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PALESTINE : QUAND LA JUSTICE FRANCAISE CAUTIONNE LA CENSURE DU CRIF…

Observatoire Géostratégique

numéro 231 / 20 mai 2019

PALESTINE : QUAND LA JUSTICE FRANCAISE CAUTIONNE LA CENSURE DU CRIF…

Le ministère français de la Justice a dépensé beaucoup d’argent pour doter Paris d’un tribunal moderne. C’est tant mieux. Reste à trouver des sous pour rénover les prisons, mais là, les crédits restent à l’ombre. Il serait bien aussi, et le poste n’est pas onéreux, que la place Vendôme dote son administration d’un service médical efficace. En effet, le vendredi 17 mai, alors qu’elle tenait l’estrade de la XVIIème Chambre correctionnelle, la présidente n’a cessé de bailler, ce qui nous inquiète ; car sûrement maladif.

Il faut dire, en cet après-midi, que l’os que devait gober la bailleuse n’était pas mince. La Thémis justice devait trancher entre le CRIF et Médecins Sans Frontières (MSF). Un cas de figure que tout magistrat, même jeune issu de l’école de Bordeaux, sait qu’il y a des coups à recevoir. Mais pourquoi donc, en un combat incertain, se retrouvaient au prétoire un groupe communautariste et religieux, baptisé CRIF, et une ONG qui veut sauver la misère du monde ?

Début décembre 2015, MSF organise à la « Maison des Métallos » à Paris une exposition qui veut recréer l’image et l’ambiance d’une rue palestinienne. Le décor est issu de photos, de vidéos et d’une bande son, le tout enregistré sur place. L’entrée de la rue est encadrée par un portique, emprunté à Naplouse, et qui soutien de courts textes en arabe et les portraits de jeunes hommes morts dans leur engagement pour la libération de la Palestine. Il y a quelques mois Anne Hidalgo avait affligé la capitale d’un « Tel Aviv sur Seine », là, modeste et dans son coin Métallo, nous avions une ruelle de Palestine. Une exposition capable de transmettre au visiteur la dureté qu’il y a à survivre dans une terre occupée.

Mais le CRIF, comme Netanyahou et son gang, a depuis longtemps rayé le mot Palestine de son lexique. On ne parle plus que « Judée et Samarie », un royaume inspiré de la Bible qui, pour ceux-là, est un livre d’histoire plus crédible que les ouvrages de Shlomo Sand. Roger Cukierman, alors président du CRIF en 2015, écrit donc à MSF pour se plaindre de cette exposition, celle montrant une injustice centenaire, et qui pourrait convaincre qu’il y a des naufragés là-bas. Survivants des décombres de notre histoire occidentale, et qui pourrissent, en morts vivants. Outre une lettre au responsable de MSF, Cukierman écrit bien sûr à Anne Hidalgo, elle-même se rêvant en membre du CRIF : « Stoppons cette exposition infâme ».

Rendant son indignation publique, le CRIF publie des propos de son président sur son site Internet. On apprend alors que « Cette exposition est une incitation à la haine et une apologie du terrorisme ». Pas rien ! Pas grave pour la vérité, elle rompue au viol, mais grave pour MSF, ONG Prix Nobel de la Paix, association d’entraide médicale partout dans le monde où personne ne veut, ou ne peut aller.

Mais où le « choqué » Cukierman a-t-il lu une telle intention dans l’expo des « french doctors » ? Dans le portique. L’arc de triomphe, qui est celui de la mort, et qui porte des photos de martyrs et un sigle, celui du FPLP. Vous ne suivez pas ? Dans la tête du président du CRIF, un martyr est forcément un kamikaze qui s’est fait exploser au sein d’une crèche, forcément. Et le FPLP, Cukierman le carillonne, est « reconnu comme organisation terroriste par l’Union Européenne ». Voilà donc pourquoi, en donnant aux visiteurs la réalité d’une rue de Palestine, MSF s’est rendue complice : « d’incitation à la haine et d’apologie du terrorisme ». Je sais qu’à froid, pour un lecteur non entraîné aux loopings du CRIF, c’est difficile à comprendre. Choquée elle aussi, l’ONG dépose une plainte contre la Cukierman. Et c’était le débat qui se tenait devant la XVIIème sous la bouche bée de la présidente.

Ce n’est pas la première fois que le CRIF, par la menace, tente d’interrompre une exposition parisienne évoquant la Palestine. Déjà en 2013, alors que le musée du Jeu de Paume affichait les magnifiques photos d’Ahlma Shibli, une artiste ayant exposé partout dans l’univers et sans difficulté, le CRIF avait sonné la charge. Et d’aucun l’avait pris au mot puisque le musée a été contraint d’engager des gorilles et d’affronter une alerte à la bombe.

Dans la nouvelle XVIIème Chambre, aux allures de funérarium, les quelques spectateurs ont vite compris que le sort de MSF était scellé d’entrée et le CRIF vainqueur. Un CRIF dont on se demande pourquoi il a fait les frais d’un avocat puisque les assesseurs de la dame présidente – se désaltérant souvent dans gourde verte -, on fait un sacré boulot : les témoins de MSF ont été passés aux questions.

De tout ce moment de chaos, assez triste, cette justice qui comme les orchestres aime les exécutions capitales, il a été possible d’entendre des choses surprenantes. Heureusement que le malheureux Montfort, président historique de la XVIIème, n’était pas là pour enregistrer le niveau zéro des débats. « Alors martyrs qu’est ce ça veut dire… gnagnagna ? ». « Alors le FPLP classé terroriste par l’Europe ? Ça vous dit quoi ?  Des très méchants, non ? ».

Majed Nehmé (directeur d’Afrique-Asie), témoin dans le débat, et pris là comme dans une séquence de la Caméra Invisible n’en croyait pas ces yeux : « Martyr, c’est aussi un mot des chrétiens, je crois. A Beyrouth la place de Martyrs ne commémore-t-elle pas la résistance contre l’empire Ottoman. C’est ainsi. Dans cette région du monde quand un être perd la vie dans un combat contre l’oppresseur, même un bébé tué par une bombe, c’est un martyr ».

Déchiffrant les slogans du portique terroriste, Majed Nehmé y lit une sourate et l’identité d’un combattant qui n’a rien d’un kamikaze mais tout d’un garçon exécuté chez lui de 72 balles par l’armée israélienne. A propos du FPLP, notre expert aurait pu ajouter que la DST allemande n’a rien vu d’interdit à ce qu’un militant de ce parti palestinien se porte candidat au Bundestag !

Cette vérité il fallait la noyer. Elle l’a été dans un incroyable bain au cours duquel, pour vous indiquer le niveau, le cheikh Qaradawi, ce dingo égyptien qui prêche sur Al Jazeera depuis Doha, était « le chef, le donneur d’ordres, de la révolte palestinienne ». Tandis qu’à quatre pattes sous les bancs nous cherchions à savoir si des terroristes palestiniens ne s’étaient pas introduits dans le prétoire.

Après cet enfilage de sottises, que pouvait faire William Bourdon, l’avocat de MSF qui se retrouvait cloué au mur « terroriste, apologiste et haineux » ? Ce qu’il pouvait et c’était beaucoup. Remettant la folie du jour et le débat sur le chemin de la liberté, il a tenté de convaincre que ne pas condamner la CRIF en diffamation, c’était dire oui à la censure, oui à l’interdiction de toute exposition œuvre, propos qui défrise le CRIF. Drôle de dérive que celle de cette association communautaire née dans le meilleur de la Résistance, celle de la MOI, pour finir comme bras armé de Netanyahou. Et Bourdon a rappelé – avec beaucoup de courage – que « le CRIF d’aujourd’hui ne représentait pas tous les juifs de France, mais les plus réactionnaires ».

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Cause toujours, argumente avec du cœur et de l’intelligence, de l’histoire… Ici on s’en fout. La substitute de procureur, qui n’a pas posé une question pendant huit heures, mais beaucoup tapé sur son ordinateur (des dix doigts) durant l’audience, se lève. Même si l’éloquence n’est pas sa discipline, on comprend que le CRIF a gagné : qualifier MSF « d’incitation à la haine et d’apologie du terrorisme n’a rien de diffamatoire ». Justice est faite !

Etienne Pellot
20 mai 2019

PALESTINE : QUAND LA JUSTICE FRANCAISE CAUTIONNE LA CENSURE DU CRIF…

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Assange, Notre-Dame et les légumes vivants

Assange, Notre-Dame et les légumes vivants


Par Nicolas Bonnal – Mai 2019 – Source nicolasbonnal.wordpress.com

Nicolas Bonnal

Mirons-nous dans la glace, nous autres antisystèmes ! Nous avons vécu un mois d’avril époustouflant, entre cette arrestation, le grand incendie déjà oublié, la hausse de la bourse et du dollar (qui récompensent la démentielle gestion impériale), les élections espagnoles qui marquent le triomphe de la gauche sauce Soros. Plus le système est fou, plus il semble invincible avec la remontée dans les sondages de l’autre et le réaménagement de nos chefs d’œuvre gothiques en boutiques de luxe.

Même l’arrestation d’Assange (lui-même pas très inspiré de s’être enfermé pendant sept ans dans cette ambassade) s’est passée comme à la parade et n’a pas soulevé les foules. Les anti-systèmes dont nous sommes se sont contentés de cliquer et pas de réagir sur le terrain. Nous aurions dû être des milliers à le protéger dans la rue. En réalité la matrice du web a réussi à nous domestiquer comme personne. Nous ne réagissons même pas physiquement et le système sait ce que nous pensons heure par heure. Nous n’avons plus d’existence physique, juste une vague tremolo psychique que nous prenons pour du militantisme politique ou spirituel.


La désintégration des catholiques-zombies qui subissent les destructions de toutes leurs églises sans réagir est exemplaire à cet égard. Ces morts-vivants nous émerveillent, qui ont même perdu avec leur « vieille idole » (Montesquieu) Bergoglio le semblant de mastoc démographique qui était leur caractère peu auparavant. Quant aux autres anti-systèmes d’extraction néo-stalinienne qui attendent que les démocrates russes ou chinois nous débarrassent de « l’empire américain » ils nous font bien sourire. Car l’empire américain n’en a jamais fini de décliner. Et quelle alternative !

De quoi se plaindrait-il le système ? Avec des anti-systèmes comme ça, il n’a même plus besoin de partisans. De somnambules tout au plus, dans leur aéroport, leur isoloir ou bien leur centre commercial.

Certes, rien de nouveau sous le sommeil. On lit dans la Belgique de Baudelaire :

Stupidité menaçante des visages. Cette bêtise universelle inquiète comme un danger indéfini et permanent.

Et sur le déclin catholique, Gautier écrivait déjà en Espagne :

…Jamais peut-être; car le mouvement ascensionnel du catholicisme s’est arrêté, et la sève qui faisait pousser de terre cette floraison de cathédrales ne monte plus du tronc aux rameaux. La foi, qui ne doute de rien, avait écrit les premières strophes de tous ces grands poèmes de pierre et de granit; la raison, qui doute de tout, n’a pas osé les achever… De notre temps, où tout est sacrifié à je ne sais quel bien-être grossier et stupide, l’on ne comprend plus ces sublimes élancements de l’âme vers l’infini, traduits en aiguilles, en flèches, en clochetons, en ogives, tendant au ciel leurs bras de pierre, et se joignant, par-dessus la tête du peuple prosterné, comme de gigantesques mains qui supplient. Tous ces trésors enfouis sans rien rapporter font hausser de pitié les épaules aux économistes. Le peuple aussi commence à calculer combien vaut l’or du ciboire; lui qui naguère n’osait lever les yeux sur le blanc soleil de l’hostie, il se dit que des morceaux de cristal remplaceraient parfaitement les diamants et les pierreries de l’ostensoir; l’église n’est plus guère fréquentée que par les voyageurs, les mendiants et d’horribles vieilles, d’atroces dueñas vêtues de noir, aux regards de chouette, au sourire de tête de mort, aux mains d’araignée…L’Espagne elle-même n’est plus catholique !

A la même époque des athées comme Michelet ou Feuerbach (j’en ai parlé) s’étonnent de cette hystérésis du catholicisme.

L’hystérésis c’est quand quelque chose dure encore alors que les causes physiques, spirituelles ont disparu : la lumière d’une étoile ou d’une religion.

Dans le cas du christianisme en occident …

Mais depuis le système spectaculaire progresse, et Guy Debord remarque dans ses excellents et inépuisables Commentaires :

Le changement qui a le plus d’importance, dans tout ce qui s’est passé depuis vingt ans, réside dans la continuité même du spectacle. Cette importance ne tient pas au perfectionnement de son instrumentation médiatique, qui avait déjà auparavant atteint un stade de développement très avancé : c’est tout simplement que la domination spectaculaire ait pu élever une génération pliée à ses lois.

