Archives pour la catégorie Pétrole

Vladimirovitch et Donaldinho sont dans un bateau…

Vladimirovitch et Donaldinho sont dans un bateau…

31 Mars 2020

Fait à peu près passé inaperçu dans l’océan de panique du coronavirus, Trump s’est résolu à appeler Poutine dans la journée d’hier. Cette conversation, sur demande de la partie américaine a précisé le Kremlin, confirme ce que tout le monde sait : Washington est très gêné par la tournure que prennent les événements pétroliers. Le Donald, qui base en partie sa réélection sur le pouvoir d’achat et une essence bon marché, a même cru bon, lors d’une interview, de l’admettre : « Je n’aurais cru devoir dire cela mais il faut que les prix du pétrole remontent« .

Le schiste US est en effet au bord du précipice, d’autant plus que les dépôts de stockage sont pleins, notamment ceux servant de réserves stratégiques aux Etats-Unis. Les compagnies essaient bien de louer des supertankers pour stocker leurs surplus mais les navires sont rares (occupés qu’ils sont à transporter le pétrole saoudien) et, loi de l’offre et de la demande oblige, les prix ont explosé. Le désespoir est si grand que nous assistons à une surprenante révolution copernicienne qui n’échappe à personne. L’Amérique, chantre historique d’un marché libre et sans entraves, pourfendeuse traditionnelle de la politique des quotas, demande maintenant un contrôle des prix et de la production !

Rien n’est sorti de la discussion Poutine-Trump, qui a également abordé d’autres sujets (gageons que les sanctions et le Nord Stream II n’étaient pas loin). Mais Moscou fait par ailleurs chauffer le chaud et l’effroi. Dans la seconde catégorie, voici Igor Sechin, patron de Rosneft, qui a résumé la situation d’un glacial et clinique : « Dès que le schiste américain sera éliminé, le pétrole remontera à 60 $« . On imagine les gouttes de sueur du côté du Texas et des banques qui soutiennent à bout de bras le secteur…

Suffisamment intelligent pour laisser la porte entrouverte, l’ours n’a toutefois pas écarté l’idée d’un nouvel accord pour stabiliser les prix, une sorte d’OPEP ++ comprenant, outre la Russie et l’OPEP, d’autres pays producteurs. Point besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre qu’il ne peut s’agit que des Etats-Unis eux-mêmes, invités à faire comme tout le monde, c’est-à-dire à imposer des quotas sur leur production. Pour le schiste US, la conséquence serait grosso modo la même : bye bye.

Moscou joue actuellement de la carotte et du bâton avec l’oncle Sam. D’un côté, c’est l’avion-cargo rempli d’aide médicale envoyé aux Etats-Unis pour lutter contre le coronavirus, entraînant les remerciements publics du président américain lors d’une conférence de presse (le Deep State a failli s’étrangler de rage et les articles de l’habituelle camarilla pleuvent déjà sur l’inénarrable « instrumentalisation » de l’aide russe et chinoise). C’est aussi, nous venons d’en parler, l’invite polie lancée à Washington pour rejoindre un accord pétrolier général tout en sachant que les Américains ne pourront vraisemblablement pas l’accepter.

Car, au-delà de la forme, les Russes mettent Trump au pied du mur en cette année électorale. Ce blog s’est souvent posé la question de savoir si l’occupant de la Maison blanche avait fini par être croqué par l’Etat profond qui l’entoure. Ce qui est sûr, c’est que, vu de Moscou, il a trop souvent plié, notamment sur les sanctions. Le Kremlin ne lâchera rien sur le pétrole sans contrepartie et la balle est dans le camp du Donald qui va maintenant devoir prouver de quel métal il est fait…Tag(s) : #Russie#Etats-Unis#Pétrole

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Oléo-trio ou la guerre de l’or noir

Oléo-trio ou la guerre de l’or noir

26 Mars 2020

La grande guerre du pétrole engagée début mars commence à sérieusement démoraliser le secteur du schiste américain et les autorités impériales qui, dans un contexte encore compliqué par la pandémie mondiale, tentent de le sauver afin d’éviter une cascade de faillites oléo-financières.

Victoria Coates. Retenez bien ce nom car il n’est pas impossible qu’il revienne sous les feux de l’actualité dans les semaines ou les mois à venir. Collaboratrice de Trump à la Maison Blanche sur les questions moyen-orientales, elle vient d’être nommée Envoyée spéciale à l’énergie en Arabie saoudite, un poste créé sur mesure. Son but : « convaincre » les Saoudiens de fermer les vannes afin de faire remonter les cours du brut qui, en l’état actuel, menacent de ruiner tout un pan de l’industrie pétrolière US.

L’accablement a en effet gagné les esprits fébriles de Washington qui multiplient les tentatives pour stopper l’hémorragie. Nous en donnions un exemple il y a une vingtaine de jours :

L’administration du Donald a tout de suite pris la mesure du danger. Douce coïncidence, le secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, s’est précipité pour rencontrer au débotté l’ambassadeur russe aux Etats-Unis, plaidant pour un « marché énergétique organisé » (décodeur : ne faites pas baisser les prix, vous allez ruiner nos compagnies). Ô ironie, des « possibilités de commercer et d’investir » ont été évoquées. Tiens, les sanctions sont passées de mode à Washington ?

Tout cela semble en tout cas confirmer en creux ce que nous disions : Moscou a décidé de lancer une contre-attaque d’envergure contre l’empire pour toutes les avanies subies ces dernières années (blocage du Nord Stream II, sanctions, Syrie). Et il faudra plus que de vagues promesses pour ramener l’ours à de meilleurs sentiments.

Apparemment, ça n’a justement pas dépassé le stade des promesses car l’ouverture américaine semble être tombée dans l’oreille d’un sourd du côté de Moscou. Aussi, les efforts se sont, depuis, tournés vers le royaume des Seoud comme nous le rapportions la semaine dernière :

L’or noir n’en finit pas de dégringoler et le schiste américain est au bord du gouffre ou, comme le dit poétiquement un analyste de Forbes, « se noie dans le sang et les larmes ». des coupes claires dans les investissements et les budgets ont déjà commencé et ce n’est que le début…

Les critiques de l’establishment oléo-impérial pleuvent depuis quelques jours mais, chose, intéressante, elles ne s’adressent pas à la Russie, pourtant au départ du mouvement ; c’est l’Arabie saoudite qui est dans le viseur. Treize sénateurs Républicains ont même pris leur plume pour écrire au Seoud, lui demandant de revenir sur sa décision. A lire entre les lignes, on se demande même s’il n’y aurait pas un soupçon de menace :«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus
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« Les leaders saoudiens nous ont répété à plusieurs reprises que le royaume d’Arabie saoudite était une force de stabilité sur le marché mondial. Les récentes décisions saoudiennes ont remis en cause ce rôle. Nous exhortons le royaume à assurer un leadership constructif pour stabiliser l’économie mondiale en apaisant l’inquiétude dans le secteur pétrolier et gazier. »

Doublant la mise, Washington envoie maintenant dame Victoria à Riyad (dont la prise de fonction sera cependant retardée par le coronavirus) tandis que Pompeo commence ses séances de persuasion vis-à-vis de MBS. Menaces de l’aigle au chameau ou, au contraire, entente entre les deux contre l’ours : on ne le sait pas encore. Une chose semble certaine et nous l’avons dit à plusieurs reprises : il est vraisemblable que Riyad flanchera avant Moscou.

D’autant plus que, pied de nez des lois de l’économie, la Russie engrange paradoxalement certains bénéfices grâce à la chute des cours du naphte qui compensent en partie ses pertes par ailleurs. Ce tour de magie se résume en un mot : le rouble.

