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Le plan d’EDF pour construire de nouveaux EPR en France

Le plan d’EDF pour construire de nouveaux EPR en France

AURÉLIE BARBAUX  ,  ,  ,  , 

PUBLIÉ LE 

A LA UNE À l’heure où le renouvellement du parc français est à l’étude, EDF a deux ans pour peaufiner son dossier d’un nouveau nucléaire en France.

Le plan d'EDF pour construire de nouveaux EPR en France
Alors que la date de mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche) n’est pas connue, les essais se poursuivent sur le site.

Le nucléaire français est en plein paradoxe. Alors que la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, modifiée par la loi énergie de 2019, l’oblige à fermer douze à quatorze réacteurs d’ici à 2035, EDF prévoit d’ores et déjà la mise en service de nouvelles centrales. Et ce, rapidement pour répondre à la demande de la filière qui veut maintenir ses compétences en matière de construction de centrales et qui a besoin de montrer sur les marchés internationaux que la France reste un grand pays du nucléaire. Le gouvernement est, lui, beaucoup moins pressé. Il préfère faire de la relance du nucléaire civil en France un sujet de débat pour la prochaine élection présidentielle et laisser au prochain exécutif la responsabilité de cette décision. Même s’il lui a balisé le terrain.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a publié, fin 2018, une étude économique sur l’évolution du mix électrique français entre 2020 et 2060 avec sept scénarios prospectifs qui montrent notamment que le développement de la filière EPR ne serait pas compétitif. Quoi qu’il en soit, dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le gouvernement demande à EDF, le chef de file de la filière nucléaire depuis la restructuration d’Areva, de fournir un dossier sur le nouveau nucléaire d’ici à mi-2021. L’opérateur national doit y démontrer sa capacité à maîtriser les coûts et les délais de construction de nouveaux réacteurs EPR en France.

EDF ne part pas de zéro. Depuis 2014, il travaille avec Framatome sur l’EPR 2, un nouveau modèle de réacteur. « L’EPR 2 est un réacteur pour une utilisation française, proche de l’EPR pour en utiliser tout le retour d’expérience, mais optimisé en termes de coût et de délais de fabrication« , détaille Xavier Ursat, le directeur exécutif d’EDF, chargé de la direction ingénierie et projets nouveau nucléaire. Le retour d’expérience provient des premiers EPR construits en Chine, à Taishan, par l’opérateur chinois CGNPC et EDF ; en Finlande, à Olkiluoto, par le consortium Areva-Siemens et l’opérateur TVO ; et en France, à Flamanville (Manche), par EDF. Quand on va construire le premier EPR 2, on ne veut pas revivre les problèmes de planning et de surcoût qu’on a vécu à Flamanville, assure Xavier Ursat. Mais on ne veut pas réinventer quelque chose qui nous ferait prendre une fois encore des risques de tête de série. On veut optimiser, tout en restant proche du design initial. » Dominique Louis, le PDG d’Assystem, qui détient 5 % du capital de Framatome, résume l’enjeu : « Avec l’EPR, on a fait un airbus A 380. Il faut maintenant en faire un A 350. »

Les fournisseurs associés au projet

Pour concevoir cet EPR 2, EDF et Framatome (ex-Areva NP) ont créé un plateau commun qui rassemble l’équipe projet EPR 2 chez EDF (70 personnes), les ingénieurs de Framatome, et ceux de leur filiale commune d’ingénierie Edvance, créée en mai 2017, soit entre 500 et 600 personnes au total. Le projet avance dans le bon sens. Le basic design pour la chaudière nucléaire et le générateur de vapeur « st figé depuis la fin 2017« , précise Bernard Fontana, le PDG de Framatome. L’Autorité de sûreté nucléaire doit rendre son avis sur les options de sûreté fin avril. Reste à traiter des questions industrielles, de supply chain et d’ingénierie de détails, « pour se mettre en situation de bénéficier d’un effet de série« , explique Bernard Fontana. La priorité est donnée à l’industrialisation et à la standardisation des équipements à l’intérieur de l’EPR (vannes, tuyaux, pompes, portes…), pour garder un nombre limité de références différentes. « Dans la partie non nucléaire, nous allons utiliser davantage d’équipements éprouvés dans l’industrie« , rapporte Xavier Ursat. Un exemple : dans l’EPR de Flamanville, on trouve 1 700 modèles de portes différents, pour la plupart des exemplaires uniques. Il n’y aura plus que 200 modèles dans l’EPR 2.

EDF et Framatome n’avancent pas seuls. « L’une des caractéristiques de ce projet, c’est que l’on y associe les fournisseurs très tôt, notamment les génie civilistes, dans un consortium composé de Bouygues, Vinci et Eiffage pour avoir leur avis sur la constructibilité des différentes options étudiées », observe Xavier Ursat. L’un des objectifs est de préfabriquer un maximum d’équipements. « Toutes les tuyauteries vont être conçues en pouces, comme le pratique toute l’industrie dans le monde, notamment pétrolière. L’EPR, lui, était dimensionné en millimètre. Une spécificité qui a nécessité d’adapter la chaîne industrielle, ce qui a eu un coût « , reconnaît Xavier Ursat. EDF va aussi lancer une consultation pour la salle des machines. L’EPR 2 sera également le premier réacteur conçu depuis le début dans une approche entièrement numérique, soutenu par un logiciel PLM de Dassault Systèmes, préféré en 2018, à la solution de Siemens choisie par EDF en 2013. La migration est en cours.

Industrialiser l’EPR 2 n’est pas tout. Dans le dossier qui doit être remis mi-2021, EDF doit aussi s’engager sur les coûts. « On s’est fixé comme objectif d’avoir des EPR constructibles en France pour un coût complet de production d’électricité entre 65 et 70 euros le Mwh, pour qu’il soit moins cher que n’importe quel moyen fossile adossé à un prix du carbone que l’on pourrait développer à la même période« , explique Xavier  Ursat. Le dossier devra aussi définir précisément les besoins de la France en matière de nucléaire pour les soixante à quatre-vingts ans à venir, sachant que les EPR sont prévus pour fonctionner soixante ans. Il faut également tabler sur « une durée de construction de l’ordre de six ans pour une tranche, entre le moment où l’on attaque le génie civil de sûreté (le socle du bâtiment nucléaire) et la mise en service commerciale« , avertit le directeur exécutif d’EDF.

Maintien des compétences

Pour répondre à quels besoins en électricité   Combien de nouveaux EPR 2 faudra-t-il construire   À ce stade, pas de réponse, mais les coûts avancés par EDF « s’envisagent pour une série d’au moins six réacteurs, comme la Cour des comptes l’indique dans son rapport « , prévient Xavier Ursat. Un nombre qui semble faire consensus. « Deux c’est mieux qu’un, et six c’est mieux que deux« , lance Bernard Fontana, prudent. L’enjeu est industriel, mais il concerne aussi le maintien de compétences perdues et chèrement reconquises à Flamanville, notamment. « Les seuls qui construisent des réacteurs sans problème, ce sont les Chinois, observe Dominique Louis. On a perdu la main. » L’enjeu de l’EPR 2 est aussi de prouver le contraire.

