Archives pour la catégorie Pakistan

Séléné entre dans le Grand jeu

Séléné entre dans le Grand jeu

Publié le 2 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in ChineRussieEtats-Unis

Cachemire, Iran, Venezuela, Corée, Syrie… Les points chauds du globe se multiplient dans un Grand jeu en perpétuel mouvement, encore compliqué par l’erratisme de la tête impériale suite à l’élection de Trump. L’Inde et le Pakistan sont en crise ouverte et s’échangent joyeusement obus et bisbilles aériennes suite à l’attentat cachemiri. Le Venezuela attend toujours la tentative de putsch de Washington, qui commence à traîner en longueur après le fiasco de Cúcuta où le « concert humanitaire » a fait un flop musical assourdissant et l’aide américaine a été stoppée net. L’auto-proclamé Guaido est sorti du pays et ne sait plus trop comment y rentrer… En Syrie, le califat daéchique vit ses dernières heures et l’incertitude demeure sur la suite des événements qui sous-tendent la grande problématique de la guerre, à savoir la reconstitution totale de l’arc chiite. Le sommet Donald-Kim III d’Hanoï a échoué, laissant lui aussi dans l’expectative la question fondamentale derrière l’événementiel coréen : la présence militaire US en Extrême-Orient et le containment de l’Eurasie dans le Pacifique. Ne parlons même pas de la Baltique, où le Nord Stream II avance à grands pas (déjà 70% de tubes posés !), ni de l’Afghanistan où les Talibans progressent encore et sont l’un des éléments clé de la recomposition de l’Asie centrale et de la Caspienne, zone stratégique entre toutes.

Mais laissons un instant tout cela et quittons notre bonne vieille Terre pour conter fleurette à cette chère Séléné, déesse grecque de la lune. Dans un billet novateur, un honorable correspondant de nos Chroniquesabordait un point extrêmement important il y a deux ans :

Dans ce contexte de nouvelle ruée vers l’or, il convient de se demander quel cadre juridique est à l’heure actuelle en place pour contrôler l’expansion commerciale terrestre sur les corps célestes comme les planètes. Et à cette question, la réponse est bien mince. Oh, il existe bienun traité poussiéreux de l’ONU datant de 1967, qui interdisait à toute nation de s’approprier tout ou partie d’un corps céleste, ainsi que d’y installer une quelconque présence militaire.

Mais l’administration Obama a décidé de rouler dessus avec le Space Resource Act voté par le Congrès en juin 2015, qui invalide explicitement et unilatéralement les accords de non-appropriation. Son contenu est simple : le Président a toute latitude pour faciliter l’accès aux ressources extra-terrestres, leur transfert ininterrompu et leur libre vente par des entreprises américaines. Il va de soi que de telles opérations seront encadrées, cofinancées et/ou équipées par le complexe militaro-industriel, les enjeux étant trop immenses pour être laissés à la chance.

Comment garantir aux futures colonies minières, sur la Lune ou ailleurs, la sécurité des hommes et des équipements engagés ? À cette question aussi, la réponse est simple, typiquement américaine : on apprenait il y a seulement quelques jours la création d’un corps de Marines de l’espace au sein de l’armée américaine, sous le commandement d’un général 3-étoiles. Le Congrès est plutôt pour ; du côté de l’Air Force par contre, qui s’occupe ordinairement de ces affaires, on n’est pas du tout mais alors pas du tout content. Mais doit-on encore s’étonner des frasques de l’appareil US, prisonnier de ses annonces, annonces d’annonces et annonces d’annonces d’annonces…

Pas de réaction publique côté OCS, comme souvent. Les Chinois sont déjà sur la Lune depuis plusieurs années de toute façon, et les Russes ont toujours le quasi-monopole du marché du vol habité (…) Au-delà de ces considérations politiques, et en l’absence de toute législation solide, comment éviter également la privatisation galopante qui menace à court terme d’envahir la Lune, et au-delà, Mars et la ceinture d’astéroïdes ? Derrière les géants 3.0, c’est une armada d’entreprises de toutes origines qui se précipite pour glaner une part du gâteau. Accès commercial à l’espace, télécommunications, services de fret… C’est toute une logistique qui se met en place, avec pour seul but l’exploitation totale et froidement efficace de toutes les ressources accessibles dans l’espace plus ou moins proche (…)

On comprend mieux dès lors la tendance protectionniste des États-Unis, qui resserrent leurs activités autour du profit strictement national, et le rapprochement Russie/Inde/Chine qui s’établit pour le bloc OCS. La bataille ne fait que commencer, et elle s’annonce âpre.

L’affaire devient sérieuse et ne relève plus de la science fiction. Des scientifiques européens viennent d’annoncer un ambitieux plan d’établissement de mines sur la lune pour la décennie à venir, rejoignant dans la danse Chinois, Américains, Russes et Indiens. Le but : un isotope à la valeur astronomique, très présent dans le régolithe, cette couche de poussière qui recouvre la Lune. Extrêmement rare sur terre, l’hélium 3 sert dans le domaine médical ou sécuritaire (détection des matériaux radioactifs). Surtout, il permettrait une fusion nucléaire propre, révolutionnant le concept d’énergie sur Terre en donnant lieu à la construction d’une foule de petits réacteurs. On comprend dans ces conditions que son prix atteigne des niveaux faramineux : entre 3 et 5 milliards la tonne ! Or la Lune en compte au bas mot 100 000 tonnes…

Pékin, qui accumule les succès spatiaux, prévoit déjà d’y installer des mines. Moscou est depuis longtemps intéressée par la colonisation lunaire. Dans cette question à mille milliards, l’empire répond également présent et la volonté, pour l’instant toute théorique, de créer des Marines de l’espace n’est évidemment pas sans rappeler les centaines de bases US le long des routes pétrolières de la planète. Dans l’espace comme sur Terre, l’axiome de base de la stratégie hégémonique impériale demeure : le contrôle énergétique à des fins de domination. Gageons que, comme ici-bas, Russes et Chinois ne l’entendront pas de cette oreille. De quoi troubler la tranquillité de la douce Séléné…

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MOHAMMED BEN SALMANE : ECHEC A L’OCCIDENT !

MOHAMMED BEN SALMANE :
ECHEC A L’OCCIDENT !
(L’Imprécateur)

La presse française, toujours obéissante aux instructions venues de l’Élysée, ne parle que des sujets autorisés, sur le ton adéquat, et dans le doute préfère passer des informations pourtant marquantes sous silence, ou les présenter sous un jour péjoratif, notamment celles de la vie internationale.

Donald Trump a réussi à stopper le « shutdown », cet arrêt partiel des activités administratives commencé le 22 décembre aux États-Unis, il l’a fait « contraint » dit la presse. Personne ne dira que s’il l’a fait, c’est qu’il venait de trouver la parade pour contourner le veto démocrate à la construction du mur à la frontière mexicaine. En promulguant l’état d’urgence nationale, il a pu récupérer les milliards bloqués (1). Donc, il n’est contraint en rien et il a repris l’avantage.

Personne ne dira que cela lui a valu un nouveau gain de popularité de près de 7 points, dû notamment au soutien massif des hispano-américains qui sont maintenant 50 % à approuver sa politique, car ils sont les premiers à se plaindre de l’excès d’immigration latino. Le mur sera donc construit, grosse claque pour les Démocrates.

