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Quelle est la situation en Libye ?


Pourquoi la Libye attise les tensions entre la France et la Turquie

Par Julien Pavy  •  Dernière MAJ: 24/06/2020

Pourquoi la Libye attise les tensions entre la France et la Turquie

https://youtu.be/UT-yCEh504g

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La Libye se retrouve au cœur des tensions entre la France et la Turquie, ainsi que d’autres puissances régionales.

Quelle est la situation en Libye ?

Le pays est toujours coupé en deux :

  • A l’Ouest, le gouvernement d’union nationale, dirigé par Fayez el-Sarraj, basé à Tripoli, reconnu par les Nations Unies, et soutenu par la Turquie et le Qatar.
  • A l’Est, les forces du maréchal dissident Khalifa Haftar, soutenues par l’Egypte, les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite.

Le rôle ambigu de la France

La Turquie accuse aussi la France de soutenir le général qui avait lancé l’an passé une offensive sur Tripoli. Mais depuis, ses troupes ont multiplié les revers militaires et ne cessent de reculer. Elles pourraient perdre aujourd’hui la ville stratégique de Syrte, ce qui inquiète particulièrement l’Egypte qui a brandi la menace d’une intervention militaire.

Interview de Didier Billion, directeur adjoint de l’Iris, l’Institut de relations internationales et stratégiques, spécialiste de la Turquie et du Moyen-Orient.

Conflit libyen: la Russie explore la troisième voie et prend contact avec Seif-al-Islam Gaddafi

Conflit libyen: la Russie explore la troisième voie et prend contact avec Seif-al-Islam Gaddafi

 2 heures ago Strategika51

Pour la première fois, des officiers du GRU russes ont pris attaché avec Seif-al-Islam Gaddafi et ses partisans en Libye dans une tentative visant à explorer une troisième voie excluant à la fois le Maréchal Khalifa Haftar (Cyrénaïque) et le président Fayaz Al-Serradj (Tripolitaine).

Cette initiative russe prise après des consultations avec l’Algérie a pour objectif de sonder la popularité du clan des Gaddafi et leurs capacité à fédérer les puissantes tribus libyennes, véritables détentrices du pouvoir informel en Libye. La troisième voie permettrait de se débarrasser du très encombrant Maréchal Haftar et surtout ses dangereux soutiens égyptiens, saoudiens, émiratis et français tout en neutralisant la Turquie et le gouvernement de Fayaz Al-Serradj à Tripoli.https://googleads.g.doubleclick.net/pagead/ads?client=ca-pub-8611929323778758&output=html&h=280&adk=3262933429&adf=2506243742&w=639&fwrn=4&fwrnh=100&lmt=1593353563&num_ads=1&rafmt=1&armr=3&sem=mc&pwprc=1718975997&tp=site_kit&psa=1&guci=1.2.0.0.2.2.0.0&ad_type=text_image&format=639×280&url=https%3A%2F%2Fstrategika51.org%2F2020%2F06%2F28%2Fconflit-libyen-la-russie-explore-la-troisieme-voie-et-prend-contact-avec-seif-al-islam-gaddafi%2F&flash=0&fwr=0&pra=3&rh=160&rw=639&rpe=1&resp_fmts=3&wgl=1&fa=27&adsid=ChEI8P_g9wUQhq2h1tP3qZWwARJMACGDAlbLzLl7irfnhCEs3bNPIt5djdSsRpVl3Bze6d_ic7YH5YfukasIfziPTdG43IcS4ADSQ1UcsGjmuYHtzxsEx-z-dHw9YvwmWg&dt=1593353563432&bpp=10&bdt=3593&idt=-M&shv=r20200624&cbv=r20190131&ptt=9&saldr=aa&abxe=1&prev_fmts=0x0&nras=2&correlator=3166108507100&frm=20&pv=1&ga_vid=621496474.1578223226&ga_sid=1593353562&ga_hid=76241938&ga_fc=1&iag=0&icsg=3378799231107120&dssz=125&mdo=0&mso=0&u_tz=120&u_his=1&u_java=0&u_h=768&u_w=1366&u_ah=728&u_aw=1366&u_cd=24&u_nplug=3&u_nmime=4&adx=62&ady=1534&biw=1063&bih=456&scr_x=0&scr_y=0&eid=21065724%2C42530493%2C42530495&oid=3&pvsid=217132920439258&pem=378&ref=https%3A%2F%2Fmessageriepro3.orange.fr%2FOFX&rx=0&eae=0&fc=1408&brdim=70%2C70%2C70%2C70%2C1366%2C0%2C1096%2C576%2C1080%2C456&vis=1&rsz=%7C%7Cs%7C&abl=NS&fu=8336&bc=31&jar=2020-6-23-14&ifi=2&uci=a!2&btvi=1&fsb=1&xpc=tefHy00jkH&p=https%3A//strategika51.org&dtd=144

La situation demeure explosive autour de Sirte, l’ancien fief des Gaddafi, où des frégates de la marine de guerre turque commencent à se déployer au large. l’Égypte du Maréchal Abdelfettah al-Sisi a commencé à mobiliser et à armer avec des fonds émiratis les plus puissantes tribus libyennes de Cyrénaïque, notamment les Abidat ainsi que celles ayant des ramifications en Égypte occidentale. Le véritable enjeu du conflit libyen est la mainmise sur les hydrocarbures et les ressources hydriques.

le Maréchal Khalifa Haftar a disparu de la scène publique depuis l’approche des forces du gouvernement de Tripoli et des forces turques près de Sirte et d’Al-Jufra. Une information non confirmée évoquant la crainte de Haftar au sujet d’une opération de décapitation turque au moyen d’une frappe de drone ou une opération spéciale.

Dans tous les cas de figures, les pays soutenant Haftar feront tout pour éviter un tel scénario tandis que la Turquie ne compte pas lâcher le morceau ou plutôt une opportunité historique extraordinaire de devenir une puissance en jouant le rôle de bras armé de l’administration Trump tout en avançant ses propres priorités stratégiques néo-ottomanes.Publicitésabout:blankREPORT THIS ADabout:blankREPORT THIS AD

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Daech en Libye bis: de la répartition des rôles pour figurants…

Daech en Libye bis: de la répartition des rôles pour figurants…

 5 ans ago Strategika51

Nous avons été l’un des rares sinon le seul blog à avoir évoqué depuis longtemps l’implantation de Daech en Libye.

Nous avons également souligné que la menace de Daech au Maghreb est sérieuse, d’autant plus qu’aucune armée de la région ne dispose de capacités suffisantes pour faire face à cette menace au sol.

Les raids aériens menés par les égyptiens en territoire libyen, sous le très fallacieux prétexte de la décapitation de 21 ressortissants égyptiens par Daech en Libye, ne sont pas les premiers. Les avions égyptiens et émiratis basés en Egypte bombardent des cibles en Libye depuis le début de la nouvelle guerre civile.

L’initiative égyptienne n’en est pas une. Le mouvement est dicté par Paris et Ryad. L’implication militaire égyptienne en Libye est très risquée pour le Caire dont les forces armées sont loin d’être efficaces. Elle ouvre surtout un second front pour le Caire puisque ce dernier peine à faire face à des organisations armées au Sinaï.

L’Egypte est économiquement ruinée. Son armée n’a jamais gagné une guerre à l’étranger. Que ce soit lors des guerres contre Israël, ou lors de la catastrophique intervention égyptienne au Yémen et même lors d’un bref conflit armé contre la Libye de Gaddafi. Que vise le « maréchal » Al-Sissi en envoyant ses F-16 au dessus d’une Libye en pleine guerre civile? Le support US est là encore une fois mais le jeu est risqué. C’est pour ça que Le Caire appelle à une intervention étrangère sous couvet Onusien. L’initiative franco-égyptienne au Conseil de Sécurité de l’ONU en dit long sur certains petits arrangements préalables sur cette question.

La Jordanie bombarde Daech en Syrie; l’Egypte le fait en Libye. Amman et Le Caire font partie d’un seul axe et il est connu. Mieux qu’une sous-traitance, c’est de la doublure. Dans tous les cas, c’est de la figuration.

Reste les pays d’un Maghreb inexistant. La Tunisie ne voit pas d’un mauvais oeil les raids égyptiens en Libye mais en réalité ne peut plus rien faire depuis longtemps. Théoriquement plus grand pays maghrébin, l’Algérie semble totalement hors-jeu dans la sous-région et, pour corser le tout, se retrouve publiquement humiliée. Le Maroc ne s’implique pas mais cherche à exploiter ce qu’il pourrait tirer comme dividende face à Alger de cette situation inédite.

