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Syrak et alentours

Syrak et alentours

21 Septembre 2019

Si l’on devait faire un classement des régions du monde qui déçoivent rarement en terme d’événementiel géopolitique, le Moyen-Orient serait assurément dans le peloton de tête. De la guerre syrienne allumée en 2011 pour casser l’arc chiite à la récente escalade, le grand bras de fer engagé entre Iran & alliés d’un côté, système impérial américano-israoudien de l’autre, ne cesse de produire son lot de rebondissements.

Dans ce monstrueux duel, les Iraniens ont très vite compris que leur seule planche de salut était la guerre asymétrique, comme nous l’expliquions dans un billet qui avait des airs prémonitoires il y a quatre mois :

Ne donnant pas leur part au chien, le Hezbollah et les milices chiites irakiennes entreront évidemment dans la danse si Téhéran est attaqué, tandis que les Houthis du Yémen commencent à cartonner les pipelines d’Aramco en Arabie saoudite même. Le rayon d’action de leurs drones couvre la presque totalité du territoire saoudien et ils peuvent maintenant toucher n’importe quelle installation pétrolière. Les grassouillets cheikhs wahhabites semblent quelque peu paniqués de voir leur or noir pris entre l’enclume du détroit d’Ormuz et le marteau houthi.

Devant la formidable guerre asymétrique qui peut être déclenchée à tout moment par l’Iran, il n’est pas sûr que l’empire franchisse le Rubicon. Comme le dit un proverbe persan, « n’ouvrez pas la porte que vous serez incapable de refermer »…

Nous reviendrons plus bas sur les drones houthis, dont on parle évidemment beaucoup depuis une semaine, mais attardons-nous un instant sur les milices chiites. A travers le Moyen-Orient, celles-ci sont au nombre d’une centaine. Ces groupes, fidèles proxies de Téhéran, compteraient environ 180 000 combattants et sont souvent cornaqués par les Gardiens de la Révolution et Qassem Soleimani. Ils permettent à l’Iran de peser puissamment sur les affaires de la région tout en ayant un budget militaire cinq fois moins élevé que celui de l’Arabie saoudite. Cerise sur le gâteau, ils s’intègrent intelligemment dans le processus politique local (Hezbollah au Liban, UMP en Irak, Houthis au Yémen), rendant fous les stratèges impériaux qui ne savent comment les contrer. La guerre asymétrique par excellence, comme le détaille un excellent article du New Yorker qui, s’il ne nous apprend rien de fondamental, a le mérite de poser clairement et objectivement les bases de l’analyse.

D’encerclé il y une quinzaine d’années…

l’Iran est presque devenu l’encercleur…

Entre la présence de ses associés chiites en Irak, en Syrie, au Liban, au Yémen, en Afghanistan voire même au Pakistan, les alliances avec la Russie (R) et la Chine (C), et les bonnes relations avec l’Inde (I), la Turquie, l’Arménie (A), Oman (O) ou le Qatar (Q), Téhéran a magnifiquement retourné la situation. On comprend mieux pourquoi les petits génies de Washington et leurs chers alliés israoudiens s’arrachent les cheveux…

Ce qui nous amène aux attaques sur les installations pétrolières du royaume wahhabite, qui font encore couler beaucoup d’encre et semblent même constituer un de ces moments-clé à partir duquel les acteurs changent leur fusil d’épaule et redéfinissent leur politique à venir.

Le débat continue sur l’origine des attaques, y compris parmi les lecteurs du blog. Houthis du Yémen, milices chiites irakiennes, Iran, commando infiltré ? Les possibilités sont nombreuses et attisent les interrogations passionnées. C’est le propre de la guerre asymétrique que d’entretenir un tel flou et les rusés Perses sont passés maîtres dans ce domaine.

La thèse des UMP pro-iraniennes d’Irak a très vite été mise en avant et pourrait être confirmée par la double vague de frappes aériennes dont elles ont été victimes le 17 et 18 septembre à Al Bukamal, lieu stratégique d’entre tous comme le savent parfaitement les habitués de nos Chroniques. Si la participation israélienne est évidente (nous y reviendrons), la complicité saoudienne a été suspectée, bien que Riyad ait vigoureusement démenti.

Cependant, l’hypothèse houthie reste solide et nous avons vu, dans le billet de mai cité plus haut, que les chiites yéménites n’en sont pas à leur premier coup d’essai, ayant déjà touché le pipeline central d’Aramco. La portée de leurs drones couvre toute l’Arabie saoudite, dont les gisements touchés la semaine dernière. L’origine houthie des attaques pourrait d’ailleurs être validée par l’offre de paix saoudienne en échange de l’arrêt des tirs de missiles/drones. Est-ce le début de la fin de la désastreuse aventure wahhabite au Yémen ? A suivre…

Plus que les conséquences, somme toutes passagères, sur le prix du baril, ce sont les répercussions stratégiques de ces attaques qui sont saisissantes, notamment sur la sacro-sainte alliance américano-saoudienne. Le Seoud, habitué à acheter des « alliés » grâce à son pétrodollar, se sent soudain bien seul, ce qui peut expliquer l’étonnante ouverture faite aux Houthis. La mesure symbolique de Washington consistant à envoyer quelques soldats supplémentaires ne trompe personne et surtout pas Riyad. Pompeo a certes fait la tournée des popotes et parlé d' »acte de guerre »  mais, une fois dans l’avion, a vite refroidi les éventuelles ardeurs guerrières des uns et des autres. En l’état des choses, pas question pour les Etats-Unis de s’attaquer à l’Iran.

Les Américains sont empêtrés dans le labyrinthe qu’ils ont eux-mêmes créé. En affirmant que les drones et missiles venaient d’Iran ou d’Irak, ils ont indirectement remis en cause l’utilité de leurs bases moyen-orientales et fait passer le CentCom pour un ramassis d’amateurs. Déjà que le Pentagone n’était pas très chaud sur ce dossier, ce genre de désaveu public ne fera rien pour arranger les choses.

De toute façon, l’intervention militaire n’a jamais vraiment été une option et seuls 13% des Etats-uniens y sont favorables. L’image de plus en plus désastreuse de la Saoudie dans l’opinion publique y est sans doute pour quelque chose…

Aussi, le panier de crabes de Washington apparaît pour ce qu’il est de plus en plus : un chien qui aboie mais ne mord pas, attitude assez suicidaire pour un empire en déclin. Le Moyen-Orient a pris bonne note de la faiblesse américaine et, par contraste, de la solidité des alliances russes, particulièrement depuis l’entrée en guerre de Moscou en Syrie en 2015.

Au Kremlin, on l’a bien compris et Poutine apparaît une nouvelle fois comme le faiseur de rois, au grand dam de l’establishment impérial US. Lors du sommet tripartite Russie-Iran-Turquie sur la Syrie, l’œil pétillant de malice, il a nargué les Américains sous les yeux hilares de Rouhani et d’Erdogan, en conseillant aux Saoudiens d’imiter les Iraniens et les Turcs et d’acheter des S-300/S-400, moquant en creux l’inefficacité des systèmes US.

La belle Maria, porte-parole du MAE russe en a rajouté une couche, ironisant sur les superlatifs habituellement utilisés par Trump : « Nous nous souvenons encore des « fantastiques » missiles américains qui ont manqué leur cible il y a plus d’un an en Syrie. Et maintenant, leur « brillant » système anti-aérien, incapable de repousser une attaque ». Aux dernières nouvelles, Donaldinho est parti jouer au golf…https://youtu.be/EVG02gfD6lg

Géopolitiquement parlant, le reflux américain et le retour russe sont les faits marquants de la décennie au Moyen-Orient. Bases militaires, diplomatie active, renouveau des alliances, ventes d’équipement dernier cri : l’ours a posé sa patte et ne la retirera plus. Aux autres de s’adapter. Israël par exemple, qui, pour la première fois de son histoire, se trouve face à un environnement non permissif. Dans le dernier billet, nous expliquions :

En pleine campagne de réelection, Bibi la Terreur a une nouvelle fois pris le chemin de Sochi pour rencontrer Poutine et montrer sa stature internationale à son électorat. Il a dû déchanter… Vladimirovitch l’a fait attendre trois heures et lui aurait opposé un niet abrupt aux futures incursions aériennes israéliennes en Syrie. Le conditionnel reste de mise tant le Moyen-Orient est habitué aux retournements de situation, mais l’info, d’abord donnée par l’édition en arabe de The Independent avant d’être reprise par la presse israélienne puis par Zero Hedge, semble solide.

Les Russes auraient d’ailleurs, à trois reprises, empêché des frappes israéliennes sur des cibles chiites/iraniennes. Cela fait d’ailleurs écho à ce qu’a rapporté un site russe d’aviation il y a quelques jours : des Sukhois-35 déployés dans la province de Deraa pour empêcher un bombardement israélien.

Toujours est-il que Poutine aurait remis (conditionnel toujours de mise) les pendules à l’heure en traçant une ligne rouge devant Nétanyahou : désormais, tout avion bombardant la Syrie sera abattu par les chasseurs russes ou les S-400. Apparemment, le maître du Kremlin est même allé, fait nouveau, jusqu’à condamner « l’agression israélienne au Liban » (l’incident du drone la semaine dernière, ndlr) et a prévenu son interlocuteur de se garder de renouveler la chose.

La crédibilité de Moscou était effectivement en jeu et le conditionnel semble un peu moins de mise. Si les Israéliens ont pu frapper Al Bukamal en faisant le détour jordanien, ils en ont été empêchés ailleurs les 18 et 19 septembre, l’ours leur ayant fermé le ciel syrien. Selon des sources généralement bien renseignées, les Russes auraient également donné le feu vert aux Syriens pour utiliser les S-300 contre toute menace venant de Tel Aviv (cela n’avait donc pas été fait ?) et mis leurs propres S-400 en alerte. Pire, dans la nuit de jeudi, un drone israélien aurait carrément été abattu par des Sukhois !

Si certaines de ces informations sont encore à confirmer, le fait qu’elles aillent toutes dans la même direction indique un changement de ton au Kremlin, qui semble passer la vitesse supérieure.Tag(s) : #Moyen-Orient#Etats-Unis#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/09/syrak-et-alentours.html

.https://youtu.be/EVG02gfD6lg

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Petites et grandes manoeuvres

Petites et grandes manoeuvres

14 Septembre 2019

Temps incertains et passionnants, faits de continuités et de recompositions, d’alliances inamovibles ou d’étonnants retournements de veste…

Le limogeage de John Bolton continue de faire couler de l’encre. Peut-être trop d’ailleurs car, malgré l’erratisme du Donald, il n’est pas du tout sûr que Washington change de ligne du jour au lendemain. Ces précautions d’usage formulées, le toujours excellent Bhadrakumar s’essaie au petit jeu du qui gagne/qui perd. A première vue, le débarquement du néo-con moustachu est une bonne nouvelle pour l’Iran et pour la Chine, une mauvaise pour Israël. Quant à la Russie, c’est business as usual.

Curieusement, et contrairement à la grande majorité du Deep State US, Bolton n’a en effet jamais présenté Moscou comme l’ennemi absolu à abattre. Ceci ne devrait nous étonner qu’à moitié, tant il est vrai que l’Etat profond, constitué de courants variés, n’est pas un tout homogène. Si sa stratégie fondamentale – diviser l’Eurasie – est forgée dans le bronze, les moyens pour y arriver font l’objet de débats et de divisions parfois importantes.

A ceux (establishment de la CIA, hauts pontes Démocrates) qui considèrent l’ours comme la Némésis suprême s’oppose la branche « kissingérienne », souhaitant au contraire jouer la Russie contre la Chine. Cette ritournelle est dans l’air depuis quelques années, autour de revues influentes (The National Interest), depuis que la folie des grandeurs impériale de la fin des années 90 puis les gaffes bushesques et obamesques ont fortement rapproché Moscou et Pékin.

