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L’OMS, dernière victime de l’unilatéralisme américain

L’OMS, dernière victime de l’unilatéralisme américain

Théo TOURNEMILLE 20 juillet 2020 ActualitéActualités analyséesAmériqueAmérique du NordAsie et OcéanieChine Leave a comment0 Shares

Aboutissement de plusieurs mois de tensions, l’annonce du retrait des États-Unis de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) témoigne de l’unilatéralisme imprimé par Donald Trump à la politique étrangère américaine. Cette décision exacerbe de surcroît la rivalité géopolitique avec Pékin, sur fond de guerre commerciale.

L'OMS, dernière victime de l'unilatéralisme américain
En annonçant le départ des États-Unis de l’OMS, Donald Trump porte un coup supplémentaire au multilatéralisme.

La Maison-Blanche, vent debout contre la gestion de crise de l’OMS

D’aucuns soupçonnaient Donald Trump de se livrer à une énième rodomontade. Las, le président américain vient de leur opposer un démenti cinglant. Le 7 juillet, en pleine pandémie de Covid-19, les États-Unis ont officiellement notifié au secrétariat général de l’ONU leur intention de se retirer de l’OMS. Cette menace avait été agitée dès le 14 avril, dans un courrier courroucé de Donald Trump au directeur général de l’OMS, l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus. Pointant du doigt la gestion de la crise sanitaire par l’organisation, les États-Unis avaient, dans un premier temps, annoncé suspendre leur contribution financière (représentant près de 15% du budget annuel de l’OMS).

Parmi les griefs américains : le manque de réactivité de l’OMS face aux premiers cas de Covid-19 en Chine, les réserves « inexplicables » de l’organisation quant à la politique de restriction de voyages décidée par Washington et, plus généralement, sa complaisance à l’égard du pouvoir chinois. Le 29 mai, jugeant l’OMS incapable de se réformer, le président américain avait déclaré « mettre un terme » à la relation liant son pays à l’organisation. L’annonce du départ effectif des États-Unis – censé intervenir le 6 juillet 2021 – ne constitue donc qu’une demi-surprise.

L’OMS s’ajoute à la longue liste des structures internationales désertées par Washington

L’attitude de Washington, sous couvert de considérations sanitaires, offre ainsi une nouvelle démonstration de l’unilatéralisme américain en politique étrangère. Fidèle à sa doctrine dite de « l’Amérique d’abord » (America First), le président Trump n’a eu de cesse d’exprimer sa défiance à l’égard du multilatéralisme. Le départ de l’OMS s’ajoute à la longue liste d’organisations et d’accords internationaux déjà désertés par les États-Unis : Partenariat transpacifique, Accord de Paris sur le climat, UNESCO, Conseil des droits de l’homme de l’ONU, Accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Sans oublier l’Organisation mondiale du commerce, dont Washington a organisé le blocage systématique depuis 2017.

Accusés de grever les capacités financières et d’entraver la souveraineté nationale du pays, ces régimes internationaux sont autant d’obstacles qu’il convient d’éliminer. « Je ne peux pas permettre que l’argent des contribuables américains continue à financer une organisation [l’OMS] qui, dans l’état actuel des choses, ne sert manifestement pas les intérêts des États-Unis », déclarait ainsi Donald Trump dans son courrier daté du 29 mai.

Les tensions sino-américaines ravivées

Dernier point, mais non des moindres, ce départ de l’OMS prolonge, sur un nouveau terrain, la rivalité géopolitique qui oppose les États-Unis à la Chine. Les reproches exprimés à l’OMS quant à son supposé manque d’indépendance visent bel et bien Pékin – dont l’influence est jugée disproportionnée par rapport à sa contribution financière annuelle (40 millions de dollars annuels contre environ 450 millions pour les États-Unis). Cette décision ravive ainsi les tensions avec la Chine, qui avaient pourtant connu une brève accalmie sur le plan commercial en janvier dernier. Dans un geste d’apaisement, Pékin s’était alors engagé, d’ici deux ans, à accroître de 200 milliards de dollars sa consommation de services et produits manufacturés américains.

