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Décomposition impériale

Décomposition impériale

9 Novembre 2019

Moins spectaculaire que les guerres américaines ratées, moins médiatique que les tentatives de putsch qui ne prennent plus, le mouvement tectonique du reflux de l’empire suit son cours, inexorable. Le schéma est classique, presque mécanique…

Années 90 : après l’éclatement de l’URSS, le système impérial est à son apogée. Il est alors pris d’une véritable folie des grandeurs qui finira par causer sa perte.

Années 2000 (ère Bush) : victime d’hybris, il s’engage dans un certains nombre de fiascos coûteux et retentissants (Irak, Afghanistan), et provoque la résurgence de ses rivaux (Russie, Chine, OCS).

Années 2000-2010 (ère Obama) : sentant le vent tourner, ils s’arc-boute sur ses fondamentaux (Europe totalement vassalisée, presstituée noyautée comme jamais) pour tenter de durer, au risque d’imploser.

A bien des égards, la géopolitique ressemble à la physique pure. Plus un corps, soumis à une pression intense, se comprime, plus il est instable et susceptible de provoquer des réactions en chaîne. C’est ce qui finit par arriver

Qui aurait imaginé, même dans ses rêves les plus fous, voir le système impérial US se décomposer aussi rapidement ? Certes, il y avait eu des signes avant-coureurs : crise grecque, montée des «  »populismes » » (entre huit guillemets) en Europe, multiplication des voix discordantes concernant la politique anti-russe (Hongrie d’Orban, Italie, Slovaquie, République tchèque, Grèce, industriels allemands etc.), record d’impopularité des hommes de paille de Washington (Flamby Ier rejoignant les rois fainéants mérovingiens dans le palmarès des dirigeants les plus détestés de l’histoire de France)…

Mais l’année 2016 restera comme l’apothéose de ce détricotage. En mai dernier, avant le sommet du G7 à Tokyo, un eurocrate envisageait le « scénario de l’horreur » :

Imaginez si, au lieu de Barack Obama, François Hollande, David Cameron et Matteo Renzi, nous avons Donald Trump, Marine Le Pen, Boris Johnson et Beppe Grillo.

Un mois plus tard, le scénario tant honni commençait à se mettre en place, au grand dam de Washington, Bruxelles et de leurs relais médiatiques. Le Brexit envoya des ondes de choc (…) Ce n’était pourtant rien en comparaison de ce qui allait se passer trois mois plus tard, au cœur même de l’empire, la deuxième étape du « scénario de l’horreur », le changement tectonique représenté l’élection du Donald.

2016 fut en effet le début de la fin : Brexit, Trump, guerre pétrolière américano-saoudienne, perte ou trahison des alliés, dédollarisation, fiasco ukrainien, dégringolade de la branche médiatique… Ce qui avait été patiemment bâti au cours de longues décennies se défaisait à vue d’œil. Et si le Deep State réussissait à sauver quelques meubles, par exemple en récupérant partiellement le Donald, plus rien ne serait comme avant. Comme la marée basse laisse sur le sable les traces de son passage, le reflux de l’empire mettait à jour ses contradictions criantes et ses dysfonctionnements inhérents.

Les éléments, auparavant maintenus sous la chape (de plomb) du manteau américain, étaient désormais livrés à eux-mêmes. Certains comme les euronouilles, complètement perdus, couraient dans tous les sens comme des poulets sans tête. D’autres, tel le sultan, jouaient les électrons libres et se rapprochaient dangereusement de l’autre camp. Partout, l’unité faisait place à la dissension. Sur le Vieux continent :

L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber.

Rappelons d’abord que la construction européenne fut, dès le départ, un projet américain. Des archives déclassifiées montrent que les soi-disant « pères de l’Europe » – Schuman, Spaak ou le bien-nommé Monet – travaillaient en réalité pour les Etats-Unis. Pour Washington, il était en effet plus aisé de mettre la main sur le Vieux continent par le biais d’une structure globale noyautée de l’intérieur que de négocier pays par pays avec des dirigeants indépendants.

La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le cache-sexe de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schroeder…)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler… Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l’hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça…

Il n’avait pas non plus prévu ce qui allait se passer dans le Golfe en juin 2017 :

La grande affaire très commentée de ces derniers jours est la mise au ban du Qatar par l’Arabie saoudite et ses quelques affidés de circonstance. Si c’était dans les tuyaux depuis une bonne semaine, c’est un véritable séisme dans la région, les précédentes querelles n’ayant jamais conduit à une rupture des relations diplomatiques (…)

Le Conseil de Coopération du Golfe est la pierre angulaire de l’empire américain dans la région – un peu comme l’UE en Europe – et il est aujourd’hui au bord du gouffre. Après le Brexit, le Qatarxit ? A Washington, les stratèges impériaux ne doivent pas être aux anges… Le Koweït et Oman ont en tout cas refusé de suivre leurs collègues et de rompre leurs relations avec Doha, ce qui fissure encore un peu plus l’organisation  (…)

Deux piliers du pétrodollar et soutiens du djihadisme en conflit, CCG en crise, Turquie ballotée, Etat profond US divisé… Il faut prendre la rupture saoudo-qatarie pour ce qu’elle est : une énième convulsion du « camp du Bien », un émiettement supplémentaire de l’empire.

Il n’en fallait pas plus à CNN pour accuser… les hackers russes ! Audiard nous avait prévenu : les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Derrière cette nouvelle dégénérescence de la presstituée se cache tout de même une réalité : c’est Noël au Kremlin, qui se garde toutefois de tout triomphalisme.

Les groupies de l’hégémonie américaine ne peuvent maintenant que constater les dégâts :

Un mélancolique article du Jerusalem Post intitulé « Les sommets d’Asie centrale qui montrent que Washington perd prise » nous rappelle une nouvelle fois, si l’en était besoin, que derrière les strass et paillettes de l’événementiel, l’empire américain est inexorablement engagé sur la pente descendante.

A Bichkek, au Kirghizstan, a eu lieu la grand-messe annuelle de l’Organisation de Coopération de Shanghai, incluant désormais l’Inde et le Pakistan. On y a vu Modi et Khan échanger des blagues, Xi et Rouhani renforcer leur coopération, Poutine rencontrer ses homologues chinois, iranien, indien ou pakistanais. Si le président iranien, Etat observateur, s’est fait remarquer en critiquant vertement l’unilatéralisme US et en offrant des privilèges économiques aux membres de l’OCS qui investiraient en Iran, il n’a pas été le seul. A Bichkek, on a parlé multipolarité, Routes de la Soie et intégration de l’Eurasie, pour le plus grand malheur de qui vous savez…

Le jour suivant, au Tadjikistan voisin, le sommet CICA (Conférence pour l’Interaction et la Confiance en Asie) a réuni du beau monde. Les représentants d’une trentaine de pays y participaient dont Poutine, Xi (qui a fêté son 66ème anniversaire avec le président russe), Rouhani, Erdogan ou encore Al Thani, l’émir du Qatar. On sait que ce dernier, depuis la rupture avec l’Arabie saoudite, a une furieuse tendance à se rapprocher de Téhéran et des géants de l’Eurasie. Ses multiples rencontres bilatérales d’hier sont là pour le prouver, notamment avec la Chine et l’Iran, qui a par ailleurs également reçu le soutien turc face au harcèlement américain.

L’hybris impériale – sanctions contre la Russie et l’Iran, guerre économique contre la Chine, menaces contre la Turquie, sanctions saoudiennes contre le Qatar – tend naturellement à rapprocher ces pays et accélère l’inévitable mouvement d’intégration du grand continent, bientôt irrigué par le gaz russe et les Routes de la Soie chinoises. Le monde multipolaire du XXIème émerge sous nos yeux…

Ce qui nous amène aux délectables nouvelles de ces derniers jours, qui remuent encore un peu plus le couteau dans le cœur des petits génies de Washington. Au Royaume-Uni, l’énième report du Brexit par les manigances des députés a poussé le Premier ministre Johnson à organiser des élections générales, prévues dans cinq semaines. Sans surprise, elles mettront aux prises les conservateurs de ce même Johnson et le Labour de Jeremy Corbyn. Si certains articles versent allègrement dans l’hyperbole, parlant de « lutte pour l’âme britannique », un aspect fondamental n’est pourtant jamais abordé : l’accélération du détricotage de l’empire.

Johnson est en effet favorable à l’OTAN mais ne peut, on le sait, voir en peinture l’Union européenne et fut l’un des principaux leaders de la campagne du Leave. A l’opposé, Corbyn est un de ces européistes indécrottables mais a toujours été très critique vis-à-vis de l’impérialisme américain et favorable à un rapprochement avec la Russie. S’il ne réclame plus l’abolition de l’Alliance atlantique, comme c’était encore le cas en 2012, nul doute que la politique étrangère de Londres prendrait un tour nouveau s’il était élu.

OTAN contre UE, alors que ces deux piliers de l’hégémonie américaine en Europe étaient auparavant synonymes, Brexit ou OTANxit (ou du moins une sérieuse prise de distance). Heureusement que McCain n’est plus là pour voir ça…

Et puisqu’on parle d’elle, les déclarations tonitruantes de Macron affirmant que l’OTAN est « en état de mort cérébrale » ont jeté un énorme pavé dans la mare, provoquant les cris d’orfraie de Berlin et de Bruxelles, la fébrilité dans les salles de rédaction et l’amusement de Moscou, qui a d’ailleurs tout lieu de se réjouir des appels du même à « rouvrir un dialogue stratégique avec la Russie ».

Ce n’est pas la première fois que l’actuel président français s’écarte de la ligne vassale de son prédécesseur. S’il n’a pu s’empêcher d’y retomber en certaines occasions, par exemple lors du false flag chimique n°3, l’occupant de l’Elysée est capable de faire montre d’une relative indépendance, comme nous le relations il y a plus de deux ans :

Alerte dans les officines du système impérial, la plaque européenne commence à dangereusement se rapprocher de sa consoeur russe et nos hypothèses se voient une nouvelle fois confirmées. Après la réception de Poutine par Macron à Versailles, nous écrivions :

D’abord, pourquoi inviter Poutine, dans les fastes de Versailles qui plus est ? Notons que, mis à part le traditionnel voyage du 15 mai à Berlin pour retrouver Merkel, c’est le premier dirigeant étranger que rencontre Macron dans un format bilatéral (les discussions avec Trump, Trudeau, Erdogan & Co ayant eu lieu en marge des sommets de l’OTAN et du G7). Relevons également que la somptueuse réception du « tsar de toutes les Russie » au château du roi-soleil n’a pas été du goût des habituels thuriféraires du système impérial.

Ainsi, le président français était demandeur, ce que l’enguirlandement médiatique fanfaron tente d’occulter (…)

Un reset franco-russe, qu’évoque également le peu russophile Financial Times, serait donc dans les tuyaux à la demande de Paris. Ceci pourrait expliquer pourquoi, au-delà des pathétiques flonflons médiatiques et du sauvetage de face macronien sur des questions aussi existentielles que les LGBT de Tchétchénie ou les méchants médias russes, on a furieusement l’impression que Bobobankster s’est aligné sur Poutine.

Sur la Syrie, « l’objectif absolu est la lutte contre le terrorisme, l’éradication des groupes terroristes, en particulier Daech ». Tiens, il y aurait des modérés pas si modérés que ça finalement et Assad ne doit plus partir… Plus intéressant encore, la fameuse phrase sur les armes chimiques que toute la MSN saoudisée a rapportée, persuadée qu’elle est dirigée contre Damas, mais que personne n’a pris la peine de décrypter :

« J’ai indiqué qu’une ligne rouge très claire existe de notre côté : l’utilisation d’une arme chimique par qui que ce soit fera l’objet de représailles et d’une riposte immédiate. »

Les mots importants sont en gras. Ainsi, Assad ne serait pas le seul à disposer et à être susceptible d’utiliser des armes chimiques… Est-ce une reconnaissance en creux du false flag de Khan Cheikhoun ? A noter que le soir même, Vladimirovitch a répété dans une interview destinée au public français qu’il n’y avait aucune preuve de l’implication du gouvernement syrien dans cette attaque. Pour mieux appuyer ce qu’il a dit, voire prouvé, quelques heures plus tôt à Macron sous les lambris versaillais ?

