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COP23, Macron livre un discours offensif pour le climat

21.11.2017

COP23, Macron livre un discours offensif pour le climat

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Par Boris Le Ngoc, SFEN

Leadership climatique, pragmatisme et volontarisme, le président Macron a mis en avant ses priorités pour le climat à la COP23 et plaidé pour l’« abandon des fétiches irréalistes ».

S’appuyant sur le manifeste des 15 000 scientifiques sur l’urgence climatique et environnementale, le président de la République Emmanuel Macron a averti que « Le seuil de l’irréversible a été franchi. Les évènements climatiques s’intensifient et se multiplient. La France l’a vécu aux Antilles il y a quelques semaines, sur l’île de Saint-Martin. »

 

Quatre priorité

La France, a expliqué Emmanuel Macron, a quatre priorités en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

La première, c’est celle des « interconnexions » en Europe. En septembre dernier, lors de son allocution à la Sorbonne, le chef de l’Etat avait plaidé pour le développement des interconnexions : « Parce qu’à certaines saisons, là où le renouvelable se produit en masse, nous devons en faire bénéficier toute l’Europe. À d’autres moments, là où l’énergie nucléaire est indispensable, peu carbonée, pas carbonée et à bas coût, nous devons aussi la mutualiser. Nous aurons un marché européen de l’énergie qui fonctionne mieux si nous développons enfin de manière accélérée ces interconnexions. » Grâce à une production massive et programmable ainsi que de part sa position géographique stratégique, la France participe activement à la stabilisation de la plaque électrique d’Europe de l’Ouest. Ce rôle est appelé à grandir dans les années à venir avec l’essor des énergies renouvelables intermittentes.

Deuxième priorité, « avoir un prix plancher du CO2 en Europe, (…). Un vrai prix à 30 euros la tonne. » L’exemple britannique a en effet montré qu’une telle mesure permet de fermer très rapidement les centrales de production les plus polluantes, en particulier au charbon, et de rémunérer les plus vertueuses, nucléaire et renouvelables en tête, pour favoriser leur essor.

Avec la troisième priorité, visant à « l’intégration des objectifs environnementaux dans notre politique commerciale », ces axes prioritaires nécessiteront un accord au niveau européen dans lequel le président semble prêt à s’engager. Enfin, la dernière priorité vise à « travailler sur l’accélération de la montée des énergies renouvelables. » 

Prétendre que nous devrions accélérer les fermetures de centrales nucléaires sans avoir répondu préalablement à cela, c’est nous condamner dans les prochaines années à rouvrir des centrales à charbon

Les « fétiches irréalistes »

Le Président est revenu sur l’annonce le 8 novembre par Nicolas Hulot concernant le repport de la réduction de la part du nucléaire : « que personne ne se trompe ici, prétendre que nous devrions accélérer les fermetures de centrales nucléaires sans avoir répondu préalablement à cela, c’est nous condamner dans les prochaines années à rouvrir des centrales à charbon ou des centrales thermiques. Et donc faire l’inverse de ce que nous sommes en train de nous engager à faire. »

Emmanuel Macron a surtout fustigé, sans les nommer, les « fétiches irréalistes » : « Le plan climat qui a été présenté par le ministre est un plan courageux. Aucun recul sur notre engagement sur le climat n’a été fait, au contraire ; des décisions responsables ont été prises qui ont abandonné les fétiches irréalistes mais ont pris avant tout un agenda de décisions crédibles, volontaristes qui supposera l’engagement de tous. »

Enfin, à la tribune de l’UNFCC, le Président de la République a rappelé qu’il concentrerait son action sur l’avènemnt d’une société post-carbone : « Nous nous sommes engagés clairement pour une sortie de la production des énergies fossiles et une vraie transformation de notre modèle de production. Ainsi la France a-t-elle décidé la fermeture de toutes les centrales à charbon d’ici la fin de l’année 2021, l’absence de toute construction de nouvelles centrales thermiques, et surtout à travers un projet de loi hydrocarbure voté à l’Assemblée nationale et qui sera parachevé dans les prochaines semaines, l’interdiction de tout nouveau permis d’exploration et d’exploitation d’hydrocarbures dans notre pays. C’est la première fois qu’un pays développé décide pour son propre territoire d’une telle politique ; nous l’assumons parce que c’est celle qui est indispensable pour être au rendez-vous du climat et de la transition que nous avons actée.»

 

http://www.sfen.org/fr/rgn/cop23-macron-livre-un-discours-offensif-pour-le-climat

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Etude : l’Allemagne, une menace pour le climat en Europe

13.11.2017

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Par Tristan Hurel, SFEN

Alors que le temps presse, pour la première fois une étude dresse le bilan des politiques climatiques pays par pays en Europe. Baptisée European Climate Leadership Report 2017 : Measuring the Metrics that Matter, l’étude analyse les stratégies de chaque pays européen pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Bilan : une transition énergétique efficace est possible, il faut simplement tourner son regard au bon endroit.

Le changement climatique n’est pas un concept abstrait, un horizon lointain. Ses conséquences, déjà perceptibles, vont s’accroître, commence Energy for Humanity dans son rapport : crises de l’eau, crises alimentaires, événements climatiques extrêmes, effondrement de la biodiversité, etc. Autant de conséquences dramatiques et prévisibles appellent à prendre des actions concrètes et rapides. Le GIEC estime à cet effet que les pays dans leur ensemble doivent réduire de moitié le niveau d’émission actuel pour parvenir à contenir le changement climatique.

Partant de ce constat, l’ONG a analysé les trajectoires empruntées par les différentes pays européens (UE-28 + AELE) et la Turquie afin de mettre en lumière les avancées réalisées, pays par pays, et les méthodes utilisées par chacun d’eux, et donc les politiques les plus efficaces.

 

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L’Energiewende : un cas d’école à ne pas reproduire

L’étude analyse longuement la transition énergétique allemande. Au regard de la méthode et de ses conséquences, il apparait désormais qu’il s’agissait moins pour le pays, dont les centrales au charbon tournent à plein régime, de réduire ses émissions de gaz à effet de serre que de sortir du nucléaire. De fait, entre 2010 et 2015, la France a davantage réduit ses émissions nettes de gaz à effet de serre que l’Allemagne : 10 % de réduction contre 4 % pour l’Allemagne. Autre chiffre marquant : tandis que l’énergie est indispensable à l’économie, pour une même quantité de richesse produite, la France émet 30 % de CO2 de moins que l’Allemagne.

Ainsi, malgré 500 milliards d’euros déjà investis, l’Allemagne demeure le plus grand émetteur en Europe (UE-28 + AELE + Turquie) et un mauvais élève puisqu’elle ne décarbonise pas aussi vite que les autres grands émetteurs (14e sur 23 pays analysés). Au final, la part des énergies renouvelables reste inférieure à 30 % dans la production électrique allemande, et inférieure à 15 % dans l’énergie primaire du pays. Les émissions sur la période n’ont pourtant pas changé, les énergies renouvelables s’étant substituées au nucléaire, une autre source de production bas carbone.

Regarder au bon endroit
« Notre analyse montre que l’excellence climatique provient de pays comme le Royaume-Uni, la Suède, la Suisse et la France, où la politique énergétique a rendu possible la transition vers une économies bas-carbone. A contrario, la promotion de la croissance verte où les renouvelables constitue l’énergie du futur se traduit par une dépendance sur le long terme aux énergies fossiles.” Wolfgang Denk, co-auteur de l’étude.

Le Royaume-Uni une transition énergétique pragmatique qui fonctionne

Loin devant l’Allemagne dans l’action climatique, le Royaume-Uni occupe la première place du podium de l’étude. Pragmatique, le pays a accompli une réelle politique en faveur du climat, pourtant bien moins médiatisée que l’essai allemand, malgré des résultats sans appel : en cinq ans, le Royaume-Uni a réduit ses émissions de 20 %. Pour y parvenir, il est passé du charbon au gaz, a investi dans l’éolien et dans un renouvellement de son parc nucléaire.

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Energy for Humanity montre que les leaders climatiques sont des pays qui combinent trois caractéristiques : une électricité bas carbone, une réduction rapide de leurs émissions, le tout avec un niveau de vie et un PIB demeuré élevé. Ces bons élèves, qui fonctionnent avec une combinaison de nucléaire et de renouvelables (dont une grande partie d’hydroélectricité), comprennent la Norvège (hydro-électricité), la France, la Suisse et la Suède (nucléaire et hydroélectricité). L’énergie nucléaire apparaît ainsi comme un moyen efficace pour décarboner rapidement une économie en croissance. Les exemples de la Suède (1976-1986) et de la France (1979-1989) étant les plus parlants.

En définitive, le rapport met en lumière qu’un pourcentage élevé de capacités renouvelables ne garantit pas une baisse des émissions de CO2. Un avertissement éclairant pour trouver le chemin le plus efficace et le moins couteux pour décarboner aussi vite que possible les pays européens.

 

http://www.sfen.org/fr/rgn/etude-lallemagne-une-menace-pour-le-climat-en-europe

Une COP23 pour quoi faire ?

Une COP23 pour quoi faire ?

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Par Tristan Hurel (SFEN)

Depuis le Sommet de la Terre de 1992 de Rio de Janeiro qui a porté sa création, la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques réunit annuellement depuis 1995 les « parties » du monde dans une COP (Conference of the Parties) pour organiser la lutte contre le changement climatique.

