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L’ORIGINE DES NOMS DE 5 ÉLÉMENTS CHIMIQUES — 2

MATHIS A. LECORBOT

Chroniques du Corbot

L’ORIGINE DES NOMS DE 5 ÉLÉMENTS CHIMIQUES — 2

Publié Par Mathis LeCorbot

Ceci est le deuxième article sur l’origine des noms donnés aux éléments chimiques. Vous trouvez le numéro atomique de l’élément, son nom français et son (symbole). Pour lire le premier article, cliquer ici.

3 — Lithium (Li) : Le lithium est le plus léger des éléments chimiques solides à température ambiante, le lithium est aujourd’hui populaire pour la fabrication de batteries rechargeables. Son nom vient du mot grec « lithos » qui signifie « pierre ». Penser à notre lithosphère ou à la lithographie. J’abordais le sujet dans le premier article, notre Univers a produit très peu d’éléments chimiques différents à sa naissance. Beaucoup d’hydrogène, beaucoup moins d’hélium et il faut rajouter une infime trace de… lithium. Toutefois, l’abondance actuelle du lithium ne provient pas de la nucléosynthèse primordiale, mais du travail des étoiles. Le lithium a quand même été la première pierre de notre univers. Est-ce cela qu’on pourrait appeler la « pierre philosophale » ?

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7 — Azote (N) : Selon la langue, les symboles chimiques ressemblent souvent à leur nom… ou pas. En français, N et azote n’ont rien en commun, mais en anglais, azote se dit « nitrogen ». Il provient du latin « nitrogenium ». Bizarre qu’un mot latin soit utilisé par les anglais, mais pas par les français. En français, le terme nitrogène signifie : « qui est à la naissance, à l’origine du nitre ». Le nitre (nitrate de potassium) ou encore salpêtre (sel de pierre) est un composé minéral de formule KNO3. Alors d’où vient le mot « azote » ? Antoine Lavoisier l’a inventé à partir du préfixe « a » signifiant la privation et le mot grec ζωτ (zot) signifiant « vivant ». Azote signifie donc « privé de vie ». Alors que la Terre abrite tant de vie, son atmosphère est ironiquement composée à 78 % d’azote (N2). Allez y comprendre quelque chose !

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22 — Titane (Ti) : Le titane tire évidemment son nom du mot « titan », mais sa corrélation avec ces personnages mythiques est loin d’être évident, sinon inexistant puisque celui qui le nomma ainsi ne connaissait rien de ses propriétés physico-chimiques. Ce métal de transition possède plusieurs avantages. Il est léger, résistant et anticorrosif, mais par-dessus tout, il est biocompatible. Puisque le corps humain ne le considère pas comme un corps étranger, plusieurs prothèses en titane permettent de remplacer avantageusement des os irréparables. Devenons-nous alors des Titans ? Le titane est utilisé dans la conception d’avions de haute technologie et les premiers chasseurs secrets américains qui ont utilisé ce matériau pour combattre le soviétisme ont été construits à partir de titane provenant… d’URSS. Plutôt ironique, n’est-ce pas ?

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77 — Iridium (Ir) : Intuitivement, on associe ce mot à iris, avec raison. En latin, iris signifie arc-en-ciel et l’usage d’iridium dans certains composés chimiques donnent des molécules très colorées, d’où son nom. Toutefois, sous sa forme pure, il ressemble au platine et n’a pas ou peu de coloration. L’iridium est très rare à la surface de la Terre. Il est cependant beaucoup plus abondant dans les météorites. En analysant une fine couche géologique disséminée sur toute la planète contenant un taux anormalement élevé d’iridium, les père et fils Alvarez ont imaginé qu’un tel objet céleste serait tombé sur Terre il y a de cela 66 millions d’années. Ils ont calculé les dimensions du caillou qui aurait causé la fameuse cinquième grande extinction, celle des dinosaures non aviaires. Il devait faire environ une dizaine de kilomètres de diamètre, soit plus que l’Everest. Sa chute aurait créé un astroblème d’environ 200 km de diamètre. Celui-ci a finalement été retrouvé au Yucatan et ses dimensions concordent très bien avec les calculs des deux hommes. L’iridium a servi à « faire toute la lumière » sur le coupable de cette tuerie de masse qui a fait disparaitre plus de 60 % de toutes les espèces vivant sur la planète.