La monnaie russe est en effet soumise au régime de changes flottants sur les marchés financiers et suit de très près le prix du pétrole. Logiquement, la récente dégringolade du pétrole s’est accompagnée d’une dégringolade du rouble :

Or, les coûts de production des compagnies russes sont en roubles. Un rouble qui chute, ce sont donc des coûts de production qui chutent aussi si on les établit en dollars. Le géant Rosneft dépense 199 roubles pour chaque baril extrait. Début mars, avant le tsunami, cela équivalait à 3,10 $. Ca ne représente plus maintenant que 2,50 $ ! Les marges sont plus importantes et compensent partiellement la chute des cours.

Rien de tel en Arabie saoudite où le taux de change du rial est fixe et lié au billet vert. Le coût d’extraction (2,80 $ en l’occurrence) reste donc le même quel que soit l’évolution du cours de l’or noir. Aramco, qui se targuait d’avoir les coûts les plus faibles du monde, vient de se faire damer le pion par Rosneft. Dans cette lutte de titans pétroliers, c’est une victoire symbolique pour Moscou…Tag(s) : #Pétrole#Etats-Unis#Russie#Moyen-Orient#Economie

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Pétrole et poussée chinoise : ça se précise

Pétrole et poussée chinoise : ça se précise

18 Mars 2020

Deux de nos billets parmi les plus récents annonçaient certaines tendances lourdes de conséquences pour l’avenir géopolitique mondial. Il n’a fallu que quelques jours pour que celles-ci se confirment voire s’amplifient.

L’or noir n’en finit pas de dégringoler et le schiste américain est au bord du gouffre ou, comme le dit poétiquement un analyste de Forbes, « se noie dans le sang et les larmes ». des coupes claires dans les investissements et les budgets ont déjà commencé et ce n’est que le début…

Les critiques de l’establishment oléo-impérial pleuvent depuis quelques jours mais, chose, intéressante, elles ne s’adressent pas à la Russie, pourtant au départ du mouvement ; c’est l’Arabie saoudite qui est dans le viseur. Treize sénateurs Républicains ont même pris leur plume pour écrire au Seoud, lui demandant de revenir sur sa décision. A lire entre les lignes, on se demande même s’il n’y aurait pas un soupçon de menace :PUBLICITÉ«

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« Les leaders saoudiens nous ont répété à plusieurs reprises que le royaume d’Arabie saoudite était une force de stabilité sur le marché mondial. Les récentes décisions saoudiennes ont remis en cause ce rôle.
Nous exhortons le royaume à assurer un leadership constructif pour stabiliser l’économie mondiale en apaisant l’inquiétude dans le secteur pétrolier et gazier
. »

Dans notre dernier billet sur le sujet, nous plantions le décor :

Un intéressant article de Pepe Escobar prévoit une campagne de déstabilisation (voire plus) de MBS par le Deep State impérial. Comme nous le disions hier, le prince Nayef, arrêté, est le chouchou de la CIA et de l’establishment américain, et c’est peut-être justement pour cette raison qu’il a été appréhendé. Les manigances au royaume wahhabite sont proverbiales et le fidèle lecteur se rappelle peut-être quand nous nous demandions, il y a deux ans, si la soudaine et durable disparition de ce même MBS, probablement victime d’une tentative de putsch, n’était pas liée à une possible conversion saoudienne au pétroyuan. Toujours est-il que l’année risque d’être agitée en Arabie saoudite qui, de plus, a besoin d’un baril à 85$ pour équilibrer son budget pléthorique.

La lettre sénatoriale est-elle le premier avertissement ? A suivre de près…

Compère du pétrole dans le marasme économique ambiant, le coronavirus n’en finit pas de progresser. La dernière fois, nous nous étions arrêtés sur les gestes symboliques forts de la Chine vis-à-vis des pays touchés :

A l’heure où l’administration américaine utilise de manière bien peu glorieuse les sanctions contre l’Iran pour maintenir l’embargo sur certains médicaments essentiels – du « terrorisme médical » selon Téhéran – et semble totalement absente de la lutte mondiale contre la pandémie, Pékin envoie des équipes aux quatre coins de la planète pour venir en aide aux Etats qui le demandent (Italie bien sûr, mais aussi Iran, Irak ou Europe orientale). Un soft power très efficace qui ne sera pas oublié de sitôt dans les pays en question.

Depuis, le dragon a doublé la mise. L’aide à l’Iran est massive (plus de vingt millions de masques) mais l’offensive de charme vers l’Europe n’est pas en reste. A l’heure où la flageolante Union européenne est en voie de décomposition, l’aide chinoise afflue partout. En Italie bien sûr, mais aussi en Espagne, en Belgique, en Europe de l’Est etc. C’est le président serbe, Aleksandar Vucic, qui résume le mieux le changement de paradigme :

« Il n’y a pas de solidarité européenne, tout cela n’est qu’un conte de fées. Seule la République populaire de Chine peut nous aider dans cette situation, et j’ai écrit une lettre au président Xi Jinping, dans laquelle j’ai demandé de l’aide et l’ai appelé frère. »

Le monde change…Tag(s) : #Pétrole#Etats-Unis#Moyen-Orient#Chine#Europe

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La grande guerre du pétrole de 2020 a commencé. La Russie peut-elle la gagner ?

La grande guerre du pétrole de 2020 a commencé. La Russie peut-elle la gagner ?


Par Nikolas K. Gvosdev – Le 9 mars 2020 – Source National Interest

Après la signature de la dernière série de sanctions américaines contre la Russie l’année dernière, le président russe Vladimir Poutine a averti que la Russie exercerait des représailles au moment et à l’endroit de son choix. Le démantèlement de l’accord OPEP-Plus et le déclenchement d’une guerre des prix avec l’Arabie saoudite peuvent sembler être une façon étrange et déroutante de réagir, mais il y a peut-être une méthode dans cette folie. Je crois que le Kremlin fait le pari que, d’ici la fin de l’année, il sera capable non seulement de repousser les États-Unis mais aussi de reconstruire son partenariat avec l’Arabie saoudite.

L’un des principaux défauts des politiciens américains est leur mauvaise habitude de proclamer haut et fort leurs stratégies des mois, voire des années à l’avance, donnant ainsi à leurs adversaires tout le temps de se préparer. Au cours des deux dernières années, les membres du Congrès ont fait savoir très clairement que les projets de pipeline de contournement de l’Ukraine par la Russie – avec le Turkish Stream et le Nordstream-2 – étaient dans leur ligne de mire. Moscou a tenté d’accélérer l’achèvement de ces projets avant que le lent processus législatif américain ne permette de finaliser une autre série de sanctions punitives. Le projet Turkish Stream a été achevé juste à temps et envoie déjà de l’énergie russe en Turquie et en Europe du Sud. Pendant ce temps, Nordstream-2 aurait pu être achevé sans ces satanés Danois et leurs processus de protection de l’environnement, qui ont retardé les travaux du Nordstream juste assez longtemps pour permettre une volée de sanctions américaines de dernière minute. Même avec ce délai – et grâce à une prise de bec avec le Danemark à propos d’une éventuelle vente du Groenland – Moscou a été tellement avertie à l’avance qu’elle a demandé à ses entrepreneurs européens de se concentrer avant tout sur les parties du gazoduc les plus difficiles techniquement. Gazprom possède la capacité technique de terminer le projet – avec un certain retard, c’est vrai – mais Nordstream devrait être achevé d’ici la fin de l’année 2020. Oui, le retard a été suffisant pour obliger la Russie à continuer à utiliser l’Ukraine comme voie de transit, mais la position de Moscou sur les marchés européens de l’énergie reste largement intacte.

Le plan de secours américain a consisté à pousser les Européens, puisque que le projet Nordstream était encore inachevé, à acheter plus d’énergie provenant de sources nord-américaines. En effet, un élément important de la stratégie américaine dans cette nouvelle ère de concurrence entre grandes puissances est de concurrencer la Russie sur les marchés de l’énergie afin de diminuer les ressources que Moscou peut accumuler en tant qu’exportateur.