S’il y avait un pays qui aurait du intervenir depuis une année par des moyens aériens en Libye, c’était bien l’Algérie. Mais ce pays fait face actuellement à un effondrement interne qui ne dit pas son nom indu par une politique catastrophique. Finalement, ce choix de non-intervention aura été fatal sur le plan géopolitique pour l’Algérie. Car quel que soit l’issue du conflit en Libye, il faudra de très longues années pour que l’Algérie puisse espérer retrouver un rôle au Maghreb.

Photographie prise il y a deux jours à Derna, la capitale supposée de Daech (et de toutes les rebellions soutenus par l'Otan) en Libye après des raids d'avions F-16 égyptiens.
Photographie prise il y a deux jours à Derna, la capitale supposée de Daech (et de toutes les rebellions soutenus par l’Otan) en Libye après des raids d’avions F-16 égyptiens.

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Des soldats réguliers égyptiens à Tobrouk ou la preuve que L’Égypte est impliquée militairement en Libye aux côtés des forces de Khélifa Haftar, l’homme fort de la Cyrénaïque qui veut occuper par la force l’ensemble de la Libye

03/05/2020

Dans « Analysis »

https://strategika51.org/2015/02/19/daech-en-libye-bis-de-la-repartition-des-roles-pour-figurants/

Quelle cible après la Syrie ?

GÉOPOLITIQUE

Quelle cible après la Syrie ?

par Thierry Meyssan

Les événements qui se sont produits au « Moyen-Orient élargi » depuis 2001 suivent une logique implacable. La question actuelle est de savoir si le moment est arrivé d’une nouvelle guerre en Turquie ou en Arabie saoudite. La réponse dépend notamment de la relance des hostilités en Libye. C’est dans ce contexte que doit être interprété le Protocole additionnel négocié par les présidents Erdoğan et Poutine pour résoudre la crise d’Idleb.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 10 MARS 2020 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEDEUTSCHРУССКИЙPORTUGUÊS

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JPEG - 27.4 koLa carte initiale du « remodelage du Moyen-Orient élargi », publiée par le colonel Ralph Peters.

19 ans de « guerre sans fin »

Le président George W. Bush décida de transformer radicalement les missions du Pentagone, ainsi que l’expliqua, le 13 septembre 2001, le colonel Ralph Peters dans la revue de l’Armée de Terre, Parameters. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, nomma l’amiral Arthur Cebrowski pour qu’il forme les futurs officiers. Celui-ci passa trois ans à faire le tour des universités militaires de sorte qu’aujourd’hui, la totalité des officiers généraux ont suivi ses cours. Sa pensée a été vulgarisée pour le grand public par son adjoint, Thomas Barnett.

Les zones touchées par la guerre US seront livrées au « chaos ». Ce concept doit être compris au sens du philosophe anglais Thomas Hobbes, c’est-à-dire comme l’absence de structures politiques capables de protéger les citoyens de leur propre violence (« L’homme est un loup pour l’homme »). Et non pas au sens biblique de faire table rase avant la création d’un ordre nouveau.

Cette guerre est une adaptation des Forces armées US à l’ère de la mondialisation, au passage du capitalisme productif au capitalisme financier. « La guerre est un racket » (War is a racket), disait avant la Seconde Guerre mondiale le général le plus décoré des États-Unis, Smedley Butler [1]. Désormais, les amis et les ennemis ne compteront plus, la guerre permettra une simple gestion des ressources naturelles.

Cette forme de guerre suppose de nombreux crimes contre l’humanité (notamment des nettoyages ethniques) que les Forces armées US ne peuvent pas commettre. Le secrétaire Donald Rumsfeld engagea donc des armées privées (dont Blackwater) et développa des organisations terroristes tout en prétendant les combattre.

Les administrations Bush et Obama ont suivi cette stratégie : détruire les structures étatiques de régions entières du monde. La guerre US n’a plus pour objectif de vaincre, mais de durer (la « guerre sans fin »). Le président Donald Trump et son premier conseiller de Sécurité nationale, le général Michael Flynn, ont remis en cause cette évolution sans parvenir à la changer. Aujourd’hui, les tenants de la pensée Rumsfeld/Cebrowski poursuivent ses objectifs non pas tant au travers du secrétariat à la Défense que de l’Otan.

Après que le président Bush a lancé la « guerre sans fin » en Afghanistan (2001) et en Iraq (2003), une forte contestation surgit au sein des élites politiques de Washington à propos des arguments qui avaient justifié l’invasion de l’Iraq et du désordre qui y régnait. Ce fut la Commission Baker-Hamilton (2006). Jamais, la guerre ne cessa ni en Afghanistan ni en Iraq, mais il fallu attendre cinq ans pour que le président Obama ouvre de nouveaux théâtres d’opération : la Libye (2011), la Syrie (2012) et le Yémen (2015).

Deux acteurs extérieurs ont interféré avec ce plan.
- En 2010-11, le Royaume-Uni a lancé le « Printemps arabe », une opération calquée sur la « Révolte arabe » de 1915 qui permit à Lawrence d’Arabie de placer les wahhabites au pouvoir dans la péninsule arabique. Il s’agissait cette fois de placer les Frères musulmans au pouvoir avec l’aide non pas du Pentagone, mais du département d’État US et de l’Otan.
- En 2014, la Russie est intervenue en Syrie, dont l’État ne s’était pas effondré et qu’elle a aidé à résister. Depuis lors, les Britanniques —qui y avaient tenté d’en changer le régime durant le « Printemps arabe » (2011-début 2012),— puis les États-Uniens —qui cherchaient à y renverser non pas le régime, mais l’État (mi-2012 à aujourd’hui)— ont dû s’en retirer. La Russie, qui poursuit le rêve de la Tsarine Catherine, se bat aujourd’hui contre le chaos, pour la stabilité —c’est-à-dire pour la défense des structures étatiques et le respect des frontières—.

Le colonel Ralph Peters, qui avait révélé en 2001 la nouvelle stratégie du Pentagone, publia en 2006 la carte des objectifs de l’amiral Cebrowski. Elle montrait que seuls Israël et la Jordanie ne seraient pas atteints. Tous les autres pays du « Moyen-Orient élargi » (c’est-à-dire du Maroc au Pakistan) seraient progressivement privés d’État et tous les grands pays (dont l’Arabie saoudite et la Turquie) disparaîtraient.

Constatant que son meilleur allié, les États-Unis, prévoyait de couper son territoire en deux afin de créer un « Kurdistan libre », la Turquie tenta vainement de se rapprocher de la Chine, puis adopta la théorie du professeur Ahmet Davutoğlu : « Zéro problème avec ses voisins ». Elle se distancia d’Israël et commença à négocier la paix avec Chypre, la Grèce, l’Arménie, l’Iraq, etc. Malgré le différend territorial sur le Hatay, elle créa un marché commun avec la Syrie. Cependant, en 2011, alors que la Libye était déjà isolée, la France convainquit la Turquie qu’elle pourrait échapper à la partition si elle se joignait aux ambitions de l’Otan. Le président Recep Tayyip Erdoğan, un islamiste politique de la Millî Görüş, adhéra à la Confrérie des Frères musulmans dont il ne faisait pas partie, en espérant récupérer à son profit les fruits du « Printemps arabe ». La Turquie se retourna contre l’un de ses principaux clients, la Libye, puis l’un de ses principaux partenaires, la Syrie.

En 2013, le Pentagone adapta la « guerre sans fin » aux réalités rencontrées sur le terrain. Robin Wright publia deux cartes rectificatives dans le New York Times. La première portait sur la division de la Libye, la seconde sur la création d’un « Kurdistan » ne touchant que la Syrie et l’Iraq et épargnant la moitié orientale de la Turquie et l’Iran. Elle annonçait aussi la création d’un « Sunnistan » à cheval sur l’Iraq et la Syrie, la partition de l’Arabie saoudite en cinq et du Yémen en deux. Cette dernière opération débuta en 2015.

Très heureux de ce rectificatif, l’état-major turc se prépara aux événements. Il conclut des accords avec le Qatar (2017), Koweït (2018) et le Soudan (2017) pour y installer des bases militaires et encercler le royaume saoudien. Lequel finança en 2019 une campagne de presse internationale contre le « Sultan » et un coup d’État au Soudan. Simultanément, la Turquie soutint le nouveau projet de « Kurdistan » épargnant son territoire et participa à la création du « Sunnistan » par Daesh sous le nom de « Califat ». Cependant, les interventions russe en Syrie et iranienne en Iraq firent échouer ce projet.

