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Lutte pour le Monténégro : États-Unis contre Chine

Lutte pour le Monténégro : États-Unis contre Chine


Par Andrew Korybko – 21 juillet 2018 – Source orientalreview.org

En début de semaine, Reuters publiait un article, qui alertait sur le montant important des dettes portées par le Monténégro, en raison du projet de faire construire par la Chine une autoroute reliant la ville côtière de Bar et la ville de Boljare, à la frontière avec la Serbie. Selon l’article, le petit État des Balkans, dont la population dépasse à peine les 600.000 personnes, s’est endetté à hauteur de 809 millions d’euros pour financer cet ambitieux projet – pour lequel la nature montagneuse du pays constitue un défi – projet adopté en dépit des études critiques indiquant qu’il serait très difficile d’honorer les remboursements de cette dette, l’autoroute risquant bien de ne pas apporter le niveau de bénéfices qui en serait attendu.

Les auteurs de l’article visent évidemment à soulever l’attention sur la montée silencieuse de l’influence de la Chine en Europe, au travers des Balkans, et d’établir des comparaisons entre le Monténégro et le Sri Lanka. Ce dernier pays est communément considéré comme pris dans un supposé « piège chinois de la dette », car il s’est massivement endetté auprès de la République populaire pour financer des projets considérés comme des « éléphants blanc » à Hambantota. À l’image de l’ancien président Mahinda Rajapaksa, qui aurait ignoré les conseils économiques en optant pour sa ville natale pour porter l’emplacement de ce projet de la route de la soie, le dirigeant monténégrin de longue date Milo Đukanović pourrait avoir des raisons personnelles d’en faire autant sur cette instance.

Notoirement connu pour des allégations de corruption, il ne serait pas surprenant que lui-même et ses sbires aient établi une méthode pour tirer un bénéfice personnel de ce projet controversé, financé par la nation, sans compter le coup de pouce politique que le lancement d’un projet aussi important peut constituer pour lui. Tout ceci pourrait expliquer ses raisons d’agréer ce projet, faisant fi des risques importants, qui pourraient à l’avenir déboucher sur une dépendance économique envers la Chine de ce membre de l’OTAN ; et faisant le jeu de la Serbie voisine, bien placée pour tirer bénéfice de cette autoroute – largement au delà de son ancienne république fédérée du Monténégro.

Autoroutes monténégrines – en rouge le projet d’autoroute Bar-Boljare

 

Il serait, d’un point de vue géostratégique, étrange et tristement joyeux de voir le gouvernement monténégrin, férocement pro-américain, se faire verrouiller institutionnellement dans la « sphère d’influence » multipolaire chinoise comme suite des conséquences financières du projet d’autoroute Bar-Boljare ; ce projet n’apporterait pas grand chose à ses habitants, mais pourrait servir une cause plus large à l’échelle de la région, constituant un nouvel accès maritime pour l’allié de Pékin que constitue la Serbie. Si une dispute sino-américaine devait commencer pour l’influence sur le Monténégro, il serait étrange de voir cette ligne de front de la nouvelle guerre froide rebattre les cartes : Washington pourrait lâcher Đukanović, son mandataire sur place depuis des dizaines d’années, et envisager un changement de régime « raisonnable », tandis qu’on verrait Pékin consolider l’homme au pouvoir.

Ce scénario ne constituerait pas tout à fait une première : un jeu similaire se produit actuellement au Rwanda, pays géopolitiquement important, avec le président Kagame, longtemps considéré comme l’un des plus solides piliers américains, mais qui se tourne rapidement vers la Chine, à mesure que Washington critique son approche du pouvoir oppressive et anti-démocratique. On pourrait facilement voir les mêmes séquences se produire avec Đukanović : le précédent de Kagame, après tout, concerne un homme qui a fait couler le sang pour faire progresser les intérêts occidentaux au Congo, même si le dirigeant monténégrin de longue date pourrait s’avérer ne pas être aussi talentueux à la pratique de la survie politique que ne l’est le seigneur de guerre africain.

Cet article constitue une retransciption partielle de l’émission radio context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 20 juillet 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/lutte-pour-le-montenegro-etats-unis-contre-chine

 

 

 

 

 

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Les pays qui n’ont pas rejoint le flashmob d’expulsions de diplomates russes

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Les pays qui n’ont pas rejoint le flashmob d’expulsions de diplomates russes

© Sputnik. Oleg Lastochkin

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Cette semaine, plus de vingt pays dont de nombreux états membres de l’UE ont annoncé l’expulsion de diplomates russes dans le cadre de l’affaire Skripal. Toutefois, il y a des pays qui n’ont pas rejoint ce flashmob qualifié par Moscou de provocation.

