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Le Niger au carrefour des conflits

Le Niger au carrefour des conflits

La région du Sahel est depuis longtemps une zone pauvre et instable. La présence de groupes djihadistes, de sections indépendantistes ainsi que la multiplicité des trafics touchent tous les pays de la zone. Au milieu, coincé entre sept pays, se trouve le Niger. Cet État, un des plus pauvres du monde, semble pourtant plus solide que ses voisins sur de nombreux points.

De nombreux groupes djihadistes sont présents à la frontière nigérienne. Pour s’en persuader, il suffit de regarder une carte : le pays est frontalier avec au moins quatre pays soumis à la pression terroriste, qui ont bien du mal à assurer la sécurité de leurs territoires respectifs. Pour rappel, à la frontière avec l’Algérie, la Libye et le Mali, des groupes djihadistes se sont développés, pour la plupart reliés à Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). A la frontière avec la Libye, le Niger subit en plus le conflit entre deux peuples : les Toubous et les Touaregs. Enfin, au Nigeria, situé au sud-est du pays, et plus particulièrement dans la région de Diffa, le groupe djihadiste Boko Haram est encore présent.

Certes, grâce à une politique active menée par Muhammadu Buhari, Idriss Deby et Mahamadou Issoufou respectivement présidents du Nigeria, du Tchad et du Niger, Boko Haram recule de plus en plus. Mais la lutte est loin d’être gagnée. Quant à l’opération militaire française Barkhane, dont le QG est basé au Tchad, elle apporte une aide non négligeable pour le rétablissement de la sécurité dans la région. Mais là encore, rien n’est acquis.

Une stabilité remarquable, malgré des aspects négatifs

Avec un taux de fécondité de 6,62 enfants par femme en moyenne (2016 – taux le plus élevé au monde), une place de dernier au classement de l’Indice de développement humain (IDH), et 60% de la population vivant avec moins de 1 dollar par jours, on pourrait très facilement penser que le Niger est un État failli. Et pourtant, des institutions existent toujours !

Pour tenter de comprendre cette stabilité, plusieurs éléments sont à prendre en compte.

Tout d’abord, le Niger a beaucoup moins de problèmes avec les velléités indépendantistes touaregs que ne peut l’avoir le Mali. En 1995, après quatre ans de guerre, un accord a été signé entre le pouvoir central et l’élite touareg. Celui-ci a donné une plus grande autonomie aux touaregs, et une véritable politique d’apaisement a été conduite entre Niamey et le Nord du Niger. En jouant la carte de la décentralisation, le gouvernement arrive à garder une influence sur son territoire, tout en laissant une grande autonomie aux différentes régions.

La relation solide entre le Tchad et le Niger est aussi l’un des marqueurs forts de la stabilité nigérienne. La coopération économique et militaire a été renforcée par un accord bilatéral signé en 2012 entre les deux pays. L’organisation du G5-Sahel (groupe comprenant cinq États sahéliens) est également en train de se mettre en place pour lutter contre les mouvements djihadistes.

Comme les autres pays de la région, le Niger est, par ailleurs, soutenu par l’aide extérieure dont il est très dépendant. Le pays aurait ainsi reçu 918 milliards de dollars d’aide au développement en 2014. De plus, 50 milliards de francs CFA auraient également étaient versés par l’Union européenne pour aider le Niger à contenir les migrations.

De nombreux pays sont aussi intéressés par le Niger sur le plan sécuritaire. La France et les États-Unis possèdent plusieurs bases militaires réparties dans le pays. Les Américains vont d’ailleurs inaugurer une nouvelle base à Agadez, entièrement destinée à l’usage des drones.

D’autres pays, comme l’Allemagne, souhaitent également s’implanter dans ce pays. La visite de la chancelière Angela Merkel le 10 octobre 2016 à Niamey en est bien la preuve.

Selon M. Olivier de Sardan, spécialiste du Niger, on ne peut pas considérer le Niger comme un « hub » sécuritaire au même titre que le Tchad. Néanmoins, il représente un point d’appui non négligeable dans la lutte contre le terrorisme.

Enfin, la stabilité du Niger prend racine dans le sentiment national que Niamey met beaucoup d’ardeur à entretenir. Fiers de se sentir nigériens, les Nigériens sont les premiers garants du respect et de la légitimité des institutions. Ainsi, d’après Afro-baromètre 2016, 92% de la population dit avoir un avis favorable sur l’armée. C’est le taux le plus élevé dans la région. À titre de comparaison, ce chiffre s’élève à 21% au Nigeria.