En 2017, le président régional Massoud Barzani organisa un référendum d’indépendance au Kurdistan iraquien. Immédiatement, l’Iraq, la Syrie, la Turquie et l’Iran comprirent que le Pentagone, revenant à son plan initial, s’apprêtait à créer un « Kurdistan libre » en charcutant leurs territoires respectifs. Ils se coalisèrent pour y faire échec. En 2019, le PKK/PYG annonça qu’il préparait l’indépendance du « Rojava » syrien. Sans attendre, l’Iraq, la Syrie, la Turquie et l’Iran se concertèrent à nouveau. La Turquie envahit le « Rojava », pourchassant le PKK/YPG, sans grande réaction des armées syrienne et russe.

En 2019, l’état-major turc acquit la conviction que le Pentagone, ayant renoncé provisoirement à détruire la Syrie, du fait de la présence russe, s’apprêtait désormais à détruire l’État turc. Pour repousser l’échéance, il tenta de réactiver la « guerre sans fin » en Libye, puis de menacer les membres de l’Otan des pires calamités : l’Union européenne de subversion migratoire et les États-Unis d’une guerre avec la Russie. Pour ce faire, il ouvrit aux migrants sa frontière avec la Grèce et attaqua les armées russe et syrienne à Idleb où elles bombardaient les jihadistes d’Al-Qaïda et de Daesh. qui s’y étaient réfugiés. C’est cet épisode que nous vivons aujourd’hui.JPEG - 49.3 koLa carte rectificative du projet de « remodelage du Moyen-Orient élargi », publiée par Robin Wright.

Le Protocole additionnel de Moscou

L’armée turque a occasionné des pertes russes et syriennes en février 2020, tandis que le président Erdoğan multipliait les coups de téléphone à son homologue russe, Poutine, pour faire baisser d’une main la tension qu’il provoquait de l’autre.

Le secrétaire d’État US, Mike Pompeo, s’est engagé à contenir les appétits du Pentagone si la Turquie aidait ce dernier à relancer la « guerre sans fin » en Libye. Ce pays est divisé en un millier de tribus qui s’affrontent autour de deux leaders principaux, agents patentés de la CIA, le président du Conseil présidentiel, Fayez el-Sarraj, et le commandant de l’Armée nationale, Khalifa Haftar.

La semaine dernière, l’envoyé spécial du secrétaire général de l’Onu pour la Libye, le professeur Ghassan Salamé, a été prié de démissionner pour « raison de santé ». Il a obtempéré, non sans avoir exprimé sa mauvaise humeur lors d’une conférence de presse. Un axe a été constitué pour soutenir al-Sarraj par la Confrérie des Frères musulmans autour du Qatar et de la Turquie. Une seconde coalition est née autour d’Haftar avec l’Égypte et les Émirats arabes unis, mais aussi l’Arabie saoudite et la Syrie.

C’est le grand retour de cette dernière sur la scène internationale. La Syrie est auréolée de ses neuf années de Résistance victorieuse à la Confrérie et aux États-Unis. Deux ambassades libyenne et syrienne ont été ouvertes en grande pompe, le 4 mars, à Damas et à Benghazi.

Par ailleurs, l’Union européenne, après avoir solennellement condamné le « chantage turc aux réfugiés », envoya la présidente de la Commission observer le flux de réfugiés à la frontière gréco-turque et le président du Conseil sonder le président Erdoğan à Ankara. Celui-ci confirma qu’un arrangement était possible si l’Union s’engageait à défendre l’« intégrité territoriale » de la Turquie.JPEG - 49.6 koAvec un malin plaisir, le Kremlin a mis en scène la reddition de la Turquie : la délégation turque se tient debout, contrairement à l’habitude où l’on fournit des chaises aux invités ; dans son dos, une statue de l’impératrice Catherine la Grande rappelle que la Russie était déjà présente en Syrie au XVIIIème siècle. Enfin, les présidents Erdoğan et Poutine sont assis devant une pendule commémorative de la victoire russe sur l’Empire ottoman.

C’est donc sur cette base que le président Vladimir Poutine a reçu au Kremlin, le président Recep Tayyip Erdoğan, le 5 mars. Une première réunion, restreinte, de trois heures a été consacrée aux relations avec les États-Unis. La Russie se serait engagée à protéger la Turquie d’une possible partition à la condition qu’elle signe et applique un Protocole additionnel sur la stabilisation de la situation dans la zone de désescalade d’Idleb [2]. Une seconde réunion, également de trois heures mais ouverte aux ministres et conseillers, a été consacrée à la rédaction de ce texte. Il prévoit la création d’un corridor de sécurité de 12 kilomètres de large autour de l’autoroute M4, surveillé conjointement par les deux parties. En clair : la Turquie recule au Nord de l’autoroute qui est rouverte et perd la ville de Jisr-el-Chogour, bastion des jihadistes. Surtout, elle doit appliquer enfin le mémorandum de Sotchi qui prévoit de ne soutenir que l’opposition armée syrienne, censée être démocratique et non pas islamiste, et de combattre les jihadistes. Or, cette « opposition armée démocratique » n’est qu’une chimère imaginée par la propagande britannique. De fait la Turquie devra soit tuer elle-même les jihadistes, soit poursuivre et terminer leur transfert d’Idleb (Syrie), vers Djerba (Tunisie), puis Tripoli (Libye) comme elle avait commencé de le faire en janvier.

En outre, le 7 mars, le président Poutine a contacté l’ancien président Nazerbayev pour étudier avec lui la possibilité de déployer sous les auspice de l’Organisation du Traité de sécurité collective (OTSC) des « chapkas bleues » kazakhs en Syrie. Cette option avait déjà été envisagée en 2012. Les soldats kazakhs ont la particularité d’être musulmans et non pas orthodoxes.

L’option de s’en prendre désormais à l’Arabie saoudite plutôt qu’à la Turquie a été activée par le Pentagone, croit-on savoir à Riyad, bien que le président Trump lui impose de délirantes commandes d’armement en échange de sa protection. La dissection de l’Arabie saoudite avait été envisagée par le Pentagone dès 2002 [3].

Des missiles ont été tirés cette semaine contre le palais royal à Riyad. Le prince Mohamed ben Salmane (dit « MBS », 34 ans) a fait arrêter son oncle, le prince Ahmed (70 ans), et son ancien concurrent et ex-prince héritier, le prince Mohamed ben Nayef (60 ans), ainsi que divers autres princes et des généraux. La province chiite de Qatif, où plusieurs villes ont déjà été rasées, a été isolée. Le prix du baril de pétrole a chuté à 31 dollars, menaçant la viabilité de l’industrie du pétrole de schiste aux USA. Les explications officielles sur les querelles de succession et le coronavirus ne suffisent pas [4].Thierry Meyssan

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[1] « J’ai effectué 33 ans et 4 mois de service actif, et durant cette période, j’ai passé la plupart de mon temps en tant que gros bras pour le monde des affaires, pour Wall Street, et pour les banquiers. En bref, j’étais un racketteur, un gangster au service du capitalisme. J’ai aidé à sécuriser le Mexique, plus particulièrement la ville de Tampico, au profit des groupes pétroliers américains en 1914. J’ai aidé à faire de Haïti et de Cuba un endroit convenable pour que les hommes de la National City Bank puissent y faire des profits. J’ai aidé au viol d’une demi-douzaine de républiques d’Amérique centrale au bénéfice de Wall Street. J’ai aidé à purifier le Nicaragua au profit de la banque américaine Brown Brothers de 1902 à 1912. J’ai apporté la lumière en République dominicaine au profit des entreprises sucrières américaines en 1916. J’ai livré le Honduras aux entreprises fruitières américaines en 1903. En Chine, en 1927, j’ai aidé à ce que l’entreprise Standard Oil fasse ses affaires en paix. » in War Is a Racket, Smedley Butler, Feral House (1935)

[2] “Additional Protocol to the Memorandum on Stabilization of the Situation in the Idlib De-Escalation Area”, Voltaire Network, 5 March 2020.

[3] « Taking Saudi out of Arabia« , Powerpoint de Laurent Murawiec pour une réunion du Défense Policy Board (July 10, 2002).

