Archives pour la catégorie Moyen Orient

La nouvelle stratégie antichinoise de Washington

La nouvelle stratégie antichinoise de Washington

par Thierry Meyssan

Indépendamment de l’hystérie antichinoise du groupe qui a imposé les réponses politiques sanitaires occidentales à l’épidémie de Covid-19, celle-ci a montré la dépendance occidentale aux produits manufacturiers chinois. Ce constat a conduit l’administration Trump à passer d’une volonté de rééquilibrage des échanges commerciaux à un affrontement militaire, sans avoir cependant recours à la guerre. Le sabotage des routes de la soie a officiellement débuté.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 19 MAI 2020عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇEJPEG - 20.6 koViolant les règles sanitaires de son administration, le secrétaire d’État Mike Pompeo s’est rendu en Israël, le 13 mai 2020, c’est-à-dire quatre jours avant la nomination du nouveau gouvernement. À la surprise générale, il a expédié les questions régionales en quelques minutes et a consacré sa visite à passer en revue les investissements chinois dans le pays.

Une des conséquences de l’épidémie de Coronavirus est que les Occidentaux ont réalisé leur dépendance face aux capacités manufacturières chinoises. Ni les Européens, ni les États-uniens n’étaient en mesure de fabriquer les millions de masques chirurgicaux qu’ils entendaient d’urgence distribuer à leur population. Ils ont dû aller les acheter en Chine et se sont souvent battus entre eux jusque sur les tarmacs pour en emporter chez eux au détriment de leurs alliés.

Dans ce contexte de sauve-qui-peut général, le leadership US sur l’Occident n’avait plus aucun sens. C’est pourquoi Washington a décidé non plus de rééquilibrer les relations commerciales avec la Chine, mais de s’opposer à la construction des routes de la soie et d’aider les Européens à relocaliser une partie de leur industrie. Il pourrait s’agir d’un tournant décisif : l’arrêt partiel du processus de globalisation qui avait débuté avec la disparition de l’Union soviétique. Attention : il ne s’agit pas là d’une décision économique de remise en cause des principes du libre-échange, mais d’une stratégie géopolitique de sabotage des ambitions chinoises.

Ce changement de stratégie avait été annoncé par la campagne non seulement économique, mais aussi politique et militaire contre Huawei. Les États-Unis et l’Otan craignaient que si Huawei emportait les marchés publics occidentaux d’installation de la 5G, l’armée chinoise pourrait en intercepter les signaux. Surtout, ils savaient que si les Chinois prenaient ces marchés, ils deviendraient techniquement les seuls à pouvoir franchir l’étape suivante [1].

Il ne s’agit pas d’un ralliement de l’administration Trump aux fantasmes de l’Aube Rouge [2] dont l’obsession anti-chinoise est fondée sur un anti-communisme primaire, mais d’une prise de conscience des gigantesques progrès militaires de Beijing. Certes, le budget de l’Armée populaire de Libération est dérisoire face à celui des Forces armées US, mais précisément sa stratégie très économe et ses progrès techniques lui permettent aujourd’hui de défier le monstre états-unien.

À la fin de la Première Guerre mondiale, les Chinois du Kuomintang et du Parti communiste entreprirent ensemble de réunifier leur pays et de le venger d’un long siècle d’humiliation coloniale. Une personnalité du Kuomintang, Tchang Kaï-chek, tenta d’éliminer le Parti communiste mais fut vaincu par lui et s’exila à Taïwan. Mao Zedong poursuivit ce rêve nationaliste tout en orientant le Parti communiste dans une transformation sociale du pays. Cependant son objectif resta toujours et avant tout nationaliste comme le montra la guerre sino-russe pour l’île Zhenbao en 1969. Dans les années 80, l’amiral Liu Huaqing (celui qui réprima place Tienanmen la tentative de coup d’État de Zhao Ziyang) conçut une stratégie pour repousser les armées US hors de la zone culturelle chinoise. Celle-ci est patiemment mise en œuvre depuis quarante ans. Sans jamais provoquer de guerre, Beijing étend sa souveraineté territoriale en mer de Chine et y harcèle la marine US. Le moment n’est pas loin où celle-ci devra se retirer, laissant la Chine récupérer Taïwan par la force.

Après la dissolution de l’URSS, le président George Bush Père considéra que les USA n’avaient plus de rivaux et qu’il était temps de faire de l’argent. Il démobilisa un million de soldats et ouvrit la voie de la globalisation financière. Les multinationales US délocalisèrent leurs entreprises en Chine où leurs produits furent fabriqués par d’innombrables ouvriers sans formation, vingt fois moins payés que les ouvriers états-uniens. Progressivement, presque tous les biens consommés aux USA furent importés de Chine. La classe moyenne US se paupérisa, tandis que la Chine forma ses ouvriers et s’enrichissait. De par le principe de libre-échange, le mouvement s’étendit à tout l’Occident, puis au monde entier. Le Parti communiste décida de rétablir un équivalent moderne à l’antique route de la soie et, en 2013, élit Xi Jinping pour réaliser ce projet. Lorsqu’il sera réalisé, s’il devait l’être, la Chine pourrait avoir le quasi-monopole de fabrication des biens manufacturiers dans le monde.

En décidant de saboter les routes de la soie, le président Donald Trump tente de repousser la Chine hors de sa propre zone culturelle comme celle-ci repousse les USA hors de la sienne. Pour cela, il pourra compter sur ses « alliés » dont les sociétés sont déjà dévastées par d’excellents produits chinois à bas prix. Certains d’entre eux ont connu des révoltes à cause de cela, comme celle des Gilets jaunes en France. Jadis, l’antique route de la soie apportait en Europe des produits inconnus, tandis que les actuelles routes acheminent les mêmes produits que ceux fabriqués en Europe, mais beaucoup moins chers.

Contrairement à une idée reçue, la Chine pourrait renoncer aux routes de la soie pour des motifs géostratégiques quel que soit le montant de ses investissements. Elle l’a déjà fait par le passé. Elle avait pensé ouvrir une route de la soie maritime au XVème siècle, avait envoyé à la tête d’une formidable armada l’amiral Zheng He, « l’eunuque aux trois joyaux », jusqu’en Afrique et au Moyen-Orient, avant de se retirer et de saborder sa gigantesque flotte pour ne plus revenir.

Le secrétaire d’État Mike Pompeo s’est rendu en plein confinement en Israël. Il a tenté de convaincre les deux futurs Premiers ministres, Benjamin Netanyahu (colonialiste juif) et son adjoint et néanmoins adversaire le général Benny Gantz (nationaliste israélien), d’interrompre les investissements chinois chez eux [3]. Les sociétés chinoises contrôlent déjà la moitié du secteur agricole israélien et devraient assurer dans les prochains mois 90 % de ses échanges commerciaux. Mike Pompeo devrait identiquement s’attacher à convaincre le président égyptien, Abdel Fattah el-Sissi. En effet, le canal de Suez et les ports israéliens d’Haïfa et d’Ashdod devaient être les terminaux de la route moderne de la soie en Méditerranée.

Après diverses tentatives, la Chine a évalué l’instabilité de l’Iraq, de la Syrie et de la Turquie et a renoncé à les traverser. Un accord tacite a été conclu entre Washington et Moscou pour laisser une poche djihadiste, n’importe où à la frontière syro-turque, afin de décourager les investissements chinois dans cette zone. Moscou entend fonder son alliance avec Beijing sur des routes de la soie traversant son propre territoire et non pas les pays occidentaux. C’est le projet du « Grand partenariat eurasiatique » du président Vladimir Poutine [4].

On en revient inlassablement au même dilemme (« le piège de Thucydide ») : face à la montée d’une nouvelle puissance (la Chine), la puissance dominante (les États-Unis) doit soit lui livrer une guerre (comme Sparte face à Athènes), soit céder un espace au nouveau venu, c’est-à-dire accepter la division du monde.

Thierry Meyssan

Facebook
Seenthis

Cet article a été écrit et mis en traduction avant le décès de l’ambassadeur Du Wei [5]

[1] « Huawei », Réseau Voltaire.

[2] « Le Covid-19 et l’Aube rouge », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 28 avril 2020.

[3] « La « route de la soie » passera par la Jordanie, l’Égypte et Israël », « La route de la soie et Israël », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 et 30 octobre 2018.

[4] « Discours de Sergueï Lavrov devant la 74e session de l’Assemblée générale des Nations unies », par Sergueï Lavrov, Réseau Voltaire, 27 septembre 2019.

[5] « Mort bien à propos de l’ambassadeur Du Wei en Israël », Réseau Voltaire, 17 mai 2020.

https://www.voltairenet.org/article209905.html

Dallas, ton univers impitoyable

https://tpc.googlesyndication.com/safeframe/1-0-37/html/container.html

Dallas, ton univers impitoyable

9 Mai 2020

La logique du marché pétrolier est imparable. Le mois dernier, nous écrivions :

Le coronavirus a créé un trou d’air d’une trentaine de millions de barils par jour, et ce n’est pas la réduction de 10 millions décidée ce week-end qui y changera quelque chose. Malgré les quotas, le prix du pétrole restera très bas et ruinera quand même une partie du schiste états-unien, secteur surendetté.

Nous touchons là un point très important : la « victoire » médiatique américaine n’en est en réalité pas une. Si Washington ne peut légalement contrôler ses producteurs privés, c’est le marché qui le fera. Plusieurs observateurs (iciici ou ici) tablent sur une réduction forcée de la production US de l’ordre de 2 millions de barils par jour, chiffre qui n’est pas très éloigné de la Russie ou de l’Arabie saoudite.

