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Le paradoxe de Sénèque

Le paradoxe de Sénèque


Si l’épuisement minéral est un problème, comment se fait-il que nous n’en voyions pas les effets ?


Par Ugo Bardi – Le 8 novembre 2017 – Source CassandraLegacy

Les prix du pétrole restant bas et la production apparemment plus que suffisante pour satisfaire la demande, la plupart des gens ont sauté à la conclusion que toutes les ressources minérales sont abondantes et ne sont pas une préoccupation dans un avenir prévisible. Pourtant, le problème demeure : les ressources minérales ne sont pas infinies. La solution au problème peut être dans « l’effet Sénèque ». C’est un effet insidieux qui masque les risques futurs d’une croissance apparemment sûre et robuste.


L’histoire du Club de Rome commence avec la question des ressources naturelles. Dans les années 1960, il était devenu clair pour le fondateur du Club, Aurelio Peccei, que les ressources du monde étaient limitées et il s’est demandé comment cela allait affecter l’humanité. Ce fut l’origine du premier et  plus connu rapport du Club de Rome, « The Limits to Growth », publié en 1972.

Le rapport de 1972 fournit déjà des réponses à la question de l’épuisement. Il pointait du doigt que la pénurie de ressources limiterait la croissance de l’économie mondiale et, éventuellement, la conduirait à baisser. Cette conclusion a souvent été interprétée comme signifiant que l’humanité allait bientôt « manquer » de pétrole, de gaz ou d’une autre ressource ; mais cela n’a jamais été mentionné dans le rapport et cela n’a jamais été le cas. Le problème n’est pas, et n’a jamais été, de tomber à court de quoi que ce soit. L’idée était plutôt que l’épuisement progressif des minerais rende l’extraction plus coûteuse. C’est un fardeau pour la société que nous ne pouvons ignorer. Dans le même temps, la production de ressources minérales génère de la pollution et c’est un coût supplémentaire qui ne peut être ignoré, surtout quand il s’agit des gaz à effet de serre qui produisent des changements climatiques.

Ces premiers résultats ont été vérifiés dans des études ultérieures et, en 2014, le Club de Rome a produit un autre rapport, intitulé « Extracted » en anglais et « Die Geplünderte Planete » en allemand, qui a réitéré les conclusions antérieures. L’auteur du rapport, Ugo Bardi, chercheur à l’Université de Florence, Italie, a conclu que le problème de l’épuisement des minéraux était réel et important, et qu’il s’aggravait progressivement.

Pourtant, ces conclusions sont loin d’être généralement acceptées. L’épuisement, semble-t-il, est toujours considéré comme un non-problème, en particulier dans l’industrie extractive. « Si l’épuisement est vraiment un problème, disent souvent les représentants de l’industrie, comment se fait-il que nous produisions encore des produits minéraux au rythme le plus élevé jamais vu dans l’histoire ? » Nous remarquons que nos coûts de production n’ont pas significativement augmenté alors que nous exploitons des mines avec des concentrations de minerais de plus en plus faible.

L’épuisement minéral menace-t-il la civilisation humaine ? Ou est-ce seulement un problème marginal qui peut être résolu par certaines améliorations technologiques ? C’est vraiment une question fondamentale pour l’avenir de l’humanité. Une réponse est fournie par le dernier rapport du Club de Rome publié en 2017, « L’Effet Sénèque ».

S’inspirant de quelque chose que l’ancien philosophe romain Sénèque a dit, l’auteur de l’étude, Ugo Bardi, examine la trajectoire d’un système économique soumis à la double contrainte de l’épuisement des minerais et de la pollution. Le résultat est la « falaise de Sénèque », une représentation graphique de la déclaration de Sénèque indiquant que « les augmentations sont basées sur une croissance lente, mais le chemin de la ruine est rapide ». C’est quelque chose de bien connu dans la vie de tous les jours, mais une étude pourrait le confirmer en utilisant des modèles mathématiques. Voici la courbe calculée par simulations.

