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L’EFFONDREMENT DE L’ÉCONOMIE MONDIALE RÉVÈLE L’ÉCHEC COMPLET DU CAPITALISME NÉOLIBÉRAL

Choix de l’éditeur économique 25.04.2020 – 2,240 vues    4.4 ( 7 votes)

L’EFFONDREMENT DE L’ÉCONOMIE MONDIALE RÉVÈLE L’ÉCHEC COMPLET DU CAPITALISME NÉOLIBÉRAL

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Écrit par le Dr Leon Tressell exclusivement pour SouthFront

  • Fitch Ratings, «une récession mondiale sans précédent en cours»
  • Selon l’économiste Sven Heinrich, «les banques centrales sont des armes de destruction économique massive».

Au fur et à mesure que les jours passent, des données affluent pour révéler les immenses dégâts économiques causés par la pandémie de coronavirus. La plupart des politiciens et des experts économiques rejetteront la responsabilité de l’ouragan économique, provoquant des dizaines de millions de chômeurs, sur les blocages du coronavirus. Fitch Ratings  a donné un bref aperçu de la catastrophe économique en cours qui, selon elle, se prolongera jusque dans les années 2020:

«Le PIB mondial devrait désormais chuter de 3,9% en 2020, une récession d’une profondeur sans précédent dans l’après-guerre. Ceci est deux fois plus important que le déclin prévu dans notre mise à jour GEO du début avril et serait deux fois plus grave que la récession de 2009. »

«La baisse du PIB équivaut à une baisse de 2,8 milliards de dollars des niveaux de revenu mondiaux par rapport à 2019 et à une perte de 4 500 milliards de dollars par rapport à nos attentes avant virus pour le PIB mondial de 2020. Fitch s’attend à une baisse du PIB de la zone euro de 7%, du PIB américain de 5,6% et du PIB britannique de 6,3% en 2020. »

Pourtant, au début de cette année, les médias financiers et les classes politiques du monde entier faisaient des prévisions optimistes sur la façon dont nous allions connaître une croissance économique modérée cette année, bâtie sur des bases économiques solides. Il n’y avait aucune raison de s’inquiéter ou de s’alarmer de laisser le capital mondial opérer sa magie et ses retombées économiques assureraient à tous un niveau de vie élevé.

Avance rapide de 4 mois et une pandémie de santé mondiale a révélé à quel point les fondements économiques de l’ordre économique néolibéral qui ont été annoncés comme un tel succès depuis l’ère Reagan-Thatcher des années 1980 ont été peu profonds, fragiles et instables. Ces fondations ont été construites sur des taux d’intérêt infiniment bas, une augmentation exponentielle de la dette publique et privée (envoyant la dette mondiale au-dessus de 250 billions de dollars) et une augmentation massive des inégalités sociales et économiques. Parallèlement à cela, il y a eu l’exploitation intense des nations dans le monde en développement et l’utilisation de guerres de changement de régime comme des prises de ressources nues qui cimentent le modèle économique néolibéral en place.L’économie mondiale ralentissait en 2019 et se dirigeait vers une récession mondiale . L’économie japonaise était déjà entrée en récession au dernier trimestre 2019,Pendant ce temps, les données PMI de la Chine et de l’Allemagne ont indiqué qu’elles planaient juste à l’extérieur du territoire de la récession.L’économie mondiale à la fin de 2019 était au bord du gouffre et avait juste besoin d’un catalyseur ou d’une épingle pour éclater la bulle de tout ce qui a vu une inflation massive des prix. d’actifs papier à travers le monde, allant des actions et obligations aux dérivés tels que les obligations de prêts garantis.

La croissance économique anémique qu’a connue le capitalisme mondial depuis la dernière crise financière, il y a à peine 12 ans, a été basée sur une expansion gigantesque de la masse monétaire mondiale, les banques centrales et les gouvernements estimant à tort que la seule façon de soutenir notre dette était alimentée le système économique devait créer de plus en plus de dettes.

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Les 12 dernières années depuis la crise financière mondiale de 2008 ont vu un transfert de richesse sans précédent des classes ouvrières à la classe milliardaire qui exerce une immense influence politique sur les gouvernements du monde entier. Les programmes de relance des banques centrales, c’est-à-dire l’assouplissement quantitatif et les taux d’intérêt historiquement bas, ont alimenté une aubaine spéculative qui a poussé les marchés financiers à des niveaux record à travers le monde.

Pendant ce temps, les gouvernements du monde entier ont cherché à donner un coup de main à la classe des milliardaires en difficulté en réduisant les gains en capital, le revenu et l’impôt sur les sociétés dans tous les domaines. La taxe de 1 billion de dollars du président Trump donnée aux élites économiques en 2017 est l’exemple le plus flagrant de ce phénomène.

Dans le même temps, les salaires de milliards de personnes ordinaires ont stagné ou baissé tandis que les prestations sociales et les soins de santé ont diminué. Nous avons maintenant une situation totalement surréaliste où 26 milliardaires contrôlent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de l’humanité, soit plus de 3,8 milliards de personnes.

Les classes ouvrières et moyennes ainsi que les pauvres sous-employés des pays en développement ont été obligés de payer les coûts de la crise économique mondiale de 2008. Une fois que la pandémie de coronavirus s’est finalement éteinte, les travailleurs de ce monde seront confrontés à une dépression économique qui rivalisera et pourrait même dépasser en gravité celle des années 1930. Les gouvernements à tous les niveaux chercheront à nouveau à faire payer aux citoyens ordinaires le coût des gigantesques dettes contractées par les renflouements du gouvernement et des banques centrales.

Dans un effort désespéré pour soutenir leur système et protéger les intérêts de leur propre classe, les banquiers centraux et les politiciens du monde entier président un autre transfert de richesse qui profite au 1% le plus riche de la société. Bloomberg a noté comment plus de 8 billions de dollars ont été imprimés de toutes pièces par les banques centrales mondiales et les gouvernements pour soutenir leur système alimenté par la dette. La majeure partie de cette horde d’argent fiduciaire est allée au service des besoins de Wall Street et de ses homologues à Londres, Paris, Francfort, Shanghai, etc. Le  Wall Street Journal  a ouvertement reconnu cette vérité dans un éditorial:

«La Fed peut penser que tout cela est essentiel pour protéger la plomberie du système financier et réduire le risque systémique jusqu’à ce que la crise du virus passe, mais ne vous y trompez pas, la Fed protège d’abord Wall Street. L’objectif semble être de relever les prix des actifs, comme l’a fait la Fed après la panique financière, et d’espérer que l’effet de richesse se répercute sur le reste de l’économie. »

À mesure que les années 2020 progressent, des inégalités massives de richesse et de santé, la faim et la pauvreté amèneront un grand nombre de personnes à remettre en question le système économique hyper financiarisé dont le seul motif est de protéger les intérêts du 1%.

Le système monétaire dominé par les États-Unis, qui accorde un traitement préférentiel à l’empire et à ses alliés, est en déclin. Son déclin sera exacerbé par les coups de marteau jumeaux de la pandémie de coronavirus et la dépression économique mondiale qui se déroule actuellement.

Au cours de la prochaine décennie, faire du monde deviendra un endroit encore plus instable alors que la puissance hégémonique de notre époque cherche à maintenir sa position dominante dans l’économie mondiale au détriment des autres nations. Les contradictions et les tensions entre les États-Unis et leur rival chinois seront considérablement exacerbées au cours de la prochaine période. Comme nous l’avons vu dans les années 1930, une fois que ces contradictions et tensions économiques atteignent un point de rupture, les superpuissances du jour ont peu de possibilités d’action à leur disposition au-delà de la guerre ou de l’apaisement de leur rival. aurait pu être évité. Si l’Espagne républicaine avait vaincu l’insurrection fasciste de Franco, l’élan vers la guerre aurait été ralenti.Cela aurait considérablement renforcé le gouvernement du Front populaire en France et stoppé les politiques d’apaisement qui ont permis à l’Allemagne nazie de se renforcer comme une tumeur cancéreuse.
Au cours de la prochaine décennie, il y aura sans aucun doute d’autres cas de ce genre où la marche en avant vers la guerre pourra être évitée.

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Chine, Etats-Unis, UE : qui gagnera la guerre ?

Chine, Etats-Unis, UE : qui gagnera la guerre ?

Louis-Vincent Gave De Louis-Vincent Gave1 avril 2020 Dans AsieEconomie, énergies et entreprisesEurope 15 Minute de lectureLe masque, la solution à l’épidémie (c) Unsplash

Face à la pandémie de Covid-19, les politiciens des pays du monde entier – la Suède et le Japon sont parmi les rares exceptions – ont eu recours à la rhétorique martiale des dirigeants en temps de guerre et, dans de nombreux cas, ont invoqué des pouvoirs de guerre pure et simple. Les médias ont été mobilisés pour diffuser l’information selon laquelle le monde est en « guerre » contre ce nouveau fléau – une guerre totale qui ne permettra pas aux objecteurs de conscience ou aux réfractaires de s’enfuir et qui remodèlera les sociétés une fois la victoire remportée. Comme dans toute guerre totale, les contraintes monétaires et budgétaires ont été jetées par la fenêtre. La seule chose qui compte, c’est la victoire.

