Archives pour la catégorie Nucleaire

Le retrait américain du traité nucléaire avec la Russie est un « pas dangereux » (Moscou)

Le retrait américain du traité nucléaire avec la Russie est un « pas dangereux » (Moscou)

Moscou – Le retrait américain, annoncé par le président Donald Trump, d’un traité nucléaire signé avec la Russie pendant la guerre froide est un « pas dangereux », a déclaré dimanche le vice-ministre russe des Affaires étrangères.

« Cela serait un pas très dangereux qui, j’en suis sûr, ne sera pas compris par la communauté internationale et va même s’attirer de sérieuses condamnations », a estimé Sergueï Riabkov à l’agence d’Etat russe TASS.

Ce traité est « significatif pour la sécurité internationale et la sécurité nucléaire, pour le maintient de la stabilité stratégique », a-t-il souligné.

La Russie a condamné ce qu’il a appelé les tentatives américaines d’obtenir des concessions « par une méthode de chantage ».

Si les Etats-Unis continuent à agir « de façon maladroite et grossière » et à se retirer unilatéralement de traités internationaux, « alors nous n’aurons pas d’autre choix que de prendre des mesures de rétorsion y compris concernant la technologie militaire », a déclaré M. Riabkov à l’agence RIA Novosti.

« Mais nous ne voulons pas en arriver là », a-t-il conclu.

Samedi, M. Trump a annoncé que les Etats-Unis prévoyaient de sortir du traité INF (Intermediate Nuclear Forces Treaty) sur les armes nucléaires de portée intermédiaire, signé en 1987 par les dirigeants américain et soviétique de l’époque, Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev.

« La Russie n’a pas respecté le traité. Nous allons donc mettre fin à l’accord et développer ces armes », a annoncé le président américain, lors d’une visite à Elko, dans le Nevada (sud-ouest).

« Nous n’allons pas les laisser violer l’accord nucléaire et fabriquer des armes alors que nous n’y sommes pas autorisés », a martelé Donald Trump.

M. Riabkov a rejeté dimanche ces accusations. « Non seulement nous ne violons pas le traité, nous le respectons de la façon la plus stricte », a-t-il insisté.

« Et nous avons fait preuve de patience au fil des années face à de flagrantes violations du traité par les Etats-Unis eux-mêmes », a-t-il affirmé.

Le conseiller de la Maison blanche à la Sécurité nationale, John Bolton, était attendu dimanche à Moscou.

« Nous espérons qu’il va nous expliquer de façon plus substantielle et claire, au cours de nos rencontres demain et après-demain, quelles actions les Etats-Unis comptent entreprendre », a encore dit M. Riabkov.

(©AFP / 21 octobre 2018 09h07)

https://www.romandie.com/news/Le-retrait-am-ricain-du-trait-nucl-aire-avec-la-Russie-est-un-pas-dangereux-Moscou/963966.rom

Publicités

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

Par Pierre VERLUISE, le 31 juillet 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en géopolitique de l’Université Paris IV – Sorbonne. Fondateur associé de Diploweb. Chargé d’un cours semestriel de Géographie politique au sein du M.R.I.A.E de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, chercheur associé à la FRS. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine de livres, dont « Histoire, Géographie et Géopolitique du Proche et du Moyen-Orient », éd. Diploweb, diffusion Amazon.

Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance de l’Iran, des Etats-Unis et de l’Union européenne ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

LE 14 juillet 2015, un accord sur le nucléaire iranien est signé à Vienne par l’Iran [1] et les pays du « P 5+1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne). Cet événement semble alors marquer le retour sur la scène régionale, voire mondiale, d’un Etat paria depuis de nombreuses années.

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis – Donald Trump – annonce unilatéralement le retrait des Etats-Unis de cet accord, au grand dam des pays de l’Union européenne. Si la puissance peut se définir selon Serge Sur comme « la capacité de faire, de faire faire, d’empêcher de faire ou de refuser de faire », que nous apprend ce revirement au sujet de la puissance des uns et des autres ?

Considérons successivement l’Iran, les Etats-Unis et l’Union européenne.

L’Iran

Dans les années 1970, pour combler le vide laissé par le départ des Britanniques de la région, les Etats-Unis élaborent la stratégie des « deux piliers » intronisant Iraniens et Saoudiens comme garants de la sécurité régionale [2]

Cette position de partenaire privilégié des Occidentaux connaît un coup d’arrêt brutal avec la Révolution islamique de 1979. Les dirigeants iraniens cherchent alors à exporter la révolution dans les pays voisins ce qui participe à leur isolement sur la scène internationale. L’Iran n’a cependant jamais renoncé à ses ambitions régionales et une véritable réorientation stratégique a lieu, favorisée par la fin de la Guerre froide (1990) et par les conséquences du 11 septembre 2001 au Moyen-Orient. Le pays s’impose comme le leader de la résistance contre les Etats Unis et Israël… qui disposent chacun de l’arme nucléaire mais dans des proportions différentes.

Afin d’appuyer son retour diplomatique et stratégique, Téhéran décide de développer son programme nucléaire. L’énergie atomique n’est pas une idée neuve dans ce pays. Dès les années 1950, Washington et Téhéran développent des partenariats dans le cadre du programme « atoms for peace ». Avec la Révolution de 1979, le programme nucléaire est arrêté puis réactivé à la fin de la guerre Iran Irak (1980-1988). L’objectif est double, il s’agit de garantir les frontières du pays et d’offrir une protection au régime.

A Téhéran deux camps se font face. Le premier, plus conservateur, souhaite développer son programme quitte à être mis au ban des nations. Ses partisans estiment que la « Bombe » est la seule assurance vie du régime, en tant que source de prestige, et qu’elle permettrait de développer autour de l’Iran et de ses alliés un dôme protecteur. De l’autre, un camp dit « modéré » craint que l’isolement de l’Iran ne soit un handicap économique et stratégique. Ils souhaitent se servir du programme comme argument de négociation pour être réintégré au concert des nations. Ils estiment par ailleurs que le simple fait d’être capable d’obtenir la bombe suffit à se prémunir de toute agression.

L'Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?
Carte géopolitique de l’Iran dans les tensions de son environnement, fin 2015, selon Jean-Paul Budry
La légende de cette carte de l’Iran dans les tensions de son environnement comprend trois parties : L’arrière plan confessionnel ; Facteurs et forces stratégiques vus d’Iran ; L’Iran acteur des conflits et ses alliés. Réalisation Sciences Po Atelier de cartographie pour Dila Questions internationales n°77.

La signature de l’Accord de Genève en 2015 marque ainsi une victoire symbolique et diplomatique de l’Iran, lui permettant d’espérer consolider sa place d’acteur incontournable dans la stabilisation de la région. Ce qui suscite une grande inquiétude en Arabie Saoudite. L’Iran mise sur son ouverture économique en renonçant partiellement à son programme nucléaire jusqu’en 2040. Cet accord vise à ce que soit limitée l’accumulation de matière nucléaire fissile pour que l’Iran ne puisse pas développer d’arme nucléaire. L’espoir de la rapide levée des sanctions génère rapidement des flux d’entreprises étrangères dans l’intention de décrocher des contrats d’exploitation et de commercialisation des hydrocarbures ou d’accéder à un marché de 80,6 millions d’habitants en demande de consommation.

L’Iran en quelques chiffres

JPEG - 40.1 ko
L’Iran en quelques chiffres
L’Iran en quelques chiffres : superficie, population mi-2017, projection population en 2050, accroissement naturel, accroissement migratoire, indicateur de fécondité, PNB/h PPA US dollars. Source : Population et Avenir, décembre 2017, n°735, p. 21.

Ainsi, l’Iran a mis en place une stratégie axée autour de l’énergie nucléaire afin d’assurer son retour sur la scène géopolitique et stratégique internationale. Celle-ci a permis, d’une part, de contraindre les Occidentaux à accepter la réémergence du pays et de les amener à la table des négociations, illustrant ainsi la capacité de l’Iran à « faire » et à « faire faire ». Du moins jusqu’à ce que les Etats-Unis de Donald Trump se retirent de l’accord de 2015.

Les Etats-Unis

En 2002, des opposants iraniens exilés aux Etats-Unis révèlent l’existence de deux sites nucléaires cachés. Une part de la société internationale prend alors conscience que l’Iran pourrait chercher à se doter de l’arme atomique. Suivent de nombreuses années de sanctions contre l’Iran, notamment soutenues par la France.

Cependant, le président des Etats-Unis, Barack Obama, engage secrètement des approches avec l’Iran au moins un an avant que la négociation d’un accord ne parvienne sur la place publique. A l’époque, la France du président François Hollande est réticente et apparaît souvent plus dure que Washington dans ses exigences, notamment en la personne de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Il se dit alors que « les néoconservateurs sont à Paris ».

Quoi qu’il en soit, la capacité d’entraînement des Etats-Unis de B. Obama conduit le 14 juillet 2015 à la signature d’un accord sur le nucléaire iranien par l’Iran et les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies plus l’Allemagne (« P 5+1 »). Ce qui indique, à cet instant et durant quelques années que les Etats-Unis disposent d’une « capacité de faire et de faire faire ».

Cependant, durant la campagne présidentielle de 2016 aux Etats-Unis, le candidat républicain – Donald Trump – critique vertement ce qu’il présente comme un mauvais accord. Il annonce que s’il est élu – hypothèse qui semble peu probable à beaucoup d’Européens – il dénoncera cet accord. Après avoir été élu, il entre à la Maison Blanche en janvier 2017. Et poursuit ses diatribes contre Téhéran. En octobre 2017, le président Donald Trump déclare devant le Congrès américain que l’Iran viole ses engagements, contrairement à ce que dit l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis dénonce unilatéralement l’accord de 2015. Ce qui réactive les sanctions américaines à l’encontre de l’Iran et les menaces pour les entreprises qui travailleraient avec l’Iran. Ce qui illustre à cet instant leur « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Au grand désarroi des pays de l’Union européenne.

