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La colonisation française de Madagascar

La colonisation française de Madagascar

Jean ROQUAIN 1 décembre 2015 Le monde avant 1914Tiers-Monde et émergentsUn peu d’histoire Leave a comment

Madagascar est une île de l’océan Indien de 587 000 Km² (France métropolitaine=551 500 Km²). L’île a d’abord été peuplée par des populations austronésiennes avant de connaitre une très forte immigration entre le Xe et le XVe siècle. Des populations venues d’Afrique de l’Est, d’Indonésie, d’Oman, d’Europe se sont alors mêlées aux deux grandes ethnies Vazimba (vivant à l’intérieur du pays) et Vezo (vivant sur les côtes) en s’intégrant à leur culture.

Madagascar, un territoire plus grand que la France pour une population de 3 millions d'habitants au début du XXe siècle
Madagascar, un territoire plus grand que la France pour une population de 3 millions d’habitants au début du XXe siècle

Au début du XVIe siècle les premiers explorateurs européens découvrent l’île. En 1642, les Français, par l’intermédiaire de la Compagnie de l’Orient, établissent une colonie à Fort-Dauphin dans le sud-ouest de l’île. En 1670 un nouveau gouverneur de l’île, l’amiral Jacob Blanquet de La Haye, est nommé, et par sa dureté envers les populations autochtones va entraîner des soulèvements qui mèneront au massacre des colons français. Après cette entrée en matière catastrophique, l’île sera laissée à son propre sort pendant près d’un siècle. D’un point de vue malgache, les immigrations orientales et africaines vont profondément modifier la géopolitique interne de l’île et de grands royaumes vont se créer, notamment le Royaume réunifié de l’Imerina par Andrianampoinimerina qui règnera de 1787 à 1810 et ne sera rencontré que par un seul Européen pendant cette période. Son fils Radama Ier sera surnommé Le Conquérant par la postérité.

En 1817 Sir Farqahr, gouverneur anglais de l’île Maurice reconnait la légitimité de Radama Ier comme Roi de Madagascar. Radama Ier s’engage alors dans une conquête de l’île sans précédent avec l’aide de la Grande-Bretagne. Il transcrit également le malgache en alphabet latin et apprend à lire à plusieurs milliers de ses sujets. Sous son règne presque toute l’île sera unifiée sous la tutelle des Merina qui va connaître une période faste. Son petit-fils, réputé libéral prend le pouvoir à la mort de sa mère en 1861 et prend le nom de Radama II. Il ouvre le pays et rappelle tous les exilés, proclame la liberté de culte et conforte les intérêts français sur l’île. Napoléon III reconnaitra alors Radama II comme : Roi de Madagascar sous réserve des droits de la France. Titre peu représentatif de la réalité puisque le royaume de Radama II ne s’étend pas à l’époque sur toute la surface de l’île. Mais Radama II est assassiné en 1863 et Rainilaiarivony devient premier ministre et chef d’Etat officieux épousant les trois reines qui gouverneront jusqu’à 1897. Il meurt en 1896.

Le début de la période coloniale

En 1883, Jules Ferry, grand partisan de la colonisation, réclame le nord du pays et occupe les ports. Cependant les efforts coloniaux de la France sont concentrés dans le Tonkin et une résistance efficace du Royaume de Madagascar les oblige à rebrousser chemin. En 1885, deux ans après cette intervention ratée, un traité de paix est signé qui accorde aux Français une concession de 99 ans dans le nord du pays. Le reste du pays est officiellement indépendant. En 1890, l’Angleterre reconnaitra le protectorat français malgré un intense campagne d’opposition du premier ministre malgache.

En septembre 1895, une expédition française arrive à Tananarive. Le général Duchesne fait signer un traité de protectorat à la reine mais des soulèvements dans le pays font prendre à la France la décision d’annexer le pays (Août 1896). En février 1897, la monarchie est définitivement abolie et la reine est exilée. Le général Gallieni, héros militaire français, pacifiera alors l’île faisant ainsi plusieurs dizaines de milliers de morts, étendra la domination française aux zones qui échappaient au contrôle de la monarchie et réorganisera toute l’administration de l’île. Si l’esclavage avait été aboli en 1896, Gallieni fera usage du travail forcé qui dans les faits n’était pas très différent de l’esclavage. Les corvées auxquelles sont soumis les malgaches tuent en moyenne 20% des travailleurs et même les colons iront se plaindre à Gallieni du traitement qui est fait aux malgaches dans un pays qui compte à peine 3 millions d’habitants. Il fera aussi construire des routes, ports, télégraphes, écoles laïques et tous les malgaches deviendront « sujets Français » donc sans aucun droit politique. Il mettra également fin à la domination des merina sur les autres ethnies.

Une colonisation “civilisatrice” au dépens des populations

Si l’œuvre du Général Gallieni a souvent été considérée comme exemplaire dans la mission « civilisatrice » de la France, il faut également voir les milliers de malgaches tués dans la « pacification » de l’île et les milliers d’ouvriers sacrifiés pour la construction de routes. S’il a en effet fait construire de nombreuses écoles, il a lui-même écrit dans ses mémoires que le but était de fournir une main d’œuvre technique qualifiée aux colons français. En 1947, des révoltes contre l’autorité française appelleront à la répression violente des troubles ; les estimations françaises de l’époque sont de 89 000 morts. Le pays accèdera à l’indépendance politique en 1960.Share

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https://les-yeux-du-monde.fr/histoires/23867-la-colonisation-francaise-de-madagascar

Madagascar : Nouvelles razzias chinoises… Par Richard Labévière

 

9.mai.2019 // Les Crises

Madagascar : Nouvelles razzias chinoises… Par Richard Labévière

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 08-04-2019

Diego-Suarez (Antsiranana)/Tananarive (Antananarivo), 5 avril.

Lumière fracassante du petit matin. Mouettes et cormorans virevoltent dans le sillage d’écume annonçant la terre qui cambre sa croupe végétale à l’horizon. A bâbord, le bras de mer qui ouvre la passe d’accès au port de Diégo est flanqué d’une fortification arrondie en pierre de taille, d’où émergent cinq canons pétrifiés par le temps. Plus loin sur la première baie, toujours debout, la carcasse d’un imposant bâtiment, qui fut une caserne de la Légion, abrite désormais quelques lémuriens égarés. Ces vestiges d’une aventure coloniale, qui ne pouvait que mal se terminer1, annoncent l’unique quai du troisième port de la Grande île rouge. Diego-Suarez s’articule entre : l’ouest, le canal du Mozambique, et l’est, l’immensité de l’océan Indien.