Les COP s’appuient sur trois grands piliers qui fondent ses négociations : le financement des actions et des engagements, l’adaptation au changement climatique et l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre. La COP23 qui a démarré à Bonn (Allemagne) le 6 novembre doit permettre d’aller de l’avant dans la mise en œuvre des engagements pris lors de l’Accord de Paris (COP21), qui a abouti en décembre 2015 à la signature du premier accord universel contre le changement climatique dans le but de limiter à 2°C maximum le réchauffement climatique à l’horizon 2100 – et d’essayer de le contenir à 1,5°C.

Un contexte alarmant

La COP23 s’est ouverte dans un contexte marqué par le retrait des Etats-Unis [1], qui a réaffirmé son soutien aux énergies fossiles (charbon, gaz), de l’Accord de Paris. Devant à l’origine être assez « technique », cette COP23 redevient un moment « politique », d’autant que six jours avant le début de la COP, le président de l’Assemblée des Nations unies pour l’environnement, Edgar Gutierrez-Espeleta, annonçait un écart « catastrophique » entre les promesses des Etats dans la limitation des gaz à effet de serre et les réductions qu’il faudrait opérer.

Fidji et Allemagne, deux symboles contradictoires

Présidée par les îles Fidji, la COP23 est organisée par l’Allemagne, pays hôte de l’événement. Entre un pays déjà victime des conséquences du réchauffement climatique [2] et le responsable du quart des émissions de gaz à effet de serre de l’Union européenne, la COP23 illustre deux extrêmes : un symbole des conséquences du changement climatique et l’un de ses plus grands contributeurs mondiaux, recourant massivement au charbon, principale source d’émissions de gaz à effet de serre du secteur électrique.

Et le nucléaire dans tout ça ?

Technologie bas carbone mature et disponible aujourd’hui, l’énergie nucléaire reste largement absente des négociations climatiques. Symbole fort, l’United Nations Environmental Program (UNEP) a rejeté l’aide financière de la World Nuclear Association (WNA) pour le 8ème Forum sur l’innovation durable (SIF : Sustainable Innovation Forum) organisé au sein de la COP23. L’UNEP s’est défendue en expliquant « prioriser la révolution des énergies renouvelables, telles que l’éolien et le solaire. » Un choix surprenant alors que l’organisation onusienne a accepté le sponsoring d’entreprises. En refusant certaines options technologiques, l’UNEP, et d’autres acteurs climatiques de haut rang, telle la Commission européenne, privilégie les moyens (les énergies renouvelables), à la finalité (la réduction des émissions de gaz à effet de serre).

Le nucléaire reste toutefois présent à travers Nuclear for Climate. Réunissant plus de 150 associations scientifiques de l’énergie nucléaire de part le monde, l’initiative donnera voix à cette solution technologique.

Le One Planet Summit, l’autre événement climatique de l’année
Le 12 décembre, un autre sommet devrait marquer la scène climatique. Organisé à l’initiative de la France, le « One Planet Summit » se tiendra à Boulogne-Billancourt. Il réunira un large panel d’acteurs dépassant le cadre restreint des Etats, pour l’élargir à celui des entreprises, de la société civile, des collectivités (mairies, régions, Etats fédérés, etc.), des scientifiques, avec pour ambition de favoriser le financement des actions à entreprendre et la construction de coalitions d’acteurs.
1.Retrait qui rappelle celui du Protocole de Kyoto par George W. Bush Jr. en 2001, peu après son élection.

2.En 2012, le village de Vunidogoloa a été le premier village à être relocalisé sur des terres plus haute en raison de l’élévation du niveau de la mer.

 

http://www.sfen.org/fr/rgn/une-cop23-pour-quoi-faire

De faux arguments pour tuer l’accord nucléaire avec l’Iran, par Paul R. Pillar

Source : Paul R. Pillar, Consortium News , 18-09-2017

Israël et ses partisans américains continuent d’exercer des pressions sur le président Trump pour qu’il annule l’accord nucléaire avec l’Iran, souvent en utilisant des arguments fallacieux que l’ex-analyste de la CIA Paul R. Pillar dissèque.

L’opposition à l’accord nucléaire iranien, connu officiellement sous le nom de Plan d’action global conjoint (JCPOA), a toujours été truffée d’arguments fallacieux. Cela reflète l’illogisme fondamental de la position de ses adversaires : si l’accord devait être mis à la poubelle, cela signifierait la levée d’une panoplie de restrictions sur l’Iran et la réouverture de routes actuellement fermées pour le développement d’une arme nucléaire pour le pays, dont même ses adversaires prétendent constamment qu’il représente une menace sérieuse.

Les principales sources d’opposition n’ont pas grand-chose à voir avec les termes de l’accord lui-même ou avec les questions nucléaires, même si le spectre d’une arme nucléaire iranienne était au centre de la rhétorique de ces mêmes opposants avant que le JCPOA ne soit négocié. Les sources impliquent plutôt des gouvernements du Moyen-Orient qui ont d’autres raisons de tenter de classer à jamais l’Iran en tant que paria, et des éléments aux États-Unis qui veulent tenir des discours de campagne et ruiner les réalisations du gouvernement précédent.

Néanmoins, un nombre suffisant de personnes de bonne volonté est susceptible d’être influencé par certains de ces arguments. L’une des dispositions les plus fréquemment mentionnées concerne les dispositions dites de temporisation, en vertu desquelles des délais (de durées variables, par exemple 10 ou 15 ans) s’appliquent à certaines des restrictions prévues dans le JCPOA.

La première chose à souligner est que cet argument est tout aussi malhonnête que d’autres dans la mesure où si le JCPOA était annulé, ou s’il n’avait jamais été négocié auparavant, l’alternative qui en résulterait serait pire que le JCPOA selon les critères mêmes sur lesquels l’argumentation des opposants est fondée. S’il n’y avait pas de JCPOA, l’Iran ne serait pas exempt de certaines restrictions sur ses activités nucléaires dans 10 ou 15 ans, mais il serait exempt de ces mêmes restrictions à l’heure actuelle.

Il convient ensuite de noter que, même si des délais ont été fixés pour certaines restrictions, d’autres restrictions, qui sont très importantes pour empêcher la mise au point d’armes nucléaires, ont des délais plus longs ou n’expirent pas du tout. C’est le cas de l’interdiction permanente de tout travail iranien sur les dispositifs explosifs nucléaires et de tout retraitement du combustible nucléaire usagé, qui serait nécessaire pour séparer le plutonium. C’est particulièrement vrai pour les aspects importants des dispositions d’inspection renforcées, comme la possibilité pour l’Agence internationale de l’énergie atomique de demander l’accès à des sites non déclarés.

Typologie des accords internationaux

Les traités et accords internationaux ne sont généralement pas irrévocables et n’ont pas force exécutoire à jamais. Aucun gouvernement ne veut s’engager à perpétuité avec ses successeurs face aux changements potentiels de l’environnement international, du comportement et des objectifs des autres États. La plupart des traités et accords internationaux comportent des délais explicites et/ou des clauses de sortie qui autorisent le retrait de l’accord après un préavis, généralement de quelques mois seulement. Le JCPOA n’est pas plus éphémère dans sa conception, et à bien des égards, il est établi davantage pour la durée que l’accord international moyen

La question de savoir si les restrictions et les engagements énoncés dans l’Accord ne subsisteront pas au-delà d’une décennie ou plus, dépendra en fin de compte non pas du libellé d’une clause de temporisation, mais plutôt de la question de savoir si les parties signataires de l’accord continueront de considérer que l’entente incarnée dans l’accord est dans leur intérêt national. Les décideurs iraniens sont parvenus à la conclusion que le fait d’éviter une partie des coûts économiques et politiques du statut de paria résidait davantage dans l’intérêt national iranien que dans une tentative de mise au point d’une arme nucléaire. L’Iran et le P5+1 [Les 5 membres du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne, NdT] ont ensuite conclu un marché en vertu duquel l’Iran a accepté de respecter les limites de son activité nucléaire et d’exercer un contrôle plus étroit de cette activité, en échange d’un allègement partiel des sanctions économiques.Au cours des prochaines années, les signataires de l’accord devront continuellement faire face aux mêmes calculs pendant qu’ils négociaient cet accord. Tant qu’ils continueront de considérer le marché comme étant globalement bénéfique, les dispositions du JCPOA perdront de leur vigueur, peut-être grâce à un accord de prorogation relativement simple. Si leurs calculs changent de façon importante pour quelque raison que ce soit, ces dispositions risquent de disparaître. Quoi qu’il en soit, ce ne sera pas l’empreinte d’une clause de temporisation qui déterminera le résultat.

Les opposants au JCPOA affichent certaines de leurs nombreuses incohérences à ce sujet. Donald Trump – l’adversaire qui compte le plus – déclare déjà, seulement quelques années après l’entrée en vigueur de l’accord, que le JCPOA n’est pas dans l’intérêt national des États-Unis et parle de se retirer de l’accord, malgré les engagements qui font partie du texte et que les États-Unis ont signé. Et pourtant, les opposants au JCPOA, qui dépeignent l’Iran comme étant beaucoup moins digne de confiance que les États-Unis, se sont mis d’accord sur les clauses de caducité de ce texte comme s’il représentait un problème majeur qui fera la différence entre le fait que l’Iran possédera ou non l’arme nucléaire d’ici une décennie.

Le traitement de ce problème est une autre indication de leur malhonnêteté argumentative, les clauses de suspension provisoire n’étant qu’un aspect de plus du JCPOA qu’ils peuvent attaquer comme un « vice ». La norme de comparaison qu’ils utilisent implicitement selon laquelle les États-Unis obtiennent tout ce qu’ils veulent sur toute question, est une formule impossible à atteindre. Entre-temps, ils espèrent que leurs auditeurs ne penseront pas à la véritable alternative au JCPOA, qui est l’absence d’accord et l’absence de toute restriction spéciale pour l’Iran.

