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La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

par Thierry Meyssan

Pendant que les Européens et les Arabes sont absorbés par le coronavirus, les Anglo-Saxons changent l’ordre du monde. Sous commandement US, le Royaume-Uni a pris le contrôle de l’entrée de la mer Rouge ; les Émirats arabes unis se sont retournés contre l’Arabie saoudite et lui ont infligé une cuisante défaite au Yémen du Sud, tandis que les Houthis le faisaient au Yémen du Nord. Désormais, le Yémen est scindé en deux États distincts et l’intégrité territoriale de l’Arabie saoudite est menacée.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 24 MARS 2020 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆPORTUGUÊSРУССКИЙ

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JPEG - 36.7 koLe président des États-Unis, Donald Trump, et le président de facto des Émirats arabes unis, le prince Mohamed ben Zayed. En silence, les deux hommes d’affaire sont en train de réorganiser le Moyen-Orient élargi.

Le président Donald Trump poursuit sa politique de retrait militaire du « Moyen-Orient élargi ». Pour ce faire, il déplace progressivement ses troupes, signe des accords avec les forces contre lesquelles elles étaient déployées (par exemple avec les Talibans) et négocie la libération de ses prisonniers. Simultanément, le Pentagone fait appel au Royaume-Uni pour prendre la tête des opérations de la nouvelle Alliance atlantique-Moyen-Orient et superviser la suite de la « guerre sans fin » au « Moyen-Orient élargi ». La Syrie est considérée comme zone d’influence russe tandis que la stratégie Rumsfeld/Cebrowski se poursuit avec la division du Yémen en deux États distincts et la préparation du démembrement de l’Arabie saoudite.

Rapatriement des agents de la CIA détenus prisonniers

Les 18 et 19 mars 2020, un citoyen US, Michael White, détenu en Iran, a été transféré de sa prison à l’ambassade de Suisse à Téhéran ; un autre citoyen US, Amer Fakhoury, détenu au Liban, a été exfiltré par les troupes états-uniennes ; enfin le président Trump a demandé publiquement l’aide de la Syrie pour retrouver un troisième citoyen US, Austin Tice.

Ces opérations sont supervisées par le discret conseiller de sécurité nationale, Robert O’Brien, qui dispose d’une solide expérience en matière de libération de prisonniers.

- Michael White a servi 13 ans dans la Marine US. Il s’est rendu en Iran pour y retrouver sa fiancée. Il a été arrêté en 2018 et condamné à 13 ans de réclusion pour espionnage. D’autres citoyens US emprisonnés en Iran —dont Morad Tahbaz, Robert Levinson, Siamak et Baquer Namazee— ne semblent pas susciter le même intérêt de Washington. Michael White a été remis à l’ambassadeur suisse Markus Leitner pour « raison de santé ». Il n’est pas libre pour autant.
- Amer Fakhoury est un célèbre collaborateur des troupes d’occupation israéliennes au Liban. Il fut membre de l’Armée du Liban-Sud, directeur de la sinistre prison de Kiam et tortionnaire. Il s’est enfui du Liban lors du retrait israélien et y est revenu, pour une raison inconnue, en septembre 2019. Il a immédiatement été reconnu et arrêté. Il a été libéré au motif d’une prescription de ses crimes, ce qui est juridiquement faux, mais interdit de quitter le territoire. Il s’est alors précipité à la méga-ambassade US d’Awkar sous la protection de l’ambassadrice Dorothy Shea, d’où il a été exfiltré en hélicoptère par les Forces spéciales US vers Chypre.
- Austin Tice est un capitaine des Marines devenu journaliste indépendant. Il a pénétré illégalement en Syrie avec l’aide des services secrets turcs avant de disparaître, en 2012, à Daraya (banlieue de Damas). Eva Filipi, l’ambassadrice de Tchéquie qui représente les intérêts US en Syrie, avait affirmé qu’il serait détenu non pas par des jihadistes, mais par les autorités syriennes. Ce que Damas a toujours démenti.

Ces trois citoyens US sont très probablement des collaborateurs ou des agents de la CIA.

- Étrangement, les Émirats arabes unis ont brisé l’embargo US et apporté des médicaments en Iran.
- Chaque faction libanaise accuse l’autre d’avoir cédé aux pressions US. Le Hezbollah assure ne pas avoir trahi la Résistance et ne pas avoir négocié secrètement avec Washington, tandis que le président du Tribunal militaire (pro-Hezbollah) a démissionné.
- C’est la première fois depuis deux décennies qu’un président états-unien sollicite publiquement l’aide de la République arabe syrienne.JPEG - 19.8 koLe secrétaire à la Défense US, Mark Esper, reçoit son homologue britannique, Ben Wallace, au Pentagone. La « relation spéciale » entre les deux pays est rétablie. Les « Cinq yeux » sont renforcés. Le Royaume-Uni prend le commandement des opérations de l’Otan-MO.

Transfert de l’encadrement militaire au Royaume-Uni

Le 5 mars, le secrétaire US à la Défense, Mark Esper, a reçu au Pentagone son homologue britannique Ben Wallace. Les deux hommes se sont partagés le commandement de la nouvelle Otan-MO [1].

Ben Wallace a ensuite prononcé un discours à l’Atlantic Council au cours duquel il a confirmé la solidité de l’alliance UK-USA et la disponibilité du Royaume-Uni. Il a également soutenu la nécessité de juger le « dictateur Bachar el-Assad » (sic), mais l’impossibilité de le faire compte tenu du soutien de l’« ours russe ». En d’autres termes, la Syrie reste un ennemi, mais on n’y touchera plus. La guerre sera déplacée [2].JPEG - 26.1 koLe secrétaire britannique à la Défense, Ben Wallace, et son homologue turc, le général Hulusi Akar, inspectent les « postes d’observation » turcs qui servent de base de repli aux jihadistes à Idleb (Syrie occupée), le 12 mars 2020. Londres assure Ankara que le Pentagone ne détruira pas la Turquie, mais l’Arabie saoudite.

Les 12 et 13 mars, Ben Wallace s’est rendu en Turquie et en Syrie occupée par les jihadistes. Il a inspecté les postes d’observation de l’armée turque à Idleb et fait parvenir 89 millions de £ de dons « humanitaires » aux familles des jihadistes. Ceux-ci ont alors commencé à attaquer les troupes turques censées les protéger, tuant plusieurs soldats turcs.

La fin du Yémen et le début de celle de l’Arabie saoudite

Poursuivant leur politique de retrait militaire et de transfert de cette fonction à des proxys, les États-Unis sont en train de transformer la guerre du Yémen. Originellement, le Pentagone prévoyait de diviser ce pays en deux selon la ligne de partage qui existait jusqu’en 1990. Il avait encouragé l’Arabie saoudite et Israël à se lancer à l’assaut du pays pour en exploiter les ressources pétrolières de la région mitoyenne du « Quart vide » [3]. L’opération avait été conduite avec l’aviation israélienne, des mercenaires colombiens sous drapeau saoudien et des troupes émiraties. Elle avait été coordonnée par un état-major tripartite (Arabie/USA/Israël) basé au Somaliland.

Cependant, le Pentagone s’appuyant sur les rivalités tribales parvint à complexifier la situation jusqu’à aboutir à un pays effectivement divisé en deux, mais aussi à une Coalition Arabie-soudite/Émirats également divisée. Il lui fallait alors —sans engager ses propres troupes— terminer la division du Yémen en deux États distincts avant de se lancer dans la division de l’ancien allié saoudien en cinq États distincts. Le Pacte du Quincy lui fait obligation de protéger le roi d’Arabie saoudite, mais ni son pays, ni son héritier [4].JPEG - 66.7 koLe souverain de facto d’Abou Dhabi et président de facto des Émirats arabes unis, Mohamed ben Zayed, a été le mentor du prince héritier saoudien, Mohamed ben Salmane. Progressivement l’élève a voulu écraser son maître. En définitive, c’est le discret MBZ qui devrait écraser l’infatué MBS.

Cette semaine, le Pentagone a dépêché un navire de guerre au large d’Aden. Il a installé des troupes britanniques sur l’ile de Socotra pour en faire une base militaire permanente avec les Émirats arabes unis et l’a armé avec des missiles Patriot. Simultanément, les Houthis du Nord soutenus par l’Iran ont attaqué victorieusement deux bases militaires saoudiennes et fait prisonniers plus de 700 soldats saoudiens, tandis que les tribus soutenues par les Émirats ont attaqué les tribus soutenues par l’Arabie saoudite à Aden. Le gouvernement d’Abdrabbo Mansour Hadi, seule autorité officiellement reconnue par l’Onu mais siégeant en exil à Riyad, a perdu le contrôle d’Aden.

Le prince héritier saoudien, Mohamed ben Salman, après avoir torturé son ami d’enfance trop brillant, après avoir assassiné ses rivaux, après avoir exécuté le chef chiite de son opposition, après avoir embastillé et dépouillé ses frères et oncles, après avoir fait découper à Istanbul un Frère musulman trop bavard, n’a plus personne pour le soutenir.

Les départements états-unien, britannique et émirati de la Défense ne communiquent pas sur ces batailles. Seuls les Houthis le font. En l’absence de communication officielle, la presse internationale est aveugle et muette.

Le Yémen du Sud est une ancienne colonie britannique et les Émirats arabes unis étaient intégrés dans l’Empire des Indes. Le Royaume-Uni, sous parapluie états-unien, reconquiert son influence dans le Golfe et en mer Rouge.

L’opposition Arabie saoudite/Axe de la Résistance n’existe plus, faute de combattants. Désormais, après l’Iran (1953-78), l’Iraq (1979-90) et l’Arabie saoudite (1991-2019), les Émirats arabes unis (2020-), sous parapluie de l’Otan-MO, sont devenus les gendarmes de la région.

Ce retournement complet de situation correspond à notre analyse de la crise. Après leur échec en Syrie, les États-Unis poursuivent leur plan de 2001 et s’apprêtent à déstabiliser l’Arabie saoudite. Le président Trump a validé cette étape à la seule condition que les troupes US n’y participent pas directement, mais que les Émirats les représentent.

Le suicide de l’Union européenne

Pendant ce temps, l’Union européenne réagit de manière inadaptée à l’épidémie de coronavirus. Au lieu de lutter contre la maladie (tests généralisés, traitement des personnes infectées à la chloroquine, soins d’urgence aux malades avec respiration artificielle et interféron Alfa 2B recombiné), elle prévient l’engorgement de ses hôpitaux (assignation à résidence de la population saine) [5]. Son économie s’est arrêtée et la Banque centrale européenne annonce une récession de 5 % si cette situation se prolonge deux semaines, mais ce sera probablement six.