Par conséquent, dans les mois à venir, la plupart des pays enregistreront de nouveaux records en matière de dette publique et d’agrégats monétaires. Prenons l’exemple des États-Unis, où la dette publique a atteint 30 % du PIB pendant la guerre civile américaine, a diminué, est revenue à 30 % pendant la Première Guerre mondiale, puis a rebondi à 120 % du PIB pendant la Seconde Guerre mondiale. Aujourd’hui, les semaines à venir devraient voir ce record de 120 % battu grâce aux mesures de relance déjà annoncées et à l’effondrement inévitable du PIB.

La logique des guerres est qu’elles détruisent d’énormes quantités de capitaux, ruinent des vies, renversent les structures politiques – la Première Guerre mondiale a vu la fin des empires russe, ottoman, allemand et austro-hongrois – et que quelqu’un finit généralement par gagner (même si c’est une victoire à la Pyrrhus). Par exemple, à la fin de la guerre de Trente Ans, le traité de Westphalie a consacré la domination de la France sur l’Europe pendant les 140 années suivantes, jusqu’à la Révolution française.

En 1815, après Waterloo, la perfide Albion s’est imposée comme la superpuissance qui allait dominer le monde entier tout au long du XIXe siècle. Et bien sûr, les deux guerres mondiales ont vu la Grande-Bretagne passer le flambeau aux États-Unis.

Qui sortira vainqueur ?

La guerre contre Covid-19 aura-t-elle donc un vainqueur ? Si nous acceptons que nous vivons dans un monde avec trois grandes puissances – les États-Unis, l’Europe et la Chine – alors la guerre contre Covid-19 pourrait avoir quatre gagnants potentiels : les trois superpuissances, plus l’idée générale de « mondialisation » – la notion que nous sommes tous dans le même bateau et que les problèmes mondiaux devraient être abordés par le biais d’échanges, d’une intégration et d’une bonne volonté accrus entre les trois grands blocs.

Hélas, si l’idée peut paraître sympathique sur le papier, il semble aujourd’hui que le monde s’éloigne rapidement de cet idéal. Aussi, par souci de concision, je vais écarter ce quatrième « gagnant » possible. À l’heure actuelle, la poursuite de l’intégration mondiale ne semble pas tant un scénario à faible probabilité qu’une chimère enfiévrée. Il reste donc trois gagnants potentiels.

L’Europe, un moment de Tchernobyl

La crise actuelle a mis à nu toutes les verrues de l’Europe. Premièrement, contrairement aux rêves des europhiles et des eurocrates, l’Europe n’est tout simplement pas une nation.

Au XIXe siècle, pour contrer les vues raciales prussiennes sur les origines de la nation, le savant français Ernest Renan a soutenu qu’une nation se définit avant tout par une « volonté de vivre ensemble ». Avec le temps, cela conduit à la création d’un État, qui assume le rôle de protéger les citoyens contre les ennemis, tant étrangers (par des moyens diplomatiques ou militaires) que nationaux (avec une force de police et le système judiciaire). Pour remplir ces fonctions « régaliennes », l’État conserve le monopole de l’usage légal de la violence et prélève des impôts dans sa propre monnaie – à l’intérieur de ses propres frontières. Et ces frontières ne sont essentiellement que les cicatrices de l’histoire et de la géographie.

Aujourd’hui, l’Europe, comme le reste du monde, est attaquée ; une attaque qui justifie une réponse gouvernementale. Si l’Union européenne était une nation, ses dirigeants seraient à l’avant-garde de la contre-offensive. Au lieu de cela, à part une vidéo du chef de la Commission européenne Ursula von der Leyen se lavant les mains en fredonnant l’Ode à la joie (l’hymne européen), la réponse des institutions européennes à la crise a été assourdissante dans son silence. Cela soulève plusieurs questions.

– Si les institutions européennes ne protègent pas les Européens contre quoi que ce soit et, à l’évidence, ne servent à rien en temps de crise, en particulier de crise internationale, à quoi servent-elles alors ?

– Si les institutions européennes ne remplissent pas ces fonctions régaliennes de base, pourquoi les nations européennes ont-elles abandonné à ces mêmes institutions la souveraineté sur leurs budgets, leurs frontières, leurs lois et leurs monnaies ?

– Et, bien sûr, pourquoi les Européens devraient-ils payer avec leurs impôts pour financer cette couche supplémentaire de gouvernement inutile ?

À quand la fin de l’euro ?

Avec un vide au centre de l’Europe, les gouvernements nationaux confrontés à l’Armageddon économique et social ont réagi en (i) reprenant le contrôle de leurs budgets (au diable le pacte fiscal), (ii) reprenant le contrôle de leurs frontières et (iii) reprenant le contrôle de leurs lois (par exemple, en interdisant l’exportation d’équipements médicaux essentiels, contre toute la législation européenne).

Cela soulève la question de savoir combien de temps il faudra pour qu’un ou plusieurs gouvernements européens décident de reprendre le contrôle de leurs monnaies. Si, comme l’a dit Rahm Emmanuel, il ne faut « jamais laisser une crise grave se perdre », alors quel meilleur moment pour instituer un long jour férié et réintroduire une monnaie nationale que lorsque l’économie nationale est de toute façon en panne, et l’année un effacement économique complet ? Comme l’a écrit William Shakespeare : « Quand le chagrin arrive, il ne vient pas d’espions isolés, mais de bataillons ».

Il y a quelques semaines, des experts occidentaux se demandaient si la mauvaise gestion de l’épidémie de Covid-19 pouvait être le « moment Tchernobyl » du Parti communiste chinois – le moment où l’homme et la femme de la rue perdent confiance dans leurs institutions gouvernementales. Oubliez la Chine. Il est beaucoup plus probable que ce soit le moment Tchernobyl de l’Europe qui se déroule sous nos yeux.

Si vous vouliez parier sur la structure politique la moins susceptible de survivre à la « guerre » actuelle, alors l’Union européenne serait sûrement la favorite des bookmakers. Aujourd’hui, il faudrait en effet un homme politique courageux pour affirmer que l’Union européenne est synonyme de force et que la poursuite de l’intégration européenne est la voie de la prospérité et du bonheur.

A lire aussi : Coronavirus : la Corée a endigué l’épidémie sans confiner les villes

Des systèmes médicaux à bout de souffle

Au lieu de cela, la question qui se pose déjà dans toute l’Europe est de savoir si la stricte austérité budgétaire imposée à l’Espagne, à l’Italie, au Portugal et à d’autres pays dans le sillage de la crise de l’euro de 2012-13 a semé les graines de la crise actuelle. Les gens se plaignent que pour sauver le sacro-saint euro, les budgets nationaux ont été réduits. Et comme il n’était plus possible de réduire les dépenses militaires, la réduction des budgets nationaux a entraîné une diminution des dépenses de santé. Dans toute l’Europe, des hôpitaux ont fermé (surtout dans les campagnes) et le nombre de lits d’hôpitaux par habitant a diminué malgré le vieillissement de la population. En conséquence, lorsque la pandémie a frappé, les systèmes médicaux déjà à bout de souffle se sont rapidement effondrés.

Cela m’amène à la vidéoconférence de jeudi dernier, qui a été organisée par les chefs de gouvernement européens. N’ayant pas réussi à faire preuve d’une quelconque unité européenne dans un style épique, les dirigeants européens se sont disputés sur l’idée que la crise actuelle devrait être la sage-femme de la naissance des obligations d’État paneuropéennes. De telles obligations sont constitutionnellement interdites en Allemagne (et un changement constitutionnel nécessiterait un vote des deux tiers au Bundestag). Pourtant, le Premier ministre italien a activement (et de manière compréhensible) fait pression en leur faveur. Pour l’instant, les dirigeants européens ont accepté de ne pas être d’accord et de se réunir à nouveau deux semaines plus tard. Toutefois, d’ici là, trois choses pourraient se produire.

– Le Premier ministre italien Giuseppe Conte se plie et accepte de faire appel au mécanisme européen de stabilité pour faire face à la crise. Mais pour ce faire, il placerait son pays sous la tutelle économique de Bruxelles. Dans le climat politique actuel de l’Italie, qui est très chargé émotionnellement en raison de l’impression (légitime) que ni Berlin ni Bruxelles n’ont fait quoi que ce soit pour aider l’Italie dans son heure de gloire, ce serait un suicide politique.

– La chancelière allemande Angela Merkel se plie et accepte de faire pression pour un changement de la constitution allemande et la création d’un marché paneuropéen des obligations souveraines. Cependant, il n’est pas du tout certain que les deux tiers du Bundestag (ou même son propre parti ?) suivraient Merkel dans cette voie.

– Les dirigeants nationaux européens, physiquement épuisés et émotionnellement vidés après deux mois pénibles, ne parviennent pas à trouver un compromis fonctionnel au cours de vidéoconférences qui durent toute une nuit, et l’Europe commence vraiment à imploser.

À ce stade, quel scénario semble le plus probable ?

Les États-Unis

Dans toute discussion sur les rapports de force relatifs, les États-Unis commencent généralement par des as de poche. Cependant, dans la crise actuelle des coronavirus, les choses ne vont pas très bien pour les États-Unis.

