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1989-2019. Vu de Vilnius, Riga et Tallinn : de la Voie balte au retour dans le concert des nations

L’Europe trois décennies après l’ouverture du rideau de fer

1989-2019. Vu de Vilnius, Riga et Tallinn : de la Voie balte au retour dans le concert des nations

Par Céline BAYOU, le 15 septembre 2019      

Céline Bayou est rédactrice en chef du site Regard sur l’Est (www.regard-est.com), chargée de cours à l’INALCO et à l’IRIS.

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Eblouissante de maîtrise, C. Bayou trace avec une grande clarté les années 1989-2019 dans les trois pays baltes. Après avoir été incorporés de force à l’Union soviétique à la faveur de la Seconde Guerre mondiale, les Baltes se sont battus pour restaurer leur indépendance et reconstruire des Etats, dans un contexte marqué par une inquiétude sécuritaire à l’égard de la Russie.

LA commémoration, le 23 août 2019, du 30e anniversaire de la Voie (ou Chaîne) balte s’apparente à une mise en abyme. Il s’agissait en effet, en 1989, de commémorer le 50e anniversaire de la signature, le 23 août 1939, du Pacte Molotov-Ribbentrop qui avait scellé le sort de ces trois États, apparus (ou réapparus pour la Lituanie) sur la scène internationale en 1918. Cette commémoration avait pris la forme d’une chaîne humaine qui, de Tallinn à Vilnius sur 600 km, avait réuni près de 2 millions de manifestants pacifiques, désireux de rappeler au monde que l’incorporation de leurs pays au sein de l’Union soviétique à l’issue de la Seconde Guerre mondiale n’avait en aucun cas été volontaire et souhaitée. Aux termes du Pacte germano-soviétique et de son protocole secret, A. Hitler et J. Staline avaient en effet défini les zones d’influence de l’Allemagne et de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) à l’issue de la guerre. En 1989, il s’agissait donc de dénoncer 1939. En 2019, il s’agit de célébrer la formidable initiative populaire qui, symboliquement mais aussi politiquement et psychologiquement, a donné le coup d’envoi aux Révolutions chantantes baltes. Ces protestations non violentes ont conduit à la reconnaissance du protocole secret et de ses conséquences ; elles se sont inscrites dans les mouvements qui ont mené à la fin de l’URSS (8 décembre 1991) ainsi qu’à la reconnaissance internationale de ces trois États. Mais 1989 n’a de sens qu’au regard de 1939. Finalement, il s’agit en 2019 de rappeler les 80 ans du Pacte germano-soviétique de 1939, la commémoration de son 50ème anniversaire en 1989 et le lancement simultané d’une révolution pacifique. En 1999, lors de la commémoration des dix ans de la Voie balte, celle-ci était évoquée comme ayant précipité les pays baltes dans le XXIe siècle, par opposition au Pacte germano-soviétique qui incarnait le XXe, avec son cortège de guerres, génocides et domination de grandes puissances décidant du sort des petits États [1].

1989-2019. Vu de Vilnius, Riga et Tallinn : de la Voie balte au retour dans le concert des nations

Céline Bayou, Rédactrice en chef du site Regard sur l’EstCrédit photographique : Céline Bayou

La spécificité des années qui se sont écoulées depuis 1989 tient au fait que ces trois pays n’ont pas eu à se lancer dans la construction de nouveaux États. Issues de processus qui ne relèvent pas de sécessions ou de décolonisations, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie se sont attelées à la tâche de rétablir des souverainetés étatiques préexistantes dont la légitimité ne cesse depuis d’être rappelée [2]. On comprend bien, dès lors, le poids accordé à la mémoire dans ces pays, manifesté notamment par ces fameuses commémorations. Simultanément, les trois pays n’ont jamais perdu de vue la fragilité de leur situation : la consolidation de leurs souverainetés à partir de 1991 devait de ce fait intervenir sans délai. Les choix de transitions tant politiques qu’économiques ou sociales ont tous été faits avec un sentiment aigu d’urgence.

La détermination des élites politiques et des populations a aidé à cette révolution copernicienne : il allait de soi qu’il s’agissait de reconstruire des États démocratiques politiquement et libéraux économiquement. Ces options se sont traduites par la double priorité accordée aux projets d’adhésion à l’OTAN et à l’Union européenne. Toutes actions qui permettent aujourd’hui d’appréhender ces pays comme solidement réinscrits sur la carte de l’Europe et du monde.

Restaurer l’indépendance

Intégrés à l’URSS en août 1940 à l’issue d’un processus formellement contestable, puis occupés par les troupes allemandes de l’été 1941 à 1944, les trois pays sont ensuite annexés par l’URSS qui, après avoir fait refluer les nazis, crée ces trois « Républiques socialistes soviétiques » que la communauté internationale s’abstient de reconnaître, sans pour autant intervenir. La résistance sur ces territoires adopte diverses formes au cours des 45 ans que durera cette annexion/occupation [3] jusqu’à ce que, au début des années 1980, la contestation politique des Baltes s’exprime notamment sur les questions environnementales, mémorielles, voire religieuses (en Lituanie). À partir de 1985 et de l’arrivée au pouvoir d’un nouveau Secrétaire général du PC de l’URSS, le mouvement s’intensifie et s’accélère : en lançant les réformes contenues dans les mots d’ordre de perestroïka et de glasnost, Mikhail Gorbatchev ouvre une boîte de Pandore. Les Baltes y puisent, en se centrant d’abord sur les pages blanches de l’histoire. La multiplication des « Manifestations du calendrier » l’atteste : ces rassemblements d’abord timides puis de plus en plus suivis et nombreux ont pour objet de commémorer pacifiquement des pages tragiques de l’histoire de ces pays tout au long de la période stalinienne [4]. Dans les trois républiques, des projets jugés nocifs pour l’environnement (la construction d’un nouveau barrage sur la Daugava en Lettonie, le développement d’une mine de phosphate dans le nord-est de l’Estonie, l’installation d’un 3e réacteur sur la centrale nucléaire d’Ignalina en Lituanie) rassemblent en masse des populations qui savent qu’elles ne pourraient pas descendre dans la rue avec des slogans ouvertement politiques. Mais, lorsque les autorités soviétiques décident d’abandonner leurs projets de barrage et de réacteur, c’est la stupeur : une manifestation pacifique peut donc faire reculer Moscou ! Parallèlement, des expérimentations économiques sont testées en Estonie, vue comme un laboratoire efficace et de taille contrôlable. Les premières sociétés à capital mixte avec des pays non socialistes y sont créées, et l’autonomie des entreprises y est inaugurée [5]. Politiquement et économiquement, la mécanique est enclenchée.

En avril 1988, le Front populaire estonien de soutien à la perestroïka est créé, avec la bénédiction de M. Gorbatchev qui y voit un moyen de pression sur la vieille garde du PC d’Estonie, peu encline à adhérer au mouvement de réformes. En septembre de la même année, 250 000 Estoniens se réunissent pour le Festival du chant, dans une euphorie indescriptible. La tectonique est similaire en Lettonie et en Lituanie qui se dotent également de Fronts populaires (baptisé Sajūdis en Lituanie). Lors des premières élections libres organisées en mars 1989 en URSS, ces trois mouvements l’emportent largement dans leurs républiques respectives et envoient des députés réformateurs, autonomistes, voire demain indépendantistes, au Congrès des députés du peuple de l’URSS.

Le vote par les parlements baltes de lois stipulant la prééminence de leurs langues nationales sur le russe, puis affirmant celle de leurs législations sur celle de l’Union, la demande d’un accroissement de l’autonomie économique et celle d’une conscription des jeunes hommes effectuée dans les limites territoriales des républiques baltes s’inscrivent rapidement dans les mouvements qui commencent aussi à ébranler le reste de l’Europe centrale. En 1990, les parlements de chacune des républiques (le 11 mars en Lituanie, le 30 mars en Estonie et le 4 mai en Lettonie) proclament l’indépendance, en précisant qu’il s’agit bien là du rétablissement des indépendances antérieures confisquées à partir de 1940. L’Estonie et la Lettonie assortissent ces déclarations de périodes de transition.

