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L’Afrique, continent convoité : une malédiction des matières premières ?

L’Afrique, continent convoité : une malédiction des matières premières ?

 


Publié par Régis LOUSSOU KIKI, le 28 Mai 2019

 

L’Afrique a de l’or sous les pieds : la richesse en ressources naturelles du continent noir ne fait aucun doute. L’abondance de métaux précieux (manganèse, chrome, platine, or, terres rares – au total environ 30 % des réserves mondiales de minerais) comme d’hydrocarbures (7,6 % des réserves de pétrole, 7,5 % de gaz) et la puissance démographique (1,28 milliard d’habitants en 2018, nombre qui devrait doubler d’ici à 2050) sont deux arguments en faveur du développement africain.

 


L’Afrique, continent convoité : une malédiction des matières premières ?
Pourtant, cette émergence peine à connaître un élan [1] . La convoitise que génèrent ces matières premières n’est pas étrangère à cette difficulté : elle place l’Afrique au centre d’un échiquier d’influences et de prédations, vecteur de déséquilibres et d’insécurités. Une « malédiction » [2]  des ressources naturelles ?

Les 54 États africains peinent à transformer l’essai de la richesse naturelle en développement économique stable pour deux raisons principales. D’abord, l’instabilité inhérente aux cours des matières premières a des conséquences majeures sur les PIB des pays producteurs. Ensuite, les revenus générés grâce à ces ressources entraînent d’importants problèmes de gouvernance, qui prennent concrètement la forme de corruptions, de conflits armés et de problèmes environnementaux. On qualifie ainsi ces États de « fragiles », ingouvernables, car coincés entre fléaux internes (corruption et changements de régime) et externes (ingérence étrangère pour défendre des intérêts économiques et stratégiques). Les tentatives de rationalisation des structures de gouvernance et de régulation des marchés africains se heurtent fréquemment à la réalité des conflits géopolitiques locaux.

Cette fragilité est exploitée par les grandes puissances qui placent l’Afrique au cœur de leurs stratégies en termes de matières premières. La bataille faisait déjà rage entre puissances coloniales pour la conquête des territoires les plus riches ; ce fut ensuite un enjeu de l’affrontement des deux blocs pendant la Guerre froide. Aujourd’hui, les ressources africaines sont un levier de puissance des pays émergents (Chine, Inde) sur un continent qui fut longtemps la chasse gardée de l’Occident. La rivalité entre les États-Unis et la Chine sur ce terrain en est l’illustration : Pékin s’imagine puissance hégémonique grâce à une Chinafriquebasée sur une logique de partenariat, une solidarité « Sud-Sud » faisant fi de toute exigence démocratique ; un scénario que Washington tente de contenir en misant sur le besoin en sécurité du continent, notamment par l’action d’Africom, bureau régional du US Department of Defense. Par ailleurs, l’importance de l’ingérence étrangère est d’autant plus forte que de nombreuses matières premières touchent au secteur clé de la défense. C’est par exemple le cas du platine (dont 85 % des stocks se situent sur le continent noir), métal stratégique pour les industries de défense ainsi que pour les technologies du numérique. L’Afrique présente une formidable réserve de ces métaux, sans compter l’inévitable uranium – une richesse qui fait des ressources minières africaines le nerf de l’économie de guerre.


L’Afrique, continent convoité : une malédiction des matières premières ?
La complexité de l’échiquier africain des matières premières a une conséquence majeure : la montée de l’insécurité et la multiplication des conflits sur le continent. D’après la Banque Mondiale, les États disposant de minerais stratégiques, de pierres précieuses (diamants) ou d’autres ressources « pillables » tels le bois ou le cuivre, risquent quatre fois plus de faire les frais d’un conflit armé qu’un État qui en est dépourvu, chiffre qui monte jusqu’à neuf dans le cas de pays détenteurs d’hydrocarbures [3] . La rivalité pour les ressources est une lutte à mort. L’Afrique compte pour un tiers des conflits armés répertoriés sur le globe et ces conflits, dans leur majorité, ont un rapport direct avec les productions minières ou pétrolières : on parle de « guerres de l’extractivisme » [4]. En réaction, les dépenses militaires du continent africain ont augmenté de 28 % entre 2008 et 2017 [5] ; il s’opère une véritable marche forcée vers la militarisation.

Pour les puissances investies en Afrique, la présence militaire est souvent un impératif dans la sécurisation des intérêts nationaux. Ainsi, les militaires français au Niger semblent indispensables à la stabilité du pays ; ils permettent de justifier et de défendre les intérêts énergétiques du pays sur place. S’entremêlent donc des considérations politiques, économiques et militaires.

Outre les conflits armés, la prédation de matières premières ouvre la porte à un risque de long terme : l’épuisement des ressources. L’hypothèse d’une difficulté croissante d’accès aux sous-sols africains apparaît en effet de plus en plus tangible. Des pénuries des sources d’énergie et de graves problèmes environnementaux commencent déjà à voir le jour – et sont alors susceptibles, dans un cercle vicieux, de faire à leur tour monter le taux de conflictualité. Le dérèglement climatique, directement renforcé par les pratiques « extractivistes » qui découlent des rivalités entre puissances, accélère par exemple les mouvements de populations et l’apparition de réfugiés climatiques, eux-mêmes sources de tensions.

