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La redoutable stratégie des Rothschild pour 2019

La redoutable stratégie des Rothschild pour 2019

Publié par Brujitafr sur 16 Novembre 2018, 04:41am

Catégories : #ACTUALITES, #POLITIQUE, #ECONOMIE – FINANCE

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Critiquer la politique israélienne n’a rien à voir avec l’antisémitisme

Antisémitisme ?

Critiquer la politique israélienne
n’a rien à voir avec l’antisémitisme

James J. Zogby

Lundi 5 novembre 2018

Par James J. Zogby (revue de presse : lobelog – extrait -6/10/18)*

J’ai été poussé à écrire ce papier sur ce qui constitue et ne constitue pas être antisémite suite à l’article publié dans Ha’artez sur la controverse suscitée par l’attribution du prix Nobel 2018 de chimie à George P. Smith. Selon l’article, Smith est non seulement un scientifique brillant dont le travail a permis la mise au point de nouveaux médicaments pouvant traiter le cancer et une panoplie de maladies auto-immunes. Smith est aussi un fervent défenseur des droits des Palestiniens et un détracteur de la politique israélienne.

L’article de Ha’aretz note que Smith a « longtemps été la cible de groupes pro israéliens » et apparaît « sur le très controversé site de la Canary Mission » utilisé par les partisans d’Israël pour harasser et faire taire les opposants.

En cherchant dans l’article les preuves du péché originel de Smith, j’ai trouvé des citations dans lesquelles il déclarait « qu’il ne souhaitait pas que les juifs israéliens soient expulsés » mais « la fin du régime discriminatoire contre les Palestiniens ». Plus loin, Ha’aretz reprend des propos publiés dans une tribune écrite par Smith dans laquelle il condamne la politique israélienne à Gaza et finit par exprimer son soutien au Boycott, Divestment, and Sanctions movement (BDS) qu’il qualifie « d’un appel de la société civile palestinienne à la conscience de la communauté internationale pour ostraciser le milieux des affaires et les institutions israéliens jusqu’à ce que le pays renonce à la violence faite aux Palestiniens et que ces derniers, y compris les exilés obtiennent les mêmes droits que les juifs dans sur les terres qu’ils partagent ».

J’ai lu tout cela en le replaçant dans le contexte actuel d’une campagne inquiétante, qui se déroule aux Etats-Unis, visant à faire taire toute critique à l’encontre d’Israël ou de sa vision politique d’un sionisme exclusif.

Elle est le fruit d’un effort concerté et massivement financé qui repose sur le site web Canary Mission, qui publie les noms, photos et informations d’étudiants et professeurs pro-palestiniens, en les traitants d’antisémites ou de sympathisants terroristes. Leur but est de nuire à leur carrière. La liste de la Canary Mission sert aussi à souiller et à dénigrer ces militants ainsi qu’à dissuader les hommes politiques de les rencontrer. La liste sert aussi au gouvernement israélien pour refuser l’entrée aux Palestiniens d’origine américaine ou aux juifs américains libéraux qui veulent voir leur famille, étudier, enseigner ou simplement visiter le pays.

Malgré tous les efforts de la Canary Mission pour garder secrets ses opérations, dirigeants et sources de financement, de récents articles publiés dans la presse juive révèlent que le projet est soutenu financièrement par des entités philanthropiques juives-américaines ayant pignon sur rue.

A cela d’ajoute la campagne visant à criminaliser le soutien porté au BDS ou à pénaliser les partisans de mouvements exigeant qu’Israël soit tenu responsable des violations systématiques des droits des Palestiniens. Celle-ci est financée massivement par des gens comme Sheldon Adelson, mais aussi, comme cela a été révélé par un journal juif américain réputé, par le gouvernement israélien à hauteur de millions de dollars.

Ceci est sans compter avec les propositions de loi en discussion au Congrès dont l’objectif est de criminaliser le boycott d’Israël, ce qui viendrait s’ajouter aux lois adoptés par 25 Etats aujourd’hui, qui leur permettent de refuser le paiement de salaires ainsi que l’attribution de contrats et autres bénéfices aux individus qui soutiennent le BDS.

…(…)… Tous ces développements appellent à la réflexion : tout d’abord l’antisémitisme existe, il est laid et dangereux. Ensuite, critiquer Israël n’équivaut pas à être antisémite. Finalement, l’amalgamation des deux réduit au silence un débat qui est nécessaire et nuit aux efforts d’éradication du véritable antisémitisme, un fléau qui a créé de grandes souffrances dans l’histoire de l’humanité.

D’un côté, il y a l’antisémitisme, qui est la haine des Juifs, pris individuellement et en tant que groupe. Cela consiste aussi en l’attribution d’intentions négatives à ces individus ou groupe parce qu’ils sont juifs. De l’autre, critiquer la politique d’Israël n’est pas un acte antisémite. Lorsque Smith critique Israël au sujet de massacres de Palestiniens à la frontière de Gaza ou son refus d’accorder aux Palestiniens les mêmes droits et la même justice, il n’attribue pas ce comportement au fait qu’il soit juif. Il ne dit pas «Israël opprime les Palestiniens en raison du comportement des Juifs ». Il ne dit pas non plus que tous les Juifs, en tant que groupe, sont responsables de ces actions, car ceci serait antisémite. La seule raison pour laquelle on vise Smith et d’autres comme lui qui critiquent la politique de l’Etat israélien (qui par ailleurs, n’est pas soutenue par tous les Israéliens ou Juifs dans le monde) est la volonté de  faire taire leur voix.

L’idée que critiquer Israël est un acte antisémite (ce qu’on appelle « le nouvel antisémitisme ») n’est pas nouvelle. Elle a refait surface récemment, renforcée par une campagne visant à inclure dans la définition de l’antisémitisme toute critique dirigée contre Israël en particulier qui ne serait pas applicable à d’autres pays. Ceci n’est au mieux qu’un effort désespéré de protéger Israël. Alors que ses partisans soutiennent qu’ils ne visent que ceux qui pointent du doigt Israël, ce qu’ils cherchent à obtenir c’est une stigmatisation d’Israël comme étant le seul pays ne pouvant être critiqué.

Il est clair que dans beaucoup de cas, la lutte contre le véritable antisémitisme recule devant cette volonté effrénée de protéger Israël. Par exemple, alors que certains groupes pro-israéliens ont accusé Jeremy Corbyn, le chef du Parti Travailliste britannique de tolérer l’antisémitisme, ils ont largement ignoré les virulences antisémites des groupes d’extrême droite qui opèrent sur la scène politique anglaise. Ceci a conduit beaucoup de travaillistes à conclure que Corbyn avait été ciblé pour son soutien sans faille aux droits des Palestiniens. La même chose pourrait être dite des relations de Benjamin Netanyahou avec les leaders européens antisémites d’extrême droite, en raison de leur fort soutien à son gouvernement.

En résumé, on ne cherche pas à combattre l’antisémitisme mais à faire taire la critique, et ce faisant,  on assène un coup à la critique méritée légitime et nécessaire de la politique israélienne, à la réputation de personnes telles que Smith et des étudiants militants qui dénoncent les injustices infligées aux Palestiniens, et enfin à la lutte contre ce fléau qu’est le véritable antisémitisme.

James J. Zogby est le président de l’Arab American Institute.

*Source : Loblog.com

Traduction et Synthèse : Z.E pour France-Irak Actualité

Pour info : le site de la Canary Mission

 

http://www.palestine-solidarite.org/analyses.gilles_munier.051118.htm

 

Ferjou : «Les Démocrates ont alimenté la violence, financé les Antifa, ils sont devenus un parti haineux, sans propositions, obsédé par Trump»

Ferjou : «Les Démocrates ont alimenté la violence, financé les Antifa, ils sont devenus un parti haineux, sans propositions, obsédé par Trump»

11h02

Jean-Sébastien Ferjou (Atlantico) : « L’Establishment Démocrate a lui aussi alimenté la violence en finançant des mouvements Antifa extrêmement violents. Par nature, l’Establishment démocrate considère que Donald Trump est illégitime (…) Hillary Clinton avait parlé de “deplorables”, les électeurs de Trump étant selon elle pathétiques parce qu’ils envisageaient de voter pour un candidat populiste. Il y a de la violence de part et d’autre (…) Les sondages sont ces dernières semaines plutôt favorables aux Républicains parce que les Démocrates n’ont plus de propositions, c’est un parti qui est devenu haineux, c’est un parti qui ne sait même plus quoi dire en matière de politique économique, parce qu’il est devenu obsédé par Donald Trump. »
– France 24, 27 octobre 18, 00h52

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/10/ferjou-les-democrates-ont-alimente-la-violence-finance-les-antifa-ils-sont-devenus-un-parti-haineux-sans-propositions-obsede-par-tru?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Boualem Sansal lance l’alerte: « La France est le maillon faible, et l’islamisme s’y investit en totalité et partout. »

Boualem Sansal lance l'alerte: « La France est le maillon faible, et l’islamisme s’y investit en totalité et partout. »

Après Michel Déon et Malika Sorel, Boualem Sansal s’est vu remettre le Prix Clara Lanzi par Jean-Marie Schmitz, président du Secours de France, le 26 septembre 2018, dans le cadre prestigieux du Salon d’Honneur de l’Hôtel National des Invalides.

Je plaisante, je plaisante, mais la situation est affreusement désespérée. L’affaire était louche dès le début pourtant, l’ennemi n’est pas tombé du ciel, il sortait bien de quelque trou, verdammt, un enfant l’aurait compris. Quand avons-nous cessé d’être intelligents ou simplement attentifs?

Boualem Sansal, Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu

La situation est sérieuse. Yves MAMOU dans une interview accordée au Figaro présente également de son côté son ouvrage :

«Le Grand Abandon est une tentative de reconstitution. J’ai essayé de savoir pourquoi et comment, à côté de la nation française, une nation islamique avait pu progressivement se constituer.