Le port maritime fait corps avec la vieille ville2, assurant une grande partie du trafic des marchandises du pays : produits d’exportation comme le cacao, produits d’importation comme le sucre non raffiné du Brésil et le sel. A 400 kilomètres à l’est des côtes africaines au niveau du Mozambique, la Grande île est elle-même entourée par un chapelet d’archipels : au nord, celui des Comores dont l’île française de Mayotte ; plus au nord les Seychelles. A l’est, la Réunion et l’île Maurice. Madagascar s’étend sur une superficie de 587 000 km2, soit la France, la Belgique et le Luxembourg réunis. La langue malgache fait partie de la famille des langues malayo-polynésiennes comme l’Indonésien dont elle est issue. Elle a intégré de nombreuses influences bantoues, arabes et européennes. Deuxième langue officielle du pays, le Français est parlé partout.

En février dernier, le ministre des affaires étrangères Niana Andriantsitohaina a rencontré son homologue français à Paris. La visite retour a été fixée au 26 juin prochain. En mars dernier, lors de sa visite au Kenya, Emmanuel Macron s’est longuement entretenu avec le nouveau président malgache Andry Rajoelina, élu le 19 décembre 2018 avec 55,6% des voix contre l’ancien président Marc Ravalomanana. Le nouveau Président a sollicité l’aide de la France pour assurer la police des pêches et la lutte contre les différents trafics de drogue, de bois, de biodiversité et d’être humains qui minent l’économie malgache. Il a aussi été convenu que seront renforcées plusieurs coopérations bilatérales, notamment dans les secteurs de l’éducation, de la formation professionnelle, de l’agriculture, de la préservation de la forêt et de la biodiversité. Autre volet important : les enjeux de coopération régionale et les perspectives d’actions conjointes dans l’océan Indien.

LE TONNERRE SUR UNE TÂCHE MARRON

Du 4 au 21 mars dernier, le typhon Idaï a ravagé le Mozambique et une partie du Zimbabwe emportant routes, maisons, écoles et même barrages, « le bilan pouvant dépasser un millier de morts » a déclaré le président mozambicain Filipe Nuysi. La ville portuaire de Beira (530 000 habitants) fait partie des zones les plus touchées : près de 10 000 personnes sont sinistrées, 873 maisons ont été emportées, 24 hôpitaux détruits et 267 classes partiellement ou complètement englouties selon un bilan communiqué le 18 mars par l’Institut mozambicain de gestion des désastres.

Engagé dans la lutte contre la piraterie dans le cadre de l’opération européenne Atalante, le PHA (porte-hélicoptères amphibie) Tonnerre a été dérouté vers Mayotte3 afin d’y prendre en charge 25 tonnes d’aide humanitaire : lits de camps, kits de construction d’abri, de cuisine et d’assainissement d’eau, moustiquaires et bouteilles de gaz, la Marine nationale ayant mis à disposition ses stocks de médicaments. « Les moyens amphibies du tonnerre permettent d’acheminer l’aide au plus près des zones sinistrées en s’affranchissant au besoin des infrastructures portuaires », explique le commandant Ludovic Poitou, le pacha du porte-hélicoptères disposant à bord de 5 médecins, d’un hôpital de 69 lits, de deux blocs opératoires, d’un service de radiologie et de soins dentaires, etc.

Renforcés dans cette mission d’assistance humanitaire par la frégate de surveillance Nivôse venant de La Réunion, les deux navires ont ainsi déchargé le matériel à proximité des populations sinistrées avec une mission précise : « sur place, l’objectif est de contribuer aux opérations de soutien aux populations démunies, renforcer les structures de soutien déjà existantes et apporter un renfort médical. Le PHA Tonnerre a notamment fait remonter le fleuve à ses barges de débarquement chargées de matériels, atteignant ainsi des zones autrement inaccessibles. Près de 700 marins, soldats et aviateurs ont été mobilisés dans cette opération, baptisée Caouanne », précise un communiqué de la Marine nationale.

« Initialement le typhon Idaï n’aurait pas dû faire autant de victimes », précise un représentant local de la Croix rouge ; « il y a quelques années encore le Mozambique était repérable par une grande tâche verte parfaitement visible sur les images satellitaires. Aujourd’hui, la même tâche est de couleur marron. Pourquoi ? Parce que depuis une dizaine d’années, les forêts qui comportaient nombre d’essences rares ont été systématiquement coupées pour être exportées vers la Chine… A terme et avec la poursuite de ce désastre végétal, les populations devront partir en aggravant les flux migratoires régionaux et clandestins qui transitent par Madagascar, vers les Comores et Mayotte… »

L’expansion de la tâche marron a aussi d’autres explications. Initialement le Mozambique et Madagascar ne s’inscrivaient ni sur le tracé des Routes de la soie, ni sur celui du Collier de perles chinois, jusqu’au jour où d’importantes nappes off-shore de gaz et de pétrole ont été découvertes dans le canal du Mozambique. Pékin a aussitôt revu sa copie en consolidant sa présence au Mozambique, en favorisant l’implantation de sociétés chinoises et en lançant un programme d’infrastructures à Madagascar dont une autoroute reliant le port de Tamatave à la capitale. Simultanément, Pékin adopte aussi en Afrique du Sud la même stratégie d’endettement systémique qu’elle applique à Djibouti4 comme avec tous les pays de la zone, tout en jouant la carte de la proximité politique avec l’ANC5 et le refrain de la résistance aux anciennes puissances coloniales (Grande Bretagne et France).

Mais c’est aussi sur le plan stratégique que Pékin justifie ses nouvelles emprises africaines. En cas de crise majeure sur le canal de Suez et plus largement en mer rouge et à Djibouti, où Pékin dispose de sa première base militaire à l’étranger, les autorités chinoises expliquent que le contournement du grand continent par le Cap de Bonne Espérance constituerait la meilleure des routes maritimes alternatives. Toujours est-il que malgré ce discours sécuritaire de façade, un net ressentiment antichinois est de plus en plus perceptible dans la population malgache.

OPACITE ET CORRUPTION

Depuis une dizaine d’années, les sociétés chinoises de pêche sont accusées, entre autres, d’avoir littéralement râclé et détruit les fonds marins du sud de la Grande île. La présence chinoise à Madagascar se décompose en différents groupes qui ne sont pas motivés par les mêmes intérêts : les « anciens Chinois » se sont intégrés et conçoivent leur avenir sur place, tandis que les « nouveaux » se contentent de mener leurs affaires sans chercher à connaître ni ménager la culture locale. Madagascar comporte l’une des plus importantes communautés chinoises d’Afrique: la Grande île abriterait 100 000 Chinois (alors que l’ambassade chinoise n’en recense que 65 000), ce qui représente environ 10% de la diaspora implantée en Afrique et ce qui en fait la première communauté étrangère du pays devant les Français et les Indo-pakistanais.

