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Une vente de F-35 aux Emirats menacerait la supériorité d’Israël au Moyen-Orient

Une vente de F-35 aux Emirats menacerait la supériorité d’Israël au Moyen-Orient

PUBLIÉ LE 28/08/2020 À 13H26  MIS À JOUR LE 28/08/2020 À 19H55Une vente de F-35 aux Emirats menacerait la supériorité d’Israël au Moyen-OrientUne vente de F-35 aux Emirats menacerait la supériorité d’Israël au Moyen-Orienthttps://imasdk.googleapis.com/js/core/bridge3.405.0_en.html#goog_434070793PauseUnmuteLoaded: 100.00% Fullscreen  SAUVEGARDER CET ARTICLE

La vente éventuelle de F-35 américains à Abou Dhabi constitue un premier couac, suite à l’accord de normalisation entre Israël et les Émirats arabes unis.

La vente possible de F-35 américains aux Emirats Arabes Unis va-t-elle mettre à mal la supériorité technologique d’Israël au Moyen-Orient ? Lundi, à Jérusalem, le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, accueille dans son bureau le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, au premier matin d’une tournée régionale pour tenter de convaincre d’autres pays arabes de marcher dans les pas des Emirats et de normaliser leurs relations, parfois déjà officieuses, avec l’Etat hébreu.

M. Netanyahu salue son « remarquable ami » Mike Pompeo, qualifie à nouveau « d’historique » l’accord du 13 août avec les Emirats, tance au passage l’Iran comme il en a l’habitude, puis lance sèchement : « je dois dire simplement que cet accord ne comprend pas l’acceptation par Israël d’un quelconque accord sur des armes ». De quoi s’agit-il? Depuis les années 60, les Etats-Unis maintiennent une politique du « Qualitative military edge » (QME), ou « avantage militaire qualitatif », selon laquelle Washington s’assure qu’Israël dispose du meilleur équipement militaire dans la région.

>> A lire aussi – Le très coûteux avion de combat F35 Lightning craint les éclairs

A l’issue d’une démarche du Congrès, cet avantage est devenu il y a deux ans une loi américaine en vertu de laquelle les Etats-Unis doivent s’assurer, lorsqu’ils vendent des armes à un pays du Moyen-Orient autre qu’Israël, que ce dernier reste en mesure de se défendre si jamais ces armes tombaient entre de mauvaises mains. Israël a reçu ces dernières années des premières livraisons de F-35 américains, un avion de combat convoité aussi par d’autres puissances du Golfe, dont les Emirats arabes unis.

« Les Emirats arabes unis ont déjà indiqué qu’ils voulaient le F-35. Je crois que c’était il y a six ans. C’est donc quelque chose qui est sur la table. Notre requête est légitime. Nous devons les avoir », a déclaré la semaine dernière le ministre d’Etat émirati aux Affaires étrangères Anwar Gargash. « Maintenant que l’état de belligérance ou de guerre avec Israël n’est plus en vigueur, je crois que ce devrait être plus facile », a-t-il ajouté.ACTUALITÉ DES MARQUESDes Régions à Croquer avec les Alliances Locales E.LeclercEn savoir +Une belle Alliance Locale entre Cédric Ville, producteur de Miel de Lavande et Guillaume Roman, adhérent du centre E.Leclerc de Valréas.Inspired by

Pour Yoel Guzansky, analyste senior à l’Institut d’études sur la sécurité nationale (INSS) de Tel-Aviv, point de doute: « je suis absolument certain que sans la possibilité d’acheter les F-35, ils (les Emirats) n’auraient pas signé l’accord ». « C’est le grand obstacle à la mise en oeuvre de cet accord », dit-il à l’AFP, alors qu’en Israël la presse fait les gros titres et la classe politique se déchire sur la vente possible par l’allié américain de cette technologie de pointe à un autre pays de la région. « Même si les Emirats ne sont pas hostiles (…), il y a une crainte que (cette technologie) tombe entre de mauvaises mains », soit par un changement de régime futur ou d’orientation politique aux Emirats, soit aussi par l’espionnage d’Iraniens vivant dans ce pays, souligne M. Guzansky.

>> A lire aussi – Un rapport met à jour un gros défaut sur l’avion de chasse F-35

Les experts, eux, glosent sur la manière de satisfaire à la fois Israël et les Emirats, voire à terme l’Arabie saoudite, client historique de l’armement américain au Moyen-Orient. « Il y a des arrangements qui peuvent être réalisés pour satisfaire Israël« , explique à l’AFP Joshua Teitelbaum, spécialiste du Golfe à l’université israélienne Bar-Ilan, évoquant par le passé des accords en coulisses pour faciliter la vente de F-15 à Ryad et à l’Etat hébreu.

Aux côtés de Benjamin Netanyahu, lundi à Jérusalem, Mike Pompeo a cherché à ménager ses deux partenaires: « nous allons continuer de maintenir cet avantage militaire qualitatif (à Israël) mais à la fois nous allons aussi pouvoir fournir (aux Emirats) l’équipement dont ils ont besoin pour protéger leur population ». Preuve de la sensibilité du sujet, en Jordanie, le caricaturiste Emad Hajjaj a été arrêté et encourt jusqu’à cinq ans de prison pour un dessin sur Facebook du prince héritier d’Abou Dhabi, Mohamed ben Zayed (MBZ), portant dans ses mains une colombe frappée du drapeau israélien, qui lui crache au visage. Motif de l’arrestation : « offense » aux Emirats, un pays ami.

https://www.capital.fr/economie-politique/une-vente-de-f-35-aux-emirats-menacerait-la-superiorite-disrael-au-moyen-orient-1379014

Tour d’horizon

Tour d’horizon

28 Août 2020

Après ce petit hiatus d’une dizaine de jours, retour au Grand jeu dont l’actualité s’emballe.

En cet auguste mois, la journaloperie a trouvé son feuilleton de l’été. Une vraie saga, avec empoisonnement raté et opposant ciblé par le terrible Poutine, mais qui peut quand même tranquillement partir à l’étranger se faire soigner, et dont la guérison miraculeuse rendrait jaloux le sanctuaire de Lourdes. Le scénario est quelque peu bancal mais nos plumitifs ne sont plus à ça près…

Derrière cette mascarade, évidemment, la pression impériale pour renouveler/durcir les sanctions euronouilliques à l’égard de Moscou, notamment à un moment charnière pour le Nord Stream II. Frau Milka a bien vu la manœuvre et veut absolument découpler les deux événements : la gazoduc n’a rien à voir avec le blogueur, meine Herren, qu’on se le dise.PUBLICITÉ

Sur le terrain, les infos sont un peu contradictoires. Certains journaux ont annoncé triomphalement, et sans doute un peu vite, l’arrêt temporaire des travaux. En réalité, le consortium est en train de soumettre au gouvernement danois le plan de travail mis à jour et il serait pourrait même que, pendant ce temps, le chantier continue de manière plus ou moins clandestine. Nous en saurons plus sous peu…

A l’autre bout de l’Eurasie, le Sila Sibirii II commence doucettement à se préciser. Nous en avions parlé en mai :

Le monde de l’énergie commence à s’agiter alors que le colossal gazoduc sibérien, Sila Sibirii II pour les intimes, se précise. Les articles se multiplient dans les revues spécialisées (iciici ou ici) car Gazprom vient de passer la vitesse supérieure en engageant les études de conception et de prospection. Le fidèle lecteur de nos Chroniques avait eu l’info en avant-première il y a presque deux mois :

Le patron de Gazprom a rencontré Poutine et annoncé qu’une première étude de faisabilité avait été menée et s’était révélée concluante. La compagnie va maintenant engager des analyses plus poussées et le tube semble dans les tuyaux, même s’il faudra évidemment attendre la signature d’un contrat avec Pékin. D’une capacité finale de 50 Mds de m3 annuels, il devrait vraisemblablement passer par la Mongolie. et non la chaîne montagneuse de l’Altaï, ce qui lui fera perdre son joli nom pour celui, plus classique, de Sila Sibiri II.

La visite de Poutine, que nous avions évoquée en septembre dernier, n’est peut-être pas étrangère à l’inclusion de la Mongolie dans le projet :

Sur le chemin [de Vladivostok], Vladimirovitch s’est arrêté à Oulan Bator et en a profité pour renvoyer les petits génies de Washington à leurs chères études. En réponse aux hypothétiques et quelque peu irréelles tentatives américaines de gagner les faveurs de la Mongolie afin d’enfoncer un coin entre la Russie et la Chine, un traité d’amitié perpétuel a été signé entre l’ours et le pays de Gengis Khan. Pompeo et Bolton peuvent ranger leurs affaires…

Un think tank énergétique britannique a longuement analysé la nouvelle route et en conclut que le projet fait encore plus sens. Au lieu d’entrer à l’extrême-Ouest de la Chine, à 3 200 km de Pékin, le nouveau tracé ferait arriver le tube à 560 km, tout près de son foyer de consommation potentiel. De quoi convaincre plus facilement le rusé dragon qui, s’il est proche allié de Moscou, n’en demeure pas moins un rude négociateur.

En passant, la Mongolie, dont la capitale est asphyxiée par les mines de charbon, pourra être approvisionnée en or bleu bien moins polluant et redonner ainsi un peu d’air à ses belles steppes.

Mais surtout, joyaux stratégique, ce deuxième pipeline est de la plus haute importance. Il est le chaînon manquant connectant enfin les deux pôles énergétiques du Heartland russe, la Sibérie occidentale qui écoule ses richesses vers l’Europe et la Sibérie orientale tournée vers l’Extrême-Orient.

A terme, un gaz circulant librement d’une partie à l’autre du continent-monde, intégrant énergétiquement l’Eurasie dans des proportions jamais vues, pour le plus grand malheur de qui vous savez…

Gazprom a de la suite dans les idées. Le géant russe et la Mongolie, qui commencent à plancher sérieusement sur la question, ont signé un mémorandum afin de mettre sur pied une compagnie chargée d’étudier la faisabilité du projet, celui-ci ne devant d’ailleurs poser aucun problème logistique. A terme, ce sont 50 Mdsde m3 de gaz supplémentaires qui devraient passer du Heartland russe au Rimland chinois, intégrant énergétiquement encore un peu plus les deux bêtes noires de l’empire.

Puisque l’on parle d’or bleu, un petit commentaire sur les « fabuleuses découvertes » du sultan et, plus généralement, les explications vaseuses tentant d’analyser l’impérialisme turc en Méditerranée orientale par le prisme de l’énergie. Nous avons déjà expliqué à maintes reprises que ces réserves sont relativement anecdotiques :

Les concurrents sont illusoires et ce n’est certainement pas la chimère du gaz israélien qui risque de déranger l’ours. Que n’avait-on entendu sur le bassin oriental de la Méditerranée ? « Découverte historique, Réserves extraordinaires, Changer la donne géopolitique »… Ces absurdités sensationnalistes, typiques de la basse-cour médiatique inculte mais également reprises, avec effroi, par une certaine presse alternative qui a tendance à voir partout la main d’Israël, ne méritaient pourtant pas autant d’attention. Cela aussi, nous l’expliquions il y a bien longtemps :

Ca gaze pour Moscou. Et ce n’est pas une « trouvaille » de dernière minute qui empêchera le tsar des hydrocarbures de dormir. Une délégation européenne a en effet rendu une petite visite à Israël pour discuter la construction d’un éventuel pipeline Israël-Chypre-Grèce susceptible de fournir du gaz à partir de Léviathan (…)

Les réserves ont été revues à la baisse (500 Mds de m3 au lieu de 620 Mds), ce qui explique peut-être le soudain désintérêt de Gazprom, et ces quantités sont de toute façon bien faibles pour alimenter aussi bien la consommation domestique israélienne et l’exportation vers l’Europe. Pour donner un ordre de grandeur, les réserves totales de Léviathan sont cinquante-deux fois moins importantes que celles de Yamal et équivalent à ce que transporte le Nord Stream pendant dix petites années.

Dans ces conditions, construire un gazoduc sous-marin long de 1 300 km passant au-dessus d’une faille géologique pour transporter une douzaine de malheureux Mds de m3 paraît pour le moins alambiqué.