De Tchernobyl à Flamanville

  • 1986 : Accident de Tchernobyl Le design des nouveaux réacteurs nucléaires doit empêcher une telle catastrophe.
  • 1989 : Framatome et Siemens-KWU s’associent au sein de Nuclear Power International (NPI).
  • 1993: Lancement du projet EPR, le réacteur pressurisé européen, qui intégrera les points forts du réacteur N4 français et du Konvoi allemand.
  • 1998: l’Allemagne décide de sortir du nucléaire au début de la coalition entre le parti social-démocrate et les Verts.
  • 1999: Framatome et Siemens Fusionnent leurs activités nucléaires. Le projet EPR est intégré à Framatome ANP (Advance Nuclear Power).
  • 2003: Commande du premier EPR par le finlandais TVO.
  • 2005 : Lancement du chantier de l’EPR d’Olkiluoto 3 en Finlande.
  • 2007 : La construction de l’EPR de Flamanville débute. Areva et le chinois CGN signent pour deux EPR à Taishan en Chine.
  • 2009 : Début des négociations d’un projet de six EPR en Inde, à Jaitapur, par EDF (accord préliminaire signé en mars 2018).
  • 2014: Le projet EPR 2 est lancé.
  • 2016: Signature d’Hinkley point C, au Royaume-Uni, par le gouvernement anglais, EDF Energy et CGN pour deux EPR et une mise en service en 2025.
  • 2017: Création d’Edvance, une coentreprise ingénierie d’EDF et de Framatome, pour travailler sur l’îlot nucléaire et le contrôle commande des EPR de demain.
  • 2018: L’EPR de Taishan 1 produit de l’électricité (29 juin). Premier béton du radier d’Hinkley Point C (11 décembre).
  • 2021: Le dossier nouveau nucléaire en France doit être remis au gouvernement.

https://www.usinenouvelle.com/article/le-plan-d-edf-pour-construire-de-nouveaux-epr-en-france.N828460

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Donald Trump propose un désarmement nucléaire relatif

Donald Trump propose un désarmement nucléaire relatif

  

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Alors que les ministres des Affaires étrangères de l’Otan célébraient à Washington le 70ème anniversaire de l’Alliance, le président Donald Trump recevait le Premier ministre adjoint chinois, Liu He.

Durant le point de presse avant l’entretien officiel, le président Trump a créé la surprise en évoquant la possibilité de négocier avec la Chine et la Russie une diminution de leurs dépenses nucléaires [1].

Les ministres des Affaires étrangères de l’Otan ont évoqué le retrait des États-Unis du Traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire, dont ils rendent la Russie responsable. Le secrétaire général, Jens Stoltenberg, a assuré qu’il n’était pas question —pour le moment— de rejouer la polémique sur les euromissiles, c’est-à-dire sur un déploiement en Europe de lanceurs terrestres de bombes atomiques qui transformerait cette région en prochain champ de bataille.

10 États possèdent actuellement l’arme atomique (Arabie saoudite, Chine, Corée du Nord, États-Unis, France, Inde, Israël, Pakistan, Royaume-Uni et Russie). Cependant, seuls les trois Grands disposent de la triade de lanceurs requis pour être dissuasifs et crédibles en toute circonstance. Surtout, leurs bombes sont de toutes catégories et nettement en avance techniquement sur celles de leurs concurrents.

D’un point de vue économique, les coûts en matière d’armement atomique, à la différence de ceux en armement conventionnel, sont dépensés en pure perte, car ce matériel n’offre aucune possibilité d’exportation. Jusqu’à présent les seules négociations de désarmement qui furent couronnées de succès, se tinrent à la fin de la Guerre froide lorsque ces dépenses étaient devenues intenables, particulièrement pour l’URSS dont le territoire était beaucoup plus étendu que celui des USA.

Toutes les tentatives de désarmement qui ont été abordées d’un point de vue moral ont échouées. Barack Obama, qui s’était engagé en ce sens, avait reçu préventivement le prix Nobel de la Paix avant de déclarer forfait.

Donald Trump expose cette question sous l’angle économique, contredisant la rhétorique de la « menace russe » qui était au cœur de la réunion de l’Otan. La Chine et la Russie souhaitent s’engager sur la même voie que le président des États-Unis.

[1] “Remarks by Donald Trump and Liu He Before Bilateral Meeting”, by Donald Trump, Liu He, Voltaire Network, 4 April 2019.

https://www.voltairenet.org/article205980.html

Vladimir Poutine et le nouveau président kazakh discutent nucléaire et défense

Vladimir Poutine et le nouveau président kazakh discutent nucléaire et défense

  • AFP
  • parue le 

Le président russe Vladimir Poutine et son nouvel homologue kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, ont promis mercredi de renforcer encore « l’amitié » entre les deux pays, notamment dans le domaine militaire et le nucléaire, deux semaines après la démission surprise de l’ex-président kazakh Noursoultan Nazarbaïev.

« Je vais faire tout mon possible pour renforcer davantage le potentiel déjà atteint d’amitié entre nos peuples », a déclaré M. Tokaïev au Kremlin, lors de sa première visite officielle à l’étranger. Il a fait l’éloge des relations « exemplaires » entre la Russie et le Kazakhstan sous son prédécesseur qui a été au pouvoir dans ce pays d’Asie centrale pendant environ 30 ans.

« Nous proposons d’avancer vers de nouvelles formes de collaboration », a souligné pour sa part M. Poutine après la rencontre. « J’entends par là avant tout la construction d’une centrale nucléaire au Kazakhstan avec des technologies russes », a-t-il ajouté.

Premier producteur mondial d’uranium, le Kazakhstan envisage le lancement de sa première centrale atomique avec l’aide, notamment, de la Russie. L’année dernière, la Russie a débuté la construction d’une centrale en Ouzbékistan, la première en Asie centrale.

M. Poutine s’est également félicité d’un renforcement des liens militaires entre le Kazakhstan et Moscou, citant la formation d’experts kazakhs en Russie.

Le choix de la Russie par M. Tokaïev pour son premier déplacement à l’étranger a été perçu par de nombreux analystes comme un gage de la continuation de la politique étrangère du Kazakhstan, allié de longue date de Moscou.

M. Nazarbaïev, 78 ans, a annoncé son départ le 19 mars. Il dirigeait le Kazakhstan depuis l’époque soviétique, d’abord en tant que premier secrétaire du Parti communiste local puis à partir de 1991 comme président de ce pays d’Asie centrale aux riches ressources en hydrocarbures. Il continuera toutefois d’occuper des fonctions clés dans le pays.