[4] “Two Saudi Royal Princes Held, Accused of Plotting a Coup”, Bradley Hope, Wall Street Journal ; “Detaining Relatives, Saudi Prince Clamps Down”, David Kirkpatrick & Ben Hubbard, The New Yok Times, March 7, 2020.

https://www.voltairenet.org/article209434.html

InfORMATIONs cf2r

Plusieurs pays continuent de violer l’embargo sur les livraisons d’armes à la Libye, selon
Antonio Guterres…
Malgré les engagements pris à Berlin en janvier les livraisons d’armes en Libye se poursuivent. Une
réunion du Conseil de sécurité des Nations unies s’est tenue à New-York sur la crise en Libye. À Cette
occasion, Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU, a nommément cité les Émirats arabes unis,
l’Égypte, la Russie et la Turquie comme étant des pays qui violent l’embargo sur les armes imposé à la
Libye depuis 2011.
(Deutsche Welle, le 27-02-2020)

Les États-Unis en passe de signer avec l’Inde un accord portant sur la vente d’hélicoptères et
autres équipements militaires…
Le président américain Donald Trump a annoncé hier que les États-Unis signeront un accord pour
vendre à l’Inde des hélicoptères et autres équipements militaires estimés à trois milliards de dollars.
M. Trump intervenait lundi à Ahmedabad en compagnie de son hôte indien, le Premier ministre
Narendra Modi, et en présence de 100 000 participants à un meeting géant intitulé Namasté Trump
pour lui souhaiter la bienvenue.
(La voix de l’Amérique, le 25-02-2020)

https://cf2r.org/wp-content/uploads/2020/03/Renseignor1117.pdf

Daech en Libye bis: de la répartition des rôles pour figurants…

ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

Daech en Libye bis: de la répartition des rôles pour figurants…

Nous avons été l’un des rares sinon le seul blog à avoir évoqué depuis longtemps l’implantation de Daech en Libye.

Nous avons également souligné que la menace de Daech au Maghreb est sérieuse, d’autant plus qu’aucune armée de la région ne dispose de capacités suffisantes pour faire face à cette menace au sol.

Les raids aériens menés par les égyptiens en territoire libyen, sous le très fallacieux prétexte de la décapitation de 21 ressortissants égyptiens par Daech en Libye, ne sont pas les premiers. Les avions égyptiens et émiratis basés en Egypte bombardent des cibles en Libye depuis le début de la nouvelle guerre civile.

L’initiative égyptienne n’en est pas une. Le mouvement est dicté par Paris et Ryad. L’implication militaire égyptienne en Libye est très risquée pour le Caire dont les forces armées sont loin d’être efficaces. Elle ouvre surtout un second front pour le Caire puisque ce dernier peine à faire face à des organisations armées au Sinaï.

L’Egypte est économiquement ruinée. Son armée n’a jamais gagné une guerre à l’étranger. Que ce soit lors des guerres contre Israël, ou lors de la catastrophique intervention égyptienne au Yémen et même lors d’un bref conflit armé contre la Libye de Gaddafi. Que vise le « maréchal » Al-Sissi en envoyant ses F-16 au dessus d’une Libye en pleine guerre civile? Le support US est là encore une fois mais le jeu est risqué. C’est pour ça que Le Caire appelle à une intervention étrangère sous couvet Onusien. L’initiative franco-égyptienne au Conseil de Sécurité de l’ONU en dit long sur certains petits arrangements préalables sur cette question.

La Jordanie bombarde Daech en Syrie; l’Egypte le fait en Libye. Amman et Le Caire font partie d’un seul axe et il est connu. Mieux qu’une sous-traitance, c’est de la doublure. Dans tous les cas, c’est de la figuration.

Reste les pays d’un Maghreb inexistant. La Tunisie ne voit pas d’un mauvais oeil les raids égyptiens en Libye mais en réalité ne peut plus rien faire depuis longtemps. Théoriquement plus grand pays maghrébin, l’Algérie semble totalement hors-jeu dans la sous-région et, pour corser le tout, se retrouve publiquement humiliée. Le Maroc ne s’implique pas mais cherche à exploiter ce qu’il pourrait tirer comme dividende face à Alger de cette situation inédite.

S’il y avait un pays qui aurait du intervenir depuis une année par des moyens aériens en Libye, c’était bien l’Algérie. Mais ce pays fait face actuellement à un effondrement interne qui ne dit pas son nom indu par une politique catastrophique. Finalement, ce choix de non-intervention aura été fatal sur le plan géopolitique pour l’Algérie. Car quel que soit l’issue du conflit en Libye, il faudra de très longues années pour que l’Algérie puisse espérer retrouver un rôle au Maghreb.

Photographie prise il y a deux jours à Derna, la capitale supposée de Daech (et de toutes les rebellions soutenus par l'Otan) en Libye après des raids d'avions F-16 égyptiens.
Photographie prise il y a deux jours à Derna, la capitale supposée de Daech (et de toutes les rebellions soutenus par l’Otan) en Libye après des raids d’avions F-16 égyptiens.


https://strategika51.org/2015/02/19/daech-en-libye-bis-de-la-repartition-des-roles-pour-figurants/

« NATO Go Home ! »

« NATO Go Home ! »

par Thierry Meyssan

Depuis deux décennies, les troupes états-uniennes imposent leur loi au Moyen-Orient élargi. Des pays entiers sont désormais privés d’État pour les défendre. Des populations ont subi la dictature des islamistes. Des meurtres de masse ont été commis. Des famines aussi. Le président Donald Trump a imposé à ses généraux de rapatrier leurs soldats, mais le Pentagone entend poursuivre son œuvre avec les soldats de l’Otan.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 18 FÉVRIER 2020 РУССКИЙعربيITALIANOENGLISHTÜRKÇEESPAÑOLROMÂNĂDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆPORTUGUÊS

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JPEG - 36.2 koArrivée au Conseil atlantique du Commandant suprême des Forces états-uniennes pour l’Europe et Commandant suprême de l’Alliance de l’Atlantique-Nord, le général Tod D. Wolters (Bruxelles, 12 février 2020).

Le président Trump consacrera la dernière année de son premier mandat à ramener les Boys à la maison. Toutes les troupes états-uniennes stationnées au Proche-Orient élargi et en Afrique devraient se retirer. Cependant ce retrait des soldats ne signifiera aucunement la fin de la gouvernance US dans ces régions du monde. Bien au contraire.

La stratégie du Pentagone

Depuis 2001 —et c’est l’une des principales raisons des attentats du 11-Septembre—, les États-Unis ont adopté en secret la stratégie énoncée par Donald Rumsfeld et l’amiral Arthur Cebrowski. Celle-ci a été évoquée dans la revue de l’armée de Terre par le colonel Ralf Peters deux jours après les attentats [1] et confirmée cinq ans plus tard par la publication de la carte d’état-major du nouveau Moyen-Orient [2]. Elle a été détaillée par l’assistant de l’amiral Cebrowski, Thomas Barnett, dans un livre grand public The Pentagon’s New Map (La nouvelle carte du Pentagone) [3].

Il s’agit d’adapter les missions des armées US à une nouvelle forme de capitalisme donnant le primat à la Finance sur l’Économie. Le monde doit être divisé en deux. D’un côté, les États stables intégrés à la globalisation (ce qui inclut la Russie et la Chine) ; de l’autre une vaste zone d’exploitation des matières premières. C’est pourquoi il convient d’affaiblir considérablement, idéalement d’anéantir, les structures étatiques des pays de cette zone et d’empêcher leur résurgence par tous les moyens. Ce « chaos constructeur », selon l’expression de Condoleeza Rice, ne doit pas être confondu avec le concept rabbinique homonyme, même si les partisans de la théopolitique ont tout fait pour. Il ne s’agit pas de détruire un ordre mauvais pour en reconstruire un meilleur, mais de détruite toute forme d’organisation humaine afin d’empêcher toute forme de résistance et de permettre aux transnationales d’exploiter cette zone sans contrainte politique. Il s’agit donc bien d’un projet colonial au sens anglo-saxon du terme (à ne pas confondre avec une colonisation de peuplement).JPEG - 26.1 koSelon cette carte, extraite d’un Powerpoint de Thomas P. M. Barnett lors d’une conférence au Pentagone en 2003, toutes les structures étatiques de la zone rosée doivent être détruites.

En débutant la mise en œuvre de cette stratégie, le président George Bush fils a parlé de « guerre sans fin ». En effet, il ne s’agit plus de gagner des guerres et de vaincre des adversaires, mais de les faire durer le plus longtemps possible, « un siècle » avait-il dit. De fait, cette stratégie a été appliquée dans le « Moyen-Orient élargi », c’est-à-dire dans une zone allant du Pakistan au Maroc et couvrant tout le théâtre d’opération du CentCom et la partie Nord de celui de l’AfriCom. Par le passé, les GI’s garantissaient l’accès des États-Unis au pétrole du Golfe persique (doctrine Carter). Aujourd’hui, ils sont présents dans une zone quatre fois plus vaste et ambitionnent de renverser toute forme d’ordre quelle qu’elle soit. Les structures étatiques de l’Afghanistan depuis 2001, de l’Iraq depuis 2003, de la Libye depuis 2011, de la Syrie depuis 2012 et du Yémen depuis 2015 ne sont plus capables de défendre leurs citoyens. Contrairement au discours officiel, il n’a jamais été question de renverser des gouvernements, mais bien de détruire des États et d’empêcher leur reconstitution. À titre d’exemple, la situation des populations en Afghanistan ne s’est pas améliorée avec la chute des Talibans, il y a 19 ans, mais empire inexorablement de jour en jour. Le seul contre-exemple pourrait-être celui de la Syrie qui, conformément à sa tradition historique, a conservé son État malgré la guerre, absorbé les coups, et quoique ruinée aujourd’hui, a traversé la tempête.

