Archives pour la catégorie Macedoine

La Macédoine devient une « démocratie » à l’états-unienne

La Macédoine devient une « démocratie » à l’états-unienne

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Le Parlement macédonien a adopté à la majorité qualifiée le principe d’une modification constitutionnelle autorisant le changement de nom de la République et son adhésion à l’Otan et à l’Union européenne.

Le 14 juillet 2018, le gouvernement de Zoran Zaev organisait une fête nationale pour célébrer l’ouverture des négociations d’adhésion à l’Otan. Mais les Macédoniens boycottaient les 14 concerts gratuits organisés dans le pays. Aucun ne pu se tenir.

Le 30 septembre, deux tiers des Macédoniens refusaient de soutenir le changement de nom de la République négocié par le Premier ministre Zoran Zaev et son homologue grec, Aléxis Tsípras.

Washington et Bruxelles décidaient alors d’utiliser le Parlement pour contredire le peuple.

Une opération de corruption était pilotée par les ambassadeurs US à Skopje, Jess L. Baily (qui a supervisé l’entrée en guerre de la Turquie contre la Libye et la Syrie), et à Athènes, Geoffrey R. Pyatt (qui organisa le coup d’État de 2014 en Ukraine et la scission de l’Église orthodoxe en 2018). Le département d’État envoyait sur place son directeur pour les Balkans, Matthew Palmer.

Les poursuites judiciaires entreprises contre huit députés d’opposition ont été soudainement abandonnées et ceux qui étaient en prison ont été libérés. 250 000 dollars en liquide ont été remis par « l’agent Tesla » à chacun pour qu’il change son vote. Ce qu’ils ont fait. Considérés comme traitres à la patrie, ils ont alors été exclus de leur formation politique.

L’ambassadeur Baily et l’assistant adjoint du secrétaire d’État étaient présents dans les locaux du Parlement lors du débat et du vote.

À l’issue du vote, le ministre de l’Intérieur a annoncé qu’une garde rapprochée était accordée à chacun des parlementaires ayant voté pour le changement de nom et l’adhésion à l’Otan et à l’UE.

Pendant que la Macédoine bascule ainsi dans le « camp de la démocratie » (sic), le ministre grec des Affaires étrangères, Nikos Kotzias, a présenté sa démission.

http://www.voltairenet.org/article203602.html

 

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Les Macédoniens se prononcent contre l’adhésion à l’Otan et à l’UE

Les Macédoniens se prononcent contre l’adhésion à l’Otan et à l’UE

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Les Macédoniens ont été invités, le 30 septembre 2018, à répondre par référendum à la question suivante : « Êtes-vous favorable à une adhésion à l’Otan et à l’Union européenne en acceptant l’accord passé entre la République de Macédoine et la République de Grèce ? ».

L’accord avec la Grèce avait été négocié par l’ambassadeur des États-Unis à Athènes, Geoffrey R. Pyatt, connu pour avoir préalablement organisé le putsch de Kiev avec l’aide du parti nazi Secteur droit. Il prévoit de transformer le nom de l’« Ex-République yougoslave de Macédoine » en « Macédoine du Nord » et d’abandonner toute référence historique à Alexandre le Grand.

Ce conflit date de l’indépendance de la Grèce (1822), lorsqu’Athènes entendait libérer l’ensemble de la Macédoine de l’occupation ottomane. Aujourd’hui, la Macédoine historique est divisée en une partie grecque et une partie indépendante. La mémoire d’Alexandre le Grand est revendiquée à la fois par Athènes et par Skopje. L’élève d’Aristote qui fonda un empire réunissant l’Orient et l’Occident est né dans la partie grecque de la Macédoine, mais il fut longtemps considéré comme un « barbare » par les Grecs qui ne reconnurent son autorité que par la force.

Alexandre le Grand imagina un Empire qui respecta les particularités culturelles de ses sujets (y compris des Grecs) et laissa les différents souverains vaincus au pouvoir. Au contraire l’Otan et l’UE, dans la tradition de Jules César, se présentent comme des superstructures intégrant chacun de ses membres dans des valeurs communes obligatoires. Ces deux modèles historiques sont inconciliables.

Le secrétaire d’État des États-Unis, le général James Mattis, était venu à Skopje s’assurer du bon fonctionnement du référendum. Cependant, aucun membre du gouvernement n’était venu l’accueillir à sa descente d’avion, seul l’ambassadeur US était présent.

La question posée lors du référendum, associant l’Otan et l’UE, est parfaitement logique puisque, d’un point de vue états-unien, les deux structures sont les versants militaires et civils d’une même organisation.

Les autorités macédoniennes sont profondément divisées. Les socialistes et musulmans du gouvernement de Zoran Zaev ont appelé à voter « Oui ». Tandis que les nationalistes et majoritairement orthodoxes, dont le président de la République, Gjorge Ivanov, ont appelé au boycott des urnes.

Seuls 33,75 % des électeurs ont répondu « Oui ».

Fort mauvaise joueuse, la presse altantiste et ouest-européenne s’est mensongèrement félicitée de la victoire du « Oui », soulignant que 91,46 % des votants avaient donné leur accord et sans mentionner que 63,09 % des électeurs ne s’étaient pas rendus aux urnes. Conformément à la Constitution qui fixe un quorum pour la validité d’un référendum, la commission électorale a annulé la consultation.

http://www.voltairenet.org/article203226.html

 

Adhésion de la Macédoine à l’Otan et l’UE, encore loin de la coupe aux lèvres

Adhésion de la Macédoine à l’Otan et l’UE, encore loin de la coupe aux lèvres

CC BY-SA 2.0 / Zé Valdi / Patriotism
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Louis Doutrebente
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L’OTAN et l’UE vont-elles s’étendre encore plus? Depuis l’annonce de Skopje ce mardi 12 juin d’un changement de nom du pays, l’adhésion de la «République de Macédoine du Nord» à l’OTAN et l’UE ne serait plus bloquée par Athènes. Mais les oppositions sont nombreuses et cette annonce pourrait entraîner une nouvelle crise régionale. Analyse.

