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Les Omeyyades : le califat sort de la péninsule araiqueb

Les Omeyyades : le califat sort de la péninsule araiqueb

La valse des empires musulmans (1/8). La période du califat des Omeyyades (661-750) marque la sortie de l’islam de la péninsule arabique. Si l’empire s’est imposé avec une grande violence physique, la conquête religieuse est passée, elle, beaucoup plus discrètement. Ce mouvement s’inscrit également dans un effort de décentralisation qui ne s’est cependant pas révélé suffisant.

Les Omeyyades, pionniers des empires musulmans.
L’Empire omeyyade à son apogée (wikimedia).

En raison de leur rapidité et de leur efficacité, les conquêtes musulmanes du VIIe siècle sont parfois associées au mot blitzkrieg, que l’on peut traduire par « guerre éclaire ». Après la mort de Mahomet, de 636 à 642, les troupes musulmanes enchaînent victoire sur victoire contre les deux empires déclinant de la région : les Empires byzantin et sassanide, affaiblis mutuellement à force de guerres à répétition. Ainsi, en quelques années, l’Irak, la Syrie et une partie de l’Égypte tombent sous la domination des musulmans. C’est un choc brutal et fondateur, créé par une force encore inconnue, venue d’Arabie, région très marginale sur l’échiquier stratégique de l’époque.

La première fitna

Médine devient alors la capitale de ce nouveau califat Rachidun (« le califat des bien guidés ») (1). Mais, très vite, sous le règne du calife Uthman (644-665), les cités-Etats administrées par Médine se rebellent. Venus d’Égypte, des rebelles assassinent Uthman. C’est le début de la première grande crise du monde musulman, la première fitna. En effet, l’élection d’Ali, gendre et cousin du prophète, comme quatrième calife, ne fait pas l’unanimité à Médine. Certains l’accusent d’être complice du meurtre d’Uthman. C’est le début d’une division entre les partisans d’Ali, les chiites, et les partisans d’une ligne légaliste, qualifiés plus tard de sunnites.

Ali se fait assassiner à son tour en 661. Muawiya, proche parent d’Uthman et membre de la famille omeyyade, devient le nouveau calife. Il décide de déplacer la capitale du califat de Médine à Damas. C’est le début de l’Empire omeyyade.

Muawiya pose les bases de l’empire

Quand Muawiya arrive au pouvoir, il pose les bases d’un État fort autour de la personne du calife. Au cours des premières années de son règne, il s’appuie sur les chrétiens arabes pour diriger l’administration. Le nouveau calife organise un système de chouras (conseils) décentralisés, où chaque tribu peut faire remonter des revendications au conseil central de Damas.

Muawiya s’occupe aussi de l’armée en la disciplinant, il crée un système de promotion qui ne tient pas compte de la filiation mais du mérite et améliore l’armement et les tactiques de batailles. Il crée également un service postal qui se répand vite dans toutes les provinces de l’empire.

Muawiya était gouverneur de Syrie sous le règne des « bien guidés ». C’est l’une des principales raisons qui explique son choix de déplacer le siège de l’empire à Damas. Muawiya voulait s’affranchir de l’influence de l’aristocratie mecquoise et médinoise. C’était également un moyen de se placer dans le sillage de l’Empire byzantin et d’en récupérer la légitimité. A la mort de Muawiya en 680, l’empire est stable. Le calife avait habilement résolu le casse-tête de la succession en plaçant son fils au pouvoir.

Les dernières grandes conquêtes

C’est sous les Omeyyades qu’ont lieu les dernières grandes conquêtes musulmanes, qui s’étendent de l’Arménie au sud égyptien et des portes de l’Inde à la péninsule ibérique. A l’ouest, l’échec du premier siège de Constantinople (674-678) ne ralentit pas la ferveur des conquêtes qui se déplacent vers la Tripolitaine. Les premiers guerriers arabes atteignent l’océan Atlantique en 675. Certains récits racontent qu’en voyant cette nouvelle mer, les soldats poussèrent des cris de joie, pensant avoir atteint les confins de l’univers. Les arabes doivent cependant battre en retraite assez rapidement, repoussés par une forte résistance berbère.

En 711, les Omeyyades en Espagne

Une deuxième vague de conquête, plus massive, rase en 707 la vieille ville de Carthage, réputée imprenable. Grâce au génie politique d’un homme, Moussa Ibn Noseïr, qui a réussi à s’allier avec des tribus berbères en les convainquant de se convertir à l’islam (ce que les chrétiens n’avaient jamais réussi à faire), les troupes musulmanes de son général Tariq ibn Ziyad pénètrent en Espagne en 711.

A l’est, le Sind est conquis en 712. Les soldats arrivent aux portes de la Mongolie et, après la prise de villes comme Tachkent et Samarkand, l’islam se retrouve voisin de l’empire chinois. Les Chinois de la dynastie Tang sont d’ailleurs arrêtés et vaincus par les musulmans lors de la bataille de Talas, en 751. De nombreux historiens estiment que, à la suite de cette bataille, ce sont des prisonniers chinois qui ont appris aux arabes la fabrication du papier.

Une décentralisation amorcée…

Les califes sont conscients qu’une trop forte centralisation du pouvoir à Damas serait contre-productive. Ainsi, si l’islam et la langue arabe s’amorcent au début du VIIIe siècle comme religion et langue de référence, la diversité religieuse, linguistique et culturelle est grande.

Une place spéciale est réservée aux Dhimmi (« les gens du livre »), c’est à dire les juifs, chrétiens et zoroastriens. Plus tard, certains bouddhistes et hindouistes auront également droit à ce statut. Les Dhimmi paient un impôt, la djizia, mais sont protégés par l’empire et sont loin d’être marginalisés dans l’administration. Leur situation sociale est parfois très satisfaisante. Les Dhimmis étaient des éléments fondamentaux pour l’équilibre fiscal de l’empire. D’ailleurs, certains califes encourageaient leurs sujets à ne pas se convertir pour continuer à payer l’impôt !

Comme nous l’avons vu plus haut, les conseils politiques sont décentralisés et l’empire prend soin, dès le début, d’intégrer une partie de l’élite des puissances défaites dans son fonctionnement politique. Cela est fait afin d’éviter un effondrement des structures sociales et juridiques, en place dans ces régions depuis des centaines, voire des milliers d’années. Damas doit donc s’adapter aux dynamiques locales propres à chaque région.

… mais pas suffisante

Un certain nombre de facteurs précipite la chute des Omeyyades. La prédominance de la langue arabe, initiée par le calife Abd Al-Malik au début du VIIIe siècle qui souhaite arabiser son empire, crée une frustration parmi les populations converties et non-arabes. En effet, les arabes ont d’immenses avantages devant l’impôt. Le groupe social des Mawalî (clients) représente le mieux ces convertis non-arabes qui ne se sentent pas bien représentés. Parmi eux, on trouve de nombreux Persans. Les tentatives de réformes fiscales, qui commencent sous le règne du calife Umar II, ne fragilisent que davantage l’économie de l’empire.

De plus, les arabes se voient à cette époque davantage comme une classe guerrière que bureaucratique. Un nombre important se montre peu enclin à effectuer les tâches administratives et juridiques, considérées comme inférieures. D’autres groupes s’occupent donc de ces tâches, et les arabes perdent peu à peu la main sur la bureaucratie.

Enfin, la légitimité des grandes conquêtes des premières heures et la nécessite de se battre contre les chiites ne fait plus trop effet. L’empire a de plus en plus de mal à justifier sa présence dans des zones lointaines.

Le coup final est initié par une secte chiite du mouvement des Hachimiyya, créé par Muhammad al-Abbas, oncle du prophète Mahomet. Ce groupe s’appuie sur la force des Mawalî pour organiser une vaste résistance contre les Omeyyades. Les forces du califat sont définitivement écrasées après la bataille du grand Zab en 750. Cela ouvre la voie à une nouvelle dynastie, celle des Abbassides.

Un seul membre de la famille des Omeyyades parvient à échapper aux massacres. Il se réfugie à Cordoue en 756 pour y fonder un émirat indépendant. Ses descendants, en soumettant les tribus locales, fondent le califat omeyyade de Cordoue (929-1031). Aujourd’hui encore, ce dernier est réputé pour sa grande prospérité intellectuelle et économique.

(1) L’expression des « biens guidés » désigne le règne des quatre premiers califes, supposé représenter un âge d’or de l’islam. Cependant, cette expression est à relativiser. En effet, des tensions commencent à apparaître dès le règne du premier calife Abu Bakr. Cette expression est inventée sous la période du califat abbasside, qui a sans cesse cherché à décrédibiliser l’Empire omeyyade, en l’opposant à un prétendu âge d’or révolu.

Ressources:

René Kalisky, « Le monde arabe, tome 1 : essor et déclin d’un empire », Marabout université, 1968.

Jean-Pierre Luizard, « Chiites et Sunnites : la grande discorde », Collection en 100 questions, Tallandier, 2017.

Le Monde, « L’Histoire du Proche-Orient », hors-série, 2018.

Le Monde, « L’Atlas des Empires », hors-série, 2016.

About Pablo MENGUY

Étudiant en journalisme à l’école publique de journalisme de Tours. Actuellement en échange universitaire au Canada.
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Révélé: des milliers d’artefacts pillés du Moyen-Orient vendus en Europe via les médias sociaux

Révélé: des milliers d’artefacts pillés du Moyen-Orient vendus en Europe via les médias sociaux

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Révélé: des milliers d'artefacts pillés du Moyen-Orient vendus en Europe via les médias sociaux

Des artefacts de Syrie et d’autres pays du Moyen-Orient sont pillés puis vendus sur les médias sociaux, nombre d’entre eux se retrouvant en Europe.

