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Grand Remplacement : débat interdit

– Grand Remplacement : débat interdit
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I-Média n°242 – Grand Remplacement : débat interdit

Grand Remplacement : débat interdit

Après l’attentat de Christchurch, les répercussions ont été énormes dans le monde médiatique français. Le Grand Remplacement ne semble pouvoir être évoqué que pour le nier.

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Tristes épigones, espoir et sabotages

Tristes épigones, espoir et sabotages

Publié le 13 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisAmérique latine

Lorsque Alexandre le Grand mourut à Babylone, les généraux et compagnons qui avaient participé à l’épopée se disputèrent sa succession. Appelés Diadoques, ils étaient souvent déchirés entre deux visions. Ils avaient été membres à part entière de la formidable aventure et en gardaient une réelle nostalgie, un certain panache, tout en se préparant au nouveau monde qui émergeait : la division de l’empire et la constitution sur ses décombres de royaumes neufs, bien plus modestes. Leurs fils et successeurs, les Épigones, n’avaient pas ces scrupules. Jeunes premiers nés dans la pourpre, n’ayant pas connu la gloire de la conquête alexandrine, ils ne pensaient qu’à se tailler une part raisonnable de l’empire finissant. Cela donna, entre autre, le royaume ptolémaïque d’Egypte, qui finira tout de même en beauté avec la fameuse Cléopâtre.

Il arrive encore parfois que les termes diadoque ou épigone soient utilisés pour analyser une situation politique contemporaine. Cela sous-tend presque toujours une sorte de jugement de valeur, l’épigone n’étant que l’écume du diadoque, lui-même pâle comparaison d’Alexandre. Pour schématiser : De Gaulle > Pompidou > Sarkozy, ou Mitterrand > Jospin > Hollande. Plus dure est la chute…

Le système impérial américain n’est pas exempt de cet abâtardissement et l’actualité nous en donne chaque jour des preuves. Les Chroniques se sont souvent penchées sur le cas de deux des plus grandes âmes damnées de l’empire : Brzezinski, l’éminence grise, et le sénateur McCainistan. On retrouve ces pendards cyniques et géniaux dans tous les mauvais coups de Washington, du soutien aux djihadistes afghans à ceux de Syrie, du rapprochement avec les Khmers rouges au torpillage du South Stream, en passant par un nombre incalculables de guerres, d’invasions et de coups d’Etat. S’ils brûlent sûrement en enfer désormais, ils peuvent toutefois se targuer d’avoir infatigablement mis leur maestria diabolique au service de l’hégémonie US.

Apparemment, le passage de génération a été cruel pour les deux familles… Leurs épigones restent certes sur la même ligne néo-impériale que papa, mais le talent semble s’être complètement évaporé. Nous sommes passés d’une superproduction hollywoodienne, irritante mais bien ficelée, à un navet de troisième partie de soirée.

Mika est la fille de Brzezinski. N’ayant pas la carrure de son père pour élaborer les dangereuses et ingénieuses stratégies de Washington, elle se contente d’être un simple outil de propagande pour la MSN. Présentatrice sur MSNBC, l’un des plus éclatants fleurons de la presstituée, elle s’est fait connaître par un lapsus révélateur il y a deux ans. Alors qu’elle se lançait dans une énième tirade contre le grand méchant Donald, elle n’a pu s’empêcher de laisser échapper : « Trump croit qu’il contrôle ce que pensent les gens, mais ça, c’est notre boulot » :

Meghan McCain est elle aussi partie intégrante des rouages médiatiques. Elle a fait la Une il y a quelques jours en jouant la nunuche éplorée devant les « intolérables » propos d’une députée Démocrate, Ilhan Omar pour ne pas la nommer, sur la puissance du lobby pro-israélien à Washington. De quoi faire couler de chaudes et crocodilesques larmes sur le visage de la fifille McCain :

A pleurer… de rire ! Si les pères n’ont rien à redire sur le fond ressassé par leur progéniture (campagne anti-Trump, soutien à Israël et, en toile de fond, évidemment, russophobie primaire et constante), ils doivent quand même se prendre la tête à deux mains devant une telle niaiserie et un manque de brio aussi flagrant.

Tout comme ils doivent sentir les gouttes de sueur perler sur leur front devant la montée en puissance de Tulsi. Nous avons plusieurs fois évoqué la Représentante d’Hawaï et ses déclarations tonitruantes propres à faire enrager le Deep State. Elle vient de remettre ça en déclarant tout de go et publiquement que la CIA a utilisé l’argent public pour équiper Daech et Al Qaida en Syrie ! Regardez la tête du journalope, ça vaut le détour…

Le pire, c’est que la belle semble sur la pente ascendante. Elle est dans le trio de tête chez les électeurs sans affiliation politique et gagne des points pour la primaire Démocrate, même si elle est encore en retard. Mais quand on sait que le Donald est parti à 2% avant de remporter la manche Républicaine puis, donné perdantface à l’hilarante, a finalement réussi à entrer à la Maison Blanche, l’espoir reste de mise.

Reste à savoir si, même dans l’éventualité qu’elle soit élue, elle pourra résister à l’Etat profond. Ca, c’est une autre paire de manches et l’actuel occupant du Bureau ovale en est une preuve vivante. S’il fait souffler le chaud et l’effroi dans les travées du Deep State, il a indéniablement dû donner des gages à ce dernier. Le cas vénézuélien en est la meilleure illustration.

Il semble que Washington ait passé la vitesse supérieure dans sa tentative de prise de pouvoir à Caracas. C’est très vraisemblablement un sabotage électromagnétique qui a provoqué l’énorme coupure de courant qui a touché le pays en fin de semaine dernière. Chose intéressante, Pékin, qui propose d’ailleurs d’aider Maduro à restaurer l’électricité, parle ouvertement d’attaque cybernétique et accuse indirectement les Etats-Unis. Le plan était d’ailleurs dans les tuyaux du Pentagone depuis quelques années.

Et maintenant, ce sont des usines de retraitement d’eau et des terminaux pétroliers qui, par le plus grand des hasards bien évidemment, se mettent à exploser. Les Follamour de Washington ont une explication toute faite : c’est la corruption des années Maduro qui est responsable de cette « dégradation ». Douce coïncidence, ces catastrophes ont lieu simultanément, les usines, centrales électriques et dépôts pétroliers s’étant sans doute donné le mot pour arrêter de fonctionner en même temps !

La guerre semble déclarée. Après le flop de la pression « humanitaire », les bras cassés américains ont passé la vitesse supérieure et entrepris une campagne de sabotage, tactique quelque peu suicidaire s’ils veulent installer l’auto-proclamé au pouvoir. La ficelle est en effet tellement grosse que leur pion risque de voir sa légitimité torpillée dans la population vénézuélienne. Même les euronouilles, l’air gêné, préfèrent regarder ailleurs, c’est dire…

***

Un immense merci à tous ceux, très nombreux, qui ont eu l’extrême gentillesse de faire un don et de l’accompagner d’ailleurs de messages très touchants. Cela représente beaucoup plus que de l’argent, c’est une reconnaissance magnifique de, j’ose le mot, la qualité des Chroniques. Soyez-en, du fond du cœur, remerciés, chers amis et lecteurs.

MOHAMMED BEN SALMANE : ECHEC A L’OCCIDENT !

MOHAMMED BEN SALMANE :
ECHEC A L’OCCIDENT !
(L’Imprécateur)

La presse française, toujours obéissante aux instructions venues de l’Élysée, ne parle que des sujets autorisés, sur le ton adéquat, et dans le doute préfère passer des informations pourtant marquantes sous silence, ou les présenter sous un jour péjoratif, notamment celles de la vie internationale.

Donald Trump a réussi à stopper le « shutdown », cet arrêt partiel des activités administratives commencé le 22 décembre aux États-Unis, il l’a fait « contraint » dit la presse. Personne ne dira que s’il l’a fait, c’est qu’il venait de trouver la parade pour contourner le veto démocrate à la construction du mur à la frontière mexicaine. En promulguant l’état d’urgence nationale, il a pu récupérer les milliards bloqués (1). Donc, il n’est contraint en rien et il a repris l’avantage.

Personne ne dira que cela lui a valu un nouveau gain de popularité de près de 7 points, dû notamment au soutien massif des hispano-américains qui sont maintenant 50 % à approuver sa politique, car ils sont les premiers à se plaindre de l’excès d’immigration latino. Le mur sera donc construit, grosse claque pour les Démocrates.

