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La France annonce la mort du chef d’Aqmi, tué au Mali

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La France annonce la mort du chef d’Aqmi, tué au Mali

Publié le : 05/06/2020 – 22:20Modifié le : 06/06/2020 – 04:16

Photo non datée de l’Algérien Droukdel, alias Abou Moussa Abdelwadoud.
Photo non datée de l’Algérien Droukdel, alias Abou Moussa Abdelwadoud. AFP PHOTO/HO

Texte par :RFISuivre

La ministre française des Armées Florence Parly a annoncé ce vendredi 5 juin la mort du chef d’al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) Abdelmalek Droukdel et de « plusieurs de ses proches collaborateurs », lors d’une opération militaire le 3 juin au Mali.

Une opération menée le 3 juin dans le nord du Mali par les forces françaises avec le soutien de leurs partenaires a conduit à la mort de l’émir d’Aqmi Abdelmalek Droukdel, a annoncé ce vendredi 5 juin sur Twitter la ministre française des Armées Florence Parly. L’opération a été menée au nord de l’Adrar des Ifoghas, à 80 km à l’est de Tessalit, près de la frontière avec l’Algérie.

Si dans l’immédiat l’information n’est pas encore confirmée, la frappe aurait été délivrée par un drone de l’armée de l’air, suivie d’une opération héliportée. Bilan : 5 morts,  Abdelmalek Droukdel et plusieurs de ses proches collaborateurs, dont un haut cadre chargé notamment de la propagande au sein d’Aqmi.

« Les forces français déployées en opération affirment qu’aujourd’hui le jihadiste Abdelmalek Droukdel a bien été neutralisé  » assurait vendredi soir le colonel Frédéric Barbry, porte-parole de l’état-major des armées, ajoutant qu’il y a également un prisonnier. L’un des membres du groupe terroriste s’est rendu sans combattre. On ne connaît pas encore son identité.

Cette opération a été réalisée par un module d’intervention composée d’hélicoptères et de troupes au sol, le tout étant appuyé par de l’aviation.

Colonel Frédéric Barbry

Christophe Boisbouvier

Abdelmalek Droukdel est une figure du jihad dans la région, mentor de plusieurs groupes jihadistes au Sahel dont le JNIM ou GSIM en français, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans.

De bonne source, un test ADN a été mené. Il confirme l’identité Abdelmalek Droukdel. Fin 2018, l’armée française avait annoncé la mort probable d’Amadou Koufa chef de la katiba Macina, avant que ce dernier ne réapparaisse dans une vidéo quelques mois plus tard. Cette fois, Paris se montre certain. Les experts restent néanmoins prudents pour le moment, tant que cette mort n’a pas été confirmée par le groupe terroriste. 

Les groupes jihadistes, notamment ceux liés à al-Qaïda et donc Aqmi, n’ont pas l’habitude de cacher leurs morts. Si cette mort est effective, elle sera confirmée dans les jours qui viennent. Tant qu’elle n’a pas été réellement confirmée par les différentes parties, il faut rester prudent.

Lemine ould Salem

Marie-Pierre Olphand

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Dans sa série de tweets, la ministre des Armées annonce par ailleurs que des opérations se poursuivent contre l’organisation Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), active dans la région de Ménaka, au nord-est du Mali, à la frontière avec le Niger. La ministre française des Armées rappelle que le 19 mai dernier, la force Barkhane a capturé Mohamed el Mrabat, « vétéran du jihad au Sahel et cadre important de l’EIGS ».Florence Parly@florence_parly · En réponse à @florence_parly

Le 3 juin, les forces armées françaises, avec le soutien de leurs partenaires, ont neutralisé l’émir Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI), Abdelmalek Droukdal et plusieurs de ses proches collaborateurs, lors d’une opération dans le nord du Mali.Florence Parly@florence_parly

Abdelmalek Droukdal, membre du comité directeur d’Al-Qaida, commandait l’ensemble des groupes qaïdistes d’Afrique du Nord et de la bande sahélienne, dont le JNIM, l’un des principaux groupes terroristes actifs au Sahel.438Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité163 personnes parlent à ce sujet

La France au Sahel : une stratégie bancale

La France au Sahel : une stratégie bancale

Publié par: Majed Nehméle: 18 janvier, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_MaghrebImprimerEmail

Neuf ans après l’éclatement de la Libye, grâce notamment à la France, alors dirigée par Nicolas Sarkozy, le Sahel, cette immense bande de près de trois millions de km2, séparant le Grand Sahara de l’Afrique de l’Ouest, se retrouve à son tour livré au chaos. Les cinq pays qui la composent (Mauritanie, Mali, Tchad, Niger et Burkina Faso) continuent de subir, à des degrés divers, les contrecoups de la tragédie libyenne.

– Vendredi 10 janvier, deux jours avant la tenue du sommet de Pau convoqué par Macron, un millier de Maliens ont encore manifesté à Bamako pour réclamer le départ des troupes étrangères, en particulier françaises. (AFP)

Celle-ci avait ouvert une boite de pandore d’où sont sortis les démons qui sèment aujourd’hui la terreur et le chaos dans le Sahel et, probablement demain, dans d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest. Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense et de l’Intérieur, fut l’un des rares hommes politiques français à stigmatiser la politique d’ingérence et de regime change qui a ouvert un boulevard au terrorisme, au crime organisé transfrontalier et à l’immigration massive non contrôlée.
A part Hubert Védrine et quelques voix courageuses mais inaudibles, rares étaient ceux qui avaient vu venir cette catastrophe. Même Jean-Luc Mélenchon, alors l’étoile montante de la gauche française avait soutenu cette guerre.
Interrogé en 2014 sur la vague de l’immigration massive et incontrôlée qui s’était abattue à partir de 2011 sur l’Europe, Chevènement imputa ce phénomène à « la destruction de la Libye » par le gouvernement français. «La Libye, déclara-t-il sur le micro d’Europe 1, avait beaucoup de défauts à l’époque de Mouammar Kadhafi, mais la Libye exerçait un contrôle sur ses frontières. Nous avons détruit la Libye, il faut le dire (…) La France, l’Angleterre, sous l’impulsion de M. Sarkozy, peut-être de M. Bernard Henry-Lévy, ont décidé qu’il fallait aller faire le ménage…Résultat de l’ingérence : aujourd’hui, c’est le désordre complet».

Du chaos libyen au bourbier sahélien

Mais ce désordre ne s’est pas arrêté là. Depuis la Libye, livrée à elle-même et aux milices islamistes financées par le Qatar et armées par le Soudan islamiste d’Omar al-Bachir et, plus tard, par la Turquie d’Erdogan, le chaos s’est répandu comme une trainée de poudre dans l’ensemble du Sahel, une région considérée jusqu’ici comme une zone d’influence française. L’imminente chute de cette zone tampon – située entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne – entre les mains de groupes terroristes, mafieux et ethniques constituait une menace directe pour les intérêts français. L’ancien président François Hollande, qui avait applaudi des deux mains l’intervention en Libye, n’avait pas bougé le petit doigt quand ces groupes terroristes, renfloués par des groupes armés Touaregs, s’étaient emparés du nord du Mali, l’Azawad, y constituant une sorte d’émirat islamique autonome. Nombreux d’ailleurs sont les nationalistes maliens, attachés à l’intégrité territoriale de leur pays qui avaient accusé la France de vouloir favoriser la partition du pays et la création d’un Etat touareg indépendant.
Ce n’est que lorsque les groupes islamistes, qui contrôlaient déjà l’Azawad, foncèrent vers la capitale Bamako à partir de Konna le 10 janvier 2013, après avoir défait l’armée malienne, que la France intervint militairement. L’objectif était de stopper l’avance des rebelles et de passer, dans le cadre de l’opération Serval, à la reconquête des territoires sous contrôle des rebelles. Cette intervention était motivée par une saisie du Conseil de sécurité de l’Onu par le gouvernement central de Bamako demandant l’aide militaire de la France et de la communauté internationale. Ce fut le début de l’enlisement militaire français dans le bourbier sahélien.

Sauver le Sahel ou les intérêts géopolitiques de la France ?