« En Irak, en Libye et au Yémen … les pillages sont devenus vraiment endémiques et systématiques », a déclaré à Euronews Amr Al-Azm, professeur d’histoire et d’anthropologie au Moyen-Orient à la Shawnee State University.

Il a co-fondé ATHAR (projet de recherche sur le trafic d’antiquités et l’anthropologie du patrimoine) avec sa collègue Katie Paul, et a passé des années à parcourir les médias sociaux pour enquêter sur les fondements numériques de la traite transnationale, du financement du terrorisme et du crime organisé.

Le phénomène a commencé à apparaître en ligne dès 2014, lorsque les gens ont commencé à acheter, vendre et trafiquer des articles sur les plateformes.

Tout a commencé lorsque des pages Facebook ont ​​vu apparaître des personnes proposant des antiquités à la vente, a déclaré le professeur.

Tout, des petits articles du marché les moins chers aux grandes mosaïques, statues, pièces d’or et d’argent et objets façonnés, est apparu en ligne.

Capture d'écran Facebook
Palmyre tombe de la Syrie Capture d’écran Facebook

« Les médias sociaux étaient un moteur très important des manifestations, ce n’était donc qu’une question de temps avant que le pillage et le trafic d’antiquités ne saignent », a-t-il expliqué.

Selon Al-Azm, les pillages ont sévi en Syrie à partir de 2012 environ en raison du conflit provoqué par le printemps arabe.

« Tout s’est effondré dans le pays et les antiquités du patrimoine culturel sont devenues des victimes de la guerre », a-t-il déclaré.

Alors que les images de combats, les bombardements et les images de groupes extrémistes radicaux tels que le soi-disant État islamique (EI) étaient monnaie courante, personne n’était au courant du pillage, qui est la forme la plus étendue de dommage au patrimoine culturel en Syrie, at-il ajouté.

Le groupe IS a poussé le pillage à un « niveau sans précédent », a déclaré le professeur, institutionnalisant et intensifiant la pratique en créant un ministère chargé d’extraire des ressources pour financer leur activité – le patrimoine culturel est devenu une ressource qu’ils exploitent comme un autre.

Lorsque les moyens de subsistance des personnes seront détruits par la guerre ou la famine, ils trouveront d’autres moyens de subvenir à leurs besoins, a-t-il ajouté, des éléments criminels interviennent également car il existe un marché, y compris des fonctionnaires corrompus.

Il existe un large éventail de personnes vendant ces artefacts, des professionnels qui pillent et trafiquent aux personnes désespérées qui cherchent juste à joindre les deux bouts, a-t-il déclaré.

Certains utilisent les forums en ligne comme un marché, tandis que les transactions de butin à commande sont également monnaie courante, a-t-il ajouté.

« La Bulgarie a longtemps été une plaque tournante »

Les artefacts islamiques vont souvent dans la région du Golfe, mais l’Europe a aussi un appétit pour les antiquités.

Il y a eu récemment deux gros bustes en Espagne, avec des objets provenant d’Égypte et de Libye saisis à Barcelone l’année dernière.

Londres et Paris sont tous deux des centres majeurs pour le commerce légitime d’antiquités et « là où vous en avez, vous avez en marge et un marché illégal encore plus grand », selon Al-Azm.

La Bulgarie est depuis longtemps une plaque tournante, non seulement pour le trafic, mais également pour la fabrication de faux, car c’est la porte d’entrée de la Turquie vers l’Europe, a déclaré le professeur.

« Si vous allez déplacer des marchandises dans des pays de l’UE, une fois que vous arrivez en Bulgarie, vous ouvrez votre route », a-t-il expliqué.

Capture d'écran Facebook
Artefacts mis en ligne pour la vente Capture d’écran Facebook

Bien qu’il n’existe pas de marché légal pour les antiquités en Turquie, c’est une pierre angulaire de leur commerce, compte tenu de son emplacement, bien que M. Al-Azm ait déclaré que les autorités tentaient de mettre un frein à la question.

L’Italie a une longue tradition dans l’achat d’antiquités pillées, en partie à cause de son riche patrimoine, ce qui signifie qu’il existe un marché bien établi, mais aussi à cause de sa proximité géographique avec l’Afrique, plus précisément la Libye.

Que peut-on faire pour arrêter la vente d’antiquités en ligne?

Les médias sociaux font désormais partie du problème, a déclaré Al-Azm.

« Ils ont laissé ce problème devenir si important maintenant que cela change la donne, alors qu’ils auraient pu faire quelque chose à ce sujet à ses débuts », a-t-il ajouté.

Capture d'écran Facebook
Poterie à inscription cunéiforme à vendre – lieu inconnu Capture d’écran Facebook

Cependant, il ne veut pas que les plates-formes suppriment les publications ou les groupes concernés, car elles pourraient être utilisées comme preuve pour poursuivre en justice les individus faisant l’objet de trafic.

« Ce qui nous inquiète, c’est qu’ils vont se dépêcher et commencer à supprimer des éléments, car ils essaient de se couvrir. Cela aurait dû être fait dès le début quand nous l’avons remarqué », a-t-il déclaré.

Al-Azm a affirmé qu’il était facile de trouver des groupes vendant des antiquités, affirmant que n’importe qui pouvait trouver de nombreuses pages proposant tout ce qui les intéressait avec seulement quelques termes de recherche, ce qui « ouvre un monde entier ».

« Imaginez Facebook, qui est le propriétaire et a les clés des portes arrière et des algorithmes, ils auraient dû le savoir et ils n’ont jamais rien fait jusqu’à ce que cela devienne un si gros problème », a-t-il déclaré.

Un porte-parole de Facebook a déclaré à Euronews que la coordination des activités illégales n’était pas autorisée sur sa plate-forme et que des règles strictes étaient en place pour supprimer le contenu, les profils, les pages ou les groupes qui enfreignent ces règles lorsqu’ils sont portés à sa connaissance.

« Nous continuons d’investir dans les ressources humaines et la technologie afin d’empêcher Facebook d’activer cette activité et d’encourager les autres à signaler tout ce qu’ils suspectent de violer nos normes communautaires afin que nous puissions agir rapidement », ont-ils ajouté.

La plate-forme a encouragé les utilisateurs à signaler toute activité de ce type à la police locale.

Plusieurs organisations travaillent à la découverte du trafic en ligne d’antiquités, à la fois par des recherches et par des travaux sur le terrain.

En plus d’ATHAR, ACCO (Alliance pour la lutte contre la criminalité en ligne) est un consortium de différentes organisations qui coordonnent leurs efforts pour aider à suivre, surveiller et plaider contre l’utilisation de plates-formes de médias sociaux pour des activités illicites, notamment le trafic d’antiquités.

https://www.euronews.com/2019/05/03/revealed-thousands-of-looted-artefacts-from-middle-east-sold-in-europe-via-social-media

Dr. Saoud et Mr. Djihad, La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite – Pierre Conesa – Fiche de lecture

Dr. Saoud et Mr. Djihad, La diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite – Pierre Conesa – Fiche de lecture

Pierre Conesa est un ancien énarque agrégé d’histoire. La majorité de sa carrière se déroula au ministère de la Défense où il fut notamment directeur adjoint de la délégation des Affaires stratégiques. Il a ainsi toujours eu un intérêt propre et un contact direct avec le Moyen-Orient, le salafisme et le terrorisme. Essayiste, romancier et chroniqueur, il est l’auteur de nombreux ouvrages tels que La Fabrication de l’ennemi ou Comment tuer avec sa conscience pour soi, dans lequel il étudie comment certains acteurs et faiseurs d’opinions créent artificiellement un ennemi pour répondre à des nécessités étatiques. La présente fiche de lecture concerne son ouvrage Dr. Saoud et Mr. Djihad, une analyse sur la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite

Couverture du livre Dr.Saoud et Mr.Djihad avec une photo de son auteur, Pierre Conesa
“Y’a-t-il une corrélation entre la diplomatie religieuse saoudienne et la propagation du salafisme ? C’est ce que nous essaierons d’analyser ici”

Lorsque Pierre Conesa introduit son essai, il pose ce simple constat : « Les Saoudiens constituaient le contingent le plus nombreux de l’Armée rouge, Afghanistan, des terroristes du 11 Septembre, des prisonniers de Guantánamo et aujourd’hui des membres étrangers de l’Etat Islamique ». Par cet incipit très factuel, Pierre Conesa fait une connexion directe entre la diplomatie religieuse de l’Arabie saoudite et le salafisme djihadiste. Ainsi, il entreprend une analyse qui vient combler un manque et une lacune vis-à-vis des connaissances actuelles dont nous disposons en relations internationales. Hubert Védrine l’affirme lui-même : « à notre connaissance, il n’existe aucun livre en anglais ou en français sur ce sujet ».

Par cette connexion, l’auteur nous indique très clairement l’analyse qu’il tente de poursuivre. Grâce à des outils conceptuels de science politique et de relations internationales, toute l’analyse contenue dans cet essai tend à vouloir démontrer que le gouvernement « théocratico-tribal » de l’Arabie saoudite, avec sa diplomatie d’Etat et sa diplomatie religieuse, a pour vocation première de propager le wahhabisme (religion d’Etat de l’Arabie saoudite) mais aussi, malgré lui ou non, de propager le salafisme. La question qui est donc posée par Pierre Conesa est de savoir quels sont les liens qui existent, par la création d’une diplomatie religieuse particulière, entre le wahhabisme et le salafisme.

