Archives pour la catégorie Pakistan

Sécurité / Halloween : une France Orange mécanique

Sécurité / Halloween : une France Orange mécanique
C’est un peu la tradition d’Halloween ! La nuit précédant la fête de la Toussaint a encore donné lieu à des violences urbaines un peu partout en France. Des violences loin d’être anecdotiques et qui s’inscrivent dans un climat d’insécurité global.

Société / Espagne : l’éternel débat autoure de la tombe du général Franco
Francisco Franco n’en finit plus de faire parler de lui après sa mort. Après des années de lutte de la gauche pour sortir sa dépouille du Valle de los caídos, cette fois, c’est au tour d’un pseudo artiste de dégrader sa tombe pour se faire un coup de pub.

International / Asia Bibi sauvée de l’exécution… et après ?
Asia Bibi sauvée in extremis d’une exécution capitale au Pakistan. Acquittée par les juges, la chrétienne accusée de blasphème n’est pas pour autant complètement tirée d’affaire dans un pays où les chrétiens sont persécutés.

International / Israël contre les chrétiens

Serveur TVL
https://chaine.tvlibertes.com/widget/halloween-une-france-orange-mecanique-journal-du-vendredi-02-novembre-2018

Lien dailymotion

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Pakistan : la Cour suprême acquitte la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème

La Cour suprême du Pakistan a acquitté en appel la chrétienne Asia Bibi, condamnée à mort pour blasphème en 2010 et dont le cas avait suscité l’indignation à l’étranger et des violences dans le pays, selon un verdict rendu mercredi.

« Elle a été acquittée de toutes les accusations« , a déclaré le juge Saqib Nisar lors de l’énoncé du verdict à la Cour suprême, ajoutant que Mme Bibi, qui se trouve actuellement incarcérée dans une prison à Multan (centre), allait être libérée « immédiatement« .

Ce verdict pourrait susciter la fureur des milieux religieux fondamentalistes qui appelaient de longue date à l’exécution de Mme Bibi. Des islamistes radicaux avaient ces dernières semaines menacé les juges statuant sur son cas en cas de jugement favorable.

Mercredi, la capitale Islamabad avait été placée sous haute sécurité, avec des barrages sur les routes notamment à proximité des quartiers où vivent les magistrats et la communauté diplomatique, a constaté l’AFP. […]

En cas de libération, « Asia ne peut pas rester (au Pakistan) avec la loi » sur le blasphème, avait estimé son mari Ashiq Masih, accueilli à Londres par l’ONG catholique Aide à l’Église en détresse (AED) et interrogé le 13 octobre par l’AFP. […]

news.yahoo

Pipelineistan effréné

Pipelineistan effréné

Publié le 2 Octobre 2018 par Observatus geopoliticus in Gaz, Etats-Unis, Russie, Moyen-Orient, Sous-continent indien

Irrésistible, infatigable, insatiable, le Grand jeu énergétique continue de plus belle…

Peu de gens devaient connaître le sieur Ryan Zinke, obscur secrétaire à l’Intérieur de l’administration Trump, avant sa sortie fracassante qu’il convient de citer :  « Les Etats-Unis ont la capacité, avec notre marine, de sécuriser les lignes maritimes, et, si nécessaire de mettre en place un blocus afin de s’assurer que les exportations d’énergie russes n’atteignent pas leurs marchés. »

Diantre. En réalité, il dit tout haut et avec violence ce que tous les stratèges américains et le Deep State pensent tout bas depuis des lustres. La réaction de Moscou ne s’est pas fait attendre : si les Américains franchissent le dangereux Rubicon, ce sera tout simplement une déclaration de guerre. Le liderisimo tchétchène Kadyrov en remet une couche, ridiculisant en passant les prétentions états-uniennes.

Que cette brusque diatribe impériale ait lieu maintenant est tout sauf un hasard. L’hystérie désespérée de Washington augmente à mesure que les pipelines russes étendent leurs tentacules sur l’Eurasie.

Le mois dernier, nous prévenions :

Les travaux pour la pose du Nord Stream II ont débuté dans le golfe de Finlande, ce qui, selon la presse économique occidentale, signifie que le projet est désormais inarrêtable. Le fidèle lecteur ne sera pas surpris, nous étions les premiers dans la sphère francophone à parier sur l’inéluctabilité du gazoduc baltique il y a deux ans :

C’est le genre de petite nouvelle banale qui passe totalement inaperçue, pas même digne d’être évoquée dans les fils de dépêches des journaux. Et pour une fois, je ne les en blâme pas, car seuls les initiés peuvent comprendre la portée de l’information sur notre Grand jeu énergético-eurasiatique.

Une première livraison de tubes est arrivée dans la presqu’île de Rügen, sur la côte baltique de l’Allemagne, et il y en aura désormais 148 par jour, acheminés par trains spéciaux (chaque tuyau mesure en effet 12 mètres et pèse 24 tonnes). Vous l’avez compris, il s’agit des composants du Nord Stream II qui devraient commencer à être assemblés au printemps prochain.

Ainsi, même si aucune décision officielle n’a encore été prise, ou du moins annoncée, le doublement du gazoduc baltique semble bien parti (…) Gazprom prendrait-il le risque de les acheter et de les acheminer sans avoir une idée assez sûre du dénouement ?

L’empire, obsédé par la perspective d’une intégration énergétique de l’Eurasie, tentera encore par tous les moyens de torpiller le projet mais ses atouts commencent à se faire rares… Et l’on catéchise plus difficilement l’Allemagne que la petite Bulgarie à propos du South Stream.

Renouvelons la question : Gazprom prendrait-il le risque de débuter les travaux dans le golfe de Finlande si Moscou n’avait pas dorénavant l’assurance que rien ne pourra se mettre en travers du tube ? Il semble que tout se soit décidé lors des rencontres Poutine-Merkel et lors du fameux sommet d’Helsinki (coïncidence amusante) entre le Donald et Vlad.

Il est là et, sauf rebondissement (toujours possible) de dernière minute, il est là pour durer. Le starter a tiré le départ et il a fait ses premiers mètres. Car en plus du golfe de Finlande, la construction a également commencé en Allemagne la semaine dernière : 30 km de tubes, 15 par ligne, ont été posés. Pas étonnant que l’ami Zinke ait pété une durite…

Rien n’y a fait, ni les menaces de l’empire, ni les bidouilleries de Bruxelles. Frau Milka, sourcilleuse dès qu’il s’agit des intérêts de son Deutschland über alles, y a veillé.

Autre info que le fidèle lecteur de nos Chroniques aura eu en exclusivité, l’IPI offshore prend de la consistance. Avant d’aller plus loin, retour sur le Grand jeu dans la case Sud-ouest de l’échiquier eurasien :

Un vieil ami, IPI, revient sur le devant de la scène, sur lequel un petit rappel n’est pas inutile :

L’accord sur le nucléaire iranien et la levée des sanctions ont pour conséquence de faire revivre le projet saboté par Washington de gazoduc Iran-Pakistan-Inde (IPI). Dans leur volonté d’isoler l’Iran, les Américains avaient réussi à détourner l’Inde du projet en 2009 et tentaient de promouvoir l’invraisemblable TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde) censé passer au beau milieu des Talibans sans que ceux-ci ne s’en rendent compte. Trêve de délire et retour à la réalité, l’Inde est maintenant de nouveau intéressée par l’IPI et le projet fait sens. Ainsi, la levée des sanctions contre l’Iran n’aurait pas l’effet escompté par l’Occident. Loin de faire concurrence au gaz russe du côté de l’ouest – la route vers l’Europe est compliquée, qui plus est maintenant que le conflit kurdo-turc empêche le passage de pipelines -, le gaz iranien pourrait au contraire participer un peu plus encore à l’intégration de l’Eurasie et de l’Organisation de Coopération de Shanghai sous direction russo-chinoise, dont l’Inde et le Pakistan sont devenus membres cette année et que l’Iran rejoindra très bientôt.

La méfiance entre les frères ennemis indien et pakistanais ne disparaîtra certes pas du jour au lendemain et New Delhi est toujours gênée aux entournures de savoir que le gaz reçu devra d’abord passer par le territoire de sa Némésis. Mais c’est justement dans ce domaine que du nouveau est apparu et ce diable de Poutine n’y est pas étranger.

