Archives pour la catégorie Ouzbekistan

La Russie et l’Ouzbékistan scellent leurs liens à l’occasion d’une visite de Poutine

La Russie et l’Ouzbékistan scellent leurs liens à l’occasion d’une visite de Poutine

Tachkent – La Russie et l’Ouzbékistan ont affiché vendredi leur volonté de sceller leurs liens à l’occasion d’une visite d’Etat du président Vladimir Poutine dans cette ex-république soviétique d’Asie centrale, deux ans après la mort de son dirigeant autoritaire Islam Karimov.

« L’Ouzbékistan est notre allié fidèle et notre partenaire stratégique (…). Nous allons tout faire pour renforcer notre coopération », a assuré le président Poutine, accueilli en grande pompe à Tachkent, la capitale ouzbèke, lors d’une rencontre avec son homologue ouzbek Chavkat Mirzioïev.

« Chers amis russes, bienvenue en Ouzbékistan! », pouvait-on lire sur d’immenses panneaux installés dans les rues de Tachkent, où des drapeaux russes côtoient des drapeaux ouzbeks le long des artères centrales de la ville. La dernière visite de Vladimir Poutine en Ouzbékistan remontait à septembre 2016, quelques jours après les obsèques du défunt président ouzbek Islam Karimov.

La Russie a d’ailleurs inauguré jeudi à Moscou un monument à la mémoire de Karimov, qui avait dirigé d’une main de fer ce pays frontalier de l’Afghanistan pendant 25 ans. Un geste très apprécié par M. Mirzioïev, élu à la tête de l’Ouzbékistan en décembre 2016, qui a exprimé à M. Poutine « sa sincère gratitude » à titre personnel et « de la part du peuple ouzbek ».

Un forum économique russo-ouzbek de deux jours qui se tient à Tachkent depuis jeudi a été marqué par la signature d’accords bilatéraux pour un montant total de 27,1 milliards de dollars, selon le ministère de l’Economie ouzbek.

Un moment fort de la visite doit également être le coup d’envoi par les deux présidents, via visioconférence, de la construction de la première centrale nucléaire en Ouzbékistan, confiée au groupe nucléaire russe Rosatom.

La centrale, qui doit fournir environ 20% de l’électricité consommée dans le pays, a notamment pour objectif de permettre à l’Ouzbékistan d’utiliser moins de gaz et d’en augmenter les exportations.

Le projet est estimé à 11 milliards de dollars, et le premier réacteur est censé être mis en exploitation en 2028, selon le Kremlin.

M. Mirzioïev a engagé depuis son arrivée au pouvoir d’importantes réformes économiques et politiques, en donnant des signes d’assouplissement du régime. Il cherche notamment à attirer en Ouzbékistan les investissements et les touristes étrangers, après des années d’isolement.

« Nous voyons que la situation en Ouzbékistan change de manière rapide et profonde et qu’on procède à des réformes (…) nécessaires pour l’économie ouzbèke et le peuple ouzbek », a souligné M. Poutine.

(©AFP / 19 octobre 2018 08h16)

https://www.romandie.com/news/La-Russie-et-l-Ouzb-kistan-scellent-leurs-liens-l-occasion-d-une-visite-de-Poutine/963505.rom

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Malin comme un ours

Malin comme un ours

Publié le 14 Octobre 2018 par Observatus geopoliticus in Russie, Asie centrale, Gaz

Il y a deux mois, après le sommet de la Caspienne à Aktau, nous nous interrogions sur le fameux gazoduc transcaspien (TCP) censé transporter l’or bleu turkmène vers l’Azerbaïdjan, donc la Turquie et l’Europe :

Pourquoi les Russes ont-ils soudain accepté ? (…) Une officine impériale bien connue des spécialistes s’interroge sur le retournement de Moscou. Parmi les diverses raisons évoquées, la construction du pipe sera difficile, notamment financièrement ; elle prendra du temps et vient trop tard alors que les tubes russes sont déjà lancés (Turk Stream) ou en voie de l’être (Nord Stream II) ; Poutine tente ainsi d’amadouer l’UE pour débloquer les dernières résistances au Nord Stream II ; Gazprom pourra de toute façon tuer dans l’oeuf le TCP en reprenant ses achats de gaz turkmène.