Le Sénat exonère Trump de toute responsabilité dans l’affaire russe

La Commission spéciale du Sénat américain étudiait depuis deux ans tous les rapports du procureur Müeller sur la collusion entre Trump et la Russie et avait commandé deux enquêtes indépendantes, toutes deux présentées en décembre 2018 par la presse française comme certainement à charge pour Trump. L’une d’elle étant chargée d’analyser des millions de publications sur les réseaux sociaux, fournies par Twitter, Facebook et Google à la Commission du Renseignement du Sénat.

Washington Post, le quotidien socialiste américain, avait annoncé que Trump allait enfin pouvoir être destitué, info reprise sans contrôle par la presse française de gauche.

Finalement, la Commission spéciale du Sénat a annoncé jeudi dernier qu’elle clôt son enquête parce qu’elle n’a trouvé « aucun élément démontrant par des preuves confirmées une intervention quelconque de la Russie dans le processus électoral des élections de 2016 » et demande l’arrêt des enquêtes de Müeller.

Silence glacial de la presse mondiale de gauche

Silence glacial de la presse démocrate. Le journaliste Bill d’Agostino déclare : « Deux jours se sont écoulés depuis le reportage de NBC selon lequel la commission sénatoriale du renseignement n’a trouvé aucune preuve matérielle de collusion entre la campagne Trump et la Russie, et à ce jour, aucun des trois principaux réseaux de diffusion (ABC, CBS et NBC) ne lui a accordé une seule seconde de temps d’antenne dans ses journaux télévisés du soir. Considérant que ces réseaux ont donné à l’enquête russe un temps d’antenne massif de 2 202 minutes, leur silence sur ce développement majeur est assourdissant« .

Même silence dans la presse française dont les élucubrations mensongères sont démontées. Google lui-même a arrêté toute communication sur le sujet ! Hilary Clinton qui a financé la fabrication de fausses preuves éventées par le Sénat doit regretter son argent perdu. Le Monde, Libération et TV-France-info qui ont, depuis deux ans, soutenu les démocrates dans leurs fausses accusations et leurs fake-news s’excuseront-ils d’avoir une fois de plus trompé leurs lecteurs et auditeurs ? N’y comptez pas.

Parfois, pour apprendre la vérité, il faut lire la presse arabe

Il faut lire la presse arabe (2) pour apprendre que le prince saoudien Mohammed Ben Salmane a déclaré au Pakistan qu’il n’interviendrait pas dans les négociations en cours à Doha (Qatar) depuis le 20 janvier entre les talibans afghans et les Etats-Unis, parce que les talibans ne veulent discuter qu’avec Trump et personne d’autre !

Trump qui a déjà pacifié la Corée du Nord, dont l’armée travaille actuellement la main dans la main avec celle du Sud pour déminer la zone inter-frontalière, réussira-t-il à trouver avec les talibans un accord de pacification de l’Afghanistan ? L’avenir le dira, mais pour le moment force est de constater que Trump réussit là où la diplomatie internationale se plante depuis quarante ans, la française comme les autres.

Que fait MBS au Pakistan ?

Mohammed Ben Salmane élargit ses alliances, un pied à l’Ouest, un pied à l’Est

Le 30 novembre dernier, au G20 à Buenos Aires, MBS après s’être fait agresser par Macron (toujours aussi maladroit dans ses interventions internationales), au sujet des Droits de l’Homme en Arabie, avait dit à Trump « Je m’en moque, je le tiens dans ma main« , allusion aux 60 % de la dette française détenus par les  pays Arabes. Macron qui avait entendu ou à qui l’on avait rapporté le propos de MBS était venu se plaindre : « Vous ne m’écoutez jamais« .

https://www.minurne.org/wp-content/plugins/wp-fastest-cache-premium/pro/templates/youtube.html#tiRSlPZpE48?feature=oembed

La vidéo montre que Macron a peur. « Don’t worry » lui répond MBS. Poutine lui dira la même chose un plus plus tard « n’ayez pas peur, on peut vous aider« . Macron répondra, « pas besoin, j’ai mon ami Trump, on se dispute un peu, mais on s’entend très bien » Ah bon ? a répondu Vladimir avec ce sourire en coin qu’il prend quand il ne croit pas un mot de ce qu’on tente de lui faire croire.

Rentré en Arabie le 2 décembre, MBS a compris que les Occidentaux ne le laisseraient jamais en paix avec ces droits de l’homme stupides qu’aucun fidèle du Coran ne peut admettre. Il a décidé de modifier ses alliances, autrement dit de prendre une assurance à l’Est. Il vient donc d’entreprendre une tournée Pakistan-Inde-Chine. Trump a pour diplomatie la menace et la force, MBS le carnet de chèques.
Des méthodes qui laissent pantois les diplomates occidentaux qui en sont toujours au XIXème siècle : courbettes et concessions.

Le prince héritier saoudien et sa délégation de 1 100 personnes sont loin d’arriver les mains vides !

MBS avec Imrhan Khan, 1er ministre du Pakistan (Photo L’Orient le jour)

MBS va aider la Chine à boucler l’Océan indien

Alors qu’Islamabad se trouve dans une situation économique difficile, MBS a signé des protocoles d’entente hier pour un montant de vingt milliards de dollars. « Nous pensons que le Pakistan va devenir un pays très important dans un futur proche et nous voulons nous assurer d’en faire partie », a-t-il dit.

L’Arabie devrait, entre autres, aider à financer la construction du port de Gwadar, point stratégique géré par la société d’État chinoise China Overseas Port Holding Company, qui s’inscrit dans le cadre du « corridor économique » en cours de création entre Pékin et la Méditerranée.
Il s’arrête pour le moment à Djibouti où les Chinois ont créé une énorme base militaire susceptible de bloquer l’accès à la Mer Rouge et au canal de Suez.
Les Occidentaux sont en train de perdre le contrôle de l’Océan indien, mais s’en rendent-ils compte ?

Le programme économique de la tournée de MBS devrait ensuite être un peu plus sérieux pour les trois partenaires lors de ses rencontres avec le Premier ministre indien, Narendra Modi, puis le président chinois Xi Jinping et le vice-Premier ministre Han Zheng.

Selon le porte-parole de la diplomatie chinoise, le déplacement de MBS en Chine a pour objectif d’« approfondir la coopération » entre les deux pays, notamment au sujet des projets des Routes de la soie lancés par Pékin. « L’Inde et la Chine sont des partenaires naturels, compte tenu de leur dépendance croissante vis-à-vis du Golfe pour les importations d’énergie et de la volonté de Riyad d’investir dans des activités en aval dans les deux pays, liant ainsi leurs fortunes économiques » (Neil Quilliam 3)

La Chine et l’Inde sont des marchés pétroliers importants pour l’Arabie, respectivement 14,6 % et 9,5 % des exportations saoudiennes de brut en 2017. Autant de liens qui devraient favoriser l’annonce de nouveaux accords et partenariats lors de la visite de MBS.

La ligne Maginot de défense antichinoise de l’Inde à la Polynésie imaginée par Macron avec comme épicentre la Nouvelle-Calédonie est mal partie !

L’Imprécateur
19 février 2019
1: En partant des 1,375 milliards bloqués par la chambre des représentants, par rapport aux 5,7 milliards que demandait Trump, il s’en sort avec 8 milliards sans avoir besoin des Démocrates et des Républicains, mais en décrétant l’état d’urgence, ce qu’Obama avait fait sans attirer la moindre critique des médias. Mais là, avec Trump, ils parlent évidemment tous de dictature et de trahison.