Tout cela m’a amené à voir et revoir l’invasion des profanateurs de sépulture (ridiculement traduit comme on sait, les body snatchers étant plutôt des kidnappeurs de corps) ce classique de série B qui conte comment nos corps sont possédés par des extraterrestres et comment nos esprits sont terrassés par des entités. L’idée est proche de la gestion hallucinatoire qui est la marque de notre monde moderne, comme nous l’avons récemment rappelé avec Guénon.
Le monde moderne contrôle industriellement le corps et les esprits, alors…

Pour le critique de cinoche français, pas très fute-fute et toujours politisé à gauche, le petit film du maître Don Siegel traitait de McCarthy (toujours lui !) et de la guerre froide… En réalité le film marque les progrès de la monstruosité passive à l’époque moderne – façon rhinocéros d’Ionesco pour faire franco-scolaire… Le début du film montre des gens qui résistent encore ou qui ont pris rendez-vous chez leur médecin de campagne… Mais ils se soumettent tous ensuite. Ensuite on voit comment les entités nouvelles arrivent dans des cosses avant de remplacer les individus condamnés (c’est le vrai grand remplacement, et on le voit à l’œuvre partout, et Alain Resnais le filme même en Afrique dans les Statues meurent aussi), et ces cosses se disent pods en anglais et cela m’a fait penser à notre iPod et à tout le reste. L’individu actuel reste connecté neuf heures par jour (c’est pourquoi je suis sans portable et sans internet car comment résister ?) et il est progressivement possédé par cette matrice ; le mot est plus juste que système, car la matrice est partout sans être nulle part, comme l’Amérique et ses images, l’Amérique et son dollar finalement, qui n’a plus besoin d’armes, et s’en vante même, adorée pour elle-même. Le simulacre aura tout remplacé.

Au début du film quelque chose me marque, moi qui suis le consommateur zombi de la génération hifi : dans le restaurant déserté le juke-box a remplacé l’orchestre. Là on est dans la galaxie mécanique, la machine va remplacer l’homme pour tout : elle va jouer, jouir et vivre à sa place. C’est le sujet de ce film et pas la guerre froide ou les méchantes persécutions anticommunistes.
Et ce n’est pas moi qui le dit mais Don Siegel en personne :

Nous avions quelque chose à dire, car les envahisseurs, dans notre film, étaient des cosses, des follicules qui en poussant se mettaient à ressembler aux gens, mais qui restaient privés de sentiments, privés d’espoir. Ils mangeaient, ils buvaient, ils respiraient et ils vivaient, mais rien de plus, comme beaucoup de personnes finalement. Le film a presque été ruiné par les responsables d’Allied Studios, qui rajoutèrent un prologue et une conclusion que je n’aime pas… Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que le film était sur eux : ils n’étaient pas autre chose que des légumes vivants !

C’était cité par l’excellent critique Robert Benayoun; de formation surréaliste il est vrai, les surréalistes ayant été les premiers, avant les situationnistes, Philip K.Dick et les routards américains façon Kerouac, à chercher à échapper à ce faux monde.

Les autres s’y complaisent, c’est bien aussi ce que nous devrions comprendre.

Nicolas Bonnal sur Amazon.fr

Les grands auteurs et la théorie de la conspiration Chroniques sur la Fin de l'Histoire LA CULTURE COMME ARME DE DESTRUCTION MASSIVE Machiavel et les armes de migration massive: Chroniques apocalyptiques

Sources littéraires et cinématographiques

  • Gautier – voyage en Espagne
  • Bonnal – Stanley Kubrick; Ridley Scott (Amazon.fr, Dualpha)
  • L’invasion des profanateurs de sépulture (Wikipédia)
  • Alain Resnais – Les statues meurent aussi (YouTube)
  • Guy Debord – Commentaires sur la Société du Spectacle
  • Baudelaire – Notes sur la Belgique

https://lesakerfrancophone.fr/assange-notre-dame-et-les-legumes-vivants

APRES LE BOBARD DU RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE PAR L’HOMME, CELUI DE LA BIODIVERSITE POUR RENFORCER LE PREMIER!

Biodiversité : une préoccupation française, vraiment ?

Il faut dire que, jusqu’à preuve du contraire, je ne crois pas que les activités humaines influent notablement sur le climat. Je ne vois pas d’ailleurs pourquoi le climat actuel serait le meilleur. Il n’est que de voir le plaisir des touristes à prendre des bains de soleil sur les plages au mois d’avril, ce qui n’est guère normal, pour se dire qu’un réchauffement climatique n’est pas forcément désagréable. Le GIEC est, selon moi, un groupe de pression constitué de menteurs comme Al Gore, de climatologues autoproclamés, de marchands d’éoliennes et d’idiots utiles que sont nos écologistes.

Il n’empêche que, les écologistes n’arrivant à mobiliser que 8 % des électeurs, on voit fleurir, maintenant, dans toute la presse des articles catastrophiques sur la perte de biodiversité et la disparition d’un million d’espèces. Ce n’est plus le GIEC qui est à la manœuvre, mais l’IBPES, émanation de l’ONU, qui lui ressemble comme un frère.

Selon l’IPBES, les trois quarts de la surface du globe, et 40 % du milieu marin, sont sévèrement altérés par les activités humaines (agriculture, activités minières, urbanisation…), c’est la principale cause de l’effondrement de la biodiversité en attendant le réchauffement climatique.

Dans cette logique, il faut d’urgence sanctuariser certains territoires et mettre en place des aires protégées. Il faut aussi pratiquer l’agroécologie, laisser des terres en friche pour permettre aux insectes pollinisateurs de butiner, Mais, surtout, il faut protéger les peuples autochtones : « gardiens de la nature pour le reste de la société ». Ces peuples qui représentent quelques centaines de milliers de personnes réparties sur tout le globe, de l’Arctique au Pacifique, s’occupent en effet d’un quart des terres de la planète. Et c’est là qu’on trouve la nature la mieux conservée.

Il convient donc de nous inspirer des Inuits du Grand Nord, des Indiens d’Amazonie et des Papous de Nouvelle-Guinée. De toute façon, le coupable, c’est l’homme blanc, ce prédateur monopolisant les ressources de la planète. Nous retombons dans la repentance alors que la principale cause de tout ce dérèglement est la prolifération humaine en Afrique, en Inde et dans d’autres pays de l’Asie du Sud-Est.

Il faudrait quand même expliquer au peuple où ces bons apôtres voudraient le conduire : plus de voitures mais le vélo et les transports en commun, chauffage au granulat de bois, plus de tourisme aérien ni de transports maritimes. On devra renoncer à la viande et manger des lentilles et des pois chiches issus d’une agriculture sans pesticide. Quand on voit la réaction à la taxe carbone, on peut se dire que c’est mal parti. D’autant que la France est un des pays les moins producteurs de « gaz à effet de serre », qu’on a déjà entrepris une réforme des productions agricoles et que les surfaces boisées s’accroissent.

Dans l’indifférence ou plutôt l’ignorance générale, le ministre de la Transition écologique et solidaire vient de présenter au gouvernement un projet de loi prévoyant la « neutralité carbone » en divisant les émissions de gaz à effet de serre par un facteur supérieur à six entre 1990 et 2050. Quant aux énergies fossiles, leur part dans la consommation nationale devra diminuer de 40 % d’ici à 2030.

Toutes les conséquences de ces décisions devraient être clairement expliquées aux Français, elles correspondent à un changement de mode de vie et à une décroissance qu’ils ne sont pas près d’accepter. Le faible vote écologique montre que l’écologie n’est pas la préoccupation première des Français.

Pour terminer ces réflexions sur la biodiversité, signalons que l’ourse slovène Claverina, lâchée cet automne dans les Pyrénées s’est attaquée à un troupeau de brebis, à la colère des bergers. Les éleveurs envisagent de quitter le métier.

Je crains que ce soit mal parti pour la biodiversité et aussi pour la neutralité carbone

Published by marcrousset

La force de l’existence

La force de l’existence

Les Carnets de Patrice-Hans Perrier

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La force de l’existence

Les temps sont difficiles pour les patriotes actifs des deux côtés de l’Atlantique. En effet, le rouleau compresseur des diverses chartes onusiennes et la pression des grandes multinationales font en sorte que les prérogatives des états nationaux se réduisent, chaque jour, en peau de chagrin. Il y a péril en la demeure et c’est le cas de le dire.

L’historien Dominique Venner s’épanche longuement dans son essai, intitulé « Un samouraï d’Occident », sur les causes du déclin de l’Europe et de la civilisation helléno-chrétienne. D’après lui, l’inéluctable déclin de notre civilisation serait dû, d’entrée de jeu, à la perte de ce qui constituait la substantifique moelle de notre éthos collectif. La charpente de nos mœurs et de nos valeurs spirituelles aurait été endommagée par une sorte de suicide collectif : un phénomène s’appuyant, non seulement sur l’hubris débridée de nos élites, mais tout autant sur l’effondrement d’une sagesse populaire qui puisait à une tradition plurimillénaire. Nous aurions perdu les bornes qui contenaient les menaces qui s’appesantissent sur nos sociétés déboussolées au moment de composer ces quelques lignes.

La perte des repères de la nature

Reprenant les préceptes exposés dans L’Homme et la technique, d’Oswald Spengler, l’historien Venner fustige la fuite en avant d’une technicité automotrice, laissée à elle-même sans contrepartie humaine. Ainsi, selon Spengler, « la pensée faustienne commence à ressentir la nausée des machines ». Prenant appui sur les observations du grand philosophe Martin Heidegger, Dominique Venner dénonce cette « métaphysique de l’illimité » qui repousse toujours plus loin les bornes de la technique, mais aussi de l’éthique. Le délire techniciste qui déferle sur notre époque aura contribué à faire sauter les digues des antiques préceptes qui guidaient nos sociétés depuis la nuit des temps.

Les anciens nous auraient légué, toujours selon Venner, « … l’idée de « cosmos », l’idée que l’univers n’est pas un chaos, mais qu’il est au contraire soumis à l’ordre et à l’harmonie ». Et, de résumer la pensée principielle d’Homère qui pose les préceptes d’une vie bonne : « la nature comme socle, l’excellence comme but, la beauté comme horizon ». L’hubris de nos dirigeants, la décadence des mœurs et l’univers concentrationnaire de nos cités délabrées seraient les conséquences de l’effritement de l’antique sagesse. De la perte des bornes qui fondaient nos rapports en société et la culture comme lit de la mémoire de la cité. Les digues de la sagesse ayant été rompues, nous errons à travers nos cités dévastées tels des ilotes privés d’un droit de cité qui n’est plus qu’une chimère en l’espèce.

La métaphysique de l’illimité

Dominique Venner n’est pas le seul à dénoncer cette « métaphysique de l’illimité » qui prend appui sur l’idée que l’homme serait, à l’instar des dieux, un démiurge capable de manipuler les propriétés de la nature. Charles Taylor, ancien professeur de philosophie à l’Université McGill de Montréal, dans un petit essai intitulé Grandeur et misère de la modernité, remet en cause cette « culture contemporaine de l’authenticité » qui dériverait d’un idéalisme pathologique. Ce dernier estime que nos élites s’enferment, de plus en plus, dans un véritable onanisme intellectuel et spirituel. Ainsi, la quête de « l’authenticité » procéderait d’un idéalisme qui s’enferme dans ses présupposés, refusant toute forme de dialogue au final. Tout cela le pousse à affirmer que « les modes les plus égocentriques et « narcissiques » de la culture contemporaine sont manifestement intenables ».

Et, c’est par un extraordinaire effet de retournement que les occidentaux nés après la Seconde Guerre mondiale se sont comportés telle une génération spontanée, faignant d’ignorer le legs de leurs prédécesseurs. Combattant les effets délétères d’une révolution industrielle métamorphosée en nécrose financière, les adeptes de la contre-culture ont fini par se réfugier dans une sorte de prostration mortifère. Les épigones de ce que certains nomment le « marxisme culturel » ont accaparé le temps de parole sur les ondes, sur Internet et partout sur la place publique des débats d’idées. De fait, il n’y a plus de débats possibles puisque l’hubris de ces nouvelles élites autoproclamées fait en sorte de transformer leurs contradicteurs en opposants politiques, voire en délinquants.

Les idiots utiles du grand capital apatride 

L’idéalisme des pionniers de la contre-culture s’est transformé en fanatisme militant, capable de neutraliser toute forme de contestation au nom de la pureté de son combat apologétique. Manifestement incapables d’identifier le substratum de leurs luttes politiques, les nouveaux épigones de cette gauche de pacotille livrent une lutte sans merci à tous ceux qui osent s’opposer à la volonté de puissance des « forces du progrès » et de « l’esprit des lumières ». Sans même réaliser l’ironie de la chose, ces nouveaux guerriers de la rectitude politique mettent l’essentiel de leurs énergies au service des forces du grand capital apatride.

On assiste à un arraisonnement de la contestation qui, l’instant d’un retournement symbolique, s’est métamorphosé en police de la raison d’État. Parce que la nouvelle raison d’État se pare des vertus des « droits de l’homme », de la « protection de l’environnement » ou des « miracles du progrès » pour que rien ne puisse se mettre en travers de sa marche inexorable. Tout doit aller plus vite, sans que l’on puisse se poser de question, afin que les sédiments de l’ancienne morale, des antiques traditions de nos aïeux ou de nos repères identitaires soient emportés par les flots d’un changement de paradigme qui ne se nomme pas. Véritable ventriloque, ce grand vent de changement souffle sur les fondations d’une cité prétendument concentrationnaire, tout cela en ayant la prétention de vouloir libérer l’humanité de ses chaînes. Voilà la supercherie en l’état des lieux.

Une génération spontanée coupée de ses racines

Charles Taylor pose un regard d’une grande acuité sur ce « nouveau conformisme » des générations de l’après-guerre. Cette génération spontanée, refusant d’assumer sa dette envers les ancêtres, s’imagine dans la peau d’un démiurge mû par une force automotrice. Rien ne doit entraver sa volonté de puissance, déguisée en désir de libération. Chacun se croit « original », unique en son genre et libre d’agir à sa guise dans un contexte où les forces du marché ont remplacé les antiques lois de la cité. Taylor se met dans la peau des nouveaux protagonistes de la contre-culture actuelle : « non seulement je ne dois pas modeler ma vie sur les exigences du conformisme extérieur, mais je ne peux même pas trouver de modèle de vie à l’extérieur. Je ne peux le trouver qu’en moi ».