Lancée par le Royaume-Uni, la campagne d’expulsions de diplomates russes à la suite de l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal au Royaume-Uni dure depuis deux jours. Certains pays se sont prononcés contre cette méthode de communication avec la Russie ou se sont abstenus.Autriche

Vienne a pris la décision de ne pas procéder à des expulsions. Le chancelier Sebastian Kurz a noté que l’Autriche était un pays neutre et souhaitait dialoguer avec la Russie.

«Il faut poursuivre le dialogue surtout en ces temps difficiles. L’expulsion des diplomates doit être décidée par chaque État au niveau bilatéral. Les pays de l’UE ont pris des décisions différentes. Nous avons décidé de ne pas prendre cette mesure», a déclaré mardi la ministre autrichienne des Affaires étrangères Karin Kneissl sur les ondes de radio Ö1.

Slovénie

La Slovénie s’est prononcée contre l’expulsion de membres des missions diplomatiques russes.

«Le Premier ministre par intérim Miro Cerar a déclaré que Ljubljana n’expulserait aucun diplomate et ne prendra pas d’autres mesures» dans le cadre de l’affaire Skripal, a annoncé lundi le site Delo.

Slovaquie

Le ministère slovaque des Affaires étrangères a convoqué mardi l’ambassadeur de Russie Alexeï Fedotov pour lui annoncer que Bratislava n’avait pas l’intention d’expulser des diplomates avant la fin de l’enquête sur l’empoisonnement de Sergueï Skripal.

«Nos partenaires slovaques ont déclaré qu’ils agissaient dans un esprit de solidarité européenne, mais qu’ils n’allaient pas prendre de mesures concrètes avant la fin de l’enquête», a indiqué un représentant de l’ambassade de Russie en Slovaquie.

Luxembourg

Le chef de la diplomatie luxembourgeoise Jean Asselborn a annoncé mardi que son pays n’expulserait pas de diplomates russes.

​«En ce qui concerne le Luxembourg, nous comptons un nombre très limité de diplomates russes et, malgré tous nos efforts, on ne peut pas prouver qu’un espion ou une personne travaille contre les intérêts luxembourgeois», a expliqué M.Asselborn sur les ondes de la radio RTL.

Il a noté que le Luxembourg était «à 100% solidaire avec la Grande-Bretagne».

Israël

L’État hébreu a pris ses distances vis-à-vis de l’action coordonnée des pays ayant décidé d’expulser des diplomates russes après l’empoisonnement de l’ex-agent double Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia.Israël préfère appliquer sa politique de non-participation aux campagnes antirusses de l’Occident pour ne pas exposer la coopération bilatérale en matière de sécurité nationale, a déclaré à Sputnik l’ex-ambassadeur israélien à Moscou Zvi Magen.

Chypre

Selon le porte-parole du gouvernement chypriote Prodromos Prodromou, Nicosie n’expulsera pas de diplomate russe dans le cadre de la campagne actuelle.

«Chypre se trouve parmi les pays qui ne prendront pas de telles mesures. C’était aussi la position de Chypre au COREPER, que nous sommes en accord [avec les conclusions et décisions de l’UE, ndlr], mais que notre pays n’est pas en mesure de prendre des mesures contre les pays membres permanents du Conseil de sécurité des Nations Unies», a indiqué M.Prodromu cité par les médias.

Bosnie-Herzégovine

«Nous n’allons certainement pas prendre des mesures comme l’expulsion de diplomates», a déclaré mardi le ministre bosniaque des Affaires étrangères du pays, Igor Crnadak, d’après les médias locaux.

​Il a noté que les pays membres de l’UE n’étaient pas unanimes concernant la décision d’expulser des diplomates russes.

Selon M.Crnadak, les institutions bosniaques suivaient de près l’évolution de cette affaire, mais qu’elles n’avaient pas de demandes officielles d’adopter des sanctions.

Bulgarie

Sofia ne compte pas expulser des diplomates russes, a annoncé lundi le ministère bulgare des Affaires étrangères à la radio nationale BNR. Mardi, le gouvernement bulgare a annoncé avoir rappelé son ambassadeur à Moscou pour consultations.

