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Mali : la guerre est-elle perdue ?

vendredi 19 avril 2019

Mali : la guerre est-elle perdue ?

(Cette analyse peut être reprise à la condition d’en citer la source)

Jeudi 18 avril, au Mali, sous la pression des islamistes maîtres de la rue, le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga a choisi de démissionner avant d’être chassé par une motion de censure et une manifestation destinée à faire pression sur les députés. Dans cette crise téléguidée par des notables islamistes ralliés au wahhabisme et qui poursuivent des buts personnels en alliance avec les jihadistes de Iyad ag Ghali, qui sera le prochain Premier ministre ? Quoiqu’il en soit, l’incertitude grandit pour le président Ibrahim Boubacar Keita (IBK), de plus en plus fragilisé politiquement et confronté à une grève des enseignants, à une forte grogne sociale et à une situation sécuritaire qui se dégrade très fortement.

Au milieu de ces luttes de pouvoir auxquelles elle est totalement étrangère, se trouve la force Barkhane qui doit faire face à un climat de plus en plus hostile. Ainsi, le vendredi 5 avril, à Bamako, à l’appel de Mahmoud Dicko, imam wahhabite dont le mandat de président du Haut conseil islamique du Mali s’achève le 21 avril 2019, et  du chérif de Nioro Mohamed Ould Bouyé, des dizaines de milliers de manifestants exigèrent le départ du président IBK. Ils étaient porteurs de banderoles sur lesquelles était inscrit  « Le seul problème du Mali c’est la France » ou « Stop au génocide de la France au Mali ». Les souvenirs de la liesse accueillant les soldats de Serval sont bien oubliés…

Pour le moment, le président IBK est soutenu par les dirigeants de la Ligue des imams et érudits pour la solidarité islamique au Mali laquelle n’avait pas appelé à la manifestation, et par le célèbre prédicateur Cherif Ousmane Madani Haidara  partisan de l’islam  traditionnel face au wahhabisme importé par les prédicateurs saoudiens.

Tout procède de la mauvaise gestion politique de la victoire militaire remportée par Serval. Alors qu’il aurait fallu conditionner notre intervention à des concessions constitutionnelles au profit du nord touareg, paralysés par leur universalisme, nos diplomates ont tout au contraire entretenu Bamako dans le mythe du « vivre ensemble » à travers l’illusion électorale qui, en Afrique, débouche presque toujours sur l’ethno-mathématique. Les Maliens ont donc cru que nous avions reconquis le pays pour leur compte et que tout pouvait donc continuer comme avant. Résultat, la  situation a dégénéré.

Au nord le narcotrafic, au sud les guerres ethniques

Le nord du Mali est devenu un espace libre pour l’industrie de la contrebande, le jihadisme y étant le paravent du narcotrafic. Les affrontements entre les groupes, rapidement expliqués à travers des rivalités politiques y résultent le plus souvent de tentatives d’élargissement des zones d’action des réseaux. En réalité, dans la guerre à laquelle se livrent les uns et les autres dans l’océan du désert, les carrefours sont les ports par où passe obligatoirement la cocaïne à destination de l’Europe. C’est donc autour d’eux que se déroulent les combats.

Au centre et au sud du Mali, ce n’est pas le trafic de la drogue, mais la résurgence de conflits antérieurs à la période coloniale qui a fait entrer des querelles paysannes amplifiées par la surpopulation et par la péjoration climatique, dans le champ du jihad régional. En effet, dans le Mali central et dans le nord du Burkina Faso, les actuels massacres de Peul par des Dogon et de Dogon par des Peul découlent d’abord de conflits datant de la fin du XVIII° siècle et de la première moitié du XIX° siècle, quand la région fut conquise par des éleveurs Peul dont l’impérialisme s’abritait derrière le paravent du jihad.

En 2015, sur fond de ces souvenirs toujours présents dans les mémoires, le centre du Mali, l’ancien Macina historique, région administrative de Mopti, s’embrasa. Le Macina est bien différent de l’Azawad saharo-sahélien. En partie composé du delta intérieur du Niger, il est en effet partiellement inondé une partie de l’année, donnant naissance à des zones exondées très fertiles convoitées à la fois par les agriculteurs Dogon (± 45% de la population), Songhay ou Bambara, ainsi que par les éleveurs Peul (± 30%). À partir de l’année 2018, les affrontements meurtriers y devinrent de plus en plus fréquents.

Or, les jihadistes du Macina sont essentiellement des Peul et les attentats de 2015 et 2016 qui ensanglantèrent Bassam en Côte d’Ivoire, Ouagadougou au Burkina Faso, Bamako et Sévaré au Mali, furent également commis par des Peul du Macina. De plus, au mois de janvier 2015, un Peul du Macina, Amadou Koufa, de son vrai nom Amadou Diallo, créa le FLM (Front de libération du Macina), connu localement sous le nom de Katiba Macina. Et Amadou Koufa a clairement ancré sa revendication sur l’ethnie peul. C’est ainsi qu’au début du mois de novembre 2018, il publia une vidéo dans laquelle il paraissait aux côtés d’Iyad Ag Ghali, le chef du mouvement Ansar Dine et de l’Algérien Djamel Okacha membre d’Al-Qaïda, annonçant l’union des groupes jihadistes régionaux dans le GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), et demandant aux Peul de se soulever et cela : « […] où qu’ils se trouvent : au Sénégal, au Mali, au Niger, en Côte d’Ivoire, au Burkina Faso, au Nigeria, au Ghana et au Cameroun ».

L’ethnisation du conflit a pris une forme de plus en plus radicale avec la constitution de groupes ethniques d’autodéfense Bambara, Dogon et Peul. Par capillarité, le mouvement  a touché le nord du Burkina Faso à partir de 2017.

La guerre est-elle perdue ?

Dans ces conditions, la guerre est-elle perdue ? Les islamistes ont-ils  gagné ? Les piètres prestations de l’armée malienne pourraient le laisser penser. Ainsi, le dimanche 17 mars quand la garnison de Dioura, forte de 200 hommes surarmés et équipés à neuf a fui devant une quarantaine d’assaillants, leur abandonnant matériel, armement et véhicules…

La situation est cependant différente au nord et au sud du pays.

Au nord, région qui constitue le flanc sud de l’Algérie et où la solution passe par une réelle décentralisation, la clé de la situation est détenue par Alger. Par le passé, l’Algérie a ainsi assuré toutes les précédentes médiations avant de parrainer lAccord d’Alger du 15 mai 2015 pour la Paix et la Réconciliation. Ses services ont des « contacts » avec Iyad Ag Ghali, le « parrain » régional qui, s’il n’est pas abattu, et que cela plaise ou non, sera l’homme par lequel passera le futur règlement. Le problème est que, si, par malheur, l’Algérie sombrait dans une situation à la syrienne, au Mali, nous serions en présence d’une afghanisation.