La présidence de Marc Ravalomanana (2002 – 2009) fut marquée par une volonté de s’affranchir de la relation privilégiée avec la France pour se tourner vers d’autres acteurs comme les Etats-Unis et la Chine. D’importantes sociétés chinoises du secteur extractif (Sunpec, Mainland, Wisco) purent déployer leurs activités à Madagascar dans des conditions les plus opaques entachées de corruptions notoires. Comme d’autres chefs d’Etat africains, Ravalomanana se servit de la volonté chinoise de conquête pour contraindre les bailleurs de fonds traditionnels à accroître leurs financements pour Madagascar.

Un exemple emblématique du caractère illusoire de cette relation « gagnant-gagnant » vantée par Yang Xiaorong, ambassadeur de Chine à Madagascar, concerne le contrat conclu fin 2009 entre la société Wisco (important producteur d’acier) et l’Etat malgache, à propos de l’exploitation des gisements de fer de Soalala (côte occidentale de l’île). Le permis accordé à l’entreprise s’étale sur trente ans, les populations locales accusant le gouvernement de « brader » les ressources naturelles de l’île au profit d’une puissance étrangère.

En termes de volume des échanges économiques, la Chine constitue désormais le premier partenaire commercial de Madagascar depuis 2015. Mais ces « accords » reposent le plus souvent sur un endettement, principalement financé par l’Exim Bank ou la China Development Bank. Comme à Djibouti, ce mode opératoire n’est pas sans conséquence sur les finances fragiles des pays en voie de développement comme Madagascar, entrant souvent même en conflit avec les règles d’ajustements structurels du FMI et de la Banque mondiale.

Les secteurs économiques ciblés par Pékin sont très diversifiés : la filière agricole, l’exploitation minière, les infrastructures de transport, le textile, les télécommunications et les produits de rente. Plusieurs opérateurs chinois sont devenus les principaux acheteurs de raphia, de poivre, de girofle et de cannelle et s’intéressent de plus en plus à la vanille malgache, l’une des spécialités nationales.

UN ACCORD DE PÊCHE DANS LES FILETS

Dans le secteur des pêches, la China National Fisheries Corp possède une licence exclusive sur les crevettes, l’« or rose » dont les Malgaches ne voient pas la couleur. Cet « or rose » est aussi dévastateur pour l’environnement, comme l’ont fait remarquer des scientifiques et des pêcheurs traditionnels. Certes, l’élevage de crevettes est loué pour son côté écologique, mais sa capture de crevettes sauvages le long des côtes de la Grande île est controversée. Le chalutage chinois est en concurrence directe avec les pêcheurs locaux, qui dépendent de la mer pour leur subsistance. Et les flottilles industrielles traînent leurs filets le long des fonds marins, une pratique si néfaste que les scientifiques l’ont comparée à la coupe à blanc d’une forêt.

Le scandale le plus retentissant concerne un accord de pêche signé avec un consortium chinois en septembre 2018 par un conseiller du chef d’Etat sortant pour un montant de 2,4 milliards d’euros.

En marge de l’Etat malgache, une petite association de droit privé a signé un contrat mirifique pour dix ans avec une société chinoise de pêcheries. Ce contrat, avec un budget de 700 millions de dollars sur trois ans, prévoit de déployer 330 bateaux fournis par le consortium chinois tout autour de l’île : à raison de 240 jours de mer par an et de 600 kg de prise journalière, 43 200 tonnes de poissons sont exportées en presque totalité vers la Chine. Seule 15 % de la pêche serait conservée pour le marché local. A titre de comparaison, le volume de pêche inscrit dans l’accord avec l’Union européenne, en cours de renégociation, est trois fois moins important. Le prix de vente devrait s’établir à un niveau qualifié de « raisonnable », selon les termes de l’accord.

Rendu public avant les dernières élections présidentielles, cet « accord » a déclenché un tollé dans la Grande île. « Comment peut-on imaginer faire venir 300 chalutiers alors que la surpêche est déjà une réalité ? Le nombre de pêcheurs ne cesse d’augmenter, avec l’arrivée sur les côtes de ruraux qui ne peuvent plus vivre de leur terre. Les pirogues rentrent avec de moins en moins de poissons », avertit Paubert Mahatante, maître de conférences à l’université de Tuléar6 et secrétaire général de la plateforme Sansafa, qui regroupe les acteurs non étatiques de la pêche et de l’aquaculture des seize pays de la Communauté de développement d’Afrique australe. Quelque 500 000 emplois directs et indirects dépendent de ce secteur.

L’octroi de licences à six gros chalutiers chinois depuis fin 2017 a d’ores et déjà aggravé le problème, selon M. Mahatante. « Ils n’ont pas de base à terre et pêchent partout et de tout de Morombe jusqu’à la pointe sud de Fort Dauphin [soit environ 800 km de côtes]. Quelle quantité prennent-ils ? Nous n’en savons rien »Tuléar est la plus importante zone de pêche traditionnelle de l’île. Ce n’est donc pas un hasard si la ville abrite l’Institut halieutique et des sciences marines (IHSM), le seul du pays et de tout l’océan Indien.

Toujours est-il que le scandale est désormais public. Remis en cause depuis la dernière élection présidentielle, « ce projet, s’il était remis en selle sonnerait la mort des petits pêcheurs côtiers et la ruine de ce qui reste des réserves halieutiques malgaches. En outre , plus de deux milliards de dollars ont disparu et les bailleurs de fonds chinois crient vengeance… »

TRAFICS DE DROGUES ET D’ÊTRES HUMAINS

Nombre d’opérateurs chinois sont également impliqués dans le trafic de bois de rose, exporté frauduleusement par voie maritime vers les principaux ports d’Asie du Sud-Est, dont Singapour, servant à la confection de meubles de luxe. L’intensification de ces trafics, particulièrement exacerbée depuis la transition politique (2009 – 2013), s’explique par la corruption généralisée au sein des appareils d’Etat, qui pousse nombre de fonctionnaires, conseillers ou ministres à prendre part à ces opérations mafieuses. Il est de notoriété publique que mamy Ravatomanga, opérateur économique à la réputation sulfureuse et proche d’Andry Rajoelina, s’avère impliqué dans ce trafic illégal de bois de rose depuis le port de Tamatave. Pour la seule année 2009, près de 100 000 arbres auraient été coupés (environ 52 000 tonnes), dont une part importante dans des parcs protégés. Cette économie souterraine et mafieuse implique tout aussi notoirement de grands opérateurs chinois qui jouent un rôle de premier plan dans le pillage de Madagascar.

