Archives pour la catégorie Nucleaire

C. Coonen : « Atomes crochus avec le nucléaire : le socle de la souveraineté française »

C. Coonen : « Atomes crochus avec le nucléaire : le socle de la souveraineté française »

Par Christopher Th. Coonen*

Le sujet du nucléaire abreuve nos discours électoraux, nos préoccupations, nos médias et les actualités géopolitiques du moment. En France, le nucléaire civil – nos centrales – est le plus contesté par certains segments de notre population et certains corps intermédiaires qui en oublient notre génie nucléaire militaire. Souvenons-nous qu’au sortir de la deuxième Guerre Mondiale, la France a d’abord rejoint le Conseil de sécurité des Nations Unies avec un droit de veto que seuls les Etats-Unis, l’Union Soviétique, Taiwan et ensuite la Chine Populaire et le Royaume-Uni détenaient également. Puis, forts de notre nouvelle projection mondiale, nous fûmes seulement la troisième puissance à maîtriser l’arme nucléaire suite à la détonation de la « Gerboise bleue » en février 1960. Le Général de Gaulle avait bien compris alors que la France, certes alliée des Etats-Unis et bénéficiaire de son « parapluie de protection », devait être maîtresse de sa destinée. Or, posséder en propre une force de dissuasion la protégeait de la menace alors perçue à l’Est mais lui permettait surtout d’assoir sa souveraineté au niveau mondial.

Aujourd’hui, le sujet du nucléaire civil et militaire cristallise des prises de positions et des crises au plan géographique, de la Corée du Nord à Israël, en passant par l’Iran, le Pakistan et l’Arabie Saoudite. Certaines inquiétudes sont fondées car la technologie nucléaire, selon ses applications, demeure potentiellement mortelle à grande échelle pour l’humanité. Il reste que c’est un atout technologique majeur que peu de pays possèdent et il représente toujours un enjeu aussi fondamental pour la souveraineté française et la place de notre nation dans le concert géopolitique planétaire en pleine reconfiguration alors que l’on assiste à une projection généralisée des intérêts de puissance nationaux.

Penchons-nous sur le parc nucléaire civil français qui nous fournit 72% de notre énergie.

À l’invitation amicale, dynamique et chaleureuse du maire de Culey, Lydéric Enchery, véritable Astérix de la Gaule moderne, et de l’ANDRA (Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs) dans la Meuse et en Haute-Marne, quelques membres de Geopragma ont eu la chance de visiter il y a quelques jours le site de Bure / Cigeo la semaine dernière. Bure est un projet de laboratoire enfoui à 500 mètres de profondeur, entamé il y a une quinzaine d’années afin d’évaluer la sécurité du stockage de déchets radioactifs civils en fonction de technologies de stockage variées, de la porosité des couches d’argile et de la sismologie/mouvement permanent des plaques tectoniques. Outre Bure, l’ANDRA développe et gère plusieurs sites opérationnels en France : les Centre de Stockage de la Manche et de l’Aube (CRA et Cires). Notons qu’il n’y a pas eu d’incident nucléaire à caractère menaçant pour les populations depuis plus de quarante ans. Certes, « le risque zéro n’existe pas », mais le nucléaire est un savoir-faire français à très forte valeur ajoutée, un vecteur de souveraineté énergétique sans pareille dont les émissions carbones sont nulles et le coût très compétitif. Pour rappel, le coût comparatif du mille-watts-heure s’établit de manière suivante : nucléaire €49, thermique au gaz €70-100, photovoltaïque €143, éolien €82, hydraulique €15-20, (sources CRE et Cour des Comptes). Ce qui en passant ne déplait pas à nos concitoyens en ces temps d’inquiétude pour leur pouvoir d’achat.

Le site de Bure et le travail de l’ANDRA reflètent une expertise hors pair, un niveau de recherche opérationnelle formidable pour notre pays : nous testons in situ et en toutes sortes de technologies de creusement de tunnels et de stockage innovantes qui placent la France au sommet de ce savoir-faire. Cet essai a pour mission d’assurer au maximum notre sécurité à venir et de pouvoir gérer tous nos déchets d’ici 2125, y compris ceux liés à la fermeture de l’ensemble de nos centrales nucléaires. Ce laboratoire sera le socle d’un projet industriel… sous condition d’un décret ou d’un vote à l’assemblée nationale, et ce projet est tellement prévoyant et intelligent qu’il intègre la possibilité de le modifier ou de l’arrêter dans les décennies à venir pour le bénéfice des générations futures.

La maîtrise de la fission de l’atome sera de plus en plus stratégique dans les siècles à venir, pour motoriser les vaisseaux et les engins qui seront les véhicules de la découverte et de la colonisation par l’homme de l’Espace.

Pourtant, aucun de nos présidents de la République en fonction n’a à ce jour visité le site de Bure. Ne serait-il pas temps de réparer cette faute, de sortir des polémiques inutiles sur le nucléaire français, d’en reconnaitre les atouts, et de renforcer une industrie source considérable en termes d’emplois, de création de richesses et de développements commerciaux à l’échelle internationale? Cela ne signifie pas négliger les questions climatiques ou environnementales, mais bien au contraire soutenir notre souveraineté, c’est-à-dire notre indépendance énergétique, à l’heure où l’on nous en conteste les derniers pans sans vergogne et sous les prétextes les plus divers.

*Christopher Th. Coonen, Secrétaire général de Geopragma

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La FDD révèle le but des recherches atomiques iraniennes

La FDD révèle le but des recherches atomiques iraniennes

  

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Le patron du Commandement US pour le Moyen-Orient élargi (CentCom), le général Kenneth McKenzie , a décrit l’Iran comme la principale force capable de déstabiliser l’ordre du Pentagone dans la région, lors d’une conférence le 8 mai 2019 devant la Fondation for the Defense of Democracies (FDD).

Cette conférence correspondait à la publication la veille d’un rapport de David Albright et Olli Heinonen sur les archives volées par les services secrets israéliens à Téhéran. Leur existence avait été révélée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le 30 avril 2018.

Ce rapport atteste qu’avant 2000, contrairement aux allégations de Benjamin Netanyahu, l’Iran ne fabriquait pas de bombe atomique, mais un générateur d’onde de choc, qui peut entrer dans la composition d’une bombe atomique miniaturisée et peut-être dans d’autres armes.

À la fin de la guerre « imposée par l’Iraq », l’Iran avait répondu à une attaque iraquienne destructive de masse en tirant des missiles conséquents non-ciblés. L’imam Rouhollah Khomeiny avait alors déclaré que des armes de destruction massive étaient en soi contraire à sa vision de l’islam en ce qu’elles tuaient indistinctement des agresseurs et des innocents. Il avait émis un décret religieux (fatwa) en ce sens et les Gardiens de la Révolution avaient stoppé le programme nucléaire initié par le Shah Mohammad Reza Pahlavi et la France. Cette décision avait provoqué un allongement de cette guerre pour le peuple iranien. Cette fatwa fut confirmée par le successeur de Khomeiny, l’ayatollah Ali Khamenei.

