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La géopolitique d’Oman : un acteur légitime (1/3)

La géopolitique d’Oman : un acteur légitime (1/3)

Ce premier volet consacré au statut de médiateur du sultanat d’Oman au Moyen-Orient nous amène à nous questionner sur les attributs de la légitimité. Le passé historique d’Oman, à travers sa domination des mers, sa localisation stratégique au niveau du détroit d’Ormuz, ainsi que sa stabilité étatique nous permettent de mieux comprendre comment cet État parvient à s’affirmer dans une région qui semble écrasée par la rivalité irano-saoudienne.

Sur la carte du Moyen-Orient, nous voyons qu'Oman se trouve à un endroit stratégique : le sultanat contrôle les entrées et sorties du détroit d'Ormuz.
Grâce au contrôle du détroit d’Ormuz, la localisation géographique d’Oman lui permet de jouer un rôle stratégique au Moyen-Orient.

La légitimité historique.

La légitimité d’un État s’appuie en partie sur l’Histoire de celui-ci. Dans le cas d’Oman, le XVIIe siècle marqua son affirmation sur la scène internationale. En janvier 1650, les forces omanaises de Sultan bin Saif al-Said chassèrent les troupes portugaises de Mascate. Cet évènement marqua la fin du protectorat portugais sur Oman, alors constitué en imamat (1). De plus, il permit à Oman de devenir une puissance maritime. Son fils, Saif bin Sultan, continua la lutte contre l’Empire portugais en récupérant la ville de Mombasa en 1698. Oman regardait désormais vers l’Afrique de l’Est. Progressivement, l’Imamat prit l’île de Pemba, Kilwa, puis Zanzibar. Saif encouragea l’exercice de la piraterie contre les Perses et les Européens. Ainsi, les pirates omanais commencèrent à attaquer des possessions portugaises dans l’ouest de l’Inde actuelle. Le golfe Persique fut aussi le théâtre d’attaques omanaises : l’Imamat prit le contrôle de Bahreïn aux Perses, de 1717 à 1738. Au milieu du XIXe siècle, Oman consolida son empire maritime en profitant du commerce d’esclaves.

En 1856, la mort du souverain Said bin Sultan provoqua un conflit de succession parmi ses fils. L’Empire britannique, présent dans la région du fait d’un protectorat sur les États de la Trêve (actuels Émirats arabes unis), servit de médiateur. À travers le Canning Award (2), l’Empire omanais fut divisé en deux entités. Tout d’abord, le sultanat de Zanzibar qui récupéra la côte est-africaine et les territoires autour des Grands Lacs. Puis, le sultanat de Mascate et Oman qui conserva le reste des possessions. Ce dernier fut, de facto, soumis à deux influences internes encore présentes aujourd’hui. La première, venant des côtes, se caractérisait par la personne du sultan et d’une société cosmopolite, voire séculaire. La seconde, venant des terres, s’appuyait sur la personne de l’imam, une société tribale et la prééminence de l’ibadisme (3).

Malgré cette coexistence, les littoraux furent régulièrement la cible d’attaques d’ibadites venus de l’intérieur des terres. À partir de 1892, le territoire passa sous protectorat britannique et y resta jusqu’en 1971.

Une localisation stratégique.

Le sultanat d’Oman est constitué de trois entités territoriales. Tout d’abord, la surface que nous voyons de prime abord sur une carte, composée de dix gouvernorats contigus. Ensuite, le gouvernorat de Musandam qui est situé à la pointe des Émirats arabes unis. Enfin, le territoire de Madha, une exclave du gouvernorat de Musandam, situé dans les Émirats et composé en son centre d’une ville… émiratie.

En-dehors de l’aspect original de son territoire, Oman occupe une position prépondérante au Moyen-Orient. La péninsule de Musandam lui permet d’avoir le contrôle du détroit d’Ormuz, l’un des verrous stratégiques de la région. En effet, les pays moyen-orientaux exportateurs de pétrole doivent tous faire transiter leurs cargaisons par ce passage. Oman contrôle ainsi les entrées et les sorties du golfe Persique. Chaque année, 35 % du pétrole mondial passent donc par les eaux territoriales omanaises.

Par ailleurs, le sultanat d’Oman se situe au croisement de trois régions. Premièrement, l’Afrique de l’Est, dont nous avons vu les liens qui ont pu exister avec Mascate. Deuxièmement, le sous-continent indien, dont de nombreux ressortissants sont partis s’installer à Oman, faisant d’ailleurs quasiment doubler la population totale omanaise entre 2010 et 2018. Troisièmement, le Moyen-Orient, où se joue une lutte d’influence entre l’Arabie saoudite et l’Iran.

La stabilité de l’État.