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Le postulat est que le prosélytisme dont fait usage immodérément l’Arabie saoudite est inscrit dans « l’ADN même de son régime ». L’auteur le prouve en revenant sur la création du royaume saoudien au XVIIIe siècle quand le chef tribal Ibn Saoud et le chef religieux Muhammad Ib Abd al-Wahhab s’allient à l’issue du pacte oral du Najd en 1744. Cette alliance se fonde sur un engagement : « les oulémas de la tribu d’Abd al-Wahhab, les Al-Shaikh, soutiennent le régime qui en échange s’engage à propager l’islam version wahhabite ». C’est donc au XVIIIe siècle que naît la diplomatie religieuse saoudienne. Comprendre le régime de Riyad c’est avant tout comprendre l’importance du pacte du Najd, qui reste d’une vivacité et d’une force incroyable encore au XXIe siècle puisqu’il est à la structuration même du pays et de son Etat.

Pierre Conesa, dans un long chapitre intitulé « l’industrie idéologique wahhabite » : soft power américain dans la structure, soviétique dans la méthode, vient préciser l’essence même de cette diplomatie religieuse qui n’est autre qu’un soft power idéologique et planétaire. Ce prosélytisme ancestral devient soft power dans les années 60 quand les Frères musulmans fuient l’Égypte nassériste et gagnent l’Arabie saoudite. C’est la naissance du panislamisme. Ce panislamisme est un soft power complet qui réunit tout à la fois des ONG, des fondations privées, des universités et des médias. C’est surtout la création de trois grandes entités toujours actives aujourd’hui. Tout d’abord, la Ligue Islamique Mondiale (1962) qui possède un statut d’observateur à l’ONU et qui affirme son but ainsi dans sa charte : « Nous, Etats membres, affirmons également notre conviction qu’il ne saurait y avoir de paix dans le monde sans l’application des principes de l’islam ». Cette Ligue est présente dans 120 pays et administre de nombreux lieux de cultes à travers le monde. Elle se substitue même à la diplomatie officielle là où Riyad n’a pas d’ambassade. Ensuite, l’Organisation de la Conférence Islamique (1969) qui est une organisation intergouvernementale voulue par Riyad et forte de 57 Etats-membres. Enfin, l’université islamique de Médine qui donne l’obligation à ses étudiants étrangers boursiers en science religieuse d’aller faire la da’awa (propager le message de l’Islam) dans leurs pays d’origine une fois leurs études terminées. C’est ainsi un soft power extrêmement bien construit qui s’étend depuis Riyad à travers le monde.

De cette diplomatie religieuse, Pierre Conesa affirme, ce qu’il reconnaît lui-même comme très critiquable, une similarité qui rend presque « impossible une distinction » entre le wahhabisme et le salafisme. Une ressemblance qui s’exprime à travers la détestation des chiites, l’anti-occidentalisme, l’exclusion sectaire des autres courants de l’islam qui s’accompagne de destructions de lieux de culte comme en atteste les destructions wahhabites autour de La Mecque, ou encore le contrôle social totalitaire qui est exercé et qui régit le moindre aspect de la vie quotidienne. Kalbany, un ancien imam de la Grande Mosquée de La Mecque, a même déclaré en 2005 dans le New York Times :« Daech a adopté l’idéologie salafiste. Daech a tiré son idéologie de nos livres, de nos principes… Nous suivons la même route mais dans une voie différente ». Pierre Conesa reconnaît cependant quelques distinctions entre le salafisme et le wahhabisme. Premièrement, la volonté d’une restauration du Califat est impossible pour les saoudiens car ils seraient alors de facto délégitimés dans leur position de « protecteurs des Lieux Saints ». Deuxièmement, l’importance qui est donnée par Riyad à l’identité nationale, au passeport. Enfin, troisièmement, le mode de vie très particulier, versé dans l’excès, l’alcool et la drogue, qu’adoptent les princes saoudiens et qui est très éloigné de la façon de vivre du prophète.

Une fois l’étude de l’essence du wahhabisme faite, l’auteur s’est attaché à en faire l’historique. Cette étude se découpe en trois grandes parties. Tout d’abord, il retrace la naissance et la construction du soft power saoudien à l’époque du panarabisme de Nasser jusqu’à la crise de 1979 avec l’invasion soviétique d’Afghanistan et la prise de la grande mosquée de La Mecque par des radicaux saoudiens. Ensuite, il étudie la mutation de la diplomatie religieuse en analysant l’action saoudienne à travers le globe. Il étudie ainsi les pays du premier cercle, à minorité musulmane, du Maghreb, d’ex-URSS, européens, nord-américains et australiens. Enfin, il dresse un panorama de l’Arabie saoudite des 20 dernières années dans lequel on aperçoit un Etat en proie à ses propres démons, ébranlé par une radicalisation religieuse qu’elle ne maîtrise plus et qui se développe à travers le Moyen-Orient, sapant ainsi le fondement même de son pouvoir : sa légitimité religieuse à diffuser l’islam.

Critique

Peu de choses sont à redire sur cet essai, certes dur et sévère, mais toujours argumenté et solide. Cependant, au vu de la thèse de l’auteur, on peut se poser plusieurs questions et essayer de poursuivre sa réflexion. Tout d’abord à propos du terrorisme mondial, il incrimine en grande partie le prosélytisme saoudien. Cependant, peut-on ne faire endosser cette responsabilité qu’à la mouvance wahhabite ? N’y-a-t’il pas au sein d’autres mouvements islamistes, comme les Frères musulmans, une responsabilité tout aussi grande ? En revanche, il ne faut point restreindre cette responsabilité qu’aux mouvements politico-religieux islamistes. Cette étude peut aussi être étendue à des Etats ou d’autres institutions religieuses qui, directement ou non, nourrissent les mouvements radicaux. En l’occurrence, ne peut-on pas penser à la Turquie ou encore au Qatar ? La diplomatie religieuse saoudienne n’est ainsi pas la seule. Bien que la plus prolifique, la plus financée et la plus solide idéologiquement, elle n’est que la figure de prou d’un mouvement plus global faisant participer de nombreux acteurs au Moyen-Orient.

Enfin, c’est surtout la question du futur de cette diplomatie religieuse qu’il faut soulever. Face à Daesh, la légitimité religieuse de l’Arabie saoudite a été très ébranlée. De plus, la guerre interminable au Yémenplonge cet Etat dans une fragilité nouvelle. Ainsi, ce soft power, construit sur plus de 40 ans de politique religieuse wahhabite, s’il s’affaiblit, va-t-il survivre au-delà de lui-même ou va t’on apercevoir poindre une force religieuse nouvelle, relevant le flambeau d’un islam différent, mais toujours sectaire et brutal, idéologique et propagandiste ? Enfin, quel impact, l’affaiblissement de cet islam wahhabite prosélyte produirait-il, d’abord, sur les pays du Maghreb et du Moyen-Orient, ensuite, sur le reste du monde ?

Pierre Conesa lève donc le rideau sur le monde mystérieux de la diplomatie religieuse saoudienne. Il nous en livre les dessous et les enjeux, et c’est avec un certain sentiment d’inquiétude que nous regardons l’Histoire jouer son théâtre sur la scène du monde moyen-oriental.

About Julien QUINET

Diplômé du master 2 Défense, sécurité et gestion de crise à l’IRIS, je m’intéresse particulièrement aux enjeux de défense et du renseignement, ainsi qu’au Moyen-Orient.

NOPEC, dédollarisation et le casse-tête de l’or noir

NOPEC, dédollarisation et le casse-tête de l’or noir

Publié le 5 Avril 2019 par Observatus geopoliticus in PétroleEtats-UnisMoyen-OrientEconomie

Achtung, achtung, les alarmes retentissent à nouveau dans les corridors du système impérial. Les stratèges affolés du Washingtonistan se précipitent à leur table de contrôle global. Interdits, il fixent un voyant rouge qui ne cesse de clignoter : Arabie Saoudite. Eh merde… Sur un mur, un écran affiche la signification première de l’alerte : Pétrodollar en danger.

Avant de continuer le feuilleton, un assez long rappel est nécessaire. En octobre 2017, dans un article qui fit date, intitulé Seoud yuanisé ou l’empire en péril, nous expliquions l’importance colossale (n’ayons pas peur des mots) de la question :

Il est de ces répétitions de l’Histoire… Il y a plus de deux ans – sous le titre Pétrodollar : le début de la fin ? – nous écrivions un billet prémonitoire qui n’a pas pris une ride :

A Washington, on doit beaucoup écouter les Doors en ce moment : This is the end, my only friend, the end… Certes, il ne faut pas vendre la peau de l’aigle avant de l’avoir plumé, mais ce n’est pas vraiment un futur radieux qui se profile à l’horizon pour l’empire 2.0.