Toutefois, étant donné la contraction massive de l’économie mondiale qui se profile, cette perspective apparaît aujourd’hui bien illusoire. Lucide à ce sujet, l’administration américaine estime sans doute ne pas avoir grand-chose à perdre d’une reprise des hostilités avec la Chine. D’où ce regain d’agressivité de la part de Donald Trump, à moins de quatre mois du prochain scrutin présidentiel.0 Shares

About Théo TOURNEMILLE

Théo Tournemille est diplômé de l’Université Paris-Dauphine et de l’IEP de Bordeaux. Ses thèmes de prédilection sont la politique étrangère des États-Unis, la question européenne au Royaume-Uni et la géopolitique des matières premières.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/44040-loms-derniere-victime-de-lunilateralisme-americain

DISCUSSION AVEC THIERRY MEYSSAN

DISCUSSION AVEC THIERRY MEYSSAN

La transformation des sociétés à l’occasion du Covid-19 annonce la militarisation de l’Europe

par Thierry Meyssan

Nous reproduisons une discussion entre Thierry Meyssan et un groupe d’étudiants. Il y explique que les réponses politiques au Covid-19 n’ont pas d’objet médical. Un groupe transnational partiellement identifiable s’est saisi de l’occasion fournie par l’épidémie pour tenter d’imposer une transformation profonde des sociétés européennes, comme il avait utilisé les attentats du 11 septembre 2001 pour transformer les États-Unis. Il est encore temps de s’opposer à la hiérarchisation du monde à venir.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 12 MAI 2020عربيDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANONORSKPORTUGUÊSРУССКИЙTÜRKÇEJPEG - 20.7 ko

Question : Selon vous, qui a fabriqué le Covid-19 ?

Thierry Meyssan : Mon analyse est exclusivement politique. Je ne me prononce pas sur les questions médicales, mais uniquement sur les décisions politiques.

Une épidémie est en général un phénomène naturel, mais peut aussi être un acte de guerre. Le gouvernement chinois a publiquement demandé aux USA de faire toute la lumière sur l’incident survenu dans leur laboratoire militaire de Fort Detrick, tandis que le gouvernement états-unien a demandé la même transparence pour le laboratoire de Wuhan. Bien sûr aucun des deux États n’a accepté d’ouvrir ses laboratoires. Ce n’est pas de la mauvaise volonté, mais une nécessité militaire. On devrait donc en rester là.

Au demeurant, c’est sans importance car, avec le temps, ces deux hypothèses semblent erronées : aucune de ces deux puissances ne contrôle ce virus. D’un point de vue militaire, ce n’est pas une arme, mais un fléau.

Vous n’excluez donc pas que ce virus aurait pu s’échapper malencontreusement d’un de ces laboratoires ?

Cela reste une hypothèse, mais elle ne nous conduit nulle part. Nous devons exclure la possibilité d’un sabotage parce qu’il ne profiterait à personne. L’autre possibilité est qu’il s’agisse d’un accident. Dans ce cas, ce sont des individus qui en sont coupables. Cela n’a pas de signification d’en rejeter la responsabilité sur des États.

Comment évaluez-vous les réactions politiques contre l’épidémie ?

Le rôle des dirigeants politiques est de protéger leur population. Pour cela, ils doivent préparer leurs pays en temps normal à pouvoir réagir lors de crises à venir. Or, l’Occident a évolué de telle manière que cette mission a été perdue de vue. Désormais, les électeurs exigent que les États coûtent le moins cher possible et que le personnel politique les gère comme de grandes entreprises. Par conséquent, il n’y a plus aujourd’hui de dirigeants politiques occidentaux qui y voient plus loin que le bout de leur nez. Des hommes comme Vladimir Poutine ou Xi Jinping sont qualifiés de « dictateurs » uniquement parce qu’ils ont une vision stratégique de leur fonction, représentant ainsi une école de pensée que les Occidentaux jugent surannée.

