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Une monnaie privée en France !

« 93 – Une si belle Banque

– Une monnaie privée en France !

Par Jacques Favier le mardi 1 octobre 2019, 22:28 – de la souveraineté – Lien permanent

L’agenda politique sur la monnaie numérique publique, ainsi que ma récente visite du Musée créé par la Banque de France m’ont conduit à de multiples réflexions. Qu’un ministre ne veuille pas de monnaie privée sur notre sol (curieux, d’ailleurs que ce soit précisément ce mot à double sens qui affleure ici) c’est une chose. Que la chose soit impensable en est une autre.

On va parler ici d’une monnaie privée émise justement par …un ministre, et pas n’importe lequel. Au coeur de l’appareil d’Etat, et en plein centre de la France.

Le double tournois de 1636

L’idée d’un système de référence unique sur toute l’étendue du royaume est au moins aussi vieille que Charlemagne, qui fixa l’antique système de la livre (à l’origine, mais à l’origine seulement, unité de poids) divisée en 20 sous de 12 deniers chacun. Ensuite l’histoire des monnaies émises et circulant, de l’évolution de leur poids, de leur titre en métal fin et de leur rapport tant entre elles qu’à la monnaie de compte est fort longue et complexe.

Le souverain lui-même faisait travailler des dizaines d’ateliers. Comme le précise l’auteur du Catalogue des Fonds de la Monnaie de Paris (*) : « Leur dissémination en grand nombre sur le territoire (une trentaine au milieu du XVIIIe siècle) répondait à des considérations économiques et/ou stratégiques. Plus de la moitié de ces ateliers a disparu à la veille de la Révolution et au cours de la période révolutionnaire. Pour les autres, le progrès technique, notamment en matière de transport, décida de leur suppression progressive à partir de 1837 (Bayonne, La Rochelle, Limoges, Nantes, Perpignan et Toulouse), puis en 1857 (Lille et Rouen), 1858 (Lyon et Marseille), 1870 (Strasbourg) et enfin 1878 (Bordeaux). A cette date, la Monnaie de Paris devint l’unique atelier national».

Au long de l’ancien régime, ces ateliers purent fort bien être opérés pour le compte du roi par les acteurs les plus divers, y compris privés. A l’occasion, ces ateliers privés ou affermés se révélèrent très capables d’activité proche du « faux monnayage », puisque la tentation était évidemment grande d’émettre un supplément de monnaies en tous points semblables et d’en garder pour soi le seigneuriage c’est à dire la prime par rapport à la valeur du métal. Un problème qui affecte la fausse monnaie elle-même ( voir une scène culte dans Le cave se rebiffe). Bref, vraie ou fausse, la tentation existe de tous temps d’en faire encore un peu, beaucoup, trop… mais ceci est une autre histoire.

A côté des ateliers monétaires royaux, il existait des ateliers pour les monnaies que nous appelons féodales.

Là aussi, à travers l’histoire, il en exista des dizaines, frappant de la monnaie pour de grandes principautés, ou de toutes petites. Car cette émission n’était pas tant liée à l’existence d’une zone économique cohérente qu’à celle d’un droit, d’une souveraineté toujours un peu usurpée, notamment après le démembrement de l’état carolingien. Inutile de dire que nos rois eurent à coeur de restreindre (ou de racheter !) ces droits à chaque occasion possible. Il existait pourtant encore, à la veille de la Révolution une quarantaine de ces principautés souveraines dont ne subsiste aujourd’hui que Monaco. Est-ce à dire que leurs propriétaires se considéraient comme étrangers en France ou étaient tenus pour tels ? Nullement. Certains pouvaient être souverains ailleurs (les Orange, les Matignon à Monaco, certains princes alsaciens…) d’autres étaient des petits seigneurs (dont le fameux roi d’ Yvetot) mais la plupart de ces terres d’exception appartenaient à de grandes familles de la Cour de France : Bourbon, Soubise, Rohan, Condé, Conti…

Les Gramont, souverains de Bidache (où ils battirent monnaie sur des bouts de cuir) donnèrent deux maréchaux à la France, comme les La Tour d’Auvergne, qui battaient monnaie à Sedan ; les Grimaldi souverains à Monaco fournirent un amiral et sous les rois, l’empereur ou la république, ses successeurs ont toujours servi dans l’armée française. Battre monnaie n’était donc pas un acte hostile aux intérêts de la couronne et de grands seigneurs le firent, tout en servant le roi.

La monnaie reproduite ici est celle d’un homme, grand maître de l’artillerie et des trésors de France, qui fut aussi l’un de nos plus grands ministres : Sully (1559-1641). Il ne la fit pas frapper comme surintendant des finances (depuis 1598), ni comme duc de Sully (depuis 1606) mais bien comme prince souverain de Boisbelle, un petit « État » enclavé « près Berry » et non en Berry, et qui depuis des siècles jouissait de diverses franchises fort appréciables : point de taille, point de gabelle, point de d’obligation militaire ou de corvée. En 1605, Maximilien de Béthune, pas encore duc de Sully mais qui s’était acheté trois ans plus tard la baronnie de Sully-sur-Loire, racheta cette terre et quelques autres dans le coin. On a dit que c’était avec l’idée de créer un refuge pour les protestants. Car, comme son maître Henri IV, il était (et resta) huguenot. Mais on peut aussi penser que le rachat de ces terres en soi plutôt ingrates (pardon à mes lecteurs berrichons) était destinée à tenter en toute liberté (et souveraineté) des expériences économiques tendant à prouver que « pâturages et labourages sont les deux mamelles de la France ».

Henrichemont (28) vu du ciel

En tout cas Sully fit renouveler tous ces privilèges par son roi. Puis il entreprit, en 1608, de transformer le village de Boisbelle en une « capitale ». Ce fut la peite ville rebaptisée Henrichemont en l’honneur du roi, et conçue par Salomon de Brosse (l’architecte du Palais du Luxembourg à Paris) suivant un plan carré de 256 toises de côté, avec église catholique, temple protestant, collège, halle, hôtellerie etc. Vu du ciel, encore aujourd’hui c’est beau comme un QR Code :

C’est si beau que son successeur Richelieu se dota lui aussi de sa ville orthogonale (en Indre-et-Loire). On a d’ailleurs décrit le jeu geek Minecraft comme visant à construire « une ville selon Richelieu ».