Une faible base pour d’autres discussions

On a parlé de négociations en vue de prolonger les délais prévus dans le JCPOA. Super – asseyez-vous à une table et faites-le. Il en va de même pour les autres questions concernant l’Iran dont les opposants au JCPOA ne cessent de parler, même si le JCPOA n’a jamais eu l’intention de les traiter. La réouverture d’un canal de communication pourrait au moins aider à gérer d’autres problèmes. C’était là un avantage secondaire des négociations sur l’accord, qui a créé un canal utile au niveau des ministres des Affaires étrangères et qui, faute d’intérêt de la part des États-Unis, est maintenant fermé.

Mais toute nouvelle négociation doit s’appuyer sur le respect scrupuleux, par toutes les parties, des engagements pris dans le cadre du JCPOA. Renoncer à l’un de ces engagements créerait le pire environnement possible pour tenter de conclure de nouveaux accords sur les délais, les missiles balistiques ou quoi que ce soit d’autre.

Il est toutefois peut-être trop tôt pour conclure une entente de prolongation du JCPOA. Les États-Unis seraient-ils prêts à s’engager dès maintenant sur ce que sera leur politique à l’égard de l’Iran dans plus de dix ans ? L’Iran hésitera de la même manière à prendre des engagements aussi loin dans l’avenir, et il ne va pas se contenter de répondre à de nouvelles demandes plus ambitieuses. Comme dans toute négociation internationale, il faut donner quelque chose pour obtenir quelque chose.

En ce qui concerne les arguments sur les clauses de suspension provisoire, les opposants au JCPOA aiment à raconter l’histoire de dirigeants iraniens ayant une stratégie trompeuse et à très long terme, selon laquelle ils ont poussé le P5+1 à adhérer à un accord comportant des limitations temporelles après lesquelles l’Iran construira rapidement une bombe. Non seulement il n’y a aucune preuve d’une telle pensée iranienne, mais l’histoire n’est même pas plausible.

Si les dirigeants de Téhéran voyaient vraiment l’arme nucléaire comme étant plus dans leur intérêt national que de ne pas être un paria économique et politique, accepter un accord dans lequel ils démantèleraient et neutraliseraient une grande partie de leur programme nucléaire, allongeant ainsi considérablement le délai pour fabriquer une bombe nucléaire et se soumettant eux-mêmes à l’accord international de surveillance nucléaire le plus intrusif qui ait jamais existé, serait une façon très étrange de mettre en œuvre une telle stratégie.

Si l’arme nucléaire est quelque part dans l’avenir de l’Iran, ce ne sera pas à cause d’une pensée iranienne supposée et ridiculement irréaliste, mais plutôt parce que le marché qui empêche l’arme nucléaire iranienne aura été rompu par une administration américaine qui a renié les engagements des États-Unis et détruit le JCPOA.

Paul R. Pillar, au cours de ses 28 années à la Central Intelligence Agency, est devenu l’un des meilleurs analystes de l’agence.

Source : Paul R. Pillar, Consortium News , 18-09-2017

 

https://www.les-crises.fr/de-faux-arguments-pour-tuer-laccord-nucleaire-avec-liran-par-paul-r-pillar/

Réunion du Club de discussion international de Valdaï

Réunion du Club de discussion international de Valdaï


Par Vladimir Poutine – Le 24 octobre 2017 – Source Kremlin.ru via Club Orlov

Meeting of the Valdai International Discussion Club.
Je ne suis pas sûr que le ton de mon discours sera très optimiste, mais je sais que vous avez eu des discussions très animées au cours de ces trois derniers jours. Je vais essayer, comme c’est maintenant devenu habituel, de partager avec vous ce que je pense de certaines questions. S’il vous plaît, ne le prenez pas mal si je dis quelque chose qui a déjà été dit car je n’ai pas suivi toutes les discussions.

Pour commencer, je voudrais souhaiter la bienvenue à M. Karzaï, M. Ma, M. Toje, à nos collègues et à tous nos amis. Je peux voir beaucoup de visages familiers dans le public. Bienvenue à tous à la réunion du Club Valdaï.

Par tradition, ce forum se concentre sur les questions politiques et économiques mondiales les plus urgentes. Cette fois-ci, les organisateurs, comme on vient de le mentionner, ont relevé un défi assez difficile en demandant aux participants d’essayer de regarder au-delà de l’horizon, de réfléchir aux prochaines décennies pour la Russie et la communauté internationale.

Bien sûr, il est impossible de tout prévoir et de prendre en compte toutes les chances et tous les risques auxquels nous serons confrontés. Cependant, nous devons comprendre et ressentir les principales tendances, chercher des réponses en dehors du cadre aux questions que le futur nous pose pour le moment et il en posera sûrement d’autres plus tard. Le rythme des développements est tel que nous devons y réagir constamment et rapidement.

Le monde est entré dans une ère de changement rapide. Des choses que l’on a qualifiées de fantastiques ou qui étaient inaccessibles sont devenues une réalité et une partie de notre vie quotidienne.

Des processus qualitativement nouveaux se déroulent simultanément dans toutes les sphères. La vie publique trépidante dans divers pays et la révolution technologique sont étroitement liées aux changements sur la scène internationale. La concurrence pour une place dans la hiérarchie mondiale est exacerbée. Cependant, de nombreuses recettes du passé pour la gouvernance mondiale, pour le dépassement des conflits ainsi que pour résoudre les contradictions naturelles ne sont plus applicables. Elles échouent trop souvent, et de nouvelles n’ont pas encore été élaborées.

Naturellement, les intérêts des États ne coïncident pas toujours, loin de là. C’est normal et naturel. Cela a toujours été le cas. Les puissances dirigeantes ont différentes stratégies géopolitiques et perceptions du monde. C’est l’essence immuable des relations internationales, qui reposent sur l’équilibre entre la coopération et la compétition.

Certes, lorsque cet équilibre est rompu, lorsque l’observance et même l’existence de règles de conduite universelles sont mises en question, lorsque les intérêts sont bousculés à n’importe quel prix, les disputes deviennent imprévisibles et dangereuses et conduisent à des conflits violents.

Pas un seul problème international réel ne peut être résolu dans de telles circonstances et dans un tel cadre, et donc les relations entre les pays se dégradent, simplement. Le monde devient moins sûr. Au lieu du progrès et de la démocratie, carte blanche est donnée aux éléments radicaux et aux groupes extrémistes qui rejettent la civilisation elle-même et cherchent à la plonger dans un passé ancien, dans le chaos et la barbarie.

L’histoire de ces dernières années illustre graphiquement tout cela. Il suffit de voir ce qui s’est passé au Moyen-Orient, que certains acteurs ont tenté de remodeler et de reformater à leur goût et de lui imposer un modèle de développement étranger par des coups d’État orchestrés extérieurement ou simplement par la force des armes.

Au lieu de travailler ensemble pour redresser la situation et porter un véritable coup au terrorisme plutôt que de simuler une lutte contre celui-ci, certains de nos collègues font tout leur possible pour que le chaos dans cette région soit permanent. Certains pensent encore qu’il est possible de gérer ce chaos.

En attendant, il y a quelques exemples positifs dans l’expérience récente. Comme vous l’avez probablement deviné, je fais référence à l’expérience de la Syrie. Cela montre qu’il existe une alternative à ce genre de politique arrogante et destructrice. La Russie s’oppose aux terroristes avec le gouvernement syrien légitime et les autres États de la région et agit sur la base du droit international. Je dois dire que ces actions et ce progrès n’ont pas été faciles. Il y a beaucoup de dissensions dans la région. Mais nous nous sommes fortifiés avec patience et, pesant nos moindres gestes et paroles, nous travaillons avec tous les participants à ce processus avec le respect dû à leurs intérêts.

Nos efforts, dont les résultats n’ont pas été remis en question jusqu’à récemment par nos collègues, nous laissent maintenant – laissez-moi le dire avec prudence – entrevoir un peu d’espoir. Ils se sont révélés très importants, corrects, professionnels et opportuns.

Ou, prenez un autre exemple : le bras de fer autour de la péninsule coréenne. Je suis sûr que vous avez également traité de cette question de façon approfondie aujourd’hui. Oui, nous condamnons sans équivoque les essais nucléaires menés par la RPDC et nous nous conformons pleinement aux résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU concernant la Corée du Nord. Chers collègues, je tiens à le souligner pour qu’il n’y ait pas d’interprétation discrétionnaire. Nous respectons toutes les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU.

Cependant, ce problème ne peut, bien sûr, être résolu que par le dialogue. Nous ne devrions pas bloquer la Corée du Nord dans un coin, la menacer de représailles musclées, nous abaisser à la grossièreté ou à l’invective. Que quelqu’un aime ou n’aime pas le régime nord-coréen, nous ne devons pas oublier que la République populaire démocratique de Corée est un État souverain.

Tous les différends doivent être résolus de manière civilisée. La Russie a toujours favorisé une telle approche. Nous sommes fermement convaincus que même les nœuds les plus complexes – que ce soit la crise en Syrie ou en Libye, dans la péninsule coréenne ou, disons, en Ukraine – doivent être démêlés plutôt que coupés.

La situation en Espagne montre clairement à quel point la stabilité peut être fragile même dans un État prospère et établi. Qui aurait pu s’attendre, même tout récemment, à ce que la discussion sur le statut de la Catalogne, qui a une longue histoire, aboutisse à une crise politique aiguë ?