Cette stratégie consistant à diviser les deux poids lourds continentaux est un grand classique de la thalassocratie anglo-saxonne. En 1900, âge d’or de l’Angleterre victorienne, Joseph Chamberlain (père de Neville, signataire des fameux accords de Munich en 1938), résumait parfaitement l’objectif fondamental de l’empire maritime : « Il est de notre intérêt que l’Allemagne s’oppose aux Russes. Notre principale crainte est de les voir s’allier. Nous devrions faire tout notre possible pour accentuer la cassure entre l’Allemagne et la Russie, ainsi qu’entre la Russie et le Japon« . Londres tentait tour à tour, selon ses gouvernements, de s’allier avec l’Allemagne contre la Russie ou avec la Russie contre l’Allemagne, l’essentiel étant que ces deux-là demeurent dans des camps opposés.

Après la Seconde Guerre Mondiale, les Etats-Unis reprennent le flambeau laissé par un Royaume-Uni déclinant, l’Eurasie remplace l’Europe et le Grand jeu passe à l’échelle-monde. Les fondamentaux, eux, ne changent guère. Dans les années 70, Kissinger (déjà) est l’artisan de la visite de Nixon en Chine populaire pour profiter de la rupture sino-soviétique et soutenir Mao contre l’URSS. Si le vénérable vieillard a aujourd’hui changé son fusil d’épaule et préfère jouer la carte russe, le scénario reste le même : séparer les deux géants eurasiatiques.

Ainsi va la pieuvre à tentacules multiples qu’est le Deep State US, uni par un même but stratégique fondamental mais divisé quant aux moyens pour y parvenir. La situation est encore compliquée par des électrons du type Soros, qui veulent s’attaquer aussi bien à la Russie qu’à la Chine tout en défendant les intérêts de sa caste oligarchique en promouvant l’afflux de réfugiés, point sur lequel Bolton et son Gatestone Institute ont toujours été, par contre, en désaccord total.

En parlant des « élites » financières de la planète, un article détonnant de William Engdahl se pose la question de savoir si elles ne vont pas abandonner le dollar. Certes, ce n’est pas la première fois qu’on le murmure mais les signes commencent à s’accumuler. Voir le gouverneur de la Banque centrale d’Angleterre, la patronne du FMI Christine Lagarde ou le récent président de la New York Federal Reserve Bank évoquer, sous des angles différents, la nécessaire dédollarisation de l’économie mondiale laisse rêveur… et prouve une fois de plus que l’empire américain, dont le pilier est la prééminence du billet vert, ne peut être confondu avec les lobbies dont on parle souvent, qu’il soient pétrolier, pro-israélien ou, en l’occurrence, financier. Ce n’est ni Exxon, ni Nétanyahou, ni Wall Street qui font la politique étrangère américaine, même s’ils peuvent l’influencer ponctuellement…

Sur la Chine, les multinationales sont également vent debout contre les sanctions commerciales voulues par les stratèges de Washington afin de torpiller l’envol du dragon et ses Routes de la Soie. Les petits génies du Potomac continuent d’ailleurs d’appuyer sur le bouton Hong Kong qui, à en croire notre bonne vieille presstituée, serait un merveilleux symbole de « révolution démocratique », rien que ça. La réalité est quelque peu différente, comme nous l’expliquions fin juillet :

Est-ce tout à fait un hasard si Russie et Chine ont récemment vu l’éclosion de manifestations qui fleurent bon la révolution colorée si chère à Soros ? Le « philanthrope », comme l’appellent amoureusement nos petits plumitifs, prévenait d’ailleurs au début de l’année : « La Chine est notre ennemi le plus dangereux ».

Fin mars, des manifestations éclatent à Hong Kong contre un amendement permettant l’extradition vers la Chine. Si le projet de loi est certes maladroit et l’inquiétude bien réelle chez beaucoup de Hongkongais, sourcilleux quant à l’indépendance de leur système judiciaire, il est impossible de ne pas voir que plusieurs meneurs protestataires sont financés par le N.E.D.

Rappelons que le National Endowment for Democracy, fondation bipartisane créée au début des années 80 par le Congrès américain, a repris officiellement à sa charge les coups tordus de la CIA. Comme le disait l’ancien directeur de l’agence, William Colby : « Il n’est plus nécessaire de faire appel à des méthodes clandestines. Nombre des programmes qui étaient menés en sous main, peuvent désormais l’être au grand jour, sans controverse ».

Cette dangereuse proximité des manifestants avec les officines de l’empire et le fait que les protestations continuent et s’amplifient malgré le retrait de l’amendement ne trompent personne, et surtout pas les Chinois. Pour Pékin, c’est clair : tonton Sam est à la manœuvre.

Le but, évident : mettre une épine dans le pied du dragon et le fixer sur un point sensible (Hong Kong est la cinquième bourse mondiale) afin d’entamer son prestige en Asie et entraver sa marche.

Les drapeaux étoilés régulièrement et fièrement brandis par les manifestants ainsi que les appels au « sauveur américain » ne devraient pas nous étonner. Il y a cinq ans, un think tank reconnaissait déjà les énormes sommes déversées chaque année par le N.E.D à Hong Kong. La participation d’un des leaders du mouvement, Joshua Wong, à une petite sauterie récemment organisée en compagnie du dirigeant des Casques blancs et du putschiste ukrainien Klitschko n’est évidemment pas pour nous surprendre…

A plusieurs milliers de kilomètres de là, le Moyen-Orient est en feu, littéralement. Les drones houthis, et peut-être quelques missiles les accompagnant, se sont abattus sur les principales raffineries saoudiennes, obligeant le royaume wahhabite à stopper la moitié de sa production pétrolière, soit 5% de la production mondiale ! Les systèmes de défense anti-aérienne américains, eux, n’ont rien vu passer.

On se rappelle avec délice ce grassouillet prince saoudien, un petit comique celui-là, qui assurait la bouche en cœur il y a quelques jours que son pays pourrait annihiler l’Iran en huit heures. Apparemment, les Houthis en pyjama ne sont pas encore au courant de cette toute-puissance saoudienne et, à Téhéran, on en rit encore…

La seule chose que Riyad semble réaliser à peu près correctement, c’est manigancer contre ses adversaires diplomatiques. Enlisés jusqu’à la moelle au Yémen, incapable de faire quoi que ce soit contre l’Iran sans geindre pour que leurs parrains américains viennent à la rescousse, les Saoudiens ne trouvent rien de mieux à faire que tenter d’isoler… la Turquie à Chypre.

On sait qu’entre le sultan néo-ottoman tendance Frères musulmans et le Seoud wahhabite, ça n’a jamais été le grand amour. Le grand écart a encore été accentué par le fiasco de toute ce joli monde en Syrie, conflit qui pendant un temps a pu les rabibocher. L’alliance turco-qatarie après la rupture de juin 2017 au sein du Conseil de Coopération du Golfe et la bonne entente entre Ankara et Téhéran n’ont évidemment rien fait pour arranger les choses. Qu’il semble loin le temps, pas si lointain en réalité (40 ans), où l’empire américain avait sous sa coupe Saoudiens, Iraniens, Turcs, Qataris et Israéliens.

Tell Aviv justement. En pleine campagne de réelection, Bibi la Terreur a une nouvelle fois pris le chemin de Sochi pour rencontrer Poutine et montrer sa stature internationale à son électorat. Il a dû déchanter… Vladimirovitch l’a fait attendre trois heures et lui aurait opposé un niet abrupt aux futures incursions aériennes israéliennes en Syrie. Le conditionnel reste de mise tant le Moyen-Orient est habitué aux retournements de situation, mais l’info, d’abord donnée par l’édition en arabe de The Independent avant d’être reprise par la presse israélienne puis par Zero Hedge, semble solide.

Les Russes auraient d’ailleurs, à trois reprises, empêché des frappes israéliennes sur des cibles chiites/iraniennes. Cela fait d’ailleurs écho à ce qu’a rapporté un site russe d’aviation il y a quelques jours : des Sukhois-35 déployés dans la province de Deraa pour empêcher un bombardement israélien.

Toujours est-il que Poutine aurait remis (conditionnel toujours de mise) les pendules à l’heure en traçant une ligne rouge devant Nétanyahou : désormais, tout avion bombardant la Syrie sera abattu par les chasseurs russes ou les S-400. Apparemment, le maître du Kremlin est même allé, fait nouveau, jusqu’à condamner « l’agression israélienne au Liban » (l’incident du drone la semaine dernière, ndlr) et a prévenu son interlocuteur de se garder de renouveler la chose.

Israël qui pleure, Iran qui rit ? Oui et non. Si l’un et l’autre peuvent se lamenter/se réjouir de la disgrâce de Bolton et de la nouvelle intransigeance russe (si elle est confirmée), les choses ne sont pas si simples. Malgré le départ du moustachu fou, le Donald ne va pas lâcher Israël et envisage même de discuter un possible traité de défense mutuelle. Proposition sérieuse ou simple manière de faire passer la pilule du renvoi de son conseiller très pro-israélien ainsi que ses légères ouvertures à l’Iran ? Impossible de le dire à ce stade…

Du côté de Téhéran, les sanctions continuent leur travail de sape et ont réussi à éloigner l’Inde, qui a pourtant des relations traditionnellement excellentes avec son presque voisin. L’ambassadeur iranien à New Delhi a exprimé sa frustration devant ce lâchage : « Il est maintenant acté que l’Inde a arrêté ses importations de pétrole iranien à cause de ce qu’elle appelle ses intérêts nationaux. C’est son droit, mais d’autres ont agi différemment [Chine, Russie, Turquie]. L’Inde a lutté difficilement pour son indépendance et ne devrait pas se plier devant les décisions unilatérales des Etats-Unis« .

Le plus étrange est que le gouvernement Modi renâcle même à développer Chabahar, pourtant exempt du régime de sanctions américaines. Pour mémoire, ce port est le pendant de ce que fait la Chine à Gwadar et que le fidèle lecteur connaît par cœur. Le projet irano-indien de Chabahar était, pour New Delhi, une manière de prendre l’axe sino-pakistanais de revers.

Dans la grande Eurasie qui se met en place sous l’égide de l’OCS, marquée par le spectaculaire réchauffement des relations entre Pékin et New Delhi, ces deux projets devenaient moins concurrents que complémentaires. Si rien n’est encore perdu, encore faut-il que l’Inde se réveille et décide à quel camp elle appartient… sous peine de voir Chabahar lui filer sous le nez et terminer dans l’escarcelle chinoise.

Cette affaire, notamment les propos de l’ambassadeur, permettent en tout cas de confirmer en creux la véracité du plan gargantuesque d’investissements chinois dans le secteur énergétique iranien à hauteur de 280 milliards d’équivalent-dollars, pour le plus grand malheur des stratèges US qui ont d’ailleurs bien d’autres raisons de s’arracher les cheveux.

Sueurs froides américaines riment souvent avec énergie russe et les derniers développements ne démentent pas cet axiome. Après tant d’autres, les Serbes de Bosnie veulent également une branche du Turk Stream qui passera par la Serbie voisine et irriguera les Balkans. Belgrade devrait d’ailleurs se méfier. Premier pays à avoir connu une « révolution de couleur » made in Soros en 2000, la Serbie pourrait bien renouveler ce type de mésaventure. L’achat de drones militaires chinois (une première en Europe), les exercices militaires anti-aériens communs avec la Russie (une autre première) et surtout la volonté de rejoindre l’Union Economique Eurasienne malgré les « avertissements » de l’Union Européenne pourraient donner quelques idées aux excités de Washington et Bruxelles. Tout ressemblance avec des faits, l’Ukraine par exemple, etc. etc.

En parlant de l’UEE, le prochain pays à signer un accord de libre-échange avec le bloc eurasiatique sera Singapour, le1er octobre. Un succès supplémentaire pour cette organisation si décriée par nos experts journalistiques, quand elle n’est pas tout simplement passée sous silence. Il est vrai que nos plumitifs n’en ont que pour leur sacro-sainte UE, bien bancale quant à elle malgré les communiqués officiels. Si l’establishment en place, y compris ce faux rebelle de Jeremy Corbyn, tente par tous les moyens de torpiller le Brexit, le public de Sa Gracieuse Majesté n’est pas dupe. Une majorité de Britanniques veut voir respecté le résultat du référendum.