Si l’objectif affiché de l’opération était, selon François Hollande dans un discours prononcé le 15 janvier 2013, de soutenir l’armée malienne face aux groupes terroristes et irrédentistes, de stopper l’avancée rebelle vers la capitale Bamako, de sauvegarder l’intégrité territoriale du pays, la mise en application de cette feuille de route s’avèrera plus compliquée que prévu. Une fois les principaux bastions de la rébellion tombés (Gao, Tombouctou, Kidal, Tessalit…), il fallait combattre un ennemi mobile, dispersé non seulement dans l’Azawad et les centres urbains, mais dans le reste du Mali et l’immensité du Sahel. De simple opération de lutte anti-terroriste, la France s’est retrouvée confrontée à un processus de Nation Building avec tous les risques qu’il comporte.
L’opération Barkhane, qui a pris le relais dès le 1er août 2014 de l’opération Serval, est composée de 4 500 hommes essentiellement français. Un effectif jugé par tous les géopoliticiens sérieux de très insuffisant pour mener à terme la pacification du Sahel et la reconstruction de ses Etats fragiles, voire faillis. C’est ce qui a amené la France à proposer à ses partenaires européens la constitution d’une nouvelle structure appelée Takuba, qui consisterait à déployer des forces spéciales auprès des armées locales [notamment malienne] afin de les aider à contrer la menace jihadiste. Ce projet n’a guère emballé les partenaires européens de la France puisque jusqu’ici, seules l’Estonie, déjà présente dans Barkhane, la Belgique et la Tchéquie avaient répondu présentes. Avec une participation presque symbolique…
L’Allemagne, quant à elle, a jusqu’ici refusé l’invitation française à participer au déploiement de forces spéciales européennes pour combattre les islamistes au Mali. Il faut dire que les Allemands ne partagent ni l’approche, ni la perception de la France dans la gestion de ce dossier. Le diagnostic de leurs services de renseignements est très sceptique, rejoignant en cela celui d’un récent rapport de l’ONU et de l’International Crisis Group. Les Américains sont, eux, tentés de se retirer de la région et de fermer leur base de surveillance au Niger, aujourd’hui en voie d’effondrement.
Pour le ministère allemand de la Défense, la menace au Sahel est non seulement incarnée par des groupes jihadistes et le crime organisé, mais aussi par le fait que les groupes armés terroristes y jouissent d’une « grande liberté de mouvement » et pourraient « agir sans restriction ». Ils estiment que « la valeur opérationnelle de la Force conjointe du G5 Sahel est actuellement faible » et que les forces de sécurité maliennes ont « atteint leurs limites malgré le soutien international. » L’ICG va encore plus loin puisqu’il considère, dans un rapport publié à la veille du Sommet de Pau du G5 que la véritable menace pour la sécurité et la stabilité dans cette région « n’est pas seulement le jihad international porté par des groupes terroristes transnationaux, mais une vague d’insurrections tournées contre les États.»

Y a-t-il une stratégie de sortie pour la France ?

Certes, les militaires français ne sont pas les seuls responsables de cet engrenage puisqu’il y a aussi une multitude de forces qui sont censées aider à la mise en application de la stratégie d’intervention dans la région, telle que théoriquement définie par les décideurs français. « La stratégie sahélienne de la France, lit-on sur le site officiel du ministère français de la Défense, vise à ce que les États partenaires acquièrent la capacité d’assurer leur sécurité de façon autonome. Elle repose sur une approche globale (politique, sécuritaire et de développement) dont le volet militaire est porté par l’opération Barkhane, conduite par les armées françaises. »
A titre d’information, Barkhane est soutenue par la Mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM Mali), lancée le 18 février 2013 à la suite de l’adoption de la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU.

– Les cinq chefs d’états du Sahel lors du Sommet de Pau dimanche 12 janvier 2020 autour du président français Emmanuel Macron. Palabre, palabres…Photo DR

Elle s’inscrit dans le cadre de l’approche globale conduite par l’Union européenne pour renforcer la sécurité au Mali et au Sahel. Elle compte un effectif d’environ 600 militaires en provenance d’une vingtaine d’États membres de l’UE et une douzaine de militaires français y contribuent.
A cela s’ajoute la mission onusienne de maintien de la paix Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), créée le 25 avril 2013 par le Conseil de sécurité de l’ONU (résolution 2100) et composée de 11 953 militaires, 1 741 policiers et de 1 180 civils (661 nationaux – 585 internationaux, 155 volontaires des Nations unies).
Certes, un travail considérable a déjà été accompli ne serait-ce qu’au niveau de la défaite des organisations jihadistes et des groupes armés dans le Nord-Mali. Tant que les accords inter-maliens, dont ceux signés respectivement à Alger et à Bamako en 2015 après des négociations laborieuses menées dans la capitale algérienne entre le gouvernement central malien et la Coordination des mouvements de l’Azawad) ne sont pas appliqués par les deux parties, la menace reste sous-jacente, des cellules dormantes attendant le moment propice pour se manifester. Les principes généraux contenus dans ces accords visaient à redéfinir les contours d’un nouveau contrat social au Mali même et dans le reste des Etats du Sahel infesté par le terrorisme, à savoir :

A) respect de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Etat du Mali, ainsi que de sa forme républicaine et son caractère laïc;
B) reconnaissance et promotion de la diversité culturelle et linguistique et valorisation de la contribution de toutes les composantes du peuple malien, particulièrement celle des femmes et des jeunes, à l’œuvre de construction nationale;
C) prise en charge par les populations de la gestion effective de leurs propres affaires, à travers un système de gouvernance prenant en compte leurs aspirations et leurs besoins spécifiques;
D) promotion d’un développement équilibré de l’ensemble des régions du Mali tenant compte de leurs potentialités respectives;
E) rejet de la violence comme moyen d’expression politique et recours au dialogue et à la concertation pour le règlement des différends;
F) respect des droits de l’Homme, de la dignité humaine et des libertés fondamentales et religieuses;
G) lutte contre la corruption et l’impunité;
H) lutte contre le terrorisme, le trafic de drogues et les autres formes de criminalité transnationale organisée.

Grande absente : l’Algérie

Malheureusement ces accords sont restés lettre morte, même si Emmanuel Macron, dès son élection en mai 2017, avait promis de tout faire pour les ressusciter. Vœux pieux. La réaction très peu diplomatique du locataire de l’Élysée à l’élection d’Abdelmajid Tebboune, en décembre dernier, comme nouveau président de l’Algérie n’est pas de nature à faciliter les contacts entre les deux hommes. Au lieu de présenter ses félicitations, comme c’est l’usage et comme l’ont fait tous les chefs d’Etats européens, il s’était contenté de « prendre note » de l’élection d’Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’Algérie et de l’appeler, avec arrogance, à engager un « dialogue avec le peuple algérien ». Ce dernier, vexé, a répliqué : « Je ne lui réponds pas. Il est libre de vendre la marchandise qu’il veut dans son pays, mais moi j’ai été élu par le peuple algérien et je ne reconnais que le peuple algérien ».
On comprend pourquoi la France a brillé par son absence lors du ballet diplomatique autour de la Libye dont Alger a été le théâtre.
Une autre bizarrerie de la stratégie sahélienne française antiterroriste : l’entêtement à exclure implicitement l’Algérie comme partenaire dans le processus de sortie de crise du Sahel. D’autant que ce pays abrite le siège du Conseil des chefs d’état-major opérationnel des armées (Cemoc) basé à Tamanrasset, dans le Sud algérien) et composé de l’Algérie, du Mali, de la Mauritanie et du Niger et qu’il dispose de l’armée la plus puissante de la région.

Pourquoi la France est incomprise par les Africains ?

Incomprise de ses partenaires européens et américains, regardée avec suspicion par de vaste tranches des opinions publiques africaines, jugée sévèrement pour ses maigres résultats sur le terrain, la stratégie française dans le Sahel devrait impérativement être réadaptée pour faire face aux nouveaux foyers qui se sont déplacés du Nord-Mali vers le triangle de la mort (à la frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso), le brasier tchadien. Cela risque encore de s’étendre vers l’Afrique de l’Ouest et en particulier en Côte d’Ivoire. Et ce ne sont pas les déclarations sibyllines du sommet de Pau qui constituent une vraie feuille de route pour sortir de ce bourbier. Ni l’envoi de 220 soldats supplémentaires au Mali qui va changer la donne sur le terrain.
Jean-Yves Le Drian, le patron du Quai d’Orsay fait mine de ne pas comprendre pourquoi les Africains sont remontés contre la France.
« Je le constate avec tristesse et un peu de révolte, quand on sait la force de notre engagement, nos 41 morts, et que cela a été fait à la demande des autorités politiques du Sahel. Je ne veux pas non plus surestimer ce sentiment. Il est fortement relayé sur les réseaux sociaux, au travers de fausses nouvelles qu’il faut combattre, mais, dans une situation de crise et d’insécurité, on cherche un bouc émissaire. Une partie du ressentiment antifrançais est liée au fait que les populations ne se sentent pas assez protégées. Il faut que les choses soient claires concernant notre présence. Nous n’avons aucun intérêt dans cette région, sauf la défense du droit et de notre propre sécurité. Si ça ne passe pas par des accords et une clarification des engagements, il faudra se poser des questions et repenser notre positionnement militaire. »
Le Drian, qui reprend ici le même argumentaire que son patron, passe sous silence les racines de la colère, à savoir les ingérences et les interventions militaires françaises à répétition en Afrique pour sauver, non pas leurs pays, mais des régimes à la solde de la France. Les opinions africaines n’ont surtout pas digéré l’intervention militaire française en Libye, comme elles n’ont pas digérée l’emploi de la force armée pour déloger l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Elles sont enfin en colère contre les maigres résultats de ces interventions. La sécurité promise n’est pas au rendez-vous et les fruits du développement durable promis tardent à mûrir.
Il faudra plus qu’un sommet du G5 pour relever les défis et dissiper les malentendus. Car il y a péril en la demeure et seule la réhabilitation d’Etats africains souverains, autonomes, représentatifs et efficients est de nature à assécher le vivier terroriste. Il n’est pas trop tard pour changer de logiciel et d’approche.

http://www.afrique-asie.fr/la-france-au-sahel-une-strategie-bancale/

Opération Barkhane : la France financièrement à la peine au Sahel

Décryptages » Opération Barkhane : la France financièrement à la peine au SahelDÉFENSE27 novembre 2019© Daphné BENOIT / AFP

MALI

Opération Barkhane : la France financièrement à la peine au Sahel

La France va rendre hommage lundi aux treize soldats français qui ont trouvé la mort dans un double accident d’hélicoptères au Mali. Emmanuel Macron prononcera leur éloge funèbre lors de la cérémonie aux Invalides.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN499Avec Jean-Bernard Pinatel

Atlantico.fr : Au vu des événements qui se sont déroulés au Mali (13 soldats français ont trouvé la mort), la situation semble de plus en plus tendue dans cette zone. Certains partis politiques, comme LFI, en profitent pour appeler à une discussion « pour envisager les voies de sortie » de l’opération lancée en 2014.