L’Union européenne

Pensée pour construire la paix, l’Europe communautaire n’a pas dans son ADN la quête de puissance. Cependant, un début de stratégie se met en place à l’orée du XXIe siècle. Le mérite en revient au Haut représentant de l’UE pour la Politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana. Il fait adopter en 2003 par le Conseil européen la « Stratégie européenne de sécurité ». Cette stratégie vise principalement à mieux identifier les menaces, définir les objectifs stratégiques de l’Union et en dégager les implications politiques pour l’UE. La crise financière de 2008, puis les « Printemps arabes » à compter de 2011 réduisent sa concrétisation. Cependant, la mise en œuvre par étape du traité de Lisbonne (2007) à compter du 1er décembre 2009 se traduit par l’entrée en fonction d’une Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton. Sans expérience de la diplomatie, celle-ci laisse une œuvre modeste : la normalisation provisoire des relations Serbie-Kosovo et sa participation à la finalisation de l’accord au sujet du nucléaire iranien.

La deuxième Haute représentante, Federica Mogherini fait adopter le 28 juin 2016 un nouveau document de doctrine, « La Stratégie globale de l’Union européenne », dans une indifférence quasi-totale des médias, encore sous le choc du référendum en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE (23 juin 2016). Ce texte fait plusieurs fois explicitement référence à l’accord de 2015 comme l’alpha et l’oméga de la conception européenne du « soft power » par le multilatéralisme et la concertation.

En dépit des efforts des diplomates iraniens – notamment à Paris – pour mobiliser les pays européens afin qu’ils exercent des pressions sur D. Trump pour l’empêcher de dénoncer l’accord de 2015 [3], le président des Etats-Unis s’est pourtant retiré de cet accord le 8 mai 2018.

Ce qui indique pour l’Union européenne la mise en échec de son « soft power » et une incapacité à « empêcher de faire ». Soit tout le contraire de la puissance. En dépit des annonces faites dans les jours suivants par l’UE pour déclarer que Bruxelles allait continuer de porter l’accord de 2015, les entreprises européennes – dont Total – ont vite compris qu’elles manquaient de garanties si elles restaient en Iran. Courant juillet 2018, D. Trump s’occupe une nouvelle fois à souffler le chaud et le froid, tentant de rejouer la scène nord-coréenne. Avec des résultats à évaluer aussi bien pour la Corée du Nord que pour l’Iran…

*

Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance des uns et des autres ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

Nul doute que le coup a porté, reste à savoir les leçons que l’UE saura en tirer et les actions qu’elle pourra mettre en œuvre.


Copyright Juillet 2018-Verluise-Diploweb


Plus

Vidéo. J-F Daguzan (FRS) L’UE face au retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien

QUESTIONS :
. Quelle est la nouvelle stratégie européenne en terme de défense et de politique extérieure commune ?
. Quelles sont les conséquences de la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien pour l’Union européenne ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Nucléaire iranien. Échec et mat de l’UE face aux États-Unis ? Un bras de fer commercial euro-américain

Nucléaire iranien. Échec et mat de l’UE face aux États-Unis ? Un bras de fer commercial euro-américain

Par Astrid VIAUD, le 7 octobre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Astrid Viaud est docteur en Sciences politiques et sociales de l’Université Catholique de Louvain (UCL, Belgique). Sa thèse porte sur « L’action coercitive de l’Union européenne en matière de sanctions dans l’ordre international : les cas de l’Iran, de la Syrie et de la Russie ».

Que révèle le retrait des Etats-Unis de l’Accord sur le nucléaire iranien à propos de la puissance économique et diplomatique européenne ? L’UE manifeste la volonté de se démarquer des États-Unis sur la question iranienne qui remporte le soutien de la Chine et de la Russie, également considérés comme ennemis commerciaux des États-Unis. Cependant, si l’UE inspire une crainte économique pour ses concurrents, ses moyens politiques en vue de faire respecter l’Accord se limitent-ils à une réponse symbolique aux États-Unis ?

LE retrait des États-Unis du Plan global d’action conjoint, le 8 mai 2018, et la réintroduction de sanctions américaines autonomes, le 7 août 2018, ne sont pas sans révéler le bras de fer diplomatique et économique sous-jacent qui oppose les États-Unis à l’Union européenne (UE). Fleuron et principal succès de la diplomatie européenne, l’Accord sur le nucléaire iranien constitue aussi bien un cas fondateur de la politique étrangère d’une UE devenue trop puissante économiquement, qu’un frein aux ambitions énergétiques américaines au Moyen-Orient. Ce qui peut d’apparence être interprété comme un revers diplomatique essuyé par l’UE, démontre en fait la faiblesse stratégique des États-Unis. Washington est désormais désapprouvé par ses partenaires diplomatiques désireux de maintenir l’Accord. L’extraterritorialité autoproclamée des sanctions économiques américaines, destinées à priver les entreprises mondiales de commercer en Iran, révèlent également la volonté américaine de freiner l’expansion commerciale de l’UE.

L’apparence de la décision américaine de se retirer du Plan global d’action conjoint est flatteuse. Les États-Unis apparaissent aux yeux des pays musulmans sunnites comme ayant conscience de la dangerosité des actions iraniennes de politique extérieure au nom du chiisme et de s’opposer à la montée en puissance économique de l’Iran que permet ce Plan. De surcroît, cet intérêt stratégique coïncide miraculeusement avec celui de l’État d’Israël, que l’Iran menace de manière répétée. Enfin les États-Unis apparaissent vis-à-vis de la communauté internationale comme l’un des gardiens vigilants du Traité de Non-Prolifération des armes nucléaires. Mais un quatrième aspect est tout aussi déterminant dans la prise de décision américaine : celui de réduire par effet de ricochet la désormais trop grande puissance économique de l’Union européenne… Le coup d’échec semble parfait.

Nucléaire iranien. Échec et mat de l'UE face aux États-Unis ? Un bras de fer commercial euro-américain
Astrid Viaud
Astrid Viaud est docteur en Sciences politiques et sociales de l’Université Catholique de Louvain (UCL, Belgique)

Que révèle le retrait des États-Unis à propos de la puissance économique et diplomatique européenne, au sens où Serge Sur définit la puissance : « une capacité de faire ; capacité de faire faire ; capacité d’empêcher de faire ; capacité de refuser de faire » [1] ?

Une politique étrangère américaine avant tout énergétique

La période qui s’ouvre à partir de l’entrée en jeu de Washington dans la résolution de la question iranienne, en 2006, a vu une évolution très scandée de la politique américaine vis-à-vis du monde. Elle passe d’un interventionnisme républicain, à un désengagement démocrate progressif pour revenir à un interventionnisme encore plus marqué mais différent de la part du nouveau locataire républicain de la Maison Blanche, Donald Trump (2017 – ). Les États-Unis, si naturellement précautionneux quant à leurs interventions extérieures depuis l’émergence de la doctrine Monroe, ont néanmoins un formidable moteur qui les déclenche : la course au contrôle de l’énergie. Ce pays dont les deux piliers industriels, en sus du coton et du tabac, ont été le charbon et le pétrole, ne peut être pleinement compris qu’au travers de son appétit énergétique. L’inquiétude dont il fait preuve pour s’assurer un contrôle planétaire des sources d’énergie et pour en façonner les prix, se comprend surtout quant à sa volonté de ne pas puiser dans ses ressources nationales pour les mettre en péril trop tôt, mais bien plutôt d’avoir accès aux ressources de son monde extérieur afin de préserver ses propres réserves et donc d’alimenter sa puissance industrielle tout en la pérennisant.

À cet égard le jeu stratégique américain vis-à-vis de l’Iran doit s’éclairer sous le jour de l’accès aux ressources énergétiques, mais aussi dans un mouvement typique sur l’échiquier planétaire d’aide à ses alliés énergétiques et en premier lieu à l’Arabie Saoudite. Il ne faut pas oublier que les États-Unis et l’Arabie Saoudite honorent encore le Pacte du Quincy, conclu en 1945 entre le Président Franklin Roosevelt et le Roi Ibn Saoud, garantissant la protection militaire américaine à la dynastie régnante du royaume wahhabite, sans ingérence dans sa politique intérieure, contre un accès à ses ressources pétrolières. Il ne faut pas non plus oublier que beaucoup de chancelleries occidentales ont vu dans l’invasion de l’Irak une mesure punitive des États-Unis contre l’Arabie Saoudite voulant maintenir les cours du pétrole à un très haut niveau, en mettant la main sur celui de l’Irak et en en contrôlant le prix à la baisse pour la consommation intérieure américaine.

Il ne faut enfin pas oublier que l’extraction du gaz de schiste aux États-Unis était, là encore pendant cette période, chargée de faire plier l’OPEP et en son sein l’Arabie Saoudite, afin de faire baisser le prix du baril de pétrole et de ne pas étouffer les économies occidentales avec un deuxième choc pétrolier à l’heure où la crise des subprimes faisait régresser l’économie mondiale dans des proportions inconnues depuis un siècle. L’Iran, par l’embargo imposé sur ses exportations de ressources énergétiques dont les fruits servaient à financer l’effort d’accession duale au nucléaire, a donc restreint sa production. La fin de l’embargo autorisé par l’Accord sur le nucléaire iranien l’a autorisé à produire à nouveau et donc à faire baisser les prix du marché mondial, ce qui satisfaisait les puissances de l’OCDE, dont les États-Unis et les membres de l’Union européenne. Mais, cette menace baissière n’a pas été endiguée par l’adhésion de l’Iran à la cartellisation des prix par le fait de rejoindre l’OPEP comme l’y invitait le Royaume saoudien, mais qu’il a décliné. La volonté depuis des décennies de l’Iran est de devenir une puissance régionale et un acteur majeur du marché énergétique mondial.

L’attitude des États-Unis vis-à-vis de l’Europe communautaire dans ce jeu planétaire est à la fois celui d’un allié réel mais aussi celui d’un concurrent certain.

La confrontation avec l’Arabie Saoudite et ses États liges du Golfe Arabo-Persique ne s’est pas faite attendre, avec la dénonciation de l’Accord par Riyad auprès de son allié du Pacte du Quincy, au motif de la menace nucléaire que ne manquerait pas d’exercer l’Iran contre les puissances arabes sunnites en cas d’accession. Par un concours de circonstances assez impressionnant l’État d’Israël, régulièrement menacé par l’Iran de destruction en cas d’accession au nucléaire et à ses vecteurs balistiques, et allié indéfectible des États-Unis, s’est mêlé à la protestation. L’attitude des États-Unis a rapidement été dans le sens de ces demandes puisque la stratégie affichée par D. Trump, bien avant son élection, était de remettre en cause la participation américaine au JCPOA, au motif qu’il n’était qu’une pause qui permettrait à l’Iran de se reconstruire tout en poursuivant sa course vers un armement nucléaire et à accroitre ses capacités opérationnelles en matière de vecteurs balistiques à longue portée.