L’« effet Sénèque » ou le « paradoxe de Sénèque » explique pourquoi l’épuisement des minéraux est un problème mais, pour le moment, nous n’en ressentons pas les effets. Nous n’avons pas encore atteint le sommet de la courbe et nous ne voyons pas la falaise qui nous attend. Jusqu’à présent, l’industrie extractive a été en mesure de masquer les effets de l’épuisement grâce à des économies d’échelle. Cela a été possible tant que la production continuait d’augmenter, ce qui a été le cas jusqu’à présent pour la plupart des produits minéraux. Le problème est que cette stratégie ne peut pas durer éternellement : les ressources minérales ne sont pas infinies.

Un bon exemple de cet effet peut être trouvé dans l’industrie pétrolière. A l’heure actuelle, toutes les craintes d’épuisement du pétrole semblent avoir été dissipées par les bas prix du marché et par la production toujours croissante. Les deux facteurs donnent l’impression d’une abondance de pétrole bon marché qui pourrait durer longtemps – si ce n’est pour toujours. Mais c’est exactement le résultat de la forme de la courbe Sénèque. Tant que nous n’atteignons pas le sommet de la falaise, nous ne la voyons pas.

Mais la ruine, comme l’a dit Sénèque, peut être rapide. Tenez compte de la situation climatique actuelle et du besoin urgent de réduire les émissions de carbone. Considérons le passage rapide aux véhicules électriques, souvent considérés comme un moyen de lutter contre le changement climatique. Considérons qu’aux États-Unis plus de 60% du marché du pétrole brut est destiné aux véhicules privés. Ensuite, vous voyez que si les gens commençaient à remplacer leurs vieilles voitures et camions par des voitures électriques (quelque chose qu’ils devraient faire par tous les moyens pour notre survie), l’industrie pétrolière perdrait une grande partie de son marché.

Pour l’industrie pétrolière, perdre une fraction significative de son marché n’est pas seulement une question de réduction des effectifs ; c’est une catastrophe ; cela sonne leur glas. C’est ici que « l’effet Sénèque » commence à jouer son rôle. Les économies d’échelle qui ont permis à l’industrie de surmonter les effets de l’épuisement deviennent des dés-économies d’échelle, ce qui augmente les coûts et réduit les profits. Cette industrie devient incapable d’attirer de nouveaux investissements ; elle commence à rétrécir et finit par disparaître : c’est ce que dit Sénèque, « la ruine est rapide ».

Le déclin de l’industrie pétrolière est déjà en cours dans plusieurs régions du monde et la perte d’efficacité due à cette contraction est bien documentée (voir par exemple, Hall et al., 2014). Ces derniers temps, l’industrie américaine a été en mesure de démarrer un nouveau cycle d’extraction de pétrole avec « le pétrole de schiste » (plus exactement, « pétrole léger de réservoirs étanches »), mais cela signifie simplement reporter l’inévitable et la falaise de Sénèque pourrait être au coin de la rue.

L’humanité est confrontée à une situation difficile en ce moment. Les deux menaces, l’épuisement et la pollution, travaillent ensemble pour provoquer un déclin qui pourrait être très rapide, comme cela a souvent été le cas pour les civilisations passées. L’« effet Sénèque » rend la situation d’autant plus insidieuse que nous n’avons actuellement que quelques indices sur le déclin futur, mais quand nous verrons la falaise devant nous, il sera peut-être trop tard pour l’éviter complètement.

Pourtant, aujourd’hui nous avons des outils puissants sous la forme de la science des systèmes complexes. Si nous sommes prêts à les utiliser, ces outils nous permettront de comprendre l’avenir et d’y être préparés. Si nous comprenons les menaces auxquelles nous sommes confrontés, elles peuvent être perçues comme des opportunités. Ainsi, la ruine imminente de l’industrie pétrolière n’est pas une menace mais une occasion d’éviter, ou au moins atténuer, une catastrophe climatique future.

Une fois que nous comprenons ce point, la stratégie devient claire : ne pas combattre l’inévitable ; ne pas essayer de maintenir l’industrie pétrolière à tout prix ; c’est exactement ce qui rend la pente de la falaise de Sénèque plus abrupte. Au lieu de cela, il faut favoriser les changements inévitables. Cela signifie aider l’industrie pétrolière à disparaître en favorisant son remplacement par quelque chose de moins polluant et de plus durable. Des stratégies similaires sont possibles pour de nombreuses industries polluantes encore courantes aujourd’hui.

