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Netanyahu est conduit à la victoire alors que les Israéliens votent pour imposer une occupation militaire sans fin aux Palestiniens

Netanyahu est conduit à la victoire alors que les Israéliens votent pour imposer une occupation militaire sans fin aux Palestiniens

 

Entre les solutions à un ou deux Etats, les Israéliens préfèrent le statu quo. C’est ce qu’il ressort de de la réélection de Benyamin Netanyahu. En effet, pourquoi faudrait-il faire des concessions ? Israël est loin d’être isolé, Trump lui fait des cadeaux, Madonna viendra chanter à l’Eurovision et les colons peuvent louer leur maison sur Airbnb sans se soucier du droit international. Et les Palestiniens dans tout ça ? Ils n’ont évidemment pas voix au chapitre. (IGA)


En maintenant Benyamin Netanyahu Premier ministre, les électeurs israéliens ont exprimé leur adhésion écrasante au statu quo. Netanyahu a promis de tout bonnement ignorer la pression internationale, déjà déclinante, visant à mettre un terme au régime militaire israélien sur une population captive de millions de Palestiniens. Des Palestiniens vivant sans droits civiques dans des territoires saisis illégalement par Israël en 1967.

Avec plus de 97% des suffrages exprimés à l’heure d’écrire ces lignes, Netanyahu était bien placé pour réunir une coalition de partis nationalistes et ethnicistes à la Knesset, le parlement israélien. Cette coalition comprend des extrémistes ouvertement racistes qui souhaitent dépouiller les non-juifs de leur citoyenneté et expulser les Palestiniens des territoires occupés.

Dès que les sondages à la sortie des urnes ont suggéré que le parti Likoud du Premier ministre était sur le point d’être l’un des deux plus grands partis de la Knesset, permettant à Netanyahu de rester au pouvoir, ce dernier dirigea une foule de partisans brandissant des affiches du Likoud et de Donald Trump pour railler les « médias orientés. »

Les images de ses propres fans, parmi les partisans de son allié Netanyahu, n’ont pas échappé à Trump.

Donald J. Trump

@realDonaldTrump

Trump flags being waived at the Bibi @Netanyahu VICTORY celebration last night!

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À la veille des élections, Netanyahu avait lancé un appel aux électeurs ultranationalistes en leur promettant d’annexer de grandes parties de la Cisjordanie occupée. Plus de 400 000 Israéliens y vivent dans des colonies exclusivement juives. Ces colonies sont illégales au regard du droit international et maintiennent le contrôle militaire d’Israël sur les centres de population palestiniens et leur gouvernement autonome limité.

Robert Mackey

@RobertMackey

To see how impossible a Palestinian state would be following Israeli annexation of Jewish-only settlements in the West Bank, consider Julien Bousac’s 2009 map of the resulting imaginary archipelago, showing the isolation of areas under Palestinian control https://boutique.monde-diplomatique.fr/boutique/l-archipel-de-palestine-orientale.html 

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La promesse du Premier ministre a semblé formaliser ce qui était déjà clair au cours des dix dernières années de son règne : Israël n’a aucune intention de respecter ses engagements pris dans les Accords de paix d’Oslo visant à faciliter la création d’un État palestinien, mais envisage plutôt de continuer à gouverner un seul État dans lequel près de la moitié de la population se voit refuser la citoyenneté ou le droit de voter en raison de son appartenance ethnique.

L’ampleur de la victoire de Netanyahu peut être appréciée par la nature du principal parti qui menaçait son leadership. Le parti Bleu et Blanc est dirigé par d’anciens généraux qui se sont vantés d’avoir bombardé Gaza et qui ne proposent aucun plan pour mettre fin à l’occupation.

Comme l’a expliqué le journaliste israélien Noam Sheizaf la semaine dernière dans le podcast du magazine +972, le parti Likoud de Netanyahu et son principal rival, le parti Bleu et Blanc de Benny Gantz, ancien chef d’état-major de l’armée, ont proposé aux Israéliens juifs de voter pour le statu quo : ils pourraient continuer à bénéficier des avantages sécuritaires prodiguées par une armée puissante sans devoir consentir le moindre sacrifice pour mettre fin à l’occupation et faire la paix.

« Si vous regardez l’occupation et le type de solutions proposées aux Israéliens, la solution la plus évidente est la solution à deux États et la moins populaire est la solution à un État« , a déclaré Sheizaf. « Habituellement, nous les traitons comme un choix binaire : si vous ne choisissez pas la solution à deux États, vous obtiendrez la solution à un État. »

Depuis que la population des Arabes et des Juifs est presque égale sur tout le territoire contrôlé par Israël, instaurer la paix à travers un Etat binational dans lequel Arabes et Juifs jouiraient des mêmes droits garantirait la démocratie. Mais cela mettrait fin au projet sioniste de créer un Etat juif qui serait, comme Netanyahu l’a récemment rappelé, un Etat pour les citoyens juifs et personne d’autre.

« Mais je pense que là où les décisions sont prises, tant par les électeurs que les dirigeants politiques, il y a une troisième option visant à maintenir les choses telles qu’elles sont« , explique Sheizaf. « Appelons ça le statu quo. »

« Quand les Israéliens ont envisagé la solution à deux Etats telle qu’elle était préconisée dans les années 90, poursuit Sheizaf, cela impliquait de se retirer de la Cisjordanie et de Gaza. Cela impliquait le démantèlement de toutes colonies maintenues en Cisjordanie, autrement dit, une énorme bataille en interne, des coûts financiers importants mais aussi, il faut l’admettre, un grand risque militaire car personne ne peut prédire ce qui arrivera dans les 5, 10 ou 15 années qui suivront le jour où la paix sera conclue ou le jour où Israël quittera la Cisjordanie. »

« Mais du point de vue israélien, la solution à un Etat est encore pire. Car on parle ici de l’annexion de la Cisjordanie et de Gaza. Mais cela implique en théorie le droit de vote intégral pour toute la population située entre la mer et le Jourdain« , ajoute Sheizaf. « Dans le meilleur des cas, cet Etat reposerait sur deux systèmes politiques différents qui conduiraient à une sorte de match nul. Dans le pire des cas du point du vue israélien, cet Etat serait dominé par les Palestiniens. »

« Netanyahu et la droite ont dit aux Israéliens non seulement que le statu quo est nettement meilleur que la solution à un ou deux Etats. Mais aussi que certaines choses, qui ne pourraient soi-disant être atteintes qu’avec un accord de paix, pourraient en réalité être obtenues avec le statu quo. »

Parmi les avantages qu’Israël a ainsi réussi à accumuler simplement en jouant la politique de la force, il y a les relations étroites et de moins en moins secrètes avec l’Egypte ou encore les opérations militaires conjointes avec l’Égypte dans la péninsule du Sinaï.

Malgré quelques succès notables et l’hystérie suscitée par le gouvernement israélien, l’effort mené par les Palestiniens pour isoler Israël à travers la campagne BDS n’a pas réussi à en faire un Etat paria comme c’était le cas pour l’Afrique du Sud à l’époque de l’apartheid. D’ailleurs, à la veille des élections israéliennes, les organisateurs du concours de l’Eurovision, qui doit se tenir à Tel-Aviv en mai, ont annoncé que leur tête d’affiche serait Madonna.

« Donc, vous prenez tout cela ensemble« , a conclu Sheizaf, « N’importe quel Israélien dirait : » Il existe une option dans laquelle je ne paye rien et je profite de certains avantages liés processus de paix. » Et si vous comprenez cela, vous réalisez pourquoi le statu quo, du point de vue israélien, est de loin supérieur aux deux autres options.  »

En réponse à la victoire de Netanyahu et à la menace d’annexion, Saeb Erekat, ancien négociateur de paix palestinien, a déclaré qu’il était clair que les Israéliens avaient choisi un moyen de s’éloigner de la solution à deux États.

Vidéo intégrée

Palestine PLO-NAD

@nadplo

Dr. Saeb Erakat on the preliminary results of the : it’s obvious that the Israeli voting behaviour is for the continuation of the status quo and the occupation. He added: it’s not about losing hope. It’s not an analysis, it’s a path.

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Les droits des non-juifs placés sous la juridiction d’Israël sont de plus en plus méprisés de manière flagrante. Ainsi, le parti Likoud de Netanyahu aurait envoyé des volontaires pour placer en toute clandestinité des caméras cachées dans 1200 bureaux de vote utilisés majoritairement par des citoyens arabes.