Votre serviteur est maintenant rejoint dans son analyse par Foreign Policy, rien que ça. Dans un article remarqué, la revue se pose la question de savoir si, en réalité, un seul mètre cube sera exporté en Europe au vu des coûts énormes du projet et des réserves somme toute modestes. Que quelques malheureuses gouttes de gaz israélien atteignent finalement l’Europe ou pas ne changera de toute façon strictement rien à l’échiquier énergétique.

Quelque peu à l’arrêt en Libye et en Syrie, en grosse difficulté économique, le sultan avait besoin d’une annonce. La semaine dernière, avec force roulement de tambour, il a claironné la découverte de « gigantesques » réserves de gaz en Mer noire. Il n’en fallait pas plus pour que tout ce que la médiatitude officielle ou alternative compte d’incultes se joigne au chœur, parlant sans rire de « géant régional de l’énergie ».

En réalité, la découverte « sensationnelle » se résume à 320 malheureux Mds de m3. Pour mémoire, les réserves gazières de l’Iran ou du Qatar, vrais géants régionaux, eux, tournent autour de 30 000 Mds de m3, soit cent fois plus. Pour Ankara, la nouvelle est certes appréciable, permettant d’aller vers une plus grande autonomie énergétique durant une quinzaine d’années, mais nous sommes très loin du game changer géopolitique proclamé ici ou là.

Les frictions en Méditerranée orientale, dues au néo-impérialisme turc, ne s’expliquent pas non plus par l’or bleu de son sous-sol, relativement modeste comme vu plus haut, ou seulement dans un second temps. Il s’agit principalement du vieux fond irrédentiste ottoman, qui s’applique aussi bien à Chypre (depuis 1974, bien avant qu’on ne parle de gaz) qu’en Syrie septentrionale ou, depuis peu, en Libye.

Passons à la Biélorussie où nos prédictions semblent une nouvelle fois se concrétiser :

Nous en sommes encore loin. D’abord, malgré la révolte qui gagne des secteurs grandissants de la société, il n’est pas du tout sûr que Loukachenko, qui a verrouillé l’Etat depuis fort longtemps, tombe. Les manifestations, malgré la présence d’agents provocateurs et, plus généralement, les manigances impériales, restent relativement modestes par rapport à ce que l’on a connu ailleurs.

Un scénario à l’ukrainienne est peu probable. Contrairement à son voisin méridional, la Biélorussie est homogène ; la population y est très majoritairement russophone et russophile, et un ralliement au camp autoproclamé du Bien semble exclu. De plus, les liens économiques avec l’ours sont inextricables ; les couper serait un véritable suicide.

Pour l’instant, Moscou et Washington semblent d’ailleurs voir le verre de vodka à moitié plein : avec Loukachenko à sa tête, la Biélorussie est un épouvantail pour l’OTAN tout en refusant d’être intégrée à la Russie. Les duettistes du Grand jeu se regardent en chiens de faïence, guettant le mouvement de l’autre, ce qui pourrait ironiquement perpétuer le status quo. Chacun semble en fait déjà préparer l’après-Loukachenko (…)

Quant à l’idiot du village, qui a réussi le tour de force de se mettre littéralement tout le monde à dos, y compris son allié russe, il devrait, sauf surprise, pouvoir terminer son sixième mandat de président. Une victoire à la Pyrrhus qui ne trompe guère les observateurs. Si les manœuvres engagées par les grands lui donnent un répit provisoire, ils semblent être décidés à passer à autre chose et préparent déjà, très en amont, le futur politique de la Biélorussie. Rendez-vous en 2025 ?

L’opposition à Loukachenko ne faiblit pas mais ne se renforce pas non plus et, jusqu’à présent, le pouvoir ne vacille point. Pour le Kremlin, tout se déroule pour l’instant comme prévu :

Selon Vladimir Poutine, la situation s’améliore en Biélorussie, et une intervention russe n’est pas nécessaire. Il a appelé ce 27 août l’ensemble des acteurs biélorusses au bon sens pour trouver une issue à la crise. Mais l’homme fort du Kremlin prévient qu’en cas de besoin, il est prêt.

« Alexandre Grégoriévitch [Loukachenko] m’a demandé de constituer une certaine réserve d’agents des forces de l’ordre et je l’ai fait, a-t-il déclaré. Mais nous avons convenu qu’elle ne serait pas utilisée sauf si la situation devient hors de contrôle et que les éléments extrémistes (…) franchissent certaines barrières : qu’ils mettent le feu à des voitures, des maisons, des banques, tentent de saisir des bâtiments administratifs ».

L’idiot du village est affaibli mais l’opposition est également relativement fragmentée. Et ce n’est pas le petit flirt ambigu de Svetlana Tikhanovskaïa avec quelques représentants impériaux – elle a rencontré Biegun, le n°2 du Département d’Etat, ainsi que l’inénarrable BHL – qui va unifier cette opposition disparate, au contraire.

NB : pour ceux qui y verraient la preuve que dame Svetlana est un agent de Washington, précisons que ces rencontres n’ont rien eu de bien méchant. La visite de Biegun n’est pas un saut de l’ange volant soudainement au secours d’une « révolution colorée » ; elle était prévue et le bonhomme s’est d’abord rendu à Moscou pour échanger avec Lavrov. Bref, nous sommes loin de Victoria Nuland & co(okies)…

A ce propos, Zelensky a eu un commentaire très curieux (et relativement agaçant pour certains) à propos des événements biélorusses, assurant d’abord que Kiev n’interviendrait pas mais enjoignant surtout l’opposition à ne pas suivre l’exemple du Maïdan ! Aux dernières nouvelles, Joe Biden en a avalé sa cravate de travers.

Restons en Ukraine où Saakachvili refait des siennes. Le fidèle lecteur ne sera guère surpris, les frasques de l’ex-président géorgien étant devenues proverbiales :

En cette fatale dernière semaine de juin, la junte maïdanite allait d’ailleurs boire le calice jusqu’à la lie. Et on ne sera pas tout à fait surpris de savoir que c’est Micha qui, de nouveau, a mis les pieds dans le plat. Nous annoncions son retour il y a trois mois :

S’il est quelqu’un qui, en tant que pion impérial, a participé à toutes les vicissitudes du Grand jeu dans le pourtour russe ces dernières années, c’est bien Mikhaïl Saakachvili.

Géorgien arrivé au pouvoir par la révolution sorosienne de 2003, déclencheur de la désastreuse (pour lui) guerre de 2008 qui a torpillé la marche de son pays vers l’OTAN, ses nombreux abus le poussent finalement à se sauver du Caucase pour gagner des cieux plus cléments. En 2014, il revient sous les projecteurs en Ukraine, suite au putsch organisé par Washington. Mais là encore, la romance tourne court […]

Après son expulsion définitive d’Ukraine, on pouvait se dire que le multi-fugitif avait enfin compris et profiterait d’une retraire dorée dans quelque fac américaine. Détrompez-vous, Micha est de retour !

A la surprise générale, le néo-président ukrainien Zelensky vient en effet de lui offrir le poste de vice-Premier ministre. « Surprise » n’est pas un faible mot, car le retour de l’éléphant dans le magasin de porcelaine risque de faire des vagues en tous sens.

Son antagonisme avec Poutine est légendaire et l’on peut s’étonner du choix de Zelensky. On sait que depuis son accession au pouvoir, celui-ci avait lentement dégelé les relations avec Moscou. Le mois dernier, le remaniement ministériel, voulu par lui, avait entraîné un torrent de lamentations des officines impériales (ici ou ici) : trop pro-russe, pas assez pro-occidental. La nomination du boutefeu géorgien vient maintenant brouiller les pistes. A moins que ce soit un moyen de désamorcer l’opposition qui ne manquera pas de pousser les hauts cris quand un plan d’ouverture vis-à-vis du Donbass sera officialisé ? L’avenir nous le dira.

Le Kremlin est de toute façon bien moins embêté par cette promotion que ne l’est le baby Deep State ukrainien au service de Washington. Si ce dernier partage avec Saakachvili une même détestation de la Russie, d’insurmontables conflits d’égo rendent la situation explosive. Ainsi avec Arsen Avakov, inamovible ministre de l’Intérieur de la junte depuis le putsch de 2014 et conservé à son poste par Zelensky. Une réunion officielle restée dans toutes les mémoires avait vu Micha le qualifier ouvertement de « voleur » et Avakov lui répliquer en lui balançant un verre d’eau au visage.

Les prochains mois risquent d’être sportifs du côté de Kiev…

Bingo, ça n’a pas traîné. Dans une interview à la télé, l’éléphant du Caucase a médusé les russophobes, restés sans voix :

« La Russie est largement devant l’Ukraine en terme de réformes. Les problèmes y sont réglés bien plus vite et avec plus d’efficacité qu’ici (…) Les Russes nous battent sur le front des réformes. » Et, histoire de bien remuer le couteau dans la plaie : « L’Etat ukrainien n’existe pas. La société est divisée en groupes et en clans, dirigés par des bureaucrates et leurs patrons. C’est comme si, ici, les gens naissaient avec des puces électroniques leur assignant d’entrée tel rôle au service de tel groupe. » Aux dernières nouvelles, Chocochenko en a fait une jaunisse.

Au-delà de l’anecdote, ces nouvelles semblent indiquer du côté de Kiev un profond changement, presque intellectuel. La russophobie primaire, sport national de la junte déchue, paraît ne plus être de mise, même chez un agité du bocal comme Saakachvili.

Cette fois, Micha veut… revenir en Géorgie ! Soit il est fatigué de la corruption endémique de son pays d’accueil (ce que laisseraient penser ses commentaires désabusés du mois de juin), soit il veut retenter une aventure personnelle dans son pays d’origine, où il est pourtant poursuivi et encourt des années de prison. Y a-t-il une dimension géopolitique derrière ? Sans doute pas. L’actuel gouvernement n’est pas spécialement connu pour sa russophilie et, à tout prendre, un retour de Micha en Géorgie ajouterait une bonne dose de chaos chez cet éternel (et éternellement recalé) candidat à l’OTAN.Tag(s) : #Russie#Gaz#Europe#Moyen-Orient#Ukraine

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Oeil pour oeil

Oeil pour oeil

5 Août 2020

Sont-ce les grandissantes frictions, inavouées mais réelles, entre Russes et Turcs – de la Libye à la Syrie en passant par Hagia Sofia et même le gaz – qui ont fait revenir sur le devant de la scène l’incident du Sukhoi 24 ? Les fidèles lecteurs du blog s’en souviennent bien, c’était en novembre 2015 :

Au lendemain du mini acte de guerre turc contre la Russie, la tension ne diminue pas et ce n’est pas la timide tentative d’apaisement du premier ministre turc – « la Russie est un pays voisin et ami » – qui changera grand chose.. Poutine a, dans un discours d’une franchise rarement vue au niveau international, qualifié hier la Turquie de « complice des terroristes » et assuré que ce « crime ne resterait pas impuni ».

Si l’on en croit les derniers développements, le terme de « crime » est difficilement contestable. Le copilote survivant a déclaré que le SU-24 n’avait reçu aucun avertissement. Nous avons aussi montré que si incursion il y a eu, elle n’a duré que quelques secondes, faisant dire à Lavrov que c’était une « provocation planifiée », ce que confirme aussi l’opposition turque. Quant à l’invraisemblable hypocrisie d’Ankara, elle est exemplifiée par le fait que les avions turcs ont violé à 2 244 reprises l’espace aérien grec en 2014 :PUBLICITÉ

Les premières mesures russes sont dans la droite ligne de ce que nous prévoyions hier. Des S-400, peut-être le meilleur système anti-aérien du monde à l’heure actuelle, seront déployés à 30 km de la frontière turque, fermant le ciel syrien à l’OTAN. Comme si ça ne suffisait pas, le croiseur lance-missiles Moskva, équipé de systèmes antiaériens poussés, est arrivé à toute vapeur sur la côte de Lattaquié, prêt à descendre tout ce qui bouge. Les jets ottomans n’ont pas trop intérêt à traîner dans le coin…

Reste le plus important : l’armement des Kurdes. Gageons que s’il se réalise, il ne sera connu qu’une fois réalisé, Poutine mettant le sultan devant le fait accompli, vieille habitude russe…

Le mois suivant, nous précisions :

Les tensions russo-turques sont loin de s’apaiser, avec une possible nouvelle crise internationale, sur les détroits cette fois. Selon le traité de Montreux de 1936, le Bosphore et les Dardanelles sont ouverts à la navigation internationale ; Ben Erdogan ne peut donc stopper les bateaux russes qui continuent de faire voile vers la côte syrienne en provenance de la Mer noire. Voulue ou non, la provocation d’aujourd’hui a mis le sultan dans tous ses états. Alors que le Caesar Kunikov passait entre les deux rives d’Istanbul, un soldat russe a délibérément épaulé un lance-missile au vu et su de tous.

