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CE QUE LE GÉNÉRAL DE VILLIERS A RÉELLEMENT DIT 12 JUILLET

CE QUE LE GÉNÉRAL DE VILLIERS A RÉELLEMENT DIT 12 JUILLET

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10.08.2017

Le mercredi 12 juillet, le Général Pierre de Villiers, chef d’état-major des armés, était auditionné par la Commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée Nationale.

Les fuites relatives à cette audition provoquèrent la violente réaction du Président de la République, qui attaqua alors le Général de Villiers, l’accusant d’avoir « porté sur la place publique » un débat qui n’avait pas lieu d’être. La réaction du Général conduisit à une crise, crise qui se solda par sa démission du poste de chef d’état-major des armées. La publication par l’Assemblée Nationale de cette audition permet aujourd’hui de se faire une idée plus nette des propos qui y furent tenus[2]. Les lecteurs pourront se reporter au texte intégral. Ils constateront que jamais le Général de Villiers n’est sorti de son rôle, qui était d’éclairer la représentation nationale sur l’ensemble des problèmes affectant les forces armées.

Devant la longueur, et aussi la densité de cette audition, on en publie ici des extraits choisis.

 

1  La réduction des forces armées n’est plus possible.

L’un des thèmes importants de l’audition du Général de Villiers a été de mettre en lumière le processus de contractions des forces armées, un processus entamé en 2008, soit sous le mandat de Nicolas Sarkozy, mais qui s’est prolongé sous le mandat de François Hollande. Ce processus rend impossible de nouvelles coupes budgétaires, sous peine de déséquilibrer en profondeur l’ensemble de la défense française. C’est un point important qu’il convient de noter. On le constatera dans l’extrait suivant de l’audition du Générale de Villiers :

« Le système a en outre été fragilisé par le processus qui, entre 2008 et 2014, a affecté la totalité des composantes de nos armées, directions et services : le nombre de militaires est passé de 241 000 à 203 000 et l’organisation territoriale des armées a été repensée de fond en comble, principalement selon une logique d’efficience économique et de réduction des dépenses publiques. Depuis 2008, cinquante formations de l’armée de terre, dix-sept bases aériennes, deux bases aéronavales et vingt bâtiments ont été supprimés.

L’impact de ces réformes, menées dans un laps de temps très court, se fait sentir. Faut-il le rappeler ? Le ministère de la Défense a été le plus important contributeur de la révision générale des politiques publiques (RGPP). Le modèle s’est alors contracté autour d’un cœur de métier minimaliste, fragilisant du même coup sa cohérence d’ensemble, au moment même où il était davantage sollicité. Lorsque les engagements sont en hausse et le budget, en baisse, j’appelle cela un grand écart. À ceux qui en douteraient, je le dis et je le répète : on a déjà donné, on a déjà tout donné. Il faut maintenant revivifier notre modèle, ce qui, d’ailleurs, n’exclut pas de poursuivre notre transformation permanente et nos réformes de structure pour être toujours plus efficients. »

La position du chef d’état-major est ici très claire. Il n’est plus possible de procéder à de nouvelles coupes. La cohérence d’ensemble des forces armées est aujourd’hui atteinte par ces coupes qui les fragilisent. Il faut donc au contraire commencer à préparer la régénération de l’appareil militaire.

2. Les coupes budgétaires ont des conséquences opérationnelles

Le deuxième point sur lequel le Général de Villiers est explicite porte sur les conséquences opérationnelles de ces coupes et des restrictions budgétaires. Les restrictions budgétaires mettent directement en cause la sécurité des militaires, que ce soit directement (absence ou déficience des blindages et des gilets pare-balles) ou que ce soit indirectement du fait d’un manque de moyen qui contraint les unités à entrer en action sans disposer du soutien, que ce soit le soutien aérien, le soutien de reconnaissance ou autre, adéquat. Des opérations doivent ainsi être reportées, ce qui peut avoir des conséquences opérationnelles extrêmement graves.

« La première consiste à régénérer le modèle, en revenant, au plus vite, sur les lacunes capacitaires les plus pénalisantes, c’est-à-dire sur celles qui menacent directement les aptitudes-clés des armées et qui compromettent dès aujourd’hui la réussite de nos opérations. Concrètement, sur le terrain, le manque d’hélicoptères, de drones ou d’avions ravitailleurs a des conséquences lourdes sur la manœuvre générale : report d’opérations, rupture de permanence, opportunités non saisies, prévisibilité accrue. Il ne s’agit là que d’un exemple parmi d’autres. Pour gagner, il nous faut aussi des gilets pare-balles rénovés, des stocks de munitions reconstitués et davantage de véhicules blindés pour protéger nos soldats. Je rappelle que 60 % de nos véhicules utilisés en opération ne sont pas protégés. Le blindage est le moins que l’on puisse demander et obtenir pour les hommes et les femmes de nos armées qui, eux, ne comptent pas leurs efforts. J’ai encore rapatrié trois blessés le week-end dernier.

Notre deuxième priorité est d’aligner les contrats opérationnels sur la réalité des moyens que nous engageons en opérations, aujourd’hui, considérant, je vous l’ai dit, que le niveau de menace ne diminuera pas dans les années qui viennent. Il faut savoir que nos engagements actuels dépassent d’environ 30 % les contrats détaillés dans le Livre blanc. Les nouveaux contrats devront prendre en compte les effectifs nécessaires, le maintien en condition et la préparation opérationnelle. En 2016, 50 % des rotations des unités de l’armée de terre dans les centres d’entraînement ont été annulées. Les pilotes ont volé en moyenne 160 heures – dont 100 en opération, c’est-à-dire pas à l’entraînement  –, au lieu des 180 heures normées. L’entraînement à la mer de la marine a baissé de 25 %. Une telle contraction du temps et des moyens dévolus à l’entraînement est source de vulnérabilités, auxquelles il convient de mettre un terme sans attendre. C’est le chef de guerre qui vous le dit : à la guerre, toute insuffisance se paie « cash » parce qu’en face, l’ennemi ne s’embarrasse pas de procédés. »

On constate aussi que l’entraînement a été sacrifié, que ce soit l’entraînement des forces aériennes ou des forces navales. Or, la qualité de l’entraînement, et cela est su par les militaires depuis des temps immémoriaux, est une des conditions pour minimiser les pertes en opérations. Que l’on se souvienne de l’adage, maintes fois vérifiés, que « la sueur à l’entraînement évite le sang ». Il est donc clair que l’efficacité et la sécurité des femmes et des hommes de nos forces armées ont été mises en péril par les coupes répétées dans le budget de la défense depuis 2008.

3. La question du budget

Ceci conduit, bien entendu, à la question du budget. Le Général de Villiers salue l’objectif fixé par le Président de la République mais précise par ailleurs qu’il n’est pas « un lapin de six semaines ». Il en appelle donc à la transparence de la décision politique, et précise que les engagements pris doivent être impérativement tenus.

« J’en arrive donc à ma deuxième préoccupation : obtenir des moyens financiers en cohérence avec notre projet. C’est tout l’objet de la trajectoire budgétaire qui doit nous amener à l’objectif fixé par le président de la République : 50 milliards d’euros courants, hors opérations extérieures (OPEX) et hors pensions, en 2025. Se dessinent devant nous trois horizons temporels.

Le premier correspond à la fin de gestion 2017 qui doit absolument être préservée. En opérations extérieures comme sur le territoire national, nos armées assurent la sécurité des Français au quotidien, dans des conditions souvent très difficiles. Comment imaginer ne pas leur donner les moyens nécessaires pour remplir leurs missions ? Les exécutions budgétaires ont été préservées en 2015 et 2016. Cela doit être le cas également en 2017, car les armées ne sont pas moins sollicitées, loin s’en faut.

Le deuxième horizon de très court terme est celui de la loi de finances pour 2018. Cette première marche est essentielle. Je ne suis pas un lapin de six semaines : je sais bien que, si l’objectif de 50 milliards est fixé à 2025 et que la courbe d’évolution du budget démarre très bas, l’élévation de cette courbe ne se produira qu’en fin de période. Nous connaissons la ficelle de cette « remontée tardive » et l’avons déjà expérimentée sous les deux quinquennats précédents.

En ce qui concerne la loi de finances pour 2018, l’équation est simple. Après mise sous contrainte, le socle budgétaire ressort à 34,8 milliards d’euros, dont 32,8 milliards ouverts en loi de finances initiale auxquels il faut ajouter, d’une part, le milliard d’euros décidé par le président Hollande lors du conseil de défense du 6 avril 2016 et correspondant aux besoins supplémentaires indispensables pour faire face à la menace terroriste – non-déflation de 18 750 effectifs et mesures afférentes en termes de fonctionnement et d’infrastructure – d’autre part ; plus 200 millions d’euros décidés ces derniers mois pour financer le service militaire volontaire, la garde nationale avec l’augmentation du nombre de réservistes et les mesures de condition du personnel. Ce socle de 34 milliards d’euros sera dépensé, quoi qu’il arrive. Enfin, il convient d’y ajouter les besoins supplémentaires apparus depuis le 6 avril 2016 : 600 millions d’euros pour soutenir le surcroît d’engagement de nos forces et atténuer le sous-dimensionnement chronique de certains soutiens, dont l’infrastructure et enfin, 200 millions d’euros pour renforcer à très court terme la protection de nos hommes, à titre individuel et pour les équipements – Au total, il convient de bâtir d’emblée sur des bases saines une trajectoire de remontée en puissance pour consolider notre modèle.

Le troisième horizon de court terme est la loi de programmation militaire (LPM) 2019-2025. Elle doit être celle de la régénération et de la projection vers l’avenir. L’ordre de grandeur de l’effort à consentir est d’ores et déjà connu : il s’élève globalement à deux milliards d’euros supplémentaires par an à périmètre constant, hors opérations extérieures et hors pensions. Compte tenu de l’urgence, la LPM doit être votée au plus tôt, c’est-à-dire avant le 14 juillet 2018, pour intégrer comme première annuité le projet de loi de finances 2019. Je rappelle que sous les deux quinquennats précédents, il aura fallu environ deux ans pour que la LPM soit adoptée. »

Il indique aussi que la somme prévue par le budget 2018, et que le Président de la République devait, dans la polémique déclenchée par sa réaction (ou peut-être faut-il parler de sur-réaction) à l’audition du Général de Villiers, mettre en avant comme la « preuve » de son engagement sur les questions de défense, représente en réalité le strict minimum de ce qu’il faut alors dépenser.

