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Turquie-OTAN : le départ de la Turquie mènera à l’effondrement complet de l’Alliance

Turquie-OTAN : le départ de la Turquie mènera à l’effondrement complet de l’Alliance


Le 22 novembre 2017 – Source sputniknews.com

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Les relations entre la Turquie et ses alliés de l’OTAN ont empiré cette semaine après que le président Erdogan ait conseillé au parlement de reconsidérer l’adhésion d’Ankara à l’alliance. Yunus Soner, vice-président du parti Vatan en Turquie, a déclaré à Spoutnik que le retrait de son pays de l’alliance occidentale est pratiquement inévitable.

Les retombées des scandaleuses manœuvres de l’OTAN en Norvège la semaine dernière, où le président turc Recep Tayyip Erdogan et le père fondateur de la Turquie moderne, Mustafa Atatürk, ont été dessinés sur une « carte des ennemis ». Lundi, Yalcin Topcu, un conseiller clé du président, a exhorté les législateurs à reconsidérer l’adhésion de la Turquie au bloc militaire.

S’adressant à Spoutnik Turquie, Yunus Soner, vice-président du parti nationaliste et kémaliste Vatan (parti patriotique), a déclaré que la question de la sortie de son pays de l’OTAN était attendue depuis longtemps et que « la Turquie a déjà entamé le processus ».

« Un exemple de ce fait est qu’Ankara s’est opposée au référendum organisé au Kurdistan irakien non pas dans le cadre de l’OTAN, mais en coordination générale avec la Russie, l’Iran et l’Irak, a expliqué le politicien. Un autre exemple du retrait de la Turquie de l’OTAN est sa politique syrienne, qui ne correspond pas à la stratégie de l’OTAN, mais qui est définie dans le processus de négociation avec la Russie, l’Iran et indirectement la Syrie. »

Un autre exemple, selon Soner, est le fait qu’au plus fort de la crise qatari, Ankara a rejeté les propositions américaines sur la formation d’une OTAN musulmane sunnite. En outre, a-t-il ajouté, la Turquie dispose déjà d’alternatives claires dans le domaine de la coopération en matière de défense, en particulier avec la Russie et la Chine.

« En résumé, malgré l’interaction continue entre la Turquie et l’OTAN dans les domaines militaire et technologique, la politique étrangère de la Turquie n’est plus déterminée par son appartenance à l’alliance, a souligné M. Soner. Par conséquent, la question de savoir si la Turquie peut se retirer de l’OTAN n’est plus tabou », a-t-il ajouté.

Selon le politicien, « le moment le plus important et le plus remarquable de ce processus de distanciation de l’OTAN est non seulement la poursuite d’une politique étrangère indépendante par Ankara, mais aussi son élimination des éléments de l’OTAN au sein des forces armées turques, quelque chose que les responsables américains ont reconnu à plusieurs reprises et avec beaucoup d’inquiétude ».

Quant à l’explication des responsables de l’OTAN selon laquelle l’objet du scandale pendant les exercices norvégiens étaient l’œuvre d’un mercenaire indépendant, et non d’un employé de l’OTAN, Soner a déclaré que cette question ne pouvait pas être simplement considérée comme une erreur technique. Au contraire, a-t-il suggéré, cela ressemble plus à une provocation directe de l’OTAN et des États-Unis, et un indicateur de l’écart croissant dans les relations entre Ankara et l’alliance. Le politicien a noté que dans la Turquie d’aujourd’hui peu de voix de soutien peuvent être entendues en faveur de l’adhésion du pays à l’alliance, et ceux qui le font ne peuvent pas fournir d’arguments de fond pour expliquer leur position. « Le climat politique en Turquie est aujourd’hui opposé à l’idée de coopération avec l’OTAN et les États-Unis », a-t-il déclaré.

En fin de compte, le politicien du Parti patriotique a souligné qu’une éventuelle sortie de la Turquie de l’OTAN pourrait conduire à l’effondrement de l’alliance. « La Turquie a déjà d’importantes alternatives, telles que l’adhésion à l’Organisation de coopération de Shanghai, a-t-il déclaré. Son adhésion à cette organisation apporterait des avantages majeurs aux deux parties et, en se retirant de l’Alliance atlantique et en rejoignant les structures eurasiennes, la Turquie pourrait aider l’Eurasie à atteindre un nouveau niveau. »

En second lieu, Soner a noté que « le retrait de la Turquie de l’OTAN a révélé une scission au sein de l’alliance : après tout, non seulement la Turquie, mais un nombre important de pays européens se distancient également de ce bloc de défense ».

« Le récent accord sur la création d’un pacte de défense conjoint entre États européens ne fait que confirmer ce processus centrifuge entre les États membres de l’OTAN, a expliqué le politicien. Certains membres de l’OTAN sont préoccupés par les activités de l’alliance en Ukraine, et le Royaume-Uni, l’Allemagne et la France sont extrêmement préoccupés par la position de Washington sur l’Iran. En fin de compte, les États-Unis resteront seuls dans l’alliance qu’ils ont créée, et l’orientation changeante de la Turquie ouvrira la voie à des changements fondamentaux. »

Pour sa part, Cahit Armagan Dilek, directeur du 21st Century Turkey Institute basé à Ankara, a déclaré que, s’il était prématuré de parler d’un retrait turc de l’OTAN, Ankara pourrait et devrait concentrer ses énergies sur la suspension des opérations de l’alliance sur le territoire turc.

« Il est nécessaire d’agir étape par étape, a souligné Dilek. Premièrement : geler les activités des États-Unis et de l’OTAN sur les bases militaires turques. Deuxièmement, conformément à la réaction de l’autre partie, il sera peut-être possible de révoquer l’autorisation du déploiement de contingents militaires étrangers sur les bases turques. Et si ces étapes n’ont pas l’effet désiré, la base d’Incirlik pourrait être complètement fermée à son utilisation par les États-Unis. »

D’autres mesures, selon l’analyste, pourraient inclure la suspension de la mission navale de l’OTAN contre les migrations illégales dans la mer Égée et les demandes d’Ankara que les navires turcs quittent ses eaux territoriales [?? plutôt non turcs, NdT]. « Pour ce qui est de la question syrienne, des opérations pourraient être menées ici pour intercepter les armes et les munitions fournies aux détachements des YPG kurdes [par les États-Unis]. La Turquie peut mener une opération pour frapper les entrepôts d’armes et les bases des YPG à l’Est de l’Euphrate. Les États-Unis envoient régulièrement des armes et participent à la formation de soldats dans le but de former une armée kurde régulière. »

Note du Saker Francophone

Les revirements multiples de la politique Turque peuvent laisser penser que tout est possible, mais l'OTAN n'a plus de leadership assez fort pour imposer une discipline de fer pour permettre un retour au calme et sauver ce qui peut encore l'être de son point de vue. Trop d'intérêts contradictoires s'y affrontent, poussant la Turquie et sa puissante armée dans les bras eurasiatiques. Les arguments avancés par l'article font mal, très mal pour le camp du Bien.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/turquie-otan-la-sortie-turque-menera-a-leffondrement-complet-de-lalliance

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Naissance de la Pesco, fille de l’Otan

« L’art de la guerre »

Naissance de la Pesco, fille de l’Otan

La création de la Pesco clarifie définitivement le projet de l’« Europe de la Défense » : en aucun cas, il ne pourra s’agir d’une entité souveraine qui puisse entrer en compétition avec l’Otan, mais uniquement la compléter. En principe, la prochaine étape devrait placer cette « Europe de la Défense » sous contrôle français pour sa force nucléaire, et allemand pour ses forces conventionnelles ; cet ensemble ne pouvant être utilisé que sous commandement du Pentagone pour sous-traiter certains de ses objectifs militaires.

| Rome (Italie)

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Les 23 ministres de la Défense de l’Union européenne membres de l’Otan célèbrent unanimement leur soumission au Pentagone.

Après 60 années d’attente, annonce la ministre de la Défense Roberta Pinotti, la Pesco va naître en décembre, « Coopération structurée permanente » de l’Union européenne, dans le secteur militaire, initialement établie entre 23 des 27 États membres.

C’est le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, qui explique ce que c’est. Participant au Conseil des affaires étrangères de l’Union européenne, il souligne « L’importance, mise en évidence par de nombreux leaders européens, que la Défense européenne soit développée de manière à ne pas être compétitive, mais complémentaire à l’Otan ».

La première façon de le faire est que les pays européens accroissent leur propre dépense militaire : la Pesco stipule que, parmi « les ambitieux et les plus contraignants engagements communs » il y a « l’augmentation périodique en termes réels des budgets pour la Défense afin d’atteindre les objectifs convenus ». Au budget en continuelle augmentation de l’Otan, dont font partie 21 des 27 États de l’UE, s’ajoute maintenant le Fonds européen de la Défense à travers lequel l’UE accordera 1,5 milliard d’euros annuels pour financer des projets de recherche en technologies militaires et acheter des systèmes d’armes communs. Ce chiffre sera celui de départ, destiné à augmenter au cours des années.

En plus de l’augmentation de la dépense militaire, parmi les engagements fondamentaux de la Pesco se trouvent « le développement de nouvelles capacités et la préparation pour participer ensemble à des opérations militaires ». Capacités complémentaires aux exigences de l’Otan qui, lors du Conseil de l’Atlantique-Nord du 8 novembre, a décidé l’adaptation de la structure de commandement pour accroître, en Europe, « la capacité de renforcer les Alliés de façon rapide et efficace ».

À cet effet deux nouveaux commandements sont institués. Un Commandement pour l’Atlantique, avec la mission de garder « libres et sûres les lignes maritimes de communication entre l’Europe et les États-Unis, vitaux pour notre Alliance transatlantique ». Un Commandement pour la mobilité, avec la mission d’« améliorer la capacité de mouvement des forces militaires de l’Otan à travers l’Europe ».

Pour que les forces et armements puissent se déplacer rapidement sur le territoire européen, explique le secrétaire général de l’Otan, il faut que les États européens « éliminent de nombreux obstacles bureaucratiques ». On a beaucoup fait depuis 2014, mais il reste encore beaucoup à faire pour que soient « pleinement appliquées les législations nationales qui facilitent le passage de forces militaires à travers les frontières ». L’Otan, ajoute Stoltenberg, a en outre besoin d’avoir à disposition, en Europe, une capacité suffisante de transport de soldats et d’armements, fournie en grande partie par le secteur privé.

Plus important encore : qu’en Europe soient « améliorées les infrastructures civiles —comme des routes, ponts, voies ferrées, aéroports et ports— de façon à être adaptées aux exigences militaires de l’Otan ». En d’autres termes, les États européens doivent effectuer à leurs frais des travaux de conformité des infrastructures civiles pour un usage militaire : par exemple, un pont suffisant pour la circulation de cars et poids lourds devra être renforcé pour permettre le passage de chars d’assaut.

Voilà la stratégie dans laquelle s’insère la Pesco, expression des cercles dominants européens qui, bien qu’ayant des conflits d’intérêts avec les cercles états-uniens, se re-compactent dans l’Otan sous commandement US quand entrent en jeu les intérêts fondamentaux de l’Occident mis en danger par un monde qui change. Voilà alors que pointe la « menace russe », face à laquelle se lève cette « Europe unie » qui, alors qu’elle fait des coupes dans les dépenses sociales et ferme ses frontières intérieures aux migrants, augmente les dépenses militaires et ouvre les frontières intérieures pour faire circuler librement soldats et chars d’assaut.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article198916.html

http://www.voltairenet.org/article198916.html

Daniele Ganser: La plupart des guerres menées par des membres de l’OTAN commencent par des mensonges

Daniele Ganser: La plupart des guerres menées par des membres de l’OTAN commencent par des mensonges

 

Daniele GANSER, brillant historien et écrivain suisse allemand – spécialisé dans les opérations secrètes, le terrorisme sous faux pavillon et la géostratégie – expose ici en toute clarté et simplicité le cadre géopolitique conduisant aux conflits dont il est question dans son dernier ouvrage Les Guerres illégales de l’OTAN. Vendu à plus de 50 000 exemplaires en Allemagne, cet ouvrage est le cri d’un citoyen qui n’accepte pas que les règles de l’ONU soient violées, foulées aux pieds. Un ouvrage fort instructif et facile à lire qui devrait, à l’approche des Fêtes où chacun aspire à la paix, trouver sa place sous l’arbre de Noël. [Arrêt sur info].


Daniele Ganser. Crédit photo Tobias Sutter


Entretien traduit de l’allemand par Laurent Bénac et Jonas Lismont le 29 novembre 2017

Question : M. Ganser, vous êtes un historien, spécialiste de l’Histoire contemporaine depuis 1945 et expert en politique internationale. Au sein de l’Institut SIPER que vous avez créé et que vous dirigez, vous vous intéressez à de très nombreux sujets comme l’énergie et la géostratégie, les conflits pour les ressources et la politique économique, les mises en œuvre de guerres secrètes, et (je dirais presque paradoxalement) la paix. Votre nouveau livre est intitulé Les Guerres illégales de l’OTANdonc parlons-en pour commencer. Qu’est-ce qui rend une guerre légale, ou illégale ?

Daniele GANSER : De manière générale, toutes les guerres sont illégales. La Charte de l’ONU, signée en 1945, énonce explicitement que les États doivent résoudre leurs différends sans avoir recours à la violence ou aux armes. Les guerres sont donc clairement illégales. Il existe toutefois deux exceptions à cette règle : premièrement, la légitime défense ; si un pays est agressé, il a le droit de se défendre militairement. Deuxièmement, une guerre est légale si le Conseil de Sécurité de l’ONU a voté un mandat explicite en ce sens.

Question : Dans votre livre, vous parlez des États-Unis comme d’un « Empire »… Pourquoi ce terme ? En France, la classe médiatique et/ou politique va immédiatement crier à « l’anti-américanisme primaire ». D’ailleurs, ce réflexe pavlovien a-t-il cours également dans les pays de langue allemande ?

Daniele GANSER : Je suis un historien. Pour moi, le terme d’Empire est celui usité pour décrire le pays le plus puissant à un moment donné. Il y eut ainsi l’Empire romain au début de notre ère ; ce n’est pas je crois « anti-italien » de parler de l’Empire romain ! Au xixe siècle, l’Empire britannique connut son apogée. Il n’est pas « anti-britannique » d’évoquer cet Empire… Depuis 1945, donc depuis plus de 70 ans, les États-Unis sont le pays le plus puissant. Il n’est pas « anti-américain » de dire cela. C’est un fait. Il existe environ 200 pays dans le monde aujourd’hui. Mais si nous examinons les 5 Membres permanents du Conseil de Sécurité de l’ONU – sans doute les 5 pays les plus puissants ou influents – une vérité saute aux yeux : les dépenses militaires US s’élèvent à 600 milliards de dollars par an, infiniment plus que n’importe quel autre pays. La Chine dépense environ 200 milliards annuellement, la Russie 70, la France et le Royaume-Uni à peu près 50 milliards chacun. En outre, les États-Unis disposent de 10 porte-avions, la France d’un seul (le Charles de Gaulle) comme la Russie et le Royaume-Uni, et la Chine en a 2 depuis peu (le second n’étant pas encore en service). Les USA entretiennent des bases militaires dans plus de 40 pays (dont par exemple Guantanamo à Cuba, et Ramstein en Allemagne). La France compte des bases militaires dans 11 pays différents (parmi lesquels l’Allemagne, et des pays africains comme le Mali, le Niger, le Tchad, Djibouti, …) Par ailleurs, le dollar américain est la monnaie de référence au niveau mondial. La devise la plus importante dans l’économie mondiale n’est ni l’Euro, ni le Rouble, le Renminbi ou le Franc suisse ! Enfin, depuis 1945, les États-Unis ont bombardé plus de pays que n’importe quel autre État dans le monde. La liste des pays bombardés inclut l’Afghanistan, la Libye, la Syrie, l’Irak, le Soudan, la Serbie, la Corée, le Vietnam, le Laos, le Cambodge, le Nicaragua, le Pakistan, la Somalie, le Yémen, Cuba… et cette liste n’est pas exhaustive. Pour ces raisons, et d’autres encore, les États-Unis sont clairement un Empire ; il n’y a aucun doute à ce sujet. Je ne regarde pas la télévision française, et ne lis pas la presse française, je ne sais donc pas si ce terme est d’usage fréquent en France… Mais les experts en géopolitique français ne peuvent ignorer que les États-Unis sont la seule et unique superpuissance. Ici, en Suisse alémanique où je vis, ce terme d’Empire US n’est pas beaucoup utilisé, parce que les gens ont peur que cela crée des problèmes avec l’Empire, ou nuisent aux relations commerciales.

