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Incident avec la Turquie : La France suspend sa participation à l’opération Sea Guardian, menée par l’Otan

Incident avec la Turquie : La France suspend sa participation à l’opération Sea Guardian, menée par l’Otan

PAR LAURENT LAGNEAU · 1 JUILLET 2020

Le 10 juin, engagée dans la mission Sea Guardian et à la demande du commandement maritime allié de l’Otan [MARCOM], la frégate légère furtive [FLF] « Courbet » a tenté de contrôler le cargo Cirkin, alors suspecté d’acheminer du matériel militaire en Libye depuis la Turquie.

Plus tôt, le même navire avait été approché par la frégate grecque HS Spetsai, de l’opération navale EUNAVFOR MED Irini, lancée par l’Union européenne afin de faire respecter l’embargo sur les armes imposé par les Nations unies. Seulement, cette dernière avait dû y renoncer, après en avoir été dissuadée par la présence d’une …………………………………frégate turque.

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Quoi qu’il en soit, la frégate française a été empêché de procéder au contrôle qui lui avait été demandé en raison de la présence de trois navires turcs se trouvant à proximité du Cirkin et utilisant des codes d’identification de l’Otan alors qu’il ne leur était pas permis de le faire étant donné qu’ils ne participaient pas une mission de l’Alliance. L’un d’eux, selon Paris, a même « illuminé » le Courbet avec son radar de conduite de tir à trois reprises, en l’espace d’une minute.

« Cette affaire est à nos yeux très grave […]. On ne peut pas accepter qu’un allié se comporte comme cela, fasse cela contre un navire de l’Otan sous commandement Otan menant une mission Otan », ont alors dénoncé les autorités françaises.

L’incident a ensuite été évoqué lors d’une réunion des ministres de la Défense des pays membres de l’Otan. Dans un premier temps, le secrétaire général de l’organisation, Jens Stoltenberg, a donné le sentiment de chercher à le minimiser, avant finalement de se résoudre à commander à une enquête.

Lors d’une audition devant la commission sénatoriale des Affaires étrangères et des Forces armées, ce 1er juin, l’ambassadeur de Turquie en France, Ismaïl Hakki Musa, a donné la version turque de cet incident, quitte visiblement à prendre quelques libertés avec certains faits.

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Ainsi, le diplomate a repris en grande partie les explications données le 18 juin dernier à l’AFP par un responsable turc sous le sceau de l’anonymat. Selon ces dernières, le navire turc aurait utilisé une « caméra intégrée à son radar pour observer » la frégate française qui « effectuait une manoeuvre dangereuse à très faible distance, et cela par mesure de sécurité. » Et, avait-il ajouté, à « aucun moment le radar » de conduite de tir ne l’a illuminée. »

Au Sénat, M. Hakki Musa a donc repris les mêmes éléments, assurant que les trois navires turcs participaient bel et bien à une opération de l’Otan [laquelle?]. En outre, il a affirmé que le cargo en question [qu’il n’a pas nommé] venait déjà de subir deux contrôles au cours de la même journée sans le moindre problème [ce qui est discutable si l’on en juge par la tentative de la frégate grecque] et que le Courbet avait effectué une manoeuvre dangereuse, en portant sa vitesse à 20 noeuds.

Document produit par l’ambassadeur de Turquie lors de son audition au Sénat

Enfin, le diplomate a produit un document censé démontrer que le navire français avait fait l’objet d’une « désignation » et non d’une « illumination » par le radar de conduite d’une frégate turque.

Pour rappel, l’État-major des armées s’était déjà expliqué sur cette version des faits quand elle fut avancée par le responsable turc interrogé par l’AFP. En effet, il avait affirmé que le Courbet s’était « approché » du Cirkin « sans mettre en cause la sécurité nautique, ni déroger aux règles de navigation » et que « cette manoeuvre avait donné lieu à un comportement agressif d’une des trois frégates turques en escorte du convoi », laquelle avait gêné l’approche du cargo suspect en illuminant par trois fois le navire français avec son radar de conduite de tir.

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Visiblement, si la version donnée par l’ambassadeur turc n’a pas convaincu les sénateurs, il en a été autrement parmi les « experts » de l’Otan, lesquels, selon le diplomate, n’auraient pas confirmé les accusations lancées par la France contre la Turquie.

« Le secrétaire général de l’Otan a ordonné une investigation qui vient d’être faite et d’après les informations que j’ai eues, ce n’est pas concluant compte tenu de la réclamation de nos amis français », a déclaré M. Hakki Musa. « Il semble que les experts de l’Otan n’arrivent pas à la même conclusion », a-t-il insisté. Et de préciser que, en réaction, Paris venait de décider de se retirer de l’opération Sea Guardian et que l’Otan en avait été informé la veille.

Ce qu’a en partie confirmé le ministère des Armées, qui n’a pas évoqué les résultats de l’enquête menée par l’Otan. Dans l’attente d’obtenir des réponses à des demandes relatives à l’incident avec la Turquie, « nous avons décidé de retirer temporairement nos moyens de l’opération Sea Guardian », a-t-il indiqué. Et d’ajouter, en visant la Turquie : « Il ne nous paraît pas sain de maintenir des moyens dans une opération censée, parmi ses différentes tâches, contrôler l’embargo avec des alliés qui ne le respectent pas. »

En outre, Paris demande que « les alliés réaffirment solennellement leur attachement et leur engagement au respect de l’embargo » sur les armes en Libye et dit souhaiter un « mécanisme de déconfliction plus précis au sein de l’Alliance atlantique. »

Reste que, dans cette affaire, et comme le montre la réserve de M. Stoltenberg, la Turquie joue sur du velours, comme l’a d’ailleurs fait observer M. Hakki Musa aux sénateurs.

« Imaginez l’Otan sans la Turquie! Vous n’aurez plus d’Otan ! Il n’y aura plus d’Otan sans la Turquie! Vous ne saurez pas traiter l’Iran, l’Irak, la Syrie, la Méditerranée au sud, le Caucase, la Libye, l’Egypte », a en effet lancé le diplomate. « La Turquie, ce n’est pas un pays quelconque dans l’Otan. […] Nous avons gardé le flanc Sud et Est pendant la Guerre froide avec beaucoup d’efforts, des fois au détriment de la prospérité de notre nation, de notre peuple », a-t-il conclu.http://www.facebook.com/plugins/like.php?href=http%3A%2F%2Fwww.opex360.com%2F2020%2F07%2F01%2Fincident-avec-la-turquie-la-france-suspend-sa-participation-a-loperation-sea-guardian-menee-par-lotan%2F&layout=button_count&show_faces=false&width=125&action=like&font=verdana&colorscheme=light&height=21https://platform.twitter.com/widgets/tweet_button.c4b33f07650267db9f8a72eaac551cac.fr.html#dnt=false&id=twitter-widget-0&lang=fr&original_referer=http%3A%2F%2Fwww.opex360.com%2F2020%2F07%2F01%2Fincident-avec-la-turquie-la-france-suspend-sa-participation-a-loperation-sea-guardian-menee-par-lotan%2F&size=m&text=Incident%20avec%20la%20Turquie%20%3A%20La%20France%20suspend%20sa%20participation%20%C3%A0%20l%E2%80%99op%C3%A9ration%20Sea%20Guardian%2C%20men%C3%A9e%20par%20l%E2%80%99Otan&time=1593697943142&type=share&url=http%3A%2F%2Fwww.opex360.com%2F2020%2F07%2F01%2Fincident-avec-la-turquie-la-france-suspend-sa-participation-a-loperation-sea-guardian-menee-par-lotan%2F

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UNE REVENANTE

Une revenante

26 Juin 2020

Qui ne se souvient de Victoria Nuland, dont l’heure de gloire sonna lors d’un glacial hiver il y a de cela quelques années ?

En décembre 2013, Victoria Nuland distribuait des cookies aux manifestants. Deux mois plus tard, lors d’une conversation téléphonique avec l’ambassadeur américain à Kiev, enregistrée et rendue publique par les facétieux services secrets russes, la représentante de l’administration Obama ne distribue plus des petits gâteaux mais les futurs postes de ministres, faisant et défaisant le gouvernement ukrainien ! C’est à cette occasion que, en désaccord avec Berlin sur l’attribution d’un ou deux maroquins, elle prononce son fameux « Que l’UE aille se faire foutre ! ».

Émergeant de leur léthargie, les dirigeants européens froncent un sourcil, déclarent haut et fort que ces paroles sont inacceptables puis, sans doute épuisés par leur audace, retombent dans leur somnolence. Que de hauts responsables états-uniens misent sur le renversement à venir du gouvernement légal et décident du futur de l’Ukraine ne semble pas les gêner plus que cela…PUBLICITÉ

Désormais, la course au putsch est lancée. Victoria « Fuck the EU » Nuland a clairement annoncé la couleur : les États-Unis ont investi, depuis 1991, cinq milliards de dollars afin de « promouvoir le développement des institutions démocratiques et établir une bonne gouvernance », autrement dit installer un régime ami à Kiev. Le Maïdan est le moment ou jamais d’arracher l’Ukraine à la sphère russe et de l’arrimer à la communauté atlantique. En filigrane, évidemment, l’avancée de l’Otan vers la Russie, objectif depuis toujours des stratèges américains.

Il est vrai que la dame a un parcours impérial de toute beauté. Mariée au néo-cons Robert Kagan, Victoria Nuland a d’abord été adjointe de Madeleine « Kosovo » Albright, puis ambassadrice permanente de Bush Jr à l’OTAN, conseillère pour la politique étrangère de Dick Cheney, envoyée spéciale de l’hilarante Clinton et enfin secrétaire d’Etat assistante pour l’Europe et l’Eurasie sous l’administration Obama. Démocrates, Républicains, tout y passe du moment que c’est pour la cause supérieure. Elle connaît son Grand jeu sur le bout des doigts…

Le départ de Barack à frites et l’élection de Trump ont été, on l’imagine aisément, une bien mauvaise nouvelle pour cette russophobe affirmée, même si elle flâne dans divers think tanks et reste membre du directoire du N.E.D, dont la passion pour les regime change n’est plus à démontrer.