Et, en réponse à des questions des membres de la commission, le général revient sur la question de l’annulation des 850 millions d’euros de crédits, annulation que venait d’annoncer M. Darmanin :

« Permettez-moi de revenir sur l’annulation de 850 millions d’euros de crédits en gestion 2017 qu’a annoncée M. Darmanin par voie de presse. Que les choses soient claires : il s’agit d’annulations alors qu’à l’heure actuelle, les crédits ont été gelés à hauteur de 2,7 milliards : 1,6 milliard au titre de la réserve de précaution, 715 millions de report de crédits et 350 millions de surgels. Le ministre des Comptes publics a donc cette fois annoncé une annulation de 850 millions d’euros sur la base du montant du budget total, soit 32,8 milliards, et l’ouverture simultanée d’un décret d’avance de 650 millions d’euros hors pensions, c’est-à-dire au titre du programme 178 « Préparation et emploi des forces ». Reste donc un delta net de 200 millions d’euros. Il m’est un peu délicat de parler de ceci ce matin, dans la mesure où le président de la République n’a pas encore rendu son arbitrage : il le fera certainement demain soir à l’occasion du discours qu’il prononcera à l’hôtel de Brienne.

Quoi qu’il en soit, avant d’envisager les conséquences possibles d’une telle annulation de crédits, il m’importe d’abord de savoir si elle ne sera pas suivie en fin d’année d’autres annulations. Autrement dit, pour garantir le fonctionnement des armées, l’exécution budgétaire de fin d’année ne doit pas être inférieure aux montants inscrits en loi de finances initiale, sans quoi nous nous trouverions dans une situation insoutenable. En outre, aucune autre annulation ni aucun gage ne doivent être décidés d’ici au 31 décembre. Puis le reliquat du surcoût des opérations extérieures – de l’ordre de 300 millions d’euros environ – devra être couvert en fin d’année. Ensuite, il faudra déterminer le niveau du report de charge consenti ; je rappelle qu’en 2016, il s’établissait à environ trois milliards d’euros. Enfin, quid des reports de crédits de 715 millions d’euros : seront-ils reportés sur 2018 ou engagés et ouverts ? »

Il montre bien qu’il s’agit d’une réduction nette, qui vient s’ajouter à d’autres. Il précise que le mécanisme des reports de crédits ne permet pas à la représentation nationale de se faire une idée précise de l’impact des réductions de fait que ces reports entraînent. Ceci renvoie à la question des munitions, une question qui est à l’évidence devenue critique : « Un mot sur les munitions : les réductions décidées ces dernières années ont globalement porté sur les flux, celui de l’entretien programmé du matériel et de l’entretien programmé du personnel, celui des munitions et celui des infrastructures – comme toujours. Oui, il faut reconstituer le flux des munitions et nous ne pourrons pas attendre 2019 ou 2020 ! Nous avons beaucoup consommé et continuons de consommer beaucoup, et pour cause : on ne gagne pas la guerre sans munitions – un fait simple que l’on semble pourtant redécouvrir. Je ne vous donnerai pas de détails sur l’état des différents stocks, mais il n’est plus temps de discuter en termes budgétaires, car nous n’avons pas le choix. Je n’y peux rien ; c’est ainsi. Il faut agir dès 2018 pour plusieurs raisons : d’abord parce que nous sommes « au taquet », mais aussi parce qu’il s’écoule parfois beaucoup de temps entre la commande de la munition et le moment où elle peut être tirée. Les pièces des munitions sont en effet fabriquées dans différents lieux et pays. Au fond, la France a redécouvert la guerre. Or, il n’est pas aisé de relancer une chaîne industrielle, surtout de manière accélérée. Nous devons être en mesure de disposer de stocks de munitions suffisants. Je ne le demande pas pour ennuyer tel ou tel, mais parce qu’encore une fois, c’est ainsi : on ne gagne pas la guerre sans munitions suffisantes. »

Cela renvoie à une évidence. Pour disposer des munitions suffisantes, il faut les produire. Il n’en est pas d’un obus de 155-mm comme d’une ligne budgétaire que l’on peut remettre d’un trait de plume sur un budget. Pour produire ces munitions, encore faut-il que l’appareil industriel puisse le faire dans les temps impartis. De fait, dans le domaine militaire, ce qui importe ce n’est pas le « juste à temps » de l’industrie civile mais bel et bien la constitution de capacités excédentaires, capacités qui pourront être mobilisées en temps de crise et d’urgence. On est donc dans une logique parfaitement différente de celle de l’industrie civile, et encore plus à fortiori de celle de la banque et des banquiers.

4. Sur la coopération européenne

Un dernier point important de cette audition porte sur la coopération européenne. Le Général de Villiers s’exprime assez clairement sur cette dimension de l’effort de défense. Il souligne la différence de structure et de situation de la France avec l’Allemagne. Mais, ce que l’on peut lire aussi « en creux », c’est la nécessité d’avoir une politique française forte qui ne soit pas simplement la symétrique de celle de l’Allemagne, et qui ne soit pas non plus dictée par les traités européens. La coopération qu’évoque le Général de Villiers, elle est entre Nations, avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, mais elle n’est pas au sein de l’Union européenne. C’est un point important dont il convient de se souvenir.

« Vous proposez de dégager l’investissement de défense du calcul du déficit public par rapport à la règle des 3 % du PIB. Je soutiens fermement cette mesure, mais je crois que mon soutien ne suffit pas… C’est un sujet exclusivement politique. Mes homologues européens savent toutefois, en toute objectivité, combien nous contribuons à la défense et à la sécurité de l’Europe. On entend déplorer çà et là que bien des choses vont mal en France. Soit, mais permettez-moi de vous dire ceci : nous avons la première armée d’Europe et elle est considérée comme telle lorsque je suis à Bruxelles. La France dispose de la deuxième armée de l’OTAN. En somme, la France est un grand pays quand elle le veut, et elle l’est aujourd’hui sur le plan militaire. J’ai donc, en tant que CEMA, un rôle dans cette dynamique européenne. L’automne dernier, nous sommes parvenus à réunir les Britanniques et les Allemands dans mon bureau, puis nous avons tenu une réunion du même ordre à Londres ! La prochaine réunion aura lieu à Berlin après l’été. Ce sont des signes ! Nous pouvons explorer d’innombrables pistes de coopération. Nous pouvons coopérer avec les Allemands en matière d’environnement des opérations et de capacités – intelligence, surveillance, reconnaissance (ISR), ravitailleurs, transport aérien, drones – ou encore de logistique et de sécurité et développement, car cette économie puissante peut nous aider. Ils participent à la formation des forces locales, dans le cadre de la mission européenne EUTM au Mali par exemple. Avec les Britanniques, notre coopération porte tout à la fois sur les opérations – j’ai mentionné la CJEF – mais aussi sur les programmes, le traité de Lancaster House ayant tracé de nombreuses pistes. On peut aussi envisager à l’avenir un programme de drone MALE européen avec ceux qui voudront nous rejoindre d’ici à 2025. Autrement dit, je suis persuadé qu’il y a des choses à faire, et je sens une dynamique meilleure qu’auparavant, en particulier avec l’Allemagne, dont je rappelle que la part du PIB consacrée à la défense passera de 1,2 % à 1,5 % en quatre ans, sachant que l’Allemagne a un PIB plus élevé que le nôtre et qu’elle n’assume aucune dépense liée à la dissuasion. C’est dire si, à périmètre équivalent, nous allons devoir nous accrocher pour ne pas être dépassés ! »

Au total, l’audition du Général de Villiers apparaît comme extrêmement digne, responsable, et non pas comme une « mise sur la place publique » du linge sale que le Président aurait souhaité laver en famille. Le fait que le Général de Villiers ait été applaudi sur tous les bancs à la suite de son audition montre bien que, au-delà des désaccords qui peuvent légitimement exister, les membres de la Commission avaient été sensibles à l’exercice démocratique que représente l’information honnête des représentants du peuple !

 

 

Source : https://russeurope.hypotheses.org/6198

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BARBARIE D’ULTRA-GAUCHE SUR LES CHAMPS ÉLYSÉES MAIS BARBARIE DU « MEILLEUR DES MONDES » AU GOUVERNEMENT !

lundi 18 mars 2019

BARBARIE D’ULTRA-GAUCHE SUR LES CHAMPS ÉLYSÉES MAIS BARBARIE DU « MEILLEUR DES MONDES » AU GOUVERNEMENT !

La sauvagerie de l’ultra-gauche rouge ou noire a pu déferler ce dernier samedi sur les Champs Élysées.

La France est ainsi ce début du XXI° siècle confrontée à plusieurs barbaries.

La plus sanguinaire à ce jour a évidemment été celle de l’islam jihâdiste à l’image de ce qu’il est toujours et partout dans le monde avec notamment ses organisations terroristes  internationales, telles qu’Al-Qaïda, l’État islamique, Boko Haram et autres, faisant dans des sommets d’atrocités des centaines de milliers de victimes, chrétiennes ou yézidies, et juives encore, mais aussi dans les populations musulmanes d’autres branches honnies de l’islam.

Mais une autre barbarie s’est une fois encore manifestée en marge des gilets jaunes…

À Paris surtout, mais pas seulement, la violence émeutière, curieusement, incroyablement non prévenue, a été le fait de véritables organisations d’une extrême-gauche de guerre civile, « Black Blocks », « antifas » et autres groupuscules d’anarchisme révolutionnaire admirant Action Directe, la bande à Baader ou les brigades rouges.

Comment sur ce point oublier l’extraordinaire complaisance judiciaire à sens unique dont ont bénéficié naguère les agresseurs « antifas » dans l’affaire de l’agression délibérée ayant hélas entraîné la mort de l’un d’entre eux, Clément Méric, tombé sous le coup violent qu’il avait manifestement provoqué.

Mais, pourquoi ces groupuscules de l’ultra-gauche violente et même criminelle qui ce samedi encore ont incendié, pillé, dévasté, et commis des violences qui auraient pu être mortelles n’avaient-ils pas été dissous comme il en fut de très nombreux  groupuscules présentés comme dangereux pour la République et qualifiés « d’ultra-droite » ? Sans que l’on s’avise de préciser en quoi leurs idées semble-t-il vaguement inspirées pour certains par les idéologies totalitaires du fascisme et du nazisme, pouvaient bien être de droite.

De quelles connivences l’ultra-gauche émeutière bénéficie-t-elle donc ? Ou alors, pour quelle instrumentalisation politique entend donc l’utiliser monsieur  Castaner, si pitoyable ministre de l’Intérieur ?

Mais il est une autre barbarie, non émeutière et sans doute jamais médiatiquement dénoncée, et au contraire exaltée comme le règne du progrès, c’est celle du « meilleur des mondes ». Celle de la culture de mort, par d’abord la libre suppression en France du droit à la vie, chaque année pour deux cent mille enfants à naître. Celle ensuite de toutes les manipulations des embryons d’êtres humains sous le couvert d’une soi-disant bioéthique, à des fins d’eugénisme, et bien sûr pour le libre cours à l’euthanasie, mot qui sonne justement comme « État nazi ».