L’attitude des États-Unis vis-à-vis de l’Europe communautaire dans ce jeu planétaire est à la fois celui d’un allié réel mais aussi celui d’un concurrent certain. En ce sens, une trop grande autonomie européenne en matière d’énergie qui viendrait à remettre en question les intérêts stratégiques américains en la matière est discrètement mais efficacement contenue. L’Iran et ses immenses réserves énergétiques n’échappe pas à ce jeu. L’Union européenne s’est hissée au rang de puissance mondiale économique et politique. Les États-Unis en conviennent mais le dépassement par la somme des produits intérieurs bruts des pays membres de l’UE du produit intérieur brut des États-Unis ne saurait à leurs yeux donner à l’Europe communautaire la suprématie mondiale que les États-Unis revendiquent. Les États-Unis veillent donc à ce que l’Union européenne ne s’éloigne pas par une action diplomatique trop autonome de la leur.

À cet égard, la réinsertion de sanctions américaines peut être considérée comme un moyen de pression économique destiné à priver les entreprises européennes de débouchés commerciaux en Iran. Entré en vigueur le 16 janvier 2016, l’Accord lève les sanctions internationales sur le nucléaire ayant frappé l’Iran depuis 2006. En contrepartie, le texte prévoit une limitation du programme nucléaire iranien pour au moins dix ans, assorti d’un renforcement des contrôles sur le territoire iranien. Deux ans et près de sept mois après l’entrée en vigueur de l’Accord, les États-Unis recourent à une procédure unilatérale interdite par le point 26 de l’Accord. Les clauses ne tolèrent d’éventuelle réinsertion de sanction qu’à l’échelle du Conseil de Sécurité en cas de violation prouvée par le mécanisme de résolution des différends, prévu au point 36 du texte. Le 7 août 2018, Washington frappe d’interdiction les transactions financières, les importations de matières premières, les achats dans le secteur automobile et de l’aviation commerciale. Appelées à être renforcées en novembre 2018 pour cibler le secteur bancaire ainsi que celui des hydrocarbures, ces nouvelles sanctions s’octroient une extraterritorialité autoproclamée. Elles visent à enrayer l’implantation industrielle européenne en Iran sous peine de poursuites judiciaires et d’exclusion du marché américain. Au-delà des enjeux énergétiques sous-jacents de l’action politique du Président Trump, la volonté de porter atteinte à la puissance économique européenne et au statut d’acteur diplomatique de l’UE sous-tend la politique étrangère des États-Unis.

L’Union européenne : un « ennemi commercial » des États-Unis ?

Le retrait de l’Accord sur le nucléaire iranien par les États-Unis relève d’intérêts sécuritaires, idéologiques et commerciaux. En mars 2016, le Président Trump annonçait, dans le cadre de ses promesses électorales, vouloir « d’abord, […] résister à la percée agressive de l’Iran afin de déstabiliser et de dominer la région […] [et] démanteler le réseau mondial de la terreur de l’Iran. L’Iran a ensemencé des groupes terroristes partout dans le monde » [2]. La position politique du Président Trump vis-à-vis de l’Iran se voit accordée le soutien de l’Arabie Saoudite, sunnite, et d’Israël, deux acteurs régionaux luttant contre l’hégémonie de l’Iran, chiite, au Moyen-Orient. Le 13 octobre 2017, « l’Arabie Saoudite soutient et salue la ferme stratégie proclamée par le président Trump à l’égard de l’Iran et de sa politique agressive » [3].

Le 16 juillet 2018, au lendemain du sommet de l’OTAN à Bruxelles et à la veille de sa rencontre avec le Président russe, Vladimir Poutine, le Président Trump révèle : « Je pense que nous avons beaucoup d’ennemis. Je pense que l’Union européenne est un ennemi, avec ce qu’ils nous font sur le commerce. Bien sûr on ne penserait pas à l’Union européenne, mais c’est un ennemi. »

Cet argument sécuritaire se double d’un intérêt commercial. Le 18 mai 2017, le Président Trump et le Roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud signent une déclaration de vision stratégique commune. Le texte promet une collaboration étroite pour contrer l’extrémisme violent, perturber le financement du terrorisme et faire progresser la coopération en matière de défense. Les contrats d’armement s’élèvent à 110 milliards de dollars sur un total de 380 milliards de dollars d’accords. La décision politique du Président Trump de provoquer l’implosion de l’Accord de Vienne participe également d’une volonté de porter atteinte à la puissance économique concurrentiel des autres signataires du texte et de leurs débouchés commerciaux en Iran.

Le 16 juillet 2018, au lendemain du sommet de l’OTAN à Bruxelles et à la veille de sa rencontre avec le Président russe, Vladimir Poutine, le Président Trump révèle : « Je pense que nous avons beaucoup d’ennemis. Je pense que l’Union européenne est un ennemi, avec ce qu’ils nous font sur le commerce. Bien sûr on ne penserait pas à l’Union européenne, mais c’est un ennemi. La Russie est un ennemi par certains aspects. La Chine est un ennemi économique, évidemment c’est un ennemi. Mais ça ne veut pas dire qu’ils sont mauvais, ça ne veut rien dire. Ça veut dire qu’ils sont compétitifs » [4]. Ce qui peut être interprété comme un échec diplomatique aux retombées commerciales pour l’Union européenne, n’est en fait qu’une résultante de la puissance économique que l’UE représente aux yeux des États-Unis.

L’Union européenne est sans conteste une puissance commerciale avant d’être une puissance politique. Elle est forte d’un bloc économique de quatre cent cinquante millions d’habitants dans le cadre d’une Union de vingt-cinq États membres dotés d’un PIB de 14,676.350 milliards de dollars en 2006 contre un PIB de 13,244.550 milliards de dollars pour les États-Unis, pour la même année [5]. En revanche, on constate qu’en 2015, le PIB de l’Union européenne et des États-Unis s’équilibre. Le nombre des États de l’UE passe de vingt-cinq à vingt-huit pour un PIB de 16,449.172 milliards de dollars contre un PIB américain qui s’élève à 16,589.894 milliards de dollars, pour la même année [6].

La stratégie du Président Trump consiste à enrayer la puissance économique de l’UE. D’ailleurs, il encourage le Brexit… qui diminuerait de 15,16% le PIB de l’UE. Le sommet de l’OTAN qui s’est tenu à Bruxelles du 11 au 12 juillet 2018 a été l’occasion pour le Prédisent Trump de s’attaquer au projet germano-russe du gazoduc Nord Stream 2. Permettant à la Russie de devenir le premier exportateur de gaz de l’Europe, Nord Stream 2 est susceptible de concurrencer les ambitions américaines énergétiques en Europe qui consiste à écouler la production américaine de gaz de schiste. Le Président américain a dénoncé dans un tweet : « A quoi sert l’OTAN si l’Allemagne paie à la Russie des milliards de dollars pour le gaz et l’énergie ? Pourquoi n’y a-t-il que 5 pays sur 29 qui ont respecté leur engagement ? Les États-Unis paient pour la protection de l’Europe, puis perdent des milliards pour le commerce. [L’UE] doit payer 2 % du PIB IMMÉDIATEMENT, pas en 2025 » [7]. Dans leur volonté manifeste de s’octroyer une primauté sur les cours du marché mondial des hydrocarbures, principalement d’un point de vue commercial, les États-Unis signent leur marginalisation diplomatique.

La volonté d’isoler économiquement l’Iran révèle les appétits énergétiques des États-Unis qui entendent ainsi diminuer les exportations en hydrocarbures iraniennes, dont Téhéran tire ses principaux revenus financiers. La réduction des exportations iraniennes permet ainsi à l’Arabie Saoudite, allié américain et adversaire idéologique de l’Iran, de combler la baisse de l’offre pétrolière iranienne. « « L’Arabie Saoudite est prête à utiliser, au besoin, sa capacité de production pour faire face à l’avenir à toute fluctuation du marché », a précisé [le 3 juillet 2018] le Conseil des ministres via un communiqué, à l’issue de sa réunion ordinaire. Une capacité de production estimée à 2 millions de barils par jour. Un chiffre déjà annoncé par Donald Trump samedi matin » [8].

« Une capacité de refuser de faire »

Le retrait de l’Accord et la réinsertion de sanctions autonomes par les États-Unis peuvent également être considérés comme une stratégie commerciale destinée à ralentir la progression des concurrents commerciaux américains en Iran. La levée des sanctions économiques, le 16 janvier 2016, avait alors permis à des entreprises multinationales européennes tels qu’Airbus, Enel, Saipen, Peugeot, Volkswagen et Renault-Nissan de signer des accords commerciaux et d’investissement avec l’Iran d’une valeur de plusieurs milliards d’euros. Les échanges bilatéraux, au cours des seize premiers mois depuis l’entrée en vigueur de l’Accord, avaient augmenté de 79 % par rapport à 2015, tandis que les exportations iraniennes vers l’UE ont augmenté de 450 % [9]. Les liens commerciaux entretenus par ces sociétés européennes avec les États-Unis sont autant de facteurs déterminants dans leur souhait de se retirer d’Iran afin d’éviter toutes représailles américaines. Ainsi le groupe automobile allemand Volkswagen se verra-t-il obligé d’opter pour les États-Unis, soit son deuxième marché automobile mondial, malgré la reprise de ses ventes en Iran depuis 2017, après dix-sept ans d’absence [10].

Approuvée par les ministres des Affaires étrangères de l’UE, le 16 juillet 2018, cet acte interdit aux entreprises européennes de se conformer aux effets extraterritoriaux des sanctions américaines. Le cas contraire entraînerait de potentielles pénalités fixées par chaque État membre.

