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La dégringolade du PS, de Jaurès à Vallaud-Belkacem

La dégringolade du PS, de Jaurès à Vallaud-Belkacem

Najat Vallaud Belkacem By: Najat Vallaud-BelkacemCC BY 2.0

La dégringolade brutale dans un excès de nuance politique n’en finit pas d’écarteler un PS qui ne sait plus du tout où il en est.

Par Nathalie MP.

Jusqu’où la gauche française va-t-elle aller dans la division cellulaire ? Avec les 6 à 8 % recueillis par le Parti socialiste (PS) aux premiers tours des élections présidentielles et législatives récentes – après des pics à 37 % en 1981 et 1988, on pourrait croire que le grand parti de Jaurès, Blum et Mitterrand a atteint son minimum absolu et qu’il a été suffisamment réduit par les derniers événements électoraux pour ne plus réunir en son sein qu’un ensemble d’adhérents et de dirigeants parfaitement homogènes sur le plan idéologique. 

Mais ce serait trop simple. Après l’hémorragie vers La République en Marche (LREM) provoquée par la victoire du représentant de la gauche frondeuse du PS Benoît Hamon lors des primaires présidentielles, la terreur d’une nouvelle scission par l’aile gauche minoritaire se profile avec insistance.

De nouvelles dissensions internes en perspective

Notre PS, pour dégonflé et ratatiné qu’il soit, serait à nouveau le siège de dissensions internes dangereuses alors que s’approche son congrès refondateur fixé aux 7 et 8 avril prochains.

Les candidatures pour la tête du parti ne sont pas officiellement déclarées, mais du côté des majoritaires, on compte déjà le député Luc Carvounas, l’ancien ministre de Hollande Stéphane Le Foll, l’actuel coordinateur du parti Rachid Temal, pourquoi pas Olivier Faure, président du groupe à l’Assemblée, et peut-être d’autres candidatures encore dans l’ombre.

Et du côté des minoritaires, on ne peut pas ne pas remarquer l’unique candidature du député européen Emmanuel Maurel. Caractéristique politique : il pense tout comme Jean-Luc Mélenchon, mais il préfère mener sa « critique radicale » depuis l’intérieur du PS.

Le risque de voir Emmanuel Maurel l’emporter s’il se trouve en face de trois candidats du courant majoritaire n’est pas nul. On assisterait alors à une nouvelle vague de départs, soit en solo soit vers LREM, mais plus sûrement vers LREM tant l’attraction du pouvoir domine largement les coquetteries idéologiques.

En cas de débâcle, le backup LREM

Encore récemment, Emmanuel Macron a réussi à récupérer dans son gouvernement le député Olivier Dussopt qui, droit dans ses bottes de socialiste passé d’Aubry à Valls à Hamon, professait la plus grande opposition à l’égard du Président. Il a été promptement éjecté du PS, mais on voit que la porosité avec LREM est grande en cas de débâcle.

Bref, c’est à croire que la dégringolade brutale(*) dans un excès de nuance politique n’en finira pas d’écarteler un PS qui ne sait plus du tout où il en est.

La France bénéficie déjà sur sa gauche de deux partis extrémistes irréconciliables et pourtant très proches quand il s’agit de lutter contre le grand capital (Lutte ouvrière et le NPA), d’un PCF qui n’en est pas très loin, d’une France Insoumise (FI) imaginée par Mélenchon pour faire du communisme en son nom propre et d’une République en Marche (LREM) – flanquée d’un petit Modem plus ou moins ragaillardi – qui incarne à merveille le côté « cul entre deux chaises » de la social-démocratie.

Cinquante nuances de gauche, beaucoup d’alliances, de décomposition et de recomposition pour deux vieilles idées, et deux uniquement. À gauche toute, nous avons la vieille gauche marxiste utopiste calquée sur le Programme commun de Mitterrand en 1981 et remise au goût du jour avec le revenu universel et la promesse d’une VIème République qui va faire chanter les lendemains.

Le renouveau de la deuxième gauche

Et dans une prétendument nouvelle dimension « ni de droite ni de gauche », nous avons la deuxième gauche social-démocrate tentée (sans succès) par Michel Rocard en son temps, dans un grand écart compliqué et finalement casse-gueule entre les thèses keynésiennes de dépenses publiques qui permettent de se dire « de gauche » sans être marxiste et les nécessaires adaptations à un monde qui avance et qui innove sans se préoccuper de nous attendre.

D’un point de vue libéral, ces deux idées antagonistes à gauche sont tout aussi délétères, à ceci près que la première entraine une faillite rapide tandis que la seconde nous promet une mort lente émaillée de quelques rémissions en fonction de la conjoncture mondiale.

Pourtant bien désossé, le PS est donc à nouveau le siège fragile de cette lutte intestine éternelle de la gauche qui pourrait finir par lui coûter vraiment sa survie.

La candidature qui va tout arranger ?

C’est là qu’entre en scène une candidature qui pourrait peut-être tout arranger. Le grand parti de Jaurès, Blum et Mitterrand (et Hollande, Aubry et Cambadélis) sera-t-il bientôt le petit parti de Najat Vallaud Belkacem (NVB) ? Ce n’est pas impossible.

