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Guerre contre l’Iran : un nouveau 11 septembre se prépare !

Guerre contre l’Iran : un nouveau 11 septembre se prépare !

Publié par Brujitafr sur 15 Mai 2018, 06:09am

Catégories : #ACTUALITES, #USA

Avec le retour de John Bolton aux commandes, attendez vous au pire…

Guerre contre l’Iran : un nouveau 11 septembre se prépare !
Par Moon of Alabama

Publié le 12 Mai 2018 sous le titre Countdown To War On Iran

Traduit de l’anglais par Dominique Muselet

John Bolton est un homme sans foi ni loi :

Au début de 2002, un an avant l’invasion de l’Irak, l’administration Bush a exercé une pression intense sur [José] Bustani pour qu’il démissionne de son poste de directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. […]

Bolton – alors sous-secrétaire d’État au contrôle des armes et aux affaires de sécurité internationale – est allé en personne au siège de l’OIAC à La Haye pour mettre en garde le chef de l’organisation. Et, selon Bustani, Bolton n’a pas mâché ses mots. Il a dit : « Cheney veut que vous partiez », en faisant référence au vice-président des États-Unis de l’époque. « Nous ne pouvons pas accepter votre style de gestion. »

Bolton a ajouté, toujours selon Bustani : « Vous avez 24 heures pour quitter l’organisation, et si vous ne vous conformez pas à la décision de Washington, nous avons des moyens de vous le faire payer. »

Puis après un silence :

« Nous savons où vivent vos enfants. Vous avez deux fils à New York. »

José Bustani avait obtenu que les inspecteurs de l’OIAC retournent en Irak. Ils n’auraient rien trouvé. Cela aurait contredit la campagne de propagande américaine pour déclencher la guerre contre l’Irak. Comme Bustani ne voulait pas partir, les États-Unis ont menacé de réduire le budget de l’OIAC et ont « convaincu » d’autres pays membres du conseil exécutif de s’en débarrasser.

John Bolton a été également à l’origine d’une campagne contre l’AIEA et son chef Mohamed ElBaradei. Le téléphone d’ElBaradei a été mis sur écoute et des rumeurs ont été lancées contre lui pour le contraindre à quitter ses fonctions.

L’administration américaine, les néoconservateurs et les médias font un remake (je recommande ce lien) de la campagne de propagande qu’ils avaient menée en faveur de la guerre contre l’Irak. Cette fois-ci, la cible est l’Iran :

Comme pour l’Irak, il est plus facile pour Bolton et Netanyahu d’atteindre leur objectif en discréditant le système actuel d’inspections internationales. Bolton a qualifié les méthodes d’inspection mises en place par l’accord nucléaire iranien de « dangereusement inadéquates » et a déclaré que « l’Agence internationale de l’énergie atomique » était « susceptible de rater d’importantes installations [nucléaires] iraniennes ». Dans son discours au Congrès de 2015 qui attaquait l’accord avec l’Iran, Netanyahu a insisté sur le fait que « non seulement l’Iran défie les inspecteurs, mais il est passé maître dans l’art de jouer à cache-cache avec eux ».

Tous ceux qui s’opposent à leur propagande doivent partir. Bolton, qui veut bombarder l’Iran, est de retour aux commandes. L’une de ses cibles les plus évidentes est l’AIEA, qui certifie que l’Iran s’en tient à l’accord nucléaire. Il semble que les machinations de Bolton portent leurs fruits :

Le chef des inspections de l’organe de contrôle nucléaire de l’ONU a démissionné soudainement, a annoncé l’agence vendredi sans donner de raison.

.

Le départ de Tero Varjoranta intervient à un moment délicat, trois jours après que les États-Unis ont annoncé qu’ils abandonnaient l’accord nucléaire entre les puissances mondiales et l’Iran, ce qui soulève la question de savoir si Téhéran continuera à s’y conformer.

Varjoranta, un Finlandais, était directeur général adjoint de l’Agence internationale de l’énergie atomique et chef de son Département des garanties* qui vérifie, depuis octobre 2013, que les pays signataires du Traité de non-prolifération nucléaire le respectent.

Une autre victime est le fonctionnaire du département d’État qui a certifié que l’Iran respectait l’accord nucléaire :

L’un des plus grands experts du département d’État en matière de prolifération nucléaire a démissionné cette semaine après que le président Donald Trump a annoncé le retrait des États-Unis de l’accord nucléaire iranien, ce qui, selon les responsables et les analystes, s’inscrit dans le cadre d’une inquiétante fuite des cerveaux de la fonction publique au cours des 18 derniers mois.

Richard Johnson, un fonctionnaire qui occupait le poste de coordonnateur adjoint par intérim au Bureau central de la mise en œuvre du programme nucléaire iranien, avait participé à des pourparlers avec des pays qui cherchaient à sauver l’accord au cours des dernières semaines, y compris la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne – un effort qui, en fin de compte, a échoué. […]

Le Bureau que Johnson dirigeait est passé de sept employés à temps plein à zéro employé depuis l’inauguration de Trump.

L’homme qui a lancé la guerre contre l’Irak est maintenant récompensé. Netanyahou incite à la guerre contre l’Iran, tout comme il a incité à la guerre contre l’Irak. D’obscurs groupes d’ »experts » insensés sortent de leurs chapeaux des documents de politique générale en faveur d’un « changement de régime ». Les « alliés » américains sont sous pression. Leur ouverture au « compromis » augmente les chances de guerre. Pendant qu’ils insistent pour s’en tenir aux règles internationales, des acteurs malveillants préparent des mesures pour briser leur résistance. On n’en est encore qu’au début d’une « opération de formatage » de l’opinion publique. Cette préparation du public à la guerre prendra probablement un an ou deux.

Ce qui manque encore, c’est un événement qui déclenche la frénésie guerrière dans le public américain. Pour cela, les États-Unis orchestrent généralement des opérations sous faux drapeaux – l’incident du Tonkin, le naufrage du Maine, les meurtres à l’Anthrax – pour créer un motif psychologique pseudo-rationnel à la guerre. Un lobbyiste pro-israélien appelle** Israel à en monter un pour déclencher la guerre contre l’Iran.

On se demande quand et comment un nouvel incident comme le 11 septembre, ou une autre alerte à l’anthrax, aura lieu. Ce sera le signe le plus sûr que le compte à rebours de la guerre contre l’Iran a commencé.

Moon of Alabama

 

 

*) safeguards en anglais

**) Traduction du tweet : Incroyable ! un lobbyiste pro-Israel, Patrick Clawson, suggère qu’Israel devrait monter une ‘opération sous faux drapeau’ pour forcer les USA à déclarer la guerre à l’Iran.

https://arretsurinfo.ch/compte-a-rebours-de-la-guerre-contre-liran/

http://www.brujitafr.fr/2018/05/guerre-contre-l-iran-un-nouveau-11-septembre-se-prepare.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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La France s’exprime sur l’avenir de l’accord nucléaire iranien

La France s’exprime sur l’avenir de l’accord nucléaire iranien

Publié par Brujitafr sur 14 Mai 2018, 04:55am

Catégories : #ACTUALITES, #ECONOMIE – FINANCE, #POLITIQUE

La France s’exprime sur l’avenir de l’accord nucléaire iranien

Le ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian a estimé que l’accord sur le nucléaire iranien n’était «pas mort» malgré la décision des États-Unis de s’en retirer.

La France, qui estime toujours que le Plan global d’action conjoint (JCPOA) peut empêcher Téhéran de se doter d’armes nucléaires, entend rester partie prenante de cet accord, a déclaré dimanche Jean-Yves Le Drian.

 

Selon le ministre des Affaires étrangères, en visite en Irlande, l’accord «n’est pas mort» et la France va respecter ses clauses. 

Dans une interview accordée le 10 mai dernier au quotidien Le Parisien, dont la version intégrale a été mise en ligne sur le site officiel du quai d’Orsay, le ministre avait déclaré que l’accord de 2015 ne pouvait pas être considéré comme caduc après le retrait des États-Unis.

 

«Il a d’autres signataires. Les Européens ont réaffirmé avec force leur volonté d’y rester. Il y a aussi les Chinois et les Russes et les Iraniens», a-t-il précisé.

Et d’ajouter que les Européens n’ont pas à payer pour le retrait d’un accord par les États-Unis, auxquels ils avaient eux-mêmes contribué.

«Entre Européens, nous devons mettre en place les mesures nécessaires pour protéger les intérêts de nos entreprises et entamer des négociations avec Washington sur ce sujet», a noté le ministre.

http://www.brujitafr.fr/2018/05/la-france-s-exprime-sur-l-avenir-d

Pourquoi l’Iran a-t-il besoin de missiles balistiques ? Par Sirous Amerian

8.mai.2018 // Les Crises

Pourquoi l’Iran a-t-il besoin de missiles balistiques ? Par Sirous Amerian

Source : The Defense Post, Sirous Amerian, 18-04-2018

Par Sirous Amerian

18 avril 2018

L’Iran a été au centre des actualités mondiales cette dernière décennie, avec son programme nucléaire devenu le centre d’attention. Cette question mise de côté, au moins temporairement, on pouvait s’attendre à ce que l’Iran cesse de polariser l’attention par la signature du Plan d’action global conjoint [ou Accord de Vienne sur le nucléaire iranien, NdT] il y a trois ans, mais ce ne fut pas le cas.