Lorsque le pic de l’épidémie sera passé, elle ne sera plus une grande puissance économique et le monde sera organisé d’une manière nouvelle, sans elle.

Thierry Meyssan

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1] « NATO Go Home ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 février 2020.

[2] « Quelle cible après la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 mars 2020.

[3] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[4] « Le Pacte du Quincy ne protège que le roi d’Arabie, pas son héritier », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 octobre 2018.

[5] « Covid-19 : propagande et manipulation », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 mars 2020

.https://www.voltairenet.org/article209502.html

Khmerdier US en Asie

Khmerdier US en Asie

7 Mars 2020

Peu médiatique et étonnamment sous-estimée, la décennie 70 ouvrit pourtant un véritable âge d’or pour l’empire américain, fenêtre stratégique exceptionnelle refermée au tournant du millénaire. Comme le rappelle votre serviteur dans Le Grand jeu :

En 1947, Truman décrète la politique d’endiguement contre l’URSS, tâche aisée étant donné la peur qu’inspire alors le régime totalitaire de Staline. Le rêve de Spykman se met en place… L’OTAN est créée en 1949 sur le front Ouest, mais elle n’est elle-même qu’un des maillons de la chaîne d’alliances qui entourent l’Union soviétique.

En Asie et en Océanie, l’OTASE est mise en place en 1954 ; elle comprend, outre les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France, le Pakistan, la Thaïlande, les Philippines, l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Sur le flanc Sud, est signé l’année suivante le Pacte de Bagdad ou CENTO, qui ajoutent l’Irak et l’Iran au cordon sanitaire autour du Heartland. La boucle est bouclée avec la rupture sino-soviétique en 1960 et le rapprochement entre Washington et Pékin qui s’ensuit. L’URSS est maintenant encerclée de toute part et le Rimland, contrôlé par Washington, assiège littéralement le Heartland.PUBLICITÉ

En géopolitique comme en histoire, l’écume événementielle ne doit jamais cacher l’essentiel. Au moment où les GI quittent piteusement Saïgon en 1975 après la guerre perdue au Vietnam, péripétie circonstancielle, les Américains n’ont en réalité jamais été aussi forts sur l’échiquier eurasiatique. Il ne leur restera plus, la décennie suivante, qu’à attirer les Soviétiques en Afghanistan pour leur porter le coup de grâce, suivant la stratégie terrible et géniale de Brzezinski.

Point d’orgue de l’isolement de la Russie : la rupture sino-soviétique, après laquelle Pékin retourne sa veste à col mao et prend langue avec les Etats-Unis. Cela débouchera sur la célèbre visite de Nixon en Chine en 1972, qui bouleverse la vision traditionnelle d’une Guerre froide censée être la lutte entre capitalisme et communisme. Rien de surprenant pour les connaisseurs du Grand jeu : il s’agit pour Washington de jouer la carte du Rimland contre le Heartland.

Le schéma est incidemment transposé en Asie du Sud-est où s’affrontent les Vietnamiens pro-soviétiques et les Khmers rouges pro-chinois. Logiques avec eux-mêmes, les Américains y soutiennent les seconds contre les premiers. Le génocide perpétré par Pol Pot n’a pas l’air de faire sourciller Kissinger qui, en tournée en Thaïlande et en Indonésie à l’automne 1975, précise à ses interlocuteurs : « Dites aux Cambodgiens que nous serons amis avec eux. Ce sont des voyous criminels mais ça ne sera pas un obstacle, nous sommes prêts à améliorer nos relations avec eux ». Cette politique cynique sera reprise sans coup férir par Brzezinski : « J’ai encouragé les Chinois à soutenir les Khmers rouges. Pol Pot était une abomination, nous ne pouvions le soutenir directement mais la Chine le pouvait. » Les administrations changent, la stratégie demeure…

Quarante ans plus tard, Radio Free Asia, média impérial bon teint, se lamente sur la dégringolade US au Cambodge, dont l’inexorable pivot vers Pékin est engagé. Que s’est-il donc passé ? Là encore, un rappel historique est nécessaire.

Après des années d’escarmouche entre Khmers rouges et Vietnamiens, ces derniers envahissent purement et simplement leur voisin. Ils font tomber le régime de Pol Pot et installent un gouvernement favorable à leurs intérêts qui, sous des formes diverses, est toujours au pouvoir à Phnom Penh. Et c’est là que l’on mesure le reflux américain.

En 1979, Pékin et Washington, alors associés, ont en effet tout deux perdu leur pion commun au Cambodge où ils repartent de zéro. Au fil des ans, une fois les passions apaisées, ils reprennent contact avec le pouvoir pro-vietnamien et les relations se normalisent peu à peu. Toutefois, dans le même temps, Chine et Etats-Unis deviennent rivaux sur la scène internationale et leur sourde lutte d’influence gagne toute l’Asie, notamment le pays des Khmers.

Tout un symbole : les plus grandes manœuvres militaires conjointes sino-cambodgiennes de l’histoire vont avoir lieu dans quelques jours tandis que les exercices américano-cambodgiens ont été rangés au placard il y a trois ans. En chinois, échec et mat se dit 将死…
 Tag(s) : #Chine#Etats-Unis#Histoire

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/03/khmerdier-us-en-asie.html

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Le Parlement belge a failli mettre fin au stationnement des bombes nucléaires US

Le Parlement belge a failli mettre fin au stationnement des bombes nucléaires US

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22 janvier, 2020
DocumentIVERIS

Alors que le débat aurait dû être « transparent », comme ce fut prévu après les pseudo-révélations en juillet dernier sur le stationnement de bombes nucléaires américaines en Belgique, le 16 janvier, lors d’un vote final, les députés ont rejeté à une courte majorité de 74 contre 66 toute révision du status quo. Ce vote est passé dans la discrétion la plus totale, aucun journal francophone ne semble avoir repris l’information. Dommage, car à travers cet épisode, c’est un tableau beaucoup plus vaste qui se dessine, avec un faisceau de thèmes qui vont du désarmement universel à la souveraineté démocratique, en passant par le traité de non-prolifération, le marchandage entre alliés, la mise sous tutelle US des Européens, et la servitude à laquelle ils acquiescent, qui plus est sous de faux prétextes. Pour un décryptage du sujet, l’IVERIS vous propose un article publié il y a dix ans, mais qui n’en est pas moins d’actualité, tant les tenants et les aboutissants de cette mascarade nucléaire restent inchangés.

Parapluie ou hara-kiri ? – la présence nucléaire américaine en Europe

par Hajnalka Vincze, dans Contradictions n°128 (Paix et Désarmement), 2009

Bien trop souvent, on est tenté d’assimiler la présence nucléaire américaine en Europe à sa seule dimension tangible. A savoir le stationnement de quelques centaines de bombes US sur le sol de cinq pays du continent européen, dans le cadre de l’OTAN et de son soi-disant « partage nucléaire ». Et on a tort de le faire.

Certes, la présence d’armes nucléaires sur leur territoire comporte, pour les citoyens européens, de multiples risques. Nombre d’entre eux sont similaires aux risques et dangers auxquels s’exposent les populations de tous les pays « dotés », c’est-à-dire disposant d’un arsenal atomique. Dont l’utilité et la désirabilité peuvent être sujets à débat. Notamment pour savoir si les risques valent la peine d’être pris, au service d’une stratégie politico-militaire de défense nationale (ou, au contraire, doivent être refusés dans la perspective de la paix universelle et du désarmement total). Chacun tranchera selon ses convictions, sa vision du monde, sa perception et hiérarchisation des dangers, et cetera. Peu nous importe ici. Car, dans ce cas précis, cette question ne se pose même pas. Et ce, grâce à l’autre dimension du « partage » nucléaire de l’OTAN, qui est éminemment révélatrice des relations transatlantiques. Tandis que pour les puissances nucléaires le débat peut porter sur l’articulation du nucléaire avec la stratégie (importance accordée, ou pas, à la dissuasion), ici, par contre, le nucléaire (américain), et le mythe du parapluie protecteur qui va avec, sert de prétexte pour justifier l’absence de stratégie (européenne). Ainsi que de paravent commode pour que les gouvernements du vieux continent restent, in fine, à la remorque des Etats-Unis – quitte à devenir complices d’une stratégie nucléaire dans l’élaboration et la mise en œuvre de laquelle ils ne peuvent même pas rêver d’avoir un tant soit peu leur mot à dire. Hélas, ils s’estiment déjà heureux quand ils sont, plus ou moins correctement et plus ou moins après coup, informés sur le sujet.

Problèmes avec les bombes…

On estime aujourd’hui à quelque 200 le nombre des armes nucléaires tactiques (substratégiques) américaines déployées en Europe. Si leur présence est officiellement admise dans les documents de l’OTAN, les chiffres, emplacements et autres données les concernant sont évidemment secret défense.[1] Il s’agit de bombes de type B61, dites « à gravité », c’est-à-dire faites pour être transportées en avions (à double capacité, c’est-à-dire aptes à la fois à des missions conventionnelles et nucléaires) et larguées au-dessus de leur cible. Elles seraient actuellement stockées en Allemagne (sur la base aérienne de Büchel), en Italie (Aviano et Ghedi Torre), en Belgique (Kleine Brogel), au Pays-Bas (Volkel) et en Turquie (Incirlik), sous le contrôle de l’US Air Force, prévoyant un scénario soit d’emploi par des avions US, soit de transfert au pays hôtes pour emploi en temps de guerre. Le nombre des bombes stationnées en Europe a diminué radicalement depuis les années 1970 – et les réductions se poursuivent, comme en témoignent les retraits d’armes récents de la Grèce, de la Grande Bretagne et de la base de Ramstein. Simultanément, l’état de préparation des avions à double capacité s’est, lui aussi, considérablement affaibli : leur niveau d’alerte se mesure aujourd’hui en mois, plutôt que de semaines, de jours, ou de minutes. Il est communément admis que le rôle des bombes US en Europe est de nos jours avant tout symbolique. D’après l’actuel Concept stratégique de l’OTAN « Les forces nucléaires basées en Europe et destinées à l’OTAN constituent un lien politique et militaire essentiel entre les membres européens et les membres nord-américains de l’Alliance. » Cette belle démonstration de solidarité transatlantique a évidemment un prix pour les alliés en Europe : en termes de risques de sûreté/sécurité, d’efforts diplomatiques discrédités et d’entorses à la souveraineté.