Jamais la République islamique n’a repris de recherche pour fabriquer une bombe atomique, ce qui ne l’a pas empêchée d’envisager d’autres applications militaires des techniques nucléaires.

Rappelons que, dans la région, Israël est la seule puissance nucléaire et que l’Arabie saoudite a acheté —et non pas fabriqué— des bombes atomiques tactiques —et non pas stratégiques— qu’elle a fait tirer au Yémen.

La FDD est un think tank washingtonien créé par Israël. Le but de cette conférence était de souligner que les archives volées par Israël attestent que l’Iran préparait un dispositif pouvant entrer dans la composition d’une bombe atomique. En décrivant les ambitions iraniennes contre l’ordre du Pentagone, il s’agissait d’induire que Téhéran préparait une arme de destruction massive. Mais ce n’est pas ce que dit le rapport Albright-Heinonen.

https://www.voltairenet.org/article206471.html

Documents joints

https://www.voltairenet.org/article206471.html

Aux origines de l’arme nucléaire nord-coréenne

Aux origines de l’arme nucléaire nord-coréenne

Parmi les idées fausses les plus répandues à l’étranger se trouve celle que la Russie serait responsable de l’apparition de l’arme nucléaire à  Pyongyang. Pourtant, dans la réalité, la contribution de l’URSS puis de la Russie à ce basculement géostratégique d’importance est tout à fait minime. Les puissances occidentales sont en fait les principales  responsables de l’acquisition de cette arme par la Corée du Nord.

Le programme de coopération soviétique : le réacteur IRT-2000

A l’origine, il est vrai que l’Union soviétique a effectivement fourni les premiers supports au développement du programme nucléaire nord-coréen. Après la conclusion d’un accord bilatéral de coopération dans le domaine de l’énergie nucléaire en 1965, la construction d’un  réacteur nucléaire et d’un laboratoire de radiochimie fut lancée dans la ville de Yongbyon, située à une centaine de kilomètres au nord de la  capitale du pays. Il s’agissait du projet de recherche soviétique – relativement modeste – IRT-2000. Moscou fournissait alors ce type d’aide  aux alliés du camp socialiste et aux pays en développement qui  entretenaient des relations étroites avec la «patrie du socialisme». L’IRT-2000 fut ainsi également livré au Ghana. Ce type de réacteur fonctionnait avec comme combustible, des barres de combustible d’uranium  de fabrication soviétique enrichies à 20%. Les scientifiques soviétiques avaient ainsi rendu impossible l’obtention d’une arme nucléaire à partir  de ce transfert de technologie. Les engins explosifs nucléaires nécessitent, en effet, un degré d’enrichissement de l’uranium approchant les 100% ou du plutonium. A l’instar des autres puissances nucléaires,  l’URSS a alors respecté ses obligations de non-prolifération, exception  faite uniquement pour la Chine qui, sur instructions personnelles de Nikita Khrouchtchev, a reçu toute la documentation et tous les schémas
nécessaires.

Selon les termes de l’accord bilatéral, la participation de spécialistes soviétiques aux opérations régulières de maintenance du réacteur était  obligatoire. C’était un instrument très efficace pour dissuader les Nord-Coréens d’acquérir des armes nucléaires. Si tel avait été le but de  Pyongyang il était aisé pour Moscou de suspendre l’approvisionnement en combustible nucléaire, ce qui aurait signifié l’arrêt inévitable de  l’utilisation de l’IRT-2000. En l’absence de toute velléité nucléaire de Pyongyang, l’URSS continua à fournir du carburant nucléaire jusqu’à
l’effondrement de l’URSS en 1991.

Utiliser ce type de réacteur dans le cadre d’un programme d’armement nucléaire clandestin, aurait nécessité des efforts disproportionnés pour produire la quantité requise de plutonium suffisante pour au moins une charge nucléaire. Il eut fallu remplacer les barres de combustible presque immédiatement après leur immersion dans le cœur du réacteur, alors que le réacteur lui-même aurait dû être stoppé souvent ou changer constamment les paramètres de puissance. Il est techniquement extrêmement difficile de le faire.

Les spécialistes n’auraient pas pu accumuler beaucoup de plutonium car la capacité de l’IRT-2000 n’est que de cinq mégawatts. Il faudrait plusieurs années pour produire la quantité requise de matière fissile. Cela reviendrait à utiliser une voiture plutôt qu’un navire ou un train de marchandises pour transporter une grande quantité de fret. Bien sûr, les Coréens ont utilisé le combustible irradié IRT-2000 pour extraire un certain nombre d’isotopes de samarium, d’iode, de ruthénium, etc. En 1975, ils ont même réussi à obtenir 300 grammes de plutonium. Mais cette quantité est très éloignée de la masse critique. La durée de vie de ces isotopes était très courte et ne convenait non seulement pas pour un engin explosif, mais pas même pour la réalisation d’expériences simples visant à étudier les propriétés physiques, mécaniques et chimiques de ces éléments. Soulignons tout de même que les Nord-Coréens ont reçu, par l’intermédiaire du comité compétent du Conseil de sécurité des Nations unies, l’autorisation d’acquérir du cobalt radioactif en Russie à des fins médicales. Cela prouve sans équivoque que le réacteur IRT-2000 fourni par l’ex-URSS ne fonctionne plus, et qu’incriminer la Russie sur le développement l’arsenal nucléaire nord-coréen est une contre-vérité.

« Calder Hall » : la technologie anglaise au service de Pyongyang

Comment la Corée du Nord a-t-elle pu acquérir la capacité de produire du plutonium pour ses armes nucléaires ? Le responsable de ce succès des physiciens nord-coréens est un réacteur anglais mis en service au début des années 1980. Ce dispositif n’a rien à voir avec les projets soviétiques – Pyongyang a simplement eu accès aux plans du réacteur « Calder Hall » conçu dans les années 50, et mis en libre accès pour les
membres de l’AIEA, que Pyongyang rejoint à la demande pressante de Moscou. Selon certains experts, des solutions techniques ont également été empruntées au TG-1 français.

Pourquoi le choix s’est-il arrêté sur ce type de réacteur atomique? C’est assez simple. “Calder Hall” utilise de l’uranium faiblement enrichi. Il n’est pas nécessaire d’enrichir le combustible, ce qui signifie que les riches gisements d’uranium de Corée du Nord peuvent être utilisés. En outre, il n’est pas nécessaire de purifier l’eau pour le refroidissement – un avantage considérable dans les conditions de pénurie d’énergie en Corée du Nord. La puissance du réacteur « Calder-Hall » est plusieurs fois supérieure à celle de l’IRT-2000. Dans le même temps, un certain nombre de caractéristiques montrent de manière convaincante que les Nord-Coréens ont choisi le réacteur Calder Hall précisément à cause de la possibilité de produire du plutonium, car du point de vue de la production d’énergie, ce type de réacteur n’est pas très efficace et comporte de nombreux inconvénients.