En 1610, du fait de Ravaillac, Sully perdit la plupart de ses fonctions officielles. Disgracié, il se consacra d’abord à assurer sa sécurité, puis à établir son fils. Celui-ci décédant en 1634, le vieil homme semble être alors retourné vers les rêves de souveraineté qui l’avaient animé un quart de siècle plus tôt et on le vit alors se consacrer durant des années à son petit pays.

Dans sa capitale, Henrichemont, il établit en 1634 un atelier monétaire. En avait-il vraiment le droit ? Il ne semble pas qu’aucun de ses prédécesseurs en aient usé, ce qui peut aussi s’expliquer par le maigre seigneuriage perçu sur de telles émissions. Lui-même aurait envisagé la chose dès 1613, sous forme de concession à un particulier. En 1634, outre l’atelier, il dispose de trois moulins. Quelques rares pièces auraient été frappées dès 1635.

L'atelier monétaire d'Henrichemont

C’est entendu : l’atelier est fort modeste et ne fait pas une concurrence insupportable au Moulin du Louvre et aux autres ateliers royaux ! Mais Sully a tout de même un « général des monnoies », deux gardes, un procureur, un greffier, un graveur, un essayeur. Tout cela fonctionne d’ailleurs expressément « selon les ordonnances de France ». Il sortit en tout cas de cet atelier, en 1636, d’assez beaux doubles tournois, l’une des pièces les plus populaires de l’époque, valant deux deniers, ou le sixième d’un sou tournois.

Une pièce intéressante du fait de son métal : depuis le règne précédent, la pièce était en cuivre pur et non en un mélange douteux d’un peu d’argent et de beaucoup de plomb. Bref le double-tournois, qui était d’un métal qui ne tentait plus de contrefaire l’argent, marqua un tournant : l’apparition d’une monnaie strictement fiduciaire, que l’on assimile trop facilement, en général, au billet de banque.

Remarquons le : qu’un prince local s’amuse à frapper de l’argent, c’est toujours de l’argent. Avec du cuivre, il n’y a que son portrait et sa signature pour conférer de la valeur. Façon de dire qu’il n’exerce pas seulement un droit, mais qu’il manifeste une certaine capacité à inspirer cette fameuse confiance dont on lit partout qu’elle est le seul fondement de la monnaie.

On lit assez clairement au verso : MAX(imilien) D(e) BETHUNE P(rince) S(ouverain) DHENRIC(hemont). Des émissions auront lieu en 1637 et 1641 année de la mort du « souverain ». Son petit fils, Maximilien III lui succède et marque son avènement local d’une frappe en 1642.

un mauvais double de 1642

Moins réussie ? Je ne sais s’il s’agit ici d’un raté ou … d’une fausse monnaie. Car Sully qui s’est battu jadis contre les faussaires en France, comme surintendant, dut ensuite faire face, comme ses descendants, à des faussaires sur ses propres terres. L’atelier ferme en 1656. En 1685 la révocation de l’édit de Nantes provoque le départ des protestants encore nombreux dans le petit « État » de Sully. Son lointain descendant cède la principauté en 1766 au roi… qui en abolit tous les privilèges, à la grande fureur des manants, qui rchignent encore en 1789.

L’une des raisons de cet arrêt tient sans doute à ce que, outre l’obligation de tout faire aux titres, poids et alois de la monnaie de France, le roi imposa, vers 1644, que ces monnayages soient faits « sans que pour raison desdites fabrications, le prince de Boisbelle et ses successeurs, leurs fermiers ou commis puissent enlever aucune matière d’or ou d’argent en ce Royaume ». En gros le roi laissait le prince d’Henrichemont battre monnaie sur du métal qu’il n’avait pas. Précaution inutile ? Sans doute, car s’il semble que l’atelier ait émis quelques demi-francs (d’argent), le prince de Sully ne frappait apparemment que du cuivre, ce qui pouvait rendre plus de service à ses gueux que de grosses pièces de grands prix. Cette disposition était surtout un rappel de ce que le droit de battre l’or n’appartenait en fait qu’au roi. Ce dont au fond tout le monde convenait.

La France n’a tenu rigueur à Sully ni de l’échec économique de son ambition territoriale, ni d’avoir ainsi battu monnaie « privée ».

Statue par Beauvallet 1810

Il a toujours sa statue devant notre Assemblée Nationale. Et cette statue date de… Napoléon, dont on ne rappellera pas lourdement qu’il fut le créateur de la Banque de France. Laquelle ne fut pas plus rancunière puisqu’en 1939 elle fit figurer l’ancien prince monnayeur de Boisbelle et Henrichemont sur une coupure de 100 francs.

le 100 francs Sully de 1939

Que conclure de ce petit voyage ?

  • qu’il n’existe pas de droit exclusif du roi sur la frappe de la monnaie, mais qu’il est bien difficile d’aller contre un si puissant seigneur ?
  • qu’il est bien difficile aussi de battre monnaie en un trop petit pays, et que la monnaie de Boisbelle-Henrichemont n’eut pas plus de succès que les Monnaies locales complémentaires dont des rêveurs contemporains attendent encore un miracle ?
  • que la monnaie de cuivre, qui passionne les numismates, est toujours curieusement absente des fariboles d’économistes sur la monnaie, alors qu’elle est bigrement intéressante, peut-être parce qu’elle participe d’une forme de service plus que de droit ?
sur les marches du Palais

Oui, je me déplace sur le terrain, moi ! Je suis Grand Reporter à la Voie du Bitcoin puisque même les journalistes les mieux rivés aux tabourets des plateaux télé sont devenus Grands Reporters de nos jours…

Pour aller plus loin :

Olivier Delamarche : « Plus que les actifs, c’est la monnaie qui s’écroulera »

Publié le 5 septembre 2019par Olivier Demeulenaere

Une monnaie repose sur la confiance de ceux qui l’utilisent. Si cette confiance s’évapore, la monnaie revient à sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire zéro. L’énorme bulle de dettes et de fausse monnaie finira par tout emporter, révélant la crise monétaire qui se cache derrière la crise financière… Achetez de l’or ! OD

(Sicavonline, 4 septembre 2019)

– On sait que ça se terminera mal mais en même temps, si les banques centrales se mettent à tout acheter… bon on sait bien que les prix ne veulent plus rien dire… mais est-ce que ça peut s’écrouler ?