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80 — Mercure (Hg) : En terminant, un facile, Mercure. Du dieu romain du même nom associé au commerce. Mercure et vif-argent furent longtemps synonymes. Aujourd’hui, ce dernier terme est tombé en désuétude, sauf dans les jeuxhttps://mathislecorbot.com/2020/03/08/lorigine-des-noms-de-5-elements-chimiques-2/ vidéos de type médiévaux où il est réapparu. Mercure est l’un des deux seuls éléments chimiques à être liquide à température de 0 °C et pression de 1 atmosphère, l’autre étant le brome (Br). Le nom vif-argent lui correspondait bien. On aurait pu aussi dire « argent liquide », mais on a gardé cette utilisation pour de l’argent solide. Bizarre de langue ! Son symbole « Hg » provient de son nom latin « hydrargyrus » qui signifie « eau ronde ». Lorsque vous versez des gouttes de mercure, elles ne s’étalent pas comme de l’eau, elles s’arrondissent pour former des quasi-sphères

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L’ORIGINE DES NOMS DE 5 ÉLÉMENTS CHIMIQUES — 1

L’ORIGINE DES NOMS DE 5 ÉLÉMENTS CHIMIQUES — 1

Publié Par Mathis LeCorbot

Deces-de-Georges-Descrieres-un-dernier-vol-pour-Arsene-LupinCHAQUE ÉLÉMENT CHIMIQUE EST DÉSIGNÉ PAR SON NUMÉRO ATOMIQUE, SON NOM AINSI QUE SON (SYMBOLE).

1 – Hydrogène (H) : Signifie « qui est à la naissance, à l’origine de l’eau ». Hydra est un animal aquatique mythique. En décomposant l’eau, on obtient de l’hydrogène, le gaz le plus léger qui soit. L’hydrogène compose tout un tas de molécules et pas seulement l’eau, mais c’est en électrolysant l’eau que cet élément fondamental, le plus abondant de tout l’univers, nous est apparu pour la première fois sous une forme non composée. 74 % de toute la masse de l’Univers est de l’hydrogène. Cette masse constitue 93 % de tous ses atomes. Le fameux dirigeable Hindenberg était gonflé à l’hydrogène, le plus léger mais le plus inflammable des gaz. On s’en sert aujourd’hui pour alimenter les fusées. Ouais, on n’apprend jamais totalement de nos erreurs.

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2 – Hélium (He) : Tire sa racine d’Hélios (le dieu solaire grec). En 1868, le spectre solaire montre la trace d’un élément chimique inconnu. Il provient de la fusion nucléaire de 4 atomes d’hydrogène se transformant en un atome d’hélium au cœur même du Soleil. Ainsi, son nom est partiellement justifié puisque l’hélium se forme dans toutes les étoiles. Il en existait cependant déjà au commencement de l’Univers au moment de la nucléosynthèse primordiale. Tout l’hélium n’a donc pas été entièrement formé par les étoiles. Mais ce fait ne sera connu des scientifiques que plus tard. Il est plus lourd que l’hydrogène, toutefois l’hélium l’a remplacé dans les dirigeables et les ballons grâce à sa très grande stabilité.

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8 – Oxygène (O) : Signifie « qui est à la naissance, à l’origine de l’acide ». Une erreur fondamentale des premiers chimistes puisque les acides sont à base d’hydrogène et non d’oxygène. pH = potentiel hydrogène. On retiendra aujourd’hui du préfixe oxy- les termes oxydation et oxyder qui signifient une forme de détérioration d’une substance noble, ce qui peut laisser croire à un effet causé par un acide, mais qui n’en est pas un. Par exemple, l’oxydation est le procédé à la base de la rouille, la transformation du fer pur et dur en une substance friable sans grand intérêt. Toutefois, la silice est le résultat de l’oxydation du silicium. Comme quoi toute oxydation ne donne pas que des composés détestables et sans intérêt puisque cette molécule a donné tout un tas de produits naturels et artificiels.

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29 – Cuivre (Cu) : L’origine de ce mot désignant ce métal orangé est sa propre origine. Lorsque le Monde connu se résumait presque exclusivement aux peuples méditerranéens, le cuivre provenait en grande partie de mines situées sur l’ile de Chypre. Ce lieu situé au cœur de la Méditerranée a donné son nom au métal qui a ensuite évolué jusqu’à sa forme française actuelle, le cuivre. Utilisé à l’état pur, il n’a pas une très grande dureté, seulement 3 sur l’échelle de Mohs qui contient 10 niveaux. En lui rajoutant de l’étain les Anciens obtenaient des outils plus résistants, des armes plus efficaces et des cloches plus résonnantes. C’était l’Âge du bronze.

