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Processus de sortie de crise : Pourquoi majorité et opposition devraient privilégier le dialogue

Processus de sortie de crise : Pourquoi majorité et opposition devraient privilégier le dialogue

Posté le 18/09/2019 par Koulouba.com

« Mon maître Tierno Bokar avait l’habitude de dire : il y a trois vérités : ma vérité, ta vérité, et la Vérité. Cette dernière se situe à égale distance des deux premières. Pour trouver la vérité dans un échange, il faut donc que chacun des deux partenaires avance vers l’autre, ou s’ouvre à l’autre. Cette démarche exige, au moins momentanément, un oubli de soi et de son propre savoir…», s’exprimait ainsi le vieux Sage Amadou Hampâté Bâ dans son livre intitulé “Jésus vu par un musulman”.

Le Dialogue n’est pas chose aisée en ce sens qu’il suppose une violence sur soi. Une certaine renonciation à quelque chose souvent à laquelle l’on tient tant. Il pourrait être envisagé comme un face à face, un rendez-vous du donner et du recevoir, une confrontation pouvant déboucher sur une décision, un consensus ou un accord. Dans le guide du facilitateur du dialogue entre partis politiques de l’”International Institute for Democracy and Electoral Assistance”, on peut lire ceci : « Le Dialogue n’est pas une invention moderne. À travers l’histoire et dans la plupart des sociétés, le fait de rassembler des personnes pour les aider à surmonter leurs différences et à résoudre leurs problèmes a toujours été une mission prestigieuse, généralement confiée à des individus expérimentés, à des anciens ou à des personnes respectées pour la qualité de leur jugement et leur sagesse. Certains éléments de méthodologie du Dialogue ont été et sont encore employés dans les sociétés traditionnelles et s’appuient sur des procédures et coutumes ancestrales (par exemple, les “jirgas”, les “shuras” et les conseils de village). Leur validité est d’ailleurs reconnue dans les processus de justice de transition, de gestion des conflits et de réconciliation (IDEA international, 2008b) ».

Ainsi, selon les situations de crise, on observe souvent des initiatives internes où les acteurs en présence peuvent accepter de se retrouver pour discuter des problèmes au nom de l’intérêt général. Tout comme on a recours également aux médiations, qu’elles soient nationales ou internationales. Les intérêts du peuple et l’opinion des citoyens doivent être les seules références, les seuls guides au Dialogue politique puisque c’est de cela qu’il s’agit. C’est dire qu’il n’y a de sujet tabou dans ce Dialogue que ce que le peuple souverain considère comme tel.

À priori, on pourrait dire que présentement le contexte est difficile voire hostile au Dialogue politique au Mali, malgré l’existence d’un Triumvirat considéré comme “politiquement” neutre. La Majorité et l’Opposition se regardent en chiens de faïence.

Le Dialogue, qu’il soit l’initiative du président de la République ou celle de la classe politique dans son ensemble, si les acteurs ne sont pas de bonne foi, s’ils sont animés par des attitudes « jusqu’auboutistes », le fiasco sera toujours au rendez-vous. Toutefois, si la Majorité et l’Opposition sont disposées à Dialoguer véritablement, il va falloir d’un côté, l’Opposition et la société civile acquise à sa cause formulent des doléances raisonnables ou du moins légales à défaut d’être réalistes. C’est ce que le principal parti politique de l’Opposition, Union pour la République et la Démocratie(URD) a compris. D’où sa participation à l’atelier national de validation des termes de référence du Dialogue politique inclusif de  trois jours (samedi 15 au lundi 16 septembre au CICB).

En tout cas, toute attitude contraire à l’esprit du Dialogue de la part de la Majorité ou de l’Opposition serait nuisible à notre pays qui a trop souffert des batailles partisanes débouchant sur des remises en cause des acquis de notre Peuple. Qui a intérêt que le Mali s’enlise aujourd’hui encore dans une crise politique ? À qui profitent les guéguerres politiciennes ?

Sambou Sissoko

Le Démocrate

https://koulouba.com/politique/processus-de-sortie-de-crise-pourquoi-majorite-et-opposition-devraient-privilegier-le-dialogue

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Massacres, répression et politique : nouvelle semaine chaotique en Afrique

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AccueilInternational  Massacres, répression et politique : nouvelle semaine chaotique en Afrique

Massacres, répression et politique : nouvelle semaine chaotique en Afrique

29/08/2019 05:19

Les années se suivent et se ressemblent en Afrique, et la barbarie ne semble jamais devoir s’y arrêter. Lundi, en quelques heures, de nombreuses informations plus inquiétantes les unes que les autres au sujet du continent africain ont encore été dévoilées par les médias européens.

Massacre entre tribus au Soudan, symbole des troubles de l’Afrique

Le Soudan est l’un des pays symbolisant le plus cette violence quasi-permanente. Les famines succèdent aux guerres et les guerres aux famines. Ce cycle infernal s’est poursuivi lundi avec un nouveau massacre. Une quarantaine d’hommes ont été tués et deux cents autres ont été blessés lors d’affrontements entre tribus rivales de l’état de la Mer Rouge, à l’Est du pays.
Le président soudanais avait été destitué quelques jours plus tôt par l’armée, entraînant certaines régions dans le chaos.

Amnesty International observe le Zimbabwe et le Cameroun

La célèbre ONG Amnesty International s’inquiète de son côté des événements survenus au Zimbabwe et au Cameroun. Le premier cas concerne le nouveau président zimbabwéen Muleya Mnangagwa dont le gouvernement serait déjà auteur de mesures liberticides et d’actes de tortures sur des opposants depuis les élections du 30 juillet dernier. Amnesty International demande par ailleurs que toute la lumière soit faite sur les assassinats de deux femmes et de leurs enfants au nord du Cameroun avant l’ouverture du procès des militaires accusés de les avoir commis.

Les camionneurs pris pour cibles et tués en Afrique du Sud

En Afrique du Sud, il ne fait pas bon être étranger. L’on connaissait le danger permanent planant au-dessus des Boers, les fermiers blancs étant régulièrement traqués et tués par les héritiers spirituels de Nelson Mandela, mais ce sont maintenant les camionneurs qui sont pris pour cibles. Une association de défense des droits de l’homme a annoncé lundique près de deux cents routiers étrangers – y compris de pays voisins – ont été assassinés par leurs homologues sud-africains depuis un an et demi. Le gouvernement se montre jusqu’à présent très laxiste sur la violence des Noirs d’Afrique du Sud, que ce soit sur les Boers ou les camionneurs.

Le Mali et le Burkina Faso unis contre les islamistes ?

Dans un autre registre, le Mali essaie tant bien que mal de se dépêtrer de la présence islamiste sur son territoire, qui, comme nous l’évoquions le 31 juillet dernier, fait des ravages. Le pays souhaite en effet établir un partenariat avec l’un de ses voisins, le Burkina Faso, dont l’armée a elle aussi été attaquée par les djihadistes. Vingt-quatre soldats ont en effet été tués le 19 août.

Quid de la Côte d’Ivoire ?

Pas de violence à déplorer cette semaine en Côte d’Ivoire mais la situation politique ne pousse pas à l’optimisme. Le Front Populaire Ivoirien, principal parti d’opposition, a annoncé ne pas vouloir participer à la commission d’organisation de l’élection présidentielle de 2020, estimant que le processus ne garantissait pas l’impartialité du scrutin.

Le continent entier semble déstabilisé et les nouvelles vagues migratoires d’Africains vers l’Europe ne vont pas diminuer les inquiétudes du Vieux continent sur leurs conséquences.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine – V

https://www.breizh-info.com/2019/08/29/125592/massacres-repression-et-politique-nouvelle-semaine-chaotique-en-afrique

L’influence russe croissante au Mali


SAMEDI , 17 AOÛT 2019

Breaking News

L’influence russe croissante au Mali

Harold MICHOUD 13 août 2019 ActualitéActualités analyséesAfrique subsaharienneRussie Leave a comment

Le 26 juin 2019, au salon moscovite « Army », le général Ibrahim Dahirou Dembélé signait un accord de coopération militaire et de sécurité avec son homologue russe, Sergueï Choïgou. Cet accord illustre bien une nouvelle stratégie adoptée par Moscou depuis 2014. L’Afrique est (re)devenue une nouvelle destination stratégique.