Kassym-Jomart Tokaïev, 65 ans, jusqu’alors président du Sénat, est devenu président par intérim en attendant la prochaine présidentielle prévue en avril 2020. M. Tokaïev a été deux fois ministre des Affaires étrangères, et Premier ministre du Kazakhstan de 1999 à 2002. Sa première décision en tant que président a été de demander de rebaptiser la capitale du pays, Astana, qui est devenue « Nur-Sultan », le prénom de l’ancien président.

1/10 – Interview de Michal Kurtyka, vice-ministre de l’Environnement de Pologne et président de la COP 24

1/10 – Interview de Michal Kurtyka, vice-ministre de l’Environnement de Pologne et président de la COP 24

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Par la rédaction

Vous avez présidé la COP 24 en décembre 2018. Quel bilan en faites-vous ?

Michal Kurtyla : La vocation de la COP 24 à Katowice était double : d’une part, finaliser le manuel d’application de l’accord de Paris pour une mise en oeuvre par tous les États signataires dès 2020, et d’autre part, enclencher le renforcement des engagements internationaux en termes de réduction de gaz à effet de serre (GES), pour nous donner une chance de limiter le réchauffement climatique à + 2 °C, voire à + 1,5 °C. Une politique climatique mondiale doit  nécessairement aller de pair avec une action politique globale. Nous sommes conscients que cela demande d’énormes efforts de la part de certains États. Ce en quoi l’accord de Katowice signé par 200 États a permis de conforter celui de Paris.

Désormais, chaque pays s’engage à contribuer à la politique globale par des actions concrètes, pratiques, régulières et transparentes. Il est important d’encourager toute action dans ce sens pour créer, voire renforcer une solidarité en faveur de notre planète. Le concept d’engagement ne va pas sans celui de la solidarité qui est une idée très forte, très ancrée, et qui a marqué l’histoire de la Pologne.

La Pologne a une forte dépendance aux énergies fossiles, mais elle affiche de nouvelles ambitions. Quelles sont-elles ?

M. K. : La Pologne a rejoint l’Union européenne il y a presque quinze ans (le 1er mai 2004). Notre pays dépend de la combustion d’énergies fossiles, à commencer par le charbon, exploité depuis l’ère industrielle et qui constitue en soi un patrimoine industriel à part entière. Cette énergie emploie encore aujourd’hui plus de 80 000 personnes, surtout en Silésie, et produit plus de 80 % de l’électricité, ce qui permet de rendre notre pays indépendant. Cette situation énergétique très contrastée est intéressante car la Pologne porte des ambitions, parmi les plus fortes de l’Union européenne, pour procéder à une transition énergétique la plus efficace possible. C’est aussi le cas de l’Inde et de la Chine, en Asie, qui dépendent beaucoup des énergies fossiles, connaissent un développement économique rapide et régulier, et qui souhaitent aussi développer des énergies bas carbone.

Il n’est pas envisageable de conduire un pays sur le plan énergétique de manière aléatoire.

Aujourd’hui la Pologne vise le déploiement d’énergies bas carbone dont le nucléaire car c’est une énergie puissante, sûre, disponible 24h/24 et qui permettra de conserver notre indépendance énergétique. Fin 2018, le ministère de l’Énergie a lancé un projet soumis à consultation publique intitulé « Politique énergétique polonaise jusqu’à 2040 (PEP2040) », en vue de la mise en place d’un premier réacteur. L’objectif du gouvernement est d’atteindre 6 à 9 GW de capacité nucléaire d’ici 2043, ce qui représentera alors environ 10 % de la production d’électricité de la Pologne. Nous ne partons pas de zéro. Nous avons commencé à engager la transition énergétique et l’électromobilité. Savez-vous par exemple que la Pologne dispose davantage d’éoliennes terrestres que le Danemark ? Outre le développement de l’éolien offshore, nous comptons aussi sur la mise en place de parcs solaires photovoltaïques.

Sur le plan européen, nous avons été aux côtés de la France et de l’Allemagne pour soutenir l’objectif de 32 % d’énergies renouvelables en Europe d’ici 2030, dans la consommation finale brute d’énergie. Nous sommes  également conscients de nos limites. Une politique volontariste de transition énergétique a un prix qui se répercute sur le budget des ménages. Aujourd’hui, il faut savoir que la part de la facture énergétique d’un ménage polonais représente 10 % de son budget. Acheter une voiture électrique demande des efforts considérables, alors que le transport et l’habitat sont les deux premières causes de production de gaz à effet de serre en Pologne, comme partout dans le monde, en France aussi.

On peut noter encore de fortes oppositions au nucléaire, notamment dans les milieux environnementaux. Comment envisagez-vous une meilleure acceptation ?

M. K. : Je pense qu’il ne faut pas perdre de vue l’objectif de tous les États qui ont signé l’accord de Paris et l’accord de Katowice : celui de lutter contre le réchauffement climatique en conduisant des actions concrètes. Notre devoir est d’expliquer encore et encore nos choix énergétiques, et les raisons de ces choix. D’où viendra la sécurité énergétique au XXIe siècle ? Si nous arrivons à stocker l’énergie liée à l’électromobilité, les énergies renouvelables pourront davantage se développer. De même, peut-il être envisagé une révision du système énergétique permettant plus de flexibilité ? Notre devoir est de nous poser des questions avec pragmatisme et dans un dialogue ouvert avec toutes les parties prenantes. Notre devoir est de continuer d’assurer notre sécurité d’approvisionnement pour répondre à nos besoins constants et conserver notre indépendance énergétique. Il faut savoir que la croissance du PIB de la Pologne est proche de 5 % par an ; elle n’a pas été affectée par la crise financière et économique de 2008. Nous devons aussi nous poser les bonnes questions : par quoi peut-on remplacer le charbon responsable de nos émissions ? Les énergies renouvelables ont un coût de production du MWh comparable dans certains cas à celui des énergies conventionnelles. C’est plutôt bien.

Mais force est de constater que les renouvelables seuls ne sont pas aujourd’hui en mesure de répondre à tous nos besoins, car ils dépendent des conditions météorologiques. Il n’est pas envisageable de conduire un pays sur le plan énergétique de manière aléatoire. Dans l’attente de solutions énergétiques vertes fiables, nous sommes tous contraints de faire appel à des choix tels que le gaz, le charbon ou le nucléaire. Tous les pays ne peuvent investir autant, comme le fait l’Allemagne, dans les énergies renouvelables, sachant qu’elle doit avoir recours en parallèle au gaz et au charbon pour compenser l’arrêt programmé du nucléaire. L’Allemagne est face à un dilemme. Concernant la Pologne, il s’agit d’avoir une vision claire de l’avenir – plus propre – que nous souhaitons, et expliquer, partager les moyens pour mettre en oeuvre cette vision. C’est la meilleure façon de tendre vers une acceptation la plus large.

Comment envisager le développement de l’énergie nucléaire en Pologne ?