L’annonce fait grand bruit: Athènes et Skopje, après vingt-sept années d’opposition se mettent d’accord pour un changement de nom de la Macédoine. L’«Ancienne République Yougoslave de Macédoine» pourrait donc s’appeler «République de Macédoine du Nord». Si le nom du pays est loin d’être anodin, notamment pour la Grèce et la Macédoine, la résolution de cet antagonisme pourrait entraîner quelques bouleversements régionaux. Pour autant, certains préfèrent plutôt y voir une sortie de crise. La raison? La possible adhésion de la Macédoine à l’UE et à l’OTAN.

Le 2 avril 2008, la Grèce utilise son droit de veto contre la candidature de la Macédoine à l’OTAN, sous prétexte d’un différend entre Athènes et Skopje sur le «nom» de ce pays limitrophe. En échec, la Macédoine avait alors vu ses voisins intégrer l’Alliance et ses perceptives d’adhésion à l’UE s’éloigner. Si le nom a son importance dans cette crise régionale —outre la Grèce, la Bulgarie et l’Albanie sont aussi touchées- l’Histoire et les territoires et donc la Nation sont totalement concernés, rendant le différend presque existentiel.Et si les premières impressions pourraient laisser penser que cet accord entre gouvernements permettrait, de facto, à l’OTAN et à l’UE de compter un nouveau membre, les étapes sont encore nombreuses et surtout compliquées.
Objectif premier du gouvernement de Skopje depuis le début de son mandat en mai 2017, cet accord avec Athènes est discuté depuis des mois. Pour autant, les négociations se sont intensifiées ces dernières semaines. Et si rien ne semble précipité dans cette annonce, il convient d’analyser l’accord entre les deux parties, encore très flou, avant d’imaginer que ce règlement s’inscrira dans le temps. Ce manque d’information ne permet ainsi pas de savoir si tous les objectifs fixés sont atteints.

De plus, cet accord n’est qu’une première étape. En effet, le gouvernement de Skopje doit maintenant faire valider cet accord par le Parlement. Si la coalition actuelle a obtenu 62 des 120 sièges dans l’Assemblée en juin 2017, et donc une majorité absolue, il serait prudent d’attendre ce vote parlementaire. Cette ratification sera donc une nouvelle étape pour que la Grèce soutienne la candidature/présence de la Macédoine du Nord aux prochains sommets européen et otanien.Puis, Skopje devra s’atteler à la révision de la Constitution. Cependant, pour entériner ce changement, le gouvernement ne possède pas la majorité qualifiée nécessaire à la validation d’une nouvelle Constitution nationale.

L’accord devra ensuite passer aux mains du peuple. En effet, à l’automne prochain, il sera soumis à un référendum pour être totalement accepté en Macédoine du Nord. Et enfin, à supposer que ce processus se déroule sans anicroche, le texte sera soumis au Parlement grec. De là à ce que le peuple grec demande aussi un référendum… Le parcours législatif s’annonce donc extrêmement ardu.

Mais il le sera d’autant plus qu’il existe de réelles et fortes oppositions. En Macédoine, tout d’abord, le parti d’opposition qui a perdu les dernières élections législatives, le VMRO-DPMNE, parti dont est issu le Président Nikola Gruevski, est farouchement opposé à l’accord passé entre les Premiers ministres Zoran Zaev (Macédoine) et Alexis Tsípras (Grèce). Considéré comme une «capitulation», cet accord entraîne beaucoup de critiques chez les nationalistes du parti d’opposition. Son chef, Hristijan Mickoski a déclaré que le Premier ministre avait mené les négociations «de manière incompétente et accepté toutes les revendications de la Grèce». Il a de plus ajouté que son parti «n’acceptera pas les changements du nom constitutionnel» du pays. Ces critiques sont d’autant plus fortes qu’elles sont approuvées par de nombreux citoyens qui ont largement manifesté ces derniers mois. Le contexte politique est véritablement instable en Macédoine depuis de nombreux mois et cet accord ne risque pas de calmer le jeu.

La Macédoine renonce à Alexandre le Grand!
© REUTERS / Ognen Teofilovski

Au-delà de la Macédoine, chez son voisin grec, l’opposition à Tsípras est aussi virulente. En effet, à Thessalonique, près de 100.000 personnes, considérées comme nationalistes, ont pris possession de la rue en janvier dernier pour faire comprendre leur opposition au choix du Premier ministre.Le vice-président du Parlement européen, Dimitrios Papadimoulis, résume et complète cette opposition, qui n’existe pas seulement en Macédoine et en Grèce, mais aussi en Europe:

«Kyriakos Mitsotakis, le nouveau dirigeant de Nouvelle Démocratie [parti nationaliste, d’opposition à Tsípras, ndlr], devrait finalement décider de la ligne de son parti. Est-il d’accord avec Joseph Daul [Président du PPE, ndlr] et Kóstas Karamanlís [ancien Premier ministre grec, ndlr] ou avec la fraction Viktor Orbán [Premier ministre hongrois, ndlr]- Spyrídon-Ádonis Georgiádis [ancien ministre de la Santé, parlementaire grec, ndlr]?»

En effet, aussi bien du côté de l’Union européenne que de l’OTAN, les autorités cherchent à renforcer le pouvoir de leur institution en s’élargissant et en intégrant de nouveaux membres. Précisions par ailleurs que la Macédoine a adhéré au Partenariat pour la paix de l’OTAN en 1995, a accepté un plan d’action pour son adhésion en 99, et «apporte un précieux soutien aux opérations et aux missions dirigées par l’OTAN en Afghanistan et au Kosovo».Si on s’aperçoit que ces possibles adhésions trouvent un écho favorable au sein de l’UE et de l’OTAN, la critique et l’opposition du Premier ministre hongrois, Viktor Orban, sont loin d’être insignifiantes. La figure de l’opposition à Bruxelles s’est récemment exprimée par vidéo en demandant sagesse et courage aux dirigeants de son parti afin de «ne pas céder à la pression des puissances étrangères».