Le Sénat exonère Trump de toute responsabilité dans l’affaire russe

La Commission spéciale du Sénat américain étudiait depuis deux ans tous les rapports du procureur Müeller sur la collusion entre Trump et la Russie et avait commandé deux enquêtes indépendantes, toutes deux présentées en décembre 2018 par la presse française comme certainement à charge pour Trump. L’une d’elle étant chargée d’analyser des millions de publications sur les réseaux sociaux, fournies par Twitter, Facebook et Google à la Commission du Renseignement du Sénat.

Washington Post, le quotidien socialiste américain, avait annoncé que Trump allait enfin pouvoir être destitué, info reprise sans contrôle par la presse française de gauche.

Finalement, la Commission spéciale du Sénat a annoncé jeudi dernier qu’elle clôt son enquête parce qu’elle n’a trouvé « aucun élément démontrant par des preuves confirmées une intervention quelconque de la Russie dans le processus électoral des élections de 2016 » et demande l’arrêt des enquêtes de Müeller.

Silence glacial de la presse mondiale de gauche

Silence glacial de la presse démocrate. Le journaliste Bill d’Agostino déclare : « Deux jours se sont écoulés depuis le reportage de NBC selon lequel la commission sénatoriale du renseignement n’a trouvé aucune preuve matérielle de collusion entre la campagne Trump et la Russie, et à ce jour, aucun des trois principaux réseaux de diffusion (ABC, CBS et NBC) ne lui a accordé une seule seconde de temps d’antenne dans ses journaux télévisés du soir. Considérant que ces réseaux ont donné à l’enquête russe un temps d’antenne massif de 2 202 minutes, leur silence sur ce développement majeur est assourdissant« .

Même silence dans la presse française dont les élucubrations mensongères sont démontées. Google lui-même a arrêté toute communication sur le sujet ! Hilary Clinton qui a financé la fabrication de fausses preuves éventées par le Sénat doit regretter son argent perdu. Le Monde, Libération et TV-France-info qui ont, depuis deux ans, soutenu les démocrates dans leurs fausses accusations et leurs fake-news s’excuseront-ils d’avoir une fois de plus trompé leurs lecteurs et auditeurs ? N’y comptez pas.

Parfois, pour apprendre la vérité, il faut lire la presse arabe

Il faut lire la presse arabe (2) pour apprendre que le prince saoudien Mohammed Ben Salmane a déclaré au Pakistan qu’il n’interviendrait pas dans les négociations en cours à Doha (Qatar) depuis le 20 janvier entre les talibans afghans et les Etats-Unis, parce que les talibans ne veulent discuter qu’avec Trump et personne d’autre !

Trump qui a déjà pacifié la Corée du Nord, dont l’armée travaille actuellement la main dans la main avec celle du Sud pour déminer la zone inter-frontalière, réussira-t-il à trouver avec les talibans un accord de pacification de l’Afghanistan ? L’avenir le dira, mais pour le moment force est de constater que Trump réussit là où la diplomatie internationale se plante depuis quarante ans, la française comme les autres.

Que fait MBS au Pakistan ?

Mohammed Ben Salmane élargit ses alliances, un pied à l’Ouest, un pied à l’Est

Le 30 novembre dernier, au G20 à Buenos Aires, MBS après s’être fait agresser par Macron (toujours aussi maladroit dans ses interventions internationales), au sujet des Droits de l’Homme en Arabie, avait dit à Trump « Je m’en moque, je le tiens dans ma main« , allusion aux 60 % de la dette française détenus par les  pays Arabes. Macron qui avait entendu ou à qui l’on avait rapporté le propos de MBS était venu se plaindre : « Vous ne m’écoutez jamais« .

https://www.minurne.org/wp-content/plugins/wp-fastest-cache-premium/pro/templates/youtube.html#tiRSlPZpE48?feature=oembed

La vidéo montre que Macron a peur. « Don’t worry » lui répond MBS. Poutine lui dira la même chose un plus plus tard « n’ayez pas peur, on peut vous aider« . Macron répondra, « pas besoin, j’ai mon ami Trump, on se dispute un peu, mais on s’entend très bien » Ah bon ? a répondu Vladimir avec ce sourire en coin qu’il prend quand il ne croit pas un mot de ce qu’on tente de lui faire croire.

Rentré en Arabie le 2 décembre, MBS a compris que les Occidentaux ne le laisseraient jamais en paix avec ces droits de l’homme stupides qu’aucun fidèle du Coran ne peut admettre. Il a décidé de modifier ses alliances, autrement dit de prendre une assurance à l’Est. Il vient donc d’entreprendre une tournée Pakistan-Inde-Chine. Trump a pour diplomatie la menace et la force, MBS le carnet de chèques.
Des méthodes qui laissent pantois les diplomates occidentaux qui en sont toujours au XIXème siècle : courbettes et concessions.

Le prince héritier saoudien et sa délégation de 1 100 personnes sont loin d’arriver les mains vides !

MBS avec Imrhan Khan, 1er ministre du Pakistan (Photo L’Orient le jour)

MBS va aider la Chine à boucler l’Océan indien

Alors qu’Islamabad se trouve dans une situation économique difficile, MBS a signé des protocoles d’entente hier pour un montant de vingt milliards de dollars. « Nous pensons que le Pakistan va devenir un pays très important dans un futur proche et nous voulons nous assurer d’en faire partie », a-t-il dit.

L’Arabie devrait, entre autres, aider à financer la construction du port de Gwadar, point stratégique géré par la société d’État chinoise China Overseas Port Holding Company, qui s’inscrit dans le cadre du « corridor économique » en cours de création entre Pékin et la Méditerranée.
Il s’arrête pour le moment à Djibouti où les Chinois ont créé une énorme base militaire susceptible de bloquer l’accès à la Mer Rouge et au canal de Suez.
Les Occidentaux sont en train de perdre le contrôle de l’Océan indien, mais s’en rendent-ils compte ?

Le programme économique de la tournée de MBS devrait ensuite être un peu plus sérieux pour les trois partenaires lors de ses rencontres avec le Premier ministre indien, Narendra Modi, puis le président chinois Xi Jinping et le vice-Premier ministre Han Zheng.

Selon le porte-parole de la diplomatie chinoise, le déplacement de MBS en Chine a pour objectif d’« approfondir la coopération » entre les deux pays, notamment au sujet des projets des Routes de la soie lancés par Pékin. « L’Inde et la Chine sont des partenaires naturels, compte tenu de leur dépendance croissante vis-à-vis du Golfe pour les importations d’énergie et de la volonté de Riyad d’investir dans des activités en aval dans les deux pays, liant ainsi leurs fortunes économiques » (Neil Quilliam 3)

La Chine et l’Inde sont des marchés pétroliers importants pour l’Arabie, respectivement 14,6 % et 9,5 % des exportations saoudiennes de brut en 2017. Autant de liens qui devraient favoriser l’annonce de nouveaux accords et partenariats lors de la visite de MBS.

La ligne Maginot de défense antichinoise de l’Inde à la Polynésie imaginée par Macron avec comme épicentre la Nouvelle-Calédonie est mal partie !

L’Imprécateur
19 février 2019
1: En partant des 1,375 milliards bloqués par la chambre des représentants, par rapport aux 5,7 milliards que demandait Trump, il s’en sort avec 8 milliards sans avoir besoin des Démocrates et des Républicains, mais en décrétant l’état d’urgence, ce qu’Obama avait fait sans attirer la moindre critique des médias. Mais là, avec Trump, ils parlent évidemment tous de dictature et de trahison.

2: Le quotidien libanais L’Orient le jour a une édition en français très bien faite, lorientlejour.com

3: Neil Quilliam, chercheur au sein du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House (Royal Institute of International Affairs)

 

https://www.minurne.org/billets/20001

Europa decadensis

Europa decadensis

Publié le 16 Février 2019 par Observatus geopoliticus in Europe, Economie, Russie, Etats-Unis

Dans le grand jeu planétaire entre la thalassocratie déclinante et la multipolarité eurasienne ascendante, notre bonne vieille Europe est nulle part, tiraillée entre son allégeance servile à l’empire US et ses intérêts qui la poussent naturellement à l’ouverture vers les adversaires d’icelui. Washington avait bien compris la chose, qui depuis la Seconde Guerre finance et soutient la construction européenne afin d’avoir une structure technocratique à sa main sur le Vieux continent.