En admettant enfin, le 24 décembre 1989, l’existence du protocole secret du Pacte germano-soviétique, le Soviet suprême de l’URSS a ouvert la voie à la reconnaissance d’une violation du droit international. Mais les autorités soviétiques continuent à considérer les demandes baltes sous l’angle constitutionnel interne et s’y opposent, avec la violence que l’on sait (blocus économique à l’encontre de la Lituanie, intervention des unités spéciales du ministère soviétique de l’Intérieur en Lituanie puis en Lettonie en janvier 1991, provoquant la mort de 14 personnes à Vilnius, puis 5 à Riga).

La vacance de pouvoir engendrée à Moscou par le putsch d’août 1991 est immédiatement saisie par les Républiques fédérées. Les républiques baltes sont d’ailleurs encouragées par Boris Eltsine, qui veut saisir l’opportunité de faire exister une Russie elle aussi en voie de détachement de l’URSS moribonde. Le 20 août 1991, la Lituanie réaffirme son indépendance et le Parlement estonien vote en faveur de la restauration de la sienne, suivie par la Lettonie le lendemain. Au cours de la dernière semaine du mois d’août, la Russie et les pays nordiques reconnaissent ces indépendances les uns après les autres. La Communauté européenne fait de même le 27 août 1991, puis l’URSS s’y résout le 6 septembre 1991 et établit des relations diplomatiques avec chacun des trois pays en octobre 1991. Le 17 septembre 1991, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont été admises à l’ONU.

Cette séquence laisse jusqu’à aujourd’hui ouverte l’interprétation des responsabilités au regard de la chute de l’URSS : l’indépendance juridique et effective des pays baltes a été obtenue grâce à la chute de l’URSS, mais les révolutions chantantes baltes, en accélérant le processus de démocratisation au sein de l’Union, ont sapé les fondations de l’Empire soviétique [6].

Reconstruire les États

L’impératif de continuité étatique s’est imposé dès avant la restauration des indépendances baltes : la préexistence de ces trois pays les rendait légitimes sous l’angle le moins contestable possible, à savoir juridique. Dès lors, la période courant de 1944 à 1991 ne pouvait apparaître que comme une parenthèse malheureuse et subie.

Les textes des Constitutions ont pris une valeur symbolique essentielle au cours de ce mouvement de restauration étatique : en Lettonie, quitte à l’amender régulièrement (avec force débats à chaque fois) afin de la mettre à l’ordre du jour, la Loi fondamentale de 1922 a été restaurée et est entrée en vigueur le 6 juillet 1993. En Estonie, la Constitution adoptée par référendum le 28 juin 1992 comporte des éléments des Constitutions de 1920 et 1938 (elle crée ainsi un Parlement monocaméral, sur le modèle du texte de 1920, et conserve la fonction présidentielle de la Constitution de 1938). La Lituanie, qui pouvait se prévaloir d’une indépendance beaucoup plus longue et ancienne que ses deux voisines, a vu un texte nouveau entrer en vigueur le 2 novembre 1992 mais ne manque pas de rappeler régulièrement ce principe de continuité de l’État. En 2018, les trois pays ont d’ailleurs marqué avec insistance le Centenaire qui de leur indépendance, qui du rétablissement de cette dernière.

Simultanément, il s’est agi de recréer des appareils d’État et des élites politiques, au terme d’un choix résolu en faveur de personnalités jugées non compromises par l’ancien système. Cette option s’est traduite par une tendance marquée au « jeunisme » au cours des années 1990, la virginité politique apparaissant préférable à l’expérience. Certaines personnalités issues de la diaspora ont également fait leur retour. En Lituanie, Valdas Adamkus a ainsi été élu chef de l’État en 1998, après avoir passé près de 50 ans aux États-Unis. Durant ses deux mandats (jusqu’en 2009), il s’est entouré d’autres personnalités issues de la diaspora. En Lettonie, Vaira Viķe-Freiberga a connu un destin comparable, en étant élue à la présidence de 1999 à 2007, après 53 ans passés en exil. À ceux qui ont tenté de mettre en cause sa légitimité à diriger un pays dans lequel elle n’avait passé que moins de dix ans au total (dont sa prime enfance), elle a opposé son « droit de primogéniture » [7]. Dans cette réorganisation politique, certains comme Dainis Īvāns, président du Front populaire letton de 1988 à 1990 et acteur incontournable de l’indépendance de son pays, ont rapidement renoncé à prendre des responsabilités, dénonçant au passage les compromissions et trahisons de certaines des nouvelles élites. Bref, le jeu politique classique s’est rapidement mis en place, caractérisé dans les trois pays par le foisonnement de petits partis politiques se créant, disparaissant, réapparaissant sous d’autres noms et dirigés par tel ou tel chef de file n’hésitant pas à sauter d’une formation à une autre, ainsi que par la succession de coalitions gouvernementales à la durée de vie particulièrement brève. Les années 1990 et le début des années 2000 sont celles de la stabilité dans l’instabilité. Cette effervescence politique n’a de fait créé aucune fragilité, la grande majorité des partis défendant les mêmes priorités, à savoir des transitions rapides et déterminées vers la démocratie et le pluralisme politique et vers le libéralisme et l’ouverture économiques.

En matière économique, ces pays sont d’ailleurs rapidement apparus comme les parangons du libéralisme. C’est ainsi qu’on a pu évoquer au milieu des années 2000 des « tigres baltes » en croissance exponentielle, jusqu’à ce que la surchauffe interne et la crise financière internationale de 2008 ne vienne déstabiliser ces édifices. Ils n’ont pour autant pas voulu dévier de leurs trajectoires libérales. Le remède à la crise a été l’austérité, avec l’assentiment d’électeurs renouvelant leur accord avec les mesures pourtant sévères qui leur étaient infligées. Le rejet de la planification socialiste s’est accompagné d’une adhésion totale au capitalisme mondialisé, quitte à sacrifier socialement certaines populations. Le credo libéral, légèrement modéré en Lituanie, s’est d’autant plus ancré dans les mentalités qu’il s’agissait d’aller vite pour consolider l’indépendance. L’Estonie a en outre fait le choix d’une transition numérique déclinée à tous les niveaux de la société et accompagnée notamment de la mise en place d’un e-gouvernement [8]. Associé à l’idée de transition démocratique et de modernité, ce basculement fait désormais de ce pays un modèle en la matière, qui suscite l’intérêt d’autres pays à la fois en termes d’exemplarité et d’opportunités de coopération.

Les pays baltes comptent nombre de monuments et musées en mémoire de la terreur communisteLettonie, à Cēsis, monument en mémoire de la terreur communiste (1940-1991). Crédit photographique : Céline Bayou

Lettonie, conflits de mémoiresLettonie, conflits de mémoires : chaque année, des milliers de russophones de Lettonie se rassemblent à Riga le 9 mai pour célébrer la fin de la Grande Guerre patriotique. Pour nombre de Lettons, cette date est avant tout perçue comme marquant le début de la seconde occupation soviétique. Crédit photographique : Céline Bayou

La présence d’importantes minorités russophones a d’emblée mobilisé ces pays : fallait-il intégrer ces populations qui, pour la plupart, ne maîtrisaient pas la langue vernaculaire ou, au contraire, établir des États basés sur une conditionnalité ethnique et linguistique ? À la veille des indépendances, les Lituaniens ethniques représentaient 79,5 % de la population présente sur le territoire de la République éponyme, les Estoniens 61,5 % et les Lettons 52 % seulement. Autant Vilnius n’a pas eu de difficulté, en 1991, à adopter l’« option zéro » consistant à déclarer Lituanienne toute personne résidant sur place, autant ce choix s’est avéré moins évident pour Tallinn et Riga. L’Estonie et la Lettonie, conscientes d’être passées près de la disparition, ont alors pris la décision de n’accorder la citoyenneté qu’à ceux pouvant prouver qu’ils avaient été citoyens estoniens ou lettons jusqu’au début des occupations, ainsi qu’à leurs descendants. Les autres, immigrés russophones arrivés durant la période soviétique, ont été invités à passer un examen de naturalisation, consistant en une série d’épreuves de langue, connaissance de l’histoire et des institutions. Ce choix de créer des ethno-États a souvent été critiqué, notamment en Russie mais aussi dans le reste de l’Europe, pour avoir ostracisé une partie de la population mise de fait en demeure de prouver sa loyauté à l’égard du nouvel État. C’est ainsi que quelques centaines de milliers de personnes vivant dans ces deux pays ont aujourd’hui encore le statut de « non-citoyens », qui leur vaut l’édition d’un passeport spécifique et la privation de quelques droits (accès à certains emplois de la fonction publique, droit de vote). Yves Plasseraud note toutefois que ce choix a aussi permis à cette ancienne catégorie dominante (à défaut d’avoir jamais été numériquement majoritaire) de se penser en tant que nouvelle minorité et de se constituer en tant que telle, évitant ainsi des malentendus qui auraient pu mener à des conflits [9].

