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Multilatéralisme ou Droit international ?

Multilatéralisme ou Droit international ?

par Thierry Meyssan

Contrairement à ce que l’on pense, le multilatéralisme que promeuvent les Européens ne s’oppose pas au bilatéralisme pratiqué aujourd’hui par les États-Unis, mais au Droit international. Le « Forum de Paris sur la paix », organisé par le président Emmanuel Macron, n’a pas permis de dégager de méthode pour prévenir les conflits, juste de tenter de sauver ce qui reste de quatre siècles d’hégémonie européenne.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 3 DÉCEMBRE 2019 ESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSРУССКИЙROMÂNĂ

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Le Forum de Paris sur la paix : comme toujours, excellentes mise en scène et prestation du président Emmanuel Macron, mais pour quel contenu ?

La France vient d’organiser à Paris le « IIème Forum de Paris sur la paix » [1]. Selon le président Emmanuel Macron, il s’agit de promouvoir le multilatéralisme que son homologue US, le président Donald Trump, serait en train de détruire.

Cela est-il vrai ? Est-ce le problème ?

Les faits portent au contraire à penser que les Occidentaux, dont la France, mènent depuis la dislocation de l’URSS une action de fond contre le Droit international et les Nations-Unies ; ce Forum n’étant qu’une occasion de sauver le pouvoir qu’ils exercent depuis quatre siècles sur le reste du monde.

Pour comprendre ce qui se passe, revenons en arrière :

Le président Bill Clinton et sa secrétaire d’État, Madeleine Albright, ont patiemment réécrit, un à un, toutes sortes de traités onusiens en abandonnant le langage du Droit international pour celui du Droit anglo-saxon. Cette « modernisation » n’était pas une simple traduction. C’est en réalité l’application de la « doctrine Korbel » visant à faire évoluer toute jurisprudence en faveur des anglo-saxons. Cette stratégie a été poursuivie par le président George Bush Jr et sa secrétaire d’État, Condoleezza Rice, fille adoptive du professeur Korbel et à ce titre sœur de Madeleine Albright [2].

Le même Bill Clinton a accepté un compromis favorable à Israël et l’a fait valider par le Conseil de sécurité. On ne parle plus d’un seul État en Palestine sur le principe égalitaire « Un homme, une voix », mais de deux sur le modèle des bantoustans de l’apartheid sud-africain.

Toujours sous l’impulsion du président US Bill Clinton et aussi du Premier ministre britannique Tony Blair, l’Alliance atlantique s’est auto-proclamée « défenseur des persécutés », a condamné la Méchante Serbie, et lui a livré une « guerre humanitaire » (sic). La morale s’était substituée au Droit permettant à l’Otan de le violer.

C’est ce même raisonnement qui a été utilisé depuis contre l’Afghanistan, contre l’Iraq, contre la Libye et contre la Syrie. Laura Bush assurait qu’il fallait attaquer l’Afghanistan parce que les petites filles n’avaient pas le droit de mettre de vernis à ongles ; Colin Powell qu’il fallait renverser le président Saddam Hussein parce qu’il était mêlé aux attentats du 11-Septembre ; Nicolas Sarkozy qu’il devait renverser Mouamar Kadhafi parce qu’il allait tuer son propre peuple ; et Laurent Fabius qu’il fallait chasser le président Bachar el-Assad parce qu’il n’avait pas « le droit de vivre sur Terre ».

L’argument humanitaire ou le recours aux Droits de l’homme masquent mal le profond mépris occidental pour l’Humanité et les Droits de l’homme. Rappelons que la Déclaration universelle des Droits de l’homme reconnait une hiérarchie entre eux [3]. Elle proclame que les trois droits principaux sont « la vie, la liberté et la sûreté de la personne » (art. 3). C’est pourquoi, elle place comme première application concrète la lutte contre l’esclavage (art. 4) et seulement après la lutte contre la torture (art. 5). Or, les Occidentaux ont rétabli l’esclavage en Libye et soutiennent des États esclavagistes comme l’Arabie saoudite. Ils ont aussi le pire bilan en matière de torture si l’on se souvient des 80 000 personnes enlevées et torturées par l’US Navy sur des bateaux stationnés en eaux internationales au début de ce XXIème siècle [4].