Quiconque désormais s’avise de dire son opposition à la suppression d’une vie qu’est tout avortement ou toute euthanasie se voit  aussitôt médiatiquement et politiquement lynché, menacé des foudres de la loi, notamment par de sinistres femmes ministres, véritables furies prosélytes de la barbarie du meilleur des mondes.

Ainsi est non seulement bafoué le respect de la vie humaine innocente mais exaltée comme un progrès sa suppression. Comme dans le « 1984 » de Georges Orwell, l’inversion du sens des mots est radicale. Les actes de mort comme l’IVG sont présentés comme des conquêtes de la vie sociale !

Qui ne le mesure, entre les idées des incendiaires anarcho-gauchistes et celles des bourgeois libéraux libertaires au pouvoir, façon Macron, Schiappa, Buzyn, il n’y a que des différences de degrés, pas de nature.

Les plus fondamentalement pernicieux pour la défense de la vie et de l’écologie humaine ne sont pas les premiers.  

http://www.lagrif.fr/index.php?option=com_k2&view=item&id=133:barbarie-d-ultra-gauche-sur-les-champs-elysees-mais-barbarie-du-meilleur-des-mondes-au-gouvernement&Itemid=385

Christchurch, les nations malades de l’identité

Christchurch, les nations malades de l’identité

La passion identitaire qui anime certains de nos contemporains est le nouveau collectivisme qui menace le fondement libéral de nos institutions.

Par Frédéric Mas.

Un attentat terroriste dans deux mosquées a fait au moins 49 morts vendredi en Nouvelle-Zélande. Son auteur est un Australien de 28 ans professant des idées radicales comparables à celles du tristement célèbre Anders Behring Breivik. Plus marquant encore, l’auteur du carnage justifie son geste par des propos familiers pour nous, Français : l’angoisse du « Grand remplacement », la transformation de la population opérée par l’immigration en France, l’aurait poussé à commettre l’irréparable.

Ce massacre est une nouvelle scène de la désastreuse pièce de théâtre identitaire qui se joue actuellement en Occident depuis quelques décennies. Elle est en train d’éroder la confiance nécessaire au bon fonctionnement de nos sociétés libérales en participant à la brutalisation des rapports sociaux. Le repli culturel identitaire n’est pas seulement lié à la montée des fondamentalismes religieux, car les religions elles-mêmes en sont aussi les victimes. Il est une forme plus générale de collectivisme qui est en train de contaminer toutes les franges de la société, la plongeant dans une défiance qui pourrait se révéler mortifère à terme.

L’IDENTITÉ, NOUVELLE SOURCE DE CONFLITS

Pour Samuel Huntington, la question de l’identité est devenue après la guerre froide la source majeure des conflits dans le monde, avant ceux guidés par les intérêts nationaux ou économiques.

Les années 90 ont vu survenir une crise d’identité globale. Presque partout, on s’interroge : « Qui sommes-nous ? Avec qui sommes-nous ? De qui nous distinguons-nous ? » Ces questions sont essentielles non seulement pour ceux qui tentent de forger des États-nations nouveaux, comme dans l’ex-Yougoslavie, mais aussi de manière générale. (…) Face à cette crise d’identité, ce qui compte, ce sont les liens de sang et les croyances, la foi et la famille. On se rallie à ceux qui ont des ancêtres, une religion, une langue, des valeurs et des institutions similaires, et on prend ses distances vis-à-vis de ceux qui en sont différents1.

La quête pour se trouver ou se retrouver une identité va de pair avec celle pour se désigner de nouveaux ennemis. Tracer la ligne entre ce que nous sommes et ce qui nous différencie suppose aussi de célébrer le groupe au détriment de ce qui est extérieur à lui.

Dans son livre de 1996 Le Choc des civilisations, Huntington désignait essentiellement les mouvements culturels et civilisationnels qui se développaient en réaction à l’universalisme occidental : la demande d’identité, de racines ou de groupisme ethnique était essentiellement réactive, et s’affirmait contre le supposé relativisme moral des Occidentaux.

Huntington insistait en particulier sur le réveil des fondamentalismes religieux, notamment au sein de l’Islam, qui apparaissaient comme le lieu le plus naturel pour fédérer toutes les passions identitaires du moment. Il n’avait pas anticipé que ce réveil des identités allait également toucher de plein fouet la civilisation occidentale elle-même deux décennies plus tard, portant le clivage en son sein entre le peuple et ses élites2. Derrière la célébration abstraite du progrès, du droit et de la science, le monde occidental a également eu son réveil culturaliste.

Le Parisien

@le_Parisien

[Interview] Pour l’historien Nicolas Lebourg, l’attentat islamophobe de s’inscrit dans une radicalisation de la mouvance d’extrême droite, qui fait des migrants et de l’Orient ses cibles prioritaires > http://www.leparisien.fr/faits-divers/attentat-de-christchurch-une-montee-de-la-violence-d-extreme-droite-15-03-2019-8032479.php 

Attentat de Christchurch : «Une montée de la violence d’extrême droite»

Pour l’historien Nicolas Lebourg, l’attentat islamophobe en Nouvelle-Zélande s’inscrit dans une radicalisation de la mouvance d’extrême droite, qui fait des migrants et de l’Orient ses cibles…

leparisien.fr

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CONTAMINATION POLITIQUE IDENTITAIRE

En Occident, l’aiguillon identitaire s’est développé durant la seconde décennie du XXIe siècle. Le clivage entre droite et gauche s’est d’ailleurs réinventé en fonction de ses impératifs de reconnaissance, comme le décrit Francis Fukuyama dans son livre récent IdentityContemporary Identity Politics and the Struggle for Recognition (2018). Hillary Clinton fait campagne en se faisant la porte-parole des minorités culturelles longtemps marginalisées, tandis que Donald Trump se présente lui-même comme le défenseur des classes populaires blanches économiquement en voie de disparition. En France, la classe politique française suit le même mouvement.

La gauche a ainsi abandonné l’exigence morale d’égalité économique qui a longtemps été sa raison d’être, tandis que la droite devient protectionniste et réaffirme son attachement à l’identité nationale, quand ce n’est pas à l’identité ethnique ou à la religion majoritaire. Ce qui a changé, c’est que le bien vendu par les formations politiques n’est plus économique, mais statutaire : la politique identitaire vend de la dignité à des groupes sociaux qui demandent à être reconnus en tant que tels.

Cette demande de reconnaissance peut n’être que symbolique, mais elle peut grossir pour se traduire en demandes d’avantages politiques ou, ce qui est encore plus inquiétant, en demande de punition ou de pénalisation des autres groupes désignés comme néfastes, voire comme ennemis. Sa généralisation à l’ensemble de la société défait la confiance, ce ciment moral nécessaire à la coopération individuelle.

Que ce soit en politique, sur les campus ou dans les relations d’affaires, l’aiguillon identitaire divise et recompose le monde social à l’aune des passions les moins avouables. Comme l’observait Pierre Hassner, l’humiliation, le ressentiment et la honte sont des moteurs puissants pour alimenter les passions identitaires, c’est-à-dire pour s’en rendre esclaves jusqu’à en perdre la raison, c’est-à-dire le sens de ses propres intérêts.

LE NOUVEAU COLLECTIVISME

La passion identitaire qui anime certains de nos contemporains, qui peut être meurtrière comme c’est le cas à Christchurch, qui peut parler le langage du fondamentalisme religieux, tout comme elle peut au contraire encourager à la persécution des religions et des croyances, est le nouveau collectivisme qui menace le fondement libéral de nos institutions.

En minant la coopération sociale et banalisant la violence, elle assèche le capital social nécessaire au bon fonctionnement de notre monde commun. Jouant sur les réflexes tribaux les plus archaïques de l’esprit humain, elle la menace d’éteindre l’esprit des Lumières. Comment contenir les passions identitaires ? Comment juguler leur déploiement meurtrier ? Celui qui trouvera la réponse sauvera la liberté en Occident comme dans le reste du monde.

Un don au Cosaque du Don

Un don au Cosaque du Don

Publié le 11 Mars 2019 par Observatus geopoliticus

Non, chers lecteurs et amis, ceci n’est pas le titre d’un nouveau billet sur la situation en Ukraine ou dans le Caucase, régions d’origine par excellence des fameux Cosaques.

Ces cavaliers des steppes, regroupement hétéroclite d’aventuriers, de paysans libres et de mercenaires, tenaient un double rôle de pionniers et de protecteurs des marges de l’empire des tsars. L’une des cosaqueries les plus célèbres fut celle du Don, créée par le fameux Ivan le Terrible au XVIème siècle. Ce sont eux par exemple qui établirent leur campement sur les Champs Elysées après la défaite napoléonienne. On les retrouve aussi à partir de 2014 dans le Donbass pour défendre les républiques russophones contre la junte ukrainienne post-Maïdan…

Aujourd’hui, le Cosaque du Don a besoin de vos dons afin de renouveler sa monture et parcourir ainsi de plus belle les steppes de l’Eurasie, accompagnant les pipelines, se perdant dans les déserts du Moyen-Orient ou les montagnes d’Asie centrale, suivant les nouvelles Routes de la Soie, pour vous informer au plus près des dernières nouvelles du Heartland et du Rimland.

Ce blog a toujours été gratuit et le restera. C’est même la philosophie de nos Chroniques : être accessible au plus grand nombre afin d’éclairer sur ce qui se passe vraiment sur la scène géopolitique face à la désinformation toujours plus folle du système impérial.

Sur le conseil d’anciens et nouveaux lecteurs ainsi que de proches, je me permets juste de lancer un appel aux dons, car informer ainsi et écrire près de 500 billets depuis le début du site prend énormément de temps. C’est un travail à part entière, passionnant mais qui entraîne parfois certains sacrifices. Aussi, a pris forme l’idée d’une cagnotte :

https://www.leetchi.com/c/chroniques-du-grand-jeu

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/03/un-don-au-cosaque-du-don.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

À propos des sémites et des antisémites, des sionistes et des antisionistes

À propos des sémites et des antisémites, des sionistes et des antisionistes

Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Bien que résidant en Israël, « Etat du peuple juif », j’ai suivi de près les débats, en France, sur : antisémitisme et antisionisme. Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Commençons par les problèmes de définition. Depuis longtemps déjà, je ressens un malaise non seulement face à la récente formule en vogue : « civilisation judéo-chrétienne », mais aussi face à l’utilisation traditionnelle du vocable : « antisémitisme ». Ce terme, comme l’on sait, a été inventé dans la seconde moitié du 19ème siècle par Wilhelm Marr, nationaliste-populiste allemand qui détestait les juifs. Conformément à l’esprit de cette époque, les utilisateurs de ce terme tenaient pour présupposé de base l’existence d’une hiérarchie des races dans laquelle l’homme blanc européen se situe au sommet, tandis que la race sémite occupe un rang inférieur. L’un des fondateurs de la « science de la race » fut, comme l’on sait, le français Arthur Gobineau.

