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Attaque « terroriste » contre des soldats français au Mali pendant le sommet de l’UA en Mauritanie

Attaque « terroriste » contre des soldats français au Mali pendant le sommet de l’UA en Mauritanie


Dimanche 1 Juillet 2018 modifié le Lundi 2 Juillet 2018 – 18:27


Des soldats français de l’opération Barkhane ont été visés dimanche par une attaque « terroriste » à Gao au Mali, qui a fait quatre morts et une vingtaine de blessés civils, en plein sommet de l’Union africaine (UA) en Mauritanie voisine qui doit également se pencher sur les questions sécuritaires.




Selon les autorités maliennes citant un bilan provisoire de source hospitalière, cet attentat a fait quatre morts et 23 blessés parmi des civils.

A Paris, l’état-major français des armées a annoncé dimanche soir que quatre soldats français de la force Barkhane ont été blessés dans l’attaque. Il y a eu « quatre blessés chez Barkhane » et au moins deux morts et une vingtaine de blessés chez les civils, a indiqué l’état-major à l’AFP.

« Le terrorisme a encore lâchement frappé au Mali ». « Des civils ont perdu la vie et des militaires français sont blessés », a tweeté la ministre française des Armées, Florence Parly.

Selon une source militaire occidentale, « des militaires français de la force Barkhane (4.000 hommes, NDLR) sont tombés ce dimanche dans une embuscade tendue par des terroristes à la sortie qui mène vers la localité de Bourem ».

« C’est une patrouille de l’opération Barkhane qui a été visée par une voiture piégée conduite par un kamikaze (…) de Gao », a déclaré de son côté une habitante de la ville. « Très vigilant, un blindé lui a barré la voie et le véhicule kamikaze s’est fait exploser », a déclaré Fatouma Wangara.

« Le véhicule bourré d’explosifs a fait beaucoup de dégâts », selon une source hospitalière à Gao, principale ville du nord du Mali.

D’autre part, un véhicule du Mouvement pour le salut de l’Azawad, (MSA, issu de l’ex-rébellion à dominante touareg) « a sauté sur une mine (dimanche) dans le village de Talataye (nord du Mali). Le bilan est de quatre morts et trois blessés », a écrit le MSA sur sa page Facebook.

Présents sur la frontière entre le Mali et le Niger, le GATIA (Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés, pro-Bamako) et le MSA participent à des opérations de sécurisation aux côtés de la force Barkhane et de l’armée malienne.

Ces attaques soulignent la situation sécuritaire fragile qui prévaut au Mali qui se prépare pour une élection présidentielle le 29 juillet.

Elle a eu lieu alors que le sommet de l’UA est entré dans le vif des débats dimanche à Nouakchott, deux jours après un attentat suicide perpétré vendredi à Sévaré, dans le centre du Mali, contre le QG de la force conjointe du G5 Sahel lancée en 2017.

Le président français Emmanuel Macron doit rencontrer lundi à Nouakchott, en marge du sommet de l’UA, ses homologues du G5 Sahel, une organisation régionale regroupant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

En fin de sommet, M. Macron discutera avec ses homologues du G5 Sahel de la lente montée en puissance de la force conjointe mise en place par cette organisation régionale pour lutter contre les jihadistes.

La France, qui conduit dans la région l’opération Barkhane, soutient ce projet, y voyant un possible modèle de prise en main par les Etats africains de leur propre sécurité.

Mais sa mise en oeuvre est pour l’instant marquée par les problèmes de financement et les accusations de violations des droits de l’homme par les troupes de la force conjointe, basée au Mali.

Pour le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, l’attentat perpétré vendredi contre le QG de la force du G5 Sahel démontre qu’il « y a encore énormément de failles » dans la sécurité qui doivent être « corrigées ». L’attaque, qui avait fait trois morts, dont deux militaires de la force du G5 Sahel, « touche le coeur de notre système de sécurité, l’état-major (de la force conjointe du G5 Sahel) installé (à Sévaré). C’est un message envoyé par les terroristes en ce moment précis, moment où nous nous organisons pour stabiliser, sécuriser notre région ».

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, principale alliance jihadiste du Sahel, liée à Al-Qaïda, a revendiqué l’attentat de Sévaré.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda.

Ces groupes en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en janvier 2013 d’une intervention militaire française.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et internationales, régulièrement visées par des attaques meurtrières, malgré la signature en mai-juin 2015 d’un accord de paix, censé isoler définitivement les jihadistes, dont l’application accumule les retards.

Dimanche 1 Juillet 2018 – 23:27


afp
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Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens

Par Djiby SOW, le 20 mai 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Djiby Sow est chercheur indépendant. Il s’intéresse aux questions de sécurité internationale et de lutte contre le terrorisme, dans la région du Sahel et en Afrique de l’Ouest en particulier. Djiby Sow est l’auteur de La légalité de l’intervention militaire française au Mali. Contribution à l’étude du cadre juridique de la lutte armée contre le terrorisme international (L’Harmattan, 2016) et contribue régulièrement à l’analyse de divers sujets de géopolitique et d’actualité internationale. Djiby Sow est diplômé de l’Université de Montréal en science politique et en droit international public. Contact : djiby.sow@umontreal.ca

Cette étude inédite présente le concept stratégique de la FC-G5S comme une concession au réalisme, puis le G6 du Sahel ou l’interdépendance stratégique franco-sahélienne. Cette page présente d’abord une synthèse de l’étude, puis l’étude complète au format PDF.

SYNTHÈSE

Le 6 février 2017, les États du G5 Sahel ont lancé une force conjointe de 5000 hommes (la « FC-G5S » ou la « Force ») mandatée pour lutter contre le terrorisme, le trafic de drogue et le trafic d’êtres humains. La FC-G5S est dotée d’un concept d’opérations dual et évolutif dont la première phase consiste en la sécurisation des espaces transfrontaliers de l’espace G5. Ce volet procède de cinq (5) années d’opérations militaires conjointes transfrontalières (OMCT) avec la France, dans le cadre du partenariat militaire conjoint transfrontalier (PMCT). Dans une seconde phase peu élaborée, la FC-G5S devrait muter en une force d’intervention antiterroriste appelée à conduire des opérations dans d’autres zones de l’espace G5.

Les représentations de la FC-G5S dans la littérature oscillent entre la conception d’une création française et celle d’une initiative si authentiquement sahélienne que parler d’appropriation dans le contexte de son opérationnalisation relèverait du fallacieux. L’idée maitresse de cette contribution est que l’identité française ou sahélienne de l’architecte de la FC-G5S importe moins que (i) les déterminismes stratégiques et opérationnels ayant forgé le concept d’opérations de la Force ainsi que (ii) les pesanteurs de son cadre stratégique plus large, dont la combinaison dicte in fine la marge d’appropriation sécuritaire des États du G5 Sahel.