Sortie de son cryo-sommeil, la gorgone vient de publier une diatribe contre l’abominable Poutine des neiges où elle ressasse les habituels poncifs éculés. La Russie est faible mais elle a profité de l’impotence du leadership américain (sous Donaldinho, évidemment) pour perpétrer ses malfaisantes agressions : violer la loi internationale, les traités sur le contrôle des armements, la souveraineté de ses voisins et l’intégrité des élections aux Etats-Unis et même, pourquoi pas après tout, en Europe ! Mais l’ours qui fait si peur n’est en réalité qu’un colosse aux pieds d’argile qui prie pour que le camp du Bien mette fin aux sanctions.

Dans cet indigeste laïus apparaissaient quelques menaces voilées : renforcement du flanc oriental de l’OTAN, appui à l’Ukraine, maintien des forces américaines en Syrie pour que « Poutine ne devienne pas le maître du Moyen-Orient » etc. Et enfin, un véritable petit morceau d’anthologie que ne renierait pas Soros :

« Les Etats-Unis et leurs alliés devraient résister aux tentatives de Poutine de couper sa population du monde extérieur (!) et parler directement aux Russes à propos des bénéfices qu’ils pourraient retirer à travailler ensemble et du prix qu’ils ont payé à cause de la répudiation du libéralisme par Poutine ». C’est beau comme du Walt Disney, même s’il ne faut pas être grand clerc pour y voir un encouragement à l’élaboration d’une « révolution colorée »…

La perpétuelle politique de « changement de régime » est de plus en plus décriée dans certains secteurs états-unien – témoin, ce remarquable article qui montre la réussite très aléatoire de ces manigances (39% de succès, principalement à une autre époque et dans des pays relativement faibles) et les effets néfastes à long terme pour l’influence américaine (dont les organismes, innocents comme coupables, sont maintenant systématiquement surveillés/expulsés). Cela n’empêche apparemment pas l’amie Nuland de fantasmer un nouveau Maïdan plus à l’est.

Ces inepties infantiles ont au moins un mérite : montrer que la politique impériale ne changera jamais vis-à-vis de Moscou. Si l’on en doutait encore, il suffit de lire les recommandations du Republican Study Committee, groupe rassemblant plusieurs faucons du parti Républicain à la Chambre des représentants. Dans un rapport de 120 pages sobrement intitulé « Renforcer l’Amérique et contrer les menaces globales », la camarilla appelle à l’adoption par le Congrès des « plus dures sanctions de l’histoire » contre la Russie, l’Iran et la Chine.

Si ce document n’est qu’un ensemble préconisations parfois outrancières (comme celle de qualifier sans rire la Russie d’« Etat soutenant le terrorisme ») et non une proposition de loi, il montre l’état d’esprit fanatique qui règne chez les élites illuminées et déclinantes outre-Atlantique. Il n’y aura jamais de reset américano-russe, il ne peut y en avoir…

Et l’on se demande parfois si le Kremlin l’a tout a fait intégré. L’approche jugée trop conciliante de Poutine envers Washington est un vieux serpent de mer qui refait surface à intervalles réguliers, et fait s’arracher les cheveux à une flopée de sites alternatifs depuis fort longtemps. Sans aller jusque là, on peut effectivement s’interroger sur la retenue de Vladimirovitch vis-à-vis d’un empire qui tente pourtant de lui faire subir toutes les avanies et n’a aucune intention de s’accommoder de lui.

Il y a trois mois, Moscou avait une occasion en or de faire payer la monnaie de sa pièce à l’aigle, embourbé dans la dégringolade des cours du pétrole. Pourtant, sans que l’on sache trop pourquoi, Poutine a une nouvelle fois refusé de franchir le Rubicon. Si ce geste de bonne volonté visait à alléger les sanctions, notamment contre Rosneft, il s’est fourré le doigt dans l’œil. Le Heartland ne peut et ne pourra jamais rien attendre de la thalassocratie impériale.

Errare humanum est, perseverare diabolicumTag(s) : #Etats-Unis#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/06/une-revenante.html

l-empire-fait-machine-arriere.

13 Juin 2020

Nous parlions il y a trois mois d’un nouveau monde en gestation, accéléré encore par la crise pandémique planétaire. Il est là, désormais, sur le point d’accoucher, et les observateurs avisés de la chose géopolitique ne s’y trompent guère.

Si certains pensent sans rire pouvoir encore contenir, au moins dans les mots, et la Russie et la Chine, l’ambiance générale est au pessimisme à Washington. En réalité, la situation est déjà en train de dégénérer face au seul dragon, sans qu’il soit utile de rajouter l’ours dans la balance.

En cause, entre autres, l’inévitable fin du moment unipolaire américain, l’autonomisation des vassaux maintenant presque orphelins et la catastrophique (du point de vue impérial) présidence de Trump. Comme l’explique d’ailleurs le National Interest, Pékin regrettera Donaldinho s’il perd les élections tant celui-ci, par ses multiples bourdes, a indirectement favorisé la posture chinoise sur la scène internationale.PUBLICITÉ

Sans surprise, en fidèle petit toutou de l’empire, le patron de l’OTAN tire la sonnette d’alarme, usant des bons vieux éléments de langage maintes fois utilisés contre la Russie ? Ne bâillez pas : « La montée en puissance de la Chine change fondamentalement l’équilibre du pouvoir, multipliant les menaces contre les sociétés ouvertes et les libertés individuelles » Du Soros dans le texte…

Il faut dire que le sieur Stoltenberg doit être paniqué par les aléas que traverse sa chère communauté euro-atlantique. Ce n’est sans doute pas un hasard s’il pondu ses déclarations le même jour que le 10Dialogue stratégique entre la Chine et l’UE. Comme l’analyse le pertinent Bhadrakumar, « le fait que ce sommet, et non celui du G7 [prévu à Washington fin juin], marque le début de l’ère post-Covid dans les relations internationales en dit long sur la transition de l’ordre mondial ».

A cette occasion, le discours de l’officieux ministre des Affaires étrangères eurocratique, Josep Borrell, a dû faire siffler les oreilles du côté de Washington : « Nous devons développer nos relations avec cet acteur mondial de premier ordre qu’est la Chine. Elle n’est pas une menace pour la paix mondiale et nous ne sommes pas dans une optique de confrontation ». Aux dernières nouvelles, Pompeo en a perdu son latin…

En filigrane, évidemment, les monumentales routes de la Soie qui empêchent les stratèges US de dormir.

Celle-ci (la ligne Yiwu-Duisbourg déjà existante), votre serviteur l’avait déjà évoquée dans le livre :

9 décembre 2014. Un énorme train de 82 containers arrive en gare de Madrid. Il est parti trois semaines plus tôt de Yiwu, en Chine, et a traversé toute l’Eurasie avec ses mille tonnes de marchandises. Il a longé le désert de Gobi et le tableau tibétain, traversé les steppes kazakhes, foncé dans l’immense plaine russe, avant de gagner la Pologne, l’Allemagne, la France et enfin l’Espagne. En janvier 2017, c’est à Londres qu’un convoi arrive. La capitale anglaise est alors la quinzième ville européenne à recevoir les trains de fret chinois en provenance de Yiwu.

Vous ne connaissez sans doute pas ce nom. Et pourtant… Situé à 300 kilomètres de Shanghai, il s’agit tout simplement du principal marché de gros de la planète. Son slogan – « Un océan de marchandises, un paradis pour les consommateurs » – n’est pas exagéré ; avec ses dizaines de milliers de stands et son demi-million de produits différents, il attire hommes d’affaires et commerçants du monde entier

Surnommés « chameaux de fer », les trains en provenance des villes chinoises qui s’engouffrent vers l’Europe à travers les somptueux paysages eurasiens ont déjà effectué plus de dix mille trajets depuis que le commerce ferroviaire a été mis en place entre l’empire du Milieu et le Vieux continent au début des années 2010. Ils présentent des avantages techniques, comme la réduction de moitié du temps de transport. Mais surtout aux yeux de Pékin, et c’est cela qui nous intéresse, ils répondent à des impératifs stratégiques : éviter l’océan mondial contrôlé par l’empire maritime américain. Ce faisant, ils participent des tentaculaires Nouvelles routes de la Soie, projet pharaonique mis en place par la Chine pour intégrer économiquement l’Eurasie.

C’est évidemment cela qui provoque la fureur du Washingtonistan impuissant et déclinant. Un récent mémo stratégique de la Maison Blanche accable d’ailleurs ces routes d’une litanie d’accusations, regrettant amèrement l’influence grandissante de Pékin dans les pays traversés.

Si tous les griefs ne sont pas totalement inventés, notamment la pression économique du dragon qui se traduit par un certain ascendant politique, un article comme toujours intègre de l’irréprochable American Conservative remet les pendules à l’heure. On pourrait résumer sa ligne d’une expression maintes fois utilisée pour décrire les récriminations de l’empire US : c’est l’hôpital qui se fout de la charité…Tag(s) : #Chine#Etats-Unis#Europe

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L’opinion, ça se travaille… ou pas

L’opinion, ça se travaille… ou pas

8 Mai 2020

Attachons-nous dans ce billet, au titre en forme de clin d’œil à l’excellent livre paru au lendemain de l’incroyable intox de la guerre du Kosovo, à quelques nouvelles intéressantes. Si les années 90 ont marqué l’apogée d’une opinion publique crédule qui gobait tout ce que les médias occidentaux lui servaient, la situation actuelle semble quelque peu différente…

Nous avons évoqué, il y a un mois, une mauvaise nouvelle pour l’empire :

Autre sondage inquiétant pour le Deep State US, là aussi mené avant la crise coronavirienne qui n’a rien fait pour arranger les choses, une étude du très sérieux Pew Research Center montre que la confiance dans l’OTAN se détériore dangereusement parmi la population de ses pays membres.PUBLICITÉ

Si, en moyenne, 53% continuent de percevoir l’alliance atlantique de manière positive contre 27% de manière négative, la tendance ne trompe pas. Entre 2017 et 2019, les opinions positives sont passées de 62% à 52% aux Etats-Unis, 60% à 49% en France, 67% à 57% en Allemagne. Seul le Royaume-Uni post-Brexit a vu une petite augmentation (62% à 65%).