2: Le quotidien libanais L’Orient le jour a une édition en français très bien faite, lorientlejour.com

3: Neil Quilliam, chercheur au sein du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord à Chatham House (Royal Institute of International Affairs)

 

https://www.minurne.org/billets/20001

Islamabad a le pas qui se tend

Islamabad a le pas qui se tend

Publié le 19 Février 2019 par Observatus geopoliticus in Sous-continent indien, Moyen-Orient, Chine, Etats-Unis, Asie centrale

Le Pakistan est à nouveau dans l’œil du cyclone, au centre d’une tempête dont les implications peuvent cette fois aller très loin. Les frères ennemis du sous-continent sont en effet membres de l’Organisation de Coopération de Shanghai désormais, pleinement associés à la multipolarité eurasiatique et aux aléas géopolitiques qui s’y font jour. Le temps de l’innocence est terminé, vient celui de la responsabilité. Or, le « pays des purs » ne semble peut-être pas tout à fait l’avoir compris. Petit rappel des faits…

  • Mercredi 13 février : un attentat en Iran, dans la rétive province du Baloutchistan, fait 27 morts dans un convoi des Gardiens de la Révolution.
  • Jeudi 14 février : un attentat au Cachemire indien touche un convoi de forces de sécurité indiennes et tue 44 paramilitaires.

Le Cachemire et le Baloutchistan ont un point commun : à cheval sur la frontière, ces régions ont toutes deux une portion en territoire pakistanais. C’est précisément là que le bât blesse…

Deux groupes militants sunnites – Jaish-e-Mohammed (JeM) au Cachemire, Jaïch al-Adl au Baloutschistan – ont revendiqué chacun son attaque mais, chose très rare, les deux voisins tiennent Islamabad pour responsable. Que l’Inde accuse le Pakistan après chaque attentat est certes chose courante : pendant des années, Islamabad a été au mieux complice, au pire impliqué. Que l’Iran le fasse est beaucoup plus rare.

Les mots du chef des Gardiens de la Révolution sont importants : « Le gouvernement pakistanais, qui a abrité ces contre-révolutionnaires, sait où ils se trouvent et qu’ils sont soutenus par les forces de sécurité du Pakistan. Le gouvernement pakistanais doit répondre de ce crime. S’il ne les punit pas, nos représailles viseront cette force contre-révolutionnaire et le Pakistan assumera les conséquences de son soutien à ce groupe ».

Un autre général va encore plus loin : « Ces criminels sont d’une tribu du Baloutchistan qui a été entraînée aux opérations suicide par un pays voisin. Ce pays et l’ISI doivent rendre des comptes à l’Iran. Les preuves montrent que ce groupe terroriste est soutenu financièrement par des pays du Golfe, dont un certain prince-héritier qui est au Pakistan en ce moment ». Il fait évidemment allusion à la visite d’Etat du Seoud MBS, nous y reviendrons…

Pour l’instant, Téhéran n’a pris aucune mesure, contrairement à l’Inde qui vient de retirer au Pakistan son statut de « nation la plus favorisée » (bénéficiant de faibles droits de douane). Ce statut avait résisté depuis un quart de siècle aux nombreuses attaques terroristes lancées depuis le Pakistan, c’est maintenant chose révolue. Le ciment, par exemple, est l’un des nombreux produits touchés par une augmentation de 200% (!) des droits de douane. Anecdotiquement, New Delhi pourrait boycotter le match de cricket entre les deux nations cet été (le cricket est au sous-continent ce que le football est à l’Amérique latine).

Loin de condamner l’attentat, le Premier ministre paki Imran Khan, ancienne star de cricket justement, a, au contraire, prononcé un discours tardif, menaçant et presque triomphaliste dans lequel il défie Modi.  Il a plusieurs fois fait référence à l’Afghanistan dans ce qui peut être vu comme un chantage voilé : après la défaite US, les djihadistes tourneront leurs yeux vers le Cachemire. Avec cette gloriole quelque peu infantile, Islamabad n’arrange pas son cas…

Hasard du calendrier, le Seoud est en tournée au Pakistan, en Inde (où il arrive le 20 février) puis en Chine. Et là, nous entrons dans un jeu extrêmement compliqué que l’on peut résumer schématiquement ainsi :

  • L’empire US et l’Arabie saoudite défendent le Pakistan après l’attaque contre l’Iran, beaucoup moins après celle contre l’Inde.
  • La Chine défend Islamabad après l’attaque contre l’Inde, beaucoup moins après celle contre l’Iran.

Comme l’empire, MBS doit se réjouir de voir l’Iran attaqué. Il y a un mois, Asia Times publiait un article prémonitoire, curieusement disparu depuis sur le site, sur le possible réchauffement du front baloutche contre Téhéran en concomitance avec les investissements saoudiens pour alléger le marasme économique pakistanais. Selon un schéma désespérément classique, Riyad finance déjà dans la province des mouvements religieux ultra-rigoristes et profondément anti-chiites. En novembre, c’est un avion israélien qui atterrissait mystérieusement au Pakistan. Après le Yémen, un nouveau front israoudien contre l’Iran ? C’est tout sauf impossible, d’autant que, selon un bon connaisseur, l’ISI et les Saoudiens, cornaqués par l’empire, tenteraient (le conditionnel reste de mise) de noyauter/récupérer le mouvement taliban en Afghanistan voisin pour le lancer lui aussi contre l’Iran.

Cette thèse afghane a tout de même quelques failles. S’il est très friand des espèces sonnantes et trébuchantes saoudiennes, le nouveau leadership pakistanais n’est pas connu pour son amour envers Washington. Par ailleurs, il faudrait, pour que ce plan fonctionne, que les Talibans soient sur la même ligne et, petit détail, prennent le pouvoir en Afghanistan, ce qui est encore assez loin d’être le cas. Il faudrait également, chose difficilement acceptable en termes de relations publiques, que les Américains lâchent le gouvernement afghan qui maintient de bons contacts avec Téhéran. Enfin, les rusés Perses ont pris les devants depuis quelques mois et ont noué de discrets mais réels contacts avec des commandants talibans. A suivre…

Toujours est-il que l’immixtion saoudienne au Baloutchistan est évidemment vue avec grande méfiance par l’Iran ainsi que par le Qatar, dont le principal média, Al Jazeera, encourage le Pakistan à refuser tout net l’argent saoudien. Nous sommes bien sûr ici dans la continuation de la querelle du Golfe entre Riyad et Doha : deux ans après le début de la crise, aucun signe d’apaisement n’est en vue.

L’investissement du Seoud dans la région, dont le joyau est le port sino-pakistanais de Gwadar, ne plaît pas non plus des masses à Pékin et Islamabad serait bien avisée de ne pas jouer avec le feu et irriter son meilleur allié. Car la Chine, par le biais de ses médias d’Etat, continue par ailleurs à défendre vaille que vaille le Pakistan, notamment après l’attentat du Cachemire en demandant à l’Inde de prouver ses accusations. Où l’on retrouve les vieilles alliances/rivalités du temps de la Guerre froide, qui ont bien du mal à disparaître tout à fait…

MBS, lui, est sur une position différente vis-à-vis de l’Inde et fera vraisemblablement office d’improbable émissaire de la paix entre Islamabad et New Delhi. Voir le démembreur de Khashoggi et financeur du djihadisme jouer les militants pacifistes n’est pas le dernier paradoxe de cette histoire.