Une marge d’appropriation limitée

Quatre grandes contraintes stratégiques viennent réduire les ambitions de la FC-G5S et consolider le dispositif dans sa dimension transfrontalière :

. Le pilier sécuritaire du G5 Sahel souffre d’une absence de dynamique interne franche et fondée sur une perception commune de la menace. Des équations sécuritaires individuelles et des degrés d’exposition variables au terrorisme et à l’extrémisme violent sont à l’origine de postures stratégiques différenciées. La création de la force multilatérale de sécurisation du Liptako Gourma (janvier 2017) par le Burkina Faso, le Mali et le Niger en réponse à la dégradation sécuritaire dans cette région aura matérialisé la réalité d’un G3 au sein du G5 et sédimenté la FC-G5S dans sa dimension transfrontalière. En octobre 2017, période initialement envisagée pour le plein déploiement de la Force, aucun consensus ne semblait encore avoir été trouvé par les États membres sur les modalités de transition entre les phases du concept d’opérations ;

. Le nord et le centre du Mali ont vocation à constituer la zone de déploiement prioritaire du dispositif dans sa configuration de force d’intervention. La coexistence d’éléments de terrorisme et d’une situation de conflit armé interne soulève toutefois des difficultés juridiques qui imposent aux États du G5 Sahel l’obtention d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU). En particulier eu égard aux cibles de l’emploi de la force : (i) à côté des groupes terroristes, prolifèrent des groupes armés protégés par le droit international (dont certains sont parties au processus de paix inter-malien) et a priori exclus des cibles légales de la FC-G5S et des autres forces offensives qui opèrent au Sahel ; (ii) la plupart des groupes armés actifs dans l’espace G5 participent aux trafics que la FC-G5S a mandat de combattre ;

. Le déploiement de la force d’intervention sahélienne au nord Mali pose la question de son rôle dans un environnement stratégique caractérisé par une forte présence internationale. L’armée française joue déjà le rôle de force d’intervention rapide en soutien de la MINUSMA et mène des opérations antiterroristes, seule ou en coopération avec l’armée malienne et/ou des milices d’autodéfense. La question de la coordination se pose avec moins d’acuité dans le schéma transfrontalier de la FC-G5S : (i) s’inscrivant dans la droite ligne des OMCT, les opérations de la Force reposeront sur une coordination étroite avec Barkhane ; (ii) le déploiement de la FC-G5S intervient dans une logique de complémentarité soulignée par le CSNU et renforcée par la mise en place de mécanismes appropriés de coordination et d’échange de renseignements ;

. D’importantes difficultés financières et opérationnelles obèrent quasi fatalement la montée en puissance de la FC-G5S dans sa dimension transfrontalière, a fortiori dans sa configuration de force d’intervention. La perspective d’un déblocage au compte-goutte des 420m. d’euros réunis en contributions volontaires fait craindre un engagement en pointillés, oscillant entre les OMCT traditionnelles et des opérations labélisées FC-G5S conduites au gré des saisons de la menace. Au plan opérationnel, exception faite de la Mauritanie, redondance avec les effectifs sahéliens de la MINUSMA et surexploitation de ressources limitées sont la règle. Les moyens matériels et techniques des armées du G5 Sahel restent aussi en deçà des exigences d’une pleine opérationnalisation de la FC-G5S quel qu’en soit le volet, malgré une tendance générale à la modernisation observée ces dernières années.

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l'appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens
Djiby Sow
Chercheur, diplômé de l’Université de Montréal.

Le paradoxe de l’appropriation dans la dépendance

Un second ordre de difficultés découle du cadre stratégique global de la FC-G5S et restreint de façon significative la marge d’appropriation sécuritaire. D’une part, celle-ci est paradoxalement tributaire de la coopération militaire avec la France :

. Annoncée en novembre 2015 et créée en février 2017, c’est à la faveur des difficultés rencontrées par Paris au Sahel que la FC-G5S voit son opérationnalisation s’accélérer. La nette dégradation de la situation sécuritaire régionale sous la garde de Barkhane expose les angles morts de l’antiterrorisme français. Elle s’ajoute au fardeau financier du dispositif et aux problèmes découlant de son élongation sur une superficie de 5,2 millions de kilomètres carrés. L’opérationnalisation accélérée du projet stagnant de force conjointe apparaît comme l’élément clé d’une correction stratégique d’ensemble visant à : (i) réduire l’exposition excessive de Barkhane par le transfert d’une partie du fardeau politique de la sécurité régionale aux États du G5 Sahel ; (ii) permettre une ré-articulation du dispositif français par son recentrage sur le Mali et la boucle du Niger ainsi qu’une réduction des effectifs ;

. Si l’assistance de la France aux armées du G5 Sahel est largement perçue comme l’appui exogène d’une entité à l’autre, les forces françaises exécutent leur mission de renforcement des capacités et de soutien opérationnel, non de l’extérieur mais de l’intérieur d’un édifice de sécurité ad hoc dont elles constituent, par leur centralité et leur prépondérance dans le PMCT, les murs porteurs. L’autonomie opérationnelle de la FC-G5S est dès lors inenvisageable dans l’avenir prévisible : (i) aucun des cinq États du cœur sahélien ne possède les capacités militaires, l’influence et la volonté politiques nécessaires pour se substituer à la France ; (ii) les difficultés de coordination et de logistique mises en lumière par l’opération Hawbi confirment l’invraisemblance du scénario initialement envisagé d’un rôle en retrait de Barkhane dans les opérations de la FC-G5S ;

D’autre part, la coopération avec la France constitue à certains égards un obstacle structurel à une appropriation poussée :

. Nonobstant ses handicaps financiers et opérationnels, le volet de force d’intervention de la FC-G5S entre a priori en conflit avec la mission et le rôle de Barkhane. Les États du G5 Sahel demeurent silencieux là où l’Union africaine, à travers le Processus de Nouakchott, envisageait explicitement une force d’intervention ayant notamment mandat d’« intervenir à l’appui d’éléments de la MINUSMA, en cas de menace grave et imminente, à la demande du Secrétaire général des Nations unies » [1], une mission dévolue aux forces françaises par le CSNU depuis juillet 2013 ;

. En considérant l’appropriation non plus à travers le prisme des moyens militaires mais par celui de leur finalité, à savoir la stabilisation régionale par la pacification prioritaire du Mali, la marge d’appropriation des États du G5 Sahel devient aussi fonction du concours indispensable de l’Algérie. Toutefois, en dépit de coopérations bilatérales relativement soutenues avec ses États membres, la principale puissance régionale se refuse à toute participation directe aux efforts militaires du G5 Sahel : (i) Alger perçoit l’organisation comme un projet français destiné à maintenir des bases militaires françaises à ses frontières ; (ii) le discours officiel préconise une solution afro-africaine aux problèmes de la région et privilégie le cadre fixé par le Processus de Nouakchott à cette fin, ce qui revient en pratique à l’exclusion de la France des initiatives régionales de stabilisation ou, à tout le moins, à sa marginalisation ;

. La France est dans une large mesure une puissance africaine. Elle entend le rester en raison des impératifs stratégiques globaux qui sont les siens et qui ont érigé sa présence en Afrique en constante et priorité de politique étrangère depuis les indépendances. En 2018, « la France a de fait des responsabilités parce qu’elle a des moyens sur place. C’est l’existence de ces moyens qui crée la responsabilité et les demandes d’empire » [2]. De cette réalité fondamentale à la base de l’interdépendance stratégique entre la France et l’Afrique francophone découle le constat que les moyens français et leur fonction de béquille sécuritaire pour les États de la région sont au nombre des facteurs qui grèvent plus largement l’appropriation sécuritaire, en combinaison avec les défaillances « par construction politique » [3] des appareils de défense et de sécurité nationaux (surveillance de l’opposition politique, gardes prétoriennes, mauvaise gouvernance, clientélisme, ethnicisation, etc.).

Le nécessaire élargissement du paradigme sécuritaire

Les perspectives limitées au plan militaire enjoignent les États du G5 Sahel à élargir le champ de l’appropriation sécuritaire. La re-politisation intégrale des problèmes sahéliens et de l’approche de la question sécuritaire apparaissent comme le véritable enjeu.

À brève échéance, le renforcement du traitement politique du problème terroriste est un impératif. Sans prétendre à l’exhaustivité, un espace considérable existe, par exemple, en matière de lutte contre l’extrémisme violent : le Mali est depuis peu le seul des États du G5 Sahel à disposer d’un plan national formel de lutte en la matière. De même, sans constituer une politique officielle de reflux de l’influence religieuse des monarchies du golfe, la position du Tchad à cet égard se démarque, le gouvernement ayant révoqué par le passé les chartes d’organisations et associations d’obédience salafiste [4]. Dans le cas spécifique du Mali, la dégradation continue de la situation sécuritaire impose l’exploration de modes alternatifs de résolution de conflit. À cet égard, l’exercice par le gouvernement de ses prérogatives souveraines, à l’abri des ingérences extérieures, est primordial. Tout particulièrement en ce qui concerne l’option du dialogue avec les groupes armés maliens se revendiquant de l’Islam.