Face à une crise, les dirigeants politiques doivent agir. Dans le cas des Occidentaux, ce moment est pour eux inattendu. Ils ne s’y sont jamais préparés. Ils ont été choisis pour leur capacité à faire rêver de lendemains qui chantent, pas pour leur sang-froid, leur adaptabilité et leur autorité. Beaucoup d’entre eux sont humainement des gens représentatifs de leurs électeurs n’ayant donc aucune de ces qualités. Ils prennent donc les mesures les plus radicales de sorte qu’on ne puisse pas les accuser de ne pas en avoir fait assez.

Or, dans ce cas, ils ont trouvé un expert, le professeur Neil Ferguson de l’Imperial College London, qui les a persuadés que la Grande Faucheuse arrivait : un demi-million de morts à venir en France, plus encore au Royaume-Uni, plus du double aux États-Unis. Ses prophéties étaient 2 500 fois supérieures au taux de mortalité en Chine. Or, ce statisticien a l’habitude de prophétiser des calamités sans avoir peur des exagérations. Par exemple, il avait prédit que la grippe aviaire tuerait 65 000 Britanniques alors qu’elle n’a provoqué au total que 457 décès [1]. Il vient heureusement d’être renvoyé par Boris Johnson du SAGE, mais le mal est fait [2].

Paniqué, le personnel politique occidental s’est donc rué sur les conseils d’une autorité sanitaire internationale. L’OMS considérant à juste titre que cette épidémie n’est pas sa priorité au regard d’autres maladies beaucoup plus mortelles, ils se sont tournés vers le CEPI dont ils connaissent tous le directeur, le Docteur Richard Hatchett. Ils l’ont rencontré au Forum économique de Davos ou à la Conférence sur la sécurité de Munich. Ils ont tous été démarchés par lui un jour ou l’autre pour financer l’industrie vaccinale.

Il se trouve que ce Monsieur, lorsqu’il travaillait à la Maison-Blanche, fut l’un des deux auteurs du volet sanitaire du projet politique de Donald Rumsfeld pour le monde [3]. En 2001, celui-ci planifiait une division géographique de l’économie mondiale. Les matières premières seraient exploitées dans les zones instables, les produits transformés fabriqués dans les États stables (dont la Russie et la Chine), et les armes uniquement aux USA. Il convenait donc de militariser la société US et de transférer la majorité des travailleurs dans les sociétés d’armement. En 2005, Rumsfeld chargea le Docteur Hatchett de concevoir un plan de confinement obligatoire à domicile de toute la population US. Il aurait été activé lors d’une attaque bioterroriste comparable à celle perpétrée au Congrès et contre de grands médias avec de l’anthrax en 2001.

C’est ce plan que le Docteur Richard Hatchett a sorti de ses tiroirs et qu’il a présenté aux dirigeants occidentaux qui lui demandaient ses conseils. Il faut bien comprendre que le confinement obligatoire généralisé n’a jamais existé. Il n’a aucun rapport avec l’isolation de malades. Ce n’est pas du tout une mesure médicale, mais un moyen de transformer les sociétés. Jamais la Chine n’y a eu recours, ni lors de l’épidémie de H1N1 [4], ni lors de celle de SRAS [5], ni lors de celle de Covid-19 [6]. Le confinement de la ville de Wuhan, début 2020, était une mesure politique du gouvernement central afin de reprendre en main cette province mal gérée par le pouvoir local, pas une mesure médicale.

Aucun ouvrage épidémiologique au monde n’a jamais discuté le confinement généralisé obligatoire et ne l’a encore moins conseillé.

Peut-être, mais en France nous ne sommes pas confinés pour combattre la maladie, mais pour l’étaler dans le temps de manière à ne pas surcharger les hôpitaux, pour empêcher d’avoir à choisir parmi les malades que nous pourrions soigner et ceux que nous devrions laisser mourir.

Pas du tout. Cet argument n’est pas venu avant, mais après la décision. C’est juste une excuse des politiques pour leur mauvaise gestion. Certes, en France, les services de réanimation des hôpitaux publics ont rapidement été saturés dans deux régions. Aussi a-t-on transféré des patients en cours de réanimation dans d’autres régions, voire en Allemagne. Mais il y avait quantité de lits disponibles dans les cliniques privées.