Au sud où avant d’être celui de l’économie ou du développement, le nœud du problème est celui des rapports inter-ethniques, le conflit n’a pas « coagulé ». Le jihad qui a pour but la fondation d’un califat trans-ethnique bute en effet sur la réalité ethnique car les énormes fossés séparant les protagonistes ont jusqu’à présent empêché l’engerbage. Résultat, le jihadisme se trouve pris au piège des rivalités ethno-centrées qui constituent la vraie réalité sociologique régionale.

Cependant, si la situation échappait à Barkhane et si le Burkina Faso tombait, la Côte d’Ivoire serait à son tour touchée. Mais, heureusement, le « bloc Mossi » semble solide. Autrement, dans cette partie de l’ouest sahélien, l’ultime point de résistance devrait s’ancrer autour de la robuste armée sénégalaise.

L’urgence pour nos forces et pour tous ceux qui ont conscience du fait que le Sahel est notre arrière-cour est donc de connaître à la fois l’alchimie ethnique et les résurgences historiques régionales qui expliquent la crise actuelle. C’est dans ce but que je viens de publier « Les guerres du Sahel des origines à nos jours ».
Pour le commander, cliquer ici.

Bernard Lugan

Publié par Administrateur à 16:38

http://bernardlugan.blogspot.com/2019/04/mali-la-guerre-est-elle-perdue.html

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Stratégie de sortie de crise pour le Mali : La plateforme des femmes leaders décidée

SOCIÉTÉStratégie de sortie de crise pour le Mali : La plateforme des femmes leaders décidée

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Publié le vendredi 26 avril 2019  |  L’Observatoire
Rencontre

© aBamako.com par Momo 
Rencontre d`appropriation sur le Mandat de la CVJR
Bamako, le 29 décembre 2016 la CVJR a tenu une Rencontre avec les femmes leaders sur son mandat au patronat
Comment

En vue de ramener la paix et la cohésion sociale, la plateforme des femmes leaders a organisé une conférence débat en ce sens, le samedi 19 Avril 2019, à la Maison de la Presse, sous la conduite de Mme Kéïta Djénéba Kéïta, membre de ladite plateforme et Présidente de l’Association des veuves militaires de Kati.

Etaient présents à la présente cérémonie, des membres de la plateforme et plusieurs acteurs de la classe politique malienne et des mouvements altermondialistes.

Il faut rappeler que cette conférence de presse avait pour objectif d’expliquer très concrètement quelle devrait être la contribution des femmes dans la gestion de cette crise inédite que traverse notre pays depuis janvier 2012 pratiquement. Les débats ont été animés par Mme Aminata Dramane Traoré, ancienne Ministre de la Culture De l’ex-Président Alpha Oumar Konaré, actrice mondialiste attitrée.

D’entrée de jeu, la conférencière principale a tenu à souligner le manque de communication et de connaissance sur les causes de la guerre au Mali ; car, pour elle, dans notre pays, les femmes ne sont pas habituées du tout à ce genre de débats, mais, plutôt, à des simples débats de partis politiques axés essentiellement sur des thèmes d’égalité, questions de genres, entre autres. «Les Dirigeants du pays n’ont pas permis aux femmes de se familiariser activement avec les causes externes de cette crise.

Les fameux Bailleurs de fonds mettent de leurs argents dans la guerre, non pas pour la sécurité humaine, mais pour la sécurisation des intérêts de leurs entreprises ainsi que leurs frontières », a révélé Aminata Dramane Traoré. A son avis, les armées qui sont au Mali aujourd’hui ne sont pas venues pour nous sauver, ni pour nous protéger mais elles sont venues dans le cadre de l’extension du capitalisme pour occuper nos terrains», a-t-elle expliqué.

Quant à la Présidente de l’Association des veuves militaires de Kati et membre active de la plateforme des femmes leaders, Mme Kéïta Djénéba Kéïta, elle a invité l’ensemble des femmes du Mali à se donner la main pour la résolution définitive de cette crise qui fait rage dans notre pays depuis plusieurs années maintenant.

Profitant de cette occasion, Mme Aminata Dramane Traoré a déconseillé les femmes de la plateforme en colère de ne pas organiser une marche contre la France mais plutôt de mener la bataille des idées. C’est avec cette tactique de guerre, selon elle, que le Mali pourra gagner beaucoup, elle mise beaucoup plus sur la stratégie privilégiant la confrontation des idées.

Dans cette perspective, Mme Aminata Dramane Traoré a suggéré une révolution pacifique des mères sociales sans la violence, ni des casses ni des injures.

Rappelons que la plateforme pour la paix et la cohésion sociale comprend 182 associations membres et elle est représentée sur toute l’étendue du territoire national du Mali.

Mahamadou Sarré

Nouvelle attaque jihadiste au Mali: 11 soldats tués selon le gouvernement

POLITIQUE
Nouvelle attaque jihadiste au Mali: 11 soldats tués selon le gouvernement

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Publié le mardi 23 avril 2019  |  AFP
Libération

© aBamako.com par A S 
Libération de la ville de Gao.

Onze soldats maliens, selon le ministère de la Défense, ont été tués par des djihadistes présumés qui ont attaqué ce dimanche un poste de l’armée malienne près de la frontière mauritanienne, un mois après un assaut contre un camp militaire au cours duquel près de 30 soldats avaient péri.

«Le poste de sécurité de Guiré, dans le cercle de Nara, a fait l’objet d’une attaque violente et complexe aux environs de 5 heures. Les FAMa (Forces armées maliennes) déplorent 11 morts, des blessés et des dégâts matériels», a indiqué dans la soirée le ministère de la Défense. Plus tôt dans la journée, une source sécuritaire malienne avait fait état d’un bilan «d’au moins 12 morts, dont le commandant du poste, un capitaine». «Les assaillants se sont retirés avec une quinzaine de morts dans leurs rangs», a précisé le ministère, qui indique également que «des renforts aériens et terrestres ont été immédiatement dépêchés pour secourir les blessés, occuper le poste et procéder au ratissage».