Face à l’extraterritorialité autoproclamée des sanctions américaines, l’Union européenne s’attache à défendre les débouchés commerciaux de ses entreprises en Iran. Sa réponse politique consiste en l’adoption d’un mécanisme juridique de protection vis-à-vis des sanctions américaines. Toutefois, l’efficacité de ce mécanisme ne peut être encore évaluée mais il représente une réponse politique symbolisant le refus de l’UE de soutenir ou de valider le retrait des États-Unis, la lutte commerciale livrée à l’UE ainsi que l’isolement de Téhéran prôné par Washington et Riyad. Le 6 juin 2018, la Commission européenne adopte un acte délégué qui consiste à mettre à jour l’annexe du « règlement de blocage » adopté en 1996 pour contourner les sanctions américaines contre Cuba.

Approuvée par les ministres des Affaires étrangères de l’UE, le 16 juillet 2018, cet acte interdit aux entreprises européennes de se conformer aux effets extraterritoriaux des sanctions américaines. Le cas contraire entraînerait de potentielles pénalités fixées par chaque État membre. L’une des dispositions de ce mécanisme consiste à accorder une indemnité aux entreprises européennes ayant subit un préjudice par la personne morale ou physique qui en est responsable, en l’occurrence les États-Unis. Le 16 juillet 2018, la haute représentante de l’UE, Federica Mogherini déclare : « Je ne suis pas en mesure de dire si nos efforts vont suffire, mais nous faisons tout ce que nous pouvons pour éviter que l’accord sur le nucléaire avec l’Iran ne meure car les conséquences seraient catastrophiques pour tous » [11].

L’expansion de la puissance économique de l’UE se voit désormais contrecarrée par les ambitions énergétiques du Président Trump au Moyen-Orient qui considère une conjoncture géopolitique complexe sous l’angle commercial. Si l’UE entend réunir aussi les acteurs du Moyen-Orient à la même table de négociation, dans le cadre du conflit syrien, les États-Unis n’entendent se fonder, à l’échelle régionale, que sur l’Arabie Saoudite qui lui assure un contrôle sur le prix du pétrole. Le cas du retrait du Président Trump d’un Accord pour lequel la diplomatie européenne a lutté et s’est forgée, est révélateur du décalage entre la puissance économique avérée et crainte de l’UE et sa force politique résultant de la somme des politiques étrangères de ses États membres concertés. L’UE est désormais considérée comme un « ennemi commercial » par les États-Unis qui, par ce geste, reconnaissent de facto sa puissance commerciale vis-à-vis de laquelle des mesures d’envergure sont adoptées pour l’empêcher de poursuivre son implantation en Iran. Cependant, le cas de l’Iran révèle également les limites des capacités politiques de l’UE qui adopte un mécanisme juridique de protection de ses entreprises européennes dont la mise en œuvre et l’efficacité réelle ne sont pas encore avérées face à des mesures américaines conséquentes.

La marginalisation diplomatique des États-Unis

En s’inspirant de Raymond Aron, Serge Sur définit la puissance comme étant « une capacité de faire ; capacité de faire faire ; capacité d’empêcher de faire ; capacité de refuser de faire ». Le cas du retrait du Président Trump peut être considéré comme la capacité de l’UE de refuser de faire et de s’aligner sur les décisions américaines dans le cadre de la question iranienne, comme elle l’avait déjà fait en 2003 à la suite du discours sur « l’Axe du mal » (G. W. Bush). L’UE manifeste la volonté de se démarquer des États-Unis sur la question iranienne qui remporte le soutien de la Chine et de la Russie, également considérés comme ennemis commerciaux des États-Unis. Signé à l’issue de douze années d’efforts diplomatiques principalement fournis par l’UE, l’Accord sur le nucléaire iranien est l’un des succès diplomatiques fondateur du statut d’acteur que l’UE entend défendre et protéger.

Cependant, si l’UE inspire une crainte économique pour ses concurrents, ses moyens politiques en vue de faire respecter l’Accord se limitent à une réponse symbolique aux États-Unis, un mécanisme de blocage de l’extraterritorialité des mesures américaines. Toutefois, l’UE peut compter sur le soutien diplomatique de Pékin et de Moscou qui entendent enrayer l’instabilité au Moyen-Orient pour s’assurer leurs propres débouchés commerciaux, maritimes et énergétiques. L’Accord semble maintenu par la volonté des autres signataires du texte, un effet pervers auquel l’Administration américaine ne s’attendait pas. En apparence, les États-Unis semblent gagner, en freinant la puissance économique européenne au sein de l’OTAN ainsi que ses débouchés en Iran. Or, le Président Trump se confronte désormais à l’effet pervers généré par sa décision de se retirer : les autres signataires offrent un front uni pour maintenir l’Accord de 2015 et commercent entre eux, marginalisant à long terme les États Unis…

Copyright Octobre 2018-Viaud/Diploweb.com


Plus

. Sur ce même sujet, une analyse à la fois différente et complémentaire avec l’article de Pierre Verluise, L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

. Vidéo J-F Daguzan (FRS) L’UE face au retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien

QUESTIONS :
. Quelle est la nouvelle stratégie européenne en terme de défense et de politique extérieure commune ?
. Quelles sont les conséquences de la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien pour l’Union européenne ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Affaire Areva : la monstrueuse amende qui menace la France

Affaire Areva : la monstrueuse amende qui menace la France

+ Suivre

Temps actuel 1:37
/
Duration 1:37
Affaire Areva, la monstrueuse facture qui menace la France

Ça n’en finira donc jamais ! Le groupe nucléaire, dont les frasques ont déjà coûté 4,5 milliards d’euros aux contribuables, pourrait se voir réclamer 24 milliards par la justice américaine. Cette fois, c’est une affaire de corruption aux Etats-Unis qui est en cause.

Oubliez le scandale du Crédit lyonnais des années 1990 et les 15 milliards d’euros qu’il a coûtés à la France. L’affaire Areva est en passe de battre tous les records. Selon nos informations, la justice américaine a discrètement prévenu début juillet les autorités françaises qu’elle pourrait lancer un procès pour corruption contre l’ex-fleuron tricolore de l’atome. Et que, en cas de condamnation, l’amende pourrait aller jusqu’à… 24 milliards d’euros, l’équivalent d’un tiers des recettes de l’impôt sur le revenu.

Nom d’une chaudière ! On croyait pourtant en avoir fini avec les scandales Areva, les gisements inexploitables d’Uramin rachetés à prix d’or (1,8 milliard d’euros), son réacteur EPR finlandais toujours inachevé et l’incurie de sa gestion depuis sa création en 2001. La facture a déjà coûté 4,5 milliards d’euros aux contribuables français, versés l’an dernier par l’Etat pour éviter la faillite.

Depuis, le groupe a été coupé en trois (les activités d’équipementier nucléaire ont été acquises par EDF) et a été rebaptisé Orano, comme pour lui donner un nouveau départ. Hélas ! Voilà maintenant qu’un possible pacte de corruption, conclu en 2010 par l’entreprise avec des dirigeants du Parti démocrate américain, menace de la faire exploser pour de bon. Une affaire qui pourrait aussi éclabousser le Premier ministre Edouard Philippe, directeur des affaires publiques d’Areva à l’époque.

>> A lire aussi – Le coût astronomique de l’EPR finlandais imposé par Anne Lauvergeon

“Quand, au début de l’année, j’ai découvert l’ampleur de cette affaire, j’ai transmis au directeur du FBI l’ensemble des éléments sur lesquels j’avais pu mettre la main”, dévoile à Capital Marc Eichinger. Cet enquêteur privé spécialisé dans la lutte contre la grande criminalité internationale et la corruption est très au fait du dossier : c’est lui qui a rédigé le rapport remis en avril 2010 à la direction de la sécurité d’Areva pour dénoncer la potentielle escroquerie liée au rachat d’Uramin trois ans plus tôt.

Le 26 janvier dernier, Marc Eichinger, un enquêteur privé qui collabore régulièrement avec les services américains, écrit au FBI pour attirer son attention sur une affaire encore inconnue. Certains éléments qu’il a découverts lui font penser que le rachat de la start-up américaine Ausra par le groupe nucléaire français Areva pourrait cacher un pacte de corruption, mettant en cause plusieurs hauts dirigeants du Parti démocrate, dont l’ancien vice-président Al Gore. Depuis, le FBI travaille discrètement sur cette affaire.

Estomaqué par cette nouvelle affaire de corruption aux Etats-Unis, il a aussi fait passer tout le dossier à la justice française, provoquant une surchauffe des services d’enquête en plein été, déjà caniculaire. Selon nos informations, la brigade financière, en charge des tentaculaires affaires d’Areva, a recommandé au Parquet national financier (PNF) d’ouvrir une nouvelle instruction pour “corruption d’agent public étranger et trafic d’influence”. Mais début septembre, au moment où nous écrivions ces lignes, le PNF n’avait toujours pas suivi ces recommandations.

Au coeur de ce nouveau scandale, qui n’a pas encore éclaté aux Etats-Unis, les conditions dans lesquelles Areva a acquis, en février 2010, Ausra, une startup américaine spécialisée dans l’énergie solaire. Officiellement, selon le groupe français, le prix d’achat aurait été de 243 millions de dollars. Problème : un dirigeant d’Ausra affirme avoir vendu la société pour… 275 millions. A l’époque, Areva s’était contenté du minimum syndical en matière de communication : le dossier de presse ne mentionnait aucun montant, ni l’identité précise des principaux actionnaires vendeurs.

A première vue, Anne Lauvergeon, à l’époque patronne du groupe nucléaire français, aurait pourtant dû se glorifier de cette acquisition. Car parmi ces actionnaires figurait Al Gore, l’ancien vice-président de Bill Clinton, devenu, depuis son échec à la présidentielle de 2000, le nouveau chantre mondial des énergies renouvelables. L’ex-candidat démocrate avait acquis ses parts en participant à des augmentations de capital (de 123,3 millions de dollars au total) à travers les deux fonds d’investissements qu’il préside ou conseille, Kleiner Perkins (ex- KPCB) et Generation Investment Management.

>> A lire aussi – Areva : après le scandale UraMin, l’affaire de la mine géante de nickel de Weda Bay

Si Anne Lauvergeon a préféré rester discrète, c’est que, à l’époque, Areva est déjà dans une situation financière compliquée. Quelques semaines avant cette acquisition, en janvier 2010, une réunion du Conseil de politique nucléaire, qui s’est tenue à l’Elysée en présence de tous les principaux acteurs de la filière, a abouti à la conclusion qu’il fallait le recapitaliser d’urgence. L’opération est réalisée quelques mois plus tard : la société obtient 900 millions d’euros, 600 millions étant versés par le fonds souverain du Koweït, le KIA, et 300 millions par l’Etat.