De nos jours, l’Histoire un tantinet plus sérieuse ne connaît que des langues sémites (l’araméen, l’hébreu, et l’arabe, qui se sont diffusées au Proche Orient), et ne connaît, en revanche, nulle race sémite. Sachant que les juifs d’Europe ne parlaient pas couramment l’hébreu, qui n’était utilisé que pour la prière, (de même que les chrétiens utilisaient le latin), il est difficile de les considérer comme des sémites.

Faut-il rappeler que la haine raciale moderne envers les juifs constitue, avant tout, un héritage des églises chrétiennes ? Dès le quatrième siècle, le christianisme s’est refusé à considérer le judaïsme comme une religion légitime concurrente, et à partir de là, il a créé le fameux mythe de l’exil : les juifs ont été exilés de Palestine pour avoir participé au meurtre du fils de Dieu ; c’est pourquoi, il convient de les humilier pour démontrer leur infériorité. Il faut pourtant savoir, qu’il n’y a jamais eu d’exil des juifs de Palestine, et, jusqu’à aujourd’hui, on ne trouvera pas le moindre ouvrage de recherche historique sur le sujet !

Personnellement, je me range dans l’école de pensée traditionnelle qui se refuse à voir les juifs comme un peuple-race étranger à l’Europe. Dès le 19ème siècle, Ernest Renan, après s’être libéré de son racisme, avait affirmé que : Le juif des Gaules… n’était, le plus souvent, qu’un Gaulois professant la religion israélite. » L’historien Marc Bloch a précisé que les juifs sont : « Un groupe de croyants recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave ». Et Raymond Aron d’ajouter : « Ceux que l’on appelle les juifs ne sont pas biologiquement, pour la plupart, des descendants des tribus sémites… ». La judéophobie s’est, cependant, toujours obstinée à voir les juifs, non pas comme une croyance importante, mais comme une nation étrangère.

Le lent recul du christianisme, en tant que croyance hégémonique en Europe ne s’est pas accompagné, hélas, d’un déclin de la forte tradition judéophobe. Les nouveaux « laïcs » ont transformé la haine et la peur ancestrales en idéologies « rationalistes » modernes. On peut ainsi trouver des préjugés sur les juifs et le judaïsme non seulement chez Shakespeare ou Voltaire, mais aussi chez Hegel et Marx. Le noeud gordien entre les juifs, le judaïsme et l’argent semblait allait de soi parmi les élites érudites. Le fait que la grande majorité des millions de juifs, en Europe orientale, ait souffert de la faim, et ait vécu en situation de pauvreté, n’a absolument pas eu d’effet sur Charles Dickens, Fiodor Dostoïevski, ni sur une grande fraction de la gauche européenne. Dans la France moderne, la judéophobie a connu de beaux jours non seulement chez Alphonse Toussenel, Maurice Barrès et Edouard Drumont, mais aussi chez Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon, voire, pendant un temps, chez Jean Jaurès et Georges Sorel.

Avec le processus de démocratisation, la judéophobie a constitué un élément immanent parmi les préjugés des masses européennes : l’affaire Dreyfus a fait figure d’événement « emblématique », en attendant d’être surpassée, et de loin, par l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale. C’est entre ces deux événements historiques qu’est né le sionisme, en tant qu’idée et mouvement.

Il faut cependant rappeler que jusqu’à la seconde guerre mondiale, la grande majorité des juifs et leurs descendants laïques étaient antisionistes. Il n’y avait pas que l’orthodoxie, forte et organisée, pour s’indigner face à l’idée de précipiter la rédemption en émigrant vers la Terre Sainte ; les courants religieux plus modernistes (réformateurs ou conservateurs), s’opposaient aussi vivement au sionisme. Le Bund, parti laïque en qui se reconnaissait la majorité des yddishophones socialistes de l’empire russe, puis de la Pologne indépendante, considérait les sionistes comme des alliés naturels des judéophobes. Les communistes d’origine juive ne perdaient pas une occasion de condamner le sionisme comme complice du colonialisme britannique.

Après l’extermination des juifs d’Europe, les rescapés qui n’avaient pas réussi à trouver à temps refuge en Amérique du Nord, ou en URSS, adoucirent leur relation hostile au sionisme, alors même que la majorité des pays occidentaux et du monde communiste en venait à reconnaître l’Etat d’Israël. Le fait que la création de cet Etat se soit effectuée, en 1948, aux dépens de la population arabe autochtone ne gêna pas outre mesure. La vague de la décolonisation en était encore à ses prémices, et ne constituait pas une donnée à prendre en compte. Israël était alors perçu comme un Etat-refuge pour les juifs errants, sans abri ni foyer.

Le fait que le sionisme ne soit pas parvenu à sauver les juifs d’Europe, et que les survivants aient souhaité émigrer en Amérique, et malgré la perception du sionisme comme étant une entreprise coloniale au plein sens du terme, n’altèrent pas une donnée significative : le diagnostic sioniste concernant le danger qui planait sur la vie des juifs dans la civilisation européenne du vingtième siècle (nullement judéo-chrétienne !), s’était avéré exact. Théodore Herzl, le penseur de l’idée sioniste, avait, mieux que les libéraux et les marxistes, compris les judéophobes de son époque.

Cela ne justifie pas, pour autant, la définition sioniste selon laquelle les juifs forment un peuple-race. Cela ne justifie pas davantage la vision des sionistes décrétant que la Terre Sainte constitue la patrie nationale sur laquelle ils auraient des droits historiques. Les sionistes ont, cependant, créé un fait accompli politique, et toute tentative de l’effacer se traduirait par de nouvelles tragédies dont seront victimes les deux peuples qui en ont résulté : les Israéliens et les Palestiniens.

Il faut en même temps se souvenir et le rappeler : si tous les sionistes ne réclament pas la poursuite de la domination sur les territoires conquis en 1967, et si nombre d’entre-eux ne se sentent pas à l’aise avec le régime d’apartheid qu’Israël y exerce depuis 52 ans, tout un chacun qui se définit comme sioniste s’obstine à voir en Israël, au moins dans ses frontières de 1967, l’Etat des juifs du monde entier, et non pas une République pour tous les israéliens, dont un quart ne sont pas considérés comme juifs, parmi lesquels 21% sont arabes.

Si une démocratie est fondamentalement un Etat aspirant au bien-être de tous ses citoyens, de tous ses contribuables, de tous les enfants qui y naissent, Israël, par-delà le pluralisme politique existant, est, en réalité, une véritable ethnocratie, à l’instar de ce qu’étaient la Pologne, la Hongrie, et d’autres Etats d’Europe de l’Est, avant la seconde guerre mondiale.

La tentative du président français Emmanuel Macron et de son parti visant aujourd’hui à criminaliser l’antisionisme comme une forme de l’antisémitisme s’apparente à une manœuvre cynique et manipulatoire. Si l’antisionisme devenait une infraction pénale, je recommanderais à Emmanuel Macron de faire condamner, à titre rétroactif, le bundiste Marek Edelman, qui fut l’un des dirigeants du ghetto de Varsovie et totalement antisioniste. Il pourrait aussi convier au procès les communistes antisionistes qui, plutôt que d’émigrer en Palestine, ont choisi de lutter, les armes à la main, contre le nazisme, ce qui leur a valu de figurer sur « l’affiche rouge ».

S’il entend faire preuve de cohérence dans la condamnation rétroactive de toutes les critiques du sionisme, Emmanuel Macron devra y joindre ma professeure Madeleine Rebérioux, qui présida la Ligue des Droits de l’Homme, mon autre professeur et ami : Pierre Vidal-Naquet, et aussi, bien évidemment : Éric Hobsbawm, Edouard Saïd, et bien d’autre éminentes figures, aujourd’hui décédées, mais dont les écrits font encore autorité.

Si Emmanuel Macron souhaite s’en tenir à une loi réprimant les antisionistes encore en vie, la dite future loi devra aussi s’appliquer aux juifs orthodoxes de Paris et de New-York qui récusent le sionisme, à Naomi Klein, Judith Butler, Noam Chomsky, et à bien d’autres humanistes universalistes, en France et en Europe, qui s’auto-identifient comme juifs tout en s’affirmant antisionistes.

On trouvera, bien évidemment, nombre d’idiots à la fois antisionistes et judéophobes, de même qu’il ne manque pas de pro-sionistes imbéciles, judéophobes aussi, pour souhaiter que les juifs quittent la France et émigrent vers l’Etat d’Israël. Faudra-t-il les inclure également dans cette grande envolée judiciaire ? Prenez garde, Monsieur le Président, à ne pas vous laisser entraîner dans ce cycle infernal, au moment précis où la popularité décline !

Pour conclure, je ne pense pas qu’il y ait une montée significative de l’antijudaïsme en France.

Celui-ci a toujours existé, et je crains, hélas, qu’il n’ait encore de beaux jours devant lui. Je n’ai, toutefois, aucun doute sur le fait que l’un des facteurs qui l’empêche de régresser, notamment dans certains quartiers où vivent des gens issus de l’immigration, est précisément la politique pratiquée par Israël à l’encontre des Palestiniens : ceux qui vivent, comme citoyens de deuxième catégorie, à l’intérieur de « l’Etat juif », et ceux qui, depuis 52 ans, subissent une occupation militaire et une colonisation brutales.

Faisant partie de ceux qui protestent contre cette situation tragique, je soutiens de toutes mes forces la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Palestiniens, et je suis partisan de la « désionisation » de l’Etat d’Israël. Devrai-je, dans ce cas, redouter que ma prochaine visite en France, ne m’envoie devant un tribunal ?

Shlomo Sand

Lundi 25 février 2019 – Blog Médiapart

Traduit de l’hébreu par Michel Bilis

 

http://www.afrique-asie.fr/a-propos-des-semites-et-des-antisemites-des-sionistes-et-des-antisionistes/

Madame Schiappa, vous n’aurez pas notre haine !

Madame Schiappa, vous n’aurez pas notre haine !

JACQUES DEMARTHON / AFP
La Secrétaire d’Etat Marlène Schiappa, à l’Assemblée nationale, le 12 février 2019.