Au départ, la stratégie des États-Unis durant le second mandat de l’administration Obama était d’encourager l’Arabie saoudite à répéter ses performances des années 1980 en utilisant sa capacité à ouvrir les robinets et à faire baisser les prix de manière à paralyser les producteurs russes et à forcer Moscou à reculer en Ukraine et en Syrie. Malgré la tentative de l’Arabie saoudite de baisser ses coûts de production, Riyad n’a pas pu soutenir une guerre des prix à long terme en raison des besoins massifs du budget saoudien. L’Arabie saoudite a radicalement abandonné sa politique de concurrence avec la Russie pour se tourner vers une nouvelle stratégie de coordination avec elle. Riyad et Moscou sont finalement devenus les co-axes de l’accord OPEP-Plus, qui a été conçu pour stabiliser les marchés énergétiques mondiaux et fixer un « plancher » définitif pour les prix de l’énergie. En échange de sa coopération, Moscou attendait de l’Arabie saoudite et d’autres États du Golfe qu’ils dirigent vers l’économie russe les flux financiers bloqués par les sanctions américaines et européennes. L’achat par le Qatar d’une participation minoritaire dans la société d’État russe Rosneft fut un exemple de ce renvoi d’ascenseur.

Mais la faiblesse de cette tactique tient au caractère sauvage du secteur énergétique américain. Les producteurs américains ont bénéficié de prix plus élevés et étaient prêts à alimenter le marché lorsque la Russie et l’Arabie saoudite ont réduit leur production. Lorsque les États-Unis ont refusé de prendre part à l’accord OPEP-Plus, la poursuite de la participation de la Russie a dépendu largement de la volonté de l’Arabie saoudite de continuer à inciter Moscou à se conformer à l’accord.

Ces derniers mois, nous avons assisté à un nouveau durcissement de la politique du Kremlin – où la Russie est prête à risquer une escalade afin de prendre l’avantage ou de discréditer les États-Unis. Le monde a vu ce schéma commencer à se dérouler en Syrie, par rapport à la Turquie, au cours des dernières semaines. Les Russes ont franchi certaines des lignes rouges d’Ankara et ont ensuite laissé la Turquie voir dans quelle mesure elle pouvait ou non compter sur les États-Unis et ses alliés européens – puis le président Recep Erdogan s’est rendu à Moscou pour rouvrir les négociations avec Vladimir Poutine.

Les producteurs d’énergie russes ont eu le sentiment d’être du côté des perdants de l’accord Moscou/Riyad. Depuis un an, ils réclamaient avec véhémence que la Russie se retire de l’accord. La panique du coronavirus leur a donné l’occasion de faire valoir que de nouvelles réductions OPEP-Plus ne feraient rien pour empêcher un effondrement des prix de l’énergie et que la Russie continuerait à perdre des parts de marché. La réaction des Saoudiens a été de faire jeu égal avec la Russie et de la mettre au pied du mur en la menaçant de produire davantage pour provoquer des prix encore plus bas. Mais les Russes ont encore plusieurs avantages : le budget russe peut atteindre ses objectifs avec des prix bien plus bas que ce que permet le budget de l’Arabie saoudite ; la Russie peut augmenter rapidement ses exportations par pipeline alors qu’une augmentation de l’Arabie saoudite prendrait plus de temps pour arriver sur les marchés par voie maritime ; et, plus important encore, les endroits où les Saoudiens veulent concurrencer la Russie pour des parts de marché – le marché européen – évinceraient les exportations américaines produites à plus haut prix.

La Russie semble prête à s’engager dans un test de résistance majeur de la tactique américaine en matière d’exportation d’énergie en s’engageant dans une guerre des prix prolongée. Étant donné qu’il est peu probable que l’administration Trump achète de grandes quantités de production américaine à un prix élevé pour garantir ses réserves stratégiques, les producteurs américains seront confrontés à la perspective de revenus beaucoup plus faibles et atteindront un point où il n’est plus logique, d’un point de vue commercial, de rester en activité. Si certains activités sont susceptibles d’être absorbées par les grandes sociétés énergétiques, dont les économies d’échelle peuvent assumer certains projets non rentables, la production américaine globale pourrait diminuer. Et si Joe Biden s’installe au 1600 Pennsylvania Avenue en janvier 2021, les Américains peuvent s’attendre à ce que bon nombre des réglementations environnementales et d’aménagement du territoire de l’époque d’Obama soient à nouveau pleinement en vigueur, ce qui aura des répercussions tant sur la production que sur la construction de nouvelles infrastructures d’exportation.

Les Saoudiens seraient-ils alors plus enclins à reprendre les négociations avec Moscou ? C’est possible. Tout dépend de l’état des relations américano-saoudiennes après une longue guerre des prix. Le prince Mohammad bin Salman, qui a déjà ses détracteurs des deux côtés de l’allée politique à Washington, pourrait avoir plus de mal à faire face aux achats importants de biens et de services américains par les Saoudiens dans le contexte de la concurrence des prix. De plus, il pourrait constater que les États-Unis sont devenus beaucoup moins disposés à fournir aveuglément une sécurité aux Saoudiens. En outre, si la Russie perd son intérêt à agir comme force de retenue au sujet de l’Iran, les États-Unis ont montré leurs limites quant au projet de s’attaquer à Téhéran au profit de Riyad. Une nouvelle crise dans le Golfe persique ne ferait pas qu’augmenter les prix de l’énergie, mais renforcerait l’argument de la Russie selon lequel sa route du Nord est un pari bien plus sûr pour l’exportation d’énergie.

La Russie entre donc dans cette guerre des prix avec deux objectifs principaux : chasser les producteurs américains du marché et exposer Riyad aux limites du soutien américain. Grâce à l’équipe talentueuse du ministère des finances du pays, ils disposent des fonds nécessaires pour atteindre cet objectif. Poutine a repris un argument de Trump sur les guerres commerciales : soyez prêt à subir des dommages à court terme si vous pensez que vos adversaires seront contraints de céder sur le moyen terme. Ces hypothèses devraient se confirmer dans les semaines et les mois à venir.

Nikolas K. Gvosdev

Traduit par Wayan, relu par jj  pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/la-grande-guerre-du-petrole-de-2020-a-commence-la-russie-peut-elle-la-gagner

Les cours du pétrole chutent de plus de 30%

RECHERCHEProduction de pétrole

Les cours du pétrole chutent de plus de 30%

© CC BY-SA 2.0 / joiseyshowaa / Cromarty Firth Oil RigsECONOMIE23:45 08.03.2020(mis à jour 01:31 09.03.2020)URL courte164919S’abonner

Après que Riyad a décidé de baisser le prix de vente pour le brut de toutes qualités, les contrats à terme sur le pétrole se sont effondrés de plus de 30% dimanche 8 mars.

Les contrats à terme sur le pétrole se sont effondrés dimanche 8 mars de 31%, à 31,43 le baril suite à la décision de l’Arabie saoudite de baisser le prix de vente pour le brut de toutes ses qualités et vers toutes les destinations pour le mois d’avril.

A 23h02 heure de Paris, le baril de Brent a chuté de 14 dollars et le baril du brut léger américain (WTI) a plongé de 27%, à 30,27 dollars.

L’agence Bloomberg avait annoncé ce 8 mars que l’Arabie saoudite prévoyait d’augmenter sa production en avril, dépassant largement les 10 millions de barils par jour, contre 9,7 millions de barils en mars, afin de contraindre la Russie à revenir à la table des négociations.

