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OR ARABE EXPORTÉ AUX ETATS-UNIS

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Jeudi 28 février 2019 – 21h30

L’armée américaine a exporté 50 tonnes d’or de la Syrie, d’une valeur d’environ 1,7 milliard de dollars. Les Américains ont obtenu l’or des terroristes de DAESh.

L’or a été pillé par les terroristes pendant plusieurs années en Libye, en Irak et en Syrie et caché par eux près du village de Baghus dans la province syrienne de Deir ez-Zor. Voici la base du groupe DAESH en Syrie, complètement encerclé par l’armée syrienne.

Selon l’agence syrienne SANA (27 février), les terroristes ont offert de l’or à l’armée américaine en guise de paiement pour avoir quitté l’encerclement.

Le 27 février, l’agence de presse kurde Bas a rapporté que l’or avait été livré de nuit par hélicoptère à la base de l’US Air Force située près de la ville de Kobani (Ain Arab), dans le nord de la Syrie, et emmené par avion-cargo vers l’Amérique.

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Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

L’appel à la réconciliation, lancé par Emmanuel Macron dimanche à la télévision italienne, ne fera pas disparaître les approches rivales de Rome et de Paris qui conditionnent l’avenir politique de la Libye
De gauche à droite : le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini (dirigeant de la Ligue du Nord, extrême droite), Emmanuel Macron, et le vice-Premier ministre aussi chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, qui gouverne en coalition avec la Ligue du Nord), Luigi Di Maio (AFP)

Les relations franco-italiennes sont loin d’être au beau fixe par les temps qui courent. Il y a quelques jours, Paris demandait le rappel de son ambassadeur à Rome à la suite d’une série de fausses notes du côté italien : soutien public des Gilets jaunes par le vice-Premier ministre et dirigeant du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, critique de la politique migratoire française, inflexibilité sur le projet d’ouverture d’une ligne TGV entre Lyon et Turin…

Mais derrière ces querelles diplomatiques, essentiellement protocolaires, un véritable bras de fer géopolitique se déroule entre Paris et Rome de l’autre côté de la Méditerranée. La Libye est aujourd’hui le théâtre d’une véritable bataille diplomatique entre la France et l’Italie.

Le démembrement de l’État libyen de Kadhafi à la suite des opérations militaires engagées en 2011 par les forces de l’OTAN, où la France a eu un rôle prééminent, a occasionné de profondes répercussions géopolitiques. La destruction de l’appareil étatique libyen a entraîné une déstabilisation de son environnement régional tout en livrant le pays aux différentes factions politiques armées revendiquant chacune leur prétention à l’exercice du pouvoir.

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi à Paris en décembre 2007, sous la tente bédouine que le dirigeant libyen avait installée dans la résidence officielle de l’hôtel Marigny (AFP)

Dans ce contexte particulièrement instable, où les négociations pour l’institution durable d’un gouvernement consensuel et légitime peinent à avancer depuis 2011, la France et l’Italie se livrent à une discrète guerre d’influence afin de préserver leurs intérêts respectifs au sein d’un territoire aux portes de l’Europe qui constitue, à plusieurs titres, un enjeu stratégique pour les deux puissances.

Libye année zéro

La Libye du colonel Kadhafi présentait un inconvénient de taille pour les puissances occidentales : elle disposait de la pleine maîtrise étatique de ses ressources naturelles, ce qui a longtemps permis au régime libyen de disposer d’importants capitaux économiques qui pouvaient être employés sous forme d’investissements sur tout le continent.

Durant la seconde moitié des années 1970, la Libye était particulièrement active dans le développement d’une politique panafricaine affranchie de toute ingérence étrangère. Cette période assigna au pays un statut de puissance régionale qui s’exerça en particulière aux confins sud de ses frontières, le long de la bande d’Aouzou, disputée avec le Tchad voisin soutenu par la France. Sur le plan interne, la solidité du régime reposait sur quatre piliers essentiels : l’appareil de sécurité, les comités révolutionnaires, la compagnie pétrolière nationale (NOC) et le fond d’investissement libyen.

La France a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012

C’est précisément l’essentiel de cette structure qui disparaît sous les bombes lors des opérations de la coalition en mars 2011. Kadhafi meurt en emportant son régime avec lui. Les conséquences d’un tel effondrement sont connues (guerre civile, fuite d’importants stocks d’armes dont une partie alimenteront les groupes armés qui combattront les troupes françaises au Mali en 2013, accroissement de l’immigration clandestine…).

La France, qui a contribué dans une large mesure aux opérations aériennes au-dessus de la Libye, a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012.

De son côté, l’Italie a vu d’un très mauvais œil l’intervention militaire française de 2011. Certains hommes politiques italiens pointaient d’ailleurs du doigt, dès 2011, le risque encouru pour la recrudescence de l’immigration clandestine vers l’Europe en provenance d’Afrique. Il est intéressant de souligner qu’à l’époque, cet argument était déjà mis en avant par la Ligue du Nord, parti dont est issu l’actuel ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini, en partie à l’origine du refroidissement des relations diplomatiques entre Rome et Paris.

Un eldorado pétrolier fortement convoité

Le contentieux franco-italien en Libye n’est donc pas une affaire récente. Pour Rome, l’ancien territoire libyen, qui fut d’abord et avant tout une colonie administrée à partir de 1911 et abandonnée en 1947, représente son pré carré africain traditionnel.

Sous Kadhafi, malgré le caractère fluctuant des relations diplomatiques, les deux pays surent conserver des relations économiques durables de sorte que l’Italie demeura le premier partenaire économique du pays. Sur ce plan, l’économie pétrolière a historiquement constitué un ciment géopolitique durable qui n’a jamais été altéré par les différentes crises diplomatiques qui survinrent entre Rome et Tripoli.

La déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie (AFP)

Le groupe italien ENI était d’ailleurs présent dès 1959 en Cyrénaïque, position qui lui a permis d’obtenir une situation privilégiée en matière d’exportation d’hydrocarbures et de gaz. Au moment de la chute de Kadhafi, en 2011, l’Europe importait 80 % du pétrole libyen dont 32 % pour l’Italie, premier client du pays.

Jusqu’en 2011, l’économie libyenne reposait en grande partie sur ses exportations pétrolières de sorte que 65 % du PIB national était tiré des exportations d’hydrocarbures.

Avec une production oscillant de 1,3 à 1,6 million de barils par jour, la Libye de Kadhafi était ainsi le second exportateur africain de pétrole après le Nigeria. Par ailleurs, du fait de sa qualité (peu sulfureux) et de la proximité des sites d’extraction par rapport aux terminaux maritimes d’exportation, le coût de production du baril libyen représentait l’un des moins chers du marché (de 3 à 5 dollars par baril).

Comment la contrebande du pétrole libyen saigne le pays à blanc

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Pour Rome, la manne pétrolière libyenne a donc représenté historiquement une aubaine stratégique puisqu’elle permettait à l’Italie de conserver une relative autonomie énergétique. Aux côtés de la National Oil Company libyenne, le groupe italien ENI représentait le premier producteur étranger de pétrole en Libye.

En 2011, à l’issue des opérations militaires contre Kadhafi, l’économie pétrolière libyenne s’effondre avec une production journalière qui chute à 200 000-300 000 barils par jour. Dans un premier temps, le groupe ENI s’est ainsi vu dans l’obligation d’arrêter sa production de pétrole tout en maintenant, malgré tout, l’extraction de gaz, secteur moins touché par les opérations militaires.

Cette déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie, pour réinvestir le secteur pétrolier en profitant de la vacance du pouvoir occasionnée par les opérations militaires. Quelques jours après la fin des bombardements de la coalition, une lettre rédigée par le Conseil national de transition (CNT) libyen évoquait ainsi la possibilité d’octroyer 35 % des futures concessions pétrolières libyennes au groupe Total. Une aubaine pour cet opérateur qui disposait, avant la chute de Kadhafi, d’une implantation relativement modeste (55 000 barils par jours) par rapport au groupe italien ENI (244 000 barils par jours). Une nouvelle donne géopolitique qui constitue aujourd’hui l’un des facteurs déterminants dans la rivalité franco-italienne en Libye.