La croissance démographique africaine est supérieure à sa croissance économique globale : comment le continent peut-il parvenir à nourrir sa population ? La richesse des sols africains peut-elle être une chance ? L’exemple de la Côte d’Ivoire, parvenue à une croissance stable et durable, est porteur d’espoir. Mais la fragmentation des différents États africains, que ce soit en termes de dotations naturelles en matière première ou en termes de qualité de gouvernance, ne laisse que peu de place à une coopération qui serait pourtant nécessaire afin d’éviter les catastrophes à court terme (multiplication des conflits) comme à long terme (épuisement des stocks). La coopération « Sud-Sud », évoquée précédemment avec le cas de la Chine, semble être la porte de sortie choisie par de nombreux pays africains : elle leur permet de rompre avec le « pillage » et la présence militaire des Occidentaux et de garantir la non-ingérence comme principe indélogeable d’accords commerciaux gagnant-gagnant. Elle ne résout cependant pas l’épineuse question de la raréfaction des matières en sous-sol.

Pour trouver la voie d’une croissance inclusive, profitant à l’économie et aux populations, les pays africains devront diversifier leurs exportations, limiter la corruption et apprivoiser les appétits géopolitiques des grandes puissances. Paradoxalement, le fait que rien de tout cela ne puisse arriver sur un champ de bataille quasi permanent rappelle l’importance desdites puissances en matière de sécurité sur le continent. Le destin commun d’une Afrique divisée est donc encore aux mains de ses partenaires internationaux.

[1] L’Afrique ne représente en 2014 que 4,5 % du PIB mondial, 4 % des investissements directs internationaux et 2,2 % des exportations mondiales.
[2] L’expression « malédiction des ressources naturelles » apparaît la première fois en 1990, dans un livre de l’économiste britannique Richard Auty qui démontre que l’abondance en matières premières dédiées à l’exportation semble paradoxalement nuire à la croissance de plusieurs pays, notamment africains.
[3] Philippe Hugon, « Le rôle des ressources naturelles dans les conflits armés africains », Hérodote 2009/3.
[4] L’extractivisme désigne l’exploitation massive de ressources naturelles.
[5] Dépenses militaires, production et transfert d’armes – Compendium 2018, Rapport du GRIP, 2018/3.

Le Kazakhstan, un acteur nucléaire à connaître

21.01.2019

Le Kazakhstan, un acteur nucléaire à connaître

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Par la rédaction

Grand comme cinq fois la France, le Kazakhstan, qui regorge de matières premières (fossiles et minérales), est devenu un acteur incontournable de la scène énergétique mondiale, notamment dans la production d’uranium. Aujourd’hui, il affiche de nouvelles ambitions.

Des mines d’uranium

Acteur mondial du nucléaire, le Kazakhstan ne l’est pas par son parc nucléaire installé mais par son rôle dans l’approvisionnement en uranium. Avec 13 % des réserves du globe, ce pays d’Asie est au deuxième rang mondial, derrière l’Australie. Si cette richesse est exploitée depuis près de cinquante ans, il a fallu attendre la généralisation de l’extraction par lixiviation in situ [1], à partir de la fin des années 1990, pour que le Kazakhstan s’y intéresse de près. En une dizaine d’années, de 2001 à 2013, sa production d’uranium a été décuplée et en 2016 le pays produisait 39 % de l’uranium mondial (24 500 tonnes).

Le Kazakhstan peut en effet compter sur 50 gisements d’uranium répertoriés, dont une partie est exploitée dans 17 mines. L’intégralité de l’exploitation de cette ressource est supervisée par Kazatomprom. L’entreprise d’État kazakhstanaise, créée en 1997, s’est hissée en quelques années au rang de premier producteur mondial d’uranium, devant le canadien Cameco et le français Orano. Soutenue par les ambitions économiques de l’État kazakhstanais, dès 2008, Kazatomprom avait fait part de sa volonté de produire 30 % de l’uranium mondial en 2015 (il en produisit 39 % cette année-là).

La France présente

La France est un partenaire de longue date du  Kazakhstan dans l’amont du cycle nucléaire. En 1996, la coentreprise KATCO est créée entre la Cogema (devenue Orano) et la société kazakhstanaise KATEP pour exploiter le gisement de Muyunkum au Sud du pays. C’est toujours via cette coentreprise, mais désormais avec Kazatomprom, qu’Orano y exploite ce gisement sur les deux sites de Muyunkum et Tortkuduk, séparés d’une quarantaine de kilomètres, avec la technologie de lixiviation in situ. Grâce à une rapide montée en puissance de la production décidée à partir de 2008, l’entreprise française y extrait entre 3 200 et 4 000 tonnes d’uranium par an, soit près de la moitié de sa production mondiale.

