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La Moldavie se prépare à des élections cruciales

La Moldavie se prépare à des élections cruciales

Coincée entre les influences russe et européenne qui divisent jusqu’au sommet de l’Etat, la Moldavie se prépare à des élections cruciales après une modification controversée de la loi électorale.

Tudor Ulianovschi est ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration européenne de la République de Moldavie. Il est diplomate de carrière et a exercé à Washington et au Qatar.

Votre pays organise des élections cette année, la date est-elle fixée ?

En ce moment, nous réfléchissons à une date fin novembre ou peut-être début décembre. La date précise sera décidée dans un avenir proche par le parlement de la République de Moldavie.

Dans les conclusions du Conseil de la réunion ministérielle du 26 février, j’ai constaté que la nouvelle loi électorale ne prenait pas en compte les recommandations clés de la commission de Venise. Voulez-vous commenter cela ?

Selon nous, la plupart des recommandations de la commission de Venise ont été prises en compte. En même temps, le parlement moldave, après consultation interne avec diverses parties prenantes, notamment de la société civile, a décidé d’adopter le nouveau code électoral. Il s’agit d’un nouveau système, mixte, basé sur les listes de partis et sur les circonscriptions uninominales.

C’est un avantage pour les deux grands partis, au détriment des petits partis politiques.

Pour moi, c’est une bonne chose que les régions de la République de Moldavie aient l’opportunité de déléguer et d’élire leurs propres représentants au poste de député.

La Moldavie donne l’impression d’un pays divisé parce que le président est pro-russe, le gouvernement est pro-européen et pro-occidental, vous êtes vous-même pro-européen et pro-occidental. Pensez-vous qu’à un moment donné, la Moldavie adoptera une position moins ambiguë et plus claire ?

Je suis clairement pro-européen, pro-occidental. Je pense que la République de Moldavie a atteint le point de non-retour dans sa voie vers l’intégration européenne.

De ce point de vue, je pense que le plus important pour nous est d’assurer la mise en œuvre de l’accord d’association entre la République de Moldavie et l’Union européenne.

En tant que citoyen de la République de Moldavie, je pense que le modèle européen de développement profite non seulement au gouvernement, mais aussi aux citoyens de la République de Moldavie.

Par ailleurs, si l’on regarde les sondages d’opinion, la majorité aujourd’hui en Moldavie montre une préférence envers l’UE qui doit être soutenue par les efforts du gouvernement moldave pour mieux mettre en œuvre les réformes, restructurer le secteur de la justice et lutter contre la corruption.

Ecartelée entre Russie et Europe, la Moldavie cherche une troisième voie

Le gouvernement moldave souhaite transformer le pays en une plateforme de coopération. Le ministre des Affaires étrangères, Andrei Galbur, ne veut pas que le pays soit divisé entre pro-Européens et pro-Russes, malgré des fractures idéologiques qui restent assez fortes. Un article d’Euractiv Slovaquie.

La Moldavie aimerait probablement avoir les mêmes chances que les pays d’Europe de l’Est. Quelle est votre opinion ?

Si l’on considère la République de Moldavie du point de vue de la division des sphères d’influence, c’est une mauvaise approche, ce n’est pas une approche constructive. La souveraineté de la République de Moldavie ou de tout autre pays repose sur le fait qu’un pays décide lui-même de l’endroit où il veut se placer.

La République de Moldavie entretient de bonnes relations avec l’Occident, ainsi que de bonnes relations avec l’Orient et avec la Fédération de Russie.

La priorité de la politique étrangère est l’intégration européenne de la République de Moldavie et elle n’est pas en contradiction avec la participation actuelle de la République de Moldavie à la région de la CEI [Communauté des États indépendants].

Quand je parle aux diplomates russes, ils disent que la Moldavie n’a pas adopté de sanctions contre la Russie, contrairement aux pays de l’UE. Federica Mogherini ou d’autres représentants vous font-ils pression pour que vous introduisiez des sanctions contre la Russie ?

Non, il n’y a absolument aucune pression des partenaires européens ou de Federica Mogherini pour que l’État moldave impose des sanctions à l’égard de la Fédération de Russie. C’est au contraire la Fédération de Russie qui pose malheureusement certaines barrières commerciales aux importations de produits moldaves.

Selon nous, le fait que la plupart des produits moldaves ne sont pas autorisés à accéder aux marchés russes, en particulier le vin moldave et d’autres produits alimentaires, est une violation à l’accord bilatéral de libre-échange entre la République de Moldavie et la Fédération de Russie.

Je dirais donc au contraire que la République de Moldavie souhaiterait entretenir des relations économiques saines avec la Russie. Nous attendons toujours une politique plus ouverte de Moscou.

S’agit-il du problème principal ? Quand je regarde le type de relations que la Moldavie entretient avec l’UE, qu’est-ce qui provoque ce comportement de la part de la Russie ? L’accord de libre-échange, l’ALECA ?

Les premiers obstacles aux échanges de produits moldaves en Russie ont été observés au moment de l’adoption du plan d’action entre la République de Moldavie et l’UE en 2005. Cela a été un coup dur pour l’économie et pour les exportations moldaves car nous exportions de nombreux produits vers la Fédération de Russie. Mais c’était une bonne leçon, pour que nous apprenions à diversifier nos exportations…

Avez-vous réussi ?

Aujourd’hui, l’UE est le principal partenaire commercial et d’exportation de la Moldavie. 65 % des produits moldaves sont exportés vers le marché européen et la Roumanie est désormais le principal partenaire commercial du pays.

Moscou étend son influence en Moldavie

La Moldavie s’est vu octroyer le statut d’observateur par l’Union économique eurasiatique. Un autre rapprochement vers la Russie suite à l’élection du nouveau président pro-russe. Un article d’Euractiv Roumanie.

