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Fake news

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Les gazettes de la bien-pensance nous apprennent qu’un certain Oleg Sentsov en est à son 100e jour de grève de la faim dans un horrible pénitencier poutinesque du Grand nord de la Russie. Et, affirme Le Monde en titre : « Oleg Sentsov peut mourir à chaque minute qui passe ».

Depuis le début du mois d’août les gazettes de la bien-pensance sont plus qu’alarmantes : « L’état de santé d’Oleg Sentsov est catastrophique » (France Culture 9 août), « Oleg Sentsov en danger de mort après trois mois de grève de la faim » (Le Monde 9 août), « Dans un camp russe près du cercle arctique, la vie d’un jeune homme talentueux s’éteint », (La Croix,‎ 10 août), « Le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov dans un état critique », (Libération,‎ 10 août), etc.

D’abord il est évident que personne ne peut survivre pendant 100 jours, ni même 50, à une vraie grève de la faim.

Si l’on cherche à s’informer, on découvre vite qu’en réalité Oleg Sentsov est alimenté : les autorités pénitentiaires lui donnent des compléments alimentaires pour vieux.

Et les autorités pénitentiaires affirment qu’il est en bonne santé, même s’il a évidemment maigri.

La commission de surveillance des prisons dit la même chose. Elle est sous la coupe du Kremlin ? Ah bon. Sauf que c’est la même commission qui vient de nous informer que le militant gauchiste Sergueï Oudaltsov, qui avait été condamné… à 30 jours de prison et avait entamé une grève de la faim, a été hospitalisé au bout de cinq jours…

Surtout, on a le témoignage de Zoïa Svetova. Cette journaliste est une des principales figures de l’opposition à Poutine, et elle dénonce particulièrement le système judiciaire russe. Elle a pu rencontrer Oleg Sentsov le 14 août, et elle dit qu’il se tient debout et marche, regarde la télévision, écrit et reçoit « beaucoup de lettres »…

Je ne me prononcerai pas sur la condamnation de Sentsov à 20 ans de prison pour préparation de plusieurs actes terroristes anti-russes (et non « parce qu’il s’opposait à l’annexion de la Crimée »…). Mais le coup de la grève de la faim est une imposture. Qui peut durer longtemps. Le record de ce genre de « grève de la faim » est détenu par une militante indienne des droits de l’homme, Irom Sharmila, qui avait commencé en 2000 et y a mis fin en 2016…

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Le pape combien de divisions ? Par Guillaume Berlat

19.août.2018 // Les Crises

Le pape combien de divisions ? Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 02-07-2018

« Il faut, comme Dumersais l’observe après plusieurs écrivains, distinguer avec soin la cour de Rome, le pape et le Saint-siège » (Jean Le Rond d’Alembert). Il est vrai qu’il est difficile, parfois impossible pour le béotien de distinguer des concepts qui lui apparaissent voisins mais en réalité ne sont pas si proches qu’il n’y paraît à première vue. D’où vraisemblablement, la difficulté qui existe à porter un jugement objectif sur le bilan de l’action d’un pape. La tâche est d’autant plus ardue que le descendant de Saint Pierre est une personnalité aussi atypique et non conformiste que l’est celle du pape François, Jorge Mario Bergoglio né en 1936 à Buenos Aires (Argentine). Cinq ans après son élection (13 mars 2013) par le conclave, quels sont les premiers enseignements que l’on peut tirer du pontificat du 266e pape de l’Église catholique dans un monde aussi complexe qu’imprévisible ?

Rarement en manque d’imagination, nos perroquets à carte de presse ne font pas dans la mesure, sombrant dans l’excès alors que la prudence s’impose pour juger de son action à l’intérieur et à l’extérieur de la Cité dont il est le chef d’État. Comment juger sérieusement l’action d’un souverain pontife sur la base de sondages d’opinion (volatils par nature) alors que son action se place dans le temps long de l’intemporel (celui de l’éternité) et dans la dimension spirituelle (celle de la religion catholique) ?1 Ne dit-on pas dans les couloirs feutrés du Vatican que « le diplomate séduit, le gestionnaire déçoit » !

VOLONTÉ AFFFIRMÉE ET ASSUMÉE DE RÉFORME EN PROFONDEUR

La critique est aisée, l’art est difficile, y compris lorsque l’on sait que les voies du Seigneur sont impénétrables. Après une longue période de papamania, les critiques se font jour à l’intérieur et à l’extérieur du Vatican. Qu’en est-il des projets de réforme du pape François tant en ce qui concerne les structures que les esprits ? Que dire de la sévérité des médias ?

Une réforme des structures par les mentalités : le plaidoyer pour la « dignité humaine »

Si l’on en croit les sondages des cœurs et des âmes, les Chrétiens plébiscitent « en même temps » sa volonté de secouer le conservatisme de la Curie romaine2, voire ses excès d’apparat, en un mot son progressisme tout en critiquant sa gestion du scandale de la pédophilie (Cf. les réactions hostiles lors de son dernier déplacement en Amérique latine et, plus particulièrement, en Argentine)3. Les experts du Vatican considèrent que s’est ouverte, avec ce voyage en pays de connaissance, la crise la plus violente de son pontificat, cinq ans après son élection, le 13 mars 2013. Ce que l’on découvre au fil des ans est que le pape François met constamment l’accent sur la défense des faibles, des démunis, des méprisés face aux forts et aux puissants.

De Lampedusa, où il fulmine contre la « mondialisation de l’indifférence » qui laisse périr les migrants en mer, au discours de Santa Cruz (Bolivie) qui enrôle l’Église aux côtés des « mouvements populaires », des prisons qu’il ne cesse de visiter aux « esclaves sexuels » dont il prend la défense, le pape argentin tonne comme le « Dieu argent », les trafiquants d’êtres humains et les fabricants d’armes. N’est-il pas tenté de donner de plus crédit à la parole d’un hiérarque chilien qu’à de simples fidèles ? Ne prête-t-il pas le flanc à l’accusation de cléricalisme ? Voilà pour les critiques actuelles ! Même si les choses ont évolué dans le bon sens.

Mais, notre jugement ne peut être que balancé tant il saisit l’occasion de chacune de ses rencontres annuelles avec la Curie romaine pour critiquer administration dysfonctionnelle minée par les conflits internes. Il est le premier pape à s’exprimer avec vigueur contre les forteresses du conservatisme au Vatican. Entre la parole et l’action, il existe toujours un grand pas à franchir. Cinq ans, c’est long mais c’est court. La France est bien placée pour le savoir. Le dossier noir, qui est mis à son débit, porte sur la lutte contre la pédophilie qu’il qualifie la « plus grande des désolations que l’Église est en train de subir ». Ceci le conduit à reconnaître ses « graves erreurs d’appréciation » sur le dossier des scandales de la pédophilie touchant des ecclésiastiques au Chili4 et à prendre les mesures qui s’imposent5. Ceci mérite d’être relevé et médité par nos dirigeants politiques bonimenteurs.

Une réforme des esprits par les pratiques : la querelle des anciens et des modernes

Ouvrant le pré-synode des jeunes, en présence de 285 représentants de la jeunesse du monde entier au Vatican le 19 mars 2018, le pape François, qui vient de publier un ouvrage sur la jeunesse6, affiche un ton incisif en les encourageant à parler « sans gêne » ni peur d’énoncer des « vérités crues ». Il leur rappelle que l’éducation doit permettre de conserver une « capacité d’étonnement » et « d’ouverture au mystère de l’autre ». Il ajoute que « pour avoir une éducation complète, il faut les trois langages : celui de la tête, pour bien penser, celui du cœur pour bien sentir, et celui des mains pour bien faire »7. Lors de son message pascal (1er avril 2018), le pape François fait des jeunes sa priorité (les écouter), axe d’action structurelle pour l’Église mais aussi pour le souverain pontifical.

Ne souhaitant pas s’attaquer frontalement au dogme et à son intangibilité, le souverain pontife préfère faire évoluer les pratiques en poussant le Vatican à abandonner l’entre-soi et en s’ouvrant vers l’extérieur, vers l’avenir et la jeunesse. Pour lui, il faut que les jeunes s’engagent dans « la marche de l’Église »8. Ceci relève d’une habile stratégie de contournement. À ses yeux, le prochain synode sera le temps d’un appel lancé à l’Église pour qu’elle « retrouve un dynamisme jeune et renouvelé » et cela contre « la routine » et « on a toujours fait comme ça ». L’Église doit rester en « mode créatif » dans « l’authentique tradition chrétienne », ce qui « comporte des risques ».

Une intransigeance des médias à l’égard du pape : le manque de charité chrétienne

Les médias ne laissent rien passer. Chaque erreur est stigmatisée comme l’affaire du floutage des remarques acides du pape émérite, Benoît XVI qui conduit à la démission au puissant « ministre » de la communication du Vatican, Monseigneur Dario Vigano9. Face à la polémique qui grossissait, le Vatican a été contraint de publier tout le document accompagné d’une note qui récuse toute « manipulation »10. Il est vrai que ces mêmes médias font preuve d’une bienveillance particulière lorsqu’il s’agit des bobards, des mensonges, des contre-vérités que nous servent, à longueur de journée, nos dirigeants de droite, de gauche comme de la République en marche arrière. C’est que le pape François dérange par ses saillies régulières contre « la pétrification mentale », contre la « mondanité spirituelle ». « Faire des réformes à Rome, c’est comme nettoyer le Sphinx d’Égypte avec une brosse à dent » s’exclame-t-il ! Il agace par la tendance à faire la morale à ses troupes et même à terroriser ses collaborateurs. À quand, quelques plaintes pour « burn out » pontifical ? En un mot, il dérange par son non conformisme dans un environnement conformiste, parfois traditionnaliste.

