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OTAN et Europe : Caroline Galactéros sur Radio Courtoisie

OTAN et Europe : Caroline Galactéros sur Radio Courtoisie

Posted on  14 novembre 2019 by  admin

Caroline Galactéros était l’invitée du Grand Entretien de la Matinale du 14 novembre 2019 de Radio Courtoisie.

Retrouvez son intervention en intégralité sur ce lien : https://www.radiocourtoisie.fr/2019/11/14/matinale-du-14-novembre-2019/

Pays membres de l’OTAN en 2019
https://www.radiocourtoisie.fr/2019/11/14/matinale-du-14-novembre-2019/

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Emmanuel Macron souhaite-t-il enterrer l’OTAN ?

Emmanuel Macron souhaite-t-il enterrer l’OTAN ?

Interview8 novembre 2019Le point de vue de Jean-Pierre Maulny

Les déclarations d’Emmanuel Macron, qui a décrit l’OTAN comme étant en état de mort cérébrale, ont interpellé, mais aussi fait resurgir la question du rôle et de la nécessité de l’OTAN. Quelle place donner à l’OTAN dans la dynamique européenne ? Le point de vue de Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS.

Emmanuel Macron a déclaré à The Economist que l’OTAN était en état de mort cérébral : veut-il enterrer l’OTAN ?

Les propos d’Emmanuel Macron ont en effet été très forts. Il a en tous cas le (grand) mérite de placer la question politique au centre du débat et de ne pas s’enfermer dans des questions techniques qui finissent par nous faire perdre le sens de l’histoire.

Or quel est le sens de l’histoire ? Le monde est progressivement en train d’être géré par un duopole composé des États-Unis et de la Chine, et dont l’Europe est totalement absente. Normalement l’OTAN doit permettre un dialogue transatlantique sur les questions de sécurité : cette organisation doit faire le lien entre l’Europe et les États-Unis. C’est ainsi que l’OTAN se présente elle-même comme une organisation politique. Or que se passe-t-il actuellement ? Les États-Unis prennent des décisions unilatérales : ce fut le retrait de l’accord sur le nucléaire iranien l’année dernière puis l’annonce du retrait des troupes américaines de Syrie suivi d’un accord avec les Turques pour créer une zone de sécurité au nord de la Syrie. Toutes ces mesures sont prises d’une part au détriment des intérêts de sécurité des Européens et d’autre part sans que ces derniers aient été consultés par leur allié américain. L’OTAN n’est pas que l’article 5, la clause d’assistance mutuelle, c’est aussi l’article 4 qui prévoit que « Les parties se consulteront chaque fois que, de l’avis de l’une d’elles, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique ou la sécurité de l’une des parties sera menacée. ». Or que voyons-nous dans les faits ? Les États-Unis ne consultent pas leurs alliés quand ils prennent une décision qui peut affecter la sécurité de ceux-ci et l’OTAN ne joue pas son rôle car elle ne prend pas l’initiative de rappeler à Washington son devoir sur ce sujet. Or, dans le cas de l’intervention turque en Syrie, le risque est important pour la France de voir des combattants de Daech être libérés et menacer son territoire. Parallèlement le président américain ne cesse de répéter que les Européens ne paient pas pour leur défense, ce qui est faux. Tous les pays européens augmentent leur budget de défense depuis 3 ans, et laissent en conséquence planer des doutes sur la solidarité américaine en cas d’attaque d’un des pays européens de l’OTAN. D’où la réponse du président français à la question portant sur le caractère pérenne de la clause d’assistance mutuelle de l’article 5 du traité de l’Atlantique Nord : « Je ne sais pas ».

On voit donc que la question n’est pas principalement celle de l’OTAN mais celle de la relation entre l’Europe et les États-Unis. Et le message du Président français est clair : face à cette situation, l’Europe doit prendre en main son destin dans le domaine de la sécurité car sinon nos pays ne seront pas protégés et l’Union européenne ne pèsera d’aucun poids sur la scène internationale. Il faut rappeler aux citoyens qu’il n’y a pas d’armée de l’OTAN, il n’y a que des armées nationales qui peuvent agir dans le cadre de l’OTAN ou dans tout autre cadre d’ailleurs. Donc l’OTAN sans les capacités militaires des États-Unis n’est plus l’OTAN, c’est l’Union européenne ou peu s’en faut.

Enfin, ce « rappel à l’ordre » du Président français a lieu un mois avant un sommet de l’OTAN à Londres où les Américains se feront fort de demander des concessions aux Européens sur divers sujets (révision des contributions au budget de l’OTAN, ouverture du Fonds européen de défense aux entreprises américaines) sans qu’à aucun moment personne ne songe à rappeler les États-Unis à leurs devoirs en tant qu’allié au sein de l’OTAN.

OTAN, défense européenne, architecture de sécurité européenne : comment s’articule tout cela ?

Il faut faire attention à ne pas confondre toutes les structures et tous les concepts. L’OTAN et l’Union européenne sont compétentes en matière de défense. Les deux institutions ont une clause d’assistance mutuelle mais l’OTAN a normalement la primauté en matière de sécurité collective. Reste que les capacités militaires sont nationales et qu’on peut aujourd’hui avoir un doute sur la garantie de sécurité des Américains. De ce fait, le discours de Macron a pour objectif de transmettre le message suivant : développons nos capacités militaires au sein de l’Union européenne, en s’appuyant sur des initiatives que sont la coopération structurée permanente et le Fonds européen de défense, car les Européens doivent mieux prendre en compte leur sécurité, les Américains le demandent, et que nous ne pouvons pas compter éternellement sur l’aide de Washington. Mais développer les capacités militaires européennes dans le cadre de l’Union européenne ne veut pas dire mettre en cause l’OTAN, puisque de toute façon ce sont les armées des pays membres de l’Union européenne qui seront renforcées et qui pourront servir soit dans le cadre de l’Union européenne soit de l’OTAN.

Quant à l’architecture de sécurité européenne, auquel le président Macron fait référence dans son entretien à The Economist, on ne peut l’opposer à l’OTAN. C’est un concept qui avait été développé après la fin de la guerre froide par François Mitterrand et qui consistait à nouer un dialogue permanent de sécurité avec la Russie sur la sécurité européenne. 30 ans après la chute du mur de Berlin, Emmanuel Macron remet cette proposition au goût du jour, jugeant qu’on ne peut rester dans cette situation de tension permanente avec la Russie. Cela ne veut en aucun cas dire que l’on cède à toutes les demandes de la Russie, mais simplement que l’on met tout en œuvre pour créer une structure de dialogue de sécurité paneuropéen. Et naturellement cette architecture de sécurité européenne ne sera pas une alliance militaire et ne suppose pas la disparition de l’OTAN, cela se situe sur un autre plan.

Nos partenaires européens vont-ils suivre Emmanuel Macron ?

C’est certainement le défi le plus ardu à relever pour Emmanuel Macron. Il est certain que les pays européens au Nord et à l’Est de l’Union européenne sont très inquiets de la résurgence de la menace russe et ont une attitude qui consiste à dire « ne fâchons pas Mr Trump, sinon il cessera de nous défendre face à la Russie ». Or il est nécessaire de faire comprendre à ces pays que le désengagement des États-Unis de la sécurité de l’Europe n’est pas lié au président Trump. C’est une tendance de long terme qui a commencé avec le président Obama et qui se poursuivra après novembre 2020, quel que soit le président élu aux États-Unis à la fin de l’année prochaine. Donc « penser européen » en matière de sécurité ce n’est pas vouloir écarter les Américains. C’est simplement nous montrer responsables vis-à-vis de nos citoyens pour leur dire : nous allons vous protéger. Pour la France, cela implique parallèlement de ne pas négliger le ressenti de ces pays vis-à-vis de la menace russe, sinon nous ne serons pas crédibles, surtout si nous voulons nouer parallèlement un dialogue de sécurité avec la Russie pour bâtir une architecture de sécurité européenne. Cela suppose également que les Russes fassent des gestes sur le dossier ukrainien car ils ont intérêt à ce que nous puissions bâtir cette architecture de sécurité européenne. Cela suppose enfin que la France arrive à convaincre qu’elle agit au profit de tous les pays de l’Union européenne et non à son seul profit. On comprend donc que les conditions à remplir pour obtenir un succès sont nombreuses et parfois contradictoires. La marge de manœuvre est limitée mais elle existe. Il faut donc que le président Macron, après avoir présenté le « film » de son entretien à The Economist produise désormais le « making-of » pour faire comprendre aux partenaires européens qu’il ne joue pas contre eux mais pour eux.

https://www.iris-france.org/141734-emmanuel-macron-souhaite-t-il-enterrer-lotan%e2%80%89/

Mort de l’OTAN ? Blaguons un peu avec Macron

Mort de l’OTAN ? Blaguons un peu avec Macron

Bloc-Notes

   jeudi 07 novembre 2019

   Forum

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Mort de l’OTAN ? Blaguons un peu avec Macron

Décidément, le jeune Emmanuel M. reste, malgré ses multiples avatars, ses casseroles idéologiques et ses conceptions politico-économiques stupides, une boîte à surprise. Ainsi pouvait-on en juger (“boîte à surprise”) lors de son intervention du 27 août où, après des recherches minutieuses, des commentateurs hors-Système et même antiSystème découvrirent des pépites que les grrrrrrands professionnels de la grrrrrrande presseSystème du bloc-BAO avaient ratées. (Si l’on parlait d’un film on dirait que la presseSystème montra dans ce cas une attitude qu’on nommerait “une connerie chorale” en jugeant qu’on se trouve là devant l’archétype de la chose.) Il s’agit bien sûr de cette déclaration selon laquelle il est notamment question de la fin de l’hégémonie occidentale, dont on mit du temps à comprendre l’importance :

« …Bref, et comme disait l’avisé Macron : « Nous sommes sans doute en train de vivre la fin de l’hégémonie occidentale sur le monde. » (Le temps de traduire ce texte du discours macronien, d’une forme infâme cachant les pépites reposant sur le fond, nos amis anglophones de la communication antiSystème commencent à réaliser le caractère historique de la chose : iciiciici, etc.) »

Cette fois, Macron nous dit, via The Economist qui est certainement l’une de ses lectures de chevet, que l’OTAN est cliniquement kaput, ou dit autrement « en état de mort cérébrale ». C’est dans une interview du célèbre hebdo qui défend depuis bien plus d’un siècle l’Anglosphère, le libre-échange et le néo-ultralibéralisme, le suprémacisme anglo-saxon même déguisé en Jokey progressiste-sociétal, – et, par conséquent, l’OTAN elle-même.

Dans le viseur de Macron, outre l’OTAN kaput mais qu’on pourrait ressusciter si certains voulaient bien changer d’attitude, et notamment accepter de devenir le serviteur fidèle d’une “vraie défense européenne”, les USA de Trump avec des pincettes, et la Turquie d’Erdogan avec une artillerie extrêmement lourde.

Lisons le compte-rendu qu’en fait RT-France, qui vaut bien largement toutes les salades congelées que vont nous servir Le MondeLibé et Jacques Attali (qui est cité justement, au moment où il nous régale de sa petite vesse mensuelle) :

« “Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN” : le jugement, particulièrement sévère, est celui du président de la République française. Dans un entretien accordé au magazine ‘The Economist’, Emmanuel Macron a expliqué ce constat par le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés de l’alliance atlantique et le comportement de la Turquie, également membre de l’organisation militaire.
» Le chef d’État ne souhaite pas pour autant la fin de l’OTAN, appelant au contraire à “clarifier maintenant quelles sont [ses]finalités stratégique ”. En même temps, le président français a plaidé à nouveau pour “muscler” l’Europe de la Défense – une idée pourtant  peu appréciée par l’alliée américain au sein de l’OTAN.
» La décision de la Turquie de lancer en octobre une offensive militaire contre la milice kurde des Unités kurdes de protection du peuple (YPG), qu’elle considère comme terroriste, a mis mal à l’aise ses partenaires de l’OTAN – les États-Unis et la France, entre autres, condamnant de leur côté fermement cette intervention.
» L’OTAN est apparu à cette occasion divisée sur une question d’ordre stratégique, au point que des commentateurs ont ni plus ni moins annoncé la “mort” de l’organisation militaire. “L’OTAN est mort[e]puisqu’une puissance de l’OTAN [la Turquie]a décidé de se battre, totalement librement, en achetant d’ailleurs des armes russes sans l’accord des autres membres”, avait par exemple jugé le mois dernier l’économiste Jacques Attali sur France Info. »

Outre la “mort cérébrale” de l’OTAN, qu’il est nécessaire rapidement de mettre aux soins intensifs pour la faire revenir dans ce bas-monde, Macron parle de la « “fragilité extraordinaire de l’Europe” qui “disparaîtra” selon lui, si elle ne “se pense pas comme puissance dans ce monde”. » Et de revenir bien entendu sur l’idée d’“armée européenne” qu’il est vital sous peine de mort de développer, mais selon une perspective si ambitieuse qu’on finirait par croire que l’OTAN, même ranimée et regonflée aux stéroïdes, ne serait que la supplétive de l’Europe super-ranimée (elle aussi). Le texte qui fait rapport de l’interview rappelle qu’en novembre 2018,  « Donald Trump avait exprimé  son indignation face à la proposition d’Emmanuel Macron de créer une “vraie armée européenne” pour “protéger[l’Europe] de la Chine, de la Russie et même des États-Unis d’Amérique” ».