L’intérêt de ce type de réacteur est que du plutonium 239 peut y être produit. Les Nord-Coréens n’ont pas pu immédiatement construire une  quantité suffisante de l’isotope requis. Ainsi, le premier essai nucléaire  enoctobre 2006 a échoué, probablement à cause d’une quantité insuffisante d’isotope de plutonium 239. Cependant, des essais nucléaires ultérieurs ont réussis à produire une puissance de plusieurs dizaines de kilotonnes, ce qui indique que les Nord-Coréens sont parvenus à séparer le plutonium 239 des autres isotopes formés dans le réacteur.

 

Un certain nombre de questions demeurent. La plus importante est de savoir pourquoi les Anglais, sachant avec certitude que les Nord Coréens avaient reçu les plans de leur réacteur par l’AIEA, n’ont pas manifesté la moindre inquiétude à ce sujet. Appât du gain pour les ingénieurs et les compagnies anglaises, stratégie de tension, il est en tout cas évident que sans une aide occidentale, les Nord-Coréens n’auraient jamais pu acquérir l’arme nucléaire.

 

Xavier Moreau

 Directeur de STRATPOL. Saint-Cyrien et officier parachutiste, titulaire d’un DEA de relations internationales à Paris IV Sorbonne, spécialisé sur les relations soviéto-yougoslaves pendant la guerre froide. Installé en Russie depuis 15 ans, il dirige la société LinkIT Vostok. Il est l’auteur de la « Nouvelle Grande Russie » et de « Ukraine, Pourquoi la France s’est trompée ? ».

https://stratpol.com/aux-origines-de-larme-nucleaire-nord-coreenne/

L’avenir de la filière nucléaire

L’avenir de la filière nucléaire

437 réacteurs nucléaires sont en service dans le monde, principalement aux Etats-Unis, en France, au Japon et en Russie [1]. La part du nucléaire dans la production mondiale d’électricité est de 13,6% en 2009.

En France, les principaux acteurs de la filière nucléaire sont EDF, qui exploite les 19 centrales hexagonales, Areva, qui gère l’ensemble de la chaîne de combustible – extraction et enrichissement de l’uranium, transport, recyclage d’une partie des déchets… – et fabrique des réacteurs, GDF-Suez, qui possède des participations dans les centrales de Chooz et du Tricastion (et exploite sept réacteurs en Belgique avec Electrabel), Bouygues, spécialisé dans les ouvrages liés aux centrales, de la construction de l’EPR à Flamanville à celle du « sarcophage » recouvrant la centrale de Tchernobyl, et Alstom, qui conçoit des turbines pour les centrales.

La filière nucléaire est confrontée à plusieurs grands enjeux :

-  Son avenir d’abord, alors que trois catastrophes et accidents graves ont marqué son histoire depuis trois décennies : Three Miles Island (Etats-Unis, 1979), Tchernobyl (Ukraine, 1986) et Fukushima (Japon, 2011). La filière se présente comme une alternative aux hydrocarbures, très peu émettrice en CO2. Mais les conséquences d’un seul accident nucléaire dépassent l’entendement. Le recours au nucléaire et la construction de nouveaux réacteurs sont de plus en plus contestés par les opinions publiques.

-  La sûreté des installations ensuite, remise en cause par une double tension : le vieillissement du parc nucléaire mondial, dont la moyenne d’âge est de 28 ans. Cela signifie que, d’ici une décennie, la moitié des réacteurs nucléaires dans le monde avoisineront les 40 ans sans que l’on connaisse vraiment les conditions et les coûts liés à leur prolongation éventuelle jusqu’à 60 ans. A ce vieillissement, s’ajoute la pression de la rentabilité qui incite les opérateurs à réduire les coûts (recours à une sous-traitance bon marché par exemple), ce qui peut avoir un impact sur la sûreté des installations.

-  L’épuisement des ressources en uranium : selon l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), la moitié des ressources en uranium auront été extraites en 2035 (pic de production puis déclin progressif).

-  La gestion des déchets radioactifs, dont la toxicité peut s’étendre sur des millions d’années : en France, les sites d’entreposages des déchets sont gérés par l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs, un établissement public.

http://multinationales.org/L-avenir-de-la-filiere-nucleaire

Le plan d’EDF pour construire de nouveaux EPR en France

Le plan d’EDF pour construire de nouveaux EPR en France

AURÉLIE BARBAUX  ,  ,  ,  , 

PUBLIÉ LE 

A LA UNE À l’heure où le renouvellement du parc français est à l’étude, EDF a deux ans pour peaufiner son dossier d’un nouveau nucléaire en France.

Le plan d'EDF pour construire de nouveaux EPR en France
Alors que la date de mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche) n’est pas connue, les essais se poursuivent sur le site.

Le nucléaire français est en plein paradoxe. Alors que la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, modifiée par la loi énergie de 2019, l’oblige à fermer douze à quatorze réacteurs d’ici à 2035, EDF prévoit d’ores et déjà la mise en service de nouvelles centrales. Et ce, rapidement pour répondre à la demande de la filière qui veut maintenir ses compétences en matière de construction de centrales et qui a besoin de montrer sur les marchés internationaux que la France reste un grand pays du nucléaire. Le gouvernement est, lui, beaucoup moins pressé. Il préfère faire de la relance du nucléaire civil en France un sujet de débat pour la prochaine élection présidentielle et laisser au prochain exécutif la responsabilité de cette décision. Même s’il lui a balisé le terrain.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a publié, fin 2018, une étude économique sur l’évolution du mix électrique français entre 2020 et 2060 avec sept scénarios prospectifs qui montrent notamment que le développement de la filière EPR ne serait pas compétitif. Quoi qu’il en soit, dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le gouvernement demande à EDF, le chef de file de la filière nucléaire depuis la restructuration d’Areva, de fournir un dossier sur le nouveau nucléaire d’ici à mi-2021. L’opérateur national doit y démontrer sa capacité à maîtriser les coûts et les délais de construction de nouveaux réacteurs EPR en France.