À plus long terme, la logique d’appropriation sécuritaire ne peut faire l’économie d’une refonte des modalités de gouvernance des États et de la réinvention de mécanismes politiques au sein de projets de citoyenneté inclusifs et en cohérence avec les spécificités politiques, historiques et culturelles des sociétés sahéliennes. L’ouverture d’un tel chantier implique notamment d’aller au delà du nexus sécurité-développement et de ré-appréhender la problématique de la sécurité sur une base nationale. À des degrés variables selon le pays considéré, le sous-développement des régions périphériques sahéliennes est l’expression du délitement de l’État. Il constitue l’ancrage le plus puissant du terrorisme, de l’extrémisme violent et des trafics, ainsi qu’un amplificateur des conflits locaux. Mais la faillite de l’État se traduit également par une série de graves dysfonctionnements dans les les centres urbains et politiques (extrême pauvreté, explosion des prix des produits de première nécessité, chômage endémique, défaillance ou inaccessibilité des infrastructures de santé et d’éducation, etc.) et fait le lit d’une défiance ouverte et croissante à l’égard des pouvoirs publics.

À la veille de l’échéance présidentielle 2018, le Mali fait figure de cas d’école en matière de généralisation de la contestation de l’État, mais les forces centrifuges qui travaillent le pays ont leurs abcès de fixation dans les États voisins, qu’il s’agisse de la révolution bloquée au Burkina, de la question identitaire en Mauritanie, de la gouvernance politique du Niger ou du rejet de la personnalisation du pouvoir au Tchad. C’est dans cette très forte tension sur les appareils politiques sahéliens que se situe la principale menace pour la sécurité, la paix et la stabilité régionales et internationales. Elle exige une réponse politique de fond que seules les collectivités sahéliennes ont la responsabilité et la légitimité d’apporter.


Plus : L’étude complète au format PDF. Djiby Sow, « Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens »

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Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens
Une étude de Djiby Sow pour Diploweb.com. Ce document pdf présente la version intégrale (26 pages)

Copyright Mai 2018-Sow/Diploweb.com

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Le Niger au coeur de la lutte contre l’immigration clandestine

Le Niger au coeur de la lutte contre l’immigration clandestine

Le Niger, pays frontalier de la Libye, demeure un rempart dans la lutte contre la migration irrégulière et les trafics associés. Ce pays deux fois plus grand que la France constitue une zone de transit régulièrement empruntée par les candidats à l’exil. Le Niger, où s’est tenue le vendredi 16 mars 2018 une conférence réunissant plusieurs représentants européens et africains, se présente donc comme un acteur incontournable de la lutte contre les réseaux criminels de passeurs. Cette réunion internationale a donc été l’occasion de consolider les bases d’une coopération entre l’Afrique et l’Europe dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine.

Une nécessaire coordination des efforts

La conférence de Niamey qui a rassemblé treize Etats africains et européens a été l’occasion de fixer des axes de coopération entre les pays de départ, de transit, et les pays d’accueil des migrants. Une lutte efficace contre les réseaux illicites passe par une amélioration des contrôles aux frontières, un renforcement des forces de défense, une protection des migrants, mais également par un développement de la coopération judiciaire.

Pour ce faire, des structures telles que l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) ou la mission de police de l’Union Européenne « EUCAP Sahel Niger » lancée en août 2012, soutiennent le développement d’une coordination régionale et internationale contre la criminalité organisée. Grâce à la politique menée par le Niger suite aux recommandations de l’UE, l’OIM a aidé plus de 10 000 migrants à retourner dans leur pays d’origine en 2017. Le Niger est  l’un des principaux pays bénéficiaires du Fonds d’urgence d’1,8 milliard d’euros lancé en novembre 2015 par la Commission européenne et destiné à rétablir la stabilité dans cette région et à mieux gérer les migrations.

L’alternative économique comme solution ?

La législation nigérienne adoptée sous la pression de l’UE a, semble-t-il, réduit les velléités de départ des aspirants à l’émigration et affaibli l’économie locale créée par ces trafics. Elle n’a cependant pas empêché la poursuite des trafics, les passeurs n’hésitant pas à emprunter des routes secondaires et à proposer des tarifs à la hausse.

Alors que le Niger fait face à de nombreux défis internes, notamment la reconversion des anciens passeurs et l’amélioration des perspectives d’emploi et des conditions de vie des populations locales, l’accueil de populations victimes de traite des êtres humains en Libye constitue une problématique migratoire supplémentaire pour le pays.

Sommet à Niamey du G5 Sahel sur la force militaire conjointe

Sommet à Niamey du G5 Sahel sur la force militaire conjointe

Niamey – Un sommet des chefs d’Etat du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad), s’est ouvert mardi à Niamey pour boucler le financement de la force militaire conjointe et assurer sa montée en puissance, a constaté un journaliste de l’AFP.

Les présidents burkinabè Roch Marc Christian Kaboré, tchadien Idriss Déby, mauritanien Mohamed Ould Abdelaziz, malien Ibrahim Boubacar Keïta et nigérien Mahamadou Issoufou étaient présents à l’ouverture du sommet, ainsi que la ministre française de la Défense Florence Parly.

Lancée début 2017, la force conjointe, dont la mission est de combattre les groupes jihadistes qui sévissent dans la région sahélienne, « sera opérationnelle à la fin du mois de mars », a affirmé dimanche devant la presse le ministre malien des Affaires étrangères Tiéman Hubert Coulibaly.

A l’ouverture du sommet, le président Issoufou a souligné « l’urgence que cette force soit opérationnelle » pour la « sécurité » des pays sahéliens. Florence Parly a estimé que c’était « désormais en bonne voie ».

Lors du sommet, les chefs d’Etat vont plancher sur la recherche « des financements complémentaires » pour assurer « la montée en puissance » de la force conjointe, qui doit être composée de 5.000 soldats des cinq pays impliqués d’ici la mi-2018, selon une source proche du sommet.

Les groupes jihadistes, dispersés lors de l’intervention française au Mali en 2013, ont retrouvé depuis un nouveau souffle dans le nord et le centre de ce pays malgré la présence de 12.000 Casques bleus de l’ONU et de la force française Barkhane qui compte 4.000 hommes dans la région.

Multipliant les attaques contre ces forces et l’armée malienne, ils ont étendu en 2017 leurs actions au centre et au sud du Mali, à la frontière avec le Niger et le Burkina Faso, qui sont aussi régulièrement touchés.

La force du G5 Sahel a déjà un quartier général, à Sévaré au Mali, et a déjà mené en coordination avec Barkhane deux opérations dans la zone des « trois frontières » entre Mali, Niger et Burkina Faso.

Les pays du G5 Sahel, parmi les plus pauvres du monde, peinent cependant à réunir les 250 millions d’euros nécessaires à la force conjointe.

Pour l’heure, l’Union européenne a promis 50 millions d’euros, la France 8 millions (surtout en matériel), chacun des cinq pays fondateurs 10 millions, et l’Arabie saoudite une contribution de 100 millions de dollars. Les Etats-Unis ont quant à eux promis aux cinq pays membres du G5 Sahel une aide bilatérale globale de 60 millions de dollars. Une nouvelle conférence de financement de la force conjointe est prévue le 23 février à Bruxelles.

Comme l’a rappelé Florence Parly, « les opérations de la force conjointe doivent être coordonnées avec des actions au bénéfice des populations », pour voir un « vrai recul des terroristes ».

Sur ce registre, le G5 Sahel a signé lundi un protocole d’entente avec le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), pour que les deux agences onusiennes appuient « la résilience alimentaire » des populations des cinq Etats sur la période 2018-2020.