Véritable égocentrisme morbide, cet individualisme forcené se travestit à la manière d’un caméléon qui capte l’air du temps afin de se donner de la contenance et d’être en mesure de tromper ses adversaires. Parce que cette quête factice d’authenticité n’est qu’une parure qui cache l’appât du gain et la soif de reconnaissance de cette génération spontanée incapable d’arrimer ses désirs au socle de l’antique sagesse populaire. Conservateur lucide, tel un Jean-Claude Michéa, Charles Taylor n’hésite pas à faire référence aux intuitions géniales d’un Karl Marx mal compris en fin de compte. Les forces du marché, prises d’un emballement que rien ne semble capable d’arrêter actuellement, emportent toutes les digues, les bornes, qui fondaient nos cités pérennes.

Le capitalisme sauvage annonce la société liquide 

Écoutons Charles Taylor : « On a parlé d’une perte de résonance, de profondeur, ou de richesse dans l’environnement humain. Il y a près de cent cinquante ans, Marx faisait observer dans le Manifeste du parti communiste que le développement capitaliste avait pour conséquence « de dissoudre dans l’air tout ce qui est solide » : cela veut dire que les objets solides, durables et souvent significatifs qui nous servaient par le passé, sont mis de côté au profit des marchandises de pacotille et des objets jetables dont nous nous entourons maintenant. Albert Borgman parle du « paradigme de l’instrument », par lequel nous nous retirons de plus en plus d’une relation complexe à l’égard de notre environnement et exigeons plutôt des produits conçus pour un usage limité ».

Et, nous pourrions poursuivre le raisonnement de Taylor en observant les effets négatifs de cette « raison instrumentale » qui se déploie à travers le nouveau militantisme des zélotes de l’intégrisme libéral-libertaire. Rien ne doit entraver la liberté des marchés puisque tout s’équivaut dans l’espace libertaire du « chacun pour soi ». Le multiculturalisme, véritable doctrine d’état déployée au sein des anciennes colonies du Dominion britannique, représente une matrice anti-citoyenne qui favorise l’érection d’une multitude de ghettos ethno-confessionnels, sortes de nations artificielles qui minent la paix sociale de l’intérieur.

Les patriotes cloués au pilori

La cité, qui fondait sa légitimité sur la mémoire des ancêtres et la Geste du Héros, est détricotée au gré d’une sorte de guerre civile larvée mettant en scène la lutte de tous contre tous. Tributaire de la logique de marché, cette guerre civile en devenir prend une ampleur difficile à contenir puisque les héritiers du génos, ou legs des pères fondateurs sont privés du « droit de cité ». Ainsi, les protagonistes d’un conservatisme qui se réclame de la mémoire collective, du respect d’un patrimoine national ou d’une tradition immémoriale sont-ils accusés de faire corps avec un vil fascisme, sorte de maladie de l’âme qui contaminerait tous ceux qui refusent de se conformer au libéralisme ambiant.

Du haut de leurs chaires universitaires et médiatiques, les censeurs de la rectitude politique, déguisés en intellectuels, lancent des fatwas contre les patriotes qui récusent la nouvelle doxa et refusent d’adopter la nouvelle Magna Carta mondialiste. De puissants réseaux d’« influenceurs » se déploient sur Internet et ailleurs afin de stigmatiser, diffamer et menacer les quelques téméraires qui osent sortir des clous et poussent le culot jusqu’à remettre en question les canons de l’heure. In fine, les milices antifas et d’autres escadrons punitifs vont se mettre en marche afin de repérer et d’agresser les contrevenants. C’est l’annihilation qui est visée en fin de compte : pour que la pureté de la pensée unique soit préservée. Comble de la folie humaine, cette nouvelle inquisition libérale-libertaire ne réalise pas que ses propres procédés pourraient bien être utilisés contre elle-même. Parce que la « main invisible du marché » finira, tôt ou tard, par liquider ses idiots utiles. La « marche du progrès » va ainsi : nulle mémoire ne saurait être tolérée dans le cadre du process de la marchandise, véritable Léviathan qui se mord la queue.

 

Un lien instructif :

https://stratpol.com/comprendre-le-marxisme-culturel/

http://www.dedefensa.org/article/la-force-delexistence

L’Union européenne, dans l’instant et dans la durée

L’Union européenne, dans l’instant et dans la durée

Les citoyens de l’Union européenne, qui devront élire leur parlement les 25 et 26 mai, s’apprêtent à faire le mauvais choix. En regardant leurs problèmes immédiats, ils hésitent entre diverses priorités. Au contraire, s’ils analysaient leur histoire sur une longue période, ils réaliseraient l’origine de leurs problèmes sociaux, économiques et politiques et, sans aucun doute, décideraient autrement.

 | BEYROUTH (LIBAN)  

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À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, en 1947, l’ambassadeur George Kennan conçut la politique de l’endiguement (containment) [1] et le président Harry Truman constitua les institutions de sécurité nationale (CIA, comité joint permanent des chefs d’état-major, conseil national de sécurité) [2].

Washington et Londres se retournèrent alors contre Moscou, leur allié d’hier. Ils envisagèrent de créer une nationalité anglo-saxonne commune et ils décidèrent d’arrimer l’Europe occidentale à leur drapeau en créant des « États-Unis d’Europe » sous leur contrôle.

Il s’agissait pour eux de stabiliser la partie qu’ils occupaient de l’Europe occidentale, face à l’Europe orientale occupée par les Soviétiques. Ils bénéficièrent du soutien des bourgeoisies, particulièrement de celles qui avaient collaboré avec l’Axe nazi, affolées par la nouvelle légitimité des partis communistes, principales forces victorieuses aux côtés de l’Union soviétique.

Ils s’appuyèrent sur le rêve d’un haut fonctionnaire français, Louis Loucheur : joindre la gestion du charbon et de l’acier nécessaires aux industries d’armement de l’Allemagne et de la France de sorte qu’elles ne puissent plus se faire la guerre [3]. Ce fut la CECA (Communauté européenne du charbon et de l’acier), ancêtre de l’Union européenne.

Dans le contexte de la guerre entre les deux Corées, Washington décida de réarmer l’Allemagne de l’Ouest face à celle de l’Est. Pour que les États-Unis d’Europe en formationgèrent une armée commune, mais ne s’avisent pas de se transformer en une force indépendante et restent sous contrôle anglo-saxon, l’Union de l’Europe occidentale (UEO) fut créée. Elle était responsable de la politique étrangère et de la défense commune.

Les relations entre Londres et Washington s’envenimèrent lors de la crise de Suez, en 1956. Les États-Unis, qui s’enorgueillissaient de compter parmi les libérateurs du joug nazi, ne pouvaient accepter la manière dont Londres gérait son ancien Empire colonial. Ils se rapprochèrent de Moscou pour sanctionner le Royaume-Uni.

Il n’était plus question de créer de nationalité commune anglo-saxonne et l’influence de Londres dans le monde glissait inexorablement dans les bras de Washington. Le Royaume-Uni décida alors d’adhérer aux États-Unis d’Europe en formation.

Charles De Gaulle s’y opposa. Il était en effet prévisible que la réconciliation entre Londres et Washington se ferait en privant les États-Unis d’Europe en formation de tout pouvoir politique et en les fondant dans une zone de libre-échange transatlantique. L’Europe occidentale serait castrée et deviendrait un vassal de Washington dressé contre « les Russes » [4].

De Gaulle n’étant pas éternel, le Royaume-Uni finit par adhérer à ces États-Unis d’Europe anti-Russes en 1973. Il transforma comme prévu la Communauté européenne en une zone de libre-échange, par l’Acte unique, et ouvrit la voie à des négociations transatlantiques.

C’est l’époque des « quatre libertés » (par analogie avec le discours de Roosevelt en 1941) : la libre circulation des biens, des services, des personnes et des capitaux. Les douanes intérieures sont progressivement abrogées. Insensiblement, les Anglo-Saxons imposèrent leur modèle de société multi-culturelle que l’on croyait incompatible avec la culture européenne

Ce n’est que lorsque l’URSS fut dissoute, en 1991, que le projet de 1947 se réalisa. Washington décida de transformer l’organisation bruxelloise en une structure supra-nationale et d’y introduire les nations du Pacte de Varsovie. De placer cette « Union européenne » anti-Russe sous la protection de l’Otan et de lui interdire tout rôle politique.

C’est le secrétaire d’État US, James Baker, et non les Européens, qui annonça l’ouverture à l’Est et le traité de Maastricht. La structure bruxelloise se métamorphosa : les 15 nations du bloc occidental post-Guerre mondiale s’élargirent à 13 nations post-Pacte de Varsovie, l’UEO fut dissoute et une Haute-représentante pour la politique étrangère et de défense commune fut nommée —toujours sous contrôle anglo-saxon verrouillé par le Traité de Maastricht—, enfin une nationalité européenne fut créée.

Dès lors, Washington envisagea de faire adhérer Londres à l’Accord de libre-échange nord-américain [5] et que soit créée comme prévu en 1947 une nationalité anglo-saxonne. C’est ce projet qui a conduit le Royaume-Uni à sortir de l’Union européenne et que Theresa May est venue, en vain, défendre outre-Atlantique, dans des États-Unis perturbés qui venaient d’élire Donald Trump.

Le Brexit, s’il devait avoir lieu, ne changerait rien à la dépendance de l’Union fixée dans le marbre par les Traités. Les choses reviendraient simplement à ce qui avait été planifié en 1947 à l’époque où Churchill encourageait des États-Unis d’Europe, sans le Royaume-Uni [6].

Bilan

L’histoire de l’Union européenne montre que cette organisation n’a jamais été conçue dans l’intérêt des peuples européens, mais contre la Russie.

C’est pourquoi, en 2007, Vladimir Poutine vint dans l’Union européenne prononcer son retentissant discours de Munich [7]. Il rappelait aux Européens que leur intérêt économique et politique, ainsi que leurs exigences éthiques, étaient avec Moscou et non pas avec Washington. Tout le monde l’écouta, mais nul ne prit son indépendance.

L’Union européenne est parvenue, durant des décennies, à garantir la prospérité économique, mais pas après la dissolution de l’URSS. Elle est aujourd’hui à la traîne : depuis 2009 (c’est-à-dire postérieurement à la crise financière mondiale de 2008) les États-Unis ont réalisé une croissance de +34%, l’Inde de +96%, la Chine de +139%, tandis que l’Union européenne a décru de -2%.

L’Union européenne n’est par contre jamais parvenue à aider les pauvres à s’émanciper. Tout au plus peut-elle envisager des allocations pour que les nécessiteux ne meurent pas de faim.

Enfin et surtout, l’Union européenne n’a jamais lutté pour la paix, mais uniquement pour ses maîtres anglo-saxons. Elle a soutenu toutes les guerres US [8], y compris la guerre contre l’Iraq que la France et le chancelier Schröder avaient pourtant dénoncée. Elle abandonne lâchement ses membres à leur sort : son propre territoire est occupé, au Nord-Est de Chypre, par l’armée turque, membre de l’Otan, sans jamais soulever la moindre protestation.

Avenir

Les 25 et 26 mai, l’Union européenne anti-Russe élira son Parlement, sans que l’on sache combien de temps les Britanniques y siègeront.

Les peuples sont longs à réagir : si, durant la Guerre froide, il était légitime de préférer un camp plutôt qu’un autre et, pour certains, de choisir de servir des Anglo-Saxons plutôt qu’un Géorgien [9], il est absurde aujourd’hui de continuer à leur obéir pour se prévenir d’un inexistant « danger russe ».

Après trois quarts de siècle de vassalité, les partis politiques opposés aux Traités européens hésitent à définir leur priorité : doivent-ils d’abord recouvrer leur indépendance par rapport aux Anglo-Saxons ou défendre leur culture par rapport à celle des Arabo-Turcs ? Or, le second problème procède du premier et non l’inverse.

Il ne s’agit pas d’imaginer une pseudo-supériorité d’une culture sur une autre, ni même de parler de religion, mais de constater l’impossibilité de coexister dans une même société de deux organisations sociales différentes. Pour faire simple, on ne peut pas chômer à la fois le dimanche et le vendredi.

C’est à cause de leur dépendance que les Européens ont imaginé une société multi-culturelle. Celle-ci ne fonctionne pas chez eux. Et ce n’est qu’indépendants qu’ils parviendront à sauver la culture européenne.

[1The long telegram, by George Kennan to George Marshall, February 22, 1946.

[2National Security Act of 1947.

[3] « Histoire secrète de l’Union européenne », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 28 juin 2004.

[4] De Gaulle considérait secondaire l’opposition capitaliste/communiste, par rapport à la géopolitique Anglo-Saxons/Russie. Il évitait de parler d’URSS.

[5The Impact on the U.S. Economy of Including the United Kingdom in a Free Trade Arrangement With the United States, Canada, and Mexico, United States International Trade Commission, 2000.

[6] « Discours de Winston Churchill sur les États-Unis d’Europe », par Winston Churchill, Réseau Voltaire, 19 septembre 1946.

[7] « La gouvernance unipolaire est illégitime et immorale », par Vladimir Poutine, Réseau Voltaire, 11 février 2007.

[8] « L’Union européenne est contrainte de participer aux guerres US », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 avril 2019.

[9] Joseph Staline n’était pas Russe, mais Géorgien. NdlR.

