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LES ETATS-UNIS ET L’OTAN POUSSENT À LA MILITARISATION DE L’EUROPE DE L’EST

LES ETATS-UNIS ET L’OTAN POUSSENT À LA MILITARISATION DE L’EUROPE DE L’EST

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 52 Faire un donUS-NATO Push For Militarization Of Eastern Europe

Les tensions entre l’OTAN et la Russie s’accentuent, notamment entre les États-Unis et la Russie. Les deux côtés s’accusent mutuellement de se renforcer militairement. L’INF échoue, les deux parties accusant l’autre de ne pas s’y conformer depuis le début.

Du côté de l’OTAN, elle ne fait que donner suite à sa présence avancée renforcée (eFP), qui visait à dissuader l’agression, à ce point mythique, de la Russie. Alors que Moscou maintient qu’il est obligé de rassembler des forces, en réponse aux Etats-Unis et Cie.

Le 19 novembre, l’OTAN a adopté une résolution intitulée «Renforcer la dissuasion de l’OTAN à l’est». Cette résolution est due à la reconnaissance par l’OTAN du fait que «les territoires et les populations de l’OTAN font face à d’importantes menaces classiques et hybrides, notamment à l’est».

À savoir, certaines des menaces mentionnées sont:

  1. Consciente du fait que les relations entre l’OTAN et la Russie sont au plus bas depuis la fin de la guerre froide, compte tenu de l’agression militaire de grande ampleur commise par la Russie contre la Géorgie en 2008;
  2. Alarmée par les comportements de plus en plus agressifs et irresponsables de la Russie sous la forme de cyber-attaques, l’usage de la force contre ses voisins, l’utilisation illégale d’agents neurotoxiques pour la tentative de meurtre sur le territoire allié, ainsi que la sournoiserie insidieuse des institutions démocratiques et principes par le biais de son utilisation des campagnes d’ingérence électorale et de désinformation;
  3. Reconnaissant que le changement de doctrine de la Russie de 2010 à 2014 a réaffirmé que l’OTAN était son concurrent de facto et qu’elle considérait ses activités en Europe centrale et orientale comme des menaces directes aux intérêts nationaux russes;
  4. Préoccupé par le déploiement par la Russie de systèmes modernes anti-accès / refus de zone (A2 / AD) le long du flanc est de l’OTAN, qui pourraient entraver la liberté de circulation de l’Alliance;

À cette fin, le PAE en Pologne et dans les pays baltes est plus important que jamais pour protéger le flanc est de l’OTAN des exemples d’agression russe, dont la plupart, sinon tous, ne sont étayés par aucune preuve.

La Géorgie est félicitée pour son engagement dans les discussions stratégiques avec l’OTAN et ses efforts pour renforcer la sécurité dans la mer Noire.

Au moins, l’OTAN reconnaît que la nécessité du programme eFP tient à son expansion à l’est , mais uniquement parce que l’Europe de l’Est et les pays baltes sont encore relativement nouveaux dans le discours de «l’agression russe» et qu’ils doivent simplement «améliorer» leur infrastructure pour pour un déploiement rapide de troupes:

« Reconnaître que l’élargissement de l’OTAN vers l’est a nécessité des améliorations stratégiques, en particulier en ce qui concerne les infrastructures obsolètes et les réglementations bureaucratiques, ce qui pourrait retarder le mouvement rapide des troupes et des fournitures. »

Un grand nombre de ces problèmes découlent également du couloir Suwalki, entre Kaliningrad et la Biélorussie, qui pourrait constituer un point d’étranglement entre les pays baltes et le reste de l’OTAN.

En outre, le comité de coordination des transports de l’UE a été félicité pour son investissement de 1,9 milliard d’euros dans les infrastructures stratégiques en Europe de l’Est et pour d’autres améliorations majeures. En conséquence, l’impulsion doit maintenant être donnée à l’OTAN et à l’UE qui travaillent ensemble pour réaliser l’objectif commun qui est de pouvoir déplacer les forces de l’OTAN (des États membres de l’UE et des pays non membres de l’UE) à travers l’Europe le plus rapidement possible.

Parce que le déploiement rapide des troupes et l’absence de formalités administratives sont la raison même de la dissuasion.

L’exercice Trident Juncture 2018 a été salué parce que la simulation d’invasion de la Norvège par la Russie offrait une chance à la Force opérationnelle interarmées à disponibilité très élevée (VJTF) de se former.

Trident Juncture 2018 a rassemblé environ 50 000 participants de l’OTAN et des pays partenaires, environ 250 aéronefs, 65 navires et jusqu’à 10 000 véhicules. Elle s’est déroulée du 25 octobre au 7 novembre 2018.

« Trident Juncture montrera au monde que l’OTAN est pertinente, unie et prête à se défendre dans le scénario de l’Article 5, mettant à l’épreuve notre défense collective », a déclaré l’amiral James G. Foggo, commandant du commandement de la force interarmées alliée à Naples. L’article 5 est un pays allié en train d’être envahi et la Norvège est idéalement enneigée, à l’instar d’une grande partie de la Russie.

La formation a également permis à l’OTAN de retourner à sa mission principale.

«L’OTAN doit organiser des exercices à grande échelle. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons tester tous les niveaux de l’alliance: des troupes sur le terrain jusqu’à un niveau stratégique », déclare le général Denis Mercier, commandant suprême de la transformation alliée (SACT) à l’OTAN.

«L’OTAN a besoin d’une formation réaliste permettant de combiner des opérations aériennes, navales et terrestres. En Norvège, nous avons tout. C’est l’un des meilleurs endroits pour s’entraîner en Europe », a déclaré Mercier. «Le climat froid présente également des défis supplémentaires pour les soldats, qui affinent leurs compétences.»

En outre, la résolution «Renforcer la dissuasion de l’OTAN à l’Est» appelle à une militarisation encore plus poussée de l’Europe de l’Est.

«Continuer à assurer la pérennité et la disponibilité de la présence renforcée de l’OTAN dans les États baltes et en Pologne, ainsi que de la région de la mer Noire, de la force de frappe au feu, et de la force de réaction renforcée de l’OTAN»,

Et

« S’assurer que l’Alliance dispose des moyens nécessaires pour renforcer les Alliés dans un environnement A2 / AD, éventuellement via l’acquisition d’appareils de combat perfectionnés, de systèmes de brouillage et de systèmes de missiles de précision à longue portée. »

Immédiatement après la fin de Trident Juncture, du 7 au 16 novembre, la Pologne et les États baltes ont organisé leur plus grand exercice militaire de l’OTAN, « Anakonda ».

  • Environ 17 500 soldats de 10 États membres de l’OTAN ont participé aux exercices militaires. Parmi eux, 12 500 étaient des soldats polonais. Les 5 000 autres venaient de divers membres de l’OTAN en Estonie, en Lituanie et en Lettonie.
  • Les exercices comprenaient des manœuvres navales dans la mer Baltique.

Globalement, en 2018, l’OTAN a mené 103 exercices, dont 51 ouverts à des partenaires. En 2019, un total de 102 sont prévus, dont 39 seulement sont ouverts aux pays partenaires.

Les exercices dirigés par l’OTAN et les alliés en 2019 comprennent environ 25 exercices principalement axés sur le domaine terrestre, 27 exercices axés sur le domaine aérien et 12 exercices principalement axés sur les opérations maritimes. De nombreux autres exercices entraînent des fonctions ou des compétences spécifiques telles que la cyberdéfense, la prise de décision en cas de crise, la défense nucléaire chimique, biologique et radiologique, la logistique, les communications et le médical.

La plupart des exercices «clés» ont lieu dans les pays suivants: mer Noire, Géorgie, Estonie, États baltes, Pologne et Norvège. Un seul aura lieu en Bulgarie et en Roumanie, ainsi qu’en Hongrie.

Fait à noter, l’exercice de «Cyber ​​Coalition» se concentrera sur la cyberdéfense et se déroulera en Estonie, qui a déclaré à plusieurs reprises avoir des preuves d’activités de piratage en Russie, mais n’en a encore fourni aucune.

La militarisation de la région devient encore plus évidente en se concentrant sur certains pays situés à la frontière russe.

Lettonie

Le 8 mars, le ministère de la Défense letton a annoncé que le pays, avec l’Estonie et le Danemark, avait ouvert le quartier général de la division nord de l’OTAN à Adazi, près de Riga.

La Division du Nord aura pour tâche principale de gérer les opérations militaires dans sa zone de responsabilité. Le nouveau quartier général commencera à planifier et à gérer les opérations militaires, ainsi qu’à planifier et à intégrer les activités des unités de l’OTAN afin de renforcer la sécurité de la région et d’organiser des entraînements conformes aux plans de défense de l’alliance.

Il doit être accepté dans la structure de l’OTAN en juin 2019.

Le 8 février , 13 hélicoptères UH-60 et HH-60 Black Hawk sont arrivés en Lettonie, ainsi que 150 soldats du 3e bataillon de la 1re Brigade d’aviation de combat pour soutenir l’armée lettone.

Cela faisait partie de l’opération Atlantic Resolve, qui est décrite comme une démonstration de l’engagement des États-Unis envers la sécurité collective dans la région.

Au 31 mars, environ 1 400 soldats de l’OTAN étaient stationnés en Lettonie.

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En avril, le service de sécurité de la Lettonie, le Bureau de la protection de la constitution (SAB), a publié son bilan public annuel de ses activités en 2018.

Une grande partie du rapport se concentre sur la situation intérieure de la Russie et les conséquences de la politique du Kremlin sur la Lettonie ne sont présentes qu’après le point médian du document.

«Les actions contre la Lettonie sont menées par des services spéciaux de plusieurs pays. Les activités agressives des services de renseignement et de sécurité russes constituent une grave menace pour la sécurité collective de l’OTAN et de l’UE, ainsi que pour la sécurité nationale de la Lettonie, tandis que les activités menées par des services spéciaux d’autres pays au cours de l’année écoulée sont considérées comme modérées et sérieuses. ne pas avoir directement menacé la sécurité nationale de la Lettonie. Les activités des services spéciaux russes contre la Lettonie entrent dans le cadre de leurs activités générales contre l’Occident », a déclaré le rapport du Conseil consultatif, en s’appuyant sur les principaux médias.

«En octobre 2018, les médias ont annoncé que Roman Tatarka, un employé de l’ambassade de Russie à Riga, fréquentait la même académie militaire qu’Anatoly Chepiga, impliqué dans l’empoisonnement de Sergei Skripal. Tatarka a été rappelé de Lettonie au début de 2019 », explique SAB.

«SAB a prédit le fort intérêt de la Russie pour les élections législatives de 2018 en Lettonie. Aucune campagne ciblée influant sur les résultats des élections n’a été observée », a-t-il ajouté, ajoutant que les services russes« utilisaient principalement des sources ouvertes pour collecter des informations sur les élections et le processus de formation du gouvernement qui a suivi ».

En termes de cybersécurité, la Lettonie est particulièrement menacée par la Russie, indique le rapport, mais donne peu de détails ou de chiffres.

«Selon les informations dont dispose le SAB, des attaques informatiques contre la Lettonie ont été perpétrées par GU et FSB au cours des dernières années. Les attentats sont liés à l’espionnage et, dans la plupart des cas, sont dirigés contre des institutions gouvernementales ou des responsables individuels travaillant dans les domaines des affaires intérieures, des affaires étrangères et de la défense. ”

À peu près au même moment , la Rand Corporation, un groupe de réflexion basé aux États-Unis et parrainé par le gouvernement, a également donné des indications à la Lettonie et à d’autres États baltes pour leur permettre de mieux lutter contre la Russie.

Le rapport indique: « Ces trois pays sont vulnérables aux attaques à basse altitude, hybrides et à grande échelle menées par les opérations spéciales russes et les forces militaires régulières déployées près de leurs frontières », et soulignant le « déséquilibre existant entre les forces russes et conventionnelles déployées de l’OTAN ». dans la région baltique. « 

Il se concentre principalement sur la défense totale et la guerre non conventionnelle.

«Les capacités de la TD et de l’UW pourraient retarder et perturber l’agression militaire russe contre les États baltes et rendre l’occupation d’un État balte très coûteuse pour les forces d’invasion, renforçant ainsi la dissuasion. Ces techniques et ces forces pourraient également soutenir une campagne de libération de l’OTAN et faciliter la transition vers une paix durable après la fin des opérations militaires en soutenant les activités de stabilisation, de démobilisation et de reconstruction », conclut le rapport.

Lituanie

En Lituanie, 1055 soldats de l’OTAN sont déployés dans le pays.

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Le bataillon de l’OTAN en Lituanie comprend un quartier général et une compagnie de quartier général, une compagnie de soutien logistique, trois à quatre compagnies de combat et différentes unités de soutien au combat. Des renforts au bataillon de présence avancée de l’OTAN seront déployés si nécessaire, c’est-à-dire lors de la tenue d’exercices ou en cas de menace.

Il est basé à Rukla.

Depuis le sommet de l’OTAN à Varsovie en juin 2016 , environ 8 000 soldats alliés de neuf alliés de l’OTAN ont servi dans l’unité à tour de rôle.

En février , l’ Allemagne s’est engagée à investir plus de 110 millions d’euros d’ici 2021 pour améliorer les bases militaires en Lituanie.

«Nous voulons préciser que la Lituanie n’est pas seule et ne restera jamais seule. Il ne devra plus jamais sacrifier sa liberté et son indépendance », a déclaré à la presse Ursula von der Leyen lors d’une visite aux forces allemandes.

« Nous resterons ici avec la Bundeswehr (forces armées allemandes) aussi longtemps que nous aurons besoin de nous et tant que la situation de sécurité le nécessitera. »

La Lituanie se sent très menacée par les complexes de missiles russes Iskander situés à Kaliningrad, en Russie, juste de l’autre côté de sa frontière.

Mais Vilnius affirme que ce n’est rien de nouveau et simplement, rien d’extraordinaire.

Le ministre lituanien de la Défense, Raimundas Karoblis, a souligné « nous sommes [déjà] visés par des armes nucléaires tactiques d’une portée maximale de 500 km », faisant référence aux Iskanders. « Donc pour nous, la situation n’est pas nouvelle du tout », a-t-il ajouté.

Le Conseil atlantique financé par l’OTAN a également affirmé que certains diplomates européens souhaitaient même davantage d’armes nucléaires placées en Europe par les États-Unis afin de garantir la sécurité.

«Certains gouvernements européens aimeraient entendre exactement le contraire: que l’Occident ne recule devant rien pour combattre l’agression russe, y compris en combattant le système de missiles 9M729 anti-INF de Moscou avec plus d’armes nucléaires sur le territoire européen. Des diplomates baltes ont déclaré en privé qu’ils estimaient qu’écarter un tel déploiement était une erreur stratégique. « 

Récemment, à partir du 17 avril , le groupement tactique de l’OTAN a commencé l’exercice Eager Leopard à Pabrade.L’exercice a mobilisé près de 650 soldats et consistait en trois séquences d’entraînement de 36 heures, mettant à l’épreuve des tactiques offensives et défensives.

«Cet exercice est l’occasion idéale pour les entreprises allemandes, néerlandaises et tchèques d’accroître leur préparation et leurs capacités. Ceci est particulièrement important pour préparer l’exercice d’entraînement sur le terrain de niveau 3 Iron Wolf, que nous organiserons avec nos partenaires lituaniens en juin », a déclaré le lieutenant-colonel Peer Papenbroock, commandant du groupement tactique en Lituanie.

Estonie

L’Estonie abrite un contingent de 1 073 soldats de l’OTAN, originaires pour la plupart du Royaume-Uni.

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En avril 2018 , le président estonien Kersti Kaljulaid a appelé à l’installation de missiles Patriot américains et à l’envoi de troupes supplémentaires en Estonie.

«Nous voulons nous assurer que le territoire et les soldats de l’OTAN sont bien protégés», a-t-elle déclaré. «Nous devons nous assurer qu’il existe une défense aérienne et un appui aérien pour ces forces, le cas échéant. Nous avons besoin que notre dissuasion soit crédible. « 

Dans nos relations, nous avons dépassé le stade où vous venez à Washington avec un sac vide, puis un sac rempli de choses », a-t-elle déclaré. « Il y a un débat permanent entre les gouvernements des deux pays. »

Selon le président estonien, les pays occidentaux ont payé pour leurs erreurs lorsqu’elles traitent avec la Russie et qu’elles ne devraient pas être répétées, soulignant la question de la Géorgie en 2008 et la Crimée.

«Nous assumons une partie de la responsabilité de la situation actuelle», a-t-elle déclaré. «Cela commence en 2008 en Géorgie. Notre réaction à l’occupation partielle de la Géorgie a été faible et la situation a été rétablie assez rapidement.

«Cela fait partie de la raison pour laquelle la Crimée est arrivée, la Russie a mal interprété ce qui va se passer, ce qui va devenir une réaction. Nous nous sommes bien entendus et avons arrêté l’avalanche.

Kaljulaid a déclaré que l’Occident devait faire preuve de « patience stratégique », notamment en soutenant les sanctions économiques contre la Russie et peut-être en les renforçant.

Le 20 mai 2019, l’agence de presse nationale estonienne a déclaré qu’un avion de combat militaire russe Tu-154 avait violé son espace aérien pendant moins d’une minute.

L’ exercice Spring Storm 2019 s’est déroulé du 6 au 17 mai dans le nord-est de l’Estonie.

Plus de 9 000 soldats, parmi lesquels des milliers de conscrits, réservistes et soldats en activité estonienne, ainsi que des centaines de véhicules en provenance de 15 pays de l’OTAN et de leurs partenaires, ont été impliqués.

« La tempête de printemps montre que l’OTAN est capable de se défendre contre tous les adversaires », a déclaré le porte-parole adjoint de l’OTAN, Piers Cazalet. « Il teste le bon fonctionnement de nos forces et constitue une expression forte de la solidarité des Alliés ». L’exercice permettra de tester la capacité des forces de l’OTAN à réagir à une crise fictive.

En novembre 2018 , le colonel Riho Uhtegi, chef des forces spéciales estoniennes, a déclaré que si la Russie envahissait la ville, «ils mourraient à Tallinn».