C’est ce que je disais au début de cette conversation : nos dirigeants politiques sont inaptes à gérer des crises. Leur conception de l’État leur interdit d’agir. Ils sont incapables de penser une coordination entre secteur public et secteur privé, à l’exception de certains présidents de région. Mais il ne s’agit pas ici de la traditionnelle opposition entre État central et régions. Par exemple, au début de l’épidémie, les laboratoires libéraux n’avaient pas les moyens de procéder à des tests de dépistage à grande échelle. Le gouvernement n’a pas été capable de réquisitionner les laboratoires des ministères de la Recherche et surtout de l’Agriculture à l’urgence de santé publique. Pourtant, les chercheurs et les vétérinaires ne cessaient de proposer leurs services.

D’accord pour les hôpitaux et les tests, mais vous avez aussi contesté les masques.

Oui, depuis un siècle, les soignants ont attesté l’utilité des masques chirurgicaux dans les blocs opératoires et lors de soins post-opératoires. Mais ces situations n’ont rien à voir avec celle du quidam aujourd’hui.

Actuellement de très nombreux syndicats et académies préconisent le port du masque obligatoire pour tous dans les lieux publics. C’est rassurant, mais cela ne sert à rien face au Covid-19. D’ailleurs, faute de masques chirurgicaux, on en vient à porter n’importe quel bout de tissus couvrant le nez et la bouche mais dépourvu des qualités de filtrage des masques chirurgicaux. Contrairement à une idée répandue, la contamination ne s’opère pas par les postillons eux-mêmes, mais par les virus qu’ils disséminent dans l’air jusqu’à 8 mètres d’une personne qui crie ou éternue. Encore faut-il être réceptif à ce virus pour être contaminé, ce qui n’est pas le cas de tous. Et encore faut-il être immunitairement fragile pour développer cette maladie.

Parce qu’ils ne savent pas que faire, nos gouvernants recourent au confinement généralisé et aux masques pour tous. Nul n’a prouvé que ces mesures aient un impact sur l’épidémie, mais tous y croient. C’est l’effondrement de la culture occidentale : jadis, nous raisonnions sereinement, aujourd’hui nous portons des gris-gris, des masques, nous sombrons dans la magie.

Il y a un enfant qui est mort du Covid-19 en France.

Ce qui est vrai en termes individuels est absolument faux en termes collectifs. L’âge médian des personnes décédées en France est de 84 ans ! Cela signifie que la moitié d’entre elles avaient plus de 84 ans.

Mais alors si le confinement est absurde et si les masques ne servent à rien, que faut-il faire ?

Je n’ai pas dit que le confinement était absurde en soi. J’ai parlé d’une mesure obligatoire et aveugle. Dans toutes les épidémies, il convient de confiner les personnes malades, mais elles seules. Et je ne reconnais aucune légitimité à un pouvoir qui dresse des amendes, envoie en prison voire tire sur des citoyens qui refusent d’être assignés à résidence chez eux pour une durée indéterminée.

La Santé publique ne s’assure pas avec des contraintes, mais avec de la confiance. Et nul ne doit être protégé contre lui-même. Il me paraît indigne d’empêcher des personnes âgées de recevoir leur famille si elles le souhaitent. Peut-être seront-elles contaminées, peut-être tomberont-elles malades et peut-être mourront-elles, mais ce sera leur choix. La seule chose dont nous soyons sûrs en naissant, c’est de mourir. La vie est un long chemin pour s’y préparer et les vieillards ont le droit de préférer vivre avec leurs proches plutôt que quelques années de plus.

Les épidémies se soignent toujours de la même manière : des mesures d’hygiène —se laver et aérer— et isoler les malades chez eux ou à l’hôpital afin de les soigner. Tout le reste n’est que du cinéma. Il faut revenir aux bases et non pas imaginer des contraintes.

Comment est-il possible que nos dirigeants nous aient imposé un projet fasciste US ?