Des liens russes et maliens qui datent de la Guerre froide

Un Mi-35, hélicoptère de combat russe qui sera prochainement livré aux armées malienne
Un Mi-35, hélicoptère de combat russe prochainement livré aux armées maliennes

La Fédération de Russie trouve en effet intérêt à s’implanter en Afrique et dans ce cas spécifique au Mali. Elle renoue tout d’abord des liens avec Bamako qui datent de la Guerre froide. De plus, le marché militaire malien est conséquent en raison des troubles qui y règnent. Enfin, les forces armées maliennes (FAMa) sont principalement équipées de matériels soviétiques. Bamako a même effectué une commande supplémentaire de fusils d’assaut de type kalachnikov à la Russie en 2013.

La volonté de Moscou de se rapprocher de son client malien s’illustre par le don de deux hélicoptères militaires en 2016. A cela s’ajoutent deux MI-35, des hélicoptères de combat russes, qui doivent être livrés cette année à l’armée de l’air malienne. Dans un cadre de relation commerciale il semble donc logique qu’un rapprochement militaire ait lieux.

Pour quelle raison Moscou et Bamako effectuent un rapprochement ?

La question se pose au regard des événements qui se déroulent dans le pays. Comme le confirme le général Clément-Bollée, ancien commandant de la force Licorne en Côte d’Ivoire, la force Barkhane est en difficulté et « va droit dans le mur », selon l’intéressé. Depuis l’opération Serval de 2013, les violences n’ont pas diminué. Les groupes djihadistes se sont structurés et frappent de manière régulière. Pire, des tensions interethniques secouent le centre du pays. Dogon, Touaregs et Peuls se livrent à des vendettas générant des massacres. L’intervention française rencontre donc une hostilité grandissante.

C’est dans ce contexte que l’attractivité russe est grandissante. Partenaire économique ancien, parrain anti-occidental durant la Guerre froide, la Russie permet à Bamako de réaffirmer son indépendance vis-à-vis de la France. L’offre russe représente aussi de nombreux avantages pour le pouvoir malien. Une formation de l’armée par des spécialistes russes permettra d’accentuer la capacité des FAMa à maintenir la paix sur le territoire. Même si l’opération Barkhane continue, cela offre une indépendance stratégique à Bamako. De plus, la Russie veille à la stabilité des régimes qu’elle soutient. L’intervention russe en Syrie a en effet permis de maintenir le clan Assad au pouvoir. Ibrahim Boubacar Keïta, le président malien, très contesté, peut donc espérer une aide de Moscou afin d’asseoir son pouvoir.

Le savoir-faire militaire russe est donc considéré comme efficace, facteur de stabilité et d’indépendance. Des arguments de poids dans un pays instable et dont une partie de la population conteste la présence française.

Quels bénéfices pour Moscou ?

L’Afrique n’est pas un espace stratégique prioritaire pour la Russie. Loin de son influence stratégique, soumis à des troubles dans certaines régions, le continent fut délaissé à la fin de la Guerre froide.

Toutefois les sanctions européennes à l’encontre de Moscou, depuis 2014, poussent le président Vladimir Poutine à développer de nouvelles stratégies. Le continent africain permet donc de traiter avec des pays qui ne sanctionnent pas la Russie. Leurs économies ne sont en effet pas soumises au champ de sanctions européennes. Le Kremlin a aussi bâti sa diplomatie internationale en opposition avec le monde occidental. Ce sujet structurant de la politique étrangère russe est sans doute un facteur de contrat militaire. En soulignant implicitement le bourbier malien pour l’armée française, Moscou envoie un signal fort à toute l’Afrique francophone. La méthode russe se présente donc comme une alternative à l’ancien colon européen.

Stratégie d’opportunité ou vision long terme ?

Il serait sans doute trop facile de dénoncer un simple opportunisme. Les liens entre Moscou et les anciennes colonies africaines existent depuis l’indépendance de ces pays. La majorité des pays africains ont utilisé des matériels militaires soviétiques durant la Guerre froide. Des liens existent donc depuis des années. Cependant, c’est plutôt la nouvelle stratégie russe qui est intéressante. Le plus vaste pays du monde se sert de son expertise militaire comme d’un outil de soft power au service de son rayonnement international.

Loin de n’être que du soft power, cette approche est également pragmatique. En effet, la Russie semble avoir conclu des accords commerciaux avec la Centrafrique. Moscou privilégie l’accès aux ressources d’un des pays les plus pauvres de la planète mais avec un sous-sol très riche. Il semble que l’accord militaire conclu avec Bamako soit du même acabit. Pour preuve, le Mali possède des réserves de terre rare, matière essentielle à la constitution d’appareils technologiques ou encore des mines d’or ainsi que des réserves de pétrole.

L’accès à ces ressources stratégiques, la participation d’instructeurs militaires russes et la livraison d’armement à Bamako semble donc augurer une stratégie à long-terme. Même si l’approche opportuniste de concurrencer une région historiquement liée au bloc occidental n’est pas à démontrer, il est évident que la Russie noue des liens dans l’espoir de durer au Mali. Il en est de même dans les autres pays africains sous accord militaire, même non francophones (Soudan, RDC, Angola, Zimbabwe).

Entre avantages économiques, rayonnement militaire et concurrence pour le marché africain, ces contrats militaires révèlent un changement d’approche politique net de la part du Kremlin. A monde multipolaire nouvelles stratégies…

Sources :

-“Le “grand retour” de la Russie en Afrique ?”, IFRI, Avril 2019, (https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/kalika_russie_afrique_2019.pdf)

-“L’offensive russe au Mali”, Monde Afrique, 9 juillet 2019, (https://mondafrique.com/loffensive-militaire-russe-au-mali/?fbclid=IwAR0M3eYYKZslxCIG_BfkirHUPhmVkCnh5Xkrix1LD1TKch0U9Z3ogI1yZOk)

-“Le Mali et la Russie ont signé un accord de coopération militaire”, Opex360.com, 27 juin 2019, (http://www.opex360.com/2019/06/27/le-mali-et-la-russie-ont-signe-un-accord-de-cooperation-militaire/)Share

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About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant de Grenoble Ecole de Management et effectue une poursuite d’étude en géopolitique au sein de l’IRIS SUP’. Il s’intéresse particulièrement à la Turquie et au Khorasan.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/41394-influence-russe-mali

Mali : dialoguer avec les djihadistes ?

TERRORISME 4 AOÛT 2019 

Mali : dialoguer avec les djihadistes ?

Timbuktu Mali by Johannes Zielcke(CC BY-NC-ND 2.0) — Johannes Zielcke, CC-BY

Si l’approche exclusivement militaire a montré ses limites, beaucoup reste à faire et à construire à l’échelle locale, avant d’envisager, de guerre lasse, de céder le terrain au projet de contre-société porté par Koufa et la katiba Macina.

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Par Etienne Huyghe1.

Nombre d’analystes considèrent que le centre du Mali est aujourd’hui l’épicentre de la crise sahélienne. La région est historiquement traversée par de fortes tensions : tensions pour l’accès aux ressources – hydriques et pastorales notamment –, tensions intra et intercommunautaires – avec des relations complexes de complémentarité et de concurrence entre les communautés. Celles-ci sont inscrites dans le temps long de la vie des populations qui occupent cet espace.