La stratégie du géant russe n’est en effet pas étrangère au fidèle lecteur :

Afin de déjouer les plans de l’empire et ne pas perdre ses parts de marché européen, Gazprom avait pris l’habitude d’acheter d’importantes quantités de gaz turkmène. Mais à mesure que les routes soutenues par Washington (pipeline transcaspien et TAPI) se révélaient de plus en plus illusoires et que l’or bleu d’Achgabat prenait le chemin de la Chine, Gazprom a peu à peu réduit ses achats qui approchent maintenant du 0 absolu.

Bingo ! On a appris il y a quelques jours que Gazprom devrait très vite reprendre ses achats de gaz turkmène :

Le russe Gazprom devrait reprendre à partir de début 2019 les importations de gaz en provenance du Turkménistan, qu’il avait arrêtées en 2016, a annoncé mardi son patron lors d’une visite dans la capitale turkmène. « Nous parlons d’une reprise des achats de gaz turkmène par Gazprom dans un futur très proche, à partir du 1er janvier 2019 », a indiqué M. Miller en soulignant que les détails du nouvel accord allaient bientôt être finalisés.

En 2015, Gazprom avait décidé de limiter ses volumes d’achats de gaz turkmène à 4 milliards de m3 par an alors qu’ils s’élevaient à 10 milliards de m3 par an depuis 2010. Un arrêt total des importations est ensuite intervenu au début de l’année 2016 et a mis sous pression l’économie turkmène, qui dépend fortement des hydrocarbures.

La Russie était le principal partenaire du Turkménistan dans le secteur gazier avant qu’elle ne laisse place à la Chine et son entreprise China National Petroleum Corporation vers le début de la décennie. Les importations de gaz turkmène vers la Chine par le biais d’un gazoduc passant par l’Ouzbékistan et le Kazakhstan, financé par Pékin, se situent actuellement entre 30 et 40 milliards de m3 par an.

Le Turkménistan, qui possède la quatrième plus importante réserve de gaz au monde, exportait des volumes similaires vers la Russie avant qu’ils ne s’effondrent à la suite d’une mystérieuse explosion sur un gazoduc en 2009 et d’un différend sur les prix.

A peine les Russes lèvent-ils leur veto sur la construction du TCP qu’ils reprennent leurs importations de gaz turkmène, vidant de sa substance le gazoduc transcaspien. Malin comme un ours…

Le refus américain de voir la menace Daech en Asie centrale ne fera que renforcer l’anneau d’or

Le refus américain de voir la menace Daech en Asie centrale ne fera que renforcer l’anneau d’or


Par Andrew Korybko – Le 30 mai 2018 – Source Oriental Review

Les États-Unis ont rejeté les avertissements de la Russie selon lesquels Daech se rassemblait dans le nord de l’Afghanistan et s’apprêtait à constituer une menace pour l’Asie centrale.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Oleg Syromolotov, a attiré l’attention sur cette menace lors d’un discours dans la capitale tadjike de Douchanbé pendant la conférence de deux jours sur le « contre-terrorisme et la prévention de l’extrémisme violent ». Le colonel Kone Faulkner l’a qualifié de « propagande » et a insisté sur le fait que la Russie « ne fait pas assez pour s’attaquer au problème de la radicalisation et du recrutement terroriste à l’intérieur de ses frontières », bien que Syromolotov ait parlé précisément de ces efforts anti-terroristes lors d’une autre conférence de l’OSCE sur le contre-terrorisme, il y a deux semaines.