Cela nous ramène à l’OTAN et, sur cette question des USA ainsi mentionnée, Macron fait quelques remarques nullement dénuées de sens sur ce qu’il perçoit des conceptions de Trump, terminant sur un clin d’œil vers la Russie, – selon l’arrangement du texte de RT-France qui est loin d’être de simple opportunité, – qui ferait croire qu’après tout il (Macron) préférerait peut-être bien la Russie aux USA comme partenaire stratégique : 

« Dans son entretien à ‘The Economist’, Emmanuel Macron estime que le président américain et la France ne partagent pas la même philosophie de l’alliance atlantique. “Le président Trump, j’ai beaucoup de respect pour cela, pose la question de l’OTAN comme un projet commercial. Selon lui c’est un projet où les États-Unis assurent une forme d’ombrelle géopolitique, mais en contrepartie, il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. La France n’a pas signé pour ça”, a-t-il déclaré.
» Enfin, le président français juge que l’affirmation de la puissance européenne passera par la réouverture d’“un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie”. Une position affichée de longue date par le président français. »

Pour cette fois, ne dissimulons pas notre sérieux : l’humeur exécrable de Macron contre l’OTAN ne rencontre pas une opposition sourde et puissante de la part de l’“État-profond”à la française, comme c’est le cas pour sa volonté de rapprochement de la Russie. L’hostilité française à la Turquie, et indirectement à l’OTAN qui a plutôt et aussitôt soutenu la position turque dans l’affaire syrienne (la pseudo-“invasion” turque de la Syrie), est très répandue et extrêmement radicale dans les milieux et les bureaucraties diplomatiques et de la sécurité français, à Evere comme à Paris. Lorsqu’on remarque devant un haut-fonctionnaire français du domaine que cette hostilité à la Turquie implique, chose gravissime, le souhait du départ ou de l’expulsion de ce pays de l’Alliance, certains peuvent entendre comme réponse : « Qu’est-ce qui est plus grave, une OTAN sans la Turquie ou une OTAN sans la France ? ».

Cela ferait penser qu’il y a dans des esprits très échauffés l’idée d’un “c’est eux ou c’est nous”, avec comme conclusion d’une telle situation de confrontation qu’il y aurait de toutes les façons une crise gravissime et inévitable de l’OTAN. C’est bien entendu le sentiment de l’Attali cité, qui conclut déjà, et d’ailleurs pas faussement, que “l’OTAN est mort[e]”. Son allusion aux armes russes de la Turquie, – les S-400 et peut-être des Su-35 demain, – est par contre un peu déplacée et montre que cet esprit un peu trop embrumé suit mal le raisonnement puisqu’il transforme un argument anti-Trump de Macron (« l’OTAN comme un projet commercial […] il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. ») en un argument anti-Turquie. (Il y a déjà eu des cas du genre, comme les S-300 russes achetés par la Grèce, qui n’ont pas provoqué de crise.)

Finalement, l’humeur antiturque des français est assez peu compréhensible par rapport à l’énormité du sujet qu’elle déplace et des questions qu’elle pose. Elle est d’une intensité peu ordinaire par comparaison au sujet officiel-officieux qui la justifie (attaque des Turcs en Syrie, – Dieu sait si ce n’est pas la première, – défense des Kurdes “lâchement abandonnés” par la soldatesque US, laquelle continue à faire des ronds dans les sables syriens, ici ou là, avec l’odeur du pétrole et les batailles internes des différents centres de pouvoir de “D.C.-la-folle” en sus) ; quant au diagnostic sur “la mort cérébrale de l’OTAN”, on dira qu’il est valable depuis pas loin de tout juste vingt ans, après tout et après la chute du Mur… Aussi y a-t-il peut-être quelque chose de plus profond chez les Français, dont eux-mêmes ne se rendent peut-être pas compte, qui fait qu’on découvre parfois que le roi est nu simplement parce qu’on ouvre les yeux par inadvertance, – car nu, il l’est depuis longtemps. (Autrement dit : cela fait bien longtemps que « l’OTAN [est] un projet commercial […] il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain » ; simplement, –ô surprise, o tempora, o mores, – Trump est plus sincère que ses prédécesseurs, il appelle un chat un chat…)

Dans tous les cas, si Macron poursuit sur ce terrain, une chose est assurée : il doit vite concrétiser son rapprochement avec la Russie, car il trouvera des USA déterminés et impitoyables de quelque que ce soit, et l’Europe en pleine accélération de désintégration. Il ne faut pas non plus se tromper en imaginant qu’une défaite ou une destitution de Trump, c’est-à-dire dans tous les cas une victoire d’un démocrate, ouvrirait de nouvelles perspectives de “coopération” avec les USA (“coopération, kèsako ?” interrogent les USA). Les perspectives devraient être pires, puisque s’ouvrant sans doute sur la perspective d’un conflit avec la Russie, la victoirte démocrate signifiant celle du DeepState.

Sur cette question, le texte de ce jour sur Strategic-Culture.org de Philip Giraldi, excellent commentateur généralement excellemment informé, est du plus haut intérêt. Giraldi s’intéresse au témoignage du colonel Vindman qui vient d’(avoir lieu à la Chambre des Représentants, dans l’instruction de la mise en accusation pour la destitution du président Trump. Vindman est un Ukrainien naturalisé Américain, qui s’occupe présentement du dossier-Ukraine au Conseil National de Sécurité (NSC). Son témoignage est intéressant parce qu’il est complètement indifférent à la polémique de savoir si Trump a demandé au président ukrainien d’impliquer les Biden dans l’affaire de corruption qui les met dans un mauvais cas, parce qu’il ne s’intéresse qu’au blocage de l’aide militaire pour l’Ukraine brandie par les démocrates comme argument prouvant dans ce cas la tentative de corruption du président ukrainien par Trump. Pour Vindman, cela signifie surtout qu’on n’arme pas les Ukrainiens contre les Russes. Giraldi juge que Vindman parle pour le DeepState et que le but du DeepState est non seulement l’armement de l’Ukraine, mais l’entrée de l’Ukraine (et de la Géorgie) dans l’OTAN… Voilà le véritable enjeu de l’Ukraingate parce que les démocrates sont à 200% otages du DeepState.

« Le colonel Vindman, qui dépendait de la détestable et hyper-antirusse Fiona Hill, laquelle dépendait du fou de guerre John Bolton, a été au cœur au milieu de tous les plans pour faire tomber la Russie. Il ne s’inquiète pas vraiment de la polémique Trump vs. Biden. Il s’agit plutôt, pour lui, d’accélérer l’aide militaire de 380 millions de dollars, y compris les armes offensives, qui était en préparation pour Kiev. Et en supposant que les Ukrainiens puissent réellement apprendre à utiliser les armes, l’objectif est de punir les Russes et de prolonger le conflit au Donbass sans autre raison [que la dynamique de désordre à finalité antirusse].
» Notez l’extrait suivant de la déclaration préparée par Vindman : “J’étais inquiet des implications pour le soutien du gouvernement américain à l’Ukraine… Je me suis rendu compte que si l’Ukraine menait une enquête sur les Biden, cela serait probablement interprété comme un jeu partisan qui ferait sans aucun doute perdre à l’Ukraine le soutien bipartisan qu’elle a maintenu jusqu’ici.” […]
» Alexander Vindman ne dit ni n’écrit que l’intégration de l’Ukraine dans l’OTAN est son objectif réel, mais ses commentaires sur “l’intégration dans l’Occident” et la “communauté euro-atlantique” l’indiquent clairement. L’expansion de l’OTAN jusqu’aux frontières de la Russie par l’irresponsable Clinton a constitué la destruction d’une des plus importantes occasions d’une stabilisation de sécurité après la Guerre froide. L’ajout de l’Ukraine et de la Géorgie à l’alliance amplifierait cette erreur, car ces deux pays sont des intérêts vitaux pour la sécurité nationale de Moscou compte tenu de leur histoire et de leur géographie. Vindman doit être considéré comme une manifestation de la pensée de l’État profond qui a causé tant de maux aux États-Unis au cours des vingt dernières années… »

Voilà l’alternative qui attend Macron (et les Européens) via l’OTAN si Trump s’en va, alors qu’un président français vient de nous dire que poursuivre dans l’OTAN selon les conceptions de Trump n’est plus guère possible. De tous les côtés et de toutes les façons, tout tourne au pire, – et cette fois, en remontant du Moyen-Orient jusqu’au cœur de l’Europe, là où les dangers de conflit sont infiniment plus graves. Certes, dans cette soupe Erdogan et ses conquêtes grandioses, sous la couverture des S-400 et l’œil attentif d’Attali, ne sont qu’un avant-goût, une mise en bouche.

“D.C.-la-folle” étant effectivement folle, il s’agit d’aller jusqu’au bout de la démence, comme on dit boire le calice jusqu’à la lie, et enfin saisir l’OTAN au corps pour bien vérifier qu’elle n’existe plus. Macron a pris un chemin semé d’embûches en disant ce qu’il a dit, mais cela est après tout préférable à la stratégie de l’autruche habituellement suivie. Dans tous les cas, et malgré ses beaux projets (ceux de Macron), l’Europe dans sa forme actuelle ne survivra pas aux événements tels qu’ils se profilent, – mais les USA non plus, certainement, et peut-être plus vite encore qu’on ne croit, – c’est-à-dire encore plus vite que “les événements tels qu’ils se profilent”…

Mis en ligne le 7 novembre 2019 à 17H55

https://www.dedefensa.org/article/mort-de-lotan-blaguons-un-peu-avec-macron

Décomposition impériale

Décomposition impériale

9 Novembre 2019

Moins spectaculaire que les guerres américaines ratées, moins médiatique que les tentatives de putsch qui ne prennent plus, le mouvement tectonique du reflux de l’empire suit son cours, inexorable. Le schéma est classique, presque mécanique…

Années 90 : après l’éclatement de l’URSS, le système impérial est à son apogée. Il est alors pris d’une véritable folie des grandeurs qui finira par causer sa perte.

Années 2000 (ère Bush) : victime d’hybris, il s’engage dans un certains nombre de fiascos coûteux et retentissants (Irak, Afghanistan), et provoque la résurgence de ses rivaux (Russie, Chine, OCS).

Années 2000-2010 (ère Obama) : sentant le vent tourner, ils s’arc-boute sur ses fondamentaux (Europe totalement vassalisée, presstituée noyautée comme jamais) pour tenter de durer, au risque d’imploser.

A bien des égards, la géopolitique ressemble à la physique pure. Plus un corps, soumis à une pression intense, se comprime, plus il est instable et susceptible de provoquer des réactions en chaîne. C’est ce qui finit par arriver

Qui aurait imaginé, même dans ses rêves les plus fous, voir le système impérial US se décomposer aussi rapidement ? Certes, il y avait eu des signes avant-coureurs : crise grecque, montée des «  »populismes » » (entre huit guillemets) en Europe, multiplication des voix discordantes concernant la politique anti-russe (Hongrie d’Orban, Italie, Slovaquie, République tchèque, Grèce, industriels allemands etc.), record d’impopularité des hommes de paille de Washington (Flamby Ier rejoignant les rois fainéants mérovingiens dans le palmarès des dirigeants les plus détestés de l’histoire de France)…

Mais l’année 2016 restera comme l’apothéose de ce détricotage. En mai dernier, avant le sommet du G7 à Tokyo, un eurocrate envisageait le « scénario de l’horreur » :

Imaginez si, au lieu de Barack Obama, François Hollande, David Cameron et Matteo Renzi, nous avons Donald Trump, Marine Le Pen, Boris Johnson et Beppe Grillo.