Question encore plus dérangeante, 50% (contre 38%) des interrogés pensent que leur pays ne devrait pas intervenir si un membre de l’OTAN était attaqué par la Russie ! L’article 5 a du plomb dans l’aile… La réticence est particulièrement élevée en Allemagne (60%) et surtout en Italie (66%).

L’Union européenne étant l’antichambre de l’alliance atlantique, est-ce tout à fait un hasard si la première suit la seconde dans le mouvement de défiance générale que connaît le système impérial ? Notre bonne presse l’avoue benoitement, les Français ne croient plus en l’UE. Drame à Bruxelles…

Si l’éthylique Jean-Claude n’est plus là, les euronouilles passent un bien mauvais printemps. Et encore, l’étude citée plus haut, dirigée par le très européiste Institut Jacques Delors, a-t-elle eu lieu avant le fiasco pandémique qui a définitivement ridiculisé l’UE. L’on sent, depuis quelques temps, les officines médiatiques en mode damage control ; les mots tentent encore de faire illusion mais le cœur n’y est plus.

Et puisque l’on parle de l’OTAN, un très remarqué sondage sur la jeunesse russe a été menée par le Centre Levada, dont la réputation de sérieux et d’indépendance n’est plus à faire. Si quatre jeunes sur cinq se déclare apolitiques, ce sont les autres questions qui interpellent.

Seuls 16% éprouvent le désir d’aller vivre à l’étranger et un tiers seulement considère la Russie comme européenne. Parmi les institutions les plus respectées, on trouve sans surprise le volontariat (49%) mais, chose intéressante, l’armée (44%) et le président (42%) sont en bonne place. Celles qui suscitent, au contraire, le plus de défiance sont les syndicats (44%), les partis politiques (50%) et surtout… l’OTAN (56%) !

Si le Kremlin se posait des questions sur l’après-Poutine, il peut être rassuré. Les piliers de la combativité russe dans le Grand jeu – patriotisme, président fort, armée et hostilité envers l’Alliance atlantique – sont profondément ancrés dans la jeunesse, même quand elle s’intéresse peu à la chose publique.Tag(s) : #Europe#Russie

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Les pays de l’OTAN doivent protéger leurs entreprises stratégiques

Les pays de l’OTAN doivent protéger leurs entreprises stratégiques

PHOTO FABIAN BIMMER, ARCHIVES REUTERSJens Stoltenberg

(Bruxelles) Les adversaires potentiels des pays de l’OTAN vont tenter de profiter de la crise économique provoquée par la COVID-19 pour essayer de prendre le contrôle d’entreprises ou d’infrastructures stratégiques et de saper l’unité de l’Alliance, a averti mercredi son secrétaire général Jens Stoltenberg.Publié le 15 avril 2020 à 14h41

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AGENCE FRANCE-PRESSE

« Cette crise pourrait avoir des effets géopolitiques majeurs », a-t-il affirmé au cours d’un point de presse à l’issue d’une réunion en vidéoconférence avec les ministres de la Défense de l’Alliance.

« La crise économique pourrait permettre des investissements dans des industries et des infrastructures stratégiques », a-t-il expliqué. « Il est important de protéger ces entreprises », a-t-il insisté.

Jens Stoltenberg n’a pas cité les États ou les groupes impliqués dans ces prises de contrôle, mais la mise en garde vise surtout les importants investissements réalisés par la Chine dans les infrastructures portuaires et les télécommunications en Europe.

« La vente d’infrastructures stratégiques par les pays les plus vulnérables pourrait saper la capacité de résistance des pays de l’Alliance en cas de nouvelle crise », a estimé le secrétaire général de l’OTAN.

Les pays de l’OTAN ont « besoin d’infrastructures et de télécommunications fiables en temps de crise », a souligné le Norvégien.

Jens Stoltenberg a également insisté sur la nécessité de combattre la désinformation sur les actions menées par les alliés et leur unité.

« Nous devons contrer les campagnes de désinformation menées par des acteurs étatiques et non étatiques sur les réseaux sociaux qui visent à nous diviser et à nous fragiliser avec de fausses informations sur l’aide mutuelle que nous nous apportons », a-t-il dit.

« La meilleure réponse passe par une presse libre qui vérifie les faits et pose des questions parfois difficiles », a-t-il soutenu.

« Il est encore trop tôt pour tirer les enseignements de cette crise, mais nous devons être préparés pour la prochaine », a-t-il affirmé.

« La croissance est touchée et les dépenses publiques également », a-t-il reconnu.

Les membres de l’Alliance se sont engagés à consacrer 2 % de leur PIB national à leurs dépenses de défense en 2024.

Jens Stoltenberg a toutefois expliqué l’importance des investissements dans les capacités militaires, car elles viennent « comme une capacité d’appoint ».

« L’OTAN n’est pas le principal intervenant en cas de crise sanitaire, mais elle peut soutenir les efforts du secteur civil », a-t-il soutenu.

« La principale leçon de cette crise est le lien étroit entre les efforts civils et la capacité de soutien des forces militaires. Il faudra voir comment l’améliorer avant la prochaine crise », a déclaré Jens Stoltenberg.

Il s’est refusé à tout commentaire sur la suspension de la contribution américaine à l’Organisation mondiale de la santé

.https://www.lapresse.ca/affaires/entreprises/202004/15/01-5269469-les-pays-de-lotan-doivent-proteger-leurs-entreprises-strategiques.php

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

par Thierry Meyssan

Pendant que les Européens et les Arabes sont absorbés par le coronavirus, les Anglo-Saxons changent l’ordre du monde. Sous commandement US, le Royaume-Uni a pris le contrôle de l’entrée de la mer Rouge ; les Émirats arabes unis se sont retournés contre l’Arabie saoudite et lui ont infligé une cuisante défaite au Yémen du Sud, tandis que les Houthis le faisaient au Yémen du Nord. Désormais, le Yémen est scindé en deux États distincts et l’intégrité territoriale de l’Arabie saoudite est menacée.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 24 MARS 2020 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆPORTUGUÊSРУССКИЙ

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JPEG - 36.7 koLe président des États-Unis, Donald Trump, et le président de facto des Émirats arabes unis, le prince Mohamed ben Zayed. En silence, les deux hommes d’affaire sont en train de réorganiser le Moyen-Orient élargi.

Le président Donald Trump poursuit sa politique de retrait militaire du « Moyen-Orient élargi ». Pour ce faire, il déplace progressivement ses troupes, signe des accords avec les forces contre lesquelles elles étaient déployées (par exemple avec les Talibans) et négocie la libération de ses prisonniers. Simultanément, le Pentagone fait appel au Royaume-Uni pour prendre la tête des opérations de la nouvelle Alliance atlantique-Moyen-Orient et superviser la suite de la « guerre sans fin » au « Moyen-Orient élargi ». La Syrie est considérée comme zone d’influence russe tandis que la stratégie Rumsfeld/Cebrowski se poursuit avec la division du Yémen en deux États distincts et la préparation du démembrement de l’Arabie saoudite.

Rapatriement des agents de la CIA détenus prisonniers

Les 18 et 19 mars 2020, un citoyen US, Michael White, détenu en Iran, a été transféré de sa prison à l’ambassade de Suisse à Téhéran ; un autre citoyen US, Amer Fakhoury, détenu au Liban, a été exfiltré par les troupes états-uniennes ; enfin le président Trump a demandé publiquement l’aide de la Syrie pour retrouver un troisième citoyen US, Austin Tice.

Ces opérations sont supervisées par le discret conseiller de sécurité nationale, Robert O’Brien, qui dispose d’une solide expérience en matière de libération de prisonniers.

- Michael White a servi 13 ans dans la Marine US. Il s’est rendu en Iran pour y retrouver sa fiancée. Il a été arrêté en 2018 et condamné à 13 ans de réclusion pour espionnage. D’autres citoyens US emprisonnés en Iran —dont Morad Tahbaz, Robert Levinson, Siamak et Baquer Namazee— ne semblent pas susciter le même intérêt de Washington. Michael White a été remis à l’ambassadeur suisse Markus Leitner pour « raison de santé ». Il n’est pas libre pour autant.
- Amer Fakhoury est un célèbre collaborateur des troupes d’occupation israéliennes au Liban. Il fut membre de l’Armée du Liban-Sud, directeur de la sinistre prison de Kiam et tortionnaire. Il s’est enfui du Liban lors du retrait israélien et y est revenu, pour une raison inconnue, en septembre 2019. Il a immédiatement été reconnu et arrêté. Il a été libéré au motif d’une prescription de ses crimes, ce qui est juridiquement faux, mais interdit de quitter le territoire. Il s’est alors précipité à la méga-ambassade US d’Awkar sous la protection de l’ambassadrice Dorothy Shea, d’où il a été exfiltré en hélicoptère par les Forces spéciales US vers Chypre.
- Austin Tice est un capitaine des Marines devenu journaliste indépendant. Il a pénétré illégalement en Syrie avec l’aide des services secrets turcs avant de disparaître, en 2012, à Daraya (banlieue de Damas). Eva Filipi, l’ambassadrice de Tchéquie qui représente les intérêts US en Syrie, avait affirmé qu’il serait détenu non pas par des jihadistes, mais par les autorités syriennes. Ce que Damas a toujours démenti.

Ces trois citoyens US sont très probablement des collaborateurs ou des agents de la CIA.