Le 17 mars, une attaque djihadiste contre un camp de l’armée à Dioura (centre), près de la frontière avec le Burkina-Faso, avait déjà coûté la vie à près de 30 soldats maliens. Et samedi, un Casque bleu égyptien de la Minusma a été tué et quatre membres de son unité blessés par l’explosion d’une mine au passage de leur convoi près de la frontière avec le Burkina-Faso, selon l’ONU. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, a condamné l’attaque visant le contingent égyptien. «Les forces de la (mission de paix) Minusma ont répondu, tuant un assaillant et en arrêtant huit autres», a précisé le chef de l’ONU.

Changement à la tête du Haut conseil islamique du Mali

Les attaques du weekend sont intervenues au moment où le président Ibrahim Boubacar Keïta poursuit ses consultations pour désigner un nouveau Premier ministre, après la démission jeudi du gouvernement de Soumeylou Boubèye Maïga. Le Premier ministre a jeté l’éponge moins d’un mois après la tuerie de quelque 160 civils peuls à Ogossagou, près de la frontière avec le Burkina Faso, commise par des membres présumés de groupes de chasseurs dogons.

Le massacre avait entraîné une série de manifestations hostiles au gouvernement pour dénoncer la gestion de l’Etat et l’insécurité persistante. L’un des principaux meneurs de la fronde, l’imam Mahmoud Dicko, a quitté ce dimanche la présidence du Haut conseil islamique du Mali (HCIM), au terme de son mandat, où il est remplacé par Chérif Ousmane Madani Haïdara, influent prêcheur considéré comme plus proche du pouvoir.

Ambleu Sahel, reconstruire le vivre ense

Édito.

Ambleu Sahel, reconstruire le vivre ense

Publié le 

Les violences intercommunautaires se multiplient au Mali, attisées par les djihadistes. La menace terroriste s’étend au Burkina Faso et au Niger. Dessin de Ale + Ale, Italie, pour Courrier international

Comment arrêter cet engrenage ? Cette région du monde est en proie à de multiples facteurs de déstabilisation : lutte d’influence entre grandes puissances, notamment la France, la Chine et la Russie, pour se procurer de l’or et de l’uranium, lutte entre les différentes communautés pour le contrôle des ressources comme l’eau et les terres agricoles, raréfiées par le changement climatique, le tout dans un contexte de militarisation excessive. Les différentes communautés, ne pouvant compter sur les armées des États fragilisés comme le Mali et le Burkina, se reposent pour leur protection sur leurs milices surarmées. Au risque d’entraîner des massacres, comme cela s’est vu récemment avec la mort de 160 villageois peuls, qui auraient été tués par une milice dogon. Vingt-cinq ans après le génocide rwandais, alors qu’on s’interroge toujours sur l’inaction de la France et de la communauté internationale à l’époque, on peut se poser des questions sur l’efficacité de la présence militaire française.

La paix dans cette région cruciale ne pourra pas passer par une lutte uniquement sécuritaire contre le terrorisme, mais nécessite des solutions globales, fondées sur un développement économique et social accéléré, une présence accrue des États et des services publics, un partage des ressources, pour que le vivre-ensemble soit de nouveau possible.

Hamdam Mostafavi

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Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera…

samedi 30 mars 2019

L’Afrique Réelle n°112 – Avril 2019

Sommaire

Dossier : Les guerres du Sahel
– Comprendre les guerres du Sahel
– Peul contre Dogon, un vieux conflit ethnique
– Réflexions sur les opérations militaires françaises en Afrique à travers l’exemple du Mali

Histoire
Rwanda : Les historiens face au non-lieu des juges Herbaut et Poux

Editorial de Bernard Lugan

Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera…

Tel était le titre d’un article, hélas peut-être prémonitoire de l’Afrique Réelle datant d’août 2016.
Comme les Kurdes, les Peul forment un peuple dispersé et sans Etat. Zébré par les frontières post-coloniales, l’espace peul s’étend sur tout l’ouest africain, courant de l’Atlantique sénégalais  jusqu’à la région tchadienne et à la RCA (voir la carte page 14).
La question est  de savoir si l’actuel cycle de massacres-représailles qui se déroule au Mali et au Burkina Faso, ne va pas finir par provoquer leur union, phénomène qui pourrait être soutenu à l’étranger par une diaspora dynamique, riche et instruite.
Hommes de la vache et de la lance, les Peul vont-ils, à l’image des Tutsi du Rwanda, tenter de briser par les armes le système de l’ethno-mathématique électorale qui les soumet politiquement aux hommes de la houe et qui en fait les victimes de leurs armées ?
Si tel était le cas, les conflits sahéliens prendraient alors une toute autre dimension. A l’image des cataclysmes du XIXe siècle, quand l’impérialisme peul  s’abrita derrière le paravent du jihad (voir la carte page 12).
Une simplification extrême permet de distinguer les Peul sahéliens nomades et les Peul soudaniens vivant en noyaux semi sédentaires ou sédentaires parmi les peuples agriculteurs. Certains ont fondé des sociétés très structurées et hiérarchisées comme dans le Fouta Djalon guinéen, au Macina malien, dans le nord du Nigeria et au Cameroun.
Aujourd’hui, les Peul se trouvent placés au cœur de plusieurs conflits hérités de l’histoire. Rallumés par le jihadisme et par la suicidaire démographie sahélienne dont la conséquence est la lutte pour les terres et les pâturages, ces affrontements font peser une menace supplémentaire sur la stabilité déjà fragile d’une vaste partie de l’Afrique.
Dans le Mali central et dans le nord du Burkina Faso, les actuels évènements opposant Peul et Dogon ne sont pas une nouveauté. Ils sont tout au contraire la résurgence des conflits  liés aux conquêtes peul de la fin de la période précoloniale. Or, les principales résistances à cette expansion furent celles des Bambara et des Dogon. Mise entre parenthèses durant la période coloniale, l’opposition entre ces peuples ressurgit avec force aujourd’hui.
Le 26 mars dernier, les journalistes de France 24, qui est, rappelons-le, la chaîne officielle française émettant vers l’Afrique, ont osé produire une émission dont le titre est « Massacre de Peul au Mali : les exactions n’ont pas une origine ethnique » !!! Que sont-ils donc alors ? Des vengeances de maris cocus ou des querelles de supporters de football ?
L’on ne peut qu’être atterré par l’aveuglement doublé d’incompétence de ces journalistes qui, paralysés par leur idéologie universaliste niant les identités et les enracinements, s’interdisent de nommer la réalité.
En plus du Macina, la situation sécuritaire est de plus en plus préoccupante dans le nord du Mali où les routes sont minées par les GAT (Groupes armés terroristes) et où les garnisons sont attaquées. Ces dernières constituent des cibles d’autant plus tentantes que les soldats maliens se débandent devant des assaillants inférieurs en nombre, avant de leur abandonner l’armement flambant neuf généreusement offert par la « communauté internationale »…

Vu de GuinéeMassacre de Peuls au Mali : le risque d’un “nettoyage ethnique”

Vu de GuinéeMassacre de Peuls au Mali : le risque d’un “nettoyage ethnique”

Une milice dogon serait à l’origine de la tuerie de plus de 130 civils peuls samedi 23 mars dans le centre du Mali. Pour cet éditorialiste guinéen, les autorités maliennes, encouragées par la France, sont coupables d’avoir eu recours à ces milices pour lutter contre les terroristes djihadistes. Aujourd’hui, les exactions se multiplient sur fond de rivalités communautaires.