Quelle est la situation au Mali (tant sur le plan militaire que géopolitique) ? Le niveau de menace pour les forces françaises a-t-il augmenté ?

Jean-Bernard Pinatel : La situation au Mali doit être examinée non seulement au niveau des cinq pays du G5 Sahel mais aussi au regard des 4 pays riverains de la méditerranée et en particulier de la Lybie et de la Tunisie. 

La zone d’opération Barkane couvre cinq pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina, Niger et Tchad) où vivent 93 millions d’habitants sur 5 000 000 de km2, près de 8 fois la superficie de la France. 

Une chronologie sommaire est en effet nécessaire pour comprendre la situation actuelle :

• Aout 2011 mort de Kadhafi

• Novembre 2011 le gouvernement s’inquiète du pillage des arsenaux libyens et du  retour dans leur pays des militaires originaires du Sahel qui servaient dans l’armée libyenne avec un armement considérable. On parle notamment de 5000 SAM7 disparus.

• 2012 tout le Nord du Mali est en rébellion ; les villes de Tombouctou et de Gao sont aux mains de plusieurs organisations islamistes AQMI et le MUJAO dont  les chefs ne sont pas originaires du Mali et qui cohabitent plus ou moins avec les  indépendantistes Touaregs du massif des ifhogas 

• Le 12 janvier2013  début de l’opération Serval face à la menace des rebelles qui après avoir pris Konna menacent Bamako.

Depuis le 18 janvier 2013 je ne cesse d’écrire que le retour à la stabilité du Mali ne pourra être obtenue seulement par une option militaire ;  que notre objectif doit se limiter à casser les katibas et à ramener les bandes à de petits groupes qui seront incapables de contrôler durablement une ville ; que pour faire monter en puissance l’armée malienne comme celle du Burkina et qu’elles soient capables de conduire seules des actions offensives vers le nord,  il faudra  reconstruise presque complétement le corps des officiers qui a démontré en 2011 sa lâcheté et sa corruption ; qu’il est essentiel de mettre en place une solution d’autonomie pour l’AZAWAD qui ressemble à celle que les espagnols ont consenti aux Basques afin de dissocier les Touaregs des bandes d’islamistes dont l’encadrement est souvent étranger ou qui a servi de longues années en Libye.

Au final l’opération Barkane est un succès car cet engagement limité a permis  de garantir un niveau de sécurité acceptable et elle fournit les délais nécessaires  à la reconstruction des armées de ces pays. Dans ce domaine on est à peine au milieu du gué. Elle permet aussi, tant bien que mal, de préserver  une activité économique minimale notamment grâce à l’exploitation de leurs richesses minières. Cet objectif est atteint avec un surcout financier limité pour notre budget militaire de l’ordre de 1,5 milliard d’€ (moins de 5% de nos dépenses militaires) si on prend en compte l’usure accélérée des matériels. Et aussi avec des pertes humaines très limitées même si elles sont toujours très douloureuses.

Cela dit l’objectif de muscler les forces de ces pays pour leur permettre de mener des actions offensives contre les rebelles du Nord sera un travail de longue haleine. Certains  pensent même que c’est illusoire. Le Tchad a connu une stabilité relative à partir du moment où se sont les Toubous ou les Goranes qui ont pris le pouvoir à N’Djamena car les nomades du désert ont un ADN de guerrier ce qui n’est pas le cas des populations sédentaires du Sud.

Enfin sur un plan géographique plus large tant que les milices islamiques continueront de contrôler Misrata en Libye et une  partie de Tripoli,  Erdogan pourra continuer à ravitailler en armes et en munitions les islamistes du Sahel.

L’armée française peut-elle continuer à combattre dans les conditions actuelles ? En a-t-elle les moyens ? Est-ce qu’une opération européenne par exemple serait plus efficace ? 

Jean-Bernard Pinatel : L’armée française a les moyens d’empêcher la reconstitution de katibas qui pourraient à nouveau contrôler durablement une ville et des villages dans ces pays. Elle tire de cette mission un bénéfice considérable en capacité opérationnelle car une armée qui ne se bat pas ne vaut rien. Quant aux européens, ils nous aident logistiquement et prennent en compte des actions de formation et notre Ministre des armées se bat quotidiennement pour leur faire accroître cet effort. Mais tant que l’Allemagne ne changera pas sa Constitution, elle ne pourra pas engager ses forces dans des opérations militaires. Quant à l’Italie elle a des intérêts considérables en Libye et joue un jeu qui va dans le sens de ses propres intérêts et pas nécessairement dans celui d’une stabilisation de la Libye.

Quelles seraient les conséquences d’un retrait du Mali ? 

Jean-Bernard Pinatel : Les conséquences seraient des vagues d’immigration vers la France. Je rappelle que 93 millions de personnes vivent dans ces 5 pays, beaucoup ont des parents qui vivent et travaillent France. Stabiliser la situation sécuritaire et aider ces pays dans leur développement est la seule option sérieuse.

Certains observateurs estiment que la France défend non seulement des intérêts politiques mais aussi économiques au Sahel, notamment sur les questions liées à l’uranium. Est-ce crédible ?

Jean-Bernard Pinatel : Non, l’uranium  est une ressource abondante et bien répartie sur l’ensemble de la planète : 44 % des réserves se trouvent dans les pays de l’OCDE – l’Australie est le premier producteur -, 22 % dans les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et 34 % dans le reste du monde. Nous ne sommes absolument pas dépendants du Niger.

Ces opérations sont certes nécessaires mais lorsqu’elle déploie ses forces armées, la France est souvent accusée de néocolonialisme. Comment sortir de ce cercle vicieux ?

Jean-Bernard Pinatel : La France est au Sahel à la demande express et en coordination permanente avec les gouvernements légaux. Pour mémoire l’or du Burkina et du Mali  est presque exclusivement exploité par des compagnies qui sont canadiennes, australiennes, turques, russes, etc.. Et pas françaises !

On n’empêchera pas les islamo-gauchistes, compagnons de route de l’Islam radical,  de reprendre la chanson du néocolonialisme. Les commentaires de cet article sont à lire ci-aprèsLe sujet vous intéresse ?Mots-clés :barkhaneopération BarkhaneArméearmée de terreAfriqueFranceMaliSahelBudgetNigerTchadThématiques :FRANCEDÉFENSE

https://www.atlantico.fr/decryptage/3583631/operation-barkhane–la-france-financierement-a-la-peine-au-sahel-mali-niger-gao-jean-bernard-pinatel

La ministre des Armées a débuté une visite des pays du Sahel.

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Sahel : Florence Parly au contact de l’opération Barkhane

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Publié par Jean-Baptiste Le Roux le 4 Novembre 2019

La ministre des Armées a débuté une visite des pays du Sahel. Deux jours après la mort d’un militaire français, elle doit rencontrer le nouveau commandant de la force Barkhane, ainsi que le président tchadien.

Florence Parly est arrivée au Tchad

Sahel : Florence Parly au contact de l’opération Barkhane

Une visite sous très haute sécurité. Deux jours seulement après la mort du brigadier de 24 ans Ronan Pointeau, tué par un IED qui a explosé au passage de son véhicule, la ministre des Armées françaises vient prendre le pouls de l’opération Barkhane, dans les pays du Sahel. Une visite qui a débuté lundi 4 novembre par un arrêt au Tchad, à N’Djamena.
Sur place, Florence Parly doit notamment rencontrer le président tchadien, Idriss Déby, ainsi que le nouveau commandant de la force Barkhane, le général Pascal Facon. Pour rappel, l’opération Barkhane est une opération militaire française qui mobilise 4.500 soldats, menée conjointement avec les autorités locales, qui se déroule dans la bande sahélo-saharienne (Mali, Tchad, Burkina Faso, Niger et Mauritanie).

Barkhane, l’enlisement ?

Pour des raisons de sécurité évidentes, après la mort du brigadier Ronan Pointeau, et l’attaque contre la base des forces armées maliennes (FAMa), toutes deux revendiquées par le groupe djihadiste État islamique au Grand Sahara (EIGS), les autres étapes de la visite de Florence Parly sont tenues secrètes. Quoi qu’il en soit, la ministre des Armées vient prendre la température d’une situation devenue de plus en plus complexe pour les armées françaises.
Cela fait six ans que les exactions djihadistes perdurent dans cette zone de l’Afrique. Sur place, la menace terroriste s’étend désormais du Nord du Mali au centre du pays, en passant par le Burkina Faso et le Niger. Les forces locales semblent démunies face à un tel conflit, malgré l’aide de contingents étrangers, dont les militaires français.