Comme toujours, le futur n’est rien d’autre que les choix que nous faisons et il est encore temps de faire de bons choix. La falaise de Sénèque de la civilisation humaine ne se produira que si nous la choisissons.

Ugo Bardi

Note du Saker Francophone

Ugo pourrait avantageusement remplacer la menace climatique par la menace financière, beaucoup mieux analysée à mon sens par Gail Tverberg. Son désir de remplacer l'industrie pétrolière par un autre modèle n'est-il guidé que par son altruisme ou agit-il comme caution scientifique de la faction globaliste oligarchique ?

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-paradoxe-de-seneque

 

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L’intrigue au cœur du triangle Pékin–Riyad–Washington

L’intrigue au cœur du triangle Pékin–Riyad–Washington


Par Valentin Katasonov – Le 2 novembre 2017 – Source Strategic Culture

La compagnie saoudienne Saudi Aramco (Saudi Arabian Oil Company) est la plus grande entreprise pétrolière au monde. Elle possède plus de 100 gisements de pétrole et de gaz en Arabie saoudite avec des réserves d’au moins 264 milliards de barils de pétrole, ce qui représente environ le quart des réserves mondiales connues pour cette matière première. Les chiffres de production de l’entreprise ne donnent pas une image complète, car les données n’existent que depuis quelques années. Mais à titre d’exemple, en 2013, Saudi Aramco a produit 3,4 milliards de barils de pétrole brut. Les analystes calculent que chaque année l’entreprise saoudienne extrait environ deux fois plus de pétrole et de gaz, en termes de barils équivalent pétrole, que la plus grande société américaine ExxonMobil.

Fait intéressant, Saudi Aramco n’apparaît jamais dans les classements des plus grands producteurs de pétrole au monde, car elle ne publie pas d’information financière telle que ses bénéfices, ses ventes, ses actifs ou sa capitalisation boursière. Par conséquent, les sociétés américaines ExxonMobil et Chevron, Sinopec et PetroChina en Chine, la société anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell, la BP anglaise et Total, une compagnie française, sont en tête du classement. Mais tout le monde sait parfaitement que ces leaders de l’industrie pétrolière mondiale ne sont que des nains comparés à Saudi Aramco.

La direction de Saudi Aramco a lancé une véritable bombe au début de l’année 2016 en annonçant son intention de privatiser une partie de la société par le biais d’une introduction en bourse. La proposition était de vendre l’équivalent de 5% des parts de Saudi Aramco. Mais une estimation du prix potentiel du marché de l’entreprise est nécessaire pour comprendre quelle valeur cela atteindrait en termes absolus. Presque le lendemain de l’annonce de la vente potentielle d’une partie de la société (en janvier 2016), les médias mondiaux ont publié l’évaluation stupéfiante d’un analyste pétrolier indépendant, Mohammad Al Sabban, ancien conseiller au ministère du Pétrole saoudien.

Il a estimé la valeur de l’entreprise à 10 000 000 000 000 $ (10 000 milliards de dollars). À titre de comparaison, en 2016 la plus grande compagnie pétrolière américaine, ExxonMobil, dépassait à peine 350 milliards de dollars en capital social. Et oui, il est vrai que plus tard, une partie de l’exagération dans les évaluations s’est évaporée et des chiffres plus rationnels ont été cités, le plus souvent deux mille milliards de dollars. Cela signifie que l’Arabie Saoudite serait en mesure d’encaisser environ 100 milliards de dollars grâce à la vente de 5% de la société. Le plus grand atout de l’entreprise n’est même pas le niveau record actuel de production de pétrole, mais plutôt les réserves d’hydrocarbures à la disposition de Saudi Aramco. Et c’est un chiffre qu’aucune des entreprises nommées dans les classements de l’industrie pétrolière mondiale ne peut même commencer à approcher.

