Archives pour la catégorie nord stream II

Ne le dites pas à McCain…

Ne le dites pas à McCain…

Publié le 2 Juin 2019 par Observatus geopoliticus in EuropeGazRussie

Dans le Grand jeu qui consiste, pour l’empire américain, à empêcher à tout prix l’intégration énergétique de l’Eurasie, le fidèle lecteur de nos Chroniques était le premier, dans la sphère francophone, à apprendre que le Nord Stream II était sur les rails. C’était il y a deux ans et demi :

C’est le genre de petite nouvelle banale qui passe totalement inaperçue, pas même digne d’être évoquée dans les fils de dépêches des journaux. Et pour une fois, je ne les en blâme pas, car seuls les initiés peuvent comprendre la portée de l’information sur notre Grand jeu énergético-eurasiatique.

Une première livraison de tubes est arrivée dans la presqu’île de Rügen, sur la côte baltique de l’Allemagne, et il y en aura désormais 148 par jour, acheminés par trains spéciaux (chaque tuyau mesure en effet 12 mètres et pèse 24 tonnes). Vous l’avez compris, il s’agit des composants du Nord Stream II qui devraient commencer à être assemblés au printemps prochain.

Ainsi, même si aucune décision officielle n’a encore été prise, ou du moins annoncée, le doublement du gazoduc baltique semble bien parti. Gazprom prendrait-il le risque d’acheter les tuyaux et de les acheminer à Rügen sans avoir une idée assez sûre du dénouement ?

Trente et un mois plus tard, bis repetita dans le sud-est de l’Europe. La Serbie, via Gastrans, compagnie appartenant à Gazprom, vient de recevoir une première livraison de 7 000 tonnes de tubes afin de construire une connexion avec la Hongrie. Vous l’avez compris, il s’agit de l’extension du Turk Stream vers le Vieux continent.

Quant on connaît la passion obsessionnelle de feu McCainistan pour torpiller le South Stream, on imagine aisément sa rage post mortem devant l’inexorable intégration énergétique de l’Eurasie…

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Les défis du gaz en Europe, deux mots d’ordre : diversifier et sécuriser.

​Les défis du gaz en Europe, deux mots d’ordre : diversifier et sécuriser.

 


Publié par Henri Poisot le 6 Mai 2019

 

Les tensions croissantes avec la Russie depuis la crise ukrainienne de 2014, ont accéléré les différents projets européens pour sécuriser et diversifier ses importations de gaz naturel. Elles sont jusqu’à maintenant très dépendantes de Moscou.

 


​Les défis du gaz en Europe, deux mots d’ordre : diversifier et sécuriser.
TAP et TANAP

Un des moyens les plus simples pour l’Union européenne de diversifier et sécuriser son import de gaz naturel et de relier directement par pipelines des zones d’extraction différentes tant par leur pays de production que le chemin utilisé. Le but est celui de la redondance des sources d’approvisionnement.

Le pipeline comporte plusieurs avantages, comparé au transport par bateaux. Contrairement au pétrole, le gaz n’est pas dans le même état dans un gazoduc ou un méthanier. Dans un gazoduc, le gaz naturel est compressé, mais reste à l’état de gaz, alors que pour maximiser la quantité transportée sur un bateau le gaz doit être liquéfié (GNL). Pour liquéfier le gaz, il faut le porter à -161 °C et le détendre à son port d’arrivée. Cette technique a été largement améliorée depuis les années 70, mais le procédé demande de nombreux investissements à égalité ou supérieurs à un gazoduc. Un gazoduc permet de se raccrocher plus facilement au réseau de distribution sans passer par le processus de détente du gaz.

Les pipelines créent aussi une rente pour les pays traversés. Ce sont des investissements à long terme, de nombreuses personnes embauchées et des taxes et impôts supplémentaires. Ils sont pour ces raisons fortement soutenus par les gouvernements.
Les projets de gazoducs TAP et TANAP pour Trans-Adriatic Pipeline et Trans-Anatolien Natural Gas Pipeline visent à amener le gaz extrait en mer Caspienne de l’Azerbaïdjan à l’Italie. Le TANAP se trouve exclusivement sur le territoire Turc, il traverse le pays depuis la frontière géorgienne jusqu’à la frontière grecque et un embranchement s’arrête à la frontière bulgare. Depuis le territoire Grec, le gazoduc se nomme TAP il traverse le nord du pays puis l’Albanie en direction de la mer Adriatique pour finir sa course à côté de la ville de San Focao sur le talon de la botte italienne.

Les deux tubes ont coûté un total de 13,5 milliards de dollars et s’étendent sur 2719 km. Le débit attendu est de 16 milliards de m3 par an pour le TANAP et de 10 milliards m3/an pour le TAP ce qui représente environ 4 % de la consommation annuelle des pays de l’UE.

Ce projet n’a pas pour but de se défaire du gaz russe il s’inscrit dans le but de diversifier les approvisionnements.

Northstream 2 contre GNL, une guerre du gaz

Le projet Northstream 2 vise à construire un second gazoduc suivant le tracé du premier pipeline Northstream en mer Baltique depuis la Russie vers l’Allemagne. Le projet se retrouve entre plusieurs feux européens et américains. La politique de fermeté envers les intérêts russes par les États unis s’amplifie.

La Russie tente avec ce projet de faciliter ses exports depuis le gisement de Shtockman en mer de Barents. C’est aussi un moyen pour elle de se passer de l’Ukraine comme point de passage. Ce transit représente 3 milliards de dollars par an pour l’Ukraine, une somme dont Moscou aimerait bien priver Kiev qui subit déjà un déficit chronique. Les anciens pays du bloc soviétique ont également peur de cette dépendance et gardent en mémoire la politique de restriction du débit et de montée des prix utilisés par la Russie contre l’Ukraine. Elle qui voit passer 48 % du gaz russe consommé par l’Europe.

