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Luc & Dany

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Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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Luc & Dany

14 janvier 2019 – Il y eut aussi, dimanche soir, une intéressante confrontation de deux complices qui s’entendent comme larrons en foire, et cette fois des larrons plutôt inquiets et fébriles ai-je trouvé à ma grande surprise ; et une foire qui avait, – même surprise, – des allures de veillée sinon funèbres dans tous les cas fiévreusement préoccupée bien que je n’oserais dire, par respect pour les augustes acteurs de la chose, comme j’allais écrire : “sinon paniquarde par instants”.

(Ces deux-là, ils sont ma référence de la suffisance et de la certitude ironique et persifleuse du Système, et d’ailleurs pas sans charme. Je vois leur émission régulière du dimanche 19H00-20H00 par bribes, avec zappages permanents, – question d’insupportabilité dans mon chef, quand on sait ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Cette fois, j’ai pris l’émission à un tiers de son temps et j’ai suivi jusqu’au bout. Je me suis aperçu que ce que j’avais ressenti par ailleurs [« La morosité… […] la marque d’un réel découragement… […] C’est le désordre et la confusion, la panique et la colère, la haine et l’incompréhension… »] s’exprimait là aussi d’une manière singulièrement et paradoxalement claire, avec leur brio habituel et l’aisance coutumière qui font leur succès dans les salons. Le Système panique très gravement face au GJ, c’est dit.)

C’était donc le « En Toute Franchise » de 19H00-20H00 de LCI, – plutôt Daniel Cohn-Bendit (Dany) “avec” Luc Ferry (Luc) que contre Luc Ferry, dirais-je ? Cette fois plus que jamais, l’accord fut parfait entre “Dany” et “Luc”, qui se livrèrent à un étrange “débat” devenu un parfait exemple de monologue à deux (“Dany a raison”, “Comme le dit Luc”) ; et cette fois, éclatant et lumineux, selon un mode opératoire singulier par son extrême schizophrénie, si bellement illustratif de la confusion pressante qui caractérise leur parti.

(A relire ce que j’écris, je range brutalement le jeu de mots auquel je songeais, comme un mauvais sujets, ayant pensé un instant à faire ce titre à cette page du Journal-dde.crisis, songeant à mes héros si braves et si glorieux du temps de ma très-prime jeunesse mais aussi pour indiquer le sens un peu parodique et à ne pas prendre au pied de la lettre du propos, simplement restituant l’étrangeté de l’atmosphère où baignent les esprits, comme en bande dessinée : “les aventures de Luc-Dany”.)

Je suis tombé au moment où l’on poursuivait la vision apocalyptique de ce qui nous attend, qui constitua l’une des notes lugubres du bruit de fond constant de la conversation : la victoire inéluctable dans le futur plus ou moins proche de Le Pen, dans tous les cas des “populistes” et de l’extrême-droite, avec ou pas les LFI de Mélenchon, avec ou pas Mélanchon d’ailleurs ; pour Cohn-Bendit, l’homme de tous les dangers des LFI c’est Rufin, qu’il compare à Pépé Grillo, le fondateur des 5 Etoiles en Italie ; Luc Ferry est le plus lugubrement affirmatif, les choses vont inéluctablement vers un “scénario à l’italienne” avec un rassemblement RN-LFI, c’est la fin “des valeurs démocratiques qui ont été les nôtres pendant 40 ans ”.

Ainsi se déroule sous nos oreilles, dans le chef de deux brillants représentants des élitesSystème, par simple logique antagoniste, une apologie sans réserve ni hésitation du régime dans et sous lequel nous vivons dans sa description symbolique et théorique, avec l’alternative suggérée symboliquement comme étant diabolique et catastrophique. Tout cela est en même temps présenté comme implicitement promis à une fin inéluctable… Quelle catastrophe ! se dit-on si l’on suit implicitement nos discoureurs… Et pourtant, réalise-t-on brusquement, il semble que ce n’est pas si sûr, et même que rien n’est moins sûr quant à la vertu lumineuse du Système ?!

Cette dernière réflexion vient d’un autre fil de la conversation, parallèlement à l’apologie du Système et constitue l’autre note, plutôt scandalisée que lugubre, du “bruit de fond de cette conversation” dont je parlai plus haut. En effet, comme si une mouche avait piqué nos deux compères, voilà qu’ils développent une critique acerbe et même furieuse de la situation présente, celle que nous a amené ce régime qui suit toutes “les valeurs démocratiques”. Brusquement, on croirait entendre deux GJ sur un rond-point perdu de la France périphérique.

C’est Ferry qui commence en observant que l’hyperconsommation à laquelle conditionne ce terrible régime dépasse les pauvres moyens du pauvre Français moyen (autour de €1 350 par mois, précise-t-il) et l’appauvrit inéluctablement. Mais c’est vrai, il ne peut pas s’en sortir ! Et Ferry, lui le vrai moderne, de se lamenter avec élégance sur ces 40 dernières années où l’on a déconstruit les traditions comme la famille et toutes ces chères vieilles choses, qui nous permettaient de résister à ces pressions épouvantables. Il apostrophe les barons du fric en leur affirmant que s’ils payaient mieux leurs employés, ils leur permettraient de mieux vivre et, par parenthèse, leur vendraient plus de leurs produits, – fordisme des années 1910 du temps de la Ford-T réinventé…

“Dany” se découvre un autre cheval de bataille, un vrai pur-sang auquel nul ne songeait : mais enfin, comment peut-on supporter les incroyables inégalités de revenus ? Tel privilégié plus ou moins du type-CAC40 qui touche 40, 50 fois, 100 fois ce que touche le pauvre GJ ! Comment peut-on supporter cela ? Ferry sort un lapin de sa poche : il faut la participation, cette vieille chose qui couta sa peau à de Gaulle, avec son référendum de 1969, une vraie participation qui donne des dividendes aux pauvres travailleurs et pas tout le fric aux plus riches qui ne foutent rien ; “Dany” en rajoute une couche en souvenir du bon vieux temps du “Mouvement du 22 Mars” (est-ce bien la date ? Pas sûr) et de ses études à Nanterre, dortoir des filles, où l’on parlait avec grand sérieux de la cogestion des travailleurs à-la-yougoslave du temps de Tito…

Et ça continue sur le même rythme, et bientôt vous vous demandez : comment arrive-t-on à vivre à la fois dans deux univers, l’un qui porte en triomphe et aux nues le système où nous vivons (le Système) qui organise cette existence échevelée et catastrophique et l’autre qui fait une critique révolutionnaire de la situation que crée ce Système, au point où l’on ne serait pas autrement surpris d’entendre l’un des deux s’écrier : “Et alors, les GJ, qu’est-ce que vous attendez pour prendre d’assaut l’Élysée ?”

Le dernier mot à Ferry, alors que les deux commencent à se lever, conversation terminée : “Ah oui, je tiens à préciser encore une fois que je n’ai jamais demandé qu’on tire à balles réelles sur les Gilets-Jaunes”… Évidemment, puisqu’il s’avère qu’il est lui-même un de ces GJ, – sans doute parlait-on de “balles perdues”.

Et moi je vous dis, sans enthousiasme ni excitation excessives, que nous vivons une fort étrange époque…

http://www.dedefensa.org/article/luc-dany

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Géopolitique des menaces

Géopolitique des menaces

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08 janvier, 2019
Tribune libre

Alain Corvez

Afin de définir sa politique de défense et de sécurité, chaque Etat, qui répond aux intérêts de chaque nation, doit avoir une vision claire des menaces auxquelles il est confronté. Il devra alors les analyser dans le détail pour envisager les parades qu’il peut leur apporter. La menace principale de la France et de l’Europe aujourd’hui est la menace du terrorisme islamique qu’on devrait plutôt appeler terrorisme takfiri, du nom arabe « takfiri » qui désigne ceux qui accusent les autres, y compris les musulmans, juifs, chrétiens ou athées, de non-croyance en Dieu, venant du verbe kafara : devenir incroyant, d’où koufar ou kafar, incroyant, suivant la prononciation latine.

 

Il apparaîtra alors aux responsables de la politique de sécurité que leur action doit être coordonnée avec celles des Etats qui sont menacés par les mêmes attaques terroristes aveugles et sanglantes frappant les civils, les femmes et les enfants innocents et avec celle des Etats dont sont originaires ces flux. Un Etat ne peut pas se contenter de renforcer seulement ses frontières car, d’une part, les flux migratoires peuvent les traverser assez facilement et, d’autre part, une partie des terroristes potentiels sont déjà dans les populations endogènes à nombreux pays européens.

Le terrorisme takfiri est une menace commune à toute l’Europe, au Moyen-Orient et à beaucoup de pays asiatiques, menace désormais prioritaire. Son caractère multiforme, ses sources internationales et son terrain d’action ne s’arrêtant à aucune frontière, nécessite pour y faire face une coopération entre les Etats qui en subissent les attaques et en premier lieu une coopération des services de renseignement et de police.

En effet, il faut d’abord déceler les réseaux terroristes et connaître leurs modus operandi pour les combattre efficacement et essayer de déjouer avant leurs réalisations les attaques en préparation.

Pour définir une politique de défense et de sécurité nationale cohérente, et envisager des échanges d’informations avec d’autres Etats, il est important de définir d’abord clairement quelles sont ces menaces. C’est un point fondamental qui n’est pas toujours compris, notamment par les stratèges occidentaux qui font souvent des amalgames ou des confusions entre les différentes sources du terrorisme et, même, confondent les véritables soutiens des terroristes, qu’ils soient à l’évidence étatiques ou seulement des hybrides d’Etats qui se cachent derrière des organisations non gouvernementales (ONG) ou des organisations para-étatiques.

Nous savons aujourd’hui parfaitement, à la lumière des évènements d’Afghanistan, d’Irak et de Syrie, que le terrorisme takfiri a été initié pour des objectifs stratégiques par les Etats-Unis et ses alliés musulmans, notamment les monarchies du Golfe : on peut tracer un lien entre la création d’Al Qaïda contre les Soviétiques en Afghanistan et ses métamorphoses en Al Nosra, DAESH et autres nombreuses organisations aux financements multiples mais aux objectifs communs.

Dans un entretien pendant sa campagne présidentielle, le candidat Donald Trump avait été clair à cet égard, reprochant aux précédentes administrations de G.W. Bush et Barack Obama d’avoir assassiné Saddam Hussein et Khadafi et d’avoir voulu chasser du pouvoir Bachar el Assad, installant le terrorisme et le chaos là où l’ordre régnait et où l’islam restait cantonné dans son rôle séculier. Il semble qu’il veuille sagement mettre un terme à cette situation, au grand mécontentement de « l’Etat profond » américain, qui fera tout pour retarder la mise en œuvre de cette décision présidentielle.

Comme il avait commencé son mandat sous les pressions de complotistes mécontents que les citoyens américains l’aient porté au pouvoir, il a dû lâcher du lest en plusieurs occasions, chaque fois qu’il manifestait l’intention d’appliquer sa stratégie de désengagement. Sans doute sera-t-il obligé encore de retarder un peu le retrait de ses troupes mais ce retrait reste néanmoins inéluctable.

On se souvient de son voyage dans le Golfe en juin suivant son intronisation, au cours duquel il incitait les alliés traditionnels des Etats-Unis à réunir leurs forces pour lutter contre le terrorisme, accusant l’Iran d’en être la source pour plaire aux monarques du Golfe, alors qu’il ne pouvait pas ignorer que la République Islamique d’Iran est justement en première ligne pour combattre ce terrorisme qui trouve sa source, ses financements et ses soutiens, sous diverses formes et différentes obédiences chez ses amis arabes et israéliens.

Il y avait là une telle incohérence de raisonnement qu’un esprit averti décelait immédiatement dans les déclarations de ce chef d’Etat manifestement intelligent et retors, un objectif stratégique non formulé, qui ne répondait qu’au besoin de l’argent des riches monarchies et au soutien d’Israël, devenu de facto leur allié.