Un mois plus tard, le scénario tant honni commençait à se mettre en place, au grand dam de Washington, Bruxelles et de leurs relais médiatiques. Le Brexit envoya des ondes de choc (…) Ce n’était pourtant rien en comparaison de ce qui allait se passer trois mois plus tard, au cœur même de l’empire, la deuxième étape du « scénario de l’horreur », le changement tectonique représenté l’élection du Donald.

2016 fut en effet le début de la fin : Brexit, Trump, guerre pétrolière américano-saoudienne, perte ou trahison des alliés, dédollarisation, fiasco ukrainien, dégringolade de la branche médiatique… Ce qui avait été patiemment bâti au cours de longues décennies se défaisait à vue d’œil. Et si le Deep State réussissait à sauver quelques meubles, par exemple en récupérant partiellement le Donald, plus rien ne serait comme avant. Comme la marée basse laisse sur le sable les traces de son passage, le reflux de l’empire mettait à jour ses contradictions criantes et ses dysfonctionnements inhérents.

Les éléments, auparavant maintenus sous la chape (de plomb) du manteau américain, étaient désormais livrés à eux-mêmes. Certains comme les euronouilles, complètement perdus, couraient dans tous les sens comme des poulets sans tête. D’autres, tel le sultan, jouaient les électrons libres et se rapprochaient dangereusement de l’autre camp. Partout, l’unité faisait place à la dissension. Sur le Vieux continent :

L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber.

Rappelons d’abord que la construction européenne fut, dès le départ, un projet américain. Des archives déclassifiées montrent que les soi-disant « pères de l’Europe » – Schuman, Spaak ou le bien-nommé Monet – travaillaient en réalité pour les Etats-Unis. Pour Washington, il était en effet plus aisé de mettre la main sur le Vieux continent par le biais d’une structure globale noyautée de l’intérieur que de négocier pays par pays avec des dirigeants indépendants.

La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le cache-sexe de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schroeder…)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler… Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l’hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça…

Il n’avait pas non plus prévu ce qui allait se passer dans le Golfe en juin 2017 :

La grande affaire très commentée de ces derniers jours est la mise au ban du Qatar par l’Arabie saoudite et ses quelques affidés de circonstance. Si c’était dans les tuyaux depuis une bonne semaine, c’est un véritable séisme dans la région, les précédentes querelles n’ayant jamais conduit à une rupture des relations diplomatiques (…)

Le Conseil de Coopération du Golfe est la pierre angulaire de l’empire américain dans la région – un peu comme l’UE en Europe – et il est aujourd’hui au bord du gouffre. Après le Brexit, le Qatarxit ? A Washington, les stratèges impériaux ne doivent pas être aux anges… Le Koweït et Oman ont en tout cas refusé de suivre leurs collègues et de rompre leurs relations avec Doha, ce qui fissure encore un peu plus l’organisation  (…)

Deux piliers du pétrodollar et soutiens du djihadisme en conflit, CCG en crise, Turquie ballotée, Etat profond US divisé… Il faut prendre la rupture saoudo-qatarie pour ce qu’elle est : une énième convulsion du « camp du Bien », un émiettement supplémentaire de l’empire.

Il n’en fallait pas plus à CNN pour accuser… les hackers russes ! Audiard nous avait prévenu : les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Derrière cette nouvelle dégénérescence de la presstituée se cache tout de même une réalité : c’est Noël au Kremlin, qui se garde toutefois de tout triomphalisme.

Les groupies de l’hégémonie américaine ne peuvent maintenant que constater les dégâts :

Un mélancolique article du Jerusalem Post intitulé « Les sommets d’Asie centrale qui montrent que Washington perd prise » nous rappelle une nouvelle fois, si l’en était besoin, que derrière les strass et paillettes de l’événementiel, l’empire américain est inexorablement engagé sur la pente descendante.

A Bichkek, au Kirghizstan, a eu lieu la grand-messe annuelle de l’Organisation de Coopération de Shanghai, incluant désormais l’Inde et le Pakistan. On y a vu Modi et Khan échanger des blagues, Xi et Rouhani renforcer leur coopération, Poutine rencontrer ses homologues chinois, iranien, indien ou pakistanais. Si le président iranien, Etat observateur, s’est fait remarquer en critiquant vertement l’unilatéralisme US et en offrant des privilèges économiques aux membres de l’OCS qui investiraient en Iran, il n’a pas été le seul. A Bichkek, on a parlé multipolarité, Routes de la Soie et intégration de l’Eurasie, pour le plus grand malheur de qui vous savez…

Le jour suivant, au Tadjikistan voisin, le sommet CICA (Conférence pour l’Interaction et la Confiance en Asie) a réuni du beau monde. Les représentants d’une trentaine de pays y participaient dont Poutine, Xi (qui a fêté son 66ème anniversaire avec le président russe), Rouhani, Erdogan ou encore Al Thani, l’émir du Qatar. On sait que ce dernier, depuis la rupture avec l’Arabie saoudite, a une furieuse tendance à se rapprocher de Téhéran et des géants de l’Eurasie. Ses multiples rencontres bilatérales d’hier sont là pour le prouver, notamment avec la Chine et l’Iran, qui a par ailleurs également reçu le soutien turc face au harcèlement américain.

L’hybris impériale – sanctions contre la Russie et l’Iran, guerre économique contre la Chine, menaces contre la Turquie, sanctions saoudiennes contre le Qatar – tend naturellement à rapprocher ces pays et accélère l’inévitable mouvement d’intégration du grand continent, bientôt irrigué par le gaz russe et les Routes de la Soie chinoises. Le monde multipolaire du XXIème émerge sous nos yeux…

Ce qui nous amène aux délectables nouvelles de ces derniers jours, qui remuent encore un peu plus le couteau dans le cœur des petits génies de Washington. Au Royaume-Uni, l’énième report du Brexit par les manigances des députés a poussé le Premier ministre Johnson à organiser des élections générales, prévues dans cinq semaines. Sans surprise, elles mettront aux prises les conservateurs de ce même Johnson et le Labour de Jeremy Corbyn. Si certains articles versent allègrement dans l’hyperbole, parlant de « lutte pour l’âme britannique », un aspect fondamental n’est pourtant jamais abordé : l’accélération du détricotage de l’empire.

Johnson est en effet favorable à l’OTAN mais ne peut, on le sait, voir en peinture l’Union européenne et fut l’un des principaux leaders de la campagne du Leave. A l’opposé, Corbyn est un de ces européistes indécrottables mais a toujours été très critique vis-à-vis de l’impérialisme américain et favorable à un rapprochement avec la Russie. S’il ne réclame plus l’abolition de l’Alliance atlantique, comme c’était encore le cas en 2012, nul doute que la politique étrangère de Londres prendrait un tour nouveau s’il était élu.

OTAN contre UE, alors que ces deux piliers de l’hégémonie américaine en Europe étaient auparavant synonymes, Brexit ou OTANxit (ou du moins une sérieuse prise de distance). Heureusement que McCain n’est plus là pour voir ça…

Et puisqu’on parle d’elle, les déclarations tonitruantes de Macron affirmant que l’OTAN est « en état de mort cérébrale » ont jeté un énorme pavé dans la mare, provoquant les cris d’orfraie de Berlin et de Bruxelles, la fébrilité dans les salles de rédaction et l’amusement de Moscou, qui a d’ailleurs tout lieu de se réjouir des appels du même à « rouvrir un dialogue stratégique avec la Russie ».

Ce n’est pas la première fois que l’actuel président français s’écarte de la ligne vassale de son prédécesseur. S’il n’a pu s’empêcher d’y retomber en certaines occasions, par exemple lors du false flag chimique n°3, l’occupant de l’Elysée est capable de faire montre d’une relative indépendance, comme nous le relations il y a plus de deux ans :

Alerte dans les officines du système impérial, la plaque européenne commence à dangereusement se rapprocher de sa consoeur russe et nos hypothèses se voient une nouvelle fois confirmées. Après la réception de Poutine par Macron à Versailles, nous écrivions :

D’abord, pourquoi inviter Poutine, dans les fastes de Versailles qui plus est ? Notons que, mis à part le traditionnel voyage du 15 mai à Berlin pour retrouver Merkel, c’est le premier dirigeant étranger que rencontre Macron dans un format bilatéral (les discussions avec Trump, Trudeau, Erdogan & Co ayant eu lieu en marge des sommets de l’OTAN et du G7). Relevons également que la somptueuse réception du « tsar de toutes les Russie » au château du roi-soleil n’a pas été du goût des habituels thuriféraires du système impérial.

Ainsi, le président français était demandeur, ce que l’enguirlandement médiatique fanfaron tente d’occulter (…)

Un reset franco-russe, qu’évoque également le peu russophile Financial Times, serait donc dans les tuyaux à la demande de Paris. Ceci pourrait expliquer pourquoi, au-delà des pathétiques flonflons médiatiques et du sauvetage de face macronien sur des questions aussi existentielles que les LGBT de Tchétchénie ou les méchants médias russes, on a furieusement l’impression que Bobobankster s’est aligné sur Poutine.

Sur la Syrie, « l’objectif absolu est la lutte contre le terrorisme, l’éradication des groupes terroristes, en particulier Daech ». Tiens, il y aurait des modérés pas si modérés que ça finalement et Assad ne doit plus partir… Plus intéressant encore, la fameuse phrase sur les armes chimiques que toute la MSN saoudisée a rapportée, persuadée qu’elle est dirigée contre Damas, mais que personne n’a pris la peine de décrypter :

« J’ai indiqué qu’une ligne rouge très claire existe de notre côté : l’utilisation d’une arme chimique par qui que ce soit fera l’objet de représailles et d’une riposte immédiate. »

Les mots importants sont en gras. Ainsi, Assad ne serait pas le seul à disposer et à être susceptible d’utiliser des armes chimiques… Est-ce une reconnaissance en creux du false flag de Khan Cheikhoun ? A noter que le soir même, Vladimirovitch a répété dans une interview destinée au public français qu’il n’y avait aucune preuve de l’implication du gouvernement syrien dans cette attaque. Pour mieux appuyer ce qu’il a dit, voire prouvé, quelques heures plus tôt à Macron sous les lambris versaillais ?

Concernant l’Ukraine, Poutine a pris le bâton, déclarant que c’était une affaire intérieure à ce pays et qu’il fallait tenir Kiev pour responsable des atteintes aux accord de Minsk, le tout sans être contredit par son hôte. Et je ne mentionne pas les formules répétées sur « le rôle indispensable de la Russie »…

Assiste-t-on à un changement de direction de l’euronouillerie, désormais orpheline de son maître américain ? Si Macron dit tout haut ce que Merkel pense tout bas – et il y a de bonnes raisons de croire que le premier est le porte-parole de la seconde -, on est peut-être en train d’assister à un rééquilibrage du Vieux continent. L’avenir nous le dira… Mais on comprendrait mieux alors la flagornerie de la caste médiatique, cachant sous les épithètes dithyrambiques une redirection peu glorieuse pour elle.

On en prend le chemin… Dans la foulée de la visite du réaliste Le Drian à Moscou, c’est en effet une véritable bombe qu’a lancé Macron dans un entretien à huit quotidiens européens paru aujourd’hui. Dans le texte :

Le vrai aggiornamento que j’ai fait sur ce sujet, c’est que je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Personne ne m’a présenté son successeur légitime. Assad est un ennemi de son peuple [tous les éléments de langage n’ont pas disparu du jour au lendemain, ndlr] mais pas de la France. Mes lignes sont claires. Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. Deux : la Syrie ne doit pas devenir un Etat failli [failed State]. Nous avons besoin de la coopération de tous pour éradiquer les terroristes, en particulier de la Russie.

Dios mio, McCain, Barack à frites, Flamby, l’hilarante, le Seoud et autres joyeux lurons de la clique impériale doivent s’arracher les cheveux. L’imMonde est vert de rage et la presse israélienne rapporte l’info pour le moins fraîchement.

Le président Macron semble en passe de devenir nettement plus sage que le candidat Macron. Un Trump inversé en quelque sorte… Si le Donald a tout le mal du monde à contrer le Deep State, c’est néanmoins son élection qui a permis le détricotage de l’empire dont les composantes s’égaillent maintenant dans la nature.