Questions de sûreté

Les risques de sûreté/sécurité immédiats associés à la présence de ces armes atomiques sont essentiellement de deux types. Premièrement, l’éventualité d’un accident ne peut jamais être exclue à 100%. Même si la situation s’est sensiblement améliorée par rapport aux années 1960, lorsque deux accidents d’avions B52 transportant des armes nucléaires US eurent lieu en Espagne et au Groenland. Mais malgré le renforcement des conditions de sécurité, le risque est toujours présent. Pour preuve, les conclusions accablantes d’une investigation interne au Pentagone, conduite après le fameux incident d’août 2007 lorsque les autorités américaines ont perdu la trace de six ogives nucléaires pendant trente-six heures alors que celles-ci survolaient, contre toutes les régulations en vigueur et sans les arrangements de sécurité appropriés, le territoire des Etats-Unis. Les enquêteurs ont ensuite trouvé, entre autres, de très sérieuses failles de sécurité sur les bases en Europe. D’après le rapport,[2] « chacun de ces sites européens présente des défis de sécurité uniques », et « la plupart d’entre elles ont besoin d’importantes ressources supplémentaires pour être conformes aux normes de sécurité du DoD » (Département de la Défense, à savoir celui dont les normes s’étaient avérées si diablement efficaces lors de l’incident d’août…).

Deuxièmement, en acceptant le stationnement d’armes nucléaires sur son sol, l’Etat (par ailleurs non nucléaire) accepte aussi de devenir une cible. Non seulement dans le jeu nucléaire « normal », où le ciblage des stocks atomiques entre puissances éventuellement adverses est quasiment automatique, mais aussi du point de vue d’attentats terroristes. En témoignent les complots déjoués récemment, qui visaient les bases nucléaires US/OTAN en Belgique (2001) et en Turquie (2006).

Questions de TNP

En accueillant les bombes de l’Amérique, seul pays au monde à déployer des armes nucléaires en dehors de son territoire national, les Européens prennent aussi le risque de saborder leurs propres efforts diplomatiques. Notamment en matière de non-prolifération, qui est pourtant un de leurs thèmes favoris. Or, au regard du Traité de non-prolifération (TNP), pierre angulaire de toute l’architecture internationale dans ce domaine, le « partage » nucléaire de l’OTAN pose de sérieuses questions juridiques et politiques. Il est inutile d’entrer ici dans les détails des arguments légalistes, aussi divers que multiples.[3] On se contentera de rappeler qu’il en existe grosso modo deux grandes catégories. La première concerne les manœuvres louches, les tractations dans les coulisses et les interprétations unilatérales et arbitraires qui ont permis aux pays de l’OTAN de faire passer leurs arrangements nucléaires, manifestement en flagrante contradiction avec la lettre et l’esprit du TNP, comme juridiquement valables. L’autre catégorie d’arguments a trait aux modalités pratiques du « partage » (maintien d’un parc d’avions destinés à des missions nucléaires, formation d’équipes de pilotage, d’entretien etc.) qui font que les pays hôtes, pourtant « non dotés », sont « mouillés » dans la stratégie nucléaire des Etats-Unis. De la pire manière possible, ajoutons-le tout de suite. Car c’est sans aucun pouvoir réel de contrôle et de décision qu’ils deviennent pourtant des participants actifs.

Ce qui nous intéresse ici, ce sont les conséquences diplomatiques et politiques. D’une part, la pratique otanienne constitue un précédent dangereux. Aujourd’hui, pour enrayer le processus de prolifération de par le monde, une des pistes que l’on est en train d’explorer vise jutement la prolifération géographique (le transfert d’armes nucléaires sur le territoire d’autres Etats) – or c’est justement ce que l’on fait à l’OTAN depuis de longues décennies. Le modèle OTAN est par ailleurs fréquemment évoqué lorsqu’on parle d’éventuels transferts d’armes atomiques de la Russie vers le Cuba ou le Venezuela, ou de celles du Pakistan vers l’Arabie saoudite.

D’autre part, tant que cette situation perdure, la position de négociation des Européens en matière de non-prolifération s’en trouve considérablement affaiblie. En effet, le « partage » nucléaire de l’OTAN constitue une irritante pour de nombreux participants des conférences de révision du TNP. Comme l’avait remarqué l’ancien directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique : «  Nous ne pouvons pas continuer de dire que nous avons 25 Etats, disons les Etats de l’OTAN, qui s’appuient sur le parapluie nucléaire, et que tous les autres doivent rester assis tranquillement au froid. Sur le long terme, on ne peut pas maintenir cela ».[4]

Questions de contrôle

Les gouvernements européens semblent étrangement bien s’accommoder avec  une situation où ils assument des risques (d’accident ou d’attentat) et discréditent leurs propres efforts diplomatiques (en matière de non-prolifération) ; le tout pour abriter des armes nucléaires dont le contrôle leur échappe du bout en bout. Il est vrai que selon les scénarios de l’OTAN, le largage de la bombe atomique US serait un véritable travail d’équipe. En temps de crise, les pilotes et avions de pays hôtes seraient chargés de transporter ces précieux bijoux, avec le soutien diligent d’autres Etats alliés pour des missions de ravitaillement, de couverture radar, ou de protection des bombardiers. N’empêche que le contrôle de ces armes reste, sans équivoque aucune, dans les mains des Etats-Unis. Comme un « dossier de l’OTAN » résume à merveille : « Les armes nucléaires américaines basées en Europe sont la propriété exclusive des États-Unis et sont placées de façon constante et totale sous la garde et le contrôle de ce pays. Elles sont dotées de dispositifs perfectionnés, appelés Permissive Action Links (PAL), garantissant aux États-Unis le contrôle positif absolu de ces armes, et empêchant toute utilisation non autorisée ».

En effet, ce système de sécurité par verrouillage électronique est une garantie supplémentaire pour assurer que les bombes peuvent être employées uniquement si Washington en décide ainsi. Par ailleurs, le périmètre de protection rapprochée des chambres fortes est gardé par des unités de spécialistes US (les MUNSS ou Munitions Support Squadrons), qui sont tenus d’empêcher l’accès aux armes de quiconque sans escorte US autorisée. Les MUNSS reçoivent leurs ordres d’une chaîne de commandement entièrement américaine, et sont chargés de superviser la gestion des armes par le personnel allié même après un éventuel transfert. On comprend tout de suite mieux la remarque de Walter Kalbow, ex-Secrétaire d’Etat au ministère allemand : « l’Allemagne n’a pas d’armes nucléaires à sa disposition, ni en temps de paix ni pour la défense de l’Allemagne ».

(Crédit photo: Federation of American Scientists)

Problèmes au-delà des bombes…

Un déluge de récents rapports et analyses sur le sujet s’accordent pour présager une réduction drastique, voire l’abandon complet de la présence d’armes nucléaires américaines en Europe. En effet, il est admis depuis longtemps que ces bombes à gravité substratégiques/tactiques n’ont plus pratiquement aucune utilité militaire. Etant donnée les progrès techniques des dernières décennies, il n’existe, d’une part, plus véritablement de missions envisageables pour elles qui ne puissent pas être remplies par des forces stratégiques US stationnées hors l’Europe ou par des missiles de croisière lancés à partir de la mer. D’autre part, avec le développement des capacités de défense aérienne, les avions US ou alliés n’auraient guère de chance d’atteindre leur objectif qu’ils devraient effectivement survoler afin de pouvoir larguer leurs bombes à gravité.

Si l’on y ajoute le facteur d’irritation dont celles-ci sont porteuses vis-à-vis et de l’opinion publique européenne et des Etats tiers, on comprendrait bien si pour un Président américain qui se veut le champion du désarmement, les B61 stationnées sur sol européen apparaissaient comme une aubaine : elles seraient les candidats naturels pour faire de beaux gestes à peu de frais. Evidemment tout n’est pas aussi simple. Sinon ces bombes, militairement inutiles et politiquement douteuses, auraient été évacuées depuis belle lurette. N’empêche qu’un processus de réduction/retrait progressif a déjà été amorcé, et que cela n’a rien à voir avec les intentions, ostensiblement pacifistes, du nouveau Président US. Au fait, son rival républicain de la campagne électorale de 2008 s’est lui-même explicitement engagé le sujet. John McCain se disait prêt à « explorer, en concertation avec les Alliés et parallèlement avec la Russie, les moyens de réduire et, espérons-le, éliminer les déploiements d’armes nucléaires tactiques en Europe ». Rien d’étonnant donc à ce que  tout le monde se prépare à d’importants changements. Toutefois, il convient de garder à l’esprit que les bombes ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Même en cas de leur évacuation complète, le « partage » nucléaire de l’OTAN est appelé à se perpétuer, avec tout ce qu’il révèle de, et implique pour, les relations euro-américaines.

Changements dans l’air

Toujours est-il qu’une convergence de circonstances favorables au retrait des bombes s’esquisse maintenant à l’horizon. D’abord, en Amérique. La nouvelle administration washingtonienne multiplie les appels à la revigoration du TNP et à l’élimination, à terme, des armes nucléaires sur toute la planète. Dans ces conditions, la nomination de Ivo Daalder (auteur de l’article intitulé « La logique du zéro – vers un monde sans armes nucléaires » paru fin 2008 dans la revue Foreign Affairs), au poste d’ambassadeur américain à l’OTAN a valeur d’indice, au même titre que le choix du Général James L. Jones (ex-Commandant suprême des Forces alliées en Europe, généralement suspecté d’être peu favorable au stationnement des B61 sur le vieux continent), en tant que Conseiller de sécurité nationale du Président des Etats-Unis. Ce n’est pas un hasard si l’on attend avec plus d’impatience que d’habitude la remise du rapport Nuclear Posture Review, prévue pour décembre 2009. Même si la position américaine restera probablement très similaire à ce que l’ancien vice-Secrétaire d’Etat à la Défense de l’administration Clinton (et aujourd’hui président du Center for Strategic and International Studies) a récemment résumé ainsi, non sans un brin d’hypocrisie : « Aux Etats-Unis, nous ne pensons pas que les armes nucléaires soient utiles. Nous pensons qu’elles sont dangereuses. Mais la plupart des pays pensent qu’elles sont utiles »

Du côté de l’Europe, en plus des pressions constantes en faveur du retrait (venant de l’opinion publique, de la société civile et des initiatives de plus en plus fréquentes des parlementaires), la question se posera avec acuité dans un très proche avenir. De manière d’autant plus incontournable que les raisons en sont principalement techniques. Il s’agit des décisions concrètes à prendre à propos du renouvellement, de plus en plus urgent, du parc d’avions des alliés. Le modèle choisi sera-t-il à double capacité ou non ? – ce sera là toute la question. Car une quincaillerie aussi complexe ne s’improvise pas, il faut que les appareils soient préparés en conséquence au niveau des systèmes de sécurité et de largage des bombes.