EDF ne part pas de zéro. Depuis 2014, il travaille avec Framatome sur l’EPR 2, un nouveau modèle de réacteur. « L’EPR 2 est un réacteur pour une utilisation française, proche de l’EPR pour en utiliser tout le retour d’expérience, mais optimisé en termes de coût et de délais de fabrication« , détaille Xavier Ursat, le directeur exécutif d’EDF, chargé de la direction ingénierie et projets nouveau nucléaire. Le retour d’expérience provient des premiers EPR construits en Chine, à Taishan, par l’opérateur chinois CGNPC et EDF ; en Finlande, à Olkiluoto, par le consortium Areva-Siemens et l’opérateur TVO ; et en France, à Flamanville (Manche), par EDF. Quand on va construire le premier EPR 2, on ne veut pas revivre les problèmes de planning et de surcoût qu’on a vécu à Flamanville, assure Xavier Ursat. Mais on ne veut pas réinventer quelque chose qui nous ferait prendre une fois encore des risques de tête de série. On veut optimiser, tout en restant proche du design initial. » Dominique Louis, le PDG d’Assystem, qui détient 5 % du capital de Framatome, résume l’enjeu : « Avec l’EPR, on a fait un airbus A 380. Il faut maintenant en faire un A 350. »

Les fournisseurs associés au projet

Pour concevoir cet EPR 2, EDF et Framatome (ex-Areva NP) ont créé un plateau commun qui rassemble l’équipe projet EPR 2 chez EDF (70 personnes), les ingénieurs de Framatome, et ceux de leur filiale commune d’ingénierie Edvance, créée en mai 2017, soit entre 500 et 600 personnes au total. Le projet avance dans le bon sens. Le basic design pour la chaudière nucléaire et le générateur de vapeur « st figé depuis la fin 2017« , précise Bernard Fontana, le PDG de Framatome. L’Autorité de sûreté nucléaire doit rendre son avis sur les options de sûreté fin avril. Reste à traiter des questions industrielles, de supply chain et d’ingénierie de détails, « pour se mettre en situation de bénéficier d’un effet de série« , explique Bernard Fontana. La priorité est donnée à l’industrialisation et à la standardisation des équipements à l’intérieur de l’EPR (vannes, tuyaux, pompes, portes…), pour garder un nombre limité de références différentes. « Dans la partie non nucléaire, nous allons utiliser davantage d’équipements éprouvés dans l’industrie« , rapporte Xavier Ursat. Un exemple : dans l’EPR de Flamanville, on trouve 1 700 modèles de portes différents, pour la plupart des exemplaires uniques. Il n’y aura plus que 200 modèles dans l’EPR 2.

EDF et Framatome n’avancent pas seuls. « L’une des caractéristiques de ce projet, c’est que l’on y associe les fournisseurs très tôt, notamment les génie civilistes, dans un consortium composé de Bouygues, Vinci et Eiffage pour avoir leur avis sur la constructibilité des différentes options étudiées », observe Xavier Ursat. L’un des objectifs est de préfabriquer un maximum d’équipements. « Toutes les tuyauteries vont être conçues en pouces, comme le pratique toute l’industrie dans le monde, notamment pétrolière. L’EPR, lui, était dimensionné en millimètre. Une spécificité qui a nécessité d’adapter la chaîne industrielle, ce qui a eu un coût « , reconnaît Xavier Ursat. EDF va aussi lancer une consultation pour la salle des machines. L’EPR 2 sera également le premier réacteur conçu depuis le début dans une approche entièrement numérique, soutenu par un logiciel PLM de Dassault Systèmes, préféré en 2018, à la solution de Siemens choisie par EDF en 2013. La migration est en cours.

Industrialiser l’EPR 2 n’est pas tout. Dans le dossier qui doit être remis mi-2021, EDF doit aussi s’engager sur les coûts. « On s’est fixé comme objectif d’avoir des EPR constructibles en France pour un coût complet de production d’électricité entre 65 et 70 euros le Mwh, pour qu’il soit moins cher que n’importe quel moyen fossile adossé à un prix du carbone que l’on pourrait développer à la même période« , explique Xavier  Ursat. Le dossier devra aussi définir précisément les besoins de la France en matière de nucléaire pour les soixante à quatre-vingts ans à venir, sachant que les EPR sont prévus pour fonctionner soixante ans. Il faut également tabler sur « une durée de construction de l’ordre de six ans pour une tranche, entre le moment où l’on attaque le génie civil de sûreté (le socle du bâtiment nucléaire) et la mise en service commerciale« , avertit le directeur exécutif d’EDF.

Maintien des compétences

Pour répondre à quels besoins en électricité   Combien de nouveaux EPR 2 faudra-t-il construire   À ce stade, pas de réponse, mais les coûts avancés par EDF « s’envisagent pour une série d’au moins six réacteurs, comme la Cour des comptes l’indique dans son rapport « , prévient Xavier Ursat. Un nombre qui semble faire consensus. « Deux c’est mieux qu’un, et six c’est mieux que deux« , lance Bernard Fontana, prudent. L’enjeu est industriel, mais il concerne aussi le maintien de compétences perdues et chèrement reconquises à Flamanville, notamment. « Les seuls qui construisent des réacteurs sans problème, ce sont les Chinois, observe Dominique Louis. On a perdu la main. » L’enjeu de l’EPR 2 est aussi de prouver le contraire.

De Tchernobyl à Flamanville

  • 1986 : Accident de Tchernobyl Le design des nouveaux réacteurs nucléaires doit empêcher une telle catastrophe.
  • 1989 : Framatome et Siemens-KWU s’associent au sein de Nuclear Power International (NPI).
  • 1993: Lancement du projet EPR, le réacteur pressurisé européen, qui intégrera les points forts du réacteur N4 français et du Konvoi allemand.
  • 1998: l’Allemagne décide de sortir du nucléaire au début de la coalition entre le parti social-démocrate et les Verts.
  • 1999: Framatome et Siemens Fusionnent leurs activités nucléaires. Le projet EPR est intégré à Framatome ANP (Advance Nuclear Power).
  • 2003: Commande du premier EPR par le finlandais TVO.
  • 2005 : Lancement du chantier de l’EPR d’Olkiluoto 3 en Finlande.
  • 2007 : La construction de l’EPR de Flamanville débute. Areva et le chinois CGN signent pour deux EPR à Taishan en Chine.
  • 2009 : Début des négociations d’un projet de six EPR en Inde, à Jaitapur, par EDF (accord préliminaire signé en mars 2018).
  • 2014: Le projet EPR 2 est lancé.
  • 2016: Signature d’Hinkley point C, au Royaume-Uni, par le gouvernement anglais, EDF Energy et CGN pour deux EPR et une mise en service en 2025.
  • 2017: Création d’Edvance, une coentreprise ingénierie d’EDF et de Framatome, pour travailler sur l’îlot nucléaire et le contrôle commande des EPR de demain.
  • 2018: L’EPR de Taishan 1 produit de l’électricité (29 juin). Premier béton du radier d’Hinkley Point C (11 décembre).
  • 2021: Le dossier nouveau nucléaire en France doit être remis au gouvernement.

https://www.usinenouvelle.com/article/le-plan-d-edf-pour-construire-de-nouveaux-epr-en-france.N828460

Donald Trump propose un désarmement nucléaire relatif

Donald Trump propose un désarmement nucléaire relatif

  

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Alors que les ministres des Affaires étrangères de l’Otan célébraient à Washington le 70ème anniversaire de l’Alliance, le président Donald Trump recevait le Premier ministre adjoint chinois, Liu He.