Il est difficile d’être fort à l’extérieur avec des fragilités à l’intérieur. Ce sont ces deux voies parallèles que suit le pape François depuis plus de cinq ans. Surtout dans la mesure où « le pape est le premier dont le pontificat se déroule à l’échelle du monde »11.

VOIX SINGULIÈRE ET FORTE SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE

Il y aurait beaucoup à dire de la diplomatie vaticane tant elle est complexe, souvent entourée d’un halo de mystère, les voies du Seigneur étant par nature impénétrables12. Essayons de replacer l’action du Saint-Siège dans sa dimension absolue et dans sa dimension relative !

La diplomatie vaticane dans l’absolu : une action en dehors et au-dessus des Nations

Une diplomatie ancienne. La diplomatie vaticane est bel et bien adossée à un héritage multiséculaire, mais elle doit constamment faire face à l’inattendu. Usant du réseau planétaire de ses nonciatures, la diplomatie vaticane entend œuvrer discrètement mais utilement dans le champ du temporel. Dans son discours devant l’ONU, le 4 octobre 1965, Paul VI renonce à jouer la compétition entre les Etats souverains. Il ne se dit « investi que d’une minuscule et quasi symbolique souveraineté temporelle : le minimum nécessaire pour être libre d’exercer sa mission spirituelle et assurer ceux qui traitent avec lui qu’il est indépendant de toute souveraineté dans ce monde ». Le Saint-Siège est présent dans les grandes agences et enceintes internationales. Personne ne remet en question cette présence sur la scène mondiale, ni ne conteste le fait que le Saint-Siège est un acteur incontournable des relations internationales. Après l’ouverture de relations diplomatiques avec la Russie en 2009 (Cf. visite de Vladimir Poutine au Pape le 25 novembre 2013), le Vatican a des relations avec 174 Etats, soit plus du double de ce qui existe au début du pontificat de Jean-Paul II.

Une diplomatie de l’efficacité. Pour mener sa mission, le micro-État (44 hectares) qu’est le Vatican possède un appareil doté d’une solide expérience. À la manœuvre, le cardinal Pietro Parolin décrit par un vaticaniste comme « un diplomate courtois, à l’écoute, qui joue un rôle essentiel sur les grands dossiers internationaux, notamment dans la négociation avec les FARC, la rencontre avec Kirill, le réchauffement Cuba/États-Unis »13. Même si la structure dirigée par Richard Gallagher, prélat britannique est modeste (l’équivalent d’une direction du Quai d’Orsay), elle tire sa force de la quasi-universalité de son réseau (ses nonciatures) que l’on retrouve dans 195 États dans le monde. Seuls une dizaine n’entretient pas n’entretiennent pas de relations avec le Saint-Siège, les trois plus importants étant l’Arabie saoudite, la Chine et le Vietnam. Avec son statut d’observateur, le Vatican peut faire entendre sa voix au Conseil de l’Europe (Strasbourg), à l’OSCE et à l’AIEA (Vienne) et à l’ONU (New-York). Constant sur le sujet du désarmement, il est le premier État à avoir signé le traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) en juillet 2017.

Une diplomatie des marges. La diplomatie du Vatican est astucieuse dans la mesure où elle échappe aux critères courants. Par sa nature même, le dirigeant du plus petit État au monde ne peut jouer dans la Cour des grands, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et détenteurs de l’arme nucléaire. Sa diplomatie, pour être efficace, se doit d’être une diplomatie des marges fondée sur une parole prophétique, sur un regard distancié. La diplomatie du Vatican excelle dans la discrétion et dans l’ombre, ce qui la rend d’autant plus efficace. Elle sait effectuer une distinction entre les conflits sur lesquels elle a prise et sur les autres, en ne dispersant pas inutilement. Elle essaie de faire preuve de clairvoyance dans le diagnostic des nombreux maux du XXIe siècle. Clairvoyance qui fait sérieusement défaut à nos dirigeants l’œil rivé sur le très court terme et sur le buzz.

Une diplomatie engagée. Ne redoutant pas de quelconques représailles sur le plan économique et commercial, la diplomatie du Vatican se réclame d’une diplomatie des valeurs. L’environnement14, les migrants… sont ses chevaux de bataille. Certains lui font parfois le reproche d’être un dirigeant d’ONG humanitaire, rompant avec certaines conceptions archaïques du message pontifical. Peu importe, en ces temps tourmentés, le pape François n’hésite pas à choisir ses combats à l’occasion des fêtes de Pâques 2018, en appelant à la fin de « l’extermination en cours » en Syrie ou à « la réconciliation en Terre sainte ». Il stigmatise le « génocide arménien ». Pour l’instant, il reste silencieux sur la question kurde. Pourquoi ? Jusqu’à quand ? Le pape François, c’est la force de la parole contre les dérives de notre époque, la force et la simplicité du message, la parole singulière qui appelle à revenir à l’essentiel qui fustige « la globalisation de l’indifférence ». En un mot, sans faire de mauvais jeu de mots, un « homme qui a choisi de faire de sa parole une arme contre les défis de notre temps »15. Une approche originale qui sied parfaitement à une autorité spirituelle.

La diplomatie vaticane dans le relatif : la médiation entre États16

La qualité de l’information. La force principale de la diplomatie du Saint-Siège tient à la qualité des informations qu’elle recueille aux quatre coins de la planète. Elle est informée en temps réel par son réseau irremplaçable d’informateurs discrets mais attentifs que sont les évêques, les cardinaux, les prêtres, les religieux, les missionnaires qui sont les témoins oculaires de ce qui passe partout, y compris dans les zones de crise et de guerre. Leurs rapports n’ont rien à envier à certains des télégrammes diplomatiques façon Norpois du Quai d’Orsay. Un véritable réseau d’espions en soutane, maugréent certains ! La diplomatie vaticane se déploie tous azimuts. Information à la source que le pape François tient des nombreuses visites que les chefs d’État et de gouvernement lui rendent régulièrement à Rome (Cf. celle d’Emmanuel Macron du 26 juin 2018). « Le défilé ne cesse jamais, le rythme est très soutenu », constate un diplomate européen. Certains vont jusqu’à dire que « le pape est l’aumônier les chefs d’État et de gouvernement » tant certains d’entre eux sont des visiteurs réguliers.

La spécificité du message. Délaissant le « centre », ce pape des « périphéries » est à Lampedusa, à Lesbos, en Albanie, en Géorgie, en Azerbaïdjan… Il se veut la conscience du monde. Le souverain pontife se place résolument du côté des humbles, des discriminés. Il incite les catholiques à aider les plus pauvres et accueillir les migrants (il met un bémol ces dernières semaines) tout en les appelant à faire chaque jour leur examen de conscience17. Son activité internationale est volontairement ciblée sur une quinzaine de dossiers et sur des endroits précis. Une action internationale articulée avec sa vision du monde. Autre axe de son pontificat, « l’écologie intégrale » qu’il défend dans son encyclique « Laudato Si’ » (2015). Comme le souligne Hubert Védrine : « cette encyclique, même si elle présente des côtés trop systématiques, a un impact profond. Elle conforte un mouvement ‘d’écologisation’, avenir de l’humanité et de l’économie ; c’est une contribution extraordinaire, tranquille, sans tapage, à une évolution des mentalités ». Le pape souhaite s’en tenir à la « sagesse du peuple ; le salut ne vient pas des experts qui cogitent dans leurs bureaux ». D’où sa critique marquée des élites. Il sait communiquer à la perfection. Une parole relayée chaque jour jusqu’aux confins de la planète par les 350 personnes de Radio Vatican, rebaptisée Vatican News depuis le 1er janvier 2018, sur tous les supports en 40 langues. Ce qui permet de « porter le pape au cœur du monde ». Un journaliste va même jusqu’à dire que Vatican News se situe dans « une logique de promotion de la marque pape François ».

La pertinence et l’actualité de son action. Le premier mouvement du Pape François sur le terrain géopolitique est la dénonciation de l’éventuelle intervention militaire en Syrie. Le grand mérite de François est d’avoir repris le flambeau du pape diplomate, que ce soit pour resserrer les liens avec l’orthodoxie, pour défendre la cause des chrétiens d’Orient, particulièrement menacés en Syrie, ou pour inviter Israéliens et Palestiniens à prier pour la paix au Vatican. Son voyage en Jordanie, Israël et Palestine (24-26 mai 2014) signe le retour de la diplomatie vaticane. Deux thématiques dominent son action : l’attention portée aux crises immédiates (Syrie, conflit israélo-palestinien, RCA) et un intérêt accru pour les questions sociétales (climat, environnement, économie, social, immigration avec sa visite à Lampedusa). Il porte à la une de l’actualité la cause des Rohingyas, minorité musulmane de Birmanie.

En Afrique, il joue les intercesseurs pour la paix au Mozambique, en Centrafrique et en RDC et projette de se rendre au Soudan du sud, ce que lui déconseille son entourage pour des raisons de sécurité. Avec en toile de fonds, la volonté d’être une « conscience dans la mondialisation ». Il stigmatise les marchés financiers, décrits comme des machines à enrichir un tout petit nombre au détriment de tous les autres, dans un document, qu’il n’a pas écrit, mais qu’il a approuvé : Oeconomica et pecuniariae quaequestiones18. Sa voix comme cette voie sont prises au sérieux. Sans être un diplomate de formation, il se révèle fin géopoliticien. A la diplomatie normative des traités, il préfère la diplomatie des mains jointes : « la prière possède une force politique à exploiter ». À la diplomatie de l’exclusion, particulièrement en vogue chez les dirigeants occidentaux, il préfère la diplomatie inclusive, jouant d’une grande habileté pour ménager tout le monde.

