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Bonaparte, la Russie, ou comment rien ne change.

Bonaparte, la Russie, ou comment rien ne change.

Franco-russe, je me souviens encore de ce sentiment de gêne qui me travaillait, enfant, à chaque fois que j’entendais parler de la guerre partiotique de 1812. Si j’avais eu le malheur de naître à cette époque, qu’aurais-je fait ? Comme, en certains cas, le sens des réalités n’est pas négociable, je finissais par me ranger du côté russe car, après tout, qui était l’envahisseur ? Le barbare ? Je me souviens des réflexions que m’avaient inspirée la biographie de la bonne vieille Comtesse de Ségur dont le père, Fédor Rostopchine, gouverneur de Moscou entre 1812 et 1814, ordonna la mise à feu de Moscou. Si j’avais été à sa place, me demandais-je, aurais-je pu épouser un Français ? Prenant un peu plus de recul, 25 ans plus tard, je me repose la question mais en d’autres termes : est-ce que les Russes ont bien raison de ravaler une rancune normalement indigeste alors que, si l’on inverse un certain nombre de scénarios, on se rend compte que jamais l’Occident n’aurait absous la Russie. Imaginons que les trois-quarts de Paris eussent été brûlés pour éviter que l’envahisseur russe ne s’en empare ! Imaginons que plus de 10.000 Français auraient trouvé la mort sur les champs d’honneur russes pendant la I GM et que le roi (le président, l’Empereur …) qui les y aurait envoyé aurait fini trahi par le gouvernement russe de l’époque ! Imaginons que deux divisions SS russes aient été aux portes de Paris mais que Paris, au lendemain de l’armistice, ait décidé de passer l’éponge ! Imaginons que le gouvernement russe ait soutenu une guerre civile menée par un gouvernement fantoche contre des régions ethniquement françaises et francophones et qu’ils aient imposé des sanctions à la France parce qu’elle osait soutenir ces régions ! Cette dernière remarque vaut aussi pour l’Allemagne qui pourtant, vu un passé peu glorieux, ferait mieux de la mettre en veilleuse. Dois-je poursuivre ?

J’entends être claire : il ne s’agit pas de dénigrer le bercail, d’opposer une Patrie à une autre, mais bien de supposer, observations empiriques à l’appui, que la Russie n’est pas assez rancunière. Que le gouvernement russe actuel n’est pas assez lucide lorsqu’il estime que l’on peut se permettre de raisonner le gangster étasunien et de séduire la ravissante’Europe qui, dans l’esprit d’un grand nombre de Russes auxquels j’ai l’immense plaisir d’enseigner notre langue que j’affectionne, reste l’Europe des châteaux forts, des cathédrales, des blés mûrs et des champs moissonnés.

Le fait que le gouvernement russe ait ENFIN décidé de voter une loi sur les médias « agents de l’étranger » en réponse aux poursuites délirantes qui accablent aujourd’hui RT est, à mon sens, un bon début. Encore faut-il persévérer sans craindre de ne pas être « assez démocrates » aux yeux des gouvernements occidentaux qui s’en soucient comme d’une guigne.

On doit bien sûr respecter les règles du jeu … jusqu’au moment où votre adversaire les respecte. Or, le droit international, aujourd’hui, c’est le droit du plus fort. Lorsque les schémas classique ne fonctionnent plus et que le discours politique tourne à l’impasse, il faut parfois oser prendre des décisions inattendues comme en avait pris, il y a 215 ans, le tsar Alexandre I et ses hauts-fonctionnaires.

Ainsi, et là encore, à mon humble sens, la présence fantasmée d’une armée russe dans le Donbass restera telle tant que Kiev ne se décidera pas – s’il s’y décide ! – à un blitzkrieg mettant en jeu la survie de la région et de ses peuples. Ce qui sépare le droit de son sosie, l’action vraie du discours hypocrite, c’est précisément cette ligne rouge qui, si elle est franchie, mettra un terme à cette diplomatie de façade de plus en plus ridicule incarnée par les accords de Minsk. Les Russes se sont bien décidés à en découdre avec Daesh et sa sordide constellation, pourtant, on essayait de l’en empêcher arguant l’existence d’une opposition modérée. Ils le firent quand ils n’avaient plus le choix. Je ne suis pas dans le secret de Dieu et j’ignore comment se fera la libération du Donbass et dans quelle mesure la Russie s’inverstira si elle s’investit. Ce qui pour moi est clair, c’est que nous entrons dans une période où il faudra oublier le droit et adopter des tactiques de circonstances, là encore, comme le firent les aïeux russes il y a 215 ans car, au fond, à travers le Donbass, c’est toute la Russie, tout le monde slave orthodoxe qui est dans le collimateur.

Voici, ci-dessous, le petit texte qui m’a inspirée ce billet d’humeur et qui prouve qu’en deux centenaires, bien peu de choses ont changé. Chacun en tirera ce qu’il jugera bon d’en tirer.

Les sept petites merveilles qui ont choqué Bonaparte.

1. La tactique déployée par l’armée russe.

La tactique déployée par les troupes russes avait impressionné Bonaparte. Impressionné dans tous les sens du terme! Placée sous le commandement du général Barclay de Tolly, l’armée russe recourait sans discontinuer au retrait tactique. Les troupes purent ainsi reculer au-delà de Vitebsk, Smolensk, et Moscou. Avant le redéploiement de Tollay et de Koutouzov, les Français ne purent engager que deux batailles.

Le regard que porta Bonaparte sur le retrait des troupes russes était équivoque. Au début de la campagne, le choix d’une telle tactique profitait à l’Empereur français car il espérait progresser jusqu’à Smolensk sans grandes effusions de sang. Néanmoins, les Français ne prirent pas Smolensk puisqu’ils trouvèrent cette ville dans un état lamentable. S’y cantonner n’avait donc aucun sens, quant à pousser plus loin, le risque était bien trop grand. Cette armée française qui misait sur une opération fulgurante, une sorte de blitzkrieg, s’enfonçait jusqu’au menton dans les tréfonds d’un pays incernable, égrenant des terres qui n’en finissaient pas, s’enlisant.

Les soldats entraient dans des villes désertes, achevant piteusement les provisions qui leur restait alors qu’un sentiment de panique gagnait progressivement les rangs. Exilé à Sainte-Hélène, retranché dans ses souvenirs, Bonaparte avait fait cette confidence :

«Consternées de voir sans cesse s’éloigner puis se perdre les fruits de leurs efforts conquis au terme de traversées si difficiles et si périlleuses, mes troupes en vinrent à mesurer, non sans angoisse, la distance qui les séparait de la France», 

(NdT. N’ayant pu retrouver l’original de cette confidence, j’ai dû me contenter d’une traduction approximative. Idem pour les confidences qui suivront).

2, Des murailles (trop) épaisses.

Bonaparte consacra toute une page de ses Mémoires aux murailles inexpugnables de Smolensk. La description qu’il y fait commence par un éloge des beautés de la ville auquel succède l’énumération de tous les procédés insensés mis à l’oeuvre pour s’en emparer :

« J’ai dû utiliser toutes les réserves de mon artillerie pour essayer de défoncer la courtine, mais en vain: nos boulets finissaient coincés dans l’épaisseur des murailles qui résistaient comme si de rien n’était. Il n’y avait qu’un moyen de percer : focaliser tous nos tirs sur deux tours rondes. L’inconvénient, c’est que nous en ignorions l’épaisseur comparée à celle de l’ensemble de la muraille ».

3, Les incendies.

Si ce n’était les Mémoires de Bonaparte, on aurait pu croire que les villes russes avaient été mises à feu par l’armée française. L’avancée napoléonienne s’accompagnait en effet d’incendies spectaculaires : le feu ravageait non seulement les villes, mais aussi les routes ! A Smolensk, à Gzatsk (actuellement, Gagarine, NdT), à Maly Jaroslavets, c’était les Français qui éteignaient le feu ! Les Russes brûlaient tout : les maisons, les magazins, les rues, les champs. Au beau milieu d’un Moscou cerné de flammes, Bonaparte ne parvenait pas à comprendre d’où venait un tel brasier. On en retrouve le témoigage à travers ces lignes imprégnées de poésie et de tristesse :

« Moscou n’était plus qu’un océan de flammes. La vue qui s’offrait à moi depuis un balcon du Kremlin aurait épaté Néron mettant Rome à feu ; en ce qui me concerne, jamais je n’ai ressemblé à ce monstre, et le coeur me saignait à la vue de cet horrible spectacle dont je fus alors le triste témoin »

4, Les villes.

Bonaparte se montrait admiratif du talent des architectes russes. Pour se consoler de l’échec cuisant de son artillerie, il consacra plusieurs pages de ses Mémoires aux tours de Smolensk. Mais ce fut Moscou qui, plus que d’autres villes rebelles à l’invasion, impressionna l’Empereur à tel point qu’il écrivit ceci :

« Bâtie, à l’instar de Rome, sur sept collines, Moscou est pittoresque. Il faudrait voir ne serait-ce qu’une image de cette ville où Orient et Occident fraternisent, ses deux-cents églises avec les milliers de dômes multicolores les surplombant, pour imaginer quelles furent nos impressions lorsque nous la vîmes, pour la première fois, depuis les hauteurs du mont Poklonnaïa ».