«Il y a toujours ces discussions. Ouais. Les Russes peuvent se rendre à Tallinn en deux jours. … Peut être. [La capitale estonienne est à environ 125 miles de la frontière russe.] Mais ils ne peuvent pas avoir toute l’Estonie en deux jours. Ils peuvent se rendre à Tallinn et derrière eux, nous couperons leurs lignes de communication, leurs lignes de ravitaillement et tout le reste. »Ce regard fixe de la Baltique me fixe à nouveau. «Ils peuvent arriver à Tallinn en deux jours. Mais ils mourront à Tallinn. Et ils le savent. … Ils vont faire feu de tous les coins, à chaque pas. ”

Aux yeux d’Uhtegi, la nouvelle Estonie est déjà en conflit avec la Russie. « Tous les conflits entre l’Estonie et la Russie ont été des conflits hybrides – 1924 était identique à 2014. »

Selon lui, toute la Russie a agi en Géorgie et l’Ukraine devait les empêcher de rejoindre l’OTAN. Selon certains , la Russie aurait tenté d’assassiner le Premier ministre du Monténégro pour obtenir le même résultat, mais sans succès.

Plus récemment, le 16 mai, le détachement de la Royal Air Force britannique à la base aérienne d’Ämari, en Estonie, a été brouillé par le Commandement des opérations aériennes combinées (COOC) à Uedem, en Allemagne, les 14 et 15 mai.

«Le CAOC a bousculé l’avion de combat de la RAF Typhoon pour identifier plusieurs avions de l’armée de l’air de la Fédération de Russie volant dans l’espace aérien international contrôlé par les agences de contrôle du trafic aérien des trois États baltes. Certains des avions non-membres de l’OTAN n’ont pas transmis de signal de transpondeur valide indiquant leur position aux contrôleurs aériens civils et n’ont pas été en contact avec le contrôle de la circulation aérienne local, respectivement », selon le communiqué.

Les typhons de la RAF ont été appuyés par l’armée de l’air hongroise JAS-39 Gripens, basée à la base aérienne de Šiauliai, en Lituanie, qui a également mené sa deuxième bataille d’alerte dans les deux jours. La Hongrie est actuellement le pays chef de file du maintien de l’ordre dans la Baltique.

Au début de l’année 2019, la Pologne menait l’alerte en frôlant les frontières russes.

Pologne

La Pologne est vraisemblablement l’État qui se fait concurrence pour être le représentant des États-Unis en Europe, le meilleur des autres États membres de l’OTAN.

Il abrite un contingent de 1 218 soldats de l’OTAN.

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Le 28 mars, il a été annoncé que des responsables de l’OTAN s’apprêtaient à mettre sur pied le plus grand projet de construction de construction d’un site de stockage de véhicules de combat américains en Pologne.

«Le dépôt est censé contenir du matériel de guerre américain dans ce pays d’Europe orientale, au cas où une confrontation avec la Russie voisine deviendrait une possibilité. Les responsables du Pentagone considèrent que les futures installations de Powidz, dans le centre-ouest de la Pologne, font partie d’un réseau mondial de coffres matériels destinés à servir d’armoiries lointaines aux soldats américains lorsque des combats sont à mener. « 

Il en coûte 260 millions de dollars, le mécanisme de financement du site de Powidz est remarquable. L’argent provient du soi-disant programme d’investissement dans la sécurité de l’OTAN, ou NSIP, auquel contribuent les 29 membres de l’alliance.

Des sources de la défense américaine ont déclaré que le site de stockage de Powidz ne signifiait pas que l’administration Trump envisageait d’imposer une empreinte de troupes permanente en Pologne.

L’administration Trump a demandé 144 millions de dollars pour le programme NSIP pour l’exercice 2020, contre 171 millions de dollars pour 2019.

« Les chefs d’Etat et de gouvernement de l’OTAN ont reconnu que l’Alliance de l’Atlantique Nord est à un moment crucial pour la sécurité de nos nations et de nos populations et que l’Alliance était prête à réagir rapidement et fermement aux nouveaux défis en matière de sécurité », ont écrit des responsables de la défense Demande de budget pour l’AF-20. « Les actions agressives de la Russie ont fondamentalement remis en cause notre vision d’une Europe entière, libre et en paix. »

Par ailleurs, la Pologne est sur le point de conclure un accord avec les États-Unis pour établir une base militaire américaine dans l’ancien pays du bloc communiste, selon des personnes familières du sujet – un avant-poste que les Polonais considèrent comme un moyen de dissuasion à l’agression russe et que le Kremlin envisagerait probablement provocation « , a déclaré Bloomberg.

«Si un accord est conclu, le président Donald Trump envisage de se rendre en Pologne à l’automne, en partie pour commémorer l’accord. Mais on ne sait pas s’il soutient totalement cette idée, même après avoir déclaré lors d’une réunion avec le président polonais Andrzsej Duda, en septembre, que les États-Unis cherchaient «très sérieusement» à établir une base. Duda, qui a dit en plaisantant qu’il pourrait s’appeler «Fort Trump», reste engagé à contribuer 2 milliards de dollars à sa construction. »

Les Etats-Unis et la Pologne doivent également discuter de l’achat de chasseurs F-35, selon la secrétaire de l’US Air Force, Heather Wilson.

« Ils veulent approfondir leurs relations avec les États-Unis d’Amérique en partie grâce à l’interopérabilité d’équipements de pointe », a déclaré M. Wilson après un événement organisé par le Meridian International Center à Washington. «Ces discussions se poursuivent. Nous leur fournissons les informations dont ils pourraient avoir besoin pour prendre une décision. « 

« Le gouvernement polonais a décidé de choisir le F-35 et est en pourparlers avec les États-Unis », a déclaré M. Wilson.

La Pologne, l’un des plus grands prédicateurs de «l’agression russe» après les États-Unis, reçoit également des éloges pour avoir dépensé plus de 2% de son PIB en défense.

En mars 2018, la Pologne a signé un contrat de 4,75 milliards de dollars avec les États-Unis pour l’achat de systèmes de défense antimissile Patriot, qui n’ont pas encore été livrés.

La Pologne a promis de défendre la Lituanie de la Russie avec son système de défense antimissile si le besoin s’en faisait sentir.

En janvier, la Pologne a signé un contrat portant sur la livraison de 4 hélicoptères S-70i Black Hawk d’ ici à fin 2019.

En février, la Pologne a signé un contrat de 144 millions de dollars pour l’achat du système de roquettes à haute mobilité, HIMARS.

A peu près au même moment, l’ambassadeur des Etats-Unis en Pologne, Georgette Mosbacher, a déclaré que davantage de troupes seraient déployées dans le pays.

Le Pentagone veut un « plus agile, plus rotatif, plutôt que d’avoir des hôpitaux physiques, des maisons et de faire venir ses familles », a déclaré Mosbacher à un journal local. «Mais en termes de présence indéniable et d’un grand nombre de soldats américains ici, c’est acquis. Et je pense que les Polonais vont obtenir le maximum de ce qu’ils veulent.

Aucun chiffre précis n’a été fourni, mais le contingent américain de 4 000 personnes en Pologne serait augmenté «par centaines».

«Les Polonais sont un allié important. Ils investissent leurs 2% sans même convaincre. La modernisation de leurs forces armées s’élève à 40 milliards de dollars. Nous respectons cela », a-t-elle déclaré.

Et d’autres

Séparément, il y a sans aucun doute un autre développement des pays baltes et de la Pologne.

La Norvège envisage de doubler son contingent d’armées américaines dans le pays et a accueilli Trident Juncture, une simulation d’invasion du pays par la Russie. Il a même récemment affirmé que la Russie avait envoyé un « espadon-baleine dans le pays ».

La Roumanie héberge le système de défense antimissile Aegis Ashore, qui peut être utilisé pour lancer des missiles Tomahawk. Il a également récemment reçu THAAD, tandis que l’Aegis Ashore fait l’objet de mises à niveau régulières.

En mars, les États-Unis ont déployé des bombardiers B-52 au Royaume-Uni et ont même participé à leurs premières patrouilles au-dessus de l’Europe , des pays baltes et de la frontière russe pour se familiariser avec le théâtre.

Les SAS britanniques ont commencé à surveiller officiellement la frontière russe pour la première fois depuis la guerre froide . Des troupes des 21 et 23 SAS, les deux bataillons de réserve du régiment d’élite, ont été mobilisées pour des opérations sur la frontière estonienne avec la Russie.

«Les troupes mènent des opérations HERA (Environnement humain, Reconnaissance et Analyse), dans lesquelles elles surveillent le mouvement d’un ennemi potentiel et analysent leurs intentions.

Il est entendu qu’en cas d’attaque russe sur l’Estonie, les troupes du SAS resteraient derrière les lignes ennemies, où elles renverraient des rapports chiffrés sur les mouvements de troupes. « 

Leurs homologues américains se trouvent autour de la frontière russe depuis 2017 . Le nombre de membres des forces spéciales déployés en Europe en 2017 a quadruplé par rapport à l’année précédente. L’année 2016 a été celle du Sommet de Varsovie et de l’adoption du programme eFP.

Les plans d’expansion constants de l’OTAN vers l’est aggravent encore la situation . À la fin de 2017, le Monténégro est devenu le 29 e pays de l’Alliance et Trump a affirmé qu’il pourrait en fait déclencher la «troisième guerre mondiale», car les Monténégrins sont un «peuple très agressif».

Le New York Times a fait l’éloge de l’ajout futur de la Macédoine du Nord à l’OTAN, affirmant qu’elle « comble un autre fossé dans ce qui était autrefois la cour de l’ex-Union soviétique ».

L’extension va totalement à l’encontre des promesses verbales de l’OTAN de ne pas encercler la Russie, lors de la chute de l’URSS.

Des plans sont en cours pour intégrer l’Ukraine et la Géorgie, mais on ne sait toujours pas si et comment cela se produira.

L’OTAN est considérée comme un facteur de paix, à «quelques exceptions près». Telle l’intervention menée par les États-Unis en Yougoslavie, au cours de laquelle la radio-télévision serbe a été délibérément bombardée, l’ambassade de Chine à Belgrade a également été prise pour cible.

La militarisation n’est pas encore terminée . En février , le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a déclaré que l’Alliance prévoyait d’accroître sa présence sur la mer Noire, car « l’agression de la Russie » est devenue une nécessité.

En décembre 2018 , la Russie a accusé le Royaume-Uni de tester ses capacités de guerre psychologique en Ukraine.L’ambassade de Russie a déclaré dans un communiqué que, dans un premier temps, des spécialistes britanniques formaient du personnel ukrainien à la conduite d’opérations spéciales contre les civils à Donetsk et à Louhansk, mais avaient ensuite déployé leurs propres experts pour mener des opérations de psychologie et d’information.

Enfin, la campagne de propagande contre la Russie n’est pas un secret. Il existe de nombreux exemples dans diverses parties du monde:

Ce sont quelques-uns des exemples notables, il y en a tellement.

Conclusion

Le cercle vicieux semble en train de tourner, la Russie et l’OTAN s’accusant mutuellement de provoquer l’autre partie pour la construction d’armes et de troupes.

Le fait est que des troupes sont positionnées le long de la frontière russe et que celle-ci doit clairement réagir d’une manière ou d’une autre. Cependant, il se peut que cela ne soit qu’une question de temps avant qu’un faux drapeau ou un incident inattendu et indésirable déclenche une chaîne d’événements sur lesquels il est impossible de récupérer.

Depuis la politique de l’OTAN selon laquelle si un membre est attaqué, c’est comme si l’ensemble de l’Alliance était attaqué, et son expansion constante rendrait un conflit ouvert beaucoup plus plausible.

En outre, certains membres ont un peu d’animosité à cause de la réalité historique vis-à-vis de la Russie, ce qui pourrait, en fin de compte, être la fissure qui ouvre les portes de la barrière.

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Le Golfe et l’Europe : la guerre par procuration en Libye est un tissu de discours contradictoires

Le Golfe et l’Europe : la guerre par procuration en Libye est un tissu de discours contradictoires

Les rivalités entre les pays européens et ceux du Golfe se jouent en Libye, mais les intérêts du peuple sont bien loin des préoccupations des puissants
Cette capture d’écran d’une vidéo publiée le 16 avril par l’ANL montre des combattants qui avancent sur Tripoli (division de l’information de guerre de l’ANL/AFP)

La crise en Libye se caractérise par de multiples discours, chacun servant les intérêts d’un ou de plusieurs des nombreux acteurs en compétition sur le terrain pour les restes de l’ancienne Jamahiriya du colonel Mouammar Kadhafi.

Cependant, la dramatique réalité est un conflit déterminé presque exclusivement par des intérêts internationaux très éloignés de la société.

La Libye est particulièrement façonnée par la crise dans le Golfe : le Qatar, la Turquie et l’Italie s’opposent à l’Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis (EAU), à l’Égypte et à la France – les États du Golfe étant les acteurs les plus importants.

Par conséquent, croire que l’Italie, la France ou l’Égypte sont les principaux acteurs extérieurs du conflit libyen est une grave erreur.

La crise économique mondiale a radicalement transformé les relations entre ces acteurs et les monarchies du Golfe, lesquelles constituent la principale source de financement des programmes industriels européens, faisant ainsi d’eux des alliés dociles et accommodants pour les politiques régionales les plus controversées.

La Libye est par ailleurs devenue le théâtre d’une guerre par procuration entre ces différents acteurs, les Saoudiens et les Émiratis soutenant Khalifa Haftar contre des groupes financés par le Qatar et qualifiés par le général de terroristes islamistes.

Renverser Kadhafi

En 2011, l’intervention du Qatar et de la France, qui ont transformé un soulèvement local spontané en un conflit de grande envergure, a déterminé l’effondrement du régime de Kadhafi.

Le Qatar a offert un soutien politique – et probablement financier – aux islamistes traditionnels dont les positions n’étaient pas hostiles envers les monarchies autoritaires du Golfe.

La faiblesse de la plupart des organisations politiques confessionnelles locales l’a toutefois conduit à se concentrer exclusivement sur les Frères musulmans, révélant ainsi les limites et les ambiguïtés idéologiques du groupe.

La France s’intéressait à la possibilité d’éroder la domination de l’Italie sur le marché de l’énergie et le secteur des infrastructures en Libye

La France, pour sa part, considérait la Libye principalement d’un point de vue économique, et s’intéressait à la possibilité d’éroder la domination de l’Italie sur le marché local de l’énergie et le secteur des infrastructures.

Le soutien initial de la France au Qatar en Libye a également répondu à la nécessité d’apaiser ses partenaires économiques dans le Golfe.

La chute de Kadhafi – obtenue grâce à une campagne de désinformation à grande échelle et à l’intervention de l’OTAN – a constitué à la fois un succès et un échec pour le Qatar, avec la résurgence des Frères musulmans, la colère des Émirats et le début d’une nouvelle phase de conflit.

Finalement, cela a conduit à la marginalisation du Qatar grâce au puissant soutien accordé à l’Égypte et au général Khalifa Haftar.

De cette polarisation, des discours contrastés et contradictoires ont émergé. D’un côté, la campagne de Haftar contre Tripoli s’est muée en bataille des forces laïques contre le terrorisme et le radicalisme islamique, tandis que de l’autre, il s’agissait d’un affrontement entre les forces révolutionnaires – celles qui avaient promu la révolte contre Kadhafi – et réactionnaires.

Le tissu de discours et d’accusations réciproques entre milices, tribus, partis et familles n’en est pas moins complexe.

La guerre par procuration du Golfe

La polarisation du conflit libyen a alimenté la fragmentation politique et territoriale. L’apogée de la confrontation est représentée par la dichotomie entre la vision politique du Qatar et celle des Émirats arabes unis, soutenus par l’Arabie saoudite. Immédiatement derrière cette dimension se trouvent les intérêts d’autres acteurs régionaux.

L’Italie, la Turquie, l’Algérie et la Tunisie soutiennent le Qatar, tandis que les Émirats arabes unis sont alignés avec l’Arabie saoudite, l’Égypte, la France et, pour des raisons différentes, la Russie. Il est plus difficile de définir le rôle des États-Unis, qui sont passés d’une position plus proche du Qatar sous l’administration Obama à une approche plus confuse et souvent changeante sous le président Donald Trump.

Le général Khalifa Haftar participe à une conférence sur la Libye à Paris, le 29 mai 2018 (AFP)

L’Italie tente de défendre ses intérêts énergétiques et infrastructurels en Libye, ainsi que son influence politique et son désir de limiter les migrations à travers cet État nord-africain.

La Tunisie, seul pays du Maghreb où survit une alliance politique associant forces laïques et islamiques, partage des préoccupations communes en matière de sécurité avec la Libye, le long de sa frontière sud.

Pour sa part, la Turquie a toujours manifesté son soutien à l’entité politique de Tripoli, à la fois en raison de la présence de forces islamistes, mais également en raison de réserves croissantes quant aux politiques régionales de Riyad et d’Abou Dabi.

L’Arabie saoudite n’a pas accordé une attention particulière à la Libye, se concentrant davantage sur le fait de repousser des Frères musulmans en Égypte. Riyad soutient les Émirats arabes unis en Libye davantage en raison de leur vision générale commune.

Menace existentielle

L’Égypte est le principal allié des EAU dans la crise en Libye, à la fois en raison de leur lutte commune contre les Frères musulmans et en raison d’inquiétudes stratégiques quant à la sécurité de la longue frontière occidentale entre l’Égypte et la Libye.

La prolifération de combattants armés dans le Sinaï constitue une menace existentielle pour le Caire et la possibilité d’un autre front de crise à l’ouest constitue un danger concret.

La France, pour sa part, considère la Libye à travers les multiples strates d’intérêts locaux liés à la production d’énergie et au développement des infrastructures, et d’opportunités régionales, grâce à l’apaisement de celles qui alimentent l’industrie française.

L’attitude de la Russie à l’égard de la Libye est plus fluide et plus incertaine, reposant sur un mélange d’opposition aux États-Unis et de volonté de se projeter davantage vers la Méditerranée.

Libye : une nouvelle année sanglante causée par l’ingérence occidentale

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Au niveau local, la Libye est divisée entre le Gouvernement d’union nationale (GNA) et la Chambre des représentants. Le contrôle du territoire libyen reste toutefois l’apanage d’un niveau inférieur, représenté par un grand nombre de milices territoriales dont la cohérence et l’orientation politique varient de l’une à l’autre.

Elles ne s’intéressent guère à la définition d’une solution collective au niveau national, mais se concentrent plutôt sur les intérêts locaux.

Haftar est le commandant de l’autoproclamée armée nationale libyenne (ANL), qui, malgré son nom grandiose, est en réalité un groupe de milices très différentes en nombre, en capacité et en extraction politique. L’ANL comprend des unités militaires proches des anciens dirigeants de Kadhafi et des milices salafistes, ainsi que des groupes plus petits formés à la suite de la guerre civile de 2011.

Impasse militaire

Haftar peut compter sur le soutien – plutôt ambigu et souvent versatile – de certaines milices de Zintan, ainsi que de plusieurs mercenaires d’origine européenne, russe et de la région.