Elles ont longtemps pu être jugulées par des compromis locaux entre les acteurs concernés, fondés sur des mécanismes de régulation traditionnels. Mais la situation s’est fortement dégradée au cours de ces dernières décennies du fait d’une conjonction de facteurs internes et externes. Le recul progressif de la présence de l’État malien dans le centre du pays a créé un vide profond en termes de fourniture de services publics essentiels pour la population (police, justice, santé, éducation). La survenue d’épisodes de sécheresse dans un contexte de pression démographique accrue a de surcroît réactivé et accentué ces tensions latentes.

C’est sur ces déterminants socio-historiques locaux que les groupes djihadistes ont capitalisé pour occuper l’espace géographique et social laissé vacant par le reflux de l’État. Si l’intervention française au Mali de 2013 a permis aux Forces armées maliennes de chasser momentanément ces groupes du centre du pays, la situation s’est de nouveau fortement dégradée depuis 2015 et les forces djihadistes ont commencé à réoccuper la zone, faute de réponse politique et sociale satisfaisante de la part de l’État malien face aux attentes de la population.

Localement, bien que différents groupes soient en concurrence pour la maîtrise de l’espace, c’est la katiba Macina, dirigée par le leader peul Amadou Koufa, qui s’impose comme le groupe djihadiste dominant. Koufa, qui bénéficie d’une solide réputation de prêcheur auprès des populations locales, tout particulièrement peules, a rejoint Iyad Ag Ghali, leader touareg issu d’une grande lignée des Ifoghas, au sein du Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM).

Ag Ghali, ainsi que les principaux cadres du GSIM, ont eux-mêmes fait allégeance à Ayman al-Zawahiri, émir d’al-Qaïda. Bien que des doutes subsistent sur le degré d’autonomie dont jouissent Koufa et ses hommes, la katiba Macina est donc aujourd’hui directement liée à al-Qaïda, par ce jeu d’allégeance et par un transfert, à tout le moins, de connaissances opérationnelles.

Malgré les actions militaires menées dans le centre du pays, malgré la lente mise en œuvre du « Plan de sécurisation intégrée des régions du centre » par les autorités maliennes, en dépit du fort soutien accordé par les différents partenaires internationaux du Mali, aucune amélioration substantielle de la situation ne semble se concrétiser du point de vue de la sécurité dans la région du centre.

Fort de ce constat et alors que les groupes djihadistes sont aujourd’hui fermement implantés localement du fait de leur grande résilience stratégique, certains acteurs proposent un changement radical de cap via l’instauration d’un dialogue officiel entre les autorités maliennes et ces groupes, tout particulièrement avec Amadou Koufa et les principaux chefs de sa Katiba.

OBJECTIFS ET MODALITÉS DU DIALOGUE AVEC LA KATIBA MACINA

L’objectif de l’instauration d’un tel dialogue serait, en premier lieu, d’assurer aux populations une baisse des tensions dont elles sont les premières victimes, via l’obtention de cessez-le-feu locaux et d’accès facilités pour les convois humanitaires à destination des régions où la Katiba est active.

Ce premier résultat atteint, un élargissement du spectre des négociations serait envisageable. Selon les tenants de cette approche, l’ouverture de ce dialogue reposerait dans un premier temps sur l’envoi de dignitaires religieux maliens auprès des principaux leaders de la katiba Macina, dans une optique de médiation. On sait, en effet, que des contacts indirects ont existé au cours des années précédentes entre Koufa et certains leaders religieux maliens, notamment avec l’imam Mahmoud Dicko qui présidait il y a peu encore le Haut Conseil islamique malien et qui incarne au Mali la tendance rigoriste inspirée par la doctrine wahhabite, distincte du rite malikite qui domine en Afrique de l’Ouest.

C’est l’ouverture d’un tel dialogue qui a été récemment proposée par les rédacteurs d’un rapport de l’International Crisis Group (ICG). Ce rapport a eu un fort impact, tant dans le monde de la recherche qu’auprès des décideurs politiques maliens, dont certains se disent prêts à entamer ce processus de dialogue, tout en rappelant que des contacts informels ont déjà eu lieu avec des membres de la katiba par le passé. De nombreux acteurs et observateurs de la politique malienne ont, à l’inverse, pris fermement position contre.

Avant d’analyser cette proposition, il convient de souligner qu’une différence de nature – et non de degré – existe entre la tenue d’un dialogue informel et officieux entre autorités et groupes djihadistes et un dialogue officiel et institutionnalisé entre ces mêmes acteurs. Il s’agit donc bien d’une proposition originale et lourde de sens qu’il faut analyser à cette aune.

Or, il existe plusieurs obstacles à la mise en œuvre de ce dialogue entre les autorités maliennes et les djihadistes. S’intéresser aux obstacles n’est, selon nous, pas suffisant. En réalité, c’est une double interrogation à laquelle nous faisons face : est-il possible d’initier un tel dialogue ? Si oui, cela est-il néanmoins souhaitable au vu des objectifs poursuivis par l’État malien ?

UN PROCESSUS AU RÉSULTAT INCERTAIN MAIS NÉCESSAIREMENT LOURD DE CONSÉQUENCES

Si l’on a d’ores et déjà connaissance de cas de dialogue entre des représentants de la katiba Macina et des leaders communautaires locaux du centre du Mali (éminences religieuses désireuses d’instaurer un dialogue d’ordre théologique, chefs de village souhaitant négocier certaines des conditions de vie drastiques imposées par les hommes de Koufa…), il s’agissait de modalités de dialogue n’impliquant pas directement les autorités étatiques, à tout le moins pas officiellement.

Il est donc impossible d’extrapoler sur la base de ces exemples pour déterminer la réaction de Koufa face à une demande en provenance de représentants légaux de l’Etat malien. Précisons, comme le rappellent les rédacteurs du rapport de l’ICG, que Koufa s’est, par le passé, dit prêt à rencontrer certains leaders religieux maliens incarnant la tendance rigoriste, parmi lesquels l’imam Mahmoud Dicko, précédemment cité.

À ce stade, on peut donc conjecturer que Koufa, dont la katiba est actuellement en position de force dans le centre du pays, ne serait pas défavorable à l’ouverture d’un tel dialogue, mais uniquement à ses propres conditions et avec les émissaires de son choix.

Mais qu’il accepte ou non cette ouverture, on peut affirmer que l’émission d’une telle proposition de dialogue par les autorités maliennes aurait au moins un résultat incontestable : celui de donner une légitimité institutionnelle au groupe d’Amadou Koufa et, par les jeux d’allégeance déjà évoqués, au GSIM dirigé par Ag Ghali puis, en définitive, à al-Qaïda. Les conséquences sont donc autant locales que nationales et régionales.

IMPACT AU NORD-MALI ET DANS TOUTE LA RÉGION

La situation au Nord-Mali est très différente de celle qui prévaut actuellement dans le centre du Mali. Les équilibres sociaux et économiques sont distincts, les groupes armés qui s’y affrontent également. L’ouverture d’un dialogue avec la katiba Macina aurait, à n’en pas douter, un impact direct sur les jeux d’alliances locaux, en replaçant Ag Ghali et le GSIM au centre du jeu et en risquant de fragiliser les groupes armés loyaux à l’État malien, parmi lesquels le Groupe autodéfense touareg Imghad et alliés (GATIA) et le Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA).

Le territoire malien n’est pas le seul à être touché par l’action des groupes armés terroristes. Toute la région sahélienne est aujourd’hui concernée. Au-delà de l’impact sur le territoire national malien, l’ouverture d’un dialogue officiel avec les hommes de Koufa aurait pour effet indirect d’ouvrir des perspectives de légitimation pour d’autres groupes djihadistes actifs dans les États voisins du Mali.

Il convient, en l’espèce, de rester vigilants et de bien différencier les contextes locaux. Certains groupes ou acteurs utilisent le registre du discours djihadiste sans pour autant y adhérer en profondeur. On peut, néanmoins, craindre que la perspective d’un dialogue avec Koufa ne produise une prime à l’engagement djihadiste chez des groupes ou des individus à l’idéologie encore peu cristallisée, en les poussant à adhérer, par opportunisme, au corpus idéologique djihadiste (ou à s’affilier à un groupe djihadiste au rayonnement régional), voyant là une possibilité d’insertion facilitée dans le jeu institutionnel local et national.