Durant le point de presse avant l’entretien officiel, le président Trump a créé la surprise en évoquant la possibilité de négocier avec la Chine et la Russie une diminution de leurs dépenses nucléaires [1].

Les ministres des Affaires étrangères de l’Otan ont évoqué le retrait des États-Unis du Traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire, dont ils rendent la Russie responsable. Le secrétaire général, Jens Stoltenberg, a assuré qu’il n’était pas question —pour le moment— de rejouer la polémique sur les euromissiles, c’est-à-dire sur un déploiement en Europe de lanceurs terrestres de bombes atomiques qui transformerait cette région en prochain champ de bataille.

10 États possèdent actuellement l’arme atomique (Arabie saoudite, Chine, Corée du Nord, États-Unis, France, Inde, Israël, Pakistan, Royaume-Uni et Russie). Cependant, seuls les trois Grands disposent de la triade de lanceurs requis pour être dissuasifs et crédibles en toute circonstance. Surtout, leurs bombes sont de toutes catégories et nettement en avance techniquement sur celles de leurs concurrents.

D’un point de vue économique, les coûts en matière d’armement atomique, à la différence de ceux en armement conventionnel, sont dépensés en pure perte, car ce matériel n’offre aucune possibilité d’exportation. Jusqu’à présent les seules négociations de désarmement qui furent couronnées de succès, se tinrent à la fin de la Guerre froide lorsque ces dépenses étaient devenues intenables, particulièrement pour l’URSS dont le territoire était beaucoup plus étendu que celui des USA.

Toutes les tentatives de désarmement qui ont été abordées d’un point de vue moral ont échouées. Barack Obama, qui s’était engagé en ce sens, avait reçu préventivement le prix Nobel de la Paix avant de déclarer forfait.

Donald Trump expose cette question sous l’angle économique, contredisant la rhétorique de la « menace russe » qui était au cœur de la réunion de l’Otan. La Chine et la Russie souhaitent s’engager sur la même voie que le président des États-Unis.

[1] “Remarks by Donald Trump and Liu He Before Bilateral Meeting”, by Donald Trump, Liu He, Voltaire Network, 4 April 2019.

https://www.voltairenet.org/article205980.html

Vladimir Poutine et le nouveau président kazakh discutent nucléaire et défense

Vladimir Poutine et le nouveau président kazakh discutent nucléaire et défense

  • AFP
  • parue le 

Le président russe Vladimir Poutine et son nouvel homologue kazakh, Kassym-Jomart Tokaïev, ont promis mercredi de renforcer encore « l’amitié » entre les deux pays, notamment dans le domaine militaire et le nucléaire, deux semaines après la démission surprise de l’ex-président kazakh Noursoultan Nazarbaïev.

« Je vais faire tout mon possible pour renforcer davantage le potentiel déjà atteint d’amitié entre nos peuples », a déclaré M. Tokaïev au Kremlin, lors de sa première visite officielle à l’étranger. Il a fait l’éloge des relations « exemplaires » entre la Russie et le Kazakhstan sous son prédécesseur qui a été au pouvoir dans ce pays d’Asie centrale pendant environ 30 ans.

« Nous proposons d’avancer vers de nouvelles formes de collaboration », a souligné pour sa part M. Poutine après la rencontre. « J’entends par là avant tout la construction d’une centrale nucléaire au Kazakhstan avec des technologies russes », a-t-il ajouté.

Premier producteur mondial d’uranium, le Kazakhstan envisage le lancement de sa première centrale atomique avec l’aide, notamment, de la Russie. L’année dernière, la Russie a débuté la construction d’une centrale en Ouzbékistan, la première en Asie centrale.

M. Poutine s’est également félicité d’un renforcement des liens militaires entre le Kazakhstan et Moscou, citant la formation d’experts kazakhs en Russie.

Le choix de la Russie par M. Tokaïev pour son premier déplacement à l’étranger a été perçu par de nombreux analystes comme un gage de la continuation de la politique étrangère du Kazakhstan, allié de longue date de Moscou.

M. Nazarbaïev, 78 ans, a annoncé son départ le 19 mars. Il dirigeait le Kazakhstan depuis l’époque soviétique, d’abord en tant que premier secrétaire du Parti communiste local puis à partir de 1991 comme président de ce pays d’Asie centrale aux riches ressources en hydrocarbures. Il continuera toutefois d’occuper des fonctions clés dans le pays.

Kassym-Jomart Tokaïev, 65 ans, jusqu’alors président du Sénat, est devenu président par intérim en attendant la prochaine présidentielle prévue en avril 2020. M. Tokaïev a été deux fois ministre des Affaires étrangères, et Premier ministre du Kazakhstan de 1999 à 2002. Sa première décision en tant que président a été de demander de rebaptiser la capitale du pays, Astana, qui est devenue « Nur-Sultan », le prénom de l’ancien président.

1/10 – Interview de Michal Kurtyka, vice-ministre de l’Environnement de Pologne et président de la COP 24

1/10 – Interview de Michal Kurtyka, vice-ministre de l’Environnement de Pologne et président de la COP 24

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Par la rédaction

Vous avez présidé la COP 24 en décembre 2018. Quel bilan en faites-vous ?

Michal Kurtyla : La vocation de la COP 24 à Katowice était double : d’une part, finaliser le manuel d’application de l’accord de Paris pour une mise en oeuvre par tous les États signataires dès 2020, et d’autre part, enclencher le renforcement des engagements internationaux en termes de réduction de gaz à effet de serre (GES), pour nous donner une chance de limiter le réchauffement climatique à + 2 °C, voire à + 1,5 °C. Une politique climatique mondiale doit  nécessairement aller de pair avec une action politique globale. Nous sommes conscients que cela demande d’énormes efforts de la part de certains États. Ce en quoi l’accord de Katowice signé par 200 États a permis de conforter celui de Paris.

Désormais, chaque pays s’engage à contribuer à la politique globale par des actions concrètes, pratiques, régulières et transparentes. Il est important d’encourager toute action dans ce sens pour créer, voire renforcer une solidarité en faveur de notre planète. Le concept d’engagement ne va pas sans celui de la solidarité qui est une idée très forte, très ancrée, et qui a marqué l’histoire de la Pologne.

La Pologne a une forte dépendance aux énergies fossiles, mais elle affiche de nouvelles ambitions. Quelles sont-elles ?