La déclaration d’amour de Jupiter à l’église catholique. De manière surprenante, alors qu’on l’attendait sur le thème de la laïcité, Jupiter se rend au Collège des Bernardins, le 9 avril 2018, pour y discourir (plus d’une heure comme à l’accoutumée) sur la relation entre l’État et l’église dont il veut réparer le lien19. Il rencontre le pape François à Rome le 26 juin 2018. Cette première visite se déroule sous de meilleurs auspices que celle de son prédécesseur qui fut lamentable et qui se déroula dans un contexte de polémique sur la personnalité de l’ambassadeur désigné pour représenter la France auprès du Saint-Siège20. Après un an de vaines polémiques, François Hollande retirera cette candidature inopportune. Le plus fort n’est pas celui que l’on croit.

« Le véritable doute consiste à douter de tout, y compris du bienfondé de ce doute » nous rappelle Descartes. Le défi, que doit relever le pape François, se situe aussi bien en interne qu’externe avec des évènements qui viennent de loin et les « sombres temps » (Hannah Arendt) d’un monde aux repères brouillés. Il veut en finir avec le temps des hypocrisies, des fausses pensées, de la bienpensance, du dogme mortifère et d’une liturgie désuète tout cela embrumé de langue de bois. Tout en ne récusant pas de traiter les problèmes du court terme, il place son action dans une vision à long terme. Il se méfie de l’impuissance du pouvoir. Pendant ce temps, la colère des peuples gronde. Le pape François cherche à regarder le réel en face. Son message prophétique est parfois dérangeant à l’instar des lanceurs d’alerte21. Comme le rappelle Marivaux « il faut avoir du jugement pour sentir que nous n’en avons point ». Alors que les cartes de la géopolitique sont rebattues et que les régimes autoritaires se multiplient, la force de la diplomatie du pape François tient à sa vertu, ne cherchant à vendre ni armes, ni à conquérir des marchés ou à gagner de l’influence par la force si ce n’est celle de ses idées. Ce qui lui procure une liberté de manœuvre indéniable et réelle bien que l’on puisse toujours dire, comme aurait dit Staline à Pierre Laval en 1935, le pape, combien de divisions ?

Guillaume Berlat
2 juillet 2018

1 Jean-Marie Guénois, La popularité du pape François faiblit chez les catholiques, Le Figaro, 13 mars 2018, pp. 1-2-3.
2 Cécile Chambraud, Les embarras du C9, le cénacle chargé de transformer la curie, Le Monde, 11-12 mars 2019, pp. 2-3.
3 Cécile Chambraud, La réforme du pape à l’épreuve de la pédophilie, dans Les cinq ans de François au Vatican, Le Monde, 11-12 mars 2018, pp. 1-2-3.
4 Cécile Chambraud, Le pape confesse ses « erreurs » sur la pédophilie au Chili, Le Monde, 13 avril 2018, p. 5.
5 Cécile Chambraud, Le pape accable l’église du Chili à propos de la pédophilie. Le Monde, 20-21-22 mai 2018, pp. 1-2.
6 Pape François, Dieu est jeune, Robert Laffont, 2018.
7 Marie Malzac, Le pape exhorte les jeunes au « courage » de parler sans fard, La Croix, 20 mars 2018, p. 18.
8 Jean-Marie Guénois, Le pape engage les jeunes dans la marche de l’Église, Le Figaro, 2 avril 2018, pp. 1-2-3.
9 Cécile Chambraud, Quand le Vatican « floute » les remarques acides de Benoît XVI, Le Monde, 23 mars 2018, p. 5.
10 Jean-Marie Guénois, Comment le Vatican a tronqué une lettre de Benoît XVI, Le Figaro, 19 mars 2018, p. 13.
11 Dominique Wolton rencontre avec le pape François (un dialogue inédit), Politique et société, éditions de l’Observatoire, 2017.
12 Constance Colonna Cesari, Dans les secrets de la diplomatie vaticane, Seuil, 2016.
13 Jérôme Cordellier, À quoi joue le pape François ? Géopolitique, Le Point, 5 avril 2018, pp. 44-45-46-47.
14 Pape François, Le souci de la Maison commune. Lettre encyclique Laudato Si’, Collège des Bernardins, 2015.
15 Céline Rouden, Wim Wenders, le pape et la force de la parole, La Croix, 14 mai 2018, p. 20.
16 Guillaume Berlat, François, un pape diplomate. Le passé recomposé, www.association-desinternationalistes.org , 15 septembre 2014.
17 Jean-Marie Guénois, L’appel du pape François pour tendre vers « la sainteté », Le Figaro, 10 avril 2018, p. 10.
18 Habemus pas d’âme, Le Canard enchaîné, 23 mai 2018, p. 8.
19 Cécile Chambraud, Macron veut réparer le lien » entre Eglise catholique et Etat, Le Monde, 11 avril 2018, p. 10.
20 François Hollande, Au Saint-Siège dans Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, pp. 93-94.
21 Étienne de Montety, Lanceur d’alerte, Le Figaro, 13 mars 2018, p. 1.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 02-07-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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Céline envoie dinguer Hitler, fascisme et modernité (1933)

Céline envoie dinguer Hitler, fascisme et modernité (1933)

Les Carnets de Nicolas Bonnal

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Céline envoie dinguer Hitler, fascisme et modernité (1933)

On a fait de Céline un nazi et on l’insulte du soir au matin. Cette époque de misère ne sait qu’insulter tout le passé pour imposer  au monde sa merde morale et culturelle.

L’homme venait de la gauche libertaire et il était évidemment plus subtil. Son pacifisme l’a rendu enragé comme je l’ai expliqué. Il est facile de lui jeter la pierre quand tout le monde aujourd’hui reconnait le rôle de Netanyahou ou d’Adelson pour pousser Trump et sa clique d’animaux à la guerre d’extermination contre l’Iran.

Voici ce que Céline écrit en 1933 dans un hommage à Emile Zola qui fourmille de vues passionnantes et vivantes sur notre monde moderne. Comme je l’ai montré dans mon livre, le diagnostic de Céline est terrible et se rapproche de celui des grands chrétiens comme Chesterton ou Bernanos, ou des grands critiques de postmarxistes de la modernité libérale (Debord, Boorstin, Mumford).

On l’écoute :

« La position de l’homme au milieu de son fatras de lois, de coutumes, de désirs, d’instincts noués, refoulés est devenue si périlleuse, si artificielle, si arbitraire, si tragique et si grotesque en même temps, que jamais la littérature ne fut si facile à concevoir qu’à présent, mais aussi plus difficile à supporter. Nous sommes environnés de pays entiers d’abrutis anaphylactiques ; le moindre choc les précipite dans les convulsions meurtrières à n’en plus finir.

Nous voici parvenus au bout de vingt siècles de haute civilisation et, cependant,aucun régime ne résisterait à deux mois de vérité. Je veux dire la société marxiste aussi bien que nos sociétés bourgeoises et fascistes. »

Ici c’est presque freudien. J’ai déjà expliqué que le texte de Freud sur la guerre est très politiquement incorrect. Freud méprisait royalement le président Wilson (voyez son texte co-écrit avec Bullit) et il envoya un de ses livres dédicacés à un certain Benito Mussolini. On le brûle ?…

« L’homme ne peut persister, en effet, dans aucune de ces formes sociales, entièrement brutales, toutes masochistes, sans la violence d’un mensonge permanent et de plus en plus massif, répété, frénétique, « totalitaire » comme on l’intitule. Privées de cette contrainte, elles s’écrouleraient dans la pire anarchie, nos sociétés. »

Céline dit même qu’on descendra plus bas qu’Hitler (en effet : guerre nucléaire US contre Chine, Russie, Iran, Syrie, tout le bataclan) :

« Hitler n’est pas le dernier mot, nous verrons plus épileptique encore, ici, peut-être. Le naturalisme, dans ces conditions, qu’il le veuille ou non, devient politique. On l’abat. Heureux ceux que gouvernèrent le cheval de Caligula !

Les gueulements dictatoriaux vont partout à présent à la rencontre des hantés alimentaires innombrables, de la monotonie des tâches quotidiennes, de l’alcool, des myriades refoulées ;tout cela plâtre dans un immense narcissisme sadico-masochiste toute issue de recherches, d’expériences et de sincérité sociale. »

Il règle son compte à la jeunesse avant Instagram :

« On me parle beaucoup de jeunesse, le mal est plus profond que la jeunesse !Je ne vois en fait de jeunesse qu’une mobilisation d’ardeurs apéritives, sportives, automobiles, spectaculaires, mais rien de neuf.Les jeunes, pour les idées au moins, demeurent en grande majorité à la traîne des R.A.T. bavards, filoneux, homicides. A ce propos, pour demeurer équitables, notons que la jeunesse n’existe pas au sens romantique que nous prêtons encore à ce mot. Dès l’âge de dix ans, le destin de l’homme semble à peu près fixé dans ses ressorts émotifs tout au moins ; après ce temps, nous n’existons plus que par d’insipides redites, de moins en moins sincères, de plus en plus théâtrales.Peut-être, après tout, les « civilisations » subissent-elles le même sort ? La nôtre semble bien coincée dans une incurable psychose guerrière. »

Adoration de la guerre et du fanatisme :

« Nous ne vivons plus que pour ce genre de redites destructrices. Quand nous observons de quels préjugés rancis, de quelles fariboles pourries peut se repaître le fanatisme absolu de millions d’individus prétendus évolués, instruits dans les meilleures écoles d’Europe, nous sommes autorisés certes à nous demander si l’instinct de mort chez l’homme, dans ses sociétés, ne domine pas déjà définitivement l’instinct de vie. Allemands, Français, Chinois, Valaques. Dictatures ou pas. Rien que des prétextes à jouer à la mort. »

Fascination de la mort comme pour le nazisme impérial actuel :

« Le sadisme unanime actuel procède avant tout d’un désir de néant profondément installé dans l’homme et surtout dans la masse des hommes,une sorte d’impatience amoureuse à peu près irrésistible, unanime pour la mort. »

Après la guerre, Céline agonisera longtemps dans la solitude et l’aigreur de son enragement très raté et il dira :

« Je ne me sens coupable d’aucun crime. Je n’ai voulu qu’empêcher la guerre. Je ne recommencerai pas. Ils pourront la prochaine fois comme ils sont en train de s’y préparer, s’assassiner jusqu’au dernier homme. Je les assure d’avance de mon parfait silence. »

 

Sources

Céline – Hommage à Zola (1933) ; Bagatelles pour un massacre.

