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Caspia

Caspia

Publié le 11 Août 2018 par Observatus geopoliticus in Asie centrale, Russie, Gaz, Caucase, Etats-Unis, Europe

Après 21 ans de disputes sur le statut juridique de la Caspienne, un accord sera vraisemblablement signé demain dimanche, entre les cinq pays riverains, lors du sommet du même nom à Aktau :

Les cinq États s’affrontent sur la question depuis 1991, chacun affichant des vues divergentes, voire changeantes, au fil des années et de leurs intérêts. Le principal enjeu étant de savoir comment se partager équitablement la mer Caspienne, riche en gaz et en pétrole.

En termes purement juridiques, trois statuts sont envisageables: celui de mer ouverte, de mer fermée ou de lac frontalier; chaque régime implique des prérogatives et des devoirs propres, lesquels pouvant léser, ou au contraire, favoriser les intérêts des uns et des autres. D’où la lenteur des négociations.

La question est d’importance car, bien plus que les richesses énergétiques à se partager, le point crucial est le passage ou non du pipeline Turkménistan-Azerbaïdjan comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Avec la Russie, l’Iran et le Qatar, le Turkménistan fait en effet partie du carré d’as de l’or bleu, quatuor dont les fabuleuses réserves de gaz représentent jusqu’à 2/3 des réserves mondiales selon certaines estimations. Dès la chute de l’URSS, les Américains, soucieux d’enfoncer un coin au coeur du Heartland, ont vu dans le pays des Turkmènes une carte à jouer pour leur grand projet de désenclavement des richesses énergétiques de la Caspienne. N’est-ce pas Dick Cheney, futur vice-président de Bush junior et grand pétrolier devant l’éternel, qui déclarait en 1998 :

« A ma connaissance, l’émergence soudaine d’une région comme la Caspienne en tant qu’acteur stratégique n’a pas d’équivalent historique. »

Le plan US consistait (et consiste toujours si tant est qu’il se réalise un jour) à créer deux routes d’évacuation – une à l’ouest et l’autre au sud-est (en bleu sur la carte), court-circuitant comme de bien entendu la Russie et l’Iran et divisant l’Eurasie :

La route ouest, vieux serpent de mer, est connue aujourd’hui sous le nom de corridor caspien, auquel font toujours semblant de croire les euronouilles. Seul problème et de taille : pour que le gaz turkmène suive le chemin du BTC et aille alimenter l’Europe via l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie, il faudrait construire un pipeline sous-marin, ce que refusent absolument deux des cinq pays riverains, à savoir la Russie et l’Iran.

Votre serviteur suit avec intérêt chaque Sommet de la Caspienne qui réunit, outre Moscou et Téhéran, le Kazakhstan, l’Azerbaïdjan et le Turkménistan, donc. On y discute de divers points et, lors du sommet de 2014, Poutine a réussi l’exploit de couper l’herbe sous le pied de l’empire en faisant signer un accord interdisant toute présence militaire étrangère autour de la Caspienne. Bye bye OTAN… Quand on sait qu’au temps de sa splendeur, Washington avait déclaré la zone d’importance stratégique nationale, envisageait d’établir une base en Azerbaïdjan et pensait plus généralement pouvoir détacher l’Asie centrale de Moscou, on mesure la dégringolade impériale (…)

Le point d’achoppement entre les cinq pays riverains est le statut à donner à l’étendue d’eau : lac ou mer ? De là découle en effet la possibilité ou non d’y faire passer des pipelines. On comprend aisément que Achgabat et Bakou militent pour un droit maritime s’appliquant intégralement et permettant des négociations bilatérales pour la construction du fameux gazoduc transcaspien. Mais les deux vrais patrons – l’Iran et la Russie – s’y opposent, Téhéran allant même plus loin que Moscou en demandant à ce que toute décision concernant la Caspienne soit prise à l’unanimité. En 2008 déjà, les Iraniens avaient mis leur veto, torpillant de fait le projet Nabucco, arguant du « danger écologique ». L’argument prête à sourire mais montre que notre passionnant Grand jeu relève aussi de considérations juridiques (le droit de la mer) ou environnementales.

NB : Sur toutes ces questions du statut de la Caspienne et l’historique de la dispute, on lira avec profit cette excellente analyse.

 

Surprise, l’accord de demain semblerait – le conditionnel reste de mise – indiquer que les deux gros bras de la Caspienne, Russie et Iran, ont lâché du lest.

Pour Téhéran, c’est sans doute à mettre en parallèle avec les sanctions américaines, conséquence directe du coup de menton de la houppette blonde ; les Iraniens ont besoin d’autres ouvertures économiques, notamment une entente avec Bakou sur le partage de certains gisements à cheval sur les eaux territoriales des deux pays.

Quant au Kremlin, il est vu comme le grand vainqueur de l’affaire. L’interdiction de toute présence militaire étrangère (tss tss l’OTAN…) est actée tandis que la flotte russe aura accès à toute la mer (on se rappelle les ondes de choc provoquées par le déKalibrage des barbus syriens à partir de la Caspienne).

Et pourtant… Votre serviteur ne peut s’empêcher de revenir, encore et toujours, à ce fameux pipeline. L’accord d’Aktau permettra-t-il enfin au Turkménistan de construire son gazoduc à destination de l’Europe via l’Azerbaïdjan, la Géorgie et la Turquie ? Si oui, pourquoi les Russes ont-ils soudain accepté ?

Répondre à la première question n’est pas aisé. Si un site azéri crie déjà victoire, il est en réalité difficile de dire ce que contient l’accord et si des clauses spéciales – l’interdiction du tube par exemple – n’y sont pas rattachées. Un officiel russe a parlé d’une « nouvelle » juridiction, la Caspienne acquérant son « propre statut légal ». L’on sait également qu’environ 70% des disputes seulement seront réglées par cet accord, des points de discorde subsistant, parmi lesquels le gazoduc trans-caspien (TCP) ?

Répondre à la deuxième question est tout aussi malaisé. Une officine impériale bien connue des spécialistes penche également pour l’autorisation du TCP et s’interroge sur le retournement de Moscou. Parmi les diverses raisons évoquées, la construction du pipe sera difficile, notamment financièrement ; elle prendra du temps et vient trop tard alors que les tubes russes sont déjà lancés (Turk Stream) ou en voie de l’être (Nord Stream II) ; Poutine tente ainsi d’amadouer l’UE pour débloquer les dernières résistances au Nord Stream II ; Gazprom pourra de toute façon tuer dans l’oeuf le TCP en reprenant ses achats de gaz turkmène.

Cela aussi, nous l’avions expliqué :

Afin de déjouer les plans de l’empire et ne pas perdre ses parts de marché européen, Gazprom avait pris l’habitude d’acheter d’importantes quantités de gaz turkmène. Mais à mesure que les routes soutenues par Washington (pipeline transcaspien et TAPI) se révélaient de plus en plus illusoires et que l’or bleu d’Achgabat prenait le chemin de la Chine, Gazprom a peu à peu réduit ses achats qui approchent maintenant du 0 absolu.

On le voit, Octopoutine a encore quelques flèches à son arc dans ce dossier, mais il sera intéressant de voir en détail les clauses de l’accord de demain, si tant est qu’elles sortent à la lumière. Le Grand jeu énergético-eurasien continue…

 

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Synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018

07/18 et 08/18 Actualité internationale

Synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018

Par Axelle DEGANS, le 1er septembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Auteure de « Réussite aux concours 2018 ! La synthèse de l’actualité internationale 2017 », éd. Diploweb via Amazon, 2018. Elle est aussi co-auteure chez Ellipses de « Les 50 cartes à connaître », Coll. Atout concours, Paris, 2016.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 11 500 followers)

Le sort des urnes

Au Mali, le président Ibrahim Boubacar Keita a été réélu durant l’été 2018 sans surprise et sans gloire avec des deux tiers des voix … de seulement 35 % du corps électoral. Une réélection décriée par l’opposition et entachée de soupçons de fraudes qui ne devrait pas affermir le pouvoir d’un président en butte aux difficultés économiques et à la recrudescence de la violence djihadiste.

Au Pakistan, les élections législatives de l’été 2018 ont été remportées par l’ancien champion de cricket Imran Khan, mais de fortes irrégularités sont dénoncées ; il a remporté 116 des 272 sièges à pourvoir. Le pays est au bord du défaut de paiement et la menace djihadiste n’est pas écartée. Il doit trouver un délicat équilibre entre l’allié américain, le partenaire chinois et le frère-ennemi indien.

Au Cambodge, le premier ministre sortant, Hun Sen, a remporté les élections législatives. En restant plus de trente années au pouvoir, on peut parler d’une « ère Hun Sen ». Il annonce avoir remporté l’ensemble des sièges à pourvoir.

Le Zimbabwe a organisé durant l’été 2018 les premières élections générales (présidentielles, législatives, municipales) de l’après Mugabe. Emmerson Mnangagwa, au pouvoir depuis le coup d’Etat de la fin de l’année passée, a gagné des élections contestées par l’opposition. Les arrestations se multiplient.

Les affres de la violence

La violence connait durant l’été 2018 une recrudescence effrayante en Afghanistan et au Pakistan, elle est largement le fait des taliban [1] et de l’EI. Elle est devenue endémique au Nigéria, géant démographique et pétrolier africain, et continue en Syrie où la guerre civile se prolonge. Près de 250 personnes ont été assassinées par l’EI dans le sud du pays. Les taliban ont décliné l’offre de trêve proposée par le président afghan Ashraf Ghani à l’occasion des fêtes musulmanes de l’Aïd el Adha.

Le Mali est lui aussi déchiré par une violence que rien ne semble de voir éteindre. La région de Mopti est devenue un abcès de fixation, les djihadistes y attaquent les quartiers de la force G5 Sahel.

La Chine avance ses pions

La Chine et 16 pays d’Europe centrale et orientale (membres de l’Union européenne ou non) se réunissent en Bulgarie. Cette septième édition de ce sommet « 16+13 » a pour vocation de développer les investissements de Pékin en Europe, via des pays qui semblent plus prompt à les accepter. On se souvient de la mise en garde il y a quelques mois d’Angela Merkel à propos de l’influence exercée par Pékin sur les Balkans, y compris ceux qui aspirent à entrer dans l’Union. Ainsi, le Monténégro devient une porte d’entrée des capitaux chinois, même si ceux-ci s’investissent prioritairement en Europe de l’Ouest. Le continent européen n’est pas dans le seul dans le viseur chinois, les sommets chine-Afrique existent aussi depuis plusieurs années.

L’Allemagne et la Chine ont signé durant l’été 2018 des contrats pour une valeur de 30 milliards de dollars, ainsi le chinois CATL va investir sur un site de production en Thuringe alors que l’allemand BASF investira dans le Guangdong sans devoir s’allier à une co-entreprise. Il s’agit d’un rapprochement entre les deux principales puissances exportatrices dans un contexte de fortes tensions commerciales, à l’initiative des Etats-Unis. Pékin et Berlin affichent une certaine solidarité et leur attachement au libre-échange.

Après avoir rompu ses relations avec Taiwan (comme l’ont déjà fait le Tchad ou le Sénégal), le Burkina Faso accueille une nouvelle ambassade de la Chine populaire. Les contours de la Chinafrique continuent à se dessiner, avec un trait toujours plus gros.

Synthèse de l'actualité internationale de juillet et août 2018

© Photo Barthélémy Courmont
Photo extraite d’un reportage de B. Courmont : L’héritage chinois de Taiwan en images

On savait déjà que l’on peut manipuler l’Histoire, Pékin prouve que l’on peut aussi manipuler la géographie. La République populaire de Chine exige des firmes internationales non-chinoises de faire disparaitre le nom de Taiwan des cartes pour rattacher l’ile au territoire continental. Des compagnies aériennes comme Air France KLM, American Airlines, des groupes hôteliers comme Marriott ou textile comme Zara se sont pliés aux exigences chinoises…. Le Comité olympique vient d’annuler les Jeux de la jeunesse qui devaient se tenir en 2019 à Taichung, sur l’ile de Taïwan. Peut-on y voir le fruit des pressions de Pékin ?

Les affres du Brexit

On savait que les négociations du Brexit – le divorce du Royaume-Uni et de l’Union européenne – seraient complexes. Les questions soulevées sont nombreuses : les frontières (Channel, Irlande), la circulation des biens, des capitaux… et des hommes, tous les points de droit….