Actuellement, Riyad ajuste et vérifie les données concernant les réserves d’hydrocarbures dans les champs détenus par Saudi Aramco. Les rapports financiers sont minutieusement rédigés dans les formats requis pour une offre publique d’actions. L’entreprise est en cours de restructuration pour optimiser son organisation et sa gestion. Enfin, une étape cruciale a été franchie pour réduire les impôts sur les bénéfices de la société. Le taux d’imposition traditionnel était de 90%, mais cette année, il a été fixé à 50%, ce qui correspond à peu près au niveau auquel les principales compagnies pétrolières occidentales sont imposées. Abaisser le taux d’imposition augmente les dividendes et rend l’entreprise plus attrayante pour l’investissement.

Mais à partir de début 2017, les estimations de la valeur de Saudi Aramco sur le marché ont soudainement commencé à diminuer. Des évaluations ont commencé à faire surface, affirmant que le capital social de l’entreprise ne valait que 1500 milliards de dollars, puis mille milliards de dollars. La société de conseil Wood Mackenzie a estimé la valeur de Saudi Aramco à 400 milliards de dollars, ce qui la rapproche de la société américaine ExxonMobil. Et soudainement, les consultants occidentaux ont commencé à parler de la nécessité de « réduire » la valeur de la société saoudienne puisqu’elle appartient à l’État et que, sur les marchés des valeurs mobilières, toutes les émissions gouvernementales sont vendues « à prix réduit ». Saudi Aramco paie actuellement 50% de ses bénéfices en impôts, mais comme le gouvernement possède la compagnie celui ci pourrait de toute façon rétablir le taux d’imposition de 90%, demain, d’un simple coup de plume. Il y a aussi la crainte que les prix du pétrole puissent rester bas pendant les prochaines années, et Saudi Aramco pourrait ne pas être capable de générer de gros profits. Mais rien de tout cela ne peut expliquer vraiment pourquoi les évaluations de la société saoudienne ont chuté si précipitamment dans l’année écoulée.

Les analystes attribuent cela à la pression exercée par Washington sur Riyad, pour des raisons qui ont autant à voir avec le marché des devises qu’avec le marché pétrolier. Et la pression venant de Washington est, à son tour, une réponse à la pression exercée également sur Riyad par la Chine, qui veut acheter du pétrole de Saudi Aramco en renminbi plutôt qu’en dollars. La Chine est actuellement le plus grand importateur de pétrole au monde, ce qui a fait perdre aux États-Unis leur ancienne position de premier rang. La Chine est également le plus gros client de l’industrie pétrolière saoudienne, et Pékin ne veut pas payer de supplément pour cet or noir en utilisant la monnaie américaine. Un certain nombre d’exportateurs de pétrole qui vendent à la Chine ont déjà partiellement ou entièrement fait la transition vers le règlement de leurs comptes en renminbi. En tête de liste figurent le Nigeria et l’Iran. La Russie a également récemment commencé à vendre du pétrole à la Chine en renminbi (bien que seulement un petit pourcentage pour le moment).

Cependant, l’Arabie saoudite est fortement dépendante des États-Unis et a, jusqu’à présent, refusé de régler ses comptes en renminbi. Et cette rebuffade coûte cher au pays : Pékin trouve progressivement d’autres fournisseurs pour prendre la place de Riyad. Les Saoudiens étaient le plus grand fournisseur étranger de pétrole de la Chine, mais récemment, la Russie les a évincés pour ce premier rang. Si cela continue, Saudi Aramco pourrait perdre complètement son marché chinois.

Riyad se trouve maintenant pris entre le marteau et l’enclume. Il est difficile d’imaginer comment l’autre côté de l’Atlantique pourrait frapper l’Arabie saoudite si elle venait à vendre ne serait ce qu’un baril de pétrole en monnaie chinoise. Après tout, ce serait un défi direct contre le pétrodollar, qui est né là-bas en Arabie saoudite dans les années 1970, enfanté par les négociations entre Henry Kissinger et le roi Faysal.

