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Du confinement à la «Grande réinitialisation»

Du confinement à la «Grande réinitialisation»


Par Antony P. Mueller − Le 1er août 2020 − Source Mises Institute

Le confinement à la suite de la pandémie de coronavirus a accéléré la mise en œuvre de plans de longue date visant à établir un soi-disant nouvel ordre mondial. Sous les auspices du Forum économique mondial ( WEF ), les décideurs politiques mondiaux préconisent une «Grande réinitialisation» dans le but d’installer une technocratie mondiale. Ce n’est pas par hasard que le 18 octobre 2019, à New York, le WEF a participé à l’«Event 201» lors de l’exercice de pandémie de «haut niveau» organisé par le John Hopkins Center for Health Security.

Cette technocratie à venir implique une coopération étroite entre les responsables de l’industrie numérique et les gouvernements. Avec des programmes tels que le revenu minimum garanti et la santé pour tous, le nouveau type de gouvernance combine un contrôle sociétal strict avec la promesse d’une justice sociale globale.

La vérité, cependant, est que ce nouvel ordre mondial de tyrannie numérique s’accompagne d’un système complet de crédit social [sorte de distribution de bons et mauvais points aux citoyens en fonction de leur soumission au système, NdT]. La République populaire de Chine est pionnière de cette méthode de surveillance et de contrôle des individus, des entreprises et des entités sociopolitiques.

Pour l’individu, son identité se réduit à une application ou une puce qui enregistre presque toutes ses activités personnelles. Afin d’obtenir quelques droits individuels, ne serait-ce que pour se rendre à un certain endroit, une personne doit trouver un équilibre entre ses privilèges apparents et sa soumission à un réseau de réglementations qui définissent en détail ce qu’est un «bon comportement» considéré comme bénéfique pour l’humanité et l’environnement. Par exemple, lors d’une pandémie, ce type de contrôle s’étendrait de l’obligation de porter un masque, de pratiquer la distanciation sociale jusqu’à l’acceptation de vaccinations spécifiques pour postuler à un emploi ou pour voyager.

C’est, en somme, un type d’ingénierie sociale qui est à l’opposé d’un ordre spontané de développement. Comme l’ingénieur en mécanique avec une machine, l’ingénieur social – ou technocrate – traite la société comme une matière première. À la différence des éliminations brutales pratiquées par le totalitarisme des temps anciens, l’ingénieur social moderne tentera de faire fonctionner la machine sociale toute seule selon la norme. Pour ce faire, l’ingénieur social doit appliquer les lois de la société comme l’ingénieur en mécanique suit les lois de la nature. La théorie comportementale a atteint un stade de connaissance qui rend possible les rêves d’ingénierie sociale. Les machinations de l’ingénierie sociale n’opèrent pas par la force brute, mais subtilement par coups de pouce.

Dans l’ordre envisagé par la Grande Réinitialisation, le progrès de la technologie n’est pas destiné à servir l’amélioration des conditions du peuple mais à soumettre l’individu à la tyrannie d’un État technocratique. «Les experts savent mieux» est la justification.

L’agenda

Le plan pour une refonte du monde est l’idée d’un groupe d’hommes d’affaires élitistes, de politiciens et de leur entourage intellectuel qui se réunissaient à Davos, en Suisse, en janvier de chaque année. Créé en 1971, le Forum économique mondial est, depuis lors, devenu un événement mondialement globalisé. Plus de trois mille dirigeants du monde entier ont assisté à la réunion en 2020.

Sous la direction du WEF, le programme de la Grande Réinitialisation indique que la fin de la transformation industrielle actuelle nécessite une refonte complète de l’économie, de la politique et de la société. Une telle transformation globale nécessite la modification du comportement humain et, par conséquent, le «transhumanisme» fait partie du programme.

La Grande Réinitialisation sera le thème de la cinquante et unième réunion du Forum économique mondial de Davos en 2021. Son ordre du jour est l’engagement à faire avancer l’économie mondiale vers «un avenir plus juste, durable et résilient». Le programme appelle à «un nouveau contrat social» centré sur l’égalité raciale, la justice sociale et la protection de la nature. Le changement climatique nous oblige à «décarboniser l’économie» et à mettre la pensée et le comportement humains «en harmonie avec la nature». Le but est de construire «des économies plus égalitaires, inclusives et durables». Ce nouvel ordre mondial doit être mis en œuvre «d’urgence», affirment les promoteurs du WEF, et ils soulignent que la pandémie «a mis à nu la vulnérabilité de notre système», qui manque de «cohésion sociale».

Le grand projet de réinitialisation du WEF est l’ingénierie sociale au plus haut niveau. Les partisans de la réinitialisation soutiennent que l’ONU n’a pas réussi à rétablir l’ordre dans le monde et n’a pas pu faire avancer par la force son programme de développement durable – connu sous le nom d’Agenda 2030 – en raison de sa manière bureaucratique, lente et contradictoire de travailler. En revanche, les actions du comité d’organisation du Forum économique mondial sont rapides et intelligentes. Lorsqu’un consensus s’est formé, il peut être mis en œuvre par l’élite mondiale partout dans le monde.

Ingénierie sociale

Ein Volk, le peuple lobotomisé, Ein Reich, la planète, Ein Führer, les gnomes de Davos

L’idéologie du Forum économique mondial n’est ni de gauche ni de droite, ni progressiste ou conservatrice, elle n’est pas non plus fasciste ou communiste, mais carrément technocratique [c’est à dire, de nos jours, carrémént fasciste,NdT]. En tant que telle, elle comprend de nombreux éléments des idéologies collectivistes antérieures.

Au cours des dernières décennies, le consensus s’est dégagé lors des réunions annuelles de Davos selon lequel le monde a besoin d’une révolution et que les réformes ont pris trop de temps. Les membres du WEF envisagent un bouleversement profond à court terme. Le laps de temps devrait être si bref que la plupart des gens se rendront à peine compte qu’une révolution est en cours. Le changement doit être si rapide et dramatique que ceux qui reconnaissent qu’une révolution est en train de se produire n’auront pas le temps de se mobiliser contre elle.

L’idée de base de la Grande Réinitialisation est le même principe que celui qui a guidé les transformations radicales des révolutions française, russe et chinoise. C’est l’idée du rationalisme constructiviste incarné par l’État [et de la création d’un robot homme nouveau, NdT]. Mais des projets comme la Grande réinitialisation laissent sans réponse la question de savoir qui dirige l’État. L’État, lui-même, ne régit pas. C’est un instrument de pouvoir. Ce n’est pas l’État abstrait qui décide, mais les dirigeants de partis politiques spécifiques et de certains groupes sociaux.

Les régimes totalitaires antérieurs avaient besoin d’exécutions massives et de camps de concentration pour maintenir leur pouvoir. Maintenant, avec l’aide des nouvelles technologies, on pense que les dissidents peuvent facilement être identifiés et marginalisés. Les non-conformistes seront réduits au silence en disqualifiant les opinions divergentes comme étant moralement méprisables.

Les confinements de 2020 pourraient bien offrir un aperçu du fonctionnement de ce système. Le confinement a fonctionné comme s’il avait été orchestré – et peut-être l’était-il. Comme s’ils suivaient un seul commandement, les dirigeants des grandes et des petites nations – et à différents stades de développement économique – ont mis en œuvre des mesures presque identiques. Non seulement de nombreux gouvernements ont agi à l’unisson, mais ils ont également appliqué ces mesures sans se soucier des conséquences horribles d’un confinement mondial.

Des mois de blocage de l’économie ont détruit la base économique de millions de familles. Parallèlement à la distanciation sociale, le confinement a produit un grand nombre de personnes incapables de prendre soin d’elles-mêmes par manque de l’essentiel. Premièrement, les gouvernements ont détruit les moyens de subsistance, puis les politiciens se sont présentés comme les sauveurs. La demande d’assistance sociale n’est plus limitée à des groupes spécifiques, mais est devenue un besoin des masses.

Autrefois, la prospérité de l’État dépendait de la peur de la guerre, maintenant elle dépend de la peur de la pandémie. Ce qui nous attend, ce n’est pas l’apparente convivialité d’un État-providence bienveillant et protecteur avec un revenu minimum garanti, des soins de santé et une éducation pour tous. Le confinement et ses conséquences ont apporté un avant-goût de ce qui est à venir : un état de peur permanent, un contrôle comportemental strict, des pertes massives d’emplois et une dépendance croissante à l’égard de l’État.