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  1. La façon dont le système de santé est organisé semble avoir entravé la réponse politique dans tout le pays. Avec le temps, cela va probablement accroître les appels à une nationalisation du secteur de la santé aux États-Unis – certainement un sujet brûlant lors de la prochaine élection présidentielle américaine ?
  1. Derrière la crise de Covid-19 se cache un autre défi : la faillite imminente de grandes sections du complexe énergétique américain. En termes simples, à 20 dollars US le baril de pétrole, les centaines de milliards de dollars US investis en des temps plus heureux dans les gisements de schiste américains devront être amortis. Cela causera une douleur considérable.
  1. La hausse de 30 signes du chômage aux États-Unis, elle-même une conséquence directe de la crise Covid-19, complique les tentatives de stabilisation économique du gouvernement pour la simple raison que les États-Unis ne disposent pas de beaucoup d’infrastructures d’indemnisation du chômage. En conséquence, le gouvernement américain est obligé de diriger son aide par l’intermédiaire des entreprises. Malheureusement, il y a peu de garanties que cet argent aidera ceux qui en ont le plus besoin. Au lieu de cela, l’aide finit par ressembler soit aux dépenses habituelles des porcs de Washington (la facture de la semaine dernière comprenait une subvention de 25 millions de dollars US pour le centre artistique Kennedy), soit à l’aide sociale habituelle des entreprises (la chaîne d’approvisionnement de Boeing a reçu une jolie somme de 60 milliards de dollars US).

La combinaison de ces facteurs fera en sorte que les élections de novembre seront encore plus chargées d’émotion que ce à quoi tout le monde s’attendait (et avant Covid-19, tout le monde s’attendait déjà à des élections plus chargées d’émotion que d’habitude). Il en résulte une incertitude encore plus grande pour les investisseurs.

Il y a trois mois, le large consensus parmi les investisseurs était que, dans un monde rempli d’incertitudes, les États-Unis étaient de loin le « pays le plus propre et le plus sale ». La question qui se pose aujourd’hui est de savoir si cette conviction a été ébranlée et si elle va commencer à s’effriter à mesure que Covid-19 s’impose dans tout le pays et que la politique intérieure américaine devient encore plus agressive et intransigeante.

Chine

La fiabilité des données fournies par les autorités est l’un des défis à relever pour tenter de surmonter la crise de Covid-19 en Chine. La Chine affirme avoir identifié son premier cas de Covid-19 le 17 novembre 2019 dans un hôpital de Wuhan. Cela pourrait bien être vrai, bien qu’il soit tout à fait possible que le virus se soit propagé dans le Hubei bien avant que le premier patient ne soit admis à l’hôpital et identifié comme ayant quelque chose d’ »atypique ».

Mais ce dont nous sommes sûrs, c’est que la Chine n’a pas fait grand-chose contre le virus jusqu’au 23 janvier 2020, date à laquelle Wuhan a été mis en quarantaine. Cela signifie que le virus a eu au moins deux mois, et peut-être plus, pour se propager sans contrôle dans toute la Chine centrale et au-delà.

C’est là que cela devient intéressant. Selon les chiffres officiels de la Chine, Covid-19 est responsable de 3 305 décès sur les 1,4 milliard d’habitants du pays. En termes absolus, cela représente moins d’un tiers des 11 591 décès subits en Italie, qui ne compte que 60 millions d’habitants.

Ainsi, la Chine, avec une population beaucoup plus importante, une densité de population beaucoup plus élevée et un système de santé publique bien inférieur, n’a subi qu’une fraction des décès en Italie, en Espagne et maintenant très probablement en France. Comment expliquer cette différence spectaculaire ?

  1. Au cours de son voyage, le virus a peut-être muté en des formes plus mortelles. C’est une pensée inquiétante.
  1. Les décès en Chine sont peut-être massivement sous-déclarés, soit par les autorités locales qui n’osent pas être porteuses de mauvaises nouvelles, soit simplement par les hôpitaux ruraux qui ne s’attardent pas trop sur les causes de décès de leurs patients âgés. Il s’agit là d’une possibilité bien réelle. Mais il est intéressant de noter que chez les voisins de la Chine (où les données sont fiables), le bilan des décès dus à la maladie de Covide-19 est loin d’être aussi lourd qu’en Europe. La Corée du Sud a enterré 158 âmes, le Japon a enregistré 54 décès (bien que son économie soit restée largement ouverte aux affaires), la Malaisie 37, Hong Kong quatre et Singapour trois. Chaque décès est une tragédie. Mais dans toute l’Asie, tout comme en Chine, le virus semble être beaucoup moins mortel qu’en Europe.
  1. Il se pourrait que les sociétés asiatiques soient tout simplement mieux préparées à faire face à une pandémie comme celle de Covid-19 que les pays occidentaux. Les aéroports asiatiques disposent depuis longtemps de dispositifs de surveillance de la température, les gouvernements ont rapidement suivi les contacts potentiels avec les transporteurs grâce aux données des téléphones portables. Depuis l’épidémie de SRAS en 2003, les hôpitaux sont bien équipés en matériel de protection et les gens portent des masques dès qu’ils toussent ou qu’ils ont le nez qui coule.

Cette explication est logique. Il faut toutefois noter que le virus a pu se propager sans contrôle pendant au moins 10 semaines avant que les autorités chinoises et asiatiques n’entrent en action. Même alors, tous ne l’ont pas fait. Le Japon a, dans l’ensemble, continué à vivre normalement et n’a jusqu’à présent connu ni une augmentation du nombre de décès ni un afflux de patients qui ont submergé son système de santé – même si, en termes démographiques, c’est le pays le plus « ancien » du monde.

  1. Il est concevable que l’exposition au Sars-CoV, le coronavirus qui a causé le SRAS en 2003, et à d’autres coronavirus ait conféré aux populations asiatiques un élément d’immunité au Sars-CoV-2, le coronavirus qui cause le Covid-19. Au risque de l’hyperbole, dans ce scénario, Covid-19 s’apparenterait à l’apparition de la variole dans le Nouveau Monde, mais cette fois ce sont les Européens qui se trouvent dans la position des Amérindiens. Il s’agit bien sûr d’une exagération ; Covid-19 n’anéantira pas 90% de la population européenne, et contrairement au monde du XVIe siècle, le monde actuel – et beaucoup de ses germes – est déjà globalisé. Néanmoins, les Européens pourraient peut-être regarder d’un œil méfiant les cadeaux de couvertures gratuites en provenance de Chine ?
  1. L’écart entre les taux de mortalité en Asie et en Europe pourrait refléter le sous-financement et la préparation inadéquate des systèmes de soins de santé européens. Ou du moins, certains d’entre eux – jusqu’à présent, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Scandinavie semblent avoir été beaucoup moins touchés que l’Italie, l’Espagne et la France (même si la Suède a continué à mener une vie à peu près normale). Cette divergence intra-européenne pourrait simplement être une question de minutage ; l’Italie l’a eu en premier, et l’Allemagne devrait suivre. Ou pourrait-elle refléter des échecs de politiques publiques à l’échelle épique en Italie, en Espagne et en France ?

Si l’on examine ces explications possibles de la divergence des taux de mortalité entre l’Europe et l’Asie, il me semble que les trois dernières politiques mises en œuvre dans les pays asiatiques, une meilleure immunité des troupeaux en Asie et des systèmes de santé inadéquats dans les pays occidentaux aboutissent toutes à la même conclusion : les investisseurs devraient déployer plus de capitaux en Asie et moins en Europe.

La bonne performance des actifs asiatiques

Cela m’amène à une simple observation : c’est la première fois de ma carrière qu’en pleine crise, les prix des actifs asiatiques sont non seulement surperformants (généralement en période de récession, les prix des actifs asiatiques sont battus comme une mule louée), mais ils le sont aussi avec une volatilité beaucoup plus faible que les actifs occidentaux.

Prenons l’exemple de la dette en renminbi. Dans cette crise, les obligations en renminbi se sont avérées être l’actif « anti-fragile » que nous avons toujours espéré qu’elles seraient. Bien sûr, elles ont été moins performantes que les obligations du Trésor américain. Mais les obligations en renminbi ont surpassé les obligations d’entreprises américaines, les obligations d’État de la zone euro et les obligations japonaises. Mieux encore, elles continuent d’offrir un minimum de rendement positif – qui soit promet des gains en capital futurs soit amortira au moins le coup si les rendements ailleurs dans le monde recommencent à augmenter.

Plus intéressant encore, alors que la corrélation entre les obligations d’État américaines et les marchés d’actions américains a changé de manière spectaculaire en février et mars (voir Quatre paniers pour quatre quadrants), les obligations chinoises ont continué à offrir des rendements non corrélés.

Une fois la poussière retombée après une crise où les corrélations croisées entre les actifs sont devenues encore plus fortes, la capacité quasi unique du marché obligataire chinois à tracer sa propre voie attirera probablement l’attention des réparateurs d’actifs du monde entier. Et ce sera d’autant plus vrai que, contrairement à 2008 ou 2016, et contrairement à d’autres gouvernements en 2020, Pékin n’a pas réagi à la crise actuelle en plongeant tête baissée dans une expansion budgétaire massive et dans l’expansion des agrégats monétaires.

En bref, face à cette crise :

– Les réponses politiques en Asie ont été supérieures aux réponses politiques en Occident.

– Le niveau de préparation à la pandémie en Asie a été supérieur à celui de l’Occident.