Le 7 mars, le plus grand exportateur de pétrole au monde a déclenché une guerre des prix en réduisant ceux de la vente du brut sur les marchés étrangers à un niveau sans précédent depuis au moins 20 ans, en offrant des remises sans précédent en Europe, en Extrême-Orient et aux États-Unis.

Échec des négociations de l’OPEP+

La décision de Riyad de baisser le prix de vente survient après l’échec le 6 mars des négociations entre les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) et dix autres pays, emmenés par la Russie, sur une coupe supplémentaire de brut.

Pendant ces négociations, l’Arabie saoudite a proposé de réduire la production pétrolière de 1,5 milliard de barils par jour à partir d’avril et jusqu’à la fin 2020 sur fond de l’épidémie de coronavirus. La Russie a quant à elle souhaité prolonger jusqu’à la fin du deuxième trimestre les réductions de production déjà appliquées par les pays du groupe OPEP+, qui comprend les États membres de l’OPEP et certains producteurs extérieurs au cartel. Ce programme porte sur une réduction de la production de 2,1 millions de barils par jour.

Le 6 mars, après le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak, a annoncé qu’«à partir du 1er avril, ni l’OPEP ni les non membres n’auront plus de restrictions».

https://fr.sputniknews.com/economie/202003081043216977-les-cours-du-petrole-chutent-de-plus-de-20/

Poutine veut construire le plus grand projet pétrolier du monde au pôle Nord

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Poutine veut construire le plus grand projet pétrolier du monde au pôle Nord

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25/02/2020 | Kathy De Schrijver | 4 min de lecture

Le pôle Nord est devenu une priorité économique pour Poutine. (Rosnef Press)

La société russe Rosnef veut installer le plus grand projet pétrolier au monde au pôle Nord. 150 milliards de dollars seraient nécessaires pour réaliser un tel projet. Cela pourrait créer 100.000 emplois. C’est en tout cas ce qu’a annoncé Igor Sechin, directeur général de Rosnef et allié du président russe Vladimir Poutine, pour la décennie.

Dans le même temps, Valdimir Poutine a promis de soutenir Vostok Oil, le programme pétrolier d’Igor Sechin. Cela confirme une fois encore le grand intérêt du président russe pour le pôle Nord. La région doit soutenir le développement de l’économie russe et renforcer la puissance du pays au niveau international.

La toundra

Avec Vostok Oil, Rosnef veut développer de grandes réserves de pétroles dans la toundra située dans la région nord de l’Oural. Le carburant pourrait par la suite être exporté via le port de la péninsule de Taïmyr. ‘Vostok Oil est actuellement le plus gros projet d’extraction de pétrole au monde’ a souligné Sechin.

‘Le projet dans son entièreté implique la création de 15 nouvelles villes industrielles, de deux aéroports, d’un port maritime, d’environ 800 km de gazoduc, de 3.500 km de lignes électriques et de 2.000 mégawatts d’électricité. Au total, le projet devrait faire augmenter le PIB russe de 2%’.

Dans 10 ans, Vostok Oil devrait être capable d’exporter 100 millions de tonnes de pétrole. La Russie va aussi faire construire 7 pétroliers pour ce projet. Ils devront pouvoir résister à la banquise du pôle Nord.

La route maritime du pôle Nord

Sechin a déjà reçu le soutien du président Poutine pour ses plans. Les deux hommes sont de bons amis depuis les années ’90. Le président russe a déjà fait savoir que de telles initiatives pouvaient compter sur d’importantes mesures d’aide fiscal de la part du gouvernement.

Poutine veut que la route maritime du pôle Nord devienne une importante ligne de transport. La réalisation de cette liaison maritime est donc devenue une priorité pour le président russe. Dans 4 ans, le trafic sur cette route navigable devrait atteindre un volume de 80 millions de tonnes.

‘Vostok Oil est un élément crucial dans l’attachement du président au développement de l’Arctique‘, a confirmé Sechin. Il a ajouté que des entreprises originaires d’Inde ou de pays occidentaux pourraient aussi participer au développement de Vostok Oil.

Lire aussi:

Moscou en roue libre

Moscou en roue libre

24 Novembre 2019

Il est des périodes bénies des Dieux où tout ou presque fonctionne, où les fondamentaux géopolitiques et l’événementiel concordent pour aller dans la direction voulue. C’est ce qu’est en train de vivre le Kremlin. Une flopée de bonnes nouvelles pour Moscou, soigneusement cachées par notre chère MSN, a en effet fleuri ces derniers temps…

En Ukraine, le rapprochement entre le nouveau président et la Russie, que nous avons évoqué à plusieurs reprises, inquiète les officines médiatiques occidentales. Le nom d’Igor Kolomoiski n’est pas inconnu des lecteurs de nos Chroniques : autrefois grand argentier des bataillons nationalistes, il avait au fil du temps mis de l’eau dans son bortsch, comme en mai dernier où, dans un discours remarqué, il se lâchait en diatribes contre le FMI et les Occidentaux : « C’est votre jeu, votre géopolitique. Vous n’en avez rien à faire de l’Ukraine. Vous voulez atteindre la Russie et l’Ukraine n’est qu’un prétexte. »

Il a remis ça il y a dix jours, au grand dam du New York Times qui s’en étrangle de rage : « Les Russes sont plus forts, nous devons améliorer nos relations avec eux. Les gens veulent la paix et une bonne vie, ils ne veulent plus être en guerre. Et vous, Américains, vous nous forcez à être en guerre, sans même nous en donner les moyens. Vous [l’UE et l’OTAN] ne nous aurez pas, il n’y a aucun intérêt à perdre du temps en discussions vides. Les prêts du FMI pourraient facilement être remplacés par des prêts russes. Nous prendrons 100 milliards de dollars de la Russie, je pense qu’elle serait ravie de nous les donner aujourd’hui (…) S’ils sont intelligents avec nous, nous irons du côté des Russes. Leurs tanks seront positionnés près de Varsovie, votre OTAN chiera dans son froc et devra acheter des Pampers. » Clair et sans ambages…

On ne peut tout à fait exclure un coup de pression vis-à-vis de l’empire pour obtenir plus d’argent, mais le ton et le fait que ces sorties commencent à se répéter ne trompent pas. Le « paradis » post-maïdanite est un merdier sans fond qui en a dégrisé plus d’un. Aux Russes de faire effectivement preuve d’intelligence ; six ans après le putsch US, ils disposent d’une fenêtre afin de récupérer l’Ukraine en douceur ou, du moins, de la neutraliser durablement. Les discussions actuelles sur l’or bleu entre Gazprom et Naftogaz pourraient éventuellement servir ce dessein.

Puisque l’on parle énergie, le moins que l’on puisse dire est que ça gaze pour Moscou. Le Turk Stream en est aux derniers réglages et les premiers flux gaziers devraient circuler le mois prochain… au moment même où, de l’autre côté de l’Eurasie, le Sila Sibirii entrera en fonction. Deux gazoducs sinon rien, et c’est soudain l’échiquier de Brzezinski qui se met à trembler.

Il se passe des choses extrêmement intéressantes en Asie du Sud-est, symbolisant à merveille la lente mais sûre passation de pouvoir entre l’empire américain déclinant et la multipolarité menée par la Russie. Sur l’exemple du Vietnam, le fougueux président philippin Duterte a profité de son voyage à Moscou, début octobre, pour inviter Rosneft à s’établir en Mer de Chine méridionale afin d’y explorer les richesses énergétiques.

On connaît l’importance de ces zones maritimes dans le Grand jeu :PUBLICITÉ

En mer de Chine méridionale, la dispute tourne autour de deux archipels inhabités mais stratégiquement de la plus haute valeur : les Paracels et surtout les Spratleys, également revendiqués par le Vietnam, les Philippines, la Malaisie, Brunei et le gouvernement chinois nationaliste de Taïwan. En mer de Chine orientale, on se rappelle la dangereuse querelle sino-japonaise des îles Senkaku/Dyaoshu, culminant en 2012-2013 mais toujours latente.