Notons au passage que le Pentagone a toujours considéré Israël comme un État européen et non pas comme moyen-oriental. Il n’est donc pas concerné par ce vaste chamboulement.

En 2001, le colonel Ralf Peters enthousiaste assurait que le nettoyage ethnique « ça marche ! » (sic), mais que les lois de la guerre interdisaient aux USA de le pratiquer eux-mêmes. D’où la transformation d’Al-Qaeda et la création de Daesh qui firent pour le compte du Pentagone ce qu’il souhaitait, mais ne pouvait pas entreprendre publiquement.

Pour bien saisir la stratégie Rumsfeld/Cebrowski, il convient de la distinguer de l’opération des « Printemps arabes », imaginée par les Britanniques sur le modèle de la « Grande Révolte arabe ». Il s’agissait alors de placer la Confrérie des Frères musulmans au pouvoir comme Lawrence d’Arabie avait placé celle des Wahhabites au pouvoir en 1915.JPEG - 27.4 koL’objectif officiel, quoique non assumé publiquement, de l’état-major US : faire exploser les frontières du Moyen-Orient, détruire les États aussi bien ennemis qu’amis, pratiquer le nettoyage ethnique.

Les Occidentaux en général n’ont aucune vision du Moyen-Orient élargi en tant que région géographique. Ils ne connaissent que certains pays et les perçoivent chacun comme isolé les uns des autres. De la sorte, ils se persuadent eux-mêmes que les tragiques événements qu’endurent ces peuples ont tous des raisons particulières, ici une guerre civile, là le renversement d’un dictateur sanguinaire. Pour chaque pays, ils ont une histoire bien écrite de la raison du drame, mais ils n’en ont jamais pour expliquer que la guerre dure au-delà et ne veulent surtout pas qu’on les interroge à ce sujet. Chaque fois, ils dénoncent « l’incurie des Américains » qui ne sauraient pas terminer de guerre, oubliant qu’ils reconstruisirent l’Allemagne et le Japon après la Seconde Guerre mondiale. Ils refusent de constater que depuis deux décennies les États-Unis appliquent un plan énoncé à l’avance au prix de millions de morts. Ils ne se perçoivent donc jamais comme responsables de ces massacres.

Les États-Unis eux-mêmes dénient mener cette stratégie face à leurs citoyens. Ainsi l’inspecteur général chargé d’enquêter sur la situation en Afghanistan a-t-il rédigé un rapport se lamentant sur les innombrables occasions manquées du Pentagone d’apporter la paix alors que précisément celui-ci n’en voulait pas.

L’intervention russe

Pour pulvériser tous les États du Moyen-Orient élargi, le Pentagone a organisé une absurde guerre civile régionale à la manière dont il avait inventé la guerre sans objet entre l’Iraq et l’Iran (1980-88). En définitive le président Saddam Hussein et l’ayatollah Khomeini réalisèrent qu’ils s’entretuaient pour rien et firent la paix contre les Occidentaux.

Cette fois, c’est l’opposition entre sunnites et chiites. D’un côté, l’Arabie saoudite et ses alliés, de l’autre l’Iran et les siens. Peu importe que l’Arabie saoudite wahhabite et l’Iran khomeiniste aient combattu ensemble sous commandement de l’Otan durant la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-95), ou que de nombreuses troupes de l’« Axe de la Résistance » ne soient pas chiites (100 % des Palestiniens du Jihad islamique, 70 % des Libanais, 90 % des Syriens, 35 % des Iraquiens et 5 % des Iraniens).

Nul ne sait pourquoi ces deux camps s’affrontent, mais ils sont priés de se saigner mutuellement.JPEG - 60.2 koOn prétend que le Moyen-Orient élargi est le théâtre d’une guerre de religion. Mais un tiers des populations de l’Axe chiite de la Résistance n’est pas chiite.

Quoiqu’il soit, en 2014, le Pentagone s’apprêtait à faire reconnaître deux nouveaux États conformément à sa carte d’objectifs : le « Kurdistan libre » (fusion du Rojava syrien et du Gouvernorat kurde d’Iraq auquel une partie de l’Iran et tout l’Est de la Turquie devaient être ultérieurement ajoutés) et le « Sunnistan » (composé de la partie sunnite de l’Iraq et de l’Est de la Syrie). En détruisant quatre États, le Pentagone ouvrait la voie à une réaction en chaîne qui devait par ricochet détruire toute la région.

La Russie intervint alors militairement et fit respecter les frontières de la Seconde Guerre mondiale. Il va de soi que celles-ci sont arbitraires, issues des accords Sykes-Picot-Sazonov de 1915, et parfois difficiles à supporter, mais les modifier par le sang est encore moins acceptable.

La communication du Pentagone a toujours feint d’ignorer ce qui était en jeu. À la fois parce qu’il n’assume pas publiquement la stratégie Rumsfeld/Cebrowski et parce qu’il assimile l’adhésion de la Crimée à la Fédération de Russie à un coup de force.

La mue des partisans de la stratégie Rumsfeld/Cebrowski

Après deux ans de lutte acharnée contre le président Trump, les officiers généraux du Pentagone, dont presque tous ont été formés personnellement par l’amiral Cebrowski, se sont soumis à lui sous conditions. Ils ont accepté de ne pas
- créer d’État terroriste (le Sunnistan ou Califat) ;
- modifier les frontières par la force ;
- maintenir de troupes US sur les champs de bataille du Moyen-Orient élargi et d’Afrique.
Et ils ont ordonné à leur fidèle procureur Robert Mueller, qu’ils avaient déjà utilisé contre le Panama (1987-89), la Libye (1988-92) et lors des attentats du 11-Septembre (2001), d’enterrer son enquête sur le Russiagate.

Tout s’est alors déroulé comme du papier à musique.

Le 27 octobre 2019, le président Trump a ordonné l’exécution du calife Abou Bakr al-Baghdadi, principale figure militaire du camp sunnite. Deux mois plus tard, le 3 janvier 2020, il a ordonné celle du général iranien Qassem Soleimani, principale figure militaire de l’Axe de la Résistance.

Ayant de la sorte montré qu’il restait le maître du jeu en éliminant les personnalités les plus symboliques des deux camps, en le revendiquant, et sans encourir de riposte significative, le secrétaire d’État Mike Pompeo révéla le dispositif final, le 19 janvier au Caire. Il prévoit de poursuivre la stratégie Rumsfeld/Cebrowski non plus avec les armées US, mais avec celles de l’Otan en incluant Israël et les pays arabes.

Le 1er février, la Turquie officialisait sa rupture avec la Russie en assassinant quatre officiers du FSB à Idleb. Puis le président Erdogan se rendait en Ukraine scander la devise des Bandéristes (les légionnaires ukrainiens du IIIème Reich contre les Soviétiques) avec la Garde nationale ukrainienne et recevoir le chef de la Brigade islamiste internationale (les Tatars anti-Russes), Moustafa Djemilev (dit « Mustafa Kırımoğlu »).JPEG - 38.9 koLe Conseil de l’Atlantique-Nord acte le déploiement des formateurs de l’Otan au Moyen-Orient élargi (Bruxelles, 13 février 2020).

Les 12 et 13 février, les ministres de la Défense de l’Alliance atlantique ont pris acte du retrait inéluctable des forces US et de la dissolution à venir de la Coalition internationale contre Daesh. Tout en soulignant qu’ils ne déployaient pas de troupes combattantes, ils ont accepté d’envoyer leurs soldats former ceux des armées arabes, c’est-à-dire superviser les combats sur le terrain.