Depuis ces danses du sabre à Riyad, en peu de temps les équilibres internationaux au Moyen-Orient ont changé : en Irak, en Syrie grâce à l’aide militaire apportée au gouvernement de Damas par l’Iran et la Russie, dans la péninsule avec un jeune monarque séoudien inconséquent ostracisant le Qatar et le rapprochant de ce fait de la Turquie, de l’Iran et du Pakistan, déclenchant une guerre catastrophique au Yémen qui lui inflige un échec militaire cuisant et enfin, assassinant au consulat d’Istambul le journaliste Jamal Kashoggi du Washington Post, dans des conditions tellement barbares qu’il ne devrait pas se relever de ce geste qui démontre son incompétence et une brutalité déjà avérée.

Une conséquence du changement des rapports de force dans la région pourrait être une adaptation pragmatique à cette nouvelle réalité de la part d’un Président américain qui a montré sa clarté de vues en plusieurs occasions, et qui équilibrerait ses relations non seulement avec la Russie mais aussi avec l’Iran qui a montré sa résilience face aux sanctions et surtout grâce à ses puissants alliés  qui se sont rapprochés de lui : non seulement la Russie avec qui il se coordonne militairement et politiquement en Syrie, partageant avec elle l’intérêt de rétablir ce pays d’inspiration baathiste laïque à sa juste place dans la région, mais aussi avec la Turquie, le Qatar et d’autres états arabes dont certains font maintenant le voyage de Damas pour reconnaître leur erreur. L’Iran se trouve renforcé au moment même où les alliés arabes et turc des Etats-Unis s’éloignent d’une Arabie Séoudite décidemment en perte d’audience, au moment aussi où le pétrole de son sous-sol a perdu de son importance. Le réalisme du Président Trump pourrait l’amener à progressivement montrer qu’il a fait fausse route vis-à-vis d’un pays qu’il aurait tout à gagner à ne plus antagoniser.

 

Terrorisme et relations internationales

 

Ce long préambule de géopolitique était indispensable pour envisager comment les états peuvent coopérer pour lutter contre le terrorisme takfiri. En effet, si comme l’a dit le Président Donald Trump, le terrorisme est né des interventions américaines au Moyen-Orient, il a pris des formes différentes dans ses sources, son financement et ses doctrines.

Les rivalités entre Qatar et Arabie Séoudite ont créé des différences entre les islamistes wahabites séoudiens sans véritable doctrine qui ne contestent pas vraiment la monarchie des Séoud et ceux du Qatar qui sont d’inspiration de l’Ikwan, les Frères Musulmans qui ont une doctrine bien établie depuis Sayyed Kotb, hostile aux monarchies du Golfe. Les deux se rejoignent pour admettre que le jihad contre les athées ou les autres croyances est une nécessité absolue et encouragent les actions les plus sanglantes contre les forces qui n’admettent pas leur doctrine, y compris les civils innocents.

Les uns comme les autres, financés par les riches particuliers, ou les états du Golfe, ont les moyens de recruter des combattants et de les équiper des matériels militaires les plus modernes, mais aussi de payer des imams qui prêchent leur doctrine sommaire dans des mosquées pour propager leurs idées et recruter des adeptes de la violence aveugle contre les impies. Ces mosquées implantées depuis longtemps parfois, dans le monde arabe, en Afrique, en Asie et de plus en plus en Europe endoctrinent facilement des populations mal ou pas intégrées dans les sociétés.

Ces volontaires pour le jihad prêts à mourir pour leur cause sont les agents utiles des stratégies de renversement des régimes dans le monde auxquels sont opposés les monarchies absolutistes du Golfe.

Une conséquence du changement des rapports de force dans la région pourrait être une adaptation pragmatique à cette nouvelle réalité de la part d’un Président américain qui a montré sa clarté de vues en plusieurs occasions, et qui équilibrerait ses relations non seulement avec la Russie mais aussi avec l’Iran qui a montré sa résilience face aux sanctions et surtout qu’il a des alliés puissants qui se sont rapprochés de lui : non seulement la Russie avec qui il se coordonne militairement et politiquement en Syrie, partageant avec elle l’intérêt de rétablir ce pays d’inspiration baathiste laïque à sa juste place dans la région, mais aussi avec la Turquie, le Qatar et d’autres états arabes dont certains font maintenant le voyage de Damas pour reconnaître leur erreur.

 

Coopération internationale

 

Pour s’opposer à ces menaces ainsi définies, il faut une coopération entre les états qui y font face et l’idéal serait que les Etats du Golfe qui finançaient les groupes terroristes jusqu’à présent prennent les mesures indispensables pour leur couper les vivres. Si les Etats-Unis ont vraiment cessé de tirer parti de ces forces terroristes pour atteindre leurs objectifs géopolitiques, les pays du Golfe devraient comprendre que leur intérêt est désormais de participer à leur éradication.

La menace étant clairement définie, aux Etats qui lui font face de s’organiser pour coopérer dans ce combat.

Cette coopération doit commencer par les échanges d’informations entre les services de sécurité car c’est en amont qu’il faut déceler la préparation des attentats terroristes.

A cet égard, la France, l’UE et les pays européens devraient rapidement renouer les relations diplomatiques avec la Syrie, après avoir supprimé les sanctions qu’ils lui appliquent, démarche indispensable pour reprendre des échanges fructueux entre services de renseignement car ils sont les mieux renseignés sur la mouvance jihadiste, et notamment sur les Français qui s’y trouvent ou s’y trouvaient.

Cette coopération avec la Syrie, l’Irak, la Turquie, l’Iran est indispensable à l’élaboration d’une stratégie efficace contre le terrorisme, et aussi, avec l’Afghanistan, le Pakistan, la Russie et les pays caucasiens par où transitent ces porteurs de mort qui les menacent également.

En Europe, il existe déjà des organismes communs de coopération dépendant de l’UE, mais la coopération peut, et doit, dépasser les seuls états européens pour concerner les pays d’où sont issues les vagues de migrants qui, évidemment, incluent des terroristes et que je viens de mentionner.

L’Union Européenne n’est pas une force politique et se trouve bien fragilisée par les désaccords de plus en plus nombreux entre la politique technocratique de Bruxelles et les exigences marquées des pays membres exprimant leur mécontentement par des votes hostiles à l’UE, en accord avec leurs opinions publiques. Son poids dans le règlement des conflits, notamment ceux du Moyen-Orient est quasiment nul. Elle n’a aucune influence dans la question syrienne, de même qu’en Irak, en Afghanistan, en Turquie ou ailleurs. D’ailleurs, les responsables des puissances qui comptent ne perdent pas leur temps à faire le voyage de Bruxelles, mais traitent directement avec les états membres, en bilatéral.

Quant à la France, elle a perdu tout crédit sur ces sujets depuis qu’elle s’est engagée du côté des terroristes en Syrie où nous continuons à mener une politique aberrante pour renverser un Président Bachar el Assad qui a renforcé son prestige par la magnifique résistance de son peuple et de son armée qu’il a dirigée, avec l’aide de ses alliés russes et iraniens, contre le terrorisme takfiri international. Tout cela pour avoir fait le choix catastrophique de nous mettre dans le sillage des Etats-Unis et de ses affidés du Golfe. Au moment du retrait américain annoncé et où les Etats arabes, qui étaient les plus engagés pour renverser le Président syrien, se rendent désormais plus ou moins discrètement à Canossa, c’est-à-dire à Damas cette fois, pour envisager de reprendre des relations avec le pays qu’ils ont tenté de détruire en alimentant une myriade de terroristes islamiques, le gouvernement français devrait rapidement sortir de sa bulle idéologique démentie par les faits pour revenir aux réalités du terrain.

 

 

Conclusion

 

La menace terroriste est une menace endogène aux pays européens, comme la France, qui ont des populations pas ou mal assimilées. Elle ne disparaîtra pas avec la probable destruction prochaine de DAESH au Moyen-Orient, la haine de l’Occident subsistera de manière latente ou violente tant que les Etats n’auront pas pris de mesures sérieuses face aux migrations sauvages qui amplifient cette fracture des sociétés. Il n’y a plus besoin d’une ordre d’un émir islamiste de DAESH ou d’Al Qaïda pour que des individus en marge de la société passent à l’acte. Il n’y a pas d’organigramme des organisations terroristes islamiques que nos services de renseignement pourraient découvrir, même si des cellules dormantes prêtes à passer à l’action existent et qu’ils doivent les repérer, mais de nombreux candidats au suicide pouvant décider de leur propre chef de tuer des citoyens en mourant eux-mêmes, par haine d’une société dans laquelle ils ne veulent ou ne peuvent s’intégrer. A cet égard, le Pacte de Marrakech proposé par l’ONU pour inciter les nations à accueillir les migrants est un vœu pieux très dangereux car ce n’est pas ainsi qu’on peut tarir les flots de migrants, et c’est plutôt les inciter à se lancer dans leurs équipées périlleuses. En revanche, aider les pays d’origine à garder leurs citoyens est une œuvre indispensable, en les formant et en développant des projets utiles à leur développement, en coopération avec les agences de l’ONU et celles de l’UE.

Pour le reste, il s’agit avant tout de coopération de renseignement et de police à développer, coopération qui ne nécessite pas d’intégration fédérale ou d’abandon de souveraineté à un quelconque organisme centralisé, mais la mise en place de cellules d’échanges permanents et de mécanismes de protection contre les menaces terroristes. L’Iran qui a montré une résistance efficace aux attaques terroristes inspirées par les pays qui lui sont hostiles, et à l’ostracisme que les Etats-Unis ont déclenché contre lui, devrait être un partenaire privilégié de la France et de l’UE, d’autant plus que cet ostracisme les touche aussi. Ensemble, en unifiant nos efforts, nous pourrons convaincre le Président Trump que son hostilité envers l’Iran est contre-productive, au moment où de plus en plus de pays affirment leur solidarité et leur coopération avec la République Islamique d’Iran, et que ses alliés du Golfe sont de plus en plus déconsidérés.

La lutte contre le terrorisme passe aussi par un autre type de relations internationales où le respect des différences, la justice et la coopération internationale remplaceront les attitudes coercitives qui ont montré leurs déplorables effets et leur vacuité. Les différends entre les nations peuvent et doivent se régler par la discussion diplomatique et non par des guerres ou des parties de bras de fer qui font souffrir trop d’innocents.

 

Alain Corvez

Texte de la conférence internationale sur « Les politiques de Défense et de Sécurité communes ; approches coopératives » organisée le 7 janvier par le Centre RAAD d’Etudes Stratégiques et l’Université de la Défense Nationale iranienne

