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L’opinion, ça se travaille… ou pas

L’opinion, ça se travaille… ou pas

8 Mai 2020

Attachons-nous dans ce billet, au titre en forme de clin d’œil à l’excellent livre paru au lendemain de l’incroyable intox de la guerre du Kosovo, à quelques nouvelles intéressantes. Si les années 90 ont marqué l’apogée d’une opinion publique crédule qui gobait tout ce que les médias occidentaux lui servaient, la situation actuelle semble quelque peu différente…

Nous avons évoqué, il y a un mois, une mauvaise nouvelle pour l’empire :

Autre sondage inquiétant pour le Deep State US, là aussi mené avant la crise coronavirienne qui n’a rien fait pour arranger les choses, une étude du très sérieux Pew Research Center montre que la confiance dans l’OTAN se détériore dangereusement parmi la population de ses pays membres.PUBLICITÉ

Si, en moyenne, 53% continuent de percevoir l’alliance atlantique de manière positive contre 27% de manière négative, la tendance ne trompe pas. Entre 2017 et 2019, les opinions positives sont passées de 62% à 52% aux Etats-Unis, 60% à 49% en France, 67% à 57% en Allemagne. Seul le Royaume-Uni post-Brexit a vu une petite augmentation (62% à 65%).

Question encore plus dérangeante, 50% (contre 38%) des interrogés pensent que leur pays ne devrait pas intervenir si un membre de l’OTAN était attaqué par la Russie ! L’article 5 a du plomb dans l’aile… La réticence est particulièrement élevée en Allemagne (60%) et surtout en Italie (66%).

L’Union européenne étant l’antichambre de l’alliance atlantique, est-ce tout à fait un hasard si la première suit la seconde dans le mouvement de défiance générale que connaît le système impérial ? Notre bonne presse l’avoue benoitement, les Français ne croient plus en l’UE. Drame à Bruxelles…

Si l’éthylique Jean-Claude n’est plus là, les euronouilles passent un bien mauvais printemps. Et encore, l’étude citée plus haut, dirigée par le très européiste Institut Jacques Delors, a-t-elle eu lieu avant le fiasco pandémique qui a définitivement ridiculisé l’UE. L’on sent, depuis quelques temps, les officines médiatiques en mode damage control ; les mots tentent encore de faire illusion mais le cœur n’y est plus.

Et puisque l’on parle de l’OTAN, un très remarqué sondage sur la jeunesse russe a été menée par le Centre Levada, dont la réputation de sérieux et d’indépendance n’est plus à faire. Si quatre jeunes sur cinq se déclare apolitiques, ce sont les autres questions qui interpellent.

Seuls 16% éprouvent le désir d’aller vivre à l’étranger et un tiers seulement considère la Russie comme européenne. Parmi les institutions les plus respectées, on trouve sans surprise le volontariat (49%) mais, chose intéressante, l’armée (44%) et le président (42%) sont en bonne place. Celles qui suscitent, au contraire, le plus de défiance sont les syndicats (44%), les partis politiques (50%) et surtout… l’OTAN (56%) !

Si le Kremlin se posait des questions sur l’après-Poutine, il peut être rassuré. Les piliers de la combativité russe dans le Grand jeu – patriotisme, président fort, armée et hostilité envers l’Alliance atlantique – sont profondément ancrés dans la jeunesse, même quand elle s’intéresse peu à la chose publique.Tag(s) : #Europe#Russie

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Querelle virale

Querelle virale

6 Mai 2020

On s’en doutait, la poussée chinoise suite au coronavirus ne pouvait qu’entraîner une réaction impériale sous forme de guerre de l’information. Alors que les causes de la pandémie ne sont pas encore connues, la petite musique du labo chinois est maintenant reprise par toutes les officines médiatiques de service qui insistent un peu lourdement sur « le vent qui tourne » pour Pékin.

Sans présager de la plausibilité de la chose, contentons-nous de noter que le procédé est connu, on l’a vu à l’œuvre à de multiples reprises, notamment en Ukraine avec le MH17 : quelques fuites des désormais légendaires « sources anonymes » de la CIA, reprises avec micro et haut-parleur par les responsables politiques de Washington et la rumeur devient vérité universelle. Quant aux preuves, on pourra les attendre encore longtemps…

L’opération a parfaitement fonctionné, en tout cas aux Etats-Unis où l’image de la Chine s’est fortement dégradée dans l’opinion, déjà échaudée par la guerre commerciale :PUBLICITÉ

Notons que, dans sa croisade anti-chinoise, le Donald est en accord complet avec une partie de son Deep StateNous l’expliquions dès son investiture quand il décida de…

passer le fameux coup de fil à la présidente taïwanaise, diversement apprécié par le système impérial et sa presse – « erreur » pour le New York Times, « coup de génie » pour le Washington Post. Cette décision montre en tout cas que pour Trump, la cible chinoise n’est peut-être pas seulement économique.

Les observateurs avisés de la chose internationale sont dans l’expectative. The National Interest évoque un possible « Nixon à l’envers » : jouer cette fois la Russie contre la Chine. Fait qui ne manque pas de sel, ce retournement est soutenu par le vénérable Kissinger, l’officieux conseiller de Trump et l’éminence grise de Nixon qui avait conseillé le pivot vers Pékin. De quoi faire baver de rage le docteur Zbig, toujours pas guéri de sa russophobie maladive et qui préférerait jouer la carte chinoise contre Moscou.

Dans le grand jeu du bouc émissaire qui passionne les élites américaines, la Chine est en passe de remplacer (temporairement, ne rêvons pas) l’abominable ours des neiges. Cette évolution n’est cependant pas du goût de tout le monde ; c’est évidemment le cas de l’école bzrezinskienne ainsi que des multinationales US, toujours désireuses de faire des affaires avec le dragon et de profiter de sa main d’œuvre bon marché. Preuve que ce ne sont pas elles non plus qui mènent la politique étrangère américaine. Elles décident par contre de la ligne éditoriale des médias qu’elles possèdent, ce qui explique sans doute la grande hétérogénéité de leurs commentaires sur la « responsabilité chinoise » dans la pandémie.

Divorce partiel entre la MSN et l’Etat profond, au sein de la MSN et au sein de l’Etat profond… La situation est assez chaotique mais s’inscrit finalement dans une certaine continuité. On l’a vu plus haut lors de l’intronisation de Trump, l’establishment était de toute façon déjà très divisé sur la place à donner à la Chine : à ceux qui la considéraient comme un ennemi définitivement arrimé à la Russie répondent les optimistes qui, de manière quelque peu illusoire, espèrent encore se l’attacher pour la retourner contre le Heartland. Avec la crise coronavirienne, cette illusion devient mirage, d’autant que la solidarité sino-russe joue à plein.

Jusqu’où ira la dangereuse escalade de mots entre Washington et Pékin ? Sans doute jusqu’aux élections de novembre, la tactique du Donald étant de lier Biden à la Chine pour les attaquer tous deux. A moins que, d’ici là, de nouveaux éléments ne voient le jour…

Nous n’allons pas nous lancer ici dans un grand débat sur les origines du coronavirus ni prendre parti dans cette querelle scientifique qui n’est pas le propos du blog, mais une information importante est tombée qui pourrait (restons prudents) avoir des répercussions dans l’empoignade américano-chinoise. Le fidèle lecteur se rappelle sans doute que :

Zhao Lijian, porte-parole du MAE chinois, a jeté un pavé dans la mare jeudi dernier en affirmant que le coronavirus pourrait avoir été apporté en Chine par l’armée US lors des Jeux mondiaux militaires de Wuhan en octobre. Il s’appuie notamment sur les déclarations du directeur du Centers for disease control and prevention américain qui a révélé, devant le Congrès, que plusieurs patients que l’on croyait morts d’une simple grippe étaient en réalité porteurs du coronavirus. 

Notre bonne presse qui, pendant des années, a traqué sans relâche les sombres conspirations que les abominables Russes ne manquaient pas d’ourdir sur les élections américaines, hurle cette fois sa douleur devant ce cas patenté de « complotisme » qui met en cause la tête impériale. Dans les salles de rédaction, la théorie du complot, c’est comme le chasseur des Inconnus : il y a la bonne et la mauvaise…

Elle a toutefois raison sur un point : à ce stade, il est évidemment impossible d’apporter le moindre début de preuve à la thèse de l’ami Zhao qui ne reste, pour l’instant, que simple conjecture. Mais cet esclandre a au moins le mérite de montrer que, pandémie ou pas, l’affrontement titanesque entre Pékin et Washington n’est jamais très loin.