Le ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, démissionne avec fracas durant l’été 2018. Après avoir été une tenant du « leave » au moment du referendum, il s’oppose à un Brexit « doux » défendu par le premier ministre Théresa May. Celle-ci le remplace par Jeremy Hunt. C’est la même raison qui pousse David Davis, le ministre du Brexit, à démissionner. Les conditions du Brexit ne sont toujours pas définies, certaines banques y compris britanniques choisissent de s’établir en France plutôt qu’à la City. La banque HSBC – experte en dissimulation fiscale – s’implante à Paris pour le marché européen.

La « relation spéciale » entre Londres et Washington est malmenée par un Donald Trump qui n’apporte pas son soutien à Theresa May et ne respecte pas le protocole lors de sa réception par sa très gracieuse majesté. Sa visite au Royaume Uni ne fait qu’agrandir le fossé entre les Britanniques et Donald Trump.

La Turquie d’Erdogan sous pression

Peu avant sa nouvelle investiture, le président turc procède à une nouvelle révocation, qui concerne cette fois-ci quelque 18 000 fonctionnaires, surtout dans les forces de l’ordre et le monde enseignant. Près de 200 000 personnes ont ainsi été limogées depuis le coup d’Etat raté. Erdogan resserre son emprise sur l’économie de son pays en nommant Berat Abayrat, son gendre, aux Finances alors que le pays est en proie à une inflation à deux chiffres. La politique économique menée par le président est perçue par les différents acteurs économiques comme une atteinte à l’indépendance de l’économie et des finances, ce qui fragilise la monnaie turque.

La nouvelle loi anti-terroriste rend légales les purges pendant encore trois années, alors que les gardes à vue peuvent s’étendre sur douze jours… Après l’incarcération du pasteur américain, Andrew Brunson, Donald Trump a annoncé durant l’été 2018 une série de sanctions notamment sur l’acier et l’aluminium turcs. Cela provoqué le décrochement de la monnaie – la livre turque – déjà malmenée par la dégradation de la santé économique du pays et la mainmise de l’exécutif sur la banque centrale.

Les difficultés latino-américaines

De terribles émeutes déchirent durant l’été 2018 Port-au prince, la capitale d’Haïti. Haïti ne s’est jamais redressée du tremblement de terre de 2011, en dépit d’une mobilisation internationale réellement conséquente. Après l’annonce d’une augmentation du prix des carburants, émeutes, pillages et grève générale sont les principaux signes de contestations du pouvoir du nouveau président Jovenel Moïse.

La crise politique, économique et sociale du Venezuela pousse plus de deux millions de personnes à fuir leur pays, dont plus d’un million s’est dirigé vers la Colombie, les tensions sont aujourd’hui fortes aux frontières avec le Brésil, alors que le Pérou et l’Equateur réclament les passeports des migrants vénézuéliens avant de les laisser entrer sur leur territoire. Le président Maduro explique avoir été victime d’une tentative d’assassinat par un drone. C’est l’occasion d’une purge dans l’armée qui apparait, au milieu du chaos vénézuélien, comme l’un des derniers éléments de stabilité. Le président a été contraint à une dévaluation de 95 % de la monnaie nationale – devenue le Bolivar souverain – pour l’adosser au petro, cryptomonnaie créée par le régime chaviste. Tous les signes du chaos sont là : une nouvelle contraction du PIB supérieure à 10 % pour la troisième année consécutive, hyperinflation que le FMI estime à 1 000 000 % pour 2018, un pays au bord du défaut de paiement que ceux qui le peuvent fuient, un régime autiste qui continue la répression, accusant l’extérieur de ses maux.

L‘économie argentine est elle aussi dans une situation difficile, l’inflation devrait dépasser les 30 %. C’est dans ce contexte délétère qu’éclate un nouveau scandale de corruption qui rattrape l’ancienne présidente Cristina Kirchner.

Les défis de l’Union européenne et de la France

Le Conseil européen de Bruxelles trouve durant l’été 2018 un accord a minima sur le dossier migratoire. Les candidats à l’asile seront triés dans des « centres contrôlés », permettant un renvoi rapide des candidatures non retenues, alors que les autres seraient dirigés vers les pays volontaires. Il s’agit bien évidemment de soulager la pression qui pèse sur l’Italie. Ce compromis, s’il montre la prise de conscience de la nécessité de s’entendre, n’est en rien une politique migratoire à la mesure du défi auquel l’Europe devra faire face dans les prochaines années, malgré le fonds de quelques trois milliards d’euros destiné à l’Afrique et le renforcement de Frontex, agence européenne chargée de la surveillance des frontières extérieures de l’Union. La règle de Dublin n’est ainsi pas réformée, la question du budget de la zone euro a été laissée de côté car les Pays-Bas ne souhaitent pas d’avancée vers une intégration plus poussée au sein de l’Union. Le 1er juillet 2018, l’Autriche du chancelier Sebastian Kurz prend la présidence tournante de l’Union européenne.

Le Danemark met le holà sur les très nombreux mariages blancs – environ un mariage sur trois du royaume – qui reposent sur des filières permettant le mariage de migrants avec des citoyens de l’Union et donc d’obtenir des titres de séjour.

De fortes tensions internes continuent à tirailler la Roumanie. La population civile multiplie les manifestations dans les grandes villes pour dénoncer la corruption des membres sociaux-démocrates du gouvernement qui veulent modifier les lois pour obtenir une impunité concernant le blanchiment d’argent et les pratiques corruptives.

Lors du sommet de l’OTAN, Donald Trump met la pression sur ses alliés européens, les intimant de relever leurs dépenses militaires car l’OTAN ne fait plus partie des priorités stratégiques de l’Amérique. Il met publiquement en cause l’Allemagne d’Angela Merkel qui finance peu l’OTAN et inflige un déficit commercial aux Etats-Unis. A l’Europe d’« européaniser » l’OTAN et de développer une défense commune.

Le sommet Union européenne-Chine de Pékin est l’occasion de réaffirmer des valeurs communes (attachement au libre-échange et au multilatéralisme inquiétude face à la nouvelle politique commerciale de Washington) pourtant Bruxelles est proche de nombreuses positions américaines : le problématique excédent commercial chinois lié à la relative fermeture de son marché aux partenaires commerciaux, le non-respect de la propriété intellectuelle, les investissements chinois… le rapprochement avec Pékin ne peut être que limité et circonstanciel.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, s’est rendu à Washington pour y rencontrer Donald Trump et discuter des nouvelles mesures protectionnistes décidées par le président américain. Il obtient que les importations de voitures européennes – surtout allemandes en fait – ne soient pas surtaxées en échange de quoi l’Union s’engage à importer davantage de soja (OGM) et de gaz américain (ce qui nécessitera d’importants investissements côté européen pour le GNL). Les taxes sont, en revanche, maintenues sur l’acier et l’aluminium européens.

Le président français se prononce en faveur de l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne en 2025 si Belgrade respecte les conditions nécessaires.

La Banque mondiale annonce durant l’été 2018 que le PIB de la France pour 2017 – 2 582 milliards de dollars – est inférieur à celui de l’Inde – 2 597 milliards-, la dégradant à la septième place. L’Inde bénéficie d’une forte croissance économique autour de 7 % alors que la croissance française reste anémique entre 0,4 et 1,1%… Il est probable que l’année prochaine le PIB indien rattrape voire dépasse celui du Royaume Uni.

L’Iran de nouveau victime de sanctions américaines

Donald Trump a choisi de prendre le contrepied de la politique de son prédécesseur qui réintégrait progressivement l’Iran dans la communauté internationale, satisfaisant ainsi son allié saoudien. La nouvelle politique de sanction entre en vigueur début août 2018 ce qui a provoqué une nette dépréciation de la monnaie iranienne, le rial. Désormais, toutes les entreprises qui commerceront avec l’Iran pour toute une série de produits, seront privées de l’accès au marché américain : une mesure très dissuasive. Les exportations iraniennes de pistache ou de tapis persan sont interdites, avant que cet embargo ne soit bientôt étendu aux hydrocarbures. Cela provoque de vraies tensions sociales en Iran qui pourraient déstabiliser le pouvoir en place, but recherché par Washington. Au niveau économique, la population iranienne est la principale victime de cette politique. Les entreprises européennes sont aussi pénalisées par cette politique d’embargo, comme Total, PSA ou Airbus contraintes, malgré d’importants et récents investissements, de quitter le marché iranien. Ces mesures font le jeu des entreprises chinoises qui n’ont que faire de l’embargo américain

L’Espagne face à ses démons

Un nouveau scandale frappe la famille royale espagnole. La maitresse de l’ancien roi Juan Carlos fait de fracassantes révélations, l’accusant de fraude fiscale. Cela fragilise la monarchie déjà malmenée avec les tensions autonomistes catalanes.

Le premier ministre espagnol a décidé d’exhumer le corps de Franco du mausolée du Valle Los Caidos pour le transférer dans le caveau familial. Le mausolée sera réservé à la mémoire des victimes de la guerre civile espagnole.

Les frontières sont sous pression

Le Pérou décrète durant l’été 2018 l’état d’urgence et renforce ses frontières face au trafic de drogue en provenance de Colombie. Bogota et Lima coopèrent sur ce dossier, car les trafiquants déstabilisent le pays. Les anciens guérilleros des FARC n’entendent pas passer de la culture du coca à des cultures vivrières. Dans le même temps, l’Amérique du Sud affronte la pire crise migratoire de son histoire du fait du chaos vénézuélien.

Au niveau des frontières commerciales, l’Union européenne et le Japon viennent de signer un accord de libre-échange d’environ 600 millions de consommateurs et représentant près d’un tiers du PIB mondial. Cet accord doit être ratifié par les parlements japonais et ceux de chaque Etat membre de l’Union. Les négociations ont été âpres sur les dossiers agricoles et l’accès aux marchés publics.

Les frontières extérieures de l’Union européenne sont mises sous la pression des différents bateaux porteurs de migrants en provenance d’Afrique. L’Italie déclare ne plus vouloir accueillir ces bateaux dans ses ports.

Les relations complexes entre Washington et Pékin

Les tensions commerciales sont très fortes entre les deux pays. Washington accuse Pékin d’être à l’origine de l’essentiel de son déficit et prend des mesures protectionnistes sur toute une série de produits importés depuis la Chine qui en retour taxe de nouveaux produits américains.

Cela n’empêche pas Pékin d’acheter des bons du Trésor américain, alors que Moscou vend les siens (les quatre cinquièmes de ses avoirs).

Les nouvelles d’Asie

La Corée du Sud vient de baisser la durée légale hebdomadaire du travail de 68 à 52 heures pour les fonctionnaires et les salariés d’entreprises de plus de 300 personnes. Cela devrait concourir à améliorer une productivité inférieure à la moyenne de l’OCDE et trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle dans un pays menacé par le déclin démographique.

Le régime saoudien se durcit. Suite à la dénonciation sur Tweeter par la ministre canadienne des affaires étrangères de l’arrestation d’une militante des droits de l’homme Samar Badaoui. Les arrestations des militants des droits des femmes se multiplient en Arabie saoudite, pourtant membre de la commission des droits de l’homme à l’ONU depuis 2017. Riyad, fait sans précédent, a décidé de vendre ses actifs canadiens après avoir expulsé l’ambassadeur canadien en Arabie. D’autres mesures de rétorsion économiques suivent.

Les Etats-Unis décident de réinvestir l’espace.

Le président Trump vient de choisir de créer une force militaire spatiale indépendante de l’US Air Force. Les Etats-Unis veulent investir le cyberespace et l’espace qui pourraient être les champs de bataille de demain. Il faut que le Congrès accepte de créer ce sixième corps armé et le dote d’un budget conséquent (la somme de huit milliards de dollars est avancée).


Bonus Vidéo. X. Pasco (FRS) Géopolitique du spatial, de la Guerre froide au « New Space » : quoi de neuf ?

Questions

. Quelles sont les idées fausses sur le spatial ?
. Quelle est la véritable histoire du premier pas de l’homme sur la Lune (1969) ?
. Qu’est-ce qui a changé dans le spatial depuis la fin de la Guerre froide (1991) ?
. Aujourd’hui, quelles sont les nouvelles tendances et les nouveaux risques ?


Donald Trump décide d’accorder plus facilement une autorisation à l’US Cyber Command de mener une cyberattaque pour accélérer sa capacité d’action.