Au moins 136 morts, dont des femmes et des enfants, ainsi qu’une cinquantaine de blessés. Des habitations incendiées ou vandalisées. Le moins qu’on puisse dire, c’est que les assaillants d’Ogossagou sont allés très fort dans leur cruelle besogne. Portés par la haine de l’autre, ils ont décimé tout un village. Soupçonné d’être à l’origine de la tuerie, un groupe d’autodéfense [la milice dogon Dan na Amassagou] a été dissous dimanche par les autorités [et des chefs de l’armée ont été limogés].

Malheureusement, les habitants du village étaient d’une même communauté [les Peuls]. Ce qui donne au massacre des allures d’un nettoyage ethnique. Et c’est en grande partie ce qui explique la dose de passion avec laquelle le massacre est commenté à travers le monde.

Cependant, il est à retenir que si la tuerie abjecte d’Ogossagou est en termes de bilan sans précédent [c’est la tuerie la plus sanglante au Mali depuis la fin de l’intervention militaire internationale en 2013, dirigée principalement par la France], elle est également la dernière d’une longue série de violences à relents communautaires qu’on enregistre dans la région depuis des mois. Que ce soit au Mali [500 civils tués en 2018], au Burkina Faso ou encore au Niger. C’est une nouvelle dimension dans cette crise sécuritaire que connaît la région depuis quelques années.

Les terroristes ont infiltré la société

Plusieurs facteurs se seraient conjugués pour permettre l’émergence des différends communautaires au cœur du terrorisme dont sont victimes le Mali et l’ensemble des pays de la région. Un de ces facteurs serait l’instrumentalisation des communautés par les djihadistes. Très au fait de la sociologie et de l’ethnologie de la région, les terroristes surferaient pour cela sur des conflits qui demeuraient latents. Comme ceux ayant toujours existé entre éleveurs et agriculteurs. [Les Dogons – et les Bambaras – pratiquent essentiellement l’agriculture, alors que les Peuls sont traditionnellement un peuple d’éleveurs. Il y a quatre ans est apparu dans le centre du Mali un groupe djihadiste dirigé par le prédicateur Amadou Koufa, qui recrute prioritairement parmi les Peuls, majoritairement musulmans. Depuis, les affrontements se sont multipliés entre ces derniers et les Dogons, sur fond de lutte pour les terres. Ce cercle vicieux d’attaques et de représailles entraîne la région dans une spirale de violence.]

Le fait que certaines communautés soient manifestement plus enclines à accepter et à adopter les doctrines islamiques peut également avoir pu laisser croire à des complicités avec les terroristes. Bref, en l’absence de l’État malien, démissionnaire, les terroristes ont infiltré la société en exploitant certaines des failles de cette dernière.

Cependant, l’instrumentalisation de ces différends n’aurait jamais pu déboucher sur des violences de masse comme celle de samedi si un second facteur n’avait existé. Il s’agit du recours aux milices par l’État malien, mais aussi par les forces étrangères déployées dans le pays.

L’accord tacite de la France

Désespéré et acculé par ses voisins et ses partenaires qui lui reprochaient de ne pas en faire assez dans la lutte contre l’insécurité, le Mali avait consenti [en 2015, lors des accords d’Alger] à se faire aider par des groupes d’autodéfense. Ce que la France, en particulier, elle aussi redoutant l’enlisement dans cette intervention qui n’en finit pas, avait tacitement entériné.

Ce fut alors la légitimation de milices, essentiellement constituées sur des bases communautaires. Des milices dont les membres n’ont suivi aucune formation en rapport avec la défense des droits humains. Des milices dont les membres, tacitement autorisés à porter des armes, sont prompts à agir sur la base des émotions et de la subjectivité. Et quand les premières dérives ont commencé, personne n’a eu l’idée de mettre fin à cette alliance contre-nature entre des troupes militaires loyalistes et des groupes d’autodéfense constitués pour le besoin de la défense d’une communauté.

Alors, qu’on nous épargne la fausse compassion. Qu’on ne nous tympanise pas avec le flot des condamnations de principe. Qu’on arrête cette vaste comédie. Qu’à la douleur et à la tristesse des victimes on ne rajoute surtout pas la moquerie. Des actes, rien que des actes. Et des actes d’une certaine portée. C’est tout ce qui peut arrêter cette spirale suicidaire. Si tant est qu’on veuille l’arrêter.

Cet article a été publié dans sa version originale le 25/03/2019.

Si l’Algérie implose, le Sahel se disloquera et le Sénégal sera directement au contact

Si l’Algérie implose, le Sahel se disloquera et le Sénégal sera directement au contact

Fondateur de la mythique revue Hérodote, le Professeur émérite, Yves Lacoste, recommande, chaque matin, de regarder la mappemonde. Geste éminemment instructif !

En effet, un regard appuyé et insistant sur la partie maghrébine de la carte de l’Afrique génère un « Gros Plan » sur l’Algérie. Immense, peuplé et riche pays qui borde la Méditerranée au Nord, délimite la Tunisie à l’Est, fixe le Maroc à l’Ouest, l’Algérie étend singulièrement sa vaste superficie (2 380 000 km2) jusqu’aux confins de la Mauritanie (Tindouf), aux limites extrêmes du Nord-Mali (Tamanrasset) et aux bornes frontalières nigéro-libyennes de Djanet et d’In Amenas.

Un État si central et un socle territorial si névralgique peuvent-ils être en déséquilibre sans déstabiliser alentour ?

Le vide – en vue – au sommet de l’État algérien est vertigineux, au plan intérieur, et dangereux hors des frontières.

Quant à la redoutée implosion (scénario de type syrien) elle donne des frayeurs vives et des sueurs froides aux diplomates, aux observateurs et aux spécialistes. Bref, à tous ceux qui ont un « appétit pour l’avenir » : j’ai nommé la prospective. A cet égard, la réflexion est d’office happée par le Sahel qui compte, au moins, trois Etats fragiles ou en dérive. Même le G5 Sahel, en entier, ne supportera pas sans ébranlement ni craquement, les ondes de choc d’une secousse institutionnelle à grande magnitude de l’Algérie. Pour des raisons multiples, car Alger est – par la géographie, la diplomatie et les services secrets – au cœur des enjeux saharo-sahéliens.