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Dans un entretien accordé à Valeurs actuelles, Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, déclare : « Je ne mets pas sur le même plan La Manif pour tous et les terroristes islamisées, mais je souligne l’existence d’une convergence idéologique », à propos de l’homophobie. Alors que LMPT a annoncé vouloir porter plainte, Marlène Schiappa a présenté ses excuses dans un communiqué.

Alors que l’expression « pas d’amalgames » fait florès dans les médias depuis la vague d’attentats islamistes sur notre territoire, la fringante secrétaire d’État a commis le pire. Comment, en effet, souligner une « convergence » entre les terroristes et un mouvement citoyen qui a défilé pacifiquement, malgré quelques outrances, pour défendre une vision de la famille traditionnelle ? En creux, nous devinons que Marlène Schiappa établit cette analogie surtout pour dénoncer l’homophobie. Mais qui, dans nos banlieues, pourchasse les homosexuels ou les frappe dans la rue ? Il s’agit à première vue d’une mauvaise foi éhontée, et, plus grave encore, d’un aveuglement face aux périls traversés par notre civilisation. Nous pouvons également avoir une sincère pensée pour les survivants du Bataclan, de l’Hyper Casher ou de Nice qui ont sûrement découvert cette phrase la boule au ventre.

L’art de la mesure

Les faits sont hélas têtus : s’il existe effectivement une certaine homophobie ou, tout du moins, une gêne à l’égard de ce sujet dans les milieux catholiques traditionnels, il n’en demeure pas moins que la plupart des agressions homophobes commises en France ne sont pas le fait d’anciens participants à La Manif pour tous… Dans L’Homme révolté, Albert Camus écrit : « La logique du révolté est… de s’efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel », et Marlène Schiappa serait bien inspirée de retrouver l’idéal camusien de mesure et de discernement pour ne pas ajouter au malheur de notre monde. On ne peut pas mettre sur un même pied d’égalité les clichés véhiculés par certains chrétiens et les prêches salafistes qui appellent à l’éradication de l’homosexualité, prêches qui, hélas, sont suivis de graves conséquences.

La parole de Marlène Schiappa est injuste, car se dessine en creux un rapprochement entre le terrorisme islamique et la doctrine catholique. Assumer la défense d’un modèle familial n’est pas rejeter l’homosexualité dans son ensemble. D’ailleurs, le pape François œuvre pour que les fidèles homosexuels soient accueillis. En recevant Juan Carlos Cruz, victime d’actes pédophiles au Chili, le Saint-Père lui a confié : « Juan Carlos, que vous soyez gay importe peu. Dieu vous a fait ainsi et vous aime ainsi. Cela n’a pas d’importance. Le Pape vous aime ainsi. Vous devez être heureux de ce que vous êtes. » S’il a pu exister ou s’il existe encore des paroles déplacées à leur égard, un minimum d’honnêteté intellectuelle saluerait cette initiative du Pape, au lieu de constamment brocarder l’Église, à grands renforts de punchlines.

Conséquences et inconséquence de la communication

Le rapprochement entre LMPT et les terroristes islamistes est honteux. Alors que le pape François est à l’initiative du sommet de l’Église contre les abus sexuels, que le journaliste Frédéric Martel publie Sodoma, un livre à charge sur l’homosexualité dans les hautes sphères de l’Église, que François Ozon a vu son film Grâce à Dieu autorisé par la justice (ô surprise !), la fenêtre de tir était trop belle pour Marlène Schiappa. La secrétaire d’État semble avoir bien appris sa leçon chez Cyril Hanouna : lorsque l’actualité s’y prête, il faut créer le buzz à tout prix. Et tant pis pour la subtilité ou la prise de hauteur face aux événements : le but est uniquement de truster les premières pages de Google Actualités et d’alimenter un débat sur BFM TV. Mission réussie pour l’idole de la macronie : elle fait les gros titres, son nom est cité sur les plateaux de télévision. Il aura fallu la menace de plainte de La Manif pour tous pour sonner la fin de la récréation. Le ministre présente ses excuses, mais « assume ses propos ».

Car la déclaration de Marlène Schiappa participe aussi d’un climat plus complexe qu’il n’y paraît. Lorsqu’un principe coranique fait débat dans notre société (menus halal, voile à l’école, mixité dans les piscines municipales), il est de bon ton de brandir l’étendard de la laïcité face à l’influence néfaste des religions dans leur ensemble. L’Église catholique constitue ainsi le bouc émissaire idéal sur le dos duquel il est facile de faire porter tous les fardeaux. Depuis 1789, l’Église est habituée à faire le dos rond face aux outrances, aux quolibets, et aux attaques déplacées. Alors que l’islam propose un défi majeur à notre société façonnée par le christianisme, les hommes politiques préfèrent cibler l’ensemble des religions par refus de froisser une partie des citoyens de confession musulmane. Il ne s’agit pas de verser dans l’excès inverse (cibler l’ensemble des musulmans), mais bien de répondre fermement à ce défi en nommant les dérives et en assumant notre culture chrétienne comme nos principes intangibles pour garantir le bien commun.

Raser les murs ou vivre en paix ?

Dans un article inspiré paru dans Le Point, « Feu sur les catholiques », Jérôme Cordelier s’interroge en ces termes : « Alors que l’Église traverse l’une des plus graves crises de son histoire contemporaine, les catholiques, qui depuis des siècles ont en grande partie façonné notre culture collective et ont été parmi les premiers à s’engager dans les heures sombres de notre histoire, vont-ils devoir aujourd’hui en France raser les murs ? » Nous serions tentés de lui répondre par l’affirmative. Tant de scandales ternissent l’image de l’Église en ce moment que les catholiques peinent à se faire entendre. La prière, l’adoration, la lecture de la Bible, le recueillement, semblent les seules alternatives à court-terme pour sortir de ce marasme. En revanche, nous devons assumer nos valeurs : oui, nous défendons une vision de la famille traditionnelle, car nous estimons qu’un père et une mère sont un idéal de complémentarité essentiel pour l’enfant. Non, ce n’est pas assimilable à des tirs de mitrailleuse dans une salle de concerts. Non, nous ne voulons pas pourchasser les homosexuels.

Pour tout cela, Marlène Schiappa, vous n’aurez pas notre haine. Nous acceptons vos excuses. Nous pardonnons même votre quête effrénée de reconnaissance médiatique, qui est compréhensible au regard de ce que devient la politique à l’heure des réseaux sociaux. Nous vous invitons simplement à davantage de modération, et vous demandons humblement de ne plus oser ces rapprochements douteux, car ils peuvent être douloureux. Et même si les chrétiens sont censés accepter la souffrance, ils n’en préfèrent pas moins vivre dans la joie et la fraternité.

La défense de l’Europe

La défense de l’Europe
La défense de l’Europe, de son territoire et de ses populations, voilà le bien commun le plus évident pour les citoyens de l’Union européenne (UE). Ce devrait donc être un des thèmes porteurs de la campagne pour les élections européennes de mai 2019.
Problème : ce n’est pas l’UE en tant qu’institution qui a la responsabilité de sa propre défense mais l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) dans laquelle les Etats-Unis sont prépondérants.
Un peu d’histoire. Sortis exsangues de la Deuxième Guerre mondiale, les pays de l’Europe de l’Ouest ne pouvaient que se placer sous la protection des Etats-Unis, face à la formidable menace soviétique. Ils le firent au travers de l’OTAN créée en 1949. Nous devons être reconnaissants aux Etats-Unis pour avoir très largement contribué à gagner la Guerre froide, sans tirer un coup de canon.
Mais nous sommes en 2019. 70 ans après 1949, les risques et menaces se sont diversifiés, mondialisés. Les Etats-Unis en ont tiré les conséquences en retirant la presque totalité de leurs forces du sol européen, donnant la priorité stratégique à l’Asie, leur nouveau défi.
D’autre part, l’UE s’est relevée de ses ruines. Sa richesse globale — son PIB – est aujourd’hui équivalente à celle des Etats-Unis. Il est donc invraisemblable que 500 millions d’Européens de l’UE – j’inclus encore nos amis britanniques ! – dépendent encore à ce point, pour leur défense, de 325 millions d’Américains.
M. Trump dit la même chose, brutalement : les Etats-Unis donnent trop pour la défense des Européens. l’OTAN est une organisation obsolète et, tout autant, l’article 5 de sa charte qui stipule un engagement militaire réciproque en cas d’agression.
Ce serait une grave erreur de penser qu’après Trump, tout rentrera dans l’ordre. Trump ne fait que dire tout haut ce que beaucoup, aux Etats-Unis, pensent tout bas. Je pourrais en donner maints témoignages. J’en retiendrai un, de M.M. Shapiro et Witney, membres éminents d’un important think tank américain, rapporté dans Le Monde du 5 novembre 2009 :
Les Européens entretiennent avec les Etats-Unis une relation infantile et fétichiste, nourrie d’illusions, dont :
– Celle que les intérêts des Américains et les intérêts des Européens sont fondamentalement les mêmes,
– Celle selon laquelle la Sécurité de l’Europe dépend encore de la protection américaine.
Faut-il que nous, Européens, soyons assez sourds et aveugles pour ne pas admettre cette vérité et en tirer les conséquences ? Il est vrai que, depuis le traité de Maastricht de 1992, s’édifie lentement une Politique de Sécurité et de Défense commune (PSDC) de l’UE dont les résultats ne sont pas négligeables :
– Document de Stratégie européenne de Sécurité et de Défense (SESD),
– Agence européenne de Défense (AED) pour l’armement,
– Embryon d’état-major pour les crises civiles et la génération des forces.
– Coopérations structurées permanentes (CSP).
– Fond européen de Défense (FED)
pour me limiter à l’essentiel.
Le problème – il est capital – est que cette défense européenne en gestation n’a rien à voir avec la défense de l’Europe définie plus haut. Elle se limite en effet aux missions dites de Petersberg, sous l’égide de l’ONU :
– Maintien et imposition de la paix
– Evacuation des ressortissants de l’UE
– Aide humanitaire, désarmement, coopération.
Voici donc, en résumé, l’invraisemblable paradoxe :
– L’OTAN a l’exclusivité de la Défense de l’Europe alors que la crédibilité des Etats-Unis, qui la domine de la tête et des épaules, est toujours plus incertaine.
– L’UE est confinée aux interventions exotiques de Petersberg sans même s’être donné un état-major opérationnel permanent pour les conduire.
Ce paradoxe ne semble pas troubler les autorités politiques et militaires de l’UE, qui l’ont masqué derrière le concept commode de complémentarité, de partage des tâches entre OTAN et UE. En réalité, personne n’est dupe : l’OTAN est un bon alibi pour limiter leur effort de défense. Pourquoi payer davantage pour notre défense, même si, via l’OTAN, nous sommes dépendants des Etats-Unis ? Cette culture de la soumission aux Etats-Unis est inacceptable.
Je le dis et l’écris depuis vingt-cinq ans, un peu moins seul aujourd’hui : l’OTAN est l’obstacle majeur pour l’édification d’une défense de l’Europe indépendante. C’est pourquoi il faut faire mourir l’OTAN. Le mieux serait que M.Trump en décide lui-même.
L’OTAN morte, les pouvoirs européens seront contraints d’assumer la première de leurs responsabilités régaliennes, la défense du territoire et des populations, et d’y mettre le prix.
La Défense de l’Europe
Dépendance ou Indépendance ?
L’OTAN ou l’armée européenne ?
Ce pourrait-être ma conclusion. J’y ajouterai deux observations :
1 – J’ai lu le livre du général de Villiers « Qu’est-ce qu’un chef ? » De ses propos souverainistes, j’en retiendrai deux :
« L’armée européenne fusionnée est un rêve. Elle pourrait se transformer en cauchemar. Je crois aux souverainetés nationales, pas à la souveraineté européenne »
« Si l’armée européenne consiste à juxtaposer des forces, à les fusionner, à en faire des unités de combat aux ordres d’un hypothétique état-major à Bruxelles, je dis IMPOSSIBLE » Les majuscules sont de lui.
Mais, mon général, qu’est-ce donc que l’OTAN sinon un quartier général – le SHAPE – à Bruxelles, des états-majors de corps d’armée multinationaux dont un corps germano-polonais, un corps germano-hollandais, un corps européen à Strasbourg comptant quatre nationalités, un corps de réaction rapide (CRR) français à Lille qui peut accueillir une demi-douzaine de contingents étrangers ?
Ce qui vous convient dans l’OTAN vous serait insupportable dans un cadre européen ? L’armée européenne, ne serait rien d’autre, pour commencer, que l’OTAN sans les Américains. Non pas que nous ne les aimions plus mais tout simplement parce qu’on ne peut plus, on ne doit plus compter sur eux. Eux-mêmes le disent. Dois-je rappeler que nous aurions une armée européenne depuis 1954 si de Gaulle, dans l’opposition, n’en avait sabordé le projet, porté par la France ? J’étais alors à Saint-Cyr- Coëtquidan. J’en fus très triste, comme beaucoup de mes camarades.
2 – Je vais, pour finir, élargir le débat au-delà de la question de la défense de l’Europe. Le choix, aux prochaines élections européennes, se fera entre deux visions inconciliables de l’Europe au mitan de ce siècle. Soit la vision exclusive, souverainiste, nationaliste, arc-boutée sur l’Etat-nation sacralisé : America first – Deutschland über alles – La France d’abord. Soit une vision inclusive, ouverte, humaniste, qui ne tient pas l’Etat-nation comme le grain ultime de l’organisation politique de l’Europe.
Je crois être un bon patriote mais je suis aussi un Européen ardent, un citoyen d’Europe. Aucune contradiction en cela ! Mon Europe est celle de sa devise : « L’unité dans la diversité ». Les Etats-Unis d’Europe, ce n’est pas un gros mot ! C’est la condition nécessaire pour que l’Europe compte demain dans le tiercé des grandes puissances de la planète.
S’UNIR ou S’EFFACER – Les Etats-Unis d’Europe ou les Balkans du monde. Pas besoin de passion pour souscrire à cela. Un peu de raison devrait y suffire.