La rhétorique humanitaire, le « droit-de-l’hommisme », n’est pas sans rappeler la manière dont le Royaume-Uni attaqua l’Empire ottoman, prétendument pour sauver les Grecs de son oppression, en réalité pour contrôler leur pays : Londres invita Saint-Pétersbourg et Paris à reconnaître l’indépendance de la Grèce, en 1827, puis, sur la base de cette reconnaissance et en violation des règles du Congrès de Vienne, organisa une guerre devenue « légitime » contre Constantinople pour concrétiser cette « indépendance » : toujours maintenir les apparences du respect du droit quand on le viole !

Depuis la guerre de l’Otan contre la Yougoslavie, l’Onu s’est progressivement effacée. L’Otan n’a plus rien à faire de ce que pensent le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale. En quelques années, en violation de la Charte, les « forces d’interposition » de l’Onu sont devenues des « forces de maintien de la paix ». Il ne s’agit plus de surveiller la mise en application d’un cessez-le-feu conclu entre belligérants, mais d’imposer une solution aux belligérants —pis encore, parfois entre partis politiques d’un même pays. Et, à ce jour, l’Otan est la seule alliance militaire à avoir été invitée à « maintenir la paix ».

L’administration de l’Onu elle-même est passée du service de ses membres à celui de l’Otan. Ainsi a-t-on pu voir son Directeur des Affaires politiques, Jeffrey Feltman, promouvoir un plan de capitulation sans condition de la République arabe syrienne au lieu d’œuvrer à la paix [5].

Les membres occidentaux du Conseil de sécurité se disent Protecteurs du Droit international, mais loin de montrer l’exemple, ils manifestent sans vergogne leur dédain quand ce Droit leur est défavorable. Ainsi le Royaume-Uni qui vient de déclarer exercer sa souveraineté sur les îles Chagos, dont la base de Diego Garcia, malgré le recours des habitants légitimes, l’avis de la Cour internationale de Justice et l’injonction de l’Assemblée générale [6].

Le Droit international actuel trouve son origine dans la conférence de La Haye de 1899. Convoquée par le tsar Nicolas II, elle réunit diverses puissances de l’époque pour envisager un traité de désarmement. Mais, le Français Léon Bourgeois y proposa de régler les différends entre États en établissant une chambre d’arbitrage ; le seul moyen de prévenir des guerres étant de trouver des arrangements qui respectent les intérêts des parties comme on le fait entre individus civilisés. À la différence d’un tribunal, une chambre d’arbitrage ne s’impose pas. Elle n’est compétente que si les deux parties la reconnaissent préalablement comme telle.

Cette Chambre d’arbitrage a été incorporée à la Société des Nations (SDN), puis à l’Onu. Elle existe toujours et fonctionne bien comme le montre l’actuelle procédure sur la résolution du conflit en mer d’Azov entre l’Ukraine et la Russie.

Progressivement la SDN puis l’Onu ont été formées. Contrairement à une idée reçue, l’échec de la Société des Nations n’est pas imputable aux régimes impérial japonais, fasciste italien et nazi allemand, mais au refus des États-Unis d’y siéger et au refus de l’Empire britannique de reconnaître l’égalité des peuples (malgré la proposition japonaise soutenue par Léon Bourgeois).

À titre d’exemple, l’abandon du Droit international a été poussé un peu plus loin avec la réforme de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) proposée par la France [7]. Désormais, dans un apparent « souci d’efficacité », les décisions seront prises à la majorité simple et l’Organisation pourra désigner des coupables à l’issue de ses enquêtes techniques.

Or, l’OIAC est à l’origine une agence technique chargée de vérifier le respect par ses signataires du Traité interdisant les armes chimiques. Elle a le pouvoir d’enquêter selon des procédures très strictes, approuvées par tous les signataires, et d’établir les faits pour que l’assemblée des signataires en juge. En droit criminel, aucun pays au monde n’admet que les policiers s’instituent en juges et en bourreaux que, seuls, ils enquêtent, désignent les coupables et les punissent. Pourtant c’est très exactement le pouvoir aberrant que la réforme française donne à l’OIAC. Et comme cette même réforme valide les décisions à la majorité simple des signataires du Traité, cette agence devient un instrument de la politique occidentale.