Le résultat est sans appel et, surprise, un tiers des votants qui ont choisi le Bremain veulent quand même que la décision souveraine du peuple soit mise en oeuvre. Mauvaise nouvelle pour le système impérial, qui n’est décidément pas gâté par les sondages. Une copieuse enquête du Conseil européen des relations internationales apporte d’intéressantes conclusions. La confiance envers tonton Sam s’étiole profondément et une question doit particulièrement faire se retourner dans sa tombe Dr Zbig :

Malgré une désinformation russophobe forcenée, malgré la lobotomisation des cerveaux par Hollywood, malgré une intox médiatique de tous les instants, aucun pays européen, pas même la Pologne, ne soutiendrait majoritairement les Etats-Unis dans une guerre contre la Russie. Les résultats de l’Autriche (!) et même de l’Allemagne (12%-7%) doivent être particulièrement durs à avaler du côté de DC la Folle.

On imagine les éclats de rire dans les couloirs du Kremlin, où l’on sait bien que le principe de réalité finit toujours par rattraper les belles envolées propagando-lyriques de l’empire, comme le montre ce dernier épisode en forme de clin d’œil. La Lituanie, pays bien comme il faut aux yeux de Washington (otanien, anti-russe), avait construit il y a cinq ans un terminal GNL pour échapper au gaz du méchant Poutine et se tourner vers le Freedom gas américain, quitte à le payer beaucoup plus cher. La « liberté » n’a pas de prix, n’est-ce pas. Ce lundi 16 septembre, un méthanier transportant du gaz russe en provenance du Yamal est attendu sur les quais…Tag(s) : #Etats-Unis#Histoire#Russie#Chine#Economie#Moyen-Orient#Pétrole#Sous-continent indien#Gaz#Europe

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Pendant ce temps, le Grand jeu énergétique…

Pendant ce temps, le Grand jeu énergétique…

7 Septembre 2019

Alors que la situation se réchauffe en plusieurs points du globe, le bras de fer énergétique entre l’empire et ses adversaires irréconciliables n’est pas en reste. Au vu des dernières nouvelles fort intéressantes, un état des lieux s’impose mais, auparavant, un rappel fondamental n’est peut-être pas inutile pour les nouveaux lecteurs du blog :

Pipelineistan ou la guerre des tubes

En plus d’être le pivot du monde, le point névralgique du globe, l’Eurasie est également terre de richesses, d’immenses richesses. Les soieries, le jade, les épices, les tapis persans ou le caviar ont été remplacés par les hydrocarbures, pétrole et gaz, principalement en Russie et autour de la Caspienne

Aussi important sinon plus que les ressources elles-mêmes, c’est leur acheminement par les gazoducs et oléoducs et le moyen d’influence qui en découle qui cristallise les tensions et les grandes manœuvres, ce que d’aucuns nomment la géopolitique des tubes. Complétant la pensée de Mackinder, un nouvel axiome est apparu : « Qui contrôle les sources et les routes d’approvisionnements énergétiques mondiales contrôle le monde. » C’est particulièrement vrai pour les Etats-Unis dont les stratèges sont conscients de l’inévitable déclin américain : le monde est devenu trop vaste, trop riche, trop multipolaire pour que les Etats-Unis puissent le contrôler comme ils l’ont fait au XXème siècle. Du Projet pour un nouveau siècle américain des néo-conservateurs au Grand échiquier de Brzezinski, une même question prévaut en filigrane : comment enrayer ce déclin, comment le retarder afin de conserver aux Etats-Unis une certaine primauté dans la marche du monde ? La réponse, qui n’est certes pas ouvertement explicitée, passe par le contrôle de l’approvisionnement énergétique de leurs concurrents. « Contrôle les ressources de ton rival et tu contrôles ton rival », Sun Tzu n’aurait pas dit autre chose. Et c’est toute la politique étrangère américaine, et subséquemment russe et chinoise, de ces vingt-cinq dernières années qui nous apparaît sous un jour nouveau.

Les pipelines jouent ainsi un rôle crucial, leur tracé étant la matérialisation sur le terrain des objectifs stratégiques de leur promoteur. Les tubes russes sont autant de flèches visant à percer le Rimland afin de gagner les marchés de consommation européen ou asiatique. Ceux promus par les Américains courent le long de ce même Rimland et tentent d’isoler la Russie tout en contrôlant l’approvisionnement énergétique de leurs « alliés », européens notamment, pour garder un levier de pression sur eux.

La bataille pour les sources et les routes énergétiques combinée à la domination du Heartland et du Rimland, sont les éléments constitutifs de ce nouveau Grand jeu qui définira les rapports de force mondiaux pour les siècles à venir.

Ceci posé, que nous offrent ces derniers jours ? Un florilège de nouvelles importantes…

Les habituels contempteurs de la « perfidie moscovite » en sont une nouvelle fois pour leurs frais. On ne compte plus, ces dernières années, les articles de la presstituée occidentale ou israoudienne annonçant que, cette fois c’est sûr, Poutine est sur le point de lâcher ses alliés : au choix, Assad, l’Iran ou encore le Venezuela. En échange de xxxxx, le Kremlin va abandonner Maduro… Manque de bol pour nos petits propagandistes en herbe, la réalité ne colle jamais à leurs fantasmes infantiles.

Washington sanctionne les exportations de pétrole de Caracas ? Qu’à cela ne tienne : Rosneft est devenu le principal acquéreur d’or noir du Venezuela (40% en juillet, 66% en août) et fait office d’intermédiaire entre sa compagnie nationale (la PDVSA) et ses acheteurs internationaux, notamment indiens et chinois. Le géant russe abandonne de plus en plus le dollar, le monde continue d’acheter du pétrole vénézuélien, le gouvernement légal de Caracas continue de recevoir des dividendes ô combien précieux, les sanctions impériales sont contournées et Bolton en mord sa moustache de rage…

Il ne doit pas non plus être fou de joie d’apprendre que les Russes vont construire, en coopération avec les Sud-Coréens de Samsung, une flotte de 17 méthaniers brise-glace pour transporter le GNL arctique de la péninsule de Yamal. Un nom qui n’est pas inconnu du fidèle lecteur :

L’eldorado gazier actuel s’appelle Yamal, en Sibérie arctique :

Total par exemple y mène un projet GNL pharaonique et financé par les banques russes et chinoises pour cause de sanctions occidentales – titre de l’épisode : Les euronouilles ou comment se tirer une balle dans le pied. Le tour de table est intéressant : outre la major française, on retrouve Novatek (second producteur russe derrière Gazprom), le géant chinois CNPC et le Silk Road Fund (Fonds de la Route de la Soie).

On le voit, le plan est bien ficelé et englobera l’Eurasie grâce au transport par méthaniers brise-glace, dont le premier (intelligemment appelé par les Russes Christophe de Margerie en hommage au PDG de Total tué en 2014) vient d’être livré.

Tout cela fait dire à Vladimirovitch que la Russie deviendra bientôt le premier producteur mondial de gaz naturel liquéfié. Mais le GNL ne constitue qu’une partie du trésor d’or bleu du Yamal : plus de 26 000 Mds de m3 de réserves de gaz et une production qui pourra atteindre 360 Mds de m3. Brzezinski en a des sueurs dans le dos…

Le fait que Samsung participe à la construction de cette nouvelle flotte n’est pas anecdotique. Coréens et Japonais sont très intéressés par le gaz naturel liquéfié du Yamal, région de plus en plus stratégique pour Moscou qui y prévoit d’ailleurs des investissements colossaux et installe ses S-400. Les compagnies chinoises ne sont pas en reste, même si Pékin recevra également l’or bleu russe par pipeline.

A ce propos, le Sila Sibirii, chantier pharaonique bien connu de nos lecteurs, est quasiment terminé et Gazprom commence à y faire ses premiers essais. La coopération entre les deux géants eurasiatiques dans la région touche également l’industrie pétrochimique, à grands coups de milliards. Et l’on apprend que le forum de Vladivostok dont nous avons parlé dans le dernier billet a déjà accouché d’une bombe : un autre gazoduc reliant les deux géants eurasiatiques et passant par la Mongolie est peut-être dans les tuyaux. Au même moment, et ce n’est sans doute pas un hasard, une délégation de Gazprom était à Pékin pour discuter entre autres de la « route Ouest », c’est-à-dire le tracé d’un second tube…

La grande kermesse énergétique du continent-monde, qui donne tant de vertiges aux stratèges de Washington, ne serait pas complète sans les Indiens. Ca tombe bien, Modi (invité d’honneur à Vladivostok) et Poutine en ont longuement discuté et des pré-accords ont déjà été signés. Une sorte de « Route de la Soie maritime » russo-indienne s’additionnant aux voies chinoises pour arrimer encore un peu plus Heartland et Rimland.

A l’Ouest, du nouveau. Si, cette année, les exportations d’or bleu russe à destination de l’Europe vont échouer à quelques longueurs du record absolu de l’année dernière, Gapzrom, qui engrange d’ailleurs de jolis bénéfices, n’a pas à se plaindre. Malgré les atermoiements dus à la valse danoise, le Nord Stream II est aux trois-quarts construit et le consortium insiste sur le fait qu’il sera terminé dans les délais (en fait, avec un peu de retard par rapport aux plans initiaux). Il se pourrait même que les gogoleries du Donald à propos du Groenland poussent Copenhague à se ranger finalement du côté russe.

Zelinsky peut bien pousser l’habituelle chansonnette sur le « danger » du Nord Stream II pour conserver à Kiev quelques royalties sur le passage du gaz russe, le président ukrainien en est réduit à quémander quelques gouttes de GNL américain bien plus cher et transitant par la Pologne.

Bon prince, l’ours pourrait tendre la main à son turbulent voisin et lui lâcher un peu de lest lors des négociations gazières tripartites UE-Russie-Ukraine prévues plus tard dans le mois. L’échange inédit de prisonniers entre Kiev et Moscou, qui doit bien faire grincer quelques dents du côté de Washington et du baby Deep State ukrainien, est clairement à mettre au crédit de Zelinsky. Celui-ci a largement dévié de la ligne fanatiquement russophobe de son prédécesseur, ayant même dû lutter contre son propre Ministère des Affaires étrangères pour pouvoir passer son premier appel téléphonique à Poutine il y a quelques semaines !

Fin juillet, nous nous posions une question fondamentale à la fin de notre billet sur l’arraisonnement d’un bateau russe sur le Danube :

En Ukraine, pièce centrale du grand échiquier de Brzezinski et de tout stratège américain digne de ce nom, le mois d’avril fut un petit séisme. L’élection de Zelensky et la gifle monumentale reçue par Tapiocachenko ont quelque peu rebattu la donne et marqué la fin d’une époque. Nous l’expliquions alors :

Russophone, proposant un référendum conditionnant l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN ou l’UE (entrée qui n’est de toute façon qu’hypothétique), ne promettant rien sur la Crimée ou le Donbass, Zelensky semble plus disposé à reprendre langue avec Moscou.

Cependant, il ne faut pas exagérer la portée de l’élection du comédien. D’abord parce que, comme chacun sait, il officiait sur les plateaux-télé de Kolomoiski. On se rappelle que cet oligarque s’était certes retourné contre Chocochenko dès 2015, mais que cela ne l’empêchait pas de financer certains bataillons néo-nazis férocement russophobes. Bref, un personnage bien peu recommandable dont l’ombre plane au-dessus du néo-président, même si l’on ne connaît pas tout à fait le niveau réel de leurs relations…

Ensuite parce que le nouveau venu n’a pas de plateforme politique. Il vient de créer, le mois dernier, un parti attrape-tout portant le même nom que la série télévisée dans laquelle il joue. Pas sûr que cela suffise pour gagner la Rada en octobre. Or, le baby Deep State ukrainien mis en place par Washington après le Maïdan y tient les rênes du pouvoir et s’est d’ailleurs précipité, juste après l’élection, pour passer une loi renforçant l’usage de l’ukrainien. Même le Figaro, inhabituellement objectif, voit la grossière manœuvre :

Le Parlement ukrainien a adopté ce jeudi une loi renforçant l’usage de la langue ukrainienne, au risque de crisper des populations russophones du pays au moment où le président élu Volodymyr Zelensky dit vouloir leur tendre la main. Le but, évident : savonner la planche du nouveau président et torpiller toute possibilité de rapprochement.