- Étrangement, les Émirats arabes unis ont brisé l’embargo US et apporté des médicaments en Iran.
- Chaque faction libanaise accuse l’autre d’avoir cédé aux pressions US. Le Hezbollah assure ne pas avoir trahi la Résistance et ne pas avoir négocié secrètement avec Washington, tandis que le président du Tribunal militaire (pro-Hezbollah) a démissionné.
- C’est la première fois depuis deux décennies qu’un président états-unien sollicite publiquement l’aide de la République arabe syrienne.JPEG - 19.8 koLe secrétaire à la Défense US, Mark Esper, reçoit son homologue britannique, Ben Wallace, au Pentagone. La « relation spéciale » entre les deux pays est rétablie. Les « Cinq yeux » sont renforcés. Le Royaume-Uni prend le commandement des opérations de l’Otan-MO.

Transfert de l’encadrement militaire au Royaume-Uni

Le 5 mars, le secrétaire US à la Défense, Mark Esper, a reçu au Pentagone son homologue britannique Ben Wallace. Les deux hommes se sont partagés le commandement de la nouvelle Otan-MO [1].

Ben Wallace a ensuite prononcé un discours à l’Atlantic Council au cours duquel il a confirmé la solidité de l’alliance UK-USA et la disponibilité du Royaume-Uni. Il a également soutenu la nécessité de juger le « dictateur Bachar el-Assad » (sic), mais l’impossibilité de le faire compte tenu du soutien de l’« ours russe ». En d’autres termes, la Syrie reste un ennemi, mais on n’y touchera plus. La guerre sera déplacée [2].JPEG - 26.1 koLe secrétaire britannique à la Défense, Ben Wallace, et son homologue turc, le général Hulusi Akar, inspectent les « postes d’observation » turcs qui servent de base de repli aux jihadistes à Idleb (Syrie occupée), le 12 mars 2020. Londres assure Ankara que le Pentagone ne détruira pas la Turquie, mais l’Arabie saoudite.

Les 12 et 13 mars, Ben Wallace s’est rendu en Turquie et en Syrie occupée par les jihadistes. Il a inspecté les postes d’observation de l’armée turque à Idleb et fait parvenir 89 millions de £ de dons « humanitaires » aux familles des jihadistes. Ceux-ci ont alors commencé à attaquer les troupes turques censées les protéger, tuant plusieurs soldats turcs.

La fin du Yémen et le début de celle de l’Arabie saoudite

Poursuivant leur politique de retrait militaire et de transfert de cette fonction à des proxys, les États-Unis sont en train de transformer la guerre du Yémen. Originellement, le Pentagone prévoyait de diviser ce pays en deux selon la ligne de partage qui existait jusqu’en 1990. Il avait encouragé l’Arabie saoudite et Israël à se lancer à l’assaut du pays pour en exploiter les ressources pétrolières de la région mitoyenne du « Quart vide » [3]. L’opération avait été conduite avec l’aviation israélienne, des mercenaires colombiens sous drapeau saoudien et des troupes émiraties. Elle avait été coordonnée par un état-major tripartite (Arabie/USA/Israël) basé au Somaliland.

Cependant, le Pentagone s’appuyant sur les rivalités tribales parvint à complexifier la situation jusqu’à aboutir à un pays effectivement divisé en deux, mais aussi à une Coalition Arabie-soudite/Émirats également divisée. Il lui fallait alors —sans engager ses propres troupes— terminer la division du Yémen en deux États distincts avant de se lancer dans la division de l’ancien allié saoudien en cinq États distincts. Le Pacte du Quincy lui fait obligation de protéger le roi d’Arabie saoudite, mais ni son pays, ni son héritier [4].JPEG - 66.7 koLe souverain de facto d’Abou Dhabi et président de facto des Émirats arabes unis, Mohamed ben Zayed, a été le mentor du prince héritier saoudien, Mohamed ben Salmane. Progressivement l’élève a voulu écraser son maître. En définitive, c’est le discret MBZ qui devrait écraser l’infatué MBS.

Cette semaine, le Pentagone a dépêché un navire de guerre au large d’Aden. Il a installé des troupes britanniques sur l’ile de Socotra pour en faire une base militaire permanente avec les Émirats arabes unis et l’a armé avec des missiles Patriot. Simultanément, les Houthis du Nord soutenus par l’Iran ont attaqué victorieusement deux bases militaires saoudiennes et fait prisonniers plus de 700 soldats saoudiens, tandis que les tribus soutenues par les Émirats ont attaqué les tribus soutenues par l’Arabie saoudite à Aden. Le gouvernement d’Abdrabbo Mansour Hadi, seule autorité officiellement reconnue par l’Onu mais siégeant en exil à Riyad, a perdu le contrôle d’Aden.

Le prince héritier saoudien, Mohamed ben Salman, après avoir torturé son ami d’enfance trop brillant, après avoir assassiné ses rivaux, après avoir exécuté le chef chiite de son opposition, après avoir embastillé et dépouillé ses frères et oncles, après avoir fait découper à Istanbul un Frère musulman trop bavard, n’a plus personne pour le soutenir.

Les départements états-unien, britannique et émirati de la Défense ne communiquent pas sur ces batailles. Seuls les Houthis le font. En l’absence de communication officielle, la presse internationale est aveugle et muette.

Le Yémen du Sud est une ancienne colonie britannique et les Émirats arabes unis étaient intégrés dans l’Empire des Indes. Le Royaume-Uni, sous parapluie états-unien, reconquiert son influence dans le Golfe et en mer Rouge.

L’opposition Arabie saoudite/Axe de la Résistance n’existe plus, faute de combattants. Désormais, après l’Iran (1953-78), l’Iraq (1979-90) et l’Arabie saoudite (1991-2019), les Émirats arabes unis (2020-), sous parapluie de l’Otan-MO, sont devenus les gendarmes de la région.

Ce retournement complet de situation correspond à notre analyse de la crise. Après leur échec en Syrie, les États-Unis poursuivent leur plan de 2001 et s’apprêtent à déstabiliser l’Arabie saoudite. Le président Trump a validé cette étape à la seule condition que les troupes US n’y participent pas directement, mais que les Émirats les représentent.

Le suicide de l’Union européenne

Pendant ce temps, l’Union européenne réagit de manière inadaptée à l’épidémie de coronavirus. Au lieu de lutter contre la maladie (tests généralisés, traitement des personnes infectées à la chloroquine, soins d’urgence aux malades avec respiration artificielle et interféron Alfa 2B recombiné), elle prévient l’engorgement de ses hôpitaux (assignation à résidence de la population saine) [5]. Son économie s’est arrêtée et la Banque centrale européenne annonce une récession de 5 % si cette situation se prolonge deux semaines, mais ce sera probablement six.

Lorsque le pic de l’épidémie sera passé, elle ne sera plus une grande puissance économique et le monde sera organisé d’une manière nouvelle, sans elle.

Thierry Meyssan

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1] « NATO Go Home ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 février 2020.

[2] « Quelle cible après la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 mars 2020.

[3] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[4] « Le Pacte du Quincy ne protège que le roi d’Arabie, pas son héritier », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 octobre 2018.

[5] « Covid-19 : propagande et manipulation », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 mars 2020

.https://www.voltairenet.org/article209502.html

Khmerdier US en Asie

Khmerdier US en Asie

7 Mars 2020

Peu médiatique et étonnamment sous-estimée, la décennie 70 ouvrit pourtant un véritable âge d’or pour l’empire américain, fenêtre stratégique exceptionnelle refermée au tournant du millénaire. Comme le rappelle votre serviteur dans Le Grand jeu :

En 1947, Truman décrète la politique d’endiguement contre l’URSS, tâche aisée étant donné la peur qu’inspire alors le régime totalitaire de Staline. Le rêve de Spykman se met en place… L’OTAN est créée en 1949 sur le front Ouest, mais elle n’est elle-même qu’un des maillons de la chaîne d’alliances qui entourent l’Union soviétique.

En Asie et en Océanie, l’OTASE est mise en place en 1954 ; elle comprend, outre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, le Pakistan, la Thaïlande, les Philippines, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Sur le flanc Sud, est signé l’année suivante le Pacte de Bagdad ou CENTO, qui ajoutent l’Irak et l’Iran au cordon sanitaire autour du Heartland. La boucle est bouclée avec la rupture sino-soviétique en 1960 et le rapprochement entre Washington et Pékin qui s’ensuit. L’URSS est maintenant encerclée de toute part et le Rimland, contrôlé par Washington, assiège littéralement le Heartland.PUBLICITÉ

En géopolitique comme en histoire, l’écume événementielle ne doit jamais cacher l’essentiel. Au moment où les GI quittent piteusement Saïgon en 1975 après la guerre perdue au Vietnam, péripétie circonstancielle, les Américains n’ont en réalité jamais été aussi forts sur l’échiquier eurasiatique. Il ne leur restera plus, la décennie suivante, qu’à attirer les Soviétiques en Afghanistan pour leur porter le coup de grâce, suivant la stratégie terrible et géniale de Brzezinski.

Point d’orgue de l’isolement de la Russie : la rupture sino-soviétique, après laquelle Pékin retourne sa veste à col mao et prend langue avec les Etats-Unis. Cela débouchera sur la célèbre visite de Nixon en Chine en 1972, qui bouleverse la vision traditionnelle d’une Guerre froide censée être la lutte entre capitalisme et communisme. Rien de surprenant pour les connaisseurs du Grand jeu : il s’agit pour Washington de jouer la carte du Rimland contre le Heartland.