Le conflit qui oppose aujourd’hui le GNA à la Chambre des représentants dans la banlieue de Tripoli résulte d’une trahison flagrante de Haftar

Ce n’est que récemment que le GNA a réussi à sceller une union formelle, mais extrêmement instable, des principales milices engagées dans la défense de Tripoli. La force de protection de Tripoli a repoussé l’attaque lancée récemment par Haftar. Le GNA est également soutenu par plusieurs milices de Misrata.

Le conflit qui oppose aujourd’hui le GNA à la Chambre des représentants dans la banlieue de Tripoli résulte d’une trahison flagrante de Haftar qui, à la suite des réunions de réconciliation nationale à Ghadamès, a tenté d’assurer son propre leadership et l’appui de la communauté internationale, lançant un conflit sous prétexte de lutter contre le terrorisme.

Cependant, faute d’un soutien matériel de leurs alliés du Golfe, les forces de Haftar ont subi des pertes considérables, ce qui a entraîné une impasse militaire sans solution immédiate.

– Nicola Pedde est le directeur de l’ISG-Institute for Global Studies, basé à Rome et à Bruxelles, un think tank indépendant sur le Moyen-Orient et l’Afrique. Il a travaillé pendant près de vingt ans en tant qu’analyste de la politique et la sécurité au Moyen-Orient pour le ministère italien de la Défense.

Les opinions exprimées dans cet article n’engagent que leur auteur et ne reflètent pas nécessairement la politique éditoriale de Middle East Eye.

Nicola Pedde
Nicola Pedde is the Director of the Rome and Brussels based IGS-Institute for Global Studies, an independent think tank focusing on Middle East and Africa. He has worked for almost two decades as an analyst on Middle East politics and security for the Italian MoD.

GÉOPOLITIQUE DES GAZODUCS DE L’UE TOUJOURS PLUS COMPLEXE

GÉOPOLITIQUE DES GAZODUCS DE L’UE TOUJOURS PLUS COMPLEXE

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04.05.2019

Israël envisage de construire le plus long gazoduc sous-marin au monde en collaboration avec Chypre et la Grèce pour acheminer le gaz de la Méditerranée orientale vers l’Italie et les États du sud de l’UE. Le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, vient d’approuver le projet. Il se heurtera à un gazoduc concurrent turco-turc, Turk Stream, à un éventuel pipeline Qatar-Iran-Syrie-Syrie, ainsi qu’à saper de facto la tentative de Washington de fournir davantage de gaz naturel liquéfié à l’UE pour réduire la dépendance de la Russie.

Le projet, en discussion depuis plusieurs années depuis qu’Israël a découvert d’importantes réserves de gaz dans le champ offshore de Leviathan, est connu sous le nom de projet de pipeline East Med. Le gaz naturel viendra de Leviathan via Chypre, la Crète et la Grèce pour atteindre son terminal à Otrante, au sud-est de l’Italie. Les projets prévoient un oléoduc de 2 100 kilomètres traversant trois kilomètres de profondeur sous la Méditerranée. Le coût est estimé à 7 milliards de dollars pour une période de construction de cinq ans  .

Nouvelles lignes de faille

L’East Med fait partie d’un complexe de nouvelles lignes de fracture géopolitiques à travers tout le Moyen-Orient. Le fait que l’Emirat du Golfe, les Emirats Arabes Unis, a déjà investi 100 millions de dollars dans un projet appelé le Jerusalem Post, « une pierre angulaire  secrète  sous-tendant le changement des relations entre certaines parties du monde arabe et l’État juif ». faire référence à la proposition des États-Unis de 2017 de créer une «OTAN arabe» avec l’Arabie saoudite et d’autres États arabes du Golfe, appuyée par les services de renseignement israéliens, afin de contrer l’influence de l’Iran dans la région. On parle peu aujourd’hui de l’OTAN arabe, mais les liens entre Israël de Netanyahou et les principaux pays arabes musulmans sunnites demeurent solides.

La Turquie d’Erdogan est un acteur régional qui n’est certainement pas satisfait du projet de pipeline dans la Méditerranée orientale. Quand Israël a proposé pour la première fois la Méditerranée orientale il y a deux ans, Erdogan s’est rapidement tourné vers la Russie pour signer un accord portant sur la construction du flux turc de Gazprom pour rivaliser avec Israël. L’East Med serait raccordée à des champs de gaz dans la partie grecque de l’UE appartenant à Chypre. Au cours des derniers mois, Erdogan a rapproché la Turquie de l’Iran et plus particulièrement du Qatar, siège des personnalités des Frères musulmans, alors que les tensions avec l’Arabie saoudite et Israël s’intensifient. Le conflit sunnite / chiite semble céder le pas au pouvoir géopolitique et au contrôle des pipelines.

En été 2017, il y avait une scission dramatique entre les pays arabes du Golfe, l’Arabie saoudite déclarant un embargo contre le Qatar pour son «soutien au terrorisme». En réalité, cette initiative visait à couper court aux pourparlers de plus en plus importants entre le Qatar et l’Iran, partagent le plus grand gisement de gaz naturel au monde dans le golfe Persique. La section du Qatar s’appelle North Field et on dit que son GNL est le moins cher à extraire au monde, faisant du Qatar au cours des dernières années le plus grand exportateur de GNL. La section iranienne voisine s’appelle South Pars.

Après avoir dépensé 3 milliards de dollars pour financer des groupes terroristes anti-Assad et anti-Iran en Syrie, dans le but vain de créer un gazoduc reliant la Syrie à la Turquie et sur le marché gigantesque du gaz de l’UE, il semble que les Qataris hésitants à un moment donné, après l’entrée décisive de la Russie dans la guerre en Syrie fin 2015, il a compris qu’elle pourrait gagner davantage en changeant de camp et en travaillant secrètement avec l’Iran, Assad et Erdogan pour amener le gaz qatari et le gaz iranien sur le marché. C’est la véritable raison de la rupture brutale entre le Qatar et les Saoudiens. Il est à noter que l’Iran et la Turquie sont venus en aide au Qatar lorsque les Saoudiens ont tenté de les mettre sous  embargo  .

Ruisseau Turc de Russie

En plus du cocktail géopolitique d’intérêts concurrents, les tronçons du gazoduc Russie-Turquie situés sur la mer Noire ont été achevés à la fin de 2018 et devraient commencer à fonctionner plus tard en 2019, offrant 31,5 milliards de mètres cubes de gaz par an, la moitié, quelque 16 milliards de m3 , disponible pour les marchés de l’UE. Turk Stream, tout comme North Stream, autorisent tous deux le gaz russe dans l’UE, indépendamment des routes de l’oléoduc en Ukraine, politiquement hostiles. Depuis le terminal de Kiyikoy en Turquie, le gaz russe peut être acheminé vers la Bulgarie ou la Grèce, membre de l’UE, ou les  deux.

La Serbie, qui n’est pas membre de l’UE, vient de commencer la construction de son tronçon du gazoduc TurkStream destiné à acheminer le gaz naturel russe en Europe. Le ministre serbe des Affaires étrangères, Ivica Dacic, a récemment déclaré à Moscou que les projets de la Serbie pour la construction du conduit de gaz ne dépendaient pas du travail de la Bulgarie. TurkStream acheminera du gaz russe via la Bulgarie, la Serbie et la Hongrie. Bruxelles n’est pas folle de joie.

Maintenant, Israël entre en jeu, dans une relation plus étroite avec l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, soutenue par Washington, avec le financement également d’une société française, IGI Poseidon, une filiale d’Edison, offrant une autre option rivale au Qatar, à l’Iran et à la Turquie, ainsi qu’à en Russie. La Turquie menace de forer pour le pétrole et le gaz dans la partie turque de Chypre tandis que le Liban conteste les revendications offshore du pipeline israélien vers Chypre. Et ExxonMobil vient d’annoncer une découverte majeure de gaz dans les eaux au large de Chypre,  disputée  entre la Turquie et la Grèce ou Chypre.

Il n’est pas nécessaire d’avoir une boule de cristal pour constater que les futurs conflits énergétiques géopolitiques en Méditerranée orientale sont en cours de programmation. Surveillez cet endroit…

http://katehon.com/article/ever-more-complex-eu-gas-pipeline-geopolitics

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Synthèse de l’actualité internationale d’avril 2019

4/2019

Synthèse de l’actualité internationale d’avril 2019

Par Axelle DEGANS, le 1er mai 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Agrégée d’histoire, Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Elle est notamment auteure de : A. Degans, Réussite aux concours 2019 ! La synthèse de l’actualité internationale 2018, éd. Diploweb, via Amazon, 2019.

Voici une synthèse de l’actualité internationale d’avril 2019 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent les oraux d’un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 12 800 followers)

Le sort des urnes

En Slovaquie, la libérale Zuzana Caputova devient en avril 2019 la première femme à occuper la magistrature suprême. Elle a fait de la lutte contre la corruption l’un de ses principaux chevaux de bataille.

En Ukraine, est élu en avril 2019 à la présidence Volodymir Zelensky (avec près de 73 % des suffrages exprimés) qui n’a pas davantage d’expérience politique que la nouvelle présidente slovaque, mais est issu, lui, du monde du spectacle. Il s’est imposé face au président sortant (Petro Porochenko) et l’égérie de la révolution orange, Ioulia Timochenko, ancienne premier ministre. C‘est révélateur de l’étendue du discrédit de la classe politique ukrainienne incapable de faire face aux défis géopolitiques du pays (annexion de la Crimée, guerre de basse intensité dans le Donbass…) et de résister à une corruption qui gangrène le pays.

En Israël, Benjamin Netanyahu est reconduit en avril 2019, à la suite des élections législatives, dans ses fonctions de premier ministre. Il forme une nouvelle coalition.

En Indonésie, Joko Widodo, président sortant, est réélu. Son challenger le général Prabowo Subianto conteste les résultats de l’élection présidentielle.

Le Japon s’apprête à une transition impériale. Fait extraordinaire, l’empereur Akihito – fils d’Hirohito l’empereur de la Seconde Guerre mondiale – annonce son désir d’abdiquer pour des raisons de santé. Il laisse le trône à son fils Naruhito, âgé de 58 ans, avec qui se prolonge la plus ancienne dynastie du monde. La date est fixée au 30 avril qui voit la fin de l’ère Heisei et le début de l’ère Reiwa placée sous le signe de la bonne fortune -Rei – et de l’harmonie – wa- dans un pays qui reste très attaché à l’empereur qui incarne l’âme japonaise et la cohésion de la nation.

Toujours la violence

Le Sri Lanka a été ensanglanté en avril 2019 par un terrible attentat, revendiqué par l’EI qui a fait plus de deux cents cinquante morts et plus de blessés encore. Le Sri Lanka n’a pas encore fini de panser ses plaies de la longue guerre civile (1983-2009) qui a opposé les cingalais bouddhistes (majoritaires sur l’ile) et les Tigres tamouls hindous. Elle a fait plus de cent mille morts et a été à l’origine de l’assassinat du premier ministre indien Rajiv Gandhi, fils d’Indira. Beaucoup craignent que la fragile paix civile ne vole en éclat. Si les ressorts ne sont pas les mêmes, cette ile n’en demeure pas moins encore habitée par la violence. Les autorités srilankaises estiment qu’un mouvement autochtone – le NTJ – en serait responsable. Ces attentats qui ont ciblé les catholiques de l’ile, où ils sont minoritaires (environ 7% des srilankais), ont été perpétré par des kamikazes musulmans qui représentent moins de 10% de la population et plutôt issus des couches aisées. Ces tristes événements mettent en lumière les progrès de l’islam radical parmi les travailleurs srilankais émigrés en Arabie saoudite qui reviennent chez eux avec une lecture et une pratique de l’islam influencée par le wahhabisme.



Au Burkina Faso, comme dans le Mali voisin, les djihadistes s’en prennent aux élites coutumières, chef du village, marabout, qui leur résistent attisant en retour des violences intracommunautaires entre les éleveurs nomades peuls accusés de soutenir les terroristes au Sahel et les cultivateurs, Mossis ou autre, déstructurant ainsi les communautés et semant le chaos. La situation se dégrade malgré l’opération Barkhane et le G5 Sahel qui peine à se déployer.

Boko Haram a encore tué en avril 2019 une dizaine de personnes.

En Irlande, une nouvelle flambée de violence a provoqué la mort d’une journaliste à Derry (Irlande du Nord). Cela ravive le spectre de la guerre civile irlandaise quand certains courants radicaux ont fusionnés au sein de la NIRA (Nouvelle IRA).

Des cartes rebattues en Afrique ?

En Algérie, les manifestations de rue continuent en avril 2019. S’il parait acquis que le président en exercice ne briguera pas de nouveau mandat, l’avenir n’en demeure pas moins incertain et la possibilité de la confiscation de cette « révolution politique » par une révolution de palais n’est absolument pas à exclure. L’armée se montre plus présente quelle ne l’était il y a quelques semaines. Le Parlement nomme le président du Sénat, Abdelkader Bensalah en tant que président par intérim, en attendant la tenue d’élections.

En Libye, le maréchal Haftar, homme fort de la Cyrénaïque où il a vaincu les djihadistes, marche en avril 2019 avec des troupes armées – l’ALN – vers la capitale Tripoli où siège le pouvoir – le gouvernement d’union nationale (GNA) d’al-Sarraj – soutenu par la communauté internationale, et en particulier l’Italie, la Turquie et le Qatar. Son offensive a été stoppée par les forces progouvernementales. Le maréchal Haftar est discrètement soutenu par la France, la Russie, l’Égypte, l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis. La Libye est plus que jamais fragmentée et soumise à la loi de bandes armées, djihadistes ou loyalistes. La laborieuse offensive du maréchal Haftar ne fait que complexifier la donne sans assurance d’imposer une forme de stabilité, et les pays européens – Italie en tête – redoutent une nouvelle vague migratoire de plusieurs centaines milliers de personnes.

Au Soudan, un coup d’État écarte en avril 2019 du pouvoir le président Omar el Béchir, à la tête de son pays depuis trente années. Il était lui-même parvenu au pouvoir grâce à un coup d’État soutenu par les islamistes. L’armée annonce installer un Conseil militaire de transition, mais la population qui manifeste contre El Béchir depuis plusieurs mois ne se laissera peut-être pas aussi facilement confisquer le pouvoir. Omar el-Béchir a été arrêté et mis en résidence surveillée, l’état d’urgence est décrété pour trois mois. Abdel Fattah Al Burhane est le nouveau visage de Khartoum. Ces événements ne sont pas sans rappeler ceux de l’Algérie.

En Égypte, le maréchal Al Sissi bénéficie en avril 2019 d’une réforme constitutionnelle qui élargit ses pouvoirs et allonge son mandat à six ans ce qui lui permet de se maintenir au pouvoir jusque 2024.

L’Union européenne face à ses défis

La corruption est aussi – et encore – un mal européen. En avril 2019, elle est au cœur des élections en Slovaquie, et continue de défrayer la chronique politique en Roumanie où Laura Codruta Kövesi, ancienne procureur anticorruption, pressentie pour prendre la tête du parquet européen, est accusée de corruption passive par un pouvoir qui l’exècre. En Bulgarie, le ministre de l’Économie est mis en examen pour le détournement de fonds européens – environ 200 000 euros – mais l’enquête menée porte sur un détournement de plusieurs dizaines de millions d’euros. Le Conseil de l’Europe presse Malte de faire des efforts soutenus en la matière, rappelons-nous que la journaliste Caruana Galizia a payé de sa vie ses investigations concernant la corruption à un niveau élevé de l’État.

Le Brexit n’a pas eu lieu à la date butoir initiale du 29 mars 2019. Il est repoussé, et ne sera probablement pas effectif avant les élections européennes qui doivent se tenir à la fin du mois de mai 2019, malgré l’opposition de la France. Les Britanniques participeront-ils aux élections pour élire des députés qui n’auront peut-être pas réellement le temps de siéger au sein de la nouvelle assemblée ? Ou qui utiliseront leur élection pour contribuer à des dysfonctionnements de l’UE ?

Synthèse de l'actualité internationale d'avril 2019
La carte de l’OTAN à 29 pays membres après l’adhésion du Monténégro… en attendant celle de la Macédoine du Nord
Cliquer sur la vignette pour agrandir la carte. Le 5 juin 2017, le Monténégro dépose les instruments de son adhésion auprès de l’Alliance Atlantique à Washington (Etats-Unis). C’est le 4e élargissement post-Guerre froide de l’OTAN. Légende et carte conçues par Pierre Verluise, réalisation par Matthieu Seynaeve pour Diploweb.com.

L’OTAN fête en avril 2019 ses 70 ans. Cette alliance militaire créée en pleine Guerre froide, au lendemain du blocus de Berlin, lui a étrangement survécu tout en s’élargissant aux anciennes démocraties populaires d’Europe centrale et orientale qui y ont adhéré avant même d’entrer dans l’Union européenne. L’OTAN couple les deux rives de l’Atlantique Nord, ce qui en fait une alliance essentiellement occidentale… sous la domination des États-Unis. Cette alliance multilatérale est aujourd’hui en plein doute. Washington demande à ses alliés européens de faire un réel effort financier, que très peu sont prêts à réaliser, pour que leurs dépenses militaires atteignent 2% de leur PIB. La Turquie, membre de l’OTAN, vient de se porter acquéreur d’un système russe antimissiles S-400, or il est de bon ton que les membres de l’OTAN achètent du matériel militaire auprès de leur allié américain qui fournit l’essentiel des subsides de l’Alliance de l’Atlantique Nord….

L’attitude de l’Union européenne vis-à-vis de la Chine est ambivalente, à la mesure de la division des membres de l’Union. Au moment où les différents commerciaux avec les États-Unis pèsent sur l’économie chinoise, où éclate l’affaire de suspicion d’espionnage industriel par Huawei et la négociation des marchés de la 5G, les rapports se tendent entre Européens et Chinois. Les premiers commencent à évoquer le bienfondé de la réciprocité commerciale, et Emmanuel Marcon invite en avril 2019 Angela Merkel et Jean-Claude Juncker quand il reçoit le président chinois Xi Jinping. Ce front uni européen ne doit pas faire illusion car Pékin sait jouer des divisions européennes et la Chine est devenue un partenaire et un investisseur de premier plan en Europe centrale, orientale, balkanique et de plus en plus méditerranéenne.

Les États-Unis sur tous les fronts

Les États-Unis de Donald Trump durcissent en avril 2019 leur bras de fer commercial avec l’Union européenne. Washington taxerait des produits européens (hélicoptères, avions, produits agricoles…en sus des taxes qui frappent l’acier et l’aluminium européen) pour environ onze milliards de dollars mesure de rétorsion en réponse aux subventions qu’aurait touché Airbus au détriment de l’avionneur américain Boeing. Une annonce qui passe mal de ce côté de l’Atlantique.