Dans cet environnement très contraint, on peut s’interroger sur l’opportunité d’acquérir Ausra. D’autant que la start-up est elle-même dans une situation financière difficile, et que sa technologie (l’énergie solaire thermique à concentration) n’a rien de révolutionnaire. Elle est même un peu désuète puisque les premières centrales solaires de ce type ont été construites dans les années 1980.

De plus, l’opération est manifestement surpayée : comme on peut le découvrir dans le propre rapport annuel 2010 d’Areva, la différence entre la valeur réelle des actifs et le prix de vente se monte à quelque 165 millions de dollars !

En réponse à la curieuse proposition d’Olivier Fric, le mari d’Anne Lauvergeon, d’acquérir avec Areva de nouvelles sociétés, l’un des directeurs du groupe assure, en décembre 2009, que l’entreprise “n’a pas les moyens” de mener une telle politique. Pourtant, deux mois plus tard, Areva mettra 243 millions de dollars sur la table pour s’offrir Ausra.

Pour quelles raisons Areva a-t-il accepté de lâcher autant d’argent pour Ausra ? Cette question, Marc Eichinger se l’est posée pendant plusieurs années avant de découvrir la vérité. Cet ancien directeur de salles de marché a en effet fini par mettre la main sur de nombreux documents compromettants pour le groupe français. A commencer par cet échange de mails intervenu en décembre 2009 entre Olivier Fric – le mari d’Anne Lauvergeon, qui n’a officiellement rien à voir avec Areva – et un haut dirigeant du groupe. Fric y propose de monter avec Areva un fonds, dont il serait co-actionnaire, pour réaliser des acquisitions dans les énergies renouvelables. “Impossible !”, lui répond ce dirigeant après avoir consulté sa patronne, en arguant que le groupe n’a pas les moyens de mener ce genre de politique. Cela n’empêchera pas Areva de s’offrir Ausra deux mois plus tard. Ni Olivier Fric d’en devenir lui-même actionnaire en 2011, par le biais d’Agave Partners Holdings, une société constituée avec un homme d’affaires américain.

La découverte de ce méli-mélo a conduit Marc Eichinger à approfondir son enquête aux Etats-Unis. Et à travailler en particulier sur l’incroyable histoire de l’usine qu’Areva était chargé de construire pour le compte du Department of Energy (une affaire que Capital a révélée dans son numéro de janvier 2017), et qui, nous allons le voir, est en relation directe avec le dossier Ausra.

Ce futur établissement était censé assurer la transformation en mox (un combustible nucléaire) des 34 tonnes de plutonium militaire que Washington s’était engagé à faire disparaître dans le cadre d’un accord de désarmement avec la Russie. Son coût était estimé à 1,4 milliard de dollars, et la mise en service programmée pour 2005. Hélas ! Onze ans plus tard, il n’avait toujours pas vu le jour. Et selon un rapport de l’US Army remis au gouvernement américain, sa facture était passée à… 17,4 milliards de dollars et son ouverture repoussée à 2048 !

Depuis, le Congrès américain s’est rendu à l’évidence : il a mis fin à ce projet, baptisé “Mox Services”, au début de cette année. Mais cette petite affaire aura tout de même coûté quelque 7,7 milliards de dollars au budget fédéral en pure perte ! En fait, cette affaire aurait dû s’arrêter bien plus tôt. Dès 2009, les rapports alarmants se multipliaient sur l’incapacité d’Areva et de son partenaire américain à construire l’usine. Et Duke Energy, le seul propriétaire de centrales nucléaires local prêt à utiliser le mox comme combustible, avait fait savoir après une série de tests défaillants qu’il ne choisirait pas cette solution.

La production de la future usine d’Areva n’ayant plus aucun débouché, le projet aurait dû être abandonné séance tenante. Au lieu de quoi, l’administration Obama et Areva persistent. Et, ô miracle, voient arriver quelques mois plus tard un nouveau client pour le mox, en l’occurrence la Tennessee Valley Authority (TVA), une agence fédérale créée en 1933 par le président Roosevelt pour domestiquer le cours du Mississippi et produire de l’électricité. Cette planche de salut inespérée permettra à l’administration fédérale de convaincre le Congrès de poursuivre le financement des travaux.

Rien d’extraordinaire ? A ceci près que la TVA est très proche de la famille d’Al Gore ! Le père du futur vice-président américain, lui-même sénateur démocrate du Tennessee durant plusieurs décennies, en a fait sa chose au point que, durant la course à la présidentielle de 2000, la presse américaine présentera la TVA comme la “candy store” (la boutique à bonbons) de la famille du candidat démocrate. Du coup, l’intervention de cette agence fédérale dans le dossier Mox Services, qui se produit au moment du rachat d’Ausra à Al Gore par Areva, pose question. Celle-là ne serait-elle pas la contrepartie de celui-ci ?

Lâché par son unique client, Areva se retrouve en 2009 sans débouché pour le combustible nucléaire mox qu’elle prévoit de produire dans une nouvelle usine. Mais contre toute attente, quelques mois plus tard, le groupe de production d’électricité TVA, proche de la famille d’Al Gore, fait part de son intention de se fournir en mox dans ce document interne à la société.

L’affaire n’implique d’ailleurs pas que l’ancien vice-président. Trois autres grands noms du Parti démocrate sont cités dans le dossier. A commencer par John Kerry, le futur secrétaire d’Etat de Barack Obama durant son second mandat. L’ex-candidat malheureux à la présidentielle de 2004 est alors sénateur et président du Comité des affaires étrangères. Fin janvier 2009, au cours d’une audience sénatoriale publique et en présence d’Al Gore, il dresse un long panégyrique d’Ausra, affirmant que cette société représente l’avenir.

Coïncidence, John Kerry est aussi actionnaire du fonds qui a investi dans Ausra ! Le jour même de cette audience, le patron de la start-up annoncera pourtant, dans une interview au quotidien californien The Mercury News, l’abandon de la plupart des projets mentionnés par John Kerry en raison de ses difficultés financières…

La deuxième grande figure du Parti démocrate impliquée dans l’histoire est un homme d’affaires américain : John Doerr. Il codirige Kleiner Perkins et est connu pour être l’un des principaux leveurs de fonds du parti. Il est très proche des Clinton et de l’administration Obama : en février 2009, la Maison-Blanche le catapulte au Council on Jobs and Competitiveness, un organisme qui conseille le président. Les nombreux avantages financiers qu’obtiendra John Doerr pendant la présidence Obama généreront autant de scandales (c’est notamment l’affaire Solyndra en 2011), obligeant le ministre de l’Energie, Steven Chu, à abandonner ses fonctions.

Le troisième démocrate mouillé n’est autre que le sénateur Harry Reid, le chef de la majorité démocrate au Sénat entre 2006 et 2014. Lui aussi a beaucoup fait pour soutenir publiquement Ausra, notamment dans son Etat, le Nevada, en proposant la mise à disposition de terrains pour construire des usines solaires. C’est également un partisan inconditionnel d’Areva : il a ainsi plaidé, en 2010, auprès de Barack Obama pour que le gouvernement accorde au groupe français le prêt remboursable de 2 milliards de dollars pour financer un projet d’usine d’enrichissement d’uranium dans l’Idaho. Ce dernier, baptisé “Eagle Rock”, sera finalement abandonné en 2012.

Enfin, l’administration Obama va se montrer très généreuse avec Ausra : en février 2010, au moment de son acquisition par Areva, il reçoit une subvention fédérale (non remboursable) de 13,9 millions de dollars pour un projet d’usine solaire en Californie dont le coût est évalué à 40 millions. D’après Marc Eichinger, cette aide publique, qui représente 34% du coût de construction, est la cinquième plus grosse subvention (par rapport au coût de construction) accordée par le Trésor américain dans le cadre du financement des énergies renouvelables.

Malgré cela, Ausra, rebaptisé Areva Solar, n’a jamais généré que des pertes. Et il a été définitivement liquidé en 2015. La construction de l’usine Mox Services a elle aussi été arrêtée, mais la facture va continuer de gonfler pour le budget fédéral américain. Pour pouvoir entreposer en toute sécurité le plutonium militaire (matière très instable) qui aurait dû être transformé en combustible mox, Washington va en effet devoir dépenser quelque 19,9 milliards de dollars, selon une étude du Department of Energy !

Une bien mauvaise nouvelle pour le contribuable… français. Car, en cas de procès pour corruption aux Etats-Unis, la règle veut que le montant de l’amende couvre la totalité du préjudice financier. Certes, le procureur pourrait se contenter de réclamer à Areva les 243 millions de dollars correspondant au montant de l’acquisition d’Ausra. Mais il peut aussi très bien exiger le remboursement de toutes les dépenses fédérales engagées dans l’affaire, à savoir : les 7,7 milliards de dollars investis dans l’usine de mox jamais construite, les 19,9 milliards qui vont être engloutis dans la gestion du plutonium non transformé et les 243 millions de l’acquisition d’Ausra, soit au total pratiquement 28 milliards de dollars, ou si l’on préfère, 24,1 milliards d’euros au cours actuel.

Inutile de préciser que, Orano n’ayant pas un centime en poche, c’est l’Etat qui devrait passer à la caisse. Le seul moyen d’éviter un tel désastre, font valoir les juristes, serait que la justice française sanctionne elle-même les coupables. Interrogées par Capital, la direction d’Orano et l’Agence des participations de l’Etat (qui représente l’Etat au conseil d’administration d’Orano) ont indiqué n’avoir pas connaissance d’une instruction judiciaire concernant les activités américaines de la société. Contactée par l’intermédiaire de maître Versini-Campinchi, Anne Lauvergeon n’a de son côté pas souhaité nous répondre. En retour, son avocat s’est contenté de traiter par SMS Marc Eichinger de “rat crevé”.

Ne ratez aucun article important de Capital.fr en vous abonnant à nos alertes. Cliquez sur la cloche rouge en bas à droite de cet écran (uniquement sur ordinateur et smartphones Android).