Avec les mesures prises à la suite de la pandémie de coronavirus, un grand pas en avant pour réinitialiser l’économie mondiale a été franchi. Sans résistance populaire, la fin de la pandémie ne signifiera pas la fin du confinement et de la distanciation sociale. Pour le moment, cependant, les opposants au nouvel ordre mondial de la tyrannie numérique ont toujours accès aux médias et aux plates-formes pour s’opposer. Pourtant, le temps presse. Les auteurs du nouvel ordre mondial ont senti l’odeur du sang. Déclarer le coronavirus une pandémie s’est avéré utile pour promouvoir le programme de leur grande réinitialisation. Seule une opposition massive peut ralentir et arrêter finalement l’extension de la prise de pouvoir par la technocratie tyrannique en plein essor.

Antony P. Mueller est un professeur allemand d’économie qui enseigne actuellement au Brésil. Écrire un e-mail <antonymueller@gmx.com>. Voir son site Web et son blog.

Note du Saker Francophone

Devant la montée générale des revendications populaires, les puissants cherchent des échappatoire dans le contrôle des populations - aujourd'hui avec les nouvelles avancées (?) technologiques - là non plus, rien de nouveau sous le Soleil de Satan. "Le grand enfermement" «A l’âge classique, l’asile surgit comme une nouvelle manière de voir et de faire les fous, manière très différente de celle du Moyen-âge, de celle de la Renaissance ; et la médecine de son côté, mais aussi le droit, la réglementation, la littérature, inventent un régime d’énoncés qui concerne la déraison comme nouveau concept. Si les énoncés du XVIIème siècle inscrivent la folie comme l’extrême degré de la déraison, l’asile ou internement l’enveloppe dans un ensemble qui unit les fous aux vagabonds, aux pauvres, aux oisifs, à toutes sortes de dépravés : il y a une évidence, perception historique ou sensibilité, non moins qu’un régime discursif.» 

Gilles Deleuze : commentaire sur le livre de Michel Foucault.Histoire de la folie à l’âge classique, Paris, 1961.

Traduit par jj, relu par Hervé pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/du-confinement-a-la-grande-reinitialisation

Quelle soutenabilité pour la société moderne ? [3/4] Chapitre III : La dépendance psychologique à la réalité matérielle actuelle

Quelle soutenabilité pour la société moderne ? [3/4] Chapitre III : La dépendance psychologique à la réalité matérielle actuelle

Charles SIROUX 20 avril 2020 ActualitéActualités analyséesMondialisation et enjeuxNotionsSociété Leave a comment

Développement durable, résilience, transition énergétique… Autant de termes et concepts de plus en plus présents dans le champ lexical de nos contemporains. Des vœux pieux plus que des constats, tant notre société est structurellement aux antipodes de ces paradigmes.

Cette série intitulée “Quelle soutenabilité pour la société moderne ?” traitera ce sujet au travers de quatre articles. Le premier sera consacré aux conditions matérielles, le deuxième aux nouveaux liens sociaux, le troisième à la structuration psychologique des individus, et enfin le quatrième aux enjeux énergétiques.

Chapitre I : Des conditions matériels d’existence vulnérables

Chapitre II : Les nouveaux liens sociaux face à la continuité d’activité des secteurs essentiels

Cette série d’articles n’est pas prescriptrice. Elle a pour vocation l’identification des points de blocages et les injonctions contradictoires de nos sociétés faces aux enjeux de demain. Cette rapide synthèse a pour humble ambition de fournir à chaque citoyen les informations nécessaires à la structuration de solutions cohérentes et fonctionnelles.

Chapitre III : La dépendance psychologique à la réalité matérielle actuelle

L’adaptation des individus à leur quotidien

L’adaptation d’un animal à son environnement est la base de la survie, ou non, des espèces. L’être humain n’échappe pas à la règle. C’est pourquoi les conditions de vie matérielles façonnent les univers mentaux des individus. Par exemple, le socialisme est né de l’industrialisation et les femmes se sont émancipées dans un contexte d’équipement matériel des foyers.

L’idée de dépendance alimentaire était quasi impensable pour nos ancêtres. Elle est désormais la norme pour l’immense majorité d’entre nous partout dans le monde. Cette norme confère à chaque individu le sentiment que la sécurité alimentaire est un acquis indiscutable. La société compte sur la bonne réalisation du travail des maillons de la chaîne agroalimentaire pour étancher ses besoins primaires.

La production, la transformation, le conditionnement, l'acheminement et la conservation de la nourriture est totalement déléguée à une chaine d'acteurs dans le monde moderne.
Dans le monde moderne, la production, la transformation, le conditionnement, l’acheminement et la conservation de la nourriture est totalement déléguée à une chaine d’acteurs. Aucun consommateur ne la maitrise totalement.

Pourtant, personne n’a les moyens matériels de faire face à une défaillance dans les rouages. Surtout si la situation perdure. Il n’est plus question, pour l’immense majorité des individus, de compter sur un jardin, un petit élevage ainsi qu’un sellier, pour faire face à une coupure d’électricité de plusieurs semaines rendant inopérants les réfrigérateurs et autres plaques à induction. Résultat, lors du blackout de New-York en 1977, des émeutes ont eu lieu. Il s’agit d’un exemple parmi d’autres des conséquences sécuritaires et sociétales d’une disparition, même temporaire, d’un élément (ici l’électricité) indispensable à notre vie quotidienne.

En cas de défaillance massive, les sentiments de panique et de vulnérabilité seraient donc surement de la partie. Les comportements constatés dans les supermarchés lors de la mise en place du confinement face aux COVID-19 en attestent. La chaîne de production n’a pourtant subi aucun dommage. Les spécialistes expliquent même la ruée sur le papier toilette par ce besoin des individus de contrôler ce qui est à la base de la pyramide de Maslow. Or, nous venons de le voir, nous n’en contrôlant entièrement et individuellement aucun. Nous sommes spécialisés dans notre domaine d’expertise, et dépendons des autres pour tout le reste. Cette perte de contrôle sur sa survie est une source d’angoisse matériellement plus concrète pour le Français de 2020 que le Français de 1900.

La fin du tragique

Le rapport au tragique a lui aussi évolué. Dans nos sociétés, la mortalité infantile s’est effondrée, les famines disparues, les maladies endémiques ont été vaincues par la vaccination, la guerre est reléguée à des milliers de kilomètres ou aux livres d’Histoire.

Le génie scientifique nous fournit des rendements agricoles et une médecine nous ayant totalement fait échapper au tragique de la sélection naturelle darwinienne. La paix n’est plus un intervalle entre deux guerres, mais un acquis dont on oublie la valeur. L’Homme se rêve volontiers en Homo Deus. Il regarde son passé comme une tragédie certes, mais aussi bien souvent comme une fiction, un monde duquel il se serait extirpé définitivement.

Le retour brutal à une situation alimentaire, sanitaire et/ou sécuritaire dégradée serait donc un bouleversement autant matériel que psychologique pour les individus. Les traumatismes individuels et directs, tel que la mort récurrente et visible dans un contexte de guerre ou d’épidémie, sont le quotidien de quelques professionnels, et non plus du citoyen en armes ou voyant s’accumuler les charniers dans son village. Les effets psychologiques du confinement actuels inquiètent déjà , alors que le quotidien des individus n’est que très peu dégradé.

L’imaginaire collectif de notre société est bien plus proche de la fin de l’Histoire que de celui de la continuité. Nos enjeux relèvent d’une optimisation permanente de l’instant présent, et non pas de l’inclusion dans une Histoire héritée et à transmettre. On sacrifie donc bien souvent la prévision, le patrimoine et la souveraineté industrielle sur l’autel de la rentabilité immédiate.

Conclusion

Ce mode de vie n’est possible que grâce à l’énergie abondante et pilotable. Un monde industriel, émancipé des énergies vertes, avec lesquelles composait l’humanité depuis sa naissance. Est-il possible de le maintenir en réduisant notre emprunte carbone ? En réduisant notre vulnérabilité donc notre interdépendance ? Il s’agit du sujet du quatrième et dernier chapitre de cette chronique.

Ressources Bibliographiques :

NOAH HARARI, Yuval, Homo Deus : Une brève histoire de l’avenir, Albin Michel, 2017.