– « Alors le seul truc qui peut s’écrouler, c’est que en effet ça ne soit pas au final sur les actifs, mais sur ce qui “price” les actifs, c’est-à-dire la monnaie. Quand les gens vont comprendre qu’il n’y a plus de limite, et qu’il n’y a plus de limite DANS LE TEMPS, ça veut dire quoi ? ça veut dire que s’il faut 2000 milliards par an pour tenir le marché ils en imprimeront 2000, s’il en faut 5000 ils en imprimeront 5000… Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que votre monnaie ne vaut plus rien. Combien de temps les marchés vont-ils mettre à s’en rendre compte ? Je n’en sais fichtre rien ».

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2019/09/05/olivier-delamarche-plus-que-les-actifs-la-monnaie-s-ecroulera/

Nouvelle charge de Bruno Le Maire contre le Libra de Facebook

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Nouvelle charge de Bruno Le Maire contre le Libra de Facebook

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Libra: la France refuse le développement de la cryptomonnaie "sur le sol européen"

ArticleLibra: la France refuse le développement de la cryptomonnaie « sur le sol européen »ArticleLa France met le holà à la Libra, le projet de monnaie virtuelle de FacebookArticleLa Libra de Facebook pourrait nuire à la BCE et à l’euro

Boursier.com, publié le jeudi 12 septembre 2019 à 14h42

Cette nouvelle monnaie suscite beaucoup de questions, mais aussi de critiques, alors que le réseau social compte plus de deux milliards d’utilisateurs actifs dans le monde.

Les nuages s’accumulent au-dessus du Libra… Facebook ne peut être autorisé à développer sa cryptomonnaie en Europe, a estimé jeudi Bruno Le Maire, estimant que cela soulève des « risques d’abus de position (…) des risques de souveraineté (…) et des risques pour les consommateurs et pour les entreprises ».

Le ministre français de l’Economie et des Finances joint ainsi sa voix à celles de responsables politiques et banquiers centraux à travers le monde mettant en garde contre les dangers du projet Libra, dévoilé vers la mi-juin par Facebook, qui veut le lancer au premier semestre 2020.

« Risque systémique »

« Libra soulève aussi une risque systémique à partir du moment ou il y a deux milliards de consommateurs. Toute défaillance dans le fonctionnement de cette monnaie, dans la gestion de ses réserves pourrait créer des désordres financiers considérables », a déclaré Bruno Le Maire, lors d’une conférence de l’OCDE consacrée aux défis des cryptomonnaies.

« Toutes ces préoccupations sur Libra sont sérieuses, je veux dire donc avec beaucoup de clarté (que) dans ces conditions nous ne pouvons pas autoriser le développement de Libra sur le sol européen. »Libra:« Nous ne pouvons pas accepter qu’une entreprise privée se dote des instruments de souveraineté d’un État » Le Mairepar Public Sénat

Devise numérique

Libra, dont le lancement est prévu au premier semestre 2020, sera une devise numérique fonctionnant à partir de la technologie blockchain, censée assurer la transparence et la sécurité de toutes les transactions. L’objectif sera de permettre aux utilisateurs de Facebook et aux sites marchands de procéder à des transactions commerciales dans l’environnement Facebook, qui compte deux milliards d’utilisateurs dans le monde.

Facebook s’est associé à 28 partenaires tels que les spécialistes des paiements Mastercard et Visa, des entreprises commerciales comme Iliad, Spotify ou Uber et des sociétés de capital investissement comme Andreessen Horowitz. Aucune banque ne participe pour l’instant.

Cette nouvelle monnaie suscite beaucoup de questions, mais aussi de critiques. Un des fondateurs du réseau social, Chris Hughes, estime par exemple que le projet de cryptomonnaie de Facebook risque de transférer l’essentiel du contrôle de la politique monétaire des banques centrales vers des entreprises privées, dans une tribune publiée dans le ‘Financial Times’. « Si les autorités de régulation dans le monde n’agissent pas maintenant, il pourrait très rapidement être trop tard », écrit-il

.https://finance.orange.fr/actualite-eco/article/nouvelle-charge-de-bruno-le-maire-contre-le-libra-de-facebook-CNT000001iZvEY.html

Les banques commencent à facturer les dépôts, en Suisse et en Allemagne pour l’instant (Capital)

Les banques commencent à facturer les dépôts, en Suisse et en Allemagne pour l’instant (Capital)

11111 Rating 0.00 (0 Votes)Catégorie : Actualités internationales  Publication : 5 août 2019  Mis à jour : 5 août 2019  Création : 5 août 2019 Écrit par folamour  Affichages : 29fShare

Depots

La filiale suisse d’UBS a annoncé qu’elle agirait de la sorte avec les dépôts des particuliers excédant 2 millions de francs suisses. Les banques françaises ne comptent pas suivre le mouvement pour l’instant.

Les grandes fortunes réfléchiront peut-être à deux fois avant de laisser dormir leur argent dans les banques suisses et allemandes. Elles sont de plus en plus nombreuses à facturer les dépôts importants, explique le Financial Times, relayé par Les Echos. Dernière en date : la filiale suisse d’UBS, qui va facturer 0,75% par an les soldes de trésorerie individuelle supérieurs à 2 millions de francs suisses.

Cette mesure entrera en vigueur à partir du 1er novembre. UBS emboîte le pas à d’autres banques suisses, comme Julius Baer ou Pictet, qui agissent déjà de la sorte. « À la suite de mesures similaires prises par un certain nombre d’autres banques ici en Suisse, nous confirmons que nous avons décidé d’ajuster les frais de dépôt en espèces pour les francs suisses détenus en Suisse », a fait savoir la banque au Financial Times. Les clients fortunés concernés vont être bientôt prévenus par courrier des changements à venir.

⋙ Lire aussi Taux d’intérêt : la banque centrale des Etats-Unis devrait les baisser pour prolonger la croissance

Une méthode « très loin » d’être mise en place en France

En agissant de la sorte, UBS répercute sur ses clients la pénalité infligée par la Banque nationale suisse sur les dépôts, qui s’élève à 0,75%. Cela prouve aussi que les banques anticipent une longue période de baisse des taux, qui menacerait leur rentabilité. « Nous supposons que cette période de faibles taux d’intérêt durera encore plus longtemps et que les banques continueront à appliquer des taux d’intérêt négatifs sur les dépôts des clients auprès des banques centrales », a ajouté UBS.

