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Où en est l’objectif de 2% de l’OTAN ? Trump dit-il vrai ?

Où en est l’objectif de 2% de l’OTAN ? Trump dit-il vrai ?

(B2) Le président américain Trump le serine à tout bout de champ. Et ce devrait être un des sujets majeurs du sommet de l’OTAN les 11 et 12 juillet prochains : il faut dépenser plus pour la défense. Est-ce justifié ? Qui respecte aujourd’hui cet objectif ? Quelles sont les arrières-pensées du président Trump ?

Qui respecte aujourd’hui l’objectif de 2% ?

Le mouvement est engagé jure-t-on à l’Alliance. Selon le dernier rapport publié aujourd’hui, quatre pays membres remplissaient l’objectif de 2% en 2017 -2018 : les États-Unis (3,50%), la Grèce (2,27%), l’Estonie (2,14%) et le Royaume-Uni (2,10%), et quatre autres devraient l’atteindre en 2018 ou en sont tout proches : Lettonie (2,00%), Pologne (1,98%), Lituanie (1,96%) et Roumanie (1,93%). C’est encore faible. Trump le sait et appuie là où cela fait mal : les pays membres de l’Alliance ne respectent que peu leurs engagements… NB : les pourcentages indiqués sont extraits d’estimations pour 2018 réalisées par l’OTAN).

Et la France ?

La France n’est pas très loin de cet objectif, selon les statistiques OTAN (1,81%). Mais elle l’aurait déjà atteint si on prend en compte tous les éléments selon la Cour des comptes. Lire : La France a déjà atteint l’objectif de 2% de l’OTAN ! dixit la Cour des comptes.

Comment expliquer que les pays augmentent leurs dépenses et que l’augmentation soit si nulle ?

Une explication : la croissance économique retrouvée. Même si certains pays ont augmenté leur budget de défense, cette augmentation est annulée par la croissance économique, comme l’a confirmé à B2 un diplomate occidental. « À politique inchangée, l’augmentation du budget de la défense dû qu’à une augmentation légère du pourcentage du PIB consacré à la défense, du fait de l’augmentation de la croissance économique ».

Quand l’objectif de 2% est redevenu d’actualité ?

Ce n’est pas Donald Trump qui en a été le vecteur (contrairement à ce qu’on pourrait croire), c’est le contexte international, notamment à l’Est de l’Europe. C’est en particulier l’offensive russe en Ukraine, avec l’annexion de la Crimée au printemps 2014 et l’agitation rebelle dans l’Est du pays, qui remettent cette question ardemment sur le devant de l’actualité. En septembre 2014, lors du sommet du Pays de Galles, les pays de l’OTAN s’engagent ainsi à cesser de couper dans leurs dépenses de défense et de les augmenter progressivement vers l’objectif de 2% de leur PIB d’ici 2024.

Cet objectif est-il garant d’une défense efficace ?

Pas du tout. Cet objectif mathématique ne rend pas compte de l’effort particulier de certains pays (PIB par habitant par exemple), ni ne rend compte de la qualité de l’investissement, comme de la volonté politique. Certains pays ont un investissement inférieur à 2% du PIB et ont, malgré tout, une défense opérationnelle (exemple : le Danemark). D’autres remplissent cet objectif (exemple : la Grèce) mais n’ont pas vraiment les moyens d’être efficaces. La réalité est donc complexe, comme le démontre notre analyse complète (qui vient de paraître) : Le vrai faux débat du partage du fardeau. Entre mythes et réalités.

Pourquoi Trump agite-t-il cet objectif ?

C’est un argument de commercial en chef. Ce message ‘made in USA’ n’est pas nouveau en soi. Mais en mettant en défaut, de façon beaucoup plus incisive, ses principaux alliés, Donald Trump crédibilise l’idée — qu’il répand à foison dans l’opinion américaine — que les États-Unis paient pour tout le monde, à l’aide d’un outil facilement mesurable, quasi mathématique. Il justifie au passage les mesures de rétorsion économique (comme la hausse des droits de douane sur l’acier) envers ces ‘profiteurs’ d’Européens. En obligeant les Européens à accélérer le pas, il les met enfin en demeure de s’équiper. Et quoi de mieux que le matériel américain, disponible, opérationnel, interopérable, et souvent moins cher (à l’achat du moins) pour cela. Le 2% est, en fait, surtout un moyen de dire ‘achetez US, et vite’.

Quand Trump dit si les Européens dépensent plus, les Américains dépenseront moins, dit-il vrai ?

Non. Cela n’a aucun rapport. L’objectif de 2% ne correspond pas au budget des frais communs de l’Alliance atlantique ni à ce qui serait à un budget commun de défense. Le budget de défense américain obéit à certains impératifs qui ne sont pas automatiquement ceux de l’OTAN. A l’inverse, les budgets de défense des pays européens ne satisfont pas automatiquement tous les objectifs américains.

Cette maxime de Donald Trump est donc une pure absurdité, économique comme politique. Si on la prend au pied de la lettre, elle signifierait que le gouvernement fédéral américain entend diminuer le budget de la défense (ce qui n’est pas la tendance actuelle). Elle engendrerait également une baisse des emplois US (le secteur de la défense US étant particulièrement protégé et peu propice aux importations). Ce qui est totalement contraire à la politique de Trump.

(Nicolas Gros-Verheyde)

Pour tout savoir :

Nicolas Gros-Verheyde

© B2 / Bruxelles2. Vous désirez approfondir, bénéficier de décryptages complets, d’informations plus exclusives… Continuez votre lecture sur B2 Pro. C’est aussi le meilleur moyen de soutenir ce blog et d’en permettre sa pérennité. Nicolas Gros-Verheyde, diplômé en droit européen à l’université Paris I Pantheon Sorbonne, journaliste professionnel depuis 1989, a fondé B2 – Bruxelles2 en 2008. Il également correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest et La Lettre de l’expansion et intervenant pour BX1 (Tv Bruxelles). Il a été auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).
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Les USA et l’Otan évincent l’UE en crise

« L’art de la guerre »

Les USA et l’Otan évincent l’UE en crise

Le président Trump reste contraint par le système US de défendre l’Otan, principal outil actuel de l’impérialisme transnational. Malgré ses tentatives, ses vassaux refusent de s’affranchir et de voler de leurs propres ailes. Il poursuit donc la politique de ses prédécesseurs : infantiliser les Européens et les tourner contre la Russie. Anticipant une possible dissolution de l’Union européenne, une partie de ses membres s’est un peu plus engagé dans l’Otan.

| Rome (Italie)

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Refusant à la fois de prendre son indépendance des États-Unis et de tomber sous la coupe des contestataires européens, un groupe d’États conduit par la France a choisi de renforcer sa subordination à l’Otan.

Deux sommets, tous deux à Bruxelles à deux semaines de distance, représentent le statu quo de la situation européenne. La réunion du Conseil européen, le 28 juin, a confirmé que l’Union, fondée sur les intérêts des oligarchies économiques et financières à commencer par celles des plus grandes puissances, est en train de s’effriter à cause de conflits d’intérêt ne se limitant pas à la question des migrants.

Le Conseil de l’Atlantique-Nord —auquel participeront les 10-11 juillet les chefs d’État et de gouvernement des 22 pays UE (sur un total de 28) membres de l’Alliance (avec la Grande-Bretagne sortant de l’Union)— renforcera l’Otan sous commandement US. Le président Donald Trump aura ainsi en main des cartes plus fortes au Sommet bilatéral qu’il tiendra cinq jours plus tard, le 16 juillet à Helsinki, avec le président russe Vladimir Poutine.