Question : D’autant que vous allez plus loin : vous affirmez aussi que les États-Unis sont une oligarchie…

Daniele GANSER : Oui, bien sûr. L’ancien Président Jimmy Carter a dit en 2015 que les États-Unis ne sont plus une démocratie mais une oligarchie, c’est-à-dire un pays dirigé par une petite classe supérieure riche qui constitue au plus 1% de la population totale. Carter expliquait qu’un candidat à l’élection présidentielle US avait besoin d’au moins 300 millions de dollars pour concourir. Il y a plus de 320 millions d’habitants aux USA, mais combien d’après vous peuvent disposer d’une telle somme ? Si vous n’appartenez pas à l’oligarchie, vous n’avez aucune chance d’être un jour élu Président des États-Unis. Le Président est toujours choisi parmi les riches. Les 100 sénateurs aussi appartiennent à l’oligarchie : ils ne siègent pas au Sénat qui n’est pas un cénacle de « vieux sages », mais une assemblée de riches ! En moyenne la fortune d’un sénateur est de 3 millions de dollars. Ceux qui occupent des fonctions exécutives sont encore plus riches : certains des membres de l’Administration Trump ne sont pas des millionnaires, mais des milliardaires. Leurs intérêts est de défendre leur fortune et de devenir encore plus riches. Ce qui est classique dans un système oligarchique. C’est donc l’oligarchie US qui dirige l’Empire US.

Question : Pourtant, citoyen suisse, vous n’êtes pas « anti-américain ». Vous expliquez même que vous avez été stupéfait de constater « non sans effroi » que « ce sont les pays de l’OTAN, qui, conduits depuis 70 ans par les États-Unis, ont déclenché le plus de guerres illégales, et ce dans une impunité totale. »

Daniele GANSER : Quand j’étais étudiant en histoire, j’ai voyagé à de nombreuses reprises aux USA. Je suis allé à New York, Boston, Miami, Los Angeles, Seattle, et bien d’autres villes encore. Les paysages américains et la nature en particulier sont merveilleux. La plupart des citoyens aux Etats-Unis sont des gens formidables ; ce sont les oligarques qui initient les guerres. Le citoyen lambda, aux États-Unis comme ailleurs est trompé par la propagande véhiculée par les médias qui répètent sans cesse que l’Amérique combat pour la liberté et la démocratie. Mais c’est un mythe. Cela n’est pas vrai. Les oligarques se battent pour leurs intérêts commerciaux et dans le but d’étendre la puissance de l’Empire US. J’ai beaucoup appris des universitaires américains comme Noam Chomsky ou des journalistes comme William Blum, que j’ai rencontrés, et qui critiquent l’Empire de manière virulente. En fait, les critiques les mieux informés et les plus pertinents vivent aux USA. La liberté d’expression existe, et il leur est donc possible de s’exprimer publiquement et de publier des livres.

Question : Tout au long de votre livre, vous insistez sur l’importance du droit international. Vous citez de nombreux professeurs de droit qui tous sont unanimes… Pourtant, en Occident, la presse acquise à l’OTAN n’en parle jamais. Ou plutôt, elle l’ignore méthodiquement quand des États membres de l’OTAN le viole, et ne fait mine de s’en souvenir que si elle estime que des pays ennemis le bafoue. Pour prendre un exemple, je n’ai pas connaissance d’un média français qui ait expliqué à nos compatriotes que MM. Hollande ou Obama commettent un acte d’agression quand ils ordonnent à leur aviation de bombarder des objectifs en Syrie sans l’aval du gouvernement syrien, alors que M. Poutine reste, lui, dans le strict cadre du droit international quand les avions russes interviennent dans ce même pays, avec l’accord du gouvernement. Autre exemple notable : personne en France ne s’est étonné que trois ministres successifs des Affaires étrangères français (MM. Juppé, Fabius et Ayrault) aient appelé à un changement de régime en Syrie, alors même que cela est en complète violation de la Charte des Nations Unies qui régit le droit international…

Daniele GANSER : Oui, il y a vraisemblablement un problème dans la presse française si le public n’est pas informé qu’il est illégal de renverser un gouvernement étranger, ou même simplement d’essayer de fomenter un changement de régime dans un pays tiers. Les dirigeants français, avec leurs homologues britanniques, états-uniens, saoudiens et qataris ont tenté de renverser le gouvernement syrien. Jusqu’à présent, ces tentatives ont échoué : M. Assad est toujours au pouvoir. Clairement, cela était illégal au regard du droit international. Au cours de l’Histoire, les Russes aussi ont mené des opérations illégales. L’URSS a envahi la Tchécoslovaquie en 1968 et l’Afghanistan en 1979, sans mandat du Conseil de Sécurité. Les guerres illégales sont malheureusement fréquentes… En 1956, la France, en accord avec la Grande-Bretagne et Israël a attaqué l’Égypte durant la crise du canal de Suez, un autre exemple de guerre illégale. Mais la presse le plus souvent n’utilise même pas ce terme, et lorsqu’un concept n’est pas débattu dans les journaux, ou jamais présenté à la télévision, alors il ne faut pas s’étonner que les gens ne se posent pas la question pourtant toute simple de savoir si ces guerres sont légales ou pas… Ou s’il n’est pas illégal d’armer des groupes militants dans des pays comme la Syrie ou le Nicaragua ? Dans mon livre, je montre comment les pays membres de l’OTAN se sont engagés dans de telles guerres dites secrètes, et oui bien sûr, tout cela est souvent absent des journaux (ou complètement falsifié) mais les gens qui lisent des livres peuvent apprendre énormément de choses factuelles.

Question : Les manifestations monstres qui eurent lieu partout dans le monde pour s’opposer à l’invasion de l’Irak par les États-Unis et leurs alliés britanniques en 2003 ont, depuis, été quelque peu oubliées. Elles ont révélé à la fois l’arrogance de l’Empire US, et l’impuissance du mouvement pacifiste. Depuis, malgré le désastre total qui a suivi la destruction de l’appareil d’État irakien, le revirement des dirigeants français, (mais aussi italiens, allemands, etc.) a été aussi rapide que complet : ces pays ont mené, directement ou indirectement des guerres néocoloniales en Libye puis en Syrie, plongeant au nom des « droits de l’Homme » et de la « défense de la démocratie » deux pays stables et indépendants dans le chaos. Il est très difficile de savoir si l’opinion publique est entièrement dupe de la propagande qui a précédé et accompagné ces guerres illégales… Quelle est votre opinion ?

Daniele GANSER : La France et l’Allemagne se sont en effet opposées à l’attaque illégale de l’Irak par les États-Unis et le Royaume-Uni en 2003. Et oui, effectivement, il y eut d’énormes manifestations contre la guerre à Paris, New York, Londres, Berlin, Rome et même ici en Suisse. J’ai participé à la manifestation à Berne, l’une des plus imposantes que la Suisse ait jamais connue. Cela montre que des millions de personnes sont contre les guerres illégales d’agression. Et puis, en 2011, quand la France, le Royaume-Uni et les USA ont bombardé la Libye, il n’y eut presque aucune manifestation pacifiste. Pourquoi ? C’est difficile à dire. Car là aussi les règles de l’ONU ont été violées. La France, le Royaume-Uni et les USA avaient un mandat du Conseil de Sécurité pour établir une zone de restriction de vol au-dessus de la Libye. Et ils l’ont détourné pour effectuer un changement de régime au cours duquel Kadhafi a été assassiné. Ce n’était absolument pas ce qu’autorisait le mandat onusien. Ces « jeux d’influence » (pardonnez la litote !) déstabilisent des régions entières. Beaucoup en France pensent qu’il est acceptable que Sarkozy ait fait bombarder la Libye. Mais imaginez un instant la situation inverse : que Kadhafi ait fait bombarder Paris ! La Charte de l’ONU est claire sur ce point : aucun pays n’a le droit d’en bombarder un autre sans avoir un mandat explicite en ce sens du Conseil de Sécurité. Tous les États doivent obéir à ces règles. Sinon, nous courrons le risque que plus personne ne respecte le droit international, ce qui signifierait le chaos.

Question : Vous citez des exemples concrets de mensonges de guerre, et vous vous intéressez aussi à cette propagande pluriquotidienne et multicanaux dont nous sommes bombardés. Vous commentez notamment l’usage qui est fait d’expressions orwelliennes comme « opérations », « frappes chirurgicales », « guerres humanitaires »…

Daniele GANSER : Oui, toutes ces guerres illégales sont vendues à l’opinion publique des pays qui les mènent, en l’occurrence la population des pays membres de l’OTAN, sous la forme appétissante de nobles missions humanitaires. Mais cela n’a aucun sens : il ne peut y avoir de guerres humanitaires, c’est impossible car les deux termes sont absolument contradictoires. Les guerres sont toujours brutales, horribles et meurtrières. Dans certains cas, comme en 2011 en Libye ou en 1999 en Serbie, des commandos des Forces spéciales ont même attisé les tensions en armant des groupes militants dans le pays cible. Le plus souvent, une guerre secrète précède la phase médiatisée de la guerre. Mais les gens assis devant leur téléviseur ne voient rien de cette phase préalable, la guerre secrète et se laissent duper et manipuler. J’ai écrit ce nouveau livre pour expliquer ces choses d’une manière simple mais pas simpliste, agréable, de sorte à ce que même des adolescents puissent le lire et comprendre ce que sont les guerres illégales.

Question : Vous êtes l’auteur des Armées secrètes de l’OTAN [1] un ouvrage traduit dans 10 langues, qui a établi votre réputation auprès de vos pairs, et qui a été salué par des nombreuses personnalités impliquées dans le mouvement pacifiste. Vous avez enseigné à la prestigieuse ETH de Zurich, et à l’Université de Bâle. Puis vous avez publié un article sur le 11-Septembre, critique de la version donnée par l’administration Bush, et à partir de là, les ennuis ont commencé…

Daniele GANSER : C’est vrai. Ma thèse de doctorat portait sur le Réseau Gladio et les armées secrètes de l’OTAN. Je suis donc un historien spécialisé dans les opérations secrètes, le terrorisme sous faux pavillon, et la géostratégie. Ce livre a été bien reçu, mais en 2006, j’ai publié un article dans un journal suisse, dans lequel je plaidais pour une nouvelle enquête sur les attentats du 11-Septembre car la narration de Bush n’est pas crédible. L’ambassade des États-Unis en Suisse m’a immédiatement attaqué en disant que tous ceux qui se posent des questions sur ce sujet colportent des théories complotistes. Aujourd’hui encore, le mot « complotiste » est utilisé pour stigmatiser les chercheurs et les historiens comme moi et les empêcher de poser des questions sur le 11-Septembre. Mais cette interdiction n’est pas acceptable. Les historiens et les scientifiques en général doivent toujours avoir le droit de poser des questions ! Sinon, c’est la fin de la science. Imaginez que l’on ait interdit à Descartes de penser, ou à Galilée ou Socrate de réfléchir. Poser des questions est nécessaire. Dans mon article, j’invitais chacun à s’intéresser au bâtiment 7 du World Trade Center, la 3e tour qui s’est effondrée à New York ce jour-là, bien qu’aucun avion ne l’ait percutée. Pourquoi s’est-il effondré ? Cela n’est pas clair. Il n’y a que 2 possibilités : l’incendie ou la démolition contrôlée. J’ai cité un expert suisse de la sécurité des bâtiments qui disait que cela ressemblait beaucoup à une démolition contrôlée. Deux ans plus tard, en 2008, le NIST (l’Institut national des  Normes et de la Technologie) publia un rapport niant cette possibilité et donnant l’incendie comme explication de l’effondrement. Je ne sais pas si cela est vrai ou si c’est un mensonge. A ce jour, plus de 2 000 architectes et ingénieurs regroupés dans l’association AE911Truth de Richard Gage exigent une nouvelle enquête sur les causes de cet effondrement, car selon eux, de nombreux éléments prouvent la thèse de la démolition contrôlée. Je ne sais pas ce qui s’est passé le 11-Septembre, ni les raisons de l’effondrement du WTC 7, mais je soutiens la demande d’une nouvelle enquête car nous avons vraiment besoin de connaître toute la vérité.

Question : La version allemande de Wikipedia (et dans une moindre mesure les versions anglaise et française) vous ont longtemps présenté (voire vous présentent encore) comme une « théoricien du complot ». À ce sujet, le documentaire Le côté obscur de Wikipedia démontre de manière passionnante comment fonctionne « la police de la pensée » en vigueur sur le site. On y comprend comment une poignée de personnes anonymes ont détourné les règles éthiques de l’encyclopédie en ligne pour soi-disant « protéger » les lecteurs du site d’idées qu’ils jugent inadéquates. Dans le chapitre concernant l’Afghanistan, vous revenez à la charge sur les attentats du 11-Septembre, et citez des analyses de David R. Griffin, Richard Gage… Comme l’édition française des Guerres illégales de l’OTAN est publiée aux éditions Demi-Lune, il est évident que les journalistes en France – qui tireraient pourtant grand profit à vous lire ! – vont vous ignorer consciencieusement, même si l’édition originale a été publiée chez l’un des plus anciens et des plus sérieux éditeurs suisses…

Daniele GANSER : Wikipedia attaque toute personne qui pose des questions sur le 11-Septembre. C’est assez étrange. Pendant des années, l’article qui me concerne sur Wikipedia (en allemand) était plutôt bon. Puis j’ai fait part publiquement de mes doutes sur le 11-Septembre et le WTC 7 en particulier, et ai appelé à une nouvelle enquête, et alors soudainement l’article me concernant est devenu accusatoire : j’étais devenu un « théoricien du complot » ! Bien sûr, je ne suis rien de tel : je suis simplement un historien suisse qui fait son boulot. Mais cela doit vraiment vous inciter à réfléchir, quand vous vous rendez compte qu’un tout petit groupe de personnes contrôle l’encyclopédie la plus utilisée dans le monde, et qu’il est capable d’effacer les corrections d’un public beaucoup plus grand s’il en décide ainsi. Le film que vous mentionnez l’explique très bien. Pour ce qui est des médias français, je ne sais pas s’ils parleront du nouveau livre, cela ne dépend pas de moi !

Question : Votre livre est un best-seller dans les pays de langue allemande. La presse s’en est-elle fait l’écho ? Sinon comment expliquez-vous un tel succès, vraiment remarquable pour un ouvrage traitant de géopolitique, d’Histoire militaire et de relations internationales ? J’imagine que vous ne vous attendiez pas à un tel engouement…

Daniele GANSER : Plus de 50 000 exemplaires du livre se sont vendus en moins d’un an. J’en suis évidemment très content, et profite de l’occasion pour remercier mes lecteurs de leur intérêt. Je pense que la raison pour laquelle tant de gens ont acheté et lu ce livre est d’abord qu’il est écrit dans un style simple, accessible à tous. Ensuite, il offre à chacun un regard en coulisses : beaucoup de gens savent que les politiciens leur mentent, que la télévision et les médias leur mentent, mais ils ne savent pas très bien comment sont élaborés ces mensonges ni comment est disséminée la propagande des guerres illégales. Et les gens se sont emparés du livre pour s’instruire, s’informer sur le sujet, ce qui me réjouit profondément. J’ai énormément de retours très positifs, ce qui est toujours plaisant.

Question : Vous donnez en outre des conférences devant des salles combles, et celles qui ont été filmées et mises en ligne sur le Net cartonnent (en VO) avec des centaines de milliers de vues chacune. Cela doit vous réjouir profondément de constater qu’une grande partie de vos lecteurs sont de jeunes adultes, qu’ils cherchent à comprendre le monde dans lequel ils vivent, et que le thème de la paix leur semble de la plus haute importance ? Je serais tenté d’ajouter : contrairement aux médias alignés qui ne sont plus que les porte-paroles de dirigeants bellicistes et qui battent constamment les tambours de guerre (Yougoslavie, Kosovo, Afghanistan, Libye et Syrie).

Daniele GANSER : C’est vrai, beaucoup de jeunes gens, entre 15 et 25 ans, assistent à mes conférences et regardent mes vidéos sur Internet. Ce ne sont pas les médias allemands qui ont fait le succès du livre, plutôt l’Internet et ces présentations données dans les pays de langue allemande et qui sont accessibles sur YouTube. Les compteurs des 10 conférences les plus populaires totalisent plus de 5 millions de vues, ce qui est beaucoup pour ce type de sujets. Cela a aidé fortement à faire connaître le livre. Mais la plupart sont en allemand malheureusement. Je n’ai donné qu’une présentation en français, à Paris en 2016, visible ici. Je ne me sens pas très à l’aise quand je m’exprime en français. Cela m’est plus facile en allemand ou en anglais, et je donne donc la priorité au monde germanophone.