Le schéma est incidemment transposé en Asie du Sud-est où s’affrontent les Vietnamiens pro-soviétiques et les Khmers rouges pro-chinois. Logiques avec eux-mêmes, les Américains y soutiennent les seconds contre les premiers. Le génocide perpétré par Pol Pot n’a pas l’air de faire sourciller Kissinger qui, en tournée en Thaïlande et en Indonésie à l’automne 1975, précise à ses interlocuteurs : « Dites aux Cambodgiens que nous serons amis avec eux. Ce sont des voyous criminels mais ça ne sera pas un obstacle, nous sommes prêts à améliorer nos relations avec eux ». Cette politique cynique sera reprise sans coup férir par Brzezinski : « J’ai encouragé les Chinois à soutenir les Khmers rouges. Pol Pot était une abomination, nous ne pouvions le soutenir directement mais la Chine le pouvait. » Les administrations changent, la stratégie demeure…

Quarante ans plus tard, Radio Free Asia, média impérial bon teint, se lamente sur la dégringolade US au Cambodge, dont l’inexorable pivot vers Pékin est engagé. Que s’est-il donc passé ? Là encore, un rappel historique est nécessaire.

Après des années d’escarmouche entre Khmers rouges et Vietnamiens, ces derniers envahissent purement et simplement leur voisin. Ils font tomber le régime de Pol Pot et installent un gouvernement favorable à leurs intérêts qui, sous des formes diverses, est toujours au pouvoir à Phnom Penh. Et c’est là que l’on mesure le reflux américain.

En 1979, Pékin et Washington, alors associés, ont en effet tout deux perdu leur pion commun au Cambodge où ils repartent de zéro. Au fil des ans, une fois les passions apaisées, ils reprennent contact avec le pouvoir pro-vietnamien et les relations se normalisent peu à peu. Toutefois, dans le même temps, Chine et Etats-Unis deviennent rivaux sur la scène internationale et leur sourde lutte d’influence gagne toute l’Asie, notamment le pays des Khmers.

Tout un symbole : les plus grandes manœuvres militaires conjointes sino-cambodgiennes de l’histoire vont avoir lieu dans quelques jours tandis que les exercices américano-cambodgiens ont été rangés au placard il y a trois ans. En chinois, échec et mat se dit 将死…
 Tag(s) : #Chine#Etats-Unis#Histoire

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Le Parlement belge a failli mettre fin au stationnement des bombes nucléaires US

Le Parlement belge a failli mettre fin au stationnement des bombes nucléaires US

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22 janvier, 2020
DocumentIVERIS

Alors que le débat aurait dû être « transparent », comme ce fut prévu après les pseudo-révélations en juillet dernier sur le stationnement de bombes nucléaires américaines en Belgique, le 16 janvier, lors d’un vote final, les députés ont rejeté à une courte majorité de 74 contre 66 toute révision du status quo. Ce vote est passé dans la discrétion la plus totale, aucun journal francophone ne semble avoir repris l’information. Dommage, car à travers cet épisode, c’est un tableau beaucoup plus vaste qui se dessine, avec un faisceau de thèmes qui vont du désarmement universel à la souveraineté démocratique, en passant par le traité de non-prolifération, le marchandage entre alliés, la mise sous tutelle US des Européens, et la servitude à laquelle ils acquiescent, qui plus est sous de faux prétextes. Pour un décryptage du sujet, l’IVERIS vous propose un article publié il y a dix ans, mais qui n’en est pas moins d’actualité, tant les tenants et les aboutissants de cette mascarade nucléaire restent inchangés.

Parapluie ou hara-kiri ? – la présence nucléaire américaine en Europe

par Hajnalka Vincze, dans Contradictions n°128 (Paix et Désarmement), 2009

Bien trop souvent, on est tenté d’assimiler la présence nucléaire américaine en Europe à sa seule dimension tangible. A savoir le stationnement de quelques centaines de bombes US sur le sol de cinq pays du continent européen, dans le cadre de l’OTAN et de son soi-disant « partage nucléaire ». Et on a tort de le faire.

Certes, la présence d’armes nucléaires sur leur territoire comporte, pour les citoyens européens, de multiples risques. Nombre d’entre eux sont similaires aux risques et dangers auxquels s’exposent les populations de tous les pays « dotés », c’est-à-dire disposant d’un arsenal atomique. Dont l’utilité et la désirabilité peuvent être sujets à débat. Notamment pour savoir si les risques valent la peine d’être pris, au service d’une stratégie politico-militaire de défense nationale (ou, au contraire, doivent être refusés dans la perspective de la paix universelle et du désarmement total). Chacun tranchera selon ses convictions, sa vision du monde, sa perception et hiérarchisation des dangers, et cetera. Peu nous importe ici. Car, dans ce cas précis, cette question ne se pose même pas. Et ce, grâce à l’autre dimension du « partage » nucléaire de l’OTAN, qui est éminemment révélatrice des relations transatlantiques. Tandis que pour les puissances nucléaires le débat peut porter sur l’articulation du nucléaire avec la stratégie (importance accordée, ou pas, à la dissuasion), ici, par contre, le nucléaire (américain), et le mythe du parapluie protecteur qui va avec, sert de prétexte pour justifier l’absence de stratégie (européenne). Ainsi que de paravent commode pour que les gouvernements du vieux continent restent, in fine, à la remorque des Etats-Unis – quitte à devenir complices d’une stratégie nucléaire dans l’élaboration et la mise en œuvre de laquelle ils ne peuvent même pas rêver d’avoir un tant soit peu leur mot à dire. Hélas, ils s’estiment déjà heureux quand ils sont, plus ou moins correctement et plus ou moins après coup, informés sur le sujet.

Problèmes avec les bombes…

On estime aujourd’hui à quelque 200 le nombre des armes nucléaires tactiques (substratégiques) américaines déployées en Europe. Si leur présence est officiellement admise dans les documents de l’OTAN, les chiffres, emplacements et autres données les concernant sont évidemment secret défense.[1] Il s’agit de bombes de type B61, dites « à gravité », c’est-à-dire faites pour être transportées en avions (à double capacité, c’est-à-dire aptes à la fois à des missions conventionnelles et nucléaires) et larguées au-dessus de leur cible. Elles seraient actuellement stockées en Allemagne (sur la base aérienne de Büchel), en Italie (Aviano et Ghedi Torre), en Belgique (Kleine Brogel), au Pays-Bas (Volkel) et en Turquie (Incirlik), sous le contrôle de l’US Air Force, prévoyant un scénario soit d’emploi par des avions US, soit de transfert au pays hôtes pour emploi en temps de guerre. Le nombre des bombes stationnées en Europe a diminué radicalement depuis les années 1970 – et les réductions se poursuivent, comme en témoignent les retraits d’armes récents de la Grèce, de la Grande Bretagne et de la base de Ramstein. Simultanément, l’état de préparation des avions à double capacité s’est, lui aussi, considérablement affaibli : leur niveau d’alerte se mesure aujourd’hui en mois, plutôt que de semaines, de jours, ou de minutes. Il est communément admis que le rôle des bombes US en Europe est de nos jours avant tout symbolique. D’après l’actuel Concept stratégique de l’OTAN « Les forces nucléaires basées en Europe et destinées à l’OTAN constituent un lien politique et militaire essentiel entre les membres européens et les membres nord-américains de l’Alliance. » Cette belle démonstration de solidarité transatlantique a évidemment un prix pour les alliés en Europe : en termes de risques de sûreté/sécurité, d’efforts diplomatiques discrédités et d’entorses à la souveraineté.

Questions de sûreté

Les risques de sûreté/sécurité immédiats associés à la présence de ces armes atomiques sont essentiellement de deux types. Premièrement, l’éventualité d’un accident ne peut jamais être exclue à 100%. Même si la situation s’est sensiblement améliorée par rapport aux années 1960, lorsque deux accidents d’avions B52 transportant des armes nucléaires US eurent lieu en Espagne et au Groenland. Mais malgré le renforcement des conditions de sécurité, le risque est toujours présent. Pour preuve, les conclusions accablantes d’une investigation interne au Pentagone, conduite après le fameux incident d’août 2007 lorsque les autorités américaines ont perdu la trace de six ogives nucléaires pendant trente-six heures alors que celles-ci survolaient, contre toutes les régulations en vigueur et sans les arrangements de sécurité appropriés, le territoire des Etats-Unis. Les enquêteurs ont ensuite trouvé, entre autres, de très sérieuses failles de sécurité sur les bases en Europe. D’après le rapport,[2] « chacun de ces sites européens présente des défis de sécurité uniques », et « la plupart d’entre elles ont besoin d’importantes ressources supplémentaires pour être conformes aux normes de sécurité du DoD » (Département de la Défense, à savoir celui dont les normes s’étaient avérées si diablement efficaces lors de l’incident d’août…).

Deuxièmement, en acceptant le stationnement d’armes nucléaires sur son sol, l’Etat (par ailleurs non nucléaire) accepte aussi de devenir une cible. Non seulement dans le jeu nucléaire « normal », où le ciblage des stocks atomiques entre puissances éventuellement adverses est quasiment automatique, mais aussi du point de vue d’attentats terroristes. En témoignent les complots déjoués récemment, qui visaient les bases nucléaires US/OTAN en Belgique (2001) et en Turquie (2006).

Questions de TNP

En accueillant les bombes de l’Amérique, seul pays au monde à déployer des armes nucléaires en dehors de son territoire national, les Européens prennent aussi le risque de saborder leurs propres efforts diplomatiques. Notamment en matière de non-prolifération, qui est pourtant un de leurs thèmes favoris. Or, au regard du Traité de non-prolifération (TNP), pierre angulaire de toute l’architecture internationale dans ce domaine, le « partage » nucléaire de l’OTAN pose de sérieuses questions juridiques et politiques. Il est inutile d’entrer ici dans les détails des arguments légalistes, aussi divers que multiples.[3] On se contentera de rappeler qu’il en existe grosso modo deux grandes catégories. La première concerne les manœuvres louches, les tractations dans les coulisses et les interprétations unilatérales et arbitraires qui ont permis aux pays de l’OTAN de faire passer leurs arrangements nucléaires, manifestement en flagrante contradiction avec la lettre et l’esprit du TNP, comme juridiquement valables. L’autre catégorie d’arguments a trait aux modalités pratiques du « partage » (maintien d’un parc d’avions destinés à des missions nucléaires, formation d’équipes de pilotage, d’entretien etc.) qui font que les pays hôtes, pourtant « non dotés », sont « mouillés » dans la stratégie nucléaire des Etats-Unis. De la pire manière possible, ajoutons-le tout de suite. Car c’est sans aucun pouvoir réel de contrôle et de décision qu’ils deviennent pourtant des participants actifs.