L’empire US ne sait pas non plus trop sur quel pied danser. Il est clairement irrité par l’Inde suite à l’achat des S-400 à la Russie. La poursuite des relations fructueuses entre New Delhi et Téhéran et la collaboration avec le Venezuela de Maduro font grincer les dents de l’oncle Sam. Il y a quelques jours, Bolton s’est d’ailleurs fendu d’un commentaire menaçant : « Le soutien des nations et des entreprises au vol par Maduro des ressources du Venezuela ne sera pas oublié ».

D’un autre côté, le relativement anti-américain Imran Khan n’a jamais été la tasse de thé de Washington et le Congrès discute même de la possibilité de supprimer le statut du Pakistan en tant que major non-NATO ally. Muet (d’admiration) concernant l’attentat en Iran, l’empire a été pris par surprise sur le Cachemire, obligeant Bolton à retourner sa moustache dès le lendemain de sa menace voilée à New Delhi et à assurer l’Inde du soutien américain.

Last but not least, dans cet invraisemblable maelström, un acteur majeur brille par son silence : la Russie, qui s’est contentée du minimum vital en offrant ses condoléances à tout le monde. Les bisbilles irano-pakistano-indiennes doivent bien embêter le Kremlin au moment où l’empire américain décline et la multipolarité eurasienne prend de l’ampleur. En bon observateur, Vladimirovitch doit méditer cet axiome simple de physique transposable en géopolitique : plus un corps grossit, plus des réactions parfois inattendues et hétérogènes se font jour en son sein.

L’Organisation de Coopération de Shanghai, à laquelle tout ce joli monde est maintenant lié à l’exception de Washington, saura-t-elle ramener la concorde ? Le prochain sommet de juin vaudra son pesant d’or…

Londres tente de saboter la nouvelle route de la soie au Pakistan

Londres tente de saboter la nouvelle route de la soie au Pakistan

Les vieilles méthodes font toujours recette mais pas souvent :  l’attaque du consulat de la République populaire de Chine à Karachi, la plus grande ville du Pakistan (Sind, Sud) par trois éléments de l’Armée de Libération du Balouchistan porte de très vieilles marques, reconnaissables à des milliers de kilomètres à la ronde. Le vieil impérialisme britannique est mort. Restent les miettes.

Nous sommes dans le domaine du Grand Jeu de Kipling, revisité à la sauce chinoise.

La nouvelle route de la Soie chinoise est en marche. Au Pakistan, cela se traduit par d’énormes investissements chinois dans les infrastructures rendant ce pays moins dépendant de l’assistance militaire américaine et l’aide financière  saoudienne. Mais le Pakistan est un pays faisant face à d’immenses défis géostratégiques et l’instabilité n’attirant pas les affaires, il fallait résoudre un certain nombre de problèmes anciens :  restauration de l’autorité dans les zones tribales du Nord, au Waziristan, réduction de la tentation indépendantiste balouche, alimentée par les services britanniques et indiens, surveillance de la situation en Afghanistan et par dessus tout, établir une dissuasion viable face au gigantesque rival indien.

Le Balouchistan est une province frontalière avec l’Iran et où les services secrets des pays occidentaux sont positionnés depuis des décennies à des fins de déstabilisation de l’Iran mais également pour le potentiel minier et fossile de cette zone. Cette présence s’est traduite par la multiplication de groupes armés indépendantistes incapables de faire face à l’Armée pakistanaise mais capables d’instaurer une instabilité chronique et l’insécurité. Or, la ceinture économique chinoise doit impérativement passer par le Balouchistan pour joindre l’Iran en attendant le retrait des forces occidentales d’Afghanistan. Une fois l’Iran atteint, les routes de Baghdad et d’Alep sont ouverts.
C’est à ce niveau qu’interviennent les services britanniques :  maintenir l’insécurité et le cas échéant, passer à l’action comme ce fut le cas ce vendredi matin avec l’attaque armée foireuse ayant visé le consulat de Chine à Karachi.

C’est un peu comme en Afrique, quand les chinois s’approchent un peu trop des gisements d’Areva au Niger et qu’un groupe armé local (sinon un créé ad-hoc) est chargé de kidnapper un ou deux techniciens de l’Empire du Milieu.

C’est une lutte désespérée. Un nouveau monde se met en place et les vieilles recettes n’ont plus cours.

Londres tente de saboter la nouvelle route de la soie au Pakistan

L’Afghanistan occupe une place centrale dans le nouveau grand jeu

L’Afghanistan occupe une place centrale dans le nouveau grand jeu

«La route longue et sinueuse ne fait que commencer - Un processus de paix mené par la Russie et la Chine, y compris les talibans - Un Afghanistan stable - Islamabad en tant que garant - Une solution entièrement asiatique. Les envahisseurs occidentaux ne sont pas les bienvenus.» 

Pepe EscobarPar Pepe Escobar – Le 19 novembre 2018 – Source Russia Insider

Dans le «cimetière des empires», l’Afghanistan ne cesse de vivre des rebondissements géopolitiques et historiques. La semaine dernière à Moscou, un autre chapitre crucial de cette histoire épique a été écrit lorsque la Russie s’est engagée à utiliser ses muscles diplomatiques pour stimuler les efforts de paix dans ce pays déchiré par la guerre.

Accompagné de représentants afghans et de leurs rivaux talibans, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a parlé de « travailler de concert avec les partenaires régionaux et les amis afghans réunis autour de cette table ».


« Je compte sur vous pour mener une conversation sérieuse et constructive qui justifiera les espoirs du peuple afghan », a-t-il déclaré.

Dans les années 1980, l’Union soviétique avait déclenché une guerre désastreuse dans le pays. Trente ans plus tard, la Russie assume désormais le rôle principal de médiateur dans cette version du Grand jeu au XXIe siècle.

L’affiche à Moscou était diversifiée.

Quatre membres [afghans] du Haut Conseil de la paix, chargés de tenter un dialogue avec les talibans, ont pris part aux discussions. Cependant, le ministère des Affaires étrangères afghan a fait un effort supplémentaire pour souligner que le conseil ne représente pas le gouvernement afghan.

En effet, Kaboul et les anciens membres de l’Alliance du Nord, qui forment une sorte de cercle « protecteur » autour du président Ashraf Ghani, refusent en fait tout dialogue avec les Talibans, qui étaient leurs ennemis mortels jusqu’en 2001.

Les Talibans, pour leur part, ont envoyé une délégation de cinq personnes, bien que le porte-parole, Zabiullah Mujahid, ait déclaré qu’il ne ferait «aucune sorte de négociation» avec Kaboul. Il s’agissait «de trouver une solution pacifique à la question de l’Afghanistan».

Les diplomates pakistanais confirment que les Talibans ne négocieront sur des questions importantes qu’après la conclusion d’un accord avec les États-Unis sur un calendrier de retrait complet.

La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a souligné que c’était la première fois qu’une délégation taliban assistait à une réunion internationale de haut niveau. Le fait que Moscou qualifie les Talibans d’organisation terroriste est encore plus frappant.