Les disparus

Le cuisinier français le plus récompensé, Joël Robuchon, vient de disparaître durant l’été 2018. Le monde de la gastronomie française est en deuil, sa renommée est mondiale. Il a incarné une image de la qualité de vie française aux yeux du monde entier.

Aretha Franklin, l’immense chanteuse américaine de soul, vient de disparaitre à 76 ans.

Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU entre 1997 et 2002 est décédé à 80 ans. D’origine ghanéenne, il a développé l’intervention onusienne pour raison humanitaire et ne s’est pas privé de critiquer l’intervention américaine en Irak en 2003.

Le sénateur américain républicain John Mac Cain est mort à 81 ans d’un cancer du cerveau. Ancien héros de la guerre du Vietnam, il a été le challenger malheureux face à B. Obama lors des élections présidentielles de 2008.

Bonnes nouvelles

Un rapprochement semble s’esquisser entre l’Érythrée et l’Éthiopie. Le premier est né en 1993 d’une cession du second, le privant de son accès à la mer. Un différent frontalier les oppose depuis 1998, et l’Érythrée est une dictature que fuient nombre de jeunes hommes pour éviter un service militaire très long.

Les riverains de la Caspienne – Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Russie et Turkménistan -viennent de signer durant l’été 2018 un accord historique pour donner un statut à cette mer intérieure et en négocier l’exploitation.

La France est championne du monde de football 2018.

Copyright Août 2018-Degans/Diploweb.com

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Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

À peine la République fédérale d’Allemagne a-t-elle officialisé la construction du controversé gazoduc Nord Stream 2 le 16 mai 2018, que la Pologne et les États-Unis d’Amérique ont sans surprise fait part de leur opposition à ce projet. Ce gazoduc devant s’étendre sous la mer Baltique sur 1200 kilomètres pour relier la Russie à l’Allemagne, devrait assurer à cette dernière un approvisionnement de 55 milliards de m³ d’hydrocarbures russes par an tout en évitant à la Russie d’avoir à payer des frais de transit à l’Ukraine et la Pologne. Les autorités allemandes donnèrent le feu vert au projet en mars 2018, suivies par la Finlande en avril, les travaux débutèrent dès le mois de mai dans la ville de Lubmin.

Les représentants polonais et américains ont réagi avec une hostilité prévisible face à ce projet qu’ils avaient maintes fois dénoncé comme étant une « menace pour la stabilité européenne ». Ainsi, la rencontre entre le Ministre des Affaires Étrangères polonais, Jacez Czatupowitc et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo le 21 mai 2018 fut l’occasion pour la Pologne d’aborder le sujet et notamment de s’assurer d’une éventuelle pression américaine sur les compagnies européennes impliquées dans la construction du gazoduc1 après que le représentant américain en Ukraine, Kurt Volker, ait fait part de l’intention des États-Unis de recourir à ces méthodes.

Dans un contexte de tensions croissantes avec la Russie placée sous sanctions et face à un éventuel recours à des moyens de rétorsion économique de la part des Américains, il convient de s’interroger sur les performances de « l’arme économique » à la lumière d’expériences antérieures. Ainsi cet article sera consacré à un sujet méconnu de la Guerre Froide à savoir le Coordinating Commitee for Multilateral Export Controls (CoCom), Cette organisation, fondée en 1949 et rattachée à une annexe de l’Ambassade des États-Unis à Paris, fut le fruit de débats houleux entre puissances occidentales pour contrôler les transferts technologiques vers le bloc socialiste qui en était dépendant.

Cette politique de « containment économique » et son instrument principal, le CoCom, furent maintenus à divers degrés tout au long de la Guerre Froide jusqu’à l’Arrangement de Wassenaar en 1994, et auront fortement impliqué les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, non sans controverses constantes; l’enjeu portant sur une question délicate et lourde de conséquences : les États-Unis et leurs alliés pouvaient-ils se permettre de commercer avec l’Union soviétique ?

Si la question n’a jamais pu faire l’unanimité entre les parties concernées aux États-Unis, elle le put encore moins entre les membres du CoCom.

Stratégie visant à tempérer les Soviétiques pour les uns, ou risque de leur « vendre la corde » pour d’autres, chaque pays du CoCom va progressivement mettre en œuvre sa propre conception de ce commerce selon ses perceptions de sécurité nationale durant la Guerre Froide.

La présente analyse portera sur ces deux extrêmes entre lesquels le CoCom se retrouva tiraillé durant les années 80 dans un contexte de « guerre fraîche » marqué par la volonté américaine de reprendre la lutte anticommuniste sous l’impulsion du président Ronald Reagan.

 

Présentation de la Nouvelle Politique Economique de Lénine, Affiche d'époque

 

I/ Le commerce Est-Ouest, entre ouverture et confrontation

La lutte idéologique entre le camp occidental et le bloc de l’Est durant la Guerre Froide n’a pas consacré une rupture des relations commerciales. Le rapport de force était à première vue en faveur des Occidentaux. En effet, n’en déplaise aux tenants du mythe des miracles de l’économie socialiste, la Russie soviétique a toujours affiché une dépendance prononcée vis-à-vis des technologies occidentales qui furent indispensables à son développement comme l’ont démontrée plusieurs études, les plus notables étant celles du professeur Antony Sutton2.

À titre d’exemple, dans les années 20, la NEP3 a permis l’ouverture de 350 concessions en Union soviétique encourageant l’implantation d’entreprises occidentales dont le capital technologique fut le principal, si ce n’est l’unique facteur de redressement économique de ce pays ravagé par la guerre civile. Les concessions furent ensuite supprimées par Staline pour recourir aux « accords d’assistance technique » accordant à certaines compagnies occidentales la possibilité d’apporter leur savoir-faire pour aider à la réalisation des grands projets industriels en Union soviétique. La période de la Détente, marquée par un apaisement des tensions et un relâchement des contrôles, fut l’occasion pour les Soviétiques d’acquérir une multitude de technologies occidentales au profit de leur potentiel économique…ainsi que militaire.

Comme l’avait jadis si bien résumé le professeur Carroll Quigley : « Des sociétés telles que la Russie soviétique, qui ont, par manque de tradition scientifique, démontré une faible créativité technologique, peuvent néanmoins constituer une menace pour la civilisation occidentale par l’usage, à immense échelle, d’une technologie presque entièrement importée de cette même civilisation occidentale »4.

Un bref descriptif de secteurs militaires clés soviétiques ayant bénéficié des transferts technologiques occidentaux, permettrait d’étayer ces propos ainsi que d’établir l’échec du CoCom et des espoirs de pacification à l’aube de la présidence de Reagan :

La flotte soviétique, la plus imposante au monde, était constituée à 60% de vaisseaux construits à l’Ouest, tout comme 80% de leur machinerie5. Les technologies furent obtenues auprès de la Burgmeister & Wain of Coppenaghen et Litton Industries6. Ce furent certains de ces bateaux qui acheminèrent les missiles à Cuba et qui ravitaillèrent Haiphong en équipements.7

L’industrie automobile fut érigée avec l’aide d’entreprises occidentales telles que Fiat et Ford entre les années 30 et 608. Certains véhicules militaires, plagiats de modèles occidentaux, furent utilisés en Afghanistan et contre l’effort de guerre américain au Vietnam.

Les missiles soviétiques positionnés en Europe ont largement bénéficié du savoir-faire occidental notamment celui de l’entreprise américaine Bryant Chucking Grinder Company dont les roulements à billes ont accru la précision des tirs soviétiques et la menace qu’ils incarnaient pour la sécurité européenne9.

Nous aurions pu rajouter à ce bilan les secteurs agricoles et chimiques, mais ces données suffisent pour établir que le commerce avec l’URSS, que certains avaient promu dans l’optique « d’adoucir » les Soviétiques, eut les effets inverses : l’Occident loin d’avoir acheté la paix a plutôt « vendu la corde10 ». En considérant les nombreux efforts aussi bien légaux qu’officieux que les Soviétiques déployaient pour se procurer en technologies, ce fut pour remédier à une véritable hémorragie technologique occidentale que Reagan voulut remanier le CoCom dont les défaillances appelaient à certaines rectifications.

Au regard de ce besoin obsessionnel des Soviétiques en technologies occidentales, on pourrait facilement être tenté comme Antony Sutton, de conclure qu’un blocage pur et radical des transferts technologiques auraient pu permettre de mettre l’URSS à genoux et ainsi précipiter la fin de la Guerre Froide. Toutefois cette vision relève de l’idéal tant le contrôle des technologies impliquait des considérations multiples qui transcendaient le simple recours à la coercition ou à d’autres mesures draconiennes.

 

II/ Des orientations américaines aux contradictions occidentales

Le contrôle des exportations est une initiative principalement américaine. À l’aube de la Guerre Froide les Etats-Unis en usèrent pour faire pression sur l’URSS à travers le « Control Act » en 1949, plaçant les biens exportés sous contrôle, mais aussi sur les pays occidentaux par le « Battle Act » en 1951 leur faisant perdre la protection américaine en cas de commerce avec le bloc socialiste. C’est dans ce contexte qu’apparu le CoCom11, souvent comparé à un « club » ne reposant sur aucun traité ou accord et dépendant de la bonne volonté des États membres pour réguler les transactions technologiques vers l’URSS, les pays du Pacte de Varsovie et la Chine Populaire.

Le CoCom a établi trois listes de biens devant être soumis à des licences : les munitions, les biens nucléaires et les biens à « double-usage » tout en accordant des possibilités de « ventes exceptionnelles »12. Enfin, il opérait selon deux notions anglo-saxonnes de guerre économique entre lesquelles il alternait selon la nécessité, à savoir l’effet de levier (« Leverage ») et « Linkage »13, le premier consistant à exploiter politiquement un avantage économique, tandis que le second revient à user d’actions économiques pour faire pression sur une cible.

Le contrôle américain sur les pays européens était certes bien établi à l’issue de la Deuxième Guerre Mondiale lorsque ceux-ci étaient trop exsangues pour se permettre de risquer de perdre la protection américaine, mais à mesure qu’ils opérèrent leur redressement économique, ils obtinrent une marge de manœuvre se traduisant par plusieurs écarts.

En effet, chaque pays membre s’était doté d’une conception propre du commerce Est-Ouest et d’une législation commerciale qui ne s’alignait pas forcément sur les directives américaines.

Ainsi la France, capitale des sympathies mondiales envers le communisme, recourait au commerce Est-Ouest afin d’affirmer sa souveraineté et se démarquer de l’hégémonie américaine. Le commerce avec l’Est bénéficiait d’un large consensus et le monde des affaires pouvait compter sur la bienveillance de l’État. Si la tendance était au laxisme jusqu’en 1981, la France, tout en renforçant ses contrôles, a préservé le souci de sa souveraineté.

Le Royaume-Uni, de par ses traditions commerciales, s’adonnait au commerce avec l’Est afin de subvenir à ses besoins économiques internes. Cependant l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979 marque un assujettissement à la politique américaine de contrôle.

La RFA constituait le maillon faible du CoCom. Cela est dû au fait que son commerce avec la RDA n’était pas considéré comme du commerce extérieur et occasionnait des fuites de technologies qui n’ont pas été l’objet de contrôles au sein du CoCom.

Le Japon enfin s’illustrait par son laxisme. La loi assurait la liberté d’exportation et les contrôles ne se limitaient qu’aux entreprises sur le sol japonais sans s’étendre à leurs filiales à l’étranger.

 Le commerce des pays membres du CoCom avec l'URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)Figure: Le commerce des pays membres du CoCom avec l’URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)

De par son caractère informel, les décisions prises au sein du CoCom ne revêtaient aucune forme contraignante vis-à-vis des États membres qui ont toute latitude pour appliquer les mesures du CoCom à leur convenance. Ainsi s’opposent deux conceptions de l’embargo : celle de sécurité (établir des contrôles stables) et celle de sanctions (selon les initiatives soviétiques)14. Les États-Unis alternant par opportunisme entre les deux mais toujours en désaccord avec ses alliés. Si on peut admettre qu’il existait un consensus pour le contrôle des exportations de technologies stratégiques (non sans réserves de la part des pays européens), le principal litige porte sur la définition de « bien stratégique ».

Les listes de biens à placer sous contrôle ne peuvent donc faire l’unanimité parmi les membres du CoCom, les Américains suivant une démarche intransigeante, souhaitaient restreindre le commerce par des listes élargies, tandis que les Européens volontaristes préféraient préserver leurs liens commerciaux avec l’Est par des listes de contrôle limitées.

