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Exclusif : Mensonge, voici ta vérité, par Saïf al-Islam Khadafi

Exclusif : Mensonge, voici ta vérité, par Saïf al-Islam Khadafi

 

12 Février 2018

 

Depuis la destruction de son pays, c’est la première fois que le fils de Khadafi s’exprime publiquement. Libéré depuis quelque temps et sous la protection de certaines tribus loyalistes, il a rédigé (en arabe) ce mémorandum pour faire le point sur la situation juridique et politique de son pays et pour apporter la contradiction à la Cour pénale internationale.


Ce mémorandum vise à cerner ce qu’a subi le peuple libyen au cours des six dernières années. Ces crimes ont été commis au nom de l’interventionnisme humanitaire, de la protection des civils, de l’introduction de la démocratie et de la prospérité. Les forces de l’Otan, avec l’aide de certains États arabes et de quelques Libyens, ont attaqué la Libye avec tous les moyens à leur disposition. Les justifications avancées étaient aussi fausses que pour l’invasion de l’Irak en 2003. Ce fut une destruction systématique d’un pays souverain et d’une nation pacifique. Cette note tente de présenter ces crimes à la communauté internationale, aux organisations de défense des Droits de l’homme et aux ONG, afin de soutenir la Libye et son peuple dans ses innombrables efforts pour reconstruire ce petit pays.

La Libye à la croisée des chemins : au commencement

L’agonie de la Libye a commencé le 15 février 2011, quand un certain nombre de citoyens se sont réunis dans le calme pour protester contre l’incident survenu à la prison d’Abou Salim. La manifestation a été rapidement prise en otage par des éléments de groupes djihadistes tels que le Groupe islamique combattant libyen (GICL). Ces éléments ont attaqué des postes de police et des casernes de l’armée à Derna, Benghazi, Misratah et Al-Zawiya afin de voler des armes et de les utiliser dans leur guerre planifiée contre le peuple libyen et son gouvernement légitime. Toutes ces actions furent accompagnées d’une machine de propagande des chaînes Aljazeera, Al-Arabiya, BBC, France 24 et d’autres qui encourageaient le peuple libyen à affronter la police qui tentait de protéger les bâtiments gouvernementaux et les propriétés privées des attaques et des pillages.

Des scènes d’horreur ont eu lieu dans les rues, sur les ponts et dans des bâtiments des forces de sécurité où les manifestants ont commis des crimes innommables contraires a toute humanité. Des membres des forces de sécurité, des militaires et des policiers ont été égorgés, leurs cœurs ont été extraits de leur corps qui ont été coupés en morceaux ; un spectacle de brutalité et de sauvagerie indescriptible. Par exemple, le premier jour de troubles, le 16 février 2011, dans la ville de Misrata, les soi-disant manifestants pacifiques ont tué et brûlé un homme, Musa Al-Ahdab. Le jour même à Benghazi, un officier de police a été tué et démembré [1 ]. Ces actes barbares ont été commis par des personnes armées utilisant des chars, des mitrailleuses et des mitrailleuses antiaériennes dans les villes de Misrata, de Benghazi et d’Az Zaouiyah [2 ]. Ces scènes sont bien documentées et peuvent être visionnées sur YouTube [3 ] et sur les réseaux sociaux.

Ainsi, les victimes sont tombées par dizaines contrairement à ce qui a été rapporté par les médias biaisés. Selon Aljazeera,  et les groupes d’opposition libyens, à la fin de 2011, le nombre de personnes tuées atteignait 50 000. Cependant, en 2012, le gouvernement d’Abdel Rahim al-Kib a annoncé que le nombre de victimes enregistrées entre le 17 février 2011 et la fin de la guerre en octobre 2011 était de 4 700 —incluant des personnes décédées de mort naturelle [4 ]. Malgré le nombre très élevé de victimes évoqué par des statistiques, leurs noms et leurs identités ne sont pas communiqués et aucune famille n’a demandé à être indemnisée par le gouvernement.

La campagne de propagande et les mensonges qui accompagnaient les accusations contre les militaires ne s’arrêtaient pas à l’inflation des victimes, mais affirmait que le régime utilisait des avions militaires pour attaquer les civils, ordonnait des viols de masse à l’armée et aux forces de sécurité, [5 ] avec du Viagra trouvé dans les chars [6 ], recourrait à des mercenaires africains et algériens, et devait faire face aux défections de pilotes d’avion vers Malte [7 ]. Aucune de ces imputations n’a été prouvée à ce jour et ne correspond à quelque vérité que ce soit. Les enquêtes de l’Onu, celles d’Amnesty International et d’Human Rights Watch [8 ] n’ont pu vérifier aucun des cas d’enlèvement parmi les 8 000 dénoncés par l’opposition libyenne. En réalité, toutes ces imputations ont été fabriquées notamment par Al-Jazeera et sont dénuées de crédibilité. Identiquement, l’accusation d’utilisation de Mirages de la base aérienne d’Al-Weathy, à l’extrême ouest de la Libye, pour attaquer des civils à Benghazi n’a aucun poids puisque ces avions ne pouvaient pas faire l’aller retour compte tenu de leur consommation de carburant. Il est en effet impossible pour ce type d’appareil d’attaquer des cibles à 1 500 km et de revenir sans ravitaillement, et il y avait des bases aériennes autour de Benghazi utilisables par le gouvernement libyen si nécessaire. De même, le Viagra prétendument retrouvé dans les chars ressort du même piège : la Libye avait une armée jeune, professionnelle et morale, qui ne pensait pas à commettre de tels crimes et n’avait pas besoin de Viagra pour activer ses désirs sexuels. Ces histoires fabriquées sont simplement des intoxications comparables avec les sept minutes nécessaires pour que des armes de destruction massive irakiennes attaquent l’Occident. Aujourd’hui, les affaires irakiennes et libyennes ont commencé à faire rire les peuples irakien, libyen, états-unien et européen. (Rapport d’Amnesty International [9 ])

La Cour internationale de Justice (CPI)

La CPI (Cour pénale internationale) [10 ] a délivré en 2011 un mandat d’arrêt à l’encontre de Mouammar Kadhafi, de Saïf Al-Islam Kadhafi [11 ] et d’Abdallah Senoussi, accusés de crime contre l’humanité. Malgré la gravité du crime, la CPI n’a mené aucune enquête sur le terrain et a tiré ses conclusions et identifié les auteurs en deux semaines après sa saisine par le Conseil de sécurité de l’ONU. Le calendrier accordé au procureur n’a pas été présenté et il ne disposait de toute manière pas du temps nécessaire pour préciser les peines encourues. À cet effet, Ahmed Al-Jehani, le coordinateur du CNT CPI-Libye, a déclaré que « L’affaire CPI contre la Libye est purement politique car les membres de l’Otan ont demandé au Conseil national de transition (CNT) de dresser lui-même la liste de fonctionnaires qui seraient accusés de crimes contre l’humanité ». Le CNT a désigné Al-Jehani pour préparer cette liste comprenant une dizaine de noms, cependant la CPI n’en a retenu que trois. Al-Jehani a également ajouté que toutes les accusations étaient fabriquées. Il a réaffirmé son point de vue lors de sa rencontre avec Saïf Al-Islam et l’a assuré que la justice libyenne ne pourrait pas le déclarer coupable. Al-Jehani a ajouté qu’avec son équipe, il avait fabriqué cette affaire parce qu’ils la savaient perdue d’avance, et qu’ils l’avaient poursuivie afin d’impliquer Saïf al-Islam dans des affaires financières et de corruption.

Al-Jehani a justifié ses fabrications et ses mensonges en affirmant qu’il sont [religieusement] licites durant les guerres (déclaration d’Al-Jehani documentée le 1er janvier 2012 et au tribunal d’Al-Zintan).

La CPI a adopté un double standard à propos de la guerre en Libye et de l’intervention de l’Otan. Elle a impliqué des personnalités politiques libyennes dans des crimes inventés alors qu’elle a ignoré et n’a pas condamné le massacre barbare de Mouammar Kadhafi [12 ] et de son fils Moatassem par les milices soutenues par l’Otan [13 ]. La seule réaction de la CPI a été d’abandonner les poursuites contre Mouammar Kadhafi après sa mort. Cependant, la CPI tenait là une affaire solide, les médias ayant bien documenté le meurtre, il n’était besoin d’aucune preuve supplémentaire pour traduire les responsables en justice. La CPI pourrait facilement arrêter les auteurs qui assument des responsabilités politiques et diplomatiques dans diverses capitales européennes. Une position similaire a été prise par la CPI contre Abdallah Senoussi après qu’il ait été enlevé en Mauritanie par le gouvernement libyen [14 ]. La Cour s’est limitée à cesser d’exiger son extradition. Elle n’a même pas suivi la violation de ses droits, ni le traitement inhumain qu’il a subi dans la prison de la milice, alors même qu’il était détenu par des djihadistes notoires, le Groupe islamique combattant libyen (GICL). Le directeur de la prison n’était autre que le chef du GICL, Abdelhakim Belhadj.

Belhadj est bien connu de la CIA et des gouvernements occidentaux. La CIA l’a arrêté après son évasion de Kandahar, interrogé et extradé vers la Libye en 2002, l’accusant de terrorisme [15 ]. En 2009, lui et des membres du GICL ont été libérés de prison en vertu de la loi d’amnistie générale [16 ]. Le bilan terroriste de Belhadj parle de lui-même. En 1994-1997, il a ordonné le massacre de 225 personnes. En 1997, il a ordonné le meurtre des touristes allemands, Steven Baker et de son épouse Manuela Spiatzier. Néanmoins, il a assumé un poste de haut rang en Libye. Il était ministre de la Défense et responsable de la sécurité à Tripoli, directeur général des prisons libyennes et à ce titre directement responsable de la cellule d’Abdallah Senoussi. Informée du casier judiciaire de Belhadj, la CPI a exprimé son assurance qu’Al-Senoussi était entre de bonnes mains et a soutenu son procès en Libye.

L’Otan et certains pays du Golfe ont ignoré les activités terroristes de Belhadj et l’ont reconnu à la fois comme un leader politique et militaire et comme un homme d’affaires. Il possède la plus grande chaîne de télévision d’Afrique du Nord, la plus grande compagnie aérienne de Libye, une cimenterie, des propriétés en Espagne et en Turquie et un aéroport privé à Tripoli. Cet aéroport, cependant, a été utilisé pour acheminer des terroristes de Libye vers la Syrie. Ces terroristes ont été financés à hauteur de 160 milliards de dollars en 2010.

Belhadj et d’autres sont responsables de l’utilisation abusive des actifs de la Libye et d’avoir mis fin au plan de développement de la Libye d’une valeur de 200 milliards de dollars selon la Banque mondiale. Belhadj, l’homme du Qatar, est un exemple de la vie somptueuse des seigneurs de la guerre alors que les citoyens libyens ordinaires sont plongés dans une extrême pauvreté.

Les violations des Droits de l’homme par les milices

Les commandants des milices et les seigneurs de guerre ont commis d’odieux crimes contre l’humanité, détruit des villes et des infrastructures vitales au cours des six dernières années. Parmi ceux-ci :

- Des gens ont été brûlés, cuits vivants, et soumis aux formes les plus abjectes de torture.
- Des prisonniers politiques, des agents de sécurité et des soldats ont été jetés dans la fonderie de Misrata.
- Surtout, les milices ont organisé un trafic d’organes humains prélevés dans les prisons.
- Dans le contexte de la complexification de la scène politique libyenne, Daesh a également ajouté d’autres atrocités en massacrant, en crucifiant des gens et en les émasculant.

Un nettoyage racial et ethnique sans précédent, un génocide, a été commis contre cinq villes libyennes et son peuple. 55 % des Libyens ont été contraints de fuir leur pays vers les États voisins. En outre, des centaines de maisons ont été incendiées à Bani Walid [17 ] et dans cinq autres villes de Warshafana, [18 ] la ville de Syrte a été rasée [19 ] des zones résidentielles peuplées ont été bombardées à Benghazi [20 ] et à Derna. Même Tripoli la cosmopolite a enduré une purification ethnique et raciale en particulier dans les zones fidèles à Mouammar Kadhafi.

Outre les violations systématiques des Droits de l’homme, les milices et leurs dirigeants ont détruit les infrastructures essentielles [21 ]. En juillet 2014, ils ont mis le feu à l’aéroport de Tripoli et à la flotte aérienne ainsi qu’aux réservoirs de pétrole numéros 24 et 25 [22[23[24[25 ].

Malgré les actions destructrices des milices et la torture brutale, la communauté internationale et les organes de l’Onu ont ignoré ces crimes et n’ont pas traduit ces chefs de guerre en justice [26 ].

Les atrocités de l’Otan et des milices libyennes contre des civils et des personnalités publiques

Les avions de l’Otan ont pris pour cibles des civils dans diverses villes, à savoir Zlitan, Syrte, Surman, Tripoli et Bani Walid. Dans le sud de Zlitan et précisément à Majeer [27 ],84 familles, principalement des femmes et des enfants, ont été tuées de sang-froid par des frappes aériennes de l’Otan alors qu’elles dormaient [28 ]. Les médias ont montré des corps d’enfants sortis des décombres et une femme, Minsyah Khleifa Heblow, coupée en deux. D’autres sont morts dans cette scène très perturbante. Dans un autre cas, la famille de Khaled K. Al-Hamedi a été tuée par des frappes aériennes de l’Otan ciblées sur sa maison tuant ses enfants [29 ]. En outre, la famille Al-Jafarh a été tuée à Bani Walid [30 ] pendant que l’Otan visait sa maison durant le mois sacré du Ramadan. Sans oublier le bombardement bien documenté du convoi de Mouammar Kadhafi à Syrte, et l’assassinat du plus jeune de ses fils, Saïf Al-Arab, dans sa maison de Tripoli [31 ].

Les violations des Droits de l’homme, les homicides et tortures systématiques contre les civils libyens se sont poursuivis après que les milices eurent pris le contrôle de la Libye. Les victimes étaient des civils qui n’avaient pas participé à la guerre. La majorité était âgée et ne pouvait pas porter d’armes. Le comédien populaire Youssef Al-Gharyani a été détenu et torturé par les milices d’Al-Zawiyah.

Les milices de Misrata ont également détenu et torturé, l’ancien mufti de Libye alors âgé de 80 ans, Al-Sheikh Al-Madani Al-Sharif [32 ], parce qu’il n’avait pas approuvé ni soutenu l’intervention de l’Otan [33 ]. Le célèbre chanteur, Mohammed Hassan, a été violé et mis en résidence surveillée [34 ]. D’autres, comme l’économiste Abd-al-Hafid Mahmud al-Zulaytini, ont été jugés et condamnés à de lourdes peines de réclusion. De même, le président du Secours islamique, le Dr Mohammed Al-Shareef, a été condamné à une longue peine de prison. Le directeur des douanes et le responsable de la formation au ministère de l’Intérieur ont également été condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement avec d’autres personnes condamnées à la peine de mort et à diverses peines d’emprisonnement. Il paraît absurde que ces personnalités aient été jugées pour trafic de drogue, trafic d’êtres humains et viol en plus de 17 autres accusations [35 ]. La question qui se pose est de savoir comment elles auraient pu s’unir et conspirer ensemble pour commettre de tels crimes durant neuf mois ?

Après que l’Otan a placé ces milices au gouvernement, des crimes terroristes plus horribles ont été commis contre des ressortissants libyens et étrangers. Un copte a été tué au bataillon de Misrata [36 ], d’autres à Syrte [37 ], de nombreux ouvriers chrétiens éthiopiens ont été assassinés [38 ], le professeur d’anglais-US, Roni Smith, à été assassiné à Benghazi [39 ], le personnel de la Croix-Rouge à Misrata a été assassiné en 2014 [40 ] un attentat à la bombe a été commis contre l’ambassade de France à Tripoli [41 ], et surtout l’ambassadeur états-unien à été assassiné à Benghazi en 2011 [42 ] par des terroristes notamment Tunisiens.

Toutes les victimes susmentionnées ont été dénoncées par Human Rights Watch et, dans certains cas, l’Otan a reconnu sa responsabilité. Cependant, la CPI a fermé les yeux et n’a pas enquêté sur de tels crimes en dépit des divers organismes nationaux et internationaux qui ont exigé l’ouverture d’une enquête transparente. La CPI a échoué en ce qui concerne la guerre en Libye. Elle n’a pas produit un seul mandat d’arrêt contre les chefs des milices et des forces de l’Otan. Il semble que la politique délibérée de la CPI est d’ignorer ces crimes attestés et ne se concentre que sur l’acte d’accusation et le procès de Saïf Al-Islam.

En ce qui concerne la famille de Mouammar Kadhafi, la CPI n’est pas considérée comme sérieuse, comme dans le cas de la torture d’Al-Saadi Kadhafi, à propos de laquelle le procureur de la CPI a affirmé poursuivre l’enquête. Cependant, une vidéo l’a montré être battu durant son interrogatoire. La même norme s’applique à l’affaire Abdallah Senoussi où le procureur de la CPI affirmait qu’elle délibère toujours sur sa condamnation à mort [prononcée en Libye]. Une déclaration similaire a été faite par son prédécesseur concernant l’attentat à la bombe et l’assassinat de Mouammar Kadhafi et des centaines de personnes présentes dans son convoi. La CPI n’a jamais montré de sérieux non plus face aux autres crimes commis par les milices contre des milliers de Libyens. Son seul intérêt étant de faire taire la voix de Saïf Al-Islam et d’éliminer tout leadership potentiel.

Les États membres de l’Otan et certains mini-États du Golfe devraient être tenus pour responsables du chaos créé en Libye depuis 2011. Ils sont intervenus en Libye au prétexte que Mouammar Kadhafi aurait massacré son propre peuple. Le scénario d’un dirigeant qui tue son propre peuple nous rappelle Tony Blair à propos de l’Irak. Il a déclaré en 2016 que c’était « la bonne chose à faire et que si Saddam était resté au pouvoir pendant le Printemps arabe, il aurait massacré les rebelles » [43 ]. À cause de cela, des pays ont été détruits, des milliers de personnes ont été déplacées et des biens nationaux ont été volés. À la suite de l’intervention militaire de l’Otan en Libye, Mouammar Kadhafi, ses fils et des milliers de Libyens ont été tués et des millions d’autres ont été déplacés.

Six ans plus tard, la stabilisation de la Libye est loin d’être réalisée. En bref, les milices libyennes se battent entre elles ainsi que les forces militaires des pays occidentaux qui se rangent du côté des différentes milices. La France reste militairement impliquée et a perdu trois soldats à Benghazi en juillet 2016 tués par des groupes qui soutenaient le soulèvement de 2011. Paris avait alors qualifié le soulèvement de « révolution » qu’il devait soutenir. Si cette croyance était vraie, pourquoi la guerre continue-t-elle aujourd’hui ? Et pourquoi 700 personnes principalement des officiers de l’armée ont-elles été assassinées ? Pourquoi le personnel du consulat états-unien a-t-il été tué à Benghazi ? Pourquoi l’Occident ignore-t-il la barbarie de Daesh qui égorge à Syrte, Misrata et Derna ?