Concernant l’Ukraine, Poutine a pris le bâton, déclarant que c’était une affaire intérieure à ce pays et qu’il fallait tenir Kiev pour responsable des atteintes aux accord de Minsk, le tout sans être contredit par son hôte. Et je ne mentionne pas les formules répétées sur « le rôle indispensable de la Russie »…

Assiste-t-on à un changement de direction de l’euronouillerie, désormais orpheline de son maître américain ? Si Macron dit tout haut ce que Merkel pense tout bas – et il y a de bonnes raisons de croire que le premier est le porte-parole de la seconde -, on est peut-être en train d’assister à un rééquilibrage du Vieux continent. L’avenir nous le dira… Mais on comprendrait mieux alors la flagornerie de la caste médiatique, cachant sous les épithètes dithyrambiques une redirection peu glorieuse pour elle.

On en prend le chemin… Dans la foulée de la visite du réaliste Le Drian à Moscou, c’est en effet une véritable bombe qu’a lancé Macron dans un entretien à huit quotidiens européens paru aujourd’hui. Dans le texte :

Le vrai aggiornamento que j’ai fait sur ce sujet, c’est que je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Personne ne m’a présenté son successeur légitime. Assad est un ennemi de son peuple [tous les éléments de langage n’ont pas disparu du jour au lendemain, ndlr] mais pas de la France. Mes lignes sont claires. Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. Deux : la Syrie ne doit pas devenir un Etat failli [failed State]. Nous avons besoin de la coopération de tous pour éradiquer les terroristes, en particulier de la Russie.

Dios mio, McCain, Barack à frites, Flamby, l’hilarante, le Seoud et autres joyeux lurons de la clique impériale doivent s’arracher les cheveux. L’imMonde est vert de rage et la presse israélienne rapporte l’info pour le moins fraîchement.

Le président Macron semble en passe de devenir nettement plus sage que le candidat Macron. Un Trump inversé en quelque sorte… Si le Donald a tout le mal du monde à contrer le Deep State, c’est néanmoins son élection qui a permis le détricotage de l’empire dont les composantes s’égaillent maintenant dans la nature.

En plein dans le mille. Le reflux américain a laissé sur la grève les composantes du système impérial qui, nouvellement autonomes, s’éparpillent et prennent des directions inimaginables il y a peu encore.

Pire ! les propres pions de Washington arrivés fraîchement au pouvoir se mettent eux aussi à tourner casaque, notamment en Amérique latine. Au Brésil, Bolsonaro a fait un flip flop digne d’une grande patineuse en allant courtiser les investissements chinois. Ce n’est pas une surprise pour le fidèle lecteur de nos Chroniques, car certains signes étaient annonciateurs :

Un mot encore sur le traditionnel sommet des BRICS en marge du G20. Il était intéressant de voir le comportement de l’américanolâtre néo-président brésilien dans cette structure de facto opposée à Washington. Les bruits alarmistes et peut-être inventés sur une possible exclusion du Brésil ne se sont pas traduits dans les faits et les oreilles de Bolsonaro ont dû quelque peu sursauter en entendant Poutine appeler à la dédollarisation ou défendre le Venezuela, point sur lequel le leader brésilien a préféré éviter de polémiquer avec son homologue russe. Bolsonaro, que d’aucuns pensaient il y a quelques mois qu’il mettrait des bâtons dans les roues des BRICS, a même partiellement épousé les discours sur le multilatéralisme en critiquant le protectionnisme unilatéral d’un certain pays…

Entre un Bolsonaro qui met de l’eau dans son maté et un Lula qui vient de sortir de prison et pourrait reprendre le chemin du pouvoir, l’expérience « américaine » du Brésil a peut-être tourné (très) court. L’occasion de redonner un regain d’énergie aux BRICS, d’autant que le grand voisin argentin pourrait à nouveau être de la partie. Nous l’expliquions en août :

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçant sa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

… et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosada apporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Bingo. Le 27 octobre, Alberto Fernández, protégé de Cristina, a gagné dès le premier tour, renvoyant Macri à ses chères études. Si sa prise de fonction se fera en décembre, les stratèges américains commencent déjà à se ronger les ongles. Dans un geste ô combien symbolique, Fernández a accordé sa première interview internationale à Correa, l’ancien président équatorien et bête noire de l’imperium US, sur la chaîne russe RT.

Le renouveau de la multipolarité qui se prépare en Amérique du Sud va de pair avec le rôle jamais vu qu’y joue Moscou, au grand dam du Deep State dont les think tanks sonnent le tocsin :

« Il est clair que la Russie est en Amérique latine pour y rester et qu’elle étend son influence – notamment en essayant d’assurer les moyens de menacer les USA au sein même de l’hémisphère occidental. Le désarroi de la politique étrangère américaine a clairement facilité cette évolution. Etant donné l’actuel chaos à Washington [ ! ], il faudra un temps considérable avant que les Etats-Unis ne puissent établir une stratégie coordonnée visant à contrer ou, au moins, atténuer ces menaces. L’Amérique latine est devenue un théâtre d’opérations réel pour les Russes à cause de la négligence des Etats-Unis et de leurs politiques erronées. »

Au-delà de l’alarmisme peut-être exagéré de l’establishment impérial, trop longtemps habitué à l’hégémonie et qui voit surgir avec horreur son rival là où il ne l’attendait pas, une chose est sûre : en Amérique, comme en Europe ou au Moyen-Orient, l’empire US recule terriblement…Tag(s) : #Etats-Unis#Europe#Amérique latine#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/11/decomposition-imperiale.html

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La ‘guerre’ pour l’avenir du Moyen-Orient

La ‘guerre’ pour l’avenir du Moyen-Orient

PAR ADMIN · 6 NOVEMBRE 2019

Par Alastair Crooke
Paru sur Strategic Culture Foundation et Information Clearing House sous le titre The War for the Future of Middle East


Oh, oh, nous y revoilà ! En 1967, c’était alors la « menace » des armées arabes permanentes (et la guerre des six jours qui a suivi contre l’Égypte et la Syrie) ; en 1980, c’était l’Iran (et la guerre irakienne qui a suivi contre l’Iran) ; en 1996, c’est David Wurmser avec son document intitulé Coping with Crumbling States (découlaant du document stratégique tristement célèbre Clean Break) qui, à l’époque, ciblait les États nationalistes laïques arabes, dénoncés à la fois comme « reliques de la ‘mauvaise’ URSS » et comme hostiles par nature à Israël de surcroît ; dans les guerres de 2003 et 2006, c’était d’abord Saddam Hussein, puis le Hezbollah, qui menaçaient la sécurité des ‘avant-postes’ de la civilisation au Moyen Orient.

Et nous y revoilà une fois de plus, Israël ne peut pas ‘vivre’ en sécurité dans une région où se trouve un Hezbollah militant.

Sans surprise, l’ambassadeur de Russie à Beyrouth, Alexandre Zasypkin, a rapidement reconnu ce schéma bien trop familier : S’adressant à al-Akhbar le 9 octobre à Beyrouth (plus d’une semaine avant les manifestations à Beyrouth), l’ambassadeur a écarté toute perspective d’apaisement des tensions régionales ; mais il a identifié la crise économique qui se développe depuis des années au Liban comme le « point d’ancrage » sur lequel les États-Unis et leurs alliés pourraient s’appuyer pour semer le chaos au Liban (et dans l’Irak, avec ses calamités économiques parallèles), pour frapper le Hezbollah et les Hachd al-Chaabi – les ennemis d’Israël et des États-Unis dans cette région.

Pourquoi maintenant ? Parce que ce qui est arrivé à Aramco le 14 septembre dernier a choqué à la fois Israël et les USA : l’ancien commandant de l’armée de l’air israélienne a écrit récemment : « Les événements récents obligent Israël à recalculer sa voie, alors qu’il navigue à partir des événements. Les capacités technologiques de l’Iran et de ses différents mandataires ont atteint un niveau tel qu’ils peuvent désormais modifier l’équilibre du pouvoir dans le monde entier ». Non seulement ni l’un ni l’autre État n’a pas pu comprendre le modus operandi des frappes (même aujourd’hui) ; mais pire encore, ni l’un ni l’autre n’avait de réponse à l’exploit technologique clairement représenté par ces frappes. En fait, l’absence de « réponse » viable a incité un éminent analyste occidental de la défense à suggérer que l’Arabie Saoudite achète des missiles russes Pantsir plutôt que des défenses aériennes américaines.

Et pire encore. Pour Israël, le choc d’Aramco est arrivé précisément au moment où les États-Unis ont commencé à retirer de la région leur « couverture de sécurité » – laissant Israël (et les pays du Golfe) seuls – et vulnérables à la technologie dont ils n’auraient jamais pensé que leurs adversaires les posséderaient un jour. Les Israéliens – et en particulier leur Premier ministre – bien que toujours conscients de cette possibilité hypothétique, n’ont jamais cru que le retrait se produirait réellement, et surtout pas pendant le mandat de l’Administration Trump.

Cela a laissé Israël complètement assommé, et perdu. Cela a renversé sa stratégie, avec l’ancien commandant de l’armée de l’air israélienne (mentionné plus haut) se posant des questions sur les options d’Israël – aller de l’avant – et se demandant même si Israël a besoin, maintenant, d’ouvrir un dialogue vers l’Iran. Cette dernière option, bien sûr, serait culturellement désagréable pour la plupart des Israéliens. Ils préféreraient un « changement de paradigme » israélien audacieux, hors du commun (comme cela s’est produit en 1967) à tout contact avec l’Iran. C’est là que réside le véritable danger.

Il est peu probable que les efforts pour attiser des manifestations au Liban et en Irak soient en quelque sorte une réponse directe à ce qui précède ; il est plus probable qu’ils soient liés à d’anciens plans (y compris le document de stratégie destiné à contrer l’Iran présenté par MbS à la Maison Blanche, et récemment fuité) et aux réunions stratégiques régulières tenues entre le Mossad et le Conseil national de sécurité américain, sous la présidence de John Bolton.

Quelle que soit la parenté spécifique de ces manifestations, le « jeu » est bien connu : susciter une dissidence populaire « démocratique » (fondée sur de véritables griefs), des messages et une campagne de presse qui polarise la population, et qui canalise leur colère vers des ennemis spécifiques (dans ce cas, le Hezbollah, le Président Aoun et le ministre Gebran Bassil (dont les sympathies envers le Hezbollah et le Président Assad font une cible de choix, surtout comme héritier putatif des leaders de la majorité chrétiennes). L’objectif – comme toujours – est de créer un clivage entre le Hezbollah et l’armée, et entre le Hezbollah et le peuple libanais.

Tout a commencé lorsque, lors de sa rencontre avec le président Aoun en mars 2019, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo avait, semble-t-il, présenté un ultimatum : contenir le Hezbollah ou s’attendre à des conséquences sans précédent, notamment des sanctions et la perte de l’aide américaine. Selon des informations non vérifiées, Pompéo aurait par la suite amené le Premier ministre Hariri, un allié, à être complice des troubles prévus lorsque Hariri et son épouse ont invité le Secrétaire Pompeo et son épouse à un banquet dans le ranch de Hariri, près de Washington, à la fin de la visite du Premier ministre libanais aux États-Unis, en août dernier.

Au début des manifestations libanaises, les rapports faisant état d’une « salle d’opérations », à Beyrouth, qui gérait et analysait les manifestations et d’un financement à grande échelle par les États du Golfe ont proliféré ; mais pour des raisons qui ne sont pas claires, les manifestations se sont calmées. L’armée qui, à l’origine, se tenait curieusement à l’écart, s’est finalement mise à nettoyer les rues et à ramener un semblant de normalité – et les prévisions étrangement alarmistes du gouverneur de la Banque centrale concernant un effondrement financier imminent ont été contrées par d’autres experts financiers, qui présentaient une image moins effrayante.

Il semble que ni au Liban, ni en Irak, les objectifs américains ne seront finalement atteints (c’est-à-dire l’émasculation prévue du Hezbollah et des Hachd al-Chaabi). En Irak, ce résultat pourrait toutefois être moins certain, et les risques potentiels que les États-Unis courent en fomentant le chaos seraient bien plus grands, si l’Irak sombrait dans l’anarchie. La perte des 5 millions de barils/jour de brut de l’Irak créerait un vide sur le marché du brut – et en ces temps de fébrilité économique, cela pourrait être suffisant pour plonger l’économie mondiale dans une récession.

Mais ce serait de la ‘petite bière’ par rapport au risque que les États-Unis courent en défiant ‘les Parques’ avec une guerre régionale qui atteindrait Israël.