Parallèlement, à l’OTAN aussi, les choses commencent à bouger. En juillet dernier, le débat sur le Nouveau concept stratégique de l’Alliance a été officiellement lancé. Or, de telles réflexions ne pourront évidemment pas esquiver la question nucléaire. Un avant-goût de ce que l’exercice pourra accoucher nous a été fourni par une déclaration commune des dirigeants alliés au sommet de Strasbourg d’avril dernier. En parfaite harmonie – surprise, surprise – avec les nouveaux accents de la politique US, l’OTAN y confirme certes son attachement à la dissuasion nucléaire (et autre, dit-elle), mais reprend surtout ses plus belles formules pour souligner ses intentions anti-nucléaires : « La dissuasion, qui s’appuie sur une combinaison appropriée de capacités nucléaires et conventionnelles, reste un élément central de notre stratégie globale. L’OTAN continuera de jouer son rôle s’agissant de renforcer la maîtrise des armements et de promouvoir le désarmement nucléaire et conventionnel conformément au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, ainsi que les efforts dans le domaine de la non?prolifération ».[5] Sans doute, les alliés se préparent déjà à l’échéance de 2010 : la prochaine conférence de révision du TNP.

Evolutions possibles

Il est vrai que nombre des éléments énumérés ne constituent point de nouveauté. Ni la nouvelle donne post-guerre froide (l’ennemi soviétique a disparu il y a presque vingt ans), ni l’hostilité de l’opinion publique européenne aux bombes US, ni le scepticisme d’une large partie du Pentagone, ni la conférence de révision du TNP (qui a lieu tous les cinq ans), ni les intentions pacifistes de l’administration US (Washington a l’habitude d’afficher sa volonté de paix et de sécurité universelles, parfois en appui à de nouveaux projets d’armement – ou plutôt : « de défense » –  gigantesques). Mais si des B61 sont toujours en Europe, malgré tout, c’est parce que de considérables pesanteurs jouent en faveur du statu quo. A un moment où l’OTAN cherche toujours désespérément sa nouvelle raison d’être et où les intérêts et valeurs supposés être communs de part et d’autre de l’Atlantique semblent beaucoup moins automatiquement convergents qu’au temps de l’ours moscovite, personne ne veut prendre des décisions qui puissent donner l’impression d’une diminution soit du rôle de l’Alliance, soit de la solidarité transatlantique. L’administration américaine est soucieuse de ne pas envoyer de signes susceptibles d’être interprétés comme un affaiblissement de son engagement pour la défense collective (et qui s’ajouteraient aux inquiétudes, déjà palpables, des alliés les plus zélés de Washington, notamment en Europe de l’Est). Les  gouvernements des pays hôtes hésitent, eux aussi, à évoquer le sujet, de peur d’être perçus comme anti-OTAN et/ou anti-américains. 

Reste l’extraordinaire concours de circonstances qui semble aujourd’hui particulièrement propice à un changement de la donne. Celui-ci peut prendre plusieurs formes. Soit une réduction (encore plus drastique) du nombre des armes déployées, soit un redéploiement des bombes vers le flanc Sud de l’Alliance, soit la fin pure et simple de leur stationnement permanent en Europe. En réalité, même le scénario du retrait complet n’annoncerait point la fin de la partie (en ce qui concerne le « partage » nucléaire de l’OTAN). Il inclurait probablement des mesures de sauvegarde telle le maintien en condition opérationnelle des infrastructures en vue d’un éventuel redéploiement en temps de crise. Il pourrait aussi s’accompagner du maintien, voire l’intensification de programmes comme l’initiative SNOWCAT (Support of Nuclear  Operations with Conventional Air Tactics), destinés à assurer l’implication des alliés non nucléaires. Pour assurer la dissuasion « commune », des armes stratégiques US stationnées sur le territoire des Etats-Unis feraient parfaitement l’affaire, tandis que d’autres gadgets et d’autres mythes – on pense ici avant tout aux divers projets US/OTAN de bouclier antimissile – pourraient venir en aide pour perpétuer la fiction de la sécurité indivisible.

Invariables certaines

Même un éventuel retrait complet des bombes américaines d’Europe ne signifierait nullement la fin du « partage » nucléaire au sein de l’Alliance atlantique. Y compris ses deux principaux corollaires : d’une part l’institutionnalisation de la mésalliance atomique (c’est-à-dire la sujétion des Etats européens en matière nucléaire aux Etats-Unis – sauf la France, bien entendu, la seule à disposer d’un arsenal nucléaire indépendant), de l’autre, la déresponsabilisation des Européens face aux questions de défense (suite à leur propension à s’en remettre à ce qu’ils croient, ou aimeraient croire, être le parapluie protecteur de l’Amérique).

Pour ce qui est de la mésalliance atomique, il convient de remonter aux origines du GPN (Groupe des plans nucléaires), décrit comme « l’autorité suprême, au sein de l’OTAN, en ce qui concerne les questions de politique nucléaire ». Le GPN fut créé en 1966, suite au départ de la France des structures militaires intégrées de l’Alliance. Il prenait, en quelque sorte, la place de la tentative MLF (Force multilatérale) dans laquelle, sous la bannière du « partage » nucléaire, les Européens furent invités à acheter des missiles, tandis que les ogives restaient aux mains des Américains. L’historien Lawrence L. Kaplan, dans son ouvrage NATO divided, NATO united: the Evolution of an Alliance, en décortique les mécanismes d’une façon remarquablement lucide. Selon lui, « comme dans le cas de la MLF, il y avait un élément de supercherie dans la promotion du GPN. L’administration Johnson espérait faire croire aux alliés qu’ils étaient finalement tout à fait impliqués dans la planification nucléaire. Le fait que les Etats-Unis ne partageaient pas complètement les informations, sans parler du contrôle, des forces nucléaires, fut moins important pour les alliés plus petits que la disposition de l’Amérique à les traiter sur un pied d’égalité avec les alliés moins petits ».

Le GPN, tout comme le Groupe de haut niveau (GHN) qui lui sert d’organe préparatoire et se réunit plus régulièrement, quasiment chaque mois, est censé faire d’une pierre deux coups. Il satisfait le désir des Européens, qui veulent désespérément être « consultés » par les Etats-Unis, en même temps qu’il assure le leadership de l’Amérique. Au fait, le GHN, composé de décideurs et d’experts nationaux, est non seulement présidé par le Secrétaire d’Etat adjoint à la Défense, mais son ordre du jour lui-même est le plus souvent élaboré à Washington et présenté sous forme de prêt-à-porter aux alliés pour qu’ils y mettent leurs estampilles. Ces arrangements soulèvent plusieurs problèmes de fond. Pour commencer, les soi-disant consultations ne sont que pure mascarade. Mais même si elles étaient réelles, elles n’auraient rien à voir avec un véritable « partage ». Comme le Général de Gaulle ne cessait de rappeler à ses homologues US : consultation n’est pas co-décision. Or sans co-décision, il n’y a pas de partage. Il n’y a que sujétion unilatérale. Deuxièmement, dans les moments critiques, loin de songer à de quelconques consultations (ne serait-ce que de façade), les Etats-Unis ne prennent même pas la peine d’informer leurs alliés – en l’occurrence même pas la Grande-Bretagne (qui leur avait pourtant de facto subordonné l’ensemble de son arsenal). Grâce aux documents déclassifiés à Londres, il s’avère par exemple qu’en 1973 le Premier ministre britannique Edward Heath se retrouvait tranquillement à la Chambre des Communes et n’a appris que par agence de presse interposée que son plus grand ami et allié venait de déclarer l’alerte nucléaire globale…

Quant à la fiction du parapluie protecteur que l’Amérique est supposée tenir au-dessus de nos têtes, la légende officielle veut que l’arsenal nucléaire US/OTAN soit considéré comme l’ultime garantie pour dissuader toute attaque contre n’importe lequel des Etats membres. Et ce, en vertu des supposés engagements de défense mutuelle contenus dans l’Article 5 du Traité de Washington. Sur ce point, il n’y a que deux « hics ». Primo, les engagements de l’Article 5 sont tout sauf automatiques. Secundo, la crédibilité de la dissuasion nucléaire US/OTAN est tout sauf solide.

En effet, lors des négociations laborieuses de la rédaction du Traité de Washington, le dossier le plus contentieux concernait justement ce que l’on appelait, à l’époque, le fameux pledge (ou promesse d’engagement). Les Européens auraient voulu un engagement automatique de la part des Etats-Unis, l’Amérique, elle, n’avait nullement l’intention de se souscrire à une telle obligation. Ses négociateurs ont absolument tout fait pour l’éviter, jusqu’à ce qu’ils sont parvenus à faire accepter cette formule définitive contenue dans l’Article 5 (clef-de voûte de la prétendue défense collective) : en cas d’attaque, les parties « conviennent que chacune d’elles assistera la partie ou les parties ainsi attaquées en prenant aussitôt, individuellement et d’accord avec les autres parties, telle action qu’elle jugera nécessaire ». Chacun de son côté et selon son jugement souverain.

Pour ce qui est de la crédibilité de la dissuasion assurée par l’Amérique, dès le moment où les USA ont perdu leur monopole nucléaire, elle a été détruite. Comme le Général De Gaulle l’avait observé : « Du fait que les Russes ont, eux aussi, maintenant, de quoi détruire l’univers et notamment le nouveau continent, il est tout naturel que l’Amérique voit dans sa propre survie, l’objectif principal d’un conflit éventuel et n’envisage le moment, le degré, les modalités de son intervention nucléaire pour la défense d’autres régions, en particulier de l’Europe, qu’en fonction de cette nécessité naturelle et primordiale ». Il s’agit là de la difficulté inhérente à toute idée de dissuasion élargie. Christopher Layne, auteur du livre La paix des illusions (la grande stratégie américaine depuis 1940 jusqu’à nos jours) résume bien l’absurdité de la dissuasion assurée par un tiers dans l’ère atomique : pour une puissance nucléaire « il vaut mieux de voir ses alliés conquis que son propre territoire anéanti ».  A moins de prétendre le contraire (et surtout d’en persuader à la fois les alliés et les adversaires potentiels), il ne peut y avoir de dissuasion élargie.

Déjà pendant la guerre froide, les stratèges washingtoniens préoccupés par le « problème de crédibilité de l’engagement » ne voyaient qu’une seule solution : la mise en place d’un système de défense antimissile balistique. A terme, ce serait le seul moyen de retrouver la perception d’invulnérabilité qui leur confèrerait la crédibilité nécessaire pour le maintien sous tutelle des alliés et amis. De surcroît, parler de bouclier et de systèmes défensifs froisse beaucoup moins les sensibilités européennes que l’évocation de bombes B61 et d’autres jouets à connotation trop guerrière. Et tant pis si c’est un non-sens stratégique. Car le propre du bouclier est justement qu’il rend possible l’emploi de l’épée. Comme l’avait expliqué le directeur de la MDA (Agence de défense antimissile) américaine lors de son audition au Congrès : les capacités de défense antimissile « renforcent notre aptitude à défendre nos intérêts à l’extérieur ». En tout état de cause, indépendamment de la configuration adoptée, l’Amérique n’aura pas l’intention d’en partager le contrôle ultime. Pas plus, en tout cas, que le contrôle qu’elle exerce sur ses bombes et ses missiles.