Après avoir décrit l’accord de Vienne comme épouvantable et avoir promis de le déchirer une fois élu, le président Donald Trump s’efforce de focaliser l’attention et de maintenir la pression sur l’Iran. En plus de la question nucléaire, la présence de l’Iran en Syrie et son arsenal de missiles balistiques sont vendus comme des menaces majeures pour la sécurité régionale ainsi qu’internationale.

L’Iran a un vaste et compliqué arsenal de missiles balistiques, comprenant des missiles de courte portée tels que le Zeizal et des missiles plus lourds et de longue portée tels que le Shahab-3 ou le Sejil, qui peuvent atteindre 2000 kilomètres, ceux-ci existant en différents modèles avec propulsion liquide ou solide. En bref, les missiles balistiques sont à la fois l’arme défensive clé et l’élément offensif de la stratégie iranienne, pour lesquels Téhéran a investi beaucoup de temps, d’effectifs et d’argent dans le développement et l’amélioration. Pourquoi les mettraient-ils de côté sous la pression des États-Unis et de l’Europe ?

L’Iran est situé au Moyen-Orient, dans une région volatile, où il a quelques amis et beaucoup d’ennemis. Ses ennemis, principalement l’Arabie Saoudite, Israël et les Émirats arabes unis, sont des pays avancés, riches et bien armés qui dépensent énormément pour conserver et améliorer leurs capacités militaires.

L’Arabie saoudite, selon les derniers chiffres, est aujourd’hui le troisième plus important acheteur du monde dans le domaine militaire. Avec 57 milliards de dollars, Riyad dépasse des pays comme l’Inde, la France, la Russie et le Japon. Israël est à la 14e place, selon la même source, et dépense environ 14 milliards de dollars par an pour son armée, quand les EAU [Émirats arabes unis, NdT] viennent en 16e position avec une dépense d’environ 14,3 milliards de dollars pour leur armée l’année dernière. Avec une dépense annuelle de 6,3 milliards de dollars, l’Iran est en 33e position.

Au vu de ce classement des dépenses militaires, les capacités militaires de l’Iran sont moindres et faibles comparées à celles de ses voisins. Les forces armées de l’Iran seraient mieux décrites comme un musée vivant. Et il en est ainsi de ses trois principaux corps.

Les forces aériennes de la République islamique d’Iran comptent en grande partie des avions américains construits il y a 40-50 ans tels que des F-14, F-4F et des F-5 et un plus nombre d’avion soviétiques, le Mig-29A et Su-24, achetés il y a deux ou trois décennies – qui furent plus tard complétés par des avions de Saddam Hussein fuyant la guerre du Golfe Persique.

Comparés aux F-15 de pointe de l’Arabie saoudite et aux Eurofighter Typhoons, aux Mirages et F-16 des EAU et aux F-15, F-16 et nouveaux F-35 d’Israël – tous en nombre élevé et armés de radars et missiles dernier cri avec des capacités modernes AWACS – Les forces aériennes iraniennes sont une plaisanterie comparées à leurs adversaires modernisés.

La force terrestre et la marine ne font pas exception. Beaucoup de bataillons mécanisés sont armés de T-72 et de générations encore plus vieilles de tanks soviétiques, qui se sont avérés largement inefficaces il y a trois décennies contre les tanks modernes de l’Occident durant la première guerre du Golfe. Il y a eu quelques progrès avec l’amélioration des vieux tanks avec un nouvel équipement et blindage, mais ce fut lent et Téhéran n’a pas réussi à moderniser tous les systèmes obsolètes.

Du côté des effectifs, environ deux tiers des forces terrestres et des autres branches sont remplies de conscrits, des hommes âgés de 18 et plus, qui ont pour obligation d’effectuer leur service militaire durant deux ans où ils sont alors sous forte pression : ces jeunes hommes ne reçoivent pas un salaire décent, sont humiliés en permanence par les officiers et commandants, et sont stationnés le long de frontières, loin de leur famille, ou dans des villes où ils effectuent des corvées telles que cuisiner et nettoyer les toilettes. La plupart ne reçoivent pas une alimentation correcte et un équipement tel que des uniformes.

Une série de photos récentes faites par des conscrits montre le triste visage de la conscription, qui affecte la santé mentale des jeunes hommes. Si vous vous asseyez et discutez avec eux, une majorité de ceux qui ont fait leur service et sont revenus n’auront pas de très bons souvenirs de cette période. Il ne faut donc pas s’attendre de leur part à un bon moral et à une efficacité au combat.

L’Iran, en réalité, n’a tout simplement pas la capacité de mener une offensive contre un pays de la région, excepté peut-être l’Afghanistan, ou acteur mineur comme le Koweït.

Les nouveaux corps qui ont reçu un meilleur traitement et équipement sont les forces de missiles sous le commandement de la Garde révolutionnaire islamique, et la Base de défense aérienne Khatam al-Anbia. Comme l’indique son nom, la base de défense aérienne est un commandement en charge des systèmes sol-air et est défensive par nature.

Mais il est même improbable que l’Iran utilise ses missiles comme un élément offensif.

Les missiles balistiques de l’Iran sont tous conventionnels et non armés de têtes nucléaires. Il ne peut les utiliser pour détruire un quelconque adversaire sans courir le risque d’une frappe en représailles. Si utilisés pour frapper en premier, ces missiles provoqueraient certainement de larges dommages à une ou deux cibles ou terroriseraient la population des villes, mais ils ne pourraient détruire toutes les bases et centres industriels qu’un adversaire pourrait avoir.

L’Iran sait que s’il prend l’initiative d’attaquer Israël ou les alliés arabes des Américains avec ses missiles balistiques, non seulement c’est une invitation à prendre le pays comme cible de représailles, mais que cela donnerait également à Trump et à son nouveau conseiller pour la Sécurité nationale, John Bolton, l’excuse nécessaire pour passer de la promotion d’un changement de régime en douceur à un changement de régime à la manière forte et à une guerre pure et simple contre l’Iran. Les ayatollahs à Téhéran peuvent peut-être haïr les Israéliens et les Saoudiens, mais ce sentiment est moins puissant que leur amour du pouvoir.

Donc quel est l’objectif des missiles balistiques de l’Iran ? Ils servent à la fois un objectif dissuasif et défensif : en maintenant un nombre important de missiles balistiques prêts à frapper n’importe quel pays qui s’en prendrait à lui, l’Iran rend une frappe contre lui plus coûteuse pour ses adversaires.

Israël, le premier ennemi de Téhéran, a déjà à deux reprises attaqué sans prévenir la Syrie et l’Irak, et n’a jamais subi de représailles, ces pays n’en ayant pas la capacité. La même chose ne pourrait pas arriver avec l’Iran car il a les moyens de répondre à une telle attaque. En appelant au retrait des missiles balistiques de l’Iran, les Européens et Trump veulent couper les griffes du chat et ôter à Téhéran sa seule option crédible de défense.

Rendre une frappe contre l’Iran plus sure et moins coûteuse pour les pays de la région est dangereux pour la stabilité de la région. Cela ferait de l’Iran une cible facile pour quiconque en ayant les capacités et la volonté, et le Moyen-Orient ne manque pas de prétendants. Ne laissons pas faire cela, et apprenons à vivre avec un Iran doté de missiles balistiques pour sa propre défense.

Sirous Amerian est doctorant et assistant diplômé au Centre for Defence and Security Studies de l’Université Massey en Nouvelle-Zélande. Pendant son séjour en Iran, il a travaillé comme analyste politique pour l’Institut iranien d’études eurasiennes (IRAS). Il tweete sur @AmerianS.

Tous les points de vue et opinions exprimés dans cet article sont ceux de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement les opinions ou les positions de The Defense Post.

Source : The Defense Post, Sirous Amerian, 18-04-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/pourquoi-liran-a-t-il-besoin-de-missiles-balistiques-par-sirous-amerian/

Un article de 2017 fort à propos….

Un article de 2017 fort à propos….

Source : The Intercept, Jon Schwartz, 29-07-2017

Les medians sont maintenant plein de gros titres sur l’essai des missiles nord-coréens de vendredi, qui a démontré que ses ICBM (missiles balistiques intercontinentaux) peuvent atteindre le continent américain. Ce qui n’est mentionné dans aucun de ces articles est la façon dont nous en sommes arrivés là – en particulier, ce que Dan Coats, chef du renseignement national du président Donald Trump, a expliqué la semaine dernière au Forum sur la sécurité à Aspen.