Les déclarations fracassantes de Gérard Collomb, ex-ministre de l’Intérieur, au matin de sa passation de pouvoir à Edouard Philippe, Premier ministre, montrent que la juxtaposition de ces deux nations aujourd’hui en France engendre un risque d’affrontement.

Nous sommes aujourd’hui «côte à côte» (sous-entendu musulmans et non-musulmans) a dit Gérard Collomb, mais rien ne garantit que demain nous ne serons pas «face à face».

Cet avis de guerre civile en bonne et due forme a été proféré par l’homme qui, pendant un an et demi, Place Beauvau, a eu sous les yeux, au quotidien, tous les rapports de police et de gendarmerie. » [2]

 

Discours de Boualem Sansal le 26 septembre 2018 aux Invalides

«La situation de l’Algérie aujourd’hui est délicate. Elle est menacée d’éclatement et de disparition. Elle ne tient encore que par la corruption massive que le régime de Bouteflika entretient, pour maintenir un semblant d’état, ceci grâce à la rentre pétrolière, dont la plus grande partie est détournée par les dirigeants du régime et les oligarques qui leur servent de prête nom. Mais la rente pétrolière a fondu, et une nouvelle guerre civile est en route.

La France en sera directement et très durement touchée, vous savez cela. Vous le craignez mais il est bon, ici et en ce moment de le répéter.

De nos jours, il faut ouvrir les yeux et constater qu’elle n’est plus vraiment la France. Chaque jour, l’islam dans ses différentes versions radicales, wahhabistes, djihadistes, salafistes, s’enhardit, et telle une meute harcelant sa proie, lui arrache un morceau de chair par ci, par là, pendant qu’elle se vide de son sang.

Et vient le moment, et nous y sommes, où vient le moment où la proie cesse de se débattre et accepte d’inéluctable.

Je ne joue pas les Cassandre, mais j’ai une conclusion que je veux partager avec vous, en 3 points :

1 Nous sommes en danger et en passe d’êtres vaincus. L’état mortifère dans lequel se trouve l’ensemble du monde musulman est l’axiome pour nous dire ce qui nous attend et atteint déjà largement nos banlieues.

2 Pendant que l’ennemi nous fait une guerre totale, nos dirigeants et vos élites inventent des histoires très nobles pour se dérober.

3 La France est le maillon faible, et l’islamisme s’y investit en totalité et partout. Ceux qui disent «Ne confondons pas les musulmans et l’islamisme», refont chaque jour leur lit.

Merci d’être venus m’entendre»

Boualem Sansal

NOTES:

[1] https://www.youtube.com/watch?v=1wNBUqkn80A

[2]

Paul SUGY, «Face à l’islamisme, nos élites ont trahi», http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2018/10/05/31001-20181005ARTFIG00341-face-a-l-islamisme-nos-elites-ont-trahi.php?utm_medium=Social&utm_source=Facebook#Echobox=1538772852

[3] Ibid.

[4] Michel AYMERICH, Mohamed Ben Salmame révèle l’utilisation de la réislamisation pour contrer l’URSS, http://a-contre-air-du-temps.over-blog.com/2018/04/mohamed-ben-salmame-revele-l-utilisation-de-la-reislamisation-pour-contrer-l-urss.html

[5] Michel AYMERICH, Qui est Sahra Wagenknecht? Que veut-elle? http://a-contre-air-du-temps.over-blog.com/2018/09/qui-est-sahra-wagenknecht-que-veut-elle.html

[6] Comparons avec la politique des autres pays face aux islamistes. Comparons avec l’Inde. Comparons avec l’Union européenne. Comparons avec les USA. Un très petit pays tel que Israël qui lutte pour son existence est sans doute en dehors de la Chine le seul pays qui résiste. Mais la différence est qu’en Chine les musulmans ne peuvent prétendre d’aucune façon appliquer leur loi. Le pouvoir appartient aux communistes laïques, les musulmans doivent respecter la loi. POINT!

Guerre froide 2.0 : La menace russe pour la paix et la dépendance de l’Amérique à la guerre

Guerre froide 2.0 : La menace russe pour la paix et la dépendance de l’Amérique à la guerre


Entrevue avec Global Research


Par Dmitry Orlov – Le 2 octobre 2018 – Source Club Orlov

Global Research : Nous sommes rejoints par Dmitry Orlov. Il est écrivain, blogueur et analyste géopolitique russo-américain. Son travail s’est concentré sur le déclin et l’effondrement économiques, écologiques et politiques aux États-Unis, et il est également l’auteur de nombreux articles. Ses livres comprennent Réinventer l’Effondrement : L’expérience soviétique et les perspectives américaines et Rétrécissement de la technosphère : Se familiariser avec les technologies qui limitent notre autonomie, notre autosuffisance et notre liberté. Il nous rejoint ici depuis Moscou. Merci beaucoup de revenir dans notre émission Dmitry.


Dmitry Orlov : C’est bon d’être avec toi Michael.

GR : Maintenant, je pense que la première chose que je voulais évoquer, ce sont les nouvelles récentes. Il y a eu…. récemment, les forces syriennes ont abattu un avion de reconnaissance russe Il-20, mais l’armée russe a fait valoir qu’il s’agissait en fait d’un résultat des actions israéliennes. Je crois qu’elle a annoncé qu’il s’agissait d’utiliser cet avion pour se cacher dans sa signature radar, et c’est en réponse à cet incident que plusieurs batteries de missiles S-300 sont parvenus en Syrie.

Je sais qu’il y a des commentaires… Le Saker, par exemple, a dit qu’il s’agit de facto d’une mise en place d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Syrie. Nous savons maintenant que les choses ne se sont pas très bien passées jusqu’à présent pour les objectifs impériaux américains dans ce pays. Je me demande quelle est l’importance de ce dernier événement dans le contexte général de ce que nous avons vu ?

DO : Eh bien, c’est un peu un signal d’alarme pour les Israéliens parce que la Russie a été extrêmement conciliante en ce qui concerne les préoccupations d’Israël en matière de sécurité. On se rend compte que la rhétorique venant de Téhéran a été assez virulente. L’Iran se dit toujours qu’il a pour objectif de détruire Israël. Il n’y a aucun moyen pour Israël de ne pas réagir à une telle provocation, et le fait qu’il y ait maintenant des troupes iraniennes près de la frontière israélienne et qu’il y ait une fabrication d’armes sur le territoire syrien les inquiète au point que les Russes doivent laisser Israël s’occuper de ses propres problèmes de sécurité.

Mais les Israéliens ont agi de la manière la plus irresponsable parce qu’ils ont donné moins d’une minute d’avertissement avant que cette attaque ne se déclenche. Ils ont de plus mal nommé les cibles et ils se sont mal comportés dans l’espace aérien en ce sens qu’ils n’ont pas pu ne pas voir ce gros avion à hélices qui ne représentait absolument aucune menace pour personne. Ils savaient qu’il y aurait des tirs anti-aériens et ils les ont attirés non sur eux-mêmes mais sur cet avion. Il y a eu d’autres malheureuses mésaventures, qui seront toutes révélées à la suite de l’enquête, il est donc encore trop tôt pour le dire.

Mais la réponse de la Russie a été essentiellement de dire aux Israéliens qu’ils ne pouvaient plus le faire et qu’ils devaient armer les Syriens d’un système de défense aérienne plus moderne, qui était probablement déjà en place. Il vient d’être remis au commandement syrien.

Je ne pense pas qu’il s’agisse d’une évolution majeure. Je pense que la Russie et Israël vont arranger les choses. Je ne pense pas qu’Israël va cesser d’attaquer des cibles sur le terrain en Syrie [en réponse] à des actions qu’il considère comme provocatrices. Il craint beaucoup les roquettes de précision, les armes de précision, construites en Syrie ou introduites clandestinement en Syrie, qui peuvent être introduites clandestinement en Israël ou être tirées sur Israël depuis le Liban ou depuis la Syrie elle-même.

GR : Oui, je veux dire, je pense qu’on voit depuis longtemps que la tentative américaine de renverser ou d’instiguer un changement de régime à Damas ne fonctionne pas. Même le projet de balkanisation, l’idée de balkaniser la Syrie d’une manière qui favorise les États-Unis, l’OTAN et leurs laquais impériaux si vous voulez le dire ainsi, il semble y avoir une certaine agitation. Quelles sont, selon vous, les options qui s’offrent aux États-Unis à l’heure actuelle ? À défaut d’une déclaration de se rendre.

DO : Eh bien, il n’y aura pas de déclaration de reddition. Ne nous faisons pas d’illusions. Fondamentalement, ce que les États-Unis font en Syrie [est] semblable à ce qu’ils font partout ailleurs : ils génèrent de l’activité afin d’être en mesure de commander plus de systèmes d’armes, plus de munitions, pour essentiellement user du matériel de guerre, parce que c’est ce dont les entrepreneurs ont besoin, et ces entrepreneurs, du complexe militaro-industriel, financent diverses campagnes au Congrès. C’est comme cela que fonctionne l’écosystème politique, et ce qui se passe sur le terrain n’est qu’une sorte de spectacle secondaire.

Maintenant, en termes d’objectifs stratégiques, quels qu’ils soient, les États-Unis ne les atteignent certainement pas. Il y a ce campement qu’ils ont à Al-Tanf dans le sud, il y a quelques autres endroits dans le nord où ils jouent avec les Kurdes, ce qui empoisonne leurs relations avec la Turquie. Ils ont complètement détruit Raqqa et n’ont fait absolument aucun effort pour nettoyer cette ville, pour la restaurer, de sorte qu’il y a encore des corps en décomposition enterrés sous des tas de décombres, et cela fait plusieurs mois. C’est essentiellement une atrocité humanitaire qu’ils ont perpétrée à Raqqa, mais ils ne font rien d’autre que gaspiller de l’argent et du matériel de guerre. Et je pense que c’est en fait leur but à ce stade-ci : générer une activité militaire.