Sur la période contemporaine, le sultanat d’Oman se démarque par une stabilité dont peu de voisins régionaux peuvent se targuer. Hormis lors de la guerre du Dhofar (1964-1976), l’État omanais a globalement vécu dans une certaine sérénité. Dès sa prise de pouvoir, Qaboos bin Said a tout fait pour instaurer cette stabilité, dont nous parlerons ultérieurement.

Oman fut touché par les révoltes de 2011, qui ont secoué les mondes arabes, sans toutefois plier. Au début des évènements, les autorités omanaises ne s’attendaient pas à faire face à des mouvements contestataires. Des sit-in eurent lieu dans le pays en signe de protestation. Il y eut aussi des manifestations ouvrières pour réclamer une hausse des salaires et pour dénoncer le monde du travail, la corruption et le piston. Dans le Dhofar, des pancartes invitèrent le sultan à dénoncer la corruption. Néanmoins, la monarchie n’était pas en danger. Des réformes furent mises en place et permirent une augmentation des salaires et la création de 50 000 postes publics dans la sécurité.

Notes :

  • (1) L’imamat est un système politique constitué autour de la personne de l’imam, le guide religieux.

 

  • (2) Le Canning Award est un accord visant à régler les différends territoriaux entre le sultan de Mascate et celui de Zanzibar autour des territoires africains de l’empire omanais.

 

  • (3) L’ibadisme est un courant de l’islam se différenciant des deux branches majoritaires que sont le sunnites et le shî’isme. Il fera l’objet d’une analyse plus approfondie dans la suite du présent article.

 

Sources.

GHUBASH Hussein, Oman : une démocratie islamique millénaire, 1998.

KATZMAN Kenneth, « Oman: Reform, Security, and U.S. Policy », Congressional Research Service, novembre 2018.

RODRIGUEZ Sonia et ABIDI Hasni, « Oman : une autre géopolitique dans le monde arabe », IRIS, octobre 2016

About Maxime ONFRAY

Maxime ONFRAY est diplômé d’un master d’Histoire et est actuellement en M2 Géopolitique et Prospective à l’IRIS. Il est spécialiste du Moyen-Orient et s’intéresse fortement aux problématiques liées à l’Afrique et à l’Asie centrale. Ses thématiques de prédilection sont les questions d’ordres politique, , géopolitique et religieux.
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L’« Otan arabe » sérieusement compromise

L’« Otan arabe » sérieusement compromise

  

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Alors que le projet de « deal du siècle » des États-Unis devrait être prochainement révélé, l’Égypte a fait savoir, le 14 avril 2019, qu’elle ne participerait pas à l’Alliance stratégique moyen-orientale (Middle East Strategic Alliance) dite « Otan arabe ». Le retrait de l’armée arabe la plus nombreuse obère le projet.

L’Égypte estime ne pas avoir d’objectif stratégique commun avec les autres États susceptibles de rejoindre cette alliance, ni avoir de raison de se placer sous commandement saoudien.

La participation du Qatar et du Sultanat d’Oman était déjà implicitement improbable.

Le projet d’une alliance israélo-arabe avait été formulé la première fois par le président Barack Obama dans sa Doctrine de sécurité nationale (6 février 2015). L’idée avait été reprise par la Ligue arabe (sans mentionner la participation israélienne) lors de son sommet de Charm el-Cheick (1er avril 2015) sous le nom de « Force arabe de Défense commune ». Donald Trump avait imposé des achats démesurés d’armes US à l’Arabie saoudite (20 mars 2018) et évoqué alors une possible prise de commandement saoudienne d’une hypothétique « Otan arabe ». La réalisation de ce projet avait été annoncée par Mike Pompeo lors de son discours à l’université arabe du Caire (10 janvier 2019).

Le projet d’« Otan arabe » a été présenté à l’opinion publique comme une alliance contre l’expansionnisme iranien. Dans la pratique, il s’agirait d’une alliance judéo-sunnite contre les chiites. Cependant, selon un document US révélé par Reuters, le véritable objectif de ce groupe serait de prévenir l’influence russe et chinoise dans la région.

Quoi qu’il en soit, le surnom d’Otan arabe indique que cette alliance « arabe » sera pilotée par le Pentagone. Israël devrait y jouer secrètement le même rôle que le Royaume-Uni au sein du Pacte de Bagdad, durant la Guerre froide. L’alliance se limiterait à organiser l’interopérabilité des armées nationales, mais pas d’opération militaire commune. Elle veillerait surtout à la compatibilité des armements, donc à maintenir l’achat d’armes US.

Le président Trump considère comme plus important de développer les emplois aux États-Unis que de guerroyer au Moyen-Orient. L’Alliance stratégique moyen-orientale lui offre des débouchés considérables pour son industrie militaire.