M. K. : Les petits réacteurs modulaires (SMR) sont une nouvelle filière qui pourrait émerger. La difficulté pour nous aujourd’hui est qu’ils sont moins compétitifs que les gros réacteurs. Il n’est pas question aujourd’hui de construire en Pologne une filière nucléaire basée, par exemple, sur le modèle français. Mais cette industrie présente une excellente opportunité de partenariat parce que le nucléaire lie les pays non pas pour quelques années mais quasiment pour un siècle. C’est une opportunité industrielle de construction d’une filière, de mise en oeuvre d’une haute technologie et de partenariats. L’Union européenne permet un tel accomplissement car nous avons beaucoup de défis communs à relever. La lutte pour le climat en est un.

© DR

http://www.sfen.org/rgn/1-10-interview-michal-kurtyka-vice-ministre-environnement-pologne-president-cop-24?utm_source=RGH_Hebdo&utm_medium=email&utm_campaign=Hebdo

Signature du contrat stratégique de la filière nucléaire

Signature du contrat stratégique de la filière nucléaire

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Par Cécile Crampon

Le 28 janvier 2019, un contrat stratégique de la filière nucléaire a été signé, pour la première fois de son histoire. Cette signature très attendue par toute la filière s’est tenue en présence de François de Rugy, ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances et Dominique Minière, président du Comité stratégique de la filière nucléaire (CSFN), et de l’ensemble des acteurs concernés.

Qu’est-ce qu’un contrat stratégique de filière ?

Au sein de la filière nucléaire, « Orano, CEA, Andra, Framatome, EDF et toutes les PME/ETI, nous sommes tous persuadés que nous avons tout à gagner, à travailler ensemble. Conduire des actions clés communes, c’est le sens du contrat stratégique de filière », a rappelé Dominique Minière.

Pour définir ce contrat stratégique de filière, un Comité de pilotage stratégique de la filière nucléaire (CSFN) a été créé. Ses missions : identifier, d’une part, de façon convergente, au sein de ce contrat, les enjeux clés de la filière et les engagements réciproques de l’État et des industriels (exploitants nucléaires, industriels de la filière, syndicats, le pôle de compétitivité de la filière, la DGE, la DGEC), et d’autre part, émettre des propositions d’actions concrètes et suivre leur mise en œuvre, au travers d’une feuille de route partagée. En France, à ce jour, il existe 16 Comités stratégiques de filière (CSF), dans l’aéronautique, l’automobile, le ferroviaire, etc.

En parallèle, le GIFEN (Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire) est le nouveau syndicat de la filière dont les donneurs d’ordre, les industriels de la filière, les organisations professionnelles, et plus d’une vingtaine d’associations, sont membres. L’objectif est d’unir la filière pour « être plus forts, toutes compétences et expertises réunies, et permettre de conduire de manière cohérente les actions du contrat de la filière nucléaire et lui assurer la conservation, dans l’avenir, de ses savoirs faire » à l’échelle nationale mais aussi internationale, poursuit Dominique Minière.

Herve Maillart est le Coordonnateur du CSFN. Dominique Minière est le Président du CSFN et du GIFEN.

Ce contrat stratégique de la filière nucléaire signé entre l’Etat et les principaux acteurs du nucléaire français, ce lundi 28 janviers 2019, avait donc pour objectif de définir un plan d’actions ambitieux et cohérent pour la pérennité de la 3ème industrie en France.
Plus largement, ce contrat s’inscrit de façon concrète dans les orientations définies par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en matière d’énergie nucléaire et garantit aussi à la filière la visibilité, de long terme, dont elle a besoin pour préserver son savoir-faire national, maintenir les compétences dans la filière, et partir, dans les meilleures conditions, à la conquête de nouveaux marchés.

Le nucléaire, une énergie décarbonée, assurant la sécurité d’approvisionnement

La signature du contrat a été l’occasion de rappeler les fondamentaux qui caractérisent l’énergie nucléaire en France, « un pilier extrêmement important de notre politique française » pour François de Rugy. En effet, le nucléaire qui est une énergie bas carbone est incontournable dans la transition énergétique pour atteindre les objectifs climat que la France s’est donnée.
Le nucléaire est aussi une énergie fiable, disponible à la demande, 24h/24. Il constitue un atout indéniable pour la France où « le marché européen de l’électricité peut connaître des tensions sur le réseau électrique ». Le ministre de la Transition écologique et solidaire a rappelé que la fermeture programmée de centrales à charbon, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie, peuvent conduire à des dysfonctionnements du réseau électrique européen. Dans ce contexte, la France doit être capable d’assurer « une sécurité d’approvisionnement solide et stable ».

Le nucléaire, une réponse à la réindustrialisation de la France

Est-il utile de repréciser que l’énergie nucléaire est la 3ème filière industrielle française, (après l’aéronautique et l’automobile). La filière regroupe 2 600 entreprises dont plus de 50 % ont une activité à l’export et totalise aujourd’hui 220 000 emplois directs et indirects, non délocalisables. « Nous croyons à cette filière et nous voulons lui offrir un avenir », a résumé Bruno Le Maire. Il a appelé à la nécessité d’une reconquête industrielle du pays. A contrario, « toute désindustrialisation a des conséquences désastreuses, politiquement, financièrement, économiquement et culturellement ». La filière nucléaire est un atout s’inscrivant pleinement dans cette reconquête. Il s’agit bien de conserver cette filière d’excellence, « Made In France ».

 

6 actions structurantes dans le contrat stratégique de la filière nucléaire :

Action 1 : Garantir les compétences et l’expertise nécessaires pour une filière nucléaire attractive, sûre et compétitive

L’attractivité de la filière nucléaire est un enjeu fort pour cette industrie d’excellence, tout comme le domaine des compétences, même si, comme le notait Alexandre Grillat, secrétaire général CFE-CGC, « beaucoup de métiers du nucléaire sont communs aux autres industries dans son ensemble ».  De nombreux facteurs induisent des risques de fragilisation des compétences : déficit d’image des métiers de l’industrie auprès des jeunes, raréfaction des grands projets nucléaires, difficultés de maîtrise des procédés de fabrication ou de conduite des projets, dégradation de l’image de la filière auprès du public…Les objectifs sont clairs : il faut améliorer l’attractivité de cette industrie, de la filière nucléaire et de ses métiers par des actions en régions ; disposer d’offres de formations initiales et continues, pour permettre de maintenir des compétences et des recrutements de qualité dans la filière.
Action 2 : Structurer, avec l’aide du numérique, la supply chain et la démarche d’innovation au sein de la filière

L’état des lieux de l’utilisation du numérique mené par le GIFEN conduira à un certain nombre de développements, que l’Etat s’engage à examiner dans le cadre des investissements d’avenir. Pour un meilleur déploiement des solutions numériques auprès des PME/ETI, il sera également essentiel de mettre en place les infrastructures nécessaires, en local dans les régions et intercommunalités. L’Etat s’engage à prendre en compte les besoins exprimés par les industriels de la filière nucléaire dans les démarches et actions qui vont résulter de la mission « Territoires d’industrie », lancée par le premier Ministre. L’objectif est donc, d’une part, de faire bénéficier la filière nucléaire de l’ensemble des outils et des kits d’accompagnements proposés par la mission pour ces territoires (très haut débit, transports, compétences, financements…), et d’autre part, d’intégrer, dans les conclusions de la mission, les territoires concernés de la filière nucléaire.