GR : Eh bien, c’est un point intéressant. Je veux dire, nous ne parlons pas seulement du contrôle impérial des ressources et des secteurs stratégiques, mais aussi de l’idée d’utiliser les activités militaires comme moyen de générer des fonds pour les principaux entrepreneurs militaires, les entrepreneurs de la défense et les intérêts affiliés. Ce qui m’amène à une autre dynamique en jeu, l’armée américaine. C’est énorme, du moins en termes de sommes d’argent dépensées, plus d’une dizaine de fois [… plus que la Russie, NdT] – plus que les 10 pays suivants réunis. La Russie ne dépense pas autant d’argent, mais pourtant elle est stratégiquement beaucoup plus efficace dans la façon dont elle utilise et dépense son argent pour son armée.

DO : En termes de parité achat/efficacité, on en est à un dollar russe pour 10 dollars US en dépenses de défense. C’est vraiment le rapport. Les États-Unis doivent dépenser dix fois plus que la Russie pour obtenir des résultats identiques ou inférieurs. Il y a beaucoup de raisons à cela.

GR : Donc, en termes de parité, diriez-vous que la Russie est effectivement maintenant un rival militaire des États-Unis ? Peut-elle contrebalancer les États-Unis dans tous les domaines ?

DO : Oh, non, absolument pas. Essentiellement, la position russe consiste à s’assurer que les États-Unis et l’OTAN n’ont absolument aucun plan pour attaquer la Russie ou pour attaquer les alliés de la Russie. Pardonnez cette pensée. Mais à part cela, la position de la Russie est complètement défensive, et la position américaine – parce qu’il n’est pas nécessaire de défendre la patrie américaine contre qui que ce soit, personne ne prévoit d’attaquer les États-Unis – est purement offensive.

Maintenant, il faut dix fois plus de ressources pour attaquer que pour défendre. C’est généralement compris comme un principe. Ainsi, les États-Unis essaient de mener une politique qui ne les mène pas vraiment à la victoire, ni même à occuper une meilleure position. Cela les conduit à la faillite nationale, rien de plus.

GR : Eh bien, qu’en est-il de la dynamique économique qui s’est manifestée dernièrement ? Les sanctions qui sont imposées à la Russie et à l’Iran ? Et je me demande comment cela se passe au sein de l’UE, parce que les États-Unis sont alliés à l’Union européenne, mais les intérêts de l’Union européenne sont touchés par les sanctions, et je me demande donc si nous voyons une rupture potentielle de cette alliance ? Bien qu’il y ait eu des efforts, il y a toujours eu des efforts pour briser une alliance entre la Russie et la Chine, je me demande laquelle de ces alliances est la plus fragile, si je peux m’exprimer de cette façon.

DO : C’est vraiment difficile de savoir ce qui va craquer en premier. Il y a certainement une énorme tension entre Washington et l’Union européenne. Il y a une énorme montée de tension au sein même de l’Union européenne, à cause du mantra des libéraux qui ont commencé à faire entrer des quantités illimitées de migrants en Europe. Cela tourne sans aucun doute à un énorme, énorme problème, un énorme conflit interne à l’UE.

Aujourd’hui, les relations entre l’UE et la Russie n’ont pas vraiment été gravement endommagées par Washington et par ces sanctions que les Européens ont accepté bon gré mal gré, beaucoup d’entre eux se plaignant, malgré tout, tout au long du processus. En ce qui concerne, par exemple, la coopération énergétique entre l’UE et la Russie, elle est définitivement remise sur les rails, parce qu’il n’y a vraiment pas d’autres options que celle de faire des affaires avec la Russie pour que l’UE se fournisse en gaz naturel, et cela signifie aussi à ce stade de contourner l’Ukraine, car plus personne ne veut vraiment faire affaire avec ce pays. C’est une sorte de calice empoisonné.

Pour ce qui est de ce que les sanctions ont fait à l’économie russe, oui, elles leur ont coûté quelques points de pourcentage de croissance du PIB, mais l’effet bénéfique de ces sanctions est souvent sous-estimé. Cela a vraiment réveillé la Russie quant au fait qu’elle doit devenir autosuffisante dans de nombreux domaines. Elle est déjà devenue autosuffisante dans de nombreux domaines et elle travaille très dur pour atteindre l’autosuffisance dans davantage de domaines et pour trouver de nouveaux partenaires commerciaux qui ne la sanctionneront pas. Ainsi, les sanctions ont vraiment réveillé les Russes sur le fait que les Américains ne sont pas leurs amis, qu’ils ne seront jamais leurs amis, et cela les a incité à agir en conséquence.

GR : Au sujet de la situation économique américaine, ils ont une crise de la dette insoutenable. On dirait qu’ils ne pourront jamais s’en sortir même en rampant, qu’ils n’auront pas la capacité de maintenir leur trajectoire actuelle. Je veux dire, nous assistons probablement à un autre krach boursier, probablement le plus tôt sera le mieux, et je pense que c’est déjà écrit. Cela ne manquera pas d’affecter la façon dont les États-Unis se comportent dans le monde, même s’ils ne le disent pas à voix haute. Je veux dire, vous l’avez suggéré tout à l’heure.

Alors, lorsqu’il s’agit de cette dimension économique, et d’autres pays sont sans doute conscients de la non-durabilité de la situation économique américaine, comment voyez-vous les choses se dérouler ? Les choses vont-elles s’effondrer de façon désastreuse ? Ou est-ce qu’il y aura des gens sournois… des gens qui voudront s’éloigner de ce pôle secondaire, l’axe Russie-Chine-Iran, si vous voulez. Sur le plan économique, comment les gens, comment les pays concurrents vont-ils réagir à ce qui semble être la fin inévitable … et l’effondrement de l’économie américaine ?

DO : Eh bien, je pense que cette fin est écrite sur le mur depuis très longtemps maintenant. C’est juste une question du quand, et personne ne connaît la réponse. Et la grande tâche à laquelle sont confrontés de nombreux pays dans le monde en ce moment, et c’est une tâche énorme, c’est la dé-dollarisation. Vous avez quelque chose comme cent quatre-vingts monnaies différentes qui utilisent toutes le dollar américain pour commercer les unes avec les autres, qui ont toutes des listes de prix en dollars, qui se convertissent en dollars pour commercer les uns avec les autres, puis se reconvertissent et utilisent le fait qu’il y a cette énorme réserve de liquidités en dollars qu’ils peuvent exploiter en tout temps quand bon leur semble.

Mais l’inconvénient, c’est que chaque fois que quelqu’un négocie avec le dollar américain, il devient partie intégrante de la juridiction américaine et fait l’objet de sanctions américaines. Et il fut un temps où les États-Unis étaient en quelque sorte un bon citoyen – un bon citoyen du monde – qui se permettait de profiter du fait que tout le monde utilise le dollar américain. Maintenant, il y a d’énormes avantages pour les États-Unis. Mais en retour, ils permettaient aux gens d’utiliser le dollar comme ils le souhaitaient. Mais maintenant, avec Trump en particulier, avec ses politiques commerciales, les États-Unis exigent que d’autres pays utilisent le dollar dans l’intérêt économique des États-Unis et à leur propre détriment. Et c’est là que tout le monde se réveille et le remarque.

Mais il s’agit ensuite de dé-dollariser, et c’est une tâche énorme, car la Chine n’est pas vraiment prête à remplacer le dollar par son propre yuan. Personne ne s’attend vraiment à ce que la Chine intervienne et joue un rôle aussi important aussi rapidement. La Chine met généralement beaucoup de temps à faire de tels ajustements et fait de nombreux petits pas. Et personne d’autre ne veut vraiment le faire non plus.

Donc, nous sommes dans une période où il y aura beaucoup de demi-mesures, beaucoup de mesures forcées seront prises si la situation se détériore soudainement. Mais je pense qu’il y a de très bonnes chances que le commerce international et les chaînes d’approvisionnement internationales subissent beaucoup de dommages si ces liquidités en dollars s’évaporent, parce que les deux seules façons, et c’est en fait la même, de sortir de cette crise dans laquelle les États-Unis se sont mis avec le taux de croissance totalement insoutenable de leur endettement, est soit un effondrement déflationniste soit un effondrement inflationniste, ou une combinaison des deux.

On risque de voir les prix baisser dans certains domaines et une hyperinflation dans d’autres. Il y aura d’énormes distorsions économiques et le reste du monde devra simplement coexister. Ils ont une réserve de dollars, ils utilisent cette réserve de dollars pour commercer entre eux, ils ont des contrats signés qui sont tous en dollars. Alors, comment peut-on dé-dollariser ça ? C’est une tâche gigantesque.

GR : Oui, je m’intéresse un peu à votre façon de voir… les messages des médias au sujet de ces réalités, parce qu’ils semblent provoquer de fortes diversions. Je veux dire qu’il y a les attaques de longue date…. Eh bien le … Russiagate, les attaques contre Trump que nous voyons de façon continue, je veux dire qu’il y a beaucoup de choses ridicules à ce sujet et particulièrement… ce que nous avons vu récemment dans cette affaire Skripal.

Et ça… Ce qu’ils essaient d’expliquer, c’est qu’il y a ces deux ex … cet espion qui a été assassiné par ces deux agents russes, et cette histoire semble s’effondrer au fur et à mesure que vous la regardez de plus prêt. Il semble bien que, comme Theresa May et ses alliés, les médias retro-pédalent autour de ce récit défaillant. Que pensez-vous de la façon dont les médias continuent de propager cette mythologie sur la Russie et … sa toxicité sur la scène internationale ? S’agit-il d’une manifestation… Y voyez-vous une manifestation de votre thèse de longue date sur l’effondrement, l’effondrement de l’Empire ?

DO : Eh bien, je pense que l’Occident, l’Occident dans son ensemble, s’est heurté à la Russie comme une sorte d’objet inébranlable qui lui est totalement indigeste, qui ne peut être traité. Et cela coïncide avec une baisse catastrophique de la qualité du leadership occidental. Qu’il s’agisse de Trump, de Theresa May, d’Emmanuel Macron ou de tous ces récents dirigeants européens, à quelques exceptions près, ils sont tous absolument incapables d’être cohérents, sans parler de formuler une stratégie ou des plans. Ils échouent, et tout le monde voit qu’ils échouent, et ils ne peuvent pas s’en empêcher. Ils se contentent de continuer le récit qu’ils ont concocté.