Fin octobre, la nouvelle est tombée que la Russie, qui possède de vastes réserves de gaz en Iran, était prête à construire une variante offshore de l’IPI pour inonder d’or bleu le Pakistan et l’Inde.

Chose très intéressante, le pipeline passerait par Gwadar, l’un des lieux les plus stratégiques de la planète que nous avions abordé ici ou ici :

La région est d’une importance immense avec le fameux nœud de Gwadar, port « donné » à Pékin au sortir du Golfe persique et autour duquel se tisse l’alliance stratégique et énergétique entre la Chine, le Pakistan et l’Iran […]

Les liens énergétiques entre Téhéran et Pékin sont déjà anciens mais se consolident chaque jour. Ceci en attendant l’oléoduc irano-pakistanais qui verra prochainement le jour, reliant la base chinoise de Gwadar avant, un jour, de remonter tout le Pakistan et rejoindre la Karakoram Highway dans les somptueux décors himalayens.

C’est cette titanesque imbrication eurasiatique que le Kremlin pilote de main de maître. La connexion sino-pakistanaise, que nous avions abordée il y a deux ans :

Moscou risque fort de bientôt construire le pipeline nord-sud que le Pakistan attend depuis des années. Premier pas vers la fameuse connexion Gwadar-Chine ou le projet de gazoduc Pakistan-Russie ? Tout ceci n’empêche d’ailleurs pas les Russes de renforcer de l’autre côté leur coopération énergétique avec l’Inde.

Et maintenant, donc, l’IPI connectant l’Iran, le Pakistan et l’Inde. Un IPI offshore et garanti par l’ours, susceptible par conséquent de balayer les dernières réticences indiennes. Il se pourrait d’ailleurs que ce faisant, la Russie ait réussi à persuader New Delhi de diminuer son soutien à l’insurrection baloutche, talon d’Achille de son voisin comme nous l’expliquions ailleurs :

Le Pakistan fait face à une insurrection nationaliste dans la rétive province du Baloutchistan, au sud du pays, où les tribus cherchent à obtenir leur indépendance. C’est un conflit peu connu du grand public occidental – sans doute parce que les insurgés sont d’obédience marxiste et non islamiste – mais qui peut se révéler pour le Pakistan au moins aussi dangereux que les troubles des zones tribales. Fait très important, c’est dans cette province que se trouve Gwadar, et plusieurs expatriés chinois y ont trouvé la mort au cours de ces dernières années, tués par des bombes ou le mitraillage de leur bus. Cela explique peut-être la légère réticence de Pékin à s’engager de plein pied dans le projet. Comme de bien entendu, le Pakistan accuse l’Inde de financer et d’aider le mouvement indépendantiste baloutche – où l’on retrouve le jeu des grandes puissances – ce qui semble effectivement le cas… New Delhi a en effet tout intérêt à ce que la situation au Baloutchistan s’envenime, faisant ainsi d’une pierre deux coups : empêcher la Chine de s’implanter dans cette zone stratégique tout en déstabilisant le Pakistan déjà englué dans les zones tribales et au Cachemire.

C’était il y a trois ans et de l’eau a coulé sous les ponts depuis. Dans l’Eurasie qui se prépare, sous l’égide de l’OCS, des routes de la Soie chinoises et des gazoducs russes, les civilisations se rapprochent, l’animosité fait peu à peu place à l’entente et à l’intégration.

Retour en octobre 2018. La Russie et le Pakistan viennent de signer un mémorandum d’entente sur l’IPI offshore, qui partira d’Iran et dont, selon toute logique, une branche rejoindra l’Inde et l’autre le Pakistan. Cela devrait peu ou prou ressembler à cela :

Certes, nous n’en sommes qu’au tout début, qui commence par une étude de faisabilité. Bien de l’eau peut passer sous les ponts et dans l’océan Indien avant que le projet ne se concrétise. Mais le fait même que ce projet existe et soit abordé sérieusement montre :

  1. que les menaces de sanctions US contre l’Iran ne fonctionnent pas avec des adversaires résolus du type Russie.
  2. que la tendance de fond est au grand rapprochement eurasien, cauchemar de l’empire maritime américain.

Le Pakistan: soufre-douleur des USA avant d’éventuelles sanctions anti-CPEC

Le Pakistan: soufre-douleur des USA avant d’éventuelles sanctions anti-CPEC


Par Andrew Korybko – Le 7 septembre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybko

L’armée américaine a suspendu 300 millions de dollars d’aides au Pakistan. Techniquement, ce n’est pas une « aide militaire » au sens propre que les USA ont coupée ; il s’agit d’argent qui « faisait partie du remboursement pour des décès et des pertes financières subies par le Pakistan dans la lutte contre le terrorisme », selon un communiqué du nouveau ministre des affaires étrangères pakistanais.

Une vue de la clôture mise en place entre Pakistan et Afghanistan – source businessinsider.com

Mais quoi qu’il en soit, cette décision hostile est prise pour faire avancer plusieurs objectifs américains, reliés entre eux, le plus visible d’entre eux étant de faire payer au Pakistan les échecs américains en Afghanistan, et le plus stratégique d’entre eux étant de poursuivre la réorientation des USA vers l’Inde, choisi comme partenaire privilégié pour l’Asie du sud.

Le prétexte supposé, selon lequel le Pakistan ne contribue pas suffisamment à la répression des groupes terroristes, est fallacieux, en ce que le pays n’héberge aucun de ces groupes, et a plutôt été leur victime au cours des décennies passées, à hauteur de 60.000 martyrs. Mais qu’importe aux USA, qui s’emploient à construire une histoire difficilement crédible, pointant le doigt vers la communauté pachtoune, active des deux côtés de la ligne Durand, dans une thèse voulant que les talibans traversent simplement cette frontière entre Afghanistan et Pakistan pour échapper aux frappes aériennes américaines. Ce n’est pas forcément ainsi que les choses se passent, et la situation réelle est plus complexe que cette histoire simpliste ne tente de l’expliquer.

Aucun militant armé ne pénètre le Pakistan par ces postes frontaliers officiels, qui figurent parmi les plus sécurisés au monde, et il ne serait pas réaliste d’attendre d’Islamabad qu’elle détecte des sympathies talibanes de la part des personnes sans armes qui pénètrent son territoire depuis l’Afghanistan. Quant à ceux qui pourraient essayer d’entrer de manière illégale, ils ont constaté ces dernières années que c’était plutôt difficile, et cela deviendra même impossible, une fois complètement installée la clôture à la frontière avec l’Afghanistan. Ces diverses raisons révèlent l’inanité de la thèse des USA, qui prétendent que le Pakistan « héberge des groupes terroristes » et les « aide activement » : c’est faux de A à Z et ces thèses visent à abîmer la réputation du Pakistan sur le plan international.

Les USA ont suspendu une aide de 300 millions de dollars au Pakistan

Il ne s’agit pas uniquement d’endommager le positionnement international du Pakistan et de « montrer le chemin de la vertu » au nouveau partenaire stratégique américain que constitue l’Inde : Washington se désengage peut-être également de sa relation – jadis proche – avec Islamabad en préparant le terrain pour pouvoir ensuite raconter qu’elle lui inflige des sanctions pour des raisons « de terrorisme », alors qu’il s’agit de mettre des bâtons dans les roues du Couloir Économique Chine-Pakistan (CPEC [China-Pakistan Economic Corridor, NdT]). Les USA travaillent à construire une perception du Pakistan en tant que pays « infesté de terroristes » afin de légitimer ce qui pourrait devenir une campagne de sanctions tous azimuts contre ce pays, à l’image de la campagne qui fait rage contre l’Iran et de celle qui a débuté plus récemment encore envers la Turquie.