En Allemagne, 30 banques appliquent déjà des taux négatifs à leurs clients privés, si leurs dépôts sont supérieurs à 100.000 euros. Mais cette mesure n’est pour l’instant pas envisagée en France. « On est très loin de mettre en place une facturation des dépôts. Cela ne se développe d’ailleurs pas tellement en zone euro », fait savoir Frédéric Oudéa, qui dirige la Société Générale, aux Echos. Le son de cloche est le même du côté du Crédit Agricole.

⋙ Lire aussi Crédit immobilier : bonne nouvelle, les taux vont rester très bas cette année

Un attentisme qui peut surprendre, alors que les banques françaises sont celles, avec leurs homologues allemandes, qui sont les plus concernées par le taux négatif de la BCE. Celui-ci est de 0,40% et concerne depuis 2016 les excédents d’argent dans les coffres des banques. Les banques françaises ont payé 1,655 milliards d’euros à la BCE, soit moins que les banques allemandes (2,560 milliards d’euros) : cela représente 60% des 7 milliards d’euros perçus par la BCE grâce à ce taux négatif, expliquent Les Echos.

Source : Capital.fr

https://www.crashdebug.fr/international/16345-les-banques-commencent-a-facturer-les-depots-en-suisse-et-en-allemagne-pour-l-instant-capital

Libra, la cryptomonnaie de Facebook qui inquiète les Etats

Libra, la cryptomonnaie de Facebook qui inquiète les Etats

Libra, la cryptomonnaie de Facebook qui inquiète les Etats© JUSTIN SULLIVAN Source: AFP
Le patron de Facebook Mark Zuckerberg.

Facebook va lancer en 2020 Libra, sa propre cryptomonnaie. Centralisée, elle sera gérée par un groupe de multinationales. Les pouvoirs publics s’inquiètent de la naissance d’une monnaie souveraine, qui vient directement concurrencer celle des Etats.

Le système financier mondial est-il à l’aube d’un véritable séisme ? La question mérite d’être posée depuis l’annonce le 18 juin par Facebook du lancement de sa cryptomonnaie, le Libra, qui sera mise en circulation courant 2020.

Basé sur le système de la chaîne de bloc – cette sorte de registre public, infalsifiable, sur lequel sont inscrites toutes les transactions – le Libra est censé permettre d’acheter des biens ou d’envoyer de l’argent aussi facilement qu’un message instantané. L’idée est de pouvoir effectuer des paiements en ligne directement d’un tiers à un autre sans passer par une institution financière et en s’affranchissant de la barrière des différentes devises.

Selon Facebook, cette monnaie vise en priorité les 1,7 milliard d’exclus du système bancaire, qui ne disposent pas de comptes bancaires, notamment dans les pays émergents. Mais l’ambition du géant des réseaux sociaux est évidemment bien plus grande : la multinationale entend à terme faire du Libra une monnaie incontournable dans les échanges virtuels. Pour preuve, il ne sera pas limité aux «seuls» 2,4 milliards d’utilisateurs de Facebook mais sera accessible à quiconque ouvre un portefeuille numérique (Calibra) où stocker ses jetons.

Si par certains aspects le Libra s’inspire des cryptomonnaies traditionnelles, la ressemblance n’est pourtant qu’en trompe-l’œil. Quand le Bitcoin ou l’Ethereum doivent leur succès à leur décentralisation, chaque unité étant créée par les utilisateurs eux-mêmes, le Libra fonctionne à l’inverse de façon totalement centralisée.

La Libra Association, association à but non lucratif, fera en effet office de banque centrale. 28 entités ont été désignées pour tenir ce rôle ô combien stratégique. Parmi elles, on retrouve des poids lourds du paiement en ligne, comme Mastercard, PayPal et Visa. A leurs côtés, eBay, Spotify, Uber, Vodafone Group, la firme d’investissement Andreessen Horowitz ou encore Iliad, le groupe français de télécommunications fondé par le milliardaire Xavier Niel. A l’avenir, pour les entreprises désireuses de rentrer dans ce club très fermé, qui peut rêver disposer un jour d’un pouvoir équivalent à celui de la FED ou de la BCE, il faudra présenter une valorisation de plus d’un milliard de dollars.

Autre différence majeure : le Libra sera adossé à un panier de devises traditionnelles mais aussi à des obligations d’Etat, une manière selon Facebook de lui apporter la stabilité qui fait défaut aux cryptomonnaies traditionnelles.

Menace pour les monnaies traditionnelles ?

S’il dispose des apparats d’une cryptomonnaie, le Libra s’apparente finalement beaucoup plus à une monnaie classique. Au point de concurrencer à terme le dollar ou l’euro ? La crainte est en tout cas vivace dans l’esprit des régulateurs. Le gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre Mark Carney a ainsi assuré suivre très attentivement la situation, jugeant que le projet Libra, s’il devait être un succès, «deviendra[it] instantanément systémique et devra[it] être soumis aux meilleures normes de régulation».

Une inquiétude partagée par le ministre français de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, selon qui une société privée «ne peut pas et ne doit pas créer une monnaie souveraine qui pourrait être en concurrence avec les monnaies des Etats». «Que Facebook crée un instrument de transaction, pourquoi pas. En revanche, que ça devienne une monnaie souveraine, il ne peut pas en être question», a-t-il martelé, disant vouloir fixer «une limite».

Un vœux pieux ? Aux Etats-Unis, la présidente démocrate de la commission des Services financiers de la Chambre des représentants, Maxine Waters, a demandé un «moratoire» sur ce projet, le temps que le Congrès et les régulateurs se penchent dessus, «compte tenu du passé troublé de l’entreprise». Sa demande a reçu une fin de non-recevoir diplomatique mais ferme de la part de Facebook. «Nous sommes impatients de répondre aux questions des décideurs politiques à mesure que ce processus avance», lui a ainsi répondu un porte-parole de l’entreprise.

Le sujet devrait en tout état de cause être évoqué au G7 finances qui se tiendra à Chantilly mi-juillet, Bruno Le Maire ayant demandé aux gouverneurs des banques centrales de préparer un rapport «sur les garanties qui doivent être apportées sur cette monnaie numérique pour qu’elle soit envisageable». Mais il semblerait que la multinationale ait pris tout le monde de court.

https://francais.rt.com/economie/63149-libra-cryptomonnaie-facebook-qui-inquiete-etats

LES MINI-BOTS ITALIENS VONT-ILS TUER L’EURO ?

LES MINI-BOTS ITALIENS VONT-ILS TUER L’EURO ?