Le Nouvel Obs, “Ruée sur le papier-toilette: pourquoi une telle frénésie ?“, 17 mars 2020

Le Figaro, “L’impact inquiétant du confinement sur l’état psychologique des Français“, 13 avril 2020

France Info, “Angoisses décuplées ou effet libérateur : des psychologues racontent les répercussions du confinement sur leurs patients“, 17 avril 2020

Wikipedia, “New York City blackout of 1977“.Share

About Charles SIROUX

Travaillant dans la gestion de risque et de crise, il est diplômé d’un M2 en géopolitique et prospective à l’IRIS. Ses thèmes de prédilection sont les enjeux sécuritaires, énergétiques et d’influence, ainsi que les tendances historiques.

https://les-yeux-du-monde.fr/ressources/notions/soc/43313-quelle-soutenabilite-pour-la-societe-moderne-3-4-chapitre-iii-la-dependance-psychologique-a-la-realite-materielle-actuelle

Entretien avec Caroline Galactéros

Entretien avec Caroline Galactéros

GeopragmaAmérique du NordChineFrancePostRussieChineCovid-19Russie

Entretien avec Caroline Galactéros* réalisé par le Business club franco-russe « Nouveaux horizons » le 17/04/2020

Nouveaux horizons : Face au coronavirus, la Chine isole plusieurs régions pendant 90 jours, l’Europe agit en ordre dispersé, l’Amérique est frappée de plein fouet et la Russie confine sa population. Sur le plan géopolitique, quelle puissance va tirer son épingle du jeu à long terme ? Allons-nous, globalement, vers un nouvel équilibre géopolitique à la sortie de cette crise sanitaire, économique et financière et si oui, quelle place y occuperont la France et la Russie ?

CG : Je ne crois pas que l’on change drastiquement d’équilibre. Le choc des empires nouvelle manière, c’est-à-dire des USA et de la Chine, va se poursuivre tous azimuts avec les mêmes enjeux économiques, énergétiques, stratégiques et de modèle de puissance. Mais la crise sanitaire actuelle va accélérer la bascule amorcée depuis le début de la dernière décennie, du leadership global vers la puissance montante chinoise. Le « contre-monde » chinois a pris de l’avance avec cette crise, car il a démontré qu’il pouvait la contenir au sein d’une population d’1,4 milliards d’individus. Il s’offre le luxe désormais de venir à notre secours, et montre au reste du monde sérénité, crédibilité, et solidarité. Quelles que soient les critiques européennes et américaines sur la « culpabilité de Pékin » dans la propagation de la pandémie, celles-ci traduisent notre vision du monde invariablement ethnocentrée, présomptueuse, punitive, culpabilisante et notre manque d’empathie et de solidarité. C’est en outre une très grossière erreur en termes d’influence. Sans parler de la gabegie et du déficit de préparation de nos Etats qui s’étalent aux yeux du reste du monde auquel nous persistons pourtant à vouloir faire la leçon, alors même que nous pataugeons dans la gestion de la crise. Tout cela masque mal notre impuissance propre et l’obsolescence grandissante de nos démocraties post modernes qui, à force de porter le consensus et horizontalité au pinacle, paient très cher leurs abandons de souveraineté stratégique, sanitaire ou industrielle, et se révèlent incapables de gérer efficacement des
enjeux vitaux pour leurs populations et de remplir le premier devoir d’un Etat : la protection de son peuple.

On peut gager que l’on va entrer dans une phase de mutation du capitalisme libéral, marquée par sa fragmentation autour de pôles régionaux de croissance et de développement avec, en surplomb, le duo-duel sino-américain et des luttes d’influence croisées avec alliances variables sans merci pour la captation de ressources, de marchés et d’ascendant, y compris dans le domaine militaire. Dans ce paysage contraint, la Russie, puissance globale résiliente mais économiquement encore fragile, doit tirer son épingle du jeu entre Washington et Pékin et jouer au mieux de l’effet de levier que constitue sa capacité de protection et de réassurance d’un certain nombre d’Etats que l’impérialisme occidental résiduel met en danger. Elle doit demeurer un interlocuteur incontournable pour les « deux Très Grands » et donc maintenir sa capacité d’influence (et de nuisance) sur les théâtres européen, centrasiatique et moyen oriental, mais aussi en Afrique. La France, elle, demeurera je le crains, très inconfortablement paralysée par ses utopies européistes et son allégeance atlantique, à moins qu’elle n’ait l’audace de s’affranchir décisivement, mentalement et concrètement, de la tutelle américaine, et de se remettre à penser et à agir par elle-même. C’est une révolution de l’état d’esprit que nous devons mener. Cet affranchissement doit se baser sur un pivot stratégique vers l’Est, qui n’a rien à voir avec une allégeance à Moscou ou Pékin mais tout à voir avec une définition de nos positions en fonction de nos seuls intérêts nationaux. Sachant que l’intérêt national, comme la souveraineté, n’excluent nullement la coopération ; ils la permettent et la garantissent. Nous devons redevenir une puissance d’équilibre et sortir de l’ornière manichéenne d’un bloc occidental qui n’a plus de sens et tue l’Europe à petit feu dans un marché de dupes suicidaire.

Le premier pas décisif de ce pivot est un rapprochement pragmatique, assumé et multi-sectoriel (économique, sécuritaire, industriel et plus largement culturel) de la France avec la Russie. Les Russes ne veulent plus de l’Europe qui leur a trop longtemps battu froid, mais ils aiment toujours la France et attendent probablement encore de nous, sans toujours se l’avouer, l’étincelle d’une conscience retrouvée d’une communauté de destin dynamique. De toutes façons, pour sortir de la nasse où elle s’est laissée imprudemment enfermée, l’UE doit se penser à l’échelle de l’Eurasie, et se projeter vers la Russie et l’Asie centrale, en nouant partenariats privés et publics avec les institutions eurasiatiques. C’est cet horizon qui lui donnera progressivement un autre statut continental (plus seulement une excroissance de l’empire américain) et la protégera (comme Moscou !) de l’avancée chinoise via les Routes de la Soie comme d’ailleurs d’autres « offensives » plus ou moins charmantes (je pense à celle de la Turquie, très active en Asie centrale). Pour cela, il nous faut réunir quelques européens lucides et courageux, profiter de l’atmosphère de remise en cause permise par la crise, abattre nos œillères américaines qui nous affaiblissent en prétendant nous protéger, et oser enfin être nous. Sinon ce sera la double dévoration, lente mais certaine de l’UE, par l’Est et par l’Ouest, et nous l’aurons bien cherché.

Nouveaux horizons : Maintenant que l’épidémie touche l’économie mondiale, est-il possible de commencer à chiffrer les conséquences de cette crise ? En général, trouvez-vous que les mesures prises par des gouvernements en France et en Russie soient efficaces pour freiner la faillite des entreprises et l’arrêt des économies nationales ?

CG : Il est très difficile de porter un jugement suffisamment renseigné et je ne veux pas tirer sur l’ambulance tricolore. Le gouvernement essaie d’enrayer la spirale d’une grave récession et de soutenir les entreprises et les particuliers mais on ne voit pas de cohérence dans l’approche de la lutte contre la propagation du virus. Le confinement total, absolument désastreux pour notre économie comme pour notre société, a été décidé non par conviction mais par défaut. Notre système sanitaire ne pouvait faire face à la diffusion massive du virus. C’est lui que l’on a protégé – ce qui était nécessaire- mais en se privant, par tabou idéologique, d’une action curative de masse qu’aurait permis un vaste dispositif de tests appuyé sur le maillage de la médecine de ville, suivi du triage, du confinement partiel et d’un traitement systématique des personnes touchées. Le politique a peur de décider et plus encore d’imposer. Il préfère figer tout un pays en espérant que la vague passe plutôt que de prendre des décisions de bon sens qui demandent fermeté et courage mais sont à même de rassurer véritablement nos concitoyens sans les plonger dans la désespérance. Evidemment, pour cela, il faut accepter d’en finir avec nos tabous idéologiques paralysants que sont le refus de fermer nos frontières (alors que l’Allemagne, l’Espagne, la Suisse pour ne parler que d’elles, l’ont fait tout naturellement), celui de trier les populations pour leur bien individuel et pour la sauvegarde collective et d’appliquer un traitement différencié aux divers groupes empêchant la descente aux enfers économique et sociale de pans entiers de la population. Résultat : on attend tous Godot, et la bureaucratisation terrifiante de notre système, à la fois trop centralisé et sans autorité, achève de paralyser et de diviser le pays. La rentrée sera très douloureuse pour tant de salariés et de petits et moyens patrons que cela
pourrait évoluer en désordre social déstabilisateur. Je ne parle pas de l’absence de solidarité et de coordination intra européenne pendant des semaines entières qui révèle combien l’Europe doit se réveiller… La Russie a fermé sa frontière avec la Chine très rapidement puis annoncé progressivement des mesures sanitaires mais aussi de soutien social et économiques très importantes. Je ne suis pas sur place et ne puis juger de leur efficience, mais les échos qui me reviennent, les divers reportages et le ton des interventions présidentielles laissent transparaître une prise en main déterminée de la protection de la société et de l’économie russes qui se traduit d’ailleurs aussi par l’influence décisive de Moscou sur la crise pétrolière actuelle. C’est cette perception d’une unité, d’un lien entre le peuple et le pouvoir et surtout d’une préoccupation véritable du « haut » pour « le bas » qui transparaît. Une nation qui garde son calme et tient le choc, ayant décidé de faire taire ses divisions y compris politiques (notamment sur la réforme constitutionnelle), pendant l’alerte.