Le dictateur nord-coréen de 33 ans, Kim Jong-un, n’est pas fou, a dit Coats. En fait, il a « une certaine justification rationnelle à l’appui de ses actions » en ce qui concerne les armes nucléaires du pays. L’aspect rationnel est la façon dont les États-Unis ont démontré que la Corée du Nord doit les garder pour assurer « la survie de son régime, la survie de son pays ».

Kim, selon Coats, « a observé, je pense, ce qui s’est passé dans le monde entier par rapport aux pays qui possèdent des capacités nucléaires et l’effet de levier qu’ils ont et a vu que le fait d’avoir la carte nucléaire dans sa poche permet d’avoir une grande capacité de dissuasion ». En particulier, « Les leçons que nous avons tirées de l’abandon par la Libye de ses armes nucléaires… est, malheureusement : si vous aviez des armes nucléaires, ne les abandonnez jamais. Si vous ne les avez pas, procurez-les-vous. »

C’est, bien sûr, d’une évidence aveuglante, et ce, depuis que les États-Unis ont aidé à évincer le régime du dictateur libyen Mouammar Kadhafi en 2011 établi depuis déjà de longues années. Mais les responsables américains ont rarement, voire jamais, reconnu cette réalité. Voici la chronologie :

En décembre 2003, la Libye a annoncé qu’elle abandonnerait ses stocks d’armes biologiques et chimiques, ainsi que son programme rudimentaire d’armes nucléaires.

En saluant la décision de la Libye, le président George W. Bush a déclaré que le reste du monde devrait faire passer le message expliquant que « les dirigeants qui abandonnent la recherche d’armes chimiques, biologiques et nucléaires, et les moyens de les livrer, trouveront une voie ouverte vers de meilleures relations avec les États-Unis et d’autres nations libres ». Paula DeSutter, secrétaire d’État adjointe de Bush pour la vérification et la conformité, a expliqué que « nous voulons que la Libye soit un modèle pour les autres pays ».

En 2011, les États-Unis et l’OTAN ont mené une campagne de bombardements pour aider les rebelles libyens à renverser le gouvernement de Kadhafi. Kadhafi lui-même a été capturé par une faction rebelle, qui l’a apparemment sodomisé avec une baïonnette et l’a ensuite tué.

On s’attendrait certainement à ce que cela attire l’attention de la clique dirigeante de la Corée du Nord – d’autant plus que l’Irak a également désarmé puis été envahi, avec son dictateur exécuté par une foule hurlante.

Et, en effet, la Corée du Nord l’a dit explicitement à l’époque. Son ministère des Affaires étrangères a déclaré : « La crise libyenne donne à la communauté internationale une importante leçon », à savoir que l’accord visant à débarrasser la Libye des armes de destruction massive avait été « une stratégie d’invasion pour désarmer le pays ».

Pourtant, l’administration Obama l’a nié sans vergogne. Un journaliste a déclaré au porte-parole du département d’État, Mark Toner, que « les Nord-Coréens sont en train d’examiner la question » et que cela « ne les incitait pas à renoncer à leurs armes nucléaires ». Toner a répondu que « là où [la Libye] en est aujourd’hui n’a absolument aucun lien avec leur renoncement à leur programme nucléaire et à leurs armes nucléaires ».

De plus, les Nord-Coréens et d’autres pays peuvent lire, et donc comprendre ce que l’élite de la politique étrangère américaine a expliqué à maintes reprises pourquoi nous voulons que les petits pays désarment. Ce n’est pas parce que nous craignons qu’ils utilisent des armes de destruction massive lors d’une première attaque contre nous, puisque des pays comme la Corée du Nord comprennent que cela mènerait immédiatement à leur anéantissement. Au lieu de cela, nos mandarins disent explicitement que le problème est que les armes non conventionnelles aident les petits pays à nous dissuader de les attaquer.

Les exemples sont nombreux. Par exemple, dans une note de service de 2001, le secrétaire à la Défense de l’époque, Donald Rumsfeld, a déclaré :

Plusieurs de ces [petits pays ennemis] sont intensément hostiles aux Etats-Unis et s’arment pour nous dissuader d’utiliser notre puissance conventionnelle ou nucléaire dans une crise régionale…

Des technologies disponibles partout dans le monde [ADM : Armes de Destruction Massive] peuvent être utilisées pour créer des réponses « asymétriques » qui ne peuvent pas vaincre nos forces, mais qui peuvent empêcher l’accès à des zones critiques en Europe, au Moyen-Orient et en Asie… Des approches « asymétriques » peuvent limiter notre capacité à utiliser la puissance militaire.

The think tank Project for a New American Century [Le groupe de réflexion Projet pour un nouveau siècle américain, NdT]), un groupe de pression néoconservateur qui a eu une forte influence sur l’administration de George W. Bush, a fait la même remarque dans un document influent intitulé Rebuilding America’s Defenses (Reconstruire les défenses de l’Amérique) :

Les États-Unis doivent également contrer les effets de la prolifération des missiles balistiques et des armes de destruction massive qui pourraient bientôt permettre à des États de moindre envergure de dissuader d’engager une action militaire américaine en menaçant les alliés américains et la patrie américaine elle-même. De toutes les missions nouvelles et actuelles des forces armées américaines, celle-ci doit avoir la priorité…

Dans l’après Guerre froide, l’Amérique et ses alliés, plutôt que l’Union soviétique, sont devenus les principaux objets de dissuasion et ce sont des États comme l’Irak, l’Iran et la Corée du Nord qui souhaitent le plus développer des capacités de dissuasion.

En fait, même Dan Coats lui-même l’a dit dans un éditorial de 2008 qu’il a coécrit. « Une République islamique d’Iran dotée d’armes nucléaires serait stratégiquement insupportable », a déclaré M. Coats, car elle posséderait une « force de dissuasion » contre les attaques des États-Unis. Et pour empêcher l’Iran d’acquérir cette capacité à nous dissuader, a-t-il expliqué, nous devrons peut-être les attaquer.

La vidéo du discours de Coats et ses remarques complètes ici

DAN COATS : C’est devenu une menace potentielle pour la survie des États-Unis et c’est très préoccupant.

LESTER HOLT : Et en ce qui concerne le nombre d’options disponibles publiquement, nous savons qu’il n’y en a pas beaucoup d’intéressantes, et beaucoup d’entre elles sont d’essayer de savoir ce que Kim Jong-un a dans la tête et je pense que c’est le type d’information le plus difficile à obtenir, prédire le comportement de quelqu’un.

COATS : Eh bien, il a manifesté publiquement un comportement qui soulève vraiment des questions sur qui il est, comment il pense, comment il agit, que révèle son comportement, mais notre évaluation a abouti au fait que, bien qu’il soit un type de personne très inhabituel, il n’est pas fou. Il y a également une certaine logique à l’appui de ses actions qui sont la survie, la survie de son régime, la survie de son pays, et il a observé ce qui s’est passé dans le monde entier par rapport aux pays qui possèdent des capacités nucléaires et l’effet de levier dont ils disposent, et il a vu que le fait d’avoir la carte nucléaire dans sa poche permet d’avoir une grande capacité de dissuasion. Les leçons tirées du fait que la Libye a renoncé à ses armes nucléaires et que l’Ukraine a aussi renoncé à ses armes nucléaires, sont malheureusement que si vous aviez des armes nucléaires, ne les abandonnez jamais. Si vous n’en avez pas, procurez-vous-en, et nous voyons beaucoup de nations qui pensent maintenant à la façon d’en obtenir et aucune n’est plus tenace que la Corée du Nord…

Photo du haut : Le chef nord-coréen Kim Jong-un inspecte les troupes de l’unité 534 de l’Armée populaire coréenne le 12 janvier 2014.

Source : The Intercept, Jon Schwartz, 29-07-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/le-chef-du-renseignement-de-trump-la-coree-du-nord-a-appris-de-la-guerre-de-libye-a-ne-jamais-renoncer-aux-armes-nucleaires/

Netanyahu: Israël a des « preuves concluantes » d’un programme nucléaire iranien secret

Netanyahu: Israël a des « preuves concluantes » d’un programme nucléaire iranien secret

Jérusalem – Benjamin Netanyahu a affirmé lundi qu’Israël disposait de nouvelles « preuves concluantes » d’un plan secret que l’Iran pourrait activer à tout moment pour se doter de la bombe atomique, douze jours avant une échéance cruciale pour l’accord conclu en 2015 sur le nucléaire iranien.

Des informations que le nouveau chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, qui dirigeait la CIA jusqu’à la semaine dernière, a jugé « authentiques » et souvent inédites, après sa rencontre dimanche avec M. Netanyahu.

Dans une première réaction, l’Iran, qui a toujours affirmé ne pas chercher à se doter de l’arme nucléaire, s’est moqué des « pseudo-révélations » de M. Netanyahu. Le président américain Donald Trump s’est contenté d’estimer que la déclaration de M. Netanyahu était une « bonne chose ». Il a répété que l’accord passé en 2015 entre l’Iran et six grandes puissances internationales était « horrible pour les Etats-Unis ».