Bingo ! Nous ne pouvions pas mieux pressentir l’avenir, le schéma des événements s’étant presque déroulé comme prévu.

Zelensky lui-même n’est sans doute pas un mauvais bougre et l’a montré d’emblée, le 8 mai, en honorant les vétérans soviétiques de la Seconde Guerre Mondiale. Son prédécesseur, Poroclown, aurait préféré voire fondre ses palais en chocolat plutôt que de serrer la main d’un vieillard décoré du ruban de Saint-Georges…

Au fil des semaines, un certain dégel des relations a vu le jour (…) Le fait que Zelensky ait passé sa vie d’acteur sur les plateaux de la télé de Kolomoiski ne semble pas non plus avoir joué un grand rôle, finalement. Comme beaucoup, l’oligarque est d’ailleurs revenu de ses mirages maïdanites, rompant dès 2015 avec Porochenko. Fin mai, dans un discours remarqué, il se lâchait en diatribes contre le FMI et les Occidentaux : « C’est votre jeu, votre géopolitique. Vous n’en avez rien à faire de l’Ukraine. Vous voulez atteindre la Russie et l’Ukraine n’est qu’un prétexte. »

Aussi, c’est avec une fébrilité de plus en plus grande que le système impérial a assisté au lent rapprochement entre Moscou et Kiev, la conversation téléphonique du 11 juillet entre les deux présidents ayant même fait couler quelques gouttes de sueur du côté du Deep State US ou de son avorton ukrainien. Il faut dire que Zelensky a fait montre d’une certaine indépendance d’esprit (…) Sans surprise, certains think thanks de l’empire tentent, déjà (!), de discréditer Zelensky, le montrant sous un jour pusillanime. Des cris d’orfraie assurent le bon public que cette conversation est une victoire de Poutine qui ouvre la voie au plan de Moscou : un Donbass rattaché formellement à l’Ukraine mais avec une grande autonomie, empêchant l’intégration de l’Ukraine dans la communauté euro-atlantique (…)

Quoi qu’en disent les habituelles officines, dont la paranoïa atteint des niveaux étonnants, ce n’est certes pas un simple appel téléphonique qui règlera le conflit. Mais il symbolise, il est vrai, une (très) relative normalisation des relations interrompues depuis le putsch de 2014. Il matérialise également le désir de paix, très majoritaire (69%) dans la population ukrainienne qui en a assez des excès guerriers de la junte post-Maïdan. On imagine les signaux d’alarme clignoter frénétiquement sur l’écran de contrôle impérial…

La vieille garde maïdanite, qui a tout de même récemment réussi à empêcher une prometteuse émission intitulée « Nous devons nous parler », organisée par des chaînes ukrainienne et russe, est d’autant plus sur les nerfs que les élections législatives, initialement prévues pour octobre, viennent d’avoir lieu. Nous le disions, la marge de manœuvre de Zelensky restait forcément réduite jusqu’à ce vote crucial. L’éclatante victoire de son parti lui donne désormais les mains libres ; du fait d’un mode de scrutin particulier, celui-ci obtient même la majorité absolue, une grande première dans l’histoire de la Rada.

Le fait qu’une liste pro-russe arrive en deuxième position met encore plus de sel sur la plaie du McCainistan qui croit deviner, sans rire, la main de Moscou. Quant aux chouchous de l’Occident, mis en place par lui au lendemain en 2014, ils sont humiliés, même s’ils arrivent quand même à passer la barre symbolique des 5%. Les années en 9 sont décidément maudites pour Washington : en 2009, Yanukovitch remporte les élections et met fin à la première « révolution de couleur » organisée par Bush & Co. En 2019, la victoire de Zelensky enterre le Maïdan, fomenté par qui vous savez.

En mai, le petit gang des ONG made in Soros/USAID/NED, inquiet des premiers pas du néo-président, l’avait déjà averti de manière surréaliste d’un certain nombre de lignes rouges à ne pas franchir. Entre autres joyeusetés : mener des négociations bilatérales avec la Russie sans la participation des « partenaires occidentaux, retarder ou saboter la marche à l’OTAN, initier un processus qui pourrait mener à la levée des sanctions contre Moscou…

On a vu que ce singulier avertissement, qui confine presque à une menace de renversement, n’a pas empêché Zelensky d’appeler Poutine. Avec sa victoire de dimanche, il est largement conforté dans son choix, au grand dam de la clique impériale qui doit trouver d’autres expédients. Est-ce tout à fait un hasard si, juste avant la mise en place du nouveau gouvernement, la junte de Kiev a arraisonné un bateau russe sur le Danube ?

Cet acte de piraterie ne trompe personne, surtout pas à Moscou : il s’agit d’une ultime provocation de la vieille garde sur le départ visant à savonner la planche de la nouvelle direction ukrainienne et tenter de torpiller tout rapprochement avec la Russie. Un grand classique, quoique désespérément routinier : Obama avait fait la même chose avant d’être remplacé par Trump, de même que la Rada avec sa loi linguistique provocatrice juste après l’élection de Zelensky… Le Deep State, démocratiquement balayé, mine d’avance le chemin de l’équipe qui lui succède. Après moi, le déluge. Si on repassera pour l’originalité de la manœuvre, qu’en sera-t-il de son efficacité ?

Si l’on en croit l’échange de prisonniers et l’optimisme de Zelensky de parvenir à un accord de paix, la manœuvre a échoué. Au Kremlin, maintenant, d’éviter de mettre le pas-si-comique-que-ça président ukrainien en difficulté et de laisser un peu de gaz russe transiter par l’Ukraine en guise d’ouverture. D’autant que le Turk Stream entre, lui, dans sa phase terminale et que la Serbie a déjà construit une partie des branches du tube qui irriguera les Balkans.

Les concurrents sont, comme nous l’avons expliqué maintes fois, illusoires et ce n’est certainement pas la chimère du gaz israélien qui risque de déranger l’ours. Que n’avait-on entendu sur le bassin oriental de la Méditerranée ? Découverte historiqueRéserves extraordinaires, Changer la donne géopolitique… Ces absurdités sensationnalistes, typiques de la basse-cour médiatique inculte mais également reprises, avec effroi, par une certaine presse alternative qui a tendance à voir partout la main d’Israël, ne méritaient pourtant pas autant d’attention. Cela aussi, nous l’expliquions il y a bien longtemps :

Ca gaze pour Moscou. Et ce n’est pas une « trouvaille » de dernière minute qui empêchera le tsar des hydrocarbures de dormir. Une délégation européenne a en effet rendu une petite visite à Israël pour discuter la construction d’un éventuel pipeline Israël-Chypre-Grèce susceptible de fournir du gaz à partir de Léviathan (…)

Les réserves ont été revues à la baisse (500 Mds de m3 au lieu de 620 Mds), ce qui explique peut-être le soudain désintérêt de Gazprom, et ces quantités sont de toute façon bien faibles pour alimenter aussi bien la consommation domestique israélienne et l’exportation vers l’Europe. Pour donner un ordre de grandeur, les réserves totales de Léviathan sont cinquante-deux fois moins importantes que celles de Yamal et équivalent à ce que transporte le Nord Stream pendant dix petites années.

Dans ces conditions, construire un gazoduc sous-marin long de 1 300 km passant au-dessus d’une faille géologique pour transporter une douzaine de malheureux Mds de m3 paraît pour le moins alambiqué.

Votre serviteur est maintenant rejoint dans son analyse par Foreign Policy, rien que ça. Dans un article remarqué, la revue se pose la question de savoir si, en réalité, un seul mètre cube sera exporté en Europe au vu des coûts énormes du projet et des réserves somme toute modestes. Que quelques malheureuses gouttes de gaz israélien atteignent finalement l’Europe ou pas ne changera de toute façon strictement rien à l’échiquier énergétique.

On ne peut pas en dire autant de l’Iran, géant des hydrocarbures harcelé par l’empire. Après avoir versé dans la piraterie du côté de Gibraltar, les petits génies de Washington n’ont pas peur de sombrer dans le ridicule en proposant de corrompre les capitaines des pétroliers iraniens afin d’amener leur bateau dans des ports où il pourra être saisi. Même Barbe-Noire n’avait pas pensé à ça…

Le degré d’exaspération impuissante des Américains, obligés de s’abaisser à ce genre de manigance pathétique, laisse rêveur et Téhéran a beau jeu de moquer ces méthodes de gangsters. Toujours est-il que les Iraniens ne se démontent pas, continuant à affirmer leur stature de patron du Golfe en saisissant un tanker transportant du pétrole de contrebande. Relâché de Gibraltar, l’Adryan Darya I a tranquillement débarqué ses millions de barils en Syrie, ce pour la plus grande rage de Bolton.

Mais c’est dans l’arc chiite lui-même que des choses fort intéressantes se passent. Les habitués de nos Chroniques connaissent la valeur stratégique du poste d’Al Bukamal/Al Qaïm, que nous expliquions notamment début mai :

Aujourd’hui, attardons-nous sur une petite info lourde de conséquence. Dans un billet intitulé Arc chiite an I, nous écrivions il y a vingt mois :

C’est dans ce contexte que l’on apprend, et c’est tout sauf un hasard, que le 4+1 a décidé de passer la vitesse supérieure le long de la frontière syro-irakienne, pierre angulaire de l’arc chiite potentiellement (re)constitué.

Du côté syrien, l’armée et le Hezbollah ont, avec le précieux soutien de l’aviation russe, relancé les opérations vers Al Bukamal / Al Qaïm, point nodal crucial de la recomposition moyen-orientale. Dans le même temps et en parallèle, de l’autre côté de la frontière, l’armée irakienne et les UMP chiites ont libéré la zone d’Akashat.

La coordination avec Damas semble évidente. A ce rythme et au vu de l’effondrement daéchique, l’alliance chiite ne devrait pas tarder à arriver en vue d’Al Bukamal / Al Qaïm. La prise de ce dernier bastion califal ne sera certes pas chose aisée, mais c’est la grande image qu’il faut prendre en compte : suppression définitive du corridor sunnite nord-sud et mise en place de l’arc chiite est-ouest. Au grand dam de qui vous savez.

Bingo ! Depuis qu’Al Bukamal est revenue, fin 2017, dans le giron loyaliste, les Iraniens y sont présents. Le noeud stratégique est en effet fondamental pour la marche de Téhéran vers le ponant :

L’arc chiite, en partie reconstitué après la victoire des syro-russo-iraniens en Syrie, (re)devient le cauchemar stratégique de Washington, Tel Aviv et Riyad. Les Iraniens s’établissent sur la Méditerranée tandis que la construction d’une autoroute Iran-Irak-Syrie a commencé (elle finira par relier Téhéran à Beyrouth) et qu’un projet de voies ferrées ressort du sable. Les futures routes de la Soie chinoises doivent passer par là…

Or, qu’apprend-on ? Les Iraniens ont entrepris des travaux pour ouvrir un nouveau passage près d’Al Bukamal (l’ancien étant totalement détruit par la guerre). Il n’en fallait pas plus pour que le système impérial entre en mode panique et imagine déjà les cargaisons d’armes à destination du Hezbollah ou de pétrole pour alléger les sanctions US.