Général Jean Cot
Ancien commandant de la 1°armée
Ancien commandant de la Forpronu

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Antisionisme, antisémitisme et idéologie coloniale. Par Alain Gresh

21.février.2019 // Les Crises

Antisionisme, antisémitisme et idéologie coloniale. Par Alain Gresh

Source : Orient XXI, Alain Gresh, 19-02-2019

Dans le débat qui agite la France autour de l’antisémitisme, deux dimensions sont souvent absentes : le fait que, durant la première moitié du XXe siècle, la grande majorité des juifs était hostile au sionisme (étaient-ils aussi antisémites ?) ; que la caractéristique principale de ce mouvement était de s’inscrire dans une logique coloniale de conquête et de peuplement. Extraits du livre d’Alain Gresh, Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Fayard, 2017).

Le sionisme n’a été que l’une des réponses possibles, longtemps très minoritaire, à la « question juive ». Durant la fin du XIXe siècle et avant la première guerre mondiale, la grande majorité des juifs d’Europe centrale et de Russie « vote avec ses pieds », en émigrant massivement à l’ouest, et notamment aux États-Unis, la Terre promise de tant de laissés-pour-compte… D’autres, nombreux, font le pari de l’intégration. À partir de 1880, et malgré l’antisémitisme, le nombre de mariages mixtes chez les juifs allemands ne cesse d’augmenter : entre 1901 et 1929, la proportion passe de 16,9 à 59 %. En France aussi, cette « assimilation » s’accélère. La participation active des juifs aux mouvements révolutionnaires transnationaux, notamment socialistes et communistes, qui prônent la fraternité universelle, peut être considérée comme une autre de leurs répliques aux discriminations dont ils sont l’objet. Quant aux religieux, ils rejettent pour la plupart le sionisme : l’État juif ne peut renaître et le Temple ne peut être relevé qu’avec la venue du Messie.

LES RÉTICENCES D’ALBERT EINSTEIN

Le sionisme n’est pas le seul mouvement organisé spécifique des juifs de l’Est. En 1897 est créé le Bund, l’Union générale des ouvriers juifs de Lituanie, Pologne et Russie. Il concurrencera le sionisme jusque dans les années 1930. Il se veut nationaliste et socialiste, se fonde sur des principes de classe, prône le yiddish comme langue nationale et une autonomie politico-culturelle conforme aux thèses de ceux que l’on appelle les « austro-marxistes ». Les bundistes appellent à l’émancipation « sur place » des masses juives, répétant : « Les palmiers et les vignobles de Palestine me sont étrangers. » Ils prêchent la solidarité des ouvriers juifs avec la classe ouvrière internationale et opposent le patriotisme de la galout (l’« exil ») au patriotisme sioniste. Tombé dans l’oubli, ce mouvement signera des pages glorieuses de l’histoire de l’Europe centrale, notamment par son rôle dans l’insurrection du ghetto de Varsovie en 1943. Il sera finalement écrasé en Pologne par les nazis et en Union soviétique par les communistes, dont les positions sur la « question juive » fluctueront au gré des événements et des retournements de doctrine. Pour concurrencer le sionisme, l’URSS va jusqu’à concevoir une république autonome juive, le Birobidjan, à l’extrémité orientale de la Sibérie.

La création de l’État d’Israël consacre la victoire du mouvement sioniste, victoire qu’ont rendue possible l’antisémitisme hitlérien et le génocide. Cet État regroupe une proportion croissante des juifs du monde – quelle que soit la définition que l’on donne à ce terme –, mais inférieure à 40 %. Des centaines de milliers d’entre eux ont préféré l’intégration, aux États-Unis ou en Europe, même si Israël réussit désormais à en mobiliser une fraction importante en faveur de ses options. Ils se sentent, à juste titre, davantage en sécurité à New York ou à Paris qu’à Tel-Aviv ou à Jérusalem. Faut-il se réjouir du triomphe de ce nationalisme étroit, autour d’un État ? Bien que sioniste, Albert Einstein exprimait ses inquiétudes : « La manière dont je conçois la nature essentielle du judaïsme résiste à l’idée d’un État juif, avec des frontières, une armée et une certaine mesure de pouvoir temporel, quelque modeste qu’il soit. J’ai peur des dégâts internes que cela entraînera sur le judaïsme — et surtout du développement d’un nationalisme étroit dans nos propres rangs […]. Un retour à une nation, au sens politique du terme, équivaudrait à se détourner de la spiritualité de notre communauté, spiritualité à laquelle nous devons le génie de nos prophètes. »

« Le sionisme n’est pas le corollaire obligatoire, fatal, de la persistance d’une identité juive, remarque Maxime Rodinson ; ce n’est qu’une option. » Et cette option est critiquable, non seulement comme toute idéologie nationaliste, mais aussi parce que son aboutissement — la création d’un État juif — n’était possible que par la dépossession des Palestiniens. Le sionisme s’est pleinement inscrit — et ce fut l’une des conditions majeures de sa victoire — dans l’aventure coloniale. Ce fut et cela reste sa principale faute.

RIEN DE COMMUN AVEC CE QUE L’ON APPELLE « L’ORIENT »

Le dévouement ou l’idéalisme de nombre de militants sionistes n’est pas en cause. Un jeune juif débarqué sur la Terre promise en 1926 pouvait écrire : « Je peux être fier car depuis un an que je suis en Palestine, je me suis débarrassé de la gangue d’impureté de la diaspora et je me suis purifié du mieux possible. Je voulais une patrie. Être un homme comme les autres, égal aux autres, fier comme eux d’être en Palestine. Dès l’instant où mes pieds ont foulé la terre de mes ancêtres, j’ai rompu tout lien avec l’Europe et l’Amérique. » Il changea de nom, se fit appeler Chaïm Shalom et déclara : « Je suis hébreu et mon nom est hébreu car je suis issu du pays des Hébreux. »

En dépit d’un credo socialiste — ou parfois à cause de lui —, les sionistes ressemblaient aux colons installés en Algérie ou en Afrique du Sud, convaincus de faire progresser la civilisation face à des populations sauvages. Le sionisme en Palestine, malgré des formes particulières, se rattache au mouvement de colonisation sur deux plans : par son attitude à l’égard des populations « autochtones » ; par sa dépendance à l’égard d’une métropole, la Grande-Bretagne, au moins jusqu’en 1939. D’ailleurs, à l’époque où le colonialisme n’avait pas la connotation négative qu’il a aujourd’hui, Theodor Herzl écrivait à Cecil Rhodes, l’un des conquérants britanniques de l’Afrique australe : « Mon programme est un programme colonial. » Zeev Jabotinsky, le dirigeant du mouvement sioniste révisionniste, pour sa part, se réjouissait : « Dieu merci, nous juifs n’avons rien en commun avec ce que l’on appelle l’“Orient”. Nous devons venir en aide à ceux parmi le peuple qui sont incultes et qui s’inscrivent dans des traditions et des lois spirituelles archaïques orientales. Nous allons en Palestine d’abord pour notre “bien-être” national, ensuite pour en expurger systématiquement toute trace de l’“âme orientale”. »

Mordechaï Ben Hillel Ha Cohen, un juif installé à Jérusalem, note : « Nous sommes en Palestine la population la plus civilisée, personne ne peut rivaliser avec nous sur le plan culturel. La plupart des indigènes sont des fellahs et des bédouins ignorant tout de la culture occidentale. Du temps sera encore nécessaire avant qu’ils apprennent à vivre sans rapines, vols et autres forfaits, jusqu’à ce qu’ils éprouvent de la honte devant leur nudité et leurs pieds nus et qu’ils adoptent un mode d’existence où prévaudra la propriété privée, et où il sera nécessaire que des routes soient tracées et les chaussées goudronnées, que les écoles, les maisons de charité et les tribunaux essaiment sans qu’il y ait de corruption. » Mais l’insondable « âme orientale » semble résister à des décennies de civilisation puisque Moshé Katsav, alors président d’Israël, déclare en mai 2001 : « Il existe une immense fracture entre nous [les juifs] et nos ennemis, pas seulement en ce qui concerne les capacités, mais aussi sur le plan de la morale, de la culture, du caractère sacré de la vie et de la conscience […]. Ils sont nos voisins ici, mais on a l’impression qu’à une distance de quelques centaines de mètres il y a des gens qui ne sont pas de notre continent, de notre monde, mais qui finalement appartiennent à une autre galaxie. » Sont-ils humains, ces Palestiniens ?