Cette problématique, en phase d’extinction par évolution démographique naturelle [10], laisse progressivement place à celle, qui lui est corrélée, liée à l’émigration massive depuis le début des années 2000. Ces départs d’une population plutôt jeune et généralement bien formée qui souhaite voir le monde et ne résiste pas à l’attraction des salaires plus élevés sont devenus un motif d’inquiétude pour les trois pays. La Lituanie a par exemple perdu 20 % de sa population depuis 1989 en raison de l’émigration. Les conséquences économiques sont désormais visibles, la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs s’accompagnant d’une pression sur les salaires suffisante pour mettre en péril certaines entreprises mais pas pour inviter les expatriés à rentrer. Angoissés au début des années 1990 par la menace d’une disparition liée à l’immigration régulière de populations russophones dans le cadre soviétique, les trois pays sont aujourd’hui confrontés à un autre risque d’effacement, par effusion cette fois.

La barrière psychologique qui inviterait les autorités à favoriser l’immigration pour pallier ce déficit n’a pas encore été franchie, sans doute parce qu’elle ne résoudrait rien à cette angoisse existentielle : les économies baltes ont certes besoin de force de travail [11], mais les identités baltes ont besoin d’Estoniens, de Lettons et de Lituaniens. Les deux ethno-nations que sont l’Estonie et la Lettonie pourraient trouver ici une limite à leur modèle.

La priorité euro-atlantique et l’obsession sécuritaire

Élèves modèles de la transition post-socialiste, les trois pays se sont d’emblée positionnés du côté des anciennes démocraties populaires, cet « Occident kidnappé » [12] qui les démarquait définitivement de l’ensemble post-soviétique. Leur retour à l’Europe n’a pu que susciter l’admiration et l’étonnement, après quelque 45 ans d’incorporation à l’Union soviétique qu’ils se sont méthodiquement employés à faire oublier. Leur succès ne doit rien au hasard, résultant bien d’une volonté constante d’être définitivement reconnus comme des Européens à part entière [13].

Dès le début des années 1990, le rapprochement des structures euro-atlantiques a été une priorité de la politique étrangère des trois pays, parce que perçue comme condition sine qua non à la consolidation de leurs indépendances [14]. Si les coalitions gouvernementales se sont succédées à un rythme effréné, aucune n’a jamais remis en cause les deux mots d’ordre immuables, à savoir l’adhésion à la Communauté – puis à l’Union – européenne, ainsi que celle à l’OTAN – le retour à l’Europe étant perçu comme synonyme de retour à l’Occident. Cette quête pour une double adhésion aux structures euro-atlantiques a généré une sorte de feuille de route de la transition, le modèle des démocraties occidentales s’imposant vite comme principe normatif.

En 1997, la Commission européenne a désigné les pays aptes, selon elle, à entamer des négociations d’adhésion à l’UE : l’Estonie a été autorisée à lancer ces négociations dès 1998, tandis que la Lettonie et la Lituanie, d’abord jugées insuffisamment préparées, n’ont pu débuter le processus qu’un an plus tard. Ce retard, officiellement justifié par de moindres performances économiques attestant l’engagement des pays sur la voie de la transition, était surtout lié à deux conditions imposées par Bruxelles : la modification d’une législation très restrictive concernant la naturalisation en Lettonie, et l’engagement à fermer la centrale nucléaire d’Ignalina en Lituanie. La communication confuse de Bruxelles sur ces choix a contribué à accroître la concurrence entre les trois pays : satisfaite d’être jugée la meilleure élève, l’Estonie n’a pas manqué de souligner avec une pointe de condescendance qu’elle n’avait pas à payer les erreurs des deux autres. Ces dernières, qualifiant la décision bruxelloise de douche froide, l’ont surtout interprétée comme un reproche implicite concernant leur mode de transition économique, mâtiné de quelques mesures sociales que n’avait pas choisies Tallinn. Comme si Bruxelles voulait ainsi récompenser l’ultra-libéralisme estonien. Si cet épisode n’a pas eu d’implication majeure sur le processus (au final, les trois pays ont adhéré simultanément à l’Union, le 1er mai 2004), il n’a pas contribué à resserrer les liens mutuels entre trois pays plus souvent concurrents que solidaires [15]. Depuis leur adhésion, les États baltes se distinguent par leur europhilie et leur volonté de s’inscrire dans le premier cercle de convergences européennes : ils ont adhéré à l’euro, respectivement en 2011 (Estonie), 2014 (Lettonie) et 2015 (Lituanie), ainsi qu’à l’espace Schengen (décembre 2007). Ils respectent scrupuleusement les critères de Maastricht [16] et les sondages confirment leur satisfaction concernant leur appartenance à l’UE.

Les pays baltes ne se sont en outre jamais départis de leur appétence pour l’OTAN, et aucun discours n’a pu les convaincre que l’appartenance à l’Union européenne pourrait être une garantie de sécurité suffisante à leur pérennité. Perpétuellement angoissés par leur proximité géographique et historique avec ce grand voisin russe qu’ils n’ont jamais cessé de considérer comme une menace, ils ont constamment fait valoir que l’unique garantie pouvant les prémunir d’un potentiel nouvel effacement de la scène internationale était l’Alliance atlantique. Là encore, l’urgence a prévalu, justifiée par la nécessité de combler un vide sécuritaire dont aurait pu profiter la Russie. L’idée de neutralité, expérimentée durant les années 1930, a été d’emblée rejetée pour cette raison même. Dès le retrait, en 1993-1994, des troupes ex-soviétiques de leurs territoires, les trois pays n’ont eu de cesse de courtiser Washington afin d’être admis au sein de l’Alliance. Ce fut chose faite en mars 2004, soit quelques semaines avant leur adhésion à l’Union européenne, le 1er mai 2004.

Mais cela n’a pas suffi à calmer leurs angoisses, surtout depuis la guerre russo-géorgienne de l’été 2008, puis l’annexion de la Crimée en mars 2014 et le déclenchement de la guerre du Donbass. Même si les conditions sont incomparables, ils n’ont pas manqué de poser la question fatale : serons-nous les prochains ? Leur insistance a été payée de retour puisque, depuis 2017, les pays de l’Alliance déploient sur une base rotationnelle des contingents de 300 hommes armés dans chacun des trois pays, dans le cadre de l’enhanced Forward Presence (eFP). Cette politique de dissuasion consentie par l’OTAN est mal perçue par la Russie qui, elle, se sent agressée par l’élargissement de l’Alliance. Elle ne répond en outre qu’à une partie de la menace perçue, qui se décline également sous les angles de la cybersécurité, de la manipulation de l’information et des populations russophones, ainsi que des interdépendances économiques et énergétiques. La Présidente estonienne, Kersti Kaljulaid, aime d’ailleurs à préciser que ce que menace avant tout la Russie, ce sont les valeurs européennes. Ce fort atlantisme balte limite en outre l’adhésion des pays aux projets de renforcement de la défense européenne, plutôt perçus de Tallinn à Vilnius comme pouvant concurrencer l’OTAN et inciter les États-Unis à se retirer du continent européen.

*

L’aboutissement historique et mémoriel atteint en 2019 par la commémoration de la Voie balte de 1989, commémorant elle-même le Pacte germano-soviétique de 1939, est une véritable invitation au bilan pour les pays baltes : parcourus par cette interrogation existentielle, ils trouvent là l’occasion de se réjouir sans doute du succès de parcours qui leur ont permis de consolider leurs indépendances. Les politiques menées dans ces pays les ont bien réancrés sur les scènes européenne et internationale, grâce à trente années d’efforts acharnés et à une loyauté constante vis-à-vis de Bruxelles comme de Washington, c’est-à-dire vis-à-vis de normes et de valeurs qu’ils ont tous trois décidé de faire leurs. Rien n’était pourtant gagné pour des pays si petits en taille et population, et à l’existence étatique si brève pour deux d’entre eux.