La communauté internationale est suspendue à la décision de M. Trump qui a fixé au 12 mai la date butoir pour choisir ou non de dénoncer l’accord connu sous l’acronyme JCPOA.

A l’approche de cette date et en direct devant les télévisions israéliennes, le Premier ministre Netanyahu a présenté de manière théâtrale « les copies exactes » de dizaines de milliers de documents originaux iraniens obtenus il y a quelques semaines, au prix d’une « formidable réussite dans le domaine du renseignement ».

Ces documents, contenus dans des classeurs ou stockés sur des CD servant de décor à la déclaration de M. Netanyahu, avaient été déplacés en 2017 dans un lieu secret et apparemment délabré à Téhéran, a-t-il dit.

– Le projet « Amad » –

Cette demi-tonne de matériel contient des « preuves nouvelles et concluantes du programme d’armes nucléaires que l’Iran a dissimulé pendant des années aux yeux de la communauté internationale dans ses archives atomiques secrètes », a-t-il affirmé.

M. Netanyahu a essentiellement fourni des détails relatifs à un plan iranien ancien appelé Amad visant à produire cinq têtes nucléaires. Israël peut à présent « prouver que l’Iran stocke secrètement du matériel provenant du projet Amad pour s’en servir au moment de son choix et développer des armes nucléaires », a-t-il dit, à grand renfort de documents ou de cartes diffusés sur un écran.

« Je sais qu’il y a des gens qui disent que ces documents ne sont pas authentiques. Je peux vous confirmer, pour vous, que ces documents sont réels, qu’ils sont authentiques », a déclaré Mike Pompeo à la presse à bord de l’avion qui le ramenait à Washington.

« On avait connaissance de ce matériel depuis un certain temps et on en a bien entendu discuté hier lorsque nous étions ensemble » avec M. Netanyahu, a-t-il expliqué.

« L’Iran avait un solide programme d’armes nucléaires clandestin qu’il a essayé, en vain, de cacher au monde et à son propre peuple », a de son côté souligné la Maison Blanche dans un communiqué.

M. Netanyahu n’a pas fourni d’élément concret indiquant que la République islamique avait activement cherché depuis 2015 à se doter de la bombe atomique.

« Pour ceux qui ont suivi le dossier nucléaire iranien, il n’y a rien de nouveau dans la présentation de Bibi », le surnom de M. Netanyahu, a tweeté Rob Malley, ancien conseiller du président Barack Obama, dont l’administration avait participé à l’accord de 2015.

M. Netanyahu a assuré que l’accord de 2015 reposait « sur les mensonges iraniens » et que l’Iran avait failli à ses obligations en ne faisant pas la lumière sur ses activités passées.

« Même après l’accord (de 2015), l’Iran a conservé et continué à développer son savoir-faire nucléaire militaire pour un usage ultérieur », a-t-il dit.

– « Le bon choix » –

L’accord de 2015 « procure à l’Iran une voie dégagée vers un arsenal nucléaire » et n’aborde pas la question des activités balistiques de la République islamique, autre grande préoccupation d’Israël et de la communauté internationale, a-t-il dit, parlant d’un « accord terrible, qui n’aurait jamais dû être conclu ».

Il s’est dit « sûr que (M. Trump) fera le bon choix, le bon choix pour les Etats-Unis, pour Israël et pour la paix mondiale ».

M. Netanyahu a indiqué qu’il partagerait les informations israéliennes avec différents pays et l’Agence internationale de l’énergie atomique. Il s’est entretenu avant et après sa déclaration avec les dirigeants français, allemand et russe, Emmanuel Macron, Angela Merkel et Vladimir Poutine, favorables à la défense de l’accord auquel leurs pays ont pris part, et devait faire de même avec Londres et Pékin, ont dit ses services.

Le conseiller à la Sécurité nationale de M. Trump, John Bolton, a déclaré dimanche que le président américain n’avait pas encore tranché, ajoutant qu’il examinait la proposition de son homologue français sur l’ouverture de négociations pour un nouvel accord élargi.

Le président iranien Hassan Rohani a souligné dimanche que son pays n’accepterait « aucune restriction au-delà de ses engagements » actuels.

En vertu de l’accord de 2015, l’Iran a obtenu la levée temporaire d’une partie des sanctions internationales et étrangères – américaines notamment – visant son système économique et financier en échange d’une réduction de son programme nucléaire controversé destinée à prouver que la République islamique ne cherche pas à obtenir la bombe atomique.

Le Parlement israélien a voté lundi une loi permettant au Premier ministre et au ministre de la Défense de décider d’entrer en guerre sans réunir le gouvernement.

(©AFP / 01 mai 2018 07h59)

https://www.romandie.com/news/Netanyahu-Israel-a-des-preuves-concluantes-d-un-programme-nucleaire-iranien-secret/913671.rom

Les États-Unis accentuent leur soutien à l’atome

L’information de référence sur l’énergie nucléaire

24.04.2018

Les États-Unis accentuent leur soutien à l’atome

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Par la rédaction

L’énergie nucléaire sera-t-elle au menu des discussions entre Trump et Macron ? En tout cas, les Etats-Unis réaffirment leur ambition nucléaire et augmentent leurs investissements dans la R&D.

Le budget fiscal 2018 des États-Unis, voté en mars, illustre un soutien renouvelé pour le nucléaire. L’Office of Nuclear Energy a reçu 1,2 milliards de dollars, en hausse de 20 %, dont 669 millions de dollars pour les programmes de R&D (+107 M$) et 35 M$ pour lancer un projet de réacteur de recherche à neutrons rapides (Versatile Advanced Test Reactor). Pour les réacteurs et combustibles innovants, la loi de dépense demande au Département à l’énergie de réaliser d’ici la fin de l’été un rapport établissant des objectifs ambitieux mais atteignables, afin de faire émerger d’ici une dizaine d’années de nouveaux designs de réacteurs et des combustibles innovants.

Un soutien politique et réglementaire

Par ailleurs, le premier bilan dressé par l’Office of Science and Technology Policy (OSTP), bureau en charge de conseiller le Président sur la science et la technologie, insiste sur le soutien général à l’innovation apporté par la nouvelle administration. Le rapport met l’accent sur trois réformes, toutes liées à l’innovation nucléaire : (i) la « revue complète de la politique nucléaire » ou encore des considérations sur le réexamen de la stratégie du cycle du combustible (les États-Unis sont depuis quelques décennies traditionnellement opposés au cycle fermé) ; (ii) la simplification pour les entreprises privées du processus de mise en place de partenariats (tous domaines) avec les laboratoires nationaux ; (iii) le redémarrage d’installations nucléaires, tel que le réacteur de recherche Transient Reactor Test Facility (TREAT) pour tester des combustibles et des matériaux. En parallèle, plusieurs lois avancent au sein des deux Chambres du Congrès afin de faciliter les partenariats publicprivé et autoriser la réalisation d’un réacteur de test à neutrons rapides d’ici 2025, outil de recherche indispensable pour accompagner le développement des nouveaux concepts de réacteur.

Crédit photo : Transatomic

Légende : La start-up Transatomic est l’un des symboles du renouveau nucléaire américain.

http://www.sfen.org/rgn/etats-unis-accentuent-soutien-atome?utm_source=RGH_Hebdo&utm_medium=email&utm_campaign=Hebdo25avril2018

L’Iran reprendra l’enrichissement d’uranium si Washington rompt l’accord sur le nucléaire

Moyen-Orient

L’Iran reprendra l’enrichissement d’uranium si Washington rompt l’accord sur le nucléaire

© Le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif. | Kirill Kudryavtsev / AFP

Texte par FRANCE 24 https://platform.twitter.com/widgets/follow_button.1966f64be47cf16b7a48642c76cc6202.fr.html#dnt=false&id=twitter-widget-0&lang=fr&screen_name=France24_fr&show_count=false&show_screen_name=false&size=m&time=1524392191092

Dernière modification : 22/04/2018

L’Iran reprendra « vigoureusement » l’enrichissement d’uranium si Washington rompt l’accord sur le nucléaire iranien comme le président Donald Trump menace de le faire, a mis en garde samedi le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif.

Téhéran ne compte pas plier face à Washington. L’Iran reprendra « vigoureusement » l’enrichissement d’uranium si Washington rompt l’accord sur le nucléaire iranien comme le président Donald Trump menace de le faire, a mis en garde samedi le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif.

Celui-ci a déclaré à des journalistes à New York que l’Iran ne cherchait pas à se doter de la bombe nucléaire, mais que la réponse « probable » de Téhéran à un retrait américain serait une reprise de la production d’uranium enrichi, un élément clé dans la fabrication de l’arme atomique.

« L’Amérique n’aurait jamais dû craindre que l’Iran produise une bombe nucléaire, mais nous poursuivrons vigoureusement notre enrichissement d’uranium », a-t-il déclaré, « si le président Trump se retire officiellement de l’accord nucléaire ».