Les deux parties procédaient fréquemment à des accusations mutuelles d’hypocrisie, les Européens souhaitant défendre leurs intérêts économiques à l’Est et n’hésitant pas à remettre en cause les directives du CoCom au moindre empiètement de celui-ci sur leur souveraineté. Les Américains étaient en proie à une pression interne de la part de leurs industriels, ces derniers se sentant lésés par rapport à leurs concurrents européens bénéficiant de restrictions plus souples de la part de leurs pays respectifs

Ces éléments mettent en exergue un double paradoxe résultant d’une dépendance mutuelle: l’URSS bien qu’étant fortement dépendante des technologies occidentales est tout de même parvenue à se maintenir à niveau face au camp occidental, tandis qu’inversement, les pays et industriels occidentaux, bien qu’exposés à la menace soviétique, ont tout de même poursuivi voire défendu le commerce de technologies avec le bloc de l’Est en affichant une réticence opiniâtre envers toute injonction ou interférence américaine dans leurs activités économiques.

Un constat qui appelle sérieusement à relativiser les concepts libéraux inspirés de Montesquieu pour lequel « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix »…

Reagan et Gorbatchev

III/ Les faux espoirs du renforcement des contrôles

Lorsque Reagan accéda à la présidence en 1981, la détérioration des relations américano-soviétiques avait déjà été consommée depuis Carter. L’invasion de l’Afghanistan en 1979 sonna le glas de la Détente et les États-Unis réagirent en prenant certaines mesures répressives.

En 1979 fut promulguée l’Export Administration Act (EAA) accordant au président un droit de regard sur les exportations suivi d’un embargo sur le grain en 1980. La politique de Reagan s’inscrivit dans cette tendance, constatant l’échec du « commerce pacifique » et concevant une nouvelle approche du commerce Est-Ouest à imposer aux membres du CoCom. Celle-ci s’aligna sur les recommandations faites en 1976 par le « Rapport Bucy »15 insistant sur un contrôle prioritaire et sélectif quant aux technologies à « double usage » et limitant l’accès aux technologiques américaines aux membres du CoCom. La procédure se conforme également à l’approche du National Security Council (NSC) prônant un renforcement du CoCom, le besoin de convaincre les Alliés du bien-fondé des contrôles des exportations, des mesures collectives et une adhésion de l’Est à l’éthique commerciale de l’Ouest16.

La guerre économique paraissait être une opportunité dans la mesure où certains observateurs percevaient en URSS les prémisses d’un effondrement économique; le refus de transferts technologiques pouvait donc accentuer cette phase de déclin et acculer l’URSS vers des compromis en terme de consommation et investissement dont les effets pouvaient se conjuguer à la course à l’armement, infligeant à l’URSS le coup de grâce17.

Cette stratégie est issue de l’optique américaine selon laquelle les contributions technologiques au secteur industriel soviétique bénéficient par ricochet au secteur militaire18, conception rompant avec la « compartimentalisation » adoptée par les autres pays du CoCom pour lesquels le secteur militaire est indépendant des technologies civiles issues du secteur économique19. Vis-à-vis des Alliés, les États-Unis vont alterner entre 2 tendances : les « multilatéralistes » et les « unilatéralistes » chacune prônant une posture distincte au sein du CoCom et qui vont inspirer la démarche à suivre à l’occasion de deux crises majeures.

La première est celle de la construction du gazoduc d’Urengoy, certainement l’exemple le plus représentatif d’une gestion calamiteuse d’embargo multilatéral issue d’une initiative unilatérale.

En réaction aux troubles survenus en Pologne en 1980, Reagan met ses menaces à exécution et décide en décembre 1981 de suspendre toutes les licences d’exportations portant sur les biens et composants censés assurer la construction d’un gazoduc sibérien20. Il fallut cependant contraindre les membres du CoCom à suivre cette démarche. Le 18 juin 1982 l’interdiction est étendue aux filiales des entreprises américaines ainsi qu’aux entreprises étrangères produisant les équipements sous licence. Ceci avait engendré de fortes tensions avec les pays européens membres du CoCom dont les entreprises sont pénalisées par l’extraterritorialité d’une décision américaine, d’autant que ceux-ci voient Reagan paradoxalement lever l’embargo sur le grain21 au profit des fournisseurs américains. Les gouvernements français et britanniques incitèrent ouvertement leurs entreprises à passer outre les directives de Reagan et leurs obligations vis-à-vis du CoCom, contraignant le président américain à lever l’embargo en novembre 1982. Le gazoduc sera finalement construit au profit de l’URSS.

Plusieurs conclusions sont à retenir de cette expérience : nous pouvons considérer cet incident comme la preuve que l’unilatéralisme américain est défaillant, plutôt que d’obtenir le soutien des Alliés, les Américains ont réussi à se les aliéner, ceux-ci considérant certaines variables (dépendance envers le gaz soviétique, intérêts économiques) comme prenant le pas sur leurs obligations envers le CoCom.

L’unilatéralisme s’étant révélé inapproprié à l’issue de cette crise, l’Administration Reagan se vit donc acculée vers le multilatéralisme pour renforcer, non sans peine, le CoCom après 1982.

Les États-Unis présentèrent au CoCom un triple projet : l’élargissement des listes de contrôle, le renforcement des sanctions et enfin le renforcement de la structure institutionnelle du CoCom. Les Européens n’étaient disposés à entreprendre une guerre économique qu’à la condition que les produits concernés aient effectivement une importance militaire. Ainsi, lors de la réunion de 1982, 58 produits sur 100 proposés par les Américains furent ajoutés aux listes. S’ajoutent l’année suivante l’application directe de contrôles pour les 10 biens prioritaires susceptibles de détournement et en 1984, l’interdiction d’exporter certains équipements de communication. Les États-Unis purent obtenir la création en 1985 d’un sous-comité (STEM) renforçant le poids des représentants de la Défense face à ceux du Commerce au sein du CoCom mais seulement après une série de compromis avec leurs partenaires occidentaux22.

Ce développement multilatéral du CoCom suscita certes des plaintes croissantes d’officiels soviétiques, cependant ce succès relatif est à nuancer pour certaines raisons : ces renforcements sont limités à l’intérieur des frontières de l’Ouest et s’accompagnent de la réticence persistante des Européens ; les États-Unis ayant renoncé à l’unilatéralisme, étaient contraints de composer avec des partenaires peu disposés à suivre les nouvelles procédures sur le long-terme d’où de nouvelles plaintes venant de ces derniers qui percevaient les freins à la réexportation de technologies américaines comme une atteinte aux lois internationales. Ces contrôles internes ont finalement nuit à la volonté des pays du CoCom de coopérer, les Européens et les Japonais y percevant des velléités unilatéralistes inavouées des Américains.

Les failles de ce nouveau paramétrage seront mises à nu à l’occasion du scandale Toshiba-Kongsberg en 1987. Ces deux entreprises avaient vendu aux Soviétiques des machines-outils sous licence indispensables à la modernisation de leurs sous-marins nucléaires compromettant davantage la sécurité de l’Europe de l’Ouest23. En réaction, le Sénat américain, par le Garn Amendment, a exigé la fermeture du marché américain à toutes les entreprises qui ne se conforment pas aux réglementations du CoCom en guise de sanctions. Paradoxalement, cette mesure fut désavouée par l’Administration Reagan qui craignait de voir les pays européens appliquer les mêmes restrictions à l’encontre des entreprises américaines en représailles. De surcroît, une telle initiative unilatérale n’aurait fait que compromettre le CoCom24. Il fallut privilégier la voie multilatérale en coopération avec le Japon et la Norvège. Des sanctions à l’encontre de Toshiba et de la Kongsberg-Vapenfabrik furent bel et bien appliquées en plus d’un engagement accru du Japon dans le contrôle des technologies sensibles.

L’ampleur de cette crise décida les autres membres du CoCom à renforcer leur coopération avec les États-Unis au sein du CoCom. Ce revirement aurait pu être encourageant si, entre 84 et 89, la RFA n’avait pas à son tour manqué à ses obligations en permettant à la Imhausen-Chemie de construire des installations chimiques en Libye tout en négligeant de soumettre ses produits aux contrôle du CoCom avec la complicité silencieuse des autorités fédérales allemandes…

L’arrivée au pouvoir de Gorbatchev et l’apaisement des tensions avec les États-Unis qu’il va consacrer achèveront de convaincre Reagan d’assouplir sa politique de contrôle en 1986.

 

Reagan et Trump

Conclusion: de Ronald à Donald

L’expérience du CoCom est édifiante dans le contexte actuel puisqu’elle permet de relativiser le leadership américain parmi ses alliés sur le plan économique. Si la domination militaire et diplomatique américaine demeure une constante encore aujourd’hui au sein de l’OTAN, le domaine économique constitue le talon d’Achille de cette suprématie. C’est précisément sur le plan économique que toute l’hétérogénéité du camp occidental nous est révélée au grand jour, chacun des pays membres disposant de spécificités économiques particulières divergentes sur lesquelles peuvent buter les intérêts américains.

Donald Trump, ayant pris ses fonctions de président des États-Unis en 2016, se retrouvent confrontés à certains enjeux auxquels fit face son prédécesseur Reagan. Si le recours aux sanctions économiques à l’encontre de la Russie fut appliqué suite au rattachement de la Crimée à la Russie en mars 2014, les résultats mitigés, voire contreproductifs obtenus ne plaident pas en faveur de cette politique. Les relations économiques étant intrinsèquement mutuelles, les sanctions constituent des armes à double-tranchant pouvant mener à l’impasse25

Ainsi, la partie occidentale de l’Union Européenne, notamment l’Allemagne, est plus soucieuse de préserver ses rapports économiques avec la Russie et par conséquent moins disposée à avaliser toutes les directives de Washington.

Face au gazoduc Nord Stream 2, les Américains peuvent compter sur l’appui des pays d’Europe de l’Est membres de l’Initiative des Trois Mers26 dont les intérêts, comme l’a reconnu le général L. Jones de l’Atlantic Council, sont « davantage alignés sur la perception américaine du monde, que nos alliés traditionnels d’Europe de l’Ouest »27.

Quand bien même les États seraient amenés à coopérer dans une politique de boycott contre la Russie, les milieux d’affaires qui y sont implantés risquent fort d’affirmer leur désapprobation.

La Russie constitue un cas particulier dans l’approche des politiques de guerre économique. Qu’importe qu’elle ait été, selon Lénine, « un apanage semi-colonial du capitalisme » au temps du tsarisme, ou « un marché captif » d’après Antony Sutton sous le communisme. Ce pays a paradoxalement toujours su ranger cette dépendance économique et technologique prononcée envers l’Occident parmi ses atouts jusqu’à la rendre mutuelle.

Les perspectives économiques qu’offre la Russie et sa place incontournable sur le marché mondial susciteront immanquablement l’intérêt d’acteurs étrangers qui seront dès lors mus par  une volonté impérieuse de retour sur investissement. Plus les capitaux qu’ils consacreront à la Russie seront importants, plus ils seront réticents à toute politique de sanction susceptible de rendre la Russie insolvable et de compromettre leurs profits.

Ainsi, tout comme pour le gazoduc d’Urengoy, rien ne saurait garantir une annulation du projet de Nord Stream 2 prévu pour 2019 d’autant que les efforts américains pour obtenir l’annulation de Nord Stream 1 en 2012 se sont révélés infructueux.

Tout comme au temps du CoCom, rien ne saurait non plus assurer que la menace de sanctions à l’encontre de compagnies impliquées dans des projets avec la Russie pourrait les dissuader de poursuivre leurs activités d’autant que cette mesure a déjà été sèchement désavouée par les protestations de l’Allemagne et de l’Autriche en juin 2017.

La prise en compte des résultats mitigés du CoCom sous Reagan ne devrait-elle pas inviter Trump à plus de circonspection dans la tentation de l’usage de l’arme économique face à la Russie de Poutine?