Mais le Niger n’est pas pour autant à l’abri des tempêtes. C’est loin d’être un État en paix. Les mouvances islamistes radicales sont bien réelles même si elles ont peu d’influence. De plus, le budget alloué à la défense dépasse les 5% du PIB national, ce qui est conséquent pour un pays comme celui-ci. Investir dans d’autres secteurs, comme l’éducation ou la santé, pourrait être un moyen efficace pour qu’apparaisse enfin un développement économique et social solide.

http://les-yeux-du-monde.fr/actualite/afrique-moyen-orient/29836-le-niger-au-carrefour-des-conflits

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NIGER: ENFIN, UNE GUERRE JOHN MCCAIN N’AIME PAS

NIGER: ENFIN, UNE GUERRE JOHN MCCAIN N’AIME PAS

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07.11.2017

News a d’abord fait le point sur la mésaventure du Niger aux Etats-Unis le 4 octobre. « La vraie nouvelle ici est que les Etats-Unis ont des forces au Niger, où ils mènent des opérations secrètes », a tweeté l’auteur. « Hashtag America First ».

Les médias officiels ont ignoré l’embuscade des forces spéciales américaines, jusqu’à ce que l’histoire gagne la traction anti-Trump. Aucun mot n’est venu de John McCain. Dans trois semaines, le sénateur de l’Arizona fait l’histoire. McCain, qui n’a jamais connu une guerre qu’il n’avait pas envie de poursuivre, s’interroge sur la folie au Niger.

Le sénateur d’Arizona peut courir mais ne peut pas se cacher de la pollution qu’il a laissée sur son chemin politique. Les républicains ont sagement rejeté la guerre au Kosovo; McCain a abandonné la loyauté du parti pour demander des bombes d’en haut et « plus de bottes sur le terrain. » À la perspective de la guerre avec l’Iran, McCain a éclaté en chanson, « Bombe-bombe, bombe-bombe-Iran ». ce goule de guerre sourit. Avant cela, McCain a promis une guerre de 100 ans en Irak.

Le chauvinisme du sénateur McCain a englobé la Syrie, la Géorgie, le Mali, le Nigeria et la Chine. Lorsque les États-Unis ne pouvaient pas changer de régime, comme ils l’ont fait en Afghanistan et en Libye, McCain appelait typiquement un «ami de l’Amérique» imaginé contre un «ennemi de l’Amérique». McCain a de nombreux amis imaginaires.

Là où son pays cible était au-delà de l’intimidation américaine (Russie), l’idée de la reprise d’une guerre froide était une option que McCain aimait. Il fulmine actuellement sur un léger retard dans les sanctions contre la Russie. Quand tous les efforts pour apprivoiser le monde échouent militairement, McCain est partial à l’idée des troupes de l’ONU agissant comme ses substituts, disons au Soudan.

Aucune guerre ne rend Johnny un garçon triste. Mais maintenant, il envisage une assignation à comparaître sur le Niger.

CENTRALISATEUR GLOBAL

Jouer au Niger, ce sont les intérêts de la politique étrangère américaine, ancrés en permanence et immuables. Les observateurs attentifs détecteront un modèle familier. Encore une fois, le parti pris américain est partout dirigé vers un État central puissant et démesuré. Cette vanité a mis nos forces sur une trajectoire de collision avec les intérêts tribaux que l’Amérique cherche à apprivoiser.

En effet, la politique étrangère américaine bafoue souvent l’autorité locale. Il désavoue certainement les séparatistes et décourage généralement toute dévolution significative du pouvoir. Né d’une confédération lâche d’États indépendants, l’Amérique représente maintenant l’État centralisé fort. Nos dirigeants interchangeables s’efforcent de voir la même chose dans les terres tribales du Moyen-Orient et de l’Afrique.

MEDDLING DANS LA GUERRE CIVILE DU YEMEN

Au Yémen, l’Amérique s’efforce d’imposer une autorité centrale sur les «cheikks du chahut». Au Sud seulement, le Yémen compte 14 principautés. Les sécessionnistes du Sud sont en guerre avec le nord depuis au moins 139 ans. Là, «même l’eau embouteillée», note l’économiste, «s’appelle« Sud ». Il n’y a pas de Yémen unifié. N’a jamais ete.

Dans cette mêlée, les États-Unis ont pataugé. Notre colosse de la politique étrangère est si stupide et dangereux qu’il imagine que l’Amérique combat Al-Qaïda en soutenant la coalition menée par l’Arabie saoudite pour vaincre les rebelles Houthi du Nord. Les rebelles Houthi du nord, cependant, portent clairement plusieurs chapeaux. Plus encore que la coalition envahissante, les rebelles sont de la communauté et souvent pour la communauté.

