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Poutine : tenir tête à l’Empire du Chaos US/Israël, ou céder ?

Poutine :
tenir tête à l’Empire du Chaos US/Israël, ou céder ?


Moment crucial, plus pour Poutine et la Russie que pour la Syrie et Assad


Par Damian Martinovich − Le 10 avril 2018 − Source Russia Insider


Vladimir Soloviev, l'animateur d'une émission de télévision politique diffusée aux heures de grande écoute, qui connaît Poutine personnellement, a tweeté : « La situation est maintenant comparable à la crise des missiles de Cuba. Une guerre nucléaire pourrait éclater en un clin d'œil. Et il est peu probable que l'humanité puisse y survivre. »

Nouvelles sanctions anti-russes, marchés financiers russes en fusion, rouble en dégringolade, menaces occidentales de bombardements en Syrie et sur ses alliés, coup monté Skripal − que se passe-t-il ?

Bienvenue pour votre quatrième mandat présidentiel, monsieur Poutine ! Toutes ces actions font partie de la campagne soigneusement planifiée qui sert de fanfare d’accueil pour votre probable dernier mandat de président russe.

Pour l’essentiel, l’Occident envoie un message clair au président russe. Vous aurez six années ininterrompues de crises infernales. Nous ferons en sorte que vous n’ayez pas une journée paisible. Désolé, il n’y a aucun moyen que vous puissiez vous concentrer sur les problèmes intérieurs de la Russie comme vous l’avez promis pendant votre campagne présidentielle.

Ce sera aussi une période difficile pour l’économie russe, bien que les Russes doivent se rendre compte qu’il vaut mieux avoir un salaire de 20 000 roubles (300 dollars) que 20 millions de morts comme au cours de la Seconde Guerre mondiale. C’est un petit prix à payer pour être l’une des dernières nations souveraines restant dans le monde. À long terme, il est préférable de réduire la dépendance de la Russie vis-à-vis de la technologie, des importations et des marchés occidentaux.

La Russie doit résolument prendre plusieurs mesures qui vont infliger des coûts importants à Washington et à ses vassaux occidentaux.

Mesures économiques

Bannir toutes les grandes entreprises américaines en Russie, qui peuvent être facilement remplacées par des équivalents russes.

  • Tous les McDonald’s, Burger Kings, Pizza Hut et Starbucks devraient être interdits. Ces mesures ne nuiront pas à l’économie russe, car la Russie possède déjà ses propres franchises de restauration rapide.
  • Bannir les sociétés de logiciels américaines en Russie. Il y a beaucoup de sociétés de logiciels russes qui peuvent remplacer les produits américains.
  • Bloquer Google, Facebook, Instagram et Twitter. La Russie a déjà des équivalents forts qui suppriment la concurrence occidentale et sont dominants sur le marché russe − Yandex, Vkontakte, Odnoklassniki, etc. Fondamentalement, la Russie devrait créer un espace d’information indépendant de la même manière que la Chine.
  • La Russie devrait également cesser d’acheter des avions Boeing ou toute autre technologie de fabrication américaine et cesser de vendre des moteurs de fusée russes à la NASA.

Mesures financières

Commencer à se débarrasser des dollars et de tout le commerce international en dollars. Demander aux partenaires commerciaux internationaux de faciliter les échanges dans toutes les devises sauf le dollar américain.

Mesures politiques et militaires

Le plus important, la Russie devrait commencer à mener des guerres par procuration contre l’Amérique, comme les États-Unis mènent une guerre par procuration contre la Russie en soutenant le régime anti-russe de Kiev et en armant les milices fascistes du Donbass qui tuent la population russe.

La Russie devrait envisager sérieusement d’armer les talibans en Afghanistan, le Hezbollah au Liban, d’aider l’Iran à moderniser son armée, de lui vendre des S-400 et de faciliter les projets technologiques militaires conjoints.

Fondamentalement, la Russie devrait soutenir toutes les nations et organisations considérées par les Américains comme leurs ennemis. Cela va vraiment faire mal à Washington. C’est la seule réaction appropriée et pertinente à la politique étrangère de Washington. L’ennemi de mon ennemi est mon ami − la Russie devrait adopter les bases d’une politique étrangère réaliste. Les néocons américains ne comprennent que le langage de la force, ce n’est pas le moment de présenter de bons arguments, de dialoguer ou de discuter.

Le ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov, a déclaré que les négociations sur la péninsule coréenne devraient déboucher sur le désarmement nucléaire de la région. Pourquoi la Russie est-elle si désireuse de dénucléariser la péninsule coréenne ? Ce n’est pas d’un intérêt vital pour la Russie. Peut-être que la Russie devrait faire de la Corée du Nord un allié et commencer à l’armer plus sérieusement. Pourquoi aider l’Amérique à neutraliser la menace coréenne ? Peut-être qu’elle devrait aider la Corée du Nord à développer un missile encore plus meurtrier. De cette façon, les néocons y réfléchiront à deux fois avant de s’en prendre à la Russie.

Reconsidérer la relation avec Israël

La Russie doit reconsidérer sa relation actuelle avec Israël parce qu’elle se trompe pour de nombreuses raisons, notamment en envoyant des messages contradictoires aux alliés russes au Moyen-Orient.

Les premières étapes sont déjà engagées. L’ambassadeur d’Israël a été convoqué au ministère russe des Affaires étrangères. Mais ils devraient faire beaucoup plus que cela. L’ensemble des crises actuelles est la conséquence du désir d’Israël de maintenir un chaos contrôlé en Syrie pendant des décennies et la Russie reste silencieuse face aux attaques aériennes constantes de Tel-Aviv contre la Syrie.

Pourquoi la Russie reste-t-elle silencieuse quand Israël bombarde la Syrie, mais menace-t-elle les États-Unis quand ils disent vouloir faire de même ? Où est la logique ? Pourquoi Israël peut-il le faire et pas les États-Unis, en tant que première superpuissance mondiale ? Si la Russie n’est pas prête à riposter contre Israël, pourquoi prétend-elle qu’elle est prête à riposter contre les États-Unis ? Cela n’a aucun sens. Par conséquent, les Russes ne devraient pas donner à Israël un laissez-passer, mais lui imposer un ensemble de sanctions économiques et politiques similaires à celles contre les États-Unis.

En tout cas, la Russie devrait faire comprendre à Israël qu’en cas de guerre russo-américaine, Israël serait l’un des premiers à être éliminé à l’aide des bombes nucléaires russes. Cela les fera réfléchir à deux fois avant de provoquer un conflit mondial contre la Russie.

Conclusion

Au lieu de gémir et de pleurer sur des actions illégales et illégitimes de l’Occident qui ne sont pas conformes au droit international, la Russie et Poutine devraient prendre des mesures sérieuses et concrètes pour les arrêter.

Il est temps que les vieux dirigeants politiques russes se retirent. Le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov a déjà laissé entendre qu’il veut prendre sa retraite après des décennies d’infatigables et, dans certains cas, brillants services à la Russie. Je pense que Poutine devrait le laisser partir à la retraite et trouver un nouveau ministre des Affaires étrangères, jeune, énergique et nationaliste qui cessera tout d’abord de qualifier de « partenaires » les pays occidentaux comme le fait Lavrov à chaque occasion. Un tyran comprend seulement le langage de l’intimidation et de l’action.

Dmitry Medvedev, actuel Premier ministre russe, a été invisible pendant des années, essentiellement un zombie. Il restera dans l’histoire comme l’homme qui a permis à l’Occident de bombarder Kadhafi en ne mettant pas son veto à une résolution de l’ONU demandant une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye. D’autres libéraux russes devraient également partir et la politique économique et financière devrait être plus nationaliste et protectionniste.

Le président Poutine est actuellement trop souple sur trop de questions. Il parle encore de « partenaires occidentaux ». Même Yakov Kedmi, ancien patron israélien d’Intel, pense qu’il devrait être plus dur envers les bellicistes néocons. La Russie a besoin de quelqu’un avec un peu les manières de Jirinovski pour diriger la politique étrangère russe, surtout en ce moment particulier.

Donc, dans ce moment critique pour l’humanité, étant donné que tous les médias occidentaux ignorent complètement le danger de la troisième guerre mondiale, Poutine devrait aller à la TV en direct, faire une déclaration de rupture et expliquer aux citoyens russes et surtout au monde entier, que toute la planète est au bord de la troisième guerre mondiale.

Et enfin, la Russie doit comprendre que cela n’a rien à voir avec Assad, la Syrie ou même le Moyen-Orient. Cela a tout à voir avec la Russie. Israël et les États-Unis ont décidé qu’il était temps de lui infliger une défaite humiliante en Syrie et de la virer de cette équation complexe.

Si la Russie ne fait rien et se cache sous la table en protestant contre les frappes illégales américaines, britanniques, françaises et israéliennes contre le peuple syrien, ce sera la défaite et l’humiliation de la Russie et de Poutine. Personne ne voudra plus être un allié des Russes, même si beaucoup de pays ne sont pas candidats à le devenir, pour être honnête. Ce sera une défaite géopolitique d’intensité gigantesque et, dans ce cas, il vaut mieux que les Russes quittent la Syrie plutôt que de s’humilier davantage.

Battre en retraite évite seulement l’inévitable − finalement la paix mondiale dépendra des nations qui défient l’hégémonie américaine. La Russie, avant tout, résiste aux États-Unis et à Israël en Syrie depuis le début.

Président Poutine, c’est à vous d’agir. Soit vous entrerez dans l’histoire comme le plus grand homme d’État russe qui ait jamais vécu sous le soleil, ou comme Ivan le Terrible 2.0, dont la première partie prospère du règne a fini dans le chaos ultime, la désintégration et les temps troublés en Russie.

Bon vent Vladimir Vladimirovich ! Le destin de la Russie et de l’humanité est entre vos mains.

Damian Martinovich

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/poutine-tenir-tete-a-lempire-du-chaos-usisrael-ou-ceder

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19.avril.2018 // Les Crises

Syrie : Bombardements foireux à la diafoirus, par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 16-04-2018

D’abord, qu’on arrête de parler de « frappes ». Chirurgicales ou non, ces actes de guerre sont destinés à tuer et à détruire et ne sauraient s’assimiler à de simples fessées punitives. Paradoxalement, les bombardements occidentaux du 14 avril 2018 effectués sur la Syrie n’ont fait que trois blessés légers ; ils ont suscité en tout cas des scènes de liesse populaire et renforcé le prestige de Bachar al-Assad, leader arabe qui aura mis en échec la stratégie occidentale au Proche-Orient. Brillant résultat !