De ce que le président US stipulera à la table des négociations dépendra fondamentalement la situation de l’Europe. Que les USA n’aient jamais voulu une Europe unie comme allié d’égal à égal n’est pas un mystère. Pendant plus de 40 ans, durant la Guerre froide, ils la tiennent subordonnée comme première ligne de la confrontation nucléaire avec l’Union Soviétique. En 1991, la Guerre froide finie, les États-Unis redoutent que les alliés européens puissent mettre en question leur leadership ou juger désormais inutile l’Otan, dépassée par la nouvelle situation géopolitique. D’où la réorientation stratégique de l’Otan toujours sous commandement US, reconnue par le Traité de Maastricht comme « fondement de la défense » de l’Union européenne, et son élargissement à l’Est liant les ex-pays du Pacte de Varsovie plus à Washington qu’à Bruxelles.

Au cours des guerres de l’après-Guerre froide (Irak, Yougoslavie, Afghanistan, à nouveau Irak, Libye, Syrie), les États-Unis traitent en sous-main avec les plus grandes puissances européennes (Grande-Bretagne, France, Allemagne) en partageant avec elles les zones d’influence, tandis que des autres (Italie comprise) ils obtiennent ce qu’ils veulent sans substantielles concessions.

L’objectif fondamental de Washington est non seulement de garder l’Union européenne en position subordonnée mais, à plus forte raison, d’empêcher la formation d’une aire économique qui embrasse toute la région européenne, Russie comprise, en se reliant à la Chine par l’intermédiaire de la naissante « nouvelle route de la soie ». D’où la nouvelle Guerre froide qu’on a fait exploser en Europe en 2014 (durant l’administration Obama), les sanctions économiques et l’escalade de l’Otan contre la Russie.

La stratégie du « diviser pour régner », c’est-à-dire du diviser pour dominer, d’abord camouflée sous des habits diplomatiques, se trouve désormais mise en lumière. En rencontrant en avril le président Macron, Trump a proposé que la France sorte de l’Union européenne, en lui offrant des conditions commerciales plus avantageuses que celles de l’UE. On ne sait pas ce qui est en train de se décider à Paris. Mais significatif est le fait que la France ait lancé un plan qui prévoit des opérations militaires conjointes d’un groupe de pays de l’UE indépendamment des mécanismes décisionnels de l’UE : l’accord a été signé à Luxembourg, le 25 juin, par la France, l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, l’Espagne, le Portugal, l’Estonie et le Royaume-Uni, qui pourra ainsi y participer même après la sortie de l’UE en mars 2019. L’Italie, a précisé la ministre française de la défense Florence Parly, n’a pas encore apposé sa signature pour « une question de détails, pas de substance ».

Le plan a été en fait approuvé par l’Otan, car « il complète et potentialise la rapidité des forces armées de l’Alliance ». Et, souligne la ministre italienne de la défense Elisabetta Trenta, comme « l’Union européenne doit devenir un producteur de sécurité au niveau mondial, pour le faire elle doit renforcer sa coopération avec l’Otan ».

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article201797.html

Macron s’entretiendra avec Poutine en marge de la finale du Mondial (Elysée)

Macron s’entretiendra avec Poutine en marge de la finale du Mondial (Elysée)

Bruxelles – Le président français Emmanuel Macron s’entretiendra avec son homologue russe Vladimir Poutine dimanche en marge de la finale du Mondial à Moscou, a annoncé mercredi l’Elysée.

Ce rendez-vous a été pris mardi soir au cours d’un bref échange téléphonique entre les deux dirigeants à l’issue de la demi-finale France-Belgique (1-0) à laquelle a assisté Emmanuel Macron à Saint-Petersbourg.

Les détails de la rencontre de dimanche n’ont pas encore été fixés, notamment pour déterminer si elle se déroulera au Kremlin ou au stade, Vladimir Poutine étant attendu à la finale.

Cet entretien interviendra à la veille de la rencontre entre le président russe et son homologue américain Donald Trump à Helsinki, pour un premier sommet bilatéral historique.

Emmanuel Macron devait s’entretenir avec Donald Trump mercredi après-midi, en marge du sommet de l’Otan qui a débuté à la mi-journée à Bruxelles.

(©AFP / 11 juillet 2018 14h10)

https://www.romandie.com/news/Macron-s-entretiendra-avec-Poutine-en-marge-de-la-finale-du-Mondial-Elys-e/935581.rom

Virulente charge de Trump contre l’Allemagne au sommet de l’Otan

Virulente charge de Trump contre l’Allemagne au sommet de l’Otan

Bruxelles – Donald Trump a lancé mercredi, au premier jour du sommet de l’Otan, une attaque frontale contre l’Allemagne, accusée d’être « prisonnière » de la Russie pour ses approvisionnements en énergie et d’enrichir un pays considéré comme l’ennemi de l’Alliance.

Très remonté, le président américain est resté sourd aux tentatives d’explications du secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg qu’il a rencontré avant l’ouverture officielle du sommet à Bruxelles à 12H30 GMT.

« L’Allemagne enrichit la Russie. Elle est prisonnière de la Russie », a-t-il martelé dans une longue diatribe contre la première puissance économique de l’UE.

« L’Allemagne est complètement contrôlée par la Russie. Elle paie des milliards de dollars à la Russie pour ses approvisionnements en énergie et nous devons payer pour la protéger contre la Russie. Comment expliquer cela ? Ce n’est pas juste », a-t-il encore asséné. Le président américain a dénoncé à plusieurs reprises le projet de doublement du gazoduc Nord Stream reliant directement la Russie à l’Allemagne et exige son abandon. Ce projet divise les Européens.

Les pays de l’UE importent deux tiers (66%) de leurs besoins de consommation. En 2017, ceci a représenté 360 milliards de m3 de gaz, dont 55 milliards de m3 de gaz naturel liquéfié (GNL), pour une facture de 75 milliards d’euros, selon les statistiques européennes. A ce jour, la moitié du gaz acheté est russe, mais les Européens cherchent à briser cette dépendance.

Les Etats-Unis sont engagés dans une stratégie de conquête de marchés pour leur gaz naturel. Ils ont exporté 17,2 milliards de m3 en 2017, dont 2,2% par méthaniers vers les terminaux de l’Union européenne.

De fait, les Européens appréhendaient un sommet de l’Otan acrimonieux et difficile.

Le président des Etats-Unis avait quitté Washington d’humeur belliqueuse, déclarant, avec le goût de la provocation qui est le sien, que sa rencontre avec le président Russe Vladimir Poutine prévue lundi à Helsinki pourrait être « plus facile » que le sommet de l’Otan.

Ce comportement exaspère sur le Vieux continent.

Rompant avec le ton policé de ses prédécesseurs, le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk, l’a interpelé mardi pour lui dire combien ses critiques presque quotidiennes étaient déplaisantes et l’a invité à « mieux considérer » ses alliés « car l’Amérique n’en a pas tant que ça ».

Il lui a également rappelé que l’Europe avait été « la première à réagir » après les attentats du 11 septembre 2001 sur le sol américain.

– « Discussions franches » –

Le secrétaire général de l’Otan, le Norvégien Jens Stoltenberg, est embarrassé par cette tension et n’a pas caché son appréhension sur le déroulement du sommet.

« Je ne serais pas surpris qu’il y ait des discussions vigoureuses, notamment sur les dépenses de défense », a-t-il reconnu mardi.