Or, il se trouve que des athlètes français ayant participé à ces jeux auraient contracté la maladie, soit bien avant l’apparition officielle du virus. Encore une fois, restons prudents. Mais si la chose se confirme, elle est susceptible de bousculer sérieusement la narration jusque-là admise et, partant, le bras de fer entre Washington et Pékin. Wait and see…Tag(s) : #Etats-Unis#Chine

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Rubrique DÉSINFOX Coronavirus : Et le contrôle étatique de l’information s’étend, s’étend…

Rubrique DÉSINFOX Coronavirus : Et le contrôle étatique de l’information s’étend, s’étend…

 / NATHALIE MP MEYER

Initiative bien intentionnée mais maladroite qui finira par disparaître avec le Coronavirus, simple « faux pas de communication » comme veut le croire le quotidien Libération… ou nouvelle enjambée assumée en direction d’un encadrement gouvernemental de plus en plus étroit de l’information et des organes de presse ? C’est la question qui se pose alors que la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye vient d’annoncer l’ouverture d’un espace gouvernemental dédié aux « sources d’information sûres et vérifiées » concernant le Coronavirus :Sibeth Ndiaye@SibethNdiaye

La crise du #COVID19 favorise la propagation de #fakenews. Plus que jamais, il est nécessaire de se fier à des sources d’informations sûres et vérifiées. C’est pourquoi le site du @gouvernementFR propose désormais un espace dédié. https://www.gouvernement.fr/info-coronavirus/desinfox …info coronavirus covid 19 – désinfoxDes journalistes spécialisés démêlent le vrai du faux du COVID-19. Cet espace dédié vous donne accès aux articles de médias français luttant, dans le cadre de la crise sanitaire, contre la désinfor…gouvernement.fr1 494Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité7 341 personnes parlent à ce sujet

Concrètement, la page internet des communications officielles du gouvernement sur le Covid-19 a été complétée récemment d’une rubrique Désinfox alimentée par une sélection d’articles de presse jugés « fiables » par le Service d’information du gouvernement :

La rubrique « Désinfox Coronavirus » en trois clics
(captures d’écran, 2 mai 2020)

                       gouvernement.fr                       gouvernement.fr/info-coronavirus

                         gouvernement.fr/info-coronavirus/desinfox

.
Et n’allez surtout pas dire au gouvernement qu’un tel tri médiatique présente toutes les apparences d’une labellisation ultra-politisée des médias.

Il vous rétorquera d’abord qu’en cette affaire, il n’a d’autre souci que de protéger les Français contre des « fake news » qui, en cette période de forte inquiétude des citoyens, pourraient si facilement « engendrer des comportements à risque » (comme ingérer de l’eau de javel ou de la cocaïne en croyant se protéger du virus, précise-t-on au gouvernement).

Et il pensera vous renvoyer définitivement à votre mauvais esprit en vous expliquant ensuite que la sélection des médias référencés est basée sur trois critères techniques indiscutables qui excluent toute odieuse possibilité de copinage et/ou de propagande : les médias en question doivent disposer d’une rubrique de « fact checking » ainsi que d’une équipe spécialisée dans ce type de décryptage depuis au moins deux ans, et ils doivent proposer un accès gratuit au contenu.

Moyennant quoi, le gouvernement se flatte de réunir sur son site la fine fleur des journalistes et des médias spécialisés qui « luttent contre la désinformation » et « démêlent chaque jour le vrai du faux » en relation avec la crise sanitaire.

Il n’empêche qu’au final, seuls cinq titres de presse répondent aux critères choisis : Libération, l’AFP, France Info, Le Monde et 20 Minutes. De là à vouloir implanter dans l’esprit des Français le sentiment que ceux-là seuls sont « fiables » et aptes à dégager la « vérité » tandis que tous les autres, Le Figaro, Les Echos, Le Point, etc. ne le seraient pas, il n’y a qu’un tout petit pas qu’un État libéral devrait s’abstenir absolument de franchir.

Sans compter que le simple fait de figurer sur le site du gouvernement dans une rubrique dont le thème monopolise actuellement toutes les attentions du public constitue à l’évidence un véritable coup de pouce pour la fréquentation des sites de presse sélectionnés. Une nouvelle forme d’aide indirecte à la presse, en quelque sorte, mais limitée à certains titres par décision gouvernementale discrétionnaire. Autrement dit, une rupture de concurrence sciemment organisée par l’État.

Malgré cela, la position des médias sélectionnés n’est pas forcément très confortable. Il semblerait en effet qu’ils n’aient été ni consultés ni prévenus de cette initiative. Mis à part France Info qui, en tant qu’élément de l’audiovisuel public, peut difficilement se prétendre totalement indépendant de la volonté de l’État, les autres encourent maintenant le risque d’être perçus comme les relais officiels de la parole gouvernementale, ce qui ne fait pas forcément leurs affaires et les place en porte-à-faux vis-à-vis de leurs lecteurs.

Il existe certes de nombreux organismes de référencement, certification, labellisation et que sais-je, en matière de presse comme en de nombreuses autres matières, mais il n’y a rien de comparable entre les évaluations émises par une multitude d’entités privées indépendantes qui n’auront pas forcément les mêmes avis, et un État qui exerce son pouvoir sur les citoyens via sa police, sa fiscalité et les lois qu’il fait voter. S’agissant de presse et d’information, le rôle des journalistes consiste à informer les citoyens sur les actions des gouvernements, pas à servir de faire valoir à ces derniers.

Il se pourrait évidemment que la chute de confiance des Français dans la capacité du gouvernement à gérer la crise du coronavirus et à délivrer des informations de qualité, sur le port du masque notamment, ait l’effet de pousser le public à s’informer encore plus en dehors des sources gouvernementales. Auquel cas l’opération Désinfox pourrait bien tomber à plat, ce dont on ne se plaindra pas.

Mais inutile de dire que cette incroyable prétention du gouvernement à embrigader certains organes de presse, mais pas d’autres, et à vouloir définir officiellement « la vérité » plutôt que de laisser le débat public, avec ses batailles, ses arguments et ses contre-arguments, se développer au sein des médias au sens large – inutile de dire, donc, que cette prétention a suscité une belle volée de réactions mi-navrées mi-moqueuses.

À l’encontre de Sibeth Ndiaye d’abord. Alors qu’il est question ici de dire la « vérité », difficile d’oublier qu’elle s’est fait connaître à jamais du public pour avoir déclaré haut et fort peu après l’accession d’Emmanuel Macron au pouvoir :

« J’assume parfaitement de mentir pour protéger le président. » (L’Express, 12 juillet 2017)

.
Mais finalement, si la porte-parole du gouvernement est sans doute prête à défendre bec et ongles cette nouvelle étape dans les relations de plus en plus dangereusement imbriquées entre le gouvernement et les médias, elle n’en est jamais que l’annonciatrice tandis qu’on ne peut s’empêcher de voir en Emmanuel Macron l’instigateur ultime de toute l’affaire.

Rappelons d’abord que le Président de la République entretient manifestement un lien complexe avec la liberté. Convaincu que ce qu’il tient pour « bien » doit absolument triompher de tout, y compris au mépris des libertés individuelles, on l’a vu successivement intégrer la plupart des dispositions administratives de l’état d’urgence dans le droit commun (2017), suggérer et obtenir une loi contre les « fake news » en période électorale (2018) et tenter d’imposer une interdiction de manifester sur la base de soupçons des plus vagues dans la loi anti-casseurs (2019) – disposition heureusement retoquée par le Conseil constitutionnel.

Concernant plus spécifiquement la presse, Emmanuel Macron a dénoncé à plusieurs reprises le « pouvoir médiatique », notamment lors de l’affaire Benalla et à l’occasion de la crise des Gilets jaunes. D’après lui, « nous avons une presse qui ne cherche plus la vérité ». Quand on sait comment l’un de ses conseillers a bidouillé une vidéo afin de tenter une disculpation de Benalla, on comprend clairement qu’il n’existe qu’une vérité, celle de M. Macron.

Début février 2019, lors d’une rencontre à l’Elysée avec des journalistes, il en est venu à livrer sa conception de l’information :

« Le bien public, c’est l’information. Et peut-être que c’est ce que l’État doit financer. (…) Il faut s’assurer qu’elle est neutre, financer des structures qui assurent la neutralité. Que pour cette part-là, la vérification de l’information, il y ait une forme de subvention publique assumée, avec des garants qui soient des journalistes. » 

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Conception super-étatique qui a rapidement quitté le terrain des idées pour se muer très concrètement en « Conseil de déontologie journalistique » (décembre 2019).

Voulue par le gouvernement et soutenue par un Jean-Luc Mélenchon dont on n’ignore plus rien des théories sur la presse après le retentissant échec déontologique de sa web TV Le Média, cette instance divise profondément la profession. Certains acteurs du secteur y discernent moins un vecteur de qualité qu’une façon détournée de brider la liberté de la presse. Derrière le prétexte de restaurer la confiance dans les médias et de soutenir les bonnes pratiques journalistiques, l’occasion dangereuse d’un contrôle renforcé.

Avec la rubrique « Désinfox Coronavirus », on passe clairement à une nouvelle étape du contrôle de l’information par l’État. Pas d’atteinte apparente à la liberté de la presse en l’occurrence, mais une volonté gouvernementale de canaliser la bonne presse par rapport à la mauvaise presse dans l’esprit du public en s’érigeant en arbitre ultime du vrai et du faux. Ne se croirait-on pas revenu à l’époque de l’ORTF où chaque journal télévisé était validé par le ministre de l’Intérieur avant diffusion ? Ça promet.


Illustration de couverture : Rubrique Désinfox du gouvernement sur le Covid-19. Twitter et capture d’écran.

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FrancePolitiquePresse et Information

https://leblogdenathaliemp.com/2020/05/03/rubrique-desinfox-coronavirus-et-le-controle-etatique-de-linformation-setend-setend/

Pourquoi viennent-ils tous se faire démolir par Zemmour ?

ditoriaux – Médias – Polémiques – Politique – Télévision – 27 février 2020

Pourquoi viennent-ils tous se faire démolir par Zemmour ?

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Avec un Z comme Zorro, Éric Zemmour est devenu, en quelques mois, le Cassius Clay du débat télévisé : les challengers se succèdent et se fracassent les uns après les autres. Cette semaine, ce sont trois vaincus par KO qui se sont suivis, tous des soutiens du pouvoir.