PUBLIÉ PAR PHILIPPE HERLIN | 13 JUIN 2019 | ARTICLES1710 

Une dizaine de jours après l’élection européenne, la Commission européenne, par la voix de son commissaire Pierre Moscovici, a annoncé une « procédure de déficit excessif fondée sur la dette » envers l’Italie (bizarrement pas la France, qui souffre pourtant d’un déficit public supérieur…). Comme pour répondre à cet affront, le Parlement italien a voté – à l’unanimité, il faut le signaler – une motion concernant la création de « mini-BOTs », c’est-à-dire de Bons du Trésor ordinaires (Buoni Ordinaro del Tresorio) de montant unitaire faible (« mini »), du niveau d’un billet de banque, pour pouvoir être utilisé couramment. Ils n’offriraient pas d’intérêts et seraient sans échéance, ce qui les assimileraient à des monnaies traditionnelles.

Ces mini-BOTs répondraient à un problème concret et lancinant : l’État italien a des arriérés de paiement d’environ 60 milliards d’euros envers les entreprises italiennes. Solder cette dette creuserait le déficit et l’endettement public de façon importante, ce que Bruxelles interdit. D’où l’idée des mini-BOTs, qui seraient émis pour le montant de cette dette, versés aux entreprises, qui pourraient ensuite s’en servir pour payer leurs impôts, sans que les « critères de Maastricht » ne soient affectés.

Ensuite, ce circuit fermé (État-entreprises-État) pourrait s’élargir : les entreprises pourraient utiliser ces mini-BOTs entre elles, puis pour payer une partie des salaires de leurs salariés et, ainsi, les particuliers pourraient les utiliser. Ces mini-BOTs deviendraient alors une véritable monnaie parallèle. Dans ce modèle, 1 mini-BOT = 1 euro, on resterait dans le cadre de l’euro, même si cette création monétaire irait à l’encontre des traités européens qui imposent une monnaie unique.

L’étape suivante consisterait à décréter que 1 mini-BOT = 1 « nouvelle lire », par exemple, et qu’elle soit cotée sur le marché des changes aux côtés des autres devises, dont l’euro, pour se retrouver dans un système à deux monnaies. La marche ultime serait de convertir, du jour au lendemain, les avoirs en euros dans la nouvelle monnaie (1 euro = 1 nouvelle lire). Et voilà l’Italie sortie de l’euro ! L’Italexit est mis en œuvre. Tout ceci relève de la fiction, bien entendu, mais les Italiens viennent tout de même de décider d’en écrire la première page avec cette motion parlementaire.

Il y a juste un petit oubli dans ce scénario : la balance Target2. Ce système de compensation entre les banques centrales de la zone euro traduit les déséquilibres des balances des paiements entre les pays (quand un Italien achète une Mercedes, cela se concrétise par une créance de la Banque centrale allemande sur la Banque centrale italienne). Le déficit se creuse pour l’Italie (500 milliards d’euros) tandis que les créances explosent pour l’Allemagne (plus de 900 milliards d’euros), qui serait ainsi la grande perdante d’un Italexit ! Un cataclysme susceptible de faire exploser la monnaie unique.

Alors, finalement, peut-être que ces mini-BOTs ne sont qu’un moyen de pression sur Berlin, le vrai patron en Europe, pour que le gouvernement italien puisse légèrement accroître son déficit budgétaire (qui restera inférieur au déficit français, mais personne ne vient embêter Macron, moins turbulant que Salvini il est vrai…). Ou peut-être pas ; les Italiens auraient déjà pris la décision de s’affranchir de la monnaie européenne, et ils y vont pas à pas. Les mois qui viennent seront cruciaux, et la perspective d’une nouvelle crise de l’euro, d’un niveau nettement supérieur à la crise grecque en 2011, se renforce.

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.


PHILIPPE HERLIN CHERCHEUR EN FINANCE / DOCTEUR EN ÉCONOMIE

https://or.fr/actualites/mini-bots-italiens-vont-ils-tuer-euro-1559

LA THÉORIE MONÉTAIRE MODERNE (TMM), ATTENTION DANGER

LA THÉORIE MONÉTAIRE MODERNE (TMM), ATTENTION DANGER

PUBLIÉ PAR PHILIPPE HERLIN | 30 MAI 2019 | ARTICLES232 

Une nouvelle théorie rencontre un succès croissant aux États-Unis, et elle commence à faire parler d’elle en Europe. Retenez bien ce nom, vous l’entendrez de plus en plus : la Théorie Monétaire Moderne (TMM). Elle vient de la gauche du Parti Démocrate et elle recommande de faire encore plus de déficit budgétaire, mais financé par la planche à billets plutôt que par des obligations du Trésor. Pourquoi ? Parce qu’on peut faire plus de déficit de cette façon !

En effet, si le déficit public est financé par émission d’obligations, la limite est la capacité des agents économiques à détenir des obligations, et celle-ci peut saturer rapidement, une fois que les épargnants ont consacrée une large part de leurs avoirs à l’assurance-vie (surtout investie en obligations d’État). Les choses se compliquent d’autant plus que le niveau d’épargne est faible, comme c’est le cas aux États-Unis. Reste bien sûr la possibilité de vendre ces obligations à l’international, mais là encore la capacité d’absorption n’est pas illimitée et, surtout, cela fait peser un risque géopolitique, un pays créancier pouvant vendre en masse afin provoquer une chute de cours ou même une crise financière.

Par contre, la limite au déficit financé par la planche à billets est la capacité des agents économiques à détenir de la monnaie, or celle-ci est très importante puisqu’ils perdent difficilement confiance dans la monnaie. Le billet de banque semble incarner une valeur « officielle » indubitable. On ne note d’ailleurs pas de phénomène de « fuite devant la monnaie » au Japon où, pourtant, la dette publique atteint près de trois fois le niveau du PIB.

La Théorie Monétaire Moderne (TMM) est une prime à l’irresponsabilité, une fuite en avant, avec une fin qui sera douloureuse car ceux qui la professent n’ont manifestement pas étudié de près le Zimbabwe, le Venezuela, ou l’Allemagne de Weimar. Dans ces pays, la planche à billet a débouché sur l’hyperinflation et la ruine généralisée. À un moment donné, les acteurs économiques se mettent à douter de la valeur de la monnaie et ils s’en débarrassent en vitesse pour acquérir des biens réels (nourriture, immobilier, or), les prix explosent et la situation devient irrattrapable.