– Le niveau d’incertitude politique en Occident est maintenant bien plus élevé que celui de l’Asie. L’Union européenne survivra-t-elle à cette crise ? Sous quelle forme ? L’élection présidentielle américaine entraînera-t-elle la nationalisation du système de santé américain ? Les États-Unis peuvent-ils se permettre d’apporter des réponses politiques ?

– Le coût humain de la crise semble être beaucoup moins important en Asie qu’en Occident.

– La mise en œuvre des réponses de politique économique a été beaucoup plus conventionnelle en Asie qu’en Occident.

Compte tenu de tout cela, faut-il s’étonner que les actifs asiatiques soient désormais plus performants que les actifs occidentaux ? Et y a-t-il une raison pour que cette surperformance ne se poursuive pas ?

Conclusion

En 1944, le dramaturge juif français Tristan Bernard est arrêté par la Gestapo à son domicile à Paris. Traîné par la police secrète nazie, il enjoint à sa femme désemparée de le suivre : « Ne pleure pas. Nous vivions dans la peur. Mais désormais, nous vivrons dans l’espoir ».

Aujourd’hui, il y a beaucoup de raisons d’avoir peur.

– Une maladie qui semble particulièrement dangereuse pour les personnes de plus de 60 ans

– Un bouleversement économique tel que le monde en a rarement connu auparavant en temps de paix.

– Des points d’interrogation sur l’avenir de l’Union européenne et sur l’existence de l’euro.

– Les menaces qui pèsent sur la poursuite de la mondialisation, l’un des principaux moteurs des gains de productivité de ces dernières décennies.

La liste pourrait s’allonger encore. Mais si les lecteurs ne se sentent pas aussi angoissés que Mme Bernard, il est peu probable qu’ils dansent de joie. Néanmoins, au milieu de ce désastre, nous devrions nous rappeler ces points:

– Pour certains pays européens, notamment l’Italie, les 20 dernières années d’union monétaire européenne ont été un exercice d’autoflagellation, désormais interdit par l’Église catholique. Le vieux proverbe allemand « mieux vaut une fin avec horreur qu’une horreur sans fin » n’a certainement jamais été aussi applicable qu’à l’expérience économique de l’Italie en tant que membre de l’euro. Dans cette optique, les investisseurs pourraient commencer à dresser une liste des actifs européens susceptibles de faire des achats intéressants de l’autre côté d’un effondrement de la zone euro.

– Si l’euro implose, les Européens devront encore trouver un logement pour leurs économies. La destination initiale évidente serait le dollar américain. Mais la Réserve fédérale a clairement indiqué qu’elle fera tout ce qui est en son pouvoir pour empêcher la hausse du dollar américain. Ainsi, une implosion de l’euro pourrait déclencher une explosion encore plus importante du bilan de la Fed. Une telle poussée pourrait contribuer à mettre un plancher sous les marchés financiers partout.

– Une autre destination pourrait être les autres monnaies européennes, que ce soit le franc suisse (qui pousse la Banque nationale suisse à acheter encore plus d’actions américaines ?), la livre (qui reste grotesquement sous-évaluée) ou les monnaies scandinaves (également sous-évaluées).

– Par ailleurs, certaines économies européennes à la recherche de rendements intéressants pourraient se diriger vers les monnaies des marchés émergents, que ce soit le peso mexicain, très sous-évalué et à haut rendement, le renminbi, très stable, ou peut-être même le dollar canadien (je sais que ce n’est pas une monnaie des marchés émergents, mais le huard ne l’est évidemment pas, car il continue à se comporter comme tel).

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Tags:ChineEpidémie

Louis-Vincent Gave

Louis-Vincent Gave

Louis-Vincent Gave est cofondateur de Gavekal Resarch, il vit et travaille à Hong Kong depuis de nombreuses années. Il est l’auteur de six livres dont Clash of Empires : Currencies and Power in a Multipolar World (2019).

https://www.revueconflits.com/louis-gave-covid-19-chine-europe-euro/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=revue_conflits_les_dernieres_mises_en_ligne&utm_term=2020-04-01

Les billets de banque : nouveau champ de bataille dans le conflit yéménite

Les billets de banque : nouveau champ de bataille dans le conflit yéménite

Les nouveaux billets émis par le gouvernement d’Abd Rabbo Mansour Hadi à Aden sont considérés illégaux par l’administration houthie, ce qui a engendré un chaos généralisé

Une employée de la banque centrale du Yémen compte des liasses de devises yéménites, dans la capitale Sanaa, le 25 août 2016 (AFP)Par Correspondant de MEE – SANAA, YémenDate de publication: Vendredi 17 janvier 2020 – 13:43 | Dernière mise à jour: il y a 3 jours 3 heures43Shares

Le conflit qui oppose depuis cinq ans le gouvernement yéménite et le mouvement houthi a trouvé un nouveau champ de bataille : les billets de banque.

Étant donné que les deux belligérants ont mis en place des administrations rivales dans la capitale Sanaa et dans la ville d’Aden (sud), le Yémen se retrouve pris entre deux banques centrales, ce qui provoque davantage d’instabilité dans une économie déjà dévastée par la guerre.

En septembre 2016, le gouvernement d’Abd Rabbo Mansour Hadi, reconnu par la communauté internationale, a délocalisé la banque centrale de Sanaa à Aden pour la soustraire au contrôle des Houthis, qui s’étaient emparés de la capitale yéménite deux ans auparavant.

Au cours des trois dernières années, le gouvernement de Hadi a imprimé de grandes quantités de billets yéménites dont la taille et le design ont été modifiés.

Les citoyens de tout le pays ont adopté ces nouveaux billets, jusqu’au 19 décembre, date à laquelle les autorités houthies à Sanaa ont interdit leur circulation. Elles craignent que la devise yéménite se soit effondrée en raison de la profusion de nouveaux billets. 

Au cours des dernières semaines, le taux de change du rial yéménite par rapport au dollar américain est resté stable à 580 dans les zones contrôlées par les Houthis, mais a été déprécié à 630 rials contre un dollar dans les zones pro-Hadi. Les taux d’avant-guerre étaient d’environ 215 rials pour 1 dollar.

La banque centrale de Sanaa a donné aux habitants un mois pour échanger les nouveaux billets contre des anciens. Sinon, la banque a indiqué pouvoir leur fournir une devise virtuelle appelée le « rial électronique » – bien que ce système ne soit pas encore en fonction.

« L’effondrement de la devise dans le sud prouve concrètement que l’impression de nouveaux billets est à l’origine de l’effondrement du rial yéménite et de la crise économique »

– Mohammed Abdulqader, fonctionnaire du ministère des Finances à Sanaa

Mohammed Abdulqader, fonctionnaire du ministère des Finances à Sanaa, prédit que le taux du rial dans la ville restera inchangé dans un avenir prévisible après cette interdiction.

Selon lui, l’administration de Hadi a imprimé de nouveaux billets sans s’assurer qu’il y avait assez de devises étrangères dans le pays pour contribuer à maintenir le rial à flot.

« Il est naturel que tout nouvel apport de devises yéménites conduise à un retrait de devises étrangères du marché », déclare-t-il à Middle East Eye.

Abdulqader ajoute que le gouvernement de Hadi « ne se soucie pas » de l’effondrement du rial et qu’il n’a pas soigneusement étudié les conséquences potentielles de sa décision de faire tourner la planche à billets.

« L’effondrement de la devise dans le sud prouve concrètement que l’impression de nouveaux billets est à l’origine de l’effondrement du rial yéménite et de la crise économique », affirme le fonctionnaire, qui considère ces nouveaux billets de banque comme de l’« argent illégal ».

La guerre au Yémen, lancée par une coalition dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par l’Occident en 2015, a eu de lourdes répercussions sur le rial yéménite, qui a perdu plus de la moitié de sa valeur au cours des cinq dernières années. 

La dépréciation globale du rial a été principalement déclenchée par une pénurie de devises étrangères, conséquence de la chute des exportations de pétrole et de gaz impactées par la guerre.

L’année dernière, le roi Salmane d’Arabie saoudite a ordonné le versement de 2 milliards de dollars à la banque centrale yéménite pour renflouer le rial.

Cependant, l’initiative de Riyad semble être un échec. Bien que la devise yéménite se soit initialement reprise, avec un taux de change de 400 rials pour 1 dollar, elle n’a pas tardé à chuter de nouveau, avec quasiment aucun effet de ruissellement sur la population.

Les habitants de Sanaa en paient le prix

Les autorités houthies autorisent les particuliers à échanger jusqu’à 5 000 rials (400 dollars). Cependant, si ce montant est supérieur, l’argent est considéré comme des « fonds commerciaux » et saisi par le gouvernement.

Cela a conduit les habitants de Sanaa à cacher les nouveaux billets et à les envoyer secrètement dans les zones tenues par Hadi dans le sud afin de les échanger contre des anciens billets ou des devises étrangères.

Muneer, agent de recouvrement à Sanaa, rapporte que de nombreux commerçants avec lesquels il fait affaire dans sa ville utilisaient à la fois les nouveaux billets et les anciens en 2019.

« Ils n’avaient d’autre choix que de me fournir les deux versions des billets », explique-t-il à MEE.La pénurie mortelle de dollars au YémenLire

Cependant, l’argent qu’il a accepté a plus tard été saisi à un check-point houthi alors qu’il conduisait son bus.