Nicolas Bonnal – Le pacifiste enragé (Amazon.fr)

http://www.dedefensa.org/article/celine-envoie-dinguer-hitler-fascisme-et-modernite-1933

 

L’Amérique risque de perdre sa guerre commerciale, par Joseph E. Stiglitz

L’Amérique risque de perdre sa guerre commerciale, par Joseph E. Stiglitz

Joseph E. Stiglitz, 09-08-2018

Le déficit budgétaire américain atteint de nouveaux sommets ce qui signifie qu’il se creusera encore, quelle que soit l’issue de la guerre commerciale.

Ce qui apparaissait dans un premier temps comme une simple escarmouche commerciale – après l’imposition de droits de douanes par le président américain Donald Trump sur l’acier et l’aluminium – semble s’être rapidement changé en une guerre commerciale totale contre la Chine. Si la trêve convenue entre l’Europe et les États-Unis est maintenue, l’Amérique se retrouvera principalement en conflit avec la Chine, plus qu’avec le reste du monde (le litige commercial avec le Canada et le Mexique étant bien entendu voué à perdurer, compte tenu d’exigences américaines qu’aucun des deux pays ne peut ou ne devrait accepter).

La macroéconomie
l’emporte toujours.

Au-delà de l’assertion exacte, mais désormais commune, selon laquelle tous les acteurs risquent de finir perdants, que pouvons-nous affirmer quant aux conséquences potentielles de la guerre commerciale menée par Trump? Premièrement, la macroéconomie l’emporte toujours: si l’investissement intérieur de l’Amérique continue d’excéder son épargne, le pays sera contraint d’importer des capitaux et d’enregistrer un déficit commercial important. Pire encore, en raison des réductions d’impôts adoptées en fin d’année dernière, le déficit budgétaire américain atteint de nouveaux sommets – récemment estimé à plus de 1000 milliards de dollars d’ici 2020 – ce qui signifie que le déficit commercial se creusera très certainement, quelle que soit l’issue de la guerre commerciale. L’Amérique ne pourra y échapper que si Trump plonge son pays dans la récession, et que le revenu chute à tel point que l’investissement et les importations s’effondrent.

La «meilleure» issue de l’accent étroit placé par Trump sur le déficit commercial vis-à-vis de la Chine consisterait en une amélioration de la balance bilatérale, associée à une augmentation de même ampleur du déficit vis-à-vis d’un autre pays (ou de plusieurs autres). Les États-Unis pourraient vendre davantage de gaz naturel à la Chine et lui acheter moins de machines à laver, mais ils vendraient alors moins de gaz naturel à d’autres pays, et achèteraient davantage de machines à laver en Thaïlande ou dans un autre État ayant échappé à la colère instable de Trump. Or, l’Amérique ayant interféré avec le marché, elle est vouée à payer plus cher ses importations – et à obtenir moins pour ses exportations – que cela aurait pu être le cas dans d’autres circonstances. Autrement dit, même dans le meilleur des cas, les États-Unis se retrouveront dans une situation plus défavorable qu’aujourd’hui.

Le problème des États-Unis ne se situe pas du côté de la Chine. Le problème est d’ordre intérieur: l’Amérique n’épargne pas suffisamment. Comme un grand nombre de ses compatriotes, Trump adopte une vision de trop courte vue. S’il comprenait un tant soit peu l’économie et la nécessité d’une vision à long terme, il se serait efforcé d’accroître l’épargne nationale, ce qui aurait permis d’atténuer le déficit commercial multilatéral.

Une réduction véritablement conséquente
du déficit commercial bilatéral s’avérera difficile.

Des correctifs rapides et évidents existent: la Chine pourrait acheter davantage de pétrole américain, puis le revendre à d’autres. La différence produit serait infime, avec peut-être une légère augmentation des coûts de transaction. Mais Trump pourrait au moins se targuer d’avoir éliminé le déficit commercial bilatéral.

En réalité, une réduction véritablement conséquente du déficit commercial bilatéral s’avérera difficile. À mesure de la diminution de la demande en produits chinois, le taux de change du renminbi s’affaiblira – même sans aucune intervention du gouvernement. Ceci compensera partiellement les effets des droits de douanes américains, en renforçant dans le même temps la compétitivité de la Chine vis-à-vis des autres pays, et cela même si la Chine n’utilise pas les autres instruments dont elle dispose, tels que le contrôle sur les salaires et les prix, ou qu’elle n’œuvre pas activement pour des hausses de productivité. Comme celle des États-Unis, la balance commerciale globale de la Chine est déterminée par la macroéconomie.

Si la Chine intervient plus activement et riposte plus agressivement, l’évolution de la balance commerciale Amérique-Chine pourrait se révéler encore plus infime. La douleur infligée par un camp à l’autre est difficile à déterminer. La Chine exerce un plus grand contrôle sur son économie, et entend évoluer vers un modèle de croissance axé davantage sur la demande intérieure que sur l’investissement et les exportations. Les États-Unis ne font qu’aider la Chine sur cette voie. En revanche, les manœuvres américaines interviennent à l’heure où la Chine s’efforce de gérer son excès d’endettement et de capacité; à tout le moins dans certains secteurs, l’Amérique ne devrait pas lui faciliter la tâche.

Une chose est sure: si Trump entend empêcher la Chine d’appliquer sa politique «Made in China 2025» – adoptée en 2015 pour progresser dans son objectif sur 40 ans consistant à réduire l’écart de revenu entre la Chine et les pays développés – le président américain échouera très certainement. En effet, les démarches de Trump ne pourront que renforcer la volonté des dirigeants chinois consistant à dynamiser l’innovation et à atteindre la suprématie technologique, puisqu’ils réaliseront ne pas pouvoir compter sur autrui, et comprendront que l’Amérique leur est activement hostile.

L’incompétence de l’équipe économique de Trump
est sans équivalent au niveau mondial.

Lorsqu’un pays entre en guerre, qu’elle soit commerciale ou autre, il lui faut s’assurer de la présence de généraux compétents à ses côtés – aux objectifs clairement définis, à la stratégie viable, et recueillant le soutien de la population. C’est ici que les différences entre la Chine et les États-Unis apparaissent le plus manifestement. L’incompétence de l’équipe économique de Trump est sans équivalent au niveau mondial, et la plupart des Américains ne soutiennent pas la guerre commerciale.

Le soutien populaire diminuera encore davantage à mesure que les Américains réaliseront être doublement perdants dans cette guerre: des emplois disparaîtront non seulement en raison des mesures de représailles chinoises, mais également parce que les droits de douanes américains élèveront le prix des exportations américaines et les rendront moins compétitives, de même qu’augmenteront les prix des produits qu’achèteront les Américains. Ceci pourrait provoquer la chute du taux de change du dollar, et accentuer encore davantage l’inflation aux États-Unis, le tout suscitant toujours plus d’opposition. La Fed rehausserait alors probablement les taux d’intérêt, conduisant à moins d’investissement, moins de croissance et plus de chômage.

Nous savons désormais comment Trump réagit lorsque ses mensonges sont exposés, et que ses politiques échouent: il double la mise. À plusieurs reprises, la Chine a proposé à Trump des options permettant au président américain de quitter le champ de bataille sans perdre la face, et de proclamer la victoire. Il les a toutes refusées. Peut-être l’espoir réside-t-il dans trois de ses traits de personnalité: sa préférence pour le paraître plutôt que la substance, son imprévisibilité, et son amour pour la politique des «grands hommes». Peut-être qu’à l’occasion d’une rencontre majeure avec le président Xi Jinping, il déclarera le problème résolu, avec quelques ajustements mineurs ici et là en matière de droits de douanes, et quelque geste inédit en direction d’une ouverture du marché déjà annoncée dans les plans de la Chine, de sorte que chacun puisse rentrer satisfait chez lui.

Dans une tel scénario, Trump aura alors «résolu» de manière imparfaite un problème créé par le président américain lui-même. Mais le monde issu de cette guerre stupide n’en demeurera pas moins différent: plus incertain, moins confiant dans l’État de doit à l’international, et présentant des frontières plus dures. Trump a changé le monde de manière définitive, et pour le pire. Même dans le meilleur des cas, seul Trump en sortira gagnant – son égo surdimensionné encore un peu plus gonflé.

Traduit de l’anglais par Martin Morel

Copyright: Project Syndicate, 2018.