Si les journaux ont narré l’événement, certains faisant même parfois un effort pour « comprendre » la situation, analysant la lutte pour le contrôle de l’une des routes maritimes les plus stratégiques du globe, la toile de fond est malheureusement totalement occultée. Elle explique pourtant tout…

Une carte vaut parfois tous les discours. Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine. Les disputes territoriales autour des Spratleys, des Paracels ou des Senkaku/Dyaoshu ne concernent pas une quelconque volonté de mettre la main sur d’éventuelles ressources énergétiques ou routes stratégiques, ou alors seulement en deuxième instance. Il s’agit avant tout pour le Heartland, la Chine en l’occurrence, de briser l’encerclement US et de s’ouvrir des routes vers le Rimland et vers l’océan, exactement comme la Russie le fait sur la partie ouest de l’échiquier avec ses pipelines et ses alliances de revers.

La lutte de Pékin contre Washington dans les mers de Chine a pour effet secondaire d’effrayer les autres pays riverains qui, s’ils n’ont pas d’appétence particulière pour l’aigle américain, ne veulent pas non plus voir le dragon débouler jusqu’à eux. C’est notamment le cas du Vietnam ou des Philippines, et nous en revenons à Duterte : ses appels du pied à Rosneft sont une manière de contrer la convoitise chinoise.

Mais là où les choses prennent une tournure étonnante, c’est que c’est désormais à la Russie et non plus aux Etats-Unis qu’on fait appel. Fut un temps pas si lointain où n’importe quel président philippin aurait encouragé Exxon ou une autre major anglo-saxonne à prospecter ces mers, avec l’US Navy pour sécuriser le tout. L’empire a vécu et c’est maintenant vers Moscou que les regards se tournent.

Les Russes engrangent les dividendes d’une politique qui, bien loin des effets de com’ à l’occidentale, ne transige ni sur ses valeurs ni sur ses alliés, tout en ne fermant la porte à personne (Iraniens, Saoudiens, Palestiniens ou Israéliens passent par exemple leur temps à Sochi). Il y a quatre ans, nous résumions cette approche par une parabole quelque peu exotique :

La pensée russe en matière de stratégie extérieure fait penser à un rhinocéros qui dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, avançant lentement mais fermement, inexorablement, et finissant par mettre tout le monde d’accord.

De fait, à l’opposé des simagrées américains qui suscitent le doute y compris parmi les composantes impériales, l’inamovible ours russe inspire la confiance. On l’a vu en Syrie, on le voit maintenant jusqu’en Asie du Sud-est.

Reste à savoir quelle sera la réaction du Kremlin qui, assurément, prendra la chose avec des pincettes. Contrarier la Chine est en effet hors de question. La symbiose entre les deux poids-lourds eurasiatiques est telle que Stratfor va jusqu’à évoquer l’Entente cordiale du début du XXème siècle entre la France et l’Angleterre, assez solide pour survivre aux deux guerres mondiales. Début octobre, Poutine a même lâché une bombe lors de la seizième édition du toujours intéressant Club Valdaï : « Nous sommes en train d’aider nos collègues chinois à créer un système d’alerte précoce pour la défense antimissile. Cela va fondamentalement, drastiquement muscler la défense de la République populaire. Aujourd’hui, il n’y a que les États-Unis et la Russie qui disposent de ce type de système. »

De quoi mettre encore plus sur les nerfs les stratèges de Washington, déjà passablement inquiets du partenariat sino-russe. Les kriegspiel simulés du Pentagone se terminent invariablement par une déculottée américaine face à l’une ou l’autre de ses bêtes noires et Foreign Policy s’alarme : avec leurs nouvelles technologies (dont les fameux missiles hypersoniques), Russes et Chinois mettent fin à deux siècles d’American way of war, basé sur l’attaque à partir de points invulnérables.

Pour en finir sur les questions d’armement, Vladimirovitch vient de lever un (petit) coin du voile sur la mystérieuse explosion du 8 août sur une base militaire du grand Nord russe : les scientifiques tués travaillaient à une arme « sans équivalent ». Si l’hypothèse de plusieurs observateurs se révèle juste, il s’agit du développement d’un missile à propulsion nucléaire, c’est-à-dire un projectile à portée illimitée car mû par un moteur dit éternel.« Une autonomie qui pourrait lui permettre de prendre des trajectoires inattendues, de faire des détours et de sortir des schémas de déplacement prévisibles », comme l’explique un spécialiste de l’université de Princetown. Les Américains s’y étaient bien essayé dans les années 60 mais avaient, devant l’inextricable complexité de la chose, rapidement abandonné le projet…

En Iran, Moscou est également vue comme une planche de salut. Décision de se passer du SWIFT pour les échanges inter-bancaires en septembre, accords commerciaux avec l’Union Economique Eurasienne en octobre, prêt de quelques milliards à l’Iran en novembre. La Russie, dont la santé financière insolente ravit d’ailleurs jusqu’à Wall Street, fait tout pour maintenir son allié à flot et pourrait peut-être en être récompensée dans les énormes projets pétroliers du South Pars.

Or noir toujours au Venezuela, qui a vu sa production bondir de manière étonnante en octobre. Le Kremlin n’y est évidemment pas étranger, comme nous l’expliquions il y a deux mois :

Washington sanctionne les exportations de pétrole de Caracas ? Qu’à cela ne tienne : Rosneft est devenu le principal acquéreur d’or noir du Venezuela (40% en juillet, 66% en août) et fait office d’intermédiaire entre sa compagnie nationale (la PDVSA) et ses acheteurs internationaux, notamment indiens et chinois. Le géant russe abandonne de plus en plus le dollar, le monde continue d’acheter du pétrole vénézuélien, le gouvernement légal de Caracas continue de recevoir des dividendes ô combien précieux et les sanctions impériales sont contournées…

Le pauvre auto-proclamé en est tout retourné. Celui qui se voyait devenir président par la grâce de Bolton n’y arrive décidément plus, ses appels à manifester étant une suite de flops retentissants :

À peine une centaine de personnes ont manifesté lundi à Caracas contre le président socialiste Nicolas Maduro, à l’appel du chef de l’opposition Juan Guaido, qui peine à mobiliser. Malgré les drapeaux jaune, bleu et rouge du Venezuela, les slogans, ou les panneaux affichant des messages comme « Rue sans retour », le cœur n’y est plus. « On n’arrive à rien avec ça », se lamente Antonio Figueroa, en référence aux rassemblements contre le chef de l’État. Samedi, quelque 5000 personnes, selon l’AFP, ont manifesté dans les rues de Caracas, soit bien moins que les dizaines de milliers de personnes que Juan Guaido réunissait juste après s’être proclamé président par intérim le 23 janvier.   

On imagine les dents grincer du côté de Washington, qui voit désormais ses manigances presque systématiquement et partout contrées par l’ours. Comme si cela ne suffisait pas, le sommet Russie-Afrique, le premier du genre, a marqué tous les esprits. Il y a un mois, quarante-trois chefs d’Etat et de gouvernement ont fait le déplacement de Sochi, qui devient une véritable plaque-tournante mondiale. Si aucune annonce majeure n’a été faite, le sommet a été un succès diplomatique indéniable et symbolise l’entrisme russe sur le continent auquel on assiste depuis quelques années, y compris dans le pré carré français comme en Centrafrique.