Comme le remarquent les partenaires émirati américains au Yémen, «Motiver les recrues à aller vers le nord est une tâche ardue, même avec le paiement de primes. Ceux qui étaient heureux de se battre pour leur propre maison semblent ne pas vouloir se battre pour quelqu’un d’autre. « 

Est-ce que l’armée de l’Empire se limiterait à ce mandat constitutionnel: se battre pour la maison et le foyer et pas plus. Hélas, nos soldats ont été propagandisés pour confondre la lutte pour la liberté américaine avec des combats au Niger, au Burkina Faso (oui, je sais) et au Mali.

En fin de compte, tous les endroits choisis par l’Amérique sont trop complexes pour être saisis par l’esprit prosaïque des États-Unis, car nous sommes instruits de voir des sociétés différentes des nôtres à travers un prisme d’anges et de démons.

Plus encore qu’au Moyen-Orient, l’Afrique est déchirée par des intérêts et des dynamiques tribaux. Ceux-ci, McCain ou CENTCOM (le Commandement Central des Etats-Unis) n’ont aucun espoir de compréhension, parce qu’ils sont attachés à l’idée que leur propre maison (l’Amérique) n’est rien d’autre qu’une idée, et jamais une communauté de chair et de sang. des personnes partageant un patrimoine précieux.

ET MAINTENANT, NIGER

À leur crédit, la fidélité des Africains n’est pas de déraciner les propositions politiques – la démocratie, les droits de l’homme, le mariage homosexuel et les salles de bains communes – mais les uns envers les autres. Ils vont tuer pour le clan et la famille. (Et ils s’entretuent aussi.)

Le Niger n’est pas différent. On vous dit que les Américains et les Français renforcent les forces locales du Niger contre le mythique ISIS. Balivernes. Ce n’est jamais le cas. En Afrique, comme en Afghanistan ou en Irak, les conflits sont régionaux, tribaux, anciens, voire anciens.

Tongo-Tongo, le village nigérien qui a tendu une embuscade à nos bérets verts sans méfiance, n’avait pas été «infiltré» par des forces hostiles; c’est le point de vue du gouvernement central du Niger, lui-même un développement très récent. Si le passé est un prologue, il est juste de supposer que le gouvernement du Niger est investi dans le développement en tant qu’état client français et américain avec tous les avantages qui en découlent.

Les villageois ont probablement appris à ne pas attendre que l’État leur fournisse des retombées. Les villageois de Tongo-Tongo ont incité nos forces à forger, donnant juste assez de temps à leurs bienfaiteurs militants pour créer une embuscade dans une zone d’abattage.

Imaginer! Les locaux n’apprécient pas particulièrement la visite des patrouilleurs américains et français et de leurs marionnettes nigériennes.

Encore une fois, le Niger dépend fortement des pots-de-vin de l’Occident (l’aide étrangère, nous l’appelons). Nous récompensons Niamey (la capitale) pour jouer à des jeux de guerre avec nous. C’est un autre cas d’une terre tribale islamique, si multiethnique, dont les gens ne veulent pas d’Américains là-bas. (Et même si les gens de la région nous voulaient là-bas, l’Amérique n’a rien à faire là-bas.) Les déplorables ont voté contre le concept de rendre le Niger, le Burkina Faso et le Mali encore meilleurs.)

Donc, si la haine de John McCain envers le président Trump a poussé le plus chaud des bellicistes américains à remettre en question l’intervention américaine au Niger, c’est une bonne chose.

 

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Niger : derrière la mort des soldats américains, l’opposition Peul-Touareg et les conséquences de l’ « embouteillage » sécuritaire

samedi 7 octobre 2017

Niger : derrière la mort des soldats américains, l’opposition Peul-Touareg et les conséquences de l’ « embouteillage » sécuritaire

(Cette analyse peut être reproduite à la condition d’en citer la source)

Le 4 octobre 2017 un élément américano-nigérien à ossature de forces spéciales est tombé dans une embuscade à quelques kilomètres de la frontière entre le Niger et le Mali, près de Tongo Tongo, un village situé à proximité de Tillabery. Cette embuscade a fait 4 morts parmi les soldats américains et au moins cinq parmi les Nigériens ainsi que plusieurs blessés. Les véhicules de la patrouille ont été détruits. Qui se cache derrière cette attaque marquant un palier supplémentaire dans le conflit sahélien ?

Pour la première fois, des assaillants viennent donc de s’en prendre ouvertement et dans un combat frontal à une force occidentale. Qui plus est, à des forces spéciales. Jusque-là, l’essentiel des pertes essuyées par les forces françaises étaient provoquées par des IED, mines placées sur les axes empruntés par les convois ou les patrouilles. Nous sommes donc en présence d’une montée en puissance des jihadistes car l’embuscade était bien organisée, ses auteurs fortement armés et équipés de véhicules et de motos. Après l’attaque, les assaillants se sont volatilisés dans la savane.