En dehors de toutes considérations géopolitiques (nous y reviendrons), on a atteint – avec les dernières péripéties de la crise syrienne -, des sommets himalayens de bêtise et de vulgarité. Bêtise globalisée, méchante et d’un manque total de distinction dans les deux sens du terme – séparation et excellence -, élevée au plus haut niveau d’une communication politique et diplomatique tellement primitive, mais érigée en modèle car émanant du président le plus puissant de la planète. L’un de ses derniers Tweets avant les bombardements : « que la Russie se tienne prête, car ils arrivent nos missiles, beaux, nouveaux et intelligents ». De précédents messages parlaient de « Bachar, l’animal… » Quoiqu’on puisse penser du président syrien, l’emploi d’un tel vocabulaire ajoute inutilement morgue, grossièreté et mépris aux malheurs du monde.

En l’occurrence, la comparaison souvent faite entre Donald Trump et Le Docteur Folamour1, bien trop faible, est loin d’épuiser l’hallucination collective provoquée par cette « diplomatie de l’injonction » et ces tweets à la tronçonneuse du président américain. Et qu’on évite – ici – de parler du « pragmatisme américain » pour « appeler un chat, un chat » et soulignons plutôt que Donald Trump nous impose ses certitudes et son style : celui d’un parvenu persuadé que l’argent est la mesure de toutes choses, celui d’un rustre dont l’éducation nous ramène à l’ère des australopithèques ; en définitive, celui d’une autre catégorie de personnages si bien qualifiés par Michel Audiard : « les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît ».

Cette phénoménologie de l’indigne est trop peu relevée pour qu’ ici nous lui consacrions justement quelques lignes, d’autant que les journalistes s’en font les zélés diffuseurs, voire les propagandistes dociles, sans même se rendre compte qu’elle finit par atteindre la structure de leur langue et de leurs raisonnements. Mais avant d’essayer d’évaluer les conséquences de l’attaque occidentale, reprenons l’enchainement étonnant que viennent de nous imposer trois des grands dirigeants occidentaux et leurs intervieweurs.

DOUBLE PERNOD

Le 12 avril dernier, Jean-Pierre Pernaut, le « journaliste de proximité » de TF1 – qui présente le journal de 13 heures – a donc interviewé le président de la République dans l’école communale d’un petit village de l’Orne : Berd’huis. Lorsque Emmanuel Macron affirme détenir « les preuves » d’une attaque chimique (ou plutôt au chlore), attribuable à Bachar al-Assad soi-même, le « journaliste » n’a pas le réflexe professionnel minimal de lui demander « lesquelles ! Plus concrètement « de quelles preuves disposez-vous Monsieur le président ? », ni de le relancer sur les fondements d’ une totale absence de doute… « Double Pernod » – comme l’a baptisé la profession depuis des années – va ainsi servir la soupe durant toute la durée de l’entretien, sans poser une seule question anglée, sinon dérangeante.

La mansuétude des journalistes français, chargés d’interroger les présidents de la République, est un vieux serpent de mer, puisque c’est le service de communication de l’Elysée qui traditionnellement s’invite dans le média de son choix, en choisissant les journalistes-intervieweurs et les thèmes de l’entretien. Survivances du Roi-Soleil, ces pratiques font, depuis longtemps, la risée de notre pays et de sa caste médiatique dans le monde entier, à qui nos dirigeants continuent pourtant à donner des leçons quotidiennes en matière de droits humains et de liberté de l’information !

Deux jours auparavant, la chaine américaine Fox-News – créée par Rupert Murdoch et pourtant réputée pour sa ligne éditoriale néo-conservatrice – interviewait un sénateur républicain partisan de Donald Trump. D’une manière professionnelle, le journaliste Tucker Carlson est revenu à plusieurs reprises sur la question des « preuves » de la présumée attaque chimique et sur les objectifs des « frappes annoncées », ainsi que sur la suite et les conséquences de cette attaque militaire. Affichant sa parfaite connaissance du dossier, le journaliste de Fox-News a rappelé que les « frappes américaines » de l’année dernière sur une base aérienne syrienne avaient été suivies quelques mois plus tard d’un mea culpa du secrétaire à la Défense James Mattis, reconnaissant que les preuves d’une attaque chimique « n’avaient pas été suffisamment complètes et certaines » pour justifier une telle attaque.

Ne s’en laissant pas compter par le sénateur républicain, le journaliste a rappelé que la Maison Blanche avait déclaré solennellement que l’objectif n’était pas celui d’un « Regime Change » en Syrie. Question légitime suivante, « alors quelles étaient les objectifs de ces frappes ? ». Acculé, le sénateur devait reconnaître qu’Israël avait demandé cette intervention militaire américaine, afin d’affaiblir « une Syrie, alliée du Hezbollah libanais ». Ultime question : « on comprend bien l’intérêt israélien, mais pas l’intérêt américain… » Le sénateur devait conclure en se prenant les pieds dans le tapis essayant d’expliquer que les intérêts israéliens étaient « les mêmes que ceux des Etats-Unis… »

C’est quand même autre chose que Double Pernod, même si on passe d’un excès à l’autre : de l’aplaventrisme des Pernod/Delahousse aux fausses ruptures Bourdin/Plenel d’hier soir. Emmanuel, Emmanuel… visiblement, ces deux-là ne savent pas que M. Macron est président de la République. Nous y reviendrons la semaine prochaine, toujours est-il que ces dommages collatéraux médiatiques n’auront pas empêcher l’emballement d’une machinerie absurde et malheureusement inéluctable.

LOGIQUE A MARCHER SUR LA TÊTE

Première étape : entre tweets et communiqués officiels, les Etats-Unis, la France et la Grande Bretagne affirment qu’ils vont attaquer, quoiqu’il arrive, et que leur riposte à des « attaques chimiques » présumées est inéluctable. Donc, s’ils ne le font pas, ils se déjugent, et fixent eux-mêmes l’ engrenage du déclenchement d’une opération militaire.

Deuxième étape : ensuite seulement, on cherche des preuves qu’on aurait dû, semble-t-il, accumuler avant d’affirmer qu’on allait attaquer.

Troisième étape : enfin, on attaque « l’arsenal chimique clandestin du régime syrien », selon les propres termes du communiqué de l’Elysée du 14 avril dernier. Ouf ! Ainsi on peut considérer que le problème est réglé et définitivement réglé !

A ce stade, une question fondamentale s’impose : si l’arsenal chimique syrien n’a pas été démantelé comme prévu après l’accord russo-américain de septembre 2013 et que subsistent des laboratoires de recherche, des stocks de composants chimiques et des unités spécialement entraînées à utiliser ce type d’armements, pourquoi n’a-t-on pas réagi beaucoup plus tôt en amont, pourquoi après la dernière attaque présumée n’a-t-on pas immédiatement déployé – sur le terrain – les inspecteurs de l’Organisation de l’interdiction des armements chimiques (OIAC)2 ?

Pourquoi l’OIAC est-elle immédiatement saisie dans l’affaire de l’ex-espion russe empoisonné en Grande Bretagne, alors qu’on traîne les pieds pour envoyer les inspecteurs de l’ONU en Syrie ? La réponse à cette question est très simple : en 2002, le premier directeur général de l’OIAC – le grand diplomate brésilien José Bustani avait eu l’outrecuidance de vouloir envoyer ses inspecteurs en Irak afin de chercher les fameuses armes de destruction massives dans leur version chimique – armes qui, selon George W. Bush et Tony Blair, pouvaient menacer la terre entière en moins de 45 minutes !

A l’époque sous-secrétaire d’Etat pour le contrôle des armes et la sécurité internationale, John Bolton ( patron depuis quelques jours du Conseil américain de sécurité nationale) s’était précipité au siège de l’OIAC à La Haye pour obtenir la tête de José Bustani, en menaçant au passage les enfants du diplomate brésilien vivant à New York. De fait, depuis 2002, l’OIAC est marginalisée par les Etats-Unis qui préfèrent s’adresser à des inspecteurs « indépendants », souvent rattachés aux services spéciaux américains ou britanniques…

Toujours est-il que face aux preuves des Casques blancs et de l’Observatoire syrien des droits de l’homme, le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov réplique que « l’attaque chimique présumée en Syrie est une mise en scène à laquelle ont participé les services spéciaux d’un État » (non nommé), mais désigné comme « russophobe ». Sergueï Lavrov en conférence de presse : « nous disposons de preuves irréfutables qu’il s’agissait d’une nouvelle mise en scène, et que les services spéciaux d’un État actuellement en première ligne d’une campagne russophobe ont participé à cette mise en scène ».

En effet, images et témoignages de la dernière attaque chimique présumée de la Ghouta ont été principalement rapportés par deux sources : l’ONG des Casques blancs – créée de pied en cap par le MI6 (service britannique du renseignement extérieur) pour appuyer Jabhat al-Nosra (c’est-à-dire la Qaïda en Syrie) durant la reconquête d’Alep par l’armée gouvernementale syrienne ; et l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), basée à Londres et citée par les médias occidentaux comme une agence de presse alors qu’elle est une officine politique liée aux Frères musulmans. Ces deux sources sont-elles suffisamment crédibles pour fonder une opération militaire d’envergure ?

Comme en septembre 2013, les autorités françaises exhibent une « note » des « services de renseignement ». Diantre ! Celle brandie à l’époque par le premier ministre Jean-Marc Ayrault était une collection de laborieuses suppositions.

La dernière n’est pas meilleure, puisqu’elle rassemble un condensé d’images collectées sur You-tube. Du solide ! En février 2003, l’auteur de ces lignes a assisté à la séance du conseil de sécurité qui a vu le général Colin Powell (alors secrétaire d’Etat) brandir un prétendu échantillon des armes chimiques irakiennes et projeter un diaporama voulant prouver que Saddam Hussein et Oussam Ben Laden étaient les meilleurs copains… On connaît la suite !