Avec ténacité, Téhéran joue sa carte et avance ses pions pour rejoindre la Méditerranée, profitant de la reconstitution partielle de l’arc chiite. Un bémol toutefois, cette route doit serpenter entre les bases américaines en Irak, puis les zones occupées par l’empire en Syrie (zone « kurde » et Al Tanaf), sans compter les régions où la présence de Daech n’a pas été totalement éliminée :

On ne sait pas très bien ce que seraient censés faire les soldats US si un convoi iranien leur passait sous le nez, ni le cadre légal (vote du Congrès ?) d’une éventuelle intervention. Pour compliquer encore un peu la situation, se pose d’ailleurs toujours la question de la présence états-unienne en Irak. Ces bases sont en tout cas un moyen de pression visant à contrôler et à contrarier l’arc chiite renaissant.

Une chose est sûre : des sables du désert aux corridors du pouvoir à Bagdad, l’affrontement à fleurets mouchetés entre Téhéran et Washington n’est pas prêt de s’arrêter. Un petit jeu dans le Grand…

Nous y sommes. Après cinq ans, Bagdad et Damas vont rouvrir le poste-frontière dans les heures qui viennent. Plusieurs officines occidentales s’alarment, sans doute à juste titre pour le coup, de la construction d’une grande base iranienne en ce lieu stratégique entre tous de l’arc chiite.

Comme par magie, un projet de pipeline revient sur le devant de la scène, accompagnant les évolutions géostratégiques sur le terrain. Vous l’avez deviné, il s’agit de l’oléoduc Iran-Irak-Syrie, dont l’acceptation par Assad au détriment des tubes pétromonarchiques fut une des principales raisons du conflit syrien.

Enterré dans les cartons pour cause de guerre et de sunnistan daéchique, le projet est remis au goût du jour par Téhéran qui tente de convaincre les Irakiens de son bien-fondé. Une nouvelle fois, beaucoup sinon tout se jouera dans les couloirs du pouvoir à Bagdad, où Iraniens et Américains ont engagé depuis longtemps une sourde lutte d’influence et s’affrontent par factions interposées.

Pour compliquer encore un peu les choses, la fameuse province d’Anbar, dans l’Ouest irakien, possède des réserves non négligeables de pétrole et de gaz. Il y a un mois et demi, cette région revenait sous les feux de l’actualité :

Alors que les Iraniens ont mis en ligne la spectaculaire vidéo de l’arraisonnement du pétrolier britannique dans le Golfe persique, il se passe des choses intéressantes dans la province d’Anbar, fondamentale pour la reconstitution de l’arc chiite :

Un coup de théâtre a éclaté début juillet, le commandant militaire de la région, le général Falahi, étant pris la main dans le sac en train de fournir à la CIA des renseignements sur les bases des Unités de Mobilisation Populaire chiites pro-iraniennes de la zone. Ces informations servaient à orienter les raids aériens US qui, de temps en temps, frappent les milices de la région sans aucun rapport avec l’amusante « guerre contre Daech ». La trahison de Falahi a déclenché un tollé et est remontée jusqu’à Bagdad, où le ministre de la Défense a ordonné l’ouverture d’une enquête officielle.

Relation de cause à effet ? Les forces américaines se seraient (conditionnel de mise) retirées de la base de Rutba, en plein désert d’Anbar et à 175 km à l’Est de la fameuse Al Tanaf, bien connue des lecteurs.

Ce que nous écrivions en mai 2017, après le bombardement par l’USAF d’une colonne chiite qui se dirigeait vers Al Tanaf et avant que les loyalistes syriens n’aient rejoint la frontière, n’a pas perdu une ride :

Empêcher la jonction chiite à la frontière syro-irakienne a toujours été le grand but des principaux alliés de l’empire – Israël, Saoudie, Turquie, Jordanie même – et le Donald n’a jamais caché sa sympathie pour au moins l’un d’entre eux (le premier cité). Il n’aura également échappé à personne que cette attaque intervient deux jours après la rencontre Trump-Erdogan, même si celui-ci est plus préoccupé par le soutien US aux YPG kurdes.

Quoi qu’il en soit, la course pour le contrôle de la frontière syro-irakienne est le nouveau chapitre important du grand et interminable livre de la guerre syrienne et c’est évidemment dans ce contexte qu’il faut replacer ce bombardement. Et peut-être un autre d’ailleurs, si l’info est confirmée : des avions américains auraient attaqué des Unités de Mobilisation Populaire irakiennes chiites de l’autre côté de la frontière.

Le conditionnel reste de mise car, pour l’instant, un seul média irakien en parle ; de plus, le lieu évoqué (« près d’Al Boukhamal ») est difficilement possible, Daech contrôlant la zone. Toutefois, cela collerait parfaitement avec le tableau général : empêcher Bagdad et Damas de reconstituer l’arc terrestre chiite. Coïncidence, cela intervient au moment même où un envoyé irakien discute avec Assad de « coopération dans la lutte anti-terroriste », c’est-à-dire évidemment de la reprise du territoire de l’EI qui sépare encore les deux pays.

Si les Américains persistent à vouloir remplacer Daech par leurs hommes de paille et couper l’axe Damas-Bagdad, ils prennent le risque d’entrer en collision directe avec l’Iran, ce dont s’inquiète jusqu’à The Atlantic. C’est en effet la politique de Téhéran, non de Moscou, de reconstituer l’arc chiite et la poussée loyaliste vers la frontière est plus d’obédience perse que russe.

Dix jours plus tard, Moon of Alabama allait dans le même sens, ajoutant d’ailleurs que les Américains avaient confié à une compagnie privée de sécurité, héritière de la sinistre Blackwater, la mission de sécuriser l’autoroute Bagdad-Amman qui traverse la province d’Anbar et dont une branche court jusqu’à Al Tanaf. Le but, évident : couper l’arc chiite, problématique principale de la guerre syrienne.

Comme souvent, les plans disneylandiens des stratèges de Washington se sont fracassés sur la réalité. Les UMP chiites restent fortement présentes à Anbar, au grand dam de la CIA qui doit débaucher des généraux irakiens pour en savoir plus (voir plus haut), et Soleimani se permet régulièrement des visites impromptues et provocatrices. Selon un bon observateur, s’il est confirmé, le retrait US de Rutba pourrait, dans le contexte particulier de scandale suite à la haute trahison de Falahi, signifier le renoncement des Américains devant l’inexorable avancée iranienne.

Si peu d’informations nous parviennent des sables d’Anbar et s’il est quelque peu difficile de savoir où en sont exactement les forces américaines, les réserves en hydrocarbures de la province attirent un nouvel acteur dans la danse, sous forme de pied de nez à Washington. Le ministre du Pétrole irakien a en effet décidé de confier l’exploration et le développement d’un bloc pétrolier et gazier prometteur à… une société russe !Tag(s) : #Pétrole#Gaz#Russie#Etats-Unis#Amérique latine#Europe#Ukraine#Moyen-Orient#Sous-continent indien#Extrême-Orient#Chine

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Existe-t-il une solution pour sortir des tensions géostratégiques au Moyen-Orient ? Par Alastair Crooke

4.septembre.2019 // Les Crises

Existe-t-il une solution pour sortir des tensions géostratégiques au Moyen-Orient ? Par Alastair Crooke

Conflitsguerre au Proche-OrientMerci16Je TweetJe commenteJ’envoie

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 06-05-2019

Alastair Crooke

Le 6 mai 2019

La ligne de faille entre la Turquie et les États du Golfe – avec les États-Unis et Israël en coulisses – vient de s’élargir de façon menaçante. Les pressions sur Erdogan augmentent. C’est un combattant de rue susceptible de réagir avec ses poings. L’Iran – comme la Turquie – fait l’objet d’un « blitz du Trésor » à outrance. Cela aussi pourrait, d’une manière ou d’une autre, renvoyer dans leurs bancs ceux qui ont encouragé l’esprit belliciste du président Trump et de ses faucons. Ils savent qui est à blâmer, qui a attisé le feu : MbZ et son acolyte, MbS [Mohammed ben Zayed, prince héritier des Émirats arabes unis et Mohammed ben Salmane, prince héritier saoudien NdT]. Cette tension aggravée se manifestera vraisemblablement dans le nord et la Corne de l’Afrique.

Cette ligne de faille s’ajouter à celles qui fracturent déjà le Proche-Orient. La situation est extrêmement tendue. Le langage belliqueux de Trump est souvent compris comme étant de la fanfaronnade calculée, dans le but de tirer parti d’un avantage dans les négociations. Mais le président n’avait peut-être pas prévu que son agressivité allait se propager à Washington et dans les groupes de réflexion qui y gravitent . Tout carriériste espérant une promotion, ou un poste au sein de l’exécutif, veut maintenant s’inspirer de la rhétorique intransigeante du « pistolero » Bolton [conseiller à la sécurité nationale de Trump depuis 2018 NdT] (et idéalement, la pratiquer sur Fox News).

Ce qu’il importe de souligner ici, c’est que est que dans l’immobilier de Trump ; le « retournement » est possible, quand cela est nécessaire. Il le pratique. Il l’a pratiqué en affaires. Les volte-face ne le dérangent pas. C’est comme ça qu’il gère ses affaires. Mais son équipe ? Ce n’est pas si clair. Certains d’entre eux, à l’occasion, peuvent voir l’agressivité rhétorique de Trump comme le levier nécessaire pour engager le Président dans une voie de plus en plus étroite, dans laquelle « se retourner » ne serait plus une option.

Les pressions exercées par les États-Unis sur Erdogan sont réellement intenses : les sanctions, certes, mais aussi les appels répétés des grandes banques américaines de Wall Street à court-circuiter la lire jusqu’à la « mort » ; la promesse d’une nouvelle punition américaine (c’est-à-dire davantage de « guerre » par le Trésor), si la Turquie devait recevoir les SAM S 400 de Russie ; et maintenant, le retrait de la « dérogation » américaine concernant le pétrole « léger » que la Turquie importe d’Iran – et pour lequel les raffineries de Turquie sont calibrées (i.e. leur production est réglée pour le pétrole léger iranien et les re-régler serait coûteux).

Ensuite, il y a les pressions stratégiques. La première d’entre elles est l’intention déclarée de Trump d’inscrire les Frères musulmans (FM) sur la liste des groupes terroristes. Cela n’est toujours qu’un projet de la « machine » politique de Washington, mais on s’attend à ce que cela se produise.

Et alors? Alors rappelons que l’AKP [Parti au pouvoir en Turquie, NdT] est officieusement consubstantiel aux Frères Musulmans (au moins dans le sens qu’ils en sont une composante majeure) ; Erdogan est culturellement un Frère Musulman, et se considère comme leur mécène ; enfin l’AKP facilite le financement des organisations sociales des Frères Musulmans en Turquie (c’est-à-dire par des subventions de la municipalité d’Istanbul). Les commentateurs turcs reprochent directement à certains États du Golfe d’avoir lancé Trump sur la voie de l’ostracisation. Ils ont raison. Et ce n’est pas à prendre à la légère.

Ensuite, il y a les Kurdes de Syrie que les États-Unis disent vouloir armer de missiles sol-air Stinger. Vraiment ? Est-ce que l’EI utilise des hélicoptères de nos jours ? Ensuite, il y a la récente déclaration d’un fonctionnaire du département d’État américain selon laquelle les États-Unis occuperont le tiers est de la Syrie pour une « longue durée » – et y investiront (traduction : armeront davantage les Kurdes). Et l’envoyé américain, James Jeffry, fait pression sur Erdogan pour qu’il accepte une police des frontières kurde armée le long de la frontière sud de la Turquie avec la Syrie pour la contrôler.

Il n’est pas surprenant que les cercles proches d’Erdogan voient le nœud coulant se resserrer autour du cou de la Turquie, et considèrent ce « projet » kurde comme une « plate-forme » à partir de laquelle pénétrer et affaiblir la Turquie elle-même. Pour les dirigeants, tout cela équivaut à une conspiration, à ciel ouvert, visant à ébranler la Turquie.