Emmanuelle Wargon a tenté de défendre la politique énergétique du gouvernement, modèle typique du « en même temps » qui ne marche pas : en quelques minutes, on a compris que les éoliennes sont un gadget pour complaire aux écolos et que rien ne justifie le retrait du nucléaire, même à pas mesuré, car c’est la seule énergie qui peut pallier les émanations de gaz à effet de serre. La secrétaire d’État à l’Écologie s’est vite retrouvée dans ses petits souliers, embrouillée, a minaudé des éléments de langage : elle a sombré corps et biens.

Mounir Mahjoubi a aligné les belles phrases et mots creux pour définir le macronisme : un monde nouveau pour une politique réaliste, l’insertion de tous par le travail, l’égalité des chances, bla-bla bla-bla-bla… Zemmour lui a juste envoyé que le macronisme était le dernier avatar de l’ancien monde en voie de disparition, celui du mondialisme. Et qu’il était l’illustration parfaite de la bourgeoisie postmoderne qui porte cela, envers et contre le reste du peuple. Mahjoubi s’est forcé à garder jusqu’au bout son sourire béat, mais il a encaissé et cela s’est vu.

La palme de la déconfiture revint à Jack Lang, qui refusa carrément le débat, monta sur ses grands chevaux, traitant Zemmour d’obscurantiste fermé et rabougri : on a rarement vu Lang aussi outré, outrancier, vexé de la raclée qu’il n’a pu éviter. Eh oui, la splendeur du courtisan Lang, à la cour du roi Mitterrand, est passée depuis longtemps. Il faut dire qu’ériger la langue arabe comme langue de France, c’est fort de café… Expliquer que son institut n’est pas financé par les monarchies du Golfe, il faut déployer une bonne dose de mauvaise foi… Comme il ne pouvait nier l’évidence, il s’est réfugié dans une posture de vierge effarouchée, de seigneur et d’homme de savoir et d’ouverture confronté au mal, blessé dans son orgueil et sa probité…

Mais pourquoi donc viennent-ils tous se faire pulvériser, en toute connaissance de cause ? N’ont-ils donc pas compris que Zemmour combat avec des arguments savamment travaillés et que la moraline bien-pensante ne fera pas le poids ? Au début, ils étaient peu nombreux à vouloir l’affronter, se drapant dans les habits de la blanche colombe qui ne veut pas recevoir les postillons du crapaud. Maintenant, c’est la bousculade autour du ring de CNews. Car voilà, les audiences de « Face à l’info » sont considérables – autour de 300.000 téléspectateurs tous les soirs. À ce compte-là, même une bonne déculottée assure un coup de projecteur, pour le livre de Lang par exemple. Et puis, ne se retrouve pas face à Zemmour qui veut : pour Mahjoubi, un peu sur la touche depuis son échec à la candidature à Paris, c’est un rappel au bon souvenir du public, comme du pouvoir. Voilà à quoi en sont réduits les suppôts d’une idéologie encore dominante malgré ses contradictions et ses contre-vérités : jouer au faire-valoir de Zemmour pour exister encore politiquement et médiatiquement.

  17kÉTIQUETTESEric Zemmour

Olivier Piacentini

Ecrivain, politologue

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Que gagnent les journalistes ? Entre précarisation et salaires faramineux

MÉDIAS7.décembre.2019 // Les Crises

Que gagnent les journalistes ? Entre précarisation et salaires faramineux

JournalismeMédiasMerci706Je TweetJe commenteJ’envoie

Source : ACRIMED, Frédéric Lemaire, 26-11-2019

Lors des mobilisations des gilets jaunes, les journalistes n’ont pas manqué de s’interroger sur la « défiance » exprimée par les manifestants à l’égard des médias. Pour certains, leur profession serait victime d’un mythe, selon lequel les journalistes seraient membres d’une élite parisienne, fortunée, proche du pouvoir. En particulier, la question du salaire des journalistes a pris une dimension importante : dans quelle mesure son montant révèle-t-il une éventuelle déconnexion à l’égard du reste de la population ? Dans cet article, nous proposons un ensemble de chiffres qui livrent, en réalité, une situation très contrastée. Il n’en reste pas moins qu’au sein de la profession, les éditocrates et autres présentateurs stars – qui font l’agenda médiatique – affichent des rémunérations très supérieures à celles de la grande majorité de la population française – et en particulier des autres journalistes.

En décembre 2018, dans une émission d’Arrêt sur images, l’historienne Ludivine Bantigny expliquait la déconnexion des présentateurs stars des chaînes d’information vis-à-vis du mouvement des gilets jaunes par leurs salaires très élevés. « J’ai vérifié les salaires des journalistes, ce sont des gens qui sont payés entre 15 000 et pour certains 50 000, 60 000 euros mensuels » avançait-elle, à la suite de la diffusion d’un extrait d’une émission de Bruce Toussaint.

Souvent prise au pied de la lettre – comme si l’historienne évoquait le cas de l’ensemble des journalistes – la citation a suscité de nombreuses réactions dans les médias [1]. Selon L’Express, les salaires faramineux des journalistes seraient « un mythe » ; un « fantasme » selon Challenges ; Le Parisien y va également de son article de « fact-checking ».

Autant de mises en perspective qui ont au moins l’intérêt de rappeler la grande hétérogénéité des situations parmi les journalistes. Ainsi, comme le rappelle l’article de L’Express, les titulaires d’une carte de presse ne disposent pas tous de revenus comparables à ceux de Natacha Polony, qui touchait 27 400 euros mensuels (l’article ne précise pas s’il s’agit du montant net ou brut) pour sa revue de presse sur Europe 1 jusqu’en 2017, ou de Maïtena Biraben (55 944 euros brut par mois comme présentatrice du « Grand journal », avant son licenciement en 2016).

Selon les chiffres de l’Observatoire des métiers de la presse, le salaire médian des journalistes en CDI est, en 2017, de 3 591 euros brut par mois (plus de 2 700€ net), celui des pigistes et des CDD de 2 000 euros environ (soit plus de 1 500€ net). À cela s’ajoute un abattement fiscal de 7 650 euros sur leurs revenus imposables. Pour rappel, selon l’INSEE le salaire médian mensuel net s’élevait à 1 789€ en 2016 en France dans le secteur privé (soit un peu plus de 2 300€ brut).

Challenges reprend quant à lui les chiffres de 2011, avancés par Éric Marquis (membre de la Commission de la carte de 1994 à 2018), pour étudier la répartition des salaires des détenteurs de la carte de presse embauchés en CDI. Nous les avons représentés sous forme de graphique :

Enfin Le Parisien apporte également d’autres éléments, en évoquant la grille de salaires établie par le Syndicat national des journalistes (SNJ). En 2017, dans la presse quotidienne nationale, les salaires varient entre 2 162 euros brut à la sortie d’une école de journaliste (près de 1 600€ net) à 5 430 pour un rédacteur en chef (près de 4 200€ net). Pour la presse quotidienne régionale, les salaires sont légèrement inférieurs, de 1 833 à 5 138 euros brut.

Dans Challenges, le sociologue Jean-Marie Charon, note « un phénomène de précarisation de la profession, mais qui n’est pas très nouveau », avec notamment le nombre croissant de pigistes dans les statistiques de la commission de la carte. Pigistes qui sont confrontés à des difficultés croissantes (comme le rappelait Arrêt sur images) et rémunérés à des tarifs bas et qui n’ont pas été revalorisés depuis parfois quinze ou vingt ans (comme le souligne le dernier rapport de la Scam). Et qui sont fortement pénalisés par la réforme de l’assurance-chômage en application depuis novembre 2019.

Le rapport de la Scam revient par ailleurs de manière détaillée sur le « grand écart » des rémunérations parmi les journalistes. Une enquête réalisée auprès de 4 000 journalistes pointe notamment les inégalités importantes entre permanents et pigistes, mais également parmi les permanents (avec des salaires nets mensuels allant de 1 150 à 10 000 euros). Les inégalités se distribuent selon les types de médias (télévision, presse écrite, radio ou web), l’âge (les plus jeunes étant embauchés à des salaires moindres), mais également le genre (les femmes étant moins bien payées, moins souvent embauchées en CDI ou à des postes d’encadrement).

Des « journalistes stars » aux salaires faramineux

Ces considérations importantes sur les fortes inégalités qui traversent le milieu – et la précarisation qui touche la profession – ne remettent nullement en question le fond du problème posé par Ludivine Bantigny. Car si la plupart des journalistes sont loin de rouler sur l’or, ce sont les rédacteurs en chef et autres animateurs ou journalistes stars – aux salaires parfois faramineux – qui sont en position de fixer les orientations éditoriales. Et dont la déconnexion avec la réalité de la plupart des salariés (y compris des « simples journalistes ») pose question. Outre les cas de Maïtena Biraben et de Natacha Polony, les exemples ne manquent pas.

Ainsi Mediapart évoque-t-il, dans une enquête publiée en avril 2019, les contradictions de la politique salariale d’Europe 1 : d’un côté, des réductions budgétaires pour les salariés et pigistes ; et de l’autre, des contrats aux montants mirobolants pour ses animateurs (avec des salaires moyens de 15 513 euros en 2015) et les « têtes d’affiche » telles que Nicolas Canteloup (qui bénéficie d’un contrat prévoyant une enveloppe « d’un montant mensuel forfaitaire et définitif de 150 755 euros HT » [2]) :

Il est vrai qu’Arnaud Lagardère peut se montrer généreux et que sa radio n’a jamais prétendu mettre au régime sec ses intervenants les plus prestigieux. Dans les fiches de salaire que nous avons pu consulter, on trouve d’anciennes gloires du petit écran payées 3 000 euros la chronique, des matinaliers flirtant avec les 30 000 euros de salaire.