Toujours est-il que les sources des services spéciaux contactées (qui ne peuvent s’exprimer publiquement) ne sont pas très enthousiastes de se voir ainsi, une fois de plus, instrumentalisées pour justifier – a posteriori – une décision du pouvoir exécutif, prise sur la base de considérations plus politiques que tactiques ou stratégiques, en tout cas en fonction d’un enchaînement d’une logique à marcher sur la tête… qui ne tient pas debout. C’est peu de le dire ! Les journalistes – plus que jamais dans leur rôle de passe-plats de propagande – ont repris en coeur : « quelle riposte apportée à des attaques chimiques présumées ? ». Des ripostes présumées ?

POTION DE DOCTEURS DIAFOIRUS

S’ils avaient relu, ou seulement lu De la guerre, le fameux traité de Carl von Clausewitz, nos dirigeants auraient compris que toute opération militaire vise deux finalités : des objectifs opérationnels et des buts politiques. Avant de revenir sur ce dernier aspect, voyons donc les objectifs.

La communication gouvernementale officielle nous dit que les cibles ont été au nombre de trois. D’abord le CERS (Centre d’études et de recherches scientifiques de l’armée syrienne), situé au-dessus de Damas. Dès les années 1970, Allemands de l’Est, puis Allemands de l’Ouest y collaboraient avec des scientifiques arabes de plusieurs nationalités, tandis que des agents français y donnaient des cours de langue… Des bureaux de la Garde républicaine, dont la mission est de protéger Damas, sont aussi installés dans le bâtiment du CERS. Le chef de cette unité d’élite, Maher al-Assad (le frère de Bachar) aurait pu, selon différentes sources, commanditer la dernière attaque présumée chimique dans le dos de son frère ! A voir… Toujours est-il que ces locaux avaient été déménagés depuis belle lurette et qu’on y a vraisemblablement bombardé des cages à poules vides.

Les deux autres cibles se trouvent dans la région de Homs – sur l’Oronte au centre du pays – abritant des « centres de production et de stockage du programme clandestin chimique du régime ». Là-aussi, il semble bien que les locaux fussent désertés et que les missiles occidentaux aient fait chou blanc. A ce stade, une conclusion provisoire devrait s’imposer : cette fois-ci l’arsenal chimique syrien est détruit et on peut estimer que c’en est définitivement fini des attaques chimiques, donc aussi des bombardements occidentaux. Or Trump dit qu’il est encore prêt à dégainer ?

Dans tous les cas de figures, ces objectifs opérationnels s’avèrent mineurs et leur destruction ne change en rien l’anatomie et les évolutions majeures de la guerre qui se poursuit en Syrie. Selon le ministère russe de la Défense, sur une centaine de missiles tirés par la coalition occidentale, 73 auraient été neutralisés et déviés de leur cible par l’armée syrienne !? Ce bilan s’apparente à une potion digne du docteur Diafoirus de Molière ou du Knock de Jules Romains : « est-ce que ça vous chatouille ou est-ce que ça vous gratouille ? » Bref, n’importe quoi !

Diligenté au nom de la morale et des valeurs universelles visant à « protéger les populations », cette potion très inappropriée, risque au contraire d’aggraver le mal qu’elle était censée atténuer en confortant les différentes logiques conflictuelles en œuvre dans la guerre civilo-globale de Syrie.

GEOPOLITIQUE EN CARTON

Le 17 février dernier, depuis la Conférence sur la sécurité de Munich, prochetmoyen-orient.ch révélait le contenu d’un télégramme diplomatique britannique détaillant la nouvelle stratégie occidentale en Syrie3. En pure démonstration clausewitzienne, les objectifs militaires étaient parfaitement définis : miser sur la poursuite de la guerre en attisant la rivalité turco-kurde et la multiplication des ingérences militaires israéliennes. Sur le plan des buts politiques, sinon géopolitiques, même clarté de mise : punir Assad, intimider les Russes, menacer les Iraniens.

Avant d’engager toute espèce d’opération militaire, les dirigeants occidentaux devraient penser – bien-sûr – au jour d’après. Et l’on pense communément qu’ils sont suffisamment responsables pour le faire. Le fait est que plusieurs précédents récents ne confirment pas ce réflexe de bon sens : Irak (2003), Libye (2011), Yémen (2014). Alors que peut-il se passer maintenant ?

Le prestige de Bachar al-Assad est conforté : comme Hassan Nasrallah, le chef du Hezbollah, et Hassan Rohani, le président iranien, il incarne une espèce de nouveau Nasser qui résiste aux Occidentaux. Les Russes gardent tête et diplomatie froides, mais ils sont furieux et feront payer la note, tôt ou tard. De fait, le Hezbollah n’est pas (encore) puni, les Russes ne sont pas intimidés et les Iraniens se préparent à la décision de Donald Trump qui vraisemblablement abrogera l’accord sur le nucléaire iranien le 12 mai prochain.

Par conséquent, les buts de guerre des bombardements occidentaux s’avèrent particulièrement désastreux et il n’est pas exagéré de les qualifier de « fiasco diplomatique », d’autant que la France en rajoute sur le plan de la russophobie ordinaire. Il faut ré-écouter les déclarations de François Delattre – notre ambassadeur aux Nations unies – pour se demander quels sont les intérêts qui poussent ainsi notre pays à se mettre en pointe contre Moscou. En janvier 2016, l’auteur de ces lignes assiste – médusé – au discours de la Sorbonne de Jean-Yves Le Drian (alors ministre de la Défense), dissertant sur les deux ennemis principaux de la France : Dae’ch – l’Organisation « Etat islamique » et… la Russie !

Il y a quelques jours, le même (devenu ministre des Affaires étrangères) s’est rendu à Kiev où il a pris ouvertement parti pour les Ukrainiens contre les « séparatistes pro-russes », annulant ainsi d’un mot les accords de Minsk pourtant partiellement initiés par la diplomatie française. Le chercheur Emmanuel Todd intervenait, il y a quelques jours, sur l’antenne d’une radio de service public en s’étonnant de deux choses : de « l’hystérie russophobe française » et de cette insistance à combattre en Syrie et ailleurs « des gens qui partagent nos valeurs les plus fondamentales » en s’alliant à des pays (dont l’Arabie saoudite) qui financent et propagent l’Islam radical dans le monde entier depuis plus de trente ans !

Dans la production entretenue de ce délire anti-russe, la palme revient – en particulier – à deux hauts fonctionnaires : Jean-Claude Mallet (inamovible conseiller de Jean-Yves Le Drian) et Jérôme Bonnafont, le patron d’ANMO (la direction proche-Orient du Quai d’Orsay) qui déclarait à des proches qu’il préférait voir Dae’ch à Damas que Bachar al-Assad… Charles (de Gaulle), réveille- toi, ils sont devenus fous, complètement fous !

NE PAS CONFONDRE LA SYRIE AVEC NOTRE-DAME DES LANDES

Comme toujours avec Emmanuel Macron, il s’agit de respecter les formes. Il a précisé que « conformément à l’article 35, alinéa 2, de la Constitution, le Parlement sera informé et un débat parlementaire sera organisé, suite à cette décision d’intervention de nos forces armées à l’étranger ». On engage d’abord les forces armées et on demande l’avis de la représentation nationale après… La démocratie française est vraiment curieuse. Heureusement, le service communicationnel après-bombardement est parfaitement assuré. Le général François Lecointre (Chef d’état-major des armées/CEMA) et la ministre de la défense Florence Parly montent à l’antenne pour saluer une « performance opérationnelle », sans bavure aucune. Et ils ont raison, car nos armées sont excellentes et (heureusement) exécutent rigoureusement les ordres que leur donne le pouvoir exécutif. Mais, comme en Libye avec l’opération Harmattan, l’excellence d’exécution militaire ne suffit pas. « Performance opérationnelle » certainement, « fiasco politique » assurément !

« En matière de politique étrangère, Emmanuel Macron fait pire que son prédécesseur François Hollande », déplore un ambassadeur de haut rang, « car prétendre qu’après ces bombardements la France pourra revenir dans le jeu diplomatique du Proche Orient est une parfaite illusion. Notre pays s’y est mis hors-jeu depuis mars 2012, lorsque Alain Juppé a pris la funeste décision de fermer notre ambassade à Damas ».

En définitive, Emmanuel Macron a confondu la Syrie avec la ZAD de Notre Dame des Landes : déclencher une opération de police pour faire respecter le droit en faisant attention de ne pas faire de mort… Mais, hélas, dans tous les cas de figures, cette opération ne modifiera en rien les évolutions de la guerre en Syrie, ni ne favorisera le retour de la France aux Proche et Moyen-Orient.

Bonne lecture et, néanmoins bonne semaine.

Richard Labévière
16 avril 2018

1 Docteur Folamour ou : comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe (Dr. Strangelove or: How I Learned to Stop Worrying and Love the Bomb) est une comédie militaire et satirique sortie en 1964 et réalisée par Stanley Kubrick d’après le thriller « 120 minutes pour sauver le monde », écrit par Peter George sous le pseudonyme de Peter Bryant. .
2 OIAC : l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, abrégée en OIAC est l’agence internationale des Nations unies qui veille à ce que la Convention internationale sur les armes chimiques soit bien appliquée par les États membres l’ayant signée. Elle a été créée le 29 avril 1997. Elle est basée à La Haye et son laboratoire à Rijswijk, aux Pays-Bas
3 Prochetmoyen-orient.ch : « Syrieleaks : un câble diplomatique britannique dévoile la stratégie occidentale ».

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 16-04-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/syrie-bombardements-foireux-a-la-diafoirus-par-richard-labeviere/

La nouvelle conception américaine d’une mission « parfaite » : 32 sur 103

La nouvelle conception américaine d’une mission « parfaite » : 32 sur 103


2015-09-15_13h17_31-150x112Par le Saker – Le 14 avril 2018 – Source The Saker

Oups, il a dit « mission accomplie, parfaitement exécutée » et qu’il était « tellement fier » de son « armée géniale ».

Cela en considérant que 71 missiles sur 103 ont été interceptés.

  • Qu’il n’y a pas eu de victimes syriennes (ou iranienne ou russes)… ;
  • Que pas un seul terrain d’aviation n’a été touché ;
  • Que les bâtiments détruits étaient vides ;
  • Que seule la défense aérienne syrienne a été utilisée ;
  • Que les défenses aériennes russes ont été totalement contournées.

Ce type :

Il a qualifié les frappes de « précises, écrasantes et efficaces » (est-ce qu’il a aussi l’air d’un alcoolique à vos yeux ?).