Les Alliés se sont engagés en 2014 à consacrer 2% de leur PIB à leur défense en 2024, mais une quinzaine d’Etats membres, dont l’Allemagne, le Canada, l’Italie, la Belgique et l’Espagne sont sous la barre de 1,4% en 2018 et seront incapables de respecter leur parole, ce qui ulcère Donald Trump.

« Les pays de l’Otan doivent payer PLUS, les Etats-Unis doivent payer MOINS. Très injuste ! », a-t-il tweeté avant son départ pour Bruxelles. « Ce n’est pas juste pour le contribuable américain ». Sa charge contre l’Allemagne mercredi matin s’est inscrite dans cette logique. « L’Allemagne est un pays riche. Elle peut augmenter sa contribution dès demain sans problème », a-t-il affirmé.

Jens Stoltenberg est apparu dépassé par la violence de la diatribe du président américain dont l’humeur va peser sur la réunion.

Leur entretien avait pourtant bien débuté. « Je crois que le secrétaire général aime Trump. Il est sans doute le seul, mais ça me va… », avait ironisé Donald Trump en lui serrant la main.

M. Stoltenberg a confirmé que les Alliés souhaitaient avoir des éclaircissements sur les intentions de Donald Trump avant sa rencontre avec son homologue russe.

« Il est absolument essentiel que le président Trump rencontre Vladimir Poutine », a-t-il répété. « Nous serons en mesure de discuter avec lui pendant le sommet de la relation entre l’Otan et la Russie. Il est important que l’Otan reste unie », a-t-il insisté.

Toutes les décisions qui seront souscrites durant le sommet visent à renforcer la capacité de dissuasion de l’Alliance, selon Jens Stoltenberg.

« Les Alliés ne doivent pas augmenter leurs dépenses pour plaire aux Etats-Unis, mais parce que c’est dans leur intérêt », a-t-il plaidé.

Dans le cadre de l’initiative américaine « 4×30 », les membres de l’Otan vont s’engager à être en mesure en 2030 de déployer sous 30 jours 30 bataillons mécanisés, 30 escadrilles et 30 navires de combat pour pouvoir faire face à une opération militaire de la Russie, identifiée comme un potentiel agresseur.

« Nous avons augmenté la préparation de nos forces sur le flanc Est et nous prenons des décisions pour acheminer rapidement des renforts le cas échéant. Tout cela contribue à rendre notre dissuasion crédible », estime le secrétaire général de l’Alliance.

(©AFP / 11 juillet 2018 08h38)

https://www.romandie.com/news/Virulente-charge-de-Trump-contre-l-Allemagne-au-sommet-de-l-Otan_RP/935480.rom

Otan: face à Trump, le sommet des peurs européennes

Otan: face à Trump, le sommet des peurs européennes

Donald Trump, en route vers un sommet du G7, à la base aérienne de Bagotville, au Canada, le 8 juin 2018 / © AFP/Archives / Lars Hagberg

Les dirigeants de l’Otan appréhendent leur sommet avec Donald Trump, mercredi et jeudi à Bruxelles, car ils s’attendent à être mis sous pression, sinon rudoyés, par un président américain vindicatif, exigeant le partage du fardeau financier, au risque d’affaiblir la crédibilité de l’Alliance.

Les Européens craignent même que M. Trump ne cherche à les diviser, par de possibles concessions à la Russie juste avant sa rencontre historique avec Vladimir Poutine le 16 juillet à Helsinki, selon plusieurs analystes.

Déçue de l’échec du G7, la France espère que le sommet de l’Otan « montrera l’unité des alliés » et que « tous les partenaires fassent les efforts auxquels ils se sont engagés », a indiqué lundi l’Elysée.

Mais « notre crainte, c’est que cela ne soit pas atteint », poursuit-on de même source. « Personne ne sait ce que ce va dire Trump. Même ses équipes ne le savent pas », s’est d’ailleurs inquiétée une source diplomatique.

Fin juin, M. Trump a adressé un courrier comminatoire à neuf membres de l’Otan, dont l’Allemagne, le Canada et la Norvège, pour les sommer de respecter leur engagement de porter leurs dépenses militaires à 2% de leur PIB en 2024.

L’Otan / © AFP / AFP

Le partage des dépenses sera un des principaux points du sommet, a confirmé le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, dont le pays, la Norvège, est au nombre des mauvais élèves fustigés par Washington.

– « Un sommet pénible » –

« Ce sommet va être pénible », prédit un diplomate européen sous couvert de l’anonymat. « Sa réussite dépendra de l’humeur de Donald Trump », précise un responsable de l’Alliance.

« Avec la présidence Trump, une forme d’incertitude profonde saisit l’ensemble des acteurs européens », souligne l’eurodéputé français Arnaud Danjean, spécialiste des questions de défense.

Dépenses militaires des Etats de l’Otan / © AFP / Gillian HANDYSIDE

« Il ne s’agit pas seulement de doutes sur la fiabilité des engagements américains au sein de l’Alliance, mais également des orientations d’une politique étrangère américaine erratique, pouvant, par isolationnisme comme par aventurisme, heurter plus ou moins directement les intérêts de sécurité européens », analyse-t-il.

En outre, pour Pierre Vimont, ancien numéro 2 de la diplomatie européenne, la première grande rencontre bilatérale Trump-Poutine, quelques jours plus tard, est « beaucoup plus importante » pour le président américain que le sommet de l’Otan.

« Il va vouloir obtenir quelque chose de sa rencontre avec le président russe, une percée sur le dossier ukrainien, bloqué malgré les efforts déployés par la France et l’Allemagne », estime le diplomate français, chercheur associé au centre de réflexion Carnegie Europe.

En restant récemment évasif sur la question de la Crimée, annexée par la Russie en 2014, Donald Trump « a envoyé un message à Poutine », relève Thomas Carothers, vice-président de la Fondation Carnegie.

Le conflit en Ukraine / © AFP / Jochen GEBAUER, Jonathan JACOBSEN

« L’objectif de Poutine est la division entre les Etats-Unis et les Européens et les divisions entre les Européens. Il va se délecter pendant le sommet de l’Otan », pronostique cet expert américain.

– Hantise de la division –

L’étalage des divisions est la hantise de Jens Stoltenberg. Le chef de l’Otan ne peut nier les sérieuses divergences opposant les Etats-Unis aux autres membres de l’Alliance. Mais il veut croire qu’elles seront tues pendant le sommet.

Pourtant, l’imprévisibilité du président américain alimente toutes les hypothèses.

Le président américain Donald Trump au sommet de l’Otan à Bruxelles le 25 mai 2017 / © POOL/AFP/Archives / Matt Dunham

« Il pourrait faire annuler l’exercice +Trident Juncture+ prévu à l’automne en Norvège et annoncé comme le plus important jamais réalisé par l’Otan depuis la fin de la Guerre froide au motif que cela pourrait être considéré comme une menace par la Russie et que cela va coûter très cher aux contribuables américains », raisonne ainsi Ian Bond, expert de la Russie au think tank Centre for European Reform (CER).

Au-delà, les doutes entretenus par Donald Trump sur sa volonté réelle de faire intervenir automatiquement les Etats-Unis en cas d’attaque contre un des Alliés, comme le stipule l’article 5 du traité de l’Otan, ou sur un redéploiement des troupes américaines stationnées en Allemagne, poussent désormais certains Européens à accélérer la cadence pour se rendre autonomes.

« L’Europe de la Défense est une construction nécessaire dans ce contexte », soutient Florence Parly, la ministre française des Armées.