Nous serions donc en présence d’un accord général entre les gros bras pétroliers de la planète qui, sous des formes diverses (qui l’Etat, qui le marché), réduiraient tous leur production.

Puis, quelques jours plus tard :

L’accord OPEC+ censé soutenir les cours de l’or noir n’a évidemment eu aucun effet (rappelons qu’il faudrait une réduction supplémentaire de 20 millions de barils par jour pour voir la courbe s’inverser) et la dégringolade continue. Les premières faillites se font jour dans le schiste US, les appels au secours se multiplient et, comme prévu, l’on parle de plus en plus de coupes claires dans la production, de gré ou de force. Le très respecté cabinet d’analyse norvégien Rystad Energy prévoit une chute d’environ 2 millions b/j, soit exactement le chiffre que nous rapportions avant-hier.

Bingo ! Le nombre de puits en activité s’écroule plus vite que prévu aux Etats-Unis. La production devrait tomber de 1,7 millions de barils par jour dès la fin juin et les Russes pensent que la baisse, chez leur grand adversaire, atteindra 2 à 3 millions de barils à la fin de l’année. Soit peu ou prou le même effondrement que l’ours et le chameau. De quoi décapiter la belle dynamique US engagée il y a une dizaine d’années…

Au risque de me répéter, une petite remarque en passant sur ce graphique (arrêté au 29 février, avant le cataclysme). Les tenants de l’amusante théorie selon laquelle Washington ferait des guerres pour « voler le pétrole » devraient logiquement conclure de cette courbe que, la production ayant plus que doublé depuis 2010, l’impérialisme US a diminué en proportion. Ukraine, Syrie, Venezuela, Iran, multi-sanctions contre la Russie, guerre commerciale contre la Chine, THAAD en Corée du sud etc. sont là pour nous montrer le contraire, réduisant en cendres cette légende urbaine.

Mais revenons à notre dégringolade. Fait propre à faire se retourner dans sa tombe le turpide J.R. de Dallas, jamais le nombre de puits pétroliers et gaziers n’a été aussi faible aux Etats-Unis depuis que leur comptage a été instauré en… 1940 ! L’écroulement énergétique a entraîné celui des activités annexes et les régions concernées mettront des années à s’en remettre.

Est-ce pour punir l’Arabie saoudite que Washington a décidé de retirer quatre batteries Patriot du royaume wahhabite ? Officiellement, leur déploiement était temporaire face à l’inénarrable « menace iranienne » ; celle-ci ayant décru, l’armée américaine rapatrie son matériel. En réalité, laisser les batteries en place ne lui coûtaient rien et le geste paraît avant tout symbolique.

Cette décision, qui serait considérée comme renforçant la souveraineté nationale dans tout autre pays, est en effet vue comme une punition par les couardes pétromonarchies. Nous en parlions il y a une dizaine de jours :

Selon les sources, le Donald aurait menacé MBS de retirer ses troupes d’Arabie saoudite si celle-ci ne coupait pas les vannes et ne trouvait pas un accord au sein de l’OPEP. Et la dépêche de continuer : « Le leader de facto du royaume était si surpris qu’il a ordonné à ses assistants de quitter la pièce afin de continuer la conversation en privé ». Paniqué, le Seoud a fini par se rendre aux arguments américains. Maître, ne nous laisse pas seuls face à l’Iran

S’il est impossible de vérifier la véracité du déroulé de la discussion, la chose est très vraisemblable. La poltronnerie des pétromonarchies du Golfe, dont les armées Potemkine sont bourrées de gadgets achetés à prix d’or, est proverbiale. Incapables de se battre, comme on le voit au Yémen, elles reposent principalement sur l’argent et le mercenariat. La Saoudie, dont le budget militaire est cinq fois plus élevé que le budget iranien, a préféré baisser pavillon et se lover confortablement dans les bras de tonton Sam.

Un oncle Sam qui, vraisemblablement, a quand même voulu marquer le coup a minima vis-à-vis de sa pétromonarchie préférée. Ces chamailleries doivent en tout cas beaucoup amuser du côté de Téhéran…

Tag(s) : #Etats-Unis#Pétrole#Moyen-Orient

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/05/dallas-ton-univers-impitoyable.html

Omerta, grande muette et autres nouvelles

Omerta, grande muette et autres nouvelles

1 Mai 2020

Nous avons eu l’occasion à plusieurs reprises sur ce blog de montrer l’étonnante liberté de ton de la presse israélienne, qui n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat là où sa consœur occidentale se noie dans l’auto-censure. Comble de la schizophrénie, ceci est particulièrement vrai quand des révélations mettent Tel Aviv en difficulté : la première ne cache pas grand chose ; la seconde, plus royaliste que le roi, bégaie, chancèle et finit par enfouir sa tête dans le sable.

Aussi, ne vous attendez pas à trouver un mot dans notre bonne MSN « libre et démocratique » du scoop qui fait actuellement la Une de tous les quotidiens israéliens. Tout est dit dans le titre :

Sans surprise, nos courageux plumitifs préfèrent regarder ailleurs tandis que les Démocrates, si prompts à hurler à l’ingérence russe, sont totalement atones. Le grand méchant n’est pas l’ours moscovite, où va-t-on ma bonne dame

Si les habituels blablateurs se font soudain très discrets, une institution traditionnellement silencieuse vient par contre de l’ouvrir de manière assez tonitruante. La Grande muette parle enfin et son message a dû être reçu avec ébahissement du côté de Bruxelles et de Washington.

Avant d’y venir, attardons-nous sur un instant sur un petit point historico-culturel fort intéressant. Comme chacun sait, il s’agit du surnom de l’armée française. Cette expression est souvent associée au devoir de réserve, qui interdit aux militaires d’exprimer publiquement leurs opinions politiques. Il n’en est rien. La formule remonte en réalité aux débuts de la IIIe République lorsque, méfiant envers les tendances monarchistes des officiers, Adolphe Thiers interdit purement et simplement le droit de vote aux militaires qui devenaient ainsi, électoralement parlant, muets. Pour la petite histoire, c’est De Gaulle qui instaura leur droit de vote en 1945… un an après celui des femmes.

Qu’a donc dit la grande muette pour provoquer des picotements au QG de l’OTAN ? Là encore, un titre vaut tous les discours :

Diantre ! Regroupés au sein du Cercle de réflexion interarmées, une dizaine de généraux ayant quitté le service actif vient de publier une longue tribune qui fera date :

Defender 2020, le prochain exercice militaire de l’OTAN, soulève un débat majeur. Quand bien même on craindrait les « cyber-intrusions » russes ; même si, pris de court par le retour populaire de la Crimée dans le giron russe, les Européens gouvernés par l’Amérique furent tétanisés par l’habileté de Poutine, il n’en reste pas moins qu’organiser des manœuvres de l’OTAN, au 21ème siècle, sous le nez de Moscou, plus de 30 ans après la chute de l’URSS, comme si le Pacte de Varsovie existait encore, est une erreur politique, confinant à la provocation irresponsable. Y participer révèle un suivisme aveugle, signifiant une préoccupante perte de notre indépendance stratégique. Est-il possible que la France s’en dispense ?

Le surgissement d’un fléau planétaire qui confine près de 4 milliards de Terriens, éclairant d’une lumière crue les grandes fragilités de l’humanité, pourrait contribuer à nous débarrasser des vieux réflexes de guerre froide. Faisant soudain peser une menace existentielle, ce fléau transfrontalier hiérarchise les priorités stratégiques, dévoile la futilité des anciennes routines et rappelle le poids de notre appartenance à l’ensemble eurasiatique, dont la Russie est le pivot ancestral.

Certains peuvent redouter de choquer nos partenaires de l’Est européen encore accablés par les souvenirs du rideau de fer. Ils oublient cependant qu’en 1966, il y a plus d’un demi-siècle, Charles de Gaulle dont tout le monde se réclame, mais que personne n’ose plus imiter – sauf en posture – , avait purement et simplement signifié à l’allié américain à qui l’Europe et la France devaient pourtant leur survie, qu’il n’était plus le bienvenu à Fontainebleau. C’est que le « Connétable », ayant chevillé à l’âme l’indépendance du pays, n’avait pas oublié qu’en 1944 Roosevelt avait l’intention de mettre la France sous tutelle administrative américaine (…)

54 ans après la brutalité du panache stratégique gaullien, le processus est un renoncement. Aujourd’hui, alors que le pouvoir a abandonné à Bruxelles et à la Banque Centrale Européenne une partie de sa marge de manœuvre régalienne, en échange de la construction d’une Europe dont la voix peine à se faire entendre, quand on écoute les affirmations d’indépendance de la France, on est saisi par l’impression d’une paranoïa. La contradiction diffuse le sentiment d’un « théâtre politique » factice, probablement à la racine d’une désaffection électorale, dont l’ampleur est un défi pour notre démocratie.

Enfin, pour un pays européen déjà sévèrement frappé par d’autres menaces, dans une Union menaçant de se déliter, alors que le voisin grec est confronté à un défi migratoire lancé par le Grand Turc membre de l’Alliance, mais cependant engagé dans une stratégie de retour de puissance par le truchement d’une affirmation médiévale religieuse clairement hostile, aller gesticuler militairement aux ordres de Washington aux frontières de la Russie qui n’est depuis longtemps plus une menace militaire directe, traduit pour le moins une catalepsie intellectuelle, confinant à la perte de l’instinct de survie (…)

Ajoutons que les accusations qui, dans ce contexte, où les menaces ont radicalement évolué, soupçonnent l’Amérique de perpétuer une mentalité de guerre froide hors du temps, ne manquent pas de pertinence. Le blocage politique antirusse de toutes les élites américaines confondues s’articule à l’obsession stratégique de perpétuer la raison d’être de l’OTAN, un des principaux adjuvants de la prévalence américaine après 1949 (…)

La Grande muette ne parle pas souvent mais, quand elle le fait, ça déménage et l’on imagine l’ahurissement des vassaux de Washington et autres toutous euronouilliques après la lecture de cette remarquable et remarquée tribune.

