça utilise la puissance du réseau social Facebook, autant d’ingrédients qui garantissent que la masse foncera allègrement vers les promesses dorées portées par Libra…

Avant de clore ce billet, il serait dommage de ne pas noter la réaction immédiate, quasi compulsive et réflexive des autorités françaises, avec Tracfin en tête (dont le directeur, paniqué, croit encore qu’il va falloir réguler cette cryptomonnaie), rapidement suivi de notre Bruno Le Maire national, égal à lui-même c’est-à-dire à pas grand chose de valable.

Entendant que Facebook allait lancer sa propre monnaie, ne comprenant ni la technologie sous-jacente, ni même le concept de monnaie en général, notre Minustre de l’Économie En Déroute s’est donc fendu d’une remarque, parfaitement idiote comme il se doit :

« Que Facebook crée un instrument de transaction, pourquoi pas. En revanche, que ça devienne une monnaie souveraine, il ne peut pas en être question »

Autrement dit, Bruno a fermé ses petits poings et déclaré qu’il entendait fixer des limites à Facebook. Ce qui revient à croire qu’il a son mot à dire ; c’est déjà comique au niveau de l’euro, c’est hilarant pour une cryptomonnaie en général, c’est juste consternant concernant ce projet en particulier. Évidemment, si le panier de monnaie comprend des dollars, le dernier mot appartiendra de toute façon au pouvoir fédéral américain qui se fera un plaisir de passer sur le corps frêle du petit Bruno, dont les petits couinements n’attireront aucune pitié.

Le Libra est annoncé pour débuter en 2020. Il reste donc encore plusieurs mois pour collecter des informations sur ce que veut être cette nouvelle cryptomonnaie. Mais tout indique que derrière les buts sucrés présentés à grands renforts d’images colorées se cache un mécanisme redoutable pour étendre encore un peu plus la domination des États sur les individus.

Du reste, ce sera un excellent test : si ces derniers laissent Facebook continuer, s’ils poussent même à la roue, vous pouvez être certains que ce ne sera pas pour votre plus grand bien. S’ils s’y opposent, s’ils paniquent et ruent dans les brancards, alors peut-être sera-t-il temps de s’y intéresser.

Restons prudents.
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Sur le web

https://www.contrepoints.org/2019/06/19/347186-cryptomonnaie-le-libra-sera-libre-comme-les-democraties-populaires-sont-democratiques-et-populaires

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