En plein dans le mille. Le reflux américain a laissé sur la grève les composantes du système impérial qui, nouvellement autonomes, s’éparpillent et prennent des directions inimaginables il y a peu encore.

Pire ! les propres pions de Washington arrivés fraîchement au pouvoir se mettent eux aussi à tourner casaque, notamment en Amérique latine. Au Brésil, Bolsonaro a fait un flip flop digne d’une grande patineuse en allant courtiser les investissements chinois. Ce n’est pas une surprise pour le fidèle lecteur de nos Chroniques, car certains signes étaient annonciateurs :

Un mot encore sur le traditionnel sommet des BRICS en marge du G20. Il était intéressant de voir le comportement de l’américanolâtre néo-président brésilien dans cette structure de facto opposée à Washington. Les bruits alarmistes et peut-être inventés sur une possible exclusion du Brésil ne se sont pas traduits dans les faits et les oreilles de Bolsonaro ont dû quelque peu sursauter en entendant Poutine appeler à la dédollarisation ou défendre le Venezuela, point sur lequel le leader brésilien a préféré éviter de polémiquer avec son homologue russe. Bolsonaro, que d’aucuns pensaient il y a quelques mois qu’il mettrait des bâtons dans les roues des BRICS, a même partiellement épousé les discours sur le multilatéralisme en critiquant le protectionnisme unilatéral d’un certain pays…

Entre un Bolsonaro qui met de l’eau dans son maté et un Lula qui vient de sortir de prison et pourrait reprendre le chemin du pouvoir, l’expérience « américaine » du Brésil a peut-être tourné (très) court. L’occasion de redonner un regain d’énergie aux BRICS, d’autant que le grand voisin argentin pourrait à nouveau être de la partie. Nous l’expliquions en août :

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçant sa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

… et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosada apporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Bingo. Le 27 octobre, Alberto Fernández, protégé de Cristina, a gagné dès le premier tour, renvoyant Macri à ses chères études. Si sa prise de fonction se fera en décembre, les stratèges américains commencent déjà à se ronger les ongles. Dans un geste ô combien symbolique, Fernández a accordé sa première interview internationale à Correa, l’ancien président équatorien et bête noire de l’imperium US, sur la chaîne russe RT.

Le renouveau de la multipolarité qui se prépare en Amérique du Sud va de pair avec le rôle jamais vu qu’y joue Moscou, au grand dam du Deep State dont les think tanks sonnent le tocsin :

« Il est clair que la Russie est en Amérique latine pour y rester et qu’elle étend son influence – notamment en essayant d’assurer les moyens de menacer les USA au sein même de l’hémisphère occidental. Le désarroi de la politique étrangère américaine a clairement facilité cette évolution. Etant donné l’actuel chaos à Washington [ ! ], il faudra un temps considérable avant que les Etats-Unis ne puissent établir une stratégie coordonnée visant à contrer ou, au moins, atténuer ces menaces. L’Amérique latine est devenue un théâtre d’opérations réel pour les Russes à cause de la négligence des Etats-Unis et de leurs politiques erronées. »

Au-delà de l’alarmisme peut-être exagéré de l’establishment impérial, trop longtemps habitué à l’hégémonie et qui voit surgir avec horreur son rival là où il ne l’attendait pas, une chose est sûre : en Amérique, comme en Europe ou au Moyen-Orient, l’empire US recule terriblement…Tag(s) : #Etats-Unis#Europe#Amérique latine#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/11/decomposition-imperiale.html

L’Allemagne portera ses dépenses militaires à 2% du PIB d’ici 2031, promet Mme Kramp-Karrenbauer

L’Allemagne portera ses dépenses militaires à 2% du PIB d’ici 2031, promet Mme Kramp-Karrenbauer

PAR LAURENT LAGNEAU · 8 NOVEMBRE 2019

En 2014, en partie en réaction à l’annexion de la Crimée par la Russie, les alliés de l’Otan s’étaient mis d’accord sur l’objectif d’augmenter leurs dépenses militaires à un niveau équivalent à 2% de leur PIB d’ici dix ans. Et de consacrer 20% de cette somme à l’acquisition de nouveaux équipements ainsi qu’à la R&D [recherche et développement].

Actuellement, seuls sept pays membres de l’Otan ont déjà atteint – voire dépassé – cet objectif, dont les États-Unis, la Grèce, le Royaume-Uni, la Pologne, l’Estonie, la Lituanie et la Lettonie. D’autres s’en approchent peu à peu et devraient être « dans les clous » en 2024. La France est également dans cette logique. Mais il lui faudra consentir d’importantes hausses de ses dépenses militaires après 2023 pour tenir l’engagement pris il y a cinq ans [environ 3 milliards d’euros par an, ndlr].

Le cas de l’Allemagne est plus compliqué… Et ce qui lui a valu – et vaut encore – des critiques acerbes du président américain, Donald Trump, qui a fait de cette règle des 2% au sein de l’Otan l’un de ses chevaux de bataille. Et le sommet de l’Otan organisé à Bruxelles, en juillet 2018, avait été particulièrement houleux quand il s’était agi d’aborder la question des dépenses militaires…

Quoi qu’il en soit, il est déjà acquis que l’Allemagne ne dépensera pas l’équivalent de 2% de son PIB pour ses forces armées [Bundeswehr] en 2024, l’objectif qu’elle s’est fixé étant de seulement 1,5% du PIB. Et encore, il n’est pas certain qu’elle y arrive, notamment en raison des tiraillements à ce sujet entre chrétiens-démocrates de la CDU/CSU et sociaux-démocrates du SPD au sein de la « grande coalition » dirigée par la chancelière Angela Merkel.

En effet, le ministre fédéral des Finances, Olaf Scholz [SPD] s’attache à contre-carrer les plans de son homologue à la Défense. Ainsi, Ursula von der Leyen, appelée à diriger la Commission européenne, avait dû engager un bras de fer avec son collègue… et consentir à quelques concessions.

En effet, et dans un contexte marqué par une dégration de la situation économique allemande, la trajectoire budgétaire actuelle de la Bundeswehr prévoit un budget – en baisse – correspondant à 1,24% du PIB en 2023.

Arrivée à mi-mandat, la coalition gouvernementale allemande est en train de redéfinir ses priorités et ses objectifs pour les deux prochaines années. Et, là encore, il y a des tiraillements au sujet de la politique de défense.

Ainsi, selon les médias d’outre-Rhin, M. Scholz et Annegret Kramp-Karrenbauer, la présidente de la CDU qui a remplacé à Mme Von der Leyen cet été, se sont affrontés au sujet des 2% du PIB. Pour le premier, il est absolument hors de question de porter les dépenses militaires allemandes à un tel niveau étant donné que cela signifierait que la Bundeswehr disposerait, à terme, d’un budget de 65 milliards d’euros. Ce qui, selon lui, ne correspondrait pas à ses besoins.

Or, Mme Kramp-Karrenbauer entend que cet objectif ne soit pas remis en cause… Finalement, d’après Der Spiegel, la grande coalition s’est donné pour objectif de porter les dépenses militaires à 1,5% à l’horizon 2024 « dans les limites des possibilités budgétaires ». Et d’indiquer que, par la suite, le budget de la Bundeswehr « continuerait à augmenter ».

Cependant, le 7 novembre, lors d’un discours prononcé devant des officiers de la Bundeswehr réunis à Munich, Mme Kramp-Karrenbauer a plaidé pour que l’Allemagne soit plus active au niveau militaire pour lutter contre le terrorisme et protéger « ses propres intérêts ». Pour cela, elle a proposé de mettre en place un « Conseil de sécurité nationale » et dit souhaiter vouleur accélérer les décisions parlementaires [le Bundestag a toujours le dernier mot dans ce domaine, ndlr].

« Un pays de notre taille, avec notre puissance économique et technologique, notre position géostratégique et nos intérêts mondiaux, ne peut pas simplement rester à l’écart et regarder. L’Allemagne doit participer aux débats internationaux et les faire avancer », a affirmé la ministre allemande.

Puis, en présence du secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, la ministre allemande a évoqué le sujet des dépenses militaire.

« L’Otan demeure et demeurera l’ancre de la sécurité européenne. Mais il est également évident que l’Europe doit augmenter ses propres capacités complémentaires à agir », a fait valoir Mme Kramp-Karrenbauer. « Cela commence par le budget de la défense. Nous devons atteindre 1,5% d’ici 2024 et 2% d’ici 2031 au plus tard », a-t-elle ajouté. Et, selon elle, ce niveau de dépenses ne vise pas à donner satisfaction au président Trump étant donné qu’il correspond « à notre propre intérêt de sécurité. »

En attendant, le compte n’y est pas pour M. Stoltenberg. « La légère tendance à la hausse des dépenses militaires allemande ne suffit pas. D’autres étapes sont nécessaires », aurait-il dit lors de la dernière réunion de l’Otan, à Bruxelles. Et justement, le prochain sommet de l’Alliance, qui se tiendra à Londres, en décembre, fera du « partage du fardeau » entre alliés l’un des sujets principaux.

http://www.opex360.com/2019/11/08/lallemagne-portera-ses-depenses-militaires-a-2-du-pib-dici-2031-promet-mme-kramp-karrenbauer/

Selon Emmanuel Macron, l’OTAN est en état de «mort cérébrale»

Selon Emmanuel Macron, l’OTAN est en état de «mort cérébrale»

7 nov. 2019, 11:32

Selon Emmanuel Macron, l'OTAN est en état de «mort cérébrale»

© Reinhard Krause Source: ReutersUn drapeau de l’OTAN (image d’illustration)

Dans un entretien accordé à The Economist, le chef d’Etat français a émis un jugement particulièrement sévère sur l’état de l’alliance atlantique. L’opération turque en Syrie, notamment, aurait révélé son état de «mort cérébrale».

«Ce qu’on est en train de vivre, c’est la mort cérébrale de l’OTAN» : le jugement, particulièrement sévère, est celui du président de la République française. Dans un entretien accordé au magazine The Economist, Emmanuel Macron a expliqué ce constat par le désengagement américain vis-à-vis de ses alliés de l’alliance atlantique et du comportement de la Turquie, également membre de l’organisation militaire.

Le chef d’Etat ne souhaite pas pour autant la fin de l’OTAN, appelant au contraire à «clarifier maintenant quelles sont [ses] finalités stratégique». En même temps, le président français a plaidé à nouveau pour «muscler» l’Europe de la Défense – une idée pourtant peu appréciée par l’allié américain.

L’opération turque en Syrie, révélateur des désunions au sein de l’OTAN

La décision de la Turquie de lancer en octobre une offensive militaire contre les Unités kurdes de protection du peuple (YPG), qu’elle considère comme terroristes, a mis mal à l’aise ses partenaires de l’OTAN – les Etats-Unis et la France, entre autres, condamnant de leur côté fermement cette intervention.

«Vous n’avez aucune coordination de la décision stratégique des Etats-Unis [de se retirer des troupes du nord syrien] partiellement avec les partenaires de l’OTAN et nous assistons à une agression menée par un autre partenaire de l’OTAN, la Turquie, dans une zone où nos intérêts sont en jeu, sans coordination», déclare Emmanuel Macron dans l’interview, concluant : «Ce qui s’est passé est un énorme problème pour l’OTAN.» 

Dans ces conditions, le président français s’interroge en particulier sur l’avenir de l’article 5 du traité atlantique, qui prévoit une solidarité militaire entre membres de l’Alliance si l’un d’entre eux est attaqué. «C’est quoi l’Article 5 demain ? Si le régime de Bachar el-Assad décide de répliquer à la Turquie, est-ce que nous allons nous engager ? C’est une vraie question», souligne-t-il.

L’OTAN est apparu à l’occasion de l’opération turque divisé sur une question d’ordre stratégique, au point que des commentateurs avaient, avant Emmanuel Macron, ni plus ni moins annoncé la «mort» de l’organisation militaire. «L’OTAN est morte puisqu’une puissance de l’OTAN a décidé de se battre, totalement librement, en achetant des armes russes sans l’accord des autres membres», avait par exemple jugé le mois dernier l’économiste Jacques Attali sur France Info.