Des stratégies d’influence au cœur de l’avenir politique de la Libye

L’avenir politique de la Libye est aujourd’hui en partie conditionné par les approches géopolitiques rivales de la France et de l’Italie. Dans un pays où plus d’une vingtaine de groupes politiques armés se disputent encore le contrôle de l’État ainsi que celui des puits pétroliers, Rome et Paris défendent deux visions diamétralement opposées.

Le gouvernement italien s’est aligné sur la position officielle des Nations unies en reconnaissant le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj, basé à Tripoli et institué en 2016, comme seul légitime. Un choix qui semble cohérent par rapport aux intérêts et à l’influence italienne à l’ouest de la Libye.

En soutenant le pouvoir de Tripoli, l’Italie sécurise également son important terminal pétrolier de Melittah, cogéré par la NOC et le groupe ENI. Par ailleurs, la Cyrénaïque est historiquement plus réfractaire à la puissance italienne, souvent renvoyée à son identité coloniale.

La France a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque

Enfin, le gouvernement italien est particulièrement pressé par la question migratoire puisqu’une grande partie des migrants qui débarquent sur les côtes de la péninsule provient du littoral tripolitain, en particulier de Sabratha, considérée aujourd’hui comme une capitale de la migration clandestine où les passeurs règnent en maîtres et qui n’est qu’à 300 kilomètres des côtes italiennes.

La France, de son côté, a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque. Un choix qui peut s’avérer judicieux du point de vue de la géopolitique des hydrocarbures. Le croissant pétrolier libyen qui s’étire le long du bassin de Syrte concentre en effet 85 % des réserves de pétrole et 70 % des réserves de gaz tandis que cinq des six terminaux pétroliers se situent également à l’Est du pays.

En mars 2018, le groupe Total annonçait d’ailleurs le rachat, à auteur de 16,3 %, des concessions pétrolières détenues par l’américain Marathon Oil sur les champs de Waha. Un positionnement français, à l’Est du pays, qui s’explique également d’un point de vue militaire : Paris considère en effet que le sud-est libyen est une zone grise particulièrement instable et où les groupes terroristes armés bénéficient d’une réelle assise menaçant la force Barkhane déployée au Sahel. Un tel positionnement, de la part de la France, ne pouvait cependant être obtenu sans un allié local lui permettant de maintenir une relative stabilité de ses intérêts à l’est.

Le Premier ministre Fayez el-Sarraj, le président français Emmanuel Macron et le maréchal Khalifa Haftar en conférence de presse près de Paris le 25 juillet 2017 (AFP)

Or, depuis 2016, le maréchal Haftar, un ancien officier de l’armée de Kadhafi, a pris le contrôle de l’est de la Libye et de ses principaux champs pétroliers, malgré un revers militaire rapidement récupéré en juin 2018. Il a par ailleurs décidé de transférer la gestion des ressources pétrolières, contrairement aux années précédentes, à la Compagnie nationale pétrolière de Benghazi, rivale de Tripoli. Une position qui accentue encore plus la division du pays.

Haftar n’en demeure pas moins particulièrement attractif aux yeux de la France qui le considère comme l’homme fort de l’est et qui l’a désormais intégré dans le processus de négociation, notamment lors du sommet de Paris en mai 2018, pour l’établissement d’élections libres en Libye, alors même que le général boudait le sommet de Palerme organisé par l’Italie quelques mois plus tard. L’avenir de la Libye est donc aujourd’hui conditionné en partie par le règlement du conflit d’intérêt qui oppose la France à l’Italie.

La France est-elle un médiateur sincère dans le conflit libyen ?
Guma el-Gamaty

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Actuellement, les différents partis libyens ne parviennent pas à s’entendre sur le projet d’une nouvelle Constitution. Le sommet de Paris devait déboucher sur des élections en décembre 2018 qui n’ont jamais eu lieu. Mais la reconstruction de l’État libyen souverain implique, au minimum, la fin de l’antagonisme entre Tripoli et Benghazi, antagonisme qui ne pourra être dépassé tant que les deux puissances européennes alimenteront les conditions d’une politique de division nationale en Libye.

Le 27 février dernier, Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar se sont rencontrés lors d’un sommet organisé par les Nations unies à Abou Dabi. Les deux hommes se sont entendus sur un nouvel accord de principe pour la tenue d’élections libres d’ici l’été prochain. Peut-être une lueur d’espoir pour l’avenir de la Libye.

 

https://www.middleeasteye.net/fr/news/bras-de-fer-geopolitique-entre-la-france-et-litalie-en-libye

Editorial de Bernard Lugan : Sahel, bien identifier l’ennemi

L’Afrique Réelle N°110 – Février 2019

Sommaire

Dossier : Sahel

– Quel ennemi combattons-nous au Sahel ?

– Qui sont les jihadistes du Macina et de la région des trois frontières ?

– Mali : Dogon contre Peul, jihadisme ou guerre ethnique ?

Controverse :

Afrique du Sud : à qui appartient la terre ?

Editorial de Bernard Lugan : Sahel, bien identifier l’ennemi

Qui sont les GAT (groupes armés terroristes) sahéliens que combattent nos forces ?

– Des jihadistes animés par des motifs religieux ?
– Des trafiquants utilisant le jihadisme pour brouiller les pistes ?
– Des militants porteurs de revendications ethniques, sociales ou politiques revêtues du voile religieux ?
– Des combattants « multi-cartes » pouvant être les trois à la fois selon les circonstances et les opportunités ?

Pour nos Armées, la réponse à ces interrogations est évidemment essentielle. Etant bien entendu que les tendances lourdes, à savoir la démographie, l’opposition ethno-raciale nord-sud et la question de l’ethno-mathématique électorale ne pourront pas être réglées par leur intervention.

Placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou des ressources, nos forces percutent régulièrement les constantes et les dynamiques locales. Leur action s’inscrit donc dans une nébuleuse à l’intérieur de laquelle tout classement géométrique « à l’européenne » est une illusion, et plus encore, un danger.

Comment en serait-il autrement tant la réalité du terrain est faite d’alliances pragmatiques et ponctuelles, de loyautés mouvantes et d’allégeances conjoncturelles dont les véritables objectifs ne sont en réalité, et contrairement à ce qui est constamment affirmé, qu’accessoirement religieux ?

Face à ce brouillard, mettre par principe une étiquette « jihadiste » ou « GAT », sur tous ceux qui n’entrent pas dans les classifications définies à Paris est une facilité. Elle aboutit à désigner un « ennemi de confort », ce qui revient à éluder les questions complexes que nos états-majors n’ont que quelques mois pour appréhender avant leur projection.

Un exemple : considérer comme jihadiste l’actuelle alliance de circonstance nouée entre orpailleurs, trafiquants et irrédentistes toubou dans la région de Miski-Kouri Bougoudi dans le nord du Tchad pourrait avoir trois conséquences désastreuses :

1) Favoriser la coagulation de groupes aux intérêts contradictoires alors que la priorité est à leur division.

2) Permettre aux jihadistes d’entrer dans le jeu en proposant leur soutien au « comité d’autodéfense » actuellement ciblé par l’armée tchadienne, alors que tout devrait être fait pour assurer le confinement du conflit.

3) Provoquer la déstabilisation de l’irrédentiste Tibesti, région au contact du puzzle tribalo-politique de Libye et des zones Toubou du nord-est du Niger, alors que l’urgence est d’éviter l’embrasement régional.

L’approfondissement de la connaissance des dynamiques locales est donc une priorité pour nos Armées. Tant à Coëtquidan qu’à l’Ecole de Guerre et au niveau le plus élevé du commandement.