Poutine a beau jeu de moquer l’UE : « Croyez-vous qu’un des pays européens veuille voir des missiles balistiques à moyenne portée américains déployés en Europe ? Aucun d’eux n’en veut, mais ils préfèrent se taire. Où est leur souveraineté ? » Et d’en remettre une couche en comparant Bruxelles au Politburo de l’URSS ! Ce faisant, il rejoint, piquante coïncidence, les pays d’Europe orientale dans leur analyse. Voir la Pologne, championne pourtant incontestée de la russophobie primaire, dire la même chose que le Kremlin sur l’UE en dit long sur la recomposition parfois complexe à laquelle nous assistons. Nous avons déjà abordé ces bizarreries à plusieurs reprises :

L’UE et ce qu’elle véhicule commence à sortir par les yeux et les oreilles d’à peu près tout le monde y compris, nouveau paradoxe, chez ceux qui en rêvaient il y a encore dix ans et devaient en être les principaux bénéficiaires : les pays d’Europe orientale. Que le Visegrad Post – du nom du groupe formé après la chute du Mur par la Pologne, la Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie en vue d’accélérer le processus d’intégration européenne – en vienne à parler de « soviétisation de Bruxelles » en dit long sur le désamour et l’amère déception ressentis à Varsovie, Prague ou Budapest.

Nous évoquions déjà la chose l’année dernière :

L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber. On comprend qu’Obama préfère penser à autre chose en jouant au golf…

Rappelons d’abord que la construction européenne fut, dès le départ, un projet américain. Des archives déclassifiées montrent que les soi-disant « pères de l’Europe » – Schuman, Spaak ou le bien-nommé Monet – travaillaient en réalité pour les Etats-Unis. Pour Washington, il était en effet plus aisé de mettre la main sur le Vieux continent par le biais d’une structure globale noyautée de l’intérieur que de négocier pays par pays avec des dirigeants indépendants.

La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le cache-sexe de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schroeder…)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler… Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l’hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça…

Varsovie, ainsi que Budapest ou Bratislava, rejettent totalement ce qu’ils considèrent comme un diktat de Bruxelles et ses menaces d’amende (250 000 euros par réfugié refusé). Les mots sont intéressants :

– Jaroslaw Kaczynski, chef du PiS au pouvoir : « Une telle décision abolirait la souveraineté des Etats membres de l’UE. Nous refusons cela car nous sommes et serons en charge de notre propre pays ».

– Peter Szijjarto, ministre hongrois des Affaires étrangères : « La menace d’amende de la part de la Commission est du chantage pur et simple ».

Notons en passant la naïveté confondante de ces dirigeants qui croyaient apparemment benoîtement que l’entrée dans l’UE allait préserver la souveraineté de leur pays…

La gueule de bois de ces pays rêvant autrefois de l’Ouest est encore amplifiée par l’invraisemblable marasme économique qui caractérise le Vieux continent. Dans un article au titre évocateur – L’incroyable rétrécissement de l’Europe – le pourtant européiste Wall Street Journal se lamente : selon la Banque mondiale, entre 2009 et 2017, la croissance a atteint 139% en Chine, 96% en Inde, 34% aux Etats-Unis et… – 2% dans l’UE !! Bruxelles ou la seule zone de décroissance de la planète. De quoi donner du grain à moudre aux z’horribles partis « populistes » qui ne manquent pas de répéter que la zone euro est un véritable trou noir économique, un tonneau sans fond, et que la monnaie unique est un boulet.

Le micron élyséen s’en rend bien compte, en proie à son propre « Maïdan » des Gilets Jaunes. L’ironie n’aura échappé à personne… Ceux-la même qui tressaient des louanges aux cagoulés néo-nazis de Kiev prennent aujourd’hui des airs consternés devant la révolte de la France d’en bas. Dans le rôle du clown de service, BHL est imbattable. Celui qui tapait sur l’épaule des nervis de Svoboda et du Pravy Sektor est soudain terrorisé devant le « fascisme nouveau » qui verrait apparemment le jour en France. Si les cons volaient…

Ainsi va l’Europe chancelante, flottant comme un petit bouchon ivre sur le grand océan, tout spécialement depuis que les ordres de Washington sont brouillés suite à l’élection du Donald. Si la tête de l’empire se déchire, imaginez le vassal…

Des bouffées d’autonomie prennent parfois les euronouilles, comme sur le Nord Stream II. Pas de surprise pour le lecteur : la nécessité du gazoduc était tellement évidente que les remontrances menaçantes de tonton Sam n’y ont rien fait. Comme le dit un analyste, c’était couru d’avance.

La Conférence de Munich a vu une intéressante passe d’armes entre le vice américain, le bien nommé Pence (centime outre-Manche), et les euronouilles qui, pour une fois, ne manquaient pas de sel. A la bordée de critiques américaines sur l’Iran (vous ne devez pas saboter nos sanctions), sur le Nord Stream (vous devez le refuser), sur le Venezuela (vous devez plus faire pour soutenir l’autoproclamé que nous avons choisi) et sur les armes russes (vous ne devez pas acheter les armes de nos adversaires), les Européens ont fait le dos rond sans céder.

Mogherini, a rencontré le ministre iranien des Affaires étrangères et soutenu que l’accord nucléaire devait être poursuivi. Certes, Bruxelles se paye de mots dans cette histoire puisque les compagnies européennes ont quitté l’Iran de peur des sanctions US, Total en tête. Micron avait d’ailleurs merveilleusement symbolisé l’asthénie européenne l’année dernière :

Apprenant le retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire iranien, en mai 2018, le président français Emmanuel Macron a bien invité l’Union européenne à « donner toutes les garanties aux entreprises qui le souhaitent, en Iran, de pouvoir poursuivre leurs activités ». Mais il l’a fait en trahissant aussitôt son impuissance, puisque son propos alambiqué fixait également comme « limite » l’impératif de ne pas résister aux décisions des États-Unis…

Plus intéressante est la réponse de Frau Milka sur le gazoduc : « Durant la Guerre froide, nous importions de grandes quantités de gaz russe. Je ne vois pas en quoi la situation serait pire maintenant. La Russie demeure un partenaire. »

Certes. Et pourtant, l’euronouillerie continue allègrement à se tirer une balle dans le pied en succombant aux pressions impériales et en renouvelant les sanctions contre la Russie, même si cela lui coûte des centaines de milliers d’emplois… Cela n’a pas échappé au facétieux Lavrov qui, à cette même Conférence de Munich, a ironisé sur la servilité de ses hôtes : « Pendant que les Européens se laissaient entraîner dans une inutile confrontation avec la Russie, perdant des milliards à cause de sanctions imposées à eux d’outre-Atlantique, le monde a continué à changer. » Faisant le parallèle entre l’intégration de l’Eurasie (routes de la Soie, Organisation de Coopération de Shanghai, Union Eurasienne) et, en creux, la désintégration européenne, il conclut gentiment en disant que « l’UE aurait bien besoin d’une rénovation ».

Complètement perdue dans ce maelstrom, la presstituée européenne tente maladroitement de surnager. Ne sachant plus très bien dans quel sens doit aller sa propagande, elle se contente ces derniers temps de couvrir ses mensonges passés.

Quand le comité d’enquête bipartisan du Sénat américain arrive à la conclusion qu’il n’y a pas eu de collusion entre Trump et la Russie, la MSN états-unienne fait une tête d’enterrement mais se voit tout de même obligée d’en parler. Ce n’est pas le cas de sa consoeur européenne qui, après deux ans de désinformation systématique, passe tout simplement la nouvelle sous silence. Pas vu, pas pris…

Autre nouvelle escamotée, l’admission par le producteur de la BBC en charge de la Syrie que l’attaque chimique de la Douma était une mise en scène, une obscène masqarade. Certes, le fidèle lecteur du blog le sait depuis longtemps, mais imaginez la panique parmi la journaloperie. On imagine la fébrilité gagner les couloirs des rédactions et le caquètement de nos plumitifs : que fait-on ? La solution la plus simple est souvent la meilleure : rien. Le silence des vautours soudain devenus agneaux.

Chronique de la désinformation ordinaire

Chronique de la désinformation ordinaire

Publié le 19 Janvier 2019 par Observatus geopoliticus in Europe, Etats-Unis

Le fidèle lecteur a déjà eu l’occasion, à maintes reprises, de se délecter des délires sans nom de la presstituée occidentale au service de qui vous savez. On se remémorera entre autres ces quelques exemples savoureux, où l’imagination surexcitée le dispute à la crétinerie la plus médiocre (iciiciiciiciici ou encore ici).