Les États unis ont proposé d’approvisionner l’Europe grâce à du GNL (gaz naturel liquéfié) provenant de la technique dite de « fracturation », le gaz de schiste. Cette technique rencontre de nombreuses oppositions à travers le monde, elle est accusée de déverser de nombreux produits de synthèse dans la nature ainsi que de fragiliser la structure du sous-sol. Récolter ce gaz a permis aux États unis de redevenir le premier extracteur mondial avec environ 20 % de la production mondiale à ce jour.

Ainsi nombre de pays de l’Est européens très atlantistes (Pologne en tête) soutiennent ce projet américain. Une décision ayant un double effet, sécuriser leur approvisionnement en évitant de possibles pressions russes ainsi que de priver Moscou de recettes qui lui sont vitales.

Le projet Northstream 2 est soutenu principalement par l’Allemagne qui depuis l’arrêt de ses centrales nucléaires a augmenté sa consommation de gaz par un facteur de 10. Berlin a cependant fait récemment des compromis en autorisant la construction d’infrastructures pour recevoir du GNL américain et a fait évoluer sa position sur la nouvelle directive européenne sur le gaz. Ce texte établit que les règles régissant le marché du gaz au sein de l’Union s’appliqueront désormais aussi aux gazoducs. Ce changement est essentiel, permettant aux Européens de mieux contrôler et en plus grande transparence le juteux business du gaz russe.

L’UE A-T-ELLE RÉUSSI À ENTERRER LE NORD STREAM 2?

L’UE A-T-ELLE RÉUSSI À ENTERRER LE NORD STREAM 2?

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15.04.2019

Pendant deux mois, il a été question que l’Union européenne puisse subordonner Nord Stream 2 au troisième paquet sur l’énergie, qui a abandonné en 2014 South Stream. La Commission européenne a proposé des amendements à la directive sur le gaz. Selon eux, les mêmes règles internes de l’UE s’appliquent aux pipelines en mer en provenance de pays tiers comme aux pipelines terrestres. Le fournisseur de gaz ne peut pas être un distributeur de gaz en même temps. Deuxièmement, une entreprise ne peut remplir plus de la moitié de la capacité du pipeline.

Des exceptions à ces règles sont autorisées avec l’accord du pays destinataire du gaz, à savoir l’Allemagne. Mais cela nécessite également l’approbation de la Commission européenne. Étant donné que Gazprom est à la fois un fournisseur et une entreprise qui construit Nord Stream-2 par l’intermédiaire de sa filiale Nord Stream 2 AG, il existe un risque de sous-construction et de sous-chargement du gazoduc.

Nord Stream 2 est un gazoduc long de 1224 km. La capacité de deux pipelines est de 55 milliards de mètres cubes de gaz par an. L’actionnaire unique de Nord Stream 2 AG a pris en charge la moitié du coût du projet – environ 4,75 milliards d’euros. La deuxième partie de l’investissement a été réalisée par des sociétés européennes: le groupe anglo-néerlandais Shell, le groupe autrichien OMV, le groupe français Engie et le groupe allemand Uniper et Wintershall. Le coût total du projet est de 9,5 milliards d’euros. L’achèvement du projet est prévu pour 2019.

Le document adopté aujourd’hui par l’Union européenne conserve théoriquement les deux menaces identifiées ci-dessus, mais Gazprom a toutes les chances de les éviter. En ce qui concerne la construction du Nord Stream – 2, la Russie peut créer une nouvelle société indépendante de Gazprom et organiser le reste du tronçon de 50 km du gazoduc relevant de la compétence de l’Union européenne.

En termes d’injection de gaz, une méthode similaire peut théoriquement être appliquée. Ainsi, une partie du gaz fourni n’est pas pompée par Gazprom, mais par une autre société russe. Mais ce n’est pas nécessaire de faire. Au moins jusqu’à ce que la Commission européenne pose un ultimatum sur la nécessité de charger 50% de la capacité par une autre société.

Dans un entretien avec Gazeta.ru, Ilya Zharsky, l’associé directeur du groupe d’experts Veta, a indiqué que, en théorie, les autres acteurs du marché européen pourraient être autorisés à effectuer des opérations de pompage. Mais de facto, cela ne se produira pas, car le concept Nord Stream-2 stipule que le tuyau provenant de Russie sera rempli de Gazprom, car il est le seul exportateur.

La confiance et le calme règnent non seulement chez les experts, mais aussi dans les milieux politiques et commerciaux. Le ministre russe de l’Énergie, Alexander Novak, a indiqué la veille que les nouvelles modifications de la directive « sont plus douces que la version initialement envisagée » et qu’elles ne porteront pas préjudice à la construction de Nord Stream 2. Vladimir Chizhov, représentant permanent de la Russie L’UE a dit la même chose, rappelant la possibilité pour Berlin de demander des exceptions aux règles du troisième paquet énergie.

La confiance dans l’achèvement et la mise en œuvre du projet est également renforcée par deux autres facteurs: l’autorité de l’Allemagne et la demande en énergie. La chancelière allemande Angela Merkel a défendu à plusieurs reprises le gazoduc contre les attaques de Washington. Donald Trump a accusé Merkel d’avoir conduit l’Europe à la dépendance de la Russie.

Ayant un poids politique solide au sein de l’UE, l’Allemagne est toujours en mesure non seulement de mener à bien le projet, mais également de « supprimer » les exceptions aux règles de la Commission européenne selon lesquelles les autres entreprises devraient charger 50% de gaz.

Le deuxième facteur important est la demande croissante de gaz russe en Allemagne et dans l’UE. Jens Muller, représentant de Nord Stream 2 AG, a déjà averti que la production de gaz en Europe pourrait chuter de 50% au cours des deux prochaines décennies. La chute est causée par le « dessèchement » des dépôts de la mer du Nord. Les concurrents de la Russie – les États-Unis et le Qatar – offrent un gaz plus cher, et l’Afrique du Nord (Algérie, Libye) est politiquement instable. Donc, le seul espoir pour la Russie.