Publié par Administrateur à 00:19

http://bernardlugan.blogspot.com/

https://ombre43.com/2019/03/08/editorial-de-bernard-lugan-sahel-bien-identifier-lennemi/

La Libye, un appel à renaître

La Libye, un appel à renaître

Les carnets de Badia Benjelloun

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La Libye, un appel à renaître

Conférences à la française

Peu après son arrivée au pouvoir et ses deux visites à l’étranger  qui ont eu le mérite d’encadrer sa mission à la tête de l’exécutif, l’allégeance à Berlin et la virée dans un territoire africain, une dépendance malienne de la France, Macron a convoqué en juillet 2017  une conférence sur la Libye. Patronnée par l’ONU sur une initiative française, elle a réuni les personnalités politiques rivales du pays dévasté par le fait d’une opération militaire  franco-britannique sous parapluie de l’OTAN. Autour de la table étaient présents des représentants de l’ONU, de l’UA et ceux de 19 États, soulignant la mise sous tutelle d’une nation prospère et indépendante avant l’intervention de Sarközy, premier Président français à avoir aussi clairement énoncé son inféodation à Washington. La célérité avec laquelle le nouvel occupant du palais de l’Élysée a voulu traiter la question libyenne indique qu’elle était d’importance et qu‘elle lui avait été sans doute relayée dans le même registre impératif que lui avait été confié le code de l’arme nucléaire.

La prétention du Bonaparte de pacotille à établir un processus politique où se tiendraient élections législatives et présidentielles avant la fin de l’année 2017 s’est heurtée à une réalité où le nombre d’acteurs en présence sur le terrain libyen excède de loin la maîtrise diplomatique et militaire française. Macron a voulu rééditer un autre essai en mai 2018. L’accord ‘historique’ selon lequel se sont engagés Fawez al Sarraj, le Premier ministre siégeant à Tripoli et figurant de la ‘Communauté internationale’ et le général Khalifa Haftar dirigeant de l’Armée de Nationale Libyenne, homme de la CIA mis en réserve depuis 1990, depuis la ville de Tobrouk à procéder à une sortie de crise par une voie politique n’a pas été suivi des effets escomptés.

Ce qu’ils ont fait de la Libye

Toujours pas d’élections en vue, l’insécurité prévaut dans une zone sans tradition jacobine où les particularismes régionaux et tribaux n’ont pas été effacés et où continue de prévaloir une tradition millénaire de consensus entre partenaires rétifs à toute subordination. La configuration géographique de la Libye et particulièrement le Sud avec un immense territoire quasi-désertique, peu dense en zones habitées et jouxtant de nombreux pays sahéliens et sub-sahéliens a été l’occasion après l’assassinat de Mouammar Gadhafi d’interventions de toutes sortes. L’espoir à moyen terme d’une stabilité du pays est encore à ce jour infondé tant le climat est favorable à la pousse de milices, d’organisations ‘extrémistes’ et de réseaux criminels (gangs de kidnappeurs, narcotrafiquants, passeurs de migrants et marchands d’armes et d’esclaves) dont les activités se croisent et se coordonnent parfois avec celles de groupes militaires plus ou moins officiels. Outre leur collusion avec des acteurs politiques nationaux, des puissances étrangères ont recours à leurs services.

Lors de la  réunion interministérielle des pays voisins  de la Libye tenue à Khartoum en novembre dernier, les intervenants ont insisté sur la présence dans le Sud de la Libye de groupes armés venant du Niger, du Tchad, du Soudan et du Mali. Ils ont parfois des revendications politiques mais s’allient avec des éléments de l’État Islamique ou des trafiquants d’êtres humains ou de drogue pour contrôler la vaste région transfrontalière perméable à toutes sortes d’incursions. L’absence d’État et le délabrement des services publics (accès à l’eau, à la santé et à l’éducation) rend la population du Fezzan très vulnérable et aisément manipulable par les clans politiques qui instrumentalisent  les inévitables divisions communautaires.  Ainsi les Toubous libyens (il en existe au Tchad) sont devenus le bras armé du maître actuel de la Cyrénaïque, Khalifa Haftar pour le contrôle de la ville de Sebha, point nodal pour tous les trafics et la sécurisation des infrastructures militaires et pétrolières. Les Toubous s’affrontent aux Awlad Soulaïman pour une protection socio-économique plutôt que pour une hégémonie tribale. Les uns et les autres se livrent des luttes intenses pour la maîtrise des routes cette province, des champs pétrolifères de  Brak al-Shati  et Tamenhit. Un groupe armé ‘la Colère de Fazzan’ a réussi à interrompre l’extraction pétrolière du  champ de Sharara  et celle du champ d’al Fil dépendant du précédent pour son électricité, il a fait chuter la production de 388 000 barils/jour sur un total national d’1,5 miilion/jour  en protestation contre l’absence d’infrastructures et pour de meilleurs salaires.

Le gouvernement de Fawez Al Sarraj est tributaire de différentes milices pour la sécurité dans la capitale. Celle-ci n’y est pas assurée, le nombre d’homicides et d’enlèvements pour rançons font de l’ancienne capitale l’une des villes les plus dangereuses du monde. Le maire de la ville a été enlevé en mars 2018 puis mystérieusement libéré au bout de 48 heures. En janvier 2019, après quelques mois d’accalmie relative, des affrontements ont eu lieu entre deux milices rivales, toutes deux forces supplétives du ministère de l’Intérieur qui ne possède ni armes ni véhicules. Celui-ci a accordé au groupe Tarhouna la protection extérieure de l’aéroport de Tripoli ce qui a déclenché la riposte armée et sanglante de la 7ème Brigade, sa milice rivale.

La situation sécuritaire en Cyrénaïque est tout aussi préoccupante malgré l’offensive  militaire de Haftar sur les groupes terroristes de Benghazi qui a duré de 2013 à 2017. Explosions de voitures piégées et de bombes déposées à la sortie de mosquées à Benghazi ont fait des centaines de morts en 2018. Aqmi, al Qaïda au Maghreb Islamique risque de reprendre du service lorsque les exfiltrés par l’occupant israélien et l’armée des Usa depuis la Syrie rejoindront le pôle stratégique important que constitue cette porte de l’Afrique.

La crise migratoire, effet direct de la guerre

Mais après tout, la destruction d’un pays pour ses richesses minières et ses hydrocarbures (les Libyens paient en proportion de leur réserve en énergie fossile, la plus importante d’Afrique) est une pratique routinière pour la puissance dominante étasunienne même si elle accuse un déclin accéléré en ce moment. Les effets régionaux de l’anéantissement de l’Irak ont été contenus, aucun pays riverain en dehors de l’afflux de millions d’immigrés en Syrie et au Liban n’en a pâti directement. Tout un sous-continent a déstabilisé par la disparition de l’État libyen. L’onde de choc a gagné le Tchad, l’Algérie, la Tunisie, le Soudan, l’Égypte, le Mali, le Niger et le Nigéria, bien au-delà des pays strictement limitrophes. La porosité des frontières au tracé incertain sur des milliers de kilomètres d’une région dominée par des ethnies du désert aux traditions nomades laisse libre le passage dans les deux sens. Une fois exécuté Mouammar Gadhafi, les armes délivrées à la population pour son auto-défense ou prises dans les entrepôts des casernes ont vite été disséminées et se sont retrouvées entre différentes mains, politiques ou criminelles. Pays d’accueil des migrants sahéliens qui y trouvaient du travail en abondance, la Libye s’est transformée en piège ne leur offrant au mieux que la possibilité d’être enrôlés dans les milices, sinon d’être pillés, torturés, vendus quand leur destination n’est pas la noyade en  Méditerranée.

Le flux du mouvement migratoire vers l’Europe est sévèrement limité par Frontex, l’agence européenne dédiée à cette réduction.

Les accords passés entre l’Union européenne avec la Goumhourya arabe libyenne avaient affecté des moyens financiers et techniques pour que soient maintenues fermées les  ‘vannes migratoires’. Actuellement, un tel  accord est impossible  car le pays est disputé par des factions rivales et des centaines de milices et de bandes criminelles.