Étendre le terrain de guerre économique américain déjà existant à la région du Pakistan viendrait englober la partie sud-eurasienne de la « Terre du bord » [Rimland, NdT] de ce qu’on appelle le « Moyen-Orient étendu », qui constitue la moitié sud de l’anneau d’or des grandes puissances multipolaires, et cela ferait monter drastiquement les pressions sur cette construction géopolitique si prometteuse pour le XXIe siècle, en particulier au regard de la possibilité d’imposer des « sanctions secondaires » contre les sociétés qui utiliseraient le CPEC – et donc passant par le Pakistan. Tout l’enjeu est de diminuer l’attrait économique de ce couloir fondamental de la route de la soie, ce qui s’inscrit dans la stratégie américaine d’« isolement » contre le Pakistan et la Chine. Reste que ce processus pourrait bien involontairement venir accélérer les phénomènes d’intégrations qu’il tente de saboter.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 7 septembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

Synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018

07/18 et 08/18 Actualité internationale

Synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018

Par Axelle DEGANS, le 1er septembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Auteure de « Réussite aux concours 2018 ! La synthèse de l’actualité internationale 2017 », éd. Diploweb via Amazon, 2018. Elle est aussi co-auteure chez Ellipses de « Les 50 cartes à connaître », Coll. Atout concours, Paris, 2016.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de juillet et août 2018 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 11 500 followers)

Le sort des urnes

Au Mali, le président Ibrahim Boubacar Keita a été réélu durant l’été 2018 sans surprise et sans gloire avec des deux tiers des voix … de seulement 35 % du corps électoral. Une réélection décriée par l’opposition et entachée de soupçons de fraudes qui ne devrait pas affermir le pouvoir d’un président en butte aux difficultés économiques et à la recrudescence de la violence djihadiste.

Au Pakistan, les élections législatives de l’été 2018 ont été remportées par l’ancien champion de cricket Imran Khan, mais de fortes irrégularités sont dénoncées ; il a remporté 116 des 272 sièges à pourvoir. Le pays est au bord du défaut de paiement et la menace djihadiste n’est pas écartée. Il doit trouver un délicat équilibre entre l’allié américain, le partenaire chinois et le frère-ennemi indien.

Au Cambodge, le premier ministre sortant, Hun Sen, a remporté les élections législatives. En restant plus de trente années au pouvoir, on peut parler d’une « ère Hun Sen ». Il annonce avoir remporté l’ensemble des sièges à pourvoir.

Le Zimbabwe a organisé durant l’été 2018 les premières élections générales (présidentielles, législatives, municipales) de l’après Mugabe. Emmerson Mnangagwa, au pouvoir depuis le coup d’Etat de la fin de l’année passée, a gagné des élections contestées par l’opposition. Les arrestations se multiplient.

Les affres de la violence

La violence connait durant l’été 2018 une recrudescence effrayante en Afghanistan et au Pakistan, elle est largement le fait des taliban [1] et de l’EI. Elle est devenue endémique au Nigéria, géant démographique et pétrolier africain, et continue en Syrie où la guerre civile se prolonge. Près de 250 personnes ont été assassinées par l’EI dans le sud du pays. Les taliban ont décliné l’offre de trêve proposée par le président afghan Ashraf Ghani à l’occasion des fêtes musulmanes de l’Aïd el Adha.

Le Mali est lui aussi déchiré par une violence que rien ne semble de voir éteindre. La région de Mopti est devenue un abcès de fixation, les djihadistes y attaquent les quartiers de la force G5 Sahel.

La Chine avance ses pions

La Chine et 16 pays d’Europe centrale et orientale (membres de l’Union européenne ou non) se réunissent en Bulgarie. Cette septième édition de ce sommet « 16+13 » a pour vocation de développer les investissements de Pékin en Europe, via des pays qui semblent plus prompt à les accepter. On se souvient de la mise en garde il y a quelques mois d’Angela Merkel à propos de l’influence exercée par Pékin sur les Balkans, y compris ceux qui aspirent à entrer dans l’Union. Ainsi, le Monténégro devient une porte d’entrée des capitaux chinois, même si ceux-ci s’investissent prioritairement en Europe de l’Ouest. Le continent européen n’est pas dans le seul dans le viseur chinois, les sommets chine-Afrique existent aussi depuis plusieurs années.

L’Allemagne et la Chine ont signé durant l’été 2018 des contrats pour une valeur de 30 milliards de dollars, ainsi le chinois CATL va investir sur un site de production en Thuringe alors que l’allemand BASF investira dans le Guangdong sans devoir s’allier à une co-entreprise. Il s’agit d’un rapprochement entre les deux principales puissances exportatrices dans un contexte de fortes tensions commerciales, à l’initiative des Etats-Unis. Pékin et Berlin affichent une certaine solidarité et leur attachement au libre-échange.

Après avoir rompu ses relations avec Taiwan (comme l’ont déjà fait le Tchad ou le Sénégal), le Burkina Faso accueille une nouvelle ambassade de la Chine populaire. Les contours de la Chinafrique continuent à se dessiner, avec un trait toujours plus gros.

Synthèse de l'actualité internationale de juillet et août 2018

© Photo Barthélémy Courmont
Photo extraite d’un reportage de B. Courmont : L’héritage chinois de Taiwan en images

On savait déjà que l’on peut manipuler l’Histoire, Pékin prouve que l’on peut aussi manipuler la géographie. La République populaire de Chine exige des firmes internationales non-chinoises de faire disparaitre le nom de Taiwan des cartes pour rattacher l’ile au territoire continental. Des compagnies aériennes comme Air France KLM, American Airlines, des groupes hôteliers comme Marriott ou textile comme Zara se sont pliés aux exigences chinoises…. Le Comité olympique vient d’annuler les Jeux de la jeunesse qui devaient se tenir en 2019 à Taichung, sur l’ile de Taïwan. Peut-on y voir le fruit des pressions de Pékin ?

Les affres du Brexit

On savait que les négociations du Brexit – le divorce du Royaume-Uni et de l’Union européenne – seraient complexes. Les questions soulevées sont nombreuses : les frontières (Channel, Irlande), la circulation des biens, des capitaux… et des hommes, tous les points de droit….

Le ministre des affaires étrangères, Boris Johnson, démissionne avec fracas durant l’été 2018. Après avoir été une tenant du « leave » au moment du referendum, il s’oppose à un Brexit « doux » défendu par le premier ministre Théresa May. Celle-ci le remplace par Jeremy Hunt. C’est la même raison qui pousse David Davis, le ministre du Brexit, à démissionner. Les conditions du Brexit ne sont toujours pas définies, certaines banques y compris britanniques choisissent de s’établir en France plutôt qu’à la City. La banque HSBC – experte en dissimulation fiscale – s’implante à Paris pour le marché européen.

La « relation spéciale » entre Londres et Washington est malmenée par un Donald Trump qui n’apporte pas son soutien à Theresa May et ne respecte pas le protocole lors de sa réception par sa très gracieuse majesté. Sa visite au Royaume Uni ne fait qu’agrandir le fossé entre les Britanniques et Donald Trump.

La Turquie d’Erdogan sous pression

Peu avant sa nouvelle investiture, le président turc procède à une nouvelle révocation, qui concerne cette fois-ci quelque 18 000 fonctionnaires, surtout dans les forces de l’ordre et le monde enseignant. Près de 200 000 personnes ont ainsi été limogées depuis le coup d’Etat raté. Erdogan resserre son emprise sur l’économie de son pays en nommant Berat Abayrat, son gendre, aux Finances alors que le pays est en proie à une inflation à deux chiffres. La politique économique menée par le président est perçue par les différents acteurs économiques comme une atteinte à l’indépendance de l’économie et des finances, ce qui fragilise la monnaie turque.

La nouvelle loi anti-terroriste rend légales les purges pendant encore trois années, alors que les gardes à vue peuvent s’étendre sur douze jours… Après l’incarcération du pasteur américain, Andrew Brunson, Donald Trump a annoncé durant l’été 2018 une série de sanctions notamment sur l’acier et l’aluminium turcs. Cela provoqué le décrochement de la monnaie – la livre turque – déjà malmenée par la dégradation de la santé économique du pays et la mainmise de l’exécutif sur la banque centrale.

Les difficultés latino-américaines

De terribles émeutes déchirent durant l’été 2018 Port-au prince, la capitale d’Haïti. Haïti ne s’est jamais redressée du tremblement de terre de 2011, en dépit d’une mobilisation internationale réellement conséquente. Après l’annonce d’une augmentation du prix des carburants, émeutes, pillages et grève générale sont les principaux signes de contestations du pouvoir du nouveau président Jovenel Moïse.