Depuis plusieurs années déjà, les Occidentaux ont retiré toute référence au Droit international dans leurs déclarations et communiqués. Ils s’expriment au contraire en faveur du « multilatéralisme fondé sur des règles ». Quelles règles ? Celles des plus forts.

Au demeurant, ce second Forum sur la paix (et non pas pour la paix) n’a pas fait recette. Ils étaient deux fois moins de chefs d’État et de gouvernement à y participer que pour sa première édition [8].Thierry Meyssan

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[1] Paris Peace Forum, site officiel.

Facebook

[2] « La fulgurante intégration de Condoleezza Rice », par Arthur Lepic, Paul Labarique, Réseau Voltaire, 8 février 2005.

Twitter

[3] « Théorie et pratique des Droits de l’homme », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 1er octobre 2019.

[4] « 17 prisons secrètes ont déjà remplacé Guantanamo », Réseau Voltaire, 3 juin 2008. « Le secret de Guantánamo », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 28 octobre 2009.

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[5] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 janvier 2016.

[6] « Le Royaume-Uni défie l’AG de l’Onu et son tribunal », Réseau Voltaire, 23 novembre 2019.

[7] « La France propose de changer les statuts de l’OIAC », Réseau Voltaire, 6 mai 2018.

[8] « Emmanuel Macron au Forum de Paris sur la Paix », par Emmanuel Macron, Réseau Voltaire, 12 novembre 2019.

https://www.voltairenet.org/article208454.html

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La propagande médiatique étatsunienne à la rescousse de l’OIAC

La propagande médiatique étatsunienne à la rescousse de l’OIAC


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Par Moon of Alabama – Le 2 decembre 2019

Une organisation internationale a publié deux faux rapports et s’est fait prendre la main dans le sac. Mais comme ces faux rapports ont été établis dans l’intérêt des États-Unis, une organisation de propagande parrainée par les États-Unis est envoyée pour embrouiller la situation. Alors que cette tentative se retrouve sous le feu des critiques, le New York Times intervient pour donner un coup de pouce supplémentaire.

L’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a créé un prétexte pour la guerre en censurant ses propres recherches scientifiques :

Des courriels et des documents de l'OIAC ont fait l'objet de fuites organisées par des lanceurs d’alerte vers des journalistes et des avocats internationaux. L'ancien journaliste Jonathan Steele, qui s'est entretenu avec ces lanceurs d’alerte, a rédigé un excellent article sur le sujet. Dans le Mail on Sunday, le chroniqueur Peter Hitchens s'est penché sur la question et l'a mise en avant.

Sous la pression des États-Unis, la direction de l’OIAC a modifié ou supprimé les conclusions de ses propres scientifiques pour faire croire que le gouvernement syrien était responsable de l’incident chimique présumé survenu en avril 2018 à Douma.

L’attention que le public porte à cette manipulation de l’OIAC pousse à remettre en question d’autres études faites précédemment par l’OIAC. Quelqu’un devait donc venir à son secours.

C’est l’organisation de propagande Bellingcat, financée par les États-Unis, qui s’est lancée à la rescousse de l’OIAC. Elliot Higgins « suck my balls », fondateur de Bellingcat, a déclaré que les rapports de l’OIAC sont en droite ligne avec les préoccupations exprimées par les scientifiques de l’OIAC.