Or c’est l’Italie qui voit arriver sur ses côtes l’essentiel de l’afflux migratoire (181 000 migrants en 2016) une fois fermée la route des Balkans après l’accord scellé en 2016 avec la Turquie qui a reçu une enveloppe de 6 milliards d’euros. Les forces libyennes devront empêcher les départs vers l’Europe pour 400 millions d’euros, contrat inefficace et controversé compte tenu du sort épouvantable et documenté qui attend les refoulés en Libye.

Discorde italo-française

L’Italie accuse la France d’être responsable du chaos survenu en Libye

Le gouvernement issu de la coalition 5 Etoiles et de la Ligue reproche à la France son hypocrisie concernant la crise des migrants. La situation instable en Libye résulte de l’initiative militaire française qui a destitué Gadhafi. Les charges de Matteo Salvini, ministre de l’Intérieur et chef de la Ligue, contre Macron sont particulièrement véhémentes. Il lui reproche de faire fermer aux migrants les frontières les frontières franco-italiennes  et de refuser l’accès aux ports français des navires des ONG chargés de réfugiés en détresse.

Il y a bien entendu plus que cela comme motif de conflits entre la France et l’Italie. La sourde bataille du budget italien qui ne respectait pas à la lettre les recommandations de l’austérité imposée par la Commission européenne (entendre ici les mesures budgétaires dictées à la zone euro pour la défense de l’euro-deutschemark) est une toile de fond sérieuse sur laquelle se projettent toutes sortes de désaccords. Le budget concocté par l’alliance  M5S et Ligue comportait un volet social crucial pour une jeunesse qui connaît 40% le chômage. Il devait opérer une relance keynésienne pour un pays en récession ou en tous les cas sans croissance réelle depuis 2000. Le bras de fer a été engagé surtout avec la France, Merkel étant affaiblie sur le plan national et européen. Il s’est conclu par un compromis, l’Italie ne s’est pas encore décidée à quitter le bateau de l’UE même si elle a porté au contrat qui l’y rattache plusieurs accrocs.

Rome considère par ailleurs qu’elle est lésée dans sa souveraineté économique. Vivendi  est devenu le premier actionnaire de  Telecom Italia  et le deuxième de  Mediaset, le groupe de la famille Berlusconi, en total respect du dogme européen de la concurrence libre et non faussée alors que la France a saisi la Commission européenne quand le groupe  Fincantieri  a voulu racheter les  Chantiers de l’Atlantique.

La discorde libyenne, c’est aussi l’affrontement sur des intérêts pétroliers, la France défend le groupe Total et l’Italie ENI d’autant que la Libye est une ancienne colonie italienne. Berlusconi qui avait signé des  contrats économiques d’importance  en 2008 avec la Gomouhouria arabe libyenne en 2008 qui lui réservait l’exploitation du quart de son pétrole et du tiers de son gaz était au départ réticent à emboîter le pas à Sarközy dans son ambition de conquête destructrice de la Libye. Après y avoir été contraint par le parrain étasunien, il revint sur l’absence de fondement à  cette ingérence injustifiée d’inspiration française  dans les affaires d’un pays tiers. Il déclarait dès 2011 qu’en aucun cas il ne s’est agi d’un soulèvement populaire mais d’une tromperie façonnée par les Français.

Profusion d’acteurs

Autant dire que le passif entre les deux signataires des Traités de Rome, de Maastricht et de Lisbonne est lourd.

A la conférence organisée par l’Elysée à Paris le 29 mai 2018, Rome répond par une autre organisée  à Palerme en novembre  de la même année. 38 délégations ont fait le déplacement. Cette offensive diplomatique a adopté un calendrier, plus réaliste, qui envisage avant toute chose la tenue d’une conférence de réconciliation puis d’un référendum qui donnera un cadre institutionnel aux élections législatives puis présidentielles.

Dans cette équation libyenne à multiples inconnues dont le nombre lui-même est indéterminé tant les acteurs abondent depuis Sissi jusqu’à Idriss Déby maintenant entiché de Netanyahou, à Alger l’encore fier chantre de la décolonisation et manipulateur de la cause des Touaregs au Mali et Mohammed VI lui-même qui vient d’affirmer ‘la sécurité des pays arabes revient aux Arabes’ , le Qatar et la Turquie embusqués derrière al Sarraj, les Émirats arabes unis et les Bédouins du Nedjd à peine camouflés derrière Haftar l’anti-Frères Musulmans, le jeu reste ouvert.

Il est probable que Giuseppe Comte a requis la neutralité russe et a obtenu le soutien appuyé d’un Trump enferré dans ses déclarations et postures anti-migratoires.  Pour ceux qui, poutinophobiques, voient la main de la Russie partout, il faut rappeler l’existence d’une base  militaire étasunienne au Niger, à côté d’une allemande mais également d’une italienne.

Les frappes américaines en Libye ont commencé très tôt, dès 2011. L’activité a connu une intensification à l’été 2016 à la  demande  de Fayez al Serraj qui a déclaré avoir restreint l’aide à des frappes limitées dans le temps et ciblées sur les poches de terroristes à Syrte. D’après  l’organisme Airwars,Syrte a été le champ d’expérimentation de frappes de drones en milieu urbain en coopération avec des forces locales et étasuniennes. Leur nombre et leur rythme ont été bien plus conséquents que celles qui ont visé l’Irak ou la Syrie. Menées depuis des territoires éloignés de ceux où ces opérations sont effectuées, elles sont le plus souvent tenues secrètes. De plus, l’administration Trump  a assoupli les restrictions  sur les frappes de drones menées en dehors des zones de conflit armé.

Le dossier épais et à entrées multiples de la ‘crise libyenne’ a été remis sur le métier par  l’Union africaine en février 2019. Son 32ème sommet à Addis Abeba s’est achevé sur le projet de rétablir un dialogue inter-libyen en juillet. Les Africains reprennent la main et bousculent le représentant de l’ONU, Ghassan Salamé, l’homme de la France.

Une Libye encore à naître

Les mécanismes de réajustement d’un monde qui a connu en moins de trente ans une hégémonie indiscutée des Usa puis sa remise en cause sérieuse par la levée du bloc russo-chinois peinent à se mettre en place. Les alliances se composent et se défont à la faveur des offres de ceux qui se veulent les nouveaux champions ou les arbitres d’un univers géopolitique très fluide et mouvant.

Les effets du désastre libyen (fomenté par une piètre équipe française) menacent l’équilibre des forces au sein de l’Union européenne à travers la compétition d’une Italie terre d’accueil de bases américaines et une France qui n’a plus les moyens de son arrogance et qui ne cesse d’enregistrer des reculs dans son territoire de projection de prédilection, l’Afrique.

L’Egypte et la Turquie s’y confrontent à fleurets mouchetés, déléguées d’une autre compétition installée dans le monde arabe et musulman, le Qatar versus les Emirats et le Bédouins du Nedjd.

Dans cette atmosphère de recomposition qui n’est pas sans rappeler l’époque des pourparlers sordides entre les puissances de la fin du 19ème siècle pour le partage de l’Afrique,  l’Entente Cordiale, la Libye appelle à sa délivrance, à renaître.

 

http://www.dedefensa.org/article/la-libye-un-appel-a-renaitre

 

Libye : les interférences extérieures « compliquent une situation déjà compliquée » (UA)

Libye : les interférences extérieures « compliquent une situation déjà compliquée » (UA)

11 février 2019 à 12h28 | Par

Lors du 32e sommet de l’Union africaine (UA), le commissaire pour la paix et la sécurité de l’institution panafricaine, l’Algérien Smaïl Chergui, a fait une série d’annonces sur la Libye et la situation au Sahel.