Enfin, dans la catégorie du « front » direct du Golfe contre la Turquie, se trouve le changement de régime monté au Soudan contre un président lié aux Frères musulmans ; l’expulsion probable de la Turquie de sa base navale soudanaise installée en face de Djeddah – et enfin et surtout – l’assaut du général Haftar contre Tripoli et Misrata (qui sont défendues par des forces soutenues par la Turquie et le Qatar). Une proportion importante de la population du nord de la Libye est d’origine turque.

Ainsi, comme le rapporte Abdel Bari Atwan dans Rai al-Youm (en arabe), « le développement le plus important au niveau de la scène libyenne est l’intervention du président turc … [par] un appel à M. Al-Sarraj lui indiquant qu’il, [Erdogan], consacrera toutes les capacités de son pays à empêcher ce qu’il appelle “la conspiration” de nuire au peuple libyen. Il a ensuite loué le rôle d’Al-Sarraj et de son gouvernement pour repousser l’attaque contre Tripoli. A notre avis, cela signifie un soutien militaire et pas seulement politique », conclut Bari Atwan.

En bref, Erdogan (allié au Qatar) se dresse contre les EAU et les forces de Haftar soutenues par l’Arabie saoudite et les États-Unis – et en soutien au Gouvernement d’union nationale soutenu par l’ONU (et l’Italie).

L’assaut de Haftar s’est déjà enlisé à la périphérie de Tripoli. Il semble peu probable maintenant que le Qatar comme la Turquie acceptent le coup d’État monté par les EAU et les Saoudiens, sans livrer un combat sanglant. Pour l’instant, le Gouvernement d’union nationale – par l’intermédiaire de la Banque centrale – contrôle les recettes pétrolières (bien que Haftar tienne les champs sous sa garde). Il pourrait essayer de renverser la situation et de s’approprier les revenus. La Banque centrale qui contrôle l’accès à ces fonds, détenus sur un compte séquestre à New York, est située à Tripoli.

Le fait est que, bien que la Turquie subisse d’énormes pressions, internes (avec son économie fragile et le nouveau maire d’Istanbul contestant les principes mêmes de la politique de l’AKP) comme externes, les États du Golfe en subissent également, bien que de nature différente.

Premièrement, la guerre au Yémen ne se déroule pas bien pour l’Arabie saoudite. Le front méridional saoudien semble se désintégrer gravement, et les forces yéménites s’enfoncent dans le sud de l’Arabie saoudite. Deuxièmement, la tentative du Golfe d’installer des régimes militaires sécuritaires au Soudan, en Algérie et en Libye n’est nullement réussie. Le risque est ici que l’instabilité générée par ces tentatives de coups d’État ne fasse tache d’huile dans toute l’Afrique du Nord. Le Tchad est inquiet (Haftar y a tenté un coup d’État il y a quelques années) ; la Mauritanie pense que les EAU sont en train de lorgner sur ses ressources ; et le Maroc est en désaccord avec les EAU sur son attitude envers le Qatar. Le résultat final de ce « trio de coups d’État » est en suspens.

Ce qui nous ramène au tableau d’ensemble : Trump est résolu à déclencher une refonte du Proche-Orient. Kushner et les envoyés n’hésitent pas à le dire : leur objectif est de reconstruire la région au gré d’Israël : Israël doit devenir le Grand Israël (qui englobe quelque 6,5 millions de Palestiniens) ; et pour faciliter ce plan, trois nations historiques – les piliers de la région – doivent être réduites : La Grande Syrie le serait encore plus (perdant un tiers de son territoire déjà diminué) ; et les nations iranienne et turque doivent être contenues, affaiblies, et leurs gouvernements actuels renversés, si possible, pour être remplacés par des dirigeants plus dociles.

Cette initiative ambitieuse comporte toutefois des lacunes évidentes. La première est expliquée par une source on ne peut plus directe en matière de sanctions : David Cohen, ancien sous-secrétaire au Trésor américain pour le terrorisme et le renseignement financier. C’est-à-dire de l’ancien « M. Sanctions » lui-même :

Au cours des dernières décennies, les sanctions sont devenues un outil clé de la politique étrangère américaine. L’administration Trump en a fait un usage particulièrement intensif, spécialement dans ses efforts pour provoquer des changements de régime au Venezuela et en Iran … Et bien que l’administration ait été moins frontale dans son appel au renversement du régime clérical iranien, les demandes qu’elle a adressées à Téhéran sont si excessives que, comme l’a affirmé l’ancien ambassadeur américain Robert Blackwill, il est « effectivement impossible pour l’Iran de s’adapter sans changer fondamentalement sa direction et son système gouvernemental ». Le président américain Donald Trump, en d’autres termes, « exige un changement de régime en Iran sans l’appeler ainsi. »

« Mais pour que les sanctions fonctionnent… elles doivent viser un comportement que la cible peut, même à contrecœur, changer. La partie visée doit également croire que les sanctions seront levées si elle abandonne le comportement en question.

« La logique des sanctions coercitives ne s’applique toutefois pas lorsque l’objectif des sanctions est un changement de régime. Dit simplement, parce que le coût de l’abandon du pouvoir dépassera toujours le bénéfice de l’allègement des sanctions, un État ciblé ne peut raisonnablement accéder à une demande de changement de régime… »

« Il n’y a guère de raison de s’attendre à un résultat différent aujourd’hui au Venezuela ou en Iran. Les sanctions unilatérales américaines font des ravages, mais cet impact économique ne doit pas être confondu avec le succès politique, surtout lorsque le changement de régime est l’objectif. »

Et un autre expert, le colonel américain Pat Lang, note que les derniers remous d’une tentative de soulèvement par l’armée locale au Venezuela pour évincer le président Maduro sont, à bien des égards, aussi ineptes que le débarquement de la « Baie des Cochons » de 1961 à Cuba (fondé sur la croyance erronée que le peuple cubain, là aussi, se soulèverait pour apporter immédiatement son soutien).

Cet épisode vénézuélien souligne combien la rhétorique macho américaine est souvent plus de la prétention que de l’action (i.e. que l’image de dur est inversement proportionnelle au rendement réel dans ce ministère.). Bien sûr, tout le monde au Proche-Orient en aura pris note.

Donc, si les sanctions n’aboutissent pas, et que les États-Unis s’emmêlent probablement en tentant un coup d’État secret de type Maidan en Iran ou en Russie, n’y a-t-il rien à craindre ?

Eh bien, pas tout à fait. La tentative de faire de l’« avant-poste de l’Occident » au Proche-Orient la force dominante d’ensemble va faire vaciller toute la région – que les États-Unis s’emmêlent ou non – et pourtant, l’essentiel est ailleurs : l’escalade de l’agressivité verbale des États-Unis émanant des officiels n’est pas une lubie. Il s’agit de la notion de « guerres éternelles » de l’Amérique : la guerre interminable et générationnelle – dans la doctrine dominante – contre la Russie et l’Iran. Le terme de « mal cosmique » utilisé pour désigner l’Iran et le président Poutine est délibéré. Cela fait partie de la rupture progressive des axes d’engagement et de communication entre l’Occident et la Russie et l’Iran (le public américain n’a pas encore pris l’habitude de considérer le peuple chinois comme « le mal »).

Progressivement, les canaux d’intercommunication se sont atrophiés ; les domaines de coopération construits au fil des ans sont coupés ; les accords en matière d’armement et de sécurité, soigneusement assemblés, sont abandonnés. Et la formule selon laquelle il n’y a personne à qui parler – car « leur » nature est de mentir, de tricher et d’être malhonnêtes – est établie.

Bien sûr, ceux qui considèrent le langage guerrier de Bolton et de Pompeo comme une simple stratégie de négociation sont parfaitement libres de garder cette opinion, mais on peut aussi le considérer comme la construction pièce par pièce d’un tunnel qui se rétrécit et se termine par une seule issue : une escalade permanente contre « la malignité ».

La vraie question est de savoir si Trump le voit et le comprend. Ou s’est-il convaincu lui-même que les fanfaronnades plus nombreuses de l’administration sont vraiment en train de gagner : qu’« elle rendent sa grandeur à l’Amérique » ? C’est sur cette question que repose notre avenir commun.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 06-05-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici.

 https://www.les-crises.fr/existe-t-il-une-solution-pour-sortir-des-tensions-geostrategiques-au-moyen-orient-par-alastair-crooke/

Vers Idlib ?

Vers Idlib ?

24 Août 2019

Le plumage désormais complet des barbus de Khan Cheikhoun a ouvert d’intéressantes perspectives sur la suite de la guerre syrienne. Mais avant de les détailler, un petit retour en arrière n’est peut-être pas inutile…

Khan Cheikhoun était l’une des villes emblématiques de la rébellion djihadiste. C’est là, on s’en souvient, qu’avait eu lieu en avril 2017 le fameux second false flag chimique, macabre farce qui soulevait un certain nombre de questions :

Tout part de ce qui ressemble à un énième false flag barbu : le supposé bombardement chimique par l’aviation syrienne. Comme d’habitude, aucune preuve et aucun temps de réflexion – quel serait donc l’intérêt d’Assad de perpétrer ces attaques en un point non stratégique alors qu’il est en train de gagner la guerre et que l’administration américaine venait de lui donner un blanc-seing ? Ca n’a strictement aucun sens. Que cela soit un false flag assumé ou, comme les Russes l’affirment, un entrepôt d’armes chimiques djihadiste bombardé par un raid, tout cela a furieusement l’air d’un mauvais remake de la Ghouta

Il n’en fallait en tout cas pas plus à tout ce que l’empire compte d’euronouilles soumises, de Follamours, de fondamentalistes et de journalopes pour éructer, adresser force coups de menton et changer l’environnement favorable au 4+1. Aura-ce des conséquences concrètes ?

Une impression cependant. Votre serviteur peut se tromper mais cette assez évidente manipulation n’a pas l’air d’avoir été improvisée.

Cela fait quelques semaines que l’on sent de l’eau dans le gaz entre Ankara et Moscou et l’on a comme l’impression que les Turcs avaient leurs autopsiesleurs rapports à envoyer d’urgence à l’ONU et leurs excuses presque tout prêts. Etant donné que la Turquie avait coutume de fournir les « rebelles » en gaz sarin, la rapidité de ses conclusions n’est peut-être pas pour surprendre…

Pour la première fois depuis bien longtemps, des critiques émanent du régime sultanesque à l’encontre du Kremlin. Il est vrai que le survol de l’espace aérien turc par les Sukhoïs pour bombarder les petits protégés d’Ankara n’avait rien fait pour arranger les choses. Nouvelle rupture en perspective ? Ce serait presque à souhaiter dans un souci de clarification : que les masques tombent !

Israël se réveille également d’un long sommeil et le moins qu’on puisse dire est qu’il eût mieux valu que Tel Aviv restât endormi. Ne craignant visiblement pas le ridicule, Bibi la Terreur affirme qu’Assad a donné l’ordre direct du bombardement, reprenant d’ailleurs la logorrhée de son ministre de la Défense, le polémique Liberman. Des rapports contradictoires font état de frappes mystérieuses dans le sud syrien, près de Deraa, mais tant le Hezbollah que Damas réfutent la chose, ce qui n’est pas dans leur habitude. Dans le doute, quelques S400 ne seraient peut-être pas de trop pour ramener à la raison(définitivement ?) les jets à la nuque raide comme aurait dit le grand Charles…

Toujours est-il que Poutine a sèchement remis Netanyahou à sa place lors d’une conversation téléphonique : « Il est inacceptable de porter des accusations sans fondement ». A Moscou, on sent comme une irritation de voir les bouffons turc et israélien du roi sortir de leur boîte dès qu’on a le dos tourné. Armer le PKK et le Hezbollah devient une option chaque jour plus tentante.