Les formateurs de l’Otan seront déployés prioritairement en Tunisie, en Égypte, en Jordanie et en Iraq. Ainsi :
- la Libye sera encerclée à l’Ouest et à l’Est. Les deux gouvernements rivaux de Fayez el-Sarraj —soutenu par la Turquie, le Qatar et déjà 5 000 jihadistes venus de Syrie via la Tunisie— et du maréchal Khalifa —soutenu par l’Égypte et les Émirats— pourront s’entretuer éternellement. L’Allemagne, toute heureuse de retrouver le rôle international dont elle a été privée depuis la Seconde Guerre mondiale, fera la mouche du coche en dissertant sur la paix pour couvrir les gémissements des agonisants.
- La Syrie sera encerclée de toutes parts. Israël est déjà membre de facto de l’Alliance atlantique et bombarde qui il veut quand il veut. La Jordanie est déjà le « meilleur partenaire mondial » de l’Otan. Le roi Abdallah II est venu s’entretenir très longuement à Bruxelles avec le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, le 14 janvier, et participer à une séance du Conseil atlantique. Israël et la Jordanie ont déjà un bureau permanent au siège de l’Alliance. L’Iraq recevra aussi des formateurs de l’Otan, bien que son parlement vienne de voter le retrait des troupes étrangères. La Turquie est déjà membre de l’Alliance et contrôle le Nord du Liban grâce à la Jamaa islamiya . Ensemble, ils pourront faire appliquer la loi US « Caesar » interdisant à toute entreprise d’où qu’elle soit d’aider à la reconstruction de ce pays.

Ainsi, le pillage du Moyen-Orient élargi, débuté en 2001, se poursuivra. Les populations martyrs de cette région, dont le seul tort est de s’être divisées, continueront à souffrir et à mourir en masse. Les États-Unis garderont leurs soldats chez eux, bien au chaud, innocents, tandis que les Européens devront assumer les crimes des généraux US.

Selon le président Trump, l’Alliance pourrait changer de nom et peut-être devenir l’Otan-Moyen-Orient (Otan-MO/NATO-ME). Sa fonction anti-Russe passerait au second plan au profit de sa stratégie de destruction de la zone non-globalisée.

La question se pose de savoir comment la Russie et la Chine réagiront à cette redistribution des cartes. La Chine a besoin pour se développer d’avoir accès aux matières premières du Moyen-Orient. Elle devrait donc s’opposer à cette main-mise occidentale bien que sa préparation militaire soit encore incomplète. Au contraire, la Russie et son immense territoire sont autosuffisants. Moscou n’a aucune raison matérielle de se battre. Les Russes peuvent même être soulagés par la nouvelle orientation de l’Otan. Il est pourtant probable que, pour des motifs spirituels, ils ne laisseront pas tomber la Syrie et soutiendront peut-être d’autres peuples du Moyen-Orient élargi.

Thierry Meyssan

https://www.voltairenet.org/article209213.html

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[1] “Stability, America’s Ennemy”, Ralph Peters, Parameters, Winter 2001-02, pp. 5-20. Également in Beyond Terror : Strategy in a Changing World, Stackpole Books.

[2] “Blood borders – How a better Middle East would look”, Colonel Ralph Peters, Armed Forces Journal, June 2006.

[3The Pentagon’s New Map, Thomas P.M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004.

Libye : la solution n’est pas démocratique

mercredi 29 janvier 2020

L’Afrique Réelle n°122 – Février 2020

Sommaire

Dossier : La Turquie et l’Afrique
– Turquie et Libye, 350 ans d’histoire commune
– Le coup de force turc en Méditerranée

Dossier : Qui étaient les anciens Egyptiens ?
– Les anciens Egyptiens étaient-ils noirs de peau ?
– L’Egypte et la Nubie
– Les Anciens égyptiens étaient plus blancs de peau que les Egyptiens actuels qui ne sont pourtant pas des Noirs

Editorial de Bernard Lugan

Libye : la solution n’est pas démocratique
Les-uns après les autres, les sommets internationaux sur la Libye échouent à réparer les conséquences de l’injustifiable guerre faite au colonel Kadhafi.Ils échouent parce que, comme le disait Albert Einstein : « On ne peut pas résoudre un problème avec le même mode de pensée que celui qui l’a généré ». Or, la guerre contre le colonel Kadhafi fut officiellement déclenchée au nom de la démocratie et toutes les solutions proposées sont démocratiques ou d’ordre démocratique…
De plus, comment prétendre mettre un terme au conflit quand :1) Les tribus, pourtant les seules vraies forces politiques du pays sont écartées, alors que la solution passe précisément par la reconstitution des alliances tribales[1] forgées par le colonel Kadhafi ? 2) Reconnu depuis le 14 septembre 2015 par le Conseil suprême des tribus comme son représentant légal, Seif al-Islam, le fils du colonel Kadhafi qui représente une des solutions, est systématiquement écarté par les Européens. Or, il est l’un des très rares leaders libyens en mesure de pouvoir faire cohabiter centre et périphérie, comme l’avait fait son père, en articulant les pouvoirs et la rente des hydrocarbures sur les réalités locales, avec un minimum de présence du pouvoir central.
Le littoral urbanisé de Tripoli constitue un cas particulier. Ici, le pouvoir appartient aux milices dont seule une infime minorité se revendique de l’islam jihadiste. Nous sommes dans le monde des trafics qui permettent aux miliciens de faire vivre leurs familles. Or, ils auraient tout à perdre d’une victoire du général Haftar puisque ce dernier a promis de les mettre au pas. Voilà pourquoi ils soutiennent le pseudo-gouvernement de Tripoli, lui-même porté par la Turquie. La situation en Tripolitaine est donc très claire : si le général Haftar ne réussit pas à s’y imposer militairement, Tripoli et les villes littorales demeureront donc au pouvoir des milices. Pour espérer l’emporter le général Haftar devrait donc proposer à certains chefs miliciens une porte de sortie qui en ferait de futurs acteurs politiques dans les régions qu’ils contrôlent et dans lesquelles ils ont acquis une réelle légitimité. Là est la seule solution qui pourrait les détacher de la Turquie. Le but  de cette dernière est de maintenir à Tripoli un pouvoir lui devant sa survie et lui permettant de justifier l’extension de ses eaux territoriales aux dépens de la Grèce et de Chypre. Ce thème est expliqué et cartographié à l’intérieur de la revue.
[1] Pour tout ce qui concerne les tribus et leurs alliances, voir mon livre Histoire et géopolitique de la Libye des origines à nos jours.Publié par Administrateur à 15:33

http://bernardlugan.blogspot.com/

La Grèce, nouvel acteur du conflit libyen

La Grèce, nouvel acteur du conflit libyen

Thomas CIBOULET 21 janvier 2020 ActualitéActualités analyséesAfrique et Moyen-OrientEuropeMaghrebProche et Moyen-OrientTurquie Leave a comment

Le 19 janvier, onze pays se sont réunis à Berlin pour un sommet sur la Libye. Le but était de trouver une solution face au risque de reprise du conflit. Si la Turquie était présente, la Grèce n’a pas été invitée, alors que les tensions entre les deux Etats s’exacerbent en Méditerranée orientale.

Haftar se rapproche de la Grèce
Le maréchal Haftar

La rivalité greco-turque en Libye

La Turquie a signé un accord avec le Gouvernement d’Union Nationale (gouvernement Sarraj) en décembre 2019. Celui-ci autorisait le déploiement de troupes turques sur le sol Libyen, tout en délimitant les Zones Économiques Exclusives entre les deux États en Méditerranée orientale. Cet accord permet à la Turquie deux choses sur le plan économique. Tout d’abord, cela redessine la carte des ZEE en Méditerranée. En effet, Ankara convoite les importantes ressources de gaz dans la Méditerranée. Celles-ci se trouvent principalement dans les eaux chypriotes, égyptiennes, israéliennes et libanaises. Le découpage des ZEE par la Turquie et le gouvernement Sarraj viole les ZEE déjà reconnues de la Grèce, de Chypre et de la Turquie, au profit d’Ankara. Le deuxième intérêt turc est de reprendre pied en Libye. Lors de la chute de Kadhafi, plusieurs contrats pour des entreprises turques sont devenus caducs. L’influence économique turque ne peut continuer que grâce au gouvernement islamiste de Sarraj, proche idéologiquement et économiquement d’Ankara.

Côté grec, l’expansionnisme turc inquiète. Des tensions existent déjà autour des îles Imia (en grec) ou Kardak (en turc) en mer Egée. Celles-ci sont inhabitées mais permettent d’agrandir la ZEE de l’État qui les contrôle. C’est le cas de la Grèce actuellement. De plus, plusieurs discours nationalistes ont été prononcés en Turquie. Le plus connu est celui de Rize par Erdogan en 2016. Le Président turc y mentionnait les « frontières du cœur » et les territoires « historiquement turcs », notamment Thessalonique en Grèce. Erdogan parlait de réviser le Traité de Lausanne de 1923, dans lequel Ankara s’estime lésée, mais où la Turquie a agrandi son territoire par rapport au Traité de Sèvres de 1920 – aux dépens de la Grèce et de l’Arménie. La rhétorique nationaliste et la militarisation grandissante de la Turquie, notamment en Méditerranée orientale, inquiètent naturellement la Grèce. L’accord turco-libyen renforce l’image d’une Turquie expansionniste à Athènes.