Cyril Hanouna aussi a eu la promesse de voir son très confortable salaire augmenter régulièrement. S’il n’avait pas quitté la station après des scores d’audience décevants, sa société H20 aurait dû recevoir 750 000 euros pour la saison 2016-2017, 800 000 euros l’année suivante.

Le Dauphiné libéré a également publié une enquête en avril 2018 sur les salaires des journalistes. Le quotidien régional évoque notamment des ordres de grandeur pour les salaires des présentateurs de TF1 (Gilles Bouleau, Anne-Claire Coudray et Jean-Pierre Pernaut), estimés entre 30 000 et 45 000 euros par mois [3] ; de Ruth Elkrief sur BFM-TV (10 000 euros par mois) ainsi que pour le service public : 15 000 euros net par mois pour Laurent Delahousse (France 2) et 6 000 euros net par mois pour les présentatrices et présentateurs de France 3. Les matinales radio ne sont pas en reste : le prédécesseur de Patrick Cohen au 7-9 d’Europe 1, Thomas Sotto, touchait un salaire de 37 938 euros net par mois selon le Canard enchaîné. Des ordres de grandeur qui demeurent inférieurs au salaire de Claire Chazal, présentatrice de TF1 sur le départ, révélé par Challenges en 2015 : près de 120 000 euros brut par mois.

Une enquête de BFM-Business évoquait déjà les salaires des journalistes en CDI au sein des groupes audiovisuels français pour l’année 2014 :

À noter que ces moyennes de salaires sont des indicateurs qui peuvent être trompeurs, car très sensibles aux importantes inégalités de salaires. En l’occurrence, les salaires considérables des « journalistes stars », dont les ordres de grandeurs ont été évoqués précédemment, contribuent à tirer vers le haut ces moyennes.

Il n’empêche que le niveau de ces moyennes place les journalistes permanents dans les groupes d’audiovisuel parmi les salariés les mieux lotis de la population française. Selon les données 2016 de l’Observatoire des inégalités, la moyenne de ces salaires correspond aux 10% des salariés les mieux payés en France. Le pourcentage des salariés français touchant un salaire mensuel net au moins aussi élevé que les moyennes indiquées varie de 9% (pour ce qui est du montant le plus « faible », celui de NextRadioTV) à 6% (pour ce qui est de TF1).

Pour compléter ces informations, nous proposons, sur la base d’éléments fournis par différentes sources, plusieurs fourchettes de salaires pour l’année 2016 qui recoupent les informations déjà rendues publiques :

Ainsi, au sein même du groupe privilégié des présentateurs ou animateurs « en vue » sur les chaînes de TV et radio, les différences de salaires restent importantes. Et si François Gapihan (BFM-TV) peut se prévaloir publiquement d’un salaire très confortable mais pas extravagant (3 600€ net par mois), il est loin des montants touchés par les « stars » de sa propre chaîne, des présentateurs des JT de France 2 et TF1 ou des animateurs matinaliers des stations de radio privées. Ces derniers s’inscrivent tous largement, selon les chiffres de l’Observatoire des inégalités, dans les 1% des salariés les mieux rémunérés.

Un autre cas de figure intéressant à étudier est celui des éditocrates multicartes qui multiplient les sources de revenus en se déployant sur différents médias : presse, radio, télévision. Les cas sont nombreux, si l’on se réfère encore une fois à l’année 2016 : ainsi Christophe Barbier était directeur de rédaction de L’Express (jusqu’en octobre 2016) et chroniqueur pour BFM-TV, il était rémunéré par le groupe Altice Média (devenu SFR Presse en juillet 2016) ; Franz-Olivier Giesbert était rémunéré par Le Pointet RTL (« Les grosses têtes ») ; Hervé Gattegno par le JDD, RMC et BFM-TV où il donnait son « parti-pris » ; Nicolas Domenach était chroniqueur à Challenges, « La nouvelle édition » (Canal +) et débattait avec Éric Zemmour tous les matins sur RTL à partir du mois d’août ; Thomas Legrand intervenait comme éditorialiste politique dans la matinale de France Inter et chroniqueur dans « 28 minutes » ; Dominique Seux était également éditorialiste dans la matinale de la radio publique, et directeur des Échos ; Nicolas Beytout était rémunéré par L’Opinion dont il est le fondateur et par France Inter, où il donnait son éditorial le samedi matin ; Jean-Michel Aphatie cumulait les revenus de ses activités sur Europe 1, sur France Info et dans « C l’hebdo » (France 5). Enfin Yves Calviintervenait sur RTL (animateur de la matinale), sur LCI et dans « C dans l’air » (France 5). Là encore, au sein même de cet échantillon du petit groupe privilégié des éditocrates multicartes, les écarts de revenus cumulés sont importants puisqu’ils varient de 100 000 euros brut annuel à près d’un million d’euros [4]. Tous figurent (au moins) dans les 2% des salariés français les mieux rémunérés.

***

Que gagnent les journalistes ? Le rapide panorama que nous avons tenté de dresser fait état d’une situation très inégale parmi les journalistes. Non, tous les journalistes ne roulent pas sur l’or – et certains s’emploient à faire un travail exigeant dans des conditions de précarité accrue, en particulier parmi les pigistes de plus en plus nombreux. Les journalistes en CDI bénéficient en majorité de bons salaires (avec un salaire médian de 2 700€ net par mois en 2017). Enfin, une minorité de journalistes, présentateurs stars ou éditocrates multicartes – souvent dans des positions décisionnaires dans les rédactions – bénéficient quant à eux de salaires considérables. Et Ludivine Bantigny n’a sans doute pas tort de pointer que cela les place, à tout le moins s’agissant des conditions matérielles d’existence, bien plus près du grand patronat que des gilets jaunes…

Frédéric Lemaire

Annexe : les animateurs-producteurs de la télévision

Les animateurs-producteurs de la télévision ne sont généralement pas journalistes. Mais leur cas n’en reste pas moins intéressant, c’est pourquoi nous le traitons en annexe. Dans un article publié en avril 2018, Le Dauphiné libéré s’intéresse aux salaires des animateurs de télévision. Cette enquête fait suite à la publication d’une interview de Thierry Ardisson dans le JDD où il affirmait gagner entre 15 000 et 20 000 euros par mois. Elle reprend en grande partie les éléments d’un dossier publié par le magazine Capital en mars 2017 concernant les « animateurs-producteurs ».

L’article du Dauphiné évoque notamment le cas de Cyril Hanouna, dont la société (H20) affichait un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros pour la saison 2016-2017, sur la base d’un contrat de 250 millions d’euros sur cinq ans signé avec Vincent Bolloré et le groupe Canal+.

Le cas de Nagui est également cité :

France Télévisions commanderait pour 30 à 32 millions d’euros d’émissions à la société qu’il a créée, Air Productions (« Tout le monde veut prendre sa place », « Taratata », « N’oubliez pas les paroles »…). Pour les présenter, il toucherait un total de cachets estimé entre 750 000 et un million d’euros. Il percevrait par ailleurs entre 120 000 et 150 000 euros de salaire annuel pour animer quotidiennement « La Bande originale » sur France Inter. Mais c’est en tant qu’actionnaire que l’animateur gagnerait énormément d’argent : ses parts (5,3%) dans la société Banijay, qui lui a racheté Air Productions en octobre 2008 mais où il reste décisionnaire, pèseraient 20 millions d’euros aujourd’hui.

Ainsi que les cas de Yann Barthès, Arthur et Michel Drucker :

Le troisième animateur-producteur qui transforme ce qu’il touche en or ? Le Savoyard Yann Barthès, co-actionnaire majoritaire de Bangumi (« Quotidien » sur TMC, « Stupéfiant » sur France 2), qui aurait engrangé 27 millions d’euros de chiffre d’affaires sur l’exercice 2016-2017. Arthur arriverait quatrième avec 14 millions d’euros de chiffre d’affaires pour sa société « Satisfaction » (« Vendredi tout est permis »), devant Michel Drucker et ses 9 millions d’euros avec « Production DMD » (« Vivement dimanche »).

Notes

[1] À propos de ce quiproquo, voir la chronique de Daniel Schneidermann.

[2] Selon les propos de l’agent de l’animateur, rapportés par Mediapart, cette enveloppe « permet de rémunérer deux ou trois coauteurs des sketchs », mais l’agent « n’apporte aucun élément, nom ou montant qui permettrait de vérifier ou de préciser ses dires. »

[3] Sauf indication contraire, le montant indiqué dans la suite est le salaire net.

[4] Contactés par nos soins pour commenter ces informations, la plupart des intéressés n’ont pas répondu. Thomas Legrand nous a cependant indiqué que ses revenus cumulés étaient bien inférieurs à 120 000 euros brut annuel. Christophe Barbier nous indique que « seul l’employeur est habilité à communiquer, s’il le souhaite, sur sa politique salariale. En l’occurrence, mon unique employeur est L’Express ».

Source : ACRIMED, Frédéric Lemaire, 26-11-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/que-gagnent-les-journalistes-entre-precarisation-et-salaires-faramineux/

Le chroniqueur du Moyen-Orient au New York Times sans repères

Le chroniqueur du Moyen-Orient au New York Times sans repères


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama – Le 4 décembre 2019

Mesdames et messieurs, nous vous présentons le chroniqueur pour le Moyen-Orient du «Journal de r(d)éférence», Tom Friedman, qui écrit sous le titre L’Iran détruit la liberté, pays après pays :

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Ayant couvert le Moyen-Orient durant toute ma vie d'adulte, je vois émerger des tendances que je n’ai jamais vues auparavant.
...