La directive gaz adoptée a pour objectif formel d’empêcher l’émergence de monopoles sur le marché européen de l’énergie.

La vraie tâche du document est de limiter l’influence de la Russie. Les institutions supranationales de l’Union européenne – la Commission européenne et le Parlement européen – ont particulièrement insisté à cet égard. Ce dernier, à l’unisson avec le Congrès et la Maison Blanche, a généralement proposé d’abandonner complètement le Nord Stream 2.

 En résumé, nous pouvons dire que les autorités de l’UE ont créé des obstacles juridiques au Nord Stream 2, mais qu’elles ne risquent en fait pas de s’immiscer dans la mise en œuvre du projet.

http://katehon.com/article/has-eu-managed-bury-nord-stream-2

LA «PARTIE AMÉRICAINE» AU SEIN DES INSTITUTIONS DE L’UNION EUROPÉENNE

LA «PARTIE AMÉRICAINE» AU SEIN DES INSTITUTIONS DE L’UNION EUROPÉENNE

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26.03.2019

Le Parlement européen vient d’adopter une résolution demandant à l’Union de ne plus considérer la Russie comme un partenaire stratégique, mais plutôt comme un ennemi de l’humanité. Dans le même temps, la Commission a mis en garde contre la menace chinoise. Tout se déroule comme si les États-Unis étaient en train de forcer l’Union à jouer un rôle dans leur propre stratégie de suprématie.

«La Russie ne peut plus être considérée comme un partenaire stratégique et l’Union européenne doit être prête à imposer de nouvelles sanctions si elle continue à violer le droit international» – telle est la résolution approuvée par le Parlement européen le 12 mars avec 402 voix pour, 163 contre et 89 abstentions [ ]. La résolution, présentée par la parlementaire lettone Sandra Kalniete, dénie avant tout toute légitimité aux élections présidentielles en Russie, les qualifiant de «non démocratiques» et présentant ainsi le président Poutine comme un usurpateur.

Elle accuse la Russie non seulement de «violation de l’intégrité territoriale de l’Ukraine et de la Géorgie», mais aussi «d’une intervention en Syrie et d’une ingérence dans des pays comme la Libye» et, en Europe, d’une «ingérence visant à influencer les élections et à accroître les tensions». . Elle accuse la Russie de «violation des accords sur le contrôle des armements» et lui impose la responsabilité d’avoir enterré le traité INF. En outre, elle accuse la Russie «d’importantes violations des droits de l’homme en Russie, y compris tortures et exécutions extrajudiciaires» et «d’assassinats perpétrés par des agents des services de renseignement russes à l’aide d’armes chimiques sur le sol européen».

Après ces accusations et d’autres, le Parlement européen a déclaré que Nord Stream 2 – le gazoduc destiné à doubler la fourniture de gaz russe à l’Allemagne via la mer Baltique – «accroît la dépendance de l’Europe à l’égard du gaz russe, menace le marché intérieur européen et ses intérêts stratégiques […] Et doit donc être terminé ».

La résolution du Parlement européen est une répétition fidèle, non seulement dans son contenu, mais même dans son libellé, des accusations selon lesquelles les États-Unis et l’OTAN visent la Russie et, ce qui est encore plus important, ils dissimulent fidèlement leur demande de bloquer Nord Stream 2. objet de la stratégie de Washington visant à réduire l’approvisionnement en énergie russe de l’Union européenne, afin de les remplacer par des approvisionnements provenant des États-Unis, ou du moins d’entreprises américaines. Dans le même contexte, la Commission européenne a adressé certaines communications à celles de ses membres [ 2], dont l’Italie, qui avait l’intention de s’associer à l’initiative chinoise de la Nouvelle route de la soie. La Commission affirme que la Chine est à la fois un partenaire, mais aussi un concurrent économique et, ce qui est capital, un «rival systémique qui favorise des formes de gouvernance alternatives», autrement dit des modèles de gouvernance alternatifs jusqu’ici dominés par les puissances occidentales. .

La Commission souligne qu’il faut avant tout «protéger les infrastructures numériques critiques des menaces potentiellement sérieuses pour la sécurité» posées par les réseaux 5G fournis par des sociétés chinoises comme Huawei et interdits par les États-Unis. La Commission européenne fait écho fidèlement aux avertissements lancés par les États-Unis à leurs alliés. Le général Scaparrotti, commandant suprême des forces alliées en Europe, a précisé que ces réseaux mobiles ultrarapides de cinquième génération joueraient un rôle de plus en plus important dans les capacités de l’OTAN en matière de guerre. Par conséquent, aucun «amateurisme» de la part des alliés ne sera toléré.

Tout cela confirme l’influence du «Parti américain», puissant camp transversal qui oriente la politique de l’UE dans le sens des orientations stratégiques des États-Unis et de l’OTAN.

En créant la fausse image d’une Russie et d’une Chine dangereuses, les institutions de l’Union européenne préparent l’opinion publique à accepter ce que les États-Unis préparent maintenant pour la «défense» de l’Europe. Les Etats-Unis – déclaré porte-parole du Pentagone auprès de CNN – se préparent à tester les missiles balistiques basés au sol (interdits par le traité INF enfouis par Washington), c’est-à-dire de nouveaux Euromissiles qui feront à nouveau de l’Europe la base et le même temps, la cible d’une guerre nucléaire.

Traduction de  
Pete Kimberley

Texte d’origine:  Il Manifeste (Italie)

Source:  voltairenet.org

 

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Nord Stream 2 au cœur de la succession de Jean-Claude Juncker

Nord Stream 2 au cœur de la succession de Jean-Claude Juncker

  

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Derrière le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, se tient son ancien directeur de campagne et actuel directeur de cabinet, le juriste allemand Martin Selmayr. C’est lui qui exerce la réalité du pouvoir, son patron étant notoirement gravement malade.

Selmayr est membre du Parti démocrate-chrétien belge flamand et passe pour être l’homme de Washington à la Commission. Il promeut aujourd’hui la candidature de Manfred Weber (photo), le leader de l’Union paneuropéenne de Bavière, à la présidence de la Commission en mai 2019.