La position de la Russie est connue ici. Tout ce qui se passe est une affaire interne à l’Espagne et doit être réglé sur la base de la loi espagnole conformément aux traditions démocratiques. Nous sommes conscients que le leadership du pays prend des mesures à cette fin.

Dans le cas de la Catalogne, nous avons vu l’Union européenne et un certain nombre d’autres États condamner à l’unanimité les partisans de l’indépendance.

Vous savez, à cet égard, je ne peux pas m’empêcher de noter que plus de réflexion aurait dû avoir lieu plus tôt. Quoi, personne n’était au courant de ces désaccords séculaires en Europe ? Ils l’étaient, n’est-ce pas ? Bien sûr, qu’ils l’étaient. Cependant, à un moment donné, ils se sont félicités de la désintégration d’un certain nombre d’États en Europe sans cacher leur joie.

Pourquoi étaient-ils si irréfléchis, motivés par des considérations politiques éphémères et leur désir de plaire – je le dis sans détour – à leur grand frère à Washington, en apportant leur soutien inconditionnel à la sécession du Kosovo, provoquant ainsi des processus similaires dans d’autres régions d’Europe et dans le monde ?

Vous vous souvenez peut-être que lorsque la Crimée a également déclaré son indépendance, puis – suite au référendum – sa décision de faire partie de la Russie, cela n’a pas été bien accueilli pour différentes raisons. Nous avons maintenant la Catalogne. Il y a un problème similaire dans une autre région, le Kurdistan. Peut-être que cette liste est loin d’être exhaustive. Mais nous devons nous demander : qu’allons-nous faire ? Que devrions-nous penser à ce sujet ?

Il se trouve que certains de nos collègues pensent qu’il y a de « bons » combattants pour l’indépendance et la liberté et qu’il y a des « séparatistes » qui n’ont pas le droit de défendre leurs droits, même avec l’utilisation de mécanismes démocratiques.

Comme nous le disons toujours dans des cas similaires, de tels doubles standards – et c’est un exemple flagrant de double standard – constituent un grave danger pour le développement stable de l’Europe et des autres continents et pour l’avancement des processus d’intégration à travers le monde.

À un moment donné, les défenseurs de la mondialisation essayaient de nous convaincre que l’interdépendance économique universelle était une garantie contre les conflits et la rivalité géopolitique. Hélas, cela ne s’est pas produit. De plus, la nature des contradictions s’est complexifiée, devenant multicouche et non linéaire.

En effet, alors que l’interdépendance est un facteur restrictif et stabilisateur, nous assistons également à un nombre croissant d’exemples de politiques qui interfèrent grossièrement avec les relations économiques et le marché. Tout récemment, il y a eu des avertissements que c’était inacceptable, contre-productif et qu’il fallait l’éviter. Maintenant, ceux qui ont fait de telles déclarations font aussi cela eux-mêmes. Certains ne cachent même pas qu’ils utilisent des prétextes politiques pour promouvoir leurs intérêts strictement commerciaux. Par exemple, le récent paquet de sanctions adopté par le Congrès américain vise ouvertement à évincer la Russie des marchés européens de l’énergie et à obliger l’Europe à acheter du GNL américain plus coûteux, bien que l’ampleur de sa production soit encore trop faible.

Des tentatives sont faites pour créer des obstacles à nos efforts pour forger de nouvelles voies énergétiques – South Stream et Nord Stream – même si la diversification de la logistique est économiquement efficace, bénéfique pour l’Europe et favorise sa sécurité.

Je le répète : il est naturel que chaque État ait ses propres intérêts politiques, économiques et autres. La question est le moyen par lequel ils sont protégés et promus.

Dans le monde moderne, il est impossible d’obtenir un gain stratégique au détriment des autres. Une telle politique fondée sur l’auto-suffisance, l’égoïsme et les prétentions à l’exceptionnalisme n’apportera aucun respect ou véritable grandeur. Cela suscitera un rejet et des résistances naturelles et justifiées. En conséquence, nous verrons la croissance continue des tensions et de la discorde au lieu d’essayer d’établir ensemble un ordre international sérieux et stable, et de relever les défis technologiques, environnementaux, climatiques et humanitaires auxquels est confrontée toute l’espèce humaine aujourd’hui.

Collègues, le progrès scientifique et technologique, l’automatisation robotisée et la numérisation entraînent déjà de profonds changements économiques, sociaux et culturels ainsi que des changements de valeurs. Nous sommes maintenant devant des perspectives et des chances jusqu’alors inconcevables. Mais en même temps, nous devrons trouver des réponses à beaucoup de questions. Quelle place occuperont les gens dans le triangle « humains-machines-nature » ? Quelles mesures seront prises par les États qui ne parviennent pas à offrir des conditions de vie normales en raison des changements climatiques et environnementaux ? Comment l’emploi sera-t-il maintenu à l’ère de l’automatisation ? Comment le serment d’Hippocrate sera-t-il interprété une fois que les médecins auront des capacités semblables à celles de sorciers tout-puissants ? Et l’intelligence humaine va-t-elle finalement perdre la capacité de contrôler l’intelligence artificielle ? L’intelligence artificielle deviendra-t-elle une entité séparée, indépendante de nous ?

Auparavant, en évaluant le rôle et l’influence des pays, nous parlions de l’importance du facteur géopolitique, de la taille du territoire d’un pays, de sa puissance militaire et de ses ressources naturelles. Bien sûr, ces facteurs sont toujours d’une importance majeure aujourd’hui. Mais il y a maintenant un autre facteur : le facteur scientifique et technologique qui, sans aucun doute, a aussi une grande importance, et celle-ci ne fera qu’augmenter avec le temps.

En fait, ce facteur a toujours été important, mais maintenant il aura le potentiel de transformer le jeu, et très bientôt, il aura un impact majeur dans les domaines de la politique et de la sécurité. Ainsi, le facteur scientifique et technologique deviendra un facteur d’importance universelle et politique.

Il est également évident que même les toutes dernières technologies ne seront pas en mesure d’assurer un développement durable par elles-mêmes. Un avenir harmonieux est impossible sans responsabilité sociale, sans liberté et sans justice, sans respect des valeurs éthiques traditionnelles et de la dignité humaine. Autrement, au lieu de devenir un monde de prospérité et de nouvelles opportunités, ce « meilleur des mondes » se transformera en un monde de totalitarisme, de castes, de conflits et de plus grandes divisions.

Aujourd’hui, les inégalités croissantes se traduisent déjà par des sentiments d’injustice et de privation chez des millions de personnes et des nations entières avec pour résultat la radicalisation, le désir de changer les choses de toutes les façons possibles, jusqu’à inclure la violence.

En passant, cela s’est déjà produit dans de nombreux pays, et également en Russie, notre pays. Les percées technologiques et industrielles réussies ont été suivies de bouleversements dramatiques et de perturbations révolutionnaires. Tout cela est arrivé parce que le pays n’a pas réussi à résoudre les discordes sociales et à surmonter à temps les anachronismes clairs dans la société.

La révolution est toujours le résultat d’un déficit de responsabilité à la fois pour ceux qui souhaitent conserver, geler sur place un ordre des choses désuet, et ceux qui aspirent à accélérer les changements, en recourant à des conflits civils et à une résistance destructive.

Aujourd’hui, alors que nous nous tournons vers les leçons du siècle dernier, à savoir la Révolution russe de 1917, nous voyons combien ses résultats ont été ambigus, à quel point les conséquences négatives et, nous devons aussi le reconnaître, positives de ces événements sont entrelacées. Demandons-nous : n’était-il pas possible de suivre un chemin évolutif plutôt que de passer par une révolution ? Ne pourrions-nous pas avoir évolué par un mouvement progressif et cohérent plutôt que de détruire notre État et de briser impitoyablement des millions de vies humaines ?

Cependant, le modèle social et l’idéologie, en grande partie utopique, que l’État nouvellement formé a essayé de mettre en œuvre à la suite de la révolution de 1917, a été un puissant moteur de transformations à travers le monde (ceci est clair et doit être reconnu), provoquant une réévaluation majeure des modèles de développement. Mais cela a donné lieu à la rivalité et la concurrence, dont les avantages, je dirais, ont été engrangés la plupart du temps par l’Occident.

Je ne parle pas seulement des victoires géopolitiques qui ont suivi la guerre froide. Beaucoup de réalisations occidentales du XXe siècle l’ont été en réponse au défi posé par l’Union Soviétique. Je parle d’élever le niveau de vie, de former une classe moyenne forte, de réformer le marché du travail et la sphère sociale, de promouvoir l’enseignement, de garantir les droits des femmes et des minorités, de surmonter la ségrégation raciale qui, vous vous en souvenez sûrement, était une pratique honteuse dans de nombreux pays, y compris aux États-Unis, il y a encore quelques décennies.

À la suite des changements radicaux qui ont eu lieu dans notre pays et dans le monde au tournant des années 1990, une occasion vraiment unique s’est présentée d’ouvrir un chapitre vraiment nouveau dans l’histoire. Je veux dire la période après que l’Union Soviétique a cessé d’exister.

Malheureusement, après s’être partagé l’héritage géopolitique de l’Union soviétique, nos partenaires occidentaux se sont convaincus de la justesse de leur cause et se sont déclarés vainqueurs de la guerre froide, comme je viens de le dire, ont ouvertement interféré dans les affaires des États souverains et ont exporté la démocratie tout comme les dirigeants soviétiques avaient essayé d’exporter la révolution socialiste vers le reste du monde à leur époque.

Nous avons été confrontés à la redistribution des sphères d’influence et à l’expansion de l’OTAN. L’excès de confiance conduit invariablement à des erreurs. Le résultat est malheureux. Deux décennies et demi ont été perdues, beaucoup d’occasions manquées et un lourd fardeau de méfiance réciproque. Le déséquilibre mondial n’a fait que s’intensifier.