Moscou a également invité la Chine, le Pakistan, l’Inde, l’Iran, les cinq pays d’Europe centrale et les États-Unis. Washington n’a envoyé qu’un diplomate de l’ambassade américaine à Moscou en tant qu’observateur. Le nouvel envoyé spécial américain pour la paix en Afghanistan, Zalmay Khalilzad, largement connu, dans un passé récent, comme « l’Afghan de Bush », n’a pas fait beaucoup de progrès lors de ses rencontres avec des responsables talibans au Qatar ces derniers mois.

L’Inde – qui n’aime pas vraiment « un processus de paix dirigé par les Afghans » et encouragé par le Pakistan – a envoyé un émissaire « à un niveau non officiel » et a reçu un savon de la part de Lavrov du style « Ne gémissez pas, soyez constructifs » .

Malgré tout, ce n’était que le début. Il y aura un suivi – bien qu’aucune date n’ait été fixée.

Autant pour l’opération « Enduring Freedom »

Depuis la campagne de bombardement américaine et l’invasion de l’Afghanistan alors contrôlé par les Talibans il y a 17 ans, la paix s’est révélée insaisissable. Les talibans ont toujours une présence importante dans le pays et ont bien le vent en poupe.

Les diplomates à Islamabad confirment que Kaboul exerce peut-être son pouvoir sur environ 60% de la population, mais l’essentiel c’est que seulement 55% des 407 districts de l’Afghanistan, et peut-être même moins, se soumettent à Kaboul. Les talibans sont en progrès au nord-est, au sud-ouest et au sud-est.

Il a fallu beaucoup de temps au nouveau chef des opérations des États-Unis et de l’OTAN, le général Austin Scott Miller, pour admettre ce qui était absolument évident : « Cela ne sera pas gagné militairement … cela va aboutir à une solution politique », a-t-il déclaré.

La force militaire la plus formidable au monde ne peut tout simplement pas gagner la guerre.

Pourtant, après que pas moins de 100 000 soldats américains et otanesques, ainsi que 250 000 soldats de l’armée et de la police afghanes, formés par les États-Unis, ont échoué, au fil des ans, à empêcher les talibans de gouverner des provinces entières, Washington semble déterminé à blâmer Islamabad pour ce bourbier militaire.

Les États-Unis estiment que le « soutien » caché du Pakistan aux talibans a aggravé la situation et déstabilisé le gouvernement de Kaboul.

Il n’est pas surprenant que l’envoyé présidentiel russe pour l’Afghanistan, Zamir Kabulov, soit allé droit au but. « L’Occident a perdu la guerre en Afghanistan … la présence des États-Unis et de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) n’a pas seulement échoué à résoudre le problème, elle l’a même exacerbée. »

Lavrov, pour sa part, est très préoccupé par l’expansion de Daesh, connue dans la région comme ISIS-Khorasan. Il a averti, à juste titre, que des « sponsors étrangers » permettent à ISIS-Khorasan de « transformer l’Afghanistan en un tremplin pour son expansion en Asie centrale ». Pékin est d’accord.

Un grand plan sino-russe

Ce n’est un secret pour aucun des grands acteurs que Washington n’abandonnera pas sa base afghane privilégiée à l’intersection de l’Asie centrale et de l’Asie du Sud pour diverses raisons, notamment le suivi et la surveillance de « menaces » stratégiques telles que la Russie et la Chine.

En parallèle, l’éternel récit du « Pakistan joue un double jeu » ne disparaîtra tout simplement pas, même si Islamabad a montré en détail comment les talibans pakistanais se sont régulièrement vu offrir un refuge dans l’est de l’Afghanistan par les agents du RAW (services de renseignement indiens).

Cela n’empêche pas le fait que Islamabad a un grave problème afghan. La doctrine militaire stipule que le Pakistan ne peut pas jouer sur l’échiquier géopolitique sud-asiatique, et projeter sa puissance à l’égal de l’Inde, sans contrôler la « profondeur stratégique » de l’Afghanistan.

Ajoutez à cela le problème absolument insoluble de la ligne Durand, créée en 1893 pour séparer l’Afghanistan de l’Empire britannique indien. Cent ans plus tard, Islamabad a totalement rejeté l’appel de Kaboul pour renégocier la ligne Durand, conformément à une disposition du traité initial. Pour Islamabad, la ligne Durand restera à perpétuité en tant que frontière internationale valable.

Au milieu des années 90, le pouvoir à Islamabad pensait qu’en soutenant les talibans, ils finiraient par reconnaître la ligne Durand et, au-delà, dissiperaient  l’impulsivité du nationalisme pachtoune et l’appel à la création d’un « Pachtounistan ».

Islamabad était toujours censé diriger la narration. L’histoire, cependant, l’a complètement renversée. En fait, c’est le nationalisme pachtoune et l’islamisme extrémiste de la variété Deobandi qui ont fini par contaminer les Pachtounes pakistanais.

Pourtant, les Pachtounes ne seront peut-être pas les acteurs principaux de la dernière saison de cet Hindu Kush spectaculaire. Cela pourrait être la Chine.

Ce qui compte le plus pour la Chine, c’est que l’Afghanistan devienne une partie intégrante du Corridor économique Chine-Pakistan (CPEC). C’est exactement ce que l’émissaire chinois Yao Jing a déclaré lors de la séance d’ouverture du 4e dialogue trilatéral à Islamabad entre la Chine, le Pakistan et l’Afghanistan cette semaine :

«Kaboul peut servir de passerelle pour élargir la connectivité entre les régions d’Asie de l’Est, d’Asie du Sud et d’Asie centrale».

Le sénateur pakistanais Mushahid Hussain Sayed a déclaré :

« La Grande Asie du Sud est devenue un concept géo-économique fondé sur l’économie et l’énergie, les routes et les chemins de fer, les ports et les pipelines, et le Pakistan est le centre de cette connectivité grâce au CPEC. »

Pour Beijing, le CPEC ne peut réaliser son énorme potentiel que si les relations entre le Pakistan et l’Inde sont normalisées. Et cette voie passe par l’Afghanistan. La Chine vise une ouverture depuis des années. Les agents des services de renseignement chinois ont rencontré les talibans partout, du Xinjiang à Karachi et de Peshawar à Doha.

La donne de la Chine est extrêmement séduisante. Pékin est le seul capable de s’entendre avec tous les autres acteurs majeurs : Kaboul, les Talibans, l’ancienne Alliance du Nord, l’Iran, la Russie, l’Asie centrale, les États-Unis, l’Union européenne, l’Arabie saoudite, la Turquie et – enfin, les frères «de toujours, par tous les temps» du Pakistan.

Le seul problème est l’Inde. Mais maintenant, au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), ils sont tous autour de la même table – avec l’Iran et l’Afghanistan eux-mêmes en tant qu’observateurs. Tout le monde sait qu’une Pax Sinica [Paix chinoise] en Afghanistan impliquerait des tonnes d’investissement, de connectivité et d’intégration commerciale. Où est le mal ?

C’est l’objectif ultime des pourparlers de paix en cours à Moscou. Cela fait partie d’une stratégie SCO concertée qui fait l’objet de discussions depuis des années. Le voyage sur la route longue et sinueuse commence tout juste.

Un processus de paix mené par la Russie et la Chine, talibans inclus, un Afghanistan stable, Islamabad en tant que garant, une solution entièrement asiatique. Les envahisseurs occidentaux ne sont pas bienvenus.