« Les Houthis m’ont saisi 2 600 000 rials et ont refusé de me les rendre », raconte-t-il, précisant qu’il a tenté de récupérer son argent auprès de la police et des autorités politiques, en vain.

« Ils insistaient pour le saisir, prétendant que c’était illégal. »

Tout le monde – y compris les commerçants, les vendeurs et les chauffeurs de taxi – refuse désormais d’accepter les nouveaux billets. Cela a eu un impact sur le commerce dans les zones contrôlées par les Houthis.

« Ces deux dernières semaines, mes ventes ont chuté car beaucoup de clients ont des nouveaux billets, que je refuse pour éviter les sanctions », déclare à MEE Nabil Dhafer, commerçant à Sanaa. « Je pense que cet argent finira par revenir sur le marché car il facilite notre travail et il est déjà dans les mains des gens. »

Hamdi Baobaid, guichetier dans un bureau de change à Sanaa, indique que sa société n’accepte pas les nouveaux billets car elle travaille sous la supervision de la banque centrale.

Selon lui, certains Yéménites tentent de tirer profit de la situation et des différents taux de change en achetant des dollars américains à Sanaa, les échangeant ensuite dans le sud afin d’obtenir un meilleur rendement, avant de ramener ces rials dans la capitale.

« Les sociétés de change ont donc augmenté les frais de transfert entre les zones contrôlées par les Houthis et celles contrôlées par Hadi afin de cesser l’exploitation de cette différence dans les taux de change », explique Baobaid à MEE.

Les frais de virement, selon lui, ont augmenté, passant de moins de 1 % à 10 % au cours des trois dernières semaines, variant conformément au taux de change du rial avec le dollar.

Les Houthis « volent l’argent des Yéménites »

Le spécialiste Alawi Abdulhadi, qui enseigne l’économie dans plusieurs universités du sud du Yémen, estime que l’effondrement de la devise yéménite dans le sud peut être imputé au fait que le gouvernement d’Aden continue de verser le salaire de certains fonctionnaires dans le nord.

« J’aimerais savoir ce que les Houthis font de cet argent, le brûlent-ils ? Non, ils l’envoient dans le sud et achètent des devises étrangères qui vont aux Houthis et à leurs combattants »

– Alawi Abdulhadi, professeur d’économie

« Le gouvernement yéménite a été contraint d’imprimer davantage de billets pour continuer à payer les salaires, que les Houthis ne versent pas », indique-t-il à MEE.

La plupart des fonctionnaires dans les zones contrôlées par les Houthis n’ont pas perçu leur salaire depuis août 2016, mais ont reçu des primes occasionnelles de la part des autorités de Sanaa. Seuls ceux qui travaillent dans le judiciaire continuent de recevoir des salaires d’Aden. 

« La décision des Houthis d’interdire la circulation des billets imprimés récemment a eu un impact sur les habitants mais pas sur le gouvernement. Les habitants du nord ne peuvent pas faire d’achats avec les nouveaux billets qu’ils ont. »

Alawi Abdulhadi indique que le gouvernement yéménite pourrait avoir recours à la communauté internationale pour résister à la pression des Houthis.

« Si le gouvernement n’unifie pas les deux devises, cela pourrait marquer le début d’une indépendance économique entre le sud et le nord », prédit-il.

Certains agents de change sur le marché noir échangent 100 000 rials en nouveaux billets contre 90 000 rials en anciens car ces derniers valent davantage par rapport au dollar.

Le spécialiste estime que la confiscation des nouveaux billets par les Houthis est un moyen illégal de « voler l’argent des Yéménites ».

« Les Houthis ont permis aux gens de faire circuler les nouveaux billets ces trois dernières années, et aujourd’hui, ils leur font les poches sous prétexte de maintenir la devise yéménite. »Au Yémen, la corruption prive des familles désespérées de l’aide alimentaireLire

« J’aimerais savoir ce que les Houthis font de cet argent, le brûlent-ils ? Non, ils l’envoient dans le sud et achètent des devises étrangères qui vont aux Houthis et à leurs combattants. »

Il s’agit d’après lui d’une des raisons qui ont conduit à l’actuel effondrement du rial dans le sud.

Les fonctionnaires qui travaillent dans le judiciaire dans les zones sous contrôle houthi recevaient leur salaire du gouvernement yéménite jusqu’au mois dernier, lorsque l’administration Hadi a payé leur salaire avec de nouveaux billets, que les banques ne pouvaient pas leur remettre en raison de l’interdiction.

« Ceux qui souhaitent percevoir leur salaire se rendent dans une zone pro-Hadi pour le recevoir en nouveaux billets avant de les changer contre des anciens avant de rentrer », explique Abdulhadi.

« La moitié du salaire se perdra néanmoins sans doute en frais de déplacement. »

Traduit de l’anglais (original) par VECTranslation.

https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/les-billets-de-banque-nouveau-champ-de-bataille-dans-le-conflit-yemenite

Une monnaie privée en France !

« 93 – Une si belle Banque

– Une monnaie privée en France !

Par Jacques Favier le mardi 1 octobre 2019, 22:28 – de la souveraineté – Lien permanent

L’agenda politique sur la monnaie numérique publique, ainsi que ma récente visite du Musée créé par la Banque de France m’ont conduit à de multiples réflexions. Qu’un ministre ne veuille pas de monnaie privée sur notre sol (curieux, d’ailleurs que ce soit précisément ce mot à double sens qui affleure ici) c’est une chose. Que la chose soit impensable en est une autre.

On va parler ici d’une monnaie privée émise justement par …un ministre, et pas n’importe lequel. Au coeur de l’appareil d’Etat, et en plein centre de la France.

Le double tournois de 1636

L’idée d’un système de référence unique sur toute l’étendue du royaume est au moins aussi vieille que Charlemagne, qui fixa l’antique système de la livre (à l’origine, mais à l’origine seulement, unité de poids) divisée en 20 sous de 12 deniers chacun. Ensuite l’histoire des monnaies émises et circulant, de l’évolution de leur poids, de leur titre en métal fin et de leur rapport tant entre elles qu’à la monnaie de compte est fort longue et complexe.

Le souverain lui-même faisait travailler des dizaines d’ateliers. Comme le précise l’auteur du Catalogue des Fonds de la Monnaie de Paris (*) : « Leur dissémination en grand nombre sur le territoire (une trentaine au milieu du XVIIIe siècle) répondait à des considérations économiques et/ou stratégiques. Plus de la moitié de ces ateliers a disparu à la veille de la Révolution et au cours de la période révolutionnaire. Pour les autres, le progrès technique, notamment en matière de transport, décida de leur suppression progressive à partir de 1837 (Bayonne, La Rochelle, Limoges, Nantes, Perpignan et Toulouse), puis en 1857 (Lille et Rouen), 1858 (Lyon et Marseille), 1870 (Strasbourg) et enfin 1878 (Bordeaux). A cette date, la Monnaie de Paris devint l’unique atelier national».

Au long de l’ancien régime, ces ateliers purent fort bien être opérés pour le compte du roi par les acteurs les plus divers, y compris privés. A l’occasion, ces ateliers privés ou affermés se révélèrent très capables d’activité proche du « faux monnayage », puisque la tentation était évidemment grande d’émettre un supplément de monnaies en tous points semblables et d’en garder pour soi le seigneuriage c’est à dire la prime par rapport à la valeur du métal. Un problème qui affecte la fausse monnaie elle-même ( voir une scène culte dans Le cave se rebiffe). Bref, vraie ou fausse, la tentation existe de tous temps d’en faire encore un peu, beaucoup, trop… mais ceci est une autre histoire.

A côté des ateliers monétaires royaux, il existait des ateliers pour les monnaies que nous appelons féodales.

Là aussi, à travers l’histoire, il en exista des dizaines, frappant de la monnaie pour de grandes principautés, ou de toutes petites. Car cette émission n’était pas tant liée à l’existence d’une zone économique cohérente qu’à celle d’un droit, d’une souveraineté toujours un peu usurpée, notamment après le démembrement de l’état carolingien. Inutile de dire que nos rois eurent à coeur de restreindre (ou de racheter !) ces droits à chaque occasion possible. Il existait pourtant encore, à la veille de la Révolution une quarantaine de ces principautés souveraines dont ne subsiste aujourd’hui que Monaco. Est-ce à dire que leurs propriétaires se considéraient comme étrangers en France ou étaient tenus pour tels ? Nullement. Certains pouvaient être souverains ailleurs (les Orange, les Matignon à Monaco, certains princes alsaciens…) d’autres étaient des petits seigneurs (dont le fameux roi d’ Yvetot) mais la plupart de ces terres d’exception appartenaient à de grandes familles de la Cour de France : Bourbon, Soubise, Rohan, Condé, Conti…

Les Gramont, souverains de Bidache (où ils battirent monnaie sur des bouts de cuir) donnèrent deux maréchaux à la France, comme les La Tour d’Auvergne, qui battaient monnaie à Sedan ; les Grimaldi souverains à Monaco fournirent un amiral et sous les rois, l’empereur ou la république, ses successeurs ont toujours servi dans l’armée française. Battre monnaie n’était donc pas un acte hostile aux intérêts de la couronne et de grands seigneurs le firent, tout en servant le roi.