 

Hédi ENNAJI

 

Bibliographique sélective:
  • BERTSCH G. K. (sous la direction de); Controlling east-west trade and technology transfer, power, politics and policies; éd. Duke University Press; 1988; Georgia; 508 p.
  • BUCHAN D.; Incidences stratégiques du commerce est-ouest; éd. Bosquet; coll. Hermès; Paris; 1985; 169 p.
  • HANSON P.; Trade and technology in Soviet-Western relations; éd. Macmillan Press LTD; Hong Kong; 1981; 271 p.
  • HOLIDAY G. D.; Technology transfer to the USSR, 1928-1937 and 1966-1975: The role of Western technology in Soviet economic development; éd. Westview Press; Colorado; 1979; 225 p.
  • LACHAUX C., LACORNE D., LAMOUREUX C.; De l’arme économique; éd. Fondation pour les études de Défense Nationale; coll. Les 7 épées; Paris; 1987; 406 p.
  • LAÏDI S.; Histoire mondiale de la guerre économique; éd. Perrin; Paris; 2016; 576 p.
  • MASTANDUNO M.; Economic Containment, CoCom and the politics of East-West trade; éd. Cornell University Press; New York; 1992; 353 p.
  • OFFICE OF TECHNOLOGY ASSESSMENT; Technology and east-west trade; éd. Allanheld Osmun & co; New Jersey; 1981; 303 p.
  • PARROTT B. (sous la direction de); Trade, technology, and Soviet-American relations; éd. Indiana University Press; Bloomington; 1985; 394 p.
  • SANDBERG M.; Learning from capitalists, A study of Soviet assimilation of Western technology; éd.Almqvist & Wiksell International; Göteborg; 1989; 264 p.
  • SEUROT F.; Le commerce est-ouest; éd Economica; Paris; 1987; 174 p.
  • SUTTON A. C.; National suicide, military aid to the Soviet Union; éd. Arlington House; New York; 1974; 283 p.

https://stratpol.com/le-camp-occidental-a-lepreuve-de-larme-economique-les-lecons-du-cocom/

Caché à la vue de tous à Belgrade

Caché à la vue de tous à Belgrade


Par Vladimir Goldstein – Le 3 août 2018 – Source Off Guardian

Les deux églises – Photo Vladimir Goldstein

Juste en face de mon immeuble, caché derrière de hauts bâtiments de bureaux, se trouve la grande église Saint Marc. Et cachée à l’ombre de Saint Marc, il y a une petite église orthodoxe russe. L’église de la Sainte Trinité, connue simplement comme l’église russe, est célèbre pour contenir les restes du baron Piotr Nicolaïevitch Wrangel, le chef des Blancs dans la guerre civile russe. Elle est difficile à trouver, mais heureusement, un ami m’y a emmené.

Comme nous regardions autour de l’église, pas particulièrement intéressés par Wrangel, un couple de Russes m’a demandé de le photographier devant sa tombe. Alors que j’essayais de trouver un bon angle pour la photo, j’ai remarqué une petite plaque sur un mur à proximité. Elle portait la liste des noms des Russes morts en combattant pour les Serbes yougoslaves pendant le conflit avec les Albanais séparatistes du Kosovo puis le bombardement de la Yougoslavie par l’OTAN, en 1999.

En quittant l’église, nous avons pris un petit chemin vers le haut du parc. Là, nous avons observé un autre signe brutal de cette guerre : un bâtiment détruit près de la tour de la télévision. Il portait également une plaque. Elle criait : « Zachto » (Pourquoi ?). En dessous, se trouvaient les noms de tous les gens de la télévision tués lors de cette attaque. En tout, jusqu’à 2500 civils auraient été tués par l’OTAN, selon le gouvernement yougoslave de l’époque, même si on ne connaîtra peut-être jamais leur nombre.

D’une part, la question Zachto est à la fois oiseuse et provocatrice. Elle ravive les blessures et signifie un refus d’oublier et de repartir de zéro. D’autre part, il est à l’évidence nécessaire de trouver une réponse à cette question, simplement pour prévenir les destructions futures et les meurtres absurdes.

Nous ne trouverons pas de réponses à cette question dans les récits officiels qui nous racontent que la noble administration Clinton a décidé de mettre fin aux violations flagrantes des droits de l’homme dans la situation extrêmement complexe qui régnait dans la province yougoslave du Kosovo en bombardant les Serbes pour qu’ils respectent les minorités sur leurs propres territoires et sur les territoires voisins. (En fait, le grand exode des Albanais vers l’Albanie proprement dite n’a commencé qu’après que les bombes de l’OTAN ont commencé à tomber.)

Tester les limites

Une image beaucoup plus triste émerge derrière ces histoires officielles. Pourquoi ces gens sont-ils morts ? Pourquoi cette opération de l’OTAN s’est-elle déroulée sans autorisation du Conseil de sécurité des Nations unies et sans preuve de légitime défense, comme l’exige la Charte de l’ONU ? Était-ce pour satisfaire la soif de pouvoir des dirigeants des États-Unis et de l’OTAN, des interventionnistes libéraux comme Madeleine Albright, Bill Clinton et Susan Rice? Pour apaiser la culpabilité de l’administration pour son échec à répondre au génocide au Rwanda de 1994 ? Était-ce pour installer la plus grande base militaire américaine en Europe depuis la guerre du Vietnam, le Camp Bondsteel, au Kosovo ? Pour que les Américains aient accès aux vastes richesses minières du Kosovo et à d’autres occasions de faire des affaires, y compris pour Mme Albright? Ou était-ce pour tuer une expérience yougoslave, finalement assez réussie, de « troisième voie » entre l’Ouest et l’Union soviétique ?

Il semble que ces gens aient dû mourir pour toutes ces raisons et pour la mise en pratique des doctrines de la « responsabilité de protéger » (R2P) et de la suprématie totale, ou full spectrum dominance, doctrines concoctées par les interventionnistes libéraux et les néocons à Washington. Ceux qui sont morts étaient essentiellement les cobayes d’une expérience du Nouvel Ordre Mondial, dans le but de voir jusqu’où le monde pourrait être poussé à pratiquer la R2P, une politique qui pourrait être utilisée pour masquer des ambitions impériales.

Et ça a marché. La Yougoslavie a été incapable de résister à la puissance de l’OTAN opérant hors du mandat de sa charte obsolète : défendre l’Europe occidentale contre une supposée menace soviétique. En effet, on pourrait soutenir qu’avec la fin de la guerre froide, un autre motif pour attaquer la Yougoslavie était de fournir à l’OTAN une justification de son existence. (Elle irait plus tard encore plus loin en dehors de son théâtre légal d’intervention, en Afghanistan puis en Libye.)

La Russie n’a pas pu faire grand-chose pour aider les Serbes. Ensuite l’ambassade de Chine a également été touchée, un test semble-t-il, bien que le The New York Times ait écrit que c’était une erreur. Les Chinois n’ont rien fait.

C’est ainsi que la R2P a été mise en œuvre — sans protection pour les Serbes yougoslaves. Ils ont dû mourir dans l’expérience visant à explorer les limites de la puissance des États-Unis et les limites de leur résistance.

Vladimir Golstein, ancien professeur associé à l’université de Yale, il dirige le  Department of Slavic Studies at Brown University et est un commentateur sur les affaires russes.

L’article original a été publié par Consortium News

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Diane pour le Saker francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/cache-a-la-vue-de-tous-a-belgrade

 

 

 

Washington, l’OTAN et la tourmente des politiques mondiales en cours

Washington, l’OTAN et la tourmente des politiques mondiales en cours


Par Leonid Savin – le 30 juillet 2018 – Source orientalreview.org

Sur le plan de la sécurité mondiale, ces dernières semaines ont été riches en événements, et les USA ainsi que le président américain ont joué un rôle clé dans divers incidents. Tous ces événements ont été commentés sous forme de rumeurs, de ragots, de réflexions analytiques et de suppositions. On attendait de voir les résultats du sommet de l’OTAN à Bruxelles, et de la rencontre entre les présidents Poutine et Trump à Helsinki. Ces deux rencontres ont également été source d’un flot de déclarations et de discussions. Essayons de faire le point sur les moments les plus importants de cette période.

Prenons un exemple avec la déclaration de Bruxelles du 11 juillet sur la sécurité transatlantique et les sujets de solidarité ; cette déclaration stipule que l’OTAN ne constitue une menace pour aucun pays. Si tel est le cas, comment faut-il interpréter les bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie en 1999, et l’opération Odyssey Dawn contre la Libye en 2011 ? Les gouvernements de ces pays ne s’étaient-ils pas vus adresser des avertissements agressifs ? Ou, si l’OTAN ne menaçait pas les pays eux-mêmes, il saute aux yeux que ces menaces étaient adressées aux nations, aux États, aux gouvernements, comme le démontrent ces deux exemples concrets. Et une menace n’implique pas forcément l’usage de la force ; une manifestation de force – ou une déclaration d’intention (comme annoncer l’admission à l’OTAN de la Macédoine, de la Géorgie, de la Moldavie et de la Serbie) – remplit tout à fait les critères qui qualifient une manœuvre de grave intimidation.

Nous connaissons tous les retombées des campagnes de l’OTAN – la Serbie est encore en train de traiter les problèmes de fragments de munitions contenant de l’uranium appauvri, et la désintégration de la Libye a déversé un flot de migrants, mélangeant réfugiés réels et extrémistes radicaux en provenance du pays, mais également de ses voisins. Sous Kadhafi, en effet, la Libye tenait un rôle de dissuasion en la matière, qui assurait la sécurité non seulement de l’Afrique du Nord, mais également d’autres pays énumérés ci-après. Oh, et puisqu’on parle de sécurité – dans ses remarques de conclusion, Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN, a déclaré : « Notre alliance garantit notre sécurité, notre liberté, et les valeurs que nous partageons. » Mais les nombreuses attaques terroristes survenues en Europe ces dernières années viennent jeter le doute sur cette affirmation. En plus de ces attaques, on peut également parler de l’incapacité à traiter les désastres naturels – comme illustré par les deniers incendies en Grèce, qui ont fait de nombreux morts. Un défenseur de l’OTAN pourrait venir objecter ici que ce genre de sujet ne rentre pas dans les hautes priorités de l’Alliance, mais le sujet de la sécurité en Europe, en tant que tout, englobe tout à fait la protection et les soins apportés à ses habitants, peu importe la menace qui pèse sur eux – qu’il s’agisse de groupes extrémistes ou de forces naturelles. Mais l’OTAN préfère se concentrer sur la menace inexistante et mythique émanant soi-disant de la Russie.

Principales attaques du terrorisme islamiste en Europe et en Turquie

Mais le point le plus bizarre est cette déclaration de Stoltenberg : « Parce que l’OTAN est bonne pour l’Europe. Et l’OTAN est bonne pour l’Amérique du nord… En résumé, l’OTAN constitue un multiplicateur de force pour les USA. »

D’un côté, on peut voir cela comme un appel du pied vers les USA – « s’il vous plaît, ne nous abandonnez pas, nous resterons à votre service ». Mais d’un autre côté, cette déclaration énonce clairement la fonction de l’OTAN comme outil de la politique de Washington. Mais alors, quel est l’intérêt de ce multiplicateur de force stationné en Europe ? Il s’agit d’un artefact issu de la guerre froide. Bien que pouvant se montrer un peu décevant (comme l’ont démontré les derniers exercices de l’Alliance, qui ont démontré que dans le cadre hypothétique d’une guerre contre la Russie, les pays de l’OTAN sont voués à la défaite en raison de problèmes logistiques, d’une gestion bureaucratique, des particularités de la structure de l’alliance, et de ses méthodes de guerre), l’Alliance est encore en train de justifier les raisons de son existence. Sauf que les réalités sous-jacentes ont changé depuis longtemps.

L’OTAN se montre tout simplement incapable de lâcher son sujet préféré. Carl Bildt, ancien Premier ministre suédois et agent de la CIA, écrivait dans un article ce 21 juillet, titré « La fin de l’OTAN », que « [le] problème est que les capacités militaires de l’OTAN s’améliorent, tandis que les capacités de décisions politiques de l’alliance se dégradent. Imaginez ce qui arriverait si un état membre de l’OTAN levait une alerte suite à une opération militaire secrète menée à ses frontières par la Russie, comme en Crimée. Et imaginez que les agences de renseignement américaines confirment qu’un tel acte d’agression est bien en cours, malgré les dénégations de Poutine ».

« Et enfin, imaginez la réponse de Trump. Est-ce qu’il appellerait Poutine pour lui demander ce qui se passe ? Est-ce que Poutine formulerait une autre ‘proposition incroyable’ pour aider les enquêteurs américains à enquêter sur le fond des choses ? Encore mieux : est-ce que Trump invoquerait rapidement le principe de défense collective selon l’article 5 du traité de l’OTAN ? Ou bien est-ce qu’il hésiterait, poserait des questions à ses services de renseignements, rabaisserait les alliés des USA, et validerait les dénégations de Poutine ? ». Comme nombre de politiciens occidentaux, Carl Bildt oublie le référendum organisé en Crimée, par lequel les résidents de la péninsule ont décidé de leur destin.