Emmanuel Macron s’inquiète également de la «fragilité» de l’Europe

Outre la «mort cérébrale» de l’OTAN, Emmanuel Macron s’alarme, auprès de The Economist, de la «fragilité extraordinaire de l’Europe» qui «disparaîtra» selon lui, si elle ne «se pense pas comme puissance dans ce monde».Lire aussiLes Etats-Unis reprochent à l’Union européenne de freiner l’adhésion de nouveaux membres à l’OTAN

«Je ne crois pas dramatiser les choses, j’essaye d’être lucide», tient à souligner le président de la République. Il pointe trois grands risques pour l’Europe : qu’elle ait «oublié qu’elle était une communauté», le «désalignement» de la politique américaine du projet européen et l’émergence de la puissance chinoise «qui marginalise clairement l’Europe».

A l’occasion de cette interview, Emmanuel Macron invoque donc le projet de développement d’Europe de la Défense qui lui tient à cœur – au risque de froisser de nouveau Washington et d’accroître les divisions au sein de l’OTAN. L’«Europe […] doit se doter d’une autonomie stratégique et capacitaire sur le plan militaire», estime-t-il. Or en novembre 2018, Donald Trump avait exprimé son indignation face à la proposition d’Emmanuel Macron de créer une «vraie armée européenne» pour «protéger [l’Europe] à l’égard de la Chine, de la Russie et même des Etats-Unis d’Amérique».

Dans son entretien à The Economist, Emmanuel Macron estime que le président américain et la France ne partagent pas la même philosophie de l’alliance atlantique. «Le président Trump, j’ai beaucoup de respect pour cela, pose la question de l’OTAN comme un projet commercial. Selon lui c’est un projet où les Etats-Unis assurent une forme d’ombrelle géopolitique, mais en contrepartie, il faut qu’il y ait une exclusivité commerciale, c’est un motif pour acheter américain. La France n’a pas signé pour ça», a-t-il déclaré.

Enfin, le président français juge que l’affirmation de la puissance européenne passera par la réouverture d’«un dialogue stratégique, sans naïveté aucune et qui prendra du temps, avec la Russie». Une position affichée de longue date par le président français.

La diplomatie russe salue des paroles «sincères»

Réagissant à cet entretien et en particulier au diagnostic de «mort cérébrale» de l’organisation, la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a commenté : «Ce sont des paroles en or. Sincères et qui reflètent l’essentiel. Une définition précise de l’état actuel de l’OTAN.»

Lire aussi : Emmanuel Macron face au défi de «l’Etat profond»

International

https://francais.rt.com/international/67664-selon-emmanuel-macron-otan-est-en-etat-mort-cerebrale

La guerres des tubes

La guerres des tubes

26 Octobre 2019

Nous ne nous attarderons point aujourd’hui sur l’énième flip-flop de Donaldinho, bien pressuré par un Deep State en état de choc, dans le Nord-est syrien. Nous partons, mais finalement pas tout à fait, enfin si, mais peut-être que non : cela tourne à la farce… Le pétrole, limité, de Deir ez-Zoor n’est évidemment qu’un prétexte : il s’agit d’empêcher Assad de reconstruire son pays et surtout, comme le suspecte le MAE turc lui-même, de maintenir une présence sur la route de l’arc chiite pour embêter l’Iran. Le fidèle lecteur de nos Chroniques, lui, le sait déjà depuis longtemps.

Dans un mauvais remake de série B, quelques troupes américaines partent puis reviennent finalement, vers les puits de pétrole mais aussi, chose incongrue, vers une base récemment abandonnée du côté d’Hassaké. Là, elles vont côtoyer les forces syriennes qui se déploient massivement et commencent d’ailleurs à échanger des coups avec les Turcs et leurs affidés, histoire de délimiter le territoire et bien montrer au sultan où s’arrête la petite aventure ottomane.

Laissons là la tragi-comédie américaine – qu’il est loin le temps où l’empire faisait preuve de consistance et de crédibilité – pour voir un peu ce qui se passe dans le Grand jeu énergétique.

Gazprom commence les essais de la première branche du Turk Stream, celle à destination d’Ankara, qui devrait entrer en service d’ici quelques semaines. La seconde branche, à destination des Balkans et de l’Europe centrale, passera par la BulgarieL’ironie n’échappe à personne, comme nous l’expliquions l’année dernière :

Sofia regrette maintenant amèrement d’avoir succombé aux pressions de l’empire – l’une des dernières torpilles de feu McCainistan – en annulant le South Stream en 2014. La victoire présidentielle du russophile Ramen Radev en 2016 a sans doute quelque chose à y voir… Cependant, même le Premier ministre Boyko Borissov, pourtant bon petit soldat de la clique atlantiste et qui a saboté le South Stream contre les intérêts de son pays, semble ne plus savoir quoi faire pour rattraper sa trahison.

Il s’était publiquement humilié fin mai en présentant ses excuses à Poutine lors d’une visite à Moscou et, depuis, mendie la possibilité de recevoir une branche du Turk Stream. Peu rancunier, car grand gagnant en fin de compte, le Kremlin considère sérieusement la possibilité, même si rien n’a été signé encore. Dans ce contexte, une portion de gazoduc d’une vingtaine de kilomètres, commencée en juin, vient d’être inaugurée à la frontière turco-bulgare. Objectif évident : raccorder la Bulgarie au Turk Stream.

Les travaux seront terminés dans le courant de l’année prochaine, qui verra l’or bleu russe gagner ensuite la Serbie, une branche continuant sur la Hongrie et l’Autriche, une autre vers la Bosnie. Ca aussi, c’était prévu :PUBLICITÉ

Sueurs froides américaines riment souvent avec énergie russe et les derniers développements ne démentent pas cet axiome. Après tant d’autres, les Serbes de Bosnie veulent également une branche du Turk Stream qui passera par la Serbie voisine et irriguera les Balkans. Belgrade devrait d’ailleurs se méfier. Premier pays à avoir connu une « révolution de couleur » made in Soros en 2000, la Serbie pourrait bien renouveler ce type de mésaventure. L’achat de drones militaires chinois (une première en Europe), les exercices militaires anti-aériens communs avec la Russie (une autre première) et surtout la volonté de rejoindre l’Union Economique Eurasienne malgré les « avertissements » de l’Union Européenne pourraient donner quelques idées aux excités de Washington et Bruxelles. Tout ressemblance avec des faits, l’Ukraine par exemple, etc. etc.

A l’autre bout de l’Eurasie, Gazprom commencera également d’ici quelques semaines ses premières livraisons à la Chine par le pharaonique Sila Sibiriibien connu des lecteurs ainsi que des stratèges du Washingtonistan qui en font une jaunisse.

Les think tanks impériaux ne savent d’ailleurs plus quoi inventer pour décrédibiliser le gaz russe et l’empêcher de rejoindre le Rimland. Dans une « analyse » qui restera dans les annales, le fumeux Atlantic Council perd les pédales et évoque, la larme à l’œil, les « crimes environnementaux barbares » ou la colonisation du Yamal au XVIème siècle sur les Nenets pour justifier le nécessaire arrêt des importations en provenance du pays du grand méchant Poutine. Pas de problème en revanche avec le gaz US, on oubliera opportunément le génocide des Indiens d’Amérique.

On imagine la pâleur rageuse de nos petits trolls en herbe quand ils ont appris que l’île états-unienne de Puerto Rico elle-même importe… du gaz russe ! La faute à une loi de 1920, le Jones Act, qui spécifie qu’un navire transportant des marchandises au sein de l’espace maritime des Etats-Unis doit y être enregistré, être propriété américaine à 75% et compter également 75% de marins américains. Dans ces conditions, il est financièrement bien plus avantageux de se tourner vers Moscou, au grand dam du Deep State

Un autre think tank se lamente de l’indéfectible soutien du Kremlin au Venezuela de Maduro, notamment par l’entremise de Rosneft comme nous l’expliquions le mois dernier :

Les habituels contempteurs de la « perfidie moscovite » en sont une nouvelle fois pour leurs frais. On ne compte plus, ces dernières années, les articles de la presstituée occidentale ou israoudienne annonçant que, cette fois c’est sûr, Poutine est sur le point de lâcher ses alliés : au choix, Assad, l’Iran ou encore le Venezuela. En échange de xxxxx, le Kremlin va abandonner Maduro… Manque de bol pour nos petits propagandistes en herbe, la réalité ne colle jamais à leurs fantasmes infantiles.

Washington sanctionne les exportations de pétrole de Caracas ? Qu’à cela ne tienne : Rosneft est devenu le principal acquéreur d’or noir du Venezuela (40% en juillet, 66% en août) et fait office d’intermédiaire entre sa compagnie nationale (la PDVSA) et ses acheteurs internationaux, notamment indiens et chinois. Le géant russe abandonne de plus en plus le dollar, le monde continue d’acheter du pétrole vénézuélien, le gouvernement légal de Caracas continue de recevoir des dividendes ô combien précieux, les sanctions impériales sont contournées et Bolton en mord sa moustache de rage…

Bolton n’est plus là et heureusement pour lui. Qu’aurait-il dit s’il avait vu l’Inde finalement défier les sanctions US et revenir acheter du brut à Caracas ? Quant à l’ours, il musarde dans la jungle vénézuélienne, effrayant Foreign Policy qui voit avec horreur l’ennemi juré investir les Caraïbes, financièrement, économiquement et militairement : « la présence russe dans l’hémisphère occidental la plus significative depuis la Crise des missiles à Cuba ».

Pour la Russie, où les réserves pétrolières ont d’ailleurs été revues largement à la hausse, tout irait donc pour le mieux si de menus et surprenants blocages n’étaient apparus à propos du Nord Stream II. Tétanisé, le Danemark n’a toujours pas donné l’autorisation et fait celui qui n’entend pas. Nous expliquions la chose il y a un an et demi :

Le placide pays scandinave fait en effet face à un écrasant dilemme, sa « plus importante décision de politique étrangère depuis la Seconde Guerre Mondiale » : permettre ou non le passage du Nord Stream II par ses eaux territoriales.

Le projet doit également recevoir dans les prochains mois les autorisations finales de la Russie (c’est couru d’avance), de la Finlande et de la Suède. Mais concernant ces deux dernières, il s’agit uniquement de leur zone économique exclusive, régie par le droit international de la mer sur lequel les gouvernements suédois (très russophobe) et finlandais (plus équilibré) ont de toute façon peu de prise.

Seul le Danemark est concerné dans sa souveraineté même, et il s’en serait bien passé. Les émissaires américains et bruxellois poussent le gouvernement à empêcher le passage des 139 km du Nord Stream II par ses eaux territoriales tandis que Moscou et Berlin l’encouragent à accepter.

Copenhague peut-elle se mettre à dos son principal partenaire (Allemagne) et la principale puissance militaire européenne (Russie), qui vient d’ailleurs essayer quelques missiles à proximité ? Le système impérial réussira-t-il à manœuvrer afin de torpiller le pipeline comme ce fut le cas avec le South Stream ?

Depuis… rien. Révolu est le temps des Vikings qui partaient aventureusement à la conquête des mers inconnues. Paralysés, euronouillisés, les dirigeants danois restent muets, alors qu’ils permettent par ailleurs la construction d’un pipeline baltique devant rejoindre la Pologne. Devant cette évidente mauvaise volonté, Vladimir hausse légèrement le ton, assurant que le gazoduc verra bientôt le jour, avec ou sans « le petit Danemark ».

Par ailleurs, les avocats de Gazprom attaquent, auprès d’un tribunal d’arbitrage, l’inénarrable UE, retombée dans son masochisme coutumier. Nous expliquions celui-ci en 2015 :

L’approche européenne est totalement suicidaire. Les dirigeants européens se tirent une balle dans le pied. De manière amusante, Gazprom ironise maintenant sur la nécessité de lire 50 nuances de Grey avant d’engager des discussions avec les Européens ! Derrière l’humour de la déclaration, une vraie question se pose : jusqu’où ira le masochisme européen ? Le gaz russe est le moins cher, le plus proche et le plus abondant. Il faut vraiment avoir l’esprit retors (ou plus sûrement être totalement soumis à la pression venue d’outre-Atlantique) pour ne pas en profiter…

La nouvelle habitude des petits génies de Bruxelles est de changer la règle du jeu après le début de la construction des pipelines. Ils l’avaient fait avec le South Streamils récidivent maintenant :

Début 2019, la Commission européenne a étendu aux opérateurs extérieurs à l’Union européenne l’obligation de séparer leurs activités de production et de transport. Elle existe déjà sur le marché intérieur. Gazprom, qui serait contraint de devenir partenaire minoritaire du Nord Stream 2, s’estime lésé. Plutôt que la défense de la concurrence et du consommateur, le géant russe du gaz y voit une volonté de freiner Nord Stream 2. Malin, Gazprom utilise pour son offensive juridique une filiale établie en Suisse, qui a accès au mécanisme d’arbitrage prévu par la Charte de l’énergie. Un traité de mai 2015 signé par la Suisse, mais pas par la Russie.