Nouveaux horizons : Quelle est votre vision personnelle de l’après-COVID 19 ? Assisterons-nous à une prise de conscience collective, qui nous entraînera vers un changement du système économique mondial ? Quels en seraient les enjeux, pour la France et la Russie, le cas échéant ? Sommes-nous témoins de la fin idéologique de la Mondialisation ?

CG : Vous me pardonnerez mon manque d’enthousiasme mais je ne crois pas vraiment au « rien ne sera jamais plus comme avant ». La très lourde dépression économique qui nous attend en Europe (car je crois que les Etats Unis – comme la Grande-Bretagne – vont s’en sortir bien plus vite que nous notamment grâce à leurs choix monétaires) va plutôt pousser les gouvernements à faire repartir au plus tôt les systèmes productifs. La fin de l’incontinence économique et financière n’est pas pour demain. Toutefois, cela pourrait aussi raviver les débats autour d’un « salaire universel » car des franges entières de population vont se trouver plus rapidement que prévu projetées hors de l’emploi et l’accélération de la mutation technologique du marché de l’emploi sera irrépressible. La charge de la dette va être terrifiante. Il va évidemment falloir travailler plus, se payer moins de dividendes, investir davantage et pour ce qui est de la France, cesser de râler et revendiquer sans cesse. Bref, chacun doit sortir de ses postures idéologiques et de ses revendications sociales interminables pour contribuer au relèvement national. Notre Etat doit se renforcer, redevenir stratège, élargir le socle du régalien, y mettre les moyens (c’est le moment puisque nous avons ouvert les vannes) protéger des secteurs industriels entiers de la prédation étrangère. Là où cela
peut et doit changer, c’est sur la relocalisation progressive de certaines productions stratégiques dont on a bien vu l’affaiblissement collectif aux conséquences humaines tragiques que leur abandon ou leur sous-traitance à l’étranger avait produit. La France « pays sans usines », c’est dangereux et c’est fini. Ce n’est peut-être pas glamour mais…

Quant à « la fin idéologique de la mondialisation », là encore, je ne pense pas qu’on puisse juste la rêver pour qu’elle advienne. La méthode Coué a ses limites. En revanche, on assistera peut-être au reflux progressif de certaines des utopies agissantes qui la portaient… et l’emportaient : l’abaissement souhaitable des frontières et l’inutilité des Etats, l’imparable vertu de « la main invisible du marché », le droit-de-l’hommisme cynique aux conséquences sanglantes, l’interpénétration des économies comme obstacle à la guerre et moteur de la prospérité des masses, le transhumanisme comme Graal, le multiculturalisme communautarisé comme ferment d’une coexistence harmonieuse, le caractère inépuisable d’une planète que l’on a cru pouvoir impunément essorer et qui se dessèche désormais inéluctablement.

La crise du Coronavirus est une crise de la souveraineté, une crise de l’indifférence, une crise de la gouvernance mondiale désormais gravement dysfonctionnelle. Sans angélisme aucun, je crois profondément que c’est le partage de vertus humaines au premier rang desquelles le respect de l’autre, qui peut forger les plus belles alliances politiques mais aussi économiques et culturelles. C’est au renforcement de ces liens que la France et la Russie, mais aussi, plus prosaïquement, les communautés d’affaires russe et française doivent s’atteler et je serais très heureuse d’y contribuer.

*Caroline Galactéros, Présidente de Geopragma

http://geopragma.fr/entretien-avec-caroline-galacteros/

Le crépuscule des contours d’un monde inconnu

jeudi, mars 26, 2020

Strategika 51

 ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

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Le crépuscule des contours d’un monde inconnu

Nous vivons des temps fort étranges. La France et le reste des pays de la coalition internationale hormis les États-Unis et la Grande-Bretagne, ont décidé de rapatrier dans l’urgence absolue leurs forces d’Irak tandis que le Venezuela est en train d’envoyer des équipes de médecins militaires en Italie.

La vision de convois militaires russes entre Rome et Bergame a suscité la stupéfaction d’un très grand nombre d’analystes Atlantistes. Ces derniers sont tombés de très haut et n’ont pas su ou voulu saisir le bouleversement stratégique mondial en cours depuis au moins une décennie de guerres hybrides désastreuses pour le monde dit « libre ».

C’est en Afghanistan et au Yémen, deux pays très pauvres et ravagés par la guerre, que s’est joué et se joue encore une partie fort étrange où l’empire est en train de subir son fiasco majeur.

La crise du COVID-19 ne sera probablement pas aussi grave que celle, cataclysmique, du système économique mondial tel qu’il a été conçu en 1945, puis renforcé en 1973 avant de connaître des crises systémiques majeures en 2001 et surtout celle de 2008. Cette fois-ci le seul échappatoire possible du neolibéralisme est paradoxalement le recours à l’Etat, aux subventions publiques et aux nationalisations. En filigrane, le renforcement de l’Etat policier fondé sur le nouveau système du mercenariat, les nouvelles technologies de l’information, la manipulation et la cybernétique, assurera plus de restrictions des libertés et un contrôle absolu sur la vie des individus.

La Chine a amorti la crise du COVID-19 grâce à d’immenses sacrifices que très peu de pays dans le monde sont prêts à consentir sans un début d’implosion. Ce pays millénaire a non seulement encaissé le premier coup d’un nouveau type de guerre hybride à grande échelle impliquant des vecteurs biologiques et chimiques mais tente maintenant de repartir à l’assaut en se basant sur une philosophie totalement contraire à celle de l’empire. Dans la continuité de ses routes et de sa ceinture économiques ou ce que l’on a appelé les nouvelles routes de la soie, les chinois tentent de démontrer qu’ils opposent la solidarité et l’entraide aux guerres pour le profit et le pillage économique de l’empire du soleil couchant. La symbolique est forte. Les chinois semblent adresser un message en clair aux élites de l’Etat profond US. Plus rien désormais ne sera plus comme avant.

C’est la fin de l’ancien monde. Le Nouvel Ordre Mondial annoncé par les Bush père et fils en 1989 et 1992 est totalement anéanti sans que la Chine ou la Russie aient eu recours à une confrontation globale lourde de conséquences pour l’ensemble de la planète. Depuis 2011, la Russie a fait tout ce qui était possible pour éviter une escalade militaire sur un nombre croissant et souvent fort sensibles de points chauds dont un situé sur les marches occidentales de la vieille Russie. La Chine a fait le dos rond à presque toutes les provocations en mer de Chine, en péninsule de Corée, au Tibet, au Xinjiang et finalement à Hong Kong. On peut critiquer autant que l’on veut la Chine et la Russie et ces deux grands pays ne sont point exempts de critiques mais force est de constater qu’ils ont fait preuve d’une maturité et d’un sang-froid ayant pu éviter à la planète une déflagration infiniment plus violentes et meurtrière que les deux précédentes guerres mondiales de 1914-1918 et 1939-1945.

La violence sans limite d’un empire bâti sur le pillage et la violence aveugle sous couvert de « valeurs universelles » s’achève. Nous entrons dans une nouvelle où un monde inconnu nous attend. La phase à venir ne sera pas aisée car des centaines de millions d’humains répugnent le changement et sont formatée à le rejeter d’emblée, parfois avec violence. Rien ne sera plus comme avant.

Strategika 51 vous a accompagné depuis les premiers soubresauts de la guerre hybride par l’ingénierie sociale du chaos, le soulèvement et les coups d’Etat ont commencer à ravager la région centrale du monde en 2011. Il vous accompagnera également dans la nouvelle phase qui s’annonce par le confinement de près de deux milliards d’êtres humains et l’arrêt de l’économie réelle dans près de 70 pays de la planète. Tout est désormais possible.

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https://strategika51.org/2020/03/26/le-crepuscule-des-contours-dun-monde-inconnu/

Coronavirus : pour une nouvelle architecture de la mondialisation

25.mars.2020 // Les Crises

Coronavirus : pour une nouvelle architecture de la mondialisation

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Source : Marianne, David Djaïz, 23-03-2020

Pour David Djaïz, la mondialisation est paradoxale, car elle nous rend à la fois plus forts et plus vulnérables. L’auteur plaide pour un nouvel ordre international, où les Etats-nations auraient toute leur place.

Ironie amère que ce soudain confinement mondial, alors que nous célébrions depuis trente ans la circulation universelle et le nomadisme des humains, des marchandises, des capitaux et des informations. En l’espace de quelques semaines, la phase de mondialisation la plus profonde de l’histoire, tant sur le plan commercial, que financier ou encore touristique, s’est brutalement interrompue : les frontières ferment les unes après les autres ; les nations se cloîtrent et les familles se confinent ; les flux commerciaux sont gelés ; les chaînes de valeur et les chaînes logistiques sont fortement perturbées ; le tourisme est à l’arrêt ; il n’y a presque plus aucun avion dans le ciel.