Le sommet de Berlin, favorable à la Turquie et hostile à la Grèce ?

Aujourd’hui, l’ordre régional en Méditerranée orientale inclut principalement la Grèce, l’Egypte, Israël et Chypre. Les quatre pays coopèrent en matière de sécurité et d’énergie. Ankara a des relations difficiles avec chacun d’entre eux, et cherche à sortir de son isolement. Son intervention en Libye lui a permis de marquer des points : les différentes parties libyennes sont invitées à Moscou pour éviter toute escalade, suivi du sommet de Berlin. Lors de ce sommet international, la Turquie est présente, mais pas Athènes.

La Grèce a immédiatement réagi. Le Premier ministre Mitsoakis a annoncé que la Grèce opposerait son veto, en tant que membre du Conseil Européen, à tout accord qui ne remettrait pas en cause le découpage des ZEE de l’accord turco-libyen. Athènes manifeste ainsi sa colère vis-à-vis de l’Europe, plus qu’une implication réelle dans la crise libyenne. L’Allemagne n’a pas vraiment fourni de réponse sur la non-invitation de la Grèce, expliquant que les raisons ne peuvent être révélées publiquement. Rappelons par ailleurs que la Tunisie, frontalière de la Libye, n’a pas été invitée à Berlin non plus. Suite à l’indignation, une invitation a tout de même été envoyée, mais Tunis a refusé d’y participer. Le sommet de Berlin a donc créé de nouvelles tensions avant même d’avoir commencé.

L’implication grandissante d’Athènes dans la crise libyenne

Ce qu’Athènes perçoit comme une exclusion a favorisé un rapprochement entre le général Haftar et la Grèce. En revenant de son voyage à Moscou, où il n’a signé aucun accord, Haftar s’est secrètement arrêté à Athènes. La Grèce a de son côté expulsé l’ambassadeur du gouvernement Sarraj. Haftar, déjà soutenu par l’Egypte, la Russie et les Emirats, semble gagner un nouvel allié. Un compte twitter non-officiel mais proche de l’Armée Nationale Libyenne (armée de Haftar) a également montré son soutien à la Grèce.

Le sommet de Berlin a toutefois laissé quelques signaux positifs pour Athènes. Tout d’abord, un rapprochement semble possible avec les Emirats ou l’Arabie Saoudite, qui soutiennent Haftar. Les Emirats cherchent notamment à ouvrir une base militaire au Niger, en soutien à Haftar. Une coopération sur les questions de sécurité est donc possible à l’avenir. Côté européen, la France semble manifester une solidarité de plus en plus ostensible. Emmanuel Macron a exigé le retour des supplétifs syriens de la Turquie en Libye. La marine grecque doit également faire partie de l’escorte du porte avion Charles de Gaulle, ce qui est perçu comme un rapprochement clair entre les marines grecque et française.

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La France au Sahel : une stratégie bancale

La France au Sahel : une stratégie bancale

Publié par: Majed Nehméle: 18 janvier, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_MaghrebImprimerEmail

Neuf ans après l’éclatement de la Libye, grâce notamment à la France, alors dirigée par Nicolas Sarkozy, le Sahel, cette immense bande de près de trois millions de km2, séparant le Grand Sahara de l’Afrique de l’Ouest, se retrouve à son tour livré au chaos. Les cinq pays qui la composent (Mauritanie, Mali, Tchad, Niger et Burkina Faso) continuent de subir, à des degrés divers, les contrecoups de la tragédie libyenne.

– Vendredi 10 janvier, deux jours avant la tenue du sommet de Pau convoqué par Macron, un millier de Maliens ont encore manifesté à Bamako pour réclamer le départ des troupes étrangères, en particulier françaises. (AFP)

Celle-ci avait ouvert une boite de pandore d’où sont sortis les démons qui sèment aujourd’hui la terreur et le chaos dans le Sahel et, probablement demain, dans d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest. Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense et de l’Intérieur, fut l’un des rares hommes politiques français à stigmatiser la politique d’ingérence et de regime change qui a ouvert un boulevard au terrorisme, au crime organisé transfrontalier et à l’immigration massive non contrôlée.
A part Hubert Védrine et quelques voix courageuses mais inaudibles, rares étaient ceux qui avaient vu venir cette catastrophe. Même Jean-Luc Mélenchon, alors l’étoile montante de la gauche française avait soutenu cette guerre.
Interrogé en 2014 sur la vague de l’immigration massive et incontrôlée qui s’était abattue à partir de 2011 sur l’Europe, Chevènement imputa ce phénomène à « la destruction de la Libye » par le gouvernement français. «La Libye, déclara-t-il sur le micro d’Europe 1, avait beaucoup de défauts à l’époque de Mouammar Kadhafi, mais la Libye exerçait un contrôle sur ses frontières. Nous avons détruit la Libye, il faut le dire (…) La France, l’Angleterre, sous l’impulsion de M. Sarkozy, peut-être de M. Bernard Henry-Lévy, ont décidé qu’il fallait aller faire le ménage…Résultat de l’ingérence : aujourd’hui, c’est le désordre complet».

Du chaos libyen au bourbier sahélien

Mais ce désordre ne s’est pas arrêté là. Depuis la Libye, livrée à elle-même et aux milices islamistes financées par le Qatar et armées par le Soudan islamiste d’Omar al-Bachir et, plus tard, par la Turquie d’Erdogan, le chaos s’est répandu comme une trainée de poudre dans l’ensemble du Sahel, une région considérée jusqu’ici comme une zone d’influence française. L’imminente chute de cette zone tampon – située entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne – entre les mains de groupes terroristes, mafieux et ethniques constituait une menace directe pour les intérêts français. L’ancien président François Hollande, qui avait applaudi des deux mains l’intervention en Libye, n’avait pas bougé le petit doigt quand ces groupes terroristes, renfloués par des groupes armés Touaregs, s’étaient emparés du nord du Mali, l’Azawad, y constituant une sorte d’émirat islamique autonome. Nombreux d’ailleurs sont les nationalistes maliens, attachés à l’intégrité territoriale de leur pays qui avaient accusé la France de vouloir favoriser la partition du pays et la création d’un Etat touareg indépendant.
Ce n’est que lorsque les groupes islamistes, qui contrôlaient déjà l’Azawad, foncèrent vers la capitale Bamako à partir de Konna le 10 janvier 2013, après avoir défait l’armée malienne, que la France intervint militairement. L’objectif était de stopper l’avance des rebelles et de passer, dans le cadre de l’opération Serval, à la reconquête des territoires sous contrôle des rebelles. Cette intervention était motivée par une saisie du Conseil de sécurité de l’Onu par le gouvernement central de Bamako demandant l’aide militaire de la France et de la communauté internationale. Ce fut le début de l’enlisement militaire français dans le bourbier sahélien.

Sauver le Sahel ou les intérêts géopolitiques de la France ?

Si l’objectif affiché de l’opération était, selon François Hollande dans un discours prononcé le 15 janvier 2013, de soutenir l’armée malienne face aux groupes terroristes et irrédentistes, de stopper l’avancée rebelle vers la capitale Bamako, de sauvegarder l’intégrité territoriale du pays, la mise en application de cette feuille de route s’avèrera plus compliquée que prévu. Une fois les principaux bastions de la rébellion tombés (Gao, Tombouctou, Kidal, Tessalit…), il fallait combattre un ennemi mobile, dispersé non seulement dans l’Azawad et les centres urbains, mais dans le reste du Mali et l’immensité du Sahel. De simple opération de lutte anti-terroriste, la France s’est retrouvée confrontée à un processus de Nation Building avec tous les risques qu’il comporte.
L’opération Barkhane, qui a pris le relais dès le 1er août 2014 de l’opération Serval, est composée de 4 500 hommes essentiellement français. Un effectif jugé par tous les géopoliticiens sérieux de très insuffisant pour mener à terme la pacification du Sahel et la reconstruction de ses Etats fragiles, voire faillis. C’est ce qui a amené la France à proposer à ses partenaires européens la constitution d’une nouvelle structure appelée Takuba, qui consisterait à déployer des forces spéciales auprès des armées locales [notamment malienne] afin de les aider à contrer la menace jihadiste. Ce projet n’a guère emballé les partenaires européens de la France puisque jusqu’ici, seules l’Estonie, déjà présente dans Barkhane, la Belgique et la Tchéquie avaient répondu présentes. Avec une participation presque symbolique…
L’Allemagne, quant à elle, a jusqu’ici refusé l’invitation française à participer au déploiement de forces spéciales européennes pour combattre les islamistes au Mali. Il faut dire que les Allemands ne partagent ni l’approche, ni la perception de la France dans la gestion de ce dossier. Le diagnostic de leurs services de renseignements est très sceptique, rejoignant en cela celui d’un récent rapport de l’ONU et de l’International Crisis Group. Les Américains sont, eux, tentés de se retirer de la région et de fermer leur base de surveillance au Niger, aujourd’hui en voie d’effondrement.
Pour le ministère allemand de la Défense, la menace au Sahel est non seulement incarnée par des groupes jihadistes et le crime organisé, mais aussi par le fait que les groupes armés terroristes y jouissent d’une « grande liberté de mouvement » et pourraient « agir sans restriction ». Ils estiment que « la valeur opérationnelle de la Force conjointe du G5 Sahel est actuellement faible » et que les forces de sécurité maliennes ont « atteint leurs limites malgré le soutien international. » L’ICG va encore plus loin puisqu’il considère, dans un rapport publié à la veille du Sommet de Pau du G5 que la véritable menace pour la sécurité et la stabilité dans cette région « n’est pas seulement le jihad international porté par des groupes terroristes transnationaux, mais une vague d’insurrections tournées contre les États.»