Question : Il semble qu’il y ait également un réel intérêt du public, en Allemagne, pour une profonde remise en cause du bien-fondé de l’existence même de l’OTAN. Vous rappelez d’ailleurs qu’après la chute du mur de Berlin et au moment où l’Allemagne s’est réunifiée, puis à plus forte raison quand l’Union soviétique s’est effondrée et que le Pacte de Varsovie a disparu, de nombreuses voix ont appelé à la dissolution de l’Alliance atlantique. Non seulement cela ne s’est pas produit, mais l’OTAN est alors devenue une Alliance offensive, notamment en Serbie… Puis elle s’est rapidement agrandie (elle compte maintenant 29 États membres) et étendue à l’Est, jusqu’à la frontière avec la Russie. Cette évolution est pour le moins préoccupante…

Daniele GANSER : C’est très juste. L’OTAN s’est agrandie après la chute du mur de Berlin en 1989. À l’origine, l’Alliance Atlantique se présentant comme strictement défensive, affirma qu’elle n’attaquerait jamais un État, mais qu’elle réagirait en cas d’attaque d’un de ses membres. Mais ensuite, l’Empire US a changé de doctrine, et les pays membres lui ont emboîté le pas. La Serbie a été bombardé en 1999. En toute illégalité. En Allemagne, le parti Vert de Joschka Fischer et le Chancelier social-démocrate Gerhard Schröder ont participé à l’attaque, aux côtés du Président Clinton. Cela se fit au grand désarroi de beaucoup de militants à l’intérieur du mouvement pacifiste allemand.

Question : J’ai pu lire dans certaines recensions de votre livre que l’on vous reproche de citer Kadhafi (quelques brefs extraits de son fameux discours à l’ONU)… une critique pour le moins incongrue puisqu’un chapitre des Guerres illégales de l’OTAN traite justement de la Libye. Êtes-vous aussi catalogué comme un ami de Poutine et de « Bachar » du fait que vous portez un regard critique sur l’OTAN et n’adhérez pas entièrement aux récits des médias concernant la crise en Ukraine et la guerre en Syrie ?

Daniele GANSER : Ce que j’explique dans mon livre est simple : des pays puissants comme les États-Unis et la France ne devraient pas en attaquer de plus petits comme la Libye ou la Syrie. Cela n’est ni juste ni légal et n’apporte que le chaos. Je m’exprime en tant que citoyen de la Suisse qui comme vous le savez est un tout petit pays. Nous n’aimons pas voir le droit international foulé aux pieds. Que va-t-il se passer si les grandes puissances décident de ne plus respecter la Charte de l’ONU ? Ou si les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité s’attaquaient, notamment les États-Unis et la Russie par exemple ? Il pourrait en résulter une guerre nucléaire. Personne ne veut cela n’est-ce pas ? Pourtant, en Syrie, chasseurs et bombardiers US et russes évoluent dans le même espace, menant leurs opérations séparément, et il existe des risques de confrontation directe. C’est une situation dangereuse. J’espère que tout se passera bien, mais il est fondamental d’exiger le respect par tous de la Charte onusienne : c’est l’intérêt du mouvement pacifiste partout dans le monde comme de l’humanité dans son ensemble.

Question : En tant qu’historien, comment expliquez-vous que la propagande de guerre fonctionne toujours aussi bien, à la fois avant le conflit pour le préparer, et pendant, pour que la population des États « démocratiques » soutienne des actions non seulement illégitimes mais surtout illégales ? Comment des procédés aussi grossiers (par exemple diaboliser l’ennemi du jour comme le « nouvel Hitler ») peuvent-ils ne pas être totalement éculés ? Je mets « démocratiques » entre guillemets, car vous écrivez que la population allemande n’a pas été consultée par rapport à la décision historique – qui viole la Constitution – de faire participer la Bundeswehr à la guerre en Syrie (pas plus que les populations française, britannique, canadienne, états-unienne, etc. vis-à-vis de leur propre armée).

Daniele GANSER : La base de la propagande de guerre est toujours d’utiliser l’arme de la peur. Les gens sont vulnérables à la peur. C’est pourquoi on a recours à ce sentiment. Qui va de pair avec la haine. En associant les deux, il est facile de mobiliser des populations entières en faveur de la guerre. En divulguant des histoires sur le fait que Saddam Hussein possède des armes de destruction massive, vous créez de la peur chez les gens, indépendamment du fait que cela soit vrai ou pas. Quand a été pointée du doigt la responsabilité de Saddam dans les attentats du 11-Septembre – un moment de peur intense – c’est le levier de la haine qui était activé. Plus tard, avec le recul, les historiens arrivent et expliquent que M. Hussein n’avait rien à voir avec le 11-Septembre et qu’il ne disposait pas d’ADM, mais évidemment, il est déjà trop tard ! La guerre illégale a commencé et énormément de gens sont morts. Il s’agit d’une véritable politique qui allie la peur à la haine et aux mensonges ; et elle fonctionne très bien. Dans un chapitre de mon livre, je traite de la guerre du Vietnam qui a commencé (pour les USA) en 1964. L’Empire US affirma alors que les Nord-Vietnamiens avaient attaqué un bateau américain dans le Golfe du  Tonkin., ce qui contribua à créer un sentiment de peur et de haine dans le pays. Bien des années plus tard, les historiens découvrirent que l’attaque n’avait jamais eu lieu, c’était un autre mensonge. La plupart des guerres illégales commencent par des mensonges. Je consacre également un chapitre à Cuba. En 1961, les États-Unis affirmèrent devant le Conseil de Sécurité de l’ONU que des pilotes cubains avaient bombardé leur propre pays avant de se réfugier aux USA, parce qu’ils haïssaient le régime de Fidel Castro. Cette histoire aussi était fausse.

Question : J’insiste sur votre courage politique, car malheureusement, à part quelques exceptions notables (Mme Lacroix-Riz, MM. Jacques Pauwels ou Michael Parenti viennent – entre autres – immédiatement à l’esprit), les historiens ne se distinguent pas en général par leur intégrité. Le récent documentaire américain (de Burns & Novick) sur la guerre du Vietnam diffusé par Arte en est un exemple caricatural : alors qu’il dure presque 9 heures dans sa version « courte », les réalisateurs réussissent l’exploit de ne pas présenter les incidents du golfe du Tonkin comme une manipulation de l’administration Johnson, et de ne jamais simplement mentionner que la guerre au Vietnam, tout comme les bombardements au Laos et au Cambodge étaient purement et simplement illégaux au regard du droit international. Alors que ces événements datent de 50 ans et plus, ils se contentent ainsi de dire que l’implication des forces armées US au Cambodge fut « gardée secrète », ce qui est très différent. On est donc en droit de penser que ce documentaire – partout présenté comme admirable, radical et presque révolutionnaire car il donne aussi la parole aux Vietnamiens ( !) – tient plus de la propagande de guerre (John Negroponte, présenté comme un diplomate, y intervient de manière récurrente), et est coupable de dissimulations de crimes d’agression (le plus grave selon le Tribunal de Nuremberg)…

Daniele GANSER : Je n’ai pas vu cette série documentaire. Ce que je peux dire, sans risque de me tromper, c’est que si un documentaire sur la guerre du Vietnam n’explique pas à son audience que cette guerre était illégale, et qu’elle a débuté par un mensonge, alors soit le propos est manipulateur soit le travail de recherche est réellement insuffisant.

Question : Malgré tous ces mensonges, et toutes ces guerres, parvenez-vous encore malgré tout à rester optimiste ?

Daniele GANSER : Absolument. Je suis le père de deux jeunes enfants. Je garde l’espoir que la « famille humaine » sera capable de mettre un terme à la plupart des mensonges et à la brutalité qui définissent encore les relations internationales. Je suis pleinement conscient que de nombreux défis se posent à nous en ce xxie siècle. Mais aucun ne pourra être résolu par la violence. Et je réalise que de plus en plus de gens comprennent cela. Des réseaux se créent sur le Net, pour inventer des solutions alternatives, pour en finir avec les cycles et autres spirales de violence, en boycottant les chaines de télévision et les journaux qui appellent à la guerre ou la soutiennent. Donc oui, il y a de l’espoir. L’être humain peut toujours progresser, s’élever dans la voie de la conscience. La France a connu la royauté ; elle vit maintenant en démocratie : c’est un progrès historique. Il fut un temps où les femmes n’avaient pas le droit de vote (en Suisse, en France, en Angleterre, aux USA, etc.).  Elles le peuvent maintenant, ce qui est aussi un progrès historique. J’espère que dans un futur proche, nous saurons respecter la Charte onusienne et le progrès historique qu’elle constitue. Cela est possible, et cette excellente idée produirait des bénéfices mutuels pour l’intégralité de la grande famille humaine.

Question : En conclusion, j’aimerais vous poser deux questions en phase avec l’actualité. La présente situation au Venezuela n’est pas sans rappeler celle des mois qui ont précédé le renversement de Salvador Allende au Chili (pays non traité dans le livre) ou celle juste après la Révolution cubaine, avec l’opération Mangouste qui visait à miner la popularité du nouveau pouvoir, en sabotant l’économie de l’île.

Daniele GANSER : C’est certain, la situation au Venezuela aujourd’hui est extrêmement instable. Mais je ne suis pas un expert, et je me garderai donc de tout commentaire. Bien sûr, il est historiquement avéré qu’à maintes reprises, l’Empire US a renversé des gouvernements étrangers en toute illégalité, et le coup d’État de 1973 au Chili en est un exemple flagrant.

Question : Même si le contexte historique (et géopolitique) est très différent, en lisant le chapitre sur Cuba (et le long développement sur la crise des missiles) on ne peut s’empêcher de penser à la crise « actuelle » (si l’on peut dire, car elle a débuté en 1993) entre la Corée du Nord et l’Empire US… Cette crise me semble illustrer le propos même de votre livre, à savoir que la violation récurrente du droit international et de la Charte de l’ONU sur l’interdiction de la violence conduit à toujours plus de conflits. (Le régime nord-coréen – qui a déjà connu une guerre contre les USA, au cours de laquelle l’usage de l’arme atomique a été envisagé – se sentirait sans doute moins menacé dans sa survie si des pays membres de l’OTAN n’étaient pas intervenus pour procéder à des changements de régime en Irak, en Libye et en Syrie, sans compter tous les autres cas que vous décrivez dans le livre.)

Daniele GANSER : Il existe actuellement de fortes tensions entre l’Empire US et la Corée du Nord. Fort heureusement, elles n’ont pas abouti à une guerre entre ces deux pays. Quand ils voient les États-Unis bombarder des pays illégalement et en toute impunité, certains petits États peuvent être tentés de penser que l’arme atomique les protégera, que c’est le seul moyen de se défendre, la seule chose qui arrêtera l’Empire US. Mais je pense que ce n’est pas un bon calcul. Il me semble qu’il serait plus avisé de respecter la Charte des Nations Unies. Neuf pays sont des puissances nucléaires : les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité (USA, Russie, Chine, Royaume-Uni et France) et l’Inde, le Pakistan, Israël et la Corée du Nord. Plus il y aura d’États nucléarisés, et plus le système sera fragile. L’ICAN dénombre actuellement plus de 16 000 têtes nucléaires dans le monde. Une telle puissance de feu est capable de détruire plusieurs fois la planète. Mais nous n’en avons qu’une seule, et je pense que nous ne devons pas la détruire.

Merci à vous, M. Ganser.


[1] On peut commander le livre Les armées secrètes de l’OTAN ici

Page Facebook de l’ouvrage Les guerres  illégales de l’OTAN.


Source: Arrêt sur info

 

http://arretsurinfo.ch/daniele-ganser-la-plupart-des-guerres-menees-par-des-membres-de-lotan-commencent-par-des-mensonges/

L’OTAN demande une conversion à l’économie de guerre

L’OTAN demande une conversion à l’économie de guerre


Par Wolfgang Jungmann – Le 15 novembre 2017 – Source NEOPresse

Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN

Le Secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg a appelé, à l’occasion de la rencontre des ministres de la Guerre de l’OTAN, à orienter la planification de l’infrastructure civile vers les besoins de l’armée : « Il ne s’agit pas seulement de commandement. Nous devons également veiller à ce que les routes et les ponts soient assez solides pour supporter les plus massifs de nos véhicules et que les réseaux ferroviaires pour le transport rapide de blindés et de matériel lourd soient bien équipés. »

Les rôles clés seraient assurés par les gouvernements nationaux, le secteur privé et l’Union européenne.

Stoltenberg n’a laissé planer aucun doute sur la direction que prendront les mouvements de troupes : « Les routes et les voies mal adaptées pour le transport des chars rendent actuellement difficile par exemple un déplacement rapide de troupes vers les pays baltes. »

C’est de nouveau contre la Russie. Exactement comme le Führer avait développé le réseau d’autoroutes par tous les moyens dans les années 1930, pour déplacer le plus rapidement possible des troupes et du matériel vers l’Est (le dernier tronçon de l’A2, qui reliait Berlin à la Ruhr, a été inauguré ponctuellement le 23 septembre 1939, pour le début de la Seconde Guerre mondiale), le renforcement de l’infrastructure de transport fait partie aujourd’hui encore d’une préparation consciencieuse et responsable de la guerre.

L’ensemble de l’UE a immédiatement pris position, claqué des talons et promis solennellement de remettre prochainement en état le réseau de transports à l’abandon en Europe. Die Zeit rapporte : « Federica Mogherini, la représentante de l’UE pour les affaires étrangères, a annoncé à Bruxelles que la Commission européenne diffuserait, d’ici la fin de la semaine, des propositions sur la manière dont le transport de troupes à l’intérieur de l’Europe peut être amélioré. »

Cette entrée massive de la politique en faveur d’une économie de guerre, dans laquelle toutes les activités se concentrent uniquement sur le renforcement de la capacité de faire la guerre, est le point culminant d’une propagande belliqueuse s’aggravant sans cesse. En la matière, un pas entraîne toujours l’autre. Il semble toujours que l’OTAN soit en position défensive par rapport à la Russie et qu’en plus sa force militaire doive être nettement supérieure.

Ainsi les agressions actuelles de l’OTAN contre la Russie sont fondées sur la situation en Ukraine, sa prétendue annexion de la Crimée et son intervention dans la guerre en Syrie. Ici, la véracité des faits et du contexte historique ne joue aucun rôle. L’important est de présenter toutes les agressions par les États-Unis et l’OTAN exclusivement comme des mesures défensives. Presque toujours, au début d’une crise, d’un conflit, on peut entendre les bruits de bottes de l’OTAN.

Par exemple, les États-Unis ont mis le feu en Ukraine il y a plusieurs années, lorsque s’y jouait en 2004, aux yeux du public, une mise en scène convaincante.

« Soixante-cinq millions de dollars fournis par les contribuables ont été versés depuis 2002 par le Département d’État américain pour les élections en Ukraine, par le biais du NED et des fondations des partis Démocrate et Républicain aux États-Unis, respectivement le NDI et l’IRI », écrit Der Spiegel dans son numéro 46 de 2005. Il cite le sénateur républicain Ron Paul :

« Nous ne savons pas exactement combien de millions ou de douzaines de millions de dollars le gouvernement des États-Unis a dépensé pour l’élection présidentielle en Ukraine. Mais nous savons qu’une grande partie de cet argent était destinée à soutenir un candidat spécifique ». Puis il explique à ses lecteurs : « Victor Iouchtchenko ».

En ce moment, des faits importants, selon lesquels les élections présidentielles aux États-Unis auraient été manipulées par la Russie, constituent ainsi un levier pour continuer à stigmatiser la Russie.

Comme on le sait, l’affaire du changement de régime et de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN a mal tourné à l’époque. Der Spiegel a toutefois écrit ces mots prophétiques en 2005 déjà :

« D’un autre côté, il n’y a plus de retour en arrière possible pour les États-Unis et leurs alliés. Beaucoup d’argent, beaucoup d’efforts ont été investis. Dans les semaines précédant l’élection (de Iouchtchenko à la présidence de l’Ukraine), des valises d’argent liquide provenant des États-Unis furent livrées à l’aéroport de Kiev, raconte la comptable de l’organisation d’opposition ‘Notre Ukraine’. Un don américain privé de plus de 150 000 dollars a été temporairement mis à l’écart parce que personne ne savait plus où l’affecter. »

Ce qui était vrai alors l’est encore plus aujourd’hui. S’il y avait à l’époque « beaucoup de millions ou de douzaines de millions de dollars », en 2014, dix ans plus tard, selon la secrétaire d’État américaine alors en poste Victoria Nuland, c’était plus de 5 milliards de dollars que les États-Unis et leurs alliés avaient investis dans un changement de régime en Ukraine, dont l’unique but était d’encercler la Russie. Nuland a mentionné cette somme dans une conversation téléphonique interceptée par le service de renseignement ukrainien le 28 janvier 2014.