Avec l’affaire Skripal, c’est grotesque. Il n’y a absolument aucune preuve derrière l’histoire britannique, et il y a beaucoup de faits qui sont tout simplement complètement contradictoires et qui nient le récit qui a été exprimé. Les Russes sont donc heureux de rester les bras croisés et d’ignorer tout cela. Ils savent qu’il y aura des sanctions, que ces sanctions n’ont rien à voir avec les armes chimiques, qu’elles n’ont rien à voir avec quoi que ce soit d’autre : la Russie est assise sur un stock de ressources énergétiques qui va durer des centaines d’années.

Et elle a assez pour exporter aussi longtemps qu’elle le juge bon. Mais en réalité, elle veut devenir indépendante des exportations d’énergie, et c’est un gros problème pour l’Occident, car l’Occident n’a absolument aucune stratégie pour devenir indépendant des importations énergétiques russes. Il n’y a rien qu’il puisse faire à ce sujet, sauf essentiellement faire tout ce que la Russie est prête à faire pour lui, accepter de coopérer avec la Russie.

Il est fondamentalement en train de sauter dans tous les sens parce qu’il a ce problème qu’il ne peut pas résoudre. Il ne peut pas attaquer la Russie militairement. Il essaie d’attaquer la Russie sur le plan économique, mais cela ne fonctionne pas. Il essait d’isoler la Russie et, de ce fait, la Russie renforce ses liens avec des pays du monde entier. L’organisation de coopération de Shanghai représente aujourd’hui près de la moitié du PIB mondial, soit près de la moitié de la population mondiale. Et c’est une organisation de sécurité dont la Russie fait partie.

L’Occident essait de mettre en scène de petites provocations comme les petits exercices d’entraînement le long de la frontière russe dans les pays baltes qui sont censés effrayer la Russie. Maintenant, si l’OTAN attaquait la Russie, la Russie la stopperait. Cela n’a pas vraiment de sens en tant que plan, mais cela a un sens en tant que récit interne, quelque chose que ces dirigeants occidentaux incompétents peuvent dire à leur propre peuple.

GR : Dmitry, je pense que nous allons en rester là, mais je tiens vraiment à vous remercier. J’apprécie vraiment votre façon de penser unique et avant-gardiste et les idées que vous partagez avec nous et nos auditeurs. Merci beaucoup de vous joindre à nous.

DO : Merci, Michael.

GR : Nous avons parlé avec Dmitry Orlov, ingénieur, écrivain et blogueur russo-américain. Vous pouvez voir plus de ses articles sur le site cluborlov.com.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/guerre-froide-2-0-la-menace-russe-pour-la-paix-et-la-dependance-de-lamerique-a-la-guerre

 

Faites ce que je dis, pas ce que je fais !

Faites ce que je dis, pas ce que je fais !


« Les faits menacent ceux qui investissent dans la fraude » DaShanne Stokes


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Kenneth Lay, PDG d’Enron qui a fait une faillite retentissante en 2001, après des malversations comptables.

Tyler DurdenPar Jim Quinn – Le 27 septembre 2018 – Source Zero Hedge via The Burning Platform,

Selon TrimTabs Investment Research, les initiés des sociétés américaines ont vendu 5,7 milliards de dollars de leurs actions d’entreprises ce mois-ci, soit le plus haut niveau enregistré au cours de la dernière décennie. Les initiés, qui comprennent des dirigeants et des administrateurs, avaient vendu plus de 10 milliards de dollars de leurs actions en août, également au rythme le plus rapide depuis 10 ans.

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Montant des ventes d’actions des grandes entreprises US par leurs dirigeants

Avec un marché boursier au plus haut selon toutes les mesures historiques les plus précises, sortant de l’épure, il est logique que les initiés bien informés vendent beaucoup. Bien sûr, s’ils s’attendaient à ce que les bénéfices de leurs entreprises augmentent parce que Trump dit que nous avons la meilleure économie de l’histoire des US, pourquoi vendraient-ils ?

Quand ces PDG superstar, éduqués dans l’Ivy League [gratin des universités US], vont sur CNBC, Bloomberg et Fox pour vanter leurs sociétés et répondre à des questions émoussées posées par des bimbos aux seins avantageux, déguisées en journalistes, ils prédisent un avenir glorieux et déclarent leurs actions sous-évaluées. Achetez, achetez, achetez. Ils racontent leurs boniments, mais agissent autrement. Ils agissent, avec leurs propres fonds, à l’opposé de ce qu’ils font avec l’argent des actionnaires. Parmi les dirigeants d’entreprise, l’éthique n’a jamais été l’une des caractéristiques requises. Mentir avec aplomb est la clé pour être un PDG prospère dans le monde amoral déformé d’aujourd’hui.

Pendant que les chefs d’entreprise des plus grandes sociétés publiques américaines se débarrassaient de leurs propres actions comme s’il n’y avait pas de lendemain, ils autorisaient des rachats d’actions, par leurs sociétés, pour un montant inimaginable de 827,4 milliards de dollars en 2018, un record pour une année, selon TrimTabs. En termes annuels, ces dirigeants feront racheter, par leurs entreprises, plus de 1 200 milliards au moment où les actions atteignent des sommets inégalés. En revanche, en 2009, alors qu’ils auraient pu acheter leurs actions à leur plus bas niveau depuis 10 ans, ils ont racheté moins de 100 milliards de dollars. Acheter haut et vendre bas. Comment peuvent-ils se tromper ainsi ?

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Explosion du rachat de leurs actions par les entreprises

Ces financiers sans scrupules savent exactement ce qu’ils font. La rémunération des dirigeants d’entreprise étant principalement basée sur la valeur des actions, ils sont fortement incités à augmenter leurs bénéfices par action en réduisant le nombre d’actions. C’est tellement plus facile que d’investir de l’argent dans de nouvelles installations pour accroître les profits à long terme. Tout ce qui compte pour ces salopards avides, c’est de dépasser les prévisions de gains du trimestre prochain pour augmenter le prix des actions et s’enrichir. Le prix de l’action est tout ce qui compte.

Lorsque vous entendez dire que les liquidités des bilans d’entreprise n’ont jamais été aussi élevées, prenez-çà avec le dos de la cuillère. Les bilans des entreprises n’ont jamais été aussi endettés. Les neuf années de taux d’intérêt nul de la Fed ont incité ces PDG avides à s’endetter pour racheter leurs actions. Et avec Trump réduisant les taux d’imposition des sociétés de 35% à 21%, les bénéfices excédentaires censés entraîner des embauches et de nouveaux investissements massifs en capital ont été principalement utilisés pour racheter des actions, ce qui n’ajoute aucune valeur à la nation ou à l’économie. Bien sûr, cela profite probablement aux restaurants les plus chers de New York et aux agents immobiliers dans les Hamptons, mais ne fait pas grand chose pour les déplorables dans les zones déshéritées.

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Les rachats d’actions augmentent plus que les investissements

Le fait est que ces dirigeants d’entreprise savent que le jeu touche à sa fin et ils retirent personnellement leurs billes, tout en jouant avec celles des actionnaires, car il n’y a aucun inconvénient personnel pour ces bâtards visqueux. Lorsque le crash surviendra « soudainement », ils plaideront l’ignorance. Comment auraient-ils pu savoir ? Ils mentiront comme des arracheurs de dents en demandant une autre aide aux contribuables et des aides massives en liquidité à la Fed. La chanson reste la même. Et la musique continue de jouer. Vous pouvez faire ce qu’ils disent ou faire ce qu’ils font. Libre à vous.

2018-09-27_5-13-59« Quand la musique s’arrêtera, en termes de liquidité, les choses seront compliquées. Mais tant que la musique joue, il faut se lever et danser. Nous continuons à danser. » – Chuck Prince – PDG de Citicorp, 2007

 

Jim Quinn

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francphone

 

http://lesakerfrancophone.fr/faites-ce-que-je-dis-pas-ce-que-je-fais

 

Des chiffres et des lettres

Des chiffres et des lettres

Publié le 24 Septembre 2018 par Observatus geopoliticus in Russie, Etats-Unis, Economie, Moyen-Orient, Gaz, Europe, Pétrole

Dans l’immense bataille d’échecs géopolitique à laquelle participe Poutine, calculateur hors pair, quelques chiffres intéressants entrant dans l’équation du Grand jeu ne manqueront pas d’attirer l’attention…

60, comme le nombre de sanctions prises par le système impérial américain contre Moscou depuis 2011. Dans un article malicieusement intitulé Les dirigeants russes célèbrent le soixantième train de sanctions, un haut responsable s’amuse :

« On dirait que c’est devenu une sorte d’amusement national là-bas. Nous pouvons constater l’excitation des politiciens américains qui, persuadés de leur propre exceptionnalisme, espèrent qu’il leur faut un petit effort supplémentaire afin de dicter leurs conditions à la Russie. Cela n’arrivera jamais. Les opérateurs de la machine à sanction devraient se renseigner sur l’histoire russe… »

Non seulement ces sanctions des auto-proclamés maîtres de l’univers n’ont pas l’effet désiré mais elles jouent même en faveur de Vladimirovitch qui, depuis des années, tente de faire rapatrier les riches et surtout leurs milliards dans le circuit économique russe. L’hystérie américaine l’y aide grandement sans qu’il ait à faire un geste…

Un bonheur ne venant jamais seul, la sanctionnite aiguë de l’empire accélère le processus de dédollarisation au sein des grandes compagnies russes qui se mettent à amasser des roubles. C’est par exemple le cas de Norilsk, qui avait l’habitude d’avoir toutes ses réserves en devises étrangères il y a quelques années encore :

Pour la première fois de son histoire, ses dépôts en monnaie nationale sont devenus majoritaires, et cet exemple est loin d’être un cas isolé. C’est tout bénéfice pour le Kremlin où l’on doit sabler le champagne à chaque nouvelle sanction…

S300, comme le système que Moscou va enfin livrer à la Syrie. Aucune surprise pour le fidèle lecteur, nous en parlions il y a quelques jours encore après l’incident de l’Iliouchine-20 :

Une autre option consiste à livrer enfin les S-300 à la Syrie, ce qui est « presque inévitable » maintenant d’après Serguey Balmasov, analyste à l’Institut du Moyen-Orient à Moscou. Quand on sait ce que, malgré l’accident d’hier, les S-200 améliorés sont capables de faire…

Coïncidence ou pas, il s’est encore passé quelque chose d’intrigant dans le ciel syrien il y a quelques jours. Le 16 octobre, un énième incident aérien a eu lieu entre Tel Aviv et Damas, des jets israéliens bombardant une batterie antiaérienne prétextant un tir syrien contre deux avions ayant auparavant survolé le Liban. Jusqu’ici, rien que de très habituel même si l’affaire était presque concomitante à la visite de Choïgu en Israël, ce que d’aucuns ont vu comme une petite démonstration de force vis-à-vis de Moscou (précisons tout de même que les Russes ont été prévenus de l’attaque).