La monnaie reproduite ici est celle d’un homme, grand maître de l’artillerie et des trésors de France, qui fut aussi l’un de nos plus grands ministres : Sully (1559-1641). Il ne la fit pas frapper comme surintendant des finances (depuis 1598), ni comme duc de Sully (depuis 1606) mais bien comme prince souverain de Boisbelle, un petit « État » enclavé « près Berry » et non en Berry, et qui depuis des siècles jouissait de diverses franchises fort appréciables : point de taille, point de gabelle, point de d’obligation militaire ou de corvée. En 1605, Maximilien de Béthune, pas encore duc de Sully mais qui s’était acheté trois ans plus tard la baronnie de Sully-sur-Loire, racheta cette terre et quelques autres dans le coin. On a dit que c’était avec l’idée de créer un refuge pour les protestants. Car, comme son maître Henri IV, il était (et resta) huguenot. Mais on peut aussi penser que le rachat de ces terres en soi plutôt ingrates (pardon à mes lecteurs berrichons) était destinée à tenter en toute liberté (et souveraineté) des expériences économiques tendant à prouver que « pâturages et labourages sont les deux mamelles de la France ».

Henrichemont (28) vu du ciel

En tout cas Sully fit renouveler tous ces privilèges par son roi. Puis il entreprit, en 1608, de transformer le village de Boisbelle en une « capitale ». Ce fut la peite ville rebaptisée Henrichemont en l’honneur du roi, et conçue par Salomon de Brosse (l’architecte du Palais du Luxembourg à Paris) suivant un plan carré de 256 toises de côté, avec église catholique, temple protestant, collège, halle, hôtellerie etc. Vu du ciel, encore aujourd’hui c’est beau comme un QR Code :

C’est si beau que son successeur Richelieu se dota lui aussi de sa ville orthogonale (en Indre-et-Loire). On a d’ailleurs décrit le jeu geek Minecraft comme visant à construire « une ville selon Richelieu ».

En 1610, du fait de Ravaillac, Sully perdit la plupart de ses fonctions officielles. Disgracié, il se consacra d’abord à assurer sa sécurité, puis à établir son fils. Celui-ci décédant en 1634, le vieil homme semble être alors retourné vers les rêves de souveraineté qui l’avaient animé un quart de siècle plus tôt et on le vit alors se consacrer durant des années à son petit pays.

Dans sa capitale, Henrichemont, il établit en 1634 un atelier monétaire. En avait-il vraiment le droit ? Il ne semble pas qu’aucun de ses prédécesseurs en aient usé, ce qui peut aussi s’expliquer par le maigre seigneuriage perçu sur de telles émissions. Lui-même aurait envisagé la chose dès 1613, sous forme de concession à un particulier. En 1634, outre l’atelier, il dispose de trois moulins. Quelques rares pièces auraient été frappées dès 1635.

L'atelier monétaire d'Henrichemont

C’est entendu : l’atelier est fort modeste et ne fait pas une concurrence insupportable au Moulin du Louvre et aux autres ateliers royaux ! Mais Sully a tout de même un « général des monnoies », deux gardes, un procureur, un greffier, un graveur, un essayeur. Tout cela fonctionne d’ailleurs expressément « selon les ordonnances de France ». Il sortit en tout cas de cet atelier, en 1636, d’assez beaux doubles tournois, l’une des pièces les plus populaires de l’époque, valant deux deniers, ou le sixième d’un sou tournois.

Une pièce intéressante du fait de son métal : depuis le règne précédent, la pièce était en cuivre pur et non en un mélange douteux d’un peu d’argent et de beaucoup de plomb. Bref le double-tournois, qui était d’un métal qui ne tentait plus de contrefaire l’argent, marqua un tournant : l’apparition d’une monnaie strictement fiduciaire, que l’on assimile trop facilement, en général, au billet de banque.

Remarquons le : qu’un prince local s’amuse à frapper de l’argent, c’est toujours de l’argent. Avec du cuivre, il n’y a que son portrait et sa signature pour conférer de la valeur. Façon de dire qu’il n’exerce pas seulement un droit, mais qu’il manifeste une certaine capacité à inspirer cette fameuse confiance dont on lit partout qu’elle est le seul fondement de la monnaie.

On lit assez clairement au verso : MAX(imilien) D(e) BETHUNE P(rince) S(ouverain) DHENRIC(hemont). Des émissions auront lieu en 1637 et 1641 année de la mort du « souverain ». Son petit fils, Maximilien III lui succède et marque son avènement local d’une frappe en 1642.

un mauvais double de 1642

Moins réussie ? Je ne sais s’il s’agit ici d’un raté ou … d’une fausse monnaie. Car Sully qui s’est battu jadis contre les faussaires en France, comme surintendant, dut ensuite faire face, comme ses descendants, à des faussaires sur ses propres terres. L’atelier ferme en 1656. En 1685 la révocation de l’édit de Nantes provoque le départ des protestants encore nombreux dans le petit « État » de Sully. Son lointain descendant cède la principauté en 1766 au roi… qui en abolit tous les privilèges, à la grande fureur des manants, qui rchignent encore en 1789.

L’une des raisons de cet arrêt tient sans doute à ce que, outre l’obligation de tout faire aux titres, poids et alois de la monnaie de France, le roi imposa, vers 1644, que ces monnayages soient faits « sans que pour raison desdites fabrications, le prince de Boisbelle et ses successeurs, leurs fermiers ou commis puissent enlever aucune matière d’or ou d’argent en ce Royaume ». En gros le roi laissait le prince d’Henrichemont battre monnaie sur du métal qu’il n’avait pas. Précaution inutile ? Sans doute, car s’il semble que l’atelier ait émis quelques demi-francs (d’argent), le prince de Sully ne frappait apparemment que du cuivre, ce qui pouvait rendre plus de service à ses gueux que de grosses pièces de grands prix. Cette disposition était surtout un rappel de ce que le droit de battre l’or n’appartenait en fait qu’au roi. Ce dont au fond tout le monde convenait.

La France n’a tenu rigueur à Sully ni de l’échec économique de son ambition territoriale, ni d’avoir ainsi battu monnaie « privée ».

Statue par Beauvallet 1810

Il a toujours sa statue devant notre Assemblée Nationale. Et cette statue date de… Napoléon, dont on ne rappellera pas lourdement qu’il fut le créateur de la Banque de France. Laquelle ne fut pas plus rancunière puisqu’en 1939 elle fit figurer l’ancien prince monnayeur de Boisbelle et Henrichemont sur une coupure de 100 francs.

le 100 francs Sully de 1939

Que conclure de ce petit voyage ?

  • qu’il n’existe pas de droit exclusif du roi sur la frappe de la monnaie, mais qu’il est bien difficile d’aller contre un si puissant seigneur ?
  • qu’il est bien difficile aussi de battre monnaie en un trop petit pays, et que la monnaie de Boisbelle-Henrichemont n’eut pas plus de succès que les Monnaies locales complémentaires dont des rêveurs contemporains attendent encore un miracle ?
  • que la monnaie de cuivre, qui passionne les numismates, est toujours curieusement absente des fariboles d’économistes sur la monnaie, alors qu’elle est bigrement intéressante, peut-être parce qu’elle participe d’une forme de service plus que de droit ?
sur les marches du Palais

Oui, je me déplace sur le terrain, moi ! Je suis Grand Reporter à la Voie du Bitcoin puisque même les journalistes les mieux rivés aux tabourets des plateaux télé sont devenus Grands Reporters de nos jours…

Pour aller plus loin :

Olivier Delamarche : « Plus que les actifs, c’est la monnaie qui s’écroulera »

Publié le 5 septembre 2019par Olivier Demeulenaere

Une monnaie repose sur la confiance de ceux qui l’utilisent. Si cette confiance s’évapore, la monnaie revient à sa valeur intrinsèque, c’est-à-dire zéro. L’énorme bulle de dettes et de fausse monnaie finira par tout emporter, révélant la crise monétaire qui se cache derrière la crise financière… Achetez de l’or ! OD

(Sicavonline, 4 septembre 2019)

– On sait que ça se terminera mal mais en même temps, si les banques centrales se mettent à tout acheter… bon on sait bien que les prix ne veulent plus rien dire… mais est-ce que ça peut s’écrouler ?

– « Alors le seul truc qui peut s’écrouler, c’est que en effet ça ne soit pas au final sur les actifs, mais sur ce qui “price” les actifs, c’est-à-dire la monnaie. Quand les gens vont comprendre qu’il n’y a plus de limite, et qu’il n’y a plus de limite DANS LE TEMPS, ça veut dire quoi ? ça veut dire que s’il faut 2000 milliards par an pour tenir le marché ils en imprimeront 2000, s’il en faut 5000 ils en imprimeront 5000… Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que votre monnaie ne vaut plus rien. Combien de temps les marchés vont-ils mettre à s’en rendre compte ? Je n’en sais fichtre rien ».

https://olivierdemeulenaere.wordpress.com/2019/09/05/olivier-delamarche-plus-que-les-actifs-la-monnaie-s-ecroulera/

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Boursier.com, publié le jeudi 12 septembre 2019 à 14h42

Cette nouvelle monnaie suscite beaucoup de questions, mais aussi de critiques, alors que le réseau social compte plus de deux milliards d’utilisateurs actifs dans le monde.