Action 3 : Promouvoir une économie circulaire au sein de la filière

Concernant le recyclage des combustibles usés, il est considéré comme un élément majeur de la stratégie de la filière nucléaire française (cycle fermé). En effet, il permet d’économiser les matières premières et de réduire le volume et la toxicité des déchets, tout en les conditionnant de manière sûre et pérenne. Il s’appuie aujourd’hui sur l’utilisation opérationnelle de combustible MOX, qui permet un recyclage en réacteur à eau sous pression (REP) des matières issues du traitement des combustibles usés. Des études seront également menées pour le moxage de nouveaux réacteurs et le multi recyclage des matières.

Le recyclage des métaux de Très Faible Activité (TFA) est également évoqué. A noter qu’en France, plusieurs installations du cycle combustible ou de production d’électricité sont à l’arrêt et en cours de déconstruction. Après la phase d’exploitation, les exploitants sont responsables de la déconstruction et de la gestion des déchets issus de ses installations. Les déchets produits sont majoritairement à vie courte de très faible ou faible à moyenne activité. Dans les années à venir, avec la croissance attendue des activités de déconstruction, les flux de déchets de démantèlement des installations (par exemple les centrales et installations d’enrichissement) vont significativement augmenter, notamment les flux de métaux de très faible activité.

Cette action 3 rappelle la nécessité d’une concertation significative entre les pouvoirs publics, les organisations syndicales et les industriels, afin de disposer de feuilles de route pour anticiper les investissements sur le moyen/long-terme. Les échéances associées à ces feuilles de route R&D pouvant être très longues, la filière a besoin d’une grande stabilité et un soutien fort de l’Etat, au niveau des financements publics des orientations stratégiques retenues par l’Etat et de l’adaptation du cadre réglementaire.

Action 4 : Définir les réacteurs nucléaires de demain et les outils du futur

Cette action 4 porte en particulier sur le développement de l’EPR2 et d’un SMR (Small Modular Reactor), ainsi que de l’Usine nucléaire du futur.
L’objectif est de définir les réacteurs et outils du futur, en visant plus particulièrement à accélérer l’initiative « Usine Nucléaire du Futur », lancée par EDF, le CEA et Framatome, et à développer un modèle de SMR (Small Modular Reactor) de technologie française. Cet objectif s’inscrit dans le cadre de la PPE, où le Gouvernement a annoncé qu’il conduirait, avec la filière nucléaire, un programme de travail qui devra rendre ses conclusions à mi 2021, afin de permettre une prise de décision sur le lancement éventuel d’un programme de construction de nouveaux réacteurs en France, avec l’EPR2.

Action 5 : Disposer d’une stratégie globale filière à l’international

Le développement à l’international est l’un des axes de développement stratégique de la filière nucléaire française, valorisant les compétences et son savoir-faire, dans un marché de croissance, sur les décennies à venir, dans le monde. Une opportunité pour les grands acteurs (EDF, Framatome, Orano), mais également pour l’ensemble des entreprises de la filière. Cette démarche commerciale concerne d’une part, la vente de technologies (nouveau nucléaire, usines du cycle, etc.) et d’autre part, la vente de prestations et services sur tout le cycle de vie de l’industrie du nucléaire. L’offre française est également accompagnée d’un faisceau de prestations et de coopérations scientifiques et techniques à destination des pays souhaitant développer un programme électronucléaire. En promouvant à l’export les technologies, normes et solutions françaises, cette démarche commerciale a pour objectif de renforcer l’indépendance de l’industrie française vis-à-vis de l’influence d’acteurs étrangers et permettre de dégager des volumes d’affaire indispensables aux industriels. Au-delà du chiffre d’affaire, les projets nucléaires à l’export contribuent à renforcer la capacité de la filière à maintenir, dans le temps, des compétences nécessaires à la conception et la réalisation de grands projets industriels.

Action 6 : Lancer une démarche « filière » pour accélérer la transformation du tissu industriel vers l’industrie du futur

L’objectif est d’accompagner les entreprises de la filière pour mettre en œuvre les transformations numériques et technologiques nécessaires dans les années à venir. L’Etat et la filière s’engagent ici pour faciliter l’accès aux outils institutionnels nécessaires. Il s’agit par exemple de faciliter l’inscription des PME-ETI de la filière nucléaire aux outils, nationaux et régionaux ; d’accompagner la filière nucléaire pour le lancement de la première session « Accélérateur PME » qui sera lancée conjointement avec BPI France ; ou d’accompagner les actions de la filière nucléaire à l’export, via la mise en place d’outils d’information, de communication et de prospection lui permettant de construire et mettre en place sa stratégie puis de promouvoir ses offres.

 

Lien : communiqué de presse – Ministère de la Transition écologique et solidaire
https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/signature-du-contrat-strategique-filiere-nucleaire

Jean-Louis Etienne : « Il ne faut pas arrêter la recherche sur le nucléaire »

Jean-Louis Etienne : « Il ne faut pas arrêter la recherche sur le nucléaire »

Matthieu Quiret Le 30/12 à 15:22
Le grand RDV Europe 1 Jean-Louis Etienne.
Le grand RDV Europe 1 avec Jean-Louis Etienne. – Laurent Hazgui

L’explorateur, qui prépare une mission en Antarctique, estime que seule l’action des consommateurs peut entraver le réchauffement climatique. Il considère que les énergies renouvelables pourront uniquement s’imposer dans la consommation domestique.

L’Etat doit poursuivre les recherches mais c’est au citoyen d’agir. C’est en substance le propos qu’a développé dimanche l’explorateur Jean-Louis Etienne, lors de l’émission Le Grand Rendez-Vous Europe 1-CNews- « Les Echos » . Interrogé sur la difficulté de poursuivre la transition énergétique dans le contexte de dénonciation des inégalités sociales par les « gilets jaunes », l’ancien médecin a jugé d’abord nécessaire de rétablir la paix sociale et économique dans le pays. « C’est un ajustement difficile », a-t-il reconnu à propos de la mise en place des fiscalités écologiques. S’il juge « logique » d’établir une taxe carbone, Jean-Louis-Etienne comprend les réticences au changement des populations. « Les scientifiques sont écoutés sur le climat mais il s’agit de changer l’économie mondiale. Le monde marche au charbon alors que c’est le pire ennemi du climat. »

Sanctionner les banquiers

Pour lui, notre mode de vie est excessif en consommation de tout mais il ne croit pas à un virage collectif vers la décroissance : « Comme les produits de la croissance, on voit bien que c’est difficile de se partager les produits de la décroissance, elle peut s’appliquer à soi-même sur ses propres choix de vie personnels. » Le spécialiste des pôles juge que chaque consommateur doit agir. Il conseille par exemple de ne manger de la viande que deux fois par semaine, recommandant de manger des oeufs, « un aliment qui contient tout » ; ou de sanctionner les banquiers qui continuent d’investir dans des projets comme  la mine de charbon du Queensland en Australie.