Ce qui nous intéresse ici, ce sont les conséquences diplomatiques et politiques. D’une part, la pratique otanienne constitue un précédent dangereux. Aujourd’hui, pour enrayer le processus de prolifération de par le monde, une des pistes que l’on est en train d’explorer vise jutement la prolifération géographique (le transfert d’armes nucléaires sur le territoire d’autres Etats) – or c’est justement ce que l’on fait à l’OTAN depuis de longues décennies. Le modèle OTAN est par ailleurs fréquemment évoqué lorsqu’on parle d’éventuels transferts d’armes atomiques de la Russie vers le Cuba ou le Venezuela, ou de celles du Pakistan vers l’Arabie saoudite.

D’autre part, tant que cette situation perdure, la position de négociation des Européens en matière de non-prolifération s’en trouve considérablement affaiblie. En effet, le « partage » nucléaire de l’OTAN constitue une irritante pour de nombreux participants des conférences de révision du TNP. Comme l’avait remarqué l’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique : «  Nous ne pouvons pas continuer de dire que nous avons 25 Etats, disons les Etats de l’OTAN, qui s’appuient sur le parapluie nucléaire, et que tous les autres doivent rester assis tranquillement au froid. Sur le long terme, on ne peut pas maintenir cela ».[4]

Questions de contrôle

Les gouvernements européens semblent étrangement bien s’accommoder avec  une situation où ils assument des risques (d’accident ou d’attentat) et discréditent leurs propres efforts diplomatiques (en matière de non-prolifération) ; le tout pour abriter des armes nucléaires dont le contrôle leur échappe du bout en bout. Il est vrai que selon les scénarios de l’OTAN, le largage de la bombe atomique US serait un véritable travail d’équipe. En temps de crise, les pilotes et avions de pays hôtes seraient chargés de transporter ces précieux bijoux, avec le soutien diligent d’autres Etats alliés pour des missions de ravitaillement, de couverture radar, ou de protection des bombardiers. N’empêche que le contrôle de ces armes reste, sans équivoque aucune, dans les mains des Etats-Unis. Comme un « dossier de l’OTAN » résume à merveille : « Les armes nucléaires américaines basées en Europe sont la propriété exclusive des États-Unis et sont placées de façon constante et totale sous la garde et le contrôle de ce pays. Elles sont dotées de dispositifs perfectionnés, appelés Permissive Action Links (PAL), garantissant aux États-Unis le contrôle positif absolu de ces armes, et empêchant toute utilisation non autorisée ».

En effet, ce système de sécurité par verrouillage électronique est une garantie supplémentaire pour assurer que les bombes peuvent être employées uniquement si Washington en décide ainsi. Par ailleurs, le périmètre de protection rapprochée des chambres fortes est gardé par des unités de spécialistes US (les MUNSS ou Munitions Support Squadrons), qui sont tenus d’empêcher l’accès aux armes de quiconque sans escorte US autorisée. Les MUNSS reçoivent leurs ordres d’une chaîne de commandement entièrement américaine, et sont chargés de superviser la gestion des armes par le personnel allié même après un éventuel transfert. On comprend tout de suite mieux la remarque de Walter Kalbow, ex-Secrétaire d’Etat au ministère allemand : « l’Allemagne n’a pas d’armes nucléaires à sa disposition, ni en temps de paix ni pour la défense de l’Allemagne ».

(Crédit photo: Federation of American Scientists)

Problèmes au-delà des bombes…

Un déluge de récents rapports et analyses sur le sujet s’accordent pour présager une réduction drastique, voire l’abandon complet de la présence d’armes nucléaires américaines en Europe. En effet, il est admis depuis longtemps que ces bombes à gravité substratégiques/tactiques n’ont plus pratiquement aucune utilité militaire. Etant donnée les progrès techniques des dernières décennies, il n’existe, d’une part, plus véritablement de missions envisageables pour elles qui ne puissent pas être remplies par des forces stratégiques US stationnées hors l’Europe ou par des missiles de croisière lancés à partir de la mer. D’autre part, avec le développement des capacités de défense aérienne, les avions US ou alliés n’auraient guère de chance d’atteindre leur objectif qu’ils devraient effectivement survoler afin de pouvoir larguer leurs bombes à gravité.

Si l’on y ajoute le facteur d’irritation dont celles-ci sont porteuses vis-à-vis et de l’opinion publique européenne et des Etats tiers, on comprendrait bien si pour un Président américain qui se veut le champion du désarmement, les B61 stationnées sur sol européen apparaissaient comme une aubaine : elles seraient les candidats naturels pour faire de beaux gestes à peu de frais. Evidemment tout n’est pas aussi simple. Sinon ces bombes, militairement inutiles et politiquement douteuses, auraient été évacuées depuis belle lurette. N’empêche qu’un processus de réduction/retrait progressif a déjà été amorcé, et que cela n’a rien à voir avec les intentions, ostensiblement pacifistes, du nouveau Président US. Au fait, son rival républicain de la campagne électorale de 2008 s’est lui-même explicitement engagé le sujet. John McCain se disait prêt à « explorer, en concertation avec les Alliés et parallèlement avec la Russie, les moyens de réduire et, espérons-le, éliminer les déploiements d’armes nucléaires tactiques en Europe ». Rien d’étonnant donc à ce que  tout le monde se prépare à d’importants changements. Toutefois, il convient de garder à l’esprit que les bombes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Même en cas de leur évacuation complète, le « partage » nucléaire de l’OTAN est appelé à se perpétuer, avec tout ce qu’il révèle de, et implique pour, les relations euro-américaines.

Changements dans l’air

Toujours est-il qu’une convergence de circonstances favorables au retrait des bombes s’esquisse maintenant à l’horizon. D’abord, en Amérique. La nouvelle administration washingtonienne multiplie les appels à la revigoration du TNP et à l’élimination, à terme, des armes nucléaires sur toute la planète. Dans ces conditions, la nomination de Ivo Daalder (auteur de l’article intitulé « La logique du zéro – vers un monde sans armes nucléaires » paru fin 2008 dans la revue Foreign Affairs), au poste d’ambassadeur américain à l’OTAN a valeur d’indice, au même titre que le choix du Général James L. Jones (ex-Commandant suprême des Forces alliées en Europe, généralement suspecté d’être peu favorable au stationnement des B61 sur le vieux continent), en tant que Conseiller de sécurité nationale du Président des Etats-Unis. Ce n’est pas un hasard si l’on attend avec plus d’impatience que d’habitude la remise du rapport Nuclear Posture Review, prévue pour décembre 2009. Même si la position américaine restera probablement très similaire à ce que l’ancien vice-Secrétaire d’Etat à la Défense de l’administration Clinton (et aujourd’hui président du Center for Strategic and International Studies) a récemment résumé ainsi, non sans un brin d’hypocrisie : « Aux Etats-Unis, nous ne pensons pas que les armes nucléaires soient utiles. Nous pensons qu’elles sont dangereuses. Mais la plupart des pays pensent qu’elles sont utiles »

Du côté de l’Europe, en plus des pressions constantes en faveur du retrait (venant de l’opinion publique, de la société civile et des initiatives de plus en plus fréquentes des parlementaires), la question se posera avec acuité dans un très proche avenir. De manière d’autant plus incontournable que les raisons en sont principalement techniques. Il s’agit des décisions concrètes à prendre à propos du renouvellement, de plus en plus urgent, du parc d’avions des alliés. Le modèle choisi sera-t-il à double capacité ou non ? – ce sera là toute la question. Car une quincaillerie aussi complexe ne s’improvise pas, il faut que les appareils soient préparés en conséquence au niveau des systèmes de sécurité et de largage des bombes.

Parallèlement, à l’OTAN aussi, les choses commencent à bouger. En juillet dernier, le débat sur le Nouveau concept stratégique de l’Alliance a été officiellement lancé. Or, de telles réflexions ne pourront évidemment pas esquiver la question nucléaire. Un avant-goût de ce que l’exercice pourra accoucher nous a été fourni par une déclaration commune des dirigeants alliés au sommet de Strasbourg d’avril dernier. En parfaite harmonie – surprise, surprise – avec les nouveaux accents de la politique US, l’OTAN y confirme certes son attachement à la dissuasion nucléaire (et autre, dit-elle), mais reprend surtout ses plus belles formules pour souligner ses intentions anti-nucléaires : « La dissuasion, qui s’appuie sur une combinaison appropriée de capacités nucléaires et conventionnelles, reste un élément central de notre stratégie globale. L’OTAN continuera de jouer son rôle s’agissant de renforcer la maîtrise des armements et de promouvoir le désarmement nucléaire et conventionnel conformément au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, ainsi que les efforts dans le domaine de la non?prolifération ».[5] Sans doute, les alliés se préparent déjà à l’échéance de 2010 : la prochaine conférence de révision du TNP.