Cette affirmation est maintenant propagée par un article du New York Times qui, sous prétexte de faire une analyse en source libre sur le sujet , renforce Bellingcat et sa défense de l’OIAC :

Le blogueur Eliot Higgins a déjà fait parlé de lui, au début de la décennie, en couvrant la guerre en Syrie à partir de l’ordinateur portable de son appartement à Leicester, en Angleterre, tout en s'occupant de sa petite fille. En 2014, il fondait Bellingcat, un journal d'information en source libre qui compte aujourd'hui une douzaine de collaborateurs, avec un bureau à La Haye. M. Higgins a attribué sa compétence non pas à une connaissance particulière des conflits internationaux ou des données numériques, mais aux heures qu'il a passées à jouer à des jeux vidéo, ce qui, selon lui, lui a donné l'idée que tout mystère peut être résolu. 
...
Les journalistes de Bellingcat ont fait connaître leurs techniques lors de séminaires auxquels ont participé des journalistes et des responsables de l'application des lois. Avec les subventions de groupes comme l'Open Society Foundations, fondée par George Soros, les séminaires sont une source importante de revenus pour Bellingcat, une organisation à but non lucratif.

Il semble que le New York Times ait oublié de mentionner une source financière importante de Bellingcat. Voici une capture d’écran actuelle de la page «A propos» de son site internet :

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Porticus, Adessium, Pax for Peace et le Postcode Lottery sont toutes des organisations néerlandaises. Ensuite, il y a la fameuse organisation de Soros que le New York Times a bien mentionnée. Mais pourquoi a-t-il négligé de dire à ses lecteurs que Bellingcat est financé par la National Endowment for Democracy, organisme lui-même financé à près de 100% par le gouvernement américain ?

Serait-ce parce que la NED, qui dépense l’argent du gouvernement américain pour financer plus de 1.600 organisations non gouvernementales, est un cheval de Troie, une couverture pour la CIA ?

Sous l'impulsion du Watergate - le Church committee du Sénat, le Pike committee de la Chambre des représentants et la commission Rockefeller, créée par le président, étaient tous occupés à enquêter sur la CIA. Régulièrement, la révélation d'un comportement horrible, même criminelle, dans laquelle la CIA était impliquée depuis des années, faisait la une des journaux. 
...
Ce qui a alors été fait, fut de transférer la réalisation de bon nombre de ces choses horribles à une nouvelle organisation, avec un joli nom qui sonne bien - la National Endowment for Democracy. L'idée était que la NED ferait ouvertement ce que la CIA faisait secrètement depuis des décennies, et donc, espéraient-ils, éliminerait la stigmatisation associée aux activités secrètes de la CIA. 
...
"Nous ne devrions pas avoir à faire ce genre de travail clandestinement", déclarait Carl Gershman en 1986, alors qu'il était président de ce Fonds de dotation. "Il était terrible pour les groupes démocratiques du monde entier d'être considérés comme subventionnés par la C.I.A. Nous l'avons vu dans les années 60, et c'est pourquoi cela a été abandonné. Nous n'avions pas la possibilité de le faire, c'est pourquoi le fonds de dotation a été créé."
Et Allen Weinstein, qui a participé à la rédaction de la loi établissant la NED, déclarait en 1991 : "Une grande partie de ce que nous faisons aujourd'hui était fait clandestinement depuis 25 ans par la CIA."

En fait, la CIA blanchit de l'argent par le biais de la NED.

Le fait que la NED fasse le travail de la CIA est probablement la raison pour laquelle l’article du NYT sur Bellingcat oublie de mentionner ces financements et aussi pourquoi il accourt à l’aide de Bellingcat et de l’OIAC :

Certains journalistes et militants hostiles envers ce qu'ils qualifient de "récits pro-occidentaux de Bellingcat" ont critiqué une partie de sa couverture de la guerre en Syrie.

En particulier une attaque du 7 avril 2018 contre Douma, en Syrie. Bellingcat a rapporté, sur la base d'une analyse de six vidéos trouvée en source libre, qu'il était "hautement probable" que des civils de Douma soient morts à cause d’armes chimiques. En mars, l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques a indiqué qu'il existait des "motifs raisonnables" de dire que des armes chimiques avaient été utilisées dans cette attaque.

Les critiques de Bellingcat ont pointé du doigt un courriel d'un enquêteur de l'organisation, disant qu'il se posait des questions sur les résultats. WikiLeaks a publié le courriel le 23 novembre. En réponse, Bellingcat a défendu son article en affirmant que le rapport final de l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques sur Douma tenait compte des préoccupations de l'enquêteur dont le courriel a été publié par WikiLeaks.