En France, selon le critère Audiard, l’imMonde occupe souvent la place enviée de chef d’escadrille. Mais le Fig à rot n’est jamais loin et, brave d’entre les braves, fait tout pour rattraper son retard ! Avant-hier, il publiait en pleine page :

Ta ta ta, le chapeau donne le ton, nous allons voir ce que nous allons voir…

Le site d’information BuzzFeed a révélé, jeudi soir, que le président américain aurait demandé à son ancien avocat, Michael Cohen, de mentir au Congrès sur l’affaire russe. Une accusation parmi les «plus graves» à l’encontre du chef de l’État selon les démocrates, qui agitent déjà le spectre de l’«impeachment».

Passons sur le torchon Buzzfeed transformé par la grâce divine en « site d’information ». C’est le même qui avait publié le salace Dossier Steele sur la supposée collusion russo-trumpienne : un ancien barbouze du MI6 engagé par les loosers Démocrates, dont les « découvertes » ont été transmises à la presse par McCain. Avec tous ces parangons de vérité aux manettes, comment avoir le moindre doute…

Mais revenons à notre nouvelle « affaire ». Manque de bol pour le Fig à rot, l’info est démentie le jour suivant par le procureur Mueller, pourtant peu suspect d’accointance avec Trump :

Croyez-vous que les journalopes, en flagrant délit de mensonge la veille, aient présenté leurs excuses ou même reconnu leur « erreur » ? Vous n’y êtes pas, voyons… L’info rectificative est restée quelques minutes dans le fil des dépêches avant d’être gentiment poussée vers le bas par d’autres nouvelles aussi importantes pour l’avenir de l’humanité que le dernier résultat de football ou la reproduction des lépidoptères en Papouasie.

Et après ils viennent geindre…

Entre “FakeNews acceptables” et Terreur

Entre “FakeNews acceptables” et Terreur

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Entre “FakeNews acceptables” et Terreur

28 janvier 2019 –En novembre 2014, un site US eut la riche et abondante idée de faire le décompte du nombre de fois où, dans le système de la communication du bloc-BAO, la Russie avait envahi l’Ukraine. Vous savez que l’invasion de l’Ukraine par la Russie est un fait historique évident, aveuglant, émouvant, poignant, bouleversant, que nul esprit sensé ne peut songer à contester ; mais plus encore, c’est le nombre de fois où cette invasion eut lieu qui est impressionnant… Voilà ce que cela donnait, dans nos colonnes, le 15 novembre 2014 :

« Le site Red Pill Times a eu, le 13 novembre 2014, la riche et laborieuse idée de recenser le nombre de fois où, à en croire les autorités additionnées Kiev-OTAN-département d’État-bloc BAO-Presse-Système, – et qui oserait ne pas croire à cette masse référentielle ? – la Russie lança une invasion de l’Ukraine. (L’expression de Stealth Invasion  [voir le 2 septembre 2014], doit être rappelée à cette occasion pour confirmer le sérieux du propos.) Le résultat est à la fois surréaliste et effrayant : 36 occurrences ont été déterminées. (36 en 9 mois, ce qui fait exactement 4 invasions par mois, ou une invasion par semaines, ou 0,1042 invasion par jour.) Cela laisse à penser sur l’incroyable héroïsme ukrainien, particulièrement de la direction-Kiev… » (Etc., etc., ou disons bla-bla-bla, – l’article, tentant de ridiculiser par la moquerie vicieuse l’incomparable courage civique et militaire de Kiev & Cie, – et de l’OTAN certes, et de l’UE ô combien…)

Voilà que ce chiffre de 36 pris arbitrairement comme symbole, selon un laps de temps arbitraire, – je ne considère que l’aspect symbolique et ne prétends à aucune rigueur scientifique, – est supplanté par un autre chiffre qui est celui des plus incroyables FakeNews développées dans le cadre du Russiagate : 42 contre 36…

Le recomptage est fait par un anodin et vicieux observateur du monde de la presseSystème et assimilés, à propos de certaines légèretés de langage, disons une certaine, et belle et bonne liberté prise vis-à-vis de la vérité. Il faut savoir ce que vertu veut dire, mille diables ! Je ne peux comprendre en quoi une chose comme la vérité serait une entrave à l’exercice des libertés fondamentales de l’esprit humain et de la vertu postmoderniste : comment ?! L’on n’aurait pas le droit de prendre des libertés, – plusieurs en plus, ce qui multiplie d’autant la vertu, – vis-à-vis de la vérité ?!

Quoi qu’il en soit, j’en viens à mon “observateur vicieux et anodin” selon un texte qui vient, devinez, – de RT.comévidemment(le 22 janvier) :

« Un énorme scoopdu site BuzzFeed nous annonçait la semaine dernière que Donald Trump avait donné ordre à son ancien avocat, Michael Cohen, de mentir devant le Congrès. Ce n’était que le dernier d’une longue série de bobards de la campagne antirusse nommée “Russiagate”.

» L’article de BuzzFeed, qui a fait l’objet d’un démenti officiel[du procureur Mueller lui-même], fait partie d’un phénomène que l’on pourrait qualifier de “fausses nouvelles acceptables” – des fausses nouvelles qui ont la côte des médias parce qu’elles servent une certaine narrative. Dans ce cas, cela renforce le récit de Russiagate, que les médias traditionnels ne cessent d’user jusqu’à la moelle depuis deux ans. Ne disposant d’aucune preuve irréfutable que Trump a “collaboré” avec la Russie pour remporter les élections de 2016, ils se raccrochent désespérément à toute trace de fausses preuves qu’ils pourraient trouver.

» La semaine dernière, un utilisateur astucieux de Twitter a compilé une liste d’énormes 42 nouvelles-FakeNews sorties du Russiagate, présentées comme des scoops et finalement démenties ou aménagées. Voici sept des cas les plus scandaleux… »

Comme on l’a lu dans le texte, il y a un renouveau d’agitation autour des “nouvelles” produites par le Russiagate, disons depuis le fin de l’année 2018Cela n’est ni indifférent, ni fortuit, pourrait-on supposer. Ainsi en est-il de Stephen F. Cohen, dans The Nation, s’interrogeant sur cette frénésie renouvelée du Russiagate

« Pourquoi cette frénésie maintenant? Peut-être parce que les promoteurs de haut niveau du Russiagate craignent que le Procureur Spécial Robert Mueller ne produise pas la “bombe” espérée pour mettre fin à la présidence de Trump. Certes, le chroniqueur David Leonhardtdu New York Times semble inquiet et exigeant. “Le président doit partir” observe-t-il, exhortant à l’action dans le sous-titre de son article, “Qu’est-ce que nous attendons ?”. (Dans certains pays, un article comme celui-ci, et il y en a beaucoup, serait lu comme un appel à un coup d’État.) Peut-être pour inciter les démocrates qui ont maintenant pris le contrôle des comités d’enquête de la Chambre à agir dans le sens qu’on devine. Peut-être plus simplement parce que le Russiagate est devenu une sorte de culte politico-médiatique qu’aucun fait ni aucune preuve ne peut réduire et encore moins démentir. »

J’attire votre attention sur la dernière phrase parce que c’est la plus fascinante, la plus constructive, la plus ouverte, – bref, la piste à suivre : « [L]e Russiagate est devenu une sorte de culte politico-médiatique qu’aucun fait ni aucune preuve ne peut réduire et encore moins démentir. » En conséquence, cette narrative est d’ores et déjà entré dans l’histoire officielle comme un fait historique nécessairement étranger à toutes contestation, et qui plus est un fait historique sacralisé puisque devenu “une sorte de culte politico-médiatique”. (De même, l’“invasion russe” de l’Ukraine, d’ailleurs sorte de prélude du Russiagate et effectivement point de rupture dans l’objectivisation de la narrative, est elle-même devenue, dès 2015-2016, un fait historique qu’il est impensable de contester sous peine d’être accusé de “révisionnisme”.) Le propos de Cohen est justement choisi : nous sommes entrés dans l’ère d’une nouvelle religion, à la fois si intense et si contrainte jusqu’à la terreur qu’on doit effectivement la qualifier de “nouveau culte”… Le culte est celui du Russiagate et la religion celle du FakeNewsisme : le phénomène est désormais assez long et vigoureux pour être identifié comme structurel.