Puisque nous parlons de sujétion à l’empire, terminons sur la vraie-fausse guerre du pétrole. Nous avions annoncé au début de la crise qu’entre Riyad et Moscou, le premier à rentrer dans le rang serait le chameau. Bingo, si l’on en croit un convaincant article de Reuters qui, indirectement, dépeint d’ailleurs sous un jour peu favorable la grosse légume pétromonarchique.

Selon les sources, le Donald aurait menacé MBS de retirer ses troupes d’Arabie saoudite si celle-ci ne coupait pas les vannes et ne trouvait pas un accord au sein de l’OPEP. Et la dépêche de continuer : « Le leader de facto du royaume était si surpris qu’il a ordonné à ses assistants de quitter la pièce afin de continuer la conversation en privé ». Paniqué, le Seoud a fini par se rendre aux arguments américains. Maître, ne nous laisse pas seuls face à l’Iran…

S’il est impossible de vérifier la véracité du déroulé de la discussion, la chose est très vraisemblable. La poltronnerie des pétromonarchies du Golfe, dont les armées Potemkine sont bourrées de gadgets achetés à prix d’or, est proverbiale. Incapables de se battre, comme on le voit au Yémen, elles reposent principalement sur l’argent et le mercenariat. La Saoudie, dont le budget militaire est cinq fois plus élevé que le budget iranien, a préféré baisser pavillon et se lover confortablement dans les bras de tonton Sam.

Cela n’empêche pas le schiste US de s’écrouler (la moitié des puits ont fermé depuis sept semaines). Ni, par ailleurs, la Chine d’augmenter ses importations de pétrole russe au détriment de Riyad dans un geste concret et symbolique de solidarité eurasienne.Tag(s) : #Europe#Etats-Unis#Moyen-Orient#Pétrole

Partager cet article

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/05/omerta-grande-muette-et-autres-nouvelles.html

Aide-toi et le ciel t’aidera

Aide-toi et le ciel t’aidera

26 Avril 2020

En ces temps pandémiques, le ciel ne viendra peut-être pas à la rescousse mais il demeure une scène privilégiée sur laquelle continuent de se dérouler les grandes joutes internationales.

Le lancement, mercredi dernier, d’une fusée iranienne mettant en orbite un satellite militaire a envoyé des ondes de choc du côté de Washington, entraînant l’habituelle litanie de commentaires de Pompeo & Co sur « l’escalade » provoquée par Téhéran. Peut-être pas tout à fait à tort pour le coup…

Cette opération, menée exclusivement par les Gardiens de la révolution, est un succès technologique certain. Le satellite, poétiquement nommé Nour (lumière en persan), et le lanceur ont été entièrement fabriqués en Iran, constituant un pied de nez monumental à la stratégie de « pression maximum » décidée par la Maison blanche.PUBLICITÉ

C’est surtout la fusée qui inquiète, à juste titre, les généraux américains. Guère besoin d’être spécialiste ès aéronautique pour savoir en effet que von Braun et ses V2 sont à la base du programme spatial des Etats-Unis ou que les Soyuz qui font actuellement le voyage vers l’ISS sont des missiles intercontinentaux soviétiques améliorés.

Tiré comme un missile à partir d’un TEL, le lanceur Qased permet maintenant d’effectuer des lancements dans un délai relativement court et depuis n’importe quelle base. Un tournant majeur dans le développement du programme balistique iranien qui, on s’en doute, affole les États clients de l’empire au Moyen-Orient.http://cdn.embedly.com/widgets/media.html?src=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fembed%2Fun9EIzViuw4%3Fwmode%3Dtransparent%26feature%3Doembed&wmode=transparent&display_name=YouTube&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3Dun9EIzViuw4&image=https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2Fun9EIzViuw4%2Fhqdefault.jpg&key=a42c510231f911e1a92e4040d3dc5c07&type=text%2Fhtml&schema=youtube

Si Washington fait les gros yeux, Moscou vole au secours de son allié. Aux accusations pompéiennes de non respect des résolutions de l’ONU par Téhéran, la belle Maria a répondu du tac au tac : « Ce n’est pas la première fois qu’une nation [suivez mon regard], qui a violé de manière flagrante les normes du droit international, particulièrement la résolution 2231 du Conseil de Sécurité [sur le nucléaire iranien], tente de détourner les condamnations internationales par des accusations sans fondement contre l’Iran. » Clair et sans ambages.

Toujours dans la région, une autre mauvaise nouvelle vient assombrir la mine déjà passablement navrée des stratèges US. Elle nous vient de Bagdad cette fois, où il est de plus en plus question d’un certain S-400…

La chose avait été abordée en janvier, après l’assassinat de Soleimani, quand le MoD russe avait profité du scandale pour suggérer de protéger le ciel irakien grâce au petit bijou anti-aérien d’Almaz-Antei. Depuis, les rumeurs allaient et venaient mais rien de concret n’en était sorti. Ce n’est plus le cas. Le Comité de Défense et de Sécurité du parlement aurait déposé sur le bureau du Premier ministre sortant Abdul Mahdi une demande officielle d’achat du S-400. La décision définitive sera prise quand le nouveau candidat au poste, al Khadimi, sera intronisé.

On imagine aisément les perles de sueur goutter sur le front soucieux des analystes du Pentagone mais aussi à Tel Aviv, car c’est une possible bulle de déni qui se profile. L’occasion de rappeler ce concept :

Au comité militaire de l’Otan, on a pris conscience de la vulnérabilité des forces aériennes de l’Alliance en cas de conflit avec Moscou. Et pas seulement. Car les Occidentaux pourraient aussi perdre leur supériorité aérienne en temps de paix, la présence de ces dispositifs d’anti-accès étant, par exemple, susceptible de gêner considérablement le déploiement de moyens d’urgence en Europe de l’Est, tels que ceux préconisés par les Américains. En réduisant la liberté d’action des Alliés sur leur propre zone de responsabilité, le déni d’accès russe deviendrait alors aussi déni d’action à même de contraindre la décision politique. (…) Jamais, depuis la fin de la Guerre froide, l’Otan n’avait été confrontée à des environnements “non-permissifs”.

«Les Russes ne font plus rire», note un observateur, d’autant que leurs systèmes antiaériens, que certains pensaient inefficients, disposent en réalité d’algorithmes très avancés. Qu’il s’agisse du S-300 ou du S-400, ces systèmes complexes utilisent plusieurs types de radars fonctionnant sur différentes fréquences. Ils sont mobiles et disposent d’une maintenance autonome.

Avec un Irak doté de S-400 et un Iran de S-300, la chasse israélienne peut sûrement dire adieu à toute idée idée de bombardement sur des sites iraniens, en tout cas par la voie normale. Quant aux Etats-Unis, c’est toute leur activité dans la zone qui risque d’être bouleversée, notamment leur immunité dans les cieux mésopotamiens.

Nul doute, dans ces conditions, que le nouveau Premier ministre sera harcelé par les envoyés de Washington, avec menaces de sanctions à la clé voire plus. Mais si le pouvoir de nuisance impérial est encore réel à Bagdad, l’assassinat de Soleimani, universellement condamné dans le pays, a rebattu les cartes. Nous commettrons d’ailleurs prochainement un article sur le bras de fer américano-iranien, notamment en Irak. A suivre…

Never twice without thrice. DC la Folle doit, bien malgré elle, méditer cet adage en apprenant, troisième désillusion, que la dinde volante fait encore des siennes. Un article d’Opex360 nous l’explique, délicieusement titré « Le Pentagone a réglé cinq lacunes graves du F35 mais en a trouvé quatre nouvelles » ( ! ) :

L’an passé, le magazine Defense News avait révélé que le F-35, l’avion de 5e génération développé par Lockheed-Martin, présentait pas moins de 13 lacunes classées dans la catagorie CAT-1B, c’est à dire qu’elles étaient susceptibles d’avoir un « impact » sur les missions pour lesquelles il a été conçu.

« Tous ces problèmes, à l’exception de quelques-uns, ont échappé au contrôle intense du Congrès et des médias. D’autres ont été brièvement mentionnés dans des rapports de groupes de surveillance du gouvernement. Mais la majorité d’entre eux n’ont pas été révélés publiquement, ce qui dénote un manque de transparence s’agissant du système d’armes le plus coûteux et le plus prestigieux » du Pentagone fit valoir Defense News à l’époque.

Outre les défauts d’ALIS [Autonomic Logistics Information System], un programme informatique qui, comptant une dizaine de millions de lignes de code, permet de gérer la maintenance et l’approvisionnement en pièces détachées des F-35, il était question de pics de pression dans le cockpit susceptibles de provoquer des barotraumatismes aux pilotes, de températures pouvant influer sur les performances de l’avion, de « cloques » sur le revêtement « furtif » dès que la vitesse dépassait Mach 1,2 [surtout pour les F-35B et F-35C], d’une caméra de vision nocturne affichant des stries vertes, ou encore un moteur qui, par temps chaud, était susceptible de ne pas donner toute la puissance nécessaire pour maintenir un F-35B en suspension [d’où le risque d’atterrissage « brutal »].