Malte

Malte ne figure pas non plus parmi les pays qui expulsent des diplomates russes.

Selon le porte-parole du gouvernement maltais Kurt Farrugia, la mission diplomatique de ce pays en Russie est «trop petite» et cette mesure, qui entraînera une réaction symétrique de la part de Moscou, risque de «mettre fin aux relations diplomatiques» entre les deux pays.

Turquie

Ankara s’est montré ferme en refusant d’expulser des diplomates ou de prendre d’autres mesures contre Moscou malgré la campagne d’expulsions initiée par le Royaume-Uni et appuyée par les États-Unis.

«La Turquie et la Russie ont actuellement de bonnes relations. Dans cette optique, la Turquie n’envisage pas de prendre des décisions contre la Russie», a indiqué lundi le vice-Premier ministre turc Bekir Bozdag devant les journalistes après une réunion du gouvernement.

Nouvelle-Zélande

La Nouvelle-Zélande a déclaré qu’elle n’arrivait pas à trouver des espions russes pour les expulser. La Première ministre néozélandaise Jacinda Ardern et le ministre des Affaires étrangères Winston Peters ont fait des déclarations en ce sens.

«Alors que d’autres pays ont annoncé qu’ils expulsaient des agents de renseignement russes non déclarés, nos responsables ont indiqué qu’il n’y avait personne ici en Nouvelle-Zélande qui correspond à ce profil. S’il y en avait, nous aurions déjà pris des mesures», a déclaré Mme Ardern.

Portugal

Les autorités portugaises ont déclaré avoir «pris note» de la position conjointe de plusieurs pays européens et du Royaume-Uni qui expulsent des diplomates russes, sans toutefois exprimer leur propre position à ce sujet, ont annoncé les médias portugais.

Selon le ministre portugais des Affaires étrangères Augusto Santos Silva, le gouvernement du pays réfléchit sur la décision à prendre sur l’affaire Skripal, pour défendre «les intérêts nationaux, européens et de l’Otan», mais aussi pour faire preuve d’«autonomie, de prudence et de fermeté».

Grèce

Les autorités grecques n’ont pas encore pris de décision concernant l’expulsion de diplomates russes en lien avec l’attaque de Salisbury du 4 mars.

Monténégro

Le Monténégro se prononcera mardi ou mercredi sur les mesures à prendre à l’égard des diplomates russes sur fond de l’affaire Skripal, a déclaré le Premier ministre de la république Dusko Markovic. Intervenant mardi devant les journalistes à Bar, le Premier ministre n’a pas pu bien indiquer la ville britannique où ont été retrouvés l’ex-agent double Sergueï Skripal et sa fille. Toutefois, il a rappelé que le Monténégro avait des engagements vis-à-vis de l’Otan en tant que candidat à l’adhésion.

Un ancien colonel des services de renseignement militaires russes, Sergueï Skripal, et sa fille Ioulia ont été retrouvés inconscients le 4 mars dernier aux abords d’un centre commercial de Salisbury. Une semaine plus tard, la Première ministre britannique, Theresa May, a accusé la Russie d’être derrière l’empoisonnement des Skripal, sans toutefois présenter de preuves tangibles pour appuyer ses allégations, avant d’expulser 23 diplomates russes du Royaume-Uni.

https://fr.sputniknews.com/international/201803271035699915-expulsion-diplomates-campagne-abstentions/

L’OTAN est en train de cibler les Serbes bosniaques afin de « terminer le boulot » dans les Balkans.

L’OTAN est en train de cibler les Serbes bosniaques afin de « terminer le boulot » dans les Balkans.


Par Aleksandar Pavic – Le 28 février 2018 – Source Strategic Culture

L’Occident « libéral » qui en train de s’effondrer, est désespérément pressé d’en finir dans les Balkans. Plus d’un quart de siècle après que les premiers États occidentaux, poussés par l’Allemagne, ont reconnu unilatéralement la sécession des anciennes républiques fédérales yougoslaves de Slovénie, de Croatie et de Bosnie-Herzégovine et environ 19 ans après l’attaque aérienne et terrestre de l’OTAN contre ce qui restait du pays (la République fédérale de Yougoslavie, comprenant la Serbie et le Monténégro) qui a entraîné l’occupation par l’OTAN et l’amputation forcée de la province serbe du Kosovo-Metohija (par la reconnaissance de son indépendance unilatéralement déclarée en février 2008 par les principales puissances occidentales, par certains pays musulmans, mais pas tous, et tous les petits pays dont l’Oncle Sam pouvait soit tordre les mains soit y glisser une poignée de dollars), les maîtres de l’OTAN montrent de plus en plus des signes de nervosité parce qu’ils n’ont pas réussi à établir un contrôle complet sur le territoire de l’ancien pays multiethnique modèle. En conséquence, les appels pour que l’Alliance « termine le boulot » dans la région gagnent en volume.