Nous entendons des déclarations sur l’engagement à résoudre des problèmes mondiaux, mais en fait, ce que nous voyons, c’est de plus en plus d’exemples d’égoïsme. Toutes les institutions internationales destinées à harmoniser les intérêts et à formuler un programme commun s’érodent. Les traités de base internationaux multilatéraux et les accords bilatéraux d’une importance cruciale sont dévalués.

On m’a répété, il y a quelques heures à peine, que le président américain avait dit quelque chose sur les médias sociaux au sujet de la coopération russo-américaine dans le domaine important de la coopération nucléaire. Il est vrai que c’est la sphère d’interaction la plus importante entre la Russie et les États-Unis, sachant que la Russie et les États-Unis ont une responsabilité particulière envers le monde en tant que les deux plus grandes puissances nucléaires.

Cependant, j’aimerais profiter de cette occasion pour parler plus en détail de ce qui s’est passé au cours des dernières décennies dans ce domaine crucial, pour donner une image plus complète. Cela prendra au maximum deux minutes.

Plusieurs accords bilatéraux historiques ont été signés dans les années 1990. Le premier, le programme Nunn-Lugar, a été signé le 17 juin 1992. Le second, le programme HEU-LEU, a été signé le 18 février 1993. L’uranium hautement enrichi a été transformé en uranium faiblement enrichi, d’où HEU-LEU.

Les projets relevant du premier accord ont porté sur l’amélioration des systèmes de contrôle, la comptabilité et la protection physique des matières nucléaires, le démantèlement et la mise au rebut des sous-marins et des générateurs thermoélectriques de radio-isotopes. Les Américains ont procédé – et s’il vous plaît prêtez bien attention ici, ce n’est pas une information secrète, simplement peu de gens sont au courant – à 620 visites de contrôle en Russie pour vérifier notre conformité avec les accords. Ils ont visité les lieux saints les plus saints du complexe nucléaire russe, à savoir les entreprises engagées dans le développement d’ogives nucléaires et de munitions, ainsi que du plutonium et de l’uranium de qualité militaire. Les États-Unis ont eu accès à toutes les installations top-secrètes en Russie. En outre, l’accord était de nature presque unilatérale.

Dans le cadre du deuxième accord, les Américains ont effectué 170 visites supplémentaires dans nos usines d’enrichissement, entrant dans leurs zones les plus restreintes, telles que les unités de mélange et les installations de stockage. L’usine d’enrichissement nucléaire la plus puissante du monde – le Complexe électrochimique de l’Oural – disposait même d’un poste d’observation américain permanent. Des emplois permanents ont été créés directement dans les ateliers de ce complexe où les spécialistes américains allaient travailler tous les jours. Les pièces où ils étaient assis dans ces installations russes top-secrètes avaient des drapeaux américains, comme c’est toujours le cas.

En outre, une liste de 100 spécialistes américains provenant de 10 organisations américaines différentes a été dressée et autorisée à effectuer des inspections supplémentaires à tout moment et sans avertissement. Tout cela a duré 10 ans. En vertu de cet accord, 500 tonnes d’uranium de qualité militaire ont été retirées de la circulation militaire en Russie, ce qui équivaut à environ 20 000 têtes nucléaires.

Le programme HEU-LEU est devenu l’une des mesures les plus efficaces de véritable désarmement dans l’histoire de l’humanité – je le dis en toute confiance. Chaque étape du côté russe a été suivie de près par des spécialistes américains, à une époque où les États-Unis se limitaient à des réductions beaucoup plus modestes de leur arsenal nucléaire, et ce, sur une base purement commerciale.

Nos spécialistes ont également visité des entreprises du complexe nucléaire américain, mais seulement à leur invitation et dans des conditions définies par la partie américaine.

Comme vous le voyez, la partie russe a fait preuve d’une ouverture et d’une confiance absolument sans précédent. Incidemment – et nous en reparlerons probablement plus tard – nous savons aussi ce que nous en avons reçu en retour : négligence totale de nos intérêts nationaux, soutien au séparatisme dans le Caucase, opérations militaires qui ont contourné le Conseil de sécurité de l’ONU, comme le bombardement de la Yougoslavie et de Belgrade, introduction de troupes en Irak et ainsi de suite. Eh bien, c’est facile à comprendre : une fois que l’état du complexe nucléaire, des forces armées et de l’économie a été inspecté, le droit international ne semblait plus nécessaire.

Dans les années 2000, notre coopération avec les États-Unis est entrée dans une nouvelle phase de partenariat véritablement équitable. Elle a été marquée par la signature d’un certain nombre de traités et d’accords stratégiques sur les utilisations pacifiques de l’énergie nucléaire, connu aux États-Unis sous le nom d’Accord 123. Mais à toutes fins utiles, la partie américaine a unilatéralement interrompu le travail dans ce cadre en 2014.

La situation entourant l’Accord sur la gestion et l’élimination du plutonium (PMDA) du 20 août 2000 (signé à Moscou) et du 1er septembre suivant (à Washington) nous laisse perplexes et alarmés. Conformément au protocole de cet accord, les parties devaient prendre des mesures réciproques pour convertir irréversiblement le plutonium de qualité militaire en combustible à oxyde mixte (MOX) et le brûler dans des centrales nucléaires, afin qu’il ne puisse plus être utilisé à des fins militaires. Tout changement dans cette méthode n’était autorisé qu’avec le consentement des deux parties. Ceci est écrit dans l’accord et les protocoles.

Qu’a fait la Russie ? Nous avons développé ce combustible, construit une usine pour la production de masse et, comme nous l’avions promis dans l’accord, construit une usine BN-800 qui nous a permis de brûler ce carburant en toute sécurité. Je voudrais souligner que la Russie a rempli tous ses engagements.

Qu’ont fait nos partenaires américains ? Ils ont commencé à construire une usine sur le site de Savannah River. Son coût initial était de 4,86 milliards de dollars, mais ils ont dépensé près de 8 milliards de dollars, ont avancé la construction à 70% et ont ensuite gelé le projet. Mais, à notre connaissance, la demande de budget pour 2018 comprend 270 millions de dollars pour la fermeture et la mise sous cocon de cette installation. Comme d’habitude, une question se pose : où est l’argent ? Probablement volé. Ou ils ont mal calculé quelque chose lors de la planification de sa construction. De telles choses arrivent. Elles arrivent ici trop souvent. Mais cela ne nous intéresse pas, ce n’est pas notre affaire. Nous sommes intéressés par ce qui se passe avec l’uranium et le plutonium. Qu’en est-il de l’élimination du plutonium ? La dilution et le stockage géologique du plutonium sont suggérés. Mais cela contredit totalement l’esprit et la lettre de l’accord et, surtout, ne garantit pas que la dilution ne soit pas reconvertie plus tard en plutonium de qualité militaire. Tout cela est très regrettable et déroutant.

Ensuite, la Russie a ratifié le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires il y a plus de 17 ans. Les États-Unis ne l’ont pas encore fait.

Une masse critique de problèmes finissent pas s’accumuler et affecter la sécurité globale. Comme on le sait, en 2002, les États-Unis se sont retirés du Traité sur les missiles anti-balistiques. Et bien qu’ils aient été les initiateurs de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques et sur la sécurité internationale, ils ont eux-mêmes pris l’initiative de cet accord, ils ne respectent pas leurs engagements. Ils restent à ce jour le seul et le plus grand détenteur de cette forme d’arme de destruction massive. De plus, les États-Unis ont repoussé la date butoir pour l’élimination de leurs armes chimiques de 2007 à 2023. Cela ne semble pas approprié pour une nation qui prétend être une championne de la non-prolifération et du contrôle.

En Russie, au contraire, le processus s’est achevé le 27 septembre de cette année. Ce faisant, notre pays a contribué de manière significative au renforcement de la sécurité internationale. À ce propos, les médias occidentaux ont préféré garder le silence, ne pas le faire remarquer, bien qu’il y ait eu une brève mention quelque part au Canada, mais c’est tout, et depuis c’est le silence. Pendant ce temps, l’arsenal d’armes chimiques stocké par l’Union soviétique aurait suffi à détruire la vie sur la planète plusieurs fois.

Je crois qu’il est temps d’abandonner cet agenda obsolète. Je parle de ce qui a été. Sans aucun doute, nous devrions regarder vers l’avenir. Nous devons arrêter de regarder en arrière. Je parle de cela pour comprendre les origines de la situation actuelle qui se dessine.

Il est grand temps d’engager une discussion franche au sein de la communauté mondiale plutôt que de se limiter à un groupe de personnes choisies, prétendument les plus dignes et les plus avancées. Je veux parler des représentants de différents continents, traditions culturelles et historiques, de différents systèmes politiques et économiques. Dans un monde en évolution, nous ne pouvons pas nous permettre d’être inflexibles, fermés ou incapables de réagir clairement et rapidement. C’est notre responsabilité pour l’avenir – c’est ce qui devrait nous unir, surtout dans les moments actuels où tout change rapidement.

Jamais auparavant l’humanité n’a possédé un tel pouvoir comme elle l’a maintenant. Le pouvoir sur la nature, l’espace, les communications et sa propre existence. Cependant, ce pouvoir est diffus : ses éléments sont entre les mains d’États, d’entreprises, d’associations publiques et religieuses, et même de particuliers. Clairement, exploiter tous ces éléments dans une architecture unique, efficace et gérable n’est pas une tâche facile. Il faudra un travail dur et laborieux pour y parvenir. Et la Russie, je le ferai remarquer, est prête à y participer avec tous les partenaires intéressés.