La réponse à cette dernière question est claire, ces criminels ont été soutenus par l’Occident en 2011 parce qu’ils combattaient le gouvernement, apostat selon leurs dires. Pourquoi Daesh portait-il le même uniforme que celui importé pour les soldats libyens, et qui le leur a donné ? Pourquoi les membres de Daesh ont-ils reçu un salaire du ministère libyen de la Défense ? La réponse à ces questions doit être trouvée auprès des dirigeants réels du pays, à savoir Belhadj, Al-Shareef, le Groupe islamique de combat libyen et leurs codirigeants, les membres du Congrès national. Ceux qui gouvernent aujourd’hui la Libye sont bien connus du peuple libyen et de certaines ONG internationales. Jusqu’à présent, la Libye est toujours sous le contrôle des groupes djihadistes et l’Occident les soutient malgré les crimes qu’ils commettent contre la Libye et son peuple.

N’est-il pas étrange que les pays occidentaux, de la Norvège et du Canada au Nord, à Malte et à l’Italie au Sud, sans oublier le Qatar, les Émirats arabes unis, la Jordanie, le Soudan et le Maroc se soient associés dans une agression militaire contre des civils qui ne leur étaient pas hostiles, contre Saïf al-Arab, Mouammar Kadhadi et la famille Khuwaylidi et les 84 victimes innocentes de Madjer ? Alors que ces mêmes États sont patients et tolérants avec Daesh à Syrte, Misrata et Benghazi, ils endurent des attentats à la bombe dans des villes françaises et belges. Pourtant, les Etats membres de l’Otan et leurs alliés devraient les attaquer et les bombarder comme ils l’ont fait en Libye en 2011.

Enfin, en complément de cette série de crimes, les Etats occidentaux ont désigné un criminel de guerre responsable de la destruction de Bani Walid et du meurtre de ses enfants, Abderrahmane Souihli, en qualité de chef de l’État libyen. Ils ont nommé Premier ministre son neveu, Ahmed Miitig [44 ], Directeur général des Affaires étrangères sa nièce, Nihad Miitig [45 ] puis son beau-frère, Fayez el-Sarraj, nouveau Premier ministre. En outre, Abderrahmane Souihli a conclu un accord avec Abdelhakim Belhadj, le commandant du Groupe islamique de combat libyen (GICL), pour prendre la part islamiste de l’élection présidentielle. Cependant, il est bien connu en Libye que si des élections devaient avoir lieu aujourd’hui, les personnes susmentionnées ne garantiraient pas et ne se garantiraient même pas du vote de leurs familles. La popularité de Belhadj a été démontrée lors des élections législatives où il n’a obtenu que 50 voix dans le district de Sauaq Al-Joumah, qui compte 250 000 habitants.

Pendant ce temps et pendant l’écriture de ces lignes, la population des villes de Libye, incluant la capitale Tripoli où habite un tiers de la population, souffre de pénurie d’eau, vit dans l’obscurité à cause des coupures de courant, et est privée des installations médicales et des moyens de satisfaire les besoins humains fondamentaux. Selon l’Onu, 65 % des hôpitaux ont cessé de travailler [46 ]. Alors que le dinar libyen s’est effondré et que la production pétrolière est passée de 1,9 million de barils par jour à 250 000 barils [47 ]. Pour ajouter aux souffrances du peuple libyen, les routes principales ont été coupées en raison des opérations militaires et du banditisme, en plus de la campagne de bombardement qui s’étend de Derna à l’est de Syrte à l’Ouest à Benghazi et Ajdabiya. Les nouvelles quotidiennes les plus fréquentes sont les enlèvements contre rançon et le commerce des armes en plein essor dans la mesure où il est vendu sur Internet.

En conclusion, nous devons remercier nos « frères » du Qatar, du Soudan, de la Tunisie, de la Ligue arabe, des pays de l’Otan, de l’Union européenne et de tous ceux qui ont transformé la Libye en un État en faillite. Après la libération des prisonniers islamistes et d’autres, la Libye est devenue une zone pour héberger les plus grandes prisons privées. Un pays qui attirait des investisseurs du monde entier est devenu un État exportateur de migrants, y compris ses propres citoyens. 55 % de sa population a migré et s’est réfugiée partout à l’étranger. Un État qui a réuni les meilleurs experts juridiques et constitutionnels du monde, qui a été en mesure de forger une constitution nouvelle et moderne, est maintenant transformé en une zone gouvernée par 1 500 milices. Et enfin, un État où le vol était considéré comme étrange et inhabituel a été transformé en un lieu où des corps humains mutilés et décomposés sont déversés quotidiennement dans les rues et sur les routes, ce qui devient routinier et banal à travers le pays.

Commentaire du rapport de Herland : Saïf Al-Islam Kadhafi et la CPI

Avant le soulèvement, Saïf Al-Islam était l’architecte de la nouvelle Libye. Il a présenté sa nouvelle vision de la Libye libérée des prisons politiques, attachée à la Charte des droits de l’homme, à la distribution des richesses, à la prospérité et à la démocratie [48 ]. Il a entrepris des réformes politiques et économiques par lesquelles les prisonniers islamiques radicaux ont gagné leur liberté, ont été réhabilités et se sont engagés dans la société libyenne. Une fois le soulèvement violent survenu dans certaines villes, des sources locales confirment qu’il a offert son aide en aidant les personnes déplacées à travers le pays, a libéré les prisonniers de l’insurrection, a sécurisé les habitants de Misrata coincés par les combats et le peuple de Benghazi qui a fui les zones de combat.

Il a également appelé et soutenu les efforts de paix pour résoudre la guerre. Selon des sources sur place, il a demandé à l’administration de l’Université de Syrte d’imprimer 5 000 tracts et de les distribuer au convoi pacifique parti à Benghazi en observant les droits de l’homme. Il a appelé l’armée à respecter ses règles d’engagement, interdisant l’usage de la force contre des manifestants, selon le chef de la Joint Operation Chamber de 2011, Marchal Al-Hadi Embarrish, qui fut fait prisonnier par les milices d’Al-Zintan, maltraité et privé de soins médicaux jusqu’à sa mort d’un cancer en prison en 2014 [49 ].

Malgré les efforts de paix inlassables de Saïf Al-Islam Kadhafi, les avions de l’Otan l’ont ciblé lors d’une tentative d’assassinat qui a entraîné la mort de 29 de ses camarades et lui a infligé un handicap permanent [50 ]. En outre, il a perdu ses doigts et a subi de multiples blessures. Pourtant, la CPI n’a pas enquêté sur cette frappe aérienne, ni supervisé ses cinq années d’isolement [51 ]. En outre, la CPI a persisté à exiger son arrestation et son procès alors qu’il avait été condamné à mort par un tribunal libyen siégeant à la prison d’Al Hadba sous la direction de Khaled Al-Sharif, l’homme de Belhadj.

Pour ces raisons, l’instruction étant déloyale, le rejet de l’affaire est la seule suite qui devrait être approuvée. On pourrait faire valoir que l’affaire dans sa totalité devrait être abandonnée, surtout après l’assassinat du procureur général à Benghazi et la fuite de la plupart des fonctionnaires du ministère public alors qu’ils faisaient face à une immense pression des milices. Dans ces circonstances, les arguments de la CPI sont que sa peine de mort n’a pas été appliquée et qu’il devrait donc être arrêté et emprisonné à la prison d’Al Hadba.

Cependant, le ministère libyen de la Justice a fait appel de sa condamnation à mort pour cause de procès inéquitable, la cour étant placée dans une prison contrôlée par Al-Sharif, qui exerce un pouvoir sur le tribunal et les magistrats. Néanmoins, la CPI a continué d’appeler à un nouveau procès et a fermé les yeux sur le fait que Saif Al-Islam était détenu à la prison d’Al-Zintan et que le tribunal de Tripoli l’avait jugé via un circuit fermé de télévision. La CPI devrait respecter la loi libyenne et être consciente qu’une personne ne devrait pas être jugée deux fois pour un crime présumé. Mais le jeu final pour l’Occident et la CPI est de se débarrasser de Saïf Al-Islam Kadhafi comme ils l’ont fait avec son père Mouammar Kadhafi et ses frères.

Il est temps que la CPI abandonne ses doubles standards et se range du côté du peuple libyen dans son but ultime de sauver son pays de ces milices et de construire une nouvelle Libye où règnent les droits de l’homme, la prospérité, le développement et la primauté du droit. Nous demandons également à la CPI d’abandonner son appel pour que Saïf Al-Islam soit extradé et jugé à La Haye.

La CPI devrait reconnaître et respecter la loi d’amnistie générale du ministère libyen de la Justice. Saif Al-Islam Kadhafi devrait pouvoir assumer son rôle dans la lutte pour une nouvelle Libye démocratique. À cet égard, et après que les Etats occidentaux ont commencé à voir leur erreur, ils devraient travailler avec les Libyens sincères et les ONG pour traduire ces milices et leurs dirigeants devant la Justice pour le bien de la paix et la réconciliation.

Notes 

[1https://www.youtube.com/watch?v=POl…  THE HANGING OF A LIBYAN SOLDIER IN THE STREETS OF BENGHAZI IN 2011
[2https://www.youtube.com/watch?v=4sR…  CIVILIANS DRIVING TANKS IN THE STREETS OF BENGHAZI
[3https://www.youtube.com/watch?v=MxO…  BURNING AND EATING THE LIVER OF A SECURITY OFFICER IN 2011 IN THE CITY OF MISRATA
[4 ] file :///C :/Users/Doaa/Downloads/2.%09https://www.theguardian.com/world/2…  THE GUARDIAN REPORT ON THE ACTUAL NUMBER OF DEATHS IN THE 2011 WAR AMNESTY REPORT
[5https://humanrightsinvestigations.o…  RAPE CLAIMS
[6 ] file :///C :/Users/Doaa/Desktop/Letters/5%20https://www.theguardian.com/world/2… RAPE CLAIMS IN 2011
[7https://www.youtube.com/watch?v=1dR…  THE LIBYAN PILOTS IN MALTA
[8https://www.hrw.org/ar/world-report…  HUMAN RIGHTS WATCH REPORT
[9https://humanrightsinvestigations.o…  RAPE CLAIMS
[10 ] file :///C :/Users/Doaa/Desktop/New%20folder/8%20https://www.hrw.org/news/2011/08/01… CRIMINAL JUSTICE COURT REPORT ON MUAMMAR QADDAFI, SAFI AL ISLAM AND ABDULLAH AL SANUSSI
[11https://www.icc-cpi.int/libya/gadda…  CRIMINAL JUSTICE COURT REPORT ON SAIF AL ISLAM
[12https://www.youtube.com/watch?v=TpB… MUAMMAR AL QADDAFI’S DEAD BODY
[13https://www.youtube.com/watch?v=4pk… MUTTASIM MUAMMAR AL QADDAFI’S BEFORE-AFTER DEATH FOOTAGE
[14https://www.youtube.com/watch?v=Kqq…  ABDULLAH AL SANNUSI’S IMPRISONMENT IN MILITIA’S PRISONS
[15http://www.bbc.co.uk/news/world-afr…  BBC REPORT ON ABDULHAKIM BELHADJ LIBYA
[16https://www.youtube.com/watch?v=ReQ…  GENERAL AMNESTY LAW
[17https://www.youtube.com/watch?v=FUH…  SHELLING BANI WALID IN 2012 BY THE NEW GOVERNMENT’S MILITIAS IN 2012
[18https://www.youtube.com/watch?v=yG-…  BURNING OF HOUSES AND PROPERTIES IN THE CITY OF WERSHIFANA IN 2014
[19https://www.youtube.com/watch?v=fIa…  A WIPEOUT OF THE CITY OF SIRTE BY THE SO CALLED “REBELS” IN 2011
[20https://www.youtube.com/watch?v=ZW9…  THE DESTRUCTION OF THE CITY OF BENGHAZI
[21https://www.youtube.com/watch?v=abV… MUAMMAR QADDAFI’S CONVOY AFTER GETTING STRIKED BY NATO IN 2011
[22 ] youtube.com/watch ?v=WrfSrvseOCg BURNING OF TRIPOLI INTERNATIONAL AIRPORT
[23https://www.youtube.com/watch?v=mgW…  BURNING OF LIBYA’S AIERIAL CONVOY AND AIRPLANES IN TRIPOLI INTERNATIONAL AIRPORT
[24https://www.youtube.com/watch?v=NBE…  SATELLITE IMAGES OF THE BURNING OIL TANKS IN TRIPOLI
[25https://www.youtube.com/watch?v=P8t…  OIL TANKS BURNING FOOTAGE LINK
[26http://gate.ahram.org.eg/News/32366…  YOUSEF AL-GHERIANI’S COURT DECISION
[27https://www.youtube.com/watch?v=5uE…  AL-JFAARA FAMILY MASSACRE IN BANI WALID 2011
[28https://www.rt.com/news/bani-walid-…  RT REPORT ON THE SIEGE OF BANI WALID AND CHILDREEN DEATHS IN THE CITY BY MILITIA SHELLINGS
[29https://www.youtube.com/watch?v=YTU…  AL-KHWAILDI’S FAMILY MASSACRE BY NATO IN 2011
[30https://www.youtube.com/watch?v=5uE…  MAJER MASSACRE BY NATO IN THE CITY OF ZLITIN 2011
[31https://www.youtube.com/watch?v=6t0…  MURDER OF SAIF AL ARAB MUAMMAR AL QADDAFI BY NATO IN 2011
[32https://www.youtube.com/watch?v=Uop…  KIDNAPPING AND TORTURING THE ISLAMIC SCHOLAR AL MADANI AL SHWEERIF BY “THE REBELS”
[33https://www.youtube.com/watch?v=7wr…  HUSSAIN AL KARAMI’S (ISIS TERRORIST) FRIDAY PRAYER SPEECH IN THE CITY OF SIRTE
[34https://www.youtube.com/watch?v=FYu…  THE FORCE-ENTRY OF MUHAMMED HASSAN’S HOME BY THE SO-CALLED REBELS IN 2011
[35https://www.hrw.org/news/2015/12/03…  HUMAN RIGHTS WATCH REPORT ON THE DARK PRISONS OF LIBYA
[36http://www.masress.com/tahrirnews/311658  THE KILLING OF THE EGYPTIAN POPE IN THE CITY OF MISRATA IN 2012
[37https://www.theguardian.com/world/2…  THE MURDER OF 21 EGYPTIAN CHRISTIANS BY ISIS TERRORISTS IN THE CITY OF SIRTE
[38 ] file :///C :/Users/Lahwej/Downloads/37http://www.telegraph.co.uk/news/wor…  THE MURDER OF 30 ETHIOPIAN CHRISTIANS IN LIBYA
[39https://www.theguardian.com/world/2…  MURDERING OF THE AMERICAN TEACHER IN THE CITY OF BENGHAZI
[40https://www.theguardian.com/world/2…  THE MURDER OF THE RED CROSS CREW IN THE CITY OF MISRATA
[41http://www.bbc.co.uk/news/world-afr…  THE FRENCH EMBASSY’S BOMBING IN TRIPOLI
[42https://www.youtube.com/watch?v=1Ar…  US EMBASSY ATTACKS IN BENGHAZI 2012
[43https://www.youtube.com/watch?v=uMJ…  TONY BLAIR ADDMITING THE “MISTAKE” OF THE INVASION OF IRAQ
[44http://www.ahmedmaiteeg.com/%D8%B9%…  AHMED MAETIEG’S WEBPAGE
[45http://www.unmultimedia.org/arabic/…  NIHAD MAETIEG SPEECH ON UN WEBPAGE
[46http://www.who.int/countryfocus/coo…  WORLD HEALTH ORGANISATION REPORT ON HEALTH-CARE IN LIBYA
[47http://www.opec.org/opec_web/en/abo…  LIBYAN OIL EXPORT REPORT IN 2015
[48https://www.youtube.com/watch?v=ReQ…  RELEASING ISLAMIC FIGHTING GROUPS FROM LIBYAN PRISONS
[49https://www.youtube.com/watch?v=dkl…  AL HADI EMBEERISH’S KIDNAPPING IN 2011
[50https://www.youtube.com/watch?v=yJ8…  SAIF AL ISLAM’S ARRIVAL IN THE CITY OF ZINTAN
[51https://www.youtube.com/watch?v=YVa…  AFP REPORT ON TOURTURING PRISONERS IN NEW LIBYA

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Jim Mattis réfute les « Fake News » d’Israël et de l’Otan

Jim Mattis réfute les « Fake News » d’Israël et de l’Otan

Voilà des années que la presse atlantiste l’affirme : le président Bachar el-Assad utiliserait des armes chimiques contre son propre peuple. Sauf que, selon le secrétaire US à la Défense, le général Jim Mattis, il s’agit d’une fake news. Comme les armes chimiques de Saddam Hussein, cette histoire qui remplit les colonnes des journaux depuis cinq ans est de la pure propagande de guerre.

| Damas (Syrie)

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Cela aurait dû faire la « une » de tous les journaux occidentaux. Mais seul Newsweek l’a relaté [1]. Durant son point de presse, le 2 février, le secrétaire à la Défense, le général Jim Mattis, a indiqué que s’il « pensait » que Damas avait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple, personne au Pentagone n’en avait la moindre preuve.

Le journaliste, qui connaît personnellement le général Jim Mattis, l’a entendu off the record (c’est-à-dire en privé) déclarer son aversion pour le mythe des armes chimiques syriennes. Il lui offre la possibilité de se répéter, cette fois en public. Voici la transcription (publiée avec un léger retard) de cette rencontre.

- Question : Y a-t-il des preuves que des armes au chlore ont été utilisées, des preuves d’armes au chlore :

- Jim Mattis : Je pense que oui.

- Question : Non, je sais, je vous ai entendu.

- Jim Mattis : Je pense qu’elles ont été utilisées à plusieurs reprises. Et c’est, comme vous le savez, une catégorie quelque peu distincte, c’est pourquoi j’ai écarté le sarin comme quelque chose de différent – ouais.

- Question : Il y a donc des preuves crédibles que le sarin et le chlore…

- Jim Mattis : Non, je n’ai pas de preuve, pas spécifiquement. Je n’ai pas de preuve. Ce que je dis, c’est que d’autres groupes sur le terrain, des ONG, des combattants sur le terrain ont dit que le sarin a été utilisé. Nous cherchons donc des preuves. Je n’ai pas de preuve, crédible ou non crédible.

Source : “Media Availability by Secretary Mattis at the Pentagon”, Press Secretary, Departement of Defence, February 2, 2018.