Mais c’est également en 2019 que la scène politique estonienne a procédé à un virage inattendu, permettant à un parti d’extrême-droite, EKRE, d’entrer au gouvernement en avril 2019. Résultat des alliances politiques tout autant que du vote des électeurs [17], ce tournant a indéniablement contribué à modifier l’image de bon élève européen de l’Estonie. Avant de conclure à un choix véritablement eurosceptique et nationaliste, peut-être convient-il de rapprocher cette situation inédite de la montée en puissance, depuis 2016, de partis politiques moins libéraux économiquement dans les deux pays voisins. Si chaque cas est spécifique, tous semblent révéler une attente d’inflexion sociale. Les « success stories » baltes ont laissé du monde sur le bord du chemin et les laissés pour compte de ces transitions menées tambour battant, étrangement silencieux jusque-là, commencent peut-être à vouloir faire entendre leur voix. Les statistiques attestent notamment le creusement inexorable des inégalités régionales dans ces pays. Mais elles montrent aussi que les États baltes demeurent parmi les plus europhiles d’Europe. Reste donc à comprendre la nature exacte du tournant que les Baltes semblent avoir commencé à opérer. Le cas estonien, extrême, peut même être lu comme une forme de normalisation dans une Europe traversée par les populismes [18], ce qui, finalement, permet aussi de conclure à la consolidation de la trajectoire balte : l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie sont des États européens comme les autres, en proie aux mêmes doutes et interrogations.

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Mots-clés : Estonie Lettonie Lituanie Russie GéopolitiqueHistoire1989Union soviétique (URSS)BaltesEurope géographique2019

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LES ETATS-UNIS ET L’OTAN POUSSENT À LA MILITARISATION DE L’EUROPE DE L’EST

LES ETATS-UNIS ET L’OTAN POUSSENT À LA MILITARISATION DE L’EUROPE DE L’EST

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Les tensions entre l’OTAN et la Russie s’accentuent, notamment entre les États-Unis et la Russie. Les deux côtés s’accusent mutuellement de se renforcer militairement. L’INF échoue, les deux parties accusant l’autre de ne pas s’y conformer depuis le début.

Du côté de l’OTAN, elle ne fait que donner suite à sa présence avancée renforcée (eFP), qui visait à dissuader l’agression, à ce point mythique, de la Russie. Alors que Moscou maintient qu’il est obligé de rassembler des forces, en réponse aux Etats-Unis et Cie.

Le 19 novembre, l’OTAN a adopté une résolution intitulée «Renforcer la dissuasion de l’OTAN à l’est». Cette résolution est due à la reconnaissance par l’OTAN du fait que «les territoires et les populations de l’OTAN font face à d’importantes menaces classiques et hybrides, notamment à l’est».

À savoir, certaines des menaces mentionnées sont:

  1. Consciente du fait que les relations entre l’OTAN et la Russie sont au plus bas depuis la fin de la guerre froide, compte tenu de l’agression militaire de grande ampleur commise par la Russie contre la Géorgie en 2008;
  2. Alarmée par les comportements de plus en plus agressifs et irresponsables de la Russie sous la forme de cyber-attaques, l’usage de la force contre ses voisins, l’utilisation illégale d’agents neurotoxiques pour la tentative de meurtre sur le territoire allié, ainsi que la sournoiserie insidieuse des institutions démocratiques et principes par le biais de son utilisation des campagnes d’ingérence électorale et de désinformation;
  3. Reconnaissant que le changement de doctrine de la Russie de 2010 à 2014 a réaffirmé que l’OTAN était son concurrent de facto et qu’elle considérait ses activités en Europe centrale et orientale comme des menaces directes aux intérêts nationaux russes;
  4. Préoccupé par le déploiement par la Russie de systèmes modernes anti-accès / refus de zone (A2 / AD) le long du flanc est de l’OTAN, qui pourraient entraver la liberté de circulation de l’Alliance;

À cette fin, le PAE en Pologne et dans les pays baltes est plus important que jamais pour protéger le flanc est de l’OTAN des exemples d’agression russe, dont la plupart, sinon tous, ne sont étayés par aucune preuve.

La Géorgie est félicitée pour son engagement dans les discussions stratégiques avec l’OTAN et ses efforts pour renforcer la sécurité dans la mer Noire.

Au moins, l’OTAN reconnaît que la nécessité du programme eFP tient à son expansion à l’est , mais uniquement parce que l’Europe de l’Est et les pays baltes sont encore relativement nouveaux dans le discours de «l’agression russe» et qu’ils doivent simplement «améliorer» leur infrastructure pour pour un déploiement rapide de troupes:

« Reconnaître que l’élargissement de l’OTAN vers l’est a nécessité des améliorations stratégiques, en particulier en ce qui concerne les infrastructures obsolètes et les réglementations bureaucratiques, ce qui pourrait retarder le mouvement rapide des troupes et des fournitures. »

Un grand nombre de ces problèmes découlent également du couloir Suwalki, entre Kaliningrad et la Biélorussie, qui pourrait constituer un point d’étranglement entre les pays baltes et le reste de l’OTAN.

En outre, le comité de coordination des transports de l’UE a été félicité pour son investissement de 1,9 milliard d’euros dans les infrastructures stratégiques en Europe de l’Est et pour d’autres améliorations majeures. En conséquence, l’impulsion doit maintenant être donnée à l’OTAN et à l’UE qui travaillent ensemble pour réaliser l’objectif commun qui est de pouvoir déplacer les forces de l’OTAN (des États membres de l’UE et des pays non membres de l’UE) à travers l’Europe le plus rapidement possible.

Parce que le déploiement rapide des troupes et l’absence de formalités administratives sont la raison même de la dissuasion.

L’exercice Trident Juncture 2018 a été salué parce que la simulation d’invasion de la Norvège par la Russie offrait une chance à la Force opérationnelle interarmées à disponibilité très élevée (VJTF) de se former.

Trident Juncture 2018 a rassemblé environ 50 000 participants de l’OTAN et des pays partenaires, environ 250 aéronefs, 65 navires et jusqu’à 10 000 véhicules. Elle s’est déroulée du 25 octobre au 7 novembre 2018.

« Trident Juncture montrera au monde que l’OTAN est pertinente, unie et prête à se défendre dans le scénario de l’Article 5, mettant à l’épreuve notre défense collective », a déclaré l’amiral James G. Foggo, commandant du commandement de la force interarmées alliée à Naples. L’article 5 est un pays allié en train d’être envahi et la Norvège est idéalement enneigée, à l’instar d’une grande partie de la Russie.

La formation a également permis à l’OTAN de retourner à sa mission principale.

«L’OTAN doit organiser des exercices à grande échelle. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons tester tous les niveaux de l’alliance: des troupes sur le terrain jusqu’à un niveau stratégique », déclare le général Denis Mercier, commandant suprême de la transformation alliée (SACT) à l’OTAN.

«L’OTAN a besoin d’une formation réaliste permettant de combiner des opérations aériennes, navales et terrestres. En Norvège, nous avons tout. C’est l’un des meilleurs endroits pour s’entraîner en Europe », a déclaré Mercier. «Le climat froid présente également des défis supplémentaires pour les soldats, qui affinent leurs compétences.»

En outre, la résolution «Renforcer la dissuasion de l’OTAN à l’Est» appelle à une militarisation encore plus poussée de l’Europe de l’Est.

«Continuer à assurer la pérennité et la disponibilité de la présence renforcée de l’OTAN dans les États baltes et en Pologne, ainsi que de la région de la mer Noire, de la force de frappe au feu, et de la force de réaction renforcée de l’OTAN»,

Et

« S’assurer que l’Alliance dispose des moyens nécessaires pour renforcer les Alliés dans un environnement A2 / AD, éventuellement via l’acquisition d’appareils de combat perfectionnés, de systèmes de brouillage et de systèmes de missiles de précision à longue portée. »

Immédiatement après la fin de Trident Juncture, du 7 au 16 novembre, la Pologne et les États baltes ont organisé leur plus grand exercice militaire de l’OTAN, « Anakonda ».