La France a enrôlé huit autres membres de l’UE, dont l’Allemagne et le Royaume-Uni, dans un Groupe européen d’intervention capable de mener rapidement une opération militaire, une évacuation dans un pays en guerre ou d’apporter une assistance en cas de catastrophe.

« Ces efforts sont complémentaires à ceux menés au sein de l’Otan », assure Mme Parly.

Donald Trump dira sûrement son sentiment lors de la signature à Bruxelles d’une nouvelle déclaration commune sur la coopération UE-Otan.

(©AFP / 09 juillet 2018 15h26)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Otan-face-Trump-le-sommet-des-peurs-europ-ennes/934853.rom

Vers un nouveau Yalta

Vers un nouveau Yalta

L’Europe va mal et c’est de sa faute. Elle persiste dans l’aveuglement, signe son effacement progressif de la nouvelle carte du monde et se laisse glisser dans une sorte de coma inquiétant. Elle aurait besoin d’un vigoureux massage cardiaque, d’une séance de défibrillation radicale. Elle préfère tirer nerveusement sur sa pompe à morphine, croire aux contes de fées et attendre le baiser salvateur, en l’espèce d’une Amérique… dont le président est tout sauf un prince charmant. Elle doit pourtant échapper toute seule à la prise en tenaille qui va la broyer. Mais ses sauveteurs eux-mêmes sont ambivalents. Ils s’indignent beaucoup, se réunissent sans cesse et cherchent des parades à une offensive… à laquelle ils ne veulent toujours pas croire. Ils se trompent de diagnostic et donc de recommandation thérapeutique. Nos élites communautaires prennent en effet chaque manifestation de bon sens et de santé démocratique des peuples européens (comme récemment le scrutin italien, ou la crise politique déclenchée en Allemagne par le ministre de l’Intérieur qui implore la chancelière de traiter enfin sérieusement le défi migratoire) pour une attaque contre « Leur Europe », celle de l’utopie initiale, celle de l’incomplétude d’une création qui se meurt de n’avoir jamais osé exister vraiment, et qui s’étouffe toute seule, empêtrée dans ses bons sentiments. Attitude typique d’une confusion entre les effets et les causes.

L’Europe est en manque de souveraineté, de clairvoyance et d’audace. Les pulsions dites populistes ‒ terme qui mélange à dessein des sensibilités diverses pour disqualifier globalement toute résistance à la doxa européenne ‒ ne menacent pas son unité ; elles révèlent combien celle-ci est fragile et peut conduire l’Union européenne (UE) à sa perte si l’on continue à nier des évidences. L’Europe est parvenue au bout du mensonge dans lequel elle s’est complu si longtemps, celui d’un ensemble de plus en plus vaste, disparate et prospère, mais sans colonne vertébrale politique ni stratégique, élevé au bon lait d’un globalisme désormais battu en brèche partout ailleurs par un retour en force des États et des peuples. Une Europe consentant docilement à la tutelle psychologique et normative d’une Amérique qui n’a plus le temps, désormais, de lui raconter des histoires à dormir debout, toute entière occupée à s’affirmer face à son nouveau Peer Competitor chinois. Depuis toujours, et surtout depuis les années 1990, Washington lui a coupé les ailes stratégiquement, l’a entravée dans l’Organisation du traité de l’Atlantique nord ( OTAN) qui ne défend que très marginalement les intérêts communautaires, l’a méthodiquement isolée de sa part orientale (la Russie), diabolisée à outrance pour délégitimer tout rapprochement qui aurait pu faire exister une masse critique stratégique continentale autonome. Et depuis un an, c’est pire : un mépris ouvert, une guerre commerciale radicale, l’ordre de se soumettre à l’extraterritorialité du droit américain, de rentrer dans le rang sans céder aux avances de l’autre Grand, qui propose avec un aplomb chaque jour grandissant un autre type de sujétion, un imperium inédit et déroutant.

« Devons-nous à toute force nous accrocher à un occidentalisme discrédité

ou devenir des Eurasiens sinophiles malgré nous ? »

Mais, le choix d’une allégeance est-il nécessaire et fatal ? Devons-nous à toute force nous accrocher à un occidentalisme discrédité ou devenir des Eurasiens sinophiles malgré nous ? Devons-nous ad vitam aeternam admettre ce statut de zone coloniale disputée auquel ce choix nous réduit ? Sans aucun doute, si nous continuons à jouer en ordre dispersé. L’Union européenne n’aura bientôt d’autre choix que de constituer la péninsule d’achalandage des « Nouvelles Routes de la Soie ». La Chine est en train d’enserrer l’Europe au nord et au sud et semble encore hésiter sur le sort à réserver à la France dans ce sandwich. Le Français sera-t-il un consommateur de première classe, avec des produits chinois acheminés par train jusqu’à lui, ou un client de second ordre, achalandé par voie maritime ? C’est encore à nous de choisir… pour l’instant.

Dans cette course de vitesse avec Pékin pour gober par petits bouts une proie qui tragiquement se croit à l’abri, Washington se gausse de notre incapacité à gérer le défi migratoire qui est aussi sécuritaire et, n’ayons pas peur des mots, identitaire. Il est vrai qu’en misant sur la division des Européens et leur manque de lucidité sur les lignes de forces du nouveau monde et les alternatives qui pourraient se proposer à eux, Washington prend un risque mesuré. En effet, tandis que le partage du monde autour de ce nouveau duopole structurant se fait à toute vitesse, avec une réaffectation des clientèles, des tutelles, des États bascule ou tampon, l’Europe se sent, elle, soudainement orpheline. Il lui faut « tuer le père » et grandir enfin. Les occasions de s’affirmer sans se sentir coupable ne manquent pourtant pas : dénonciation de l’Accord sur le climat, du Partenariat transpacifique, de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien(JCPOA), guerre commerciale ouverte, mépris total des positions européennes sur les questions nord-coréenne, palestinienne, syrienne et, bien sûr, iranienne, etc. Il lui faut simplement oser la rupture. Même le patron allemand d’Airbus implore Paris et Berlin de structurer d’urgence une vision industrielle stratégique commune, afin que l’Europe spatiale ne se laisse pas distancer décisivement par l’offensive de Space X qui prend l’Agence spatiale européenne de vitesse et engage une guerre des prix des lanceurs menaçant notre supériorité.

« Le mythe d’un Occident univoque aux intérêts convergents a vécu. »

Alors, qu’attend-on ? De pouvoir dire qu’il est trop tard, que l’on a encore raté une belle occasion mais que l’on saura saisir la prochaine ? Ou bien veut-on à toute force croire au discours ambiant sur « un mauvais moment à passer », sur Donald Trump, « père » tyrannique, abusif et indifférent qui ne sera pas réélu, ce qui nous permettra de retrouver bientôt le giron rassurant d’une domination traditionnelle ? C’est un vœu pieu, de l’ordre de la pensée magique. Quels que soient ses bien réels défauts, le président américain est aussi l’incarnation d’une part de la vérité américaine et l’on perd un temps précieux à le stigmatiser comme un irrationnel incompétent au lieu de saisir le fond de ses messages tonitruants. Chacune de ses prises de position, chaque revirement nous démontrent qu’il n’a cure de nos intérêts ou de nos avis. Et les siens ne sont pas tous naïfs ou inutiles. C’est « l’Amérique d’abord », contre tous s’il le faut. L’Europe doit obéir ou tomber. Le problème est qu’on ne lui accorde aucun crédit, même lorsqu’il fait des propositions qui pourraient indirectement nous désenclaver ; par exemple, lorsqu’il propose habilement (pour dissocier Moscou de Téhéran dont il s’agit d’entraver le rayonnement régional) que l’on réintègre la Russie dans le G7, on s’insurge à Paris et Berlin, tremblant pour la crédibilité de nos propres chantages, sur l’ Ukraine notamment… qui ne mènent pourtant à rien depuis des années. Moscou a beau jeu de faire la moue en expliquant que le G7 n’est pas représentatif de la diversité mondiale actuelle et qu’en être ou pas n’a plus d’importance. Le mythe d’un Occident univoque aux intérêts convergents a vécu. Il nous faut grandir enfin, prendre la mesure de notre solitude et tout faire pour qu’elle ne finisse pas en isolement irrattrapable.