Si la Grèce et la Macédoine sont directement visées dans les propos d’Orban, qu’en est-il de l’Allemagne et de la France, principales puissances européennes? La réaction de la Russie est aussi fortement attendue.

https://fr.sputniknews.com/international/201806131036782705-macedoine-otan-ue-adhesion/

D’étranges choses se passent dans les pays européens qui résistent aux assauts de Soros.

http://www.brujitafr.fr/2018/04/d-etranges-choses-se-passent-dans-les-pays-europeens-qui-resistent-aux-assauts-de-soros.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmailD’étranges choses se passent dans les pays européens qui résistent aux assauts de Soros.

Publié par Brujitafr sur 8 Avril 2018, 07:16am

Catégories : #ACTUALITES, #Nouvel Ordre Mondial

D’étranges choses se passent dans les pays européens qui résistent aux assauts de Soros.
Il se passe des choses étranges en Europe de l’Est et en Europe centrale mais ces évènements sont peu mentionnés par les médias. Deux chefs d’État, les Premiers ministres slovène et slovaque, ont démissionné presque simultanément. Le Premier ministre slovaque Robert Fico a été victime du scandale de l’assassinat de Jan Kuciak, un journaliste qui enquêtait sur la corruption au sein du gouvernement. Il a dû démissionner sous la pression de manifestations populaires.

Fico était connu pour son soutien à un renforcement du groupe de Visegrad. Il s’était opposé à Bruxelles sur de nombreux points. Il faut aussi remarquer qu’il prêchait la levée des sanctions et l’amélioration des relations avec Moscou. Il insistait sur le fait que la Russie est un partenaire fiable dans le domaine de l’énergie. Est-ce une coïncidence qu’il ait été contraint de démissionner en pleine campagne anti-russe, entretenue par l’affaire Skripal et d’autres histoires manifestement concoctées et utilisées comme faux prétextes pour des attaques incessantes contre Moscou ? N’était-il pas une menace à la soi-disant unité de l’UE contre la Russie ? Bien sûr qu’il l’était.

Fico n’a pas caché le fait que sa décision a été prise à cause des fortes pressions qu’il subissait. Son éviction a été manigancée par des forces extérieures, dont le milliardaire philanthrope George Soros. Par exemple, le président slovaque Andrej Kiska a eu une réunion privée avec le milliardaire en septembre 2017. Ce fut une conversation en tête-à-tête. Aucun diplomate slovaque n’y était présent.

Selon le ministre des Affaires étrangères, Miroslav Lajčák, « George Soros est un homme qui a une influence majeure sur le développement en Europe centrale, orientale, et au-delà. C’est un fait qui ne peut être remis en question. » Le Premier ministre Viktor Orbán a dit ceci à son sujet : « George Soros et son réseau profitent de toutes les occasions possibles pour renverser les gouvernements qui résistent à l’immigration. »

Le Premier ministre slovène, Miro Cerar, a été attaqué par Soros pour son opposition à la politique de l’UE en matière d’immigration. George Soros n’a pas caché le fait qu’il était un ardent opposant à la position de Miro Cerar. « C’est une obligation pour l’Europe d’accueillir des migrants », a déclaré le financier américain aux Européens. Maintenant, le Premier ministre a été obligé de quitter son poste après que les résultats d’un référendum sur un projet économique clé ont été annulés par le tribunal de première instance et que les attaques des médias contre sa position à l’égard des demandeurs d’asile se sont intensifiées. Cerar n’étant plus aux commandes, le mouvement d’opposition à la dictature de Bruxelles a été affaibli.

Qui sera le prochain ? Probablement la Hongrie, qui est devenue la cible des attaques de Soros. Le milliardaire américain a investi plus de 400 millions de dollars dans son pays natal depuis 1989. Il a également annoncé son intention d’influencer la campagne électorale hongroise et a employé 2 000 personnes à cette fin. Le gouvernement veut que son projet de loi intitulé « Stop Soros » soit voté. Il ne fait aucun doute que la Hongrie sera attaquée pour s’être opposée au réseau du financier.

Bruxelles va froncer les sourcils, geindre et critiquer le « régime non démocratique » qui gouverne le pays. Les prochaines élections législatives en Hongrie auront lieu le 8 avril 2018. Ce sera un combat difficile pour préserver l’indépendance tout en repoussant les tentatives d’imposer la pression américaine par le biais d’ONG et d’institutions éducatives soutenues par Soros.

La République tchèque résiste également aux activités de Soros. Le président tchèque Milos Zeman a accusé des groupes affiliés à Soros de s’ingérer dans les affaires intérieures de son pays. Le financier exhorte l’UE à faire pression sur la Pologne et à l’obliger à « préserver l’État de droit ».

La Macédoine aussi résiste aux activités subversives inspirées par le milliardaire qui vise un changement de régime. Le « réseau Soros » a une grande influence sur le Parlement européen et d’autres institutions. La scandaleuse liste des alliés de Soros comprend 226 députés sur 751. Un membre sur trois – pensez-y ! Si ce n’est pas de la corruption, qu’est-ce que c’est ? Les législateurs manipulés de l’étranger dansent sur la musique de Soros. Ils font ce qu’on leur dit, y compris alimenter l’hystérie anti-Russie.

Moscou a sa propre histoire de relations avec le réseau Soros. En 2015, l’Open Society Institute de George Soros a été expulsé de ce pays car considérée comme une « organisation indésirable » créée seulement pour renforcer l’influence américaine.