La crise politique, économique et sociale du Venezuela pousse plus de deux millions de personnes à fuir leur pays, dont plus d’un million s’est dirigé vers la Colombie, les tensions sont aujourd’hui fortes aux frontières avec le Brésil, alors que le Pérou et l’Equateur réclament les passeports des migrants vénézuéliens avant de les laisser entrer sur leur territoire. Le président Maduro explique avoir été victime d’une tentative d’assassinat par un drone. C’est l’occasion d’une purge dans l’armée qui apparait, au milieu du chaos vénézuélien, comme l’un des derniers éléments de stabilité. Le président a été contraint à une dévaluation de 95 % de la monnaie nationale – devenue le Bolivar souverain – pour l’adosser au petro, cryptomonnaie créée par le régime chaviste. Tous les signes du chaos sont là : une nouvelle contraction du PIB supérieure à 10 % pour la troisième année consécutive, hyperinflation que le FMI estime à 1 000 000 % pour 2018, un pays au bord du défaut de paiement que ceux qui le peuvent fuient, un régime autiste qui continue la répression, accusant l’extérieur de ses maux.

L‘économie argentine est elle aussi dans une situation difficile, l’inflation devrait dépasser les 30 %. C’est dans ce contexte délétère qu’éclate un nouveau scandale de corruption qui rattrape l’ancienne présidente Cristina Kirchner.

Les défis de l’Union européenne et de la France

Le Conseil européen de Bruxelles trouve durant l’été 2018 un accord a minima sur le dossier migratoire. Les candidats à l’asile seront triés dans des « centres contrôlés », permettant un renvoi rapide des candidatures non retenues, alors que les autres seraient dirigés vers les pays volontaires. Il s’agit bien évidemment de soulager la pression qui pèse sur l’Italie. Ce compromis, s’il montre la prise de conscience de la nécessité de s’entendre, n’est en rien une politique migratoire à la mesure du défi auquel l’Europe devra faire face dans les prochaines années, malgré le fonds de quelques trois milliards d’euros destiné à l’Afrique et le renforcement de Frontex, agence européenne chargée de la surveillance des frontières extérieures de l’Union. La règle de Dublin n’est ainsi pas réformée, la question du budget de la zone euro a été laissée de côté car les Pays-Bas ne souhaitent pas d’avancée vers une intégration plus poussée au sein de l’Union. Le 1er juillet 2018, l’Autriche du chancelier Sebastian Kurz prend la présidence tournante de l’Union européenne.

Le Danemark met le holà sur les très nombreux mariages blancs – environ un mariage sur trois du royaume – qui reposent sur des filières permettant le mariage de migrants avec des citoyens de l’Union et donc d’obtenir des titres de séjour.

De fortes tensions internes continuent à tirailler la Roumanie. La population civile multiplie les manifestations dans les grandes villes pour dénoncer la corruption des membres sociaux-démocrates du gouvernement qui veulent modifier les lois pour obtenir une impunité concernant le blanchiment d’argent et les pratiques corruptives.

Lors du sommet de l’OTAN, Donald Trump met la pression sur ses alliés européens, les intimant de relever leurs dépenses militaires car l’OTAN ne fait plus partie des priorités stratégiques de l’Amérique. Il met publiquement en cause l’Allemagne d’Angela Merkel qui finance peu l’OTAN et inflige un déficit commercial aux Etats-Unis. A l’Europe d’« européaniser » l’OTAN et de développer une défense commune.

Le sommet Union européenne-Chine de Pékin est l’occasion de réaffirmer des valeurs communes (attachement au libre-échange et au multilatéralisme inquiétude face à la nouvelle politique commerciale de Washington) pourtant Bruxelles est proche de nombreuses positions américaines : le problématique excédent commercial chinois lié à la relative fermeture de son marché aux partenaires commerciaux, le non-respect de la propriété intellectuelle, les investissements chinois… le rapprochement avec Pékin ne peut être que limité et circonstanciel.

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, s’est rendu à Washington pour y rencontrer Donald Trump et discuter des nouvelles mesures protectionnistes décidées par le président américain. Il obtient que les importations de voitures européennes – surtout allemandes en fait – ne soient pas surtaxées en échange de quoi l’Union s’engage à importer davantage de soja (OGM) et de gaz américain (ce qui nécessitera d’importants investissements côté européen pour le GNL). Les taxes sont, en revanche, maintenues sur l’acier et l’aluminium européens.

Le président français se prononce en faveur de l’adhésion de la Serbie à l’Union européenne en 2025 si Belgrade respecte les conditions nécessaires.

La Banque mondiale annonce durant l’été 2018 que le PIB de la France pour 2017 – 2 582 milliards de dollars – est inférieur à celui de l’Inde – 2 597 milliards-, la dégradant à la septième place. L’Inde bénéficie d’une forte croissance économique autour de 7 % alors que la croissance française reste anémique entre 0,4 et 1,1%… Il est probable que l’année prochaine le PIB indien rattrape voire dépasse celui du Royaume Uni.

L’Iran de nouveau victime de sanctions américaines

Donald Trump a choisi de prendre le contrepied de la politique de son prédécesseur qui réintégrait progressivement l’Iran dans la communauté internationale, satisfaisant ainsi son allié saoudien. La nouvelle politique de sanction entre en vigueur début août 2018 ce qui a provoqué une nette dépréciation de la monnaie iranienne, le rial. Désormais, toutes les entreprises qui commerceront avec l’Iran pour toute une série de produits, seront privées de l’accès au marché américain : une mesure très dissuasive. Les exportations iraniennes de pistache ou de tapis persan sont interdites, avant que cet embargo ne soit bientôt étendu aux hydrocarbures. Cela provoque de vraies tensions sociales en Iran qui pourraient déstabiliser le pouvoir en place, but recherché par Washington. Au niveau économique, la population iranienne est la principale victime de cette politique. Les entreprises européennes sont aussi pénalisées par cette politique d’embargo, comme Total, PSA ou Airbus contraintes, malgré d’importants et récents investissements, de quitter le marché iranien. Ces mesures font le jeu des entreprises chinoises qui n’ont que faire de l’embargo américain

L’Espagne face à ses démons

Un nouveau scandale frappe la famille royale espagnole. La maitresse de l’ancien roi Juan Carlos fait de fracassantes révélations, l’accusant de fraude fiscale. Cela fragilise la monarchie déjà malmenée avec les tensions autonomistes catalanes.

Le premier ministre espagnol a décidé d’exhumer le corps de Franco du mausolée du Valle Los Caidos pour le transférer dans le caveau familial. Le mausolée sera réservé à la mémoire des victimes de la guerre civile espagnole.

Les frontières sont sous pression

Le Pérou décrète durant l’été 2018 l’état d’urgence et renforce ses frontières face au trafic de drogue en provenance de Colombie. Bogota et Lima coopèrent sur ce dossier, car les trafiquants déstabilisent le pays. Les anciens guérilleros des FARC n’entendent pas passer de la culture du coca à des cultures vivrières. Dans le même temps, l’Amérique du Sud affronte la pire crise migratoire de son histoire du fait du chaos vénézuélien.

Au niveau des frontières commerciales, l’Union européenne et le Japon viennent de signer un accord de libre-échange d’environ 600 millions de consommateurs et représentant près d’un tiers du PIB mondial. Cet accord doit être ratifié par les parlements japonais et ceux de chaque Etat membre de l’Union. Les négociations ont été âpres sur les dossiers agricoles et l’accès aux marchés publics.

Les frontières extérieures de l’Union européenne sont mises sous la pression des différents bateaux porteurs de migrants en provenance d’Afrique. L’Italie déclare ne plus vouloir accueillir ces bateaux dans ses ports.

Les relations complexes entre Washington et Pékin

Les tensions commerciales sont très fortes entre les deux pays. Washington accuse Pékin d’être à l’origine de l’essentiel de son déficit et prend des mesures protectionnistes sur toute une série de produits importés depuis la Chine qui en retour taxe de nouveaux produits américains.

Cela n’empêche pas Pékin d’acheter des bons du Trésor américain, alors que Moscou vend les siens (les quatre cinquièmes de ses avoirs).