5, Les routes

Les routes que Bonaparte dut sillonner lors de sa campagne russe étaient loin de l’avoir satisfaites. En l’occurence, ce n’était pas le climat qu’il mettait en cause – il en parlera amplement mais ailleurs –  mais le fait que celles-ci se soient révélées impraticables :

« Faute d’avoir assez d’informations sur l’état des routes, et vu que les cartes dont nous disposions étaient incomplètes ou fausses, je décidai de ne pas disperser mes unités, car rien ne garantissait qu’elles allaient prendre des routes praticables ».

6, La météo.

Bonaparte lança sa campagne au début de l’été, alors que le retrait eut lieu vers le printemps. L’Empereur avait donc tout loisir de se faire une idée de ce qu’était le climat en Russie. Ainsi, l’automne était d’une « exceptionnelle beauté dans ces rudes contrées ». Mais c’est au pire moment de sa campagne, en rebroussant chemin, qu’il se heurta au véritable froid russe :

« Au-delà du 7 novembre, les températures se mirent à dégringoler aussi vite que l’angoisse gagnait mes hommes, un sentiment qui ne les quittait plus depuis la bataille de Viazma ».

7, Les partisans.

Comment ne pas être fier en constatant que c’est bien le courage exemplaire du peuple russe qui choqua jusqu’à l’admiration la plus franche un Bonaparte pourtant assez peu sentimental ? De cette guerre patriotique (populaire selon les termes de l’original, NdT), Bonaparte dit ceci : « La plus redoutable des armées ne saurait guerroyer contre un peuple unanimement résolu à vaincre ou à mourir. Ce n’était plus au peuple lituanien, témoin indifférent des grands cataclysmes de l’Histoire, que nous avions affaire. Chaque habitant de ce pays, produit organique du peuple russe, quittait sa demeure à notre approche. Des logis désertés et des villages carbonisés, voici le spectacle sinistre qui se déployait sur toutes les routes que nous prenions. Les habitants qui avaient pris la fuite s’organisaient en bandes et s’en prenaient à nos fourrageurs. Sans jamais troubler l’avancée des troupes, ils n’hésitaient pas à enlever les maraudeurs et les soldats à la traîne ».

Françoise Compoint

Texte original de Anna Fomenkova :

 

http://nrt24.ru/fr/news/bonaparte-la-russie-ou-comment-rien-ne-change

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Après Polanski, DSK, Weinstein… Haziza ! Sacré BHL, toujours prêt à défendre les opprimés…

10 ans de combats de BHL contre l’Oppression et pour la Justice… (rétrospective de certains de ses soutiens)

I. “Pourquoi je défends Polanski” (Le Point, le 15 octobre 2009)

Source : le site de BHL, 7/10/2009

Abuser d’une fille de 13 ans est, évidemment, un crime grave.

Et être un artiste de génie n’a jamais constitué, pour quelque crime que ce soit, une circonstance atténuante.

Cela étant dit, et vu le vent de folie qui est en train de souffler sur les esprits, il convient aussi de rappeler les évidences suivantes.

1. L’illegal sexual intercourse – en français, détournement de mineure – dont Roman Polanski s’est reconnu coupable il y a trente-deux ans n’est pas, pour autant, le crime de sang, voire le crime contre l’humanité, que dénoncent, depuis dix jours, les vengeurs lâchés à ses trousses. C’est un crime, oui. Mais il y a des degrés dans l’échelle du crime. Et vouloir tout mélanger, essayer de nous faire croire qu’un viol serait un crime de même nature que celui, par exemple, dont fut victime Sharon Tate, sa femme, éventrée quelques années plus tôt alors qu’elle était enceinte de huit mois, prendre le risque, autrement dit, car c’est bien de cela qu’il s’agit, de voir Roman Polanski rejoindre Charles Manson dans le pénitencier dont celui-ci aura, au même instant, dès le 1er janvier 2010, la possibilité légale de demander à sortir, c’est une insulte au bon sens, une atteinte à la raison, la porte ouverte à toutes les confusions.

2. Cette affaire est d’autant plus insensée que la principale intéressée a choisi de pardonner, de tourner la page et, si possible, d’oublier. « Laissez-moi tranquille ! supplie-t-elle chaque fois que la Justice Spectacle, ou le Spectacle tout court, reviennent braquer leurs projecteurs sur ce pan de son passé, laissez-moi tranquille et oubliez, par la même occasion, cet homme dont je considère, moi, sa victime, qu’il a suffisamment payé ! ». Mais non. On a là des défenseurs des droits des victimes qui savent mieux que la victime ce qu’elle veut et ce qu’elle ressent. On est là face à des gens qui lui passeraient bien sur le corps, à la victime, plutôt que de lâcher leur proie et de renoncer à la délicate ivresse de punir. C’est honteux.

3. Quand la victime se désiste, n’appartient-il pas à la société, c’est-à-dire au juge, de poursuivre ? Oui, sans doute. D’un point de vue judiciaire strict, c’est en effet le droit de la société. Mais ce ne sera ni la première ni la dernière fois que le point de vue judiciaire strict manquera et aux exigences de la compassion et à celles de l’intelligence. Et de même que je ne me suis jamais privé de pointer, dans le Droit de cette Amérique que j’aime, des usages ou des peines qui, comme dans tous les systèmes de Droit, font entorse à la pure idée démocratique, de même il n’y a aucune raison de ne pas le dire : arrêter aujourd’hui un homme dont on a conclu, jadis, au terme de quarante-deux jours de prison, qu’il n’était pas un pédophile, le traquer comme un terroriste, l’extrader comme un ancien nazi, est peut-être conforme à la loi, mais certainement pas à la justice.

4. Serait-ce, comme on l’entend partout, que sa célébrité « sanctuarise » M. Polanski ? Non, bien entendu. J’ai passé mon existence à tenter de tirer de l’oubli des vies minuscules, des victimes sans visage et sans nom – et je tiendrais donc le même discours, exactement le même, si M. Polanski n’était pas M. Polanski. Sauf que… Je n’aurais pas à le tenir, justement. Car il n’aurait pas été arrêté. Son dossier serait enterré depuis des années. Et il ne se serait pas trouvé de magistrat pour, à la veille d’une élection (car les magistrats californiens sont des élus du peuple, comme les maires et les shérifs), décider cette arrestation médiatisée. La célébrité ne protège pas Roman Polanski, elle le dessert. Loin que Roman Polanski se cache derrière son nom, c’est lui, son nom, qui le désigne. Et s’il y a bien un « deux poids deux mesures » dans cette affaire, c’est celui qui fait de lui, Polanski, non pas un justiciable ordinaire, mais un symbole – et qui, de son éventuelle comparution, ferait un « grand bazar » politico-cathodique davantage qu’un procès équitable.

5. Car le fond de l’affaire est bien dans le parfum de justice populaire qui flotte autour de tout cela et transforme les commentateurs, les blogueurs, les citoyens, en autant de juges assermentés au grand tribunal de l’Opinion – les uns pesant le crime ; les autres le châtiment ; on a même vu l’un de ces vertueux, apparemment expert en castration chimique, proposer, pour ce nouveau Dutroux (sic), un traitement définitif… Étranges enragés qui ne trouvent rien à redire quand c’est un vrai puissant qui, sous nos yeux, se conduit en prédateur de mineures (ah, les « frasques » de M. Berlusconi…), mais deviennent implacables quand c’est un faux puissant qui n’a, comme Polanski, d’autre arme que son talent… Singuliers moralistes qui prennent un malin plaisir à se passer en boucle les détails de cette affaire sordide pour, ensuite, jeter la pierre…

Ce lynchage est un trouble à l’ordre public autrement plus sérieux que le maintien en liberté de Roman Polanski.

Cet acharnement de tricoteuses et de tricoteurs, cette volonté de voir au bout d’une pique la tête d’un artiste, sont l’immoralité même.

De deux choses l’une, messieurs les justiciers. Ou bien Polanski était ce monstre – et il ne fallait pas lui donner d’oscar ni de césar ; il fallait boycotter ses films ; il fallait le dénoncer aux autorités chaque fois qu’il venait, en famille, passer des vacances dans sa maison de Suisse. Ou bien vous n’avez rien trouvé à redire, jamais, à ses apparitions annoncées sur tous les tapis rouges de tous les festivals du monde ; vous sentez bien, comme moi, la formidable hypocrisie de ce procureur, affamé de reconnaissance et de gloire, qui se réveille un beau matin pour le livrer, tel un trophée, à la vindicte d’électeurs chauffés à blanc – et il faut, comme sa victime, prier pour qu’on le laisse, enfin, en paix.

Bernard-Henri Lévy

Source : le site de BHL, 7/10/2009 (archive ici)

Bonus : Rappel juridique pour BHL, qui confond donc Détournement de mineure… et Viol :

Et sinon, c’est tout frais :

II. “Défense de Dominique Strauss Kahn” (Le Point, le 17 mai 2011)

Source : le site de BHL 16/05/2011

Lundi matin.

Je ne sais pas ce qui s’est réellement passé, avant-hier, samedi, dans la chambre du désormais fameux hôtel Sofitel de New-York.

Je ne sais pas – personne ne sait puisque rien n’a filtré des déclarations de l’intéressé – si Dominique Strauss-Kahn s’y est rendu coupable des faits qui lui sont reprochés ou s’il était, à cette heure-là, en train de déjeuner avec sa fille.

Je ne sais pas – mais cela, en revanche, il serait bon que l’on puisse le savoir sans tarder – comment une femme de chambre aurait pu s’introduire seule, contrairement aux usages qui, dans la plupart des grands hôtels new-yorkais, prévoient des « brigades de ménage » composées de deux personnes, dans la chambre d’un des personnages les plus surveillés de la planète.