Le lendemain matin des élections, une désagréable surprise attendait les Palestiniens du village d’Ein Yabroud, en Cisjordanie. Ils sont privés du droit de vote, contrairement à leurs voisins de la colonie israélienne d’Ofra. Et le mercredi, ils se sont réveillés en découvrant des graffitis triomphalistesd’Israéliens sur leurs propriétés. Des pneus de voiture avaient été crevés, des portes et des murs étaient couverts de symboles représentant l’étoile de David et le mot « vengeance » en hébreu.

Marian Houk@Marianhouk

Settler « price-tag »-style attacks [but triumphalist] on Palestinian property
in Ein Yabroud village [Ramallah-area, but on the north side of the huge, sprawling Beit El settlement, and it’s also just across Road 60 from Ofra settlement],
at dawn today.

المركز الفلسطيني للإعلام

@PalinfoAr

قطعان المستوطون يعتدون على ممتلكات الفلسطينيين في عين يبرود شرق رام الله، فجر اليوم.

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Il y a encore une autre illustration de la différence de droits entre les Palestiniens vivant sous occupation militaire à Ein Yabroud et leurs voisins juifs d’Ofra. Les maisons de cette colonie, construites sur des terres palestiniennes volées en violation du droit international, sont actuellement en location sur Airbnb.

Ceci montre à quel point l’occupation coûte actuellement très peu aux Israéliens. La société Airbnb a en effet annoncé mardi qu’elle annulait sa décision prise en novembre et visant à supprimer 200 inscriptions dans les colonies de Cisjordanie sous la pression des activistes de BDS. « Airbnb n’ira pas de l’avant avec la suppression des inscriptions en Cisjordanie de la plateforme« , écrit la société. « Les bénéfices générés pour Airbnb par toute activité d’accueil Airbnb dans l’ensemble de la Cisjordanie seront reversés à des organisations à but non lucratif dédiées à l’aide humanitaire pour le service des populations de différentes régions du monde. »

Le reversement d’Airbnb, qui a été qualifié de « répréhensible et lâche » par Amnesty International, est intervenu à la suite d’un règlement judiciaire conclu avec des citoyens ayant la double nationalité américano-israélienne. Leurs inscriptions devaient être retirées et ils avaient introduit une plainte auprès d’un tribunal US.

Le Center for Constitutional Rights a récemment déposé une demande en appel devant un tribunal fédéral, accusant les colons de violer la loi sur le logement équitable. L’un des plaignants américano-palestiniens, Ziad Alwan, est né à Ein Yabroud après l’occupation et vit maintenant à Chicago.

Comme le rapportait Mairav ​​Zonszein dans The Nation le mois dernier, Alwan « ne peut pas louer de propriété à Ofra car il est palestinien ; il ne peut pas y mettre les pieds, même si sa famille est le propriétaire légitime des terres agricoles dont profitent les colons et Airbnb. Il détient le titre de propriété de sa terre, qui est répertorié sous le nom de son père et enregistré par le registre foncier israélien. »

Hagai El-Ad, directeur exécutif de B’Tselem, groupe israélien de défense des droits humains, a observé cette semaine dans une interview du New York Times que les journées électorales en Cisjordanie offrent la meilleure illustration du régime non démocratique d’Israël. Alors que les Israéliens « élisent un parlement qui gouverne à la fois les citoyens israéliens et des millions de sujets palestiniens, ces derniers se voient nier le droit de voter.  »

« Les colons israéliens en Cisjordanie n’ont même pas besoin de se rendre en voiture dans un bureau de vote en Israël pour décider du sort de leurs voisins palestiniens« , souligne El-Ad. « Même les colons au cœur d’Hébron peuvent voter sur place, avec 285 électeurs inscrits sur une population totale d’environ 1 000 colons. Et ils le font entourés de quelque 200 000 Palestiniens qui ne peuvent pas voter. C’est ce qu’Israël appelle la « démocratie ». »

 

Source originale: The Intercept

Traduit de l’anglais par Investig’Action

Source: Investig’Action

Netanyahu est conduit à la victoire alors que les Israéliens votent pour imposer une occupation militaire sans fin aux Palestiniens

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Ils éclairent pour nous le chemin…

Ils éclairent pour nous le chemin…

Les soldats et les tireurs d’élite ont ouvert les feu.
(Photo correspondant d’Assawra)
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« Assawra »
 a répondu à l’appel de grève général lancé par le Haut Comité de la « Grande marche du retour et contre le blocus » pour le 1er anniversaire de cette « Marche » et le 43ème de la « Journée de la terre ». Aucune mise à jour du site et aucun message de sa liste de diffusion. Silence totale.
Pourtant, tout le long de la journée, des dizaines d’informations me sont parvenues du « front ». Quarante et une pour être précis. Chacune étant aussi alarmante que l’autre.
La répression a frappé. Les soldats de l’occupant et ses tireurs d’élite ont ouvert les feu.
La journée du 30 mars 2019 a été sanglante et meurtrière.
Quatre des nôtres sont tombés:
Bilal Abou Jamous, 17 ans à Khan Younès;
Tamer Abou Kheïr, 17 ans à Khan Younès;
Adham Sakr, 17 ans à l’Est de Gaza-ville;
Mhammad Saad, 20 ans à Gaza-ville.
316 blessés dont 27 par des balles réelles. Quatre le sont gravement et trois avec le processus vital engagé.
La « Marche du retour » se poursuit. Nous en connaissons le prix. Notre « Peuple debout » est prêt à payer.
Nos martyrs éclairent pour nous le chemin !

(Al Faraby
Dimanche, 31 mars 2019)


Le plan de paix de Trump au Proche-Orient

Le plan de paix de Trump au Proche-Orient

Présenté comme le “deal du siècle”, le plan de paix de l’administration Trump se veut la solution à l’un des conflits les plus inextricables de notre temps. En rupture avec l’approche des précédents présidents américains, Trump serait favorable à la création d’un “mini-état” palestinien, à cheval entre la bande de Gaza et une partie de la péninsule du Sinaï. 

Un plan de paix “qui ne passera pas ”

manifestant tenant une pancarte, pour marquer son opposition au plan de paix us
Manifestation contre le déménagement de l’ambassade américaine à Jérusalem

Décrit comme ” l’accord de 100 ans ” en référence à la déclaration Balfour du 2 novembre 1917, ce plan de paix s’ouvre dans un contexte de tensions avec l’Autorité palestinienne, provoqué par une série de décisions américaines.

A la reconnaissance de Jérusalem, ville trois fois sainte, comme capitale d’Israël et le déplacement de son ambassade, s’est succédé l’arrêt de son financement à l’agence de l’ONU pour les réfugiés Palestiniens (UNRWA) et la fin des aides bilatérales à destination de l’Autorité palestinienne, soit 550 millions de dollars au total. Les Etats-Unis ont également fermé le bureau de la représentation palestinienne à Washington.

Décisions non dénuées de conséquences quand l’on connaît la situation économique dramatique de la Palestine. Largement dépendante des aides internationales, le niveau de vie de ses habitants est à peine égal à 10% de celui des Israéliens. Cela a conduit certains responsables de l’Autorité palestinienne à qualifier ces actes de “chantage bon marché comme outil politique “, rejoignant en cela les dires de leur président Mahmoud Abbas, qui a estimé que l’accord de paix ne “passera pas”.

Les plans de paix avortés des précédents présidents américains

Depuis le début des guerres israélo-arabe, puis ce qui deviendra le conflit israélo-palestinien, toutes les administrations américaines ont tenté d’imposer leur plan de paix. 

PLan de paix de Trump : Poignée de main entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat; en présence de Bill Clinton
Poignée de main historique entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat, le 13 septembre 1993, à Washington.

La Déclaration de principes, dite “accords d’Oslo”, signée le 13 septembre 1993, représente à cet égard l’un des moments phares de l’action diplomatique américaine, où l’on s’est rapproché le plus d’un règlement du conflit. Outre une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), l’accord envisageait une autonomie future de la Palestine.

Mais, du fait des dissensions internes aux deux entités, le processus d’Oslo va s’enliser. Au refus de la droite israélienne de voir l’armée évacuer la Cisjordanie et la bande de Gaza, qui à ses yeux font partie intégrante du grand Israël, le Hamas répond par des attaques contre les colonies juives. L’assassinat, le 4 novembre 1995, du Premier ministre israélien Yitzhak Rabin par un extrémiste israélien, opposé à la paix avec les Palestiniens, symbolise le début de la fin des accords d’Oslo. Ils seront seront définitivement enterrés après le déclenchement de la seconde Intifada en septembre 2000.