Ainsi va l’euronouillerie, qui a tout à gagner de relations énergétiques accrues avec Moscou mais qui, en bon vassal, se doit d’écouter son maître américain en torpillant ses propres intérêts. Pas assez pour saboter le Nord Stream II mais suffisant pour le retarder un peu plus. A Bruxelles, ceci est considéré comme c’est le summum de l’intelligence politique…Tag(s) : #Gaz#Russie#Europe#Moyen-Orient#Etats-Unis#Amérique latine#Pétrole

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/10/la-guerres-des-tubes.html

Proposition indécente ? Ce que l’idée de Trump d’acheter le Groenland nous dit sur l’OTAN

Proposition indécente ? Ce que l’idée de Trump d’acheter le Groenland nous dit sur l’OTA

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22 septembre, 2019
NoteHajnalka Vincze

En jetant son dévolu sur l’île de Groenland, le président Trump a provoqué, comme à l’accoutumée, un mélange de consternation, d’opprobre et de franche rigolade sur la scène internationale. La plupart des commentaires se contentaient de critiquer son style et sa bouderie : il a parlé d’une « grosse transaction immobilière » et, face au refus de vente, il a annulé sa visite prévue et traité les propos du Premier ministre danois de « méchants ». Des observateurs plus avisés ont fait remarquer que l’initiative de Trump est moins fantasque qu’elle n’y paraît au prime abord – elle s’inscrit dans une politique américaine poursuivie de longue date dans la région. Quoi qu’il en soit, pour l’Europe l’essentiel n’est pas là. Il est plutôt dans la mise à nu, pour la énième fois depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, d’un raisonnement américain aussi implacable qu’inconfortable.

Permanence américaine

Il est vrai que la proposition du président Trump n’est pas venue de nulle part – pour ce qui est de l’île la plus large au monde (l’Australie mise à part), les Etats-Unis ont de la suite dans les idées. Et des intérêts stratégiques bien précis. Ce n’est pas un hasard si le gouvernement américain avait tenté d’acheter le Groenland dès 1867, pour revenir à la charge sous le président Truman à la fin de la Seconde guerre mondiale. Ce territoire immense a toujours été considéré comme l’un des deux piliers de défense des USA dans l’Arctique (avec le même rôle de rempart naturel à l’Est que celui de l’Alaska à l’Ouest). En effet, depuis le début des années 50, c’est sur le Groenland que se trouve l’installation militaire américaine située le plus au Nord, la base aérienne de Thulé, qui remplit également des missions de surveillance spatiale et d’alerte anti-missile.

A cette importance géostratégique immuable s’ajoute maintenant la fonte des glaces qui facilite l’ouverture de nouvelles voies de navigation et l’accès à des ressources naturelles, dont les terres rares – et exacerbe ainsi la compétition internationale. Le discours du secrétaire d’Etat US, Mike Pompeo, devant le Conseil de l’Arctique en mai dernier, signale clairement un intérêt accru de la part Etats-Unis, aiguisé par l’activisme arctique des autres puissances (en premier lieu la Russie et la Chine) : « Nous entrons dans une nouvelle ère d’engagement stratégique dans l’espace arctique, avec des menaces à nos intérêts dans la région. C’est le moment pour l’Amérique de se lever en sa qualité de nation arctique. Sous le président Trump, nous renforçons la présence sécuritaire et diplomatique des Etats-Unis dans la région. »[1]

(Crédit photo: D. Kinsley/USAF)

Fixette de Trump

Ce n’est donc pas tant l’idée de Trump d’acheter le Groenland qui devrait être surprenante, mais plutôt la candeur avec laquelle il affiche son raisonnement. Pour l’Europe, cet exposé a valeur d’exemple – et d’avertissement. Interrogé pour la première fois sur une éventuelle offre d’achat, le président américain l’a tout de suite liée à la protection militaire US dont bénéficie le Danemark : « Nous sommes de très bons alliés avec le Danemark. Nous protégeons le Danemark comme nous protégeons une grande partie du monde. Du coup, l’idée est venue ».[2] Surtout, après le refus du Premier ministre danois qui a qualifié cette même idée « d’absurde », Trump, très remonté, s’offusque de cette ingratitude, et son courroux est, du coup, étendu à l’ensemble des alliés : « Le Danemark est à seulement 1,35% de son PIB pour les dépenses OTAN. Ils sont un pays très riche et devrait être à 2%. Nous protégeons l’Europe et pourtant, seuls huit membres de l’OTAN sur les vingt-huit atteignent le seuil de 2%. Ces pays restent loin en deçà de ce qu’ils devraient payer pour la protection incroyable dont ils bénéficient. Désolé ! »[3]

Ce procès en ingratitude sonne très familier aux Européens, l’actuel président US le ressort à intervalles réguliers, en particulier quand il s’agit d’affaires : « Les Etats-Unis paient pour les 90% de l’OTAN, alors que beaucoup de pays ne sont même pas près de leur engagement de 2%. En plus de cela, l’Union européenne a un excédent commercial de 151 milliards de dollars avec les USA, avec de grandes barrières douanières sur les produits américains. NON ! ».[4] Inutile ici de rectifier ses chiffres[5] ou de rappeler les innombrables concessions et abdications européennes en échange (ou au prétexte) du « parapluie » militaire des Etats-Unis.[6] Ce qui importe c’est l’insistance sur le lien entre protection militaire et contreparties attendues dans d’autres domaines (en l’occurrence, commercial) : « L’Union européenne fait en sorte qu’il est impossible pour nos paysans, nous ouvriers et nos sociétés d’y faire des affaires (les USA ont un déficit commercial de 151 milliards de dollars) et après ils veulent que nous les défendions allègrement à travers l’OTAN, en payant pour le tout. Ça ne marche pas comme ça ! »[7]

Constantes transatlantiques

Loin d’être une lubie du président Trump, il s’agit d’une vision des choses largement partagée outre-Atlantique, et ce depuis fort longtemps. Déjà en plein milieu de la guerre froide, entre alliés c’était la « guerre des poulets » qui fit des ravages. En 1962, Lyndon Johnson, vice-président des Etats-Unis alors en visite à Berlin, avait brandi la menace d’un retrait des troupes américaines d’Allemagne si le Marché Commun freinerait les exportations de poulets américains vers le vieux continent. D’après Jean-François Deniau – négociateur français du Traité de Rome et premier Commissaire européen chargé de relations extérieures – c’était le début de pressions dans tous les domaines, divers et variés, « chaque fois avec l’argument massif, celui de la défense commune assumée par les Etats-Unis ».[8]

Sous le président Clinton, un document officiel du Pentagone n’hésite pas à préciser les attentes de l’Amérique: « Nos alliés doivent être sensibilisés au lien qui existe entre le soutien américain à leur sécurité et leurs actions dans les domaines tels que la politique commerciale, le transfert des technologies et la participation aux opérations de sécurité multinationales ».[9] Bref, il faut des contreparties. Robert Cooper (ancienne éminence grise du Service d’action extérieure européenne et ex-conseiller du Premier ministre britannique Tony Blair) a lui aussi fait le constat que « Il n’y a pas de défense gratuite. A un moment ou à un autre, les Européens vont devoir payer pour ces arrangements ».[10] Inévitablement. Se mettre à la merci d’un tiers, c’est de s’exposer à des chantages et des pressions multiples – et on peut toujours compter sur le président Trump pour en faire la démonstration en public.



[1] Looking North: Sharpening America’s Arctic Focus. Discours de Michael R. Pompeo à Rovaniemi, Finlande, le 6 mai 2019.
[2] @CBS News, Twitter, 18 août 2019.
[3] @realDonaldTrump, Twitter, 21 août 2019.
[4] @realDonaldTrump, Twitter, 9 juillet 2018.
[5] Donald Trump misleads on US defense spending, NATO budget, Politifact, 12 juillet 2018.
[6] Voir les articles de l’auteur sur, entre autres, les sanctions extraterritoriales, les écoutes de la NSA, les « restitutions extraordinaires », le nucléaire, les questions d’armement, l’avion Joint Strike Fighter F-35, le système de navigation Galiléo, l’Europe de la défense. Sur le caractère illusoire de ce « parapluie » voir : Un pour tous, tous pour un ? (Partie 1 : l’OTAN et ses garanties en trompe-l’œil ; Partie 2 : interrogations dans l’Alliance).
[7] @realDonaldTrump, Twitter, 10 juillet 2018.
[8] Jean-François Deniau, La découverte de l’Europe, Seuil, 1994, p.97.
[9] Report on the Bottom-Up Review, Département de la défense, octobre 1993, p.3.
[10] Robert Cooper, The Breaking of Nations, Order and Chaos in the Twenty-First Century, London, Atlantic Books, 2004, p.165.Tags:
etats-unis;otanrelations transatlantiques

https://www.iveris.eu/list/notes/444-proposition_indecente__ce_que_lidee_de_trump_dacheter_le_groenland_nous_dit_sur_lotan

1989-2019. Vu de Vilnius, Riga et Tallinn : de la Voie balte au retour dans le concert des nations

L’Europe trois décennies après l’ouverture du rideau de fer

1989-2019. Vu de Vilnius, Riga et Tallinn : de la Voie balte au retour dans le concert des nations

Par Céline BAYOU, le 15 septembre 2019      

Céline Bayou est rédactrice en chef du site Regard sur l’Est (www.regard-est.com), chargée de cours à l’INALCO et à l’IRIS.

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Eblouissante de maîtrise, C. Bayou trace avec une grande clarté les années 1989-2019 dans les trois pays baltes. Après avoir été incorporés de force à l’Union soviétique à la faveur de la Seconde Guerre mondiale, les Baltes se sont battus pour restaurer leur indépendance et reconstruire des Etats, dans un contexte marqué par une inquiétude sécuritaire à l’égard de la Russie.

LA commémoration, le 23 août 2019, du 30e anniversaire de la Voie (ou Chaîne) balte s’apparente à une mise en abyme. Il s’agissait en effet, en 1989, de commémorer le 50e anniversaire de la signature, le 23 août 1939, du Pacte Molotov-Ribbentrop qui avait scellé le sort de ces trois États, apparus (ou réapparus pour la Lituanie) sur la scène internationale en 1918. Cette commémoration avait pris la forme d’une chaîne humaine qui, de Tallinn à Vilnius sur 600 km, avait réuni près de 2 millions de manifestants pacifiques, désireux de rappeler au monde que l’incorporation de leurs pays au sein de l’Union soviétique à l’issue de la Seconde Guerre mondiale n’avait en aucun cas été volontaire et souhaitée. Aux termes du Pacte germano-soviétique et de son protocole secret, A. Hitler et J. Staline avaient en effet défini les zones d’influence de l’Allemagne et de l’Union des républiques socialistes soviétiques (URSS) à l’issue de la guerre. En 1989, il s’agissait donc de dénoncer 1939. En 2019, il s’agit de célébrer la formidable initiative populaire qui, symboliquement mais aussi politiquement et psychologiquement, a donné le coup d’envoi aux Révolutions chantantes baltes. Ces protestations non violentes ont conduit à la reconnaissance du protocole secret et de ses conséquences ; elles se sont inscrites dans les mouvements qui ont mené à la fin de l’URSS (8 décembre 1991) ainsi qu’à la reconnaissance internationale de ces trois États. Mais 1989 n’a de sens qu’au regard de 1939. Finalement, il s’agit en 2019 de rappeler les 80 ans du Pacte germano-soviétique de 1939, la commémoration de son 50ème anniversaire en 1989 et le lancement simultané d’une révolution pacifique. En 1999, lors de la commémoration des dix ans de la Voie balte, celle-ci était évoquée comme ayant précipité les pays baltes dans le XXIe siècle, par opposition au Pacte germano-soviétique qui incarnait le XXe, avec son cortège de guerres, génocides et domination de grandes puissances décidant du sort des petits États [1].