Europe, Asie, Moyen-Orient, Amérique latine, Afrique… Défendant bec et ongles ses alliés, retournant ceux de l’empire, profitant de l’inexorable reflux américain, le provoquant parfois, jouant habilement de la diplomatie, de l’énergie ou de la guerre, Moscou donne le la de la politique internationale et se pose de plus en plus en patron.Tag(s) : #Russie#Ukraine#Gaz#Pétrole#Extrême-Orient#Chine#Etats-Unis#Moyen-Orient#Amérique latine

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/11/moscou-en-roue-libre.html

Reconstruire la Syrie – sans le pétrole syrien par Pepe Escobar

Reconstruire la Syrie – sans le pétrole syrien par Pepe Escobar

samedi 2 novembre 2019, par Comité Valmy

Comparer le pillage US avec la participation active de la Russie, de l’Iran et de la Turquie à une solution politique visant à normaliser la Syrie.

Ce qui s’est passé à Genève ce mercredi, au sujet de ramener enfin la paix en Syrie, ne pourrait être plus significatif : la première session du Comité Constitutionnel Syrien.

Le Comité Constitutionnel Syrien est né d’une résolution adoptée en janvier 2018 à Sotchi, en Russie, par un organe appelé le Congrès du Dialogue National Syrien.

Ce comité de 150 membres se compose de 50 membres de l’opposition syrienne, 50 représentants du gouvernement à Damas et 50 représentants de la société civile. Chaque groupe a nommé 15 experts pour les réunions à Genève, tenues à huis clos.

Cette évolution est une conséquence directe du laborieux processus d’Astana – articulé par la Russie, l’Iran et la Turquie. L’ancien Envoyé de l’ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a apporté une première contribution essentielle. Aujourd’hui, l’Envoyé spécial des Nations Unies pour la Syrie, Geir Pedersen, joue le rôle d’une sorte de médiateur.

Le comité a commencé ses délibérations à Genève au début de l’année 2019.

Il est crucial de noter qu’il n’y a pas de hauts responsables de l’administration à Damas ni de membres de l’opposition, à l’exception d’Ahmed Farouk Arnus, diplomate de bas rang au ministère syrien des Affaires étrangères.

Comme on pouvait s’y attendre, il n’y a pas d’anciens dirigeants de factions armées dans l’opposition. Et pas de « rebelles modérés ». Parmi les délégués figurent plusieurs parlementaires, anciens et actuels, des recteurs d’université et des journalistes.

Après ce premier tour, le coprésident du comité, Ahmad Kuzbari, a déclaré : « Nous espérons que notre prochaine rencontre aura lieu dans notre pays natal, dans notre Damas bien-aimée, la plus ancienne capitale habitée de l’histoire« .

Même l’opposition, qui fait partie du comité, espère qu’un accord politique sera conclu l’année prochaine. Selon le coprésident Hadi al-Bahra :«  J’espère que le 75e anniversaire des Nations Unies l’année prochaine sera l’occasion de célébrer une autre réalisation de l’organisation universelle, à savoir le succès des efforts déployés sous les auspices d’un envoyé spécial pour le processus politique, qui apportera paix et justice à tous les Syriens « .

Rejoindre la patrouille

Le travail de la commission à Genève se déroule parallèlement à l’évolution constante des faits sur le terrain. Celles-ci obligeront certainement les présidents Poutine et Erdogan à mener davantage de négociations face à face, comme l’a confirmé Erdogan lui-même : « Une conversation avec Poutine peut avoir lieu à tout moment. Tout dépend du déroulement des événements« .

Les « événements » ne semblent pas être aussi incandescents, jusqu’à présent, même si Erdogan, comme on pouvait s’y attendre, libère la bouffée d’une menace dans l’air :«  Nous nous réservons le droit de reprendre les opérations militaires en Syrie si des terroristes s’approchent à une distance de 30 km des frontières de la Turquie ou poursuivent des attaques depuis toute autre région syrienne « .

Erdogan a également déclaré que la zone de sécurité de facto le long de la frontière turco-syrienne pourrait être « élargie », ce qu’il devrait clarifier en détail avec Moscou.

Ces menaces se sont déjà manifestées sur le terrain. Mercredi, la Turquie et les factions islamistes alliées ont lancé une attaque contre Tal Tamr, une enclave chrétienne assyrienne historique située à 50 km de profondeur sur le territoire syrien – bien au-delà de la zone de patrouille de 10 km ou de la zone « sûre » de 30 km.

Des troupes syriennes mal armées se sont retirées sous une attaque féroce et sans couverture russe apparente. Le même jour, l’armée syrienne a publié une déclaration publique appelant les Forces Démocratiques Syriennes à se réintégrer sous son commandement. Les FDS ont déclaré qu’un compromis doit d’abord être trouvé sur la semi-autonomie pour la région du nord-est. Entre-temps, des milliers d’habitants ont fui plus au sud vers la ville plus protégée de Hasakeh.

Deux faits sont absolument essentiels. Les Kurdes syriens ont achevé leur retrait plus tôt que prévu, comme l’a confirmé le ministre russe de la Défense, Sergey Shoigu. Et, ce vendredi, la Russie et la Turquie commencent leurs patrouilles militaires conjointes jusqu’à une profondeur de 7 km de la frontière, qui fait partie de la zone de sécurité de facto du nord-est de la Syrie.

Le diable dans les immenses détails est de savoir comment Ankara va gérer les territoires qu’elle contrôle actuellement et dans lesquels elle prévoit de déplacer jusqu’à 2 millions de réfugiés syriens.

Votre pétrole ? Le mien

Et puis il y a la question lancinante qui ne veut tout simplement pas disparaître : la volonté des États-Unis de « sécuriser le pétrole » (Trump) et de « protéger » les champs de pétrole syriens (le Pentagone), à toutes fins pratiques de la Syrie.

A Genève, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov – aux côtés de l’Iranien Javad Zarif et du Turc Mevlut Cavusoglu – n’aurait pas pu être plus cinglant. Lavrov a déclaré que le plan de Washington est « arrogant » et viole le droit international. La présence US sur le sol syrien est « illégale », a-t-il déclaré.

Partout dans le Sud, en particulier dans les pays du Mouvement des pays non alignés, on interprète cette situation comme si de rien n’était, pour ce qu’elle est : le gouvernement des États-Unis prend illégalement possession des ressources naturelles d’un pays tiers par une occupation militaire.

Et le Pentagone prévient que quiconque tentera de le contester sera abattu à vue. Reste à savoir si l’État Profond US serait prêt à s’engager dans une guerre chaude avec la Russie pour quelques champs pétroliers syriens.

En droit international, l’escroquerie « sécuriser le pétrole » est un euphémisme pour pillage, pur et simple. Tous les takfiris ou djihadistes opérant dans le « Grand Moyen-Orient » convergeront, perversement, vers la même conclusion : Les « efforts » US à travers les pays de l’Islam sont tous centrés sur le pétrole.

Comparez cela à la participation active de la Russie, de l’Iran et de la Turquie à la recherche d’une solution politique et à la normalisation de la Syrie – sans parler, en coulisse, de la Chine, qui fait discrètement don de riz et vise des investissements généralisés dans une Syrie pacifiée positionnée comme un noeud clé de la Méditerranée orientale des Nouvelles Routes de la Soie.

source : Asiatimes.com : Rebuilding Syria – without Syria’s oil

traduit par Réseau International

http://www.comite-valmy.org/spip.php?article11533

Les forces américaines empêcheront les troupes syriennes et russes de s’approcher des gisements pétroliers de Deir ez-Zor

Les forces américaines empêcheront les troupes syriennes et russes de s’approcher des gisements pétroliers de Deir ez-Zor

PAR LAURENT LAGNEAU · 29 OCTOBRE 2019

Envisagée il y a quelques jours, l’idée d’envoyer des troupes américaines dans l’est de la Syrie pour protéger les puits de pétrole qui s’y trouvent a pris de la consistance.

