Archives pour la catégorie Or

Pourquoi Trump vient-il de déclencher une nouvelle crise financière ?

Pourquoi Trump vient-il de déclencher une nouvelle crise financière ?


Par Dan Glazebrook – Le 17 août 2018 – Source RT

L’attaque de Trump contre la livre turque, combinée aux récentes mesures de la Réserve fédérale pour réduire drastiquement l’offre de dollars, entraînent le monde vers une crise monétaire identique à celle de 1997. C’est peut-être exactement le but recherché.

Vendredi dernier, Donald Trump a annoncé de nouvelles sanctions contre la Turquie, notamment le doublement des droits de douane sur l’acier et l’aluminium qu’il avait introduits plus tôt cette année. La monnaie turque était déjà en difficulté, mais ces nouvelles sanctions « sont la goutte qui fait déborder le vase », selon Edward Park de la société de gestion britannique Brooks Macdonald.

Le même jour, la livre turque est tombée à plus de 6 face au dollar, pour la première fois, atteignant un nouveau bas historique de 7,21 par rapport au dollar, dimanche. Après que la Turquie a mis des plafonds aux swaps de devises, la livre a repris un peu de sa valeur perdue, et elle s’échangeait à 6,12 mercredi, toujours bien en dessous des 4,75 pour un dollar qu’elle valait la semaine dernière.

La réaction turque a eu un certain effet, mais ça ne suffira pas : interdire simplement le commerce de la livre au-dessus d’un certain niveau, comme la Turquie a fait, n’est guère un moyen pérenne de revaloriser la monnaie ; et selon le Financial Times, les investisseurs « continuent d’augmenter leurs paris contre la Turquie à travers d’autres moyens, comme les swaps de défaut qui garantissent le paiement de la dette en cas de défaut ». Les actions des banques turques sont aujourd’hui à leur plus bas niveau depuis 2003.

La vulnérabilité de la monnaie vient surtout du fait que le pays a d’énormes dettes en dollars. Les entreprises turques doivent aujourd’hui près de 300 milliards de dollars de dettes libellées en devises, un chiffre qui représente plus de la moitié de son PIB. Comment cela s’est-il produit et pourquoi cela est-il soudainement devenu un problème ?

Pendant l’ère de l’assouplissement quantitatif (QE), la Réserve fédérale américaine a inondé les institutions financières américaines avec 3 500 milliards  de nouveaux dollars, dont une grande partie a afflué sur les marchés dits « émergents » comme la Turquie. Tant que l’orchestre jouait, tout allait bien – des taux d’intérêt presque nuls, combinés à la faiblesse du dollar, rendaient ces dettes abordables. Mais depuis que la Réserve fédérale a mis fin à son programme d’assouplissement quantitatif l’an dernier – et qu’elle a ensuite commencé à l’inverser en vendant les actifs financiers qu’elle avait achetés (et donc en retirant des dollars du système financier) – la valeur du dollar a recommencé à augmenter, ce qui augmente de prix de la dette.

Cette appréciation du dollar a été aggravée par deux hausses successives des taux d’intérêt de la Réserve ; mais elle a également été aggravée par les décisions de Trump. Paradoxalement, les guerres commerciales de Trump ont conduit à une nouvelle hausse du dollar, car les investisseurs ont considéré ce dernier comme un « refuge » par rapport à d’autres monnaies jugées moins capables de résister aux turbulences aléatoires qu’il a déclenchées. Même le yen et le franc suisse, traditionnellement considérés comme « aussi solides que l’or », se sont affaiblis face au dollar, comme d’ailleurs face à l’or lui-même.

Comme l’a dit Aly-Khan Satchu, fondateur et PDG de Rich Management, « le dollar américain a été transformé en arme – soit délibérément, soit à dessein » (y a-t-il une différence ?), ajoutant que d’autres pays subiront le même traitement « s’ils s’entêtent dans la même politique qu’Erdogan ».

Ainsi, le coup porté par les États-Unis à la Turquie est quadruple – hausses de taux d’intérêt et tarissement des dollars de la Fed ; tarifs douaniers et sanctions de Trump. Il en résulte une perte de près de 40 % de la valeur de la livre depuis le début de l’année.

Les effets se font déjà sentir bien au-delà des frontières de la Turquie ; le rand sud-africain est tombé, lundi, à son plus bas niveau depuis deux ans, et la roupie indienne, le peso mexicain et la roupie indonésienne ont tous été durement touchés. Cela n’est pas surprenant, car le gonflement de la dette libellée en dollars – de 2 000 milliards de dollars il y a 15 ans à 9 000 milliards aujourd’hui, en grande partie par les pays du Sud – combiné à l’inversion de l’assouplissement quantitatif, sont les ingrédients d’une crise qui ne demande qu’à éclater. Toutes les conditions qui avaient précédé la crise monétaire de 1997 en Asie de l’est sont désormais réunies. Il ne manquait qu’un petit coup de pouce – et Trump vient de le donner.

Tout cela est expliqué dans tous les manuels d’économie, ou plutôt ça devrait l’être si les manuels reflétaient la réalité (ce qui est loin d’être le cas). Les dix dernières années sont pratiquement le replay exact de la décennie qui a précédé la crise de 1997. Si la dévaluation du dollar de les Accords du Plaza de 1985 n’était pas exactement de l’assouplissement quantitatif, elle avait le même but et les mêmes résultats – un flot d’argent et de dettes en dollars bon marché, et donc une dépendance et une vulnérabilité mondiales croissantes au dollar et à la politique monétaire et économique des États-Unis.

Cette vulnérabilité a ensuite été effectivement « encaissée » lorsque les Accords du  Plaza a été « inversé », 10 ans plus tard [par les Accords du Louvre, NdT], un renversement qui à l’instar du renversement actuel de l’assouplissement quantitatif, étrangle le crédit et fait monter les taux d’intérêt, rendant les marchés plus instables et les faillites plus probables.

Le déclencheur a finalement été l’effondrement du baht – la monnaie d’un pays (la Thaïlande) qui avait un PIB deux fois moins élevé que celui de la Turquie – qui a provoqué une crise qui s’est étendue à toute l’Asie, sabotant le développement du continent et permettant aux entreprises américaines d’acheter certaines des usines industrielles les plus avancées du monde pour une fraction de leur valeur.

Il n’est donc pas difficile de comprendre pourquoi Trump et la Fed pourraient vouloir déclencher une telle crise aujourd’hui. Plus les monnaies des pays endettés en dollars dégringolent, plus ils doivent céder de biens et de services réels aux États-Unis pour payer les intérêts de leurs dettes en papier-dollars aux États-Unis – et ceux qui ne peuvent pas suivre seront avalés pour trois sous.

Cependant, au-delà du profit purement économique, il y a aussi l’impératif géopolitique de maintenir et d’étendre la domination américaine en écrasant ses rivaux. Trump ne fait rien d’autre, après tout, que d’utiliser toute la puissance dont il dispose pour détruire ses adversaires. Mettre les pays les uns après les autres au bord de la faillite – et donc à la merci du FMI – est un moyen de transformer la dépendance à l’égard du dollar accumulée au cours de la dernière décennie en pouvoir pur et dur.

On peut facilement imaginer ce que les États-Unis pourraient exiger en échange de leur soutien pour obtenir le renflouement du FMI – mettre fin aux importations de pétrole en provenance de l’Iran, cesser de participer à la Route de la soie chinoise… le potentiel est énorme. On entend déjà des menaces directes contre la Turquie pour qu’elle fasse « ce qu’elle doit faire » pour « rassurer les marchés » – le Times de mardi, par exemple, exige que « Erdogan mette fin à son différend avec l’Occident s’il veut éviter une crise plus profonde… sa ligne de conduite devrait être claire : il devrait relever les taux d’intérêt [c’est-à-dire promettre aux spéculateurs internationaux des coupes plus importantes dans l’économie turque], tenir compte des économistes compétents, garantir explicitement l’indépendance de la banque centrale [c’est-à-dire la soustraire au contrôle démocratique], et se réconcilier avec le président Trump » – car, après tout, « le soutien des États-Unis sera nécessaire si le FMI ou la Banque mondiale doit intervenir ».

En effet, c’est là qu’on voit toute l’hypocrisie de la soi-disant opposition entre les « mondialistes » et les « nationalistes économiques » de la Maison Blanche Trump – et du pays dans son ensemble – apparaître au grand jour, une fois de plus. Lorsqu’il s’agit de pousser les pays du Sud à la faillite, leurs intérêts sont absolument les mêmes. Les communiqués de Goldman Sachs qui décrient les tarifs douaniers de Trump sont de l’enfumage, la vérité, c’est que la guerre commerciale est la cerise sur le gâteau de la politique de la Fed dont le but est d’écraser les « marchés émergents ».

Wall Street dépend précisément du type d’instabilité financière que les guerres commerciales de Trump ont déclenchée. Comme l’a noté Peter Gowan, « l’économie américaine dépend … de la reproduction constante des crises monétaires et financières internationales ». Wall Street en particulier « dépend de l’instabilité chaotique des systèmes financiers des marchés émergents ». Mais on dissimule la vraie nature de ces décisions en les drapant dans l’étendard du « nationalisme » et en les présentant comme des solutions aux pseudo-chocs de la « mondialisation ». Les pays du sud se trouvent maintenant au bord du précipice – et les « libéraux de l’establishment » et les « insurgés nationalistes » attendent en ligne le moment de les y pousser.

Dan Glazebrook est un écrivain politique indépendant dont les articles passent sur RT ; Counterpunch ; Z magazine ; le Morning Star ; le Guardian ; le New Statesman ; l’Independent et Middle East Eye, entre autres. Son premier livre, Divide and Ruin : The West’s Imperial Strategy in an Age of Crisis a été publié par Liberation Media en octobre 2013. Il contenait un recueil d’articles écrits à partir de 2009 examinant les liens entre l’effondrement économique, la montée des BRICS, la guerre contre la Libye et la Syrie et l’« austérité ». Il fait actuellement des recherches sur l’utilisation par les États-Unis et le Royaume-Uni d’escadrons de la mort à caractère sectaire contre des États indépendants et des mouvements de l’Irlande du Nord et de l’Amérique centrale dans les années 1970 et 1980 jusqu’au Moyen-Orient et à l’Afrique d’aujourd’hui.