L’été dernier, le Monténégro a été expressément absorbé par l’OTAN, grâce à un complot invoquant une prétendue « tentative de coup d’État » soutenue par la Russie (dont les « preuves » sont équivalentes à celles qui ont été présentées jusqu’à présent pour étayer les affirmations de la prétendue collusion de la campagne Trump avec les Russes pendant la campagne présidentielle américaine de 2016), des intimidations et une campagne médiatique alarmiste s’y rattachant, ont servi à justifier l’entrée du pays dans l’Alliance sans qu’il soit nécessaire de passer par quelque chose d’aussi lourd qu’un référendum. À  première vue, cette opération spéciale pouvait sembler banale, compte tenu de la taille minuscule du Monténégro et de sa population d’environ 600 000 habitants. Jusqu’à ce que l’on regarde une carte et que l’on se rende compte que ce pays traditionnellement allié à la Russie était le dernier pays non-membre de l’OTAN à résister dans la Méditerranée septentrionale.

Puis ce fut le tour de la Macédoine. Premièrement, son gouvernement nationaliste, qui a eu l’audace de courtiser activement les investissements chinois et chercher de bonnes relations avec la Russie, a dû être rappelé à l’ordre. Cela a été accompli grâce à une campagne déstabilisatrice de George Soros, soutenue par les États-Unis, les inévitables revendications sans preuves d’« ingérence russe » et l’installation d’un nouveau gouvernement pro-occidental en mai 2017, négocié par l’UE et les États-Unis, après une importante torsion du bras par le diplomate américain Hoyt Brian Yee (le même à qui Victoria Nuland a dit « F*ck the EU » pendant le coup d’État ukrainien), avec l’aide cruciale de la minorité albanaise de Macédoine, la carte maîtresse des atlantistes dans les Balkans au cours de ces trois dernières décennies. En plus de promettre aux Albanais un statut égal à celui de la majorité des Macédoniens (qui sont des Slaves du Sud et représentent environ 65 % de la population, contre 25 % d’Albanais), le nouveau Premier ministre Zoran Zaev a pour tâche principale de pousser la Macédoine à adhérer à l’UE et d’exprimer son souhait d’adhérer à l’OTAN, comme vous pouvez le deviner. À cette fin, des négociations hâtives sont maintenant menées avec la Grèce, qui bloque les aspirations de la Macédoine à l’OTAN depuis une bonne vingtaine d’années, jusqu’à ce que le pays change de nom, c’est-à-dire qu’il renonce à prétendre être la Macédoine historique d’Alexandre le Grand. Depuis le début de l’année 2018, le nouveau gouvernement macédonien a pris des mesures en ce sens, en rebaptisant l’aéroport de la capitale, Skopje, (de « aéroport Alexandre le Grand » à « aéroport international de Skopje ») ainsi que sa route principale vers la Grèce (de « Alexandre le Grand » à « l’autoroute de l’Amitié »). Cela n’a pas encore pleinement satisfait la Grèce, mais la diplomatie macédonienne fait tout son possible pour accélérer le processus afin d’être prêt pour le prochain sommet de l’OTAN en juillet 2018. En sécurisant la Macédoine, l’OTAN ajoute non seulement un autre bijou, mais elle obtient aussi le contrôle ferme d’une communication essentielle le long de la branche balkanique de la nouvelle route chinoise de la soie et du gazoduc russo-turc.

Il ne reste plus que la Serbie et la Bosnie-Herzégovine (B-H) comme derniers pays de l’ex-Yougoslavie qui ne soient pas membres de l’OTAN. La Serbie est encore difficile à briser, en raison de sa taille relative, de son indépendance traditionnelle et de sa tradition militaire – bien qu’elle soit soumise à des pressions croissantes, comme en témoigne le récent avertissement du ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov, selon lequel l’Occident poussait la Serbie vers un scénario ukrainien en l’obligeant à choisir entre l’UE et la Russie.