Seule continue la mondialisation technologique et informationnelle puisque nous n’avons jamais autant communiqué par internet et consommé de bande passante, au point que des craintes surviennent quant à la solidité des architectures réseau, et nous rappellent là encore à quel point nous sommes vulnérables.

DIALECTIQUE DE LA FORCE ET DE LA VULNÉRABILITÉ

À première vue, aucun point commun n’apparaît entre les attentats du 11 septembre 2001, la crise des subprimes de 2008 et l’épidémie de Covid-19 qui nous frappe en 2020. Sauf que les historiens qui étudieront notre époque dans deux ou trois cents ans y verront sans doute les trois dates les plus importantes du début du XXIe siècle. D’autant plus qu’il existe un facteur commun à ces événements : ils sont chacun à leur manière une crise de la mondialisation, en ceci qu’ils suivent le même schéma et manifestent la même « topologie » :

C’est tout le paradoxe de la mondialisation qui apparaît chemin faisant avec ces trois crises

  1. un événement (attaque terroriste, choc financier, foyer épidémique) survient à un moment donné en un point précis (appelons-le épicentre) et provoque pourtant une crise systémique-globale en se propageant par cercles concentriques, à la manière des vibrations sismiques ;
  2. l’épicentre de l’événement est toujours un point nodal. Ce n’est pas un hasard si la crise financière est partie des États-Unis et la crise sanitaire de Chine : ces pays sont deux plaques tournantes essentielles de la mondialisation ;
  3. les régions périphériques finissent toujours par payer plus cher que les épicentres le prix d’une crise qu’elles n’ont pas provoquée.

C’est tout le paradoxe de la mondialisation qui apparaît chemin faisant avec ces trois crises : le fait d’être aussi intégrés et interconnectés nous rend à la fois plus forts et plus vulnérables.

LE MONDE N’EST PAS DEVENU « PLAT »

Cette dialectique de la force et de la vulnérabilité s’explique tout simplement par l’organisation spatiale de notre mondialisation. Prenons les chaînes de valeur économiques. Celles-ci ne sont pas linéaires, mais étoilées : il existe des grands hubs métropolitains où se concentrent les donneurs d’ordres, qui eux-mêmes sont en lien avec des hubs régionaux où se trouvent les sous-traitants du second ordre, qui eux-mêmes sont en lien avec des hubs du troisième ordre et ainsi de suite, par imbrications successives. Loin d’être devenu « plat », comme le proclamait l’essai à succès de Thomas Friedman, le monde n’a jamais été aussi rugueux et cabossé.

Les crises de 2001, 2008 et 2020 ont chacune à leur manière infligé un cinglant démenti aux tenants de la fin de l’Histoire

Dans un monde hyperconnecté économiquement et technologiquement, il suffit donc que l’un de ces points nodaux soit touché par un incident pour que l’ensemble du système se grippe, quel que soit le fait générateur.

« ZÉRO RISQUE-ZÉRO MORT »

Les crises de 2001, 2008 et 2020 ont chacune à leur manière infligé un cinglant démenti aux tenants de la fin de l’Histoire, qui soutinrent après 1989 que la mondialisation devait être placée en « pilotage automatique », c’est-à-dire que l’intégration progressive des marchés amènerait dans son sillage la démocratie libérale, la prospérité économique et la santé humaine – un état de paix perpétuelle sur fond de « zéro risque-zéro mort ».

Bien sûr le nombre de morts du fait du Covid19 risque d’être incommensurablement plus faible que le bilan de la grippe espagnole il y a un siècle qui fit plusieurs millions de victimes. Mais il se chiffre déjà en milliers, se chiffrera demain en dizaines de milliers et peut-être en centaines de milliers. Dans les régions les plus touchées comme l’Italie du Nord ou la province de Hubei, chacun connaît dans son cercle rapproché une victime du coronavirus.

REGAIN DE PUISSANCE DES ETATS-NATIONS

Alors maintenant, quelles leçons tirer pour la suite ? Comme la lumière au bout du tunnel, l’après nous paraît bien loin. C’est une nouvelle architecture de la mondialisation qu’il nous faudra pourtant inventer, rien de moins. Face aux dérèglements provoqués par ces crises systémiques, la puissance publique devra jouer le rôle d’une écluse. En langage maritime, il s’agit d’un bassin séparé par deux vannes servant à réguler la dénivellation d’un canal. Lorsqu’un bateau qui navigue souhaite passer un dénivelé, il est invité à entrer dans un bassin de mise à niveau. Celui-ci se remplit ou se vide, ce qui permet au bateau d’être au même niveau que l’eau en aval, et ainsi de poursuivre sa navigation.

Les États-nations doivent en quelque sorte redevenir les écluses de la mondialisation. Lorsque des flux humains, économiques ou financiers risquent d’avoir un impact sanitaire, social ou environnemental négatif, le gouvernement national (ou la puissance européenne, si l’on se décide à construire une Europe-puissance capable de produire des biens publics, plutôt qu’une Europe de la règle…) peut décider de mettre en place certaines limites, provisoires ou non. Il ne s’agit pas de se claquemurer derrière des remparts mais au contraire d’organiser une régulation des flux de la mondialisation, comme les écluses organisent la circulation des bateaux sur un canal. Les écluses constituent des valves de sécurité qui évitent la propagation rapide et exponentielle des incidents dans des systèmes complexes.

UN NOUVEAU PACTE MONDIAL ?

En complément de ces marges de manœuvre restaurées, il faudra envisager de construire un véritable état de droit mondial sans état mondialcomme le dit Mireille Delmas-Marty. Il ne peut pas s’agir d’un Droit surplombant ou de réglementations émises par des autorités administratives non démocratiques, déconnectées de toute légitimité politique. L’effectivité et la légitimité restant largement du côté des États-nations démocratiques, l’erreur du globalisme fut depuis les années 1980 de penser que des institutions supranationales, comme l’OMC en matière commerciale, pourraient tout bonnement suppléer les États à mesure que l’économie se mondialisait. Cela a abouti à une intégration négative, les États abandonnant des morceaux de souveraineté à la faveur de traités multilatéraux, sans que ces abandons ne se traduisent par des gains de souveraineté ou de solidarité à une échelle supranationale.

Avec cette nouvelle architecture de la mondialisation, la puissance publique retrouvera sa fonction de « gare d’aiguillage », capable de discriminer entre ce qui a vocation à être mis sur le marché mondial et ce qui n’a pas vocation à y être

En lieu et place de ces abandons de souveraineté, il est crucial de revenir à une approche plus raisonnable : faire en sorte que les droits nationaux incorporent désormais des dispositions universelles, notamment celles qui touchent aux biens publics mondiaux (environnement, qualité de l’air, santé, stabilité financière…). C’était par exemple l’objet du Pacte mondial pour l’environnement.

LE RETOUR DE LA PUISSANCE PUBLIQUE

Proposé par la France en 2017, ce dernier proposait aux États-nations d’intégrer dans leur droit interne les principes fondamentaux du droit de l’environnement parmi lesquels le droit pour toute personne de vivre dans un environnement sain ; l’obligation d’évaluer l’impact environnemental de tout projet ; le principe de précaution ou encore le principe du pollueur-payeur. On pourrait en faire de même en matière de droit du travail et bien sûr en matière sanitaire. Une telle approche, misant sur la responsabilité des États-nations, est sans doute plus riches de promesses que la voie « globaliste » et les abandons de souveraineté qui ont trop souvent conduit à la moins-disance pure et simple.

Avec cette nouvelle architecture de la mondialisation, la puissance publique retrouvera sa fonction de « gare d’aiguillage », capable de discriminer entre ce qui a vocation à être mis sur le marché mondial et ce qui n’a pas vocation à y être ; capable d’imposer des décélérations sélectives en reprenant le contrôle des biens publics hors marché, à commencer par la lutte contre le changement climatique et l’érosion de la biodiversité ; capables de relocaliser certains actifs stratégiques, comme la production de protéines végétales ou des principes actifs des médicamehttps://www.les-crises.fr/coronavirus-pour-une-nouvelle-architecture-de-la-mondialisation/nts, afin de retrouver la maîtrise des chaînes d’approvisionnement essentielles pour la vie humaine : sanitaires, alimentaires, énergétiques, ou encore technologiques. C’est cette philosophie politique que j’ai essayé d’esquisser dans mon livre Slow Démocratie, Comment maîtriser la mondialisation et reprendre notre destin en main.