L’approche américaine autour de la présence accrue de Daech en Afghanistan est restée cohérente, niant continuellement que le groupe grandit et tente de mettre le doute sur tous les avertissements de la Russie afin de montrer que Moscou manipule cette menace terroriste à des fins géostratégiques. Les États-Unis n’aiment pas que les États d’Asie centrale travaillent plus étroitement avec la Russie à travers le traité de défense mutuelle de l’OTSC et avec la Chine via l’OCS afin de contrer cette menace car Washington veut être le seul « fournisseur de sécurité » de cette région.

Les États-Unis tentent déjà de relancer leur partenariat stratégique avec l’Ouzbékistan après que son nouveau président s’est rendu aux USA pour rencontrer Trump la semaine dernière, mais le dirigeant pragmatique de Tachkent ne fera rien qui mettrait en péril les perspectives de connectivité régionale de son pays auxquelles il a travaillé si dur lors cette dernière année et demie pour permettre leurs développements. Cela conduit au scénario cynique où les objectifs stratégiques des États-Unis pourraient être mieux servis en voyant Daech fonctionner comme un moyen de diviser pour mieux régner et indirectement pour semer les graines du chaos régional en Asie centrale et du Sud, comme cela a été fait en Asie occidentale.

Pour l’expliquer plus en détail, l’un des objectifs fondamentaux de la guerre hybride est de provoquer des conflits identitaires sur quelque chose d’aussi polarisant que la religion, par exemple, pour perturber les initiatives connectives transnationales multipolaires telles que les institutions d’intégration comme l’OCS ou les infrastructures comme le projet chinois de corridor économique avec le Pakistan (CPEC). Cela a permis à Daech de se servir de l’Afghanistan comme base pour lancer des campagnes de déstabilisation axées sur le nord et le sud, respectivement, contre ces deux institutions. Tous les voisins de l’Afghanistan ainsi que la Russie sont bien conscients de cette menace, ce qui renforce leur suspicion à l’égard des motifs de l’Amérique d’en nier l’évidence.

10 membres de Daech et 5 membres des talibans capturés par les autorités afghanes.

 

Deux partenaires improbables se sont rendu compte du jeu et ont utilisé leurs intérêts communs pour contrecarrer le scénario chaotique des États-Unis comme base de leur rapprochement rapide et complet, la Russie et le Pakistan. Les deux pays ont depuis courageusement enterré leur relation de méfiance l’un envers l’autre dans une toute nouvelle ère de rapports stratégiques qui a commencé en Afghanistan. Depuis, des perspectives passionnantes se sont développées autour de ces implications continentales pour aboutir finalement à l’Anneau d’or des grandes puissances eurasiennes. L’axe russo-pakistanais avait jusqu’ici été le maillon le plus faible du grand consortium de ces deux pays plus la Chine, l’Iran et la Turquie, mais il est aujourd’hui l’un des plus prometteurs.

En niant la présence croissante de Daech en Asie centrale, les États-Unis ont involontairement renforcé l’Anneau d’Or qu’ils voulaient initialement voir perturbé par les terroristes. Les conséquences de ce retour en arrière sont même pires que ce que le « regretté » Brzezinski pouvait craindre. L’écrivant dans son livre de stratégie-planification maintenant tristement célèbre, le Grand Échiquier, il a dit que les États-Unis devaient faire tout leur possible pour empêcher la Russie et la Chine d’unir leurs forces contre l’Amérique, mais après la débâcle de Washington avec Daech dans sa guerre de l’information en Afghanistan, la patrie d’adoption du penseur polonais doit maintenant se confronter à la perspective de voir ces deux grandes puissances eurasiennes partenaires du CENTO multipolaire des musulmans en Turquie, en Iran et au Pakistan via l’Anneau d’Or.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 25 mai 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-refus-americain-de-voir-la-menace-daesh-en-asie-centrale-ne-fera-que-renforcer-lanneau-dor

 

Theresa May et Tony Blair, même combat !

Theresa May et Tony Blair, même combat !