Je comprends bien ce que voulez dire par fasciste, mais ce n’est pas très approprié. Le fascisme est une idéologie répondant à la crise du capitalisme de 1929, Rumsfeld en a certes de nombreuses caractéristiques, mais il pense à partir d’un autre monde.

Le Docteur Hatchett n’a jamais eu à répondre de son projet totalitaire aux USA. Mais Donald Rumsfeld non plus. Et en définitive personne n’a jamais eu à répondre de ce qui s’est passé après les attentats du 11 septembre 2001, parce que nous avons collectivement décidé de ne pas faire la lumière sur les attentats eux-mêmes. Ce crime originel n’a donc pas cessé d’avoir des conséquences. L’administration Obama a continué à mettre fidèlement en œuvre le projet Rumsfeld en Libye, en Syrie et au Yémen (doctrine Cebrowski). Et puisque l’administration Trump s’y est fermement opposée, nous voyons les anciens collaborateurs de Rumsfeld poursuivre son œuvre à travers d’autres structures que l’État fédéral US. Que nous le voulions ou non, cela continuera jusqu’à ce que l’on rouvre ce dossier.

Excusez-moi de revenir en arrière, mais si le confinement obligatoire et généralisé n’était qu’une mesure autoritaire sans but médical, pourquoi est-il si difficile de déconfiner ?

Non, ce n’est pas difficile. Il suffit de redevenir libres. Le problème, c’est qu’on ne connaît pas beaucoup mieux ce virus qu’il y a deux mois et que l’on est désormais empêtrés dans des savoirs imaginaires.

Les courbes de l’épidémie sont à peu près les mêmes dans tous les pays touchés quelles que soient les mesures mises en place. Seuls deux types de pays se détachent du lot : d’un côté ceux qui pour une raison inconnue n’ont pas été touchés, comme par exemple ceux de la péninsule indochinoise (Vietnam-Laos-Cambodge-Thaïlande) ; d’un autre ceux qui ont réagi beaucoup plus vite que les autres en isolant immédiatement les malades et en les soignant, comme Taïwan. Donc quelle que soit la manière dont on déconfine, il y aura certes un plus ou moins grand nombre de gens contaminés, mais cela ne devrait pas avoir d’impact.

Les gouvernements continueront-ils le confinement obligatoire jusqu’à la découverte d’un vaccin ?

J’ignore si l’on trouvera un jour un vaccin. Cela fait 35 ans que l’on en cherche un contre le Sida. Au demeurant, il n’est pas plus probable que l’épidémie de Covid-19 durera plus longtemps que celle des autres coronavirus, le SRAS ou le MERS.

Le vaccin comme les nouveaux médicaments sont des enjeux économiques considérables. Certains laboratoires pharmaceutiques sont prêts à tout pour empêcher que les médecins soignent les gens avec des médicaments bon marché. Souvenez-vous comment Donald Rumsfeld, lorsqu’il dirigeait Gilead Science a fait fermer l’usine d’Al-Shifa qui fabriquait des médicaments contre le sida sans lui payer de royalties : il l’a faite bombarder par le démocrate Bill Clinton en prétendant qu’elle appartenait à Al-Qaïda, ce qui était absolument faux. Et précisément, le Docteur Hatchett dirige aujourd’hui la plus importante association vaccinale, la CEPI.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Nous voyons une rupture considérable dans certaines sociétés occidentales en quelques semaines. En France, des libertés fondamentales ont été suspendues, dont le droit de tenir des meetings et de manifester. 13 millions de travailleurs ont été placés au chômage partiel. Ils sont temporairement devenus des assistés. L’école va reprendre, mais ne sera plus obligatoire, les parents choisiront d’y envoyer leurs enfants ou pas. Etc. Ceci n’est pas la conséquence de l’épidémie mais, ainsi que je viens de vous l’expliquer, la conséquence des réactions politiques ineptes à l’épidémie.

Le confinement généralisé obligatoire avait été pensé par l’équipe de Donald Rumsfeld pour transformer la société US. Ce projet n’a pas été appliqué aux USA, mais quinze ans plus tard en Europe. Le transfert d’un continent à l’autre illustre le caractère transnational du capitalisme financier dont Rumsfeld est le pur produit. Il n’y a pas de raison pour que ceux qui ont financé l’équipe Rumsfeld ne poursuivent pas leur projet politique désormais en Europe.