Fureur en Turquie où l’ambassadeur russe a été convoqué (ça devient une habitude ces derniers temps) et que certains ministres accusent Moscou de violer le traité de Montreux. Après avoir tué deux pilotes russes, le sultan s’attendait sans doute à voir les marins du Kunikov lancer des pétales de rose…

En plein dans le mille. Un tout récent article du respecté Nordic Monitor revient sur l’affaire. Selon des documents déclassifiés, ce missile, fourni au PKK kurde par les Russes, a très vraisemblablement été utilisé pour descendre un hélicoptère Cobra turc quelques mois plus tard.http://cdn.embedly.com/widgets/media.html?src=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fembed%2FWKRg-zA92Tg%3Fwmode%3Dtransparent%26feature%3Doembed&wmode=transparent&display_name=YouTube&url=https%3A%2F%2Fwww.youtube.com%2Fwatch%3Fv%3DWKRg-zA92Tg&image=https%3A%2F%2Fi.ytimg.com%2Fvi%2FWKRg-zA92Tg%2Fhqdefault.jpg&key=a42c510231f911e1a92e4040d3dc5c07&type=text%2Fhtml&schema=youtube

L’avertissement était donc bien réel : œil pour œil, dent pour dent et hélicoptère contre avion. Depuis, sans surprise, les néo-ottomans ont consciencieusement évité de chauffer les oreilles de l’armée russe. La chose pourrait éventuellement être renouvelée si, d’aventure, le sultan empiétait par trop sur les platebandes russes et que la tension montait encore de quelques crans. Nous en sommes (encore ?) loin, mais le message du Bosphore est là pour le rappeler à tous, particulièrement à Ankara…Tag(s) : #Russie#Moyen-Orient

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Lecture d’été et faits d’hiver

Lecture d’été et faits d’hiver

22 Juillet 2020

Un fort aimable compte-rendu du livre de votre serviteur par la respectée revue Conflits est l’occasion de vous encourager, chers amis, à faire passer le mot autour de vous. Les vacances d’été sont généralement un temps privilégié de lecture et de réflexion ; en cette exaltante ère de changements tectoniques, c’est même plus nécessaire que jamais afin de savoir ce qui nous attend demain.

Monde post-Covid, élections cruciales aux Etats-Unis, bouleversements au Moyen-Orient, affrontement américano-chinois exacerbé, grandes manœuvres pétrolières, Union européenne en perdition, course à l’armement… l’année 2020 restera assurément dans les annales et beaucoup n’auront sans doute pas la chance de comprendre ce qui se passe vraiment. Je ne m’avance pas beaucoup en affirmant que ce sera leur rendre un grand service que de leur conseiller (ou offrir) Le Grand jeu.

Après cet amical conseil de lecture estivale, penchons-nous rapidement aujourd’hui sur quelques nouvelles glaciales pour le système impérial.PUBLICITÉ

  • Hiver transatlantique

Décidément, pour faire suite à notre dernier billet, le Nord Stream II continue de semer la discorde. C’est au tour du puissant Bundesverband der Deutschen Industrie, principale organisation de l’industrie allemande regroupant plus de 100 000 entreprises, de se lâcher en imprécations contre les sanctions américaines.

Le BDI, qui ne dit habituellement pas un mot plus haut que l’autre, est cette fois très remonté, qualifiant les menaces US de « contraires au droit international » et de « sérieuse tension pour les relations transatlantiques ». Un officiel du gouvernement allemand en rajoute une couche sur ces « Etats-Unis [qui] utilisent les sanctions sans vergogne », affirmant que les relations entre l’Europe et l’Amérique « ont touché le fond ». Diantre.

Pour l’instant, le Donald cristallise un peu facilement toutes les rancœurs européennes. Rappelons cependant que les Démocrates, pourtant bien plus amènes envers leurs vassaux qui le leur rendent bien, sont tout aussi fanatiquement « streamophobes ». Une victoire en novembre de Biden et sa poursuite, dans ce dossier, de la politique de Trump marqueraient une rupture colossale dans le lien transatlantique…

  • Congélation schisteuse

Une mauvaise nouvelle ne venant jamais seule, rien ne s’arrange pour l’or noir américain. Halliburton, connue pour avoir fait quelques profits après l’invasion de l’Irak par Bush & Co, veut se détacher progressivement du schiste, qui n’a de toute façon jamais été rentable et qui est maintenant considéré comme une cause perdue.

Endetté jusqu’au cou, le secteur voit se multiplier les faillites, la production n’en finit pas de chuter et l’activité s’effondre :

  • Hibernation du pétrodollar ?

On sait que la possible yuanisation du Seoud, c’est-à-dire la vente de l’or noir moyen-oriental en yuans chinois et non plus en dollars, est dans les tuyaux depuis quelques années. Le jour où Riyad et ses petite sœurs pétromonarchiques franchiront le Rubicon et saperont le pétrodollar, l’empire vacillera. On sait également que cette décision se révélera fort dangereuse pour le royaume wahhabite et ses voisins, tonton Sam ne pouvant accepter de voir disparaître l’un des piliers de sa puissance.

Or, une nouvelle très intéressante nous est parvenue. Les principaux géants chinois de l’or noir sont en discussion pour mettre sur pied un cartel afin de peser de tout leur poids sur le marché pétrolier. Cette centrale d’achat sera un véritable mastodonte, important 5 millions de barils par jour et constituant tout simplement le plus gros acheteur de la planète.

Pression sur les prix et sur les livraisons bien sûr, rien que de très logique et qui n’entre pas dans notre champ d’analyse géopolitique. Mais peut-être aussi, et c’est là que les choses deviennent sérieuses, sur la monnaie de transaction, c’est-à-dire le remplacement du dollar par le yuan. Certains salivent déjà devant ce tremblement de terre. Wait and see…Tag(s) : #Pétrole#Chine#Etats-Unis#Europe#Moyen-Orient

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Comment les Deux Grands peuvent établir la paix au Grand Moyen-Orient

Comment les Deux Grands peuvent établir la paix au Grand Moyen-Orient

par Thierry Meyssan

Pour faire la paix, c’est assez simple : il suffit d’arrêter de se faire la guerre. Mais au Grand Moyen-Orient, c’est beaucoup plus compliqué, parce qu’il y a une multitude d’acteurs pour qui une solution, quelle qu’elle soit, doit satisfaire les revendications contradictoires. Dans ces conditions, aucune paix ne peut être totalement juste, mais elle peut au moins, et doit, garantir la sécurité de tous.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 30 JUIN 2020عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANONEDERLANDSPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇE

Cet article fait suite à : « Comment Washington entend triompher », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 juin 2020.

JPEG - 33.9 koÀ Helsinki (Finlande), le 16 juillet 2018, les présidents Trump et Poutine ont débuté des négociations directes sur la cogouvernance mondiale. La presse occidentale a immédiatement développé une polémique sur l’implication russe dans les élections états-unienne de manière à masquer les avancées de ce sommet.

Durant toute l’année 2011 et le premier semestre 2012, les États-Unis et la Russie discutèrent en secret de leurs projets au Moyen-Orient élargi. Le Pentagone poursuivait la stratégie Rumsfeld/Cebrowski, c’est-à-dire le plan de destruction de toutes les structures étatiques (Afghanistan, Iraq, Libye, Syrie…), mais le président Barack Obama cherchait un moyen de se retirer militairement de la région de manière à pouvoir transférer ses troupes dans l’océan Pacifique, autour de la Chine (« Pivot to Asia »). La Russie, quant à elle, espérait retrouver son influence dans la région en s’appuyant sur la population russophone d’Israël et sur la Syrie.

Nous ne connaissons pas le contenu de ces discussions qui furent difficiles. Une polémique opposa les deux puissances tout au long du mois de juin, chacun accusant l’autre d’être du « mauvais côté de l’Histoire » [1]. Quoi qu’il en soit, Washington et Moscou convoquèrent ensemble une conférence internationale à Genève à propos de la Syrie, mais sans aucun Syrien, le 30 juin 2012. Tous deux, conscients que la guerre en Syrie n’avait rien d’une guerre civile, conclurent un Traité de paix entre eux devant leurs alliés respectifs comme témoins. Tous crurent que, malgré l’inégalité militaire entre les deux protagonistes, un nouveau Yalta, un nouveau partage du monde, avait eu lieu et que ce Traité en était la première manifestation [2].

Or, une semaine plus tard, le président français, François Hollande, organisait à Paris une réunion des « Amis de la Syrie » pour relancer le conflit [3]. Les alliés de l’Otan, en présence et avec la complicité de la secrétaire d’État Hillary Clinton [4], faisaient échouer les négociations Obama-Poutine. Le maître de cérémonie de la conférence de Genève et ancien secrétaire général de l’Onu, Kofi Annan, dénonçait le double jeu d’un des protagonistes et démissionnait avec fracas de sa charge d’envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, le 2 août. Inquiètes une partie des Non-alignés [5], puis la Chine [6], proposèrent de recoller les morceaux sans y parvenir.

9 ans de guerre suivirent.

En 2020, alors que le Pentagone poursuit avec constance la stratégie Rumsfeld/Cebrowski, le président Donald Trump négocie secrètement non seulement avec ses homologues Vladimir Poutine et Bachar el-Assad, et avec les deux premiers ministres Benjamin Netanyahu et Benny Gantz, mais probablement avec bien d’autres.JPEG - 54.6 koLe 20 février 2019, le président Poutine révélait devant l’Assemblée fédérale russe, les performances de ses nouvelles armes. La Russie avait récupéré son statut de Grande Puissance.

Contrairement à une idée répandue, les contradictions de la partie US ne sont pas nouvelles puisqu’elles existaient déjà il y a 9 ans, sous Barack Obama. Elles ne sont donc pas dues à Donald Trump, mais à une crise profonde et ancienne des États-Unis que les Occidentaux refusent de considérer. À la différence de son prédécesseur, il ne cherche pas à déplacer ses pions d’une région à l’autre de l’échiquier mondial, mais à ramener ses troupes à la maison. Les exigences russes, quant à elles, ont considérablement augmenté. Moscou s’est investi militairement en Syrie et y a montré la puissance de son industrie militaire renaissante et de sa nouvelle armée. La Russie, jadis en ruine à l’effondrement de l’URSS et au pillage intérieur de Boris Elstine [7], est redevenue une Grande Puissance, en se donnant de la capacité non seulement de se défendre, mais aussi de détruire son rival US ce qu’elle est le seul État au monde à pouvoir envisager. Nous parlons de la gouvernance mondiale, il s’agit bien de rapports de force.

Nous ne savons pas plus qu’en 2011 la teneur des négociations entre la Maison-Blanche et le Kremlin, mais nous pouvons déduire ce qui est en jeu à partir des événements actuels. Soit la guerre qui déchire un à un tous les États de la région se poursuit, soit les Deux Grands se partagent la région en zones distinctes, soit ils la gèrent ensemble. Il est évidemment possible de mixer ces options : appliquer l’une de ces trois formules dans toute la région ou plusieurs selon les pays.