Ces différentes OPA menées sur les ressources malgaches sont particulièrement suivies par le CRFIM (Centre régional de fusion de l’information maritime)7. La structure intergouvernementale s’intéresse aussi à d’autres formes de criminalités, qui se traduisent par l’extension de la violence en mer, dont différents trafics d’armes entre la Somalie, l’Ethiopie et le Yémen , des trafics d’êtres humains (plus de 160 000 personnes entre le Yémen et la Somalie l’année dernière) et de drogue dans l’ensemble de cette zone de l’océan Indien.

En ces matières de menaces polymorphes, la circulation des boutres locaux constitue, le plus souvent, l’arbre qui cache la forêt, à savoir des flux criminels qui empruntent d’autres vecteurs : les pavillons de commerce traditionnels et les Go-fast, des hors-bords ultra-rapides assurant des liaisons entre transporteurs principaux/secondaires et différentes têtes de ponts terrestres.

Pour les transferts d’héroïne en provenance de Birmanie et d’Afghanistan, plusieurs axes sont particulièrement observés, notamment les liaisons entre les ports pakistanais, Dubaï, Mukallah (Yémen), Kismaayo (sud-est de la Somalie), Pemba et Zanzibar. Certains de ces flux empruntent le canal du Mozambique, transitant par les côtes malgaches à destination du nord, vers Mayotte, Maurice et la Réunion, ainsi qu’en direction des ports sud-africains. Dernièrement, un trafic d’héroïne a été démantelé entre Maurice et Madagascar8.

Mais ce sont surtout les trafics d’êtres humains qui préoccupent les autorités. Là encore, plusieurs opérateurs chinois sont en cause assurant des transports clandestins de femmes malgaches exploitées comme bonnes ou esclaves sexuels en Arabie Saoudite, au Koweït, aux Emirats arabes unis et Oman. Le commissaire divisionnaire de police, Yves Rémi Andrianirinarivelo (directeur des renseignements et du contrôle de l’immigration et de l’émigration/DRCIE) auprès du ministère de la Sécurité publique multiplie en ce moment les déclarations publiques concernant le démantèlement de plusieurs filières.

A partir des régions côtières autour de l’île de Nosy Bey9 se sont développés des flux nocturnes d’immigration clandestine à destination de Mayotte ; une problématique qui requiert toute l’attention des bâtiments de la Marine nationale qui opèrent régulièrement dans la zone. Afin de lutter contre ces différentes formes de criminalité, les nouvelles autorités malgaches s’adressent de nouveau au partenaire français dans un contexte politique lié à l’avenir des îles Eparses.

DE TROMELIN AUX ÎLES EPARSES

Un traité de gestion conjointe de l’île française de Tromelin avec l’Île Maurice (signé de façon très discrète le 1er juin 2010) devait être ratifié par l’Assemblée nationale le 18 janvier 2017. Mais une campagne, dont une pétition lancée par le député du Tarn Philippe Folliot, a fait obstacle à cette ratification. Le destin de cette île française, qui mesure 1,5 km de longueur sur 0,7 km de largeur, et accueille des missions scientifiques et météorologiques, est « en effet décisif pour la sauvegarde de notre souveraineté », souligne le texte de la pétition.

Cet appel à la défense de l’espace maritime français en danger précisait en conclusion : « son amputation correspondrait à 280.000 km² de domaine maritime en moins, soit 2,8% du total de la Zone économique exclusive (ZEE) française, et presque autant que les 345.000 km² de la France hexagonale, Corse comprise (…) Ratifier cet accord reviendrait à ouvrir la porte aux revendications d’autres pays sur d’autres îles françaises dont les territoires des Terres australes ».

Dans Le Figaro du 9 janvier 2017, Philippe Folliot et la romancière Irène Frain ajoutent : « pour tout Français sensible aux intérêts de son pays, il tombe sous le sens que ce traité est inacceptable. Il est scandaleux car il cède une partie de notre territoire sans aucune contrepartie – où est notre conception de la République « Une et indivisible » ? ; dangereux car il ne mettrait pas fin aux revendications de l’île Maurice et créerait un précédent redoutable ; unilatéral et déséquilibré, le traité ne prévoyant aucune forme de réciprocité ou contrepartie pour la France, notre pays serait perdant sur tous les plans. Il saute aux yeux que la ratification de ce traité ne peut que justifier, légitimer et accroître les revendications, plus ou moins ouvertes, d’autres pays sur les autres îles françaises du secteur, dites « îles Eparses ».

Le danger d’un tel précédent est en effet palpable non seulement dans la totalité du secteur des îles Eparses et du canal de Mozambique, mais aussi ailleurs, notamment à Mayotte où la présence française est contestée chaque année à l’ONU (Comores)mais aussi à Clipperton, aux îles Matthew et Hunter au large du Vanuatu, ainsi que dans les dépendances de la Réunion et pourquoi pas demain aux Antilles et en Guyane ! « peut-on imaginer que cet exemple puisse être suivi ailleurs » soulignent encore plusieurs députés « aux Malouines, à Diego Garcia (Chagos), dans l’Antarctique, ou par n’importe quelle autre puissance maritime? En mer de Chine, peut-être ? Cette affaire met en cause gravement les intérêts futurs de notre pays, dont le statut, le développement et la richesse dépendront bientôt davantage des océans, au moment où chacun s’efforce de faire reconnaitre par la communauté internationale à l’ONU des droits maritimes enfin codifiés ».

Dans cette affaire – pour l’instant -, les députés ont eu gain de cause. Le traité franco-mauricien n’a pas été ratifié. Mais le dossier est révélateur d’une géopolitique régionale particulièrement sensible dans cette partie de l’océan Indien où les ressources en hydrocarbures du canal du Mozambique en général, et surtout dans le secteur de l’île française de Juan de Nova sont vraisemblablement aussi importantes que celles de la mer du Nord. Trois pays restent particulièrement attentifs à l’évolution du dossier de l’île de Tromelin : l’Afrique du Sud toujours prompte à dénoncer la présence « néocoloniale » de notre pays dans cette partie du monde, la Chine qui appuie en sous-main la revendication de Maurice avec l’aide de Prétoria pour consolider sa position dans cette zone riche en pétrole et gaz et Madagascar qui n’abandonne pas ses revendications sur la souveraineté des îles Eparses.