Tout le monde sait qu’il faut des retours sur investissement. Les retours, dans une Ukraine colonisée par l’Occident, permettraient avant tout de bloquer facilement les livraisons de pétrole et de gaz de la Russie, puisque ces sources d’énergie sont amenées dans l’UE par le système de pipeline ukrainien. Ensuite, les fournisseurs d’énergie dominés par les États-Unis se précipiteraient.

L’hebdomadaire Die Zeit cite le prof. John Mearsheimer, qui enseigne la science politique à l’Université de Chicago, dans un article d’Alice Bota du 17 mai 2015, dans lequel celle-ci se donne toute les peines du monde pour nier l’influence américaine en Ukraine :

« Selon lui (le prof. Maersheimer), Washington poursuit sa politique d’ingérence en Ukraine, dix ans après la Révolution orange. Pour lui, c’est clair : les manifestations sur le Maïdan, qui ont finalement abouti au renversement du président Victor Ianoukovitch le 22 février 2014, ont été préparées par les Américains pendant des années, avec beaucoup d’argent. Un coup d’État. L’Amérique voulait un changement de pouvoir car elle voulait gagner de l’influence sur l’Ukraine. »

Bien que l’on veuille absolument nous faire croire que les manifestations du Maïdan ont conduit au renversement de Ianoukovitch, les manifestants étaient, dans le meilleur des cas, des figurants dans un drame qui se déroulait devant l’opinion publique mondiale, et dont le déroulement et l’issue étaient décidés depuis longtemps. Les temps changent, de même que Serge Eisenstein a essayé en 1928, avec les moyens du cinéma muet et des milliers de figurants, de donner une image de la Révolution d’Octobre qui avait très peu à voir avec la réalité, les tireurs de ficelles aux États-Unis ont donné, avec l’aide des nouveaux médias, l’image d’une insurrection populaire en Ukraine qui n’a jamais eu lieu.

Le renversement du pouvoir à Kiev était décidé depuis longtemps. Le Maïdan n’a été que l’occasion bienvenue de frapper enfin. Après plusieurs semaines de manifestations contre un gouvernement corrompu, qui n’a pas hésité à « violer son propre peuple », le monde était prêt pour le « décompte final ». Le 20 février, la violence s’est intensifiée. Il y a eu des coups de feu. Le soir, 70 personnes gisaient, mortes, sur le pavé. Les responsables des tirs en embuscade ne sont toujours pas identifiés, encore moins jugés. [Si, on sait aujourd’hui qui étaient les tireurs. Voir cet article, NdT] Notamment parce que le nouveau gouvernement a montré peu d’enthousiasme pour faire la lumière.

L’important n’était pas la vérité, mais ce qui était tenu pour la vérité dans l’opinion publique et c’était l’histoire que les médias racontaient déjà alors que les corps des morts n’étaient pas encore froids : les Berkut, les forces spéciales de Ianoukovitch, avaient tiré indistinctement dans la foule – sur ordre du président. Ainsi Ianoukovitch était définitivement discrédité et visé. Il a fui la foule excitée par le parti nazi « Secteur droit » : « Ils réclament la peine de mort, ils veulent le mettre au pilori, mais il doit au moins aller au tribunal », et Der Spiegel se réjouissait encore le 24 février de voir enfin en Russie un spectacle semblable à la pendaison publique de Saddam Hussein ou à l’ignoble assassinat de Kadhafi.

Les forces qui se trouvaient maintenant au pouvoir en Ukraine ne représentaient plus du tout une grande partie de la population ukrainienne. Selon le dernier recensement à peu près fiable, environ 8 334 100 Russes ethniques vivaient en Ukraine, soit 17,3% de la population totale. L’une des premières mesures du nouveau gouvernement a été la suppression du russe comme deuxième langue officielle. Cela a suscité la colère, en particulier, des habitants des oblasts de Lougansk et de Donetsk, où la proportion de la population russe est respectivement de 39% et de 38,2%, et en Crimée, où les Russes sont majoritaires. La loi existe toujours. Si elle n’est plus en vigueur actuellement, elle  pourrait à tout moment le redevenir.

La population a protesté, ce qui a poussé le nouveau gouvernement à envoyer des troupes [contre les régions rétives du Donbass, NdT] qui, armées jusqu’aux dents, ont même utilisé l’artillerie. En juillet, le nouveau président ukrainien, le fabricant de chocolat et oligarque Porochenko, a déclaré, tout à fait dans le style des généraux de la Wehrmacht lors de la Seconde Guerre mondiale : « Les militants paieront de centaines de vies celle de chacun de nos soldats. »

Die Welt écrivait le 19 décembre 2012 :

« Les directives du haut commandement de la Wehrmacht de septembre 1941 ordonnaient par exemple de fusiller de 40 à 100 ‘communistes, nationalistes ou démocrates’ par soldat allemand tué… Dans la Yougoslavie occupée, le général Franz Böhme avait établi que pour chaque soldat allemand tué, il fallait fusiller 100 otages, et que pour chaque blessé, il fallait en fusiller 50. »

Wilhelm Keitel, le commandant en chef de l’armée allemande, a été condamné à mort par pendaison le 1er octobre 1946 lors du procès de Nuremberg contre les principaux criminels de guerre, entre autres à cause de ses « ordonnances de représailles » [contre les otages civils, NdT]. La peine a été exécutée le 16 octobre 1946 à Nuremberg.

En Crimée, le gouvernement russe devait craindre pour le maintien de sa flotte de la mer Noire à Sébastopol. Déjà sous le président Iouchtchenko, pro-occidental, l’accord conclu en 1997 et valable jusqu’en 2017 sur l’utilisation des installations par la flotte russe à Sébastopol était utilisé par l’Ukraine comme moyen de chantage sur la Russie.

Au cours du conflit gazier de 2005-2006, l’Institut pour la sécurité nationale de l’Ukraine a proposé qu’« une série de compromis politiques devait être recherchée suite à l’augmentation rapide des prix de l’approvisionnement en gaz, fixés dans l’accord ukrainien [avec la Russie, NdT]. Cela comprenait l’accord sur le retrait anticipé (au 1er janvier 2012) de Crimée de la flotte russe en mer Noire et le protocole dans lequel la Russie devrait déclarer explicitement qu’elle n’aurait pas d’objections à l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN dans un avenir prévisible (2008-2010) », comme l’écrit assez maladroitement Lyudmyla Synelnyk dans l’ouvrage paru en 2013 Energieressourcen und politische Erpressung : Der Gasstreit zwischen Russland und der Ukraine” (Ressources énergétiques et chantage politique : le conflit gazier entre la Russie et l’Ukraine). En 2008, Iouchtchenko se penchait encore une fois personnellement sur la question. Lyudmyla Synelnyk écrit :

« C’est ainsi que le 20 mai 2008 (donc quelques mois avant la guerre en Géorgie d’août 2008) – contrairement aux affirmations de la presse occidentale selon lesquelles cette exigence était une réaction à la participation d’éléments de la flotte russe à la guerre) – le gouvernement ukrainien a été chargé par décret présidentiel de préparer un projet de loi sur l’abrogation de l’accord russo-ukrainien sur le stationnement de la flotte de la mer Noire russe après 2017. »

Bien que le traité ait été prolongé de 2010 à 2042, Poutine savait que l’expulsion de la flotte de Sébastopol menaçait la Russie au plus tard en 2017, les États-Unis prenant ensuite possession des installations, les forces au pouvoir à Kiev n’ont d’entrée pas reconnu la prolongation de l’accord.

On peut appeler cela une politique de puissance, mais la Russie devait agir, tant en Ukraine de l’Est, dont la séparation du reste du pays était planifiée et acceptée tout à fait ouvertement avec un haussement d’épaules dans les médias occidentaux dès le début du Maïdan, qu’en Crimée. La Russie avait été massivement défiée par les États-Unis, l’OTAN et l’Union européenne. Mais maintenant, elle était présentée comme l’unique agresseur.

On reconnaît sans peine le même schéma dans le cas de la Syrie. Des troubles intérieurs limités ont été utilisés pour amener dans le pays des mercenaires, des armes et des munitions en grand nombre sous le prétexte de protéger la population d’un dictateur massacreur de son propre peuple. Un mémorandum qui se trouvait dans les courriels piratés de Hillary Clinton démontre qu’il ne s’agit en aucun cas, pour les États-Unis, de liberté et de droits de l’homme pour la population syrienne.

Le document ne porte ni la date ni le nom de son auteur, d’où on peut déduire qu’il s’agit d’un proche collaborateur de Clinton, ou de la ministre américaine des Affaires étrangères de l’époque elle-même. À partir de quelques passages du texte, on peut facilement dater la rédaction du papier à mars-avril 2012, donc à un stade très précoce de la guerre en Syrie.

La toute première phrase dans le document de WikiLeaks dément la version américaine de l’ingérence : « La meilleure façon d’aider Israël à faire face à la menace nucléaire croissante de l’Iran est d’aider les Syriens à renverser le régime de Bachar al-Assad. »

Il s’agissait donc à l’évidence d’affaiblir l’Iran en le privant de son plus fidèle allié. Il s’agissait de maintenir le monopole d’Israël sur les armes nucléaires au Proche-Orient : « Ce dont l’armée israélienne s’inquiète vraiment – mais ne peut pas en parler ouvertement – c’est de la perte de son monopole nucléaire. Une capacité nucléaire iranienne ne mettrait pas seulement fin à ce monopole, mais pourrait aussi inciter d’autres adversaires, comme l’Arabie saoudite et l’Égypte, à s’équiper d’armes nucléaires. »

La secrétaire d’État américaine ou l’un de ses plus proches collaborateurs révèlent au printemps 2012 les vraies réflexions de l’administration Obama : « C’est la relation stratégique entre l’Iran et le régime de Bachar al-Assad en Syrie qui permet à l’Iran de saper la sécurité d’Israël (…) par ses alliés au Liban, comme le Hezbollah, qui est soutenu, armé et formé par l’Iran en Syrie. »

De cela, il n’y a qu’une conclusion à tirer : « La fin du régime d’Assad mettrait fin à cette alliance dangereuse. »

Visiblement, on ne faisait pas confiance à ses propres négociations avec l’Iran sur la limitation de son programme nucléaire, ces dernières n’avaient d’emblée qu’une fonction d’alibi : « Les négociations sur la limitation du programme nucléaire iranien ne résoudront pas le dilemme sécuritaire d’Israël. Elles n’empêcheront pas non plus l’Iran de continuer à développer la partie décisive de son programme nucléaire – la capacité d’enrichir l’uranium. »

Et donc, en 2012, le renversement d’Assad n’était considéré à Washington que comme la première étape d’une importante solution définitive. La petite guerre avant la très grande contre l’Iran : « Faire tomber Assad ne serait pas seulement une énorme bénédiction pour la sécurité d’Israël, cela atténuerait également la peur compréhensible d’Israël de la perte de son monopole nucléaire. Ensuite Israël et les États-Unis pourraient développer une vision commune au moment où le programme iranien serait si dangereux qu’une action militaire pourrait se justifier. »

On pensait procéder avec Assad et sa famille comme auparavant avec Saddam Hussein en Irak ou Mouammar Kadhafi en Libye : « Sa vie et sa famille étant en danger, seule la menace ou l’usage de la force changera l’esprit du dictateur Bachar al-Assad. »

On n’avait pas non plus l’intention de se laisser entraver par le droit international. Le Conseil de sécurité de l’ONU, qui devait approuver une intervention militaire contre la Syrie, a été écarté d’autorité : « La Russie ne soutiendra jamais une telle mission, donc cela n’a aucun sens de passer par le Conseil de sécurité des Nations unies. »

Quant à la Russie alliée de la Syrie, où se trouve sa seule base militaire en Méditerranée, elle était encore considérée comme beaucoup trop faible pour qu’on doive se préoccuper davantage de sa réaction : « Certains soutiennent que la participation des États-Unis fait courir le risque d’une autre guerre avec la Russie. Mais l’exemple du Kosovo montre autre chose. Dans ce cas, la Russie avait de vrais liens ethniques et politiques avec les Serbes, des liens qui n’existent pas entre la Russie et la Syrie, et même alors elle n’avait rien fait de plus que se plaindre. »

Comme on sait, tout s’est ensuite déroulé un peu différemment. Vraisemblablement aussi parce que Hillary Clinton n’était plus la ministre des Affaires étrangère des États-Unis pendant le second mandat d’Obama et qu’elle se préparait, avec son équipe de néocons et de fauteurs de guerre, à sa propre campagne présidentielle de 2016. Obama a reculé plusieurs fois devant une participation directe des États-Unis à la guerre en Syrie.

À la demande d’Assad, la Russie s’est activement engagée en septembre 2015 contre les terroristes islamistes avec des frappes aériennes et a mis fin à l’interminable effusion de sang du peuple syrien, à quelques exceptions près. Mais dans la propagande, la Russie était désormais l’agresseur, comme si c’était Poutine qui avait été à l’origine des nombreux morts en Syrie pour des raisons stratégiques et non les États-Unis.

Revenons maintenant à la demande de l’OTAN de transformer graduellement notre économie en une économie de guerre. Avec la stigmatisation en tant qu’agresseur qui a attaqué d’autres pays comme l’Ukraine et la Syrie, en violation du droit international, il y a l’avertissement injustifiable que l’ours russe pourrait aussi intervenir militairement contre d’autres pays, et en premier lieu contre les États baltes. Alors la peur a été attisée et rapidement, l’appel à s’armer a retenti. La Russie ne comprend que le langage de la force, il faut la retenir, montrer sa force.

Aucun épouvantail, aucune comparaison avec des événements historiques catastrophiques n’a été et n’est suffisant pour retenir les applaudissements de l’industrie de l’armement et des faucons. On a cité à maintes reprises la politique d’apaisement du Premier ministre britannique Neville Chamberlain à l’égard d’Hitler en 1938. Si Chamberlain avait alors remis énergiquement Hitler à sa place, soutient-on encore et encore, la Seconde Guerre mondiale n’aurait jamais eu lieu.

La stupide comparaison de Poutine avec Hitler est censée faire peur aux gens. Ils doivent se préparer à la grande confrontation avec le Mal éternel. Comme dans toute économie de guerre, ils doivent mettre de côté leurs besoins personnels au profit du grand effort nécessaire pour écraser l’ennemi décrit comme hyper-puissant.

Adieu les nouvelles places en crèche, adieu les écoles toute la journée, la prise en charge des enfants et des jeunes, adieu les systèmes de retraite équitables, la dignité dans la vieillesse, les investissements dans le système de santé et les soins. Dorénavant, chaque euro sera utilisé pour la formation à la défense. Chaque pays doit consacrer 2% du produit intérieur brut, chaque année, pour son armement. À cela s’ajoutent maintenant les coûts énormes pour élargir les routes sur lesquelles les blindés pourront rouler vers l’Est, pour renforcer des ponts qui devront supporter les énormes colosses de métal. Sans aucun égard pour l’environnement, les autoroutes devront pouvoir être utilisées en cas de guerre comme pistes d’atterrissage et de décollage pour les bombardiers meurtriers. Les lignes de chemin de fer doivent être modernisées, non pas pour se rendre mieux, plus vite et plus ponctuellement de A à B, mais pour qu’on puisse les employer, en cas de besoin, pour la victoire.

Mais chers concitoyens, soyez confiants et donnez volontiers pour les chars, les fusées et les bombardiers. Pour le moment, ils ne veulent que votre argent. Mais tôt ou tard, ils viendront et ils vous demanderont vos enfants et vos petits-enfants.

Wolfgang Jungmann

 

http://lesakerfrancophone.fr/lotan-demande-une-conversion-a-leconomie-de-guerre

 

Entretenir plus de bains de sang en Ukraine, par James W. Carden

Source : James W. Carden, Consortium News, 14-10-2017

Aux USA, les libéraux qui haïssent la Russie et les néoconservateurs se joignent pour viser à plus de guerres en Ukraine, alors que les perspectives de résolution pacifique et rationnelle s’étiolent, explique James W. Carden.

En janvier dernier, le sénateur John McCain a conduit une délégation avec son comparse de longue date le sénateur Lindsey Graham, à un contingent de troupes ukrainiennes non loin de la ligne de front à l’Est de l’Ukraine. En présence du président ukrainien Petro Poroshenko, Graham a dit aux soldats : « votre combat est notre combat… 2017 sera l’année de l’offensive. Nous allons tous rentrer à Washington et nous allons faire pression contre les Russes. »

McCain a promis aux troupes assemblées : « nous ferons tout ce que nous pouvons pour vous procurer ce dont vous avez besoin. »

Quand on examine les longues carrières des deux sénateurs républicains, il est difficile d’échapper à la conclusion de la blague que McGeorge Bundy a dit au célèbre chroniqueur de la Guerre Froide Joe Alsop – « qu’il ne l’avait jamais vu se rendre nulle part où le sang pouvait couler d’où il ne soit jamais revenu en demandant plus de sang » – s’applique entièrement à McCain et à Graham.