  • Environ 17 500 soldats de 10 États membres de l’OTAN ont participé aux exercices militaires. Parmi eux, 12 500 étaient des soldats polonais. Les 5 000 autres venaient de divers membres de l’OTAN en Estonie, en Lituanie et en Lettonie.
  • Les exercices comprenaient des manœuvres navales dans la mer Baltique.

Globalement, en 2018, l’OTAN a mené 103 exercices, dont 51 ouverts à des partenaires. En 2019, un total de 102 sont prévus, dont 39 seulement sont ouverts aux pays partenaires.

Les exercices dirigés par l’OTAN et les alliés en 2019 comprennent environ 25 exercices principalement axés sur le domaine terrestre, 27 exercices axés sur le domaine aérien et 12 exercices principalement axés sur les opérations maritimes. De nombreux autres exercices entraînent des fonctions ou des compétences spécifiques telles que la cyberdéfense, la prise de décision en cas de crise, la défense nucléaire chimique, biologique et radiologique, la logistique, les communications et le médical.

La plupart des exercices «clés» ont lieu dans les pays suivants: mer Noire, Géorgie, Estonie, États baltes, Pologne et Norvège. Un seul aura lieu en Bulgarie et en Roumanie, ainsi qu’en Hongrie.

Fait à noter, l’exercice de «Cyber ​​Coalition» se concentrera sur la cyberdéfense et se déroulera en Estonie, qui a déclaré à plusieurs reprises avoir des preuves d’activités de piratage en Russie, mais n’en a encore fourni aucune.

La militarisation de la région devient encore plus évidente en se concentrant sur certains pays situés à la frontière russe.

Lettonie

Le 8 mars, le ministère de la Défense letton a annoncé que le pays, avec l’Estonie et le Danemark, avait ouvert le quartier général de la division nord de l’OTAN à Adazi, près de Riga.

La Division du Nord aura pour tâche principale de gérer les opérations militaires dans sa zone de responsabilité. Le nouveau quartier général commencera à planifier et à gérer les opérations militaires, ainsi qu’à planifier et à intégrer les activités des unités de l’OTAN afin de renforcer la sécurité de la région et d’organiser des entraînements conformes aux plans de défense de l’alliance.

Il doit être accepté dans la structure de l’OTAN en juin 2019.

Le 8 février , 13 hélicoptères UH-60 et HH-60 Black Hawk sont arrivés en Lettonie, ainsi que 150 soldats du 3e bataillon de la 1re Brigade d’aviation de combat pour soutenir l’armée lettone.

Cela faisait partie de l’opération Atlantic Resolve, qui est décrite comme une démonstration de l’engagement des États-Unis envers la sécurité collective dans la région.

Au 31 mars, environ 1 400 soldats de l’OTAN étaient stationnés en Lettonie.

US-NATO Push For Militarization Of Eastern Europe

En avril, le service de sécurité de la Lettonie, le Bureau de la protection de la constitution (SAB), a publié son bilan public annuel de ses activités en 2018.

Une grande partie du rapport se concentre sur la situation intérieure de la Russie et les conséquences de la politique du Kremlin sur la Lettonie ne sont présentes qu’après le point médian du document.

«Les actions contre la Lettonie sont menées par des services spéciaux de plusieurs pays. Les activités agressives des services de renseignement et de sécurité russes constituent une grave menace pour la sécurité collective de l’OTAN et de l’UE, ainsi que pour la sécurité nationale de la Lettonie, tandis que les activités menées par des services spéciaux d’autres pays au cours de l’année écoulée sont considérées comme modérées et sérieuses. ne pas avoir directement menacé la sécurité nationale de la Lettonie. Les activités des services spéciaux russes contre la Lettonie entrent dans le cadre de leurs activités générales contre l’Occident », a déclaré le rapport du Conseil consultatif, en s’appuyant sur les principaux médias.

«En octobre 2018, les médias ont annoncé que Roman Tatarka, un employé de l’ambassade de Russie à Riga, fréquentait la même académie militaire qu’Anatoly Chepiga, impliqué dans l’empoisonnement de Sergei Skripal. Tatarka a été rappelé de Lettonie au début de 2019 », explique SAB.

«SAB a prédit le fort intérêt de la Russie pour les élections législatives de 2018 en Lettonie. Aucune campagne ciblée influant sur les résultats des élections n’a été observée », a-t-il ajouté, ajoutant que les services russes« utilisaient principalement des sources ouvertes pour collecter des informations sur les élections et le processus de formation du gouvernement qui a suivi ».

En termes de cybersécurité, la Lettonie est particulièrement menacée par la Russie, indique le rapport, mais donne peu de détails ou de chiffres.

«Selon les informations dont dispose le SAB, des attaques informatiques contre la Lettonie ont été perpétrées par GU et FSB au cours des dernières années. Les attentats sont liés à l’espionnage et, dans la plupart des cas, sont dirigés contre des institutions gouvernementales ou des responsables individuels travaillant dans les domaines des affaires intérieures, des affaires étrangères et de la défense. ”

À peu près au même moment , la Rand Corporation, un groupe de réflexion basé aux États-Unis et parrainé par le gouvernement, a également donné des indications à la Lettonie et à d’autres États baltes pour leur permettre de mieux lutter contre la Russie.

Le rapport indique: « Ces trois pays sont vulnérables aux attaques à basse altitude, hybrides et à grande échelle menées par les opérations spéciales russes et les forces militaires régulières déployées près de leurs frontières », et soulignant le « déséquilibre existant entre les forces russes et conventionnelles déployées de l’OTAN ». dans la région baltique. « 

Il se concentre principalement sur la défense totale et la guerre non conventionnelle.

«Les capacités de la TD et de l’UW pourraient retarder et perturber l’agression militaire russe contre les États baltes et rendre l’occupation d’un État balte très coûteuse pour les forces d’invasion, renforçant ainsi la dissuasion. Ces techniques et ces forces pourraient également soutenir une campagne de libération de l’OTAN et faciliter la transition vers une paix durable après la fin des opérations militaires en soutenant les activités de stabilisation, de démobilisation et de reconstruction », conclut le rapport.

Lituanie

En Lituanie, 1055 soldats de l’OTAN sont déployés dans le pays.

US-NATO Push For Militarization Of Eastern Europe

Le bataillon de l’OTAN en Lituanie comprend un quartier général et une compagnie de quartier général, une compagnie de soutien logistique, trois à quatre compagnies de combat et différentes unités de soutien au combat. Des renforts au bataillon de présence avancée de l’OTAN seront déployés si nécessaire, c’est-à-dire lors de la tenue d’exercices ou en cas de menace.

Il est basé à Rukla.

Depuis le sommet de l’OTAN à Varsovie en juin 2016 , environ 8 000 soldats alliés de neuf alliés de l’OTAN ont servi dans l’unité à tour de rôle.

En février , l’ Allemagne s’est engagée à investir plus de 110 millions d’euros d’ici 2021 pour améliorer les bases militaires en Lituanie.

«Nous voulons préciser que la Lituanie n’est pas seule et ne restera jamais seule. Il ne devra plus jamais sacrifier sa liberté et son indépendance », a déclaré à la presse Ursula von der Leyen lors d’une visite aux forces allemandes.

« Nous resterons ici avec la Bundeswehr (forces armées allemandes) aussi longtemps que nous aurons besoin de nous et tant que la situation de sécurité le nécessitera. »

La Lituanie se sent très menacée par les complexes de missiles russes Iskander situés à Kaliningrad, en Russie, juste de l’autre côté de sa frontière.

Mais Vilnius affirme que ce n’est rien de nouveau et simplement, rien d’extraordinaire.

Le ministre lituanien de la Défense, Raimundas Karoblis, a souligné « nous sommes [déjà] visés par des armes nucléaires tactiques d’une portée maximale de 500 km », faisant référence aux Iskanders. « Donc pour nous, la situation n’est pas nouvelle du tout », a-t-il ajouté.