Pepe Escobar 

Traduit par jj, relu par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/lafghanistan-occupe-une-place-centrale-dans-le-nouveau-grand-jeu

 

Un séminaire de l’UE contre le corridor économique sino-pakistanais

La Fondation européenne d’études sur l’Asie du Sud (EFSAS) a organisé un séminaire d’une journée sur le corridor économique Chine-Pakistan (CPEC). Organisé par Jonathan Bullock, membre du Parlement européen (MEP) du parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), il a rassemblé des européens qui dénoncent la montée de la Chine sur la scène mondiale ainsi que des agitateurs financés par les Etats-Unis et l’Europe pour saboter les relations sino-pakistanaises.

Le CPEC est un projet clé dans le cadre des relations sino-pakistanaises et fait partie intégrante de l’initiative One Belt, One Road (OBOR) de Beijing. Il comprend des projets énergétiques et de transport qui développent et relient la province pakistanaise du Baloutchistan, le long de la mer d’Oman, au territoire chinois le long de la frontière du Pakistan et de la Chine.

Une fois achevés, les projets augmenteront les perspectives du Pakistan et l’influence de la Chine non seulement au Pakistan, mais dans l’ensemble de la région. Avec d’autres projets OBOR, le CPEC constituera un pas de plus vers la montée de l’Eurasie et sa sortie de siècles de domination européenne.

Pour l’eurodéputé Jonathan Bullock de UKIP, il est quelque peu déroutant de voir un politicien soi-disant soucieux de l’indépendance britannique si désireux de s’immiscer dans la souveraineté du Pakistan et de la Chine, à des milliers de kilomètres des côtes britanniques ou de toutes côte européenne.

On pouvait trouver sur le site Web de l’EFSAS  un résumé de cet événement axé sur le CPEC :

Un panel de haut niveau composé de membres du Parlement européen, de chercheurs et d’académiciens a parlé de la construction du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) et des questions juridiques, géostratégiques, économiques et environnementales qui y sont liées et qui ont un impact direct sur la stabilité en Asie du Sud.

Les participants ont affirmé que la Chine exercerait une influence injustifiée sur le Pakistan au cours de la construction du projet. Des représentants de groupes séparatistes, dont beaucoup sont financés par les États-Unis et l’Europe pour servir de vecteurs à l’influence occidentale au Pakistan et d’agents de déstabilisation non seulement au Pakistan, mais aussi entre le Pakistan et ses voisins immédiats (Afghanistan, Inde, Iran et Chine), ont également soulevé des préoccupations liées au Cachemire et au Baloutchistan du Pakistan.

Selon la déclaration de l’EFSAS :

M.Fernando Burgés, directeur de programme à l’Organisation des Nations et des Peuples non représentés (UNPO), a présenté son point de vue sur les répercussions négatives de la construction du CPEC, qui traverse le territoire contesté du Gilgit Baltistan, qui faisait partie de l’ancien État princier de Jammu-et-Cachemire sur lequel le Pakistan n’a aucun droit.

L’UNPO sert de représentation collective à une myriade de groupes séparatistes soutenus par des intérêts spéciaux occidentaux utilisés pour semer et entretenir l’agitation dans le monde.

Parmi eux il y avait ou il y a encore aujourd’hui des séparatistes tchétchènes qui cherchent à arracher des territoires au sud de la Russie, des séparatistes tibétains soutenus depuis des décennies par la CIA (Central Intelligence Agency) américaine et divers groupes du Cachemire et du Baloutchistan. Ces derniers sont soutenus par le Département d’Etat américain dans sa quête d’indépendance et la fin effective de l’accès de la Chine à la mer d’Arabie via le port de Gwadar récemment construit.

corridor économique sino-pakistanais 2 20181126

Il convient de noter que la partie de la région du Cachemire revendiquée par le Pakistan constitue son seul accès direct à la frontière chinoise dans le nord. Il est donc particulièrement commode qu’ici, l’UNPO ait trouvé un autre groupe à soutenir qui cherche l’indépendance et qui fermerait de fait le Pakistan à la Chine dans le nord.

Alors que les différents eurodéputés de l’Union Européenne qui se plaignent de la CPEC ne feront presque rien pour ralentir sa construction et encore moins pour l’arrêter, même avec l’aide de groupes séparatistes financés et soutenus par les États-Unis et l’Europe qui tentent de compliquer la sécurité sur le terrain, il est important de comprendre le suprématisme impérial qui continue à gangrener de façon profonde plusieurs milieux politiques de l’élite occidentale.

Il est également important de comprendre comment elle se manifeste politiquement à travers des causes « droits de l’homme » diverses mais tout à fait hypocrites et cyniquement violées. De même, il est important de voir comment elle se manifeste sur le terrain où ces intérêts cherchent à perturber leurs concurrents géopolitiques au lieu de trouver des bases communes de coopération et d’intérêt mutuel.

Des cercles d’intérêts alternatifs, tant aux États-Unis qu’en Europe et ailleurs dans le monde, rechercheront des bases communes de coopération et d’avantages mutuels avec la Chine et ses nombreux partenaires eurasiens. Ils se retrouveront finalement aux premières places à la table du multipolarisme émergent, tandis que les instigateurs de chaos et les suprématistes impériaux resteront sur la touche.

Joseph Thomas

 

Article original en anglais :

The China-Pakistan Economic Corridor (CPEC). Why is the European Union Opposed to It?

New Eastern Outlook 24 novembre 2018

https://www.mondialisation.ca/un-seminaire-de-lue-contre-le-corridor-economique-sino-pakistanais/5629079

Sécurité / Halloween : une France Orange mécanique

Sécurité / Halloween : une France Orange mécanique
C’est un peu la tradition d’Halloween ! La nuit précédant la fête de la Toussaint a encore donné lieu à des violences urbaines un peu partout en France. Des violences loin d’être anecdotiques et qui s’inscrivent dans un climat d’insécurité global.

Société / Espagne : l’éternel débat autoure de la tombe du général Franco
Francisco Franco n’en finit plus de faire parler de lui après sa mort. Après des années de lutte de la gauche pour sortir sa dépouille du Valle de los caídos, cette fois, c’est au tour d’un pseudo artiste de dégrader sa tombe pour se faire un coup de pub.

International / Asia Bibi sauvée de l’exécution… et après ?
Asia Bibi sauvée in extremis d’une exécution capitale au Pakistan. Acquittée par les juges, la chrétienne accusée de blasphème n’est pas pour autant complètement tirée d’affaire dans un pays où les chrétiens sont persécutés.

International / Israël contre les chrétiens

Serveur TVL
https://chaine.tvlibertes.com/widget/halloween-une-france-orange-mecanique-journal-du-vendredi-02-novembre-2018

Lien dailymotion

Pakistan : la Cour suprême acquitte la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème

La Cour suprême du Pakistan a acquitté en appel la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010 et dont le cas avait suscité l’indignation à l’étranger et des violences dans le pays, selon un verdict rendu mercredi.

« Elle a été acquittée de toutes les accusations« , a déclaré le juge Saqib Nisar lors de l’énoncé du verdict à la Cour suprême, ajoutant que Mme Bibi, qui se trouve actuellement incarcérée dans une prison à Multan (centre), allait être libérée « immédiatement« .

Ce verdict pourrait susciter la fureur des milieux religieux fondamentalistes qui appelaient de longue date à l’exécution de Mme Bibi. Des islamistes radicaux avaient ces dernières semaines menacé les juges statuant sur son cas en cas de jugement favorable.