Jean-Louis Etienne estime aussi que les énergies renouvelables pourront s’imposer uniquement dans la consommation domestique. Il assure que chaque maison peut s’alimenter avec quelques panneaux solaires photovoltaïques et thermiques, une petite éolienne verticale mais reste sceptique sur un développement plus massif. « Rien que pour alimenter le métro parisien et le RER, il faudrait 400 éoliennes », prévient-il.

Rare écologiste favorable au nucléaire, Jean-Louis Etienne rappelle qu’il faudra compter sur cette source d’énergie décarbonée. Plus que l’actuelle deuxième génération de réacteur ou le prochain EPR, l’explorateur mise sur la quatrième génération à fusion. « Elle permettra de digérer nos déchets et de produire beaucoup d’énergie. Il ne faut pas arrêter la recherche sur le nucléaire. »

Zéro émission

Dans l’immédiat, le premier homme à avoir atteint le pôle Nord en solitaire en 1986 est surtout à la recherche de sponsors privés pour  sa future expédition Polar Pod en Antarctique. Ce grand flotteur avec huit membres d’équipage doit se laisser dériver le long du courant qui circule autour du continent glacé pour mesurer la dissolution du CO2 dans ces eaux froides. « On a besoin de connaître les échanges entre l’atmosphère et l’océan », justifie-t-il. L’Etat participera à la construction du navire qui coûtera 15 millions d’euros et doit débuter en fin d’année, le financement de la mission elle-même restant à trouver auprès des donateurs. L’explorateur promet un appareil sans émission, alimenté par six éoliennes et juste équipé d’un groupe électrogène de secours.

Matthieu Quiret
@MQuiret

Le Kazakhstan, un acteur nucléaire à connaître

21.01.2019

Le Kazakhstan, un acteur nucléaire à connaître

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Par la rédaction

Grand comme cinq fois la France, le Kazakhstan, qui regorge de matières premières (fossiles et minérales), est devenu un acteur incontournable de la scène énergétique mondiale, notamment dans la production d’uranium. Aujourd’hui, il affiche de nouvelles ambitions.

Des mines d’uranium

Acteur mondial du nucléaire, le Kazakhstan ne l’est pas par son parc nucléaire installé mais par son rôle dans l’approvisionnement en uranium. Avec 13 % des réserves du globe, ce pays d’Asie est au deuxième rang mondial, derrière l’Australie. Si cette richesse est exploitée depuis près de cinquante ans, il a fallu attendre la généralisation de l’extraction par lixiviation in situ [1], à partir de la fin des années 1990, pour que le Kazakhstan s’y intéresse de près. En une dizaine d’années, de 2001 à 2013, sa production d’uranium a été décuplée et en 2016 le pays produisait 39 % de l’uranium mondial (24 500 tonnes).

Le Kazakhstan peut en effet compter sur 50 gisements d’uranium répertoriés, dont une partie est exploitée dans 17 mines. L’intégralité de l’exploitation de cette ressource est supervisée par Kazatomprom. L’entreprise d’État kazakhstanaise, créée en 1997, s’est hissée en quelques années au rang de premier producteur mondial d’uranium, devant le canadien Cameco et le français Orano. Soutenue par les ambitions économiques de l’État kazakhstanais, dès 2008, Kazatomprom avait fait part de sa volonté de produire 30 % de l’uranium mondial en 2015 (il en produisit 39 % cette année-là).

La France présente

La France est un partenaire de longue date du  Kazakhstan dans l’amont du cycle nucléaire. En 1996, la coentreprise KATCO est créée entre la Cogema (devenue Orano) et la société kazakhstanaise KATEP pour exploiter le gisement de Muyunkum au Sud du pays. C’est toujours via cette coentreprise, mais désormais avec Kazatomprom, qu’Orano y exploite ce gisement sur les deux sites de Muyunkum et Tortkuduk, séparés d’une quarantaine de kilomètres, avec la technologie de lixiviation in situ. Grâce à une rapide montée en puissance de la production décidée à partir de 2008, l’entreprise française y extrait entre 3 200 et 4 000 tonnes d’uranium par an, soit près de la moitié de sa production mondiale.

Fabrication du combustible, production électronucléaire : de nouvelles ambitions

Dans le passé, le Kazakhstan était un producteur d’électricité nucléaire, avec la mise en service, en 1973, du réacteur BN-350 dans la ville actuelle d’Aktaou, sur les rives de la mer Caspienne. Ce réacteur à neutrons rapides et à caloporteur sodium a fonctionné jusqu’en 1993. Il alimentait notamment en énergie l’usine de dessalement de la ville. Premier grand réacteur à neutrons rapides de l’URSS, il a servi de modèle à la gamme russe actuelle de RNR, y compris le BN-1200 en construction.

D’ici 2030, le Kazakhstan ambitionne de produire 4,5 % de son électricité à partir de l’énergie nucléaire. Pour y parvenir, le pays étudie sérieusement la possibilité de construire deux réacteurs russes VBER-300 ou un VVER-1200 à Kourtchatov, au Nord-Est du pays. En septembre 2017 le ministère de l’énergie kazakhstanais a annoncé la réalisation d’une étude de faisabilité pour confirmer la construction de cette première centrale.

Une autre ambition nucléaire se dessine. En 2014, un accord a été signé avec le géant nucléaire chinois CGN pour construire une usine de production d’assemblages de combustible nucléaire de 200 t/an. Financée à 49 % par l’entreprise chinoise, elle devrait  permettre au Kazakhstan de valoriser directement son uranium et d’approvisionner les centrales chinoises. La France est partenaire du projet, au travers d’Orano.

Crédit photo : Shutterstock

1.Technique consistant à injecter une solution dans un minerai par le biais d’un forage puis à pomper les produits dissous avec un nouveau forage.

http://www.sfen.org/rgn/kazakhstan-acteur-nucleaire-connaitre?utm_source=RGH_Hebdo&utm_medium=email&utm_campaign=Hebdo

L’entente américano-chinoise qui a permis l’extraction de matières nucléaires au Nigeria

Main dans la main
L’entente américano-chinoise qui a permis l’extraction de matières nucléaires au Nigeria

L’opération a été rondement menée même si elle comportait de nombreux risques. En octobre 2018, une équipe d’experts américains, britanniques, norvégiens et chinois ont extrait, en compagnie de sous-traitants tchèques et russes, de l’uranium dans la région de Kaduna au Nigeria. L’objectif était d’éloigner toutes ces matières nucléaires des groupes terroristes nigériens. Une mission que les Etats-Unis voulaient effectuer depuis déjà quelques temps.