Et je veux pas non plus entrer dans les considérations de basse psychologie – comme on dit basse police – qui, prétendant pénétrer dans la tête de l’intéressé et observant, par exemple, que le numéro de la fameuse chambre (2806) correspondait à la date (28.06) de l’ouverture des primaires socialistes dont il est l’incontestable favori, concluent à un acte manqué, un lapsus suicidaire, patati, patata.

Ce que je sais c’est que rien au monde n’autorise à ce qu’un homme soit ainsi jeté aux chiens.

Ce que je sais c’est que rien, aucun soupçon, car je rappelle que l’on ne parle, à l’heure où j’écris ces lignes, que de soupçons, ne permet que le monde entier soit invité à se repaître, ce matin, du spectacle de sa silhouette menottée, brouillée par 30 heures de garde à vue, encore fière.

Ce que je sais c’est que rien, aucune loi au monde, ne devrait permettre qu’une autre femme, sa femme, admirable d’amour et de courage, soit, elle aussi, exposée aux salaceries d’une Opinion ivre de storytelling et d’on ne sait quelle obscure vengeance.

Et ce que je sais, encore, c’est que le Strauss-Kahn que je connais, le Strauss-Kahn dont je suis l’ami depuis vingt cinq ans et dont je resterai l’ami, ne ressemble pas au monstre, à la bête insatiable et maléfique, à l’homme des cavernes, que l’on nous décrit désormais un peu partout : séducteur, sûrement ; charmeur, ami des femmes et, d’abord, de la sienne, naturellement ; mais ce personnage brutal et violent, cet animal sauvage, ce primate, bien évidemment non, c’est absurde.

J’en veux, ce matin, au juge américain qui, en le livrant à la foule des chasseurs d’images qui attendaient devant le commissariat de Harlem, a fait semblant de penser qu’il était un justiciable comme un autre.

J’en veux à un système judiciaire que l’on appelle pudiquement « accusatoire » pour dire que n’importe quel quidam peut venir accuser n’importe quel autre de n’importe quel crime – ce sera à l’accusé de démontrer que l’accusation était mensongère, sans fondement.

J’en veux à cette presse tabloïd new-yorkaise, honte de la profession, qui, sans la moindre précaution, avant d’avoir procédé à la moindre vérification, a dépeint Dominique Strauss-Kahn comme un malade, un pervers, presque un serial killer, un gibier de psychiatrie.

J’en veux, en France, à tous ceux qui se sont jetés sur l’occasion pour régler leurs comptes ou faire avancer leurs petites affaires.

J’en veux aux commentateurs, politologues et autres seconds couteaux d’une classe politique exaltée par sa divine surprise qui, sans décence, ont, tout de suite, dès la première seconde, bavé leur de Profundis en commençant de parler de « redistribution des cartes », de « nouvelle donne » au sein de ceci et de cela, j’arrête, car cela donne la nausée.

J’en veux, car il faut quand même en nommer un, au député Bernard Debré fustigeant, lui, carrément, un homme « peu recommandable » qui « se vautre dans le sexe » et se conduit, depuis longtemps, comme en « misérable ».

J’en veux à tous ceux qui accueillent avec complaisance le témoignage de cette autre jeune femme, française celle-là, qui prétend avoir été victime d’une tentative de viol du même genre ; qui s’est tue pendant huit ans ; mais qui, sentant l’aubaine, ressort son vieux dossier et vient le vendre sur les plateaux télé.

Et puis je suis consterné, bien sûr, par la portée politique de l’événement.

La gauche qui, si Strauss-Kahn venait à s’éclipser, perdrait son champion.

La France dont il est, depuis tant d’années, l’un des serviteurs les plus dévoués et les plus compétents.

Et puis l’Europe, pour ne pas dire le monde, qui lui doit d’avoir, depuis quatre ans, à la tête du FMI, contribué à éviter le pire.

Il y avait, d’un côté, les ultra libéraux purs et durs ; les partisans de plans de rigueur sans modulations ni nuances – et vous aviez, de l’autre, ceux qui, Dominique Strauss-Kahn en tête, avaient commencé de mettre en œuvre des règles du jeu moins clémentes aux puissants, plus favorables aux nations prolétaires et, au sein de celles-ci, aux plus fragiles et aux plus démunis.

Son arrestation survient à quelques heures de la rencontre où il allait plaider, face à une chancelière allemande plus orthodoxe, la cause d’un pays, la Grèce, qu’il croyait pouvoir remettre en ordre sans, pour autant, le mettre à genoux. Sa défaite serait aussi celle de cette grande cause. Ce serait un désastre pour toute cette part de l’Europe et du monde que le FMI, sous sa houlette, et pour la première fois dans son histoire, n’entendait pas sacrifier aux intérêts supérieurs de la Finance. Et, là, pour le coup, ce serait un signe terrible.

Bernard-Henri Lévy

Source : le site de BHL 16/05/2011 (archive ici)

Bonus : Jean Quatremer sur son blog, 11/07/2007

Même le Monde n’a pas pu cacher l’affaire :

III. Weinstein-2012 : “Quand le faiseur de rois de Hollywood préempte le film de BHL”

Le Serment de Tobrouk, Bernard-Henri Lévy et Harvey Weinstein

Quand le faiseur de rois de Hollywood préempte le film de BHL

par Maria de França, La Règle du jeu (site proche de BHL), 18 mai 2012

La Weinstein Company, coprésidée par Harvey Weinstein, le nouveau « faiseur de rois » de Hollywood, l’homme qui a fait le succès, aux USA, de The Artist et de Intouchables, vient d’annoncer, cette nuit, qu’elle a fait l’acquisition, pour les territoires américains, du Serment de Tobrouk de Bernard-Henri Lévy.

L’annonce a été faite par le Co-Chairman Harvey Weinstein lui-même qui explique, dans son communiqué, qu’il soutient totalement (“fully supports”) ce film et voit son acquisition comme “un geste politique pouvant apporter de l’espoir dans d’autres pays dans le même état de péril, y compris la Syrie » (« a political action that could provide hope for other countries in a similar state of peril including Syria »).

Ce film “merveilleux”, poursuit Weinstein, “montre l’incroyable courage de BHL” ainsi que “la détermination de l’ancien président français Sarkozy”. Il souligne aussi, ajoute-t-il, “le leadership du Président Barack Obama et de la Secrétaire d’Etat Hillary Clinton ».

Bernard-Henri Lévy, interrogé cette nuit par l’AFP sur le sens qu’il donnait à cette nouvelle a souligné qu’Harvey Weinstein fit partie des rares Américains qui, au moment du lynchage de Roman Polanski, furent du bon côté de la barricade et s’opposèrent avec force aux modernes Sorcières de Salem. A la question de savoir l’effet que lui faisait l’acquisition de son film par l’homme considéré outre-Atlantique, et sur le marché du cinéma en général, comme le meilleur “Oscar maker” du monde, il a répondu que ses pensées, pour le moment, allaient surtout aux « Syriens massacrés ». Il a conclu : “Puisse ce film, avec cette nouvelle carrière américaine, contribuer, même modestement, à ce que stoppe l’effusion de sang dans les villes syriennes”.

Un axe Weinstein-Lévy contre Bachar al-Assad? Mais oui. Un film, aussi, peut changer le monde.

par Maria de França, La Règle du jeu (site proche de BHL), 18 mai 2012

IV. Affaire Weinstein: « Ce que je n’aime pas, c’est que l’on traite un homme de porc », explique BHL

Source : Brut

IV. “Amitié à Frédéric Haziza”

“Qui nous fera croire qu’Haziza est le Weinstein francais ? Et comment mettre un signe égal entre ce qui lui est reproché et ce dont on accuse Ramadan? Amitié à Frederic #Haziza.” [BHL]

Profil d’une oeuvre :

42 réponses à Après Polanski, DSK, Weinstein… Haziza ! Sacré BHL, toujours prêt à défendre les opprimés…

A la découverte de l’eau mouillée…

A la découverte de l’eau mouillée…

 

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17 novembre, 2017
Tribune libre

Michel Raimbaud

Ô stupeur, ô merveille de la liberté de l’info, les médias des « grandes démocraties » occidentales viennent de découvrir un sujet susceptible d’activer la compassion de nos chaumières, de nos salons et des milieux où l’on pense bien : après une enquête il faut croire très difficile et une traque harassante puisqu’elle aura demandé presque sept années, les investigateurs des chaines de TV « internationales », de concert avec de « grandes ONG » non moins « internationales », ont débusqué des marchés d’esclaves, en plein vingt-et-unième siècle…

 

Il est vrai que les esclavagistes, vendeurs comme acheteurs, ne sont pas de chez nous, et que les esclaves en promotion pour quelques centaines de dollars pièce viennent du Niger, du Nigéria, du Mali, de Côte d’Ivoire et de Afrique subsaharienne (comme on dit). Il n’y a apparemment pas de français, ni parmi les victimes, ni parmi les coupables. Il est vrai également que l’histoire se passe en Libye, un pays où l’on s’était habitué aux « foucades » du Guide et aux étrangetés de sa Jamahiriya, ce qui aurait pu tout expliquer jadis… L’ennui, – nos gens d’écrans, de micros et de gazettes ne le savent peut-être pas ou l’ont oublié – c’est qu’il n’y a plus d’Etat libyen et que nos pays sont directement responsables de sa disparition et du « chaos constructeur » qui l’a détruit, sans oublier l’assassinat du Colonel rebelle qui défiait l’Occident : c’est si loin tout ça, il y a sept ans déjà, et hors de nos eaux territoriales. Les dirigeants de l’Axe du Bien s’étaient pourtant mis en quatre pour le peuple libyen et ses révolutionnaires primesautiers, à coups de bombardements humanitaires, de destruction des installations militaires et civiles, saisissant au passage « les milliards de Kadhafi » pour l’empêcher de massacrer son peuple. Que de chagrin pour nos intellectuels ou dirigeants qui se disaient « fiers du bilan de la France en Libye… ».