Dans ce cas, dans les années à venir, une très grande partie des travailleurs européens sera transférée dans l’industrie d’armement. L’Otan, que le président Macron croyait en état de mort cérébrale, et son volet civil, l’Union européenne, dont les membres se sont entre-déchirés ces dernières semaines pour se voler des cargaisons de masques, seront réorganisés. Ces deux organisations poursuivront la destruction systématique de toutes les structures étatiques du Moyen-Orient élargi, débutée en 2001, puis du Bassin des Caraïbes.

Cependant, les hommes de Rumsfeld ont commis une erreur. En masquant leur projet de 2006, ils ont donné l’impression de prendre modèle sur la Chine lorsqu’ils ont imposé le confinement généralisé obligatoire. La Chine, et non plus les États-Unis, est devenue de facto le référent intellectuel des Européens. Il va donc devenir obsessionnel de l’empêcher de poursuivre la construction des routes de la soie. Il va falloir l’endiguer.

Les épidémies ne provoquent pas de révolutions, mais les guerres et les désastres économiques en suscitent. Aujourd’hui, par la faute de nos gouvernants, les économies de l’UE sont ruinées et nous nous préparons à la guerre. Nous allons traverser une époque charnière d’où le meilleur comme le pire peut surgir.

Cette évolution du monde sera la réponse à la disparition des classes moyennes impliquée par la globalisation financière et dénoncée par les Gilets jaunes, comme la Seconde Guerre mondiale a été une réponse à l’épuisement des empires coloniaux et à la crise du capitalisme des cartels en 1929.

La France a déjà vécu un tel drame. C’était en 1880-81, lorsque le capitalisme industriel d’alors ne parvenait plus à exploiter les ouvriers face aux débuts des syndicats. Jules Ferry expulsa certaines congrégations religieuses et créa l’école laïque obligatoire afin d’arracher les enfants à l’influence de l’Église catholique. Il les fit éduquer par des partisans du militarisme, les « hussards noirs ». Il en fit les soldats de son projet colonial. Durant 35 ans, la France a asservi de nombreux peuples étrangers, puis est entrée en rivalité avec la puissance émergente de l’époque, l’Allemagne, et s’est trouvée précipitée dans la Première Guerre mondiale.

Nous allons connaître en Europe les mêmes débats que les États-Unis ont vécu vingt ans plus tôt. Nous devons absolument refuser d’être embarqués dans de tels crimes. Ce sera le combat des années à venir. Ce sera le vôtre.Thierry Meyssan

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[1] « Covid-19 : Neil Ferguson, le Lyssenko libéral » , par Thierry Meyssan , Réseau Voltaire , 18 avril 2020.

[2] « Neil Ferguson démissionne du SAGE », Réseau Voltaire, 6 mai 2020.

[3] « Le Covid-19 et l’Aube rouge » , par Thierry Meyssan , Réseau Voltaire , 28 avril 2020.

[4A Comprehensive Evaluation on Emergency Response in China : The Case of Pandemic Influenza (H1N1) 2009, Lan Xue & Guang Zeng, Springer (2018).

[5SARS : how a global epidemic was stopped, WHO (2006). Sars. Reception and Interpretation in Three Chinese Cities, Routledge (2006). The SARS Epidemic. Challenges To China’s Crisis Management, John Wong & Zheng Yongnian, World Scientific Publishing Company (2004).

[6] « Covid-19 : L’Occident face à l’exemple chinois », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 mai 2020.

https://www.voltairenet.org/article209805.html

SommetÀ l’OMS, la Chine s’empresse de combler le vide laissé par les États-Unis

SommetÀ l’OMS, la Chine s’empresse de combler le vide laissé par les États-Unis

3 MINCOURRIER INTERNATIONAL (PARIS)Lors du sommet virtuel de l’Organisation mondiale de la santé, la Chine a accepté le principe d’une enquête internationale sur l’origine du nouveau coronavirus. De leur côté, les États-Unis brillent par leur absence et accusent l’OMS d’une “dépendance alarmante” vis-à-vis de Pékin.  