Les présidents du G5 vont par ailleurs étudier lors du sommet le processus de suppression des visas et des frais d’itinérance entre les cinq pays, ainsi qu’un projet pour la création d’une compagnie aérienne « Air Sahel » et un autre pour la construction d’un chemin de fer « transsahélien » de près de 6000 km.

A l’issue du sommet de Niamey, Ibrahim Boubakar Keïta cèdera la présidence du G5 Sahel à son homologue nigérien.

(©AFP / 06 février 2018 15h40)

https://www.romandie.com/news/Sommet-a-Niamey-du-G5-Sahel-sur-la-force-militaire-conjointe/887861.rom

La botte impérialiste italienne frappe l’Afrique en plein visage

La botte impérialiste italienne frappe l’Afrique en plein visage


andrew-korybko

Par Andrew Korybko – Le 9 janvier 2018 – Source Oriental Review

Italian ArmyLa crise des migrants africains a déclenché une réponse militaire italienne en Libye et au Niger, les deux principaux pays de transit de la route vers le pays européen en forme de botte. Cela risque d’entraîner Rome encore plus profondément dans les affaires de ce  continent alors qu’il recourt à des moyens militaires pour endiguer de manière proactive le raz-de-marée des « armes de migration de masse » qui s’écrase sur ses rivages.


La Libye était considérée comme la « Quatrième Côte » de l’Italie, mais de nos jours, la crise des migrants africains a plus ou moins transformé l’Italie en « Deuxième Côte » si l’on considère le grand nombre d’individus qui ont entrepris le voyage dangereux de l’Afrique du Nord à travers la Méditerranée vers l’Europe du Sud. Les coûts socio-économiques qui en résultent ont été énormes, en particulier pour un pays qui luttait déjà financièrement au sein de l’UE avant même le début de cette catastrophe humanitaire en 2015. Conséquence politique, les forces de droite et les forces populistes ont vu leur étoile monter ces dernières années, menaçant d’ouvrir un front euro-réaliste « méridional » aux côtés du front « oriental » en défiant l’hégémonie euro-libérale de l’Allemagne sur le continent. C’est pourquoi l’élite romaine a décidé qu’il fallait faire quelque chose plus tôt que plus tard afin d’arrêter cette tendance.

Libyan Migrants

Après une analyse coût-bénéfice minutieuse, les décideurs italiens ont estimé qu’il serait beaucoup moins coûteux à long terme de renverser cette dynamique par des moyens militaires et de ramener la Libye à son statut de « Quatrième Côte » de son pays en chargeant Rome de la crise des migrants trans-méditerranéens. Ainsi, l’Italie a non seulement commencé une mission navale pendant l’été près de sa « Quatrième Côte » pour éloigner et intercepter les bateaux de migrants potentiels destinés à aborder son rivage, mais elle envisage également le déploiement d’au moins 470 soldats, actuellement basés en Irak, au Niger, pays enclavé et de transit qui a servi de porte d’entrée pour l’Afrique de l’Ouest vers la Libye. Le symbolisme géostratégique de ses mouvements libyens et nigériens est tout à fait clair. C’est la botte impérialiste italienne qui donne un coup de pied à l’Afrique pour réprimer de manière réactive la crise migratoire africaine sans fin qui déborde en Europe, même si Rome risque de s’enfoncer encore plus profondément dans les affaires du continent à cause de cette nouvelle politique.

Bien qu’ancienne puissance militaire, l’Italie contemporaine fait pâle figure par rapport à ses prédécesseurs historiques, avec comme seule signification pertinente de nos jours, son emplacement à proximité de l’Afrique du Nord et l’énorme base aéro-navale que les États-Unis exploitent à Sigonella, en Sicile. Néanmoins, les coûts globaux croissants des centaines de milliers de migrants comme « armes de migration de masse » qui ont déboulés sur ses côtes au cours des deux dernières années l’ont contraint à prendre la tête du déploiement sans précédent d’une force militaire avancée en Afrique. Si l’Italie a joué un rôle de premier plan dans la guerre de Libye en 2011, elle l’a fait avec ses alliés de l’OTAN dans le cadre d’une coalition officielle, mais cette fois, elle le fait unilatéralement, sans doute après avoir consulté ses partenaires. Après tout, Rome ne sera pas le seul acteur étranger disposant d’une installation militaire au Niger, puisque les forces françaises et américaines y sont déjà basées et que les forces allemandes le seront bientôt aussi.

La présence actuelle (et dans le cas de l’Allemagne, prévue) des trois alliés de l’Italie au Niger les plus militairement capables soulève la question évidente de ce que Rome est censée y apporter en terme de valeur ajoutée. Officiellement, l’Italie dit qu’elle combattra le terrorisme et détruira les réseaux de contrebande, ce qui est important car ces deux menaces non étatiques transitent par le Niger en direction de la Libye et des côtes italiennes. Mais il est impossible de savoir si les forces de Rome auront un quelconque effet tangible en aidant ses alliés qui sont engagés exactement dans la même mission là-bas. Il se pourrait que ni Washington, ni Paris, ni Berlin ne veuillent assumer entièrement le fardeau financier et personnel de cette tâche et qu’ils préfèrent plutôt décharger une partie de leurs coûts sur Rome, qui est plus directement touchée par ces menaces et a un intérêt personnel à participer à cette mission, comme on le voit à l’évidence.

Italian Soldiers

Une curieuse « division du travail » se développe dans la région où les États-Unis semblent exercer deux niveau de leur politique de « Lead From Behind » en contrôlant la zone par procuration. Tout d’abord, le déploiement américain montre que le leadership peut également être direct. Parallèlement, le rôle secondaire de la France dans l’assemblage de la coalition « G5 Sahel » s’étend de la Mauritanie sur la côte atlantique africaine au Tchad dans son intérieur central. Paris, qu’elle le fasse sciemment ou pas, joue le rôle de subordonné stratégique de Washington en Afrique de l’Ouest et du Centre malgré tout ce que la France peut dire sur le fait qu’elle « rivalise » avec l’armée Américaine ou qu’elle est une « alliée sur un pied d’égalité ». Au deuxième niveau de la hiérarchie, il y a l’Allemagne et l’Italie. Berlin observe tranquillement tout ce qui se passe, bien dans son rôle de leader de l’UE, alors que ses sous-fifres à Rome seront chargés de « se salir les mains » pour rembourser leurs dettes à l’Allemagne.

Peu importe si cette « division du travail » reste la même ou change, l’un de ses traits durables sera que l’Italie sera probablement impliquée dans les affaires africaines après y avoir été aspirée de nouveau après son récent déploiement naval libyen et le prochain, terrestre, au Niger. Sur le plan géostratégique, la Libye est tout autant la « Quatrième Côte » de l’Italie que la botte italienne est la « Deuxième Côte » de l’ex-Jamahiriya. Le sort des deux est inextricablement lié et les États-Unis en profiteront certainement. Les mêmes pressions d’émigration en Afrique de l’Ouest du fait de la surpopulation, de l’appauvrissement et de la violence ne feront que s’aggraver dans un futur proche. Il est donc peu prévisible que Rome se retire de ce front asymétrique tant qu’elle sera encore menacée par les assauts de ses « armes de migration de masse ».

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-botte-imperialiste-italienne-frappe-lafrique-en-plein-visage

 

Macron s’engage à aider le Niger pour rendre efficace l’action militaire

Afrique

Macron s’engage à aider le Niger pour rendre efficace l’action militaire

© ludovic Marin, AFP | Emmanuel Macron aux côtés du présdent nigérien, Mahamadou Issoufou, lors d’une conférence de presse, le 23 décembre 2017, à Niamey.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 24/12/2017

Après avoir salué les troupes françaises au Niger, Emmanuel Macron a insisté samedi sur la nécessité de soutenir le développement des pays du Sahel, indispensable pour stabiliser cette région à long terme.