En jouant à des jeux vidéo, Elliot Higgins a appris à identifier les attaques chimiques vues dans des séquences vidéo douteuses publiées par des affiliés terroristes. Si c’est vrai, c’est une capacité admirable. Son affirmation selon laquelle le rapport de l’OIAC « tient compte des préoccupations de l’enquêteur » qui l’a critiqué est, comme le démontre Caitlin Johnstone, tout à fait fausse :

Bellingcat ne tient tout simplement pas compte de cet aspect absolument central du courriel, ni de la remarque du lanceur d’alerte au sujet des symptômes des victimes qui ne correspondent pas à une intoxication au chlore gazeux.

"Dans ce cas, la confiance dans l'identité du chlore ou de tout agent d'étouffement est remise en question précisément en raison de l'incohérence avec les symptômes signalés et observés ", écrit le lanceur d’alerte dans son courriel. "L'incohérence n'a pas seulement été relevée par l'équipe [de la mission d'enquête], mais aussi par trois toxicologues spécialisés dans l'exposition à des agents [d’armes chimiques]."

Bellingcat ne dit rien de ces remarques faites par courriel, et ne dit rien sur le fait que l'OIAC les a exclues de son rapport intérimaire en juillet 2018 et de son rapport final en mars 2019, ce dernier affirmant exactement le contraire en disant qu'il y avait des "motifs raisonnables de croire que l'utilisation d'un produit chimique toxique en tant qu’arme a eu lieu. Ce produit chimique toxique contenait du chlore réactif. Le produit chimique toxique était probablement du chlore moléculaire."

Bellingcat ignore complètement tous ces points, ....

Dans sa défense du rapport de l’OIAC, Bellingcat écrit :

La comparaison des points soulevés dans la lettre avec le rapport final montre clairement que l'OIAC a non seulement abordé ces points, mais a même modifié la conclusion d'un rapport antérieur pour refléter les préoccupations de cet employé.

Le chroniqueur Peter Hitchens du Mail on Sunday n’est pas d’accord avec ce paragraphe :

Mis à part les mots "la" et "le", tout dans le paragraphe ci-dessus est, pour le dire poliment, erroné. Bellingcat était si impatient de démolir la fuite concernant l'OIAC qu'il s'est depeché (comme beaucoup l'ont fait lorsque l'attaque a été annoncée pour la première fois) de juger sans attendre les faits. Les lanceurs d’alerte de l'OIAC en savent plus que ce qui a été publié jusqu'à présent...

Caitlin et Peter devraient jouer plus souvent aux jeux vidéo. J’ai lu dans le NYT qu’ils sont la véritable voie d’apprentissage pour l’évaluation factuelle des attaques chimiques présumées.

Le 7 avril 2018, des terroristes du groupe Jaish al Islam tenaient Douma. Ils ont tué 40 civils. Les corps ont été montrés dans des vidéos avec des bidons de chlore gazeux pour prétendre que le gouvernement syrien avait tué ces personnes. L’équipe d’enquêteurs de l’OIAC a analysé les éléments de preuve et a constaté que les bombonnes n’avaient pas été larguées d’un avion mais placées manuellement. Les symptômes montrés par les victimes ne correspondaient pas à une attaque au chlore et des substances chlorées n’ont été trouvées qu’à des concentrations extrêmement faibles. Il n’y avait absolument aucun « motif raisonnable » de dire que des armes chimiques avaient été utilisées dans l’attaque.

Mais la direction de l’OIAC, sous la pression des États-Unis et malgré les protestations de ses propres scientifiques, a publié un rapport disant le contraire. Lorsque cette manipulation a été dévoilée, Bellingcat, un organisme financé par les États-Unis, a fait une superficielle tentative pour brouiller les pistes. Puis une autre organisation de propagande, le New York Times, a dû intervenir pour sauver Bellingcat et les fausses déclarations de l’OIAC.