Les nouvelles d’Asie

La Corée du Sud vient de baisser la durée légale hebdomadaire du travail de 68 à 52 heures pour les fonctionnaires et les salariés d’entreprises de plus de 300 personnes. Cela devrait concourir à améliorer une productivité inférieure à la moyenne de l’OCDE et trouver un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle dans un pays menacé par le déclin démographique.

Le régime saoudien se durcit. Suite à la dénonciation sur Tweeter par la ministre canadienne des affaires étrangères de l’arrestation d’une militante des droits de l’homme Samar Badaoui. Les arrestations des militants des droits des femmes se multiplient en Arabie saoudite, pourtant membre de la commission des droits de l’homme à l’ONU depuis 2017. Riyad, fait sans précédent, a décidé de vendre ses actifs canadiens après avoir expulsé l’ambassadeur canadien en Arabie. D’autres mesures de rétorsion économiques suivent.

Les Etats-Unis décident de réinvestir l’espace.

Le président Trump vient de choisir de créer une force militaire spatiale indépendante de l’US Air Force. Les Etats-Unis veulent investir le cyberespace et l’espace qui pourraient être les champs de bataille de demain. Il faut que le Congrès accepte de créer ce sixième corps armé et le dote d’un budget conséquent (la somme de huit milliards de dollars est avancée).


Bonus Vidéo. X. Pasco (FRS) Géopolitique du spatial, de la Guerre froide au « New Space » : quoi de neuf ?

Questions

. Quelles sont les idées fausses sur le spatial ?
. Quelle est la véritable histoire du premier pas de l’homme sur la Lune (1969) ?
. Qu’est-ce qui a changé dans le spatial depuis la fin de la Guerre froide (1991) ?
. Aujourd’hui, quelles sont les nouvelles tendances et les nouveaux risques ?


Donald Trump décide d’accorder plus facilement une autorisation à l’US Cyber Command de mener une cyberattaque pour accélérer sa capacité d’action.

Les disparus

Le cuisinier français le plus récompensé, Joël Robuchon, vient de disparaître durant l’été 2018. Le monde de la gastronomie française est en deuil, sa renommée est mondiale. Il a incarné une image de la qualité de vie française aux yeux du monde entier.

Aretha Franklin, l’immense chanteuse américaine de soul, vient de disparaitre à 76 ans.

Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU entre 1997 et 2002 est décédé à 80 ans. D’origine ghanéenne, il a développé l’intervention onusienne pour raison humanitaire et ne s’est pas privé de critiquer l’intervention américaine en Irak en 2003.

Le sénateur américain républicain John Mac Cain est mort à 81 ans d’un cancer du cerveau. Ancien héros de la guerre du Vietnam, il a été le challenger malheureux face à B. Obama lors des élections présidentielles de 2008.

Bonnes nouvelles

Un rapprochement semble s’esquisser entre l’Érythrée et l’Éthiopie. Le premier est né en 1993 d’une cession du second, le privant de son accès à la mer. Un différent frontalier les oppose depuis 1998, et l’Érythrée est une dictature que fuient nombre de jeunes hommes pour éviter un service militaire très long.

Les riverains de la Caspienne – Azerbaïdjan, Iran, Kazakhstan, Russie et Turkménistan -viennent de signer durant l’été 2018 un accord historique pour donner un statut à cette mer intérieure et en négocier l’exploitation.

La France est championne du monde de football 2018.

Copyright Août 2018-Degans/Diploweb.com

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Les conséquences néfastes de l’invasion de l’Afghanistan, de la Libye et de la Syrie sur l’Inde

Les conséquences néfastes de l’invasion de l’Afghanistan, de la Libye et de la Syrie sur l’Inde


Par Ekaterina Blinova – Le 5 août 2018 – Source Sputnik

Le terrorisme et les guerres civiles qui engloutissent l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord affectent sérieusement les intérêts stratégiques de l’Inde dans ces régions, selon Amrita Dhillon et Amit Sinha, deux observateurs des affaires internationales, qui ont expliqué à Sputnik comment les luttes armées en Syrie, en Libye et en Afghanistan ont nui à l’Inde et pourquoi New Delhi soutient Damas.

Les récents pourparlers entre les diplomates américains et les talibans « vont complètement à l’encontre de la politique de Washington de ne pas négocier avec les terroristes », a déclaré Amit Sinha, expert du Moyen-Orient et ancien consultant de l’Agence des Nations Unies pour les migrations.

« Parler aux représentants des talibans sera une erreur désastreuse de plus en ce qui concerne leur politique sur l’Afghanistan », a dit Sinha à Sputnik. « L’Inde soutient le gouvernement légitime de Kaboul et s’inquiète de l’ingérence d’Islamabad dans les politiques internes de Kaboul. Les talibans sont le seul allié du Pakistan parmi les acteurs politiques afghans. »

Le 25 juillet, le Wall Street Journal a annoncé qu’Alice Wells, sous-secrétaire adjointe pour l’Asie du Sud et centrale au département d’État américain, avait rencontré les représentants des talibans afghans au Qatar.

Les talibans afghans n’ont toujours pas été inclus dans la liste des organisations terroristes étrangères établie par Washington, bien que le département d’État américain ait catalogué son rejeton, Tehrik-e Taliban Pakistan (TTP), organisation terroriste en 2010. Quelques années plus tôt, en 2002, un décret exécutif avait qualifié les talibans d’ « entité terroriste mondiale spécialement désignée ».

Selon l’expert indien, le Pakistan continue d’offrir un refuge aux Talibans et à leur branche Haqqani au Pakistan :

« Islamabad a fourni du renseignement et de l’aide militaire aux deux groupes, ce qui a causé la mort de soldats américains et afghans et, surtout, de civils, et déstabilisé l’Afghanistan tout entier », a souligné l’ancien consultant de l’ONU. « Les États-Unis doivent s’opposer à Islamabad s’ils veulent éradiquer les groupes terroristes parrainés par le Pakistan et mettre fin à la guerre qui sévit depuis longtemps dans la région. »

New Delhi n’apprécie pas les manœuvres diplomatiques de Washington en Afghanistan et pour cause : Au cours des 17 dernières années, les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN ont créé une « ceinture d’instabilité » qui s’étend de l’Asie centrale – toute proche de l’Inde – au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord, une région connue sous l’acronyme de MENA.

Selon Sinha, New Delhi attache une grande importance à la région MENA, mais la déstabilisation du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord a également touché l’Inde :

« Tout d’abord, pour New Delhi l’intérêt national, c’est l’intérêt de ses citoyens », a expliqué l’expert. « L’immense diaspora indienne fait du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord un État supplémentaire de l’Inde… Le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord sont des régions où les diasporas indiennes étaient florissantes. Les Indiens d’outre-mer faisaient du commerce, mais les troubles en Libye et en Syrie ont fait disparaître de nombreux jobs ».

Il a souligné que Tripoli et New Delhi entretiennent depuis longtemps des liens politiques et économiques :

« Si nous regardons les chiffres, même pendant la récession mondiale, deux économies (l’Inde et la Libye) ont vu leurs échanges commerciaux quintupler, passant de 221 millions de dollars en 2006-07 à 1,1 milliard de dollars en 2010-11, mais cette crise les a ramenés à 130 millions de dollars pour l’exercice 2015-16 ».

Selon l’expert indien les sanctions américaines imposées aux gouvernements « indésirables » frappent généralement les citoyens ordinaires et les expatriés.

« Deuxièmement », a-t-il ajouté, « les aspirations de l’Inde en matière de sécurité nationale augmentent lorsqu’il s’agit de ce qu’elle considère comme son voisinage étendu, l’océan Indien y compris. Le Moyen-Orient est stratégiquement lié à l’Asie du Sud et à l’Inde en particulier. »

Il y a une autre raison pour New Delhi de garder un œil sur les affaires du Moyen-Orient : la sécurité énergétique.