> Cette enquête est au sommaire du nouveau Capital en kiosque dès aujourd’hui et en numérique

https://www.capital.fr/entreprises-marches/affaire-areva-la-monstrueuse-amende-qui-menace-la-france-1308725

La Belgique craint une pénurie d’électricité, une ministre s’en prend à Engie

La Belgique craint une pénurie d’électricité, une ministre s’en prend à Engie

Bruxelles – La Belgique redoute une pénurie d’électricité d’origine nucléaire en novembre, une situation dont elle tiendrait le producteur Electrabel « entièrement responsable », a affirmé lundi une ministre belge, en s’en prenant au programme d’entretien des centrales exploitées par cette filiale du géant français Engie.

Electrabel avait annoncé vendredi qu’elle devrait reporter le redémarrage de ses réacteurs Tihange 2 et Tihange 3, repoussé respectivement à juin et mars prochains.

Cela a pour conséquence de rendre indisponibles pour le trimestre de l’entrée dans l’hiver une majorité des réacteurs nucléaires exploités par la filiale d’Engie.

Les autorités ont même estimé qu’un seul d’entre eux serait en fonctionnement en novembre, ce qui a provoqué un coup de colère lundi de la ministre de l’Energie Marie-Christine Marghem.

Dans un communiqué la ministre s’est dite « choquée par le comportement d’Electrabel qui, une semaine après avoir assuré à Elia (gestionnaire du réseau de transport d’électricité, ndlr) la disponibilité de ses moyens de production, annonce revoir la planification des interventions sur les centrales créant un écart de 3.000 MW par rapport aux prévisions d’Elia ».

S’il n’est pas encore question de solutions de « délestage », Mme Marghem estime que « la situation est bien pire qu’en 2014 », quand la Belgique avait dû se résoudre à organiser la pénurie en prévoyant des coupures temporaires par secteur.

« Le gouvernement fédéral estime qu’Electrabel est entièrement responsable de cette situation, de ne pas avoir planifié des travaux ou de l’entretien de manière suffisamment intelligente pour que nous puissions avoir la production du parc nucléaire suffisante à l’abord de l’hiver », a aussi affirmé la ministre à l’issue d’une conférence de presse à Bruxelles.

Des consultations sont prévues cette semaine avec le secteur énergétique belge mais aussi avec les ministres des pays limitrophes « afin de maintenir une sécurité d’approvisionnement stable et suffisante », a encore indiqué Mme Marghem.

Electrabel exploite sept réacteurs nucléaires en Belgique, quatre à Doel près d’Anvers (nord) et trois à Tihange dans la région de Liège (est), des installations souvent décriées pour leur vétusté. Les contre-performances de cette filiale pèsent sur les résultats du groupe Engie.

L’électricité produite en Belgique est pour plus de la moitié issue du nucléaire.

mad/tho

ENGIE

ELIA SYSTEM OPERATOR

(©AFP / 24 septembre 2018 18h39)

https://www.romandie.com/news/La-Belgique-craint-une-penurie-d-electricite-une-ministre-s-en-prend-a-Engie/956352.rom

Orano inaugure l’usine la plus moderne du monde dans la conversion de l’uranium

11.09.2018

Orano inaugure l’usine la plus moderne du monde dans la conversion de l’uranium

usine_philippe_coste.jpg
Par Tristan Hurel (SFEN)

Le groupe Orano, spécialiste du cycle du combustible nucléaire, a inauguré sa nouvelle usine de conversion de l’uranium sur le site du Tricastin (Drôme), l’usine Philippe Coste. Cette installation, la plus moderne du monde dans ce domaine, contribue à assurer l’autonomie énergétique française et l’expertise française dans l’amont du cycle nucléaire.

Avec l’usine George Besse II présente sur le même site du Tricastin, c’est l’un des investissements industriels les plus importants réalisés en France ces dernières années. Quelques 1,15 milliards d’euros ont été investis dans le projet Comurhex II. L’usine remplace en effet l’ancienne usine Comurhex, arrêtée en décembre 2017. L’inauguration a été l’occasion de baptiser l’usine du nom du premier président fondateur de l’usine Comurhex, Philippe Coste.

Le chantier a contribué au dynamisme économique de la filière nucléaire dans la région puisque 240 entreprises partenaires ont été associées à sa réalisation, dont 99 % d’entreprises françaises, implantées régionalement pour 70 % d’entre elles. Au total, le site du Tricastin, avec les activités de la CNPE, emploie plus de 7 000 personnes. Avec 5 milliards d’euros investis à Tricastin au cours des 10 dernières années, Orano a grandement contribué à l’attractivité du nucléaire dans les départements de la Drôme, du Gard et du Vaucluse.

 

Garantir l’indépendance énergétique de la France en maîtrisant toutes les étapes du cycle

Les opérations de conversion sont une étape essentielle puisqu’elles permettent de fournir au concentré uranifère la pureté indispensable à la fabrication du combustible nucléaire. Elles consistent à transformer les concentrés miniers en hexafluorure d’uranium (UF4 puis UF6) pour l’étape suivante du cycle du combustible, l’enrichissement. En maîtrisant cette technologie durablement (avec l’exploitation de l’usine Philippe Coste), la France assure son autonomie complète dans le cyle nucléaire.

Au sein du groupe Orano, la conversion est réalisée sur deux sites industriels dans le Sud de la France, experts dans la chimie du fluor et la transformation de l’uranium. La première étape, la transformation en UF4, est réalisée à Orano Malvési (Narbonne – Aude), la seconde étape se déroule à l’usine Philippe Coste, où l’UF4 est transformé en UF6 avant d’être enrichi à l’usine George Besse II.

 

Une usine innovante et respectueuse de l’environnement

Au-delà des nombreuses innovations techniques qu’elle incorpore, dont le respect des normes du séisme majoré de sécurité (SMS), l’usine Philippe Coste a contribué à ce qu’Orano atteigne avec deux années d’avance son engagement « CLIMAT ». Le groupe a en effet réduit de 80 % de ses émissions de CO2 et de 50 % sa consommation énergétique par rapport à 2004. L’usine Philippe Coste y a contribué puisqu’elle est la première usine de sa génération à intégrer dès sa conception l’ensemble des technologies permettant de réduire son empreinte environnementale, notamment en plaçant le principe de recyclage au cœur du procédé industriel. Par rapport à l’usine Comurhex, les innovations de l’usine permettent de réduire la consommation de réactifs chimiques (-75 % ammoniac, -50 % acide nitrique, -60 % potasse), de diviser par 10 la consommation d’eau et de diminuer les rejets de gaz à effet de serre.

90 millions de foyers alimentés

La mise en service industrielle de Philippe Coste aura lieu fin 2018. Dès à présent, l’usine emploie ainsi directement 200 personnes. D’ici 2021, après mise en service de nouvelles installations de production de fluor, sa production passera de 7 500 tonnes à 15 000 tonnes. Associée à George Besse II, elle produira alors l’uranium servant à alimenter 90 millions de foyers, soit l’équivalent de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni réunis.

Crédit photo : Cédric Delestrade

Parti Démocrate, vassaux et impérialisme

Parti Démocrate, vassaux et impérialisme

Publié le 31 Août 2018 par Observatus geopoliticus in Etats-Unis, Histoire

Alors que ça chauffe autour d’Idlib et que les boxeurs se préparent à un jet d’éponge chimique qui n’arrêtera néanmoins pas le combat, penchons-nous pacifiquement (quoique…) ce soir sur un thème tout différent.

Ce petit billet part d’un article du National Interest à propos des relations américano-indiennes. L’auteur aborde la question par un biais original, analysant les liens entre Washington et New Delhi à l’aune de leurs votes convergents ou divergents à l’ONU. La conclusion est que, derrière les belles paroles de partenariat – et même si un certain rapprochement a eu lieu depuis deux décennies, comme nous l’expliquions à propos du sommet 2016 des BRICS -, les deux pays ont emprunté des chemins relativement éloignés (80% de votes divergents !)

Plus intéressant encore, est mis en graphique le vote de plusieurs autres pays :

Certes, il s’agit des votes à l’Assemblée générale (alors que les décisions les plus importantes sont prises au Conseil de sécurité) ; certes, ces consultations portent parfois sur des questions mineures… m’enfin, il est intéressant de constater que, sans surprise, Inde, Russie et Chine s’opposent régulièrement à l’empire. A ce titre, New Delhi est encore plus rebelle que Moscou, ne dépassant jamais les 20% de vote commun.

Affinons maintenant la recherche en mettant en parallèle le vote des pays européens et les administrations américaines qui se sont succédées au pouvoir :

Là non plus, aucune surprise, les vassaux sont plus obéissants et soumis lorsque le parti Démocrate est au pouvoir. Car contrairement à l’impérialisme plus franc et à rebrousse-poil des Républicains, le parti à l’âne (ça ne s’invente pas) est plus subtil dans son agressivité étrangère, faisant participer ses inféodés à la grande fête guerrière au sein de « coalitions du Bien et de la Démocratie » (défense de rire). Le « lead from behind » d’Obama entre dans cette ligne, où les toutous britanniques et français ont fait le travail de l’oncle Sam en Libye et, en partie, en Syrie. Et pour convaincre les derniers récalcitrants, quelques symboles bien politiquement corrects – un noir, une femme – emporteront l’adhésion des euronouilles, bien plus préoccupés de la forme que du fond.

Car le fond du parti Démocrate est, et a toujours été belliqueux. Les historiens savent qu’entre 1945 et 1990, toutes les guerres ont été déclenchées par des administrations Démocrates et terminées par des administrations Républicaines. C’est un président Démocrate (Truman) qui a balancé deux bombes nucléaires sur Hiroshima et Nagasaki, c’est toujours lui qui est intervenu dans la meurtrière guerre de Corée (1950-1953), ce sont deux autres Démocrates (Kennedy et Johnson) qui ont déclenché la guerre du Vietnam.