Ce type de figure publique présente souvent des opinions très prédictibles, puisqu’ils ne font que rester sur la ligne qu’ils avaient empruntée jusque là.

Après la rencontre d’Helsinki, nous avons assisté à une réaction intéressante à l’attitude de Donald Trump, qui l’a forcé à revenir sur ses propres propos après son retour aux États-Unis. On peut interpréter ceci comme une conséquence de pressions qu’il aura subies de la part de ses opposants et de radicaux au sein du Parti républicain, mais aussi comme autant de fruits de ses qualités personnelles, parmi lesquelles on compte l’imprévisibilité, couplée à l’incompétence du président américain. Si Donald Trump ne tient pas sa parole, toute confiance en lui est sapée. Et comme il est président des États-Unis d’Amérique, c’est toute la crédibilité du pays et de son peuple qui se voit mise en question. Pour ces raisons, les attaques agressives lancées par les Démocrates, même si elles ne visaient qu’à discréditer Donald Trump, finiront par revenir hanter leurs auteurs, quand on finira par leur reprocher d’avoir dégradé les sentiments de sympathie envers les Démocrates et les USA de la part des alliés et partenaires du pays – pour ne rien dire de ses rivaux.

Francis P. Sempa, professeur adjoint en sciences politiques à l’université de Wilkes et auteur de plusieurs ouvrages géopolitiques, prenait acte d’un autre coup de théâtre lors de la rencontre d’Helsinki, qu’il a simplement appelé « retour de la géopolitique nixonienne ». Il écrit que « [les] États-Unis devraient mélanger engagement et endiguement afin de garder avec la Russie et la Chine des relations plus proches qu’elles ne pourraient en avoir entre elles. Oui, Poutine est un dictateur impitoyable, mais il n’est pas plus impitoyable (et il est beaucoup moins meurtrier) que ne l’était Mao Zedong quand Nixon a lancé l’ouverture vers la Chine. Au moment de l’ouverture vers la Chine, Nixon avait été critiqué aussi bien à gauche qu’à droite pour avoir mené une politique étrangère amorale ». C’est pourquoi Trump doit réparer les erreurs de Bush et d’Obama, qui avaient amené la Russie et la Chine à lancer diverses initiatives, comme les Routes de la soie, et qui avaient également amené la Chine à se montrer plus active en mer de Chine du sud. Même s’il ne mentionne pas explicitement l’union économique eurasiatique, Francis P. Sempa l’a manifestement à l’esprit. Mais Nixon avait Kissinger, et Trump affublé de Pompeo ne semble pas à niveau pour cette tâche.

Quelques-uns des tweets récents de Trump, sources d’un tollé général, sont dignes d’intérêt. Le premier concerne le Monténégro qui, selon Trump, est capable de démarrer une troisième guerre mondiale, à cause de la nature agressive des Monténégrins. Ceci, de nouveau, ouvre la voie aux spéculations quant à l’existence de l’OTAN, la répartition des responsabilités inhérentes à la défense au sein de l’alliance, ainsi que le pourcentage du PIB qui devrait être alloué à la défense. Et son deuxième tweet a ramené la lumière des projecteurs sur l’Iran. Trump a publié ce message sur la plateforme Tweeter :

« Au Président iranien Rouhani : NE MENACEZ PLUS JAMAIS, AU GRAND JAMAIS LES ÉTATS-UNIS D’AMÉRIQUE OU VOUS SUBIREZ DES CONSÉQUENCES QUE PEU ONT CONNUES JUSQU’À CE JOUR DANS L’HISTOIRE. NOTRE PAYS NE SUBIRA PLUS VOS DÉLIRES DÉMENTIELS PLEINS DE VIOLENCE ET DE MORT. FAITES ATTENTION ! »

Trump a-t-il écouté avec attention les déclarations des dirigeants de la République islamique d’Iran ? Pourquoi n’exprime-t-il pas d’indignation quant aux proclamations émises par le dirigeant suprême de l’Iran, l’Ayatollah Ali Khamenei ? Il a des critiques nettement plus sévères envers Washington, qui est appelée en Iran « Le grand Satan ».

Les promesses faites à Israël, le déménagement de l’ambassade à Jérusalem, et les liens qu’il maintient avec le lobby israélien au travers de son gendre, Jared Kushner, tout cela éclaire la cohérence de la politique sous-jacente à ses proclamations envers l’Iran. Dans ce contexte, devrait-on les considérer comme sérieuses ? Après tout, Rouhani n’a pas une seule fois émis de menace à l’encontre des USA. Ou alors c’est sa déclaration mentionnant la possibilité de renaissance du projet nucléaire iranien qui a autant énervé Trump ? Mais d’un point de vue géopolitique, l’Iran ne représente pas une menace existentielle à l’égard des USA – cela saute aux yeux dès lors qu’on considère les aspects géographiques ou que l’on compare les puissances militaires de chacun des deux pays.

On n’a pas trop entendu, dans cette avalanche d’information, d’évocations des menaces chinoises ou nord-coréennes, mais personne n’a oublié la Russie. Les pirates russes, tellement présents dans les commentaires des porte-parole de certaines mouvances politiques américaines et dans les médias (mais toujours sans la moindre preuve de ce qui est avancé) sont de nouveau soi-disant à l’œuvre comme les vilains hooligans qu’ils sont – cette fois-ci il parait qu’ils s’en prennent aux réseaux électriques. En même temps, de sérieux débats sont en cours quant au niveau de préparation des systèmes de votes et de divers pans entiers de l’économie américaine, connectés d’une manière ou d’une autre à Internet. Partout, les experts déclarent que les caisses sont vides. Ces « coïncidences » amèneront par elles-mêmes le lecteur aux conclusions qui s’imposent.

Leonid Savin

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker francophone

 

 

 

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La guerre électronique russe contre les troupes américaines en Syrie entre dans une phase dangereuse

La guerre électronique russe contre les troupes américaines en Syrie entre dans une phase dangereuse


Tyler DurdenPar Tyler Durden – Le 30 juillet 2018 – Source Zero Hedge

Un colonel en retraite de l’armée US, spécialiste de la guerre électronique a déclaré à Foreign Policy : « Tout à coup, vos communications ne fonctionnent plus, vous ne pouvez pas ordonner de tirs, vous ne pouvez pas être averti des tirs hostiles parce que vos radars ont été bloqués et ils ne peuvent rien détecter ». 

Un nouveau rapport détaille l’inquiétude grandissante du Pentagone face à l’augmentation du nombre d’attaques électroniques russes contre des positions militaires américaines en Syrie, dont le nombre selon les déclarations publiques du Pentagone est de 2000 ou plus, situées sur une douzaine de bases « secrètes », principalement au nord-est de la Syrie, et intégrées dans les Forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes, soutenues par les États-Unis,

ewin syria
Image via The National Interest

Le rapport de Foreign Policy commence ainsi :

« Les officiers qui ont subi le brouillage – connu sous le nom de guerre électronique – disent que ce n’est pas moins dangereux que les attaques conventionnelles avec des bombes et de l’artillerie. Mais ils disent aussi que cela permet aux troupes américaines de découvrir la technologie russe sur le champ de bataille et de trouver des moyens de se défendre. »

Depuis que la Russie est intervenue en Syrie à la demande du gouvernement Assad en 2015, les deux superpuissances se sont affrontées à de multiples occasions dangereuses, mais ont communiqué par l’intermédiaire d’une « ligne directe militaire à militaire » destinée à éviter les collisions aériennes et la confrontation directe des troupes.

La Russie, aux côtés du gouvernement syrien, considère les troupes américaines comme des occupants étrangers non invités, qui ont commis des actes d’agression contre l’État syrien, tuant des centaines de soldats syriens (et des mercenaires russes, même s’ils n’étaient pas sous les ordres de Moscou), lors de multiples incidents près des lignes de front à Deir Ezzor.

Et maintenant, comme l’a récemment déclaré le général Raymond Thomas, chef du commandement des opérations spéciales des États-Unis, lors d’une conférence de renseignement et de technologie militaire, la Syrie est devenue « l’environnement de guerre électronique le plus agressif de la planète ».

Il a dit des « adversaires » russes, iraniens et syriens : « Ils nous testent tous les jours, bloquant nos communications, désactivant nos EC-130 [les grands avions de commandement et de contrôle des champs de bataille aériens de l’Air Force]. »

Foreign Policy (FP) indique que le brouillage électronique par les forces russes signifie une menace d’« escalade » dans un environnement déjà confus compte tenu du large éventail de groupes et d’acteurs étatiques opérant en Syrie.

Le rapport dit que le Pentagone a officiellement reconnu le succès des efforts de brouillage russes la semaine dernière dans les termes suivants :

« Un colonel de l’armée américaine, Brian Sullivan, a décrit un épisode récent à des journalistes au département de la Défense des États-Unis la semaine dernière. Il a déclaré que ses troupes avaient rencontré un ‘environnement de guerre électronique saturé’ alors qu’elles combattaient dans le nord-est de la Syrie pendant leur déploiement de neuf mois, qui avait duré de septembre 2017 à mai 2018. »

Et le rapport cite encore le Col. Sullivan : « Cela nous a posé des défis auxquels nous avons pu faire face avec succès, et cela nous a donné l’opportunité d’opérer dans un environnement qui ne peut être reproduit nulle part à domicile, y compris dans nos centres de formation au combat. »

Dans une citation particulièrement troublante qui rappelle la guerre froide, le colonel note : « C’est une grande opportunité pour nous d’opérer particulièrement dans l’environnement syrien où les Russes sont actifs ».

L’ancien directeur intérimaire/directeur adjoint de la CIA Michael Morell : « nous devons tuer les Russes en Syrie » (vidéo en anglais).

Bien sûr, pour commencer – et quoi qu’on en dise – il y a la grande question de la contradiction concernant des troupes américaines qui se trouvent en Syrie sans aucune autorisation du Congrès ni mandat du peuple américain (à moins que, comme semble le croire le président Donald Trump, l’ancienne autorisation d’utilisation de la force militaire, l’AUMF, après le 9/11, signifie que les troupes américaines peuvent rester au Moyen-Orient pour toujours).

Foreign Policy écrit en outre que la guerre électronique implique l’arrêt des communications et de la capacité de navigation au sol et en l’air, quelque chose de particulièrement dangereux dans un espace de combat bondé comme la Syrie :

« Daniel Goure, expert en sécurité nationale et questions militaires au Lexington Institute, affirme que les nouveaux systèmes de guerre électronique de la Russie sont sophistiqués. Ils peuvent être montés sur de gros véhicules ou des avions et peuvent endommager des cibles à des centaines de kilomètres. »

Goure parle aussi d’un affrontement involontaire potentiel entre des puissances majeures comme les États-Unis et la Russie : « Le problème avec la guerre électronique, de manière plus générale, est qu’elle peut vraiment aveugler votre vision de l’espace de combat, votre vision opérationnelle, et cela peut mener à des erreurs vraiment horribles. »

La Russie aurait fait d’énormes progrès dans sa capacité de systèmes de guerre électronique au cours des quinze dernières années car elle perçoit que la menace d’une invasion par l’OTAN à ses frontières ne peut que croître.

En attendant, la Russie a indiqué qu’elle était au courant des actions militaires futures que Washington et ses alliés occidentaux pourraient comploter contre elle.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a dit cette semaine dans des déclarations publiques lors d’un forum éducatif russe : « Notre conscience des plans que les militaires américains et d’autres pays occidentaux préparent en relation avec la Fédération de Russie est totale. » Il a ajouté que la Russie et ses frontières terrestres et aériennes étaient sûres « quoi qu’il arrive dans le monde », ce qui semblait être une référence aux récents progrès de la technologie de la défense et du renseignement russes.

Tyler Durden

Traduit par jj, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone

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Union européenne: «ennemie» de l’Amérique depuis la fin de la guerre froide

Union européenne: «ennemie» de l’Amérique depuis la fin de la guerre froide


Par Andrew Korybko – Le 20 juillet 2018 – Source orientalreview.org

Trump a fait tourner les têtes cette semaine, en décrivant l’UE comme un « ennemi ».