Les ministres ont adopté un texte appelant votre pays à combattre davantage la corruption. Je pense à cette affaire incroyable où un milliard d’euros ou de dollars a disparu d’une banque. Je sais qu’une entreprise occidentale très coûteuse a été chargée d’enquêter, mais je ne connais pas la suite de l’affaire. Pouvez-vous m’en dire plus ?

En effet, la finalisation de l’enquête sur la fraude bancaire survenue en République de Moldavie est une priorité pour le gouvernement et les forces de l’ordre.

En même temps, nous avons fait appel à l’agence [d’enquêtes] Kroll pour qu’elle nous aide à enquêter sur la fraude bancaire. La conclusion de leur second rapport a été rendue publique.

En ce qui concerne la lutte contre la corruption, une commission nationale pour l’intégrité a été créée en République de Moldavie. Cette commission possède maintenant un directeur et un directeur adjoint. Actuellement, elle est en train de recruter des experts de l’intégrité, ou des inspecteurs, soit plus de 40 personnes.

Lorsque j’ai interviewé Pavel Filip, votre Premier ministre, il y a quelques mois, il était très optimiste à propos du conflit en Transnistrie. Pouvez-vous m’en dire plus sur l’évolution de ce problème ?

Cette année, en 2018, nous avons déjà accompli des progrès : dans les écoles qui enseignent l’alphabet latin en Transnistrie en République de Moldavie et pour la réhabilitation du pont Gura Bicului, qui doit maintenant être rénové. Des discussions sont en cours en ce qui concerne les télécommunications, mais également pour les plaques d’immatriculation des véhicules de la région de Transnistrie en République de Moldavie.

Il y a une volonté politique à Chisinau d’aller de l’avant avec ces négociations. À ce stade, il faudrait que nos partenaires européens et l’UE elle-même encouragent davantage les autorités de Tiraspol à être plus flexibles et pragmatiques.

Bruxelles approuve un nouveau programme d’aide pour la Moldavie

La Commission européenne donnera à la Moldavie 100 millions d’euros d’aide européenne pour aider le pays d’Europe de l’Est à répondre à ses besoins financiers à court terme. Un article d’EURACTIV Roumanie.

https://www.euractiv.fr/section/commerce-industrie/interview/moldova-would-still-like-to-have-normal-economic-relations-with-russia/

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Forum eurasiste de Chișinău : une plateforme non-alignée contre le globalisme

Forum eurasiste de Chișinău : une plateforme non-alignée contre le globalisme


Par Pierre-Antoine Plaquevent − Le 16 Janvier 2018 − Source Les Non-Alignés

forum Chisinau
L’événement métapolitique le plus important de la fin de l’année 2017 fût sans conteste le second forum eurasiste de Chisinau. Un colloque qui fera date tant par l’appui que lui a apporté l’exécutif moldave que par la qualité de ses participants et de leurs interventions. Surtout, les perspectives tracées par ces rencontres internationales ouvrent des voies inédites dans le sens d’un non-alignement contre-globaliste contemporain. Un non-alignement qui transcenderait enfin les cadres caduques de la petite politique anachronique pour se hisser à la hauteur des changements de civilisation en cours et de la grande politique. Un colloque à la hauteur de la venue des « grands temps » qui s’annoncent pour la civilisation européenne. Retour sur cet événement fondateur.

Note du Saker Francophone

Nous terminons cette série d'article par l'analyse du blog Les Non-Alignés qui était sur place pour prendre la température de ce colloque en Moldavie. On espère avoir modestement contribué à diffuser la pluralité des opinions sur la place publique puisque les médias mainstream n'ont pas daigné en parler.

Au delà du contenu dont nous vous laissons seuls juges, on peut se réjouir de voir un rapprochement de personnalités venant de divers courants politiques à travers toute l'Europe.

Les 16 et 17 décembre dernier s’est tenu en Moldavie le second forum eurasiste de Chișinău qui avait pour thème : « Quelle alternative au capitalisme financier pour le 21 ème siècle ? ». Colloque organisé avec l’appui et le soutien du Président de la République de Moldavie, Igor Dodon. Ce séminaire international a réuni pendant plusieurs jours un aréopage d’intellectuels et de spécialistes de renommée internationale parmi lesquels : Alexandre Douguine, Hervé Juvin, le Géorgien Levan Vasadze ou encore l’écrivain suédois Jan Myrdan. Le Président Dodon a par ailleurs ouvert les travaux avec un discours fondateur qui résumait les enjeux politiques auxquels la Moldavie se trouve confrontée.

De nombreuses personnalités, issues du monde politique ou de la société civile, sont ainsi venues apporter leur contribution aux travaux du forum : l’homme d’affaires britannique Chris Poll, l’ancien conseiller de Syriza Dimitris Konstantakopoulos, la juriste Valérie Bugault, l’écrivain Slobodan Despot, le président de l’association Lombardie-Russie et membre éminent de la Ligue du Nord Gianluca Savoini, le journaliste Alessandro Sansoni, membre du conseil national italien de l’ordre des journalistes et bien entendu Emmanuel Leroy et Iurie Rosca : organisateurs pivots des deux colloques de Chisinau avec Daria Dugina. Sont aussi intervenus Volen Siderov, président du parti bulgare « Ataka » le Roumain Bogdan Herzog, l’Allemand Manuel Ochsenreiter, président du German Center for Eurasian Studies, un think-tank proche du parti souverainiste AFD et aussi l’essayiste et homme politique Yvan Blot.