Source : www.project-syndicate.org, Ali News, Joseph E. Stiglitz, 09-08-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/lamerique-risque-de-perdre-sa-guerre-commerciale-par-joseph-e-stiglitz/

/ Bernard Lugan : « En Afrique, tout est toujours à recommencer… »

Bernard Lugan : « En Afrique, tout est toujours à recommencer… »

Bernard Lugan : « En Afrique, tout est toujours à recommencer… »

Par Bernard Lugan, historien et spécialiste de l’Afrique ♦ Découvrez ci-dessous l’éditorial du numéro 103 (juillet 2018) de L’Afrique Réelle, lettre d’information proposée par Bernard Lugan.


Alors qu’ils sont inscrits dans la longue durée, les conflits africains sont paradoxalement analysés à travers une trilogie idéologique étroitement contemporaine : « déficit de développement », absence de « bonne gouvernance » et manque de démocratie.

Prisonniers de ces trois concepts européocentrés, journalistes et « experts » sont incapables de prendre la véritable mesure des crises africaines. Emblématiques à cet égard, les exemples de l’Ituri et du Mali sont étudiés dans ce numéro de l’Afrique Réelle.

En Ituri, le 13 juillet 2018, l’ONU a dénoncé des « violences barbares » commises, entre autres, par les miliciens Lendu.

Quinze ans après l’opération française Artemis (juin à septembre 2003), en dépit de la présence de plusieurs milliers de casques bleus, et après les procès devant la CPI de La Haye de chefs miliciens impliqués dans les massacres des années 2000, tout a donc recommencé…

Comment aurait-il d’ailleurs pu en être autrement quand les tueries inter-ethniques y sont d’abord la reprise de mouvements précoloniaux ? La lutte pour les richesses naturelles n’est en effet pas la cause des actuels massacres, mais un facteur aggravant se surimposant à la longue durée historique régionale.

Voilà donc pourquoi aucun intervenant extérieur ne pourra régler la question de l’Ituri puisque c’est celle des relations séculaires entre les Lendu, les Héma, les Alur et les Bira. Voilà également pourquoi le « remède » électoral y sera sans effet.

Au Mali, les jihadistes ont perdu leurs sanctuaires sous les coups de boutoir de l’armée française.

Contraints de réduire leurs capacités d’action, pourchassés nuit et jour et incapables de lancer des opérations coordonnées d’ampleur notable, il ne leur reste plus que le terrorisme.

Ayant échoué à constituer un califat régional, eux qui voulaient dépasser les ethnies, sont tout au contraire contraints d’enraciner leur survie sur elles. Mais, ce faisant, ils ont réveillé les chaînes de solidarités et d’inimitiés séculaires dont ils se trouvent désormais prisonniers…

A supposer que les jihadistes soient définitivement éliminés, aucune paix durable ne sera pour autant instaurée au Mali puisque le problème de fond, celui de l’incompatibilité nord-sud, n’y sera pas réglé. Tous semblent avoir oublié qu’en 2012, c’est en effet sur la permanence de l’irrédentisme touareg que s’est opportunément greffé l’islamo-jihadisme.

En Ituri comme au Mali et en bien d’autres parties de l’Afrique, les interventions étrangères sont sans issue. Parce qu’elles ne sont pas en mesure de régler la question de la cohabitation de populations que tout sépare et qui sont condamnées à vivre ensemble dans des Etats artificiels. Elles peuvent donc éteindre des incendies, mais, comme elles sont incapables de s’attaquer à leurs causes, tout est donc toujours à recommencer…

Bernard Lugan
08/08/2018

Source : L’Afrique Réelle

Crédit photo : Domaine public, via PixaBay

https://www.polemia.com/bernard-lugan-en-afrique-tout-est-toujours-a-recommencer/

Extension du domaine du pétage de plombs…

Extension du domaine du pétage de plombs…

Note du Saker Francophone

Cet article, traduit par Philippe Grasset a fait l'objet d'une analyse sur le site de dedefensa sous le titre : « D.C.-la-folle » : toujours plus loin

James Howard KunstlerPar James Howard Kunstler – Le 27 juillet 2018 – Source kunstler.com

La folie politique qui sévit aux États-Unis ne fait qu’empirer, sans aucune fin en vue. Mercredi, le sénateur Ed Markey (D-Mass), a fait l’étonnante déclaration sur CNN que « le peuple américain voulait une confrontation, pas une conversation », entre les présidents Trump et Poutine à Helsinki.

Vraiment ? Nous voulions un combat à mort et tout ce que nous avons eu, c’était un bavardage minable ? La prochaine fois, peut-être que M. Trump devrait apporter une batte de base-ball pour bien faire comprendre à son « partenaire » comment il faut penser – une technique de négociation populaire au bon temps de la construction new-yorkaise à l’époque de M. Trump. Il y a certaines personnes avec lesquelles vous ne pouvez pas discuter civilement, en particulier la bête humaine engendrée par l’enfer qui a personnellement préparé et dirigé l’ingérence de la Russie dans notre élection et a volé une victoire certaine à la présidente-désignée Hillary. (Je le sais parce que le New York Times et le Washington Post l’ont dit).

Un autre motif d’étonnement habituel : dans son témoignage devant le Comité des Relations Extérieures du Sénat cette semaine, le Secrétaire d’État Mike Pompeo a déclaré que les États-Unis ne reconnaîtraient pas la Crimée comme faisant partie de la Russie et exigeraient le retour de la région en Ukraine. Sans trop s’attarder à la chose, on dira que M. Pompeo est en train de pisser dans un violon. La Russie n’abandonnera pas sa grand base navale en mer chaude, pas plus que les États-Unis ne restitueront leurs installations navales de San Diego qui reviennent historiquement au Mexique puisqu’elles sont situées en Californie. Mr. Pompeo le sait bien. Il en est de même pour les imbéciles du comité sénatorial, qui ont apparemment oublié que les responsables de notre gouvernement ont fomenté le coup d’État ukrainien de 2014 qui a incité la Russie à annexer la Crimée et ses ressources militaires.

Combien d’entre vous ne ressentent pas comme moi à la fois dégoût et mépris pour les deux côtés du spectre politique américain ! Les nouvelles, chaque heure du jour et de la nuit, révèlent une nation incapable de penser, incapable de distinguer la réalité de la fantaisie, avide de dissimuler et de mentir absolument de tout, se jetant avec avidité sur toute opération de racket visant à harceler ses propres citoyens, ignorant complètement et abruptement les vrais problèmes qui vont nous conduire dans un nouvel âge des ténèbres.

Dans l’ensemble et juste pour le moment courant, je suis plus exaspéré par le côté représenté par le parti démocrate, les soi-disant « progressistes », ou encore « la Résistance », parce qu’ils sont responsables de la politisation du FBI avant, pendant et après les élections de 2016 et que c’est un acte funeste de déstructuration institutionnelle d’une agence qui a le pouvoir de détruire les vies et les carrières des citoyens américains. Le produit de cette corruption est une hystérie fabriquée, extrêmement dangereuse, incitant à l’hostilité et à l’agression contre une autre nation pouvant mener à une guerre dont l’humanité ne se remettra pas.

Personne dans ce groupe d’agents de ce FBI de voyous et leurs complices du ministère de la Justice n’a eu à répondre de tout ce désordre meurtrier, en particulier ceux dont les méfaits ont été identifiés en détail par l’inspection générale du DOJ. Suis-je le seul dans ce pays à me demander pourquoi ils n’ont pas été convoqués devant un grand jury ? C’est généralement ainsi que fonctionne la justice selon ses règles, lorsque des preuves d’inconduite criminelle sont révélées et qu’une enquête formelle doit déterminer si des actes d’accusation sont justifiés. On pourrait penser que le New York Times ou le WashPo s’intéresserait à demander au sous-procureur général Rod Rosenstein pourquoi il n’a pas assigné un procureur fédéral pour faire passer ces cas dans de grands jurys. Qu’est-ce qu’il attend ? Qu’est-ce qu’attendent les journaux ?

M. Trump semble complètement marcher sur la sa tête dans tout ce désordre. La bureaucratie permanente de Washington, ses complices lobbyistes de K Street et les médias sont déterminés à l’arracher comme un vieux chicot pourri du poste central du Deep State pour qu’ils puissent revenir à leur routine, à savoir dépouiller ce qui est subsiste dans la nation qui n’a pas encore été pillé. M. Trump n’a pas les compétences rhétoriques les plus rudimentaires pour défendre sa légitimité de se trouver au faîte du pouvoir, et de toute évidence ses ennemis nient qu’il y ait quelque chose de légitime dans ce cas désespéré, en particulier sa présence au cœur de leur marécage putride et pourri.

Personne ne peut dire où tout cela nous conduit mais si nous ne tombons pas dans une version originale de la Troisième Guerre mondiale avant Noël, je prévois un nettoyage de la maison américaine qui fera apparaître la Révolution française comme une simple colique d’une petite nuit agitée.

James Howard Kunstler

Traduit par Philippe Grasset pour dedefensa

http://lesakerfrancophone.fr/extension-du-domaine-du-petage-de-plombs

“Benallagate”, ou la théorie du complot de l’été

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“Benallagate”, ou la théorie du complot de l’été

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“Benallagate”, ou la théorie du complot de l’été

2 août 2018 – J’ai, avec la “théorie du complot” la même sorte de relations que j’ai avec le genre humain et je porte sur elle le même regard. Qu’il y ait des complots c’est assuré ; qu’ils réussissent c’est une autre paire de manches bien qu’il y ait des exceptions souvent dues à des circonstances imprévues ; croire qu’ils tiennent la clef de l’énigme du monde c’est croire au simulacre suprême échafaudé par la raison rationnelle, exactement comme l’espèce humaine. Voilà ma recette, qui permet de garder mes distances sans pour autant ignorer le phénomène, surtout dans cette époque où ceux qui dénoncent le “complotisme” sont pris d’une frénésie hypermaniaque de complotisme (Russiagate, populisme, etc.).