 

https://www.voltairenet.org/article206432.html

En attendant de Gaulle

En attendant de Gaulle

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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En attendant de Gaulle

30 avril 2019 – Je vais compléter le texte de ce jour sur de Gaulle, d’une plume britannique et néanmoins gaulliste, par un extrait d’un projet littéraire jamais terminée, et encore moins publié, comme mes armoires regorgent. Le projet se nommait (j’avais déjà mon titre) La parenthèse monstrueuse, et j’en ai déjà donné des extraits à deux reprises : une fois concernant la Beat Generationet l’autre fois concernant Raymond Aron. Pour ne vous faire grâce d’aucun détail, voici une reprise (du texte de présentation du passage sur Raymond Aron, qui à mon sens vaut le détour), explicitant de quoi il est question avec ce projet datant de 2005-2006 et déjà mené assez loin, avant que je ne divergeasse vers un projet plus vaste qui incluait des éléments de La parenthèseet allait nous conduire vers La Grâce de l’Histoire…

« …Ce projet avait un titre, La parenthèse monstrueuse, dont on retrouve les orientations fondamentales dans une partie de La Grâce de l’Histoire. (Rien n’est donc jamais perdu tout à fait.) La “parenthèse” en question va de 1933 à 1989-1991 et son interprétation se fonde sur l’idée que le grand événement du XXème siècle fut la Grande Guerre, dont la signification fut en bonne partie comprise et étudiée dans l’entre-deux, à peu près jusqu’en 1933, quand tout bascula soudain dans la mainmise des idéologies sur la politique du monde. Dès lors, l’orientation de la réflexion ne fut plus consacrée qu’à cet affrontement catastrophique des idéologies, qui écarta l’essentiel que nous avait inspiré la Grande Guerre, lorsque nous étions proches de la vérité fondamentale de notre temps historique. Cette “parenthèse” vit donc, d’une part, le paroxysme et l’effondrement catastrophique de la dynamique allemande qui avait été chronologiquement la première à prendre sous son aile la dynamique du “déchaînement de la Matière”, ou plutôt avait été choisie par elle pour la représenter dans l’histoire du monde ; et, d’autre part, le courant américaniste, déjà fort bien préparé, qui prit le relais à son compte et nous mena au terme de la parenthèse (en 1989-1991) pour en émerger dans la position qu’on sait et pour devenir définitivement l’élément fondateur et nourricier de la catastrophe universelle qu’est notre époque de Grande Crise générale. »

Il s’agit ici de donner un extrait de ce texte, concernant la période de la Guerre froide, et dans celle-ci l’évolution de la France. L’extrait mélange la IVème République et la Vème République avec l’arrivée de De Gaulle, en se concentrant sur les relations de la France avec les USA. Il s’agit de montrer une certaine constance dans le destin français et les grands caractères de cette nation, que ce soit dans la médiocrité de la IVème République des partis (“en partie” réhabilitée à cette occasion) autant que dans la gloire de la Vème du général de Gaulle. Il s’agit de montrer également, – et cela avec mon propre témoignage car j’ai vécu ce changement, – le paradoxe tout à fait remarquable d’une France soudain en plein vertige d’américanisation psychologique, culturelle et des mœurs, en même temps que présidait l’homme le plus opposé à un tel processus qui constituait nécessairement une agression contre la souveraineté française. Au contraire, la France de la médiocre IVème République avait su montrer une certaine résilience dans sa résistance aux pressions américanistes. Ces deux paradoxes sont par ailleurs, bien entendu, le reflet de la force des pressions de l’américanisme et de son américanisation, – beaucoup plus fortes au niveau des psychologies et des mœurs dans les années 1960

C’est pour cette raison que je reprends le passage d’hier, dans la courte présentationdu texte de Neil Clark :

« Effectivement, la question se pose : “Dieu sait ce qu’aurait pu faire un homme d’Etat comme ‘le Général’ aujourd’hui !” La réponse ne serait-elle être : sans doute n’aurait-il pas pu faire grand’chose, sinon, ce qui est fondamental, nous avertir solennellement que nous nous trouvons bien au cœur de cette Grande Crise, – et puis, qui sait, se vêtir au moins un instant d’un Gilet-Jaune avant de regagner Colombey-les-Deux-Églises… »

Cela est écrit sur le ton de l’ironie mais reflète en vérité une conviction : contre ce qui se passe, nul ne peut rien de décisif, de fondamental, aussi ne reste-t-il qu’à accélérer la crise selon la conviction de la justesse de l’équation surpuissance-autodestruction. Ce que prétend montrer ce passage, outre la spécificité française, l’exceptionnelle légitimité gaulliste, la justesse tactique de la politique suivie, c’est l’apparition des premiers signes de la Grande Crise Générale que nous subissons aujourd’hui… Mon idée est à cet égard que le départ en 1969 du général de Gaulle, qui est l’objet d’un si intense débat depuis 50 ans et aujourd’hui encore très vivement, avec des hypothèses révolutionnaires pour ce qui regarde ses projets ou bien la thèse classique d’un “suicide politique” (Mauriac, Malraux), est également la conséquence d’une intuition d’un homme si proche de la métahistoire, qu’on se trouvait devant une crise catastrophique qui emporterait la civilisation et contre laquelle il ne pourrait plus rien de fondamental.

Voici donc ce texte, extrait de l’impubliée Parenthèse monstrueuse. Sauf en de très rares occurrences, le texte n’a guère été modifié ; aussi faut-il tenir compte du fait qu’il a quasiment 15 ans d’âge (écrit en 2005-2006), et s’il est bien signé PhG on acceptera l’idée que certaines opinions et appréciations de PhG ont évolué, parfois rondement, durant ces quinze années

PhG (le vrai, celui de 2019)

http://www.dedefensa.org/article/en-attendant-de-gaulle

De la médiocre IVème à la glorieuse Vème

De la médiocre IVème à la glorieuse Vème

« Je me lasse si peu de citer cette anecdote que je la cite à nouveau ici, après l’avoir fait déjà à diverses occasions. Il s’agit de la remarque que fit le Roi Baudouin Ier de Belgique lorsqu’il apprit la décision de retrait de la France de l’Organisation intégrée de l’OTAN en 1966, ce qu’on qualifiait un peu cavalièrement et d’une façon inappropriée comme “le retrait de la France de l’OTAN”, —  cette remarque de Baudouin enfin, pour dire sa désapprobation la plus intime et la plus profonde de l’acte du Général : « Je croyais que le général de Gaulle était un bon Chrétien… » Cette remarque introduit l’espèce de sentiment religieux d’appartenance au monde américaniste chez nombre d’Européens, et elle identifie ici d’une façon assez plaisante le domaine où nous allons nécessairement évoluer, si nous voulons comprendre la position française pendant la guerre froide, qui n’est que le reflet de la substance même de la nation française, – de la “Grande Nation” disons, pour mieux cerner le propos. Il ne suffit pas de parler d’“indépendance” et de “souveraineté”, l’un et l’autre relevant de l’évidence pour le cas français. Il faut comprendre.

Précisément pendant cette période de la parenthèse monstrueuse qui montre, à côté de la “splendeur” gaullienne, la France dans des situations de grande détresse et de profond malheur, d’affaiblissement général, de décadence affirmée, de quelque côté qu’on prenne la France subsiste la singularité française. J’ai récemment retrouvé un de ces jugements révélateurs, dans un livre écrit par un Britannique, Alexander Wreth, et publié en 1957, La France depuis la guerre (1945-1957). Il s’agit de cette période où la France est au plus bas de l’indignité qui parut marquer la IVème République, où elle semble soumise à l’influence américaine dans les domaines essentiels. Wreth rapporte cette remarque d’un professeur britannique de renom, qu’il donne comme exemplaire de ce qu’on pensait de la France, « au département d’État, au Foreign Office, dans les universités de Grande-Bretagne et d’Amérique, dans les salles de rédaction… » : « Il [ce professeur] pensait que la France, puissance relativement faible, aurait mieux fait de s’aligner dès le début sur Washington plutôt que de se donner de prétentieuses allures d’indépendance et de mettre sans cesse des bâtons dans les roues de l’Amérique. » Plus loin, beaucoup plus loin dans son bouquin, à peu près au milieu du propos de l’auteur, dans un chapitre où il résume cinq années de IVème République (1945-50) et donne la mesure de l’exceptionnelle médiocrité des équipes dirigeantes politiques françaises, après nous avoir décrit des politiques désastreuses et des attitudes pitoyables, après nous avoir fait mesurer la bassesse de ces temps pour la France, Werth nous offre ce contre-pied sur lequel il faut revenir toujours, et que j’explorerai plus loin : « Et pourtant, malgré la médiocrité de son personnel, la France continuait, — non pas grâce mais malgré ses gouvernements — à jouer un rôle important dans les affaires mondiales. Ce fut, historiquement, un des traits les plus importants de la IVème République. »

(Bien sûr, je me permets de souligner le mot important : l’Histoire de la France se résume par le mot “malgré”, — qui signifie dans son extrême : “contre la volonté de”, ce qui résume nombre de passages de cette Histoire, incompréhensibles pour la seule raison, où la France s’affirme “malgré”, — “malgré ses dirigeants”, “malgré les Français”, et ainsi de suite sur la voie royale du paradoxe devenu presqu’un oxymore.)

… “Trait important” écrit Werth, pas seulement de la IVème, comme on ne l’ignore pas. Les observateurs sensibles de la France ont toujours eu cette attitude qu’on pourrait apparenter à un réflexe, comme la prémonition d’une nécessaire méthodologie pour ouvrir les portes du mystère. Il importe d’observer la France en tant que telle, comme la personne que Michelet, le premier d’une façon si catégorique, avait distinguée en elle. Il faut identifier, reconnaître et percevoir cette personne, ce pays, le séparer de ses dirigeants, de ses intellectuels dont la ligne de conduite est le défaitisme, parfois des Français eux-mêmes. Accueillons cette méthode classique et irréfutable pour juger de la France, méthode aussi belle que son objet lui-même, qui est de mettre le pays à part. Le reste va et vient. Parfois, l’une de ces règles annexes du va et vient est démentie et, par exemple, la vertu et la clairvoyance de tel ou tel dirigeant de la France rencontre la vertu transcendantale de la nation. Il y a alors comme un temps suspendu, un moment du temps qui domine le temps et rencontre l’Histoire, une union miraculeuse de la terre et du Ciel. C’est un éclair de lumière qui vous fait réaliser que l’ombre française n’est jamais que l’écume de l’Histoire.

L’entêtement de la France à être la France est une ardeur venue des profondeurs, quand tout est sens dessus dessous et que les profondeurs s’éclairent de la lumière qui ne peut être que l’En-Haut. Rien d’autre n’offre une raison et une inspiration d’être aussi parfaite à l’entêtement de cette nation, et cette perfection comble la raison. On en déduit aussitôt, dans un état de bonheur complet de l’esprit, que ce pays est la terre d’élection de la rencontre de la raison et de la transcendance intuitive. Ma conviction conduit ma réflexion à cet égard ; cet aveu doit être fait plutôt que de dissimuler la méthode, ne serait-ce que pour écarter le risque terrible que cette conviction, au bout du compte, ne m’aveugle si je la dissimule. Dans cette matière, je ne suis pas un homme de conviction puisqu’il m’a été donné de l’être. Cette conviction doit être brandie comme un étendard, parce qu’elle trace le sens irrésistible de ma démarche. Elle est à la fois mon identité et le signe qui me guide.

(Ici, je fais un a-parte nécessaire, pour justifier ces quelques phrases. Comment, doit-on se demander rationnellement, — comme puis-je oser écrire de la sorte ? Comment puis-je poser de cette façon, sans pudeur ni preuves avancées, que je suis ainsi habité, et m’autoriser à avancer la chose de façon si péremptoire et naturelle, comme argument d’une méthodologie d’historien ? Ce jour où j’écris ce texte [12 mai 2006], je me pose cette question simultanément, et je me la pose parce que j’ai trouvé la réponse qui, elle-même, a suscité la question déjà résolue… En lisant ces quelques phrases révélatrices du dissident américain Mike Davis, — nous sommes entre amis, — d’une interview publié le 11 mai, j’ai la réponse :

« Dans mon livre, j’ai défini comme contrepoids à la croissance des bidonvilles périphériques, – la classe moyenne abandonnant sa culture traditionnelle, avec le centre des villes, pour se retirer dans des mondes extérieurs avec des styles de vie à thèmes californiens. Certaines d’entre ces mondes extérieurs sont de véritables forteresses, incroyablement soucieux de la sécurité. D’autres sont des banlieues plus typiquement américaines, mais toutes s’organisent autour d’une obsession pour une Amérique fantasmée, et en particulier la Californie fantasmée universellement transmise par la télévision. Ainsi, les nouveaux riches de Pékin peuvent se rendre par l’autoroute dans des lotissements clôturés portant des noms comme Orange County et Beverly Hills, – il y a aussi un quartier de Beverly Hills au Caire, et tout un quartier sur le thème de Walt Disney. Djakarta a la même chose, – des complexes où les gens vivent dans des Amériques imaginaires. Celles-ci prolifèrent, soulignant l’absence de racines de la nouvelle classe moyenne urbaine à travers le monde. Cela s’accompagne d’une obsession d’obtenir les choses telles qu’elles sont dans les images de la télévision. Vous avez donc de véritables architectes du comté d’Orange qui conçoivent un “Orange County” en dehors de Pékin. Vous êtes extrêmement fidèle à ce que la classe moyenne mondiale voit à la télévision ou au cinéma. »)

Que cet artefact non-historique qu’est l’américanisme produise cela, enfante cette monstruosité qui éclipse toutes les monstruosités rencontrées sur cette terre, – j’écris et répète, en assumant les conséquences du jugement : toutes…, – que cela soit ainsi justifie complètement que je me sois exprimé comme je l’ai fait. Le monde de l’américanisme est un artefact de la subversion ultime qui entend tuer l’Histoire du monde ; la France est l’ultime résistance de l’Histoire du monde. Qui me comprend m’a entendu. Les autres ont quartier libre.)