Fabrication du combustible, production électronucléaire : de nouvelles ambitions

Dans le passé, le Kazakhstan était un producteur d’électricité nucléaire, avec la mise en service, en 1973, du réacteur BN-350 dans la ville actuelle d’Aktaou, sur les rives de la mer Caspienne. Ce réacteur à neutrons rapides et à caloporteur sodium a fonctionné jusqu’en 1993. Il alimentait notamment en énergie l’usine de dessalement de la ville. Premier grand réacteur à neutrons rapides de l’URSS, il a servi de modèle à la gamme russe actuelle de RNR, y compris le BN-1200 en construction.

D’ici 2030, le Kazakhstan ambitionne de produire 4,5 % de son électricité à partir de l’énergie nucléaire. Pour y parvenir, le pays étudie sérieusement la possibilité de construire deux réacteurs russes VBER-300 ou un VVER-1200 à Kourtchatov, au Nord-Est du pays. En septembre 2017 le ministère de l’énergie kazakhstanais a annoncé la réalisation d’une étude de faisabilité pour confirmer la construction de cette première centrale.

Une autre ambition nucléaire se dessine. En 2014, un accord a été signé avec le géant nucléaire chinois CGN pour construire une usine de production d’assemblages de combustible nucléaire de 200 t/an. Financée à 49 % par l’entreprise chinoise, elle devrait  permettre au Kazakhstan de valoriser directement son uranium et d’approvisionner les centrales chinoises. La France est partenaire du projet, au travers d’Orano.

Crédit photo : Shutterstock

1.Technique consistant à injecter une solution dans un minerai par le biais d’un forage puis à pomper les produits dissous avec un nouveau forage.

http://www.sfen.org/rgn/kazakhstan-acteur-nucleaire-connaitre?utm_source=RGH_Hebdo&utm_medium=email&utm_campaign=Hebdo

L’offensive protectionniste de Trump sur l’acier et l’aluminium inquiète ses partenaires commerciaux

L'offensive protectionniste de Trump sur l'acier et l'aluminium inquiète ses partenaires commerciaux

Pour défendre des industries stratégiques qu’il estime victime d’une concurrence déloyale, Donald Trump a annoncé une taxe de 25% sur les importations d’acier et 10% sur celles d’aluminium. Une mesure très critiquée par ses partenaires commerciaux.

«Nous allons reconstruire notre industrie de l’acier. Nous allons reconstruire notre industrie de l’aluminium» : Donald Trump a présenté le 1er mars sa mesure concernant la mises en place de tarifs douaniers de 25% pour l’acier et de 10% pour l’aluminium.

Une mesure que le locataire de la Maison Blanche rendra effective dès la semaine prochaine «pour une longue période», mais pour laquelle il s’est montré avare en détails, ne précisant pas si elle allait être appliquée à tous les pays exportateurs vers les Etats-Unis.

Elu sur un programme aux forts accents protectionnistes, le président américain cherche ainsi à relancer ces industries dans son pays, arguant qu’elles revêtent une importance stratégique dans le secteur de la Défense. Qui plus est, ces deux secteurs souffrent selon lui d’une concurrence déloyale des producteurs étrangers qui sont subventionnés, ce qui leur permet de vendre à des prix inférieurs à leurs coûts de production.

«Ce qui a été permis pendant des décennies est honteux», a-t-il déclaré, ciblant notamment le traité nord-américain de libre-échange NAFTA qui a été, selon ses termes, «un désastre» pour son pays. Une expression qu’il a réutilisé à l’endroit de l’OMC, qui a, toujours selon lui, favorisé l’expansion économique de la Chine au détriment des Etats-Unis.

Levée de boucliers des partenaires commerciaux de Washington

Sur la scène internationale, son annonce a sans surprise suscité une véritable levée de boucliers. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a assuré dans un communiqué de presse que l’UE allait réagir «fermement et proportionnellement pour défendre [ses] intérêts». Devrait ainsi voir le jour dans les prochains jours «une proposition de contre-mesures contre les Etats-Unis, compatibles avec les règles de l’OMC, pour rééquilibrer la situation», selon Jean-Claude Juncker. Berlin a également encouragé Bruxelles à agir dans ce sens.

Le Canada, premier exportateur d’acier vers les Etats-Unis, s’est montré particulièrement inquiet. «Tout tarif ou quota qui serait imposé à notre industrie canadienne de l’acier et de l’aluminium serait inacceptable», a déclaré le ministre canadien du Commerce international, François-Philippe Champagne. Le gouvernement canadien s’est, en outre, dit surpris d’une décision qui risque, selon lui, de jouer contre les industriels américains.

La Chine a, de son côté, fait savoir qu’elle pourrait riposter en imposant des taxes sur les importations agricoles américaines, telles que le soja, selon l’agence de presse Reuters.