https://www.iveris.eu/list/tribunes_libres/399-geopolitique_des_menaces/

éphémère jaunisse des cocus

Ephémère jaunisse des cocus

Il n’y aura pas de révolution jaune.
Les révolutions de couleurs sont financées par l’extérieur, à commencer par la révolution bleue destinée à punir la France pour sa contribution militaire décisive à l’émancipation des colonies anglaises d’Amérique, dont le financement collectif passait des loges maçonniques londoniennes à leurs salons parisiens où se réunissaient les révolutionnaires français, et dont le financement individuel passait par la Compagnie des Indes (anglaise) qui versait des salaires réguliers auxdits révolutionnaires. Or la jaunisse actuelle ne bénéficie d’aucun soutien ou financement extérieur, ce qui n’empêche pas bien sûr le gouvernement français, pourtant contributeur aux agences uniopéennes de déstabilisation de la Russie comme la East Stratcom Task Force, d’accuser le gouvernement russe et d’ouvrir une pseudo enquête judiciaire pour, sinon discréditer le mouvement des gilets jaunes, du moins tirer profit d’une nouvelle opportunité de harcèlement prémilitaire contre la Russie.
Et justement, les révolutions qui réussissent sont celles menées par des révolutionnaires, qu’ils soient des meneurs sincères ou des activistes payés par l’étranger. Or il y a certainement bien peu de révolutionnaires dans les rangs jaunes. Personne n’est là pour casser l’Etat ou renverser le régime, et on a vu plusieurs cas de jaunis venant au secours de Compagnons Républicains de Sécurité, ou de gens d’armes Gardes Républicains, pris à partie par des « casseurs » infiltrés dans les manifestations et des éléments incontrôlés du moins par les manifestants. Aujourd’hui comme hier, les petites gens n’en veulent qu’à Cancras, Carbalas et Urssaf, ces rap-tout d’un Etat-vampire au service des grands soupiers du régime. Leur logique est celle de la glasnost ou transparence de l’appareil, mais aussi d’une meilleure efficacité de l’Etat remis au service de la France. Cette aspiration est plutôt contre-révolutionnaire.
Le petit peuple qui arbore   aujourd’hui la couleur des cocus n’a ni chefs ni ambitions politiques, et si quelques-uns de ses militants accédaient au parlement comme en 1956, ils n’arriveraient pas à convaincre leurs électeurs d’un jour que les luxueux avantages de la chambre d’enregistrement des directives uniopéennes ne les ont pas coupés des réalités des petites gens. La grève de l’impôt n’est pas compatible avec le vote du budget, et le poujadisme est mort en s’asseyant sur les bancs où son initiateur n’a jamais brigué l’admission.
Pourtant les griefs du peuple n’ont jamais été aussi justifiés. Par exemple, la présomption de culpabilité de fraude fiscale fut à l’origine de l’orgie de contrôles fiscaux destructifs déchaînée en 1952 contre le petit commerce et l’artisanat, pour provoquer les dizaines de milliers de faillites nécessaires ou utiles à l’expansion de la grande distribution capitalisée. En dépit des protestations du pays productif, cette présomption de culpabilité a été officialisée par la loi 59-1472 instituant, avec l’impôt sur le revenu des personnes physiques, l’abattement de 20% pour impossibilité de tricher, privilège réservé aux salariés, impliquant que toute personne dont le revenu n’est pas déclaré par un tiers ment, et incitant de ce fait à la malhonnêteté par la pénalisation de l’indépendant honnête. Cette loi de 1959 poussant les anciens commerçants mis en faillite à s’engager contre salaire dans la grande distribution, et les artisans à se faire embaucher dans l’industrie, mit solennellement le dernier clou dans le cercueil de la révolte contre l’oppression fiscale, et montra s’il en était besoin que le nouveau régime né du coup d’Etat du 13 mai 1958 n’entendait pas être plus protecteur des Français que la république antérieure, dite quatrième.
Au demeurant, la rafle, ce samedi 8 décembre 2018, de milliers de conducteurs responsables de respecter l’obligation (instituée en 2008) de détenir un gilet de haute visibilité dans leur voiture, et leur défèrement immédiat en garde à vue pour présomption de sympathie avec les manifestations jaunes, confirme que la présomption de culpabilité du petit peuple est toujours en vigueur. Les intentions de la V° n’ayant pas changé depuis le 26 mars 1962, le gouvernement, par la voix de plusieurs ministres, a menacé de violence et de morts, a essayé de dissuader les gens de descendre dans la rue et encore plus de monter à Paris, et a soigneusement fait choisir des familles communes et des passants quelconques pour les violences dites policières (tir tendu de grenades, passages à tabac, mutilations) et les humiliations judiciaires, afin que chacun puisse s’identifier à ces victimes de la répression et se calfeutre chez soi la prochaine fois. D’ailleurs, quant à l’appartenance authentique des auteurs de ces violences aux services publics dont ils portent le discret brassard de reconnaissance (voire parfois l’uniforme), seul le régime employeur de Benalla serait en mesure de la confirmer ou de l’infirmer, de même que l’appartenance des « casseurs » infiltrés, au profil physique, social et comportemental tellement différent des manifestants qu’ils sont chargés de discréditer.
Les revendications matérialistes peuvent rassembler de grandes foules mais elles ne peuvent pas les mobiliser sur la durée, au coût d’inconforts physiques ou de pertes de revenus. Il en serait différent si de grands orateurs ou meneurs de foules les soutenaient, les dotaient d’une grande idéologie ou plus simplement d’un but concret, et les canalisaient vers des actions de changement réel de la conduite politique. A ce jour ce n’est pas le cas, beaucoup se plaignent du prix du carburant à la pompe mais tous sont satisfaits de trouver du carburant à volonté, à la station-service du coin, moyennant quelques billets ou un débit différé. La fronde des samedis se calmera vraisemblablement le 22, début des congés de la Nativité, et sera éteinte le 29, avant-veille du réveillon.
Il faudra beaucoup de souffrances et de morts pour que les peuples de France descendent vraiment dans la rue pour autre chose que des selfies, ou autoportraits bras tendus, en cible fluo devant les caméras. Il faudra alors beaucoup de policiers cagoulés et de barbouzes encapuchés ou casqués pour tenter de les retenir. Mais après quelques grosses rues d’Isly, l’action reviendra aux petites gens.

[RussEurope-en-Exil] Emmanuel Macron, Président du « parti de l’ordre », par Jacques Sapir

 

5.janvier.2019 // Les Crises

[RussEurope-en-Exil] Emmanuel Macron, Président du « parti de l’ordre », par Jacques Sapir

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Emmanuel Macron s’était présenté comme le candidat du « parti du mouvement ». Moins de deux ans après son élection, il est devenu le Président du parti de l’ordre. Les interpellations d’Eric Drouet et de ses camarades dans la nuit du 2 au 3 janvier, mais aussi les 219 incarcérations qui ont eu lieu depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes, et les nombreux blessés graves que l’on a au à déplorer lors des manifestations le prouvent. Ce n’est pas par hasard si l’on utilise ici les termes de « parti du mouvement » de « parti de l’ordre ». Ils servaient à analyser la polarisation politique en France au XIXème siècle, et ils furent repris dans de nombreux ouvrages de science politique. Il y a aujourd’hui une certaine ironie à ce que le fondateur d’un mouvement appelé En Marche, ait finalement choisi le parti de l’immobilité, et en réalité – car ce fut le cas du « parti de l’ordre » au XIXème et au XXème siècle – de la réaction.

La mutation d’Emmanuel Macron

Cette mutation n’est ni étonnante, ni accidentelle. Elle était même prévisible. Au début de l’année 2017 j’avais, à la télévision russe (RT en anglais), expliqué en quoi tant Emmanuel Macron que François Fillon représentaient des candidats du passé, ou si l’on préfère de la réaction. J’avais même retraduit le texte en français et installé cette traduction sur mon blog[1], ce qui me fut d’ailleurs reproché, au point que ce fut l’un des prétextes utilisés pour me censurer. Emmanuel Macron est un parfait représentant des élites métropolisées et mondialisées face au soulèvement de la « France périphérique »[2] .

Or, c’est le soulèvement de cette « France périphérique » qui a dévoilé la nature réelle du projet politique et économique d’Emmanuel Macron. C’est le choc engendré par le soulèvement de ces couches sociales qui a provoqué le raidissement conservateur ultime de son pouvoir et qui l’a fait basculer, au vu et au su de tous, du « parti du mouvement » au « parti de l’ordre ». Ce basculement a d’abord eu comme effet la répression extrêmement violente des diverses manifestations qui ont eu lieux depuis la fin du mois de novembre. Non que toutes ces manifestations aient été pacifiques. Tout le monde a pu voir que des groupes ultra-violents, ou uniquement motivés par le pillage, s’étaient infiltrés dans ces manifestations. Mais, tout le monde a pu AUSSI constater que les brutalités policières ont bien souvent commencées avant l’irruption de ces groupes ultra-violents, et que les pilleurs ont parfois bénéficié d’une bien étrange immunité. L’emploi d’armes de tir (ce que l’on appelle les « Flash Ball ») pour viser les parties hautes du corps des manifestants ainsi que la tête doit être dénoncé. Un certain nombre de manifestants ont été éborgnés ou défigurés par ces armes[3]. On ne compte plus, hélas, les cas de pertes de mains, d’œil, de traumatismes crâniens ou de fractures du crane. Tout cela sans compter le cas de cette femme de Marseille tuée par une grenade alors qu’elle fermait ses volets au quatrième étage, un cas qui a manifestement peu ému les éditorialistes des grands médias…

L’Inspection Générale de la Police, l’IGPN a d’ailleurs ouvert au moins 48 dossiers sur ces violences. L’association Amnesty International a dénoncé les violences policières dans le cours de ces manifestations[4]. Au-delà, ces violences posent la question suivantes : le gouvernement, car nul ne peut croire qu’il puisse s’agir seulement de « bavures » individuelles même si elles existent incontestablement, le gouvernement donc a-t-il délibérément décidé de provoquer un sentiment de terreur afin de décourager les manifestants ? La mise en scène de ces violences par le gouvernement est un élément qui incite à le penser. On peut ici opposer l’attitude du Ministre de l’intérieur et celle du Préfet de Police à celle de l’homme qui fut Préfet de police en mai 1968, M. Maurice Grimaud[5], et dont les consignes et ordres permirent d’éviter le pire lors de manifestations qui étaient en réalité bien plus violentes que celles des différents « actes » des Gilets Jaunes.

Emmanuel Macron et le « débat national »

Le Président de la République a annoncé, dans son allocution du 10 décembre, un grand « débat national ». Pourtant, les revendications du mouvement des Gilets Jaunes sont bien connues : elles portent sur la justice fiscale, le pouvoir d’achat, et la nécessité de renforcer les mécanismes démocratiques dans notre pays. Sur ce dernier point, ces revendications se concentrent sur le référendum d’initiative citoyenne, qui pourrait être un remède à l’inachèvement démocratique des institutions de la France[6]. Dans son allocution du 31 décembre, allocution dite des « Vœux », le Président a pourtant réaffirmé sa volonté de mener à bien des réformes, dans l’assurance chômage, l’organisation des services publics ou sur les retraites. Soumettra-t-il ces réformes au « débat national », ce qui serait dans la logique de ce dernier ? Car, ces « réformes » ont toutes un très fort impact potentiel avec les questions qui ont émergé du mouvement des Gilets Jaunes. Ainsi, la soi-disant réforme de l’assurance chômage, dont on peut penser que le décret pris au début de l’année est une anticipation, entend stigmatiser au moins 4,5 millions de personnes (et en réalité au dessus de 6 millions), du fait de l’existence de 300 000 postes de travail non pourvus, soit dans un rapport d’1 sur 20. De même, la réforme des services publics, si elle est menée dans l’esprit des réformes antérieures, et en particulier de la SNCF, aboutira à sacrifier toujours plus la « France périphérique » au profit des grandes métropoles et de la partie boboïsée de leur population. Enfin, ce que l’on annonce de la réforme des retraites, et en particulier l’adoption d’un système par points et d’une forte réduction des pensions de réversion aura des conséquences négatives considérables sur la partie la plus fragile des retraités.

On peut donc penser que non ; le Président n’aura nulle envie de soumettre ses « réformes » à consultation populaire. Alors, si la nécessité de « cadrer » un débat, pour des raisons d’efficacité qui sont évidentes et qui renvoient à la théorie de l’information, n’est pas discutable, on sait aussi que le contrôle sur les ordres du jour est une des formes les plus classiques de capturer à son profit un processus démocratique[7]. C’est pourquoi il conviendra de lire avec attention la « lettre » que le Président entend envoyer à tous les français. C’est cette lettre qui déterminera si le Président est honnête dans sa volonté d’organiser un « débat national » ou s’il entend seulement se livrer à une opération bassement politicienne. De ce point de vue, l’interview de Christophe Bouillaut sur le site Atlantico se révèle riche d’enseignements[8].

Car, le « débat national » est déjà en train d’avoir lieu. Les « cahiers de doléances » mis à disposition du public dans de nombreuses mairies de communes rurales nous donnent à voir quelles sont les questions que les français aimeraient discuter dans ce « débat ». Un comportement démocratique de la part du Président aurait été de prendre acte de ce qui existe. Mais, pour cela, encore faudrait-il qu’il rétablisse le contact, depuis longtemps perdu, entre le sommet du pouvoir et cet échelon essentiel de la démocratie que sont les petites communes. Il faudrait aussi qu’il admette qu’un débat sans sanction n’est pas un débat. L’engagement de soumettre les réformes projetées à la sanction des français une fois le débat achevé, par exemple sous la forme d’un référendum, serait, de la part d’Emmanuel Macron le signe le plus juste et le plus indubitable, qu’il a bien entendu ce que les français ont voulu dire. A contrario, la volonté d’émasculer le débat, et de continuer comme si de rien n’était à promouvoir des réformes dont l’impact sur la vie quotidienne des français sera évident, sera le signe le plus évident que ce Président n’a rien appris ni rien oublié.