“…Mettre des bâtons dans les roues”

Ces affirmations de ma conviction à propos de la France mesurent et éclairent le champ où je veux exposer le rôle de la France dans la parenthèse monstrueuse ; dans ce cas également, peut être “malgré elle” ; le rôle de la France dans la parenthèse monstrueuse, malgré elle opposée à sa plus vieille amie, à sa tendre amie, — opposée à l’Amérique. Pour mieux entendre le propos liminaire exposé d’une façon hâtive, il faut faire justice d’un mot. La position française d’“opposition” française à l’Amérique (« …de mettre sans cesse des bâtons dans les roues de l’Amérique ») est plus justement décrite par le mot “dissidence”, que j’ai employé à propos de ceux qui, en Amérique, principalement les écrivains et d’autres du même acabit, sont décrits comme étant “sortis du rang” (to brake the rank) imposé par le système alors qu’ils n’y furent jamais tout à fait alignés. Cette position n’est pas une politique, c’est une nécessité de la nature du monde dans la mesure où, par “nature”, il nous faut considérer la vision transcendantale de la substance même de la chose.

L’opposition de la France et de l’Amérique est une idée et nullement une réalité. Elle permet d’envisager une évolution, vers un mieux ou vers une dégradation qu’importe ; elle permet d’émettre un jugement politique immédiat, et de rester dans l’immédiateté, sur une situation qui ne peut être embrassée que dans la dimension historique. Il n’y a pas d’affrontement, ce n’est pas un vis-à-vis qui devient un face-à-face. Les positions respectives de la France et des USA, et les rapports qui s’en déduisent ou qui sont dénoncés c’est selon, forment à la lumière de la dimension historique la synthèse du conflit ultime au cœur de la civilisation. Je dis “conflit ultime” parce qu’il n’existe plus d’alternative à notre civilisation, parce que la puissance technologique de notre civilisation, — du système, certes, — l’interdit. Ce facteur essentiellement matériel qui a la fonction d’un verrou met d’autant plus en évidence les aspects spirituels et transcendantaux du phénomène.

La situation de la France tout au long [de la parenthèse monstrueuse] mesure le degré et les tourments d’une contestation permanente. La France ne se comprend pas elle-même, dans cette aventure, elle s’interroge d’une façon critique à propos de sa propre dissidence, elle s’en étonne, elle en éprouve de la honte ; cela ne change rien à la chose ; on dirait qu’il y a, dans le chef de la France, une complète impuissance à modifier l’orientation générale de sa pensée, et les actes qui sont à mesure. (“On dirait” ? Non, on doit le dire, parce que c’est l’évidence même.) La France a vécu la Guerre froide comme on suit un feuilleton cousu de fil blanc, comme un de ces curieux films français qu’on allait voir à l’époque des années 1950 où les autorités extérieures et quelques autorités françaises crurent que la France était “américanisée” ; ces films se nommaient Les femmes s’en balancentLa môme vert de gris, l’action se passait dans un cadre étrange qui était la France vue par un Français (par exemple, le réalisateur Bernard Borderie) qui devait se figurer comment était la France vue par Hollywood, avec comme héros celui, fameux, de Peter Cheney, Lemmy Caution, alias Eddy Constantine avec son accent américain à couper au whisky, “agent du FBI” en mission en France et qui s’y trouve comme chez lui. Plus tard, Godard se servit de Constantine, alias “Lemmy Caution, ‘agent du FBI’”, homme qui n’était pas sans finesse et en connaissait un brin sur l’américanisation du cinéma et la pourriture générale régnant à Hollywood, pour son film hermétique et cotonneux, salué comme un chef d’œuvre par d’autres, Alphaville. Les Français vécurent le Guerre froide comme on regarde un spectacle, comme s’ils étaient “en-dehors”. Cela n’empêchait certainement pas le marxisme d’être partout présent dans les milieux intellectuels dominants de l’establishment ni le zèle anticommuniste d’y être encore plus vif qu’ailleurs. (Ceci n’empêchant pas cela répétons-le, mais les planètes sont différentes.)

En 1951, la revue La Nef publia une enquête sur “Le mal du siècle”, où le préfacier, Jacques Lebar, présentait son époque française comme “l’ère de l’angoisse totale” : « Au moment où le monde ne semble plus promettre que des tragédies, atomiques ou autres, le philosophie, elle aussi, s’assombrit et l’influence des doctrines existentielles n’est pas une mode ou un  hasard. » Alexander Werth, que j’ai déjà cité, qui commente dans son livre cette enquête qu’il juge révélatrice de ce temps français, observe qu’il y avait chez les jeunes Français soumis à enquête « …une bonne dose d’anarchisme ou de nihilisme intellectuel… cette sorte de philosophie qui balaya la France pendant la guerre de Cent ans et pendant la peste noire, alors que la mort dominait toutes les pensées… » La France vivait son époque, où la Guerre froide prenait le monde dans ses griffes, au rythme du désenchantement que lui suggérait le régime politique qui la conduisait. C’est une époque où la France ne s’aimait pas, où le sentiment si souvent désigné par l’expression assez lourde d’“avoir mal à la France” prédominait indiscutablement. Robert Brasillach, le collaborateur devenu le fusillé et ainsi devenu martyr, avait bien résumé l’époque qui s’ouvrait, par une sorte de prémonition alors qu’il croyait chanter son propre sort, et qu’il le faisait effectivement, dans ses Poèmes de Fresnes : « Mon pays m’a fait mal. »

D’autre part, c’est l’époque de la mort assuré, mécanique, inéluctable. La Bombe vous donne ce sentiment terrible de l’Humanité prise dans la perspective du hachoir atomique, en même temps que la Bête Immonde, la communiste, la soviétique cette fois, bloque toutes les issues de secours. C’est une époque où les débuts de la Guerre froide en marquent déjà le paroxysme, où cette guerre qui n’en est pas une parce qu’elle ne peut en être une se définit par une certitude de la destruction mécanique et apocalyptique, où cela envahit l’esprit et marque le caractère, où le pessimisme et l’angoisse ne sont plus le produit d’une pensée mais la conséquence d’un réflexe, — où un sentiment « presque unanime d’insécurité et de péril grave […] est le principal élément de notre climat moral », selon l’auteur Henri Bernstein, qui commente cette enquête ; qui ajoute aussitôt : « La notion de durée n’est plus : personne, aujourd’hui, ne croit au lendemain. » Le sentiment des “jeunes” se partage entre l’hédonisme nihiliste, le goût du profit immédiat, la tentation de l’action pour elle-même qui vous sorte du temps et de l’époque ; le sentiment est conforme au monde qu’on leur a ménagé, sans horizon, insensé, sans perspective. « Le vrai Mal du Siècle est ailleurs, écrit Jean-Marie Domenach, d’Esprit. … ce n’est plus la maladie des oisifs mais des actifs… Cette cité est dépourvue de sens et de grandeur. La meilleure partie de la jeunesse et des couches sociales jeunes (le prolétariat) l’a déjà quittée pour prendre d’autres inscriptions. »

On comprend que la Quatrième République tombait à pic pour illustrer et justifier ce sentiment général, autant qu’elle pouvait en apparaître comme la cause pour certains chroniqueurs un peu court. Faire une cause d’un événement aussi faible, c’est lui faire bien de l’honneur. Le régime illustre l’époque, il la résume, il lui donne le ton autant qu’il la reflète mais il ne peut prétendre à la substance qu’il faut être pour, à soi seul, justifier une humeur aussi noire. Sa médiocrité et sa corruption justifient qu’on le dénonce mais il n’est qu’une partie infiniment réduite de la cause générale ; le Quatrième ne peut, elle-même, être cause de quoi que ce soit ; comme la Seconde Guerre mondiale pour les jeunes gens de la Beat Generation aux USA, le régime de la IVème République est « le symptôme de leur pessimisme, et non sa cause première ». Il se trouve qu’on peut juger, à distance comme je le fais, que ce sentiment noir des Français était d’une grande justesse. Il identifiait pertinemment les caractères cachés du temps historiques, dépassant avec bonheur la seule terreur de l’affrontement Est-Ouest et de la Bombe, pour rendre compte d’un mal plus profond qui est ce que la parenthèse monstrueuse tente de dissimuler. Cette humeur noire montrait que la France n’était pas dupe de la comédie installée au cœur des relations internationales.

D’autre part, la IVème République n’a pas fait que de mauvaises choses, même si on l’observe du point de vue de la fierté française. Elle a redressé certaines forces vives de la nation. Elle a “modernisé” la France, elle lui a donné une assise technologique qui lui permit ensuite d’asseoir son indépendance nationale sur un réel socle de puissance, selon les références mécanistes du temps. Elle place la France première du monde dans la technologie des chemins de fer, ressuscite son industrie aéronautique et son industrie automobile, lance l’industrie atomique et conduit très loin la production de la première Bombe que de Gaulle mena rapidement à bien. Elle restaure certaines conditions qui sont la nature même de cette nation, d’une façon presque automatique, par “réflexe français” si l’on veut, par habitude de la grandeur, sans y croire pour l’essentiel, ou plutôt sans y penser précisément. Même corrompue et affairiste, même dérisoire et ridiculisée, la Quatrième République fonctionne comme la France, cette personne à part comme le découvre Michelet, entend que l’on fonctionne.

Le retour de De Gaulle eut lieu, si l’on accepte ce point de vue, dans des conditions matérielles moins contraignantes qu’on ne se le figura à cette époque. La tragédie algérienne a obscurci notre jugement jusqu’à avoir fait paraître la France “au bord du gouffre” alors qu’il ne s’agissait que d’une ornière. (J’écris cela avec un cœur blessé qui m’est devenu léger. J’ai vécu cette tragédie à ce point d’en être, comme l’on disait également à cette époque où l’on confondait trop aisément la pompe avec le talent oratoire, “blessé dans ma chair”. Les tragédies de l’Histoire s’estompent bien vite avec le temps, lorsqu’a été faite bonne et juste mesure du poids disproportionné de l’émotion et de la sensibilité personnelles dans le jugement initial. Seuls les idéologues y songent encore, pour avoir raison malgré tout, un demi-siècle plus tard. Laissons-les jouer avec cette poussière. Au contraire d’eux, je préfère savoir reconnaître mes torts que d’avoir toujours raison. [Note du 30 avril 2019 : cette note justement mériterait d’être largement revisitée ; car mon sentiment et mon souvenir ont bien évolué.].)

Le siège du Roy

Bien sûr, l’essentiel est ailleurs. De Gaulle ranimait un souffle que nous n’avions plus parce que c’est à lui qu’échût cette mission. Il fouetta les énergies, il suscita les ardeurs. Il remit l’âme de la nation à la place qui est la sienne, – mais cette âme n’était pas morte, bien entendu. La France avait failli attendre. Je ne parviens plus à trouver l’origine de cette anecdote mais je la tiens pour si juste qu’elle ne peut être que vraie, qu’elle doit être acceptée pour telle de confiance sûre si la trace en a été perdue, — au point qu’un Italien en perdrait son ironie fataliste pour dire son fameux dicton, cette fois avec la gravité du constat que l’interprétation, lorsqu’elle est inspirée, crée la réalité : « Si non è vero, è ben trovato », — ce qui se traduirait, pour notre culture : “c’est trop beau pour ne pas être vrai”. C’était au printemps de 1963, lorsque de Gaulle se rendit à Reims avec l’Allemand catholique Konrad Adenauer pour entendre une grand’messe en la cathédrale. On dit que l’évêque, plaçant ses hôtes illustres, invita le général à occuper le siège qui était celui du roi de France, et qui avait été gardé inoccupé depuis l’exécution de Louis XVI. Cela n’est pas glorifier outre mesure un homme mais saluer ce dont il était porteur et qui ne dépendait pas de lui ; l’Église s’y entend, pour cette sorte de reconnaissance, aussi politiquement habile qu’habituellement divinatoire. Le trait essentiel de la République gaullienne est d’avoir renoué un fil rompu par l’échafaud, d’avoir rassemblé la France d’avant et celle du temps présent, pour bien marquer l’être décidément intemporel de cette nation.

Le paradoxe est que cette “divine surprise” gaullienne n’installa nullement les mœurs et les faits de société à mesure. Le paradoxe gaullien est que l’installation de la Cinquième République marque le début, dans la société française, d’un phénomène accéléré d’installation de la modernité (et non pas processus de “modernisation”, – comme on “modernise” une substance qui reste elle-même, – comme on le crut d’abord, de Gaulle le premier). Ce phénomène ne peut être défini temporellement que par un terme : “américanisation”.