Moins d’un an plus tard, le bureau du Pentagone chargé de gérer le programme F-35 a avancé. S’il a été décidé d’arrêter les frais avec le système ALIS, qui sera remplacé par le logiciel « ODIN », cinq de ces 13 lacunes de catégorie CAT-1B ont été réglées. Et cinq autres ont été classées dans une catégorie de déficience inférieure.

En revanche, quatre nouveaux défauts de CAT-1B ont été découverts, ce qui peut encore sembler surprenant au regard de l’avancée du programme. Ce qui veut dire qu’il reste encore sept déficiences à régler au plus vite (…) Quant à la nature de ces quatre déficiences identifiées, il n’est pas possible d’en savoir plus pour le moment : elles sont en effet « classifiées ».

Décidément, une semaine à oublier pour l’Icare impérial…

Tag(s) : #Moyen-Orient#Etats-Unis#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/

Partager cet article

Débandade pétrolière, suite

Débandade pétrolière, suite

17 Avril 2020

Cela fait bien longtemps qu’un événement à portée géopolitique n’avait pas accouché d’une situation perdant-perdant pour littéralement tous les acteurs. Il est encore trop tôt par rapport à notre dernier billet pour savoir qui s’en sortira le moins mal, voire qui pourrait finalement tirer son épingle du jeu (même si mon petit doigt me dit que certaines sanctions contre un certain pays pourraient, dans un avenir pas si lointain, être allégées). Une chose est sûre pour l’instant : les gambits pétroliers russe et saoudien ont été un véritable fiasco, suivi de près par le gambit médiatique américain.

Commençons par l’aigle, justement. L’accord OPEC+ censé soutenir les cours de l’or noir n’a évidemment eu aucun effet (rappelons qu’il faudrait une réduction supplémentaire de 20 millions de barils par jour pour voir la courbe s’inverser) et la dégringolade continue. Les premières faillites se font jour dans le schiste US, les appels au secours se multiplient et, comme prévu, l’on parle de plus en plus de coupes claires dans la production, de gré ou de force. Le très respecté cabinet d’analyse norvégien Rystad Energy prévoit une chute d’environ 2 millions b/j, soit exactement le chiffre que nous rapportions avant-hier.

Ainsi, corona aidant, l’ours et le chameau auront quand même réussi à torpiller partiellement le schiste impérial. Mais à quel prix…PUBLICITÉ

En Russie, les producteurs affolés se demandent quels puits arrêter et lequel continuer. Comme le dit un consultant du secteur : « Les compagnies pétrolières n’arrêtent pas d’appeler pour savoir où et comment procéder aux réductions ». La question est d’autant plus épineuse que le fameux général Hiver jouera cette fois contre Moscou.

Dans le grand Nord ou dans l’Est sibérien, l’arrêt même momentané d’un puits entraîne le gel irrémédiable du pipeline le connectant. Ainsi, les autorités russes et les producteurs sont en train de sélectionner les gisements appelés à survivre, signant l’arrêt de mort des autres (souvent des gisements plus anciens déjà engagés sur la pente du déclin). Si Poutine et Setchine, le tout puissant patron de Rosneft, avaient imaginé ça il y a seulement un mois…

La situation n’est guère plus enviable en Arabie saoudite et ce ne sont pas les rodomontades infantiles de MBS qui y changeront quoi que ce soit. Même la presse israélienne, pourtant très favorable à Riyad maintenant que ces deux-là se sont trouvés l’ennemi commun perse, ne cache pas le désastre. Si le coût d’extraction du chameau est faible, les Seoud ont besoin cette année d’un baril à 91 dollars pour équilibrer leur budget. Inutile de dire que les cours actuels en sont à des années-lumière.

Enterrés, les projets grandiloquents regroupés sous le slogan Vision 2030. Il ne s’agissait pourtant pas d’un caprice princier mais de quelque chose de bien plus important, comme nous l’expliquait fort justement un de nos honorables correspondants il y a quatre ans :

En l’absence d’un secteur privé digne de ce nom, le gouvernement est presque entièrement dépendant des revenus pétroliers afin de maintenir une certaine forme de paix sociale, et ainsi justifier le duopole politico-religieux bien austère régnant sur le pays. Pour le moment, ça tient, car les pétrodollars achètent tout, y compris le silence d’un peuple.

Leurs défis économiques sont asymétriques par rapport à ceux qui se posent de manière générale dans nos sociétés occidentales. L’Arabie Saoudite, elle, en est au point où ils doivent simplement mettre leur population au travail et fonder de toute pièce un tissu économique jusqu’à présent fantomatique. L’exposition aux bas prix du pétrole (qu’ils ont d’ailleurs provoqués) leur ont fait prendre conscience que maintenir une forme de paix sociale autour du consensus de la redistribution des profits colossaux de l’exportation de l’or noir deviendrait à terme impensable.

Avec un baril à 20$, et même 30$ en cas de remontée, les projets de métamorphoser le royaume wahhabite deviennent de pures chimères.

Le gagnant dans toute cette affaire, même s’il a actuellement fort à faire pour relancer son économie, est à chercher du côté de l’Orient…

Tag(s) : #Etats-Unis#Russie#Moyen-Orient#Pétrole

Partager cet article

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/04/debandade-petroliere-suite.html

Oléo-trio ou la guerre de l’or noir

Oléo-trio ou la guerre de l’or noir

26 Mars 2020

La grande guerre du pétrole engagée début mars commence à sérieusement démoraliser le secteur du schiste américain et les autorités impériales qui, dans un contexte encore compliqué par la pandémie mondiale, tentent de le sauver afin d’éviter une cascade de faillites oléo-financières.

Victoria Coates. Retenez bien ce nom car il n’est pas impossible qu’il revienne sous les feux de l’actualité dans les semaines ou les mois à venir. Collaboratrice de Trump à la Maison Blanche sur les questions moyen-orientales, elle vient d’être nommée Envoyée spéciale à l’énergie en Arabie saoudite, un poste créé sur mesure. Son but : « convaincre » les Saoudiens de fermer les vannes afin de faire remonter les cours du brut qui, en l’état actuel, menacent de ruiner tout un pan de l’industrie pétrolière US.

L’accablement a en effet gagné les esprits fébriles de Washington qui multiplient les tentatives pour stopper l’hémorragie. Nous en donnions un exemple il y a une vingtaine de jours :

L’administration du Donald a tout de suite pris la mesure du danger. Douce coïncidence, le secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, s’est précipité pour rencontrer au débotté l’ambassadeur russe aux Etats-Unis, plaidant pour un « marché énergétique organisé » (décodeur : ne faites pas baisser les prix, vous allez ruiner nos compagnies). Ô ironie, des « possibilités de commercer et d’investir » ont été évoquées. Tiens, les sanctions sont passées de mode à Washington ?

Tout cela semble en tout cas confirmer en creux ce que nous disions : Moscou a décidé de lancer une contre-attaque d’envergure contre l’empire pour toutes les avanies subies ces dernières années (blocage du Nord Stream II, sanctions, Syrie). Et il faudra plus que de vagues promesses pour ramener l’ours à de meilleurs sentiments.

Apparemment, ça n’a justement pas dépassé le stade des promesses car l’ouverture américaine semble être tombée dans l’oreille d’un sourd du côté de Moscou. Aussi, les efforts se sont, depuis, tournés vers le royaume des Seoud comme nous le rapportions la semaine dernière :

L’or noir n’en finit pas de dégringoler et le schiste américain est au bord du gouffre ou, comme le dit poétiquement un analyste de Forbes, « se noie dans le sang et les larmes ». des coupes claires dans les investissements et les budgets ont déjà commencé et ce n’est que le début…

Les critiques de l’establishment oléo-impérial pleuvent depuis quelques jours mais, chose, intéressante, elles ne s’adressent pas à la Russie, pourtant au départ du mouvement ; c’est l’Arabie saoudite qui est dans le viseur. Treize sénateurs Républicains ont même pris leur plume pour écrire au Seoud, lui demandant de revenir sur sa décision. A lire entre les lignes, on se demande même s’il n’y aurait pas un soupçon de menace :«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus
«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus
«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus

« Les leaders saoudiens nous ont répété à plusieurs reprises que le royaume d’Arabie saoudite était une force de stabilité sur le marché mondial. Les récentes décisions saoudiennes ont remis en cause ce rôle. Nous exhortons le royaume à assurer un leadership constructif pour stabiliser l’économie mondiale en apaisant l’inquiétude dans le secteur pétrolier et gazier. »

Doublant la mise, Washington envoie maintenant dame Victoria à Riyad (dont la prise de fonction sera cependant retardée par le coronavirus) tandis que Pompeo commence ses séances de persuasion vis-à-vis de MBS. Menaces de l’aigle au chameau ou, au contraire, entente entre les deux contre l’ours : on ne le sait pas encore. Une chose semble certaine et nous l’avons dit à plusieurs reprises : il est vraisemblable que Riyad flanchera avant Moscou.

D’autant plus que, pied de nez des lois de l’économie, la Russie engrange paradoxalement certains bénéfices grâce à la chute des cours du naphte qui compensent en partie ses pertes par ailleurs. Ce tour de magie se résume en un mot : le rouble.

La monnaie russe est en effet soumise au régime de changes flottants sur les marchés financiers et suit de très près le prix du pétrole. Logiquement, la récente dégringolade du pétrole s’est accompagnée d’une dégringolade du rouble :

Or, les coûts de production des compagnies russes sont en roubles. Un rouble qui chute, ce sont donc des coûts de production qui chutent aussi si on les établit en dollars. Le géant Rosneft dépense 199 roubles pour chaque baril extrait. Début mars, avant le tsunami, cela équivalait à 3,10 $. Ca ne représente plus maintenant que 2,50 $ ! Les marges sont plus importantes et compensent partiellement la chute des cours.