Cette théorie relève plutôt d’une contre-offensive des keynésiens, toujours obsédés par la dépense publique, et elle trouve une nouvelle justification avec « l’urgence écologique » et la « transition énergétique » qui nécessitent des milliers de milliards d’euros d’investissement. C’est en tout cas par ce biais que la TMM fait son chemin en Europe et déjà plusieurs responsables politiques demandent à sortir les investissements dans les énergies renouvelables de la règle des 3% de déficit budgétaire, ou que la BCE participe directement à ces dépenses.

Soyons clairs, les partisans de la Théorie Monétaire Moderne veulent notre ruine, et ils semblent malheureusement plus puissants de jour en jour. Pour s’en protéger, pas besoin de « théorie », seulement d’un bon réflexe : faire mouvement vers les actifs réels (or physique, immobilier…).

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PHILIPPE HERLIN CHERCHEUR EN FINANCE / DOCTEUR EN ÉCONOMIE

https://or.fr/actualites/theorie-monetaire-moderne-tmm-attention-danger-1545

Adieu au dollar

Adieu au dollar

 

    La présidence incompétente et corrompue de Donald Trump a involontairement porté un coup fatal à l’empire américain : l’abandon du dollar comme principale monnaie de réserve mondiale. Partout dans le monde, en particulier en Europe, les pays ont perdu confiance dans la capacité des États-Unis à agir de manière rationnelle, et encore moins à diriger, dans les domaines des finances internationales, du commerce, de la diplomatie et de la guerre. Ces pays démantèlent discrètement l’alliance vieille de sept décennies avec les États-Unis et mettent en place des systèmes alternatifs de commerce bilatéral.

    Cette reconfiguration du système financier mondial sera fatale à l’empire américain, comme le soulignent depuis longtemps l’historien Alfred McCoy et l’économiste Michael Hudson. Elle déclenchera une spirale économique fatale, incluant une forte inflation, qui nécessitera une contraction militaire massive à l’étranger et plongera les États-Unis dans une dépression prolongée. Trump, plutôt que de rendre l’Amérique grande à nouveau, s’est avéré, sans le vouloir, être le fossoyeur le plus offensif de l’empire.

    L’administration Trump a saboté de façon capricieuse les institutions mondiales, dont l’OTAN, l’Union européenne, les Nations Unies, la Banque mondiale et le FMI, qui couvrent et légitiment l’impérialisme américain et l’hégémonie économique mondiale. L’empire américain, comme le souligne McCoy, a toujours été un hybride d’anciens empires. Il a développé, écrit-il, « une forme distinctive de gouvernance mondiale qui incorporait des aspects des empires précédents, anciens et modernes. Cet imperium américain unique en son genre était athénien dans sa capacité à forger des coalitions entre alliés ; romain dans sa dépendance à l’égard des légions qui occupaient des bases militaires dans la plupart des pays connus ; et britannique dans son aspiration à fusionner culture, commerce et alliances dans un système global qui couvrait le globe. »

    Lorsque George W. Bush a unilatéralement envahi l’Irak, défiant avec sa doctrine de guerre préventive le droit international et rejetant les protestations des alliés traditionnels, il a initié la rupture. Mais Trump a approfondi les fissures. Le retrait de l’administration Trump de l’accord nucléaire iranien de 2015, bien que l’Iran ait respecté l’accord, et l’exigence que les nations européennes se retirent ou subissent également les sanctions américaines a fait en sorte que des nations européennes soient mises en difficultés et établissent un système monétaire alternatif qui exclut les États-Unis. L’Iran n’accepte plus le dollar pour le pétrole sur les marchés internationaux et l’a remplacé par l’euro, ce qui est un facteur non négligeable qui contribue à l’animosité profonde de Washington pour Téhéran. La Turquie abandonne également le dollar. Les États-Unis exigent que l’Allemagne et d’autres états européens mettent fin à l’importation de gaz russe, et les Européens ont eux aussi ignoré Washington. La Chine et la Russie, traditionnellement antagonistes, travaillent maintenant en tandem pour se libérer du dollar. Moscou a transféré 100 milliards de dollars de ses réserves en yuan chinois, yen japonais et euros. Et, tout aussi inquiétant, depuis 2014, les gouvernements étrangers ne stockent plus leurs réserves d’or aux États-Unis ou, comme dans le cas de l’Allemagne, les retirent de la Réserve fédérale. L’Allemagne a rapatrié ses 300 tonnes de lingots d’or. Les Pays-Bas ont rapatrié leurs 100 tonnes.

    L’intervention des États-Unis au Venezuela, la guerre commerciale potentielle avec la Chine, le retrait des accords internationaux sur le climat, le retrait du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI), le shutdown à Washington, la fermeture du gouvernement et la multiplication des hostilités avec l’Iran ne présagent rien de bon pour les États-Unis. La politique étrangère et financière américaine est prise en otage par les caprices bizarres d’idéologues arriérés tels que Mike Pompeo, John Bolton et Elliott Abrams. Cela garantit un chaos plus général ainsi que des efforts accrus de la part des nations du monde entier pour se libérer de l’étau économique que les États-Unis ont effectivement mis en place après la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit seulement de savoir si le dollar sera mis de côté ou non. Que ce soit Trump, avec ses compagnons idéologues d’extrême droite, qui ait détruit les structures internationales mises en place par des capitalistes mondialistes, plutôt que par les socialistes que ces capitalistes ont cherché à écraser en investissant des ressources énormes, est d’une ironie navrante.

    L’historien Ronald Robinson soutenait que la domination impériale britannique était morte « lorsque les dirigeants coloniaux n’avaient plus eu de collaborateurs indigènes ». Le résultat, a-t-il noté, est que « l’inversion de la collaboration en non-coopération a largement déterminé le moment de la décolonisation ». Ce processus d’aliénation des alliés et collaborateurs traditionnels des États-Unis aura le même effet. Comme le souligne McCoy, « tous les empires modernes ont compté sur des substituts fiables pour traduire leur pouvoir mondial en contrôle local – et pour la plupart d’entre eux, le moment où ces élites ont commencé à s’agiter, à répondre et à affirmer leurs propres intentions a été aussi le moment où l’on savait que l’effondrement impérial était une possibilité ».