Weber a été investi à 80 % par le Groupe du Parti populaire européen, dont le Parti démocrate-chrétien flamand de Martin Selmayr est membre.

Manfred Weber considère comme prioritaire de bloquer la construction du pipeline russe Nord Stream 2. Cette décision, si elle était prise, contraindrait l’Union européenne à se fournir en énergie à un coût plus élevé, mais auprès des États-Unis.

https://www.voltairenet.org/article205715.html

Cretinho pour de bon ?

Cretinho pour de bon ?

Publié le 23 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisMoyen-OrientAmérique latine

Qui pourrait oublier les ondes de choc provoquées par l’élection de Donald Trump à la présidence américaine en novembre 2016 ?

Le système impérial est en pleine crise de nerf : banksters, volaille médiatique, euronouilles et néo-conservateurs sont en émoi. Ce ne sont que sanglots dans la voix, yeux mouillés et regrets éternels.

Après le Brexit, voilà un nouveau coup dur pour l’establishment qui nous assurait pourtant que l’abominable Donald des neiges n’avait aucune chance. Comme pour le Brexit, comme pour le référendum de 2005… A l’Elysée, Flamby n’avait préparé qu’une seule lettre de félicitations (pour Clinton !) tandis que la clique américanisante est sous le choc en Allemagne. Quant à la boboïtude médiatique, n’en parlons pas… Les soutiens internationaux de Clinton, eux, font grise mine et l’on imagine aisément les visages tirés et soucieux à Riyad, Kiev ou Doha.

En un mot comme en cent :

Depuis, bien de l’eau a coulé sous les ponts. Il était prévisible que le Deep State ferait tout pour harceler, pressurer et finalement récupérer l’indélicat occupant de la Maison Blanche, et torpiller le possible rapprochement américano-russe. A plusieurs reprises, nos Chroniques se sont demandées si le Donald s’était couché devant le marais qu’il était censé drainer : démission forcée de Flynn en février 2017, false flagchimique de Khan Cheikhoun et débarquement de Bannon en avril 2017, menaces ubuesques et cyniques contre Assad en juin 2017, nouveau false flag chimique de Douma et nomination du moustachu néo-con Bolton en avril 2018, retrait de l’accord sur le nucléaire iranien et transfert de l’ambassade US à Jérusalem en mai 2018, soumission à la junte ukrano-américaine lors de l’incident de Kertch en décembre 2018, tentative flagrante de putsch au Venezuela depuis janvier 2019, attaques répétées contre le Nord Stream II, multiplications des sanctions contre à peu près tout le monde… Ca fait beaucoup.

Et pourtant, subsistait toujours un doute. Le Donald faisait de la résistance, par exemple en rencontrant (se soumettant à, selon le système impérial) Poutine par deux fois (juillet 2017 et juillet 2018), en insistant plusieurs fois sur un retrait américain de Syrie, ou encore en critiquant sans gants l’OTAN et l’UE.

Faut-il parler au passé de ce regimbement contre l’Etat profond ? Creinho a-t-il définitivement remplacé Donaldinho ? L’évolution récente pousse en ce sens. Trump semble une nouvelle fois (une fois de trop ?) avoir flanché en renonçant au retrait syrien. Certaines rumeurs prétendent qu’un millier de soldats US (la moitié du contingent actuel) resterait dans les zones reprises par les Kurdes à Daech dans l’Est du pays, toujours dans l’optique de couper l’axe chiite, objectif principal de l’empire au Moyen-Orient. A noter tout de même que le général Dunford, chef d’état-major des armées, a réfuté le chiffre, déclarant qu’il n’y avait « aucun changement au plan annoncé en février » et que les militaires continuaient « à mettre en œuvre le plan du président pour n’y laisser qu’une présence résiduelle ». Résiduelle, certes, mais pas absente comme il était prévu initialement. Et le renouvellement de l’aide financière aux inénarrables Casques blancs, « héroïques » selon la terminologie orwellienne de Washington, pourrait indiquer un prochain false flag chimique. Douce coïncidence, ils ont souvent lieu en avril…

La reconnaissance du plateau du Golan comme faisant partie d’Israël n’est pas trumpienne en soi et le Congrès planche déjà sur la question depuis quelques mois. La chose peut d’ailleurs être vue sous deux angles différents : On continue à rogner l’arc chiite en restant en Syrie et on vous donne en plus le Golan ou, au contraire, Prenez le Golan en compensation de notre retrait de la région. Toujours est-il que, si cette annonce a évidemment été reçue avec contentement à Tel Aviv, elle a provoqué un tollé partout ailleurs : Russie, Iran, Chine, Turquie, Tulsi, euronouilles etc., tous s’opposent à cette décision illégale et dangereuse. Les justifications délirantes qui accompagnent l’oukase de Washington – Dieu a envoyé Trump pour sauver Israël de l’Irandixit Pompeo – est représentative des visions eschatologiques des grands empires finissants à travers l’histoire.

Puisque l’on parle de délire, la tragi-comique visite de Bolsonaro aux Etats-Unis figure également en bonne place. Excursion surprise au QG de la CIA, déclarations infantiles du neuneu Ministre de l’économie (« We love Disneyland and Coca Cola ») et surtout, proposition du Donald d’intégrer le Brésil dans l’OTAN ! Pour celui qui, il y a deux ans, pensait sérieusement mettre fin à l’Alliance atlantique, quel retournement de veste… Il y a peu de chance que ce scénario illusoire, d’ailleurs immédiatement remis en cause par les euronouilles (il n’y a que nous, les Européens, qui pouvons être vos vassaux au sein de l’OTAN), aboutisse. En sus des raisons déjà invoquées, il ne prendra pas parmi l’establishment militaire brésilien, passablement énervé par les génuflexions de Bolsonaro devant l’empire et inquiet de l’utilisation du Brésil comme base arrière d’une éventuelle intervention au Venezuela.