Manque de bol pour Bibi la Terreur, il y a comme un air de couac. Que le ministre syrien de la Défense déclare que l’un des deux F-35 israéliens ait été touché par un missile participe de la traditionnelle guerre de l’information et il est difficile de confirmer ou d’infirmer les dires de Damas. Plus intéressant, la presse israélienne a reconnu que le même jour, un F-35 avait été endommagé par… des oiseaux (!) et qu’il prenait la direction du garage.

D’ici à penser que l’avion a en réalité été touché par un vieux S200 syrien de l’époque soviétique, démontrant encore une fois l’inanité du chasseur furtif le plus cher de l’histoire, il n’y a qu’un pas que beaucoup envisagent de franchir.

A Tel Aviv, c’est la soupe à la grimace. D’autant que, cerise sur le gâteau, les Russes y ajoutent le brouillage des communications, de la navigation par satellite et des radars de bord de tout avion venant de la Méditerranée. Si les Israéliens veulent survoler la Syrie, ça sera maintenant à leurs risques et périls, en passant uniquement par le sud où les attendront les S-300…

Certains analystes parlent même de la fermeture totale du ciel syrien, ce qui ne semble pas encore d’actualité, mais pourrait l’être si l’on en croit les paroles menaçantes du ministre russe de la Défense, le déterminé Choïgu :

« Nous sommes convaincus que la réalisation de ces mesures va refroidir les têtes brûlées et empêchera les actes irréfléchis constituant une menace pour nos soldats. Dans le cas contraire, nous réagirons conformément à la situation.  »

Rappelons-nous que, contrairement aux simagrées communicatives occidentales, les Russes ne parlent jamais pour ne rien dire, ce que nous appelions un peu frivolement la « technique du rhinocéros », qui dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, avance inexorablement, sans grandes annonces mais d’un pas sûr.

Il se pourrait même que les S-300 aient déjà été livrés si l’on en croit une info concernant l’arrivée de deux avions cargo russes à la base d’Hmeymim et qui devaient transporter autre chose que de la vodka et du bœuf Stroganoff…

Tel Aviv qui pleure, Washington qui fait grise mine et se plaint d’une « escalade ». Pour ne rien arranger, un Sukhoï 35 a d’ailleurs apparemment intercepté, dans le ciel syrien, un F22 américain, censé être furtif. Les Iraniens sont par contre tout sourire, les livraisons à destination du Hezbollah pourront reprendre de plus belle. Cela consolera un peu Téhéran de l’attentat d’Ahvaz, jalon supplémentaire de l’énorme bataille arc chiite VS sunnisme radical & Israël qui conditionne le Moyen-Orient depuis des années.

Un bémol toutefois. Nous rapportions l’année dernière un fait important :

On sait qu’il y a deux ans, Israël s’était entraîné en Grèce à contourner le S300 dans l’optique d’une guerre contre l’Iran (on appréciera au passage la trahison grecque…)

Y ont-ils réussi ? Les Russes vont-ils livrer à Damas des systèmes améliorés ? Dans l’éternelle course-poursuite entre l’attaque (aviation, missiles) et la défense (systèmes anti-aérien et anti-missiles), les prochaines semaines devraient nous apporter quelques réponses intéressantes…

2, comme le second gazoduc baltique qui semble chaque jour plus inévitable. Là encore, le lecteur averti avait été prévenu :

A l’ouest, du nouveau malgré ce que pourrait en dire Maria Remarque. Les travaux pour la pose du Nord Stream II ont débuté dans le golfe de Finlande, ce qui, selon la presse économique occidentale, signifie que le projet est désormais inarrêtable.

Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, nous étions les premiers dans la sphère francophone à parier sur l’inéluctabilité du gazoduc baltique il y a deux ans :

C’est le genre de petite nouvelle banale qui passe totalement inaperçue, pas même digne d’être évoquée dans les fils de dépêches des journaux. Et pour une fois, je ne les en blâme pas, car seuls les initiés peuvent comprendre la portée de l’information sur notre Grand jeu énergético-eurasiatique.

Une première livraison de tubes est arrivée dans la presqu’île de Rügen, sur la côte baltique de l’Allemagne, et il y en aura désormais 148 par jour, acheminés par trains spéciaux (chaque tuyau mesure en effet 12 mètres et pèse 24 tonnes). Vous l’avez compris, il s’agit des composants du Nord Stream II qui devraient commencer à être assemblés au printemps prochain.

Ainsi, même si aucune décision officielle n’a encore été prise, ou du moins annoncée, le doublement du gazoduc baltique semble bien parti (…) Gazprom prendrait-il le risque de les acheter et de les acheminer sans avoir une idée assez sûre du dénouement ?

L’empire, obsédé par la perspective d’une intégration énergétique de l’Eurasie, tentera encore par tous les moyens de torpiller le projet mais ses atouts commencent à se faire rares… Et l’on catéchise plus difficilement l’Allemagne que la petite Bulgarie à propos du South Stream.

Renouvelons la question : Gazprom prendrait-il le risque de débuter les travaux dans le golfe de Finlande si Moscou n’avait pas dorénavant l’assurance que rien ne pourra se mettre en travers du tube ? Il semble que tout se soit décidé lors des rencontres Poutine-Merkel et lors du fameux sommet d’Helsinki (coïncidence amusante) entre le Donald et Vlad.

Washington semble avoir jeté l’éponge et renoncé à sanctionner les compagnies européennes qui participent au projet, malgré l’obsession américaine – anglo-saxonne d’ailleurs, car les Britanniques avaient la même approche au début du XXème siècle – de séparer à tout prix la base industrielle allemande des ressources énergétiques russes (tss tss Grand jeu, quand nous tu tiens…) La résistance opiniâtre de Frau Milka et les réalités économiques sont tout simplement trop fortes.

Chose intéressante, les paiements de gaz se feront en euros et non plus en dollars, preuve supplémentaire que l’empire se tire une balle dans le pied et détruit l’un des principaux piliers de sa puissance (le billet vert) avec ses folles menaces de sanctions. On pouvait déjà en voir les contours en mai :

Enfonçant un coin entre le centre impérial US et ses vassaux européens quelque peu perdus depuis l’élection du Donald, le Kremlin flatte l’égo de ces derniers en proposant, au Forum économique de Saint-Pétersbourg qui vient d’ouvrir et où l’on retrouve du beau monde, de choisir l’euro pour son commerce extérieur avec l’UE « si nos partenaires européens prennent position sans équivoque » contre les sanctions américaines.

L’ours a lu tous les classiques de la stratégie chinoise… Moscou soutient la montée de l’anti-système en Europe mais offre en même temps une planche de salut pour le système eurolâtre désespéré de sauver sa monnaie unique. Moscou préférait Trump à l’hilarante mais profite de la scission créée par l’élection du Donald pour retourner les Européens contre leur suzerain américain. Du velours…

Dans l’optique d’un éventuel Nord Stream III, que nous avions évoqué et dont l’idée commence à faire son chemin dans les têtes, Gazprom continue le développement du gisement géant Yamal qui produira à terme 140 Mds de m3 annuels.

11,3 millions, comme le nombre de barils de pétrole produits chaque jour par la Russie, qui bat pour l’occasion son record historique. Jamais depuis la chute de l’URSS en 1991 autant d’or noir n’avait en effet été extrait. La remontée des cours du baril n’y est évidemment pas étrangère.

Si la vertigineuse chute de 2008 (1) était due à des raisons purement économiques – la crise des subprimes devenue crise financière mondiale -, celle de 2014 (2) était bien plus géopolitique et mettait en scène l’inévitable Seoud :

Allié traditionnel des Etats-Unis depuis 1945 et, partant, des pays européens, le régime moyenâgeux des Seoud se trouve maintenant à la croisée des chemins. Qu’elles sont loin les années 80 où l’alliance américano-saoudienne mettait à bas l’URSS au terme d’un double mouvement brillant mais très lourd de conséquences :

  1. en Afghanistan, appelé à devenir le « Vietnam des Soviétiques », soutien aux moudjahidines et autres islamistes, dont un certain Ben Laden.
  2. entente pétrolière, Washington demandant à Riyad d’augmenter soudainement sa production afin de faire baisser le baril à 10$ et ruiner l’URSS qui dépendait fortement de ses exportations d’or noir.

Le premier point a donné Al Qaïda, le 11 septembre 2001 et plus généralement l’expansion du djihadisme international.

Le second a eu pour conséquence secondaire la ruine de l’Irak d’un certain Saddam Hussein, « trahi » par ses alliés américains et saoudiens qui l’avaient soutenu dans sa guerre contre l’Iran avant de le lâcher en rase campagne. Pour compenser ses pertes, Saddam envahira en 1990 le Koweït afin de mettre la main sur les réserves pétrolières gigantesques de ce petit pays, entraînant la première guerre du Golfe (1991) et l’invasion définitive de l’Irak par les Etats-Unis (2003), elle-même responsable d’une réaction en chaîne aboutissant au bouleversement généralisé que connaît le Moyen-Orient aujourd’hui.