Le système financier issu de la Seconde guerre mondiale – notamment les prêts en dollars du FMI ou de la Banque mondiale – assurait l’hégémonie de la monnaie américaine, permettant aux Etats-Unis de vivre au-dessus de leurs moyens en faisant financer leur dette par des pays étrangers tenus d’accumuler des réserves de titres libellés en dollars pour commercer. Ce « privilège exorbitant » (dixit Giscard) fut encore renforcé en 1973 lorsque Nixon se mit d’accord avec les Saoudiens pour que ceux-ci vendent leur pétrole uniquement en billets verts, créant de facto le pétrodollar. L’OPEP suivra deux ans après. Pour les Etats-Unis, des décennies d’argent facile et de guerres financées par des pays tiers…

Jusqu’à ce que ces pays tiers disent stop. Certains d’entre eux du moins. La fronde a commencé vers la fin des années 2000. En Amérique latine, Argentine et Brésil décident de commercer dans leurs monnaies respectives, puis c’est au tour de la Chine et du Brésil, tandis que les pays émergents se rebellent au sein même des instances du FMI et de la Banque mondiale. Curieusement, Poutine était d’abord en retrait dans ce mouvement jusqu’à ce que la nouvelle Guerre froide subséquente à la crise ukrainienne fasse de lui le chevalier blanc de la dé-dollarisation de la planète. C’est, depuis 2014, une avalanche de défections auxquelles fait face le billet vert, contrairement à la fable médiatique hollywoodienne qui voudrait nous faire croire à une « communauté internationale » réunie autour de l’Occident. Russie, Chine, Brésil, Argentine, Afrique du Sud, Inde, Turquie, Uruguay, Iran, Equateur, Egypte, Venezuela, Vietnam, Paraguay, Kazakhstan… tous ces pays ont renoncé au dollar ou sont en voie de le faire dans leurs échanges commerciaux bilatéraux au profit de leur monnaie ou de l’or. Pire ! les propres alliés de Washington (Canada, Corée du sud, Qatar) quittent le navire et s’en vont sifflotant passer des accords SWAP (échanges de devises) avec la Chine.

Comme si cela ne suffisait pas, les BRICS ont décidé au sommet de Fortaleza la création d’un système financier parallèle concurrençant le FMI et la Banque Mondiale d’obédience américaine tandis que la Chine y allait de sa propre banque personnelle vers laquelle se sont précipités les alliés intimes de l’oncle Sam (Angleterre, Australie) comme des enfants turbulents désobéissant au majordome. Il paraît qu’Obama en a interrompu sa partie de golf…

Une chose demeurait, stoïque et inébranlable : le pétrodollar. Saddam avait bien tenté de monter une bourse pétrolière en euros mais il fut immédiatement tomahawkisé. Kadhafi avait lancé l’idée mais les bombes libératrices de l’OTAN tombaient déjà sur Tripoli avant qu’il ait eu le temps de passer un coup de fil. Les stratèges américains pouvaient dormir du sommeil du juste, leurs charmants alliés pétromonarchiques du Golfe resteraient le doigt sur la couture du pantalon.

Sauf que… Une info extrêmement importante, donc passée inaperçue dans la presse française, est sortie il y a quelques jours. La Russie et l’Angola ont dépassé l’Arabie saoudite comme premiers fournisseurs de pétrole à la Chine. Chose intéressante d’après les observateurs, c’est le fait que la Russie (encore ce diable de Poutine !) accepte désormais les paiements en yuans chinois qui a motivé ce changement tectonique. D’après un analyste, si l’Arabie veut reprendre sa part de marché, il faudrait qu’elle commence à songer sérieusement à accepter des paiements en yuans… c’est-à-dire mettre fin au pétrodollar.

Et là, cela risque de poser un sérieux dilemme aux Saoudiens : faire une croix sur leur prééminence pétrolière mondiale ou faire une croix sur le pétrodollar au risque de voir les Américains le prendre très mal et éventuellement fomenter un changement de régime.

Y a-t-il un lien avec la visite de haut niveau des Saoudiens à St Pétersbourg la semaine dernière, quelque chose du genre « Cher Vladimir, vous nous protégerez le cas échéant si on change de devise ? » A suivre…

On ne pouvait pas taper plus dans le mille. Octobre 2017 : un économiste de renom prévoit le remplacement par Riyad du dollar par le yuan, le roi saoudien effectue une visite historique à Moscou et les Russes vont vendre des batteries S400 à l’Arabie saoudite.

Carl Weinberg ne s’est pas souvent trompé dans ses analyses. Aussi, quand il déclare que Riyad est fortement encouragée par Pékin à lui vendre son pétrole en yuans et prédit que d’ici peu, les Saoudiens succomberont à la pression, il vaut mieux le prendre au sérieux :

« D’ici deux ans, la demande chinoise en pétrole écrasera la demande américaine. Je pense que la cotation des cours en yuans est pour bientôt. Dès que les Saoudiens l’accepteront – comme les Chinois les y contraignent – le reste du marché [les pétromonarchies, ndlr] suivra le mouvement. »

En filigrane, l’effondrement du pétrodollar mis en place il y a plus de quarante ans et pilier du système impérial américain. Les liaisons dangereuses entre Bush Junior et l’establishment wahhabite, le tendre baiser de Barack à frites sur le royal arrière-train du Seoud, tout cela n’aura finalement servi à rien…

Ca doit sérieusement grincer des dents le long des corridors néo-cons de Washington et il n’est pas impossible que quelques plans sur la « remodélisation » du royaume saoudien soient soudain sortis des tiroirs. Coïncidence (ou pas), le facétieux Vladimirovitch a justement ironisé sur la chose lors de la réunion annuelle du Club Vadaï à Sotchi (…)

Est-ce tout à fait un hasard si, dans ces conditions, Salman a débarqué à Moscou il y a deux semaines, la première visite officielle d’un monarque saoudien en Russie. Cela fait des décennies que l’ours et le chameau sont opposés sur à peu près tous les dossiers brûlants de la planète, le second finançant le djihadisme mondial pour le bénéfice de son parrain US afin de diviser l’Eurasie et mettre le premier en difficulté. Que cache donc cette visite historique ?

Au-delà des nécessaires relations entre ces deux poids lourds du pétrole (accord OPEP+), le Seoud suit les pas des autres acteurs du Moyen-Orient, délaissés par l’inexorable reflux de l’empire et qui vont tous rendre visite au nouveau boss de la région. Comme le dit sans ambages Bloomberg :

« Les Israéliens, les Turcs, les Egyptiens, les Jordaniens – tous prennent le chemin du Kremlin dans l’espoir que Vladimir Poutine, le nouveau maître du Moyen-Orient, puisse assurer leurs intérêts et résoudre leurs problèmes. »

Le Seoud ne fait pas autre chose, allant à Canossa, mangeant son keffieh en rabaissant très sérieusement ses folles prétentions syriennes (tiens, Assad ne doit plus partir finalement). Mais il y a peut-être plus, beaucoup plus, et plusieurs voix (ici ou ici) y décèlent un changement tectonique. Nous en revenons à notre pétrole yuanisé et à nos S400…

Certains ont dû avoir le hoquet en lisant qu’après la Turquie, Moscou allait également vendre son inégalable système anti-aérien à son ex-Némésis wahhabite. On le comprendrait mieux s’il s’agit de créer un environnement favorable à une transition saoudienne vers la dédollarisation et la multipolarité eurasienne, voire d’assurer la future défense du pays face aux réactions hystériques de l’empire trahi. L’avenir nous le dira…

L’avenir sourit à qui sait attendre et nous n’avons pas encore la réponse à cette interrogation aux conséquences tectoniques. Mais si nos petits stratèges de DC la Folle sont en alerte rouge, c’est que la question revient avec acuité sur le devant de la scène. Riyad vient de menacer Washington d’abandonner la vente de son pétrole en dollars si le NOPEC passe. Traduction : la fin du pétrodollar, l’un des principaux piliers de la puissance impériale depuis un demi-siècle.

NOPEC, quézako ? Dans un article au titre quelque peu neuneu – NOPEC, l’arme de destruction massive de Trump contre l’OPEP – et n’analysant évidemment pas le désastre stratégique que cela constituerait pour les Etats-Unis, la presse nous l’expliquait néanmoins clairement il y a quelques mois :

Alors que Donald Trump veut à tout prix faire baisser les cours du brut, une sous-commission du Sénat va étudier mercredi la loi Nopec qui aurait pour effet de lever l’immunité souveraine des Etats membres de l’Opep aux Etats-Unis.

Donald Trump sera-t-il prêt à tout pour faire baisser les cours du brut ? Le président américain, qui tente sans succès depuis l’été d’obtenir des pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) qu’ils augmentent encore davantage leur production afin de faire baisser les prix, pourrait sortir l’artillerie lourde, selon la presse américaine.

Baptisée Nopec, la « loi sur les cartels ne produisant et n’exportant pas de pétrole », va faire l’objet d’une audition ce mercredi 3 octobre devant le Sénat. Celle-ci modifierait la législation antitrust pour permettre de poursuivre pour collusion les pays de l’Opep et elle interdirait de restreindre la production d’hydrocarbures ou d’en fixer les prix. Rejetée jusqu’ici par Washington soucieux de ménager l’allié saoudien, leader du cartel, la proposition, régulièrement évoquée ces dix dernières années, serait, si elle aboutissait, un véritable coup de force des États-Unis. « L’Opep est la bête noire de Trump qui pourrait soutenir le Nopec ».