Puisque nous en parlons, des bruits font de plus en plus état d’une possible opération militaire américaine contre Maduro. Si tel est le cas, ce qui reste quand même à vérifier, les Follamours du Potomac sont-ils tout à fait sérieux ? Veulent-ils réellement engager l’empire déclinant dans un énième bourbier ? Rien n’est moins sûr, mais le fait même que l’on évoque la possibilité en dit long sur la mue d’un président qui s’était fait élire sur un programme dénonçant les coûteuses et pathétiques guerres de Washington. Les zélotes impériaux de la guerre froide contre Moscou se portent à merveille et claironnent sur tous les toits leur désir d’en découdre, tandis que des pans entiers de l’électorat du Donald, échauffés par ses multiples trahisons, intérieures comme internationales, se détournent de lui.

On en saura plus très bientôt, alors que le point final a été mis au rapport Mueller, censé enquêter sur la supposée collusion entre Trump et Moscou. Rien ne dit qu’il sera rendu public, mais il a été remis à la justiceet ses principales conclusions le seront sans doute au Congrès ces prochaines heures. L’absence de révélations fracassantes ou d’inculpations serait un coup énorme porté au Deep State qui, depuis deux ans, pourrit la présidence du Donald, peut-être ainsi obligé de donner des gages guerriers à son adversaire. Verra-t-on alors un nouveau retournement de veste de la Houppette blonde, revenant aux sentiments relativement pacifistes qui l’habitaient à ses débuts ? Les jours prochains nous en diront plus…

Refroidissement climatique sur l’Atlantique

Refroidissement climatique sur l’Atlantique (éditorial paru dans l’édition du 26/02/19)

Conférence de Munich sur la sécurité

Février 2019, Munich. La 55ème édition de la Conférence annuelle sur la Sécurité a laissé beaucoup de participants occidentaux désemparés. Jamais les tensions entre alliés de part et d’autre de l’Atlantique n’avaient paru aussi fortes.

Il y a d’abord la guerre commerciale que le président américain entend mener contre l’Europe, contre l’Allemagne en particulier. Ensuite, sur le plan diplomatico-militaire, les défenseurs d’une « autonomie stratégique » du « pilier européen » au sein de l’Alliance atlantique se sont une nouvelle fois confrontés aux partisans d’un monopole de l’OTAN. Autre empoignade : Washington voudrait contraindre Paris, Berlin et Londres à dénoncer l’accord nucléaire signé en 2015 avec Téhéran. Par ailleurs, le bras de fer se poursuit entre dirigeants américains et allemands sur le doublement du gazoduc Nord Stream qui fournit du gaz russe à l’économie d’outre-Rhin. Enfin, les Etats-Unis jettent aux orties le traité signé avec Moscou en 1987 interdisant les missiles à moyenne portée en Europe. Les dirigeants européens reprennent certes l’argument américain accusant la Russie de violer ledit accord, mais trouvent tout de même saumâtre d’être mis devant le fait accompli alors même qu’il s’agit de la sécurité du Vieux continent.

A Munich, Angela Merkel a choisi un ton peu diplomatique pour mettre en cause la politique de la Maison-Blanche. Pour sa part, le vice-président Michael Pence a affiché une ostensible arrogance : « aujourd’hui, l’Amérique est plus forte qu’elle ne l’a jamais été, et est redevenue le leader mondial ». Le caractère de Donald Trump, provocateur et imprévisible, donne à ces contradictions une virulence inédite. Les responsables européens vivent dans la frayeur du prochain Tweet présidentiel.

Qui plus est, les oppositions ne se situent pas seulement entre les deux rives de l’Atlantique, mais au sein même de chaque camp. Plusieurs pays orientaux de l’UE, par exemple, se rangent plus volontiers dans le camp de Washington que dans celui de Bruxelles. A l’inverse, Joseph Biden, le prédécesseur démocrate de M. Pence, également présent dans la capitale bavaroise, a rêvé d’organiser avec l’UE « le monde des cinquante prochaines années ».

Entre les deux rives de l’Atlantique, il y n’y a pas de contradiction idéologique, mais bien choc des intérêts

En réalité, entre Occidentaux, les contradictions ne sont pas idéologiques. Tous accusent Moscou d’être la cause des malheurs du monde (du reste, sans la Russie, comment pourrait-on justifier l’OTAN ?). Tous redoutent l’émergence de la Chine. Tous communient dans le culte du marché et de la gouvernance globale faisant fi des souverainetés des Etats. Tous s’inscrivent dans une logique de domination mondiale incluant le « droit d’ingérence » (aujourd’hui brandi contre Caracas). En revanche, il y a bel et bien choc des intérêts dans de nombreux domaines. Dans deux en particulier : les marchés d’armements, et l’énergie.

Les marchands de canons européens veulent accroître leur part du gâteau sonnant et trébuchant face à leurs homologues américains peu enclins à laisser mettre en cause leur suprématie. C’est à cette aune qu’il faut comprendre les affrontements en matière d’« Europe de la Défense ». Les projets et marchés des systèmes d’armes du futur se chiffrent en milliers de milliards de dollars.

Le secteur de l’énergie n’est pas moins considérable, d’autant qu’il joue un rôle crucial dans les dépendances de demain. Ce n’est peut-être pas un hasard si se trouvent aujourd’hui dans l’œil du cyclone l’Iran et le Venezuela, membres fondateurs de l’OPEP ; si le gazoduc Nord Stream II oppose si violemment Washington et Berlin ; si les dirigeants américains et européens s’écharpent à propos du combat contre le réchauffement climatique (une « bataille » pour laquelle les élites européennes mobilisent des milliers d’« idiots utiles ») : alors que l’Oncle Sam a atteint l’autosuffisance pétrolo-gazière, c’est loin d’être le cas pour le Vieux continent dont les dirigeants souhaitent donc réduire leur dépendance aux hydrocarbures.