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Au début de la guerre, la République arabe syrienne demanda à l’Onu de venir enquêter sur l’usage d’armes chimiques par les jihadistes. Les inspecteurs ne trouvèrent rien de probant. Mais en août 2013, les États qui soutenaient le projet des Frères musulmans renversèrent l’accusation et affirmèrent, sur la seule base d’une information de l’Unité 8200 du Mossad, que l’Armée syrienne venait de massacrer près de 1 500 civils dans la Ghouta avec un mélange de gaz incluant du sarin.

Attestant la bonne foi de la Syrie, la Russie proposa son adhésion à la Convention sur l’interdiction des armes chimiques. Moscou et Washington, ensemble, détruisirent la totalité des armes chimiques syriennes ainsi que les précurseurs (c’est-à-dire les substances nécessaires à la fabrication de ces armes).

Pourtant, l’accusation d’utilisation de ces armes n’a toujours pas cessé. Alors même que le Pentagone en avait lui-même supervisé la destruction, la presse atlantiste persistait à prétendre que l’Armée arabe syrienne en utilisait. Certains médias comme l’Anglo-Saxon Bellingcat (dont le directeur est un employé de l’Atlantic Council) [2] ou le Français Le Monde [3] sont devenus des répétiteurs professionnels de cette Fake News.

Pour en finir avec cette rumeur, un mécanisme d’enquête conjoint était créé par l’Onu et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC). Après avoir mené depuis New York et Vienne une vaste collecte de renseignements, cette instance refusait d’aller les vérifier sur place et même de procéder à des prélèvements. Le ton montait au Conseil de sécurité où chacun pouvait observer l’ascendant du numéro 2 de l’administration des Nations Unies, le néo-conservateur Jeffrey Feltman [4], sur l’ambassadrice US, Nikki Haley. Finalement, on comptabilisa jusqu’à 5 vétos russes aux mensonges occidentaux sur ce seul sujet [5].

Au moment de l’affaire de Khan Cheikhoun, les États-Unis affirmèrent avec aplomb détenir des preuves de la responsabilité syrienne —preuves qui selon le général Mattis n’ont jamais existé— et punit la Syrie en bombardant la base de Cheyrat.

Le secrétaire à la Défense Robert McNamara a admis que les États-Unis ont menti pour lancer et poursuivre leur guerre contre les Vietnamiens. Son successeur Colin Powell a reconnu avoir menti au Conseil de sécurité pour lancer la guerre contre les Iraquiens. Etc. Mais tous l’ont fait après avoir fait couler le sang et avoir quitté leurs fonctions officielles. Nul n’a été poursuivi.

Comme dans leur droit commercial, les dirigeants US peuvent faire faillite, ne pas payer leurs créanciers et recommencer immédiatement leurs affaires à zéro comme si de rien n’était.

Pour la première fois, un secrétaire à la Défense en exercice a dénoncé les mensonges en cours d’Israël, de sa propre administration et de l’Otan. Bien qu’il ait pris soin de se présenter comme convaincu de la culpabilité syrienne, sa déclaration réfute les justifications des bombardements israéliens en Syrie, prétendument pour détruire des armes chimiques. Elle est sans appel pour ses collègues Rex Tilleron et Nikki Haley. Elle sonne comme un avertissement aux 23 ministres des Affaires étrangères qui, le 23 janvier, ont à nouveau accusé la Syrie d’emploi d’armes chimiques [6] ; des ministres qui se sont prononcés pour la « démocratie » au Levant… à la seule condition que Bachar el-Assad ne puisse pas se présenter à l’élection présidentielle et la gagner.

Source
Al-Watan (Syrie)

[1] “Mattis Admits There Was No Evidence Assad Used Poison Gas on His People”, Ian Wilkie, Newsweek, February 8, 2018.

[2] Brown Moses, de son vrai nom Eliot Higgins, participe en outre à l’association Propaganda or Not ? qui accuse diverses sources, dont le Réseau Voltaire, d’être des instruments du Kremlin. Cf. « La campagne de l’Otan contre la liberté d’expression », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 décembre 2016.

[3] Sur la base d’un résumé grossièrement mensonger, ce quotidien accuse le Réseau Voltaire de ne pas être fiable. Cf. « La vérité sur les « fake news » », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 janvier 2018.

[4] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 janvier 2016.

[5] « À l’Onu, l’incapacité US d’admettre la réalité », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 21 novembre 2017.

[6] « Partenariat international contre l’impunité d’utilisation d’armes chimiques », Réseau Voltaire, 23 janvier 2018.

http://www.voltairenet.org/article199693.html

Pourquoi Macron critique l’intervention occidentale en Libye

ÉCLAIRAGE

Le président français a reconnu la « responsabilité » de la France dans la situation aujourd’hui en Libye suite à l’intervention de l’OTAN.

Le dossier libyen a de nouveau été mis sur le tapis par Emmanuel Macron. En déplacement à Tunis pour deux jours, le président français a reconnu la responsabilité de la France dans la situation dans laquelle se trouve aujourd’hui la Libye. « La France, tout comme des États de l’Europe et les États-Unis, a une responsabilité dans ce qui se passe dans la région », a-t-il déclaré jeudi dans un discours prononcé face au président tunisien Béji Caïd Essebsi et à l’Assemblée des représentants du peuple. « Je n’oublie pas que plusieurs ont décidé qu’il fallait en finir avec le dirigeant libyen sans qu’il y ait pour autant de projet pour la suite », a-t-il enchaîné, faisant référence à l’intervention militaire de l’OTAN en 2011 encouragée par la France sous Nicolas Sarkozy.

Ce n’est pas la première fois que le chef de l’État français rompt ouvertement avec les politiques menées par ses prédécesseurs dans le monde arabe. L’exemple de la Syrie est le plus symbolique à cet égard. M. Macron a mis en avant son « aggiornamento » sur ce dossier, en précisant, en juin dernier, « ne pas avoir énoncé que la destitution de Bachar était un préalable à tout ». « Car personne ne m’a présenté son successeur légitime ! » a-t-il précisé dans un entretien accordé à différents médias européens.

Il faut dire que la realpolitik Macron est fortement imprégnée du souvenir de l’intervention américaine en Irak en 2003, influençant dès lors la définition de sa politique étrangère au Moyen-Orient et cherchant à éviter à tout prix la répétition d’un scénario similaire. Dans ce contexte, ses propos sur la responsabilité de la France en Libye sont une première, mais ils s’inscrivent bien dans la continuité de la ligne voulue par le dirigeant français qui s’emploie à redorer le blason diplomatique de la France dans la région tout en flattant les populations de la région, en désignant l’interventionnisme occidental comme un bouc émissaire. Pour le chef de l’État français, « quoi qu’on pense d’un dirigeant », cela a contribué à « imaginer qu’on pouvait se substituer à la souveraineté d’un peuple pour décider de son futur ». « Nous avons collectivement plongé la Libye depuis ces années dans l’anomie sans pouvoir régler la situation », a-t-il souligné.

Sur la question libyenne, les objectifs français sont multiples. « C’est une façon de montrer une continuité par rapport à Barack Obama qui était très critique de l’intervention, avec lequel M. Macron n’avait pas caché sa proximité, mais aussi de rassurer les dirigeants des pays du Sud quant à leur souveraineté », explique à L’Orient-Le Jour Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales et professeur à Sciences Po Paris. Mais, de manière plus générale, « les arguments employés sont conséquentialistes puisqu’ils peuvent resservir dans d’autres situations et essentialistes car il ne s’agit plus d’intervenir pour transformer un État souverain » sans sa demande expresse, observe l’expert. Selon M. Badie, « il y a peut-être ici l’énonciation d’une doctrine pour une construction plus prudente et désengagée de la politique étrangère française ». S’il semble que la France souhaite revenir à une vision moins interventionniste militairement, elle n’en est pas moins engagée sur différents fronts comme au Sahel ou en Syrie et en Irak, rappelle le spécialiste. Le chef de l’État français semble chercher un juste milieu entre un interventionnisme tous azimuts et un réalisme impliquant une trop grande proximité avec les régimes dictatoriaux. Il n’a ainsi pas manqué de nuancer ses propos : « En Libye, la situation actuelle (était) d’abord due à des années de tyrannie », a-t-il affirmé avant de quitter la Tunisie. « L’idée qu’on règle la situation d’un pays de façon unilatérale et militaire est fausse », a-t-il néanmoins insisté.

« Crime contre l’humanité »

La Libye est […]

Lire la suite sur L’Orient Le Jour, Julie Kebbi, 03-02-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

37 réponses à Pourquoi Macron critique l’intervention occidentale en Libye   :  Pour lire les 37 réponses , cliquez sur le lien :  

https://www.les-crises.fr/pourquoi-macron-critique-lintervention-occidentale-en-libye/

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L’Otan et les bombes nucléaires ne sont pas des thèmes électoraux

L’Otan et les bombes nucléaires ne sont pas des thèmes électoraux

Si les débats de la campagne électorale législative italienne abordent la question du rôle de l’Union européenne, aucun ne s’intéresse à celui de l’Otan. Pourtant les deux institutions sont les deux faces, civile et militaire, d’une seule et même institution. Tant mieux pour le Pentagone qui peut ainsi faire avancer son agenda sans être remarqué.

| Rome (Italie)

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Le Gouvernement italien, qui dans la période électorale reste en charge pour « traiter les affaires courantes », est sur le point de prendre de nouveaux engagements contraignants dans l’Otan. Ils seront officialisés dans le Conseil de l’Atlantique-Nord, qui se tient les 14 et 15 février à Bruxelles au niveau des ministres de la Défense (pour l’Italie Roberta Pinotti).

L’agenda n’a pas encore été communiqué. Il est cependant déjà écrit dans le National Defense Strategy 2018, que le secrétaire USA à la défense Jim Mattis a donné le 19 janvier [1]. À la différence des précédents, le rapport du Pentagone est cette année top secret. Seul un résumé en a été publié, suffisant quand même pour nous faire comprendre ce qui se prépare en Europe.

Accusant la Russie de « violer les frontières de nations limitrophes et d’exercer un pouvoir de veto sur les décisions de ses voisins », le rapport déclare : « Le moyen le plus sûr de prévenir la guerre est d’être préparés à en gagner une ».

Il demande ainsi aux alliés européens de « maintenir leur engagement à augmenter la dépense pour augmenter la puissance de l’Otan ». L’Italie s’est déjà engagée dans l’Otan à porter sa propre dépense militaire des actuels environ 70 millions d’euros par jour à environ 100 millions d’euros par jour. Mais pratiquement personne n’en parle dans le débat électoral.

Tout comme on ne parle pas du contingent italien déployé en Lettonie au bord du territoire russe, ni des avions de chasse italiens Eurofighter Typhoon basés depuis le 10 janvier en Estonie, à une dizaine de minutes de vol de Saint-Petersbourg, avec le motif de protéger les pays baltes de l’« agression russe ».

Silence sur le fait que l’Italie a pris le 10 janvier le commandement de la composante terrestre de la Nato Response Force, projetable dans n’importe quelle partie du monde « sous l’autorité du Commandant suprême des forces alliées en Europe », toujours nommé par le président des États-Unis.

Ignorée la nouvelle que la Marine italienne a reçu le 26 janvier le premier avion de chasse F-35B à décollage court et atterrissage vertical, dont le personnel sera entraîné dans la base des Marines de Beaufort en Caroline du Sud.

Tout cela et d’autres choses sont passées sous silence dans le débat électoral. Celui-ci se concentre sur les implications économiques de l’appartenance de l’Italie à l’Union européenne, mais en ignore celles politiques et militaires, et en conséquence économiques aussi, de l’appartenance de l’Italie à l’Otan sous commandement états-unien, dont font partie (après le Brexit) 21 des 27 États de l’UE.

Dans ce cadre ne se trouve pas soulevée la question des nouvelles bombes nucléaires B61-12, que d’ici environ deux ans le Pentagone commencera à déployer en Italie à la place des actuelles B-61, poussant notre pays au premier rang dans la toujours plus dangereuse confrontation nucléaire avec la Russie.

Pour rompre la chape de silence sur ces questions fondamentales nous devrions poser aux candidates et candidats aux élections politiques (comme le propose le Comité No Guerra No Nato) deux questions précises dans des rencontres publiques, sur les réseaux sociaux et émissions radio-télévisées :« Ȇtes-vous favorable ou non à ce que l’Italie sorte de l’Otan ? Ȇtes-vous favorable ou non au déplacement immédiat hors de l’Italie des armes nucléaires US ? Répondez Oui ou Non, en motivant éventuellement la raison de votre choix ».

Aux 243 parlementaires (parmi lesquels se distingue le candidat leader du M5 Stelle Luigi Di Maio), signataires de l’engagement Ican à faire adhérer l’Italie au Traité Onu sur l’interdiction des armes nucléaires, nous devrions poser une troisième question : « Sur la base de votre engagement soussigné, vous engagerez-vous, dans la prochaine législature, pour le déplacement immédiat hors de l’Italie des bombes nucléaires états-uniennes B-61, qui déjà violent le Traité de non-prolifération, et pour la non-installation des B61-12 et d’autres armes nucléaires ? ».

Traduction
Marie-Ange Patrizio

Source
Il Manifesto (Italie)

http://www.voltairenet.org/article199606.html

La vérité sur les « fake news »

La vérité sur les « fake news »

Alors que l’Otan mettait en place un vaste système pour accuser la Russie de perpétuer la propagande de l’Union soviétique, une hystérie s’est emparée de Washington. Pour tenter de discréditer le nouveau président US, les médias dominants l’accusent de dire n’importe quoi ; en réponse, celui-ci les accuse de propager de fausses nouvelles. Cette cacophonie est amplifiée par le développement soudain des réseaux sociaux, jadis promus comme armes du département d’État contre les régimes nationalistes, aujourd’hui forum populaires contre les abus des élites de tous poils ; Washington en premier lieu.

| Damas (Syrie)

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Dès l’annonce de son élection surprise et avant même qu’il ait eu accès à la Maison-Blanche, l’immense majorité des médias US et de l’Alliance atlantique ont dénoncé l’incurie et la folie du président Trump. Une bataille s’est engagée entre la classe médiatique et le nouveau président, chacun accusant l’autre de propager de fausses nouvelles.

Un peu partout dans les pays de l’Otan —et uniquement dans ces pays—, des responsables politiques dénoncent les fake news. Il s’agit de mettre en lumière l’influence supposée de la propagande russe au sein des « démocraties occidentales ». L’État le plus impacté par cette campagne est la France dont le président Emmanuel Macron a annoncé la rédaction d’une loi spécifique pour lutter contre cette « atteinte à la démocratie », mais uniquement « en période électorale ».

Le fait que l’expression anglaise fake news soit conservée comme telle dans toutes les langues de l’Otan alors qu’elle désigne un phénomène aussi vieux que le monde, les fausses nouvelles, atteste l’origine anglo-saxonne de cette problématique.


Réagissant au projet de loi d’Emmanuel Macron, le ministre russe des Affaires étrangères se demande jusqu’où la censure ira en Europe occidentale.

À l’origine de la campagne contre les « fake news » : l’Otan

En 2009, le président Obama annonça au sommet de l’Otan de Strasbourg-Kehl son intention de créer un service de « Communication stratégique » de l’Alliance [1]. Il fallut six ans pour le mettre en place autour de la 77th Brigade de l’armée de Terre britannique et de la 361st Civil Affairs Brigade de l’armée de Terre états-unienne (basée en Allemagne et en Italie).

La mission de départ était de contrer les discours accusant l’État profond US d’avoir lui-même organisé les attentats du 11-Septembre, puis ceux accusant les Anglo-Saxons d’avoir planifié les « printemps arabes » et la guerre contre la Syrie ; discours qualifiés de « conspirationnistes ». Cependant, rapidement les choses évoluèrent pour convaincre les populations de l’Alliance que la Russie poursuit la propagande de l’Union soviétique —et donc que l’Otan est encore utile—.

En définitive, en avril 2015, l’Union européenne se dota d’un « Groupe de travail pour les communications stratégiques vers l’Est » (East StratCom Task Force). Il adresse chaque semaine à des milliers de journalistes un relevé de la propagande russe. Par exemple, sa dernière édition (datée du 11 janvier 2018) accuse Sputnik d’avoir prétendu que le zoo de Copenhague nourrit ses fauves avec des animaux familiers abandonnés — Bigre, les « démocraties » sont menacées ! À l’évidence, il est difficile pour ces spécialistes de trouver des exemples significatifs de l’ingérence russe. En août de la même année, l’Otan inaugura son « Centre de communication stratégique » à Riga (Lettonie). L’année suivante, le département d’État US se dota, quant à lui, du « Centre d’engagement global » (Global Engagement Center) qui poursuit les mêmes buts.

Comment Facebook, la marotte d’Hillary Clinton, s’est retourné contre elle

En 2009, la secrétaire d’État Hillary Clinton, sous l’impulsion de Jared Cohen (responsable au Bureau de la planification politique), se persuada qu’il était possible de renverser la République islamique d’Iran en manipulant les réseaux sociaux. Cette théorie n’eut pas l’effet escompté. Cependant, deux ans plus tard, en 2011, le même Jared Cohen devenu patron de Google Ideas réussit à mobiliser la jeunesse cairote. Bien que la « révolution » de la place Tahrir n’ait pas influé l’opinion du peuple égyptien, le mythe de l’extension du mode de vie états-unien par Facebook était né. Du coup, le département d’État a sponsorisé quantité d’associations et de congrès pour promouvoir Facebook.

Cependant, l’élection présidentielle US de 2016 créa la surprise. Un outsider, le promoteur immobilier Donald Trump, élimina tous ses rivaux un à un, y compris Hillary Clinton, et fut porté à la Maison-Blanche alors qu’il disposait des conseils de Facebook. Pour la première fois, le rêve de l’égérie des politiciens professionnels devenait réalité, mais contre elle. Du jour au lendemain, Facebook fut diabolisé par la presse dominante.

Il apparait à cette occasion que l’on peut artificiellement créer des mouvements de foule avec les réseaux sociaux, mais qu’au delà de quelques jours, les utilisateurs retrouvent leur esprit. C’est la constante de tous les systèmes de manipulation de l’information : ils sont éphémères. La seule forme de mensonge qui permet de créer des comportements sur le long terme suppose d’avoir poussé les citoyens à un engagement mineur, c’est-à-dire de les embrigader [2].

Au demeurant, Facebook l’a fort bien compris en créant son « Bureau de la Politique mondiale et de la Sensibilisation des gouvernements » et en le confiant à Katie Harbath. Il entend créer des émotions collectives en faveur de tel ou tel client, mais ne cherche pas à organiser des campagnes durables [3]. C’est aussi pourquoi, le président Macron se propose de légiférer les réseaux sociaux uniquement pour les périodes électorales. Lui même a été élu grâce au bref désordre créé conjointement par un hebdomadaire et Facebook contre son rival François Fillon ; opération orchestrée par Jean-Pierre Jouyet [4]. Au demeurant, la crainte d’Emmanuel Macron que la prochaine fois les réseaux sociaux soient utilisés contre lui se superpose avec la volonté de l’Otan de montrer la continuité URSS-Russie en matière de propagande. Il cite donc comme exemple de manipulation une interview de Sputnik à propos de sa vie privée et le relai d’une allégation sur un compte bancaire à l’étranger.