Enfin et c’est bizarre, il n’y a aucune preuve que les Français aient fait quoi que ce soit (ah, vraiment ?). Oh, en parlant des Français, il semble qu’ils aient averti les Russes de ce qui arriverait. Donc techniquement parlant, les généraux américains disent la vérité lorsqu’ils disent qu’ils n’ont pas averti les Russes mais ont seulement « évité le conflit ».  Les Français ont fait tous les avertissements pour eux.

Quant à cette pathétique performance, le « porte-parole » du Pentagone a dit qu’il avait noté une augmentation de 2000% de l’activité des « trolls russes » au cours des dernières 24 heures.

Sans blague !

Je pense que la destruction totale d’une capacité de guerre chimique syrienne qui n’existe pas pourrait même être qualifiée de « succès infini ».

Attendons plus de détails (de nombreux journaux syriens ont exagéré le nombre de missiles abattus) mais il semble que les Anglosionistes ont opté pour la « moins mauvaise » solution en termes de risques pour notre planète : un « semblant de frappe » symbolique et totalement inutile. Je leur en suis personnellement reconnaissant. Espérons, du moins pour un moment, que leur besoin d’instaurer leur « indispensabilité » sera satisfait.

Je pense aussi que les Russes doivent considérablement augmenter la vitesse et l’ampleur de leur livraison de systèmes de défense aérienne aux Syriens. Un général russe a fait la remarque ce matin qu’ils envisageaient de leur livrer des S-300. Je suppose qu’il vaut mieux tard que jamais. Mais le système le plus nécessaire, c’est les Pantsirs. Les Russes doivent mettre sur pied un programme de mise en place d’urgence, 24h sur 24 et en fournir autant que possible et rapidement que possible car ils sont beaucoup mieux adaptés à ce genre de tâches (des missiles de croisière de défense) que les S-300 beaucoup plus grands.

Encore une chose : tout ce spectacle pathétique à la Disney est une honte et un scandale. Les États-Unis ont vraiment sombré au niveau de dégénérescence montré par Brejnev dans ses dernières années, ou par Eltsine. Franchement, je pense que Trump est encore plus un bouffon que ces deux-là. Quelle honte !

Aparté
Quant à ceux qui se plaignent que Trump est aussi mauvais que Hillary, c’est à la fois vrai et faux. En soi, oui, bien sûr, il l’est. Et il est beaucoup plus stupide qu’elle. Mais l’avoir à la Maison Blanche a offert à la Russie (et à la Syrie) environ une année pour se préparer à ce qui s’est passé hier. Donc, peu importe à quel point Trump est en dessous du pathétique, garder les néocons éloignés du pouvoir pendant une année ou à peu près a donné un peu de temps précieux au reste de la planète. C’est une bonne chose même si Trump lui-même est un lâche maniaque, une merde narcissique et un dangereux bouffon de la pire espèce.

Je veux aussi commenter quelque chose d’autre. Même les deux archi-méchants de notre historiographie officielle, c’est-à-dire Hitler et Staline, se comparent favorablement à Trump sur les points suivants : a) utiliser la diplomatie et b) essayer de construire des alliances. Oui, je sais, tant Hitler que Staline ont utilisé la force (et même les attaques sous faux drapeaux !) mais la force était UN des outils de leurs relations internationales. Au moins les deux Hitler étaient capables de négocier et de construire des alliances. Les clowns à la Maison Blanche ne peuvent même pas faire ça.

Oui, désolé si cela offense quelqu’un, mais les présidents américains ont maintenant sombré plus bas même que Hitler, Staline, Brejnev ou Eltsine.

Donc posez-vous la question : qu’est-ce qui les attend eux et leur régime à l’avenir ?

The Saker

Traduit par Diane, vérifié par Wayan relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-nouvelle-conception-americaine-dune-mission-parfaite-32-sur-103

Syrie : tout ça pour ça

Syrie : tout ça pour ça

Tout ce foin médiatique pour bombarder quelques les hangars vides. Ridicule. Mais raisonnable application d’une idée conne dès le départ. Il semblerait que Trump et Mattis aient eu un effet modérateur sur le choix des cibles.

Je suis assez content de moi : je m’en doutais, je commence à comprendre Trump. Plus il aboie moins il mord. Evidemment, ce n’est pas ce que vous diront nos crétins des medias, mais je pense que vous avez compris qu’ils sont des ennemis de Trump avant d’être des journalistes (ou plutôt : ils sont des ennemis de Trump parce qu’ils sont journalistes).

Le plus gros défi, peut-être impossible à relever, est la restauration de la crédibilité des occidentaux. Parce que, vus d’ailleurs, d’Afrique d’Asie, nous sommes d’énormes menteurs qui nous cachons derrière les leçons de morale pour défendre nos intérêts, et le plus navrant est que nos détracteurs ont parfaitement raison.

J’ose espérer au moins que mes fidèles lecteurs ne croient pas aux raisons niaises que nos gouvernants donnent, ça serait vraiment atteindre le fond la bêtise.

Suite à la décision solitaire et illégale d’Emmanuel Macron de frapper militairement en Syrie, François Asselineau demande aux parlementaires d’engager la destitution du président de la République, selon l’article 68 de la Constitution.

Suite à la décision solitaire et illégale d’Emmanuel Macron de frapper militairement en Syrie, François Asselineau demande aux parlementaires d’engager la destitution du président de la République, selon l’article 68 de la Constitution.

Publié par Brujitafr sur 14 Avril 2018, 08:47am

Catégories : #ACTUALITES, #POLITIQUE, #CONFLICTS DANS LE MONDE, #3 ème guerre mondiale

Un avion militaire français dans une base britannique à Chypre, le 14 avril 2018. Selon le ministère des Armées, la France a frappé en Syrie avec des frégates et des avions de chasse. (illustration tirée de l’article de RT : https://francais.rt.com/international/49759-syrie-frappee-alors-quelle-avait-chance-avenir-pacifique )

Un avion militaire français dans une base britannique à Chypre, le 14 avril 2018. Selon le ministère des Armées, la France a frappé en Syrie avec des frégates et des avions de chasse. (illustration tirée de l’article de RT : https://francais.rt.com/international/49759-syrie-frappee-alors-quelle-avait-chance-avenir-pacifique )

 Suite à la décision solitaire et illégale d’Emmanuel Macron de frapper militairement en Syrie, François Asselineau demande aux parlementaires d’engager la destitution du président de la République, selon l’article 68 de la Constitution.

Communiqué de presse

Suite à la décision solitaire d’Emmanuel Macron d’intervenir militairement illégalement en Syrie, au risque d’embraser la planète, François Asselineau, président de l’UPR, demande aux parlementaires d’engager la destitution du président de la République, en vertu de l’article 68 de la Constitution.

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Emmanuel Macron vient de décider solitairement d’associer la France à des frappes militaires américaines et britanniques unilatérales en Syrie, alors que l’Allemagne, l’Italie et le Canada s’y sont notamment refusés.

Cette décision d’une exceptionnelle gravité a été décidée par Macron :

  • seul et en toute opacité, probablement après quelques conciliabules téléphoniques avec le président des États-Unis et la Première ministre britannique,
  • sur la base d’une accusation dénuée de toute preuve,
  • sur la base d’une accusation possiblement inventée de toute pièce par Washington, comme le furent les prétendues « armes de destruction massive » de Saddam Hussein en 2003,
  • sans aucun mandat de l’ONU,
  • en violation indiscutable du droit international,
  • et sans avoir obtenu l’aval préalable des parlementaires français, en vertu de l’article 35 alinéa 1 de la Constitution qui pose que « la déclaration de guerre est autorisée par le Parlement ».

Certes, le président de la République a invoqué l’article 35 alinéa 2 pour annoncer que « le Parlement sera informé et un débat parlementaire sera organisé, suite à cette décision d’intervention de nos forces armées à l’étranger ». Mais :cette disposition ne figurait pas dans le texte d’origine de la Constitution de 1958 approuvée par référendum par 82% des Français ; elle n’y a été ajoutée qu’en 2008, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, par la loi constitutionnelle n° 2008-724 du 23 juillet 2008 dite « de modernisation des institutions de la Ve République », adoptée sans l’aval des Français, à leur insu, et par la procédure du Congrès.

  • sauf à vider complètement de sens l’alinéa 1, cette disposition de l’alinéa 2 ne saurait concerner que des interventions militaires à l’impact très limité, à vocation purement humanitaire (notamment pour venir au secours de citoyens français), et ne risquant pas de nous entraîner de facto dans une guerre frontale contre un pays souverain comme la Syrie, a fortiori dans une guerre avec la Russie.

La lecture biaisée que fait Emmanuel Macron de l’article 35 de la Constitution est donc totalement inacceptable en l’espèce. Car l’alinéa 2 de l’article 35 prévoyant seulement « un débat qui n’est suivi d’aucun vote », son application dans le cas syrien reviendrait à accepter que Macron, seul, s’arroge le droit d’entraîner potentiellement le peuple français dans une escalade dévastatrice avec la Russie, qui peut déraper à tout moment dans une guerre mondiale aux conséquences incalculables et peut-être cataclysmiques, et cela sans que les parlementaires, représentants de la souveraineté nationale, puissent même donner leur autorisation !

La décision solitaire de Macron est ainsi non seulement contraire à la prudence et à la sagesse dont doit faire preuve un chef d’État lorsque la paix mondiale est en jeu, mais elle est illégale au regard de la Charte de l’ONU et du droit international, et elle bafoue l’esprit même des institutions et de la démocratie.

Le président de la République vient ainsi de faire preuve d’un « manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l’exercice de son mandat », selon les termes précis que requiert l’article 68 de la Constitution pour engager la procédure de destitution du chef de l’État.

François Asselineau demande donc aux parlementaires français de se constituer immédiatement en Haute Cour et d’engager la procédure de destitution du président de la République prévue par l’article 68 de la Constitution.

source

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” Le complotisme de l’anti-complotisme “, par Frédéric Lordon

Source : Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon, octobre 2017

Disqualifier pour mieux dominer

L’image est familière : en haut, des gens responsables se soucient du rationnel, du possible, du raisonnable, tandis que ceux d’en bas, constamment ingrats, imputent à leurs dirigeants une série de malveillances. Mais l’obsession du complot ne relève-t-elle pas plutôt des strates les plus élevées de la société ? Les journalistesreprenant les idées du pouvoir privilégient eux aussi cette hantise.