Source : Marianne, David Djaïz, 23-03-2020

https://www.les-crises.fr/coronavirus-pour-une-nouvelle-architecture-de-la-mondialisation/

Où est passé Joe ?

Où est passé Joe ?

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   lundi 23 mars 2020

   Forum

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Où est passé Joe ?

23 mars 2020 – Nous nous évertuons, me semble-t-il, à situer notre démarche dans le plan que nous jugeons le plus haut, qui est celui du Système dans son destin catastrophique, et considérant avec une argumentation souvent et depuis si longtemps développée sur ce site que tout se joue du sort du Système aux USA, qui sont sa courroie de transmission et son bras opérationnel. Un très-aimable et très-érudit habitué du Forum, “J.C.” que je salue ici, extrayait une phrase d’un texte d’hier, – que je peux citer parce qu’elle résume bien ce propos d’introduction :

« Nous avons toujours estimé que l’Amérique et le “modèle américaniste” constituaient  la clef de voûte du Système, et donc que lorsqu’une crise menacerait directement l’un et l’autre ce serait le Système lui-même qui serait en cause. »

Cela explique notre intérêt sur ce site, et mon intérêt dans ces pages, pour les événements qui secouent les USA et son idéologie globalisante de l’américanisme, – et Dieu sait qu’il n’en manque pas, de ces événements, et qu’ils sont bien mal relayés et encore plus analysés en Europe. Je pense que le suivi de ces événements, surtout depuis que l’Amérique est soudainement, depuis à peine quelques jours, frappée par la panique-Covid19, est bien plus important que l’enquête constante et soupçonneuse sur les causes de la pandémie et les ambitions dictatoriales des pays du bloc-BAO (dont la France, certes) cachées derrière ou supposées apprêtées à s’en saisir, qu’on nous expose sans arrêt ni le moindre repos depuis le Patriot Act de l’automne 2002.

Sur ce point, et plutôt que me répéter ou même nous citer, j’extrais un passage d’un texte d’un commentateur US sérieux, pas trop hystérique, bien documenté et sérieusement antiSystème, qui dit parfaitement ce que je pense et fais depuis longtemps, sur l’importance essentielle des effets quelles que soient les causes, sur l’importance essentielle de la perception quelle que soit la réalité-désintégrée, – c’est-à-dire sur la nécessité du maniement de l’inconnaissance pour libérer la pensée des contingences annexes (qui a fait cela et dans quel but ?) et la concentrer sur l’essence des choses extraordinaires en cours (il se passe “cela” avec des effets extraordinaires).

Voici donc cette remarque de  Tom Luongo : 

« Peu importe ce que vous pensez des origines de COVID-19, arme biologique ou non, “juste la grippe” ou le nouveau fléau, la réalité est là. La réponse qu’on lui apporte est réelle et les dommages que cela cause à l’économie mondiale sont réels.
» Peu importe à l’heure actuelle si la réponse est la bonne ou la mauvaise. Car à une époque où la perception est plus importante que la réalité et ce depuis si longtemps, nous n’avons pas de véritable cadre de référence pour guider nos conclusions. »

Tout cela étant dit dans une fort longue introduction, passons au plat de résistance qui est cette bouffonne et en apparence anecdotique interrogation sur Joe Biden, dont l’intérêt pour mon compte se justifie dans la mesure où elle concerne directement l’événement qu’on peut qualifier de formidable dans le contexte actuel, de l’élection présidentielle USA-2020. Car, en effet, voilà qu’il s’avère ceci que Joe a disparu !

Je parle de Joe Biden, candidat démocrate désigné-d’avance, dont l’état mental ne cesse d’inquiéter les fins stratèges du système de l’américanisme, et qu’on n’a pas vu ni entendu depuis une semaine. C’est effectivement un peu étrange, puisque cette semaine, qui voit par ailleurs les primaires démocrates se poursuivre, est celle où le virus Covid-19 a frappé l’Amérique au cœur. On s’inquiète donc de l’absence de Joe :

« Les gens se demandent pourquoi l’ancien vice-président Joe Biden est resté silencieux la semaine dernière alors que la nation est aux prises avec l’urgence nationale COVID-19.
» Selon “une source étant informée de la campagne Biden”, l’équipe du candidat démocrate a campagne de Biden travaille “à développer[une infrastructure adéquate] et doit prendre en compte les réalités de la maison de Biden à Wilmington, – comme le fait qu’il n’y a pas de plafonds particulièrement élevés, ce qui peut rendre l’éclairage difficile”. »

On imagine (?) que “l’infrastructure” concerne la mise en place des conditions permettant de filmer Biden pour des interventions télévisées essentielles et décisives bien entendu, et alors l’explication relève du  bouffe qui reste partout présent dans une situation pourtant tragique. Imaginez Biden et son équipe dans une cellule monastique de 2mx2m avec ce satané 1,50m de plafond, tentant d’installer un projecteur ici, un micro là… Bien entendu, ZeroHedge.com, d’où vient cet extrait, le fait suivre d’une succession de photos de la luxueuse maison de Biden, de son intérieur si confortable avec de vastes et hauts plafonds, etc., que divers internautes tweeteurs n’ont pas manqué de diffuser en cascade.

Et ZeroHedge.com de conclure : « Samedi, nous avions rapporté que Biden avait prévu d’organiser des “shadow briefings” réguliers dès lundi afin de dénoncer les “mensonges et les échecs” du président Trump dans sa réponse à la crise COVID-19.
» Nous espérons que ses plafonds bas n’entraveront pas sa capacité à s’adapter à la situation et à délivrer son message. »

…Tandis que Sanders, qui existe toujours paraît-il, tweetait que « Biden et son équipe ne sont pas PRÊTS à diriger le pays ».

Du côté de Trump, les choses ne sont pas si roses qu’on pourrait croire à la pensée qu’il aura un adversaire de la carrure de Joe Biden, enfermé dans sa cellule monastique.  Christina Wilkie, de CNBC, observe que les trois axes majeurs de la campagne de Trump sont aujourd’hui extrêmement fragilisés sinon complètement anéantis :

» • La campagne de réélection du président Trump avait été conçue en partant du principe que l’économie serait très forte jusqu’en novembre, mais ce n’est plus du tout le cas.
» • Trump avait également prévu de faire du socialisme un point central de ses attaques. Mais sans Bernie Sanders comme adversaire, cet argumen tperd toute sa puissance.
» • Trump a fait campagne pour “drainer le cloaque” de Washington et réduire l’interventionnisme du gouvernement. Il veut maintenant que les Américains fassent confiance à l’action gouvernementale pour combattre le coronavirus et sauver l’économie. »

Tout cela s’est produit en un peu moins de deux mois (Wilkie situe le pinacle de la puissance politique de Trump et donc de ses chances de réélection au 4 février, lors de son discours sur l’état de l’Union devant le Congrès). Cette rapidité est évidemment stupéfiante, surtout pour l’effondrement de l’économie qui s’est précisée tragiquement en quelques jours. Il s’agit bien sûr de l’explosion de la crise Codiv-19 et de son effet de détonateur sur le GCES, tout cela étant ressenti de plein fouet par les USA depuis une semaine, avec accélération ce week-end. (*)

Les conditions générales aux USA, comme elles doivent être décrites désormais, vont bien entendu influer sur la campagne présidentielles dans un sens absolument impossible à prévoir, et avec une force comme sans doute aucun autre événement auparavant dans une campagne présidentielle. (**) Cela, au moment où les deux candidats probables sont, quant à leurs comportements et dans les conditions où on les voit, les plus improbables du monde. Là aussi, j’estime avec la plus grande force qu’aucune prévision n’est possible, et cette imprévisibilité touchant le fait même de la tenue de l’élection de novembre prochain.

Les contours décisifs de la tragédie nommée Grande Crise de l’Effondrement du Système se mettent en place décisivement. Ce sont les USA qui en seront le champ de bataille, et Codiv-19 en sera un acteur essentiel, sinon l’acteur essentiel, détruisant tout sur son passage des fragiles structures économiques et sociales de cette hyperpuissance de carton-pâte.