A l’inverse, ce sont quelques Républicains avisés qui ont mis fin à ces conflits dévastateurs, parmi lesquels Eisenhower, commandant suprême des alliés pendant la Seconde Guerre Mondiale et connaissant personnellement les horreurs de la guerre. Non seulement il a mis un terme aux hostilités en Corée mais nous avertissait, lors de son fameux discours d’adieu de janvier 1961, sur le danger du complexe militaro-industriel. A revoir sans modération :

Le bouclier anti-missile de l’OTAN, déployé en Inde, risque d’alimenter la course aux armements en Asie du sud

Le bouclier anti-missile de l’OTAN, déployé en Inde, risque d’alimenter la course aux armements en Asie du sud


L’Inde prévoit d’acquérir pour 1 milliard de dollars de technologie anti-missile américaine, déjà déployée dans plusieurs pays membres de l’OTAN.


Par Andrew Korybko – Le 4 août 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoSputnik signale que le ministère de la Défense indien a approuvé un accord d’achat de systèmes de missiles sol-air (NASAMS-II [National Advanced Surface to Air Missile System-II, NdT]), dans le but de protéger New Delhi, la capitale, de possibles attaques en provenance du Pakistan ou de Chine. C’est la dernière annonce en date d’une série de pays établissant des infrastructures de défense anti-missiles, partout dans le monde. Il reste cependant à comprendre comment l’Inde envisage d’intégrer cet important investissement militaire auprès des USA avec ses forces armées, principalement équipées par la Russie, surtout si l’on considère son souhait, officiel, d’acquérir le système anti-missiles S-400 vendu par Moscou, qui en théorie pourrait se poser en redondance de cette acquisition. Mais si l’on s’abstrait de ces considérations techniques et que l’on considère les enjeux stratégiques, il est irréfutable que l’Inde fait tout son possible pour contrarier les anciens équilibres stratégiques établis avec le Pakistan, son voisin et rival, en diminuant le potentiel de réponse nucléaire d’Islamabad, visant ainsi à s’assurer l’avantage dans une éventuelle guerre entre les deux pays voisins.

Il s’agit donc d’un développement déstabilisant, qui ne peut se voir suivi que de montées dans la course aux armements dans cette région. Le Pakistan peut, bien sûr, répondre de manière symétrique et faisant ses propres acquisitions de systèmes anti-missiles, mais le seul équivalent comparable aux systèmes américains est le S-400 russe, que la Russie pourrait voir un inconvénient à vendre à Islamabad, alors que New Delhi honore ses engagements d’achat du même système. Et même si l’Inde reculait face à ce programme d’acquisition – les pressions CAATSA [Les lois de sanctions américaines, souvent extra-territoriales – [« Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act », NdT] par les USA sont immenses dans ce sens – New Delhi pourrait à mots couverts menacer de cesser d’autres acquisitions militaires auprès de la Russie au cas où celle-ci arme son rival, ce qui pourrait faire réfléchir Moscou à deux fois. Les options les plus réalistes pour le Pakistan sont donc un investissement dans des satellites de détection, ou une amélioration du volet sous-marin de son programme de dissuasion nucléaire, ou encore des recherches sur les technologies de missiles hypersoniques.

Agni-V, un missile balistique intercontinental, développé par l’Organisation indienne de recherche et développement de la défense

La Chine vient de lancer un nouveau satellite pour le Pakistan, le mois dernier, et il se murmure qu’elle construit actuellement huit sous-marins pour son partenaire clé de la route de la soie, ce qui fait deux réponses en cours d’élaboration, et l’on peut supposer que des travaux sont en cours sur la troisième, mais que ceux-ci mettront plus de temps à produire des résultats tangibles. Tant que l’équilibre nucléaire peut être maintenu entre le Pakistan et l’Inde, la paix militaire au sens conventionnel reste assurée entre les deux grandes puissances ; mais toute perturbation de cet équilibre de la terreur est dangereuse à l’échelle mondiale, en raison de l’encouragement que cela apporte à chacun des deux pays de frapper l’autre en premier. Pour la stabilité du monde, il faut espérer que la parité restera assurée entre ces deux parties, et la Russie ferait bien de considérer toutes les cartes à sa main, pour continuer d’assurer que cet équilibre reste en place.

Cet article constitue une retranscription partielle de l’émission radio context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 3 aout 2018

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-bouclier-anti-missile-de-lotan-deploye-en-inde-risque-dalimenter-la-course-aux-armements-en-asie-du-sud

 

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

L’Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?

Par Pierre VERLUISE, le 31 juillet 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en géopolitique de l’Université Paris IV – Sorbonne. Fondateur associé de Diploweb. Chargé d’un cours semestriel de Géographie politique au sein du M.R.I.A.E de l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne, chercheur associé à la FRS. Auteur, co-auteur ou directeur d’une trentaine de livres, dont « Histoire, Géographie et Géopolitique du Proche et du Moyen-Orient », éd. Diploweb, diffusion Amazon.

Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance de l’Iran, des Etats-Unis et de l’Union européenne ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

LE 14 juillet 2015, un accord sur le nucléaire iranien est signé à Vienne par l’Iran [1] et les pays du « P 5+1 » (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne). Cet événement semble alors marquer le retour sur la scène régionale, voire mondiale, d’un Etat paria depuis de nombreuses années.

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis – Donald Trump – annonce unilatéralement le retrait des Etats-Unis de cet accord, au grand dam des pays de l’Union européenne. Si la puissance peut se définir selon Serge Sur comme « la capacité de faire, de faire faire, d’empêcher de faire ou de refuser de faire », que nous apprend ce revirement au sujet de la puissance des uns et des autres ?

Considérons successivement l’Iran, les Etats-Unis et l’Union européenne.

L’Iran

Dans les années 1970, pour combler le vide laissé par le départ des Britanniques de la région, les Etats-Unis élaborent la stratégie des « deux piliers » intronisant Iraniens et Saoudiens comme garants de la sécurité régionale [2]

Cette position de partenaire privilégié des Occidentaux connaît un coup d’arrêt brutal avec la Révolution islamique de 1979. Les dirigeants iraniens cherchent alors à exporter la révolution dans les pays voisins ce qui participe à leur isolement sur la scène internationale. L’Iran n’a cependant jamais renoncé à ses ambitions régionales et une véritable réorientation stratégique a lieu, favorisée par la fin de la Guerre froide (1990) et par les conséquences du 11 septembre 2001 au Moyen-Orient. Le pays s’impose comme le leader de la résistance contre les Etats Unis et Israël… qui disposent chacun de l’arme nucléaire mais dans des proportions différentes.

Afin d’appuyer son retour diplomatique et stratégique, Téhéran décide de développer son programme nucléaire. L’énergie atomique n’est pas une idée neuve dans ce pays. Dès les années 1950, Washington et Téhéran développent des partenariats dans le cadre du programme « atoms for peace ». Avec la Révolution de 1979, le programme nucléaire est arrêté puis réactivé à la fin de la guerre Iran Irak (1980-1988). L’objectif est double, il s’agit de garantir les frontières du pays et d’offrir une protection au régime.

A Téhéran deux camps se font face. Le premier, plus conservateur, souhaite développer son programme quitte à être mis au ban des nations. Ses partisans estiment que la « Bombe » est la seule assurance vie du régime, en tant que source de prestige, et qu’elle permettrait de développer autour de l’Iran et de ses alliés un dôme protecteur. De l’autre, un camp dit « modéré » craint que l’isolement de l’Iran ne soit un handicap économique et stratégique. Ils souhaitent se servir du programme comme argument de négociation pour être réintégré au concert des nations. Ils estiment par ailleurs que le simple fait d’être capable d’obtenir la bombe suffit à se prémunir de toute agression.

L'Iran et le nucléaire : quels enseignements sur la puissance ?
Carte géopolitique de l’Iran dans les tensions de son environnement, fin 2015, selon Jean-Paul Budry
La légende de cette carte de l’Iran dans les tensions de son environnement comprend trois parties : L’arrière plan confessionnel ; Facteurs et forces stratégiques vus d’Iran ; L’Iran acteur des conflits et ses alliés. Réalisation Sciences Po Atelier de cartographie pour Dila Questions internationales n°77.

La signature de l’Accord de Genève en 2015 marque ainsi une victoire symbolique et diplomatique de l’Iran, lui permettant d’espérer consolider sa place d’acteur incontournable dans la stabilisation de la région. Ce qui suscite une grande inquiétude en Arabie Saoudite. L’Iran mise sur son ouverture économique en renonçant partiellement à son programme nucléaire jusqu’en 2040. Cet accord vise à ce que soit limitée l’accumulation de matière nucléaire fissile pour que l’Iran ne puisse pas développer d’arme nucléaire. L’espoir de la rapide levée des sanctions génère rapidement des flux d’entreprises étrangères dans l’intention de décrocher des contrats d’exploitation et de commercialisation des hydrocarbures ou d’accéder à un marché de 80,6 millions d’habitants en demande de consommation.

L’Iran en quelques chiffres

JPEG - 40.1 ko
L’Iran en quelques chiffres
L’Iran en quelques chiffres : superficie, population mi-2017, projection population en 2050, accroissement naturel, accroissement migratoire, indicateur de fécondité, PNB/h PPA US dollars. Source : Population et Avenir, décembre 2017, n°735, p. 21.

Ainsi, l’Iran a mis en place une stratégie axée autour de l’énergie nucléaire afin d’assurer son retour sur la scène géopolitique et stratégique internationale. Celle-ci a permis, d’une part, de contraindre les Occidentaux à accepter la réémergence du pays et de les amener à la table des négociations, illustrant ainsi la capacité de l’Iran à « faire » et à « faire faire ». Du moins jusqu’à ce que les Etats-Unis de Donald Trump se retirent de l’accord de 2015.

Les Etats-Unis

En 2002, des opposants iraniens exilés aux Etats-Unis révèlent l’existence de deux sites nucléaires cachés. Une part de la société internationale prend alors conscience que l’Iran pourrait chercher à se doter de l’arme atomique. Suivent de nombreuses années de sanctions contre l’Iran, notamment soutenues par la France.

Cependant, le président des Etats-Unis, Barack Obama, engage secrètement des approches avec l’Iran au moins un an avant que la négociation d’un accord ne parvienne sur la place publique. A l’époque, la France du président François Hollande est réticente et apparaît souvent plus dure que Washington dans ses exigences, notamment en la personne de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius. Il se dit alors que « les néoconservateurs sont à Paris ».