Traduction : Dominique Muselet

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-trump-vient-il-de-declencher-une-nouvelle-crise-financiere

Publicités

Couacs balistiques et fessées financières

Chroniques du Grand jeu

Couacs balistiques et fessées financières

22 Avril 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient, #Economie, #Europe, #Etats-Unis, #Russie

Alors que les inspecteurs de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) effectuent leurs premiers prélèvements à Douma, les couacs du show médiatique américano-anglo-français commencent à émerger.

Nous avions déjà vu que les deux-tiers des missiles avaient été interceptés par la défense syrienne fortement « conseillée » par les Russes. Il appert maintenant que l’intervention française du petit Jupiterinho de l’Elysée a tourné à la farce, plusieurs projectiles n’ayant pu être lancés pour cause de bug semble-t-il. D’ici à ce qu’on nous dise que c’est encore un coup des hackers russes… En l’occurrence, on ne peut pas tout à fait l’écarter, l’ours ayant plusieurs longueurs d’avance en terme de guerre électronique. L’incident du Donald Cook en Mer noire revient invariablement à l’esprit :

Un jet russe seulement équipé d’un dispositif de brouillage électronique avait semble-t-il totalement paralysé le système de défense du bateau, notamment le coûteux et sophistiqué dispositif Aegis sensé équiper tous les navires de l’OTAN. L’on a déjà parlé à plusieurs reprises de l’avance des Russes en matière de guerre électronique, notamment lorsque leurs avions sont arrivés ni vus ni connus en Syrie, au nez et surtout à la barbe des turco-américano-saoudiens.

La marine française a-t-elle connu la même mésaventure ? Pas impossible…

Quant aux « missiles intelligents » du Donald, ils n’ont pas seulement été dans leur majorité abattus ; certains, intacts, ont été récupérés par les Russes et envoyés à Moscou pour analyse. Encore un programme multi-milliardaire du Pentagone qui n’a servi à rien ?

L’aigle US perd également des plumes dans le Grand jeu financier. Il y a un an presque jour pour jour, nous écrivions :

Une nouvelle est passée à peu près inaperçue quelques semaines avant le false flag chimique de Khan Cheikhoun. La banque centrale russe a ouvert son premier bureau à l’étranger à Pékin le 14 mars, à un moment où la Russie va pour la première fois de son histoire lancer un emprunt en yuans chinois.

Fin mars, le dragon renvoyait la pareille en ouvrant une banque de compensation à Moscou afin gérer les transactions en yuans et de créer en Russie un pool de liquidités en RMB facilitant le commerce bilatéral en monnaies nationales. Ce centre pourrait devenir un important hub financier dans le cadre de l’Union Economique Eurasienne et les nouvelles routes de la Soie chinoises.

Mais surtout, les discussions avancent sur l’établissement d’un étalon-or commun aux deux pays au moment où les monnaies occidentales deviennent chaque jour un peu plus des monnaies de singe. Il est même évoqué l’éventualité de paiements commerciaux en or !

Notons au passage une curieuse coïncidence qui se répète deux années de suite : revers financiers de l’empire riment avec false flag en Syrie. Ca doit être l’air printanier du mois d’avril…

Dans Goldfinger versus Pétrodollar, nous expliquions :

La vague de dédollarisation touche lentement mais sûrement la planète et met en péril l’empire américain. A ce titre, la lune de miel aurifère sino-russe est éclairante.

De fait, le mariage aurifère est déjà assez poussé. La Chine paye en yuans le pétrole russe qu’elle importe. Avec ces yuans, Moscou se précipite… à Shanghai pour acheter de l’or ! Circuit autarcique dont le dollar est totalement absent.

Assistera-t-on bientôt à un échange direct pétrole contre or ? Pas impossible vu ce que nous évoquions précédemment. Mais alors pourquoi Pékin continue de pousser à l’acceptation de contrats à terme sur le pétrole en yuans dans l’optique de rendre la monnaie chinoise indispensable sur le marché de l’or noir – ce que d’aucuns nomment le pétroyuan ? Peut-être bien pour embarquer les Saoudiens dans l’aventure.

Il y a sept mois, nous ajoutions :

Sterling 1931, dollar 2018 ? C’est la question que se pose ouvertement le très sérieux Daily Reckoning, faisant écho à ce que nous avons expliqué à de nombreuses reprises (…)

1971 : fin de la convertibilité du dollar en or. 1974 : « invention » du pétrodollar par Kissinger et la maison des Seoud, forçant peu ou prou le monde à acheter l’or noir avec le billet vert et permettant à l’empire US de vivre au-dessus de ses moyens.

Mais le système est maintenant en train de craquer et c’est évidemment le duo sino-russe que l’on retrouve derrière. La triade pétrole-yuan-or exclue totalement le dollar. Moscou a été la première à accepter le nouveau paradigme, suivie par les BRICS et maintenant le Venezuela. D’autres suivront, mettant fin au rôle prépondérant du dollar comme ce dernier avait mis fin à l’hégémonie de la livre sterling dans la première moitié du XXème siècle. Éternel cycle de la grandeur et de la décadence des empires…

Les manigances du facétieux duo sino-russe ont apparemment donné des idées aux autres. Après le Venezuela, l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas, la Turquie est le dernier pays en date à demander le rapatriement de son stock d’or détenu au siège de la FED américaine à New York. Signe du manque de confiance grandissant envers l’empire et sa « politique de pression financière ».

Dans le même temps, lors d’une conférence économique, le sultan s’est lâché contre l’utilisation du billet vert en des termes inhabituellement durs : « Pourquoi emprunte-t-on en dollars ? Je suggère d’utiliser l’or qui n’a jamais été un moyen d’oppression à travers l’histoire. » A bon entendeur…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2018/04/couacs-balistiques-et-fessees-financieres.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

La Banque centrale allemande lève le voile sur son or

La Banque centrale allemande lève le voile sur son or

Des lingots d’or appartenant à l’Allemagne exposés au siège de la « Bundesbank » à Francfort? le 10 avril 2018 / © AFP/Archives / Daniel ROLAND

Un métal qui continue de « fasciner »: une exposition à la Banque fédérale allemande lève le voile sur ses colossales réserves d’or et entend montrer aux sceptiques que les lingots allemands, fraîchement rapatriés de l’étranger, sont une réalité.

Première économie européenne, championne des exportations, l’Allemagne possède également les plus grandes réserves d’or au monde derrière les Etats-Unis: 3.400 tonnes de métal jaune, l’équivalent de 117 milliards d’euros.

Pourtant, pendant des décennies, la majeure partie des précieux lingots ne se trouvait pas sur le sol allemand, mais dans des banques à New York, Londres ou Paris.

La raison? La crainte, en pleine Guerre froide, que l’Union soviétique n’envahisse ce qui était alors l’Allemagne de l’Ouest et ne mette la main sur l’or allemand.

Mais la pression grandissante du public a incité la « Bundesbank » ou « BuBa », basée à Francfort, à rapatrier l’an passé la moitié de son or placé à la Réserve fédérale américaine, la Banque d’Angleterre et la Banque de France.

Désormais, les lingots sont au sous-sol de l’institution francfortoise, dans un endroit secret. Seuls huit lingots sont exhibés dans son Musée de l’argent, dans le cadre de l’exposition « Or. Des trésors dans la Banque centrale allemande », présentée du 11 avril au 30 septembre 2018.

– « Ramenez l’argent! » –

« Nous faisons cela pour montrer aux citoyens que les lingots d’or sont là », explique Carl-Ludwig Thiele, membre du directoire de la « BuBa », à côté des lingots de 12 kg exposés dans des vitrines.

« Nous voulons qu’il y ait de la confiance dans la Banque fédérale et dans (ses) réserves » d’or. Et cela ne peut se gagner qu’avec de la transparence », poursuit-il.

Officiellement, la Banque justifie le rapatriement de son or par l’évolution du contexte géopolitique. Mais pour les observateurs, le véritable aiguillon se situe plutôt du côté des politiques et du public, certains ayant demandé si l’or existait bel et bien.

La grogne a été particulièrement audible pendant la crise de la dette dans la zone euro, qui a incité les investisseurs à se replier sur des valeurs refuge comme l’or.

La demande d’informations sur les réserves était alors si forte que « certains se sont demandé si les réserves en Allemagne et à l’étranger étaient réelles », se souvient M. Thiele.

Exemple: la campagne « Ramenez notre argent à la maison », lancée par l’eurosceptique Peter Boehringer, désormais député du parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD), qui a inondé la Bundesbank de lettres et de pétitions.

Sous la pression, la Bundesbank a dévoilé en 2013 un plan visant à rapatrier la moitié de ses 270.000 lingots.

Sage décision, estime Bernhard Löderbusch, 63 ans, l’un des visiteurs de l’exposition. « Si vous possédez quelque chose, vous devriez l’avoir à la maison, il suffit qu’un conflit éclate à l’étranger et que vous ne sachiez pas que l’or est parti… », professe cet ancien banquier.

– « Fascinant » –

Aujourd’hui, 1.710 tonnes d’or sont conservées à Francfort, un peu plus de 1.200 tonnes à New York et environ 430 à Londres.

Les stocks qui étaient entreposés à Paris ont été entièrement rapatriés l’an dernier, la « BuBa » estimant que, puisque la France et l’Allemagne partagent l’euro, conserver l’or en France n’aurait aucun intérêt dans l’hypothèse d’une crise nécessitant de convertir rapidement le métal en liquidités.

Garder de l’or à l’étranger reste toutefois pertinent: la Fed américaine est la première réserve de monnaie et Londres, le premier centre mondial de commerce de l’or.

Après sa défaite de 1945, l’Allemagne, ruinée, n’avait plus d’or. Mais elle a su accumuler son trésor dans les années du « miracle économique ».

Et si l’or n’est plus aussi vital pour le système financier, il reste une « sphère de sécurité » ultime en période d’incertitude, soutient la Bundesbank.

Pour les Allemands, encore marqués par l’hyperinflation de la République de Weimar dans les années 1920, qui a précédé l’arrivée des nazis, le caractère tangible de l’or est la clé de son attrait.

Il « incarne tout: l’argent, le pouvoir, la cupidité, ce pour quoi les gens ont été tués et les guerres menées… L’or est fascinant », philosophe M. Löderbusch.