Notes

(*) De WSWS.org ce 23 mars 2020 : « Les cas de coronavirus officiellement confirmés aux États-Unis ont augmenté de près de 14 000 au cours du week-end pour atteindre 32 356, et le nombre de décès a plus que doublé, passant de 158 à 414. Au niveau mondial, 60 000 nouveaux cas ont été enregistrés ces deux derniers jours, ce qui porte le total à plus de 335 000, avec un peu moins de 15 000 décès. Les États-Unis sont maintenant en tête du monde pour le nombre de nouveaux cas et sont en troisième position, après la Chine et l’Italie, pour le nombre de patients infectés par la COVID-19. »

(**) Il y a bien sûr l’élection de 1860 conduisant à l’élection de Lincoln et à la Guerre de Sécession et celle de 1932, au fond de la Grande Dépression, menant à l’élection de Roosevelt. Mais même dans ces deux cas, il s’agit d’événements certes essentiels mais très fortement “intériorisés” et méthodologiquement maîtrisés, c’est-à-dire susceptibles d’être pris en main, pour le meilleur ou pour le pire, par l’establishment politique. Aujourd’hui, le désordre américaniste lui-même hors de contrôle reçoit de plein fouet le chaos extérieur d’une puissance extraordinaire et contre lequel il ne peut évidemment rien. Il en résulte une totale impuissance d’un establishment politique américaniste par ailleurs gangrené par la corruption, la rapacité et une perte totale de perception de la réalité, et l’incapacité de rechercher une  vérité-de-situation.

https://www.dedefensa.org/article/ou-est-passe-joe

Les sociétés militaires privées ou visage de la mondialisation de la Défense

Les sociétés militaires privées ou visage de la mondialisation de la Défense

Pierre Lacroix 15 octobre 2019 Géopolitique & Relations InternationalesMondialisation et enjeuxSituations décryptées Leave a comment

Les sociétés militaires privées (SMP) ou entreprises militaires et de sécurité privée (EMSP) sont des entreprises à but commercial qui fournissent des prestations à des forces armées étatiques. Souvent à la marge des opérations, leur action est parfois plus directe. L’emploi d’anciens membres de forces spéciales prend pour certains la forme d’un « mercenariat moderne » sous le visage des « contractors ». Ce phénomène officiel ou officieux devient cependant récurrent sur les grands théâtres d’opérations.

Ce logo de la firme Blackwater , visuellement percutant, fut remanié en 2007. Deux années avant le changement de nom pour Xe Services LLC - qui deviendra ensuite Academi
Logo de l’entreprise américaine Blackwater, devenue Academi

La banalisation du fait militaire privé

La privatisation de la sécurité est aujourd’hui affaire courante et dépasse parfois l’externalisation de certains services. La fin de la Guerre Froide et la baisse des budgets de Défense sont à l’origine de l’apparition et de la prolifération, au cours des années 1990, des sociétés militaires privées (SMP). Leur poids a été croissant au cours des années et leurs activités sont liées notamment aux conflits irakiens et afghans. Certaines firmes privées américaines avaient joué un rôle important dans l’action stratégique américaine. On pense notamment à DynCorp, KBR ou Blackwater (devenue Academi) aux Etats-Unis. Les américains ne sont pas les seuls à faire parler en ce domaine. En effet, le groupe Warner, russophone, est plus d’actualité car il aurait participé au conflit du Donbass.

Plus largement, les missions de maintien de la paix ou les ONG ont largement recours à ce type de sociétés pour parvenir à leurs besoins de sécurité. La privatisation de la sécurité et de la guerre a ouvert le champ à un secteur économique fleurissant.

Nous parlons essentiellement du recrutement de « mercenaires » ou de soldats privés et non plus seulement d’externalisations ou d’outsourcing (transports, repas, habillement, armements…). Les SMP peuvent se spécialiser soit sur la sécurité, soit sur la Défense. L’objet est ici de se centrer sur la seconde catégorie. Ce sont bien souvent d’anciens membres de forces spéciales ou d’armées spécialisées, qui rejoignent les rangs d’une société gérée par des fonds privés. Des sociétés privées au service de l’intérêt étatique : une situation pouvant parfois amener à une confusion d’intérêts.

Quel statut des acteurs des SMP dans le Droit International Humanitaire (DIH) ?

La participation d’acteurs privés dans les opérations militaires n’est pas chose nouvelle. Depuis l’Antiquité, des « mercenaires » participent à des campagnes militaires. Leur reconnaissance juridique s’est néanmoins faite avec le temps. Il y a trois enjeux majeurs à la reconnaissance légale des acteurs de SMP selon Nicolas Haupais, auteur des Enjeux de la « privatisation de la guerre » : déterminer la protection à laquelle les acteurs ont le droit ; définir les devoirs auxquels les acteurs doivent se conformer ; et définir les poursuites possibles en cas d’actes litigieux.

Bien que le statut de mercenaire soit défini dans l’article 47 du Protocole additionnel aux Conventions de Genève du 12 août 1949, relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux, du 8 juin 1977 (Protocole I), celui des employés des SMP est bien plus incertain. De nos jours, le mercenariat est réprimé par certains textes internationaux. La frontière nébuleuse qui existe actuellement dans l’activité de certaines SMP nous permet cependant de dire que les textes actuels ne sont plus adaptés à notre époque.

Selon le droit international, il existe deux principaux statuts envisageables pour les employés de SMP : civils ou combattants. Ces statuts sont définis dans les Conventions de Genève et la distinction semble assez simple dans les textes. Un combattant peut ainsi légalement participer au combat. A l’inverse, les civils bénéficient de la protection contre les dangers liés aux opérations militaires.

La responsabilité comme enjeu principal

Au regard de la 3ème Convention de Genève, on remarque que les contractors ou autres acteurs des SMP ne remplissent pas toujours toutes les conditions pour obtenir le statut de combattant. A savoir le fait « d’avoir à leur tête une personne responsable pour ses subordonnés ; d’avoir un signe distinctif fixe et reconnaissable à distance ; de porter ouvertement les armes ; de se conformer, dans leurs opérations, aux lois et coutumes de la guerre ». Aussi, la question de la responsabilité des entreprises qui emploient les acteurs est posée. Egalement, la responsabilité de l’Etat entre en jeu quand un critère organique peut s’appliquer. Ces questions mettent bien souvent en lumière les zones grises du droit international.

Une partie de la communauté internationale entreprend depuis plusieurs années une tentative d’adoption d’une convention internationale. Une telle décision est de plus en plus évoquée et semble être une nécessité pour contrôler l’activité de ces sociétés dont il est illusoire de vouloir prohiber l’activité. Signalons le mérite du Document de Montreux sur les entreprises militaires et de sécurité privées mené par la Suisse et le CICR. Ce travail juridique non contraignant finalisé en 2008, présente un ensemble de potentielles obligations juridiques et de bonnes pratiques. Son caractère officiel ouvre la voie et pose une juridiction plus adaptée au contexte actuel.

Sources :

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About Pierre Lacroix

Pierre Lacroix est diplômé d’une Licence de Géographie (Université de Nantes), d’un Master de Relations Internationales, Intelligence Stratégique et Risques Internationaux (Lyon III), puis d’un Master Coopération Internationale et ONG (Paris XIII). Il est rédacteur depuis Mars 2019.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/situations-decryptees/41686-societes-militaires-privees-visage-mondialisation-defense

LES ECOLOS SONT DES GAUCHISTES MONDIALISTES ET LE MONDIALISME EST LE PIRE ENNEMI DE L’ECOLOGIE

Eric Zemmour « Les écolos sont des mondialistes, et le mondialisme est le pire ennemi de l’écologie » [Vidéo]

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Eric Zemmour « Les écolos sont des mondialistes, et le mondialisme est le pire ennemi de l’écologie » [Vidéo]

Eric Zemmour met une écologiste en PLS à l’occasion d’un débat dans le cadre de l’émission qu’il anime avec Naulleau. « Les écolos sont des mondialistes, et le mondialisme est le pire ennemi de l’écologie » dit-il .

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine

Eric Zemmour « Les écolos sont des mondialistes, et le mondialisme est le pire ennemi de l’écologie » [Vidéo]

Mondialisation : définition, fonctionnement, conséquences – Qu’est-ce que la mondialisation

Mondialisation : définition, fonctionnement, conséquences – Qu’est-ce que la mondialisation

Qu’est-ce que la mondialisation ? Quelle est son origine ? Quelles sont ses conséquences et comment fonctionne-t-elle ? La mondialisation est-elle économique, culturelle ou politique ? Explications.

Définitions de la mondialisation

Définition simple de la mondialisation

« La mondialisation (ou globalisation) désigne l’accélération des mouvements et échanges (d’êtres humains, de biens et de services, de capitaux, de technologies ou de pratiques culturelles) sur toute la planète. La mondialisation entraîne un niveau d’interaction croissant entre les différentes régions et populations du globe. »

Définition de la mondialisation en géographie

En géographie, la mondialisation se définit comme l’ensemble des processus (économiques, sociaux, culturels, technologiques, institutionnels) qui contribuent à la mise en relation des sociétés et des individus du monde entier. C’est un processus progressif d’intensification des échanges et des flux entre les différentes parties du monde.