A l’appui de cette complexité régionale, plusieurs juristes du Conseil d’Etat considèrent certes l’indignation des députés comme légitime tout en estimant qu’il y aurait avantage à affiner des procédures de négociation afin d’éviter les confrontations immanquablement à venir avec l’Afrique du Sud et la Chine… La coopération relancée en matière de sauvegarde maritime avec Madagascar pourrait plaider pour une nouvelle approche d’un dossier qui n’a pas encore dit toutes ses ruses. Celui-ci est absolument vital pour l’avenir de l’espace maritime français, désormais le premier du monde…

Richard Labévière
8 avril 2019

1 Raharimanana : Revenir. Editions Payot & Rivages, mars 2018.
2 Voir aussi le beau récit de Nicolas Fargues : Rade Terminus. Editions P.O.L, janvier 2004.
3 Le PHA Tonnerre, accompagné de la FLF (Frégate légère furtive) La Fayette, ont appareillé le 24 février dernier de Toulon pour assurer la 10ème Mission Jeanne d’Arc : un déploiement opérationnel interarmées et interalliés dédié à la formation des jeunes officiers et à la coopération internationale. A bord, en plus des équipages : 130 officiers-élèves en fin de formation (79 enseignes de vaisseau dont 8 étrangers, 36 officiers sous contrat long, 8 commissaires des armées d’ancrage marine, 7 officiers étrangers invités en cursus extérieur), s’y ajoutant une cinquantaine de stagiaires présents sur de courtes périodes. Leur présence dans le canal du Mozambique permet, au passage, de réaffirmer la souveraineté française sur les îles Eparses. 
4 Voir « Djibouti dans la nasse chinoise » – prochetmoyen-orient.ch numéro 224, 1er avril 2019.
5 L’ANC, le Congrès national africain a été fondé en 1912 pour défendre les intérêts de la majorité noire contre la minorité blanche. Déclaré hors-la-loi en 1960, il est légalisé le 2 février 1990 alors que l’apartheid est aboli en juin 1991. En 1994, les premières élections législatives multiraciales au suffrage universel permettent à l’ANC de conquérir le pouvoir et à Nelson Mandela son chef d’être ensuite élu président de la République sud-africaine. Depuis, L’ANC domine la vie politique sud-africaine (60-70 % des voix aux différentes élections générales de 1994, 1999, 2004, 2009 et 2014).
6 Étendue au bord du canal de Mozambique, immédiatement au nord du tropique du Capricorne, Toliara, appelée Tuléar en français, est la plus grande ville du Sud de Madagascar derrière Fianarantsoa située sur les Hautes-Terres. 
7 Le 29 avril 2018, lors de la Conférence Ministérielle sur la Sécurité et Sûreté Maritime organisée à Maurice, cinq Etats de la région des Etats de l’Afrique orientale et australe et de l’océan Indien ont signé l’Accord régional de mise en place d’un mécanisme régional d’échange et de partage de l’information maritime dans l’Océan Indien Occidental dont Djibouti, Madagascar, Maurice, l’Union des Comores et les Seychelles. D’autres Etats de la région prévoient d’adhérer à l’accord régional dans un futur proche.
8 L’Express de Madagascar, 4 avril 2019.
9 Nosy Be est une île côtière de Madagascar située dans le canal du Mozambique, près des côtes nord-ouest de Madagascar. Il s’agit, avec Diego Suarez et l’Île Sainte-Marie, d’un des trois anciens établissements français qui furent associés à l’ancien territoire du royaume mérina pour former l’ancien protectorat français de Madagascar dont l’actuelle république de Madagascar reprend les frontières.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 08-04-2019

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https://www.les-crises.fr/madagascar-nouvelles-razzias-chinoises-par-richard-labeviere/

Synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018

12/18 Actualité internationale

Synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018

Par Axelle DEGANS, le 30 décembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Agrégée d’histoire, Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Elle est notamment auteure de A. Degans, « Réussite aux concours 2019 ! La synthèse de l’actualité internationale 2018 », éd. Diploweb, via Amazon, 2019.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 12 000 followers)

Le sort des urnes

En Géorgie, Salomé Zourabichvili est devenue en décembre 2018 la nouvelle présidente de la Géorgie, république du Caucase. C’est la dernière élection présidentielle qui procède du suffrage universel direct, la prochaine sera indirecte, le président étant choisi par les parlementaires. La nouvelle présidente est connue en France pour avoir précédemment embrassé une carrière au Quai d’Orsay.

Andry Raejolina a remporté en décembre 2018 les élections présidentielles malgaches avec un peu plus de 55 % des suffrages exprimés pour une participation d’un peu moins de 50%. La commission électorale doit confirmer les résultats alors que son challenger dénonce des fraudes électorales. Cette élection a été l’occasion de dépenses somptuaires alors que le revenu moyen des malgaches est aujourd’hui inférieur à celui du moment de l’indépendance. Le pays est gangréné par la corruption et le système de la « rapine », c’est-à-dire des prélèvements effectués sur les produits exportés.

En République démocratique du Congo (RDC) les élections présidentielles prévues pour décembre 2018 ont de nouveau été repoussées, ce qui laisse planer de fortes inquiétudes. Une vingtaine de candidats se présentent pourtant à ces élections. … L’Eglise catholique, une des rares structures qui maille encore l’ensemble du territoire congolais, promet d’être vigilante et de veiller à ce que le scrutin puisse se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Joseph Kabila est président depuis la mort de son père – le seigneur de guerre Laurent-Désiré Kabila -en 2001. Il a été élu en 2006 puis en 2011. Les élections présidentielles auraient dû se tenir en 2016, mais elles sont depuis sans cesse ajournées, le président – qui ne peut se présenter pour un troisième mandat – restant au pouvoir. Le report partiel des élections, qui doivent se tenir le 30 décembre, n’est pas un bon signe.

Les nouvelles d’Afrique

En Tunisie, huit années presque jour pour jour après l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi (décembre 2010) qui a été le point de départ de la « révolution du jasmin » et plus généralement des révoltes arabes, un autre jeune, journaliste cette fois-ci, s’est immolé en décembre 2018 à Kasserine. Il a voulu, par son geste désespéré, dénoncer l’absence de perspective d’avenir dans son pays. Des heurts ont éclaté dans plusieurs villes tunisiennes, montrant que rien n’est réglé depuis la chute du président Ben Ali (2011) et la transition vers la démocratie. La situation économique et sociale reste bloquée, pour le malheur d’une jeunesse nombreuse et diplômée. L’islamisme radical monte dans ce pays où l’avenir semble sombre.