(©AFP / 22 avril 2018 09h10)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-La-Banque-centrale-allemande-leve-le-voile-sur-son-or/910989.rom

 

Le glas sonne pour l’euro…

Le glas sonne pour l’euro…


… alors que de plus en plus de pays européens rapatrient leur or, selon un expert à Russia Today


Death knell tolls for the euro as more European nations repatriate gold – expert to RT
© Michael Buholzer / Reuters

2015-08-11_11h11_54Par Russia Today – Le 24 mars 2018 – Source Russia Today

La récente tendance des pays européens à rapatrier leurs réserves d’or a soulevé des inquiétudes à Bruxelles. RT a parlé à Claudio Grass de Precious Metal Advisory, en Suisse, pour comprendre ce qui se cache derrière cette tendance.

Selon Grass, le processus signifie la désintégration, qui vient habituellement avec l’instabilité, l’agitation, et plus d’intervention et de contrôle gouvernemental.

« Les banques centrales ont commencé le rapatriement il y a déjà quelques années, c’est-à-dire avant le Brexit, la Catalogne, Trump, l’AFD ou les tensions croissantes entre le Politburo de Bruxelles et les pays d’Europe de l’Est »,  dit-il.

© Tamara Abdul Hadi
Une crise économique imminente? La Hongrie dernier pays à rapatrier l’or © Tamara Abdul Hadi

Grass a expliqué que ce sont tous des symptômes évidents aujourd’hui et « par conséquent, les banques centrales pourraient avoir vu cela venir bien avant que le public ne s’en rende compte ».

Il a dit qu’il est raisonnable de prétendre que le monde s’éloigne d’un système centralisé.

« Si nous suivons cette tendance, il devrait être évident que la prochaine étape sera une rupture en unités plus petites que les États-nations. Avec une telle fragmentation géopolitique vient aussi la décentralisation du pouvoir. »

Les analystes ont souligné que les pays de l’UE considèrent l’or comme une assurance au cas où ils finiraient par revenir à leurs monnaies nationales. Selon Grass, seul un imbécile croit que l’on peut créer de la richesse à partir de rien, et l’utiliser comme base pour un système durable.

« Notre système est basé sur 7% de billets papier et 93% d’écritures numériques soutenues par rien d’autre que la promesse de la banque centrale de rembourser la dette à l’avenir par l’inflation et la fiscalité. »

Il a expliqué que dans le monde occidental, le gouvernement oblige les gens à abandonner entre 35% et 65% de leurs revenus pour les mettre dans des véhicules obligatoires tels que les fonds de pension, l’assurance retraite, les impôts, etc.

« Si vous enlevez 100% des fruits du travail d’une personne, c’est défini comme de l’esclavage… Donc, il y a encore de la marge mais ça ne semble pas bien non plus. »

Grass a ajouté que « la désintégration accélérée de la zone euro et l’apparition de partis nationalistes et de droite qui ont une politique claire, va à l’encontre de l’UE ».

« C’est juste une question de temps avant que l’euro, la devise la plus artificielle jamais créée, ne  s’effondre », a t-il conclu.

Russia Today

Traduit par jj, relu par xxx pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-glas-sonne-pour-leuro

 

Pétrodollar : changement de donne…

Pétrodollar : changement de donne…


Le marché à terme du pétroyuan ouvre ses portes aujourd’hui. Dix milliards de yuans négociés dés la première heure.


china-vs-us


Profile picture for user Tyler DurdenPar Tyler Durden – Le 26 mars 2018 – Source ZeroHedge

Après la préparation et toutes les attentes, les pom-pom girls et les prédictions d’apocalypse, les contrats à terme sur le pétrole brut – INE Crude Oil Futures – libellés en yuan chinois, ont commencé à se négocier ce soir à Shanghai, et cela semble bien démarrer avec plus de 10 milliards de yuans négociés dans la première heure.

Jusqu’à présent, il a bien accompagné les contrats à terme WTI (en $US), se négociant avec une prime d’environ 2 dollars par rapport WTI (en dollars US).

2018-03-25_18-54-50
Graphique comparatif des cotations du WTI ($US) et du INE (Yuan)

Plus de 23 000 contrats ont été négociés au cours de la première heure pour un volume de négociation théorique de plus de 10 milliards de yuans, soit plus de 1,5 milliard de dollars… ce qui indique une demande importante.

Le Offshore Yuan évolue en phase avec les contrats à terme pétroyuan – le WTI ayant tendance à suivre le $US.

2018-03-25_19-12-58

Comme nous l’avons noté assez récemment, après de nombreux faux départs au cours de la dernière décennie, le pétroyuan est maintenant en place et la Chine va tenter de défier le pétrodollar pour la suprématie. Adam Levinson, directeur associé en charge des investissements chez Graticule Asset Management Asia (GAMA), a déjà averti, l’année dernière, que le lancement par la Chine d’un contrat à terme sur le pétrole en yuan allait choquer les investisseurs qui n’y ont pas prêté attention.

Cela pourrait être un coup mortel pour un dollar américain déjà affaibli, et la hausse du yuan comme devise mondiale dominante.

Mais ce n’est pas seulement un nouveau « feu de paille » dans les infos d’actualité qui va tourner court dans quelques jours.

Un avertissement pour les investisseurs depuis 2015

Retour en 2015, lors de la première des nombreuses attaques de la Chine contre le pétrodollar. Gazprom Neft, le troisième producteur de pétrole en Russie, a décidé de s’éloigner du dollar au profit du yuan et d’autres devises asiatiques.

L’Iran a emboîté le pas la même année, utilisant le yuan et une foule d’autres devises pour le commerce, y compris son pétrole.

Au cours de la même année, la Chine a également développé sa Route de la soie, tandis que le yuan commençait à établir une plus grande domination sur les marchés européens.

Mais le pétrodollar américain avait encore une chance de se battre en 2015 parce que les importations de pétrole de la Chine étaient erratiques. À l’époque, Nick Cunningham de OilPrice.com a écrit :

Bien que comptant pour une grande part dans la croissance mondiale de la demande au XXIe siècle, les importations de pétrole de la Chine ont été assez erratiques au cours des derniers mois. En avril, la Chine a importé 7,4 millions de barils par jour, un record, et assez pour en faire le plus grand importateur de pétrole au monde. Mais un mois plus tard, les importations ont chuté à 5,5 millions de barils par jour.

Ce problème a depuis disparu, signalant la montée de la Chine vers la domination du pétrole…

La pente glissante vers le petroyuan commence ici

Le pétrodollar est soutenu par les bons du Trésor, de sorte qu’il peut aider à alimenter les dépenses déficitaires des États-Unis. Supprimez ce mécanisme, et les États-Unis sont en difficulté.

On dirait que le moment est venu…

Un coup mortel qui a commencé en 2015 et a de nouveau frappé en 2017 quand la Chine est devenue le premier consommateur mondial de brut importé…

petroyuan-1024x587

Maintenant que la Chine est le premier consommateur mondial de pétrole, Beijing peut exercer un réel pouvoir sur l’Arabie saoudite pour payer le brut en yuan. On soupçonne que c’est ce qui motive les autorités chinoises à faire un effort important pour renégocier leur accord commercial.

Donc, pour en revenir à aujourd’hui, le coup final au pétrodollar pourrait bien avoir été asséné. Nous avions laissé entendre cette possibilité dès septembre 2017


… Les grands exportateurs de pétrole ayant enfin un moyen viable de contourner le système des pétrodollars, l’économie américaine pourrait bientôt se trouver dans des eaux gravement perturbées.

Tout d’abord, la valeur du dollar dépend massivement de son utilisation en tant que moyen de règlement du pétrole. Lorsque cela disparaîtra, nous assisterons probablement à une baisse forte et régulière de la valeur du dollar.

Quand les marchés pétroliers seront à la hausse, le yuan aura la possibilité de devenir la monnaie mondiale dominante dans son ensemble. Cela va encore affaiblir le dollar.

La chute du pétrodollar pourrait être un ascenseur pour l’or

Parmi tous les problèmes à venir pour le dollar, il y a aussi de bonnes nouvelles. Les États-Unis ont peut-être abandonné l’étalon-or dans les années 1970, mais avec l’or qui fait un retour à la première page des médias… nous pourrions voir une résurgence.

Pour la première fois depuis que notre nation a abandonné l’étalon-or il y a des décennies, l’or physique est réintroduit dans le système monétaire mondial de façon massive. Rien que cela est une incroyablement bonne nouvelle pour les propriétaires d’or.

La réintroduction de l’or dans l’économie mondiale pourrait entraîner une hausse notable de son prix. Il est raisonnable de supposer que les exportateurs sont plus susceptibles de choisir un instrument financier adossé à l’or plutôt qu’un instrument [le dollar] créé à partir de rien, selon les besoins du moment.

Bientôt, nous pourrons voir de plus en plus de nations prendre le train en marche, ce qui entraînera une hausse substantielle du prix de l’or.

Tyler Durden

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/petrodollar-changement-de-donne

 

La Chine à quelques jours de détrôner le pétrodollar ?

La Chine à quelques jours de détrôner le pétrodollar ?


Nick GiambrunoPar  Nick Giambruno – Le 22 mars 2018 – Source International Man

Il n’y a pas longtemps, circulait en Chine une blague populaire qui disait quelque chose comme « Qui est Xi Jinping ? ».

China Is Days Away From Killing the Petrodollar

La réponse était, « Le mari de Peng Liyuan » la célèbre chanteuse.

Aujourd’hui, Xi est président de la Chine. Il dirige 1,4 milliard de personnes. Et il sera probablement bientôt la personne la plus puissante du monde.

Comme je l’ai mentionné mercredi dernier, les nouveaux droits de douane de Trump pour l’acier et l’aluminium font partie d’une bataille plus vaste et florissante entre les États-Unis et la Chine.

La Chine rattrape rapidement les États-Unis en tant que puissance mondiale dominante. Ce changement est inévitable. L’économie de la Chine sera deux fois plus importante que l’économie américaine d’ici 2030.

Cela laisse les États-Unis avec des options limitées…

  • Lever le pied et laisser la Chine les remplacer comme pays le plus puissant du monde ;
  • Déclencher une guerre militaire ;
  • Amplifier la bataille commerciale actuelle jusqu’à une guerre économique totale contre la Chine.