Ennemie des chiites comme des sunnites laïcs, l’Arabie saoudite wahhabite a deux bêtes noires : l’Iran (Wikileaks a bien montré la paranoïa hystérique des Seoud vis-à-vis de Téhéran) et la Syrie de Bachar al Assad. Riyad comptait sans doute sur les Etats-Unis pour, comme au bon vieux temps, renverser ces régimes impies, mais leurs récriminations sont restées lettre morte. Non pas que les Américains en veuillent aux Saoudiens d’avoir vraisemblablement participé au 11 septembre, l’inénarrable Bush a fait ce qu’il faut pour couvrir les Seoud, préférant placer sur le clownesque « axe du Mal » des pays qui n’avaient rien à voir (Irak, Iran, Corée du Nord). Mais, après les fiascos afghan et irakien, l’Amérique n’a simplement plus les moyens d’engager une nouvelle guerre et le prix Nobel par défaut qui occupe actuellement la Maison blanche semble enfin l’avoir compris.

Ne manquant pas d’air, les cheikhs grassouillets de Riyad sont outrés du « lâchage » américain et commencent à redistribuer leurs billes. Si, à ce qu’il semble, un pacte pétrolier voulant rejouer le coup de 1986 a été mis sur pied en septembre 2014 par Kerry et le roi Abdallah pour « punir » la Russie sur l’Ukraine et la Syrie, les Saoudiens ont vite retourné la chose pour plomber l’industrie US de schiste et… se rapprocher des Russes !

Ces années sont derrière et l’or noir remonte la pente pour tutoyer les 80$. Moscou en profite pour renflouer ses caisses déjà bien remplies (rappelons qu’à environ 14%, la dette publique russe est ridiculement basse par rapport aux pays du « camp du Bien ») et en profitera pour acheter toujours plus d’or, mettant un peu plus à mal le système financier mis en place par l’Amérique au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale.

Moi aussi, comme Benalla, je veux une arme « pour défense personnelle » !

Moi aussi, comme Benalla, je veux une arme « pour défense personnelle » !

Glock (and mismatched bullets) by mynameisgeebs(CC BY-NC 2.0) — mynameisgeebs,

Alexandre Benalla prétend avoir un droit de port d’arme pour sa sécurité personnelle. Ce droit ne devrait-il pas s’appliquer à tout le monde ?

Par Phoebe Ann Moses.

Il est pour le moins étonnant qu’Alexandre Benalla, lors de son audition, ait choisi comme ligne de défense qu’il portait une arme pour se défendre.

Devant le Sénat mercredi dernier, il a dû justifier pour quelle raison il avait fait une demande de port d’arme.

J’ai fait une demande à titre personnel d’autorisation de port d’arme pour des motifs de défense personnelle.

Arme pour sécurité personnelle ou mission de police ?

On aurait attendu un motif professionnel, justifié par ses fonctions – encore floues –  auprès du président de la République. Mais non. Il a développé l’argument le plus simple (le plus bidon ?) et le plus basique.

L’argument a été démenti par Yann Drouet, chef de cabinet du préfet de police :

Pour être très clair, ce n’est pas pour sa sécurité personnelle que le port d’arme lui a été octroyé. C’est dans le cadre de ses missions, de sa fonction, donc de la mission qu’on a considérée comme étant une mission de police, de coordination, et du fait qu’il est dans le cadre de ses fonctions – donc ce n’est pas à titre personnel – manifestement exposé à des risques d’agression.

Néanmoins c’est bien l’argument avancé par Alexandre Benalla : la défense personnelle.

La défense personnelle : la seule raison valable

Reconnaissons que l’idée n’est pas complètement dénuée d’intérêt : car si Alexandre Benalla a besoin de porter une arme pour sa sécurité personnelle, nous devrions tous avoir le droit d’en faire autant.

Moi aussi je veux assurer ma sécurité personnelle, sans attendre que ce soit l’État qui me protège. Car qui sait s’il se chargera de ma protection avec efficacité ? Après tout, il nous conseille de nous planquer en cas d’attaque et d’attendre l’intervention de la police… Mais moi aussi je suis Charlie, je suis l’Hyper Casher, je suis Nice, je suis le Bataclan, je suis le Thalys… Et j’aimerais mieux pouvoir porter une arme qui serve à me protéger plutôt qu’être bêtement la cible facile d’un « déséquilibré ».

L’État désarme les citoyens

Mais l’État préfère actuellement désarmer les citoyens, prétextant ainsi lutter contre le terrorisme et ne faisant que passer à côté, puisque les terroristes ne s’arment pas en passant par les filières officielles et légales.

Le durcissement de la législation concernant la détention d’armes légalement acquises, compliquant singulièrement la vie des clubs sportifs, des amateurs d’armes, des chasseurs, des collectionneurs, ne semble pas avoir été appliqué à Alexandre Benalla. Et l’on fait mine aujourd’hui de découvrir avec quelle légèreté on peut disposer d’une arme… quand on n’est pas un citoyen lambda.

Si Alexandre Benalla peut obtenir gain de cause avec l’argument de la défense personnelle, s’il a le droit se se protéger, il est souhaitable que tout honnête citoyen ait le droit d’en faire autant. Alexandre Benalla a droit au port d’arme pour se défendre ? Moi aussi !

 

 

https://www.contrepoints.org/2018/09/23/325812-moi-aussi-comme-benalla-je-veux-une-arme-pour-raison-personnelle?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=5249581a69-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-5249581a69-114031913&mc_cid=5249581a69&mc_eid=acae01963f

Fake news

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Les gazettes de la bien-pensance nous apprennent qu’un certain Oleg Sentsov en est à son 100e jour de grève de la faim dans un horrible pénitencier poutinesque du Grand nord de la Russie. Et, affirme Le Monde en titre : « Oleg Sentsov peut mourir à chaque minute qui passe ».

Depuis le début du mois d’août les gazettes de la bien-pensance sont plus qu’alarmantes : « L’état de santé d’Oleg Sentsov est catastrophique » (France Culture 9 août), « Oleg Sentsov en danger de mort après trois mois de grève de la faim » (Le Monde 9 août), « Dans un camp russe près du cercle arctique, la vie d’un jeune homme talentueux s’éteint », (La Croix,‎ 10 août), « Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov dans un état critique », (Libération,‎ 10 août), etc.

D’abord il est évident que personne ne peut survivre pendant 100 jours, ni même 50, à une vraie grève de la faim.

Si l’on cherche à s’informer, on découvre vite qu’en réalité Oleg Sentsov est alimenté : les autorités pénitentiaires lui donnent des compléments alimentaires pour vieux.

Et les autorités pénitentiaires affirment qu’il est en bonne santé, même s’il a évidemment maigri.

La commission de surveillance des prisons dit la même chose. Elle est sous la coupe du Kremlin ? Ah bon. Sauf que c’est la même commission qui vient de nous informer que le militant gauchiste Sergueï Oudaltsov, qui avait été condamné… à 30 jours de prison et avait entamé une grève de la faim, a été hospitalisé au bout de cinq jours…

Surtout, on a le témoignage de Zoïa Svetova. Cette journaliste est une des principales figures de l’opposition à Poutine, et elle dénonce particulièrement le système judiciaire russe. Elle a pu rencontrer Oleg Sentsov le 14 août, et elle dit qu’il se tient debout et marche, regarde la télévision, écrit et reçoit « beaucoup de lettres »…

Je ne me prononcerai pas sur la condamnation de Sentsov à 20 ans de prison pour préparation de plusieurs actes terroristes anti-russes (et non « parce qu’il s’opposait à l’annexion de la Crimée »…). Mais le coup de la grève de la faim est une imposture. Qui peut durer longtemps. Le record de ce genre de « grève de la faim » est détenu par une militante indienne des droits de l’homme, Irom Sharmila, qui avait commencé en 2000 et y a mis fin en 2016…

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/08/fake-news.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmailhttp:

//yvesdaoudal.hautetfort.com/archive/2018/08/21/fake-news-6073754.html

 

Le pape combien de divisions ? Par Guillaume Berlat

19.août.2018 // Les Crises

Le pape combien de divisions ? Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 02-07-2018

« Il faut, comme Dumersais l’observe après plusieurs écrivains, distinguer avec soin la cour de Rome, le pape et le Saint-siège » (Jean Le Rond d’Alembert). Il est vrai qu’il est difficile, parfois impossible pour le béotien de distinguer des concepts qui lui apparaissent voisins mais en réalité ne sont pas si proches qu’il n’y paraît à première vue. D’où vraisemblablement, la difficulté qui existe à porter un jugement objectif sur le bilan de l’action d’un pape. La tâche est d’autant plus ardue que le descendant de Saint Pierre est une personnalité aussi atypique et non conformiste que l’est celle du pape François, Jorge Mario Bergoglio né en 1936 à Buenos Aires (Argentine). Cinq ans après son élection (13 mars 2013) par le conclave, quels sont les premiers enseignements que l’on peut tirer du pontificat du 266e pape de l’Église catholique dans un monde aussi complexe qu’imprévisible ?

Rarement en manque d’imagination, nos perroquets à carte de presse ne font pas dans la mesure, sombrant dans l’excès alors que la prudence s’impose pour juger de son action à l’intérieur et à l’extérieur de la Cité dont il est le chef d’État. Comment juger sérieusement l’action d’un souverain pontife sur la base de sondages d’opinion (volatils par nature) alors que son action se place dans le temps long de l’intemporel (celui de l’éternité) et dans la dimension spirituelle (celle de la religion catholique) ?1 Ne dit-on pas dans les couloirs feutrés du Vatican que « le diplomate séduit, le gestionnaire déçoit » !

VOLONTÉ AFFFIRMÉE ET ASSUMÉE DE RÉFORME EN PROFONDEUR

La critique est aisée, l’art est difficile, y compris lorsque l’on sait que les voies du Seigneur sont impénétrables. Après une longue période de papamania, les critiques se font jour à l’intérieur et à l’extérieur du Vatican. Qu’en est-il des projets de réforme du pape François tant en ce qui concerne les structures que les esprits ? Que dire de la sévérité des médias ?