Le rapport de Christopher Steele

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Au Royaume-Uni les jeunes considèrent la rhétorique officielle sur les « fakes news » comme une volonté gouvernementale de leur bourrer le crâne, ainsi qu’en atteste le succès de la marque de jeans Fake News.

Durant la campagne présidentielle US, l’équipe d’Hillary Clinton a commandé à l’ancien agent des services secrets britanniques Christopher Steele une enquête sur le candidat Donald Trump. Ancien patron du « Bureau Russie » du MI6, il est connu pour ses allégations scandaleuses et toujours invérifiables. Après avoir accusé sans preuve Vladimir Poutine d’avoir commandité l’empoisonnement d’Alexander Litvinenko au polonium 210, il l’accusa d’avoir fait tomber Donald Trump dans un piège sexuel et de le faire chanter. Le Dossier Steele est alors discrètement remis à divers journalistes, hommes politiques et maîtres espions, et enfin publié [5].

D’où l’hypothèse selon laquelle, cherchant à faire élire sa marionnette et à empêcher l’élection d’Hillary Clinton, le maître du Kremlin aurait ordonné à « ses » médias d’acheter des publicités sur Facebook et de répandre des calomnies contre l’ancienne secrétaire d’État ; hypothèse qui serait aujourd’hui étayée par une conversation de l’ambassadeur australien à Londres avec un conseiller de Donald Trump [6]. Peu importe que Russia Today et Sputnik n’aient dépensé au total que quelques milliers de dollars pour des publicités rarement consacrées à Madame Clinton, la classe dirigeante US est persuadée qu’ils ont renversé l’engouement en faveur de la candidate démocrate et sa campagne à 1,2 milliard de dollars. À Washington, on persiste à croire que les inventions technologiques permettent de manipuler le genre humain.

Il ne s’agit plus d’observer que Donald Trump et ses partisans ont mené campagne sur Facebook parce que la totalité de la presse écrite et audio-visuelle leur était hostile, mais de prétendre que Facebook a été manipulé par la Russie pour empêcher l’élection de l’égérie de Washington.

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Ancien collaborateur de Condoleezza Rice, puis d’Hillary Clinton et désormais d’Eric Schmidt, Jared Cohen partage la philosophie scientiste des dirigeants de Google (le transhumanisme). Selon lui, il est possible de renverser des gouvernements en utilisant les bons algorithmes sur les réseaux sociaux.

Le privilège juridique de Google, Facebook et Twitter

En cherchant à prouver l’ingérence de Moscou, la presse US a souligné le privilège exorbitant dont disposent Google, Facebook et Twitter : ces trois sociétés ne sont pas considérées comme responsables de leurs contenus. Du point de vue du droit états-unien, elles sont uniquement des transporteurs d’information (common carrier).

Les expériences conduites par Facebook ayant montré la possibilité de créer des émotions collectives d’une part, et l’irresponsabilité juridique de cette société d’autre part, attestent d’une anomalie du système.

D’autant que le privilège de Google, Facebook et Twitter est à l’évidence indu. En effet, ces trois sociétés agissent au moins de deux manières pour modifier les contenus qu’elles transportent. D’abord, elles censurent unilatéralement certains messages, soit par l’intervention directe de leur personnel, soit mécaniquement par des algorithmes cachés. Puis, elles promeuvent leur vision de la vérité au détriment des autres point de vue (fact-checking).

Par exemple, en 2012, le Qatar commanda à Google Ideas, déjà dirigé par Jared Cohen, la création d’un logiciel permettant de suivre la progression des défections dans l’armée arabe syrienne. Il s’agissait de montrer que la Syrie était une dictature et que le peuple entrait en révolution. Or, il s’avéra rapidement que cette vision des choses était fausse. Le nombre de soldats ayant fait défection ne dépassa jamais les 25 000 dans une armée de 450 000 hommes. C’est pourquoi, après avoir fait la promotion de ce logiciel, Google le retira discrètement.

À l’inverse, Google promeut depuis sept ans les articles relayant les communiqués de l’Observatoire syrien des Droits de l’homme (OSDH). Ils donnent, jour après jour, le décompte exact du nombre de victimes dans les deux camps. Sauf que ces chiffres sont imaginaires : il est impossible pour qui que ce soit de les établir. Jamais en période de guerre, un État n’est capable de déterminer quotidiennement le nombre de soldats morts au combat et de civils tués à l’arrière-ligne. Pourtant, au Royaume-Uni, l’OSDH sait ce que les gens sur place, en Syrie, ne peuvent pas savoir.

Loin de n’être que des transporteurs d’information, Google, Facebook et Twitter en sont des façonneurs et, à ce titre, ils devraient être responsables juridiquement de leurs contenus.

Les règles de la liberté d’expression

Considérons que les efforts de l’Otan et ceux du président Macron contre la Russie en matière audiovisuelle et sur Internet sont voués à l’échec. Il n’en reste pas moins qu’il convient de faire rentrer les nouveaux médias dans le droit général.

Les principes régissant la liberté d’expression ne sont légitimes que s’ils sont identiques pour tous les citoyens et sur tous les médias. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Si le droit général s’applique, il n’existe pas de règle précise en matière de démenti ou de droit de réponse pour les messages sur Internet et les réseaux sociaux.

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À propos du Réseau Voltaire, Le Décodex du Monde affirme : « Le site de Thierry Meyssan, un conspirationniste proche du gouvernement syrien. Il affirme notamment, sans preuve, que la tuerie de Charlie-Hebdo est un attentat orchestré par Washington » (sic).

Comme toujours dans l’histoire de l’information, les médias anciens tentent de saboter les nouveaux. Je me souviens ainsi de l’éditorial vengeur que le quotidien français, Le Monde, consacra en 2002 à mon travail sur Internet à propos de la responsabilité des attentats du 11-Septembre. Ce qui choquait le journal tout autant que mes conclusions, c’est que le Réseau Voltaire soit libre des obligations financières dont il se sentait prisonnier [7]. C’est la même attitude corporatiste dont il fait preuve quinze ans plus tard avec son service, Le Décodex. Plutôt que de critiquer les articles ou les vidéos des nouveaux médias, Le Monde se propose de noter la fiabilité des sites Internet rivaux du sien. Bien sûr, seuls les sites émanant de ses confrères papier trouvent grâce à ses yeux, tous les autres sont jugés peu fiables.

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Éminente personnalité maçonnique, Gérard Collomb est un saint-simonien. Proche de Dominique Strauss-Kahn, il rejoignit Emmanuel Macron dès le début de sa campagne électorale. Éternel secrétaire général de la Fondation Jean-Jaurès, depuis sa création en 1992, il lui a fait publier une étude qualifiant ses opposants politiques de « conspirationnistes », puis un faux sondage les accusant de crédulité. Il est ministre de l’Intérieur.

Pour étayer la campagne contre les réseaux sociaux, la Fondation Jean-Jaurès (c’est-à-dire la fondation du Parti socialiste liée à la National Endowment for Democracy) a publié un sondage imaginaire [8]. Chiffres à l’appui, il vise à démontrer que les gens frustrés, les classes laborieuses et les partisans du Front national sont crédules. Il affirme que 79 % des Français croient une théorie du complot. Pour preuve de leur naïveté, il précise que 9 % d’entre eux sont persuadés que la Terre est plate.

Or, ni moi, ni aucun de mes amis français consultés par Internet n’ont rencontré de compatriotes croyant que la Terre soit plate. Ce chiffre est évidemment inventé et discrédite l’ensemble de l’étude. Au demeurant, bien que liée au Parti socialiste, la Fondation Jean-Jaurès a toujours comme secrétaire général Gérard Collomb, devenu ministre de l’Intérieur du président Macron. Cette même fondation avait déjà publié, il y a deux ans, une étude visant à discréditer les opposants politiques au système qu’il qualifiait déjà de « conspirationnistes » [9].

[1] « La campagne de l’Otan contre la liberté d’expression », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 décembre 2016.

[2] Sur les méthodes de propagande, lire « Les techniques de la propagande militaire moderne », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 16 mai 2016.

[3] « Comment une cellule secrète de Facebook manipule les opinions publiques », par Shelley Kasli, Traduction Jean-Marc Chicot, Great Game India (Inde) , Réseau Voltaire, 28 décembre 2017.

[4] Personnalité centrale du corps des Inspecteurs des Finances, Jean-Pierre Jouyet fut avocat au très mitterrandien cabinet Jeantet, directeur-adjoint du cabinet de Lionel Jospin, secrétaire d’État aux Affaires européennes sous Nicolas Sarkozy, secrétaire général de l’Élysée sous François Hollande et mentor d’Emmanuel Macron qui l’a immédiatement nommé ambassadeur de France à Londres.

[5] The Steele Report

[6] “How the Russia Inquiry Began : A Campaign Aide, Drinks and Talk of Political Dirt”, Sharon LaFranière, Mark Mazzetti et Matt Apuzzo, New York Times, December 30, 2017.

[7] « Le Net et la rumeur », éditorial du Monde, 21 mars 2002.

[8] « Le conspirationnisme dans l’opinion publique française », Rudy Reichstadt, Fondation Jean-Jaurès, 7 janvier 2018.

[9] « L’État contre la République », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 9 mars 2015.

 

http://www.voltairenet.org/article199354.html

Des vétérans du renseignement disent à Trump que l’Iran n’est pas le principal commanditaire du terrorisme

Source : Consortium News, 21-12-2017

21 décembre 2017

Un groupe de vétérans du renseignement états-unien demande instamment au président Trump de faire en sorte que son administration cesse de prétendre faussement que l’Iran est le principal commanditaire du terrorisme alors que des alliés des États-Unis, comme l’Arabie saoudite, sont, eux, beaucoup plus coupables dans ce domaine.

MEMORANDUM POUR : le Président

DE : Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS)

OBJET : L’Iran est-il le « principal commanditaire mondial du terrorisme ? »

RÉSUMÉ ANALYTIQUE ET HISTORIQUE

Nous sommes préoccupés par les récentes déclarations publiques véhémentes et brutales de membres clés de votre administration qui dépeignent l’Iran en termes très alarmistes. L’Américain moyen, s’il n’a pas le recul de l’Histoire, pourrait facilement être persuadé que l’Iran représente une menace imminente et qu’il n’y a pas d’autre alternative pour nous que le conflit militaire.

Nous trouvons que cette situation est un terrain désagréablement familier. Il y a dix ans, l’ancien président George W. Bush envisageait une guerre contre l’Iran lorsque, en novembre 2007, les analystes des services de renseignement ont publié une estimation officielle du National Intelligence Estimates (NIE) [documents émis par le gouvernement des États-Unis. Il s’agit d’évaluations officielles du Directeur du renseignement national (DNI) sur des thématiques de renseignement liées à un sujet particulier relevant de la sécurité nationale, NdT] démystifiant les idées reçues, à savoir que l’Iran était sur le point de se doter d’une arme nucléaire. La NIE a conclu que l’Iran avait cessé de travailler sur une arme nucléaire en 2003.

Se rappelant ce moment dans ses mémoires, Decision Points, le président Bush a noté que les conclusions « sensationnelles » du renseignement recueillies dans la NIE l’ont en empêché. Il a ajouté cette question rhétorique : « Comment expliquer l’utilisation de l’armée pour détruire les installations nucléaires d’un pays qui aux dires de la communauté du renseignement n’a pas de programme d’armement nucléaire actif ? »

Nous croyons que vous faites face à une situation semblable aujourd’hui. Mais au lieu de prétendre de façon inexacte que l’Iran possède des armes nucléaires, le nouveau bobard pour justifier la guerre avec l’Iran est l’affirmation selon laquelle l’Iran demeure « le principal État au monde à parrainer le terrorisme ». Ceci est incorrect, comme nous l’expliquons ci-dessous.

* * *

L’un des grands mensonges bipartites récurrents qui est promu dans le public avec l’aide enthousiaste de médias largement dociles, est que l’Iran est actuellement le principal commanditaire du terrorisme dans le monde.

La récente présentation de la stratégie nationale pour 2018 de votre administration souligne que :

« L’Iran, premier pays au monde à parrainer le terrorisme, a profité de l’instabilité pour étendre son influence par le biais de ses partenaires et de ses mandataires, de la prolifération des armes et du financement… L’Iran continue de pérenniser le cycle de la violence dans la région, causant de graves dommages aux populations civiles. »

Plusieurs autres pays du Moyen-Orient se font l’écho de ces sentiments. Le ministre des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, Adel al-Jubeir, par exemple, a déclaré en octobre 2015 que l’Iran « est le plus grand commanditaire du terrorisme dans le monde et qu’il travaille à déstabiliser la région. »

Le ministre des Affaires étrangères saoudien a opportunément refusé de mentionner que 15 des 19 terroristes qui ont détourné des avions et attaqué l’Amérique le 11 septembre 2001 étaient des Saoudiens, et non des Iraniens. Et si l’Iran était un promoteur actif du terrorisme il y a vingt ans, il n’est plus à l’avant-garde du terrorisme mondial. Ironiquement, cette distinction douteuse revient aujourd’hui aux accusateurs de l’Iran – en premier lieu, l’Arabie saoudite.

Les faits ne corroborent pas la description de l’Iran en tant que « principal État parrainant le terrorisme dans le monde ». Alors que l’Iran est coupable d’avoir utilisé le terrorisme comme instrument de politique nationale, l’Iran de 2017 n’est pas l’Iran de 1981. Dans les premiers temps de la République islamique d’Iran, des agents iraniens ont systématiquement commis des attentats à la voiture piégée, des enlèvements et des assassinats de dissidents et de citoyens américains. Ce n’est plus le cas depuis de nombreuses années. Malgré les affirmations fréquentes des responsables américains selon lesquelles l’Iran est impliqué dans le terrorisme, nous notons simplement que les incidents enregistrés chaque année par le département d’État américain dans son rapport intitulé Patterns of Global Terrorism (Modèles de terrorisme mondial) identifient rarement un incident terroriste comme un acte commis par l’Iran ou en son nom.

Les relations de l’Iran avec le Hezbollah ont également évolué radicalement. Dans les premières années de la République islamique, le Hezbollah a souvent été mandataire et sous-traitant pour l’Iran. Mais au cours des 20 dernières années, le Hezbollah est devenu une entité et une force politique à part entière. Il a combattu Israël jusqu’à l’arrêt des hostilités en 2006 dans le sud du Liban, un moment décisif dans la transformation du Hezbollah en une armée conventionnelle. Entre-temps, le Hezbollah, qui fait maintenant partie du gouvernement libanais, s’est également détourné de la violence radicale et religieuse qui caractérise les extrémistes sunnites, comme l’EI.

La réponse asymétrique de l’Iran

Après que l’Iran soit tombé sous le règne des Ayatollah en 1979, le terrorisme, son rôle dans des attentats terroristes de grande envergure, comme la prise d’otages américains et les attentats à la bombe de l’ambassade américaine et des casernes maritimes au Liban, a alimenté l’animosité compréhensible des États-Unis envers l’Iran. Mais les actions de l’Iran n’ont pas été motivées principalement par une haine aveugle ou des opinions religieuses radicales. Pour l’Iran, le terrorisme était un moyen de se battre contre des ennemis plus puissants, principalement les États-Unis, qui apportaient un soutien militaire et des renseignements au voisin et à l’ennemi de l’Iran, l’Irak.

Les Iraniens étaient également pragmatiques et avaient des rapports directs avec Israël. Pendant les premiers jours de la révolution iranienne, les mollahs, bien que dénonçant publiquement Israël, ont heureusement accepté le soutien militaire secret des Israéliens. Israël était tout aussi pragmatique. Les dirigeants israéliens ont fait abstraction des mollahs et ont apporté leur soutien pour aider à contrer la menace posée par le président irakien Saddam Hussein. Un cas classique de l’ennemi de mon ennemi est mon ami.

L’image publique de l’Iran en tant que foyer de terroristes fanatiques a été usurpée depuis les attentats à la bombe perpétrés en août 1998 par Al-Qaïda et d’autres entités sunnites radicales contre les ambassades des États-Unis en Afrique de l’Est. La propre liste d’attentats terroristes du gouvernement américain depuis 2001 montre une baisse spectaculaire de la violence perpétrée par l’Iran et une recrudescence concomitante d’actes horribles commis par des musulmans sunnites radicaux qui ne sont pas alignés sur l’Iran. La dernière édition du Global Terrorism Index, un projet du département de la Sécurité intérieure des États-Unis, montre que quatre groupes sont à l’origine de 74 % de tous les décès dus au terrorisme en 2015 : Boko Haram, Al-Qaïda, les Talibans et l’EI.

Treize des 14 groupes islamistes repérés par la communauté du renseignement américain comme activement hostiles aux États-Unis sont sunnites, et non chiites, et ne sont pas soutenus par l’Iran.

  • État islamique (sunnite)
  • Front Al-Nosra (sunnite)
  • Al-Qaïda Central (sunnite)
  • Al-Qaïda au Maghreb (sunnite)
  • Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (sunnite)
  • Boko Haram (sunnite)
  • al-Shabab (sunnite)
  • groupe Khorassan (sunnite)
  • Société des Frères musulmans (sunnite)
  • Abou Sayyaf aux Philippines (sunnite)
  • Talibans au Pakistan et en Afghanistan (sunnite)
  • Lashkar-e-Toiba (sunnite)
  • Jamaa Islamiya (sunnite)
  • Houthis (chiite)

Le dernier attentat terroriste majeur ayant fait des victimes en relation avec l’Iran a été l’attentat à la bombe perpétré en juillet 2012 contre un bus de touristes israéliens en Bulgarie. Cet écart par rapport à la politique plus récente de l’Iran en matière de terrorisme constitue une rétorsion pour ce que l’Iran a perçu comme le rôle d’Israël dans l’assassinat de cinq scientifiques iraniens impliqués dans le programme nucléaire iranien, entre janvier 2010 et janvier 2012 (les dates et les noms des personnes agressées sont joints en annexe).

On peut facilement imaginer l’indignation et la soif de vengeance qui balayerait les États-Unis, si les Américains croyaient qu’un pays étranger envoyait des agents aux États-Unis qui, chacun son tour, assassineraient des ingénieurs et des scientifiques travaillant sur des projets de défense américains sensibles.