Là-dessus, l’ami Bonnal m’indique un article sur “l’affaire d’Etat/l’affaire de l’été” qu’il juge intéressant et que je vois signé du nom de Régis de Castelnau. Une consultation rapide du Wikipédia m’apprend que c’est un avocat d’un âge déjà respectable, largement engagé à gauche, un temps avocat du PCF ; qui plus est, pour corser l’affaire, petit-fils du général Edouard de Curières de Castelnau, catholique affirmé surnommé “Le capucin botté”, ce général fameux qui fut avec le Premier ministre Briand le véritable organisateur à l’origine de la volonté de résistance française à Verdun en février 1916, qui méritait le maréchalat autant que Lyautey, Joffre, Foch et Pétain, qui ne l’obtint pas à cause de ses convictions religieuses, qui s’opposa à Vichy et soutint la Résistance jusqu’à sa mort en 1944. Voilà donc un pédigrée acceptable.

Je lis l’article recommandé par Nicolas et le trouve effectivement d’un intérêt certain. Il s’agit d’une reprise argumentée, par un spécialiste du droit autant que par un connaisseur des choses politiques, de notre désormais fameux “Benallagate” : « Macron : une erreur de casting ? », sur son site Vududroit.com, le 27 juillet 2018. Il décrit une sorte de complot très dans l’air du temps de notre Vème République hébétée et rapiécée de partout. Il est assuré que lorsque l’on se trouve dans cet état, une des occupations qu’on doit mettre dans ses favorites est celle de comploter ; qui plus est, cela nous rapproche encore de notre cher “modèle américain”, jusqu’à l’effet de miroir puisque les complots et simulacres se font entre factions du Système. On imagine combien je goûte l’idée de ces luttes fratricides qui nous disent que la surpuissance du Système est la clef de son autodestruction.

C’est une thèse séduisante pour moi qui y voit un argument de plus pour mesurer l’« élargissement du domaine du “rien” », que de faire de Macron une sorte de créature fabriquée par le cabinet postmoderne des héritiers spirituels à plusieurs titres du docteur Frankenstein (les docteurs Pinault, Attali et Minc signale Castelnau) ; laquelle créature, comme c’est l’usage et comme l’original, aurait échappé à ses créateurs. Il va falloir commencer enfin une enquête intéressante, la recherche des boulons divers qui doivent parsemer le crane de notre jeune président Macron. Nous voilà soupçonneux jusqu’à l’extrême, jusqu’à nous exercer à penser que le “Bellanagate” n’est pas venu de “rien” même s’il contribue à “l’élargissement…” ; et qu’il est fait pour durer, c’est-à-dire pour nous revenir dans la chronique à la rentrée, avec entretemps quelques fuites ici ou là, pour pimenter notre canicule.

Ainsi donc, j’inscris l’article de Castelnau dans ce Journal-dde.crisis pour montrer l’intérêt personnel que je porte à notre chère République qui semble devenir, comme l’on dit aujourd’hui fort élégamment, une “démocrature”, et dans ce cas plutôt dans le genre caricatural. Du coup, prédisent les augures, il pourrait y avoir insurrection (Minc, cité par Castelnau, dans une interview peut-être prémonitoire, qui sait, le 8 juillet 2018 : « L’inégalité est trop forte, nous risquons une insurrection. »).

PhG

http://www.dedefensa.org/article/benallagate-ou-la-theorie-du-complot-de-lete

 

Vidéo. B. Badie Politique de puissance ou politique de faiblesse

Vidéo. B. Badie Politique de puissance ou politique de faiblesse ?

Par Bertrand BADIE , le 1er août 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales, professeur des Universités à Sciences Po Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI). Propos recueillis par Nathalie Belhoste (GEM). Résumé par Thomas Marrier d’Unienville pour Diploweb.

L’analyse classique des relations internationales repose sur le fameux « power politics ». Aujourd’hui, les puissances ne gagnent plus les guerres et celles-ci, loin de rester des compétitions de puissance, apparaissent comme des compétitions de faiblesses. Cette conférence a été prononcée dans le cadre du 10e Festival de géopolitique (2018).

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Résumé par Thomas Marrier d’Unienville pour Diploweb

D’après Bertrand Badie, les relations internationales se sont construites, se sont pensées, sur la grammaire réaliste, soit la politique de puissance (« power politics »).

L’objet de cette conférence de Bertrand Badie est de démontrer que ce paradigme tend à se modifier, si ce n’est que ce changement est déjà engagé. Les relations internationales seraient régies par des politiques de faiblesse (« weakness politics »).

En d’autres termes, son propos consiste à montrer en quoi les relations internationales aspirent à être conceptualisées par le terme de faiblesse, à défaut de puissance. Un nouveau paradigme se met en place.

Dans l’optique de comprendre ce remaniement, l’interrogation est la suivante : d’où vient notre engouement pour la puissance ?

Selon ce spécialiste des relations internationales, l’idée selon laquelle l’altérité n’est que le fruit d’un rapport de puissance, signifie respecter la morphologie du système westphalien et le penser nécessaire.

L’invention de la puissance comme construction centrale du système international est survenu à la sortie du Moyen-Age. Il s’agissait de créer un ordre politique en rupture avec le système féodal. Ce nouvel ordre, a progressivement pris la forme d’une « juxtaposition d’unité (politique) territoriale souveraine  ». L’international est dorénavant défini par l’infinie compétition de puissance [1].

L’unique limite de ce nouveau « protocole » est son caractère anthropique. C’est la raison pour laquelle, l’idée de puissance a été immédiatement corrigée par l’idée d’équilibre. En d’autres termes, afin de ne pas être perpétuellement en guerre cette puissance doit trouver un équilibre.

Vidéo. B. Badie Politique de puissance ou politique de faiblesse ?
Bertrand Badie
Bertrand Badie, spécialiste des relations internationales, professeur des Universités à Sciences Po Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI)

La guerre est synonyme de paroxysme. Elle est le dénouement résultant de cette rivalité de puissance. Cependant, elle ne doit en aucun être « l’expression d’une totale pérennité  ».

Le sociologue américain Charles Tilly (1929- 2008) a parlé de dialectique sans fin entre la guerre et l’Etat.

L’Etat a comme vocation de faire la guerre et la guerre a comme principal effet de renforcer l’Etat (« war making, state making »). Cette maxime trop corrosive se voit corrigée par l’idée de « balance of power ».

La puissance correspond au pilier fondamental du système international. Il nous évoque une désincarnation sociale, puisqu’elle correspond aux guerres du temps westphalien, soit à des compétitions inter-étatiques entre monarques.

La socialisation de la guerre est la source de changement du paradigme international. Du temps du traité de Westphalie, les sociétés étaient exclues de la guerre sauf en cas de razzia ou de catastrophes sanitaires telles que des famines, des épidémies.

L’autre grand bouleversement de la Révolution française est d’avoir justement permis de socialiser la guerre. Désormais, les guerres sont des guerres des peuples. Ces derniers s’identifient à la guerre et se dressent en masse [2].

« Un français doit vivre pour elle (la République), pour elle un français doit mourir » – Chant du départ, 1794

La guerre n’est donc plus une compétition, les projets sociologiques et politiques mènent et habitent ces guerres.

Contre toute attente, le statut de puissance se trouve conforté au cours du XIXe siècle.

Premièrement, la logique de guerre et la logique de puissance éclosent dans la concurrence et la compétition politique entre Etats. La guerre a une finalité politique [3].
Ensuite, le propre de la guerre est de « susciter l’ennemi ce dont a besoin la nation pour survivre  ». La nation revient sur la place politique. Elle se régénère.

Par conséquent, la Première Guerre Mondiale (1914-1918) correspond sûrement au paroxysme de cette logique de puissance. L’exemple le plus flagrant en est le traité de Versailles (1919), où le vaincu, l’empire allemand, est humilié. L’humiliation des peuples est la méthode pour faire prévaloir sa puissance.

De surcroît, la Seconde Guerre Mondiale (1939-1945) insiste car dans ce cas là la puissance a à la fois permis de remporter la victoire de manière décisive face au IIIe Reich et terrassé le monstre nazi. En d’autres termes, la deuxième victoire est morale, le Mal a été vaincu.

Au sortir de cette guerre, la science des relations internationales verra le jour [4]. La puissance renverra ici à la marque d’identité des Etats dans les relations internationales. C’est la naissance d’un nouvel ordre international. La Guerre Froide sera la période de l’apologie de la puissance. Le maître règne en maître. La chute du mur de Berlin en 1989 marquera la fin de cette ère de la puissance.

Ce changement d’époque, de cycle, s’amorce progressivement à partir d’évènements militaires tels que la défaite des forces françaises face à celles du Viet Minh lors de la bataille de Diên Biên Phu en 1954 et les guerres de décolonisation. Ici, ce sont les « faibles » qui gagnent face aux « puissants ».

La mondialisation engendre une asymétrie à l’international. Chaque Etat étant dorénavant sur un pied d’égalité, les inégalités omises, aux yeux du nouveau jeu international, la puissance ne peut plus servir d’outil de mesure. L’interdépendance sociale, politique, économique, militaire, entre les Etats est telle que la compétition se défait peu à peu et donc l’idée de puissance avec.

En somme, Bertrand Badie interroge la viabilité de la puissance aujourd’hui. La faiblesse ne se combat pas, ne se combat plus par la puissance. En d’autres termes, le traitement militaire de la faiblesse ne fonctionne pas. Une approche sociale semble s’imposer.