Ce n’est qu’à l’autonome 2002 que l’administration Bush, conjointement avec l’ONU, l’Union Européenne et la Russie, élabore une “feuille de route” destinée à aboutir à une solution à deux Etats. Mais, parallèlement à ces négociations diplomatiques, les actes de violences-représailles continuent, principalement entre le Hamas et Israël. Ce dernier annonce finalement, en septembre 2005, son retrait de la bande de Gaza.

Face au regain de tension, le Président Bush, alors dans son second mandat, entend relancer le processus de paix. Réunis à Annapolis, le 27 novembre 2007, dans le Maryland, Ehmoud Olmert et Mahmoud Abbas s’engagent à la reprise des négociations. Efforts qui seront une nouvelle fois voués à l’échec, après le déclenchement, en décembre 2008, de l’offensive israélienne “Plomb durci” contre la Bande de Gaza.

Fidèle à la tradition américaine, Barack Obama va faire de la résolution du conflit israélo-palestinien une priorité de son mandat. Favorable à une solution à deux Etats, il va obtenir des Israéliens un gel de 10 mois de la colonisation en Cisjordanie, condition sine qua non pour la reprise des négociations. Cette initiative va elle aussi faire long feu : les Israéliens vont reprendre de plus belle la colonisation, sans apporter de concessions concrètes aux négociations.

Pour la première fois, le 26 décembre 2016, les Etats-Unis n’apposent pas leur véto à la résolution 2334, qui condamne la colonisation israélienne. Une première dans l’histoire américano-israélienne, qui signe du même coup l’échec du plan de paix de l’administration Obama.

La création d’un “mini-état” palestinien dans la bande de Gaza ?

Le "mini-état" palestinien, à cheval entre la bande de Gaza et le Sinaï égyptien
Le “mini-état” palestinien, à cheval entre la bande de Gaza et le Sinaï égyptien

Si Trump souhaite à son tour apporter une solution de paix au conflit israélo-palestinien, son approche diffère grandement des précédentes administrations.

Sous son administration, les Etats-Unis ont définitivement abandonné leur rôle “d’honnête intermédiaire”, au profit d’un soutien inconditionnel à Israël. Trump n’a pas d’ailleurs jamais mentionné le retrait israélien des territoires occupés comme une condition préalable à un accord de paix, même s’il s’est dit favorable à une solution à deux Etats. Ces déclarations en apparence contradictoires, le sont moins quand l’on connaît la teneur de son projet. 

Si les détails du plan n’ont pour le moment pas été révélés, diverses sources concordantes et indices laissent penser que les Etat-Unis s’orienteraient vers la création d’un “mini-état” palestinien ou autrement dit d’un “Gaza-plus”. Celui-ci reprendrait les frontières de l’actuelle bande de Gaza, mais élargi par l’annexion d’une partie du Sinaï égyptien.

Il ne s’agirait cependant pas d’un transfert de territoires à proprement parler, mais plutôt de la création d’une zone franche économique entre les deux frontières, dans laquelle les gazaouis constitueraient la principale force de travail. Il a ainsi été évoqué la construction d’une centrale électrique, destinée aux foyers gazaouis, mais également à l’alimentation d’une usine de désaliénation. La construction d’un aéroport et d’un port dans le Nord-Sinaï, qui seraient entièrement sous contrôle égyptien, ont également fait l’objet de discussions. Tous ces projets seraient financés grâce aux subsides des monarchies du Golfe.

Cette proposition rencontre l’assentiment de l’Egypte qui y voit une chance de développer la région pauvre du Nord-Sinaï, frappée par l’une des branches les plus actives de l’Etat islamique. De son côté, Israël perçoit les avantages d’un tel plan : il graverait dans le marbre sa présence dans les territoires occupés, propice à une annexion de facto de la Cisjordanie. Pour Trump,un accord représenterait une victoire diplomatique majeure, à l’heure où sa politique volontarisme avec la République populaire de Corée ne rencontre pas les effets escomptés ; sur le plan interne, il tiendrait l’une de ses promesses de campagne, à moins de deux ans des prochaines élections présidentielles américaines. 

Depuis le début du conflit israélo-palestinien, la diplomatie américaine s’est évertuée en vain à trouver une solution de paix durable. L’arrivée de Trump marque une rupture dans l’approche. Les Etats-Unis abandonnent leur neutralité historique au profit d’un soutien clair à Israël. Ce soutien conduit à une marginalisation de l’Autorité palestinienne, qui ne se verrait pas impliquée dans la création d’un “mini-état” palestinien dans la bande de Gaza.

 

Sources

https://www.middleeasteye.net/opinion/sisi-holds-key-trumps-sinai-plan-palestinians

https://www.lesclesdumoyenorient.com/Territoires-palestiniens.html#oslo

https://www.lexpress.fr/actualite/monde/proche-moyen-orient/plan de paix/israel-palestine-le-baroud-d-honneur-de-barack-obama_1864111.html

https://www.challenges.fr/monde/le-plan de paix/-de-trump-propose-un-etat-palestinien-sur-90-de-la-cisjordanie_636949

https://carnegieendowment.org/2018/12/11/trump-s-plan-for-israel-and-palestine-one-more-step-away-from-peace-pub-77905

www.lesclesdumoyenorient.com/Le-groupe-d-Aix-ou-les-dimensions-economiques-d-un-accord-entre-Israel-et-les.html

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À propos des sémites et des antisémites, des sionistes et des antisionistes

À propos des sémites et des antisémites, des sionistes et des antisionistes

Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Bien que résidant en Israël, « Etat du peuple juif », j’ai suivi de près les débats, en France, sur : antisémitisme et antisionisme. Si toute expression antijuive dans le monde ne cesse de m’inquiéter, j’éprouve un certain écœurement face au déluge d’hypocrisie et de manipulations orchestré par tous ceux qui veulent désormais incriminer quiconque critique le sionisme.

Commençons par les problèmes de définition. Depuis longtemps déjà, je ressens un malaise non seulement face à la récente formule en vogue : « civilisation judéo-chrétienne », mais aussi face à l’utilisation traditionnelle du vocable : « antisémitisme ». Ce terme, comme l’on sait, a été inventé dans la seconde moitié du 19ème siècle par Wilhelm Marr, nationaliste-populiste allemand qui détestait les juifs. Conformément à l’esprit de cette époque, les utilisateurs de ce terme tenaient pour présupposé de base l’existence d’une hiérarchie des races dans laquelle l’homme blanc européen se situe au sommet, tandis que la race sémite occupe un rang inférieur. L’un des fondateurs de la « science de la race » fut, comme l’on sait, le français Arthur Gobineau.

De nos jours, l’Histoire un tantinet plus sérieuse ne connaît que des langues sémites (l’araméen, l’hébreu, et l’arabe, qui se sont diffusées au Proche Orient), et ne connaît, en revanche, nulle race sémite. Sachant que les juifs d’Europe ne parlaient pas couramment l’hébreu, qui n’était utilisé que pour la prière, (de même que les chrétiens utilisaient le latin), il est difficile de les considérer comme des sémites.

Faut-il rappeler que la haine raciale moderne envers les juifs constitue, avant tout, un héritage des églises chrétiennes ? Dès le quatrième siècle, le christianisme s’est refusé à considérer le judaïsme comme une religion légitime concurrente, et à partir de là, il a créé le fameux mythe de l’exil : les juifs ont été exilés de Palestine pour avoir participé au meurtre du fils de Dieu ; c’est pourquoi, il convient de les humilier pour démontrer leur infériorité. Il faut pourtant savoir, qu’il n’y a jamais eu d’exil des juifs de Palestine, et, jusqu’à aujourd’hui, on ne trouvera pas le moindre ouvrage de recherche historique sur le sujet !

Personnellement, je me range dans l’école de pensée traditionnelle qui se refuse à voir les juifs comme un peuple-race étranger à l’Europe. Dès le 19ème siècle, Ernest Renan, après s’être libéré de son racisme, avait affirmé que : Le juif des Gaules… n’était, le plus souvent, qu’un Gaulois professant la religion israélite. » L’historien Marc Bloch a précisé que les juifs sont : « Un groupe de croyants recrutés, jadis, dans tout le monde méditerranéen, turco-khazar et slave ». Et Raymond Aron d’ajouter : « Ceux que l’on appelle les juifs ne sont pas biologiquement, pour la plupart, des descendants des tribus sémites… ». La judéophobie s’est, cependant, toujours obstinée à voir les juifs, non pas comme une croyance importante, mais comme une nation étrangère.