Le « parti de l’ordre » et le désordre

Emmanuel Macron s’affirme donc comme un tenant du « parti de l’ordre », et parfois dans tous ses excès. Mais, contribue-t-il à l’ordre républicain ? Remarquons que cet ordre est quelque peu asymétrique. Si la presse, souvent aux ordres, s’est largement déchaînée sur les dégradations – condamnables – survenues lors des manifestations des Gilets Jaunes, elle a été bien plus silencieuse quant aux centaines de voitures brulées lors de la nuit du 31 décembre. De plus, rien de comparable aux déploiements spectaculaires des forces de l’ordre lors de ces dites manifestations n’a été vu pour sécuriser des quartiers où se produisent, maintenant depuis des années, des violences récurrentes lors des nuits du 1er de l’an.

Mais, de plus, que ce soit dans les mots qu’il utilise, comme l’emploi tout récent de « foules haineuses » pour stigmatiser le mouvement des Gilets Jaunes, ou ses déclarations plus anciennes sur les « fainéants » et « ceux qui ne sont rien », ou que ce soit dans certains des actes qu’il a inspirés voire commandités, comme l’arrestation d’Eric Drouet ou la destruction contestable des points de rassemblements établis par les Gilets Jaunes (destructions qu’une avocate a fait déclarer illégales), il y a une incontestable volonté provocatrice. Comment appelle-t-on alors celui qui se pose en défenseur de l’ordre mais qui par ses propres actions créé le désordre ? On peut même aller plus loin. Si Emmanuel Macron avait, dans une courte déclaration (et l’on sait combien il a tendance à s’étendre), reconnu l’existence de problèmes sociaux importants et annulé l’accroissement des taxes sur les carburants et annoncé le coup de pouce au pouvoir d’achat, toutes choses qu’il a faites le 10 décembre, dès le 1er ou le 2, on peut penser que le mouvement se serait calmé de lui-même. Car, si l’on peut toujours trouver ici ou là des personnes qui ne sont motivées que par le désordre et le profit qu’ils peuvent en tirer, la moindre des honnêteté serait de reconnaître que la force, l’ampleur et la violence du mouvement sont le produit de l’insatisfaction de revendications essentielles. Ces revendications n’ont d’ailleurs reçues qu’une satisfaction très partielle, ce qui contribue à enraciner le mouvement dans la durée.

Il est des dirigeants qui ne comprennent pas la différence qu’il peut y avoir entre un accès de révolte et un mouvement plus profond. Il est aussi des dirigeants qui ne comprennent pas comment on peut glisser de l’un à l’autre. Et, ce glissement est largement le produit de l’incapacité ou de la surdité des gouvernants. A l’annonce de la prise de la Bastille, on dit que Louis XVI déclara, interrogatif : « c’est une révolte ? » et que l’un de ses courtisans lui répondit « non, Sire, c’est une révolution ». Que l’échange soit réel ou inventé après coup, il témoigne de la dangereuse pente dans laquelle glissent les pouvoirs qui ne comprennent pas les événements qui surviennent, qui en minorent tout d’abord l’ampleur puis la signification. Emmanuel Macron a-t-il commis la même erreur ? C’est bien probable. Glisse-t-il sur la même pente ? Seul l’avenir peut le dire. Mais, s’il persiste à ne pas entendre ce que lui disent les français, s’il persiste dans ses provocations, qu’elles soient volontaires ou non, il y a fort à penser qu’il contribue à transformer un mouvement au départ limité en une réelle révolution.

La peur du peuple est, bien souvent, le début de la sagesse pour les dirigeants. A l’évidence, Emmanuel Macron n’a pas encore eu assez peur.


[1] https://russeurope.hypotheses.org/5888

J’écrivais alors, au sujet d’Emmanuel Macron : « Se faisant le candidat de l’Ubérisation de la société, Emmanuel Macron, derrière un langage faussement moderne, n’est en fait que l’avocat d’un retour au début du XIXème siècle, un retour au « domestic system » d’avant la révolution industrielle. Il est ici frappant de constater que le candidat même qui se prétend le plus « moderne », celui qui ne cesse de vanter les vertus de ce qu’il appelle « l’économie numérique », est en réalité un homme du passé. Mais, Emmanuel Macron est un homme du passé à un deuxième titre. S’il se présente comme un « homme nouveau », voire – et cela ne manque pas de sel – comme un candidat « anti-système »[[1]], il convient de rappeler qu’il fut étroitement associé, que ce soit comme conseiller de François Hollande ou comme Ministre de Manuel Valls, à la politique désastreuse mise en œuvre durant ce quinquennat. Or, cette politique à rajouté, de février 2013 au début de cette année, plus de 400 000 chômeurs au nombre considérable que nous avait laissé le tandem Sarkozy-Fillon. »

J’écrivais aussi, à propos de Marine le Pen : « Mme Marine le Pen s’appuie sur un électorat extrêmement stable, largement composé de personnes convaincues, et qui défie toutes les approximations et autres effets de manche cherchant à le qualifier « d’extrême droite » et même, sans aucune peur du ridicule, de « fasciste ». Si des franges extrémistes peuvent se joindre à cet électorat, sa réalité correspond très largement à ce que le géographe Christophe Guilluy a appelé la « France périphérique ».

[2] Guilluy C., La France périphérique : comment on a sacrifié les classes populaires, Paris, Flammarion, 2014

[3] Diverses sources permettent de faire le recensement (partiel) de ces incidents : https://www.liberation.fr/checknews/2018/12/04/gilets-jaunes-quel-est-le-bilan-officiel-des-morts-blesses-et-interpelles-depuis-le-debut-du-mouveme_1695762 , http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2018/12/09/97001-20181209FILWWW00099-videos-gilets-jaunes-des-violences-policieres-denoncees.php, https://www.lepoint.fr/societe/manifestations-la-police-est-elle-de-plus-en-plus-violente-17-12-2018-2279793_23.php. , https://www.streetpress.com/sujet/1495554039-morts-victimes-police .

[4] https://www.liberation.fr/direct/element/amnesty-international-denonce-les-violences-policieres-dans-les-manifestations-de-gilets-jaunes_91530/

[5] https://www.lci.fr/societe/commemoration-des-50-ans-de-mai-68-maurice-grimaud-ce-prefet-de-police-de-paris-qui-a-evite-le-pire-lors-des-manifestations-2083405.html

[6] Bertrand Renouvin a publié sur son blog un entretien avec Pierre Rosenvallon sur cette notion d’inachèvement démocratique réalisé à l’origine pour le numéro 36 de la revue « Cité » – Deuxième trimestre 2001. : http://www.bertrand-renouvin.fr/

[7] S. Holmes, “Gag-Rules or the politics of omission”, in J. Elster & R. Slagstad, Constitutionalism and Democracy, Cambridge University Press, Cambridge, 1993, (1988), pp. 19-58.

[8] https://www.atlantico.fr/decryptage/3562632/lettre-aux-francais-pour-cadrer-le-grand-debat–emmanuel-macron-ou-l-anti-discours-de-la-methode-christophe-bouillaud

 

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-emmanuel-macron-president-du-parti-de-lordre-par-jacques-sapir/

Étienne Chouard: «Évidemment que nous ne sommes pas en démocratie!»

Étienne Chouard: «Évidemment que nous ne sommes pas en démocratie!»


Par Jean-Baptiste Mendès – Le 3 janvier 2019 – Sputnik News

Est-ce le Grand Soir pour les Gilets Jaunes? Le RIC, dont il est l’un des promoteurs, est-il la solution miracle pour sauver la démocratie représentative? Les accusations de complotisme? Le professeur d’économie et de droit, militant et blogueur politique, Étienne Chouard a longuement répondu aux questions de Sputnik.

Confusionniste, rouge-brun, infréquentable… rien que ça?

Que peut-on dire de plus sur Étienne Chouard que ce qu’ont déjà dit Le Monde et Arrêt sur Images? Alors que le mouvement des Gilets Jaunes semble s’essouffler, en tout cas à Paris, Sputnik a reçu dans ses locaux ce professeur d’économie et de droit devenu militant qui sentirait le soufre.

Lors du referendum de 2005, il était l’une des figures de proue du Non au Traité constitutionnel européen. Après avoir contribué à populariser le RIC (referendum d’initiative citoyenne), il est devenu l’un des champions des Gilets Jaunes. Nous avons écouté ce qu’il avait à dire, sans l’accuser immédiatement de complotisme ou d’être soralien.

Nous laissons à nos lecteurs la possibilité de se construire une opinion par eux-mêmes, voici l’entretien en intégralité:

 

Premier contact, un jeudi soir de décembre, je lui demande s’il est disponible dans les prochains jours, il me répond dans la foulée et contre toute attente arriver le lendemain à Paris pour des passages médias. Je ne suis pas seul sur le coup, mais allons-y quand même!

Il me propose également de s’écrire sur une plateforme de messagerie sécurisée, je lui réponds Telegram, il me rétorque: «Telegram est contrôlé par Facebook non? Alors que Signal est recommandé par Snowden et Poitras». Ça promet!

Rencontre donc le 28 décembre avec le très disponible Étienne Chouard. Celui-ci m’explique presque naïvement avoir oublié la mobilisation hebdomadaire sur les Champs-Élysées qu’il juge dangereuse et contre-productive:

«Ces bagarres tous les samedis avec les CRS dans la capitale mettent, c’est vrai, la pression sur le pouvoir, mais sont un grand danger pour le mouvement. C’est trop tôt, il faudrait arriver à mon avis à faire pression de façon plus douce et plus diffuse sur le territoire comme c’est le cas le reste de la semaine et de façon beaucoup plus révolutionnaire, subversive et intéressante alors que la castagne avec les CRS me paraît extrêmement dangereuse et contre-productive.»

Non, lui préfère les Gilets Jaunes de province. Là où il a créé des «ateliers constituants». Malgré les intempéries, les casseurs et les fêtes de Noël, le mouvement reste extrêmement populaire auprès de la population française. Il y a encore une quinzaine de jours, le 19 décembre, 70% des Français les soutenaient et au 1er janvier, ils étaient encore 49% à souhaiter qu’il continue, malgré les violences en marge du mouvement et les concessions déjà obtenues. Le militant politique magnifie complètement ces mouvements de foules spontanés, louant l’exemplarité et l’infatigabilité des manifestants postés sur les giratoires.

«Ils sortent de chez eux —tout le monde devrait faire ça- et ils vont sur des lieux publics, de passage où il fait froid, où il pleut. Ils y restent même la nuit, donc ils y restent de façon obstinée et ils font société.»

Il loue également leur volonté de dépasser les clivages partisans, en masquant volontairement leur appartenance politique. Mais il se montre plutôt critique vis-à-vis de la longue liste de revendications du mouvement, qui ne seraient que législatives et qui n’aborderaient pas de front les dysfonctionnements démocratiques. Il n’y aurait qu’une seule mesure qui trouve réellement grâce à ses yeux, son fameux RIC.

«La liste de doléances, ce sont des requêtes adressées à un pouvoir supérieur, à l’élu, aux élus et on leur demande s’il-vous-plaît, un peu moins d’impôts, un peu plus de salaires, un peu de destruction de services publics […] Toutes ces doléances sont législatives, sauf qu’au milieu, il y en a une —c’est une pépite qui n’est pas législative- c’est le referendum d’initiative citoyenne et elle est constituante. Ce n’est pas une loi, c’est une façon de voter les lois qui fait que le peuple lui-même, de sa propre initiative, peut décider des sujets qui sont importants pour lui, sans que ce soit imposé par les élus.»

La question du Referendum d’Initiative Populaire —ou citoyenne, comme on voudra- a ressurgi au mois de décembre, parmi les nombreuses revendications des Gilets Jaunes. Étienne Chouard propose ainsi son institution afin de mettre en place une démocratie directe, qui irait radicalement plus loin que la Suisse. Un individu unique pourrait poser une question par referendum:

«Le RIC c’est la possibilité pour un groupe de personnes, pour une personne de poser une question à l’ensemble de ses citoyens. Une des premières questions à se poser, c’est combien de personnes sont légitimes poser la question. En Italie, en Suisse, c’est 100.000, 500.000, ça pourrait être un million, c’est à nous de décider […] Moi je dirais qu’une personne devrait pouvoir poser la question.»