Après avoir salué les troupes françaises au Niger, le président français Emmanuel Macron a insisté samedi 23 décembre sur la nécessité de soutenir le développement des pays du Sahel, indispensable pour stabiliser cette région à long terme.

« Votre réussite sera aussi la nôtre », a déclaré Macron à son homologue Mahamadou Issoufou à l’issue d’une courte visite « de travail et d’amitié » entamée la veille à Niamey.

>> À lire sur France 24 : « Opération Barkhane : ‘Les problèmes sur place ne sont pas réglés’ « 

« Plan de renaissance »

Le défi est immense car le Niger est l’un des pays les plus pauvres du monde en plein cœur du Sahel, une région déstabilisée par les groupes armés jihadistes, les trafics en tous genres et la crise des migrations.

« La sécurité, la démocratie et le développement sont ensemble une réponse » à cette situation difficile liée « à la pauvreté, l’insécurité et le déficit démocratique », a résumé Issoufou au cours d’une conférence de presse. « La réponse n’est pas que répressive ».http://www.france24.com/fr/20171224-macron-engage-aider-niger-rendre-efficace-action-militaire-sahel-terrorisme?xtor=EPR-300-[Quotidienne]-20171224-[contenu]-1044053310412

Qualifiant Emmanuel Macron d' »ami du Niger », le président a demandé à la France de l’aider à mettre en place son « plan de renaissance » qui a récemment séduit les partenaires internationaux réunis à Paris, prêts à investir 23 milliards d’euros dans ce pays.

Emmanuel Macron a insisté aussi au cours de la même conférence de presse sur le lancement d’un programme français devant aider le Niger à accroître le nombre de jeunes filles allant à l’école au-delà du primaire, qui est particulièrement faible.

Doté de 15 millions d’euros, il vise à « appuyer cette politique d’autonomisation des jeunes filles », a indiqué Macron, qui avait déjà insisté sur cette nécessité dans son discours « à la jeunesse africaine » prononcée à Ouagadougou en novembre.

La France s’est déjà engagée à la mi-décembre à verser 400 millions d’euros sur la période 2017-2021 pour soutenir Niamey, notamment dans le domaine de l’éducation.

« Une démographie galopante »

Le programme de 15 millions d’euros permettra de financer des allocations familiales qui seront notamment conditionnées à la scolarisation des enfants, et notamment des filles. « Dans tous les pays où de telles allocations sont en place, on a constaté une amélioration » de la scolarisation, a souligné Rémy Rioux, le directeur-général de l’AFD, présent à Niamey.

Pour Issoufou, cette politique de scolarisation devrait permettre en partie « de mettre fin aux mariages précoces », parfois dès l’âge de 12 ans, qui entraînent de nombreuses grossesses à l’adolescence.

« La démographie est un défi terrible pour le peuple nigérien », a-t-il rappelé, avec un taux de progression de sa population de 4% par an à raison de plus de sept enfants par femme (record mondial).

À ce rythme, « la population du Niger va doubler tous les 18 ans. Nous sommes 21 millions et serons 42 millions dans 18 ans. Nous deviendrons en 2050 le pays le plus peuplé d’Afrique de l’ouest après le Nigeria », a averti le président nigérien.

Lutter contre la démographie galopante est, selon lui, l’un des moyens de lutter à la fois contre les migrations et contre la menace des groupes armés, notamment jihadistes.

Pour renforcer la démocratie, la France va également soutenir le processus électoral dans ce pays où jamais un président élu n’a succédé à un président élu. « La démocratie c’est vous », a notamment lancé le président Macron à son homologue, pourtant très critiqué par son opposition et la société civile. Le président Issoufou, réélu en 2016, n’a pas le droit de se représenter en 2021.

Les deux présidents ont aussi largement évoqué les questions militaires et de sécurité, déjà abordées à plusieurs reprises par le passé début décembre en France ou fin novembre à Abidjan.

Actuellement, le Niger consacre « 15% de ses ressources budgétaires à la sécurité » mais il ne peut « faire face seul à ces menaces », a souligné le président Issoufou, qui appelle à une « mutualisation avec les pays de la région »

La mise en place du la force G5-Sahel (Mali, Tchad, Burkina Faso, Niger, Mauritanie) a logiquement été au centre des discussions le président Macron estimant qu’il y avait plus un problème « de rapidité opérationnelle » que « d’argent ».

« Le cœur de ce que nous avons besoin, c’est de clarifier les règles (…) s’assurer que le chef d’état major (…) puisse disposer des forces qui correspondent aux engagements pris », a-t-il souligné, se montrant confiant et promettant des actions pour le début de l’année 2018.

Avec AFP

Première publication : 24/12/2017

http://www.france24.com/fr/20171224-macron-engage-aider-niger-rendre-efficace-action-militaire-sahel-terrorisme?xtor=EPR-300-[Quotidienne]-20171224-[contenu]-1044053310412

Terrorisme : vers une guerre des drones dans le Sahel

Terrorisme : vers une guerre des drones dans le Sahel

Pour mieux combattre les jihadistes, les États-Unis et la France vont déployer au Niger des appareils armés, des drones, qui pourront frapper du lac Tchad au Sud libyen. Mais ces engins suscitent des critiques…

Leur mort avait provoqué une onde de choc à Washington. Le 4 octobre, quatre membres des forces spéciales américaines et quatre militaires nigériens étaient tués dans une embuscade près du village de Tongo Tongo, dans le nord de la région nigérienne du Tillabéri, à quelques kilomètres de la frontière avec le Mali. Pour la première fois, des soldats d’élite américains étaient tués en opération dans un pays sahélien, où nombre de leurs compatriotes ne savaient même pas qu’ils étaient déployés.

Dans la foulée, certains faucons du Pentagone ont assuré qu’ils allaient renforcer leur engagement au Sahel, où ils redoutent une réorganisation des combattants de l’État islamique et d’Al-Qaïda depuis leurs récents revers en Irak et en Syrie. Ces déclarations ont rapidement été suivies d’effet. Fin novembre, des responsables militaires américains ont annoncé que les autorités nigériennes avaient accepté l’armement de leurs drones Reaper basés dans le pays. Jusqu’ici utilisés comme un moyen de surveillance aérienne, ils pourront désormais éliminer n’importe quelle cible dans la région.

Accord Niger – USA

Beaucoup ont rapidement vu dans cette décision une conséquence directe du revers sanglant subi à Tongo Tongo. « Cela faisait longtemps que nous discutions de cette possibilité. Mais les récentes attaques que nous avons subies [également à Ayorou, dans la même région, où treize gendarmes ont été tués le 21 octobre] ont mis en exergue nos faiblesses et nous ont poussés à solliciter un soutien accru des Américains pour neutraliser nos ennemis », confie une source ministérielle nigérienne.


>>> A LIRE – Attaque de drones : déjà de nombreuses bavures


Selon elle, Niamey et Washington sont d’accord sur le fond. Le protocole sur l’armement des drones américains basés au Niger devrait donc être signé « d’ici à la fin de l’année ». De son côté, le Commandement des États-Unis pour l’Afrique (Africom) se refuse à tout commentaire « sur les autorisations militaires spécifiques » et indique seulement que les « gouvernements du Niger et des États-Unis travaillent main dans la main pour empêcher des organisations terroristes d’utiliser la région comme une base arrière ».

Les Reaper décolleront d’une grande base à Agadez dont la construction devrait être achevée d’ici au second semestre de 2018

Une fois l’accord définitivement entériné entre les deux pays, les drones américains pourraient être rapidement armés. « Cela pourra être fait en quelques jours. Il leur suffit de monter un support pour missiles sur les drones », explique un spécialiste des questions de défense.