Tout accord doit se fonder sur une analyse réaliste du Grand Moyen-Orient et non pas sur les titres des journaux. Les médias ne rendent pas compte des véritables rapports de force dans la région car ils traitent les conflits comme s’ils étaient distincts les uns des autres ce qui n’est absolument pas le cas. Tout accord ici a des conséquences sur les autres de sorte que la paix pour les uns peut signifier un désastre pour d’autres.JPEG - 33 koEn juin 2919, un nouveau sommet sur la gouvernance mondiale se réunissait à Jérusalem au niveau des conseillers nationaux de sécurité (ici Nikolaï Patrouchev et John Bolton).

Contrairement à une idée reçue, ni les Palestiniens, ni les Kurdes ne sont aujourd’hui centraux. Ils ont perdu leur cause légitime en prétendant construire des États nationaux en dehors de leurs territoires historiques. Ni les Turcs, ni les Iraniens ne représentent de danger, ils sont toujours prêts à négocier sous la table. Le problème qui fait tout échouer depuis quarante ans est la volonté de certains Anglo-Saxons de poursuivre la colonisation de la région via Israël et la résistance de certains arabes via le Hezbollah libanais. Or, la faction coloniale d’Israël conduite par Benjamin Netayanhu est aujourd’hui en perte de vitesse face à la faction nationaliste conduite par Benny Gantz. D’autre part, le Hezbollah ne peut plus compter sur ses deux parrains : la Syrie qui est très affaiblie et l’Iran qui vient de pactiser avec les Britanniques au Yémen, de s’entendre avec les États-Unis en Iraq et de s’allier militairement aux Frères musulmans en Libye.

Par conséquent, toute solution durable passe à la fois par :
- une cogestion d’Israël par les États-Unis et la Russie et par
- une gestion du Liban et de la Syrie par la Russie, sous surveillance des États-Unis.

Cette évolution aura lieu tôt ou tard, malgré l’opposition d’une partie des Israéliens, des Libanais et des Syriens, parce qu’elle est la seule qui puisse garantir la sécurité de tous.

D’ores et déjà, la partie russe s’est réorganisée en ce sens. L’ambassadeur russe pour le Levant, Alexandre Zaspikine, se concentre déjà sur le seul Liban où il est en poste, tandis que le nouvel ambassadeur russe à Damas, Alexander Efimov, a acquis la possibilité d’en référer directement au président Poutine sans passer par son ministère, où son prédécesseur en Syrie, Alexander Kinshchak, supervisera la région.

Ce qui se joue aujourd’hui a déjà échoué un très grand nombre de fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, mais la région a évolué et les Grandes Puissances aussi. Donald Trump est très réaliste tandis que Vladimir Poutine a un sens aigu du Droit international. S’ils parviennent tous deux à rapprocher leurs points de vue sur le Grand Moyen-Orient, cela aura aura immédiatement des conséquences positives en Extrême-Orient.

Thierry Meyssan

[1] « Du bon côté de l’Histoire », par Sergueï Lavrov, Réseau Voltaire, 17 juin 2012.

[2] « Communiqué final du Groupe d’action pour la Syrie », Réseau Voltaire, 30 juin 2012.

[3] « Discours de François Hollande à la 3ème réunion du Groupe des amis du peuple syrien », par François Hollande, Réseau Voltaire, 6 juillet 2012.

[4] “Clinton at Friends of Syrian People Ministerial Meeting”, by Hillary Clinton, Voltaire Network, 6 July 2012.

[5] “Final Statement from Tehran Consultative Meeting on Syria”, Voltaire Network, 9 August 2012.

[6] « La solution chinoise », par Thierry Meyssan, Tichreen (Syrie) , Réseau Voltaire, 5 novembre 2012.

[7] Toutes les grandes entreprises de l’URSS étaient publiques. Le président Boris Elstine rassembla des amis autour d’une table et leur distribua les joyaux industriels. Tandis que les amis du président devinrent instantanément milliardaires, l’espérance de vie des Russes chuta brutalement de 15 ans. Il aura fallu une décennie au président Vladimir Poutine pour restaurer le niveau de vie de ses concitoyens et le statut de son pays.

https://www.voltairenet.org/article210374.html

Le vrai taffe d’Al Tanaf

Chroniques du Grand jeu

La géopolitique autrement, pour mieux la comprendre…

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Le vrai taffe d’Al Tanaf

2 Juillet 2020

Le fidèle lecteur de nos Chroniques ne sera certes pas surpris, mais ce que nous expliquons depuis des années sur le conflit syrien est maintenant officiellement confirmé : l’alpha et l’oméga de la guerre tient autour de deux mots – arc chiite – et l’intervention de Washington visait à le détruire d’abord, le contenir ensuite. Celui-ci, partiellement reconstitué, reste néanmoins enserré entre les zones d’occupation américaines : les territoires kurdo-US et la poche d’Al Tanaf.

C’est ce qu’explique un tardif mais agréablement objectif article d’Al Monitor suite à la sortie du livre de John Bolton, dans lequel le moustachu néo-con se vante d’avoir convaincu Trump de revenir sur sa décision de retirer les troupes de Syrie. S’il a tendance à ramener la couverture à lui et oublie dans l’affaire le CentCom, Israël et même la Jordanie qui poussaient eux aussi en ce sens, son explication est claire comme de l’eau de roche et sonnera familièrement aux oreilles de beaucoup : « L’Iran était ma principale préoccupation. Contrôler Al Tanaf neutralise le point de passage clé sur la route entre Bagdad et Damas, ce qui oblige les Iraniens à entrer par un point plus au nord. »

Vous l’avez deviné, ce poste est évidemment d’Al Bukamal, dont nous avons maintes fois montré l’importance cruciale :PUBLICITÉ

Depuis qu’Al Bukamal est revenue, fin 2017, dans le giron loyaliste, les Iraniens y sont présents. Le noeud stratégique est en effet fondamental pour la marche de Téhéran vers le ponant :

L’arc chiite, en partie reconstitué après la victoire des syro-russo-iraniens en Syrie, (re)devient le cauchemar stratégique de Washington, Tel Aviv et Riyad. Les Iraniens s’établissent sur la Méditerranée tandis que la construction d’une autoroute Iran-Irak-Syrie a commencé (elle finira par relier Téhéran à Beyrouth) et qu’un projet de voies ferrées ressort du sable. Les futures routes de la Soie chinoises doivent passer par là…

Or, qu’apprend-on ? Les Iraniens ont entrepris des travaux pour ouvrir un nouveau passage près d’Al Bukamal (l’ancien étant totalement détruit par la guerre). Il n’en fallait pas plus pour que le système impérial entre en mode panique et imagine déjà les cargaisons d’armes à destination du Hezbollah ou de pétrole pour alléger les sanctions US.

Et nous concluions par une mise en garde qui fait étrangement écho aux paroles de Bolton :

Avec ténacité, Téhéran joue sa carte et avance ses pions pour rejoindre la Méditerranée, profitant de la reconstitution partielle de l’arc chiite. Un bémol toutefois, cette route doit serpenter entre les bases américaines en Irak, puis les zones occupées par l’empire en Syrie (zone « kurde » et Al Tanaf) :

Les grandioses projets de créer un corridor sunnite Nord-Sud ont été balayés depuis bien longtemps et la plupart des sbires impériaux ont quitté la danse : Saoudiens et Qataris ne feront jamais passer leurs pipelines tandis que les Turcs ont vu s’envoler leurs rêves de devenir la plaque-tournante énergétique du Moyen-Orient et d’avoir un Etat-client frériste à son méridien (tout juste grignotent-ils quelques portions syriennes près de leur frontière).

Restent Israël et son parrain américain. Dans leur croisade contre l’Iran, ces deux-là s’accrochent désespérément aux quelques gains a minima retirés du conflit, à savoir les zones d’occupation américaines qui ont tout de même l’avantage stratégique de forcer les Iraniens à emprunter le goulot d’Al Bukamal. Là, l’aviation israélienne a plus de possibilités de freiner (non arrêter) les transferts de Téhéran au Hezbollah que sur des centaines de kilomètres. Comme le dit un officiel US : « Conserver Al Tanaf était le moyen le plus simple de rendre la route des Gardiens de la révolution vers le Liban la plus périlleuse possible. »

La poche sert d’ailleurs aux jets de Tel Aviv, qui empruntent les corridors aériens US pour semer la confusion dans la défense syrienne, incapable de faire la différence entre avions américains et israéliens avant qu’il ne soit trop tard. Notons au passage que le prudent Mattis, l’ancien suprémo du Pentagone, refusait beaucoup plus souvent ce survol que son successeur. Enfin, l’une des deux bases US d’Al Tanaf possède une station d’écoute et l’on imagine aisément que toutes ses antennes sont tournées vers l’Est syrien et Al Bukamal.

Est-ce suffisant pour arrêter Téhéran ? Rien n’est moins sûr. L’installation de systèmes iraniens longue portée en Syrie, ouvrant un troisième front contre Israël en sus du Liban et de Gaza, se joue depuis des mois. Par contre, le Hezbollah semble bien avoir reçu ses petits cadeaux de Noël si l’on en croit une menaçante vidéo dans laquelle le parti chiite menace de frapper avec précision des cibles en Israël. Nasrallah y fait d’ailleurs un commentaire très intéressant :

« Aujourd’hui, nous ne sommes pas uniquement capables de frapper Tel Aviv en tant que ville, nous sommes aussi capables de frapper des cibles très précises à Tel Aviv, ainsi qu’à n’importe quel autre endroit. Quoi que tu fasses pour tenter de bloquer le chemin, la mission a déjà été accomplie. »

Contrairement à d’autres groupes de la région, le Hezbollah n’a pas l’habitude de fanfaronner et ses déclarations sont généralement à prendre au sérieux. La technologie des missiles de précision, et le matériel stratégique qui va avec, semblent bien avoir été transférés de Téhéran à Beyrouth via la fameuse route serpentant entre les zones d’occupation impériales…Tag(s) : #Moyen-Orient

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L’Italie saisit 14 tonnes d’amphétamines produites par l’État islamique

 International

L’Italie saisit 14 tonnes d’amphétamines produites par l’État islamique

La drogue avait été cachée avec des cylindres de papier, dans trois conteneurs. C’est en produisant de la drogue que l’État islamique se finance.

Source AFPModifié le 01/07/2020 à 12:03 – Publié le 01/07/2020 à 10:38 | Le Point.fr

Une photo de la saisie, emise par la Guardia di Finanza, le 1er juillet 2020.
Une photo de la saisie, émise par la Guardia di Finanza, le 1er juillet 2020. © HANDOUT / Guardia di Finanza press office / AFP

84 millions de comprimés de captagon formant un butin de 14 tonnes d’amphétamines : c’est la saisie record qu’a annoncée mercredi 1er juillet la police italienne. Cette prise a été réalisée dans le port de Salerme, au sud de Naples. Les marchandises, fabriquées par l’organisation terroriste État islamique en Syrie, ont une valeur marchande d’un milliard d’euros sur le marché. La police italienne évoque « la plus grande saisie d’amphétamines au niveau mondial ».

« Drogue du djihad »

Selon l’enquête chapeautée par le parquet de Naples, la drogue se trouvait dans trois conteneurs suspects, contenant des cylindres de papier à usage industriel et des roues métalliques. Ces cylindres de papier en multicouches, d’environ 2 mètres de haut et d’un diamètre de 1,40 m (probablement fabriqués en Allemagne), permettaient chacun de dissimuler environ 350 kg de comprimés placés dans les couches intérieures sans pouvoir être détectés par un scanner. Les énormes roues métalliques découpées par les experts étaient également remplies de pilules.Publicité – RED by SFRPromo forfait : 60Go 13€/MoisProfitez d’un max de data à petit prix avec RED. Forfait sans engagement Appels/SMS/MMS illimitésclosevolume_off

Lire aussi La révolte gronde à nouveau en Syrie

Les comprimés étaient estampillés avec le symbole « captagon », un médicament classé comme produit stupéfiant, connu aussi sous l’appellation « drogue du djihad », précisent les enquêteurs. « On sait que l’État islamique finance ses propres activités terroristes surtout par le trafic de drogue synthétique produite en Syrie, qui, pour cette raison, est devenue ces dernières années le premier producteur mondial d’amphétamines », souligne le communiqué de la police.