Après “réforme”, “moderne” et “logiciel” (“en changer”), “complotisme”est en train de devenir le nouvel indice du crétin, le marqueur qui situe immanquablement son homme. Un ordre social de plus en plus révoltant à un nombre croissant de personnes réduit nécessairement ses conservateurs aux procédés les plus grossiers pour tenter d’endiguer une contestation dont le flot ne cesse de monter. Au demeurant, on sait que cet ordre entre en crise profonde quand, vide d’arguments, il ne trouve plus à opposer que des disqualifications. Comme un premier mouvement de panique, “antisémitisme”a été l’une des plus tôt jetées à la tête de toute critique du capitalisme ou des médias1. Mais, même pour l’effet de souffle, on ne sort pas d’emblée la bombe atomique s’il s’agit simplement d’éteindre un départ de feu. C’est que par définition on ne peut pas se livrer à un usage ordinaire et à répétition de la munition maximale, sauf à lui faire perdre rapidement toute efficacité. Ses usages tendanciellement grotesques soulignant son ignominie de principe, le procédé a fatalement entraîné l’auto-disqualification de la disqualification.

Supposé moins couvrir ses propres utilisateurs de honte et mieux calibré pour l’arrosage extensif, susceptible par là d’être rapatrié dans le domaine du commentaire ordinaire, le “complotisme”est ainsi devenu le nouveau lieu de la bêtise journalistique — et de ses dépendances, philosophe dérisoire ou sociologue de service. Signe des temps, il faut moins invoquer la mauvaise foi que l’effondrement intellectuel de toute une profession pour comprendre ses impossibilités de comprendre, et notamment de comprendre deux choses pourtant assez simples. D’abord que la seule ligne en matière de complots consiste à se garder des deux écueils symétriques qui consistent l’un à en voir partout, l’autre à n’en voir nulle part — comme si jamais l’histoire n’avait connu d’entreprises concertées et dissimulées… Ensuite que le complotisme, tendance évidemment avérée à saisir tous les faits de pouvoir comme des conspirations, demanderait surtout à être lu comme la dérive pathologique d’un mouvement pour en finir avec la dépossession, d’un effort d’individus ordinaires pour se réapproprier la pensée de leur situation, la pensée du monde où ils vivent, confisquée par des gouvernants séparés entourés de leurs experts — bref, un effort, ici dévoyé, mais un effort quand même, pour sortir de la passivité.

“Vouloir tout traiter en cachette des citoyens, et vouloir qu’à partir de là ils ne portent pas de jugement faux et n’interprètent pas tout de travers , écrivait déjà il y a longtemps Spinoza ” c’est le comble de la stupidité.”2

Mais il y a deux faces au débat, et s’il y a lieu de comprendre le mécanisme qui fait voir des complots partout, il y a lieu symétriquement de comprendre celui qui fait voir du complotisme partout. Or ni l’existence — réelle — de délires conspirationnistes ni l’intention disqualificatrice, quoique massive, ne rendent entièrement compte de l’obsession non pas pour les complots, mais pour les complotistes — un complotisme anti-complotiste, si l’on veut… Si cette nouvelle idée fixe trouve si bien à prospérer, c’est aussi parce qu’elle trouve une profonde ressource dans des formes de pensée spontanées à l’œuvre dans un milieu : le milieu des dominants, dont les journalistes, qui aux étages inférieurs en occupent les chambres de bonne, sont à leur tour imbibés comme par un fatal dégât des eaux.

C’est que, par construction, être un dominant, c’est participer à des jeux de pouvoir, être immergé dans leurs luttes, en vivre toutes les tensions, et notamment l’impérieuse obligation de la vigilance, c’est-à-dire l’anticipation des menées adverses, l’élaboration de ses propres stratégies et contre- stratégies pour conserver ou bien développer ses positions de pouvoir. En réalité, dans ses strates les plus hautes, la division fonctionnelle du travail est inévitablement doublée par une division du pouvoir… la seconde ayant pour propriété de vampiriser la première : les hommes de pouvoir, dans l’entreprise comme dans n’importe quelle institution, s’activent en fait bien moins à servir la fonction où les a placés la division du travail qu’à protéger les positions dont ils ont été par là dotés dans la division du pouvoir. Or la logique sociale du pouvoir est si forte qu’accéder à une position conduit dans l’instant à envisager surtout le moyen de s’y faire reconduire, ou bien de se hausser jusqu’à la suivante. On rêverait de pouvoir observer les journées d’un patron de chaîne, d’un directeur de journal, d’un cadre dirigeant, d’un haut fonctionnaire, d’un magistrat ou d’un mandarin universitaire louchant vers le ministère, pour y chronométrer, par une sorte de taylorisme retourné à l’envoyeur, les parts de son temps respectivement consacrées à remplir la fonction et à maintenir la position. La pathétique vérité des organisations peut conduire jusqu’à cette extrémité, en fait fréquemment atteinte, où un dirigeant pourra préférer attenter aux intérêts généraux de l’institution dont il a la charge si c’est le moyen de défaire une opposition interne inquiétante ou d’obtenir la faveur décisive de son suzerain — et il y a dans ces divisions duales, celle du travail et celle du pouvoir, une source trop méconnue de la dysfonctionnalité essentielle des institutions.

La logique même du pouvoir, dont la conquête et la conservation sont immédiatement affaire d’entreprise décidée, voue par construction les hommes de pouvoir à occuper alternativement les deux versants du complot : tantôt comploteurs, tantôt complotistes. En réalité, le complot est leur élément même, soit qu’ils s’affairent à en élaborer pour parvenir, soit que, parvenus, ils commencent à en voir partout qui pourraient les faire sauter. On n’imagine pas à quel degré la forme complot imprègne la pensée des puissants, jusqu’à la saturer entièrement. Leur monde mental n’est qu’un gigantesque . La carte du théâtre des opérations est en permanence sous leurs yeux, leurs antennes constamment déployées pour avoir connaissance du dernier mouvement, leur énergie mentale engloutie par la pensée du coup d’avance, leur temps colonisé par le constant travail des alliances à nouer ou à consolider. Bien davantage que l’égarement de quelques simples d’esprit, habiter le monde violent des dominants, monde de menaces, de coups et de parades, est le plus sûr passeport pour le complotisme. Le pire étant que, pour un homme de pouvoir, la paranoïa n’est pas une pathologie adventice : elle est un devoir bien fondé. La question constante de l’homme de pouvoir, c’est bien : “Qu’est-ce qui se trame ?”

Vivant objectivement dans un monde de complots, les hommes de pouvoir développent nécessairement des formes de pensée complotistes. La dénonciation obsessionnelle du complotisme, c’est donc pour une large part la mauvaise conscience complotiste des dominants projectivement prêtée aux dominés. Le premier mouvement de M. Julien Dray, voyant sortir les photographies d’une femme en burkini expulsée de la plage par la police municipale de Nice à l’été 2016, est de considérer qu’il s’agit d’une mise en scène destinée à produire des clichés d’expulsion. M. Jean-Christophe Cambadélis, ahuri des mésaventures new-yorkaises de son favori Dominique Strauss-Kahn en 2011, assure qu’il a

toujours pensé, non pas à la théorie du complot, mais à la théorie du piège3ce qui est très différent”

Sans doute y a-t-il une forme d’injustice à ce que, de cet effet projectif, ce soient les journalistes ou les publicistes, dominés des dominants, qui portent cependant l’essentiel du poids de ridicule. Car les dominants eux-mêmes lâchent rarement le fond de leur pensée : leur sauvagerie la rend imprésentable, et puis ce sont toujours des schèmes complotistes particuliers qu’il y aurait à y lire : “celui-ci me monte une cabale”, “ceux-là m’orchestrent un coup”, etc. Ironiquement, ce sont donc des agents simplement satellites des plus hauts lieux de pouvoir, donc moins directement engagés dans leurs paranoïas, qui vont se charger de faire passer les schèmes complotistes particuliers au stade de la généralité, puis de les verbaliser comme tels, mais bien sûr toujours selon le mouvement d’extériorisation qui consiste à les prêter à la plèbe.

Il est fatal que la forme de pensée complotiste passe ainsi de ceux qu’elle habite en première instance à ceux qui racontent leur histoire. D’abord parce que les journalistes politiques se sont définitivement abîmés dans les “coulisses”, les ” arcanes”, les “dessous des cartes”, dmanière ostentatoire de faire savoir qu’“ils en sont”, mais surtout perspective qui emporte nécessairement la forme complot. Ensuite parce que la fréquentation assidue de leurs “sujets” se prête idéalement à la communication et au partage des formes élémentaires de la pensée, si bien que l’inconscient complotiste est peu ou prou devenu le leur — celui-là même d’ailleurs qu’il leur arrive de mettre directement en œuvre dans leurs propres manœuvres institutionnelles comme demi-sel du pouvoir.

Quand ils ne s’efforcent pas de passer dans le monde des caïds de plein rang. L’inénarrable Bruno Roger-Petit, qui aurait furieusement nié toute action concertée au sein de l’univers des médias pour faire aboutir la candidature Macron, n’en voit pas moins ses (non-)services officiellement récompensés. C’est donc très logiquement qu’il n’a pas cessé avant d’être nommé porte-parole de l’Élysée de dénoncer comme complotiste toute lecture de l’élection comme synarchie financière et médiatique : c’était une pure chevauchée politique.

De la croisade anti-complotiste à l’éradication de la “fake news” (fausse information), il n’y a à l’évidence qu’un pas. Au point d’ailleurs qu’il faut davantage y voir deux expressions différenciées d’une seule et même tendance générale. Mais comment situer plus précisément un “décodeur” du “monde.fr” au milieu de ce paysage ? Il est encore loin de l’Élysée ou de Matignon. D’où lui viennent ses propres obsessions anti-complotistes ? Inutile ici d’envisager des hypothèses de contamination directe : il faut plutôt songer à un “effet de milieu” plus complexe et plus diffus. Pas moins puissant, peut-être même au contraire : d’autant plus qu’il ne peut pas faire l’objet d’une perception simple. Un milieu sécrète ses formes de pensée. La forme de pensée médiatique, qui imprègne l’atmosphère de toutes les pensées individuelles dans ce milieu, s’établit aujourd’hui à l’intersection de :

1) l’adhésion globale à l’ordre social du moment,

2) l’hostilité réflexe à toute critique radicale de cet ordre,

3) la réduction à une posture défensive dans un contexte de contestation croissante, la pénurie de contre-arguments sérieux ne laissant plus que la ressource de la disqualification,

4) la croisade anti-complotiste comme motif particulier de la disqualification, répandu par émulation, dans les couches basses du pouvoir médiatique, du schème éradicateur développé comme

mauvaise conscience projective dans les couches hautes — un effet de “ruissellement” si l’on veut, mais celui-là d’une autre sorte.