M. K. : La Pologne a rejoint l’Union européenne il y a presque quinze ans (le 1er mai 2004). Notre pays dépend de la combustion d’énergies fossiles, à commencer par le charbon, exploité depuis l’ère industrielle et qui constitue en soi un patrimoine industriel à part entière. Cette énergie emploie encore aujourd’hui plus de 80 000 personnes, surtout en Silésie, et produit plus de 80 % de l’électricité, ce qui permet de rendre notre pays indépendant. Cette situation énergétique très contrastée est intéressante car la Pologne porte des ambitions, parmi les plus fortes de l’Union européenne, pour procéder à une transition énergétique la plus efficace possible. C’est aussi le cas de l’Inde et de la Chine, en Asie, qui dépendent beaucoup des énergies fossiles, connaissent un développement économique rapide et régulier, et qui souhaitent aussi développer des énergies bas carbone.

Il n’est pas envisageable de conduire un pays sur le plan énergétique de manière aléatoire.

Aujourd’hui la Pologne vise le déploiement d’énergies bas carbone dont le nucléaire car c’est une énergie puissante, sûre, disponible 24h/24 et qui permettra de conserver notre indépendance énergétique. Fin 2018, le ministère de l’Énergie a lancé un projet soumis à consultation publique intitulé « Politique énergétique polonaise jusqu’à 2040 (PEP2040) », en vue de la mise en place d’un premier réacteur. L’objectif du gouvernement est d’atteindre 6 à 9 GW de capacité nucléaire d’ici 2043, ce qui représentera alors environ 10 % de la production d’électricité de la Pologne. Nous ne partons pas de zéro. Nous avons commencé à engager la transition énergétique et l’électromobilité. Savez-vous par exemple que la Pologne dispose davantage d’éoliennes terrestres que le Danemark ? Outre le développement de l’éolien offshore, nous comptons aussi sur la mise en place de parcs solaires photovoltaïques.

Sur le plan européen, nous avons été aux côtés de la France et de l’Allemagne pour soutenir l’objectif de 32 % d’énergies renouvelables en Europe d’ici 2030, dans la consommation finale brute d’énergie. Nous sommes  également conscients de nos limites. Une politique volontariste de transition énergétique a un prix qui se répercute sur le budget des ménages. Aujourd’hui, il faut savoir que la part de la facture énergétique d’un ménage polonais représente 10 % de son budget. Acheter une voiture électrique demande des efforts considérables, alors que le transport et l’habitat sont les deux premières causes de production de gaz à effet de serre en Pologne, comme partout dans le monde, en France aussi.

On peut noter encore de fortes oppositions au nucléaire, notamment dans les milieux environnementaux. Comment envisagez-vous une meilleure acceptation ?

M. K. : Je pense qu’il ne faut pas perdre de vue l’objectif de tous les États qui ont signé l’accord de Paris et l’accord de Katowice : celui de lutter contre le réchauffement climatique en conduisant des actions concrètes. Notre devoir est d’expliquer encore et encore nos choix énergétiques, et les raisons de ces choix. D’où viendra la sécurité énergétique au XXIe siècle ? Si nous arrivons à stocker l’énergie liée à l’électromobilité, les énergies renouvelables pourront davantage se développer. De même, peut-il être envisagé une révision du système énergétique permettant plus de flexibilité ? Notre devoir est de nous poser des questions avec pragmatisme et dans un dialogue ouvert avec toutes les parties prenantes. Notre devoir est de continuer d’assurer notre sécurité d’approvisionnement pour répondre à nos besoins constants et conserver notre indépendance énergétique. Il faut savoir que la croissance du PIB de la Pologne est proche de 5 % par an ; elle n’a pas été affectée par la crise financière et économique de 2008. Nous devons aussi nous poser les bonnes questions : par quoi peut-on remplacer le charbon responsable de nos émissions ? Les énergies renouvelables ont un coût de production du MWh comparable dans certains cas à celui des énergies conventionnelles. C’est plutôt bien.

Mais force est de constater que les renouvelables seuls ne sont pas aujourd’hui en mesure de répondre à tous nos besoins, car ils dépendent des conditions météorologiques. Il n’est pas envisageable de conduire un pays sur le plan énergétique de manière aléatoire. Dans l’attente de solutions énergétiques vertes fiables, nous sommes tous contraints de faire appel à des choix tels que le gaz, le charbon ou le nucléaire. Tous les pays ne peuvent investir autant, comme le fait l’Allemagne, dans les énergies renouvelables, sachant qu’elle doit avoir recours en parallèle au gaz et au charbon pour compenser l’arrêt programmé du nucléaire. L’Allemagne est face à un dilemme. Concernant la Pologne, il s’agit d’avoir une vision claire de l’avenir – plus propre – que nous souhaitons, et expliquer, partager les moyens pour mettre en oeuvre cette vision. C’est la meilleure façon de tendre vers une acceptation la plus large.

Comment envisager le développement de l’énergie nucléaire en Pologne ?

M. K. : Les petits réacteurs modulaires (SMR) sont une nouvelle filière qui pourrait émerger. La difficulté pour nous aujourd’hui est qu’ils sont moins compétitifs que les gros réacteurs. Il n’est pas question aujourd’hui de construire en Pologne une filière nucléaire basée, par exemple, sur le modèle français. Mais cette industrie présente une excellente opportunité de partenariat parce que le nucléaire lie les pays non pas pour quelques années mais quasiment pour un siècle. C’est une opportunité industrielle de construction d’une filière, de mise en oeuvre d’une haute technologie et de partenariats. L’Union européenne permet un tel accomplissement car nous avons beaucoup de défis communs à relever. La lutte pour le climat en est un.

© DR

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Signature du contrat stratégique de la filière nucléaire

Signature du contrat stratégique de la filière nucléaire

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Par Cécile Crampon

Le 28 janvier 2019, un contrat stratégique de la filière nucléaire a été signé, pour la première fois de son histoire. Cette signature très attendue par toute la filière s’est tenue en présence de François de Rugy, ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances et Dominique Minière, président du Comité stratégique de la filière nucléaire (CSFN), et de l’ensemble des acteurs concernés.

Qu’est-ce qu’un contrat stratégique de filière ?

Au sein de la filière nucléaire, « Orano, CEA, Andra, Framatome, EDF et toutes les PME/ETI, nous sommes tous persuadés que nous avons tout à gagner, à travailler ensemble. Conduire des actions clés communes, c’est le sens du contrat stratégique de filière », a rappelé Dominique Minière.

Pour définir ce contrat stratégique de filière, un Comité de pilotage stratégique de la filière nucléaire (CSFN) a été créé. Ses missions : identifier, d’une part, de façon convergente, au sein de ce contrat, les enjeux clés de la filière et les engagements réciproques de l’État et des industriels (exploitants nucléaires, industriels de la filière, syndicats, le pôle de compétitivité de la filière, la DGE, la DGEC), et d’autre part, émettre des propositions d’actions concrètes et suivre leur mise en œuvre, au travers d’une feuille de route partagée. En France, à ce jour, il existe 16 Comités stratégiques de filière (CSF), dans l’aéronautique, l’automobile, le ferroviaire, etc.