Une réforme des structures par les mentalités : le plaidoyer pour la « dignité humaine »

Si l’on en croit les sondages des cœurs et des âmes, les Chrétiens plébiscitent « en même temps » sa volonté de secouer le conservatisme de la Curie romaine2, voire ses excès d’apparat, en un mot son progressisme tout en critiquant sa gestion du scandale de la pédophilie (Cf. les réactions hostiles lors de son dernier déplacement en Amérique latine et, plus particulièrement, en Argentine)3. Les experts du Vatican considèrent que s’est ouverte, avec ce voyage en pays de connaissance, la crise la plus violente de son pontificat, cinq ans après son élection, le 13 mars 2013. Ce que l’on découvre au fil des ans est que le pape François met constamment l’accent sur la défense des faibles, des démunis, des méprisés face aux forts et aux puissants.

De Lampedusa, où il fulmine contre la « mondialisation de l’indifférence » qui laisse périr les migrants en mer, au discours de Santa Cruz (Bolivie) qui enrôle l’Église aux côtés des « mouvements populaires », des prisons qu’il ne cesse de visiter aux « esclaves sexuels » dont il prend la défense, le pape argentin tonne comme le « Dieu argent », les trafiquants d’êtres humains et les fabricants d’armes. N’est-il pas tenté de donner de plus crédit à la parole d’un hiérarque chilien qu’à de simples fidèles ? Ne prête-t-il pas le flanc à l’accusation de cléricalisme ? Voilà pour les critiques actuelles ! Même si les choses ont évolué dans le bon sens.

Mais, notre jugement ne peut être que balancé tant il saisit l’occasion de chacune de ses rencontres annuelles avec la Curie romaine pour critiquer administration dysfonctionnelle minée par les conflits internes. Il est le premier pape à s’exprimer avec vigueur contre les forteresses du conservatisme au Vatican. Entre la parole et l’action, il existe toujours un grand pas à franchir. Cinq ans, c’est long mais c’est court. La France est bien placée pour le savoir. Le dossier noir, qui est mis à son débit, porte sur la lutte contre la pédophilie qu’il qualifie la « plus grande des désolations que l’Église est en train de subir ». Ceci le conduit à reconnaître ses « graves erreurs d’appréciation » sur le dossier des scandales de la pédophilie touchant des ecclésiastiques au Chili4 et à prendre les mesures qui s’imposent5. Ceci mérite d’être relevé et médité par nos dirigeants politiques bonimenteurs.

Une réforme des esprits par les pratiques : la querelle des anciens et des modernes

Ouvrant le pré-synode des jeunes, en présence de 285 représentants de la jeunesse du monde entier au Vatican le 19 mars 2018, le pape François, qui vient de publier un ouvrage sur la jeunesse6, affiche un ton incisif en les encourageant à parler « sans gêne » ni peur d’énoncer des « vérités crues ». Il leur rappelle que l’éducation doit permettre de conserver une « capacité d’étonnement » et « d’ouverture au mystère de l’autre ». Il ajoute que « pour avoir une éducation complète, il faut les trois langages : celui de la tête, pour bien penser, celui du cœur pour bien sentir, et celui des mains pour bien faire »7. Lors de son message pascal (1er avril 2018), le pape François fait des jeunes sa priorité (les écouter), axe d’action structurelle pour l’Église mais aussi pour le souverain pontifical.

Ne souhaitant pas s’attaquer frontalement au dogme et à son intangibilité, le souverain pontife préfère faire évoluer les pratiques en poussant le Vatican à abandonner l’entre-soi et en s’ouvrant vers l’extérieur, vers l’avenir et la jeunesse. Pour lui, il faut que les jeunes s’engagent dans « la marche de l’Église »8. Ceci relève d’une habile stratégie de contournement. À ses yeux, le prochain synode sera le temps d’un appel lancé à l’Église pour qu’elle « retrouve un dynamisme jeune et renouvelé » et cela contre « la routine » et « on a toujours fait comme ça ». L’Église doit rester en « mode créatif » dans « l’authentique tradition chrétienne », ce qui « comporte des risques ».

Une intransigeance des médias à l’égard du pape : le manque de charité chrétienne

Les médias ne laissent rien passer. Chaque erreur est stigmatisée comme l’affaire du floutage des remarques acides du pape émérite, Benoît XVI qui conduit à la démission au puissant « ministre » de la communication du Vatican, Monseigneur Dario Vigano9. Face à la polémique qui grossissait, le Vatican a été contraint de publier tout le document accompagné d’une note qui récuse toute « manipulation »10. Il est vrai que ces mêmes médias font preuve d’une bienveillance particulière lorsqu’il s’agit des bobards, des mensonges, des contre-vérités que nous servent, à longueur de journée, nos dirigeants de droite, de gauche comme de la République en marche arrière. C’est que le pape François dérange par ses saillies régulières contre « la pétrification mentale », contre la « mondanité spirituelle ». « Faire des réformes à Rome, c’est comme nettoyer le Sphinx d’Égypte avec une brosse à dent » s’exclame-t-il ! Il agace par la tendance à faire la morale à ses troupes et même à terroriser ses collaborateurs. À quand, quelques plaintes pour « burn out » pontifical ? En un mot, il dérange par son non conformisme dans un environnement conformiste, parfois traditionnaliste.

Il est difficile d’être fort à l’extérieur avec des fragilités à l’intérieur. Ce sont ces deux voies parallèles que suit le pape François depuis plus de cinq ans. Surtout dans la mesure où « le pape est le premier dont le pontificat se déroule à l’échelle du monde »11.

VOIX SINGULIÈRE ET FORTE SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE

Il y aurait beaucoup à dire de la diplomatie vaticane tant elle est complexe, souvent entourée d’un halo de mystère, les voies du Seigneur étant par nature impénétrables12. Essayons de replacer l’action du Saint-Siège dans sa dimension absolue et dans sa dimension relative !

La diplomatie vaticane dans l’absolu : une action en dehors et au-dessus des Nations

Une diplomatie ancienne. La diplomatie vaticane est bel et bien adossée à un héritage multiséculaire, mais elle doit constamment faire face à l’inattendu. Usant du réseau planétaire de ses nonciatures, la diplomatie vaticane entend œuvrer discrètement mais utilement dans le champ du temporel. Dans son discours devant l’ONU, le 4 octobre 1965, Paul VI renonce à jouer la compétition entre les Etats souverains. Il ne se dit « investi que d’une minuscule et quasi symbolique souveraineté temporelle : le minimum nécessaire pour être libre d’exercer sa mission spirituelle et assurer ceux qui traitent avec lui qu’il est indépendant de toute souveraineté dans ce monde ». Le Saint-Siège est présent dans les grandes agences et enceintes internationales. Personne ne remet en question cette présence sur la scène mondiale, ni ne conteste le fait que le Saint-Siège est un acteur incontournable des relations internationales. Après l’ouverture de relations diplomatiques avec la Russie en 2009 (Cf. visite de Vladimir Poutine au Pape le 25 novembre 2013), le Vatican a des relations avec 174 Etats, soit plus du double de ce qui existe au début du pontificat de Jean-Paul II.

Une diplomatie de l’efficacité. Pour mener sa mission, le micro-État (44 hectares) qu’est le Vatican possède un appareil doté d’une solide expérience. À la manœuvre, le cardinal Pietro Parolin décrit par un vaticaniste comme « un diplomate courtois, à l’écoute, qui joue un rôle essentiel sur les grands dossiers internationaux, notamment dans la négociation avec les FARC, la rencontre avec Kirill, le réchauffement Cuba/États-Unis »13. Même si la structure dirigée par Richard Gallagher, prélat britannique est modeste (l’équivalent d’une direction du Quai d’Orsay), elle tire sa force de la quasi-universalité de son réseau (ses nonciatures) que l’on retrouve dans 195 États dans le monde. Seuls une dizaine n’entretient pas n’entretiennent pas de relations avec le Saint-Siège, les trois plus importants étant l’Arabie saoudite, la Chine et le Vietnam. Avec son statut d’observateur, le Vatican peut faire entendre sa voix au Conseil de l’Europe (Strasbourg), à l’OSCE et à l’AIEA (Vienne) et à l’ONU (New-York). Constant sur le sujet du désarmement, il est le premier État à avoir signé le traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) en juillet 2017.

Une diplomatie des marges. La diplomatie du Vatican est astucieuse dans la mesure où elle échappe aux critères courants. Par sa nature même, le dirigeant du plus petit État au monde ne peut jouer dans la Cour des grands, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et détenteurs de l’arme nucléaire. Sa diplomatie, pour être efficace, se doit d’être une diplomatie des marges fondée sur une parole prophétique, sur un regard distancié. La diplomatie du Vatican excelle dans la discrétion et dans l’ombre, ce qui la rend d’autant plus efficace. Elle sait effectuer une distinction entre les conflits sur lesquels elle a prise et sur les autres, en ne dispersant pas inutilement. Elle essaie de faire preuve de clairvoyance dans le diagnostic des nombreux maux du XXIe siècle. Clairvoyance qui fait sérieusement défaut à nos dirigeants l’œil rivé sur le très court terme et sur le buzz.

Une diplomatie engagée. Ne redoutant pas de quelconques représailles sur le plan économique et commercial, la diplomatie du Vatican se réclame d’une diplomatie des valeurs. L’environnement14, les migrants… sont ses chevaux de bataille. Certains lui font parfois le reproche d’être un dirigeant d’ONG humanitaire, rompant avec certaines conceptions archaïques du message pontifical. Peu importe, en ces temps tourmentés, le pape François n’hésite pas à choisir ses combats à l’occasion des fêtes de Pâques 2018, en appelant à la fin de « l’extermination en cours » en Syrie ou à « la réconciliation en Terre sainte ». Il stigmatise le « génocide arménien ». Pour l’instant, il reste silencieux sur la question kurde. Pourquoi ? Jusqu’à quand ? Le pape François, c’est la force de la parole contre les dérives de notre époque, la force et la simplicité du message, la parole singulière qui appelle à revenir à l’essentiel qui fustige « la globalisation de l’indifférence ». En un mot, sans faire de mauvais jeu de mots, un « homme qui a choisi de faire de sa parole une arme contre les défis de notre temps »15. Une approche originale qui sied parfaitement à une autorité spirituelle.