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https://www.enderi.fr/Sahel-Florence-Parly-au-contact-de-l-operation-Barkhane_a563.html

Sahel : une cécité volontaire

Sahel : une cécité volontaire

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15 octobre, 2019
NoteLeslie Varenne

Au cours des quinze derniers jours, les événements dramatiques se sont succédé à une vitesse effrénée dans la Bande sahélo-saharienne (BSS). Paradoxalement, les communications officielles des gouvernements malien, burkinabè sont déconcertantes d’optimisme. Quant à celle du Conseil de sécurité, le 12 octobre, elle ne pourrait être plus lénifiante. Les populations, elles, ne sont pas dupes, l’inquiétude se lit sur les visages. Elles ont compris que la crise s’inscrivait dans un temps long. Elles ne comptent plus que sur leur propre force pour survivre et sécuriser leur famille, leur village, leur zone. Les échecs militaires assortis d’une absence de réponse politique les poussent à s’interroger sur les raisons de leurs malheurs et sur les agendas des acteurs nationaux et internationaux. Cette situation provoque également la colère des habitants de la BSS. La manifestation qui a tourné à l’émeute le 12 octobre à Sévaré contre la MINUSMA, co-accusée avec l’opération française Barkhane « d’inertie face à la situation sécuritaire dans le centre du pays », est un signal fort, exprimant le niveau d’exaspération et d’élévation de la température. Le même jour, à Ouagadougou était organisé, par plusieurs associations, une journée anti-impérialiste pour demander le départ des forces étrangères. La gronde pourrait se propager…   

Attaque du camp de la MINUSMA à Sévaré

Montée en puissance des forces djihadistes

D’après une source sécuritaire, lors de l’attaque de la base du G5 Sahel à Boulkessi et d’un camp des forces armées maliennes à Mondoro dans la nuit du 29 octobre, les soldats ont essuyé une pluie d’obus venant de tous les côtés puis les terroristes se sont rendus maîtres des lieux avant de s’enfuir. Cela prouve d’une part, le bon niveau de préparation militaire et la maîtrise du terrain ; d’autre part, cela confirme que les djihadistes maliens comptent désormais dans leurs rangs des éléments aguerris, parmi lesquels des étrangers ayant fait leurs armes au Moyen-Orient, comme l’IVERIS le notait dans un précédent article et comme le groupe des experts de l’ONU sur le Mali l’a écrit également dans son dernier rapport

Cette attaque a été revendiquée par le JNIM, de lyad AG Ghali. qui a déclaré que son organisation avait tué 85 soldats, fait deux prisonniers et saisi des pickup, des munitions et des matériels lourds.

Toujours au Mali, une semaine plus tard, les terroristes maliens ont signé une énième attaque contre les forces armées présentes sur le territoire, en tuant un casque bleu par l’explosion d’un engin lors du passage du véhicule de la MINUSMA dans la région d’Aguelhok.

Au Burkina Faso voisin, les quinze derniers jours ont été tout aussi violents, illustrant ainsi la désespérante dégradation sécuritaire. Les mêmes djihadistes qui opèrent au Sahel de part et d’autre de la frontière, adoptent une stratégie différente en poursuivant des objectifs distincts selon les pays. Dans cet Etat, ce sont les populations civiles qui sont les premières ciblées lors d’attaques non revendiquées par des hommes armés non identifiés. Ainsi, en moins de quinze jours, cinq attaques, dont celle d’un site d’orpaillage, ont fait au moins 48 victimes. Le mode opératoire est toujours le même les assaillants arrivent en moto, tuent, pillent, volent le bétail et incendient maisons et bâtiments publics, forçant ainsi les habitants à quitter leurs villages et à venir grossir le rang des déplacés à Ouagadougou.

Un débat nauséabond

Toujours au Burkina-Faso, le 11 octobre, la grande mosquée de Salmossi, près de Gorom-Gorom a été la cible d’hommes armés, 16 fidèles ont été froidement assassinés pendant leur prière. Cet acte n’a pas été revendiqué, mais il ne semble pas signé par les groupes armés de la zone qui ne s’en prennent pas aux mosquées. Cela s’inscrit plus vraisemblablement dans le cycle attaques de djihadistes/représailles sur des populations soupçonnées de collaborer avec les terroristes. Tout porte à croire que cette tuerie est l’œuvre d’une milice, comme celle des Koglweogos qui avait commis le massacre de Yirgou, de sinistre mémoire.

Par ailleurs, ce drame survient précisément au moment où un débat agite la société burkinabè sur l’utilité de créer des milices d’autodéfense. Loin d’être anodin, ce débat entérine la faiblesse de l’Etat et de son armée, ouvre la voie à des représailles aveugles, à la chasse aux boucs émissaires, aux massacres dits « intercommunautaires » comme celui d’Ogossagou…

Déconnectés du réel

C’est dans ce contexte que les gouvernements malien et burkinabé, ont cru bon de faire la promotion du tourisme en participant au salon IFTM-TOP Résa à Paris, alors qu’au moins un tiers de leur territoire respectif échappe au contrôle de leur Etat. Interrogé sur RFI, Amadou Maïga chargé de mission au ministère de l’Artisanat et du Tourisme du Mali a déclaré : « lorsqu’il y a du terrorisme, lorsqu’il y a de l’insécurité les gens ont peur, c’est vrai, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas envoyer les gens à Tombouctou, les gens peuvent partir partout au Mali, mais il faut simplement organiser et les sécuriser… »  Cette saillie pourrait prêter à sourire si elle ne démontrait pas la déconnection des élites et leurs dénis des réalités.

Leurs pays sont en guerre et leurs dirigeants communiquent comme s’ils étaient en temps de paix. A ce titre, le communiqué du dernier conseil des ministres du Burkina Faso est édifiant. Hormis un décret pris sur le blanchiment et le financement du terrorisme, rien concernant la situation sécuritaire, humanitaire ou sur le sort des déplacés, en revanche il a été décidé qu’un projet de loi sur le… tourisme sera présenté aux députés !

Le communiqué du gouvernement malien après l’émeute de Sévaré où les populations ont saccagé les dépôts de la MINUSMA est tout aussi surprenant. « Le gouvernement appelle les manifestants au calme et à la retenue ; les invite à privilégier le dialogue dans les revendications sociales. Il souligne qu’il est important que les populations apprennent à revendiquer et à s’exprimer sans violence ni vandalisme. Nous devons étonner le monde, en lui montrant notre capacité à transformer la colère en débat et les revendications en solutions concrètes. » Ce communiqué « original » a été vite retiré pour faire place à un autre plus politiquement correct « Le gouvernement condamne avec la plus grande fermeté ces actes intolérables… »

En ce qui concerne les solutions concrètes, c’est précisément ce qu’attendent les populations. Quant à étonner le monde, le Mali le fait déjà.  Lors d’un récent voyage à Bamako, l’auteur de ces lignes a recueilli le commentaire d’un Bamakois : « Au Mali tout est inédit. C’est le seul pays qui achète des avions et reçoit des épaves, c’est le seul pays où l’opposition a le portefeuille de ministre des Affaires Etrangères, le seul pays où des groupes armés sont rebelles le jour, terroristes la nuit et trafiquants tout le temps ; le seul pays où la mauvaise foi politique et la corruption atteignent de tels sommets. »

Dans ces conditions, il est compréhensible que Burkinabè et Maliens doutent de la capacité et de la volonté de leurs dirigeants de les sortir de ce guêpier ; d’autant que ces Etats, et surtout le Mali, sont entrés dans une économie de guerre qui profite aux élites de toutes les parties au conflit. Ce ne sont sûrement pas, non plus, les grandes messes du type de celle qui a eu lieu le 14 septembre dernier à Ouagadougou où la CEDEAO se réunissait en session extraordinaire sur le terrorisme, qui permettront aux populations de retrouver la confiance. Le communiqué final n’étant qu’une longue suite de vœux pieux, dont aucun n’a vu le début d’un commencement de mise en œuvre.  

La crise de confiance touche aussi Barkhane. Pas un jour ne se passe sans que les médias maliens et burkinabè ne se fassent l’écho du mécontentement et des interrogations, avec parfois des arguments logiques « Pourquoi la France n’a-t-elle pas vu les colonnes de pick-up se dirigeant vers Boulkessi et Mondoro ? » et d’autres ahurissants : « Aussi longtemps que durera la crise, les forces françaises, onusiennes et le G5 Sahel se ravitailleront dans les stations Total ce qui est une aubaine pour le trésor français ! »

Si la France est soupçonnée d’avoir un agenda caché ce n’est pas seulement parce que la force Barkhane n’arrive pas à contenir les groupes terroristes, c’est aussi et surtout à cause de sa politique illisible qui laisse la place à tous les fantasmes. Après avoir beaucoup communiqué, fait preuve de volontarisme, affiché un optimisme béat en annonçant d’un air martial des victoires du G5 Sahel pour… 2018, Emmanuel Macron semble aujourd’hui tétanisé. Le Quai d’Orsay se tait. Lors de l’attaque des camps militaires, Jean-Yves le Drian a fait le service minimum en publiant un communiqué succinct. Les ministères de la Défense et des Affaires étrangères auraient commandé des rapports à des instituts privés pour trouver des pistes de sorties, preuve de leur désarroi. En soutenant des chefs d’Etats qui ont perdu la confiance de leurs peuples, en fermant les yeux sur leurs pratiques exécrables, comme la création de milices et les trafics en tous genres, les dirigeants français ont placé l’armée française dans une impasse. L’Opération Barkhane est désormais perçue par les opinions publiques comme une assurance tous risques pour des dirigeants corrompus et peu soucieux de leurs peuples.  Comment gagner une guerre lorsque l’on n’ouvre aucune perspective pour la paix ?