Copyright pour le résumé Août 2018- Marrier d’Unienville/Diploweb.com

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[1T. Hobbes, « Léviathan », 1651

[2Loi Jourdan-Delbrel, 1793

[3C. Von Clausewitz, De la guerre

 

Le crépuscule de la guerre

Si l’on considère la guerre en Syrie non pas comme un événement en soi, mais comme l’aboutissement d’un conflit mondial d’un quart de siècle, on doit s’interroger sur les conséquences de la cessation à venir des hostilités. Son achèvement marque la défaite d’une idéologie, celle de la globalisation et du capitalisme financier. Les peuples qui ne l’ont pas compris, notamment en Europe occidentale, se placent eux-mêmes à l’écart du reste du monde.

| Damas (Syrie)

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Donald Trump et Vladimir Poutine lors du sommet bilatéral d’Helsinki, le 16 juillet 2018.

Les guerres mondiales ne se terminent pas simplement par un vainqueur et un vaincu. Leur fin trace les contours d’un nouveau monde.

La Première Guerre mondiale s’est conclue par la défaite des empires allemand, russe, austro-hongrois et ottoman. La cessation des hostilités a été marquée par l’élaboration d’une organisation internationale, la Société des nations (SDN) chargée d’abolir la diplomatie secrète et de régler par l’arbitrage les conflits entre les États-membres.

La Seconde Guerre mondiale s’est conclue par la victoire de l’Union soviétique sur le Reich nazi et l’Empire nippon du hakkō ichi’u [1], suivie d’une course poursuite entre les Alliés pour occuper les dépouilles de la Coalition vaincue. Elle a donné naissance à une nouvelle structure, l’Organisation des Nations unies (Onu), chargée de prévenir de nouvelles guerres en établissant le Droit international autour d’une double légitimité : l’Assemblée générale où chaque État dispose d’une voix quelle que soit sa taille, et un directoire des cinq principaux vainqueurs, le Conseil de sécurité.

La Guerre froide n’était pas la Troisième Guerre mondiale. Elle ne s’est pas terminée par la défaite de l’Union soviétique, mais par son effondrement sur elle-même. Elle n’a pas été suivie de la création de nouvelles structures, mais par l’intégration des États de l’URSS au sein d’organisations préexistantes.

La Troisième Guerre mondiale aura débuté en Yougoslavie, se sera poursuivie en Afghanistan, en Irak, en Géorgie, en Libye, au Yémen, pour se terminer en Syrie. Son champ de bataille s’est circonscrit aux Balkans, au Caucase et à ce que l’on appelle désormais le « Moyen-Orient élargi ». Elle aura coûté la vie à d’innombrables populations musulmanes ou chrétiennes orthodoxes, sans trop déborder dans le monde occidental. Elle est en train de se conclure depuis le sommet Poutine-Trump d’Helsinki.

Les profondes transformations qui ont modifié le monde durant les 26 dernières années ont transféré une partie du pouvoir des gouvernements vers d’autres entités, soit administratives, soit privées, aussi bien que l’inverse. Par exemple, on a vu une armée privée, Daesh, se proclamer État souverain. Ou encore, le général David Petraeus organiser le plus vaste trafic d’armes de l’Histoire lorsqu’il dirigeait la CIA, et le poursuivre après sa démission au nom d’une société privée, le fonds spéculatif KKR [2].

Cette situation peut être décrite comme un affrontement entre, d’une part, une classe dirigeante transnationale et, d’autre part, des gouvernements responsables devant leurs peuples.

Contrairement aux imputations de la propagande qui attribuent la cause des guerres à des circonstances immédiates, celles-ci se trouvent dans des rivalités ou des ambitions profondes et anciennes. Les États mettent des années à se dresser les uns contre les autres. Ce n’est souvent qu’avec le temps que nous pouvons comprendre les conflits qui nous dévorent.

Par exemple, très peu de gens ont compris ce qui se passait lors de l’invasion japonaise de la Mandchourie (1931) et ont attendu l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Allemagne (1938) pour comprendre que les idéologies racistes allaient mener à la Seconde Guerre mondiale. Identiquement, rares sont ceux qui ont compris dès la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992) que l’alliance entre l’Otan et l’islam politique ouvrait la voie à la destruction du monde musulman [3].

Aujourd’hui encore, malgré les travaux des journalistes et des historiens, beaucoup n’ont toujours pas réalisé l’énormité de la manipulation dont nous avons tous été victimes. Ils refusent d’admettre que l’Otan coordonnait alors des supplétifs saoudiens et iraniens sur le continent européen. C’est pourtant un fait impossible à contester [4].

De même, ils refusent d’admettre qu’Al-Qaïda, accusé par les États-Unis d’avoir perpétré les attentats du 11-Septembre, a pu combattre sous les ordres de l’Otan en Libye et en Syrie. C’est pourtant un autre fait impossible à contester [5].

Le plan initial qui prévoyait de dresser le monde musulman contre le monde orthodoxe s’est transformé en cours de route. Il n’y a pas eu de « guerre des civilisations ». L’Iran chiite s’est retourné contre l’Otan qu’il servait en Yougoslavie et s’est allié à la Russie orthodoxe pour sauver la Syrie multiconfessionnelle.

Nous devons ouvrir les yeux sur l’Histoire et nous préparer à l’aube d’un nouveau système mondial où certains de nos amis d’hier sont devenus nos ennemis et vice-versa.

À Helsinki, ce ne sont pas les États-Unis qui ont conclu un accord avec la Fédération de Russie. Ce n’est que la Maison-Blanche. Car l’ennemi commun est un groupe transnational exerçant une autorité aux États-Unis. Considérant que c’est lui et non pas le président élu qui représente les USA, il ne s’est d’ailleurs pas gêné pour accuser immédiatement le président Trump de trahison.

Ce groupe transnational est parvenu à nous faire croire que les idéologies sont mortes et que l’Histoire est finie. Il a présenté la globalisation, c’est-à-dire la domination anglo-saxonne à travers l’extension de la langue et du mode de vie états-unien, comme la conséquence du développement des techniques de transport et de communication. Il nous a assuré qu’un système politique unique était idéal pour tous les hommes, la démocratie (c’est-à-dire le « gouvernement du Peuple, par le Peuple, pour le Peuple »), et qu’il était possible de l’imposer à tous par la force. Enfin, il a présenté la liberté de circulation des personnes et des capitaux comme la solution à tous les problèmes de main d’œuvre et d’investissement.

Ces assertions, que nous acceptons tous dans notre quotidien, ne résistent pourtant pas une minute à la réflexion.

Derrière ces mensonges, ce groupe transnational a systématiquement érodé le Pouvoir des États et amassé des fortunes.

Le camp qui sort vainqueur de cette longue guerre défend au contraire l’idée que, pour choisir leur destin, les hommes doivent s’organiser en Nations définies soit à partir d’une terre, soit d’une histoire ou d’un projet commun. Par conséquent, il soutient les économies nationales contre la finance transnationale.

Nous venons d’assister à la Coupe du monde de football. Si l’idéologie de la globalisation avait gagné, nous aurions du soutenir non seulement notre équipe nationale, mais aussi celles d’autres pays en fonction de leur appartenance à des structures supra-nationales communes. Par exemple, les Belges et les Français auraient dû se soutenir mutuellement en agitant des drapeaux de l’Union européenne. Mais ce n’est venu à l’idée d’aucun supporter. Nous mesurons là le fossé qui sépare d’une part la propagande qu’on nous assène et que nous répétons et, d’autre part, notre comportement spontané. Malgré les apparences, la victoire superficielle du globalisme n’a pas modifié ce que nous sommes.

Ce n’est évidemment pas un hasard si la Syrie où fut imaginée et façonnée l’idée d’État, il y a plusieurs milliers d’années, est la terre où cette guerre s’achève. C’est parce qu’ils avaient un véritable État, qui n’a jamais cessé de fonctionner, que la Syrie, son peuple, son armée et son président ont pu résister à la plus gigantesque coalition de l’Histoire, constituée par 114 États membres des Nations unies.

[1] Le hakkō ichi’u (les huit coins du monde sous un seul toit) est l’idéologie de l’Empire japonais. Elle pose la supériorité de la race nipponne et son droit à dominer l’Asie.

[2] « Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

[3] Les Dollars de la terreur : Les États-Unis et les islamistes, Richard Labévière, Grasset, 1999.

[4] Wie der Dschihad nach Europa kam. Gotteskrieger und Geheimdienste auf dem Balkan, Jürgen Elsässer, Kai Homilius Verlag, 2006. Version française : Comment le Djihad est arrivé en Europe (préface de Jean-Pierre Chevènement), Xenia, 2006.

[5] Sous nos yeux. Du 11-septembre à Donald Trump, Thierry Meyssan, Demi-Lune 2017.

 

http://www.voltairenet.org/article202200.html

 

Trump : le Déglobalisateur ?

Trump : le Déglobalisateur ?

Par Peter_Koenig-80x80_c Peter Koenig – Le 22 juillet 2018 – Source thesaker.is

On dirait que Trump devient fou furieux avec ses « politiques commerciales ». Non seulement il a contrarié l’Union européenne – qui ne mérite pas mieux, franchement – d’avoir été et d’être encore des vassaux soumis contre la volonté de 90% des Européens ; mais il a aussi réussi à mettre la Chine en rogne. Eh bien, pour la Chine, ce n’est pas très important, car elle a beaucoup d’autres marchés, y compris l’ensemble de l’Asie, et probablement de plus en plus l’Europe, qui ressent sérieusement le besoin de se détacher des États-Unis.