Cela fait de la B-H le maillon le plus faible à briser. Les partis politiques représentant la majorité musulmane ne sont pas un obstacle, pas plus que les Croates (environ 17% de la population). Cependant, les Serbes de Bosnie, qui représentent environ un tiers de la population, mais qui contrôlent 49% du territoire à la suite des accords de paix de Dayton de 1995 (selon lesquels la B-H sera composée de deux entités : la Republika Srpska, à majorité serbe, et la Fédération de B-H, à majorité croate et musulmane, qui comprend 51% du pays) sont résolument opposés à l’adhésion à l’OTAN, pour trois raisons principales : a) les souvenirs de la diabolisation des Serbes par les puissances de l’OTAN et de son appui à la direction islamiste fondamentaliste de Sarajevo pendant la sanglante guerre civile de 1992-1995, encore aujourd’hui, b) le refus d’être en désaccord avec la Serbie voisine, qui a déclaré sa neutralité militaire et son refus d’adhérer à tout bloc militaire, c) le désir de maintenir son amitié avec la Russie et d’autres pays non-membres de l’OTAN.

En conséquence, depuis l’adoption de sa propre résolution de l’automne dernier sur sa neutralité militaire, qui empêche la B-H d’être officiellement invitée à adhérer à l’OTAN, les dirigeants serbes de B-H ont fait l’objet de diverses campagnes de désinformation et de provocations concoctées dans divers médias anglo-américains, ainsi que dans les arrière-cuisines militaires et diplomatiques.

D’abord, il y a eu des allégations selon lesquelles, le 9 janvier, un groupe « formé par la Russie » portant le nom d’« Honneur serbe » (ou « Srbska čast » en serbe) a pris part à un défilé marquant l’anniversaire de la Republika Srpska. Le Washington Post et le Guardian ont rapidement lancé les appels de détresse avec des gros titres alarmistes appropriés comme « La Russie recrute des jeunes hommes qui aiment les armes à feu et les entraînent » et « Des mercenaires formés par la Russie soutiennent les séparatistes serbes de Bosnie ». Mais, comme c’est devenu la coutume dernièrement avec ce que Donald Trump a baptisé les médias d’infos bidon, ces allégations ne sont soutenues par aucune preuve.

D’abord, alors qu’il existe bien un groupe appelé « Honneur serbe » le ministre de la police de la Republika Srpska, Dragan Lukac, a déclaré que celui-ci n’avait pas participé au défilé. Ensuite, absolument aucune preuve n’a démontré que ses membres sont « formés par la Russie » à l’exception des allégations creuses de liens supposés entre ce groupe obscur et le Centre humanitaire russo-serbe établi dans la ville serbe de Nish en 2012. L’ironie est d’autant plus grande que l’activité principale du Centre depuis sa création est de fournir du personnel et des ressources pour aider à éliminer les milliers de bombes à sous-munitions et bombes non explosées laissées par les bombardements illégaux de l’OTAN sur la Serbie, en 1999. C’est un fait : les ressources russes sont utilisées pour nettoyer la scène de crime de l’OTAN. Et pourtant, le principal pays de l’OTAN accuse la Russie d’exercer une « influence néfaste » dans la région.

Le Centre a également fourni une aide vitale lors des inondations catastrophiques qui ont frappé la Serbie en 2014. Pourtant, encore une fois, les principaux pays de l’OTAN ont toujours tenté de dépeindre ce petit avant-poste accueillant, comme l’a dit le ministre serbe des Affaires étrangères, un total de « cinq Serbes, quatre Russes et un chien » comme une sorte d’espion sinistre, ou même comme une base militaire. Tout ce qui manque sont, comme vous l’avez deviné, des preuves pour étayer ces affirmations ridicules. Même Reuters l’admettait en précisant qu’aucune source n’avait été citée dans l’article original pour étayer l’affirmation selon laquelle des « mercenaires » s’y entraînaient. Mais, comme nous l’avons appris, surtout au cours de ces dernières années, un inconvénient mineur comme la vérité ne doit pas faire obstacle au « plus grand bien » que représente la reprise de la guerre froide, même au risque de la rendre sensiblement plus « chaude » que sa version précédente.