Le site Defense News explique tout le déroulé de cette opération. L’équipe a d’abord été réunie dans une zone sure au Ghana. La cible : le réacteur de recherche miniature NIRR-1, situé à l’Université Ahmadu Bello de Kaduna, site qui a ouvert en 2004 et où travaillent 170 nigériens et qui alimente les expériences scientifiques. NIRR-1 ne possède qu’un peu plus d’un kilo d’uranium hautement enrichie (UHE également appelé uranium de qualité militaire), c’est-à-dire une dose insuffisante pour créer une ogive nucléaire. Mais si des groupes terroristes mettaient la main dessus, ils n’auraient qu’à y ajouter du matériel obtenu ailleurs pour créer une explosion conséquente.

D’où l’importance de l’intervention dans cette région sensible, où des groupes terroristes et idéologiques tels que Boko Haram montent en puissance. Dans ce contexte, et pour des raisons de sécurité, l’équipe de chercheurs n’avait donc que 24 heures pour agir pour une mission qui demande plusieurs jours en temps normal. L’opération, initialement prévue le 20 octobre, va même connaître un retard de trois jours à cause d’un couvre-feu imposé par l’Etat après des violences communautaires qui ont causé la mort de 55 personnes.

L’équipe a donc atterri le 23 octobre au Nigeria. Avec eux, un TUK-145 / C, conteneur de 30 litres permettant de transporter l’uranium en toute sécurité. A 9h, les experts, rejoints par l’U.S. State Department security (service de sécurité diplomatique américain) ainsi que la première division de l’armée du Nigeria, sont arrivés au réacteur.

Au terme d’une journée exténuante physiquement pour respecter les délais, l’équipe parvient finalement à extraire le matériel contenu dans le réacteur, ce dernier plongé dans une piscine à 6 mètres de profondeur. L’UHE est ensuite transporté directement en Chine où l’avion a atterri le 6 décembre. Les autorités chinoises se sont alors emparés du matériel et sont désormais seuls décideurs du sort de celui-ci. A en croire Defense News, il pourrait bien être retraité et stocké.

Bien que de réelles tensions et désaccords existent entre le USA et la Chine, l’opération s’est parfaitement bien déroulée et le deux gouvernements prouvent qu’ils sont capables de travailler ensemble pour prévenir la prolifération du nucléaire. D’autant que la Chine n’avait pas participé financièrement à la réalisation de cette mission.

Vu sur : Defense News
Les commentaires de cet article sont à lire ci-après

1/10 – « L’EPR, l’atout de la transition énergétique »

L’information de référence sur l’énergie nucléaire

08.11.2018

1/10 – « L’EPR, l’atout de la transition énergétique »

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Interview de Xavier Ursat, Directeur Exécutif d’EDF en charge de l’ingénierie et du nouveau nucléaire

Avec l’EPR, les difficultés sont-elles derrière nous ?

Xavier Ursat : L’EPR est en train de vivre une phase éminemment importante de son histoire. Taishan 1 est, depuis avril dernier, le premier EPR à avoir été mis en service. Ce réacteur produit depuis une électricité décarbonée, avec un niveau de puissance et de sûreté jamais égalé. Trois autres EPR se préparent à produire leurs premiers mégawatts dans le monde : Taishan 2, Olkiluoto et Flamanville 3. Autant de projets qui aboutissent, gages de crédibilité et de confiance essentiels pour le développement de la filière nucléaire française, à un moment où le nucléaire doit être considéré comme un levier de la lutte contre le réchauffement climatique, aux côtés des énergies renouvelables.

Et même si aujourd’hui nous devons déployer un plan d’actions pour garantir la parfaite réalisation des soudures de Flamanville 3, nous sommes plus que jamais convaincus que l’EPR français, comme Taishan, sera pour nous et nos partenaires une réussite. Nous sommes engagés dans la dernière ligne droite avant la mise en service du réacteur au 4e trimestre 2019. 4 500 personnes s’affairent pour poursuivre les autres activités de montage et d’essais ; le début des essais dits « à chaud » [1] est ainsi programmé avant la fin de cette année.

 

Peut-on s’appuyer sur la technologie EPR pour renouveler le parc français ?

J’en suis absolument convaincu. L’EPR est aujourd’hui le produit dont nous avons besoin pour accompagner l’évolution du parc français actuel ; il s’inscrit dans la continuité des réacteurs existants et offre les meilleurs standards en termes de sûreté ainsi que des performances économiques et environnementales améliorées.

Nous devons néanmoins faire la preuve de sa compétitivité. L’AIEA l’a souligné dans une analyse publiée en septembre 2018 [2]. Cette exigence, la filière nucléaire française peut l’avoir. Les premiers chantiers ont permis à la technologie EPR d’atteindre la maturité et d’initier une dynamique industrielle qui entraîne, de projet en projet, une réduction des coûts et de délais de mise en oeuvre.

Pour renforcer cette dynamique « naturelle » commune à toutes les industries, nous travaillons depuis plusieurs années à intégrer tout le retour d’expérience des chantiers EPR en cours, tant sur le plan industriel que sur celui des méthodes d’ingénierie et des outils. Nous avons ainsi engagé, avec Framatome et les industriels de la filière, le projet « EPR 2 » dont l’ambition est de disposer d’un réacteur EPR au design simplifié, moins coûteux et plus facile à construire, pour renouveler le parc nucléaire français à l’horizon 2030.

Dispose-t-on des compétences nécessaires pour se donner cette ambition ?

X.U. : Nous avons toutes les cartes en main.

Tout d’abord, une filière industrielle structurée et aguerrie. Ses 220 000 salariés assurent chaque année en France 400 TWh d’une production sûre, compétitive, décarbonée ; c’est une formidable vitrine qui convainc les pays qui font le choix du nucléaire.

Ensuite, notre implication dans les chantiers EPR à Flamanville et dans le monde. Ces projets sont de réelles opportunités de renforcer notre savoir-faire. Les milliers d’ingénieurs détachés par EDF, Framatome et toutes les  entreprises françaises y accumulent une expérience précieuse de construction, immédiatement mutualisée et mise à profit. Au-delà, ces projets contribuent à lisser la charge de travail de l’ingénierie et à optimiser les  investissements matériels et humains, indispensables au dynamisme d’une industrie. Autant de leviers susceptibles de réduire significativement le coût des projets et donc de renforcer leur compétitivité.

Pour faire face aux défis du changement climatique, l’urgence absolue est au développement rapide des énergies bas carbone : les énergies renouvelables et le nucléaire

Tout ce travail engagé commence à porter ses fruits. Mais être capables de disposer des compétences nécessaires pour mettre en oeuvre de nouveaux chantiers suppose, aussi, une stratégie industrielle claire. C’est en donnant de la visibilité à nos partenaires sur les projets industriels susceptibles d’être réalisés en France et à l’export que la filière nucléaire pourra engager les recrutements et les formations nécessaires au développement des compétences dont notre industrie se compose.