Washington a sévèrement averti Riyad de s’abstenir de toute tentative inconsidérée de remplacer le dollar par le renminbi dans ses transactions avec la Chine, de peur que d’autres acteurs du marché pétrolier ne suivent le mouvement (le pétrole pourrait ensuite être échangé contre des roubles, roupies, rials, etc.). Et demain, cette épidémie de transition vers les monnaies nationales pourrait infecter d’autres marchés de matières premières. Incidemment, cette année, Pékin commencera à négocier des contrats à terme sur le renminbi dans ses bourses de matières premières et affirme que ce n’est que la première étape.

Des voix suggérant de bloquer l’inscription des actions de Saudi Aramco à la bourse de New York ont déjà été entendues au sein de l’entourage du président américain. Des signes ont émergé d’une campagne organisée pour vendre à découvert la compagnie pétrolière saoudienne. À la lumière de ce développement, Riyad a annoncé qu’elle remettrait sa cotation à plus tard. Mais son problème ne va pas disparaître, l’Arabie saoudite devra encore faire un choix entre le dollar et le renminbi.

Bien que Pékin intensifie sa pression sur Riyad, elle propose aussi de racheter directement 5% de Saudi Aramco, permettant ainsi aux Saoudiens de renoncer à l’habituel rituel de vendre des actions sur les marchés boursiers occidentaux. Et la Chine est prête à débourser un prix « juste » (environ 100 milliards de dollars). Le gouvernement chinois a déjà annoncé la formation d’un consortium de sociétés d’énergie et de financement, avec la participation du fonds souverain chinois, afin d’acheter un « morceau » de la société saoudienne. Les médias chinois rapportent que ce consortium est prêt à devenir l’un des principaux investisseurs de Saudi Aramco.

Ce mouvement gagnant de Pékin dans son jeu d’échecs contre Washington a neutralisé la menace américaine de perturber la vente de Saudi Aramco, tout en poussant Riyad à prendre une décision pour le passage des ventes de pétrole saoudien en renminbi.

Et ainsi l’intrigue s’épaissit dans le triangle Pékin-Riyad-Washington

Valentin Katasonov

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

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Les pays du Golfe arabo-persique depuis 2011 : persistance d’une géopolitique conflictuelle

Les pays du Golfe arabo-persique depuis 2011 : persistance d’une géopolitique conflictuelle

Par Pascal Le PAUTREMAT, le 11 novembre 2017  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Docteur en Histoire contemporaine et Relations internationales. Pascal Le Pautremat est le Président fondateur de la SAS Actiongeos. (Conseils et Aides aux entreprises publiques et privées, tournées vers l’international (Cf : www.actionsgeos.com). Chargé de cours dans l’Enseignement supérieur en géopolitique et économie internationale, ainsi qu’en sociologie politique.

Quelle est la situation du Golfe arabo-persique depuis la période des dits « Printemps arabes » ? Pascal Le Pautremat démontre que les antagonismes ethniques et confessionnels sont particulièrement intenses, tandis que les logiques stratégiques du lobbying persistent et s’adaptent à la conjoncture. Celle-ci est, de surcroît, marquée par un jihadisme transversal dont le socle s’est édifié à partir d’un axe syro-irakien. Conjointement, les grandes puissances, notamment occidentales, s’appliquent à perpétuer des jeux d’influence – et de concurrence – tandis que les pétromonarchies, enfin, se projettent pour se positionner de manière convaincante dans une économie des énergies renouvelables.

SEPT ans après les débuts des « Printemps arabes » [1], inquiétudes et interrogations, mêlées de perplexité, restent prégnantes à l’égard de la situation du Golfe arabo-persique. Certes, cette région intercontinentale – et stratégique – de quelque 251 000 km², est au cœur des préoccupations géopolitiques, de manière récurrente, depuis des siècles. Mais elle focalise bien des tensions à la fois politiques, religieuses et économiques.