En toile de fond, un dernier facteur torture les chefs de l’Union européenne et les médias qui leur sont fidèles : la « montée des populismes », terme convenu qui recouvre les insurrections populaires latentes ou tâtonnantes contre la régression sociale et la mise en cause toujours plus drastique des souverainetés (Brexit, Gilets jaunes, tsunami électoral italien…). De fait, si les dirigeants européens voient des rivaux à Washington, leurs véritables ennemis n’avaient pas été invités à Munich – mais étaient dans toutes les têtes.

Les peuples.

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L’Europe, usine à gaz

BOUGER LES LIGNES - C. Galactéros

[LCDR/Geopoly] L’Europe, usine à gaz

5 Mars 2019 , Rédigé par Caroline Galactéros

La toute récente révision, permise par le revirement français, de la « Directive gaz » de 2009 étendant l’applicabilité des normes communautaires à l’extérieur du territoire de l’Union européenne (UE) est un nouveau coup (auto)porté par le Conseil européen à l’indépendance énergétique de l’UE. Les motifs invoqués sont, comme toujours, au cœur des « valeurs » européennes : concurrence loyale et accès équitable au marché européen. C’est beau comme l’Antique ! Exactement le corpus idéologique idéal qui a motivé, quelques jours auparavant, l’avis négatif de la Commission sur la fusion Siemens-Alstom… Sur deux chantiers d’importance stratégique évidente, Bruxelles s’est donc une fois encore trompée de cible, d’ennemi, d’enjeu et d’alliés…

L’Europe est décidément hors sol, et surtout, se croit seule au monde ! Nous agissons comme si notre marché était strictement européen, comme si nous avions la vie devant nous et nul besoin de nous mettre en ordre de bataille pour projeter notre puissance de frappe commerciale collective vers le reste de la planète, afin de ne pas nous faire dévorer tout crus par Pékin et Washington. Bref, on a tout faux, mais on fonce dans le mur avec l’assurance d’un taureau au front court se précipitant sur une muleta rouge pour finir lardé de banderilles meurtrières. Aucune vision stratégique, plutôt une myopie suicidaire angoissante de la technocratie communautaire, paralysée par ses propres règlementations anachroniques. L’Europe, une nouvelle fois, consent à son effacement de la carte des grands ensembles.

Cette révision vise évidemment le projet North Stream 2, affligé, aux yeux de Washington, donc de Paris, d’une tare insupportable : il permet à Moscou de contourner l’Ukraine…qui vient d’inscrire dans sa Constitution, cinq ans après « la révolution-coup d’État » de Maïdan, son intégration dans l’UE et l’OTAN comme objectifs prioritaires de sa politique étrangère…. La « guerre froide » n’a jamais été aussi brûlante et stupide.

La volte-face française est un « coup de pied de l’âne » de Paris à Berlin, sous prétexte de « ne pas accroître la dépendance vis-à-vis de la Russie et nuire ainsi aux intérêts de pays de l’Union européenne tels que la Pologne et la Slovaquie ». Comme si Paris était en charge de la défense des intérêts de ces deux pays… Pour l’Allemagne, cette révision est dramatique. Avec North Stream 2, Berlin doublait la quantité de gaz déjà acheminée. Gerhard Schröder, à la tête du projet, témoigne de l’importance stratégique pour l’Allemagne de la construction d’une seconde ligne de pipelines. Le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmeier, a d’ailleurs rapidement réagi en rappelant que « chaque pays de l’Union européenne a le droit de maintenir les relations économiques et commerciales qu’il estime de son intérêt. »

Ainsi, pourquoi cette agression française ? Alors que le couple franco-allemand est déjà au bord du divorce, Paris cherche-t-elle à nuire à son ancienne dulcinée, quelques jours seulement après la signature laborieuse du Traité d’Aix-la-Chapelle, dont l’article 1 stipule que « Les deux États approfondissent leur coopération en matière de politique européenne » ?

Sur le plan diplomatique, soutenir les Allemands dans un projet qui leur tient à cœur revenait à accompagner d’actes concrets nos grandes envolées lyriques sur « le couple franco-allemand » et nous permettait également d’entretenir des relations, certes vigilantes mais des relations tout de même, avec la Russie. Même sur les plans strictement énergétique et économique, cette renégociation de dernière minute n’est pas dans notre intérêt. North Stream 2 nous sert objectivement. Nous en attendons une baisse du prix du gaz, nous anticipons l’épuisement des réserves norvégiennes dans deux décennies (la Norvège est notre premier fournisseur de gaz naturel, à hauteur de 40 %), nous nous positionnons pour bénéficier de la production du deuxième exploitant de gaz au monde, la Russie, et de pouvoir pallier une éventuelle coupure des exportations de gaz algérien.

Qu’a-t-on cru pouvoir gagner, à Paris, en tombant dans le piège grossier de Washington, qui nourrit la division européenne pour asseoir son influence et empêcher tout rapprochement de l’UE avec Moscou ? Quid de nos motivations ? Un besoin de nous faire « pardonner » notre refus de participer au récent sommet de Varsovie, voulu par Washington pour réunir une coalition ouvertement anti-iranienne, prélude à une agression de la République islamique dont le projet gagne du terrain dans les esprits et les États-majors ? Un entêtement suicidaire dans une politique étrangère frappée d’inconséquence chronique ? Une tentative maladroite de prise d’ascendant dans le cœur de Washington- (évidemment vouée à l’échec) ? Un peu de tout cela sans doute. Mais il semblerait que ce changement radical de position soit surtout le fruit de la peur. D’une part, celle de l’augmentation de la dépendance par rapport à la Russie, entretenue par la diabolisation lancinante et interminable de ce pays ; d’autre part, la peur des pressions américaines considérables qui se manifestent depuis le début du projet.