Le Conseil atlantique financé par l’OTAN a également affirmé que certains diplomates européens souhaitaient même davantage d’armes nucléaires placées en Europe par les États-Unis afin de garantir la sécurité.

«Certains gouvernements européens aimeraient entendre exactement le contraire: que l’Occident ne recule devant rien pour combattre l’agression russe, y compris en combattant le système de missiles 9M729 anti-INF de Moscou avec plus d’armes nucléaires sur le territoire européen. Des diplomates baltes ont déclaré en privé qu’ils estimaient qu’écarter un tel déploiement était une erreur stratégique. « 

Récemment, à partir du 17 avril , le groupement tactique de l’OTAN a commencé l’exercice Eager Leopard à Pabrade.L’exercice a mobilisé près de 650 soldats et consistait en trois séquences d’entraînement de 36 heures, mettant à l’épreuve des tactiques offensives et défensives.

«Cet exercice est l’occasion idéale pour les entreprises allemandes, néerlandaises et tchèques d’accroître leur préparation et leurs capacités. Ceci est particulièrement important pour préparer l’exercice d’entraînement sur le terrain de niveau 3 Iron Wolf, que nous organiserons avec nos partenaires lituaniens en juin », a déclaré le lieutenant-colonel Peer Papenbroock, commandant du groupement tactique en Lituanie.

Estonie

L’Estonie abrite un contingent de 1 073 soldats de l’OTAN, originaires pour la plupart du Royaume-Uni.

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En avril 2018 , le président estonien Kersti Kaljulaid a appelé à l’installation de missiles Patriot américains et à l’envoi de troupes supplémentaires en Estonie.

«Nous voulons nous assurer que le territoire et les soldats de l’OTAN sont bien protégés», a-t-elle déclaré. «Nous devons nous assurer qu’il existe une défense aérienne et un appui aérien pour ces forces, le cas échéant. Nous avons besoin que notre dissuasion soit crédible. « 

Dans nos relations, nous avons dépassé le stade où vous venez à Washington avec un sac vide, puis un sac rempli de choses », a-t-elle déclaré. « Il y a un débat permanent entre les gouvernements des deux pays. »

Selon le président estonien, les pays occidentaux ont payé pour leurs erreurs lorsqu’elles traitent avec la Russie et qu’elles ne devraient pas être répétées, soulignant la question de la Géorgie en 2008 et la Crimée.

«Nous assumons une partie de la responsabilité de la situation actuelle», a-t-elle déclaré. «Cela commence en 2008 en Géorgie. Notre réaction à l’occupation partielle de la Géorgie a été faible et la situation a été rétablie assez rapidement.

«Cela fait partie de la raison pour laquelle la Crimée est arrivée, la Russie a mal interprété ce qui va se passer, ce qui va devenir une réaction. Nous nous sommes bien entendus et avons arrêté l’avalanche.

Kaljulaid a déclaré que l’Occident devait faire preuve de « patience stratégique », notamment en soutenant les sanctions économiques contre la Russie et peut-être en les renforçant.

Le 20 mai 2019, l’agence de presse nationale estonienne a déclaré qu’un avion de combat militaire russe Tu-154 avait violé son espace aérien pendant moins d’une minute.

L’ exercice Spring Storm 2019 s’est déroulé du 6 au 17 mai dans le nord-est de l’Estonie.

Plus de 9 000 soldats, parmi lesquels des milliers de conscrits, réservistes et soldats en activité estonienne, ainsi que des centaines de véhicules en provenance de 15 pays de l’OTAN et de leurs partenaires, ont été impliqués.

« La tempête de printemps montre que l’OTAN est capable de se défendre contre tous les adversaires », a déclaré le porte-parole adjoint de l’OTAN, Piers Cazalet. « Il teste le bon fonctionnement de nos forces et constitue une expression forte de la solidarité des Alliés ». L’exercice permettra de tester la capacité des forces de l’OTAN à réagir à une crise fictive.

En novembre 2018 , le colonel Riho Uhtegi, chef des forces spéciales estoniennes, a déclaré que si la Russie envahissait la ville, «ils mourraient à Tallinn».

«Il y a toujours ces discussions. Ouais. Les Russes peuvent se rendre à Tallinn en deux jours. … Peut être. [La capitale estonienne est à environ 125 miles de la frontière russe.] Mais ils ne peuvent pas avoir toute l’Estonie en deux jours. Ils peuvent se rendre à Tallinn et derrière eux, nous couperons leurs lignes de communication, leurs lignes de ravitaillement et tout le reste. »Ce regard fixe de la Baltique me fixe à nouveau. «Ils peuvent arriver à Tallinn en deux jours. Mais ils mourront à Tallinn. Et ils le savent. … Ils vont faire feu de tous les coins, à chaque pas. ”

Aux yeux d’Uhtegi, la nouvelle Estonie est déjà en conflit avec la Russie. « Tous les conflits entre l’Estonie et la Russie ont été des conflits hybrides – 1924 était identique à 2014. »

Selon lui, toute la Russie a agi en Géorgie et l’Ukraine devait les empêcher de rejoindre l’OTAN. Selon certains , la Russie aurait tenté d’assassiner le Premier ministre du Monténégro pour obtenir le même résultat, mais sans succès.

Plus récemment, le 16 mai, le détachement de la Royal Air Force britannique à la base aérienne d’Ämari, en Estonie, a été brouillé par le Commandement des opérations aériennes combinées (COOC) à Uedem, en Allemagne, les 14 et 15 mai.

«Le CAOC a bousculé l’avion de combat de la RAF Typhoon pour identifier plusieurs avions de l’armée de l’air de la Fédération de Russie volant dans l’espace aérien international contrôlé par les agences de contrôle du trafic aérien des trois États baltes. Certains des avions non-membres de l’OTAN n’ont pas transmis de signal de transpondeur valide indiquant leur position aux contrôleurs aériens civils et n’ont pas été en contact avec le contrôle de la circulation aérienne local, respectivement », selon le communiqué.

Les typhons de la RAF ont été appuyés par l’armée de l’air hongroise JAS-39 Gripens, basée à la base aérienne de Šiauliai, en Lituanie, qui a également mené sa deuxième bataille d’alerte dans les deux jours. La Hongrie est actuellement le pays chef de file du maintien de l’ordre dans la Baltique.

Au début de l’année 2019, la Pologne menait l’alerte en frôlant les frontières russes.

Pologne

La Pologne est vraisemblablement l’État qui se fait concurrence pour être le représentant des États-Unis en Europe, le meilleur des autres États membres de l’OTAN.

Il abrite un contingent de 1 218 soldats de l’OTAN.

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Le 28 mars, il a été annoncé que des responsables de l’OTAN s’apprêtaient à mettre sur pied le plus grand projet de construction de construction d’un site de stockage de véhicules de combat américains en Pologne.

«Le dépôt est censé contenir du matériel de guerre américain dans ce pays d’Europe orientale, au cas où une confrontation avec la Russie voisine deviendrait une possibilité. Les responsables du Pentagone considèrent que les futures installations de Powidz, dans le centre-ouest de la Pologne, font partie d’un réseau mondial de coffres matériels destinés à servir d’armoiries lointaines aux soldats américains lorsque des combats sont à mener. « 

Il en coûte 260 millions de dollars, le mécanisme de financement du site de Powidz est remarquable. L’argent provient du soi-disant programme d’investissement dans la sécurité de l’OTAN, ou NSIP, auquel contribuent les 29 membres de l’alliance.

Des sources de la défense américaine ont déclaré que le site de stockage de Powidz ne signifiait pas que l’administration Trump envisageait d’imposer une empreinte de troupes permanente en Pologne.

L’administration Trump a demandé 144 millions de dollars pour le programme NSIP pour l’exercice 2020, contre 171 millions de dollars pour 2019.

« Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’OTAN ont reconnu que l’Alliance de l’Atlantique Nord est à un moment crucial pour la sécurité de nos nations et de nos populations et que l’Alliance était prête à réagir rapidement et fermement aux nouveaux défis en matière de sécurité », ont écrit des responsables de la défense Demande de budget pour l’AF-20. « Les actions agressives de la Russie ont fondamentalement remis en cause notre vision d’une Europe entière, libre et en paix. »

Par ailleurs, la Pologne est sur le point de conclure un accord avec les États-Unis pour établir une base militaire américaine dans l’ancien pays du bloc communiste, selon des personnes familières du sujet – un avant-poste que les Polonais considèrent comme un moyen de dissuasion à l’agression russe et que le Kremlin envisagerait probablement provocation « , a déclaré Bloomberg.