Mali

Les mouvements djihadistes en question sont les suivants : Al-Qaeda au Maghreb islamique, Ansar Dine, Mouvement pour l’unicité du jihad en Afrique de l’Ouest, Al-Morabitoune, Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, État islamique au Grand Sahara, Ansaroul Islam.DR, Author provided

En outre, on doit insister sur la dimension scissipare des groupes djihadistes sahéliens. L’effet d’aubaine représenté par la perspective de reconnaissance institutionnelle générée par l’ouverture d’un dialogue avec la katiba Macina pourrait, dès lors, pousser certains cadres intermédiaires de l’organisation à envisager la création d’une nouvelle entité afin, le moment venu, de jouir eux-aussi des dividendes de la paix.

Cet effet bien connu des spécialistes des processus de « désarmement, démobilisation et réintégration » (DDR) ne doit pas non plus être négligé dans le cas d’espèce.

UN RISQUE RÉEL D’ESCALADE DES VIOLENCES INTERCOMMUNAUTAIRES AU MALI

Le discours de Koufa a largement évolué au fil des ans, s’adaptant aux évolutions du contexte stratégique malien. De la promotion d’un djihad global, s’affranchissant du fait ethnique, Koufa revendique aujourd’hui la dimension profondément ethniciste de son combat. En jouant volontairement de l’association entre identité peule et djihadisme, Koufa prend les peuls non-djihadistes, largement majoritaires, en otage.

En reconnaissant la légitimité d’un dialogue avec Amadou Koufa, les autorités maliennes prendraient le risque de conforter la légitimité du discours ethnique qu’il porte, provoquant en réaction une escalade impossible à maîtriser des violences exercées à l’encontre des populations peules – ce qui serait précisément l’inverse de l’effet recherché.

Quelle serait par exemple la réaction des milices pro-dogons, sur lesquelles Bamako exerce une influence bien faible, face à une telle éventualité ? La chaîne causale est ici particulièrement complexe, et il est difficile de proposer un scénario univoque. Ce paramètre ne doit pourtant pas être laissé de côté.

DES REVENDICATIONS ACCEPTABLES ?

Bien que Koufa n’ait pas, à notre connaissance, formulé de revendications très précises, son projet de société, lui, est bien connu. Le mode opératoire mis en œuvre par Koufa pour imposer son autorité dans le centre du Mali ressemble en tous points à celui décrit par Abou Bakr Naji, responsable aujourd’hui décédé de la propagande d’al-Qaïda, dans son livre Gestion de la Barbarie.

Ce livre, décrit par certains auteurs comme le Mein Kampf des djihadistes, précise avec force détails comment s’emparer durablement de territoires en état de fragilité sociale et politique. Le mode opératoire décrit repose sur la mise en œuvre d’une véritable stratégie du chaos à l’intérieur des espaces convoités pour s’imposer ensuite comme l’acteur le plus à même de répondre au chaos précédemment provoqué. C’est ce que Naji nomme « l’administration de la sauvagerie ».

Il y a donc une filiation certaine entre le projet d’al-Qaïda et celui de Koufa. Et celui-ci semble absolument antinomique avec les fondements mêmes de l’organisation politique, sociale et économique du Mali.

L’imposition de la charia dans son acception la plus radicale est une constante dans le discours de Koufa. Ce dernier ne manquerait pas de demander qu’elle soit appliquée avec intransigeance – localement ou au niveau national – en cas de négociations résultant de l’ouverture d’un dialogue. Cela est nécessairement incompatible avec le respect du principe de laïcité qui prévaut au Mali.

Par ailleurs, le type d’islam revendiqué par Koufa, et qu’il souhaite voir imposer à l’ensemble du Mali, est largement minoritaire dans le pays. Les menaces et les exactions que Koufa et ses hommes ont déjà exercées à l’encontre des autorités religieuses qui ne partageaient pas sa conception radicale de l’islam sont à ce titre révélatrices. Cette dimension de radicalité religieuse étant centrale dans son discours et dans ses actes, quelles conséquences un dialogue avec Koufa et ses hommes aurait-il sur les représentants et les pratiquants du rite malikite ou des confréries soufies ?

De manière plus générale, la katiba Macina rejette de manière explicite le fait démocratique même. Ainsi, dans un enregistrement retranscrit par les auteurs du rapport de l’ICG, Boukary Petal, un des principaux lieutenants de Koufa, est particulièrement explicite sur ce point :

« Notre combat est un combat entre la foi et la mécréance, la démocratie et le livre d’Allah. »

On peut, bien sûr, arguer que ce discours serait susceptible d’évoluer dans le cadre d’un dialogue institutionnalisé avec les autorités légitimes de l’État malien. Cela nous ramène, néanmoins, à un point fondamental : dans l’hypothèse de l’ouverture d’un dialogue, lequel des deux interlocuteurs est aujourd’hui en position de force ?

« LE POUVOIR QUI SE DÉGRADE N’OBTIENT POINT MERCI DE SES ENNEMIS »

Cette citation de Chateaubriand, que le politiste malien Sega Diarrah a choisi de mettre en incipit de son récent article très critique sur l’opportunité de mettre en place un dialogue avec Amadou Koufa, illustre toute l’ambiguïté d’une proposition d’ouverture du dialogue avec la katiba Macina en ce moment précis.

Il importe en effet de considérer l’équilibre des forces lors de l’ouverture d’un dialogue entre deux parties au conflit. Or, en l’état actuel de la situation, les autorités maliennes ne sont pas encore en position dominante du point de vue sécuritaire dans la région du centre. Dans l’hypothèse de l’ouverture d’un dialogue, Koufa arriverait à la table des négociations dans une position particulièrement avantageuse.

Cette ambiguïté est d’ailleurs relevée par un érudit religieux de Mopti, membre de l’Association malienne pour l’Unité et le Progrès de l’islam, cité par les auteurs du rapport D’ICG :

« Maintenant qu’ils ont le dessus, comment pouvons-nous négocier avec eux ? Soit ils dictent ce qu’ils veulent, soit nous devons nous battre jusqu’à ce que tout le monde en ait assez. Ensuite, on peut envisager de négocier. C’est ainsi que tous les États ont traité le problème du terrorisme. »

QUEL DIALOGUE POUR QUEL PROJET POLITIQUE AU MALI ?

Tout dialogue n’est pourtant pas vain. Des canaux officieux doivent pouvoir continuer à exister afin, le moment venu, de négocier notamment la reddition de membres du groupe de Koufa. Par ailleurs, il convient d’opérer une distinction entre les cadres de la Katiba et les simples combattants ou personnels chargés de fonctions supports.

Des études ont montré que les motifs de leur engagement auprès des groupes djihadistes étaient très variables, et reposaient bien souvent sur des perspectives économiques et sociales locales, davantage que sur des considérations strictement idéologiques. Encourager le dialogue intercommunautaire – y compris avec ceux qui auraient pu nouer des liens avec les hommes de Koufa – dans une optique de médiation sociale et de réinsertion économique, semble absolument indispensable. C’est ce type de dialogue qu’il convient de privilégier.

Les groupes djihadistes ne naissent pas par génération spontanée. Ils émergent plutôt de la capacité des « entrepreneurs de violence » locaux à instrumentaliser les griefs concrets des populations. L’idéologie djihadiste sert alors de coagulant, offrant un projet politique alternatif clé en main fondé sur une légitimité que les djihadistes s’évertuent à ancrer dans le temps long, de manière artificielle, en jouant de l’opposition avec les institutions modernes de l’État, entendues, elles, comme une importation récente de l’Occident.

Le terreau privilégié permettant l’implantation de ces groupes est connu : des États à la faible empreinte territoriale et à la légitimité fragile. Or des outils existent afin de lutter contre ces deux carences.