Les Saoudiens sont vent debout contre cette loi. Le mois dernier encore, ils annonçaient l’apocalypse lors de rencontres avec l’establishment financier de Wall Street. Il semble qu’ils aient maintenant passé la vitesse supérieure si l’on en croit leur menace d’abandonner le pétrodollar, « l’option nucléaire » comme elle est surnommée, et auprès de laquelle « l’arme de destruction massive » si chère à nos petits binoclards journalistiques fait figure de plaisanterie douteuse. Quand on connaît le poids de l’or noir, dont le commerce (principalement en dollars jusqu’à présent) est plus important que celui de tous les métaux bruts combinés, on comprend la portée de la chose…

Les Chinois sont extrêmement attentifs, eux qui font chaque jour un peu plus pression sur l’Arabie saoudite pour qu’elle leur vende son pétrole en yuans. Les Russes n’en perdent pas une miette non plus, l’option nucléaire saoudienne valant en l’occurrence bien plus que leurs derniers bijoux hypersoniques pourtant redoutables.

Sans surprise, le Deep State US ainsi que le lobby pétrolier s’opposent résolument au NOPEC qui, néanmoins, fait son bonhomme de chemin et passe l’un après l’autre les obstacles au Congrès. Car nous touchons là à l’éternelle contradiction historique entre intérêts nationaux et impériaux. La Rome du dernier siècle de la République en savait quelque chose, mais ceci est un autre sujet…

Ces Sénateurs et Représentants n’ont certes rien contre l’omnipotence américaine dans le monde mais ils ont aussi, petit détail fort incommodant, des électeurs. Eh oui, ces satanés citoyens qui ne s’intéressent, eux, qu’à leur fin de mois difficile et se fichent comme de l’an 40 des bases US dans le Rimland. On se rappelle qu’en 1992, à la grande consternation du Deep State, George Bush Senior, le président qui avait supervisé la chute de l’URSS et pouvait pousser à fond l’avantage de l’empire, avait été battu par un gringalet nommé Bill Clinton, qui ne faisait que promettre des jobs. Si l’Etat profond avait évidemment fini par récupérer ce dernier au bout de quelques années, les néo-cons se sont toujours mordu les doigts de n’avoir pas su placer un des leurs à la Maison Blanche en cette période cruciale du début de la décennie 90.

Pour les membres du Congrès, tournés vers la situation intérieure, l’équation est simple : NOPEC = pétrole moins cher = consommateurs contents = réélection. Avec, en passant, une petite gifle à l’Arabie Saoudite en prime, dont l’image dans le public américain est aussi écornée qu’un parchemin rassis du XIIIème siècle.

Le lobby pétrolier, lui, pense évidemment en sens inverse : or moins cher = moins de profits. Dans le même wagon, les producteurs de pétrole de schiste réclament à cor et à cri un baril au-dessus de 70$ pour couvrir les coûts énormes de la fracturation hydraulique. Quant au Deep State, il grince des dents en imaginant la fin du financement facile de ses guerres/bases/invasions/coups d’Etat, marque de fabrique impériale.

S’il y en a un qui doit être assez désarçonné en ce moment, c’est bien le Donald. Ayant mis un accent sincère durant sa campagne sur le pouvoir d’achat, il se lâche régulièrement en imprécations twitteresques contre l’OPEP, vilipendant le cartel pour cause de pétrole cher. D’un autre côté, au-delà même de savoir s’il a définitivement été drainé par le marais, un président américain peut-il réellement et sciemment laisser tomber le pétrodollar ? Le NOPEC n’est pas nouveau et, en leur temps, Bush Junior et Barrack à frites s’y sont tous deux fortement opposés, brandissant carrément la menace du veto. Si le Donald rêve indéniablement moins de gloire expansionniste que ses deux prédécesseurs et si son inclination personnelle et politique le pousserait à soutenir le NOPEC, va-t-il pour autant franchir le Rubicon ? Rien n’est moins sûr.

A Moscou et à Pékin, on attend la suite du feuilleton avec impatience. Que le NOPEC passe et que les Saoudiens mettent, pour une fois, leurs menaces à exécution, et c’est tout l’édifice impérial qui s’effrite, avec les gigantesques conséquences que l’on sait. Et même si, finalement, les choses rentrent d’une manière ou d’une autre dans l’ordre à Washington (torpillage du NOPEC au Congrès par le Deep State, veto présidentiel), l’épisode restera comme un coup de canif supplémentaire et indélébile à la majesté du pétrodollar. C’est, à ma connaissance, la première fois que les Seoud évoquent publiquement la possibilité d’abandonner le dollar. Une véritable révolution copernicienne devant laquelle Russes et Chinois se frottent les mains…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/nopec-dedollarisation-et-le-casse-tete-de-l-or-noir

Michel Midi avec Mohamed Hassan: Géostratégies US face à un monde qui change

Michel Midi avec Mohamed Hassan: Géostratégies US face à un monde qui change

 

Après « La stratégie du chaos » et « Jihad made in USA », Michel Collon poursuit nos entretiens avec Mohamed Hassan. Grand voyageur et grand érudit, Mohamed Hassan nous expliquera les bouleversements de trois régions : Moyen-Orient, Corne de l’Afrique, Asie. Face à un impérialisme US en difficultés et donc prêt à toutes sortes d’actions surprenantes et dangereuses…

 

Retrouvez « La stratégie du chaos » et « Jihad made in USA » sur notre boutique en ligne

 

https://www.investigaction.net/fr/michel-midi-avec-mohamed-hassan-geostrategies-us-face-a-un-monde-qui-change/

Vents d’Est

ANALYSIS

Vents d’Est

Après avoir reconquis militairement ses territoire du sud-ouest, réduit l’antre de la bête ; placé ses troupes faces aux unités d’élite israéliennes au Golan et encerclé les bases étrangères au nord-est, Damas vise désormais la province rebelle septentrionale d’Idleb sous un protectorat turc qui ne dit pas son nom.

A cet effet, la restructuration des forces armées syriennes en une force nouvelle, compacte, plus mobile et plus flexible de termes d’intégration et de coordination interarmes et/ou avec les forces auxilliaires, supplétives ou amies, menée en partenariat avec les russes,  les iraniens et le Hezbollah libanais, devrait permettre à Damas de poursuivre sa série d’offensives ciblées et par dessus tout d’éviter toute  confrontation armée directe avec la Turquie.

La guerre en Syrie a transformé la topographie stratégique du monde. Elle a divisé les pays du Golfe qui ont dépensé presque 4% du PIB mondial pour financer ce que l’on appelle le printemps Arabe, une opération de guerre hybride à grande échelle menée par les néoconservateurs pro-sionistes influançant la politique étrangère de Washington et de ses alliés,  avec un résultat égal à zéro. Pire, Israël se retrouve non seulement plus isolé que jamais mais son obssession à semer le chaos dans ses environnements proches et immédiats pour assurer sa supériorité stratégique a grandement renforcé ce que l’on appelle l’Axe de la résistance et si les avions de combat israéliens pouvaient en 2007 pénétrer en profondeur dans l’espace aérien syrien pour bombarder un réacteur nucléaire situé en plein Deir Ezzor, ils ne peuvent plus envoyer le moindre drone dans le ciel syrien et se contentent de mener des raids aériens à partir de l’espace aérien libanais voisin.

Certaines puissances qui ont allumé et entretenu le feu en Syrie ont tenté de faire du business avec ce conflit. D’autres ont en profité pour écouler leur vieux stocks d’armes ou de créer des besoins à partir du néant.

La guerre en Syrie a mis fin au cycle du mensonge. La propagande atlantiste n’a plus les moyens de son influence. Ce discrédit est total. Au point où le président US Donald Trump lui même qualifie des médias comme le Washington Post, le New York Times ou encore CNN de « Fake News ».

A quoi ont servi tous ces troubles au Proche et Moyen-Orient ayant hanté nos journaux télévisés depuis huit années?

Le maintien et la survie de la suprématie israélienne dans la région au delà du centenaire de sa création en 2048? Avec le vote sur le caractère juif raciste, exclusif  et fasciste de l’Etat d’Israël, la survie de cette entité est désormais une chimère qu’aucune force au monde ne pourra réaliser.

L’affaiblissement de la région MENA? Cette région du monde n’est pas du tout affaiblie puisque certains pays de cette région se sont totalement sanctuarisés d’un point de vue militaire. Les cas irakien, libyen et syrien ont servi de leçon mais l’éclatante  leçon nord-coréenne a fini par mettre fin à la perception d’une hégémonie basée sur le mythe de la surpuissance.

Par contre, une grande migration humaine s’est déclenchée: des millions d’individus fuyant les zones de guerre et d’instabilité se ruent sur l’Europe. Au point où des centaines de personnes débarquent sur les plages et les rivages tous les jours sans aucune solution en perspective.

Tandis qu’à Washington on se chamaille comme de vulgaires chiffoniers au sein même de l’Etat profond alors que certains Etats de l’Union s’écroulent et  alors que l’Europe se noie sous le poids d’une nouvelle grande migration humaine, la Chine tisse en toute quiétude ses liens de coopération avec l’Eurasie, l’Afrique et les Amériques. C’est d’ailleurs les chinois qui vont reconstruire la Syrie comme ils le font en Irak.