Le sentiment populaire vis-à-vis de l’Amérique, durant la IVème, avait été de la méfiance jusqu’à la colère. L’affaire Rosenberg, en 1953, provoqua une poussée d’anti-américanisme qui fit croire à un véritable sentiment d’unité nationale tant la réaction traversait les courants de pensées différents et semblait les rassembler. Alors que ses dirigeants défaillants se débattaient dans un marasme d’impuissance et de désarroi, le peuple français sentait intuitivement ce qu’il y avait de démesuré et de pathologique dans l’attitude américaniste. En 1954, la situation fut encore différente, conduisant à un débat d’une grande intensité et d’une haute tenue, notamment à l’Assemblée Nationale à la fin août, à propos de la CED et du réarmement allemand, — car, pour les Français, la CED n’était qu’un faux-nez pour dissimuler le complot anglo-saxon du réarmement allemand. Il y avait le même sentiment d’unité nationale, regroupé cette fois autour d’une société politique qui se montrait assez digne de l’enjeu qu’impliquait cette grave question. Mais la France, qui avait liquidé la CED, dut capituler sur le réarmement allemand. Les pressions anglo-saxonnes avaient été horribles, frisant une singulière grossièreté dans certaines occasions. Churchill, qui s’offrait comme dernier caprice un séjour prolongé au 10 Downing Street, se montra excessivement inélégant ; en présence du maître, le contremaître ne ménage pas les humiliations à celui qui refuse de se conformer au règlement général dont il est le garde-chiourme ; pour l’occasion, il aurait pu écarter ces excès qui relèvent du sous-fifre ; la conférence des Bermudes, où le Premier ministre français (est-il utile de rappeler son nom ? Laniel a disparu de la mémoire historique) fut traité comme un chien, mesure ce comportement des Anglo-Saxons, d’une médiocre arrogance, comme si la médiocrité de Laniel pouvait faire oublier qu’il représentait la France.

Cette période où la France fut battue bien qu’elle eût raison contre tous les autres en cherchant à affirmer son indépendance nationale conduisit à une réaction que les historiens du temps nommèrent “National-Molletisme”, du nom du Premier ministre socialiste qui appliqua une politique de force en Algérie en 1956. On a perdu de vue l’ampleur de cette réaction nationaliste qui fait fi de toutes les classements politiques artificiels. Pour en fixer la forte impression qu’on en éprouva, on citera ceci, de Werth :

« Le National-Molletisme ne ressemblait pas au National-Socialisme allemand ni au Fascisme de Mussolini. Il comportait moins de préméditation. Et, cependant, il avait avec eux quelque chose de commun. De même que la montée de l’hitlérisme avait été, pour une part, déterminée par l’humiliation infligée à l’Allemagne par le Traité de Versailles, de même que le Fascisme était, au moins en partie, la conséquence du sentiment que l’Italie avait été “roulée” par les faiseurs de paix de 1918, de même le National-Molletisme était une réaction à l’impression que la France avait été traitée de façon indigne par le monde extérieur. »

Cette approche est d’un grand intérêt parce qu’elle établit une continuité inattendue entre 1954-56 et 1958, entre la IVème République et De Gaulle, qui est une continuité de la France. Les circonstances les opposent, certes, mais dans une ambiguïté qui s’explique alors aisément ; le National-Molletisme s’exprime dans une défense à outrance de l’“Algérie Française” que de Gaulle va prestement liquider, et par une expédition de Suez que de Gaulle juge avec sévérité (mais du bout des lèvres, par esprit-“anti-IVème”). Qu’importe, il nous apparaît à observer l’histoire dans ses profondeurs que 1954 prépare 1958, ne serait-ce que parce que la construction de la bombe atomique commence cette année-là (décidée par Mendès) et qu’elle va devenir, avec de Gaulle, l’outil principal de l’indépendance nationale (point circonstanciel) et de la refondation de la souveraineté nationale (point totalement structurel) ; ne serait-ce que parce que 1954 a vu la France de la IVème se raidir sous les agressions et les humiliations des Anglo-Saxons et que la première tâche du gaullisme sera de mettre en place un système et une puissance qui ne permettront plus cela.

(La leçon que les Français retiendront de Suez, où les USA les forcèrent à capituler, est qu’il leur faudrait une puissance qui leur permettrait d’affirmer une souveraine indépendance, – c’est-à-dire la Bombe. La leçon que les Anglais,MacMillan en tête, tirèrent de cette aventure fut qu’il ne faudrait plus jamais se trouver en position de désaccord avec les USA, d’autant que leur Bombe à eux étaitMade In USA… Cette idée fut l’objet du travail du jeune thésard Pierre Lellouche.)

On découvre, sans surprise mais non sans satisfaction je l’avoue, une continuité des grands courants, des forces essentielles de l’Histoire et des structures fondamentales du phénomène métahistorique qu’est la France. Nos historiens assermentés, eux, se contenteront de se quereller autour de questions annexes telles que la démocratie, le colonialisme, etc., toutes choses qui ne sont que des conséquences souvent accessoires des grands mouvements structurels de l’Histoires ; cela donne aux assermentés l’impression d’exister et d’être des historiens ; je ne vais pas leur refuser cela.

Seuls ceux qui rejettent l’historiographie transcendantaliste et prophétique s’étonneront de cette affirmation de la continuité. Pour les autres au contraire, les happy few disons pour faire lettré, cela s’impose comme la logique même une fois qu’est posée l’affirmation de la continuité. Que les machinistes de cette continuité soient médiocres (Mollet & Cie) ou grandiose (de Gaulle) ne change rien sur ce point-là de la logique de la transcendance. (La transcendance, même si elle est offerte par l’intuition, fait pour s’étendre grand usage de la logique, qui est l’apanage de la raison ; la susdite raison est un instrument donné pour servir la transcendance et non pour la dénoncer ; seuls les pauvres d’esprit et les voyous, et les idéologues ce qui revient au même, s’exercent à cette imposture.)

Mais le peuple changeait ses préoccupations. Plus haut, je parle du “souffle” que de Gaulle ranime. Le peuple de France en est satisfait mais nullement transporté. Le dirigeant rétablit la légitimité française, qui s’appuie de toutes ses forces sur une logique structurante qu’il oppose à la force déstructurante de l’américanisme ; le peuple, lui, s’abîme dans les délices des paillettes venues d’Outre-Atlantique. On pourrait avancer l’explication qu’il y a une sorte de relais qui s’effectue, l’un s’étant épuisé dans une opposition qui contredit apparemment les principes modernistes dont on prétend qu’ils assurent la fondation vertueuse de la France, l’autre reprenant le flambeau. Avec la France qui entre dans ce que nous avons coutume de nommer sans crainte de la redondance “le monde moderne”, qui y entre ou qui y est poussée c’est selon, la contradiction est une seconde nature qui menace à chaque instant d’occuper la première place. Il n’empêche qu’on distingue l’ouverture d’une période qui semble marquée par la rectitude ; il y a, dans le domaine social, des mœurs et de la culture, un nouvel élan de la décadence qui est donnée, qui ne se démentira plus. Répétons-le pour faire court et polémique, et leur donner une raison de nous vilipender, et nommons cela “américanisation”.

J’ai bien connu ces années 1960 parce qu’elles ont été le cadre de la fin de mon adolescence et de mon entrée dans la vie d’homme. Les sens exacerbés, curieux de tout et assuré du reste, je me précipitai avec la force d’une conscience bien rangée dans les affirmations les plus détestables. Je n’ai jamais été plus pro-américaniste dans mon opinion discrètement maîtrisée que dans cette période où la jeunesse française jouait à ne l’être pas du tout dans ses opinions bruyamment proclamées, mais en s’y vautrant inconsciemment, dans son comportement, dans ses mœurs, dans sa conformation psychologique qui subit un changement considérable durant la période. Aux films de Lemmy Caution correspond, pour mesurer l’évolution, le film de 1966 Un homme et une femme. A l’agent du FBI exotique avait succédé le Français moderne, vivant au rythme des nouveaux temps mécaniques, pilote de course cédant au sentimentalisme à 180 à l’heure, qui partage la vedette du film avec les voitures Ford, — Mustang et GT-40, — dont Paris faisait ses gorges chaudes. Lemmy Caution contre les voitures Ford : l’américanisation entrait dans nos mœurs. La jeunesse vivait désormais aux rythmes musical, rock et compagnie, des Anglo-Saxons ; le cinéma américain triomphait et je me rappelle que le comble du sérieux dans cette activité était de n’accepter de voir les films qu’en version originale, au MacMahon, à La Pagode ou au Ranelagh ; la mode des jeunes gens était américaine, des chaussettes Burlington aux blousons de cuir et aux chemises à col boutonné trouvées aux puces, venus d’Amérique ; le “style Kennedy” triomphait chez Renoma, rue de la Pompe, presque en face du lycée Janson-de-Sailly ; le Jean’s établissait son empire. Les Français découvraient le phénomène de l’automobile en suivait la voie américaniste qui avait été de faire d’un moyen de locomotion une philosophie de la vie. La presse se convertissait au news magazine (Jean-Jacques Servan-Schreiber avec son Express). Jean-François Revel exaltait la “révolution américaine” après avoir succombé à ses charmes comme un homme d’âge mûr à une jeune beauté qui ranime sa flamme.

Mai 1968 peut sans aucun doute être définie dans les profondeurs de ses aspirations comme une révolte pro-américaniste. Depuis qu’on en a vu les effets, notamment sur ceux qui prétendirent en faire autant d’étendards de la “révolution” et se retrouvèrent trente ans plus tard comme fermes soutiens du Pentagone, les étiquettes en vogue, du maoïsme à l’anarcho-déconstructionniste, ont montré quel code il importait d’employer pour les décrypter. Le State Department se réjouissait à l’époque, presque ouvertement, du désordre répandu par ces jeunes gens ; pour une fois, les américanistes saisissaient les nuances. Depuis, la société française n’a cessé de poursuivre cette marche forcée à la poursuite de la chimère moderniste qui a bien pour nom : américanisation, à laquelle ses élites lui reprochent de ne jamais sacrifier assez. Depuis, également, de Gaulle s’en est allé. Ainsi le désastre français paraît-il complet et achevé.

Ce n’est un désastre français qu’en apparence. Je ne dirais pas que “la France en a vu d’autres”, même si cela est vrai. Ce jugement donnerait faussement l’impression que tout va poursuivre son chemin, avec un cahot de plus surmonté, un obstacle écarté avant le suivant et ainsi de suite. Au contraire, au bout de la période lui en succède une autre dont on se demande si elle ne va pas s’avérer être un cul-de-sac, et le chemin, une impasse. Le désastre qui paraît “complet et achevé” n’est pas celui de la France, en ce sens qu’il n’est pas seulement celui de la France. La France reste un miroir du monde et reflète la béance de la rupture où s’abîme le monde. »

http://www.dedefensa.org/article/en-attendant-de-gaulle

L’enjeu caché de la restauration de Notre-Dame

L’enjeu caché de la restauration de Notre-Dame

L’Élysée a utilisé l’incendie de Notre-Dame de Paris pour mener à bien un projet qui dormait dans les cartons. Il a fixé des règles inédites, hors des procédures d’appel d’offres et de respect du patrimoine non pas pour restaurer la cathédrale, mais pour transformer l’île de la Cité en premier lieu touristique d’Europe à la veille des Jeux olympiques de 2024 et de l’Exposition universelle de 2025. Pour éviter les contraintes judiciaires, il a arbitrairement imposé l’hypothèse d’un sinistre de chantier.

 | DAMAS (SYRIE)  

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L’incendie de la cathédrale Notre-Dame

Lorsque l’incendie de Notre-Dame a débuté, le 15 avril 2019 au soir, tous les médias français et beaucoup d’étrangers, se sont tournés vers la cathédrale en feu. De nombreuses télévisions étrangères ont débuté leur journal par cette nouvelle, mais pas France2.

La chaîne publique avait prévu de le consacrer au discours annoncé du président Macron concluant le « Grand débat national ». La rédaction, complétement sonnée par l’émoi provoqué par ce drame imprévu, y consacra son journal, non sans avoir au préalable regretté que le président reporte son discours sine die ; un discours à ses yeux beaucoup plus important.

La froideur de la plupart des journalistes et la stupidité des commentaires à chaud des politiques ont soudainement montré le gouffre béant qui sépare leur univers mental de celui des Français. Pour la classe dirigeante, la beauté de Notre-Dame ne saurait faire oublier que c’est un monument de la superstition chrétienne. Au contraire, pour le public, c’est le lieu où les Français se réunissent en tant que peuple pour se recueillir ou rendre grâce à Dieu.

En termes de communication, il y aura probablement un avant et un après cet incendie : une majorité de Français a été sidérée par ce sinistre, et révoltée par l’indifférence arrogante de sa classe dirigeante.

L’île de la Cité et l’industrie du tourisme

Immédiatement, le président de la République, Emmanuel Macron décidait non pas de reconstruire Notre-Dame, mais de réaliser un projet difficile qui attendait dans des tiroirs depuis deux ans et demi.

En décembre 2015, une mission avait été commanditée par le président de la République de l’époque, François Hollande, et la maire de Paris, Anne Hidalgo. Elle dura une année entière alors qu’Emmanuel Macron était ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique.

De nombreuses personnalités y ont participé, dont Audrey Azoulay, alors ministre de la Culture et aujourd’hui directrice de l’Unesco [1], ou le préfet Patrick Strzoda, alors directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur et aujourd’hui d’Emmanuel Macron.

Elle était dirigée par le président du Centre des monuments nationaux, Philippe Bélaval, et l’architecte Dominique Perrault.

Constatant que l’île de la Cité est, depuis son remodelage par le Baron Haussmann au XIXème siècle, un complexe administratif fermé au public, hébergeant la Sainte-Chapelle et la cathédrale Notre-Dame de Paris, la mission proposa de la transformer en une « île-monument ». L’opportunité en est fournie par le déménagement du Palais de Justice, la réorganisation de la Préfecture de Police et de l’hôpital de l’Hôtel Dieu. Il sera en effet possible de tout réorganiser.

La mission a ainsi listé 35 chantiers coordonnés, dont la création de voies de circulation souterraines et la mise sous verrière de nombreuses cours intérieures, pour faire de l’île la promenade obligée de 14 millions de touristes annuels et, éventuellement, des Français.