Les ayatollahs iraniens ont même dû fermer en grande partie leur propre Internet pour empêcher la rébellion intérieure de se propager. Jamais, depuis l’invasion américaine de l’Iraq en 2002, l’Iran n’a voulu voir émerger à Bagdad une démocratie stable, multi-religion et laïque, parce que sinon les chiites iraniens demanderaient pourquoi les chiites irakiens vivent librement et pas eux.
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En anglais dans le texte ! Agrandir

Pour mémoire : l’invasion de l’Iraq a commencé le 19 mars 2003, pas en 2002. Friedman devrait le savoir. Lui et son journal étaient déjà de grands propagandistes pro-guerre à l’époque.

Au cours des trois premières années de la guerre, Friedman a prédit quatorze fois que le « succès » en Irak se concrétiserait dans le « prochain mois », un laps de temps désormais passé à la postérité sous le nom d’unité Friedman.

Si le New York Times et son principal éditorialiste du Moyen-Orient ne parviennent même pas à se souvenir de cette date, quand ne se trompent-il pas ?

Une lecture rapide de l’article anti-iranienne de Friedman suggère que la réponse est « jamais ».

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophonehttps://lesakerfrancophone.fr/

Zemmour : mise en demeure par la CSA, CNews saisit le Conseil d’État

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SOCIÉTÉ

Zemmour : mise en demeure par la CSA, CNews saisit le Conseil d’État

Par Auteurvaleursactuelles.com / Mardi 3 décembre 2019 à 15:0039

Eric Zemmour. Photo © Alain ROBERT/SIPA

Fin octobre, l’éditorialiste avait évoqué l’ancienne présence française en Algérie, estimant qu’il se situait “du côté” du général Bugeaud qui avait “massacré les musulmans et même certains juifs”. 

CNews et Éric Zemmour à nouveau victime de la police médiatique. Ce mardi 3 décembre, la chaîne d’infos du groupe Canal + a été mise en demeure par le CSA, à la suite de propos tenus par l’éditorialiste dans l’émission « Face à l’info » du 23 octobre dernier. Informée, la chaîne cryptée a riposté, annonçant son intention de saisir le Conseil d’État pour « abus de pouvoir », considérant cette mise en demeure « injustifiée » et « contraire aux principes de la liberté d’expression ». 

Clément Weill-Raynal@CWeillRaynal

Mise en demeure de #Zemmour et @CNEWS par le CSA: Canal+ annonce un recours pour « abus de pouvoir » du CSA auprès du Conseil d’Etat, considérant cette mise en demeure « injustifiée » et « contraire aux principes de la liberté d’expression »

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52313:47 – 3 déc. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité345 personnes parlent à ce sujet

Pierre Dezeraud@PierreDzrd

#Zemmour : Après la mise en demeure de CNews par le CSA, le groupe Canal+ saisit le Conseil d’Etat

Voir l'image sur Twitter

1513:40 – 3 déc. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialitéVoir les autres Tweets de Pierre Dezeraud

« Une légitimation de violences commises dans le passé »

Le 23 octobre dernier, sur CNews, Zemmour avait, entre autres, évoqué le sujet de la l’ancienne présence française en Algérie en se disant, en tant que Français, « du côté » du général Bugeaud qui, lorsqu’il « arrive en Algérie […] commence à massacrer les musulmans et même certains juifs ». Une sortie qui n’a apparemment pas plus au gendarme de l’audiovisuel qui a jugé que ces propos « ont pu être perçus » comme « une légitimation de violences commises par le passé à l’encontre de personnes de confession musulmane mais aussi comme une incitation à la haine ou à la violence à l’égard de cette même catégorie de la population ». Pour l’organisme, la séquence exprimait un « rejet insistant des personnes musulmanes dans leur ensemble, tendant à encourager des comportements discriminatoires en raison de la religion ». D’autre part, le régulateur a estimé que CNews, en diffusant ces propos en direct « sans réaction ni même modération » de la part de l’animatrice Christine Kelly [par ailleurs ancienne membre du CSA, ndlr], a manqué à son obligation de garder la maitrise de son antenne, qui s’impose en toutes circonstances. 

Romain Pigenel@Romain_Pigenel

Vidéo complète de Zemmour sur @CNEWS, via un de ses soutiens: « La France n’a aucune responsabilité sur l’esclavage » / « Je me moque des pages sombres de notre histoire » / « je suis du côté du général Bugeaud » qui massacre les Musulmans. Ça va finir comment ?7010:41 – 24 oct. 2019Informations sur les Publicités Twitter et confidentialité90 personnes parlent à ce sujet

Des propos sortis de leur contexte pour Zemmour

Cette mise en demeure ne sera pas accompagnée de sanctions et constitue un simple avertissement pour la chaîne d’infos. En cas de manquements répétés, la sanction pourrait en revanche aller de la suspension temporaire d’un programme à un retrait de l’autorisation de la chaîne, en passant par des amendes ou privations d’écrans publicitaires. 

Au surlendemain de son intervention, Éric Zemmour avait expliqué ses propos, sortis de leur contexte. « On disait ‘qu’est-ce qu’être Français ?’, ‘qu’est-ce que c’est l’assimilation ?’. J’essayais d’expliquer que l’assimilation à la France, c’est s’approprier l’histoire de France. C’est-à-dire que, même si l’on vient d’ailleurs, même si la France a eu des conflits avec vos ancêtres, quand on devient Français on regarde l’Histoire de France du point de vue de la France », avait-il fait valoir. « Je donnais mon exemple personnel mais il y en a beaucoup d’autres […]. Moi, mes ancêtres étaient en Algérie quand Bugeaud arrive. Il veut conquérir la contrée, il fait la guerre : ou on massacre, ou on est massacré. La tribu de mes ancêtres a combattu les Français, donc je ne vais pas défendre les massacres de Bugeaud https://www.valeursactuelles.com/societe/zemmour-mise-en-demeure-par-la-csa-cnews-saisit-le-conseil-detat-113574»

La propagande médiatique étatsunienne à la rescousse de l’OIAC

La propagande médiatique étatsunienne à la rescousse de l’OIAC


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama – Le 2 decembre 2019

Une organisation internationale a publié deux faux rapports et s’est fait prendre la main dans le sac. Mais comme ces faux rapports ont été établis dans l’intérêt des États-Unis, une organisation de propagande parrainée par les États-Unis est envoyée pour embrouiller la situation. Alors que cette tentative se retrouve sous le feu des critiques, le New York Times intervient pour donner un coup de pouce supplémentaire.

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a créé un prétexte pour la guerre en censurant ses propres recherches scientifiques :

Des courriels et des documents de l'OIAC ont fait l'objet de fuites organisées par des lanceurs d’alerte vers des journalistes et des avocats internationaux. L'ancien journaliste Jonathan Steele, qui s'est entretenu avec ces lanceurs d’alerte, a rédigé un excellent article sur le sujet. Dans le Mail on Sunday, le chroniqueur Peter Hitchens s'est penché sur la question et l'a mise en avant.

Sous la pression des États-Unis, la direction de l’OIAC a modifié ou supprimé les conclusions de ses propres scientifiques pour faire croire que le gouvernement syrien était responsable de l’incident chimique présumé survenu en avril 2018 à Douma.

L’attention que le public porte à cette manipulation de l’OIAC pousse à remettre en question d’autres études faites précédemment par l’OIAC. Quelqu’un devait donc venir à son secours.

C’est l’organisation de propagande Bellingcat, financée par les États-Unis, qui s’est lancée à la rescousse de l’OIAC. Elliot Higgins « suck my balls », fondateur de Bellingcat, a déclaré que les rapports de l’OIAC sont en droite ligne avec les préoccupations exprimées par les scientifiques de l’OIAC.

Cette affirmation est maintenant propagée par un article du New York Times qui, sous prétexte de faire une analyse en source libre sur le sujet , renforce Bellingcat et sa défense de l’OIAC :

Le blogueur Eliot Higgins a déjà fait parlé de lui, au début de la décennie, en couvrant la guerre en Syrie à partir de l’ordinateur portable de son appartement à Leicester, en Angleterre, tout en s'occupant de sa petite fille. En 2014, il fondait Bellingcat, un journal d'information en source libre qui compte aujourd'hui une douzaine de collaborateurs, avec un bureau à La Haye. M. Higgins a attribué sa compétence non pas à une connaissance particulière des conflits internationaux ou des données numériques, mais aux heures qu'il a passées à jouer à des jeux vidéo, ce qui, selon lui, lui a donné l'idée que tout mystère peut être résolu. 
...
Les journalistes de Bellingcat ont fait connaître leurs techniques lors de séminaires auxquels ont participé des journalistes et des responsables de l'application des lois. Avec les subventions de groupes comme l'Open Society Foundations, fondée par George Soros, les séminaires sont une source importante de revenus pour Bellingcat, une organisation à but non lucratif.

Il semble que le New York Times ait oublié de mentionner une source financière importante de Bellingcat. Voici une capture d’écran actuelle de la page «A propos» de son site internet :

Agrandir

Porticus, Adessium, Pax for Peace et le Postcode Lottery sont toutes des organisations néerlandaises. Ensuite, il y a la fameuse organisation de Soros que le New York Times a bien mentionnée. Mais pourquoi a-t-il négligé de dire à ses lecteurs que Bellingcat est financé par la National Endowment for Democracy, organisme lui-même financé à près de 100% par le gouvernement américain ?

Serait-ce parce que la NED, qui dépense l’argent du gouvernement américain pour financer plus de 1.600 organisations non gouvernementales, est un cheval de Troie, une couverture pour la CIA ?