Un intellectuel malien décrypte : « La France, comme le G5 Sahel et la Minusma sont partis d’un postulat faux, ils n’ont pas fait une analyse fine de ce type de conflits qui est une superposition de crises qui ont conduit au délitement des Etats. Aujourd’hui la France ne connaît plus l’Afrique, ces élites s’abreuvent des livres d’histoire avec des clichés totalement dépassés. Du coup, le jeu est totalement faussé, tant qu’on ne fera pas la bonne analyse, on ne fera la paix ni au Sahel ni ailleurs. »

Persaverare diabolicum

Le pire serait que la France persiste dans ses erreurs en soutenant, quoiqu’elle en dise, la seule option militaire ; qu’elle ne prenne pas acte de l’échec du G5 Sahel et qu’avec l’Allemagne, elle pousse à son élargissement à certains pays de la CEDEAO, sous quelques formes que ce soient. Alors que les djihadistes adoptent leur stratégie en fonction des spécificités locales, il est vain et illusoire de vouloir globaliser les solutions à toute l’Afrique de l’Ouest. D’autant que les Etats entrant dans cette nouvelle coalition deviendraient de facto la cible d’al-Qaida (JNIM) ou de l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS). En prime, ces deux organisations risquent fort d’être renforcées par les combattants de Daech qui ont réussi à fuir la Syrie à la faveur de l’intervention turque…

Comment sortir du tunnel et rendre l’espoir à la fois aux populations et à ceux qui s’en soucient ? La situation actuelle ne permet pas de conclure sur une ombre de solution, puisque perdurent les dogmes et les pratiques qui ont conduit à cet échec. Au-delà des diagnostics sévères, l’IVERIS s’efforce toujours de donner des axes de réflexions, mais rien n’est possible dans une telle atmosphère. Rien ne pourra changer, aucune proposition ne sera efficace, aucune action ne pourra être entreprise tant que le mensonge et l’aveuglement régneront au Sahel : la situation est grave, mais elle n’est désespérée que si on ne veut pas la regarder.  

Leslie VarenneTags:
mali; bssburkina fasofranceterrorismesahel; afrique de l’ouest;https://www.iveris.eu/list/notes/450-sahel–une-cecite-volontaire–/

Le Soft Power de la diplomatie du Mali

Le Soft Power de la diplomatie du Mali

Je l’ai  déjà dit , je le répète
Le Ministre Tieble DRAME fait un excellent travail, la guerre est aussi diplomatique !

De cette interview, 2 faits majeurs et une lueur d’espoir

Tieble Drame MAE Mali

☆CMA nie toute collaboration et toute concussion avec les terroristes
☆CMA dit ne pas être opposée à la Révision de l’accord.
Si les parties maliennes s’entendent entre elles, les médiateurs et les « plus royalistes que le roi » ne pourront que constater notre unité et suivre l’agenda du Mali qu’ils le veuillent ou non et malgré leurs desseins funestes dissimulés.

C’est cela la lueur d’espoir!
Et il nous faut AGIR pour entretenir cette lueur et cette espérance.

L’ennemi Commun ce sont les Terroristes…et les « hôtes encombrants » qui ont créé les conditions chaotiques pour se faire inviter « jaogoya » dans notre pays et qui  à la longue, seront pire que les premiers car plus sournois et plus vicieux.

Revisons cet accord sans en renier l’esprit mais débarrassé de tous gènes susceptibles de partition de notre patrimoine commun, le Mali Un et Invisible pour toutes ses filles et fils.

Entendons nous et récupérons notre pays , nous le pouvons si nous le voulons tous ensemble.

#Mali diplomatie en force
#Reprenons le Contrôle de notre destin commun

Abdramane Diallo

https://abdramanediallo.wordpress.com/

Processus de sortie de crise : Pourquoi majorité et opposition devraient privilégier le dialogue

Processus de sortie de crise : Pourquoi majorité et opposition devraient privilégier le dialogue

Posté le 18/09/2019 par Koulouba.com

« Mon maître Tierno Bokar avait l’habitude de dire : il y a trois vérités : ma vérité, ta vérité, et la Vérité. Cette dernière se situe à égale distance des deux premières. Pour trouver la vérité dans un échange, il faut donc que chacun des deux partenaires avance vers l’autre, ou s’ouvre à l’autre. Cette démarche exige, au moins momentanément, un oubli de soi et de son propre savoir…», s’exprimait ainsi le vieux Sage Amadou Hampâté Bâ dans son livre intitulé “Jésus vu par un musulman”.

Le Dialogue n’est pas chose aisée en ce sens qu’il suppose une violence sur soi. Une certaine renonciation à quelque chose souvent à laquelle l’on tient tant. Il pourrait être envisagé comme un face à face, un rendez-vous du donner et du recevoir, une confrontation pouvant déboucher sur une décision, un consensus ou un accord. Dans le guide du facilitateur du dialogue entre partis politiques de l’”International Institute for Democracy and Electoral Assistance”, on peut lire ceci : « Le Dialogue n’est pas une invention moderne. À travers l’histoire et dans la plupart des sociétés, le fait de rassembler des personnes pour les aider à surmonter leurs différences et à résoudre leurs problèmes a toujours été une mission prestigieuse, généralement confiée à des individus expérimentés, à des anciens ou à des personnes respectées pour la qualité de leur jugement et leur sagesse. Certains éléments de méthodologie du Dialogue ont été et sont encore employés dans les sociétés traditionnelles et s’appuient sur des procédures et coutumes ancestrales (par exemple, les “jirgas”, les “shuras” et les conseils de village). Leur validité est d’ailleurs reconnue dans les processus de justice de transition, de gestion des conflits et de réconciliation (IDEA international, 2008b) ».

Ainsi, selon les situations de crise, on observe souvent des initiatives internes où les acteurs en présence peuvent accepter de se retrouver pour discuter des problèmes au nom de l’intérêt général. Tout comme on a recours également aux médiations, qu’elles soient nationales ou internationales. Les intérêts du peuple et l’opinion des citoyens doivent être les seules références, les seuls guides au Dialogue politique puisque c’est de cela qu’il s’agit. C’est dire qu’il n’y a de sujet tabou dans ce Dialogue que ce que le peuple souverain considère comme tel.

À priori, on pourrait dire que présentement le contexte est difficile voire hostile au Dialogue politique au Mali, malgré l’existence d’un Triumvirat considéré comme “politiquement” neutre. La Majorité et l’Opposition se regardent en chiens de faïence.

Le Dialogue, qu’il soit l’initiative du président de la République ou celle de la classe politique dans son ensemble, si les acteurs ne sont pas de bonne foi, s’ils sont animés par des attitudes « jusqu’auboutistes », le fiasco sera toujours au rendez-vous. Toutefois, si la Majorité et l’Opposition sont disposées à Dialoguer véritablement, il va falloir d’un côté, l’Opposition et la société civile acquise à sa cause formulent des doléances raisonnables ou du moins légales à défaut d’être réalistes. C’est ce que le principal parti politique de l’Opposition, Union pour la République et la Démocratie(URD) a compris. D’où sa participation à l’atelier national de validation des termes de référence du Dialogue politique inclusif de  trois jours (samedi 15 au lundi 16 septembre au CICB).

En tout cas, toute attitude contraire à l’esprit du Dialogue de la part de la Majorité ou de l’Opposition serait nuisible à notre pays qui a trop souffert des batailles partisanes débouchant sur des remises en cause des acquis de notre Peuple. Qui a intérêt que le Mali s’enlise aujourd’hui encore dans une crise politique ? À qui profitent les guéguerres politiciennes ?

Sambou Sissoko

Le Démocrate

https://koulouba.com/politique/processus-de-sortie-de-crise-pourquoi-majorite-et-opposition-devraient-privilegier-le-dialogue

Massacres, répression et politique : nouvelle semaine chaotique en Afrique

BREIZH-INFO.bzh

AccueilInternational  Massacres, répression et politique : nouvelle semaine chaotique en Afrique

Massacres, répression et politique : nouvelle semaine chaotique en Afrique

29/08/2019 05:19

Les années se suivent et se ressemblent en Afrique, et la barbarie ne semble jamais devoir s’y arrêter. Lundi, en quelques heures, de nombreuses informations plus inquiétantes les unes que les autres au sujet du continent africain ont encore été dévoilées par les médias européens.