Mais existe-t-il un message plus large qui relie ces protestations au Moyen-Orient à celles qui éclatent en Amérique latine ? Un analyste a inventé un terme pour désigner cette époque, l’Âge de la colère, qui dégorge des « geysers en série » de mécontentement à travers la planète, de l’Équateur au Chili en passant par l’Égypte. Selon lui, le néolibéralisme est partout – littéralement – en feu.

Comme nous l’avions déjà noté auparavant, les États-Unis ont cherché à tirer parti des conséquences uniques des deux guerres mondiales, et du fardeau de la dette, pour s’octroyer une hégémonie du dollar, ainsi que la capacité vraiment exceptionnelle d’émettre du crédit à travers le monde sans frais pour les États-Unis (les États-Unis impriment du crédit en monnaie « fiat »). Les institutions financières américaines pouvaient faire crédit en ‘fiat’ partout dans le monde, pratiquement sans frais, et vivre des rentes que ces investissements leur rapportaient. Mais en fin de compte, cela a eu un prix : La limitation – d’être le rentier mondial – est devenue évidente à travers les disparités de richesse, et à travers l’appauvrissement progressif des classes moyennes américaines que les délocalisations concomitantes ont provoqué. Les emplois bien rémunérés se sont évaporés, alors même que le bilan bancaire financiarisé de l’Amérique gonflait à travers le monde.

Mais il y a peut-être un autre aspect à l’âge actuel de la colère. C’est le TINA : « Il n’y a pas d’alternative ». Non pas à cause d’une absence de potentialités, mais parce que les alternatives ont été écrasées. À la fin des deux guerres mondiales, il y avait une nouvelle compréhension sur la nécessité d’une autre façon d’être ; de mettre fin à l’ère plus ancienne de la servitude ; d’une nouvelle société ; d’un nouveau contrat social. Mais tout cela a été éphémère.

Et – pour faire court – le désir d’équité (quoi que cela ait voulu dire) de l’après-guerre a été réduit à néant ; les ‘autres politiques ou économies’, de quelque couleur que ce soit, ont été ridiculisées comme autant de « fake news » – et après la grande crise financière de 2008, toutes sortes de filets de sécurité ont été sacrifiés, et la richesse privée siphonnée pour la reconstruction du bilan des banques, pour protéger l’intégrité des dettes et maintenir des taux d’intérêt bas. Les gens sont devenus des ‘individus’ – à l’abandon – pour gérer leur propre austérité. Est-ce qu’aujourd’hui, les gens se sentent à la fois appauvris matériellement par cette austérité, et humainement appauvris par leur servitude de cette nouvelle ère ?

Le Moyen-Orient peut traverser (ou non) les crises actuelles, mais sachons que, dans leur désespoir en Amérique latine, le slogan « Il n’y a pas d’alternative » devient une bonne raison de « mettre le feu au système » pour les manifestants. C’est ce qui se produit lorsque les alternatives sont exclues (bien que ce soit pour « nous » préserver de l’effondrement du système).

Alastair Crooke est un ancien diplomate et agent du MI6 britannique. Il a fondé un think tank géopolitique, le Conflicts Forum, basé à Beyrouth.

Traduction Entelekheia
Photo David Mark/Pixabay

http://www.entelekheia.fr/2019/11/06/la-guerre-pour-lavenir-du-moyen-orient/

Docteur Jekyll et mister Hyde

Docteur Jekyll et mister Hyde

30 Octobre 2019

Décidément, les Anciens nous avaient prévenus. Un mortel ne peut prétendre s’élever trop haut sans que les Dieux, par une ironie malicieuse, ne rabaissent l’outrecuidant en lui faisant prendre des décisions calamiteuses.

Notre dernier billet gazier se demandait si le Danemark allait enfin autoriser la construction du Nord Stream II dans ses eaux territoriales, 147 petits kilomètres pour terminer le gazoduc qui apportera 55 Mds de m3 supplémentaires à l’Europe. Aussitôt dit, aussitôt fait. Le feu vert est tombé, au grand dam des médias impériaux qui appellent le Congrès US à voter des sanctions pour tenter de torpiller le projet.

En visite officielle à Budapest, Poutine s’est félicité de la (tardive) indépendance d’esprit du pays scandinave tandis qu’il préparait dans le même temps l’extension du Turk Stream vers la Hongrie. La bonne entente d’Orban avec Vladimirovitch rend notre bonne presstituée très nerveuse (témoin, cet invraisemblable fatras de RFI) tandis que l’avance inexorable des tubes russes vers le Vieux continent fait s’arracher les cheveux aux stratèges américains.

Tout irait donc pour le mieux du côté de Moscou si, une nouvelle fois, la faiblesse du tsar envers le sultan ne venait menacer le fragile édifice brillamment bâti en Syrie. Dans notre toute dernière livrée sur la Syrie, nous expliquions que la récré était finie dans le Nord :

L’aventure ottomane est terminée. L’accord de Sochi concocté par Vladimirovitch donne ses premiers fruits. Le cessez-le-feu est globalement respecté et les Kurdes, après deux jours d’hésitation, ont accepté le plan et commencé à battre en retraite de la frontière. Ils sont remplacés par l’armée syrienne qui se déploie à vitesse grand V pour contenir toute avance future des Turcs.

Notamment à l’Est de la zone d’invasion ottomane :

Rompant sans vergogne le relatif cessez-le-feu (précisons que les Kurdes ont leur part de responsabilité, ne s’étant pas retirés partout), les barbus pro-Ankara ont repris l’offensive en direction de Tall Tamir, tuant plusieurs soldats syriens, exécutant ou humiliant les prisonniers. Si, stratégiquement parlant, le fait est mineur, le dommage peut se révéler immense en terme de crédibilité et d’image.PUBLICITÉ

Crédibilité de Damas vis-à-vis des Kurdes, car les loyalistes sont obligés de battre en retraite et abandonner des postes qu’ils étaient venus occuper dans l’euphorie il y a quelques jours. Comment aborder les négociations futures, par exemple le démantèlement des SDF et leur intégration dans l’armée, en position de force si, sur le terrain, cette même armée fait déjà demi-tour ? Et crédibilité des Russes vis-à-vis de ses alliés, car il est incompréhensible pour beaucoup qu’ils laissent leurs protégés syriens, relativement désarmés en ce point, se faire tuer sans réagir. Où sont les Sukhois censés vaporiser les modérément modérés ? Où est le coup de poing sur la table de l’état-major russe vis-à-vis de son homologue turc ? 

Pire, il semble que les Russes aient demandé à Damas de ne pas envoyer d’équipement lourd ni de couverture aérienne à ses troupes sous le feu. Pour certains, il s’agit de ne pas indisposer le sultan au moment où les patrouilles russo-turques commencent leurs tournées et où, à la demande d’Ankara, les barbus rendent quelques villages au nord de Raqqa. Pour d’autres, les Américains, qui gardent encore le contrôle du ciel au-dessus d’une partie du Rojava n’autoriseraient pas les avions syriens à voler dans la zone. Toujours est-il qu’en termes d’image, tout cela est assez désastreux pour la Russie.

L’instant est pourtant capital. Les flip flop américains ont fait perdre à l’empire son crédit au Moyen-Orient alors que la solidité des alliances russes est louée. Pour Moscou, ce n’est pas le moment de se montrer pusillanime. La notoire mollesse de Poutine envers Erdogan risque, si elle perdure, de lui coûter très cher…Tag(s)

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/10/docteur-jekyll-et-mister-hyde.html#Russie#Gaz#Europe#Moyen-Orient

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POUTINE D’ARABIE : DIPLOMATOR, TERMINATOR, IMPERATOR !

POUTINE D’ARABIE : DIPLOMATOR, TERMINATOR, IMPERATOR !

« Les gens importants ont souvent la mémoire courte » (proverbe chinois). Qui se souvient encore des quolibets adressés par un Occident sûr et dominateur, il y a peu encore, au nouveau Tsar, Vladimir Poutine lorsqu’il décidât, en 2015, d’engager ses troupes en Syrie pour sauver le soldat Bachar mais, au passage, pour réimplanter la Russie dans la zone ? Qui se souvient encore des propos du comique ministre des Affaires étrangères et du développement international (MAEDI), Laurent Gaffius d’août 2012 annonçant la fin prochaine du régime du bourreau de Damas ? Qui se souvient encore des ratés (dans un premier temps, une sorte d’incrédulité) et des bourdes occidentales (dans un second temps, une guerre héroïque pour éliminer le tyran Kadhafi…) lors des premiers balbutiements des mal nommés « printemps arabes » fin 2010-début 2011 ? Qui se souvient des armes distribués manu larga par ces mêmes Occidentaux aux groupes terroristes (les petits gars qui faisaient du bon boulot sur place, pour reprendre la formule célèbre de Laurent Fabius) pour qu’ils chassent Bachar Al-Assad du pouvoir et y installe un régime démocratique, laïc, attaché au libéralisme et aux fameuses valeurs occidentales ?

Un constat d’évidence s’impose : le monde a profondément changé depuis, et plus particulièrement en cette année 2019. Certains experts évoquent la fin d’un monde, en particulier pour l’Occident. Une page qui vient d’être définitivement tournée. L’Occident qui a désormais tout loisir de méditer sur les raisons de sa défaite cuisante dans la région : « l’étrange défaite », pour reprendre le titre de l’ouvrage de Marc Bloch. Voudra-t-il en tirer toutes les conséquences qui s’imposent pour éviter que la défaite ne se transforme en débâcle ? La Russie peut, elle au contraire, savourer sa victoire incontestable. Un retour en arrière s’impose pour comprendre l’étendue de la défaite occidentale et la portée de la victoire russe opérée en quatre années d’intenses activités de toutes sortes. Comme souvent, on ne comprend le présent qu’à travers une connaissance du passé – surtout dans l’Orient compliqué – et on anticipe l’avenir qu’à travers une réflexion libre qui combine histoire et géographie. Exercice vain et inutile pour Jupiter et toute sa clique de courtisans qui confondent les lois de la finance et celles de la diplomatie qui n’ont pourtant rien à voir, qui confondent stratégie et communication.

UNE DÉFAITE CONSOMMÉE DE L’OCCIDENT

« On apprend peu par la victoire, mais beaucoup par la défaite » (proverbe japonais)

Aujourd’hui, le résultat de cette diplomatie occidentale de Gribouille de l’Occident, États-Unis et France en tête de gondole, est pour le moins piteux, pour ne pas dire catastrophique. Le tableau clinique est clair : l’Occident a largement contribué à déstabiliser durablement une région, qui n’en avait pas besoin, par une politique erratique, incohérente et inconstante. Par ailleurs, il a creusé sa propre tombe en se discréditant d’une manière impensable à l’occasion de l’opération turque dans le nord de la Syrie, visant à éliminer les « terroristes » kurdes. Petites causes, grands effets, pourrait-on dire. La défaite est lamentable.

Un Proche et Moyen-Orient au bord du précipice

Le tableau est inquiétant. Et les Occidentaux n’ont pas de quoi pavoiser. L’implosion de la Libye provoque une onde de choc de déstabilisation pérenne dans le Sahel et pousse des millions de migrants vers l’Europe. La Tunisie va de crise en crise institutionnelle. Le Yémen est à feu et à sang grâce à la générosité légendaire de l’ébéniste saoudien, MBS. L’Égypte a retrouvé un militaire fort qui tient le pays d’une main de fer. Israël peine à trouver un successeur à Benjamin Nétanyahou1. L’Irak peine toujours à se remettre de l’intervention américaine de 2003, connaissant une nouvelle vague de violences et de répression. La Jordanie, le Liban2 (les mesures annoncées par le gouvernement ne semblent pas convaincre la rue3) et la Turquie ont dû accueillir des millions de réfugiés syriens sur leur sol, provoquant une catastrophe humanitaire de grande ampleur. Il aura fallu plusieurs années à la coalition occidentale pour démanteler l’EIIL. Mais peut-on définitivement gagner la guerre contre une idéologie ? En Syrie, Bachar Al Assad, avec le soutien sans faille des Iraniens et des Russes, regagne petit à petit le terrain perdu. Aujourd’hui, les Kurdes honteusement abandonnés à leur triste sort par une Amérique isolationniste et par une Europe inexistante, sont contraints de négocier avec lui pour éviter d’être laminés par le nouveau Sultan d’Ankara. Qui sème le vent, récolte la tempête ! Toutes choses que les Occidentaux ne semblent toujours pas comprendre en dépit de leurs multiples défaites sur les champs de bataille aux quatre coins de la planète, les mêmes causes produisant les mêmes effets. Ils excellent dans le rôle d’excellents pyromanes mais aussi de piètres pompiers, ce qui est particulièrement savoureux lorsque l’on se permet de donner, chaque année à l’occasion de l’Assemblée générale de l’ONU, des leçons de diplomatie à la terre entière comme le fait Emmanuel Macron4.