Les anciennes puissances peuvent toujours menacer. Le monde a profondément changé. Le soleil se lève à l’Est.

https://strategika51.org/archives/21292

« Si les chrétiens d’Orient ne trouvent pas leur place de citoyens, ils partiront »

 

« Si les chrétiens d’Orient ne trouvent pas leur place de citoyens, ils partiront »

Jean-Matthieu GAUTIER/CIRIC
Dans une église de Mossoul, en Syrie.
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Magistrat à la Cour des comptes et bénévole à l’Œuvre d’Orient, Charles Personnaz a remis début janvier un rapport à Emmanuel Macron sur « l’action de la France dans la protection du patrimoine du Moyen-Orient et le soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes de la région ». « Derrière la question de la protection du patrimoine et du soutien au réseau éducatif des communautés chrétiennes, c’est bien la question de la citoyenneté des chrétiens d’Orient qui est en jeu », affirme-t-il à Aleteia.

Au Moyen-Orient, « les communautés chrétiennes occupent une place singulière et irremplaçable dans le destin des nations auxquelles elles appartiennent, dont elles forment un rameau vivace et fécond », peut-on lire dans le rapport remis le 3 janvier par Charles Personnaz, magistrat à la Cour des comptes et bénévole à l’Œuvre d’Orient, à Emmanuel Macron. « Malgré des désillusions nombreuses, elles maintiennent, envers et contre tout, le combat pour des valeurs qui sont aussi celles de la France : la liberté, l’égalité, la fraternité, l’ouverture, l’esprit critique ». Alors que le président de la République a annoncé il y a quelques semaines la tenue à l’automne d’une nouvelle conférence à Paris sur les chrétiens d’Orient, Charles Personnaz revient sur les enjeux liés à la présence de communautés chrétiennes au Moyen-Orient ainsi qu’à la préservation de leur patrimoine.

Faire avancer la francophonie

Ce document s’inscrit dans les orientations qui ont été celles du président de la République depuis son arrivée à l’Élysée. « Orientations qu’il avait d’ailleurs rappelées lors de son discours inaugural de l’exposition « Chrétiens d’Orient : 2.000 ans d’histoire » à l’Institut du monde arabe fin 2017″, souligne auprès d’Aleteia Charmes Personnaz. « Il y a rappelé l’engagement que devait avoir la France à leur égard et a réaffirmé sa volonté de faire avancer la francophonie dans cette région du monde. Il a également multiplié les prises de position comme quoi la stabilité et la paix passait par des efforts supplémentaires en matière d’éducation et de culture. À titre personnel, j’ai été chargé de mission à l’Œuvre d’Orient pendant sept ans sur les questions culturelles et le patrimoine. Je pense que c’est l’une des raisons pour lesquelles cette mission m’a été confiée ».

Aleteia : À la lecture de votre rapport, on constate que vous vous êtes intéressé principalement à deux domaines : le patrimoine et le réseau éducatif des communautés chrétiennes. Pourquoi les avoir liées ?
Charles Personnaz : La protection du patrimoine du Moyen-Orient comme le soutien au réseau éducation des communautés chrétiennes de la région ont comme pivot commun la question de la citoyenneté des chrétiens d’Orient. Grâce au patrimoine, vous savez que vous êtes un citoyen de plein droit car vous voyez concrètement comment votre communauté a participé, depuis 2.000 ans, à la construction des pays arabes. Par l’éducation vous rentrez pleinement dans le futur de ces sociétés. En d’autres termes, comme je l’écris dans le rapport, en protégeant et en mettant en valeur l’héritage des siècles, les communautés chrétiennes manifestent l’ancienneté de leur vie dans la région et leur rôle historique. Et, en parallèle, en éduquant des centaines de milliers d’enfants, riches et pauvres, filles et garçons, chrétiens et musulmans, dans les grandes villes comme dans les campagnes, leurs écoles construisent la citoyenneté de demain, respectueuse des identités de chacun et favorisant l’égalité entre tous. Si les chrétiens ne trouvent pas leur place de citoyen ils partiront.

Quel rôle particulier ont les écoles des communautés chrétiennes au Moyen-Orient ?
Elles scolarisent 2 millions d’élèves, dont 400.000 parlent ou apprennent le français. Ces écoles, en accueillant tout le monde, c’est-à-dire des chrétiens et des musulmans, des filles et des garçons, des enfants pauvres, des handicapés… fournissent dans ces pays un service public irremplaçable. Je pèse mes mots. Le réseau des écoles chrétiennes au Moyen-Orient offre un triple service public : aux communautés chrétiennes, il donne les moyens de construire un avenir sur place ; aux États arabes, il apporte la qualité d’un enseignement ouvert à tous et ouvert au monde ; à la France, il donne un relais irremplaçable pour le rayonnement de sa culture qu’elle a en partage avec le Proche et le Moyen-Orient.

Que proposez-vous pour soutenir ce réseau éducatif ?
Je crois qu’il faut créer un fonds public-privé doté de deux millions d’euros chaque année (la moitié serait payée par l’État) et qui aurait comme vocation de financer deux choses : les actions du corps enseignants sur place (voyages, projets pédagogiques…), leur formation, et l’envoi de volontaires français. Je propose également d’étendre le réseau Barnabé(réseau de coopération de l’enseignement catholique avec les écoles chrétiennes de Terre sainte, ndlr) au-delà de la Terre sainte. L’urgence est grande pour ces communautés dont on sait l’effort qu’elles font en faveur de l’éducation.

Comment justifier que la France, pays laïc, puisse financer les écoles de communautés chrétiennes ?
Au Moyen-Orient, ces écoles chrétiennes sont des garantes de la laïcité. En accueillant tout le monde, elles font nettement la différence entre ce qui relève du civil et religieux ; elles s’astreignent à une stricte neutralité. Dans un Moyen-Orient où la distinction entre les deux est difficile à faire, elles sont un signe de laïcité. Chaque chose y est à sa place.

Au-delà des communautés chrétiennes, vous rappelez que le maintien de ce réseau éducatif est un enjeu pour la France…
Aujourd’hui, la francophonie couvre l’ensemble de la région. Certains disent qu’elle « vit à crédit », mais elle existe. Le danger est qu’elle se rétracte sur deux pôles : le Liban et deux villes égyptiennes, Alexandrie et Le Caire. L’enjeu — et l’urgence — est de ne pas abandonner ce cercle plus lointain d’écoles qui enseignent le français et qui pourrait basculer dans l’anglais. Ces deux langues, le français et l’anglais, ne véhiculent pas la même chose. Au Moyen-Orient l’anglais est appris dans un sens utilitaire tandis que le français est conçu comme une langue de civilisation. De Paris on juge cela incantatoire mais quand on est sur le terrain, qu’on entre dans ces écoles et qu’on voit des élèves étudier La Vénus d’Ile de Mérimée c’est frappant : le français est une langue qui forme à l’esprit critique.

 

 

 

Netanyahou aux Arabes : « Faites avancer l’intérêt commun de la guerre avec l’Iran »

Netanyahou aux Arabes :
« Faites avancer l’intérêt commun de la guerre avec l’Iran »


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 13 février 2019

Les États-Unis avaient appelé à une réunion anti-iranienne de haut niveau en Pologne. Le but de la réunion était de mettre leurs alliés et leurs caniches en conformité avec l’ordre du jour américain sur l’Iran, pour au moins les inciter à adopter des sanctions plus sévères. Mais les Européens ont rejeté la proposition.

Le département d’État a ensuite modifié l’ordre du jour :

« L’idée était d’organiser une conférence, une réunion ministérielle et de briser notre isolement diplomatique sur l’Iran », a déclaré une personne familiarisée avec la planification de cet événement. « Cela a commencé comme une conférence déguisée sur l'Iran, mais a probablement dû assumer un contenu plus vaste et plus actuel sur le Moyen-Orient. »

La personne a ajouté : « Ils ont modifié certains points de l'agenda et ont été contraints de se contenter de débats sur la Syrie et le Yémen en particulier. »

La réunion a eu lieu aujourd’hui, mais les puissances européennes ne sont pas tombées dans le piège. Elles veulent conserver l’accord nucléaire avec l’Iran :

Même la Pologne a déclaré mardi qu'elle n'était pas d'accord avec l'approche américaine vis-à-vis de l'Iran. Le ministre des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, a déclaré à la presse que l'accord sur le nucléaire était précieux et a exprimé l'espoir que la conférence pourrait aider les participants à trouver un terrain d'entente.

Bien que la délégation américaine comprenne le vice-président Mike Pence, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le conseiller principal de la Maison Blanche Jared Kushner, d’autres acteurs importants ont refusé de participer ou ont envoyé des délégations de niveau inférieur. Federica Mogherini, responsable de la politique étrangère de l'UE, a déclaré qu'elle avait d'autres engagements.

L’Allemagne et la France n’ont envoyé que du personnel de niveau inférieur. Le ministre britannique des Affaires étrangères ne participera qu’à une séance parallèle sur le Yémen.

Le département d’État s’est donné du mal pour brouiller l’objectif réel de la conférence. Son communiqué de presse dit aujourd’hui :

L'ordre du jour est vaste et comprendra une discussion sur les efforts déployés par l'administration US pour promouvoir une paix globale et durable entre Israël et les Palestiniens, ainsi qu'une discussion sur la manière de faire face aux crises humanitaires régionales en cours. Le Secrétaire US fera le point sur la situation en Syrie et discutera des autres priorités des États-Unis dans la région, notamment des préoccupations concernant les activités destructrices de l’Iran.

Des séances plus restreintes permettront aux ministres de se concentrer sur des domaines de préoccupation spécifiques tels que le développement et la prolifération des missiles, la cybersécurité et les menaces émergentes, ainsi que le terrorisme et les financements illicites.