Avec la présence dans le public d’auteurs bien connus des Français tels que Marion Sigaut ou encore de Lucien Cerise et de son éditeur, on peut dire que ce second forum de Chișinău réunissait une part importante de la pensée politique française et européenne contemporaine pour un événement inédit en son genre. C’est un évènement qui fera date et dont on peut considérer qu’il marque le début d’une nouvelle ère en matière d’anti-globalisme. De part la variété des intervenants et du public présent, la vraie gauche anti-mondialiste et la droite conservatrice authentique se sont retrouvées à Chisinau afin de penser et de projeter l’alternative possible à la marche en cours vers le globalitarisme néolibéral.

Au cours de ces journées de nombreux thèmes ont ainsi pu être abordés, la plupart des interventions publiques sont disponibles ici : flux.md/fr et flux.md/en ainsi que sur le site du saker : lesakerfrancophone.fr ou sur geopolitica.ru. Une équipe de TV-Libertés était présente afin de couvrir l’ensemble de l’événement visible ici.

Un événement qui se tenait dans un contexte géopolitique difficile : la Modavie s’efforce de maintenir une position d’équilibre entre Est et Ouest, entre Union-Européenne et Union Eurasiatique malgré les tensions entre Occident et Russie. À la fin de la première journée de travail, le Président Dodon a ensuite accueilli les journalistes présents pour une conférence de presse exclusive dans le palais présidentiel de Chișinău .

Conférence de presse à laquelle nous avons pu assister et au cours de laquelle le Président Dodon a développé plus avant ces thématiques et a répondu aux questions des journalistes présents. Ici un entretien réalisé pour TV-Libertés dans lequel il résume certaines de ses positions : tvlibertes.com/igor-dodon-ne-cedera-pas.

Igor Dodon, un président illibéral et continentaliste sous pression

Issu à l’origine du centre-gauche, le Président Dodon a profité de son discours inaugural lors du colloque de Chișinău pour affirmer la compatibilité d’un discours social avec les valeurs de la droite conservatrice. Une ligne de « gauche du travail et de droite des valeurs » qu’il est peut-être le seul président européen en fonction à affirmer aussi clairement. Il a ainsi affirmé la nécessité de se débarrasser des mythes libéraux du retrait de l’État et de la « main invisible du marché » afin de renouer avec les conceptions d’un État stratège et interventionniste dans les secteurs stratégiques et vitaux de l’économie nationale.

Le Président Dodon a ouvert les travaux par un discours d’affirmation centré sur les notions de souveraineté, de nationalisme économique et de continentalisme politique. Après avoir rappelé la situation géographique et culturelle de la Moldavie qui fait d’elle un carrefour entre Europe occidentale et orientale, entre catholicité et orthodoxie, entre mondes latin et slave, il a évoqué la situation économique critique de la Moldavie qui se trouve face à une grave hémorragie de ses forces vives en direction de l’Union-Européenne. Une hémorragie qui ne pourra être freinée que par une relocalisation partielle de l’économie moldave. Moldavie qui n’a pas vocation à être juste une réserve de main d’œuvre à bon marché en direction des pays occidentaux. Bien que l’un des pays les plus pauvres d’Europe, la Moldavie n’est pas condamnée au destin de périphérie de l’UE livrée au pillage de l’impérialisme économique de multinationales apatrides. La Moldavie a une carte stratégique à jouer en se positionnant comme interface géoéconomique et géostratégique entre l’Union Européenne et l’Union Eurasiatique ; notamment dans la perspective de la nouvelle route de la soie et dans celle du déplacement du centre de gravité économique mondial vers l’Eurasie. De là découle le continentalisme politique affirmé à plusieurs reprises par le Président Dodon au cours de ces interventions lors du forum. Ainsi, après s’être défini comme « résolument souverainiste » Igor Dodon a rappelé la nécessité de revenir à la vision Gaullienne d’une Europe-puissance et à l’axe stratégique Paris-Berlin-Moscou comme alternative à la construction européenne actuelle. La voie de l’indépendance pour une nation de la taille de la Moldavie passe par le multilatéralisme et le non-alignement plutôt que par l’unipolarité et l’adhésion univoque à l’agenda occidental.

Dans cette perspective, Igor Dodon s’était prononcé en 2017 en faveur d’une annulation par son parlement de l’accord commercial signé avec l’Union européenne en 2014, espérant ainsi rétablir des relations économiques normalisées avec la Russie. Position qui lui vaut d’être mis en difficulté par le parlement moldave où les élus pro-UE sont majoritaires. La République de Moldavie se caractérisant par un régime parlementaire laissant une marge de manœuvre réduite pour le Président.

Igor Dodon a par ailleurs développé l’idée que le patriotisme économique peut transcender les différences culturelles internes de la Moldavie et les tensions identitaires que pourraient être tenté d’attiser les forces de la Société Ouverte. Forces à l’affût d’une émancipation trop grande de la République Moldave face aux standards de l’UE et soucieuses d’allumer un nouveau foyer de discorde supplémentaire entre la Russie et l’Europe. Peuplée d’une population russophone nombreuse et d’une grande minorité russe, le Président moldave a clairement évoqué le risque d’un scénario de type ukrainien : provoquer une agitation de l’opinion publique visant à le destituer, agitation politique qui pourrait être suivi de provocations inter-ethniques attisées depuis l’étranger. L’équilibre politique moldave étant fragilisé par la question de la Transnistrie.

Un article récent du centre de presse de Donetsk résume dans ses grandes lignes la situation politique moldave :

« »(…) La tension dans la république est liée à l’opposition entre le président pro-russe Igor Dodon, l’opposant Renato Usatii et le bloc politique pro-européen dirigé par Vlad Plahotniuc. Il y a un an, la Moldavie était au bord d’une guerre civile entre citoyens pro-russes et pro-européens, compte tenu de l’augmentation significative des sentiments pro-russes dans le pays ces dernières années, nous ne pouvons pas exclure le scénario ukrainien en Moldavie.