Le culte exige de dévorer régulièrement de nouvelles victimes, de plus en plus vite, de plus en plus de victimes, – un appétit d’ogre, ma parole … Par conséquent, comme dans une Révolution qui dévore allègrement ses propres enfants, personne n’est à l’abri de ce phénomène touchant absolument tous les domaines de la politique, c’est-à-dire de l’hystérie de la psychologie exacerbée par les divers courants déstructurants de la société développés en mode de surpuissance par le Système, tout cela engendrant un désordre qui ne suit plus aucune consigne, plus aucune “ligne” politique, encore moins un complot ou quelque chose de la sorte… On le voit lorsque les progressistes eux-mêmes, qui ont été les principaux outils et propagateurs de ce phénomène, en deviennent les victimes. La dernière attaque en date dans le cadre du Russiagate, est contre Bernie Sanders, et il est accusé d’être un agent du Kremlin alors qu’il vient d’annoncer qu’il sera candidat pour l’élection de 2020. C’est Catlin Johnson qui nous annonce la chose, la première à annoncer que les progressistes qui ont lancé ou soutenu le Russiagate vont commencer à y passer :

« L’autre jour, j’ai publié un articledisant que nous pouvons nous attendre à voir de plus en plus de campagnes de diffamation décrivant les progressistes comme des agents du Kremlin et des idiots utiles de Poutine à l’approche des élections de 2020. Depuis la publication de cet article, deux événements se sont produits: un rapportselon lequel Bernie Sanders est sur le point d’annoncer sa candidature à la présidence de 2020, et une forte augmentation de la part des démocrates centristes le dénonçant en tant qu’agent du Kremlin. »

Russiagate, comme l’invasion russe de l’Ukraine, est entré dans l’histoire, – je veux dire dans la “petite” histoire, l’hagiographie-Système, dans les articles de magazines et les documentaires télévisés qui font “du bon boulot” comme dirait Fabius. L’entraînement est irrésistible et il concerne d’abord un problème psychologique bien plus qu’une situation classique de contrainte extérieure, ou de corruption. Ce problème psychologique se manifeste dans les convictions nées de l’hystérisation de la perceptionpour une partie non négligeable du personnel de la presseSystème, surtout aux USA, et pour une autre “partie non négligeable” du même personnel la soumission à la terreur de la nécessité de conformité au culte. Parlant de la question du féminisme qui est totalement contiguë à celle de l’antirussisme (Russiagate) jusqu’à s’y confondre, – cette vaste nébuleuse du simulacre de la postmodernité aux abois et radicalisée qui frappe le monde de la communication-Système, – Natacha Polony explique (Éléments, n°178, février-mars 2019), en réponse à la question de savoir ce qui est “le plus dommageable, la censure ou l’autocensure ”…

« A coup sûr, l’autocensure, ne serait-ce que parce qu’elle va au-delà de ce qu’exigerait la simple censure. Sur les questions de société, par exemple, un grand nombre de nos confrères sont d’une prudence de Sioux : au moment de la campagne “MeToo” [dénonciation de contraintes et violence sexuelles à la suite du scandale Weinstein] j’ai été frappée par le spectacle consternant donné par des journalistes qui se contorsionnaient pour expliquer qu’ils étaient depuis toujours de fervents féministes et qu’il n’y avait aucun excès dans ce mouvement, alors qu’ils n’en pensaient pas un mot. Je trouve terrible de voir des gens obligés de s’humilier et de mentir en public pour éviter que leurs confrères ne lsd regardent de travers… »

http://www.dedefensa.org/article/entre-fakenewsacceptables-et-terreur

Chronique de la désinformation ordinaire

 

Chronique de la désinformation ordinaire

Publié le 19 Janvier 2019 par Observatus geopoliticus in Europe, Etats-Unis

Le fidèle lecteur a déjà eu l’occasion, à maintes reprises, de se délecter des délires sans nom de la presstituée occidentale au service de qui vous savez. On se remémorera entre autres ces quelques exemples savoureux, où l’imagination surexcitée le dispute à la crétinerie la plus médiocre (iciiciiciiciici ou encore ici).

En France, selon le critère Audiard, l’imMonde occupe souvent la place enviée de chef d’escadrille. Mais le Fig à rot n’est jamais loin et, brave d’entre les braves, fait tout pour rattraper son retard ! Avant-hier, il publiait en pleine page :

Ta ta ta, le chapeau donne le ton, nous allons voir ce que nous allons voir…

Le site d’information BuzzFeed a révélé, jeudi soir, que le président américain aurait demandé à son ancien avocat, Michael Cohen, de mentir au Congrès sur l’affaire russe. Une accusation parmi les «plus graves» à l’encontre du chef de l’État selon les démocrates, qui agitent déjà le spectre de l’«impeachment».

Passons sur le torchon Buzzfeed transformé par la grâce divine en « site d’information ». C’est le même qui avait publié le salace Dossier Steele sur la supposée collusion russo-trumpienne : un ancien barbouze du MI6 engagé par les loosers Démocrates, dont les « découvertes » ont été transmises à la presse par McCain. Avec tous ces parangons de vérité aux manettes, comment avoir le moindre doute…

Mais revenons à notre nouvelle « affaire ». Manque de bol pour le Fig à rot, l’info est démentie le jour suivant par le procureur Mueller, pourtant peu suspect d’accointance avec Trump :

Croyez-vous que les journalopes, en flagrant délit de mensonge la veille, aient présenté leurs excuses ou même reconnu leur « erreur » ? Vous n’y êtes pas, voyons… L’info rectificative est restée quelques minutes dans le fil des dépêches avant d’être gentiment poussée vers le bas par d’autres nouvelles aussi importantes pour l’avenir de l’humanité que le dernier résultat de football ou la reproduction des lépidoptères en Papouasie.

Et après ils viennent geindre…

Conspirationnisme et analyse

Entretien avec Thierry Meyssan (1/3)

Conspirationnisme et analyse

Pour Thierry Meyssan, les Relations internationales sont exclues aujourd’hui en France du débat démocratique —c’est la doctrine du « domaine réservé du président de la République »—. Par conséquent toute analyse qui ne s’inscrit pas dans la lignée du discours officiel sera qualifiée de « conspirationniste ». Or, c’est précisément le rôle de vrais journalistes, non pas de relayer la communication présidentielle, ni même de la décrypter, mais de chercher les faits et de les analyser.

| Damas (Syrie)

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Avant que l’Otan ne qualifie de « conspirationniste » toute recherche sur les attentats du 11 septembre 2001, les questions posées par Thierry Meyssan étaient considérées comme légitimes. Ici, une émission de la chaîne d’information continue LCI, en 2002.

Question / Éditions Demi-Lune : Tout d’abord, merci M. Meyssan d’avoir accepté cet entretien dont l’objet est d’expliquer à vos lecteurs, et au-delà, la cohérence de votre production éditoriale. Suite à la parution l’année dernière de Sous nos yeux, il nous a semblé important de rééditer L’Effroyable Imposture 2, ouvrage majeur mais malheureusement épuisé ; c’est chose faite depuis octobre dernier, et vos 3 derniers ouvrages sont donc maintenant disponibles dans la collection Résistances. Les internautes qui lisent le Réseau Voltaire connaissent l’importance de votre travail et sa portée considérable, mais pour les autres vous êtes le « polémiste » du 11-Septembre, et pour vos détracteurs, (c’est-à-dire les médias atlantistes dans leur ensemble, ou pour être plus précis, les directeurs de publication, les rédacteurs en chef et les éditocrates), vous êtes un dangereux « conspirationniste », voire le « pape des théories du complot ». Comment vous définiriez-vous ?

Thierry Meyssan : Comme un analyste des relations internationales. Je suis issu du monde politique français. J’ai été secrétaire national durant 12 ans d’un parti de gouvernement, celui de Jean Moulin. Comme lui, je suis radicalement républicain au sens de « dévoué à l’intérêt général ». C’est pourquoi je ne me suis pas tu lorsque le gouvernement de George W. Bush a présenté sa version des attentats du 11-Septembre. J’ai immédiatement fait l’objet de pressions et j’ai refusé de me soumettre. J’ai d’abord eu la chance d’être protégé par le président Chirac, mais suite à l’élection de Nicolas Sarkozy, un service de l’État a reçu l’ordre de m’éliminer. Plutôt que de baisser la tête, j’ai préféré tout perdre et m’exiler. Après quelques mois, j’ai cherché à comprendre le pouvoir que j’avais troublé. J’ai poursuivi les relations que j’avais établies avec des leaders comme le président vénézuélien Hugo Chavez et j’en ai noué de nouvelles avec d’autres comme le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Petit à petit, j’ai acquis une reconnaissance dans les milieux professionnels du monde entier —diplomatiques, militaires et politiques—. Il existe certainement quantité de meilleurs experts que moi, mais ils sont au sein de gouvernements et ne publient pas leurs travaux. Je suis le seul à avoir eu des expériences de gouvernement dans des pays différents et à avoir écrit dans la presse de nombreux pays.