Il serait vraiment naïf de penser que Soros agit seul. C’est un secret de polichinelle que le gouvernement américain s’immisce de façon flagrante dans les affaires intérieures d’autres pays en utilisant le milliardaire comme cheval de Troie. L’Europe est un concurrent qu’il faut affaiblir. L’USAID et le réseau Soros font souvent équipe dans la poursuite d’objectifs communs. En mars 2017, six sénateurs américains ont signé une lettre demandant au département d’État d’examiner le financement gouvernemental des organisations soutenues par Soros. Mais ces efforts n’ont abouti nulle part, Foggy Bottom [Un quartier rupin près de la Maison Blanche, NdT] est toujours du côté de Soros, quoi qu’il fasse.

De nombreux pays européens sont engagés dans une bataille féroce pour protéger leur indépendance. L’« empire » du financier cherche à conquérir l’Europe par le biais de pots-de-vin et d’ONG subversives. Ces pays et la Russie résistent à la même menace. C’est peut-être la raison pour laquelle les sanctions contre la Russie sont si impopulaires parmi les politiciens d’Europe de l’Est.

Alex Gorka

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

Nom de la Macédoine : c’est le moment de décider, dit l’émissaire de l’ONU

Nom de la Macédoine : c’est le moment de décider, dit l’émissaire de l’ONU

Le médiateur des Nations unies, Matthew Nimetz à Athènes, le 30 janvier 2018 / © AFP / LOUISA GOULIAMAKI

Le médiateur des Nations unies, Matthew Nimetz, a estimé mardi à Athènes que « le temps de la décision est venu » pour le futur nom de la Macédoine, un différend qui empoisonne les relations entre Athènes et Skopje depuis 27 ans.

« Je crois qu’il y a une volonté ici (à Athènes, ndlr), et je pense aussi à Skopje, d’essayer de régler » cette affaire, a dit aux médias M. Nimetz après des entretiens avec le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Kotzias.

« Nous devrions saisir l’occasion. Ralentir les choses n’a pas de sens… Il y a un temps pour prendre une décision et je pense que nous y sommes », a ajouté M. Nimetz, qui à 78 ans essaie en vain depuis 1994 de régler la question.

Il se rendra mercredi en Macédoine pour poursuivre les discussions avec les responsables du pays voisin.

Nikos Kotzias a indiqué mardi, dans un entretien à la télévision publique grecque Ert, qu’Athènes était favorable à un nom en slavo-macédonien qui soit « intraduisible » pour désigner la Macédoine. « La première chose à discuter c’est un nom dans la ou les langues du pays voisin qui ne soit pas traduisible dans une autre langue », a-t-il dit.

Les langues utilisées en Macédoine sont le slavo-macédonien et l’albanais.

Matthew Nimetz avait déjà proposé la semaine dernière quatre noms en slavo-macédonien, a rappelé M. Kotzias, dont « Republika Nova Makedonija » (République de Nouvelle Macédoine).

La Grèce va élaborer « un accord en février » avec ses propositions sur le nom pour servir de base aux discussions, a ajouté le ministre.

La Grèce est en faveur d’un règlement du différend sur le nom de la Macédoine qui remonte à 1991, lors de l’indépendance du petit pays après l’éclatement de l’Etat fédéral de Yougoslavie.

– Patrimoine culturel –

Athènes, qui considère le nom « Macédoine » comme appartenant à son patrimoine culturel, craint des visées macédoniennes sur la province frontalière grecque de Macédoine (nord) considérée comme le centre de l’empire d’Alexandre le Grand (IVe siècle avant JC).

En raison des objections grecques, la Macédoine a été admise à l’ONU sous l’appellation provisoire d' »Ancienne république yougoslave de Macédoine » (Arym en français, Fyrom en anglais).

Des négociations sur ce nom ont été relancées il y a quinze jours sous l’égide de l’ONU, après l’élection en juin 2017 du Premier ministre macédonien, Zoran Zaev, qui s’est dit prêt à régler ce différend. Plusieurs tentatives onusiennes ont échoué par le passé.

M. Zaev a notamment annoncé la semaine dernière à Davos, après une rencontre avec son homologue grec Alexis Tsipras, qu’il acceptait de débaptiser l’aéroport international de Skopje et la principale autoroute du pays, tous deux nommés « Alexandre le Grand », le célèbre roi de l’Antiquité dont le cœur du royaume était en Grèce.

L’affaire est particulièrement sensible en Grèce. Une manifestation il y a dix jours a réuni entre « plus de 90.000 » (police) et 4 à 500.000 manifestants (organisateurs) à Thessalonique (nord, principale ville de la région grecque de Macédoine). Une autre est prévue dimanche à Athènes.

Tout accord sur le futur nom de la Macédoine « doit être approuvé par le Parlement grec », a insisté M. Kotzias, ajoutant que « des changements dans la Constitution du pays voisin doivent également avoir lieu » en cas d’un accord sur le nom.

Pour Skopje, le règlement de ce différend est une condition nécessaire pour l’adhésion du pays à l’Otan et l’Union européenne, Athènes ayant mis son veto à plusieurs reprises en réclamant le changement du nom du pays voisin.

(©AFP / 30 janvier 2018 16h03)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Nom-de-la-Macedoine-c-est-le-moment-de-decider-dit-l-emissaire-de-l-ONU/885630.rom

Quelle lecture géopolitique de la crise grecque ?

Quelle lecture géopolitique de la crise grecque ?

Par Georges PREVELAKIS, Pierre VERLUISE, le 7 janvier 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Georges Prévélakis, professeur à l’université Panthéon-Sorbonne (Paris I) est l’auteur de “Qui sont les Grecs ? Une identité en crise”, Paris, CNRS éditions, 2017, 184 p. Il est membre du laboratoire Géographie-cités et membre associé du CERI (Sciences Po), spécialiste de la géopolitique des Balkans et des diasporas. Pierre Verluise, docteur en géopolitique de l’université Paris IV Sorbonne est le fondateur du Diploweb.com.