Chers collègues, comment voyons-nous l’avenir de l’ordre international et du système de gouvernance mondiale ? Par exemple, en 2045, quand l’ONU marquera son centenaire ? Sa création est devenue un symbole du fait que l’humanité, malgré tout, est capable de développer des règles communes de conduite et de les suivre. Chaque fois que ces règles n’ont pas été respectées, cela a entraîné inévitablement des crises et d’autres conséquences négatives.

Cependant, au cours des dernières décennies, plusieurs tentatives ont été faites pour minimiser le rôle de cette organisation, la discréditer ou simplement en prendre le contrôle. Toutes ces tentatives ont échoué, ou ont atteint une impasse. À notre avis, l’ONU, avec sa légitimité universelle, doit rester le centre du système international. Notre objectif commun est d’accroître son autorité et son efficacité. Il n’y a pas d’alternative à l’ONU aujourd’hui.

En ce qui concerne le droit de veto au Conseil de sécurité, qui est parfois contesté, vous pouvez vous rappeler que ce mécanisme a été conçu et créé pour éviter la confrontation directe des États les plus puissants, en tant que garantie contre l’arbitraire et l’insouciance. Aucun pays, même le plus influent, ne pouvait plus donner une apparence de légitimité à ses actions agressives.

Des réformes sont nécessaires, le système des Nations Unies doit être amélioré, mais les réformes ne peuvent être que progressives et évolutives et, bien sûr, elles doivent être soutenues par l’écrasante majorité des participants au processus international au sein même de l’organisation, par un large consensus.

La garantie de l’efficacité de l’ONU réside dans sa nature représentative. La majorité absolue des États souverains du monde y est représentée. Les principes fondamentaux de l’ONU devraient être préservés pendant des années et même des décennies, car il n’existe aucune autre entité capable de refléter toute la palette de la politique internationale.

Aujourd’hui, de nouveaux centres d’influence et de nouveaux modèles de croissance émergent, des alliances civilisationnelles et des associations politiques et économiques prennent forme. Cette diversité ne se prête pas à l’unification. Nous devons donc nous efforcer d’harmoniser la coopération. Les organisations régionales d’Eurasie, d’Amérique, d’Afrique et de la région Asie-Pacifique devraient agir sous les auspices des Nations Unies et coordonner leurs travaux.

Cependant, chaque association a le droit de fonctionner selon ses propres idées et principes qui correspondent à ses spécificités culturelles, historiques et géographiques. Il est important de combiner l’interdépendance mondiale et l’ouverture avec la préservation de l’identité unique de chaque nation et de chaque région. Nous devons respecter la souveraineté comme base de tout le système des relations internationales.

Chers collègues, peu importe les hauteurs extraordinaires que la technologie peut atteindre, l’histoire est, bien sûr, faite par les humains. L’histoire est faite par les gens, avec toutes leurs forces et leurs faiblesses, leurs grandes réalisations et leurs erreurs. Nous ne pouvons qu’avoir un avenir partagé. Il ne peut pas y avoir d’avenir séparé pour nous, au moins, pas dans le monde moderne. Ainsi, la responsabilité de faire en sorte que ce monde soit libre de conflits et prospère incombe à l’ensemble de la communauté internationale.

Comme vous le savez peut-être, le 19e Festival mondial de la jeunesse et des étudiants a lieu à Sotchi. Des jeunes de dizaines de pays interagissent avec leurs pairs et discutent de sujets qui les concernent. Ils ne sont pas entravés par des différences culturelles, nationales ou politiques, et ils rêvent tous de l’avenir. Ils croient que leur vie, la vie des jeunes générations, sera meilleure, plus juste et plus sûre. Notre responsabilité aujourd’hui est de faire de notre mieux pour nous assurer que ces espoirs se réalisent.

Merci beaucoup pour votre attention.

Vladimir Poutine

Note du Saker Francophone

La fin du discours sur l'ONU est particulièrement intéressante. Vladimir Poutine parle explicitement des tentatives de prises de contrôle de cet organisme par les USA. Il parle aussi de refondre le nouvel ordre mondial, un ordre discuté par les « représentants de différents continents, traditions culturelles et historiques, systèmes politiques et économiques ». C'est l'assemblée des peuples à laquelle beaucoup aspirent et qui est tant combattue par les élites transnationales. Mais il passe aussi sous silence les tentatives de prise de contrôle plus discrètes des mondialistes comme Soros, du rôle du FMI et de ces DTS comme nouvelle monnaie de réserve mondiale.

Il ne faut pas non plus perdre de vue que la Russie a, dans une certaine mesure, réussi à reprendre le contrôle d'une bonne partie de sa souveraineté et reste un exemple pour montrer que c'est possible et qu'il n'y a jamais rien d'acquis mais que c'est en même temps un processus difficile et dangereux. Dans le cadre du recouvrement de leur souveraineté par les populations occidentales et notamment européennes, la Russie et la Chine pourraient avoir leur mot à dire en refusant de collaborer avec nos élites-traîtres, les obligeant à faire monter dans l’infrastructure de décisions des leaders issus du peuple réel.

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http://lesakerfrancophone.fr/reunion-du-club-de-discussion-international-de-valdai

L’expertise nucléaire française dans le suivi de charge séduit en Europe

24.10.2017

L’expertise nucléaire française dans le suivi de charge séduit en Europe

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Par Tristan Hurel (SFEN)

Ayant développé une expertise depuis plusieurs années dans le suivi de charge de ses réacteurs nucléaires, le savoir-faire français attire des exploitants étrangers, notamment européens, désireux d’apporter de la flexibilité à des réseaux électriques de plus en plus difficiles à équilibrer en raison de l’importance croissante des sources de production intermittentes.

L’électricité ne se stocke pas, ou très peu, alors que la consommation – et de plus en plus la production – fluctue en permanence. Pour équilibrer offre et demande et éviter le black out, production et consommation doivent concorder. L’un des outils à disposition des opérateurs du réseau électrique consiste à mobiliser, à la hausse comme à la baisse, la puissance des unités de production d’électricité pilotables. Un procédé appelé « suivi de charge » qui fait classiquement appel aux barrages de lac, aux centrales thermiques, mais aussi, en France, au nucléaire.

Méconnue, la souplesse du parc nucléaire français permet d’ajuster à tout moment l’offre de production des différentes énergies variables à la demande des consommateurs. En général trois types de fonctionnement en régime flexible sont définis : réglage de fréquence primaire et secondaire (dépendant de la demande du réseau) et programmes de charge variable prédéfinis (avec des réductions ou des augmentations de la puissance délivrée convenues à l’avance avec l’opérateur du réseau). Ainsi, un réacteur peut varier de 100 % à 20 % de puissance en une demi-heure, et remonter aussi vite après un palier d’au moins deux heures, et ce deux fois par jour.

Le suivi de charge a-t-il une incidence sur la sûreté ?
A l’été 2017, le « suivi de charge » a été mis en cause dans la corrosion des barres de combustible des réacteurs de la centrale nucléaire de Brokdorf, dans le nord de l’Allemagne. Selon les experts, la raison pourrait toutefois être trouvée dans l’augmentation de la puissance du réacteur, passé de 1440 à 1480 MW en 2006. D’autant qu’EDF, qui pratique le « suivi de charge » depuis des années sur des dizaines de réacteurs, n’a jamais constaté de lien entre cette technique de production et la corrosion des assemblages combustibles. Selon le retour d’expérience de l’électricien, la corrosion dépend essentiellement de l’irradiation des assemblages et de la température et, bien sûr, de la chimie de l’eau primaire et des matériaux des gaines. Le niveau de puissance influe certes sur la température du circuit, de quelques degrés, et durant environ 5 % de la durée d’un cycle, mais ce n’est pas suffisant pour avoir un impact mesurable.

Une technologie à l’utilité croissante

En Europe, la capacité de production installée des énergies renouvelables intermittentes progresse année après année, et avec elle un besoin journalier d’équilibrage du réseau toujours plus important. C’est dans ce cadre qu’AREVA NP exporte sa technologie permettant à un réacteur d’effectuer du suivi de charge. Dernier cas en date, mi-octobre, avec l’installation par l’entreprise française de sa technologie AFLC (pour Advanced Load Following Control) à la centrale de Goesgen, en Suisse, permettant d’ajuster automatiquement la production d’électricité aux besoins de l’exploitant du réseau. Cette solution de suivi de charge proposée par AREVA NP permet de faire varier la production de la centrale entre 50 et 100 % de sa capacité installée sans intervention de l’exploitant. L’adaptation de la production peut être réalisée avec des augmentations de puissance allant jusqu’à 30 mégawatts par minute.

Dès 2008, AREVA NP avait déjà fourni sa technologie ALFC aux centrales nucléaires allemandes Philippsburg 2, Isar 2, Brokdorf et Grohnde, et de nouveaux projets internationaux sont envisagés, notamment grâce à l’adaptation en cours de la technologie ALFC à d’autres conceptions de réacteurs.

Les perspectives

L’approche française du suivi de charge nucléaire ne prévaut pas dans la plupart des autres pays où la part du nucléaire y est moins importante et où cette source d’énergie est utilisée « en base », les réacteurs fonctionnant à puissance maximale sans variation. Dans ces pays, l’essentiel de la flexibilité est apporté par des sources de production thermiques ou hydrauliques. Pourtant, à mesure que les capacités renouvelables progresseront, d’autres pays pourraient être amenés à recourir au suivi de charge pour leurs centrales nucléaires.