Un Occident durablement discrédité

Durant ce temps de troubles structurels, Américains et Européens se contentent d’un strapontin de spectateur dans la recomposition actuelle du Moyen-Orient. Ils n’avaient pas vu le coup venir. Encore une nouvelle « surprise stratégique », pourtant très prévisible à condition d’ouvrir les yeux. Iraniens, Turcs (puissance régionales) et Russie (puissance extrarégionale) apparaissent comme les grands gagnants du nouveau mercato oriental. À ces trois pays revient le rôle d’architecte de la nouvelle Maison régionale. Aux Occidentaux revient le rôle d’imprécateur. Comme les faits sont têtus, les mouches ont changé d’âne. Au moment où elle envisage de quitter l’Afghanistan après deux décennies de guerre stériles5, l’Amérique ne fait plus la pluie et le beau temps dans la région surtout après son retrait rapide du nord de la Syrie pour laisser la place à la Turquie6. Elle laisse désormais à la Russie le soin de jouer en même temps sur le registre de la diplomatie (rôle dans lequel elle excelle, y compris dans le rôle de médiateur) et des armes (rôle dans lequel elle sait mettre le paquet en cas de besoin). Les faits sont têtus. Une sorte de revanche de l’Histoire qui risque de ma finir !7 La déroute de Paris et de Bruxelles est éclatante8. Désormais, on y boit le calice jusqu’à la lie et on va à Canossa/Moscou/Brégançon9 pour tenter de se réinsérer sur l’échiquier syrien alors que les carottes sont cuites10. Nous apprenons qu’Emmanuel Macron et Vladimir Poutine se sont entretenus le 21 octobre 2019 de l’Ukraine et de la Syrie11. Où sont donc passées les leçons de morale à géométrie variable de nos « hémiplégiques de l’indignation » (Natacha Polony) qui passent tous ses caprices au prince saoudien à la tronçonneuse, MBS qui commet des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité au Yémen avec des armes américaines, britanniques et françaises. Pas très glorieux lorsque l’on brandit en permanence ses (fausses) valeurs qui n’impressionnent que quelques énergumènes fréquentant les cafés du faubourg Saint-Germain. C’est la fable de l’arroseur arrosé qui n’a rien vu venir du tuyau d’eau. La France, comme ses alliés, s’est discréditée en en respectant pas sa parole (Cf. ses déclarations, ses gesticulations et ses décisions symboliques). À tout le moins, elle ne devrait pas demander que la Turquie quitte l’OTAN, elle devrait quitter cette organisation, survivance de la Guerre froide12.

Quel rôle joue désormais la Russie dans cette région dont elle était presqu’absente depuis la fin de l’URSS ?

UNE VICTOIRE INCONTESTABLE DE LA RUSSIE

« Il n’y a qu’une réponse à la défaite, et c’est la victoire » (Winston Churchill).

En cet automne 2019, presqu’une décennie après le début des « révolutions arabes », le moins que l’on puisse dire est que les temps ont bien changé. Même si dans les relations internationales, rien n’est jamais acquis pour l’éternité, quelques conclusions – fussent-elles provisoires – s’imposent. Les dernières péripéties (turco-kurdes) traduisent un retour gagnant de la Russie en Syrie et au Moyen-Orient, voire en Afrique13 (on l’y accuse même de l’emploi de procédés qui feraient penser à la défunte, mais toujours vivace, Françafrique14)15. Moscou est devenu, lentement mais sûrement, un interlocuteur incontournable dans la région. Vladimir Poutine est devenu l’ami de tous, y compris de certains des meilleurs alliés des États-Unis dont l’Arabie saoudite. Quel retour de bâton, impensable il y a peu tant ceci paraissait invraisemblable !

Un retour gagnant en Syrie

De 2015 à 2019. En 2015, lorsque Vladimir Poutine décidait d’engager ses troupes en Syrie dans la défense du régime de Bachar el-Assad, il laissait entendre que sa priorité consistait à sauvegarder la base navale de Tartous, la seule que possédait la Russie en Méditerranée. Quatre ans plus tard, le président russe est en passe de devenir, sinon le nouveau roi du Moyen-Orient, tout au moins le faiseur de rois de la région. Manifestement, sa communication est aussi minimale que sa stratégie de long terme est gagnante. La Russie est le vainqueur stratégique de l’épisode en grande partie en raison de l’inconséquence, de l’incohérence des Occidentaux.

Du retrait américain au coup de maître de Sotchi. Depuis que Donald Trump a, par ignorance ou conviction isolationniste, ce n’est pas très clair, retiré les troupes américaines du nord de la Syrie et favorisé l’offensive militaire turque, le président russe a parfaitement illustré la manière dont il conduit la politique étrangère qui lui a permis de reprendre pied au Moyen-Orient : résolution et flexibilité, un cadre stratégique global mis en œuvre grâce à un opportunisme forcené. En quelques jours, Vladimir Poutine a permis au régime syrien de se réinstaller dans un territoire qu’il ne contrôlait plus depuis des années, il a favorisé la réintégration des Kurdes de Syrie et, même s’il n’y est pas pour grand-chose, il a offert au président turc Recep Tayyip Erdogan ce qu’il convoitait depuis longtemps : une zone tampon en Syrie débarrassée de ses ennemis kurdes16 qui va lui permettre de renvoyer les réfugiés syriens dans leur pays à défaut de chez eux. Le 22 octobre 2019, les présidents turc et russe se retrouvent à Sotchi pour conclure un accord de coopération (après six heures de négociation) sur le contrôle de la frontière nord-est de la Syrie, prenant le contrôle commun de cette zone après le retrait des forces kurdes17. Ils ont décidé de déployer des patrouilles militaires russe et turques dans cette bande frontalière. Ces patrouilles auront pour objectif de « faciliter » le retrait des forces kurdes YPG et leur désarmement dans une zone « profonde de 30 km » le long de la frontière syro-turque. Puis, « 150 heures » plus tard, des patrouilles communes, cette fois russo-turques, évolueront dans la zone. La Turquie gardera néanmoins la haute main sur la zone située entre la ville de Tal Abyad, qu’elle a prise au début de l’offensive, et celle de Ras al-Aïn, dont les derniers combattants kurdes se sont retirés dimanche. Soit une zone de sécurité d’une longueur de 120 kilomètres sous son contrôle direct, sur les 440 qu’elle réclamait à l’origine. Quel bel exercice de diplomatie conduit dans la plus grande discrétion ! Les deux présidents n’intervenant que pour conclure l’accord au grand jour et à la face d’un Occident médusé. Une fois encore ! Une belle leçon de diplomatie. Discrétion et efficacité.

De la transparence du soldat Sénémaud. Où se trouve l’excellent François Sénémaud, représentant personnel du président de la République française, Emmanuel Macron pour la Syrie ? Il suit vraisemblablement les développements de cette affaire sur son smartphone, comme vous et moi. Bravo, une fois encore, à la diplomatie de l’esbrouffe et de la culotte baissée de Jupiter dans la zone. Continuons à ne pas vouloir rouvrir notre ambassade à Damas pour continuer à rester sourd et aveugle à ce qui se passe dans le pays et nous continuerons à nous enfermer dans une impasse, sans parler de nos contradictions dans notre diplomatie proche-orientale18 !

Une débandade américaine. Plus généralement, Vladimir Poutine a eu l’immense satisfaction de voir les forces spéciales américaines débarrasser le plancher, penaudes et sans tirer le moindre coup de feu, remplacées dans leurs bases par des fantassins et mercenaires russes, « une victoire telle que la Russie n’en avait pas connu depuis le départ des GI’s du Vietnam en 1975 », s’est réjouie la presse russe. Quelle revanche inespérée ! Qui aurait-cru possible un tel retournement à la faveur des développements de la crise syrienne ? On ne pourra l’ignorer encore longtemps sous réserve d’un réveil particulièrement douloureux dans les mois, les années à venir. Mais, les somnambules sont un grand classique de l’Histoire surtout en Europe depuis la Première Guerre mondiale.

Un interlocuteur incontournable dans la région

N’en déplaise aux antisoviétiques primaires et il n’en manque pas dans les allées du pouvoir19, même le cessez-le-feu temporaire, officiellement proposé par et signé sous l’égide du vice-président américain Mike Pence le jeudi 17 octobre 2019, porte la marque de Vladimir Poutine. Les négociations définitives visant à régler le partage des territoires et les lignes de démarcation entre les belligérants seront d’ailleurs conduites à Sotchi, en Russie, à compter du 22 octobre, et leur issue dépendra de deux personnes : Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine. Il est difficile de savoir si en 2015, lorsque le chef du Kremlin décide de voler au secours du dictateur de Damas qui voit son pays lui échapper, il décèle déjà l’occasion considérable qui s’offre à lui. Ce qui est sûr, par contre, c’est que Vladimir Poutine est mû par sa volonté constante de regagner l’influence et le prestige que l’ex-URSS a perdus depuis la chute du mur de Berlin. C’est sa matrice, sa ligne directrice. L’ancien agent du KGB n’en a jamais fait mystère et c’est aussi la raison pour laquelle les Russes continuent de lui faire majoritairement confiance, près de vingt ans après son accession au pouvoir. Vladimir Poutine entend redonner à la Russie le rôle de grande puissance qu’elle avait sous l’ère soviétique. Sa décision de s’impliquer dans le conflit syrien est donc stratégique : il souhaite reprendre pied dans une région où Moscou ne pèse plus beaucoup depuis deux décennies. Qui plus est, il entend faire ravaler leurs commentaires humiliants aux États-Unis, qui, par la voix de Barack Obama, ont parlé de la Russie comme d’une « puissance régionale », qui allait au-devant de « l’enlisement dans un bourbier ».

Un ami de tous les Etats de la région

En caricaturant à peine, on pourrait presque dire que la Russie est l’amie de tout le monde dans la région, ce qui n’est pas d’un Occident qui joue les Sunnites (Arabie saoudite) contre les Chiites (Iran). Lors des révolutions arabes de 2011, Moscou avait pris le parti des pouvoirs en place, contrairement aux Américains et Européens, qui avaient lâché Moubarak et Kadhafi, et n’a jamais donné de leçons de morale aux tyrans moyen-orientaux – il aurait été bien en peine. « La politique étrangère de Poutine est peut-être brutale et impopulaire vue d’occident, mais elle est parfaitement réaliste et cohérente. On connaît ses intentions et il n’hésite pas à les appuyer par la force si nécessaire, juge un diplomate européen. Surtout, Poutine se saisit de la moindre opportunité pour la transformer à son avantage, en particulier les hésitations et les tergiversations occidentales ». La Grande-Bretagne a très tôt abandonné le dossier syrien, la France n’a jamais voulu y aller seule, et les États-Unis ont progressivement réduit leurs ambitions et leur empreinte dans la région, jusqu’à la décision radicale de Donald Trump de laisser tomber d’un seul coup ses alliés kurdes, mais également ses partenaires de la coalition antidaech sans même les informés au préalable20. Ils ont l’immense plaisir de découvrir la décision américaine dans un tweet de l’homme à la mèche blonde. Dans le même temps, Moscou, qui avait déjà facilité le traitement du dossier nucléaire iranien, s’est rapproché de Téhéran en refusant d’appliquer les sanctions américaines. L’inimitié qui existait entre les nations arabes du golfe Persique et la Russie est également en voie de se dissiper au nom d’un intérêt commun : un prix du pétrole plus élevé. Cela s’appelle la géopolitique, discipline que nos élites autoproclamées ont trop tendance à négliger superbement. Emmanuel Macron l’aurait confessé à des proches : « La Turquie, la Russie et l’Iran en sortent gagnants ». Confession terrible, s’il en est pour un narcissique qui pensait avoir tout compris d’un Orient de plus en plus compliqué. Bravo à Jupiter et à toute sa cellule diplomatique (quatorze brillants sujets qui n’ont rien compris ni aux fondamentaux de la diplomatie, ni aux véritables rapports de force au Proche et au Moyen-Orient.