Le président américain décide aussi en avril 2019 d’étrangler davantage l’économie iranienne. Washington ne prolonge pas les dérogations accordées aux principaux acheteurs du brut iranien, assurant que d’autres producteurs de pétrole – dont les Etats-Unis et certaines pétromonarchies du Golfe – augmenteraient leur production. Cette politique, comme les sanctions pesant sur le Venezuela de N. Maduro, provoquent une flambée du cours du pétrole. La spéculation bat son plein, cela remplit les caisses des exportateurs de pétrole et rend les huiles de schiste plus rentables. Cette politique (re)pose aussi de nouveau la légitimité de l’extraterritorialité du droit américain.

Un proche de Donald Trump, David Malpass, remplace en avril 2019 à la tête de la Banque mondiale – une des instances financières internationales créée à Bretton Woods en 1944 avec le Fonds Monétaire International – pour remplacer l’ancien président démissionnaire, lui aussi américain. Les présidents américains ont généralement soin de faire élire à la présidence de cette institution une personnalité qui partage leurs vues. Donald Trump s’inscrit, ici, dans la continuité de ces prédécesseurs.

Les États-Unis demandent l’extradition de Julian Assange – qui a créé WikLeaks qui révèle des secrets d’État – qui vient d’être arrêté en avril 2019 à l’ambassade de l’Équateur à Londres où il avait trouvé refuge il y a sept années. L’Équateur de Lenin Moreno considérait Julian Assange comme un hôte bien encombrant, et ce faisant Quito se rapproche de Washington qui pourrait lui accorder des facilités financières.

La Russie de nouveau au centre du jeu ?

C‘est l’impression que donne la Russie de Vladimir Poutine. Benjamin Netanyahu y recherche un adoubement international pour créditer sa candidature aux législatives. Le leader nord-coréen Kim Jong-Un se rend en avril 2019 à Vladivostok pour y rencontrer le président russe après avoir rencontré le président américain au Vietnam. Le président russe se rend à Pékin pour participer au deuxième forum des nouvelles routes de la soie qui traversent le territoire russe. Vladimir Poutine dépêche des navires au Venezuela pour assister le régime chaviste aux abois. Il accorde, au lendemain des élections présidentielles ukrainiennes, la nationalité russe à ceux qui le souhaitent et qui vivent dans la partie orientale de l’Ukraine, les régions de Donetsk et Lougansk. La Russie se positionne comme acteur important de la scène géopolitique internationale. Son obsession est de se trouver à la table des décideurs, même si les fondamentaux de sa puissance sont fragiles (démographie, économie rentière…).

Le monde connait une nouvelle épidémie de rougeole, plus de 170 pays serait concernés d’après les chiffres livrés par l’OMS qui recense en avril 2019 plus de 112 000 cas, soit une augmentation de 300% sur le premier trimestre de l’année 2019. Comment expliquer cette situation ? La première raison réside dans la mobilité croissante des populations qui, en contact avec des populations contaminées, reviennent chez elles et transmettent à leur tour la rougeole, connue pour être très contagieuse. La seconde raison est le reflux des l’acceptation des vaccins. Ainsi, à New York dans un quartier de Brooklyn s’est déclenché une épidémie de rougeole au retour d’Israël – où sévit une épidémie – de membres de la communauté juive orthodoxe qui refuse la vaccination…

La Chine au centre des critiques ?

Alors que l’endettement chinois, public et privé, s’envole, Pékin accueille en avril 2019 le deuxième sommet des nouvelles routes de la soie qui doivent relier – voire unir – l’Asie à l’Europe et l’Afrique ; l’Italie est le premier pays du G7 à rejoindre ce projet. Ces voies terrestres et maritimes nécessitent de lourds investissements en infrastructures et conduisent certains pays qui les accueillent à s’endetter au-delà du raisonnable, comme le Sri Lanka qui s’est retrouvé dans l’impossibilité de faire face à ses traites et contraint d’accepter les conditions chinoises : céder pour 99 ans le port d’Hambantota.

Vient d’être rendu en avril 2019 le jugement concernant les « parapluie de Hong Kong » (contestation à caractère démocratique) dont les protagonistes ont été condamnés à des peines de prison ferme. Cela confirme le resserrement de l’étreinte de Pékin sur Hong Kong dont les acquis démocratiques sont clairement menacés.

Départ

En avril 2019, la cinéaste française Agnès Varda s’en est allée rejoindre son compagnon Jacques Demy. Nous devons à cette cinéaste atypique des films comme Les glaneuses ou Jacquot de Nantes. Sa vie comme son œuvre sont aussi marquées un engagement féministe militant.

Bonnes nouvelles

Les appartements de la reine du château de Versailles seront de nouveau ouverts aux visiteurs après une rénovation qui a duré trois années.

La première photographie d’un trou noir a été rendue publique en avril 2019. Il s’agit de celle d’un trou noir de la galaxie Messier 87 à une cinquantaine d’années-lumière de notre Terre.

La générosité s’exprime à l’occasion du dramatique incendie qui a ravagé en avril 2019 la cathédrale Notre-Dame de Paris. Un incendie qui emporte la toiture de la cathédrale où sont célébrés de grands événements du pays, et la flèche rajoutée par Viollet-le-Duc. Un incendie qui émeut au plus profond d’eux-mêmes nombre de Français. Une générosité de Français, qu’ils soient fortunés ou non, mais aussi internationale (depuis les États-Unis, la Serbie…) du fait de simples particuliers comme d’acteurs publics et plus largement l’émotion mondiale montrent que la France n’est pas un pays comme les autres, et que son patrimoine appartient au patrimoine de l’humanité. Les modalités et la temporalité de la reconstruction restent à définir.

Copyright Avril 2019-Degans/Diploweb.com

 

https://www.diploweb.com/Synthese-de-l-actualite-internationale-d-avril-2019.html

Un objectif vital pour notre avenir construire un réseau pour le “NATO EXIT”

Un objectif vital pour notre avenir construire un réseau pour le “NATO EXIT”

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Quel a été le résultat du Colloque international “Les 70 ans de l’OTAN : quel bilan historique ? Sortir du système de guerre, maintenant”, qui s’est tenu à Florence le 7 avril 2019. Manlio Dinucci en parle avec Michel Chossudovsky. Berenice Galli présente une vidéo-synthèse de la journée.

Note : au cours de cette année, l’OTAN effectue 310 exercices militaires, quasiment tous contre la Russie.

Avec l’OTAN du welfare au “warfare”

70 ans de l’OTAN. Interview de Michel Chossudovsky sur les 70 ans de l’OTAN :

“ce n’est pas une Alliance, ce sont les USA qui commandent, ils veulent plus de dépense militaire dans toute l’Europe, ils sont prêts à de nouveaux conflits armés, y compris nucléaires.”

Au colloque international “Les 70 ans de l’OTAN : quel bilan historique ? Sortir du système de guerre, maintenant”, qui s’est tenu à Florence le 7 avril 2019 -avec plus de 600 participants d’Italie et d’Europe-, a participé comme principal intervenant Michel Chossudovsky, directeur du Centre de recherche sur la Mondialisation (Canada) et rédacteur su site en anglais Global Research, organisateur du Colloque avec le Colitato No Guera No Nato et d’autres associations italiennes.

Nous avons posé quelques questions à Michel Chossudovsky -un des plus grands experts internationaux d’économie et géopolitique-, collaborateur de l’Encyclopedia Britannica, auteur de 11 livres publiés en plus de 20 langues.

Manlio Dinucci

De gauche à droite : Général Fabio Mini, interprète, Michel Chossudovsky (debout), Vladimir Kozyn, interprète, Giulietto Chiesa, Manlio Dinucci (debout)

 

Quel a été le résultat du Colloque de Florence ?

L’événement a eu un très grand succès, avec la participation d’intervenants provenant des États-Unis, d’Europe et de Russie. L’histoire de l’OTAN y a été présentée. Y ont été identifiés et attentivement documentés les crimes contre l’humanité. À la fin du Colloque a été présentée la “Déclaration de Florence” pour sortir du système de la guerre.

Dans votre intervention introductive vous avez affirmé que l’Alliance atlantique n’est pas une alliance…

Sous l’apparence d’une alliance militaire multinationale c’est au contraire le Pentagone qui domine le mécanisme décisionnel de l’OTAN. Les USA contrôlent les structures de commandement de l’OTAN, qui sont incorporées à celles des États-Unis. le Commandant Suprême Allié en Europe (Saceur) est toujours un général étasunien nommé par Washington. Le Secrétaire général, actuellement Jens Stoltenberg, est essentiellement un bureaucrate qui s’occupe de relations publiques. Il n’a aucun rôle décisionnel.

Un autre thème que vous avez soulevé est celui des bases militaires USA en Italie et dans d’autres pays européens, y compris à l’Est, bien que le Pacte de Varsovie n’existe plus depuis 1991 et malgré la promesse faite à Gorbachev qu’aucun élargissement à l’Est n’aurait lieu. À quoi servent-elles ?

L’objectif tacite de l’OTAN -thème important de notre débat à Florence- a été d’opérer, sous une autre dénomination, “l’occupation militaire” de facto de l’Europe occidentale. Les États-Unis non seulement continuent à “occuper” les ex “pays de l’Axe” de la Seconde guerre mondiale (Italie, Allemagne), mais ont utilisé l’emblème de l’OTAN pour installer des bases militaires USA dans toute l’Europe occidentale, et, par la suite, en Europe Orientale dans le sillon de la guerre froide et dans les Balkans dans le sillon de la guerre OTAN contre la Yougoslavie (Serbie-Monténégro).

Qu’y a-t-il de changé par rapport à un possible usage d’armes nucléaires ?

Immédiatement après la guerre froide a été formulée une nouvelle doctrine nucléaire, focalisée sur l’usage préventif d’armes nucléaires, c’est-à-dire sur le first strike nucléaire comme moyen d’autodéfense. Dans le cadre des interventions USA-OTAN, présentées comme actions de maintien de la paix, a été créée une nouvelle génération d’armes nucléaires de “basse puissance” et “plus utilisables”, décrites comme “inoffensives pour les civils”. Les responsables politiques étasuniens les considèrent comme des “bombes pour la pacification”. Les accords de la guerre froide, qui établissaient certaines sauvegardes, ont été effacés. Le concept de “Destruction Mutuelle Assurée”, relatif à l’usage des armes nucléaires, a été remplacé par la doctrine de la guerre nucléaire préventive.

L’OTAN était “obsolète” au début de la présidence Trump mais maintenant elle est relancée par la Maison Blanche. Quelle relation y a-t-il entre course aux armements et crise économique ?

Guerre et mondialisation vont de pair. La militarisation soutient l’imposition de la restructuration macro-économique dans les pays-cibles. Elle impose la dépense militaire pour soutenir l’économie de guerre au détriment de l’économie civile. Elle conduit à la déstabilisation économique et à la perte de pouvoir des institutions nationales. Un exemple : dernièrement le président Trump a proposé de grosses coupes budgétaires dans la santé, l’instruction et les infrastructures sociales, alors qu’il demande une grosse augmentation pour le budget du Pentagone. Au début de son administration, le président Trump a confirmé l’augmentation de la dépense pour le programme nucléaire militaire, lancé par Obama, de 1.000 à 1.200 milliards de dollars, en soutenant que cela sert à garder un monde plus sûr. Dans toute l’Union européenne l’augmentation de la dépense militaire, jumelée à des mesures d’austérité, est en train de conduire à la fin de ce qui était appelé “l’État-Providence” (welfare state). Maintenant l’OTAN est engagée sous la pression étasunienne à augmenter la dépense militaire et le secrétaire général Jens Stoltenberg déclare qu’il s’agit là de la chose juste à faire pour “garder la sécurité de notre population”. Les interventions militaires sont jumelées à des actes concomitants de sabotage économique et de manipulation financière. L’objectif final est la conquête des ressources autant humaines que matérielles et des institutions politiques. Les actes de guerre soutiennent un processus de conquête économique totale. Le projet hégémonique des États-Unis est de transformer les pays et les institutions internationales souveraines en territoires ouverts à leur pénétration. Un des instruments est l’imposition de lourdes contraintes aux pays endettés. L’imposition de réformes macro-économiques létales concourt à appauvrir de vastes secteurs de la population mondiale.

Quel est et quel devrait être le rôle des médias ?

Sans la désinformation opérée, en général, par presque tous les médias, le programme militaire USA-OTAN s’écroulerait comme un château de cartes. Les dangers imminents d’une nouvelle guerre avec les armements les plus modernes et du péril atomique, ne sont pas des informations qui font la Une. La guerre est représentée come une action de pacification. Les criminels de guerre sont dépeints comme des pacificateurs. La guerre devient paix. La réalité est renversée. Quand le mensonge devient vérité, on ne peut pas revenir en arrière.

 

 

Édition de dimanche 21 avril de il manifesto

https://ilmanifesto.it/con-la-nato-dal-welfare-al-warfare/ 

Traduit de l’italien par Marie-Ange Patrizio

VOIR AUSSI :

CONTRO-CELEBRAZIONE A FIRENZE DEL 70° DELLA NATO

“NATO-EXIT”

L’Union européenne est contrainte de participer aux guerres US

L’Union européenne est contrainte de participer aux guerres US

Depuis le Traité de Maastricht, tous les membres de l’Union européenne (y compris des pays neutres) ont placé leur défense sous la suzeraineté de l’Otan ; laquelle est exclusivement dirigée par les États-Unis. C’est pourquoi, lorsque le Pentagone délègue au département du Trésor le siège économique des pays qu’il veut écraser, tous les membres de l’Union européenne et de l’Otan sont contraints d’appliquer les sanctions US.

 | DAMAS (SYRIE)  

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Après la perte de sa majorité à la Chambre des Représentants lors des élections de mi-mandat, le président Trump s’est trouvé de nouveaux alliés en échange de sa relaxe par le procureur Mueller de l’accusation de haute trahison [1]. Il soutient désormais les objectifs de ses généraux. L’impérialisme US est de retour [2].

En moins de six mois, les fondements des relations internationales ont été « rebootés ». La guerre qu’Hillary Clinton avait promis de déclencher a bien été déclarée, mais pas exclusivement par la force militaire.

Ce changement des règles du jeu, sans équivalent depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, contraint immédiatement la totalité des acteurs à repenser leur stratégie et donc tous les dispositifs d’alliance sur lesquels ils se reposaient. Ceux qui tarderont en paieront les frais.

La guerre économique est déclarée

Les guerres seront toujours mortelles et cruelles, mais pour Donald Trump, qui était un homme d’affaire avant d’être président des États-Unis, il est préférable qu’elles reviennent le moins cher possible. Il convient donc de tuer par des pressions économiques plutôt que par des armes. Sachant que les États-Unis ne commerçaient déjà plus avec la plupart des pays qu’ils attaquent, le coût financier de ces guerres (au sens réel du terme) « économiques » est en effet supporté par des pays tiers plutôt que par le Pentagone.

Ainsi, les États-Unis viennent de décider d’assiéger économiquement le Venezuela [3], Cuba [4] et le Nicaragua [5]. Ces actes sont présentés par les communicants comme des « sanctions », sans que l’on sache de quel droit Washington les prend, pour masquer de vraies guerres pour tuer.

Ils sont déployés en référence explicite à la « Doctrine Monroe » (1823) selon laquelle aucune puissance étrangère au continent américain ne peut y intervenir en échange de quoi Washington n’interviendra pas en Europe occidentale. Seule la Chine, qui s’est sentie visée, a relevé que les Amériques ne sont pas la propriété privée des États-Unis. Au demeurant chacun sait que cette doctrine a rapidement évolué pour justifier l’impérialisme yankee au Sud du continent (le « Corolaire Roosevelt »).

Aujourd’hui les sanctions US concernent au moins une vingtaine de pays : la Biélorussie, la Birmanie, le Burundi, la Corée du Nord, Cuba, la Fédération de Russie, l’Iraq, le Liban, la Libye, le Nicaragua, la République arabe syrienne, la République bolivarienne du Venezuela, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo, la République islamique d’Iran, la Serbie, la Somalie, le Soudan, le Soudan du Sud, l’Ukraine, le Yémen et le Zimbabwe. C’est une carte fort précise des conflits conduits par le Pentagone, assisté du département US du Trésor.

Ces cibles ne sont jamais en Europe occidentale (comme le spécifiait la « Doctrine Monroe »), mais uniquement au Moyen-Orient, en Europe orientale, dans le bassin des Caraïbes et en Afrique. Toutes ces régions avaient été listées dès 1991 par le président George Bush père dans sa Stratégie de sécurité nationale comme destinées à s’intégrer au « Nouvel ordre mondial » [6]. Considérant qu’elles n’avaient pas pu ou voulu le faire, elles furent sanctionnées en 2001 par le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et par son conseiller pour la transformation de la force armée, l’amiral Arthur Cebrowski, et vouées au chaos [7].

L’expression « guerre économique » a été galvaudée durant des décennies pour désigner une compétition exacerbée. Il ne s’agit pas du tout de cela aujourd’hui, mais d’une vraie guerre pour tuer.

Les réactions des cibles et celles inappropriée des Alliés

Les Syriens, qui viennent de gagner une guerre militaire de huit ans contre les mercenaires jihadistes de l’Otan, sont désarçonnés par cette guerre économique qui impose un strict rationnement de l’électricité, du gaz et du pétrole, et provoque la fermeture des usines qui venaient juste de rouvrir. Tout au plus peuvent-ils se féliciter que l’Empire ne leur ait pas infligé ces deux formes de guerre en même temps.

Les Vénézuéliens découvrent avec horreur ce que guerre économique veut dire et réalisent qu’avec l’aventurier Juan Guiado autant qu’avec le président Nicolas Maduro, ils devront se battre pour conserver un État (c’est-à-dire un Léviathan capable de les protéger [8]).

Les stratégies des États-cibles sont elles-mêmes bouleversées. Par exemple, ne parvenant plus à importer de médicaments pour ses hôpitaux, le Venezuela a conclu un accord avec la Syrie qui était, avant la guerre de 2011, un très important producteur et exportateur en la matière. Des usines, qui avaient été détruites par la Turquie et les jihadistes, ont été reconstruites à Alep. Mais, alors qu’elles viennent de rouvrir, elles doivent à nouveau fermer, faute d’électricité pour fonctionner.