Quelles que soient donc les modalités de la présence nucléaire américaine en Europe (avec dimension opérationnelle ou politique, à travers des systèmes d’armes offensives ou défensives, via des installations sur le territoire européen ou sur sol américain), une chose est certaine : Washington est déterminé à ne garder qu’un seul doigt sur le bouton – le sien. C’est son droit et c’est dans son intérêt. Par contre, si les pays européens ont eux aussi le droit de se souscrire à de tels arrangements et de se verrouiller dans une position de dépendance et d’irresponsabilité, il est difficile de voir comment ils pouvaient y avoir intérêt dans la durée.

(Hajnalka Vincze, Parapluie ou hara-kiri ?– la présence nucléaire américaine en Europe, in Contradictions n°128 (Paix et Désarmement), 2009.)



[1] On reprendra ici les données avancées par Hans M. Kristensen de la Federation of American Scientists qui s’est remarquablement spécialisé sur le dossier. Voir Hans M. Kristensen, U.S. Nuclear Weapons in Europe – A Review of Post-Cold War Policy, Force Levels, and War Planning, Natural Resources Defense Council, février 2005; et Hans M. Kristensen – Robert S. Norris, Nuclear Notebook: U.S. nuclear forces, 2009, Bulletin of the Atomic Scientists, mars/avril 2009.
[2] Air Force Blue Ribbon Review of Nuclear Weapons Policies and Procedures, 8 février 2008.[3] Voir entre autres : Otfried Nassauer, Le partage nucléaire de l’OTAN est-il légal?, Energie et Sécurité n°17, 2001 ; Karel Koster, NATO Nuclear Doctrine and the NPT, BASIC Briefings, 29 juin 2004.[4] Mohamed ElBaradei, directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, The Challenges Facing Nonproliferation, intervention au Council on Foreign Relations, New York, 14 mai 2004.
[5] Déclaration sur la Sécurité de l’Alliance publiée par les chefs d’État et de gouvernement participant à la réunion du Conseil de l’Atlantique Nord tenue à Strasbourg / Kehl le 4 avril 2009.Tags:
otanrelations transatlantiques

https://www.iveris.eu/list/documents/481-le_parlement_belge_a_failli_mettre_fin_au_stationnement_des_bombes_nucleaires_us_

Appel aux armes, l’Otan mobilisée sur deux fronts

Appel aux armes, l’Otan mobilisée sur deux fronts

par Manlio Dinucci

Conformément à un vieux projet énoncé en 2013, l’Allemagne est parvenue à convaincre le président Trump de déployer des troupes européennes au Moyen-Orient sous commandement Otan. L’Alliance, de son côté, prend la chose comme une opportunité pour se déployer dans la région Indo-Pacifique et devenir une organisation mondiale, notamment en s’appuyant sur la question taïwanaise. Pour préserver sa crédibilité, l’Otan doit montrer qu’elle conserve sa force face à la Russie et organisera de gigantesques manœuvres, Defender Europe 20.RÉSEAU VOLTAIRE | ROME (ITALIE) | 18 JANVIER 2020 ITALIANOESPAÑOL

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JPEG - 49.7 koLe grand navire amphibie USS Batam sera de retour au Moyen-Orient. En 2002, il avait été utilisé par le secrétaire à la Défense Colin Powell pour abriter une prison secrète. Plusieurs milliers de combattants furent enlevés sur différents champs de bataille et torturés en eaux internationales pour y être conditionnés, puis relâchés.

NATOME : voilà comment le président Trump, qui se vante de son talent pour créer des acronymes, a déjà baptisé le déploiement de l’Otan au Moyen-Orient, qu’il a requis par téléphone au secrétaire général de l’Alliance Stoltenberg. Celui-ci a immédiatement accepté que l’Otan doive avoir « un rôle accru au Moyen-Orient, en particulier dans les missions d’entraînement ». Il a donc participé à la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, en soulignant que l’UE doit rester à côté des États-Unis et de l’Otan parce que, « même si nous avons fait d’énormes progrès, Daesh peut revenir ». Les États-Unis cherchent de cette façon à impliquer les alliés européens dans la situation chaotique provoquée par l’assassinat, autorisé par Trump lui-même, du général iranien Soleimani dès son débarquement à Bagdad.

Après que le parlement iraquien a délibéré l’expulsion des plus de 5 000 soldats US présents dans le pays avec des milliers de mercenaires du Pentagone, le Premier ministre Abdul-Mahdi a demandé au département d’État d’envoyer une délégation pour établir la procédure de retrait. Les USA —a répondu le Département— enverront une délégation « non pas pour discuter le retrait des troupes, mais le dispositif adéquat de forces au Moyen-Orient », ajoutant qu’à Washington on est en train de fixer un accord sur « le renforcement du rôle de l’Otan en Iraq correspondant au désir du président que les Alliés partagent la charge dans tous les efforts pour notre défense collective ».

Le plan est clair : remplacer, totalement ou en partie, les troupes US en Iraq par celles des alliés européens, qui se trouveraient dans les situations les plus risquées, comme le démontre le fait que l’Otan même, après l’assassinat de Soleimani, a suspendu les missions d’entraînement en Iraq.

Outre le front méridional, l’Otan est mobilisée sur le front oriental. Pour « défendre l’Europe de la menace russe », est en train de préparer l’exercice Defender Europe 20, qui verra en avril et mai le plus grand déploiement de forces US en Europe des 25 dernières années. 20 000 soldats, dont quelques milliers de la Garde nationale provenant de 12 États US, arriveront des États-Unis qui se joindront à 9 000 déjà présents en Europe pour un total d’environ 30 000. À leurs côtés 7 000 soldats de 13 pays européens de l’Otan, dont l’Italie, et deux partenaires, la Georgie et la Finlande. En plus des armements qui arriveront d’outre-Atlantique, les troupes US utiliseront 13 000 chars, cannons autopropulsés, blindés et autres véhicules militaires provenant de « dépôts pré-positionnés » US en Europe. Des convois militaires avec véhicules blindés parcourront 4 000 km à travers 12 artères, opérant avec des avions, des hélicoptères, des drones et des unités navales. Des parachutistes US de la 173ème Brigade et des Italiens de la Brigade Folgore sauteront ensemble en Lettonie.

L’exercice Defender Europe 20 prend un relief ultérieur, dans la stratégie des USAet de l’Otan à la suite de l’aggravation de la crise moyen-orientale. Le Pentagone, qui l’an dernier a envoyé 14 000 soldats de plus au Moyen-Orient, est en train d’envoyer dans cette même région certaines forces qui se préparaient à l’exercice de guerre en Europe : 4 000 parachutistes de la 82ème Division aéroportée (dont quelques centaines de Vicenza) et 4 500 Marines dont ceux du navire d’assaut amphibie USS Bataan. D’autres forces, avant ou après l’exercice en Europe, pourraient être envoyées au Moyen-Orient. La planification du Defender Europe 20, précise le Pentagone, reste cependant inchangée. En d’autres termes, 30 000 soldats US s’exerceront à défendre l’Europe d’une agression russe. Un scénario qui ne pourrait pas survenir réellement, notamment parce que dans l’affrontement ce ne sont pas des chars qui seraient utilisés mais des missiles nucléaires ; mais un scénario utile pour semer la tension et alimenter l’idée de l’ennemi.

Manlio Dinucci

Manlio Dinucci

Géographe et géopolitologue. Derniers ouvrages publiés : Laboratorio di geografia, Zanichelli 2014 ; Diario di viaggio (en trois tomes), Zanichelli 2017 ; L’arte della guerra / Annali della strategia Usa/Nato 1990-2016, Zambon 2016 ; Guerra nucleare. Il giorno prima. Da Hiroshima a oggi : chi e come ci porta alla catastrofe, Zambon 2017 ; Diario di guerra. Escalation verso la catastrofe (2016 – 2018), Asterios Editores 2018.

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

https://www.voltairenet.org/article208956.html?__cf_chl_jschl_tk__=0bf5661f51e5bfa12b90c81eadf7994a6dd1bbe4-1579540141-0-AXfsF8-drdagygkG3eVV1m4Q_tciW3IEPFvUqa8QVwiKI7snFvuoiy_Z2zSt2_AVt8pMRzy1RqGaqoGrDE-gr9TfjISw5t2IDc7unLK28EqcVO1EkEAi5LxF3R00xv4sJL2GZ3IPJhVUdwt9f2uDjiFnp98KZc3lR96rrS4rezUKHCSKepwxYZhH3EABlQo1plL5HcnVCXDMDPhDhYVLXR6LralBYt2AoOqRgWnSZ8R6OLo2plH8ZwDcZ1LSyK2jxjwpJES35bynBhN3I7AAo9UwDu6a_pMSvBq25l-7DtaC

L’Otan a détruit la souveraineté de la Libye dans son «aventure criminelle et illégale» en 2011, estime Lavrov

Sergueï Lavrov lors de sa visite au Sri Lanka, le 14 janvier 2020

L’Otan a détruit la souveraineté de la Libye dans son «aventure criminelle et illégale» en 2011, estime Lavrov

© Sputnik . Vitali BeloussovINTERNATIONAL11:25 14.01.2020(mis à jour 11:41 14.01.2020)URL courte29501S’abonner

Commentant la crise politique en Libye, Sergueï Lavrov, lors de sa visite au Sri Lanka, a rappelé que la souveraineté de ce pays avait été détruite par les forces de l’Otan en 2011, alors que les conséquences de cette «aventure criminelle» sont encore subies de nos jours.

Il n’y a plus de souveraineté en Libye, l’Otan l’a détruite en 2011, a déclaré le ministre russe des Affaires étrangères lors d’une conférence de presse suite à des pourparlers avec son homologue sri lankais.

«L’État libyen a été bombardé par l’Otan en 2011 et nous – surtout, bien sûr, le peuple libyen – récoltons toujours les conséquences de cette aventure criminelle et illégale», a déclaré M.Lavrov.

Le ministre a pourtant précisé que la Russie poursuivait ses efforts en vue d’un accord de trêve en Libye.

Négociations sur le cessez-le-feu

Khalifa Haftar

© REUTERS / PHILIPPE WOJAZERHaftar a quitté Moscou sans signer l’accord de cessez-le-feu en LibyeLe maréchal Khalifa Haftar a quitté Moscou sans signer l’accord de cessez-le-feu accepté par son rival Fayez el-Sarraj, chef du gouvernement d’union nationale libyen (GNA) basé à Tripoli, a annoncé la diplomatie russe ce 14 janvier.