Une autre saisie d’amphétamines

Il y a deux semaines, la même unité d’enquête de Naples spécialisée dans le crime organisé, avait intercepté un conteneur de vêtements de contrefaçon, dissimulant 2 800 kg de haschisch et 190 kg d’amphétamines sous la forme de plus d’un million de pilules estampillées « captagon ». Les enquêteurs estiment qu’un « consortium » de groupes criminels est à la manœuvre, car les 85 millions de comprimés peuvent satisfaire un marché de taille européenne. Selon une hypothèse, il pourrait s’agir d’un « cartel » de clans de la Camorra (mafia napolitaine).

Le confinement dû à l’épidémie du coronavirus a sans aucun doute bloqué la production et la distribution de drogues de synthèse en Europe. Dès lors, de nombreux trafiquants se seraient tournés vers la Syrie pour se réapprovisionner. La police italienne souligne que le captagon, vendu dans tout le Moyen-Orient, « est très répandu chez les combattants pour inhiber la peur et la douleur ». Produite initialement au Liban et diffusée en Arabie saoudite dans les années 1990, cette drogue s’est retrouvée dans les planques de terroristes, comme ceux responsables des attentats parisiens de 2015 notamment dans la salle de concerts du Bataclan.

https://www.lepoint.fr/monde/l-italie-saisit-14-tonnes-d-amphetamines-produites-par-l-etat-islamique-01-07-2020-2382572_24.php

Annexion de la Cisjordanie : Tensions entre Israël et les monarchies du Golfe

GÉOPOLITIQUE24.juin.2020 // Les Crises

Annexion de la Cisjordanie : Tensions entre Israël et les monarchies du Golfe

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Source : ConsortiumNews
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

La plupart des États arabes du Golfe persique n’ont pas d’autre choix que de se prononcer fermement contre les annexions en cours, écrivent Giorgio Cafiero et Claire Fuchs.

Malgré le réchauffement des relations avec Israël, les monarchies arabes du Golfe s’opposent au moins publiquement à la décision unilatérale de Tel-Aviv d’annexer 30 à 40 % de la Cisjordanie le mois prochain. La raison principale tient au fait que l’opinion publique des pays du Golfe et du monde islamique en général reste fermement pro-palestinienne.

Confrontés il y a tout juste neuf ans à une révolte régionale qui a alimenté les troubles au Bahreïn, et toujours à une guerre en cours au Yémen et à la faiblesse des prix du pétrole, les dirigeants du Golfe ne veulent pas que leur partenariat tacite avec Israël crée de nouvelles sources de colère internes qui pourraient nuire à leur légitimité perçue par les citoyens du Conseil de coopération du Golfe (CCG).

Malgré des années d’abandon des Palestiniens et d’établissement de liens à peine voilés avec Israël, la plupart des États arabes du Golfe n’ont d’autre choix que de s’opposer fermement aux annexions en cours.

Le 1er juin, le ministre d’État aux affaires étrangères des Émirats arabes unis (EAU), Anwar Gargash, a tweeté : « Les Israéliens doivent cesser de parler de l’annexion des terres palestiniennes. »

Neuf jours plus tard, l’ambassadeur d’Abou Dhabi à Washington, Yousef al-Otaiba, a écrit une tribune libre pour le journal israélien Yedioth Ahronoth dans laquelle il lançait un appel aux Israéliens pour qu’ils ne procèdent pas à l’annexion.

Il a déclaré que son pays pourrait servir de « porte ouverte reliant les Israéliens à la région et au monde » mais que l’annexion de la Cisjordanie pourrait nuire au processus d’amélioration des liens entre Tel-Aviv et les États arabes tels que les Émirats arabes unis.

Otaiba a également produit un message vidéo en anglais, qui accompagnait son éditorial. « Nous voulions parler directement aux Israéliens. Le message portait sur tous les progrès que vous avez vus et les attitudes qui ont changé à l’égard d’Israël, les gens devenant plus tolérants et moins hostiles à l’égard d’Israël, tout cela pourrait être sapé par la décision d’annexer« .

Début juin, l’ambassadeur des Émirats a averti que l’annexion rendrait le Moyen-Orient « encore plus instable » et « exercera une pression politique incroyable sur nos amis de Jordanie« .

Le 10 juin, le ministre saoudien des affaires étrangères, le prince Faisal bin Farhan, s’est adressé aux ministres des affaires étrangères lors d’une réunion de l’Organisation de coopération islamique (OCI), au cours de laquelle il a déclaré qu’une telle annexion constituerait une « escalade dangereuse » et un « défi pour tous ces traités, normes, lois, conventions et résolutions internationales [qui] ne prennent pas en considération les droits du peuple palestinien« .

Bin Farhan a souligné que Riyad s’oppose à l’annexion et maintient son engagement à « la paix comme option stratégique« . Le conflit israélo-arabe doit être résolu « conformément aux résolutions internationales pertinentes, au droit international et à l’initiative de paix arabe de 2002« , a-t-il déclaré.

Lors de cette même réunion de l’OCI, le ministre koweïtien des affaires étrangères, Cheikh Ahmad Nasser Al-Mohammad Al-Sabah, a déclaré « Il est important que la communauté internationale se rende compte que ces menaces et provocations d’annexion israéliennes constituent une escalade dangereuse qui menace tous les efforts et les initiatives déployés pour établir une paix globale, juste et durable dans la région« .

Quatre jours plus tôt, le vice-premier ministre et ministre des affaires étrangères du Qatar, Cheikh Mohamed bin Abdelrahman Al-Thani, s’était opposé à l’offensive israélienne. L’annexion « équivaut à planter le dernier clou dans le cercueil du processus de paix » tout en « enterrant toute possibilité de règlement du conflit à l’avenir« . Il a également averti que de telles « implications sécuritaires, économiques et sociales seront catastrophiques pour toute la région« .

Ces déclarations rappellent que malgré leur volonté de cultiver des liens plus étroits avec Israël, les gouvernements du Golfe ne peuvent être considérés comme totalement indifférents à la lutte palestinienne. Si les Israéliens procèdent à l’annexion de certaines parties de la Cisjordanie le mois prochain, personne ne sait comment la « rue arabe » réagira.

Tous les régimes arabes sont préoccupés par les réactions de l’opinion publique contre des dirigeants considérés comme indifférents ou complices des actions israéliennes qui laisseraient aux Palestiniens un « bantoustan » dans leur pays.

Aucun chef d’État arabe n’a oublié comment ou pourquoi la vie du président égyptien Anouar El-Sadate s’est terminée. Par conséquent, l’annexion par Israël de la vallée du Jourdain et des colonies juives changera probablement les relations entre le Golfe et Israël en surface, les rendant plus confidentielles et moins transparentes.

Mais cela signifierait-il que les États du Golfe, qui se sont rapprochés d’Israël au cours des cinq dernières années, modifieraient fondamentalement la substance de leurs partenariats tacites avec l’État juif ? Probablement pas.

En raison de la frontière de la Jordanie avec la Cisjordanie, de l’importante population palestinienne et des partis islamistes qui s’opposent ouvertement à ce qu’Amman reste dans le traité de paix du Wadi Araba, il y a toutes les raisons de considérer les plans d’annexion israéliens comme une menace pour la stabilité du Royaume hachémite.

Les États du Golfe, cependant, sont plus éloignés des troubles que cette mesure unilatérale de la part de Tel-Aviv devrait déclencher.

En outre, les gouvernements du Golfe considèrent que leurs relations avec Israël dans les domaines de l’économie, des affaires, des renseignements et de la sécurité sont bénéfiques pour leurs intérêts, ce qui incitera davantage les Émirats et les Saoudiens à ne pas se défaire des liens qu’ils ont récemment renforcés avec Israël, même s’ils décident de faire davantage pour masquer ces relations encore taboues.

Le 16 juin, le ministre d’État aux affaires étrangères des Émirats arabes unis est allé jusqu’à déclarer qu’Abu Dhabi pouvait encore « travailler avec Israël dans certains domaines, notamment la lutte contre le nouveau coronavirus et la technologie » malgré ses « divergences politiques« .

Il a souligné que le maintien de lignes de communication avec Israël est essentiel, suggérant qu’une annexion de certaines parties de la Cisjordanie n’empêchera pas les Émirats de continuer à coopérer avec Israël dans divers domaines.

Dans un contexte géopolitique plus large, les dirigeants d’Abou Dhabi et de Riyad considèrent que les efforts pour contrer les programmes turcs et iraniens au Moyen-Orient et en Afrique du Nord sont bien plus prioritaires que la défense des Palestiniens.

Ainsi, les Émirats et le royaume saoudien se trouvent alignés sur Israël, qui partage leurs convictions quant à la nécessité de contrer la Turquie, les Frères musulmans et la République islamique d’Iran. Ces dynamiques, les perceptions communes des menaces et les intérêts qui se chevauchent ne changeront pas de sitôt, quoi qu’Israël fasse en Cisjordanie le mois prochain.

Israël n’a jamais eu de relations diplomatiques formelles avec un État du CCG. Officiellement, chaque monarchie arabe dans le Golfe Persique est « l’ennemi » d’Israël.

En réalité, cependant, la plupart des membres du CCG – à l’exception notable du Koweït, qui est fermement pro-palestinien dans sa politique étrangère actuelle – se sont considérablement rapprochés de Tel-Aviv au cours des cinq dernières années. Dans le même temps, la plupart de leurs programmes de politique étrangère ont réduit la priorité accordée au soutien de la lutte palestinienne.

En avril 2018, le prince héritier saoudien Mohammed bin Salman (MbS) s’est rendu à New York pour prendre la parole lors d’une réunion à huis clos à laquelle auraient participé des dirigeants de diverses organisations juives. Selon Axios, MbS a déclaré « Il est temps que les Palestiniens acceptent les propositions et acceptent de venir à la table des négociations ou se taisent et cessent de se plaindre« .

En octobre 2018, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a rendu une visite officielle au défunt sultan Qaboos d’Oman à Mascate. Quatre mois plus tard, lors de la conférence de Varsovie sur la paix et la sécurité au Moyen-Orient, Netanyahu a rencontré les principaux diplomates d’Arabie Saoudite et d’Oman.

Les Israéliens ont également participé à des compétitions d’athlétisme aux EAU et au Qatar. AGT International (une société israélienne basée en Suisse) a récemment signé un accord de 800 millions de dollars avec les Émirats. Le grand rabbin de Jérusalem s’est rendu à Bahreïn, où des responsables ont fait des efforts pour toucher la communauté juive des États-Unis afin de se rapprocher d’Israël. La longue liste d’autres exemples d’engagement entre le CCG et Israël se poursuit.

Il existe également des relations croissantes entre les États du CCG et Israël dans les domaines du renseignement et de la sécurité. Ces liens ne sont pas nouveaux. Ils remontent aux années 1960 et 1970. Pourtant, ces dernières années, Tel-Aviv et les États du Golfe ont été plus visibles sur ces liens, dans une période où la plupart des relations des membres du CCG avec Israël ont évolué dans le sens de la normalisation.

Source : ConsortiumNews
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

https://www.les-crises.fr/annexion-de-la-cisjordanie-tensions-entre-israel-et-les-monarchies-du-golfe/

AFFAIRE COURBET : TERRORISME TURC, REPONSES MUNICHOISES…

AFFAIRE COURBET : TERRORISME TURC, REPONSES MUNICHOISES…

Publié par: Richard Labévièrele: 22 juin, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientImprimerEmail

Que s’est-il passé ? Le 10 juin dernier, la FLF (frégate légère furtive) française Courbet (F-712)1 participe à un exercice de l’OTAN (Sea Guardian) en Méditerranée occidentale. Le Courbet est chargé d’une mission de « sûreté maritime » au large des côtes de la Libye, déchirée par une guerre civile depuis 2011. Le pays est l’objet d’un embargo de l’ONU sur l’importation d’armes.