Opérations spéciales

Il y a eu d’autres attentats terroristes à l’intérieur de l’Iran qui portaient la marque du soutien des États-Unis. Relentless Strike [une guerre implacable, NdT] de l’auteur Sean Naylor, qui décrit en détail l’historique des opérations menées par le Joint Special Operations Command (JSOC) des États-Unis au cours des 30 dernières années, éclaire cette vérité inconfortable :

« Le personnel du JSOC a également travaillé avec le Mujaheddin-e-Khalq (MEK) [en français, ’Organisation des moudjahidin du peuple iranien’ ou OMPI, NdT], un groupe militant d’exilés iraniens qui s’était établi en Irak après avoir fui le régime des ayatollahs à Téhéran. Le département d’État avait inscrit l’OMPI sur sa liste d’organisations terroristes désignées, mais cela n’ a pas empêché le JSOC d’adopter une attitude de « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » envers le groupe. « C’était un groupe de gens qui pouvaient traverser la frontière, et ils étaient prêts à nous aider sur ce que nous voulions faire avec l’Iran », a déclaré un officier des opérations spéciales.

L’OMPI a été classée comme un groupe terroriste, jusqu’ à ce que les États-Unis décident que tant que l’OMPI aiderait à tuer les Iraniens plutôt que les Américains, ils n’étaient plus des terroristes. L’histoire du terrorisme de l’OMPI est très claire. Parmi plus d’une douzaine d’exemples au cours des quatre dernières décennies, ces quatre exemples sont représentatifs :

  • Au cours des années 1970, l’OMPI a tué du personnel militaire américain et des civils américains travaillant sur des projets de défense à Téhéran et a soutenu la prise de contrôle de l’ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979.
  • En 1981, l’OMPI a fait exploser des bombes au siège du Parti de la République islamique et dans le bureau du Premier ministre, tuant quelque 70 hauts responsables iraniens, dont le président, le premier ministre et le Président de la Cour suprême en Iran.
  • En avril 1992, l’OMPI a mené des attaques quasi-simultanées contre les ambassades et installations iraniennes dans 13 pays, démontrant ainsi la capacité du groupe à monter des opérations d’envergure outre-mer.
  • En avril 1999, l’OMPI a pris pour cible des officiers militaires clés et assassiné le chef adjoint de l’état-major général des forces armées iraniennes.

En dépit de cette histoire, un défilé bipartite de dirigeants politiques et militaires américains de premier plan a fait pression en faveur de l’OMPI et a été bien récompensé en retour.

Une politique jusqu’ici ignorante

Ironiquement, la guerre de 2003 menée par les États-Unis en Irak a joué un rôle critique dans la résurgence de l’Iran en tant que puissance régionale. Saddam Hussein a été remplacé par des musulmans chiites qui avaient trouvé refuge en Iran pendant de nombreuses années et les institutions baathistes, y compris l’armée, ont été reprises par les Irakiens favorables à Téhéran.

L’Iran est sorti vainqueur en Irak et, avec l’accord nucléaire de 2015 en place, les liens commerciaux et autres de l’Iran se sont améliorés avec les principaux alliés de l’OTAN et les autres grands acteurs mondiaux, en particulier la Russie et la Chine.

Les déclarations officielles sur des questions cruciales de sécurité nationale doivent être fondées sur des faits. L’hyperbole dans la description des activités terroristes de l’Iran peut être contre-productive. Pour cette raison, nous attirons l’attention sur la récente déclaration de l’Ambassadeur Nikki Haley selon laquelle il est difficile de trouver un « groupe terroriste au Moyen-Orient qui n’ a pas les empreintes digitales de l’Iran partout sur lui ». La vérité est bien différente. La majorité des groupes terroristes de la région ne sont ni des créatures, ni des marionnettes de l’Iran. L’EI, Al-Qaïda et Al-Nosra sont trois des plus importants qui me viennent à l’esprit.

Vous vous êtes présenté comme quelqu’un qui est prêt à dire des vérités dures face aux pressions de l’establishment et à ne pas accepter le statu quo. Vous avez dénoncé pendant la campagne l’invasion américaine de l’Irak en 2003 comme une erreur historique aux proportions épiques. Vous avez aussi correctement saisi l’humeur de nombreux Américains fatigués par la guerre constante dans des pays lointains. Pourtant, le torrent d’avertissements lancés par Washington au sujet des dangers prétendument posés par l’Iran et la nécessité de les affronter sont largement perçus comme des mesures visant à renverser votre promesse de ne pas vous embarquer dans de nouvelles guerres

Nous vous encourageons à réfléchir à l’avertissement que nous avons émis à l’attention du président George W. Bush il y a près de 15 ans, à un moment historique similaire :

« après avoir écouté le secrétaire Powell aujourd’hui, nous sommes convaincus que vous seriez bien avisé si vous élargissiez la discussion… au-delà du cercle de ces conseillers clairement tournés vers une guerre pour laquelle nous ne voyons pas de raison impérieuse et dont nous pensons que les conséquences imprévues sont susceptibles d’être catastrophiques. »

ANNEXE

LISTE DES SCIENTIFIQUES IRANIENS ASSASSINÉS EN IRAN

12 janvier 2010 : Masoud Alimohammadi, physicien iranien :

Tué par une voiture piégée. L’auteur aurait avoué avoir été recruté par les renseignements israéliens pour commettre l’assassinat.

29 novembre 2010 : Majid Shahriari, physicien nucléaire iranien :

Tué par une voiture piégée. Selon les médias allemands Israël était le commanditaire.

29 novembre 2010 : tentative d’assassinat sur Fereydoon Abbasi, physicien nucléaire :

Blessé par une voiture piégée.

23 juillet 2011 : Darioush Rezaeinejad, ingénieur en électricité iranien, scientifique nucléaire.

Tué par deux hommes armés à moto. Spécialiste des commutateurs à haut voltage – un composant clé dans les ogives nucléaires. Assassiné par les renseignements israéliens.

11 janvier 2012 : Mostafa Ahmadi-Roshan, physicien nucléaire iranien

Tué à la station d’enrichissement de l’uranium par une bombe magnétique de la même sorte que celles utilisées antérieurement pour des assassinats de scientifiques iraniens.

________________________

Signé :

Richard Beske, CIA, Operations Officer (ret.)

William Binney, former NSA Technical Director for World Geopolitical & Military Analysis; Co-founder of NSA’s Signals Intelligence Automation Research Center

Marshall Carter-Tripp, Foreign Service Officer (ret.) and Division Director, State Department Bureau of Intelligence and Research

Bogdan Dzakovic, Former Team Leader of Federal Air Marshals and Red Team, FAA Security, (ret.) (associate VIPS)

Philip Giraldi, CIA, Operations Officer (ret.)

Larry C. Johnson, former CIA and State Department Counter Terrorism officer

Michael S. Kearns, Captain, USAF (Ret.); ex-Master SERE Instructor for Strategic Reconnaissance Operations (NSA/DIA) and Special Mission Units (JSOC)

John Kiriakou, Former CIA Counterterrorism Officer and former senior investigator, Senate Foreign Relations Committee

Karen Kwiatkowski, former Lt. Col., US Air Force (ret.), at Office of Secretary of Defense watching the manufacture of lies on Iraq, 2001-2003

Edward Loomis, NSA, Cryptologic Computer Scientist (ret.)

David MacMichael, National Intelligence Council (ret.)

Ray McGovern, former US Army infantry/intelligence officer & CIA analyst (ret.)

Elizabeth Murray, Deputy National Intelligence Officer for Near East, CIA and National Intelligence Council (ret.)

Torin Nelson, former Intelligence Officer/Interrogator (GG-12) HQ, Department of the Army

Todd E. Pierce, MAJ, US Army Judge Advocate (ret.)

Coleen Rowley, FBI Special Agent and former Minneapolis Division Legal Counsel (ret.)

Greg Thielmann – Former director of the Strategic, Proliferation, and Military Affairs Office of the State Department’s intelligence bureau (INR) and former senior staffer on the Senate Intelligence Committee

Kirk Wiebe – former Senior Analyst, SIGINT Automation Research Center, NSA

Lawrence Wilkerson, Colonel (USA, ret.), Distinguished Visiting Professor, College of William and Mary (associate VIPS)

Sarah G. Wilton, CDR, USNR, (Retired)/DIA, (Retired)

Robert Wing – former Foreign Service Officer (associate VIPS)

Ann Wright, Col., US Army (ret.); Foreign Service Officer (who resigned in opposition to the war on Iraq)

Source : Consortium News, 21-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

18 réponses à Des vétérans du renseignement disent à Trump que l’Iran n’est pas le principal commanditaire du terrorisme

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La Serbie n’a pas besoin d’un dialogue sur le Kosovo, mais sur l’intégration européenne

La Serbie n'a pas besoin d'un dialogue sur le Kosovo, mais sur l'intégration européenne

La Serbie n’a pas besoin d’un dialogue sur le Kosovo, mais sur l’intégration européenne

Par Dragana Trifkovic, journaliste au magazine serbe Geopolitika et au magazine allemand Zuerst, fondateur et directeur du Centre des études géostratégiques ♦ Maintenant que les circonstances mondiales ont changé et que les États-Unis et l’OTAN sont en train de perdre de leur influence et que les puissances favorables à la préservation du Kosovo-Metohija serbe – comme la Russie et la Chine – sont de plus en plus fortes, nous poursuivons une politique de capitulation.


Le but du dialogue interne mené par le président serbe Aleksandar Vucic devrait être celui de répartir les responsabilités et de servir comme couverture pour l’abandon final du Kosovo-Métochie.

Le gouvernement nous assure constamment qu’il ne reconnaîtra jamais le Kosovo en tant qu’État indépendant, mais nous devons ici souligner une chose : ils ne sont pas censés annoncer au public que le Kosovo est un État indépendant et que nous le reconnaissons comme tel. Personne ne demande une reconnaissance aussi claire de leur part. Le problème est qu’ils instiguent l’indépendance du Kosovo en mettant en œuvre leur politique, sans clairement définir et communiquer au public ce qu’ils font réellement. Si nous convenons que la prétendue indépendance du Kosovo dépend exclusivement du consentement de la Serbie, et que sans le consentement de la Serbie, les États-Unis ne peuvent pas mettre en œuvre une nouvelle carte des Balkans, la responsabilité des autorités de Belgrade devient encore plus grande.

J’ai récemment passé en revue le livre Wikileaks, Les secrets des dépêches de Belgrade de l’auteur Nikola Vrzić, publié en 2011, c’est-à-dire avant l’arrivée au pouvoir du Parti progressiste serbe. Il analyse les lettres et les rapports confidentiels originaux des diplomates étrangers qui révèlent les plans des puissances occidentales concernant la sécession du Kosovo de la Serbie, ainsi que l’attitude des autorités démocratiques précédentes sur la question.

Continuité de la mauvaise politique

Au tout début du livre, l’auteur décrit le président précédent et dit qu’”il ne pouvait pas décider entre la capitulation, la trahison et la peur de son propre peuple, et qu’il choisissait volontiers la capitulation et la trahison”.

Si nous ne tenons pas compte du fait que ces mots sont dédiés à Boris Tadic, pouvons-nous les identifier aujourd’hui avec le président actuel ?

L’auteur analyse ensuite la stratégie américaine K1, par laquelle ils veulent convaincre les Serbes que le Kosovo leur importe peu. Y a-t-il une manière plus ouverte que celle dans laquelle le président de l’État de Serbie dit que nous ne devrions pas célébrer et glorifier les défaites (en pensant à la bataille du Kosovo) mais que nous devrions glorifier le héros, le grand chef militaire et stratège Mourad, pour qui “ces gens-là ne sont même pas assez bons pour être ses adjoints”.

Les dépêches de Wikileaks de 2007 montrent clairement que les fonctionnaires de l’UE demandent à la Serbie de reconnaître le Kosovo avant de rejoindre l’UE. La question se pose de savoir si Aleksandar Vucic n’a découvert ce fait que récemment lorsqu’il a déclaré à Arandjelovac que nous devions modifier radicalement notre attitude vis-à-vis du Kosovo pour devenir membre de l’UE. Dans sa nouvelle déclaration à la presse, il appelle à un débat public, c’est-à-dire un dialogue interne mis en place, avec des solutions déjà préparées, et il fait appel au professeur Kutlesic, qui a présenté l’idée d’une “réelle union de la Serbie et du Kosovo” lors de la première table ronde organisée dans le cadre du dialogue interne sur le Kosovo.

Enfin, ce livre devrait aussi nous rappeler le modèle de deux Allemagnes, déjà mentionné en 2007 par la diplomatie allemande comme une solution qui est offerte à la Serbie et qui implique un modèle de coexistence avec un Kosovo indépendant (quelque chose de similaire à ce que le professeur Kutlesic nous suggère généreusement). L’auteur a commenté que depuis 2008, la politique du Kosovo a été réduite à « une application peu convaincante de la variante pervertie des deux modèles allemands dans les Balkans, dans laquelle la Serbie ne reconnaît pas le Kosovo en poussant les Serbes du Kosovo dans les bras de Pristina. Mais seulement de façon temporaire jusqu’à la reconnaissance finale par la Serbie d’un Kosovo indépendant, au nom d’une intégration européenne sans fin ».

La reconnaissance non-avouée

Maintenant la question se pose de savoir pourquoi de nombreux analystes politiques indépendants, tels qu’ils se présentent, n’analysent pas la politique du Kosovo de la Serbie depuis 2012 à la lumière des dépêches de Wikileaks de la période précédente ? Parce qu’ils en viendraient à la conclusion que le gouvernement actuel a fait des pas beaucoup plus importants et audacieux vers l’établissement de l’État du Kosovo et l’expulsion des Serbes sous les auspices d’un Kosovo indépendant, que le gouvernement précédent.

Il est tout à fait clair que la politique de l’Occident envers la Serbie n’a pas changé, mais seules les personnalités politiques en Serbie qui ont mis en œuvre une telle politique, ont changé et tout ce qui a été fait depuis 2012 est conforme au plan d’accomplissement de l’indépendance du Kosovo.

Au lieu de s’engager à annuler les accords signés par le gouvernement précédent, le Parti progressiste serbe (SNS) a signé l’Accord de Bruxelles, et nous pouvons constater qu’il s’est engagé à signer un accord global sur la normalisation des relations avec Pristina, qui devrait définir un changement radical concernant le Kosovo, ce qui signifie que la Serbie devrait abandonner le Kosovo. En signant un tel traité avec Pristina, la Serbie reconnaîtra le Kosovo.

En ce qui concerne la situation des Serbes au Kosovo-Métochie, elle a aussi radicalement changé depuis 2013 et la signature de l’Accord de Bruxelles, et aussi depuis le démantèlement des barricades, l’établissement d’une frontière et des douanes entre le Kosovo et le reste de la Serbie, la suppression des institutions de l’État de Serbie sur le territoire de la province du sud, l’intégration de la police et de la justice dans le système du Kosovo, la participation de la “Liste serbe” dans les institutions qui fonctionnent selon la Constitution et les lois de la République du Kosovo, l’attribution d’un indicatif téléphonique international au Kosovo et toutes les autres mesures contribuant à la mise en œuvre de l’indépendance du Kosovo.

La Serbie a tourné le dos aux Serbes de Kosovo-Métochie

La position désespérée des Serbes se reflète dans le fait suivant. Les Serbes au Kosovo-Métochie ont été confrontés à de nombreux dangers qui les menaçaient du côté albanais depuis des années, mais ils étaient néanmoins résolus à rester chez eux et à se battre pour la survie de l’État serbe au Kosovo-Métochie. Cependant, quand ils ont senti que leur pays leur tournait le dos, qu’il avait une attitude hostile à l’égard de leur réticence à devenir citoyens de la République du Kosovo et qu’il les laissait seuls dans leur lutte pour la survie, ce n’est qu’alors qu’ils ont senti un désespoir total. J’ai visité les enclaves serbes au Kosovo-Métochie environ un an après la signature de l’Accord de Bruxelles, et les habitants de Gracanica, Orahovac et Velika Hoca m’ont dit qu’ils avaient perdu espoir et que depuis la signature de l’Accord de Bruxelles, de nombreux Serbes avaient décidé de vendre leurs maisons.

D’un autre côté, nous constatons que la partie albanaise n’a rien fait dans le processus de négociation qui nous serait profitable et qu’elle n’est même pas prête à consentir la création de la Communauté des municipalités serbes qui devrait fonctionner en tant qu’une organisation non gouvernementale conformément à la Constitution et les lois de la République du Kosovo.

La Serbie se trouve maintenant dans une situation absurde, compte tenu du fait que nous nous sommes opposés à l’OTAN lorsque cette organisation était au sommet de son pouvoir, ainsi qu’aux États-Unis, qui étaient la seule puissance mondiale à l’époque.

Maintenant que les circonstances mondiales ont changé et que les États-Unis et l’OTAN sont en train de perdre de leur influence et que les puissances favorables à la préservation du Kosovo-Metohija serbe – comme la Russie et la Chine – sont de plus en plus fortes, nous poursuivons une politique de capitulation.

A l’heure où la séparation violente du Kosovo et de Métochie de la Serbie a déclenché une vague de séparatisme dans l’UE, nous n’interrogeons pas les responsables bruxellois sur leur responsabilité. Lorsque la politique étrangère agressive des États-Unis a entraîné des migrations historiques du Moyen-Orient vers l’Europe, en raison des bombardements et de la destruction de pays du Moyen-Orient, nous ne demandons pas qui est responsable de cela. Qui est responsable de la montée du terrorisme dans le monde ?

Au lieu de poser des questions, nous voulons accepter les problèmes de Bruxelles et les partager avec eux, bien qu’en tant qu’État, nous n’ayons aucune responsabilité pour les problèmes qui se sont posés, et que nous-mêmes, nous sommes la partie lésée.

Le dernier moment

La seule façon de préserver le Kosovo en Serbie et de restaurer la souveraineté, c’est d’examiner de manière drastique la politique d’intégration européenne, car c’est la clé de tout. Il est nécessaire d’avoir un dialogue ouvert sur l’intégration européenne en Serbie, et non pas un dialogue sur le Kosovo-Métochie, parce que nous devons, en tant que société, examiner les avantages réels que la Serbie peut obtenir en adhérant à l’UE et, d’autre part, étudier les conséquences que nous allons en subir. Nous pouvons voir que le soutien à l’adhésion de la Serbie à l’UE a maintenant augmenté, et que les États-Unis sont déterminés à définir la situation dans les Balkans à leur propre avantage.

Cela leur est utile pour eux pour plusieurs raisons : tout d’abord, en raison de l’obligation de la Serbie de signer un accord de paix avec Pristina, et d’un autre côté, c’est leur façon idéale pour séparer la Russie de la Serbie et des Balkans, puisque le processus de l’intégration européenne est contraire au développement des relations avec la Russie. Dans la période à venir, ce sera une tâche clé pour l’Occident, où l’attention se tournera vers la Serbie, car la Serbie est un pays central dans les Balkans, et non une partie des Balkans occidentaux comme ils nous représentent. Sans interrompre les liens entre la Serbie et la Russie, dans le contexte géopolitique actuel, toute l’influence occidentale dans les Balkans a été remise en question jusqu’à présent. D’un autre côté, si la Serbie rompt ses liens avec la Russie, elle perdra à long terme toutes les chances de préserver sa souveraineté et son intégrité.