« L’énergie est l’une des questions clés pour l’Inde au Moyen-Orient. Si l’on prend l’exemple du pétrole, les importations nettes de pétrole de New Delhi sont passées de 42 % en 1990 à environ 71 % en 2012. Cela incite New Delhi à accroître son influence et à éviter que la Chine n’ait un effet de levier sur sa sécurité énergétique dans la région », a souligné l’ancien consultant de l’ONU. « De l’approche proactive du gouvernement actuel, la politique indienne ‘Link West’ (avoir des liens avec l’ouest) est devenue ‘Think West’ (s’impliquer à l’ouest) ».

Dans le même temps, l’Inde continue de mener une politique étrangère souveraine, indépendante de la stratégie des puissances occidentales à l’étranger : « Malgré les sanctions américaines, l’Inde a choisi de ne pas s’incliner ; elle a montré l’exemple en poursuivant courageusement ses affaires avec la Syrie », a fait remarquer M. Sinha.

L’Inde est prête à aider Damas à reconstruire la Syrie

Amrita Dhillon, analyste en politique étrangère et fondatrice-rédactrice du magazine en ligne indien The Kootneeti, confirme ce que dit Sinha : « L’Inde et la Syrie sont étroitement liées et aucune force extérieure ne pourrait affaiblir la détermination de l’Inde à mener sa propre politique au Moyen-Orient ou ailleurs ».

« L’Inde est contre toute forme d’intervention étrangère en Syrie. Elle soutient pleinement la volonté syrienne de reconstruire le pays et se tient aux côtés de la communauté syrienne », a-t-elle dit à Sputnik. « Récemment, le Premier ministre indien Modi a annoncé 1 000 bourses d’études pour les ressortissants syriens. L’Inde va envoyer une délégation gouvernementale et commerciale de haut niveau à la 60e foire commerciale de Damas qui va bientôt ouvrir ses portes. L’Inde est impatiente de reconstruire la Syrie. »

Dhillon a rappelé que le 1er août, dans une allocution aux médias indiens, S.E. Riad Kamel Abbas, ambassadeur de Syrie en Inde, avait « loué l’enthousiasme de l’Inde pour reconstruire la Syrie ».

« Il y a une longue liste d’entreprises indiennes publiques et privées qui aideront à reconstruire la Syrie, dont BHEL, ONGC Videsh », a souligné l’analyste.

Les troubles en Syrie, qui s’inscrivent dans le vaste mouvement des printemps arabes, ont débuté en 2011 et se sont transformés en une guerre civile impliquant des acteurs régionaux et étrangers ainsi que divers acteurs non étatiques et des organisations terroristes. Les États-Unis se sont mêlés du conflit syrien en 2014, sans accord officiel du gouvernement légitime de la Syrie ni de l’ONU. En septembre 2015, la Russie est intervenue à la demande de Damas et a changé la donne de ce long conflit.

Plus tôt, en 2011, la Libye est tombée dans le chaos, suite à l’invasion de l’OTAN. Le pays est maintenant un État failli, avec deux gouvernements rivaux et des terroristes opérant sur le terrain.

L’invasion de l’Afghanistan par les États-Unis en 2001 s’est transformée en la plus longue guerre de l’histoire américaine. Le gouvernement afghan s’efforce toujours de rétablir la paix et l’ordre dans un pays déchiré par divers groupes terroristes, dont les talibans, Al-Qaïda, Daesh (ISIS/ISIL) 1 et leurs affiliés.

Amrita Dhillon est analyste en politique étrangère. Elle dirige la rédaction de The Kootneeti, une publication multilingue de New Delhi sur les relations internationales et la diplomatie qu’elle a créée.

Traduction : Dominique Muselet

Notes

  1. Daesh (ISIS/ISIL/IS/IS/EI), Al-Qaïda, Taliban – sont des organisations terroristes interdites en Russie

 

Le bouclier anti-missile de l’OTAN, déployé en Inde, risque d’alimenter la course aux armements en Asie du sud

Le bouclier anti-missile de l’OTAN, déployé en Inde, risque d’alimenter la course aux armements en Asie du sud


L’Inde prévoit d’acquérir pour 1 milliard de dollars de technologie anti-missile américaine, déjà déployée dans plusieurs pays membres de l’OTAN.


Par Andrew Korybko – Le 4 août 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoSputnik signale que le ministère de la Défense indien a approuvé un accord d’achat de systèmes de missiles sol-air (NASAMS-II [National Advanced Surface to Air Missile System-II, NdT]), dans le but de protéger New Delhi, la capitale, de possibles attaques en provenance du Pakistan ou de Chine. C’est la dernière annonce en date d’une série de pays établissant des infrastructures de défense anti-missiles, partout dans le monde. Il reste cependant à comprendre comment l’Inde envisage d’intégrer cet important investissement militaire auprès des USA avec ses forces armées, principalement équipées par la Russie, surtout si l’on considère son souhait, officiel, d’acquérir le système anti-missiles S-400 vendu par Moscou, qui en théorie pourrait se poser en redondance de cette acquisition. Mais si l’on s’abstrait de ces considérations techniques et que l’on considère les enjeux stratégiques, il est irréfutable que l’Inde fait tout son possible pour contrarier les anciens équilibres stratégiques établis avec le Pakistan, son voisin et rival, en diminuant le potentiel de réponse nucléaire d’Islamabad, visant ainsi à s’assurer l’avantage dans une éventuelle guerre entre les deux pays voisins.

Il s’agit donc d’un développement déstabilisant, qui ne peut se voir suivi que de montées dans la course aux armements dans cette région. Le Pakistan peut, bien sûr, répondre de manière symétrique et faisant ses propres acquisitions de systèmes anti-missiles, mais le seul équivalent comparable aux systèmes américains est le S-400 russe, que la Russie pourrait voir un inconvénient à vendre à Islamabad, alors que New Delhi honore ses engagements d’achat du même système. Et même si l’Inde reculait face à ce programme d’acquisition – les pressions CAATSA [Les lois de sanctions américaines, souvent extra-territoriales – [« Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act », NdT] par les USA sont immenses dans ce sens – New Delhi pourrait à mots couverts menacer de cesser d’autres acquisitions militaires auprès de la Russie au cas où celle-ci arme son rival, ce qui pourrait faire réfléchir Moscou à deux fois. Les options les plus réalistes pour le Pakistan sont donc un investissement dans des satellites de détection, ou une amélioration du volet sous-marin de son programme de dissuasion nucléaire, ou encore des recherches sur les technologies de missiles hypersoniques.

Agni-V, un missile balistique intercontinental, développé par l’Organisation indienne de recherche et développement de la défense

La Chine vient de lancer un nouveau satellite pour le Pakistan, le mois dernier, et il se murmure qu’elle construit actuellement huit sous-marins pour son partenaire clé de la route de la soie, ce qui fait deux réponses en cours d’élaboration, et l’on peut supposer que des travaux sont en cours sur la troisième, mais que ceux-ci mettront plus de temps à produire des résultats tangibles. Tant que l’équilibre nucléaire peut être maintenu entre le Pakistan et l’Inde, la paix militaire au sens conventionnel reste assurée entre les deux grandes puissances ; mais toute perturbation de cet équilibre de la terreur est dangereuse à l’échelle mondiale, en raison de l’encouragement que cela apporte à chacun des deux pays de frapper l’autre en premier. Pour la stabilité du monde, il faut espérer que la parité restera assurée entre ces deux parties, et la Russie ferait bien de considérer toutes les cartes à sa main, pour continuer d’assurer que cet équilibre reste en place.

Cet article constitue une retranscription partielle de l’émission radio context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 3 aout 2018

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-bouclier-anti-missile-de-lotan-deploye-en-inde-risque-dalimenter-la-course-aux-armements-en-asie-du-sud

 

Vidéo. A. Lamballe Géopolitique de l’Inde, du Pakistan et de l’Afghanistan

Vidéo. A. Lamballe Géopolitique de l’Inde, du Pakistan et de l’Afghanistan

Par Alain LAMBALLE , Fabien HERBERT, Jérémie ROCQUES, Pierre VERLUISE, le 19 juillet 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Général de brigade (cr) Alain Lamballe, géopolitologue spécialisé sur l’Asie du Sud. Il est docteur en sociologie politique et diplômé d’hindi et d’ourdou. Membre de l’Académie des sciences d’outre-mer et de l’équipe de recherche Asie 21 du groupe Futuribles. Alain Lamballe vient de publier « Les Pachtouns. Un grand peuple sans pays » (VA Press). Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com. Images et son : Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert.