« Vous mélangez tout », « je ne comprends pas » me diront nos propagandistes et inconditionnels de la doxa. Ils ont raison : la vente
d’esclaves, ce n’est pas pareil. Et puis au moins nos médias auront fini par révéler ce que toute personne normalement constituée et normalement intelligente pouvait savoir. Il suffisait de lire ou d’écouter : écouter « des complotistes » ? Vous n’y pensez pas, s’excuseront beaucoup d’entre eux afin de continuer à être admis au club des faussaires. Nous, les vrais de vrais, nous avons confiance dans la presse de notre pays…

Ne faisons pas trop la fine bouche, malgré notre indignation devant l’hypocrisie, le cynisme et la lâcheté. Réjouissons-nous de ce réveil presque posthume. La grande mobilisation dans le landernau des chaînes de news concernera-t-elle bientôt les ventes d’esclaves à Raqqah en Syrie, sous l’égide de Da’esh, protégé par nos amis américains et islamistes turcs ou arabes ? Dénoncera-t-on l’exfiltration de terroristes de l’« organisation Etat Islamique » au vu et au su de la « coalition internationale » et de ses protégés ? Ou les destructions meurtrières provoquées par les bombardements de la même « coalition » sur Raqqah et Mossoul en Irak ? Il serait enfin urgent de lever l’omerta sur le martyre du peuple du Yémen où toutes les infrastructures ont été détruites et où les Saoudiens et leurs alliés s’acharnent sur tout ce qui bouge, les Yéménites étant exposés aux bombes, à la faim et au choléra, dans un silence sidéral de la « communauté internationale ».

Allez, hommes et femmes de l’info, de la politique et de la pensée, ouvrez les yeux, débouchez-vous les oreilles, remuez un peu vos méninges, pour dire enfin la vérité sur ces entreprises de mort avant qu’elles ne débouchent sur une issue que vous ne prévoyiez peut-être pas. Dans le désastre médiatique, intellectuel et politique, sauvez au moins les meubles et ce qui reste d’honneur à nos pays. Ou bientôt vous ne pourrez vraiment plus vous regarder dans le miroir…

Michel Raimbaud
Ancien ambassadeur de France

https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/294-a_la_decouverte_de_leau_mouillee/

Les détroits, un enjeu géopolitique

Les détroits, un enjeu géopolitique

Avec l’essor de la mondialisation et du commerce maritime international, les détroits situés sur les principales routes maritimes sont devenus des points stratégiques essentiels au point de susciter de vives tensions entre certains pays. Retour en carte sur l’importance des détroits dans les relations internationales.

Carte : enjeux et tensions du commerce maritime mondial

Un détroit est un bras de mer resserré entre deux côtes et permettant la mise en relation de deux espaces maritimes. Certains ont été créés artificiellement par l’homme afin de raccourcir considérablement les distances pour les navires marchands : c’est le cas notamment des canaux de Suez et de Panama. Il s’agit d’un couloir de circulation maritime où le libre passage est garanti par le droit international lorsqu’il relie deux espaces de haute mer. En effet, même si le détroit est situé sur les eaux territoriales d’un État, il est contraint de respecter les principes édictés lors de la Convention de Montego Bay (1982) comme la libre-circulation des navires ou obligation d’assurer la sécurité de ces derniers. Du fait de l’étroitesse de ces lieux, en général plusieurs États en partagent la souveraineté territoriale comme au détroit de Malacca, situé entre l’Indonésie, la Malaisie, Singapour et la Thaïlande.

Avec l’accroissement considérable des échanges commerciaux liés à la mondialisation, le transport maritime a acquis au cours des dernières décennies une expansion impressionante pour représenter aujourd’hui 75% du commerce total en terme de poids transporté. Le trafic maritime a explosé, en particulier dans certains détroits comme celui du Bosphore – principale voie d’exportation des ressources énergétiques russes – où plusieurs accidents ont été recensés ces dernières années. Plus de 20.000 navires transitent par le canal de Suez, ce qui a obligé le gouvernement égyptien à effectuer un élargissement dudit canal. Les navires toujours plus gigantesques ont également poussé à un élargissement significatif du canal de Panama, faisant entrer le commerce maritime dans une ère post-Panamax, ces navires dont la dimension maximale avait été adaptée à la largeur du canal. Contrôler une route maritime s’avère essentiel pour l’affirmation de certains pays, et des projets pharaoniques qui se multiplient pour en ouvrir de nouvelles : la Thaïlande a élaboré des études pour percer une voie à travers l’isthme de Kra pour contourner le détroit de Malacca et plusieurs projets sont sur la tables au Nicaragua créer un canal susceptible de concurrencer le canal de Panama.

Des passages stratégiques, sources de tensions internationales

Certains détroits constituent ainsi des passages obligés pour les navires marchands et peuvent devenir sources de tensions de par leur importance stratégique pour le commerce international. Par exemple, une grande partie du pétrole produit par les pays du Golfe transite par le détroit d’Ormuz, soit environ 30% de la production mondiale. Or, un différend oppose l’Iran – qui contrôle le détroit – aux Émirats Arabes Unis au sujet d’îles situés dans la région. En 2011, après le renforcement des sanctions contre l’Iran au sujet de son programme nucléaire, ce pays a annoncé son intention de fermer le détroit si des mesures étaient prises à l’encontre de ses exportations pétrolières. Ce à quoi les puissances occidentales (les États-Unis en particulier, qui possèdent des bases militaires dans le Golfe Persique) ont répondu par l’envoi de navires. Depuis, l’Iran mène régulièrement des exercices militaires dans la zone. Autre exemple, celui des litiges entre les pays bordant la mer de Chine Méridionale à propos des archipels Paracels et Spratleys. Les zones économiques exclusives de plusieurs pays (Chine, Malaisie, Brunei, Philippines, Vietnam entres autres) s’y chevauchent, et des craintes pèsent quant-à un possible blocage de cette route permettant le passage au détroit de Malacca reliant toute l’Asie de l’Est au Moyen-Orient et à l’Europe. Toutefois, ce phénomène est loin d’être nouveau dans la mesure où dans l’histoire le contrôle de passages-clés du commerce a toujours attisé les convoitises, comme l’ont illustré la dispute russo-ottomane pour le les détroits du Bosphore et des Dardanelles à la fin du XIXe siècle ou l’intervention franco-britannique à Suez en 1956. Enfin, les troubles internes aux pays bordant les détroits peuvent avoir un impact significatif sur le transit des navires comme au Golfe d’Aden (au bord du détroit de Bab-el-Mandeb) où les actes de pirateries se sont multipliés.

Ces exemples illustrent donc l’importance des détroits dans les relations internationales, que ce soit concernant le commerce, le déploiement de forces navales, ainsi que pour la gestion de la sécurité territoriale et des migrations. Leur contrôle pourrait s’avérer être l’un des facteurs géopolitiques majeurs du XXIe siècle du fait de la nouvelle puissance économique politique et militaire acquise par des pays comme la Chine ou la Turquie. 

Mattis, “perdu dans ses rêveries” et en Syrie

Mattis, “perdu dans ses rêveries” et en Syrie

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Mattis, “perdu dans ses rêveries” et en Syrie

Le secrétaire à la défense Mattis était désigné, il y a quelques mois, lorsque le WaPo ou le New York Times entendait décrire l’équipe Trump, autour du président Trump, comme « le seul adulte dans la pièce ». Ce général des Marines, faussement affublé du surnom de Mad Dog, colporté par la presse mais jamais employé dans ses décennies passées au sein du Marine Corps, est réputé comme un général-historien très-intellectuel, avec les sept mille ouvrages de sa bibliothèque et ses connaissances impeccables allant de Thucydide à Clausewitz. L’adulte décoré et très-cultivé, et donc d’une extrême sagesse, nous offre pourtant le spectacle étrange d’un emportement d’apparence raisonnable mais sans véritable frein, comme perdu dans les nuages, après tout aussi saugrenu et incertain que les autres; emportement provoqué sans doute par le climat délétère de “D.C.-la-folle” et l’atmosphère étrange qui règne au sein du Pentagone.

Ses déclarations, lundi, selon lesquelles les forces USA doivent rester en Syrie (où elles ont, selon le décompte turc qui n’a nullement été démenti, treize bases) pour être prêtes à reprendre ou à poursuivre le combat contre Daesh, ont parues si complètement surréalistes… 1) Les USA sont censés ne pas être en Syrie (“pas de ‘boots on the ground’ !”, voilà la politique officielle depuis 2011-2012) ; 2) ils sont censés être dans la région (uniquement dans les airs, vous dit-on), pour défaire Daesh ; 3) l’estimation officielle, cautionné par les USA et leurs brillants experts militaro-évaluateurs, est que Daesh est battu… Alors pourquoi rester en Syrie si l’ennemi désigné est battu ? Parce qu’on ne sait jamais, nous dut Mattis perdu dans les nuages, l’ennemi battu peut renaître de ses cendres, comme l’oiseau du même nom, – c’est l’hypothèse Daesh-phenix, ou, selon la terminologie du Pentagone, l’hypothèse “ISIS-2.0”.