– La frégate Le Courbet, navire français participant à une mission de l’Otan en Méditerranée, a récemment fait l’objet d’une manœuvre « extrêmement agressive » de la part de frégates turques. (Photo archives MARINE NATIONALE)

BRANLE-BAS DE COMBAT

Peu après 17 heures, le Courbet repère un cargo turc – le Circkin – sous pavillon tanzanien. Depuis plusieurs mois, ce bateau est identifié par l’OMI (Organisation internationale maritime)2 comme un navire pratiquant la contrebande d’armes. Sur la coque, son numéro d’identification est masqué et sa balise AIS (numéro 5IM389)3, qui permet une reconnaissance automatique est arrêtée. Le Marcom – qui commande la force de l’OTAN – demande au Courbet de « l’interroger ». Deux frégates turques lance-missiles – Oruç Reis (F-245) et Gökova (F-496) -, qui pourtant participent à l’exercice de l’OTAN s’interposent, engageant une manœuvre hostile. A trois reprises (durant 30 à 40 secondes), elles « illuminent » le Courbet avec leur radar préparant une « conduite de tir ».
Appellation technique, le terme d’« illumination » ne signifie pas que le Courbet visé a été soudainement éclairé par une puissance lumineuse, mais qu’il est électroniquement placé dans la ligne de mire permettant de déclencher des tirs de missiles ou tirs au canon. Autrement dit « l’illumination » correspond bel et bien à un « coup de semonce », un « tir de sommation » avant le déclenchement d’une attaque effective, le Courbet étant parfaitement équipé pour détecter ce genre d’acte hostile, pour en collecter et en conserver les données techniques. Par ailleurs, depuis la passerelle du Courbet, on observe très distinctement à la jumelle et avec d’autres moyens d’observation plus précis que les marins des deux frégates turques sont au poste de combat, derrière leurs affûts équipés de casques lourds, lunettes de protection et gilets pare-balles !

Le Courbet rend aussitôt compte au Marcom qui préconise de décrocher : « la mission du Courbet n’était pas d’intercepter le cargo turc, ni d’ouvrir le feu sur un bâtiment, qui plus est censé être un allié », précise un officier de l’exercice Sea Guardian qui participait à la mission ; « une chose est certaine et avérée : les deux frégates turques portent bien la responsabilité d’une manœuvre hostile qui peut être apparentée à un acte de guerre ». Le cargo turc, qui prétend transporter du matériel médical, poursuit sa route en direction de la Libye.

DE SERIEUX PRECEDENTS

Le ciblage du Courbet est le dernier événement d’une série d’incidents qui a débuté en début d’année. Le mercredi 29 janvier 2020, des Rafale français en mission de reconnaissance avec le porte-avions Charles-de-Gaulle ont repéré un débarquement de véhicules blindés lourds dans le port de Tripoli, depuis un navire affrété par Ankara – le Circkin – escorté par l’une des quatre frégates turques qui croisent régulièrement dans les eaux libyennes.

A l’occasion de la visite à Paris du premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, Emmanuel Macron avait souligné « le non-respect de la parole donnée » par le président Recep Tayyip Erdogan lors de la conférence de Berlin du 19 janvier, qui visait notamment à suspendre les activités militaires en Libye. « Nous voyons ces derniers jours des navires turcs accompagner des mercenaires syriens arrivant sur le sol libyen », a dit le président français.

Une source du renseignement français avait récemment confirmé que 1 500 à 2 000 combattants jihadistes avaient été acheminés par la Turquie en Libye en provenance de Syrie. Deux frégates turques, accompagnées de leurs navires de soutien, avaient été repérées dans les eaux libyennes. Le président Macron estimait alors l’acheminement de tels mercenaires « attentatoire à la sécurité de tous les Européens et des Sahéliens ». En outre, selon plusieurs sources diplomatiques européennes, la Turquie avait déjà installé des systèmes antiaériens de défense sur l’aéroport militaire de Mitiga, à 11 kilomètres à l’est de Tripoli, afin de soutenir l’armée du gouvernement d’accord national (GAN) libyen de Faïez Sarraj.

Le 27 mai dernier, la frégate française de défense aérienne – Forbin (D-620) -, de retour en Méditerranée de la mission Agénor/EMASOH4 dans le détroit d’Ormuz, fait décoller son hélicoptère de bord Panther afin de vérifier l’identité du cargo Circkin.
Contacté par radio, la passerelle du navire ne répond pas. Deux frégates turques qui se tenaient à distance accélèrent subitement pour s’interposer entre le cargo et le Forbin. Et c’est la marine turque qui répond aux demandes françaises : « inspection impossible ».

Le Forbin n’insiste pas mais poursuit sa surveillance et ses investigations : le Circkin a remis le cap sur Gabès (Tunisie), le temps du survol du Pantheravant de reprendre sa route en direction du port libyen de Misrata (à 200 km à l’est de Tripoli).

Le lendemain, le 28 mai au matin, le cargo débarque sa cargaison : plusieurs chars Patton M-60, des missiles Hawk anti-aériens, des canons 105 mn et plusieurs centaines de mercenaires syriens du groupe terroriste Sultan Mourad5, engagé en Syrie contre l’armée gouvernementale. Une fois déchargé, le cargo appareille de nouveau pour la Turquie.
Sous observation satellitaire permanente, il accoste – le 2 juin – à son port d’attache d’Haydarpasa (partie asiatique d’Istanbul). Les 5 et 6 juin, plusieurs camions porte-chars et des conteneurs sont chargés à bord. Il appareille de nouveau le dimanche 7 juin : de nouveau la destination officielle déclarée est Gabès en Tunisie. Une fois encore, ce cargo « civil » est escorté par deux frégates militaires.

– Faut-il rappeler aussi que Nicolas Sarkozy et l’ancien Premier ministre britannique David Cameron, avec les encouragements de Barack Obama, portent une très lourde responsabilité sur la situation actuelle de la Libye, dernièrement aggravée par l’ingérence turque. La Une du Figaro affichant la volonté des trois chefs de guerre atlantistes de se débarrasser du leader libyen…

Au large de l’île grecque de Psara, et violant délibérément l’espace aérien grec, des chasseurs turcs survolent le Circkin. Le mercredi 10 juin, sur ordre du commandement d’Irini, la frégate grecque Spetsai effectue une manœuvre d’approche avant d’être dissuadée par les mêmes moyens engagés contre les bâtiments français. Le 11 juin, le Circkin débarque sa cargaison de « médicaments », selon les autorités d’Ankara.

LES MENSONGES D’ANKARA

A l’Élysée, l’amiral Bernard Rogel – chef d’état-major particulier du président de la République – est à la manœuvre. L’attaché de défense turc est convoqué à Balard – siège du ministère français des Armées – pour demande d’explications. Le 15 juin, le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias est à Paris pour échanger avec son homologue Jean-Yves Le Drian. La ministre des Armées Florence Parly s’entretient téléphoniquement avec le secrétaire général norvégien de l’OTAN Jens Stoltenberg (depuis le 28 mars 2014). Le 17 juin, c’est la réunion (par vidéo-conférence) des ministres de la Défense. Plutôt mollement, le secrétaire général de l’OTAN annonce l’ouverture d’une « enquête » sur l’affaire du Courbet, insistant sur la nécessité de « respecter l’embargo des Nations unies sur les armes à destination de la Libye ».

Dénonçant le « comportement agressif » de la Turquie, Florence Parly ne recueille le soutien que de huit pays soutenant l’ouverture d’une enquête sur le comportement des navires militaires turcs en Méditerranée. Devant les sénateurs français, elle déclare : « C’est un acte extrêmement agressif et qui ne peut pas être celui d’un allié face à un autre allié qui fait son travail sous commandement de l’OTAN. J’ai donc été extrêmement claire lors de la réunion des ministres de l’OTAN d’hier et j’ai eu même à y revenir aujourd’hui : il ne peut pas y avoir la moindre complaisance vis-à-vis de ce genre de comportement. Cet incident particulièrement grave doit être relevé et nos alliés partagent nos préoccupations puisque huit alliés européens dont des pays majeurs m’ont apporté encore aujourd’hui un clair soutien lors de mes interventions à l’OTAN ».

Et la ministre française de s’interroger ouvertement sur le problème turc au sein de l’Alliance : « Une réflexion est nécessaire sur ce qui est en train de se passer dans l’Alliance. il faut, en effet, regarder en face les dérives qui s’y produisent et je crois que l’argument consistant à dire que tout ceci n’a qu’une seule bonne cause, c’est-à-dire empêcher que la Russie ne prenne place en Libye est un argument qui est un peu court », laissant clairement entendre que Paris n’a pas l’intention de passer l’éponge : « Je ne pense pas que nous ayons épuisé la question et je constate avec plaisir que nous sommes un certain nombre, parmi les européens, à considérer que ceci n’est vraiment pas acceptable ».

Jeudi dernier, Ankara rejette les accusations « infondées » de Paris. « Il est évident que ces accusations (…) sont infondées », déclare un haut responsable militaire turc ayant requis l’anonymat, accusant même le Courbet d’avoir effectué une « manoeuvre à grande vitesse et dangereuse ». Le même affirme que les navires turcs ont utilisé la caméra intégrée à leur radar pour « observer le navire français qui effectuait une manoeuvre dangereuse à très faible distance, et ce par mesure de sécurité ». Il poursuit : « à aucun moment, le radar n’a illuminé » le navire français », ajoutant que ce dernier « n’avait pas cherché à établir un contact avec les frégates turques avant de conclure : « nous sommes peinés de voir que cet incident a évolué de façon contraire à l’esprit d’amitié et d’alliance ».

Faux, faux, archifaux et mensonges éhontés d’Ankara parfaitement contredits par les archives électroniques et mémoires radars relatives à l’incident, transmises à la commission d’enquête de l’OTAN. Le lendemain de l’accrochage, chauffée à blanc, la presse turque se glorifie d’une « grande victoire nationale » et de la « défaite française » en Méditerranée allant même jusqu’à affirmer que « la honte de la bataille de Lépante6est enfin lavée… ».

PROJET NEO-OTTOMAN ET NEO-ISLAMISTE

Exclu de l’alliance gazière qui regroupe l’Égypte, Israël et Chypre en Méditerranée orientale, la Turquie d’Erdogan cherche à établir un couloir maritime entre ses côtes et la Libye, l’objectif final étant de contrôler les régions pétrolières et gazières de ce pays. Objectif identique en Syrie et en Irak où sous couvert de lutte contre les factions kurdes, Ankara cherche à mettre la main sur les réserves énergétiques. En mer Rouge, avec l’aide financière du Qatar, la Turquie construit un port militaire dans la presqu’île de Suakin au Soudan, quasiment face au port militaire saoudien de Djeddah. A Djibouti, Ankara joue la carte de la diplomatie religieuse en multipliant la construction de madrassas (écoles coraniques) et de mosquées. En Somalie, les services spéciaux de l’armée turque arment et entraînent plusieurs organisations jihadistes liées aux terroristes shebab.

– Exclu de l’alliance gazière qui regroupe l’Égypte, Israël et Chypre en Méditerranée orientale, la Turquie d’Erdogan cherche à établir un couloir maritime entre ses côtes et la Libye, l’objectif final étant de contrôler les régions pétrolières et gazières de ce pays. Objectif identique en Syrie et en Irak où sous couvert de lutte contre les factions kurdes, Ankara cherche à mettre la main sur les réserves énergétiques….

Cette diplomatie théologico-politique ne vise pas seulement la Méditerranée et la Corne de l’Afrique, mais aussi l’Asie centrale, comme toutes les anciennes régions d’influence turkmène. Cet activisme tous azimuts intervient alors que le prestige du président turc Recep Tayyip Erdogan est sur le déclin. Son Parti de la justice et du développement (AKP) a perdu les élections municipales dans la plupart des grandes villes en 2019, ses anciens complices ont créé des partis politiques pour le défier tandis que l’économie (qui était la 15ème du monde) est en crise. Après ses revers en Syrie, dont l’accord de cessez-le-feu conclu avec Moscou le 5 mars dernier pour le partage de la poche d’Idlib (dernier fief des jihadistes anti-Assad), Erdogan a impérativement besoin de victoires militaires pour redonner confiance à sa base électorale.