Le lent recul du christianisme, en tant que croyance hégémonique en Europe ne s’est pas accompagné, hélas, d’un déclin de la forte tradition judéophobe. Les nouveaux « laïcs » ont transformé la haine et la peur ancestrales en idéologies « rationalistes » modernes. On peut ainsi trouver des préjugés sur les juifs et le judaïsme non seulement chez Shakespeare ou Voltaire, mais aussi chez Hegel et Marx. Le noeud gordien entre les juifs, le judaïsme et l’argent semblait allait de soi parmi les élites érudites. Le fait que la grande majorité des millions de juifs, en Europe orientale, ait souffert de la faim, et ait vécu en situation de pauvreté, n’a absolument pas eu d’effet sur Charles Dickens, Fiodor Dostoïevski, ni sur une grande fraction de la gauche européenne. Dans la France moderne, la judéophobie a connu de beaux jours non seulement chez Alphonse Toussenel, Maurice Barrès et Edouard Drumont, mais aussi chez Charles Fourier, Pierre-Joseph Proudhon, voire, pendant un temps, chez Jean Jaurès et Georges Sorel.

Avec le processus de démocratisation, la judéophobie a constitué un élément immanent parmi les préjugés des masses européennes : l’affaire Dreyfus a fait figure d’événement « emblématique », en attendant d’être surpassée, et de loin, par l’extermination des juifs durant la seconde guerre mondiale. C’est entre ces deux événements historiques qu’est né le sionisme, en tant qu’idée et mouvement.

Il faut cependant rappeler que jusqu’à la seconde guerre mondiale, la grande majorité des juifs et leurs descendants laïques étaient antisionistes. Il n’y avait pas que l’orthodoxie, forte et organisée, pour s’indigner face à l’idée de précipiter la rédemption en émigrant vers la Terre Sainte ; les courants religieux plus modernistes (réformateurs ou conservateurs), s’opposaient aussi vivement au sionisme. Le Bund, parti laïque en qui se reconnaissait la majorité des yddishophones socialistes de l’empire russe, puis de la Pologne indépendante, considérait les sionistes comme des alliés naturels des judéophobes. Les communistes d’origine juive ne perdaient pas une occasion de condamner le sionisme comme complice du colonialisme britannique.

Après l’extermination des juifs d’Europe, les rescapés qui n’avaient pas réussi à trouver à temps refuge en Amérique du Nord, ou en URSS, adoucirent leur relation hostile au sionisme, alors même que la majorité des pays occidentaux et du monde communiste en venait à reconnaître l’Etat d’Israël. Le fait que la création de cet Etat se soit effectuée, en 1948, aux dépens de la population arabe autochtone ne gêna pas outre mesure. La vague de la décolonisation en était encore à ses prémices, et ne constituait pas une donnée à prendre en compte. Israël était alors perçu comme un Etat-refuge pour les juifs errants, sans abri ni foyer.

Le fait que le sionisme ne soit pas parvenu à sauver les juifs d’Europe, et que les survivants aient souhaité émigrer en Amérique, et malgré la perception du sionisme comme étant une entreprise coloniale au plein sens du terme, n’altèrent pas une donnée significative : le diagnostic sioniste concernant le danger qui planait sur la vie des juifs dans la civilisation européenne du vingtième siècle (nullement judéo-chrétienne !), s’était avéré exact. Théodore Herzl, le penseur de l’idée sioniste, avait, mieux que les libéraux et les marxistes, compris les judéophobes de son époque.

Cela ne justifie pas, pour autant, la définition sioniste selon laquelle les juifs forment un peuple-race. Cela ne justifie pas davantage la vision des sionistes décrétant que la Terre Sainte constitue la patrie nationale sur laquelle ils auraient des droits historiques. Les sionistes ont, cependant, créé un fait accompli politique, et toute tentative de l’effacer se traduirait par de nouvelles tragédies dont seront victimes les deux peuples qui en ont résulté : les Israéliens et les Palestiniens.

Il faut en même temps se souvenir et le rappeler : si tous les sionistes ne réclament pas la poursuite de la domination sur les territoires conquis en 1967, et si nombre d’entre-eux ne se sentent pas à l’aise avec le régime d’apartheid qu’Israël y exerce depuis 52 ans, tout un chacun qui se définit comme sioniste s’obstine à voir en Israël, au moins dans ses frontières de 1967, l’Etat des juifs du monde entier, et non pas une République pour tous les israéliens, dont un quart ne sont pas considérés comme juifs, parmi lesquels 21% sont arabes.

Si une démocratie est fondamentalement un Etat aspirant au bien-être de tous ses citoyens, de tous ses contribuables, de tous les enfants qui y naissent, Israël, par-delà le pluralisme politique existant, est, en réalité, une véritable ethnocratie, à l’instar de ce qu’étaient la Pologne, la Hongrie, et d’autres Etats d’Europe de l’Est, avant la seconde guerre mondiale.

La tentative du président français Emmanuel Macron et de son parti visant aujourd’hui à criminaliser l’antisionisme comme une forme de l’antisémitisme s’apparente à une manœuvre cynique et manipulatoire. Si l’antisionisme devenait une infraction pénale, je recommanderais à Emmanuel Macron de faire condamner, à titre rétroactif, le bundiste Marek Edelman, qui fut l’un des dirigeants du ghetto de Varsovie et totalement antisioniste. Il pourrait aussi convier au procès les communistes antisionistes qui, plutôt que d’émigrer en Palestine, ont choisi de lutter, les armes à la main, contre le nazisme, ce qui leur a valu de figurer sur « l’affiche rouge ».

S’il entend faire preuve de cohérence dans la condamnation rétroactive de toutes les critiques du sionisme, Emmanuel Macron devra y joindre ma professeure Madeleine Rebérioux, qui présida la Ligue des Droits de l’Homme, mon autre professeur et ami : Pierre Vidal-Naquet, et aussi, bien évidemment : Éric Hobsbawm, Edouard Saïd, et bien d’autre éminentes figures, aujourd’hui décédées, mais dont les écrits font encore autorité.

Si Emmanuel Macron souhaite s’en tenir à une loi réprimant les antisionistes encore en vie, la dite future loi devra aussi s’appliquer aux juifs orthodoxes de Paris et de New-York qui récusent le sionisme, à Naomi Klein, Judith Butler, Noam Chomsky, et à bien d’autres humanistes universalistes, en France et en Europe, qui s’auto-identifient comme juifs tout en s’affirmant antisionistes.

On trouvera, bien évidemment, nombre d’idiots à la fois antisionistes et judéophobes, de même qu’il ne manque pas de pro-sionistes imbéciles, judéophobes aussi, pour souhaiter que les juifs quittent la France et émigrent vers l’Etat d’Israël. Faudra-t-il les inclure également dans cette grande envolée judiciaire ? Prenez garde, Monsieur le Président, à ne pas vous laisser entraîner dans ce cycle infernal, au moment précis où la popularité décline !

Pour conclure, je ne pense pas qu’il y ait une montée significative de l’antijudaïsme en France.

Celui-ci a toujours existé, et je crains, hélas, qu’il n’ait encore de beaux jours devant lui. Je n’ai, toutefois, aucun doute sur le fait que l’un des facteurs qui l’empêche de régresser, notamment dans certains quartiers où vivent des gens issus de l’immigration, est précisément la politique pratiquée par Israël à l’encontre des Palestiniens : ceux qui vivent, comme citoyens de deuxième catégorie, à l’intérieur de « l’Etat juif », et ceux qui, depuis 52 ans, subissent une occupation militaire et une colonisation brutales.

Faisant partie de ceux qui protestent contre cette situation tragique, je soutiens de toutes mes forces la reconnaissance du droit à l’autodétermination des Palestiniens, et je suis partisan de la « désionisation » de l’Etat d’Israël. Devrai-je, dans ce cas, redouter que ma prochaine visite en France, ne m’envoie devant un tribunal ?