Plus troublantes sont les informations selon lesquelles Washington parrainerait tout cela. Après avoir mis le holà dès l’élection de Trump, la CIA aurait partiellement repris ses livraisons aux coupeurs de tête modérés avant la crise chimique. Peut-être dans la foulée de la visite de Tillerson à Ankara le 30 mars. Ce même T. Rex avertit sans rire que la Russie devrait « repenser son soutien à Assad » tandis que la représentante US à l’ONU déclare qu’en cas de veto russe et chinois, les Etats-Unis pourraient agir seuls. Rappelons que tout ceci intervient quelques jours après que tout ce beau monde ait déclaré qu’Assad ne devait plus partir…

Par quelle mouche l’administration Trump a-t-elle donc été piquée ? Le poisson pourrit par la tête, dit-on, et le Donald ne fait rien pour faire mentir cette maxime. Témoin, son discours pour le moins crétind’hier dont il restera désormais prisonnier. Il en remet une couche aujourd’hui, confiant à des membres du Congrès qu’il considère maintenant une action militaire en Syrie ! Comment peut-il ne pas voir qu’il s’agit selon toute probabilité d’un false flag ? A-t-il été croqué par le Deep State ? Le débarquement de Bannon du Conseil de la Sécurité Nationale hier entre-t-il dans le cadre ce revirement étourdissant ? Ou bien joue-t-il un périlleux coup de poker pour se distinguer publiquement des Russes au moment où il marque des points contre la clique néo-con autour d’Obama. Pour une fois, votre serviteur est sans réponse et l’avoue humblement…

Et à l’instant, Erdogan vient d’offrir son soutien en cas d’intervention américaine (cette « trahison » ne passera évidemment pas inaperçue du côté de Moscou). Les rebondissements affluent d’heure en heure, bouleversant la fragile construction internationale qui se mettait en place depuis trois mois. Heures exaltantes, dangereuses aussi…

Les jours suivants, la planète hors MSN s’interrogeait sur la vraie-fausse frappe américaine : false flag au carré ou conversion de Donaldinho au Deep State ? On s’en souvient, nos billets d’alors avaient entraîné une kyrielle de commentaires sous-pesant les différentes hypothèses.

Au-delà du jeu des grandes puissances et des puérilités chimiques barbues, Khan Cheikhoun était le verrou de l’Idlibistan et un éperon menaçant directement Hama, ville centrale de la Syrie utile :

On mesure aisément l’importance de la réduction de ce saillant par l’armée loyaliste, dont la reconquête, difficile et tâtonnante au début des opérations en juillet, fulgurante au final, est bien résumée sur cette animation :

Hama est maintenant définitivement sécurisée tandis que le moral des rebelles modérément modérés en a pris un (très) sérieux coup. Il se murmure d’ailleurs que Jaysh al-Izza, groupe qui avait bénéficié pendant longtemps des largesses de la CIA en missiles anti-tanks TOW, est en voie de dissolution après avoir perdu un nombre considérable de combattants et la plupart de son matériel de guerre.

Surtout, la reconquête de Khan Cheikhoun pourrait ouvrir la voie à une offensive plus générale et la réduction d’un autre saillant, plus vaste, centré sur Ma’arat al Numan :

Que cette protubérance soit liquidée et c’est Idlib elle-même, capitale djihadiste entre toutes, qui serait directement sous les feux de l’actualité et, plus prosaïquement, des tirs loyalistes. Quel retournement de situation en quelques mois…

Nous n’en sommes pas encore là mais ce scénario pourrait bien être dans les tuyaux si l’on en croit l’activité de l’aviation syro-russe qui, sans répit, arrose copieusement la zone.

Tag(s) : #Moyen-Orient

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Groupe Wagner : Contractors ou Barbouzes ? (2/3)

Groupe Wagner : Contractors ou Barbouzes ? (2/3)

Harold MICHOUD 26 août 2019 ActualitéActualités analyséesAfrique et Moyen-OrientAmérique du SudRussie Leave a comment

Depuis quelques années, le nom « Wagner » fait écho à de nombreux points « chauds » de l’actualité internationale. Ukraine, Syrie, Centrafrique, Libye, Soudan et même Venezuela sont des territoires où résonnent la présence de civils armés à l’accent russe. Mais qui sont ces membres du groupe Wagner ? De simples « contractors », payés pour faire de la protection comme toute société militaire privée ? Ou ses actions sont-elles plus opaques ?

Alors que tous les pays précédemment nommés sont directement concernés par des intérêts russes il est de bon ton de se poser la question. Le groupe Wagner : société militaire privée ou barbouzerie ?

Wagner et la Libye

Le pétrole libyen, enjeu de la présence du groupe Wagner dans le pays
Le pétrole libyen, enjeu de la présence du groupe Wagner dans le pays

Le 7 novembre 2018, le maréchal Haftar, chef de l’Armée Nationale Libyenne (ANL), apparaît dans une vidéo le montrant avec le ministre russe de la Défense. A côté se tient un personnage connu des services de renseignements du monde entier. C’est Evguéni Prigojine.

Wagner se déploie en Libye, pour la protection de sites d’hydrocarbures. En effet, une grande partie du croissant pétrolier, zone vitale de l’industrie d’hydrocarbure libyenne, est sous contrôle du maréchal Haftar. La Russie joue un double jeu, et tente de négocier avec les deux grands ennemis politiques du pays afin de conclure des contrats économiquement profitables à Moscou. En 2017, la compagnie russe Rosneft obtenait un contrat avec la National Oil Corporation de Libye. Son siège est à Tripoli, ville contrôlée par Fayez Seraj. Une partie non négligeable des installations d’hydrocarbures se trouve cependant dans la zone contrôlée par le maréchal Haftar. Rosneft a pour directeur général un proche de Vladimir Poutine, Igor Setchine, surnommé le « Richelieu du Kremlin » en référence au très influent premier ministre de Louis XIII.

Un groupe au service des proches du pouvoir ?

Obtenir des contrats pétroliers ou d’hydrocarbures dans des pays en crise est une stratégie qui semble porter ses fruits. C’est également le cas de ces arrangements « conseil, formation militaire contre ressources locales ». L’exemple du Mali en est un autre révélateur.

La société privée Wagner permettrait ou influencerait les Etats ou groupes « protégés » en faveur de membres très proche du pouvoir russe. La Russie peut ainsi bénéficier d’entreprises contrôlées par Moscou et d’un accès russe à des hydrocarbures ou ressources naturelles.

Wagner et le Soudan

Le Soudan est également une zone stratégique d’intérêt pour Moscou. En effet, le pays connaît des troubles politiques. Depuis 2017, un rapprochement perceptible s’effectue entre les deux capitales. Entre deux visites d’Omar El-Béchir (novembre 2017 et décembre 2018), la Russie a obtenu de cartographier les réserves de métaux et d’uranium dans le pays. Et le « cuisinier du Kremlin », Evguéni Prigojine, y a effectué de nombreux voyages. Nul doute que le groupe Wagner est concerné par les voyages de son principal financeur.

Malgré le départ du dictateur Omar Al-Bechir, la coopération militaire entre les deux nations s’est confirmée par deux nouveaux contrats bilatéraux, signés le 25 mai 2019. Le premier ne faisait mention que de simples échanges et retours d’expérience entre les deux armées. En revanche, le second parle de l’installation d’une délégation militaire russe au Soudan dans le but de former les troupes soudanaises. Le contrat parle cependant de militaires, reconnus par l’armée.

Mais alors pourquoi le Times, souligne la présence de sociétés militaires privées dans les rues de Khartoum en janvier 2019 ? Comment est-il possible que ce journal présente une photographie d’un véhicule du groupe Wagner dans la capitale Soudanaise ?

Un soutien au régime, pour l’uranium soudanais ?

Selon le Times encore, ces mercenaires auraient aidé le pouvoir à réprimer les manifestants. Information démentie par Maria Zakharova, la porte-parole du ministère des affaires étrangères russe. Elle reconnaît en revanche la présence de sociétés militaires privées russes pour la « formation des militaires et des forces de l’ordre ». Le groupe Wagner était officieusement présent au Soudan avant ce coup de projecteurs. L’accord militaire a donc sans doute permis d’officialiser une présence russe effective depuis déjà plusieurs mois dans le pays.

Et avant d’officialiser cette coopération militaire, un accord entre les deux gouvernements ouvrait l’uranium du pays à des investisseurs, notamment proches du Kremlin. Ce contrat sur le nucléaire civil illustre bien l’intérêt de Moscou pour le pays. Le Soudan possède en effet la troisième réserve d’uranium au monde. Soutenir un pays troublé, bénéficiant d’un sous-sol d’une telle richesse peut engendrer des contrats bénéfiques pour le Kremlin et son industrie, d’autant plus lorsque celle-ci est en grande partie détenu par le pouvoir ou par la garde rapprochée du président actuel. Rosatom, fleuron nucléaire russe aura ainsi la priorité sur l’investissement au Soudan.

Sources :

-“La sécurité, argument de la Russie pour avancer ses pions en Afrique”, France 24, 27 janvier 2019.Share

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About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant de Grenoble Ecole de Management et effectue une poursuite d’étude en géopolitique au sein de l’IRIS SUP’. Il s’intéresse particulièrement à la Turquie et au Khorasan.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/41511-wagner-contractors-barbouzes-2

Détroit d’Ormuz: pourquoi Israël a-t-il décidé de participer à une «mission de sécurité maritime»?

Détroit d'Ormuz (image d'illustration)

Détroit d’Ormuz: pourquoi Israël a-t-il décidé de participer à une «mission de sécurité maritime»?

© REUTERS / Royal Navy/HandoutINTERNATIONAL20:25 08.08.2019(mis à jour 11:12 09.08.2019)URL courte211165

Israël prendra part à la coalition que Washington cherche à mettre sur pied dans le Golfe pour protéger les navires marchands empruntant le détroit d’Ormuz, a annoncé Yisrael Katz, chef de la diplomatie israélienne. Un politologue iranien a parlé au micro de Sputnik de l’éventuelle raison de la participation de l’État hébreu à une telle mission.

Après le Royaume-Uni, Israël a fait état de sa participation à une «mission de sécurité maritime» que Washington peine à mettre en place dans le Golfe pour protéger les navires marchands empruntant le détroit d’Ormuz. L’enseignant à l’Université de Téhéran Seyed Hadi Borhani, spécialiste des pays du Proche-Orient, a fait part à Sputnik de ses idées quant aux motivations qui pouvaient animer l’État hébreu.

Les intérêts israéliens dans le Golfe?

«Israël n’a pas d’intérêts énergétiques ou autres dans cette région. Aussi, n’a-t-il rien à y protéger. De toute évidence, l’État hébreu a d’autres objectifs. À mon avis, il cherche tout simplement à attiser un conflit, voire une guerre entre certains pays du Golfe, notamment entre l’Iran et l’Arabie saoudite», suppose l’interlocuteur de l’agence.

Jérusalem

CC BY-SA 2.0 / ALISTAIR / ISRAEL 2009Israël sera détruit en une demi-heure si les USA attaquent l’Iran, selon un parlementaire iranienInterrogé sur la perception par Téhéran de cette démarche de Tel Aviv, l’expert met en garde contre une réaction négative de l’Iran:

«Je pense que le gouvernement iranien va l’interpréter comme une sérieuse menace. Pour l’Iran, Israël est l’ennemi principal,et s’il s’approche de la frontière iranienne ou menace les intérêts de l’Iran, la réaction du gouvernement iranien sera immédiate. Elle sera dure, et une forte pression sera exercée sur Israël. Au bout du compte, les autorités iraniennes définiront leur ligne politique à l’égard de l’État hébreu et feront tout leur possible pour l’empêcher de pénétrer dans la région».