Géopolitologue spécialiste de l’Asie du Sud, le général de brigade (cr) Alain Lamballe pointe les grandes idées à retenir au sujet de l’Inde, du Pakistan et de l’Afghanistan. Il aborde notamment les conséquences possibles des élections du 25 juillet 2018 au Pakistan. Il répond aux questions de Pierre Verluise, docteur en géopolitique, fondateur du Diploweb.com.

Alain Lamballe pointe à la fin de cet entretien les conséquences possibles des élections de juillet 2018 au Pakistan et les risques à moyen terme de la région parfois appelée AfPak.

QUESTIONS :
. Quelles sont les principales idées fausses à propos de l’Inde ?
. L’Inde est-elle un pays émergent ou une puissance mondiale ?
. Dans les prochains mois quels sont les signaux faibles à surveiller ?
. Qui sont les Pachtouns, à cheval sur l’Afghanistan et le Pakistan ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Vidéo. A. Lamballe Géopolitique de l'Inde, du Pakistan et de l'Afghanistan
Le général de brigade (cr) Alain Lamballe, géopolitologue spécialiste de l’Asie du Sud
Le général A. Lamballe à l’occasion d’une conférence co-organisée par Diploweb.com et GEM, le 2 mai 2018. Crédit photographique : Pierre Verluise

Bonus

Vidéo de la conférence complète d’Alain Lamballe : « L’Inde, pays émergent ou puissance mondiale ? »

 

L’OCS se lève à l’Est

L’OCS se lève à l’Est

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L’OCS se lève à l’Est

Il est incontestable que le dernier sommet, en Chine, de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS), a été d’une très grande importance avec l’admission conjointe comme membres à part entière de deux grands pays asiatiques, voisins résultant de la division de l’Inde sous la situation coloniale britannique et depuis traditionnellement ennemis jusqu’à des conflits sporadiques, jusqu’à un affrontement majeur  au début des années 1970. Ces deux puissances asiatiques sont également des puissances nucléaires, ce qui porte l’effectif de l’OCS à quatre puissances nucléaires sur les huit membres qu’elle comprend désormais avec l’Inde et le Pakistan. Le poids démographique de l’OCS est colossal  : plus de trois milliards de personnes.

Nous n’avons guère parlé de ce sommet pourtant si important de l’OCS parce qu’en même temps se déroulaient le G7 avec les incidents qu’on y a connus, et qu’alors incontestablement le centre et le moteur de la dynamique tourbillonnaire constante (tourbillon crisique) de la Grande Crise d’Effondrement du Système (GCES) se trouvaient sans aucun doute à cette réunion(le G7) et dans la problématique fondamentale qu’elle révélait d’une très grave crise de fracture qu’elle mettait à jour. Au contraire, le sommet de l’OCS montrait une unité remarquable et tout se passe comme s’il semblait fournir l’archétype de la formule de la résolution de tous nos désordres d’affrontement en opérant l’introduction dans une dynamique de coopération des trois puissances jusqu’ici hostiles, inconfortables, antagonistes, que sont la Chine, l’Inde et le Pakistan.

Martin Sieff, l’auteur du texte que nous reprenons ci-dessous, est un ancien d’Associated Press qui avait acquis la place de commentateur central de cette agence de presse et qui, depuis une dizaine d’années, s’en est éloigné pour se rapprocher de la presse antiSystème. Il a ainsi amené avec lui ses talents professionnels d’analyste doté d’une vision très large et sachant distinguer les éléments qui comptent des autres. Son texte est remarquable dans ceci qu’il explique d’une façon très fine le rôle que tiennent les uns et les autres dans cet ensemble, et notamment le rôle d’accommodateur et de réconciliateur que joue la Russie dont l’alliance à la fois avec la Chine et l’Inde (et avec le Pakistan, réaffirmée plus récemment) en fait une véritable coordinatrice, voire une inspiratrice de l’OCS.

(On notera ainsi une des grandes différences entre l’OTAN et l’OCS, souvent surnommée “l’OTAN de l’Est” : le statut assez égalitaire, avec leurs indépendances et leurs spécificités souveraines respectées, de ses membres, et certainement des principaux d’entre eux. En comparaison, l’OTAN est un rassemblement de basse-cour sans valeur ajoutée ni unité, avec les jalousies et les concurrences communes aux serviteurs empressés de montrer leurs bassesses, conduits par la baguette d’un maître totalement dépourvu du moindre sens diplomatique et de la moindre finesse psychologique, dont le mode d’expression favorite est la brute force, comme ils disent si justement.)

Par conséquent, en douceur, stealthily, la réunion de l’OCS a provoqué des changements fondamentaux dans l’autre partie du monde, la partie hors-BAO… On observera que nous n’irions pas jusqu’à dire anti-BAO, par respect pour le discours mesuré et accommodant des membres de l’OCS, mais l’évidence aveuglante des choses nous dit, sans discussion possible, que  la pesanteur des forces qui font s’affronter Système et antiSystème parle bien plus haut que tous les discours humains et qu’elles disent que c’est bien de l’anti-BAO, c’est-à-dire de l’antiSystème même si l’OCS ne conteste pas vraiment le Système puisque ses membres ont un [assez-gros] pied en-dedans, un pied en-dehors. Ainsi vont les réalités écrasantes de la GCES, qui écartent toutes les arguties et règlent absolument le jugement qu’on doit avoir sur les événements du monde.

Ces changements se trouvent, comme on l’a deviné, dans l’entrée de ces deux nouveaux membres dans l’Organisation, essentiellement encore plus en accomplissant une évolution d’une réelle importance pour le cas de l’Inde. Quelques mots là-dessus…

L’Inde est l’objet, depuis deux ou trois ans, d’une offensive “de charme” des USA pour faire de cette puissance un “partenaire stratégique” contre la Chine, – c’est-à-dire un “outil stratégique” manipulé par les USA. Le Pentagone, qui ne doute de rien et surtout pas de ses gros sabots, a transformé le nom de son commandement du Pacifique (US PACOM) en commandement Indo-Pacifique (US INDOPACOM) selon l’argument angélique et stratégique, selon le ministre Mattis, que, voyez-vous, l’Océan Indien est de plus en plus connectée stratégiquement avec l’Océan Pacifique. Bien entendu, cette brillante manœuvre stratégique n’ajoute pas un navire de plus à l’U.S. Navy, ni à sa Vème Flotte (Océan Indien), ni à sa VIIème Flotte (Pacifique) ; par contre, cela est censé donner aux Indiens l’ivresse d’une sorte de partenariat quasiment à égalité avec “le plus grand de tous les grands”. On s’est donc agité ces derniers temps, à Delhi, en découvrant qu’un acronyme, fut-il du Pentagone, ne fait pas le printemps. C’est ainsi qu’Andrew Korybko souligne la chose dans Oriental Review.

« New Delhi a peut-être pensé qu’il pourrait récupérer les usines américaines qui quittaient la Chine voisine du fait de la détérioration des relations commerciales entre Pékin et Washington, mais à sa grande surprise, Trump est resté fidèle à sa promesse de campagne qui veut que les entreprises américaines retournent dans leur pays au lieu de s’installer dans une autre location “offshore”.

» En conséquence, l’Inde ne se considère plus comme indispensable aux plans américains du XXIe siècle visant à “contenir” la Chine comme elle le pensait auparavant, puisque la dimension économique de ce grand partenariat est délibérément négligée en faveur de la Chine au profit des seuls aspects militaro-stratégiques. Les plans de l’Inde pour devenir une puissance mondiale sont insoutenables sans la forte croissance qu’apporterait un partenariat économique semblable à la Chine des années 1990 avec les États-Unis, et ses dirigeants commencent maintenant à craindre les conséquences de rester indéfiniment le “partenaire junior” des États-Unis. pour le reste du siècle.