Le flanc sud de l’Algérie correspond aux régions septentrionales du Mali que sont Kidal, Gao, Tombouctou et Taoudenni. Une proximité voire une imbrication qui n’est pas étrangère au repli des islamistes des GIA algériens dans les sanctuaires montagneux et limitrophes du Mali, où ils ont fait la jonction et, parfois, la collusion avec les irrédentistes Touaregs dont certains ont longtemps servi dans des Légions auxiliaires ou supplétives de l’armée libyenne du Colonel Kadhafi.

Ce concentré de djihadistes, de rebelles, de condottiere et de trafiquants est évidemment surveillé, complètement infiltré, souvent manipulé et sporadiquement décimé par le DRS algérien, successivement commandé par les Généraux Mediène Toufik et Bachir Tartag.

Diplomatiquement, c’est Alger qui a assuré la médiation, abrité les négociations et parrainé l’Accord éponyme du 15 mai 2015, pour la Paix et la Réconciliation. La présidence du Comité de suivi du dit Accord est d’ailleurs confiée à l’ambassadeur d’Algérie à Bamako, son Excellence Ahmed Boutache. Déduction logique et conséquence automatique : le Mali déjà éprouvé sera sûrement disloqué par l’implosion de son puissant voisin (le pays de Bouteflika) lourdement associé à son futur voire tributaire de son destin. Au moment où ces lignes sont écrites, la Ministre des Affaires Etrangères, Mme Kamissa Camara, séjourne – malgré la crise – à Alger, à l’invitation du Vice-Premier ministre et nouveau Ministre des Affaires Etrangères, Ramtane Lamamra. N’est-ce pas révélateur de l’étroitesse des rapports bilatéraux et géostratégiques ?

A côté du maillon malien sérieusement fêlé, survit cahin-caha le maillon faible burkinabé. Un Burkina Faso affaibli et fatigué par les rodéos des djihadistes et les irruptions d’agresseurs inclassables (déserteurs du défunt RSP ou bandits invétérés ?) qui répandent l’insécurité. D’où une course-poursuite infernale et meurtrière avec les unités motorisées de l’armée burkinabé. Accrochages sans fin qui provoquent la fermeture des écoles et réduisent la présence de l’Etat comme une peau de chagrin, dans toute la zone semi-désertique du Burkina Faso. Une montée des périls qui déboussole un régime orphelin de son stratège Salif Diallo, décédé le 19 août 2017. L’autre tombeur emblématique de Blaise Compaoré, le Ministre d’Etat Simon Compaoré, est rongé par la maladie. Quant au Président Roch Marc Christian Kaboré (un bon banquier formé à Dijon), il n’est ni mentalement taillé dans le roc ni politiquement préparé à faire face à l’orage. La mobilité à la tête de l’Etat-major des Armées, les changements répétés des titulaires de la Défense nationale au sein du gouvernement et les performances mitigées des services de renseignement laissent les observateurs pantois sur les lendemains du Burkina, dans un prévisible scénario de regain de violences et de terreurs, à l’échelle du Sahel, induites par les contrecoups d’une éventuelle aggravation de la crise en Algérie. Plus loin, c’est l’écran territorial burkinabé qui sécurise peu ou prou la Côte d’Ivoire, notamment sur l’axe Bobo-Dioulasso-Korhogo Si le Burkina s’écroule, la Côte d’Ivoire, située en bordure du Sahel, vacillera.

Le Niger ne sera évidemment pas à la fête, au cas où tout bascule à Alger. Sa longue frontière avec l’Algérie est longée par la fameuse passe de Salvador que l’opération BARKHANE contrôle difficilement à partir de la base avancée de Madama, implantée dans le désert du Ténéré. Salvador (couloir marqué au crayon rouge sur les cartes militaires) est emprunté par les terroristes qui convoient des armes et des hommes vers le Nord-Mali. Certes, le Niger est intact. Il n’est pas cassé comme le Mali amputé de facto de Kidal, au nord, et déchiqueté, au centre, par le brasier intercommunautaire dogons-bambaras-peuls qui calcine la belle région de Mopti, jadis appelée la Venise du Mali. Mais Niamey, ses élites et son gouvernement sont alarmés silencieusement, profondément par les effectifs en augmentation constante d’armées étrangères (française, suédoise, allemande, américaine etc.) sur le sol national. Au train où vont les choses, les soldats non nigériens seront bientôt plus nombreux que tous les jeunes Nigériens sous les drapeaux. C’est la souveraineté du pays qui s’effiloche ou s’étiole à vue d’œil. C’est dire combien le spectre d’un chaos algérien hante le sommeil du Président Issoufou et les nuits de son dauphin, Mohamed Bazoum.

Pays sahélien sans siège au G5 Sahel, le Sénégal suit et surveille forcément la complexe conjoncture politique en Algérie, évalue ses inévitables répercussions dans son voisinage immédiat : le Mali et la Mauritanie. Deux Etats membres de l’OMVS – l’un est aussi un partenaire dans l’exploitation du pétrole – qui jouent stratégiquement des rôles de glacis momentanément protecteurs pour le territoire sénégalais. La Mauritanie est militairement robuste, tandis que le Mali demeure branlant. Le temps post-électoral doit donc vite basculer vers l’heure de l’analyse prospective. Car la « syrianisation » de l’Algérie post-Bouteflika correspondra à l’âge d’or ou à l’apogée du terrorisme dans le Sahel. Et, en cas de défaillance ou de destruction du verrou mauritanien, l’armée sénégalaise sera au contact direct des djihadistes.

PS : Les terroristes et autres djihadistes n’attendent pas le naufrage du système en Algérie, pour se déchainer et, surtout, balayer les camps et autres cantonnements de l’armée malienne dans le Delta central du fleuve Niger et sur l’ensemble du Macina. L’attaque foudroyante, ce dimanche 17 mars, de la garnison de Dioura – assaut ponctué par la débandade des défenseurs de la caserne – ruisselle de leçons. 200 soldats maliens dotés de canons et de Toyota ont décampé et abandonné tout le matériel à 40 assaillants. Vous avez bien lu : 40 hommes armés. Il a fallu la colère du Président IBK, pour qu’une colonne mixte de militaires, de gendarmes et d’éléments de la Garde réoccupât le camp vers 16 heures. Avec l’appui des avions d’attaque Tucano, livrés récemment par le Brésil à l’armée de l’Air. Preuve que l’armée (actuelle) du Mali est commandée par des Généraux d’opérette, plus à l’aise dans les célébrations d’anniversaires fastueux et coûteux que dans les manœuvres opérationnelles sur les champs de batailles. Derrière le rempart mauritanien, les Diambars bénéficient encore d’un répit. Pour combien de temps ?