Mercredi, la capitale Islamabad avait été placée sous haute sécurité, avec des barrages sur les routes notamment à proximité des quartiers où vivent les magistrats et la communauté diplomatique, a constaté l’AFP. […]

En cas de libération, « Asia ne peut pas rester (au Pakistan) avec la loi » sur le blasphème, avait estimé son mari Ashiq Masih, accueilli à Londres par l’ONG catholique Aide à l’Église en détresse (AED) et interrogé le 13 octobre par l’AFP. […]

news.yahoo

Pipelineistan effréné

Pipelineistan effréné

Publié le 2 Octobre 2018 par Observatus geopoliticus in Gaz, Etats-Unis, Russie, Moyen-Orient, Sous-continent indien

Irrésistible, infatigable, insatiable, le Grand jeu énergétique continue de plus belle…

Peu de gens devaient connaître le sieur Ryan Zinke, obscur secrétaire à l’Intérieur de l’administration Trump, avant sa sortie fracassante qu’il convient de citer :  « Les Etats-Unis ont la capacité, avec notre marine, de sécuriser les lignes maritimes, et, si nécessaire de mettre en place un blocus afin de s’assurer que les exportations d’énergie russes n’atteignent pas leurs marchés. »

Diantre. En réalité, il dit tout haut et avec violence ce que tous les stratèges américains et le Deep State pensent tout bas depuis des lustres. La réaction de Moscou ne s’est pas fait attendre : si les Américains franchissent le dangereux Rubicon, ce sera tout simplement une déclaration de guerre. Le liderisimo tchétchène Kadyrov en remet une couche, ridiculisant en passant les prétentions états-uniennes.

Que cette brusque diatribe impériale ait lieu maintenant est tout sauf un hasard. L’hystérie désespérée de Washington augmente à mesure que les pipelines russes étendent leurs tentacules sur l’Eurasie.

Le mois dernier, nous prévenions :

Les travaux pour la pose du Nord Stream II ont débuté dans le golfe de Finlande, ce qui, selon la presse économique occidentale, signifie que le projet est désormais inarrêtable. Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, nous étions les premiers dans la sphère francophone à parier sur l’inéluctabilité du gazoduc baltique il y a deux ans :

C’est le genre de petite nouvelle banale qui passe totalement inaperçue, pas même digne d’être évoquée dans les fils de dépêches des journaux. Et pour une fois, je ne les en blâme pas, car seuls les initiés peuvent comprendre la portée de l’information sur notre Grand jeu énergético-eurasiatique.

Une première livraison de tubes est arrivée dans la presqu’île de Rügen, sur la côte baltique de l’Allemagne, et il y en aura désormais 148 par jour, acheminés par trains spéciaux (chaque tuyau mesure en effet 12 mètres et pèse 24 tonnes). Vous l’avez compris, il s’agit des composants du Nord Stream II qui devraient commencer à être assemblés au printemps prochain.

Ainsi, même si aucune décision officielle n’a encore été prise, ou du moins annoncée, le doublement du gazoduc baltique semble bien parti (…) Gazprom prendrait-il le risque de les acheter et de les acheminer sans avoir une idée assez sûre du dénouement ?

L’empire, obsédé par la perspective d’une intégration énergétique de l’Eurasie, tentera encore par tous les moyens de torpiller le projet mais ses atouts commencent à se faire rares… Et l’on catéchise plus difficilement l’Allemagne que la petite Bulgarie à propos du South Stream.

Renouvelons la question : Gazprom prendrait-il le risque de débuter les travaux dans le golfe de Finlande si Moscou n’avait pas dorénavant l’assurance que rien ne pourra se mettre en travers du tube ? Il semble que tout se soit décidé lors des rencontres Poutine-Merkel et lors du fameux sommet d’Helsinki (coïncidence amusante) entre le Donald et Vlad.

Il est là et, sauf rebondissement (toujours possible) de dernière minute, il est là pour durer. Le starter a tiré le départ et il a fait ses premiers mètres. Car en plus du golfe de Finlande, la construction a également commencé en Allemagne la semaine dernière : 30 km de tubes, 15 par ligne, ont été posés. Pas étonnant que l’ami Zinke ait pété une durite…

Rien n’y a fait, ni les menaces de l’empire, ni les bidouilleries de Bruxelles. Frau Milka, sourcilleuse dès qu’il s’agit des intérêts de son Deutschland über alles, y a veillé.

Autre info que le fidèle lecteur de nos Chroniques aura eu en exclusivité, l’IPI offshore prend de la consistance. Avant d’aller plus loin, retour sur le Grand jeu dans la case Sud-ouest de l’échiquier eurasien :

Un vieil ami, IPI, revient sur le devant de la scène, sur lequel un petit rappel n’est pas inutile :

L’accord sur le nucléaire iranien et la levée des sanctions ont pour conséquence de faire revivre le projet saboté par Washington de gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI). Dans leur volonté d’isoler l’Iran, les Américains avaient réussi à détourner l’Inde du projet en 2009 et tentaient de promouvoir l’invraisemblable TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde) censé passer au beau milieu des Talibans sans que ceux-ci ne s’en rendent compte. Trêve de délire et retour à la réalité, l’Inde est maintenant de nouveau intéressée par l’IPI et le projet fait sens. Ainsi, la levée des sanctions contre l’Iran n’aurait pas l’effet escompté par l’Occident. Loin de faire concurrence au gaz russe du côté de l’ouest – la route vers l’Europe est compliquée, qui plus est maintenant que le conflit kurdo-turc empêche le passage de pipelines -, le gaz iranien pourrait au contraire participer un peu plus encore à l’intégration de l’Eurasie et de l’Organisation de Coopération de Shanghai sous direction russo-chinoise, dont l’Inde et le Pakistan sont devenus membres cette année et que l’Iran rejoindra très bientôt.

La méfiance entre les frères ennemis indien et pakistanais ne disparaîtra certes pas du jour au lendemain et New Delhi est toujours gênée aux entournures de savoir que le gaz reçu devra d’abord passer par le territoire de sa Némésis. Mais c’est justement dans ce domaine que du nouveau est apparu et ce diable de Poutine n’y est pas étranger.

Fin octobre, la nouvelle est tombée que la Russie, qui possède de vastes réserves de gaz en Iran, était prête à construire une variante offshore de l’IPI pour inonder d’or bleu le Pakistan et l’Inde.

Chose très intéressante, le pipeline passerait par Gwadar, l’un des lieux les plus stratégiques de la planète que nous avions abordé ici ou ici :

La région est d’une importance immense avec le fameux nœud de Gwadar, port « donné » à Pékin au sortir du Golfe persique et autour duquel se tisse l’alliance stratégique et énergétique entre la Chine, le Pakistan et l’Iran […]

Les liens énergétiques entre Téhéran et Pékin sont déjà anciens mais se consolident chaque jour. Ceci en attendant l’oléoduc irano-pakistanais qui verra prochainement le jour, reliant la base chinoise de Gwadar avant, un jour, de remonter tout le Pakistan et rejoindre la Karakoram Highway dans les somptueux décors himalayens.

C’est cette titanesque imbrication eurasiatique que le Kremlin pilote de main de maître. La connexion sino-pakistanaise, que nous avions abordée il y a deux ans :

Moscou risque fort de bientôt construire le pipeline nord-sud que le Pakistan attend depuis des années. Premier pas vers la fameuse connexion Gwadar-Chine ou le projet de gazoduc Pakistan-Russie ? Tout ceci n’empêche d’ailleurs pas les Russes de renforcer de l’autre côté leur coopération énergétique avec l’Inde.