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33 – Arsenic (As) : De l’ancien grec, il signifie « Qui dompte le mâle ». De fait, cette substance toxique permettait d’empoisonner même les plus forts guerriers. Comme tous les poisons, il a aussi été utilisé comme médicament et comme arme de guerre. On connait la composition du bronze cuivre-étain, mais dans l’Antiquité, le bronze existait également sous la forme d’un alliage cuivre-arsenic puisque l’étain provenait de lointaines contrées alors que l’arsenic était souvent extrait des mêmes mines que le cuivre. Le prénom Arsène est bien tiré du mot arsenic. Voilà peut-être pourquoi Arsène Lupin réussissait si souvent à dompter les riches et puissants mâles.

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Du nouveau dans la géopolitique des matières premières

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Du nouveau dans la géopolitique des matières premières

 

 

Publié par Camille Blanc le 5 Octobre 2018

 

Les métaux et terres rares, les critical minerals, sont devenues un enjeu géopolitique majeur. Trois aspects essentiels dans la redistribution actuelle des cartes : des besoins d’extraction qui croissent de manière exponentielle, le quasi-monopole des chinois dans les aimants à métaux rares sur lesquels repose la « transition énergétique et l’existence de ressources encore inexploitées en Afrique centrale.

 

 

Du nouveau dans la géopolitique des matières premières
C’est dans les années 70 que l’on commence à exploiter les propriétés magnétiques et chimiques des métaux rares qui sont contenus en faible quantité dans les roches terrestres, et dont les propriétés semi-conductrices permettent de moduler les flux d’électricité transitant dans les appareils numériques.
« Du thé à l’or noir, de la muscade à la tulipe, du salpêtre au charbon, les matières premières ont toujours accompagné les grandes explorations, les empires et les guerres. Elles ont souvent contrarié le cours de l’histoire. Les métaux rares sont en train de changer le monde à leur tour », explique Guillame Pitron, auteur du livre « La guerre des métaux rares : la face cachée de la transition énergétique et numérique », paru en 2018 (1). Une enquête aux sources des prochains conflits économiques et géopolitiques qu’il a menée pendant plus de six ans à travers une douzaine de pays, et finalement un livre fracassant qui explique en quoi les énergies dites « propres » ne le sont pas autant qu’on le croit (2). Tant pis pour la croyance dominante en un monde délivré du charbon et du pétrole, des pollutions et des ravages environnementaux…. sans parler des guerres.Qu’appelle-t-on métaux rares et terres rares ?

Les métaux rares sont un ensemble d’une trentaine de matières premières. Ils sont le plus souvent mélangés dans l’écorce terrestre aux métaux les plus abondants, mais présents en proportions infimes. Parmi ces métaux rares, les terres rares sont un groupe de 17 métaux aux propriétés proches (3). Une fois industrialisées, leur puissance est telle qu’il suffit de très faibles quantités : 130 000 tonnes de terres rares produites par an contre 2 milliards de tonnes de fer, soit 15 000 fois moins. En conséquence, par exemple, un kilo de gallium vaut environ 150 dollars, soit 9000 fois plus que le fer. Et le germanium coûte lui encore dix fois plus cher que le gallium !
Les aimants à métaux rares permettent notamment de produire une électricité dite « propre », dans les moteurs des voitures électriques, dans les rotors de certaines éoliennes ou dans les panneaux photovoltaïques. Mais ces minerais sont aussi présents dans les chars, les destroyers, les radars, les bombes intelligentes, les mines antipersonnel, les équipements de vision de nuit, les sonars, les serveurs, les drones, les avions radar, les satellites, les lanceurs spatiaux… et s’avèrent donc indissociables des combats menés dans le monde électronique, virtuel et médiatique.

Des enjeux géopolitiques immenses

Quels seront nos besoins futurs en terres rares ? Olivier Vidal, chercheur au CNRS, a réalisé une étude  calculant la quantité de métaux nécessaires à moyenne échéance pour soutenir nos modes de vie high-tech (4). Sa conclusion est la suivante :  la consommation mondiale de métaux croissant à un rythme de 3 à 5 % par an, « pour satisfaire les besoins mondiaux d’ici à 2050, nous devrons extraire du sous-sol plus de métaux que l’humanité n’en a extrait depuis son origine ».