Lors de la réunion des ministres de la Défense des pays membres de l’Otan, la semaine passée, le chef du Pentagone, Mark Esper, a ainsi indiqué que les États-Unis étaient « en train de prendre des mesures pour renforcer » leurs positions dans la province de Deir ez-Zor « pour interdire l’accès aux champs pétroliers » à l’État islamique [EI ou Daesh]. Et cela « inclura des forces mécanisées », avait-il ajouté.

Plus tard, une source militaire a confié à Newsweek qu’il était envisagé l’envoi d’une unité blindée, dotée d’une trentaine de chars M1A2 Abrams et de véhicules Bradley, avec la mission de protéger les les champs pétroliers et gaziers de Deir ez-Zor, notamment ceux d’Al-Omar et de Conoco.

Le 28 octobre, lors d’une conférence de presse donnée à la suite de l’élimination d’Abou Bakr al-Baghdadi, le chef de Daesh, M. Esper a abordé le sujet des champs pétroliers syriens, sans confirmer pour autant l’ampleur des renforts que le Pentagone prévoit de déployer pour cette mission.

« La situation sécuritaire en Syrie reste complexe tandis que de nombreux acteurs étatiques et non-étatiques se disputent le contrôle des territoires et des ressources de ce pays [la Syrie, ndlr] », a relevé Mark Esper.

Cela étant, le retrait américain des secteurs situés à la frontière turque, dans le nord-est de la Syrie, a donné un feu vert tacite à Ankara pour lancer une opération contre les milices kurdes syriennes [YPG], qui constituent une grande partie de l’effectif des Forces démocratiques syriennes [FDS], lesquelles ont tenu un rôle de premier plan dans la défaite du califat instauré par l’EI.

Le chef du Pentagone s’est expliqué sur ce point. La mission des forces américaines « n’est pas d’agir comme une force de police pour résoudre les litiges » mais de « permettre la défaite permanente de l’EO », a-t-il dit. Aussi, elles « continueront à mener des opérations anti-terroristes, en restant en contact étroit » avec les FDS qui « ont combattu nos cotés », a-t-il assuré.

Et, sans doute pour faire « avaler la pilule » de la décision de M. Trump ayant abouti à l’offensive turque contre les YPG dans le nord-est de la Syrie, les forces américaines garderont le « contrôle des champs pétroliers » car ils « fournissent une source de financement essentielle aux FDS, qui leur permet de sécuriser les camps de prisonniers de l’EI et de mener des opérations », a fait valoir M. Esper.

Lors d’un discours prononcé à Chicago, le président Trump a indiqué que ces puits de pétrole pouvaient rapporter jusqu’à 45 millions de dollars par mois.

Reste que la Russie a déjà vivement critiqué les intentions américaines. « Toutes les régions et installations pétrolières doivent être mises sous le contrôle du gouvernement syrien », fit en effet valoir Mikhaïl Bogdanov, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, le 23 octobre.

« Absolument aucun des gisements d’hydrocarbures […] situés sur le territoire de la République arabe syrienne n’appartient aux terroristes de l’Etat islamique et encore moins aux ‘défenseurs américains des terroristes de l’Etat islamique’, mais exclusivement à la République arabe syrienne », a insisté le ministère russe de la Défense.

Aussi, à la question de savoir si la mission des forces américaines consisterait à empêcher les forces russes et syriennes de prendre le contrôle des sites de production d’hydrocarbures situés dans la province de Deir ez-Zor, M. Esper a dit : « En bref, la réponse est oui. Et c’est le cas actuellement parce que nous voulons nous assurer que les FDS aient bien accès à leurs ressources pour sécuriser les prisons [où sont retenus les jihadistes de Daesh] et armer leur propres troupes pour nous aider dans notre mission contre l’EI. »

« Les troupes américaines resteront positionnées dans cette zone stratégique pour empêcher l’accès de ces ressources vitales à l’EI. Et nous réagirons avec une force militaire écrasante contre tout groupe qui menacerait la sécurité de nos forces », a également affirmé M. Esper.

En tout cas, ce déploiement militaire américain pour protéger les puits de pétrole de Deir ez-Zor ne pourra que bloquer l’avancée des troupes gouvernementales syriennes dans cette région. D’ailleurs, en février 2018, avec l’appui de mercenaires russes, elles tentèrent d’en forcer le verrou, au niveau de la localité de Khoucham, avant d’être défaites par les FDS et les frappes aériennes de la coalition anti-jihadiste.

http://www.opex360.com/2019/10/29/les-forces-americaines-empecheront-les-troupes-syriennes-et-russes-de-sapprocher-des-gisements-de-deir-ez-zor/

La guerres des tubes

La guerres des tubes

26 Octobre 2019

Nous ne nous attarderons point aujourd’hui sur l’énième flip-flop de Donaldinho, bien pressuré par un Deep State en état de choc, dans le Nord-est syrien. Nous partons, mais finalement pas tout à fait, enfin si, mais peut-être que non : cela tourne à la farce… Le pétrole, limité, de Deir ez-Zoor n’est évidemment qu’un prétexte : il s’agit d’empêcher Assad de reconstruire son pays et surtout, comme le suspecte le MAE turc lui-même, de maintenir une présence sur la route de l’arc chiite pour embêter l’Iran. Le fidèle lecteur de nos Chroniques, lui, le sait déjà depuis longtemps.

Dans un mauvais remake de série B, quelques troupes américaines partent puis reviennent finalement, vers les puits de pétrole mais aussi, chose incongrue, vers une base récemment abandonnée du côté d’Hassaké. Là, elles vont côtoyer les forces syriennes qui se déploient massivement et commencent d’ailleurs à échanger des coups avec les Turcs et leurs affidés, histoire de délimiter le territoire et bien montrer au sultan où s’arrête la petite aventure ottomane.

Laissons là la tragi-comédie américaine – qu’il est loin le temps où l’empire faisait preuve de consistance et de crédibilité – pour voir un peu ce qui se passe dans le Grand jeu énergétique.

Gazprom commence les essais de la première branche du Turk Stream, celle à destination d’Ankara, qui devrait entrer en service d’ici quelques semaines. La seconde branche, à destination des Balkans et de l’Europe centrale, passera par la BulgarieL’ironie n’échappe à personne, comme nous l’expliquions l’année dernière :

Sofia regrette maintenant amèrement d’avoir succombé aux pressions de l’empire – l’une des dernières torpilles de feu McCainistan – en annulant le South Stream en 2014. La victoire présidentielle du russophile Ramen Radev en 2016 a sans doute quelque chose à y voir… Cependant, même le Premier ministre Boyko Borissov, pourtant bon petit soldat de la clique atlantiste et qui a saboté le South Stream contre les intérêts de son pays, semble ne plus savoir quoi faire pour rattraper sa trahison.

Il s’était publiquement humilié fin mai en présentant ses excuses à Poutine lors d’une visite à Moscou et, depuis, mendie la possibilité de recevoir une branche du Turk Stream. Peu rancunier, car grand gagnant en fin de compte, le Kremlin considère sérieusement la possibilité, même si rien n’a été signé encore. Dans ce contexte, une portion de gazoduc d’une vingtaine de kilomètres, commencée en juin, vient d’être inaugurée à la frontière turco-bulgare. Objectif évident : raccorder la Bulgarie au Turk Stream.

Les travaux seront terminés dans le courant de l’année prochaine, qui verra l’or bleu russe gagner ensuite la Serbie, une branche continuant sur la Hongrie et l’Autriche, une autre vers la Bosnie. Ca aussi, c’était prévu :PUBLICITÉ

Sueurs froides américaines riment souvent avec énergie russe et les derniers développements ne démentent pas cet axiome. Après tant d’autres, les Serbes de Bosnie veulent également une branche du Turk Stream qui passera par la Serbie voisine et irriguera les Balkans. Belgrade devrait d’ailleurs se méfier. Premier pays à avoir connu une « révolution de couleur » made in Soros en 2000, la Serbie pourrait bien renouveler ce type de mésaventure. L’achat de drones militaires chinois (une première en Europe), les exercices militaires anti-aériens communs avec la Russie (une autre première) et surtout la volonté de rejoindre l’Union Economique Eurasienne malgré les « avertissements » de l’Union Européenne pourraient donner quelques idées aux excités de Washington et Bruxelles. Tout ressemblance avec des faits, l’Ukraine par exemple, etc. etc.