Les Etats-Unis sont les plus gros importateurs d’acier au monde, leurs importations sont près de quatre fois supérieures à leurs exportations, selon le secrétaire d’Etat au Commerce Wilbur Ross. Les principaux fournisseurs d’acier des Etats-Unis sont le Canada (16%), le Brésil (13%) et la Corée du Sud (10%).

source

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/03/l-offensive-protectionniste-de-trump-sur-l-acier-et-l-aluminium-inquiete-ses-partenaires-commerciaux.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Le paradoxe de Sénèque

Le paradoxe de Sénèque


Si l’épuisement minéral est un problème, comment se fait-il que nous n’en voyions pas les effets ?


Par Ugo Bardi – Le 8 novembre 2017 – Source CassandraLegacy

Les prix du pétrole restant bas et la production apparemment plus que suffisante pour satisfaire la demande, la plupart des gens ont sauté à la conclusion que toutes les ressources minérales sont abondantes et ne sont pas une préoccupation dans un avenir prévisible. Pourtant, le problème demeure : les ressources minérales ne sont pas infinies. La solution au problème peut être dans « l’effet Sénèque ». C’est un effet insidieux qui masque les risques futurs d’une croissance apparemment sûre et robuste.


L’histoire du Club de Rome commence avec la question des ressources naturelles. Dans les années 1960, il était devenu clair pour le fondateur du Club, Aurelio Peccei, que les ressources du monde étaient limitées et il s’est demandé comment cela allait affecter l’humanité. Ce fut l’origine du premier et  plus connu rapport du Club de Rome, « The Limits to Growth », publié en 1972.

Le rapport de 1972 fournit déjà des réponses à la question de l’épuisement. Il pointait du doigt que la pénurie de ressources limiterait la croissance de l’économie mondiale et, éventuellement, la conduirait à baisser. Cette conclusion a souvent été interprétée comme signifiant que l’humanité allait bientôt « manquer » de pétrole, de gaz ou d’une autre ressource ; mais cela n’a jamais été mentionné dans le rapport et cela n’a jamais été le cas. Le problème n’est pas, et n’a jamais été, de tomber à court de quoi que ce soit. L’idée était plutôt que l’épuisement progressif des minerais rende l’extraction plus coûteuse. C’est un fardeau pour la société que nous ne pouvons ignorer. Dans le même temps, la production de ressources minérales génère de la pollution et c’est un coût supplémentaire qui ne peut être ignoré, surtout quand il s’agit des gaz à effet de serre qui produisent des changements climatiques.

Ces premiers résultats ont été vérifiés dans des études ultérieures et, en 2014, le Club de Rome a produit un autre rapport, intitulé « Extracted » en anglais et « Die Geplünderte Planete » en allemand, qui a réitéré les conclusions antérieures. L’auteur du rapport, Ugo Bardi, chercheur à l’Université de Florence, Italie, a conclu que le problème de l’épuisement des minéraux était réel et important, et qu’il s’aggravait progressivement.

Pourtant, ces conclusions sont loin d’être généralement acceptées. L’épuisement, semble-t-il, est toujours considéré comme un non-problème, en particulier dans l’industrie extractive. « Si l’épuisement est vraiment un problème, disent souvent les représentants de l’industrie, comment se fait-il que nous produisions encore des produits minéraux au rythme le plus élevé jamais vu dans l’histoire ? » Nous remarquons que nos coûts de production n’ont pas significativement augmenté alors que nous exploitons des mines avec des concentrations de minerais de plus en plus faible.

L’épuisement minéral menace-t-il la civilisation humaine ? Ou est-ce seulement un problème marginal qui peut être résolu par certaines améliorations technologiques ? C’est vraiment une question fondamentale pour l’avenir de l’humanité. Une réponse est fournie par le dernier rapport du Club de Rome publié en 2017, « L’Effet Sénèque ».

S’inspirant de quelque chose que l’ancien philosophe romain Sénèque a dit, l’auteur de l’étude, Ugo Bardi, examine la trajectoire d’un système économique soumis à la double contrainte de l’épuisement des minerais et de la pollution. Le résultat est la « falaise de Sénèque », une représentation graphique de la déclaration de Sénèque indiquant que « les augmentations sont basées sur une croissance lente, mais le chemin de la ruine est rapide ». C’est quelque chose de bien connu dans la vie de tous les jours, mais une étude pourrait le confirmer en utilisant des modèles mathématiques. Voici la courbe calculée par simulations.

L’« effet Sénèque » ou le « paradoxe de Sénèque » explique pourquoi l’épuisement des minéraux est un problème mais, pour le moment, nous n’en ressentons pas les effets. Nous n’avons pas encore atteint le sommet de la courbe et nous ne voyons pas la falaise qui nous attend. Jusqu’à présent, l’industrie extractive a été en mesure de masquer les effets de l’épuisement grâce à des économies d’échelle. Cela a été possible tant que la production continuait d’augmenter, ce qui a été le cas jusqu’à présent pour la plupart des produits minéraux. Le problème est que cette stratégie ne peut pas durer éternellement : les ressources minérales ne sont pas infinies.