Ultimatum le 12 mai

Donald Trump a posé la date du 12 mai comme ultimatum à ses alliés européens pour qu’ils s’entendent avec l’Iran afin de « remédier aux terribles lacunes » du texte de l’accord.

À cette date, s’ils n’ont pas trouvé le moyen de durcir l’accord signé en 2015 par les grandes puissances avec l’Iran pour l’empêcher de se doter de la bombe, le président américain, qui le juge trop laxiste, menace de rétablir les sanctions contre Téhéran et de se retirer du texte.

Donald Trump réclame davantage d’inspections et, surtout, la suppression des limitations dans le temps, imposées à Téhéran sur son activité nucléaire, censées expirer en 2025 et 2030.

Les commentaires du chef de la diplomatie iranienne marquent un nouvel épisode dans l’escalade de la rhétorique sur ce dossier, le président iranien Hassan Rohani ayant affirmé il y a deux semaines que les États-Unis allaient « regretter » un éventuel retrait de l’accord et que l’Iran réagirait « en une semaine », dans une telle situation.

Le sort de l’accord sur le nucléaire iranien sera l’un des points clé de la visite du président français Emmanuel Macron aux États-Unis à partir de lundi, suivie vendredi de la chancelière allemande Angela Merkel.

Avec AFP

Première publication : 22/04/2018

http://www.france24.com/fr/20180422-iran-reprendra-vigoureusement-enrichissement-uranium-washington-rompt-accord-javad-zarif?xtor=EPR-300-%5BQuotidienne%5D-20180422-%5Bcontenu%5D-1044053310412

Poutine ne fait pas que de l’esbroufe nucléaire: ses arguments sont bien réels

Le discours annuel du président Russe Vladimir Poutine, le 1er mars 2018, adressé à l’Assemblée fédérale russe et diffusé à la Nation via la télévision, contient une section au sujet des technologies militaires russes innovantes, que les médias pro-OTAN ont préféré minimiser comme constituant ou bien un stratagème propagandiste, ou bien une acrobatie rhétorique de campagne. Compte tenu des allusions aux développements technologiques militaires russes dévoilés en plus sur le théâtre de guerre syrien depuis septembre 2015, Washington ignore ce qui constitue clairement un développement stratégique bouleversant les règles du jeu. Et ceci transforme en gâchis les centaines de milliards de dollars de la soi-disant technologie de défense missilière américaine qui est en train d’être mise en place depuis la Corée du Sud, le Japon et jusqu’à la Pologne et au-delà, rien de plus que de l’argent du budget de défense du Pentagone jeté par les fenêtres.

La section relative à la sécurité militaire, au sein d’un discours de deux heures de Poutine, prononcé face à l’Assemblée fédérale russe le 1er mars, commence environ à ses deux tiers [à partir de 1h15 dans la vidéo officielle du discours retransmise par Russia Today, NdT] après des développements extensifs relatifs à la planification économique, à la transformation du système de santé et à l’amélioration de l’éducation.

La pierre d’angle de Poutine dans ce passage relatif à la sécurité, qui a été ignorée par les médias occidentaux, ce fut la réponse russe au « retrait américain unilatéral du traité sur la défense anti-balistique de 1972, et dans la pratique au déploiement de leurs systèmes de défense anti-balistique à la fois aux États-Unis et au-delà de leurs frontières nationales ».

La signification stratégique de cette décision prise à l’époque par l’administration Bush Jr.–Cheney, n’avait pas échappé aux planificateurs de la Défense militaire russe. Elle a en effet ouvert la voie, pour le Pentagone et pour l’OTAN, à un encerclement de la Russie au moyen d’un ensemble de systèmes de défense anti-balistique [DAB] pointés face aux sites de lancement de missiles nucléaires russes. Poutine a clarifié que ce traité ABM de 1972 avait rendu la guerre nucléaire impensable, car fondée sur la perspective d’une Destruction Mutuelle et Assurée : « Le traité ABM n’a pas seulement créé une atmosphère de confiance, mais il a aussi empêché l’une ou l’autre partie d’utiliser des armes nucléaires imprudemment, ce qui aurait mis en danger l’humanité, parce que le nombre limité de systèmes de défense anti-balistiques rendait l’agresseur potentiel vulnérable à une frappe en réponse. »

En effet, quand Washington s’est unilatéralement retiré du traité ABM en 2002, le gouvernement américain a commencé une série de mouvements agressifs incluant l’élargissement de l’OTAN aux anciens pays communistes d’Europe de l’Est − quitte à fomenter un coup et une guerre civile en Ukraine ainsi que d’autres provocations − qui avaient mené à la construction de bases de missiles anti-balistiques en Roumanie et en Pologne, toutes deux membres de l’OTAN, de même que face à l’Extrême-Orient russe au Japon et en Corée du Sud.

De plus, comme Vladimir Poutine l’a remarqué « le système de défense anti-balistique mondial américain inclut également cinq croiseurs et 30 destroyers, qui pour autant que nous le sachions, ont été déployés dans des régions proches des frontières russes ». Ce n’est pas là un déploiement mineur aux yeux des Russes.

La Revue de la posture nucléaire par Trump

La décision prise par les forces qui gouvernent la Russie à présent de dévoiler un tableau intimidant de ses technologies militaires de rupture, incluant des missiles de croisière hypersoniques à propulsion nucléaire et des drones sous-marins, n’était pas qu’un stratagème électoral. Il s’est agi d’une réponse directe au discours de janvier 2018 sur l’État de l’Union adressée au Congrès par le Président américain, et à la publication quelques jours plus tard par la revue Nuclear Posture Review, et Poutine l’a dit de but en blanc.

Ce document, publié en 2018 sur l’ordre de Trump, constitue un glissement radical par rapport aux administrations précédentes. Il abandonne en effet les déclarations précédentes prenant parti contre une « utilisation en premier » d’armes nucléaires, et donne un coup d’accélérateur aux efforts de modernisation nucléaire, incluant l’intention de mettre en place de « nouvelles armes nucléaires » ; la restauration des capacités des missiles de croisière lancés par sous-marins ainsi que des missiles balistiques lancés par sous-marins à têtes [nucléaires] à rendement explosif faible, tout en prétendant faire fi du contrôle [international] des armements.

Dans une section de cette revue américaine, il est en effet déclaré que « les États-Unis ne considéreraient l’emploi d’armes nucléaires qu’en cas de circonstances extrêmes, afin de défendre les intérêts vitaux des États-Unis, de leurs alliés et de leurs partenaires. Des circonstances extrêmes qui pourraient inclure des attaques stratégiques significatives non nucléaires… » (souligné par l’auteur). Aucune définition de ce que Washington appelle ici une « attaque stratégique significative non nucléaire » n’est proposée. En bref, comme un analyste nucléaire américain l’a remarqué, cette nouvelle doctrine nucléaire américaine est basée sur la compétition et la confrontation. 1.

Après avoir décrit les efforts répétés des Russes vis-à-vis de Washington, afin de voir les Américains réintégrer le traité ABM, après son abandon unilatéral par l’Administration Bush en 2002, Poutine a continué son discours : « À un certain point, j’ai pensé qu’un compromis serait possible, mais il ne devait pas en être ainsi. Toutes nos propositions, absolument toutes, ont été rejetées. Et alors nous avons dit que nous devrions dorénavant améliorer nos systèmes de frappe modernes afin de protéger notre sécurité. En réponse, les États-Unis ont déclaré qu’ils n’étaient pas en train de créer un système de défense anti-balistique contre la Russie… ». 2.

Ceci bien sûr, était un mensonge stratégique calculé. La Russie a conclu, après des efforts répétés de négociation, que Washington, à la suite de la destruction de l’économie et des capacités militaires de la Russie − durant les années 1990 et l’ère Eltsine qui ont suivi l’effondrement économique soviétique − était déterminée à « poursuivre un avantage militaire unilatéral ultime afin d’être en mesure de dicter ses termes dans chaque sphère d’action du futur ». 3

La recherche américaine de la Primauté nucléaire ultime.

La capacité de première frappe nucléaire, aussi appelée techniquement Primauté nucléaire, constitue l’avantage militaire unilatéral ultime dont les stratèges du Pentagone ont rêvé depuis les années 1950, tandis que l’URSS testait sa première bombe H et ses premiers ICBM. Cette primauté consiste en la capacité de lancer une première frappe nucléaire contre la Russie, sans craindre que la Russie soit capable de la contrer de manière convaincante parce que les réseaux de missiles anti-balistiques américains auraient été en mesure de contrer la vaste majorité des armes nucléaires russes lancées en retour.