Le nouveau Yalta, c’est donc une course effrénée pour la domination des régions du monde, via le hard, le soft, le smart ou le sharp power. Il faut convaincre des clientèles qu’elles seront mieux loties avec Pékin qu’avec Washington. La démonétisation radicale de « la signature américaine » ne joue pas en faveur de notre Grand Allié. La convertibilité du yuan est en route. Elle va encore prendre quelques années mais on mesurera un beau jour l’ampleur de la bascule économico-politique réalisée par Pékin. Dans ce jeu de go mené à la hussarde, l’Europe n’est qu’une cible commerciale, et chacun des deux nouveaux Grands joue ses membres en bilatéral. La Russie lui a été ravie et n’a d’autre choix que de faire ami-ami avec Pékin autour d’un « eurasisme » qu’il lui sera très difficile de dominer à moyen terme. Donald Trump espère encore, si son entourage le laisse faire, offrir l’illusion à Moscou d’une relation privilégiée avec l’Amérique à laquelle Vladimir Poutine tient toujours. Mais, là encore, cela ne se fera qu’au détriment de l’Europe qui va progressivement découvrir le prix douloureux de son mépris entêté pour Moscou. Ne pas penser par et pour soi-même est toujours lourd de conséquences.

« Quelqu’un a-t-il tiré un bilan lucide

des bientôt dix ans de réintégration de

la France dans le commandement intégré de l’OTAN ? »

Ce Yalta sera aussi normatif, dessinant les contours d’une nouvelle carte mondiale des influences et des pratiques sur le plan du droit, des monnaies, des référentiels de normalité politique et démocratique. Là encore, Pékin a de l’avance, car la Chine a toujours soigneusement évité la posture de donneuse de leçons qui fait haïr l’Occident dans toute une partie du monde. Elle ne conditionne pas son soutien financier au respect formel de quelconques droits ou valeurs. Elle pousse des États en difficulté à faire défaut sur des prêts trop importants qu’elle leur accorde pour les soumettre ensuite, achète des dettes souveraines, des pans entiers d’économies nationales, des ressources énergétiques ou minières, des terres rares, et offre à ses nouveaux obligés le développement rapide de leurs infrastructures. Quel que soit le niveau d’activité actuel de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII), la priorité accordée à ce type d’investissement signe une vision de très long terme. Tandis qu’on se gargarisait d’un G7 dissonant où s’étalait le divorce américano-européen, Pékin a accueilli à Qingdao, dans l’Est chinois, les huit chefs d’États membres de l’Organisation de coopération de Shanghai (Chine, Inde, Russie, Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Pakistan et bientôt Iran). L’ OCS monte en puissance et s’affirme, bien au-delà des enjeux sécuritaires, comme l’un des véhicules structurants du « contre-monde » chinois. Qui s’en est inquiété en Europe ou en a seulement parlé ?

Enfin, il faut bien comprendre que les nouvelles formes de la gouvernance mondiale vont jumeler un duo de tête sino-américain et, en dessous, une arborescence de mécanismes régionaux ou thématiques « multilatéraux », accompagnés d’un discours autour de la nécessaire pluralité des centres de décision et de souveraineté. En somme, on habille la bipolarité structurante d’un multilatéralisme rassurant…

Le sommet de l’OTAN des 11 et 12 juillet (en marge duquel les présidents Trump et Poutine arriveront peut-être enfin à se rencontrer) pourrait bien donner une nouvelle impulsion à l’Alliance et éloigner décisivement l’Europe de toute perspective d’autonomie stratégique salutaire. Quelqu’un a-t-il tiré un bilan lucide des bientôt dix ans de réintégration de la France dans le commandement intégré de l’Alliance ? Notre influence est-elle plus grande à Washington, à Mons, à Bruxelles, à Pékin, à Berlin ? Des centaines d’étoiles brillent sur les larges épaules de nos généraux mais… le Commandement allié Transformation est-il vraiment le lieu de la décision ? L’OTAN défend-elle les intérêts des Européens et contribue-t-elle au poids géostratégique de l’UE… ? Toute refondation crédible d’une Europe des nations respectueuse de leurs souverainetés mais aussi désireuse de se faire entendre et prendre enfin au sérieux sur la scène internationale, passe par l’affirmation et la mise en œuvre d’un projet stratégique autonome. Cela ne signifie pas être contre les États-Unis, cela signifie qu’il n’est de meilleur allié que libre.

N’en déplaise aux moutons bêlants du panurgisme ambiant, la Russie est un bout d’Europe et d’Occident. Ce n’est pas pour rien que l’Amérique a tout fait pour nous en dissocier, et que le pragmatisme d’un Trump, après que ses prédécesseurs ont poussé Moscou dans les bras étouffants de Pékin, le conduit aujourd’hui à jouer sur les deux tableaux : celui d’une dérive russe contrainte vers Pékin afin qu’aucun rapprochement russo-européen ne menace la domination stratégique américaine, celui de la Russie « avec » Washington, comme un vieux couple devisant des affaires du monde par-dessus la tête de l’Europe et contre la Chine.

Depuis 1991, les États-Unis ont commis une erreur stratégique cardinale en mettant la Russie au ban de l’Occident. Nous devons les convaincre de l’urgence d’en réunir les diverses composantes. La diplomatie religieuse actuellement à l’œuvre entre Églises romaine et orthodoxe peut utilement servir ce rapprochement. Il ne s’agit évidemment pas de se retrouver enfin entre Américains, Européens et Russes pour attaquer la Chine, mais pour, ensemble, faire le poids face à une offensive tous azimuts dont l’Union Européenne sera sinon la prochaine victime.

Caroline Galacteros

20 juin 2018

Docteur en Science politique, Caroline Galactéros est la présidente du think tank Géopragma. Elle dirige également le cabinet d’intelligence stratégique « Planeting ». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publiéManières du monde. Manières de guerre (Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).

Source : Le Courrier de Russie

http://www.afrique-asie.fr/vers-un-nouveau-yalta/

Crise migratoire : Trump pourrait voler au secours de l’Italie pour diviser l’Europe

Crise migratoire : Trump pourrait voler au secours de l’Italie pour diviser l’Europe


Par Andrew Korybko – le 20 juin 2018 – Source Oriental Review

Matteo Salvini, vice président du Conseil et ministre de l’intérieur italien

Le gouvernement populiste, qui vient d’arriver au pouvoir, a promis de traiter en priorité la crise des migrants, et il n’est donc pas surprenant qu’il ait déjà pris des mesures visant à apporter des résultats tangibles à ses électeurs. Matteo Salvini, dirigeant du parti euro-réaliste de la Ligue du Nord, et actuellement vice président du conseil et ministre de l’intérieur, a déclaré : « Je suis partisan de l’OTAN, mais nous sommes attaqués. Nous demanderons à l’OTAN de nous défendre. Nos préoccupations sont nombreuses quant à des infiltrations terroristes. L’Italie est attaquée par le sud, pas par l’est. » Cette déclaration importante réaffirme l’engagement de son pays comme pilier de l’euro-atlantisme, mais réinterprète la finalité de cet engagement, le faisant basculer du sentiment anti-russe répandu dans l’establishment vers une utilisation plus pratique, en réponse aux réseaux de traite des personnes.