Rien de tel en Arabie saoudite où le taux de change du rial est fixe et lié au billet vert. Le coût d’extraction (2,80 $ en l’occurrence) reste donc le même quel que soit l’évolution du cours de l’or noir. Aramco, qui se targuait d’avoir les coûts les plus faibles du monde, vient de se faire damer le pion par Rosneft. Dans cette lutte de titans pétroliers, c’est une victoire symbolique pour Moscou…Tag(s) : #Pétrole#Etats-Unis#Russie#Moyen-Orient#Economie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/03/oleo-trio-ou-la-guerre-de-l-or-noir.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

Publié par: Michel Raimbaud*le: 21 février, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientGéopolitiqueNon classéImprimerEmail

De quoi 2020 sera-t-il fait en géopolitique ? Confirmation de la résurrection russe, montée en puissance chinoise et effacement américain pourraient dessiner la politique internationale.

L’exercice de prospective politique est devenu l’un des rites de l’an neuf. S’il promet plus de tempêtes que d’embellies, c’est que la vie commune de milliards d’êtres humains encadrée par deux centaines d’Etats n’est pas un fleuve tranquille. L’avenir n’est pas une science exacte.
Depuis la fin d’un XXème siècle ponctué par des épisodes « messianistes » de courte durée bien qu’ils aient eu l’éternité pour horizon (colonisation, épidémie des reichs, guerre froide, puis moment unipolaire américain), il est légitime de ne plus croire que l’histoire aurait un « sens », comme le professait le marxisme, ou une « fin », comme le fanfaronnait en 1992 Francis Fukuyama, chantre du libéralisme.
S’il n’y a en elle ni fatalité ni éternité, ce qu’elle a d’erratique est polarisé par des constantes naturelles : c’est ce que nous rappelle la géopolitique, politique de la géographie. Née avant 1900 en de brumeux pays avides d’espace vital, reprise par les « empires de la Mer » au temps du colonialisme et des expansionnismes, cette discipline permet de comprendre pourquoi, au-delà des avatars et séismes, l’Histoire continue, en quête de repères et d’équilibre.
En un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, les devins avides de « prédictions » faisaient de la géopolitique sans le savoir. Mais l’époque où Geneviève Tabouis présentait les dernières nouvelles de demain sur Radio Luxembourg étant révolue, qui oserait dire aujourd’hui de quoi sera fait 2020 ? Mieux vaudra donc ne pas voir des oracles dans ces premières nouvelles de demain. L’exercice – au vu du bilan 2019, entrevoir les évolutions pour 2020 – rappellera le pensum imposé jadis aux bizuts entrant en faculté : « Etant donné le clair de lune, tirer le clair de l’autre »…

Le droit international en ruine

Il est presque minuit, Docteur Folamour. Début février, l’aiguille de l’« Horloge de l’Apocalypse » se trouverait, d’après le Bulletin des Scientifiques Nucléaires américains (qui ne sont pas astrologues), à 100 secondes du minuit de la guerre nucléaire, record d’imminence depuis la création de ce joujou en 1947. La situation ne semble pas inquiéter nos sorciers qui pérorent dans les hautes sphères.
Pas besoin d’être expert pour constater la ruine du droit international. Et après examen des tenants et aboutissants, on y verra un travail de sape programmé, inspiré par le « chaos créateur » de Leo Strauss, recette permettant à l’Empire de neutraliser à moindre coût les obstacles à son hégémonie.
Fustiger l’OTAN « en état de mort cérébrale », comme le fait le porte-voix élyséen de l’école complexiste, est d’un bel effet, mais escamote les responsabilités du « monde civilisé » dans l’effondrement de la vie internationale. Ce qu’il faut bien appeler un naufrage intellectuel et moral se décline de façon multiforme : échec et faillite de l’ONU et de sa charte, fin de la légalité et loi de la jungle, falsification des mots et détournement des concepts, abandon des us et coutumes de la diplomatie, de la courtoisie et du protocole… Autant de marches vers les enfers, là où s’abîme l’Occident, aveuglé par une imposture qui a viré au gangstérisme.
Pourtant, la nature ayant horreur du vide, un nouvel ordre est en gestation. Le bloc eurasien en pleine ascension le veut multipolaire, tandis que l’Empire Atlantique freine des quatre fers.
La géopolitique considère que le monde est structuré en trois « zones », (1) le Heartland russo-sibérien qui constitue le Pivot du monde habité, (2) le Rimland qui tel un glacis ceinture ce « Pivot » de l’Atlantique au Pacifique, (3) la zone des Territoires et Iles Périphériques ou offshore, qui génère des « Empires de la Mer », où le choix du grand large va de soi. C’est le messianisme de ces « peuples élus » qui leur fait voir le « Pivot » comme une terre promise, objet de leurs convoitises. Dans ce schéma, le Rimland (Europe Occidentale, Chine, le monde arabo-musulman) constitue tantôt un glacis, tantôt une proie. La théorie permet de saisir les ressorts des expansionnismes et d’éclairer les conflits.

Le déclin des États-Unis

Empire de la Mer malgré leur masse continentale, les Etats-Unis ont un avantage fondamental : loin du cœur du monde (Heartland), ils ne connaissent pas les affres de la guerre. Ils contrôlent les mers, l’espace et le cyberespace, le système financier mondial via le dollar. Ils peuvent envahir sans risquer de l’être. Depuis 1945, une langue invasive aidant, ils ont acquis la mainmise de l’espace médiatique et investissent le domaine « chrétien » par le biais des évangéliques, baptistes et autres chrétiens sionistes.
Toutefois cette puissance est en déclin, ce qui apparaît dans les chiffres, mais aussi dans le recours grandissant à la menace, aux sanctions, aux actions clandestines. S’y ajoutent le statut menacé du dollar, l’érosion de la crédibilité et la perte du magistère moral…. Au sein de l’Etat profond, on est tétanisé.

La Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection.

Depuis vingt ans, la Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection, effaçant l’humiliation subie à la chute de l’URSS et la décennie Eltsine. Elle doit ce retour au dossier qui lui a permis de s’imposer. Par son soutien à la Syrie, elle a contribué à stopper le rouleau compresseur des « révolutions arabes » pilotées par l’Occident et l’islamisme extrémiste. Même si les Occidentaux répugnent à l’admettre, Moscou est le pôle de référence.

La nouvelle puissance chinoise

La Chine est déjà numéro un de l’économie mondiale, devançant les États-Unis en parité de pouvoir d’achat. Elle est en tête pour son palmarès commercial et industriel : après avoir été l’atelier du monde, elle en est devenue « l’usine », en attendant d’en être le banquier. Sa puissance militaire s’accroît rapidement, son budget de défense étant au deuxième rang derrière les Etats-Unis. L’essor de la marine est spectaculaire, visant à sécuriser son environnement (Mer de Chine) et asseoir sa capacité de projection (Méditerranée, voire Arctique).


S’y ajoute le défi sans précédent lancé à l’arrogante Amérique par un Iran sous sanctions, troisième pôle de cette Eurasie qui s’affirme militairement. En témoignent les premières manœuvres maritimes communes organisées en janvier 2020 entre les trois « menaces ».

Le retour aux vieilles méthodes (coups d’État, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington.

Les Arabo-musulmans ne sont pas seuls à chercher à Moscou et Pékin des contrepoids. Par le biais des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), l’Eurasie étend sa zone d’influence. Si l’Afrique du Sud est restée « un cas » sur le continent noir, l’Amérique Latine secoue le joug : le Brésil de Lula et Dilma Roussef avait entraîné dans son sillage le Venezuela chaviste, la Bolivie de Morales, l’Argentine de Mme Kirschner, rompant la singularité de Cuba. Le retour aux vieilles méthodes (coups d’Etat, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington face aux intrusions de Moscou.

Un « Amerixit » au sein du camp Atlantique ?

En Asie, on est sensible aux sirènes russes ou aux effluves des Routes de la Soie. L’Inde, membre des BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghai, montre la voie : l’Indonésie, les deux Corées (la bonne qui aime l’Amérique et la méchante qui brave Trump, et dont Pékin est le protecteur), et d’autres, y compris la Thaïlande et ses voisins indochinois, sont alléchés. Le Japon lui-même desserrerait bien l’étreinte de son ex-vainqueur.
Sur le vieux continent, les « occidentalistes » font la loi. Ils se disent effarouchés par l’arrivée du soudard, mais ils ne s’indignent pas de ses turpitudes, lui reprochant son langage : ne réclame-t-il pas grossièrement le paiement de l’effort de défense. La dégradation est tangible. L’imputer à Trump ? Sa politique est au final celle de ses prédécesseurs.
Devenu réalité au 31 janvier 2020, le Brexit a traumatisé les chefs de l’UE, mais « l’évènement européen sans doute le plus important depuis la chute du Mur de Berlin » ne bouleversera pas l’équilibre. Voilà un grand Ex qui s’alignera encore davantage sur Washington, mais ni plus ni moins que ses anciens partenaires. Aucun n’est prêt à se démarquer d’un mauvais suzerain sur les dossiers qui fâchent, la Syrie, le bras de fer avec l’Iran (traité nucléaire, Soleimani), la « transaction du siècle », Erdogan, le terrorisme. La France encore moins que ses rivaux allemands, de plus en plus dominateurs.
Un Amerixit serait-il impensable au sein du camp atlantique?