Ce qui est frappant, cependant, c’est que même au début du sommet du G20 en cours à Buenos Aires, en Argentine, les ministres de Trump ont clairement indiqué que faute pour l’Europe d’annuler toutes ses subventions – en se référant principalement aux subventions agricoles – et d’éliminer les représailles nouvellement imposées sur les droits de douane, de nouveaux accords commerciaux ne seront pas discutés. Peu importe que les États-Unis aient les subventions agricoles les plus élevées au monde.

De loin, cela ressemble à la guerre commerciale la plus embrouillée et absurde que les États-Unis, via Trump, mènent contre le reste du monde – à la « Make America Great Again ». Est-ce que ça marchera ? Peut-être. On ne peut jamais prédire la dynamique, surtout pas dans un monde occidental néolibéral habitué au simplisme, qui par définition est toujours faux. Sciemment et délibérément, l’Occident et ses institutions financières clés, le FMI, la Banque mondiale, la FED et la Banque centrale européenne, trompent le grand public en leur faisant croire leurs statistiques et leurs prédictions – qui, si l’on remonte dans l’histoire, ont toujours été hors des clous.

Toute vie est dynamique. Mais pour comprendre cela, il faut une pensée indépendante – que l’Occident a depuis longtemps abandonnée, malheureusement. Ainsi, en réponse au dernier fiasco commercial de Trump au G20 en Argentine, le FMI est sur les dents, estimant que cela pourrait faire baisser le PIB mondial d’au moins 0,5%. Même si c’est vrai, et alors ?

En réalité, il y a un scénario totalement différent dont personne n’ose parler. À savoir : qu’est-ce que la production locale renouvelée et la souveraineté monétaire peuvent apporter à l’économie mondiale ? Précisément ce que M. Trump dit qu’il veut apporter aux États-Unis : la production locale pour les marchés locaux et le commerce avec les pays qui respectent les avantages mutuels. Avantages mutuels qui, bien sûr, ne sont pas facilement au rendez-vous dans un accord commercial avec les États-Unis. Mais pour la question du pouvoir économique, ceux-ci sont un énorme baril de poudre. La stimulation des économies locales par le crédit interne est le moyen le plus efficace pour stimuler l’emploi local et le PIB.

Ensuite, il y a le jeu des sanctions. Ça devient de plus en plus agressif. De nouvelles sanctions contre la Russie, de nouvelles sanctions contre le Venezuela et de nouvelles sanctions lourdes contre l’Iran. Et les marionnettes européennes continuent à suivre, bien qu’elles souffrent le plus des sanctions américaines imposées aux autres, notamment parce que, « stupidité » ou peur, elles ne peuvent pas abandonner l’empire destructeur à l’agonie. Ou peut-être ces faux leaders de la construction bruxelloise sont-ils achetés ? – Oui, je veux dire achetés avec de l’argent ou des faveurs – ce n’est pas impossible, puisque les gens de la Commission européenne, qui dirigent les choses, ne sont pas élus, donc ils ne sont responsables vis-à-vis de personne.

Prenons le cas de l’Iran, Trump et ses pairs, Bolton et Pompeo, ont menacé toutes les compagnies pétrolières du monde entier de lourdes sanctions si elles continuaient à acheter des hydrocarbures en Iran au-delà de novembre 2018. Les géants européens du pétrole sont particulièrement inquiets, comme Total, ENI, Repsol et d’autres. En conséquence, ils ont annulé leurs contrats de plusieurs milliards d’euros avec l’Iran pour se protéger – et, bien sûr, leurs actionnaires. Tout récemment, j’ai parlé à un haut dirigeant de Total. Il a dit : « Nous n’avons pas le choix, car nous ne pouvons pas faire confiance à nos gens à Bruxelles pour nous protéger des sanctions de Washington. Nous devons donc chercher ailleurs pour remplir nos obligations contractuelles vis-à-vis de nos clients. Mais, a-t-il ajouté, nous n’avons pas acheté de pétrole de schiste américain ; nous négocions avec la Russie. Voilà où on en est. »

Le marché européen des hydrocarbures iraniens est estimé à environ 20% de sa production totale. Un montant, facilement pris en charge par la Chine et d’autres qui sont trop grands – et trop fiers – pour être sanctionnés par l’empire. Certains peuvent effectivement revendre des hydrocarbures iraniens, par une porte dérobée, aux sociétés pétrolières européennes autrement sanctionnées.

L’Iran dispose d’une autre arme puissante qu’il a déjà clairement annoncée :  si les États-Unis tentent sérieusement d’empêcher quiconque d’acheter du pétrole et du gaz iraniens, l’Iran peut bloquer le détroit d’Ormuz, par lequel transite quotidiennement environ 30% de tous les hydrocarbures utilisés dans le monde, dont près de la moitié vers les États-Unis. Cela pourrait augmenter le prix du pétrole de manière exponentielle et ruiner les économies de nombreux pays. Cependant, des prix plus élevés profiteraient également à la Russie, à la Chine et au Venezuela, précisément aux pays que Washington veut punir.

Une telle initiative de l’Iran provoquerait-elle une agression américaine directe ? On ne sait jamais avec les profiteurs de guerre aux États-Unis. Ce qui est sûr, c’est qu’une telle intervention ne se passerait pas sans une réponse proportionnée de la Chine et de la Russie.

De l’autre côté du scénario, imaginez : les pays embourbés dans ce gâchis mondial, provoqué par les États-Unis, commencent à nouveau à s’occuper de leurs propres intérêts, de leur propre souveraineté et indépendance vis-à-vis de la mondialisation. Ils se lancent dans des politiques économiques favorisant l’autosuffisance, la sécurité, d’abord dans le domaine alimentaire, puis se concentrent sur leurs recherches scientifiques pour construire leurs propres parcs industriels à la pointe de la technologie. Un exemple frappant est la Russie. Depuis l’imposition de sanctions, la Russie est passée d’un pays totalement dépendant des importations depuis l’effondrement de l’Union soviétique à un pays autosuffisant dans le secteur de l’alimentation et de l’industrie. Selon M. Poutine, les sanctions sont la meilleure chose qui soit arrivée à la Russie depuis la chute de l’Union soviétique. La Russie est le premier exportateur mondial de blé depuis deux ans.

Les Européens ont commencé tranquillement à réorienter leurs activités commerciales vers l’est. Les Européens ont peut-être enfin remarqué – non pas les marionnettes élitistes de Bruxelles, mais le Big Business et le grand public – que l’on ne peut pas faire confiance au partenaire transatlantique, ni à l’administration centrale européenne de Bruxelles que l’Europe s’est imposée elle-même. Ils cherchent leurs propres moyens, chacun de ces pays tente progressivement de se sortir des griffes de Washington, se détachant finalement de la domination du dollar, car ils remarquent, en hommes d’affaires avisés, que l’économie basée sur le dollar est une affaire perdante.

Et il y a le Brexit, le mouvement le plus flagrant pour s’éloigner ouvertement du dictat européen qui « limite la liberté », et qui n’est rien d’autre qu’une copie conforme du dictat économique du dollar, tel qu’il est pratiqué aux États-Unis et partout où le dollar reste la monnaie principale des contrats internationaux et la monnaie de réserve.

Le mouvement Cinq étoiles en Italie a été créé sur des prémisses similaires – se libérer de Bruxelles et des menottes de la politique de l’euro. Lors d’une première tentative de mise à l’écart de l’euro, ils ont reçu une fessée du président italien europhile, Sergio Mattarella, qui refusait d’accepter [dans le gouvernement] un ministre des Finances eurosceptique, Paolo Savona, proposé par le parti Lega Norte, partenaire de la coalition Cinq étoiles. Savona avait déclaré que l’entrée de l’Italie dans la zone euro avait été une « erreur historique ». Cette effort de l’Italie pour retrouver sa souveraineté monétaire n’est pas fini. Au contraire, il a pris de la force et de la détermination. L’Allemagne évolue dans la même direction en ouvrant discrètement ses portes à Moscou et à Pékin.

Malheureusement, ces initiatives ont peu à voir avec une nouvelle conscience, plus humaine et pacifique, mais plutôt avec les intérêts des entreprises. Mais peut-être que la prise de conscience – les retrouvailles avec l’étincelle originelle d’une humanité imprégnée de solidarité – est un processus qui se fera étape par étape.

Et si, compte tenu du mouvement des gens vers l’autodétermination, de la folie furieuse de Trump, de sa plongée dans le chaos – vers plus en plus de chaos – du jeu des sanctions sans fin, des punitions et menaces, amis et ennemis confondus, nous nous dirigions vers une véritable dé-globalisation du monde ?

Si cela devait arriver, alors nous, les 90% de la population mondiale, devrions être très reconnaissants à M. Trump, qui a montré et ouvert la voie des Lumières, celles de la dé-globalisation.

Peter Koenig est économiste et analyste géopolitique. Il est également spécialiste des ressources en eau et de l’environnement. Il a travaillé pendant plus de 30 ans avec la Banque mondiale et l’Organisation mondiale de la santé dans le monde entier dans les domaines de l’environnement et de l’eau. Il enseigne dans des universités aux États-Unis, en Europe et en Amérique du Sud. Il écrit régulièrement pour Global Research, ICH, RT, Spoutnik, PressTV, Le 21ème siècle, TeleSUR, The Saker, et d’autres sites internet. Il est l’auteur du livre  Implosion – An Economic Thriller about War, Environmental Destruction and Corporate Greed  – une fiction basée sur des faits et sur 30 ans d’expérience de la Banque mondiale dans le monde. Il est également co-auteur de The World Order and Revolution ! – Essays from the Resistance.

Note du Saker Francophone

Cet article a fait l'objet d'une analyse sur le site dedefensa.org

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/trump-le-deglobalisateur