Se donnant les moyens de ses promesses, il a refusé l’accostage d’un bateau empli de centaines de migrants dans tout port italien, écrivant sur Facebook que « Malte n’accepte personne. La France renvoie les gens à la frontière, l’Espagne défend sa frontière les armes à la main. À compter d’aujourd’hui, l’Italie va également se mettre à refuser la traite humaine, et à refuser le commerce de l’immigration illégale. » Son projet anti-migrant se déploie donc en deux volets, la première partie s’occupant de sécurité extérieure en empêchant l’infiltration de nouveaux migrants illégaux en Italie, alors que la deuxième est intérieure, et prévoit de s’occuper de ceux qui sont déjà rentrés sur le sol italien. L’Italie demande l’aide de l’OTAN sur le premier volet, ce qui se justifie dans la mesure où l’Italie est bien membre de l’alliance, et paye une contribution annuelle pour en faire partie.

Crise de migrants

Mais le problème réside en ce que l’establishement euro-libéral de l’Union Européenne s’oppose à voir un quelconque de ses membres s’élever contre les migrations illégales ; et c’est ici que les euro-réalistes de Rome peuvent tirer parti du déchirement transatlantique en cours entre Washington et Bruxelles. La sixième flotte américaine est ancrée à Naples, et porte la responsabilité de l’ensemble de la Méditerranée, et avec Trump sur la même longueur d’onde que Salvini, il est possible que le Pentagone prenne la main sur cette mission. L’action serait favorable aux intérêts américains, en ce qu’elle approfondirait les relations avec l’Italie dans l’organisation d’une mission de patrouille vers le sud, face à l’Afrique ; un équivalent aux actions organisées avec la Pologne face à la Russie, les États du sud et de l’est européen gagnant en importance stratégique face à des États plus centraux que sont le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne, qui voient dans le même temps leurs liens avec les USA se dégrader sur fond de différends commerciaux.

L’invocation de Salvini d’une assistance de l’OTAN aux fins de briser les réseaux de trafic de personnes, pourrait donc bien donner aux USA l’opportunité d’agir dans la division européenne, qui prendrait sa place dans le cadre de leur offensive multi-facettes contre l’UE.

Cet article constitue une retranscription partielle de l’émission radio CONTEXT COUNTDOWN, diffusée sur Sputnik News le 15 juin 2018.

Traduit par Vincent, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/crise-migratoire-trump-pourrait-voler-au-secours-de-litalie-pour-diviser-leurope

 

Les centres d’excellence de l’OTAN dans les pays baltes

Les centres d’excellence de l’OTAN dans les pays baltes


Par Leonid Savin – le 15 juin 2018 – Source geopolitica.ru

Les infrastructures de l’OTAN ne sont pas réduites aux contributions militaires qu’en font les pays membres de l’alliance, mais comportent également tout un réseau de centres spéciaux répartis en Europe ; ces installations restent sous la compétence formelle du centre de commandement de l’OTAN à Bruxelles. Ce mécanisme permet non seulement à l’organisation de s’enraciner dans les différents pays et de recruter des soldats professionnels dans les processus de l’OTAN, mais encore d’impliquer des civils, y compris issus de pays qui ne sont pas membres de l’alliance. Dans ce contexte, des méthodes de communications stratégiques sont mises en œuvre : il s’agit d’une approche complexe, impliquant un mélange d’éducation, de technologies de manipulation des foules, de propagande, de science et de sécurité.

On trouve un exemple typique de ce type de politique d’« enracinement » dans les pays baltes : trois centres spécialisés ont été ouverts en Estonie, Lettonie et Lituanie. Ils sont dénommés « Centres d’excellence », et chacun d’entre eux est spécialisé sur des vecteurs spéciaux.

L’OTAN dispose de 19 centres pleinement fonctionnels, et trois autres en cours d’établissement. Dans le cadre de cet article, nous n’en examinerons que trois.

Le Centre d’excellence coopératif de cyber-défense, localisé à Tallinn – capitale de l’Estonie – fut la première installation de ce genre à apparaître dans l’espace post-soviétique. Les représentants de l’OTAN ou les experts américains se plaisent à répéter que la décision de créer ce centre avait suivi les incidents survenus autour d’un monument commémoratif dédié aux soldats soviétiques en 2007. D’après ce qu’on disait, des pirates russes avaient fait tomber les cyber-infrastructures estoniennes : les banques étaient hors service, et les serveurs informatiques de l’État étaient paralysés. Mais en réalité, la demande de création d’un cybercentre à Tallinn remonte à 2004 [mention en est faite tout en haut de la page, NdT], juste après que l’Estonie a rejoint l’OTAN. En 2006, le quartier général de l’OTAN avait validé définitivement la décision, et les négociations menant à l’établissement du centre avaient débuté en 2007.

Le premier mémorandum avait été signé en mai 2008, et l’OTAN avait commencé à financer le centre en question après l’avoir accrédité en octobre 2008. Il avait alors reçu le statut d’organisation militaire internationale.

Quand on considère cette séquence, une question peut se poser : le mythe des pirates russes aurait-il pu être un élément de propagande, visant à sécuriser le financement du centre par les pays de l’Union Européenne ? Si l’on en juge par le fait qu’à partir de 2007 le nombre de publications sur ce sujet avait nettement augmenté dans les médias occidentaux, et que les experts de l’OTAN ainsi que divers centres d’analyses politiques de pays occidentaux s’étaient mis à parler d’« interférences russes » et d’évoquer le besoin de mesures de sécurité efficaces, cette hypothèse pourrait coller avec les faits.

L’apparition des « cyber-lignes directrices de Tallinn » est également liée à ce centre. Même si ce document n’est qu’une présentation d’opinions émises par un expert, et pas un guide opérationnel ou stratégique, il est souvent cité en occident comme jeu de règles fondamentales pour les cyber-conflits.

Le centre héberge des formations techniques pour spécialistes, ainsi que des cours sur les implications légales des actions dans l’espace virtuel. À cet égard, il est notable de rappeler que ni les membres des Nations Unies, ni les principaux acteurs mondiaux en la matière ne se sont encore accordés pour convenir d’une norme internationale au sujet d’Internet. Les travaux du centre de Tallinn sont nettement axés sur un point de vue légal purement occidental.

Ceci étant posé, on trouve sur le site du centre de Tallinn des documents dédiés à ce sujet ; ces documents comportent également les fondements de l’approche de cyber-sécurité de l’OTAN. En outre, à partir de 2012, le centre réalise régulièrement des cyber-manœuvres qui, de par la nature mondiale du réseau internet, ne se cantonnent pas aux pays de l’OTAN.

En 2012, le Centre d’excellence à la sécurité énergétique était créé à Vilnius. Sa mission est d’assister le Commandement stratégique de l’OTAN, d’autres sous-divisions, les États membres de l’OTAN, ainsi qu’un ensemble d’autres partenaires. Son objectif principal est de proposer des conseils émis par des experts sur tous les sujets de sécurité énergétique, y compris la logistique des besoins militaires et la coopération entre cercles académiques et le secteur industriel.

Le centre organise des cours et propose des stages étudiants (dont les frais de soutien et d’études sont financés par l’OTAN).