Récemment, (…) la Cour constitutionnelle a décidé de suspendre les pouvoirs d’un des principaux opposants politiques de Plahotniuc, l’actuel président de la Moldavie, Igor Dodon (NDA : le 5 janvier 2018). Le champ politique de la Moldavie, sous prétexte de lutter contre la corruption, a été presque entièrement débarrassé de ses opposants. »

Au cours de sa conférence de presse lors du forum de Chișinău , le Président Dodon a plusieurs fois exposé le rôle de l’oligarque Vlad Plahotniuc. Un rôle qu’évoque l’article de l’agence Donipress :

« Personne n’avait entendu parler de Plahotniuc comme politicien avant la fin de 2010. Auparavant, Vlad Plahotniuc appartenait à un certain nombre de grands hommes d’affaires moldaves, dont les domaines d’intérêt étaient les banques, les hôtels, les médias et le commerce du pétrole. Mais même à ce moment-là, il a été surnommé ‘le méchant’, puisque l’homme d’affaires était déjà crédité de fraudes, de saisies de vols, de commerce d’armes et de proxénétisme et de nombreuses autres activités illégales. (…) Vlad Plahotniuc a commencé comme membre du Parti Communiste moldave, mais aux élections législatives de 2010 il est devenu membre du Parti Démocrate, où il a immédiatement pris la deuxième place honorable dans la liste. C’est à partir de ce moment qu’a commencé le crépuscule du Parti Communiste en Moldavie (…) L’oligarque Plahotniuc est, depuis décembre 2016 , le chef du Parti Démocrate. Il est intéressant de noter qu’en même temps, officiellement, il n’est pas membre du parti. Aujourd’hui, Vlad Plahotniuc n’occupe aucun poste au gouvernement, mais reste un homme qui contrôle pleinement l’économie, le pouvoir législatif et exécutif dans un petit État, sans aucune responsabilité en tant que fonctionnaire. » Source

Donipress rappelle ensuite le « multilatéralisme » de Plahotniuc en matière de corruption :

« (…) Il n’y a pas si longtemps, Vlad Plahotniuc faisait l’objet d’une enquête de la part d’Interpol Italie dans le dossier de la ‘mafia russe’, mais sa position anti-russe déclarée reste la principale raison de la complaisance des États-Unis et de l’UE envers Plahotniuc. (…) Vlad Plahotniuc fait beaucoup d’efforts pour devenir un politicien européen respectable pour l’Occident, il paie périodiquement des publications dans de prestigieux magazines européens et américains. Vlad a même embauché une société de lobbying américaine bien connue, le groupe Podesta, qui a travaillé avec Hillary Clinton. (…) Aujourd’hui, le ‘maître de la Moldavie’ est toléré plutôt qu’approuvé et sera remplacé à toute occasion par un véritable homme politique européen qui n’a pas le stigmate de l’appartenance à la ‘mafia russe’.  » Source

Dans cette perspective les prochaines élections législatives en Moldavie constitueront un test pour affirmer ou infirmer la solidité des orientations choisies par le Président Dodon et ses soutiens. Ces élections seront aussi l’occasion pour les citoyens moldaves de rejeter ou non les orientations crypto-mafieuses des libéraux enkystés dans leur parlement :

« Selon les sondages sociologiques, le rejet de Plahotniuc et de son gouvernement atteint 80 %. Dans de telles circonstances, la dernière chance pour Vlad de rester au pouvoir sera de provoquer l’escalade du conflit en Transnistrie et de lancer un appel à l’UE et aux États-Unis pour qu’ils exigent une protection contre l’agression russe. L’Europe n’a absolument pas besoin d’un second conflit armé à ses frontières, qui entraînera inévitablement une augmentation du nombre de réfugiés, contribuera au commerce illégal des armes et à la propagation de la criminalité. En novembre 2018, la Moldavie organisera des élections législatives, qui peuvent constituer un test difficile non seulement pour la République de Moldavie, mais aussi pour l’UE dans son ensemble. » Source

La Moldavie se trouve aujourd’hui sur l’une des lignes de fracture de la tectonique géopolitique contemporaine qui voit se confronter unipolarité et multipolarité, sa survie en tant qu’État-nation passe par une pacification des rapports entre Europe et Russie. C’est dans cet esprit que le Président Dodon conçoit les rencontres géopolitiques et de Chisinau et, plus globalement, le logiciel politique eurasiste non-aligné. Pour lui, l’intérêt national et la survie même de la Moldavie passent par le multilatéralisme et le continentalisme politique.

De par les orientations affirmées par le Président Dodon et si l’on se rapporte au manifeste publié à la suite des premières rencontres de Chișinău, on peut considérer que le continentalisme politique comme alternative au globalisme pourrait s’affirmer comme l’orientation géostratégique d’une nation européenne ; fût-elle l’une des plus pauvres d’Europe. Il s’agit d’un choix géopolitique et civilisationnel majeur qui est certainement à l’origine des dernières sanctions que rencontre le Président Dodon de la part de son parlement.

Au forum de Chișinău, des non-alignés de toute l’Europe sont venus apporter leur pierre à l’édification d’un avenir européen pacifié et souverain. L’avenir proche nous dira si cette alternative continentale s’imposera et empêchera l’Atlantisme de diviser l’Europe et d’y semer la guerre – comme hier en Yougoslavie et aujourd’hui en Ukraine – et si des intérêts exogènes réussiront à détourner les Européens de la voie de l’indépendance et de la paix.