Shlomo Sand

Lundi 25 février 2019 – Blog Médiapart

Traduit de l’hébreu par Michel Bilis

 

http://www.afrique-asie.fr/a-propos-des-semites-et-des-antisemites-des-sionistes-et-des-antisionistes/

Antisionisme, antisémitisme et idéologie coloniale. Par Alain Gresh

21.février.2019 // Les Crises

Antisionisme, antisémitisme et idéologie coloniale. Par Alain Gresh

Source : Orient XXI, Alain Gresh, 19-02-2019

Dans le débat qui agite la France autour de l’antisémitisme, deux dimensions sont souvent absentes : le fait que, durant la première moitié du XXe siècle, la grande majorité des juifs était hostile au sionisme (étaient-ils aussi antisémites ?) ; que la caractéristique principale de ce mouvement était de s’inscrire dans une logique coloniale de conquête et de peuplement. Extraits du livre d’Alain Gresh, Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Fayard, 2017).

Le sionisme n’a été que l’une des réponses possibles, longtemps très minoritaire, à la « question juive ». Durant la fin du XIXe siècle et avant la première guerre mondiale, la grande majorité des juifs d’Europe centrale et de Russie « vote avec ses pieds », en émigrant massivement à l’ouest, et notamment aux États-Unis, la Terre promise de tant de laissés-pour-compte… D’autres, nombreux, font le pari de l’intégration. À partir de 1880, et malgré l’antisémitisme, le nombre de mariages mixtes chez les juifs allemands ne cesse d’augmenter : entre 1901 et 1929, la proportion passe de 16,9 à 59 %. En France aussi, cette « assimilation » s’accélère. La participation active des juifs aux mouvements révolutionnaires transnationaux, notamment socialistes et communistes, qui prônent la fraternité universelle, peut être considérée comme une autre de leurs répliques aux discriminations dont ils sont l’objet. Quant aux religieux, ils rejettent pour la plupart le sionisme : l’État juif ne peut renaître et le Temple ne peut être relevé qu’avec la venue du Messie.

LES RÉTICENCES D’ALBERT EINSTEIN

Le sionisme n’est pas le seul mouvement organisé spécifique des juifs de l’Est. En 1897 est créé le Bund, l’Union générale des ouvriers juifs de Lituanie, Pologne et Russie. Il concurrencera le sionisme jusque dans les années 1930. Il se veut nationaliste et socialiste, se fonde sur des principes de classe, prône le yiddish comme langue nationale et une autonomie politico-culturelle conforme aux thèses de ceux que l’on appelle les « austro-marxistes ». Les bundistes appellent à l’émancipation « sur place » des masses juives, répétant : « Les palmiers et les vignobles de Palestine me sont étrangers. » Ils prêchent la solidarité des ouvriers juifs avec la classe ouvrière internationale et opposent le patriotisme de la galout (l’« exil ») au patriotisme sioniste. Tombé dans l’oubli, ce mouvement signera des pages glorieuses de l’histoire de l’Europe centrale, notamment par son rôle dans l’insurrection du ghetto de Varsovie en 1943. Il sera finalement écrasé en Pologne par les nazis et en Union soviétique par les communistes, dont les positions sur la « question juive » fluctueront au gré des événements et des retournements de doctrine. Pour concurrencer le sionisme, l’URSS va jusqu’à concevoir une république autonome juive, le Birobidjan, à l’extrémité orientale de la Sibérie.

La création de l’État d’Israël consacre la victoire du mouvement sioniste, victoire qu’ont rendue possible l’antisémitisme hitlérien et le génocide. Cet État regroupe une proportion croissante des juifs du monde – quelle que soit la définition que l’on donne à ce terme –, mais inférieure à 40 %. Des centaines de milliers d’entre eux ont préféré l’intégration, aux États-Unis ou en Europe, même si Israël réussit désormais à en mobiliser une fraction importante en faveur de ses options. Ils se sentent, à juste titre, davantage en sécurité à New York ou à Paris qu’à Tel-Aviv ou à Jérusalem. Faut-il se réjouir du triomphe de ce nationalisme étroit, autour d’un État ? Bien que sioniste, Albert Einstein exprimait ses inquiétudes : « La manière dont je conçois la nature essentielle du judaïsme résiste à l’idée d’un État juif, avec des frontières, une armée et une certaine mesure de pouvoir temporel, quelque modeste qu’il soit. J’ai peur des dégâts internes que cela entraînera sur le judaïsme — et surtout du développement d’un nationalisme étroit dans nos propres rangs […]. Un retour à une nation, au sens politique du terme, équivaudrait à se détourner de la spiritualité de notre communauté, spiritualité à laquelle nous devons le génie de nos prophètes. »

« Le sionisme n’est pas le corollaire obligatoire, fatal, de la persistance d’une identité juive, remarque Maxime Rodinson ; ce n’est qu’une option. » Et cette option est critiquable, non seulement comme toute idéologie nationaliste, mais aussi parce que son aboutissement — la création d’un État juif — n’était possible que par la dépossession des Palestiniens. Le sionisme s’est pleinement inscrit — et ce fut l’une des conditions majeures de sa victoire — dans l’aventure coloniale. Ce fut et cela reste sa principale faute.

RIEN DE COMMUN AVEC CE QUE L’ON APPELLE « L’ORIENT »

Le dévouement ou l’idéalisme de nombre de militants sionistes n’est pas en cause. Un jeune juif débarqué sur la Terre promise en 1926 pouvait écrire : « Je peux être fier car depuis un an que je suis en Palestine, je me suis débarrassé de la gangue d’impureté de la diaspora et je me suis purifié du mieux possible. Je voulais une patrie. Être un homme comme les autres, égal aux autres, fier comme eux d’être en Palestine. Dès l’instant où mes pieds ont foulé la terre de mes ancêtres, j’ai rompu tout lien avec l’Europe et l’Amérique. » Il changea de nom, se fit appeler Chaïm Shalom et déclara : « Je suis hébreu et mon nom est hébreu car je suis issu du pays des Hébreux. »

En dépit d’un credo socialiste — ou parfois à cause de lui —, les sionistes ressemblaient aux colons installés en Algérie ou en Afrique du Sud, convaincus de faire progresser la civilisation face à des populations sauvages. Le sionisme en Palestine, malgré des formes particulières, se rattache au mouvement de colonisation sur deux plans : par son attitude à l’égard des populations « autochtones » ; par sa dépendance à l’égard d’une métropole, la Grande-Bretagne, au moins jusqu’en 1939. D’ailleurs, à l’époque où le colonialisme n’avait pas la connotation négative qu’il a aujourd’hui, Theodor Herzl écrivait à Cecil Rhodes, l’un des conquérants britanniques de l’Afrique australe : « Mon programme est un programme colonial. » Zeev Jabotinsky, le dirigeant du mouvement sioniste révisionniste, pour sa part, se réjouissait : « Dieu merci, nous juifs n’avons rien en commun avec ce que l’on appelle l’“Orient”. Nous devons venir en aide à ceux parmi le peuple qui sont incultes et qui s’inscrivent dans des traditions et des lois spirituelles archaïques orientales. Nous allons en Palestine d’abord pour notre “bien-être” national, ensuite pour en expurger systématiquement toute trace de l’“âme orientale”. »

Mordechaï Ben Hillel Ha Cohen, un juif installé à Jérusalem, note : « Nous sommes en Palestine la population la plus civilisée, personne ne peut rivaliser avec nous sur le plan culturel. La plupart des indigènes sont des fellahs et des bédouins ignorant tout de la culture occidentale. Du temps sera encore nécessaire avant qu’ils apprennent à vivre sans rapines, vols et autres forfaits, jusqu’à ce qu’ils éprouvent de la honte devant leur nudité et leurs pieds nus et qu’ils adoptent un mode d’existence où prévaudra la propriété privée, et où il sera nécessaire que des routes soient tracées et les chaussées goudronnées, que les écoles, les maisons de charité et les tribunaux essaiment sans qu’il y ait de corruption. » Mais l’insondable « âme orientale » semble résister à des décennies de civilisation puisque Moshé Katsav, alors président d’Israël, déclare en mai 2001 : « Il existe une immense fracture entre nous [les juifs] et nos ennemis, pas seulement en ce qui concerne les capacités, mais aussi sur le plan de la morale, de la culture, du caractère sacré de la vie et de la conscience […]. Ils sont nos voisins ici, mais on a l’impression qu’à une distance de quelques centaines de mètres il y a des gens qui ne sont pas de notre continent, de notre monde, mais qui finalement appartiennent à une autre galaxie. » Sont-ils humains, ces Palestiniens ?