La défense anti-balistique américaine n’est pas du tout défensive en ce sens. Elle est, au contraire, offensive à l’extrême. Car si les États-Unis étaient capables de se parer effectivement contre toute potentielle frappe en retour russe suite à une première frappe nucléaire américaine, alors les États-Unis seraient en position de dicter leurs termes au monde entier, et pas uniquement à la Russie. Voilà ce qu’est donc la Primauté nucléaire. Comme me l’a dit il y a quelques années dans un échange privé l’ancien lieutenant-colonel Robert Bowman, ancien directeur du programme américain de défense anti-balistique sous Reagan : « La défense anti-balistique est le chaînon manquant avec une capacité de première frappe ». 4.

Dans son dernier discours, Vladimir Poutine décrit donc la réalité stratégique à laquelle les planificateurs de la sécurité militaire russe font face : « Les États-Unis se permettent une croissance constante et incontrôlée du nombre de leurs missiles anti-balistiques, améliorant leur qualité et créant de nouveaux centres de lancement de missiles. Si nous ne faisons rien, ceci conduira finalement à la dévaluation complète du potentiel nucléaire de la Russie. Ceci signifierait que tous nos missiles pourraient simplement être interceptés. »

Quand les enjeux impliquent en effet le déchaînement d’un holocauste nucléaire, quand bien même il commencerait par des armes nucléaires « à faible rendement »avec pour toile de fond les confrontations d’une nouvelle Guerre froide avec la Russie provoquée durant ces récentes années, il n’est pas surprenant que le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie (CSFR [Совет Безопасности Российской Федерации – СБРФ]) ait décidé − juste à ce point d’équilibre précaire avant une potentielle confrontation grandissante entre l’Est et l’Ouest, de dévoiler sa sobre réponse.

La réponse russe : la mise en échec de la primauté nucléaire américaine

Poutine a donc dévoilé pour la première fois des contre-mesures sur lesquelles la Recherche et Développement militaire russe ont poursuivi leurs travaux discrètement depuis 2002, afin de contrer l’agenda américain de Primauté nucléaire, qui devenait de plus en plus clair. Poutine a évoqué en effet le fait que la Russie a « développé et travaillé continuellement au perfectionnement de systèmes hautement efficaces mais de coût modéré afin de surclasser toute défense anti-balistique. Ils sont à présent installés dans tous nos complexes de missiles balistiques intercontinentaux ».

Pourtant, le véritable élément nouveau que Poutine a révélé, c’est également une liste stupéfiante de missiles avancés de nouvelle génération, capables de tenir tête aux défenses anti-balistiques américaines et de l’OTAN.

Premièrement, il a montré un film du nouveau missile Sarmat. Pesant plus de 200 tonnes avec une courte phase d’accélération, il est déjà très difficile pour les systèmes anti-balistiques américains de l’intercepter. Le Sarmat peut être équipé avec de puissantes têtes nucléaires, sa trajectoire est hypersonique [normal pour un ICBM, NdT] et dispose des moyens les plus modernes de trajectoires évasives contre toute défense anti-balistique. Il a une portée virtuellement illimitée [satellisable ou trajectoire partiellement satellitaire ? NdT] et est capable d’attaquer tant par-dessus le pôle Nord que le pôle Sud.

Le Sarmat n’a pourtant été que la première des réponses russes mentionnées face à la menace grandissante de l’OTAN. Vladimir Poutine a ensuite décrit le développement par l’industrie de défense russe d’une « unité d’énergie nucléaire de forte puissance mais de faible dimension, susceptible d’être installée dans un missile comme notre dernier missile X-101 tiré depuis un avion, ou bien dans un missile de croisière de la taille d’un Tomahawk américain ; un type de missile russe similaire à son homologue américain mais d’une portée d’une douzaine de fois plus longue, une douzaine ou en fait d’une portée illimitée. Il s’agit d’un missile de croisière furtif volant à basse altitude, capable d’emporter une tête nucléaire, tout en étant capable de contourner les frontières [et autres zones d’interdiction]. Il est invincible contre toutes les défenses anti-balistiques ou antiaériennes, existantes ou prospectives ».

Venaient ensuite les systèmes d’armes sans pilote basés sur des technologies de rupture. Vladimir Poutine a révélé le développement couronné de succès de nouveaux « drones submersibles pouvant se déplacer à grande profondeur, je dirais même à des profondeurs extrêmes, d’un continent à l’autre, à des vitesses de multiples fois supérieure à la vitesse des sous-marins, des meilleures torpilles et de tous types de vaisseaux de surface, incluant les plus rapides. C’est réellement fantastique. Ils sont silencieux, hautement manœuvrables et n’ont quasiment pas de vulnérabilité que l’ennemi pourrait exploiter. Il n’y a simplement rien dans le monde capable de leur résister ». Poutine a ajouté que ces nouveaux submersibles « peuvent emporter des têtes conventionnelles ou nucléaires, ce qui leur permet d’engager des cibles variées, incluant des groupes aériens, des fortifications ou des infrastructures côtières ». C’est beaucoup, face à une doctrine américaine de suprématie par la projection de forces via ses 10 groupes aéronavals conçus autour des porte-avions, qui deviennent à présent autant de cibles faciles.

Poutine a continué en remarquant que les unités de puissance nucléaire pour ces submersibles autonomes, ont été testé sur des périodes de plusieurs années, et qu’elles sont « 100 fois plus petites que les unités qui alimentent les sous-marins modernes, mais pourtant plus puissantes et peuvent passer en mode de combat, c’est-à-dire atteindre des capacités maximum de l’ordre de 200 fois plus rapide ».

Les missiles hypersoniques Kinzahl et Avangard, basés sur des principes physiques nouveaux.

Poutine a encore dévoilé le système de missiles hypersonique russe Kinzhal [кинжал – poignard, NdT]. C’est, comme Poutine l’a décrit « un système de missile aérien hypersonique de haute précision… le seul de ce type dans le monde. Ces tests ont été accomplis avec succès, et de plus le 1er décembre dernier [2017], ces systèmes sont entrés en service actif sur les bases aériennes du district militaire du Sud de la Russie ». En d’autres termes il ne s’agit pas d’un système hypothétique mais bien opérationnel. La définition d’un aéronef hypersonique correspond à cinq fois la vitesse du son. Le Kinzhal va à Mach 10, et comme Poutine l’a décrit : « le missile vole à vitesse hypersonique, 10 fois plus vite que la vitesse du son, mais peut également manœuvrer dans toutes les phases de sa trajectoire de vol, ce qui lui permet également de surclasser tout système de défense anti-balistique ou antiaérien existant et, je pense, prospectif, pour parvenir à délivrer des têtes conventionnelles ou nucléaires sur une portée de plus de 2000 km ».

Finalement, le Président russe a révélé les développements d’« Avant-garde »[авангард], un autre missile hypersonique volant à des vitesses excédant Mach 20 : « Dans sa trajectoire vers sa cible, le bloc de croisière glissant du missile [certainement plutôt : surfant en apparence sur son onde de choc, mais en fait plutôt sur un coussin d’air ionisé formant un plasma, technologie MHD, NdT] peut s’engager dans des manœuvres intenses, à la fois latérales (de plusieurs milliers de kilomètres) et verticales. C’est ce qui le rend absolument invulnérable face à tout système de défense antimissile ou antiaérien. L’utilisation de nouveaux matériaux composites [certainement aussi des supraconducteurs, NdT], ont rendu possible de permettre au bloc ‘glissant’ du missile de réaliser un vol guidé sur une longue distance, pratiquement dans les conditions d’une formation d’un plasma [MHD, confirmation, NdT]. Il vole vers sa cible comme une météorite, comme une boule de feu. La température à sa surface atteint les 1600-2000°C mais pourtant le bloc de croisière demeure guidé avec fiabilité. »

Le discours de Poutine se conclut par cette déclaration, complètement ignorée de l’Occident : « Nous avons dit à plusieurs reprises à nos partenaires américains et européens qui sont des membres de l’OTAN : nous allons faire les efforts nécessaires pour neutraliser les menaces posées par le déploiement d’un système global de défense anti-balistique américain ». Il rappelle clairement au passage que la Russie a averti Washington et l’OTAN depuis 2004 : « Malgré tous les problèmes avec l’économie, les finances et l’industrie de Défense, la Russie est demeurée une puissance nucléaire majeure. Mais non, personne ne voulait réellement nous parler concernant le cœur du problème, et personne n’a voulu nous écouter. À présent, écoutez-nous. »

L’une des appréciations les plus succinctes suite à ces révélations militaires de Poutine est venue du Saker [anglophone], l’un des plus sobres et clairs commentateurs des capacités militaires russes comme occidentales. Sur ce blog, le jour du discours de Vladimir Poutine, il a été remarqué : « Jeu, set et match : il est en effet établi à présent que la partie est finie pour l’Empire [américain] : il n’existe plus d’options militaires contre la Russie. » 5.