Pierre-Antoine Plaquevent

http://lesakerfrancophone.fr/forum-eurasiste-de-chisinau-une-plateforme-non-alignee-contre-le-globalisme

Chișinău – Sortez le pétrole du pétrodollar, sortez le dollar du narcodollar

Chișinău – Sortez le pétrole du pétrodollar, sortez le dollar du narcodollar


Par Bogdan Herzog Le 15 décembre 2017

Deuxième colloque de Chișinău (15-16 décembre 2017)

Résultat de recherche d'images pour "Bogdan Herzog"J’ai récemment lu l’interview du professeur Douguine dans le magazine The Economist. C’est une interview très intéressante qui permet d’exprimer notre vision du monde à un public plus large, non eurasiste. J’ai envoyé cet article moi-même à un certain nombre de personnes et il a été loué même par des gens qui n’ont pas nécessairement la même perception de la réalité que nous. Le professeur apparaît comme un intellectuel très distingué, un digne adversaire du libéralisme et cela peut être apprécié par les gens neutres et même par nos ennemis.


Cependant, je suis en désaccord avec une question posée par l’intervieweur et avec la réponse du professeur Douguine. Je proposerais une approche différente. La question posée était : « Pourquoi pensez-vous que l’autre civilisation, l’anglo-saxonne, est économiquement plus performante que la civilisation eurasienne ? » La réponse était la suivante : « Justement parce que l’économie est, pour vous, le destin. Pour nous, l’esprit est le destin. Si vous mettez la valeur matérielle comme valeur la plus élevée, alors vous avez plus de succès dans ce domaine. »

Bien que je comprenne le raisonnement philosophique et religieux derrière la réponse, y compris que vous ne pouvez pas servir deux maîtres, Dieu et Mammon, je préférerais une approche plus directe et plus économique à une telle question. Étonnamment ou pas, Marx, au moins dans ses premiers écrits, avait une approche similaire à celle du professeur Douguine.

En ce qui me concerne, je voudrais d’abord noter la manière dont la question est structurée. C’est une affirmation : « l’Occident est meilleur dans le développement des systèmes économiques » se faisant passer pour une question. Répondre à la question en essayant de donner une explication est une forme d’acceptation de l’hypothèse de l’intervieweur. C’était un piège. À mon avis, la réponse aurait dû être la suivante : « La civilisation anglo-saxonne n’est pas meilleure pour développer des systèmes économiques. Sa prospérité actuelle est due au fait qu’elle peut imprimer une quantité illimitée d’argent à partir de rien et qu’elle a la capacité militaire et politique de forcer les autres à l’accepter comme moyen de paiement. » C’est du vol déguisé. Forcer les autres à abandonner leurs objets de valeur contre rien est une forme de vol. C’est la source de leur prospérité, pas seulement leur obsession pour les biens matériels. En d’autres termes, l’Occident est meilleur pour faire valoir son point de vue à travers le monde, pas pour développer des systèmes économiques supérieurs.

Et ils sont très bons à quelque chose d’autre, dépeindre leur propre intérêt comme étant, d’une manière ou d’une autre, l’intérêt général de l’humanité, de l’humanité dans son ensemble. Ils sont les maîtres de l’audace ! C’est comme un trafiquant de drogue, ou un voleur, qui demande à un enseignant ou à un ouvrier d’usine : « Pourquoi pensez-vous que je suis plus riche que vous ? ». La réponse peut être philosophique : « Vous êtes préoccupé par l’argent » mais cela peut aussi être simple : « parce que vous êtes un voleur ».

C’est un aspect important, ce n’est pas quelque chose à négliger. Puisque nous sommes en guerre, au moins dans le domaine des idées, ne laissez pas l’ennemi prendre le dessus. Stratégiquement, nous ne voulons pas livrer une bataille sur le mauvais terrain. Nous avons la morale la plus élevée, même dans le monde de l’économie. L’ennemi et le grand public devraient en être conscients. Nous avons affaire à un empire construit par des voleurs audacieux, des pirates et des trafiquants de drogue, qui sont toujours venus au nom d’idées généreuses, telles que « liberté » et « libre-échange » et sont partis avec leurs poches pleines d’argent. Ce sont ces gens qui nous font la leçon aujourd’hui !

Donc, mon premier message est : « Ne laissez pas l’ennemi prendre la plus haute position morale. » Je reviendrai sur ces affirmations plus tard, avec une relecture de l’Histoire, plus précisément sur les Guerres de l’Opium.

Ainsi, nous aurons une très brève récapitulation de ce dont le système économique actuel est fait, et des chemins pour le rendre plus juste.

Comme je l’ai déjà dit, la prospérité de l’Occident repose sur deux facteurs : l’impression monétaire et la capacité de forcer les autres à l’accepter. Puisque n’importe qui, n’importe quelle nation, ou même des organismes non étatiques peuvent émettre de l’argent (à Hong Kong par exemple, les billets sont imprimés par des banques commerciales), il est évident que dans cette équation, le facteur important est la capacité à en faire usage. Le système monétaire actuel a un nom, le pétrodollar. Ce n’est pas par hasard. Cela vient du fait qu’en 1971, lorsque les Américains ont mis fin à la convertibilité du dollar en or, ils l’ont remplacée par la convertibilité des matières premières, notamment, mais pas exclusivement, du pétrole. La capacité militaire et politique des Américains à forcer les producteurs de pétrole à vendre leurs produits en dollars est la clé du système. La même logique peut être étendue à toutes les matières premières et au commerce international en général. La présence des troupes américaines au Moyen-Orient assure la dénomination du dollar sur le commerce du pétrole. Leur présence en Europe assure une certaine parité entre l’euro et le dollar, et ainsi de suite. Je n’entrerai pas dans les détails, mais je voulais souligner que, finalement, tout se résume au pouvoir. Ce pouvoir ne se limite pas à la capacité de forcer un accord commercial donné à un pays tiers, mais aussi de sécuriser les routes de transport et de projeter la sécurité dans une zone donnée.