Les nuages s’accumulent au-dessus du Libra… Facebook ne peut être autorisé à développer sa cryptomonnaie en Europe, a estimé jeudi Bruno Le Maire, estimant que cela soulève des « risques d’abus de position (…) des risques de souveraineté (…) et des risques pour les consommateurs et pour les entreprises ».

Le ministre français de l’Economie et des Finances joint ainsi sa voix à celles de responsables politiques et banquiers centraux à travers le monde mettant en garde contre les dangers du projet Libra, dévoilé vers la mi-juin par Facebook, qui veut le lancer au premier semestre 2020.

« Risque systémique »

« Libra soulève aussi une risque systémique à partir du moment ou il y a deux milliards de consommateurs. Toute défaillance dans le fonctionnement de cette monnaie, dans la gestion de ses réserves pourrait créer des désordres financiers considérables », a déclaré Bruno Le Maire, lors d’une conférence de l’OCDE consacrée aux défis des cryptomonnaies.

« Toutes ces préoccupations sur Libra sont sérieuses, je veux dire donc avec beaucoup de clarté (que) dans ces conditions nous ne pouvons pas autoriser le développement de Libra sur le sol européen. »Libra:« Nous ne pouvons pas accepter qu’une entreprise privée se dote des instruments de souveraineté d’un État » Le Mairepar Public Sénat

Devise numérique

Libra, dont le lancement est prévu au premier semestre 2020, sera une devise numérique fonctionnant à partir de la technologie blockchain, censée assurer la transparence et la sécurité de toutes les transactions. L’objectif sera de permettre aux utilisateurs de Facebook et aux sites marchands de procéder à des transactions commerciales dans l’environnement Facebook, qui compte deux milliards d’utilisateurs dans le monde.

Facebook s’est associé à 28 partenaires tels que les spécialistes des paiements Mastercard et Visa, des entreprises commerciales comme Iliad, Spotify ou Uber et des sociétés de capital investissement comme Andreessen Horowitz. Aucune banque ne participe pour l’instant.

Cette nouvelle monnaie suscite beaucoup de questions, mais aussi de critiques. Un des fondateurs du réseau social, Chris Hughes, estime par exemple que le projet de cryptomonnaie de Facebook risque de transférer l’essentiel du contrôle de la politique monétaire des banques centrales vers des entreprises privées, dans une tribune publiée dans le ‘Financial Times’. « Si les autorités de régulation dans le monde n’agissent pas maintenant, il pourrait très rapidement être trop tard », écrit-il

.https://finance.orange.fr/actualite-eco/article/nouvelle-charge-de-bruno-le-maire-contre-le-libra-de-facebook-CNT000001iZvEY.html

Les banques commencent à facturer les dépôts, en Suisse et en Allemagne pour l’instant (Capital)

Les banques commencent à facturer les dépôts, en Suisse et en Allemagne pour l’instant (Capital)

11111 Rating 0.00 (0 Votes)Catégorie : Actualités internationales  Publication : 5 août 2019  Mis à jour : 5 août 2019  Création : 5 août 2019 Écrit par folamour  Affichages : 29fShare

Depots

La filiale suisse d’UBS a annoncé qu’elle agirait de la sorte avec les dépôts des particuliers excédant 2 millions de francs suisses. Les banques françaises ne comptent pas suivre le mouvement pour l’instant.

Les grandes fortunes réfléchiront peut-être à deux fois avant de laisser dormir leur argent dans les banques suisses et allemandes. Elles sont de plus en plus nombreuses à facturer les dépôts importants, explique le Financial Times, relayé par Les Echos. Dernière en date : la filiale suisse d’UBS, qui va facturer 0,75% par an les soldes de trésorerie individuelle supérieurs à 2 millions de francs suisses.

Cette mesure entrera en vigueur à partir du 1er novembre. UBS emboîte le pas à d’autres banques suisses, comme Julius Baer ou Pictet, qui agissent déjà de la sorte. « À la suite de mesures similaires prises par un certain nombre d’autres banques ici en Suisse, nous confirmons que nous avons décidé d’ajuster les frais de dépôt en espèces pour les francs suisses détenus en Suisse », a fait savoir la banque au Financial Times. Les clients fortunés concernés vont être bientôt prévenus par courrier des changements à venir.

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Une méthode « très loin » d’être mise en place en France

En agissant de la sorte, UBS répercute sur ses clients la pénalité infligée par la Banque nationale suisse sur les dépôts, qui s’élève à 0,75%. Cela prouve aussi que les banques anticipent une longue période de baisse des taux, qui menacerait leur rentabilité. « Nous supposons que cette période de faibles taux d’intérêt durera encore plus longtemps et que les banques continueront à appliquer des taux d’intérêt négatifs sur les dépôts des clients auprès des banques centrales », a ajouté UBS.

En Allemagne, 30 banques appliquent déjà des taux négatifs à leurs clients privés, si leurs dépôts sont supérieurs à 100.000 euros. Mais cette mesure n’est pour l’instant pas envisagée en France. « On est très loin de mettre en place une facturation des dépôts. Cela ne se développe d’ailleurs pas tellement en zone euro », fait savoir Frédéric Oudéa, qui dirige la Société Générale, aux Echos. Le son de cloche est le même du côté du Crédit Agricole.

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Un attentisme qui peut surprendre, alors que les banques françaises sont celles, avec leurs homologues allemandes, qui sont les plus concernées par le taux négatif de la BCE. Celui-ci est de 0,40% et concerne depuis 2016 les excédents d’argent dans les coffres des banques. Les banques françaises ont payé 1,655 milliards d’euros à la BCE, soit moins que les banques allemandes (2,560 milliards d’euros) : cela représente 60% des 7 milliards d’euros perçus par la BCE grâce à ce taux négatif, expliquent Les Echos.

Source : Capital.fr

https://www.crashdebug.fr/international/16345-les-banques-commencent-a-facturer-les-depots-en-suisse-et-en-allemagne-pour-l-instant-capital

Libra, la cryptomonnaie de Facebook qui inquiète les Etats

Libra, la cryptomonnaie de Facebook qui inquiète les Etats

Libra, la cryptomonnaie de Facebook qui inquiète les Etats© JUSTIN SULLIVAN Source: AFP
Le patron de Facebook Mark Zuckerberg.

Facebook va lancer en 2020 Libra, sa propre cryptomonnaie. Centralisée, elle sera gérée par un groupe de multinationales. Les pouvoirs publics s’inquiètent de la naissance d’une monnaie souveraine, qui vient directement concurrencer celle des Etats.

Le système financier mondial est-il à l’aube d’un véritable séisme ? La question mérite d’être posée depuis l’annonce le 18 juin par Facebook du lancement de sa cryptomonnaie, le Libra, qui sera mise en circulation courant 2020.

Basé sur le système de la chaîne de bloc – cette sorte de registre public, infalsifiable, sur lequel sont inscrites toutes les transactions – le Libra est censé permettre d’acheter des biens ou d’envoyer de l’argent aussi facilement qu’un message instantané. L’idée est de pouvoir effectuer des paiements en ligne directement d’un tiers à un autre sans passer par une institution financière et en s’affranchissant de la barrière des différentes devises.

Selon Facebook, cette monnaie vise en priorité les 1,7 milliard d’exclus du système bancaire, qui ne disposent pas de comptes bancaires, notamment dans les pays émergents. Mais l’ambition du géant des réseaux sociaux est évidemment bien plus grande : la multinationale entend à terme faire du Libra une monnaie incontournable dans les échanges virtuels. Pour preuve, il ne sera pas limité aux «seuls» 2,4 milliards d’utilisateurs de Facebook mais sera accessible à quiconque ouvre un portefeuille numérique (Calibra) où stocker ses jetons.

Si par certains aspects le Libra s’inspire des cryptomonnaies traditionnelles, la ressemblance n’est pourtant qu’en trompe-l’œil. Quand le Bitcoin ou l’Ethereum doivent leur succès à leur décentralisation, chaque unité étant créée par les utilisateurs eux-mêmes, le Libra fonctionne à l’inverse de façon totalement centralisée.

La Libra Association, association à but non lucratif, fera en effet office de banque centrale. 28 entités ont été désignées pour tenir ce rôle ô combien stratégique. Parmi elles, on retrouve des poids lourds du paiement en ligne, comme Mastercard, PayPal et Visa. A leurs côtés, eBay, Spotify, Uber, Vodafone Group, la firme d’investissement Andreessen Horowitz ou encore Iliad, le groupe français de télécommunications fondé par le milliardaire Xavier Niel. A l’avenir, pour les entreprises désireuses de rentrer dans ce club très fermé, qui peut rêver disposer un jour d’un pouvoir équivalent à celui de la FED ou de la BCE, il faudra présenter une valorisation de plus d’un milliard de dollars.

Autre différence majeure : le Libra sera adossé à un panier de devises traditionnelles mais aussi à des obligations d’Etat, une manière selon Facebook de lui apporter la stabilité qui fait défaut aux cryptomonnaies traditionnelles.

Menace pour les monnaies traditionnelles ?