F. William Engdahl

 

Article original en anglais :

Russian Military Cutting Edge Technologies: Putin Is Not “Rattling Nuclear Sabers” – It’s Real

Publié initialment par New Eastern Outlook 6 mars 2018

Traduit par Jean-Maxime Corneille, version française publiée par Le Saker francophone

 

William F. Engdahl est consultant en risques stratégiques et conférencier, titulaire d’un diplôme en Sciences Politiques de l’Université de Princeton. Il est l’auteur de plusieurs livres à succès sur le pétrole, la géopolitique et les OGM.

Comment Washington a provoqué et peut-être perdu une nouvelle course aux armements nucléaires

Comment Washington a provoqué et peut-être perdu une nouvelle course aux armements nucléaires


Poutine déclare que la longue tentative des États-Unis d’obtenir la supériorité nucléaire sur la Russie a échoué et espère que Washington « écoutera maintenant ».


How Washington provoked, and perhaps lost, a new nuclear-arms race - Stephen Cohen
© Michael Dunning / Getty Images

Par Stephen Cohen – Le 8 mars 2018 – Source Russia Today

Stephen F. Cohen, professeur émérite d'études et de politiques russes à New York et à Princeton, et John Batchelor poursuivent leurs discussions (habituellement) hebdomadaires sur la nouvelle guerre froide américano-russe. (Les contributions antérieures, maintenant dans leur quatrième année, sont accessibles sur le site TheNation.com).

Cohen explique que le discours du président Poutine devant les deux chambres du parlement russe le 1er mars, un peu comme le discours annuel du président américain sur l’état de l’Union, était composé de deux parties distinctes. Les premiers deux tiers environ concernaient la prochaine élection présidentielle russe, le 18 mars, et répondait aux préoccupations nationales des électeurs russes, qui ne sont pas sans rappeler celles des électeurs américains : stabilité, emploi, santé, éducation, impôts, infrastructures, etc. La dernière partie du discours était cependant consacrée uniquement aux récentes réalisations des armes stratégiques ou nucléaires de la Russie. Ces remarques, bien que de valeur électorale, s’adressaient directement à Washington. Le point essentiel de Poutine était que la Russie a contrecarré les deux décennies d’efforts de Washington pour obtenir la supériorité nucléaire – et donc une capacité de première frappe capable de survivre contre la Russie. Sa conclusion connexe était qu’une ère dans les relations stratégiques russo-américaines post-soviétiques est terminée et une nouvelle a commencé. Cette partie du discours de Poutine contient le plus important de ce qu’il a livré au cours de ses 18 années au pouvoir.

Russian President Vladimir Putin © Grigoriy Sisoev
«Pourquoi voudrions-nous un monde sans la Russie ?» Poutine sur la doctrine nucléaire de Moscou

Le contexte historique, auquel Poutine se réfère à plusieurs reprises pour ses propres objectifs, est important. Depuis que les États-Unis et l’Union soviétique, les deux superpuissances nucléaires, ont acquis la capacité de délivrer des ogives nucléaires transcontinentales l’une contre l’autre, trois approches alternatives à cette réalité existentielle ont éclairé les débats et l’élaboration des politiques : l’abolition du nucléaire, que Cohen considère comme une aspiration essentielle mais pas réaliste dans un avenir prévisible ; une quête de la supériorité nucléaire, rendant une première attaque dévastatrice à l’abri d’une riposte tout aussi catastrophique et donc « survivable » et pensable ; et la sécurité mutuelle basée sur la Mutual Assured Destruction (MAD) et sur le principe de la parité stratégique, ce qui signifie que les deux parties devraient avoir des capacités nucléaires à peu près égales et ne devraient pas viser une supériorité de première frappe.

Au cours de la guerre froide qui a précédé, à la fin des années 1960 et au début des années 1970, Washington et Moscou ont adopté officiellement la seconde approche de sécurité mutuelle. La destruction mutuelle assurée, même si son raisonnement était terrifiant, a été acceptée comme l’approche rationnelle la plus sûre, avec la nécessité de maintenir une parité stratégique approximative. D’où la succession de traités de contrôle des armes nucléaires entre l’URSS et les États-Unis, y compris la réduction des arsenaux.

La technologie nucléaire continuait de se développer, rendant les armes de plus en plus destructrices, mais le MAD et le principe de la parité contraignaient la technologie et maintenaient la paix nucléaire malgré quelques quasi-accidents. Cette approche a atteint son apogée la plus optimiste à la fin des années 1980 lorsque le président Ronald Reagan et le dernier dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev ont élargi leur compréhension de la sécurité mutuelle. Ils ont convenu que toute construction stratégique d’un côté serait perçue comme une menace par l’autre, qui entreprendrait alors sa propre réplique. Ils ont convenu de mettre fin à cette dialectique périlleuse, qui avait conduit la course aux armements nucléaires pendant des décennies et, en 1987, aboli pour la première (et la dernière) fois une catégorie entière d’armes nucléaires, celles portées par des missiles à moyenne portée. Cette chance extrêmement prometteuse, l’héritage de Reagan et Gorbatchev, a été perdue presque immédiatement après la fin de l’Union soviétique en 1991. Comme Cohen l’écrivait il y a 10 ans dans son livre Soviet Fates and Lost Alternatives « la guerre froide s’est terminée à Moscou, mais pas Washington ».

À partir des années 1990, les administrations américaines successives – sous Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama – recherchaient la supériorité nucléaire de facto sur la Russie post-soviétique. Animées par le triomphalisme rampant de l’après-guerre froide (mal conçu) et par la perception que la Russie était maintenant trop faible, démoralisée ou suppliante pour rivaliser, elles l’ont fait de trois manières : en élargissant l’OTAN aux frontières de la Russie ; en finançant des armes nucléaires de plus en plus destructrices, précises et opérationnelles ; et, en 2002, en se retirant unilatéralement du Traité antimissile balistique de 1972.

En interdisant le déploiement à grande échelle des installations de défense antimissile (chaque camp bénéficiait d’une exception chez lui) le traité garantissait depuis longtemps la sécurité mutuelle sur la base des principes sous-jacents de la MAD et de la parité. En effet, l’abolition, par Bush Jr, du Traité ABM a annulé ces principes et signifié la volonté de Washington de parvenir à la supériorité nucléaire sur la Russie. Aujourd’hui, il y a des dizaines de missiles américains déployés en défense antimissile, qui sont officiellement un projet de l’OTAN, partout dans le monde, y compris sur terre et en mer à la frontière de la Russie.

Depuis le début, et encore aujourd’hui, Washington a maintenu que « notre défense antimissile n’a jamais été dirigée contre la Russie » mais seulement contre l’Iran et d’autres États voyous, mais cela a toujours été un conte de fées accepté par les observateurs peu perspicaces mais certainement pas par Moscou.

Commander of the US Strategic Command, General John Hyten © Yuri Gripas
Le général John Hyten © Yuri Gripas
Le Pentagone “déçu” par la révélation de la nouvelle dissuasion nucléaire russe par Poutine

Toutes les nouvelles armes nucléaires russes détaillées par Poutine dans son discours du 1er mars, en cours de développement, ont été conçues pour échapper – pour contrecarrer et rendre inutile – le programme mondial de défense antimissile de Washington qui s’est développé pendant des décennies à des coûts financiers, politiques et de sécurité énormes. L’establishment des médias politiques américains a largement rejeté les affirmations de Poutine comme un « bluff », « agressif » et un « cliquetis de sabre ». Mais ces traits n’ont jamais caractérisé les grandes déclarations de politique de Poutine, pas plus que celles-ci.

Si seulement un quart des prétentions de Poutine sur les nouvelles armes nucléaires russes sont vraies, cela signifie que tandis que Washington a couru avec insistance vers la supériorité nucléaire et une capacité de première frappe, Moscou a résolument décidé de développer des contre-systèmes et, encore une fois, en supposant que les déclarations de Poutine sont essentiellement vraies – la Russie a gagné.

Du point de vue de Moscou, qui dans ce cas existentiel devrait également être le nôtre, la Russie a retrouvé la parité stratégique qu’elle a perdue après la fin de l’Union soviétique et avec elle, la sécurité mutuelle de la MAD.

Le discours de Poutine, s’il est lu attentivement, soulève des questions politiques vitales. Cohen identifie et discute plusieurs d’entre elles.

À un moment donné, Poutine dit remarquablement que « nous sommes nous-mêmes à blâmer » pour la condition stratégique désastreuse dans laquelle la Russie s’est retrouvée au début des années 2000. Vraisemblablement, il fait référence à ses propres « illusions » sur l’Occident, en particulier sur Washington, auxquelles il a fait allusion précédemment, bien que de manière énigmatique.

Il fait certainement référence à ses propres appels stériles à « nos partenaires occidentaux » pour des politiques de sécurité mutuelle au lieu de l’expansion de l’Otan et de la défense antimissile unilatérale, appels illusoires pour lesquels il a parfois été critiqué par les forces anti-occidentales, en Russie même, dans l’establishment politique s’occupant de sécurité. Comme l’admet Poutine, ses « partenaires occidentaux » n’ont pas « écouté ». C’est une preuve irréfutable que Poutine a lui-même changé en réponse aux politiques des États-Unis et de l’Otan pendant ses années au pouvoir.