Je pense qu’une guerre économique à part entière est l’option la plus probable. Sous le président Trump, c’est presque certain.

Cela dit, l’administration Trump semble sous-estimer la position de la Chine à court et à long terme.

Pendant des décennies, les États-Unis ont été en mesure d’exclure pratiquement n’importe quel pays du commerce international. À l’heure actuelle, si un pays veut faire du commerce avec un autre pays, il doit d’abord avoir l’autorisation des États-Unis.

C’est parce que – pour un peu de temps encore – le dollar américain est la monnaie la plus importante du monde et que l’US Navy domine également les océans du monde, contrôlant la plupart des voies maritimes importantes.

Mais la Chine est en train de construire un nouveau système international qui la laissera finalement, elle et ses partenaires commerciaux, contourner totalement les États-Unis.

Et, comme je l’expliquerai plus loin, un événement clé est prévu pour le 26 mars…

Le plus grand projet d’infrastructure de l’histoire

La nouvelle route de la soie est la pièce maîtresse du nouveau plan chinois.

Au cours des prochains mois et des prochaines années, il comprendra des lignes ferroviaires à grande vitesse, des autoroutes modernes, des câbles à fibres optiques, des pipelines, des ports maritimes et des aéroports. Il reliera les rivages atlantiques de l’Europe aux côtes pacifiques de l’Asie.

La Chine s’attend à ce que sa nouvelle route de la soie soit pleinement opérationnelle d’ici 2025.

C’est le plus grand projet d’infrastructure de l’histoire. Le but est de complètement redessiner la carte économique mondiale. Si elle réussit – et ce sera probablement le cas – la Chine dominera l’Eurasie.

Le président Xi a annoncé le plan de 1 400 milliards de dollars à la fin de 2013. Quand cela sera fait, un train quittant Beijing pourra arriver à Londres en seulement deux jours.

Gardez à l’esprit que les Chinois sont des planificateurs à long terme très prudents . Quand ils prennent une décision stratégique de cette ampleur, ils s’engagent totalement.

Prenez leur réseau routier, par exemple. Entre 1996 et 2016, la Chine a construit 3,2 millions de km de route, dont 130 000 km d’autoroute. En seulement 20 ans, elle  a construit beaucoup plus d’autoroutes que les États-Unis dans toute leur existence.

En d’autres termes, les Chinois font avancer les choses. Ils ont la puissance politique – avec les ressources financières, technologiques et physiques – pour faire de la nouvelle route de la soie une réalité. Avec la volonté du président Xi à la barre, je ne doute pas qu’ils s’en tireront.

Dans peu de temps, la nouvelle route de la soie aidera la Chine à détrôner les États-Unis en tant que puissance mondiale dominante et à renverser totalement le paradigme géopolitique.

Mais avant que cela ne se produise – dans les deux prochaines semaines, en réalité – la Chine offrira à tous ceux qui achètent ou vendent du pétrole un moyen de se retirer du système monétaire mondial dominé par les États-Unis.

Pourquoi le dollar est différent du peso

La plupart des investisseurs savent que le pétrole est le marché des matières premières le plus important et le plus stratégique au monde. Comme vous pouvez le voir dans le tableau ci-dessous, il éclipse tous les autres grands marchés de matières premières combinés.

Tous les pays ont besoin de pétrole. Et, pour quelques temps encore, ils ont besoin de dollars américains pour l’acheter. C’est une raison très convaincante de détenir d’importantes réserves en dollars.

C’est l’essence même du système des pétrodollars, qui a soutenu le rôle du dollar des États-Unis en tant que monnaie de réserve mondiale depuis le début des années 1970.

À l’heure actuelle, si l’Italie veut acheter du pétrole au Koweït, elle doit d’abord acheter des dollars américains [et payer aux banques les taxes et commissions afférentes, constituant un enrichissement sans cause, NdT] sur le marché des changes pour payer le pétrole.

Cela crée un énorme marché artificiel pour le dollar américain.

C’est en partie ce qui sépare le dollar américain d’une monnaie purement locale, comme le peso mexicain.

Le dollar n’est qu’un intermédiaire. Mais il est utilisé dans d’innombrables transactions, cela représente des milliards de dollars qui n’ont rien à voir avec les produits et services américains.

Le marché pétrolier est si énorme qu’il sert de référence pour le commerce international. Si les pays étrangers utilisent déjà des dollars pour le pétrole, il est aussi plus facile d’utiliser des dollars pour d’autres échanges internationaux.

En plus de presque toutes les ventes de pétrole, le dollar américain est utilisé pour environ 80% de toutes les transactions internationales.

Cela donne aux États-Unis un levier géopolitique incomparable. Ils peuvent sanctionner ou exclure pratiquement n’importe quel pays du système financier basé sur le dollar américain en un clic de souris. Par extension, ils peuvent également isoler n’importe quel pays de la grande majorité du commerce international.

Le système de pétrodollars est la raison pour laquelle les individus et les entreprises du monde entier achètent des dollars américains. Les pays ont eu peu de choix à ce sujet, jusqu’à maintenant …

La « Golden Alternative » de la Chine

La Chine ne veut pas dépendre à ce point de son principal adversaire. C’est le plus grand pays importateur de pétrole au monde. Et elle ne veut pas acheter tout ce pétrole avec des dollars américains.

C’est pourquoi la Chine inaugure une autre façon d’acheter du pétrole. Pour la première fois, il sera possible d’échanger à grande échelle du pétrole pour de l’or.

J’appelle ce nouveau mécanisme « Golden Alternative » de la Chine au pétrodollar. Il sera mis en ligne le 26 mars.

En fin de compte, je pense que l’histoire verra la Golden Alternative comme le catalyseur qui a tué le pétrodollar.

Voici comment cela fonctionne… La Shanghai International Energy Exchange introduit un contrat à terme sur le pétrole brut libellé en yuan chinois. Il permet aux producteurs de pétrole de vendre leur pétrole contre le yuan.

Par ailleurs, la Chine sait que la plupart des producteurs de pétrole ne veulent pas conserver une importante réserve de yuan. Ainsi, ces derniers seront en mesure de le convertir efficacement en or physique par le biais des marchés de l’or à Shanghai et à Hong Kong.

À partir du 26 mars, les pays du monde entier auront un moyen réel et viable de se retirer du système pétrodollar. Maintenant, il est temps de vous positionner pour en tirer profit.

Le prix de l’or va s’envoler

Avec la Golden Alternative de la Chine, beaucoup d’argent du pétrole affluera vers le yuan et l’or à la place du dollar et des bons du Trésor US.

Je pense que le prix de l’or va monter en flèche.

La Chine importe environ 8,5 millions de barils de pétrole par jour. Ce chiffre devrait augmenter d’au moins 10% par an.

À l’heure actuelle, le pétrole tourne autour de $60 dollars le baril. Cela signifie que la Chine dépense environ $510 millions par jour pour son pétrole.

L’or est actuellement coté à environ $1 300 dollars. Cela signifie que la Chine importe chaque jour pour plus de 390 000 onces d’or.

Si nous supposons que seulement la moitié des importations de pétrole chinois sera bientôt achetée en or, cela se traduira par une augmentation de la demande de plus de 70 millions d’onces par an – plus de 55% de la production mondiale annuelle.

Bien sûr, la Chine ne sera pas le seul pays à utiliser la Golden Alternative. Tout le monde pourra le faire.

L’augmentation de la demande d’or va choquer le marché. Comme le pétrodollar meurt, l’or sera remonetisé… et la Chine poussera un peu plus les États-Unis vers la touche.

Nick Giambruno

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-chine-a-quelques-jours-de-detroner-le-petrodollar

 

L’étrange chute du dollar. Qu’est-ce que cela signifie pour l’or ?

L’étrange chute du dollar. Qu’est-ce que cela signifie pour l’or ?


Par Brandon Smith – Le 13 janvier 2017 – Source alt-market.com


Des milliards de dollars de stimulus incontrôlés injectés par les banques centrales et des années de taux d’intérêt artificiellement bas ont empoisonné tous les aspects de notre système financier. Rien ne fonctionne plus comme avant. En fait, de nombreux marchés évoluent exactement de la même façon qu’avant le début de la crise de la dette en 2008. L’exemple le plus évident a été celui des actions, qui ont connu un formidable marché haussier malgré toutes ces données fondamentales contraires à une économie saine.
Avec un approvisionnement sans fin en monnaie fiduciaire bon marché par la Réserve fédérale (et les autres grandes banques centrales), ainsi que des prêts au jour le jour à taux zéro, le monde économique se demandait où tout cet argent coulait. Ce n’était certainement pas dans les poches du citoyen moyen. Au lieu de cela, nous constatons que les vrais bénéficiaires du soutien de la banque centrale ont été les méga-riches, car l’écart de richesse s’élargit au-delà de toute raison. En outre, il est clair que la relance de la banque centrale est la principale responsable derrière ce rally magique des actions qui semble être invincible.

Pour illustrer cette corrélation, on peut comparer la hausse du bilan de la Fed à la hausse du S & P 500 et voir qu’ils correspondent presque exactement. Coïncidence ? Je crois que non…

FedBalanceS&P

Un autre facteur de marché agissant étrangement qui est passé inaperçu pour beaucoup, c’est le dollar-index (DXY). Après la crise financière mondiale de 2008, la valeur du dollar par rapport aux autres devises a initialement évolué de manière plutôt prévisible ; s’effondrant face à des plans de sauvetage et de relance sans précédent de la part de la Fed, qui exigeaient une création illimitée de monnaie fiduciaire à partir de rien. Naturellement, les matières premières ont répondu pour combler ce vide afin de protéger la richesse par une explosion de leur prix. Les marchés du pétrole en particulier, dont le prix est exprimé seulement en dollars américains (quelque chose qui change rapidement aujourd’hui), ont presque quadruplé. L’or a été témoin d’un rally haussier historique, atteignant 2 000 $.

Au cours des dernières années, les banques centrales ont engagé une politique de resserrement coordonnée, d’abord en réduisant les QE, puis en augmentant les taux d’intérêt, et maintenant en réduisant leurs bilans. Je note que bien que le pétrole et de nombreux autres produits aient chuté en valeur relative par rapport au dollar après ces mesures de resserrement, l’or a maintenu une forte présence sur le marché et est resté l’un des investissements les plus performants ces dernières années.