Un nouvel ami particulier dans la zone

L’Arabie saoudite et ses voisins ont toujours eu besoin d’un « protecteur » qui, depuis 70 ans, s’avère être Washington. Or, le choc de voir Donald Trump hausser les épaules après l’attaque iranienne sur ses installations pétrolières, puis la trahison des Kurdes de Syrie ont ébranlé Riyad : les Américains ne sont plus fiables. Par conséquent, la récente visite de Vladimir Poutine en Arabie saoudite (l’hymne russe y a été massacrée par quelques musiciens de pacotille) et aux Émirats arabes unis à la mi-octobre s’apparente à la fois à un démarchage commercial et à une tournée de victoire. L’ambassadeur saoudien au Royaume-Uni, qui n’est autre que le prince Khalid ben Bandar ben Sultan de la famille régnante, a confirmé cette nouvelle donne récemment, lors d’une discussion publique : « La Russie devient un acteur important de la région – qu’on apprécie cela ou pas, c’est la réalité. D’une certaine manière, les Russes comprennent mieux l’Orient que les occidentaux. » Il est évident que Moscou n’a aucune intention de donner des leçons de démocratie ou de défense des droits humains aux pays du Moyen-Orient, et que cela est apprécié. Par contre, étant donné les bonnes relations que Moscou entretient avec l’Iran, il semble clair que Vladimir Poutine pourrait/devrait servir de médiateur entre Riyad et Téhéran. « Quel que soit l’avenir de la Russie au Moyen-Orient, et il faut rester très prudent avant de proclamer que Poutine est le nouveau maître de la région, étant donné les soubresauts perpétuels qui agitent ces pays et le nombre d’acteurs régionaux aux intérêts divergents, mais il est évident qu’il est parvenu à ses fins », estime un autre diplomate européen, qui a servi en Russie et en Iran21. L’esprit du Pacte du Quincy semble bien lointain. Un air du vieux monde qui n’a plus cours en ce début de XXIe siècle où la grammaire des relations internationales est en pleine réécriture. Saurons-nous tenir la plume (être « penholder » comme on le dit à New York au Conseil de sécurité du l’ONU) ou bien laisserons-nous à d’autre le soin de la tenir à notre place ? Là est la question cardinale que pose le réveil de la Russie au Proche et au Moyen-Orient.

LE DÉCLIN DE L’OCCIDENT

« Les hommes parlent de la victoire comme d’une chance. C’est le travail qui fait la victoire » (Ralph Waldo Emerson). Et, la Russie a travaillé à sa victoire par une diplomatie discrète, efficace basée sur une stratégie de long terme mise en œuvre par le meilleur diplomate du circuit, Serguei Lavrov. Contrairement aux Occidentaux, elle n’a jamais joué la carte de la communication, de l’émotion, du rêve. Aujourd’hui, Vladimir Poutine peut se réjouir de l’évolution du rapport de forces dans la région. Il est parvenu à replacer la Russie au centre du jeu géopolitique international. Il a déstabilisé son vieil ennemi l’OTAN22, une sorte de désalliance atlantique23. Il a mis en évidence l’inertie de l’Union européenne, une sorte de roi nu. Il questionne la crédibilité de la France24, une sorte de leader en carton-pâte. Il a tissé de nouvelles alliances avec la Turquie, l’Iran et l’Arabie saoudite, et même avec Israël, ce qui n’est pas peu dire. Et, au passage, il retire le bénéfice de son investissement de 2016 sur le candidat Donald Trump. En Syrie, l’abandon des forces kurdes et le départ des troupes américaines décidé par le président américain signe la défaite de l’Occident dans la région, et cela pour un long moment. La Russie est ainsi redevenue une « puissance mondiale »25.

Après les perdants, les gagnants. En effet, dans le même temps, ce dernier épisode du feuilleton syrien signe la victoire de la Russie grâce à une constance et une volonté dans l’adversité qui méritent louange, au nom du réalisme le plus cynique. Les clairvoyants observateurs du quotidien de référence Le Monde en sont contraints à dresser, aujourd’hui, ce constat implacable ! Le clairvoyant ex-ambassadeur de France à Damas, Michel Duclos incite nos dirigeants à traiter avec ceux qu’il vomissait hier (« Il faut tenter de faire avec la Turquie ce que nous tentons par ailleurs avec la Russie, d’autant que nos différends sont moindres »). Ces commentateurs de l’actualité diplomatique nous rappellent ceux qu’Honoré de Balzac qualifie de « rienologues » en 1843 : « La page a l’air pleine, elle a l’air de contenir des idées ; mais, quand l’homme instruit y met le nez, il sent l’odeur des caves vides. C’est profond, et il n’y a rien : l’intelligence s’y éteint comme une chandelle dans un caveau sans air ». Tout change pour que rien ne change.
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En cette fin d’année 2019, Vladimir Poutine au Moyen-Orient, c’est un subtil cocktail de guerre et de paix, de Diplomator, de Terminator et d’Imperator !

Guillaume Berlat
28 octobre 2019

1 Claire Bastier, Nétanyahou renonce à former un gouvernement, Le Monde, 23 octobre 2019, p. 3.

2 Benjamin Barthe/Laure Stéphan, Liban : peuple dans la rue contre ses dirigeants, Le Monde, 22 octobre 2019, p. 4.

3 Benjamin Barthe, Au Liban, des annonces ambitieuses, mais qui ne convainquent pas, Le Monde, 23 octobre 2019, p. 3.

4 Guillaume Berlat, 74ème Assemblée générale de l’ONU : minilatéralisme !, www.prochetmoyen-orient.ch , 30 septembre 2019.

5 Adam Baczko/Gilles Dorronsoro, En Afghanistan, les dommages d’une politique étrangère américaine chaotique, Le Monde, 24 octobre 2019, p. 28.

6 D.F., Donald se Trumpe de combat…, Le Canard enchaîné, 23 octobre 2019, p. 8.

7 Nathalie Guibert, Trump ouvre une nouvelle ère entre politiques et militaires, Le Monde, 25 octobre 2019, p. 26.

8 Marc Semo, La déroute turque de Paris et Bruxelles, Le Monde, 22 septembre 2019, p. 27.

9 Guillaume Berlat, Que restera-t-il du sommet franco-russe de Brégançonwww.prochetmoyen-orient.ch , 26 août 2019.

10 Guillaume Berlat, Notre nouvel ami Poutine : c’est pas gagné !, www.prochetmoyen-orient.ch , 16 septembre 2019.

11 Agence Reuters, Poutine et Macron ont parlé de l’Ukraine et de la Russie, 21 octobre 2019.

12 Jack Dion, Plutôt que la Turquie, c’est la France qui doit quitter l’OTAN, Marianne, 25-31 octobre 2019, p. 58.

13 Benoît Vitkine, Poutine met en scène le retour russe en Afrique, Le Monde, 23 octobre 2019, p. 5.

14 Benoît Vitkine, Prigojine, homme des bases œuvres russes sur le continent, Le Monde, 23 octobre 2019, p. 5.

15 Vladimir Poutine réunit pour la première fois, les 23 et 24 octobre 2019, un sommet Russie-Afrique à Sotchi en la présence de 40 chefs d’Etat et de gouvernement africains pour définir les grandes lignes d’action entre Moscou et le continent africain.

16 Allan Kaval, Dans le désespoir et la peur, l’exil irakien des Kurdes de Syrie, Le Monde, 24 octobre 2019, p. 5.

17 Marie Jégo/Benoît Vitkine, À Sotchi, Poutine se porte garant du retrait des forces kurdes, Le Monde, 24 octobre 2019, p. 5.

18 Voir le dossier de Mediapart intitulé : « Proche-Orient : les contradictions françaises », http://www.mediapart.fr , 24 octobre 2019.

19 Isabelle Mandraud, Françoise Thom, la procureure de Poutine, Le Monde, 22 octobre 2019, p. 27.

20 Claude Angeli, Trump s’essuie encore les pieds sur ses alliés, Le Canard enchaîné, 23 octobre 2019, p. 3.

21 Thomas Cantaloube, La victoire de Poutine au Moyen-Orient, http://www.mediapart.fr , 20 octobre 2019.

22 Stéphane Breton/Patrice Franceschi, Il faut exclure la Turquie de l’OTAN, Le Monde, 22 octobre 2019, p. 25.

23 Nathalie Guibert/Jean-Pierre Stroobants, L’OTAN en crise face à Trump et Erdogan, Le Monde, 26 octobre 2019, p. 2.

24 Nathalie Guibert (propos recueillis par), Bernard Bajolet, « Le lâchage des Kurdes, une question pour la crédibilité de la France », Le Monde, 22 octobre 2019, p. 25.

25 Alexis Feertchak (propos recueillis par), Jean de Gliniasty : Comment la Russie est redevenue une « puissance mondiale », www.lefigaro.fr , 23 octobre 2019.

https://prochetmoyen-orient.ch/poutine-darabie-diplomator-terminator-imperator/

L’Allemagne cherche à s’investir militairement au Proche-Orient élargi

L’Allemagne cherche à s’investir militairement au Proche-Orient élargi

RÉSEAU VOLTAIRE | 27 OCTOBRE 2019 

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Arrivée de la délégation allemande au Caire

La Conférence sur la sécurité de Munich organise les 25 et 26 octobre au Caire et les 27 et 28 octobre à Doha deux séminaires entre dirigeants arabes et allemands.

L’Égypte est —avec la Syrie et l’Arabie saoudite— engagée contre les Frères musulmans, tandis que le Qatar —avec la Turquie et l’Iran— soutient cette société secrète.

Le président égyptien, Abd al-Fattah al-Sissi, son ministre des Affaires étrangères, Sameh Hassan Shoukry, et le secrétaire général de la Ligue arabe, Ahmed Aboul-Gheit, ont participé à la réunion du Caire avec une quarantaine d’autres personnalités, dont les ministres des Affaires étrangères du Niger de l’Ouganda et de Djibouti.

L’émir du Qatar, cheikh Tamim bin Hamad Al-Thani, son ministre des Affaires étrangères, Mohammed bin Abdulrahman Al-Thani, doivent participer à la réunion de Doha avec une quarantaine d’autres personnalités dont le ministre des Affaires étrangères d’Iran, le président du Kurdistan iraquien, et l’envoyé spécial de l’Onu au Yémen, Martin Griffiths. La lauréate 2011 du prix Nobel de la paix, la Yéménite Tawakkol Karman, représentera la Confrérie des Frères musulmans.

Le gouvernement allemand sera représenté aux deux réunions par le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Niels Annen, qui fut chercheur au German Marshall Fund, puis député socialiste.

Cette initiative de la Conférence sur la sécurité de Munich se tient alors qu’elle n’avait pas organisé d’événements hors d’Allemagne depuis deux ans et que la chancelière Angela Merkel souhaite appliquer les recommandations du German Marshall Fund et de la Stiftung Wissenschaft Politik : s’investir militairement au Moyen-Orient élargi aux côtés des États-Unis.

https://www.voltairenet.org/article208126.html

CINQ LECONS DE L’ATTAQUE CONTRE L’ARABIE SAOUDITE…

CINQ LECONS DE L’ATTAQUE CONTRE L’ARABIE SAOUDITE…

Tripoli (Liban), 7 octobre.

Après l’attaque du 14 septembre dernier, les dégâts matériels sur les installations pétrolières saoudiennes sont considérables. L’installation de Khurais, dans l’est du royaume, a ainsi été frappée quatre fois et des incendies y ont fait rage cinq heures durant, ce qui a contribué à la réduction de moitié de la production du premier exportateur mondial d’or noir et entraîné une flambée des prix. Dix-huit frappes ont été recensées à Abqaiq à 200 kilomètres au nord-est de Khurais, qui abrite la plus grande usine du monde de traitement de brut. D’énormes réservoirs ont été endommagés à Abqaiq ainsi que des tours de « stabilisation », servant notamment à séparer le gaz du brut. Selon un responsable d’Aramco1, Khaled al-Ghamdi, « 6000 ouvriers sont impliqués dans les travaux de réparation » contre 112 habituellement sur le site. 

Ces faits ont aussitôt soulevé une réprobation générale bien compréhensible… Cela dit, on aimerait voir la même unanimité condamner aussi la dictature saoudienne qui détruit méthodiquement le Yémen – l’un des pays les plus pauvres du monde – depuis 2015, en bombardant les aéroports et la quasi-totalité des infrastructures. Cette « guerre oubliée », qui n’a guère suscité l’inquiétude des habituelles belles âmes droit-de-l’hommistes a déjà causé des milliers de victimes et de réfugiés, entrainant un ravage humanitaire dont le retour du… choléra !