Le Grand Moyen-Orient piégé

Théorisé par les neocons israélo-étatsuniens, le Grand Moyen-Orient est au départ un ensemble d’Etats musulmans entre Levant et Asie Centrale, à amadouer ou à détruire. George W. Bush et ses acolytes avaient décrété qu’il fallait les « démocratiser », c’est-à-dire les rendre israélo-compatibles en les bombardant. La technique : exciter les oppositions contre les « régimes » en soutenant discrètement les islamistes, fussent-ils terroristes. On ne rappellera pas ici le bilan des « printemps arabes ».
Le clan des heureux élus s’est avéré extensible au gré des lubies et des lobbies : la frontière génétique imaginée par le colonisateur entre monde arabe et Afrique « noire » a été oubliée, le terrorisme et « l’Etat islamique » envahissant le Sahel (à partir de la Libye ou de zones sanctuarisées), avant de rayonner en direction du Sud. L’Amérique s’y implante à la place de la France. La Russie y fait des incursions (Mali, RCA), investissant par ailleurs les positions moyen-orientales de l’Empire (Arabie, Emirats Arabes Unis, Irak, Egypte…) et les appendices que sont la Turquie et Israël.

Nouvelles routes de la soie, voies nouvelles de puissance

Le « pivotement » de l’Amérique vers l’Asie ne signifie pas qu’elle se désintéresse du Moyen-Orient : dans sa translation, c’est la « ceinture verte musulmane » qu’elle côtoiera sur toute son extension.
Pour le Céleste Empire, pays d’adoption des Ouigours parfois irrédentistes et/ou djihadistes, les Routes de la Soie constituent une riposte au « projet » de Bush. A l’horizon 2049, centenaire de la Chine Populaire, Pékin aura tissé son paradigme multipolaire de nations souveraines/partenaires, reliées par un labyrinthe de ceintures et de routes interconnectées. La vision de Xi Jinping repose sur une étroite coordination entre Moscou et Pékin et implique une planification stratégique à long terme, Poutine dit « communication ». N’en déplaise aux occidentalistes, la « nouvelle ère », fondée sur un partage des rôles, n’est pas une chimère. Les investissements prévus sont gigantesques, par centaines de milliards.

Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.

Le projet russe de Grande Eurasie (Union économique eurasienne, Organisation de Coopération de Shanghai, Banque asiatique d’investissement) est comme un miroir des nouvelles Routes de la Soie. De l’Iran à la frontière mongole, le Grand Moyen-Orient vu de Moscou est une partie de « l’étranger proche » et pour la Russie, avec ses 20 millions de musulmans, il est urgent de recomposer l’Asie Centrale. Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.
Le « cœur » de l’Axe de la Résistance (Iran – Irak – Syrie – Liban) est stratégique. La simple idée d’un corridor offrant à la République Islamique un débouché sur la Méditerranée donne des sueurs froides à Israël et à l’Amérique. Intégré aux Routes de la Soie et à la grande Eurasie, il sera intouchable. Si la question des pipelines est centrale dans cette région flottant sur une nappe de gaz, la libre circulation des personnes et des marchandises ne l’est pas moins.

Guerres économiques invisibles

Comme le Venezuela où, selon le journaliste Jeffrey Sachs, « au nom de la pression maximale, les sanctions américaines sont délibérément conçues pour détruire l’économie », l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban sont des cibles par excellence des guerres économiques invisibles. Celles-ci, enclenchées à la chaîne par les Etats-Unis, ont un effet terrifiant. Prenant la forme de sanctions, d’embargos, cachées par l’omerta, sans coup de feu, elles coûtent moins cher que des interventions militaires directes et permettent de contourner les vétos russo-chinois. Elles empêchent surtout toute vie normale.
Dans l’inventaire des dégâts, on notera la chute brutale de la croissance et la « contraction » des économies visées (de 14% en deux ans pour l’Iran), suite aux difficultés d’accès aux produits de base et matières premières. Autres conséquences : l’effondrement du niveau de vie et la glissade vers la grande pauvreté, la flambée des prix. Partout, les désastres socio-économiques (famine, malnutrition, surmortalité, misère) aggravent les crises sanitaires (ruptures concernant les médicaments et le matériel médical, infrastructures détruites).
Les sanctions financières affectent les banques, mais aussi la vie quotidienne. Dès 2011, les Etats-Unis et l’Europe ont mis en place un régime de sanctions particulièrement sévères contre le peuple syrien, « bloquant l’accès à de nombreuses ressources vitales »…« l’un des régimes de sanctions les plus vastes et compliqués jamais imposés ». La loi César « sur la protection des civils syriens » (sic) inscrite au budget 2020 impose, au nom des Droits de l’Homme, « des sanctions contre les secteurs liés à l’Etat et contre les gouvernements qui soutiennent la reconstruction et l’armée syrienne ». Le prétexte ? « Ouvrir un nouveau front contre l’influence de l’Iran en Syrie ».

La leçon de l’Irak ?

Thomas Nagy, de l’Université George Washington, citant la Defense Intelligence Agency (DIA), évoque « un plan de génocide commis contre les Irakiens (…) permettant de liquider une part importante de la population irakienne ». Dennis Halliday, coordinateur démissionnaire de l’ONU, accuse en septembre 1998 « le système onusien aux ordres de Washington et de l’Occident depuis la chute de l’URSS, qui a « imposé des sanctions génocidaires contre les innocents ». C’est le prix à payer pour la « démocratisation », dira la sublime Albright….
Gavé par neuf années de « printemps », le monde arabe est en piètre condition : la plupart des Etats sont brisés, livrés au chaos et à la sédition. Certains comme la Libye, le Yémen, l’Irak, l’Afghanistan risquent de rester un moment sous le feu des bombardements, des destructions, au gré des ingérences, des terroristes, des luttes inextricables. Le « monde civilisé » regarde avec commisération ce spectacle qu’il a mis en scène.
D’autres Etats, passés entre les balles, se retrouvent sous le feu des forces « populaires » qui veulent « la chute du régime », « le retrait des militaires », la dévolution immédiate du pouvoir, sans concessions et d’ailleurs sans programme. Derrière le tumulte, s’agitent à nouveau ONG, forces du changement, sociétés civiles, le tout saupoudré d’égéries et de diplomates occidentaux. On devine la main de l’étranger, comme en 2011. Et lorsqu’une issue se dégage, elle donne souvent sur la Maison-Blanche et sur Tel-Aviv, on allait dire sur Jérusalem. La recette est partout de normaliser avec Israël (le Soudan), condition sine qua non pour plaire aux régimes du Golfe qui regardent maintenant l’Etat hébreu avec les yeux de Jared Kuschner.

Syrie, cœur battant du monde arabe

La Syrie, cœur battant du monde arabe, a pu tenir neuf années face à l’alliance entre l’Empire israélo-atlantique et les forces du takfirisme et du terrorisme. Elle a fait barrage à la vague des « révolutions », le payant au prix fort. Appartenant au camp des résistants et dotée de puissants alliés, elle est potentiellement victorieuse, un renversement de situation étant improbable. Mais elle doit faire face aux manigances néo-ottomanes d’Erdogan et aux crimes de ses terroristes déguisés en enfants de choeur, supporter les caprices des Kurdes tout en encaissant les insultes et inepties de Le Drian.

Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump,
l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions

Désarticulé, le monde arabe est prié d’applaudir à la « transaction du siècle » qui liquide la cause sacrée du peuple palestinien pour une poignée de milliards de dollars, à payer par les Arabes. Rares sont les protestataires : la Syrie, dont la Palestine est une terre perdue, l’Iran droit dans son soutien, le Hezbollah, et la Turquie qui s’érige en défenseur de l’Islam face à la Saoudie.
Le terrorisme est toujours vivant, AlQaida en Syrie, ici et là Da’esh made in USA, et les innombrables groupes qui sévissent au Proche-Orient, en Libye, au Sahel, sous l’égide des Wahhabites (Arabie, Emirats) et/ou des Frères Musulmans (Turquie, Qatar).
Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump, en 2020, l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions.

*Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient (ed. Ellipses, 2017) et Les guerres de Syrie (ed. Glyphe, 2019)

Source : Ruptures

http://www.afrique-asie.fr/de-la-chine-a-la-syrie-les-premieres-nouvelles-geopolitiques-de-demain/

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

par Thierry Meyssan

Pendant que les Européens et les Arabes sont absorbés par le coronavirus, les Anglo-Saxons changent l’ordre du monde. Sous commandement US, le Royaume-Uni a pris le contrôle de l’entrée de la mer Rouge ; les Émirats arabes unis se sont retournés contre l’Arabie saoudite et lui ont infligé une cuisante défaite au Yémen du Sud, tandis que les Houthis le faisaient au Yémen du Nord. Désormais, le Yémen est scindé en deux États distincts et l’intégrité territoriale de l’Arabie saoudite est menacée.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 24 MARS 2020 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆPORTUGUÊSРУССКИЙ

+

JPEG - 36.7 koLe président des États-Unis, Donald Trump, et le président de facto des Émirats arabes unis, le prince Mohamed ben Zayed. En silence, les deux hommes d’affaire sont en train de réorganiser le Moyen-Orient élargi.

Le président Donald Trump poursuit sa politique de retrait militaire du « Moyen-Orient élargi ». Pour ce faire, il déplace progressivement ses troupes, signe des accords avec les forces contre lesquelles elles étaient déployées (par exemple avec les Talibans) et négocie la libération de ses prisonniers. Simultanément, le Pentagone fait appel au Royaume-Uni pour prendre la tête des opérations de la nouvelle Alliance atlantique-Moyen-Orient et superviser la suite de la « guerre sans fin » au « Moyen-Orient élargi ». La Syrie est considérée comme zone d’influence russe tandis que la stratégie Rumsfeld/Cebrowski se poursuit avec la division du Yémen en deux États distincts et la préparation du démembrement de l’Arabie saoudite.