Pourquoi la relation entre la Grèce et l’Occident est-elle ambivalente ? Comment cette relation est-elle devenue une rente, particulièrement depuis l’entrée de la Grèce dans le Communauté économique européenne (1981) puis dans la zone euro (2001) ? Dans ce sytème, quelles sont les véritables fonctions des élites politiques grecques ? Le Professeur Georges Prévalakis répond de manière solidement argumentée aux questions de Pierre Verluise.

Pierre Verluise (P. V.) : Pourquoi la relation entre la Grèce et l’Occident est-elle ambivalente ?

Georges Prévélakis (G. P. ) : Il faut chercher l’explication dans le processus de création de la Grèce moderne.

A la fin du XVIIIème siècle et au début du XXème siècle, les sociétés européennes ont subi une profonde transformation politique et idéologique. Leurs élites se sont tournées vers l’antiquité, à la recherche d’une utopie historique capable de légitimer la rupture avec le passé qu’elles préconisaient. Parmi les différents nationalismes qui se sont consolidés pendant cette période en exploitant la référence hellénique, le nationalisme allemand occupe une place particulière. Au-delà d’un modèle politique, il a trouvé dans l’antiquité grecque un précédent géopolitique : de même que l’Allemagne avant son unification en 1871, la Grèce de l’antiquité était un ensemble de cités unies par la culture. C’est pour cette raison que la relation gréco-allemande est tellement passionnelle. La France napoléonienne s’est tournée par contre vers l’antiquité romaine.

Le néoclassicisme, mouvement artistique et architectural, a apporté une expression sensible à ces diverses représentations géo-historiques. Les grandes villes européennes et nord-américaines ont vu se multiplier les monuments conçus selon les règles élaborées par l’archéologie.

En même temps, dans l’Empire Ottoman, l’élite chrétienne orthodoxe (les Rums), était hellénophone ou employait le grec de l’Eglise comme langue véhiculaire, et avait développé des relations commerciales avec l’Europe. Sous l’influence idéologique européenne, les marchands rums ont commencé à développer une identité nationale. Ce fut le début d’une mutation identitaire qui a transformé une partie importante des Rums en Grecs « modernes ».

En 1821 éclata au sud des Balkans l’insurrection, que l’on connait aujourd’hui en tant que « Révolution grecque ». Cet événement a été perçu par l’Europe comme une chance inespérée pour réaliser une construction néoclassique à l’échelle d’un Etat et, qui plus est, sur la base de la géographie mentale des guerres du Péloponnèse (territoires autour d’Athènes et Sparte).

La contradiction entre une image imposée par les besoins identitaires occidentaux et la réalité du terrain est à l’origine de l’ambivalence de la relation entre la Grèce et l’Occident.

Ce rêve européen supposait d’idéaliser ceux qui devaient l’incarner, les “Grecs”. Les Rums, anciens schismatiques méprisés en tant que serviteurs du Grand Turc, sont devenus, aux yeux de l’Occident, les nobles descendants des Grecs de l’antiquité soumis à la “barbarie turque”. Pourtant ni le changement du regard occidental, ni la construction d’institutions étatiques selon le modèle occidental n’ont suffi à transformer complètement les réalités sociales et culturelles héritées du long passé impérial, byzantin et ottoman.

La contradiction entre une image imposée par les besoins identitaires occidentaux et la réalité du terrain est à l’origine de l’ambivalence de la relation entre la Grèce et l’Occident. Chaque fois que la Grèce donne des signes encourageants, l’ancienne idéalisation revient. Pourtant, la réalité dément tôt ou tard l’exagération des images. Le désenchantement conduit à des ressentiments ou même à l’hostilité, comme si les Grecs trahissaient les attentes de l’Occident.

Il s’agit d’un processus qui se répète de manière cyclique. Beaucoup de Philhellènes (amis des Grecs) de la Révolution grecque sont devenus des Mishellènes (ceux qui haïssent les Grecs) après avoir rencontré les “vrais Grecs”. Plus récemment, au lendemain de la dictature des colonels (1967-1974) l’Europe a idéalisé la Grèce de Constantin Karamanlis, qui a présidé le rétablissement de la démocratie en 1974, et d’Andréas Papandréou, dont l’élection triomphale en 1981 a marqué la fin de l’hégémonie politique des conservateurs, pour découvrir par la suite son visage balkanique pendant les années des guerres en Yougoslavie.

Le dernier épisode concerne évidemment la crise économique, amorcée cinq ans après les triomphalismes qui ont suivi l’organisation des Jeux olympiques d’Athènes de 2004. Quand la crise a joué son rôle révélateur, l’admiration pour l’“européanisation” grecque et ses taux de croissances élevés, s’est muée en mépris, parfois même en haine, comme si les Grecs étaient les seuls responsables d’une gestion économique et politique connue et tolérée par les institutions européennes.

L’Occident a du mal à percevoir les Grecs tels qu’ils sont, c’est à dire un peuple avec ses qualités et ses défauts. Cette difficulté de perception objective, conjuguée à l’importance de l’influence occidentale, se trouve à la source de bien de problèmes de la Grèce depuis le XIXème siècle. La crise actuelle ne constitue pas une exception à cette règle.

Quelle lecture géopolitique de la crise grecque ?
Grèce, Athènes, le Parthénon : une représentation classique de la Grèce transformée en ressource géopolitique ?

P. V. : Comment cette relation entre la Grèce et l’Occident est-elle devenue une rente, particulièrement depuis l’entrée dans le Communauté économique européenne (1981) puis dans la zone euro (2001) ?

G. P. : On imagine l’Empire ottoman comme une “prison de peuples”, comme si les nations y étaient déjà présentes et prêtes à surgir sur la scène de l’histoire une fois libérées de la domination impériale. Si cela était vrai, l’indépendance grecque, suivie des autres indépendances balkaniques, aurait été un simple retour à la normale, donc sans conflits et tensions. Or, comme on sait, le démembrement de l’Empire ottoman a conduit à un processus de terribles conflits, désigné d’ailleurs comme balkanisation.