S’il dispose des apparats d’une cryptomonnaie, le Libra s’apparente finalement beaucoup plus à une monnaie classique. Au point de concurrencer à terme le dollar ou l’euro ? La crainte est en tout cas vivace dans l’esprit des régulateurs. Le gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre Mark Carney a ainsi assuré suivre très attentivement la situation, jugeant que le projet Libra, s’il devait être un succès, «deviendra[it] instantanément systémique et devra[it] être soumis aux meilleures normes de régulation».

Une inquiétude partagée par le ministre français de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire, selon qui une société privée «ne peut pas et ne doit pas créer une monnaie souveraine qui pourrait être en concurrence avec les monnaies des Etats». «Que Facebook crée un instrument de transaction, pourquoi pas. En revanche, que ça devienne une monnaie souveraine, il ne peut pas en être question», a-t-il martelé, disant vouloir fixer «une limite».

Un vœux pieux ? Aux Etats-Unis, la présidente démocrate de la commission des Services financiers de la Chambre des représentants, Maxine Waters, a demandé un «moratoire» sur ce projet, le temps que le Congrès et les régulateurs se penchent dessus, «compte tenu du passé troublé de l’entreprise». Sa demande a reçu une fin de non-recevoir diplomatique mais ferme de la part de Facebook. «Nous sommes impatients de répondre aux questions des décideurs politiques à mesure que ce processus avance», lui a ainsi répondu un porte-parole de l’entreprise.

Le sujet devrait en tout état de cause être évoqué au G7 finances qui se tiendra à Chantilly mi-juillet, Bruno Le Maire ayant demandé aux gouverneurs des banques centrales de préparer un rapport «sur les garanties qui doivent être apportées sur cette monnaie numérique pour qu’elle soit envisageable». Mais il semblerait que la multinationale ait pris tout le monde de court.

https://francais.rt.com/economie/63149-libra-cryptomonnaie-facebook-qui-inquiete-etats

LES MINI-BOTS ITALIENS VONT-ILS TUER L’EURO ?

LES MINI-BOTS ITALIENS VONT-ILS TUER L’EURO ?

PUBLIÉ PAR PHILIPPE HERLIN | 13 JUIN 2019 | ARTICLES1710 

Une dizaine de jours après l’élection européenne, la Commission européenne, par la voix de son commissaire Pierre Moscovici, a annoncé une « procédure de déficit excessif fondée sur la dette » envers l’Italie (bizarrement pas la France, qui souffre pourtant d’un déficit public supérieur…). Comme pour répondre à cet affront, le Parlement italien a voté – à l’unanimité, il faut le signaler – une motion concernant la création de « mini-BOTs », c’est-à-dire de Bons du Trésor ordinaires (Buoni Ordinaro del Tresorio) de montant unitaire faible (« mini »), du niveau d’un billet de banque, pour pouvoir être utilisé couramment. Ils n’offriraient pas d’intérêts et seraient sans échéance, ce qui les assimileraient à des monnaies traditionnelles.

Ces mini-BOTs répondraient à un problème concret et lancinant : l’État italien a des arriérés de paiement d’environ 60 milliards d’euros envers les entreprises italiennes. Solder cette dette creuserait le déficit et l’endettement public de façon importante, ce que Bruxelles interdit. D’où l’idée des mini-BOTs, qui seraient émis pour le montant de cette dette, versés aux entreprises, qui pourraient ensuite s’en servir pour payer leurs impôts, sans que les « critères de Maastricht » ne soient affectés.

Ensuite, ce circuit fermé (État-entreprises-État) pourrait s’élargir : les entreprises pourraient utiliser ces mini-BOTs entre elles, puis pour payer une partie des salaires de leurs salariés et, ainsi, les particuliers pourraient les utiliser. Ces mini-BOTs deviendraient alors une véritable monnaie parallèle. Dans ce modèle, 1 mini-BOT = 1 euro, on resterait dans le cadre de l’euro, même si cette création monétaire irait à l’encontre des traités européens qui imposent une monnaie unique.

L’étape suivante consisterait à décréter que 1 mini-BOT = 1 « nouvelle lire », par exemple, et qu’elle soit cotée sur le marché des changes aux côtés des autres devises, dont l’euro, pour se retrouver dans un système à deux monnaies. La marche ultime serait de convertir, du jour au lendemain, les avoirs en euros dans la nouvelle monnaie (1 euro = 1 nouvelle lire). Et voilà l’Italie sortie de l’euro ! L’Italexit est mis en œuvre. Tout ceci relève de la fiction, bien entendu, mais les Italiens viennent tout de même de décider d’en écrire la première page avec cette motion parlementaire.

Il y a juste un petit oubli dans ce scénario : la balance Target2. Ce système de compensation entre les banques centrales de la zone euro traduit les déséquilibres des balances des paiements entre les pays (quand un Italien achète une Mercedes, cela se concrétise par une créance de la Banque centrale allemande sur la Banque centrale italienne). Le déficit se creuse pour l’Italie (500 milliards d’euros) tandis que les créances explosent pour l’Allemagne (plus de 900 milliards d’euros), qui serait ainsi la grande perdante d’un Italexit ! Un cataclysme susceptible de faire exploser la monnaie unique.

Alors, finalement, peut-être que ces mini-BOTs ne sont qu’un moyen de pression sur Berlin, le vrai patron en Europe, pour que le gouvernement italien puisse légèrement accroître son déficit budgétaire (qui restera inférieur au déficit français, mais personne ne vient embêter Macron, moins turbulant que Salvini il est vrai…). Ou peut-être pas ; les Italiens auraient déjà pris la décision de s’affranchir de la monnaie européenne, et ils y vont pas à pas. Les mois qui viennent seront cruciaux, et la perspective d’une nouvelle crise de l’euro, d’un niveau nettement supérieur à la crise grecque en 2011, se renforce.

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PHILIPPE HERLIN CHERCHEUR EN FINANCE / DOCTEUR EN ÉCONOMIE

https://or.fr/actualites/mini-bots-italiens-vont-ils-tuer-euro-1559

LA THÉORIE MONÉTAIRE MODERNE (TMM), ATTENTION DANGER

LA THÉORIE MONÉTAIRE MODERNE (TMM), ATTENTION DANGER

PUBLIÉ PAR PHILIPPE HERLIN | 30 MAI 2019 | ARTICLES232 

Une nouvelle théorie rencontre un succès croissant aux États-Unis, et elle commence à faire parler d’elle en Europe. Retenez bien ce nom, vous l’entendrez de plus en plus : la Théorie Monétaire Moderne (TMM). Elle vient de la gauche du Parti Démocrate et elle recommande de faire encore plus de déficit budgétaire, mais financé par la planche à billets plutôt que par des obligations du Trésor. Pourquoi ? Parce qu’on peut faire plus de déficit de cette façon !

En effet, si le déficit public est financé par émission d’obligations, la limite est la capacité des agents économiques à détenir des obligations, et celle-ci peut saturer rapidement, une fois que les épargnants ont consacrée une large part de leurs avoirs à l’assurance-vie (surtout investie en obligations d’État). Les choses se compliquent d’autant plus que le niveau d’épargne est faible, comme c’est le cas aux États-Unis. Reste bien sûr la possibilité de vendre ces obligations à l’international, mais là encore la capacité d’absorption n’est pas illimitée et, surtout, cela fait peser un risque géopolitique, un pays créancier pouvant vendre en masse afin provoquer une chute de cours ou même une crise financière.

Par contre, la limite au déficit financé par la planche à billets est la capacité des agents économiques à détenir de la monnaie, or celle-ci est très importante puisqu’ils perdent difficilement confiance dans la monnaie. Le billet de banque semble incarner une valeur « officielle » indubitable. On ne note d’ailleurs pas de phénomène de « fuite devant la monnaie » au Japon où, pourtant, la dette publique atteint près de trois fois le niveau du PIB.

La Théorie Monétaire Moderne (TMM) est une prime à l’irresponsabilité, une fuite en avant, avec une fin qui sera douloureuse car ceux qui la professent n’ont manifestement pas étudié de près le Zimbabwe, le Venezuela, ou l’Allemagne de Weimar. Dans ces pays, la planche à billet a débouché sur l’hyperinflation et la ruine généralisée. À un moment donné, les acteurs économiques se mettent à douter de la valeur de la monnaie et ils s’en débarrassent en vitesse pour acquérir des biens réels (nourriture, immobilier, or), les prix explosent et la situation devient irrattrapable.

Cette théorie relève plutôt d’une contre-offensive des keynésiens, toujours obsédés par la dépense publique, et elle trouve une nouvelle justification avec « l’urgence écologique » et la « transition énergétique » qui nécessitent des milliers de milliards d’euros d’investissement. C’est en tout cas par ce biais que la TMM fait son chemin en Europe et déjà plusieurs responsables politiques demandent à sortir les investissements dans les énergies renouvelables de la règle des 3% de déficit budgétaire, ou que la BCE participe directement à ces dépenses.

Soyons clairs, les partisans de la Théorie Monétaire Moderne veulent notre ruine, et ils semblent malheureusement plus puissants de jour en jour. Pour s’en protéger, pas besoin de « théorie », seulement d’un bon réflexe : faire mouvement vers les actifs réels (or physique, immobilier…).

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PHILIPPE HERLIN CHERCHEUR EN FINANCE / DOCTEUR EN ÉCONOMIE

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