Dans ces circonstances, on s’attendait depuis longtemps à des réactions, et prochetmoyen-orient.ch l’a écrit à plusieurs reprises : « l’impunité saoudienne n’aura qu’un temps et amènera, le moment venu, des représailles à la hauteur des souffrances de la population yéménite »2. Par ailleurs, dans la mesure où Washington empêche l’Iran d’exporter ses hydrocarbures, pourquoi ce pays n’empêcherait il pas à son tour les alliés régionaux des Etats-Unis d’exporter les leurs ? « Bien fait ! », diraient les enfants… Donc, c’est fait et l’horrible guerre coloniale menée sur son flanc sud par la monarchie wahhabite n’a certainement pas dit toutes ses ruses et rebondissements… Cela dit, et en marge de ces considérations plus morales que géostratégiques, plusieurs leçons peuvent, d’ores et déjà, être tirées de cette attaque contre l’Arabie saoudite : 1) un mode opératoire inédit mêlant drones et missiles ; 2) une Arabie saoudite surarmée mais vulnérable et non protégée par ses alliés ; 3) l’impuissance américaine ; 4) la vraie nature de la dictature wahhabite ; 5) enfin, un basculement stratégique en faveur de la Russie, de la Chine et des puissances régionales. Voyons cela.

UN : DES DRONES ET DES MISSILES

Selon les autorités saoudiennes elles-mêmes, 18 drones et sept missiles de croisière ont été utilisés. Des drones seuls – comme annoncés dans un premier temps par la presse trop pressée- n’auraient jamais pu causer de tels dégâts. Hormis le drone américain Predator, dont les différentes versions (notamment le Predator C3) peuvent être réellement armés, la plupart de ce type d’engins connus ne peuvent embarquer qu’une vingtaine de kilos de charge explosive. Après les premières études d’impact, les experts ont dû se rendre à l’évidence : les drones engagés ont, sans doute, permis un marquage de cible, tandis que l’attaque et ses dégâts ont été le fait de missiles de moyenne portée.

Ce n’est pas la première fois que les unités houthis arrivent à cibler des objectifs saoudiens, y compris jusqu’à l’aéroport de Riyad. Mais cette fois-ci, l’ampleur des dégâts et la portée de l’attaque renvoient à des matériels dont ne disposent pas ces combattants, estiment les experts militaires les plus fiables. Les missiles engagés (de moyenne ou longue portée) proviennent, sans doute, d’une puissance régionale rompue à l’usage de ce type de matériels. Si l’on peut aisément exclure l’Arabie saoudite elle-même, les Etats-Unis, les Emirats arabes unis (EAU), la Turquie et Israël, il reste l’Iran bien-sûr. Mais pour l’instant rien n’est prouvé…

Encore que l’on ait le plus grand mal à admettre que des tirs de missiles – dans l’une des régions du monde les plus observées par radars, avions de surveillance et satellites – aient pu échapper ainsi à l’attention des militaires américains et autres Occidentaux installés dans la zone- dont la Grande Bretagne et notre pays qui dispose d’une base à Abou Dhabi. L’autre question concerne la situation géographique des pas de tir. Les rampes de lancement sur camion semi-remorque démultiplient les hypothèses dont deux sont à retenir : nord du Yémen ou Irak, le territoire iranien étant à exclure, toujours selon les sources militaires de prochetmoyen-orient.ch, « afin d’éviter une signature trop évidente et pouvant trop facilement justifier des représailles, étant entendu que l’Iran a toujours soigneusement évité une confrontation directe avec la dictature saoudienne ».

Les analystes militaires – consultés par nos soins – estiment que les missiles sont partis du territoire irakien. Une telle hypothèse de travail pose immédiatement plusieurs constats : comment des rampes de missiles mobiles ont-elles pu, à ce point, échapper aux services de renseignement américains ? Les Etats-Unis disposent toujours de quelques 30 000 soldats en Irak. Ensuite, partant d’Irak, ces missiles ont dû parcourir plus de 500 kilomètres et traverser les cieux du Koweït, ce qui amplifie la question de la surveillance des espaces aériens des monarchies du Golfe. Enfin, si les missiles ont été lancés depuis le territoire du Yémen, ils ont aussi dû parcourir plusieurs centaines de kilomètres, mettant encore plus gravement en cause la sécurité de la monarchie wahhabite.

DEUX : PLETHORE D’ARMES QUI NE SERVENT A RIEN !

L’Arabie saoudite se place à la troisième position dans le monde, après les Etats-Unis, et la Chine pour ses dépenses militaires. En effet, selon le rapport annuel de l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), ses dépenses ont été de 67,6 milliards de dollars en 2018. Or, quand on rapporte cette somme au produit intérieur brut (PIB), cela donne 8,8%, ce qui place l’Arabie saoudite en première place – et de très loin – dans le monde !

L’auteur de ces lignes se souvient avoir accompagné Dominique de Villepin lors d’un voyage officiel en Arabie saoudite. Hors du programme officiel, un ami saoudien avait pu nous faire visiter un entrepôt, dénué de toute surveillance, où se trouvaient empilées d’innombrables palettes frappées de l’inscription « made in USA », des palettes de matériels militaires qui n’avaient même pas été ouvertes ! Selon notre interlocuteur, ce stock était abandonné aux vents de sable, aux souris et chats errants depuis plusieurs mois…

Et malgré les nombreux films de propagande de l’armée saoudienne vantant les prouesses de ses farouches guerriers du désert, la plupart des attachés de défense en poste à Riyad et dans la région le reconnaissent : « l’armée de la monarchie est parfaitement nulle. Achetées en Europe, les frégates de premier rang pourrissent à quai à Djeddah et ailleurs. Malgré des mois de formation, les marins saoudiens ne savent toujours pas naviguer et utiliser le potentiel de ces bâtiments les plus modernes. A chaque tentative de sortie, ils cassent quelque chose avant un prompt retour au port. Quant à l’aviation de combat, voilà des années qu’elle emploie des pilotes, mercenaires grassement payés venus d’Ukraine et d’Amérique Latine. Les pilotes saoudiens ont beaucoup plus d’heures de diwan’yia et de réceptions officielles que d’heures de vol ».

Les sites pétroliers et gaziers – d’extraction, de raffinage et d’exportation portuaire – sont sécurisés par des compagnies privées de « contractors », la plupart du temps anglo-saxonnes. La mission des forces nationales de sécurité se cantonne presqu’exclusivement à la surveillance et à la répression des opposants et des régions où vivent les minorités chi’ites considérées comme une population délinquante.

Ce qui est plus étonnant, c’est que les grands alliés de cette dictature, à savoir les Etats-Unis – censés protéger les zones pétrolières et gazières depuis la signature du Pacte du Quincy (février 1945) et son renouvellement par George W. Bush en 2005 pour soixante années – se sont avérés tout aussi nuls, ne parvenant pas à prévenir et surtout éviter une attaque d’une telle ampleur. C’est un comble pour l’hyper-puissance qui se glorifie depuis la fin de la Seconde guerre mondiale de garantir la sécurité dans ce Moyen-Orient stratégique et plus spécifiquement de ses deux alliés historiques : l’Arabie justement et Israël. Les autorités de Tel-Aviv auraient elles du souci à se faire?

TROIS : DONALD TRUMP DANS LA NASSE

Obsédé par sa réélection hypothétique de novembre 2020, Donald Trump a promis au socle de son électorat de privilégier les questions domestiques par rapport aux engagements internationaux. Plus clairement encore, il a proclamé que les Etats-Unis ne devaient plus avoir vocation à jouer le rôle de gendarme du monde et qu’il ramènerait les « Boys » – engagés en Afghanistan, en Irak, en Syrie et ailleurs – à la maison ! On a vu qu’avec les Talibans, il a fait chou blanc, ces derniers s’apprêtant à reprendre le pouvoir à Kaboul. Poursuivant un retrait laborieux dans l’ouest de l’Euphrate syrien, Donald Trump ne peut quitter l’Irak qui laisserait le champ libre à l’ouverture d’une autoroute chi’ite de l’Iran jusqu’au Liban !

Dans tous les cas de figures, le président américain s’est interdit de lancer de nouvelles opérations militaires conventionnelles, lourdes et durables. Malgré tout, les « Faucons » l’exhortent aujourd’hui à durcir le ton et envisager des bombardements contre l’Iran. Mais les experts du Pentagone savent qu’une telle décision pourrait se révéler encore plus dangereuse qu’une image de laxisme, sinon de faiblesse, car l’escalade pourrait aller très vite et « yéméniser toute la région », souligne un attaché européen de défense en poste à Washington. Inévitablement Téhéran riposterait par des attaques directes et massives contre l’Arabie saoudite, les EAU ou Bahreïn et ciblerait aussi les troupes américaines stationnées en Irak et en Afghanistan. Une guerre ouverte contre l’Iran serait catastrophique. Deux fois plus peuplé que l’Irak, ce pays serait un adversaire autrement plus redoutable que son voisin.

Donald Trump est bien dans la nasse : ne rien faire et passer pour un faible et un trouillard ou lancer une nouvelle guerre proche-orientale qui risque vite de virer au cataclysme. Mais c’est une nasse dans laquelle il s’est enfermé lui-même en jetant aux orties l’accord de 2015 sur le nucléaire iranien. Comme l’écrit Nichols Kristof du New York Times, « si le prince Mohammad ben Salman souhaite réagir par la force aux frappes aériennes contre ses installations pétrolières, qu’il envoie les avions de chasse et les missiles de son pays. Ce combat n’est pas le nôtre. Aucun Américain de doit y laisser la vie »4.

Le journaliste américain conclut : « au lieu de tout cela, nous devrions coopérer avec les pays européens pour nous sortir de cette sale affaire et trouver le moyen de revenir dans l’accord sur le nucléaire iranien ».

QUATRE : LA VRAIE NATURE DE LA DICTAURE WAHHABITE

Cette attaque contre l’Arabie saoudite révèle aussi et surtout la vraie nature du « régime de Riyad » : faible sur le plan militaire on l’a dit, mais aussi et surtout rétrograde, réactionnaire et meurtrière. Le récent découpage à la scie à métaux d’un « journaliste » opposant dans les locaux du consulat saoudien d’Istanbul est l’arbre qui cache la forêt. Dans la monarchie wahhabite, on exécute aussi les dignitaires chi’ites, on décapite au sabre plusieurs centaines de personnes par an et les prisons sont pleines d’opposants, plusieurs milliers selon Amnesty International.

Mais il y a plus préoccupant encore et l’auteur de « Arabie séoudite : la dictature protégée » – Jean-Michel Foulquier5 (pseudonyme d’un grand diplomate français) l’écrivait dès 1995 : « par sa diplomatie du chéquier et ses différents outils de diplomatie religieuse, le royaume séoudien exporte et finance le wahhabisme et d’autres idéologies de l’Islam radical, matrices essentielles du terrorisme islamiste ».

Lors de son discours devant la 74ème Assemblée générale des Nations unies6, Donald Trump a osé dire que l’Iran était le principal pays soutenant et finançant le terrorisme international ! Fake News mille fois ! C’est l’Arabie saoudite et ses instruments de wahhabisation de l’Islam mondial (Banques, ONGs, et donations privées) qui transforment, radicalisent et poussent les adeptes de cette religion à commettre agressions, attentats et prises d’otages contre les « Infidèles » occidentaux ! Dans son ouvrage, Jean-Michel Foulquier décrit très précisément ces mécanismes de guerre latente et permanente contre l’Occident.

En 1998, soit trois ans avant les attentats du 11 septembre, l’auteur de ces lignes publiait un livre sur les filières de financement du terrorisme7. La quasi-totalité de ces connexions internationalement très ramifiées ramenait immanquablement à des bailleurs de fonds saoudiens privés et publics. Après les attentats du 11 septembre 2001, les enquêteurs américains durent admettre que quinze des dix-sept pirates de l’air/terroristes étaient Saoudiens ou d’origine saoudienne.

Loin d’avoir changé, cette situation s’est même amplifiée puisque Riyad finance désormais largement des écoles coraniques clandestines en France et en Europe. Parfaitement informé, notre ministre de l’Education Monsieur Blanquer nous explique qu’il ne peut pas les fermer par manque d’outils juridiques ! On croit rêver… Les auteurs des derniers attentats commis en France se sont tous revendiqués, soit de la Qaïda soit de l’organisation « Etat islamique » (Dae’ch), c’est-à-dire de formations nourries à la fois des enseignements du Wahhabisme saoudien et de ceux de la Confrérie des Frères musulmans -confrérie qui doit sa création historique et son implantation en Europe aux fonds saoudiens !