Les deux hommes ne se sont pas rencontrés le 13 janvier lors des pourparlers à Moscou mais ont négocié un accord de cessez-le-feu via les ministres russes et turcs de la Défense et des Affaires étrangères. Ces discussions sont le résultat d’un accord russo-turc annoncé le 8 janvier à Istanbul par Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan.

https://fr.sputniknews.com/international/202001141042900474-lotan-a-detruit-la-souverainete-de-la-libye-dans-son-aventure-criminelle-et-illegale-en-2011-estime/

L’Otan suspend ses activités en Iraq

L’Otan suspend ses activités en Iraq

RÉSEAU VOLTAIRE | 5 JANVIER 2020 ENGLISHESPAÑOLTÜRKÇEITALIANOPORTUGUÊS

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L’Organisation du Traité de l’Atlantique-Nord vient de donner instruction à son personnel en Iraq de suspendre toutes leurs activités.

Après l’assassinat du général Qassem Soleimani et de dignitaires des Unités de mobilisation populaire, l’Alliance craint une riposte contre son personnel.

https://www.voltairenet.org/article208786.html

L’Otan souhaite devenir l’Alliance atlantico-pacifique

L’Otan souhaite devenir l’Alliance atlantico-pacifique

par Thierry Meyssan

Nul n’arrête le Pentagone. Alors que le projet de déploiement militaire alentour de la Chine évoqué par Hillary Clinton en 2011 avait officiellement été abandonné, l’Otan vient de le faire acter par le Sommet de Londres. Le processus a été lancé et devrait commencer par l’adhésion de l’Australie en 2026.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 10 DÉCEMBRE 2019 DEUTSCHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆعربيPORTUGUÊSРУССКИЙENGLISH

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Le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, s’est exprimé le 7 août 2019 devant le Lowy Institute de Sydney. Il y a affirmé que ce n’est pas l’Otan qui veut se déployer dans le Pacifique, mais la Chine qui y menace les Alliés.

La presse internationale n’a retenu du Sommet du 70ème anniversaire de l’Otan à Londres que les éclats de voix qui l’ont précédé et les ricanements qui l’ont rythmé. L’important était évidemment ailleurs [1].

Lors de sa création, la fonction de l’Alliance atlantique fut résumée par son secrétaire général, Lord Hastings Lionel Ismay comme « Garder l’Union soviétique à l’extérieur, les Américains à l’intérieur et les Allemands hors jeu » (keep the Soviet Union out, the Americans in, and the Germans down) [2]. Cet objectif ayant disparu avec la « patrie du communisme », on s’est efforcé de présenter la Fédération de Russie comme sa continuation. Puis on a accepté l’idée d’autoriser l’Allemagne à disposer de sa propre politique. Enfin, on a envisagé d’étendre l’Alliance au Pacifique pour « endiguer » la Chine ; ce qui vient d’être confirmé.

Les insultes actuelles livrent une mauvaise image de l’Alliance, mais elles correspondent au retour de la rivalité séculaire franco-allemande. La France entend devenir une très grande puissance, à la fois grâce à sa bombe atomique et grâce à l’État supranational européen, tandis que l’Allemagne ne peut pas envisager de redevenir une puissance militaire sans la protection nucléaire de l’Otan [3].

Cette donne s’exprime à propos de la Syrie et du Sahel. Sur la Syrie, la France peste à propos de l’attaque turque contre les mercenaires kurdes du PKK/YPG, tandis que l’Allemagne se propose de déployer ses troupes sous contrôle de l’Otan. Aucun des deux ne parvient à avancer, les États-Unis restant les seuls maîtres du jeu. Sur le Sahel, la France commence à trouver trop lourd pour elle le poids du maintien du status quo, tandis que l’Allemagne serait prête à augmenter sa part, mais exclusivement sous commandement US. Là encore, aucun des deux États ne parvient à avancer. Tous ont compris ce qui se joue derrière la rhétorique anti-terroriste : le maintien des gouvernements actuels qui permettent l’exploitation des ressources de la région. Or, là encore, les États-Unis sont les seuls maîtres du jeu et entendent profiter les premiers de cette exploitation.

La nouveauté, c’est la possible ouverture du front chinois. Il supposerait de transformer l’Alliance atlantique en « Alliance atlanto-pacifique ». Selon les études du Pentagone, il conviendrait dès lors de faire adhérer l’Australie, l’Inde et le Japon de manière à encercler la Chine comme on l’a fait avec la Russie. Ce processus, qui devrait demander une décennie, vient de commencer avec le Sommet de Londres.

D’ores et déjà, l’US PaCom, c’est-à-dire le Commandement des États-Unis pour le Pacifique, a été renommé par le secrétaire à la Défense Jim Mattis US IndoPaCom [4].

Puis le nouveau secrétaire à la Défense Mark Esper, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le secrétaire général de l’Alliance Jens Stoltenberg se sont discrètement rendus à Sydney, début août dernier, tester les dirigeants australiens qui s’en sont trouvés très honorés quoi qu’effrayés par la perspective de devoir abriter des missiles nucléaires [5]. Des contacts ont identiquement été pris avec l’Inde et le Japon, mais ils furent beaucoup moins fructueux. En outre, les États-Unis ont revu leur politique vis-à-vis de la Corée du Sud, de l’Indonésie, du Myanmar, des Philippines, de la Thaïlande et du Vietnam afin de rapprocher leurs armées respectives. Ces États ont l’habitude de travailler avec le personnel du Pentagone, mais pas du tout les uns avec les autres.

Beijing avait compris dès 2014 que la volonté US de quitter le Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire traduisait moins une perspective anti-Russe qu’une menace pour elle. Il est désormais évident qu’il y aura un déploiement de missiles nucléaires US tout autour de la Chine et que l’Otan suivra.

Pour les Chinois, c’est un retour en arrière, lorsqu’à la fin du XIXème siècle les États-Unis élaborèrent leur « doctrine de la Porte ouverte ». Il s’agissait d’instaurer un pacte entre les empires coloniaux afin qu’ils établissent une forme de libre-concurrence commerciale entre eux et exploitent des régions sous-développées au lieu de se faire la guerre entre eux pour s’approprier un territoire. Compte tenu de sa supériorité industrielle, Washington était sûr de l’emporter. Pour poursuivre cette agression, il développa un discours apaisant. Il soutint « l’intégrité territoriale et la souveraineté » des pays où il souhaitait faire des affaires. Il favorisa le renforcement des gouvernements locaux dans la mesure où seuls ceux-ci pouvaient garantir l’application de traités inégaux. De la sorte, les peuples se contrôlaient eux-mêmes à son profit. Le caractère mensonger des déclarations de principe US fut vérifié lors des agressions japonaises contre la Chine : Washington soutint toutes les demandes japonaises et laissa dépecer la Chine orientale.

C’est précisément cette expérience de s’être battu contre tous les Empires coloniaux ligués contre lui —y compris la Russie tsariste— qui a poussé le président Xi Jinping à se rapprocher de son homologue russe, Vladimir Poutine, car son pays a connu la même agression par la suite : les deux États savent dans leur sang qu’ils devront les affronter un jour ou l’autre. Cependant le Pentagone a fait le pari qu’une fois le danger venu, Moscou ne soutiendra pas Beijing ; une évaluation du risque antérieure aux missiles hypersoniques russes.

La Chine n’envisage pas cette guerre dans les mêmes termes que l’Otan : elle entend déplacer le champ de bataille dans la sphère informatique et détruire les armes de l’Alliance Atlantique-Nord Élargie par de cyber-attaques avant qu’elle ne s’en serve.

En octobre 2011, la secrétaire d’État Hillary Clinton lançait dans Foreign Policy son appel au « pivot vers l’Asie » (pivot to Asia) : les États-Unis devaient quitter l’Europe et le Moyen-Orient élargi pour se déployer en Extrême-Orient [6]. Le conseiller de Sécurité nationale, Tom Donilon, explicitait ce plan en mars 2013 devant l’Asia Society [7]. Il comportait notamment un dispositif diplomatique et financier, le projet d’Accord de partenariat transpacifique. Cependant, très vite le Pentagone rectifiait le tir : il ne s’agirait pas d’abandonner une partie du monde pour une autre, mais de s’étendre de l’une sur l’autre. C’était la notion de « rééquilibrage » (rebalance), seule compatible avec la poursuite de la « guerre sans fin » (war without end) au Moyen-Orient élargi. Ne parvenant pas à convaincre, le Pentagone mettait abruptement fin au débat en soulignant qu’il était impossible d’un point de vue budgétaire d’entretenir trois fronts à la fois [8]. Depuis lors, le Pentagone a acquis quantité d’armes qu’il a stockées dans le Pacifique.

Le président Donald Trump a tenté de stopper ce mirage en retirant les États-Unis de l’Accord de partenariat transpacifique dès son accession à la Maison-Blanche. Mais rien n’y a fait. Le Pentagone poursuit inexorablement sa marche et vient d’imposer sa vision à l’issue de neuf années de palabres.

Alors que du point de vue français, l’Otan est en état de « mort cérébrale », le Pentagone a commencé sa mutation en une organisation globale. Tous les États-membres ont signé sans réfléchir la Déclaration de Londres qui stipule : « Nous sommes conscients que l’influence croissante et les politiques internationales de la Chine présentent à la fois des opportunités et des défis, auxquels nous devons répondre ensemble, en tant qu’Alliance » [9]. Le processus est lancé.Thierry Meyssan

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[1] « Sommet de l’Otan : le parti de la guerre se renforce », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 7 décembre 2019.

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[2Whitehall, Peter Hennessy, The Free Press, 1989.

[3] « Six projets contradictoires d’ordre mondial », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 novembre 2019.

[4] « L’US PaCom devient US IndoPaCom », Réseau Voltaire, 3 juin 2018.

[5] “Australia-US Ministerial Consultations (AUSMIN) 2019”, Voltaire Network, 4 August 2019.

[6] “America’s Pacific Century”, Hillary Clinton, Foreign Policy, October 11, 2011.

[7] “The United States and the Asia-Pacific in 2013”, by Tom Donilon, Voltaire Network, 11 March 2013.

[8] “DoD Official : Asia Pivot ‘Can’t Happen’ Due to Budget Pressures”, Defense News, March 4, 2014.

[9] « Déclaration de Londres », Réseau Voltaire, 4 décembre 2019.