En parallèle, le GIFEN (Groupement des industriels français de l’énergie nucléaire) est le nouveau syndicat de la filière dont les donneurs d’ordre, les industriels de la filière, les organisations professionnelles, et plus d’une vingtaine d’associations, sont membres. L’objectif est d’unir la filière pour « être plus forts, toutes compétences et expertises réunies, et permettre de conduire de manière cohérente les actions du contrat de la filière nucléaire et lui assurer la conservation, dans l’avenir, de ses savoirs faire » à l’échelle nationale mais aussi internationale, poursuit Dominique Minière.

Herve Maillart est le Coordonnateur du CSFN. Dominique Minière est le Président du CSFN et du GIFEN.

Ce contrat stratégique de la filière nucléaire signé entre l’Etat et les principaux acteurs du nucléaire français, ce lundi 28 janviers 2019, avait donc pour objectif de définir un plan d’actions ambitieux et cohérent pour la pérennité de la 3ème industrie en France.
Plus largement, ce contrat s’inscrit de façon concrète dans les orientations définies par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) en matière d’énergie nucléaire et garantit aussi à la filière la visibilité, de long terme, dont elle a besoin pour préserver son savoir-faire national, maintenir les compétences dans la filière, et partir, dans les meilleures conditions, à la conquête de nouveaux marchés.

Le nucléaire, une énergie décarbonée, assurant la sécurité d’approvisionnement

La signature du contrat a été l’occasion de rappeler les fondamentaux qui caractérisent l’énergie nucléaire en France, « un pilier extrêmement important de notre politique française » pour François de Rugy. En effet, le nucléaire qui est une énergie bas carbone est incontournable dans la transition énergétique pour atteindre les objectifs climat que la France s’est donnée.
Le nucléaire est aussi une énergie fiable, disponible à la demande, 24h/24. Il constitue un atout indéniable pour la France où « le marché européen de l’électricité peut connaître des tensions sur le réseau électrique ». Le ministre de la Transition écologique et solidaire a rappelé que la fermeture programmée de centrales à charbon, en France, en Allemagne, au Royaume-Uni et en Italie, peuvent conduire à des dysfonctionnements du réseau électrique européen. Dans ce contexte, la France doit être capable d’assurer « une sécurité d’approvisionnement solide et stable ».

Le nucléaire, une réponse à la réindustrialisation de la France

Est-il utile de repréciser que l’énergie nucléaire est la 3ème filière industrielle française, (après l’aéronautique et l’automobile). La filière regroupe 2 600 entreprises dont plus de 50 % ont une activité à l’export et totalise aujourd’hui 220 000 emplois directs et indirects, non délocalisables. « Nous croyons à cette filière et nous voulons lui offrir un avenir », a résumé Bruno Le Maire. Il a appelé à la nécessité d’une reconquête industrielle du pays. A contrario, « toute désindustrialisation a des conséquences désastreuses, politiquement, financièrement, économiquement et culturellement ». La filière nucléaire est un atout s’inscrivant pleinement dans cette reconquête. Il s’agit bien de conserver cette filière d’excellence, « Made In France ».

 

6 actions structurantes dans le contrat stratégique de la filière nucléaire :

Action 1 : Garantir les compétences et l’expertise nécessaires pour une filière nucléaire attractive, sûre et compétitive

L’attractivité de la filière nucléaire est un enjeu fort pour cette industrie d’excellence, tout comme le domaine des compétences, même si, comme le notait Alexandre Grillat, secrétaire général CFE-CGC, « beaucoup de métiers du nucléaire sont communs aux autres industries dans son ensemble ».  De nombreux facteurs induisent des risques de fragilisation des compétences : déficit d’image des métiers de l’industrie auprès des jeunes, raréfaction des grands projets nucléaires, difficultés de maîtrise des procédés de fabrication ou de conduite des projets, dégradation de l’image de la filière auprès du public…Les objectifs sont clairs : il faut améliorer l’attractivité de cette industrie, de la filière nucléaire et de ses métiers par des actions en régions ; disposer d’offres de formations initiales et continues, pour permettre de maintenir des compétences et des recrutements de qualité dans la filière.
Action 2 : Structurer, avec l’aide du numérique, la supply chain et la démarche d’innovation au sein de la filière

L’état des lieux de l’utilisation du numérique mené par le GIFEN conduira à un certain nombre de développements, que l’Etat s’engage à examiner dans le cadre des investissements d’avenir. Pour un meilleur déploiement des solutions numériques auprès des PME/ETI, il sera également essentiel de mettre en place les infrastructures nécessaires, en local dans les régions et intercommunalités. L’Etat s’engage à prendre en compte les besoins exprimés par les industriels de la filière nucléaire dans les démarches et actions qui vont résulter de la mission « Territoires d’industrie », lancée par le premier Ministre. L’objectif est donc, d’une part, de faire bénéficier la filière nucléaire de l’ensemble des outils et des kits d’accompagnements proposés par la mission pour ces territoires (très haut débit, transports, compétences, financements…), et d’autre part, d’intégrer, dans les conclusions de la mission, les territoires concernés de la filière nucléaire.

Action 3 : Promouvoir une économie circulaire au sein de la filière

Concernant le recyclage des combustibles usés, il est considéré comme un élément majeur de la stratégie de la filière nucléaire française (cycle fermé). En effet, il permet d’économiser les matières premières et de réduire le volume et la toxicité des déchets, tout en les conditionnant de manière sûre et pérenne. Il s’appuie aujourd’hui sur l’utilisation opérationnelle de combustible MOX, qui permet un recyclage en réacteur à eau sous pression (REP) des matières issues du traitement des combustibles usés. Des études seront également menées pour le moxage de nouveaux réacteurs et le multi recyclage des matières.

Le recyclage des métaux de Très Faible Activité (TFA) est également évoqué. A noter qu’en France, plusieurs installations du cycle combustible ou de production d’électricité sont à l’arrêt et en cours de déconstruction. Après la phase d’exploitation, les exploitants sont responsables de la déconstruction et de la gestion des déchets issus de ses installations. Les déchets produits sont majoritairement à vie courte de très faible ou faible à moyenne activité. Dans les années à venir, avec la croissance attendue des activités de déconstruction, les flux de déchets de démantèlement des installations (par exemple les centrales et installations d’enrichissement) vont significativement augmenter, notamment les flux de métaux de très faible activité.

Cette action 3 rappelle la nécessité d’une concertation significative entre les pouvoirs publics, les organisations syndicales et les industriels, afin de disposer de feuilles de route pour anticiper les investissements sur le moyen/long-terme. Les échéances associées à ces feuilles de route R&D pouvant être très longues, la filière a besoin d’une grande stabilité et un soutien fort de l’Etat, au niveau des financements publics des orientations stratégiques retenues par l’Etat et de l’adaptation du cadre réglementaire.