Le Golfe persique constitue un espace maritime, à la fois comme zone d’échanges maritimes et espace frontaliers, sur fond de richesses gazières et de pétrolières. Les pays du Golfe, conscients de leur atout énergétique si convoité, ont su – malgré leurs différences – s’organiser au sein de l’Organisation des Pays exportateurs de Pétrole (OPEP), née en 1960 [2]. Peut lui être associée l’Organisation des pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP), créé en 1968, dont le siège est à Koweït et qui tente de coordonner les politiques énergétiques des pays arabes, afin de favoriser leur développement économique [3].

Aux enjeux économiques et sociaux, se superposent les sempiternels – et lassants – antagonismes dogmatiques entre sunnisme et chiisme. Face au constat d’un regrettable bras de fer entre l’Arabie saoudite et la puissance perse, accusée de tous les maux et de toutes les turpitudes du Golfe arabo-persique, les puissances occidentales n’ont de cesse de jouer officiellement une même partition tactique, en s’associant avec des intensités variables, dans la lutte contre le terrorisme. Mais, stratégiquement, la partition est bien diversifiée lorsqu’il s’agit de se positionner économiquement dans la région considérée. Car deux concepts de mises en valeur et d’exploitation commerciale des ressources économiques se font face : d’un côté, le jeu des Anglo-saxons, à partir de l’axe Arabie-saoudite-Turquie, à destination de l’Europe. De l’autre, un axe associant la Russie, l’Iran, l’Irak et la Syrie s’est mis en place, sur fond de concurrence pour un marché acéré des hydrocarbures.

Quelle est la situation du Golfe arabo-persique depuis la période des dits « Printemps arabes » ?

Nous verrons que les antagonismes ethniques et confessionnels sont particulièrement intenses, tandis que les logiques stratégiques du lobbying persistent et s’adaptent à la conjoncture. Celle-ci est, de surcroît, marquée par un jihadisme transversal dont le socle s’est édifié à partir d’un axe syro-irakien. Conjointement, les grandes puissances, notamment occidentales, s’appliquent à perpétuer des jeux d’influence – et de concurrence – tandis que les pétromonarchies, enfin, se projettent pour se positionner de manière convaincante dans une économie des énergies renouvelables.

L’empreinte des « Printemps arabes » dans une région stratégique : crispations identitaires et dogmes religieux

Sur le plan didactique, lorsque l’on parle des Etats du Golfe, il s’agit de ceux de la péninsule arabique mais aussi ceux disposant d’une bande littorale qui ouvre sur le Golfe arabo-persique. Si bien que l’on y intègre, globalement les pays arabes, majoritairement sunnites, que sont l’Arabie saoudite (2,1 millions de km²) monarchie wahhabite née en 1932 et toujours dirigée par la dynastie séoudienne [4], les Emirats arabes unis (EAU), le Qatar, Oman, le Yémen, le Koweït, ainsi que Bahreïn, monarchie sunnite pour une majorité de chiites, l’Irak et l’Iran, puissance perse et chiite par excellence.

Trois groupes ethniques majoritaires ont façonné l’histoire du Moyen-Orient : les Perses (30% de la population de la région), les Arabes (40%) et, enfin, les Turcs et populations de langues ouralo-altaïques (25%). Conjointement, il y a de fortes diversités ethnico-religieuses dans cette vaste région, puisqu’il faut y ajouter les 30 à 40 millions de Kurdes [5], répartis entre l’Est de la Turquie, la Syrie, l’Irak et l’Iran, et, enfin, le peuple israélien (8,5 millions de personnes en 2017 dont 1/5e d’Arabes israéliens [6]). Globalement, selon les prévisions avancées pour 2025, le poids démographique des pays du Golfe arabo-persique pourrait être de l’ordre de 280 à 290 millions de personnes.

Lobbying, jeux d’alliances et rapports de force

Sans remonter trop loin dans le temps, rappelons qu’au XIXème siècle, le Moyen-Orient perpétue son statut de zone relais ou intermédiaire, entre Occident et Asie, au cœur de rivalités et jeux d’influences entre grandes puissances impérialistes. Citons, notamment, la Grande-Bretagne, soucieuse de préserver tant l’accès à son Empire des Indes que son existence même, et de contrôler la région face à la Russie, désireuse, pour sa part, d’élargir son influence en Asie centrale, d’avoir un accès aux mers chaudes, notamment à l’Océan Indien via la Mer Rouge. Les progrès techniques, le développement de la motorisation et la dépendance énergétique aux hydrocarbures n’ont fait qu’attiser, fin XIXème siècle-début XXème siècle, les aspirations au contrôle du Hearthland, au cœur des réflexions géopolitiques, dans le sillage des théories du Britannique Halford John Mackinder (1861-1947), de l’Américain Alfred Mahan (1840-1914) reprises ensuite par tant d’autres.