L’explication de ces contradictions se trouve dans le fait que ce processus de balkanisation, loin d’être une normalisation, consistait au contraire en une transformation de fond en comble des espaces, des sociétés, des identités. La logique géopolitique impériale, qui régissait sociétés et territoires, devait être remplacée par la nouvelle logique westphalienne. Les sociétés balkaniques ont dû accomplir en quelques décennies le parcours que les sociétés occidentales ont mis de siècles à achever, en passant, elles aussi, par des terribles crises, comme la Guerre de Trente Ans (1618-1648).

La Grèce a été pionnière dans ce processus balkanique. Un morceau de l’espace ottoman a été découpé « à la hache » selon une géographie historique imaginée qui n’avait aucun rapport avec les réalités du terrain. Le premier territoire de la Grèce correspondait grosso modo à une ellipse dont les deux centres étaient, sans surprise, Athènes et Sparte. Ce nouvel Etat s’est vite avéré ingouvernable. Une administration étrangère a été importée de Bavière pour remplacer le pouvoir éclaté des notables autochtones par une structure centralisée. Une armée mercenaire a accompagné le roi et les administrateurs bavarois afin de mater les révoltes des “bandits” c’est à dire des anciens “combattants de la liberté” contre les Ottomans.

Pourtant, la logique de rente a des effets pervers puisqu’elle détourne les énergies de la création de richesses, renforce la centralisation partisane et encourage la corruption.

Un tel régime, fondé sur la violence, même légitime, ne pouvait pas être viable à la longue. Ainsi, le pouvoir central a créé un type de rapports entre le centre et la périphérie, dont l’évolution a conduit au clientélisme d’aujourd’hui. A travers ce système, il distribuait des privilèges, monétaires ou autres, à la périphérie. Comment trouver les moyens pour cette distribution ? La réponse est souvent venue de l’extérieur. L’importance de la thématique grecque imposait aux Occidentaux des efforts pour sauver la Grèce de l’implosion en lui apportant protection, soutien et financements. Ainsi s’est établie la tradition de la rente. Le système politique grec a rapidement appris à chercher, voire à revendiquer, la rente de l’Occident.

Pourtant, la logique de rente a des effets pervers puisqu’elle détourne les énergies de la création de richesses, renforce la centralisation partisane et encourage la corruption. En apportant une rente “philosophique”, justifiée par l’image idéalisée de la Grèce, l’Occident a souvent contribué à éloigner la Grèce de l’évolution voulue et espérée. En découvrant les effets sans en comprendre les causes, les Occidentaux se fâchaient avec les Grecs, sans réaliser que c’était leur propre influence qui avait provoqué les problèmes. L’ambivalence de la relation entre la Grèce et l’Occident est ainsi étroitement liée à la rente.

Toutes les périodes de l’histoire de la Grèce moderne n’ont toutefois pas été dominées par la logique rentière.

Ce fut le cas au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, lorsque le pays a bénéficié de très importants financements des Etats-Unis, qui étaient soucieux d’empêcher l’extension du bloc communiste au sud des Balkans. Cette “rente géopolitique”, qui a duré jusque dans les années 1950, a fait entrer la Grèce dans une période de croissance, désignée comme le “miracle économique grec” qui s’est poursuivie malgré les conséquences de la crise pétrolière de 1973, et s’est doublée, dans les années 1970, d’une modernisation institutionnelle et politique.

Ces réussites n’étaient néanmoins pas suffisantes pour justifier l’adhésion de la Grèce à la Communauté économique européenne (CEE), du fait notamment des problèmes structurels persistants de l’économie. L’entrée de la Grèce dans le club européen dès 1981 a été motivée avant tout par l’argument néoclassique. La construction européenne avait en effet toujours besoin de la symbolique grecque.

On a considéré que l’aide économique européenne permettrait à la Grèce d’accélérer sa modernisation et de rattraper ses retards. Perçues par les Grecs comme une nouvelle forme de rente, les diverses subventions qui ont irrigué l’économie grecque ont toutefois été utilisées par le système politique en place pour consolider son pouvoir. L’entrée de la Grèce dans l’Eurozone (2001) a amplifié cette la logique, dès lors que la Grèce a pu emprunter facilement et à des taux très avantageux sur les marchés internationaux de capitaux.

La longue période de stabilité politique (1981-2009), rare dans l’histoire de la Grèce, est due à l’abondance de la rente qui a alimenté une société de consommation, sans rapport avec la production de richesses. Derrière l’apparence de prospérité, se cachait la déformation de toutes les structures économiques et sociales. Gérée par l’administration centrale, la rente a renforcé une centralisation déjà excessive. La population a appris à mépriser l’effort et à considérer comme acquis des avantages qui n’avaient pas été mérités. L’économie grecque s’est introvertie : il suffisait d’entretenir ses relations avec les partis au pouvoir pour s’assurer la réussite économique. Le double déficit (budgétaire et commercial) qui se gonflait année après année, était couvert par les subventions et surtout par l’emprunt. On ne s’inquiétait pas du gonflement de la dette, puisque les Européens le toléraient.

Ainsi l’entrée de la Grèce dans la CEE et l’Eurozone a réactivé des anciens réflexes rentiers que les décennies précédentes avaient plus ou moins réussi à maitriser.

P. V. : Dans ce sytème, quelles sont les véritables fonctions des élites politiques grecques ?

G. P. : On peut considérer que les élites politiques ont fonctionné comme une articulation entre un Occident rêvant de l’ “européanisation” de la Grèce et une population qui y résistait. En obtenant la rente de l’étranger, en la distribuant et en imposant une certaine occidentalisation, plus ou moins profonde, ces élites profitaient du rôle de médiation pour servir leurs propres intérêts. Cette image est certes trop schématique. Pendant certaines périodes, les élites politiques ont abandonné ce rôle parasitaire en se concentrant aux efforts pour faire avancer la modernisation du pays.