En effet, la loi du mois dernier sur l’autorisation de la Défense nationale montre que – à défaut d’autre chose – McCain et Graham peuvent tenir parole : le projet de loi récemment voté sur les crédits de défense prévoit 500 millions de dollars, dont « une assistance défensive fatale » à Kiev faisant partie des 640 milliard de dollars de dépenses globales.

L’aide arrive à point nommé pour le président ukrainien Porochenko, dont la cote de popularité tourne autour de 16%. Dans le but d’éviter la possibilité d’un coup d’État d’extrême droite, Porochenko en revient à frapper les tambours de guerre, promettant, eh bien, plus de sang.

Dans un discours peu couvert à l’Académie militaire américaine de West Point le 19 septembre, Porochenko a promis que « les armes américaines nous aideront à libérer le Donbass et à récupérer les territoires ukrainiens ». Il a également noté que l’Ukraine dépensait environ 6% de son PIB « Une somme », a-t-il observé, « beaucoup plus important que les exigences pour les membres de l’OTAN ».

Clairement, la condamnation par Washington des gouvernements qui mènent la guerre « contre leur propre peuple » reste sélective, en fonction de qui commet le meurtre et qui meurt. Dans ce cas, il semblerait que les Ukrainiens russophones ne comptent simplement pas.

En plus de promettre une guerre plus large dans le Donbass, Porochenko a promis à plusieurs reprises qu’il essayera de devenir membre de l’OTAN. En août, lors d’une visite du secrétaire américain à la Défense James Mattis, Porochenko a déclaré : « Notre caravane ukrainienne est en marche et nous avons une route à parcourir : une large autoroute euro-atlantique menant à l’adhésion à l’Union européenne et à l’OTAN. »

Les violations des droits de l’homme de l’Ukraine

Il y a un certain nombre d’objections à un autre cycle d’expansion de l’OTAN. Comme je l’ai rapporté en février 2015 : « Le gouvernement [ukrainien] actuel a, selon des organisations qui ne peuvent guère être qualifiées de sympathisantes du Kremlin (Human Rights Watch, Amnesty International, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), commis des crimes de guerre dans sa tentative de battre les séparatistes soutenus par la Russie dans le Donbass. […] La principale considération de l’OTAN ne devrait pas être de savoir si l’OTAN rendra l’Ukraine plus sûre, mais si l’Ukraine rendra l’OTAN plus sûre. La réponse est évidente. »

Il est vrai que le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a insisté, aussi récemment que ce mois-ci dans les médias nationaux russes, que l’OTAN n’envisageait pas l’adhésion de l’Ukraine, disant à Sputnik : « Il n’y a pas de plan d’action pour l’adhésion sur notre agenda ». Stoltenberg a également déclaré, comme il l’a fait lors d’un discours devant le parlement ukrainien en juillet, qu’il croit que l’Ukraine « a le droit de choisir ses propres arrangements de sécurité », notant ensuite que « le mois dernier, l’OTAN a accueilli le Monténégro comme 29e membre de notre Alliance. Cela montre que la porte de l’OTAN reste ouverte. »

Donc, le problème ne semble pas disparaître.

La pression de Porochenko pour rejoindre l’OTAN, qui se déroule dans le contexte de relations s’aggravant entre les États-Unis et la Russie, ignore, peut-être délibérément, l’une des principales causes du bourbier dans lequel se trouvent Kiev et Moscou. La crainte de Moscou, qui n’était pas infondée, était que l’Ukraine puisse rejoindre l’OTAN, ce qui a contribué à déclencher la crise ukrainienne début 2014.

Dans les semaines qui ont précédé l’annexion de la Crimée par la Russie (et juste un peu plus d’un mois avant le début des hostilités dans le Donbass), trois anciens présidents ukrainiens (Leonid Kravtchouk, Leonid Koutchma et Viktor Youchtchenko) ont appelé le régime post-Maïdan à renoncer à l’accord de Kharkiv de 2010 qui a permis à la Russie de baser sa flotte navale dans la mer Noire en Crimée (en échange d’un rabais sur le gaz naturel russe).

Il n’est peut-être pas déraisonnable que cette dernière action, en plus des protocoles de politique étrangère et de sécurité intégrés dans l’accord d’association avec l’Union européenne (signé en juin 2014 par Porochenko), conduise le gouvernement russe à soupçonner à tout le moins que l’OTAN pose les bases pour une absorption éventuelle de l’Ukraine dans l’alliance.

En effet, le lancement par Kiev de son « Opération antiterroriste » violente et aveugle contre le Donbass – avec pour effet d’intimider et d’aliéner des citoyens russophones par ailleurs loyaux dans l’est du pays – a certainement joué un rôle dans la décision du Kremlin de venir à l’aide des rebelles plus tard dans l’été 2014 et encore à Debaltseve au début de l’année suivante.

Des options moins dangereuses

Une alternative raisonnable à l’adhésion à l’OTAN serait un traité sur le modèle du Traité d’État autrichien de 1955, qui était un accord conclu entre les quatre puissances d’occupations de la fin de la Seconde Guerre mondiale (États-Unis, URSS, Grande-Bretagne et France) qui garantissait à l’Autriche son indépendance « Avec la compréhension », selon le Département d’État américain, « que l’État autrichien nouvellement indépendant déclarerait sa neutralité, créant une zone tampon entre l’Est et l’Ouest », signifiant qu’il ne rejoindrait ni l’OTAN ni les pays soviétiques sous le traité de Varsovie.

Charles Bohlen, le diplomate américain légendaire qui a servi comme ambassadeur à Moscou de 1953-57, a rappelé dans ses mémoires « Témoin de l’Histoire » que, en ce qui concerne le Traité d’État autrichien, il croyait « que les dirigeants du Kremlin, et probablement les chefs militaires soviétiques, décidèrent qu’une Autriche véritablement neutre avait plus de valeur pour la Russie soviétique que l’entretien d’un pays divisé où l’Armée rouge n’occuperait qu’une petite moitié. »

La situation dans l’Autriche d’après-guerre – occupée par l’Est et l’Ouest – n’est pas parfaitement analogue à la situation actuelle en Ukraine, mais il semble y avoir des leçons à retenir de l’intuition de Bohlen, que les motifs du Kremlin pourraient inspirer la diplomatie occidentale.

Mais au lieu d’essayer de mettre en œuvre l’accord de paix de Minsk (qui demande que le Donbass reste en Ukraine mais avec une plus grande autonomie vis-à-vis de Kiev) ou de chercher une alternative raisonnable aux questions de sécurité nationale,qui sont bien sûr pressantes et embarrassantes, Porochenko continue de sonner l’alarme sur une autre, cette fois illusoire, invasion russe.

Dans un récent discours devant le parlement ukrainien, Porochenko a affirmé « qu’il y a de plus en plus de preuves que la Russie se prépare à une guerre offensive de dimension continentale. »

Pourtant, le danger n’est peut-être pas aussi clair et aussi présent que Porochenko l’a décrit. Comme l’a observé Mary Dejevesky du journal anglais The Independant : « L’OTAN elle-même avait organisé des exercices dans la mer Noire et avant cela dans et autour des confins ouest de l’Ukraine. Qui, doit-on se demander ici, menace qui ? »

En effet, si la Russie était sur le point de lancer une guerre terrestre en Europe de l’Est, aurait-elle réduit son budget de défense de 25% à 48 milliards de dollars par an, comme l’a annoncé récemment le Kremlin?

Aussi difficile que cela puisse être de le croire pour notre solide bande de nouveaux guerriers de la Guerre froide (dont quelquesuns n’ont guère de connaissances au sujet des relations américano-russes sur lesquelles ils décident si souvent de pérorer), la pression pour un règlement pacifique en Ukraine ne vient pas de Washington, mais de Moscou et de Berlin.

Néanmoins, l’impasse persiste : une résolution du conflit ukrainien – à travers la mise en œuvre des accords de Minsk, ainsi qu’un règlement des problèmes de sécurité en suspens de toutes les parties en conflit – semble rester tragiquement hors d’atteinte.

James W. Carden a servi comme conseiller sur la politique de la Russie au Département d’État américain. Actuellement auteur au magazine The Nation, son travail a été publié dans le Los Angeles Times, Quartz, The American Conservative et The National Interest.

Source : James W. Carden, Consortium News, 14-10-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

https://www.les-crises.fr/entretenir-plus-de-bains-de-sang-en-ukraine-par-james-w-carden/

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L’OTAN ajoute au chagrin de la Turquie

17 novembre 2017

https://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&u=http://www.moonofalabama.org/&prev=searchhttps://translate.google.fr/translate?hl=fr&sl=en&u=http://www.moonofalabama.org/&prev=search

Il y a longtemps eu des spéculations sur un au revoir turc à l’OTAN .

Les Etats-Unis et leur organisation de relais militaire en Europe font de leur mieux pour faire avancer un tel mouvement:

L’image d’Atatürk a été exposée lors d’un exercice au Centre de guerre conjoint de l’OTAN à Stavanger, en Norvège, entre le 8 novembre et le 17 novembre. Un soldat de l’OTAN a publié des propos diffamatoires sur Erdoğan sur les réseaux sociaux.

Atatürk est le fondateur de la Turquie laïque. Il a été désigné comme «cible» lors d’une perceuse sur table. Le Centre de guerre interarmées de l’OTAN n’est pas une école de niveau inférieur, mais une institution de formation d’officiers d’élite dirigée par un major-général. Les 40 soldats turcs qui ont assisté à la formation ont immédiatement reçu l’ordre de rentrer chez eux.

Les laïcs en Turquie ont longtemps soupçonné l’OTAN de promouvoir des «islamistes modérés». Cette croyance n’est pas sans fondement factuel. Le président américain Obama s’est allié avec les Frères musulmans pendant le soi-disant «printemps arabe». Mais le deuxième incident à la même institution de l’OTAN pointe vers une position anti-turque plus complète:

Un officier norvégien d’origine kurde s’est inscrit sur un site de réseau social au sein de l’OTAN, utilisant un faux compte au nom du président Erdoğan et partageant des postes contre l’organisation.

Dénoncer le héros laïc turc Atatürk et son président islamiste Erdogan dans des occasions semblables est une action globale contre le pays entier.

Le porte-parole politique de l’OTAN, Jens Stoltenberg, un homme politique norvégien, s’est excusé pour ces incidents. Cela ne calmera personne.

Un incident comparable s’est produit en 2006. Le lieutenant-colonel américain Ralph Peters a publié une carte avec des frontières redessinées du Moyen-Orient dans le Journal des Forces armées . La carte montrait un « Kurdistan libre » et la Turquie coupée à la moitié de sa taille.

La carte a ensuite été présentée par un colonel américain au Collège de défense de l’OTAN à Rome alors que des officiers turcs étaient présents. Un tollé s’est ensuivi et les États-Unis ont dû s’excuser.

En juillet 2016, des parties de l’armée turque ont tenté un coup d’État contre Erdogan. Les jets turcs qui ont attaqué le capitole Ankara avaient lancé de la base américaine et de l’OTAN à Incirlik. Lorsque la tentative a échoué, plusieurs pays de l’OTAN ont accordé l’asile à des officiers turcs qui ne voulaient pas retourner dans leur pays d’origine.

Après le coup d’Etat raté, la Turquie a décidé d’acheter des systèmes de défense aérienne russes. Le mouvement a du sens. Les systèmes américains alternatifs sont suspectés d’être inefficaces pour attaquer les avions et les missiles américains. Les systèmes S-400 russes sont conçus pour contrer les menaces des armes américaines.

La Turquie est partenaire du programme de chasseurs à réaction américains F-35. Il a l’intention d’en acheter une centaine. Maintenant, l’US Air Force suggère que l’accord pourrait être restreint:

Cont. lecture: L’ OTAN ajoute au chagrin de la Turquie

Publié par b à 14:22 | Commentaires (52)

Mémorandum sur la Libye – Intoxications contre l’État, la guidance et l’armée

Mémorandum sur la Libye – Intoxications contre l’État, la guidance et l’armée

Alors que l’Otan a délibérément falsifié le dossier libyen pour s’arroger le droit de détruire la Libye et assassiné son Guide afin de la plonger dans le chaos, Saïf al-Islam Kadhafi reste la seule personnalité en capacité d’unir rapidement les différentes tribus. Récemment libéré, il a rédigé ce mémorandum pour faire le point sur la situation juridique de son pays.

| Tripoli (Libye)

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Ce mémorandum vise à cerner ce qu’a subi le peuple libyen au cours des six dernières années. Ces crimes ont été commis au nom de l’interventionnisme humanitaire, de la protection des civils, de l’introduction de la démocratie et de la prospérité. Les forces de l’Otan, avec l’aide de certains États arabes et de quelques Libyens, ont attaqué la Libye avec tous les moyens à leur disposition. Les justifications avancées étaient aussi fausses que pour l’invasion de l’Irak en 2003. Ce fut une destruction systématique d’un pays souverain et d’une nation pacifique. Cette note tente de présenter ces crimes à la communauté internationale, aux organisations de défense des Droits de l’homme et aux ONG, afin de soutenir la Libye et son peuple dans ses innombrables efforts pour reconstruire ce petit pays.

La Libye à la croisée des chemins : au commencement

L’agonie de la Libye a commencé le 15 février 2011, quand un certain nombre de citoyens se sont réunis dans le calme pour protester contre l’incident survenu à la prison d’Abou Salim. La manifestation a été rapidement prise en otage par des éléments de groupes djihadistes tels que le Groupe islamique combattant libyen (GICL). Ces éléments ont attaqué des postes de police et des casernes de l’armée à Derna, Benghazi, Misratah et Al-Zawiya afin de voler des armes et de les utiliser dans leur guerre planifiée contre le peuple libyen et son gouvernement légitime. Toutes ces actions furent accompagnées d’une machine de propagande des chaînes Aljazeera, Al-Arabiya, BBC, France 24 et d’autres qui encourageaient le peuple libyen à affronter la police qui tentait de protéger les bâtiments gouvernementaux et les propriétés privées des attaques et des pillages.

Des scènes d’horreur ont eu lieu dans les rues, sur les ponts et dans des bâtiments des forces de sécurité où les manifestants ont commis des crimes innommables contraires a toute humanité. Des membres des forces de sécurité, des militaires et des policiers ont été égorgés, leurs cœurs ont été extraits de leur corps qui ont été coupés en morceaux ; un spectacle de brutalité et de sauvagerie. Par exemple, le premier jour de troubles, le 16 février 2011 dans la ville de Misrata, les soi-disant manifestants pacifiques ont tué et brûlé un homme, Musa Al-Ahdab. Le jour même à Benghazi, un officier de police a été tué et démembré [1]. Ces actes barbares ont été commis par des personnes armées utilisant des chars, des mitrailleuses et des mitrailleuses antiaériennes dans les villes de Misrata, de Benghazi et d’Az Zaouiyah [2]. Ces scènes sont bien documentées et peuvent être visionnées sur YouTube [3] et sur les réseaux sociaux.

Ainsi, les victimes sont tombées par dizaines contrairement à ce qui a été rapporté par les médias biaisés. Selon Aljazeera, Al-Arabiya et les groupes d’opposition libyens, à la fin de 2011, le nombre de personnes tuées atteignait 50 000. Cependant, en 2012, le gouvernement d’Abdel Rahim al-Kib a annoncé que le nombre de victimes enregistrées entre le 17 février 2011 et la fin de la guerre en octobre 2011 était de 4 700 —incluant des personnes décédées de mort naturelle [4]. Malgré le nombre très élevé de victimes évoqué par des statistiques, leurs noms et leurs identités ne sont pas communiqués et aucune famille n’a demandé à être indemnisée par le gouvernement.