Sous l'impulsion du Watergate - le Church committee du Sénat, le Pike committee de la Chambre des représentants et la commission Rockefeller, créée par le président, étaient tous occupés à enquêter sur la CIA. Régulièrement, la révélation d'un comportement horrible, même criminelle, dans laquelle la CIA était impliquée depuis des années, faisait la une des journaux. 
...
Ce qui a alors été fait, fut de transférer la réalisation de bon nombre de ces choses horribles à une nouvelle organisation, avec un joli nom qui sonne bien - la National Endowment for Democracy. L'idée était que la NED ferait ouvertement ce que la CIA faisait secrètement depuis des décennies, et donc, espéraient-ils, éliminerait la stigmatisation associée aux activités secrètes de la CIA. 
...
"Nous ne devrions pas avoir à faire ce genre de travail clandestinement", déclarait Carl Gershman en 1986, alors qu'il était président de ce Fonds de dotation. "Il était terrible pour les groupes démocratiques du monde entier d'être considérés comme subventionnés par la C.I.A. Nous l'avons vu dans les années 60, et c'est pourquoi cela a été abandonné. Nous n'avions pas la possibilité de le faire, c'est pourquoi le fonds de dotation a été créé."
Et Allen Weinstein, qui a participé à la rédaction de la loi établissant la NED, déclarait en 1991 : "Une grande partie de ce que nous faisons aujourd'hui était fait clandestinement depuis 25 ans par la CIA."

En fait, la CIA blanchit de l'argent par le biais de la NED.

Le fait que la NED fasse le travail de la CIA est probablement la raison pour laquelle l’article du NYT sur Bellingcat oublie de mentionner ces financements et aussi pourquoi il accourt à l’aide de Bellingcat et de l’OIAC :

Certains journalistes et militants hostiles envers ce qu'ils qualifient de "récits pro-occidentaux de Bellingcat" ont critiqué une partie de sa couverture de la guerre en Syrie.

En particulier une attaque du 7 avril 2018 contre Douma, en Syrie. Bellingcat a rapporté, sur la base d'une analyse de six vidéos trouvée en source libre, qu'il était "hautement probable" que des civils de Douma soient morts à cause d’armes chimiques. En mars, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques a indiqué qu'il existait des "motifs raisonnables" de dire que des armes chimiques avaient été utilisées dans cette attaque.

Les critiques de Bellingcat ont pointé du doigt un courriel d'un enquêteur de l'organisation, disant qu'il se posait des questions sur les résultats. WikiLeaks a publié le courriel le 23 novembre. En réponse, Bellingcat a défendu son article en affirmant que le rapport final de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques sur Douma tenait compte des préoccupations de l'enquêteur dont le courriel a été publié par WikiLeaks.

En jouant à des jeux vidéo, Elliot Higgins a appris à identifier les attaques chimiques vues dans des séquences vidéo douteuses publiées par des affiliés terroristes. Si c’est vrai, c’est une capacité admirable. Son affirmation selon laquelle le rapport de l’OIAC « tient compte des préoccupations de l’enquêteur » qui l’a critiqué est, comme le démontre Caitlin Johnstone, tout à fait fausse :

Bellingcat ne tient tout simplement pas compte de cet aspect absolument central du courriel, ni de la remarque du lanceur d’alerte au sujet des symptômes des victimes qui ne correspondent pas à une intoxication au chlore gazeux.

"Dans ce cas, la confiance dans l'identité du chlore ou de tout agent d'étouffement est remise en question précisément en raison de l'incohérence avec les symptômes signalés et observés ", écrit le lanceur d’alerte dans son courriel. "L'incohérence n'a pas seulement été relevée par l'équipe [de la mission d'enquête], mais aussi par trois toxicologues spécialisés dans l'exposition à des agents [d’armes chimiques]."

Bellingcat ne dit rien de ces remarques faites par courriel, et ne dit rien sur le fait que l'OIAC les a exclues de son rapport intérimaire en juillet 2018 et de son rapport final en mars 2019, ce dernier affirmant exactement le contraire en disant qu'il y avait des "motifs raisonnables de croire que l'utilisation d'un produit chimique toxique en tant qu’arme a eu lieu. Ce produit chimique toxique contenait du chlore réactif. Le produit chimique toxique était probablement du chlore moléculaire."

Bellingcat ignore complètement tous ces points, ....

Dans sa défense du rapport de l’OIAC, Bellingcat écrit :

La comparaison des points soulevés dans la lettre avec le rapport final montre clairement que l'OIAC a non seulement abordé ces points, mais a même modifié la conclusion d'un rapport antérieur pour refléter les préoccupations de cet employé.

Le chroniqueur Peter Hitchens du Mail on Sunday n’est pas d’accord avec ce paragraphe :

Mis à part les mots "la" et "le", tout dans le paragraphe ci-dessus est, pour le dire poliment, erroné. Bellingcat était si impatient de démolir la fuite concernant l'OIAC qu'il s'est depeché (comme beaucoup l'ont fait lorsque l'attaque a été annoncée pour la première fois) de juger sans attendre les faits. Les lanceurs d’alerte de l'OIAC en savent plus que ce qui a été publié jusqu'à présent...

Caitlin et Peter devraient jouer plus souvent aux jeux vidéo. J’ai lu dans le NYT qu’ils sont la véritable voie d’apprentissage pour l’évaluation factuelle des attaques chimiques présumées.

Le 7 avril 2018, des terroristes du groupe Jaish al Islam tenaient Douma. Ils ont tué 40 civils. Les corps ont été montrés dans des vidéos avec des bidons de chlore gazeux pour prétendre que le gouvernement syrien avait tué ces personnes. L’équipe d’enquêteurs de l’OIAC a analysé les éléments de preuve et a constaté que les bombonnes n’avaient pas été larguées d’un avion mais placées manuellement. Les symptômes montrés par les victimes ne correspondaient pas à une attaque au chlore et des substances chlorées n’ont été trouvées qu’à des concentrations extrêmement faibles. Il n’y avait absolument aucun « motif raisonnable » de dire que des armes chimiques avaient été utilisées dans l’attaque.

Mais la direction de l’OIAC, sous la pression des États-Unis et malgré les protestations de ses propres scientifiques, a publié un rapport disant le contraire. Lorsque cette manipulation a été dévoilée, Bellingcat, un organisme financé par les États-Unis, a fait une superficielle tentative pour brouiller les pistes. Puis une autre organisation de propagande, le New York Times, a dû intervenir pour sauver Bellingcat et les fausses déclarations de l’OIAC.

Cela ne va pas aider. Il y aura bientôt d’autres preuves que la direction de l’OIAC a publié deux faux rapports sur Douma, et probablement encore plus sur un autre sujet. Le public saura que l’OIAC a échoué.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophonehttps://lesakerfrancophone.fr/la-propagande-mediatique-etatsunienne-a-la-rescousse-de-loiac

Entretien de Bachar el-Assad avec Paris Match

Entretien de Bachar el-Assad avec Paris Match

par Bachar el-Assad, Régis Le SommierRÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 28 NOVEMBRE 2019 ESPAÑOL

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Régis Le Sommier avec le président Bachar el-Assad

Après neuf ans de guerre civile, le président syrien Bachar el-Assad, soutenu par la Russie et l’Iran, est le seul maître à bord. Voici l’intégralité de l’interview accordée à Paris Match.

Paris MatchNotre dernière interview remonte à cinq ans, presque jour pour jour. C’était en novembre 2014, votre gouvernement ne contrôlait plus qu’un tiers du pays. Aujourd’hui vos armées sont de retour à la frontière turque. Avez-vous le sentiment d’avoir gagné la guerre ?

Bachar el-Assad. Je voudrais être très précis sur ce point. Qu’elle soit gagnée ou perdue, ce n’est pas « ma » guerre, la guerre d’un président cherchant à conserver son poste, selon la version occidentale. C’est une guerre nationale, celle des Syriens contre les terroristes. Il est vrai que depuis, comme vous l’avez dit, nous avons beaucoup avancé ; mais ça ne veut pas dire que nous avons gagné. Nous vaincrons lorsqu’il n’y aura plus de terrorisme. Or, le terrorisme est toujours là dans des régions du Nord. Ce qui est plus regrettable encore, c’est qu’il bénéficie toujours de soutiens de la part de la Turquie et des pays occidentaux, les États-Unis, la Grande Bretagne, et notamment la France. Il est donc encore tôt pour parler de victoire.

Vous pensez honnêtement que la France soutient les terroristes ?

Evidemment. Ils ont envoyé des armes par le passé. Je ne sais pas s’il y a eu un vrai changement à ce sujet au cours des derniers mois ou de la dernière année.Nous ne disposons pas de données actuellement. Mais regardons les choses dans leur contexte général. Lorsque les forces françaises viennent en Syrie sans y être invitées par le gouvernement légitime, c’est de l’occupation. Il n’y a pas une grande différence entre le soutien au terrorisme et le déploiement de forces militaire dans le but d’occuper un pays.

Les Français sont venus en appui des Kurdes qui combattaient Daech, c’était le sens de leur mission…

Vous pensez franchement que nous pouvons envoyer des forces syriennes en France combattre le terrorisme en France sans y être invités par le gouvernement français ? Le droit international régit le comportement des États dans le monde, pas les intentions. Il ne suffit pas de vouloir combattre le terrorisme, il faut observer les règles internationales. Bien sûr, je suppose que, dans ce cas précis, les intentions sont bonnes, mais nous n’y croyons pas vraiment. Le gouvernement syrien aussi combattait Daech. Pourquoi ne pas l’avoir soutenu ? Pourquoi les gouvernements français combattent-ils Daech, alors qu’ils soutiennent Al Nosra ? Les deux sont des terroristes !