Cela ne va pas aider. Il y aura bientôt d’autres preuves que la direction de l’OIAC a publié deux faux rapports sur Douma, et probablement encore plus sur un autre sujet. Le public saura que l’OIAC a échoué.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé pour le Saker Francophonehttps://lesakerfrancophone.fr/la-propagande-mediatique-etatsunienne-a-la-rescousse-de-loiac

Des lanceurs d’alerte révèlent les mensonges de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques.

Des lanceurs d’alerte révèlent les mensonges de l’Organisation pour l’Interdiction des Armes Chimiques.


Par Tony Cartalucci – Le 5 novembre 2019 – Source New Eastern Outlook

Des lanceurs d’alerte viennent de révéler ce que beaucoup devinaient depuis le début – que l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a délibérément modifié divers rapports et supprimé des preuves concernant des attaques présumées à l’arme chimique en Syrie pour aider à renforcer la propagande de guerre américaine.

La Fondation Courage – composée de divers lanceurs d’alerte et journalistes d’investigation – dans une déclaration intitulée « un comité critique les «pratiques inacceptables» de l’OIAC dans son enquête sur l’attaque chimique de la Douma, Syrie, du 7 avril 2018», conclut que (non souligné dans l’original) :

Sur la base de l'exposé détaillé du lanceur d’alerte, y compris les courriels internes, les échanges de textes et les projets de rapports supprimés, nous sommes unanimes à exprimer notre inquiétude face aux pratiques inacceptables dans l'enquête sur l'attaque chimique présumée à Douma, près de la capitale syrienne de Damas, le 7 avril 2018. Nous avons été convaincus par les témoignages que des informations importantes sur les analyses chimiques, les consultations toxicologiques, les études balistiques et les témoignages des témoins ont été supprimées, visiblement dans le but d’obtenir une conclusion prédéfinie.

Le panel a demandé à l’OIAC de réexaminer son enquête sur l’attaque présumée de Douma en 2018, en déclarant :

Cela contribuerait à rétablir la crédibilité de l'OIAC et à montrer son engagement en faveur de la transparence, de l'impartialité et de l'indépendance. Il est de la plus haute importance de rétablir la confiance dans les procédures de vérification sur lesquelles repose l'application des interdictions de la Convention sur les armes chimiques.

Le groupe comprenait un membre de l’OIAC lui-même – José Bustani [viré et menacé sous pression américaine, NdT] – qui a en fait été le premier directeur général de l’OIAC. Celui-ci conclut :

Les preuves convaincantes d'un comportement irrégulier dans l'enquête de l'OIAC sur l'attaque chimique présumée de Douma confirment les doutes et les soupçons que j'avais déjà. Je n'arrivais pas à comprendre ce que je lisais dans la presse internationale. Même les rapports officiels d'enquête semblaient, au mieux, incohérents. Le tableau est certainement plus clair maintenant, bien que très inquiétant.

Une présentation détaillée des éléments de preuve qui ont été supprimés peut être consultée ici.

Confirmer l’évidence

Depuis le début, le rôle de l’OIAC en Syrie était clairement de fournir un prétexte aux États-Unis pour une intervention militaire directe.

Malgré cet objectif évident, et parce que de nombreux membres du personnel de l’OIAC sont des professionnels ayant des principes, comme le montrent les actes des lanceurs d’alerte, l’OIAC a eu recours à des méthodes très subtiles pour déformer les résultats de ses rapports et formuler ses conclusions de manière à ce que les médias puissent combler les lacunes ou l’ambiguïté des rapports pour lesquelles l’organisation n’osait pas directement mentir.

Malgré les informations contenues dans leurs propres rapports, qui réfutent incontestablement les allégations selon lesquelles le gouvernement syrien aurait utilisé des armes chimiques ou qui admettent qu’aucune allégation fondée sur des faits ne pouvait même être faite alors que les enquêteurs ne se rendaient souvent jamais sur les lieux des attaques présumées, l’OIAC publiera plusieurs conclusions à motivation politique qui nourriront directement la propagande de guerre américaine.

La présumée attaque chimique de Douma en 2018 en est peut-être l’exemple le plus pertinent, les détails de l’attaque présumée étant clairsemés et peu convaincants et le rapport final de l’OIAC comprenant même une photo prise dans une usine d’armes des militants où un cylindre semblable à ceux qui avaient servi à l’attaque a été trouvé parmi des munitions en cours de préparation.