LES PALESTINIENS COMME ANIMAUX SAUVAGES

À la suite d’émeutes à Jaffa en 1921, une commission d’enquête britannique note que le mouvement ne constituait nullement un pogrom antisémite, mais que les insurgés haïssaient les sionistes, non les juifs. Le Jewish Chronicle, organe des juifs britanniques, s’insurge : « Essayez d’imaginer que les animaux sauvages du parc zoologique sortent de leur cage et tuent quelques-uns des visiteurs, et que la commission chargée d’enquêter sur les circonstances établisse que la raison du drame est que les animaux n’aimaient pas leurs victimes. Comme s’il ne relevait pas du devoir de la direction du zoo de garder les animaux dans leurs cages et de s’assurer qu’elles soient bien fermées. » Quelle franchise ! Frantz Fanon, psychiatre antillais rallié à la révolution algérienne, auteur d’un pamphlet célèbre, Les Damnés de la terre (1961), constate : « Le langage du colon, quand il parle du colonisé, est un langage zoologique. On fait allusion aux mouvements de reptation du Jaune, aux émanations de la ville indigène, aux hordes, à la puanteur, au pullulement, au grouillement, aux gesticulations. Le colon, quand il veut bien décrire et trouver le mot juste, se réfère constamment au bestiaire. »

La conquête de la terre comme le « refoulement » des autochtones confirment la dimension coloniale du mouvement sioniste. L’un de ses cadres reconnaît dès les années 1910 : « La question arabe s’est révélée dans toute son acuité dès le premier achat de terres, lorsque je dus expulser pour la première fois des habitants arabes pour y installer à la place nos frères. Longtemps après continua de résonner à mes oreilles la triste complainte des bédouins rassemblés cette nuit-là autour de la tente des pourparlers, avant qu’ils ne quittent le village de Shamsin […]. J’avais le cœur serré et je compris alors à quel point le Bédouin était attaché à sa terre. » Mètre carré après mètre carré, les colons juifs s’emparent des terres, repoussant les Arabes.

Aucun compromis n’est possible, Ben Gourion en a bien conscience : « Tout le monde considère les relations entre juifs et Arabes comme problématiques. Mais ils ne voient pas tous que cette question est insoluble. Il n’y a pas de solution ! Un gouffre sépare les deux communautés. […] Nous voulons que la Palestine soit notre nation. Les Arabes veulent exactement la même chose. »

Israël Zangwill, un proche de Theodor Herzl, explique dans la presse britannique durant la Première Guerre mondiale : « Si l’on pouvait exproprier, avec compensation, les 600 000 Arabes de Palestine, ou si l’on pouvait les amener à émigrer en Arabie, car ils se déplacent facilement [sic !],ce serait la solution de la plus grande difficulté du sionisme. » Herzl avoue dans son journal en 1895 : « Nous devons les exproprier gentiment. Le processus d’expropriation et de déplacement des pauvres doit être accompli à la fois secrètement et avec prudence. » Il sera achevé, sur une grande échelle, en 1948-1949.

L’APPUI INDISPENSABLE DE LONDRES

Il est vrai que les juifs ne débarquent pas d’une « métropole ». Ils arrivent de différents pays et ne peuvent envisager de « retourner » en Russie ou en Pologne, comme d’ailleurs les Européens blancs, protestants en majorité, installés aux Amériques et qui enferment les Indiens dans des réserves après avoir essayé – et largement réussi – de les exterminer. Mais le mouvement sioniste bénéficie tout de même du soutien de Londres, sans lequel il serait voué à l’échec : ainsi, pour la seule décennie qui suit l’instauration du mandat en 1922, on compte 250 000 immigrés, plus du double par rapport à la décennie précédente. « Pendant tout mon service en Palestine, écrit Arthur Wauchope, le haut-commissaire britannique qui sévit à Jérusalem à partir de 1931, je considérais de mon devoir d’encourager le peuplement juif et je n’avais d’autre ambition que de voir sa sécurité assurée. » Il évoque d’ailleurs la « grande aventure » de la colonisation. Ni l’émigration, ni l’achat de terres, ni la création de structures étatiques n’auraient été possibles sans le parapluie britannique. Bien sûr, il pouvait surgir des contradictions entre les intérêts du yishouv (la communauté juive de Palestine) et ceux de Londres, mais, au moins jusqu’en 1939, elles furent secondaires.

Cette alliance est servie par ce que j’appellerais les « affinités culturelles ». Je prends un exemple. À la suite des violentes émeutes qui éclatent en Palestine en 1929, de nombreux responsables britanniques, sur place ou en Grande-Bretagne, sont convaincus de la nécessité d’un changement de cap passant par la restriction de l’immigration et de l’achat de terres. Le ministère des colonies prépare en octobre 1930 un Livre blanc reprenant ces propositions. Mais Weizmann fait jouer toutes ses relations, Ben Gourion consulte le chef du gouvernement britannique et obtient une garantie de la liberté d’immigration et d’achat de terres, qualifiée de « lettre noire » par les Arabes. Le premier ministre britannique discute même avec le numéro un sioniste le moyen de privilégier les juifs dans les arrangements, au détriment du principe de la parité (traitement égalitaire des juifs et des Arabes) affirmé publiquement.

Cet éclatant succès, le mouvement le doit à son entregent, à ses contacts politiques, à sa connaissance du système politique britannique. Les sionistes ont plus de chances de se faire entendre que les représentants arabes ou palestiniens, dont la culture, les traditions, le mode même de négociation sont étrangers aux Européens. Les sionistes sont des Occidentaux qui parlent à des Occidentaux. Cet atout, ils en useront à chaque étape du conflit. Israël, pour reprendre l’expression de Maxime Rodinson, est un « fait colonial ». Comme l’Australie ou les États-Unis, le pays est né d’une conquête, de l’expropriation des autochtones. En revanche il n’est pas, contrairement à l’Afrique du Sud de l’apartheid, une « société coloniale », une société qui a besoin des « indigènes » pour survivre.

D’autre part, même s’il a été bâti sur une injustice, Israël est désormais un État reconnu par la communauté internationale, par les Nations unies. Penser, comme l’ont fait et continuent de le faire certains, que l’on peut « expulser » les Israéliens, les renvoyer « chez eux », n’est ni moralement défendable ni politiquement réaliste. Une injustice ne peut être réparée par une autre injustice. Vivent désormais en Terre sainte deux peuples, l’un israélien, l’autre palestinien. On peut rêver, comme le font quelques intellectuels palestiniens et israéliens, qu’un seul État pourrait les regrouper ; c’est une belle utopie, que notre génération ne verra pas se réaliser. Et, quoi qu’il en soit, aucune solution ne pourra être imposée de façon unilatérale aux Palestiniens ni aux Israéliens.

Source : Orient XXI, Alain Gresh, 19-02-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/antisionisme-antisemitisme-et-ideologie-coloniale-par-alain-gresh/

Jérusalem : Le président Trump met au défi les réflexes « pavloviens » des Européens

Jérusalem : Le président Trump met au défi les réflexes « pavloviens » des Européens


Avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et la décision d’y transférer l’ambassade US, le président Trump a fait un premier pas pour briser l’un des réflexes les mieux ancrés des Européens. Car, comme l’avait remarqué l’ancien commissaire européen Chris Patten, sur le dossier proche-oriental en particulier « le principal déterminant du comportement politique de l’Europe » a été jusqu’ici « le refus pavlovien de toute ligne de conduite qui pourrait éloigner l’Europe des Américains ».

Toujours est-il que, si le suivisme mécanique ne s’est pas produit cette fois-ci, les principales puissances européennes désapprouvant la décision US, l’Union européenne est loin de présenter un front uni. L’Europe est divisée, comme à presque chaque fois où l’alignement commun sur le grand allié n’est pas possible. A ceci près que l’administration Trump a considérablement changé la donne, et Jérusalem n’est que le premier d’une série de défis en provenance d’outre-Atlantique qui se profilent à l’horizon.

L’Europe prend ses distances

Une fois n’est pas coutume, sur la question de Jérusalem, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont tous les trois fait part de leur désaccord par rapport à la relocalisation de l’ambassade des Etats-Unis. Ils ont tous les trois soutenu la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies qui « déplore au plus haut point » les décisions américaines relatives à Jérusalem et juge qu’elles sont « nulles et non avenues » du point de vue juridique. Paris, Berlin et Londres ont également été unanimes à boycotter le gala d’ouverture de l’ambassade US relocalisée. Le chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a quant à elle exprimé sa « sérieuse préoccupation » face à l’annonce américaine. Elle n’a également eu de cesse de répéter que « la position de l’UE reste inchangée ».