Question : Il y a une mauvaise foi inouïe à qualifier de « théoriciens du complot » ceux qui doutent de la véracité de la « version officielle » sur ces attentats, laquelle énonce précisément que les attaques terroristes contre les USA sont l’œuvre d’un complot dont le responsable est l’al-Qaïda de Ben Laden ! Sans forcer le trait, on peut dire que pour les médias, quiconque n’adhère pas aveuglément au récit d’une administration criminelle, qui a mené 2 guerres illégales, instauré la détention permanente et la torture, et menti de manière compulsive et répétée à l’ensemble de la communauté mondiale, est un « théoricien du complot ».

Thierry Meyssan : Dès le début, je n’ai pas admis que l’on prétende que la chute des Tours jumelles avait été provoquée par des avions de ligne, qu’un avion avait percuté le Pentagone, que des individus ne figurant pas sur les listes d’embarquement avaient piraté des avions, et qu’une troisième Tour s’était effondrée par mimétisme. Cela n’a rien à voir avec ce que les universitaires d’avant le 11-Septembre appelaient la « théorie du complot », c’est-à-dire le refus par principe que les événements puissent prendre un cours que l’on estime contraire à sa vision du monde. C’est la volonté de rester, non pas rationnel, mais raisonnable qui m’a poussé à réfléchir.

Question : Cependant, en sous-titrant votre dernier livre Du 11-Septembre à Donald Trump, vous semblez donner raison à vos ennemis qui aiment à vous présenter comme un théoricien du complot qui fait une fixette sur les attentats du 11-Septembre… Pourtant, c’est un fait indéniable — même si on a parfois tendance à l’oublier — que ces attentats ont « changé le monde ».

Thierry Meyssan : Tous les historiens s’accordent à dire que le 11-Septembre marque un changement radical de la politique internationale aussi important que le fut la dislocation de l’Union soviétique.

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Question : Quoi qu’il en soit, pour la plupart, (supporters comme détracteurs), vous restez celui qui a permis la médiatisation planétaire du doute sur la responsabilité de ces événements, celui qui a affirmé qu’aucun Boeing n’avait percuté le Pentagone… Nous n’avons pas repris cette phrase-choc de l’éditeur original dans notre réédition de L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, car il nous a semblé qu’elle avait totalement occulté le propos général de l’ouvrage, qui était bien plus vaste et riche. En effet, dès mars 2012, soit un an avant l’invasion illégale de l’Iraq par les États-Unis, vous aviez prédit ce qui allait se passer, de l’invasion de l’Iraq à la mise en place de cette « guerre sans fin ». Le moins que l’on puisse dire, c’est que cela n’a pas été porté à votre crédit…

Thierry Meyssan : D’abord, mon travail était méconnu aux USA, où les gens ont attendu plusieurs années avant de se poser les questions que j’ai formulées. Ensuite, distinguons deux choses : la manière dont j’ai attiré l’attention de l’opinion publique mondiale sur le mensonge de l’administration Bush et l’étude que j’ai faite de la direction impériale que prenait cette administration.

L’avion sur le Pentagone
n’était pas le sujet de mon livre

Montrer à tous qu’aucun avion n’avait percuté le Pentagone, c’était un moyen simple et vérifiable de mettre en évidence la manipulation à laquelle se livrait l’administration Bush. Mais ce n’était pas le sujet de mon livre. Le sujet, c’était l’imposition d’un système de surveillance aux États-Unis, le Patriot Act, et la poursuite d’une « Guerre sans fin » selon l’expression du président Bush lui-même ; guerre que nous voyons se dérouler sous nos yeux depuis lors.

Il me manquait beaucoup d’éléments que j’ai analysés depuis, mais j’en avais assez à l’époque pour anticiper ce qui se passe aujourd’hui. Beaucoup de gens ont été heurtés, non pas par mon raisonnement, mais par mes seules conclusions. Par exemple, Le Monde m’a reproché de prétendre par « anti-américanisme » que Washington allait attaquer Bagdad. Selon ce quotidien, les États-Unis avaient déjà attaqué l’Iraq sous Bush père, et je faisais une fixation en estimant qu’ils allaient recommencer. Oubliant ses premières accusations, le même journal m’accuse aujourd’hui d’être pro-Trump, donc « pro-américain ».

Surtout, certains de mes détracteurs ont tiré des conclusions absurdes de mes travaux, qu’ils n’avaient probablement pas lus. Selon eux, en réfutant l’idée qu’Al-Qaïda ait conçu ces attentats, je cherchais à minimiser la menace islamiste. Ce dernier livre, Sous nos yeux, montre exactement le contraire : je pense qu’il faut combattre les islamistes pour ce qu’ils font, et non pas pour ce qu’on leur attribue faussement. Par « islamiste », j’entends non pas les croyants de religion musulmane, mais l’idéologie politique de la Confrérie des Frères musulmans.

Question : En fait, il semble que personne n’a pris le président Bush au sérieux quand il a déclaré que les États-Unis allaient s’engager dans une « guerre contre la terreur » qui, contrairement aux guerres modernes, pourrait s’étendre sur une génération ou plus. De fait, cela semblait alors complètement délirant, et pourtant, nous voilà 17 ans plus tard, dans un monde où les conflits et les théâtres d’opération n’ont fait que s’accumuler.

Thierry Meyssan : On ne connaissait pas à l’époque les travaux de l’amiral Arthur Cebrowski. Certes, il donnait déjà des conférences dans toutes les académies militaires US, mais sa pensée n’a été exposée au public qu’en 2003 dans Vanity Fair, et plus encore en 2004 par un livre de son assistant, Thomas Barnett.

L’idée générale est que, une fois l’Union soviétique disparue, il n’y aura plus d’amis et plus d’ennemis, uniquement des gens qui accepteront de faire des affaires avec les États-Unis ou pas. Le Pentagone ne devra plus livrer de guerre contre de grandes puissances, mais instaurer un ordre du monde compatible avec la globalisation financière. Cebrowski divise le monde en deux parties : d’un côté les États stables connectés à l’économie globale, de l’autre tous les autres. Il décide que les États-Unis ne mèneront plus de guerres de ressources pour eux-mêmes, mais contrôleront l’accès des pays globalisés aux ressources naturelles de la zone non-globalisée. Puis, il conclu qu’il reste à détruire les structures étatiques de la partie exploitable du monde afin qu’elle ne puisse pas se défendre.

Lorsque j’ai lu l’ouvrage de Barnett —qui prend des pincettes pour arriver à sa conclusion— je n’y ai pas cru. Cela me paraissait cynique et cruel. Lorsque je l’ai relu quelques années plus tard, j’y ai vu décrite ce que j’avais vu de mes propres yeux : la destruction du Moyen-Orient élargi.

Question : Dans L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, vous rappeliez que le renversement des Talibans et même l’invasion de l’Afghanistan, présentés comme une réponse aux attentats, avaient en fait été conçus et préparés antérieurement à ceux-ci.

Thierry Meyssan : Tout le monde a noté que le leader tadjik Ahmed Chah Massoud a été assassiné juste avant les attentats. Mais personne n’a eu le temps de se demander « Pourquoi ? », car les attentats frappaient déjà les États-Unis, puis Washington et Londres attaquaient l’Afghanistan. En fait, il y avait eu dans les mois précédents des négociations à Berlin et à Genève qui avaient échouées. En rentrant chez lui, le représentant du Pakistan avait annoncé que son pays devait se préparer à la guerre en Afghanistan devenue inévitable. Washington et Londres ont amassé leurs troupes dans la région. Puis est survenu le 11-Septembre qui a fourni une justification acceptable pour la guerre coloniale qui se préparait.

Question : De la même manière, les déclarations publiques du général Wesley Clark, en mars et octobre 2007 au sujet des 7 pays qui devaient être attaqués et détruits par les USA, révèlent que cette liste avait été établie au lendemain des attentats. Or chacun de ces pays (Iraq, Syrie, Liban, Libye, Somalie, Soudan et Iran) a depuis été l’objet qui d’une guerre, qui d’une tentative de changement de régime, ou d’une invasion, de bombardements, de destruction, de partition, de déstabilisation ou d’embargo… M. Clark, ancien commandeur suprême de l’Otan, ne pouvant être accusé de « conspirationnisme » par les médias, ses propos ont simplement été passés sous silence, et seuls des sites alternatifs les ont relayés. C’est-à-dire qu’ils sont restés ignorés du grand public…


Enregistrement, en 2006, de la première fois où le général Wesley Clark, ancien commandeur Suprême de l’Otan, témoigna en public des plans du Pentagone pour les années à venir.