La multiplication des théâtres de guerre —et donc des prétendues « sanctions »— commence à poser de graves problèmes aux alliés des États-Unis, dont l’Union européenne. Celle-ci a très mal pris les menaces de saisies portées sur ses sociétés qui ont investi à Cuba et, se souvenant des actions entreprises pour lui fermer le marché iranien, a réagi en menaçant à son tour de saisir le tribunal arbitral de l’OMC. Pourtant, comme nous allons le voir, cette révolte de l’Union européenne est vouée à l’échec car elle a été anticipée, il y a 25 ans, par Washington.

L’Union européenne prise au piège

Anticipant la réaction actuelle de l’Union européenne, inquiète de ne pouvoir commercer avec qui bon lui semble, l’administration Bush père avait élaboré la « Doctrine Wolfowitz » : s’assurer que jamais les Européens de l’Ouest et du Centre n’aient de défense indépendante, mais uniquement autonome [9]. C’est pourquoi Washington castra l’Union européenne à sa naissance en imposant une clause dans le Traité de Maastricht : la suzeraineté de l’Otan —je parle ici de l’Union européenne, pas du Marché commun—.

Que l’on se souvienne du soutien sans faille de l’Union européenne à toutes les aventures du Pentagone qui ont suivi en Bosnie Herzégovine, au Kosovo, en Afghanistan, en Iraq, en Libye, en Syrie, au Yémen. Dans tous les cas sans exception, elle s’est alignée derrière son suzerain, l’Otan.

Cette vassalité est d’ailleurs l’unique raison pour laquelle on a dissout l’Union de l’Europe occidentale (UEO) et pour laquelle le président Trump a renoncé à dissoudre l’organisation militaire permanente de l’Alliance atlantique : sans Otan, l’Union européenne prendrait son indépendance car c’est à elle seule —et non aux États-Unis— que les traités font référence.

Certes, les traités stipulent que tout cela doit se faire en conformité avec la Charte des Nations unies.
- Mais, par exemple, le 26 mars 2019, les États-Unis ont remis en cause les résolutions qu’ils avaient approuvées sur la souveraineté du Golan. Ils ont changé d’avis sans préavis, provoquant de fait l’écroulement du Droit international [10].
- Autre exemple : les États-Unis ont cette semaine pris position en Libye pour le général Khalifa Haftar —auquel le président Trump a téléphoné pour l’assurer de son soutien a révélé la Maison-Blanche, le 19 avril— contre le Gouvernement créé par l’Onu [11], et l’on voit un à un les membres de l’Union européenne lui emboîter le pas.

Il est impossible, de par ses traités constitutifs, que l’UE s’affranchisse de l’Otan, donc des États-Unis et s’affirme comme une puissance à part entière. Les protestations devant les pseudos-sanctions décidées hier contre l’Iran et aujourd’hui contre Cuba sont vouées d’avance à l’échec.

Contrairement à une idée reçue, l’Otan n’est pas gouvernée par le Conseil de l’Atlantique Nord, c’est-à-dire les États membres de l’Alliance atlantique : lorsque, en 2011, le Conseil, qui avait approuvé une action visant à protéger la population libyenne des crimes supposés de Mouamar Kadhafi, se déclara opposé à un « changement de régime », l’Otan donna l’assaut sans le consulter.

Les membres de l’Union européenne, qui ne formaient qu’un seul bloc avec les États-Unis durant la Guerre froide, découvrent avec stupéfaction qu’ils n’ont pas du tout la même culture que leur allié d’outre-Atlantique. Durant cette parenthèse, ils avaient oublié aussi bien leur propre culture européenne que l’« exceptionnalisme » états-unien et croyaient à tort qu’ils étaient tous d’accord entre eux.

Qu’ils le veuillent ou non, ils se trouvent aujourd’hui coresponsables des guerres de Washington, y compris par exemple de la famine au Yémen, consécutive aux opérations militaires de la Coalition saoudienne et aux sanctions US. Ils doivent choisir maintenant entre endosser ces crimes et y participer, ou se retirer des Traités européens.

La globalisation est terminée

Le commerce international commence à se réduire. Il ne s’agit pas d’une crise passagère, mais d’un phénomène de fond. Le processus de globalisation qui a caractérisé le monde de la dissolution de l’URSS aux élections US de mi-mandat de 2018 est terminé. Il est désormais impossible d’exporter librement partout dans le monde.

Seule la Chine dispose encore de cette capacité, mais le département d’État US est en train d’élaborer des moyens pour lui fermer le marché latino-américain.

Dans ces conditions, les débats sur les avantages respectifs du libre-échange et du protectionnisme n’ont plus de raison d’être, puisque nous ne sommes plus en paix et qu’il n’y a plus de choix.

Identiquement, la construction de l’Union européenne, qui a été imaginée à une époque où le monde était divisé entre deux blocs irréconciliables, est devenue totalement inadaptée. S’ils ne veulent pas être embarqués par les États-Unis dans des conflits qui ne sont pas les leurs, ses membres doivent s’affranchir des Traités européens et du commandement intégré de l’Otan.

Ainsi, il est totalement hors sujet d’aborder les élections européennes en opposant progressistes et nationalistes [12], ce n’est plus du tout le sujet. Les progressistes affirment leur volonté de bâtir un monde régi par le Droit international que leur parrain, les États-Unis, veut éradiquer, tandis que certains nationalistes, comme la Pologne d’Andrzej Duda, se préparent à servir les États-Unis contre leurs partenaires de l’Union européenne.

Seuls certains Britanniques ont pressenti le basculement actuel. Ils ont tenté de sortir de l’Union, sans parvenir à convaincre leurs parlementaires. « Gouverner, c’est prévoir » dit-on, mais la plupart des membres de l’Union européenne n’ont rien vu venir.

[1Report On The Investigation Into Russian Interference In The 2016 Presidential Election, Special Counsel Robert S. Mueller, III, March 2019.

[2] Dès son accession à la Maison-Blanche, le président Trump avait transformé le Conseil national de sécurité pour enlever leur siège permanent à la CIA et au Pentagone “Presidential Memorandum : Organization of the National Security Council and the Homeland Security Council”, by Donald Trump, Voltaire Network, 28 January 2017. « Donald Trump dissout l’organisation de l’impérialisme états-unien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 30 janvier 2017.

[3] “US Treasury Sanctions Central Bank of Venezuela and its Director”, Voltaire Network, 17 April 2019.

[4Cuban Liberty and Democratic Solidarity (Libertad) Act of 1996 dont les pires dispositions deviendront incessemment appicables.

[5] “US Treasury Targets Finances of Nicaraguan President Daniel Ortega’s Regime”, Voltaire Network, 17 April 2019.

[6National Security Strategy of the United States 1991, George H. Bush, The White house, 1991.

[7] « La stratégie du chaos dirigé », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Il Manifesto (Italie) , Réseau Voltaire, 16 avril 2019.

[8] Réagissant à la guerre civile anglaise, le philosophe Thomas Hobbes théorisa, dans son ouvrage Léviathan, la nécessité de supporter un État, même autoritaire et abusif, plutôt que de ne pas en avoir et d’être plongé dans le chaos.

[9] « US Strategy Plan Calls For Insuring No Rivals Develop », Patrick E. Tyler, and « Excerpts from Pentagon’s Plan : « Prevent the Re-Emergence of a New Rival » », New York Times, March 8, 1992. « Keeping the US First, Pentagon Would preclude a Rival Superpower », Barton Gellman, The Washington Post, March 11, 1992.

[10] « L’Onu cassée par l’« exceptionnalisme » états-unien », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 2 avril 2019.

[11] « Washington et Moscou unis contre l’Onu en Libye », Réseau Voltaire, 20 avril 2019.

[12] « Pour une Renaissance européenne », par Emmanuel Macron, Réseau Voltaire, 4 mars 2019.

 

https://www.voltairenet.org/article206243.html

L’Empire américain est déjà révolu – Le Saker interviewe Dmitri Orlov

L’Empire américain est déjà révolu – Le Saker interviewe Dmitri Orlov

« Je pense que l’empire américain est déjà bien révolu, mais il n’a pas encore été soumis à un test de résistance sérieux, et donc personne ne se rend compte que c’est le cas. »

Si je devais caractériser la situation internationale actuelle avec un seul mot, le mot « chaos » serait un choix assez convenable (mais pas le seul). Chaos en Ukraine, chaos au Venezuela, chaos partout où l’Empire est impliqué à quelque titre que ce soit et, bien sûr, chaos aux États-Unis. Mais vous ne le saurez pas en écoutant les têtes parlantes et les autres « experts » qui ont pour l’Empire à peu près la même fonction que l’orchestre sur le Titanic : distraire le plus longtemps possible de la ou des catastrophes qui se produisent.

J’ai décidé de me tourner vers l’expert incontesté de l’effondrement social et politique, Dmitri Orlov, que j’ai toujours admiré pour ses analyses comparatives très logiques, non idéologiques, de l’effondrement de l’URSS et des États-Unis. Le fait que ses détracteurs doivent recourir à des attaques ad hominem grossières et, franchement, stupides, me convainc encore davantage que les vues de Dmitri doivent être largement partagées. Dmitri a très aimablement accepté de répondre à mes questions de façon assez détaillée, ce dont je lui suis très reconnaissant. J’espère que vous trouverez cet entretien aussi intéressant que moi.

Le Saker


Le Saker : Comment évaluez-vous la situation actuelle en Ukraine en termes d’effondrement social, économique et politique ?

Dmitri Orlov : L’Ukraine n’a jamais été viable en tant qu’État indépendant et souverain et sa désintégration, déjà amorcée, est donc à prévoir. L’applicabilité du concept d’effondrement repose sur l’existence d’une entité intacte et autonome capable de s’effondrer, ce qui n’est certainement pas le cas avec l’Ukraine. Jamais, dans son histoire, elle n’a été capable de fonctionner seule en tant qu’entité stable, autosuffisante et souveraine. Dès qu’elle a accédé à l’indépendance, elle s’est effondrée. Tout comme les pays Baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), elle avait atteint son apogée de développement économique et social au moment même où l’URSS était sur le point de s’effondrer, et elle n’a cessé depuis de dégénérer et de perdre sa population. Ainsi, le bon modèle pour en discuter n’est pas celui de l’effondrement soudain, mais celui d’une dégénérescence et d’une déliquescence constantes.

Le territoire de l’Ukraine a été assemblé par les bolcheviques – d’abord par Lénine, puis par Staline, puis par Khrouchtchev. C’est Lénine qui y a mis ses régions orientales (Donetsk et Lougansk en particulier) qui faisaient auparavant partie de la Russie proprement dite. Staline a ensuite ajouté des terres occidentales, qui étaient à différentes époques polonaises, austro-hongroises ou roumaines. Enfin, Khrouchtchev y a jeté la Crimée russe dans un mouvement anticonstitutionnel à l’époque, car aucun référendum public n’avait été organisé en Crimée pour trancher cette question comme l’exigeait la Constitution soviétique.

Avant cette initiative bolchevique, le mot « Ukraine » n’était pas utilisé comme une dénomination politique ou géographique propre. Le territoire était considéré comme faisant partie de la Russie, se distinguant du reste par le préfixe « Malo- ». (petit) et appelé « Malorussie » (Petite Russie). Le mot « Ukraine » est simplement une forme archaïque du mot russe « okraina » (périphérie, terre frontalière). C’est pourquoi l’article défini « le » est nécessaire : l’Ukraine est littéralement « la périphérie de la Russie ». Les Soviétiques ont doté cette terre frontalière d’une identité imaginaire et ont forcé nombre de ses habitants à se déclarer officiellement comme ethniquement « Ukrainiens » afin d’obtenir un siège supplémentaire à l’ONU, avec succès.

Cette bouillie politique était censée tenir debout grâce une identité ethnique ukrainienne, qui est elle-même une mixture. La langue ukrainienne est une combinaison de dialectes des villages du sud de la Russie avec un peu de polonais ajouté comme arôme. Elle a une tonalité que les Russes trouvent enchanteresse, ce qui la rend bien adaptée aux chansons folkloriques. Mais elle n’a jamais eu beaucoup de valeur pratique, et la langue de travail des Ukrainiens a toujours été le russe. Aujourd’hui encore, les nationalistes ukrainiens passent au russe si le sujet est suffisamment exigeant. Sur le plan religieux, la majorité de la population est orthodoxe russe depuis de nombreux siècles et l’est toujours.

Lors de mes conversations au sujet de l’Ukraine avec de nombreux Ukrainiens, au fil des ans, j’ai découvert une vérité choquante : contrairement aux Russes, les Ukrainiens semblent avoir une solidarité ethnique absolument nulle. Ce qui les unit, c’est leur expérience historique commune au sein de l’Empire russe, puis de l’URSS, mais cet héritage historique est activement effacé. Après l’effondrement soviétique et l’indépendance de l’Ukraine, une campagne de désoviétisation et de dé-russification de l’Ukraine a suivi, désavouant cet héritage historique commun pour le remplacer par une identité synthétique ukrainienne basée sur une fausse histoire qui est étrangère à une partie importante de la population. Cette fausse histoire honore les collaborateurs des nazis et tente d’effacer complètement le souvenir du rôle autrefois très actif de l’Ukraine dans le monde russe au sens large.

Nous avons donc un territoire majoritairement russophone, historiquement majoritairement russe, où la plupart des gens parlent soit le russe (certains d’entre eux avec un accent), soit une sorte de patois ukrainien appelé Sourjik, qui sonne ukrainien mais avec surtout des mots russes (le chevauchement entre les deux langues est si grand qu’il est difficile de tracer la frontière entre elles). L’ukrainien proprement dit est parlé dans l’ouest du pays, qui n’a jamais fait partie de l’Empire russe, mais c’est un dialecte inintelligible dans la plupart des autres régions du pays.

Malgré cette situation linguistique confuse, l’ukrainien a été imposé comme langue d’enseignement dans tout le pays. Le manque de manuels scolaires en ukrainien et le manque d’enseignants qualifiés pour enseigner en ukrainien ont fait chuter la qualité de l’enseignement public, donnant naissance à plusieurs générations d’Ukrainiens qui ne connaissent pas vraiment l’ukrainien, qui n’ont reçu qu’un enseignement peu formel en russe et qui parlent une sorte de langue informelle. Plus récemment, des lois ont été adoptées qui restreignent sévèrement l’utilisation du russe. Par exemple, les gens qui n’ont jamais parlé un mot d’ukrainien sont maintenant obligés de l’utiliser pour faire des achats ou pour obtenir des services gouvernementaux.

L’identité ukrainienne artificielle et synthétique est trop mince pour donner au pays un sens de soi ou une orientation. C’est une identité purement négative : L’Ukraine est ce qui n’est pas la Russie. Le trou qui en a résulté dans la conscience collective a été comblé en faisant de l’intégration européenne un culte fervent : on a annoncé que l’Ukraine abandonnait le monde russe pour rejoindre l’Union européenne et l’OTAN. Plus récemment, l’intention d’adhérer à l’UE et à l’OTAN a été inscrite directement dans la constitution ukrainienne. Entre-temps, il est devenu tout à fait clair que ni l’adhésion à l’UE ni à l’OTAN ne sont le moins du monde probables ou nécessaires : l’UE a obtenu de l’Ukraine tout ce qu’elle voulait en la contraignant à signer un accord d’association sans contrepartie valable et le territoire de l’Ukraine sert déjà de terrain de jeu aux exercices de formation de l’OTAN.

Ainsi, en ce qui concerne l’effondrement social, il n’y a vraiment pas grand-chose à discuter, car le terme « société ukrainienne » a très peu de fondement dans la réalité. Si nous abandonnons la prétention que l’Ukraine est un pays qui peut être viable s’il est séparé de la Russie, que pouvons-nous dire de ses chances comme partie d’une Grande Russie ?

Ici, je dois faire une digression pour expliquer la différence entre un véritable empire et l’URSS. Un empire proprement dit fonctionne comme une pompe à richesse qui aspire la richesse de ses possessions impériales, que ce soit à l’étranger, comme dans le cas de l’Empire britannique, ou dans une partie de la périphérie, comme dans le cas de l’Empire russe. Ce dernier a hérité des traditions de l’Empire mongol qui l’a précédé. Le terme mongol « tamga » était souvent utilisé pour désigner l’hommage annuel qui devait être collecté auprès des tribus nouvellement conquises à mesure que l’Empire russe s’étendait vers l’est. (Beaucoup de ces tribus étaient auparavant des sujets mongols qui comprenaient le sens du terme.)

Voici le point clé : l’URSS n’était pas du tout un empire normal. Au lieu de fonctionner comme une pompe à richesse, qui pompait la richesse de la périphérie vers le centre impérial, elle fonctionnait comme un incubateur révolutionnaire, exploitant les ressources du noyau (la Russie) et les exportant vers la périphérie pour construire le socialisme, avec l’objectif supplémentaire de fomenter une révolution communiste mondiale. Les divers groupes ethniques qui étaient surreprésentés parmi les bolcheviques venaient tous de la périphérie – de la Zone de Résidence, de Biélorussie, d’Ukraine, du Caucase et des Pays Baltes – et ils s’en fichaient de sacrifier notre mère Russie sur l’autel de la révolution mondiale.

Leur zèle révolutionnaire était entravé par son manque total de sens pratique. Au fur et à mesure que l’on s’en rendait compte, Léon Trotski, le grand représentant de la révolution mondiale, fut d’abord exilé, puis assassiné. Plus tard, lorsqu’il devint clair que sans faire appel aux sentiments patriotiques russes, la tâche de vaincre l’Allemagne nazie avait peu de chances de réussir, Staline ramena l’Église orthodoxe russe et fit d’autres efforts pour restaurer l’identité ethnique russe qui étaient auparavant décriée comme rétrograde et chauviniste. Dans les années 1940, un groupe de dirigeants communistes de Leningrad a tenté de promouvoir les intérêts russes par le biais de la coopération régionale. Ils ont été purgés et ont subi la répression politique dans ce qui est devenu « l’affaire de Leningrad ».

Heureusement, l’idée que la Russie était un terrain de jeu jetable pour la révolution communiste mondiale n’a jamais été pleinement mise en œuvre. Cependant, la tendance à exploiter la Russie au profit de sa périphérie soviétique est restée intacte. Les dirigeants les plus importants de l’URSS – Staline, Khrouchtchev et Brejnev – n’étaient pas russes ; Staline était géorgien et les deux derniers étaient ukrainiens. Toutes les autres républiques soviétiques avaient leurs propres organisations du parti communiste qui développaient des cadres à envoyer à Moscou, alors que la Russie elle-même ne disposait pas d’une telle organisation. Le résultat inévitable était que la plupart des autres républiques soviétiques étaient capables d’aspirer les ressources de la Russie, ce qui les rendait beaucoup plus prospères que la Russie elle-même.