Un bon exemple de cet effet peut être trouvé dans l’industrie pétrolière. A l’heure actuelle, toutes les craintes d’épuisement du pétrole semblent avoir été dissipées par les bas prix du marché et par la production toujours croissante. Les deux facteurs donnent l’impression d’une abondance de pétrole bon marché qui pourrait durer longtemps – si ce n’est pour toujours. Mais c’est exactement le résultat de la forme de la courbe Sénèque. Tant que nous n’atteignons pas le sommet de la falaise, nous ne la voyons pas.

Mais la ruine, comme l’a dit Sénèque, peut être rapide. Tenez compte de la situation climatique actuelle et du besoin urgent de réduire les émissions de carbone. Considérons le passage rapide aux véhicules électriques, souvent considérés comme un moyen de lutter contre le changement climatique. Considérons qu’aux États-Unis plus de 60% du marché du pétrole brut est destiné aux véhicules privés. Ensuite, vous voyez que si les gens commençaient à remplacer leurs vieilles voitures et camions par des voitures électriques (quelque chose qu’ils devraient faire par tous les moyens pour notre survie), l’industrie pétrolière perdrait une grande partie de son marché.

Pour l’industrie pétrolière, perdre une fraction significative de son marché n’est pas seulement une question de réduction des effectifs ; c’est une catastrophe ; cela sonne leur glas. C’est ici que « l’effet Sénèque » commence à jouer son rôle. Les économies d’échelle qui ont permis à l’industrie de surmonter les effets de l’épuisement deviennent des dés-économies d’échelle, ce qui augmente les coûts et réduit les profits. Cette industrie devient incapable d’attirer de nouveaux investissements ; elle commence à rétrécir et finit par disparaître : c’est ce que dit Sénèque, « la ruine est rapide ».

Le déclin de l’industrie pétrolière est déjà en cours dans plusieurs régions du monde et la perte d’efficacité due à cette contraction est bien documentée (voir par exemple, Hall et al., 2014). Ces derniers temps, l’industrie américaine a été en mesure de démarrer un nouveau cycle d’extraction de pétrole avec « le pétrole de schiste » (plus exactement, « pétrole léger de réservoirs étanches »), mais cela signifie simplement reporter l’inévitable et la falaise de Sénèque pourrait être au coin de la rue.

L’humanité est confrontée à une situation difficile en ce moment. Les deux menaces, l’épuisement et la pollution, travaillent ensemble pour provoquer un déclin qui pourrait être très rapide, comme cela a souvent été le cas pour les civilisations passées. L’« effet Sénèque » rend la situation d’autant plus insidieuse que nous n’avons actuellement que quelques indices sur le déclin futur, mais quand nous verrons la falaise devant nous, il sera peut-être trop tard pour l’éviter complètement.

Pourtant, aujourd’hui nous avons des outils puissants sous la forme de la science des systèmes complexes. Si nous sommes prêts à les utiliser, ces outils nous permettront de comprendre l’avenir et d’y être préparés. Si nous comprenons les menaces auxquelles nous sommes confrontés, elles peuvent être perçues comme des opportunités. Ainsi, la ruine imminente de l’industrie pétrolière n’est pas une menace mais une occasion d’éviter, ou au moins atténuer, une catastrophe climatique future.

Une fois que nous comprenons ce point, la stratégie devient claire : ne pas combattre l’inévitable ; ne pas essayer de maintenir l’industrie pétrolière à tout prix ; c’est exactement ce qui rend la pente de la falaise de Sénèque plus abrupte. Au lieu de cela, il faut favoriser les changements inévitables. Cela signifie aider l’industrie pétrolière à disparaître en favorisant son remplacement par quelque chose de moins polluant et de plus durable. Des stratégies similaires sont possibles pour de nombreuses industries polluantes encore courantes aujourd’hui.

Comme toujours, le futur n’est rien d’autre que les choix que nous faisons et il est encore temps de faire de bons choix. La falaise de Sénèque de la civilisation humaine ne se produira que si nous la choisissons.

Ugo Bardi

Note du Saker Francophone

Ugo pourrait avantageusement remplacer la menace climatique par la menace financière, beaucoup mieux analysée à mon sens par Gail Tverberg. Son désir de remplacer l'industrie pétrolière par un autre modèle n'est-il guidé que par son altruisme ou agit-il comme caution scientifique de la faction globaliste oligarchique ?

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-paradoxe-de-seneque

 

La France veut financer une centrale à charbon en Chine

Une scandaleuse initiative de l’AFD : financer une grosse centrale au charbon en Chine…

La France veut aider une centrale à charbon en Chine

Source : Mediapart, Jade Lindgaard, 22-11-2017

Au nom de la transition énergétique, l’Agence française de développement pourrait financer une centrale à charbon dans la province chinoise du Xinjiang, où sévit en outre une répression intense. Ce dossier sensible met à l’épreuve le volontarisme climatique affiché par l’Élysée.