Bien sûr, la conséquence directe de cette déclaration, le RIC illimité et sans quota minimum, c’est que cela entraînerait un joyeux bazar. Le blogueur a prévu l’éventualité, imaginant la mise en place d’un filtre intitulé «la Chambre du referendum», dont les membres seraient des citoyens lambda tirés au sort, façon démocratie athénienne. Plusieurs autres arguments peuvent être objectés au RIC, comme la tyrannie de la majorité, de l’émotion, un éventuel rétablissement de la peine de mort, la suppression du mariage homosexuel… Des «chiffons rouges», rétorque Chouard. Pour se prémunir des cas les plus risqués, il préconise la mise en place d’une campagne d’information neutre de six mois ou un an:

«Je suis contre la peine de mort, je suis évidemment pour que les femmes puissent avorter. Tout cela va de soi pour moi et il y a plein d’arguments qui vont dans ce sens […] Je suis démocrate, c’est-à-dire je suis pour que les peuples décident eux-mêmes de leur destin et prennent eux-mêmes les décisions qu’ils considèrent comme les plus importantes. Du même coup, si on est vraiment démocrate, honnête, il faut s’attendre de temps en temps, sur certains sujets qui peuvent être importants, à ce que le peuple prenne des décisions qui ne soient pas celles que j’aurais prises.»

Je ne résiste évidemment pas à la tentation de demander à ce démocrate et brillant théoricien (et paraît-il fameux parapentiste) si nous sommes réellement en démocratie.

“Évidemment que nous ne sommes pas en démocratie, c’est quoi la démocratie? C’est un régime dans lequel le demos a du kratos, le peuple a du pouvoir.»

Petit choc d’apprendre que je n’ai pas de pouvoir. Étienne Chouard tonne ainsi contre la démocratie représentative et les élus, sur qui le peuple n’aurait aucune prise.

«Élire, c’est renoncer à voter. La démocratie, ce serait des citoyens qui votent leurs lois. Alors que nous sommes dans un gouvernement représentatif dans lequel nous ne votons rien, nous élisons des maîtres qui vont tout voter à notre place, c’est une anti-démocratie.»

Il encourage les mandats révocatoires, mesure promue à titre personnel par l’un de ses amis, le député François Ruffin qui l’a cité, début décembre, lors d’une conférence de presse à l’Assemblée nationale, accompagné de ses collègues Insoumis. Il n’imaginait pas le tollé. Étienne Chouard le défend, expliquant ne lui avoir rien demandé. Certains députés LFI ont exprimé rapidement leur malaise vis-à-vis de Chouard, promu au rang de référence sulfureuse, à commencer par Clémentine Autain:

Clémentine Autain@Clem_Autain

 Je suis évidemment en phase avec la proposition pour le RIC mais j”avoue, je n’aurais pas pris en modèle Etienne Chouard. Mais sans doute suis-je trop sensible aux dérives rouge/brun…

Une autre figure de gauche, Aude Lancelin, directrice du Média, accuse Chouard de confusionnisme et de frayer avec Alain Soral:

Aude Lancelin@alancelin
 Le soulèvement des Gilets jaunes, authentiquement populaire, n’a pas besoin d’une demi-portion intellectuelle comme lui. Ce sont certaines rédactions CAC 40 qui ont érigé ce type en soi-disant coqueluche. Sur le terrain, personne ne savait qui il était, et c’était tant mieux.

Et enfin la LICRA qui s’est fendue d’un communiqué l’accusant de complotisme.

Révélateur ou pas, quand on cherche le nom d’Étienne Chouard sur Google, les recherches associées sont des personnalités souverainistes comme François Asselineau ou Natacha Polony, mais aussi d’autres plus sulfureuses, comme Alain Soral ou Thierry Meyssan. Le professeur de droit et d’économie à Marseille se défend avec véhémence de créer des passerelles entre extrême-droite et extrême-gauche. Est-il un rouge-brun? Sur le cas Soral, il qualifiait en 2014 le fondateur d’Égalité & Réconciliation, condamné plusieurs fois pour antisémitisme, de «résistant». Il a réitéré devant moi ses propos, déclarant toutefois n’être pas proche du tout du personnage. Comment justifier alors son propos? En parlant de la 2de Guerre mondiale:

«Dans la Résistance, pendant la guerre, il y avait des communistes qui se battaient avec des maurassiens, c’est la droite de la droite la plus dure. Ça ne vous gêne pas? Quand le pays est en survie, oui les communistes se mettent avec les maurassiens, de Gaulle était maurassien».

Et il ajoute:

«Je suis d’extrême gauche, parce que j’ai un projet qui est fondamentalement démocratique. Je ne veux pas de chef, je veux des chefs dominés, je suis anti-tyrannique, c’est extravagant de m’assimiler à l’extrême-droite.»

Jean-Baptiste Mendès

http://lesakerfrancophone.fr/etienne-chouard-evidemment-que-nous-ne-sommes-pas-en-democratie

 

Rétrospective 2018: L’Europe face à l’extraterritorialité du droit américain

Rétrospective 2018: L’Europe face à l’extraterritorialité du droit américain

Au sein d’un marché globalisé où la puissance économique américaine est contestée, le caractère unipolaire du monde qui prévalait depuis l’effondrement du bloc soviétique cède inéluctablement au profit d’une nouvelle forme de multilatéralisme. Dans ce cadre concurrentiel, les États-Unis entendent affirmer leur hégémonie grâce à une composante essentielle du soft-power : l’extraterritorialité de leurs lois. L’utilisation pernicieuse du droit comme mode alternatif à l’action militaire permet à l’administration étasunienne de jouir de sa puissance, en confondant ses alliés historiques avec ses ennemies. En son temps, le général de Gaulle affirmait déjà que « les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Force est de constater qu’en 2018 rien n’a changé et l’Europe doit en prendre la mesure pour subsister.

Définitions et enjeux de l’extraterritorialité du droit américain

Affiche officielle éditée dans un climat d’espionite en février 1940 par le gouvernement français de la IIIe République, désireux d’avertir la population sur le danger que représente la cinquième colonne dans la drôle de guerre.

La Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) définit l’extraterritorialité du droit américain comme « une grande variété de lois et mécanismes juridiques conférant aux autorités américaines la capacité de soumettre des entreprises étrangères à leurs standards […] de capter leur savoir-faire, d’entraver les efforts de développement des concurrents […] contrôler ou surveiller des sociétés étrangères gênantes ou convoitées […]. ». En d’autres termes, cette notion correspond à l’application d’une norme juridique américaine, adoptée par ses représentants nationaux,  à  un acteur économique étranger au-delà de ses frontières. Les États-Unis s’attribuent ainsi une compétence judiciaire universelle grâce à l’application extensive de critères de rattachement territoriaux. A titre d’exemple, le 30 septembre 2016, au cours de l’affaire SEC v. Straub, la U.S. District Court for the Southern District of New York a retenu que le routage de mails sur le territoire des États-Unis suffisait à retenir la compétente judiciaire américaine. Le motif retenu par les magistrats est extrêmement révélateur de la certitude étasunienne de disposer de la pleine propriété du réseau informatique mondial : « Internet est un réseau énorme et complexe, mais c’est une raison de plus pour qu’un défendeur puisse prévoir que le trafic Internet ne sera pas nécessairement de nature entièrement locale. ». D’autres critères de rattachement territoriaux sont applicables tel que le recours au dollar lors d’une transaction litigieuse; l’utilisation d’un serveur ou hébergeur localisés aux Etats-Unis, d’une puce électronique de nationalité américaine, ou encore d’un réseau, service de messagerie, et satellite de télécommunication étasunien.

Or, sous couvert de lutte contre les manquements à la probité, plusieurs pans de l’administration américaine (U.S. Department of Justice (DoJ), Central Intelligence Agency (CIA), National Security Agency (NSA), Federal Bureau of Investigation (FBI), U.S. Securities and Exchange Commission (SEC), etc) agissent de concert avec ses entreprises nationales de manière à créer un rapport de force en faisant pression sur une société étrangère concurrente. Le cas échéant, après avoir condamné la société cible à une amende disproportionnée, un rival étasunien peut exploiter cet état de fragilité afin de procéder à son acquisition stratégique simplifiée. En la matière, « l’opération manipulée » (1) dont Alstom fut victime est un exemple probant, dans la mesure où l’achat de sa branche énergie par General Electric a entériné le privilège français consistant à disposer d’une filière nucléaire complète. L’impuissance de la classe politique dirigeante fut telle, qu’elle frisa la trahison alors que l’État perdit un élément de contrôle de sa sécurité nationale.

L’Europe, une cible privilégiée dépourvue d’autonomie stratégique

Au cours de l’année 2018, le retrait américain de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (ou Joint Comprehensive Plan of Action) n’a pas exclusivement visé à isoler l’Iran par le biais de l’instauration concomitante de sanctions économiques à l’égard de son système financier et bancaire, des secteurs énergétique et pétrochimique, du transport maritime, du secteur automobile, etc. Par crainte de représailles en raison de l’application extraterritoriale du droit américain, la dénonciation de cet accord a également permis d’entraver la bonne marche des affaires que l’Iran entretenait jusqu’alors avec les sociétés et États européens. Hormis l’Italie et la Grèce qui ont directement négocié avec les États-Unis en contournant Bruxelles, aucun autre État européen n’a pu bénéficié des exemptions américaines sur les exportations iraniennes de pétrole. En outre, ce retrait unilatéral a engendré des répercussions économiques désastreuses pour les entreprises européennes et en particulier françaises tel que PSA, Renault, Total et Airbus. Ces quatre sociétés ont engagé des investissements importants et subissent des pertes pécuniaires non négligeables (2). Par exemple, suite au retrait de Total en Iran, la China National Petroleum Corp (CNPC) a remplacé la susdite société française avec une participation de 80,1 % dans la phase 11 du gisement gazier de South Pars (3). Faisant preuve d’un aveu d’impuissance, l’Union européenne n’a pas su enrayer la fuite de ses entreprises malgré l’annonce de l’instauration d’une entité légale tendant à faciliter les transactions financières avec l’Iran (4). Aucun établissement financier européen ne souhaite mettre en place ce système de troc via l’importation de pétrole et l’évitement corrélatif du dollar par crainte de subir des sanctions ainsi que la fermeture du marché américain pour non conformité à son droit.

De surcroît, l’imputation étasunienne d’amendes considérables à l’encontre des banques européennes est devenue monnaie courante. Si bien que ces dernières anticipent leur règlement par le biais de provisions pour litiges inscrites dans leurs comptes. A titre d’exemple, par un communiqué de presse (5) en date du 19 novembre 2018, la Société Générale a annoncé avoir conclu des accords transactionnels avec des autorités américaines afin de mettre un terme à leurs enquêtes relatives à des opérations en dollar effectuées malgré des sanctions économiques affectant certains États tel que Cuba. En contrepartie, la banque française a accepté de verser des pénalités d’un montant total d’environ 1,3 milliard de dollars aux susdites autorités américaines dont 53,9 millions à l’Office of Foreign Assets Control (OFAC), 717,2 millions au U.S. District Court for the Southern District of New York (SDNY), 162,8 millions au New York County District Attorney’s Office (DANY), 81,3 millions à la Federal Reserve System (FED) et 325 millions au New York State Department of Financial Services (DFS).

En outre, par le biais de l’insertion du Clarifying Lawful Overseas Use of Data Act (« Cloud Act ») au sein du projet de loi de finances pour l’année 2018, les États-Unis ont étendu le champ d’application de leurs critères de rattachement territoriaux. Les autorités de poursuites américaines outrepassent les règles de coopération judiciaire internationale en s’arrogeant le droit universel de s’accaparer les données hébergées par des fournisseurs de services de communication électroniques étasuniens. « Toute entreprise américaine, quelle que soit la localisation géographique de ses serveurs, a l’obligation de divulguer des informations aux autorités sur simple demande d’un juge fédéral. ». Ces dispositions permettent d’annihiler l’article 48 du règlement général sur la protection des données (RGPD) relatif aux transferts ou divulgations non autorisés par le droit de l’Union. Si l’érection d’un cloud étatique français constitue une velléité de protection de son pré carré numérique, il apparaît que les effets salutaires de cette mesure locale soient lacunaires lorsqu’il s’agit de s’opposer à l’hégémonie des GAFAM et des Five Eyes (l’alliance des services de renseignement de l’Australie, du Canada, de la Nouvelle-Zélande, du Royaume-Uni et des États-Unis) dans une perspective de sécurisation optimale du patrimoine informationnel secret des entreprises.