La réalisation des manœuvres communes « Bouclier arabe 1 » (Arab Shield 1), en novembre 2018, avait posé les jalons de cette alliance militaire. Les armées d’Arabie saoudite, du Bahreïn, d’Égypte, des Émirats arabes unis, de Jordanie et du Koweït, s’y étaient engagées sous l’œil attentif des observateurs des armées du Liban et du Maroc.

https://www.voltairenet.org/article206069.html

La nouvelle base anglaise d’Oman s’inscrit dans le pivot post-Brexit du pays vers l’Océan Indien

La nouvelle base anglaise d’Oman s’inscrit dans le pivot post-Brexit du pays vers l’Océan Indien


Le Royaume-Uni a pour projet d’établir une deuxième base dans la région du Moyen-Orient, à Oman.


 

Par Andrew Korybko – Le 13 novembre 2018 – Source orientalreview.org

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Le ministre anglais de la Défense a annoncé ces projets en début de semaine, après une visite dans la monarchie arabe, qui lui a permis d’observer les exercices militaires en cours entre son armée et celle du pays hôte. Une fois construite, l’an prochain, cette base sera la deuxième base anglaise dans la région, faisant suite à la première base navale construite au Bahreïn. L’établissement de ces deux bases marque symboliquement le retour du pays à l’« est de Suez ».

À l’époque de l’apogée de l’empire britannique, le pays constituait la puissance dominante indiscutée de cette partie du monde, et le retrait militaire massif britannique qui s’était déroulé en plein milieu de la guerre froide avait constitué un choc psychologique pour nombre de citoyens de sa majesté, qui pouvaient apprécier le prestige que la période impériale leur inspirait.

Le retour du Royaume-Uni vers l’Orient fait suite à plusieurs raisons interconnectées entre elles : la première en est, évidemment, le retrait progressif américain de cette région, qui pose une nécessité pour leurs alliés de prendre leur place, de par le stratagème « Diriger depuis l’arrière » dévoilé sous Obama. Deuxièmement, les conséquences économiques et stratégiques du Brexit poussent le pays à renforcer ses partenariats commerciaux extra-régionaux, chose que le pays estime pouvoir réaliser au mieux au travers d’une « diplomatie militaire » avec de riches pays du Moyen-Orient. Et cela va plus loin, puisque le retour anglais dans la région pourrait faciliter la conclusion d’autres accords commerciaux, à l’image de celui qui fut signé cette année même avec l’Union douanière d’Afrique australe (SACU, [Southern African Custom Union, NdT]) et le Mozambique, ainsi que l’accord que le Royaume-Uni souhaite également signer un jour avec l’Inde.

Le motif qui transparaît peu à peu est que le Royaume-Uni essaie de se rétablir comme puissance économique et militaire de premier plan dans la région de l’Océan Indien, certes sur une échelle moindre de ce qu’elle fut, mais en jouant sa partition dans cette région de plus en plus soumise à compétition, et qui se voit traversée par les principales routes commerciales mondiales. On peut s’attendre à voir d’autres bases militaires anglaises, plus petites, s’établir ça et là sur ce vaste espace, Londres les reliant, elles et leurs pays hôtes, au travers d’exercices militaires réguliers et pourquoi pas au travers d’accords commerciaux, ce qui lui ferait reprendre le rôle de puissance de cohésion de la région. L’avenir dira si cette stratégie apportera des retombées tangibles au Royaume-Uni, mais pour l’instant, nous y voyons le meilleur indicateur disponible révélant les priorités du pays à l’issue du Brexit.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 9 novembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Note du Saker Francophone

Le Brexit permet enfin au Royaume-Uni de sortir de son repli sur l'Europe et l'Occident, et de reprendre un rôle sur la scène mondiale. Dans le grand jeu géopolitique, également, les derniers à sortir de l'Union européenne seront les grands perdants.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

Oman appelle les États arabes à reconnaître Israël

Oman appelle les États arabes à reconnaître Israël

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Le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s’est rendu en visite officielle à Oman, le 22 octobre, suivi quatre jours plus tard du Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu.

Oman n’entretient pas de relations diplomatiques avec Israël. Le voyage de M. Netanyahu avait été tenu secret. Atteint d’un cancer, le sultan Qabous est très gravement malade depuis trois ans. Ces visites étaient ses premières apparitions publiques.

Le 27 octobre, le ministre des Affaires étrangères omanais, Yousuf bin Alawi (photo), intervenant aux entretiens de Manama (Bahreïn), a appelé les autres dirigeants arabes à prendre acte de la réalité et à reconnaître l’État d’Israël. Le souverain bahreïni, le roi Hamed ben Issa Al Khalifa, lui a apporté son soutien.

Le lendemain, le sultan Qabous a envoyé une délégation à Ramallah (Palestine), porter une lettre au président Abbas.

Il semble que cette agitation diplomatique porte sur une possible initiative saoudienne liée au plan de paix de la Maison-Blanche.

http://www.voltairenet.org/article203678.html