La remarque, « politiquement incorrecte » et jusqu’alors inimaginable, est tombée au cours d’une interview que le président des USA a accordée à CBS News, à l’issue du sommet orageux de l’OTAN de la semaine dernière. Quand on lui a demandé qui constituait « le plus grand ennemi actuel » des USA, a répondu de manière tout à fait inattendue : « Eh bien, nous avons nombre d’ennemis. Je pense que l’Union européenne est un ennemi, ce qu’ils nous infligent en termes commerciaux. Là, vous n’auriez pas pensé à l’Union européenne, mais c’est un ennemi. » Peu après, il revenait sur sa déclaration en disant : « Je respecte les dirigeants de ces pays. Mais, d’un point de vue commercial, ils ont vraiment profité de nous et nombre de ces pays sont membres de l’OTAN et n’ont pas payé ce qu’ils devaient », mais les dégâts étaient déjà causés.

Un sondage récent indique que deux tiers des allemands estiment Trump comme « plus dangereux » que le président Poutine, et le ministre des Affaires étrangères allemand déclarait lundi que son pays « ne peut plus totalement compter sur la Maison Blanche ». Les médias traditionnels dépeignent cette situation comme une destruction auto-infligée des relations transatlantiques américaines traditionnelles, et laissent à penser que Trump trahit les alliés les plus proches de l’Amérique, mais la situation est bien plus compliquée que ne le laisse apparaître ce type d’explication simpliste.

Donald Trump pose avec Angela Merkel, Jens Stoltenberg, Theresa May, pour une photographie de groupe, avant un dîner de travail au cours du sommet de l’OTAN des 11 et 12 juillet 2018

L’idéologie « L’Amérique d’abord » de Trump est totalement contradictoire avec l’idéologie mondialiste de l’élite eurolibérale, et le milliardaire devenu président ne veut plus laisser ses contribuables régler la plupart des coûts de l’OTAN, tandis que les Européens vont et viennent à leur gré sur ces sacrifices financiers. En outre, il n’acceptera plus non plus, en aucune manière, le déséquilibre des barrières douanières entre les USA et l’UE. Sa réponse à ce sujet a par ailleurs été manipulée par d’habiles tactiques de gestion de la perception, la faisant passer pour « une attaque spontanée contre le commerce libre et équitable », quant bien même en réalité le commerce n’a jamais été réellement ni libre ni équitable, et que là réside le problème depuis le départ. Les USA devaient, selon les plans, subvenir à l’« utopie de prospérité socialiste » de l’UE, à cause des considérations remontant à la guerre froide, et ce raisonnement dépassé avait malgré tout perduré à des fins de mondialisation unipolaire.

Les Américains ont commencé à ressentir de l’irritation à voir leur gouvernement redistribuer des ressources, depuis des dizaines d’années, aux européens et même à la Chine au travers d’accords commerciaux asymétriques. C’est à l’image de ce que les Russes au temps de l’Union soviétique pouvaient ressentir, à voir le même processus au bénéfice d’autres républiques de l’Union et plus loin en Europe de l’est, et même envers les alliés de Moscou dans le « Grand sud » en Afrique et en Asie. Ce processus d’extraction indéfinie de richesse des États-Unis n’est pas sans conséquences à long terme sur la sécurité nationale du pays, et c’est pour cela que Trump qualifie l’UE d’« ennemie » : il s’agit de la désignation la plus nette de la compétition économico-stratégique entre les deux « faux amis », n’en déplaise aux Européens de se voir finalement nommer ainsi par le président des USA en personne.

Cet article constitue une retranscription partielle de l’émission radio context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 20 juillet 2018

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/union-europeenne-ennemie-de-lamerique-depuis-la-fin-de-la-guerre-froide

 

 

 

 

 

Trump autorise les réfugiés syriens à rentrer sous la protection du président el-Assad

Trump autorise les réfugiés syriens à rentrer sous la protection du président el-Assad

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Suite aux sommets de l’Otan et d’Helsinki, la Russie et les Etats-Unis se sont accordés pour évacuer les personnels occidentaux de Syrie et rapatrier les réfugiés syriens.

Vladimir Poutine et Donald Trump sont convenus de considérer que les réfugiés syriens n’ont que très minoritairement fui la République arabe syrienne (moins de 50 000), mais massivement pour échapper aux combats et aux destructions (plus de 2 millions).

Il existe cependant une troisième catégorie : de nombreux habitants du Nord du pays se sont réfugiés en Turquie sur proposition turque. Alors que la chute du « régime » semblait inéluctable face à l’Otan, Ankara leur avait promis une prise en charge en Turquie s’ils souhaitaient s’y réfugier quelques mois. Les chefs d’État ont choisi d’ignorer ce mobile qui relève de la guerre conduite par l’Otan pour saigner le pays [1]

Les réfugiés sont principalement répartis dans les pays voisins (sauf en Israël) : en Égypte, en Iraq, en Jordanie, au Liban et en Turquie.

Des Commissions seront créées avec chaque pays pour régler les problèmes de rapatriement. Elles comprendront toutes des représentants de Moscou, de Washington et de Damas.

On précise bien pour le moment qu’il s’agit uniquement de rapatriement à titre humanitaire et que ces Commissions ne valent pas rétablissement des relations diplomatiques. Cependant la normalisation est en marche.

Dans un premier temps, 890 000 Syriens du Liban, 300 000 de Turquie, 150 000 de Jordanie et 100 000 d’Égypte et d’Iraq devraient être accueillis chez eux.

Observons que ce retour, s’il a lieu, contredira la totalité de la narration occidentale de la guerre contre la Syrie.

[1] « La fausse « crise des réfugiés » », « Comment l’Union européenne manipule les réfugiés syriens », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 7 septembre 2015 et 2 mai 2016.

 

L’OTAN vendra US ou ne sera plus

L’OTAN vendra US ou ne sera plus

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L’OTAN vendra US ou ne sera plus

Dans son texte du 15 juillet 2018 sur Strategic-Culture.org, Alex Gorka met l’accent sur le point 31 du communiquédes pays de l’OTAN à la suite du sommet des 11-12 juillet. Ce point porte précisément sur l’armement des pays de l’OTAN et se termine par une référence directe aux matériels russes que possèdent certains pays de l’OTAN, soit parce qu’il s’agit d’anciens pays du Pacte de Varsovie, soit parce qu’ils ont acheté du matériel russe pour une raison ou l’autre. Voici le point 31 du communiqué et, tout au bout, comme par inadvertance si l’on veut, le passage qui nous intéresse (souligné par l’emploi du caractère gras par nous, également par inadvertance).

« Notre aptitude à relever les défis d’un environnement de sécurité en évolution repose sur un éventail de capacités robustes, sophistiquées et évolutives dans tous les milieux. Il s’agit notamment de forces et de capacités déployables, soutenables et interopérables, plus lourdes, davantage dans le haut du spectre et pleinement soutenues, qui sont maintenues à un niveau de préparation élevé pour exécuter toute la gamme des tâches et des missions de l’Alliance. Nous assurerons la disponibilité de ces forces et de ces capacités en répondant pleinement et rapidement aux besoins recensés par l’OTAN. En mettant à disposition ces capacités, nous prenons un engagement pour la coopération au sein de l’Alliance et au niveau multinational afin de répondre à nos besoins communs, pour la nécessaire augmentation des dépenses de défense, notamment dans le domaine de la recherche et du développement, pour une efficacité maximale dans l’utilisation des ressources, pour un accroissement de l’interopérabilité, et pour le traitement, comme il convient, de la question des dépendances qui existent à l’égard des anciens équipements militaires d’origine russe, par des initiatives nationales et une coopération multinationale. Nous continuerons de favoriser l’innovation afin de préserver notre avance technologique. »

Il est évident que c’est essentiellement la partie US qui a insisté sur l’inclusion de telles précisions. Elles concernent un assez grand nombre de matériels essentiellement terrestres mais aussi aériens, pour la plupart venant d’anciens pays de l’alliance communiste (Pacte de Varsovie) qui ont intégré l’OTAN. Il y a eu aussi l’acquisition de matériels russes par un petit nombre de pays, le plus remarquable étant celui de missiles sol-air S-300 de première génération par la Grèce dans les années 1990.

(La phrase de conclusion « Nous continuerons de favoriser l’innovation afin de préserver notre avance technologique » signifie que seuls les idiots de naissance peuvent croire qu’ils trouveront cette “avance technologique” chez les Russes…)

Dans son texte, Alex Gorka donne le détail de tous ces matériels russes en insistant sur le fait que ces matériels doivent être entretenus et que seuls les Russes peuvent le faire, et qu’ils le font à des prix très avantageux. Cela constitue d’une part un fait qui maintient des relations entre ces pays de l’OTAN qui ont du russe et la Russie, d’autre part un argument pour certains pays de l’OTAN pour envisager l’achat de matériels russes. Le contexte général y est très favorable : les capacités exceptionnelles des armements russes, leur modernisation constante, leur avancement technologique ne cessent d’être mises en évidence ces dernières années, tandis que leurs coûts sont bien connus pour être extrêmement modiques par rapport à ceux des fournisseurs habituels et obligés de l’OTAN, les USA bien entendu.

Mais il y a par-dessus tout, comme symbole autant que comme crise de fourniture de matériels, l’affaire du S-400 et la position officielle prise par les USA essentiellement à l’occasion de l’exportation de ce système, instituant des sanctions contre les pays acheteurs (bien entendu, ces mesures pouvant être prises désormais contre toute autre exportation de systèmes d’armement russes) : la loi CAATSA (pour Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act). Cette initiative n’est pas particulièrement populaire, comme on l’a vu hier à propos de l’Inde.

Mais l’Inde ne fait pas partie de l’OTAN, tandis que la Turquie en fait partie, et qu’elle entend bien acheter des S-400, avec un contrat déjà finalisé et sur le point d’entrer en application. Gorka note à ce propos :

« Ankara a signé un contrat d’achat de missiles sol-air S-400 malgré le fait que toute coopération militaire soit entravée par des sanctions antirusses. De nouvelles mesures punitives américaines contre la Russie ont été promulguées pour exposer d’autres pays à des sanctions pour avoir fait affaire avec son industrie de la défense et les ont exhortés à se défaire des armes russes.

» La Turquie refuse une telle approche. Cela signifie que, pour eux, la déclaration dit une chose mais que la pratique est différente. La Turquie agit comme elle fait parce qu’elle veut le meilleur équipement. Cela peut être contagieux. D’autres voudront le meilleur pour leur argent. Comme on peut le voir, les échappatoires ont déjà été trouvées. Quoi qu’il en soit, rien ne peut changer le fait que la Russie est le leader mondialdans la production des meilleures armes et la tentation de coopérer avec lui peut s’avérer trop forte pour être stoppée par des pressions politiques. »

Bien entendu, l’affaire Turquie-S400 est aggravée, – considérablement pour les USA, – par le fait que ce pays a acheté aussi des F-35, la merveille des merveilles de l’arsenal US bardée de secrets de fonctionnement et d’opérationnalité, à un point tel que nul ne sait exactement de quoi cet appareil est capable, s’il est capable effectivement d’effectuer ses missions, s’il est effectivement opérationnel, – bref, s’il existe bel et bien… On sait qu’il y a déjà une querelle entre la Turquie et le Congrès à propos de l’achat des S-400, le Congrès voulant en représailles interdire la livraison des F-35 à la Turquie (bien que deux aient déjà été livrés aux Turcs, mais qu’ils restent consignés aux USA au moins pendant deux ans, pour “essais” divers et parce qu’on y mange mieux…).

Il y a un autre aspect à cette querelle, lequel est si extrêmement technique qu’on a peine à s’y retrouver, – et à notre avis, la même chose pour les techniciens US eux-mêmes, qui en sont à chercher à comprendre comment le F-35 fonctionne exactement, et s’il fonctionne d’ailleurs… La présence proche, la proximité de S-400 et de F-35 (en Turquie) pourraient en effet conduire à un “espionnage” impuni du F-35 par le S-400, selon les explications extrêmement bureaucratiques et hermétiques, sinon “magiques” qui nous sont données ; qu’est-ce que c’est que la proximité ? De quoi parle-t-on ? De kilomètres, d’ondes mystérieuses, d’envoûtement peut-être

Reuters, le 15 juillet 2018 : « Le général Tod Wolters, commandant en chef des forces alliées de l’OTAN, a déclaré à Reuters que le problème était préoccupant, mais il travaillait pour maintenir des liens militaires solides avec[la Turquie]. “Tout ce qu’un S-400 peut faire lui permet de mieux comprendre une capacité comme le F-35 n’est certainement pas à l’avantage de la coalition”, a déclaré Wolters, qui était en Grande-Bretagne pour une conférence des chefsde l’air à Londres et le Royal International Air Tattoo à RAF Fairford.