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La France au sommet de l’OTAN du 4 décembre 2019: résistance ou résignation ? Par Hannoun Hervé

GÉOPOLITIQUE7.décembre.2019 // Les Crises

La France au sommet de l’OTAN du 4 décembre 2019: résistance ou résignation ? Par Hannoun Hervé

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Source : Le Blog Mediapart, Hannoun Hervé, 29-11-2019

«En déclarant que l’OTAN était “en état de mort cérébrale”, le Président de la République a osé briser un tabou, celui de la légitimité existentielle d’une organisation qui, depuis la fin de la guerre froide, mais surtout depuis ces dernières années, a perdu sa raison d’être». On ne peut que souscrire à ce jugement de l’association “Initiatives pour le désarmement nucléaire”.

«En déclarant que l’OTAN était “en état de mort cérébrale”, le Président de la République a osé briser un tabou, celui de la légitimité existentielle d’une organisation qui, depuis la fin de la guerre froide, mais surtout depuis ces dernières années, a perdu sa raison d’être». On ne peut que souscrire à ce jugement de l’association “Initiatives pour le désarmement nucléaire”. A la suite des déclarations justifiées du Président Macron dans The Economist le 7 novembre sur les graves dysfonctionnements de l’OTAN, on a assisté à une levée de boucliers dans le microcosme des milieux ultra-atlantistes, lequel attend maintenant avec fébrilité que, au sommet de Londres du 4 décembre 2019, la France capitule et rentre dans le rang. Ce serait pourtant une faute historique pour notre pays. Il y a quatre raisons fondamentales de ne pas céder, et de choisir le 4 décembre la résistance plutôt que la résignation.

1/La première, et la plus récente, c’est la manière indigne dont l’OTAN s’est lavée les mains en octobre 2019 de l’agression perpétrée par l’armée turque, la seconde de l’OTAN par le nombre, contre les Kurdes de Syrie. Après les désastres des interventions de l’OTAN en Serbie en 1999 (création du Kossovo après des mois de bombardements aériens) et en Lybie en 2012, l’intervention turque au Nord Est de la Syrie en 2019 est un nouveau dysfonctionnement grave de l’OTAN, car cette agression n’a à aucun moment été condamnée ni par le Secrétaire général Stoltenberg ni par les autres organes de l’Alliance. Tout a été dit par le Président français sur cet épisode affligeant. On peut simplement ajouter que, à défaut d’exclure la Turquie de l’organisation, l’OTAN devrait à tout le moins mettre un terme au stockage sous l’égide de l’OTAN de bombes nucléaires américaines sur le sol de la Turquie.

2/ Le deuxième problème fondamental de l’Alliance est que l’appartenance à l’OTAN, organisation étroitement dépendante des Etats-Unis, de 22 sur 28 pays membres de l’Union Européenne n’est pas compatible avec l’affirmation de la “souveraineté européenne” en matière de défense souhaitée par le Président Macron.

Lors du référendum de 1992 sur l’Union européenne et le Traité de Maastricht, nul ne pouvait imaginer que ce grand projet de Mitterrand et Kohl pour la Paix allait être dévoyé, à partir de 1998, par le projet géopolitique américain de prendre le contrôle de fait de la politique de défense et de sécurité commune européenne. Ceci grâce à l’élargissement simultané de l’Union Européenne et de l’OTAN aux pays de l’Est de l’Europe, et grâce aussi à la décision lourde de conséquences du Président Sarkozy d’abandonner en 2008 la position stratégique gaulliste de refus de participation au commandement militaire intégré de l’OTAN. A partir du moment où 22 des 28 pays de l’UE, dont la France, devenaient membres à part entière de l’OTAN, l’esprit initial de Maastricht était trahi car “l’Europe pour la Paix” allait inévitablement être contrariée par l’ingérence des Etats-Unis, avec leurs objectifs géopolitiques propres, dans la politique européenne de défense et de sécurité commune. Pour revenir à l’Europe de la Paix dessinée en 1992, il n’y a pas d’autre voie que de mettre fin à l’imbrication actuelle entre l’OTAN et l’Union Européenne, ce qui supposerait la sortie de l’OTAN des 22 pays de l’Union européenne qui en sont membres. Il serait en effet incohérent de conduire les Français dans l’aventure d’une “défense européenne” tout en maintenant dans le commandement intégré de l’OTAN – sous direction américaine – 80 % des pays de l’Union Européenne.

L’idée des dirigeants allemands actuels de la “complémentarité OTAN/UE”, c’est à dire l’idée de faire de l’OTAN la “pierre angulaire” de la politique européenne de défense et de sécurité commune, est directement contraire à toute notion de “souveraineté européenne”. Cette idée apparait comme un leurre si l’on se rappelle que au sein de l’OTAN le Commandant suprême des forces alliées en Europe (SACEUR) est toujours un général américain.

Il faut avoir la lucidité de reconnaitre la divergence d’intérêt qui s’approfondit entre la France et l’Allemagne sur la question de l’OTAN .Le concept géopolitique porté par le trio Von Der Leyen/Merkel/Kramp-Karrenbauer consiste en un élargissement massif de l’UE et de l’OTAN à l’Est de l’Europe sous le parapluie américain.Une forme nouvelle de la pulsion historique du “Drang nach Osten”, qui va conduire de façon certaine dans quelques années, si la Macédoine,la Bosnie-Herzégovine, le Kossovo, l’Ukraine et la Géorgie devenaient membres de l’OTAN, à la confrontation avec la Russie, souhaitée par le “deep state” à Washington et donc par la technostructure de l’OTAN. Cet expansionnisme à l’Est de l’Union européenne se fait sous le parapluie nucléaire américain, avec lequel les allemands sont familiarisés du fait de la présence sur leur sol d’armes nucléaires tactiques américaines (bombes nucléaires B61) destinées à être en cas de guerre larguées par des avions de la Luftwaffe sous l’égide de l’OTAN. Par ailleurs la CDU vient de se fixer l’objectif d’atteindre à terme les 2% du PIB de dépenses militaires ,soit un énorme budget de 80 MDS d’euros par an, qui conduirait à une remilitarisation de l’Allemagne contraire aux aspirations actuellement pacifiques de sa population.

La France n’a aucun intérêt à endosser ce concept géopolitique allemand. Elle a sa force de frappe nucléaire indépendante. Elle se méfie de l’élargissement de l’UE et de l’OTAN à marche forcée à l’Est.Elle souhaiterait une défense européenne indépendante des Etats-Unis, qui ont actuellement le contrôle total de l’OTAN.

Il n’y a pas donc pas aujourd’hui de “couple franco-allemand” sur les questions de défense et de sécurité. Il y a deux Nations dont les intérêts divergent. L’Allemagne accepte son alignement strict sur les Etats-Unis dans l’OTAN pour soutenir son expansion à l’Est , tandis que la France, elle, n’a pas renoncé à être une puissance d’équilibre, son intérêt étant de revenir à la position gaulliste de non alignement, seule conforme à la vocation universelle du pays de la déclaration des droits de l’Homme.

3/ Le troisième problème majeur posé à la France par l’OTAN, c’est que cette dernière est une Alliance nucléaire. Une Alliance nucléaire floue et dangereuse.

L’OTAN se veut une alliance nucléaire, dont la sécurité collective est garantie d’une part par des forces nucléaires stratégiques, c’est à dire les armes de grande puissance délivrées par des vecteurs à moyenne ou longue portée, et d’autre part par des armes nucléaires tactiques, c’est à dire les armes à plus courte portée destinées à un usage sur le champ de bataille.

-Du côté des armes nucléaires stratégiques, le communiqué du dernier sommet de l’OTAN à Bruxelles le 12 juillet 2018 indique : “Les forces stratégiques de l’Alliance, et en particulier celles des États-Unis, sont la garantie suprême de la sécurité des Alliés. Les forces nucléaires stratégiques indépendantes du Royaume-Uni et de la France ont un rôle de dissuasion propre et contribuent de manière significative à la sécurité globale de l’Alliance.” ( Fin de citation: les mots “de manière significative” ont été rajoutés en 2018 par rapport au langage du sommet précédent).

Ce communiqué semble indiquer que les forces nucléaires stratégiques française et britannique contribuent à la garantie suprême de la sécurité collective des 29 alliés, ce qui semble en contradiction avec le fait que, lorsque la France a décidé en 2008 de rejoindre le commandement intégré de l’OTAN, elle l’a fait à l’exclusion du Comité des plans nucléaires dont la France, pour démontrer l’indépendance de sa force de frappe, n’a pas souhaité faire partie. Il y a là une ambiguïté que l’association “Initiatives pour le désarmement nucléaire” avait soulevée dés le lendemain de ce sommet en 2018, sans recevoir de réponse publique. Cette ambiguïté mériterait d’être levée. Pour cela, la France devrait, au sommet de décembre 2019 à Londres, rappeler de la façon la plus nette qu’elle ne fait pas partie de l’Alliance nucléaire de l’OTAN puisqu’elle ne participe pas au Comité des plans nucléaires. Une telle clarification est indispensable pour éviter à notre pays d’ être un jour la victime collatérale d’éventuelles aventures nucléaires des néo- conservateurs américains, qui ont de facto le contrôle de cette alliance nucléaire qu’est l’OTAN.

-Du côté des armes nucléaires tactiques, armes à plus courte portée et à plus faible puissance, des armes nucléaires tactiques américaines sont actuellement déployées à l’avant en Europe dans des bases situées dans 5 pays sous l’égide de l’OTAN: Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas, Turquie. Il s’agit de bombes nucléaires B 61 qui seraient lâchées en cas de guerre depuis des avions appartenant à ces 5 pays. Ces armes inutiles, dangereuses pour la sécurité des Européens et présentant des risques en termes de prolifération, auraient dû depuis longtemps être retirées du sol européen, comme de nombreux experts français le recommandaient.

-S’agissant des armes nucléaires de portée intermédiaire, la dénonciation annoncée le 1er février 2019 par le Président Trump, puis par le Président russe, du traité INF de 1987 a de façon irresponsable levé l’interdiction de déployer en Europe des armes nucléaires de portée intermédiaire lancées du solCertes au sein de l’OTAN on peut espérer que des pays comme l’Allemagne, se souvenant de la crise des Euromissiles des années 80, refuseront le déploiement de nouveaux missiles nucléaires américains avec base à terre sur leur sol. En revanche les pays les plus belliqueux et russophobes de l’Alliance tels que la Pologne la Roumanie ou les trois États baltes pourraient favoriser un tel déploiement, créant de graves risques nucléaires aux frontières orientales de l’Union européenne.