Quelque chose d’assez étrange, cependant, a eu lieu avec le dollar…

Normalement, les politiques de resserrement de la Fed auraient dû stimuler de plus en plus le dollar-index. Au lieu de cela, le dollar fait face à une chute rapide que l’on n’avait pas vue depuis 2003.

Qu’est-ce qui s’est passé ? Eh bien, il y a un certain nombre de facteurs en jeu. Premièrement, nous avons un sentiment international négatif croissant à l’encontre des obligations du Trésor américain (dette), ce qui pourrait avoir une incidence sur la demande globale pour le dollar et, à son tour, sur sa valeur monétaire. Par exemple, on peut observer une baisse relativement constante des avoirs du Trésor américain par le Japon et la Chine au cours de l’année 2016, la Chine étant la plus agressive dans son abandon de la dette américaine :


Nous avons également un appétit international subtil, mais croissant, pour une monnaie alternative de réserve mondiale. Le dollar a bénéficié de décennies de protection contre les effets de l’imprimerie fiduciaire en tant que monnaie de réserve mondiale, mais de nombreux pays, dont la Russie, la Chine et l’Arabie saoudite, passent des accords commerciaux bilatéraux qui éliminent le dollar américain comme mécanisme d’échange. Cela finira par déclencher un tsunami de dollars qui vont envahir les États-Unis depuis l’étranger, car ils ne sont plus nécessaires pour régler le commerce transfrontalier. Et, à son tour, le dollar continuera de baisser en valeur relative par rapport aux autres devises.

Il y a aussi la question d’un resserrement budgétaire coordonné par les banques centrales du monde entier, avec la BCE et même le Japon qui vont mettre fin aux mesures de relance et au QE. Cela signifie que d’autres devises vont maintenant s’apprécier en termes de valeur de marché sur le Forex par rapport au dollar, et à son tour, le dollar-index va encore baisser. À moins que la Réserve fédérale n’agisse de façon plus agressive dans ses hausses de taux d’intérêt, la baisse du dollar sera brutale.

Enfin, nous avons également une question centrale sur le manque d’audit depuis une décennie des mesures de relance de la Fed (à l’exception d’un audit TARP limité, qui a montré des dizaines de milliards de dollars de création monétaire / dette). Nous n’avons vraiment aucune idée de la quantité de monnaies fiduciaires créée par la Fed, mais nous pouvons supposer qu’il s’agissait d’une somme massive en raison de la hausse apparemment inépuisable des actions partant d’un effondrement quasi total, financée par l’assouplissement quantitatif et les rachats d’actions. Vous ne pouvez pas provoquer un rebond du marché simplement avec de la dette. En fin de compte, cette création de monnaie et ses conséquences devront poser le pied quelque part, et il est possible que nous observions les résultats d’abord au niveau du dollar, ainsi que sur la courbe de rendement des bons du Trésor, qui est maintenant en train de s’aplatir plus rapidement qu’avant le krach boursier en 2008.

Une courbe de rendement uniforme est généralement un signe de récession économique.

Je crois que ce n’est que le début des problèmes pour le dollar et pour les obligations américaines. Ce qui soulève la question suivante : Comment la Fed réagira-t-elle à un marché du dollar qui ignore jusqu’à présent complètement ses politiques de resserrement ?

Voici où les choses deviennent intéressantes. Tout au long de l’année 2017, j’ai prévenu que la Fed continuerait à augmenter les taux d’intérêt (malgré le fait que beaucoup de gens argumentaient contre) et finirait par trouver une excuse pour augmenter les taux beaucoup plus vite que précédemment. J’ai fondé cette prédiction sur le fait que la Fed est clairement en train de faire exploser l’énorme bulle financière qu’elle a créée depuis 2008, et qu’elle planifie de le faire pendant que Donald Trump est au pouvoir (il est difficile de dire si Trump est au courant de ce plan). Trump a déjà pris à son crédit à plusieurs reprises le rally boursier épique, et donc, lorsque le bouchon sera tiré sur le maintien en vie des marchés des actions, qui portera le blâme, à votre avis ? Certainement pas les élites bancaires qui ont d’abord gonflé la bulle.

Même les grands médias financiers ont parfois admis que Trump « regretterait » d’avoir exigé pendant sa campagne électorale que la Fed hausse ses taux et arrête de gonfler les marchés boursiers, car il va se prendre un coup de poing budgétaire dans le ventre.

La Fed, ainsi que les médias dominants ont également planté l’idée que la Fed « sera forcée » de relever ses taux d’intérêt plus rapidement si l’administration Trump poursuit ses plans pour le développement d’infrastructures comme Hoover l’avait fait.

Mais, en plus de cela, le « problème » de la chute du dollar introduit également une toute nouvelle raison pour accélérer les hausses de taux d’intérêt. Je crois que peu de temps après le départ de Janet Yellen en tant que présidente de la Fed et l’arrivée de Jerome Powell, la Fed commencera une augmentation exponentielle des taux et accélérera la réduction de son bilan. Ils vont accuser la baisse inhabituelle du dollar-index ainsi que la chute de la demande en bons du Trésor comme les causes d’une action plus extrême.

Powell a déjà soutenu les « hausses progressives des taux » en 2018, et quelques membres de la Fed ont exprimé le besoin de « hausses plus rapides » dans le procès-verbal de la dernière réunion de la Fed en décembre. Je prévois que ce sentiment va se développer sous Powell.

Un petit nombre d’économistes de Wall Street ont également prévenu d’une hausse des taux d’intérêt en 2018, ce qui pourrait provoquer un choc considérable sur le rallye boursier virtuel en cours en ce moment.

Ce pourrait être le plan de la Fed. Les banquiers centraux ont besoin d’un bouc émissaire pour l’éclatement éventuel de la bulle boursière qu’ils ont produite. Pourquoi ne pas simplement permettre à cette bulle d’imploser à court terme, pour en accuser l’administration Trump et, par extension, tous les conservateurs qui l’ont soutenu ? Pour ce faire, la Fed a besoin d’une excuse pour augmenter ses taux rapidement ; et elle a maintenant cette excuse avec le dollar qui tombe comme une pierre (entre autres raisons).

Mais comment cela affectera-t-il le cours de l’or ?

Jusqu’à présent, l’or a en fait été dopé par les hausses des taux de la Fed, ce qui peut sembler contre-intuitif, mais il en va de même pour le dollar qui baisse parallèlement aux hausses de taux. Je pense qu’il y aura une baisse initiale et marginale des prix de l’or si la Fed augmente la fréquence des hausses de taux. Cela dit, la réalité finira par remettre à leur place les marchés boursiers où la fête est finie, le bol de punch est retiré. La réforme fiscale de Trump ne suffira pas à compenser la perte d’accès aux milliards de dollars de la banque centrale.

Une fois que les marchés actions commenceront à s’effondrer à la suite des hausses de la Fed et des réductions de bilan (et ils le feront), et que l’incertitude entourant le sort du dollar va enfler, l’or rebondira plus fort que jamais. En attendant, je considérerais toute baisse des métaux précieux comme une opportunité d’achat majeure. L’or est l’un des rares actifs qui réussit toujours bien en période de crise.

Brandon Smith

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/letrange-chute-du-dollar-que-cela-signifie-t-il-pour-lor

 

Orano : transformer l’uranium en or

Orano : transformer l’uranium en or

orano_transformer_luranium_en_or.jpg
Par Boris Le Ngoc (SFEN)

La restructuration de la filière nucléaire touche à sa fin avec la présentation du nouveau nom d’AREVA : Orano.

Recentrage sur le cycle du combustible

Orano souhaite devenir l’acteur de référence du cycle nucléaire. Recentré sur la valorisation des matières nucléaires et la gestion des déchets, Orano couvre les activités mines, conversion-enrichissement, recyclage des combustibles usés, logistique nucléaire, démantèlement et ingénierie. Le groupe français conserve également son activité médicale pour développer des traitements innovants contre le cancer (ex-AREVA Med).

« Une ambition : donner toute sa valeur au nucléaire »

« Pour donner toute sa valeur au nucléaire, Orano doit être capable de faire bouger les lignes en faveur d’une gestion durable des matières nucléaires, en recyclant les combustibles usés, en proposant des solutions pour le démantèlement des installations et la gestion des déchets. » explique Philippe Knoche, Directeur général de l’entreprise.

Le groupe compte 16 000 salariés pour un chiffre d’affaires de 4 milliards d’euros et un carnet de commandes qui représente l’équivalent de près de huit années de chiffres d’affaires. Présent en France où une vingtaine de réacteurs nucléaires utilisent ses combustibles recyclés (MOX), Orano souhaite renforcer sa présence dans les marchés en croissance.

Le dirigeant de l’entreprise regarde vers la Chine, où des tractations sont en cours pour la réalisation d’une usine de traitement-recyclage des combustibles usés. « Nous sommes historiquement bien positionnés en Asie pour prendre des parts de marché, notamment en Chine qui portera 50% de la croissance du nucléaire mondial d’ici à 2030 ».

Orano devient l’alchimiste du nucléaire

En choississant Orano, l’entreprise revient aux racines étymologiques de sa matière première l’« uranium ». Il fait également écho à « Ouranos », dieu grec du ciel (devenu Uranus dans la mythologie romaine), qui donna son nom à la planète Uranus, qui servira de référence lors de la création de l’appellation « uranium ».

Graphiquement, la lettre « O » ainsi que le jeu sur sa répétition évoquent le cycle du combustible nucléaire, un cycle dynamique, qui permet de transformer la matière de l’uranium au « yellow cake » (couleur dominante du logo). Puis, d’utiliser ce concentré pour concevoir le combustible nucléaire, essentiel à la production d’une électricité sans CO2, laquelle est devenue l’« or » d’un siècle marqué par le défi climatique.

« L’électricité sans CO2 est devenue l’« or » d’un siècle marqué par le défi climatique »

Plus qu’un changement de nom, une refondation estime Philippe Knoche : « Orano symbolise un nouveau départ. Un nouveau départ pour lequel nous nous sommes mis en ordre de marche depuis maintenant plusieurs années. Nous avons mis en place une nouvelle organisation, un nouveau projet d’entreprise, un nouveau plan d’actions stratégique, un nouveau contrat social. Cette identité en découle naturellement. »

Fin du chapitre AREVA

Le groupe AREVA a cessé d’exister en juillet dernier. Le plan de restructuration du groupe AREVA a donné naissance à trois entités distinctes, chacune recentrée sur des missions spécifiques : AREVA SA, AREVA NP – devenue Framatome – et Orano.