En outre, des journaux thématiques et des résultats de recherches sont publiés ; ces publications mentionnent souvent le besoin européen de se libérer de sa « dépendance énergétique envers la Russie ».

La menace russe sur la sécurité énergétique de l’Ukraine constitue l’un des sujets très récurrents des dernières publications. Mais les autres zones de l’espace post-soviétique ne sont pas laissées pour compte, ni l’Europe dans son ensemble.

Le leitmotiv d’une « guerre énergétique » contre la Russie ne figure pas parmi les attributions officielles du centre, mais apparaît non seulement dans les publications de l’institution, mais est également mis en exergue lors des événements qu’elle organise. Qui plus est, des tentatives répétées et marquées sont observées d’attirer les pays neutres bordant la Russie dans l’orbite de l’OTAN.

Par exemple, une conférence dédiée aux « Solutions énergétiques innovantes pour les applications militaires », qui se tiendra en 2018, est organisée avec la participation du ministère géorgien de la défense.

Le Centre d’excellence de l’OTAN aux communications stratégiques, l’une de ses dernières sous-divisions en date, est quant à lui établi à Riga. Il a commencé à fonctionner en janvier 2014, et a reçu l’accréditation de l’OTAN le 1er septembre 2014. Ses cofondateurs sont des représentants des États d’Estonie, d’Allemagne, d’Italie, de Lettonie, de Lituanie, de Pologne et du Royaume-Uni.

On peut lire sur le site internet du centre que ses fonctions et capacités comportent : diplomatie publique ; collaboration avec les organes de presse grand public pour présenter les activités de l’OTAN ; relations entre civils et militaires ; campagnes d’informations et campagnes psychologiques.

Ce centre en particulier dispose d’une portée particulière, en raison du caractère complexe des tâches qui lui incombent. Il héberge régulièrement des conférences, et publie des journaux et des comptes-rendus de recherches spéciales. Les sujets traités sont très larges : guerre génétique ; méthodes de guerre informationnelle appliquées par l’État Islamique ; récits extrémistes ; sécurité de l’UE ; guerre cybernétique ; nationalisme ; technologies biométriques, etc. La Russie y fait également l’objet d’un intérêt particulier.

Ainsi, en novembre 2016, deux documents dédiés à la Russie ont été publiés par ce centre : « Quand la guerre hybride vient au service de l’idéologie : Russia Today » et « La stratégie du Kremlin. Comprendre les influences russes en Europe centrale et orientale. » Ces articles étaient précédés de documents sur « les interférences russes en Ukraine », les sanctions, les technologies de l’information de l’armée russe, des travaux avec des ONG européennes, etc. Le pic de ce type de publications a eu lieu en 2015 et 2016.

Il est également significatif de voir que ces documents sont intercalés d’études analogues dédiées aux organisations terroristes et aux groupes extrémistes. Ce séquençage est monté de manière délibérée, afin d’induire dans le subconscient des groupes cibles et des visiteurs occasionnels du centre l’existence d’un lien existant entre les deux groupes.

Capture d’écran de juin 2018, illustrant l’intercalage des thématiques de publications du centre de Riga

L’utilisation de publications partenaires, récupérées auprès d’autres entités comme la RAND Corporation, le Centre d’études stratégiques et internationales situé à Washington, l’Institut britannique royal aux affaires internationales (Chatham House), ainsi que les centres scientifiques de l’OTAN dans différents pays donne une apparence de confiance et d’intérêts partagés, et contribue à stimuler le contenu du site.

Intéressant également que le centre lui-même ait été établi à la veille du coup d’État en Ukraine, alors que le pays était déjà pris dans les manifestations soutenues depuis l’étranger.

Outre leurs domaines d’expertises, les trois centres constituent en même temps des éléments du réseau de l’OTAN et des points d’appui qui sécurisent l’influence idéologique et sociale [de l’OTAN, NdT] sur les habitants de leurs pays hôtes.

Cet article est traduit depuis la version anglaise, elle-même traduite par Julian Orlov depuis sa version originale en russe

Traduit par Vincent, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-centres-dexcellence-de-lotan-dans-les-pays-baltes

 

Trump remet en question la fonction antirusse de l’Otan

Trump remet en question la fonction antirusse de l’Otan

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Le Conseiller de sécurité nationale US, John Bolton, aurait présenté au président Poutine un possible accord de cessation des manœuvres militaires sur le flanc Est de l’Otan.

L’Alliance atlantique n’organiserait plus de jeux de guerre en Pologne et dans les États baltes, tandis que la Russie s’abstiendrait également d’en faire de l’autre côté de la frontière.

Le président Trump, qui devrait rencontrer prochainement son homologue russe en Finlande, le 16 juillet, avait annoncé durant sa campagne électorale vouloir disloquer l’Otan.

http://www.voltairenet.org/article201719.html

Douguine : « Poutine est entouré de libéraux »

Douguine :
« Poutine est entouré de libéraux »


Un entretien avec Alexandre Douguine est toujours fascinant, ici il parle du Moyen-Orient, de l’Eurasie et de la Grèce


Alexander DuginPar Alexandre Douguine – Le 18 juin 2018 – Source Russia Insider

Cet entretien est accordé au portail géopolitique grec Geopolitics & Daily News

Question : – Dr. Douguine, ces dernières années, nous avons été témoins d’une tension croissante entre les États-Unis, l’UE et la Russie. Certains disent que cela rappelle « l’époque de la guerre froide ». Partagez-vous la même opinion ou y a-t-il quelque chose de plus ?

Alexandre Douguine : – La guerre froide était la confrontation entre deux camps idéologiques. Maintenant, il n’y a plus de distinction claire dans le domaine de l’idéologie, mais plutôt deux versions de la même démocratie libérale – avancée dans le cas des États-Unis et de l’UE et retardée dans le cas de la Russie.

Nous supposerions donc que cela devrait réduire considérablement la tension. Mais ce n’est pas le cas. Nous devons alors chercher la raison des tensions croissantes dans un autre domaine que l’idéologie. Le plus probable est que les raisons de la « nouvelle guerre froide » sont cette fois géopolitiques.

Mais il est légitime de poser la question.

Est-ce qu’en réalité ce n’était pas une guerre froide idéologique entre le capitalisme et le socialisme, mais plutôt dans le contexte historique beaucoup plus large du moment, une Grande Guerre des Continents (GWoC) ?

Cette GWoC est la base même de la compréhension géopolitique de l’histoire – pouvoir maritime contre pouvoir continental, Eurasiste contre Atlantique. Si nous pouvons nous accorder là-dessus, tout devient logique et clair. Il y a la bataille éternelle entre deux types de civilisations – la civilisation de la mer dynamique (progressiste et marchande) et la civilisation territoriale statique (conservatrice et héroïque) : Carthage contre Rome, Athènes contre Sparte [dans ces deux cas la victoire est revenue aux forces territoriales, NdT ].

Ainsi, la nouvelle escalade est le résultat de la renaissance de la Russie après le coup mortel qu’elle a reçu dans les années 1990. C’est le retour du pouvoir tellurique, la nouvelle montée en puissance de l’Eurasie qui est le principal fait expliquant cette nouvelle guerre froide. C’est, en fait, la vieille guerre froide, la guerre froide « éternelle ». Dans la décennie  1990, il y avait un semblant de victoire irrévocable du pouvoir maritime – d’où la mondialisation et l’unipolarité.