La décision d’ouvrir ou non un dialogue avec Amadou Koufa et ses lieutenants est celle des Maliens et de leurs représentants. Quelle que soit la décision retenue, il importe plus que jamais de contribuer à retisser le lien social au Mali en aidant l’État à reconstruire sa légitimité auprès des populations, dans une démarche inclusive.

Or un État légitime est avant tout celui qui répond aux besoins des populations qu’il administre. Car si l’approche exclusivement militaire a montré ses limites, beaucoup reste à faire et à construire à l’échelle locale, avant d’envisager, de guerre lasse, de céder le terrain au projet de contre-société porté par Koufa et la katiba Macina.

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Doctorant en Relations Internationales à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Etienne Huyghe est chargé de mission au sein de Civipol. Nota Bene : Les propos énoncés dans cette publication ne sauraient engager la responsabilité de Civipol.
  2.  https://www.contrepoints.org/2019/08/04/350535-mali-dialoguer-avec-les-djihadistes

Mali : après le « carnage » dans un village du Centre, la « survie » du pays est en jeu, estime IBK

SÉCURITÉ

Mali : après le « carnage » dans un village du Centre, la « survie » du pays est en jeu, estime IBK

11 juin 2019 à 08h19 | Par Jeune Afrique avec AFP

L’attaque qui a tué au moins 95 personnes et ravagé un village dogon dans le centre du Mali, dans la nuit de dimanche à lundi 10 juin, menace l’existence même du pays, a affirmé le président malien Ibrahim Boubacar Keïta.

« Ce n’est pas à un cycle de vengeance, de vendetta, que ce pays doit être conduit », a déclaré à la télévision publique ORTM le chef de l’État, en Suisse pour le centenaire de l’Organisation internationale du travail (OIT), annonçant qu’il écourtait son séjour.

IBK a au contraire appelé à des « retrouvailles » entre Maliens, « qui seules vont nous permettre de rebondir et permettre à notre nation de survivre. Car nous sommes en question de survie », a-t-il estimé, quelques heures après le massacre perpétré contre ce village de la zone de Bandiagara, à l’est de Mopti.

« Des hommes armés, soupçonnés d’être des terroristes, ont lancé un assaut meurtrier contre le paisible village de Sobame Da », avait auparavant annoncé le gouvernement. « Le bilan provisoire établi par une mission du poste de sécurité de Diankabou », dans les environs, « fait état de 95 morts et de 19 portés disparus », avait précisé le gouvernement, dénonçant un « carnage ».

« Barbarie inqualifiable »

Un élu local a évoqué des « corps calcinés ». Selon un rescapé, Amadou Togo, les assaillants, « une cinquantaine d’hommes lourdement armés, venus à bord de motos et de pick-up », ont « d’abord encerclé le hameau avant de lancer l’assaut ».

« Certains ont été égorgés et éventrés, des greniers et du bétail ont été brûlés. Personne n’a été épargné : femmes, enfants et vieilles personnes », a-t-il raconté, évoquant, outre le bilan de 95 morts, 38 blessés.


>>> À LIRE – Violences intercommunautaires dans le centre du Mali : le président IBK face à l’indicible


Le chef de la Mission de l’ONU au Mali (Minusma), Mahamat Saleh Annadif, a condamné cet « acte d’une barbarie inqualifiable ». Ce drame rappelle « que dans cette spirale de la violence, il n’y a pas les méchants d’un côté et les gentils de l’autre. Tout le monde est responsable. Le seuil de l’intolérable est atteint et le temps d’un sursaut national s’impose », a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a de son côté appelé les protagonistes à « s’abstenir de représailles », et a exhorté « le gouvernement et tous les acteurs à engager un dialogue intercommunautaire pour résoudre les tensions et les différends ».

« Une déclaration de guerre ».

La milice dogon Dan Na Ambassagou a pour sa part condamné un « acte terroriste et génocidaire intolérable », indiquant qu’elle « considère cette attaque comme une déclaration de guerre ».

Cette nouvelle tuerie dans le centre de Mali survient après le massacre, le 23 mars à Ogassogou, de quelque 160 Peuls, attribuée à des chasseurs dogons. Dan Na Ambassagou, dissoute dans la foulée du massacre, avait démenti toute implication dans la tuerie, mais rejeté sa dissolution et refusé de « déposer les armes ».

Le ministère de la Justice a annoncé « l’ouverture d’une enquête préliminaire par le procureur du pôle judiciaire spécialisé dans la lutte contre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée ».


>>> À LIRE – [Tribune] Entre faux jihadistes et faux chasseurs traditionnels, les civils piégés dans le centre du Mali


Dans un rapport publié la semaine dernière sur une attaque de chasseurs dogons présumés le 1er janvier ayant fait 39 tués peuls, la Minusma et le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme (HCDH) avaient souligné l’exacerbation des tensions dans la région depuis deux ans.

« En l’absence des Forces de défense et de sécurité maliennes (FDSM), des soi-disant groupes d’autodéfense et autres milices se sont formés sur base communautaire », face aux Peuls, souvent assimilés aux extrémistes, selon ce rapport sur l’attaque contre le village de Koulogon.

Mali : Présentation des groupes terroristes (2/2)

Mali : Présentation des groupes terroristes (2/2)

L’augmentation des tensions au Mali et l’activité croissante des groupes djihadistes semblent indiquer un maintien prolongé des forces internationales dans le pays. Aux difficultés politiques s’ajoutent les rapports ethniques complexes et les problèmes d’identifications des différents groupes djihadistes qui sévissent dans le pays. Face à une certaine illisibilité il convient de présenter brièvement ces entités. Entre État Islamique et Al-Qaïda, ces multinationales djihadistes ont des ramifications au Sahel.

L’État Islamique s’implante dans le Sahara

L'État islamique dans le Grand Sahara recrute ses membres parmi les populations peuls et touaregs locales
L’État islamique dans le Grand Sahara recrute ses membres parmi les populations peuls et touaregs locales

La seconde organisation djihadiste connue au Mali est l’État Islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Filiale de Daesh dans le Sahel, l’EIGS est resté longtemps assez mystérieux. C’était la volonté de la “maison mère” djihadiste de ne pas prioriser le théâtre malien comme axe de propagande. Son dirigeant local est Adnan Abu Walid al-Sahraoui. Il est l’ancien porte-parole du Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO). Suite à la fusion du MUJAO avec la katiba des Enturbannés, il rejoint Al-Mourabitoune en 2014.

En 2015, al-Sahraoui annonce qu’Al-Mourabitoune se rallie à l’organisation État Islamique. Mohktar Belmokhtar, émir du groupe, réfute cependant la déclaration d’Al-Sahraoui. Mohktar Belmokhtar prête de nouveau allégeance au chef des Talibans auxquels sont inféodés les membres d’Al-Qaïda. Il promet également fidélité à Ayman Al-Zawahiri, le dirigeant officiel de l’organisation djihadiste. Ainsi, seule une partie d’Al-Mourabitoune fait sécession et rejoint les rangs de Daesh.

L’EIGS, un groupe actif…

Al-Sahraoui dirige une troupe de 100 à 200 combattants qui sont présents dans tout le Mali et les pays voisins. Ses membres sont majoritairement touaregs, peuls, sarahouis et nigériens. Le nom même de leur chef semble indiquer qu’il serait né dans l’actuel Sahara occidental, région Sud du Maroc qui revendique son indépendance. L’activité du groupe djihadiste se concentre majoritairement autour de la zone des trois frontières (Mali, Burkina Faso et Niger). L’organisation État Islamique est par exemple responsable de la mort de soldats américains et nigériens en octobre 2017.

Bien qu’al-Sahraoui ait quitté Al-Mourabitoune en raison de désaccords stratégiques, politiques ou religieux, les relations entre concurrents djihadistes au Mali ne sont pas mauvaises. Il existe même des coopérations fréquentes entre groupes de différentes organisations. Ainsi, les affrontements entre Al-Qaïda et Daesh en Syrie ne représentent pas d’obstacle à leur coopération au Mali et même dans tout le Sahel.