 

L’euro monte face au dollar, aidé par des données européennes

L’euro monte face au dollar, aidé par des données européennes

Londres (awp/afp) – L’euro montait face au dollar jeudi, aidé par des données encourageantes en zone euro tandis que le billet vert souffrait d’une certaine prudence de la Réserve fédérale américaine (Fed) malgré un bond des créations d’emplois dans le secteur privé aux États-Unis.

Vers 14H00 GMT (15H00 HEC), l’euro valait 1,2066 dollar, contre 1,2014 dollar mercredi vers 22H00 GMT.

La monnaie unique européenne montait également face à la devise japonaise, à 136,10 yens pour un euro – grimpant même vers 13H45 GMT à 136,22 yens, un nouveau plus haut depuis fin octobre 2015 – contre 135,17 yens mercredi soir.

Le billet vert montait un peu face à la monnaie nipponne, à 112,79 yens pour un dollar contre 112,52 yens la veille.

« L’euro a repris sa hausse face au dollar après la publication d’indicateurs sur le secteur des services dans plusieurs grands pays de la zone euro (en particulier en Allemagne) biens reçus » par les cambistes, a observé David Madden, analyste chez CMC Markets.

Mais le ton sur le marché des changes restait donné par le billet vert, qui souffrait un peu depuis le début de la séance jeudi de la publication la veille du compte-rendu de la dernière réunion du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC) qui avait débouché le mois dernier sur une troisième hausse des taux d’intérêt en 2017.

« Les minutes n’ont pas permis de fournir plus d’indices sur les perspectives de la politique monétaire de la Fed au-delà de ce qui a déjà été communiqué en décembre », a relevé Lee Hardman, analyste chez MUFG.

Elles ont en effet « confirmé que presque tous les membres du Comité ont réaffirmé s’attendre à ce que des hausses progressives des taux soient appropriées » en 2018 en raison d’une croissance un peu supérieure à la tendance, un marché du travail robuste, une amélioration des conditions financières et le stimulus économique découlant de la réforme fiscale, a expliqué l’analyste.

Mais les membres de la Fed se sont tout de même montrés plutôt divisés sur l’évolution des taux d’intérêt en 2018, car les perspectives d’inflation restent source d’interrogations.

« L’impression générale qui se dégage de la réunion de décembre est que l’obstacle qui sépare la Fed d’une accélération de son resserrement monétaire, au-delà de ses prévisions de trois nouvelles hausses en 2018, reste élevé », a résumé M. Hardman.

Et comme l’a fait remarqué Lukman Otunuga, analyste chez FXTM, « si les responsables (de la Fed) ont exprimé un certain optimisme sur le marché du travail américain et pensent que la baisse des impôts pourrait relancer les dépenses de consommation, les inquiétudes sur la faiblesse de l’inflation ont continué d’imprégner les minutes ».

Jeudi, les cambistes digéraient l’annonce d’un bond inattendu des créations d’emplois dans le secteur privé aux États-Unis en décembre, mais restaient prudents à la veille de la publication du rapport officiel mensuel sur l’emploi et le chômage dans la première économie mondiale, un indicateur majeur pour en jauger la santé économique.

Vers 14H00 GMT, la livre britannique baissait face à la monnaie unique européenne, à 89,14 pence pour un euro, mais montait face au billet vert, à 1,3535 dollar pour une livre.

La devise suisse baissait face à l’euro, à 1,1772 franc suisse pour un euro, mais montait face à la devise américaine, à 0,9756 franc pour un dollar.

La monnaie chinoise s’appréciait face au billet vert, à 6,4960 yuans pour un dollar contre 6,5030 yuans mercredi vers 15H25 GMT.

L’once d’or a fini à 1.313,70 dollars au fixing du matin, contre 1.314,90 dollars mercredi au fixing du soir.

Le bitcoin valait 14.577,55 dollars contre 15.029,47 dollars mercredi vers 22H00 GMT, selon des chiffres compilés par le fournisseur de données financières Bloomberg.

Cours de jeudi Cours de mercredi

———————————-

14H00 GMT 22H00 GMT

EUR/USD 1,2066 1,2014

EUR/JPY 136,10 135,17

EUR/CHF 1,1772 1,1739

EUR/GBP 0,8914 0,8890

USD/JPY 112,79 112,52

USD/CHF 0,9756 0,9771

GBP/USD 1,3535 1,3515

acd/js/la

(AWP / 04.01.2018 15h31)

https://www.romandie.com/news/L-euro-monte-face-au-dollar-aide-par-des-donnees-europeennes/877807.rom

L’impérialisme économique de l’oligarchie étasunienne

L’impérialisme économique de l’oligarchie étasunienne


Par Michael Hudson – Le 29 novembre 2017 – Source Counterpunch

En théorie, le système financier mondial est censé aider tous les pays à être gagnants. L’enseignement traditionnel de la finance internationale, du commerce et de l’« aide étrangère » (définie simplement comme n’importe quel crédit gouvernemental) dépeint un système quasi utopique qui profiterait à tous les pays, au lieu de les dépouiller de leurs actifs et de leur imposer l’austérité. La réalité, depuis la Première Guerre mondiale, est pourtant que les États-Unis ont pris l’initiative de façonner le système financier international de manière à favoriser les gains pour leurs propres banquiers, leurs exportateurs agricoles, leur secteur pétrolier et gazier, leurs acheteurs de matières premières à l’étranger – et surtout, à recouvrer les créances qui leur sont dues.

Chaque fois que ce système mondial s’est effondré au cours du siècle dernier, la principale force déstabilisatrice a été l’emprise excessive des États-Unis et la volonté de leurs banquiers et de leurs détenteurs d’obligations de réaliser des gains à court terme. Le système financier centré sur le dollar laisse de plus en plus de pays industriels et de pays du Tiers Monde à la traîne. Ses trois piliers institutionnels – le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale et l’Organisation mondiale du commerce (OMC) – ont imposé une dépendance monétaire, budgétaire et financière, dont les derniers à en pâtir ont été les pays baltes, la Grèce et le reste de l’Europe méridionale. Les tensions qui en résultent atteignent maintenant un tel point qu’elles sont en train de rompre les arrangements mis en place après la Seconde Guerre mondiale.

La fiction la plus destructrice de la finance internationale est que toutes les dettes peuvent et doivent être payées, même si cela doit faire s’écrouler les économies en les forçant à l’austérité – pour sauver les créanciers, pas le travail et l’industrie. Pourtant, les pays européens, et en particulier l’Allemagne, se gardent bien de rechercher une économie mondiale plus équilibrée qui favoriserait la croissance pour tous les pays et éviterait le ralentissement économique actuel et la déflation de la dette.

Imposer l’austérité à l’Allemagne après la Première Guerre mondiale

Après la Première Guerre mondiale, le gouvernement des États-Unis s’est écarté de la politique européenne traditionnelle : annuler la dette du soutien militaire. Les responsables américains ont exigé le paiement des armes expédiées à leurs alliés dans les années qui ont précédé l’entrée des États-Unis dans la Grande Guerre, en 1917. Les Alliés se sont tournés vers l’Allemagne pour obtenir des dommages de guerre afin de payer ces dettes. Dirigés par John Maynard Keynes, les diplomates britanniques ont cherché à se débarrasser de la responsabilité des conséquences de cette dette en promettant que tout l’argent qu’ils recevraient de l’Allemagne serait directement retransmis au Trésor américain.

Les sommes étaient si astronomiques que l’Allemagne a été poussée à l’austérité et à l’effondrement économique. La nation a souffert d’hyperinflation quand la Reichsbank a imprimé des billets pour en inonder le marché des changes. Le Mark a alors baissé, les prix à l’importation ont grimpé en flèche, ce qui a également fait grimper les prix sur le marché intérieur. La déflation de la dette ressemblait beaucoup à celle des débiteurs du Tiers Monde, il y a une génération, et à celle des PIIGS du sud de l’Europe actuellement (Portugal, Irlande, Italie, Grèce et Espagne).

Prétendant que les réparations et l’enchevêtrement de dettes entre alliés pouvaient être rendus solvables, un flux triangulaire de paiements a été facilité par une politique alambiquée d’argent facile de la part des États-Unis. Les investisseurs américains recherchaient des rendements élevés en achetant des obligations locales allemandes ; les municipalités allemandes remettaient à la Reichsbank les dollars qu’elles recevaient en échange de monnaie nationale ; et la Reichsbank utilisait cette devise étrangère pour payer les dommages de guerre à la Grande-Bretagne et aux autres alliés, ce qui permettait à ces pays de payer aux États-Unis ce qu’ils demandaient.

Mais les solutions fondées sur des tentatives visant à maintenir en place des dettes d’une telle ampleur en prêtant aux débiteurs l’argent qu’ils doivent rembourser ne peuvent être que temporaires. La Réserve fédérale américaine a maintenu ce flux triangulaire en gardant les taux d’intérêt américains à un bas niveau. Il était donc intéressant pour les investisseurs américains d’acheter des obligations municipales allemandes et d’autres dettes à haut rendement. Cela a également dissuadé Wall Street de retirer des fonds de Grande-Bretagne, ce qui aurait poussé son économie plus profondément dans l’austérité après la grève générale de 1926. Mais sur le plan intérieur, la faiblesse des taux d’intérêt américains et la facilité du crédit ont stimulé une bulle immobilière, suivie d’une bulle boursière, qui ont éclaté en 1929. Le flux triangulaire de paiements s’est effondré en 1931, laissant un héritage de dettes dévaluées pesant sur les économies américaine et européenne. La Grande Dépression a duré jusqu’au déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, en 1939.

La planification de l’après-guerre a pris forme à mesure que la guerre approchait de sa fin. Les diplomates américains avaient appris une leçon importante. Cette fois, il n’y aurait ni dette militaire ni dommages et intérêts. Le système financier mondial serait stabilisé en s’appuyant sur l’or et des règles faites pour les créanciers. À la fin des années 1940, les États-Unis détenaient quelque 75 % du stock mondial d’or de garantie monétaire. Cela a établi le dollar américain comme la monnaie de réserve mondiale, librement convertible en or à la parité de 1933, soit 35 dollars l’once.

Cela impliquait également que, comme dans les années 1920, les déficits de la balance des paiements européenne devraient être financés principalement par les États-Unis. Le recyclage des crédits officiels du gouvernement devait être filtré par l’intermédiaire du FMI et de la Banque mondiale, où les diplomates américains avaient le droit de veto pour rejeter les politiques jugées contraires à leur intérêt national. La « stabilité » financière internationale est ainsi devenue un mécanisme de contrôle mondial, pour maintenir des règles faites pour les créanciers et centrées sur les États-Unis.

Pour obtenir de l’or ou des dollars en guise de garantie de leurs propres systèmes monétaires, les autres pays devaient se conformer aux règles commerciales et d’investissement établies par les États-Unis. Ces règles prévoyaient l’abandon du contrôle des mouvements de capitaux ou de la limitation des prises de contrôle des ressources naturelles et du domaine public par des entités étrangères, ainsi que sur l’industrie et les systèmes bancaires locaux.

En 1950, le système économique mondial fondé sur le dollar était devenu de plus en plus intenable. L’or continuait d’affluer vers les États-Unis, renforçant le dollar ; jusqu’ à ce que la guerre de Corée renverse les choses. De 1951 à 1971, les États-Unis ont vu le déficit de leur balance des paiements s’aggraver, entièrement imputable aux dépenses militaires à l’étranger. (Le commerce et l’investissement du secteur privé restaient en équilibre constant).

La dette du Trésor américain remplace l’étalon or

Les dépenses militaires étrangères qui ont aidé à ramener l’or américain en Europe se sont transformées en déluge pendant que la guerre du Vietnam s’étendait en Asie, après 1962. Le Trésor a maintenu la stabilité du taux de change du dollar en vendant de l’or via le London Gold Pool à 35 $ l’once. Enfin, en août 1971, le président Nixon a arrêté l’hémorragie en cessant la convertibilité du dollar en or.

Il n’existait pas de plan pour ce qui allait se passer ensuite. La plupart des observateurs ont considéré que la fin du lien entre le dollar et l’or était une défaite pour les États-Unis. Cela a certainement mis fin à l’ordre financier d’après-guerre tel qu’il avait été conçu en 1944. Mais ce qui s’est passé ensuite fut tout l’inverse d’une défaite. N’étant plus en mesure d’acheter de l’or après 1971 (sans susciter une forte désapprobation de la part des États-Unis), les banques centrales n’avaient plus qu’un seul actif dans lequel elles pouvaient conserver le surplus de leur balance des paiements : la dette du Trésor américain. Même si ces obligations n’étaient plus « aussi bonnes que de l’or », cela n’a pas empêché les États-Unis d’en émettre à volonté pour financer l’envolée de leur déficit budgétaire.

En passant de la garantie or à celle d’un dollar apporté par le déficit de la balance des paiements des États-Unis, les réserves monétaires mondiales ont continué d’être renforcées par les dépenses militaires américaines, qui ont continué d’inonder les banques centrales étrangères de dollars excédentaires. Le déficit de la balance des paiements américaine a donc fourni les dollars qui ont financé ses déficits budgétaires intérieurs et la création de crédit bancaire – par l’intermédiaire des banques centrales étrangères recyclant les dépenses extérieures américaines vers le Trésor américain.

En fait, les pays étrangers ont été imposés, sans un mot à dire sur la façon dont leurs prêts au gouvernement américain étaient employés. Les banques centrales européennes n’étaient pas encore prêtes à créer leurs propres fonds souverains pour investir leurs apports en dollars dans des actions étrangères ou dans la propriété directe d’entreprises. Elles ont simplement utilisé leurs excédents commerciaux et de paiements pour financer le déficit budgétaire américain. Cela a permis au Trésor de réduire les taux d’imposition intérieurs, surtout pour les tranches de revenus les plus élevées.

L’impérialisme monétaire américain a confronté les banques centrales européennes et asiatiques à un dilemme qui persiste encore aujourd’hui : si elles n’achètent pas d’actifs en dollars, leurs monnaies se renforceront par rapport au dollar. L’achat de titres du Trésor américain est le seul moyen pratique de stabiliser leurs taux de change et, ce faisant, d’empêcher que leurs prix à l’export en dollars n’augmentent et qu’elles ne soient exclues des marchés de la zone dollar.

Le système s’est peut-être développé, au début, sans en prévoir tous les effets, mais il est rapidement devenu délibéré. Mon livre « Super Imperialism » s’est le mieux vendu dans la région de Washington DC, et j’ai obtenu un important contrat de l’Institut Hudson pour expliquer au ministère de la Défense comment ce système financier extractif fonctionnait exactement. J’ai été amené à la Maison Blanche pour l’expliquer, et les géo-stratèges américains ont utilisé mon livre comme manuel pratique (ce qui n’était pas non plus mon intention initiale).

L’attention s’est rapidement concentrée sur les pays exportateurs de pétrole. Après que les États-Unis eurent quadruplé les prix de leurs céréales à l’exportation, peu après la suspension de la convertibilité en or de 1971, les pays exportateurs de pétrole ont quadruplé le prix de leur pétrole. Lors d’une réunion à la Maison Blanche, j’ai appris que les diplomates américains avaient fait savoir à l’Arabie saoudite et à d’autres pays arabes qu’ils pouvaient facturer autant qu’ils le voulaient pour leur pétrole, mais que les États-Unis traiteraient cela comme un acte de guerre s’ils ne conservaient pas les profits de leur activité pétrolière en actifs libellés en dollars américains.

C’est à ce moment-là que le système financier international est devenu explicitement extractif. Mais il a fallu attendre 2009 pour que la première tentative de retrait de ce système se produise. Une conférence a été organisée à Ekaterinbourg (Russie) par l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS). L’alliance comprenait la Russie, la Chine, le Kazakhstan, le Tadjikistan, le Kirghizstan et l’Ouzbékistan, avec le statut d’observateur pour l’Iran, l’Inde, le Pakistan et la Mongolie. Des responsables américains ont demandé à participer en tant qu’observateurs, mais leur demande a été rejetée.

La réponse des États-Unis a été d’étendre la nouvelle guerre froide au secteur financier, de réécrire les règles de la finance internationale à leur profit et à celui de leurs satellites – et de dissuader les pays de chercher à se libérer de la domination financière étasunienne.

Le FMI modifie ses règles pour isoler la Russie et la Chine

Cherchant à isoler la Russie et la Chine, la diplomatie conflictuelle de l’administration Obama a placé les institutions de Bretton Woods sous le contrôle encore plus étroit des États-Unis et de l’OTAN. Ce faisant, elle a perturbé les liens mis en place après la Seconde Guerre mondiale.

Le plan américain prévoyait de tellement nuire à l’économie russe qu’elle serait mûre pour un changement de régime (« révolution de couleur »). Mais cela a eu pour effet de la pousser vers l’Est, loin de l’Europe occidentale pour consolider ses relations à long terme avec la Chine et l’Asie centrale. En pressant l’Europe de transférer ses achats de pétrole et de gaz à ses alliés américains, les sanctions américaines ont perturbé le commerce et les investissements de l’Allemagne et d’autres pays européens avec la Russie et la Chine. Elles ont également fait perdre des occasions aux agriculteurs européens, à d’autres exportateurs et investisseurs – et ont eu pour conséquence un afflux de réfugiés en provenance d’États post-soviétiques en déliquescence attirés dans l’orbite de l’OTAN, le plus récent étant l’Ukraine.

Pour les stratèges américains, ce qui a rendu urgent le changement des règles du FMI, est le paiement d’une  dette de 3 milliards de dollars que l’Ukraine devait au Fonds souverain russe en décembre 2015. Le FMI refusait depuis longtemps d’accorder des crédits aux pays refusant de rembourser d’autres gouvernements. Cette politique visait principalement à protéger les créances financières du gouvernement américain, qui jouait habituellement un rôle de premier plan dans les consortiums avec d’autres gouvernements et les banques américaines. Mais sous la pression américaine, le FMI a modifié ses règles en janvier 2015. Celui-ci a annoncé qu’il serait désormais disposé à accorder du crédit aux pays en retard de paiement envers d’autres gouvernements – implicitement la Chine (que les géo-stratèges américains considèrent comme leur principal adversaire à long terme), la Russie et d’autres pays que les guerriers financiers américains pourraient vouloir isoler pour imposer leurs politiques de privatisation néolibérales. 1.

L’article I de la charte fondatrice du FMI (1944-1945) lui interdit de prêter à un membre engagé dans une guerre civile ou en guerre avec un autre État membre, ou à des fins militaires en général. Une raison évidente de cette règle est qu’un tel pays a peu de chances de gagner suffisamment de devises étrangères pour rembourser sa dette. Par exemple, le bombardement par l’Ukraine de sa propre région, le Donbass, après le coup d’État de février 2014, a détruit son industrie d’exportation, principalement vers la Russie.

Un refus de crédit du FMI aurait pu servir de levier pour forcer l’adhésion aux accords de paix de Minsk, mais la diplomatie américaine a rejeté cette possibilité. Lorsque le chef du FMI, Christine Lagarde, a accordé un nouveau prêt à l’Ukraine au printemps 2015, elle a simplement exprimé un espoir verbal de paix. Le président ukrainien Porochenko a annoncé le lendemain qu’il intensifierait sa guerre civile contre la population russophone dans l’est de l’Ukraine. Un milliard et demi de dollars du prêt du FMI a été accordé au banquier Igor Kolomoiski et a disparu dans les paradis fiscaux, le reste ayant été utilisé pour financer une armée anti-Donbass. Un million de réfugiés ont été chassés vers la Russie ; d’autres ont fui vers l’ouest en passant par la Pologne, pendant que l’économie et la monnaie ukrainienne plongeaient.

Le FMI a enfreint quatre de ses règles en prêtant à l’Ukraine : (1) Ne pas prêter à un pays qui n’a visiblement pas les moyens de rembourser son emprunt  (la règle « No More Argentinas », adoptée après le désastreux prêt du FMI à ce pays en 2001). (2) Ne pas prêter à un pays qui renie sa dette envers des créanciers officiels (la règle initialement destinée à forcer au remboursement des institutions américaines). (3) Ne pas prêter à un pays en guerre – qui, en fait, détruit sa capacité d’exportation et, partant, la capacité de sa balance des paiements à rembourser le prêt. Enfin (4), ne pas prêter à un pays peu susceptible d’imposer les « conditions d’austérité » du FMI ; l’Ukraine a accepté de passer outre l’opposition démocratique et de réduire les retraites, mais sa junte s’est avérée trop instable pour imposer les conditions d’austérité sur lesquelles le FMI avait insisté.

Le néolibéralisme américain promeut la privatisation des pays débiteurs

Depuis la Seconde Guerre mondiale, les États-Unis se servaient du dollar comme monnaie de référence et de son rôle dominant au sein du FMI et de la Banque mondiale pour orienter le commerce et l’investissement dans le sens de leur propre économie. Mais maintenant que la croissance de l’économie mixte chinoise a dépassé toutes les autres et que la Russie commence enfin à se redresser, les pays ont la possibilité d’emprunter à la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (AIIB) et à d’autres consortiums non américains.

L’enjeu est bien plus que de savoir quels pays obtiendront les contrats bancaires. La question est de savoir si la philosophie du développement suivra la voie classique fondée sur l’investissement dans les infrastructures publiques ou si le secteur public sera privatisé et la planification confiée à des sociétés d’investissement privés.

Ce qui a fait des États-Unis et de l’Allemagne les principaux pays industrialisés du XXe siècle – et plus récemment la Chine – c’est l’investissement public dans les infrastructures économiques. L’objectif était de faire baisser le coût de la vie et de stimuler le commerce en fournissant des services de base de manière subventionnée ou gratuitement. Au contraire, les investisseurs américains exercent une influence sur l’endettement des pays du Tiers Monde, des économies post-soviétiques et, plus récemment, de l’Europe du Sud pour forcer à la vente des biens publics. Les plans actuels visant à renforcer la politique néolibérale avec le Partenariat transpacifique (TPP), le Partenariat transatlantique pour le commerce et l’investissement (TTIP) et l’Accord de libre-échange transatlantique (TAFTA) vont si loin qu’ils cherchent  à transférer le pouvoir de planification gouvernemental au secteur financier et privé.

De toute évidence, les stratèges américains espéraient que la menace d’isoler la Russie, la Chine et d’autres pays les mettrait au pied du mur s’ils essayaient de faire du commerce ou d’investir avec leur monnaie nationale. Leur choix serait soit de subir des sanctions comme celles imposées à Cuba et à l’Iran, soit d’éviter l’exclusion en acquiesçant au système financier et commercial dollarisé et à ses tentatives de placer leurs économies sous contrôle américain.

Le problème de la capitulation, c’est que ce Consensus de Washington ne fonctionne qu’à court terme, car il sème les germes de la dépendance financière, des bulles d’endettement, de la déflation et l’austérité qui en découle. Ce plan financier consiste à créer des occasions d’escroquerie sur les prix et de gros profits pour les entreprises. Les traités commerciaux parrainés par les États-Unis obligeraient les gouvernements à payer des amendes égales au montant que les réglementations sur l’environnement, les lois protégeant les consommateurs et d’autres politiques sociales ponctionnent les profits des entreprises. Les entreprises seraient en mesure d’exiger des compensations de la part des pays dont les politiques sanitaires, financières, environnementales et d’intérêt public portent atteinte à leurs intérêts, et de saisir les gouvernements devant des tribunaux extrajudiciaires. Ces tribunaux, organisés en vertu des règles de la Banque mondiale et des Nations Unies, auraient le pouvoir d’ordonner aux contribuables de verser un important dédommagement pour compenser une législation considérée comme portant atteinte aux « bénéfices futurs escomptés » d’une entreprise. 2.

Cette menace politique divise le monde entre les économies pro-américaines et celles qui maintiennent les investissements publics dans l’infrastructure, ce qui est considéré comme un capitalisme progressiste. Le néolibéralisme parrainé par les États-Unis, qui soutient ses propres intérêts financiers et corporatifs, a poussé la Russie, la Chine et d’autres membres de l’Organisation de coopération de Shanghai à former une alliance pour protéger leur autonomie économique plutôt que de devenir dépendants d’un crédit en dollars qui les noie dans une dette en devises étrangères.

Au centre de la fracture mondiale actuelle se trouvent les derniers siècles de réformes sociales et démocratiques occidentales. Cherchant à suivre la voie classique du développement occidental en conservant une économie mixte public / privé, la Chine, la Russie et d’autres nations trouvent plus facile de créer de nouvelles institutions telles que l’AIIB que de réformer le FMI et la Banque mondiale. Leur choix se situe entre des gains à court terme dont la face sombre est une dépendance menant à l’austérité, ou un développement à plus long terme mais en toute indépendance et à prospérité ultérieure.

Toute résistance implique le risque d’un renversement militaire ou d’un coup d’État clandestin. Bien avant la crise ukrainienne, les États-Unis avaient déjà abandonné la prétention de soutenir les démocraties. Les dés ont été jetés en 1953 avec le coup d’État contre le gouvernement laïc iranien et le coup d’État de 1954 au Guatemala pour s’opposer à la réforme agraire. Le soutien aux oligarchies clientes et aux dictatures en Amérique latine dans les années 1960 et 1970 a été mis en évidence par le renversement d’Allende au Chili et le programme d’assassinat de l’Opération Condor sur tout le continent. Sous la présidence de Barack Obama et de la secrétaire d’État Hillary Clinton, les États-Unis ont affirmé que le statut de « nation indispensable » des États-Unis d’Amérique leur a valu de soutenir les récents coups d’État au Honduras et en Ukraine et de parrainer l’attaque de l’OTAN contre la Libye et la Syrie, laissant l’Europe absorber les réfugiés.

Le choix de l’Allemagne

Ce n’est pas ainsi que les Lumières étaient censées évoluer. Le décollage industriel de l’Allemagne et d’autres nations européennes impliqua une longue lutte pour libérer les marchés des rentes foncières et des charges financières siphonnées par leurs aristocraties terriennes et leurs banquiers. C’était l’essence même de l’économie politique classique du XIXe siècle et de la social-démocratie du XXe siècle. Il y a un siècle, la plupart des économistes s’attendaient à ce que le capitalisme industriel produise une économie d’abondance et à ce que des réformes démocratiques appuient les investissements dans l’infrastructure publique et la réglementation pour contenir le coût de la vie. Mais la diplomatie économique américaine menace maintenant d’inverser radicalement cette idéologie économique en cherchant à démanteler le pouvoir de réglementation public et à imposer un programme de privatisation radical en vertu du TTIP et du TAFTA.

Les théories commerciales dépeignent le commerce et l’investissement comme aidant les pays pauvres à rattraper leur retard, les obligeant à s’en sortir en devenant plus démocratiques pour surmonter les avantages acquis de leurs oligarchies, selon les principes utilisés par les économies industrielles européennes et nord-américaines. Au lieu de cela, le monde a plutôt tendance à se polariser, et non pas à converger. La bulle financière transatlantique a éclaté en provoquant un passif d’austérité depuis 2008. Les économies endettées sont poussées à surmonter leur ralentissement économique en privatisant leur domaine public.

La question immédiate à laquelle sont confrontés l’Allemagne et le reste de l’Europe occidentale est de savoir encore combien de temps ils vont sacrifier leurs occasions commerciales et d’investissement avec la Russie, l’Iran et d’autres économies en adhérant aux sanctions américaines. L’intransigeance américaine menace de forcer un choix « avec ou contre nous » dans ce qui se profile comme un changement géopolitique systémique sur le rôle approprié des gouvernements : leurs secteurs publics doivent-ils fournir des services de base et protéger les populations contre les monopoles prédateurs, l’extraction de rentes et la polarisation financière ?

La crise financière mondiale actuelle remonte à la Première Guerre mondiale et à ses conséquences. Le principe qui devait être exprimé était le droit des nations souveraines à ne pas être forcées de sacrifier leur survie économique sur l’autel des exigences intergouvernementales et de la dette privée. Le concept de nation inscrit dans le Traité de Westphalie de 1648 a fondé le droit international sur le principe de la parité des États souverains et de la non-ingérence. Sans une solution de rechange globale pour éviter que les dettes ne polarisent les sociétés et ne déchirent les économies, l’impérialisme monétaire des pays créanciers est inévitable.

La fracture mondiale du siècle dernier entre l’économie des créanciers et celle des débiteurs a interrompu ce qui semblait être le destin démocratique de l’Europe de permettre aux gouvernements de prendre le pas sur les intérêts financiers des rentiers. Au lieu de cela, l’Occident suit l’hégémonie diplomatique des États-Unis pour un retour à l’époque où ces intérêts régnaient sur les gouvernements. Ce conflit entre créanciers et démocratie, entre oligarchie et croissance économique (et en fait, survie) restera la question déterminante de notre époque, pour la prochaine génération, et probablement pour le reste du XXIe siècle.

Michael Hudson

Cet article est adapté de l’édition allemande de « Super-Imperialism » (2017).

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

Notes

  1. Je donne le contexte complet dans « The IMF Changes its Rules to Isolate China and Russia », 9 décembre 2015, disponible sur michael-hudson.com, Naked Capitalism, Counterpunch and Johnson’s Russia List
  2. Lori M. Wallach, « The corporation invasion », Le Monde Diplomatique, 2 décembre 2013, http://mondediplo.com/2013/12/02tafta. Elle ajoute : « Certains investisseurs ont une conception très large de leurs droits. Les entreprises européennes ont récemment intenté des actions en justice contre l’augmentation du salaire minimum en Égypte ; Renco s’est battu contre la politique de lutte contre les émissions toxiques au Pérou, en utilisant un accord de libre-échange entre ce pays et les États-Unis pour défendre son droit à polluer (6). Le géant américain du tabac Philip Morris a intenté des poursuites contre l’Uruguay et l’Australie au sujet de leur législation antitabac. » Voir aussi Yves Smith, « Germany Bucking Toxic, Nation-State Eroding Transatlantic Trade and Investment Partnership », Naked Capitalism, 17 juillet 2014, et « Germany Turning Sour on the Transatlantic Trade and Investment Partnership », Naked Capitalism, 30 octobre 2014

 

http://lesakerfrancophone.fr/limperialisme-economique-de-loligarchie-etasunienne