LES PALESTINIENS COMME ANIMAUX SAUVAGES

À la suite d’émeutes à Jaffa en 1921, une commission d’enquête britannique note que le mouvement ne constituait nullement un pogrom antisémite, mais que les insurgés haïssaient les sionistes, non les juifs. Le Jewish Chronicle, organe des juifs britanniques, s’insurge : « Essayez d’imaginer que les animaux sauvages du parc zoologique sortent de leur cage et tuent quelques-uns des visiteurs, et que la commission chargée d’enquêter sur les circonstances établisse que la raison du drame est que les animaux n’aimaient pas leurs victimes. Comme s’il ne relevait pas du devoir de la direction du zoo de garder les animaux dans leurs cages et de s’assurer qu’elles soient bien fermées. » Quelle franchise ! Frantz Fanon, psychiatre antillais rallié à la révolution algérienne, auteur d’un pamphlet célèbre, Les Damnés de la terre (1961), constate : « Le langage du colon, quand il parle du colonisé, est un langage zoologique. On fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la ville indigène, aux hordes, à la puanteur, au pullulement, au grouillement, aux gesticulations. Le colon, quand il veut bien décrire et trouver le mot juste, se réfère constamment au bestiaire. »

La conquête de la terre comme le « refoulement » des autochtones confirment la dimension coloniale du mouvement sioniste. L’un de ses cadres reconnaît dès les années 1910 : « La question arabe s’est révélée dans toute son acuité dès le premier achat de terres, lorsque je dus expulser pour la première fois des habitants arabes pour y installer à la place nos frères. Longtemps après continua de résonner à mes oreilles la triste complainte des bédouins rassemblés cette nuit-là autour de la tente des pourparlers, avant qu’ils ne quittent le village de Shamsin […]. J’avais le cœur serré et je compris alors à quel point le Bédouin était attaché à sa terre. » Mètre carré après mètre carré, les colons juifs s’emparent des terres, repoussant les Arabes.

Aucun compromis n’est possible, Ben Gourion en a bien conscience : « Tout le monde considère les relations entre juifs et Arabes comme problématiques. Mais ils ne voient pas tous que cette question est insoluble. Il n’y a pas de solution ! Un gouffre sépare les deux communautés. […] Nous voulons que la Palestine soit notre nation. Les Arabes veulent exactement la même chose. »

Israël Zangwill, un proche de Theodor Herzl, explique dans la presse britannique durant la Première Guerre mondiale : « Si l’on pouvait exproprier, avec compensation, les 600 000 Arabes de Palestine, ou si l’on pouvait les amener à émigrer en Arabie, car ils se déplacent facilement [sic !],ce serait la solution de la plus grande difficulté du sionisme. » Herzl avoue dans son journal en 1895 : « Nous devons les exproprier gentiment. Le processus d’expropriation et de déplacement des pauvres doit être accompli à la fois secrètement et avec prudence. » Il sera achevé, sur une grande échelle, en 1948-1949.

L’APPUI INDISPENSABLE DE LONDRES

Il est vrai que les juifs ne débarquent pas d’une « métropole ». Ils arrivent de différents pays et ne peuvent envisager de « retourner » en Russie ou en Pologne, comme d’ailleurs les Européens blancs, protestants en majorité, installés aux Amériques et qui enferment les Indiens dans des réserves après avoir essayé – et largement réussi – de les exterminer. Mais le mouvement sioniste bénéficie tout de même du soutien de Londres, sans lequel il serait voué à l’échec : ainsi, pour la seule décennie qui suit l’instauration du mandat en 1922, on compte 250 000 immigrés, plus du double par rapport à la décennie précédente. « Pendant tout mon service en Palestine, écrit Arthur Wauchope, le haut-commissaire britannique qui sévit à Jérusalem à partir de 1931, je considérais de mon devoir d’encourager le peuplement juif et je n’avais d’autre ambition que de voir sa sécurité assurée. » Il évoque d’ailleurs la « grande aventure » de la colonisation. Ni l’émigration, ni l’achat de terres, ni la création de structures étatiques n’auraient été possibles sans le parapluie britannique. Bien sûr, il pouvait surgir des contradictions entre les intérêts du yishouv (la communauté juive de Palestine) et ceux de Londres, mais, au moins jusqu’en 1939, elles furent secondaires.

Cette alliance est servie par ce que j’appellerais les « affinités culturelles ». Je prends un exemple. À la suite des violentes émeutes qui éclatent en Palestine en 1929, de nombreux responsables britanniques, sur place ou en Grande-Bretagne, sont convaincus de la nécessité d’un changement de cap passant par la restriction de l’immigration et de l’achat de terres. Le ministère des colonies prépare en octobre 1930 un Livre blanc reprenant ces propositions. Mais Weizmann fait jouer toutes ses relations, Ben Gourion consulte le chef du gouvernement britannique et obtient une garantie de la liberté d’immigration et d’achat de terres, qualifiée de « lettre noire » par les Arabes. Le premier ministre britannique discute même avec le numéro un sioniste le moyen de privilégier les juifs dans les arrangements, au détriment du principe de la parité (traitement égalitaire des juifs et des Arabes) affirmé publiquement.

Cet éclatant succès, le mouvement le doit à son entregent, à ses contacts politiques, à sa connaissance du système politique britannique. Les sionistes ont plus de chances de se faire entendre que les représentants arabes ou palestiniens, dont la culture, les traditions, le mode même de négociation sont étrangers aux Européens. Les sionistes sont des Occidentaux qui parlent à des Occidentaux. Cet atout, ils en useront à chaque étape du conflit. Israël, pour reprendre l’expression de Maxime Rodinson, est un « fait colonial ». Comme l’Australie ou les États-Unis, le pays est né d’une conquête, de l’expropriation des autochtones. En revanche il n’est pas, contrairement à l’Afrique du Sud de l’apartheid, une « société coloniale », une société qui a besoin des « indigènes » pour survivre.

D’autre part, même s’il a été bâti sur une injustice, Israël est désormais un État reconnu par la communauté internationale, par les Nations unies. Penser, comme l’ont fait et continuent de le faire certains, que l’on peut « expulser » les Israéliens, les renvoyer « chez eux », n’est ni moralement défendable ni politiquement réaliste. Une injustice ne peut être réparée par une autre injustice. Vivent désormais en Terre sainte deux peuples, l’un israélien, l’autre palestinien. On peut rêver, comme le font quelques intellectuels palestiniens et israéliens, qu’un seul État pourrait les regrouper ; c’est une belle utopie, que notre génération ne verra pas se réaliser. Et, quoi qu’il en soit, aucune solution ne pourra être imposée de façon unilatérale aux Palestiniens ni aux Israéliens.

Source : Orient XXI, Alain Gresh, 19-02-2019

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https://www.les-crises.fr/antisionisme-antisemitisme-et-ideologie-coloniale-par-alain-gresh/

Le temps de toutes les confusions

Le temps de toutes les confusions

C’est donc évidemment misère et consternation de voir l’antisionisme convoqué par des antisémites, et d’entendre le mot « sioniste », affublé d’autres ignominies, aboyé comme une insulte.

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L’homme qu’il serait urgent de célébrer aujourd’hui s’appelait Stéphane Hessel. Il nous a quittés en 2013. L’a-t-on déjà oublié ? Il avait écrit un petit manifeste dont le titre vibrait comme un injonction à espérer et à combattre : Indignez-vous ! Une fois encore, peut-être plus que jamais, suivre son conseil est une nécessité. L’agression dont a été victime Alain Finkielkraut, le 16 février, en marge d’une manifestation de gilets jaunes, appelle une indignation qui devrait être unanime. Venant après le « Juden » tracé sur une vitrine, et la croix gammée sur le visage de Simone Veil (nous en parlions ici la semaine dernière), l’affaire dit trop de notre époque pour que nous détournions le regard. Nous savons ce que ces mots et ces symboles rappellent et ce qu’ils peuvent annoncer.

Si j’évoque en ces circonstances la mémoire de Stéphane Hessel, ce n’est évidemment pas par hasard, ni non plus pour adhérer à tous ses propos. Ce rescapé des camps nazis avait assez connu l’antisémitisme pour n’en tolérer aucune manifestation, ni franche ni insidieuse. Mais il se trouve qu’au nom de la même philosophie humaniste, il s’était engagé pour le droit des Palestiniens à un État, et contre la politique coloniale et discriminatoire des gouvernements israéliens. Son antiracisme ne connaissait ni frontières ni restrictions. C’est cette cohérence que revendiquent aujourd’hui beaucoup de ceux qui se réclament de l’antisionisme, sans remettre en cause l’existence d’Israël, comme on leur en prête souvent le dessein, et sans accepter non plus de renoncer à la logique d’un combat pour les droits humains, qui devrait être aussi une logique juive.

C’est donc évidemment misère et consternation de voir l’antisionisme convoqué par des antisémites, et d’entendre le mot « sioniste », affublé d’autres ignominies, aboyé comme une insulte. Je précise qu’en ces temps de confusion j’ai choisi pour ma part de faire un usage modéré du mot, préférant me définir comme anticolonialiste (on interdira peut-être un jour l’anticolonialisme ?). Mais je trouverais scandaleux que l’on veuille interdire l’antisionisme par une loi ou par l’intimidation. Et que l’on pratique l’amalgame au nom de la lutte contre l’antisémitisme.