La campagne de propagande et les mensonges qui accompagnaient les accusations contre les militaires ne s’arrêtaient pas à l’inflation des victimes, mais affirmait que le régime utilisait des avions militaires pour attaquer les civils, ordonnait des viols de masse à l’armée et aux forces de sécurité, [5] avec du Viagra trouvé dans les chars [6], recourrait à des mercenaires africains et algériens, et devait faire face aux défections de pilotes d’avion vers Malte [7]. Aucune de ces imputations n’a été prouvée à ce jour et ne correspond à quelque vérité que ce soit. Les enquêtes de l’Onu, celles d’Amnesty International et d’Human Rights Watch [8] n’ont pu vérifier aucun des cas d’enlèvement parmi les 8 000 dénoncés par l’opposition libyenne. En réalité, toutes ces imputations ont été fabriquées et sont dénuées de crédibilité. Identiquement, l’accusation d’utilisation de Mirages de la base aérienne d’Al-Weathy, à l’extrême ouest de la Libye, pour attaquer des civils à Benghazi n’a aucun poids puisque ces avions ne pouvaient pas faire l’aller retour compte tenu de leur consommation de carburant. Il est en effet impossible pour ce type d’appareil d’attaquer des cibles à 1 500 km et de revenir sans ravitaillement, et il y avait des bases aériennes autour de Benghazi utilisables par le gouvernement libyen si nécessaire. De même, le Viagra prétendument retrouvé dans les chars ressort du même piège : la Libye avait une armée jeune, professionnelle et morale, qui ne pensait pas à commettre de tels crimes et n’avait pas besoin de Viagra pour activer ses désirs sexuels. Ces histoires fabriquées sont simplement des intoxications comparables avec les sept minutes nécessaires pour que des armes de destruction massive irakiennes attaquent l’Occident. Aujourd’hui, les affaires irakiennes et libyennes ont commencé à faire rire les peuples irakien, libyen, états-unien et européen. (Rapport d’Amnesty International [9])

La Cour internationale de Justice (CPI)

La CPI (Cour pénale internationale) [10] a délivré en 2011 un mandat d’arrêt à l’encontre de Mouammar Kadhafi, de Saïf Al-Islam Kadhafi [11] et d’Abdallah Senoussi, accusés de crime contre l’humanité. Malgré la gravité du crime, la CPI n’a mené aucune enquête sur le terrain et a tiré ses conclusions et identifié les auteurs en deux semaines après sa saisine par le Conseil de sécurité de l’Onu. Le calendrier accordé au procureur n’a pas été présenté et il ne disposait de toute manière pas du temps nécessaire pour préciser les peines encourues. À cet effet, Ahmed Al-Jehani, le coordinateur du CNT CPI-Libye, a déclaré que « L’affaire CPI contre la Libye est purement politique car les membres de l’Otan ont demandé au Conseil national de transition (CNT) de dresser lui-même la liste de fonctionnaires qui seraient accusés de crimes contre l’humanité ». Le CNT a désigné Al-Jehani pour préparer cette liste comprenant une dizaine de noms, cependant la CPI n’en a retenu que trois. Al-Jehani a également ajouté que toutes les accusations étaient fabriquées. Il a réaffirmé son point de vue lors de sa rencontre avec Saïf Al-Islam et l’a assuré que la justice libyenne ne pourrait pas le déclarer coupable. Al-Jehani a ajouté qu’avec son équipe, il avait fabriqué cette affaire parce qu’ils la savaient perdue d’avance, et qu’ils l’avaient poursuivie afin d’impliquer Saïf al-Islam dans des affaires financières et de corruption.

Al-Jehani a justifié ses fabrications et ses mensonges en affirmant qu’il sont [religieusement] licites durant les guerres (déclaration d’Al-Jehani documentée le 1er janvier 2012 et au tribunal d’Al-Zintan).

La CPI a adopté un double standard à propos de la guerre en Libye et de l’intervention de l’Otan. Elle a impliqué des personnalités politiques libyennes dans des crimes inventés alors qu’elle a ignoré et n’a pas condamné le massacre barbare de Mouammar Kadhafi [12] et de son fils Moatassem par les milices soutenues par l’Otan [13]. La seule réaction de la CPI a été d’abandonner les poursuites contre Mouammar Kadhafi après sa mort. Cependant, la CPI tenait là une affaire solide, les médias ayant bien documenté le meurtre, il n’était besoin d’aucune preuve supplémentaire pour traduire les responsables en justice. La CPI pourrait facilement arrêter les auteurs qui assument des responsabilités politiques et diplomatiques dans diverses capitales européennes. Une position similaire a été prise par la CPI contre Abdallah Senoussi après qu’il ait été enlevé en Mauritanie par le gouvernement libyen [14]. La Cour s’est limitée à cesser d’exiger son extradition. Elle n’a même pas suivi la violation de ses droits, ni le traitement inhumain qu’il a subi dans la prison de la milice, alors même qu’il était détenu par des djihadistes notoires, le Groupe islamique combattant libyen (GICL). Le directeur de la prison n’était autre que le chef du GICL, Abdelhakim Belhadj.

Belhadj est bien connu de la CIA et des gouvernements occidentaux. La CIA l’a arrêté après son évasion de Kandahar, interrogé et extradé vers la Libye en 2002, l’accusant de terrorisme [15]. En 2009, lui et des membres du GICL ont été libérés de prison en vertu de la loi d’amnistie générale [16]. Le bilan terroriste de Belhadj parle de lui-même. En 1994-1997, il a ordonné le massacre de 225 personnes. En 1997, il a ordonné le meurtre des touristes allemands, Steven Baker et de son épouse Manuela Spiatzier. Néanmoins, il a assumé un poste de haut rang en Libye. Il était ministre de la Défense et responsable de la sécurité à Tripoli, directeur général des prisons libyennes et à ce titre directement responsable de la cellule d’Abdallah Senoussi. Informée du casier judiciaire de Belhadj, la CPI a exprimé son assurance qu’Al-Senoussi était entre de bonnes mains et a soutenu son procès en Libye.

L’Otan et les petits pays du Golfe ont ignoré les activités terroristes de Belhadj et l’ont reconnu à la fois comme un leader politique et militaire et comme un homme d’affaires. Il possède la plus grande chaîne de télévision d’Afrique du Nord, la plus grande compagnie aérienne de Libye, une cimenterie, des propriétés en Espagne et en Turquie et un aéroport privé à Tripoli. Cet aéroport, cependant, a été utilisé pour acheminer des terroristes de Libye vers la Syrie. Ces terroristes ont été financés à hauteur de 160 milliards de dollars en 2010.

Belhadj et d’autres sont responsables de l’utilisation abusive des actifs de la Libye et d’avoir mis fin au plan de développement de la Libye d’une valeur de 200 milliards de dollars selon la Banque mondiale. Belhadj est un exemple de la vie somptueuse des seigneurs de la guerre alors que les citoyens libyens ordinaires sont plongés dans une extrême pauvreté.

Les violations des Droits de l’homme par les milices

Les commandants des milices et les seigneurs de guerre ont commis d’odieux crimes contre l’humanité, détruit des villes et des infrastructures vitales au cours des six dernières années. Parmi ceux-ci :
- Des gens ont été brûlés, cuits vivants, et soumis aux formes les plus laides de torture.
- Des prisonniers politiques, des agents de sécurité et des soldats ont été jetés dans la fonderie de Misrata.
- Surtout, les milices ont organisé un trafic d’organes humains prélevés dans les prisons.
- Dans le contexte de la complexification de la scène politique libyenne, Daesh a également ajouté d’autres atrocités en massacrant, en crucifiant des gens et en les émasculant.

Un nettoyage racial et ethnique sans précédent, un génocide, a été commis contre cinq villes libyennes et son peuple. 55 % des Libyens ont été contraints de fuir leur pays vers les États voisins. En outre, des centaines de maisons ont été incendiées à Bani Walid [17] et dans cinq autres villes de Warshafana, [18] la ville de Syrte a été rasée [19] des zones résidentielles peuplées ont été bombardées à Benghazi [20] et à Derna. Même Tripoli la cosmopolite a enduré une purification ethnique et raciale en particulier dans les zones fidèles à Mouammar Kadhafi.

Outre les violations systématiques des Droits de l’homme, les milices et leurs dirigeants ont détruit les infrastructures essentielles [21]. En juillet 2014, ils ont mis le feu à l’aéroport de Tripoli et à la flotte aérienne ainsi qu’aux réservoirs de pétrole numéros 24 et 25 [22] [23] [24] [25].

Malgré les actions destructrices des milices et la torture brutale, la communauté internationale et les organes de l’Onu ont ignoré ces crimes et n’ont pas traduit ces chefs de guerre en justice [26].

Les atrocités de l’Otan et des milices libyennes contre des civils et des personnalités publiques

Les avions de l’Otan ont pris pour cibles des civils dans diverses villes, à savoir Zlitan, Syrte, Surman, Tripoli et Bani Walid. Dans le sud de Zlitan et précisément à Majeer [27], 84 familles, principalement des femmes et des enfants, ont été tuées de sang-froid par des frappes aériennes de l’Otan alors qu’elles dormaient [28]. Les médias ont montré des corps d’enfants sortis des décombres et une femme, Minsyah Khleifa Heblow, coupée en deux. D’autres sont morts dans cette scène très perturbante. Dans un autre cas, la famille de Khaled K. Al-Hamedi a été tuée par des frappes aériennes de l’Otan ciblées sur sa maison tuant ses enfants [29]. En outre, la famille Al-Jafarh a été tuée à Bani Walid [30] pendant que l’Otan visait sa maison durant le mois sacré du Ramadan. Sans oublier le bombardement bien documenté du convoi de Mouammar Kadhafi à Syrte, et l’assassinat du plus jeune de ses fils, Saïf Al-Arab, dans sa maison de Tripoli [31].

Les violations des Droits de l’homme, les homicides et tortures systématiques contre les civils libyens se sont poursuivis après que les milices eurent pris le contrôle de la Libye. Les victimes étaient des civils qui n’avaient pas participé à la guerre. La majorité était âgée et ne pouvait pas porter d’armes. Le comédien populaire Youssef Al-Gharyani a été détenu et torturé par les milices d’Al-Zawiyah.

Les milices de Misrata ont également détenu et torturé, l’ancien mufti de Libye alors âgé de 80 ans, Al-Sheikh Al-Madani Al-Sharif [32], parce qu’il n’avait pas approuvé ni soutenu l’intervention de l’Otan [33]. Le célèbre chanteur, Mohammed Hassan, a été violé et mis en résidence surveillée [34]. D’autres, comme l’économiste Abd-al-Hafid Mahmud al-Zulaytini, ont été jugés et condamnés à de lourdes peines de réclusion. De même, le président du Secours islamique, le Dr Mohammed Al-Shareef, a été condamné à une longue peine de prison. Le directeur des douanes et le responsable de la formation au ministère de l’Intérieur ont également été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement avec d’autres personnes condamnées à la peine de mort et à diverses peines d’emprisonnement. Il paraît absurde que ces personnalités aient été jugées pour trafic de drogue, trafic d’êtres humains et viol en plus de 17 autres accusations [35]. La question qui se pose est de savoir comment elles auraient pu s’unir et conspirer ensemble pour commettre de tels crimes durant neuf mois ?

Après que l’Otan a placé ces milices au gouvernement, des crimes terroristes plus horribles ont été commis contre des ressortissants libyens et étrangers. Un copte a été tué au bataillon de Misrata [36], d’autres à Syrte [37], de nombreux ouvriers chrétiens éthiopiens ont été assassinés [38], le professeur d’anglais-US, Roni Smith, à été assassiné à Benghazi [39], le personnel de la Croix-Rouge à Misrata a été assassiné en 2014 [40] un attentat à la bombe a été commis contre l’ambassade de France à Tripoli [41], et surtout l’ambassadeur états-unien à été assassiné à Benghazi en 2011 [42].

Toutes les victimes susmentionnées ont été dénoncées par Human Rights Watch et, dans certains cas, l’Otan a reconnu sa responsabilité. Cependant, la CPI a fermé les yeux et n’a pas enquêté sur de tels crimes en dépit des divers organismes nationaux et internationaux qui ont exigé l’ouverture d’une enquête transparente. La CPI a échoué en ce qui concerne la guerre en Libye. Elle n’a pas produit un seul mandat d’arrêt contre les chefs des milices et des forces de l’Otan. Il semble que la politique délibérée de la CPI soit d’ignorer ces crimes attestés et ne se concentre que sur l’acte d’accusation et le procès de Saïf Al-Islam.

En ce qui concerne la famille de Mouammar Kadhafi, la CPI n’est pas considérée comme sérieuse, comme dans le cas de la torture d’Al-Saadi Kadhafi, à propos de laquelle le procureur de la CPI a affirmé poursuivre l’enquête. Cependant, une vidéo l’a montré être battu durant son interrogatoire. La même norme s’applique à l’affaire Abdallah Senoussi où le procureur de la CPI affirmait qu’elle délibère toujours sur sa condamnation à mort [prononcée en Libye]. Une déclaration similaire a été faite par son prédécesseur concernant l’attentat à la bombe et l’assassinat de Mouammar Kadhafi et des centaines de personnes présentes dans son convoi. La CPI n’a jamais montré de sérieux non plus face aux autres crimes commis par les milices contre des milliers de Libyens. Son seul intérêt étant de faire taire la voix de Saïf Al-Islam et d’éliminer tout leadership potentiel.

Les États membres de l’Otan et les mini-États du Golfe devraient être tenus pour responsables du chaos créé en Libye depuis 2011. Ils sont intervenus en Libye au prétexte que Mouammar Kadhafi aurait massacré son propre peuple. Le scénario d’un dirigeant qui tue son propre peuple nous rappelle Tony Blair à propos de l’Irak. Il a déclaré en 2016 que c’était « la bonne chose à faire et que si Saddam était resté au pouvoir pendant le Printemps arabe, il aurait massacré les rebelles » [43]. À cause de cela, des pays ont été détruits, des milliers de personnes ont été déplacées et des biens nationaux ont été volés. À la suite de l’intervention militaire de l’Otan en Libye, Mouammar Kadhafi, ses fils et des milliers de Libyens ont été tués et des millions d’autres ont été déplacés.

Six ans plus tard, la stabilisation de la Libye est loin d’être réalisée. En bref, les milices libyennes se battent entre elles ainsi que les forces militaires des pays occidentaux qui se rangent du côté des différentes milices. La France reste militairement impliquée et a perdu trois soldats à Benghazi en juillet 2016 tués par des groupes qui soutenaient le soulèvement de 2011. Paris avait alors qualifié le soulèvement de « révolution » qu’il devait soutenir. Si cette croyance était vraie, pourquoi la guerre continue-t-elle aujourd’hui ? Et pourquoi 700 personnes principalement des officiers de l’armée ont-elles été assassinées ? Pourquoi le personnel du consulat états-unien a-t-il été tué à Benghazi ? Pourquoi l’Occident ignore-t-il la barbarie de Daesh qui égorge à Syrte, Misrata et Derna ?

La réponse à cette dernière question est claire, ces criminels ont été soutenus par l’Occident en 2011 parce qu’ils combattaient le gouvernement, apostat selon leurs dires. Pourquoi Daesh portait-il le même uniforme que celui importé pour les soldats libyens, et qui le leur a donné ? Pourquoi les membres de Daesh ont-ils reçu un salaire du ministère libyen de la Défense ? La réponse à ces questions doit être trouvée auprès des dirigeants réels du pays, à savoir Belhadj, Al-Shareef, le Groupe islamique de combat libyen et leur co-dirigeants, les membres du Congrès national. Ceux qui gouvernent aujourd’hui la Libye sont bien connus du peuple libyen et de certaines ONG internationales. Jusqu’à présent, la Libye est toujours sous le contrôle des groupes djihadistes et l’Occident les soutient malgré les crimes qu’ils commettent contre la Libye et son peuple.

N’est-il pas étrange que les pays occidentaux, de la Norvège et du Canada au Nord, à Malte et à l’Italie au Sud, sans oublier le Qatar, les Émirats arabes unis, la Jordanie, le Soudan et le Maroc se soient associés dans une agression militaire contre des civils qui ne leur étaient pas hostiles, contre Saïf al-Arab, Mouammar Kadhadi et la famille Khuwaylidi et les 84 victimes innocentes de Madjer ? Alors que ces mêmes États sont patients et tolérants avec Daesh à Syrte, Misrata et Benghazi, ils endurent des attentats à la bombe dans des villes françaises et belges. Pourtant, les Etats membres de l’Otan et leurs alliés devraient les attaquer et les bombarder comme ils l’ont fait en Libye en 2011.

Enfin, en complément de cette série de crimes, les Etats occidentaux ont désigné un criminel de guerre responsable de la destruction de Bani Walid et du meurtre de ses enfants, Abderrahmane Souihli, en qualité de chef de l’État libyen. Ils ont nommé Premier ministre son neveu, Ahmed Miitig [44], Directeur général des Affaires étrangères sa nièce, Nihad Miitig [45] puis son beau-frère, Fayez el-Sarraj, nouveau Premier ministre. En outre, Abderrahmane Souihli a conclu un accord avec Abdelhakim Belhadj, le commandant du Groupe islamique de combat libyen (GICL), pour prendre la part islamiste de l’élection présidentielle. Cependant, il est bien connu en Libye que si des élections devaient avoir lieu aujourd’hui, les personnes susmentionnées ne garantiraient pas et ne se garantiraient même pas du vote de leurs familles. La popularité de Belhadj a été démontrée lors des élections législatives où il n’a obtenu que 50 voix dans le district de Sauaq Al-Joumah, qui compte 250 000 habitants.