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 13 mars 2018

Aujourd’hui, le gouvernement britannique s’est livré à des allégations peu crédibles sur les armes chimiques de Saddam Hussein l’empoisonnement de son agent double Sergueï Skripal.

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Le Premier ministre britannique, Theresa May, a déclaré (tweet) devant le Parlement :

  • Sergueï Skripal et sa fille ont été empoisonnés par un agent innervant « de qualité militaire » développé par la Russie ;
  • L’agent innervant faisait partie d’un groupe d’agents appelés « Novichok » ;
  • La Russie a développé cet agent dans le passé et serait encore capable de le faire ;
  • La Russie a un passé d’assassinats commandités par l’État ;
  • Le gouvernement britannique pense que la Russie considère certains transfuges comme des cibles légitimes ;
  • Le gouvernement britannique est arrivé à la conclusion qu’il était très probable que la Russie soit responsable de l’agression commise contre Sergueï et Ioulia Skripal.

May a ajouté :

  • Il s’agissait soit d’une action ciblée de l’État russe contre la Grande-Bretagne,
  • soit d’une perte de contrôle de l’agent innervant par les autorités russes qui l’avaient laissé tomber entre de mauvaises mains.

Je trouve toutes ces affirmations non seulement discutables mais carrément ridicules. Voici quelques faits :

Novichok, « nouveaux venus » en anglais, est un groupe d’agents chimiques de guerre mis au point en Union soviétique dans les années 1970 et 1980. Certains « nouveaux venus » sont considérés comme très toxiques.

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L’existence de ces agents chimiques a été révélée en 1992. La Russie a adhéré à la Convention sur l’interdiction du développement, de la fabrication, du stockage et de l’emploi des armes chimiques et sur leur destruction en 1997. Elle a depuis (contrairement aux États-Unis) détruit tous les stocks restants du programme d’armes chimiques de l’Union soviétique. Elle ne produit pas d’armes chimiques.

Les formules de ces agents chimiques sont connues et ils ne sont pas produits exclusivement par les Russes :

L’un des principaux sites de fabrication était l’Institut national soviétique de recherche scientifique sur la chimie et la technologie organiques (GosNIIOKhT) à Noukous, en Ouzbékistan. De petites quantités d’armes chimiques ont peut-être été testées sur le plateau voisin d’Oust-Ourk. On peut aussi en avoir testé dans un centre de recherche à Krasnoarmeïsk, près de Moscou. Depuis son indépendance en 1991, l’Ouzbékistan collabore avec le gouvernement des États-Unis pour démanteler et décontaminer les sites où les agents Novichok et d’autres armes chimiques ont été testés et mis au point.

Les formules des différents agents Novichok ne sont pas un secret russe. Les États-Unis et le Royaume-Uni savent sûrement comment les fabriquer. Il parait d’ailleurs que les agents sont fabriqués à partir de simples composants utilisés dans l’industrie civile. Le laboratoire d’armes chimiques de Porton Down de l’armée britannique n’est qu’à environ 15 km de Salisbury, où les Skripal auraient été empoisonnés. Le gouvernement britannique prétend que Porton Down a identifié l’agent soi-disant utilisé sur les Skripal. Le laboratoire est sûrement également capable de produire de tels agents, tout comme des laboratoires similaires d’autres pays.

Maintenant réfutons les allégations de May :