1989-2019. Vu de Vilnius, Riga et Tallinn : de la Voie balte au retour dans le concert des nations

Céline Bayou, Rédactrice en chef du site Regard sur l’EstCrédit photographique : Céline Bayou

La spécificité des années qui se sont écoulées depuis 1989 tient au fait que ces trois pays n’ont pas eu à se lancer dans la construction de nouveaux États. Issues de processus qui ne relèvent pas de sécessions ou de décolonisations, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie se sont attelées à la tâche de rétablir des souverainetés étatiques préexistantes dont la légitimité ne cesse depuis d’être rappelée [2]. On comprend bien, dès lors, le poids accordé à la mémoire dans ces pays, manifesté notamment par ces fameuses commémorations. Simultanément, les trois pays n’ont jamais perdu de vue la fragilité de leur situation : la consolidation de leurs souverainetés à partir de 1991 devait de ce fait intervenir sans délai. Les choix de transitions tant politiques qu’économiques ou sociales ont tous été faits avec un sentiment aigu d’urgence.

La détermination des élites politiques et des populations a aidé à cette révolution copernicienne : il allait de soi qu’il s’agissait de reconstruire des États démocratiques politiquement et libéraux économiquement. Ces options se sont traduites par la double priorité accordée aux projets d’adhésion à l’OTAN et à l’Union européenne. Toutes actions qui permettent aujourd’hui d’appréhender ces pays comme solidement réinscrits sur la carte de l’Europe et du monde.

Restaurer l’indépendance

Intégrés à l’URSS en août 1940 à l’issue d’un processus formellement contestable, puis occupés par les troupes allemandes de l’été 1941 à 1944, les trois pays sont ensuite annexés par l’URSS qui, après avoir fait refluer les nazis, crée ces trois « Républiques socialistes soviétiques » que la communauté internationale s’abstient de reconnaître, sans pour autant intervenir. La résistance sur ces territoires adopte diverses formes au cours des 45 ans que durera cette annexion/occupation [3] jusqu’à ce que, au début des années 1980, la contestation politique des Baltes s’exprime notamment sur les questions environnementales, mémorielles, voire religieuses (en Lituanie). À partir de 1985 et de l’arrivée au pouvoir d’un nouveau Secrétaire général du PC de l’URSS, le mouvement s’intensifie et s’accélère : en lançant les réformes contenues dans les mots d’ordre de perestroïka et de glasnost, Mikhail Gorbatchev ouvre une boîte de Pandore. Les Baltes y puisent, en se centrant d’abord sur les pages blanches de l’histoire. La multiplication des « Manifestations du calendrier » l’atteste : ces rassemblements d’abord timides puis de plus en plus suivis et nombreux ont pour objet de commémorer pacifiquement des pages tragiques de l’histoire de ces pays tout au long de la période stalinienne [4]. Dans les trois républiques, des projets jugés nocifs pour l’environnement (la construction d’un nouveau barrage sur la Daugava en Lettonie, le développement d’une mine de phosphate dans le nord-est de l’Estonie, l’installation d’un 3e réacteur sur la centrale nucléaire d’Ignalina en Lituanie) rassemblent en masse des populations qui savent qu’elles ne pourraient pas descendre dans la rue avec des slogans ouvertement politiques. Mais, lorsque les autorités soviétiques décident d’abandonner leurs projets de barrage et de réacteur, c’est la stupeur : une manifestation pacifique peut donc faire reculer Moscou ! Parallèlement, des expérimentations économiques sont testées en Estonie, vue comme un laboratoire efficace et de taille contrôlable. Les premières sociétés à capital mixte avec des pays non socialistes y sont créées, et l’autonomie des entreprises y est inaugurée [5]. Politiquement et économiquement, la mécanique est enclenchée.

En avril 1988, le Front populaire estonien de soutien à la perestroïka est créé, avec la bénédiction de M. Gorbatchev qui y voit un moyen de pression sur la vieille garde du PC d’Estonie, peu encline à adhérer au mouvement de réformes. En septembre de la même année, 250 000 Estoniens se réunissent pour le Festival du chant, dans une euphorie indescriptible. La tectonique est similaire en Lettonie et en Lituanie qui se dotent également de Fronts populaires (baptisé Sajūdis en Lituanie). Lors des premières élections libres organisées en mars 1989 en URSS, ces trois mouvements l’emportent largement dans leurs républiques respectives et envoient des députés réformateurs, autonomistes, voire demain indépendantistes, au Congrès des députés du peuple de l’URSS.

Le vote par les parlements baltes de lois stipulant la prééminence de leurs langues nationales sur le russe, puis affirmant celle de leurs législations sur celle de l’Union, la demande d’un accroissement de l’autonomie économique et celle d’une conscription des jeunes hommes effectuée dans les limites territoriales des républiques baltes s’inscrivent rapidement dans les mouvements qui commencent aussi à ébranler le reste de l’Europe centrale. En 1990, les parlements de chacune des républiques (le 11 mars en Lituanie, le 30 mars en Estonie et le 4 mai en Lettonie) proclament l’indépendance, en précisant qu’il s’agit bien là du rétablissement des indépendances antérieures confisquées à partir de 1940. L’Estonie et la Lettonie assortissent ces déclarations de périodes de transition.

En admettant enfin, le 24 décembre 1989, l’existence du protocole secret du Pacte germano-soviétique, le Soviet suprême de l’URSS a ouvert la voie à la reconnaissance d’une violation du droit international. Mais les autorités soviétiques continuent à considérer les demandes baltes sous l’angle constitutionnel interne et s’y opposent, avec la violence que l’on sait (blocus économique à l’encontre de la Lituanie, intervention des unités spéciales du ministère soviétique de l’Intérieur en Lituanie puis en Lettonie en janvier 1991, provoquant la mort de 14 personnes à Vilnius, puis 5 à Riga).

La vacance de pouvoir engendrée à Moscou par le putsch d’août 1991 est immédiatement saisie par les Républiques fédérées. Les républiques baltes sont d’ailleurs encouragées par Boris Eltsine, qui veut saisir l’opportunité de faire exister une Russie elle aussi en voie de détachement de l’URSS moribonde. Le 20 août 1991, la Lituanie réaffirme son indépendance et le Parlement estonien vote en faveur de la restauration de la sienne, suivie par la Lettonie le lendemain. Au cours de la dernière semaine du mois d’août, la Russie et les pays nordiques reconnaissent ces indépendances les uns après les autres. La Communauté européenne fait de même le 27 août 1991, puis l’URSS s’y résout le 6 septembre 1991 et établit des relations diplomatiques avec chacun des trois pays en octobre 1991. Le 17 septembre 1991, l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie ont été admises à l’ONU.

Cette séquence laisse jusqu’à aujourd’hui ouverte l’interprétation des responsabilités au regard de la chute de l’URSS : l’indépendance juridique et effective des pays baltes a été obtenue grâce à la chute de l’URSS, mais les révolutions chantantes baltes, en accélérant le processus de démocratisation au sein de l’Union, ont sapé les fondations de l’Empire soviétique [6].

Reconstruire les États

L’impératif de continuité étatique s’est imposé dès avant la restauration des indépendances baltes : la préexistence de ces trois pays les rendait légitimes sous l’angle le moins contestable possible, à savoir juridique. Dès lors, la période courant de 1944 à 1991 ne pouvait apparaître que comme une parenthèse malheureuse et subie.

Les textes des Constitutions ont pris une valeur symbolique essentielle au cours de ce mouvement de restauration étatique : en Lettonie, quitte à l’amender régulièrement (avec force débats à chaque fois) afin de la mettre à l’ordre du jour, la Loi fondamentale de 1922 a été restaurée et est entrée en vigueur le 6 juillet 1993. En Estonie, la Constitution adoptée par référendum le 28 juin 1992 comporte des éléments des Constitutions de 1920 et 1938 (elle crée ainsi un Parlement monocaméral, sur le modèle du texte de 1920, et conserve la fonction présidentielle de la Constitution de 1938). La Lituanie, qui pouvait se prévaloir d’une indépendance beaucoup plus longue et ancienne que ses deux voisines, a vu un texte nouveau entrer en vigueur le 2 novembre 1992 mais ne manque pas de rappeler régulièrement ce principe de continuité de l’État. En 2018, les trois pays ont d’ailleurs marqué avec insistance le Centenaire qui de leur indépendance, qui du rétablissement de cette dernière.

Simultanément, il s’est agi de recréer des appareils d’État et des élites politiques, au terme d’un choix résolu en faveur de personnalités jugées non compromises par l’ancien système. Cette option s’est traduite par une tendance marquée au « jeunisme » au cours des années 1990, la virginité politique apparaissant préférable à l’expérience. Certaines personnalités issues de la diaspora ont également fait leur retour. En Lituanie, Valdas Adamkus a ainsi été élu chef de l’État en 1998, après avoir passé près de 50 ans aux États-Unis. Durant ses deux mandats (jusqu’en 2009), il s’est entouré d’autres personnalités issues de la diaspora. En Lettonie, Vaira Viķe-Freiberga a connu un destin comparable, en étant élue à la présidence de 1999 à 2007, après 53 ans passés en exil. À ceux qui ont tenté de mettre en cause sa légitimité à diriger un pays dans lequel elle n’avait passé que moins de dix ans au total (dont sa prime enfance), elle a opposé son « droit de primogéniture » [7]. Dans cette réorganisation politique, certains comme Dainis Īvāns, président du Front populaire letton de 1988 à 1990 et acteur incontournable de l’indépendance de son pays, ont rapidement renoncé à prendre des responsabilités, dénonçant au passage les compromissions et trahisons de certaines des nouvelles élites. Bref, le jeu politique classique s’est rapidement mis en place, caractérisé dans les trois pays par le foisonnement de petits partis politiques se créant, disparaissant, réapparaissant sous d’autres noms et dirigés par tel ou tel chef de file n’hésitant pas à sauter d’une formation à une autre, ainsi que par la succession de coalitions gouvernementales à la durée de vie particulièrement brève. Les années 1990 et le début des années 2000 sont celles de la stabilité dans l’instabilité. Cette effervescence politique n’a de fait créé aucune fragilité, la grande majorité des partis défendant les mêmes priorités, à savoir des transitions rapides et déterminées vers la démocratie et le pluralisme politique et vers le libéralisme et l’ouverture économiques.

En matière économique, ces pays sont d’ailleurs rapidement apparus comme les parangons du libéralisme. C’est ainsi qu’on a pu évoquer au milieu des années 2000 des « tigres baltes » en croissance exponentielle, jusqu’à ce que la surchauffe interne et la crise financière internationale de 2008 ne vienne déstabiliser ces édifices. Ils n’ont pour autant pas voulu dévier de leurs trajectoires libérales. Le remède à la crise a été l’austérité, avec l’assentiment d’électeurs renouvelant leur accord avec les mesures pourtant sévères qui leur étaient infligées. Le rejet de la planification socialiste s’est accompagné d’une adhésion totale au capitalisme mondialisé, quitte à sacrifier socialement certaines populations. Le credo libéral, légèrement modéré en Lituanie, s’est d’autant plus ancré dans les mentalités qu’il s’agissait d’aller vite pour consolider l’indépendance. L’Estonie a en outre fait le choix d’une transition numérique déclinée à tous les niveaux de la société et accompagnée notamment de la mise en place d’un e-gouvernement [8]. Associé à l’idée de transition démocratique et de modernité, ce basculement fait désormais de ce pays un modèle en la matière, qui suscite l’intérêt d’autres pays à la fois en termes d’exemplarité et d’opportunités de coopération.