Tout récemment encore, Richard Grenell, ambassadeur des États-Unis à Berlin, mettait en garde les entreprises allemandes contre toute participation au financement du North Stream 2. Elles prenaient le « risque de sanctions importantes », avertissait-il. L’extraterritorialité dans toute sa splendeur ! Puis il déclarait que le Parlement européen, la Commission et seize pays d’Europe « partageaient le point de vue des États-Unis ». Enfin, le 7 février, les ambassadeurs américains auprès du Danemark, de l’Union européenne et de l’Allemagne s’exprimaient dans la Deutsche Welle en ces termes : « Nord Stream 2 augmentera la sensibilité de l’Europe aux tactiques de chantage énergétique de la Russie. » Nouveau rappel à l’ordre pour une Allemagne jugée décidément un peu trop « autonome ». Paris crut-il déceler là une chance à saisir de plaire au « maitre » ? On voit ici combien l’Europe est l’outil direct (et la victime) de la manœuvre américaine contre Moscou, et combien la desservir sert la convergence objective des intérêts américains et chinois. Rappelons que les États-Unis sont les premiers producteurs de gaz au monde, les troisièmes exportateurs de gaz naturel liquéfié (GNL), mais que ce produit n’est pas encore suffisamment compétitif sur les marchés européen et asiatique pour rivaliser avec le gaz russe. Les États-Unis cherchent donc à se positionner pour s’insérer prochainement sur le marché européen…et chinois.

Tout en portant le fer dans la plaie, les diplomates français ont cherché à s’entendre avec leurs homologues allemands sur une directive qui réunirait leurs deux votes. Le cœur du compromis finalement adopté par le Conseil européen est le suivant : « l’application des règles européennes pour les gazoducs avec des pays tiers comme la Russie incombe aux pays de l’Union européenne où ils sont reliés pour la première fois au réseau européen ». En d’autres termes, l’Allemagne peut, par exception, décider de ne pas appliquer la directive révisée au projet North Stream 2 sans que la Commission soit en mesure de s’y opposer. Si ces pourparlers ultimes n’avaient pas abouti, il aurait fallu revoir la distribution du contrôle sur les pipelines avec les Russes, ce qui aurait entraîné un retard important dans la réalisation du projet, des coûts et une renégociation ardue des termes du contrat pour toutes les parties. Ces risques ne seront pas écartés tant que la directive ne sera pas entérinée par le Parlement européen. Certains acteurs intéressés pourraient en profiter pour jouer la montre et utiliser ce répit pour mieux se positionner sur le marché européen.

On en comprend moins encore l’attitude de la France. Pourquoi avoir pris un tel risque vis-à-vis de l’Allemagne en cherchant à empêcher ou limiter l’expansion du North Stream 2, lorsque, in fine, on signe un accord en demi-teinte et que l’on n’atteint pas la moitié de son objectif initial tout en en recueillant l’opprobre ?

L’Allemagne, en effet, garde la main sur le projet et les Russes ne semblent pas traumatisés par cette péripétie, comme en témoignent les déclarations du porte-parole de la présidence russe, Dimitri Peskov : « Nous sommes catégoriquement en désaccord avec l’affirmation selon laquelle cela entraînerait une augmentation de la dépendance de l’Europe vis-à-vis du gaz russe, car de tels projets n’engendreraient pas la dépendance (…) mais assureraient principalement une interdépendance. Les Européens dépendent du gaz russe, et la Russie, en tant que fournisseur, dépend de la demande européenne ». Et Igor Chatrov, directeur adjoint de l’Institut national pour le développement de l’idéologie moderne, de dire : « En fait, le tout début de la mise en œuvre du projet Nord Stream 2 a montré à lui seul que l’Allemagne définissait elle-même sa politique énergétique. Et, plus encore, que cela ne dépendrait pas des États-Unis. » Sublime coïncidence ‒ et ultime affront pour Paris ‒, le 12 février, Peter Altmaier recevait à Berlin le Secrétaire américain adjoint à l’Énergie, Dan Brouillette. Les deux intéressés juraient n’avoir conclu aucun deal quant à une prochaine exportation de GNL en Allemagne, mais Peter Altmaier insistait sur la nécessité pour l’Europe de « se protéger, d’être moins vulnérable et, par conséquent, de se diversifier », citant, outre les États-Unis, l’Égypte, le Qatar et Israël.

L’Allemagne se sort donc de ce traquenard par une belle pirouette concernant ses relations diplomatiques avec les États-Unis, tandis que nous pâtissons d’avoir joué le proxy américain pour ne recueillir, in fine, que le mépris de notre Grand Allié et la défiance de notre indispensable comparse européen. La France s’est démarquée… mais à son détriment. Elle a fait affront à l’Allemagne mais n’a plus un atout en main. Après cet impair, il lui faudra tabler sur la seule patience du grand frère allemand. Qui est à bout.

Source : https://www.lecourrierderussie.com/opinions/2019/03/l-europe-usine-a-gaz/

La construction du gazoduc Nord Stream 2 menacée par la France

7 février 2019 / 15:40 / il y a 3 jours

La construction du gazoduc Nord Stream 2 menacée par la France

 

 

PARIS (Reuters) – La France a annoncé jeudi son soutien à la révision de la directive européenne sur le gaz, une position susceptible de remettre en cause la construction du pipeline Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne.

Le logo du projet de gazoduc Nord Stream 2 lors du Forum Economique International de Saint-Pétersbourg 2017. La France a annoncé jeudi son soutien à la révision de la directive européenne sur le gaz, un changement de position susceptible de remettre en cause la construction du pipeline Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne. /Photo d’archives/REUTERS/Sergei Karpukhin

En révisant cette directive, l’exécutif européen souhaite étendre sa juridiction en matière de marchés de l’énergie et avoir son mot à dire sur le gazoduc conçu pour relier la Russie à l’Allemagne à travers la mer Baltique, et voulu par Berlin.

Dans sa forme actuelle, le gazoduc détenu par la compagnie d’Etat russe Gazprom et dont la construction a déjà commencé (l’achèvement est prévu en 2020), dérogerait aux nouveaux critères européens renforcés.