  • Il parait que les agents Novichok sont jusqu’à 10 fois plus toxiques que le VX. Or une goutte de VX peut tuer une personne. Si les Skripal ont été empoisonnés par un agent aussi efficace, comment se fait-il qu’ils soient toujours en vie ?
  • L’Union soviétique, et non la Russie, a développé ces agents. Les principaux travaux ont été effectués en Ouzbékistan.
  • La Russie est probablement en mesure de recommencer à produire ces agents, mais beaucoup d’autres pays aussi.
  • Quel est exactement ce « passé d’assassinats commandités par l’État » en Russie ? L’affirmation britannique selon laquelle la « Russie » aurait été impliquée dans la mort de l’agent MI6 Litvinenko est grandement sujette à caution. Et je n’ai connaissance d’aucun autre cas. En fait il y a une tradition bien établie de laisser tranquilles les espions qui ont été échangés.
  • Si la Russie voit dans « certains transfuges » des cibles légitimes, pourquoi ne les tue-t-elle pas tout de suite ? Skripal vit ouvertement au Royaume-Uni depuis 2010. Pourquoi la Russie voudrait-elle le tuer, et pourquoi maintenant ?

Compte tenu de tout ce qui précède, il est absurde de prétendre qu’il est « très probable » que la Russie en soit responsable.

Cette probabilité est aussi grande que celle que Saddam Hussein frappe le Royaume-Uni avec un missile doté d’une arme chimique en moins de 45 minutes, comme l’a prétendu mensongèrement un autre gouvernement britannique.

Les assertions de May aujourd’hui sont tout aussi crédibles que les absurdités de Tony Blair sur Saddam.

Il est beaucoup plus probable que la cause de tout cela soit l’implication de Skripal dans le dossier Steele et l’opération CIA/MI6 contre Donald Trump. A-t-il été attaqué parce qu’il a menacé de dire ce qu’il savait ?

Traduction : Dominique Muselet

http://lesakerfrancophone.fr/theresa-may-et-tony-blair-meme-combat

 

Le renouveau de l’intégration régionale en Asie Centrale?

Le renouveau de l’intégration régionale en Asie Centrale?

Depuis leur indépendance suite à la chute de l’URSS, les intérêts stratégiques des cinq États centrasiatiques[1] s’orientaient principalement vers l’étranger et très peu vers leur voisinage immédiat. La coopération avec des acteurs étrangers, notamment la Russie, la Chine, les États-Unis, la Turquie et l’Inde, se faisait dans la plupart des cas de manière bilatérale. Bien qu’au cours des années 1990 les tentatives de construction régionale dans l’espace centrasiatique aient été entreprises, elles ne sont pas parvenues à réunir la totalité des États d’Asie centrale, qui composent aujourd’hui l’« une des régions les plus désintégrées et déconnectées du monde ».[2] Cependant dans le contexte actuel, des rencontres entre les représentants des cinq États, de plus en plus fréquentes, suggèrent qu’il y a une nouvelle fois une volonté d’intégration entre les États centrasiatiques. Dans cette hypothèse, ils devrons faire face à un problème majeur de la région et devront, d’après le Président ouzbékistanais Shavkat Mirziyoyev, « faire fondre la glace de 20 ans »[3].

L'intégration régionale en Asie centrale ralentie au début des années 2000 semble être au nouveau sur l'agenda des cinq États.

L’unité garantie par le passé historique et culturel?  

Alors que l’étude de l’héritage historique et culturel de l’Asie centrale pourrait laisser supposer que la construction d’un système régional en Asie centrale soit un processus aisé et qui tombe sous le sens, d’autres facteurs viennent contredire ce lieu commun. Le territoire des cinq États centrasiatiques a autrefois appartenu à différents empires anciens et médiévaux. De nombreuses cultures, notamment indienne, turque, chinoise, hellénistique et persane ont laissé leur empreinte sur le développement de ces États. Les peuples habitants la région sont proches l’un de l’autre par plusieurs aspects, comme les Kazakhs et les Kirghizes ou encore les Ouzbeks et les Tadjiks. Cependant, ces similarités n’empêchent pas l’existence de différends entre les minorités nationales et de conflits frontaliers dans la région. Bien que le passé historique commun ait servi de base à l’idée que « le Turkestan est notre maison commune », populaire dans les années 1990, ces premières tentatives de construction régionale ont abouti à un échec au début des années 2000. Par conséquent, le projet régional centrasiatique a été réactivé dans le cadre d’un projet plus large, celui de l’espace eurasiatique.