» Les responsables américains et de l’OTAN veulent empêcher le système de défense construit en Russie d’accumuler des informations sur les chasseurs à réaction Lockheed Martin F-35 au moment même où [les F-35] prennent pied en Europe. Wolters a déclaré que l’OTAN s’inquiétait de savoir “combien, pendant combien de temps et à quelle distance” les F-35 seraient exploités à proximité des systèmes S-400. “Tous ces facteurs devraient être déterminés. Nous savons pour le moment que c’est un défi.”

» Wolters a dit que[la proximité des deux systèmes] donnerait au système construit en Russie des données sur les tactiques opérationnelles et les procédures[du F-35] qui pourraient être transférées à d’autres utilisateurs. L’utilisation d’un F-35 permettrait également au système S-400 de glaner des informations clés sur la portée de la détection et d’autres caractéristiques de l’aéronef, ce qui pourrait compromettre tout élément de surprise. »

Un autre intervenant à la conférence à laquelle participait Wolters, est beaucoup, beaucoup plus abrupt ; il s’agit du général à la retraite David Deptula, qui participa à la planification de la première guerre du Golfe et qui est depuis devenu conseiller chez Lockheed Martin, cela comme couverture chez le principal contractant de l’USAF tout en restant un des principaux théoriciens tactiques de l’USAF, exerçant une considérable influence dans ces milieux. N’occupant pas de position officielle, Deptula n’a pas à prendre de gants avec la Turquie, contrairement à Wolters, et il n’en prend donc pas : la Turquie doit choisir, c’est-à-dire l’OTAN ou la Russie, c’est-à-dire le F-35 ou le S-400…

« “Les Turcs doivent faire un choix. Ils vont soit faire partie de l’OTAN, soit entrer dans le camp russe en termes de défense”, a déclaré David Deptula, un général retraité de l’armée de l’air et consultant industriel. Il a ajouté que l’OTAN n’intégrerait jamais un système S-400 dans son système intégré de défense antiaérienne, car cela donnerait au système construit en Russie des données sur les tactiques opérationnelles et les procédures qui pourraient être transférées à d’autres utilisateurs. L’utilisation d’un F-35 à proximité permettrait également au système S-400 de glaner des informations clés sur la portée de la détection et d’autres caractéristiques de l’aéronef, ce qui pourrait compromettre tout élément de surprise. »

D’une façon générale, les arguments donnés pour “séparer” le F-35 du S-400 sont extrêmement aléatoires, fumeux, sinon complètement incompréhensibles. Il s’agit d’arguments de circonstances, à propos d’un système (le F-35) que personne aux USA, ni dans l’USAF, n’est capable de contrôler, ni même capable de le comprendre en termes technologiques et opérationnels. Un peu comme l’on disait d’un dictateur sud-américain pro-US dans les années 1950 “C’est un salopard mais c’est notre salopard”, ces gens nous disent du F-35 “c’est un monstre incompréhensible mais c’est notre monstre incompréhensible” ; donc, pas question que quiconque s’en approche, y compris et surtout ceux qui l’ont acheté. On nage dans une sorte de considérable ésotérisme technologique, car c’est bien là où nous den sommes avec le F-35/JSF.

A  notre estime, le Pentagone n’acceptera jamais une “cohabitation” F-35/S-400, selon des arguments à la fois incompréhensiblement technologiquement et opérationnellement magiques. Il ne fait aucun doute, en plus du seul cas turc, que tous les F-35 livrés seront sous le plus ferme contrôle US possible (sauf peut-être ceux d’Israël, qui ne seront pas très nombreux et serviront surtout comme vitrine de communication, pour faire croire que cet avion est effectivement “magique” au point de vue opérationnel, en inventant régulièrement des missions secrètes et invisibles, comme le fer à repasser lui-même). Revenant au point 31 du communiqué du sommet de l’OTAN, il faut donc y voir l’affirmation que l’OTAN doit devenir une sorte de point de vente central, exclusivement de matériel US à tous ses membres. L’intention affiché du Pentagone, avec le soutien à 100% de Trump, est de “se payer sur la bête”, c’est-à-dire de bloquer tout matériel qui ne soit pas US, – russe bien entendu, mais certainement et très rapidement, les autres aussi.

Bien évidemment, ce projet, qui renvoie aux habituelles caractéristiques de la psychologie US impliquant l’exceptionnalité en toutes choses des USA, et notamment dans la matière de la technologie, n’a aucune chance d’aboutir. Au contraire, il constituera un des facteurs majeurs de la désintégration de l’OTAN, les USA évoluant jusqu’à faire de l’adoption de leurs matériels une condition sine qua non d’appartenance à l’Alliance, avec toutes les conséquences qu’on peut se plaire à imaginer, dans l’un ou l’autre sens (qui partira le premier ?).

 

Mis en ligne le 16 juillet 2018 à 14H57

http://www.dedefensa.org/article/lotan-vendra-us-ou-ne-sera-plus

 

Trump et la bureaucratie de l’Otan

Trump et la bureaucratie de l’Otan

Contrairement à la pensée dominante, le sommet de l’Otan n’a pas opposé les États-Unis aux autres membres de l’Alliance, mais le président Trump à la haute administration intergouvernementale. Pour Thierry Meyssan, le problème n’est pas de savoir si l’on apprécie ou pas la personnalité du locataire de la Maison-Blanche, mais si on le soutient parce qu’il est élu par son peuple ou si on lui préfère les bureaucrates du système.

| Damas (Syrie)

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Convoqué à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis à Bruxelles par le président Trump, le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, a été sermonné en public pour son incapacité à maintenir la cohérence politique de l’Alliance.

Depuis le 20 janvier 2017, l’arrivée à la Maison-Blanche d’un partisan du capitalisme productif bouleverse l’ordre international au détriment des partisans du capitalisme financier. L’impérialisme, qui était jusque-là aveuglément défendu par les présidents des États-Unis au point qu’on l’identifiait avec la politique extérieure US, s’appuie désormais sur des bureaucraties, au premier rang desquelles figurent les administrations de l’Otan et de l’UE.

Donald Trump, agissant comme il l’avait annoncé durant sa campagne électorale, est un élu très prévisible. Cependant sa capacité à changer le système est, elle, tout à fait imprévisible. Il n’a pour le moment ni été assassiné comme John Kennedy, ni contraint à la démission comme Richard Nixon [1], et poursuit sa route, faisant deux pas en avant, un en arrière.

Les Occidentaux l’ont oublié, mais, en République, l’unique rôle des élus est de contrôler les administrations des États qu’ils gouvernent. Cependant, progressivement une « pensée unique » s’est imposée à tous, transformant les élus en hauts fonctionnaires et les États en dictatures administratives. Le conflit entre le président Trump et les hauts fonctionnaires de ses prédécesseurs est donc une simple tentative de retour à la normale. C’est aussi un conflit titanesque comparable à celui qui opposa les deux gouvernements français durant la Seconde Guerre mondiale [2].

Échaudée par le sommet de l’Otan du 25 mai 2017, au cours duquel Donald Trump imposa d’ajouter la lutte contre le terrorisme aux objectifs de l’Alliance, et par celui du G7 des 8 et 9 juin 2018, où Donald Trump refusa de signer la Déclaration finale, l’administration de l’Otan tenta de préserver les objectifs de l’impérialisme.
- Premièrement, elle signa une Déclaration conjointe avec ses homologues de l’Union européenne, la veille du sommet [3]. De la sorte, elle s’assurait du lien de subordination de l’UE à l’Otan institué par l’article 42 du Traité de Maastricht. Cette Déclaration fut signée par le président du Conseil européen, Donald Tusk, et par celui de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Le Polonais Tusk est issu d’une famille qui travaillait secrètement pour l’Otan durant la Guerre froide, tandis que le Luxembourgeois Juncker est l’ancien responsable des services secrets de l’Alliance dans son pays (Gladio) [4]. Les hauts fonctionnaires européens se savent menacés depuis que l’ancien conseiller spécial de Donald Trump, Steve Bannon, est venu en Italie soutenir la création d’un gouvernement anti-système dans le but affiché de dynamiter l’Union européenne.
- Deuxièmement, l’administration de l’Otan fit signer le brouillon de Déclaration commune au début du sommet et non pas à sa fin [5]. Il n’y eut donc pas de discussion de la doctrine anti-russe de l’Alliance.

Conscient du piège qui lui était tendu, le président Trump décida de prendre ses fonctionnaires de court. Alors que tous les participants s’attendaient à une polémique sur la faible contribution financière des Alliés à l’effort de guerre commun, Donald Trump mit en cause le fondement de l’Alliance : la protection face à la Russie.

Convoquant à la résidence de l’ambassadeur US le secrétaire général de l’Alliance, Jens Stoltenberg, en présence de la presse, il observa que l’Allemagne alimente son économie avec du gaz de son « ami » russe tout en demandant à être protégée de son « ennemi » russe. En pointant cette contradiction, il reléguait au second plan la question du financement, qu’il n’abandonnait pas pour autant. Surtout, une semaine avant sa rencontre avec le président Vladimir Poutine, il rendait sans objet le long réquisitoire contre la Russie contenu dans la Déclaration d’ouverture du sommet.

Contrairement aux commentaires de presse, cette remarque du président Trump était moins destinée à l’Allemagne qu’à Stoltenberg lui-même. Elle souligne l’incurie de ce haut fonctionnaire qui administre l’Otan sans s’interroger sur la raison d’être de l’Alliance.

L’affrontement entre la Maison-Blanche et Bruxelles [6] se poursuit.

D’un côté, l’Otan vient d’avaliser la création de deux centres de commandement conjoint (à Ulm en Allemagne et Norfolk aux USA)… et l’augmentation de son personnel de 10 %. Tandis que l’Union européenne vient de créer la « Coopération structurée permanente » (un programme capacitaire doté de 6,5 milliards d’euros) et que la France lui adjoint l’« Initiative européenne d’intervention » (un programme opérationnel). Contrairement aux discours sur l’indépendance européenne, ces deux structures sont soumises au Traité de Maastricht et sont donc au service de l’Otan. Elles ajoutent à la complexité de la bureaucratie européenne pour la plus grande satisfaction de ses hauts fonctionnaires.

D’un autre côté, le président Trump a discrètement entamé des discussions avec son homologue russe en vue de retirer les troupes de la Russie et de l’Otan de leur ligne de front.

[1] Richard Nixon a certes été contraint à la démission en raison de sa responsabilité dans l’affaire du Watergate. Mais celle-ci n’a existé que par la volonté du délateur « Gorge profonde », en l’occurrence Mark Felt, un des assistants de J. Edgar Hoover.

[2] À la faveur de la Guerre mondiale et de la défaite, l’Assemblée nationale, réunie dans la station thermale de Vichy le 10 juillet 1940, proclame « l’État français », abrogeant de facto la République. Ce changement de régime était soutenu depuis longtemps par des groupes et partis anti-parlementaires. Dès lors, la France fut représentée par deux gouvernements concurrents : celui légitime de la République en exil à Londres et celui légal de l’État à Vichy. En août 1944, le gouvernement de la République est réinstallé par de Gaulle à Paris, tandis que celui de l’État se poursuit en Allemagne, à Sigmaringen, jusqu’en avril 1945.
La confusion entre la République française et l’État français est aujourd’hui courante au point que l’on utilise indistinctement pour désigner le président de la République le rang protocolaire de « chef d’État » et le titre de « chef de l’État ».

[3] « Déclaration conjointe sur la coopération entre l’UE et l’OTAN », Réseau Voltaire, 10 juillet 2018.

[4] « La guerre secrète au Luxembourg », par Daniele Ganser ; « Luxembourg : Jean-Claude Juncker refuse de démissionner pour le Gladio » ; « Gladio-Luxembourg : Juncker contraint de démissionner », Réseau Voltaire, 4 et 10 juillet 2013.

[5] « Déclaration d’ouverture du sommet de l’Otan », Réseau Voltaire, 11 juillet 2018.

[6] Bruxelles est à la fois le siège de l’Otan et celui de l’UE.

http://www.voltairenet.org/article202000.html