Pendant ce temps et pendant l’écriture de ces lignes, la population des villes de Libye, incluant la capitale Tripoli où habite un tiers de la population, souffre de pénurie d’eau, vit dans l’obscurité à cause des coupures de courant, et est privée des installations médicales et des moyens de satisfaire les besoins humains fondamentaux. Selon l’Onu, 65 % des hôpitaux ont cessé de travailler [46]. Alors que le dinar libyen s’est effondré et que la production pétrolière est passée de 1,9 million de barils par jour à 250 000 barils [47]. Pour ajouter aux souffrances du peuple libyen, les routes principales ont été coupées en raison des opérations militaires et du banditisme, en plus de la campagne de bombardement qui s’étend de Derna à l’est de Syrte à l’Ouest à Benghazi et Ajdabiya. Les nouvelles quotidiennes les plus fréquentes sont les enlèvements contre rançon et le commerce des armes en plein essor dans la mesure où il est vendu sur Internet.

En conclusion, nous devons remercier nos frères du Qatar et des EAU, du Soudan, de la Tunisie, de la Ligue arabe, des pays de l’Otan, de l’Union européenne et de tous ceux qui ont transformé la Libye en un État en faillite. Après la libération des prisonniers islamistes et d’autres, la Libye est devenue une zone pour héberger les plus grandes prisons privées. Un pays qui attirait des investisseurs du monde entier est devenu un État exportateur de migrants, y compris ses propres citoyens. 55 % de sa population a migré et s’est réfugiée partout à l’étranger. Un État qui a réuni les meilleurs experts juridiques et constitutionnels du monde, qui a été en mesure de forger une constitution nouvelle et moderne, est maintenant transformé en une zone gouvernée par 1 500 milices. Et enfin, un État où le vol était considéré comme étrange et inhabituel a été transformé en un lieu où des corps humains mutilés et décomposés sont déversés quotidiennement dans les rues et sur les routes, ce qui devient routinier et banal à travers le pays.

Commentaire du rapport de Herland :
Saïf Al-Islam Kadhafi et la CPI

Avant le soulèvement, Saïf Al-Islam était l’architecte de la nouvelle Libye. Il a présenté sa nouvelle vision de la Libye libérée des prisons politiques, attachée à la Charte des droits de l’homme, à la distribution des richesses, à la prospérité et à la démocratie [48]. Il a entrepris des réformes politiques et économiques par lesquelles les prisonniers islamiques radicaux ont gagné leur liberté, ont été réhabilités et se sont engagés dans la société libyenne. Une fois le soulèvement violent survenu dans certaines villes, des sources locales confirment qu’il a offert son aide en aidant les personnes déplacées à travers le pays, a libéré les prisonniers de l’insurrection, a sécurisé les habitants de Misrata coincés par les combats et le peuple de Benghazi qui a fui les zones de combat.

Il a également appelé et soutenu les efforts de paix pour résoudre la guerre. Selon des sources sur place, il a demandé à l’administration de l’Université de Syrte d’imprimer 5 000 tracts et de les distribuer au convoi pacifique parti à Benghazi en observant les droits de l’homme. Il a appelé l’armée à respecter ses règles d’engagement, interdisant l’usage de la force contre des manifestants, selon le chef de la Joint Operation Chamber de 2011, Marchal Al-Hadi Embarrish, qui fut fait prisonnier par les milices d’Al-Zintan, maltraité et privé de soins médicaux jusqu’à sa mort d’un cancer en prison en 2014 [49].

Malgré les efforts de paix inlassables de Saïf Al-Islam Kadhafi, les avions de l’Otan l’ont ciblé lors d’une tentative d’assassinat qui a entraîné la mort de 29 de ses camarades et lui a infligé un handicap permanent [50]. En outre, il a perdu ses doigts et a subi de multiples blessures. Pourtant, la CPI n’a pas enquêté sur cette frappe aérienne, ni supervisé ses cinq années d’isolement [51]. En outre, la CPI a persisté à exiger son arrestation et son procès alors qu’il avait été condamné à mort par un tribunal libyen siègeant à la prison d’Al Hadba sous la direction de Khaled Al-Sharif, l’homme de Belhaj.

Pour ces raisons, l’instruction étant déloyale, le rejet de l’affaire est la seule suite qui devrait être approuvée. On pourrait faire valoir que l’affaire dans sa totalité devrait être abandonnée, surtout après l’assassinat du procureur général à Benghazi et la fuite de la plupart des fonctionnaires du ministère public alors qu’ils faisaient face à une immense pression des milices. Dans ces circonstances, les arguments de la CPI sont que sa peine de mort n’a pas été appliquée et qu’il devrait donc être arrêté et emprisonné à la prison d’Al Hadba.

Cependant, le ministère libyen de la Justice a fait appel de sa condamnation à mort pour cause de procès inéquitable, la cour étant placée dans une prison contrôlée par Al-Sharif, qui exerce un pouvoir sur le tribunal et les magistrats. Néanmoins, la CPI a continué d’appeler à un nouveau procès et a fermé les yeux sur le fait que Saif Al-Islam était détenu à la prison d’Al-Zintan et que le tribunal de Tripoli l’avait jugé via un circuit fermé de télévision. La CPI devrait respecter la loi libyenne et être consciente qu’une personne ne devrait pas être jugée deux fois pour un crime présumé. Mais le jeu final pour l’Occident et la CPI est de se débarrasser de Saïf Al-Islam Kadhafi comme ils l’ont fait avec son père Mouammar Kadhafi et ses frères.

Il est temps que la CPI abandonne ses doubles standards et se range du côté du peuple libyen dans son but ultime de sauver son pays de ces milices et de construire une nouvelle Libye où règnent les droits de l’homme, la prospérité, le développement et la primauté du droit. Nous demandons également à la CPI d’abandonner son appel pour que Saïf Al-Islam soit extradé et jugé à La Haye.

La CPI devrait reconnaître et respecter la loi d’amnistie générale du ministère libyen de la Justice. Saif Al-Islam Kadhafi devrait pouvoir assumer son rôle dans la lutte pour une nouvelle Libye démocratique. À cet égard, et après que les Etats occidentaux ont commencé à voir leur erreur, ils devraient travailler avec les Libyens sincères et les ONG pour traduire ces milices et leurs dirigeants devant la Justice pour le bien de la paix et la réconciliation.

Traduction
Rocbalie

[1] https://www.youtube.com/watch?v=POl… THE HANGING OF A LIBYAN SOLDIER IN THE STREETS OF BENGHAZI IN 2011

[2] https://www.youtube.com/watch?v=4sR… CIVILIANS DRIVING TANKS IN THE STREETS OF BENGHAZI

[3] https://www.youtube.com/watch?v=MxO… BURNING AND EATING THE LIVER OF A SECURITY OFFICER IN 2011 IN THE CITY OF MISRATA

[4] file :///C :/Users/Doaa/Downloads/2.%09https://www.theguardian.com/world/2… THE GUARDIAN REPORT ON THE ACTUAL NUMBER OF DEATHS IN THE 2011 WAR AMNESTY REPORT

[5] https://humanrightsinvestigations.o… RAPE CLAIMS

[6] file :///C :/Users/Doaa/Desktop/Letters/5%20https://www.theguardian.com/world/2… RAPE CLAIMS IN 2011

[7] https://www.youtube.com/watch?v=1dR… THE LIBYAN PILOTS IN MALTA

[8] https://www.hrw.org/ar/world-report… HUMAN RIGHTS WATCH REPORT

[9] https://humanrightsinvestigations.o… RAPE CLAIMS

[10] file :///C :/Users/Doaa/Desktop/New%20folder/8%20https://www.hrw.org/news/2011/08/01… CRIMINAL JUSTICE COURT REPORT ON MUAMMAR QADDAFI, SAFI AL ISLAM AND ABDULLAH AL SANUSSI

[11] https://www.icc-cpi.int/libya/gadda… CRIMINAL JUSTICE COURT REPORT ON SAIF AL ISLAM

[12] https://www.youtube.com/watch?v=TpB… MUAMMAR AL QADDAFI’S DEAD BODY

[13] https://www.youtube.com/watch?v=4pk… MUTTASIM MUAMMAR AL QADDAFI’S BEFORE-AFTER DEATH FOOTAGE

[14] https://www.youtube.com/watch?v=Kqq… ABDULLAH AL SANNUSI’S IMPRISONMENT IN MILITIA’S PRISONS

[15] http://www.bbc.co.uk/news/world-afr… BBC REPORT ON ABDULHAKIM BELHADJ LIBYA

[16] https://www.youtube.com/watch?v=ReQ… GENERAL AMNESTY LAW

[17] https://www.youtube.com/watch?v=FUH… SHELLING BANI WALID IN 2012 BY THE NEW GOVERNMENT’S MILITIAS IN 2012

[18] https://www.youtube.com/watch?v=yG-… BURNING OF HOUSES AND PROPERTIES IN THE CITY OF WERSHIFANA IN 2014

[19] https://www.youtube.com/watch?v=fIa… A WIPEOUT OF THE CITY OF SIRTE BY THE SO CALLED “REBELS” IN 2011

[20] https://www.youtube.com/watch?v=ZW9… THE DESTRUCTION OF THE CITY OF BENGHAZI

[21] https://www.youtube.com/watch?v=abV… MUAMMAR QADDAFI’S CONVOY AFTER GETTING STRIKED BY NATO IN 2011

[22] youtube.com/watch ?v=WrfSrvseOCg BURNING OF TRIPOLI INTERNATIONAL AIRPORT

[23] https://www.youtube.com/watch?v=mgW… BURNING OF LIBYA’S AIERIAL CONVOY AND AIRPLANES IN TRIPOLI INTERNATIONAL AIRPORT

[24] https://www.youtube.com/watch?v=NBE… SATELLITE IMAGES OF THE BURNING OIL TANKS IN TRIPOLI

[25] https://www.youtube.com/watch?v=P8t… OIL TANKS BURNING FOOTAGE LINK

[26] http://gate.ahram.org.eg/News/32366… YOUSEF AL-GHERIANI’S COURT DECISION

[27] https://www.youtube.com/watch?v=5uE… AL-JFAARA FAMILY MASSACRE IN BANI WALID 2011

[28] https://www.rt.com/news/bani-walid-… RT REPORT ON THE SIEGE OF BANI WALID AND CHILDREEN DEATHS IN THE CITY BY MILITIA SHELLINGS

[29] https://www.youtube.com/watch?v=YTU… AL-KHWAILDI’S FAMILY MASSACRE BY NATO IN 2011

[30] https://www.youtube.com/watch?v=5uE… MAJER MASSACRE BY NATO IN THE CITY OF ZLITIN 2011

[31] https://www.youtube.com/watch?v=6t0… MURDER OF SAIF AL ARAB MUAMMAR AL QADDAFI BY NATO IN 2011

[32] https://www.youtube.com/watch?v=Uop… KIDNAPPING AND TORTURING THE ISLAMIC SCHOLAR AL MADANI AL SHWEERIF BY “THE REBELS”

[33] https://www.youtube.com/watch?v=7wr… HUSSAIN AL KARAMI’S (ISIS TERRORIST) FRIDAY PRAYER SPEECH IN THE CITY OF SIRTE

[34] https://www.youtube.com/watch?v=FYu… THE FORCE-ENTRY OF MUHAMMED HASSAN’S HOME BY THE SO-CALLED REBELS IN 2011

[35] https://www.hrw.org/news/2015/12/03… HUMAN RIGHTS WATCH REPORT ON THE DARK PRISONS OF LIBYA

[36] http://www.masress.com/tahrirnews/311658 THE KILLING OF THE EGYPTIAN POPE IN THE CITY OF MISRATA IN 2012

[37] https://www.theguardian.com/world/2… THE MURDER OF 21 EGYPTIAN CHRISTIANS BY ISIS TERRORISTS IN THE CITY OF SIRTE

[38] file :///C :/Users/Lahwej/Downloads/37http://www.telegraph.co.uk/news/wor… THE MURDER OF 30 ETHIOPIAN CHRISTIANS IN LIBYA

[39] https://www.theguardian.com/world/2… MURDERING OF THE AMERICAN TEACHER IN THE CITY OF BENGHAZI

[40] https://www.theguardian.com/world/2… THE MURDER OF THE RED CROSS CREW IN THE CITY OF MISRATA

[41] http://www.bbc.co.uk/news/world-afr… THE FRENCH EMBASSY’S BOMBING IN TRIPOLI

[42] https://www.youtube.com/watch?v=1Ar… US EMBASSY ATTACKS IN BENGHAZI 2012

[43] https://www.youtube.com/watch?v=uMJ… TONY BLAIR ADDMITING THE “MISTAKE” OF THE INVASION OF IRAQ

[44] http://www.ahmedmaiteeg.com/%D8%B9%… AHMED MAETIEG’S WEBPAGE

[45] http://www.unmultimedia.org/arabic/… NIHAD MAETIEG SPEECH ON UN WEBPAGE

[46] http://www.who.int/countryfocus/coo… WORLD HEALTH ORGANISATION REPORT ON HEALTH-CARE IN LIBYA

[47] http://www.opec.org/opec_web/en/abo… LIBYAN OIL EXPORT REPORT IN 2015

[48] https://www.youtube.com/watch?v=ReQ… RELEASING ISLAMIC FIGHTING GROUPS FROM LIBYAN PRISONS

[49] https://www.youtube.com/watch?v=dkl… AL HADI EMBEERISH’S KIDNAPPING IN 2011

[50] https://www.youtube.com/watch?v=yJ8… SAIF AL ISLAM’S ARRIVAL IN THE CITY OF ZINTAN

[51] https://www.youtube.com/watch?v=YVa… AFP REPORT ON TOURTURING PRISONERS IN NEW LIBYA

 

http://www.voltairenet.org/article198542.html

L’Otan craint de ne pouvoir faire face à une attaque russe

L’Otan craint de ne pouvoir faire face à une attaque russe

Des troupes de l’Otan participent à un exercice à Ustka, dans le nord de la Pologne, le 17 juin 2015 / © AFP/Archives / JANEK SKARZYNSKI

L’Otan n’est pas en mesure de contrer une agression russe à l’est tant sa capacité militaire s’est « atrophiée » depuis la fin de la Guerre froide, affirme Der Spiegel, s’appuyant sur un rapport confidentiel de l’alliance.

« La capacité de l’Otan de soutenir au niveau logistique un renfort rapide dans le territoire très étendu », sous la responsabilité du commandement suprême des forces alliées en Europe (SACEUR), « s’est atrophiée depuis la fin de la guerre froide », selon ce rapport, dont l’hebdomadaire allemand dit s’être procuré un exemplaire.

Toujours selon ce document, il n’y a « pas de garantie suffisante que même la force de réaction (NRF, ndlr) serait en mesure de réagir rapidement et si besoin sur la durée ».

Le rapport, qui doit être prochainement discuté par les ministres de l’Otan, décrit ainsi une organisation incapable de contrer une éventuelle agression militaire russe, en raison essentiellement d' »une structure de commandement clairsemée », résume Der Spiegel, dans des extraits de son édition à paraître samedi.

Cette faiblesse inquiète en particulier les pays baltes et scandinaves voisins de la Russie. « Nous savons que nous devons adapter et moderniser l’alliance et les structures de commandement », a indiqué la ministre de la Défense norvégienne Ine Eriksen Soreide au magazine.

La présidente lituanienne Dalia Grybauskaite avait déjà réclamé en mars l’implantation d’un important centre de commandement de l’Otan sur son flanc oriental, face « à la menace croissante venant de la Russie ».

Les relations entre Moscou et l’Otan se sont considérablement dégradées après l’annexion de la Crimée en 2014 puis le début du conflit dans l’est de l’Ukraine, lancé par des séparatistes pro-russes.

En réaction, les Alliés avaient décidé de remettre leurs troupes en état d’alerte. La NRF a plus que doublé, à 40.000 hommes. L’Otan avait aussi convenu de renforcer sa présence militaire à l’Est en déployant quatre bataillons à partir de 2017 en Estonie, Lettonie, Lituanie et en Pologne.

« Les forces de l’Otan n’ont pas été aussi bien préparées et autant en mesure de se déployer depuis des décennies », a réagi une porte-parole de l’alliance, Oana Lungescu, refusant de commenter spécifiquement les informations du Spiegel.

Les Alliés ont interrompu toute coopération pratique avec la Russie mais ils tentent de maintenir un dialogue.