La rupture du début des années 2000

Au début des années 2000, les dirigeants des cinq États centrasiatiques ont eux-mêmes démontré un manque de volonté quant à l’unification régionale. La « rupture » s’est faite à plusieurs niveaux. En matière de politique étrangère, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Tadjikistan ont joué la carte eurasiatique et ont intégré en 2001 la Communauté économique eurasiatique[4], alors que l’Ouzbékistan est devenu l’allié principal des États-Unis et a accueilli en 2001 une base militaire américaine (Qarshi Xonobod). Parallèlement, le Turkménistan a opté pour une politique de « neutralité éternelle ».

La rupture entre les États centrasiatiques s’est également traduite par le refus de coopération en matière d’énergie, une question délicate de l’agenda des cinq pays. À l’époque soviétique, la régulation du débit fluvial par les pays de l’amont était compensée par la fourniture d’hydrocarbures par les pays de l’aval. Après la chute de l’URSS, ce système d’équilibre a cessé d’exister. Le Turkménistan et l’Ouzbékistan sont ainsi sortis du système énergétique unifié de l’« Asie moyenne »[5] respectivement en 2003 et en 2009. C’est ainsi que le problème de dépendance énergétique et les « guerres hydrauliques » ont débuté. En outre, le contexte actuel dans la région d’Asie centrale est caractérisé également par l’instabilité politique, l’ingérence dans les affaires des États de voisinage et par conséquent par des conflits frontaliers, comme ceux de la vallée de Fergana.

Quel avenir pour l’intégration régionale en Asie centrale?

Cependant, les années 2010 semblent être plus prometteuses pour deux raisons principales. Premièrement, l’arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants permet d’envisager une atténuation probable des tensions politiques. En Ouzbékistan, la mort du Président autoritaire Islam Karimov a mené au pouvoir son Premier ministre Shavkat Mirziyoyev, qui a déjà donné des signes d’ouverture. Au Kirghizistan, Sooronbay Jeenbekov a remplacé en novembre 2017 Almazbek Atambaïev au poste de Président. Ce dernier avait provoqué juste avant son départ une crise diplomatique entre le Kirghizistan et le Kazakhstan.

Deuxièmement, la situation régionale en Asie centrale est susceptible d’être influencée par l’avancement par la Chine de son projet stratégique One Belt One Road Initiative (OBOR). Dans le cadre de l’OBOR, l’Empire du milieu cherche à relier l’Asie à l’Europe en traversant l’Asie centrale et en connectant ainsi les cinq États entre eux par des voies de chemin de fer, des autoroutes et des réseaux d’infrastructures. Les pipelines qui assurent l’accès de la Chine aux ressources d’hydrocarbures centrasiatiques reconfigurent aussi l’espace centrasiatique. Dans ce contexte, on peut supposer que, motivés par l’intérêt économique d’une coopération avec un partenaire commun, les cinq États centrasiatiques vont poursuivre une politique d’intégration régionale afin de faciliter le développement des activités économiques dans cet espace.

 

[1] Le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan, le Turkménistan et l’Ouzbékistan. [2] ANCESCHI Luca, «The resurgence of Central Asian connectivity», The Diplomat, décembre 2017. [3] Rastopit’ dvadtsatiletniy liod: Mirziyoyev gotovitsya posetit Tadjikistan (Faire fondre la glace de 20 ans : Mirziyoyev s`apprête de visiter le Tadjikistan), CA-portal, le 8 janvier 2018. [4]  À ne pas confondre avec l’Union économique eurasiatique (UEE). [5] Terme employé en URSS pour désigner l’Asie centrale en excluant le Kazakhstan. 

 

About Aleksandra BOLONINA

est actuellement doctorante du Centre Thucydide. Diplômée du Master des Relations internationales de l’Université Paris II et passionnée de géopolitique, elle se spécialise dans les zones Russie/CEI et la Chine.