Babacar Justin Ndiaye

Dakaractu

Source directe: Laser du lundi : Si l’Algérie implose, le Sahel se disloquera et le Sénégal sera directement au contact. (Par Babacar Justin Ndiaye)

Mali : l’attaque du camp militaire de Dioura fait 21 morts

SÉCURITÉ

Mali : l’attaque du camp militaire de Dioura fait 21 morts

17 mars 2019 à 22h57 | Par Jeune Afrique avec AFP

Vingt-et-un militaires maliens ont été tués dimanche dans une attaque contre leur camp à Dioura, dans le Centre, ont indiqué des sources locales. Une opération menée, selon Bamako, par un « groupe terroriste » dirigé par un déserteur passé dans les rangs jihadistes.

Le camp de Dioura a été « attaqué aux environs de 6H (GMT et locales) par des terroristes », selon l’armée. La hiérarchie militaire, qui ne donne pas de bilan, assure avoir repris le contrôle du poste à 16H dimanche 17 mars.

« 21 corps de militaires maliens ont été enterrés dimanche à côté de Dioura », a déclaré un élu local. Le « bilan provisoire est de 21 corps découverts », a confirmé une source militaire malienne.

Le camp attaqué est situé dans une zone où est active depuis plusieurs années la katiba Macina, liée à Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), entre la capitale régionale, Mopti, et la frontière mauritanienne.

Attaque terroriste

Le chef de la mission de l’ONU au Mali, Mahammad Saleh Annadif, a condamné une attaque ayant engendré « de lourdes pertes ». La Minusma a « organisé dans la journée l’évacuation médicale de plusieurs blessés », selon un communiqué.

Selon l’armée, l’attaque de dimanche a été menée par « des groupes terroristes sous le commandement de Ba Ag Moussa », dit Bamoussa, un ex-colonel ayant rejoint les rangs jihadistes en 2012 et considéré comme un proche du Touareg malien Iyad Ag Ghaly, qui dirige la principale alliance jihadiste du Sahel.

L’opposition malienne, réunie au sein du Front pour la Sauvegarde de la Démocratie, a évoqué le plus « lourd bilan » depuis la cuisante défaite de l’armée malienne face à des groupes rebelles touareg et arabes à Kidal (nord) en mai 2014. « Le commandant de compagnie, le capitaine Mohamed Sidati Ould Cheikh est parmi les militaires tombés sous les feux des terroristes », a ajouté l’opposition.

IBK critiqué

« Toutes nos pensées pour les fiers soldats de l’Armée malienne tombés à Dioura », a réagi le président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, que l’opposition exhorte à « prendre les mesures d’urgence qui s’imposent ».

Malgré la Minusma, une forte présence militaire française et la création de la force militaire régionale G5-Sahel, les violences jihadistes persistent dans le pays, avec 237 attaques recensées en 2018, selon l’ONU.

Les autorités maliennes et les forces internationales espéraient une baisse des violences dans le centre après avoir donné pour mort fin novembre le chef de la katiba Macina, le prédicateur radical peul Amadou Koufa, lui aussi membre de l’alliance d’Iyad Ag Ghaly. Mais l’homme est réapparu récemment sur une vidéo jugée crédible par l’état-major français, et les violences se sont poursuivies dans la région.

Six militaires maliens ont été tués mardi : leurs véhicules ont sauté sur une mine dans la région de Mopti. Deux soldats français de Barkhane avaient été grièvement blessés quelques jours plus tôt dans leur campement temporaire près de la frontière du Niger.

 

https://www.jeuneafrique.com/750526/politique/mali-une-attaque-jihadiste-contre-un-camp-de-larmee-fait-21-morts-dans-le-centre/

Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique ‘vivre ensemble’ »

Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique 'vivre ensemble'. »

Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique ‘vivre ensemble’ »

Par Bernard Lugan, historien et spécialiste de l’Afrique ♦ Découvrez ci-dessous l’éditorial du numéro 111 (mars 2019) de L’Afrique Réelle, lettre d’information proposée par Bernard Lugan.


Le sentiment anti-français en hausse au Mali

En dépit de l’élimination par l’armée française le 21 février 2019 de l’Algérien Yahia Abou al-Hamman, chef de « l’émirat de Tombouctou », et qui était l’un des trois principaux chefs de la coalition jihadiste sahélienne GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), la situation se complique au Mali.

Le sentiment anti Français y a même explosé le 10 février 2019 quand, à Bamako, devant plusieurs dizaines de milliers de partisans, l’imam wahhabite Mahmoud Dicko a déclaré : « Pourquoi c’est la France qui dicte sa loi ici ? Cette France qui nous a colonisés et continue toujours de nous coloniser et de dicter tout ce que nous devons faire. Que la France mette fin à son ingérence dans notre pays. » 

Un singulier remerciement pour tout ce que nos Armées ont fait pour son pays…

Les 3 erreurs de la France

La vérité est que, face à la grande complexité des réalités maliennes, l’erreur française fut triple :

1) En 2013, il aurait fallu subordonner la reconquête de Gao, de Tombouctou et du nord Mali par Serval à la reconnaissance préalable par Bamako d’une nouvelle organisation constitutionnelle et territoriale prenant véritablement en compte les spécificités nordistes, ce qui n’a pas été fait.

2) Au lieu de cela, Paris imposa une fois de plus l’aberrante solution électorale. Or, comme l’ethno-mathématique a automatiquement donné la victoire aux plus nombreux, c’est à dire aux sudistes, la revendication touareg a donc été « démocratiquement » délégitimée..

3) Les autorités françaises ont refusé de voir que pour Bamako, l’ennemi principal est le séparatisme touareg et non l’islamo-jihadisme combattu par Barkhane.

Au lieu de partir du réel ethno-racial sahélien, aveuglés par leur idéologie, les dirigeants politiques français ont voulu imposer l’utopique « vivre ensemble ». Ils imaginaient sans doute que la fée électorale allait, d’un coup de baguette magique, faire accepter à des nomades berbères ou arabes de se soumettre au bon vouloir des agriculteurs noirs sédentaires que leurs ancêtres razziaient, et aux sudistes de cesser de prendre leur revanche sur ceux qui, avant la colonisation libératrice, réduisaient leurs ancêtres en esclavage.