Le danger djihadiste est loin d’avoir disparu au Sahel comme le rappelle les récents affrontements au Mali. Le président Emmanuel Macron est allé réveillonner avec les troupes françaises au Tchad, réaffirmant ainsi son soutien à l’engagement militaire au côté du G5 Sahel (Tchad, Burkina Faso, Mali, Niger et Mauritanie). Il demande à l’Union européenne de contribuer au plus vite au financement de cette action commune visant à éloigner le danger djihadiste de l‘UE.

Au Maroc, deux jeunes touristes scandinaves ont été assassinées en décembre 2018 par des djihadistes. Une révélation perturbante pour le royaume chérifien. Au Niger, une centaine d’écoles ont été fermées en raison de menaces djihadistes.

Les Etats-Unis de Donald Trump

Synthèse de l'actualité internationale de décembre 2018
Général James Mattis
Source : Wikipédia

Le président Donald Trump annonce en décembre 2018 le retrait les troupes américaines de Syrie, déclarant que l’Etat islamique a définitivement été battu… mais rien n’est moins sûr. Il tient ainsi une de ses promesses électorales. C’est une décision assez populaire au sein de la population américaine, attachée à l’« America first ». Les effectifs militaires engagés (2 000 en Syrie et 14 000 en Afghanistan) devraient être divisés par plus de deux, mais les effectifs en Irak (5 200 hommes) devraient être maintenus. Cette décision, essentiellement décidée pour des considérations internes aux Etats-Unis n’est pas étrangère à la démission du secrétaire à la Défense, le général James Mattis. Elle pénalise les Kurdes que Washington avait jusque là soutenus mais satisfait grandement la Turquie qui ne veut pas de la création d’un Kurdistan indépendant.

Les Etats-Unis sont de nouveau confrontés en décembre 2018 à un « shut down », comme ils l’ont déjà été sous les mandatures de Bill Clinton ou Barack Obama. Le Congrès américain doit donner son accord pour un dépassement de budget – creusant donc davantage le déficit – pour financer la politique voulue par le président. Sinon, les fonctionnaires arrêtent d’être payés et des administrations ferment leurs portes. Il s’agit du troisième « shut down » de l’année 2018 après ceux des mois de janvier et février. Le bras de fer avec les parlementaires se cristallise autour du financement du mur que Donald Trump a promis d’ériger à la frontière avec le Mexique.

Le quarante-et-unième président des Etats-Unis, Georges Herbert Bush est décédé. Il a reçu des hommages nationaux et même internationaux. Il a été le président de la fin de la Guerre froide et de la guerre du Golfe, deux guerres gagnées par les Etats-Unis. L’actuel président a ostensiblement marqué une certaine indifférence à cette occasion.

La bulle qui s’est formée avec les cryptomonnaies – comme le bitcoin – au cours de l’année 2017 a fini par éclater en 2018. Ainsi, l’indice Bloomberg des cryptomonnaies les plus importantes a baissé de 80%, pour le plus grand malheur des spéculateurs qui y ont cru. Le krach des cryptomonnaies correspond aussi à une très mauvaise année boursière

Quelques nouvelles d’Asie

Le Japon est confronté à un environnement qu’il perçoit comme de plus en plus dangereux. Moscou a décidé de construire des bâtiments pour accueillir des soldats russes sur les iles Kouriles revendiquées par le Japon. Inquiet face à une Chine dont l’affirmation ne lui apparait pas pacifique, de l’imprévisibilité de la Corée du Nord, le Japon vient d’accroitre en décembre 2018 son budget militaire de plus de 200 milliards d’euros sur les cinq prochaines années, pour acquérir de nouveaux avions de chasse auprès de Washington et transformer deux porte-hélicoptères en porte-avions.

Le Qatar, qui est l’objet d’un boycott de ses voisins emmenés par l’Arabie saoudite, a décidé de façon très symbolique de sortir en décembre 2018 de l’OPEP, le cartel des exportateurs de pétrole. C’est une manière de montrer sa résistance face à la politique de Riyad.

Une angoissante nouvelle vient de se produire, la naissance de bébés – des jumelles – génétiquement modifiées. Elles le sont pour résister au Sida, une maladie qui n’afflige pas sa famille et qui n’empêche pas de naissance viable. Le chercheur et généticien français Axel Kahn a des mots très durs vis-à-vis de celui qui a permis cette naissance, qui ne relève d’aucune avancée scientifique mais d’une simple « audace » pour entrer dans l’Histoire. Il ajoute que le Sida ne sera peut-être même plus un fléau du monde quand ces petites chinoises parviendront à l’âge adulte, par contre, le code génétique de ces enfants est modifié sans en avoir la maitrise complète. Le médecin a une terrible responsabilité envers elles, qu’il ne pourra jamais assumer. Un terrible précédent pour une humanité qui n’a rien à gagner à jouer aux apprentis-sorciers avec la génétique.

L’Indonésie est de nouveau frappée en décembre 2018 par des catastrophes naturelles après celles qui ont endeuillé l’archipel durant l’été 2018. Cette fois-ci l’activité du volcan Krakatoa est responsable d’un tsunami qui a frappé la région du détroit de la Sonde – le détroit le plus utilisé dans la région après celui de Malacca – et provoqué la mort de plus de quatre cent trente personnes.

Une gouvernance mondiale contestée

La COP 24 s’est tenue en décembre 2018 en Pologne, à Katowice. Après les engagements pris à Paris lors de la COP 21 concernant la limitation des gaz à effet de serre (GES) pour contenir le réchauffement climatique, force est de constater que ceux-ci n’ont pas réellement été tenus. Les ambitions affichées en Pologne sont bien plus modestes. Un sommet pour rien ?

L’ONU a fait signer en décembre 2018 un pacte sur les migrations qui est dénoncé par certains pays. Ainsi, les Etats-Unis, certains pays européens (Autriche, la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Pologne la République tchèque ou la Suisse), l’Australie, le Chili, ou Israël ont refusé de le ratifier. La signature apposée par Bruxelles a provoqué une crise gouvernementale en Belgique. Si l’ONU met en valeur que les Etats signataires conservent leur souveraineté en matière migratoire, les Etats non signataires craignent, eux, que ce texte devienne un argument de droit pour de futurs et possibles recours en justice alors que ce texte ne fait pas suffisamment la part entre migrations légales et migrations illégales.