Actuellement à Niamey, ces Reaper décolleront bientôt d’une grande base à Agadez, dans le centre du Niger, dont la construction devrait être achevée d’ici au second semestre de 2018. Celle-ci accueillera une grande partie des 800 militaires américains présents dans le pays et dont le nombre devrait augmenter dans les mois à venir.

Les « drones tueurs »

Cette base de drones de guerre sera la deuxième du genre sur le continent après celle de Djibouti, d’où les États-Unis mènent régulièrement des frappes ciblées contre des chefs jihadistes en Somalie et au Yémen. Dotés d’une autonomie de près de vingt-quatre heures de vol et d’un rayon d’action de 1 800 km, les « drones tueurs » américains pourront mener des opérations dans une grande partie de la bande sahélo-saharienne.

Depuis Agadez, les responsables du Pentagone envisagent ainsi de pouvoir couvrir une vaste zone allant du lac Tchad au Sud libyen en passant par le nord du Mali et du Niger. Dans leur viseur : les combattants affiliés à Boko Haram, au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) ou encore à l’organisation État islamique.

Drones français armés

Les Américains ne sont pas les seuls Occidentaux à avoir opté pour ce changement tactique et stratégique majeur dans leur guerre contre le terrorisme au Sahel. Début septembre, sur instruction du président Emmanuel Macron, Florence Parly, sa ministre des Armées, a annoncé que les drones français allaient aussi être armés.

Depuis 2014, Paris dispose de six Reaper acquis auprès des Américains (un appareil européen devrait voir le jour d’ici à 2025). Basés à Niamey, cinq d’entre eux – le sixième est utilisé pour des missions d’entraînement en France – servaient jusqu’à présent à des missions de surveillance et de renseignement dans le cadre de l’opération Barkhane.

« Ce sont des appareils très utiles, qui sont silencieux, endurants et quasi invisibles à l’œil nu »

Le gouvernement français a officiellement demandé aux autorités américaines qu’ils puissent être armés, tout comme les six Reaper supplémentaires qui doivent lui être livrés d’ici à 2019. Cette demande doit désormais obtenir l’aval du Congrès, ce qui ne devrait être qu’une formalité. Enfin, pour voler, ils devront avoir le feu vert de Niamey.

À Paris, les responsables du ministère des Armées estiment qu’il s’agit d’une arme complémentaire aux moyens existants et adaptée au contexte de l’opération Barkhane, qui s’étend sur des centaines de milliers de kilomètres carrés. « Ce sont des appareils très utiles, qui sont silencieux, endurants et quasi invisibles à l’œil nu, détaille un proche de Florence Parly. Ces drones continueront surtout à faire des missions de surveillance, mais ils offrent la possibilité de réaliser des frappes d’opportunité : si nous repérons une cible, nous pourrons la neutraliser presque instantanément, ce qui n’était pas possible avant. »

Critiques et efficacité

Cette future utilisation de « robots tueurs » au Sahel suscite aussi de nombreuses critiques. Utilisés pour la première fois en Afghanistan après le 11 septembre 2001, généralisés en Irak après l’intervention américaine de 2003, ces aéronefs automatisés et pilotés à distance ont ensuite été massivement employés par la CIA sous l’administration Obama (2008-2016) pour mener en toute opacité des éliminations ciblées.

Cette escalade de la lutte antiterroriste pourrait aggraver la situation au lieu de l’améliorer », estime Gilles Yabi

Face aux observateurs qui dénoncent des méthodes déshumanisées et une guerre de type « jeu vidéo », les défenseurs des drones de guerre tâchent de se montrer rassurants. « Rien ne diffère des avions de chasse. Ces drones sont pilotés par des humains basés sur le théâtre d’opérations qui respecteront les règles d’engagement auxquelles nous nous astreignons », affirme-t-on au ministère français des Armées, où l’on souligne que ces appareils serviront à protéger les forces engagées sur le terrain et non pas uniquement à tuer des personnes recherchées.

Plus largement, certains civils doutent de l’efficacité stratégique de ces drones armés. « Ils participent à une logique de militarisation croissante de la région par les pays occidentaux. Or cette escalade de la lutte antiterroriste pourrait aggraver la situation au lieu de l’améliorer », estime Gilles Yabi, analyste et fondateur du Wathi, un think tank citoyen sur l’Afrique de l’Ouest.

Il fait également peu de doute que les inévitables victimes collatérales causées par ces drones de guerre ne manqueront pas, dans les années à venir, d’alimenter la propagande des groupes jihadistes sahéliens ni de favoriser leur recrutement

.http://www.jeuneafrique.com/mag/500754/politique/terrorisme-vers-une-guerre-des-drones-dans-le-sahel/?utm_source=Newsletter_JA_Actu&utm_medium=Email&utm_campaign=Newsletter_JA_Actu_18_12_17

Le Niger au carrefour des conflits

Le Niger au carrefour des conflits

La région du Sahel est depuis longtemps une zone pauvre et instable. La présence de groupes djihadistes, de sections indépendantistes ainsi que la multiplicité des trafics touchent tous les pays de la zone. Au milieu, coincé entre sept pays, se trouve le Niger. Cet État, un des plus pauvres du monde, semble pourtant plus solide que ses voisins sur de nombreux points.

De nombreux groupes djihadistes sont présents à la frontière nigérienne. Pour s’en persuader, il suffit de regarder une carte : le pays est frontalier avec au moins quatre pays soumis à la pression terroriste, qui ont bien du mal à assurer la sécurité de leurs territoires respectifs. Pour rappel, à la frontière avec l’Algérie, la Libye et le Mali, des groupes djihadistes se sont développés, pour la plupart reliés à Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). A la frontière avec la Libye, le Niger subit en plus le conflit entre deux peuples : les Toubous et les Touaregs. Enfin, au Nigeria, situé au sud-est du pays, et plus particulièrement dans la région de Diffa, le groupe djihadiste Boko Haram est encore présent.

Certes, grâce à une politique active menée par Muhammadu Buhari, Idriss Deby et Mahamadou Issoufou respectivement présidents du Nigeria, du Tchad et du Niger, Boko Haram recule de plus en plus. Mais la lutte est loin d’être gagnée. Quant à l’opération militaire française Barkhane, dont le QG est basé au Tchad, elle apporte une aide non négligeable pour le rétablissement de la sécurité dans la région. Mais là encore, rien n’est acquis.

Une stabilité remarquable, malgré des aspects négatifs

Avec un taux de fécondité de 6,62 enfants par femme en moyenne (2016 – taux le plus élevé au monde), une place de dernier au classement de l’Indice de développement humain (IDH), et 60% de la population vivant avec moins de 1 dollar par jours, on pourrait très facilement penser que le Niger est un État failli. Et pourtant, des institutions existent toujours !

Pour tenter de comprendre cette stabilité, plusieurs éléments sont à prendre en compte.

Tout d’abord, le Niger a beaucoup moins de problèmes avec les velléités indépendantistes touaregs que ne peut l’avoir le Mali. En 1995, après quatre ans de guerre, un accord a été signé entre le pouvoir central et l’élite touareg. Celui-ci a donné une plus grande autonomie aux touaregs, et une véritable politique d’apaisement a été conduite entre Niamey et le Nord du Niger. En jouant la carte de la décentralisation, le gouvernement arrive à garder une influence sur son territoire, tout en laissant une grande autonomie aux différentes régions.

La relation solide entre le Tchad et le Niger est aussi l’un des marqueurs forts de la stabilité nigérienne. La coopération économique et militaire a été renforcée par un accord bilatéral signé en 2012 entre les deux pays. L’organisation du G5-Sahel (groupe comprenant cinq États sahéliens) est également en train de se mettre en place pour lutter contre les mouvements djihadistes.