Dans son discours, Poutine ne commente pas directement les courses aux armements nucléaires passées ou actuelles, mais il précise qu’une autre, plus dangereuse, se profile, en fonction de la réaction de Washington aux nouvelles armes de Moscou.

Washington peut accepter la parité, ou la dissuasion. La Russie s’est rétablie et revient à des négociations à grande échelle sur les armes nucléaires ; ou bien Washington peut essayer encore de dépasser la parité avec Moscou. Si ce dernier choix est fait, dit Poutine, la Russie est pleinement capable et prête à rivaliser, encore et encore, bien qu’il précise qu’il préfèrerait consacrer ses années restantes comme dirigeant, son héritage, ainsi que les ressources nationales à la modernisation et à la prospérité de la Russie, qu’il énonce (encore une fois) dans les deux premiers tiers de son discours.

Il insiste sur le fait que les nouvelles armes ne sont pas destinées à une quelconque agression, mais uniquement à la défense militaire légitime de la Russie et, politiquement, à ramener Washington aux politiques de détente et en particulier aux négociations sur les armes nucléaires. Le Kremlin, ajoute-t-il, est « prêt ».

Cruise missile of unlimited range © Минобороны России
Les missiles nucléaires et les missiles à portée illimitée : Les ajouts les plus récents à l’arsenal russe (VIDEOS)

Même après avoir fait une présentation convaincante, et manifestement fière, de ce que la Russie a réussi, contre toute attente, Poutine croit-il vraiment que Washington va « écouter maintenant » ? Il peut encore avoir des illusions, mais nous ne devrions en avoir aucune. Au cours de ces dernières années, il y a eu de nombreuses preuves que les décideurs américains et, tout aussi importants, les commentateurs des médias traditionnels, ne prennent pas la peine de lire ce que Poutine dit, ou du moins pas plus que des bribes de rapports. Pire encore, Poutine et la « Russie de Poutine » ont été tellement diabolisés qu’il est difficile d’imaginer que des personnalités politiques ou des commentateurs éditoriaux américains répondent positivement à ce qui est clairement l’espoir du président russe d’un nouveau départ dans les relations américano-russes. Même s’il n’y a que ça, la parité stratégique signifie toujours aussi la parité politique – reconnaissant que la Russie soviétique, comme les États-Unis, avait des intérêts nationaux légitimes à l’étranger. Les années pendant lesquelles les Américains vilipendaient Poutine et la Russie sont essentiellement une affirmation que ni l’un ni l’autre n’avait une telle légitimité. Et pour aggraver les choses, il y a les allégations non prouvées de collusion du Russiagate. Même si le président Trump comprend, ou qu’on lui fait comprendre, la nouvelle ouverture, peut-être historique, représentée par le discours de Poutine, les allégations de « marionnette du Kremlin » faites quotidiennement contre lui permettraient-elles de saisir cette occasion ? En vérité, les promoteurs du Russiagate s’en soucient-ils ?

De manière plus générale, conclut Cohen, l’histoire a enseigné que la technologie dépasse parfois la capacité politique de la contrôler. Plusieurs des nouvelles armes nucléaires de la Russie étaient imprévues – si les services de renseignement américains n’étaient pas pleinement informés de leur développement avant le discours de Poutine, à quoi ces agences s’occupaient-elles ? Il n’est plus possible d’ignorer la Russie, au moins à égalité avec les États-Unis, encore une fois considérée comme la première menace pour les Américains. Si Washington n’écoute pas maintenant, si au lieu de cela, elle cherche de nouveau la supériorité, nous pouvons raisonnablement demander : « Nous avons survécu à la guerre froide précédente, mais pourrons-nous survivre à celle-ci ? ». Pour le dire autrement, est-ce que Poutine a dévoilé, mais a également offert le 1er mars 2018, notre dernière chance ? En tout cas, il avait raison : « C’est un tournant pour le monde entier. »

Stephen F.Cohen

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/comment-washington-a-provoque-et-peut-etre-perdu-une-nouvelle-course-aux-armements-nucleaires

Éclairage

Éclairage


Par James Howard Kunstler – Le 5 mars 2018 – Source kunstler.com

Batman is Poutin, Robin is Medvendev

Il doit être difficile pour les éditeurs du New York Times de se motiver jour après jour dans leurs efforts pour démarrer la troisième guerre mondiale. L’histoire d’aujourd’hui, La menace russe sur deux fronts rencontre le vide stratégique aux États-Unis, vise à continuer d’élever l’hystérie ambiante au sujet d’un différentiel qualitatif sur des missiles et la peur de l’ingérence russe dans les élections de 2018 à mi-mandat.

La vision du monde du New York Times commence à ressembler au scénario d’un Batman avec Vlad Poutine dans le rôle du Joker psychopathe caquetant qui doit être arrêté à tout prix ! Les généraux américains ont allumé la balise de signal de Batman, mais Donald Trump dans le rôle du sauveur masqué, se planque en tremblotant dans le splendide isolement de sa Bat Caverne au 1600 Penn Avenue, souffrant encore d’une de ses crises d’identité bipolaire sans fin. Pour l’amour de Dieu, hurle le NY Times, fais quelque chose ! Les Russes arrivent ! (Le chef de la police de Gotham City, Hillary Clinton a dit exactement cela la semaine dernière dans un Tweet !).

Je pense qu’ils ont mal compris le message récent de M. Poutine quand il a annoncé une nouvelle technologie de missile hypersonique qui, supposément, passerait au travers de n’importe quelle défense antimissile américaine imaginable. Le message actuel, pour les non-déficients mentaux surnageant encore dans cette idiocratie boiteuse qui se prétend république, était le suivant : La guerre nucléaire reste impensable, alors arrêtez de bien vouloir y penser.

L’autre position stratégique de M. Poutine est également dénaturée – en fait, pas même reconnue – dans l’explosion de la propagande du NYT lundi, à savoir décourager la politique de changement de régime des États-Unis, ici et là, partout sur la planète, créant une chaine d’États défaillants les uns après les autres. En tant que  patriote américain, je dois dire que ce sont deux propositions admirables. Est-il stupide d’ajouter que la guerre atomique ne profitera à personne ? Ou que le monde en a assez de l’ingérence militaire américaine dans les pays étrangers ?

Bien sûr, l’histoire usée de l’ingérence russe lors des élections de 2016 occupe toujours l’anneau central du cirque politique américain. L’histoire du jour du New York Times comprend une autre tentative maladroite d’établir des attentes selon lesquelles les élections de 2018 à mi-mandat seront piratées par la Russie, afin de maintenir l’hystérie au niveau code rouge. Comme d’habitude, la proposition suppose que le prétendu piratage de 2016 est à la fois prouvé et significatif alors que, depuis deux ans, il n’y a aucune preuve de piratage au delà d’une ferme de trolls sur Facebook, manifestement peuplée d’amateurs. (Et, en passant, comment cela se compare-t-il au renversement sous couverture en 2014 du président ukrainien Viktor Ianoukovitch ? Là, on peut parler d’ingérence).

[…] Dans des déclarations publiques ces dernières semaines, les principaux responsables du renseignement de M. Trump ont admis que le président n’avait pas encore discuté de stratégies avec eux pour empêcher les Russes d’intervenir dans les élections de mi-mandat cette année. M. Trump a exprimé de sérieux doutes quant à l’ingérence des Russes en 2016, contredisant les conclusions de ses responsables du renseignement.

Par inférence, le New York Times ne doute pas que l’élection de 2016 a été fatalement hackée pour vaincre son candidat préféré – bien qu’il y ait de nombreuses raisons de supposer que toute l’histoire d’« ingérence russe » ait été un produit psychologique mensonger fabriqué par la CIA de John O. Brennan. Il y a seulement quelques mois, le NY Times et les réseaux d’information criaient que le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche (le général Flynn) avait été surpris en train de parler avec l’ambassadeur de Russie – comme si les ambassadeurs étrangers venaient pour d’autres raisons que garder ouverts les canaux de communication avec les responsables américains.

Ce qui se passe ici fait que la peur du Rouge des années 1920 et l’épisode McCarthy du début des années 50 ont l’air bien calmes en comparaison. Il est raisonnable de supposer que les responsables de n’importe quel pays étranger qui observent le spectacle lugubre qui se déroule ici concluront que les États-Unis ont perdu la tête. Quelqu’un s’il vous plaît pour nous emmener à la chambre d’hydrothérapie !

James Howard Kunstler

Too much magic : L'Amérique désenchantéePour lui, les choses sont claires, le monde actuel se termine et un nouveau arrive. Il ne dépend que de nous de le construire ou de le subir mais il faut d’abord faire notre deuil de ces pensées magiques qui font monter les statistiques jusqu’au ciel.

Liens

Dedefensa : Justin Kunstler face à Poutine

http://lesakerfrancophone.fr/eclairage

 

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