Y a-t-il une stratégie de sortie pour la France ?

Certes, les militaires français ne sont pas les seuls responsables de cet engrenage puisqu’il y a aussi une multitude de forces qui sont censées aider à la mise en application de la stratégie d’intervention dans la région, telle que théoriquement définie par les décideurs français. « La stratégie sahélienne de la France, lit-on sur le site officiel du ministère français de la Défense, vise à ce que les États partenaires acquièrent la capacité d’assurer leur sécurité de façon autonome. Elle repose sur une approche globale (politique, sécuritaire et de développement) dont le volet militaire est porté par l’opération Barkhane, conduite par les armées françaises. »
A titre d’information, Barkhane est soutenue par la Mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM Mali), lancée le 18 février 2013 à la suite de l’adoption de la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU.

– Les cinq chefs d’états du Sahel lors du Sommet de Pau dimanche 12 janvier 2020 autour du président français Emmanuel Macron. Palabre, palabres…Photo DR

Elle s’inscrit dans le cadre de l’approche globale conduite par l’Union européenne pour renforcer la sécurité au Mali et au Sahel. Elle compte un effectif d’environ 600 militaires en provenance d’une vingtaine d’États membres de l’UE et une douzaine de militaires français y contribuent.
A cela s’ajoute la mission onusienne de maintien de la paix Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), créée le 25 avril 2013 par le Conseil de sécurité de l’ONU (résolution 2100) et composée de 11 953 militaires, 1 741 policiers et de 1 180 civils (661 nationaux – 585 internationaux, 155 volontaires des Nations unies).
Certes, un travail considérable a déjà été accompli ne serait-ce qu’au niveau de la défaite des organisations jihadistes et des groupes armés dans le Nord-Mali. Tant que les accords inter-maliens, dont ceux signés respectivement à Alger et à Bamako en 2015 après des négociations laborieuses menées dans la capitale algérienne entre le gouvernement central malien et la Coordination des mouvements de l’Azawad) ne sont pas appliqués par les deux parties, la menace reste sous-jacente, des cellules dormantes attendant le moment propice pour se manifester. Les principes généraux contenus dans ces accords visaient à redéfinir les contours d’un nouveau contrat social au Mali même et dans le reste des Etats du Sahel infesté par le terrorisme, à savoir :

A) respect de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Etat du Mali, ainsi que de sa forme républicaine et son caractère laïc;
B) reconnaissance et promotion de la diversité culturelle et linguistique et valorisation de la contribution de toutes les composantes du peuple malien, particulièrement celle des femmes et des jeunes, à l’œuvre de construction nationale;
C) prise en charge par les populations de la gestion effective de leurs propres affaires, à travers un système de gouvernance prenant en compte leurs aspirations et leurs besoins spécifiques;
D) promotion d’un développement équilibré de l’ensemble des régions du Mali tenant compte de leurs potentialités respectives;
E) rejet de la violence comme moyen d’expression politique et recours au dialogue et à la concertation pour le règlement des différends;
F) respect des droits de l’Homme, de la dignité humaine et des libertés fondamentales et religieuses;
G) lutte contre la corruption et l’impunité;
H) lutte contre le terrorisme, le trafic de drogues et les autres formes de criminalité transnationale organisée.

Grande absente : l’Algérie

Malheureusement ces accords sont restés lettre morte, même si Emmanuel Macron, dès son élection en mai 2017, avait promis de tout faire pour les ressusciter. Vœux pieux. La réaction très peu diplomatique du locataire de l’Élysée à l’élection d’Abdelmajid Tebboune, en décembre dernier, comme nouveau président de l’Algérie n’est pas de nature à faciliter les contacts entre les deux hommes. Au lieu de présenter ses félicitations, comme c’est l’usage et comme l’ont fait tous les chefs d’Etats européens, il s’était contenté de « prendre note » de l’élection d’Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’Algérie et de l’appeler, avec arrogance, à engager un « dialogue avec le peuple algérien ». Ce dernier, vexé, a répliqué : « Je ne lui réponds pas. Il est libre de vendre la marchandise qu’il veut dans son pays, mais moi j’ai été élu par le peuple algérien et je ne reconnais que le peuple algérien ».
On comprend pourquoi la France a brillé par son absence lors du ballet diplomatique autour de la Libye dont Alger a été le théâtre.
Une autre bizarrerie de la stratégie sahélienne française antiterroriste : l’entêtement à exclure implicitement l’Algérie comme partenaire dans le processus de sortie de crise du Sahel. D’autant que ce pays abrite le siège du Conseil des chefs d’état-major opérationnel des armées (Cemoc) basé à Tamanrasset, dans le Sud algérien) et composé de l’Algérie, du Mali, de la Mauritanie et du Niger et qu’il dispose de l’armée la plus puissante de la région.

Pourquoi la France est incomprise par les Africains ?

Incomprise de ses partenaires européens et américains, regardée avec suspicion par de vaste tranches des opinions publiques africaines, jugée sévèrement pour ses maigres résultats sur le terrain, la stratégie française dans le Sahel devrait impérativement être réadaptée pour faire face aux nouveaux foyers qui se sont déplacés du Nord-Mali vers le triangle de la mort (à la frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso), le brasier tchadien. Cela risque encore de s’étendre vers l’Afrique de l’Ouest et en particulier en Côte d’Ivoire. Et ce ne sont pas les déclarations sibyllines du sommet de Pau qui constituent une vraie feuille de route pour sortir de ce bourbier. Ni l’envoi de 220 soldats supplémentaires au Mali qui va changer la donne sur le terrain.
Jean-Yves Le Drian, le patron du Quai d’Orsay fait mine de ne pas comprendre pourquoi les Africains sont remontés contre la France.
« Je le constate avec tristesse et un peu de révolte, quand on sait la force de notre engagement, nos 41 morts, et que cela a été fait à la demande des autorités politiques du Sahel. Je ne veux pas non plus surestimer ce sentiment. Il est fortement relayé sur les réseaux sociaux, au travers de fausses nouvelles qu’il faut combattre, mais, dans une situation de crise et d’insécurité, on cherche un bouc émissaire. Une partie du ressentiment antifrançais est liée au fait que les populations ne se sentent pas assez protégées. Il faut que les choses soient claires concernant notre présence. Nous n’avons aucun intérêt dans cette région, sauf la défense du droit et de notre propre sécurité. Si ça ne passe pas par des accords et une clarification des engagements, il faudra se poser des questions et repenser notre positionnement militaire. »
Le Drian, qui reprend ici le même argumentaire que son patron, passe sous silence les racines de la colère, à savoir les ingérences et les interventions militaires françaises à répétition en Afrique pour sauver, non pas leurs pays, mais des régimes à la solde de la France. Les opinions africaines n’ont surtout pas digéré l’intervention militaire française en Libye, comme elles n’ont pas digérée l’emploi de la force armée pour déloger l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Elles sont enfin en colère contre les maigres résultats de ces interventions. La sécurité promise n’est pas au rendez-vous et les fruits du développement durable promis tardent à mûrir.
Il faudra plus qu’un sommet du G5 pour relever les défis et dissiper les malentendus. Car il y a péril en la demeure et seule la réhabilitation d’Etats africains souverains, autonomes, représentatifs et efficients est de nature à assécher le vivier terroriste. Il n’est pas trop tard pour changer de logiciel et d’approche.

http://www.afrique-asie.fr/la-france-au-sahel-une-strategie-bancale/