Gardons à l’esprit qu’en dehors des vicissitudes inhérentes aux conjonctures conflictuelles (Première et Seconde Guerres mondiales), c’est bien la Grande-Bretagne qui, de manière globale, apparaît comme la puissance dominatrice entre la fin du XIXème siècle et les années 1930. Elle perd peu à peu son assise, à la fin de la première moitié du XXème siècle, pour être supplantée par les Etats-Unis. L’historiographie contemporaine retient que l’alliance intéressée entre Washington et l’Arabie saoudite se concrétise par le Pacte du Quincy, le 14 février 1945. Les sujets abordés ne sont d’ailleurs pas ceux auxquels on croit communément, comme le rappelait, en 2016, l’historien Henry Laurens [7].

Le contexte de Guerre froide (1947-1991) fait le reste, dans un processus de tentatives diverses et parfois aléatoires d’alliances sporadiques entre grandes puissances et Etats de la région, avec une constante double : le rapport de force entre Juifs et Arabes, les dissensions entre Arabes et Perses, sur fond de rivalité entre sunnisme et chiisme.

Une nouvelle phase de mutations est apparue en 2011, lorsque les régimes du monde arabo-musulman subissent les mécontentements populaires, longtemps réfrénés.

Au-delà de la montée en puissance puis du jeu spectral du terrorisme islamique à partir des années 1990, des opérations militaires menées en Afghanistan et en Irak, respectivement à partir d’octobre 2001 et mars 2003, une nouvelle phase de mutations est apparue en 2011, lorsque les régimes du monde arabo-musulman subissent les mécontentements populaires, longtemps réfrénés, qui conduisent à des situations hétérogènes, au cœur de bien des supputations et de jeux diplomatiques.

Paradoxalement, les facteurs explicatifs de cette situation ne sont pas nouveaux. Ils sont même au cœur des réalités géopolitiques tout au long du XXème siècle. De surcroît, la sempiternelle – et lassante – guerre entre chiisme et sunnisme, tragique reflet d’une culture d’intolérance pluriséculaire, a conduit des pays, tels l’Arabie saoudite et le Qatar (11 586 km²), à s’impliquer dans des crises régionales qui tournent au désastre pluridimensionnel : humain, politique et économique.

2011-2017 : entre répressions, guerres confessionnelles et interethniques

Les crises tragiques de 2011 conduisent, en effet, à des situations de guerres civiles d’intensité variable en Afrique du Nord, avec des changements de régimes plus ou moins crédibles (Tunisie, Libye et Egypte), au Moyen-Orient (Syrie, Yémen) – nous y reviendrons – et à des processus de négociations afin de maintenir une certaine paix sociale (Maroc, Algérie), sans que les problèmes de fond ne soient réglés pour autant.

En Arabie saoudite, au Koweït comme à Oman, les mouvements de contestation sont rapidement désamorcés. La contre-révolution est nettement plus violente dans le micro-royaume insulaire de Bahreïn (765,3 km²) où 65% des 550 000 habitants nationaux sont chiites [8]. Le 14 mars 2011, l’Arabie saoudite envoie un millier de soldats, renforcé de 500 militaires émiratis et qataris, avec l’accord du Conseil de Coopération du Golfe (CCG) [9], pour y réprimer, dans la capitale, Manama, la « révolution de la place des Perles », engagée depuis le 14 février 2011 contre le roi Hamad al-Khalifa, sur le trône depuis 2002 [10]. Les régimes sunnites ont tôt fait de légitimer cette répression en agitant le leitmotiv du jeu souterrain de l’Iran, accusé une fois encore – mais sans preuve tangible – d’avoir initié le mouvement de rébellion qui avait pourtant associé chiites et sunnites aux aspirations laïques.