Pour éviter de voir le projet contrarié, Berlin oeuvre en coulisses auprès des autres capitales européennes pour réunir une minorité de blocage et empêcher le vote du texte, a-t-on appris de sources diplomatiques.

“La révision de la directive gaz a pour but d’appliquer les règles du troisième paquet énergie à tous les gazoducs avec les pays tiers entrant sur le territoire européen. La directive révisée s’appliquerait au projet Nord Stream 2”, a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères lors d’un point de presse électronique.

“La France compte soutenir l’adoption d’une telle directive. Les travaux se poursuivent avec nos partenaires, en particulier avec l’Allemagne, sur les modifications qui pourraient être apportées au texte”, a-t-elle ajouté.

UN SOUTIEN DÉCISIF

Les Européens sont divisés sur la question : les pays de l’Est, scandinaves et de la Baltique voient d’un mauvais oeil le gazoduc long de 1.225 kilomètres, soulignant le risque d’une dépendance de l’UE à l’égard de Moscou, tandis que d’autres, comme l’Allemagne, font valoir ses bénéfices économiques.

Jusqu’alors, les alliés de Berlin, dont la France, l’Italie et l’Espagne, semblaient réticents à aller contre la volonté du gouvernement allemand.

“La position francaise était connue des autorités allemandes. On avait pris la décision de ne pas s’exprimer publiquement”, précise-t-on de source diplomatique française.

De source européenne, on estime ce soutien potentiellement décisif, dans la mesure où il rendra plus difficile l’obtention d’une minorité de blocage par Berlin.

Le projet, dénoncé par les Etats-Unis, est financé pour moitié par le russe Gazprom, avec une participation du français Engie, des allemands Uniper et Wintershall, de l’autrichien OMV et de l’anglo-néerlandais Shell, chacun à hauteur de 10%. Autant de groupes pour lesquels la directive entraînerait des incertitudes.

L’Allemagne ne deviendra pas dépendante de la Russie pour son approvisionnement en gaz à cause du gazoduc Nord Stream 2, a assuré jeudi la chancelière allemande Angela Merkel, en visite en Slovaquie.

La révision de la directive a reçu l’aval du Parlement européen en mars, un feu vert qui ouvre la voie à une adoption rapide de la réglementation si le Conseil européen réunissait une majorité pour l’approuver.

John Irish, Jean-Baptiste Vey et Julie Carriat à Paris, Paul Carrel, Andreas Rinke et Markus Wacket à Berlin, édité par Yves Clarisse

 

https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN1PW1PM-OFRTP

Les États-Unis sont contre le Nord Stream II en raison de l’initiative des «Trois Mers»

Les États-Unis sont contre le Nord Stream II en raison de l’initiative des «Trois Mers»


La géopolitique du Nord Stream II devient de plus en plus complexe.


Par Andrew Korybko – Le 1er juin 2018 – Source Oriental Review

Nord Steam 2Le deuxième gazoduc sous-marin direct entre la Russie et l’Allemagne continue de subir de fortes pressions de la part des États-Unis, qui sont totalement contre sa construction et menacent même de sanctionner ceux qui sont impliqués dans le projet. L’Allemagne est le moteur économique de l’UE et reçoit beaucoup de ressources qui alimentent ses usines de Russie, faisant ainsi de son partenariat énergétique un exemple naturel de coopération gagnant-gagnant et de confirmation des théories économiques fondamentales de l’offre et de la demande. Cela dit, c’est précisément à cause des implications politiques profondes de ce partenariat que les États-Unis s’y opposent si fortement, parce qu’ils craignent que Moscou oriente Berlin vers le monde multipolaire à long terme.


Il serait contreproductif que la Russie utilise les exportations d’énergie comme une arme comme les États-Unis le font en instillant la peur et en trompant l’Europe en lui faisant croire qu’elle est la pierre angulaire de sa politique après les différends gaziers pro-américains de l’Ukraine, au milieu des années 2000. Washington est d’avis que des relations plus étroites et plus dignes de confiance entre ces deux grandes puissances continentales rendraient plus difficile pour l’Amérique de dominer la politique étrangère de l’Allemagne. L’acte d’équilibrage subséquent de Berlin entre l’Est et l’Ouest serait préjudiciable aux conceptions unipolaires des États-Unis, dans leur être même. Il y a donc des allusions provocatrices mais entièrement trompeuses sur le fait qu’il s’agit d’un « nouveau pacte Molotov-Ribbentrop ».

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Cette rhétorique est formulée car elle vise principalement à attirer un auditoire polonais qui souffre d’une paranoïa intrinsèque envers ses deux grands voisins pour des raisons historiques bien connues et tente donc d’exploiter la controverse artificielle sur le gazoduc Nord Stream II afin de remplacer l’Allemagne en tant que principal partenaire européen des États-Unis. Les intérêts de l’Amérique sont évidents car ce pays entend continuer à vendre son GNL plus coûteux sur le continent via le terminal de Świnoujście en Pologne et via d’autres réceptacles ailleurs. Les États-Unis veulent également une présence plus affirmée dans la région du projet des Trois Mers, parce qu’elle se situe juste entre l’Allemagne et la Russie.

Le projet Nord Stream II est donc une arme à double tranchant contre les États-Unis, car il réduirait ses activités GNL rentables mais fournirait en même temps un prétexte stratégique pour « légitimer » sa présence en Pologne et dans les pays baltes. Les États-Unis seraient en mesure de creuser un fossé entre la Russie et l’Allemagne à travers cet « Intermarium » dirigé par les Polonais, ce qu’ils voulaient faire depuis un moment, avec ou sans sanctions contre ce deuxième pipeline sous-marin. Cette évolution, déjà en cours mais fortement accélérée par la construction de Nord Stream II, a pour but d’entraver un rapprochement russo-allemand multidimensionnel mais pourrait, à sa manière, inciter les deux grandes puissances à aller encore plus loin.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 01 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-sont-contre-le-nord-stream-ii-en-raison-de-linitiative-des-trois-mers