Le commissaire de l’Union africaine (UA) pour la paix et la sécurité, qui a à plusieurs reprises appelé au règlement prioritaire de la crise libyenne, s’est félicité qu’à l’issue de la réunion de dimanche, l’UA et les Nations unies ont décidé de renforcer leur coopération sur le dossier libyen.


>>> À LIRE – Libye : le maréchal Haftar avance dans le sud-ouest et inquiète Tripoli


Parmi les présents à cette réunion de haut niveau sur la Libye les ministres des Affaires étrangères égyptien, algérien, tunisien, l’émissaire de l’ONU pour la Libye Ghassan Salamé et le vice-Premier ministre libyen Abdelsalam Kajman. La séance était dirigée par le chef de l’État du Congo-Brazzaville Denis Sassou Nguesso, président du Comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye, accompagné de Moussa Faki, président de la commission de l’UA, et donc de Smaïl Chergui.

Ce dernier a dénoncé les nombreuses interférences extérieures sur le dossier libyen « qui compliquent une situation déjà compliquée ». « Je peux vous dire qu’il y a aujourd’hui un accord total entre l’UA et l’ONU pour travailler main dans la main pour promouvoir et organiser la conférence de réconciliation nationale. Cette dernière devrait être la plus inclusive possible », a-t-il ajouté.

Conférence nationale libyenne début juillet ?

Le commissaire à la paix et à la sécurité a également fait valoir que la crise libyenne touchait tous les pays de la région, comme en témoigne l’attaque des rebelles tchadiens depuis le Sud de la Libye. « Le temps est venu pour la communauté internationale de soutenir l’initiative conjointe de l’Union africaine et de l’ONU dans le but de sécuriser les échanges entre les Libyens », a notamment déclaré Smaïl Chergui.

La conférence nationale sera suivie d’une possible date pour la tenue des élections. Tout cela doit intervenir cette année

Interrogé par Jeune Afrique sur la tenue de la Conférence nationale, Smaïl Chergui a annoncé qu’une date serait arrêtée dans l’après-midi (du lundi 11 février). Selon nos informations, elle devrait se tenir début juillet. « Elle sera suivie d’une possible date pour la tenue des élections. Tout cela doit intervenir cette année », a indiqué le commissaire. Avant de saluer l’action de Ghassan Salamé, l’émissaire du secrétaire général de l’ONU pour la Libye : « Ce qu’il est important de noter, c’est qu’un nouveau départ a été donné, et que nous nous rejoignons avec l’ONU sur ce problème (…). Les interférences non nécessaires doivent cesser immédiatement », a insisté le commissaire.

Toujours selon nos informations, l’Égypte s’opposerait toutefois à ce que le gouvernement de Tripoli présidé par Fayez al-Sarraj désigne les invités à la conférence de réconciliation nationale. Laquelle pourrait se tenir au Caire. Quant aux élections, le Comité de haut niveau de l’UA sur la Libye espère qu’elles seront organisées en octobre 2019.

https://www.jeuneafrique.com/733046/politique/libye-les-interferences-exterieures-compliquent-une-situation-deja-compliquee-ua/

Le sommet économique de la Ligue arabe et l’affaire Moussa Sadr

Le sommet économique de la Ligue arabe et l’affaire Moussa Sadr

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Le sommet économique de la Ligue arabe devrait se tenir les 19 et 20 janvier à Beyrouth (Liban). Cependant, deux motifs peuvent le reporter.

- En premier lieu, les États membres de la Ligue se disputent sur l’opportunité de réintroduire la Syrie dans l’organisation dès cette réunion.

- En second lieu, le parti libanais Amal, fondé durant la Guerre civile par l’imam iranien Moussa Sadr, s’oppose à la venue d’une délégation libyenne tant que la question de la disparition de l’imam, lors d’un voyage officiel en Libye en 1978, n’aura pas été résolue.

L’un des fils de Mouammar Kadhafi, Hannibal, est actuellement détenu au Liban. Il a déclaré, en janvier 2017, qu’Abdessalam Jalloud (alors numéro 2 de la Libye, réputé beaucoup plus dur que Kadhafi) avait organisé l’enlèvement de l’imam, que des agents libyens avaient usurpé l’identité de l’imam et de sa suite pour faire croire qu’ils avaient quitté la Libye et s’étaient rendus à Rome. Hannibal a également donné des informations sur le lieu où l’imam aurait été mis au secret pendant des années. Ami d’enfance de Mouammar Kadhafi, Abdessalam Jalloud a été écarté du pouvoir en 1993 après avoir commis plusieurs lourdes erreurs. Il vit aujourd’hui à Londres.

Ces informations contredisent les déclarations du colonel Ahmad Ramadan al-Asaibie, en 2011 à une chaîne de télévision émiratie [1]. Selon l’ancien directeur du bureau d’information du Guide, il aurait été assassiné sur ordre de Mouammar Kadhafi durant son séjour.

Ces deux versions portent sur la disparition de l’imam, mais ne lèvent pas les polémiques ni sur son rôle politique exact, ni sur le commanditaire de son assassinat.

Le ministre libanais de la Justice (bloc du président Michel Aoun), Salim Jreissati, a déclaré avoir reçu en mai 2018 une lettre du rapporteur du Comité des droits de l’homme des Nations unies le questionnant sur la légalité de l’incarcération d’Hannibal Kadhafi. Il a soudain demandé, le 9 janvier 2019, à l’inspection judiciaire de faire le point sur ce sujet. Ce à quoi le ministre des Finances, Ali Hassan Khalil (bloc d’Amal), a répondu en mettant en doute d’existence de la lettre des Nations unies.

Selon la presse libanaise, la Russie ferait pression sur le gouvernement pour qu’il libère Hannibal Kadhafi.

Le parti Amal prépare un éventuel blocage de l’aéroport pour empêcher la délégation libyenne de se rendre au sommet économique de la Ligue arabe.

Le Déluge

 

Analysis

Le Déluge

  1. Retour aux fondamentaux :
  • Qui a provoqué sciemment la plus grave crise migratoire de l’histoire contemporaine ?
  • Qui a transformé la Libye en une sorte de zone grise sans gouvernement (s) réels et effectifs et  dans laquelle ont transité 2.2 millions de migrants tandis que plus de 900 000 autres y sont en attente ? *
  • Qui a contribué à inonder l’Europe par des flux interminables de migrants à la recherche d’un hypothétique eldorado ?
  • Qui a transformé la portion centrale de la mer Méditerranée en un immense lac de boat-people se dirigeant vers les rivages de l’Europe du Sud en attendant la réapparition de la piraterie ?
  • Qu’avait affirmé, narquois, le colonel Gaddafi sous les bombes de l’OTAN peu de temps avant la chute de son régime concerant l’avenir de l’Europe?

Quelle que soit l’approche choisie pour aborder cette question (juridique, analytique, systémique, structurelle, historique, etc.), il n’y a que deux coupables mais qui ne sont pas commanditaires :  les gouvernements pourris et corrompus de Londres et de Paris.

Les motivations de Londres et Paris relèvent de la psychanalyse du pouvoir et de l’obsession d’un empire déchu. C’est à des psychiatres que revient la charge de cerner les politiques étrangères très erratiques de ces deux capitales et pas à des politologues et encore moins des analystes en géopolitique.

Si vous croisez de pauvres migrants clandestins en masse prés de chez vous, il n’y a qu’à envoyer un email d’insultes au gouvernement (via son site).
Vous pouvez être sûrs qu’ils ne vous réponderont jamais et que vous serez toujours tranquille car Benalla et ses copains sont en vacances.

Enfin ce véritable déluge auquel on assiste ne sera pas enrayé de sitôt d’autant plus que les pays d’Europe ne délivrent plus de visas (la France toujours à un cran au dessus comme de coutume) et le seul pays à avoir pris les devants est l’Allemagne. En accueillant volontairement un million de réfugiés venant du Levant et du Moyen-Orient, Berlin veut exploiter Die Flut à des fins de suprématie économique future car aucune mesure ne pourra atténuer un tant soit peu les conséquences d’une stratégie erratique visant à detruire des pays entiers et à eparpiller leur populations aux quatre vents.