C’est hélas ce que fait le président de la République quand il affirme sans nuances que « l’antisionisme est la forme renouvelée de l’antisémitisme ». Et c’est ce qu’il fait – et c’est peut-être pire encore – quand il invite Benyamin Netanyahou à commémorer les victimes de la rafle du Vél’ d’Hiv’. Fallait-il, avec tant de désinvolture, introniser le Premier ministre d’un gouvernement de colons, auteur d’une loi ultranationaliste qui vient de biffer toute référence à la démocratie, comme un représentant de la communauté juive ? Cela, au risque de commettre le même amalgame que les antisémites. Il n’est pas difficile de comprendre que « sionisme » n’a évidemment pas le même sens selon qu’il est craché avec un accent de haine sur Alain Finkielkraut dans une rue de Paris, ou prononcé dans un discours qui puise dans l’histoire et la complexité de ce mouvement. La confusion ne devrait pas être entretenue par un président de la République, pas même pour plaire lors d’un dîner du Crif à un auditoire essentiellement préoccupé par le soutien à M. Netanyahou.

Indignons-nous, donc. En vérité, nous y sommes invités de toutes parts. Mais à condition, nous dit-on, que notre indignation ne soit suivie d’aucun « mais ». Tout juste d’un silence profond et définitif. Surtout pas un mot sur Finkielkraut. Pas un rappel de ces propos les plus controversés sur le « grand remplacement » ou les enfants de Gaza que l’on « met au monde continûment », « production effrénée d’hommes surnuméraires ». Le dire aujourd’hui affaiblirait le combat contre l’antisémitisme. Ne serait-ce pas, au contraire, le taire qui affaiblirait ce combat ? Car Finkielkraut n’est pas Simone Veil. Il profère parfois des horreurs. Il faut le dire, précisément pour mieux réaffirmer que même dans ses excès de langage, il doit être critiqué, et combattu sur le seul terrain des idées. Et que ses sottises d’intellectuel engagé ne sont pas des sottises « juives » ni même « sionistes ». Ce sont les manifestations de peur d’un homme effrayé par les mouvements de populations qui sont la marque de notre époque. On peut même le trouver parfois intelligent dans ses analyses, et émouvant – j’ose confesser ici cette faiblesse qui me sera reprochée – dans son désarroi et sa quête désespérée du passé.

Accessoirement, ajoutons que les antisémites de samedi dernier auront aussi servi la cause de ceux qui veulent discréditer le mouvement des gilets jaunes, guettent leur épuisement, et rêvent d’effacer la moindre trace de leur message social. Mais l’essentiel aujourd’hui est ailleurs. Et pour cet essentiel, nous étions nombreux mardi soir à manifester, et à nous indigner.


Il est temps de haïr les neocons

Il est temps de haïr les neocons

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Il est temps de haïr les neocons

Ici, nous développons quelques remarques et reprenions un texte de la vraiment-excellentissime Caitlin Johnstone pour signaler combien une dynamique antiguerre est en train de se développer aux USA. Ce phénomène devrait éventuellement s’aligner, compléter ou donner tout son sens à la candidature aux présidentielles USA-2020 de Tulsi Gabbard. Nous en parlions hier, nous poursuivons et complétons aujourd’hui.

(Ce sont en quelque sorte les “enfants naturels” et les soutiens bipartisans fondamentaux du Donald J. Trump de la campagne électorale USA-2016, qui semble désormais les exaspérer dans les contradictions grossières et l’incapacité intellectuelle du président de comprendre ce qu’il a à faire pour sauver une part essentielle du courant populiste qui a permis son élection. Après Tulsi Gabbard, c’est Ann Coulter qui, dans un autre domaine, prend brutalement ses distances d’avec Trump après le marché de dupes [à ses dépens] qu’il a passé avec les démocrates sur “le Mur” mexicain, en instituant un état d’“urgence nationale” complètement cousu de fil blanc : « La seule urgence nationale est que notre président est un idiot » [« The only national emergency is that our president is an idiot »], tweete Coulter.)

Johnstone signale, dans un nouveau texte du 16 février, un très important phénomène en gestation qui pourrait bouleverser le paysage politique de “D.C.-la-folle” et qu’on peut résumer par une interprétation de son titre : “la haine des neocons est redevenue populaire et c’est une très bonne chose” (« Hating Neocons Is Becoming Mainstream Again, And It Is Excellent »). Ce que Johnstone décrit, c’est l’apparition publique et affichée d’une convergence entre le progressisme de gauche antiguerre et le populisme de droite antiguerre justement sur cette question cruciale qui porte la candidature de Gabbard de l’opposition à la politiqueSystème antiguerre. Ce phénomène, qui isole Trump de son électorat par rapport à ses promesses de campagne USA-2016, devrait le rendre complètement obsolète et lui faire perdre toute sa puissance de communication s’il ne comprend pas qu’il faut complètement renverser la vapeur, – et cela pouvant bien lui coûter sa réélection en 2020 tant il devient extrêmement possible que le thème de l’opposition à la guerre devienne le centre du débat des présidentielles USA-2020.

L’aspect le plus intéressant du texte de Johnstone, c’est sans aucun doute l’intervention d’un député démocrate de la Chambre des Représentants commentant très favorablement le livre qui vient de paraître du présentateur de Fox.News Tucker Carlson, “Why Are These Professional War Peddlers Still Around?”, une virulente attaque contre la position et la politique des neocons, à partir du statut et de l’influence de deux des plus célèbres d’entre eux, Max Boot et Bill Kristoll. Il s’agit du député de la Chambre des Représentants d’origine indienne Ro Khanna (son Wiki beaucoup plus détaillé d’un point de vue politique dans sa version anglaise), qui est un démocrate de l’aile gauche progressiste et antiguerre de ce parti.

Khanna écrit que Carlson « offre une critique dévastatrice de l’interventionnisme et montre dans quelle mesure considérable l’establishment de politique étrangère a trompé le peuple américain. Il existe une coalition droite-gauche émergente de bon sens commun en faveur d’une politique étrangère de retenue» Effectivement, Khanna est d’une gauche progressiste affirmée, Carlson d’une droite populiste non moins identifiable. Ce que juge Johnstone, c’est l’importance de cette association publique et non dissimulée, et par conséquent l’extension à la communication courante (“mainstream”) d’une critique radicale, d’origine consensuelle-dissidente gauche-droite, de la politique constamment usurpée par les neocons depuis un quart de siècle.

Une combinaison droite-gauche de type “dissident” dans l’antiguerre, qui fut en partie et brièvement recherchée et réalisée pendant deux ou trois ans autour de l’intervention en Irak de 2003, fut dissipée et totalement perdue avec l’arrivée d’Obama faisant basculer le camp démocrate dans la politiqueSystème et le bellicisme tandis que l’essentiel de la droite y restait. Ce fut l’alliance des neocons et des R2P qui se renforça sur les enjeux sociétaux et l’antirussisme. L’arrivée de Trump secoua cet arrangement comme l’on fait d’un prunier avant de laisser voir qu’il n’avait certainement pas assez de pensée conceptuelle pour faire une véritable politique dans ce sens ; quoi qu’il en soit, Trump a accompli sa tâche historique de rupture avec divers dégâts et il n’est plus maintenant d’une très grande utilité constructive mais certainement très utile en entretenant un désordre empêchant un regroupement efficace des neocons qui s’avèrent bien poussifs pour lancer une opération contre le Venezuela.

Ce même désordre, qui a complètement pénétré les rangs de “D.C.-la-folle”, ouvre effectivement une opportunité pour un renouveau de ce rassemblement “dissident” antiguerre, avec diverses personnalités atypiques qui peuvent continuer à agir sans être pulvérisées grâce à ce désordre. On pense à Gabbard, bien entendu, en remarquant sa proximité sinon directement ethnique, du moins indirectement par la religion (et les rumeurs qui vont avec), avec le député Khanna ; et aussi, les liens de Khanna avec certains poids lourds de Silicon Valley, notamment par le biais de cadres de haut niveau d’origine indienne également (tribut rendu aux capacités inhérentes aux Indiens dans le domaine de l’informatique).

Désordre, plus que jamais comme on ne cesse de le voir, sinon chaos si de cela se dégage une ligne qui prend peu à peu forme dans un sens antiSystème fondamental… Il faut noter, pour comprendre la puissance de l’enjeu, la présence de la haine comme aliment de la bataille. L’on hait les neocons aux USA comme l’on hait Macron en France, notamment dans les rangs des Gilets-Jaunes : plutôt que le diagnostic d’une anomalie catastrophique du caractère qui permet aux sujets de la haine d’éviter les questions gênantes, nous verrions dans cette haine qui n’a pas fait une seule victime en vingt ans ni supprimé un seul privilège des personnes visées une tension nécessaire pour affronter les serviteurs du Système, – ceux-là immergés dans un tel ensemble institué par “le Mal pur” qu’est le Système, qu’il faut effectivement cette tension-là pour les déstabiliser. Lire sous la plume d’un Castaner la dénonciation de “la haine pure” qu’est l’antisémitisme selon une technique dialectique purement diabolique au regard de tout ce que cet employé du Système représente invite à des interprétations hors du champ des jugements rationnels habituels et des représentations convenues de la morale selon le sapiens pour comprendre le climat de tension nécessaire dans les affrontements actuels.

(Avant de poursuivre par le texte de Johnstone, on signalera un fait historique qui renforce la thèse exposée, un vote de la Chambre des Représentants que Johnstone n’a pu prendre en compte à cause de la chronologie, et qui a été marqué par un événement tragique dans le chef du destin d’un parlementaire peu connu qui, depuis des années, poursuit une bataille antiguerre, et qui patronnait ce voite. Il s’agit du républicain de la Californie Walter Jones, connu pour ses sentiments religieux [il était évangéliste converti au catholicisme] qui ont constitué l’essentiel de l’argument de son combat contre la politique belliciste des neocons. Georges D. O’Neill Jr. écrit notamment le 15 février 2019 dans The American Conservative :

« La Chambre des Représentants des États-Unis a voté mercredi [le 13 février 2019] la proposition de loi H.J.Res. 37 réaffirmant la loi sur les pouvoirs de déclarer la guerre [“War Powers”] du Congrès à propos de la guerre en cours au Yémen. Il s’agit d’un acte important et historique pour le Congrès à de nombreux égards. La résolution a été adoptée par 248 voix contre 177. Le vote d’un républicain favorable au projet était manifestement et tristement manquant: celui du regretté Représentant de la Californie Walter Jones, décédé le 10 février.

» Le projet de loi représente la première fois dans son histoire où la Chambre des Représentants a voté pour invoquer la résolution sur les pouvoirs de guerre afin d’obliger le pouvoir exécutif à mettre fin aux engagements militaires non autorisés dans une guerre étrangère. Malheureusement, le représentant Jones n’était pas là pour assister au point culminant de son travail le plus important à la Chambre : ses efforts inlassables pour démontrer l’impact catastrophique de la politique belliciste des USA. »)

dedefensa.org

http://www.dedefensa.org/article/il-est-temps-de-hair-lesneocons

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