Par la faute de nos gouvernants, Barkhane se trouve donc désormais prise entre le marteau et l’enclume avec des possibilités de manœuvre réduites en raison de la multiplication des mines posées sur les axes de communication obligés.

Certes, de brillantes opérations permettent de liquider les têtes du jihadisme mais il faut bien voir que, de plus en plus fixée sur des emprises coupées des populations, comment Barkhane dont l’essentiel des moyens est désormais utilisé à son auto-protection pourrait-elle répondre aux problématiques régionales millénaires ?

D’autant plus que ses cadres ne reçoivent plus de formation africaniste, depuis que les véritables enseignements en cette matière ont été supprimés, tant à Coëtquidan qu’à l’Ecole de Guerre…

Au sommaire du numéro :

Actualité
Algérie : derrière les élections, le naufrage économique

Dossier : Libye, le général Haftar maître du jeu
– Le coup de pied du général Haftar dans la fourmilière du Fezzan
– Haftar-Russie-Turquie contre Fayez el-Sarraj et les Occidentaux

Dossier : Le fragile verrou tchadien
– La terre, les hommes et leurs conflits
– Les nouvelles guerres du nord (2019)

Histoire et justice
Rwanda : un non-lieu valant accusation…

Bernard Lugan
12/03/2019

Source : L’Afrique Réelle

https://www.polemia.com/bernard-lugan-mali-dirigeants-francais-imposer-utopique-vivre-ensemble/

Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

L’appel à la réconciliation, lancé par Emmanuel Macron dimanche à la télévision italienne, ne fera pas disparaître les approches rivales de Rome et de Paris qui conditionnent l’avenir politique de la Libye
De gauche à droite : le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini (dirigeant de la Ligue du Nord, extrême droite), Emmanuel Macron, et le vice-Premier ministre aussi chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, qui gouverne en coalition avec la Ligue du Nord), Luigi Di Maio (AFP)

Les relations franco-italiennes sont loin d’être au beau fixe par les temps qui courent. Il y a quelques jours, Paris demandait le rappel de son ambassadeur à Rome à la suite d’une série de fausses notes du côté italien : soutien public des Gilets jaunes par le vice-Premier ministre et dirigeant du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, critique de la politique migratoire française, inflexibilité sur le projet d’ouverture d’une ligne TGV entre Lyon et Turin…

Mais derrière ces querelles diplomatiques, essentiellement protocolaires, un véritable bras de fer géopolitique se déroule entre Paris et Rome de l’autre côté de la Méditerranée. La Libye est aujourd’hui le théâtre d’une véritable bataille diplomatique entre la France et l’Italie.

Le démembrement de l’État libyen de Kadhafi à la suite des opérations militaires engagées en 2011 par les forces de l’OTAN, où la France a eu un rôle prééminent, a occasionné de profondes répercussions géopolitiques. La destruction de l’appareil étatique libyen a entraîné une déstabilisation de son environnement régional tout en livrant le pays aux différentes factions politiques armées revendiquant chacune leur prétention à l’exercice du pouvoir.

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi à Paris en décembre 2007, sous la tente bédouine que le dirigeant libyen avait installée dans la résidence officielle de l’hôtel Marigny (AFP)

Dans ce contexte particulièrement instable, où les négociations pour l’institution durable d’un gouvernement consensuel et légitime peinent à avancer depuis 2011, la France et l’Italie se livrent à une discrète guerre d’influence afin de préserver leurs intérêts respectifs au sein d’un territoire aux portes de l’Europe qui constitue, à plusieurs titres, un enjeu stratégique pour les deux puissances.

Libye année zéro

La Libye du colonel Kadhafi présentait un inconvénient de taille pour les puissances occidentales : elle disposait de la pleine maîtrise étatique de ses ressources naturelles, ce qui a longtemps permis au régime libyen de disposer d’importants capitaux économiques qui pouvaient être employés sous forme d’investissements sur tout le continent.

Durant la seconde moitié des années 1970, la Libye était particulièrement active dans le développement d’une politique panafricaine affranchie de toute ingérence étrangère. Cette période assigna au pays un statut de puissance régionale qui s’exerça en particulière aux confins sud de ses frontières, le long de la bande d’Aouzou, disputée avec le Tchad voisin soutenu par la France. Sur le plan interne, la solidité du régime reposait sur quatre piliers essentiels : l’appareil de sécurité, les comités révolutionnaires, la compagnie pétrolière nationale (NOC) et le fond d’investissement libyen.

La France a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012

C’est précisément l’essentiel de cette structure qui disparaît sous les bombes lors des opérations de la coalition en mars 2011. Kadhafi meurt en emportant son régime avec lui. Les conséquences d’un tel effondrement sont connues (guerre civile, fuite d’importants stocks d’armes dont une partie alimenteront les groupes armés qui combattront les troupes françaises au Mali en 2013, accroissement de l’immigration clandestine…).

La France, qui a contribué dans une large mesure aux opérations aériennes au-dessus de la Libye, a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012.

De son côté, l’Italie a vu d’un très mauvais œil l’intervention militaire française de 2011. Certains hommes politiques italiens pointaient d’ailleurs du doigt, dès 2011, le risque encouru pour la recrudescence de l’immigration clandestine vers l’Europe en provenance d’Afrique. Il est intéressant de souligner qu’à l’époque, cet argument était déjà mis en avant par la Ligue du Nord, parti dont est issu l’actuel ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini, en partie à l’origine du refroidissement des relations diplomatiques entre Rome et Paris.

Un eldorado pétrolier fortement convoité

Le contentieux franco-italien en Libye n’est donc pas une affaire récente. Pour Rome, l’ancien territoire libyen, qui fut d’abord et avant tout une colonie administrée à partir de 1911 et abandonnée en 1947, représente son pré carré africain traditionnel.

Sous Kadhafi, malgré le caractère fluctuant des relations diplomatiques, les deux pays surent conserver des relations économiques durables de sorte que l’Italie demeura le premier partenaire économique du pays. Sur ce plan, l’économie pétrolière a historiquement constitué un ciment géopolitique durable qui n’a jamais été altéré par les différentes crises diplomatiques qui survinrent entre Rome et Tripoli.

La déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie (AFP)

Le groupe italien ENI était d’ailleurs présent dès 1959 en Cyrénaïque, position qui lui a permis d’obtenir une situation privilégiée en matière d’exportation d’hydrocarbures et de gaz. Au moment de la chute de Kadhafi, en 2011, l’Europe importait 80 % du pétrole libyen dont 32 % pour l’Italie, premier client du pays.