En France, avec la fermeture progressive des centrales thermiques à flamme, et sauf à vouloir ouvrir de nouvelles centrales à gaz (et donc augmenter les gaz à effet de serre) le nucléaire deviendra un atout toujours plus précieux dans l’équilibrage du réseau et contribuera à intégrer au mieux le développement des énergies renouvelables.

Crédit photo : EDF / COLIN MATTHIEU

 

http://www.sfen.org/fr/rgn/lexpertise-nucleaire-francaise-dans-le-suivi-de-charge-seduit-en-europe?utm_source=RGH_Hebdo&utm_medium=email&utm_campaign=Hebdo25oct2017

Rapport Greenpeace : alerte ou coup de com’ ?

L’information de référence sur l’énergie nucléaire

10.10.2017

Rapport Greenpeace : alerte ou coup de com’ ?

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Par Boris Le Ngoc (SFEN)

Dans un rapport commandé par Greenpeace, « sept experts internationaux » (sic) s’inquiètent de la vulnérabilité des centrales nucléaires face à la menace terroriste. Cependant, la qualité et la crédibilité de ces travaux sont en question : le rapport n’ayant fait l’objet d’aucune revue de pairs ni d’aucun échange avec les experts français, chercheurs, industriels ou membres de l’autorité de sûreté nucléaire. Cette méthode étonnante interroge : l’enjeu est-il vraiment de contribuer à renforcer la sûreté ou bien de faire un coup de com’ ?

Coup de com’ vs expertise

Sans préjuger de la qualité de l’expertise des auteurs du rapport commandé par Greenpeace, la méthode interpelle. Hormis les sept experts internationaux, Greenpeace n’a pas semblé opportun d’auditionner ou de faire contribuer à ses travaux les experts français du secteur : ni la société savante du nucléaire (la SFEN réunit 4 000 experts), ni les exploitants, ni même l’autorité de sûreté nucléaire.

La publication du rapport échappe donc à la revue des pairs, pratique indispensable pour valider les travaux scientifiques et techniques dans quelque domaine que ce soit. Un dialogue technique est pourtant indispensable, surtout sur ces sujets de sûreté-sécurité.

Encore aujourd’hui, aucun des experts n’a accès au rapport. Greenpeace n’ayant donné que sept exemplaires pour des « raisons de sécurité ». Ce manque de transparence est à rebours des pratiques actuelles. L’ASN et l’IRSN ont ainsi instruits de nombreux sujets (sûreté du projet Cigéo, qualité du couvercle et du fond de cuve de l’EPR, etc.) et mis à disposition quantité d’informations techniques au public pour qu’il participe au débat. Ces sujets sont pourtant sensibles.

Pour se prononcer sur le fond du rapport et savoir s’il comporte des éléments sérieux, il faudrait donc qu’il puisse être partagé avec l’ensemble des acteurs concernés. En l’état, l’annonce de ce rapport s’apparente plus à un coup de com’ qu’à une volonté de renforcer la sûreté.

Un dialogue technique est indispensable, surtout sur ces sujets de sûreté-sécurité.

Des dispositifs en évolution permanente pour répondre aux nouvelles menaces

La prise en compte du risque terroriste n’est pas nouvelle, et les acteurs du nucléaires, industriels et autorités compétentes, n’ont pas attendus Greenpeace pour agir… A chaque évènement majeur, les dispositifs matériels et humains ont été renforcés. Suite aux attentats du 11 septembre 2001 et le crash d’avions de ligne sur les tours jumelles et le Pentagone, des mesures ont été prises pour renforcer les réacteurs. Celles-ci ont d’ailleurs été auditées, puis validées par l’IRSN et l’ASN.

Les systèmes de protection ont également été renforcés au regard de la série d’attentat et de l’état d’urgence. Les exploitants (AREVA, EDF et CEA) ont renforcé la protection de leurs sites. Des dispositions spécifiques ont été mises en place à l’entrée des installations ainsi que des efforts supplémentaires pour la protection des zones à accès contrôlé (piétons, véhicules). Le contrôle du personnel a lui aussi été accru.

Ces mesures viennent compléter un arsenal éprouvé : les industriels et le ministère de la Défense (armées de l’air et de terre notamment) travaillent ensemble depuis de nombreuses années et coordonnent leurs actions. En outre, toute personne qui entre sur une installation nucléaire, professionnels, sous-traitants, visiteurs, … fait l’objet d’une enquête par la Préfecture. 100 000 enquêtes sont ainsi réalisées chaque année pour les sites d’EDF.

Les piscines de stockage du combustible sont-elles vulnérables ?

Le bâtiment réacteur et le bâtiment contenant le combustible ont été conçus pour résister tous les deux aux risques de séisme, d’inondation et d’actes de malveillance comme le terrorisme.

Si l’ASN avait le moindre doute concernant la robustesse des installations, elle exigerait l’arrêt immédiat des réacteurs. Les derniers évènements, notamment l’arrêt des quatre réacteurs du Tricastin, témoignent de son indépendance, de son pouvoir et surtout de sa volonté de maintenir un niveau de sûreté maximal sur l’ensemble des installations nucléaires en France…

S’il y avait le moindre risque sur les piscines des réacteurs, l’ASN demanderait des renforcements.

Grandes manœuvres nucléaires à la Chambre des députés italienne

Grandes manœuvres nucléaires à la Chambre des députés italienne

Le parlement italien vient de ratifier de facto le rejet par l’Otan du désarmement nucléaire en s’appuyant sur la fable d’une alliance atlantique où chaque voix compte. En réalité, en 2011, l’Otan n’a pas simplement outrepassé une résolution de l’Onu en attaquant la Libye pour en changer le régime, elle a aussi violé ses propres statuts en ne réunissant pas le Conseil de l’Atlantique-Nord pour en obtenir le feu vert. L’idée que ce Conseil pourrait prévenir une dérive impérialiste de l’Alliance est donc un leurre connu de tous ses membres.

| Rome (Italie)

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La veille du jour où le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires a été ouvert à la signature aux Nations Unies, à la Chambre des députés italienne le 19 septembre a été approuvée, à une grande majorité (296 contre 72 et 56 abstentions), une motion du Partito democratico (PD) signée par Moscatt et autres. Elle engage le gouvernement à « continuer à poursuivre l’objectif d’un monde sans armes nucléaires à travers la centralité du Traité de non-prolifération (TNP), en évaluant, en compatibilité avec les obligations prises au siège de l’Alliance atlantique, la possibilité d’adhérer au Traité pour interdire les armes nucléaires, approuvé par l’Assemblée générale de l’Onu ».

La motion du PD, « à propos de laquelle le gouvernement a exprimé un avis favorable », est un écran de fumée pour cacher le fait que l’Italie est soumise au réarmement nucléaire croissant des USA et de l’Otan en hébergeant, en violation complète du TNP, les bombes nucléaires états-uniennes B-61 qui à partir de 2020 seront remplacées par les B61-12, plus dangereuses encore.

La vraie position du gouvernement Gentiloni est arrivée le lendemain quand, à travers le Conseil de l’Atlantique-Nord dont il fait partie avec les 28 autres gouvernements de l’Otan, il a rejeté en totalité et attaqué le Traité de l’ONU [1]. À la Chambre des députés la motion du PD a été votée par Forza Italia, Fratelli d’Italia, Scelta Civica, Alternativa Popolare, Democrazia Solidale et Gruppo Misto. La Ligue du Nord, absente en séance au moment du vote, appelle le gouvernement, avec sa propre motion, « à ne pas renoncer à la garantie offerte par la disponibilité états-unienne à protéger y compris nucléairement l’Europe et notre propre pays, pas nécessairement par rapport à la Russie ». Comme si l’Italie était en mesure de dire contre qui doivent être pointées les armes nucléaires US.

Sinistra Italiana et Articolo1, dans leurs motions rejetées par la Chambre, demandent le rejet des armes nucléaires états-uniennes d’Italie sur la base du Traité de non-prolifération, et l’adhésion de l’Italie au Traité de l’ONU. Sur la motion du PD, les deux groupes n’ont pas voté contre, mais se sont abstenus. Par contre le Mouvement 5 étoiles (M5S) a émis un vote contre. Cependant dans sa motion, elle aussi rejetée, il ne demande au gouvernement ni le rejet des armes nucléaires US hors de l’Italie sur la base du Traité de non-prolifération, ni l’adhésion de l’Italie au Traité de l’ONU, mais de « faire un rapport au Parlement sur la présence en Italie d’armes nucléaires, en ne s’abritant plus derrière une obligation de réserve atlantique, inexistante pour les citoyens et les parlementaires US » ; et de « déclarer l’indisponibilité de l’Italie à utiliser des armes nucléaires, à ne pas acheter les composants nécessaires pour rendre les avions F-35 compatibles au transport d’armes nucléaires ». La motion du M5S reflète la position exprimée par l’aspirant Premier ministre Luigi Di Maio : « Nous ne voulons pas sortir de l’Otan » (comme il l’a déclaré en avril dernier dans une conférence aux USA), « nous voulons rester dans l’Otan, mais nous voulons parlementariser une grande partie des choix ».

Illusion ou pire. Dans le Conseil de l’Atlantique-Nord, selon les normes de l’Otan, « il n’y a pas de vote ni de décision à la majorité », mais « les décisions sont prises à l’unanimité et d’un commun accord » : c’est-à-dire en accord avec les États-Unis à qui reviennent de droit la charge de Commandant suprême allié en Europe et les autres commandements clé, y compris celui du Groupe de planification nucléaire de l’Otan.