La tension ne cesse de monter dans le golfe Persique depuis le retrait américain de l’accord nucléaire iranien, suivi du rétablissement de lourdes sanctions américaines à l’encontre de l’Iran. Ces crispations se sont intensifiées ces dernières semaines, notamment en raison des incidents impliquant des pétroliers dans le Golfe.

https://fr.sputniknews.com/international/201908081041900825-detroit-dormuz-pourquoi-israel-a-t-il-decide-de-participer-a-une-mission-de-securite-maritime/?utm_source=push&utm_medium=browser_notification&utm_campaign=sputnik_fr

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural «n’a jamais été aussi nécessaire et urgente»

La ville de Goubkinsky dans l’Oural

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural «n’a jamais été aussi nécessaire et urgente»

© Sputnik . Yevgeny BiyatovINTERNATIONAL16:54 08.08.2019(mis à jour 17:02 08.08.2019)URL courte6233

Compte tenu des transformations observées aujourd’hui à l’échelle internationale, le rapprochement entre la Russie et l’UE est «nécessaire et urgent» pour sauvegarder cette dernière, estime Caroline Galactéros, la Présidente de Geopragma dans un article publié dans Marianne.

La crise du détroit d’Ormuz, la politique états-unienne et d’autres événements de l’actualité internationale rendent possible un «nouveau partage du monde», écrit Caroline Galactéros, Présidente de Geopragma, Pôle français de géopolitique réaliste, dans son article publié dans le magazine d’actualité hebdomadaire Marianne. Selon elle, cela devrait «mobiliser les chancelleries occidentales» et «leur faire élaborer des politiques nouvelles».

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural

D’après Mme Galactéros, l’une de ces politiques est le rapprochement entre Moscou et l’Union européenne.

« »L’Europe de l’Atlantique à l’Oural » — englobant la partie européenne de la Russie — n’a jamais été aussi nécessaire et urgente pour la sauvegarde de l’Union européenne, si cette dernière espère compter entre États-Unis et Chine et éviter le dépècement et la dévoration», explique-t-elle.

Néanmoins, selon Caroline Galactéros, un tel rapprochement demeure «ignominieux, inconcevable, indéfendable» aux dirigeants européens «piégés par une vision idéologique et faussée de leurs intérêts comme des nouveaux rapports de force du monde».

«L’angle mort»?

«C’est l’impensé, l’impensable, l’angle mort de la projection stratégique de l’Europe», écrit-elle, expliquant que l’avis des élites et institutions européennes est tel que la Russie, assimilée toujours à l’URSS, est «par principe vouée aux Gémonies, l’Amérique idéalisée, le péril chinois minimisé, l’Inde ignorée, le Moyen-Orient déformé et l’Afrique sous-estimée».

euro

© SPUTNIK . VLADIMIR TREFILOVLa diplomatie russe se prononce sur un passage à l’euro dans les transactions avec l’Europe«Les ravages de « la pensée magique » touchent malheureusement aussi la politique extérieure», estime Mme Galactéros.

Elle qualifie donc d’«urgent» d’établir «des bases d’une coexistence optimale entre les grands acteurs et ensembles régionaux» et d’arrêter de «croire en la chimère d’un magistère moral occidental ou simplement européen qui a volé en éclats».

«Dans un saisissant paradoxe, le dogmatisme moralisateur ne passe plus la rampe et une révolution pragmatique et éthique de la pensée stratégique occidentale s’impose», affirme-t-elle.

Ainsi, Mme Galactéros estime que la France est encore capable d’ «en prendre la tête et entrer en cohérence avec elle-même pour se protéger, compter et convaincre»

https://fr.sputniknews.com/international/201908081041898706-leurope-de-latlantique-a-loural-na-jamais-ete-aussi-necessaire-et-urgente/?utm_source=push&utm_medium=browser_notification&utm_campaign=sputnik_fr

Vases communicants en Syrie ?

Vases communicants en Syrie ?

7 Août 2019

Si le feuilleton d’Idlib n’en finit pas de ne pas finir et demeure une épine dans le pied des loyalistes, victorieux par ailleurs, un déblocage pourrait peut-être prochainement voir le jour, qui aurait d’importantes répercussions sur une bonne partie du territoire syrien. Le conditionnel reste cependant de mise, tant les négociations en coulisses sont complexes et mettent en scène une multiplicité d’acteurs aux objectifs différents : Damas, les Turcs, Moscou, les Kurdes, les Américains, l’Iran.

L’espoir d’un rapprochement entre Assad et les Kurdes sous la houlette russe ayant fait long feu (torpillage US mais aussi entêtement de Damas sur l’autonomie à donner aux Kurdes), l’on semble se diriger lentement mais durablement vers une recomposition qui était déjà dans les tuyaux depuis un bout de temps, un troc qui, selon le principe des vases communicants, verrait Ankara « donner » Idlib aux Syro-Russes en échange d’un feu vert contre le Rojava kurde.

Si l’idée n’est pas nouvelle, certains éléments peuvent laisser penser que cette fois, ça pourrait être la bonne, comme n’est pas loin de le penser Frédéric Pichon. Début août, Moscou a usé d’un ton inhabituellement direct, donnant 24 heures aux Turcs pour faire respecter l’accord sur le retrait des barbus de la DMZ. Ankara ayant évidemment été incapable de faire quoi que ce soit et HTS ayant refusé tout net, les Syro-Russes sont passés à l’offensive. Les Sukhois s’en donnent à cœur joie et il se murmure même que les spetsnaz ont mis la main à la pâte avec quelques opérations derrière les lignes.

Dans le même temps, Erdogan a menacé encore une fois, mais plus fort que de coutume, d’envahir le Rojava kurde. Certes, c’est presque devenu une habitude chez lui et d’aucuns n’y verront qu’un énième chantage, mais le ton semble cette fois plus assuré. A tel point que les Américains, parrains des SDF, se sont crus obligés à plusieurs reprises d’avertir sévèrement le sultan de ne pas franchir le Rubicon (ou l’Euphrate en l’occurrence). On doit bien s’amuser au siège de l’Alliance atlantique…

L’accord conclu in extremis entre Ankara et Washington reste vague et, comme les autres, pourrait ne déboucher sur rien de concret, auquel cas les Turcs seraient susceptibles de mettre, pour une fois, leurs menaces à exécution. Cela n’arrangerait évidemment pas les affaires de l’empire, pris entre le marteau de son allié otanien et l’enclume de sa chair à canon kurde syrienne. Amusante coïncidence, cela embêterait également son grand ennemi iranien !

Une invasion turque du Rojava repousserait en effet les Kurdes plus au Sud, vers la frontière syro-irakienne, interface de l’arc chiite. Cette concentration de troupes hostiles, cornaquées par Washington, près du noeud stratégique d’Al Bukamal rendrait la situation explosive et ne serait pas du tout bien reçue à Téhéran…

Nous n’en sommes pas encore là et n’y serons peut-être jamais, même s’il convient de ne pas en écarter tout à fait la possibilité. Les premiers éléments de réponse commenceront à tomber dans les jours/semaines à venir. Le sultan s’est-il une nouvelle fois contenté d’aboyer ou va-t-il, cette fois, réellement mordre ? L’offensive syro-russe sur l’Idlibistan sera-t-elle une nouvelle fois arrêtée après quelques villages repris ou est-elle partie pour durer ? Comment dit-on wait and see en turco-arabo-kurde ?

Tag(s) : #Moyen-Orient

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Lettres persanes

Lettres persanes

25 Juin 2019

Lorsqu’il publia son roman épistolaire en 1721, Montesquieu ne s’imaginait peut-être pas que sa chère Perse serait dans l’oeil du cyclone géopolitique 298 ans plus tard… Beaucoup a déjà été dit, ici ou ailleurs, sur la crise du Golfe 3.0 ou 4.0 (on ne compte plus). Contentons-nous de revenir sur les tous derniers éléments pertinents.

Si beaucoup espéraient (du côté impérial) ou craignaient (du côté de la multipolarité) que Poutine « vende » l’Iran en échange de la Syrie, ils ont été déçus/soulagés. L’inédit sommet tripartite Russie-Israël-USA, lors duquel Washington et Tel Aviv étaient censés convaincre Moscou de lâcher l’Iran, a accouché d’une souris. Pire ! l’envoyé russe, Nikolaï Patrouchev, a renvoyé Bolton & Co dans les cordes :

« L’Iran a toujours été et demeure notre allié, avec qui nous développons nos relations dans un contexte aussi bien bilatéral que multilatéral. Nous croyons donc qu’il est inadmissible de qualifier l’Iran comme la principale menace de la région et de le mettre sur le même plan que l’Etat Islamique ou d’autres organisations terroristes. »

L’ami Nikolaï en a rajouté une couche en déclarant que, selon les données militaires russes, le drone US était bien dans l’espace aérien iranien et que les accusations américaines contre Téhéran concernant l’attaque de pétroliers étaient « de piètre qualité et peu professionnelles ». Pan, sur la moustache de Bolton qui, avec son siamois israélien, ne s’attendait visiblement pas à se faire reprendre aussi vertement. Voilà qui n’a pas dû lui arriver très souvent dans sa carrière…

Et encore, Patrouchev n’a-t-il pas élaboré sur le fait que les Iraniens auraient également pu descendre un P8 Poseidon, avion de patrouille maritime, avec 35 soldats US à bord. Message sublimal : Nous sommes restés très modérés mais on peut vous faire beaucoup plus mal. De fait, si l’armée iranienne souffrira énormément d’un conflit, elle peut infliger des dommages sévères aux bases US de la région et mettre le feu aux alliés pétromonarchiques de l’empire.

Et bien sûr, Téhéran est dans les starting blocks pour lancer sa guerre asymétrique sur deux axes. D’abord en actionnant une guérilla chiite qui embrasera le Moyen-Orient : Hezbollah vs Israël, Houthis vs Arabie saoudite, UMP irakiennes vs soldats américains. Ensuite, en fermant le détroit d’Ormuz pour faire exploser le cours du pétrole et amocher salement l’économie mondiale.

Les compagnies d’assurance ont déjà multiplié par dix (!) le prix de leur police pour un pétrolier naviguant dans le Golfe, ce qui se répercute sur le coût du baril. Mais ce n’est rien par rapport aux cours stratosphériques qu’atteindrait l’or noir si le détroit était réellement menacé de fermeture : 300$, 500$ voire même 1000$ selon des projections de Goldman Sachs. Les marchés mondiaux ne s’en remettraient pas et la crise de 1929 ferait figure d’aimable gaspillage.

Pas sûr dans ces conditions que le Cretinho de la Maison Blanche, qui prend apparemment aussi ses conseils de l’excellent Tucker Carlson mais aurait mieux fait d’écouter celui-ci avant d’engager les illuminés Bolton et Pompeo, pas sûr dans ces conditions, donc, que Cretinho franchisse le pas. Pour l’instant, la guerre des mots s’amplifie, Rouhani qualifiant l’administration US de « retardée mentale » et celle-ci menaçant de « faire disparaître » l’Iran. Ambiance, ambiance…

La toute dernière livrée des sanctions américaines ciblent symboliquement les leaders iraniens mais il ne faudrait pas y voir seulement un aveu d’impuissance. En menaçant de sanctionner Zarif, le ministre des Affaires étrangères, les petits génies du Potomac pensent couper toute possibilité de négociations diplomatiques. Stratégie de la tension, toujours. Le Pompée du Département d’Etat, lui, fait la tournée des popotes pétromonarchiques pour les engager dans une grande coalition. Mais les grassouillets cheikhs sont aussi veules que riches et il n’est pas sûr qu’ils acceptent de s’engager. Déjà, les Emirats Arabes Unis, pourtant fanatiquement anti-iraniens, retournent leur keffieh à la vitesse de l’éclair, constatant soudain que la guerre, c’est dangereux. Il est très facile de payer des mercenaires au Yémen pour faire le sale boulot, mais se retrouver en première ligne, voilà qui est trop risqué pour ces chères pétronouilles.

Un dernier élément pour la compréhension des tenants et aboutissants persiques. Il se pourrait (mais l’info n’est pas sûre et reste au conditionnel) que les Russes aient envoyé des conseillers techniquesafin d’améliorer la défense anti-aérienne iranienne. Si c’est confirmé (et c’est encore un gros si), au vu de ce qui s’est fait en Syrie avec les 2/3 des missiles US descendus ou détournés, la nouvelle n’est pas bonne pour la coterie américano-israoudienne…Tag(s) : #Moyen-Orient

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/06/lettres-persanes.html

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