Thierry Meyssan : Clark faisait référence à une discussion tenue au Pentagone juste après le 11-Septembre. Il s’agissait d’appliquer la doctrine Cebrowski au Moyen-Orient élargi. Lui non plus n’y a pas cru à ce moment-là. Lui aussi l’a compris après coup.

J’avais écris des horreurs sur le général Clark lorsqu’il bombardait la Yougoslavie. J’ai découvert par la suite un homme respectable ayant fait carrière dans un système effrayant. Il m’a sauvé la vie en 2011.

Question : D’ailleurs, en revoyant cette vidéo, j’ai été frappé par ce qu’il assène au tout début (et à la fin) ! Il parle littéralement d’un coup d’État politique, qui a eu lieu juste après le 11-Septembre, par les membres du PNAC. Cela est très proche de votre analyse, sauf que vous pensez que le coup d’État est le 11-Septembre lui-même…

Thierry Meyssan : Le général Clark pensait se présenter à l’élection présidentielle US. Il ne pouvait donc pas s’exprimer franchement.

Question : Depuis 2002, vous n’existez plus pour les médias et les politiques en France… Vous avez été banni du débat public. Nous en reparlerons plus tard, au sujet des Fake News. Un autre point essentiel abordé dans L’Effroyable Imposture & Le Pentagate, est le rôle que la religion a subitement pris dans la (géo)politique états-unienne au lendemain du 11-Septembre…

Thierry Meyssan : Non. J’existe toujours pour les responsables politiques en France. La plupart d’entre eux me combat, mais beaucoup entretiennent des relations épistolaires avec moi.

Pour ce qui est du rôle de la religion, elle a remplacé les idéologies politiques de la Guerre froide. Nous sommes plus attentifs au rôle du Judaïsme et de l’Islam qu’à celui du Bouddhisme et du Shintoïsme, mais ce sont toutes les religions qui servent aujourd’hui de vecteurs aux ambitions politiques.

Ne parlons pas des Évangéliques qui soutiennent toutes les décisions du Likoud au nom de leurs croyances en citant des passages de l’Ancien Testament, alors même que ces thèmes sont absents des Évangiles. Ou encore des musulmans qui condamnent les crimes de Daesh tout en considérant que cette organisation est musulmane.

Question : Le contrôle des ressources en énergies fossiles a joué un rôle majeur dans la décision d’envahir l’Iraq (puis la Libye et même la Syrie). L’administration Bush-Cheney était alors convaincue de l’imminence du pic pétrolier. Wesley Clark, encore, a exprimé son opinion à ce sujet, mais aussi Alan Greenspan, l’ancien directeur de la Réserve Fédérale (« Déposer Saddam Hussein était essentiel pour garantir l’approvisionnement mondial »). Dans Sous nos yeux, vous rappelez non sans ironie que le premier nom de l’invasion US de l’Irak avait été Operation Iraqi Liberation, mais qu’à cause de son acronyme par trop révélateur, (OIL signifie pétrole), elle fut rapidement renommée « Operation Iraqi Freedom ». Pourtant, dans l’inconscient collectif des journalistes, comme pour l’Histoire ou en tout cas la narration officielle, cette guerre est soit le fruit des erreurs de jugement (voire des mensonges) du couple Bush-Blair sur les armes de destruction massive, ou de son aveuglement politique à « vouloir exporter la démocratie en Irak ».


Alan Greenspan, ancien directeur de la Réserve fédérale, assume que les armes de destruction massive furent un prétexte à la guerre contre l’Iraq. Selon lui, si le mobile était ailleurs, le pétrole était un élément central.

Thierry Meyssan : Ce n’est pas là que résidèrent les erreurs de jugement. La guerre d’Iraq n’a aucun rapport avec les justifications que l’on a évoquées en public. Et le souvenir que l’on en a est lui-même altéré.

Les raisons présentées par le secrétaire d’État Colin Powell devant les Nations unies ne comprenaient pas simplement les prétendues armes de destruction massive iraquiennes menaçant directement les États-Unis, mais aussi la responsabilité de ce pays dans les attentats du 11-Septembre. Ce mensonge là a été éradiqué des mémoires, il n’existe plus qu’à propos de la guerre contre l’Afghanistan.

Certes, les guerres d’Iraq, de Libye et de Syrie ont un enjeu pétrolier. L’administration Bush était persuadée que le pétrole allait manquer dans un avenir très proche, deux ou trois ans. Cette crainte est aujourd’hui dissipée. Les dirigeants états-uniens étaient aveuglés par le malthusianisme qu’ils professent depuis le Club de Rome.

Mais ces conflits n’étaient pas des guerres de ressources pour les États-Unis. D’ailleurs, dans la phrase de Greenspan que vous citez, il parle de garantir l’approvisionnement mondial, pas celui des États-Unis, ni même de leurs alliés, comme l’avait fait le président Carter en 1979. Il s’agit bien de la doctrine Cebrowski de contrôle par le Pentagone de l’accès des pays riches (Chine et Russie inclus) aux ressources naturelles de cette région du monde.

Les journalistes constituent le clergé de la religion dominante

Question : Mais enfin, tout le petit monde médiatique et politique français semble oublier (ou feint d’ignorer) que cette guerre était illégale au regard du droit international ! C’est l’une des raisons principales qui m’ont pousser à publier Les Guerres illégales de l’OTAN, de l’historien Daniele Ganser. Le concept de droit international n’est tout simplement jamais traité dans les médias français (et cela vaut aussi pour la guerre contre la Libye et celle en Syrie).

Thierry Meyssan : Il est très difficile pour un gouvernement allié des États-Unis de qualifier les guerres US d’illégales. Charles De Gaulle se l’était permis dans son discours de Phnom Penh, Jacques Chirac a préféré souligner que les guerres sont « les pires des solutions ».

La plupart des médias français n’ont manifestement pas la capacité de penser par eux-mêmes. Au demeurant leurs journalistes ne sont plus des analystes, juste des commentateurs. Par le passé, « journaliste » n’était pas un métier, mais un moyen de diffuser une pensée. Depuis les années 1980, les patrons de presse ont créé des « écoles » de journalisme. Leurs futurs employés y sont formés pour traiter les dépêches d’agence sans les contester. Ces « journalistes » professionnels constituent une caste homogène qui est devenue le clergé de la religion dominante. Ils ignorent beaucoup de choses, dont le Droit international, bien qu’il ait été construit par des Français et des Russes. Nous avons assisté à une chute drastique du niveau intellectuel des élites dans notre pays ; un processus qui est en train de se renverser sous l’effet de la révolte actuelle. Désormais les citoyens débattent à nouveau de notre intérêt commun. Ils manifestent une maturité politique dont aussi bien les journalistes que nos dirigeants sont dépourvus. Il faudra bien que les médias recrutent de nouveau, comme journalistes, des personnes compétentes.

Ce problème est récurrent dans notre Histoire. Le premier journal français, La Gazette, au XVIIème siècle était rédigée par Théophraste Renaudot pour le compte du cardinal de Richelieu. C’était un « journaliste professionnel ». Mais seules des personnalités comme Voltaire dénonçant la condamnation du chevalier de La Barre ou Zola celle du capitaine Dreyfus sont à mes yeux de vrais journalistes.

Question : Toute naïveté mise à part, on ne peut qu’être atterré que Bush, Cheney, Rumsfeld et Blair n’aient jamais été inquiétés pour leurs crimes ; mais ce qui est vraiment scandaleux, c’est que ce dernier soit reçu avec tous les honneurs sur la radio nationale où il est présenté en novembre 2014, comme « l’invité exceptionnel de Patrick Cohen ». C’est parfaitement abject. Les décisions de cet homme ont contribué à la mort de centaines de milliers de personnes !

Thierry Meyssan : Je ne pense pas que juger et condamner personnellement des dirigeants politiques pour des crimes commis pour le compte de groupes d’intérêt soit juste. D’autre part, je pense qu’il est indispensable de déballer le linge sale en public, mais pas de tenir telle ou telle personnalité personnellement responsable des erreurs structurelles.

Pour moi, la Révolution française s’est terminée avec la décapitation du roi. Louis XVI avait trahi la patrie et méritait le déshonneur, mais il n’était pas responsable des structures héritées de l’Ancien Régime et n’aurait pas dû en être la victime expiatoire. C’était la position de Thomas Paine —l’initiateur de l’indépendance des États-Unis qui était devenu député à la Convention—. Au contraire, en prônant la mort du roi, Robespierre a stoppé la transformation de la société française et s’est lancé dans une course sanglante au Pouvoir.