Massacre entre tribus au Soudan, symbole des troubles de l’Afrique

Le Soudan est l’un des pays symbolisant le plus cette violence quasi-permanente. Les famines succèdent aux guerres et les guerres aux famines. Ce cycle infernal s’est poursuivi lundi avec un nouveau massacre. Une quarantaine d’hommes ont été tués et deux cents autres ont été blessés lors d’affrontements entre tribus rivales de l’état de la Mer Rouge, à l’Est du pays.
Le président soudanais avait été destitué quelques jours plus tôt par l’armée, entraînant certaines régions dans le chaos.

Amnesty International observe le Zimbabwe et le Cameroun

La célèbre ONG Amnesty International s’inquiète de son côté des événements survenus au Zimbabwe et au Cameroun. Le premier cas concerne le nouveau président zimbabwéen Muleya Mnangagwa dont le gouvernement serait déjà auteur de mesures liberticides et d’actes de tortures sur des opposants depuis les élections du 30 juillet dernier. Amnesty International demande par ailleurs que toute la lumière soit faite sur les assassinats de deux femmes et de leurs enfants au nord du Cameroun avant l’ouverture du procès des militaires accusés de les avoir commis.

Les camionneurs pris pour cibles et tués en Afrique du Sud

En Afrique du Sud, il ne fait pas bon être étranger. L’on connaissait le danger permanent planant au-dessus des Boers, les fermiers blancs étant régulièrement traqués et tués par les héritiers spirituels de Nelson Mandela, mais ce sont maintenant les camionneurs qui sont pris pour cibles. Une association de défense des droits de l’homme a annoncé lundique près de deux cents routiers étrangers – y compris de pays voisins – ont été assassinés par leurs homologues sud-africains depuis un an et demi. Le gouvernement se montre jusqu’à présent très laxiste sur la violence des Noirs d’Afrique du Sud, que ce soit sur les Boers ou les camionneurs.

Le Mali et le Burkina Faso unis contre les islamistes ?

Dans un autre registre, le Mali essaie tant bien que mal de se dépêtrer de la présence islamiste sur son territoire, qui, comme nous l’évoquions le 31 juillet dernier, fait des ravages. Le pays souhaite en effet établir un partenariat avec l’un de ses voisins, le Burkina Faso, dont l’armée a elle aussi été attaquée par les djihadistes. Vingt-quatre soldats ont en effet été tués le 19 août.

Quid de la Côte d’Ivoire ?

Pas de violence à déplorer cette semaine en Côte d’Ivoire mais la situation politique ne pousse pas à l’optimisme. Le Front Populaire Ivoirien, principal parti d’opposition, a annoncé ne pas vouloir participer à la commission d’organisation de l’élection présidentielle de 2020, estimant que le processus ne garantissait pas l’impartialité du scrutin.

Le continent entier semble déstabilisé et les nouvelles vagues migratoires d’Africains vers l’Europe ne vont pas diminuer les inquiétudes du Vieux continent sur leurs conséquences.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

https://www.breizh-info.com/2019/08/29/125592/massacres-repression-et-politique-nouvelle-semaine-chaotique-en-afrique

L’influence russe croissante au Mali


SAMEDI , 17 AOÛT 2019

Breaking News

L’influence russe croissante au Mali

Harold MICHOUD 13 août 2019 ActualitéActualités analyséesAfrique subsaharienneRussie Leave a comment

Le 26 juin 2019, au salon moscovite « Army », le général Ibrahim Dahirou Dembélé signait un accord de coopération militaire et de sécurité avec son homologue russe, Sergueï Choïgou. Cet accord illustre bien une nouvelle stratégie adoptée par Moscou depuis 2014. L’Afrique est (re)devenue une nouvelle destination stratégique.

Des liens russes et maliens qui datent de la Guerre froide

Un Mi-35, hélicoptère de combat russe qui sera prochainement livré aux armées malienne
Un Mi-35, hélicoptère de combat russe prochainement livré aux armées maliennes

La Fédération de Russie trouve en effet intérêt à s’implanter en Afrique et dans ce cas spécifique au Mali. Elle renoue tout d’abord des liens avec Bamako qui datent de la Guerre froide. De plus, le marché militaire malien est conséquent en raison des troubles qui y règnent. Enfin, les forces armées maliennes (FAMa) sont principalement équipées de matériels soviétiques. Bamako a même effectué une commande supplémentaire de fusils d’assaut de type kalachnikov à la Russie en 2013.

La volonté de Moscou de se rapprocher de son client malien s’illustre par le don de deux hélicoptères militaires en 2016. A cela s’ajoutent deux MI-35, des hélicoptères de combat russes, qui doivent être livrés cette année à l’armée de l’air malienne. Dans un cadre de relation commerciale il semble donc logique qu’un rapprochement militaire ait lieux.

Pour quelle raison Moscou et Bamako effectuent un rapprochement ?

La question se pose au regard des événements qui se déroulent dans le pays. Comme le confirme le général Clément-Bollée, ancien commandant de la force Licorne en Côte d’Ivoire, la force Barkhane est en difficulté et « va droit dans le mur », selon l’intéressé. Depuis l’opération Serval de 2013, les violences n’ont pas diminué. Les groupes djihadistes se sont structurés et frappent de manière régulière. Pire, des tensions interethniques secouent le centre du pays. Dogon, Touaregs et Peuls se livrent à des vendettas générant des massacres. L’intervention française rencontre donc une hostilité grandissante.

C’est dans ce contexte que l’attractivité russe est grandissante. Partenaire économique ancien, parrain anti-occidental durant la Guerre froide, la Russie permet à Bamako de réaffirmer son indépendance vis-à-vis de la France. L’offre russe représente aussi de nombreux avantages pour le pouvoir malien. Une formation de l’armée par des spécialistes russes permettra d’accentuer la capacité des FAMa à maintenir la paix sur le territoire. Même si l’opération Barkhane continue, cela offre une indépendance stratégique à Bamako. De plus, la Russie veille à la stabilité des régimes qu’elle soutient. L’intervention russe en Syrie a en effet permis de maintenir le clan Assad au pouvoir. Ibrahim Boubacar Keïta, le président malien, très contesté, peut donc espérer une aide de Moscou afin d’asseoir son pouvoir.

Le savoir-faire militaire russe est donc considéré comme efficace, facteur de stabilité et d’indépendance. Des arguments de poids dans un pays instable et dont une partie de la population conteste la présence française.

Quels bénéfices pour Moscou ?

L’Afrique n’est pas un espace stratégique prioritaire pour la Russie. Loin de son influence stratégique, soumis à des troubles dans certaines régions, le continent fut délaissé à la fin de la Guerre froide.

Toutefois les sanctions européennes à l’encontre de Moscou, depuis 2014, poussent le président Vladimir Poutine à développer de nouvelles stratégies. Le continent africain permet donc de traiter avec des pays qui ne sanctionnent pas la Russie. Leurs économies ne sont en effet pas soumises au champ de sanctions européennes. Le Kremlin a aussi bâti sa diplomatie internationale en opposition avec le monde occidental. Ce sujet structurant de la politique étrangère russe est sans doute un facteur de contrat militaire. En soulignant implicitement le bourbier malien pour l’armée française, Moscou envoie un signal fort à toute l’Afrique francophone. La méthode russe se présente donc comme une alternative à l’ancien colon européen.

Stratégie d’opportunité ou vision long terme ?

Il serait sans doute trop facile de dénoncer un simple opportunisme. Les liens entre Moscou et les anciennes colonies africaines existent depuis l’indépendance de ces pays. La majorité des pays africains ont utilisé des matériels militaires soviétiques durant la Guerre froide. Des liens existent donc depuis des années. Cependant, c’est plutôt la nouvelle stratégie russe qui est intéressante. Le plus vaste pays du monde se sert de son expertise militaire comme d’un outil de soft power au service de son rayonnement international.

Loin de n’être que du soft power, cette approche est également pragmatique. En effet, la Russie semble avoir conclu des accords commerciaux avec la Centrafrique. Moscou privilégie l’accès aux ressources d’un des pays les plus pauvres de la planète mais avec un sous-sol très riche. Il semble que l’accord militaire conclu avec Bamako soit du même acabit. Pour preuve, le Mali possède des réserves de terre rare, matière essentielle à la constitution d’appareils technologiques ou encore des mines d’or ainsi que des réserves de pétrole.

L’accès à ces ressources stratégiques, la participation d’instructeurs militaires russes et la livraison d’armement à Bamako semble donc augurer une stratégie à long-terme. Même si l’approche opportuniste de concurrencer une région historiquement liée au bloc occidental n’est pas à démontrer, il est évident que la Russie noue des liens dans l’espoir de durer au Mali. Il en est de même dans les autres pays africains sous accord militaire, même non francophones (Soudan, RDC, Angola, Zimbabwe).