Les origines de la mondialisation

Pour certains, la mondialisation est inhérente à la nature humaine : elle aurait débuté dès le début de l’histoire humaine, il y a environ 60 000 ans. Tout au long de leurs histoires, les sociétés humaines ont eu tendance à échanger de plus en plus entre elles. Dès l’Antiquité, les différentes civilisations ont ainsi développé des routes commerciales, des échanges culturels, elles ont aussi vécu des phénomènes migratoires qui ont contribué à des échanges entre les populations.

Ce phénomène s’est poursuivi un peu partout dans le monde durant l’histoire, notamment via les conquêtes militaires et les grandes explorations. Mais la mondialisation s’est surtout accélérée grâce aux progrès technologiques en matière de transports et de communication. C’est particulièrement depuis la seconde moitié du 20ème siècle que les échanges mondiaux se sont accélérés au point que l’on finisse par employer le terme « mondialisation ».

Les différents aspects de la mondialisation en fonctionnement

On parle souvent de la mondialisation comme un phénomène économique et financier (avec le développement du commerce et des échanges monétaires et financiers) mais le phénomène englobe un champ bien plus large que celui de la simple circulation des biens et services et des capitaux. La mondialisation a en fait plusieurs volets :

  • La mondialisation économique : développement des échanges commerciaux, avec des acteurs transnationaux comme les entreprises transnationales.
  • La mondialisation financière : émergence d’une finance mondiale, avec échanges financiers internationaux, échanges monétaires…
  • La mondialisation culturelle : interpénétration des cultures dans toute leur diversité, mais aussi émergence d’une supraculture mondialisée.
  • La mondialisation politique : développement et influence croissante des organisations internationales telles que l’ONU ou l’OMS, ainsi que des ONG.
  • La mondialisation sociologique : circulation de l’information en temps réel, interconnexion et interdépendance des événements et de leurs conséquences.
  • La mondialisation géographique : nouvelle organisation et hiérarchisation des différentes régions du monde, en constante évolution.

La mondialisation économique : le moteur de la globalisation

Historiquement, il semble que la mondialisation économique soit la première dimension de la mondialisation. Ce sont en effet les échanges commerciaux qui ont alimenté la dynamique des interactions entre les différentes parties du monde.

À partir des années 1960 et surtout 1970 c’est l’ouverture des économies mondiales et le développement des politiques de libre-échange qui ont vraiment lancé l’accélération de la mondialisation. Entre 1950 et 2010, les exportations mondiales ont ainsi été multipliées par 33 ce qui a contribué largement à augmenter les interactions entre les différents pays et régions du monde.

La mondialisation financière

Dans le même temps, la finance s’est aussi mondialisée. À partir des années 1980, sous l’impulsion des politiques néo-libérales, le monde de la finance s’est progressivement ouvert. De nombreux Etats (les Etats-Unis sous Ronald Reagan, le Royaume-Uni sous Margaret Thatcher) ont mis en place ce que l’on appelle la « Politique des 3D » : Désintermédiation, Décloisonnement, Déréglementation.

Il s’agissait de simplifier les règles de la finance, de supprimer les intermédiaires financiers et de faire tomber les barrières entre les différentes places financières afin de faciliter les échanges de capitaux entre les différents acteurs financiers de la planète. Cette globalisation financière a contribué à l’émergence d’un marché financier mondial où se sont multipliés les échanges de titres et de capitaux.

La mondialisation culturelle : mondialisation et diversité culturelle

Avec la mondialisation économique et financière, il y a eu évidemment une mondialisation culturelle. En effet, la multiplication des échanges économiques et financiers s’est accompagnée d’une accélération des échanges humains : migrations, expatriations, voyages…

Ces échanges humains ont contribué au développement des échanges culturels. Avec la digitalisation du monde et l’avènement d’internet, ces échanges culturels se sont multipliés. C’est ainsi qu’aujourd’hui, un peu partout dans le monde on peut goûter les cuisines de différents pays, avoir accès à la littérature ou au cinéma de toute la planète… La mondialisation a donc rendu plus accessible la diversité culturelle internationale.

Mais paradoxalement, la mondialisation a aussi tendance à homogénéiser les cultures mondiales. En effet, certains particularismes culturels tendent à disparaître au profit de la mondialisation. Certaines cultures s’imposent, d’autres disparaissent. C’est ainsi qu’aujourd’hui, le cinéma américain devient partout dans le monde une référence, parfois au détriment des industries cinématiques locales.

Les conséquences de la mondialisation

La mondialisation est un phénomène complexe, profond et global. À ce titre, elle a donc une influence considérable sur la réalité des sociétés contemporaines et des conséquences marquées dans presque tous les domaines.

Les conséquences économiques de la mondialisation

Les conséquences les plus visibles de la mondialisation sont sans doutes celles qui touchent au monde économique. La mondialisation a entraîné une nette augmentation des échanges commerciaux et économiques, mais également une multiplication des échanges financiers.

Cette accélération des échanges économiques a été à l’origine d’une forte croissance économique mondiale. Elle a permis un développement industriel global rapide. Selon certains analystes, la mondialisation a aussi contribué à améliorer les conditions économiques globales, en créant de nombreuses richesses économiques.

Toutefois, cette croissance économique tirée par la mondialisation ne s’est pas faite sans éveiller les critiques. Les conséquences de la mondialisation sont loin d’être homogènes : inégalités de revenus, de développement,  dégradation des termes de l’échange. Certains acteurs (pays, entreprises, individus) bénéficient plus des phénomènes de mondialisation, tandis que d’autres sont parfois perçus comme les « perdants » de la mondialisation.

Les conséquences de la mondialisation sur l’environnement

De nombreux critiques ont aussi mis en évidence que la mondialisation a des effets négatifs sur l’environnement. Ainsi, le développement massif du transport qui a été à la base de la mondialisation est aussi responsable de sérieux problèmes environnementaux : émissions de gaz à effet de serreréchauffement climatique, pollution de l’air.

La croissance économique mondiale et la productivité industrielle qui sont à la fois le moteur et les conséquences principales de la mondialisation ont aussi des conséquences environnementales majeures : déplétion des ressources naturelles, déforestation, destruction des écosystèmes.

Mondialisation ou globalisation : quelles différences

En Français, on emploie parfois le mot « globalisation » en tant que synonyme du mot « mondialisation ». Cette tendance vient de l’anglais, langue dans laquelle « mondialisation » se traduit par « globalization » ou « globalisation ». Toutefois, de nombreux chercheurs (géographes, philosophes, économistes) spécialistes de la mondialisation estiment qu’il faut distinguer ces deux mots en français.

Ainsi, la globalisation désignerait la transformation du monde en un ensemble systémique global avec des règles et des processus de plus en plus homogènes tandis que la mondialisation renverrait à la multiplication des interactions et connexions entre les différents acteurs mondiaux. Dans ce cadre, un phénomène comme le développement des échanges commerciaux, culturels et humains internationaux relèverait de la mondialisation alors que l’émergence d’un capitalisme libéral global structurant au niveau mondial serait une forme de globalisation.

Mondialisation, développement durable et RSE

Phénomène touchant tous les secteurs d’activité à plus ou moins grande échelle, la globalisation économique se voit inéluctablement confrontée aux problématiques du développement durable et de la responsabilité sociale/sociétale des entreprises.

A priori, en effet, en faisant la promotion d’une production industrielle à grande échelle et d’une circulation mondialisées des marchandises, la mondialisation s’oppose à des notions comme la sobriété, les circuits courts, les économies de ressources et d’énergie ou la limitation des émissions de gaz à effet de serre. De ce fait, les détracteur de la mondialisation avancent souvent qu’elle contribue à accélérer le réchauffement climatique et ne respecte pas les principes de l’écologie. Les conséquences des délocalisations (destruction d’emplois dans les pays à haut coût de main d’œuvre, conditions de travail dégradées dans les pays à bas coût) sont également en contradiction avec les critères d’une démarche RSE. De plus, l’idéologie qui sous tend la mondialisation (croissance économique, recherche permanente de productivité) rend difficile la conception d’une économie fondée sur la résilience.

D’un autre côté, la mondialisation représente aussi l’une des opportunités de transition vers un monde plus durable, dans la mesure où seule une synergie mondiale serait réellement en mesure de permettre une véritable transition écologique. Les problématiques comme le réchauffement climatique nécessitent en effet une réponse coordonnée de tous les acteurs mondiaux : lutte contre les émissions de CO2, réduction des gaspillages, transition vers les énergies renouvelables. Même chose pour les pollutions de l’océan ou de l’air, ou encore l’acidification des océans qui ne peuvent pas être résolues sans une action mondialisée. La diffusion des idées écologiques dépend aussi de la capacité des acteurs engagés à les faire entendre au niveau mondial.

https://e-rse.net/definitions/mondialisation-definition-consequence-histoire/#gs.dx6nur

Revue de presse nationale et internationale.