Le rapport de la mission [2] évoque l’incroyable valeur commerciale de ce projet, mais ne dit pas un mot de la valeur patrimoniale, particulièrement spirituelle, de la Sainte-Chapelle et de Notre-Dame qu’elle aborde exclusivement comme des sites touristiques, sources potentielles de revenus.

Malheureusement cet ambitieux projet ne pouvait, selon ses auteurs, être réalisé rapidement non pas tant du fait de l’absence de financement que des lourdes habitudes administratives et des énormes contraintes juridiques. Bien qu’il n’y ait que peu d’habitants sur l’île, la moindre expropriation peut durer des décennies. Plus étonnant, le directeur du Centre des monuments nationaux semblait regretter l’interdiction de détruire une partie du patrimoine pour mettre en valeur une autre partie. Etc.

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Le projet de la mission Bélaval/Perrault

Les choix de l’Élysée

Dans les heures qui suivirent, il fut évident que des fonds très importants seraient offerts par des donateurs allant du simple citoyen à de grandes fortunes. L’objectif de l’Élysée fut donc de mettre en place une autorité capable de mener à fois la reconstruction de Notre-Dame et la transformation de l’île de la Cité.

Le lendemain, 16 avril, au cours d’une intervention télévisée, le président Macron déclarait : « Alors oui, nous rebâtirons la cathédrale Notre-Dame plus belle encore, et je veux que cela soit achevé d’ici 5 années » [3]. Oublions le « je veux » caractéristique non d’un élu républicain, mais d’un chef d’entreprise. 5 ans, c’est extrêmement court, surtout au regard du siècle et demi de la construction de la cathédrale. Cependant c’est le temps nécessaire pour que les travaux soient terminés à temps pour les touristes des Jeux olympiques de 2024 et de l’Exposition universelle de 2025. C’était la date prévue par la mission Bélaval-Perrault.

Le surlendemain, 17 avril, le Conseil des ministres fut entièrement consacré aux conséquences de l’incendie. Trois décisions importantes furent actées :
- Nommer l’ancien chef d’état-major des armées, le général Jean-Louis Georgelin, pour conduire depuis l’Élysée une mission de représentation spéciale « afin de veiller à l’avancement des procédures et des travaux qui seront engagés » ;
- Faire adopter par le parlement un projet de loi [4] régissant la collecte de fonds, régularisant la nomination du général Georgelin qui a atteint la limite d’âge et surtout exemptant sa mission de toutes les procédures d’appel d’offres, des lois de protection du patrimoine, et de toutes les contraintes qui pourraient survenir ;
- Lancer un concours international d’architecture pour reconstruire Notre-Dame.

Une autre décision était prise : étouffer tout débat sur les causes de l’incendie afin d’éviter qu’une enquête judiciaire ne vienne perturber ce bel agencement.

Le mensonge d’État

Immédiatement, le nouveau procureur de la République de Paris, Rémy Heitz, nommé sur intervention personnelle d’Emmanuel Macron, assure que la piste criminelle n’est pas privilégiée et que l’incendie est lié à un accident de chantier.

Cette assurance provoque une levée de bouclier chez les experts du site, pompiers, artisans et architectes, pour qui aucun élément de chantier n’était capable de provoquer un tel incendie, à cet endroit et à cette vitesse.

L’insistance du Procureur et celle du préfet de Police, Didier Lallement, à prendre position à un moment où aucun enquêteur n’avait été en mesure de se rendre sur le lieu de l’incendie atteste de l’élaboration d’une version officielle qui ne contraigne pas à de longues investigations bloquant le site. Elle alimente aussi les interrogations sur la piste arbitrairement écartée, celle d’un acte anti-chrétien ou anti-religieux, notamment dans le contexte du vandalisme contre les églises (878 profanations en 2017), de l’incendie volontaire de l’église Saint-Sulpice le 17 mars, voire de l’incendie de la mosquée Al-Marwani sur l’esplanade d’Al-Aqsa à Jérusalem.

En outre, sachant que la majorité des grands incendies intervient dans le cadre de projets immobiliers, l’hypothèse d’un acte volontaire pour permettre la transformation de l’île de la Cité doit être examinée.

Ces questions sont toutes légitimes, mais en absence d’enquête aucune réponse définitive ne l’est.

Certes, l’objectif du président Macron est louable, mais sa méthode est bien étrange. Certes, il n’est pas possible de lancer un tel chantier sans changer les règles de droit, mais si la nomination d’un officier général de premier plan est une garantie d’efficacité, ce n’en est pas une de respect du droit.

[1] Audrey Azoulay a été élue grâce au lobbying de la France, alors que la tradition veut qu’un pays ne soit pas à la fois l’hôte d’une institution internationale et son président, et que ce poste avait été promis à une personnalité arabe. C’est au titre de directrice qu’elle publiera un communiqué portant acte de candidature de l’Unesco : « Communiqué de l’Unesco sur l’incendie de Notre-Dame de Paris », Réseau Voltaire, 16 avril 2019.

[2Mission île de la Cité. Le cœur du cœur, Philippe Bélaval et Dominique Perrault, La Documentation française, 2016.

[3] « Discours d’Emmanuel Macron sur la reconstruction de Notre-Dame de Paris », par Emmanuel Macron, Réseau Voltaire, 16 avril 2019.

[4] « Projet de loi pour la restauration et la conservation de la cathédrale Notre-Dame de Paris et instituant une souscription nationale à cet effet », Assemblée nationale, N° 1881, enregistré le 24 avril 2019.

https://www.voltairenet.org/article206324.html

De mon indifférence pour le complotisme

De mon indifférence pour le complotisme

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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De mon indifférence pour le complotisme

22 avril 2019 – Qu’un “ministre de la République” comme ils aiment à se distinguer pompeusement, s’imaginant que le titre fait la chanson, et celui-là Homme sans qualités comme écrivait Musil avec cette observation prémonitoire dans l’inversion (« Rien moins qu’un livre-monument, conçu à la manière d’une cathédrale »), – que ce ministre au parler empreint d’une monotonie entropique nous avise le soir de l’événement que ce serait verser“ dans le complotisme” qu’imaginer autre chose que l’observation officielle assénée sous la forme d’une certitude (“un accident”), cela en dit long sur eux-mêmes autant que sur “l’accident”. Que ce ministre donc, qui est un sot extrêmement médiocre, infécond et ennuyeux (il y a des imbéciles parfois joyeux et inspirants) se permette de dire une telle chose alors qu’il n’y est nullement forcé dénote qu’il a des lectures qui ne sont pas de son âge, des fréquentations à mesure et des mauvaises manières.

Mais le sujet n’est pas le “ministre sans qualités”, donc sans intérêt, vers quoi je me suis laissé emporter, mais bien le complotisme. Dans ce cas, il s’agit de l’hypothèse : “Et s’il ne s’agissait pas d’un accident ?”.

Cela tombe bien, cette accusation de “complotisme” lancée par une autorité-Système, just in time… Alors que le Système vient de nous balancer en pleine figure, avec quelle fureur, le rapport Mueller, –  après deux ans d’enquête forcenée et de narrative hallucinée de type McCarthyste, rapport sans la moindre miette ni poussière sur l’accusation centrale (Trump complice-manipulé de Poutine) ; cette accusation habillée d’un complot extraordinaire, née d’un délire auto protecteur et aussitôt adoubée par la presseSystème, jour après jour depuis la mi-2016, chaque fois sur le ton affirmatif de la Vérité-révélée et expérimentée dans tous les grands quotidiens “de référence”, dans l’enthousiasme d’une mobilisation complotiste sans un pli pour la vertu démocratique. Pas de complotisme, ô “ministre sans qualités” ?

(Je les mets tous dans le même sac-poubelle, dit sac-Système, le “ministre sans qualités” et le rapport Mueller, et bien d’autres choses, et aussi les projets-Système de rénovation/mise à jour/amélioration de la cathédrale tels que nous les préparent comme autant d’agressions décisives artistes-contemporains subventionnés comme compagnons-artisans de la postmodernité. Tous copains de la même usine psychiatrique, rayon paroxysme en tous genres, section “aux abois”. Cette construction en forme de poubelle, c’est mon “complotisme” à moi.)

Cela fait trois ans qu’ils vivent tous au “rythme-dingue” du Russiagate, de Trump-agent-de-Poutine accouchant dans la foulée d’une “certitude de dingue” de la pénétration-Poutine partout, y compris dans la vertueuse communication officielle française, médias, réseaux sociaux, etc., avec la mouche-à-merde FakeNews si prisée par notre capoMacron-et-ses copains. Cela fait trois ans (cinq si l’on compte la crise ukrainienne où se déploya le simulacreSystème dans toute son ampleur) que les officiels de tous les establishment-Système du bloc-BAO barbotent dans le complotisme le plus échevelé, le plus complètement pathologique parce que vécu comme tel en bons schizophrènes-comploteurs, et voilà donc ce que le “ministre sans qualités” vient nous marmonner sur fond d’incendie accidentel grondant dans son dos.

Le vrai extrêmement banal, somme toute et j’en conviens, concernant l’“accident”, vérité-de-situation si vous voulez, est que, là où nous en sommes, rien ne peut être dit en aucun sens, parce que l’enquête n’a pas vraiment commencé, empêché par les encombrements et l’extrême vulnérabilité encore brûlante de la “scène du crime”, dite “scène de l’accident” ; et que l’enquête va devoir pédaler dans la semoule brûlante des cendres sacrées avant de brandir les signes démontrant d’une façon éclatante ce que l’on veut tellement voir exposé, – que ce n’était qu’un accident, rien de plus finalement…

(Bien, on verra comme disait l’autre. Par exemple et en attendant de voir et s’il vous plaît de voir du concret, voyez cette vidéo[à partir de 01’40”] de TV-Libertés, émission I-Média, assez détaillée, qui dit bien : “A ce stade, rien d’assuré ne peut être dit. Cela signifie qu’on travaille uniquement sur des hypothèses et qu’elles varient et évoluent, et qu’à ce stade toutes les hypothèses peuvent être développées sans risquer d’être jetée dans la poubelle aux “ismes” puisque, comme disent CNN et une “source officielle”, on n’exclue« aucune hypothèse à ce stade ». Le “ministre sans qualités” peut-il comprendre cela ?)

Donc, complotisme, – “Nada”, rien à faire pour mon propos, à ce stade, pour ce cas, dans ces circonstances, totale indifférence !

Et pourtant… Curieusement là-dessus, et comme pour me démentir, je vais poursuivre en passant à un autre aspect du sujet pour vous dire à quoi sert et me sert le complotisme, tout en gardant mon indifférence qui s’adresse en fait à cet aspect polémique que le Système utilise lui-même comme instrument de terrorisation, – tout en pratiquant lui-même, selon le langage macronien, un “complotisme-de-dingue” (Mueller, Russiagate et le reste).

Il s’agit de passer à un domaine connexe au propos développé ci-dessus, en revenant sur “la mère de tous les complotismes”, qui est l’interprétation de l’attaque 9/11. D’abord, pour clarifier le dossier autant que mon attitude, cela permettant de poursuivre l’enquête sur le sujet en contournant la polémique terrorisante, voici un rappel de ce qu’est la position de dedefensa.org et la mienne par conséquent par rapport à 9/11 et son complot (après plusieurs prises de position, mais toujours dans le même sens, dont la première le 30 juin 2002). Il s’agit d’un extrait d’un texte du 31 août 2010résumant bien nettement cette position, suivant des remarques de lecteurs jugeant que nous rejetions les thèses des « contestataires de la version officielle » :

« La position de dedefensa.org sur le fait même de l’attentat est bien résumée par une déclaration que Philippe Grasset fit au Soir. (Le Soir de Bruxelles avait eu la curieuse idée d’une interview de PhG, et d’une interview expresse par téléphone, le 10 septembre 2008 en fin d’après-midi. Le résultat fut assez mitigé quant à l’exactitude du rapport des propos de PhG, et parut dans un entrefilet dans les éditions du 11, dans un ensemble consacré à l’anniversaire.) Nous citons cette phrase précisément dite (de PhG), qui inspira le titre de l’entrefilet et dont l’esprit se retrouve dans tous les textes de dedefensa.org : “La seule chose dont je sois sûr [concernant 9/11], c’est que la version officielle est fausse…” On ne peut désigner cela comme un rejet des “contestataires de la version officielle”. »

Je précise également que mon souci tactique a toujours été de dire : “Contestez la version officielle tant que vous le voulez mais n’espérez pas que la vérité sera officiellement affirmée, notamment par une démonstration de la fourberie, et surtout ne le souhaitez pas…”. Ce qui importe, ce n’est pas qu’il soit démontré que vous (les contestataires) avez raison, mais bien qu’il apparaisse comme proche de l’évidence sans que cela soit prouvé ni fermement établi et reconnu que le gouvernement (le Système) ment, le mettant ainsi en état de déstabilisation permanente dans sa position dominante qu’il doit conserver, et accélérant ainsi le processus interne de déstabilisation, donc la ligne de l’autodestruction ; l’important est de faire durer la contestation comme une guérilla qui ne cesse de forcer l’adversaire à s’affaiblir lui-même… Ceci, du même texte déjà cité :

« C’est de ce point de vue que nous disons souvent que la “vérité” sur 9/11 ne nous importe pas vraiment (non plus que la “vérité” sur la récente affaire Assange/Wikileaks, dont parle également notre lecteur). L’essentiel aujourd’hui, la vérité nécessaire qui domine et règle tout le reste, est que tous ces événements dont la “réalité” s’impose d’elle-même quelle que soit leur “vérité”, confirment le caractère monstrueux et maléfique de ce système général, donc ils confirment la nécessité de le mettre en état de déstabilisation, pour accentuer ses contradictions internes, – car c’est effectivement la seule façon où sa puissance peut se trouver décisivement contrariée, en étant conduite à se retourner contre elle-même. Toute apparition d’une “vérité” fixée, proclamée et reconnue, même favorable aux thèses des critiques du système mais nécessairement officielle et incluse dans la logique du système, impliquerait une “re-stabilisation” temporaire du système, dommageable pour la cause antisystème. (Ainsi en fut-il du Watergate, qui, au prix de l’un ou l’autre lampiste, dont un président des USA qui n’était pas le pire, réussit finalement une opération de réhabilitation temporaire du système. Il en serait de même pour une mise à jour officielle de ce que pourrait être la “vérité” de l’attentat 9/11, impliquant des interférences du gouvernement ou de la bureaucratie US d’alors.) » (*)

C’est là le résultat de ma réflexion sur l’ensemble 9/11-“complotisme” qui doit être poursuivi avec Notre-Dame. C’est bien entendu cette même tactique qu’il faut suivre pour alimenter la stratégie qui doit être préconisée, qui est celle du “Delenda Est Systemum, et destruction assurée par la transmutation de la surpuissance du Système en autodestruction, – notamment avec l’aide de la “déstabilisation permanente” du Système entretenue par la contestation-guérilla recommandée plus haut. Dans ce cas et dans ces circonstances, la question en soi du “complotisme” (les autorités-Système complotent-elles ?) me reste complètement indifférente car elle ne pourrait trancher rien qui ne soit déjà tranché : le caractère inéluctablement mauvais et absolument destructeur du Système.