Dans la bande Sahélo-saharienne, les terroristes qui tirent quotidiennement sur nos soldats se revendiquent des idéologies diffusées par les madrassas de la région, financées là-aussi par l’Arabie saoudite et d’autres monarchies du Golfe. Alors ! Que Donald Trump n’insulte pas notre intelligence : non Monsieur le président des Etats-Unis d’Amérique, ce n’est pas l’Iran qui finance et arme les terroristes d’aujourd’hui, mais ce sont vos grands amis et gros clients saoudiens ! Adressez ce genre de Fake News à votre électorat évangéliste, mais pas à vos soit-disant « alliés » européens qui connaissent désormais vos pratiques et mensonges d’agent immobilier véreux !

Monsieur le président des Etats-Unis, vos alliés saoudiens et le jeune prince MBS, que Le Point et tout particulièrement Franz-Olivier Giesbert, qualifiaient de « réformateur » et d’« espoir d’un Islam moderne », sont les assassins des peuples yéménite, syrien et, dans une moindre mesure irakien, ainsi que de leurs opposants politiques. La vraie nature du « régime de Riyad » est dictatoriale et, sans doute, plus violente et criminelle que la plupart des autres Etats de la région.  

CINQ : UN GRAND RENVERSEMENT STRATEGIQUE

Le grand renversement stratégique des Proche et Moyen-Orient s’est opéré à travers deux événements capitaux qui n’ont pas été qualifiés et compris comme ils auraient dû l’être.

Le premier nous ramène à décembre 2016, aux combats et négociations qui ont précédé la reconquête/Libération d’Alep, la deuxième ville de Syrie. Enfermé dans un face à face bilatéral avec Washington, Moscou n’a jamais réussi à obtenir la liste des organisations rebelles syriennes dites « modérées », « laïques » et « démocratiques » soutenues par les Etats-Unis, leurs supplétifs européens, les Etats du Golfe et Israël. Ouvrant une négociation parallèle sur les questions militaires à Astana, la diplomatie russe a fait preuve d’une créativité réelle en associant – sur le plan diplomatique – les puissances régionales dont la Turquie et l’Iran. Cette approche plus inclusive a fini par payer, marginalisant les Etats-Unis et leurs aliiés.

La même méthode est actuellement appliquée à la poche d’Idlib (à l’ouest d’Alep) où il s’agit de réduire la dernière poche de jihadistes armés en Syrie. Non seulement les Occidentaux ont été clairement marginalisés, mais ils ont subi un cinglant revers militaire et diplomatique, même s’ils espèrent rester dans le coup en continuant à soutenir les factions kurdes de l’Est de l’Euphrate. Toujours est-il que la reconstruction politique et économique de la Syrie se prépare sans eux !

Le deuxième événement fondateur de notre « grand renversement stratégique » est l’attaque menée par des missiles du Hezbollah contre une base israélienne du nord de la Palestine occupée. Le 9 septembre dernier, prochetmoyen-orient.ch titrait « Hezbollah, une performance opérationnelle qui change tout ! ». En effet parfaitement menée et réussie, cette attaque démontrait clairement que – pour l’ensemble de la région – la question nucléaire n’est plus prioritaire, désormais on s’intéresse aux différents arsenaux balistiques existants. Indépendamment du Hezbollah libanais – qui, maintenant peut cibler n’importe quel point du territoire israélien, y compris la centrale nucléaire de Dimona -, les unités houthis disposent de cet armement, sans parler des armées nationales syrienne et iranienne et de différentes organisations irakiennes.

Ce profond changement de la donne stratégique donne l’avantage aux approches diplomatiques et militaires de Moscou qui continuent à optimiser le « format Alep », avec – en arrière-plan – la bienveillante complicité de la Chine qui dispose désormais d’un quai en eau profonde dans le port méditerranéen de Tartous (Syrie).

POUR NE PAS CONCLURE

Dans ce contexte, la leçon tirée par le journaliste du New York Times – précédemment cité – nous ramène à la négociation centrale Etats-Unis/Iran. On connaît aujourd’hui les quatre points du plan de médiation proposé par la France : 1) revenir au format « cinq-plus-un » (les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU dont les Etats-Unis, plus l’Allemagne) afin d’allonger la durée de cet accord nucléaire au-delà de 2025 ; 2) l’Iran s’engage à assurer la paix et la sécurité afin de garantir la libre circulation maritime, notamment dans le détroit d’Ormuz ; 3) une levée des sanctions et de toutes les sanctions économiques (dont les nouvelles mesures prises en 2017) frappant unilatéralement l’Iran ; 4) enfin, l’Iran doit renouveler son engagement à ne pas fabriquer l’arme nucléaire.

Il est bien évident que la « rencontre ratée » entre les présidents Trump et Rohani – lors de la dernière Assemblée générale de l’ONU en septembre dernier – abondamment commentée par la presse, l’a été du seul fait (et c’est bien légitime) que la partie iranienne n’entend plus donner le moindre gage avant une levée effective et totale des sanctions occidentales frappant son économie, et tout particulièrement ses exportations d’hydrocarbure.
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D’autres perspectives commencent à s’imposer avec la reconstruction économique à venir de la Syrie, qui ne manquera pas d’influencer, sinon de reconfigurer l’ensemble de la région. La question des « territoires » et de leurs aménagements s’impose, d’ores et déjà, comme le grand chantier. Et dans ce contexte, prochetmoyen-orient.ch en parle régulièrement, la philosophie politique d’Antoun Saadé redevient d’une grande actualité8. Fondée sur les territoires et la géographie comme support primordial des différentes communautés, la théorie d’une « Grande Syrie » pacifiée et pacifique pourrait inspirer les futurs bâtisseurs d’une paix régionale stable et durable.

Richard Labévière

1 Saudi Aramco, officiellement Saudi Arabian Oil Company, est la compagnie nationale saoudienne d’hydrocarbures. Elle possède la quasi-intégralité des ressources en hydrocarbures du royaume et, du point de vue de ses réserves comme de celui de sa production, est de loin la première compagnie pétrolière mondiale.

2 Prochetmoyen-orient.ch, novembre 2017.

3 « Predator C » : Drone de reconnaissance et de combat ayant des caractéristiques furtives : d’une longueur de 13,5 mètres pour une envergure de 22 m, il est propulsé par un réacteur Pratt&Whitney et non par un turbopropulseur comme son aîné. Il est ainsi capable d’évoluer à une vitesse de 740 km/h à une altitude d’environ 15 000 mètres. Le premier vol du premier Avenger a eu lieu en avril 2009 et celui du deuxième prototype Predator C Avenger a lieu le 12 février 2012.

4 New York Times, 18 septembre 2019.

5 Jean-Michel Foulquier : Arabie séoudite, la dictature protégée. Editions Albin Miche, 1995.

6 24 septembre 2019.

7 Richard Labévière : Les Dollars de la terreur. Editions Grasset, 1998.

8 Régina Sneifer : Une Femme dans la tourmente de la Grande Syrie – D’après les mémoires de Juliette Antoun Saadé. Préface de Georges Corm. Editions Riveneuve, août 2019.

https://prochetmoyen-orient.ch/cinq-lecons-de-lattaque-contre-larabie-saoudite/

Qué pasa en Irak ?

Qué pasa en Irak ?

6 Octobre 2019

Des choses très curieuses, nimbées d’un épais brouillard, se déroulent en Mésopotamie. Les informations nous parviennent au compte-gouttes, comme assourdies. Nos bons médias officiels en parlent avec leur habituelle dose de fausse naïveté, mais sans s’attarder outre-mesure. Une partie de la presse alternative, quant à elle, reste muette sur la question… Diable, que se passe-t-il donc au pays du Tigre et de l’Euphrate ?

Les faits, tels que rapportés, sont les suivants : des manifestations de jeunes ont éclaté dans la partie chiite du pays pour protester contre la corruption endémique, la situation économique catastrophique et le manque criant d’infrastructures (eau, électricité, routes). Jusque ici, rien que de très normal. Votre serviteur ayant récemment passé quelques années là-bas, il peut d’ailleurs témoigner de première main sur les coupures d’électricité qui l’empêchaient parfois d’écrire les billets attendus par ses chers et fidèles lecteurs.

Là où les choses commencent à prendre une étrange tournure, c’est dans la féroce répression gouvernementale qui a fait plus d’une centaine de tués en quelques jours. Quand des milliers de partisans de Moqtada Sadr avaient envahi la Zone verte ultra-sécurisée de Bagdad en avril 2016, aucun mort n’avait été à déplorer. Et là, il faudrait croire que le gouvernement du modéré Abdel Mahdi aurait ordonné de tirer sur des gamins qui, politiquement parlant, ne menaçaient personne ?

Car voici un autre fait curieux : dans un pays où la contestation est habituellement lancée par des figures politiques ou religieuses, voire tribales, ces manifestations spontanées (?) sont totalement indépendantes de tout parti et ont pris tout le monde de court, y compris Sadr lui-même qui tente maintenant maladroitement de rattraper le train en marche en appelant Mahdi à démissionner. Comment expliquer que personne n’ait rien vu venir, dans une région où les secrets transpirent et où les services de sécurité, forts de plusieurs années d’expérience dans la lutte anti-terroriste, sont habitués à savoir ce qui se passe ?

Le gouvernement a très vite évoqué des tireurs infiltrés dans la foule ou des snipers, visant à la fois les manifestants et les forces de sécurité, afin de créer un chaos menant à la sédition. Cette explication a d’abord fait sourire avant d’être prise un peu plus au sérieux. Sur cette vidéo, on voit par exemple des manifestants et des soldats, côte à côte, se cacher de tireurs non identifiés. Ailleurs, des volontaires veulent former une milice pour protéger les manifestants ET les forces de l’ordre, semblant donner quelque vraisemblance à la thèse de cette troisième force qui sèmerait l’anarchie et la division. Pour ajouter à la confusion, des hommes armés et masqués (qui sont-ils ?) ont pillé ou mis le feu à plusieurs sièges de télévision, attaquant parfois la police locale (quel intérêt le gouvernement aurait-il à faire cela ?)

Coïncidence troublante, les manifestations ont éclaté le lendemain de la réouverture très attendue du poste frontière d’Al Bukamal/Al Qaïm, bien connu de nos lecteurs. Au grand déplaisir de Washington et Tel Aviv, Mahdi a fait la sourde oreille et résisté à toutes les pressions pour permettre la renaissance de ce point nodal de l’arc chiite.

Assiste-t-on alors, en ce moment même, à une tentative de renversement du Premier ministre irakien ? C’est ce que pensent le toujours bien renseigné Elijah Magnier ainsi que Moon of Alabama, quasiment les seuls à aborder la question.

Les récentes décisions de Mahdi l’ont rendu très impopulaire aux yeux de l’empire. Il a ouvertement accusé Israël des récents bombardements sur les bases des milices chiites en Irak et, conséquence logique, s’est montré très intéressé par l’acquisition de S-400 russes. Ses ouvertures à la Chine (pétrole contre reconstruction), son refus de se soumettre aux sanctions US contre l’Iran et son choix de l’Allemand Siemens plutôt qu’une compagnie américaine pour un projet électrique important n’ont pas arrangé son cas. Cerise sur le gâteau, il a rejeté l’infantile « accord du siècle » présenté par Baby Kushner et tente de rabibocher l’Iran et l’Arabie saoudite pour apaiser les tensions dans le Golfe.

Autre coïncidence, les manifestations ont éclaté juste après l’éviction soudaine du général al-Saadi, héros de la reprise de Mossoul sur Daech et patron des troupes d’élite du Service de Contre-Terrorisme (SCT). Figure très populaire parmi nos manifestants qui brandissent régulièrement son portrait, il a refusé sa disgrâce et est passé à la télévision pour dénoncer la décision du Premier ministre. Le lendemain, la révolte commençait dans la rue…

Pourquoi Mahdi a-t-il viré al-Saadi ? Les avis divergent sur cette question fondamentale qui peut expliquer tous les événements actuels, mais à des degrés différents. Pour certains, c’est le premier niveau d’analyse, le général intègre s’était fait des ennemis dans la hiérarchie militaire corrompue et menaçait l’establishment. Le gouvernement l’écarte, montrant son propre degré de corruption, et les jeunes prennent la rue pour dénoncer les turpitudes de l’Etat. Possible. Il se peut même que certains manifestants aient été noyautés par les services d’al-Saadi, entraînant d’autres plus ingénus à leur suite. Quant aux fameux snipers, si leur existence est avérée, il n’est pas exagéré d’imaginer qu’ils font partie du SCT.