C’était une belle amorce de discours. Lors de la COP23, le sommet sur le climat qui vient de s’achever à Bonn, Emmanuel Macron a décrit l’action pour le climat en combat contre l’injustice : « Le dérèglement climatique ajoute de la pauvreté à la pauvreté, ajoute de l’insécurité à l’insécurité. Il touche en particulier ceux qui sont déjà les plus fragiles. En cela, c’est bien l’un des combats majeurs de notre temps. »

Malgré l’affirmation de ces principes vertueux, la France envisage d’aider une centrale à charbon en Chine, dans une région soumise à un régime militaire particulièrement attentatoire aux libertés individuelles, le Xinjiang.

Mercredi 22 novembre, le Comité des États étrangers, une instance décisionnaire de l’Agence française de développement (AFD), principal organe public d’aide au développement, doit étudier un dossier sensible : un prêt de 41 millions d’euros au ministère chinois des finances, destiné à cofinancer la construction d’un système de cogénération adossé à une centrale à charbon de 660 mégawatts (MW). La cogénération est une technique permettant de récupérer la chaleur émise par la combustion du charbon, et de la réutiliser pour un autre usage. Dans ce cas précis, elle doit servir à chauffer une partie de la ville de Shihezi, au nord du Xinjiang. À hauteur de 40 %, elle doit aussi alimenter une future zone industrielle aujourd’hui en construction. Pour l’AFD, ce projet permettrait d’optimiser l’efficacité énergétique de la centrale à charbon et, donc, contribuerait au développement durable de la localité.

[…]

Officiellement, il est interdit à l’AFD de financer des centrales à charbon, à l’exception de celles incluant un dispositif opérationnel de captage et stockage de CO2 – aucun système n’a fait ses preuves à ce jour. L’approvisionnement du réseau de chauffage collectif de Shihezi est assuré par six centrales au charbon, dont cinq sont gérées par Xinjiang Tianfu Energy, la société que la France envisage d’aider. […]

La répression politique contre les Ouïghours à son plus haut

 

Suite à lire sur : Mediapart, Jade Lindgaard, 22-11-2017

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L’AFD reporte l’étude d’un gros prêt à la Chine

Source : Mediapart, Jade Lindgaard, 24-11-2017

À la suite de multiples protestations d’ONG, l’Agence française de développement a reporté d’un mois la discussion sur un prêt de 41 millions d’euros à la Chine pour aider une centrale à charbon dans la région du Xinjiang, dossier révélé par Mediapart.

L’Agence française de développement a finalement reporté l’étude d’un prêt de 41 millions d’euros à la Chine pour aider une centrale à charbon à construire un système de chauffage urbain dans la région du Xinjiang, a appris Mediapart vendredi. Ce dossier sensible, révélé par Mediapart mercredi, a suscité la colère des ONG écologistes. « À un mois du sommet Finance et climat d’Emmanuel Macron, c’est plus qu’inquiétant, a réagi Nicolas Haeringer, chargé de campagne pour 350.org, qui milite pour le désinvestissement des énergies fossiles. Il est plus que temps de faire entendre une revendication toute simple : pas un euro de plus pour les énergies du passé. »

Rémy Rioux, le directeur général de l’agence, principal organe public d’aide au développement, a reçu plus de 1 500 messages lui demandant de ne pas financer ce projet. Des centaines de comptes Twitter l’ont interpellé pendant toute la journée du 22 novembre.

Initialement prévue à l’ordre du jour du Comité des États étrangers, une instance décisionnaire de l’AFD, le 22 novembre, la discussion sur le projet a été reportée au prochain conseil d’administration, en décembre. Présidé par Laurence Tubiana, la négociatrice en chef de l’Accord de Paris sur le climat, il comprend parmi ses membres des parlementaires et le président de Coordination Sud, une ONG de développement. C’est donc dans un cercle plus ouvert et plus divers dans sa composition que devrait être débattu le projet.

Source : Mediapart, Jade Lindgaard, 24-11-2017

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L’Agence française de développement… des énergies fossiles ?

Source : Le Blog Mediapart, Nicolas Haeringer, 22-11-2017

Comme le révèle Mediapart, l’Agence française de développement s’apprête à accorder 41 millions d’euros à l’opérateur d’une méga-centrale à charbon, dans la province chinoise du Xinjiang. Une manière comme une autre d’enterrer l’objectif de l’Accord de Paris (maintenir le réchauffement climatique au plus près des 1,5°C).

Il y a dix jours, lors de la COP23, j’ai pu rencontrer Rémy Rioux, le directeur de l’Agence française de développement, ainsi que deux de ses collaborateurs, aux côtés de l’ambassadrice chargée des négociations sur le climat, Brigitte Collet.