En avril 2018, la DGSI a adressé une note au profit de l’exécutif, au sein de laquelle l’agence de renseignement explique que les États-Unis favorisent Boeing sur des marchés porteurs en se servant des enquêtes diligentées par le Parquet National Financier (PNF) en France et le Serious Fraud Office (SFO) en Grande-Bretagne pour présomption de violation de lois anticorruption. En effet, par l’intermédiaire de John Harrison, le groupe industriel européen a procédé à un audit interne de conformité en matière de lutte anticorruption en engageant des cabinets d’avocats américains qui sont suspectés d’avoir bénéficié de leur accès privilégié aux données stratégiques du groupe, puis de les avoir transmis à destination de l’administration étasunienne. En décembre 2018, le Department of Justice (DoJ), bras armé des États-Unis, a annoncé poursuivre Airbus pour violation du Foreign Corrupt Practices Act (FCPA). Pour seul espoir, le groupe aéronautique européen se repose sur le principe classique « non bis in idem » prévoyant que nul ne peut être poursuivi ou puni pénalement une seconde fois à raison des mêmes faits. Airbus espère conclure une convention judiciaire d’intérêt public (CJIP) avec un procureur de la République de façon à éviter les pressions du DoJ en privilégiant le versement d’une amende au profit du Trésor Public français. Cette transaction assurerait également la conservation de marchés nationaux et internationaux en évitant l’inscription d’une condamnation judiciaire au casier d’Airbus. Enfin, cette CJIP permettrait l’évitement de la procédure de Discovery, qui est une phase d’investigation préalable au procès civil ou commercial quasi systématique dans les pays de Common Law, au cours de laquelle chaque partie au procès est tenue de s’auto-incriminer en divulguant à l’autre, l’ensemble des renseignements susceptibles de faciliter l’établissement de preuves, dont ceux qui lui sont défavorables.

Or, le droit américain est largement inspiré de la common law et n’intègre pas la règle non bis in idem issue du système juridique romano-germanique. Il convient de rappeler que l’extraterritorialité est une doctrine étasunienne émanant d’une volonté politique désireuse de s’affranchir d’un principe romain contrevenant à ses intérêts économiques et géostratégiques. Par conséquent, le désintérêt volontaire américain à l’égard du principe non bis in idem rend inopérable tout modus vivendi, de telle sorte que les États-Unis pourront passer outre la conclusion d’une CJIP en vue de recourir à des procédures intrusives contre des entreprises européennes.

« Où manque la force, le droit disparaît ; où apparaît la force, le droit commence de rayonner. » (6)

Sources :
(1) Intervention d’Alain Juillet (Ancien Directeur du Renseignement au sein de la DGSE et Haut Responsable pour l’Intelligence Économique en France auprès du premier Ministre), Documentaire I Guerre fantôme : la vente d’Alstom à General Electric
(2) https://infoguerre.fr/2018/08/recherche-de-liberte-strategique/
(3) https://www.capital.fr/entreprises-marches/total-abandonne-south-pars-11-en-iran-a-moins-dune-derogation-1288307
(4) https://www.france24.com/fr/20180925-iran-troc-europeens-ue-sanctions-americaines-nucleaire
(5) https://www.societegenerale.com/sites/default/files/communique-societe-generale-accord-avec-les-autorites-americaines_0.pdf
(6) Maurice Barrès, Revue des Deux Mondes, 1914

About Adrien GUYOT

Adrien GUYOT est Juriste Droit des Affaires Alternant chez Michelin | Étudiant en Master 2 Droit et Fiscalité de l’Entreprise GEFIRE. Il est également titulaire d’une Licence en droit privé, d’un Diplôme Universitaire en Gouvernance, Risques et Conformité, ainsi que d’un Master 1 en Droit des Affaires à l’Université Clermont Auvergne. Il est rédacteur pour les Yeux du Monde depuis novembre 2018.

Les GJ et l’État

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Les GJ et l’État

Henri Guaino, qui fut conseiller de Sarkozy et qui mériterait mieux comme référence pour le situer, est un des rares personnages d’une certaine qualité dans le monde politique français. Pour cette raison, ses possibilités d’affirmation publique, et par là d’influence, sont restées limitées ; sa grande affaire, finalement, fut d’être un “homme secret”, c’est-à-dire la plume et le conseil d’un président de la République plutôt douteux, et par conséquent autant pour l’affirmation publique et l’influence.

Guaino a quelque chose, avec un “petit quelque chose”, qui le rapproche de Philippe Séguin (et peut-être de Michel Jobert, lui-même avec un lien secret avec Séguin) : un de ces hommes foncièrement honnêtes en politique, avec une belle hauteur de vue, un sens très patriotique du devoir et du service qui n’empêche nullement l’indépendance de l’esprit et du jugement, une croyance dans la vertu de l’État, – si possible de facture gaulliste, – mais finalement l’absence de ce “petit quelque chose” qui permet de combiner tout cela en une action politique qui peut espérer la victoire. Comme Séguin et Jobert, Guaino est un loser de belle facture, du genre qui peut vous dire sans avoir l’air de se défiler devant l’argument : “C’est un honneur que d’être un loser dans une époque telle que la nôtre”.

Par conséquent, il importe de lire avec attention lorsqu’un article de Guaino se présente à votre regard, surtout lorsqu’il concerne une crise en cours, et dans ce cas celle des Gilets-Jaunes (GJ). Dans cet article qu’il a judicieusement donné à RT-France dont la qualité du travail tente de rattraper la médiocrité de notre presseSystème, Guaino nous met en garde contre certaines initiatives dont il est beaucoup question aujourd’hui, plus ou moins venues des GJ, plus ou moins reprises par les autorités certifiées légitimes, plus ou moins acclamées par la rumeur publique et le rimeur médiatique, etc. On parle du Référendum d’Initiative Citoyenne, les grands débats sur la démocratie participative, les questions de représentativité, bref tout ce que Guaino nomme « Le pouvoir à la base ».

On comprend aisément ses arguments, qu’il renvoie aussi bien aux outrances et aux atrocités de la Très-Grande Révolution Française, ou à la technique des Soviets si judicieusement exploitée par les Bolchéviques. A tout cela, il oppose ce qu’il juge être la permanence de l’État comme principal outil de résistance à la démagogie et au désordre qui s’ensuit. S’il ne dit rien des GJ principalement et directement, on le sentirait mal à l’aise à cet égard, et l’on comprendrait les causes de ce malaise.

Le problème est évidemment, non pas du côté des GJ, mais du côté de l’État dont il fait la promotion. Si l’État avait été et serait encore l’État dont parle Henri Guaino, il n’y aurait sans doute pas de GJ. On atteint clairement les limites de l’argument lorsqu’il écrit :

« Mais, sans l’État, qu’aurions-nous à dresser face aux grandes forces économiques et financières ? Comment combattrons-nous tous les déterministes qui asservissent les gens si  nous n’avons plus les États à leur opposer ? Que serions- nous devenus sans les États en 2008 ? »

Malheureusement, il s’agit de l’argument inverse. Lorsque Guaino écrit « L’État, dans ce monde de violence économique, sociale, culturelle, psychologique, physique, il faut le rétablir dans ses prérogatives, son autorité et sa volonté, non l’abattre et faire ainsi le jeu des grandes féodalités qui n’attendent que ça », on sent que ce qui l’intéresse c’est la première patrie (très théorique) de la proposition, – avec laquelle on ne peut être que d’accord, – alors que la seule importante, parce que définissant faussement une tragique et concrète vérité de ces temps, c’est la chute de cette phrase. Les “grandes féodalités” n’attendent pas “que ça” (“abattre l’État”) puisqu’elles sont très satisfaites de l’État en place, ô combien, puisqu’il s’agit de l’État qu’il leur faut et qu’elles l’ont puissamment aidé à évoluer sans qu’il (l’État) ne les repousse un instant. Ce sont d’ailleurs bien elles (les “grandes féodalités”) qui, via leurs médias et autres relais divers, tirent à boulets rouges sur les Gilets-Jaunes. Tout le monde sait bien, ou devrait savoir, que l’État ne nous protège pas aujourd’hui des « grandes forces économiques et financières », mais qu’il leur ouvrent toutes grandes ses portes ; que l’État ne nous a pas sauvés de la grande crise de 2008 qu’il a lui-même permise en favorisant les évolutions financières qu’on connaît, mais qu’il a plutôt sauvé les banques. C’est l’État qui, aujourd’hui, parraine partout une doctrine centralisatrice jusqu’à la globalisation, qu’on devrait nommer “socialisme hypercapitaliste”.

Lorsque Guaino donne comme exemple de la folie de donner tous les pouvoirs “à la base ” cet Article 35 de la Constitution de 1793 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs », on se dit que cela aurait pu servir de synthèse théorique du discours de l’homme du 18-juin ; et cela dit, tout est dit, puisque l’on sait bien que le même homme du 18-juin ne concevait pas d’autre moyen de conquérir et d’affirmer sa légitimité que de consulter le “pouvoir à la base” pour lui demander son aval, et même lui demander son aide dans les moments de grande détresse. Après tout, c’est bien de Gaulle qui s’est battu comme un beau diable pour obtenir le référendum père de tous les référendums, – l’élection du président de la République au suffrage universel, – institué par référendum en octobre 1962.

On ne peut que partager les souhaits de Guaino de restauration d’un État légitime, souverain, indépendant, et c’est justement au nom de ce souhait qu’on doit s’étonner du procès qu’il fait implicitement à un mouvement dont le but est justement la restauration d’un État perdu en attaquant l’État en place. L’État n’est pas, si l’on veut bien permettre ce jeu de mots, un état de faits immuables qui devrait être l’objet d’une religion, mais un phénomène mouvant issu d’un principe qui est chaque jour de notre époque odieuse l’objet d’attaques vicieuses et subversives qui le menacent jusqu’à l’inversion et à l’entropisation.

L’État d’aujourd’hui, dans nos démocraties agonisantes, est une subversion complète du principe qui doit régir un État. Voilà le véritable état de faits, correspondant évidemment à la Grande Crise d’Effondrement du Système. La bataille n’est pas entre le désordre de “la base” et l’ordre régalien de l’État ; elle est entre les GJ et Macron, et cela n’est pas la faute des GJ mais de l’État devenu ersatz d’État puisque, au travers de toutes ses machineries, ses complicités, ses manipulations, sa censure, etc., il a permis à Macron de devenir ce qu’il prétend être.

On ignore ce à quoi va nous mener l’aventure des GJ ; mais on ne peut ignorer qu’à laisser aller l’État tel qu’il est devenu, et à défendre un principe qui est totalement subverti sans proclamer que le premier danger c’est cette subversion, le pire sera probable si ce n’est déjà fait. A ce point, effectivement, il vaut mieux détruire cette caricature faussaire et pourrie d’État, avec tous les risques qui vont avec, parce qu’il n’y a pas d’autres choix. A l’instar du mot fameux du vieux Caton l’Ancien, le mot d’ordre est plus que jamais Delenda Est Systemum, – puisqu’aujourd’hui “l’État c’est lui”, – c’est le Système, à visage découvert, absolument sans fard. On ne peut s’aveugler sur cette vérité au nom de la religion de l’État, comme un croyant au nom de la religion d’une Église qui a complètement trahi sa mission.

dedefensa.org

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Le risque du grand défoulement

Pour calmer la première révolte du pouvoir d’achat de l’après-guerre on a redonné un peu d’argent aux smicards et aux retraités. Aux Gilets jaunes on a dit que c’était beaucoup, à la Commission européenne, et à nos partenaires qui s’inquiétaient des déficits on a dit que c’était moins qu’il paraissait et que l’on se rattraperait sur d’autres dépenses. On verra bien quand chacun fera ses comptes.