… qui agit dans un relatif anonymat 

L’État Islamique dans le Grand Sahara souffre d’un manque de mise en avant de la part de sa maison mère. Cela s’explique en partie par une forte activité de l’État Islamique d’Afrique de l’Ouest, ancien Boko Haram. La secte dirigée par Abou Musa’ab Al-Barnawi est très présente autour du Lac Tchad et peut donc frapper au Tchad, au Niger, au Cameroun ou encore au Nigéria. Les effectifs sont, de plus, beaucoup plus importants que la filiale sahélienne. Al-Barnawi aurait sous ses ordres plus d’un millier de combattants.

Le groupe djihadiste pâtit également d’un manque de communication claire. Al-Sahraoui prêtait allégeance à Daesh en mai 2015 mais ce ne fut confirmé par l’Amaq (organe de propagande de l’organisation) qu’en octobre 2016. L’actuel dirigeant de l’organisation État Islamique, Abu Bakr Al-Baghdadi, a même officialisé sa nouvelle filiale au Sahel le 30 avril 2019.

Une base terroriste résiliente aux coups 

A ce relatif anonymat s’ajoutent deux revers pour l’EIGS. Tout d’abord, un fidèle lieutenant d’Al-Sahraoui aurait été tué par un raid de la force Barkhane en 2018. Mohammed Ag Almouner était le responsable de l’embuscade contre les soldats américains et nigériens en 2017. Enfin, le Sultan Oud Bady, qui commandait une katiba de Daesh dans le Sud algérien, impliqué dans des attaques au Mali, s’est rendu aux autorités d’Alger en août 2018.

Cela n’empêche en revanche pas les djihadistes de pouvoir provoquer des dégâts parfois considérables et de mettre au point des attaques complexes. C’est le cas notamment des combats du 15 mai à Tongo Tongo (Niger). Les djihadistes ont attaqué la prison de Koutoukalé et ont attiré les forces nigériennes dans une embuscade. Le bilan pour l’armée nigérienne est lourd, 28 morts. Les témoignages feraient état de « plusieurs centaines d’hommes lourdement armés » dans les rangs djihadistes. Cela prouve la formidable capacité de résiliences des groupes armés terroristes (GAT) dans le Sahel. En résulte un véritable casse-tête pour les autorités africaines, françaises et surtout pour la population.

Sources

-“Huitième rapport du secrétaire général sur la menace que représente l’EEIL (Daesh)”, Conseil de Sécurité des Nations Unies, 1er février 2019, (https://www.un.org/sc/ctc/wp-content/uploads/2019/02/N1901938_FR.pdf)

-“La menace de l’”Etat islamique dans le Grand Sahara”, France Info, 03 Nobembre 2017, (https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/politique-africaine/la-menace-de-l-etat-islamique-dans-le-grand-sahara_3059785.html)

About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant en Master II de Grenoble Ecole de Management. Il s’intéresse particulièrement aux questions de Défense et de gestion de crise dans les relations internationales.

Mali : Présentation des groupes terroristes (1/2)

Mali : Présentation des groupes terroristes (1/2)

L’augmentation des tensions au Mali et l’activité croissante des groupes djihadistes semblent indiquer un maintien prolongé des forces internationales dans le pays. Aux difficultés politiques s’ajoutent les rapports ethniques complexes et les problèmes d’identification des différents groupes djihadistes qui sévissent dans le pays. Face à une certaine illisibilité, il convient de présenter brièvement ces entités.

Les Groupes Armés Terroristes (GAT) sont très actifs au Mali
Les Groupes Armés Terroristes (GAT) sont très actifs au Mali

En mars 2017, différentes organisations djihadistes officialisent leur coopération en présentant une nébuleuse terroriste au Mali : Jama’at Nusrat al-Islam wa al-Muslimeen. Nous la connaissons sous le nom de Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI).

Cinq groupes distincts sont actuellement membres de cette coopération djihadiste au Mali.

Al-Qaïda au Sahel : force Sud d’AQMI au Mali

Numéro deux du GSIM, Yahia Abou el Hammam dirigeait cette filiale Sud d’AQMI. Le chef djihadiste d’origine algérienne est toutefois mort, tué par la force Barkhane près de Tombouctou en février 2019. Son successeur semble pour l’instant inconnu.

Al-Qaïda au Sahel regroupe plusieurs katibas (brigades de combat) autonomes. Il en existe entre quatre et cinq en raison de changement d’allégeance de certains combattants. Trois brigades servent Abou el Hammam de manière certaines : les katiba Tarik Ibn ZiyadYoussef Ibn Tachfin et Al Furqan. Cette dernière est très affaiblie par les interventions de la force Barkhane au Nord de Tombouctou en avril 2019. L’incertitude plane cependant sur la présence de la katiba Al-Ansar dans les rangs d’Al-Qaïda au SahelCette brigade pourrait avoir rallié Ansar-Dine.

Al-Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar

Le groupe est né d’une fusion entre le Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest(MUJAO) de Abderrahmane Ould el-Amar et la katiba des Enturbannés de Mohktar Belmokhtar en 2014. Al-Mourabitoune naît ainsi, en référence à la dynastie des Almoravides qui régna sur le Sahara durant un siècle.

Mokhtar Belmokhtar est l’émir officiel du groupe djihadiste depuis la mort d’Ould el-Amar, en 2014. Il a choisi de rallier AQMI en 2015, organisation qu’il avait quitté en décembre 2012. Ce chef terroriste au Sahel est connu pour la prise d’otage du complexe gazier algérien d’In Amenas en janvier 2013. Actuellement, Belmokhtar se trouverait, selon certaines rumeurs, en Lybie. Il n’y a néanmoins pas de lien de vassalité apparent entre Al Qaïda au Sahel et Al-Mourabitoune, Belmokhtar étant un des favoris en cas de succession du leader d’AQMIAbdelmalek Droukdel.

Un djihadisme touareg malien : Ansar Dine

Ansar Dine est le troisième groupe djihadiste membre du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans. Ses combattants sont majoritairement touaregs. Iyad Ag Ghali dirige les « défenseurs de la foi » (signification d’Ansar Dine). De plus, il est le chef du GSIM. L’objectif de son groupe d’origine est simple, prônant l’instauration de la charia au Mali. L’émir de la katiba se fait néanmoins connaître pour la destruction des mausolées de Tombouctou en été 2012. Ses forces seraient très actives dans le Nord-Mali, en plein Azawad, une zone désertique recouvrant des zones saharienne et sahélienne.

La mystérieuse brigade Serma

Si cette organisation terroriste agit discrètement, elle affronte cependant la force Barkhane en janvier 2019. Cette katiba trouve son origine dans la forêt de Serma au centre du pays, au Sud de Boni. Le groupe armé salafiste djihadiste, fondé en 2012, est composé majoritairement de peuls. En revanche, son chef actuel n’est pas connu.

Le Front de Libération du Macina (FLM) : la katiba la plus active de l’entente djihadiste au Mali

Le FLM, ou Katiba Macina, est un groupe djihadiste très actif dans la région de Mopti. Ses membres revendiquent la création d’une République Islamique du Macina, ancien empire islamique qui existait dans les régions du centre du Mali. Son fondateur se nomme Amadou Koufa, prêcheur peul (ethnie d’agriculteur d’Afrique de l’Ouest). Ancien membre d’Ansar Dine, il fonde la brigade actuelle en 2015. Amadou Koufa serait mort après un raid franco-malien en novembre 2018, information cependant démentie par le FLM.

Le FLM est très actif au Mali et dans le nord du Burkina Faso. Il serait impliqué dans l’enlèvement de deux touristes français dans le nord du Bénin en mai 2019. La cellule à l’origine du kidnapping devait en effet remettre les otages au Front de libération du Macina, au Mali. Les forces spéciales françaises ont mené l’assaut afin d’empêcher le transfert des otages aux djihadistes maliens. Si la libération des otages fut un succès, deux commandos perdirent la vie.