En résumé, on commence par entendre pendant des années des “BHL” et des Jean-Michel Aphatie, et puis, par lente imprégnation, on se retrouve en bout de course avec un Samuel Laurent, chef de la rubrique “Les décodeurs” du “monde.fr” d’autant plus pernicieux qu’on a affaire, comme on dit à Marseille, à “un innocent”.

Le complotisme est décidément insuffisant à rendre compte de l’obsession pour le complotisme : on n’explique pas “Les décodeurs” par la simple, et supposée, prolifération des cinglés conspirationnistes.

Le sentiment d’être agressé, le syndrome obsidional de la forteresse assiégée y prennent une part décisive dans un univers médiatique dont toutes les dénégations d’être les auxiliaires d’un système de domination ne font maintenant qu’accréditer davantage la chose.

Il est vrai que, manifestation canonique de “l’innocence”, les journalistes vivent dans la parfaite inconscience subjective de leur fonctionnalité objective, où leur dénégation prend tous les accents de la sincérité. Le fait est là pourtant, et le schème du retournement, qui prête au peuple des tendances paranoïaques en réalité partout présentes dans l’univers des dominants, n’en prend que plus de force. Au vrai, la chose ne date pas d’aujourd’hui : couvrir projectivement le peuple révolté de monstruosité est une opération vieille comme la presse ancillaire — qu’on se souvienne des hauts faits de la presse versaillaise pendant “la Commune” ou de ceux de la presse bourgeoise russe relatantla prise du Palais d’hiver. La croisade médiatique contemporaine contre la “fake news” aura du mal àrecouvrir que la presse elle-même est le lieu le plus autorisé de mise en circulation de “fake news”4Lire Pierre Rimbert, Le Monde diplomatique, janvier 2017. Ainsi que, entre autres, , blog de Yannis Youlountas, 8 septembre 2017. – Ceci expliquant cela ? Au milieu d’un océan “le Monde” rapporte sans un battement de cil ni le moindre commentaire le propos , cet été, d’un “responsable macroniste” inquiet :

“Les français ont l’impression qu’on fait une politique de droite”5

Quelques jours auparavant, le “Financial Times” rencontrait le premier ministre Édouard Philippe6

“Lorsqu’on (lui) suggère que les plans de son gouvernement ne comportent que des mesures de droite, il éclate de rire : “vous vous attendiez à quoi ?”

Frédéric Lordon

Économiste et philosophe.

Dernier ouvrage paru : Les affects de la politique, Seuil, Paris, 2016.

En perspective

➤ Personne n’est à l’abri – Marina Maestrutti, juin 2015 – Contrairement à ce qu’affirment certains de leurs détracteurs, les adeptes des théories du complot ne sont pas des individus irrationnels : leur croyance se fonde sur des raisonnements relativement ordinaires, mais poussés un peu trop loin…

➤ Dix principes de la mécanique conspirationniste – Benoît Bréville, juin 2015 – Bien que visant des cibles très diverses, les discours conspirationnistes présentent une grande constance. Ils résultent d’une mécanique intellectuelle dont il est possible de dégager les principaux fondements. …

➤ Derrière la subjectivité des journalistes – Alain Accardo, mai 2000 – Pourquoi le discours médiatique semble-t-il converger spontanément vers la légitimation de l’ordre établi et apporter ainsi une contribution indispensable à la pérennité du système social ? Nul complot là- dedans. (…)

Source : Le Monde diplomatique, Frédéric Lordon, octobre 2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

Notes

1. Cf. typiquement Nicolas Weill, “Le journalisme au-delà du mépris”, Le Monde, 2 avril 2004.
2. Lire “Conspirationnisme, la paille et la poutre”, La pompe à phynance, 24 août 2012, et le dossier “Vous avez dit “complot” ?”, Le Mondediplomatique, juin 2015.
3. “Affaire DSK : Cambadélis ne croit pas à “la théorie du complot””, n’en titre pas moins Le Monde, 28 novembre 2011.
4. Lire Pierre Rimbert, Le Monde diplomatique, janvier 2017. Ainsi que, entre autres, , blog de Yannis Youlountas, 8 septembre 2017.
5. Solenn de Royer “Après un mois de juillet difficile, Macron veut reprendre la main”, Le Monde, 28 juillet 2017.
6. “French centre-right premier says he is at ease with Macron agenda”, Financial Times, Londres, 11 juillet 2017.

4 réponses à ” Le complotisme de l’anti-complotisme “, par Frédéric Lordon     … Pour lire les 4 réponses , cliquez sur le lien :

https://www.les-crises.fr/le-complotisme-de-lanti-complotisme-par-fre

Poutine réélu pour mettre en œuvre un nouvel équilibre des puissances

Poutine réélu pour mettre en œuvre un nouvel équilibre des puissances

Poutine réélu pour mettre en œuvre un nouvel équilibre des puissances

Par Carl Hubert, essayiste ♦ Les Russes votaient ce 18 mars pour élire le président de la Fédération de Russie pour les six prochaines années. Candidat pour un quatrième mandat, Vladimir Vladimirovitch Poutine l’a emporté dès le 1er tour avec un résultat record de près de 77% et une participation en hausse à 67%. Son maintien en fonctions devrait garantir la stabilité de la politique étrangère russe et donc la pérennité du retour de la puissance russe sur la scène internationale.


Pendant la campagne, des messages forts à la communauté internationale sur le plan militaire et stratégique

Le président russe a prononcé le 1er mars un discours remarqué devant l’Assemblée fédérale [1]. Un discours-programme de deux heures, principalement consacré aux questions intérieures mais avec un volet de politique de défense important. Il a notamment exposé la réaction de la Russie au renforcement de l’arsenal nucléaire américain et au déploiement du bouclier antimissiles américain en Pologne et désormais en Roumanie. Ainsi, les capacités de défense antimissiles de la Russie ont été renforcées. Et, sur le plan offensif, une nouvelle génération de missiles, baptisée « Sarmat », a été conçue pour déjouer les boucliers antimissiles.

Les prouesses technologiques vantées par le président russe sont nombreuses

On notera aussi un « missile furtif volant à basse altitude transportant une ogive nucléaire, avec une portée presque illimitée (…) [et] invincible ». Ou encore un sous-marin sans pilote capable de transporter des ogives – nucléaires ou conventionnelles – à travers les océans. Sans compter un missile hypersonique baptisé Kinzhal et volant à Mach 10 et d’autres innovations technologiques.

Poutine a clairement appelé les Etats à l’origine de cette course aux armements tactiques et stratégiques à renouer le dialogue.

Il vise ainsi notamment les Etats-Unis, qui ont dénoncé en 2000 le traité ABM (Anti-Balistic Missile) de 1972. Il les invite à renoncer au déploiement de systèmes qui deviennent inefficaces contre la Russie. Poutine a également souligné que ces nouvelles armes avaient été développées dans le respect des traités internationaux.

Le chef de la Fédération de Russie a enfin réagi à la révision de la doctrine nucléaire américaine. En effet, les Etats-Unis ont récemment étendu les cas d’emplois de l’arme nucléaire, y compris en réaction à des cybermenaces graves ! Poutine a rappelé la doctrine nucléaire russe – très proche de la doctrine française – qui est de répliquer par l’arme nucléaire à toute agression nucléaire contre la Russie ou ses alliés, ainsi qu’à toute agression conventionnelle mettant en jeu l’existence de l’Etat.

Carl Hubert
24/03/2018

[1] On trouvera ce discours traduit en français, ainsi que les liens vers les vidéos qui l’ont illustré, sur le site du Réseau international, agrémenté du commentaire qu’en propose le général (2S) Dominique Delawarde : https://reseauinternational.net/commentaires-sur-le-discours-de-poutine-par-le-general-cr-dominique-delawarde/

Source : Correspondance Polémia – 19/03/2018

Crédit photo : Kremlin.ru [CC BY 4.0], via Wikimedia Commons

Carl Hubert

Carl Hubert, juriste et plus particulièrement expert des questions financières, est le patron du bulletin de réinformation de Radio Courtoisie.

L’expansion de l’OTAN vers l’est, à travers le prisme de l’Histoire

L’expansion de l’OTAN vers l’est, à travers le prisme de l’Histoire

Le 12 décembre dernier, le Congrès américain a voté la loi de finance 2018, cette loi autorise la dépense de 200 millions de dollars quant à la réparation des anciennes structures militaires états-uniennes et elle autorise par là même, la construction de nouvelles structures militaires sur une large partie d’Europe de l’Est. Cette dépense s’inscrit dans le programme European Deterrence Initiative « EDI » -lancé quelques mois après l’annexion de la Crimée par la Russie.

Un document du commandement des forces des Etats-Unis basés en Europe explique que le budget 2018 s’inscrit « à la suite des financements précédents de l’EDI afin de consolider notre dissuasion ainsi que de renforcer notre réactivité en Europe… Le financement de l’EDI accroît notre capacité de dissuasion et de défense contre l’agression russe ».

Si la consolidation de la profondeur stratégique de l’alliance atlantique peut être traduite dans la forme, notamment par l’actuel déploiement du bouclier antimissile de l’alliance en Roumanie et en Pologne ; dans le fond le renforcement de la présence de l’OTAN à l’est et la poursuite de l’agenda anti-russe est à comprendre à travers le prisme de l’histoire.

 

Le détail de l’histoire ou l’erreur de Gorbatchev

« Les Etats-Unis sont en positions défensives et l’union soviétique est en position agressive. » Voilà une phrase porteuse d’histoire. Deng Xiaoping prononça ces mots en 1979, ces derniers rentrent dans un contexte historique de rapprochement entre la chine et les Etats-Unis.  Presque trente-neuf ans plus tard il nous est possible de penser que les rôles se sont inversés et que la position défensive qu’on a naguère prêtée aux Etats-Unis doit aujourd’hui être prêtée à la Russie.