A l’autre bout de l’Eurasie, Gazprom commencera également d’ici quelques semaines ses premières livraisons à la Chine par le pharaonique Sila Sibiriibien connu des lecteurs ainsi que des stratèges du Washingtonistan qui en font une jaunisse.

Les think tanks impériaux ne savent d’ailleurs plus quoi inventer pour décrédibiliser le gaz russe et l’empêcher de rejoindre le Rimland. Dans une « analyse » qui restera dans les annales, le fumeux Atlantic Council perd les pédales et évoque, la larme à l’œil, les « crimes environnementaux barbares » ou la colonisation du Yamal au XVIème siècle sur les Nenets pour justifier le nécessaire arrêt des importations en provenance du pays du grand méchant Poutine. Pas de problème en revanche avec le gaz US, on oubliera opportunément le génocide des Indiens d’Amérique.

On imagine la pâleur rageuse de nos petits trolls en herbe quand ils ont appris que l’île états-unienne de Puerto Rico elle-même importe… du gaz russe ! La faute à une loi de 1920, le Jones Act, qui spécifie qu’un navire transportant des marchandises au sein de l’espace maritime des Etats-Unis doit y être enregistré, être propriété américaine à 75% et compter également 75% de marins américains. Dans ces conditions, il est financièrement bien plus avantageux de se tourner vers Moscou, au grand dam du Deep State

Un autre think tank se lamente de l’indéfectible soutien du Kremlin au Venezuela de Maduro, notamment par l’entremise de Rosneft comme nous l’expliquions le mois dernier :

Les habituels contempteurs de la « perfidie moscovite » en sont une nouvelle fois pour leurs frais. On ne compte plus, ces dernières années, les articles de la presstituée occidentale ou israoudienne annonçant que, cette fois c’est sûr, Poutine est sur le point de lâcher ses alliés : au choix, Assad, l’Iran ou encore le Venezuela. En échange de xxxxx, le Kremlin va abandonner Maduro… Manque de bol pour nos petits propagandistes en herbe, la réalité ne colle jamais à leurs fantasmes infantiles.

Washington sanctionne les exportations de pétrole de Caracas ? Qu’à cela ne tienne : Rosneft est devenu le principal acquéreur d’or noir du Venezuela (40% en juillet, 66% en août) et fait office d’intermédiaire entre sa compagnie nationale (la PDVSA) et ses acheteurs internationaux, notamment indiens et chinois. Le géant russe abandonne de plus en plus le dollar, le monde continue d’acheter du pétrole vénézuélien, le gouvernement légal de Caracas continue de recevoir des dividendes ô combien précieux, les sanctions impériales sont contournées et Bolton en mord sa moustache de rage…

Bolton n’est plus là et heureusement pour lui. Qu’aurait-il dit s’il avait vu l’Inde finalement défier les sanctions US et revenir acheter du brut à Caracas ? Quant à l’ours, il musarde dans la jungle vénézuélienne, effrayant Foreign Policy qui voit avec horreur l’ennemi juré investir les Caraïbes, financièrement, économiquement et militairement : « la présence russe dans l’hémisphère occidental la plus significative depuis la Crise des missiles à Cuba ».

Pour la Russie, où les réserves pétrolières ont d’ailleurs été revues largement à la hausse, tout irait donc pour le mieux si de menus et surprenants blocages n’étaient apparus à propos du Nord Stream II. Tétanisé, le Danemark n’a toujours pas donné l’autorisation et fait celui qui n’entend pas. Nous expliquions la chose il y a un an et demi :

Le placide pays scandinave fait en effet face à un écrasant dilemme, sa « plus importante décision de politique étrangère depuis la Seconde Guerre Mondiale » : permettre ou non le passage du Nord Stream II par ses eaux territoriales.

Le projet doit également recevoir dans les prochains mois les autorisations finales de la Russie (c’est couru d’avance), de la Finlande et de la Suède. Mais concernant ces deux dernières, il s’agit uniquement de leur zone économique exclusive, régie par le droit international de la mer sur lequel les gouvernements suédois (très russophobe) et finlandais (plus équilibré) ont de toute façon peu de prise.

Seul le Danemark est concerné dans sa souveraineté même, et il s’en serait bien passé. Les émissaires américains et bruxellois poussent le gouvernement à empêcher le passage des 139 km du Nord Stream II par ses eaux territoriales tandis que Moscou et Berlin l’encouragent à accepter.

Copenhague peut-elle se mettre à dos son principal partenaire (Allemagne) et la principale puissance militaire européenne (Russie), qui vient d’ailleurs essayer quelques missiles à proximité ? Le système impérial réussira-t-il à manœuvrer afin de torpiller le pipeline comme ce fut le cas avec le South Stream ?

Depuis… rien. Révolu est le temps des Vikings qui partaient aventureusement à la conquête des mers inconnues. Paralysés, euronouillisés, les dirigeants danois restent muets, alors qu’ils permettent par ailleurs la construction d’un pipeline baltique devant rejoindre la Pologne. Devant cette évidente mauvaise volonté, Vladimir hausse légèrement le ton, assurant que le gazoduc verra bientôt le jour, avec ou sans « le petit Danemark ».

Par ailleurs, les avocats de Gazprom attaquent, auprès d’un tribunal d’arbitrage, l’inénarrable UE, retombée dans son masochisme coutumier. Nous expliquions celui-ci en 2015 :

L’approche européenne est totalement suicidaire. Les dirigeants européens se tirent une balle dans le pied. De manière amusante, Gazprom ironise maintenant sur la nécessité de lire 50 nuances de Grey avant d’engager des discussions avec les Européens ! Derrière l’humour de la déclaration, une vraie question se pose : jusqu’où ira le masochisme européen ? Le gaz russe est le moins cher, le plus proche et le plus abondant. Il faut vraiment avoir l’esprit retors (ou plus sûrement être totalement soumis à la pression venue d’outre-Atlantique) pour ne pas en profiter…

La nouvelle habitude des petits génies de Bruxelles est de changer la règle du jeu après le début de la construction des pipelines. Ils l’avaient fait avec le South Streamils récidivent maintenant :

Début 2019, la Commission européenne a étendu aux opérateurs extérieurs à l’Union européenne l’obligation de séparer leurs activités de production et de transport. Elle existe déjà sur le marché intérieur. Gazprom, qui serait contraint de devenir partenaire minoritaire du Nord Stream 2, s’estime lésé. Plutôt que la défense de la concurrence et du consommateur, le géant russe du gaz y voit une volonté de freiner Nord Stream 2. Malin, Gazprom utilise pour son offensive juridique une filiale établie en Suisse, qui a accès au mécanisme d’arbitrage prévu par la Charte de l’énergie. Un traité de mai 2015 signé par la Suisse, mais pas par la Russie.

Ainsi va l’euronouillerie, qui a tout à gagner de relations énergétiques accrues avec Moscou mais qui, en bon vassal, se doit d’écouter son maître américain en torpillant ses propres intérêts. Pas assez pour saboter le Nord Stream II mais suffisant pour le retarder un peu plus. A Bruxelles, ceci est considéré comme c’est le summum de l’intelligence politique…Tag(s) : #Gaz#Russie#Europe#Moyen-Orient#Etats-Unis#Amérique latine#Pétrole

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