« On nous demande souvent ce que nous faisons exactement en Libye. Nous y sommes pour défendre nos descendants, nos frères anatoliens », déclare-t-il, le 22 décembre 2019 à Gölcük (région de Kocaeli), alors qu’il préside à la mise à l’eau d’un nouveau sous-marin. Sa politique étrangère met en avant un projet « néo-ottoman » censé restaurer le prestige de l’ancien empire démantelé à la fin de la Première guerre mondiale. Parfaitement irréaliste sur un plan géopolitique, cette posture s’avère idéologiquement très efficace.

Héritier de l’islamiste Necmettin Erbakan7, Recep Tayyip Erdogan est un fervent partisan de l’idéologie des Frères musulmans – officine créé par l’instituteur égyptien Hassan al-Banna en 1928 – cherchant à implanter des régimes islamiques fondés sur la Charia dans l’ensemble du monde arabo-musulman, ainsi qu’en Europe et partout où vivent d’importantes diasporas musulmanes. Ainsi, l’obsession d’Erdogan n’est pas seulement géopolitique, mais cherche également à diffuser – parmi l’ensemble des populations musulmanes du monde – l’idéologie d’un Islam politique fondamentaliste.

Il ne faudra jamais oublier que ce sont les services spéciaux de l’armée turque – aidés de plusieurs mouvements d’extrême-droite dont celui des Loups-gris8 – qui ont acheminé plusieurs milliers de jihadistes chinois d’origine ouïgours (nord-ouest de la Chine) en Syrie pour renverser le gouvernement de Bachar al-Assad. Ce sont les mêmes officines turques qui ont aidé l’émergence de l’organisation « Etat-islamique » (Dae’ch) dès les années 2012/2013 dans les Kurdistan irakien, avant de favoriser leur implantation dans le nord de la Syrie. Les assassinats de l’opposant saoudien Jamal Khashoggi (2 octobre 2018) et celui de l’agent britannique du MI-6 (11 novembre 2019) se sont – tous deux – déroulés à Istanbul avec le bienveillant assentiment des services spéciaux turcs.

Comme Donald Trump et le fasciste Brésilien Jair Bolosonaro, Recep Tayyip Erdogan est prêt à tout pour garder le pouvoir, même au prix d’une guerre civile dans son propre pays. Pour l’heure, c’est surtout en exportant un terrorisme d’Etat en Syrie, au Liban, dans la Corne de l’Afrique, en Asie et en Méditerranée, sans parler de l’instrumentalisation des communautés turques d’Europe, qu’il entend attiser la haine entre Musulmans et « infidèles ». Sa grande ambition : avec l’aide du Qatar, supplanter le wahhabisme saoudien, pouvoir hégémonique régnant sur l’Islam sunnite… Que faire pour arrêter ce fou furieux ?

QUE FAIRE ?

Alors qu’aujourd’hui encore, l’Union européenne et la France soutiennent et partagent les sanctions économiques qui frappent durement la Russie, l’Iran et le Venezuela, comment se fait-il que la Turquie d’Erdogan échappe à toute espèce de mise en garde internationale ?
L’OTAN est clairement en « mort cérébrale », pour reprendre les propres termes du président de la République. Cette alliance militaire, qui n’a plus de missions clairement établies, ne sert plus qu’à écouler les produits du complexe militaro-industriel américain qui représente des millions d’emplois aux États-Unis.

Depuis plusieurs décennies, l’Union européenne se couvre de honte en entretenant la fiction de négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE, alors qu’Ankara occupe militairement le nord de Chypre – Etat membre à part entière de cette même UE. Dès lors, qu’on ne vienne pas s’étonner de l’arrogance et de l’agressivité d’Erdogan !

– Héritier de l’islamiste Necmettin Erbakan7, Recep Tayyip Erdogan est un fervent partisan de l’idéologie des Frères musulmans – officine créé par l’instituteur égyptien Hassan al-Banna en 1928 – cherchant à implanter des régimes islamiques fondés sur la Charia dans l’ensemble du monde arabo-musulman, ainsi qu’en Europe et partout où vivent d’importantes diasporas musulmanes. Ainsi, l’obsession d’Erdogan n’est pas seulement géopolitique, mais cherche également à diffuser – parmi l’ensemble des populations musulmanes du monde – l’idéologie d’un Islam politique fondamentaliste.

Ici, faut-il rappeler aussi que Nicolas Sarkozy et l’ancien Premier ministre britannique David Cameron, avec les encouragements de Barack Obama, portent une très lourde responsabilité sur la situation actuelle de la Libye, dernièrement aggravée par l’ingérence turque. A partir de la résolution 1973 de l’ONU – qui recommandait l’instauration d’une « no-flying zone » sur l’Est de la Libye et l’acheminement d’une aide humanitaire à destination des populations de Bengazi -, les trois dirigeants occidentaux ont déclenché une guerre d’ingérence. Celle-ci a abouti au renversement de Mouammar Khadafi, à l’implosion politique et territoriale du pays et, en dernière instance, à une guerre civilo-régionale qui permet la nouvelle ingérence militaire turque, en violation flagrante d’une série de résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

A tout le moins, l’affaire du Courbet aurait pu provoquer une convocation extraordinaire du Conseil de sécurité, voire la proposition d’un projet de résolution réclamant des sanctions contre la Turquie d’Erdogan.

Méfions-nous des anachronismes historiques, mais ne peut-on craindre le pire si les Chamberlain et Daladier d’aujourd’hui, si l’OTAN, l’UE et l’ONU restent les bras croisés devant les provocations répétées du fou furieux Recep Tayyip Erdogan ?
La question reste posée. En attendant des réponses plus pertinentes, nous vous souhaitons bonne lecture et bonne semaine.

Richard Labévière
22 juin 2020

NOTES
1 La frégate Courbet (numéro de coque F712) est le troisième bâtiment de la classe La Fayette – d’une série qui compte cinq unités – de la Marine nationale française. Elle a été nommée en hommage à l’amiral Amédée Courbet (1827-1885) et est parrainée par la ville d’Angers.
2 L’Organisation maritime internationale (OMI) est une institution spécialisée de l’Organisation des Nations unies (ONU), spécialisée dans les questions maritimes. Son siège est à Londres.
3 Le Système d’identification automatique (SIA) – Automatic Identification System (AIS) en anglais – est un système d’échanges automatisés de messages entre navires par radio VHF qui permet aux navires et aux systèmes de surveillance de trafic (CROSS en France) de connaître l’identité, le statut, la position et la route des navires se situant dans la zone de navigation. Pour les navires de commerce, le système doit pouvoir être interfacé à un ordinateur externe pour une éventuelle utilisation par un pilote.
4 L’opération Agénor, volet militaire de la mission européenne de surveillance maritime du détroit d’Ormuz (EMASOH) est portée par la France, les Pays-Bas, la Belgique et le Danemark.
5 La Brigade Sultan Mourad – rebaptisée en 2015 Division Sultan Mourad – est un groupe terroriste turkmène engagé dans la guerre civile syrienne contre l’armée gouvernementale. Cette organisation est soutenue, financée et armée par les services spéciaux de l’armée turque.
6 La bataille de Lépante s’est déroulée le 7 octobre 1571 dans le golfe de Patras, sur la côte occidentale de la Grèce, durant la Quatrième Guerre vénéto-ottomane. La puissante marine ottomane affronte une flotte chrétienne d’escadres vénitiennes et espagnoles, appuyée par des galères génoises, pontificales, maltaises et savoyardes, sous le nom de Sainte-Ligue à l’initiative du pape Pie V. La bataille se conclut par une défaite des Ottomans qui perdent plus de 20 000 hommes et 200 bateaux. L’événement a un retentissement considérable en Europe car, plus encore que la défaite des janissaires lors du Grand Siège de Malte de 1565, il sonne comme un coup d’arrêt porté à l’expansionnisme ottoman.
7 Necmettin Erbakan, né le 29 octobre 1926 à Sinop et mort le 27 février 2011. Homme d’Etat turc, fondateur et membre successivement de différents partis politiques islamiques, il est également fondateur du mouvement islamique Milli Görüş. Il est Premier ministre de Turquie de juin 1996 à juin 19971.
8 Les « Loups gris », officiellement connus sous le nom de « Foyers idéalistes », est une organisation armée ultranationaliste turque. Le mouvement se définit comme néo-fasciste, anti-communiste, anti-grec, anti-kurdes, anti-arméniens, homophobe, antisémite et anti-chrétien. Il entretient d’étroites relations très avec le Parti d’action nationaliste (MHP), dont il est, en fait, la branche paramilitaire.

* Richard Labévière est Rédaction en chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient.ch. Expert des questions internationales et stratégiques, on lui doit une vingtaine de livres de référence sur le terrorisme et les questions géopolitiques, notamment dans le monde arabe.

Proche et Moyen-Orient.ch
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Alliances & mésalliances : tableau synoptique du Moyen-Orient

Alliances & mésalliances : tableau synoptique du Moyen-Orient

23 Juin 2020

« Vers l’Orient compliqué, je volais avec des idées simples ». Cette phrase prémonitoire du général De Gaulle, quoique quelque peu sortie de son contexte, résume à merveille la complexité de la scène moyen-orientale. C’est particulièrement vrai aujourd’hui, alors que nous assistons à l’émergence d’un casse-tête d’alliances et de contre-alliances où les acteurs eux-mêmes semblent parfois se perdre…

Ce blog a souvent ironisé sur les béantes contradictions de la politique américaine au Moyen-Orient. Les YPG syriens étaient des alliés mais leur alter ego du PKK, à quelques kilomètres de l’autre côté de la frontière, était « terroriste ». Pour une fois, Kurdes et Turcs devaient rire ensemble… très jaune. Et ne parlons même pas du soutien de la CIA à des groupes tirant sur les soldats envoyés par le Pentagone !

Si l’empire US a souvent porté l’incohérence à son paroxysme, il n’est toutefois pas le seul. Nous allons voir, dans ce petit tour d’horizon schématique, une kyrielle de discordances chez les protagonistes du jeu dans la région. Pourquoi l’Iran soutient-il en Libye ce qu’il combat en Syrie, pourquoi les Saoudiens arment-ils au Yémen ce qu’ils désarment en Egypte, comment diable le Hamas se retrouve-t-il dans le même camp qu’Israël sur le conflit syrien depuis dix ans ? Que penser des œillades émiraties envers les Iraniens malgré la proximité de ceux-ci avec le Qatar, ennemi juré d’Abu Dhabi ? Une proximité qui n’a d’ailleurs pas empêché l’Iran et le Qatar de s’affronter en Syrie. Syrie où Moscou et Téhéran sont alliés alors qu’ils se retrouvent dans des camps opposés en Libye. Faites vos jeux, rien ne va plus…PUBLICITÉ

Avant de commencer, dressons un rapide tableau synoptique, forcément sommaire, des trois grandes oppositions qui traversent le Moyen-Orient. Ce sont en effet elles qui, ne se recoupant pas toujours, expliquent en partie le maelstrom.

  • Courant nassériste vs courant religieux

Pendant les décennies d’après-guerre, c’était la grande opposition qui divisait le Moyen-Orient. D’un côté, un bloc nationaliste, socialisant et laïc, férocement anti-sioniste, comprenant l’Egypte de Nasser, le Baath en Irak et en Syrie ou encore l’OLP d’Arafat. De l’autre, la tendance religieuse regroupée autour des pétromonarchies du Golfe.

La Guerre froide est évidemment venue mettre son grain de sel. Par proximité idéologique, l’URSS a soutenu le courant nassériste tandis que, par contrecoup, les Etats-Unis ont logiquement embrassé le courant religieux, d’autant plus qu’ils y avaient encore d’autres intérêts (pétrole, pétrodollar)

La chute de l’URSS a laissé le premier orphelin, même si celui-ci n’avait de toute façon jamais rien fait pour se placer dans une position confortable : conflit « fratricide » perpétuel entre la Syrie d’Assad père et l’Irak de Saddam, expulsion des 20 000 (!) conseillers soviétiques d’Egypte en 1972 etc.