La réunion du G20 – les vingt premières économies mondiales – s’est tenue en décembre 2018 à Buenos Aires, en Argentine. Elle n’a débouché sur « aucun recul », manière très diplomatique de ne pas dire que rien n’a fait plier Donald Trump, moins enclin au libre-échange multilatéral que ses prédécesseurs. Les entretiens bilatéraux se sont en revanche multipliés en marge de cette réunion.

Une Europe agitée

Dans l’Union européenne, les manifestations se multiplient en décembre 2018. En Hongrie contre le pouvoir de Viktor Orban [1]. En France, les gilets jaunes manifestent tous les samedi depuis le milieu du mois de novembre. A Bruxelles contre le pacte migratoire signé sous l’égide de l’ONU. Ces manifestations témoignent d’un vrai malaise qui saisit les Européens.


Bonus vidéo. L’Union européenne est-elle condamnée à l’impuissance ?


Le sommet de Bruxelles de décembre 2018 aboutit à la décision de créer un instrument budgétaire de la zone euro pour parvenir à un budget d’investissement.

En France, l’indice de fécondité s’élève désormais à 1,92 enfant par femme après s’être stabilisé autour de 2 enfants pour la période 2006-2014. Les générations ne sont donc plus renouvelées, ce qui accentue le vieillissement de la population.

Dans les Balkans, le Kosovo annonce en décembre 2018 sa volonté de créer une armée d’environ 5000 hommes pour remplacer les 2 500 hommes des forces de sécurité du Kosovo. Celui-ci est sous perfusions internationales, et la KFOR – dépendant de l’OTAN – assure sa sécurité. Si les aspirations du Kosovo sont soutenues par Washington, le Secrétaire général de l’ONU appelle à la retenue et la Serbie manifeste son mécontentement.

A Cuba, l’après Castro en désenchantement ?

A Cuba, la situation économique continue à se dégrader après le revirement de la politique de Washington. Les pénuries alimentaires s’aggravent, y compris pour les produits de première nécessité comme la farine et donc le pain. La situation de décembre 2018 n’est pas sans rappeler la crise sévère – la « période spéciale » – qu’a traversé l’ile au lendemain de la chute de l’URSS (décembre 1991) qui finançait le régime castriste. Le président cubain Miguel Diaz-Canel s’est récemment fâché avec le nouveau président brésilien Bolsonaro, et donc l’un de ses importants partenaires économiques. Russie et Chine pourraient être des recours pour la Havane, dont le régime quasi autistique se préoccupe aujourd’hui de l’informatisation de l’ile…

La Havane a aussi décidé d’encadrer davantage les entrepreneurs privés pour lutter contre le travail illégal. Or près de 13% de la population travaille désormais à son compte, les « cuentapopistas », souvent de petits artisans ou commerçants. Il s’agit aussi pour le pouvoir d’inciter les étrangers à investir dans l’ile.

Bonnes nouvelles

En France, la ville de Grasse vient d’être classée en décembre 2018 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO pour ses savoir-faire, déjà mondialement reconnus, dans le domaine du parfum.

Un bien fragile cessez-le-feu est signé en décembre 2018 entre les protagonistes de la guerre du Yémen. Ce conflit a déjà tué près de 100 000 civils et causé l’une des pires catastrophes humanitaires de ce nouveau siècle. Plus de 15 millions de Yéménites sont en situation d’ « urgence alimentaire ».

Les Françaises sont en décembre 2018 championnes du monde de handball, un véritable exploit, qu’elles réitèrent après leur premier titre mondial décroché en 2003.

Je vous présente mes meilleurs vœux pour 2019 en espérant une belle année géopolitique !

Copyright décembre 2018-Degans/Diploweb.com

https://www.diploweb.com/Synthese-de-l-actualite-internationale-de-decembre-2018.html?utm_source=sendinblue&utm_campaign=NL221Lactualit_internationale&utm_medium=email

L’ex-chef de l’Etat Rajoelina a remporté la présidentielle à Madagascar (commission électorale)

L’ex-chef de l’Etat Rajoelina a remporté la présidentielle à Madagascar (commission électorale)

Antananarivo – L’ex-chef de l’Etat Andry Rajoelina a remporté la présidentielle à Madagascar, battant son rival Marc Ravalomanana au second tour très disputé qui s’est tenu la semaine dernière, selon les résultats rendus publics jeudi par la commission électorale.

M. Rajoelina a remporté 55,66 % des suffrages contre 44,34 % pour l’ancien président Ravalomanana, a précisé la commission.

Ces résultats pourraient être contestés, M. Ravalomanana ayant jugé le scrutin entaché de fraude.

Le président de la commission électorale Hery Rakotomanana a assuré que « des efforts » avaient été faits « pour répondre aux requêtes des deux candidats. L’un a demandé un examen du logiciel de comptage, l’autre a demandé des confrontation de procès verbaux », a-t-il dit.

L’élection présidentielle, à deux tours, a été marquée par des accusations mutuelles de fraude de la part des deux candidats.

Leur campagne aux allures de règlement de comptes a largement occulté les problèmes de fond du pays, qui est l’un des plus pauvres du continent africain et est sujet à l’instabilité politique depuis son indépendance de la France en 1960.

(©AFP / 27 décembre 2018 15h23)

https://www.romandie.com/news/L-ex-chef-de-l-Etat-Rajoelina-a-remport-la-pr-sidentielle-Madagascar-commission-lectorale/983188.rom

Madagascar secouée par une nouvelle crise politique

Madagascar secouée par une nouvelle crise politique

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Depuis le 21 avril, l’opposition malgache manifeste à Antananarivo pour protester contre l’adoption de force d’une loi électorale, préalable à l’organisation du scrutin présidentiel de novembre 2018.

Les partisans de l’opposition manifestent pour le cinquième jour d’affilé et appellent le président à démissionner, à Antananarivo, le 26 avril.

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Les partisans de l’opposition manifestent pour le cinquième jour d’affilé et appellent le président à démissionner, à Antananarivo, le 26 avril. / Rijasolo/AFP

Pourquoi ces manifestations à Madagascar ?

La mobilisation fait suite à l’adoption, le 3 avril, d’une loi électorale très contestée, censée définir le cadre du scrutin législatif et présidentiel de novembre prochain. Les députés de l’opposition, qui mènent les manifestations, dénoncent un passage en force du texte qui, selon eux, aurait été rendu possible par l’achat du vote de certains députés. En l’état, le nouveau dispositif électoral semble taillé sur mesure pour le parti au pouvoir et le président, Hery Rajaonarimampianina, bien que ce dernier laisse toujours planer le doute sur sa candidature.