Evolutions possibles

Il est vrai que nombre des éléments énumérés ne constituent point de nouveauté. Ni la nouvelle donne post-guerre froide (l’ennemi soviétique a disparu il y a presque vingt ans), ni l’hostilité de l’opinion publique européenne aux bombes US, ni le scepticisme d’une large partie du Pentagone, ni la conférence de révision du TNP (qui a lieu tous les cinq ans), ni les intentions pacifistes de l’administration US (Washington a l’habitude d’afficher sa volonté de paix et de sécurité universelles, parfois en appui à de nouveaux projets d’armement – ou plutôt : « de défense » –  gigantesques). Mais si des B61 sont toujours en Europe, malgré tout, c’est parce que de considérables pesanteurs jouent en faveur du statu quo. A un moment où l’OTAN cherche toujours désespérément sa nouvelle raison d’être et où les intérêts et valeurs supposés être communs de part et d’autre de l’Atlantique semblent beaucoup moins automatiquement convergents qu’au temps de l’ours moscovite, personne ne veut prendre des décisions qui puissent donner l’impression d’une diminution soit du rôle de l’Alliance, soit de la solidarité transatlantique. L’administration américaine est soucieuse de ne pas envoyer de signes susceptibles d’être interprétés comme un affaiblissement de son engagement pour la défense collective (et qui s’ajouteraient aux inquiétudes, déjà palpables, des alliés les plus zélés de Washington, notamment en Europe de l’Est). Les  gouvernements des pays hôtes hésitent, eux aussi, à évoquer le sujet, de peur d’être perçus comme anti-OTAN et/ou anti-américains. 

Reste l’extraordinaire concours de circonstances qui semble aujourd’hui particulièrement propice à un changement de la donne. Celui-ci peut prendre plusieurs formes. Soit une réduction (encore plus drastique) du nombre des armes déployées, soit un redéploiement des bombes vers le flanc Sud de l’Alliance, soit la fin pure et simple de leur stationnement permanent en Europe. En réalité, même le scénario du retrait complet n’annoncerait point la fin de la partie (en ce qui concerne le « partage » nucléaire de l’OTAN). Il inclurait probablement des mesures de sauvegarde telle le maintien en condition opérationnelle des infrastructures en vue d’un éventuel redéploiement en temps de crise. Il pourrait aussi s’accompagner du maintien, voire l’intensification de programmes comme l’initiative SNOWCAT (Support of Nuclear  Operations with Conventional Air Tactics), destinés à assurer l’implication des alliés non nucléaires. Pour assurer la dissuasion « commune », des armes stratégiques US stationnées sur le territoire des Etats-Unis feraient parfaitement l’affaire, tandis que d’autres gadgets et d’autres mythes – on pense ici avant tout aux divers projets US/OTAN de bouclier antimissile – pourraient venir en aide pour perpétuer la fiction de la sécurité indivisible.

Invariables certaines

Même un éventuel retrait complet des bombes américaines d’Europe ne signifierait nullement la fin du « partage » nucléaire au sein de l’Alliance atlantique. Y compris ses deux principaux corollaires : d’une part l’institutionnalisation de la mésalliance atomique (c’est-à-dire la sujétion des Etats européens en matière nucléaire aux Etats-Unis – sauf la France, bien entendu, la seule à disposer d’un arsenal nucléaire indépendant), de l’autre, la déresponsabilisation des Européens face aux questions de défense (suite à leur propension à s’en remettre à ce qu’ils croient, ou aimeraient croire, être le parapluie protecteur de l’Amérique).

Pour ce qui est de la mésalliance atomique, il convient de remonter aux origines du GPN (Groupe des plans nucléaires), décrit comme « l’autorité suprême, au sein de l’OTAN, en ce qui concerne les questions de politique nucléaire ». Le GPN fut créé en 1966, suite au départ de la France des structures militaires intégrées de l’Alliance. Il prenait, en quelque sorte, la place de la tentative MLF (Force multilatérale) dans laquelle, sous la bannière du « partage » nucléaire, les Européens furent invités à acheter des missiles, tandis que les ogives restaient aux mains des Américains. L’historien Lawrence L. Kaplan, dans son ouvrage NATO divided, NATO united: the Evolution of an Alliance, en décortique les mécanismes d’une façon remarquablement lucide. Selon lui, « comme dans le cas de la MLF, il y avait un élément de supercherie dans la promotion du GPN. L’administration Johnson espérait faire croire aux alliés qu’ils étaient finalement tout à fait impliqués dans la planification nucléaire. Le fait que les Etats-Unis ne partageaient pas complètement les informations, sans parler du contrôle, des forces nucléaires, fut moins important pour les alliés plus petits que la disposition de l’Amérique à les traiter sur un pied d’égalité avec les alliés moins petits ».

Le GPN, tout comme le Groupe de haut niveau (GHN) qui lui sert d’organe préparatoire et se réunit plus régulièrement, quasiment chaque mois, est censé faire d’une pierre deux coups. Il satisfait le désir des Européens, qui veulent désespérément être « consultés » par les Etats-Unis, en même temps qu’il assure le leadership de l’Amérique. Au fait, le GHN, composé de décideurs et d’experts nationaux, est non seulement présidé par le Secrétaire d’Etat adjoint à la Défense, mais son ordre du jour lui-même est le plus souvent élaboré à Washington et présenté sous forme de prêt-à-porter aux alliés pour qu’ils y mettent leurs estampilles. Ces arrangements soulèvent plusieurs problèmes de fond. Pour commencer, les soi-disant consultations ne sont que pure mascarade. Mais même si elles étaient réelles, elles n’auraient rien à voir avec un véritable « partage ». Comme le Général de Gaulle ne cessait de rappeler à ses homologues US : consultation n’est pas co-décision. Or sans co-décision, il n’y a pas de partage. Il n’y a que sujétion unilatérale. Deuxièmement, dans les moments critiques, loin de songer à de quelconques consultations (ne serait-ce que de façade), les Etats-Unis ne prennent même pas la peine d’informer leurs alliés – en l’occurrence même pas la Grande-Bretagne (qui leur avait pourtant de facto subordonné l’ensemble de son arsenal). Grâce aux documents déclassifiés à Londres, il s’avère par exemple qu’en 1973 le Premier ministre britannique Edward Heath se retrouvait tranquillement à la Chambre des Communes et n’a appris que par agence de presse interposée que son plus grand ami et allié venait de déclarer l’alerte nucléaire globale…

Quant à la fiction du parapluie protecteur que l’Amérique est supposée tenir au-dessus de nos têtes, la légende officielle veut que l’arsenal nucléaire US/OTAN soit considéré comme l’ultime garantie pour dissuader toute attaque contre n’importe lequel des Etats membres. Et ce, en vertu des supposés engagements de défense mutuelle contenus dans l’Article 5 du Traité de Washington. Sur ce point, il n’y a que deux « hics ». Primo, les engagements de l’Article 5 sont tout sauf automatiques. Secundo, la crédibilité de la dissuasion nucléaire US/OTAN est tout sauf solide.

En effet, lors des négociations laborieuses de la rédaction du Traité de Washington, le dossier le plus contentieux concernait justement ce que l’on appelait, à l’époque, le fameux pledge (ou promesse d’engagement). Les Européens auraient voulu un engagement automatique de la part des Etats-Unis, l’Amérique, elle, n’avait nullement l’intention de se souscrire à une telle obligation. Ses négociateurs ont absolument tout fait pour l’éviter, jusqu’à ce qu’ils sont parvenus à faire accepter cette formule définitive contenue dans l’Article 5 (clef-de voûte de la prétendue défense collective) : en cas d’attaque, les parties « conviennent que chacune d’elles assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire ». Chacun de son côté et selon son jugement souverain.

Pour ce qui est de la crédibilité de la dissuasion assurée par l’Amérique, dès le moment où les USA ont perdu leur monopole nucléaire, elle a été détruite. Comme le Général De Gaulle l’avait observé : « Du fait que les Russes ont, eux aussi, maintenant, de quoi détruire l’univers et notamment le nouveau continent, il est tout naturel que l’Amérique voit dans sa propre survie, l’objectif principal d’un conflit éventuel et n’envisage le moment, le degré, les modalités de son intervention nucléaire pour la défense d’autres régions, en particulier de l’Europe, qu’en fonction de cette nécessité naturelle et primordiale ». Il s’agit là de la difficulté inhérente à toute idée de dissuasion élargie. Christopher Layne, auteur du livre La paix des illusions (la grande stratégie américaine depuis 1940 jusqu’à nos jours) résume bien l’absurdité de la dissuasion assurée par un tiers dans l’ère atomique : pour une puissance nucléaire « il vaut mieux de voir ses alliés conquis que son propre territoire anéanti ».  A moins de prétendre le contraire (et surtout d’en persuader à la fois les alliés et les adversaires potentiels), il ne peut y avoir de dissuasion élargie.

Déjà pendant la guerre froide, les stratèges washingtoniens préoccupés par le « problème de crédibilité de l’engagement » ne voyaient qu’une seule solution : la mise en place d’un système de défense antimissile balistique. A terme, ce serait le seul moyen de retrouver la perception d’invulnérabilité qui leur confèrerait la crédibilité nécessaire pour le maintien sous tutelle des alliés et amis. De surcroît, parler de bouclier et de systèmes défensifs froisse beaucoup moins les sensibilités européennes que l’évocation de bombes B61 et d’autres jouets à connotation trop guerrière. Et tant pis si c’est un non-sens stratégique. Car le propre du bouclier est justement qu’il rend possible l’emploi de l’épée. Comme l’avait expliqué le directeur de la MDA (Agence de défense antimissile) américaine lors de son audition au Congrès : les capacités de défense antimissile « renforcent notre aptitude à défendre nos intérêts à l’extérieur ». En tout état de cause, indépendamment de la configuration adoptée, l’Amérique n’aura pas l’intention d’en partager le contrôle ultime. Pas plus, en tout cas, que le contrôle qu’elle exerce sur ses bombes et ses missiles.

Quelles que soient donc les modalités de la présence nucléaire américaine en Europe (avec dimension opérationnelle ou politique, à travers des systèmes d’armes offensives ou défensives, via des installations sur le territoire européen ou sur sol américain), une chose est certaine : Washington est déterminé à ne garder qu’un seul doigt sur le bouton – le sien. C’est son droit et c’est dans son intérêt. Par contre, si les pays européens ont eux aussi le droit de se souscrire à de tels arrangements et de se verrouiller dans une position de dépendance et d’irresponsabilité, il est difficile de voir comment ils pouvaient y avoir intérêt dans la durée.