Afin de créer un système économique meilleur et plus juste, il ne suffit pas de signer des accords commerciaux bilatéraux libellés dans d’autres monnaies. Les couloirs de transit et de protection pour les pays désireux de commercer dans d’autres monnaies devront être assurés. Bien sûr, ce ne sont que des réalités déjà bien connues. L’initiative chinoise OBOR et les événements au Moyen-Orient témoignent du fait que ces idées fondamentales ont été comprises et que des mesures sont prises pour aller dans la bonne direction. Nous devons sortir le pétrole du système dollar. C’est le deuxième message de la journée.

Enfin, je voudrais attirer votre attention sur une zone plus cachée et opaque, que je considère comme importante. Il y a un précédent historique au pétrodollar, en tant que monnaie fiduciaire basée sur une projection de pouvoir. Je parle de la livre britannique, une narco-livre. Au début du XIXe siècle, les Britanniques enregistraient des déficits considérables dans leur commerce avec la Chine. Soit dit en passant, c’est la Chine, et non l’Occident − comme affirmé à tort par le journaliste de The Economist − qui, à l’exception de ces quelques 150 ans, a toujours été le centre de l’activité économique de la planète.

Au début du XIXe siècle, comme aujourd’hui, la Chine ne s’intéressait pas aux produits que les Britanniques pouvaient offrir en échange et exigeait que les dettes commerciales soient réglées par le paiement en argent réel sous forme de lingots d’argent. Quelle a été la solution découverte par les Britanniques pour arrêter la « rivière » de l’argent sortant du pays ? Ils ont forcé les Chinois à se droguer et quand ceux-ci ont essayé de s’y opposer, ils ont déclaré la guerre à la Chine. Deux fois. Tout cela au nom du libre-échange et de la paix bien sûr. Je voudrais ajouter que certaines grandes banques et sociétés commerciales d’aujourd’hui plongent leurs racines dans ce commerce infâme : HSBC, Jardine Matheson, Swire, etc. La même chose peut être affirmée sur de nombreuses familles « nobles ». Ces derniers sont devenus des seigneurs, des pairs et des chevaliers de l’Empire britannique. Mais nous ne donnerons pas les noms aujourd’hui.

Pourquoi est-ce pertinent aujourd’hui ? Parce qu’aujourd’hui, comme il y a 200 ans, le trafic de drogue est entre les mains des mêmes réseaux. L’opium est produit en Afghanistan à des niveaux records, même selon les statistiques officielles des Nations Unies. C’est la même chose avec la cocaïne de Colombie, un autre protectorat. Pourquoi cela arrive-t-il ?

Certains disent que parce que l’argent généré par la drogue est nécessaire pour financer des opérations clandestines, ce qu’on appelle « black-ops ». Peut-être, mais pour moi cette réponse est insuffisante. Ce type d’argent est nécessaire pour des pays de second rang. Le système qui est derrière la CIA et le Pentagone possède déjà la machine d’impression monétaire ! Il peut envoyer de l’argent partout où il veut en quantités illimitées. Il peut créer une société fictive dont les comptes peuvent être remplis à volonté. Alors pourquoi ont-ils besoin de contrôler le marché de la drogue et comment est-ce lié au pétrodollar ?

Le système monétaire lui-même est géré comme un cartel de la drogue. La Fed américaine est l’équivalent du producteur, les banques nationales représentent les réseaux de distribution et les banques commerciales représentent les vendeurs de rue. Un système de compensation est prévu pour l’allocation des fonds et des bénéfices. Le produit final, l’argent, génère bien sûr sa propre dépendance.

L’argent qui provient de la drogue a deux caractéristiques : il est disponible en grande quantité et il est généré en espèces. Le problème pour le syndicat de l’argent est de faire en sorte que cet argent soit réintégré dans le système bancaire, sinon il pourrait finir entre de mauvaises mains, qui pourraient demander des actifs réels en retour. Cela pourrait bien sûr générer des déséquilibres majeurs et des fluctuations monétaires. Tandis que dans le système bancaire, l’argent sera compensé et alloué, à travers le mécanisme de compensation.

Vous rappelez-vous quand Pablo Escobar avait l’habitude de cacher des milliards de dollars en espèces dans la jungle colombienne ? Je suis convaincu que c’est l’une des principales raisons pour lesquelles il a été éliminé. Ce n’était pas pour l’élimination du commerce de la cocaïne, qui a explosé depuis lors. Nous devons sortir la drogue du narcodollar. C’est le troisième et dernier message pour aujourd’hui. Pourquoi ?

Pour le moment, le système n’a pas besoin du commerce de la drogue pour financer les « opérations occultes » clandestines, mais il doit s’assurer que ce commerce, comme tous les échanges commerciaux, soit libellé dans sa monnaie et que l’argent liquide revienne dans son système. Tout comme le pétrole, l’énergie, le cuivre ou le zinc, l’héroïne et la cocaïne doivent être payées en dollars créés à partir de rien.

Il est également important d’avoir la capacité de cibler la population des États rivaux avec la drogue. De ce point de vue, l’Afghanistan est idéalement situé à la frontière avec les deux principaux rivaux du système, la Chine et la Russie [Et aussi l’Iran, NdT]. Dans le même temps, ce pays présente l’avantage que les réseaux de distribution qui en découlent traversent les pays musulmans d’Asie centrale, de sorte que des réseaux de distribution de la drogue sur base ethnique peuvent être développés en créant des espaces pour de futurs conflits inter-ethniques.