Les pays baltes comptent nombre de monuments et musées en mémoire de la terreur communisteLettonie, à Cēsis, monument en mémoire de la terreur communiste (1940-1991). Crédit photographique : Céline Bayou

Lettonie, conflits de mémoiresLettonie, conflits de mémoires : chaque année, des milliers de russophones de Lettonie se rassemblent à Riga le 9 mai pour célébrer la fin de la Grande Guerre patriotique. Pour nombre de Lettons, cette date est avant tout perçue comme marquant le début de la seconde occupation soviétique. Crédit photographique : Céline Bayou

La présence d’importantes minorités russophones a d’emblée mobilisé ces pays : fallait-il intégrer ces populations qui, pour la plupart, ne maîtrisaient pas la langue vernaculaire ou, au contraire, établir des États basés sur une conditionnalité ethnique et linguistique ? À la veille des indépendances, les Lituaniens ethniques représentaient 79,5 % de la population présente sur le territoire de la République éponyme, les Estoniens 61,5 % et les Lettons 52 % seulement. Autant Vilnius n’a pas eu de difficulté, en 1991, à adopter l’« option zéro » consistant à déclarer Lituanienne toute personne résidant sur place, autant ce choix s’est avéré moins évident pour Tallinn et Riga. L’Estonie et la Lettonie, conscientes d’être passées près de la disparition, ont alors pris la décision de n’accorder la citoyenneté qu’à ceux pouvant prouver qu’ils avaient été citoyens estoniens ou lettons jusqu’au début des occupations, ainsi qu’à leurs descendants. Les autres, immigrés russophones arrivés durant la période soviétique, ont été invités à passer un examen de naturalisation, consistant en une série d’épreuves de langue, connaissance de l’histoire et des institutions. Ce choix de créer des ethno-États a souvent été critiqué, notamment en Russie mais aussi dans le reste de l’Europe, pour avoir ostracisé une partie de la population mise de fait en demeure de prouver sa loyauté à l’égard du nouvel État. C’est ainsi que quelques centaines de milliers de personnes vivant dans ces deux pays ont aujourd’hui encore le statut de « non-citoyens », qui leur vaut l’édition d’un passeport spécifique et la privation de quelques droits (accès à certains emplois de la fonction publique, droit de vote). Yves Plasseraud note toutefois que ce choix a aussi permis à cette ancienne catégorie dominante (à défaut d’avoir jamais été numériquement majoritaire) de se penser en tant que nouvelle minorité et de se constituer en tant que telle, évitant ainsi des malentendus qui auraient pu mener à des conflits [9].

Cette problématique, en phase d’extinction par évolution démographique naturelle [10], laisse progressivement place à celle, qui lui est corrélée, liée à l’émigration massive depuis le début des années 2000. Ces départs d’une population plutôt jeune et généralement bien formée qui souhaite voir le monde et ne résiste pas à l’attraction des salaires plus élevés sont devenus un motif d’inquiétude pour les trois pays. La Lituanie a par exemple perdu 20 % de sa population depuis 1989 en raison de l’émigration. Les conséquences économiques sont désormais visibles, la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs s’accompagnant d’une pression sur les salaires suffisante pour mettre en péril certaines entreprises mais pas pour inviter les expatriés à rentrer. Angoissés au début des années 1990 par la menace d’une disparition liée à l’immigration régulière de populations russophones dans le cadre soviétique, les trois pays sont aujourd’hui confrontés à un autre risque d’effacement, par effusion cette fois.

La barrière psychologique qui inviterait les autorités à favoriser l’immigration pour pallier ce déficit n’a pas encore été franchie, sans doute parce qu’elle ne résoudrait rien à cette angoisse existentielle : les économies baltes ont certes besoin de force de travail [11], mais les identités baltes ont besoin d’Estoniens, de Lettons et de Lituaniens. Les deux ethno-nations que sont l’Estonie et la Lettonie pourraient trouver ici une limite à leur modèle.

La priorité euro-atlantique et l’obsession sécuritaire

Élèves modèles de la transition post-socialiste, les trois pays se sont d’emblée positionnés du côté des anciennes démocraties populaires, cet « Occident kidnappé » [12] qui les démarquait définitivement de l’ensemble post-soviétique. Leur retour à l’Europe n’a pu que susciter l’admiration et l’étonnement, après quelque 45 ans d’incorporation à l’Union soviétique qu’ils se sont méthodiquement employés à faire oublier. Leur succès ne doit rien au hasard, résultant bien d’une volonté constante d’être définitivement reconnus comme des Européens à part entière [13].

Dès le début des années 1990, le rapprochement des structures euro-atlantiques a été une priorité de la politique étrangère des trois pays, parce que perçue comme condition sine qua non à la consolidation de leurs indépendances [14]. Si les coalitions gouvernementales se sont succédées à un rythme effréné, aucune n’a jamais remis en cause les deux mots d’ordre immuables, à savoir l’adhésion à la Communauté – puis à l’Union – européenne, ainsi que celle à l’OTAN – le retour à l’Europe étant perçu comme synonyme de retour à l’Occident. Cette quête pour une double adhésion aux structures euro-atlantiques a généré une sorte de feuille de route de la transition, le modèle des démocraties occidentales s’imposant vite comme principe normatif.

En 1997, la Commission européenne a désigné les pays aptes, selon elle, à entamer des négociations d’adhésion à l’UE : l’Estonie a été autorisée à lancer ces négociations dès 1998, tandis que la Lettonie et la Lituanie, d’abord jugées insuffisamment préparées, n’ont pu débuter le processus qu’un an plus tard. Ce retard, officiellement justifié par de moindres performances économiques attestant l’engagement des pays sur la voie de la transition, était surtout lié à deux conditions imposées par Bruxelles : la modification d’une législation très restrictive concernant la naturalisation en Lettonie, et l’engagement à fermer la centrale nucléaire d’Ignalina en Lituanie. La communication confuse de Bruxelles sur ces choix a contribué à accroître la concurrence entre les trois pays : satisfaite d’être jugée la meilleure élève, l’Estonie n’a pas manqué de souligner avec une pointe de condescendance qu’elle n’avait pas à payer les erreurs des deux autres. Ces dernières, qualifiant la décision bruxelloise de douche froide, l’ont surtout interprétée comme un reproche implicite concernant leur mode de transition économique, mâtiné de quelques mesures sociales que n’avait pas choisies Tallinn. Comme si Bruxelles voulait ainsi récompenser l’ultra-libéralisme estonien. Si cet épisode n’a pas eu d’implication majeure sur le processus (au final, les trois pays ont adhéré simultanément à l’Union, le 1er mai 2004), il n’a pas contribué à resserrer les liens mutuels entre trois pays plus souvent concurrents que solidaires [15]. Depuis leur adhésion, les États baltes se distinguent par leur europhilie et leur volonté de s’inscrire dans le premier cercle de convergences européennes : ils ont adhéré à l’euro, respectivement en 2011 (Estonie), 2014 (Lettonie) et 2015 (Lituanie), ainsi qu’à l’espace Schengen (décembre 2007). Ils respectent scrupuleusement les critères de Maastricht [16] et les sondages confirment leur satisfaction concernant leur appartenance à l’UE.

Les pays baltes ne se sont en outre jamais départis de leur appétence pour l’OTAN, et aucun discours n’a pu les convaincre que l’appartenance à l’Union européenne pourrait être une garantie de sécurité suffisante à leur pérennité. Perpétuellement angoissés par leur proximité géographique et historique avec ce grand voisin russe qu’ils n’ont jamais cessé de considérer comme une menace, ils ont constamment fait valoir que l’unique garantie pouvant les prémunir d’un potentiel nouvel effacement de la scène internationale était l’Alliance atlantique. Là encore, l’urgence a prévalu, justifiée par la nécessité de combler un vide sécuritaire dont aurait pu profiter la Russie. L’idée de neutralité, expérimentée durant les années 1930, a été d’emblée rejetée pour cette raison même. Dès le retrait, en 1993-1994, des troupes ex-soviétiques de leurs territoires, les trois pays n’ont eu de cesse de courtiser Washington afin d’être admis au sein de l’Alliance. Ce fut chose faite en mars 2004, soit quelques semaines avant leur adhésion à l’Union européenne, le 1er mai 2004.

Mais cela n’a pas suffi à calmer leurs angoisses, surtout depuis la guerre russo-géorgienne de l’été 2008, puis l’annexion de la Crimée en mars 2014 et le déclenchement de la guerre du Donbass. Même si les conditions sont incomparables, ils n’ont pas manqué de poser la question fatale : serons-nous les prochains ? Leur insistance a été payée de retour puisque, depuis 2017, les pays de l’Alliance déploient sur une base rotationnelle des contingents de 300 hommes armés dans chacun des trois pays, dans le cadre de l’enhanced Forward Presence (eFP). Cette politique de dissuasion consentie par l’OTAN est mal perçue par la Russie qui, elle, se sent agressée par l’élargissement de l’Alliance. Elle ne répond en outre qu’à une partie de la menace perçue, qui se décline également sous les angles de la cybersécurité, de la manipulation de l’information et des populations russophones, ainsi que des interdépendances économiques et énergétiques. La Présidente estonienne, Kersti Kaljulaid, aime d’ailleurs à préciser que ce que menace avant tout la Russie, ce sont les valeurs européennes. Ce fort atlantisme balte limite en outre l’adhésion des pays aux projets de renforcement de la défense européenne, plutôt perçus de Tallinn à Vilnius comme pouvant concurrencer l’OTAN et inciter les États-Unis à se retirer du continent européen.

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L’aboutissement historique et mémoriel atteint en 2019 par la commémoration de la Voie balte de 1989, commémorant elle-même le Pacte germano-soviétique de 1939, est une véritable invitation au bilan pour les pays baltes : parcourus par cette interrogation existentielle, ils trouvent là l’occasion de se réjouir sans doute du succès de parcours qui leur ont permis de consolider leurs indépendances. Les politiques menées dans ces pays les ont bien réancrés sur les scènes européenne et internationale, grâce à trente années d’efforts acharnés et à une loyauté constante vis-à-vis de Bruxelles comme de Washington, c’est-à-dire vis-à-vis de normes et de valeurs qu’ils ont tous trois décidé de faire leurs. Rien n’était pourtant gagné pour des pays si petits en taille et population, et à l’existence étatique si brève pour deux d’entre eux.

Mais c’est également en 2019 que la scène politique estonienne a procédé à un virage inattendu, permettant à un parti d’extrême-droite, EKRE, d’entrer au gouvernement en avril 2019. Résultat des alliances politiques tout autant que du vote des électeurs [17], ce tournant a indéniablement contribué à modifier l’image de bon élève européen de l’Estonie. Avant de conclure à un choix véritablement eurosceptique et nationaliste, peut-être convient-il de rapprocher cette situation inédite de la montée en puissance, depuis 2016, de partis politiques moins libéraux économiquement dans les deux pays voisins. Si chaque cas est spécifique, tous semblent révéler une attente d’inflexion sociale. Les « success stories » baltes ont laissé du monde sur le bord du chemin et les laissés pour compte de ces transitions menées tambour battant, étrangement silencieux jusque-là, commencent peut-être à vouloir faire entendre leur voix. Les statistiques attestent notamment le creusement inexorable des inégalités régionales dans ces pays. Mais elles montrent aussi que les États baltes demeurent parmi les plus europhiles d’Europe. Reste donc à comprendre la nature exacte du tournant que les Baltes semblent avoir commencé à opérer. Le cas estonien, extrême, peut même être lu comme une forme de normalisation dans une Europe traversée par les populismes [18], ce qui, finalement, permet aussi de conclure à la consolidation de la trajectoire balte : l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie sont des États européens comme les autres, en proie aux mêmes doutes et interrogations.

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Mots-clés : Estonie Lettonie Lituanie Russie GéopolitiqueHistoire1989Union soviétique (URSS)BaltesEurope géographique2019

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L’Otan approvisionne en armes Daesh au Yémen

L’Otan approvisionne en armes Daesh au Yémen

RÉSEAU VOLTAIRE | 17 SEPTEMBRE 2019 ITALIANO

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Une enquête de Dilyana Gaytandzhieva, publiée par Arms Watch, établi documents à l’appui que la mission de l’Otan en Afghanistan (Resolute Support Mission) sert de couverture à un trafic d’armes états-unien pour approvisionner Daesh au Yémen.

L’enquête révèle au passage que les Forces spéciales US (Task Force Smoking Gun en Croatie) ont également acheminé des armes à Al-Qaïda (Front al-Nosra) en Syrie.

Quantité de sociétés sont impliquées dont Sierra Four Industries, Orbital ATK, Global Ordnance, et UDC aux États-Unis, ainsi que les gouvernements azéris, serbes et saoudiens.

La journaliste bulgare Dilyana Gaytandzhieva s’était fait connaître, il y a deux ans, en publiant des documents attestant du plus grand trafic d’armes de l’Histoire, l’opération Timber Sycamore [1].

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 1. “Islamic State weapons in Yemen traced back to US Government : Serbia files” ;
 2. “US Task Force Smoking Gun smuggles weapons to Syria : Serbia files” ;
 3. “Leaked arms dealers’ passports reveal who supplies terrorists in Yemen : Serbia files”.
by Dilyana Gaytandzhieva, Arms Watch, September 15, 2019.

<img src="https://www.voltairenet.org/rien.gif" alt="

[1] « Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

https://www.voltairenet.org/article207648.html

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