Et maintenant, donc, l’IPI connectant l’Iran, le Pakistan et l’Inde. Un IPI offshore et garanti par l’ours, susceptible par conséquent de balayer les dernières réticences indiennes. Il se pourrait d’ailleurs que ce faisant, la Russie ait réussi à persuader New Delhi de diminuer son soutien à l’insurrection baloutche, talon d’Achille de son voisin comme nous l’expliquions ailleurs :

Le Pakistan fait face à une insurrection nationaliste dans la rétive province du Baloutchistan, au sud du pays, où les tribus cherchent à obtenir leur indépendance. C’est un conflit peu connu du grand public occidental – sans doute parce que les insurgés sont d’obédience marxiste et non islamiste – mais qui peut se révéler pour le Pakistan au moins aussi dangereux que les troubles des zones tribales. Fait très important, c’est dans cette province que se trouve Gwadar, et plusieurs expatriés chinois y ont trouvé la mort au cours de ces dernières années, tués par des bombes ou le mitraillage de leur bus. Cela explique peut-être la légère réticence de Pékin à s’engager de plein pied dans le projet. Comme de bien entendu, le Pakistan accuse l’Inde de financer et d’aider le mouvement indépendantiste baloutche – où l’on retrouve le jeu des grandes puissances – ce qui semble effectivement le cas… New Delhi a en effet tout intérêt à ce que la situation au Baloutchistan s’envenime, faisant ainsi d’une pierre deux coups : empêcher la Chine de s’implanter dans cette zone stratégique tout en déstabilisant le Pakistan déjà englué dans les zones tribales et au Cachemire.

C’était il y a trois ans et de l’eau a coulé sous les ponts depuis. Dans l’Eurasie qui se prépare, sous l’égide de l’OCS, des routes de la Soie chinoises et des gazoducs russes, les civilisations se rapprochent, l’animosité fait peu à peu place à l’entente et à l’intégration.

Retour en octobre 2018. La Russie et le Pakistan viennent de signer un mémorandum d’entente sur l’IPI offshore, qui partira d’Iran et dont, selon toute logique, une branche rejoindra l’Inde et l’autre le Pakistan. Cela devrait peu ou prou ressembler à cela :

Certes, nous n’en sommes qu’au tout début, qui commence par une étude de faisabilité. Bien de l’eau peut passer sous les ponts et dans l’océan Indien avant que le projet ne se concrétise. Mais le fait même que ce projet existe et soit abordé sérieusement montre :

  1. que les menaces de sanctions US contre l’Iran ne fonctionnent pas avec des adversaires résolus du type Russie.
  2. que la tendance de fond est au grand rapprochement eurasien, cauchemar de l’empire maritime américain.

Le Pakistan: soufre-douleur des USA avant d’éventuelles sanctions anti-CPEC

Le Pakistan: soufre-douleur des USA avant d’éventuelles sanctions anti-CPEC


Par Andrew Korybko – Le 7 septembre 2018 – Source orientalreview.org

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L’armée américaine a suspendu 300 millions de dollars d’aides au Pakistan. Techniquement, ce n’est pas une « aide militaire » au sens propre que les USA ont coupée ; il s’agit d’argent qui « faisait partie du remboursement pour des décès et des pertes financières subies par le Pakistan dans la lutte contre le terrorisme », selon un communiqué du nouveau ministre des affaires étrangères pakistanais.

Une vue de la clôture mise en place entre Pakistan et Afghanistan – source businessinsider.com

Mais quoi qu’il en soit, cette décision hostile est prise pour faire avancer plusieurs objectifs américains, reliés entre eux, le plus visible d’entre eux étant de faire payer au Pakistan les échecs américains en Afghanistan, et le plus stratégique d’entre eux étant de poursuivre la réorientation des USA vers l’Inde, choisi comme partenaire privilégié pour l’Asie du sud.

Le prétexte supposé, selon lequel le Pakistan ne contribue pas suffisamment à la répression des groupes terroristes, est fallacieux, en ce que le pays n’héberge aucun de ces groupes, et a plutôt été leur victime au cours des décennies passées, à hauteur de 60.000 martyrs. Mais qu’importe aux USA, qui s’emploient à construire une histoire difficilement crédible, pointant le doigt vers la communauté pachtoune, active des deux côtés de la ligne Durand, dans une thèse voulant que les talibans traversent simplement cette frontière entre Afghanistan et Pakistan pour échapper aux frappes aériennes américaines. Ce n’est pas forcément ainsi que les choses se passent, et la situation réelle est plus complexe que cette histoire simpliste ne tente de l’expliquer.

Aucun militant armé ne pénètre le Pakistan par ces postes frontaliers officiels, qui figurent parmi les plus sécurisés au monde, et il ne serait pas réaliste d’attendre d’Islamabad qu’elle détecte des sympathies talibanes de la part des personnes sans armes qui pénètrent son territoire depuis l’Afghanistan. Quant à ceux qui pourraient essayer d’entrer de manière illégale, ils ont constaté ces dernières années que c’était plutôt difficile, et cela deviendra même impossible, une fois complètement installée la clôture à la frontière avec l’Afghanistan. Ces diverses raisons révèlent l’inanité de la thèse des USA, qui prétendent que le Pakistan « héberge des groupes terroristes » et les « aide activement » : c’est faux de A à Z et ces thèses visent à abîmer la réputation du Pakistan sur le plan international.

Les USA ont suspendu une aide de 300 millions de dollars au Pakistan

Il ne s’agit pas uniquement d’endommager le positionnement international du Pakistan et de « montrer le chemin de la vertu » au nouveau partenaire stratégique américain que constitue l’Inde : Washington se désengage peut-être également de sa relation – jadis proche – avec Islamabad en préparant le terrain pour pouvoir ensuite raconter qu’elle lui inflige des sanctions pour des raisons « de terrorisme », alors qu’il s’agit de mettre des bâtons dans les roues du Couloir Économique Chine-Pakistan (CPEC [China-Pakistan Economic Corridor, NdT]). Les USA travaillent à construire une perception du Pakistan en tant que pays « infesté de terroristes » afin de légitimer ce qui pourrait devenir une campagne de sanctions tous azimuts contre ce pays, à l’image de la campagne qui fait rage contre l’Iran et de celle qui a débuté plus récemment encore envers la Turquie.

Étendre le terrain de guerre économique américain déjà existant à la région du Pakistan viendrait englober la partie sud-eurasienne de la « Terre du bord » [Rimland, NdT] de ce qu’on appelle le « Moyen-Orient étendu », qui constitue la moitié sud de l’anneau d’or des grandes puissances multipolaires, et cela ferait monter drastiquement les pressions sur cette construction géopolitique si prometteuse pour le XXIe siècle, en particulier au regard de la possibilité d’imposer des « sanctions secondaires » contre les sociétés qui utiliseraient le CPEC – et donc passant par le Pakistan. Tout l’enjeu est de diminuer l’attrait économique de ce couloir fondamental de la route de la soie, ce qui s’inscrit dans la stratégie américaine d’« isolement » contre le Pakistan et la Chine. Reste que ce processus pourrait bien involontairement venir accélérer les phénomènes d’intégrations qu’il tente de saboter.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 7 septembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

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Revue de presse nationale et internationale.

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