L’anéantissement des centres de production de la drogue est nécessaire non seulement pour le bien de la population. Sa sortie du système dollar entraînera d’importants déséquilibres monétaires. La monnaie va quitter le système et ne reviendra plus, ce qui ajoutera une pression sur les déficits commerciaux existants. Les bénéficiaires secondaires, dans les pays de niveau secondaire, devront être financés directement, ce qui nécessitera la réaffectation des ressources.

C’est une ironie du sort, ou de la justice karmique peut-être, qu’en retirant le dollar du narco-dollar, l’Eurasie peut rendre au monde anglo-saxon le cadeau empoisonné qu’il a reçu il y a 200 ans. Nous ne parlons pas d’encourager la consommation de drogue, comme le faisaient les Anglo-Saxons, car ce serait une infamie, mais en neutralisant cette arme, aujourd’hui encore entre les mains du système, avec un concurrent au pétrodollar, la « Rivière d’argent » recommencera à couler, elle qui avait l’habitude de quitter l’Ouest et voler vers l’Eurasie au XVIIIe siècle. Cela signifierait le retour à l’économie réelle.

Je vous remercie !

Bogdan Herzog

Note du Saker Francophone

Mine de rien, cet article est fondamental. C'est la première fois que je vois lié de façon aussi claire le dollar et le trafic de drogue mis en  parallèle avec les Guerres de l'Opium. La situation actuelle est saisissante. On peut comprendre les tensions croissantes en Afghanistan et pourquoi l'armée US n'est jamais vraiment partie après l'échec de sa campagne militaire.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/chisinau-sortez-le-petrole-du-petrodollar-sortez-le-dollar-du-narcodollar

 

Igor Dodon : Discours de Chișinău

Igor Dodon : Discours de Chișinău

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26.12.2017

Discours de Son Excellence, Monsieur Igor DODON
Président de la République de Moldova
Lors de la Conférence Internationale − Le 15 décembre 2017

Deuxième colloque de Chișinău (15-16 décembre 2017)

 

Chers amis

Bienvenue à ce prestigieux forum international,

Je suis heureux de voir que, grâce à un groupe d’intellectuels de premier plan venus de plusieurs pays, de telles réunions deviennent une bonne tradition pour la République de Moldova. Au mois de mai de cette année, j’ai eu l’honneur de rencontrer les organisateurs de ce forum, d’échanger des points de vue et de découvrir que nous avons des visions communes sur certaines des questions majeures du moment historique que nous vivons.

Je voudrais d’emblée préciser que je suis particulièrement reconnaissant aux initiateurs de cette plate-forme de dialogue international, car de tels événements augmentent le prestige intellectuel de notre pays sur le plan international. Je pense que les initiateurs de ce projet, d’envergure continentale, ont parfaitement raison de dire que la Moldavie est le meilleur endroit pour un tel dialogue. La Moldavie est un pays neutre, situé dans une zone de sensibilité géopolitique maximale ou, comme certains le disent, dans un espace de fracture, de tension entre l’Est et l’Ouest. Dans cet ordre d’idées, nous souhaitons que notre État devienne un facteur d’équilibre géopolitique, de convergence, de confluence entre les deux parties de notre continent, qui reste encore divisé à cause de raisons artificielles. La Moldavie peut et doit affirmer pleinement sa vocation de pont en or entre l’Occident et l’Orient.

Notre peuple a une identité collective bivalente : orientale et occidentale. Du point de vue de l’appartenance religieuse nous sommes orthodoxes – donc des Orientaux, tandis que, du point de vue de l’identité linguistique et culturelle, nous sommes latins – donc occidentaux. Et toute tentative de nous remodeler artificiellement, d’amputer l’une des deux composantes de notre essence collective et d’imposer des modèles étrangers est contre-productive, voire nocive. En d’autres termes, compte tenu de notre identité et de notre position géographique, la Moldavie ne peut se permettre de s’allier avec la Russie contre l’Europe ou avec l’Europe contre la Russie. Au contraire, la Moldavie peut et doit contribuer au rapprochement entre la Russie et l’Europe. Autrement dit, la Moldavie doit assumer sa mission historique de facteur actif et positif dans la réalisation du grand projet d’unité continentale que Charles de Gaulle définissait comme « l’axe Paris–Berlin–Moscou ».

Le thème choisi pour cette conférence est d’une grande importance pour tous les peuples du monde. Du capitalisme classique, basé sur l’éthique du travail, sur la responsabilité sociale et sur le principe de proximité, que nous avons connu par le passé, nous sommes passés à un modèle diamétralement opposé, imposé au cours des dernières décennies. La mondialisation a permis une concentration du capital sans précédent dans l’histoire, produisant des déséquilibres économiques catastrophiques entre les pays et les régions, mais aussi entre les couches sociales de « l’Ouest riche » d’autrefois.

L’un des effets les plus graves de ce modèle de globalisation est la migration massive de millions de personnes déracinées de leurs foyers et devenant des travailleurs non qualifiés sur les marchés du travail de pays étrangers. À cet égard, la Moldavie est l’un des pays les plus touchés du continent, car environ un million de Moldaves, représentant un tiers de la population du pays, doivent gagner leur vie à l’étranger.

En ma qualité d’ancien ministre de l’Économie et d’ancien vice-Premier ministre responsable du bloc économique et financier du Gouvernement, mais aussi en tant que docteur en économie, je sais bien que les graves problèmes socio-économiques de notre pays ne s’expliquent pas par le refus des gouvernements moldaves successifs de suivre les recettes et les directives suggérées de l’extérieur depuis vingt-cinq ans, mais précisément par leur poursuite trop docile. C’est pourquoi, après un quart de siècle de transition, la Moldavie doit repenser son paradigme de développement économique. Ce nouveau concept de relance économique ne repose pas sur un « isolationnisme économique » ni sur le mépris des règles des échanges internationaux. Mais, sans certains éléments de protectionnisme économique ou de « patriotisme économique » la Moldavie n’a aucune chance de surmonter son état actuel de sous-développement.