Cette position commune se limite, par définition, à l’appel au respect du droit international. Ainsi, « L’UE reste fermement engage à continuer de travailler avec les deux parties et avec ses partenaires dans la communauté internationale en vue de la reprise de véritables négociations avec l’objectif d’arriver à la solution des deux Etats, et Jérusalem capitale des deux ».  Ceci implique également, comme elle tient à le souligner, le respect du consensus international tel qu’il s’incarne dans la Résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations Unies, appelant au retrait de toute représentation diplomatique de Jérusalem. A cette approche légaliste viennent s’additionner en Europe d’autres considérations, plus politiques. Tel le souci d’enrayer l’escalade de la violence dans son voisinage immédiat, de même que d’éviter les provocations inutiles susceptibles de radicaliser ses propres minorités musulmanes.

De surcroît, les Européens se sentent souvent inconfortables avec certaines caractéristiques de la prise de décision US qui leur paraissent comme faisant partie d’un même schéma. Ils n’apprécient pas d’être mis devant le fait accompli international par le président américain pour des raisons qu’ils estiment être en grande partie d’ordre électoral. Étroitement lié à cela, il existe une forte réticence en Europe vis-à-vis de ce qu’ils voient comme la contamination du discours politique par le fait religieux, la réduction des problèmes complexes à une simple opposition entre le Bien et le Mal. De même, les Européens se méfient de l’option unilatérale, a fortiori sous une forme brutale, qu’ils considèrent à la fois comme source de ressentiments, donc d’instabilité future et, dans un monde de plus en plus multipolaire, comme un précédent dangereux.

L’Europe se divise, pour les mêmes raisons que d’habitude

Malgré cette large convergence des considérations juridiques, politiques et stratégiques, les 28 Etats membres de l’UE n’ont pas été capables de publier ne serait-ce qu’une seule déclaration commune. La première, dès l’annonce du président Trump a été bloquée par la Hongrie, et la seconde, à la veille du transfert de l’ambassade US a été opposée par la Hongrie, La République tchèque et la Roumanie. Entretemps, l’Union européenne n’a pas pu soutenir en tant que telle la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU déplorant la décision US, du fait de l’abstention de six de ses Etats membres (les trois ci-dessus rejoints par la Pologne, la Lettonie et la Croatie). Pour terminer, si 24 pays européens ont boycotté la soirée de gala organisée pour l’ouverture de l’ambassade US, quatre s’y sont rendus (la Hongrie, la Roumanie, la République tchèque et l’Autriche).

Il y a fort à parier que ce n’est pas un soudain accès d’illumination sur les complexités du processus de paix israélo-palestinien qui aurait amené les pays d’Europe centrale et orientale à prendre le contre-pied de la majorité de leurs partenaires européens. Tout comme lors de la division en « vieille Europe » et « jeune Europe » au sujet de l’intervention américaine de 2003 en Irak, quoique dans une proportion bien moindre cette fois-ci, certains Etats membres préfèrent se démarquer de la solidarité européenne s’ils l’estiment aller à l’encontre de la loyauté atlantiste.

Dans ces conditions, la position commune de l’UE, exprimée par sa Haute représentante Mogherini, est réduite au plus petit dénominateur commun qu’est le respect du droit et du consensus international. Toutefois, même avec cette approche minimaliste, l’équilibre fragile à 28 risque d’être mise à mal, sur deux points. Premièrement, il ne s’agit que d’une pause momentanée qui ne durera que jusqu’à la présentation du plan de paix américain. Comme l’a dit le ministre français des Affaires étrangères « dès lors qu’un plan est en préparation, il serait malvenu pour la France ou l’Union européenne de décider d’une initiative unilatérale ». Par contre, si le plan américain n’est pas jugé par tous comme suffisamment équilibré, le projet d’un accord d’association UE-Palestine ou la question de la reconnaissance de l’Etat palestinien pourraient se retrouver en tête de l’agenda. D’ici là, l’Union sera occupée à maintenir tous les Etats membres dans le rang, qu’il s’agisse du non-transfert des ambassades (la République tchèque hésite, paraît-il) ou de la mise en œuvre parfois difficile de la distinction de principe entre territoire israélien et territoires occupés.

Au-delà de Jérusalem : d’autres épreuves transatlantiques en vue

Au lendemain de la crise irakienne, la directrice de l’Institut de l’UE pour les Etudes de sécurité a mis en exergue l’un des obstacles les plus persistants à une politique étrangère européenne : « Il est beaucoup plus facile aux Européens de s’entendre sur l’analyse des crises extérieures que sur l’analyse de la politique américaine. Autrement dit, le monde rassemble, l’Amérique divise. Si les Européens parviennent assez facilement à une vision à peu près commune du monde, ils se divisent en revanche sur le rôle de l’Union dans la gestion des crises. Parce que ce rôle est en effet largement fonction du type de relations que chacun souhaite construire avec la puissance américaine, à titre bilatéral ou au sein de l’OTAN ». En d’autres termes, du moment où l’alignement collectif pur et simple n’est pas une option, le positionnement des uns et des autres se fait, en premier lieu, en fonction de son impact sur les relations transatlantiques. Assument-ils de se démarquer de leur plus grand allié ou, au contraire, estiment-ils que l’essentiel est de faire preuve de loyauté vis-à-vis des Etats-Unis ?

Ce dilemme perpétuel apparaît aujourd’hui dans un contexte bien particulier. Au-delà de la question de Jérusalem, deux sujets éminemment chers au cœur, et au portefeuille, des Européens sont en suspense : les tarifs douaniers et l’accord nucléaire avec l’Iran. Ajoutez à cela le style extrêmement « franc » du président Trump, et une opinion publique européenne de plus en plus eurosceptique qui risque de s’aliéner encore plus si elle ne voit qu’une Union dépendante et impuissante. Il s’agit d’un mélange explosif, où les réflexes européens d’alignement et de concessions disproportionnées pourraient avoir plus de mal que d’habitude à l’emporter.

De ce point de vue, peu importe qui « a raison » ou quelle politique serait « la bonne » sur tel ou tel dossier. Sur Jérusalem, l’Iran, les tarifs douaniers – il peut y avoir des arguments valables des deux côtés. L’essentiel ici est de savoir s’il y a une quelconque utilité pour les Européens d’essayer de défendre collectivement leurs intérêts, voire de définir, ne sait-on jamais, une politique. Ou ces efforts sont-ils d’emblée voués à l’échec, dès que le dossier en question implique, de près ou de loin, les Etats-Unis. Grâce à la propension du président Trump à soulever les sujets les plus sensibles, sans ménagement et à un rythme accéléré, les premiers éléments de réponse tangibles ne sauraient tarder.

Ce texte est la version française de l’article original: Hajnalka Vincze, Jerusalem: President Trump Challenges Europe’s “Pavlovian” Reflexes, In The American Review of Books, Blogs, and Bull, Foreign Policy Research Institute (FPRI), 18 May 2018.

L’Américaine Nikki Haley n’arrive pas à faire condamner le Hamas à l’ONU

L’Américaine Nikki Haley n’arrive pas à faire condamner le Hamas à l’ONU

L’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley lors d’une réunion du Conseil de sécurité le 26 novembre 2018 / © AFP/Archives / Don EMMERT

Les Etats-Unis ne sont pas parvenus jeudi à faire condamner le mouvement islamiste palestinien Hamas par l’Assemblée générale de l’ONU, la résolution de l’ambassadrice américaine Nikki Haley ne recueillant pas la majorité nécessaire à son adoption.

Au préalable, le Koweït avait, lors d’un vote de procédure gagné de seulement trois voix, obtenu qu’une règle d’une majorité aux deux tiers soit appliquée au texte américain malgré de vives critiques de Nikki Haley.

Le texte des Etats-Unis n’a recueilli que 87 voix, dont celles de l’Union européenne. Cinquante-sept pays ont voté contre et 33 se sont abstenus.

« Une simple majorité est requise », avait plaidé en vain Nikki Haley avant le scrutin, tenu avec une heure de retard en raison « de négociations de dernière minute », selon la présidence de l’Assemblée générale.