  • Les chiffres fournis par l’OIM sont erronés et très sous-évalués.

Le complexe industriel militaro-humanitaire se drape de vertu pour étendre l’hégémonie occidentale

Le complexe industriel militaro-humanitaire se drape de vertu pour étendre l’hégémonie occidentale


Shakespeare a écrit un jour que le diable est capable de citer les Écritures quand il y va de son intérêt. Aujourd’hui, ce sont les termes « humanitaire » et « démocratie » qui servent à couvrir les morts et les destructions.


Par Tomasz Pierscionek – Le 4 octobre 2018 – Source RT

Des mots respectables comme « humanitaire » et « démocratie » ont fini par prendre un sens funeste et cynique du fait de leur détournement pour justifier l’invasion de nations souveraines, et promouvoir l’expansion de la domination militaire et culturelle occidentale à travers le monde. Les médias grand public ainsi que des militants des droits de l’homme y participent en diffusant des contre-vérités et en jouant sur les sentiments de peur, de colère et de répulsion du public pour l’influencer et faire passer pour juste une agression contre un État souverain.

Parallèlement aux mensonges des politiciens selon lesquels Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive qui pouvaient être déployées en 45 minutes, une stratégie a été mise en œuvre pour choquer et impressionner le public et l’amener à accepter l’invasion. Il y a eu notamment une avalanche de gros titres destinés à horrifier les lecteurs, à coup de soi-disant « preuves » des massacres de Saddam, et à susciter de fortes réactions émotionnelles qui les empêcheraient de penser. L’un de ces articles, écrit par la députée travailliste Ann Clwyd et publiée dans le Times deux jours seulement avant que la Coalition dirigée par les États-Unis, ne commence à détruire l’Irak, affirmait que Saddam possédait une « machine à déchiqueter les humains » dans laquelle on introduisait les adversaires par les pieds, pour les transformer en nourriture pour poissons. L’article intitulé « Regardez ces hommes se faire hacher menu et osez dire que vous ne soutenez pas la guerre » a eu pour double effet de susciter l’horreur du lecteur et de donner l’impression que les opposants à la guerre étaient insensibles et indifférents au sort du peuple irakien. L’existence d’une déchiqueteuse humaine a été contestée par la suite, et on n’en a jamais retrouvé la trace.

Les véritables crimes de Saddam étaient connus des services de renseignements étasuniens qui lui ont donné les positions des troupes iraniennes pendant la guerre Iran-Irak dans les années 1980, sachant qu’il allait utiliser du gaz moutarde et du sarin contre elles. Les États-Unis ont également fourni à Saddam des bombes à fragmentation et l’ont aidé à acquérir des précurseurs d’agents chimiques. Selon Human Rights Watch, basé aux États-Unis, Saddam aurait tué au moins 290 000 personnes de son propre peuple pendant qu’il était au pouvoir.  Toutefois, ce chiffre est éclipsé par le nombre d’Irakiens morts à la suite de l’invasion de 2003, victimes des forces d’occupation, de la violence confessionnelle ou de l’EI – selon les estimations,  il y en aurait eu plusieurs centaines de milliers, et peut-être même plus d’un million.

La stratégie du shock-and-awe 1 a de nouveau été utilisée avant le bombardement de la Libye par l’OTAN, quand les relations de Kadhafi avec les États-Unis et le Royaume-Uni se sont dégradées suite à sa décision de vendre son pétrole en dinars (une nouvelle monnaie panafricaine soutenue par l’or) au lieu du dollar américain ou de l’euro, et d’encourager ses voisins africains à suivre son exemple. La publication des courriels d’Hillary Clinton à la fin de 2015 a révélé qu’une pareille mesure aurait renforcé les économies africaines et entraîné une concurrence entre le dinar et le dollar ou l’euro.

Cette fois, on nous a raconté qu’il fallait bombarder la Libye et soutenir les rebelles anti-Kadhafi, y compris les éléments affiliés à al-Qaïda, parce que Kadhafi était sur le point de commettre un massacre contre la population de la ville de Benghazi, sous contrôle rebelle. Pour émouvoir le public et lui faire accepter la guerre, on a aussi raconté que Kadhafi distribuait du Viagra à ses soldats pour qu’ils violent le plus possible de femmes. Amnesty International a enquêté et n’en a trouvé aucune preuve, par contre l’ONG a révélé qu’à plusieurs reprises, les forces anti-Kadhafi de Benghazi avaient raconté des mensonges ou fabriqué des fausses preuves de violations des droits humains.

Kadhafi a été renversé et l’un des pays les plus riches et les plus stables d’Afrique est aujourd’hui un État failli et anarchique contrôlé par un micmac de groupes rebelles, dont certains sont des affiliés ou des sympathisants d’al-Qaïda. Ces groupes se sont mis à persécuter, emprisonner et assassiner les Africains subsahariens qui étaient venus en Libye comme migrants économiques, en les accusant de fidélité à Kadhafi. En outre, la destruction de la Libye a déclenché une guerre au Mali voisin et a contribué à renforcer al-Qaïda et EI en Afrique du Nord. Une partie des rebelles anti-Kadhafi se retrouvera plus tard en Syrie.

Le même scénario a été utilisé à l’égard de la Syrie. Les politiciens occidentaux, avec leurs médias et leurs alliés activistes, se sont donné du mal pour obtenir le soutien du public à la destitution du président du pays. En 2013, on a joué sur les émotions du public occidental en prétendant qu’Assad avait utilisé du gaz sarin contre des civils, raison pour laquelle il fallait le renverser de toute urgence. Ces allégations n’ont jamais été prouvées et une enquête menée par l’ONU a indiqué par la suite que les rebelles anti-gouvernementaux auraient pu être responsables de l’attaque. Les allégations selon lesquelles Assad aurait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple semblent refaire surface chaque fois que le gouvernement syrien reprend un grand pan de son territoire aux forces rebelles ou djihadistes.

Le président Assad a été accusé d’avoir causé des centaines de milliers de morts dans un conflit imposé à la Syrie, dans lequel l’Arabie saoudite et le Qatar (entre autres États) ont financé et armé des rebelles que les services de renseignement occidentaux qualifient de « modérés ». WikiLeaks a publié des dépêches diplomatiques dans lesquels des politiciens américains s’inquiétaient de l’envoi, par des donateurs saoudiens, de fonds et d’armes à des groupes comme al-Nosra Front (également connu sous le nom de branche syrienne d’al-Qaïda) et EI. L’opposition syrienne affirme qu’en septembre 2018, entre 164 336 et 522 000 personnes (selon le groupe anti-Assad à qui vous posez la question) ont été tuées depuis le début du conflit en 2011. Bien que l’opposition syrienne et ses partisans en Occident et dans le Golfe n’hésitent pas à blâmer le président Assad pour ces morts, parmi les personnes tuées figurent des soldats syriens et des milices pro-gouvernementales qui ont défendu leur pays contre les rebelles « modérés » (et moins modérés) soutenus par les ennemis de la Syrie, ainsi que des civils tués par ces groupes rebelles.

Lorsque la Russie est venue à l’aide de la Syrie en septembre 2015, à la demande du gouvernement du pays, pour lutter contre EI, al-Nosra et d’autres groupes rebelles, elle a essuyé les critiques des médias occidentaux et des groupes d’opposition syriens qui l’ont accusée de soutenir un dictateur – et le Royaume-Uni et les États-Unis savent de quoi ils parlent, ce sont des spécialistes dans ce domaine. Le renversement d’Assad justifiait sûrement que les États-Unis et leurs alliés laissent EI semer la terreur et la destruction à travers toute la Syrie jusqu’à ce que son drapeau flotte sur Damas. Les attaques contre la Russie se sont intensifiées en 2016 lorsqu’elle a fourni aux troupes syriennes un appui aérien dans la campagne pour reprendre Alep, qui était avant la guerre la plus grande ville du pays et son centre financier et industriel, à une coalition de groupes rebelles dont le Front al-Nosra et des combattants djihadistes non syriens. Les journaux de toutes tendances politiques ont versé des larmes de crocodile sur les civils et les bébés tués dans les bombardements russes, eux qui ne versent jamais une larme sur les enfants de Gaza et du Yémen qui meurent pourtant aussi sous des bombardements aériens.