Quoi qu’il en soit, la capacité d’entraînement des Etats-Unis de B. Obama conduit le 14 juillet 2015 à la signature d’un accord sur le nucléaire iranien par l’Iran et les membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies plus l’Allemagne (« P 5+1 »). Ce qui indique, à cet instant et durant quelques années que les Etats-Unis disposent d’une « capacité de faire et de faire faire ».

Cependant, durant la campagne présidentielle de 2016 aux Etats-Unis, le candidat républicain – Donald Trump – critique vertement ce qu’il présente comme un mauvais accord. Il annonce que s’il est élu – hypothèse qui semble peu probable à beaucoup d’Européens – il dénoncera cet accord. Après avoir été élu, il entre à la Maison Blanche en janvier 2017. Et poursuit ses diatribes contre Téhéran. En octobre 2017, le président Donald Trump déclare devant le Congrès américain que l’Iran viole ses engagements, contrairement à ce que dit l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le 8 mai 2018, le président des Etats-Unis dénonce unilatéralement l’accord de 2015. Ce qui réactive les sanctions américaines à l’encontre de l’Iran et les menaces pour les entreprises qui travailleraient avec l’Iran. Ce qui illustre à cet instant leur « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Au grand désarroi des pays de l’Union européenne.

L’Union européenne

Pensée pour construire la paix, l’Europe communautaire n’a pas dans son ADN la quête de puissance. Cependant, un début de stratégie se met en place à l’orée du XXIe siècle. Le mérite en revient au Haut représentant de l’UE pour la Politique étrangère et de sécurité commune, Javier Solana. Il fait adopter en 2003 par le Conseil européen la « Stratégie européenne de sécurité ». Cette stratégie vise principalement à mieux identifier les menaces, définir les objectifs stratégiques de l’Union et en dégager les implications politiques pour l’UE. La crise financière de 2008, puis les « Printemps arabes » à compter de 2011 réduisent sa concrétisation. Cependant, la mise en œuvre par étape du traité de Lisbonne (2007) à compter du 1er décembre 2009 se traduit par l’entrée en fonction d’une Haute Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, Catherine Ashton. Sans expérience de la diplomatie, celle-ci laisse une œuvre modeste : la normalisation provisoire des relations Serbie-Kosovo et sa participation à la finalisation de l’accord au sujet du nucléaire iranien.

La deuxième Haute représentante, Federica Mogherini fait adopter le 28 juin 2016 un nouveau document de doctrine, « La Stratégie globale de l’Union européenne », dans une indifférence quasi-totale des médias, encore sous le choc du référendum en faveur de la sortie du Royaume-Uni de l’UE (23 juin 2016). Ce texte fait plusieurs fois explicitement référence à l’accord de 2015 comme l’alpha et l’oméga de la conception européenne du « soft power » par le multilatéralisme et la concertation.

En dépit des efforts des diplomates iraniens – notamment à Paris – pour mobiliser les pays européens afin qu’ils exercent des pressions sur D. Trump pour l’empêcher de dénoncer l’accord de 2015 [3], le président des Etats-Unis s’est pourtant retiré de cet accord le 8 mai 2018.

Ce qui indique pour l’Union européenne la mise en échec de son « soft power » et une incapacité à « empêcher de faire ». Soit tout le contraire de la puissance. En dépit des annonces faites dans les jours suivants par l’UE pour déclarer que Bruxelles allait continuer de porter l’accord de 2015, les entreprises européennes – dont Total – ont vite compris qu’elles manquaient de garanties si elles restaient en Iran. Courant juillet 2018, D. Trump s’occupe une nouvelle fois à souffler le chaud et le froid, tentant de rejouer la scène nord-coréenne. Avec des résultats à évaluer aussi bien pour la Corée du Nord que pour l’Iran…

*

Que nous apprend le revirement américain du 8 mai 2018 de la puissance des uns et des autres ? L’Iran a été pendant un temps en capacité de « faire » et à « faire faire », jusqu’à perdre la main. Les Etats-Unis ont été en capacité de « faire et de faire faire » puis en « capacité à refuser de faire, et d’empêcher de faire ». Et l’Union européenne a été en incapacité d’ « empêcher de faire ».

Nul doute que le coup a porté, reste à savoir les leçons que l’UE saura en tirer et les actions qu’elle pourra mettre en œuvre.


Copyright Juillet 2018-Verluise-Diploweb


Plus

Vidéo. J-F Daguzan (FRS) L’UE face au retrait américain de l’accord sur le nucléaire iranien

QUESTIONS :
. Quelle est la nouvelle stratégie européenne en terme de défense et de politique extérieure commune ?
. Quelles sont les conséquences de la remise en cause de l’accord sur le nucléaire iranien pour l’Union européenne ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

 

Désarmement nucléaire: Pyongyang rejette les méthodes de « gangster » des Etats-Unis

Désarmement nucléaire: Pyongyang rejette les méthodes de « gangster » des Etats-Unis

La Corée du Nord a rejeté samedi les méthodes de « gangster » des Etats-Unis pour négocier le désarmement nucléaire, après deux jours d’âpres discussions à Pyongyang que le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a pourtant jugées « très productives ».

Après le départ de M. Pompeo vers Tokyo où il doit évoquer ces pourparlers avec ses homologues japonais et sud-coréen, le ministère nord-coréen des Affaires étrangères a jugé que l’attitude « extrêmement regrettable » des Etats-Unis pendant les discussions avait violé l’esprit de l’accord conclu le 12 juin à Singapour entre les dirigeants américain Donald Trump et nord-coréen Kim Jong Un. Le ministère a dénoncé des « demandes unilatérales et avides » des Américains en vue d’une dénucléarisation.

« Les Etats-Unis commettent une erreur fatale s’ils considèrent que la République populaire démocratique de Corée se doit d’accepter (…) des demandes qui reflètent leur état d’esprit de gangster », avertit le régime par la voie de l’agence officielle nord-coréenne KCNA.

Pyongyang a mis en avant le fait qu’il avait déjà détruit un site d’essais nucléaires – une concession que M. Trump avait saluée comme une victoire pour la paix – et déploré que M. Pompeo se soit montré peu disposé à en faire de même avec les concessions américaines.

Les Nord-Coréens considèrent l’ordre unilatéral de Trump de suspendre les manoeuvres militaires américano-sud-coréennes comme une concession cosmétique et « hautement réversible » et regrettent que les négociateurs américains n’aient « jamais mentionné » la fin de la guerre de Corée en 1953.

En privé, les diplomates américains estiment que la réaction nord-coréenne est une tactique de négociation. Mais après deux jours d’amitié théâtrale à Pyongyang, cette attitude semble marquer un retour à la position traditionnelle du Nord.

– « Négociations productives » –

Quelques heures plus tôt, le chef de la diplomatie américaine, avant de décoller pour Tokyo, avait pourtant jugé les pourparlers « très productifs ».

« Ce sont des questions complexes mais nous avons réalisé des progrès sur presque toutes les questions centrales, sur certaines beaucoup de progrès, sur d’autres il y a encore du travail à faire », a-t-il dit aux journalistes.

Le secrétaire d’Etat américain et Kim Yong Chol, le bras droit du numéro un nord-coréen Kim Jong Un, se sont entretenus vendredi et samedi durant plus de huit heures dans une résidence pour hôtes officiels de Pyongyang.

L’objectif était de développer une feuille de route détaillée vers la « dénucléarisation complète » de la péninsule coréenne, comme convenu lors de la rencontre historique de Singapour entre M. Trump et M. Kim.

« Nous avons parlé de ce que les Nord-Coréens continuent de faire et comment nous pouvons parvenir à ce sur quoi M. Kim et le président Trump se sont mis d’accord, à savoir la dénucléarisation complète de la Corée du Nord », a déclaré M. Pompeo.

« Personne ne s’est écarté (de cet objectif), cela reste leur engagement. Le président Kim est toujours convaincu, j’ai parlé avec le président Trump ce matin. (…) Nous avons des négociations productives, basées sur la bonne foi », a-t-il dit.

M. Pompeo a indiqué que des responsables des deux parties se rencontreraient dans un groupe de travail le 12 juillet pour parler du rapatriement de dépouilles de soldats américains tués pendant la guerre de Corée (1950-53).

Des responsables nord-coréens ont transmis à M. Pompeo une lettre personnelle à remettre à Donald Trump, espérant que « les relations formidables et le sentiment de confiance » entre les deux dirigeants seraient renforcés par les discussions, indique le ministère nord-coréen des Affaires étrangères dans son communiqué.

Pyongyang « fait la distinction entre les bureaucrates américains et le président Trump, en exprimant sa confiance dans ce dernier », analyse le Pr Yang Moo-Jin, de l’université des études nord-coréennes à Séoul.

« Il ne s’agit pas de rompre les pourparlers. Le Nord essaie de prendre le dessus dans les négociations à venir », explique-t-il à l’AFP.

« La Corée du Nord attendait de Pompeo qu’il apporte une proposition concrète de garantie de sécurité, mais a été déçu que les Américains réitèrent leur vieille demande de dénucléariser d’abord, avant que les Etats-Unis donnent quoi que ce soit en échange », a-t-il estimé.

Samedi matin, M. Pompeo avait quitté la résidence pour se rendre dans un lieu où il a pu passer un appel sécurisé à Donald Trump, loin d’une potentielle surveillance nord-coréenne, avant de reprendre vers 09h00 (00h00 GMT) les pourparlers.

Il s’agissait de la troisième visite en Corée du Nord du responsable américain.

Depuis le sommet du 12 juin, Donald Trump s’est montré optimiste sur les chances de paix dans la péninsule divisée depuis la guerre de Corée, estimant que la menace d’une guerre nucléaire était écartée.

Le communiqué signé par MM. Kim et Trump à l’issue de leur sommet comportait peu de détails. M. Kim réaffirmait dans ce document « son engagement ferme et inébranlable envers la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne ».

Le secrétaire d’Etat est maintenant chargé de négocier un projet qui, espère Washington, verrait M. Kim déclarer clairement l’étendue et la nature de ses programmes nucléaire et balistique et accepter un calendrier pour le démantèlement de son arsenal

(©AFP / 07 juillet 2018 19h57)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-D-sarmement-nucl-aire-Pyongyang-rejette-les-m-thodes-de-gangster-des-Etats-Unis_RP/934444.rom

Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités