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Le Covid-19, une chance pour l’Afrique ?

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mercredi 18 mars 2020

Le Covid-19, une chance pour l’Afrique ?

Avant la crise du Covid-19, des dizaines de millions de jeunes africains voyaient l’Europe comme une terre à prendre peuplée de vieillards repus ou épuisés, d’hommes mentalement castrés par les groupes de pression féministes, de femmes n’enfantant plus et dont les dirigeants étaient soumis au diktat de l’émotionnel… Encore plus merveilleux, au nom des « anciennes vertus chrétiennes devenues folles » (Chesterton), le pape « François » les encourageait à s’introduire par effraction dans cette Europe gavée.
Or, ce n’était  pas le jihadisme que fuyaient ces « migrants ». En Afrique, ce dernier provoque en effet trois fois moins de victimes que les morsures des serpents. En 2017, mamba, vipères des sables et autres naja, tuèrent ainsi entre 25 000 et 30 000 malheureux et fait autant d’infirmes (source Slate Afrique). Nous étions donc au terme du processus entre la lente et mortelle asphyxie « soustellienne » de l’intégration et le « radeau de la Méduse » de la laïcité…
Mais voilà que le Covid 19 va peut-être forcer Européens et Africains à revenir au réel grâce au principe de « l’imprévu dans l’histoire » si magnifiquement conceptualisé par Dominique Venner.En effet, comme le Covid 19 va demander d’immenses efforts à l’Europe pour se relever,  délaissée, l’Afrique va donc devoir se prendre enfin en main. Cela passera par trois grandes mesures :
1) Régler la question démographique
Avec un taux de croissance de 4% la population africaine double tous les 18-20 ans.Résultat, d’ici à 2030, l’Afrique va voir sa population passer de 1,2 milliard à 1,7 milliard, avec plus de 50 millions de naissances par an. Puis, en 2100, avec plus de 3 milliards d’habitants, le continent africain abritera 1/3 de la population mondiale, dont les trois quarts au sud du Sahara. Le principal blocage de toute politique familiale étant à la fois culturel et religieux, les dirigeants africains devront donc prendre des mesures très courageuses. Ou bien l’Afrique mourra.
2) Oublier le mythe du développement Bloqués par leurs présupposés idéologiques, moraux et religieux, les dirigeants européens qui s’obstinaient à ne pas tenir compte des réalités, avaient choisi de s’accrocher au mythe du « développement », refusant de voir que tout avait déjà été tenté en ce domaine depuis les indépendances. En vain car, en dépit des sommes abyssales déversées pour la faire « démarrer », l’Afrique n’avait cessé de régresser. En effet, comme il fallait une croissance de 7% par an pour simplement commencer à réduire la pauvreté, le calcul était vite fait, année après année, il manquait donc à l’Afrique entre 3 et 4% de croissance, ce qui faisait que loin de se combler, la pauvreté africaine augmentait.D’ailleurs, comment prétendre développer l’Afrique quand les investisseurs s’en détournaient ? Dans son rapport de mai 2018, la BAD (Banque africaine de développement) soulignait ainsi que pour les investissements dans le seul domaine des infrastructures, l’Afrique avait besoin annuellement de 170 milliards de dollars d’IED (Investissements étrangers directs), alors que, au total de tous ses postes, elle n’en reçut que 60 mds. Avec le Covid 19, il y a fort à parier qu’elle en recevra encore  moins.Or, ses besoins seront de plus en plus colossaux car la baisse du prix du pétrole et de presque toutes les matières premières va avoir des conséquences catastrophiques pour des pays tirant entre 75 et 98% de leurs recettes de ces productions. Phénomène aggravant, quand les cours étaient hauts, ces pays pensèrent que la manne était éternelle et ils dépensèrent alors sans compter. Résultat, aujourd’hui, comme ils se trouvent face à des échéances qui ne sont plus couvertes, les voilà donc contraints de s’endetter pour continuer à financer des projets non soldés ou tout simplement pour acheter la paix sociale et éviter la révolution. A peine sortis de la mortelle spirale de l’endettement des années 1980-1990, ils y ont donc replongé.
3) Répudier la religion démocratique et le credo des « droits de l’homme »
Dans les Afriques où la criante nécessité d’Etats forts est une évidence, l’impératif démocratique décrété à la Baule par le président François Mitterrand le 20 juin 1990 a eu des conséquences désastreuses. Le multipartisme y a en effet affaibli des Etats en gestation et réveillé les luttes de pouvoir à travers des partis qui ne sont, dans leur immense majorité, que des habillages ethniques. C’est pourquoi il importe :
– De permettre à l’Afrique de reprendre au plus vite ce « raccourci autoritaire » qui traumatise tant les démocrates européens, mais qui, seul, est susceptible de provoquer une coagulation nationale.
– De répudier le système électoral fondé sur le destructeur principe de « un homme une voix ». Donnant automatiquement le pouvoir aux peuples les plus nombreux selon la loi de l’ethno-mathématique électorale, il fait donc des membres des ethnies minoritaires des citoyens de seconde zone ; d’où d’incessantes guerres civiles.
– D’encourager les Africains à réfléchir à des modes électoraux communautaires et non plus individuels.
En un mot, les Africains doivent se décoloniser mentalement pour revenir à la culture du chef en laissant celle du consensus mou aux donneurs de leçons européens. Le salut de l’Afrique en dépend. Tout le reste n’est que balivernes européocentrées.
L’Afrique qui va être délaissée par les pays dits « riches » doit donc profiter de l’ « opportunité » du Covid 19 pour lancer  cette révolution salvatrice[1].
Bernard Lugan

[1] Voir à ce sujet mes livres Osons dire la vérité à l’Afrique et Mythes et manipulations de l’Histoire africaine.

https://bernardlugan.blogspot.com/2020/03/le-covid-19-une-chance-pour-lafrique.html?m=1

Non, la France n’est pas en guerre !

Non, la France n’est pas en guerre !


Par Slobodan Despot − Le 22 mars 2020 − Source antipresse.net

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…Enfin, pas celle qu’on lui promet. La France risque de se réveiller demain en comprenant qu’elle était elle-même la cible de la guerre proclamée par M. Macron. Mais il sera trop tard. Avec ou sans virus, elle devra vivre pieds et poings liés.


Le monde qui est entré dans le Coronavirus n’en sortira plus. Ce qui en sortira sera quelque chose de radicalement différent. Nous ne savons pas quelle sera la portée de ce virus sur le corps physique de l’humanité, mais nous voyons déjà son action sur son corps social. L’exemple français est très parlant.

La guerre… contre qui ?

Le 16 mars dernier, M. Macron a solennellement proclamé: «Nous sommes en guerre» et la nation entière lui a emboîté le pas, lui qu’elle détestait hier encore. Depuis les balcons où ils sont confinés, les Français comptent les entorses à la loi martiale et s’empressent de les dénoncer sur les réseaux sociaux voire plus haut. Ils sont si émoustillés par les harangues dont on les bombarde à longueur de journée qu’ils ne remarquent même pas le danger de cet entraînement.
Non, la France n’est pas en guerre. Pour sa sauvegarde en tant que peuple et en tant que démocratie, elle doit s’ôter cette idée de la tête. Elle est en situation de pandémie, une situation que les structures compétentes de l’Etat sont censées savoir affronter. Ce qui l’attaque n’est pas un adversaire humain, c’est une maladie. Lorsque la France était ravagée par la peste, on ne parlait pas de guerre, mais de fléau de Dieu. Lorsque la France entre concrètement en guerre contre quelqu’un, comme lorsqu’elle participa au bombardement de la Serbie ou de la Libye, le président ne va surtout pas dire au peuple qu’il est en guerre.

La guerre dont on parle aujourd’hui n’en est pas une… à moins qu’on ait oublié d’ajouter l’adjectif: guerre civile.

La transmissibilité de cette maladie est un levier de contrôle absolu de la population. S’il ne s’agissait que de notre vie, personne ne pourrait rien nous imposer. Mais par la contagion nous sommes liés par un réseau de responsabilités — et donc de culpabilités — enchaînées. En proclamant que le virus est l’ennemi, les citoyens sont tous des vecteurs potentiels de l’ennemi. Autrement dit, des collabos, et à ce titre potentiellement justiciables comme tels: avec rigueur et de manière expéditive. Par extension de la métaphore, la régulation de leurs conditions de vie et de travail peut dorénavant elle aussi être «militarisée»1

C’est ainsi qu’avec la «déclaration de guerre» de M. Macron, le collimateur s’est subrepticement déplacé de la maladie vers ses vecteurs potentiels sans même qu’ils aient senti la pastille rouge du pointeur laser se poser sur leur front.
Pour en arriver là, il aura fallu les nouvelles dantesques de Chine, puis ce brusque saut de cavalier vers l’Iran et l’Italie à nos portes. L’Italie où la maladie se déchaîne… avant tout sur ceux qui, hélas, étaient d’emblée les plus exposés 2. Il aura fallu, dès le départ, une surenchère de dramatisation médiatique, souvent inconsciente. Par exemple, le simple fait de parler initialement du Coronavirus au lieu d’un coronavirus, membre d’une famille étudiée depuis les années 1960 et comprenant aussi bien le SARS de 2003 que des «types de coronavirus bénins», naturellement hébergés par l’homme.

En France, le jour où la guerre est officiellement déclarée (16 mars), le COVID_19 a officiellement fait 148 morts sur 6645 cas confirmés. C’est grave et préoccupant, mais on est loin, comme l’explique le Pr Didier Raoult, du pic de mortalité saisonnière associée aux infections virales de 2017 qui avait fait plus de 10 000 morts (et qui correspondrait, pour un même taux de mortalité déclaré de 2,2%, à quelque 500 000 contaminés).

Devoir de pessimisme, congé de la raison

«Certes», nous dit-on, «mais attendez de voir!» En effet, nous ne savons rien de ce qu’il arrivera demain. Les courbes de progression du virus peuvent frôler la verticale, il peut soudain muter et tuer 60% des contaminés comme le H5N1. Tout peut arriver — y compris un dégonflement de la menace comme ce fut le cas avec H1N1. Mais on a comme l’impression que personne n’a envie d’entendre les hypothèses intermédiaires. Seule l’option du pire a pignon sur rue, car l’incertitude en matière de santé publique ne profite qu’aux pessimistes. Ce devoir de pessimisme, c’est l’avantage stratégique d’une épidémie en termes de contrôle des masses. On n’en voudra à personne d’en avoir fait trop; on lynchera celui qui sera suspecté de n’en avoir pas fait assez.3

C’est une véritable crémaillère vers la dictature, un mur de confinement auquel chacun, depuis le simple pékin psychosé jusqu’au ministre qui ne peut «faire moins» que ne lui enjoignent les médias, ajoute de bon cœur sa petite brique — tout en se privant d’une part de raison et de libre arbitre.

Si l’État français se considérait réellement en guerre avec le virus, il réquisitionnerait des usines pour fabriquer des masques au lieu de bloquer celles qui peuvent en procurer rapidement 4. Il mettrait immédiatement à profit les résultats encourageants de la chloroquine 5 plutôt que de les noyer dans des débats cauteleux. Il desserrerait l’étau psychologique dévastateur que représente le confinement à domicile, mesure carcérale qui génère déjà des conflits graves et des effondrements psychologiques. La résistance morale de la population est un facteur clef de toutes les guerres, autant que les forces armées, et c’est ce facteur dont les mesures extrêmes sont en train de priver le pays.

L’état de guerre, c’est l’abolition de la vie parlementaire et des libertés, le gouvernement par décret-loi, le droit d’ingérence du pouvoir dans toutes les sphères de la vie privée et le monopole de l’État et de ses relais sur les fake news. C’est sans doute à quoi M. Macron rêvait de parvenir — et que le virus lui a offert sur un plateau. Reste à savoir combien de temps la peur, chez les Français, fera passer la pilule de l’oppression.

Slobodan Despot

Note du Saker Francophone

Cette article est issu du drone, la newsletter hebdomaire du site antipresse.net. Retrouvez y chaque semaine Slobodan Despot et son équipe.

Ce week-end Slobodan Despot vous propose en vidéo une analyse de la situation et de ses perspectives.

Notes

Relu par Kira pour le Saker Francophone

  1. Ainsi, la nuit du 20 au 21 mars, le Sénat a pris des mesures d’exception à vocation sanitaire impliquant des modifications du droit du travail qui seront non temporaires. En outre ces mesures permettront au parlement de légiférer sans contrôle pour sauver l’économie. 
  2. Voir les statistiques de l’Institut de santé publique italien du 17 mars. 
  3. On a beaucoup reproché à Roselyne Bachelot d’avoir accepté un très important stock de vaccins et de masques. Aujourd’hui les journalistes la réhabilitent en disant qu’on ne peut jamais en faire trop, justifiant ainsi les mesures les plus draconiennes! Forts de l’idée que l’épidémie progresse en France parce que M. Macron n’en n’aurait pas assez fait au début, les médias nous martèlent qu’il faut désormais accepter les mesures les plus contraignantes, même pour longtemps. 
  4. On apprend en dernière minute que LVMH va «se mobiliser» pour produire les masques dont la France a besoin. Quel Etat attend le geste de bonne volonté d’une multinationale pour se procurer un article d’importance vitale? 
  5. Essai clinique mené par le Pr Raoult sur 24 patients. «Au bout de six jours de traitement au Plaquénil (le nom commercial de la molécule, ndlr), 75% des porteurs ont une charge virale négative.» Les États-Unis et la Chine ont immédiatement compris l’intérêt de cette molécule. 

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Cinq premiers enseignements à tirer de l’épidémie de coronavirus

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Cinq premiers enseignements à tirer de l’épidémie de coronavirus

Cinq premiers enseignements à tirer de l’épidémie de coronavirus

24 MARS 2020 | MICHEL GEOFFROY

Par Michel Geoffroy, auteur de La Super-classe mondiale contre les peuples ♦ Lors de son allocution télévisée du 16 mars 2020, Emmanuel Macron a affirmé que du fait de l’épidémie de coronavirus, « beaucoup de certitudes, de convictions sont balayées. Beaucoup de choses que nous pensions impossibles adviennent ». Mais il n’a pas précisé lesquelles, comme à son habitude, ce qui ne nous avance pas beaucoup.
On se permettra donc ici d’éclairer la lanterne présidentielle en proposant cinq premiers enseignements à tirer de l’épidémie.


1er enseignement – Les régimes autoritaires d’Asie, la Russie et les « démocraties illibérales » de l’Est européen se sortent manifestement mieux de l’épidémie que les États postdémocratiques occidentaux comme la France, l’Italie ou l’Espagne.

Pourquoi ?

Parce que les postdémocraties occidentales restent engluées dans leur carcan idéologique, leurs prétendues « valeurs » : ne pas fermer les frontières, ne pas discriminer les porteurs potentiels du virus, accueillir les migrants, laisser faire-laisser passer. Alors que les despotismes éclairés d’Asie ont été beaucoup plus pragmatiques et ont immédiatement fermé les frontières, pris des mesures drastiques de confinement et mobilisé massivement les professions de santé.

L’épidémie montre que les postdémocraties ne sont pas capables de décisions rapides et impopulaires, comme on l’a vu en France où, élections municipales obligent, le gouvernement a tardé à prendre les mesures de confinement nécessaires et a multiplié les injonctions contradictoires : « Allez voter mais restez chez vous ! Travaillez et consommez mais restez confinés ! »

Les politiciens postdémocratiques parlent beaucoup et souvent : ils « communiquent » et font de la « pédagogie » à tour de bras. Mais leur capacité à agir ne suit pas. C’est bien la « classe discutante » contre laquelle Donoso Cortés mettait en garde au XIXe siècle !

Nos gouvernants se plaignent enfin du manque de civisme de nos concitoyens face aux consignes de confinement, renversant habilement les responsabilités. Mais cela fait plus de 30 ans qu’ils ont méthodiquement déconstruit, au nom de l’idéologie libérale libertaire et du cosmopolitisme, la citoyenneté et les devoirs qui vont avec dans les postdémocraties occidentales.

Les élites occidentales prétendaient bâtir une société d’individus, libérés de toute entrave : on voit aujourd’hui qu’il ne s’agissait que d’un oxymore affreux, débouchant sur la guerre de tous contre tous avec pour carburant l’égoïsme fanatique.

On pensera à Bossuet pour qui « Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes »… Alors que les autres sociétés d’Asie, de Russie ou de l’Est européen, beaucoup plus holistes, ont un meilleur sens du bien commun que nous.

2e enseignement – En Occident, l’épidémie du coronavirus démontre que, comme dans le conte d’Andersen, « le roi est nu ». Plus exactement, l’État est nu.

Les préfets montrent leurs casquettes quand il s’agit de matraquer les Gilets jaunes ou de pourchasser les automobilistes autochtones. Ils sont déjà moins pressés d’assurer l’ordre dans les banlieues de l’immigration et les 1 500 zones de non-droit qui pullulent maintenant en France du fait du chaos migratoire.

Mais quand il faut relever un vrai défi vital on n’est plus du tout à la hauteur. Pas de masques pour la population, pas assez de matériels de dépistage, hôpitaux en surcharge, police sous-équipée, défense passive inexistante. Où sont nos fameux « stocks stratégiques » ?

Comme le faisait remarquer avec justesse Éric Zemmour, pour faire la guerre il faut une industrie : mais justement on n’a plus d’industrie en France ou, en tout cas, on en a de moins en moins, délocalisations obligent. La majorité des principes actifs des médicaments vendus en France proviennent ainsi de l’étranger. Le coronavirus met en lumière l’incroyable dépendance dans laquelle se trouvent notre pays et l’Europe, notamment depuis que la Chine, l’Asie et l’Inde sont devenues l’atelier du monde.

Nous sommes en train de vivre concrètement le fameux adage : « Quand tout sera privatisé, on sera privé de tout. »

Le président Erdogan faisait d’ailleurs remarquer lors d’une conférence de presse que la crise du coronavirus mettait en lumière les carences des systèmes de protection et de santé occidentaux ; selon lui, « les pays occidentaux ne se sont pas occupés de leurs citoyens pendant des années, après avoir donné les services d’État de base au secteur privé. En réalité, cela a été fait pour fuir leurs propres responsabilités envers leurs citoyens [1] ».

Même « le quotidien de référence » du Système, le journal Le Monde, doit concéder que « les autorités tentent de masquer les carences logistiques par des arguments scientifiques à géométrie variable [2] ».

Le coronavirus montre que l’État n’est plus capable d’assurer correctement sa mission régalienne essentielle : protéger les Français.

On imagine évidemment ce qui se passerait en cas de vraie guerre : civile, nucléaire, bactériologique ou les trois à la fois. On nous dirait sans doute de mettre en œuvre, encore, les fameux « gestes barrière » !

3e enseignement – L’épidémie du coronavirus achève de confirmer l’incapacité de l’Union européenne de faire face à quoi que ce soit de vital.

Il n’y a plus qu’Emmanuel Macron, naufragé de l’européisme, pour feindre de croire en l’UE. Laquelle vient d’accoucher laborieusement d’une douteuse fermeture des frontières extérieures de l’Union, après tout le monde, et alors que nombre de pays membres ont déjà fermé les frontières intérieures, sauf la France bien entendu.

Cette incapacité européenne tient au fait que, comme le rappelait Hubert Védrine, l’UE n’a pas l’idée de puissance dans son ADN. Privée de son Big Brother américain, elle ne sait rien faire, elle ne peut rien faire, à part déconstruire l’identité européenne. Comme elle n’a, pour toute réplique au chantage aux migrants de son souteneur turc, que de payer rançon sur rançon.

« L’union fait la force » : ce n’est pas l’UE qui le démontre, c’est ce que les Chinois ont inscrit, non sans ironie, sur les stocks médicaux qu’ils envoient au secours de l’Europe !

L’UE n’est pas un État et ne dispose d’aucun des attributs d’une puissance publique. Les transferts de souveraineté opérés à son profit tombent dans un gouffre sans fond et ne profitent qu’aux lobbies.

Or, quand une crise vitale survient, seuls les États peuvent agir, pas les « machins » où l’on parlote à 27. L’épidémie du coronavirus marque l’acte de décès du rêve mondialiste de Jean Monnet.

4e enseignement – L’épidémie de coronavirus prouve que le monde est en train de changer radicalement, et cela aux dépens des Européens.

Car les Européens ont perdu ce qui faisait autrefois leur supériorité face aux autres civilisations : une forte démographie, une économie prospère, la maîtrise de la science et des armes, la confiance en eux-mêmes.

Comme l’a bien analysé Samuel Huntington, le monde s’est modernisé sans s’occidentaliser pour autant.

Contrairement à ce que nous font croire les médias, les « valeurs » de la postmodernité ne se répandent pas dans le monde mais elles se cantonnent au monde occidental, c’est-à-dire à une part déclinante de la population mondiale. Celle qui feint de croire que les races n’existent pas, que les femmes sont des hommes comme les autres, que les homosexuels doivent se « marier », qu’il faut abandonner le contrôle de l’économie aux forces du marché ou supprimer les frontières.

Le monde ne s’occidentalise pas ; le coronavirus montre que c’est plutôt l’Europe qui se tiers-mondialise [3], avec ses services publics qui fonctionnent de moins en moins, ses trains qui n’arrivent plus à l’heure, ses hôpitaux où les malades s’entassent dans les couloirs, ses écoles où l’on n’apprend plus rien, son insécurité urbaine, ses violences ethniques et ses politiciens corrompus qui fraudent le fisc.

Dans certaines églises catholiques, on a vidé les bénitiers par peur de la contamination : le virus aurait-il déjà triomphé de Dieu en Occident ? Pas dans les mosquées en tout cas.

Dans les années soixante, on faisait encore la quête en Europe pour nourrir les petits Chinois. Aujourd’hui, les Chinois nous apportent le matériel médical qui nous manque. Quel symbole du déclin européen !

5e enseignement – L’épidémie de coronavirus dissipe les nuées dans lesquelles les Européens vivaient confortablement.

Finies les querelles byzantines sur la mondialisation heureuse, la quête du développement durable, les énergies renouvelables, la PMA-GPA, la lutte contre « la haine en ligne » et les trottinettes ! Même Emmanuel Macron affirme suspendre ses réformes pour cause d’épidémie !

Les nuées cèdent la place à la convergence des catastrophes qu’avait prévue il y a 15 ans l’essayiste Guillaume Faye [4], et qui s’abattent désormais sur une Europe mal préparée à tout.

Car, à la catastrophe migratoire, aux risques climatiques et à l’effondrement démographique, s’ajoutent désormais la catastrophe sanitaire et la crise économique qui s’abattent sur une Europe ouverte à tous les mauvais vents. Le tout sur fond de défiance abyssale entre les peuples européens de l’Ouest et leurs élites. C’est 1929 en pire qui s’annonce.

Le progressisme officiel, qui n’avait rien vu venir une fois encore, voit sa crédibilité s’effondrer aussi vite que l’épidémie se diffuse en Europe. C’est une bonne nouvelle.

L’histoire est bien « le lieu de l’imprévu », comme l’affirmait Dominique Venner ! Le coronavirus l’a fait revenir.

Michel Geoffroy
24/03/2020

[1] Sputnik news du 19 mars 2020.

[2] Le monde.fr du 19 mars 2020.

[3] Selon l’expression de Bernard Conte.

[4] Corvus (Guillaume), La Convergence des catastrophes, DIE éditions, 2004.

Source : Correspondance Polémia

Crédit photo : Domaine public

Michel Geoffroy

Michel Geoffroy, ENA. Essayiste, contributeur régulier à la Fondation Polémia ; a publié en collaboration avec Jean-Yves Le Gallou différentes éditions du “Dictionnaire de Novlangue

”.https://www.polemia.com/cinq-premiers-enseignements-a-tirer-de-lepidemie-de-coronavirus/?utm_source=newsletter&utm_medium=email&utm_campaign=la_lettre_de_polemia&utm_term=2020-03-25

Il faudra demander des comptes : il est hors de question que le pouvoir se défausse !

Coronavirus – Editoriaux – Polémiques – Politique – 22 mars 2020

Il faudra demander des comptes : il est hors de question que le pouvoir se défausse !

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Il y a un consensus total sur le fait qu’il faudra faire les comptes. À cause de toutes les maladresses, imprudences, pénuries, imprévoyances, misères et surcharges politiques, économiques et sociales, de l’état angoissant de l’univers hospitalier et des tragiques carences que la montée du fléau révèle, du délitement des services publics.

En n’oubliant pas les méfaits de la mondialisation et l’exigence de la souveraineté.

La formidable énergie, l’incroyable dévouement de professionnels, dans la santé comme ailleurs – je songe aux policiers et aux gendarmes occupés à verbaliser parce que des irresponsables à l’île de Ré ou ailleurs ne veulent rien comprendre ni respecter – constituent un arbre qui cache la forêt.

Tout le monde s’accorde : il faudra faire les comptes.

La seule controverse porte sur le moment.

Certains, par exemple la talentueuse Élisabeth Lévy, considèrent que même en pleine crise du coronavirus on a le droit de questionner, de critiquer, voire de dénoncer, qu’on n’est pas tenu, par une sorte de décence, à la moindre obligation de réserve. Qu’on n’a pas à se priver de citoyennes récriminations quitte à affaiblir un mouvement qui doit être tout entier concentré sur le combat capital à mener.

D’autres dont je suis estiment au contraire qu’il est plus sage d’attendre la fin de ce qui menace et tue beaucoup trop pour qu’on se laisse détourner aujourd’hui par des révoltes périphériques. Mais demain il faudra faire les comptes, à tous points de vue et pour tous.

Nous sommes confrontés à une tragédie sanitaire inouïe mais conjoncturelle qui impose que l’ensemble des énergies soient bandées dans le même sens. Obéissance des citoyens et respect de ceux qui nous conseillent et nous sauvent.

Quand le fléau sera éradiqué, le temps sera venu des responsabilités à établir. En effet, tout ce qu’on déplore aujourd’hui permet de vérifier rétrospectivement la validité des revendications d’hier, notamment de la part du personnel soignant. On ne peut plus douter qu’il avait raison quand il mettait en cause l’absence de politique d’Agnès Buzyn et prévenait de la difficulté de gérer le quotidien et, bien davantage, des catastrophes qui se réaliseraient face à un pire inopiné.

Tout a été dit avant de ce qui est décrié à juste titre après. En amont le désastre était déjà plus que virtuel. En aval toutes les infrastructures et les services ont explosé.

Il faudra faire les comptes. Pas maintenant, au cœur de la tempête, mais la tranquillité revenue.

Alors, il sera hors de question que le pouvoir se défausse. La note sera à payer.Extrait de : Justice au Singulier  158

Philippe Bilger

Magistrat honoraireMagistrat honoraire et président de l’Institut de la parole

https://www.bvoltaire.fr/il-faudra-demander-des-comptes-il-est-hors-de-question-que-le-pouvoir-se-defausse/

A nulle autre pareille…

A nulle autre pareille…

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   dimanche 08 mars 2020

   Forum

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A nulle autre pareille…

8 mars 2020 – Cette qualification (“à nulle autre pareille”) vaut aussi bien pour la pandémie Covid-19 elle-même que pour la crise dont cette pandémie est manifestement le détonateur. Covid-19 est comme une pichenette cosmique donnée au Système déjà si vivement secoué par ses excès et qui, soudain, nous apparaît tel qu’en lui-même, – château de cartes s’effondrant, lignes de dominos s’entraînant les uns les autres, – et plus simplement vu : “le roi est nu”…

Je retrouve quelques intervention ici et là rencontrant le sentiment que j’ai déjà exprimé, d’être devant une épidémie qui, malgré des caractéristiques largement similaires sinon moins violentes que dans de nombreux cas précédents qu’on a connus (que j’ai connus) dans les soixante-dix dernières années, – de la “grippe asiatique” de 1957 à la SRAS de 2003 ou la grippe aviaire H1N1 de 2009, – produit des effets que l’on n’aurait jamais imaginés possibles pour ces divers cas de pandémies équivalentes, dont le centième, dont le millième ne s’en est nullement manifesté.

(Enfin, qu’importent ici ces interrogations sur le détail et la comparaison avec des précédents… “A nulle autre pareille”, est-il écrit de l’événement lui-même.)

L’impact civilisationnel qui semble se dessiner et que je ne fais ici qu’esquisser, de cette pandémie Covid-19 et de la crise qu’elle a déclenchée, pourrait bien commencer à rappeler les terribles bouleversements que contribua à apporter la non moins terrible “Peste Noire” au cœur du non moins terrible  XIVème siècle  marquant le commencement de l’agonie du Moyen-Âge ; mais cela, cet éventuel “impact civilisationnel” de Covid-19 et du reste, tellement plus rapidement, tellement plus radicalement et pour une maladie tellement plus bégnine que l’affreuse maladie de la “Black Death”, comme les Anglais nommèrent cette peste (taux de mortalité de 30% à 60%).

(L’autre différence est que l’agonie du Moyen-Âge se faisait sous la poussée non encore identifiée d’un Nouveau Temps, dont l’on ignorait qu’il se révélerait sur le terme comme une terrible malédiction que l’on ne nommait pas encore “Modernité”. Nous, aujourd’hui, en 2020 et à l’âge de Covid-19, ce serait plutôt l’agonie de la Modernité sous la poussée de l’insupportabilité de la Modernité, – et pour le reste à suivre l’on verra bien, – mais qu’est-ce donc qui pourrait être pire ? Covid-19 est bien “à nulle autre pareille”.)

La violence cosmique de cette pandémie de 2020 n’est donc pas due à la maladie elle-même mais à la perception d’elle qui nous affecte, – et je parle à peine de perception consciente, et pour l’essentiel de perception inconsciente. Je veux dire par là que les deux principaux outils de propagation de la pandémie dans son éventuel impact civilisationnel qui ne serait autre qu’un effondrement civilisationnel du cadre où nous vivons, où nous sommes enfermés (le Système), ce sont la communication de l’information et essentiellement de la représentation (comme l’on parle d’une pièce de théâtre) de l’information d’une part ; et d’autre part la psychologie comme outil récepteur essentiel de cette “représentation”. Si l’on veut, je proposerais l’image symbolique selon laquelle la crise Covid-19 serait un simulacre gigantesque d’événement civilisationnel, mais dans le sens vertueux du concept si utilisé de “simulacre”, et si gigantesque et si vertueux qu’il parvient très rapidement à déclencher tous les mécanismes d’effondrement qui transforment le simulacre qu’il était au départ en l’événement lui-même.

Je veux dire par là que la communication sur la possibilité d’une pandémie du virus Covid-19 a aussitôt été si massive, si insaisissable et si perverse, si chaotique et si furieuse, si orientée dans tous les sens, si parfaitement inscrite dans les courants de communication qui font s’affronter le Système et les diverses résistances et réactions antiSystème, qu’elle a aussitôt pris la forme d’une communication concernant un événement colossal du type d’un impact civilisationnel. Finalement et pour poursuivre en les mêlant l’analogie historique et l’image symbolique, cela est comme si la “Peste Noire” telle qu’elle est perçue dans l’histoire comme cette terrifiante pandémie se serait constituée et présentée à ses futures victimes en un mois, et comme si le XIVème siècle se serait concentré en cette année 2020 qui ouvre la décennie des Roaring Twenties-2.0.

Ce qui est également remarquable, c’est la rapidité et l’absence de stupéfaction que montrent les psychologies devant l’évocation implicite, sinon inconsciente, devant l’hypothèse que cet événement ressemble à s’y méprendre à l’épisode final de la Grande Crise d’Effondrement du Système. Tout ce passe comme si les psychologies s’y étaient préparées, et même comme si elles appelaient de leurs vœux ce dénouement, – qui est également un épisode car il faut voir ce qui suivra, – simplement parce que la tension de la psychologie allant de l’hystérie faussement allumée à la sombre dépression demandait d’une façon si impérative que notre équilibre mental en dépendait, une justification à son existence, une cause à son déploiement, une confirmation bien plus qu’historique, – métahistorique certes.

Je nous rassure ou vous l’assure, et à moi le premier : tout cela n’est que pure spéculation de ma part. De même, pour la maladie elle-même, qui n’est encore qu’une épidémie ou qui est déjà une pandémie. Certains y croient, d’autres pas… Nous payons chèrement, actuellement, la façon dont, ces dernières années, nous avons achevé de désintégrer la réalité pour la remplacer par nos chères narrative. Mais peut-être cette inconnaissance des détails de l’événement et de son avenir, au profit de l’intuition de la chute définitive du Système, peut-être est-ce la seule voie pour reconnaître qu’il s’agit de la chute du Système, – disons, pour ceux qui explorent la possibilité de l’extension du domaine de la dissidence et de la résistance antiSystème ?

Alors, peut-être l’énigme est-elle en train de se découvrir pour nous donner accès à sa résolution.https://www.dedefensa.org/article/a-nulle-autre-pareille

Quatrième Temps Crisique

Quatrième Temps Crisique

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   mardi 03 mars 2020

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Quatrième Temps Crisique

3 mars 2020 – Je voudrais faire part à celui qui me lit d’un sentiment général qui me semble devoir beaucoup à ce phénomène, à la fois mystérieux et insaisissable mais où l’on devine une puissance cachée et formidable, qui se nomme “intuition”. C’est dire s’il ne faut pas attendre de démonstration, mais plutôt une escapade aventureuse et pleine d’exhortations. Pour autant, je suis assuré, je ne sais comment ni par quelle machination, que l’escapade n’est pas inutile.

J’ai pris mon temps avant de mesurer l’importance phénoménale, avec une cascade d’effets extérieurs au domaine, – j’en ai déjà beaucoup parlé, – de cette  crise-Covid-19. Je mesure également l’inattention que j’ai montrée sur l’instant à la force des symboles qui font correspondre cette crise à un changement de décade dont plus d’une plume ont signalé la référence centenaire et si fortement significative : les Roaring Twenties menant à la Grande Dépression, et nous, un  siècle plus tard exactement, avec ce Covid-19, l’assassinat métahistorique de Soleimani débouchant dans la même zone de tension sur une quasi-guerre Russie-Turquie mesurée, elle, à la folie mégalomaniaque d’un Erdogan.

Pour compléter  le tableau, on cite l’éruption sans fin de “D.C.-la-folle” ; je veux dire, pour rassembler les principaux événements crisiques, tout cela qui me fait croire que nous avons basculé, au changement de décennie, dans un nouveau temps crisique. Il est vrai que, dans les esprits et dans les psychologies, dans une période crisique si abyssale où la raison est  si suspecte de tant de dévergondages de subversion jusqu’à l’inversion de ce qu’elle prétend être, le symbolisme est d’une capitale importance. Il s’impose alors de faire un classement où les événements terrestres ne seront pas les ordonnateurs, mais le simples conséquences en même temps que les marqueurs de notre avancée générales, par étapes et bonds successifs au cœur des ténèbres de ces Derniers Temps.

Il y a eu à partir de notre Jour de Grâce, notre 11-septembre, un premier Temps Crisique qui est la première étape dans cet espace de temps des Derniers Temps qui englobe ce que je désigne avec une fougue et un optimisme roboratifs la Grande Crise d’Effondrement du Système (GCES). Ce premier Temps Crisique fut celui de l’effarement secret et indicible devant les considérables évènements qui se produisirent, et le peu de sens qu’on pouvait leur trouver malgré la joyeuse et roborative  ivresse américaniste, et pourtant la plupart d’entre nous toujours soumis à la fascination de cet artefact qui rythme la modernité, qu’est l’Amérique : « Nous sommes un empire maintenant et quand nous agissons nous créons notre propre réalité… ».
La deuxième étape, deuxième Temps Crisique, commence avec la fracture de l’automne 2008, le spasme de la folie du monde financier cherchant à se défausser de ses excès en déclenchant un tourbillon crisique qui va accumuler le chaos dans son domaine et lancer de grandes entreprises démocratiques pour justifier nos prétentions mondiales et cosmiques, à peu près comme Mao lançait sa Campagne des Cent-Fleurs (le “printemps arabe”, ou les Cent-Fleurs du Système). Il s’agissait de renouveler le suprémacisme anglo-saxon (plutôt que “blanc”) une fois l’hypercapitalisme superbement purgé et ressourcé par cette énorme crise, et par conséquent plus “hyper” que jamais.
La troisième étape, je la situe en 2014-2015, en liant la crise ukrainienne et la crise du système de l’américanisme (Trump à partir de 2015, engendrant la haine antiTrump, USA-2016, Russiagate, etc.). Son caractère principal est une explosion absolument chaotique de la communication, un amoncellement affolant de narrative de plus en plus lourdes à porter et supporter avec leurs exigence de  déterminisme-narrativiste, une perte totale du sens de la réalité, voire plus encore, du sens de la nécessité de la réalité, la transformation de la politique en une sorte de gomme mollassonne et qu’on peut mâcher à souhait sans en rien faire sortir, le refuge dans le simulacre du simulacre du simulacre…

Ainsi en vient-on à la quatrième période, notre quatrième Temps Crisique,  du tournant précis des deux décennies et notre entrée dans nos Roaring Twenties du XXIème siècle. Avec le recul de quelques semaines, cette nouvelle décennie apparaît comme une rupture formidable et absolument naturelle, comme une tension trop forte qui se rompt avec quelle brutalité ! Et s’ouvrent effectivement nos “Vingtièmes rugissantes”, comme les marins des légendes d’antan baptisèrent les mers furieuses entre les  “Quarantièmes rugissants”  et les “Cinquantièmes hurlants” des latitudes correspondantes vers le Sud extrême des étendues glacées où jamais le vent ne s’arrête de souffler et la mer de déferler, où les marins disent qu’au-delà vers l’au-delà du Sud Dieu n’est plus.

J’ai tenté de dire tous les événements formidables caractérisant ce passage à 2020 mais, après tout, on pourrait me dire qu’il ne s’agit que  de quelques crises monstrueuses de plus, et là rien de vraiment nouveau, je veux dire ontologiquement, dans un temps qui est crisique par définition. Pourtant non, un événement colossal sans nul doute, ontologique lui, bien que dans le domaine de la perception, – c’est la fin du rêve de la globalisation, – la fin de la globalisation comme rêve de notre avenir. 

Ce poison s’est instillé partout et partout vous le sentez progresser, ce doute terrible face à cette globalisation, laquelle est l’évidente coupable de la crise-Covid-19 qui nous dévaste psychologiquement en faisant entrevoir les mécanismes de l’effondrement, d’une économie-monde qui se défait comme un Meccano mal vissé, qui bascule comme une portée de dominos en rang d’oignons, inarrêtable, inéluctable. Il se dit que le virus envahit notre monde-globalisé par ce qu’il y a de plus globalisant, de plus post-postmoderne, la très-pollueuse et très-luxueuse aviation de transport civil qui relie les capitales, les continents et les régions les plus lointaines, dans le vrombissement élégant des Airbus faisant la courte échelle au virus d’un aéroport l’autre (les Boeing, c’est moins sûr, on sait pourquoi, et Covid-19 s’en méfie comme de la peste si j’ose dire).

Il me semblerait même que cela (le rêve fracassé de la globalisation) explique la folie qui a transformé Washington D.C. en “D.C.-la-folle”, tandis qu’apparaît le second événement qui marque cette rupture rugissante… L’outil fantastique de puissance, qui semblait au service de la globalisation, qui chaque jour la trahit un peu plus ! Le système de la communication triomphant signe son empire sur le monde en apparaissant comme un Janus qui poignarde la globalisation dans le dos, répandant partout les alertes et les fantasmes de Coved-19, remplaçant le chaos de 2014-2015 par l’attaque de la contagion, cette Grande Peur des Ancien Temps retournée contre la globalisation de l’hypermodernité elle-même. Les talk-shows et le reste de  la caravane médiatique, fleuron du système de la communication plongé dans la dissection sans fin de la pandémie qui nous assaille et de la panique qu’il ne faut pas éprouver, a développé une pandémie pire que Coved-19, – et ainsi a-t-il mis, ce fleuron de la communication, en état d’accusation impitoyable la globalisation elle-même… La globalisation gémissant de douleur et rugissant de fureur !

On sent bien alors, sans y réfléchir longtemps, mais prenant plutôt le phénomène avec son intuition, comme une chose allant de soi, on sent bien qu’on se trouve emporté dans une mécanique, un enchaînement qui porte en lui la mort du Système… Je dis bien “enchaînement” comme avec une chaîne : la folie de la surpuissance de ce que nous nommons ici “déchaînement de la Matière”, qui nous a emportés jusque dans ces affreuses convulsions de sa folie destructrice, nous conduisant enfin, comme l’on se débarrasse d’un simulacre qui pourrait être un masque, à l’emprisonnement qu’est l’enchaînement de l’effondrement et de la chute, c’est-à-dire à l’autodestruction.

Pour ce qui est de ces “Quarantième rugissants” et de ces “Cinquantièmes Hurlants” que j’ai évoqués à propos de nos “Vingtièmes”, un vieux dicton des vieux marins des Temps Anciens disait de ces terribles latitudes d’un Sud ressemblant à l’Enfer glacé : « Sous les 40 degrés, il n’y a plus de loi, mais sous les 50 degrés, il n’y a plus de Dieu. » C’est comme si nous étions arrivés au terme de nos tempêtes qui balaient le cap ultime de la modernité battu par les vents, ayant brisé les lois et chassé Dieu, et que nous nous retrouvions plongés dans la tempête ultime mais aussi suprême, celle qui nous place devant nous-mêmes et devant l’alchimie saccagée de notre simulacre d’ “œuvre au noir” si diaboliquement cochonnée, pour balayer tout cela et toutes nos illusions, et enfin nous balayer nous-mêmes selon ce que nous avons fait pitoyablement de nous-mêmes.

https://www.dedefensa.org/article/quatrieme-temps-crisique

Covid-19, miroir de la crise

Covid-19, miroir de la crise

Faits et commentaires

   jeudi 27 février 2020

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Covid-19, miroir de la crise

27 février 2020 – Ca y est, le coronavirus, désigné aussi par l’acronyme Covid-19 qui s’adapte mieux aux temps nouveaux, a atteint les USA. Non pas l’épidémie qui semble devenir pandémie, qui devient pandémie si elle atteint les USA, mais la réalisation de l’existence de la crise… Car, cette perception atteignant les USA, cette crise sanitaire devient une crise tout court, une crise-crisique si l’on veut, s’inscrivant parfaitement dans la Grande Crise d’Effondrement du Système.

Trump lui-même s’en est avisé, c’est dire ! Il est bien entendu furieux et, bientôt, il invectivera le virus Covid-19 comme il invective les démocrates et le CDC (Centers for Disease Control and Prevention, organisme officiel et public chargé des questions de santé). Sa dernière attaque en date, contre le CDC, vient du fait qu’il impute à cet organisme la chute des marchés, le  krach  erratique, tantôt au ralenti, tantôt insaisissable (« …ce krach est totalement différent de tout ce qui s’est passé auparavant… Cela sort de notre expérience habituelle », écrit Bill Blain [voir plus loin]).

Trump a tout misé, pour sa réélection, sur ce qu’il connaît le mieux et qu’il chérit comme l’indicateur suprême de son action divine : les marchés, la bourse, Wall Street. Ainsi prend-il furieusement conscience de la crise du coronavirus et fait-il en sorte, en hurlant comme il le fait et ainsi montrant une extrême préoccupation que d’aucuns croiraient venue d’un homme d’État honorable, que Covid-19 devienne dans l’esprit des gens une crise vraiment colossale aux multiples facettes. A cause de ces sonovobitches du CDC… ZeroHedge.com  résume l’affaire :

« Le penchant du président Trump à considérer les performances de la bourse comme un baromètre de la réussite de sa présidence est désormais bien connu du public. Le fait que Trump ait été extrêmement agité par les événements qui se sont déroulés à Wall Street, alors qu’il se trouvait en Inde cette semaine, n’est donc pas une surprise.
» Habituellement, nous n’accordons pas beaucoup de crédit aux articles du Washington Post sur le base-ball intérieur, qui prétendent offrir la “vérité de ce qui est caché” tout en créant une base d’où des fonctionnaires vindicatifs peuvent se venger en dénigrant anonymement le président ou même ses rivaux au sein de l’administration.
» Mais aujourd’hui, le récit de WaPo confirme en gros ce que nous soupçonnons de se dérouler en coulisses, le président s’en prenant à une autre agence fédérale et lui reprochant de faire peur aux marchés. Dans le passé, M. Trump a (publiquement ou en privé) accusé les démocrates, le secrétaire au Trésor Mnuchin, le secrétaire au Travail Wilbur Ross, Boeing et, – bien sûr, – [le président de la Fed] Jay Powell d’avoir provoqué la chute des marchés.
» Aujourd’hui, nous pouvons ajouter le CDC à cette liste. 
» Le paragraphe ci-dessous est en fait le cœur de l’histoire de WaPo, décrivant la fureur impuissante du président Trump observant sans pouvoir intervenir la chute du marché.
» “Alors qu’il a passé les deux derniers jours à voyager en Inde, Trump a observé de près la chute de la bourse et pense que les avertissements [jugés par lui trop] alarmistes du Centers for Disease Control and Prevention ont effrayé les investisseurs, ont confié des sources proches de la présidence. Certains responsables de la Maison Blanche ont été mécontents de la manière dont le ministre de la Santé et des Services sociaux, Alex Azar, a géré la situation, ont-elles précisé.” »

On comprend la situation psychologique, et par conséquent politique sinon métahistorique : Trump ne s’intéresse pas vraiment à Covid-19 en tant que tel, ce que ce virus va causer de handicaps, d’angoisse et de morts. La seule situation qui lui importe, c’est l’effet sur la bourse, sur Wall Street, parce que Wall Street est l’une des références fondamentales de son jugement et que c’est sur la situation de Wall Street qu’il a basé toute sa rhétorique de réélection d’une majestueuse reprise économique.

Tout cela n’est pas à l’avantage du personnage mais peu nous importe. Nous savons très bien, nous, ce que vaut Trump, ce qu’il ne faut pas attendre de lui (qu’il soit un homme de qualité, un homme d’Etat) et ce que l’on peut attendre de lui… Effectivement, on peut attendre de lui, et qui  est sans prix, qu’il soit antiSystème par inadvertance, à cause de ses traits de caractère démesurés, sa pétulance irresponsable, son narcissisme, son américanisme primaire, – paradoxalement puisque normalement le Système utilise ces traits de caractère à son avantage mais le Système est aujourd’hui en phase d’autodestruction ; par conséquent le paradoxe est partout puisque ce qui le favorisait et le servait dans sa surpuissance se retourne contre lui en phase d’autodestruction.

Quoi qu’il en soit, le fait majeur est bien là : grâce aux circonstances née de la globalisation, et grâce au caractère extrême de Trump, la crise sanitaire du coronavirus est devenue une crise majeure antiSystème (la crise du Covid-19) qui se place avantageusement dans le tourbillon crisique de la Crise Générale d’Effondrement du Système.

(Trump se trouve d’ailleurs pris dans l’habituel dilemme qu’impose l’énorme puissance du système de la communication et une autre pandémie chronique qui en découle, qui est la rapidité des réactions de la population avec une psychologie à vif dans les conditions actuelles. Il doit donc naviguer malgré ses outrances coutumières, entre l’affirmation que “tout va bien”, “tout est sous contrôle” et “nous avons le meilleur service de santé du monde et il est prêt”, et d’autre part une préparation à une extension de la pandémie [il nomme le vice-président Pence “Czar du coronavirus”, titre particulièrement baroque mais flatteur].)

La vertu antiSystème de cette crise est sa complète originalité, son caractère totalement inattendu, totalement nouveau par rapport aux crises auxquelles nous sommes accoutumés, – notamment les habituels “krachs des marchés”. Ils sont quelques-uns, parmi les commentateurs US qui suivent Wall Street avec attention, à découvrir le caractère sans précédent la crise Covid-19, la façon dont l’espèce de krach-insaisissable est totalement étranger au modèle habituel.

C’est ce qui rend l’événement de la crise tout à fait extraordinaire, et par conséquent un événement contre lequel on ne sait pas comment lutter. Un événement paradoxalement assez lent (par rapport à un krach  normal), qui laisse le temps de réfléchir… et de se tromper plus lourdement ! Comme l’écrit Bill Bain, qu’on cite plus loin : « Le bon côté de cette crise au ralenti est qu’elle donne aux acteurs du marché plus de temps pour réfléchir et réagir, – ce qui signifie également plus de possibilités de se tromper horriblement ! »

Voici donc cette appréciation du commentateur financier indépendant Bill Bain, sur  MorningPorridge.com, repris par  ZeroHedge.com  hier. Ce qui nous intéresse n’a strictement rien à voir avec d’éventuelles prévisions, mais avec la description de la crise, et aussi avec cette phrase que Blain place en exergue : « L’échec n’est pas de s’effondrer complètement mais de ne pas parvenir à revenir à nouveau où l’on se trouvait »…

« La réalité du marché devient… très compliquée.  D’ici la fin de la semaine, il est tout à fait probable que le marché aura baissé de 10 % ou plus par rapport au sommet de la semaine dernière (actuellement 7,5 % de baisse et à surveiller !).  Mais ce qui est effrayant, c’est que ce krach est totalement différent de tout ce qui s’est passé auparavant… Cela sort de notre expérience habituelle.
» Le marché, hier, c’était comme regarder  Homer Simpson  dévaler une pente raide.  Il rebondit sur une corniche, il s’élève un moment, avant que la gravité ne reprenne inévitablement le dessus.  Badaboum ! 
» Le marché va-t-il cesser de dégringoler aujourd’hui ? Probablement pas, – la tendance est à la poursuite du ralentissement économique, déclenché par un virus auquel le marché est réactif. Mais ce n’est pas une fin-du-monde-telle-que-nous-la-connaissons, lorsque les actions sont en chute libre et mortelle. Il s’agit d’une catastrophe au ralenti que mâchouille une prise de conscience choquée ; où la réalité du virus a induit une récession instantanée dont les conséquences continueront à s’écarter du modèle d’un krach conventionnel. 
» Le bon côté de cette crise au ralenti est qu’elle donne aux acteurs du marché plus de temps pour réfléchir et réagir, – ce qui signifie également plus de possibilités de se tromper horriblement ! 
» Cela va être une nouvelle expérience pour tout le monde.  La plupart des krachs, et c’est mon sixième ou septième depuis le premier que j’ai connu, en 1987, voient l’ensemble du marché s’effondrer en même temps.  Ce krach sera davantage lié à des fondamentaux inconnus, liés aux coronavirus, – quels secteurs et quels marques sont les plus vulnérables aux ruptures de chaînes d’approvisionnement, aux pertes de commandes permanentes, à la limitation drastique des voyages et à la mentalité d’un état de siège industriel, et quels secteurs sont les plus susceptibles de bénéficier d’un soutien gouvernemental essentiel.
» Il fait également l’objet d’une force exogène,  – les inconnues du virus. Cette force dépendra de la façon dont les gouvernements réagiront à une menace de pandémie externe plutôt que des vecteurs de crise interne habituels, comme des prêts bancaires stupidement imprudents ou l’éclatement d’une bulle boursière (même si cela n’aide pas à faire éclater la bulle de valorisation qui semblait très proche !). Les effets et le tempo de la crise vont accélérer et ralentir selon des facteurs non-économiques, – l’extension (la contagion) et les effets (décès) de la maladie. »

Ce texte montre bien les caractères inédits de la situation, – de la crise, bien entendu, du point de vue d’un observateur de l’évolution des affaires financières et boursières. Il montre :
• l’extraordinaire différence de nature entre l’événement déclencheur de la crise et ses effets, sous la forme d’une sorte de “crise secondaire”, les deux crises ayant chacune une vie indépendante tout en continuant dans un cas à exercer une influence l’une sur l’autre (Covid-19 sur Wall Street) ;
• l’impossibilité pour les acteurs de la “crise secondaire” (Wall Street), pourtant considérée comme “crise principale” par eux, de prévoir quoi que ce soit de l’évolution de ce qui est chronologiquement la “crise principale” (la crise Covid-19), qui n’est pour eux que la “crise déclencheuse” (ou “crise-détonateur”) ;
• par conséquent, l’emprisonnement de cette chaîne crisique complètement improbable dans un ballet de cause à effet éventuellement réciproque, ne répondant à aucune logique de crise par rapport à l’expérience qu’on en a. 

L’abîme de la globalisation

Nous avons déjà signalé (voir PhG, le 15 févrieret le 26 février 2020) le caractère extraordinaire de la crise Covid-19 par rapport aux épisodes de pandémies habituels. PhG cite les pandémies de la “crise asiatique” (1957) puis de la “crise de Hong-Kong (1968), et il aurait pu citer, plus proche de nous, la pandémie SRAS de 2003 qui, de la même façon, n’eut aucun effet sérieux hors du domaine sanitaire et ne fut en aucun cas le détonateur de rien. Ce dernier cas était cité hier par François Lenglet sur LCI, avec ce commentaire : « Oui, mais en 2003 la Chine faisait 3% du PIB mondial, aujourd’hui elle fait 16% ». D’autres parlent de la Chine d’aujourd’hui comme “l’usine du monde” pour constater que la chose est en panne.

Mais au-delà de ces explications conjoncturellement justes mais que nous jugeons structurellement insuffisantes, ce que nous constatons, et cela comme une nouveauté par rapport aux crises précédentes, c’est l’extraordinaire “solidarité négative” qu’implique la  globalisation qui caractérise aujourd’hui, hors de tout contrôle, les relations internationales. Le paradoxe, qui est bien entendu le “paradoxe de la globalisation” car là (dans ce phénomène de la globalisation) se trouve l’explication, c’est que ce nouvel (?) arrangement (?) du monde crée une “solidarité” des effets catastrophiques. Sur le plan “constructif”, les insuffisances de la globalisation sont évidentes, sinon furieuses et agressives. Les tensions internationales sont considérables, beaucoup plus nombreuses et diverses qu’en aucun autre époque dans l’histoire, et presque impossibles à apaiser. La coopération dynamique, celle qui est capable de créer des nouvelles situations pour nous faire sortir de nos impasses, – c’est dire si nous écartons les accords de libre-échange signés aveuglément, – est pratiquement inexistante et la législation internationale est le plus souvent réduite à la loi du plus fort.

Par contre, ce que nous montre la crise actuelle, c’est que ses aspects et conséquences négatives menacent tous les acteurs de la globalisation, soit par effets directs, soit indirectement. Dans ce cas, nous sommes “enchaînés”, comme dans une prison à ciel ouvert et sans barreaux nécessaires puisqu’enchaînés les uns aux autres, derrière une devise qui en rappelle fâcheusement d’autres, – ce pourrait être “la globalisation c’est la liberté”. Il s’agit, si l’on veut, d’un “enchaînement” des acteurs-figurants que nous sommes du fait du “déchaînement de la globalisation” (correspondant au “déchaînement de la Matière”).

Nous avons regardé et écouté les premiers échos du coronavirus, alias Covid-19, d’un œil serein et critique. Il n’était question que de savoir si le gouvernement chinois mentait ou disait la vérité, si les droits des gens étaient respectés, si l’organisation de riposte du gouvernement chinois à l’épidémie naissante était au point, si la croissance chinois reculerait de un, deux ou trois points. Pompeo ricanait ouvertement en réclamant un regime changed’urgence, avec tant de bonhomie qu’on s’interrogeait pour savoir si ce n’était pas ses services qui avaient fabriqué la bestiole Covid-19. Bref, le Système se félicitait bruyamment de sa propre vertu, de sa propre morale, de sa propre démocratie dont les Chinois s’avéraient plus que jamais dépourvus et privés à la fois. Puis brusquement, aidés en cela par le début de l’expansion du virus, nous commençâmes à réaliser que nous étions tous dans la même baignoire, à barboter misérablement, et que le sort des Chinois n’était contenu par aucune barrière, que les chaînes qui nous unissent constituaient le meilleur moyen de partager le même sort éventuellement catastrophique, de connaître les mêmes avatars.

Il est très probable, à notre sens, que c’est évidemment cette réalisation qui a conduit notre perception à passer de la seule crise sanitaire du coronavirus à la crise “détonatrice” Covid-19 déclenchant une réaction “en chaîne” (là aussi) nous faisant passer, ou bien plutôt révélant en plein jour qu’il s’agit en fait de la crise du Système, c’est-à-dire d’une étape supplémentaire, et peut-être décisive comme l’on peut dire de plus en plus pour chaque épisode, de ce que nous appelons la Grande Crise d’Effondrement du Système (GCES). De ce point de vue, les polémiques politiques antichinoises du début ont bien contribué à accélérer cette prise de conscience, en donnant une dimension politique et polémique à la perception, en éloignant cette perception de la neutralité solidaire qui caractérise ce qu’on ressent devant une crise sanitaire.

Dans cette dynamique de la perception, il est évident que les USA jouent un rôle déterminant, bien que Pompeo n’ait pas encore demandé de regime change (aux USA)pour sanctionner la folie de Wall Street de ces derniers jours. Ces quatre-cinq derniers jours, alors que l’enchanteur-TV Trump se trouvait en Inde à tenter de séduire Modi, tout s’est mis en branle pour que les USA en prennent conscience, d’un seul élan d’une psychologie collective étrangement alertée et finalement montrant une fois de plus sa fragilité. Cette prise de conscience, comme d’habitude avec les USA, fit grand bruit, d’autant plus que le président Trump éructait de fureur parce que ses fonctionnaires avaient porté un rude coup au moral des traders de Wall Street et qu’on lui avait abimé son indice du NASDAQ. 

Il va être très difficile, c’est-à-dire impossible de se défaire de cette idée, que certains disent à haute voix et que d’autres dénoncent avec une hâte bien suspecte, que nous assistons à une “crise de démonstration” catastrophique du déterminisme du Système, c’est-à-dire de la globalisation pour ce cas, d’un déterminisme qui conduit irrémédiablement à la catastrophe. D’une certaine façon, l’on peut avancer le jugement que nous assistons, en direct, “en temps réel” comme ils disent, “en boucle” comme l’on vit l’attaque du 11-septembre, à l’agonie de la globalisation comme une blessure mortelle percée dans le flanc du Système. C’est dire combien nous pensons que cette affaire ne se résumera pas à un certain nombre de malheureux décès et à une myriade de malades, à la pratique de la quarantaine, au port du masque, aux restrictions de circulation ; c’est à autre chose qu’il faut penser, c’est-à-dire à la possibilité de la nécessité d’un réarrangement du monde dans l’ère du post-coronavirus, – si nous arrivons à bout de cette pandémie.  

Comme l’écrit James Howard Kunstler, « Nous n’avons pas vu venir ce truc ». Rassemblant toutes les excentricités et les folies de la situation intérieure des USA et du pouvoir de l’américanisme, – car cette dimension du désordre intérieur et de l’affrontement radical qui le guide est bien en place pour accélérer et renforcer la puissance de la crise, – il les couronne par l’apparition du Covid-19 et retrouve les idées qu’il avait émises deux semaines avant, qui se précisent, qui prennent forme, qui deviennent pertinentes, sinon évidentes

 « Cela devient sérieux maintenant. Certains d’entre vous ont peut-être remarqué ce matin que les indices boursiers se dirigent vers la pire ouverture depuis des années. Aujourd’hui, M. Market s’est réveillé, comme  Rip Van Winkle, et a découvert que le monde avait changé pendant qu’il dormait. Il y a de fortes chances que les conditions de la vie quotidienne en Amérique se détériorent fortement dans les mois à venir. Depuis janvier, nous avons observé à distance les rues vides de Wuhan et d’autres villes chinoises, pensant que c’était comme une de nos émissions d’horreur sur le réseau câblé. Il n’est pas inconcevable qu’une ville américaine, ou plus d’une, soit soumise à une quarantaine, ou qu’un grand nombre de personnes ne quittent tout simplement pas leur maison pendant un certain temps. Les camionneurs continueront-ils à transporter par camion les choses dont les gens ont besoin ? Nous ne le savons pas. Comment organiser une convention politique dans une telle situation, ou même une élection ? »

Nous n’avons rien vu venir et nous ne savons pas, et nous ne savons rien. Nous sommes irrésistiblement pris de vitesse par les événements qui s’ordonnent, seuls, pour imposer un rangement métahistorique à cette période étrange et extraordinaire que nous vivons. Métaphoriquement, tout se passe comme si la Grande Crise qui attaque le Système cherchait toutes les voies pour le faire, mais aussi pour se signaler à nos psychologies souvent déroutées par une perception faussée ; comme si la crise avait une vie propre et, agissant comme un événement autonome, avait trouvé dans ce cas une voie extrêmement audacieuse et novatrice pour prendre tout le monde, – et notamment le Système, – par surprise.

… D’un point de vue opérationnel, la globalisation est la victime désignée de cet épisode. Nous croyions que la globalisation était au bord de l’abîme et nous réalisons que la globalisation est un abîme où elle est elle-même en train de se perdre. Il va falloir commencer à penser aux choses sérieuses.

https://www.dedefensa.org/article/covid-19-miroir-de-la-crise

Alain de Benoist : « La descente aux enfers d’Emmanuel Macron est-elle forcément une bonne nouvelle pour Marine Le Pen ? »

Alain de Benoist : « La descente aux enfers d’Emmanuel Macron est-elle forcément une bonne nouvelle pour Marine Le Pen ? »

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Le quinquennat Macron n’avait pas trop mal commencé avec l’épisode du Louvre. Mais l’état de grâce n’a pas duré très longtemps et la situation ne cesse de se dégrader, alors même qu’Emmanuel Macron avait affirmé que s’il ne réussissait pas, un ou une populiste lui succéderait à l’Élysée. Cela en prend-il le chemin ?

En matière d’élection présidentielle, vous le savez bien, toute prédiction faite plus de trois mois avant le scrutin n’a aucune valeur. On peut, en revanche, dresser un rapport d’étape. Tout le monde a longtemps répété qu’en 2022, on allait assister à la répétition de ce qui s’est passé en 2017 : un duel Macron-Marine Le Pen au second tour, avec le résultat qu’on sait. Inutile de s’interroger : c’était plié d’avance. Mais deux nouvelles questions se posent : Macron sera-t-il à nouveau candidat en 2022 ? Et s’il se représente, sera-t-il présent au second tour ? Nous n’en savons rien, bien sûr, mais le simple fait qu’on puisse se poser ces questions montre que beaucoup de choses ont changé. Les gilets jaunes sont passés par là, les grèves aussi. Pour faire adopter ses réformes, Macron a été obligé de passer en force. Après avoir voulu séduire tout le monde, il a déçu partout. On parle régulièrement de sa « baisse de popularité », mais on n’en est même plus là. Nous avons un Président qui ne peut plus mettre un pied en dehors de l’Élysée sans se heurter à des manifestants qui exigent sa démission en brandissant, en effigie pour l’instant, sa tête au bout d’une pique ! Chirac, Giscard, Hollande, Sarkozy ont pu être impopulaires. Macron n’est pas seulement impopulaire, il est détesté, exécré, haï des Français à un degré rarement vu. Il n’est donc pas certain qu’il veuille (ou puisse) se représenter, ni qu’il soit présent au second tour s’il le faisait. Ajoutons, puisqu’il a été mis en place pour adapter la France aux exigences de la mondialisation libérale, que ceux qui l’ont patronné se disent peut-être aussi qu’ils n’ont pas misé sur le bon cheval et qu’il serait peut-être temps d’en trouver un autre.

Est-ce une bonne nouvelle pour Marine Le Pen ? Je ne le pense pas. Elle a tout intérêt, en effet, à avoir face à elle, au second tour, un homme discrédité et détesté par le peuple plutôt qu’un concurrent qui, n’ayant jamais accédé à la charge suprême, aura toujours la possibilité de multiplier les promesses et de ratisser large entre les deux tours. Un Xavier Bertrand, une Ségolène Royal, un Yannick Jadot, une Rachida Dati, un François Baroin ou n’importe quel(le) autre candidat(e) de ce calibre l’emporterait sans doute plus facilement contre Marine Le Pen que ne le ferait Macron, même si le « plafond de verre » auquel elle s’est longtemps heurtée a déjà commencé à se lézarder. D’où une troisième question : du point de vue de Marine Le Pen, quelle est la personnalité, mis à part Macron, face à laquelle elle pourrait avoir le plus de chances de l’emporter ?

Emmanuel Macron prétendait aussi être le candidat du « nouveau monde ». Maintenant qu’il a dépassé son mi-mandat, qu’avons-nous appris sur ce monde-là et sur lui-même ?

J’ai déjà eu l’occasion de le dire : il y a un mystère Macron. Chirac, Sarkozy, Hollande, chacun dans son style, n’avaient rien de mystérieux. Il suffisait de les observer un peu pour savoir à quoi s’en tenir sur leur compte. Avec Macron, c’est autre chose. Ses ressorts intimes sont cachés, et l’on ne sait pas, au fond, ce qui le meut. Même ses relations avec sa maternelle épouse sont un mystère. Sous la surface lisse comme une image de synthèse, on ignore tout de sa machinerie intérieure et de ses évidents troubles de la personnalité. On peut lui trouver une tête de gendre idéal, lui reconnaître une bonne mémoire et une excellente connaissance technique des dossiers, voire un certain talent oratoire, on ne parvient pas à trouver qu’il était taillé pour le poste, alors qu’il serait parfait derrière un guichet de banque ou dans le rôle d’un DRH chargé d’annoncer au personnel un nouveau plan de licenciements. L’impression qui domine est que la politique, au fond, lui est tout aussi étrangère que la culture du pays qu’il est censé diriger. Que ce soit en France ou dans le monde, cet homme à la fois hautain, méprisant et bavard ne comprend pas ce qui se passe. Il gère (mal), il communique (mal), il réprime (brutalement), il supprime la liberté d’expression (efficacement) mais il ne gouverne pas.