Le 21 avril, une manifestation interdite de milliers d’opposants sur la place symbolique du 13 mai à Antananarivo a été durement réprimée, faisant 2 morts et 12 blessés. Ce qui pour autant n’a pas dissuadé les opposants, qui réclament depuis la démission du président, de continuer à manifester quotidiennement. Mais les choses se déroulent maintenant dans le calme, les forces de l’ordre ayant décidé de rester en retrait. Des négociations entre le parti au pouvoir et les députés de l’opposition auraient démarré jeudi 26 avril sous l’égide de l’Union Africaine. Dans la même journée, la Cour constitutionnelle devait se prononcer sur la constitutionnalité des lois électorales.

Quels sont les enjeux politiques derrière ces protestations ?

À la tête des protestataires se trouvent deux anciens présidents, Marc Ravalomanana (2002-2009) et Andry Rajoelina (2009-2014), qui se sont de nouveau déclaré candidats à ce poste. « Ce sont de vieux frères ennemis qui ont noué une alliance de circonstance. Ils utilisent la population comme un tremplin pour leurs ambitions personnelles. Or, la nouvelle loi électorale les affecte tout particulièrement », explique Mireille Razafindrakoto, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

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Nouvelle crise politique à Madagascar

Cela étant, nuance la chercheuse, « il n’y a pas de manipulation pure de la part des responsables politiques, parce que le mécontentement est réel au sein de la population. Sa principale préoccupation est la pauvreté qui s’aggrave alors que le pays détient d’énormes richesses. Et, l’actuel président a atteint des sommets en termes de dérives. »

Avec la nouvelle loi, Marc Ravalomanana ne pourrait plus se représenter car son casier judiciaire n’est pas vierge. Il avait été condamné en 2010 aux travaux forcés à perpétuité après la mort de 40 manifestants réprimés par sa garde présidentielle en 2009. Une peine qu’il n’a jamais entamée. Andry Rajoelina, à la tête d’une société publicitaire et de médias privés, se trouve quant à lui handicapé par les conditions restrictives d’utilisation des médias et certaines règles concernant le financement de la campagne des candidats.

Dans quel contexte s’inscrivent ces événements ?

Madagascar a connu des crises politiques à répétition au cours des dernières décennies. Parmi les dernières en date, l’élection contestée de Marc Ravalomanana en 2002, puis son renversement par l’armée, en 2009, qui l’a remplacé par Andry Rajoelina, alors maire d’Antananarivo. En 2015, le président Hery Rajaonarimampianina a également dû faire face à une tentative de destitution de la part de l’Assemblée.

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Entretien : La crise politique à Madagascar, un « éternel recommencement »

« C’est un éternel recommencement, la population n’est pas vraiment prise en compte et fait le jeu d’une oligarchie divisée, déplore Mireille Razafindrakoto. Mais, cette fois-ci, les gens ont quand même conscience qu’il ne faut pas retomber dans une nouvelle crise politique. Les opposants au pouvoir en place disent d’ailleurs qu’ils ne veulent pas pousser au coup d’État. Il y a également une très bonne chose à souligner, c’est que l’armée s’est placée de manière très claire dans un rôle d’arbitre. »

Eddie Rabeyrin

Madagascar : terre de mission

Madagascar : terre de mission

Madagascar, île d’Afrique de l’Est tournée vers l’Asie, est une terre de diversité. Une diversité qui résulte en partie des 18 groupes ethniques qui la peuplent, de leurs cultures et de leurs religions.

Si près de 45% des 25 millions de malgaches sont chrétiens dont 25% de catholiques (source diplomatie.gouv.fr), la majorité des habitants pratique encore la religion traditionnelle basée sur le culte des ancêtres.

Sur place, l’Eglise catholique est une force de développement social, économique et humain. Une église locale qui grandit, soutenue par la présence de prêtres missionnaires des MEP qui vivent avec les Malgaches en ville et dans les brousses.

Dans les pas du père Bertrand et de sa mission de Tsarahasina au nord de l’ile, ou sur le chantier d’un hôpital avec le père Jean-Yves à Mananjary au sud-est, dans le développement d’un jeune diocèse à Port Bergé ou avec les jeunes volontaires en mission , ces quatre reportages vous proposent un bref aperçu de cette richesse et de cette diversité.

Les défis d’un jeune diocèse malgache

 

C´est en 1993 que naissait le tout nouveau diocèse de Port-Bergé, au nord de Madagascar. Aujourd´hui, si près de 2% de ses 700 000 habitants sont catholiques, les défis sont nombreux pour ce jeune diocèse. Dans ce territoire rural et très étendu, seuls 28 prêtres sont présents. Face au manque d´infrastructures, l´évêque du diocèse, Mgr Georges Varkey Puthiyakulangara, a défini quatre priorités : l´éducation, la formation à la foi, le développement des adultes et les vocations. Le diocèse a construit une école, des églises et a ouvert un Petit Séminaire. Mais au-delà des constructions, c´est toute la vitalité de la foi de ce diocèse qui grandit.

Prêtre missionnaire en brousse

 

Le père Bertrand de Bourran des Missions Etrangères de Paris est en mission à Madagascar depuis plus de 20 ans. Il y a 7 ans, il a démarré une nouvelle mission au Nord du pays dans le village de Tsarahasina. Dans la brousse, il construit petit à petit une église locale en rendant visite aux communautés éloignées, en construisant des écoles et des dispensaires, en vivant tout simplement avec et au milieu des malgaches. Une mission de rencontre et de partage.

Volontaires MEP à Madagascar : au service de la mission

 

Clotilde, Jeanne et Matthieu sont trois jeunes français qui ont décidé de s’engager avec les Missions étrangères de Paris en tant que volontaires. Ils sont partis pour 1 an à Madagascar pour se mettre au service des malgaches. Que ce soit dans une école, un orphelinat ou dans le projet de construction d’un hôpital, ils témoignent de cette expérience de service et de rencontre de l’autre, au nom de leur foi.

l’hôpital missionnaire de Mananjary

 

Depuis presque 10 ans, le Père Jean-Yves Lhomme, prêtre des Missions Étrangères de Paris, s’est lancé dans un projet ambitieux : la construction de l´Hôpital Saint-Anne à Mananjary, une ville côtière de Madagascar, située à 12h de route de la capitale Tananarive. Le défi : construire un hôpital qui réponde à un besoin à la fois sanitaire et missionnaire, dans un diocèse qui compte 1 000 000 d’habitants.

http://www.ktotv.com/madagascar-terre-de-mission