Puis, au début du mois de février, un autre scandale (présumé) est survenu : la police serbe bosniaque est maintenant devenue une ordure puisqu’elle est en train de s’armer. « La livraison d’armes aux Serbes de Bosnie attise les craintes de l’UE » avertit le si crédible Guardian, faisant écho à la presse musulmane bosniaque. Sauf qu’il s’est avéré que la police de la Republika Srpska avait finalement décidé d’acheter son premier lot de fusils en 20 ans. Et que tout avait été autorisé par les autorités centrales de Bosnie-Herzégovine. Et que, comme l’a précisé Darko Hudelist, journaliste croate très respecté, d’autres unités de police des cantons à majorité musulmane de Bosnie avaient récemment acheté de nouvelles armes. Bien sûr, il n’y a pas eu de gros titres dans le Guardian pour remettre les pendules à l’heure.

Enfin, à la mi-février, un site d’information bosniaque a révélé qu’il était prévu de tenir un exercice militaire de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine en 2019. Naturellement, ces manœuvres doivent se dérouler dans la partie du pays à majorité serbe, résolument anti-OTAN, près de sa capitale Banja Luka. Cependant, la vraie nouvelle est l’utilisation prévue d’avions de combat américains pour le soutien aérien rapproché, des A-10 Warthog, et leur possible utilisation de munitions à uranium appauvri. Comme on pouvait s’y attendre, c’est un scandale pour la Republika Srpska. L’OTAN a bombardé à deux reprises des positions de l’armée serbe pendant la guerre civile de Bosnie-Herzégovine, en 1994 et 1995. La population vivant dans les zones où des munitions à l’uranium appauvri ont été utilisées a assisté à une augmentation alarmante des taux de cancer au cours des années suivantes, comme cela a été le cas en Serbie voisine, où des munitions à uranium appauvri ont été encore plus souvent utilisées pendant la guerre aérienne illégale de l’OTAN en 1999.

L’ambassade des États-Unis à Sarajevo a émis des démentis, mais les documents publiés ont effectivement montré que l’utilisation d’avions A-10 et de munitions à uranium appauvri était envisagée. Milorad Dodik, le président de la Republika Srpska, a clairement averti l’OTAN de « ne pas oser » utiliser des munitions à uranium appauvri, tandis que les habitants des villages proches du site d’exercice militaire proposé ont juré d’empêcher les manœuvres.

C’est un classique de la guerre psychologique, et cela ne peut que s’intensifier. En effet, dans le cadre du renforcement continu de ses activités le long des frontières occidentales de la Russie, l’OTAN semble chercher à utiliser tous les points de faiblesse qui s’offrent à elle. Et c’est précisément ce que sont la Serbie et la Bosnie-Herzégovine. Quand les Balkans font face à la guerre, en particulier dans les régions à majorité serbe, ce genre de calcul a un caractère familier. Ce sont les Serbes qui se sont levés pour rejeter la tentative du gouvernement royal yougoslave d’apaiser l’Allemagne nazie en signant un pacte avec elle le 25 mars 1941. En conséquence, Hitler a dû reporter son attaque contre l’URSS pendant plusieurs semaines cruciales jusqu’à ce que la rébellion dirigée par les Serbes puisse être pacifiée (Cela s’est passé brièvement quand deux mouvements de guérilla majoritairement serbes se sont soulevés au cours de l’été 1941 et se sont battus jusqu’à la libération du pays). Certains pensent que cela a contribué au moins en partie à l’échec de la machine de guerre nazie à briser Staline avant l’arrivée de l’hiver russe, ce qui a finalement coûté la guerre à l’Allemagne.

Certains trouveront peut-être l’analogie surprenante. Mais les actes sont plus éloquents que les mots. Comme aux États-Unis, c’est maintenant pratiquement toujours « la Russie ! La Russie ! La Russie ! » dans les Balkans, les Serbes traditionnellement pro-russes subissent des pressions politiques, de propagande et militaires de plus en plus fortes pour adhérer au « Nouvel ordre mondial »  abandonnant finalement leur cœur historique et spirituel du Kosovo et tournant le dos à leur allié russe traditionnel et aux coreligionnaires chrétiens orthodoxes, la croisade anti-serbe et, par extension, la croisade anti-russe de l’Occident, qui dure depuis un quart de siècle, s’intensifie, et les choses pourraient bien s’aggraver dans un avenir proche.

Et nous savons ce que cela peut signifier quand les choses tournent mal dans les Balkans…

Aleksandar Pavic

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

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