Mais il y a une autre voie de réflexion que j’ai développée pour le Tome-III de La Grâce de l’Histoire, qui prend les choses d’une façon complètement différente, écartant les questions de tactique et de stratégie pour aller vers les questions des fondements métahistoriques, notamment en passant par l’évolution psychologique des principaux acteurs. Dans ce cas et pour me permettre de développer ma réflexion de type métahistorique, l’hypothèse de ce qu’ils nomment “complot” devient pour moi aussi impérative que l’est une certitude rationnelle. Le problème devient alors, et c’est cela l’essentiel, qu’à mon sens, selon mon intuition renforcée par quelques données objectives, les “comploteurs” que sont essentiellement dans le cas 9/11 les dirigeants du système de l’américanisme se comportent néanmoins comme s’ils avaient été véritablement victimes d’une attaque. Ils sont donc à la fois coupables et victimes, et donc lançant des politiques à finalité destructrice auxquelles ils se trouvent enchaînés, erreurs et contradictions en eux-mêmes.

On comprend que, dans ce cas qui n’est plus celui de l’histoire courante, les leçons de morale sur le cas du “complot” n’ont plus grand intérêt et ne servent qu’à occuper les divers employés de la presseSystème dont nous voyons défiler les mines de douairières outragées et de vieilles filles chatouillées chaque fois qu’est évoquée la chose affreuse. Au contraire dans ce cas, le concept du “complot” affirmé m’est devenu indifférent en lui-même,puisque réduit au rang  d’instrument utile au profit du mécanisme métahistorique qui nous importe ; et il est bien entendu que je place l’affaire de Notre-Dame dans la continuité de 9/11, celle des “trous dans le continuum espace-temps”, mais me semble-t-il, comme j’ai été poussé à le suggérer aussitôt – hypothèse là aussi, mais hypothèse de travail certes moins assurée, –du point de vue métahistorique à l’inverse de la séquence ouverte par 9/11, comme une fermeture de cette séquence. (« Il n’empêche, et même si des âmes brûlent d’angoisse et de frayeur sacrées : peut-être le feu de Notre-Dame serait-il comme quelque chose qui détruit décisivement l’incendie du sortilège de 9/11 ? Feu contre feu. »)

Quoi qu’il en soit, voici un passage extrait de la Première Partie du Tome-III sur cet aspect de la chose, concernant 9/11. Il  pourrait éventuellement servir, dans la perspective qui nous attend, pour bien comprendre Notre-Dame et la suite, mais en comprenant que Notre-Dame est très largement au-delà de 9/11 dans le domaine de la pathologie psychologique de l’affrontement, dans le cadre du Système confronté à sa surpuissance d’autodestruction ; par conséquent dans des conditions où le Système précipite si imprudemment et tragiquement la dynamique de l’autodestruction ; dans ce cas, cet “accident” de Notre-Dame devenant alors, dans notre schéma métahistorique et selon l’hypothèse rappelée plus haut, ce qu’on pourrait désigner du point de vue du Système comme “un trou dans le continuum espace-temps de trop” pour ceux qui en attendent le triomphe du Système, –  ou “un trou trop loin” pour utiliser l’image du “pont trop loin”

(Que les lecteurs lisent cet extrait en ayant fermement à l’esprit qu’il fait partie d’un ensemble où toute la réflexion est conduite par la métahistoire. Certains peuvent être découragés par ce qui semble être l’hermétisme du propos présenté hors contexte. Je les comprends aussi bien et leur dis : passez outre pour cette partie-là…)

 

Extrait : La Grâce,Tome-III, Première Partie

« Le plus étrange dans cette séquence que je décris, comme je la perçois, – d’abord “trou dans le continuum espace-temps”, ensuite déchaînement de surpuissance et désintégration de la réalité disons-objective [“nous créons notre propre réalité”], par conséquent nécessité de la recherche des vérités-de-situation, c’est-à-dire et enfin rencontre de la Vérité, – le plus étrange c’est cette notion largement justifiée, sinon nécessaire et impérative, de prendre en compte pour une réflexion sérieuse, quasiment conceptuelle et transcendante, le concept du “complot” comme fondement, moteur et monteur absolument irréfragable de la perceptionde 9/11 : la vérité-de-situation de l’attaque 9/11 est absolument liée à l’idée du complot nécessaire pour construire le simulacre qui est le seul cadre où l’attaque 9/11 est concevable et compréhensible par rapport aux effets qu’elle entraîne et que nous pouvons mesurer aujourd’hui ; sans “complot” pour effectuer ce montage produisant ces effets, l’attaque 9/11 avec ses effets est impossible, sinon même impensable. Nous n’avons besoin d’aucune démonstration, d’aucune soi-disant “preuve”, la vérité-de-situation a tranché : seule cette affirmation conceptuelle fondamentale est capable d’expliquer selon les exigences de la métahistoire tout ce qui a suivi dans un élan de surpuissance et qui continue aujourd’hui à une vitesse endiablée, surpuissance transmutée en autodestruction. Ces gens devaient subir cette transmutation psychologique pour nous donner une explication acceptable de leur comportement tel qu’il a suivi, et eux seuls avaient assez de puissance pour s’infliger le choc nécessaire pour cette transmutation.

» Si l’on développe cette conception qui doit être tenue comme proche de la certitude pour le raisonnement, il y aurait donc ceux qui auraient machiné un complot pour monter cette attaque et ce serait les mêmes qui croiraient absolument à la réalité de l’attaque pour s’en saisir dans un geste vertueux de légitime défense, et déployer leur puissance en surpuissance, et au nom de l’extrême violence du choc où ils verraient d’une façon schizophrénique une véritable agression ; tout cela créant au bout du compte les conditions de notre affrontement décisif dans le cadre de la “crise ultime et d’effondrement du Système…”, avec l’entreprise d’une croisade catastrophique dans le but implicite de la destruction du monde, – et donc d’eux-mêmes, – par l’entropisation.

» …Car dans cette interprétation qui fait de 9/11 un événement encore plus hors des normes, cette schizophrénie a touché les psychologies de ceux qui auraient été à la fois les monteurs du simulacre de l’attaque, donc en toute connaissance de sa forme de simulacre, et les victimes de cette attaque, rendus furieux par elle ; ils en seraient sortis profondément changés, comme sous un choc terrible, c’est-à-dire comme si l’attaque était vraie alors que c’est eux-mêmes qui l’avaient manigancée… Le vice-président et comploteur-chef Cheney recevait l’ambassadeur de France quittant son poste en novembre 2002 ; il dit à son interlocuteur, avec la plus extrême franchise j’en suis absolument convaincu car la grossièreté et l’hybris brutal de l’homme exclut toute subtilité machiavélique : “Vous autres, Européens, vous n’imaginez pas l’ampleur de l’effet qu’a produit sur nous l’attaque du 11 septembre.” S’il n’y avait pas eu ce choc psychologique dont je parle, extraordinaire puisque provoqué par lui-même contre lui-même, cet homme grossier et brutal aurait déployé sans vergogne sa volonté de puissance ; mais il ne fut en aucun cas question de volonté de puissance, au contraire ce fut geignerie dramatisée pour divan de psychanalyse : “…Vous n’imaginez pas l’ampleur de l’effet qu’a produit sur nous l’attaque du 11 septembre.”

» Ainsi, les comploteurs auraient réussi leur coup, inconsciemment pour pouvoir mieux croire absolument au choc catastrophique creusant “ce trou” qu’ils avaient eux-mêmes mis en scène, et ainsi firent-ils changer, là aussi sans conscience de la chose, leur psychologie d’hégémonie régnante, encore assez supportable et acceptable, en une sorte de psychologie de l’extrémisme, de psychologie de l’effondrement par attraction du vide, d’une pathologie démente et suicidaire de la psychologie. Ces personnages, tous les architectes des choses qui bouleversent cette époque, et particulièrement tous les dirigeants de l’américanisme et sous-traitants privilégiés du Système par conséquent, sont à eux tous réunis en une seule chose, une seule énigme à notre attention, et leurs psychologies à la fois prédatrice et victimaire évoluant à l’unisson, comme collectivement dans le simulacre où ils ont fabriqué 9/11, devenu leur propre simulacre… »

 

Note

(*) On tiendra dans ces extraits ces notions de “vérité“/“Vérité” et de “réalité” comme très relatives et changeantes dans ce cas, c’est-à-dire comme très datées et confuses par rapport à l’évolution de ma ligne de pensée. Le texte date de 2010 et ce n’est qu’à partir de 2014 et de la crise ukrainienne que se sont mis en place des concepts beaucoup plus affirmés et, je pense, parvenus à maturité. Il y a alors le constat de la désintégration de la réalité au profit de la narrative et de son enfermement (“déterminisme-narrativiste”), et la bataille contre cette situation par la recherche de parcelles de vérité (“vérité-de-situation”). La plupart de ces concepts sont repris et développés dans la rubrique Glossaire.dde.

http://www.dedefensa.org/article/de-mon-indifference-pour-le-complotisme

SRI LANKA!ENCORE LE TERRORISME DE L’ISLAM SALE DOCTRINE IDEOLOGIE DE CONQUETE DONT IL FAUT DEBARRASSER L’EUROPE!!! !

23 avril 2019
BILLET D’ALERTE

 

NOUVELLES GUERRES DE RELIGIONS

 

de Jacques MYARD
Membre Honoraire du Parlement
Maire de Maisons-Laffitte
Président du Cercle Nation et République
Président de l’Académie du Gaullisme

 

Le 24 avril 2019

 

A/S : Nouvelles guerres de religions.

 

Les attentats islamistes succèdent aux attentats islamistes et les opinions occidentales et française abasourdies comptent les morts comme s’il s’agissait là d’une fatalité contre laquelle on ne peut rien, si ce n’est condamner fermement ces actes odieux tout en continuant à vaquer à ses occupations quotidiennes.

 

 » 310 chrétiens assassinés au Sri Lanka, c’est certes regrettable, ma chère Madame, mais le Sri Lanka est bien loin et puis en Asie ils ont pour habitude de se massacrer entre eux, alors ne faisons pas d’amalgame. « 

 

Ne sont-ce là que paroles inventées de quelques bien-pensants ?  Ou s’agit -il de la triste réalité d’un lâche aveuglement largement partagé, enveloppé de naïveté et d’angélisme ?

 

Peut-on s’habituer à tout et continuer à nier la réalité ? Or la réalité est évidente : l’humanité est résolument entrée dans les guerres de religions et cette guerre est voulue par des fanatiques islamistes qui ne renonceront jamais, motivés par leur vision eschatologique qui leur garantit la vie éternelle dans le paradis d’Allah .

 

L’humanité du 21ème siècle doit faire face à deux redoutables défis :
– l’explosion démographique des pays africains et asiatiques
– la dérive fanatique de l’Islam. 
Ces deux défis ne sont pas étrangers l’un à l’autre et s’auto-alimentent d’ailleurs .

 

Face à ces défis qui nous conduisent inéluctablement à la guerre, l’heure n’est plus à la candeur et à la crédulité. Il est urgent de mener une politique réaliste pour faire face :

 

-arrêter toute émigration tout en menant une politique d’aide massive de maitrise démographique en Afrique,
-expulser sans faiblesse tous les tenants du salafisme et autres intégristes islamiques.

 

Sans oublier que la bataille est d’abord une bataille culturelle pour faire reculer ces obscurantismes qui ramènent l’humanité aux âges archaïques de la péninsule arabique.

 

Cette bataille doit être livrée partout dans le monde et commencer dès l’école maternelle.

 

On entend déjà les cris d’orfraies des  » politiquement corrects »; libre à eux de hurler au nom de leur idéologie des bons sentiments …

 

Ils devraient savoir, selon Confucius, que  » le premier axiome de l’humanisme est d’apprendre par l’expérience « 
et surtout, ils devraient méditer la sagesse d’Augustin d’Hippone

 

 » A force de tout voir, l’on finit par tout supporter 
A force de tout supporter, l’on finit par tout tolérer 
A force de tout tolérer, l’on finit par tout accepter
A force de tout accepter, l’on finit par tout approuver. «