Ainsi, l’image de l’URSS en tant qu’empire typique est tout simplement fausse. La bonne image mentale de l’URSS est celle d’une truie prostrée et émaciée (Russie) que tètent 14 porcelets gras et cupides (les autres républiques socialistes soviétiques). Boris Eltsine, malgré ses nombreux manquements, a bien fait une chose : il a démantelé l’URSS (bien que la façon dont il s’y est pris était plus qu’incompétente et frisait la trahison).

Si vous avez besoin d’une explication sur la raison pour laquelle la Russie est en plein essor, de plus en plus prospère et capable d’investir des sommes considérables dans des systèmes d’armes hypersoniques et dans des infrastructures modernes pour son peuple, c’est cela : les 14 porcelets ont été envoyés se nourrir ailleurs par eux-mêmes. Ce petit point de vue, soit dit en passant, met à l’épreuve l’idiotie de Zbigniew Brzezinski dans son « Grand échiquier  » : sa théorie selon laquelle la Russie veut être un empire mais ne peut le faire sans l’Ukraine s’effondre au contact du constat que la Russie n’est plus un empire depuis un siècle et ne veut ni n’a besoin de redevenir un empire.

En tout cas, les empires d’aujourd’hui sont un peu rétro, vous savez, et pas du tout utiles, sauf comme moyen pour les Américains stupides de finir de se ruiner. La Russie a besoin de partenaires commerciaux fiables qui peuvent payer par eux-mêmes, et non de dépendants ingrats qui réclament des dons. Le simple fait d’amener la Crimée aux normes russes actuelles après 30 ans de négligence ukrainienne s’est avéré être une tâche monumentale ; en ce qui concerne le reste de l’Ukraine, oubliez cela !

Alors, armé de cette perspective, que pouvons-nous dire de l’Ukraine selon le point de vue de la Russie d’aujourd’hui ?

D’abord et avant tout, c’est un spectacle de monstres, comme en témoigne le contenu des talk-shows russes dans lesquels les experts ukrainiens apparaissent comme des personnages clownesques indestructibles : chaque fois que leurs arguments risibles au nom de l’Ukraine leur explosent au visage, ils restent là un moment, carbonisés et furieux, puis se brossent les dents et apparaissent dans la séquence suivante, frais comme une rose. Ce spectacle de monstres a un certain mérite didactique : il aide le corps politique russe à développer des anticorps puissants contre l’hypocrisie occidentale, car c’est l’ingérence occidentale qui a fait de l’Ukraine contemporaine l’horrible gâchis qu’elle est. Mais c’était, en un sens, inévitable : privée de la mamelle soviétique, l’Ukraine tente depuis 30 ans de téter les États-Unis et l’UE et, à défaut, se découpe et grille ses propres entrailles.

Deuxièmement, l’Ukraine est une grande source d’immigrants, ayant perdu environ un tiers de sa population depuis l’indépendance. Une grande partie de sa population est qualifiée de russe : linguistiquement, culturellement et religieusement, elle est parfaitement compatible avec la population russe. Les Ukrainiens constituent déjà le troisième groupe ethnique le plus peuplé en Russie (après les Russes et les Tatars) et la Russie a pu absorber les Ukrainiens qui ont fui en Russie ces dernières années. Au fur et à mesure que la population de l’Ukraine diminue, un tri naturel a lieu. Ceux qui sont les plus compatibles avec le monde russe ont tendance à s’installer en Russie, tandis que les autres vont en Pologne et dans d’autres pays de l’UE.

Pour terminer, le sujet ukrainien fait l’objet d’une grande lassitude en Russie. C’est actuellement un sujet de discussion majeur en raison des élections présidentielles farfelues qui s’y déroulent en ce moment, mais on entend de plus en plus cette question : « Faut-il continuer à parler de ça ?  » Il n’y a rien de positif à dire sur l’Ukraine, et les gens ont tendance à secouer la tête et à changer de chaîne. Ainsi, le dernier élément de la perspective russe sur l’Ukraine est qu’elle fait mal à voir et qu’ils préfèrent aller voir autre chose.

Cependant, ce n’est pas le cas. Pour de nombreuses raisons historiques, la Russie reste le principal partenaire commercial de l’Ukraine. Les économies russe et ukrainienne ont été conçues comme une unité, fondée sur le même ensemble de plans, de normes et de réglementations. Malgré les efforts concertés et politiquement motivés des dirigeants ukrainiens pour rompre ces liens, nombre d’entre eux sont restés obstinément en place, faute d’alternatives. Pendant ce temps, l’Ukraine fait très peu de choses que l’Union européenne ou le reste du monde voudrait, et très peu d’entre elles sont conformes aux normes et réglementations volumineuses de l’UE. En particulier, l’UE n’a aucune utilité pour les produits manufacturés ukrainiens et considère principalement l’Ukraine comme une source de matières premières et de main-d’œuvre bon marché.

C’est la Russie qui fournit le combustible nucléaire pour les centrales nucléaires vieillissantes de l’Ukraine, qui fournissent bien plus de la moitié de toute l’électricité qui s’y trouve, tandis que le charbon russe (l’anthracite, en particulier) fournit une grande partie du reste. Mais, pour des raisons politiques, les responsables ukrainiens répugnent à admettre que le cordon ombilical qui relie l’Ukraine à la Russie ne peut être coupé. Par exemple, ils n’achètent pas le gaz naturel russe directement, mais via des intermédiaires dans l’UE et moyennant une majoration (dont ils empochent une partie). Sur le papier, l’Ukraine importe du gaz de l’UE ; physiquement, les molécules de méthane acheminées de Russie ne quittent jamais le territoire ukrainien ; elles sont simplement détournées pour être utilisées localement.

Au moment de l’effondrement de l’URSS, l’Ukraine était sa partie la plus développée et peut-être la plus riche, et certains s’attendaient à ce que son avenir, après s’être débarrassée du joug soviétique, soit trop brillant pour être contemplé sans lunettes de protection. Elle disposait de ressources naturelles abondantes (terres fertiles, charbon) et d’une main-d’œuvre instruite. Elle fabriquait de nombreux produits de haute technologie, tels que des avions à réaction, des moteurs diesel marins, des moteurs d’hélicoptères, des moteurs de fusées et bien d’autres qui étaient les meilleurs au monde. Au lieu de cela, ce qui s’est produit, c’est plusieurs décennies de vol, de stagnation et de délabrement. Entre-temps, l’Ukraine a perdu la majeure partie de son industrie et l’infrastructure de l’ère soviétique s’est détériorée au point qu’une grande partie de cette infrastructure est usée et sur le point de s’effondrer. L’industrie a fermé ses portes et les spécialistes qu’elle employait auparavant ont pris leur retraite ou sont partis travailler en Russie, dans l’UE ou aux États-Unis. (Certains chercheurs ukrainiens spécialisés dans les fusées sont apparemment partis travailler en Corée du Nord, ce qui explique les récents succès étonnants de la RPDC en matière de fusées ainsi que son choix improbable et exotique de combustible : la diméthylhydrazine asymétrique).

Et les républiques du Donbass ? Comment compareriez-vous la situation en Nouvelle Russie avec ce qui se passe en Ukraine ?

Le terme « Novorossia » (Nouvelle Russie) remonte à plusieurs siècles, à l’époque où Catherine la Grande a étendu l’empire russe à la Crimée et aux autres possessions du sud. Ce que Lénine a réaffecté à la République Socialiste Soviétique d’Ukraine, ce sont des terres russes, dont les régions de Donetsk et de Lougansk.

Il y a plusieurs autres régions ukrainiennes qui sont presque entièrement russes – Kharkov et Odessa en particulier – mais Donetsk et Lougansk ne sont pas du tout ukrainiennes. C’est pourquoi, après le renversement du gouvernement en 2014, lorsqu’il est apparu clairement que les nationalistes ukrainiens qui se sont emparés du pouvoir à Kiev avaient l’intention d’opprimer la partie russe de la population, ces deux régions ont décidé de se lancer seules. Les nationalistes ukrainiens ont réagi en lançant une guerre civile, qui a commencé il y a exactement cinq ans et qu’ils ont perdue. Pour sauver la face, ils ont déclaré leur défaite comme le résultat d’une « invasion russe » mais n’ont pu en apporter la preuve. Si les Russes avaient envahi le pays, le résultat aurait été une réédition de l’action de la Russie en Géorgie en août 2008, qui a duré environ une semaine.

Les Ukrainiens continuent de lancer des projectiles sur les territoires de Donetsk et de Lougansk, faisant des victimes civiles sporadiques. De temps en temps, ils organisent des escarmouches mineures, subissent des pertes et reculent. Mais principalement leur « opération antiterroriste », comme ils appellent cette guerre civile, s’est transformée en une initiative de propagande, les mythiques « envahisseurs russes » étant invoqués à chaque fois pour expliquer leur série de défaites autrement inexplicable.

Après quelques efforts déployés par les instructeurs de l’OTAN pour former les Ukrainiens, les instructeurs ont abandonné. Les Ukrainiens se sont simplement moqués d’eux parce qu’il était clair pour eux que les instructeurs ne savaient pas du tout comment se battre. Il a alors été décidé que la « feuille de route » pour l’inclusion de l’Ukraine dans l’OTAN devait être mise de côté parce que les Ukrainiens sont tout simplement trop fous pour une OTAN endormie et sédentaire. Les formateurs ont ensuite été remplacés par des types de la CIA qui ont simplement recueilli des renseignements sur la façon de mener une guerre terrestre de haute intensité sans soutien aérien, ce qu’aucune force de l’OTAN n’aurait jamais envisagé de faire. Dans de telles conditions, les forces de l’OTAN battraient automatiquement en retraite ou, à défaut, se rendraient.

Entre-temps, les deux régions de l’Est, qui sont très développées économiquement et qui ont beaucoup d’industrie, se sont intégrées de plus en plus étroitement dans l’économie russe. Leurs universités et instituts sont maintenant pleinement accrédités dans le système russe d’enseignement supérieur, leur monnaie est le rouble, et bien qu’en termes de reconnaissance internationale, ils font toujours partie de l’Ukraine, il est très important de noter que l’Ukraine ne les traite pas comme tel.

Le gouvernement ukrainien ne traite pas les citoyens de Donetsk et de Lougansk comme ses citoyens : il ne paie pas leurs retraites, il ne reconnaît pas leur droit de vote et ne leur fournit pas de passeports. Il revendique le territoire de Donetsk et de Lougansk mais pas les personnes qui y résident. Aujourd’hui, le génocide et le nettoyage ethnique sont généralement mal vus par la communauté internationale, mais une exception est faite dans ce cas à cause de la russophobie : les Russes vivant à Donetsk et à Lougansk ont été qualifiés de « pro-russes » et sont donc des cibles légitimes.

La Russie a résisté aux appels en faveur d’une reconnaissance officielle de ces deux républiques populaires ou d’un soutien militaire sans équivoque (les armes et les volontaires passent du côté russe sans aucun obstacle, mais le flux des volontaires s’est ralenti récemment). D’un point de vue purement cynique, cette petite guerre est utile pour la Russie. Si à l’avenir l’Ukraine échoue complètement et se fracture en morceaux, comme cela semble probable, et si certaines de ces pièces (qui pourraient théoriquement inclure non seulement les régions de Donetsk et de Lougansk mais aussi Kharkov, Odessa et Dnipropetrovsk) demandent à nouveau à rejoindre la Russie, alors la Russie serait confrontée à un grave problème.

Voyez-vous, au cours des 30 dernières années, la plupart des Ukrainiens se sont contentés de boire de la bière et de regarder la télévision pendant que leur pays était pillé. Ils ne voyaient aucun problème à aller manifester et à protester à condition d’être payés pour le faire. Ils ont voté comme ils ont été payés pour voter. Ils n’ont pas bronché contre la fermeture de l’industrie ukrainienne tant qu’ils pouvaient travailler à l’étranger et renvoyer de l’argent. Ils ne sont pas furieux ou même embarrassés par le fait que leur pays est presque entièrement géré par l’ambassade des États-Unis à Kiev. Les seuls qui ont à peu près de la passion parmi eux, ce sont les néo-nazis qui marchent avec des torches et portent des insignes nazis. Bref, ce n’est pas le genre de personnes qu’un pays qui se respecte voudrait côtoyer, encore moins absorber en masse dans sa population, car cela aurait pour effet de démoraliser tout son peuple.

Mais les habitants de Donetsk et de Lougansk ne sont pas du tout comme ça. Ces mineurs de charbon, ouvriers d’usine et chauffeurs de taxi passent des jours et des nuits dans les tranchées depuis des années, retenant l’une des plus grandes armées d’Europe et luttant pour chaque mètre carré de leur sol. Si l’Ukraine doit un jour renaître comme quelque chose que la Russie trouverait acceptable, ce sont ces personnes qui peuvent fournir la culture de départ. Ils doivent gagner, et ils doivent gagner sans l’aide de l’armée russe, qui peut écraser l’armée ukrainienne comme un insecte, mais à quoi bon le faire ? Ainsi, la Russie fournit de l’aide humanitaire, des opportunités d’affaires, des armes et des volontaires, et attend son heure, parce que la création d’une nouvelle Ukraine viable à partir d’une Ukraine défunte est un processus qui prendra un temps considérable.

Que pensez-vous du premier tour des élections présidentielles en Ukraine ?

Le premier tour des élections a été une fraude flagrante. Le but de l’exercice était de permettre au président Porochenko de se qualifier pour le second tour. Cela a été fait en falsifiant autant de votes que nécessaire. Dans un grand nombre de circonscriptions, le taux de participation a été exactement de 100 % au lieu des quelque 60 % habituels et on a compté les votes des personnes qui avaient déménagé, qui étaient mortes ou ont quitté le pays. Tous ces faux votes sont allés à Porochenko, ce qui lui a permis de passer au second tour.

Maintenant le combat est entre Porochenko et un comédien nommé Volodymyr Zelensky. La seule différence entre Porochenko et Zelensky, ou l’une des 30 autres personnes qui figuraient sur le bulletin de vote, est que Porochenko a déjà volé des milliards alors que ces candidats n’ont pas encore eu l’occasion de le faire, la seule raison de se présenter à la présidence, ou à un poste d’élu, en Ukraine, étant de se mettre en position de voler de l’argent en grande quantité.

Il y a donc une raison objective de préférer Zelensky à Porochenko, à savoir que Porochenko est un grand voleur alors que Zelensky n’en est pas encore un, mais il faut comprendre que cette différence commencera à s’égaliser dès l’inauguration de Zelensky. En fait, les élites de Kiev sont actuellement en train d’acquiescer à leur ingénieux projet de vendre toutes les terres de l’Ukraine à des investisseurs étrangers (sans doute en empochant de généreux « frais »).

Les programmes des plus de 30 candidats étaient identiques, mais cela ne fait aucune différence dans un pays qui a renoncé à sa souveraineté. En termes de relations étrangères et de considérations stratégiques, l’Ukraine est gérée depuis l’ambassade des États-Unis à Kiev. En ce qui concerne son fonctionnement interne, la principale prérogative de tous les détenteurs du pouvoir, y compris le président, est le vol. Leur idée est d’obtenir leur part et de fuir le pays avant que tout n’explose.

Reste à savoir si le second tour des élections sera aussi une fraude pure et simple et ce qui en résultera. Il existe de nombreuses alternatives, mais aucune d’entre elles ne ressemble à un exercice démocratique. Certes, ce que l’on entend par « démocratie » dans ce cas, c’est simplement la capacité d’exécuter les ordres émanant de Washington ; l’incapacité de le faire ferait de l’Ukraine un « régime autoritaire » ou une « dictature » et soumis à un « changement de régime ». Mais à part ça, rien n’a d’importance.

Les machinations des « démocrates » ukrainiens sont à peu près aussi intéressantes pour moi que la vie sexuelle des rats d’égout, mais par souci d’exhaustivité, permettez-moi d’en faire un schéma pour vous. Porochenko est entré dans le deuxième tour par fraude directe, parce que la perte de cette élection, au sein de la chaîne alimentaire politique ukrainienne, le transformerait instantanément de prédateur à proie. Cependant, il n’était pas trop subtil à ce sujet, il y a de nombreuses preuves de sa tricherie, et l’adversaire qu’il a écrasé – Ioulia Timochenko – pourrait théoriquement contester le résultat devant le tribunal et gagner. Cela invaliderait toute l’élection et laisserait Porochenko en place jusqu’à la prochaine élection. Faire mousser, rincer, répéter.

Une autre option serait pour Porochenko de tricher au deuxième tour (d’une manière encore plus musclée, car cette fois il est en retard de plus de 30 %), auquel cas Zelensky pourrait en théorie contester le résultat au tribunal en gagnant. Cela invaliderait toute l’élection et laisserait Porochenko en charge jusqu’à la prochaine élection. Faire mousser, rincer, répéter. Tu es déjà enthousiaste ?

Rien de tout cela n’a d’importance, car nous ne savons pas lequel des deux est le choix du département d’État américain. Selon lequel est leur choix, et quels que soient les résultats des élections ou des poursuites judiciaires, un pied géant sortira du ciel et frappera la tête de l’autre. Bien sûr, tout aura l’air hautement démocratique pour le plaisir des apparences. La direction de l’UE s’engagera avec quelques applaudissements tout en étouffant le vomi et le monde ira de l’avant.

Vers où l’Ukraine se dirige-t-elle, à votre avis ? Quelle est votre meilleure « hypothèse » de ce qui se passera à court et à moyen terme ?

Je crois que nous serons soumis à plus de la même chose, même si certaines choses ne peuvent pas durer indéfiniment, et ne le seront donc pas. Plus inquiétant encore, les centrales nucléaires de l’ère soviétique qui fournissent actuellement la majeure partie de l’électricité en Ukraine approchent de la fin de leur vie utile et il n’y a pas d’argent pour les remplacer. Par conséquent, il faut s’attendre à ce que la majeure partie du pays s’assombrisse avec le temps. De même, le gazoduc qui approvisionne actuellement l’Ukraine et une grande partie de l’UE en gaz russe est usé et prêt à être désaffecté, tandis que de nouveaux gazoducs traversant la mer Baltique et la mer Noire sont sur le point de le remplacer. Après cette date, l’Ukraine perdra également l’accès au gaz naturel russe.