Mais il existe un autre niveau d’analyse, bien plus intéressant, où nous retrouvons sans surprise le grand affrontement entre l’Iran et les Etats-Unis, combat dans lequel l’Irak sert de terrain de jeu. Al-Saadi est proche des Américains et le SCT a été entraîné, financé et équipé par Washington. Cette proximité et ses « fréquentes visites à des ambassades étrangères » (on imagine lesquelles) inquiétaient le Premier ministre qui, d’accord avec les factions pro-iraniennes, a écarté l’indélicat pour le remplacer par Haider Yusuf, proche du fameux Qassem Soleimani, le grand manitou iranien.

Une nouvelle fois, l’analyse peut s’arrêter là : Téhéran a manigancé le renvoi d’un général pro-américain intègre, entraînant un mouvement de contestation contre la corruption et contre l’influence de l’Iran, mouvement qui s’appuie d’ailleurs sur le sentiment national irakien/arabe bien réel face au grand voisin perse. Dans plusieurs villes, des permanences de partis politiques ou de milices pro-iraniens ont d’ailleurs été attaqués.

Cependant, l’on peut aller encore plus loin, beaucoup plus loin. Ces derniers temps ont fleuri des rumeurs de coup d’Etat orchestré par Washington via des officiers irakiens, menées dont le gouvernement serait au courant depuis trois mois. On sait déjà que les Américains ont noyauté une partie du commandement de l’armée, comme on l’a vu avec l’épisode d’Anbar. Bien que le sinistre National Endowment for Democracy soit très présent en Irak, il semble que ce soit plus une intrigue militaire dans le cas présent et le général al-Saadi, inspirateur direct ou indirect des manifestations, est sous les feux de la rampe.

Sous couvert d’anonymat (ça vaut ce que ça vaut), des officiels irakiens mettent en cause l’ambassade américaine à Bagdad. On ne prendra pas ces déclarations pour argent comptant, d’autant que ces officiels peuvent eux-mêmes être noyautés par l’Iran, mais le contexte général – tentative d’attentat contre Soleimani, réouverture d’Al Bukamal – va dans ce sens. Les snipers embusqués, chargés de monter la foule contre les autorités, font furieusement penser au Maïdan tandis que les larmes de crocodile des diplomates US sur « l’inévitable démission » de Mahdi ne trompent personne.

Dans les brumeux et complexes événements qui se déroulent actuellement en Irak, il est pour l’instant malaisé de choisir, parmi les niveaux d’analyse évoqués plus haut, lequel est le bon. Le dernier nous semble le plus vraisemblable mais ceci n’est, pour l’instant, qu’une hypothèse qui demande confirmation. Les prochains jours nous en diront peut-être plus…Tag(s) : #Moyen-Orient

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A quoi jouent les Emiratis?

géopolitis

A quoi jouent les Emiratis?

Il est notoire que les Emirats Arabes Unis (E.A.U) sont des alliés indéfectibles de l’Arabie Saoudite. Ils se sont associés dans le blocus contre le Qatar, puis sont partis en guerre contre les Huthis au Yémen sous couverture de la coalition arabe dirigée par Ryad. Enfin, ils se sont montrés disposés à officialiser leur rapport avec Israel à l’occasion du sommet tenu le 25 et 26 Juin 2019 à Manama dans le royaume du Bahrein sur la proposition de M Kushner, conseiller spécial et gendre de l’éxécutif américain afin d’entamer les premiéres phases Du Contrat du siécle.

Devant la résistance des Huthis contre la coalition, l’Iran est montré du doigt en lui attribuant des ambitions hégémoniques dans les pays du Moyen Orient, ce que Ryad percoit comme une menace pour sa propre survie. Inquiétude qui légitime une alliance avec n’importe quel acteur régional ou international.

C’est de la que naisse la conception d’une OTAN arabe imaginée par les think tanks américains qui prévoit la constitution d’un front uni réunissant l’Arabie Saoudite, les Emirats Arabes Unis, le bahrein, l’Egypte et Israel contre l’énnemi commun : l’Iran.

A ce stade, il serait insensé de prévoir une défection de la part d’un quelconque Etat signataire. Et pourtant, le réalisme en a décidé autrement sur la clairvoyance anticipée des autorités de Abu Dhabi.

Le premier pas est franchi le 9 Juillet par le retrait partiel de ses forces du sud yémen

Le 30 Juillet des gardes cotes Emiratis se sont rendus à Tehéran pour discuter avec leur homologue.

Pour comprendre ces démarches, il faut faire parler des événements qui ont une trés grande incidence sur ce revirement:

Le 21 Juin, un drone américain a été abattu par les défenses anti aériennes Iraniénnes

Le 19 Juillet, Tehéran s’empare d’un pétrolier britannique en représailles contre la saisie le 5 juillet de son pétrolier Grace au détroit de Gibraltar.

Ces bréves indications ont été judicieusement analysées par Abou Dhabi pour se convaincre que la poursuite de confrontations avec Téhéran ne ménera à aucune victoire Analyses qui renforcent la conviction de sortir de ce guépier ont été renforcées par l’étude objective de la réalité:

  • Echec des interventions armées et l’enterrement de l’opération « Tempéte décisive » sous la direction de l’Arabie Saoudite
  • L’OTAN arabe ne présente aucun sens pratique et par suite, il est à son tour enterré
  • L’impunité du drone américain abattu laisse clairement entendre que l’administration de M Trump n’est pas disposée à envoyer ses GI mourir pour la cause d’autrui
  • Les sanctions décrétées contre la république islamique depuis sa naissance n’ont pas réussi à l’agenouiller, au contraire, elles l’ont poussée à plus de radicalisme.
  • Tehéran posséde des missiles (de sa propre fabrication) de longue portée qu’elle n’hésitera pas à utiliser pour frapper tous les pays abritant les bases américaines
  • Enfin, une guerre -quelle que soit son issue- causera de gros dommages aux intervenants directs et indirects, sans évoquer les incidences d’une probable implication des autres grandes puissances.

Ainsi, la décision des Emirats Arabes Unis répond à un sens pragmatique. Se retirer du champs de bataille pour entrevoir des solutions pacifiques envers un acteur qui a toujours manifesté son ouverture à toutes les propositions.

Et l’alliance indéfectible avec le Royaume Wahabite?

Les alliances sont basées sur les intérets réciproques. Or quand les intérets d’une partie sont menacés, les alliances n’ont plus droit d’exister. On tentera de changer de partenaires au gré des changements des relations internationales.

Enfin la question qui est digne d’étre posée est celle de savoir qui a convaincu ces dirigeants à prendre le sentier de la guerre?

Un inventaire de l’état des lieux ,-même avant l’engagement- nous soumet une liste où toutes les cases défavorables à la guerre sont cochées

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3 brigades saoudiennes détruites, des dizaines de mercenaires capturés lors de l’offensive de Najran: spox de l’armée yéménite

3 brigades saoudiennes détruites, des dizaines de mercenaires capturés lors de l’offensive de Najran: spox de l’armée yéménite

Sam. 28 sept. 2019 15h26 [Mis à jour le: sam. 28 sept. 2019 16h17]

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Le porte-parole des forces armées yéménites, le brigadier général Yahya Saree, prend la parole lors d'une conférence de presse à Sanaa, la capitale, le 28 septembre 2019.
Le porte-parole des forces armées yéménites, le brigadier général Yahya Saree, prend la parole lors d’une conférence de presse à Sanaa, la capitale, le 28 septembre 2019.

Le porte-parole des forces armées yéménites a déclaré que trois brigades militaires saoudiennes avaient été complètement détruites après que les troupes de l’armée yéménite, soutenues par des combattants alliés des comités populaires, avaient lancé une offensive militaire à grande échelle dans la région frontalière méridionale du royaume de Najran.

Lors d’une conférence de presse tenue samedi soir à Sanaa, la capitale, le général de brigade Yahya Saree a décrit l’opération majeure et efficace, surnommée la victoire de Dieu, comme la plus grande depuis que l’Arabie saoudite et certains de ses alliés ont lancé une campagne militaire atroce contre le Yémen. Il y a plus de quatre ans, constatant que l’offensive avait duré plusieurs mois et avait infligé à l’ennemi des pertes dramatiques – tant en termes de matériel militaire que de personnel militaire -, a déclaré dans un communiqué le bureau des médias du mouvement Yémen Houthi Ansarullah .

«L’opération a abouti à la destruction complète de trois brigades militaires des forces ennemies (saoudiennes), à la saisie de grandes quantités de matériel militaire, notamment des centaines de véhicules et de véhicules blindés, à la capture de milliers de forces ennemies, principalement des traîtres et des séduits (saoudiens). militants yéménites soutenus par l’ancien président yéménite Abd Rabbuh Mansur Hadi). Des centaines d’autres personnes ont également été tuées et blessées », a souligné Saree.

PressTV-Etats-Unis, l'Europe n'a pas "saisi la capacité" des Yéménites

PressTV-Etats-Unis, l’Europe n’a pas « saisi la capacité » des YéménitesL’attaque récente des Yéménites contre les installations de raffinage du pétrole en Arabie saoudite a choqué les responsables américains et européens, qui n’avaient «aucune idée de la capacité des Yéménites» et avaient toujours dénigré ce pays arabe appauvri, a déclaré un analyste politique de Washington.

Le haut responsable militaire yéménite a souligné que des commandants, des officiers et des soldats saoudiens figuraient parmi les personnes capturées par les forces yéménites et les combattants du Comité populaire.

«Seulement 72 heures après le début de l’opération, nos forces ont complètement assiégé les troupes ennemies. Trois brigades de traîtres avec des unités de l’armée saoudienne ont été complètement détruites et de nombreuses personnes prises en otage », a déclaré Saree.

Il a ajouté: «Sous les directives de la direction [du mouvement Ansarullah, Abdul-Malik al-Houthi], tous les prisonniers étaient traités conformément aux principes de l’islam, aux coutumes et traditions du Yémen ainsi qu’à l’éthique humaine. Nos forces ont œuvré pour protéger des milliers de forces ennemies qui se sont rendues contre les raids de représailles de la coalition d’agression. « 

PressTV-Quittez le Yémen ou faites face à des attaques paralysantes: les houthis avertissent les Émirats arabes unis

PressTV-Quittez le Yémen ou faites face à des attaques paralysantes: les houthis avertissent les Émirats arabes unisLe mouvement Houthi Ansarullah demande aux EAU de quitter le conflit au Yémen ou de faire face à des « attaques paralysantes ».

Saree a ensuite assuré à toutes les familles des prisonniers que les forces yéménites et leurs alliés prendraient d’autres mesures pour les protéger des dommages causés par les frappes aériennes menées par les Saoudiens.

Le porte-parole des forces armées yéménites a poursuivi en expliquant que plusieurs unités spécialisées des forces armées yéménites avaient participé à l’opération dans différentes zones géographiques et que les forces armées yéménites et leurs alliés pourraient s’emparer du contrôle de centaines de kilomètres carrés de terres à Najran.

Des responsables américains de PressTV savaient que l'Arabie saoudite échouerait au Yémen

Des responsables américains de PressTV savaient que l’Arabie saoudite échouerait au YémenDe hauts responsables américains savent depuis que l’Arabie saoudite a lancé une guerre d’agression contre le Yémen que Riyad échouerait dans la campagne militaire, indique un rapport.

L’Arabie saoudite et un certain nombre de ses alliés régionaux ont lancé une campagne dévastatrice contre le Yémen en mars 2015, dans le but de ramener le gouvernement de Hadi au pouvoir et d’écraser Ansarullah.

Selon le projet américain ACLED (Organisation de conflits armés), une organisation de recherche sur les conflits à but non lucratif, la guerre a  coûté la vie à plus de 91 000   personnes au cours des quatre dernières années et demie.

La guerre a également eu de lourdes conséquences sur l’infrastructure du pays, détruisant des hôpitaux, des écoles et des usines. L’ONU a déclaré que plus de 24 millions de Yéménites avaient cruellement besoin d’aide humanitaire, dont 10 millions souffrant de faim extrême.

https://www.presstv.com/Detail/2019/09/28/607363/Three-Saudi-brigades-destroyed-1000s-of-mercs-taken-hostage-in-Najran-offensive-Yemeni-Army-spox