Promettre que les F-35, avions conçus pour l’attaque nucléaire surtout avec les B61-12, puissent être utilisés en Italie avec une sorte de sauvegarde qui empêche l’utilisation d’armes nucléaires, équivaut à une fable qu’on raconte aux enfants pour qu’ils dorment d’un sommeil tranquille.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

[1] Source : « Déclaration du Conseil de l’Atlantique Nord à propos du traité sur l’interdiction des armes nucléaires », Réseau Voltaire, 20 septembre 2017. Analyse : « L’Otan rejette le désarmement nucléaire », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie), Réseau Voltaire, 26 septembre 2017.

Ouragans : la garantie nucléaire

Ouragans : la garantie nucléaire

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Par Tristan Hurel (SFEN)

Les deux réacteurs de la centrale de South Texas Project, située à 145 km de Houston, ont fonctionné à pleine capacité pendant toute la tempête Harvey, atténuant les conséquences humaines des intempéries.

L’ouragan Harvey va laisser des traces dans la région de Houston, agglomération de premier plan dans un Etat du Texas plus grand que la France. Les dommages financiers pourraient approcher les 180 milliards de dollars [1]. Le Sud des Etats-Unis n’avait pas connu pareilles intempéries depuis 2005, année où l’ouragan Katrina avait sinistré la Nouvelle Orléans.

Pendant l’ouragan, en raison des vents violents, plusieurs fermes éoliennes, nombreuses dans cet Etat, ont dû être arrêtées, et l’épaisse couche nuageuse a quasiment stoppé la production des panneaux photovoltaïques. Les sources de production programmable disponibles, au premier rang desquelles la centrale nucléaire de South Texas Project, située à 145 km de Houston, ont donc joué un rôle capital dans l’approvisionnement en électricité des zones affectées.

Une préparation bien rodée

A l’approche de l’ouragan, les opérateurs de la centrale étaient préparés à affronter les intempéries et la NRC, l’autorité de sûreté américaine, avait spécialement dépêché sur place deux inspecteurs supplémentaires -en plus des inspecteurs résidents-, pour s’assurer du respect des normes de sûreté. Ils sont restés sur place tout le week-end, au côté des 250 personnels de la centrale, dont une partie avait été appelée en renfort face à la menace que les routes soient inondées, ce qui aurait empêché les allers et venues vers la centrale. Pour prévenir ce type de scénario, des lits et des réserves de vivres sont stockés sur place afin de permettre aux équipes de se reposer et de rester sur place pendant leurs heures de repos.

Les risques météorologiques sévères (ouragans, tornades, inondations) ont été pris en compte dans la conception de South Texas Project. Les bâtiments abritant les deux réacteurs de 1280 MWe et les équipements vitaux sont protégés par des murs en béton armé de 1,2 à 2,1 mètres d’épaisseur – suffisants pour résister à un avion de ligne. Par ailleurs, la centrale est dotée de bâtiments et de portes étanches et ses bâtiments abritant des équipements relatifs à la sûreté peuvent supporter une élévation de l’eau de 12,5 mètres par rapport au niveau de la mer – la centrale étant construite à 8,8 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Une garantie pour des populations sinistrées

Grâce à sa conception et son plan d’urgence en cas d’intempéries, la centrale a contribué à assurer une fourniture d’électricité stable à l’échelle régionale pour les deux millions de consommateurs qu’elle approvisionne et dont les lignes n’avaient pas été coupées. Sans elle, les dommages de l’ouragan auraient été bien supérieurs, privant notamment d’électricité des infrastructures vitales comme les hôpitaux, le trafic routier, les abris…

En 2014, déjà, un vortex polaire avait entrainé la fermeture de centrales à gaz et au charbon et stoppé la production électrique des éoliennes et du solaire au Nord-Est des Etats-Unis. Là encore, les centrales nucléaires étaient au rendez-vous, fournissant à un moment critique plus d’électricité dans cette région des Etats-Unis que toutes les autres sources de production électrique [2].

Crédit photo : Department of Defense

Légende : la ville de Houston a subi de plein fouet les innondations mais n’a pas été coupée du réseau électrique pendant la catastrophe, notamment grâce à la disponibilité du nucléaire.

La Corée du Nord dans le grand jeu nucléaire

La Corée du Nord dans le grand jeu nucléaire

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016.

 

 

Pour Manlio Dinucci, la crise nord-coréenne nous fait perdre de vue le fond du problème : ce n’est pas que Pyongyang ait la bombe atomique, mais que les grandes puissances en aient d’invraisemblables stocks, que 35 autres Etats soient sur le point de l’acquérir, et que face à la stratégie US, ceux qui la détiennent sont mieux protégés que les autres.

| Rome (Italie)

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Docteur Folamour

Les projecteurs politico-médiatiques, focalisés sur les tests nucléaires et de missiles nord-coréens, laissent dans l’ombre le cadre général dans lequel ils s’insèrent : celui d’une croissante course aux armements qui, tandis qu’elle conserve un arsenal nucléaire en mesure d’effacer l’espèce humaine de la Terre, mise sur des têtes et vecteurs high tech de plus en plus sophistiqués.

La Fédération des scientifiques américains (Fas) estime, en 2017, que la Corée du Nord a « du matériel fissible pour produire potentiellement 10-20 têtes nucléaires, mais il n’y a pas de preuves disponibles qu’elle ait rendu opérationnelles des têtes nucléaires transportables par des missiles balistiques ». Toujours selon la Fas, les USA possèdent 6 800 têtes nucléaires, dont 1 650 stratégiques et 150 non-stratégiques prêtes à tout moment à être lancées. En comptant les françaises et les britanniques (respectivement 300 et 215), les forces nucléaires de l’Otan disposent de 7 315 têtes nucléaires, dont 2 200 prêtes au lancement, face aux 7 000 russes dont 1 950 prêtes au lancement. Selon les estimations de la Fas, environ 550 têtes nucléaires états-uniennes, françaises et britanniques, prêtes au lancement, sont déployées en Europe à proximité du territoire russe. C’est comme si la Russie avait installé au Mexique des centaines de têtes nucléaires pointées sur les États-Unis.

En ajoutant les chinoises (270), pakistanaises (120-130), indiennes (110-120) et israéliennes (80), le nombre total des têtes nucléaires est estimé à environ 15 000. Ce estimations sont approximatives, presque certainement par défaut. Et la course aux armements nucléaires se poursuit avec la modernisation continue des têtes et des vecteurs nucléaires.

En tête se trouvent les États-Unis, qui effectuent de continuels tests des missiles balistiques intercontinentaux Minuteman III et se préparent à les remplacer par de nouveaux missiles (coût estimé à 85 milliards de dollars). Le Congrès a approuvé en 2015 un plan (coût estimé à environ 1 000 milliards) pour potentialiser les forces nucléaires avec 12 sous-marins d’attaque de plus (7 milliards pièce), armé chacun de 20 têtes nucléaires. Entre dans le même cadre le remplacement des bombes nucléaires USA B61, présentes en Italie et dans d’autres pays européens, par les nouvelles B61-12, armes de première frappe. La potentialisation des forces nucléaires comprend aussi le prétendu « bouclier anti-missiles » pour neutraliser les représailles ennemies, comme celui installé par les USA en Europe contre la Russie et en Corée du Sud, non pas contre la Corée du Nord mais en réalité contre la Chine.

Russie et Chine sont en train d’accélérer la modernisation de leurs forces nucléaires, pour ne pas de faire distancer. En 2018, la Russie déploiera un nouveau missile balistique intercontinental, le Sarmat, avec une portée allant jusqu’à 18 000 km, capable de transporter 10 à 15 têtes nucléaires qui, en rentrant dans l’atmosphère à une vitesse hypersonique (plus de 10 fois celle du son), manœuvrent pour échapper aux missiles intercepteurs en perçant le « bouclier ».

Dans une telle situation, où un cercle restreint d’États conserve l’oligopole des armes nucléaires, où celui qui les possède menace celui qui ne les a pas, il est de plus en plus probable que d’autres cherchent à se les procurer et y arrivent. En plus des neuf pays qui possèdent déjà des armes nucléaires, il y en environ 35 autres en mesure de les construire.

Tout cela est ignoré par les journaux papier et télévisés, alors qu’ils lancent l’alarme sur la Corée du Nord, dénoncée comme unique source de menace nucléaire. On ignore aussi la leçon qu’à Pyongyang on dit avoir appris : Kadhafi —rappellent-ils— avait renoncé totalement à tout programme nucléaire et autorisé des inspections de la Cia en territoire libyen. Cela pourtant ne sauva pas la Libye quand les USA et l’Otan décidèrent de la détruire. S’il avait eu des armes nucléaires, pense-t-on à Pyongyang, personne, n’aurait eu le courage de l’attaquer. Ce raisonnement peut être fait aussi par d’autres : dans la situation mondiale actuelle il vaut mieux avoir les armes nucléaires que ne pas les avoir.

Pendant que sur la base de cette logique dangereuse la probabilité de prolifération nucléaire augmente, le Traité sur la prohibition des armes nucléaires, adopté à une grande majorité par les Nations Unies en juillet dernier, est ignoré par toutes les puissances nucléaires, par les membres de l’Otan (Italie comprise) et par ses principaux partenaires (Arabie saoudite, Ukraine, Japon, Australie). Une large mobilisation est fondamentale pour imposer que notre pays aussi adhère au Traité sur la prohibition des armes nucléaires et donc évacue de son territoire les bombes nucléaires US, dont la présence viole l’autre Traité, celui de non-prolifération, déjà ratifié par l’Italie. Si la conscience politique fait défaut, l’instinct de survie au moins devrait se déclencher.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

 

http://www.voltairenet.org/article197746.html

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