Comme les autres pays de la région, le Niger est, par ailleurs, soutenu par l’aide extérieure dont il est très dépendant. Le pays aurait ainsi reçu 918 milliards de dollars d’aide au développement en 2014. De plus, 50 milliards de francs CFA auraient également étaient versés par l’Union européenne pour aider le Niger à contenir les migrations.

De nombreux pays sont aussi intéressés par le Niger sur le plan sécuritaire. La France et les États-Unis possèdent plusieurs bases militaires réparties dans le pays. Les Américains vont d’ailleurs inaugurer une nouvelle base à Agadez, entièrement destinée à l’usage des drones.

D’autres pays, comme l’Allemagne, souhaitent également s’implanter dans ce pays. La visite de la chancelière Angela Merkel le 10 octobre 2016 à Niamey en est bien la preuve.

Selon M. Olivier de Sardan, spécialiste du Niger, on ne peut pas considérer le Niger comme un « hub » sécuritaire au même titre que le Tchad. Néanmoins, il représente un point d’appui non négligeable dans la lutte contre le terrorisme.

Enfin, la stabilité du Niger prend racine dans le sentiment national que Niamey met beaucoup d’ardeur à entretenir. Fiers de se sentir nigériens, les Nigériens sont les premiers garants du respect et de la légitimité des institutions. Ainsi, d’après Afro-baromètre 2016, 92% de la population dit avoir un avis favorable sur l’armée. C’est le taux le plus élevé dans la région. À titre de comparaison, ce chiffre s’élève à 21% au Nigeria.

Mais le Niger n’est pas pour autant à l’abri des tempêtes. C’est loin d’être un État en paix. Les mouvances islamistes radicales sont bien réelles même si elles ont peu d’influence. De plus, le budget alloué à la défense dépasse les 5% du PIB national, ce qui est conséquent pour un pays comme celui-ci. Investir dans d’autres secteurs, comme l’éducation ou la santé, pourrait être un moyen efficace pour qu’apparaisse enfin un développement économique et social solide.

http://les-yeux-du-monde.fr/actualite/afrique-moyen-orient/29836-le-niger-au-carrefour-des-conflits

NIGER: ENFIN, UNE GUERRE JOHN MCCAIN N’AIME PAS

NIGER: ENFIN, UNE GUERRE JOHN MCCAIN N’AIME PAS

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07.11.2017

News a d’abord fait le point sur la mésaventure du Niger aux Etats-Unis le 4 octobre. « La vraie nouvelle ici est que les Etats-Unis ont des forces au Niger, où ils mènent des opérations secrètes », a tweeté l’auteur. « Hashtag America First ».

Les médias officiels ont ignoré l’embuscade des forces spéciales américaines, jusqu’à ce que l’histoire gagne la traction anti-Trump. Aucun mot n’est venu de John McCain. Dans trois semaines, le sénateur de l’Arizona fait l’histoire. McCain, qui n’a jamais connu une guerre qu’il n’avait pas envie de poursuivre, s’interroge sur la folie au Niger.

Le sénateur d’Arizona peut courir mais ne peut pas se cacher de la pollution qu’il a laissée sur son chemin politique. Les républicains ont sagement rejeté la guerre au Kosovo; McCain a abandonné la loyauté du parti pour demander des bombes d’en haut et « plus de bottes sur le terrain. » À la perspective de la guerre avec l’Iran, McCain a éclaté en chanson, « Bombe-bombe, bombe-bombe-Iran ». ce goule de guerre sourit. Avant cela, McCain a promis une guerre de 100 ans en Irak.

Le chauvinisme du sénateur McCain a englobé la Syrie, la Géorgie, le Mali, le Nigeria et la Chine. Lorsque les États-Unis ne pouvaient pas changer de régime, comme ils l’ont fait en Afghanistan et en Libye, McCain appelait typiquement un «ami de l’Amérique» imaginé contre un «ennemi de l’Amérique». McCain a de nombreux amis imaginaires.

Là où son pays cible était au-delà de l’intimidation américaine (Russie), l’idée de la reprise d’une guerre froide était une option que McCain aimait. Il fulmine actuellement sur un léger retard dans les sanctions contre la Russie. Quand tous les efforts pour apprivoiser le monde échouent militairement, McCain est partial à l’idée des troupes de l’ONU agissant comme ses substituts, disons au Soudan.

Aucune guerre ne rend Johnny un garçon triste. Mais maintenant, il envisage une assignation à comparaître sur le Niger.

CENTRALISATEUR GLOBAL

Jouer au Niger, ce sont les intérêts de la politique étrangère américaine, ancrés en permanence et immuables. Les observateurs attentifs détecteront un modèle familier. Encore une fois, le parti pris américain est partout dirigé vers un État central puissant et démesuré. Cette vanité a mis nos forces sur une trajectoire de collision avec les intérêts tribaux que l’Amérique cherche à apprivoiser.

En effet, la politique étrangère américaine bafoue souvent l’autorité locale. Il désavoue certainement les séparatistes et décourage généralement toute dévolution significative du pouvoir. Né d’une confédération lâche d’États indépendants, l’Amérique représente maintenant l’État centralisé fort. Nos dirigeants interchangeables s’efforcent de voir la même chose dans les terres tribales du Moyen-Orient et de l’Afrique.

MEDDLING DANS LA GUERRE CIVILE DU YEMEN

Au Yémen, l’Amérique s’efforce d’imposer une autorité centrale sur les «cheikks du chahut». Au Sud seulement, le Yémen compte 14 principautés. Les sécessionnistes du Sud sont en guerre avec le nord depuis au moins 139 ans. Là, «même l’eau embouteillée», note l’économiste, «s’appelle« Sud ». Il n’y a pas de Yémen unifié. N’a jamais ete.

Dans cette mêlée, les États-Unis ont pataugé. Notre colosse de la politique étrangère est si stupide et dangereux qu’il imagine que l’Amérique combat Al-Qaïda en soutenant la coalition menée par l’Arabie saoudite pour vaincre les rebelles Houthi du Nord. Les rebelles Houthi du nord, cependant, portent clairement plusieurs chapeaux. Plus encore que la coalition envahissante, les rebelles sont de la communauté et souvent pour la communauté.

Comme le remarquent les partenaires émirati américains au Yémen, «Motiver les recrues à aller vers le nord est une tâche ardue, même avec le paiement de primes. Ceux qui étaient heureux de se battre pour leur propre maison semblent ne pas vouloir se battre pour quelqu’un d’autre. « 

Est-ce que l’armée de l’Empire se limiterait à ce mandat constitutionnel: se battre pour la maison et le foyer et pas plus. Hélas, nos soldats ont été propagandisés pour confondre la lutte pour la liberté américaine avec des combats au Niger, au Burkina Faso (oui, je sais) et au Mali.

En fin de compte, tous les endroits choisis par l’Amérique sont trop complexes pour être saisis par l’esprit prosaïque des États-Unis, car nous sommes instruits de voir des sociétés différentes des nôtres à travers un prisme d’anges et de démons.

Plus encore qu’au Moyen-Orient, l’Afrique est déchirée par des intérêts et des dynamiques tribaux. Ceux-ci, McCain ou CENTCOM (le Commandement Central des Etats-Unis) n’ont aucun espoir de compréhension, parce qu’ils sont attachés à l’idée que leur propre maison (l’Amérique) n’est rien d’autre qu’une idée, et jamais une communauté de chair et de sang. des personnes partageant un patrimoine précieux.

ET MAINTENANT, NIGER

À leur crédit, la fidélité des Africains n’est pas de déraciner les propositions politiques – la démocratie, les droits de l’homme, le mariage homosexuel et les salles de bains communes – mais les uns envers les autres. Ils vont tuer pour le clan et la famille. (Et ils s’entretuent aussi.)

Le Niger n’est pas différent. On vous dit que les Américains et les Français renforcent les forces locales du Niger contre le mythique ISIS. Balivernes. Ce n’est jamais le cas. En Afrique, comme en Afghanistan ou en Irak, les conflits sont régionaux, tribaux, anciens, voire anciens.