Commentaire de ZeroHedge.com à ce point, en conclusion de cet aspect d’une tragédie-bouffe qui a soufflé en ce début de semaine sur le champ crisique de la Syrie (et retenez surtout le « And on and on it goes… » de la fin, qui ressemble aux fables pour les petits enfants pas très sages) : « America’s Syrian adventure went from public declarations of “we’re staying out” to “just some logistical aid to rebels” to “okay, some mere light arms to fight the evil dictator” to “well, a few anti-tank missiles wouldn’t hurt” to “we gotta bomb the new super-bad terror group that emerged!” to “ah but no boots on the ground!” to “alright kinetic strikes as a deterrent” to “but special forces aren’t really boots on the ground per se, right?” to yesterday’s Mattis declaration of an open-ended commitment. And on and on it goes… »

• Le même article de ZeroHedge.com a en fait comme sujet central une longue analyse de la BBC qui “révèle” qu’en fait les forces américanistes qui-ne-sont-pas-en-Syrie (puisque “no boots on the ground”), pour lesquelles Mattis promet de futurs combats contre Daesh-phénix au point qu’il est nécessaire de garder des bases-qui-n’existent-pas en Syrie (puisque “no boots on the ground”), sont les mêmes qui aident de toutes leurs forces des centaines, voire des milliers de combattants de Daesh à se sortir indemnes des piège des attaques combinées des Syriens, des Iraniens, du Hezbollah et des Russes.

Mais “révèle” mérite bien des guillemets, puisque la chose est très largement documentée, discutée, commentée, depuis des mois sinon deux ou trois ans par la presse antiSystème. Les guillemets sont donc surtout là pour saluer ce fait que la presseSystème (BBC) accouche pour la première fois d’un grand récit où l’on apprend ce qu’on sait déjà, – savoir que Daesh-ISIS est pure fabrication des USA avec les amis saoudiens et autres, et que Daesh-phénix l’est d’autant plus qu’il n’a nullement été réduit en cendres.

ZeroHedge.com s’exclame donc :

« Mattis’ declaration of an open ended military commitment in Syria came the same day that the BBC confirmed that the US and its Kurdish SDF proxy (Syrian Democratic Forces) cut a deal with ISIS which allowed for the evacuation of possibly thousands of ISIS members and their families from Raqqa. 

» According to yesterday’s bombshell BBC report:

» The BBC has uncovered details of a secret deal that let hundreds of Islamic State fighters and their families escape from Raqqa, under the gaze of the US and British-led coalition and Kurdish-led forces who control the city. A convoy included some of IS’s most notorious members and – despite reassurances – dozens of foreign fighters. Some of those have spread out across Syria, even making it as far as Turkey. […]

» Though it’s always good when the mainstream media belatedly gives confirmation to stories that actually broke months prior, the BBC was very late to the story. ISIS terrorists being given free passage by coalition forces to leave Raqqa was a story which we and other outlets began to report last June, and which Moon of Alabama and Al-Masdar News exposed in detail a full month prior to the BBC report. 

» And astoundingly, even foreign fighters who had long vowed to carry out attacks in Europe and elsewhere were part of the deal brokered under the sponsorship of the US coalition in Syria. […]

» Much is hidden beneath the rubble of Raqqa and the lies around this deal might easily have stayed buried there too. The numbers leaving were much higher than local tribal elders admitted. At first the coalition refused to admit the extent of the deal.

» So it appears that the US allowed ISIS terrorists to freely leave areas under coalition control, according to no less than the BBC, while at the same time attempting to make the case before the public that a permanent Pentagon presence is needed in case of ISIS’ return. But it’s a familiar pattern by now: yesterday’s proxies become today’s terrorists, which return to being proxies again, all as part of justifying permanent US military presence on another nation’s sovereign territory… »

• Le comportement de Mattis soulève la fureur des Russes, d’autant que ce secrétaire à la défense estime que les USA peuvent rester en Syrie puisqu’ils ont été autorisés à y entrer par l’ONU, ce qui représente une étrange absurdité. Le vice-ministre russe des affaires étrangères a longuement évoqué cette extraordinaire position consistant à dire que les forces US, qui n’étaient pas en Syrie comme Washington le dit depuis cinq ans, sont évidemment en Syrie parce que l’ONU les a autorisées à s’y trouver. Ces absurdités, plus que des contre-vérités, sont dites à l’emporte-pièce, sur un ton assez nonchalant (Mattis : « You know, the UN said that … basically we can go after ISIS. And we’re there to take them out.. »)…

Selon RT, qui est désormais un “agent étranger” et donc suspect aux USA mais qui a encore le droit de lire les compte-rendu des conférences de presse des ministres du gouvernement des États-Unis dont la cohésion est l’une des grandes vertus : « Quoi qu’il en soit, tous ces faits n’empêchent pas Mattis de prétendre que c’est l’ONU qui a autorisé la présence de troupes US en Syrie sans l’autorisation du gouvernement syrien. “Vous savez, l’ONU l’a dit… en gros, nous pouvons aller combattre contre ISIS [en Syrie]. Et nous y sommes pour les chasser”, a dit le secrétaire à la défense, se référant aux actons US en Syrie en répondant aux questions des journalistes ce lundi. »

Il faut aussi noter ceci que le titre de RT sur Mattis commence par une expression bienvenue et assez poétique, qui nous en dit si long pour définir le comportement du ministre : « Lost in reverie »…

• Que conclure à propos de cet incident ? Nous adopterons la solution assez paresseuse de citer, encore une fois, une plume bien à propos, celle de Patrick Armstrong, le 2 novembre 2017 sur Strategic-Culture.org . Ce qui était déjà vrai, ou encore vrai le 2 novembre, l’est déjà et encore plus aujourd’hui lorsque c’est sous la forme de cette charmante charade sans fin, additionnant les “nous ne savons pas” aux “nous ne savons pas” (“ce que nous, gens des USA, faisons en Syrie”), et cela du simple plouc aux généraux les plus bardés de médailles qu’on puisse imagine ; par conséquent, certes, cela vaut pour un Mattis, “perdu dans ses rêveries”…

« But still: we don’t know. We don’t know what Washington was trying to do in Syria. We don’t know whether all Washington was agreed on what it was trying to do in Syria. We don’t know if any agency in Washington had a plan in Syria. We don’t know who was making decisions in Washington then. We don’t know who’s making decisions in Washington now. We don’t know whether there is any unified position in Washington on Syria. Or anything else. We don’t know what Trump wants. We don’t know what Trump can do. We don’t know who’s running the place. Or whether anyone is.

» We don’t know. »

 

Mis en ligne le 15 novembre 2017 à 17H29

 

http://www.dedefensa.org/article/mattis-perdu-dans-ses-reveries-et-en-syrie

La Russie demeure le soutien naturel des peuples libres

La Russie demeure le soutien naturel des peuples libres

Les carnets de Nicolas Bonnal

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La Russie demeure le soutien naturel des peuples libres

Cela semble une provocation, mais c’est pourtant la réalité. La haine que suscite la Russie dans les vieilles nations impérialistes et colonialistes comme la France, les USA et l’extravagant Royaume-Uni (lisez Hobson qui parlait de l’inconsistance britannique) ne peut s’expliquer que comme cela. Et la disparition de l’U.R.S.S. a facilité le retour du refoulé impérial, tout comme il a favorisé le retour du refoulé antisocial, avec ces 400 américains plus riches que 200 millions d’autres (voyez les data rassemblés par Michael Snyder). La fin de l’UR.S.S. a annihilé toutes les politiques sociales, et le seul prix Nobel honnête d’économie Stieglitz l’avait confirmé. La débandade sociale de l’Europe germanique-libérale est caractérisée par le retour du travailleur-esclave à 400 euros/mois.

C’est une restauration, comme l’écrivait Pierre Bourdieu en 1997, et nous sommes revenus au temps des canonnières et des empires…

Mais cette fois les vieillissants empires occidentaux trouvent à qui parler.

Récemment l’écrivaine Rebecca Toledo notait :

« La fin de l’Union soviétique et de la Révolution Russe ont vu une augmentation des agressions impérialistes dans le monde. L’Irak, la Somalie, la Yougoslavie, l’Afghanistan, la Libye et la Syrie ont tous été envahis par les États-Unis depuis que le camp socialiste n’est plus là pour faire contrepoids. C’est le signe indéniable de son importance, non seulement pour empêcher les guerres impérialistes, mais aussi comme inspiration et comme base du socialisme et de l’émancipation des peuples. »

C’est pourquoi la Russie apparaissait comme le pays à abattre dès les années 2000. Emmanuel Todd toujours inspiré dans son Après l’empire écrivait :

« Les États-Unis sont en train d’échouer dans leur tentative pour achever ou, plus modestement, isoler la Russie, même s’ils continuent de faire comme si leur vieil adversaire stratégique ne comptait plus, soit en l’humiliant, soit en affectant la bienveillance qu’on doit à un moribond, parfois en combinant les deux attitudes. »

Todd soulignait aussi la supériorité intellectuelle russe, qui est devenue marquante depuis deux ans :

« Quelle que soit l’intelligence du livre de Brzezinski, il y avait dans la métaphore de l’échiquier de son titre un je-ne-sais- quoi d’acte manqué, au sens freudien, comme un pressentiment de ratage : on ne devrait pas jouer aux échecs avec les Russes dont c’est le sport national. »

Alors qu’on accuse les russes de tous les maux totalitaires possibles et surtout imaginaires, Todd ajoutait cette évidence :