Dans ce cadre, les ambassadeurs des 29 pays de l’Otan doivent rencontrer leur homologue russe, Alexandre Grouchko, le 26 octobre à Bruxelles.

(©AFP / 20 octobre 2017 18h12)

 

https://www.romandie.com/news/855011.rom

L’Otan rejette le désarmement nucléaire

« L’art de la guerre »

L’Otan rejette le désarmement nucléaire

Aucune des puissances nucléaires n’a accepté de signer le nouveau Traité prohibant ce type d’armes. On peut évidemment comprendre l’inquiétude d’un désarmement unilatéral. Mais l’Otan, qui viole chaque jour le Traité précédent —celui sur la non-prolifération de ces armes— est allé beaucoup plus loin en affirmant que, sous sa responsabilité, les bombes atomiques sont un facteur de paix et qu’il n’est pas question qu’elle envisage de s’en priver.

| Rome (Italie)

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Le lendemain du jour où le président Trump exposait aux Nations Unies un scénario de guerre nucléaire, menaçant de « détruire totalement la Corée du Nord », s’est ouverte aux Nations Unies, le 20 septembre, la signature du Traité sur la prohibition des armes nucléaires. Voté par une majorité de 122 États, il engage à ne pas produire ni posséder des armes nucléaires, à ne pas les utiliser ni menacer de les utiliser, à ne pas les transférer ni à les recevoir directement ou indirectement, avec l’objectif de leur totale élimination.

Le premier jour, le Traité a été signé par 50 États, parmi lesquels le Venezuela, Cuba, le Brésil, le Mexique, l’Indonésie, la Thaïlande, le Bangladesh, les Philippines, l’État de Palestine, l’Afrique du Sud, le Nigéria, le Congo, l’Algérie, l’Autriche, l’Irlande et le Saint-Siège (qui l’a ratifié le jour-même). Le Traité entrera en vigueur s’il est ratifié par 50 États. Mais le jour-même, où il a été ouvert aux signatures, l’Otan l’a bruyamment rejeté. Le Conseil de l’Atlantique-Nord (formé par les représentants des 29 États membres), dans la déclaration du 20 septembre, soutient qu’« un traité qui n’engage aucun des États en possession d’armes nucléaires ne sera pas effectif, n’augmentera pas la sécurité ni la paix internationales, mais risque de faire l’opposé en créant des divisions et des divergences » [1]. Il clarifie ainsi sans demi-mots que « nous n’accepterons aucun argument contenu dans le traité ».

Le Conseil de l’Atlantique-Nord prive ainsi de leur autorité les parlements nationaux des pays membres, en les privant de la souveraineté de décider de façon autonome d’adhérer ou pas au Traité de l’Onu sur l’abolition des armes nucléaires. Il annonce en outre que « nous appellerons nos partenaires et tous les pays ayant l’intention d’appuyer le traité à réfléchir sérieusement sur ses implications » (lire : nous les ferons chanter pour qu’ils ne le signent ni le ratifient).

Le Conseil de l’Atlantique-Nord rappelle que le « but fondamental de la capacité nucléaire de l’Otan est de préserver la paix et de décourager l’agression » et que « tant qu’existeront des armes nucléaires, l’Otan restera une alliance nucléaire ». Il assure cependant le « fort enga-gement de l’Otan pour la pleine application du Traité de non-prolifération nucléaire ».

Celui-ci est au contraire violé, entre autres, par les bombes nucléaires états-uniennes B61 présentes dans cinq pays non-nucléaires —l’Italie, l’Allemagne, la Belgique, la Hollande et la Turquie—. Les nouvelles bombes nucléaires B61-12, qui remplaceront à partir de 2020 les B61, sont en phase avancée de réalisation et, une fois déployées, pourront être « transportées par des bombardiers lourds et par des avions à double capacité » (nucléaire et non-nucléaire).

La dépense US pour les armes nucléaires augmente en 2018 de 15 % par rapport à 2017. Le Sénat a alloué, le 18 septembre, pour le budget 2018 du Pentagone environ 700 milliards de dollars, 57 milliards de plus que requis par l’administration Trump. Ceci grâce au vote bipartisan. Les démocrates, qui critiquent les accents belliqueux du président Trump, l’ont dépassé quand il s’est agi de décider de la dépense pour la guerre : au Sénat 90 % des représentants démocrates ont voté avec les républicains pour augmenter le budget du Pentagone plus que ce que Trump avait demandé. Des 700 milliards alloués, 640 servent à l’achat de nouvelles armes —surtout les stratégiques pour l’attaque nucléaire— et à augmenter les soldes des militaires ; 60 aux opérations guerrières en Afghanistan, Syrie, Irak et ailleurs.

L’escalade de la dépense militaire états-unienne entraîne celle des autres pays membres de l’Otan sous commandement US. Italie comprise, dont la dépense militaire, des actuels 70 millions d’euros par jour, devra monter vers les 100 ; démocratiquement décidée, comme aux USA, avec un vote bipartisan.

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

[1] « Déclaration du Conseil de l’Atlantique Nord à propos du traité sur l’interdiction des armes nucléaires », Réseau Voltaire, 20 septembre 2017.

 

http://www.voltairenet.org/article198085.html

Les Brigades anarchistes de l’Otan

Les Brigades anarchistes de l’Otan

Présenté en Occident comme la réalisation d’une sympathique utopie, le tout nouveau « Rojava » est en réalité un État colonial, voulu et organisé dans le sang par Washington. Il s’agit cette fois de chasser les populations du Nord de la Syrie et de les remplacer par des gens qui n’y sont pas nés. Pour réaliser ce nettoyage ethnique, le Pentagone et la CIA ont mobilisé des combattants dans les cercles d’extrême-gauche européens. Thierry Meyssan révèle ce projet insensé en cours depuis un an et demi.

| Damas (Syrie)

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En février 2016, le « Tsar anti-terroriste » de la Maison-Blanche, Brett McGurk, a été envoyé par le président Obama superviser la bataille d’Aïn al-Arab (Kobané). À cette occasion, il a été décoré par le YPG, dont la maison-mère —le PKK turc— est pourtant considérée par Washington comme « terroriste ».

« La guerre, c’est la paix. La liberté, c’est l’esclavage. L’ignorance, c’est la force ».
George Orwell, 1984.

Dans les années 1980-90, la société kurde était extrêmement féodale et patriarcale. Elle était maintenue dans un fort sous-développement, ce qui poussa des kurdes à se soulever contre les dictatures militaires qui se succédèrent à Ankara [1].

Le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) était une organisation marxisme-léniniste, soutenue par l’Union soviétique, luttant contre les dictatures de généraux kémalistes, membres de l’Otan. Il libéra les femmes et rejoignit les combats progressistes. Avec l’aide d’Hafez el-Assad, il installa un camp de formation militaire dans la plaine libanaise de Bekaa, sous la protection de la Force de paix syrienne, jouxtant celui du FPLP palestinien.

Durant cette période, le PKK n’avait pas de mots assez durs contre « l’impérialisme américain ».

Lors de la dissolution de l’URSS, le PKK disposait de plus de 10 000 soldats à plein temps et de plus de 75 000 réservistes. Cette guerre de libération détruisit plus de 3 000 villages et fit plus de 2 millions de déplacés. Malgré cet immense sacrifice, elle échoua.

Arrêté au Kenya, en 1999, lors d’une opération conjointe des services secrets turc, états-unien et israélien, le leader historique de la révolte, Abdullah Öcalan, fut emprisonné sur l’île d’İmralı, dans la mer de Marmara. Le PKK s’effondra, divisé entre son chef prisonnier, favorable à une négociation de paix, et ses lieutenants pour qui la guerre était devenue un mode de vie. Quelques attentats eurent encore lieu sans que l’on sache vraiment lesquels étaient le fait de combattants refusant de désarmer ou d’une fraction de la gendarmerie, le JITEM, qui refusait elle aussi le cessez-le-feu.

Au début du « printemps arabe », Abdullah Öcalan reconstruisit le PKK depuis sa cellule autour d’une nouvelle idéologie. À la suite de négociations secrètes avec l’Otan à la prison d’İmralı, il abandonna le marxisme-lénisme pour le « municipalisme libertaire ». Lui qui avait toujours lutté contre la Turquie pour édifier son propre État, le Kurdistan, considérait désormais que tout État est en soi un outil d’oppression [2].

Les militants du PKK qui avaient été contraints de fuir la Turquie durant la guerre civile, avaient trouvé refuge au nord de la Syrie [3]. Au nom des siens, Öcalan s’était engagé par écrit à ne jamais revendiquer de territoire syrien. En 2011, au début de la guerre occidentale contre la Syrie, les kurdes constituèrent des milices pour défendre le pays qui les avait accueillis et qui les avait naturalisés.

Cependant, le 31 octobre 2014, l’un des deux co-présidents du YPG, la branche syrienne du PKK, Salih Muslim, participa à une réunion secrète au palais de l’Élysée avec le président français François Hollande et son homologue turc, Recep Tayyip Erdoğan. Il se vit promettre de devenir chef d’État, s’il acceptait de s’engager à recréer le Kurdistan… en Syrie.

Immédiatement, la Coalition internationale, que les États-Unis venaient de créer prétendument contre Daesh, soutint le YPG, lui fournissant de l’argent, de la formation, des armes et un encadrement. Oubliées donc les imprécations contre Washington, désormais devenu un si bon allié. L’organisation kurde commença à expulser les habitants des régions sur lesquelles elle avait jeté son dévolu.

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Publicité états-unienne

Comme il n’y avait eu jusque-là aucune bataille du YPG contre Daesh, les États-Unis mirent en scène un terrible affrontement à Aïn al-Arab, rebaptisé pour l’occasion du nom kurmandji de Kobané. La presse internationale fut invitée à couvrir l’événement sans se mettre en danger. Cette ville est située sur la frontière syro-turque et les journalistes purent suivre les combats à la jumelle depuis la Turquie. On ignore ce qui s’est vraiment passé à Aïn al-Arab puisque la presse ne fut pas autorisée à y entrer. Pourtant on dispose d’images filmées au téléobjectif et semblant confirmer de loin les communiqués relatant la sauvagerie des combats. Quoiqu’il en soit, « l’Occident » unanime conclut que les kurdes étaient les alliés dont il avait besoin contre Daesh et la Syrie.

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« Ni Dieu, ni État ! », venez défendre l’État du « Rojava » et lutter « contre toutes les forces de la réaction », aux côtés de l’Empire américain.

La presse occidentale assure que la moitié des soldats kurdes sont des femmes, comme statutairement la moitié des instances dirigeantes du PKK/YPG. Pourtant, sur le terrain, leur présence est rarissime. Les journalistes affirment également qu’elles terrorisent les jihadistes pour qui, mourir tué par une femme serait une malédiction interdisant l’accès au paradis. Curieusement, la même presse ignore que l’Armée arabe syrienne comprend aussi des bataillons féminins que les jihadistes attaquent avec la même rage que leurs homologues masculins.

Malgré les apparences, le YPG n’est pas aussi nombreux qu’il le prétend. Beaucoup de kurdes syriens considèrent les États-Unis comme une puissance ennemie et la Syrie comme leur nouvelle patrie. Ils refusent de suivre les fantasmes de Salih Muslim. Aussi le Pentagone a-t-il adjoint à « ses » kurdes, non seulement quelques mercenaires arabes et assyriens, mais aussi des militants de l’extrême-gauche européenne.

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De même que la CIA a embrigadé des dizaines de milliers de jeunes musulmans occidentaux pour en faire des islamistes, de même, elle commence à recruter des anarchistes européens pour constituer des Brigades internationales, sur le modèle de celles qui se battirent en 1936 à Barcelone contre les fascistes. On trouve ainsi comme troupes supplétives du YPG/Otan le Bataillon antifasciste internationaliste (Europe centrale), la Brigade Bob Crow (Anglais et Irlandais), la Brigade Henri Krasucki (Français), les Forces internationales et révolutionnaires de guérilla du peuple (Amériques), l’Union révolutionnaire pour la solidarité internationale (Grecs), l’Unité du Parti marxiste-léniniste (Espagnols), et tous les groupuscules turcs pro-US (DK, DKP, MLSPB-DC, PDKÖ, SI, TDP, TKEP/L, TKPML) pour ne citer que les plus voyants [4].

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Venez lutter contre le Capital, avec les Forces spéciales US, au « Rojava » !

La bataille d’Aïn al-Arab, censée opposer de jeunes Syriens favorables au Califat à de jeunes kurdes, a surtout coûté la vie, de part et d’autre, à de jeunes Européens en quête d’un monde meilleur. Les pays européens s’inquiètent du retour possible de jeunes jihadistes chez eux, mais pas de celui de jeunes anarchistes, pourtant aussi dangereux. C’est probablement parce qu’il est beaucoup plus facile de manipuler ces derniers et de les recycler dans les prochaines aventures impérialistes.

En juin 2015, le Parti démocratique des peuples (HDP), nouvelle expression politique du PKK, reçut un abondant soutien financier et un encadrement de la CIA, contre l’AKP de Recep Tayyip Erdoğan. Soudainement, il perça le plancher des 10 % de voix nécessaires pour entrer à la Grande Assemblée nationale et gagna 80 députés.

Le 17 mars 2016, le YPG proclama l’autonomie du « Rojava », c’est-à-dire du couloir reliant la région du Kurdistan irakien à la Méditerranée, le long de la frontière syro-turque, mais uniquement du côté syrien. Le « Rojava » inclurait donc partiellement la zone d’Idleb actuellement occupée par Al-Qaïda.

Cet État étant proclamé par des gens qui n’y sont pas nés au détriment des autochtones, il s’agit d’un projet colonial, comparable à celui d’Israël, auto-proclamé en Palestine par des juifs qui y avaient acheté des terres. La dénomination « Rojava » a été choisie pour distinguer ce territoire du « Kurdistan » qui, lui, se trouve en Turquie où il fut proclamé en 1920 par la conférence de Sèvres [5].

Au moment où l’émirat d’Al-Qaïda d’Idleb et le califat de Daesh à Rakka se rétrécissent comme peau de chagrin, l’Otan poursuit son plan de dislocation de la République arabe syrienne et ambitionne de créer le « Rojava » de Kameshli.

La presse occidentale observe éblouie ce « Rojava » paré de toutes les vertus à la mode : pacifiste, égalitaire, féministe, écologiste, favorable à la construction du genre, etc. [6]. Peu importe que le YPG soit une armée. Peu importe qu’il lutte contre les habitants historiques du Nord de la Syrie, les arabes et les assyriens, puisque sur le papier il a formé avec eux les Forces démocratiques.


En Syrie, les Brigades anarchistes européennes combattent sous commandement états-unien.

Les programmes du YPG syrien et du HDP turc correspondent à la stratégie militaire US. Depuis 2001, le Pentagone prévoit à moyenne échéance « le remodelage du Moyen-Orient élargi », c’est-à-dire la division des grands États en de petits États homogènes, incapables de lui résister. À plus long terme, il prévoit de les opposer les uns aux autres jusqu’à faire régresser la région au chaos.

Le « Rojava » n’a pas été proclamé en État indépendant car, selon le nouvel Öcalan, tout État-nation serait un mal en soi. Selon l’Otan, c’est juste un État autonome qui devra se confédérer avec d’autres États autonomes comme ceux qui succèderont à l’État-nation syrien, une fois qu’il aura été renversé. Selon le théoricien de référence du « municipalisme », l’États-unien Murray Bookchin, pour fonctionner de manière démocratique, les communautés libertaires doivent être homogènes. C’est pourquoi le « pacifiste » YPG procède actuellement au nettoyage ethnique du « Rojava ».

CQFD.

[1] Blood and belief : the PKK and the Kurdish fight for independence, Aliza Marcus, New York University Press, 2007.

[2] The Political Thought of Abdullah Öcalan : Kurdistan, Women’s Revolution and Democratic Confederalism, Abdullah Öcalan, Pluto Press, 2017.

[3] Par défaut, on peut lire The Kurds in Syria : the forgotten people, Kerim Yildiz, Pluto Press, 2005.

[4] “LGBT Brigades In Syria ? Western Anarcho-Leftists Cutting Their Teeth With Western-Backed Kurdish YPG”, Brandon Turbeville, Activist Post, July 27, 2017. “Le Rojava, un califat d’extrême gauche ? Réseaux « antifascistes » et terrorisme : le laboratoire kurde”, Observatoire des extrêmes de gauche, 16 août 2017.

[5] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[6] The PKK : Coming Down From the Mountains, Paul White, Zed Books, 2015. Revolution in Rojava : Democratic Autonomy and Women’s Liberation in the Middle East, Michael Knapp & Ercan Ayboga & Anja Flach, Pluto Press, 2016.

 

http://www.voltairenet.org/article197821.html

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Revue de presse nationale et internationale.

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