Cet effort du Département d’État visant à dissimuler quelque peu le véritable agenda a été saboté lorsque le Premier ministre israélien est arrivé et a précisé le sens de la réunion :

« Je vais à une réunion avec soixante ministres des Affaires étrangères, et des envoyés des pays du monde entier contre l'Iran. Ce qui est important dans cette réunion - et cette réunion n’est pas secrète, car il y en a beaucoup de semblables - c’est qu’il s’agit d’une réunion ouverte avec les représentants des principaux pays arabes, réunis en Israël pour promouvoir l’intérêt commun d'une guerre avec l'Iran ».

[Mise à jour 15h40]

La déclaration a maintenant été changée en « combattre l’Iran ». Mais ce n’est pas ce que Netanyahou a déclaré à Varsovie et il existe une vidéo pour le prouver. Il y avait aussi des témoins :

Aron Heller @aronhellerap 18:44 utc - 13 fév 2019

Est-ce que @netanyahu a vraiment dit « guerre » avec l'Iran ? J'étais là et le mot était « milchama » = guerre.

[Fin de mise à jour]

Pourquoi Netanyahou fait-il cela ?

Aucun autre pays, à l’exception peut-être des États-Unis, n’a intérêt à faire la guerre à l’Iran. Certainement pas les pays arabes proches du golfe Persique. En cas de guerre, ils sont tous extrêmement vulnérables aux représailles iraniennes. Leurs installations pétrolières et gazières seraient sérieusement en danger. Les usines de dessalement qui fournissent leur eau potable sont facilement accessibles aux missiles iraniens.

En affirmant que la conférence avait pour objet de faire la guerre à l’Iran, Netanyahou n’embarrasse pas seulement le département d’État et le secrétaire américain Mike Pompeo. Il rend également extrêmement difficile pour les autres participants de justifier leur présence. Les Arabes seront particulièrement furieux d’être présentés dans une alliance aussi ouverte avec Israël et son hostilité à l’Iran. Il est bon de faire des arrangements avec Israël en douce. Mais être publiquement associé à un Israël belliciste est difficile à vendre à leur peuple. Il ne serait pas surprenant de voir certains d’entre eux partir.

L’ensemble de la conférence était une initiative propre à l’administration Trump. Au lieu de montrer l’unité avec ses alliés, elle n’a fait maintenant que montrer la profondeur de leur désaccord. La déclaration de Netanyahou pourrait l’aider à gagner des voix lors des prochaines élections en Israël. Mais l’alliance espérée avec les Arabes du Golfe est plus éloignée qu’elle ne l’a jamais été.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/netanyahou-aux-arabes-faites-avancer-linteret-commun-de-la-guerre-avec-liran

 

Le pétrole, un enjeu sanglant entre les peuples ?

Le pétrole, un enjeu sanglant entre les peuples ?


Par Christine Cuny − Janvier 2019

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Il faut rappeler que le mouvement des Gilets Jaunes s’est mis en branle à la suite de, et en réaction contre, la flambée du prix du carburant. Or, n’oublions pas qu’au-delà de l’essence qui permet aux « citoyen(nes) » de se déplacer quotidiennement pour aller travailler, et des différents produits dérivés qui pourvoient à un grand nombre de leurs besoins matériels, il y a un élément primordial : c’est l’or noir.

Pour mettre en lumière le rôle essentiel que celui-ci occupe désormais dans l’existence d’un peuple dit « civilisé » comme le nôtre, et la façon dont il continue à impacter des relations internationales qui, malgré l’existence d’organisations censées neutraliser les conflits, restent marquées par l’instabilité, il nous est nécessaire de revenir une fois de plus à la guerre de 1914-1918. Car, si sur le plan humain elle fut un désastre à jamais irréparable, il faut redire à quel point elle s’est révélée à l’inverse, le moyen, pour certaines puissances engagées dans le conflit, de s’assurer un véritable triomphe politique et économique pour le présent, mais aussi pour le futur.

Le pétrole, en particulier, y avait gagné son titre de gloire en apportant sa contribution à la résolution d’un conflit qui perdurait depuis quatre ans, à tel point que lors d’un banquet organisé à Londres, le 21 novembre 1918, Lord Curzon, ministre britannique des affaires étrangères, avait déclenché de vifs applaudissements dans l’assistance en déclarant, dans un discours enflammé :
« Tous les produits du pétrole – l’huile combustible, l’essence-aviation, l’essence-moteur, l’huile de graissage, etc., etc. – ont eu une part égale d’importance dans la guerre. En vérité, l’avenir dira que les alliés ont été portés à la victoire sur des flots de pétrole ! ».

Métaphore qui n’avait rien d’exagéré car, si l’on en croit William Engdahl dans son ouvrage Pétrole, une guerre d’un siècle :

 « En 1914, au début de la guerre, l’armée française disposait de 110 camions, 60 tracteurs et 132 avions. En 1918, quatre ans plus tard, les chiffres étaient de 70 000 camions, 12 000 avions tandis que les Britanniques et dans les derniers mois les Américains, engageaient au combat 105 000 camions et plus de 4 000 avions. L’offensive finale anglo-franco-américaine sur le front occidental consomma la quantité stupéfiante de 12 000 barils de pétrole par jour. »

Placés devant la nécessité d’assurer l’approvisionnement de quantités colossales de pétrole pour le transport des troupes et des équipements, et pour la fabrication d’explosifs, les États des pays belligérants avaient dû en prendre directement le contrôle et la gestion, comme ils avaient été contraints de le faire, pour tout ce qui était indispensable à la poursuite de la guerre en vue de la victoire, ce qui, par ailleurs, était tout à fait inédit en matière d’intervention économique.

Or, de ce côté-là, Lord Curzon, porte-parole des Britanniques, ne pouvait que se féliciter des résultats tout à fait satisfaisants qui avaient été obtenus :

« Nous avons eu à exercer d’une façon tout à fait stricte les pouvoirs de l’État, en prenant en mains le contrôle de plusieurs produits essentiels à la vie nationale. Parmi ces produits nationaux et internationaux, le plus important fut le pétrole. »

Et pour cause… La Grande Bretagne, dont la suprématie économique n’avait jusque-là jamais été démentie, avait fini par s’inquiéter de la montée en puissance des États-Unis, en raison de leurs capacités de production du précieux combustible. Ainsi se préparait un changement majeur dans les rapports de force internationaux que la guerre avait par ailleurs confirmé, les champs pétrolifères étasuniens ayant fourni 80% des besoins en pétrole des Alliés. Dans la mesure où le pétrole était susceptible de supplanter le charbon, dont la Grande-Bretagne avait été jusqu’à présent le principal producteur et pourvoyeur, l’hégémonie de l’Empire britannique était plus que jamais menacée.

À ce propos, William Engdahl remarque que l’ « on évoque (…) rarement le fait que bien avant 1914, les objectifs stratégiques géopolitiques de la Grande-Bretagne n’impliquaient pas seulement l’écrasement de son grand rival industriel allemand, mais aussi, par le moyen de la conquête, la garantie d’un contrôle britannique incontesté sur ces précieuses ressources pétrolières qui depuis 1919 s’étaient imposées comme la matière première stratégique indispensable au développement économique. »

Obnubilés, jusque dans leurs relations avec les autres puissances, par la préoccupation de préserver, coûte que coûte, les intérêts fondamentaux liés à la pérennisation de leur domination économique sur le monde, les Britanniques ne se montraient guère plus tendre avec leurs « alliés » qu’avec leurs rivaux déclarés…

Si l’on en croît William Engdahl,

« Tandis que la France et l’Allemagne étaient occupées à s’entretuer dans une boucherie sanglante et inutile le long de la ligne Maginot, la Grande-Bretagne déplaçait plus de 1 400 000 de ses soldats, un nombre étonnant, vers le théâtre oriental. »

Faut-il donc le redire ? La guerre de 1914-1918 a eu comme élément déclencheur bien autre chose que l’assassinat de l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie par un obscur « fanatique » serbe, et elle avait une tout autre motivation que la prétendue défense des peuples et de leurs territoires : ses véritables buts étaient secrets, parce qu’en réalité inavouables. William Engdahl nous en donne un aperçu qui ne peut que nous glacer le sang…

« L’examen des véritables relations financières entre les principaux intérêts en guerre révèle un extraordinaire arrière-plan de crédits secrets associés à des plans détaillés pour ré-allouer, après la guerre, les matières premières et la richesse matérielle du monde entier et particulièrement les zones de l’Empire ottoman qui étaient réputées receler des réserves pétrolières. »

Et la France dans tout cela ? Paraît-il qu’elle manquait de pétrole : pourquoi donc n’aurait-elle pas tenté de profiter des marrons que sa chère « alliée », la Grande-Bretagne, aurait bien voulu tirer du feu (pour ses beaux yeux ?) du côté de l’Empire ottoman ou encore, et ce qui était bien plus près, dans les colonies qu’il suffirait de rafler au « barbare teuton » ? …

Pour William Engdahl,

« …rien mieux que l’accord secret signé en 1916, au plus fort de la bataille, ne démontre les objectifs cachés des puissances alliées contre les puissances centrales regroupées autour de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie et de la Turquie ottomane lors de la guerre de 1914-1918. Les signataires en étaient la Grande-Bretagne, la France et plus tard l’Italie et la Russie tsariste. »

En fait, comme le constate le même auteur, aucune guerre n’avait jusqu’alors révélé aux grandes puissances « l’importance primordiale de l’approvisionnement pétrolier pour le futur de la sécurité militaire ou économique ». En apposant sa signature sur l’accord secret Sykes-Picot censé lui garantir sa part d’or noir, grâce à un dépeçage en règle des régions productrices, la France conclurait un pacte d’infamie dont elle continuerait, un siècle plus tard, à subir des effets lourds de conséquences.