Après avoir été battue aux dernières législatives malgré tous ses efforts médiatiques pour enrayer le tsunami LREM, l’ex-ministre de l’Éducation de Hollande se retrouve aujourd’hui sans véritable rôle politique.

Son entourage s’évertue à expliquer qu’elle ne songe nullement à une éventuelle candidature à la tête du PS, mais il semblerait que les candidats majoritaires intéressés pourraient abandonner leurs projets si elle se décidait.

Elle bénéficie de plus du soutien d’un groupe de quadras du PS qui entendent bien tourner la page Hollande, lequel, favorable à une candidature unique pour contrer l’aile gauche, pense plutôt à Le Foll, mais accepterait quand même sa candidature.

Aile Gauche contre aile gauche

En venir à recourir à NVB pour étouffer l’aile gauchiste du PS est hautement cocasse. L’ex-ministre s’est toujours montrée beaucoup plus proche d’Aubry, Hidalgo ou Hamon (qui se rapproche tous les jours un peu plus de la FI), que de la tendance social-démocrate du parti.

En tant que ministre de l’Éducation, elle a toujours privilégié la lutte contre le racisme et les stéréotypes de genre à l’école à la reprise en main des enseignements de base « lire, écrire, compter » qui font tellement défaut aux élèves français.

Si la candidature de NVB semble à même d’éviter un morcèlement supplémentaire du PS, il n’est donc pas du tout certain qu’elle contribue à éclaircir en quoi que ce soit la ligne politique du parti. Les quadras qui la soutiennent aujourd’hui sont les auteurs d’une tribune récente dans laquelle ils affirmaient :

Pour la gauche, l’avenir ne peut être le simple retour au projet social-démocrate porté par le Parti socialiste depuis vingt ans. Notre choix, c’est celui de la social-écologie réformiste qui transforme la société en profondeur.

Toujours et encore la social-démocratie

Cette social-écologie réformiste a toutes les apparences de la social-démocratie remixée COP21 que Macron pratique aujourd’hui avec beaucoup d’enthousiasme et d’application. Quant au désir de « transformer la société », c’est le dénominateur commun et autoritaire de toutes les gauches de tous les temps, seul l’habillage change.

Mais si jamais la social-démocratie pose un problème à cette génération montante de socialistes, il va falloir qu’ils revoient leur copie car NVB, manifestement pas si éloignée que ça d’une candidature, n’a soudain pas de mots assez élogieux pour en vanter les mérites.

Quand la gauche se refonde, Claude Perdriel, fondateur et ex-propriétaire de l’Obs, n’est jamais loin. Aujourd’hui 18 décembre 2017, sort en kiosque le premier numéro de son dernier bébé, Le Nouveau Magazine Littéraire.

Destiné à faire vivre un débat d’idées au sein de toute la gauche, il accueille justement dans ses pages un texte de NVB, étonnante déclaration d’amour à la social-démocratie qui sonne comme une véritable motion de candidature.

Une autre voie, toujours la même

Refusant la « recomposition politique présentée comme inévitable entre un grand bloc libéral, une droite xénophobe, nationaliste, autoritaire et une gauche populiste, souverainiste », elle  appelle à bâtir « une autre voie ». Comme Rocard, Chirac, Jospin, Hollande et Macron avant elle. Quelle originalité confondante !

Oui, j’aime (la social-démocratie). Les commentateurs la proclament morte ? Je veux la faire vivre.

 

Rassurons Mme Vallaud Belkacem ; la social-démocratie n’est pas morte et le pétulant Macron en est son plus fidèle serviteur. Son PLF 2018, qui ne réduit ni les dépenses ni les prélèvements et conserve à la France les toutes premières places mondiales dans le domaine, en est la preuve absolue.

De multiples interrogations en suspens

Il est à craindre qu’il soit difficile de refonder le PS sur cette idée. S’il s’agit d’être social-démocrate, Emmanuel Macron aura toujours une belle longueur d’avance en termes d’élan, de modernité et de décorum régalien. S’il s’agit de s’opposer à Emmanuel Macron, la gauche de la gauche sera toujours plus crédible qu’un PS qui se réclame de la social-démocratie.

Si NVB donnait suite à une possible candidature, elle se retrouverait assurément à la tête d’un tout petit PS, dont l’existence semble de moins en moins nécessaire dans une gauche qui dispose maintenant de deux partis bien distincts pour porter ses deux tendances irréconciliables.


(*) Quelque peu influencée par les multiples graphiques de mix énergétiques que j’ai consultés ces derniers temps, je vous ai concocté deux schémas : 1) mix politique de gauche et 2) mix politique tous partis, à partir des résultats en voix exprimées aux premiers tours des élections législatives françaises de 1958 à 2017. Cliquer sur les graphiques pour agrandir :

https://www.contrepoints.org/2017/12/19/305752-degringolade-ps-de-jaures-a-vallaud-belkacem?utm_source=Newsletter+Contrepoints&utm_campaign=3e900e8df9-Newsletter_auto_Mailchimp&utm_medium=email&utm_term=0_865f2d37b0-3e900e8df9-114031913&mc_cid=3e900e8df9&mc_eid=acae01963f

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