Cette enceinte, dont les résolutions n’ont pas de valeur contraignante, « n’a jamais rien dit sur le Hamas », avait ajouté la diplomate américaine, en dénonçant une « politique de deux poids deux mesures » aux dépens d’Israël.

« La décision (d’un vote de procédure) vise à entraver » l’adoption de la résolution américaine, « et mon frère du Koweït le sait très bien », avait ajouté l’ambassadrice américaine.

La règle des deux tiers a été approuvée par 75 voix, 72 pays s’exprimant contre –dont l’Union européenne– et 26 Etats se sont abstenus.

– « Affaire très personnelle » –

La présentation de sa résolution, soutenue par l’UE après un léger ajout de langage vague visant à soutenir une solution de paix au Proche-Orient sur la base des « résolutions pertinentes » déjà adoptées à l’ONU, constituait l’un des derniers faits d’armes de Nikki Haley, qui a récemment annoncé quitter ses fonctions en fin d’année.

Le chef du Hamas Ismaïl Haniya à Gaza le 21 août 2018n / © AFP/Archives / Anas BABA

Selon des diplomates, Nikki Haley, soutien inconditionnel d’Israël, avait fait de cette condamnation du Hamas « une affaire très personnelle ».

Son projet de texte condamnait « le Hamas pour des tirs répétés de roquettes en Israël et pour incitation à la violence, mettant la vie de civils en danger ». Il exigeait « que le Hamas et d’autres entités militantes incluant le Jihad islamique palestinien cessent toutes les provocations et activités violentes dont le recours à des engins aériens incendiaires ».

Sous la pression des Européens, les Palestiniens et les pays arabes avaient renoncé à amender le texte américain pour y introduire des rappels précis des résolutions liées à la demande d’une fin de l’occupation israélienne, au statut de Jérusalem-Est et à la solution de deux Etats dans les frontières reconnues en 1967, largement soutenue dans le monde.

Ils ont transformé leur amendement en projet de résolution qui devait être mis au vote dans l’après-midi à l’Assemblée générale de l’ONU.

L’objectif de l’Union européenne « était d’éviter une confrontation dont tout le monde serait sorti perdant », a expliqué un diplomate sous couvert d’anonymat. Il s’agissait aussi de préserver « l’unité de l’Union européenne », a-t-il ajouté.

« Personne ne comptait avancer » sur le processus de paix avec les textes en débat jeudi, a précisé cette source.

Le chef du Hamas Ismaïl Haniya s’était plaint dès le 28 novembre de la démarche américaine dans une lettre rare à la présidence de l’Assemblée générale de l’ONU. La missive, remise au représentant de l’ONU à Gaza, n’est cependant jamais arrivée à destination. Elle a été transmise au seul pouvoir légitime reconnu par l’ONU, à savoir l’Autorité palestinienne, qui l’a toujours en mains, selon une source onusienne.

(©AFP / (06 décembre 2018 23h20)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-L-Am-ricaine-Nikki-Haley-n-arrive-pas-faire-condamner-le-Hamas-l-ONU/977635.rom

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Les clauses secrètes de l’accord gazier entre Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël

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Chypre, la Grèce, l’Italie et Israël sont parvenus à conclure un accord sur la construction commune d’un gazoduc en Méditerranée. Il s’agira de l’ouvrage le plus long et le plus profond en mer. Il n’aura qu’une capacité modeste de 12 milliards de m3 par an. Estimé à 8 milliards de dollars, il devrait être mis en service dans 5 ans. Cependant la date de début des travaux n’a pas été annoncée.

L’Égypte, la Palestine, le Liban, la Syrie et la Turquie ne font pas officiellement partie de cet accord alors qu’ils sont concernés par le champ gazier découvert en 2011.

Note : la Turquie n’a aucun rapport avec ce champ, mais occupe Chypre-Nord qui est concerné par lui. En février 2018, la marine militaire turque avait empêché un navire d’exploration italien de sonder les fonds dans les eaux territoriales chypriotes du Nord. En juin, le président Recep Tayyip Erdoğan avait menacé toute entité qui s’aviserait d’entreprendre des recherches sans son autorisation dans cette zone occupée.

En réalité, il semble que le Hamas et l’Égypte soient parties prenantes à cet accord.
- L’autorisation donnée au début du mois par Israël au Qatar de prendre en charge les fonctionnaires de Gaza serait la contrepartie de la reconnaissance par le Hamas de la frontière maritime de la Palestine tracée unilatéralement par Israël. Le gaz palestinien serait donc exploité par Israël et les droits reversés par le Qatar au Hamas.
- Israël a également signé un accord avec l’Égypte pour lui exporter du gaz. Cet accord parallèle a été conclu via la société East Gas, dont les services secrets égyptiens sont l’actionnaire majoritaire. Là encore, du gaz offshore égyptien serait exploité par Israël, puis ré-acheminé en Égypte pour y être liquéfié et exporté.

Ces contournements visent à masquer les contradictions entre les rhétoriques officielles des dirigeants et la réalité de leurs pratiques.

L’ensemble de ces accords a été parrainé par l’Union européenne et le Qatar.

http://www.voltairenet.org/article204084.html

Démission du ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman

Démission du ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman

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Le ministre israélien de la défense, Avigdor Lieberman, a démission de ses fonctions, le 14 novembre 2018, après la signature du cessez-le-feu avec le Hamas.

M. Lieberman est entré en confrontation avec le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, lors de l’accord israélien autorisant le Qatar à approvisionner en fuel et à transférer des liquidités au Hamas. Il s’est également opposé au cessez-le-feu avec le Hamas.

Partisan de la séparation physique des juifs et des arabes, M. Lieberman considère comme une folie de donner un pouvoir illégitime au Qatar à Gaza et des moyens au Hamas. Selon lui, il ne fait aucun doute que si cette décision fait tomber la tension à court terme, elle permettra un regain des activités terroristes des Frères musulmans à long terme.

Contrairement à la présentation qui en est faite par la presse internationale, Avigdor Lieberman est intéressé à la paix, tandis que l’appareil militaire entend maintenir le statu quo et que Benjamin Netanyahu poursuit le projet de Grand Israël de Zeev Jabotinsky.

Le sioniste religieux Naftali Benett, beaucoup plus extrémiste que M. Lieberman, a posé un ultimatum au Premier ministre, menaçant de sortir de la Coalition gouvernementale et de la faire chuter s’il n’obtenait pas le ministère de la Défense.

Selon un sondage réalisé dans la journée, près des trois quart des Israéliens soutiennent l’analyse de M. Liberman. De nombreux Israéliens résidant à moins de 30 kilomètres de la Bande de Gaza —région cible de roquettes depuis la prise de pouvoir du Hamas à Gaza, en 2006— ont manifesté à l’annonce du cessez-le-feu, réclamant une politique de sécurité à long terme.

On ne dispose pas de sondage sur l’opinion des Gazaouis. Les dirigeants du Hamas, quant à eux, se sont félicités de la démission d’Avigdor Lieberman, saluant une victoire pour leur mouvement.

L’Autorité palestinienne n’a pas encore réagi.

http://www.voltairenet.org/article203930.html

Un État étranger paye les salaires des fonctionnaires gazaouis

Un État étranger paye les salaires des fonctionnaires gazaouis

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L’émirat du Qatar devrait transférer 21 millions d’euros par mois pour payer les salaires des fonctionnaires de Gaza.

Les fonctionnaires palestiniens résidant dans la Bande de Gaza ne sont plus payés par l’Autorité palestinienne depuis plus de six mois, suite à la rupture des relations entre le président Mahmoud Abbas et le Hamas. De facto, alors qu’ils sont reconnus comme un État unique par divers membres de l’Onu, les territoires palestiniens sont divisés en deux entités politiques distinctes.

Créé avec l’aide d’Israël, le Hamas a été proclamé durant le « printemps arabe » « branche palestinienne des Frères musulmans » ; titre auquel il a renoncé par la suite.

Bien que l’émirat du Qatar soit théoriquement un État étranger, il est —avec la Turquie— l’un des deux protecteurs de la confrérie des Frères musulmans. Il considère donc exercer le Pouvoir à Gaza par l’entremise du Hamas.

Un premier versement en liquide de 15 millions est arrivé le 8 novembre 2018 sur place. Il a été donné au Hamas et non pas à l’Autorité palestinienne, bien qu’elle soit la seule autorité légitime.

Réseau Voltaire

Voltaire, édition internationale