En tant que société, nous devons demander aux dirigeants politiques de déclarer les négociations avec Pristina à Bruxelles comme échouées, de demander le retour du dialogue sur le Kosovo au sein de l’ONU et, avec l’aide du droit international, de la résolution 1244 de l’ONU et de nos alliés qui respectent également le droit international, de revenir à nos positions de négociation et en même temps d’établir un dialogue interne sur l’intégration européenne.

Dragana Trifkovic
Directeur du Centre d’Études Géostratégiques (Belgrade, Serbie)
06/01/2018

Traduit du serbe par Svetlana Maksovic

Source : Arrêt sur Info

Correspondance Polémia – 11/01/2018

https://www.polemia.com/la-serbie-na-pas-besoin-dun-dialogue-sur-le-kosovo-mais-sur-lintegration-europeenne/

Le procès Mladić : une tache sur la civilisation

Le procès Mladić : une tache sur la civilisation


« Tout cela est un mensonge. C’est un procès dans le style de l’OTAN » – Ratko Mladić


Christopher Black

Par Christopher Black – Le 28 novembre 2017 – Source New Eastern Outlook

Les paroles provocantes adressées par le général Mladić aux juges du tribunal spécial pour les crimes de guerre en Yougoslavie contrôlé par l’OTAN ont retenti haut et fort le jour où ils ont prétendu le condamner. Il aurait pu ajouter « pourtant l’histoire m’absoudra » et beaucoup d’autres choses encore, mais ils a été jeté hors de la salle par le juge en chef, Orie, dans son style condescendant, comme s’il s’adressait à un élève qui fait l’école buissonnière plutôt qu’à un homme faussement accusé de crimes qu’il n’a pas commis.

La porte-parole du ministère russe des Affaires Maria Zakharova, a fait écho aux paroles du général le 23 novembre :

« Nous devons de nouveau affirmer que le verdict de culpabilité rendu par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie contre Mladić est la poursuite de la ligne politisée et biaisée qui a dès le début dominé le travail du TPIY. »

Le général Mladić et le gouvernement russe ont raison. Le document intitulé « jugement » le prouve car il se lit comme un tract de propagande plutôt que comme le jugement d’un tribunal. En plus de 2400 pages, le trio de « juges » récite sans interruption la version des événements de l’accusation, du premier paragraphe au dernier. La défense n’est mentionnée qu’en passant.

Le TPIY rejette les affirmations selon lesquelles il est un tribunal partial, un tribunal de l’OTAN, mais il l’a prouvé dès le tout premier témoin qu’ils ont appelé à la barre pour ce qui allait suivre. Un homme nommé Richard Butler a été appelé pour témoigner sur des questions militaires générales et la structure politique en Bosnie et dans la Republika Srpksa (République serbe de Bosnie). Il a été présenté comme un « analyste militaire », ce qu’il est, mais il n’est pas indépendant. Non, au moment de son témoignage, il était membre de l’Agence de sécurité nationale des États-Unis, détaché auprès du TPIY. Donc le premier témoin contre le général Mladić était partial sur deux points. Il travaillait pour les services de renseignement américains qui ont soutenu les ennemis du général Mladić et de la Yougoslavie, et il a fait partie du personnel de l’accusation. C’est comme si la NSA et le procureur étaient, en même temps, entrés dans le box pour témoigner contre l’accusé. Le témoignage de Butler joue un rôle important dans le procès ; le même rôle qu’il a joué dans le procès du général Krstić.

Ensuite apparaît un autre expert analyste militaire, Reynaud Theunens, qui travaille aussi dans l’équipe de l’accusation. Les experts dans les procès criminels sont censés être totalement neutres. Mais non seulement celui-ci agissait au nom du procureur, mais il était en même temps un officier du renseignement de l’armée belge. Donc nous y sommes dès l’ouverture du procès. La scène est posée ; l’OTAN se charge de l’affaire. Les officiers de l’OTAN travaillent au sein du tribunal. C’est un tribunal de l’OTAN sous déguisement de l’ONU. Par conséquent, tout au long du jugement, il n’y a jamais aucune mention des crimes de l’OTAN et des crimes des forces bosniaques opposées. Le contexte est délibérément restreint pour donner une image très étroite et déformée des événements.

Le jugement se poursuit avec des citations détaillées des déclarations des témoins de l’accusation. Les témoignages des témoins de la défense, dans les rares occasions où ils sont cités, ne sont jamais restitués aussi en détail. Une ligne est consacrée à un témoin et tous sont rejetés comme partiaux si leur témoignage est en contradiction avec celui des témoins de l’accusation.

Et en quoi consistent les preuves de l’accusation ? Elles consistent en quelques témoignages oraux d’officiers de l’OTAN impliqués dans les événements et qui travaillaient dans les forces de l’ONU contre le général Mladić et ses forces, le témoignage de soldats de l’armée bosniaque d’opposition ou de leurs familles, des déclarations de témoins et des « faits établis » des « faits » considérés comme tels par une autre série de juges dans un autre procès, peu importe que ce soit vrai ou faux. De temps en temps, les juges déclarent que « la défense affirme que X ne s’est pas produit et s’est appuyée sur certaines preuves pour soutenir cette affirmation. Là où cette preuve entre en contradiction avec les faits jugés, nous la rejetons ».

Il y a de nombreux cas de confiance basés sur des ouï-dire. À maintes reprises, un paragraphe du jugement commence par les mots : « On a dit au témoin… » Grâce à des juristes corrompus comme l’ancienne procureur canadienne Louise Arbour, l’utilisation du ouï-dire, et même du double ouï-dire, a été admise comme preuve dans ces procès alors que c’est interdit ailleurs dans le monde, parce que le témoignage basé sur un ouï-dire ne peut pas être vérifié ni sa fiabilité et son exactitude attestées.

Je n’ai pas pu suivre une grande partie du procès, seulement par vidéo de temps en temps, donc je ne suis pas en mesure de commenter toutes les conclusions factuelles des juges citées dans leur long jugement, dans lequel ils condamnent le général Mladić et son gouvernement pendant des pages et des pages fastidieuses. Ceux qui connaissent la véritable histoire des événements réaliseront que tous les attendus de la condamnation ne sont ni plus ni moins que la même propagande que celle que l’OTAN a diffusé pendant le conflit, mais organisée pour ressembler à un jugement.

Car ce n’est pas un jugement. Un vrai jugement dans un procès criminel devrait contenir la preuve présentée par l’accusation, la preuve présentée par la défense et les arguments des deux parties sur cette preuve. Il doit contenir des références aux dépositions de témoins principaux et aux contre-interrogatoires. Puis il doit y avoir une décision raisonnée des juges sur les mérites de chaque partie au procès et leurs conclusions motivées. Mais vous aurez de la peine à trouver la trace d’une preuve amenée par la défense dans ce document. Je n’ai pu en trouver aucune à part quelques références dans une poignée de paragraphes et quelques notes de bas de page dans lesquels la déposition d’un témoin de la défense a été brièvement mentionnée afin de la rejeter, et de la rejeter parce qu’elle ne corroborait pas la version des événements présentée par l’accusation.

Ce qui est encore plus choquant, c’est qu’il y a peu de références au témoignage oral, c’est-à-dire aux dépositions des témoins. Il y a des références à des « experts » liés à la CIA ou au Département d’État, ou d’autres agences de renseignement de l’OTAN qui ont donné leur version de l’histoire et que les juges acceptent sans les remettre en question. Il n’y a aucune référence à aucun expert de la défense.

Par conséquent, on ne saura jamais la raison pour laquelle les juges ont décidé d’accepter les preuves de l’accusation et non celles de la défense. En les lisant, on pourrait penser qu’aucune défense, autre que symbolique, n’a été présentée. Ce n’est pas un jugement.

Mais il y a quelque chose d’encore plus troublant dans ce « jugement ». Il n’est pas possible de déterminer si de nombreux témoins ont témoigné en personne parce qu’il y a peu de références à un témoignage effectif. Au lieu de quoi, il y a d’innombrables références à des documents de toutes sortes et à des « déclarations de témoins ».

C’est un élément important dans ces procès parce que les déclarations de témoins auxquelles il est fait référence sont des déclarations faites ou censées avoir été faites aux enquêteurs et aux juristes travaillant pour l’accusation par des témoins présumés. Nous savons, à partir d’autres procès, qu’en fait ces déclarations sont souvent rédigées par des avocats de l’accusation ainsi que par des enquêteurs, puis présentées aux « témoins » pour qu’ils les apprennent par cœur. Nous savons aussi que les « témoins » ont aussi été signalés à l’accusation par des voies qui indiquent qu’ils présentaient des témoignages fabriqués et qu’ils étaient recrutés dans ce but.

Au tribunal pour le Rwanda, nous avons pris soin, dans notre procès, de faire subir des contre-interrogatoires agressifs à ces « témoins », et ils se sont immédiatement effondrés puisqu’ils ne pouvaient pas se souvenir des scripts qui leur étaient assignés. Nous avons aussi pris soin de demander aux « témoins » comment ils en étaient arrivés à rencontrer l’équipe de l’accusation, comment les interrogatoires étaient conduits et comment ces déclarations avaient été créées. Les résultats ont été embarrassants pour l’accusation puisqu’il est apparu clairement qu’elle avait collaboré avec les enquêteurs pour manipuler, faire pression sur les « témoins » et les influencer, et qu’elle était complice d’invention de témoignages.

Il est en outre important que celui qui lit ce « jugement » soit en mesure de se référer aux pages des transcriptions des témoignages, ce que les témoins ont dit et ce qu’ils ont répondu lors des contre-interrogatoires, parce qu’une déclaration n’est pas un témoignage. Ce n’est qu’une déclaration.

Une déclaration ne peut être utilisée comme preuve. Elle nécessite que les témoins viennent à la barre et déclarent sous serment ce qu’ils ont observé. On peut ensuite les interroger sur leur fiabilité en tant qu’observateurs, leurs préjugés, s’il y en a, leur crédibilité, etc. Mais dans ce procès, nous voyons des centaines de références à des « déclarations de témoins ». Cela indique que les juges ont fondé leur « jugement » non sur le témoignage des témoins (s’ils étaient appelés à témoigner) mais sur leurs déclarations écrites, préparées par l’accusation, et sans avoir été soumis à aucun contre-interrogatoire de la défense.

Il ne ressort pas du tout clairement de ce jugement si l’un des témoins mentionnés dans les déclarations a effectivement témoigné ou non. S’ils l’ont fait, leur témoignage devrait être cité, et non leurs déclarations. Le seul but valable des déclarations est de signaler aux avocats ce qu’un témoin est susceptible de dire dans le procès, et de révéler la position de l’accusation à la défense afin que celle-ci puisse préparer la sienne et ensuite utiliser les déclarations pour interroger à son tour le témoin en comparant sa déclaration initiale avec son témoignage sous serment à la barre.

La formule est simple. Le témoin de l’accusation arrive à la barre, on lui demande de déclarer ce qu’il a observé à propos d’un événement, puis la défense l’interroge : « M. le Témoin, dans votre déclaration datée du x, vous avez dit ceci, mais aujourd’hui, vous dites cela… Examinons cette divergence. »

C’est comme cela que c’est censé se passer. Mais où est-ce dans ce dossier ? On ne le trouve nulle part.

Il faudrait un livre entier pour recenser les problèmes de ce « procès » tels qu’ils sont présentés dans ce jugement. Mais un exemple éclaire tout ce qui concerne Srebrenica, et traite d’une célèbre réunion qui s’est déroulée à l’Hôtel Fontana le soir du 11 juillet 1995, au cours de laquelle le général Mladić a rencontré un colonel Casque bleu hollandais pour organiser l’évacuation des civils dans la zone de Srebrenica et l’éventualité que la 28e division de l’Armée bosniaque dépose les armes. Il y a une vidéo de cette rencontre, disponible sur YouTube. Je paraphrase, mais elle montre le général Mladić demandant pourquoi les avions de l’OTAN bombardent ses positions et tuent ses hommes. Il demande pourquoi les forces de l’ONU passent en douce des armes aux soldats bosniaques. Il demande pourquoi les forces de l’ONU ont essayé de l’assassiner, lui, personnellement. À chaque question, il reçoit des excuses de l’officier hollandais. Il demande ensuite à l’officier hollandais s’il veut mourir, et celui-ci dit non. Mladić répond : mes hommes non plus ne veulent pas mourir, alors pourquoi leur tirez-vous dessus ? Pas de réponse.

Le reste de la vidéo concerne la discussion d’un plan pour évacuer la ville, pendant laquelle Mladić offre des cigarettes aux hommes de l’ONU et un peu de vin pour faire baisser la tension. Pour moi, en tant qu’avocat de la défense, c’est un élément essentiel pour la défense par rapport aux accusations concernant Srebrenica. Mais on ne trouve aucune référence à cette vidéo dans le jugement. Au contraire, les juges se réfèrent au témoignage de plusieurs officiers de l’ONU / OTAN, qui assistaient à la rencontre, et qui déforment totalement ce qui s’y est dit. Il n’y a aucun indice que la défense ait contre-interrogé ces menteurs en utilisant cette vidéo : « Monsieur, vous déclarez que ceci a été dit, mais ici, dans la vidéo, elle montre que vous vous trompez. Que dites-vous ? » Ce n’est nulle part. Est-ce que cela a été utilisé et ignoré par les juges, ou pas utilisé ? Je n’en sais rien. Mais il est évident que l’accusation a choisi de ne pas l’utiliser parce que cela signifierait l’effondrement de leur dossier. Parce que même pour les preuves à charge, il est clair que les hommes de la 28e Division ont refusé de déposer les armes et se sont frayés un chemin jusqu’à Tuzla. La plupart ont été tués dans les combats en chemin. Beaucoup ont été faits prisonniers. Une poignée de témoins bosniaques affirment que ces prisonniers ont été massacrés. Mais leur témoignage est du genre « J’étais par miracle le seul survivant du massacre » qu’ils ont tendance à utiliser dans ces procès.

Je ne commenterai pas l’usage massif du faux concept juridique d’entreprise criminelle commune pour engager la responsabilité pénale du général, coupable par association et sans intention. Qu’ils l’aient utilisée montre qu’ils savaient n’avoir aucun élément contre lui.

En résumé, ce document contient peu de choses sur le dossier de la défense ou sur ce qu’étaient les faits présentés par la défense, quels étaient ses arguments à propos des faits, ni l’ensemble de ses arguments juridiques. Mais, plus important, nous n’avons aucune idée de ce qu’était le témoignage de la plupart des témoins de l’accusation ni aucune idée des témoignages des témoins de la défense. C’est comme s’il n’y avait pas eu de procès et que les juges s’étaient contentés de siéger dans une salle pour examiner les documents de l’accusation en rédigeant le jugement au fur et à mesure. Nous devons supposer que ce n’est pas éloigné de la vérité.

Ce « jugement » et ce procès sont une nouvelle humiliation de la Yougoslavie et de la Serbie par l’alliance de l’OTAN, puisqu’il ressort clairement de sa création, de son financement, de son personnel et de ses méthodes que le TPIY est un tribunal contrôlé par l’OTAN. C’est confirmé par la déclaration du secrétaire général de l’OTAN, qui a dit : « Je salue la décision (…) les Balkans sont d’une importance stratégique pour notre alliance… »

En d’autres termes, cette condamnation aide l’OTAN à consolider son emprise sur les Balkans en maintenant les Serbes sous sa botte. Le général Mladić est un bouc émissaire pour les crimes de guerre que l’Alliance a commis en Yougoslavie, que le TPIY couvre, aidant ainsi l’OTAN à commettre de nouveaux crimes de guerre, comme nous l’avons vu depuis.

Le TPIY s’est révélé être ce que nous nous attendions qu’il soit, un tribunal fantoche, utilisant des méthodes de justice fascistes, qui a engagé des poursuites sélectives pour faire avancer le programme de l’OTAN de conquête des Balkans, prélude à l’agression contre la Russie. L’OTAN utilise le tribunal comme une arme de propagande pour répandre une histoire fausse sur les événements en Yougoslavie, pour dissimuler ses propres crimes, pour maintenir les anciennes républiques de Yougoslavie sous sa botte, et pour justifier l’agression et l’occupation par l’OTAN du territoire yougoslave. C’ est une tache sur la civilisation.

Christopher Black

Christopher Black est un juriste pénaliste international basé à Toronto, il est membre du Barreau du Haut-Canada et il est connu pour un grand nombre de cas très médiatisés portant sur les droits humains et les crimes de guerre, il écrit en particulier pour le magazine en ligne New Eastern Outlook.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-proces-mladic-une-tache-sur-la-civilisationhttp:

 

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Angelina Jolie comme SecGen de l’OTAN ?

Angelina Jolie comme SecGen de l’OTAN ?

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Angelina Jolie comme SecGen de l’OTAN ?

21 décembre 2017 – Qui eût imaginé une seconde, par exemple en 1972, un Joseph Luns, “SecGen” tonitruant de l’OTAN, écrire un article avec l’actrice Raquel Welch sur leur ambition commune d’envisager quelques “jolies petites guerres” ? Ou encore, autre exemple dans les années 1990, côte-à-côte pour les mêmes mots, dans la même colonne, sur le même thème dont on vous dévoile au moins ceci qu’il est tout le contraire de la futilité, trouver réunies les plumes de Julia Roberts et de Javier Solana ? On peut ici garantir que l’une et l’autre hypothèse constituaient non seulement une impossibilité mais une pathétique incongruité, et cela sans pour autant mettre en cause la qualité, le rang, l’intelligence, le caractère de l’un(e) ou l’autre. Simplement, l’OTAN exerçait son empire sur une matière où les actrices, c’est-à-dire les vedettes de cinéma sexy-Hollywood, n’avaient aucune place d’animatrice, d’inspiratrice, voire de directrice purement et simplement.

(On notera, pour éviter tout procès en illégalité-sacrilège de notre pensée par rapport aux normes qui nous sont imposées sous la contrainte exercée au nom de la liberté et de l’égalité, que la réciproque est vraie, – ce qui devrait mettre à l’abri de toute accusation de “racisme sexiste”, ou bien “sexisme raciste de genre”, etc. En aucune façon un Secrétaire Général de l’OTAN, fût-il aussi sexy qu’un Soltenberg, l’actuel en charge, n’a sa place dans le monde du cinéma sexy-Hollywood des actrices qui, d’une certaine façon, n’a rien à envier à l’OTAN en fait de puissance brute.)

Le 10 décembre 2017, Angelina Jolie et Jens Stoltenberg ont fait jurisprudence, par rapport à l’OTAN et aux guerres que cette respectable organisation ne cesse de soutenir, d’entretenir et éventuellement de provoquer ; jurisprudence, précisons-le, en cette matière de la communication et de la moraline néo-nietzschéenne (“l’actrice sexy est quelque chose qui doit être dépassée”, selon “la théorie de la surfemme”), et qui plus est dans les colonnes glorieuses parce qu’elles sont également celles du temple du progressisme-sociétal, du Guardian en l’occurrence. Il ne faut pas s’y tromper, “Sire, c’est une révolution”, –mais après tout, cela convient bien à cette époque dont la folie catastrophique est nécessairement révolutionnaire.