Si les mots de Deng Xiaoping sont porteurs d’histoire, c’est parce qu’ils sont témoins d’une époque où la Chine voulait encore endiguer l’influence soviétique. Finalement la rupture sino-soviétique n’aura même pas durée 30 ans, cette dernière aura eu raison de la chute de l’URSS en 1991. Pour la Chine la menace états-unienne, travaillant alors en faveur d’une indépendance de Taiwan se substitua à la peur d’une agression venant de l’Union soviétique. Enfin entre l’intervention américaine dans le conflit yougoslave et l’ambition de cette première d’étendre sans cesse l’OTAN vers l’est, la Russie a cessé d’incliner son œil entre la chine et les Etats-Unis pour le garder cette fois braqué vers l’ouest.

La conférence annuelle de l’ASEEES du 10 novembre 2017 à Chicago -Who promised what to whom on NATO expansion ? – nous permet d’en apprendre plus sur la promesse qui fut faite par les dirigeants occidentaux à Mikhaïl Gorbatchev, quant à une limitation de la sphère d’influence de l’OTAN à l’ouest du mur de Berlin. Alors que l’Allemagne vient de se réunifier, François Mitterrand et Georges Bush exigèrent dès 1990 une Allemagne membre à part entière de l’OTAN. Gorbatchev, lui, n’était pas d’accord avec l’idée du déséquilibre militaire que provoquerait l’intégration d’un ancien membre du pacte de Varsovie au sein de l’OTAN -la RDA fut membre à part entière du Pacte de Varsovie depuis 1956-. À l’instar du général de Gaulle, Gorbatchev souhaitait la création d’une structure de sécurité nouvelle en Europe, allant de l’Atlantique à l’Oural. Si la majorité du Politburo ne souhaitait pas voir l’Allemagne unifiée intégrer l’OTAN, certains membres du bureau politique russe estimèrent que la RFA, à l’inverse de la RDA ne pourrait jamais quitter l’OTAN et qu’il était inévitable que l’Allemagne unifiée suivrait l’empressement de son gouvernement à intégrer l’OTAN – notamment celui de son ministre des affaires étrangères de l’époque Hans-Dietrich Genscher -.

Si Robert Gates, l’ancien directeur de la CIA a auparavant expliqué que Gorbatchev fut induit en erreur, la déclassification -par les archives de l’Université George Washington- de documents allemands, français, soviétiques, américain, et britanniques ont ajoutés une légitimité scientifique à son propos.

Selon les 30 documents déclassifiés et étudiés par l’université Georges Washington, un accord tacite sur la délimitation des frontières de l’OTAN avait été établie entre Gorbatchev et plusieurs dirigeants occidentaux – Helmut Kohl, Robert Gates, Margaret Thatcher, James Baker, George HW Bush, Hans-Dietrich Gensher et François Mitterrand-. Au cours du mois de Février 1990 le secrétaire d’état américain James Baker déclara à Mikhaïl Gorbatchev que l’OTAN n’avancerait pas d’un pouce en dehors des frontières actuelles de l’alliance. Les documents relatent que le secrétaire d’état américain assura à Edouard Chevardnadze -alors ministre des affaires étrangères de l’Union soviétique- que la guerre froide étant terminée, l’OTAN deviendrait une organisation à caractère politique beaucoup plus que militaire. Au mois de mai de la même année, François Mitterrand a selon ses propre dires, expliqué à Gorbatchev qu’il était trop tard pour s’opposer à une allemagne unifiée au sein de l’OTAN mais qu’il a toujours exprimé le vœu de ne pas engager les formations de l’OTAN vers l’Allemagne de l’Est, car isoler l’Union soviétique dans la nouvelle Europe ne serait bénéfique pour personne. Enfin, c’est en ces mots qu’Helmut Kohl s’adressa à Mikhaïl Gorbatchev le 10 février 1990 « Nous croyons que l’OTAN ne devrait pas étendre la sphère de son activité. Nous devons trouver une solution raisonnable. Je comprends parfaitement les intérêts de sécurité de l’Union Soviétique, et je me rends compte que vous, Monsieur le Secrétaire Général, et les dirigeants soviétiques devront expliquer clairement ce qui arrive au peuple soviétique.

Pour Gorbatchev l’avenir de l’union soviétique procèderait de son intégration en Europe, et cette intégration devait se faire par l’Allemagne nouvellement unifiée. À l’heure d’aujourd’hui nous savons que la position de Gorbatchev quant à ne pas vouloir une Allemagne unifiée membre à part entière de l’OTAN n’était qu’une simple amorce en vue de lui permettre de faire comprendre à l’opinion publique soviétique qu’à partir de maintenant ils devraient compter avec une Allemagne unifiée, et que l’avenir des soviétiques était maintenant européen.

En conséquence de cet accord tacite, l’union soviétique a ordonné le retrait de ses troupes d’Allemagne avant de les retirer des pays membres du pacte de Varsovie. Vladimir Poutine explique -dans conversation avec Poutine- que si Gorbatchev a fait au mieux, son erreur fut de ne pas coucher sur le papier l’accord conclu entre l’Union soviétique et les puissances occidentales. C’est cette erreur qui a permit à l’alliance de prolonger son expansion au sein de la sphère d’influence russe à partir de 1999.

 

La marginalisation de la Russie, l’œuvre de la doctrine Brezinski

En janvier 1994 le sommet de l’OTAN à Bruxelles pose le cadre d’un Partenariat pour la paix, cette structure d’association libre permet à n’importe quel pays d’établir une relation avec l’OTAN, de coopérer et in fine d’adhérer à l’OTAN. Le PPP est signé par trente-quatre pays entre 1994 et 2006, la Russie en fait partie. Si le pacte de Varsovie fut dissous en 1991, en laissant donc entrevoir la possibilité pour la Russie d’intégrer l’alliance, Zbigniew Brezinski élabore alors sa fameuse doctrine qui mit un terme à cette éventualité. Dans le sillage de la théorie du Heartland d’Harold John Mackinder, ou encore de l’influence d’Henry Kissinger, la doctrine Brezinski voudrait qu’une puissance qui dominerait l’Eurasie contrôlerait alors le monde. Brezinski expliqua dans son livre « The Grand Chessboard » que la Russie ne devait pas être admise au sein de l’OTAN car elle ruinerait le caractère euro-atlantique de l’alliance. Une autre raison peut expliquer cet état de fait, Vladimir Poutine explique lors de son entretien avec Oliver Stone que le mode de décision au sein de l’alliance est unilatéral et que tout son processus est mené par les américain. L’influence dont pourrait jouer la Russie, notamment envers les membres européens de l’alliance aurait alors un effet néfaste sur la prépotence américaine.

La pénétration atlantiste sur les décombres du pacte de Varsovie

Une tentative d’approche entre l’Alliance et la Russie le 27 mai 1997 via l’acte Fondateur de la relation Russie-Otan est remis en cause lors du sommet de l’OTAN à Madrid un mois plus tard. En effet malgré les recommandations de Moscou, l’OTAN invita la Hongrie, la Tchéquie, et la Pologne à intégrer l’alliance. Qui plus est, l’intervention de l’OTAN deux ans auparavant en Bosnie et contre les intérêts de l’allié serbe rendit déjà les relations entre la Russie et l’OTAN compliquées. Si une entente de courte durée s’établit à la suite des attentats du 11 septembre 2001 -lorsque Moscou autorisa l’alliance à utiliser les bases militaires d’Ouzbékistan et du Kirghizistan pour qu’elle puisse transiter vers l’Afghanistan-, le sommet de Prague en novembre 2002 a mis fin à cette entente cordiale. Le sommet de Prague a été appréhendé par Moscou comme une énième provocation, car il altère de la plus mauvaise des manières deux symboles très fort pour Moscou. D’abord il s’agit du premier sommet ayant eu lieu dans un pays anciennement membre du pacte de Varsovie, ensuite si l’OTAN invita lors ce sommet 10 pays à rejoindre l’alliance -intégrés en 2004 lors du sommet d’Istanbul- il y eut parmi eux trois états traditionnellement et historiquement intégrés à la Russie.

À partir des années 2000, plusieurs faits nouveaux sont à la cause du discours prononcé par Vladimir Poutine à Munich le 10 février 2007, sonnant alors le durcissement de la politique russe envers les États-Unis et l’OTAN : le retrait par Georges W Bush du traité Anti Balistic Missile de 1972- les États-Unis prétextèrent alors une menace venant d’Irak et de Corée du Nord-, l’inobservation du droit international lors de l’intervention américaine de 2003 en Irak et la fausse légitimation de cette dernière, et enfin le déploiement d’un système antimissile américain en République tchèque et en Pologne marquant l’expansion de l’OTAN jusqu’aux frontières russes.

une contribution libre de Hakim Ouchene

https://stratpol.com/lexpansion-de-lotan-vers-lest-a-travers-prisme-de-lhistoire/

Étranges omissions de la caste jacassante

Étranges omissions de la caste jacassante

Posté le 21 février , 2018, 9:25

Pendant que les journalistes politiquement corrects s’acharnent tous en meute contre telle personnalité du « show-biz » lâchée par l’oligarchie pour une raison mystérieuse, contre tel politicien de droite qui a le tort de dire tout haut ce que la plupart des Français pensent tout bas, ou, plus généralement, de brasser tant de vent que l’énergie éolienne pourrait presque devenir rentable, on « s’étonne » qu’ils passent à côté d’événements fort intéressants.

Parmi ces événements, je relève ceci, lu dans un éditorial de Charles Sannat, analyste économique fort impertinent : Bridgewater, le plus gros « hedge fund » du monde, vient de parier 22 milliards de dollars sur la chute des valeurs bancaires européennes.

Au moment même où on nous serine, sur tous les tons de la gamme, que « tout va mieux », depuis que Jupiter a pris le gouvernail de notre beau pays – et même, allons-y gaiement, de l’Europe entière ! –, cela fait un peu désordre.

Mais, après tout, peut-être que Bridgewater a quelques raisons de douter de la solidité du secteur bancaire européen.

Début 2018, selon la BCE, les banques européennes détenaient encore 921 milliards d’euros d’actifs toxiques.

Manifestement, les leçons de la crise des subprimes n’ont pas servi à l’oligarchie financière. Ou plutôt, si, cette dernière a bien compris que les risques étaient, en réalité, pris par les contribuables, garants malgré eux de la solvabilité des établissements financiers.

À peine dix ans après la crise des subprimes, une nouvelle crise financière se profile donc à l’horizon. Mais, naturellement, cela n’intéresse pas les journalistes qui doivent prendre ce genre de « divagations » pour du « complotisme ».