Action 4 : Définir les réacteurs nucléaires de demain et les outils du futur

Cette action 4 porte en particulier sur le développement de l’EPR2 et d’un SMR (Small Modular Reactor), ainsi que de l’Usine nucléaire du futur.
L’objectif est de définir les réacteurs et outils du futur, en visant plus particulièrement à accélérer l’initiative « Usine Nucléaire du Futur », lancée par EDF, le CEA et Framatome, et à développer un modèle de SMR (Small Modular Reactor) de technologie française. Cet objectif s’inscrit dans le cadre de la PPE, où le Gouvernement a annoncé qu’il conduirait, avec la filière nucléaire, un programme de travail qui devra rendre ses conclusions à mi 2021, afin de permettre une prise de décision sur le lancement éventuel d’un programme de construction de nouveaux réacteurs en France, avec l’EPR2.

Action 5 : Disposer d’une stratégie globale filière à l’international

Le développement à l’international est l’un des axes de développement stratégique de la filière nucléaire française, valorisant les compétences et son savoir-faire, dans un marché de croissance, sur les décennies à venir, dans le monde. Une opportunité pour les grands acteurs (EDF, Framatome, Orano), mais également pour l’ensemble des entreprises de la filière. Cette démarche commerciale concerne d’une part, la vente de technologies (nouveau nucléaire, usines du cycle, etc.) et d’autre part, la vente de prestations et services sur tout le cycle de vie de l’industrie du nucléaire. L’offre française est également accompagnée d’un faisceau de prestations et de coopérations scientifiques et techniques à destination des pays souhaitant développer un programme électronucléaire. En promouvant à l’export les technologies, normes et solutions françaises, cette démarche commerciale a pour objectif de renforcer l’indépendance de l’industrie française vis-à-vis de l’influence d’acteurs étrangers et permettre de dégager des volumes d’affaire indispensables aux industriels. Au-delà du chiffre d’affaire, les projets nucléaires à l’export contribuent à renforcer la capacité de la filière à maintenir, dans le temps, des compétences nécessaires à la conception et la réalisation de grands projets industriels.

Action 6 : Lancer une démarche « filière » pour accélérer la transformation du tissu industriel vers l’industrie du futur

L’objectif est d’accompagner les entreprises de la filière pour mettre en œuvre les transformations numériques et technologiques nécessaires dans les années à venir. L’Etat et la filière s’engagent ici pour faciliter l’accès aux outils institutionnels nécessaires. Il s’agit par exemple de faciliter l’inscription des PME-ETI de la filière nucléaire aux outils, nationaux et régionaux ; d’accompagner la filière nucléaire pour le lancement de la première session « Accélérateur PME » qui sera lancée conjointement avec BPI France ; ou d’accompagner les actions de la filière nucléaire à l’export, via la mise en place d’outils d’information, de communication et de prospection lui permettant de construire et mettre en place sa stratégie puis de promouvoir ses offres.

 

Lien : communiqué de presse – Ministère de la Transition écologique et solidaire
https://www.ecologique-solidaire.gouv.fr/signature-du-contrat-strategique-filiere-nucleaire

Jean-Louis Etienne : « Il ne faut pas arrêter la recherche sur le nucléaire »

Jean-Louis Etienne : « Il ne faut pas arrêter la recherche sur le nucléaire »

Matthieu Quiret Le 30/12 à 15:22
Le grand RDV Europe 1 Jean-Louis Etienne.
Le grand RDV Europe 1 avec Jean-Louis Etienne. – Laurent Hazgui

L’explorateur, qui prépare une mission en Antarctique, estime que seule l’action des consommateurs peut entraver le réchauffement climatique. Il considère que les énergies renouvelables pourront uniquement s’imposer dans la consommation domestique.

L’Etat doit poursuivre les recherches mais c’est au citoyen d’agir. C’est en substance le propos qu’a développé dimanche l’explorateur Jean-Louis Etienne, lors de l’émission Le Grand Rendez-Vous Europe 1-CNews- « Les Echos » . Interrogé sur la difficulté de poursuivre la transition énergétique dans le contexte de dénonciation des inégalités sociales par les « gilets jaunes », l’ancien médecin a jugé d’abord nécessaire de rétablir la paix sociale et économique dans le pays. « C’est un ajustement difficile », a-t-il reconnu à propos de la mise en place des fiscalités écologiques. S’il juge « logique » d’établir une taxe carbone, Jean-Louis-Etienne comprend les réticences au changement des populations. « Les scientifiques sont écoutés sur le climat mais il s’agit de changer l’économie mondiale. Le monde marche au charbon alors que c’est le pire ennemi du climat. »

Sanctionner les banquiers

Pour lui, notre mode de vie est excessif en consommation de tout mais il ne croit pas à un virage collectif vers la décroissance : « Comme les produits de la croissance, on voit bien que c’est difficile de se partager les produits de la décroissance, elle peut s’appliquer à soi-même sur ses propres choix de vie personnels. » Le spécialiste des pôles juge que chaque consommateur doit agir. Il conseille par exemple de ne manger de la viande que deux fois par semaine, recommandant de manger des oeufs, « un aliment qui contient tout » ; ou de sanctionner les banquiers qui continuent d’investir dans des projets comme  la mine de charbon du Queensland en Australie.

Jean-Louis Etienne estime aussi que les énergies renouvelables pourront s’imposer uniquement dans la consommation domestique. Il assure que chaque maison peut s’alimenter avec quelques panneaux solaires photovoltaïques et thermiques, une petite éolienne verticale mais reste sceptique sur un développement plus massif. « Rien que pour alimenter le métro parisien et le RER, il faudrait 400 éoliennes », prévient-il.

Rare écologiste favorable au nucléaire, Jean-Louis Etienne rappelle qu’il faudra compter sur cette source d’énergie décarbonée. Plus que l’actuelle deuxième génération de réacteur ou le prochain EPR, l’explorateur mise sur la quatrième génération à fusion. « Elle permettra de digérer nos déchets et de produire beaucoup d’énergie. Il ne faut pas arrêter la recherche sur le nucléaire. »

Zéro émission

Dans l’immédiat, le premier homme à avoir atteint le pôle Nord en solitaire en 1986 est surtout à la recherche de sponsors privés pour  sa future expédition Polar Pod en Antarctique. Ce grand flotteur avec huit membres d’équipage doit se laisser dériver le long du courant qui circule autour du continent glacé pour mesurer la dissolution du CO2 dans ces eaux froides. « On a besoin de connaître les échanges entre l’atmosphère et l’océan », justifie-t-il. L’Etat participera à la construction du navire qui coûtera 15 millions d’euros et doit débuter en fin d’année, le financement de la mission elle-même restant à trouver auprès des donateurs. L’explorateur promet un appareil sans émission, alimenté par six éoliennes et juste équipé d’un groupe électrogène de secours.

Matthieu Quiret
@MQuiret
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Revue de presse nationale et internationale.

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