En attendant, au milieu du torrent de démagogie que les chaînes de télévision laissent s’écouler sur leur plateau avec délectation, on organise un grand débat national en forme de thérapie collective. Mais l’on ne soigne pas les sociétés démocratiques malades en organisant des groupes de parole comme on le fait pour soigner l’addiction à l’alcool. En guise de débat on risque plutôt d’avoir le grand déballage de toutes les rancœurs les haines et les jalousies que 40 ans d’insécurités économique, sociale et culturelle ont nourri chez tous ceux qui en souffrent. Et ce défoulement qui s’annonce ne va pas guérir toute cette violence accumulée, il risque, au contraire, de l’exacerber. Chacun, aux prises avec ses propres difficultés, ne sera-t-il pas tenté de voir dans l’autre un privilégié et criant «à bas les privilèges!», les vrais et les faux, de nourrir ainsi la guerre qui couve de tous contre tous : citoyens contre élus, salariés du privé contre fonctionnaires, travailleurs contre chômeurs, actifs contre retraités,  non- diplômés contre diplômés, campagnes contre villes, jeunes contre vieux…

Et cette guerre ne rendra à personne les fin de mois plus faciles et la vie moins dure. Le système qui fait souffrir tant de gens continuera à broyer les vies. Et si la guerre n’a pas lieu, que sortira-t-il de cette parole libérée, sinon les contradictions de millions de gens qui peuvent se coaliser dans le ras le bol mais qui au fond ne sont d ‘accords sur rien pour ce qui concerne les solutions. Ainsi va la vie démocratique d’une nation comme la nôtre : il y faut sans cesse dépasser les contradictions de 65 millions de Français, chacun pétri lui-même de ses propres contradictions. L’idée qu’une telle nation peut être gouvernée par un système où chacun à chaque instant a son mot à dire sur chaque décision est une illusion peut être séduisante en théorie mais dangereuse au regard des leçons de l’Histoire. Le pouvoir à la base est une vieille promesse qui finit toujours mal, c’est celle du pouvoir aux soviets que la révolution russe promettait aux ouvriers et qui devait accoucher de la dictature du prolétariat en attendant le gouvernement du peuple tout entier. Il y eu bien la dictature mais pas celle du prolétariat qui subit la tyrannie totalitaire comme toutes les autres catégories sociales.

Ce fut la même chose avec Mao ou Castro qu’avec Staline. Ce fut pareil avec la Convention et la belle constitution de 1793, adoptée par référendum, qui proclamait (Article 29) que «chaque citoyen a un droit égal de concourir à la formation de la loi et à la nomination de ses mandataires ou de ses agents», qui prévoyait qu’un projet de loi, une fois adopté par le Corps législatif était (Article 58, 59, 60). «envoyé à toutes les communes de la République, sous ce titre: loi proposée. Que, quarante jours après l’envoi de la loi proposée, si, dans la moitié des départements, plus un, le dixième des Assemblées primaires de chacun d’eux, régulièrement formées, n’a pas réclamé, le projet est accepté et devient loi. Et que s’il y a réclamation, le Corps législatif convoque les Assemblées primaires». Elle posait enfin comme principe (Article 35) que : «Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.» Constitution inapplicable et inappliquée : et la Convention laissa le pouvoir du petit peuple des cahiers de doléances de 1789 entre les mains du Comité de Salut Public et du tribunal révolutionnaire.

Écartons l’hypothèse que tout cela finisse aussi mal, quoiqu’il ne faille jamais en sous-estimer le risque dans une époque où l’Homme qui se croit, à tort, devenu meilleur que ses aïeux, demeure, comme eux, capable du meilleur comme du pire. Que peut-il sortir de tout cela, sinon tous les nœuds de contradictions de tous les intérêts, de tous les sentiments et de toutes les idées? On verra, on voit déjà, le refus de la dette, le refus des déficits et, en même temps, le refus de l’impôt et une demande accrue de services publics comme on a vu beaucoup de ceux qui dénoncent les fermetures de lignes ou la suppression des arrêts de TGV dans les villes moyennes approuver le changement de statut et la mise en concurrence de la SNCF. On verra dénigrer l’État et tout attendre de lui. On verra réclamer à corps et à cris plus de participation citoyenne par ceux qui n’ont jamais voté de leur vie…

Pour sanctionner une classe dirigeante qui n’a pas été à la hauteur, on réussira seulement à affaiblir l’État. Mais, sans l’État, qu’aurions-nous à dresser face aux grandes forces économiques et financières. Comment combattrons-nous tous les déterministes qui asservissent les gens si  nous n’avons plus les États à leur opposer ? Que serions- nous devenus sans les États en 2008 ? L’État, dans ce monde de violence économique, sociale, culturelle, psychologique, physique, il faut le rétablir dans ses prérogatives, son autorité et sa volonté, non l’abattre et faire ainsi le jeu des grandes féodalités qui n’attendent que ça. La Ve République a permis à la France d’être gouvernable. Depuis des décennies, elle est abîmée par des réformes inconséquentes pour suivre l’air du temps, comme le quinquennat, et souvent mal servie par ceux qui en ont la mission, ce n’est pas une raison pour jeter le bébé avec l’eau du bain et retourner aux errements des Républiques passées en refaisant la IVe République sous le couvert de la VIe.

La véritable démocratie, c’est une délégation de pouvoir légitimée par le suffrage universel qui permet au peuple de choisir entre des personnalités, des systèmes de valeurs, des projets pour une durée déterminée au terme de laquelle l’élu revient devant les électeurs. Des mandats trop courts empêchent d’inscrire la politique dans la durée. Mais à la démocratie représentative, celle de Condorcet qui disait que les électeurs ne l’avaient pas élu pour qu’il agisse en fonction de leurs opinions mais en fonction des siennes, il faut des respirations. Celles de la cinquième République étaient dans la possibilité de la cohabitation que le quinquennat a quasiment abolie et dans le référendum trop peu utilisé. Faute de donner la parole au peuple par le référendum, tel qu’il est prévu à l’article 11 de la Constitution, on a créé la frustration qui risque d’engendrer une forme ingérable du référendum d’initiative populaire, devenu le sujet à la mode, si à tout moment un petit nombre de citoyens peut en provoquer un sur n’importe quel sujet car, il faut avoir le courage de le dire, on ne réussira alors qu’à mettre du désordre dans les institutions et encore plus d’incohérence dans les politiques ce qui au bout du compte n’améliorera le sort de personne. Mettons en place le référendum d’initiative populaire pour modifier la constitution, révoquer le Président de la République, le gouvernement, les députés, abroger les impôts, et nous aurons plus sûrement le chaos que l’augmentation du pouvoir d’achat.

Si l’on veut que le peuple ait le dernier mot sur le contrat social et civique qu’on l’interroge sur un vrai service militaire obligatoire ou sur une réforme de la justice. Si l’on avait voulu que le peuple ait directement la parole, on aurait dû la lui donner sur le mariage, on la lui donnerait sur la PMA pour toutes, on modifierait la Constitution pour que les traités qui par l’une, au moins, de leurs dispositions portent atteinte à la souveraineté de la nation ne puissent être ratifiés que par référendum. Si l’on veut réellement donner la parole au peuple pour qu’il puisse peser sur sa destinée que l’on ratifie le CETA  par référendum. Mais, bizarrement, personne ne le propose, peut-être parce qu’un rejet du CETA par référendum porterait un grand coup au cœur même de la pensée unique. Et que cela, les grands démocrates qui veulent punir les Anglais pour le Brexit et cherchent par tous les moyens à les faire revoter, ces grands démocrates refusent catégoriquement d’en prendre le risque.

La démocratie ne gagnera rien à ce genre de défoulement que risque d’être le «grand débat national». De celui-ci, les communicants politiques sortiront quelques mots pour confectionner les discours creux qui sont leur spécialité et qui nourriront un peu plus le discrédit de la politique. Les démagogues sortiront ce qu’il y aura de plus démagogique qui minera un peu plus la démocratie. Mais les politiciens seront satisfaits : ils auront pour un temps noyé le poisson, ce qui était leur but, comme dans la vieille politique. A quel prix et jusqu’à quand ?

Henri Guaino

http://www.dedefensa.org/article/les-gj-et-letat

JOYEUX ET HEUREUX NÖEL

A tous les lecteur de ma revue de presse quotidienne  je leur adresse mes souhaits de bonheur .Dans un monde chahuté par les guerres hybrides, les coups durs de la nature :tsunamies ,  éruptions volcaniques, innondations, sécheresses, attention a ne pas toucher aux lois naturelles dont les conséquences non prévisibles peuvent s’avérer néfastes pour les sociétes civiles : démographie, famine..

La vie animale mérite le respect, la vie végétale  un soin respectueux . la vie tout court de :l’amour, la vie familiale source de bonheur et de tristesse ne peut se contenter chaque matin à l’écoute des informations d’apprendre la mort d’innocents qui ne demande qu’a vivre.

Les puissants de ce monde devraient y penser prioritairement et veillez aux bonheur des peuples dont ils ont la responsabilité.

A ces voeux pieux ajoutons un peu d’optimisme et prévenons les puissants de faire attention,les révolutions existent ,il est ensuite difficile de les arrêter ,de même pour les les guerres, on connait avec précision la date et l’heure  de la déclaration du début d’un conflit mais cette précision n’est pas la même pour l’arrêt des hostilités.Entre temps LES MORTS ET LES INNOCENTS SE COMPTENT par centaines de milliers voir plus.

Que ce NOËL soit beau et que nous puissions  longtemps nous souvenir des étoiles qui brillent dans les yeux de nos enfants.

Joyeux Noêl !

Bernard FELLI. Administrateur d’ombre43.

 

https://ombre43.wordpress.com

 

 

Le marché, est-ce la même chose que le capitalisme ? Par Javier Portella

Le marché, est-ce la même chose que le capitalisme ? Par Javier Portella

Le marché, est-ce la même chose que le capitalisme ? Par Javier Portella

Par Javier Portella, écrivain espagnol francophone, essayiste ♦ Lors de récentes déclarations au Figaro, Jean-Claude Michéa, reprenant une idée déjà exposée dans L’Empire du moindre mal, s’en prenait à « la droite qui vénère le marché et vomit ses conséquences ». Ce qu’il entend par là est très clair : il faut vomir tous les deux à la fois, s’attaquer aussi bien à la cause du mal qu’à ses conséquences. Le contraire relève de l’ignorance ou de l’hypocrisie.


L’idée, exprimée d’une façon percutante, est clé : elle condense ce que pense aussi bien la gauche anticapitaliste, incarnée de façon notoire par un Michéa, que la droite qu’on peut qualifier aussi d’anticapitaliste (« nouvelle », l’a-t-on appelée il y a cinquante ans) et dont la pensée est incarnée, de façon également notoire, par un Alain de Benoist.

Parlons donc du marché, ou du capitalisme, puisqu’on les tient d’habitude pour la même chose. Que faut-il entendre par combattre et abolir les méfaits du marché ou du capitalisme ? Il a raison, Michéa : c’est absurde (ou hypocrite) de vomir seulement l’état de fait d’un monde dont la précarité frappe de plus en plus de gens, et dont la perte de principes,de racines et de beauté fait que tout plonge dans l’absurdité et le non-sens. Il faut s’attaquer à la cause – l’une des causes, la plus immédiate, sans doute – de tant d’errements. Il faut combattre le marché qui, dominant l’ensemble de la vie, a pour nom capitalisme.

Il faut combattre le marché. Mais pour mettre à sa place… quoi donc ?

Ah, la grande question ! Car cette question a reçu dans la réalité historique une réponse aussi claire que tranchante – et qui fait froid dans le dos. C’est la réponse bien connue selon laquelle on met fin aux errements du capitalisme en éradiquant le marché, en liquidant la propriété privée et en la remplaçant par la propriété collective (enfin, collective… : étatique) des moyens de production.

Ce n’est pas là ce que proposent un Jean-Claude Michéa ou un Alain de Benoist. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Mais de quoi s’agit-il alors ? Il s’agit de transformer de fond en comble le capitalisme, d’en combattre les turpitudes, outrecuidances et folies sans pour autant démolir sa base : la propriété et l’économie de marché qui sont le substrat sur lequel elles se tiennent – tout comme ce même substrat soutient l’ensemble des systèmes économiques qui, avec la seule exception du communisme, ont vu le jour depuis le début des temps.

Il reste la question essentielle : en quoi consisterait, de quelle façon s’articulerait une telle conjonction, disons-le ainsi, de marché et d’antimarché, de capitalisme et d’anticapitalisme ? Il reste une telle question (rien de moins !), mais c’est bien de cela – d’une pareille conjonction des contraires – qu’il s’agit. Du moins pour moi, et j’entends que pour les auteurs dont je parlais aussi, même si je ne suis pas tout à fait sûr qu’ils approuveraient une telle façon, si « réformiste », diront certains, de voir les choses.