Le Groupe de soutien à l’Islam et aux Musulmans est donc une véritable nébuleuse djihadiste. Tentaculaire, elle est très active et engendre de nombreux risques sécuritaires au Mali.

Sources :

-“Qu’est-ce que la Katiba Macina, ce groupe terroriste impliqué dans la prise d’otage des Français ?”, LCI, 12 mai 2019, (https://www.lci.fr/terrorisme/video-burkina-faso-qu-est-ce-que-la-katiba-macina-ce-groupe-terroriste-implique-dans-la-prise-d-otages-des-francais-2120906.html)

-“Mali : Pour Paris, il est désormais “vraisemblable” que le chef djihadiste Amadou Kouffa soit encore vivant.”, OPEX 360, 12 mars 2019, (http://www.opex360.com/2019/03/12/mali-pour-paris-il-est-desormais-vraisemblable-que-le-chef-jihadiste-amadou-koufa-soit-encore-vivant/)

-“AQMI et Al-Mourabitoun : la djihad sahélien réunifié ?”, IFRI, Janvier 2017, (https://www.ifri.org/fr/publications/notes-de-lifri/notes-de-lifri/aqmi-al-mourabitoun-djihad-sahelien-reunifie)

About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant en Master II de Grenoble Ecole de Management. Il s’intéresse particulièrement aux questions de Défense et de gestion de crise dans les relations intern

Mali : la guerre est-elle perdue ?

vendredi 19 avril 2019

Mali : la guerre est-elle perdue ?

(Cette analyse peut être reprise à la condition d’en citer la source)

Jeudi 18 avril, au Mali, sous la pression des islamistes maîtres de la rue, le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga a choisi de démissionner avant d’être chassé par une motion de censure et une manifestation destinée à faire pression sur les députés. Dans cette crise téléguidée par des notables islamistes ralliés au wahhabisme et qui poursuivent des buts personnels en alliance avec les jihadistes de Iyad ag Ghali, qui sera le prochain Premier ministre ? Quoiqu’il en soit, l’incertitude grandit pour le président Ibrahim Boubacar Keita (IBK), de plus en plus fragilisé politiquement et confronté à une grève des enseignants, à une forte grogne sociale et à une situation sécuritaire qui se dégrade très fortement.

Au milieu de ces luttes de pouvoir auxquelles elle est totalement étrangère, se trouve la force Barkhane qui doit faire face à un climat de plus en plus hostile. Ainsi, le vendredi 5 avril, à Bamako, à l’appel de Mahmoud Dicko, imam wahhabite dont le mandat de président du Haut conseil islamique du Mali s’achève le 21 avril 2019, et  du chérif de Nioro Mohamed Ould Bouyé, des dizaines de milliers de manifestants exigèrent le départ du président IBK. Ils étaient porteurs de banderoles sur lesquelles était inscrit  « Le seul problème du Mali c’est la France » ou « Stop au génocide de la France au Mali ». Les souvenirs de la liesse accueillant les soldats de Serval sont bien oubliés…

Pour le moment, le président IBK est soutenu par les dirigeants de la Ligue des imams et érudits pour la solidarité islamique au Mali laquelle n’avait pas appelé à la manifestation, et par le célèbre prédicateur Cherif Ousmane Madani Haidara  partisan de l’islam  traditionnel face au wahhabisme importé par les prédicateurs saoudiens.

Tout procède de la mauvaise gestion politique de la victoire militaire remportée par Serval. Alors qu’il aurait fallu conditionner notre intervention à des concessions constitutionnelles au profit du nord touareg, paralysés par leur universalisme, nos diplomates ont tout au contraire entretenu Bamako dans le mythe du « vivre ensemble » à travers l’illusion électorale qui, en Afrique, débouche presque toujours sur l’ethno-mathématique. Les Maliens ont donc cru que nous avions reconquis le pays pour leur compte et que tout pouvait donc continuer comme avant. Résultat, la  situation a dégénéré.

Au nord le narcotrafic, au sud les guerres ethniques

Le nord du Mali est devenu un espace libre pour l’industrie de la contrebande, le jihadisme y étant le paravent du narcotrafic. Les affrontements entre les groupes, rapidement expliqués à travers des rivalités politiques y résultent le plus souvent de tentatives d’élargissement des zones d’action des réseaux. En réalité, dans la guerre à laquelle se livrent les uns et les autres dans l’océan du désert, les carrefours sont les ports par où passe obligatoirement la cocaïne à destination de l’Europe. C’est donc autour d’eux que se déroulent les combats.

Au centre et au sud du Mali, ce n’est pas le trafic de la drogue, mais la résurgence de conflits antérieurs à la période coloniale qui a fait entrer des querelles paysannes amplifiées par la surpopulation et par la péjoration climatique, dans le champ du jihad régional. En effet, dans le Mali central et dans le nord du Burkina Faso, les actuels massacres de Peul par des Dogon et de Dogon par des Peul découlent d’abord de conflits datant de la fin du XVIII° siècle et de la première moitié du XIX° siècle, quand la région fut conquise par des éleveurs Peul dont l’impérialisme s’abritait derrière le paravent du jihad.

En 2015, sur fond de ces souvenirs toujours présents dans les mémoires, le centre du Mali, l’ancien Macina historique, région administrative de Mopti, s’embrasa. Le Macina est bien différent de l’Azawad saharo-sahélien. En partie composé du delta intérieur du Niger, il est en effet partiellement inondé une partie de l’année, donnant naissance à des zones exondées très fertiles convoitées à la fois par les agriculteurs Dogon (± 45% de la population), Songhay ou Bambara, ainsi que par les éleveurs Peul (± 30%). À partir de l’année 2018, les affrontements meurtriers y devinrent de plus en plus fréquents.

Or, les jihadistes du Macina sont essentiellement des Peul et les attentats de 2015 et 2016 qui ensanglantèrent Bassam en Côte d’Ivoire, Ouagadougou au Burkina Faso, Bamako et Sévaré au Mali, furent également commis par des Peul du Macina. De plus, au mois de janvier 2015, un Peul du Macina, Amadou Koufa, de son vrai nom Amadou Diallo, créa le FLM (Front de libération du Macina), connu localement sous le nom de Katiba Macina. Et Amadou Koufa a clairement ancré sa revendication sur l’ethnie peul. C’est ainsi qu’au début du mois de novembre 2018, il publia une vidéo dans laquelle il paraissait aux côtés d’Iyad Ag Ghali, le chef du mouvement Ansar Dine et de l’Algérien Djamel Okacha membre d’Al-Qaïda, annonçant l’union des groupes jihadistes régionaux dans le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), et demandant aux Peul de se soulever et cela : « […] où qu’ils se trouvent : au Sénégal, au Mali, au Niger, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Nigeria, au Ghana et au Cameroun ».

L’ethnisation du conflit a pris une forme de plus en plus radicale avec la constitution de groupes ethniques d’autodéfense Bambara, Dogon et Peul. Par capillarité, le mouvement  a touché le nord du Burkina Faso à partir de 2017.

La guerre est-elle perdue ?

Dans ces conditions, la guerre est-elle perdue ? Les islamistes ont-ils  gagné ? Les piètres prestations de l’armée malienne pourraient le laisser penser. Ainsi, le dimanche 17 mars quand la garnison de Dioura, forte de 200 hommes surarmés et équipés à neuf a fui devant une quarantaine d’assaillants, leur abandonnant matériel, armement et véhicules…

La situation est cependant différente au nord et au sud du pays.