Les médias occidentaux décident de ce qui doit émouvoir leur public. L’organisation controversée connue sous le nom de Casques blancs, financée par les États-Unis et plusieurs gouvernements européens, a injecté une dose supplémentaire de pathos, en montrant des photos et des vidéos de ses membres tirant soi-disant des enfants et des civils des décombres à Alep. Les questions que soulève ce groupe ont été parfaitement documentées.

Puis nous avons eu droit à des tweets d’une fillette syrienne de sept ans, Bana al-Abed, elle aussi chouchou des médias, pour demander une intervention occidentale, dans le style « Cher monde, il vaut mieux commencer une troisième guerre mondiale que de laisser la Russie et Assad commettre #HolocaustAleppo ». On peut vraiment se demander si elle a écrit ces messages sans l’aide d’un adulte.

L’organisation américaine Human Rights Watch, qui a reçu des millions de dollars du milliardaire George Soros, a fait état du rapport d’un groupe d’opposition syrien selon lequel 446 civils auraient été tués par des avions russes et syriens pendant la bataille d’Alep entre septembre et octobre 2016. Ailleurs, Human Rights Watch cite l’Observatoire syrien des droits de l’homme, un organisme pro-opposition basé au Royaume-Uni, qui affirme que les frappes aériennes de la coalition dirigée par les États-Unis ont tué 1 064 civils, dont 248 enfants, pendant la bataille de Raqqa entre début juin et 20 septembre 2017. Bien qu’il soit difficile d’estimer avec précision les populations d’Alep et de Raqqa en 2016 et 2017 respectivement, à partir de 2018, Alep compte 1,6 million d’habitants, contre 61 000 à Raqqa.

Chaque mort civile est une tragédie en soi, qu’elle soit causée par un avion américain, russe, syrien ou autre. Toutefois, il faut reconnaître qu’il n’y a que la Russie et l’Iran qui soient intervenus dans le conflit syrien à la demande du gouvernement légitime de la nation. Toutes les autres nations impliquées dans le conflit syrien violent le droit international et leur expulsion du territoire syrien serait légitime.

Grâce à l’intervention de la Russie, la Syrie ne prendra pas le chemin de l’Irak ou de la Libye et est en passe de redevenir une nation unie et stable avec une identité séculaire et diversifiée. L’intervention de la Russie a empêché la destruction d’une nation et permis à des millions de personnes d’échapper au cauchemar épouvantable de vivre dans un pays dominé par l’EI ou des groupes similaires. L’Occident a adopté une approche diamétralement opposée, il  plonge une nation unie dans l’anarchie, et les terroristes ne font leur apparition qu’après l’intervention « humanitaire ».

Traduction : Dominique Muselet

Note

 

La désinvolture de Laurent Fabius

La désinvolture de Laurent Fabius

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Le ministre des Affaires étrangères russe, Sergueï Lavrov, a accordé un entretien à Russia Today. Dans celui-ci, il révèle un entretien téléphonique avec son homologue français lors de l’« Opération Serval » au Mali, Laurent Fabius.

« La France voulait que son contingent au Mali obtienne l’approbation du Conseil de sécurité de l’Onu pour lutter contre cette menace terroriste. Laurent [Fabius] m’a appelé et m’a demandé de ne pas nous y opposer […] Mais il faut garder à l’esprit, lui ai-je dis, que vous allez réprimer les activités des gens que vous avez armés en Libye. Il a ri et m’a dit : « C’est la vie. » Et il faut dire quand-même que « c’est la vie » ce n’est pas de la politique. Évidemment, c’est le principe du deux poids, deux mesures », a déclaré Sergueï Lavrov.

http://www.voltairenet.org/article203585.html

Les Libyens veulent reprendre la main sur leurs investissements en Afrique

Finance

Les Libyens veulent reprendre la main sur leurs investissements en Afrique

Malgré le chaos politique et sécuritaire dans leur pays, les dirigeants officiels de la Libyan Investment Authority se démènent pour restructurer et redynamiser les actifs du fonds souverain sur le continent.

C’est le leitmotiv de Hassan Bouhadi depuis quelques mois : reprendre la main sur les nombreux investissements réalisés par le fonds souverain libyen en Afrique durant le règne de Mouammar Kadhafi et qui, depuis la chute de ce dernier, sont en souffrance ou repris par certains États. Nommé en octobre 2014 à la tête de la Libyan Investment Authority (LIA) par le gouvernement de Tobrouk, reconnu par la communauté internationale mais dont le mandat a expiré le 20 octobre dernier, il est contesté par le gouvernement de Tripoli. Actuellement basé à Malte pour des raisons de sécurité, cet ingénieur formé à Londres est, selon son entourage, déterminé et prêt à prendre toutes les mesures nécessaires pour recouvrer les avoirs libyens.

Alors qu’une grande partie de l’ensemble des actifs détenus par la LIA, valorisés à 67 milliards de dollars (62,4 milliards d’euros), sont encore sous sanction, gelés par les Nations unies, les dirigeants du fonds assurent que ceux situés sur le continent sont toujours opérationnels. Les équipes de toutes ses filiales actives en Afrique sont ainsi mobilisées avec pour objectif de « revoir leur approche et de faire en sorte que leurs investissements soient gérés le plus efficacement possible », nous indique-t-on dans l’entourage de Hassan Bouhadi. Alors que la Libye semble plongée dans le chaos politique et sécuritaire, Jeune Afrique fait le point sur ce que deviennent les investissements de son fonds souverain sur le continent, dans quatre secteurs-clés.

Télécoms

C’est notamment dans ce secteur que la LIA a récemment mené l’offensive. En juillet, elle a lancé des actions contre quatre pays africains – le Rwanda, le Tchad, la Zambie et le Niger – qui ont nationalisé ses filiales dans les télécoms. « Des procédures sont en cours », nous confie sans plus de détails une source proche du dossier qui soutient que ces procédures ont été soit lancées auprès de la justice des pays concernés, soit ouvertes sous forme de programmes de règlement de contentieux.

D’après nos informations, au Niger, le différend porte sur la reprise de la Société nigérienne des télécommunications (Sonitel) par l’opérateur libyen LAP GreenN et pour laquelle un accord avait été conclu en janvier 2011. La Libye devait payer un bonus de 31 milliards de F CFA (environ 47,3 millions d’euros) au Niger dans les quarante-cinq jours suivant la signature de l’accord et mettre en place un programme d’investissement de 55 milliards de F CFA sur cinq ans.

Faisel Gergab, le président de LPTIC s’est rendu en Côte d’Ivoire pour régler une partie – 20 % – des dettes de l’opérateur, qui avoisinent en tout 9 milliards de F CFA

Mais, en février, le soulèvement contre le régime de Kadhafi a empêché la Libye de tenir ses engagements, obligeant le Niger à reprendre le contrôle de la société. « Aujourd’hui, les Libyens mettent en avant un cas de force majeure, comme le prévoit une clause de l’accord conclu en janvier 2011, pour réclamer la reprise de Sonitel », nous explique un conseiller à la présidence du Niger, qui avait participé aux négociations.

Depuis quelques mois, la LIA tente de relancer l’opérateur de téléphonie mobile LAP GreenN, aujourd’hui actif dans trois pays. En août, elle a ainsi cédé les actions détenues dans cette entreprise par sa filiale Libya Africa Investment Portfolio (LAP) à la Société libyenne des postes, des télécommunications et des technologies de l’information (LPTIC). Fin septembre, par exemple, Faisel Gergab, le président de LPTIC et par ailleurs membre du comité de direction de la LIA mené par Hassan Bouhadi, s’est rendu en Côte d’Ivoire pour régler une partie – 20 % – des dettes de l’opérateur, qui avoisinent en tout 9 milliards de F CFA.