Question : Dans le même temps, d’une manière générale, tous ceux qui s’opposent aux nouvelles guerres impérialistes sont stigmatisés comme des « conspirationnistes », des individus néfastes, voire dangereux pour la société, et exclus du débat public. Voilà une bien extraordinaire inversion de la réalité !

Thierry Meyssan : C’est moins pénible que les Soviétiques qui envoyaient leurs opposants dans des hôpitaux psychiatriques, mais ce n’est pas différent.

(À suivre…)

 

http://www.voltairenet.org/article204719.html

Mediapart: licencié de l’Élysée, Benalla jouit toujours d’un passeport

Alexandre Benalla

Mediapart: licencié de l’Élysée, Benalla jouit toujours d’un passeport diplomatique

© AP Photo/ Thibault Camus
France

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En dépit des déclarations de l’Élysée selon lesquelles Alexandre Benalla n’était pas un «émissaire officiel ou officieux» de la France, l’ancien adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron se déplace depuis des mois avec son passeport diplomatique, indique Mediapart en dévoilant le numéro de ce document et sa date de délivrance.

Pour se rendre dans différents pays africains ainsi qu’en Israël, Alexandre Benalla utilise son passeport diplomatique délivré le 24 mai 2018, soit trois semaines après les événements du 1er mai ayant provoqué sa mise à pied avant que l’affaire n’éclate au grand jour.

D’après Mediapart, le document, valide jusqu’au 19 septembre 2022, porte la référence 17CD09254. Le média affirme avoir tiré la conclusion qu’il s’agit d’un passeport diplomatique du fait que la phrase suivante y est inscrite:

«Nous, ministre des affaires étrangères, requérons les autorités civiles et militaires de la République française et prions les autorités des pays amis et alliés de laisser passer librement le titulaire du présent passeport et de lui donner aide et protection.»

Pour savoir pourquoi Alexandre Benalla n’a pas été obligé par l’Élysée de rendre son passeport diplomatique après avoir été licencié en juillet dernier, le média a contacté la présidence de la République et le Quai d’Orsay. Cette dernière n’a toutefois pas donné suite aux questions de Mediapart. M.Benalla n’a pas répondu non plus.

Mediapart décrypte également ce qui a permis à l’ancien adjoint au chef de cabinet d’Emmanuel Macron d’obtenir un passeport diplomatique lorsqu’il travaillait à l’Élysée, un tel poste n’ayant pas «de fonctions diplomatiques et l’argument des voyages avec le dirigeant de l’État français paraissant fragile».

«Quand vous voyagez officiellement avec le Président, vous n’avez même pas besoin de passeport diplomatique. On vérifie juste que vous êtes sur la liste de la délégation et vous échappez aux contrôles à l’arrivée», a indiqué un ancien membre des cabinets ministériels cité par Mediapart.

Plus tôt, LCI indiquait que le récent voyage d’Alexandre Benalla au Tchad n’avait pas été son seul déplacement sur le continent africain au cours des dernières semaines. Selon ce média français, qui cite l’entourage de l’ancien conseiller d’Emmanuel Macron, M.Benalla y aurait rencontré «plusieurs Présidents». L’Élysée avait alors réitéré que le jeune homme n’était pas un «émissaire officiel ou officieux»

https://fr.sputniknews.com/france/201812271039458075-mediapart-benalla-passeport-diplomatique/

La question d’une possible ingérence russe dans le mouvement des gilets jaunes

La question d’une possible ingérence russe dans le mouvement des gilets jaunes

Et si le mouvement des gilets jaunes avait été parasité par une ingérence étrangère ? C’est en tout cas ce qu’affirme un récent article du Times qui soutient une thèse dangereuse: il y aurait une ingérence russe dans le mouvement des gilets jaunes visant à en exagérer l’ampleur. Cette thèse a été prise au sérieux par le gouvernement français car le SGDSN (Secrétariat Général de la Défense et de la Sécurité Nationale) a décidé d’ouvrir une enquête sur cette possible intervention russe sur les réseaux sociaux français.

Certains comptes twitter alimenteraient-ils une fausse grogne populaire ?
Certains comptes twitter alimenteraient-ils une fausse grogne populaire ?

Les origines d’une rumeur

C’est en réalité deux médias anglo-saxons qui accréditent cette thèse. C’est tout d’abord l’article du Times qui relate une analyse de la société spécialisée en cybersécurité New Knowledge. Selon cette étude, il y aurait 200 comptes Twitter qui seraient liés à la Russie et qui alimenteraient le réseau social de 1600 tweets et retweets par jour. On nomme ces comptes des « sock puppet ». En plus de déployer des innombrables tweet sur la toile, ces faux comptes seraient aussi à l’origine de photos et vidéos invérifiables. Cette thèse est, de plus, soutenue par l’organisme américain Bloomberg. En effet, celui-ci indique que, parmi les faux comptes recensés, le hashtag #giletsjaunes se retrouve en tête des recherches. Selon Bret Scafer, qui travaille chez Bloomberg, cela démontre qu’il y a « un intérêt à amplifier le conflit ». Cette théorie sert aussi à s’attaquer directement à la légitimité du mouvement en dénonçant une illusion de grogne et une ampleur factice.

Une théorie qui présente des incohérences

Au-delà d’études et autres prises de positions politiques et idéologiques, peut-on réellement affirmer qu’il existe une ingérence russe vis-à-vis du mouvement des gilets jaunes ? Tout d’abord, le Kremlin n’a pas tardé à réagir à ces accusations et à démentir fermement : tout cela serait de la « diffamation » selon le porte-parole Dmitri Peskov. Il déclarait, en effet, à ce sujet : « Nous ne nous sommes pas immiscés et ne nous ingérerons pas dans les affaires intérieures d’un pays tiers, dont la France ». Contacté par France 24, Baptiste Robert, un chercheur en cybersécurité, s’est attaché, sur 6 jours, à dresser un mapping virtuel de 256 000 tweets anglais pour déceler les principaux comptes influenceurs utilisant le hashtag #giletsjaunes. Il relève ainsi qu’ « aucun compte de ce top 10 ne s’affiche comme ouvertement russe ». De même, le compte qui gagne la première place sur le podium serait celle de Katie Hopkins, une britannique pro-Trump et pro-Brexit. Ainsi, même si des comptes russes s’intéressent au mouvement des gilets jaunes, ils ne sont en rien les plus influents sur la toile et, de fait, participent ainsi difficilement à la montée en puissance d’une grogne populaire, qui est, elle, bien réelle.

Distance et enseignements

Que cette ingérence soit vraie ou non, que peut-on en apprendre ? Il n’est plus à démontrer l’importance de l’effet des réseaux sociaux sur les mouvements populaires. Ceux-ci ont démontré, par exemple, leur efficacité pour déjouer les différentes propagandes ou censures lors des printemps arabes. De plus, encore une fois que la véracité de cette ingérence se confirme ou non, le fait même d’y poser une interrogation et d’y ouvrir une enquête gouvernementale, démontre l‘importance du levier de pouvoir et l’existence du combat entre les nations qui se joue sur les réseaux sociaux. Ils s’érigent ainsi comme véritable soft power (ou sharp power) et armes de pouvoir dans les différents combats sous-jacents qui existent et florissent entre les Etats. L’enjeu pour les puissances américaines comme russes est celui de montrer un Paris à feu et à sang : Trump en fait des gorges chaudes sur Twitter afin de démontrer que la question climatique divise la population et de ce fait qu’elle ne paraît pas si évidente que ce qu’en peuvent en dire les experts pro-climats du monde entier et les divers gouvernements qui soutiendraient cette « théorie ». Cependant, il n’est plus à prouver que définir le mouvement des gilets jaunes à la seule question de la taxe écologique est hors de propos. Enfin, comme pour tout mouvement, ceux-ci sont repris idéologiquement et de façon partisane en fonction d’intérêts collectifs ou individuels. Il n’en reste pas moins qu’en lui-même, et surtout par lui-même, le mouvement des gilets jaunes continue à faire entendre sa voix dans les mondes réels et virtuels et que les personnes qui ont battu les pavés pendant plusieurs samedi successifs, à tort ou à raison, obéissaient à une volonté plus grande que celle de l’intérêt des Etats : leurs volontés propres.

Sources :

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/38318