Le fait que la société moldave soit divisée selon des critères géopolitiques, historiques et ethnolinguistiques est bien connu. Néanmoins, si nos préférences idéologiques ou culturelles nous divisent, le nationalisme économique est le facteur fondamental de l’unité nationale, une vaste plate-forme commune dans laquelle tous les patriotes de notre pays doivent se retrouver. Et en ce sens, l’expertise que nous pouvons collecter auprès d’illustres personnalités, comme celles présentes aujourd’hui à notre forum, est indispensable. Chercher des solutions alternatives au « capitalisme financier » cela consiste, au-delà des réflexions strictement académiques, à générer des concepts viables qui englobent les dimensions géopolitique, politico-juridique, financière et économique. La Moldavie ne peut pas accepter un statut de périphérie ou de semi-périphérie dans un système mondial de type impérial. Les pratiques du colonialisme économique doivent être reléguées dans le passé.

De ce fait, pour rappeler qu’il ne s’agit pas d’un phénomène qui ne toucherait que de petits pays comme la République de Moldova, je voudrais citer deux exemples :

1.  Les problèmes qu’une superpuissance mondiale comme la Russie rencontre dans son dialogue difficile avec l’Occident sont liés dans une large mesure au fait que ce pays ne veut pas abandonner sa souveraineté économique en faveur de la corporatocratie mondialiste. Autrement dit, Vladimir Poutine est un souverainiste qui, dans son dialogue avec le monde, part du principe de l’intérêt national de son pays.

2.  Les dernières élections présidentielles aux États-Unis ont placé à la tête de cette hyperpuissance mondiale un représentant du même courant souverainiste, Donald Trump, qui a fait du principe « l’Amérique d’abord » un élément clé de son programme politique.

En ma qualité de Président de la République de Moldova, je tiens également à déclarer à cette occasion, fermement et sans ambages, que je suis également un adepte de la pensée et de l’action des mouvements souverainistes actuels.

Le moment est venu de se débarrasser des mythes néolibéraux, selon lesquels le succès économique d’une société est garanti par le soi-disant « petit gouvernement » c’est-à-dire par le retrait de l’État laissant fonctionner de façon autonome un marché auto-régulé suivant le principe magique de la « main invisible ». Nous avons besoin d’un État fort capable d’établir des règles de libre concurrence équitables, de créer et d’assurer le respect de prescriptions légales, fiscales et de prêt optimales, de mettre en œuvre des instruments douaniers au profit des producteurs nationaux et du marché intérieur. La thèse de la primauté de l’économique sur le politique doit être abandonnée, car c’est le facteur politique qui doit prendre en charge le destin du peuple, en tenant compte des intérêts de toute la communauté, en partant du principe d’équité et de solidarité sociale, et pas seulement de l’intérêt des superprofits, comme dans le cas des acteurs économiques privés dans le cadre des mégastructures multinationales.

Bien sûr, la Moldavie est aujourd’hui un pays fortement « dé-souverainisé »  affecté par des influences extérieures qui ne sont pas toujours bénéfiques. Mais telle est la situation de la plupart des États du monde. C’est l’un des effets les plus dramatiques de la mondialisation unipolaire, qui développe un nouveau type d’impérialisme, de nature extraterritoriale, avec toutes ses conséquences négatives.

La construction d’une nouvelle architecture globale, dans laquelle chaque pays puisse s’affirmer pleinement, présuppose le développement de processus d’intégration impliquant un nombre de pays suffisant pour leur permettre d’avoir un poids stratégique, géopolitique et économique leur permettant de faire face à une concurrence mondiale féroce. Et dans le contexte de l’apparition de plusieurs pôles stratégiques, la Moldavie ne peut éviter de s’associer avec l’un des groupes de pays auxquels elle est liée par une multitude de facteurs – la seule option réaliste pour la Moldavie, conditionnée par toute son histoire, est donc eurasienne. Car, entre Lisbonne et Vladivostok, la voie de l’unité continentale passe par la République de Moldova.

Chers amis,

Grâce à vos efforts combinés, la Moldavie devient de plus en plus active sur la scène internationale, ce qui signifie que les chances de Chișinău de devenir un site de développement stratégique avec un impact continental augmentent considérablement.

Je suis très satisfait de cette réunion, et des nombreuses personnalités qui nous ont honoré de leur présence, venues d’Europe occidentale, de la Fédération de Russie, mais aussi d’autres pays de la région. Je suis sûr que si nous restons persévérants, solidaires et motivés pour produire des changements positifs ayant un impact historique sur notre avenir, alors, à la troisième réunion du Forum de Chișinău, nous serons encore plus nombreux et plus convaincants au niveau mondial.

Je tiens à vous assurer, chers invités, que vous avez en ma personne un bon ami, un soutien sincère et fidèle. Je vous attends en République de Moldova aussi souvent que vous jugerez bon de nous rendre visite, pour des débats publics, des tables rondes, des lancements de livres ou d’autres événements, afin d’intensifier nos échanges d’idées, de pensées et de visions.

Je souhaite conclure ce discours par une expression que nous employons depuis des générations : que Dieu nous aide !

Je vous remercie !

Source : http://katehon.com/fr/article/igor-dodon-discours-de-chisinaue

Saker Francophone

http://katehon.com/fr/article/igor-dodon-discours-de-chisinau