À ma question sur la place qu’occupe la lutte contre le réchauffement climatique dans les critères que l’AFD utilise pour évaluer la pertinence des projets, la réponse fut relativement claire : l’AFD place le climat au cœur de ses préoccupations, et entend être la première agence de développement “100% compatible avec l’Accord de Paris”.
Être compatible avec l’Accord de Paris signifie – c’est ce qui m’a été dit ce jour-là – être plus ambitieux que les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre pays par pays (puisqu’ils nous positionnent sur la trajectoire d’un réchauffement de +3°C minimum) : il s’agit de s’inscrire dans une démarche de transition à long terme.

Lorsque j’ai posé la question des infrastructures fossiles, la réponse fut là aussi très claire : l’AFD ne “finance plus aucun projet charbon”. Elle considère en revanche le gaz comme une énergie de transition – dans des contextes particuliers toutefois. Ainsi m’a-t-on clairement signifié que jamais l’AFD ne financerait de projet gazier en Chine – mais que dans un pays tel que le Mali, la question pouvait se poser.

10 jours après, Mediapart révèle que l’AFD discute en ce moment même de la possibilité d’accorder un prêt souverain de 41 millions d’euros à la Chine, pour venir appuyer l’opérateur (privé) d’une méga-centrale à charbon dans le Xinjiang.

“100% compatible avec l’Accord de Paris” : “c’est notre nouveau slogan” expliquait alors Rémy Rioux. Et 10 jours après, cet engagement apparaît bel et bien comme un slogan – creux, comme à chaque fois que les slogans ne s’accompagnent d’aucune règle claire.

Rappelons au passage que l’agence chinoise de développement est l’agence de développement la plus riche au monde – appuyer le développement d’un projet charbonnier en Chine est donc très loin d’être une priorité…

À un mois du sommet Finance et climat d’Emmanuel Macron, c’est plus qu’inquiétant – mais guère surprenant.

Il est donc plus que temps de faire entendre une revendication toute simple : pas un euro de plus pour les énergies du passé.

Aujourd’hui, faire entendre cette revendication passe par une action simple elle aussi (à l’origine de laquelle sont 350.org et Oxfam France) : écrire à Rémy Rioux, pour lui dire qu’il est inacceptable que l’Agence française de développement finance des projets charbonniers, gaziers ou pétroliers.

Source : Le Blog Mediapart, Nicolas Haeringer, 22-11-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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L’informateur sort du bois

L’informateur sort du bois


Par James Howard Kunstler – Le 27 octobre 2017 – Source kunstler.com

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C’est quoi çà? [L’éléphant républicain]
C’est un cheval mort [Allusion à la pancarte]
Théorie de la collusion Trump/Russie
Presse [Tendance démocrate avec l’âne]

Quand vous considérez toutes les créatures ténébreuses qui se promènent dans les interstices des coulisses de l’État profond, il est un peu surprenant que quelqu’un de ce genre ne soit pas encore apparu en pleine lumière auparavant. Apparemment, maintenant, une personne dont le nom sera bientôt placardé dans tous les médias a été autorisée par le ministère de la Justice à venir et chanter aux divers comités de la Chambre des représentants et du Sénat une musique sur un accord suspect impliquant la Russie et la dynastie Clinton.Les grandes lignes de l’Uranium-Gate sont déjà chargées comme un plateau de nachos avec de piquants morceaux de détails suspects. L’informateur a travaillé pour une société de lobbying du marécage de Washington DC qui a été embauchée par Tenex, une filiale de l’entreprise publique russe Rosatom, pour conclure un accord d’achat d’une entreprise canadienne, Uranium One, qui avait d’importantes exploitations minières aux États-Unis. Selon le site Web The Hill, l’accord mettait environ 20% de l’uranium américain entre les mains de la société russe.

L’informateur a reconnu la preuve d’un comportement criminel dans les transactions dont il a été témoin et est allé volontairement au FBI. Le rapport de The Hill continue :

« Son travail a aidé le ministère de la Justice à obtenir des condamnations contre le principal dirigeant russe de l’industrie nucléaire aux États-Unis, un financier russe du New Jersey et le dirigeant d’une entreprise américaine de transport d’uranium. Le plaignant dit qu’il s’agit d’un vaste plan d’extorsion, de pots-de-vin, de corruption et de blanchiment d’argent qui duraient depuis longtemps. »

Ces accusations, fondées sur des éléments de preuve recueillis en 2009, n’ont pas été portées devant les tribunaux avant 2014. Et cela était supposé être la fin du film.

Maintenant, un autre fait est que l’accord permettant à Tenex d’acheter Uranium One devait être approuvé par neuf agences fédérales et signé par la secrétaire d’État Hillary Clinton, ce qu’elle a fait peu après que son mari Bill Clinton ait été payé 500 000 dollars pour faire un discours à Moscou parrainé par une banque russe. La Fondation Clinton a également reçu des millions de dollars en dons « charitables » de la part de parties intéressées par l’entente Tenex / Uranium One. Il est arrivé, aussi, que le PDG d’Uranium One au moment de la vente de Tenex, Frank Guistra, était l’un des onze membres du conseil d’administration de la Fondation Clinton.