« Elle a abattu par elle-même le régime totalitaire le plus complet jamais mis en place dans l’histoire de l’humanité. Elle a accepté sans violence que ses satellites d’Europe de l’Est prennent leur indépendance, suivis des pays baltes et des républiques du Caucase et d’Asie centrale. Elle a accepté la fission du cœur proprement russe de l’État, la séparation de la Biélorussie et de l’Ukraine. Elle a admis que la présence d’énormes minorités russes dans la plupart des nouveaux États n’interdisait pas leur indépendance. »

Sur cet universalisme démocratique russe, qui fait plier les colonialismes les plus tarés, Todd ajoute :

« Le communisme, doctrine et pratique de servitude, inventé par elle, a séduit à l’extérieur de l’empire russe des ouvriers, des paysans, des professeurs, constituant l’aspiration communiste en force planétaire… Le communisme s’est affirmé comme une doctrine universelle, offerte au monde, pour son malheur je le reconnais. Cette approche universaliste a permis la transformation de l’empire russe en Union soviétique. Le bolchevisme a aspiré vers ses cercles dirigeants les minorités de l’empire : baltes, juifs, géorgiens, arméniens. Comme la France, la Russie a séduit par sa capacité à considérer tous les hommes comme égaux. »

A transmettre à BHL et consorts. Todd martèle encore cette vérité psychologique élémentaire :

« Le tempérament universaliste russe manque cruellement à la politique internationale ces temps-ci. La disparition de la puissance soviétique, qui imprimait une marque égalitaire aux relations internationales, explique en partie le déchaînement des tendances différentialistes, américaine, israélienne ou autres. »

Mais comme on sait, ces tendances « suprématistes-différentialistes » ont du souci à se faire ; quant à la France hexagonale et au Royaume-Uni désuni, ils sont devenus la risée du monde libre. Mais comme disait un cinéaste célèbre à propos de la critique de cinéma, ces institutions gardent leur pouvoir de nuisance, au contraire de la Russie qui ne cesse de montrer aux hommes de bonne volonté que le bons sens et le futur sont de son côté.

Todd concluait excellemment :

« Si la Russie ne sombre pas dans l’anarchie ou l’autoritarisme, elle peut devenir un facteur d’équilibre fondamental : une nation forte, sans être hégémonique, exprimant une perception égalitaire des rapports entre les peuples. »

La presse française ne risque certainement pas de comprendre ; mais est-ce si grave ?

 

Bibliographie

Emmanuel Todd – Après l’empire

John Hobson – Imperialism; a study

Pierre Bourdieu – Contrefeux

 

http://www.dedefensa.org/article/la-russie-demeure-le-soutien-naturel-des-peuples-libres

Israël rejete l’accord de paix russo-US en Syrie

Israël rejete l’accord de paix russo-US en Syrie

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, intervenant à un meeting de son parti politique, le Likoud, a déclaré qu’il s’opposait au plan russo-US de paix en Syrie.

Il a cité les informations publiées par la BBC selon lesquelles l’Iran a été autorisé à installer une base militaire permanente près de Damas (voir photos satellites ci-dessous).

Israël avait demandé que les troupes iraniennes s’engagent à ne pas s’approcher à moins de 40 kilomètres de la ligne de cessez-le-feu israélo-syrienne.

La demande israélienne paraît d’autant plus incongrue que Tel-Aviv soutient activement les jihadistes depuis mars 2011, et n’a pas cessé de leur fournir des armes et un appui aérien. Au contraire, l’Iran a combattu les terroristes, versant le sang de plus d’un millier de ses hommes. Il serait étonnant qu’ayant perdu cette guerre par proxies, Israël puisse imposer ses conditions.

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, aurait qualifié cette exigence d’irréaliste compte tenu de l’occupation illégale par Israël du plateau syrien du Golan.

Les États-Unis et la Russie seraient convenues d’une zone neutre de seulement 15 kilomètres en plus du Golan.

Monsieur Netanyahu a affirmé à son auditoire que l’armée israélienne se réservait le droit d’intervenir en Syrie « en fonction de ses besoins sécuritaires ».

Photographies de la base d’El-Kiswah, située à 14 kilomètres au sud de Damas.

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©Airbus, McKenzie Intelligence Services
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http://www.voltairenet.org/article198797.html

La fin de l’empire, par Chris Hedges

Source : Truthdig, Chris Hedges, 01-10-2017

L’empire américain touche à sa fin. L’économie américaine est épuisée par les guerres au Moyen-Orient et l’expansion militaire mondiale. Elle est accablée par des déficits croissants, ainsi que par les effets dévastateurs de la désindustrialisation et des accords commerciaux mondiaux. Notre démocratie a été capturée et détruite par des sociétés qui réclament de plus en plus de réductions d’impôts, de déréglementation et d’impunité pour des actes massifs de fraude financière, tout en pillant des milliards de dollars du Trésor américain sous forme de renflouements. La nation a perdu le pouvoir et le respect nécessaires pour inciter les alliés d’Europe, d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique à exécuter ses ordres. Ajoutez à cela la destruction croissante causée par le changement climatique et vous obtenez la recette pour un cauchemar à venir. Cette déliquescence des plus hauts échelons du gouvernement fédéral et des États est encadrée par un ramassis hétéroclite d’imbéciles, d’escrocs, de voleurs, d’opportunistes et de généraux belliqueux. Et pour être clair, les Démocrates en font partie aussi.

L’empire va se ramollir, perdant progressivement de son influence jusqu’à ce que le dollar perde son statut de monnaie de réserve mondiale, plongeant les États-Unis dans une dépression paralysante et provoquant instantanément une contraction massive de leur machine militaire.

À moins d’une révolte populaire soudaine et généralisée, qui semble peu probable, la spirale mortelle semble imparable, ce qui signifie que les États-Unis, comme nous le pensons, n’existeront plus d’ici une décennie ou deux, tout au plus. Le vide mondial que nous laissons derrière nous sera comblé par la Chine, qui s’affirme déjà comme un poids économique et militaire, ou peut-être y aura-t-il un monde multipolaire découpé entre la Russie, la Chine, l’Inde, le Brésil, la Turquie, l’Afrique du Sud et quelques autres États. Ou peut-être que le vide sera comblé, comme l’écrit l’historien Alfred W. McCoy dans son livre In the Shadows of the American Century : The Rise and Decline of US Global Power, (Dans l’ombre du siècle américain : l’émergence et le déclin de la puissance mondiale américaine) par « une coalition de sociétés transnationales, de forces militaires multilatérales comme l’OTAN et un leadership financier international auto-proclammé à Davos et Bilderberg » qui « forgeront un lien supranational pour supplanter toute nation ou tout empire ».

Dans tous les aspects, de la croissance financière et des investissements dans les infrastructures à la technologie de pointe, y compris les superordinateurs, l’armement spatial et la guerre cybernétique, nous sommes rapidement dépassés par les Chinois. « En avril 2015, le département de l’Agriculture des États-Unis a laissé entendre que l’économie américaine croîtrait de près de 50 % au cours des 15 prochaines années, tandis que celle de la Chine triplerait et pourrait dépasser celle de l’Amérique en 2030 », a fait remarquer M. McCoy. La Chine est devenue la deuxième économie du monde en 2010, l’année même où elle est devenue la première nation manufacturière du monde, supplantant les États-Unis qui dominaient l’industrie manufacturière mondiale depuis un siècle. Le Département de la Défense a publié un rapport sobre intitulé « At Our Own Peril : DoD Risk Assessment in a Post-Primacy World » (À nos risques et périls : Évaluation des risques du DoD dans un monde d’après la suprématie), dans lequel il conclut que l’armée américaine « ne jouit plus d’une position inattaquable par rapport à ses États concurrents » et « qu’elle ne peut plus assurer automatiquement une supériorité militaire constante et durable à toute distance ». McCoy prédit que l’effondrement se produira d’ici 2030.

Les empires en décomposition se suicident presque volontairement. Aveuglés par leur orgueil et incapables de faire face à la réalité de leur pouvoir décroissant, ils se replient dans un monde imaginaire où ils ignorent les faits pénibles et désagréables. Ils remplacent la diplomatie, le multilatéralisme et la politique par des menaces unilatérales et le recours impitoyable à la guerre.

Cette illusion collective a vu les États-Unis commettre la plus grande bévue stratégique de leur histoire, celle qui a sonné le glas de l’empire : l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak. Les responsables de la guerre à la Maison-Blanche de George W. Bush, ainsi que les nombreux idiots utiles de la presse et du monde universitaire qui l’encourageaient, ne savaient pas grand-chose sur les pays envahis, ils étaient étonnamment naïfs sur les effets de la guerre industrielle et ils ont été aveuglés par le féroce revers. Ils ont déclaré, et ont probablement cru, que Saddam Hussein possédait des armes de destruction massive, bien qu’ils n’aient pas de preuves valables à l’appui de cette affirmation. Ils ont insisté pour que la démocratie soit implantée à Bagdad et répandue au Moyen-Orient. Ils ont assuré au public que les troupes américaines seraient accueillies par des Irakiens et des Afghans reconnaissants comme libérateurs. Ils ont promis que les recettes pétrolières couvriraient le coût de la reconstruction. Ils ont insisté sur le fait que la frappe militaire rapide et audacieuse – « choc et terreur » – restaurerait l’hégémonie américaine dans la région et sa domination dans le monde. Ils ont fait le contraire. Comme l’a noté Zbigniew Brzezinski, ce « choix unilatéral de guerre contre l’Irak a entraîné une délégitimation généralisée de la politique étrangère américaine ».