Vous parlez de projets internationaux ; quelles sont, à ce jour, les perspectives internationales de l’EPR ?

X.U. : Pour faire face aux défis du changement climatique, l’urgence absolue est au développement rapide des énergies bas carbone : les énergies renouvelables et le nucléaire. Dans ce contexte, le raccordement au réseau de Taishan est  un réel gage de crédibilité pour vendre notre savoir- faire partout dans le monde.

La Chine mène de loin l’activité nucléaire la plus intense : 50 % des réacteurs construits dans le monde dans les vingt ans le seront là-bas. La part de production d’électricité d’origine nucléaire dans leur mix représentera près de 10 % en 2030-2035, plus du double d’aujourd’hui. Nos partenaires et le gouvernement chinois souhaitaient attendre la mise en service des deux EPR de Taishan pour parler d’avenir.

Autre marché : l’Inde. Là encore, la dynamique est très forte, avec une ambition de 40 GW de capacité nucléaire installée à horizon 2040, soit six fois plus qu’aujourd’hui où le charbon domine. Pour atteindre cette croissance rapide, les Indiens utilisent deux leviers : accélérer la construction de centrales sur la base de leur propre technologie, d’une part, importer des technologies étrangères d’autre part. L’EPR est à ce jour le seul réacteur de troisième génération au monde à avoir obtenu une licence dans quatre pays différents. C’est un avantage concurrentiel certain, que les Indiens ont bien compris. Ainsi, un accord définitif pour la construction de six réacteurs sur le site de  Jaitapur pourrait être signé dans les prochains mois, faisant de ce site la plus grande centrale nucléaire au monde.

D’autres pays ont exprimé leur intérêt pour la technologie EPR, dont l’Arabie saoudite. Mais encore une fois, le lancement de tous ces projets dépendra de notre capacité à démontrer la compétitivité du nucléaire face aux autres moyens de production d’électricité. Nous sommes confiants dans notre capacité à y arriver même si cela reste un challenge. C’est pour cela que nous sommes dans une logique de réplication du design pour ne pas avoir à refaire des travaux d’ingénierie, et donc faire des économies.

Au-delà du seul réacteur EPR, où en est EDF sur le développement des réacteurs de moyenne puissance et sur les SMR ?

X.U. : L’EPR est assurément le produit phare de la filière française ; mais nous travaillons en effet également sur une offre de réacteurs à eau pressurisée de « moyenne puissance » (1 000 mégawatts). Ce sont les projets ATMEA (en coopération avec MHI) et Hualong (en coopération avec CGN), pour lesquels nous pouvons bénéficier du retour d’expérience de conception et de construction des projets actuels pour développer le basic design de ces nouveaux modèles, qui offriront un niveau de sûreté équivalent aux réacteurs de 3e génération.

Les SMR offrent également des perspectives très prometteuses sur le marché nucléaire international, sur l’ensemble des continents, y compris en Europe. Nous avons ainsi engagé avec le CEA, Naval Group et Technicatome des études d’avant-projet pour la conception d’un réacteur destiné aux marchés à l’export, avec l’objectif de devenir, là aussi, un des leaders mondiaux.

Finalement, le réacteur EPR sera-t-il capable d’accompagner la montée en puissance des énergies renouvelables ?

X.U. : Le parc nucléaire d’EDF en France a déjà largement démontré sa capacité à accompagner la montée en puissance des énergies renouvelables. Les centrales nucléaires ont, depuis les années 1980, toujours été manoeuvrantes pour pouvoir ajuster en permanence la production d’électricité à la consommation très variable selon les moments de la journée et de la nuit. Ces dernières années, avec le développement des énergies renouvelables intermittentes, EDF a encore renforcé la souplesse de fonctionnement de ses réacteurs. Aujourd’hui, les réacteurs nucléaires sont capables d’ajuster jusqu’à 80 %, à la hausse ou à la baisse, leur puissance en 30 minutes et ce, deux fois par jour. Cela représente plus de 1 000 MW sur un réacteur de 1 300 MW et 700 MW sur un réacteur de 900 MW.

Nous devons donc tout faire pour conserver cet atout et les aléas que nous pouvons rencontrer ne doivent pas nous faire douter que le nucléaire sûr et performant est une énergie majeure pour l’avenir car sans CO2. La filière nucléaire française est aujourd’hui parfaitement en ordre de marche pour conduire de nouveaux projets et continuer ainsi à faire du nucléaire un atout majeur de notre mix bas carbone, à même de fournir, en permanence, sans coupure, l’énergie la plus bas carbone et la plus compétitive possible, tout en assurant son indépendance énergétique.

 

Crédit photo : F. Juery / CAPA Pictures

1.Ces essais seront réalisés dans des conditions de température et de pression similaires aux conditions d’exploitation. Il s’agit d’une répétition générale du fonctionnement de la centrale avant le chargement du combustible nucléaire et sa mise en  service.

2.The 38th edition of Energy, Electricity and Nuclear Power Estimates for the Period up to 2050.

http://www.sfen.org/rgn/1-10-epr-atout-transition-energetique

La Russie lance sa toute première centrale nucléaire flottante

Akademik Lomonosov

La Russie lance sa toute première centrale nucléaire flottante

© Sputnik . Alexei Danichev
Russie

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L’agence fédérale de l’énergie atomique Rosatom a mis en service le réacteur de la première centrale nucléaire flottante russe, baptisée Akademik Lomonosov.

Le réacteur de la première centrale nucléaire thermique russe sur l’eau, nommée Akademik Lomonosov, a été mis en service ce vendredi par l’agence fédérale de l’énergie atomique Rosatom, a déclaré à Sputnik une source informée.

«Le lancement physique du réacteur tribord a eu lieu ce vendredi à 17h58, heure de Moscou. Il a atteint son niveau de puissance minimale», a détaillé l’interlocuteur de Sputnik.

Akademik Lomonosov
© Sputnik . Sergey Mamontov
Akademik Lomonosov

L’Akademik Lomonosov pèse pas moins de 21.560 tonnes, sa longueur est de 144,5 mètres et sa largeur de 30 mètres. Il utilise deux réacteurs nucléaires KLT40S flottants ayant chacun la capacité de produire de l’énergie tant électrique que thermique.

La construction de la centrale a commencé en 2007 dans la ville russe de Severodvinsk. En 2018, elle a été transférée à Saint-Pétersbourg. Sa mission est d’alimenter en électricité les régions de l’Extrême-Orient et du Grand Nord.

https://fr.sputniknews.com/russie/201811021038748621-russie-centrale-nucleaire-flottante/?utm_source=RGH_Hebdo&utm_medium=email&utm_campaign=Hebdo

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Revue de presse nationale et internationale.

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