«Si un accord est conclu, le président Donald Trump envisage de se rendre en Pologne à l’automne, en partie pour commémorer l’accord. Mais on ne sait pas s’il soutient totalement cette idée, même après avoir déclaré lors d’une réunion avec le président polonais Andrzsej Duda, en septembre, que les États-Unis cherchaient «très sérieusement» à établir une base. Duda, qui a dit en plaisantant qu’il pourrait s’appeler «Fort Trump», reste engagé à contribuer 2 milliards de dollars à sa construction. »

Les Etats-Unis et la Pologne doivent également discuter de l’achat de chasseurs F-35, selon la secrétaire de l’US Air Force, Heather Wilson.

« Ils veulent approfondir leurs relations avec les États-Unis d’Amérique en partie grâce à l’interopérabilité d’équipements de pointe », a déclaré M. Wilson après un événement organisé par le Meridian International Center à Washington. «Ces discussions se poursuivent. Nous leur fournissons les informations dont ils pourraient avoir besoin pour prendre une décision. « 

« Le gouvernement polonais a décidé de choisir le F-35 et est en pourparlers avec les États-Unis », a déclaré M. Wilson.

La Pologne, l’un des plus grands prédicateurs de «l’agression russe» après les États-Unis, reçoit également des éloges pour avoir dépensé plus de 2% de son PIB en défense.

En mars 2018, la Pologne a signé un contrat de 4,75 milliards de dollars avec les États-Unis pour l’achat de systèmes de défense antimissile Patriot, qui n’ont pas encore été livrés.

La Pologne a promis de défendre la Lituanie de la Russie avec son système de défense antimissile si le besoin s’en faisait sentir.

En janvier, la Pologne a signé un contrat portant sur la livraison de 4 hélicoptères S-70i Black Hawk d’ ici à fin 2019.

En février, la Pologne a signé un contrat de 144 millions de dollars pour l’achat du système de roquettes à haute mobilité, HIMARS.

A peu près au même moment, l’ambassadeur des Etats-Unis en Pologne, Georgette Mosbacher, a déclaré que davantage de troupes seraient déployées dans le pays.

Le Pentagone veut un « plus agile, plus rotatif, plutôt que d’avoir des hôpitaux physiques, des maisons et de faire venir ses familles », a déclaré Mosbacher à un journal local. «Mais en termes de présence indéniable et d’un grand nombre de soldats américains ici, c’est acquis. Et je pense que les Polonais vont obtenir le maximum de ce qu’ils veulent.

Aucun chiffre précis n’a été fourni, mais le contingent américain de 4 000 personnes en Pologne serait augmenté «par centaines».

«Les Polonais sont un allié important. Ils investissent leurs 2% sans même convaincre. La modernisation de leurs forces armées s’élève à 40 milliards de dollars. Nous respectons cela », a-t-elle déclaré.

Et d’autres

Séparément, il y a sans aucun doute un autre développement des pays baltes et de la Pologne.

La Norvège envisage de doubler son contingent d’armées américaines dans le pays et a accueilli Trident Juncture, une simulation d’invasion du pays par la Russie. Il a même récemment affirmé que la Russie avait envoyé un « espadon-baleine dans le pays ».

La Roumanie héberge le système de défense antimissile Aegis Ashore, qui peut être utilisé pour lancer des missiles Tomahawk. Il a également récemment reçu THAAD, tandis que l’Aegis Ashore fait l’objet de mises à niveau régulières.

En mars, les États-Unis ont déployé des bombardiers B-52 au Royaume-Uni et ont même participé à leurs premières patrouilles au-dessus de l’Europe , des pays baltes et de la frontière russe pour se familiariser avec le théâtre.

Les SAS britanniques ont commencé à surveiller officiellement la frontière russe pour la première fois depuis la guerre froide . Des troupes des 21 et 23 SAS, les deux bataillons de réserve du régiment d’élite, ont été mobilisées pour des opérations sur la frontière estonienne avec la Russie.

«Les troupes mènent des opérations HERA (Environnement humain, Reconnaissance et Analyse), dans lesquelles elles surveillent le mouvement d’un ennemi potentiel et analysent leurs intentions.

Il est entendu qu’en cas d’attaque russe sur l’Estonie, les troupes du SAS resteraient derrière les lignes ennemies, où elles renverraient des rapports chiffrés sur les mouvements de troupes. « 

Leurs homologues américains se trouvent autour de la frontière russe depuis 2017 . Le nombre de membres des forces spéciales déployés en Europe en 2017 a quadruplé par rapport à l’année précédente. L’année 2016 a été celle du Sommet de Varsovie et de l’adoption du programme eFP.

Les plans d’expansion constants de l’OTAN vers l’est aggravent encore la situation . À la fin de 2017, le Monténégro est devenu le 29 e pays de l’Alliance et Trump a affirmé qu’il pourrait en fait déclencher la «troisième guerre mondiale», car les Monténégrins sont un «peuple très agressif».

Le New York Times a fait l’éloge de l’ajout futur de la Macédoine du Nord à l’OTAN, affirmant qu’elle « comble un autre fossé dans ce qui était autrefois la cour de l’ex-Union soviétique ».

L’extension va totalement à l’encontre des promesses verbales de l’OTAN de ne pas encercler la Russie, lors de la chute de l’URSS.

Des plans sont en cours pour intégrer l’Ukraine et la Géorgie, mais on ne sait toujours pas si et comment cela se produira.

L’OTAN est considérée comme un facteur de paix, à «quelques exceptions près». Telle l’intervention menée par les États-Unis en Yougoslavie, au cours de laquelle la radio-télévision serbe a été délibérément bombardée, l’ambassade de Chine à Belgrade a également été prise pour cible.

La militarisation n’est pas encore terminée . En février , le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré que l’Alliance prévoyait d’accroître sa présence sur la mer Noire, car « l’agression de la Russie » est devenue une nécessité.

En décembre 2018 , la Russie a accusé le Royaume-Uni de tester ses capacités de guerre psychologique en Ukraine.L’ambassade de Russie a déclaré dans un communiqué que, dans un premier temps, des spécialistes britanniques formaient du personnel ukrainien à la conduite d’opérations spéciales contre les civils à Donetsk et à Louhansk, mais avaient ensuite déployé leurs propres experts pour mener des opérations de psychologie et d’information.

Enfin, la campagne de propagande contre la Russie n’est pas un secret. Il existe de nombreux exemples dans diverses parties du monde:

Ce sont quelques-uns des exemples notables, il y en a tellement.

Conclusion

Le cercle vicieux semble en train de tourner, la Russie et l’OTAN s’accusant mutuellement de provoquer l’autre partie pour la construction d’armes et de troupes.

Le fait est que des troupes sont positionnées le long de la frontière russe et que celle-ci doit clairement réagir d’une manière ou d’une autre. Cependant, il se peut que cela ne soit qu’une question de temps avant qu’un faux drapeau ou un incident inattendu et indésirable déclenche une chaîne d’événements sur lesquels il est impossible de récupérer.

Depuis la politique de l’OTAN selon laquelle si un membre est attaqué, c’est comme si l’ensemble de l’Alliance était attaqué, et son expansion constante rendrait un conflit ouvert beaucoup plus plausible.

En outre, certains membres ont un peu d’animosité à cause de la réalité historique vis-à-vis de la Russie, ce qui pourrait, en fin de compte, être la fissure qui ouvre les portes de la barrière.

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Les centres d’excellence de l’OTAN dans les pays baltes

Les centres d’excellence de l’OTAN dans les pays baltes


Par Leonid Savin – le 15 juin 2018 – Source geopolitica.ru

Les infrastructures de l’OTAN ne sont pas réduites aux contributions militaires qu’en font les pays membres de l’alliance, mais comportent également tout un réseau de centres spéciaux répartis en Europe ; ces installations restent sous la compétence formelle du centre de commandement de l’OTAN à Bruxelles. Ce mécanisme permet non seulement à l’organisation de s’enraciner dans les différents pays et de recruter des soldats professionnels dans les processus de l’OTAN, mais encore d’impliquer des civils, y compris issus de pays qui ne sont pas membres de l’alliance. Dans ce contexte, des méthodes de communications stratégiques sont mises en œuvre : il s’agit d’une approche complexe, impliquant un mélange d’éducation, de technologies de manipulation des foules, de propagande, de science et de sécurité.