Décrivant l’ardente nécessité que l’OTAN devienne une organisation avec comme principale mission de défendre “les droits de la femme” partout où ils sont menacés, bafoués, c’est-à-dire violés pour en venir à l’essentiel, Jolie et Stoltenberg écrivent in fine que pour cette noble cause il ne faut pas hésiter à lancer une guerre, dix guerres, cent guerres, – bref, des guerres… Les quelques lignes ci-après, extraites de la proclamation en question, en donnent l’esprit.

(Bien entendu, l’on doit savoir que lorsqu’une sommité de l’OTAN est signataire, même si c’est cosigné, d’un texte où l’on parle de “la prévention et de la résolution des conflits”, cela signifie que l’OTAN est prête à partir en guerre, n’importe où, n’importe quand et de toutes les façons.)

« Nous croyons que l’OTAN a la responsabilité et l’opportunité d’être une protectrice de premier plan des droits des femmes.

» En particulier, nous pensons que l’OTAN peut devenir le leader militaire mondial en matière de prévention et de réponse à la violence sexuelle dans les conflits, en tirant parti des forces et des capacités de ses États membres et en travaillant avec ses nombreux pays partenaires.

» Au cours des prochains mois, nous travaillerons ensemble et avec d’autres pour identifier les moyens par lesquels l’OTAN peut renforcer sa contribution à la protection et à la participation des femmes dans tous les aspects de la prévention et de la résolution des conflits. »

C’est WSWS.org particulièrement qui a attiré l’attention sur cet article en y répondant avec une virulence extraordinaire, correspondant à l’engagement des trotskistes de la IVème Internationale contre les campagnes de dénonciation et autres dans le cadre de ce que nous avons désignée comme la “crise sexuelle”/le “tourbillon sexuel” déclenchée avec le scandale Weinstein. La force de cet article de WSWS.org est telle qu’il est repris le 19 décembre 2017, par le site Russia Insider qui n’est pas précisément du parti des trotskistes.

(C’est un tête-à-queue étonnant alliant ici les trotskistes purs et durs généralement classés à l’extrême-gauche et des “dissidents” des pays de l’anglosphère prorusses et antiSystème, que le Système engage volontiers à classer plutôt à droite, sinon à la droite extrême de la même façon que Poutine est dénoncé comme tyran “réac’”, sinon “facho” par les mêmes sentinelles vigilante du tribunal permanent du conformisme-BAO. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises et des phénomènes de type “strange bedfellows” [d’“étranges alliances”] avec le désordre colossal développé par le Système et bousculant tous les rangements traditionnels.)

L’article de WSW.org, du 19 décembre 2017 et d’une main du genre féminin (reprise en français de l’article originel/anglais de Julie Hyland, du 16 décembre 2017), dénonce d’abord avec fureur cet assemblage Jolie-Soltenberg, affirmant que cette façon si étrange et grotesque d’affirmer les buts de paix et de concorde de l’OTAN féminisée et très sexy-Hollywood fait un effet tel que cet article “pourrait être pris pour une satire”.

« Le secrétaire général de l’OTAN Jens Stoltenberg et l’actrice Angelina Jolie ont joint leurs forces pour présenter l’alliance militaire menée par les États-Unis comme un modèle progressiste dans les politiques de genre et comme un “protecteur de premier plan” des droits des femmes. Leur article paru dans le Guardian la semaine dernière, “Pourquoi l’OTAN doit défendre les droits des femmes”, est présenté comme une mission commune visant à garantir la “promesse fondamentale de la Charte des Nations unies pour l’égalité des droits et la dignité des femmes”.

» On a peine à y croire. Écrit pour prendre la défense d’une organisation qui est la principale source de bellicisme, par son dirigeant et propagandiste en chef, dévot d’Ayn Rand et soi-disant “humanitaire”, l’article pourrait être pris pour de la satire. »

Un aspect intéressant de cet article est qu’il développe une rhétorique de très grande protestation contre l’idée que les femmes sont les principales victimes des guerres, y compris sur le plan sexuel d’ailleurs, alimentant ainsi directement dans la matière politico-stratégique opérationnelle le débat sociétal qu’implique l’intervention Jolie-Soltenberg. Ces observations rendent par contraste plus politiques encore les prétentions des auteurs Jolie-Soltenberg, et ce que l’auteur(e) de l’article WSWS.org désigne comme une « instrumentalisation du féminisme au profit de l’OTAN et de la réaction impérialiste ».

Ainsi trouvons-nous référencée une étude très intéressante affirmant que 80% des prisonniers politiques masculins dans un certain nombre de conflits principaux de ces dernières année répertoriés sont victimes de violences sexuelles et de viols. La chose est développée dans l’article d’une façon assez détaillée, dans la mesure où la défense Jolie-Soltenberg des “droits de la femme” s’appuie, selon la tactique employée par les milieux LGTBQ et les forces politiques qui les instrumentent, sur l’utilisation massive d’une victimisation non moins massive de la femme dans les conflits en général, aux dépens du constat implicite, par défaut pourrait-on dire, d’une culpabilisation à mesure, c’est-à-dire non moins importante, des hommes en général. Par conséquent, un petit détour vers les explications de WSWS.org est bienvenu…

« Un rapport de l’Institut international de recherche sur la paix d’Oslo intitulé ‘Les décès lors de conflits armés ventilés par genre’ (2009), par exemple, a utilisé différents ensembles de données et a investigué de multiples conflits et périodes afin de tenter d’établir qui est plus susceptible de mourir lors d’une guerre. C’est significatif puisque cette recherche suit les efforts de l’ONU qui tente de mettre l’accent sur le genre.

» [Le rapport] cite plusieurs études, impliquant les décès lors des conflits dans plus de treize pays, incluant entre autres l’Irak, la République démocratique du Congo et le Kosovo. Bien que leurs résultats varient, toutes ont montré une prévalence des morts violentes ou des traumatismes reliés à la guerre plus importante chez les hommes. La conclusion générale selon l’Institut est “que les hommes ont plus de chance de mourir pendant le conflit, alors que les femmes meurent plus souvent de causes indirectes après la fin du conflit”.

» Dans les cas de violence sexuelle, la réalité n’est pas si unilatérale que l’affirment Stoltenberg et Jolie. Une étude, qui fait autorité, effectuée par Lara Stemple du Health and Human Rights Law Project de l’Université de Californie, intitulée “Le viol masculin et les droits de l’homme”, note que la violence sexuelle contre les hommes a été utilisée en tant qu’arme lors de conflits militaires ou politique dans de nombreux pays, où 80% des prisonniers politiques masculins dans les conflits répertoriés ont indiqué avoir subi de la torture sexuelle ou le viol.

» De manière significative, elle cite Abu Ghraïb en Irak, où des soldats américains ont forcé les détenus à se soumettre «à des actes tels que d’être empilés nus les uns sur les autres, la masturbation de groupe et du sexe simulé. Plusieurs de ces actes étaient photographiés. Certains détenus ont été sodomisés et d’autres avaient des fils électriques attachés à leurs organes génitaux.”

» Le viol et la torture sexuelle sont apparemment monnaie courante en Libye suivant l’invasion appuyée par l’OTAN, qui a vu l’ex-dirigeant Mouammar Kadhafi être sodomisé par une baïonnette avant d’être assassiné par les forces alliées à l’Occident. Stoltenberg et Jolie s’en moquent totalement. Ils ne sont pas là pour prévenir les conflits, mais cherchent plutôt un prétexte pour en créer un. Ainsi, dans une version moderne du “fardeau de l’homme blanc”, ils préconisent la lutte pour le “changement culturel” et “l’égalité des sexes” à travers le canon d’une arme à feu. 

» L’article est apparu dans le contexte d’une campagne agressive et antidémocratique sur le harcèlement sexuel ayant court à Hollywood, – un nouvel épisode de “chasse aux sorcières” aux USA.  Amérique. Comme l’a expliqué le World Socialist Web Site, le mouvement “Me Too” est la tentative d’une section aisée de la classe moyenne pour obtenir une plus grande part de privilèges et de richesse.

» Stoltenberg et Jolie tentent maintenant d’utiliser le même genre de complaisance et d’indifférence à l’égard de l’inégalité sociale au sein de cette couche sociale pour renforcer le soutien au militarisme et à la guerre. Leur appel est une instrumentalisation du féminisme au profit de l’OTAN et de la réaction impérialiste. Ceci est spécialement nécessaire alors que l’alliance impérialiste prépare des crimes encore plus importants qui menaceraient l’humanité avec une nouvelle guerre mondiale, combattue avec des armes nucléaires. »

Il est vrai que les échos que l’on reçoit de l’OTAN, qui va très prochainement s’installer dans son nouveau et colossal quartier-général à Evere (en face de l’ancien), impressionnant de puissance postmoderniste et quasi-satanique, et donc symbolique de l’installation de l’OTAN complètement dans son époque, ces échos sont clairement marqués de la popularité de la dialectique LGTBQ, des considérations affectueuses sur “la théorie des genres” et autres affaires gravissimes pour notre destin commun. La communication, surtout, est soignée à cet égard. On y pratique la “langue du genre” comme si le genre était un bois d’une genre nouveau, indestructible et d’une effarante capacité d’influence ; l’on prend garde à l’orthographe “inclusive” et tout ce genre de choses…

Dans un tel contexte, il ne serait pas déplacé de prendre les paris pour savoir de quelle nationalité sera la “successeuse” (les guillemets sauteront vite) de l’actuel et révolutionnaire Secrétaire Général dont on pourrait imaginer qu’il vient de payer son deuxième mandat du tournant audacieux qu’il effectue en compagnie d’Angelina Jolie. Dommage qu’elle soit de marque américaine, la Jolie, car elle serait tout désignée pour cela. (L’on sait que la pratique de facto a toujours conduit les USA, dans leur grande générosité, à tacitement admettre que le/la “SecGen” doit être du genre européen pour figurer un simulacre d’équilibre, puisqu’ils ont tout le reste).

Stratégie-LGBTQ

Mais la question qui se pose, qui est d’importance sans nul doute, est bien de savoir ce qui se passe exactement au cœur de l’OTAN, nous voulons dire dans l’évolution de son ontologie même. Dans ce moment de cette époque que nous vivons, dans les circonstances que nous connaissons, alors que nous commençons à prendre la mesure des déstructurations possibles sinon probables du rangement actuel du Système causées par ce que nous nommons “la crise sexuelle”/“le tourbillon sexuel”, dans le cadre de ce qu’il faut bien nommer d’une façon plus générale “la révolution sociétale”, le texte Jolie-Soltenberg peut très bien acquérir une valeur de symbole proclamatoire et d’aveu en même temps.

Le symbole proclamatoire, – on comprend dans quel sens et de quelle façon, appuyée sur le modèle LGTBQ et essentiellement sur le féminisme que certains jugent ainsi “instrumentalisés”. L’aveu, c’est plus complexe… Nous voulons dire par là qu’il y a, dans ce texte, et même si les co-auteurs n’ont pas de ces intentions-là et d’arrière-pensées trop en-dessous, une petite musique d’intrigue un poil complotiste. Nous sommes à une époque où sexy-Hollywood est devenu une place-forte de la politique de la postmodernité-tardive, où la voix et la position d’un George Clooney semblent parfois avoir plus de poids que celle d’un Rex Tillerson (l’acteur comme une sorte de secrétaire d’État à ses moments perdus, le contraire étant inimaginable). Il s’agit alors, pour bien comprendre cette (r)évolution de l’OTAN, de faire le compte des diverses positions des forces qui ont leur mot à dire pour la détermination du destin de l’OTAN, pour en arriver à répondre à la question de ce que nous nommons de l’expression très approximative de “féminisation de l’OTAN” ; la question de “la possibilité de la féminisation de l’OTAN”.

• On sait que l’OTAN est depuis l’origine la chasse gardée des USA, un outil dans la main de cette puissance. Mais aujourd’hui, de quelles mains s’agit-il alors que les USA sont secoués par les évènements de “D.C.-la-folle” ? La question est posée avec toute sa force depuis la campagne présidentielle et l’élection de Trump.

• Certes, le président c’est Donald Trump, – dans tous les cas jusqu’à nouvel ordre. Mais on sait la détestation où le tient le “parti’ progressiste-sociétal, qui est si puissant et si fortement implanté aux USA en termes d’influence et de communication, et qui, en plus de cela, n’a pas de frontières.

• L’on sait également que l’Europe n’a pas été très heureuse et ne l’est toujours pas avec ce Trump à la Maison-Blanche. L’OTAN n’a pas laissé filtrer grand’chose dans ce sens, parce qu’à l’OTAN on ne pense pas à cet égard, on exécute. Il n’empêche que notre hypothèse est tout de même que l’OTAN, au fond d’elle-même, n’a guère d’affection pour Trump, et qu’elle continue à le considérer de plus en plus comme un joueur un peu trop indécrotablement “solo”. On ne peut oublier ses foucades de la campagne électorale, ses exhortations du type-America First, ses affirmations selon lesquelles l’OTAN coûte trop cher, qu’il faut songer à la réformer extrêmement, et peut-être pire encore… En un mot, l’OTAN ne peut pas être à l’aise avec un tel président, et elle ne l’est pas.

• L’opposition sexy-Hollywood, qu’on peut même désigner plus honorablement sous son nom classique, sans nécessité du sexy, a joué un rôle important dans la campagne anti-Trump, et continue à le jouer. Mieux, le “tourbillon sexuel” à partir du scandale Weinstein, même s’il semble accuser Hollywood, en fait renforce Hollywood dès lors que se déchaîne l’offensive LGTBQ qui devient la doctrine officielle de cette forteresse postmoderne-tardive (Hollywood). Les actes et les contacts dans le domaine de la politique sont largement activés, et Soros est comme chez lui à Hollywood. Comment les acteurs et figurants politiques comme un Soltenberg, extra-américains mais complètement américanistes dans leurs psychologies corrompues et leurs privilèges courants, et qui n’aiment pas Trump, comment ne seraient-ils pas attirés par le poids politique de Hollywood qu’ils commencent à mesurer ?

Il n’est pas concevable qu’une usine à gaz de la sorte de l’OTAN, aussi vieille, coûteuse et totalement inutile, crachant partout la fumée chargée du poids de ses gaspillages et de ses inutiles planifications sans fin, brinqueballée de réforme en réforme et de stratégie en stratégie, ne soit pas envoutée par ce nouvel acteur, Hollywood et le progressisme-sociétal, venu de l’usine à rêves qu’est Hollywood. On pourrait donc se croire raisonnablement autorisés à estimer que l’OTAN va d’elle-même développer une stratégie-LGTBQ qu’aucun de ses membres ne pourrait révoquer, puisqu’il s’agit aujourd’hui de la principale force de communication du format totalitaire et de pression terroriste qui convient à l’évolution de nos mœurs. Comme on le lit dans le texte Jolie-Soltenberg, il s’agit bien de trouver de nouvelles ambitions, de nouvelles conceptions, de nouveaux objectifs opérationnels pour mener des conflits dont la cause essentielle devrait être cette stratégie-LGTBQ et les causes qu’elle intime de défendre, – si besoin par les armes (“It’s music” pour les oreilles de l’OTAN).

La péroraison de la proclamation-symbole de Jolie-Soltenberg le dit sans ambages : « … Nous préconiserons également une action plus concertée dans le monde entier. En travaillant ensemble avec les entreprises, la société civile, les gouvernements et les dirigeants politiques, les organisations internationales telles que l’OTAN peuvent aider à mettre fin à l’impunité pour la violence sexuelle dans les conflits.

» Il est honteux pour l’humanité que la violence contre les femmes, que ce soit dans des sociétés pacifiques ou en temps de guerre, ait été universellement considérée comme un crime mineur. Il y a enfin un espoir que nous puissions changer cela. Nous le devons à nous-mêmes, hommes et femmes, et aux générations futures. »

Lénine ne parlait pas différemment, in illo tempore ; et Trotski pareillement d’ailleurs, ce qui explique sans doute en partie la hargne de la IVème Internationale qui apprécie justement cette étrange entreprise comme une concurrente si peu sérieuse de ses propres ambitions. Tous ces internationalistes saisissent mieux que quiconque le danger qu’on voit poindre.

Après tout, il y a quatre bonnes années (le deuxième mandat Soltenberg) pour écarter l’obstacle qui se dresse devant la désignation d’Angelina Jolie à la fonction de “SecGen” qui lui revient, et imaginer la stratégie à cet égard. Par exemple, pourquoi ne pas la faire “citoyenne du monde”, et ainsi le second mandat de Trump serait-il, devant une telle concurrence, réduit à une peau de chagrin. Ainsi nous autres, braves adversaires de l’emprise américaniste sur l’OTAN et sur l’Europe, serions-nous délivrés de cette pression infernale et l’OTAN deviendrait-elle vraiment l’organisation multinationale postmoderne-type, par conséquent enfin prête, sans réforme nécessaire ni vote à l’unanimité de son Conseil de l’Atlantique, pour son effondrement.

L’extraordinaire confusion des perceptions, des ambitions et des actes qu’introduit le LGTBQ, – d’abord le constat, puis l’organisation dynamique surtout dans le domaine de la communication, puis la doctrine-LGTBQ et la stratégie-LGTBQ conduisant à l’offre de son opérationnalisation, – fournit un élément de désordre d’une telle puissance qu’on ne peut envisager une seconde que des secousses elles-mêmes extrêmement puissantes ne naissent pas des initiatives qu’elle suscite et suscitera de plus en plus, dont celle que nous avons examinée. Manifestement, le Système essaie toutes les formules possibles pour trouver enfin sa voie diluvienne de l’effondrement. Cette machination autour du LGTBQ vaut certainement d’être tentée.

 

http://www.dedefensa.org/article/angelina-jolie-comme-secgen-de-lotan

L’atlantisme : Une passion française, par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 11-12-2017

« L’OTAN est un faux-semblant. C’est une machine pour déguiser la mainmise de l’Amérique sur l’Europe. Grâce à l’OTAN, l’Europe est placée sous la dépendance des États-Unis sans en avoir l’air » déclarait le 13 février 1963 le général de Gaulle qui en connaissait un rayon sur nos meilleurs amis américains. Manifestement, les choses ont peu évolué dans notre Douce France. Au lieu de se tenir à distance respectable de cette institution avatar de la Guerre Froide comme l’avait fait le premier président de la Cinquième rompant avec la structure militaire intégrée de l’Alliance atlantique, ses successeurs n’ont eu de cesse que de reprendre une place pleine et entière à Evere et à Mons. Malheureusement, le rôle d’idiot utile n’est jamais payant auprès du grand frère américain, pas plus hier qu’aujourd’hui. La théorie de la servitude volontaire chère à Etienne de la Boétie n’a pas pris la moindre ride. Il est pathétique d’entendre déclamer par les servants de la liturgie des éléments de langage de l’OTAN les fadaises sur « l’alliance la plus durable de l’histoire ». Quelques précisions sémantiques s’imposent d’entrée de jeu pour mieux appréhender le concept d’atlantisme qui n’est pas neutre.