L’informateur est resté sous couverture du FBI pendant cinq ans. Aucune participation de Clinton n’a été incluse dans les poursuites fédérales de corruption et de racket mentionnées précédemment. Pendant ce temps, l’informateur avait signé un accord de non-divulgation avec le département de la Justice d’Obama, qui vient d’être levé la semaine dernière.

Ce matin, l’histoire est absente du New York Times, autrefois le journal officiel du pays. La crédibilité du FBI est en jeu dans cette affaire. Robert Mueller, qui était directeur de l’agence au cours de l’accord Tenex / Uranium One, avec tous ses sous-entendus Clinton-Russie, est dans une position délicate maintenant en tant que procureur spécial pour enquêter sur les « ingérences » russes présumées lors de l’élection, qui impliquent le président Trump. L’enquête n’a pas encore été rendue publique, mais les fuites massives des employés du gouvernement qui ont occupé environ 80% de l’actualité des médias l’an dernier ont cessé – soit parce que Mueller a imposé des restrictions draconiennes à son propre personnel, soit parce qu’il n’y avait rien derrière.

Le FBI a beaucoup de choses à expliquer pour avoir ignoré le lien entre Clinton et l’affaire Uranium One. L’informateur, dont le nom et le visage vont bientôt apparaître, arrive du froid, dans les locaux surchauffés des comités d’enquête de la chambre des représentants et du sénat. Je me demande si M. Trump, ou ses avocats, trouveront des motifs pour tenter de démettre le procureur spécial Mueller, étant donné que tout cela ressemble à une position compromise de sa part vis-à-vis de l’opposant à l’élection de Trump, Hillary Roddam Clinton. Il est difficile de ne pas voir ce qui se passe – en même temps que les marchés financiers et les questions géopolitiques se dirigent vers le sud. Attachez vos chapeaux.

James Howard Kunstler

Note du Saker Francophone

On peut aussi imaginer que les équipes de Trump aient volontairement laissé le Russian-Gate se développer, cavaler même alors qu'ils avaient un joker dans leur manche. Ils peuvent peut-être fusiller les Clinton, les Démocrates et une partie des Républicains avec une seule balle... Alors peut-être allons nous assister au fameux drainage du marais... ou à un renouvellement des acteurs ayant le droit à la gamelle...

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/linformateur-sort-du-bois

 

Le marché de la matière grasse laitière sous tension, explications

« je vous invite à noter la date  5 MAI 2017. on ne peut parler de surprise !  »

bernard felli. Administrareur de  « ombre43 »

 

Le marché de la matière grasse laitière sous tension, explications

5 mai 2017

Le mot de la Direction

La situation du marché du beurre est exceptionnelle. Nous devons nous interroger si nous ne sommes pas en train de vivre un changement fondamental dans le marché des produits laitiers. En effet, l’écart actuel de valorisation de la matière grasse et de la protéine du lait (prix de poudre de lait écrémé) est un élément tout à fait nouveau qui doit nous interpeller et nous amener, peut-être, à changer de paradigme. Cette tendance que nous voyons poindre depuis 2 ou 3 ans nous est brutalement révélée !!  La demande sur la matière grasse du lait (devenue tendance..) à travers ses différentes formes (fromages, beurres, crème et ingrédients transformés) est telle que l’offre peine à suivre.

En principe, les lois du marché font que lorsqu’un produit est fortement demandé, son prix se renchérit, la production augmente et l’équilibre est rétabli. Or actuellement la valorisation du couple beurre/poudre de lait écrémé ne permet pas (malgré le prix de la MG) de proposer un prix attractif donnant un signal clair aux producteurs de lait pour un re-démarrage de la collecte. La spécificité de notre métier est le lien direct entre production de beurre et de protéines pures, l’un ne va pas sans l’autre. C’est « la quadrature » du cercle !!!

Il faudra, certainement, réfléchir à un autre système pour le paiement du lait et arrêter de privilégier la protéine comme nous le faisons depuis 40 ans !

En attendant, la tentation du laitier est, donc, de collecter suffisamment de lait pour la fabrication des produits destinés au consommateur final mais pas plus. Tant pis s’il ne fabrique pas d’ingrédients qui viennent, régulièrement, obérer son compte d’exploitation !!

Pour revenir à la situation actuelle sur la matière grasse butyrique le constat est le suivant :

Les stocks de beurre sont bas : la faible collecte de début d’année n’a pas permis de les reconstituer. Les stocks de beurre d’hiver sont absents. Les taux de couverture de nos clients (toujours difficiles à évaluer) semblent assez bas pour la 2eme partie de l’année. Les disponibilités affichées par les fabricants de beurre pour le 2eme semestre sont restreintes.

Enfin, malheureusement, les conditions climatiques actuelles (froid et déficit hydrique) commencent à inquiéter sérieusement. Les prévisions sont revues régulièrement à la baisse !

Le cocktail est explosif !!!!!!!!!!!

 

http://www.fitsa-group.com/situation-marche-beurre-exceptionnelle/

Revue de presse nationale et internationale.