Mais maintenant nous pouvons voir que c’était juste un moment, une occasion qui s’est présentée. La reprise du pouvoir par la Russie, ainsi que la résistance de la Chine, du monde islamique et la vague de populisme en Occident prouvent que cette occasion est perdue. Les élites mondialistes sont sur la défensive. Le dragon est blessé mais il est toujours là. Il essaie de se défendre et c’est la principale cause des nouvelles hostilités.

Quel est votre point de vue sur les récents événements qui se déroulent au Moyen-Orient ? Voyez-vous des chances d’équilibrage ou devons-nous faire l’expérience d’un conflit « total » entre tous les participants ?

Je vois la région du Moyen-Orient comme la principale région où l’architecture du monde futur et le nouvel équilibre des pouvoirs sont en jeu. Ce n’est pas un jeu chaotique « tous contre tous », c’est un épisode décisif de la GWoC (Grande Guerre des Continents).

D’un côté il y a la Russie, l’Iran et en partie la Turquie (se distanciant de plus en plus des États-Unis) avec un soutien discret de la Chine. C’est le camp multipolaire – le bloc eurasien. De l’autre côté, il y a les États-Unis et leurs mandataires – les États de l’OTAN, Israël et l’Arabie Saoudite. Ils représentent le pôle mondialiste, les forces unipolaires.

Ce n’était pas exactement ce que Trump avait promis à ses électeurs (il promettait d’arrêter les interventions et de retirer des troupes du Moyen-Orient), mais plutôt un ordre du jour néoconservateur classique. Trump est pris en otage par les néocons. Peut-être que c’était le prix d’un accord politique : Trump a donné la politique étrangère aux néocons et a gagné un certain soutien dans ses réformes intérieures.

Mais le Moyen-Orient est un espace de la plus grande importance. Si l’Eurasie gagne, il y aura un ordre mondial multipolaire et le moment unipolaire sera terminé une fois pour toutes – au moins pour très longtemps. Si les atlantistes l’emportent, ils gagneront du temps un certain délai avant leur inévitable chute. Le dragon blessé survivra un peu plus longtemps.

Mais de toute façon, le Moyen-Orient est crucial. C’est là que le sort de l’humanité est décidé.

Ces derniers mois, nous avons assisté à un « changement de position » de la Russie vis-à-vis de la Turquie, passant d’une confrontation directe à un soutien total à tous les niveaux. Quels sont, selon vous, les caractéristiques de cette nouvelle situation entre les deux pays ?

C’est le problème majeur de la multipolarité. La Turquie est rejetée par le système unipolaire et condamnée à être scindée. Donc, elle ne peut survivre que dans le camp eurasien.

La Turquie est entrée dans l’OTAN dans des circonstances historiques spéciales, c’était alors un pas raisonnable face à une éventuelle agression de Staline. La décision était basée sur des calculs rationnels. Dans les années 1990 du XXe siècle et surtout en 2000, la situation a radicalement changé.

La Russie ne représente plus une menace existentielle pour la Turquie, mais les États-Unis et l’OTAN en général sont devenus le défi. Avec la politique américaine au Moyen-Orient et sa stratégie concernant les Kurdes, la Turquie en tant qu’État national est condamnée.

Donc, la Turquie et la Russie ont tous les arguments rationnels pour s’allier.

Il est évident que dans les deux pays le lobby atlantiste est très influent. Il essaie de saboter ce processus – c’est la destruction de l’avion russe, le meurtre de notre ambassadeur (russe) et d’autres provocations qui ont été préparées afin de détruire cette alliance. Quand les atlantistes ont compris qu’ils ne pouvaient pas arrêter cela, ils ont tenté de renverser Erdogan par un coup d’État en juillet 2016.

À ce moment crucial, la Russie a apporté à la Turquie un soutien discret mais décisif.

– Les relations entre la Grèce et la Russie ont connu beaucoup de « hauts et de bas » ces dernières années. Où en est cette relation maintenant, à votre avis ?

– La Grèce est un pays orthodoxe fraternel. Les Russes sont les héritiers de Byzance et de la culture grecque, nous sommes des descendants civilisationnels des Grecs. Le Mont Athos est toujours la capitale sainte de notre spiritualité. Donc, culturellement, nous sommes les meilleurs amis.

Sur le plan politique, la Grèce n’est pas un pays souverain car elle est maintenant totalement contrôlée par l’UE et les mondialistes. Les populistes de gauche de Syriza ont essayé de briser cet esclavage mais ont échoué malgré l’énorme soutien populaire. Les populistes de droite sont marginalisés et réprimés par l’élite mondialiste empêchant ainsi leur expansion naturelle.

Ainsi, la Grèce en tant que pays est prise en otage par l’UE, elle n’est pas libre. Ce n’est pas un sujet de la géopolitique, mais un objet. La Russie pourrait aider à libérer la Grèce de l’occupation atlantiste mais la tâche principale devrait être accomplie par les Grecs eux-mêmes.

Les relations entre deux États sont une chose et les relations entre leurs citoyens sont tout autre chose.

Les relations entre les États sont définies par l’OTAN et l’UE. Donc elles ne peuvent pas être bonnes, car elles ne reflètent pas la volonté des grecs, mais la position consolidée du pouvoir maritime. Par contre la relation entre les peuples est assez bonne, car les Russes aiment les Grecs, ils ont une dette envers la culture grecque qui a donné leur identité orthodoxe chrétienne, leur grammaire, leur langue et leur style spirituel.

Mais la vraie Grèce pour nous est la Grèce du peuple pas des élites. C’est le Mont Athos en Grèce – notre bien-aimée Montagne Sainte – de Saint Cosmas d’Étolie, Saint Paisios du Mont Athos et Geronda Ephraim de Vatopedi.

Ce n’est que depuis quelques semaines que V. Poutine a été réélu à la présidence de la Russie avec un pourcentage significatif de votes. Cependant, il y a des voix, même en Russie, qui soulignent son incapacité à sortir le pays de l’isolement et à offrir aux citoyens russes un meilleur mode de vie. Que pensez-vous de la situation de la Russie à l’intérieur des frontières et que pensez-vous que les citoyens russes attendent de leurs dirigeants dans les années à venir ?

J’ai écrit un livre spécial sur Poutine – Poutine contre Poutine. Là, j’explique la dualité essentielle de Poutine. Il a un double aspect. D’une part, il a sauvé la Russie de la décadence qui semblait inévitable et a rétabli la souveraineté et l’indépendance de l’État russe. Il est donc un héros et notre peuple comprend bien que pour notre grandeur nous sommes obligés de payer le prix fort. Donc, il n’y a pas de critiques de Poutine pour la Crimée ou les sanctions.

Tout cela est au contraire une raison pour le soutenir davantage. Il est donc principalement soutenu par les Russes pour les mêmes raisons que l’Occident (les mondialistes) le déteste.

D’autre part, il est entouré de libéraux (nous les appelons la sixième colonne) qui lui restent fidèles personnellement mais essaient d’imposer à la société des politiques suicidaires. C’est la deuxième face de Poutine, qui est bicéphale, comme l’aigle impérial byzantin et russe.

Le niveau de justice sociale dans la Russie actuelle est proche de zéro, la corruption sauvage est florissante, la vie spirituelle et la culture sont dans un état de profonde dépression. Et c’est la préoccupation de l’autre face de Poutine.

Alors nous sommes forts et unis avec Poutine devant ses ennemis à l’étranger – ils le détestent précisément pour les raisons qui nous le font aimer, mais nous ne sommes pas heureux de la confiance qu’il accorde aux libéraux, dans le gouvernement et ailleurs.

– Merci Dr. Douguine pour cette interview.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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