Après s’être longtemps opposée à l’idée d’une enquête indépendante sur l’origine de la pandémie de Covid-19, la Chine en a finalement accepté le principe le 18 mai, lors de l’assemblée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) tenue virtuellement. Alors qu’une centaine de pays soutenaient cette proposition, Pékin a mis des limites strictes à son acceptation.

Tout dépend de la nature de l’enquête : “Les calomnies de Washington selon lesquelles un laboratoire de Wuhan était à l’origine du virus ont été universellement démenties par les scientifiques ; pourtant, les États-Unis continuent de manière irrationnelle à appeler à une enquête. C’est une demande bien évidemment injuste et non scientifique que la Chine n’acceptera jamais”, explique le quotidien officiel anglophone Global Times dans un éditorial.

Si Washington soutient cette enquête, c’est pour mieux faire oublier son incapacité à faire face à la pandémie, écrit en substance le journal, demandant aux autres pays membres de s’opposer à toute “politisation de l’organisation”.À lire aussi:États-Unis. “Virus chinois”, “kung-flu” : pour Trump, tout est la faute de Pékin

Pourtant, pour être rationnel, Pékin “peut-il s’opposer à la recherche scientifique sur l’origine du virus ?” demande le journal. “Non, car il est nécessaire de considérer le Covid-19 d’une manière scientifique, et de déboucher sur des mesures de prévention et sur le développement de vaccins et de médicaments.”

Et l’éditorial de préciser qu’une enquête acceptable serait celle qui ira investiguer y compris sur les éventuelles responsabilités américaines :

Une enquête scientifique doit être menée par l’OMS et non par un pays ou une organisation régionale. Elle doit être scientifique et impartiale. Les éléments liés à la Chine, mais aussi ceux liés aux États-Unis et aux autres pays doivent être inclus.”

En effet, aux États-Unis, “parmi les personnes qui ont eu la grippe dans l’hiver, combien étaient des infections au nouveau coronavirus?”

Côté américain, le New York Times souligne que le président chinois, Xi Jinping, a annoncé que Pékin donnerait 2 milliards de dollars “pour lutter contre le coronavirus” et que cette proposition n’est peut-être pas complètement désintéressée.

La nouvelle contribution chinoise, qui sera étalée sur deux ans, “représente plus du double de ce que les États-Unis donnaient à l’OMS avant que le président Trump ne suspende le financement américain en avril dernier”, détaille le quotidien new-yorkais. Mais l’initiative est également considérée par les autorités américaines comme une “tentative de la Chine d’empêcher un examen plus approfondi visant à déterminer si elle avait caché des informations sur l’épidémie au monde entier”.À lire aussi:Tensions. Entre la Chine et les États-Unis, une “guerre froide” sur fond de pandémie ?

Donald Trump a refusé de participer à l’assemblée de l’OMS, mais a adressé une lettre cinglante dans laquelle il accuse l’organisation “d’une dépendance ‘alarmante’ vis-à-vis de la Chine”Selon le Los Angeles Times, le président américain a même menacé de se retirer complètement de l’Organisation mondiale de la santé, une décision “qui ferait du dirigeant chinois, Xi Jinping, la voix la plus éminente dans la lutte mondiale contre la pandémie”.

La stratégie de Donald Trump a en effet “constitué une opportunité pour la Chine, qui cherche à remodeler les institutions multilatérales longtemps dominées par Washington”, affirme le New York Times. Le quotidien new-yorkais cite ainsi Ryan Hass,spécialiste de la Chine à la Brookings Institution et ancien membre du Conseil de sécurité nationale du président Barack Obama, qui estime qu’un schéma familier est apparu :

Chaque fois que Trump retire les États-Unis de la scène mondiale, Xi annonce que la Chine fera un pas en avant. Xi Jinping a fait preuve d’un opportunisme impitoyable en cherchant à exploiter l’abandon par l’Amérique du leadership mondial.”

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1972808/article/1972856