Entre avantages économiques, rayonnement militaire et concurrence pour le marché africain, ces contrats militaires révèlent un changement d’approche politique net de la part du Kremlin. A monde multipolaire nouvelles stratégies…

Sources :

-“Le “grand retour” de la Russie en Afrique ?”, IFRI, Avril 2019, (https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/kalika_russie_afrique_2019.pdf)

-“L’offensive russe au Mali”, Monde Afrique, 9 juillet 2019, (https://mondafrique.com/loffensive-militaire-russe-au-mali/?fbclid=IwAR0M3eYYKZslxCIG_BfkirHUPhmVkCnh5Xkrix1LD1TKch0U9Z3ogI1yZOk)

-“Le Mali et la Russie ont signé un accord de coopération militaire”, Opex360.com, 27 juin 2019, (http://www.opex360.com/2019/06/27/le-mali-et-la-russie-ont-signe-un-accord-de-cooperation-militaire/)Share

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About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant de Grenoble Ecole de Management et effectue une poursuite d’étude en géopolitique au sein de l’IRIS SUP’. Il s’intéresse particulièrement à la Turquie et au Khorasan.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/41394-influence-russe-mali

Mali : dialoguer avec les djihadistes ?

TERRORISME 4 AOÛT 2019 

Mali : dialoguer avec les djihadistes ?

Timbuktu Mali by Johannes Zielcke(CC BY-NC-ND 2.0) — Johannes Zielcke, CC-BY

Si l’approche exclusivement militaire a montré ses limites, beaucoup reste à faire et à construire à l’échelle locale, avant d’envisager, de guerre lasse, de céder le terrain au projet de contre-société porté par Koufa et la katiba Macina.

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Par Etienne Huyghe1.

Nombre d’analystes considèrent que le centre du Mali est aujourd’hui l’épicentre de la crise sahélienne. La région est historiquement traversée par de fortes tensions : tensions pour l’accès aux ressources – hydriques et pastorales notamment –, tensions intra et intercommunautaires – avec des relations complexes de complémentarité et de concurrence entre les communautés. Celles-ci sont inscrites dans le temps long de la vie des populations qui occupent cet espace.

Elles ont longtemps pu être jugulées par des compromis locaux entre les acteurs concernés, fondés sur des mécanismes de régulation traditionnels. Mais la situation s’est fortement dégradée au cours de ces dernières décennies du fait d’une conjonction de facteurs internes et externes. Le recul progressif de la présence de l’État malien dans le centre du pays a créé un vide profond en termes de fourniture de services publics essentiels pour la population (police, justice, santé, éducation). La survenue d’épisodes de sécheresse dans un contexte de pression démographique accrue a de surcroît réactivé et accentué ces tensions latentes.

C’est sur ces déterminants socio-historiques locaux que les groupes djihadistes ont capitalisé pour occuper l’espace géographique et social laissé vacant par le reflux de l’État. Si l’intervention française au Mali de 2013 a permis aux Forces armées maliennes de chasser momentanément ces groupes du centre du pays, la situation s’est de nouveau fortement dégradée depuis 2015 et les forces djihadistes ont commencé à réoccuper la zone, faute de réponse politique et sociale satisfaisante de la part de l’État malien face aux attentes de la population.

Localement, bien que différents groupes soient en concurrence pour la maîtrise de l’espace, c’est la katiba Macina, dirigée par le leader peul Amadou Koufa, qui s’impose comme le groupe djihadiste dominant. Koufa, qui bénéficie d’une solide réputation de prêcheur auprès des populations locales, tout particulièrement peules, a rejoint Iyad Ag Ghali, leader touareg issu d’une grande lignée des Ifoghas, au sein du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM).

Ag Ghali, ainsi que les principaux cadres du GSIM, ont eux-mêmes fait allégeance à Ayman al-Zawahiri, émir d’al-Qaïda. Bien que des doutes subsistent sur le degré d’autonomie dont jouissent Koufa et ses hommes, la katiba Macina est donc aujourd’hui directement liée à al-Qaïda, par ce jeu d’allégeance et par un transfert, à tout le moins, de connaissances opérationnelles.

Malgré les actions militaires menées dans le centre du pays, malgré la lente mise en œuvre du « Plan de sécurisation intégrée des régions du centre » par les autorités maliennes, en dépit du fort soutien accordé par les différents partenaires internationaux du Mali, aucune amélioration substantielle de la situation ne semble se concrétiser du point de vue de la sécurité dans la région du centre.

Fort de ce constat et alors que les groupes djihadistes sont aujourd’hui fermement implantés localement du fait de leur grande résilience stratégique, certains acteurs proposent un changement radical de cap via l’instauration d’un dialogue officiel entre les autorités maliennes et ces groupes, tout particulièrement avec Amadou Koufa et les principaux chefs de sa Katiba.

OBJECTIFS ET MODALITÉS DU DIALOGUE AVEC LA KATIBA MACINA

L’objectif de l’instauration d’un tel dialogue serait, en premier lieu, d’assurer aux populations une baisse des tensions dont elles sont les premières victimes, via l’obtention de cessez-le-feu locaux et d’accès facilités pour les convois humanitaires à destination des régions où la Katiba est active.

Ce premier résultat atteint, un élargissement du spectre des négociations serait envisageable. Selon les tenants de cette approche, l’ouverture de ce dialogue reposerait dans un premier temps sur l’envoi de dignitaires religieux maliens auprès des principaux leaders de la katiba Macina, dans une optique de médiation. On sait, en effet, que des contacts indirects ont existé au cours des années précédentes entre Koufa et certains leaders religieux maliens, notamment avec l’imam Mahmoud Dicko qui présidait il y a peu encore le Haut Conseil islamique malien et qui incarne au Mali la tendance rigoriste inspirée par la doctrine wahhabite, distincte du rite malikite qui domine en Afrique de l’Ouest.

C’est l’ouverture d’un tel dialogue qui a été récemment proposée par les rédacteurs d’un rapport de l’International Crisis Group (ICG). Ce rapport a eu un fort impact, tant dans le monde de la recherche qu’auprès des décideurs politiques maliens, dont certains se disent prêts à entamer ce processus de dialogue, tout en rappelant que des contacts informels ont déjà eu lieu avec des membres de la katiba par le passé. De nombreux acteurs et observateurs de la politique malienne ont, à l’inverse, pris fermement position contre.

Avant d’analyser cette proposition, il convient de souligner qu’une différence de nature – et non de degré – existe entre la tenue d’un dialogue informel et officieux entre autorités et groupes djihadistes et un dialogue officiel et institutionnalisé entre ces mêmes acteurs. Il s’agit donc bien d’une proposition originale et lourde de sens qu’il faut analyser à cette aune.

Or, il existe plusieurs obstacles à la mise en œuvre de ce dialogue entre les autorités maliennes et les djihadistes. S’intéresser aux obstacles n’est, selon nous, pas suffisant. En réalité, c’est une double interrogation à laquelle nous faisons face : est-il possible d’initier un tel dialogue ? Si oui, cela est-il néanmoins souhaitable au vu des objectifs poursuivis par l’État malien ?

UN PROCESSUS AU RÉSULTAT INCERTAIN MAIS NÉCESSAIREMENT LOURD DE CONSÉQUENCES

Si l’on a d’ores et déjà connaissance de cas de dialogue entre des représentants de la katiba Macina et des leaders communautaires locaux du centre du Mali (éminences religieuses désireuses d’instaurer un dialogue d’ordre théologique, chefs de village souhaitant négocier certaines des conditions de vie drastiques imposées par les hommes de Koufa…), il s’agissait de modalités de dialogue n’impliquant pas directement les autorités étatiques, à tout le moins pas officiellement.

Il est donc impossible d’extrapoler sur la base de ces exemples pour déterminer la réaction de Koufa face à une demande en provenance de représentants légaux de l’Etat malien. Précisons, comme le rappellent les rédacteurs du rapport de l’ICG, que Koufa s’est, par le passé, dit prêt à rencontrer certains leaders religieux maliens incarnant la tendance rigoriste, parmi lesquels l’imam Mahmoud Dicko, précédemment cité.

À ce stade, on peut donc conjecturer que Koufa, dont la katiba est actuellement en position de force dans le centre du pays, ne serait pas défavorable à l’ouverture d’un tel dialogue, mais uniquement à ses propres conditions et avec les émissaires de son choix.

Mais qu’il accepte ou non cette ouverture, on peut affirmer que l’émission d’une telle proposition de dialogue par les autorités maliennes aurait au moins un résultat incontestable : celui de donner une légitimité institutionnelle au groupe d’Amadou Koufa et, par les jeux d’allégeance déjà évoqués, au GSIM dirigé par Ag Ghali puis, en définitive, à al-Qaïda. Les conséquences sont donc autant locales que nationales et régionales.

IMPACT AU NORD-MALI ET DANS TOUTE LA RÉGION

La situation au Nord-Mali est très différente de celle qui prévaut actuellement dans le centre du Mali. Les équilibres sociaux et économiques sont distincts, les groupes armés qui s’y affrontent également. L’ouverture d’un dialogue avec la katiba Macina aurait, à n’en pas douter, un impact direct sur les jeux d’alliances locaux, en replaçant Ag Ghali et le GSIM au centre du jeu et en risquant de fragiliser les groupes armés loyaux à l’État malien, parmi lesquels le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA) et le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA).

Le territoire malien n’est pas le seul à être touché par l’action des groupes armés terroristes. Toute la région sahélienne est aujourd’hui concernée. Au-delà de l’impact sur le territoire national malien, l’ouverture d’un dialogue officiel avec les hommes de Koufa aurait pour effet indirect d’ouvrir des perspectives de légitimation pour d’autres groupes djihadistes actifs dans les États voisins du Mali.