PRÉCISIONS SÉMANTIQUES

Avant toute chose de quoi parle-t-on concrètement dans un domaine où la confusion est souvent la règle ? D’un fort ancrage anglo-saxon de l’OTAN que l’on doit compléter par un questionnement sur la finalité de l’Alliance atlantique après la fin de la Guerre froide.

Un fort socle anglo-saxon de l’OTAN

Sur le plan de l’étymologie : le terme d’atlantisme est un dérivé d’atlantique, concept contenu dans l’appellation de l’ « Organisation du traité de l’Atlantique Nord » (OTAN sous son acronyme français et NATO en anglais). Le mot atlantique est issu du grec atlantikos, Atlantique. Il est un dérivé d’Atlas, du nom d’une chaîne de montagnes situées en Afrique du Nord. L’adjectif “atlantique” qualifie ce qui concerne l’Océan atlantique et les pays riverains. L’atlantisme désigne une politique extérieure caractérisée par le soutien apporté aux Etats-Unis, notamment dans le cadre de l’OTAN. Conceptualisé au début de la Guerre froide, l’atlantisme prône une étroite coopération entre les Etats-Unis, le Canada et les pays européens dans les domaines politique, militaire, économique et culturel. L’objectif avoué consiste, en principe, à assurer la sécurité des pays membres de l’OTAN (clause de solidarité de l’article 5 qui veut qu’une attaque contre l’un de ses membres est considérée comme une attaque contre tous) et de protéger les valeurs qui les unissent : démocratie, libertés individuelles et Etat de droit. L’atlantisme désigne aussi l’attitude politique, l’opinion, la doctrine de ceux qui font du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) la base de leur action extérieure et qui, au nom de ces principes, s’alignent de manière plus ou moins systématique, idéologique sur la politique extérieure des Etats-Unis qu’elle soit entièrement justifiée ou totalement infondée, ce qui arrive parfois.

Un questionnement sur la finalité de l’OTAN dans l’après-guerre froide

Depuis la fin de la Guerre froide, l’atlantisme est souvent dénoncé, dans les mouvements de gauche et altermondialistes de certains pays d’Europe, mais aussi chez ceux qui se revendiquent du gaullo-mitterrandisme, comme un soutien à la politique étrangère des États-Unis et à la défense d’une conception purement anglo-saxonne du libéralisme économique. Les préjugés envers l’atlantisme sont plutôt favorables au Royaume-Uni, en Pologne, dans les pays Baltes, et défavorables en France et en Allemagne. Un atlantiste est un partisan de l’atlantisme. L’adjectif atlantiste qualifie ce qui est relatif à l’atlantisme1. L’Atlantiste se revendique d’une vision occidentaliste et universaliste du monde consistant à prétendre se substituer aux autres peuples pour définir leurs intérêts, y compris par la force pour les plus récalcitrants d’entre eux (Cf. concept du Grand Moyen-Orient développé par George W. Bush après la guerre en Irak). On peut mesurer les effets négatifs d’une telle conception du monde à travers les expériences afghane, irakienne, libyenne. Cette approche atlantiste peut se résumer sommairement en un amour immodéré de l’OTAN2 complété par une haine viscérale de la Russie3.

Un retour en arrière sur l’immédiat après Seconde Guerre mondiale dans notre pays.

LA TENTATION OTANIENNE : UN MARQUEUR DE LA QUATRIÈME RÉPUBLIQUE

Durablement affaiblie sur la scène internationale après « l’étrange défaite » de 1940, la France de la Quatrième République n’a d’autre ressource que de se soumettre aux Diktats de Washington surtout à une époque où le péril soviétique est bien présent en Europe. La défaite de Dien Bien Phu ne redore pas le blason terni d’une France affaiblie politiquement, économiquement et diplomatiquement. En dépit des appels à l’aide lancés à l’Amérique pour l’aider à desserrer l’étau autour de la cuvette de la mort, Washington reste de marbre. Cela lui permettra de remplacer la France en Indochine. L’expédition franco-britannique de Suez est condamnée par les États-Unis. Les premières tentatives d’acquisition de l’arme atomique font l’objet de sévères mises en garde de Washington auquel l’OTAN emboîte le pas.

La France est accusée d’être un pays proliférateur et priée de cesser de jouer dans la cour des grands. La guerre d’Algérie vient ajouter un sujet de mécontentement américain à l’endroit de la « Grande Nation ». Mais, lorsqu’on est affaibli, il faut savoir faire bon cœur contre mauvaise fortune et se montrer un otanien discipliné et servile. Accepter sans coup férir les humiliations répétées, les Oukazes, les rabaissements… venus de Washington. Il faudra attendre le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958 pour que la donne change petit à petit… mais sûrement. Cela va décoiffer chez les esprits formés au moule de la servitude atlantiste.

Le retour du général de Gaulle aux affaires en 1958 constitue de ce point de vue une véritable rupture idéologique vis-à-vis de l’Amérique et de ses outils de domination, en particulier militaires.

LE CHOIX DE L’INDÉPENDANCE NATIONALE : LE DÉSIR DU GÉNÉRAL

Seul un retour à une économie forte et dynamique permet au premier président de la Cinquième République de gagner son indépendance militaire.

Le retour de l’autonomie économique

C’est que le général de Gaulle a quelques idées bien arrêtées sur la nature de la relation qu’il entend développer avec les États-Unis qui lui ont donné pas mal de fil à retordre pendant la Seconde Guerre mondiale et à la Libération de la France qui avait vocation à un régime de tutelle. La première de ses préoccupations consiste à rembourser toutes ses dettes aux Américains tout en mettant un terme au conflit algérien pour retrouver les mains libres. Allié fidèle en cas de coup dur, il le sera comme pendant les crises de Berlin et de Cuba. Aligné indéfectible en temps normal, il refusera de l’être choisissant la voie de l’indépendance nationale. Construire une Europe avec un moteur franco-allemand, renforcer le franc, contester la convertibilité du dollar, réclamer voix au chapitre dans les grandes décisions otaniennes… telles sont les grands axes de la politique étrangère du général de Gaulle. Contrairement à certains de ses éminents successeurs, il fait ce qu’il dit. Les actes suivent les paroles au grand dam de nos excellents amis américains très peu portés à la contradiction et au rejet de leur politique hégémonique, pour ne pas dire parfois, leur politique impériale.

Le choix de l’indépendance militaire

Qui dit indépendance économique, dit indépendance diplomatique (parler avec Moscou, établir des relations diplomatiques avec Pékin, critiquer la guerre du Vietnam lors du discours de Phnom Penh ; titiller Washington en Amérique latine et au Québec…) et indépendance militaire (parvenir au seuil nucléaire sans l’aide américaine et faire ses premiers essais nucléaires dès le début des années 1960 dans le Sahara). Toutes choses, on l’imagine, qui ne sont pas du meilleur goût pour nos alliés américains et pour toute la piétaille française grassement rémunérée pour lutter contre le terrorisme mais surtout pour cultiver un état de servitude volontaire vis-à-vis du tuteur américain.

N’ayant obtenu aucune réponse favorable à ses demandes de traitement identique à celui des Britanniques, le général de Gaulle en tire les conséquences : retrait de la structure militaire intégrée, départ de toutes les troupes américaines stationnées en France, déplacement du siège de l’OTAN de Paris à Bruxelles… Circulez, il n’y a rien à voir en France. Allez voir chez nos voisins belges ! Ils seront ravis de vous héberger à Bruxelles et à Mons pour aller vous préparer à faire la guerre… surtout après la fin de la Guerre froide. Le premier président de la République traite directement avec l’ours soviétique et avec Mao sans aller chercher ses instructions à la Maison Blanche.

En France, les vieux démons ont la vie dure. Chassez le naturel, il revient au galop. Sortie par la grande porte de l’histoire gaullienne, la pensée atlantiste revient par la petite fenêtre de l’histoire sarkozyste.

LE RETOUR AU BERCAIL OTANIEN : LE CHOIX DE NICOLAS SARKOZY

Après quelques hésitations des successeurs directs du général de Gaulle en termes de positionnement par rapport à l’OTAN, c’est l’un de ceux qui se prétendent ses héritiers qui pratiquera la transgression, la trahison.

Les héritiers du général

Les successeurs du général de Gaulle, avec des degrés différents, maintiennent le dogme gaullien tout en se montrant plus souple sur la forme. Georges Pompidou n’aura pas le temps matériel de s’affirmer mais fait le voyage aux États-Unis sous les lazzis. Valery Giscard d’Estaing apprécie ses rencontres avec ses homologues américains, flattant ainsi son ego démesuré. François Mitterrand veut se différencier de l’homme du coup d’état permanent tout en le caricaturant mais doit, au moins au début de son premier quinquennat, montrer pattes blanches en raison de la présence de ministres communistes dans son premier gouvernement. L’affaire Farewell lui permet de démontrer qu’il est un allié fiable dans la lutte contre les menées subversives de l’URSS.

Reconnaissons-lui le mérite d’avoir proposé la création d’une confédération européenne après la chute du mur de Berlin (rejetée avec vigueur par tous nos alliés) et d’avoir interpellé George Bush père lors du sommet de l’OTAN à Rome en 1992, lui rappelant que l’Alliance atlantique n’était pas la Sainte Alliance. Quant à Jacques Chirac, il s’opposera, certes, à la guerre en Irak de 2003 mais fera assaut d’amabilités auprès de Washington pour se faire pardonner sa déviance anti-atlantiste. Il en faudra de peu pour qu’il rejoigne la structure militaire intégrée de l’OTAN. Il y renoncera dans la mesure où les Américains ne lui proposeront pas un grand commandement.

« Sarko l’américain », le capitaine de pédalo et Jupiter

Il faudra attendre l’arrivée au pouvoir en 2007 pour que « Sarko l’américain » brise le tabou en reprenant en 2009 le chemin perdu du Saint des Saints en se rangeant sous la coupe du Pentagone. Les Américains décident, les Français exécutent comme des idiots utiles. En échange, nous recevons un commandement à Norfolk en Virginie (SACT ou Commandement Suprême Allié de la Transformation). Tout est bien qui finit bien pour la France ! Le président de la République multiplie les attentions à l’endroit de ses interlocuteurs américains. Mais, contrairement à ce qu’il escomptait (ceci ne relevait-il pas de la vulgaire farce ?), les Américains et autres Britanniques ne font pas le moindre pas en direction de la politique européenne de sécurité et de défense.

L’argument est imparable en période de restrictions budgétaires, pourquoi faire mal au Berlaymont ce que l’on fait parfaitement à Evere ! C’est le règne du circulez, il n’y a rien à voir. Quant à François Hollande qui avait critiqué la décision de Nicolas Sarkozy alors qu’il était le chef de l’opposition, il n’y trouve rien à redire dès qu’il prend ses fonctions à l’Élysée. Il fait même rédiger un rapport par Hubert Védrine qui souligne les inconvénients d’un nouveau départ de la structure intégrée. Tout est bien qui finit bien. Jupiter écrase la main de Donald Trump mais essuie ses avanies successives (retrait de l’accord sur le climat, décertification de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, retrait de l’UNESCO au moment où une Française, Audrey Azoulay est désignée comme directrice générale Place Fontenoy…). Dans son discours sur la refondation de la Sorbonne, il se prononce pour une défense européenne en concertation avec l’OTAN, le membre de phrase qui tue. Ce qui signifie en clair que tout change pour que rien ne change ! La servitude volontaire a encore de beaux jours devant elle.

La voie est désormais libre pour tout ce que la France compte d’admirateurs de l’Amérique.

L’AMOUR DE L’AMÉRIQUE : LES NÉOCON TIENNENT LE HAUT DU PAVÉ PARISIEN

L’américanisme touche d’abord une haute administration passée par le même moule de l’ENA qui est majoritairement néo-conservatrice.

Une haute administration passée par le même moule

Mais, il y a plus grave encore dans cette otanomania. Elle concerne toute la haute administration française (formée sur les bancs de l’ENA) qui constitue le meilleur ambassadeur des thèses néoconservatrices en France et dans les institutions internationales. Que nous dit le général Pierre Lorenzi sur le sujet : quand les hauts fonctionnaires civils trustent la quasi-totalité des directions du ministère de la défense (des armées) et des postes interministériels à vocation stratégique ?

La qualité de l’administration civile française, la valeur de ses hauts fonctionnaires, issus pour un certain nombre de l’ENA et l’ouverture de la Défense à des savoir-faire originaux ne sont pas contestées. La Défense peut se sentir honorée de l’attrait de ces fonctionnaires civils pour la chose militaire. Mais cette tendance très nette à la substitution des personnels d’encadrement aboutissant peu à peu au monopole des personnels civils sur ces postes laisse perplexe quand on connait l’investissement de la Défense – et donc du contribuable français – dans la sélection et la formation permanente de ses officiers généraux. Aller chercher ailleurs ce dont la Défense dispose largement en son sein, à un moment où les contraintes budgétaires sont sans cesse rappelées, répond-il à un besoin effectif ?

Pour illustrer ces propos, observons la distribution des rôles dans l’appareil de sécurité et de défense français et les parcours universitaires et professionnels de leurs détenteurs : président de la République : inspecteur des finances ; Premier ministre : conseiller d’Etat ; ministre des Armées : conseillère d’Etat ; Secrétaire Général de la Défense et de la Sécurité Nationale : conseiller maître à la Cour des Comptes ; éphémère prédécesseur du ministre des Armées, directeur des Affaires financières au ministère de la Défense, directeur du Service Historique de la Défense, directeur des Relations Internationales et de la Stratégie au ministère des Armées, directeur de la DGSE, responsable national du contre-terrorisme, coordinateur du renseignement auprès du Président : tous diplômés de l’ENA !

Sans compter le nombre considérable de conseillers, membres et directeurs de cabinets de ces dirigeants, et la diminution considérable du nombre de militaires dans le pilotage des derniers Livres blancs de la Défense, dont l’extension à la sécurité constitue là encore un prétexte supplémentaire à la marginalisation des militaires. Plus largement, on peut s’étonner que le musée de l’air et de l’espace, à forte dimension militaire, ne soit plus dirigé par un officier général de l’armée de l’Air ou que la communication de la défense (DICOD) soit désormais pilotée exclusivement par des civils4.

Une haute administration majoritairement néo-conservatrice

Ce que l’on dit moins est que notre élite bienpensante pense (le terme est peu approprié), parle anglais, ne rêve que d’un monde unilingue et se nourrit au lait des « think tanks » d’Outre-Atlantique, du cinéma d’Hollywood, de la chanson anglo-saxonne, privilégie le « fast food » à la gastronomie française…. Elle se montre de plus en plus incapable de penser français de parler français. À Abidjan, le président de la République, Emmanuel Macron qui avait vanté la veille à Ouagadougou les vertus de la langue française et de la francophonie (il était accompagné de sa représentante personnelle pour la Francophonie, Leïla Slimani), n’hésite pas à évoquer une task force » (pour évoquer un groupe de travail ou une force opérationnelle) et « l’intelligence » (en parlant du renseignement).

En un mot, elle est néo-conservatrice, plus néo-conservatrice que les néo-conservateurs américains5. C’est la fable bien connue de l’élève qui dépasse le maître. Cette élite gagnerait à méditer le petit opuscule de Noam Chomsky intitulé « De la guerre comme politique étrangère des États-Unis »6. On reste confondu au spectacle d’une haute administration formée sur les bancs des meilleures écoles de la République, en particulier de l’ENA, qui succombe aux sirènes américaines sans mesurer les impasses auxquelles conduit la diplomatie (ou l’absence de diplomatie) d’une Amérique rongée par l’hubris alors même qu’elle perd de plus en plus son rôle de nation indispensable dans le monde. Pense-t-elle que la France serait une terre de mission américaine qui se grandirait en s’abaissant au rôle de valet de Washington ?7

Cette dérive néo-conservatrice préjudiciable aux intérêts bien compris de la France ne semble émouvoir que quelques esprits chagrins ! Comment parler sérieusement de « souveraineté européenne » comme le fait le président de la République, Emmanuel Macron lors de son discours de la Sorbonne tout en se mettant dans le même temps sous le parapluie américain de moins en moins fiable et de moins en moins crédible depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche (le président jugeant « obsolète » l’OTAN) ? Nous devenons plus otanien que les Américains alors que ces derniers deviennent moins otanien. Méfions-nous que notre atlantisme ne se transforme un jour en Atlantide, cette île mythique évoquée par Platon qui fut engloutie par les flots dans un cataclysme provoqué à l’instigation de Zeus, dieu grec que les Romains appelaient Jupiter… Telle serait la morale de cette passion française, qui dévore nos élites et qui a pour nom l’atlantisme.

Guillaume Berlat
11 décembre 2017

1 www.toupie.org/Dictionnaire/Atlantisme.htm
2 Jaap de Hoop Scheffer, « La Turquie pose un sérieux problème à l’OTAN », Le Monde, 24 octobre 2017, p. 22.
3 Gaidz Minassian, L’illusoire « soft power » russe, Le Monde, 24 octobre 2017, p. 22.
4 www.asafrance.fr/item:la-defense-pilotee-par-des-hauts-fonctionnaires-civils-libre-opinion-du-general-pierre-lorenzi.html , 20 octobre 2017.
5 Juliette Grange, Les néoconservateurs, Agora Pocket, 2017.
6 Noam Chomsky, De la guerre comme politique étrangère des États-Unis, Agone, 2017.
7 Jean-Michel Autran, La France, terre de mission américaine, Vendémiaire, 2017.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 11-12-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

Une réponse à L’atlantisme : Une passion française, par Guillaume Berlat

  1. basile Le 29 décembre 2017 à 06h57

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    intéressante et utile mise noir sur blanc de l’histoire de l’Otan, chose méconnue du grand public, qui n’a fait que subir les orientations de nos dirigeants successifs. Car même si on a connu toutes ces présidences, on n’avait pas forcément toutes les infos du dessous des choses, ou avantageusement emballées, ou pas le temps de se pencher dessus de façon critique.

    ceci dit, le plus inquiétant sur le plan de l’intelligence humaine : qu’est ce qui fait qu’un énarque est atlantiste en sortant de l’ENA, un journaliste est de gauche en sortant d’une école de journalisme ? N’est-ce pas une soumission à la basse, par pur carriérisme ?

    Une soumission corps et âme intéressée, digne des plus vulgaires valets. Pathétique pour ces prétendues élites. Heureux les populistes qui échappent à cette maladie.

    https://www.les-crises.fr/latlantisme-une-passion-francaise-par-guillaume-berlat/

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