Car, pendant que le peuple français semble n’être préoccupé que par le prix du carburant et par les taxes qui le grèvent, la guerre n’a toujours pas lâché prise dans ce Moyen Orient si convoité où, tout là-bas, en Syrie et en Palestine, d’autres peuples continuent de s’entretuer ou bien, quand ils le peuvent, de s’exiler pour préserver leur vie.

Est-ce donc vraiment si loin, que cela nous touche si peu, nous les Français(es) qui croyons encore pouvoir nous porter garant(e)s de ce beau pays des Droits de l’Homme et du … Citoyen ?

Christine Cuny

http://lesakerfrancophone.fr/le-petrole-un-enjeu-sanglant-entre-les-peuples

 

Le discours de Pompeo sur le Moyen Orient

Le discours de Pompeo sur le Moyen Orient


…de simples promesses creuses


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama – Le 10 janvier 2019

Aujourd’hui, Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, s’est rendu en Égypte où il a tenu un discours quelque peu délirant à l’Université américaine du Caire. Celui-ci fait la une des journaux :

“Une Force du Bien : L’Amérique redynamisée au Moyen-Orient”

Il n’y a pas grand-chose dans le discours qui soutienne le titre. Ça commence par des fanfaronnades :

Parce que je suis un militaire de formation, je vais être très franc et direct aujourd’hui : l’Amérique est une force du bien au Moyen-Orient.

Nous devons reconnaître cette vérité, car si nous ne le faisons pas, nous faisons de mauvais choix – pour maintenant et pour l’avenir.

Pompeo blâme Obama pour les ennuis causés par la “Force du Bien” :

Rappelez-vous : c’est ici, dans cette ville, qu’un autre Américain s’est tenu devant vous.

Il vous a dit que le terrorisme islamiste radical ne découle pas d’une idéologie. Il vous a dit que le 11 septembre a conduit mon pays à abandonner ses idéaux, en particulier au Moyen-Orient. Il vous a dit que les États-Unis et le monde musulman avaient besoin, je cite, “d’un nouveau départ”, fin de citation. Ces erreurs de jugement ont eu des conséquences désastreuses.

En nous voyant faussement comme une force affligeant le Moyen-Orient, nous avons été timides dans nos actions alors que l’époque – et nos partenaires – demandaient le contraire.

La bonne nouvelle. La bonne nouvelle est la suivante : l’époque de la honte américaine auto-infligée est révolue, de même que les politiques qui ont produit tant de souffrances inutiles. Maintenant vient le vrai nouveau départ.

S’ensuit une liste de déclarations faussaires et d’affirmations non  étayés :

Pour ceux qui s’inquiètent de l’utilisation de la puissance américaine, rappelez-vous ceci : lAmérique a toujours été, et sera toujours, une force libératrice, pas une puissance occupante. Nous n’avons jamais rêvé de dominer le Moyen-Orient.

Pompéo ignore la doctrine Carter, encore valide, qui exige la domination exclusive des États-Unis au Moyen-Orient : “Toute tentative par une force extérieure de prendre le contrôle de la région du golfe Persique sera considérée comme une attaque contre les intérêts vitaux des États-Unis d’Amérique, et une telle attaque sera repoussée par tous les moyens nécessaires, y compris la force militaire.”

Pompeo continue :

Quand la mission est terminée, quand le travail est terminé, l’Amérique s’en va. Aujourd’hui, en Irak, à l’invitation du gouvernement, nous avons environ 5 000 soldats alors qu’ils étaient 166 000 auparavant. Il fut un temps où des dizaines de milliers de militaires américains étaient stationnés en Arabie saoudite. Maintenant, ce chiffre n’est plus qu’une infime fraction.

En 2011, le Premier ministre irakien Nuri al-Maliki a refusé de signer un accord sur le statut de la force qui aurait donné des droits spéciaux aux troupes américaines en Irak. En conséquence, les États-Unis ont dû se retirer d’Irak. Quelques troupes sont revenues pour combattre État islamique qu’Obama avait laissé se développer dans le but non avoué d’éjecter Maliki. Ces troupes devront elles aussi partir. Après la guerre de 1991 contre l’Irak, l’Arabie saoudite a subi des pressions des islamistes radicaux pour expulser les nombreuses troupes américaines du pays. Plusieurs milliers sont pourtant restés. Après l’attentat à la bombe contre la tour de Kohbar en 1996, les autres ont dû partir aussi. Dans les deux cas, la retraite n’était pas volontaire.

Le discours se poursuit par un long passage où il dénigre l’Iran et fait l’éloge d’Israël. Pompeo dit que l’administration Trump souhaite établir une Alliance stratégique pour le Moyen-Orient, une OTAN arabe qui s’allierait à Israël. Un rêve chimérique, né de l’ignorance pure et simple, voué à l’échec.

Nous constatons également des changements remarquables. De nouveaux liens inimaginables jusqu’à tout récemment prennent racine. Qui aurait pu croire il y a quelques années qu’un premier ministre israélien visiterait Mascate ?

Le Premier ministre israélien de l’époque, M. Rabin, s’est rendu à Oman en 1994. Deux ans plus tard, le premier ministre Shimon Peres a suivi. Donc oui, beaucoup de gens pouvaient s’y attendre. Cependant, aucun d’entre eux ne pense qu’une “alliance stratégique pour le Moyen-Orient” dépassera le stade de simple sujet de discussion.

Le discours en vient ensuite au cœur de la pensée politique de Trump :

Soyons clairs : l’Amérique ne reculera pas tant que la lutte contre la terreur ne sera pas terminée. Mais comme l’a dit le président Trump, nous attendons de nos partenaires qu’ils en fassent plus et, dans cet effort, nous irons de l’avant ensemble.

Pour notre part, les frappes aériennes dans la région se poursuivront au fur et à mesure que des objectifs apparaîtront.

Au fur et à mesure que les combats se poursuivront, nous continuerons d’aider nos partenaires dans leurs efforts pour garder les frontières, poursuivre les terroristes, filtrer les voyageurs, aider les réfugiés, et plus encore. Mais “aider” est le mot clé.

Ceux qui veulent combattre l’Iran jusqu’au dernier soldat américain, c’est-à-dire Israël et l’Arabie saoudite, n’aimeront pas entendre cela. Sous Trump, les États-Unis ne veulent plus mourir pour leur combat.

A propos de la Syrie :

Soyons clairs : l’Amérique ne reculera pas tant que la lutte contre la terreur ne sera pas terminée. (…) Le président Trump a pris la décision de ramener nos troupes de Syrie. Nous le faisons et c’est le moment, mais cela n’indique  pas un changement de mission.

En Syrie, les États-Unis feront appel à la diplomatie et travailleront avec leurs partenaires pour expulser jusqu’à la dernière paire de bottes iranienne. Nous travailleront dans le cadre d’un processus dirigé par l’ONU pour apporter paix et stabilité au peuple syrien qui souffre depuis longtemps. Il n’y aura pas d’aide américaine à la reconstruction des régions syrienne détenues par Assad tant que l’Iran et ses forces de substitution ne se seront pas retirés et tant que nous n’aurons pas vu des progrès irréversibles vers une résolution politique.

C’est une révocation du plan de John Bolton qui voulait rester en Syrie, pour défendre les Kurdes d’une invasion turque ou pour toute autre raison. En effet, les Kurdes syriens ne sont pas du tout mentionnés dans le discours de Pompéo. Ils en prendront sûrement note.

Il n’est pas fait mention non plus des droits de l’homme, de Khashoggi, de la liberté ou de l’existence d’un État palestinien.

Le discours se termine comme il a commencé, en louant “la bonté innée de l’Amérique”.

Daniel Larison trouve que ce discours est un exercice d’arrogante auto-satisfaction. Je suis d’accord.

Pour le peuple et les dirigeants du Moyen-Orient, le discours n’offre rien. On leur dit qu’ils sont seuls. Les États-Unis ne joueront plus le rôle de “cité lumineuse sur la colline” et ils ne se battront plus pour des intérêts autres que les leurs. Ils ne veulent que des relations purement techniques avec le moins d’implication physique possible.

Il y a beaucoup d’appui en faveur d’Israël dans le discours et une quantité égale de dénigrement de l’Iran. Mais il n’y a aucune promesse que les États-Unis sont prêts à faire plus que de la démagogie verbale et ils continueront juste à “contenir” l’Iran de façon inefficace.

Dans l’ensemble, le discours de Pompeo s’adressait davantage à un public américain qu’à un public moyen-oriental. Les faucons anti-Iran, les évangélistes et le président Trump vont adorer. Les interventionnistes libéraux et les néoconservateurs le critiqueront.

Bien que le discours indique une direction que les forces plus isolationnistes aux États-Unis appuieront, il ne garantit pas que les décisions politiques iront dans le même sens. Car même si Trump veut aller dans le sens d’une moindre implication américaine, il y a d’autres forces dans son administration qui tentent de le pousser dans de nouveaux conflits.

Dans ces circonstances, ce n’est rien de plus qu’une donnée montrant ce qui pourrait advenir.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par jj pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/w-le-discours-de-pompeo-sur-le-moyen-orient