Et c’est là justement le problème. Car voilà quelque chose qui, tout en étant d’une importance décisive, est susceptible d’être mis en discussion. Ce n’est pas quelque chose qui serait absolument clair, d’emblée, sans l’ombre d’un doute.

Mais si l’affaire n’est pas aussi claire qu’il le faudrait, c’est aussi parce qu’il y a une question terminologique qui l’embrouille. Les noms n’ont rien d’éthéré ou d’évanescent : ils sont pleins de poids et de densité, d’odeur et de saveur. Les noms capitalisme et socialisme sont gros de la signification qu’ils ont acquise tout au long de leur parcours historique et, en particulier, à travers l’action de ceux qui ont prétendu nous libérer du premier des deux. Si l’on veut donc libérer vraiment le monde des méfaits du capitalisme, la première chose qui s’impose, c’est de trouver un terme exprimant aussi bien ce qu’il faut maintenir que ce qu’il faut abolir.

En ce sens, un nom comme celui d’illibéralisme, lancé par le dirigeant hongrois Viktor Orbán, reflète assez bien, quant à la dimension politique de la chose, ce que je veux dire. Des termes comme social-marché ou capital-socialisme– tout un oxymoron : indispensable quand il s’agit d’une conjonction des contraires – pourraient exprimer la même chose pour ce qui est de la dimension économique de celle-ci.

https://www.polemia.com/illiberalisme-fleurit-ancienne-europe-communiste/embed/#?secret=UarJTrzfdP

Le marché, ce n’est pas le capitalisme

Ce qui a été dit jusqu’ici (et ce qui va suivre) n’a strictement rien à voir avec la vision social-démocrate des choses. En accomplissant des réformes et en lui apportant des raccommodages voués à le renforcer, c’est le capitalisme que la social-démocratie défend et encourage de toutes ses forces : le capitalisme dans sa puissance maximale, dans ce qu’il a de plus essentiel.

C’est tout le contraire qui est défendu ici. Or, voilà que le malentendu perce à nouveau et il convient de le dissiper une fois pour toutes : le marché et la propriété ne sont pas l’essentiel du capitalisme. Ils n’en sont que la base, le substrat. Comme ils étaient aussi le substrat – nous l’avons déjà souligné – sur lequel, mettant chaque fois en œuvre un esprit, un imaginaire profondément différent, se tenaient, entre autres, la vie économique de l’Antiquité gréco-romaine, celle du Moyen-Âge ou celle de la Renaissance. Ce qui définit le capitalisme, ce qui le rend unique, c’est l’ambition de tout soumettre – la vie, le monde, la nature, les espoirs, les rêves… – à l’emprise de l’économique, à l’avidité marchande. À cette avidité sans bornes qui imprègne l’air du temps et dont la démesure effrénée fait, par exemple, que le grand capital s’intéresse de moins en moins à la production de choses pour, développant la spéculation autour de chiffres, titres et monnaies, tourner en rond sur lui-même, inépuisable, comme s’il était à la recherche de l’infini – de ce progrès infini, disaient-ils quand ils y croyaient encore, qui ne peut déboucher que sur la mort de la terre. Et sur celle de l’esprit.

C’est cela, c’est cette mort qu’il faut extirper. Avec des forceps, si c’est nécessaire. Non pas, pourtant, pour qu’on arrête d’avoir et de posséder, non pas pour qu’on arrête de produire et d’échanger, d’investir et de gagner. De gagner aussi ! Disons-le clair et net : il s’agit aussi de gagner, de profiter, de prendre des bénéfices sur ce qu’on a investi… Ce n’est pas le plus important dans la vie, l’obsession du gain et de l’argent doit absolument quitter le centre du monde. Mais s’il ne s’agissait plus de gagner et de profiter– tout en y mettant de la mesure, des bornes, des limites –, qui diable se risquerait, investirait, produirait ?

Tout cela doit rester, tout cela doit être sauvegardé. Non pas à la façon d’aujourd’hui, mais dans des termes différents. Dans des termes semblables en un sens  – disons-le avec cet exemple – à ceux qui sont de mise dans ce qu’on appelle le domaine des petites et moyennes entreprises : ce domaine de la production qui sait et assume que l’hybris de l’illimité n’est pas de mise ; ce domaine essentiel pour produire des choses et non pas du vent, qui n’a rien à voir avec la spéculation financière, usurière et mondialiste. Il a si peu à voir avec lui qu’il fait même partie de ses victimes.

Voilà le principe, voilà l’idée. Mais comment la mettre en œuvre ? Comment, à partir de là, les choses peuvent-elles s’agencer, s’articuler ? Quelles digues faudrait-il dresser, quels vannes ouvrir, quels encouragements donner, quelles contraintes fixer, quelles institutions créer pour que les hommes – ces hommes qui n’ont plus rien de grand, de beau, de sacré à leur portée –arrêtent de faire ce quisemble être devenu leur impulsion première : avoir et posséder des objets, des produits, voire des signes et des virtualités ;impulsion folle, effrénée,pour avoir e t posséder qui s’est emparé des hommes (je parle de l’esprit du temps, pas des seuls possédants) dès qu’on a décrété qu’il était aussi possible que nécessaire de « laisser faire[et] laisser passer » tout ce qui par la tête des hommes passerait.

Répondre à de telles questions est une tâche immense, énorme. Raison de plus pour l’aborder d’urgence quand on dénonce – et la dénonciation est plus que justifiée – qu’il est ridicule de « vénérer le marché et de vomir ses conséquences ». Aussi ridicule que si on continuait de vomir tous les deux sans savoir (ou sans dire) quoi mettre à la place.

Javier Portella
23/12/2018

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Domaine public, via PixaBay

https://www.polemia.com/le-marche-est-ce-la-meme-chose-que-le-capitalisme-par-javier-portella/

Les dix stratégies de manipulation de masses

Le philosophe nord-américain Noam Chomsky, activiste et penseur politique, professeur de linguistique au Massachusetts Institute of Technology où il a enseigné toute sa carrière, a fondé la linguistique générative. Il s’est fait connaître du grand public, à la fois dans son pays et à l’étranger, par son parcours d’intellectuel engagé.

Il a élaboré une liste des « Dix Stratégies de Manipulation » à travers les médias.

Elle détaille l’éventail, depuis la stratégie de la distraction, en passant par la stratégie de la dégradation jusqu’à maintenir le public dans l’ignorance et la médiocrité.

 

1/ La stratégie de la distraction

Élément primordial du contrôle social, la stratégie de la diversion consiste à détourner l’attention du public des problèmes importants et des mutations décidées par les élites politiques et économiques, grâce à un déluge continuel de distractions et d’informations insignifiantes. La stratégie de la diversion est également indispensable pour empêcher le public de s’intéresser aux connaissances essentielles, dans les domaines de la science, de l’économie, de la psychologie, de la neurobiologie, et de la cybernétique.

«Garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux.»

Extrait de «Armes silencieuses pour guerres tranquilles»

(Le foot, les jeux olympiques, Johnny, etc…)

[« Panem et circenses » « Donnez leur du pain et des jeux ! »].

 

2/ Créer des problèmes, puis offrir des solutions

Cette méthode est aussi appelée «problème-réaction-solution». On crée d’abord un problème, une «situation» prévue pour susciter une certaine réaction du public, afin que celui-ci soit lui-même demandeur des mesures qu’on souhaite lui faire accepter.

Par exemple : laisser se développer la violence urbaine, ou organiser des attentats sanglants, afin que le public soit demandeur de lois sécuritaires au détriment de la liberté. (Ou encore : créer une crise économique pour faire accepter comme un mal nécessaire le recul des droits sociaux et le démantèlement des services publics).

 

3/ La stratégie de la dégradation

Pour faire accepter une mesure inacceptable, il suffit de l’appliquer progressivement, en«dégradé», sur une durée de 10 ans. C’est de cette façon que des conditions socio-économiques radicalement nouvelles (néolibéralisme) ont été imposées durant les années 1980 à 1990. Chômage massif, précarité, flexibilité, délocalisations, salaires n’assurant plus un revenu décent, autant de changements qui auraient provoqué une révolution s’ils avaient été appliqués brutalement.

(Baisse des retraites et allongement de la durée du travail).

 

4/ La stratégie du différé

Une autre façon de faire accepter une décision impopulaire est de la présenter comme « douloureuse mais nécessaire », en obtenant l’accord du public dans le présent pour une application dans le futur. Il est toujours plus facile d’accepter un sacrifice futur qu’un sacrifice immédiat. D’abord parce que l’effort n’est pas à fournir tout de suite.

Ensuite parce que le public a toujours tendance à espérer naïvement que «tout ira mieux demain» et que le sacrifice demandé pourra être évité.

Enfin, cela laisse du temps au public pour s’habituer à l’idée du changement et l’accepteravec résignation lorsque le moment sera venu.

(L’augmentation importante de la pression fiscale ne s’est pas faite avant les élections de 2012).

 

5/ S’adresser au public comme à des enfants en bas-âge

La plupart des publicités destinées au grand public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas âge ou un handicapé mental. Plus on cherchera à tromper le spectateur, plus on adoptera un ton infantilisant.

Pourquoi ? « Si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celles d’une personne de 12 ans ».

Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles »

(Les français sont trop gros, trop gros, trop gros. Les boissons sucrées sont surtaxées : nous les paierons plus cher).

 

6/ Faire appel à l’émotionnel plutôt qu’à la réflexion

Faire appel à l’émotionnel est une technique classique pour court-circuiter l’analyse rationnelle, et donc le sens critique des individus. De plus, l’utilisation du registre émotionnel permet d’ouvrir la porte d’accès à l’inconscient pour y implanter des idées, des désirs, des peurs, des pulsions, ou des comportements

(La terre se réchauffe dangereusement du fait des seules activités humaines (sic), ce sera terrible pour nos enfants : les carburants sont encore plus taxés).

 

7/ Maintenir le public dans l’ignorance et la bêtise

Faire en sorte que le public soit incapable de comprendre les technologies et les méthodes utilisées pour son contrôle et son esclavage. «La qualité de l’éducation donnée aux classes inférieures doit être la plus pauvre, de telle sorte que le fossé de l’ignorance qui isole les classes inférieures des classes supérieures soit et demeure incompréhensible par les classes inférieures. » Extrait de « Armes silencieuses pour guerres tranquilles»

(80 % des élèves des universités ou des grandes écoles sont issus des classes moyenne ou supérieure).

 

8/ Encourager le public à se complaire dans la médiocrité

Encourager le public à trouver « cool » le fait d’être bête, vulgaire, et inculte

(Voir certaines émissions de TV particulièrement populaires).

 

9/ Remplacer la révolte par la culpabilité

Faire croire à l’individu qu’il est seul responsable de son malheur, à cause de l’insuffisance de son intelligence, de ses capacités, ou de ses efforts.Ainsi, au lieu de se révolter contre le système économique, l’individu s’auto dévalue et culpabilise, ce qui  engendre un état dépressif dont l’un des effets est l’inhibition de l’action. Et sans action, pas de révolution !

(Vous êtes au chômage par manque de formation : suivez un stage et tout ira mieux).

 

10/ Connaître les individus mieux qu’ils ne se connaissent eux-mêmes

Au cours des 50 dernières années, les progrès fulgurants de la science ont creusé un fossé croissant entre les connaissances du public et celles détenues et utilisées par les élites dirigeantes.

Grâce à la biologie, la neurobiologie et la psychologie appliquée, le «système» est parvenu à une connaissance avancée de l’être humain, à la fois physiquement et psychologiquement.

Le système en est arrivé à mieux connaître l’individu moyen que celui-ci ne se connaît lui-même. Cela signifie que dans la majorité des cas, le système détient un plus grand contrôle et un plus grand pouvoir sur les individus que les individus eux-mêmes.

(Pourquoi croyez-vous que les grands politiques utilisent et payent largement des instituts importants des sciences humaines ou des grandes sociétés de publicité ce qui revient au même).

Peu importe la couleur politique, voilà comment nos chers dirigeants nous manipulent.

 

https://voixdupeuple.wordpress.com/2018/12/21/les-dix-strategies-de-manipulation-de-masses-2/