Rapatriement des agents de la CIA détenus prisonniers

Les 18 et 19 mars 2020, un citoyen US, Michael White, détenu en Iran, a été transféré de sa prison à l’ambassade de Suisse à Téhéran ; un autre citoyen US, Amer Fakhoury, détenu au Liban, a été exfiltré par les troupes états-uniennes ; enfin le président Trump a demandé publiquement l’aide de la Syrie pour retrouver un troisième citoyen US, Austin Tice.

Ces opérations sont supervisées par le discret conseiller de sécurité nationale, Robert O’Brien, qui dispose d’une solide expérience en matière de libération de prisonniers.

- Michael White a servi 13 ans dans la Marine US. Il s’est rendu en Iran pour y retrouver sa fiancée. Il a été arrêté en 2018 et condamné à 13 ans de réclusion pour espionnage. D’autres citoyens US emprisonnés en Iran —dont Morad Tahbaz, Robert Levinson, Siamak et Baquer Namazee— ne semblent pas susciter le même intérêt de Washington. Michael White a été remis à l’ambassadeur suisse Markus Leitner pour « raison de santé ». Il n’est pas libre pour autant.
- Amer Fakhoury est un célèbre collaborateur des troupes d’occupation israéliennes au Liban. Il fut membre de l’Armée du Liban-Sud, directeur de la sinistre prison de Kiam et tortionnaire. Il s’est enfui du Liban lors du retrait israélien et y est revenu, pour une raison inconnue, en septembre 2019. Il a immédiatement été reconnu et arrêté. Il a été libéré au motif d’une prescription de ses crimes, ce qui est juridiquement faux, mais interdit de quitter le territoire. Il s’est alors précipité à la méga-ambassade US d’Awkar sous la protection de l’ambassadrice Dorothy Shea, d’où il a été exfiltré en hélicoptère par les Forces spéciales US vers Chypre.
- Austin Tice est un capitaine des Marines devenu journaliste indépendant. Il a pénétré illégalement en Syrie avec l’aide des services secrets turcs avant de disparaître, en 2012, à Daraya (banlieue de Damas). Eva Filipi, l’ambassadrice de Tchéquie qui représente les intérêts US en Syrie, avait affirmé qu’il serait détenu non pas par des jihadistes, mais par les autorités syriennes. Ce que Damas a toujours démenti.

Ces trois citoyens US sont très probablement des collaborateurs ou des agents de la CIA.

- Étrangement, les Émirats arabes unis ont brisé l’embargo US et apporté des médicaments en Iran.
- Chaque faction libanaise accuse l’autre d’avoir cédé aux pressions US. Le Hezbollah assure ne pas avoir trahi la Résistance et ne pas avoir négocié secrètement avec Washington, tandis que le président du Tribunal militaire (pro-Hezbollah) a démissionné.
- C’est la première fois depuis deux décennies qu’un président états-unien sollicite publiquement l’aide de la République arabe syrienne.JPEG - 19.8 koLe secrétaire à la Défense US, Mark Esper, reçoit son homologue britannique, Ben Wallace, au Pentagone. La « relation spéciale » entre les deux pays est rétablie. Les « Cinq yeux » sont renforcés. Le Royaume-Uni prend le commandement des opérations de l’Otan-MO.

Transfert de l’encadrement militaire au Royaume-Uni

Le 5 mars, le secrétaire US à la Défense, Mark Esper, a reçu au Pentagone son homologue britannique Ben Wallace. Les deux hommes se sont partagés le commandement de la nouvelle Otan-MO [1].

Ben Wallace a ensuite prononcé un discours à l’Atlantic Council au cours duquel il a confirmé la solidité de l’alliance UK-USA et la disponibilité du Royaume-Uni. Il a également soutenu la nécessité de juger le « dictateur Bachar el-Assad » (sic), mais l’impossibilité de le faire compte tenu du soutien de l’« ours russe ». En d’autres termes, la Syrie reste un ennemi, mais on n’y touchera plus. La guerre sera déplacée [2].JPEG - 26.1 koLe secrétaire britannique à la Défense, Ben Wallace, et son homologue turc, le général Hulusi Akar, inspectent les « postes d’observation » turcs qui servent de base de repli aux jihadistes à Idleb (Syrie occupée), le 12 mars 2020. Londres assure Ankara que le Pentagone ne détruira pas la Turquie, mais l’Arabie saoudite.

Les 12 et 13 mars, Ben Wallace s’est rendu en Turquie et en Syrie occupée par les jihadistes. Il a inspecté les postes d’observation de l’armée turque à Idleb et fait parvenir 89 millions de £ de dons « humanitaires » aux familles des jihadistes. Ceux-ci ont alors commencé à attaquer les troupes turques censées les protéger, tuant plusieurs soldats turcs.

La fin du Yémen et le début de celle de l’Arabie saoudite

Poursuivant leur politique de retrait militaire et de transfert de cette fonction à des proxys, les États-Unis sont en train de transformer la guerre du Yémen. Originellement, le Pentagone prévoyait de diviser ce pays en deux selon la ligne de partage qui existait jusqu’en 1990. Il avait encouragé l’Arabie saoudite et Israël à se lancer à l’assaut du pays pour en exploiter les ressources pétrolières de la région mitoyenne du « Quart vide » [3]. L’opération avait été conduite avec l’aviation israélienne, des mercenaires colombiens sous drapeau saoudien et des troupes émiraties. Elle avait été coordonnée par un état-major tripartite (Arabie/USA/Israël) basé au Somaliland.

Cependant, le Pentagone s’appuyant sur les rivalités tribales parvint à complexifier la situation jusqu’à aboutir à un pays effectivement divisé en deux, mais aussi à une Coalition Arabie-soudite/Émirats également divisée. Il lui fallait alors —sans engager ses propres troupes— terminer la division du Yémen en deux États distincts avant de se lancer dans la division de l’ancien allié saoudien en cinq États distincts. Le Pacte du Quincy lui fait obligation de protéger le roi d’Arabie saoudite, mais ni son pays, ni son héritier [4].JPEG - 66.7 koLe souverain de facto d’Abou Dhabi et président de facto des Émirats arabes unis, Mohamed ben Zayed, a été le mentor du prince héritier saoudien, Mohamed ben Salmane. Progressivement l’élève a voulu écraser son maître. En définitive, c’est le discret MBZ qui devrait écraser l’infatué MBS.

Cette semaine, le Pentagone a dépêché un navire de guerre au large d’Aden. Il a installé des troupes britanniques sur l’ile de Socotra pour en faire une base militaire permanente avec les Émirats arabes unis et l’a armé avec des missiles Patriot. Simultanément, les Houthis du Nord soutenus par l’Iran ont attaqué victorieusement deux bases militaires saoudiennes et fait prisonniers plus de 700 soldats saoudiens, tandis que les tribus soutenues par les Émirats ont attaqué les tribus soutenues par l’Arabie saoudite à Aden. Le gouvernement d’Abdrabbo Mansour Hadi, seule autorité officiellement reconnue par l’Onu mais siégeant en exil à Riyad, a perdu le contrôle d’Aden.

Le prince héritier saoudien, Mohamed ben Salman, après avoir torturé son ami d’enfance trop brillant, après avoir assassiné ses rivaux, après avoir exécuté le chef chiite de son opposition, après avoir embastillé et dépouillé ses frères et oncles, après avoir fait découper à Istanbul un Frère musulman trop bavard, n’a plus personne pour le soutenir.

Les départements états-unien, britannique et émirati de la Défense ne communiquent pas sur ces batailles. Seuls les Houthis le font. En l’absence de communication officielle, la presse internationale est aveugle et muette.

Le Yémen du Sud est une ancienne colonie britannique et les Émirats arabes unis étaient intégrés dans l’Empire des Indes. Le Royaume-Uni, sous parapluie états-unien, reconquiert son influence dans le Golfe et en mer Rouge.

L’opposition Arabie saoudite/Axe de la Résistance n’existe plus, faute de combattants. Désormais, après l’Iran (1953-78), l’Iraq (1979-90) et l’Arabie saoudite (1991-2019), les Émirats arabes unis (2020-), sous parapluie de l’Otan-MO, sont devenus les gendarmes de la région.

Ce retournement complet de situation correspond à notre analyse de la crise. Après leur échec en Syrie, les États-Unis poursuivent leur plan de 2001 et s’apprêtent à déstabiliser l’Arabie saoudite. Le président Trump a validé cette étape à la seule condition que les troupes US n’y participent pas directement, mais que les Émirats les représentent.

Le suicide de l’Union européenne

Pendant ce temps, l’Union européenne réagit de manière inadaptée à l’épidémie de coronavirus. Au lieu de lutter contre la maladie (tests généralisés, traitement des personnes infectées à la chloroquine, soins d’urgence aux malades avec respiration artificielle et interféron Alfa 2B recombiné), elle prévient l’engorgement de ses hôpitaux (assignation à résidence de la population saine) [5]. Son économie s’est arrêtée et la Banque centrale européenne annonce une récession de 5 % si cette situation se prolonge deux semaines, mais ce sera probablement six.

Lorsque le pic de l’épidémie sera passé, elle ne sera plus une grande puissance économique et le monde sera organisé d’une manière nouvelle, sans elle.

Thierry Meyssan

<img src="https://www.voltairenet.org/rien.gif" alt="
Facebook
Twitter
Delicious
Seenthis
Digg
RSS

1] « NATO Go Home ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 février 2020.