Or la Chine détient aujourd’hui le monopole de ces ressources si indispensables à la société numérique, tandis que les réserves pour l’avenir se situent pour l’essentiel en Afrique centrale. La chine produit 44 % de l’indium consommé dans le monde, 55 % du vanadium, 65 % du spath fluor et du graphite naturel, 71 % du germanium et 77 % de l’antimoine ! La Chine est ainsi le pays le plus influent en ce qui concerne l’approvisionnement mondial en maintes matières premières dites critiques. De plus, le commerce « technologies contre ressources » que les Chinois ont mis en place a si bien fonctionné qu’ils contrôlent désormais les trois quarts de la production mondiale des aimants, alors qu’à la fin des années 90, les États-Unis et l’Europe en détenaient 90 %.

Une électricité « propre » ?

Pour les batteries utilisées dans les voitures électriques, le bilan énergétique est très lourd en raison des batteries lithium-ion composées à 80 % de nickel, à 15 % de cobalt, à 5 % d’aluminium, mais aussi de lithium, de cuivre, de manganèse, d’acier ou de graphite. Certes, la voiture électrique à batterie est trois fois plus efficiente qu’une voiture thermique et consomme trois fois moins d’énergie. Mais sur l’ensemble de son cycle de vie du cycle de vie, en intégrant l’énergie nécessaire à la construction des voitures, Guillaume Pitron affirme que l’avantage est nul, allant jusqu’à parler d’un « ElectricGate » (5).
Le lithium et le cobalt des batteries deviendront-ils le pétrole du 21e siècle ? La plus grande part du cobalt, les deux tiers des exportations mondiales, provient de la République démocratique du Congo (6), tandis que pratiquement tout le lithium consommé industriellement serait issu d’Australie et d’Amérique latine, en particulier du Chili et de l’Argentine (7).

Quant à son petit voisin, le Congo-Brazzaville, même s’il ne recèle pas officiellement de Coltan, cette dernière ressource tant prisée par les fabricants de smartphones pourrait être une des causes du génocide dans le la région du Pool entre Brazzaville et Pointe-Noire (8).

(1)https://www.lemonde.fr/planete/article/2018/01/11/la-grande-bataille-des-metaux-rares_5240264_3244.html
(2)https://www.contrepoints.org/2018/06/27/319057-la-guerre-des-metaux-rares-de-guillaume-pitron
(3)https://lareleveetlapeste.fr/les-terres-rares-le-nouvel-or-noir/
(4)https://www.osug.fr/actualites/faits-marquants/metaux-minerais-vers-une-penurie-de-matiere-premiere.html
(5)https://www.techniques-ingenieur.fr/actualite/articles/electricgate-la-voiture-electrique-est-elle-vraiment-un-leurre-energetique-51391/?utm_campaign=72-WQ-YYRACTU
(6)https://www.france24.com/fr/20180222-republique-democratique-congo-cobalt-reforme-code-minier-taxe-marche-kabila
(7)https://www.laprovence.com/article/economie/5115678/vehicules-electriques.html
(8)http://demainlecongobrazzaville.over-blog.com/2016/10/genocide-dans-le-pool-y-aurait-il-une-raison-cachee.html

 

La guerre des métaux rares – Guillaume Pitron – Fiche de lecture

La guerre des métaux rares – Guillaume Pitron – Fiche de lecture

Dans son premier ouvrage, paru en 2018, le journaliste du Monde Diplomatique Guillaume Pitron dévoile la « face cachée de la transition énergétique et numérique ». Il y passe au crible le « green capitalism », synthèse salutaire pour le capitalisme résilient entre les révolutions numérique et écologique. Celui ci repose entièrement sur l’utilisation des métaux rares, nouvelles sources d’énergie de la troisième révolution industrielle. Or leur cycle de vie, de l’extraction au recyclage, recouvre des enjeux écologiques, économiques et géopolitiques. Guillaume Pitron les décrypte à la lumière des ses enquêtes de terrains afin de mettre en lumière les coulisses d’une « guerre des métaux rares » appelée à rythmer le XXIe siècle.