Vous faites référence à l’époque du gouvernement Hollande et aux livraisons d’armes aux rebelles syriens. Ce gouvernement souhaitait votre élimination. Son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, avait dit à l’époque que vous ne « mériter[iez] pas d’être sur terre ». Qu’en est-il avec Emmanuel Macron ? Avez-vous constaté un changement dans les positions de la France ?

Dans la forme, oui. Mais tant que l’occupation se poursuit, c’est une forme de terrorisme. Reconnaissez cette vérité. Il faut qu’il y ait un changement dans le contenu, pas seulement dans la forme. Les déclarations ne nous intéressent pas, c’est sur le terrain que les choses doivent changer.

Comment espérez-vous qu’elles changent ?

Il faut tout simplement revenir au droit international, rien qu’à cela. Nous ne demandons rien au gouvernement français. Nous ne lui demandons même pas un soutien de quelque ordre que ce soit politique, économique ou sécuritaire. Nous n’en avons pas besoin. Nous pouvons gérer nos propres affaires. Mais nous voulons qu’il revienne à un ordre mondial qui n’est plus respecté, car c’est le chaos qui règne. Qu’ils soutiennent ou non le président ne m’intéresse pas. Dire qu’il est bon ou mauvais ne m’intéresse pas non plus. C’est une question purement syrienne. Mais qu’ils cessent de soutenir tout ce qui est susceptible de répandre davantage le sang, de multiplier les tueries et d’accroître la souffrance en Syrie.

La France fait face à un délicat problème avec ses djihadistes partis combattre en Syrie. En détenez-vous dans vos prisons ?

La nationalité importe peu. Il faut solliciter les services compétents qui disposent des statistiques. Mais de toute manière, s’il y en a, ils seront soumis à la loi syrienne.

Vous savez forcément s’il y a des Français dans vos prisons !

Je n’ai pas de chiffres. Pour ce qui nous concerne, un terroriste c’est un terroriste. Qu’il soit français ou syrien, le résultat est le même.

Vous avez, pour le moment, un accord militaire avec les Kurdes des YPG. Si vous concluez un accord politique, le gouvernement syrien reprendra le territoire du Nord et notamment ses prisons. Que ferez-vous, dès lors, des quelque 400 djihadistes français que les kurdes détiennent ?

Tout terroriste qui se trouve dans les régions contrôlées par les forces syriennes sera soumise à la loi syrienne. Celle-ci est très claire. Ils seront donc traduits en justice devant des tribunaux spécialisés en matière de terrorisme.

Vous n’envisagerez pas, par exemple, de les renvoyer en Europe, comme le fait le président turc Recep Tayyip Erdogan ?

Erdogan tente de faire chanter l’Europe. Quelqu’un qui se respecte ne parle pas de cette manière. Il y a des institutions et des lois. Renvoyer vers un autre pays les terroristes, ou toute personne qui a été jugée et condamnée, est soumis à des accords bilatéraux entre les États. Quant au fait de faire sortir de prison quelqu’un que vous savez être un terroriste, et de le renvoyer chez lui pour qu’il tue des civils, c’est immoral.

Après huit ans de guerre, vous allez vers une victoire… mais sur des décombres. La moitié des Syriens sont déplacés ou en exil, 400 000 personnes ont perdu la vie. Reconnaissez-vous que sans l’aide des Russes et des Iraniens, vous auriez perdu ?

Cette guerre est dure. Nous ne sommes pas une grande puissance, mais nous faisions face aux pays les plus riches du monde. Il est tout à fait certain que le soutien de nos amis a limité les dégâts et nous a aidés à récupérer des territoires. Quant à savoir si sans ce soutien, la Syrie serait allée vers la partition, ou vers une défaite totale… Il est parfois difficile de prévoir le résultat d’un match de tennis avec uniquement deux joueurs. Là vous parlez de dizaines de joueurs et de centaines de milliers de combattants.

Est-ce qu’au cours de cette guerre, à un moment, vous avez envisagé de perdre et de vous exiler ?

A vrai dire, je n’y ai pas pensé, pour la simple raison que ce choix ne se posait même pas. Seuls les responsables occidentaux l’ont proposé. Cela ne me concernait pas. Pour moi, il n’en était pas question. Je ne peux envisager à cette option que si elle émane du peuple syrien. Et quand je dis « le peuple syrien », j’entends par là la majorité, et non une minorité terroriste, ou une minorité fabriquée politiquement dans les services de renseignement étrangers, ou encore une minorité de personnes qui ont manifesté parce que le Qatar les a payées pour le faire. Pour la majorité du peuple, la question ne se posait pas. C’est pourquoi j’ai résisté et je suis resté.

Mais en 2013, Al Nosra est arrivé jusqu’à la place des Abbasides à Damas, à quelques kilomètres de votre résidence.

C’est tout à fait vrai. La ville de Damas est restée encerclée pendant des années, parfois quasi totalement, parfois partiellement. Les obus nous tombaient dessus quotidiennement. C’était une raison de plus pour moi pour rester, défendre mon pays, et ne pas fuir. J’assume mes responsabilités constitutionnelles. Je défends mon peuple et mon pays.

La reconstruction doit commencer. On estime son coût à 300 milliards de dollars, certains disent 400… Quel est votre plan pour sortir vos compatriotes du marasme, en tenant compte des sanctions terribles qui visent à vous affaiblir, mais qui en réalité touchent les plus pauvres ?

Absolument ! Mais malgré ces sanctions, plutôt que de s’affaiblir, l’industrie s’est développée, par exemple dans le domaine pharmaceutique. Quant à la reconstruction, vous pouvez aller par exemple à Alep qui a été largement détruite par les terroristes. Vous constaterez une grande différence. Car l’État procède à la reconstruction, ainsi que les citoyens.

La livre syrienne est au plus bas. Il va falloir des investissements, des partenaires étrangers. Est-ce que la Chine, l’Inde et la Russie répondent présents ?

Durant les six derniers mois, des entreprises ont commencé à venir de l’étranger pour investir en Syrie. Cet investissement restera lent dans les conditions actuelles, à cause des sanctions, bien entendu. Mais on peut les contourner, et nous avons commencé, en coordination avec ces entreprises, à trouver les moyens pour nous en sortir. Elles vont prochainement investir en Syrie. Je suis réaliste cependant, ça ne veut pas dire que le processus de reconstruction sera rapide.

Vous l’estimez à combien d’années ?

Cela dépendra du temps que les sanctions dureront, et aussi du retour de nos citoyens. Ils sont en train de revenir en ce moment, mais progressivement. Il m’est donc difficile de donner une réponse précise à ce sujet. Mais c’est un processus qui prendra évidemment des années.

« La plupart de ces réfugiés soutenaient l’Etat »

Combien de Syriens sont rentrés ?

Plus d’un million en moins de deux ans. Et les choses s’accélèrent à présent, notamment après la libération de Damas, de la région sud et de sa périphérie. Bien sûr, le retour des Syriens dépend aussi de la réhabilitation de l’infrastructure, comme de l’électricité, des écoles et des hôpitaux. Malheureusement, les sanctions et le blocus pèsent lourdement sur ces secteurs. Dans le même temps, les occidentaux exercent une forte pression sur les réfugiés pour qu’ils ne rentrent pas dans leur pays. C’est un enjeu « humanitaire » qu’ils brandissent comme une carte pour atteindre leurs objectifs politiques.

Certains de ces réfugiés sont partis parce qu’ils vous étaient opposés, qu’ils ont subi des horreurs pendant la guerre, parfois de la part de votre armée. Allez- vous décréter une amnistie ? La réconciliation est-elle encore possible ?

D’abord la plupart de ces réfugiés soutenaient l’Etat et non le contraire. Preuve en est l’élection présidentielle de 2014, auxquelles ils ont participé, et dans laquelle ils ont voté pour le président. La majorité a émigré à cause de la guerre et de ses séquelles économiques. Donc pour ce qui est du retour, il n’y a aucun problème. Certains reviennent tout naturellement, sans qu’une amnistie ne soit nécessaire. D’autres sont des opposants, mais, il n’y a aucun problème, et nous dialoguons constamment avec eux. Quant à l’amnistie, nous l’avons décrétée à plusieurs reprises, la dernière il y a moins d’un an, car certains craignaient de revenir de peur d’être arrêtés. Seuls ceux qui ont porté des armes seront arrêtés. Et malgré cela, ils seront graciés.

L’année dernière au moment de la chute de la Ghouta, j’ai pu assister au départ des rebelles pour Idlib. Les officiers syriens leur disaient : « Baissez les armes. N’allez pas à Idlib. Vous allez vous faire tuer. » Eux répondaient : « Vous allez nous incorporer dans l’armée, donc on ne veut pas aller avec vous. » Ils avaient peur de votre armée. Que leur dites-vous ? Pourquoi cette peur ?

Parlons des faits. Certains de ceux qui sont allés à Idlib nous ont laissés leurs familles. Et nous, en tant qu’Etat, nous prenons soin de ces familles. Ça veut dire qu’ils n’ont pas peur de nous, sinon, comment auraient-ils laisser leurs familles derrière eux ? Par ailleurs, certaines de ces personnes armées sont allés à Idlib. Puis ils ont demandé à revenir, et nous leur en avons donné la permission. Ils ont été amnistiés. Pendant sept ans, lorsqu’ils étaient isolés de l’Etat, on a raconté à la plupart d’entre eux que l’armée allait les tuer. Mais depuis qu’elle est entrée dans la Ghouta, la vie a repris son cours. Les gens mènent une existence normale. Il faut aussi savoir que certains ont pris les armes non pas parce qu’ils étaient extrémistes, mais parce qu’ils n’avaient pas d’autres choix que de combattre du côté des terroristes, ou d’être tués par eux. Maintenant ils reviennent progressivement à nous, parce qu’ils ont été rassurés.