    Le dollar, en raison de la dette astronomique du gouvernement qui s’élève maintenant à 21 billions de dollars, dette qui sera augmentée par les réductions d’impôt de Trump qui coûteront 1,5 billion de dollars au Trésor américain au cours de la prochaine décennie, cette dette est de moins en moins fiable. Le ratio de la dette au PIB est maintenant supérieur à 100 %, un feu rouge clignotant pour les économistes. Notre déficit commercial massif dépend de la vente de bons du Trésor à l’étranger. Une fois que ces obligations perdront de leur valeur et ne seront plus considérées comme un investissement stable, le dollar subira une dévaluation considérable. Il y a des signes que ce processus est en cours. Les réserves des Banques centrales détiennent moins de dollars qu’en 2004. Il y a moins de paiements SWIFT – l’échange de virements interbancaires – en dollars qu’en 2015. La moitié du commerce international est facturée en dollars, bien que la part américaine du commerce international ne soit que de 10 %.

    « En fin de compte, nous aurons des monnaies de réserve autres que le dollar américain », a annoncé le mois dernier le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney.

    Soixante et un pourcents des réserves étrangères de devises sont en dollars. Au fur et à mesure que ces réserves en dollars seront remplacées par d’autres monnaies, le recul du dollar s’accélérera. L’imprudence des politiques financières américaines ne fera qu’exacerber la crise. « Si les emprunts illimités, financés par la planche à billets, étaient une voie vers la prospérité », a dit récemment Irwin M. Stelzer de l’Institut Hudson, « alors le Venezuela et le Zimbabwe seraient en tête des tableaux de croissance. »

    M. McCoy explique à quoi ressemblerait un ordre financier mondial sans lien avec le dollar :

    « Pour la majorité des Américains, les années 2020 seront probablement considérées comme une décennie démoralisante marquée par la hausse des prix, la stagnation des salaires et la perte de compétitivité internationale. Après des années de déficits croissants alimentés par des guerres incessantes dans des pays lointains, le dollar américain perdra en 2030 son statut spécial de monnaie de réserve dominante dans le monde.

    Subitement, il y aura des hausses de prix punitives pour les importations américaines allant des vêtements aux ordinateurs. Et les coûts de toutes les activités à l’étranger exploseront également, ce qui rendra les déplacements des touristes et des troupes prohibitifs. Incapable de combler ses déficits croissants en vendant à l’étranger des bons du Trésor maintenant dépréciés, Washington sera finalement contraint de réduire son budget militaire pléthorique. Sous la pression dans le pays et à l’étranger, ses forces commenceront à se retirer de centaines de bases à l’étranger et à se retrancher dans un périmètre continental. Un tel geste aussi désespéré arrivera cependant trop tard.

    Face à une superpuissance en voie de disparition incapable de payer ses factures, la Chine, l’Inde, l’Iran, la Russie et d’autres puissances contesteront de manière provocante la domination américaine sur les océans, l’espace et le cyberespace. »

    L’effondrement du dollar signifiera, écrit McCoy, « une flambée des prix, un chômage sans cesse croissant et une baisse continue des salaires réels tout au long des années 2020, les divisions internes se transformeront en affrontements violents et en débats qui diviseront, souvent sur des questions symboliques et sans importance ». La profonde désillusion et la rage généralisée ouvriront la porte à Trump, ou à un démagogue à la Trump, pour s’en prendre, peut-être en incitant à la violence, aux boucs émissaires dans le pays et à l’étranger. Mais d’ici là, l’empire américain sera tellement affaibli que ses menaces seront, du moins pour ceux qui se trouvent à l’extérieur de ses frontières, largement dénuées de sens.

    Il est impossible de prédire quand cette désaffection pour le dollar aura lieu. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’économie américaine avait dépassé l’économie britannique, mais ce n’est qu’au milieu du XXe siècle que le dollar a remplacé la livre sterling pour devenir la monnaie dominante du commerce international. La part de la livre sterling dans les réserves de change des banques centrales internationales est tombée d’environ 60 % au début des années 50 à moins de 5 % dans les années 70. Sa valeur est passée de plus de 4 dollars la livre à la fin de la Seconde Guerre mondiale à presque parité avec le dollar. L’économie britannique est entrée dans une spirale infernale. Et ce choc économique a marqué pour les Britanniques, comme pour nous, la fin d’un empire.

     

    SOURCE: Les Crises

    https://www.investigaction.net/fr/adieu-au-dollar/

    La BCE reconnaît que les banques européennes vont mal

    La BCE reconnaît que les banques européennes vont mal

    Publié par Philippe Herlin | 21 févr. 2019 | Articles 1164

    Si l’on vous dit que le secteur bancaire européen se porte bien, n’en croyez rien : la Banque centrale européenne (BCE) elle-même est consciente du problème, et elle vient de l’avouer. La nouvelle n’a fait que quelques lignes dans les journaux spécialisés, mais elle mérite d’être mise en lumière. Un des membres du directoire de la BCE, le Français Benoît Cœuré, a en effet laissé entendre qu’il « pourrait y avoir de la place pour un autre TLTRO » (L’Agefi).

    Les TLTRO (Targeted Long-Term Refinancing Operation) sont des facilités de financement (des prêts à taux très faibles) offerts par la BCE aux banques commerciales de la zone euro en mal de liquidités. La précédente tranche avait été lancée en juin 2016, d’une durée de quatre ans, son remboursement doit commencer à partir de juin 2020. Problème : de nombreuses banques ne disposent pas de cet argent, du fait de leur situation financière dégradée, d’où la volonté de la BCE de proposer une autre tranche. Une façon comme une autre de rouler la dette, de faire de la cavalerie financière…

    Les montants souscrits par les banques des différents pays en 2016 ont été estimés par l’agence Reuters. On connaît la situation dégradée des banques italiennes et espagnoles, ainsi que celle de la Deutsche Bank, de la Commerzbank et de plusieurs banques régionales allemandes. Mais la surprise est de la voir la France arriver en troisième position, devant l’Allemagne dont, pourtant, les difficultés de sa plus grande banque constituent une vive source d’inquiétude en Europe et dans le monde. Des banques françaises nous cachent-elles quelque chose ?