Puisque nous parlons d’oligarchie financière, un autre événement n’a guère intéressé mes confrères.

Georges Soros, le célèbre milliardaire financier des « révolutions de couleur » partout dans le monde, tout spécialement dans le monde slave, a publié, le 15 février dernier, un article surréaliste dans le « Guardian ».

Dans cet article, nous « découvrons » que Donald Trump voudrait créer « son propre État mafieux ».

Heureusement que nous savons que les oligarques ne peuvent pas être « complotistes » !

Mais, surtout, cet article vise à nous « mettre en garde » contre le caractère néfaste pour la démocratie des réseaux sociaux et à donner en exemple l’admirable censure de l’Union européenne. Il est incontestable que l’UE est moins attachée à la liberté d’expression que les États-Unis. Mais je n’aurais jamais imaginé que cela puisse justifier de la donner, précisément pour cela, en exemple.

Qu’un homme pesant politiquement et financièrement aussi lourd que Georges Soros exige de censurer les dernières zones de liberté d’expression en dit long sur la dérive tyrannique de nos prétendues démocraties.

Mais la dérive ne concerne pas seulement la liberté d’expression. Un dernier événement n’a semblé faire ni chaud, ni froid à la caste jacassante. Nous avons récemment appris qu’en mai prochain, comme par miracle, la consommation des ménages français augmenterait de 3 milliards d’euros et le PIB de 0,1 %. Pourquoi ? Parce que la consommation de drogue va être intégrée dans le calcul du PIB. On savait déjà que le PIB était un indicateur assez farfelu, puisqu’il augmente paradoxalement quand on remplace un paysan par un fonctionnaire du ministère de l’Agriculture ou quand des racailles brûlent des voitures. Désormais, il progressera au rythme de la destruction de notre jeunesse. Cette société court à sa perte et se plaint de ne pas y courir assez vite !

https://www.les4verites.com/politique/etranges-omissions-de-caste-jacassante

« FRANCE FIRST ! » « FRANCE IS BACK ! » (Marion Maréchal-Le Pen)

« FRANCE FIRST ! »
« FRANCE IS BACK ! »
(Marion Maréchal-Le Pen)

Ne nous y trompons pas : le magnifique discours de Marion Maréchal-Le Pen au CPAC 2018 à Washington est d’une importance majeure, tant pour la France que pour l’Europe.

C’est une musique nouvelle − très éloignée de la musique habituelle jouée par les dirigeants et les médias français − qui s’est fait entendre, et qui n’a pas manqué de surprendre. Une musique d’ardeur, de foi et d’espérance, que le monde entier a pu entendre !

Ainsi donc, la chute de la France, que le monde entier observait avec tristesse et parfois commisération, n’était pas inéluctable ! Une jeune femme, représentative d’une jeunesse française, aux antipodes de celle qui est mise en évidence à l’international, a pu exprimer, par la raison et par le cœur, qu’une alternative au marais centriste actuel existe et palpite, bien loin de la caricature officielle qui tente de faire passer cette jeunesse patriote pour réactionnaire voire fasciste.

Je défie quiconque, même parmi les plus virulents menteurs cyniques du mainstream médiatique, de trouver un seul mot de haine dans ce discours, une seule idée contraire aux idéaux de la France éternelle.

Un vent de liberté se lève dans toute l’Europe. Il vient d’atteindre la France. Il va souffler de plus en plus fort dans les années qui viennent, balayant sur son passage tous ceux qui avaient forgé le projet pervers et criminel de diluer la France et l’Europe dans un monde sans âme.

Bravo Marion, et qu’on se le dise, partout en France et dans le monde entier…

FRANCE FIRST ! FRANCE IS BACK ! 

Marc Le Stahler
17/02/2018


Cliquez sur l’image pour lire la vidéo du discours de MMLP


Traduction intégrale de l’intervention de Marion Maréchal-Le Pen :

« Aujourd’hui, je suis venue honorer 240 ans d’amitié. Notre amitié a commencé il y a longtemps, avant les plages de Normandie et les tranchées de Belleauwood, où l’écho de la bravoure de vos soldats résonne encore. Notre alliance est formée par la quête commune de la liberté. Mon pays, la France, fut la première à reconnaître votre indépendance. Ce fut avec le sang français, répandu sur le sol américain, que commença notre amitié. Aujourd’hui, plus de deux siècles plus tard, ici à la CPAC, nous nous tenons à nouveau côte à côte dans une autre bataille pour la liberté.

« Cette liberté est un bienfait. Libertés économiques et politiques, liberté d’expression, liberté de conscience sont nos trésors communs. Après 1500 ans d’existence, c’est nous, Français, qui devons à présent nous battre pour notre indépendance. Non, la France n’est aujourd’hui plus libre. Les Français ne sont pas libres de choisir leur politique, qu’elle soit économique, monétaire, migratoire ou même diplomatique. Notre liberté est dans les mains de l’Union européenne.

« Cette Union européenne n’est pas l’Europe. C’est une idéologique qui ne sait que regarder vers l’avenir tout en souffrant d’amnésie historique. Une idéologie hors-sol, sans peuple, sans racines, sans âme et sans civilisation. L’UE est en train de lentement tuer des nations millénaires. Je vis dans un pays où 80% – oui, vous avez bien entendu – 80% des lois sont imposées par l’UE. La seule fonction de notre Assemblée est aujourd’hui de valider des lois faites par d’autres.

« Que je sois claire : je ne suis pas offensée lorsque j’entends le Président Trump dire « America First ». En fait, je veux que l’Amérique passe en premier pour les Américains. Je veux l’Angleterre pour les Anglais. Et je veux la France pour les Français !

« C’est pourquoi je me bats pour que la diplomatie française conserve son rôle unique, de lien entre l’Est et l’Ouest. Une longue histoire nous a permis de former des liens privilégiés avec l’Afrique, la Russie, l’Asie et le Moyen-Orient. Nous devons être capables de garder les capacités de décider pour nous-mêmes sur les sujets militaires et diplomatiques. Nos forces sont complémentaires.

« Comme vous, si nous voulons que la France redevienne grande, nous devons défendre nos intérêts économiques dans la globalisation. L’UE nous soumet à une concurrence déloyale face au reste du monde. Nous ne pouvons accepter un modèle qui produit des esclaves dans les pays en voie de développement et des chômeurs en Occident.

« Je refuse le monde standardisé proposé par l’UE. Je considère que les peuples ont le droit à une continuité historique.

« Ce que je veux, c’est la survie de ma nation, être capable de transmettre, pas seulement mon héritage matériel mais aussi mon patrimoine immatériel.

« Les jeunes Français ne sont pas encouragés à découvrir et à aimer cet héritage culturel. On leur fait subir un lavage de cerveaux, à base de culpabilité et de honte de leur pays.

« Le résultat, c’est le développement d’une contre-société islamiste en France.

« Après 40 ans d’immigration massive, de lobbies islamiques et de politiquement correct, la France est en train de passer de fille aînée de l’Église à petite nièce de l’islam. Et le terrorisme n’est que la partie émergée de l’iceberg. Ce n’est pas la France pour laquelle nos grands-parents se sont battus.

« Comment en sommes-nous arrivés là ?

« Parce que l’UE et la France ont oublié un point crucial : “pour s’ouvrir à l’autre, il faut un cœur ferme ; pour accueillir, il faut rester, et pour partager il faut avoir quelque-chose à offrir”.

« Dans cette perspective, le modèle de société que nous portons est basé sur une conception de l’humain enraciné dans sa mémoire collective et sa culture partagée.

« Sans nation et sans famille, le bien commun, la loi naturelle et la morale collective disparaissent cependant que perdure le règne de l’égoïsme.

« Même les enfants sont devenus une marchandise !  Nous entendons dans le débat public “nous avons le droit de commander un enfant sur catalogue”. “Nous avons le droit de louer le ventre d’une femme”. “Nous avons le droit de priver un enfant de mère ou de père”. − Non, vous ne l’avez pas ! Un enfant n’est pas un droit.

« Est-ce cela, la liberté que nous désirons ? Non, nous ne voulons pas de ce monde atomisé de l’individu sans genre, sans père, sans mère et sans nation.

« Que voulons-nous alors ?

« Comme vous, je veux retrouver mon pays !

« Je suis venu vous dire qu’il y a aujourd’hui une jeunesse prête pour cette bataille en Europe : une jeunesse qui croit au dur labeur, qui croit que ses drapeaux signifient quelque-chose, qui veut défendre les libertés individuelles et la propriété privée. Une jeunesse conservatrice qui veut protéger ses enfants de l’eugénisme et des délires de la théorie du genre. Une jeunesse qui veut protéger ses parents de l’euthanasie et l’humanité du transhumanisme.

« Comme la jeunesse américaine, la jeunesse française est héritière d’une grande nation. À qui beaucoup est donné, et de qui beaucoup est attendu.

« Notre combat ne doit pas être seulement électoral : nous devons diffuser nos idées dans les médias, la culture et l’éducation, afin de stopper la domination des libéraux et des socialistes.

« C’est pourquoi j’ai récemment lancé une école de management et de sciences politiques. Le but ? Former les chefs de demain. Ceux qui auront le courage, le discernement et les techniques pour défendre les intérêts de leur peuple.

« Le défi est gigantesque, mais les 2 années qui viennent de s’écouler ont montré une chose : ne sous-estimez jamais le peuple ! Une bataille qui n’est pas menée est déjà perdue.

« Le BREXIT au Royaume-Uni, “Manif Pour Tous” en France, et bien sûr, l’élection de Donald Trump prouvent une chose : quand les peuples ont l’opportunité de reprendre leur pays, ils la saisissent !

« Par votre action et votre talent, vous avez réussi à remettre le conservatisme en priorité dans l’agenda politique. Construisons sur ce que vous avez accompli ici, afin que des deux côtés de l’Atlantique un agenda conservateur domine.

« Je termine par une citation de Malher que j’aime particulièrement. Une citation qui résume le conservatisme moderne : “La Tradition n’est pas la vénération des cendres, mais la transmission de la flamme.” Vous fûtes l’étincelle. C’est maintenant à nous de nourrir la flamme conservatrice dans notre pays.

« Vive les nations libres, vive les peuples libres et longue vie à l’amitié franco-américaine.

« Merci ! »


https://minurne.org/billets/14461

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