Après 1981, une partie des élites politiques grecques a misé à nouveau sur la rente pour alimenter le système clientéliste. Cela leur a permis d’exercer une “concurrence déloyale” face à des opposants qui prônaient la voie de l’autonomie et d’un développement économique fondé sur les avantages comparatifs du pays. La rente est ainsi devenue un facteur de “sélection naturelle” négative des élites politiques, dont les éléments sains se sont retrouvés largement marginalisés. L’image désolante de la classe politique grecque au lendemain de la crise n’est donc pas l’expression d’une mauvaise qualité inhérente aux hommes et femmes politiques grecs, mais le résultat de cette forme de sélection. A quelques exceptions près, après trois décennies de domination de la rente et du clientélisme, les meilleurs avaient été éliminés de la scène politique.

La crise de 2009 a mis fin à l’abondance de la rente. Le système politique a été ébranlé. Les citoyens grecs ont découvert avec colère que leurs élites politiques n’étaient plus capables de capter la rente et de la distribuer. Ils se sont sentis trahis.

La gauche radicale, SYRIZA, a promis le retour au paradis de la rente : on obligerait les « banquiers européens » à payer sans poser de conditions et l’Allemagne fédérale à dédommager la Grèce pour l’occupation nazie pendant la Deuxième Guerre mondiale, ou on irait chercher de l’argent chez les Russes en leur proposant une alliance, etc. Se présentant comme force de renouveau face à un système politique vieilli et usé, ce parti a en fait prôné la régression à la logique rentière. Son échec à remplir ses promesses quand il est arrivé au pouvoir explique sa chute dans les sondages.

P. V. : Dans ce contexte, quels sont les rôles de la diaspora grecque, de la marine marchande et des réseaux ecclésiastiques ?

G. P. : La Grèce est une des manifestations d’une importante tradition géopolitique et géoculturelle, difficile à définir mais réelle. On utilise le terme de néo-hellénisme pour la désigner, en ayant conscience de ses limites. Cette tradition est composée d’éléments comme la continuité linguistique, étroitement associée à l’Eglise orthodoxe, la maritimité, la territorialité locale (tradition de la Polis), les réseaux diasporiques, ou encore certaines formes de vie familiale.

Contrairement aux récits de l’historiographie nationaliste, le néohellénisme était à l’aise au sein de l’Empire ottoman. Pourtant, une certaine perspicacité ou intuition de certains de ses membres leur a montré au début du XIXème siècle que l’avenir ne se trouvait pas dans le monde des empires mais dans la modernité, représentée par l’Etat-Nation organisé selon la territorialité westphalienne. Le rôle de la thématique grecque en Europe a joué aussi, comme nous venons de voir, un rôle important dans la décision d’accepter une mutation géopolitique et géoculturelle profonde. Le néohellénisme s’est ainsi habillé avec des vêtements empruntés à l’Europe. Il en a adopté la modernité, même s’il n’y a jamais été vraiment à l’aise. L’Etat grec, malgré ses réussites, n’a pas été à la hauteur des attentes de ses élites fondatrices. Il constitue aujourd’hui un acteur européen marginal, humilié, dépendant, piégé dans une relation malsaine avec l’Occident.

Cette Grèce est le visage le plus connu du néohellénisme, mais pas l’unique. Les structures prémodernes, celles qui lui permettaient de réussir dans les espaces impériaux, n’ont pas disparu. Leur résilience est une des causes de certains blocages de la modernisation. Ainsi, par exemple, la force du lien familial explique les difficultés pour imposer la méritocratie dans l’administration publique. En échange, les liens familiaux ont joué un rôle fondamental pour diminuer le choc social de la crise.

La diaspora, la marine marchande et les réseaux ecclésiastiques sont étroitement liés à la persistance des structures prémodernes. L’Etat grec, comme tout Etat national, a été hostile à la diaspora. Son objectif était de rassembler tous les Grecs au sein de son territoire. Il perçoit la marine marchande comme un acteur trop indépendant de lui, puisque les armateurs peuvent se déplacer sans entrave. Enfin, l’Etat grec a créé sa propre Eglise orthodoxe « nationale » ce qui est contraire aux règles de l’Eglise orthodoxe pour éviter l’influence religieuse du Patriarcat de Constantinople et échapper ainsi à son contrôle.

Ces visages extra-étatiques du néohellénisme ont survécu malgré les persécutions et les difficultés. La diaspora, détruite dans ses foyers traditionnels, a été reconstituée aux Etats-Unis, en Europe et en Australie. La marine marchande a réussi à renouveler sa flotte après les destructions de la Deuxième Guerre mondiale et constitue aujourd’hui la première force dans son domaine sur le plan international. Enfin, le Patriarcat de Constantinople a pu se maintenir à Istanbul en dépit de la politique kemaliste, hostile à toute forme de présence “grecque” sur le territoire turc, et constitue aujourd’hui une institution très respectée par la communauté internationale.

Les évolutions des dernières décennies comme la mondialisation, l’affaiblissement du rôle et de la fonction de la territorialité “westphalienne”, le développement explosif des communications etc., créent des conditions qui favorisent les formes prémodernes du néohellénisme. Les diasporas deviennent à nouveau des acteurs importants de la vie économique et politique globale. La mer se révèle comme le principal enjeu économique, politique et environnemental des décennies qui viennent. Le talent des armateurs grecs leur permettra de profiter de cette nouvelle donne. Enfin, le rôle des réseaux ecclésiastiques orthodoxes hellénophones ou, plus généralement, sous influence hellénique, est très important en Afrique, en Asie et en Amérique. Ils sont sous l’influence spirituelle des patriarcats hellénophones de Constantinople et d’Alexandrie. Ce monde orthodoxe, indépendant de l’Etat grec, est un acteur important de la géopolitique religieuse. Acceptés beaucoup plus favorablement que les autres Européens, les Grecs, à travers leurs réseaux religieux peuvent jouer un rôle de médiation entre l’Europe et les peuples anciennement colonisés.