Si les Ukrainiens continuent de capituler sans condition tout en se contentant de rêves chimériques d’adhésion à l’UE/OTAN, le pays se dépeuplera, les terres seront vendues à l’industrie agroalimentaire occidentale et deviendront une sorte de no man’s land agricole gardé par les troupes de l’OTAN. Mais ce genre de transition en douceur peut être difficile à orchestrer pour l’UE et les Américains. L’Ukraine est plutôt fortement militarisée, inondée d’armes, pleine de gens qui ont été sur le front du Donbass, qui savent comment combattre, et qui pourraient décider de se battre à un moment donné. Il ne faut pas oublier que les Ukrainiens, malgré la décadence des 30 dernières années, ont encore quelque chose de l’esprit combatif russe en eux, et se battront comme les Russes – jusqu’à la victoire ou jusqu’à la mort. Les techniciens militaires ambivalents de l’OTAN en matière de genre ne voudraient pas du tout se mettre en travers de leur chemin.

De même, le rêve d’une Ukraine dépeuplée qui deviendrait un terrain de jeu pour l’agro-industrie occidentale pourrait être quelque peu entravé par le fait que les Russes ont une vision très négative des OGM occidentaux et ne voudraient pas que le pollen contaminé par les OGM traverse leur frontière depuis l’Ouest. Ils trouveraient sans aucun doute le moyen le moins compliqué de rendre la tentative de l’agrobusiness occidental en Ukraine non rentable. L’orchestration d’une petite fuite de rayonnement de l’une des anciennes centrales nucléaires ukrainiennes, petite mais très médiatisée, pourrait probablement fonctionner. Curieusement, les Occidentaux ne pensent s’empoisonner avec du glyphosate, mais ils ont une peur mortelle des rayonnements ionisants, ne serait-ce qu’un petit peu.

Qu’en est-il de l’UE et de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe ? Où l’UE se dirige-t-elle selon vous ?

L’UE connaît un certain nombre de problèmes majeurs. Elle n’est pas fiscalement ou financièrement saine. Dans son ensemble, ou en tant que nations constituantes, elle n’est plus capable d’exercer pleinement sa souveraineté, après l’avoir abandonnée aux États-Unis. Mais les États-Unis ne sont plus capables de garder le contrôle, parce qu’ils sont en conflit interne au point de devenir incohérents dans leurs déclarations. Dans l’ensemble, la structure ressemble à une poupée gigogne. Vous avez les États-Unis, comme une sorte de coquille extérieure fissurée. À l’intérieur se trouve l’OTAN, qui est une force d’occupation à travers la majeure partie de l’Europe jusqu’à la frontière russe. Elle serait inutile contre la Russie, mais elle peut constituer une menace crédible de violence contre les populations occupées. Au sein de l’OTAN se trouve l’UE – un forum de discussion politique et une bureaucratie tentaculaire qui crache des tonnes de lois et de règlements.

Comme aucune de ces superstructures militaires/politiques n’est en fait structurelle sans l’ingrédient clé de l’hégémonie américaine, nous ne devrions pas nous attendre à ce qu’elle fonctionne particulièrement bien. Il continuera d’être un forum de discussion pendant que divers gouvernements nationaux tenteront de reconquérir leur souveraineté. Les électeurs britanniques qui ont participé au référendum ont certainement essayé de pousser leur gouvernement dans cette direction et, en réponse, leur gouvernement a expérimenté diverses méthodes pour se retourner et faire le mort, mais un gouvernement différent pourrait en fait essayer d’exécuter la volonté du peuple. D’autre part, les gouvernements hongrois et italien ont fait des progrès sur la voie de la réaffirmation de leur souveraineté, avec le soutien du public.

Mais il ne s’est encore rien passé. Une fois que l’élite politique d’une nation a été complètement émasculée par l’abandon de sa souveraineté nationale, il lui faut un certain temps pour que ses poils de poitrine repoussent et commencer à représenter une menace crédible pour les intérêts transnationaux. Même en Russie, il a fallu près d’une décennie pour contrecarrer le pouvoir politique et l’influence de l’oligarchie. On voit que l’empire s’affaiblit et que certains pays commencent à rechigner à être vassaux, mais rien de définitif n’a encore été fait.

Ce qui pourrait accélérer les choses, c’est que l’Europe, avec les États-Unis, semble se diriger vers une récession/dépression. Cela aura pour conséquence que tous les travailleurs invités d’Europe de l’Est travaillant à l’ouest seront contraints de rentrer chez eux. Une autre raison est que les subventions de l’UE à ses récentes acquisitions à l’Est, en particulier en Pologne et dans les pays Baltes, risquent d’être réduites considérablement, voire de disparaître complètement. L’afflux de migrants économiques de retour, conjugué au manque de soutien financier, risque d’entraîner la disparition de certaines élites nationales qui se sont régalées des largesses occidentales en échange d’un peu de russophobie.

Nous pouvons imaginer que ce flot humain, éjecté d’Europe occidentale, se dirigera vers l’est, s’écrasera contre la Grande Muraille de Russie et inondera de nouveau l’ouest, mais désormais équipé d’armes et de savoir-faire ukrainiens et de pensées amusantes de pillage au lieu de travail. Là-bas, ils se battront avec les nouveaux venus du Moyen-Orient et d’Afrique pendant que les autochtones se coucheront, espéreront le meilleur et penseront à la neutralité du genre et à d’autres causes si importantes.

Ces vieilles nations européennes vieillissent toutes, non seulement sur le plan démographique, mais aussi sur le plan de l’âge maximum alloué par nature à une ethnie donnée. Les ethnies (pluriel d’« ethnos ») ne durent généralement qu’un millier d’années environ, et à la fin de leur cycle de vie, elles ont tendance à montrer certaines tendances révélatrices : elles arrêtent de bien se reproduire et deviennent sexuellement dépravés et généralement décadents dans leurs goûts. Ces tendances sont déjà bien visibles. Voici un exemple particulièrement absurde : Les certificats de naissance français ne contiennent plus d’entrées pour le père et la mère mais pour le parent1 et le parent2. Peut-être que les barbares envahisseurs verront cela et mourront de rire ; mais s’ils ne le font pas ?

N’étant plus en mesure de se battre, ces ethnies appauvries ont tendance à être facilement envahies par les barbares, et implorent alors leur pitié. À son tour, en se basant sur l’exemple de l’Empire romain tardif ainsi que sur des exemples similaires de l’histoire chinoise et persane, leur accorder la miséricorde est l’une des pires erreurs qu’un barbare puisse faire : le résultat est une bande de barbares sexuellement dépravés et généralement décadents… qui seront facilement envahis et massacrés par la prochaine bande de barbares à arriver dans la foulée.

Il est impossible de prédire ce qui déclenchera la prochaine vague d’ethnogenèse en Europe occidentale, mais nous pouvons être sûrs qu’à un moment donné, une souche mutante de fanatiques arrivera sur les lieux, avec un instinct de conservation atténué mais une soif inaltérable de destruction, de gloire et de mort, et elle sera ensuite à nouveau sur les routes.

Que se passera-t-il une fois que Nord Stream 2 sera terminé ? Où l’Europe se dirige-t-elle ensuite, en particulier dans ses relations avec les États-Unis et la Russie ?

Les nouveaux gazoducs sous la mer Baltique et la mer Noire seront achevés, ainsi que la deuxième installation de GNL à Sabetta, et la Russie continuera à approvisionner l’Europe et l’Asie en gaz naturel. Je pressens que l’effroyable extravagance des États-Unis touche à sa fin et que le rêve d’exportations massives de GNL vers l’Europe ne se réalisera jamais.

Les nations d’Europe se rendront compte progressivement que ses relations avec la Russie sont surtout bénéfiques, tandis que ses relations avec les États-Unis sont surtout nuisibles, et feront certains ajustements. L’Ukraine, son réseau de gazoducs décrépit et irréparable, continuera d’importer du gaz naturel d’Europe, mais ce n’est qu’à ce moment-là que les molécules de méthane arriveront de l’ouest et non de l’est.

Comment voyez-vous le climat politique en Russie ? J’entends très souvent dire que si Poutine personnellement et la politique étrangère du Kremlin jouissent d’un grand soutien, la réforme des retraites a vraiment nui à Poutine et qu’il y a maintenant une « opposition patriotique » interne (par opposition à une opposition payée et achetée par la CIA & Co), qui devient plus bruyante. Est-ce que c’est vrai ?

Il est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de débats en Russie sur la politique étrangère. La popularité de Poutine a quelque peu diminué, bien qu’il soit toujours beaucoup plus populaire que tout dirigeant national en Occident. La réforme des pensions l’a quelque peu touché, mais il s’est rétabli en adoptant une série de mesures destinées à faciliter la transition. En particulier, tous les avantages dont bénéficient actuellement les retraités, comme la réduction des frais de transport en commun et des impôts fonciers, seront étendus à ceux qui approchent de l’âge de la retraite.

Il devient clair que Poutine, bien qu’il soit encore très actif dans la politique intérieure et internationale, s’apprête à prendre sa retraite. Son principal objectif en politique intérieure semble être de maintenir une discipline très stricte au sein du gouvernement pour faire adopter sa liste de priorités. La manière dont il entend effectuer la transition vers l’ère post-Poutine reste un mystère, mais ce qui s’est passé récemment au Kazakhstan peut offrir quelques indices. Si tel est le cas, nous devrions nous attendre à ce que l’accent soit mis sur la continuité, Poutine conservant un certain contrôle sur la politique nationale en tant qu’homme d’État de haut rang.

Mais le changement de loin le plus significatif dans la politique russe est qu’une nouvelle génération de dirigeants régionaux a été mise en place. Un grand nombre de gouvernorats ont été accordés à de jeunes cadres ambitieux ayant le potentiel d’une fonction nationale. Il s’agit d’une nouvelle génération de politiciens de carrière tout à fait professionnels, dotés de compétences managériales à jour. Entre-temps, un nettoyage en profondeur des rangs a eu lieu, certains hauts fonctionnaires purgeant des peines de prison pour corruption. Ce qui est particulièrement remarquable, c’est que certains de ces nouveaux dirigeants régionaux sont maintenant aussi populaires ou plus populaires que Poutine. La malédiction de la gérontocratie, qui a condamné l’expérience soviétique, et qui afflige maintenant l’establishment américain, ne menace plus la Russie.

Vous avez récemment écrit un article intitulé « Le navire USS des Imbéciles prend-il l’eau ? » dans lequel vous discutez du haut niveau de stupidité de la politique américaine moderne. J’ai une question simple pour vous : pensez-vous que l’Empire peut survivre à Trump et, si oui, pour combien de temps ?

Je pense que l’empire américain est déjà bien révolu, mais il n’a pas encore été soumis à un test de résistance sérieux, et personne ne se rend compte que c’est le cas. Il se produira un événement qui laissera le centre du pouvoir complètement humilié et incapable d’accepter cette humiliation et de faire les ajustements nécessaires. Les choses vont se détériorer à partir de là, car tous les membres du gouvernement dans les médias font de leur mieux pour prétendre que le problème n’existe pas. J’espère que le personnel militaire américain actuellement dispersé sur la planète ne sera pas simplement abandonné une fois l’argent épuisé, mais je ne serais pas trop surpris si c’était le cas.

Pour finir, une question similaire mais fondamentalement différente : les États-Unis (par opposition à l’Empire) peuvent-ils survivre à Trump et, si oui, comment ? Y aura-t-il une guerre civile ? Un coup d’État militaire ? Insurrection ? Des grèves ? Une version américaine des gilets jaunes ?

Les États-Unis, en tant qu’ensemble d’institutions servant les intérêts d’un nombre décroissant de personnes, vont probablement continuer à fonctionner pendant un certain temps. La question est la suivante : qui sera inclus et qui ne le sera pas ? Il ne fait guère de doute que les retraités, en tant que catégorie, n’ont rien à attendre des États-Unis : leurs retraites, qu’elles soient publiques ou privées, ont déjà été dépensées. Il ne fait guère de doute que les jeunes, qui ont déjà été saignés à blanc par de mauvaises perspectives d’emploi et des prêts étudiants ridicules, n’ont rien à espérer non plus.

Mais, comme je l’ai déjà dit, les États-Unis ne sont pas tant un pays qu’un country club. L’adhésion a ses privilèges, et les membres ne se soucient pas du tout de ce qu’est la vie de ceux qui sont à la campagne mais qui ne sont pas membres du club. Les récentes initiatives visant à laisser entrer tout le monde et à laisser les non-citoyens voter démontrent amplement que la citoyenneté américaine, en soi, ne compte pour absolument rien. Le seul droit d’un citoyen américain est de vivre comme un clochard dans la rue, entouré d’autres clochards, dont beaucoup sont des étrangers venant de ce que Trump a appelé des « pays de merde ».

Il sera intéressant de voir comment les travailleurs et travailleuses du secteur public et du gouvernement, en tant que groupe, réagiront à la prise de conscience que les départs à la retraite qui leur ont été promis n’existent plus ; peut-être que cela fera basculer tout le système dans un état défunt. Et une fois que la bulle est terminée et qu’un autre tiers de la population découvre qu’elle n’a plus les moyens de conduire, cela pourrait également forcer une sorte de réinitialisation. Mais alors tout le système de police militarisée est conçu pour écraser toute forme de rébellion, et la plupart des gens le savent. Étant donné le choix entre une mort certaine ou le simple fait de s’asseoir sur le trottoir et de se droguer, la plupart des gens choisiront cette dernière option.

Et donc, Trump ou pas Trump, nous allons avoir plus de la même chose : de jeunes informaticiens brillants qui sautent et sifflent en chemin pour aller travailler près de tas de cadavres humains et de leurs excréments ; des ménagères botoxées qui achètent de faux produits biologiques alors que des gens affamés à l’arrière du magasin fouillent dans les poubelles ; des citoyens préoccupés demandant que les migrants soient admis, puis appellent les policiers dès que ces migrants montent une tente sur leur pelouse ou sonnent à leur porte et demandent à utiliser les toilettes ; des couples de personnes âgées aisées qui rêvent d’aller à la rencontre d’un gringo tropical dans un marais de mangrove où ils seraient découpés à la machette et donnés à manger aux poissons, et qui croient tous que tout va bien car la bourse se porte si bien.

À ce rythme, quand la fin des États-Unis arrivera enfin, la plupart des gens ne seront pas en mesure de le remarquer tandis que les autres ne seront pas capables d’absorber ce genre d’informations dérangeantes et choisiront de les ignorer. Tout le monde veut savoir comment se termine l’histoire, mais ce genre d’information n’est probablement pas bon pour la santé mentale de quiconque. Le climat mental aux États-Unis est déjà suffisamment malade ; pourquoi voudrions-nous le rendre encore plus malade ?

Dmitri, merci beaucoup pour votre temps et pour cette interview des plus intéressantes !

Source : The Unz Review
Traduction par Christelle Néant pour Donbass Insider

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Bernard Wicht: Fin des Unions d’États (UE, OTAN) et triomphe des acteurs non-étatiques

Bernard Wicht est privatdocent auprès de la Faculté́ des sciences sociales et politiques de l’Université́ de Lausanne où il enseigne la stratégie. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, notamment Citoyen-soldat 2.0 (2017) ; Europe Mad Max demain? Retour à la défense citoyenne (2013) ; Une nouvelle Guerre de Trente Ans: réflexion et hypothèse sur la crise actuelle (2012) ; L’OTAN attaque: la nouvelle donne stratégique(1999) ; L’idée de milice dans la pensée de Machiavel (1995). Ses réflexions sur la milice et le citoyen-soldat l’ont amené à des conclusions alarmantes au sujet de l’évolution policière des États couplée au désarmement progressif des citoyens.

Pourquoi le récit des années 1990 n’est plus adéquat

Il est frappant de constater combien la classe politique suisse dans sa grande majorité est encore prisonnière du discours des années 1990. Élaboré avec honnêteté et conviction dans le cadre des négociations sur l’Espace Économique Européen (EEE), ce discours insistait sur la nécessité économique pour la Suisse de ne pas s’isoler, de garder ouvert l’accès au Grand Marché européen et voyait dans la construction d’une Union Européenne renforcée un facteur de stabilité en Europe suite à l’effondrement du bloc soviétique. En 1992 (date du vote suisse sur l’EEE), un tel récit avait toute sa pertinence. Aujourd’hui en 2019, c’est-à-dire plus d’un quart de siècle plus tard, il est totalement dépassé. Pourtant, une grande partie de la classe politique suisse continue de le servir à chaque occasion aux citoyennes et citoyens du pays. C’est notamment le cas en ce moment dans le cadre du référendum contre la Directive Européenne sur les armes et sa mise en œuvre en droit suisse.

Or, comme on va essayer de le comprendre ci-après, de nos jours l’enjeu stratégique a complètement changé: il ne s’agit plus de ne pas s’isoler, mais bel et bien de se protéger. Essayons de comprendre comment et pourquoi un tel renversement est intervenu.

Les événements ne sont que poussière et ils ne prennent sens que lorsqu’on les replace dans les cycles et les rythmes de la longue durée (Braudel, Wallerstein). En conséquence, il faut se demander si l’on peut expliquer les pannes de l’UE — Brexit, démarche en solitaire de l’Allemagne et de la France avec le traité d’Aix-la-Chapelle, résistances italiennes, défiance de la Hongrie, de la Pologne et de la République tchèque — et celles de l’OTAN — dont l’un des membres, la Turquie, combat les alliés kurdes des États-Unis en Syrie tout en se rapprochant la Russie alors que, dans le même temps, l’Alliance organise des manœuvres militaires en vue de contrer une éventuelle invasion russe en direction de la Pologne et des Pays Baltes —, par un changement de cycle macro-historique qui verrait la remise en cause fondamentale de la pertinence du mode d’organisation stato-national.

Hypothèse iconoclaste sans aucun doute, mais qu’il importe d’examiner dans le contexte actuel si on veut tenter d’appréhender les enjeux stratégiques majeurs plutôt que de céder à la facilité consistant à répéter un discours «clef en main» datant de la fin du siècle passé.

En effet, dans son histoire du temps long, Fernand Braudel souligne que les institutions sont comme les êtres humains: elles naissent, vivent et meurent. Mais ajoute-t-il, leur cycle de vie est beaucoup plus long que les biographies humaines – le temps des institutions est beaucoup plus lent que celui des hommes. C’est pourquoi ce temps échappe généralement à l’observation et, compte tenu de sa «lenteur», nous avons tendance à penser que les institutions avec lesquelles nous vivons (État, Églises, armée) sont éternelles.

Aujourd’hui pourtant, ne sommes-nous pas confrontés à la mort progressive d’un système étatique qui a vu le jour grosso modo à la fin de la Guerre de Trente Ans (1648) et qui, avec certaines modifications, s’est maintenu bon an mal an jusqu’au début du XXIe siècle? L’ordre westphalien (du nom de la Paix de Westphalie qui a mis fin à la guerre précitée) était composé d’États souverains en compétition et en lutte les uns contre les autres, ceci conduisant Clausewitz à énoncer que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. A partir de 1945, cet ordre inter-national devient peu à peu supra-national avec la création des grandes organisations onusiennes et, en Europe, avec la construction communautaire (CECA, puis CEE, puis CE et enfin UE). L’objectif explicite de la mise en place de cet étage au-dessusdes États, est le «plus jamais ça» en référence au drame en trois actes de la première moitié du XXe siècle – Verdun, Auschwitz, Hiroshima. La cohésion de cet ensemble est garantie par le leadership politique, militaire et monétaire (accords de Bretton Woods) des États-Unis.