L’attaque s’est produite dans une zone particulièrement propice aux embuscades où les forces armées nigériennes ont déjà subi de lourdes pertes. La question qui se pose est double.
1) Qui sont les auteurs de cette attaque ?
Les autorités nigériennes accusent les groupes jihadistes maliens, notamment deux organisations, l’Etat islamique du Grand Sahara (EIGS) et le Jamat Nosrat al-Islam, nouveau mouvement apparu au mois de mars 2017 et dont le chef est Iyad ag Ghalid, un chef touareg malien de la grande tribu des Ifora passé au jihadisme et affilié à Al-Quaida.

Or, nous devons bien voir que dans cette région, le paravent islamique cache le cœur de la question qui est une fois de plus l’ethnie. Comme je ne cesse de le dire depuis plusieurs années, le jihadisme sahélien est d’abord, la surinfection d’une plaie ethnique. Ici, tout se greffe en effet sur l’opposition entre Peul (Fulani), Touareg, Touareg Imghad et autres groupes, engagés dans une féroce compétition, d’abord pour le contrôle des trafics, mais aussi des points d’eau et des pâturages. Depuis plus d’une année, sous paravent islamique, se cache en réalité une terrible guerre ethnique qui oppose ces deux populations d’éleveurs nomades et qui a fait des dizaines de morts.

Dans cet imbroglio, certains Fulani (Peul) se sont jihadisés afin de pouvoir lutter contre leurs rivaux et concurrents, notamment, mais pas exclusivement, les Imghad. Ces derniers qui ont été armés par le Mali pour lutter, certes contre les jihadistes, mais d’abord contre les Iforas, profitent de la situation pour s’en prendre à leurs rivaux ethniques.

Les jihadistes ont beau jeu d’attiser ce conflit millénaire. Ils légitiment ainsi la réaction des Peul par les grands jihad des XVIIIe-XIXe siècles, quand le paysage politique de l’ouest africain sahélien fut remodelé par leurs ancêtres qui constituèrent alors de vastes Etats inspirés par le jihad. Alimentés à la fontaine du mythe, bien des jeunes peuls se sont mis à rêver à des destins comparables à ceux d’Ousmane Dan Fodio (1754-1817), fondateur de l’Empire de Sokoto, de Seku Ahmadu (1773-1844), qui créa l’empire peul du Macina ou encore à Omar Tall dit el-Hadj-Omar (1796-1864) fondateur de l’empire Toucouleur ou Torodbe qui s’était fixé pour but l’islamisation de l’Ouest africain.

Alors, certes, ce sont bien des jihadistes qui ont mené la sanglante embuscade du 4 octobre 2017. Mais en prenant appui sur la marqueterie ethnique régionale. Il est donc une fois de plus essentiel de voir ce qui alimente ce jihadisme. Pour cela, cessons d’analyser la situation en termes « globaux » ou en parlant de déficit de démocratie, de « développement » ou autres fadaises ânonnées ad nauseam par le politiquement correct ou le psittacisme journalistique. Autrement, le combat sera perdu par avance.

2) Du danger de l’ « embouteillage sécuritaire »
Dans de précédents articles ou communiqués, j’avais fortement mis en garde contre la multiplication des structures de lutte anti-jihadiste au Sahel. Elles constituent en effet une juxtaposition de forces dont la coordination est moins rapide que la prise de décision unique par les responsables jihadistes.

Le coup très dur qui vient d’être porté aux forces spéciales américaines illustre hélas mon propos. Ces dernières ont deux emprises régionales, à Aguellal et à Diffa, plus des éléments équipés de drones à Agadez ainsi qu’une emprise sur l’aéroport de Niamey. Leur connaissance du terrain est technique et disons-le « livresque ». Il leur manque la « profondeur historique » et pour tout dire cette connaissance de la géopolitique ethnique régionale que notre vieille Infanterie de marine, la « Coloniale », possédait sur le bout des doigts.

Aux forces américaines, viennent s’ajouter régionalement diverses composantes onusiennes, d’autres issues de l’Eurocorps. Ce mille-feuilles sécuritaire est également composé d’armées nationales, de forces conjointes issues de ces mêmes armées nationales, de milices ethniques anti-jihadistes et maintenant du G5 Sahel…Un véritable volapük militaire qui prête le flanc à toutes les catastrophes. D’autant plus que ces forces enchevêtrées et qui, toutes, luttent en principe contre les jihadistes, doivent de plus être coordonnées avec la colonne vertébrale du dispositif qui est Barkhane…

Depuis la nuit des temps, l’expérience a pourtant appris trois choses aux militaires :
1) La nécessité de l’unité du commandement

2) La connaissance du terrain

3) L’identification de l’ennemi que l’on combat

Bernard Lugan
07/10/2017

Publié par Administrateur à 10:57

 

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