On trouve un exemple typique de ce type de politique d’« enracinement » dans les pays baltes : trois centres spécialisés ont été ouverts en Estonie, Lettonie et Lituanie. Ils sont dénommés « Centres d’excellence », et chacun d’entre eux est spécialisé sur des vecteurs spéciaux.

L’OTAN dispose de 19 centres pleinement fonctionnels, et trois autres en cours d’établissement. Dans le cadre de cet article, nous n’en examinerons que trois.

Le Centre d’excellence coopératif de cyber-défense, localisé à Tallinn – capitale de l’Estonie – fut la première installation de ce genre à apparaître dans l’espace post-soviétique. Les représentants de l’OTAN ou les experts américains se plaisent à répéter que la décision de créer ce centre avait suivi les incidents survenus autour d’un monument commémoratif dédié aux soldats soviétiques en 2007. D’après ce qu’on disait, des pirates russes avaient fait tomber les cyber-infrastructures estoniennes : les banques étaient hors service, et les serveurs informatiques de l’État étaient paralysés. Mais en réalité, la demande de création d’un cybercentre à Tallinn remonte à 2004 [mention en est faite tout en haut de la page, NdT], juste après que l’Estonie a rejoint l’OTAN. En 2006, le quartier général de l’OTAN avait validé définitivement la décision, et les négociations menant à l’établissement du centre avaient débuté en 2007.

Le premier mémorandum avait été signé en mai 2008, et l’OTAN avait commencé à financer le centre en question après l’avoir accrédité en octobre 2008. Il avait alors reçu le statut d’organisation militaire internationale.

Quand on considère cette séquence, une question peut se poser : le mythe des pirates russes aurait-il pu être un élément de propagande, visant à sécuriser le financement du centre par les pays de l’Union Européenne ? Si l’on en juge par le fait qu’à partir de 2007 le nombre de publications sur ce sujet avait nettement augmenté dans les médias occidentaux, et que les experts de l’OTAN ainsi que divers centres d’analyses politiques de pays occidentaux s’étaient mis à parler d’« interférences russes » et d’évoquer le besoin de mesures de sécurité efficaces, cette hypothèse pourrait coller avec les faits.

L’apparition des « cyber-lignes directrices de Tallinn » est également liée à ce centre. Même si ce document n’est qu’une présentation d’opinions émises par un expert, et pas un guide opérationnel ou stratégique, il est souvent cité en occident comme jeu de règles fondamentales pour les cyber-conflits.

Le centre héberge des formations techniques pour spécialistes, ainsi que des cours sur les implications légales des actions dans l’espace virtuel. À cet égard, il est notable de rappeler que ni les membres des Nations Unies, ni les principaux acteurs mondiaux en la matière ne se sont encore accordés pour convenir d’une norme internationale au sujet d’Internet. Les travaux du centre de Tallinn sont nettement axés sur un point de vue légal purement occidental.

Ceci étant posé, on trouve sur le site du centre de Tallinn des documents dédiés à ce sujet ; ces documents comportent également les fondements de l’approche de cyber-sécurité de l’OTAN. En outre, à partir de 2012, le centre réalise régulièrement des cyber-manœuvres qui, de par la nature mondiale du réseau internet, ne se cantonnent pas aux pays de l’OTAN.

En 2012, le Centre d’excellence à la sécurité énergétique était créé à Vilnius. Sa mission est d’assister le Commandement stratégique de l’OTAN, d’autres sous-divisions, les États membres de l’OTAN, ainsi qu’un ensemble d’autres partenaires. Son objectif principal est de proposer des conseils émis par des experts sur tous les sujets de sécurité énergétique, y compris la logistique des besoins militaires et la coopération entre cercles académiques et le secteur industriel.

Le centre organise des cours et propose des stages étudiants (dont les frais de soutien et d’études sont financés par l’OTAN).

En outre, des journaux thématiques et des résultats de recherches sont publiés ; ces publications mentionnent souvent le besoin européen de se libérer de sa « dépendance énergétique envers la Russie ».

La menace russe sur la sécurité énergétique de l’Ukraine constitue l’un des sujets très récurrents des dernières publications. Mais les autres zones de l’espace post-soviétique ne sont pas laissées pour compte, ni l’Europe dans son ensemble.

Le leitmotiv d’une « guerre énergétique » contre la Russie ne figure pas parmi les attributions officielles du centre, mais apparaît non seulement dans les publications de l’institution, mais est également mis en exergue lors des événements qu’elle organise. Qui plus est, des tentatives répétées et marquées sont observées d’attirer les pays neutres bordant la Russie dans l’orbite de l’OTAN.

Par exemple, une conférence dédiée aux « Solutions énergétiques innovantes pour les applications militaires », qui se tiendra en 2018, est organisée avec la participation du ministère géorgien de la défense.

Le Centre d’excellence de l’OTAN aux communications stratégiques, l’une de ses dernières sous-divisions en date, est quant à lui établi à Riga. Il a commencé à fonctionner en janvier 2014, et a reçu l’accréditation de l’OTAN le 1er septembre 2014. Ses cofondateurs sont des représentants des États d’Estonie, d’Allemagne, d’Italie, de Lettonie, de Lituanie, de Pologne et du Royaume-Uni.

On peut lire sur le site internet du centre que ses fonctions et capacités comportent : diplomatie publique ; collaboration avec les organes de presse grand public pour présenter les activités de l’OTAN ; relations entre civils et militaires ; campagnes d’informations et campagnes psychologiques.

Ce centre en particulier dispose d’une portée particulière, en raison du caractère complexe des tâches qui lui incombent. Il héberge régulièrement des conférences, et publie des journaux et des comptes-rendus de recherches spéciales. Les sujets traités sont très larges : guerre génétique ; méthodes de guerre informationnelle appliquées par l’État Islamique ; récits extrémistes ; sécurité de l’UE ; guerre cybernétique ; nationalisme ; technologies biométriques, etc. La Russie y fait également l’objet d’un intérêt particulier.

Ainsi, en novembre 2016, deux documents dédiés à la Russie ont été publiés par ce centre : « Quand la guerre hybride vient au service de l’idéologie : Russia Today » et « La stratégie du Kremlin. Comprendre les influences russes en Europe centrale et orientale. » Ces articles étaient précédés de documents sur « les interférences russes en Ukraine », les sanctions, les technologies de l’information de l’armée russe, des travaux avec des ONG européennes, etc. Le pic de ce type de publications a eu lieu en 2015 et 2016.

Il est également significatif de voir que ces documents sont intercalés d’études analogues dédiées aux organisations terroristes et aux groupes extrémistes. Ce séquençage est monté de manière délibérée, afin d’induire dans le subconscient des groupes cibles et des visiteurs occasionnels du centre l’existence d’un lien existant entre les deux groupes.

Capture d’écran de juin 2018, illustrant l’intercalage des thématiques de publications du centre de Riga

L’utilisation de publications partenaires, récupérées auprès d’autres entités comme la RAND Corporation, le Centre d’études stratégiques et internationales situé à Washington, l’Institut britannique royal aux affaires internationales (Chatham House), ainsi que les centres scientifiques de l’OTAN dans différents pays donne une apparence de confiance et d’intérêts partagés, et contribue à stimuler le contenu du site.

Intéressant également que le centre lui-même ait été établi à la veille du coup d’État en Ukraine, alors que le pays était déjà pris dans les manifestations soutenues depuis l’étranger.

Outre leurs domaines d’expertises, les trois centres constituent en même temps des éléments du réseau de l’OTAN et des points d’appui qui sécurisent l’influence idéologique et sociale [de l’OTAN, NdT] sur les habitants de leurs pays hôtes.

Cet article est traduit depuis la version anglaise, elle-même traduite par Julian Orlov depuis sa version originale en russe

Traduit par Vincent, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone

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