(Hajnalka Vincze, Parapluie ou hara-kiri ?– la présence nucléaire américaine en Europe, in Contradictions n°128 (Paix et Désarmement), 2009.)



[1] On reprendra ici les données avancées par Hans M. Kristensen de la Federation of American Scientists qui s’est remarquablement spécialisé sur le dossier. Voir Hans M. Kristensen, U.S. Nuclear Weapons in Europe – A Review of Post-Cold War Policy, Force Levels, and War Planning, Natural Resources Defense Council, février 2005; et Hans M. Kristensen – Robert S. Norris, Nuclear Notebook: U.S. nuclear forces, 2009, Bulletin of the Atomic Scientists, mars/avril 2009.
[2] Air Force Blue Ribbon Review of Nuclear Weapons Policies and Procedures, 8 février 2008.[3] Voir entre autres : Otfried Nassauer, Le partage nucléaire de l’OTAN est-il légal?, Energie et Sécurité n°17, 2001 ; Karel Koster, NATO Nuclear Doctrine and the NPT, BASIC Briefings, 29 juin 2004.[4] Mohamed ElBaradei, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, The Challenges Facing Nonproliferation, intervention au Council on Foreign Relations, New York, 14 mai 2004.
[5] Déclaration sur la Sécurité de l’Alliance publiée par les chefs d’État et de gouvernement participant à la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord tenue à Strasbourg / Kehl le 4 avril 2009.Tags:
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https://www.iveris.eu/list/documents/481-le_parlement_belge_a_failli_mettre_fin_au_stationnement_des_bombes_nucleaires_us_

Appel aux armes, l’Otan mobilisée sur deux fronts

Appel aux armes, l’Otan mobilisée sur deux fronts

par Manlio Dinucci

Conformément à un vieux projet énoncé en 2013, l’Allemagne est parvenue à convaincre le président Trump de déployer des troupes européennes au Moyen-Orient sous commandement Otan. L’Alliance, de son côté, prend la chose comme une opportunité pour se déployer dans la région Indo-Pacifique et devenir une organisation mondiale, notamment en s’appuyant sur la question taïwanaise. Pour préserver sa crédibilité, l’Otan doit montrer qu’elle conserve sa force face à la Russie et organisera de gigantesques manœuvres, Defender Europe 20.RÉSEAU VOLTAIRE | ROME (ITALIE) | 18 JANVIER 2020 ITALIANOESPAÑOL

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JPEG - 49.7 koLe grand navire amphibie USS Batam sera de retour au Moyen-Orient. En 2002, il avait été utilisé par le secrétaire à la Défense Colin Powell pour abriter une prison secrète. Plusieurs milliers de combattants furent enlevés sur différents champs de bataille et torturés en eaux internationales pour y être conditionnés, puis relâchés.

NATOME : voilà comment le président Trump, qui se vante de son talent pour créer des acronymes, a déjà baptisé le déploiement de l’Otan au Moyen-Orient, qu’il a requis par téléphone au secrétaire général de l’Alliance Stoltenberg. Celui-ci a immédiatement accepté que l’Otan doive avoir « un rôle accru au Moyen-Orient, en particulier dans les missions d’entraînement ». Il a donc participé à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, en soulignant que l’UE doit rester à côté des États-Unis et de l’Otan parce que, « même si nous avons fait d’énormes progrès, Daesh peut revenir ». Les États-Unis cherchent de cette façon à impliquer les alliés européens dans la situation chaotique provoquée par l’assassinat, autorisé par Trump lui-même, du général iranien Soleimani dès son débarquement à Bagdad.

Après que le parlement iraquien a délibéré l’expulsion des plus de 5 000 soldats US présents dans le pays avec des milliers de mercenaires du Pentagone, le Premier ministre Abdul-Mahdi a demandé au département d’État d’envoyer une délégation pour établir la procédure de retrait. Les USA —a répondu le Département— enverront une délégation « non pas pour discuter le retrait des troupes, mais le dispositif adéquat de forces au Moyen-Orient », ajoutant qu’à Washington on est en train de fixer un accord sur « le renforcement du rôle de l’Otan en Iraq correspondant au désir du président que les Alliés partagent la charge dans tous les efforts pour notre défense collective ».

Le plan est clair : remplacer, totalement ou en partie, les troupes US en Iraq par celles des alliés européens, qui se trouveraient dans les situations les plus risquées, comme le démontre le fait que l’Otan même, après l’assassinat de Soleimani, a suspendu les missions d’entraînement en Iraq.

Outre le front méridional, l’Otan est mobilisée sur le front oriental. Pour « défendre l’Europe de la menace russe », est en train de préparer l’exercice Defender Europe 20, qui verra en avril et mai le plus grand déploiement de forces US en Europe des 25 dernières années. 20 000 soldats, dont quelques milliers de la Garde nationale provenant de 12 États US, arriveront des États-Unis qui se joindront à 9 000 déjà présents en Europe pour un total d’environ 30 000. À leurs côtés 7 000 soldats de 13 pays européens de l’Otan, dont l’Italie, et deux partenaires, la Georgie et la Finlande. En plus des armements qui arriveront d’outre-Atlantique, les troupes US utiliseront 13 000 chars, cannons autopropulsés, blindés et autres véhicules militaires provenant de « dépôts pré-positionnés » US en Europe. Des convois militaires avec véhicules blindés parcourront 4 000 km à travers 12 artères, opérant avec des avions, des hélicoptères, des drones et des unités navales. Des parachutistes US de la 173ème Brigade et des Italiens de la Brigade Folgore sauteront ensemble en Lettonie.

L’exercice Defender Europe 20 prend un relief ultérieur, dans la stratégie des USAet de l’Otan à la suite de l’aggravation de la crise moyen-orientale. Le Pentagone, qui l’an dernier a envoyé 14 000 soldats de plus au Moyen-Orient, est en train d’envoyer dans cette même région certaines forces qui se préparaient à l’exercice de guerre en Europe : 4 000 parachutistes de la 82ème Division aéroportée (dont quelques centaines de Vicenza) et 4 500 Marines dont ceux du navire d’assaut amphibie USS Bataan. D’autres forces, avant ou après l’exercice en Europe, pourraient être envoyées au Moyen-Orient. La planification du Defender Europe 20, précise le Pentagone, reste cependant inchangée. En d’autres termes, 30 000 soldats US s’exerceront à défendre l’Europe d’une agression russe. Un scénario qui ne pourrait pas survenir réellement, notamment parce que dans l’affrontement ce ne sont pas des chars qui seraient utilisés mais des missiles nucléaires ; mais un scénario utile pour semer la tension et alimenter l’idée de l’ennemi.

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci

Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016 ; Guerra nucleare. Il giorno prima. Da Hiroshima a oggi : chi e come ci porta alla catastrofe, Zambon 2017 ; Diario di guerra. Escalation verso la catastrofe (2016 – 2018), Asterios Editores 2018.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

https://www.voltairenet.org/article208956.html?__cf_chl_jschl_tk__=0bf5661f51e5bfa12b90c81eadf7994a6dd1bbe4-1579540141-0-AXfsF8-drdagygkG3eVV1m4Q_tciW3IEPFvUqa8QVwiKI7snFvuoiy_Z2zSt2_AVt8pMRzy1RqGaqoGrDE-gr9TfjISw5t2IDc7unLK28EqcVO1EkEAi5LxF3R00xv4sJL2GZ3IPJhVUdwt9f2uDjiFnp98KZc3lR96rrS4rezUKHCSKepwxYZhH3EABlQo1plL5HcnVCXDMDPhDhYVLXR6LralBYt2AoOqRgWnSZ8R6OLo2plH8ZwDcZ1LSyK2jxjwpJES35bynBhN3I7AAo9UwDu6a_pMSvBq25l-7DtaC

L’Otan a détruit la souveraineté de la Libye dans son «aventure criminelle et illégale» en 2011, estime Lavrov

Sergueï Lavrov lors de sa visite au Sri Lanka, le 14 janvier 2020

L’Otan a détruit la souveraineté de la Libye dans son «aventure criminelle et illégale» en 2011, estime Lavrov

© Sputnik . Vitali BeloussovINTERNATIONAL11:25 14.01.2020(mis à jour 11:41 14.01.2020)URL courte29501S’abonner

Commentant la crise politique en Libye, Sergueï Lavrov, lors de sa visite au Sri Lanka, a rappelé que la souveraineté de ce pays avait été détruite par les forces de l’Otan en 2011, alors que les conséquences de cette «aventure criminelle» sont encore subies de nos jours.

Il n’y a plus de souveraineté en Libye, l’Otan l’a détruite en 2011, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères lors d’une conférence de presse suite à des pourparlers avec son homologue sri lankais.

«L’État libyen a été bombardé par l’Otan en 2011 et nous – surtout, bien sûr, le peuple libyen – récoltons toujours les conséquences de cette aventure criminelle et illégale», a déclaré M.Lavrov.

Le ministre a pourtant précisé que la Russie poursuivait ses efforts en vue d’un accord de trêve en Libye.

Négociations sur le cessez-le-feu

Khalifa Haftar

© REUTERS / PHILIPPE WOJAZERHaftar a quitté Moscou sans signer l’accord de cessez-le-feu en LibyeLe maréchal Khalifa Haftar a quitté Moscou sans signer l’accord de cessez-le-feu accepté par son rival Fayez el-Sarraj, chef du gouvernement d’union nationale libyen (GNA) basé à Tripoli, a annoncé la diplomatie russe ce 14 janvier.

Les deux hommes ne se sont pas rencontrés le 13 janvier lors des pourparlers à Moscou mais ont négocié un accord de cessez-le-feu via les ministres russes et turcs de la Défense et des Affaires étrangères. Ces discussions sont le résultat d’un accord russo-turc annoncé le 8 janvier à Istanbul par Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.

https://fr.sputniknews.com/international/202001141042900474-lotan-a-detruit-la-souverainete-de-la-libye-dans-son-aventure-criminelle-et-illegale-en-2011-estime/