Les historiens de l’empire appellent ces fiascos militaires, une caractéristique de tous les derniers empires, des exemples de « micro-militarisme ». Les Athéniens se sont engagés dans le micro-militarisme lorsque, pendant la guerre du Péloponnèse (431-404 avant J.C.), ils ont envahi la Sicile, subissant la perte de 200 navires et de milliers de soldats, et déclenchant des révoltes dans tout l’empire. La Grande-Bretagne l’a fait en 1956 lorsqu’elle a attaqué l’Égypte pour un différend au sujet de la nationalisation du canal de Suez, puis a rapidement dû se retirer dans l’humiliation, donnant le pouvoir à une série de dirigeants nationalistes arabes comme Gamal Abdel Nasser de l’Égypte et faisant retomber la domination britannique sur les quelques colonies restantes de la nation. Aucun de ces empires ne s’est rétabli.
« Alors que les empires naissants sont souvent judicieux, voire rationnels dans leur application de la force armée pour la conquête et le contrôle des puissances d’outre-mer, les empires en déclin sont enclins à des démonstrations de pouvoir irréfléchies, rêvant d’audacieux coups de maître militaires qui récupéreraient en quelque sorte le prestige et le pouvoir perdus », écrit McCoy. « Souvent irrationnelles même d’un point de vue impérial, ces opérations micro-militaires peuvent provoquer une hémorragie de dépenses ou des défaites humiliantes qui ne font qu’accélérer le processus déjà en cours. »

Les empires ont besoin de plus que de la force pour dominer les autres nations. Ils ont besoin d’une mystique. Cette mystique – un déguisement pour justifier le pillage, la répression et l’exploitation impériaux – séduit certaines élites indigènes, qui sont prêtes à obéir aux ordres du pouvoir impérial, ou du moins à rester passives. Et il fournit une patine de civilité et même de noblesse pour justifier à ceux qui sont chez eux les coûts en sang et en argent nécessaires pour maintenir l’empire. Le système parlementaire de gouvernement que la Grande-Bretagne reproduit en apparence dans les colonies, et l’introduction des sports britanniques tels que le polo, le cricket et les courses de chevaux, ainsi que des vice-roi en uniforme et la page de la royauté, ont été renforcés par ce que les colonialistes ont décrété l’invincibilité de leur marine et de l’armée. L’Angleterre a réussi à maintenir l’unité de son empire de 1815 à 1914 avant d’être forcée de battre en retraite. La rhétorique américaine sur la démocratie, la liberté et l’égalité, ainsi que le basket-ball, le base-ball et Hollywood, de même que notre propre déification de l’armée, ont envoûté et séduit une grande partie du globe au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. Dans les coulisses, bien sûr, la CIA a utilisé son répertoire de coups tordus pour orchestrer des coups d’État, truquer les élections et procéder à des assassinats, des campagnes de propagande clandestine, des pots-de-vin, du chantage, de l’intimidation et de la torture. Mais ça ne fonctionne plus.

La perte de la mystique est dévastatrice. Il est difficile de trouver des suppléants dociles pour administrer l’empire, comme nous l’avons vu en Irak et en Afghanistan. Les photographies de violences physiques et d’humiliations sexuelles infligées aux prisonniers arabes à Abou Ghraib ont enflammé le monde musulman et ont alimenté al-Qaïda, puis l’État Islamique, en nouvelles recrues. L’assassinat d’Oussama ben Laden et d’une foule d’autres dirigeants jihadistes, dont le citoyen américain Anwar al-Awlaki, a ouvertement ridiculisé le concept d’État de droit. Les centaines de milliers de morts et les millions de réfugiés fuyant nos exactions au Moyen-Orient, ainsi que la menace presque constante des drones militaires aériens, nous ont dénoncés comme des terroristes d’État. Nous avons exercé au Moyen-Orient le penchant de l’armée américaine pour les atrocités généralisées, la violence aveugle, les mensonges, les bavures et les erreurs de jugement qui ont conduit à notre défaite au Vietnam.

La brutalité à l’étranger s’accompagne d’une brutalité croissante chez nous. La police militarisée abat les gens la plupart du temps non armés, les Noirs et les pauvres remplissent un système carcéral qui détient 25 % des prisonniers dans le monde, bien que les Américains ne représentent que 5 % de la population mondiale. Beaucoup de nos villes sont en ruines. Notre système de transport en commun est un désastre. Notre système d’éducation est en forte régression et privatisé. La dépendance aux opioïdes, le suicide, les fusillades de masse, la dépression et l’obésité morbide affligent une population qui est tombée dans un profond désespoir. La profonde désillusion et la colère qui ont mené à l’élection de Donald Trump – une réaction au coup d’État des entreprises et à la pauvreté qui afflige au moins la moitié du pays – ont détruit le mythe d’une démocratie fonctionnelle. Les tweets et la rhétorique présidentielle célèbrent la haine, le racisme et le sectarisme, et narguent les faibles et les vulnérables. Le président, dans une allocution prononcée devant les Nations Unies, a menacé d’anéantir une autre nation dans un acte génocidaire. Nous sommes des objets de ridicule et de haine dans le monde entier. L’appréhension de l’avenir s’exprime dans l’éruption des films-catastrophe, un cinéma qui ne perpétue plus la vertu et l’exceptionnalisme américains ni le mythe du progrès humain.

« La disparition des États-Unis en tant que première puissance mondiale pourrait survenir beaucoup plus rapidement qu’on ne l’imagine », écrit M. McCoy. « Malgré l’aura souvent projetée par la toute-puissance des empires, la plupart sont étonnamment fragiles et manquent de la force inhérente d’un État-nation, même modeste. En effet, un coup d’œil à leur histoire devrait nous rappeler que les plus grands d’entre eux sont susceptibles de s’effondrer pour des causes diverses, les pressions budgétaires constituant généralement un facteur primordial. Pendant près de deux siècles, la sécurité et la prospérité de la patrie ont été l’objectif principal des États les plus stables, faisant des aventures étrangères ou impériales une option inaccessible, à qui on alloue généralement un maximum de 5 % du budget intérieur. Sans le financement qui émane presque de façon spontanée au sein d’une nation souveraine, les empires sont notoirement prédateurs dans leur chasse incessante au pillage ou au profit – en témoignent la traite des esclaves dans l’Atlantique, la soif de caoutchouc au Congo belge, le commerce de l’opium en Inde britannique, le viol de l’Europe par le Troisième Reich, ou l’exploitation soviétique de l’Europe de l’Est. »

Quand les revenus diminuent ou s’effondrent, « les empires deviennent fragiles. »

« L’environnement de leur pouvoir est si fragile, que lorsque les choses commencent à mal tourner, les empires se délitent régulièrement et avec une rapidité incroyable : un an pour le Portugal, deux ans pour l’Union soviétique, huit ans pour la France, onze ans pour les Ottomans, dix-sept ans pour la Grande-Bretagne et, selon toute vraisemblance, vingt-sept ans pour les États-Unis, à partir de l’année cruciale 2003 [lorsque les États-Unis ont envahi l’Irak] », écrit-il.

Nombreux parmi les 69 empires qui ont existé au cours de l’histoire ont manqué de leadership compétent dans leur déclin, ayant cédé le pouvoir à des monstres tels que les empereurs romains Caligula et Néron. Aux États-Unis, les rênes de l’autorité peuvent être à la portée du premier d’une série de démagogues dépravés.

« Pour la majorité des Américains, les années 2020 resteront probablement dans les mémoires comme une décennie démoralisante de hausse des prix, de stagnation des salaires et de perte de compétitivité internationale », écrit M. McCoy. La perte du dollar comme monnaie de réserve mondiale empêchera les États-Unis de payer leurs énormes déficits en vendant des bons du Trésor, qui seront drastiquement dévalués à ce moment-là. Le coût des importations augmentera fortement. Le chômage va exploser. Les affrontements internes sur ce que McCoy appelle des « questions insignifiantes » alimenteront un dangereux hyper-nationalisme qui pourrait se transformer en fascisme américain.

Une élite discréditée, suspecte et même paranoïaque à une époque de déclin, verra des ennemis partout. La panoplie d’instruments créés pour la domination mondiale – la surveillance de masse, l’éviscération des libertés civiles, les techniques de torture sophistiquées, la police militarisée, le système carcéral massif, les milliers de drones et de satellites militarisés – seront utilisés dans le pays. L’empire va s’effondrer et la nation va se consumer au cours de notre vie si nous ne nous emparons pas du pouvoir de ceux qui gouvernent l’État d’entreprise.