La diplomatie vaticane dans le relatif : la médiation entre États16

La qualité de l’information. La force principale de la diplomatie du Saint-Siège tient à la qualité des informations qu’elle recueille aux quatre coins de la planète. Elle est informée en temps réel par son réseau irremplaçable d’informateurs discrets mais attentifs que sont les évêques, les cardinaux, les prêtres, les religieux, les missionnaires qui sont les témoins oculaires de ce qui passe partout, y compris dans les zones de crise et de guerre. Leurs rapports n’ont rien à envier à certains des télégrammes diplomatiques façon Norpois du Quai d’Orsay. Un véritable réseau d’espions en soutane, maugréent certains ! La diplomatie vaticane se déploie tous azimuts. Information à la source que le pape François tient des nombreuses visites que les chefs d’État et de gouvernement lui rendent régulièrement à Rome (Cf. celle d’Emmanuel Macron du 26 juin 2018). « Le défilé ne cesse jamais, le rythme est très soutenu », constate un diplomate européen. Certains vont jusqu’à dire que « le pape est l’aumônier les chefs d’État et de gouvernement » tant certains d’entre eux sont des visiteurs réguliers.

La spécificité du message. Délaissant le « centre », ce pape des « périphéries » est à Lampedusa, à Lesbos, en Albanie, en Géorgie, en Azerbaïdjan… Il se veut la conscience du monde. Le souverain pontife se place résolument du côté des humbles, des discriminés. Il incite les catholiques à aider les plus pauvres et accueillir les migrants (il met un bémol ces dernières semaines) tout en les appelant à faire chaque jour leur examen de conscience17. Son activité internationale est volontairement ciblée sur une quinzaine de dossiers et sur des endroits précis. Une action internationale articulée avec sa vision du monde. Autre axe de son pontificat, « l’écologie intégrale » qu’il défend dans son encyclique « Laudato Si’ » (2015). Comme le souligne Hubert Védrine : « cette encyclique, même si elle présente des côtés trop systématiques, a un impact profond. Elle conforte un mouvement ‘d’écologisation’, avenir de l’humanité et de l’économie ; c’est une contribution extraordinaire, tranquille, sans tapage, à une évolution des mentalités ». Le pape souhaite s’en tenir à la « sagesse du peuple ; le salut ne vient pas des experts qui cogitent dans leurs bureaux ». D’où sa critique marquée des élites. Il sait communiquer à la perfection. Une parole relayée chaque jour jusqu’aux confins de la planète par les 350 personnes de Radio Vatican, rebaptisée Vatican News depuis le 1er janvier 2018, sur tous les supports en 40 langues. Ce qui permet de « porter le pape au cœur du monde ». Un journaliste va même jusqu’à dire que Vatican News se situe dans « une logique de promotion de la marque pape François ».

La pertinence et l’actualité de son action. Le premier mouvement du Pape François sur le terrain géopolitique est la dénonciation de l’éventuelle intervention militaire en Syrie. Le grand mérite de François est d’avoir repris le flambeau du pape diplomate, que ce soit pour resserrer les liens avec l’orthodoxie, pour défendre la cause des chrétiens d’Orient, particulièrement menacés en Syrie, ou pour inviter Israéliens et Palestiniens à prier pour la paix au Vatican. Son voyage en Jordanie, Israël et Palestine (24-26 mai 2014) signe le retour de la diplomatie vaticane. Deux thématiques dominent son action : l’attention portée aux crises immédiates (Syrie, conflit israélo-palestinien, RCA) et un intérêt accru pour les questions sociétales (climat, environnement, économie, social, immigration avec sa visite à Lampedusa). Il porte à la une de l’actualité la cause des Rohingyas, minorité musulmane de Birmanie.

En Afrique, il joue les intercesseurs pour la paix au Mozambique, en Centrafrique et en RDC et projette de se rendre au Soudan du sud, ce que lui déconseille son entourage pour des raisons de sécurité. Avec en toile de fonds, la volonté d’être une « conscience dans la mondialisation ». Il stigmatise les marchés financiers, décrits comme des machines à enrichir un tout petit nombre au détriment de tous les autres, dans un document, qu’il n’a pas écrit, mais qu’il a approuvé : Oeconomica et pecuniariae quaequestiones18. Sa voix comme cette voie sont prises au sérieux. Sans être un diplomate de formation, il se révèle fin géopoliticien. A la diplomatie normative des traités, il préfère la diplomatie des mains jointes : « la prière possède une force politique à exploiter ». À la diplomatie de l’exclusion, particulièrement en vogue chez les dirigeants occidentaux, il préfère la diplomatie inclusive, jouant d’une grande habileté pour ménager tout le monde.

La déclaration d’amour de Jupiter à l’église catholique. De manière surprenante, alors qu’on l’attendait sur le thème de la laïcité, Jupiter se rend au Collège des Bernardins, le 9 avril 2018, pour y discourir (plus d’une heure comme à l’accoutumée) sur la relation entre l’État et l’église dont il veut réparer le lien19. Il rencontre le pape François à Rome le 26 juin 2018. Cette première visite se déroule sous de meilleurs auspices que celle de son prédécesseur qui fut lamentable et qui se déroula dans un contexte de polémique sur la personnalité de l’ambassadeur désigné pour représenter la France auprès du Saint-Siège20. Après un an de vaines polémiques, François Hollande retirera cette candidature inopportune. Le plus fort n’est pas celui que l’on croit.

« Le véritable doute consiste à douter de tout, y compris du bienfondé de ce doute » nous rappelle Descartes. Le défi, que doit relever le pape François, se situe aussi bien en interne qu’externe avec des évènements qui viennent de loin et les « sombres temps » (Hannah Arendt) d’un monde aux repères brouillés. Il veut en finir avec le temps des hypocrisies, des fausses pensées, de la bienpensance, du dogme mortifère et d’une liturgie désuète tout cela embrumé de langue de bois. Tout en ne récusant pas de traiter les problèmes du court terme, il place son action dans une vision à long terme. Il se méfie de l’impuissance du pouvoir. Pendant ce temps, la colère des peuples gronde. Le pape François cherche à regarder le réel en face. Son message prophétique est parfois dérangeant à l’instar des lanceurs d’alerte21. Comme le rappelle Marivaux « il faut avoir du jugement pour sentir que nous n’en avons point ». Alors que les cartes de la géopolitique sont rebattues et que les régimes autoritaires se multiplient, la force de la diplomatie du pape François tient à sa vertu, ne cherchant à vendre ni armes, ni à conquérir des marchés ou à gagner de l’influence par la force si ce n’est celle de ses idées. Ce qui lui procure une liberté de manœuvre indéniable et réelle bien que l’on puisse toujours dire, comme aurait dit Staline à Pierre Laval en 1935, le pape, combien de divisions ?

Guillaume Berlat
2 juillet 2018

1 Jean-Marie Guénois, La popularité du pape François faiblit chez les catholiques, Le Figaro, 13 mars 2018, pp. 1-2-3.
2 Cécile Chambraud, Les embarras du C9, le cénacle chargé de transformer la curie, Le Monde, 11-12 mars 2019, pp. 2-3.
3 Cécile Chambraud, La réforme du pape à l’épreuve de la pédophilie, dans Les cinq ans de François au Vatican, Le Monde, 11-12 mars 2018, pp. 1-2-3.
4 Cécile Chambraud, Le pape confesse ses « erreurs » sur la pédophilie au Chili, Le Monde, 13 avril 2018, p. 5.
5 Cécile Chambraud, Le pape accable l’église du Chili à propos de la pédophilie. Le Monde, 20-21-22 mai 2018, pp. 1-2.
6 Pape François, Dieu est jeune, Robert Laffont, 2018.
7 Marie Malzac, Le pape exhorte les jeunes au « courage » de parler sans fard, La Croix, 20 mars 2018, p. 18.
8 Jean-Marie Guénois, Le pape engage les jeunes dans la marche de l’Église, Le Figaro, 2 avril 2018, pp. 1-2-3.
9 Cécile Chambraud, Quand le Vatican « floute » les remarques acides de Benoît XVI, Le Monde, 23 mars 2018, p. 5.
10 Jean-Marie Guénois, Comment le Vatican a tronqué une lettre de Benoît XVI, Le Figaro, 19 mars 2018, p. 13.
11 Dominique Wolton rencontre avec le pape François (un dialogue inédit), Politique et société, éditions de l’Observatoire, 2017.
12 Constance Colonna Cesari, Dans les secrets de la diplomatie vaticane, Seuil, 2016.
13 Jérôme Cordellier, À quoi joue le pape François ? Géopolitique, Le Point, 5 avril 2018, pp. 44-45-46-47.
14 Pape François, Le souci de la Maison commune. Lettre encyclique Laudato Si’, Collège des Bernardins, 2015.
15 Céline Rouden, Wim Wenders, le pape et la force de la parole, La Croix, 14 mai 2018, p. 20.
16 Guillaume Berlat, François, un pape diplomate. Le passé recomposé, www.association-desinternationalistes.org , 15 septembre 2014.
17 Jean-Marie Guénois, L’appel du pape François pour tendre vers « la sainteté », Le Figaro, 10 avril 2018, p. 10.
18 Habemus pas d’âme, Le Canard enchaîné, 23 mai 2018, p. 8.
19 Cécile Chambraud, Macron veut réparer le lien » entre Eglise catholique et Etat, Le Monde, 11 avril 2018, p. 10.
20 François Hollande, Au Saint-Siège dans Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, pp. 93-94.
21 Étienne de Montety, Lanceur d’alerte, Le Figaro, 13 mars 2018, p. 1.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 02-07-2018

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