Il convient, en l’espèce, de rester vigilants et de bien différencier les contextes locaux. Certains groupes ou acteurs utilisent le registre du discours djihadiste sans pour autant y adhérer en profondeur. On peut, néanmoins, craindre que la perspective d’un dialogue avec Koufa ne produise une prime à l’engagement djihadiste chez des groupes ou des individus à l’idéologie encore peu cristallisée, en les poussant à adhérer, par opportunisme, au corpus idéologique djihadiste (ou à s’affilier à un groupe djihadiste au rayonnement régional), voyant là une possibilité d’insertion facilitée dans le jeu institutionnel local et national.

Mali

Les mouvements djihadistes en question sont les suivants : Al-Qaeda au Maghreb islamique, Ansar Dine, Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest, Al-Morabitoune, Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, État islamique au Grand Sahara, Ansaroul Islam.DR, Author provided

En outre, on doit insister sur la dimension scissipare des groupes djihadistes sahéliens. L’effet d’aubaine représenté par la perspective de reconnaissance institutionnelle générée par l’ouverture d’un dialogue avec la katiba Macina pourrait, dès lors, pousser certains cadres intermédiaires de l’organisation à envisager la création d’une nouvelle entité afin, le moment venu, de jouir eux-aussi des dividendes de la paix.

Cet effet bien connu des spécialistes des processus de « désarmement, démobilisation et réintégration » (DDR) ne doit pas non plus être négligé dans le cas d’espèce.

UN RISQUE RÉEL D’ESCALADE DES VIOLENCES INTERCOMMUNAUTAIRES AU MALI

Le discours de Koufa a largement évolué au fil des ans, s’adaptant aux évolutions du contexte stratégique malien. De la promotion d’un djihad global, s’affranchissant du fait ethnique, Koufa revendique aujourd’hui la dimension profondément ethniciste de son combat. En jouant volontairement de l’association entre identité peule et djihadisme, Koufa prend les peuls non-djihadistes, largement majoritaires, en otage.

En reconnaissant la légitimité d’un dialogue avec Amadou Koufa, les autorités maliennes prendraient le risque de conforter la légitimité du discours ethnique qu’il porte, provoquant en réaction une escalade impossible à maîtriser des violences exercées à l’encontre des populations peules – ce qui serait précisément l’inverse de l’effet recherché.

Quelle serait par exemple la réaction des milices pro-dogons, sur lesquelles Bamako exerce une influence bien faible, face à une telle éventualité ? La chaîne causale est ici particulièrement complexe, et il est difficile de proposer un scénario univoque. Ce paramètre ne doit pourtant pas être laissé de côté.

DES REVENDICATIONS ACCEPTABLES ?

Bien que Koufa n’ait pas, à notre connaissance, formulé de revendications très précises, son projet de société, lui, est bien connu. Le mode opératoire mis en œuvre par Koufa pour imposer son autorité dans le centre du Mali ressemble en tous points à celui décrit par Abou Bakr Naji, responsable aujourd’hui décédé de la propagande d’al-Qaïda, dans son livre Gestion de la Barbarie.

Ce livre, décrit par certains auteurs comme le Mein Kampf des djihadistes, précise avec force détails comment s’emparer durablement de territoires en état de fragilité sociale et politique. Le mode opératoire décrit repose sur la mise en œuvre d’une véritable stratégie du chaos à l’intérieur des espaces convoités pour s’imposer ensuite comme l’acteur le plus à même de répondre au chaos précédemment provoqué. C’est ce que Naji nomme « l’administration de la sauvagerie ».

Il y a donc une filiation certaine entre le projet d’al-Qaïda et celui de Koufa. Et celui-ci semble absolument antinomique avec les fondements mêmes de l’organisation politique, sociale et économique du Mali.

L’imposition de la charia dans son acception la plus radicale est une constante dans le discours de Koufa. Ce dernier ne manquerait pas de demander qu’elle soit appliquée avec intransigeance – localement ou au niveau national – en cas de négociations résultant de l’ouverture d’un dialogue. Cela est nécessairement incompatible avec le respect du principe de laïcité qui prévaut au Mali.

Par ailleurs, le type d’islam revendiqué par Koufa, et qu’il souhaite voir imposer à l’ensemble du Mali, est largement minoritaire dans le pays. Les menaces et les exactions que Koufa et ses hommes ont déjà exercées à l’encontre des autorités religieuses qui ne partageaient pas sa conception radicale de l’islam sont à ce titre révélatrices. Cette dimension de radicalité religieuse étant centrale dans son discours et dans ses actes, quelles conséquences un dialogue avec Koufa et ses hommes aurait-il sur les représentants et les pratiquants du rite malikite ou des confréries soufies ?

De manière plus générale, la katiba Macina rejette de manière explicite le fait démocratique même. Ainsi, dans un enregistrement retranscrit par les auteurs du rapport de l’ICG, Boukary Petal, un des principaux lieutenants de Koufa, est particulièrement explicite sur ce point :

« Notre combat est un combat entre la foi et la mécréance, la démocratie et le livre d’Allah. »

On peut, bien sûr, arguer que ce discours serait susceptible d’évoluer dans le cadre d’un dialogue institutionnalisé avec les autorités légitimes de l’État malien. Cela nous ramène, néanmoins, à un point fondamental : dans l’hypothèse de l’ouverture d’un dialogue, lequel des deux interlocuteurs est aujourd’hui en position de force ?

« LE POUVOIR QUI SE DÉGRADE N’OBTIENT POINT MERCI DE SES ENNEMIS »

Cette citation de Chateaubriand, que le politiste malien Sega Diarrah a choisi de mettre en incipit de son récent article très critique sur l’opportunité de mettre en place un dialogue avec Amadou Koufa, illustre toute l’ambiguïté d’une proposition d’ouverture du dialogue avec la katiba Macina en ce moment précis.

Il importe en effet de considérer l’équilibre des forces lors de l’ouverture d’un dialogue entre deux parties au conflit. Or, en l’état actuel de la situation, les autorités maliennes ne sont pas encore en position dominante du point de vue sécuritaire dans la région du centre. Dans l’hypothèse de l’ouverture d’un dialogue, Koufa arriverait à la table des négociations dans une position particulièrement avantageuse.

Cette ambiguïté est d’ailleurs relevée par un érudit religieux de Mopti, membre de l’Association malienne pour l’Unité et le Progrès de l’islam, cité par les auteurs du rapport D’ICG :

« Maintenant qu’ils ont le dessus, comment pouvons-nous négocier avec eux ? Soit ils dictent ce qu’ils veulent, soit nous devons nous battre jusqu’à ce que tout le monde en ait assez. Ensuite, on peut envisager de négocier. C’est ainsi que tous les États ont traité le problème du terrorisme. »

QUEL DIALOGUE POUR QUEL PROJET POLITIQUE AU MALI ?

Tout dialogue n’est pourtant pas vain. Des canaux officieux doivent pouvoir continuer à exister afin, le moment venu, de négocier notamment la reddition de membres du groupe de Koufa. Par ailleurs, il convient d’opérer une distinction entre les cadres de la Katiba et les simples combattants ou personnels chargés de fonctions supports.

Des études ont montré que les motifs de leur engagement auprès des groupes djihadistes étaient très variables, et reposaient bien souvent sur des perspectives économiques et sociales locales, davantage que sur des considérations strictement idéologiques. Encourager le dialogue intercommunautaire – y compris avec ceux qui auraient pu nouer des liens avec les hommes de Koufa – dans une optique de médiation sociale et de réinsertion économique, semble absolument indispensable. C’est ce type de dialogue qu’il convient de privilégier.

Les groupes djihadistes ne naissent pas par génération spontanée. Ils émergent plutôt de la capacité des « entrepreneurs de violence » locaux à instrumentaliser les griefs concrets des populations. L’idéologie djihadiste sert alors de coagulant, offrant un projet politique alternatif clé en main fondé sur une légitimité que les djihadistes s’évertuent à ancrer dans le temps long, de manière artificielle, en jouant de l’opposition avec les institutions modernes de l’État, entendues, elles, comme une importation récente de l’Occident.

Le terreau privilégié permettant l’implantation de ces groupes est connu : des États à la faible empreinte territoriale et à la légitimité fragile. Or des outils existent afin de lutter contre ces deux carences.

La décision d’ouvrir ou non un dialogue avec Amadou Koufa et ses lieutenants est celle des Maliens et de leurs représentants. Quelle que soit la décision retenue, il importe plus que jamais de contribuer à retisser le lien social au Mali en aidant l’État à reconstruire sa légitimité auprès des populations, dans une démarche inclusive.

Or un État légitime est avant tout celui qui répond aux besoins des populations qu’il administre. Car si l’approche exclusivement militaire a montré ses limites, beaucoup reste à faire et à construire à l’échelle locale, avant d’envisager, de guerre lasse, de céder le terrain au projet de contre-société porté par Koufa et la katiba Macina.

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  1. Doctorant en Relations Internationales à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Etienne Huyghe est chargé de mission au sein de Civipol. Nota Bene : Les propos énoncés dans cette publication ne sauraient engager la responsabilité de Civipol.
  2.  https://www.contrepoints.org/2019/08/04/350535-mali-dialoguer-avec-les-djihadistes