Au nord, région qui constitue le flanc sud de l’Algérie et où la solution passe par une réelle décentralisation, la clé de la situation est détenue par Alger. Par le passé, l’Algérie a ainsi assuré toutes les précédentes médiations avant de parrainer lAccord d’Alger du 15 mai 2015 pour la Paix et la Réconciliation. Ses services ont des « contacts » avec Iyad Ag Ghali, le « parrain » régional qui, s’il n’est pas abattu, et que cela plaise ou non, sera l’homme par lequel passera le futur règlement. Le problème est que, si, par malheur, l’Algérie sombrait dans une situation à la syrienne, au Mali, nous serions en présence d’une afghanisation.

Au sud où avant d’être celui de l’économie ou du développement, le nœud du problème est celui des rapports inter-ethniques, le conflit n’a pas « coagulé ». Le jihad qui a pour but la fondation d’un califat trans-ethnique bute en effet sur la réalité ethnique car les énormes fossés séparant les protagonistes ont jusqu’à présent empêché l’engerbage. Résultat, le jihadisme se trouve pris au piège des rivalités ethno-centrées qui constituent la vraie réalité sociologique régionale.

Cependant, si la situation échappait à Barkhane et si le Burkina Faso tombait, la Côte d’Ivoire serait à son tour touchée. Mais, heureusement, le « bloc Mossi » semble solide. Autrement, dans cette partie de l’ouest sahélien, l’ultime point de résistance devrait s’ancrer autour de la robuste armée sénégalaise.

L’urgence pour nos forces et pour tous ceux qui ont conscience du fait que le Sahel est notre arrière-cour est donc de connaître à la fois l’alchimie ethnique et les résurgences historiques régionales qui expliquent la crise actuelle. C’est dans ce but que je viens de publier « Les guerres du Sahel des origines à nos jours ».
Pour le commander, cliquer ici.

Bernard Lugan

Publié par Administrateur à 16:38

http://bernardlugan.blogspot.com/2019/04/mali-la-guerre-est-elle-perdue.html

Stratégie de sortie de crise pour le Mali : La plateforme des femmes leaders décidée

SOCIÉTÉStratégie de sortie de crise pour le Mali : La plateforme des femmes leaders décidée

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Publié le vendredi 26 avril 2019  |  L’Observatoire
Rencontre

© aBamako.com par Momo 
Rencontre d`appropriation sur le Mandat de la CVJR
Bamako, le 29 décembre 2016 la CVJR a tenu une Rencontre avec les femmes leaders sur son mandat au patronat
Comment

En vue de ramener la paix et la cohésion sociale, la plateforme des femmes leaders a organisé une conférence débat en ce sens, le samedi 19 Avril 2019, à la Maison de la Presse, sous la conduite de Mme Kéïta Djénéba Kéïta, membre de ladite plateforme et Présidente de l’Association des veuves militaires de Kati.

Etaient présents à la présente cérémonie, des membres de la plateforme et plusieurs acteurs de la classe politique malienne et des mouvements altermondialistes.

Il faut rappeler que cette conférence de presse avait pour objectif d’expliquer très concrètement quelle devrait être la contribution des femmes dans la gestion de cette crise inédite que traverse notre pays depuis janvier 2012 pratiquement. Les débats ont été animés par Mme Aminata Dramane Traoré, ancienne Ministre de la Culture De l’ex-Président Alpha Oumar Konaré, actrice mondialiste attitrée.

D’entrée de jeu, la conférencière principale a tenu à souligner le manque de communication et de connaissance sur les causes de la guerre au Mali ; car, pour elle, dans notre pays, les femmes ne sont pas habituées du tout à ce genre de débats, mais, plutôt, à des simples débats de partis politiques axés essentiellement sur des thèmes d’égalité, questions de genres, entre autres. «Les Dirigeants du pays n’ont pas permis aux femmes de se familiariser activement avec les causes externes de cette crise.

Les fameux Bailleurs de fonds mettent de leurs argents dans la guerre, non pas pour la sécurité humaine, mais pour la sécurisation des intérêts de leurs entreprises ainsi que leurs frontières », a révélé Aminata Dramane Traoré. A son avis, les armées qui sont au Mali aujourd’hui ne sont pas venues pour nous sauver, ni pour nous protéger mais elles sont venues dans le cadre de l’extension du capitalisme pour occuper nos terrains», a-t-elle expliqué.

Quant à la Présidente de l’Association des veuves militaires de Kati et membre active de la plateforme des femmes leaders, Mme Kéïta Djénéba Kéïta, elle a invité l’ensemble des femmes du Mali à se donner la main pour la résolution définitive de cette crise qui fait rage dans notre pays depuis plusieurs années maintenant.

Profitant de cette occasion, Mme Aminata Dramane Traoré a déconseillé les femmes de la plateforme en colère de ne pas organiser une marche contre la France mais plutôt de mener la bataille des idées. C’est avec cette tactique de guerre, selon elle, que le Mali pourra gagner beaucoup, elle mise beaucoup plus sur la stratégie privilégiant la confrontation des idées.

Dans cette perspective, Mme Aminata Dramane Traoré a suggéré une révolution pacifique des mères sociales sans la violence, ni des casses ni des injures.

Rappelons que la plateforme pour la paix et la cohésion sociale comprend 182 associations membres et elle est représentée sur toute l’étendue du territoire national du Mali.

Mahamadou Sarré

Nouvelle attaque jihadiste au Mali: 11 soldats tués selon le gouvernement

POLITIQUE
Nouvelle attaque jihadiste au Mali: 11 soldats tués selon le gouvernement

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Publié le mardi 23 avril 2019  |  AFP
Libération

© aBamako.com par A S 
Libération de la ville de Gao.

Onze soldats maliens, selon le ministère de la Défense, ont été tués par des djihadistes présumés qui ont attaqué ce dimanche un poste de l’armée malienne près de la frontière mauritanienne, un mois après un assaut contre un camp militaire au cours duquel près de 30 soldats avaient péri.

«Le poste de sécurité de Guiré, dans le cercle de Nara, a fait l’objet d’une attaque violente et complexe aux environs de 5 heures. Les FAMa (Forces armées maliennes) déplorent 11 morts, des blessés et des dégâts matériels», a indiqué dans la soirée le ministère de la Défense. Plus tôt dans la journée, une source sécuritaire malienne avait fait état d’un bilan «d’au moins 12 morts, dont le commandant du poste, un capitaine». «Les assaillants se sont retirés avec une quinzaine de morts dans leurs rangs», a précisé le ministère, qui indique également que «des renforts aériens et terrestres ont été immédiatement dépêchés pour secourir les blessés, occuper le poste et procéder au ratissage».

Le 17 mars, une attaque djihadiste contre un camp de l’armée à Dioura (centre), près de la frontière avec le Burkina-Faso, avait déjà coûté la vie à près de 30 soldats maliens. Et samedi, un Casque bleu égyptien de la Minusma a été tué et quatre membres de son unité blessés par l’explosion d’une mine au passage de leur convoi près de la frontière avec le Burkina-Faso, selon l’ONU. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a condamné l’attaque visant le contingent égyptien. «Les forces de la (mission de paix) Minusma ont répondu, tuant un assaillant et en arrêtant huit autres», a précisé le chef de l’ONU.

Changement à la tête du Haut conseil islamique du Mali

Les attaques du weekend sont intervenues au moment où le président Ibrahim Boubacar Keïta poursuit ses consultations pour désigner un nouveau Premier ministre, après la démission jeudi du gouvernement de Soumeylou Boubèye Maïga. Le Premier ministre a jeté l’éponge moins d’un mois après la tuerie de quelque 160 civils peuls à Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso, commise par des membres présumés de groupes de chasseurs dogons.

Le massacre avait entraîné une série de manifestations hostiles au gouvernement pour dénoncer la gestion de l’Etat et l’insécurité persistante. L’un des principaux meneurs de la fronde, l’imam Mahmoud Dicko, a quitté ce dimanche la présidence du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), au terme de son mandat, où il est remplacé par Chérif Ousmane Madani Haïdara, influent prêcheur considéré comme plus proche du pouvoir.