L’OTAN a joué un rôle néfaste dans cette affaire en publiant le 1er février 2019 une déclaration du Conseil de l’Atlantique Nord (regroupant les Ministres des Affaires Étrangères de l’Alliance) soutenant unanimement la dénonciation du Traité INF par les Etats-Unis. Alors que le Président Macron avait initialement exprimé ses fortes réserves sur cette dénonciation , la technostructure de l’OTAN n’a pas sérieusement tenté de préserver ce traité très important et elle n’a fait que relayer la position des Etats-Unis. Contrairement à l’affirmation de M.Stoltenberg dans une récente interview au Figaro selon laquelle l’OTAN “protège près d’un milliard de personnes”, la réalité est que l ‘OTAN les expose plus qu’elle ne les protège, notamment en soutenant aveuglément la relance par les États-Unis de la course aux armements.

Pour toutes ces raisons, il serait sage pour notre pays de s’éloigner de cette alliance nucléaire dangereuse, dont le leadership américain actuel accroit encore la dangerosité compte tenu de sa nouvelle doctrine d’ emploi des armes nucléaires (Nuclear posture review), publiée en 2018, qui n’exclut plus, pour défendre les intérêts vitaux des États-Unis, l’utilisation d’armes nucléaires en réponse à des attaques non nucléaires.

4/ Le quatrième problème majeur posé à la France par la posture actuelle de l’OTAN concerne la question de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN et la question de la Crimée .

Le Président Macron ne ménage pas ses efforts depuis quelques mois pour essayer de réduire les risques de confrontation russo-ukrainienne. La réunion qu’il a convoquée à Paris le 9 décembre en format Normandie 4 sur le Donbass en est l’illustration. Mais il a affaire à un ensemble de forces qui agissent dans le sens contraire et exacerbent les tensions.

Le détonateur d’une confrontation en Europe pourrait être à l’avenir le lancement du processus d’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Le Secrétaire général de l’OTAN, adepte de la politique dite de “la porte ouverte de l’OTAN à l’Ukraine”, a reçu en Novembre 2018 le Président du Parlement ukrainien, le nationaliste A. Parubyi. Ce dernier, après cette visite , a réussi à faire inscrire dans la Constitution ukrainienne en janvier 2019 le principe de l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN. Jens Stoltenberg a par ailleurs lancé en avril 2019 de grandes manœuvres navales de l’OTAN en Mer Noire, manœuvres conjointes avec l’Ukraine et la Géorgie, signalant ainsi que l’Ukraine et la Géorgie sont dans l’antichambre de l’OTAN. Alors que l’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN progresse sans bruit, il est temps pour la France de s’opposer à ce processus, comme Emmanuel Macron s’y était engagé devant les Français avant son élection dans sa plateforme présidentielle de 2017. Il serait en effet peu judicieux pour la France de laisser prospérer ce dossier d’adhésion car une fois l’Ukraine dans l’OTAN, la France constaterait qu’elle est engagée par l‘article 5 du traité de l’OTAN à soutenir militairement l’Ukraine en cas de conflit russo-ukrainien.

Les pays du G7 ont , à la suite de l’ incident du Détroit de Kerch, durci leur position sur la Crimée. Le 30 novembre 2018, les Ministres des Affaires étrangères du G7, ont déclaré: “Nous ne reconnaissons pas, et nous ne reconnaitrons jamais, l‘annexion de la Crimée”. En donnant un caractère éternel à leur position par l’introduction du mot “jamais”, les pays du G7 se prononçaient pour la rétrocession par la Russie de la Crimée à l’Ukraine. Le 31 octobre 2019, le Secrétariat général de l’OTAN a saisi l’occasion de la commission Ukraine-OTAN pour évoquer dans le communiqué de cette réunion “le retour de la Crimée sous contrôle ukrainien”, en paraissant ignorer que ce dossier fait partie de ceux qui peuvent conduire à la troisième guerre mondiale.

L’adhésion de l’Ukraine à l’OTAN élèverait le risque du scénario catastrophe d’une guerre pour la Crimée entre l’OTAN et l’Ukraine d’une part, la Russie d’autre part, avec implication de la France dans une guerre qui n’est pas la sienne.La sortie de l’OTAN est le seul moyen d’éviter à notre pays d’être entrainé dans les enchainements belliqueux d’une alliance contrôlée de Washington, sur laquelle il n’a que peu de prise.

Au sommet de l’OTAN du 4 décembre 2019, la France va devoir continuer à faire entendre la voix de la raison sur la question de l’OTAN, comme elle a commencé à le faire le 7 novembre , sans craindre les critiques superficielles sur le “risque d’isolement” ou de “crisper nos alliés”. Seule la France est en position d’arrêter la marche actuelle des somnambules de l’OTAN vers la confrontation à l’Est de l’Europe.

Source : Le Blog Mediapart, Hannoun Hervé, 29-11-2019

https://www.les-crises.fr/la-france-au-sommet-de-l-otan-du-4-decembre-2019-resistance-ou-resignation-par-hannoun-herve/

REPLAY – Sommet de l’OTAN à Londres : rencontre entre E. Macron et D. Trump

REPLAY – Sommet de l’OTAN à Londres : rencontre entre E. Macron et D. Trump

86 830 vues•3 déc. 201946693PARTAGERENREGISTRERFRANCE 241,7 M abonnésS’ABONNERSommet de l’OTAN à Londres : rencontre entre Emmanuel Macron et Donald Trump. « Je sais que mes propos ont suscité des réactions, ont un peu secoué, mais je les maintiens », a déclaré le chef de l’Etat français, en anglais, lors d’un point presse au côté du président américain Donald Trump dans la capitale britannique. Abonnez-vous à notre chaîne sur YouTube : http://f24.my/youtube En DIRECT – Suivez FRANCE 24 ici : http://f24.my/YTliveFR Notre site :

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Le Sommet lance l’Otan dans l’espace : coûts exorbitants

Le Sommet lance l’Otan dans l’espace : coûts exorbitants

par Manlio Dinucci

A l’image de l’Alliance atlantique, le Sommet de l’Otan du 4 décembre sera une mise en scène où les vassaux signeront pour les nouvelles dépenses que leur imposera leur suzerain. Nul ne sait ce que le Pentagone a préparé, mais tous devront l’approuver.RÉSEAU VOLTAIRE | ROME (ITALIE) | 5 DÉCEMBRE 2019 ITALIANO

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ÀLondres se déroule, le 4 décembre, le Conseil de l’Atlantique Nord des chefs d’état et de gouvernement qui célèbre le 70ème anniversaire de l’Otan, définie par le secrétaire général Jens Stoltenberg comme « l’alliance de plus grand succès dans l’histoire ».

Un « succès » indéniable. Depuis qu’elle a démoli par la guerre la Fédération Yougoslave en 1999, l’Otan s’est élargie de 16 à 29 pays (30 si elle englobe maintenant la Macédoine), en s’étendant à l’Est au bord de la Russie. « Pour la première fois dans notre histoire —souligne Stoltenberg— nous avons des troupes prêtes au combat dans l’Est de notre Alliance ». Mais l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord est allée au-delà, en étendant ses opérations guerrières jusque sur les montagnes afghanes et à travers les déserts africains et moyen-orientaux.

À présent la Grande Alliance vise plus haut. Au Sommet de Londres —pré-annonce Stoltenberg— les leaders des 29 pays membres « reconnaîtront l’espace comme notre cinquième champ opérationnel », qui s’ajoute aux terrestre, maritime, aérien et cyber-spatial. « L’espace est essentiel pour le succès de nos opérations », souligne le secrétaire général laissant entendre que l’Otan développera un programme militaire spatial. Il ne fournit évidemment pas de détails, mais informe que l’Otan a signé un premier contrat d’1 milliard de dollars pour moderniser ses 14 avions Awacs. Ceux-ci ne sont pas de simples avions-radar mais des centres de commandement volants, produits par l’états-unien Boeing, pour la gestion de la bataille à travers les systèmes spatiaux.

À coup sûr quasiment aucun des leaders européens (pour l’Italie le premier ministre Giuseppe Conte), qui le 4 décembre « reconnaîtront l’espace comme notre cinquième champ opérationnel », ne connaît le programme militaire spatial de l’Otan, préparé par le Pentagone et par des sommets militaires européens restreints avec les plus grandes industries aérospatiales. Et moins encore le connaissent les parlements qui, comme en Italie, acceptent les yeux fermés toute décision de l’Otan sous commandement états-unien, sans se préoccuper de ses implications politico-militaires et économiques.

L’Otan va se lancer dans l’espace dans le sillage du nouveau Commandement spatial créé par le Pentagone en août dernier dans le but, déclaré par le président Trump, d’« assurer que la domination américaine dans l’espace ne soit jamais menacée ». Trump a ensuite annoncé la constitution successive de la Force Spatiale des États-Unis, avec la mission de « défendre les intérêts vitaux américains dans l’espace, le prochain champ de combat de la guerre ». La Russie et la Chine accusent les USA d’ouvrir ainsi la voie de la militarisation de l’espace, en avertissant qu’elles ont la capacité de répondre. Tout cela accroît le péril de guerre nucléaire.

Même si on ne connaît pas encore le programme militaire spatial de l’Otan, une chose est sûre : il sera extrêmement couteux. Au Sommet, Trump fera pression sur les alliés européens pour qu’ils portent leur dépense militaire à 2 % ou plus du PIB. Jusqu’à présent 8 pays l’ont fait : la Bulgarie (qui l’a portée à 3,25, juste au-dessous des 3,42 des USA), la Grèce, la Grande-Bretagne, l’Estonie, la Roumanie, la Lituanie, la Lettonie et la Pologne. Les autres, tout en restant au-dessous des 2 %, sont engagés à l’augmenter. Tirée par l’énorme dépense US —730 milliards de dollars en 2019, plus de 10 fois celle de la Russie— la dépense militaire annuelle de l’Otan, selon les données officielles, dépasse les 1 000 milliards de dollars. En réalité elle est plus haute que celle indiquée par l’Otan, parce qu’elle ne comprend pas divers postes de caractère militaire : par exemple celui des armes nucléaires US, inscrit au bilan non pas du Pentagone mais du Département de l’Énergie.

La dépense militaire italienne, qui est passée du 13ème au 11ème rang mondial, se monte en termes réels à environ 25 milliards d’euros annuels en augmentation. En juin dernier le gouvernement Conte I y a ajouté 7,2 milliards d’euros, fournis aussi par le Ministère pour le développement économique pour l’achat de systèmes d’arme. En octobre, lors de sa rencontre avec le Secrétaire général de l’Otan, le gouvernement Conte II s’est engagé à l’augmenter durablement d’environ 7 milliards d’euros annuels à partir de 2020 (La Stampa, 11 octobre 2019).

Au Sommet de Londres seront requis à l’Italie d’autres milliards d’argent public pour financer les opérations de l’Otan dans l’espace : alors qu’on ne trouve pas d’argent pour garder la sécurité et reconstruire les viaducs qui s’écroulent.Manlio Dinucci

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

https://www.voltairenet.org/article208483.html