» C’est avec ces inquiétudes à l’esprit – et la menace toujours présente des sanctions du CAATSA si l’achat de S-400 devait être conclu avec la Russie – que le Premier ministre Modi a rendu des visites informelles à ses homologues chinois et russes pour fournir à l’Inde l’option d’un “rééquilibrage” eurasien dans le cas où son pivot pro-atlantique des dernières années n’aboutirait pas aux dividendes globaux attendus.. »

Il semble donc bien que l’Inde en revienne de plus, après son “vertige américaniste” de ses 2-3 dernières années. La seule chose qui laisse pantois est que des dirigeants comme ceux d’un pays de l’expérience de l’Inde puisse encore se laisser prendre aux promesses US de cette sorte, impliquant notamment une parité stratégique dans une sorte d’égalité. Croire cela des USA, dans la période que nous connaissons, c’est pure folie, ou candeur qui confine à la démence. Il faut que le tissu de l’influence et de la corruption US soit extrêmement puissant à Delhi, ce qui est d’ailleurs le cas, pour avoir fait considérer cette hypothèse comme sérieuse par les dirigeants indiens. Par rapport aux époques de Nehru et d’Indira Gandhi, on ne peut que constater la décadence des capacités des directions indiennes. Les bons rapports avec la Russie, qui sont la seule référence solide et durable de la politique indienne, devraient sans doute éviter à l’Inde de s’engager plus avant dans la folie de l’alliance US, et l’opération d’entrée dans l’OSC en porte certainement la marque.

Il est désormais assuré que l’OSC représente une structure imposante, un point de référence et de stabilité qui témoigne de l’émergence, de la puissance et de la stabilité d’un centre de puissance considérable. Une appréciation générale, d’ordre économique, politique et géostratégique, est d’affirmer qu’il s’agit là du pôle alternatif au bloc-BAO en cours d’effondrement, et le centre d’un Nouvel Ordre Mondial. La thèse ne manque pas d’argument, et elle est notamment défendue avec brio par Pépé Escobar (voir le 11 juin 2018). Pour autant, nous ne la suivons décidément pas, toujours selon la même logique que ce qui est en jeu aujourd’hui est le Système, qu’il s’agit d’un phénomène global qui affecte les affaires humaines mais également les affaires planétaires de l’équilibre d’un ensemble global, que les membres de l’OSC en font partie tout de même et suivent ses règles, et donc qu’ils ne constituent pas une alternative à ce phénomène (le Système) qui n’en souffre aucune. Le Système est promis à l’autodestruction et tous seront touchés, certes dans des mesures différentes mais bien assez pour que les organisations qu’ils ont formées doivent être complètement bouleversées, revues, éventuellement servir de base à autre chose ou disparaître.

Pour l’instant, l’OCS joue son rôle, qui est de miner radicalement la puissance du bloc-BAO, donc le Système. En cela, elle est antiSystème, bienvenue, et elle doit être applaudie. Aller au-delà et en faire une structure déjà prête à former un “Nouvel Ordre Mondial” nous paraît aller trop loin, en ne tenant pas compte des effets de bouleversements mondiaux, globaux, qui vont accompagner l’effondrement du Système.

En attendant, mi-figue mi-raisin, cet événement colossal, on lira avec intérêt le récit parfaitement informé et révélateur que Martin Sieff fait de la transformation de l’OCS avec l’entrée dans l’Organisation de l’Inde et du Pakistan, sur Strategic-Cullture.org le 22 juin 2018.

dedefensa.org

http://www.dedefensa.org/article/locs-se-leve-a-lest

Le refus américain de voir la menace Daech en Asie centrale ne fera que renforcer l’anneau d’or

Le refus américain de voir la menace Daech en Asie centrale ne fera que renforcer l’anneau d’or


Par Andrew Korybko – Le 30 mai 2018 – Source Oriental Review

Les États-Unis ont rejeté les avertissements de la Russie selon lesquels Daech se rassemblait dans le nord de l’Afghanistan et s’apprêtait à constituer une menace pour l’Asie centrale.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Oleg Syromolotov, a attiré l’attention sur cette menace lors d’un discours dans la capitale tadjike de Douchanbé pendant la conférence de deux jours sur le « contre-terrorisme et la prévention de l’extrémisme violent ». Le colonel Kone Faulkner l’a qualifié de « propagande » et a insisté sur le fait que la Russie « ne fait pas assez pour s’attaquer au problème de la radicalisation et du recrutement terroriste à l’intérieur de ses frontières », bien que Syromolotov ait parlé précisément de ces efforts anti-terroristes lors d’une autre conférence de l’OSCE sur le contre-terrorisme, il y a deux semaines.

L’approche américaine autour de la présence accrue de Daech en Afghanistan est restée cohérente, niant continuellement que le groupe grandit et tente de mettre le doute sur tous les avertissements de la Russie afin de montrer que Moscou manipule cette menace terroriste à des fins géostratégiques. Les États-Unis n’aiment pas que les États d’Asie centrale travaillent plus étroitement avec la Russie à travers le traité de défense mutuelle de l’OTSC et avec la Chine via l’OCS afin de contrer cette menace car Washington veut être le seul « fournisseur de sécurité » de cette région.

Les États-Unis tentent déjà de relancer leur partenariat stratégique avec l’Ouzbékistan après que son nouveau président s’est rendu aux USA pour rencontrer Trump la semaine dernière, mais le dirigeant pragmatique de Tachkent ne fera rien qui mettrait en péril les perspectives de connectivité régionale de son pays auxquelles il a travaillé si dur lors cette dernière année et demie pour permettre leurs développements. Cela conduit au scénario cynique où les objectifs stratégiques des États-Unis pourraient être mieux servis en voyant Daech fonctionner comme un moyen de diviser pour mieux régner et indirectement pour semer les graines du chaos régional en Asie centrale et du Sud, comme cela a été fait en Asie occidentale.

Pour l’expliquer plus en détail, l’un des objectifs fondamentaux de la guerre hybride est de provoquer des conflits identitaires sur quelque chose d’aussi polarisant que la religion, par exemple, pour perturber les initiatives connectives transnationales multipolaires telles que les institutions d’intégration comme l’OCS ou les infrastructures comme le projet chinois de corridor économique avec le Pakistan (CPEC). Cela a permis à Daech de se servir de l’Afghanistan comme base pour lancer des campagnes de déstabilisation axées sur le nord et le sud, respectivement, contre ces deux institutions. Tous les voisins de l’Afghanistan ainsi que la Russie sont bien conscients de cette menace, ce qui renforce leur suspicion à l’égard des motifs de l’Amérique d’en nier l’évidence.

10 membres de Daech et 5 membres des talibans capturés par les autorités afghanes.

 

Deux partenaires improbables se sont rendu compte du jeu et ont utilisé leurs intérêts communs pour contrecarrer le scénario chaotique des États-Unis comme base de leur rapprochement rapide et complet, la Russie et le Pakistan. Les deux pays ont depuis courageusement enterré leur relation de méfiance l’un envers l’autre dans une toute nouvelle ère de rapports stratégiques qui a commencé en Afghanistan. Depuis, des perspectives passionnantes se sont développées autour de ces implications continentales pour aboutir finalement à l’Anneau d’or des grandes puissances eurasiennes. L’axe russo-pakistanais avait jusqu’ici été le maillon le plus faible du grand consortium de ces deux pays plus la Chine, l’Iran et la Turquie, mais il est aujourd’hui l’un des plus prometteurs.

En niant la présence croissante de Daech en Asie centrale, les États-Unis ont involontairement renforcé l’Anneau d’Or qu’ils voulaient initialement voir perturbé par les terroristes. Les conséquences de ce retour en arrière sont même pires que ce que le « regretté » Brzezinski pouvait craindre. L’écrivant dans son livre de stratégie-planification maintenant tristement célèbre, le Grand Échiquier, il a dit que les États-Unis devaient faire tout leur possible pour empêcher la Russie et la Chine d’unir leurs forces contre l’Amérique, mais après la débâcle de Washington avec Daech dans sa guerre de l’information en Afghanistan, la patrie d’adoption du penseur polonais doit maintenant se confronter à la perspective de voir ces deux grandes puissances eurasiennes partenaires du CENTO multipolaire des musulmans en Turquie, en Iran et au Pakistan via l’Anneau d’Or.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 25 mai 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-refus-americain-de-voir-la-menace-daesh-en-asie-centrale-ne-fera-que-renforcer-lanneau-dor

 

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Revue de presse nationale et internationale.

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