Il faut donc cesser de percevoir la présence grecque, européenne et globale, uniquement sous le prisme de l’Etat-Nation. Ses formes à la fois prémodernes et post-modernes sont peu visibles mais au moins aussi importantes que la Grèce stricto sensu.

P. V. : Comment imaginez-vous les perspectives géopolitiques de la Grèce d’ici 2020 ?

G. P. : Le territoire grec fait partie d’un grand carrefour composé des Balkans et de l’Anatolie, entre lesquels se situent les ensembles maritimes de la mer Noire, des détroits turcs et de la mer Egée. Ce carrefour liait dans le passé les deux grands foyers économiques de l’Eurasie, le foyer européen et le foyer indo-chinois. Jusqu’au XVIIIème siècle, malgré l’importance croissante des relations entre l’Europe et l’Amérique, le centre de gravité de l’économie mondiale se trouvait encore à l’est du carrefour ottoman. La situation a changé radicalement pendant les deux siècles qui ont suivi. Cette situation change à nouveau par le déplacement du centre de gravité de l’économie mondiale vers l’est. Donc, le carrefour balkano-anatolien est en train de regagner sa centralité. Cette nouvelle réalité a déjà commencé à influencer la géoéconomie et la géopolitique grecque. Le port du Pirée est passé sous contrôle chinois. La réactivation de ce carrefour et la place cruciale du territoire grec en son sein conditionnera la géopolitique grecque dans les prochaines décennies.

La Grèce se trouve en crise, face à un environnement géopolitique instable et fluide.

Pourtant, à plus courte échéance, les facteurs de l’environnement géopolitique qui exerceront une influence sur la Grèce viennent d’autres élements :

1. La stabilité interne de la Turquie et ses orientations géopolitiques.
La vague de déstabilisation qui a évolué d’est en ouest au Moyen-Orient touche maintenant la Turquie. Il paraît difficile de prévoir si la politique de plus en plus autoritaire du Président Recep Tayyip Erdogan réussira à maitriser les tendances centrifuges et les menaces pour l’intégrité territoriale de son pays. Une déstabilisation éventuelle de la Turquie aurait comme conséquence possible un flot massif de réfugiés à partir du littoral anatolien vers les îles grecques. La question kurde peut aussi transformer la Grèce en otage des relations entre la Turquie et l’Occident. L’imprévisibilité de la situation turque pèsera lourdement sur la géopolitique grecque.

2. La relation entre l’Union européenne et les Etats-Unis.
La Grèce dépend économiquement et institutionnellement de l’Union européenne. Il ne faut pourtant pas sous-estimer ses liens avec les Etats-Unis. La défense grecque est garantie par les Etats-Unis, qui disposent d’une importante base en Crète. La diaspora grecque-américaine ainsi que différents réseaux, culturels et autres, lient étroitement la Grèce aux Etats-Unis. Une éventuelle dégradation des relations entre l’Union européenne et les Etats-Unis mettra la politique grecque devant des graves dilemmes.

3. Les ambitions russes.
La russophilie est fortement enracinée en Grèce. La confession orthodoxe commune, l’admiration pour Vladimir Poutine ainsi que le souvenir de l’Union soviétique fédèrent un ensemble hétéroclite de partisans, issus des deux extrêmes de l’échiquier politique, sur lequel peut miser l’influence russe.

4. La situation balkanique.
Les problèmes issus de la décomposition de la Yougoslavie (1991-1992) n’ont été résolus qu’en surface. Plusieurs défis existent encore et menacent la stabilité de la région. La Grèce est particulièrement exposée aux enjeux albanais et à leurs répercussions en Macédoine.

5. Finalement, last but not least, la Grèce est fortement influencée par l’évolution de l’Union européenne. Une Union européenne à deux vitesses renforcerait en l’institutionnalisant la marginalisation que connait la Grèce du fait de la crise économique.

Il est très difficile de prévoir l’évolution de ces facteurs et encore plus la manière dont ils peuvent se combiner. La Grèce se trouve face à un environnement géopolitique instable et fluide.

La situation politique intérieure grecque est naturellement d’importance cruciale. Les prochaines élections législatives sont normalement prévues à l’automne 2019. Les sondages prévoient que SYRIZA en sortira fortement affaibli et n’aura plus les sièges nécessaires pour former un gouvernement, même avec ses partenaires actuels de la droite souverainiste. Deux scénarios se dessinent :
. une nette victoire de la Nouvelle Démocratie (centre-droit), suffisante pour la restructuration de la vie politique sur des nouvelles bases ;
. une situation confuse, sans majorité, qui conduirait à un véritable saut dans l’inconnu.

La Grèce entre ainsi dans une période très critique. Soit elle arrivera à sortir renouvelée de la crise, ce qui lui permettra de gérer à son profit les différents défis géopolitiques pour renforcer son rôle européen et international ; soit elle va être entrainée dans une instabilité politique qui l’exposera à tous les dangers.

Malgré ses problèmes, la Grèce constitue un pôle de stabilité dans une région difficile. Une éventuelle déstabilisation grecque dans les années 2020 aurait de lourdes conséquences pour l’Union européenne. En même temps, l’importance de son territoire, en tant que carrefour énergétique mais surtout comme probable noeud de la route de la soie, rend sa maîtrise et sa gestion dans le cadre européen un enjeu crucial à long terme. Du côté européen, une connaissance de la politique grecque et néohellénique, débarrassée des idées reçues et des stéréotypes, s’impose.

L’Union européenne a aussi intérêt à exploiter les ressources néohelléniques réticulaires et globales (diaspora, marine marchande et réseaux ecclésiastiques) pour sa connexion et son dialogue avec les nouveaux grands foyers économiques et géopolitiques. Un re-équilibrage des représentations géopolitiques, à même de rendre visibles les aspects les moins connus du néohellénisme, est indispensable.

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