LAP GreenN, qui, pénalisé par les troubles politiques en Libye, n’a pas pu passer à la 3G en Côte d’Ivoire, cherche ainsi à se mettre en règle vis-à-vis des autorités du pays. Son objectif : se donner toutes les chances de décrocher la quatrième licence globale pour laquelle l’État a lancé un appel d’offres.

Hôtellerie & immobilier

D’après nos informations, Hassan Bouhadi et son équipe ont mis en place un groupe de travail pour revoir les investissements de la LIA dans certains pays, comme la Tunisie, ou le fonds souverain détient des actifs dans le tourisme et l’immobilier. Sur le continent, c’est sans doute dans ces deux secteurs que la Libye de Kadhafi avait le plus investi via la Libyan Foreign Investment Company (Lafico), une autre filiale du fonds souverain.

Mais plus de quatre ans après la chute du dictateur, un nombre important de ces actifs connaissent des difficultés et de nombreux projets ont été gelés. Au Mali, autrefois considéré comme la principale terre d’accueil des investissements de Tripoli en Afrique subsaharienne, sur quatre établissements hôteliers libyens, seul l’hôtel de l’Amitié fonctionne aujourd’hui. Et ce grâce notamment à la Minusma, qui paie environ 800 000 millions de F CFA par mois pour y loger ses troupes.

J.A.

Et, au Togo, les autorités ont dû employer la manière forte pour reprendre le contrôle de l’hôtel du 2-Février, autrefois géré par Sofitel. Laico avait repris cet établissement en 2006 en transformant en actions un prêt de 15 millions de dollars accordé au gouvernement de ce pays quelques années plus tôt. Mais la filiale du fonds souverain libyen n’a pu respecter son engagement de rénover cet établissement de 36 étages et de relancer rapidement son exploitation. Les bouleversements en Libye et l’instabilité qui y règne depuis n’ont rien arrangé.

Après avoir confié une étude sur l’opportunité juridique de la manœuvre à des avocats locaux et français, le Togo fait voter une loi de nationalisation le 6 novembre 2014, qui prévoit néanmoins l’indemnisation des actionnaires libyens. Après des mois de négociations et parfois de descentes musclées des forces de l’ordre sur le site ou étaient installés les bureaux locaux de Laico, les deux parties trouvent finalement un accord. L’hôtel du 2-Février est aujourd’hui à 100 % la propriété de l’État togolais, qui a confié sa rénovation au groupe sud-africain ZPC. Et son exploitation – à partir de décembre – au mauricien Kalyan Hospitality Development Limited, sous la marque Radisson Blu.

La chute du régime Kadhafi et les changements politiques n’ont absolument rien changé à notre relation avec la LIA, indique Abdellatif Kabbaj

Désormais, la LIA semble miser davantage sur l’Afrique du Nord, où la situation est plus favorable. « Cinq de nos dix hôtels appartiennent au fonds souverain libyen, avec qui nous travaillons depuis 2009 dans le cadre d’un partenariat signé pour quinze ans, indique Abdellatif Kabbaj, président du groupe Kenzi Hotels, basé à Marrakech. La chute du régime Kadhafi et les changements politiques n’ont absolument rien changé à notre relation avec la LIA, qui consiste essentiellement à lui régler des loyers pour les établissements que nous gérons et dont elle est propriétaire. C’est la même équipe qui est en place depuis le début de notre collaboration. »

Énergie

Alors qu’une libéralisation des prix des produits pétroliers est en cours au Maroc, en Tunisie et au Sénégal, le fonds souverain libyen incite sa filiale OilLibya à se renforcer dans ces pays. Gérée depuis Dubaï, cette dernière est l’une des rares entreprises libyennes qui se portent plutôt bien sur le continent. Au Maroc, l’un de ses principaux marchés (elle y est quatrième en termes de part de marché), la société a vu ses revenus passer de 4 milliards de dirhams (environ 355,8 millions d’euros) au cours de l’année précédant la révolution libyenne à 6 milliards en 2014.

Autrefois dénommé Tamoil, le groupe de distribution de carburants a commencé ses activités hors de la Libye dans des pays limitrophes, le Tchad et le Niger, puis au Burkina Faso

Entièrement détenu par OilInvest Group (qui lui-même est une filiale de la LIA), OilLibya est dirigé par le Franco-Libyen Ibrahim Bugaighis. Et est aujourd’hui présent dans 18 pays sur le continent, où il compte 1 022 stations-service et emploie plus de 1 500 personnes. Autrefois dénommé Tamoil, le groupe de distribution de carburants a commencé ses activités hors de la Libye dans des pays limitrophes, le Tchad et le Niger, puis au Burkina Faso, avant de poursuivre sa croissance par des acquisitions. Il a ainsi racheté successivement, entre 2004 et 2008, les filiales de Shell au Niger, au Tchad, à Djibouti, en Éthiopie et au Soudan, et celles d’ExxonMobil au Niger, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Cameroun, au Kenya, en Tunisie et au Maroc.

Agriculture

Selon nos informations, dans le domaine de l’agriculture, l’Afrique du Nord semble être la priorité de Hassan Bouhadi et de ses équipes de la LIA. Et notamment l’Égypte, un des principaux exportateurs africains de fruits et légumes. La Libye y a fait des investissements dans ce secteur, en particulier dans l’une des plus grandes fermes du pays.

En Afrique subsaharienne, la plupart des projets sont en souffrance ou tout simplement abandonnés, comme le projet public-privé Malibya. Lancé en 2008 au Mali, il prévoyait l’aménagement, pour un coût d’environ 56 milliards de FCFA, de plus de 100 000 hectares de terres au sein des vastes périmètres rizicoles de l’Office du Niger, la rice belt malienne, située dans la région de Ségou, quatrième du pays.


 

Un fonds, deux patrons

Qui dirige vraiment le fonds souverain libyen ? La réponse à cette question est loin d’être évidente. À l’instar du pays lui-même, la Libyan Investment Authority est divisée entre deux patrons. Hassan Bouhadi, nommé par le gouvernement reconnu par la communauté internationale mais dont le mandat a expiré le 20 octobre, est certes le plus actif sur le front de la reprise du contrôle des investissements libyens à l’étranger. Mais sa légitimité est loin de faire l’unanimité.

Légitimité surtout contestée par Abdulmagid Breish, son rival, basé à Tripoli mais qui révendique son indépendance vis-à-vis du gouvernement qui y est installé. Cet ancien banquier, qui a travaillé à la Libyan Arab Foreign Bank et à l’Arab Banking Corporation, avait été nommé à la tête du fonds souverain en juin 2013, lorsque le pays avait un seul gouvernement. Mais accusé d’avoir collaboré avec le régime de Kadhafi, il affirme avoir choisi de se retirer de ses fonctions dans le soucis de respecter la loi sur l’isolation politique et administrative. Blanchi à la suite d’un procès en appel, il revendique ce poste depuis avril dernier.

En attendant que cette bataille des chefs soit résolue, les deux hommes ont accepté en juillet de mettre de côté leur différend et de donner la priorité aux intérêts du fonds libyen. Via leurs avocats respectifs, ils ont nommé BDO, le cabinet international d’audit et de conseil, en tant que récepteur et gestionnaire des dossiers litigieux du fonds souverain libyen concernant l’Europe.

En Afrique, les deux parties ne sont pas forcément d’accord. Tandis que Hassan Bouhari et ses équipes n’hésitent pas à engager des procès pour récupérer les actifs libyens, Mohsen Derregia, le patron de Libya Africa Investment Portfolio (LAP), proche de Abdulmagid Breish, soutient : « Une action en justice ne devrait pas être notre première approche. D’autant que dans certains cas les États nous ont restitué nos actifs après la révolution. »

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