Toutefois, à partir des années 1990, la globalisation du capitalisme fragilise gravement cette ambitieuse construction. Avec la libéralisation des flux financiers, elle dépouille progressivement les États de leurs compétences économiques. Au nom des dividendes des actionnaires, elle désindustrialise l’Europe occidentale et l’Amérique du Nord (thatchérisme, reaganisme, néolibéralisme). Combinée à la révolution de l’information, elle annule la souveraineté des États permettant à des organisations non-étatiques, transnationales, beaucoup plus fluides de se développer.

Là aussi, l’explication braudélienne continue d’être éclairante en distinguant, voire en opposant capitalisme et économie de marché: le capitalisme n’est pas l’économie de marché. S’il se construit à partir de celle-ci, sa logique s’en détache complètement parce qu’il n’est ni basé sur les échanges, ni ouvert à tous. Le capitalisme est opaque, limité à un petit cercle d’initiés, il vise l’accumulation et la spéculation financières. Aujourd’hui, cette dynamique capitaliste a atteint sa masse critique. Elle a pris une telle envergure qu’elle assèche l’économie formelle et provoque, en contrepoint, l’explosion de l’économie grise et informelle. La situation est devenue complètement incontrôlable par les institutions en place (États, organisations internationales).

LE PARADIGME GUERRE

Dans ce contexte, c’est sans doute le paradigme guerre qui est l’élément le plus significatif pour saisir les évolutions en cours. C’est celui qui s’est transformé de la manière la plus radicale… et la plus visible. Groupes armés, narcoguérillas, narcoterroristes, islamistes-djihadistes, gangs militarisés ont su profiter de cette «dérégulation» avec le succès que l’on sait. Et face aux formes de guerres qu’ils pratiquent, tant l’ONU, l’UE que l’OTAN sont devenus largement inefficaces.

Or, Charles Tilly enseigne que la guerre fait l’État. Il faut déduire de cette formule que, si la guerre se transforme, l’État en subit alors automatiquement le contrecoup en vertu du principe la fonction crée l’organe: lorsque la première disparaît ou change profondément de nature, le second s’atrophie ou mute de manière fondamentale.

Ouvrons une parenthèse pour dire que la prise de conscience d’une telle réalité n’a pas encore eu lieu. Certes, le «tremblement de terre» est bien perçu, il fait peur, mais il n’est ni compris, ni expliqué. Face à leur sentiment d’impuissance, les États et les organisations susmentionnées sont entrés dans l’ère de l’incantation droit-de-l’hommiste et, pire encore, de la désignation de coupables «immédiats»: les terroristes et, surtout, les populistes. Ces derniers – de Trump aux gilets jaunes – pointent du doigt (parfois maladroitement) la profonde inadéquation du système actuel avec les besoins des citoyennes et citoyens. Ils sont alors irrémédiablement qualifiés d’extrémistes faisant le lit d’un fascisme-nazisme qui serait en plein retour. C’est la reductio ad hitlerum dont les médias mainstream se font volontiers l’écho et qui a pour effet d’évacuer tout effort d’analyse au profit d’une commode extrapolation du passé récent de l’entre-deux-guerres. Peu ou pas de volonté de comprendre ce qui se passe – la reductio ad hitlerum est intellectuellement confortable!

Revenons à la transformation de la guerre et à ses effets. Que peut-on en dire du point de vue du temps long historique?

1) Si l’État et ses avatars que sont les Unions d’États (UE, OTAN) ne sont plus les formes d’organisation les mieux adaptés pour faire la guerre, alors on peut supposer que nous sommes à la fin d’un cycle historique de près de 400 ans (de 1648 à nos jours). La guerre étant, avec l’économie, le principal moteur des transformations historiques, les formes des communautés politiques découlent de ces deux paramètres et de leur aptitude à combiner efficacement les moyens de faire la guerre et les ressources pour entretenir ces moyens. C’est le couple contrainte (moyens)/capital (ressources) mis en œuvre par Tilly pour expliquer le processus de formation et de dé-formation des unités politiques. D’où sa fameuse phrase:

« Les empires, les royaumes, les cités-Etats, les fédérations de cités, les réseaux de seigneurs terriens, les Églises, les ordres religieux, les ligues de pirates, les bandes de guerriers et bien d’autres formes d’organisation de pouvoir prévalurent en Europe à différentes époques durant le dernier millénaire. La plupart de ces organisations méritent le titre d’État d’une manière ou d’une autre, parce qu’elles contrôlèrent les principaux moyens concentrés de contrainte dans le cadre de territoires délimités et exercèrent leur droit de priorité sur toutes les autres organisations qui agissaient sur leur territoire».

2) Entre 1648 et 1945, l’Etat-nation a représenté cette meilleure synthèse pour faire la guerre: ceci explique la diffusion quasi universelle de ce modèle d’organisation étatique jusqu’à le considérer, à partir de la Révolution française, comme l’aboutissement ultime et le plus accompli de toutes les constructions politiques (Hegel et l’Esprit du monde). Or, avec la transformation de la guerre et la globalisation financière, le paradigme étatique moderne est remis en cause dans ses fondements parce qu’il n’est plus la synthèse la mieux adaptée pour faire la guerre et que, du point de vue économique, il est «prisonnier des recettes qui ont fait son succès» (G. Arrighi), c’est-à-dire l’Etat-providence. La fin du cycle hégémonique américain vient encore faciliter la transition vers d’autres formes d’organisation militaro-politique. Car, le déclin rapide de la superpuissance états-unienne et l’absence de challenger apte à reprendre le leadership mondial (ni la Chine, ni la Russie n’en ont actuellement les qualités), créent une situation de «Grand Interrègne» et de désordre international: une sorte de chaos systémique profitant aux acteurs non-étatiques en guerre un peu partout dans le monde.

3) On l’a dit, la guerre s’est transformée radicalement. De nos jours, elle n’est plus inter-étatique, mais infra-étatique et conduite par des acteurs plus proches des gangs que des armées régulières. Les grandes guerres systémiques (Guerre de Trente Ans, Guerres napoléoniennes, Guerres mondiales) qui ont accouché des différents ordres hégémoniques mondiaux cèdent désormais la place à de longues séries de conflits de basse intensité démembrant les États et donnant l’avantage aux acteurs précités dont la structure non-bureaucratique, non-territoriale et transnationale permet toutes les flexibilités nécessaires. Cette structure est basée sur 1) des fidélités personnelles, 2) le contrôle de certaines franges de population à la fois par la contrainte et la prise en charge de leurs besoins de base (soins, alimentation, parfois scolarisation idéologiquement orientée), 3) le financement via l’économie grise et informelle.

Ce phénomène a débuté (Acte I) avec la Guerre civile libanaise (1975-1990) qui a servi de laboratoire, a pu ensuite se diffuser en raison de l’effondrement du bloc soviétique (1989-1991), puis a atteint sa vitesse de croisière (Acte II) avec le lancement de la War on Terror par Washington, à partir des attentats du 11 septembre 2001 (Afghanistan, Irak, Libye, Syrie). Depuis, le phénomène ne cesse de s’étendre, notamment à l’Afrique subsaharienne et jusqu’au Nigéria avec Boko Haram, sans oublier la Corne de l’Afrique (Acte III). Aujourd’hui, si les Actes I à III ont pratiquement abouti au démembrement des États de toute cette région, l’Acte IV a démarré en Europe occidentale, au plus tard avec les attentats terroristes de 2015. Cette nouvelle phase d’expansion ne peut que s’amplifier compte tenu de l’inadaptation de plus en plus manifeste des États à ce type de menace et de guerres. Comme dans tout conflit de longue durée, c’est la découverte de l’antidote militaro-économico-institutionnel qui permettra d’y mettre fin.

Ce dernier élément, en lien avec l’approche de Tilly, est un des principaux enseignements à retenir de l’histoire de la longue durée: il en ressort que la résilience des formes d’organisation politique ne dépend ni des décisions de la classe politique au pouvoir, ni de la signature de traités internationaux, ni de la mobilisation (des jeunes et des moins jeunes) en faveur de certains sujets de société «dans l’air du temps» (par exemple, en ce moment, le réchauffement climatique). Non! Le processus n’est ni éthique, ni moral, encore moins «tendance»; il est d’essence darwinienne – adaptation et survie. Dans le contexte actuel marqué par l’état d’esprit «chacun d’entre nous est un petit flocon unique et merveilleux», il est évident que de telles considérations, pourtant tirées de l’outillage de la longue durée, risquent fort d’être qualifiées de cryptofascistes… et pourtant… (eppur…, comme disait Galilée devant le tribunal de la Sainte Inquisition).

UN DÉSARMEMENT OPPORTUN

Dès lors, et pour continuer avec Galilée sur la piste de l’hérésie, à l’heure actuelle les communautés politiques susceptibles de survivre au chaos mondial, susceptibles de se protéger elles et leurs enfants, ne sont pas celles correspondant au modèle dominant calé sur «plus d’Europe et moins de nations», sur «plus de sécurité et moins de liberté». Au contraire, ce sont celles que la grande presse tend généralement à diaboliser, celles qui se rebellent, celles qui ont encore une identité (aujourd’hui qualifiées de populistes), celles qui souhaitent maintenir leurs frontières (aujourd’hui qualifiées de nationalistes) et celles qui ont encore envie de se battre (aujourd’hui qualifiées de dangereuses). En d’autres termes, toutes celles qui n’ont pas envie de se dissoudre dans le politiquement correct au nom du libre-échange… et de cet autre argument plus récent sur la protection des espèces menacées par l’Homme, c’est-à-dire au nom de slogans curieusement apparus avec la globalisation financière, les macrospéculations boursières et les subprimes… Il est vrai que le capitalisme goûte peu la contestation populaire, surtout lorsque le peuple est armé.

Vivant à l’ère du premier capitalisme, Machiavel l’avait bien compris lorsqu’il écrivait à ce propos: le riche désarmé est la récompense du soldat pauvre (L’art de la guerre).

Tiens, l’UE veut désarmer les citoyens européens… Étrange coïncidence!

  • Vient de paraître: Les loups et l’agneau-citoyen de Bernard Wicht (éd. Astrée, 2019).

La vraie menace, le vrai danger ne provient pas tant du terrorisme (qui n’est qu’un symptôme) que de l’affaiblissement, voire de l’effondrement de la démocratie. Le citoyen risque alors de se retrouver «coincé» entre, d’un côté, un appareil étatique de plus en plus autoritaire et répressif et, de l’autre, une dissidence mafieuse de plus en plus violente.

  • Article de Bernard Wicht paru dans la rubrique «Désinvité» de l’Antipresse n° 177 du 21/04/2019.

https://antipresse.net/bernard-wicht-fin-des-unions-detats-ue-otan-et-triomphe-des-acteurs-non-etatiques/?utm_source=Lecteurs+d%27Antipresse&utm_campaign=564657616b-EMAIL_CAMPAIGN_12_26_2017_COPY_01&utm_medium=email&utm_term=0_f9e9755c0e-564657616b-439842509&mc_cid=564657616b&mc_eid=1d2d687fa5

Des Su-35 ou des Su-57 russes en Turquie  à la place des F-35 ?  Par Valentin Vasilescu

Des Su-35 ou des Su-57 russes en Turquie
à la place des F-35 ?
Par Valentin Vasilescu

mercredi 17 avril 2019, par Comité Valmy

 

Des Su-35 ou des Su-57 russes en Turquie
à la place des F-35 ?

Avec la décision de l’achat par la Turquie du système anti-aérien russe S-400, le temps de la diplomatie secrète américaine semble avoir pris fin. Les États-Unis ont réagi en bloquant la livraison de l’avion F-35 à la Turquie, alors que celle-ci était partenaire dans l’élaboration du projet F-35. En effet, la Turquie a fourni de l’argent à l’avance pour avoir accès à la technologie.

Les Américains sont entièrement contre l’adoption par la Turquie du système S-400, car ils estiment que cela se faisait au détriment du système américain Patriot. Les nouveaux dirigeants militaires turcs, choisis parmi ceux qui n’ont pas fait de stages aux États-Unis, se prononcent pour cette acquisition parce que cela répond strictement à la sécurité de la Turquie. Les militaires turcs ont encore en tête l’agressivité de certains alliés du « grand ami » qui a orchestré le coup militaire, bien sûr, au nom de la démocratie.

Ces dernières années, nous assistons à une confrontation diplomatique évidente entre la Turquie et les États-Unis + les alliés américains. Rappelons-nous que la Turquie a fait son premier pas, en prenant pour cible l’Arabie Saoudite, et en publiant les détails de l’assassinat de Kashoggi. Après le refus des États-Unis de livrer le F-35, un refus auquel s’attendait la Turquie, celle-ci a évolué de manière similaire dans ses relations directes avec les États-Unis. Le ministre des affaires étrangères, M. Mevlut Cavusoglu, a annoncé que si les Américains refusaient la vente de F-35, la Turquie acquérait des avions de pointe ailleurs. Cavusoglu a nommé ces alternatives : Su-35 ou Su-57 russe.

Ces transactions constituent une première absolue parce que c’est la première fois que la Russie vend des systèmes si avancés à une armée étrangère, un membre de l’OTAN. Poutine est-il assez naïf pour offrir aux ennemis, sa technologie de pointe ? Si Poutine réussit à extraire la Turquie de la zone d’influence américaine, alors le jeu en vaudrait vraiment la chandelle. Rappelons-nous que la récente réunion de Poutine-Erdogan est la troisième réunion entre les deux présidents depuis le début du 2019, et que la tendance à la hausse des relations russo-turques a débuté avec le coup d’État raté en Turquie.

Revenons au coup d’État en 2016, qui visait l’assassinat du Président Erdogan et n’était qu’une tentative désespérée d’éliminer un adversaire de l’Amérique. Quelques heures plus tôt, Poutine avait informé Erdogan de ce qui était en train de se passer, et le conseillait de quitter la maison de vacances de Marmaris 30 minutes avant l’attaque des commandos de putschistes, et de monter à bord d’un jet privé. Et il a également mis à disposition un satellite de communication russe pour diriger les forces fidèles restantes. Cette aide a permis à la 1ère Armée turque, commandée par le général Ümit Dündar, disposée autour d’Istanbul, d’inverser le sort du coup d’état en faveur de Erdogan. Dündar a repris l’aéroport Atatürk qui était sous le contrôle des putschistes et a assuré l’atterrissage de l’avion de Erdogan.

Pourtant, les choses ne peuvent pas rester ainsi indéfiniment car Erdogan veut régler rapidement le problème des Kurdes, considérés comme des terroristes par la Turquie mais soutenus par les États-Unis. En même temps, Erdogan veut transférer aux services secrets turcs, la gestion de tous les terroristes islamistes combattant dans le nord de la Syrie, recrutés et armés par la CIA et le Pentagone via l’Arabie Saoudite, pour les empêcher d’être redirigés par les États-Unis vers d’autres « Printemps arabes ». Le véritable objectif de Erdogan est de créer son propre bloc militaire composé de la Turquie, de l’Iran et du Qatar, en tant que contrepoids à une OTAN arabe recherchée par les États-Unis. Si Erdogan, soutenu par Poutine, remporte le match qu’il mène contre les Etats-Unis et leurs alliés arabes, le rapport des forces au Proche-Orient changera radicalement au détriment des États-Unis.

Valentin Vasilescu
16 avril 2019

Traduction Avic 
– Réseau International

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11122

L’« Otan arabe » sérieusement compromise

L’« Otan arabe » sérieusement compromise

  

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Alors que le projet de « deal du siècle » des États-Unis devrait être prochainement révélé, l’Égypte a fait savoir, le 14 avril 2019, qu’elle ne participerait pas à l’Alliance stratégique moyen-orientale (Middle East Strategic Alliance) dite « Otan arabe ». Le retrait de l’armée arabe la plus nombreuse obère le projet.

L’Égypte estime ne pas avoir d’objectif stratégique commun avec les autres États susceptibles de rejoindre cette alliance, ni avoir de raison de se placer sous commandement saoudien.

La participation du Qatar et du Sultanat d’Oman était déjà implicitement improbable.

Le projet d’une alliance israélo-arabe avait été formulé la première fois par le président Barack Obama dans sa Doctrine de sécurité nationale (6 février 2015). L’idée avait été reprise par la Ligue arabe (sans mentionner la participation israélienne) lors de son sommet de Charm el-Cheick (1er avril 2015) sous le nom de « Force arabe de Défense commune ». Donald Trump avait imposé des achats démesurés d’armes US à l’Arabie saoudite (20 mars 2018) et évoqué alors une possible prise de commandement saoudienne d’une hypothétique « Otan arabe ». La réalisation de ce projet avait été annoncée par Mike Pompeo lors de son discours à l’université arabe du Caire (10 janvier 2019).

Le projet d’« Otan arabe » a été présenté à l’opinion publique comme une alliance contre l’expansionnisme iranien. Dans la pratique, il s’agirait d’une alliance judéo-sunnite contre les chiites. Cependant, selon un document US révélé par Reuters, le véritable objectif de ce groupe serait de prévenir l’influence russe et chinoise dans la région.

Quoi qu’il en soit, le surnom d’Otan arabe indique que cette alliance « arabe » sera pilotée par le Pentagone. Israël devrait y jouer secrètement le même rôle que le Royaume-Uni au sein du Pacte de Bagdad, durant la Guerre froide. L’alliance se limiterait à organiser l’interopérabilité des armées nationales, mais pas d’opération militaire commune. Elle veillerait surtout à la compatibilité des armements, donc à maintenir l’achat d’armes US.

Le président Trump considère comme plus important de développer les emplois aux États-Unis que de guerroyer au Moyen-Orient. L’Alliance stratégique moyen-orientale lui offre des débouchés considérables pour son industrie militaire.

La réalisation des manœuvres communes « Bouclier arabe 1 » (Arab Shield 1), en novembre 2018, avait posé les jalons de cette alliance militaire. Les armées d’Arabie saoudite, du Bahreïn, d’Égypte, des Émirats arabes unis, de Jordanie et du Koweït, s’y étaient engagées sous l’œil attentif des observateurs des armées du Liban et du Maroc.

https://www.voltairenet.org/article206069.html