Tongo-Tongo, le village nigérien qui a tendu une embuscade à nos bérets verts sans méfiance, n’avait pas été «infiltré» par des forces hostiles; c’est le point de vue du gouvernement central du Niger, lui-même un développement très récent. Si le passé est un prologue, il est juste de supposer que le gouvernement du Niger est investi dans le développement en tant qu’état client français et américain avec tous les avantages qui en découlent.

Les villageois ont probablement appris à ne pas attendre que l’État leur fournisse des retombées. Les villageois de Tongo-Tongo ont incité nos forces à forger, donnant juste assez de temps à leurs bienfaiteurs militants pour créer une embuscade dans une zone d’abattage.

Imaginer! Les locaux n’apprécient pas particulièrement la visite des patrouilleurs américains et français et de leurs marionnettes nigériennes.

Encore une fois, le Niger dépend fortement des pots-de-vin de l’Occident (l’aide étrangère, nous l’appelons). Nous récompensons Niamey (la capitale) pour jouer à des jeux de guerre avec nous. C’est un autre cas d’une terre tribale islamique, si multiethnique, dont les gens ne veulent pas d’Américains là-bas. (Et même si les gens de la région nous voulaient là-bas, l’Amérique n’a rien à faire là-bas.) Les déplorables ont voté contre le concept de rendre le Niger, le Burkina Faso et le Mali encore meilleurs.)

Donc, si la haine de John McCain envers le président Trump a poussé le plus chaud des bellicistes américains à remettre en question l’intervention américaine au Niger, c’est une bonne chose.

 

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Niger : derrière la mort des soldats américains, l’opposition Peul-Touareg et les conséquences de l’ « embouteillage » sécuritaire

samedi 7 octobre 2017

Niger : derrière la mort des soldats américains, l’opposition Peul-Touareg et les conséquences de l’ « embouteillage » sécuritaire

(Cette analyse peut être reproduite à la condition d’en citer la source)

Le 4 octobre 2017 un élément américano-nigérien à ossature de forces spéciales est tombé dans une embuscade à quelques kilomètres de la frontière entre le Niger et le Mali, près de Tongo Tongo, un village situé à proximité de Tillabery. Cette embuscade a fait 4 morts parmi les soldats américains et au moins cinq parmi les Nigériens ainsi que plusieurs blessés. Les véhicules de la patrouille ont été détruits. Qui se cache derrière cette attaque marquant un palier supplémentaire dans le conflit sahélien ?

Pour la première fois, des assaillants viennent donc de s’en prendre ouvertement et dans un combat frontal à une force occidentale. Qui plus est, à des forces spéciales. Jusque-là, l’essentiel des pertes essuyées par les forces françaises étaient provoquées par des IED, mines placées sur les axes empruntés par les convois ou les patrouilles. Nous sommes donc en présence d’une montée en puissance des jihadistes car l’embuscade était bien organisée, ses auteurs fortement armés et équipés de véhicules et de motos. Après l’attaque, les assaillants se sont volatilisés dans la savane.

L’attaque s’est produite dans une zone particulièrement propice aux embuscades où les forces armées nigériennes ont déjà subi de lourdes pertes. La question qui se pose est double.
1) Qui sont les auteurs de cette attaque ?
Les autorités nigériennes accusent les groupes jihadistes maliens, notamment deux organisations, l’Etat islamique du Grand Sahara (EIGS) et le Jamat Nosrat al-Islam, nouveau mouvement apparu au mois de mars 2017 et dont le chef est Iyad ag Ghalid, un chef touareg malien de la grande tribu des Ifora passé au jihadisme et affilié à Al-Quaida.

Or, nous devons bien voir que dans cette région, le paravent islamique cache le cœur de la question qui est une fois de plus l’ethnie. Comme je ne cesse de le dire depuis plusieurs années, le jihadisme sahélien est d’abord, la surinfection d’une plaie ethnique. Ici, tout se greffe en effet sur l’opposition entre Peul (Fulani), Touareg, Touareg Imghad et autres groupes, engagés dans une féroce compétition, d’abord pour le contrôle des trafics, mais aussi des points d’eau et des pâturages. Depuis plus d’une année, sous paravent islamique, se cache en réalité une terrible guerre ethnique qui oppose ces deux populations d’éleveurs nomades et qui a fait des dizaines de morts.

Dans cet imbroglio, certains Fulani (Peul) se sont jihadisés afin de pouvoir lutter contre leurs rivaux et concurrents, notamment, mais pas exclusivement, les Imghad. Ces derniers qui ont été armés par le Mali pour lutter, certes contre les jihadistes, mais d’abord contre les Iforas, profitent de la situation pour s’en prendre à leurs rivaux ethniques.

Les jihadistes ont beau jeu d’attiser ce conflit millénaire. Ils légitiment ainsi la réaction des Peul par les grands jihad des XVIIIe-XIXe siècles, quand le paysage politique de l’ouest africain sahélien fut remodelé par leurs ancêtres qui constituèrent alors de vastes Etats inspirés par le jihad. Alimentés à la fontaine du mythe, bien des jeunes peuls se sont mis à rêver à des destins comparables à ceux d’Ousmane Dan Fodio (1754-1817), fondateur de l’Empire de Sokoto, de Seku Ahmadu (1773-1844), qui créa l’empire peul du Macina ou encore à Omar Tall dit el-Hadj-Omar (1796-1864) fondateur de l’empire Toucouleur ou Torodbe qui s’était fixé pour but l’islamisation de l’Ouest africain.

Alors, certes, ce sont bien des jihadistes qui ont mené la sanglante embuscade du 4 octobre 2017. Mais en prenant appui sur la marqueterie ethnique régionale. Il est donc une fois de plus essentiel de voir ce qui alimente ce jihadisme. Pour cela, cessons d’analyser la situation en termes « globaux » ou en parlant de déficit de démocratie, de « développement » ou autres fadaises ânonnées ad nauseam par le politiquement correct ou le psittacisme journalistique. Autrement, le combat sera perdu par avance.

2) Du danger de l’ « embouteillage sécuritaire »
Dans de précédents articles ou communiqués, j’avais fortement mis en garde contre la multiplication des structures de lutte anti-jihadiste au Sahel. Elles constituent en effet une juxtaposition de forces dont la coordination est moins rapide que la prise de décision unique par les responsables jihadistes.

Le coup très dur qui vient d’être porté aux forces spéciales américaines illustre hélas mon propos. Ces dernières ont deux emprises régionales, à Aguellal et à Diffa, plus des éléments équipés de drones à Agadez ainsi qu’une emprise sur l’aéroport de Niamey. Leur connaissance du terrain est technique et disons-le « livresque ». Il leur manque la « profondeur historique » et pour tout dire cette connaissance de la géopolitique ethnique régionale que notre vieille Infanterie de marine, la « Coloniale », possédait sur le bout des doigts.

Aux forces américaines, viennent s’ajouter régionalement diverses composantes onusiennes, d’autres issues de l’Eurocorps. Ce mille-feuilles sécuritaire est également composé d’armées nationales, de forces conjointes issues de ces mêmes armées nationales, de milices ethniques anti-jihadistes et maintenant du G5 Sahel…Un véritable volapük militaire qui prête le flanc à toutes les catastrophes. D’autant plus que ces forces enchevêtrées et qui, toutes, luttent en principe contre les jihadistes, doivent de plus être coordonnées avec la colonne vertébrale du dispositif qui est Barkhane…

Depuis la nuit des temps, l’expérience a pourtant appris trois choses aux militaires :
1) La nécessité de l’unité du commandement

2) La connaissance du terrain

3) L’identification de l’ennemi que l’on combat

Bernard Lugan
07/10/2017

Publié par Administrateur à 10:57

 

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