C’est un Président narcissique qui n’a ni ami ni homme de confiance – puisqu’il ne fait confiance à personne. Qui a de l’influence sur lui ? Brigitte peut-être, personne d’autre. Entouré de députés inconsistants et de ministres de circonstance, il ne sait pas choisir ses collaborateurs, comme en témoignent l’affaire Benalla et la multiplication des départs au sein de son entourage. Mieux encore, c’est le premier président de la République qui n’a pas su attirer à lui la moindre personnalité dotée d’une carrure d’homme d’État. Il s’est entouré d’une majorité de transparents anonymes condamnés à le rester (Cédric O, Franck Riester), parmi lesquels bon nombre de médiocres et d’incultes, de ridicules ou de grotesques, de François de Rugy (« Homard m’a tué ») à Benjamin Griveaux (« Paris m’habite ») en passant par Agnès Buzyn (coronavirée), le Castaner de l’Intérieur ou la Belloubet de la Justice, sans oublier Sibeth. Qui peut prendre au sérieux pareille équipe de Branquignols ?

Peut-on néanmoins mettre à son crédit une esquisse d’ambition politique européenne, que ce soit avec l’Allemagne ou la Russie, l’Iran ou les États-Unis ?

Il en est resté, précisément, au stade de l’esquisse, qui chez lui prend la forme d’une série d’hésitations et se traduit par des inconséquences. C’est la marque d’une absence totale de vision des choses. En Europe, où il s’est brouillé avec la moitié des gouvernements, après avoir cherché à associer Angela Merkel à ses projets de « refondation » européenne, il n’a cessé de se heurter aux rebuffades de la chancelière, qui a vite évalué le personnage, mais il n’en a pas tiré les leçons. Il a fait sensation en déclarant l’OTAN en état de « mort cérébrale » sans comprendre que l’OTAN pèse toujours de tout son poids et que c’est bien, plutôt, l’Union européenne qui est en état de mort cérébrale. Il a paru comprendre qu’il était de l’intérêt de la France de se rapprocher de l’axe Moscou-Damas-Téhéran, mais il n’a pas fait le moindre geste pour s’opposer aux sanctions absurdes qui frappent ces trois pays. Tout récemment, il est encore allé en Allemagne pour dénoncer les entreprises de « déstabilisation » qu’il attribue à la Russie, montrant par là qu’en dépit de ses divergences avec Trump, il reste plus que jamais le fidèle vassal des Américains. Comment s’étonner, là encore, qu’on ne le prenne au sérieux ni à Moscou ni à Washington ni à Pékin ?

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier.  8.2kÉTIQUETTESEmmanuel Macron

Alain de Benoist

Intellectuel, philosophe et politologue

https://www.bvoltaire.fr/alain-de-benoist-la-descente-aux-enfers-demmanuel-macron-est-elle-forcement-une-bonne-nouvelle-pour-marine-le-pen/

Furieux comme Dieu en France

Furieux comme Dieu en France

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   vendredi 27 décembre 2019

   Forum

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Furieux comme Dieu en France

27 décembre 2019 –  L’autre jour (tiens, ce devait être le 23 décembre), je regardais mon réseau favori, – LCI et ses audacieux aventuriers, meilleur des réseaux pour ressentir ce qu’il en est de l’état d’esprit de nos élites, de nos zombieSystème ; donc, suivant LCI, il y était une fois de plus question de la question de la retraite et des retraites. Il y avait Serge Rafi, de L’Obs, le socialiste-PS Kalfon, Anne-Elizabeth Moutet, du Daily Telegraph, absolument parisiannisée, l’impayable Bernard Guetta devenu député européen du Macron’s Band. Ils étaient tous là, discutant retraite, humeurs françaises, feuille de route et éléments de langage, avec Guetta dans ses petits souliers, très inhabituel chez lui, parce que représentant le Macron’s Banddont tout le monde à la fois se gaussait et disait pis que pendre quant à sa maladresse pleine de fausses notes vis-à-vis du bon peuple.

Mais surtout, vous me croirez ou pas (croyez-moi, c’est plus simple et plus court), il y avait une masse pesante, un poids considérable qui les écrasait tous. Tous plus ou moins, une fois crié “Haro” sur le macroniste de service (l’indicible Guetta), tous avaient en commun un air catastrophé, une expression d’impuissance, confusion et anxiété mêlées, justement peinant sous cette masse qui les écrasait… En même temps s’égrenaient les signes de l’incompréhensible soutien dont bénéficiaient les grévistes qui, en faisant grève, rendaient si pénible la vue des quidams ; et pourtant non, cagnottes, sondages, etc., tout dans le public tendait à leur être plutôt favorable, et cela aussi était un grand motif d’angoisse et d’incompréhension des débatteurs autour de la table.

Bien sûr, je prends un exemple, je pourrais en prendre dix, cinquante, que mon sentiment et mon commentaire seraient semblables.

Mais ce dont je ne reviens pas et qui me met dans de grandes et graves incertitudes, c’est essentiellement ce contraste qui devrait à chaque seconde soulever toutes les interrogations du monde à propos de ce dont ils débattent… Contraste entre, d’une part, l’incroyable et complexe technicité que prend souvent et nécessairement ce débat sur les retraites, dans une tournure qui devrait m’en détourner à jamais ;et d’autre part, pourtant et en même temps, cette façon faite pour me fasciner dont ce même débat exsude une angoisse presque palpable chez les intervenants, qui ne concerne certainement pas les seules retraites mais un climat général, non seulement du pays, mais de l’époque et du monde. Cela vient par bribes furieuses, par éclairs éblouissants, au sortir d’un échange épuisant sur les points et les âges-pivots, soudain une remarque sur ce désordre, cette marée sans fin de la colère, cet entêtement dans la bataille de chaque instant !

Dans une autre occurrence voici ces deux débatteurs adversaires-complices, avec l’un qui tente de séparer sinon d’opposer Gilets-Jaunes et grévistes, parce que “les Gilets-Jaunes se révoltaient pour pouvoir travailler tandis que les grévistes se révoltent en arrêtant de travailler” ; et son interlocuteur de lui répondre, un peu gênés de devoir le contredire parce qu’au fond les deux sont dans la même galère des élites : “Bien sûr, vous avez raisons, mais vous savez bien que l’important c’est la révolte”… Et le premier, piteux, en convint.

Exactement, tout ce qui flotte dans l’air du temps est là pour nous le suggérer et nous en convaincre ; on le sent sans trop en dire, on le clame ou bien l’on n’en parle pas sans songer un instant à dire non, c’est selon, mais la chose est là, qui ne se déprend de rien. C’est  le Sapir  de « l’Acte II de la colère sociale », d’une « immense colère sociale[montant] des tréfonds du pays, bien au-delà de la question des retraites». C’est d’une telle évidence que toutes les réflexions, toutes les tournures, toutes les humeurs évoluent “sous influence”, sous l’influence de cette terrible humeur du monde qui se débat furieusement. Nul ne peut dire où cela mènera, ni même d’ailleurs d’où cela vient précisément car l’on vous démontrerait aisément que, même si  Dieu n’est plus si heureux en France, les Français, eux, par comparaison avec d’autres bien plus malheureux, devraient l’être.

Mais balivernes que tout cela ! L’humeur subsiste, et avec elle le poids énorme qui écrase ces malheureuses épaules de nos commentateurs-débatteurs, qui contraignent ces esprits zombifiés-élites et habitués à chanter le bonheur du temps présent qu’il ne faut surtout pas changer, et qui sont poussés dans leurs tout-derniers retranchements : “Eh oui, on en revient à la même sempiternelle question : d’où vient cette colère ? Où nous mène-t-elle ? Quand s’arrêtera-t-elle ? Que signifie-t-elle ? Quo Vadis ?”

On ne parvient même plus à désigner un coupable. Certes, les Macron’s Boyssont mauvais comme des cochons, mais les autres ne valent guère mieux, à droite, au centre-extrême, en arrière et en avant, à gauche toute, partout le navire tangue et rebondit de récif en récif sans que personne ne parvienne à jeter l’ancre. Cela est dit, ce n’est pas ici même, dans la France où Dieu était si heureux d’être, que l’on trouvera une réponse. D’ailleurs, ceux qui ont l’idée originale de regarder comment se porte le reste du monde après avoir grogné que la France est incapable de faire comme tout le monde et d’être heureuse avec l’hyper-purge postmoderne du Système, finissent par découvrir que Dieu n’est pas plus heureux ailleurs qu’en France, et que c’est même pire, que c’est la Terre entière, le cosmos qui grogne de fureur, qui fume de rage, qui hurle de dépit, qui ne se supporte plus, qui n’y comprend plus rien.

2020, dit-on, sera un grand millésime. Qu’est-ce qu’on en sait donc ! Rien, sauf que les dieux m’ont dit, – on a les sources qu’on peut, – que “le Patron”, Là-Haut, n’en avait pas fini avec nous. C’est le grand déballage, la mise en plat, l’audit universel. On a été un peu trop loin, une histoire de “ligne rouge à ne pas dépasser”, vous voyez ? On a perdu la trace de cette ligne marquée dans le feu grondant de l’histoire à partir de laquelle il importe de ne plus aller trop loin.

Ainsi les choses rentrent-elles dans l’ordre de la métahistoire. Les événements vus de cette façon, la France est à sa place et tient son rang. Sa catastrophe intérieure, son chaos sans fin, ses hoquets de fureur et de désordre, tout cela autant de signes du Ciel. Dieu n’est plus heureux en France, désormais Dieu est furieux en France.

https://www.dedefensa.org/article/furieux-comme-dieu-en-france