Jusqu’en 2011, l’économie libyenne reposait en grande partie sur ses exportations pétrolières de sorte que 65 % du PIB national était tiré des exportations d’hydrocarbures.

Avec une production oscillant de 1,3 à 1,6 million de barils par jour, la Libye de Kadhafi était ainsi le second exportateur africain de pétrole après le Nigeria. Par ailleurs, du fait de sa qualité (peu sulfureux) et de la proximité des sites d’extraction par rapport aux terminaux maritimes d’exportation, le coût de production du baril libyen représentait l’un des moins chers du marché (de 3 à 5 dollars par baril).

Comment la contrebande du pétrole libyen saigne le pays à blanc

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Pour Rome, la manne pétrolière libyenne a donc représenté historiquement une aubaine stratégique puisqu’elle permettait à l’Italie de conserver une relative autonomie énergétique. Aux côtés de la National Oil Company libyenne, le groupe italien ENI représentait le premier producteur étranger de pétrole en Libye.

En 2011, à l’issue des opérations militaires contre Kadhafi, l’économie pétrolière libyenne s’effondre avec une production journalière qui chute à 200 000-300 000 barils par jour. Dans un premier temps, le groupe ENI s’est ainsi vu dans l’obligation d’arrêter sa production de pétrole tout en maintenant, malgré tout, l’extraction de gaz, secteur moins touché par les opérations militaires.

Cette déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie, pour réinvestir le secteur pétrolier en profitant de la vacance du pouvoir occasionnée par les opérations militaires. Quelques jours après la fin des bombardements de la coalition, une lettre rédigée par le Conseil national de transition (CNT) libyen évoquait ainsi la possibilité d’octroyer 35 % des futures concessions pétrolières libyennes au groupe Total. Une aubaine pour cet opérateur qui disposait, avant la chute de Kadhafi, d’une implantation relativement modeste (55 000 barils par jours) par rapport au groupe italien ENI (244 000 barils par jours). Une nouvelle donne géopolitique qui constitue aujourd’hui l’un des facteurs déterminants dans la rivalité franco-italienne en Libye.

Des stratégies d’influence au cœur de l’avenir politique de la Libye

L’avenir politique de la Libye est aujourd’hui en partie conditionné par les approches géopolitiques rivales de la France et de l’Italie. Dans un pays où plus d’une vingtaine de groupes politiques armés se disputent encore le contrôle de l’État ainsi que celui des puits pétroliers, Rome et Paris défendent deux visions diamétralement opposées.

Le gouvernement italien s’est aligné sur la position officielle des Nations unies en reconnaissant le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj, basé à Tripoli et institué en 2016, comme seul légitime. Un choix qui semble cohérent par rapport aux intérêts et à l’influence italienne à l’ouest de la Libye.

En soutenant le pouvoir de Tripoli, l’Italie sécurise également son important terminal pétrolier de Melittah, cogéré par la NOC et le groupe ENI. Par ailleurs, la Cyrénaïque est historiquement plus réfractaire à la puissance italienne, souvent renvoyée à son identité coloniale.

La France a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque

Enfin, le gouvernement italien est particulièrement pressé par la question migratoire puisqu’une grande partie des migrants qui débarquent sur les côtes de la péninsule provient du littoral tripolitain, en particulier de Sabratha, considérée aujourd’hui comme une capitale de la migration clandestine où les passeurs règnent en maîtres et qui n’est qu’à 300 kilomètres des côtes italiennes.

La France, de son côté, a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque. Un choix qui peut s’avérer judicieux du point de vue de la géopolitique des hydrocarbures. Le croissant pétrolier libyen qui s’étire le long du bassin de Syrte concentre en effet 85 % des réserves de pétrole et 70 % des réserves de gaz tandis que cinq des six terminaux pétroliers se situent également à l’Est du pays.

En mars 2018, le groupe Total annonçait d’ailleurs le rachat, à auteur de 16,3 %, des concessions pétrolières détenues par l’américain Marathon Oil sur les champs de Waha. Un positionnement français, à l’Est du pays, qui s’explique également d’un point de vue militaire : Paris considère en effet que le sud-est libyen est une zone grise particulièrement instable et où les groupes terroristes armés bénéficient d’une réelle assise menaçant la force Barkhane déployée au Sahel. Un tel positionnement, de la part de la France, ne pouvait cependant être obtenu sans un allié local lui permettant de maintenir une relative stabilité de ses intérêts à l’est.

Le Premier ministre Fayez el-Sarraj, le président français Emmanuel Macron et le maréchal Khalifa Haftar en conférence de presse près de Paris le 25 juillet 2017 (AFP)

Or, depuis 2016, le maréchal Haftar, un ancien officier de l’armée de Kadhafi, a pris le contrôle de l’est de la Libye et de ses principaux champs pétroliers, malgré un revers militaire rapidement récupéré en juin 2018. Il a par ailleurs décidé de transférer la gestion des ressources pétrolières, contrairement aux années précédentes, à la Compagnie nationale pétrolière de Benghazi, rivale de Tripoli. Une position qui accentue encore plus la division du pays.

Haftar n’en demeure pas moins particulièrement attractif aux yeux de la France qui le considère comme l’homme fort de l’est et qui l’a désormais intégré dans le processus de négociation, notamment lors du sommet de Paris en mai 2018, pour l’établissement d’élections libres en Libye, alors même que le général boudait le sommet de Palerme organisé par l’Italie quelques mois plus tard. L’avenir de la Libye est donc aujourd’hui conditionné en partie par le règlement du conflit d’intérêt qui oppose la France à l’Italie.

La France est-elle un médiateur sincère dans le conflit libyen ?
Guma el-Gamaty

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Actuellement, les différents partis libyens ne parviennent pas à s’entendre sur le projet d’une nouvelle Constitution. Le sommet de Paris devait déboucher sur des élections en décembre 2018 qui n’ont jamais eu lieu. Mais la reconstruction de l’État libyen souverain implique, au minimum, la fin de l’antagonisme entre Tripoli et Benghazi, antagonisme qui ne pourra être dépassé tant que les deux puissances européennes alimenteront les conditions d’une politique de division nationale en Libye.

Le 27 février dernier, Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar se sont rencontrés lors d’un sommet organisé par les Nations unies à Abou Dabi. Les deux hommes se sont entendus sur un nouvel accord de principe pour la tenue d’élections libres d’ici l’été prochain. Peut-être une lueur d’espoir pour l’avenir de la Libye.

 

https://www.middleeasteye.net/fr/news/bras-de-fer-geopolitique-entre-la-france-et-litalie-en-libye

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