     

      Montant des TLTRO souscris par les banques en 2016
    Pays Milliards d’euros
    Italie 250
    Espagne 175
    France 110
    Allemagne 90
    Portugal 25
    Pays-Bas 20
    Belgique 20
    Autriche 20
    710

    Source : Reuters

     

    Depuis le 1erjanvier, la BCE a arrêté son QE, son programme de rachat d’actifs obligataires. Les 2 600 milliards d’euros de planche à billets n’ont servi à rien, comme nous l’avons dit. Ils n’ont eu aucun effet sur la croissance économique. Leur véritable utilité aura seulement consisté à abaisser les taux d’intérêt pour permettre aux États de continuer à s’endetter, et à fournir des liquidités aux banques qui en ont besoin. Il fallait donc, pour les banques en difficulté, qu’un autre programme prenne le relais.

    Cette politique monétaire laxiste ne fait que repousser les problèmes dans le futur ; il serait vraiment temps qu’elle cesse ! Le mandat du président de la BCE, Mario Draghi, prendra fin en octobre de cette année et parmi les successeurs pressentis figure Jens Weidmann, l’actuel président de la Banque centrale allemande, connu pour ses positions plus rigoureuses. Ce serait à l’évidence le meilleur choix. On parle aussi de François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France qui lui, par contre, s’inscrirait dans la continuité de Mario Draghi. Il faut vraiment souhaiter la victoire du candidat allemand. Quoi qu’il en soit, l’assainissement du secteur bancaire européen figurera en tête des priorités du nouveau président de la BCE.

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    Philippe Herlin  Chercheur en finance / Membre de l’équipe éditoriale de Goldbroker.com

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    https://www.goldbroker.fr/actualites/bce-reconnait-que-banques-europeennes-vont-mal-1488

    La disparition programmée de l’argent liquide

    La disparition programmée de l’argent liquide

    Les Carnets de Patrice-Hans Perrier

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    La disparition programmée de l’argent liquide

    Jusqu’à présent, cette expérience n’a pas trop été ébruitée par les grands médias. Radio-Canada rapportait néanmoins, en février 2016, que la Banque Nationale avait proposé au gouvernement de l’époque de peser sur l’accélérateur afin que le Canada prenne exemple sur des pays tels que la Suède ou le Danemark qui envisagent d’utiliser uniquement la monnaie électronique à brève échéance.

    La Banque Nationale lançait un projet en 2015 afin d’inciter le gouvernement du Québec à adopter la monnaie électronique.

    Le Québec comme terre d’expérimentation

    Claude Breton, vice-président aux affaires publiques de la Banque Nationale, avait confié au diffuseur de l’État qu’il considérait que le Québec était l’endroit idéal pour démarrer le bal, « […] une terre créative où l’idée du libre-échange a germé très tôt et où l’adoption des guichets automatiques s’est faite également très tôt. Il y a une réceptivité des Québécois aux idées nouvelles », soulignait-il.

    Nos voisins scandinaves se sont mis de la partie alors que trois des quatre plus grandes banques de Suède n’acceptent plus les paiements en espèces à leurs comptoirs et cela depuis déjà 2013. On rapporte qu’en 2016 les transactions en espèces comptaient pour moins de 2 % du total en Suède et les financiers estimaient qu’elles allaient peser moins de 0,5 % autour de 2021.

    Un mouvement de troupes généralisé

    C’est autour de 2016 que les banques nationales, émettrices de la monnaie fiduciaire, et les gouvernements de plusieurs pays semblent s’être entendus pour commencer à retirer les plus importants billets de la circulation. C’est ainsi qu’en Inde, les coupures de 500 roupies (environ 10 dollars) et de 1000 roupies (environ 20 dollars) ont été prestement retirées du marché alors que le gouvernement de Narendra Modi n’avait soufflé mot de son projet auparavant ; seuls quelques initiés s’étaient entretenus de la chose dans le cadre de rencontres très spécialisées.

    Comme ailleurs, le gouvernement indien invoquait la lutte contre la corruption pour procéder à ce changement drastique. En outre, cette mesure s’accompagnait de directives limitant la distribution de monnaie papier par les guichets automatiques ou les retraits aux comptoirs des institutions bancaires.

    Par ailleurs, la Banque centrale européenne (BCE) a décrété, toujours en 2016, que les coupures de 500 euros ne seront plus émises à compter de la fin de 2018. Cette mesure serait destinée à lutter contre le crime organisé, si l’on se fie aux arguments de la BCE, dans un contexte où un nombre de transactions immobilières est effectué en liquide, ce qui permet d’échapper au fisc.

    Vers un contrôle total de vos transactions

    Donc, outre le financement d’activités liées au crime organisé ou au terrorisme, c’est surtout l’évasion fiscale qui demeure la principale motivation derrière ce soudain mouvement de troupes. La Banque du Canada annonçait dans une directive, publiée l’an dernier, que le gouvernement du Canada comptait profiter de l’adoption de son budget de 2018 pour demander au parlement de lui accorder l’autorisation de supprimer le cours légal des coupures qui ne sont plus imprimées : les billets de 1 $, 2 $, 25 $, 500 $ et 1 000 $ ne vaudront plus un clou à terme.

    Au rythme où vont les choses, les consommateurs ne disposeront plus de moyens de conserver sur eux une partie de leurs économies et le gouvernement sera, conséquemment, en mesure de comptabiliser toutes vos transactions et d’estimer avec précision l’état de vos avoirs.

    Judith Gagnon, présidente de l’Association québécoise des droits des personnes retraitées et préretraitées, confiait au quotidien Le Devoir, en février 2016, que « même avec l’argent papier, des personnes âgées sont dépendantes de leurs enfants ou des étrangers pour faire des transactions. Si c’est seulement électronique, certains vont s’adapter, mais ce sera très difficile ». N’ayant plus accès à de l’argent liquide, les personnes âgées seront, la plupart du temps, obligées de confier leurs cartes bancaires à des tiers pour qu’ils effectuent une partie des transactions à leur place.

    Les services bancaires au comptoir disparaissent rapidement, les distributrices d’argent limitent les retraits à des sommes de plus en plus ridicules et les gouvernements forcent les contribuables à faire émettre leurs déclarations de revenus par le biais d’Internet. L’argent liquide pratiquement retiré de la circulation, il devient plus facile de contrôler les flux monétaires, quitte à fixer des taux d’intérêt négatifs aux consommateurs comme cela s’est déjà produit en Suisse, au Japon ou via la Banque centrale européenne (BCE).

     

    Quelques liens instructifs

    Radio-Canada, Express Business #1et #2Le TempsLes ÉchosLe DevoirBanque du Canadaet Les Affaires

    http://www.dedefensa.org/article/la-disparition-programmee-de-largentliquide