Le rapport contient également des photographies des trous qui auraient été faits sur les toits par ce que l’on prétendait être des munitions chimiques, mais notait que les bâtiments adjacents avaient des cratères et des trous similaires qui n’étaient manifestement pas dus à des munitions chimiques. En d’autres termes, tout porte à croire que les récipients de gaz ont probablement été mis en place en tirant parti des trous et des cratères créés par des armes classiques.

En dépit de ces preuves suggérant que l’attaque n’était qu’une mise en scène, l’OIAC a choisi de les supprimer ou de les minimiser et d’utiliser un langage ambigu pour permettre aux sources médiatiques occidentales de présenter le rapport comme une « confirmation » que non seulement une attaque a eu lieu, mais que c’est le gouvernement syrien qui en était à l’origine.

Ce n’est qu’en lisant soi-même le rapport de l’OIAC que l’on pouvait savoir à quel point les accusations portées contre le gouvernement syrien étaient faibles et que, malgré les manchettes des médias occidentaux accusant le gouvernement syrien, des éléments du rapport montraient du doigt les militants soutenus par les États-Unis opérant dans la région à ce moment-là.

Armes de destruction massive 2.0

Après avoir organisé un conflit par procuration en Syrie en 2011, qui allait plus tard s’enliser, les États-Unis ont cherché à reproduire leurs « succès » en Libye et en Irak en cherchant une justification pour une intervention militaire directe. Les États-Unis ont utilisé le prétexte des militants qu’ils avaient eux-mêmes armés et déchaînés à travers la Syrie, y compris le soi-disant État islamique, pour déployer des forces militaires sur le territoire syrien.

Du coup, ils ont utilisé à plusieurs reprises l’excuse de présumées attaques chimiques dans le but d’établir un consensus international en faveur d’une intervention militaire contre Damas.

Cependant, il semble que le monde comprenait que les États-Unis répétaient – essentiellement – des mensonges presque identiques à ceux qu’ils avaient utilisés à l’égard de l’Irak – littéralement la nation la plus proche de la Syrie – avec des histoires d’« armes de destruction massive » dans le but d’intervenir et de détruire une nouvelle nation du Proche-Orient.

Grâce à cette méfiance mondiale croissante et l’intervention militaire de la Russie en Syrie en 2015, l’agression militaire américaine a été contrecarrée. Les médias alternatifs mondiaux de plus en plus nombreux ont aidé à montrer le vrai visage de cette 2ème version d’un récit sur des armes de destruction massive.

Aujourd’hui, car cet élan s’est poursuivi, l’OIAC est de nouveau sous les feux de la rampe grâce au récent groupe d’experts de la Fondation Courage afin d’exposer enfin et peut-être même de tenir responsables ceux qui, au sein de l’OIAC, ont tenté d’utiliser l’organisation pour faciliter une propagande de guerre plutôt que pour remplir son mandat. Le panel et les médias alternatifs qui en font la promotion célèbrent également ceux qui, au sein de l’OIAC, ont le courage de dénoncer ces irrégularités.

Alors que le conflit syrien touche à sa fin en faveur de Damas et de ses alliés – et que les États-Unis et leur groupe d’alliés ont organisé une autre tentative préméditée de destruction d’une nation et de son peuple – un panel exposant l’inconvenance de l’OIAC et sa place dans la propagande occidentale de la guerre pourrait sembler sans pertinence.

Mais il est absolument essentiel d’exposer en détail ce qui a été fait en Syrie, que la guerre soit terminée ou non et quelle que soit l’issue favorable qu’elle a eue pour Damas et le peuple syrien, afin d’éviter que des irrégularités similaires ne soient utilisées contre la prochaine nation qui se trouve dans la ligne de mire de Washington.

Tony Cartalucci

Traduit par Wayan, relu par San pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/des-lanceurs-dalerte-revelent-les-mensonges-de-lorganisation-pour-linterdiction-des-armes-chimiques