Définition des métaux rares

L’auteur constate tout d’abord que les nombreux métaux rares (littéralement ceux se trouvant en quantité limitée dans la nature en comparaison de l’abondance du fer, du cuivre ou de l’aluminium…) partagent tous des points communs. Ils sont de fait géologiquement associés aux métaux abondants dans d’infimes proportions. Leur rareté implique un prix très élevé et une très faible production. Enfin, ils sont essentiels au capitalisme vert, puisqu’ils limitent l’empreinte carbone des produits qu’ils alimentent. En effet, leur propriétés magnétiques permettent de générer du mouvement via leur champ électromagnétique sans combustion ! Dès lors, ces « super-aimants » miniatures ne produisent aucun gaz à effet de serre, et génèrent une électricité propre. De même, leurs propriétés physiques et chimiques sont utilisées par de multiples  technologies vertes. Par conséquent, leur exploitation est en plein essor, et ils sont perçus comme « source, arène et enjeu de la puissance ».

Une arme au service de la Chine pour passer d’atelier à laboratoire de conception

Deng Xiaoping aurait en effet déclaré : « Le Moyen-Orient a le pétrole, la Chine a les terres rares ». Elles ont ainsi constitué le pilier d’une politique de remontées des filières. Le gouvernement a tout d’abord ouvert de nombreuses mines grâce aux immenses réserves du territoire chinois. Il a ensuite contraint les entreprises étrangères qui importaient les minerais à s’installer en Chine via des « joint ventures » en limitant notamment les quotas d’exportations des métaux rares. Une fois les transferts de technologies obtenus, les entreprises chinoises ont fait de la « co-innovation » ou de la « ré-innovation ». Elles ont ensuite été concentrées par le biais de fusions-acquisitions, afin de devenir dominante sur le marché. La ville de Baotou, en Mongolie intérieure, illustre le rôle crucial donné aux métaux rares par la Chine aujourd’hui. Surnommée « la Silicon Valley des terres rares », cette Zone Economique Spéciale abrite ainsi toute la filière entièrement intégrée et souveraine que la Chine a bâti autour de ses terres rares, des mines d’extraction aux usines ultra modernes, en passant par les laboratoires des grands groupes et des start-ups.

La guerre des métaux rares

Carte des principaux producteurs de minerais rares (source AEGE)

Dès lors, l’hégémonie chinoise sur les métaux précieux est une arme géopolitique cruciale. Si l’OPEP concentre 41% de la production mondiale de pétrole, la Chine dispose de jusqu’à 99% de nombreux métaux rares ! Par conséquent, elle a pu déstabiliser l’économie high-tech japonaise, très dépendante de ses minerais rares, en décrétant le premier embargo sur les métaux rares en 2010  lors de la première crise autour des iles Senkaku. De fait, un nationalisme minier a émergé en crispation, à l’image des quotas instaurés sur l’exportation des métaux précieux par le gouvernement indonésien. De plus, l’auteur souligne la fin proche des derniers sanctuaires miniers, tels que l’Arctique ou l’espace, voués à devenir des théâtres de la guerre des métaux rares.

Le coût écologique

Toutefois, Guillaume Pitron revient en chiffres sur l’empreinte écologique du cycle de vie des métaux rares. Leur processus d’extraction occasionne une forte pollution des sols et des fleuves, et requiert d’importantes quantités d’énergie. Son impact environnemental transforme de plus les environs des mines en « villages du cancer ».  En outre, l’auteur souligne la déception des espoirs de recyclage. De fait, le rêve de l’économie circulaire est encore loin d’être atteint. Cependant, l’importance des métaux rares engage une géopolitique du recyclage.

Ainsi, Guillaume Pitron décortique un paradoxe sous-jacent à la géopolitique des métaux rares. Si la Chine est en position hégémonique, les autres pays se doivent de lancer leur propres productions concurrentes. Or, le processus nécessite un lourd tribu écologique, peu compatible avec la nouvelle universalité qu’est la lutte contre le réchauffement climatique. Cet ouvrage passionnant permet de comprendre la révolution géopolitique qui accompagne une transition numérique et écologique contrastée.

About Hugo CARRIE

Étudiant à HEC Paris, en double diplôme à l’Ensae ParisTech, après deux années en classe préparatoire au lycée Sainte Geneviève. Européen convaincu, passionné par les enjeux géopolitiques de l’innovation technique et des infrastructures d’échange.