Source : Truthdig, Chris Hedges, 01-10-2017

 

https://www.les-crises.fr/la-fin-de-lempire-par-chris-hedges/

Editorial de Bernard Lugan : Quand une « chercheuse » de l’IRSEM s’aventure à parler des ethnies…



Editorial de Bernard Lugan :
Quand une « chercheuse » de l’IRSEM s’aventure à parler des ethnies… 

Durant des années, des  membres du CNRS (Jean-Pierre Chrétien, Jean-Loup Amselle, Catherine Coquery-Vidrovitch ou Elikia M’Bokolo), nièrent l’existence des ethnies. Puis, rejoints et dépassés par les évidences, ils attribuèrent l’origine de ces dernières à la colonisation. Comme si les Africains n’avaient pas eu d’identité avant l’arrivée des colonisateurs…
Aujourd’hui, comme il n’est plus question de nier l’évidence ethnique en raison de l’actualité, les « baise-cul » de l’idéologie officielle ont donc recours à la vieille méthode marxiste consistant à déconsidérer ad absurdum la thèse qu’ils attaquent en lui donnant un énoncé caricatural.
Sonia Le Gouriellec, « chercheuse » à l’IRSEM (Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire), publie ainsi dans Le Monde du 16 octobre 2017, un article archétypique en la matière intitulé « La lecture exclusivement ethnique des conflits en Afrique est fallacieuse ».
Or, nul esprit sensé n’a jamais écrit que l’ethnie explique tout. En revanche, ceux qui connaissent l’Afrique autrement que depuis l’algeco de la place Joffre, savent que rien ne s’explique sans l’ethnie…
Pour fonder sa dialectique, Sonia Le Gouriellec prend l’exemple du Rwanda, société qu’elle ne connaît pas plus que la question ethnique elle-même, en caricaturant outrancièrement ce qui y constitue le soubassement de toutes les relations sociales : « Selon cette lecture (sous-entendu, celle de ceux qui ne pensent pas comme elle), les Tutsi et les Hutu seraient destinés à s’affronter et les massacres seraient le résultat d’une opposition raciste héréditaire et pratiquement constitutive de l’ADN des Rwandais et, plus largement, des Africains, condamnés aux tueries et aux barbaries spontanées sans dimension politique ni instrumentalisation ».
Mais où donc ailleurs que dans ses fantasmes, Sonia Le Gouriellec est-elle allée chercher de telles inepties ? On le comprend quelques lignes plus loin quand elle écrit, paraphrasant Jean-Pierre Chrétien : « C’est à partir du XIXe siècle (sous-entendu avec la colonisation) que le critère racial est intégré… ». Et nous voilà revenus à la théorie de la fabrication de l’ethnie par la colonisation… Bel exemple de pensée à la fois biaisée et totalitaire.
Plus loin, vautrée sous le truisme, notre « chercheuse » à l’IRSEM écrit : « l’ethnie n’est pas une réalité figée ou immuable, mais au contraire se trouve en constante évolution ».
Une fois encore, qui soutient le contraire ? Cependant, est-ce parce que leurs contours évoluent, ce qui est le propre de toutes les sociétés humaines, que les ethnies n’existent plus ou n’existent pas ?
Que Sonia Le Gouriellec utilise les colonnes du Monde pour développer ses élucubrations est une chose. Qu’elle le fasse es-qualités de « chercheuse » à l’IRSEM, en est une autre. Nos soldats qui risquent quotidiennement leur peau en étant confrontés, eux, au réel ethnique, ont en effet besoin de véritables connaissances du milieu sur lequel ils sont projetés, et non de fantasmes idéologiques inspirés de l’air du temps.
Mais allons plus loin: en ces temps de drastiques réductions budgétaires, est-il concevable que, depuis les bureaux feutrés de l’IRSEM, loin de l’ennemi, – et pour quelle utilité ? -, des manieurs de concepts hors sol, fendent les eaux de la sociologie et du contentement de soi en « consommant » des crédits qui font si cruellement défaut à ceux qui, sur le terrain, constatent chaque jour l’inanité de leurs postulats ?
Editorial de Bernard Lugan : Quand une « chercheuse » de l’IRSEM s’aventure à parler des ethnies…

Natacha Polony et les hommes

Natacha Polony et les hommes

Natacha Polony et les hommes

Voila un plaidoyer superbe et courageux qui tranche avec tous les propos imbéciles, sirupeux, bien-pensants et convenus dont nous sommes régulièrement abreuvés. Il ne va pas plaire aux féministes, aux bobos, aux socialo-gauchistes, aux prétendus « insoumis », à « celles et ceux » qui se croient modernes en niant les simples lois naturelles, aux ayatollahs de l’égalitarisme stérile, qui se fourvoient dans la négation de la sexualité procréatrice, à ceux qui, méprisant la complémentarité naturelle de l’homme et de la femme, tentent d’y voir une forme nouvelle d’aliénation sociale et le mobile d’un nouveau combat de libération ! Merci Natacha Polony pour ce texte rafraîchissant, intelligent et plein de bon sens ! Marc Le Stahler (Minurne Résistance)


Ces lignes, messieurs, vous sont donc dédiées. Elles sont un hommage à tout ce que peut être un homme. Elles sont un hommage à la virilité, cette qualité tant décriée, et qui n’est rien d’autre que la confiance qu’un homme peut avoir dans son appartenance à son sexe. Une sorte de certitude rassurante car sereine. Et si rien n’est plus difficile à définir que cette appartenance, que chacun développe à son gré, elle est le miroir dans lequel les femmes se contemplent avec volupté. La virilité est une forme de confiance, de force tranquille ; ce qui signifie que l’époque actuelle, dans sa volonté de criminaliser toute résurgence du patriarcat honni, a rompu le charme et fait des hommes des êtres en doute perpétuel.

Pas question pour autant de regretter le temps où « être un homme » semblait avoir un sens immédiat qu’il n’était même pas nécessaire d’interroger. Car la notion n’était pas moins problématique. Elle relevait, non de la confiance, mais de l’injonction. Considérons l’actuelle remise en cause comme une occasion de dissiper le vieux malentendu : vous n’êtes pas, messieurs, d’affreuses brutes épaisses qu’il faut réprimer ou contrôler. La violence n’est pas une fatalité masculine. Et en vous construisant face aux femmes, vous apprendrez peut-être que votre grandeur est d’investir votre force et votre audace dans la défense et le respect de l’autre, de la femme ; et non dans la peur et le rejet, ou bien au contraire dans l’indifférenciation.

J’ai moi-même choisi, je le confesse, de vivre avec un spécimen en voie de disparition, un de ces authentiques machos que la modernité féministe voue aux gémonies et condamne aux oubliettes de l’histoire. Un être qui ne repasse pas ses chemises, qui paie l’addition au restaurant et propose de m’accompagner dès que je fais un pas dehors, de peur qu’il ne m’arrive quelque chose. Un être qui pique des colères noires et veut toujours avoir raison, et qui fait tout à ma place parce qu’il estime que, par principe, il le fait mieux que moi. Un homme, dans toute son horreur. Un homme, sensuel et râleur, si différent de ce que je peux être et si proche de ce en quoi je crois. Un homme dans le regard duquel je lis que je suis une femme.

Je l’avoue, j’aime l’altérité. J’aime cette différence essentielle qui fait que lui et moi sommes humains sans être semblables. J’aime ces jeux de domination qui nous font nous provoquer et nous affronter, chacun cédant tour à tour devant l’autre, chacun confrontant ce qu’il est à l’inconnu de l’autre. J’aime enfin découvrir à travers notre altérité ce qui nous unit et nous rend l’un à l’autre indispensables. Rien n’est plus destructeur du désir que l’abolition des frontières, le lissage minutieux des aspérités au nom de notre incapacité millénaire à penser la dualité.

Messieurs, ne soyez pas dupes des injonctions contradictoires des femmes. Elles vous parlent d’égalité, de partage des tâches, elles se veulent libres et indépendantes. Et c’est en effet ce dont elles ont besoin. Comme elles ont besoin de cette figure rassurante de l’homme protecteur, autoritaire, assumant ses devoirs et symbolisant la loi ; l’homme qu’on vous a sommés de ne plus être. Ne soyez pas dupes des discours ambiants qui vous intiment l’ordre de vous renier au nom du métissage du féminin et du masculin dont on veut vous faire croire qu’il constitue le stade ultime de l’humanité, comme la seule chance d’abolition des souffrances de tant de femmes.

Il n’est sans doute pas de pire ennui pour une femme que de se trouver face à cet homme insipide et morne qui a si bien appris sa leçon de féminisme et demande respectueusement l’autorisation pour tenter quelque trace de séduction, cet homme un peu ridicule qui use de crèmes antirides et d’autobronzant, cet homme pathétique qui n’éprouve pas le besoin de se lever pour une femme enceinte ou d’offrir sa veste à une belle en robe légère. Car quel geste plus beau que cet enveloppement tendre et puissant de celui qui dépose sur des épaules un peu de chaleur et de protection ?

Et j’adresse ces lignes à mon fils, aujourd’hui si petit, à peine sorti du statut de l’ange, comme un message d’amour et d’espoir. Puisse-t-il à son tour être fier d’être un homme. Un homme, c’est-à-dire un être imprégné des valeurs chevaleresques qui ont fondé la civilisation occidentale. Un homme, c’est-à-dire un être jouant à être le plus fort pour mieux servir, pour mieux protéger, car telle est la vraie grandeur (que les femmes devraient également cultiver), celle qui consiste à ne jamais abuser de son pouvoir. Un homme, sûr de ce qu’il veut être et se promenant dans les modèles anciens et les grandes figures. Même s’il garde à l’esprit que tout cela n’est qu’une fiction, et qu’il ne doit pas être prisonnier des codes mais se les approprier, pour mieux parfois les renverser.

Puisse-t-il apprendre à regarder les femmes dans leur complexité, leurs contradictions et leurs incertitudes. Puisse-t-il les aimer fières et fragiles, pudiques et passionnées, telles qu’elles seraient si notre triste époque ne leur enseignait l’infantile niaiserie qui les empoisonne, et que les bons génies du marketing tentent à tout prix d’inoculer aux hommes.

Natacha Polony
Extrait de L’homme est l’avenir de la femme, JC Lattès, 2008, p. 244-247

Source : minurne.org

Correspondance Polémia – 10/11/2017
Crédit photo :

https://www.polemia.com/natacha-polony-et-les-hommes/

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