Aujourd’hui, ce qui reste du nassérisme se compte sur les doigts de la main : l’Egypte des militaires (mais qui a complètement abandonné son anti-sionisme), la Syrie d’Assad fils et, d’une certaine façon, le général Haftar en Libye. C’est peu. Cependant, ce courant déclinant a été rejoint, au moins partiellement, par un autre, qui a totalement changé la donne en 1979…

  • Chiisme vs sunnisme

Sous l’éteignoir pendant des siècles, oppressé par la majorité sunnite, le chiisme a explosé avec la Révolution iranienne. Partout au Moyen-Orient, exaltées par le militantisme khomeiniste, les communautés chiites relevaient la tête, provoquant la panique, aussi bien du courant religieux sunnite (pétromonarchies) que d’une partie du courant nassériste qui se scinde alors.

Craignant une contagion révolutionnaire dans sa population majoritairement chiite, Saddam, fortement encouragé et financé par les pétromonarchies, déclenche en effet la guerre contre son voisin. Il reçoit l’appui diplomatique de l’Egypte tandis que la Syrie se range du côté des Iraniens. Soutenus à la fois par Bagdad et par Téhéran, les Palestiniens sont quant à eux un peu perdus…

Pour Israël, l’ennemi n’est plus le courant nassériste, qui s’est irrémédiablement affaibli au fil du temps, mais le nouvel « axe de la résistance » mis sur pied par les Iraniens : ce fameux arc chiite dont on a beaucoup parlé concernant la guerre en Syrie.

Nassérisme éclaté, partiellement remplacé par le chiisme qui s’est allié à certaines de ses composantes et en a combattu d’autres ; on pourrait croire que seul le courant religieux sunnite est sorti indemne des soubresauts moyen-orientaux. Il n’en est rien.

  • Frères musulmans vs wahhabisme

Nous n’allons pas entrer ici dans les innombrables querelles théologiques au sein de l’islam sunnite mais nous attacher à la principale opposition qui le traverse. Contrairement à une idée reçue, l’Arabie saoudite n’a pas toujours été l’ennemie des Frères Musulmans (appelons-les « FM » car le nom reviendra souvent). Durant des décennies, ces deux-là avaient un commun adversaire – le laïc Nasser – et Riyad accueille dans les années 60 des milliers de membres de la confrérie, souvent des enseignants chargés d’éduquer la population largement analphabète du pays.

Les choses commencent à déraper lors de la guerre du Golfe (1990-1991), lorsque ceux-ci s’opposent au déploiement des troupes américaines sur le sol saoudien. Elles s’enveniment définitivement avec le « printemps arabe » de 2011 qui amène les FM au pouvoir en Egypte et ailleurs. Depuis, le Seoud s’oppose résolument à la confrérie, d’autant plus que le sultan Erdogan, concurrent pour le commandement officieux de la oumma, est proche d’elle.

Ces considérations étant posées, voyons comment ces grilles de lecture se traduisent sur le terrain. Commençons justement par l’Arabie saoudite. Nous avons vu plus haut qu’elle était à la fois anti-nassériste, anti-chiite et anti-frériste. Diantre ! Quand un conflit éclate entre deux de ces composantes, qui soutient-elle ? Les faits présents ou passés nous permettent d’établir une typologie assez sûre. Les ennemis du Seoud sont dans l’ordre :

  1. les chiites et l’Iran
  2. les Frères musulmans
  3. les nasséristes

Le tiercé gagnant de Riyad sera immanquablement 3 contre 1 (guerre Iran-Irak), 3 contre 2 (Egypte, Libye) ou 2 contre 1 (Syrie, Yémen).

Atterrés par la prise de pouvoir FM en Egypte, les Saoudiens y soutiennent le coup d’Etat militaire, pourtant laïc, en 2013. Et quand la sanglante répression pousse le Département d’Etat américain à interrompre son aide financière au Caire, ils sautent comme un diable de leur boîte pour offrir leurs pétrodollars.

En Libye, la guerre actuelle oppose le Gouvernement d’Entente Nationale (GNA en anglais) tendance FM à l’Armée Nationale Libyenne du général Haftar, nous y reviendrons. Sans surprise, l’Arabie saoudite soutient là aussi, avec armes et bagages, le général « nassériste » contre le gouvernement frériste.

Mais qu’entrent en scène l’Iran ou les chiites, et les Frères musulmans deviennent soudain beaucoup plus acceptables ! C’était évidemment le cas en Syrie quand ils combattaient Assad, allié de Téhéran. C’est également le cas au Yémen où le Seoud ravale sa fierté et épaule la milice al-Islah, principale force sur le terrain face aux Houthis chiites.

Si l’Arabie saoudite suit donc une stratégie à géométrie variable, graduelle en l’occurrence, deux poids lourds du Moyen-Orient conservent quant à eux une ligne directrice tout à fait cohérente, diamétralement opposée d’ailleurs. L’Egypte des militaires s’oppose universellement aux Frères musulmans, la Turquie les soutient partout.

Nous avons subrepticement évoqué le point chaud actuel, à savoir la Libye. La guerre y fait rage à peu près sans interruption depuis que les petits génies de l’OTAN se sont lancés dans un de leurs catastrophiques regime change en 2011. Si le général Haftar vient d’échouer aux portes de Tripoli à cause de la massive intervention turque, il contrôle encore la grande majorité du territoire (en rose).

Il est soutenu par tous les Etats qui, pour des raisons diverses, sont ennemis des Frères musulmans : Egypte, Arabie saoudite, Emirats Arabes Unis, Russie et, par ailleurs, la France. Le Caire, qui craint comme la peste la confrérie et ne veut pas voir un gouvernement qui en est issu à ses frontières, est même prêt à intervenir militairement pour aider Haftar.

Le GNA (en bleu sur la carte) est naturellement défendu par les pays proches des FM, au premier rang desquels la Turquie et le Qatar. Surprise (qui n’en est peut-être pas une finalement), il vient également de recevoir le soutien de l’Iran ! Echange de bons procédés – je me range de ton côté en Libye, tu continues à t’opposer aux sanctions US – lors de la visite du MAE iranien à Ankara ? Sans doute, mais il y a peut-être plus…

Le rapport entre Téhéran et les Frères musulmans – les « meilleurs ennemis du monde » – a toujours été compliqué. Peu de points communs entre le chef de file du monde chiite et le mouvement islamiste sunnite, sinon les points de friction. En Syrie, les milices iraniennes se battent depuis des années contre les groupes d’obédience frériste ; au Yémen, les Houthis font face à al-Islah etc.

Et pourtant, dans les hautes sphères surplombant les combats sur le terrain, les choses sont soudain beaucoup plus nuancées, car entrent en jeu les intérêts stratégiques profonds des puissances. Ainsi, pour Téhéran, la rupture de juin 2017 au sein du Conseil de Coopération du Golfe a été une véritable bénédiction :

Les Perses la jouent très fine, faisant d’une pierre deux coups. Les demandes qataries en nourriture et eau potable ont été acceptées et même devancées puisque l’Iran offre maintenant l’utilisation de trois ports pour le ravitaillement de son voisin. En intensifiant ses relations avec Doha, il espère faire exploser le Conseil de Coopération du Golfe, le biais par lequel l’axe Washington-Riyad-Tel Aviv fait pression sur Téhéran. Et en échange de l’aide de première nécessité fournie actuellement, on imagine qu’une condition a été posée : le retrait du soutien qatari aux rebelles modérément modérés de Syrie.

Depuis, les rapports sont restés excellents avec l’émirat gazier et l’Iran, engagé dans un bras de fer titanesque, semble décidé à jouer la carte turco-qatarie frériste contre la triade américano-saoudo-israélienne qui le harcèle. L’ennemi de mon ennemi est théoriquement mon ami, même si je le combats sur le terrain dans plusieurs guerres…

Ceci pourrait expliquer le surprenant soutien iranien au GNA libyen, qui place Téhéran complètement en porte-à-faux vis-à-vis de Moscou et même de son allié syrien ! Rappelons en effet qu’Assad et Haftar, mus par une commune détestation du sultan, ont noué des relations diplomatiques, le second allant jusqu’à ouvrir une ambassade à Damas. On donnerait cher pour connaître la réaction d’Assad à la récente prise de position iranienne.

Et que penser des Houthis qui, sans tout à fait se ranger derrière le GNA, s’opposent à l’intervention militaire égyptienne en Libye alors qu’eux-mêmes combattent depuis des années des groupes FM ? Est-ce par simple suivisme de la ligne iranienne ? A ce titre, il sera très intéressant de voir la réaction du Hezbollah qui, pour l’instant, reste muet sur la question. S’il prend parti, il se mettra à dos l’un de ses deux protecteurs, Damas ou Téhéran. Orient compliqué, décidément…

Si les contorsions d’une partie de l’axe chiite ont au moins l’excuse de viser à un objectif supérieur – la défense de l’Iran -, il n’en est rien pour le Hamas palestinien, dont la trahison « gratuite » reste dans toutes les mémoires. Soutenu à bout de bras pendant des décennies par l’Iran et la Syrie, il retourne sans vergogne sa veste en 2012 et prend parti pour les rebelles modérément modérés en lutte contre Assad, partageant même avec eux son savoir-faire en matière de tunnels et de roquettes.

A la base de cette décision stratégiquement infantile et suicidaire (l’Iran diminuera d’ailleurs fortement son aide financière), la religion. Le Hamas est frériste, comme la majorité de la rébellion syrienne au début de la guerre, Ahrar al-Cham par exemple. Certes, on peut se demander ce que les Frères musulmans ont jamais fait concrètement pour la cause palestinienne mais les dirigeants du mouvement gazaoui ne se posent apparemment pas la question. Elle finit cependant par revenir en force et, retournant une fois de plus son keffieh, le Hamas reprend bouche avec l’Iran qui, à cette occasion, se montre bien peu rancunier.

Ce qui nous amène indirectement à la Turquie. La politique néo-ottomane d’Ankara n’est plus à prouver et a maintes fois été décrite, notamment sur ce blog. Pour accomplir ses rêves sultanesques, elle s’appuie presque exclusivement sur les Frères musulmans, tant par proximité idéologique – l’AKP d’Erdogan est peu ou prou FM – que par pragmatisme – la confrérie est présente sur tous les théâtres où opèrent les Turcs, Syrie et Libye principalement.

Dans le dossier palestinien par contre, le sultan fait moins le fier, et c’est la seule incohérence de sa vision globalement homogène. S’il grogne de temps en temps, par exemple quand Israël lui coule un bateau (épisode de la flottille à destination de Gaza), il n’a jamais été au-delà des belles paroles et n’a aucune intention de rompre avec Tel Aviv tout comme, dans un autre registre, il est hors de question pour lui de quitter l’OTAN.

Terminons sur un pays dont on parle moins, mais qui ne jette pourtant pas sa part au chien dans le grand concours de dissonance moyen-orientale. Les Emirats Arabes Unis suivent fidèlement la ligne saoudienne concernant l’organisation frériste qu’ils ont en horreur. Ils sont en pointe dans l’aide à Haftar en Libye, ont rompu avec le Qatar lors du grand esclandre de 2017 et s’opposent généralement partout où ils le peuvent à la Turquie.

Comme Riyad, ils ont cependant mis de l’eau dans leur chicha au Yémen, où ils soutiennent eux aussi les milices FM contre les Houthis. Mais le plus déroutant est que, contrairement cette fois au Seoud, qui suit avec un fanatisme épatant son obsession religieuse, les EAU n’ont rien contre l’axe chiite. Preuve en sont les très bonnes relations qu’ils entretiennent avec Téhéran (dont ils bombardent pourtant les protégés yéménites), accointance encore renforcée par la pandémie covidienne. Dans une région habituée à toutes les contorsions, le grand écart émirati remporte sans doute la palme.

Et si après tout cela, chers lecteurs, le jeu moyen-oriental vous paraît encore quelque peu obscur, voici une carte qui vous permettra de comprendre … ou pas.

Un dernier mot sur la Russie. Il a été relevé, notamment dans le livre de votre serviteur, que Moscou réussissait le tour de force de s’entendre bien avec à peu près tout le monde et, sans renier ses alliances, de ne fermer la porte à personne. Quand on voit le maelstrom moyen-oriental, ses innombrables contradictions et ses retournements incessants, c’est peut-être en effet l’approche la plus sage…Tag(s) : #Moyen-Orient#Histoire

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