[2] « Quelle cible après la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 mars 2020.

[3] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[4] « Le Pacte du Quincy ne protège que le roi d’Arabie, pas son héritier », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 octobre 2018.

[5] « Covid-19 : propagande et manipulation », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 mars 2020

.https://www.voltairenet.org/article209502.html

Guerres de l’ombre: Libération d’espions US, britanniques et français au Moyen-Orient

jeudi, mars 26, 2020

Strategika 51

 ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

Menu Button

Guerres de l’ombre: Libération d’espions US, britanniques et français au Moyen-Orient

L’exfiltration de Amer Fakhoury, agent secret US et ex-paramilitaire de la milice de l’armée du Liban-Sud supplétive d’Israël, a été effectuée peu de temps après sa libération par une cour de justice libanaise pour prescription de crimes de guerre. Cette décision de justice est le résultat d’une pression liée à une négociation secrète tenue entre Washington, le gouvernement libanais, la Jordanie et d’autres acteurs régionaux étatiques et non-étatiques dont l’enjeu est fort important pour Washington. La preuve, un Osprey MV-22B du Marine Medium Tiltrotor Squadron 365 (VMM-365) (US Marines) a été spécialement dépêché depuis le nord de la Jordanie pour le récupérer de l’ambassade américaine à Beyrouth. Il aurait été par la suite emmené depuis la Jordanie vers une base militaire britannique à Chypre avant d’être transporté en VIP sur une base US en Allemagne, dernière étape avant d’atterrir sur une base militaire de Caroline du Nord.

Amer Fakhoury

La libération de cet homme recherché au Liban a fait grincer des dents pas mal d’acteurs politiques Libanais mais il semble qu’il y ait eu un accord secret concernant Fakhoury. Le Liban est officiellement en cessation de paiement et donc en banqueroute. La marge de manœuvre est donc extrêmement étroite y compris pour le Hezbollah Libanais. Ce que l’on sait est que la Syrie a refusé tout compromis et considéré le dossier comme une affaire libanaise interne. Le Hezbollah affirme ne pas avoir cédé ou négocié quoi que ce soit et la cour militaire pro-Hezbollah a déposé sa démission suite à cette affaire.

La récupération de Amer Fakhoury n’est pourtant pas un fait isolé et semble s’inscrire dans un processus secret plus large impliquant la libération de plusieurs agents secrets US, britanniques et français ces deux dernières semaines. En échange de quoi ?

Pour la France, la libération de Roland Marchal par l’Iran après neuf mois de détention a été faite en échange de la libération par Paris de Jalal Rouhollahnejad, un ingénieur iranien menacé d’extradition vers les États-Unis. Ce dernier est accusé par Washington d’avoir facilité l’entrée en Iran d’équipements technologiques interdits en violation des sanctions internationales visant Téhéran.

Roland Marchal et Fariba Abdelkhah. Le premier a été liberé en échange de l’ingénieur iranien Jalal Rouhollahnejad. La seconde est toujours en détention dans une prison iranienne.
L’ingénieur iranien Jalal Rouhollahnejad

Arrivée de l’ingénieur Jalal Rouhollahnejad en Iran après sa libération par les autorités françaises. Il remercie le renseignement du Corps des Gardiens de la Révolution d’avoir assuré sa libération. 21/03/2020.Source de la vidéo: Irinn et Press TV

L’Iran a également remis l’agent US Michael White dans la nuit du 17 au 18 mars 2020 à l’ambassade de Suisse à Téhéran et on peut supposer que le gouvernement iranien ait joué un rôle limité certes mais décisif dans l’approbation par le Hezbollah de la libération de l’espion Fakhoury au Liban en échange d’un deal qualifié d’important.

Le visa iranien de Michael White

Ces libérations ajoutées à celles d’une britannique concluent un premier cycle de négociations à l’issue desquelles Washington a publiquement demandé la libération des agents Austin Tice, porté disparu (MIA) à Daraya dans la banlieue de Damas depuis 2012 et, plus discrètement, de deux autres agents sans couverture dont on connaît pas l’identité réelle et qui auraient disparu durant la bataille d’Alep en 2016.

Nazanin Zaghari-Ratcliffe, une britannique détenue en Iran depuis le 03 avril 2016. Elle a été condamnée à cinq de prison ferme pour « complot visant à renverser le régime » mais a été partiellement libérée le 17 mars 2020 suite à un arrangement secret avec Londres.
Le FBI offre une récompense de un million de dollars US pour toute information susceptible d’aboutir à la libération d’Austin Tice.

Le gouvernement syrien nie comme d’habitude avoir emprisonné un quelconque agent US ou autre et affirme que tout étranger rentré illégalement en Syrie doit assumer sa propre responsabilité et celles de son acte. Pour Damas, Austin Tice serait prisonnier d’Al-Qaida, devenue HTS ou Hayat Tahrir al-Cham, l’une des principales organisations rebelles à Idlib.

D’autres espions capturés en Iran et en Syrie ne suscitent aucun intérêt de la part de leurs gouvernements respectifs.

Majd Kamalmaz, un psychologue US de Dallas, est porté disparu en Syrie depuis 2017
Robert Levinson, détenu en Iran depuis plus d’une décennie, abandonné par le gouvernement US qui le considère comme décédé.

PublicitésPowered by wordads.coSeen ad many timesNot relevantOffensiveCovers contentBrokenREPORT THIS ADPowered by wordads.coSeen ad many timesNot relevantOffensiveCovers contentBrokenREPORT THIS AD

Share/Partager:

https://strategika51.org/2020/03/26/liberation-despions-us-britanniques-et-francais-au-moyen-orient/

Pétrole et poussée chinoise : ça se précise

Pétrole et poussée chinoise : ça se précise

18 Mars 2020

Deux de nos billets parmi les plus récents annonçaient certaines tendances lourdes de conséquences pour l’avenir géopolitique mondial. Il n’a fallu que quelques jours pour que celles-ci se confirment voire s’amplifient.

L’or noir n’en finit pas de dégringoler et le schiste américain est au bord du gouffre ou, comme le dit poétiquement un analyste de Forbes, « se noie dans le sang et les larmes ». des coupes claires dans les investissements et les budgets ont déjà commencé et ce n’est que le début…

Les critiques de l’establishment oléo-impérial pleuvent depuis quelques jours mais, chose, intéressante, elles ne s’adressent pas à la Russie, pourtant au départ du mouvement ; c’est l’Arabie saoudite qui est dans le viseur. Treize sénateurs Républicains ont même pris leur plume pour écrire au Seoud, lui demandant de revenir sur sa décision. A lire entre les lignes, on se demande même s’il n’y aurait pas un soupçon de menace :PUBLICITÉ«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus

« Les leaders saoudiens nous ont répété à plusieurs reprises que le royaume d’Arabie saoudite était une force de stabilité sur le marché mondial. Les récentes décisions saoudiennes ont remis en cause ce rôle.
Nous exhortons le royaume à assurer un leadership constructif pour stabiliser l’économie mondiale en apaisant l’inquiétude dans le secteur pétrolier et gazier
. »

Dans notre dernier billet sur le sujet, nous plantions le décor :

Un intéressant article de Pepe Escobar prévoit une campagne de déstabilisation (voire plus) de MBS par le Deep State impérial. Comme nous le disions hier, le prince Nayef, arrêté, est le chouchou de la CIA et de l’establishment américain, et c’est peut-être justement pour cette raison qu’il a été appréhendé. Les manigances au royaume wahhabite sont proverbiales et le fidèle lecteur se rappelle peut-être quand nous nous demandions, il y a deux ans, si la soudaine et durable disparition de ce même MBS, probablement victime d’une tentative de putsch, n’était pas liée à une possible conversion saoudienne au pétroyuan. Toujours est-il que l’année risque d’être agitée en Arabie saoudite qui, de plus, a besoin d’un baril à 85$ pour équilibrer son budget pléthorique.

La lettre sénatoriale est-elle le premier avertissement ? A suivre de près…

Compère du pétrole dans le marasme économique ambiant, le coronavirus n’en finit pas de progresser. La dernière fois, nous nous étions arrêtés sur les gestes symboliques forts de la Chine vis-à-vis des pays touchés :

A l’heure où l’administration américaine utilise de manière bien peu glorieuse les sanctions contre l’Iran pour maintenir l’embargo sur certains médicaments essentiels – du « terrorisme médical » selon Téhéran – et semble totalement absente de la lutte mondiale contre la pandémie, Pékin envoie des équipes aux quatre coins de la planète pour venir en aide aux Etats qui le demandent (Italie bien sûr, mais aussi Iran, Irak ou Europe orientale). Un soft power très efficace qui ne sera pas oublié de sitôt dans les pays en question.

Depuis, le dragon a doublé la mise. L’aide à l’Iran est massive (plus de vingt millions de masques) mais l’offensive de charme vers l’Europe n’est pas en reste. A l’heure où la flageolante Union européenne est en voie de décomposition, l’aide chinoise afflue partout. En Italie bien sûr, mais aussi en Espagne, en Belgique, en Europe de l’Est etc. C’est le président serbe, Aleksandar Vucic, qui résume le mieux le changement de paradigme :

« Il n’y a pas de solidarité européenne, tout cela n’est qu’un conte de fées. Seule la République populaire de Chine peut nous aider dans cette situation, et j’ai écrit une lettre au président Xi Jinping, dans laquelle j’ai demandé de l’aide et l’ai appelé frère. »

Le monde change…Tag(s) : #Pétrole#Etats-Unis#Moyen-Orient#Chine#Europe

Partager cet article

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/03/petrole-et-poussee-chinoise-ca-se-precise.html