L’Iran, votre allié, est aujourd’hui en proie à un soulèvement de grande ampleur. Le Liban et l’Irak également. Les manifestants réclament la dignité et l’arrêt de l’accaparement des richesses par un petit nombre. N’était-ce pas finalement ce que réclamaient aussi les manifestants syriens en 2011 ?

Arrêtons-nous un instant sur les slogans de dignité, de liberté qu’ils ont scandés. Ils peuvent être de beaux masques qui cachent cependant la laideur. Je vous donne des exemples : Bush a tué un million et demi d’Irakiens derrière le grand slogan de la démocratie. Sarkozy a contribué au meurtre des centaines de milliers de libyens, en se cachant derrière celui de la liberté pour le peuple libyen. Aujourd’hui la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis violent le droit international sous prétexte de vouloir soutenir les Kurdes, or les Kurdes sont des Syriens et non un peuple à part. En 2011, en Syrie, on entendait ces mêmes slogans sur la dignité, la liberté. Ces mêmes slogans ont été utilisés pour tuer des policiers et des civils, saboter les propriétés publiques. Il ne faut donc pas nous fier aux slogans, mais à la réalité des faits sur le terrain.

Au début en 2011, il y avait un soulèvement populaire authentique, avec de réelles revendications. Ça n’était pas Al Qaïda. Pourquoi avoir utilisé la force ?

Parlons des chiffres d’abord. La plus grande manifestation qui a eu lieu en Syrie réunissait 170 000 personnes. Supposons que ce chiffre ne soit pas exact. Multiplions-le jusqu’à atteindre un million de manifestants. Le peuple syrien compte plus de 23 millions d’habitants. Ces chiffres ne sont donc pas significatifs. Ils ne révèlent rien. Du point de vue quantitatif, il ne s’agissait pas d’un soulèvement populaire. De toute manière, on ne saurait parler d’un soulèvement populaire lorsque les fonds pour pousser les gens à manifester proviennent du Qatar. Enfin, ni moi, ni le gouvernement, n’aurions pu rester en place pendant neuf ans face à un soulèvement populaire. Preuve en est que, malgré tout le soutien qu’il lui a apporté, l’Occident n’a pu maintenir au pouvoir le Shah d’Iran. Donc le terme « soulèvement populaire » est faux, ou disons irréaliste.

Au début de la guerre, en juin 2011, vous avez fait libérer un certain nombre de détenus de la prison de Sednaya. On vous accuse d’avoir voulu introduire le poison djihadiste dans l’opposition. Pourquoi avez-vous fait ça ?

En Syrie, l’amnistie des prisonniers est une règle générale appliquée depuis avant la guerre. Lorsqu’une amnistie est décrétée, on précise les catégories de personnes qu’elle ne concerne pas, les espions, les trafiquants de drogue, et autres. Dans notre loi, il n’y a pas de catégorie qui s’intitule « les radicaux ». L’amnistie doit donc couvrir tout le monde. Il y a aussi d’autres cas de détenus qui sont sortis de prison, précisément en 2011, parce qu’ils avaient purgé leurs peines, et non parce qu’ils étaient amnistiés. Pourquoi faire libérer les intégristes et les terroristes ? Pour qu’ils tuent nos soldats et les civils ? Selon la version occidentale, je l’ai fait pour diaboliser les manifestations pacifiques. En réalité, ils se sont diabolisés eux-mêmes lorsqu’ils ont diffusé sur internet des vidéos les montrant en train d’exécuter des civils en les égorgeant, en les fusillant, et en fusillant des policiers dès les premiers jours. Voilà la vérité sur cette libération de prisonniers.

Il existe en Syrie des centres carcéraux comme la prison de Sednaya. Des documentaires, notamment celui de ma confrère Manon Loizeau, « Le cri étouffé », montrent que des viols systématiques y ont été pratiqués. Reconnaissez-vous l’existence de ces traitements ?

Il y a une différence entre une politique revendiquée et des fautes individuelles. S’il y en a eu, nous n’en sommes pas au courant. Ce genre de pratiques, comme le viol et le harcèlement sexuel, n’est pas fréquent dans notre société. De tels actes, s’ils existent, sont condamnés et punis par la loi. Ce sont des cas isolés et individuels. Mais si une telle politique existe n’importe où dans le monde nous la condamnons, parce qu’elle est immorale, et parce qu’elle va à l’encontre de la stabilité. On ne peut pas espérer de rapports sereins entre les citoyens s’il y a torture, meurtre, ou toutes sortes d’agression.

Précisément, ces documentaires sont basés sur des témoignages de victimes syriennes qui disent que dans la société, elles ont honte. Donc elles n’en parlent pas. Mais elles attestent que ça leur est arrivé.

Le récit est une chose, les documents en sont une autre. Tout ce qui est proposé, ce sont des récits, des images non vérifiés. Ces témoins étaient cachés. Dans la plupart des cas, c’est le Qatar qui a financé ces rapports. Pour les reconnaître comme valables, on a besoin de vérifications et d’enquêtes professionnelles. En toute logique, nous n’avons aucun intérêt à ce que ce genre de crime soit commis. Mettons l’éthique de côté, moi je parle de l’intérêt pur et simple. Quel résultat peut-on obtenir de la torture ? La vengeance ? Si vous allez dans les régions qui étaient contrôlées par l’opposition, vous verrez exactement le contraire. Nous ne sommes pas assez schizophrènes pour torturer les gens ici, tout en étant indulgents là-bas. Ce ne sont que des allégations politiques.

J’insiste. Ce ne sont pas des témoins produits par le Qatar. Ce sont des gens rencontrés dans des camps de réfugiés, souvent en Turquie ou en Jordanie, qui ont témoigné devant une journaliste digne de confiance, qui n’est pas téléguidée et n’a pas un agenda politique.

Qu’est-ce que la « confiance » vient faire là-dedans ? Il y a des mécanismes. Il y a des informations bien vérifiées. Qui a vérifié l’exactitude de ces récits ? Qui a vérifié l’identité de ces témoins et s’ils ont bien subi ce genre de choses ? Je serai disposé à en discuter avec vous le jour où je disposerais de faits. Si cela s’avère exact, ceux qui ont commis de tels actes seront jugés par la loi syrienne.

Donald Trump a cité la Syrie dans ses remerciements au moment de la mort d’Abou Bakr al-Baghdadi. Avez-vous donné une information aux Américains ? Saviez-vous où il était ?

Cela me fait toujours rire quand on me pose cette question. Le plus important, c’est de savoir si Abou Bakr al-Baghdadi a vraiment été tué, et si cette belle comédie présentée par les Américains a vraiment eu lieu.

Mais Daech a reconnu sa mort !

Oui bien sûr, mais Daech a été fabriqué par les Américains. Il fait partie de cette comédie. Baghdadi a appris à jouer son rôle lorsqu’il était dans les prisons américaines en Irak. C’est pourquoi je dis que c’est une vaste comédie. Est-ce que ça a vraiment eu lieu ? Je ne sais pas. Ça ne veut pas dire qu’il n’a pas été tué mais, s’il l’a été, ce n’est pas parce qu’il était terroriste. Ils étaient capables de frapper Daech lorsque Daech volait le pétrole syrien et l’envoyait vers l’Irak, mais ils ne l’ont pas fait. Et lorsque Daech a attaqué l’armée syrienne à Deir Ez-Zor, les Américains ont frappé l’armée syrienne. Pas Daech. Par conséquent, nous n’avons pas collaboré avec les Américains en quoi que ce soit. Nous ne pouvons pas collaborer dans la lutte contre le terrorisme avec ceux qui soutiennent le terrorisme.

Pourquoi vous a-t-il remercié alors ?

C’est une de ses blagues…

Lors de notre dernier entretien, vous m’aviez certifié n’avoir jamais utilisé d’armes chimiques, notamment dans la Ghouta en 2013. Depuis, il y a eu Khan Cheikhoun, il y a eu Douma. Que répondez-vous face à l’accumulation de preuves sur l’usage par vos armées d’armes chimiques ?

Non, non, il n’y a pas une seule preuve jusqu’à présent. Utiliser une telle arme aurait fait des centaines, voire des milliers de victimes. Quant à l’accumulation, elle est due au fait que l’armée syrienne avançait, et réalisait des victoires contre les terroristes. Il fallait absolument trouver un prétexte pour la frapper, et c’est bien ce qui s’est passé. Ce récit était utilisé dans deux cas : quand nous avions beaucoup progressé et qu’il fallait qu’on nous arrête. On s’en servait alors comme une menace contre nous. Il était aussi utilisé lorsque nous préparions une grande opération. Il menaçait avant que l’opération ne soit lancée. D’autre part, nous avançons, pourquoi aurions-nous besoin d’armes chimiques ? Telle est la question ? Le point le plus important est que là où nous entrons, il y a des civils, et leur vie reprend son cours normal. Comment ont-ils pu y rester si nous avions fait usage d’armes chimiques ? Sur ce sujet, les mensonges dans les médias occidentaux et la politique occidentale sont sans limites.Bachar el-Assad
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Directeur adjoint de Paris Match. Il a notamment publié : David Petraeus, un beau jour dans la vallée du Tigre, Éditions Erick Bonnier (2012). Daech, l’histoire, éditions De La Martinière (2016). Assad, éditions De La Martinière (2018). Les articles de cet auteur

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