Au Yémen et en Syrie, les évènements ont engendré des guerres confessionnelles, pluriethniques à caractère international compte tenu des jeux d’alliance et des coalitions intervenantes. Dans les deux cas, la tragédie s’est imposée.

Le Yémen subit ainsi, depuis la nuit du 24 au 25 mars 2015, bombardements aériens, destructions d’infrastructures, luttes fratricides et drames humanitaires (plus de 4 500 civils tués par les bombardements aériens) et sanitaires (épidémie de choléra). En juillet 2017, les rapports internationaux font état de plus de 7 800 tués, plus de 44 000 blessés et deux millions de personnes déplacées, des dizaines de milliers de blessés, sans oublier plus de 180 000 exilés.

Le président Ali Abdallah Saleh a dû quitter le pouvoir en février 2012, sous la pression d’une vive opposition populaire et de la communauté internationale. Après des années de guerre intestines, de mutation du pouvoir exécutif sur place, Saleh, qui ne s’était pas résolu à renoncer définitivement, a trouvé en l’Arabie saoudite, un allié de taille et assez opportuniste qui fait valoir son mépris à l’égard des Houthis, zaïdites – le Zaïdisme est dérivé du chiisme – pour lancer une vaste coalition sunnite en mars 2015 (Opération Tempête décisive) en s’associant huit autres Etats : le Maroc, le Soudan, l’Egypte, la Jordanie, le Koweït, Bahreïn et le Qatar et les Emirats arabes unis. Les Etats-Unis apportent aussi leur contribution sur le plan logistique et en matière de renseignement. Une fois de plus, Riyad accuse Téhéran d’être derrière le sursaut houthiste et d’avoir des visées sur sa frontière sud. Et là encore, le soutien de l’Iran n’est pas certain. Et s’il existe, il demeure assez marginal.

Le conflit s’enlise, les négociations en faveur de la paix sont vaines, tout comme les cessez-le-feu qui ne sont pas respectés. La coalition sunnite souffre aujourd’hui d’une image de marque ternie par les crimes de guerre enregistrés et la dimension contre-productive de l’intervention ; même si les médias, occidentaux, ne sont guère prolixes sur ce conflit.

Si la guerre au Yémen est minimisée pour des raisons de stratégies économiques parallèles – il s’agit de ne pas irriter les pétromonarchies parties prenantes – la situation est toute autre pour la crise syrienne.

La Syrie, depuis 2011, voit perdurer une guerre confessionnelle, à la fois civile et internationale, au-delà de multiples trêves sans portée, de tentatives vaines d’accords entre les diverses parties prenantes [11]. Nous ne reviendrons pas ici sur les atermoiements français et américains, notamment entre 2011 et l’été 2013, pour fixer une politique claire vis-à-vis d’une rébellion hétérogène autant que disparate dont le panel « modéré » s’est fait annihiler peu à peu par les mouvances jihadistes, soutenues sur les plans logistiques et financiers par les réseaux saoudiens et qataris.

L’hydre du jihadisme

Il existe bien des mouvances à caractère jihadistes, dont les ambitions sont parfois en concurrence. Nombre d’entre elles s’affrontent depuis 2011. L’Arabie saoudite soutient, en Syrie, la rébellion protéiforme à consonnance wahhabite [12], tandis que le Qatar associé à la Turquie soutiennent les réseaux salafistes [13] et proches des Frères musulmans.

Le tout est couronné par la lutte d’influence entre l’Etat islamique (EI) [14] et ses groupes affiliés, d’une part, et Al Qaeda, d’autre part, représenté par le mouvement Front al-Nosra devenu, au cours de l’été 2016, le Front Fatah al-Cham puis, en janvier 2017, Hayat Tahrir al-Cham (HTS – Organisation de Libération du Levant) à partir d’un agglomérat de diverses factions implantées dans le nord-ouest de la Syrie.

L’EIIL change de nom en 2013 pour devenir l’Etat islamique et proclame, en 2014, l’instauration d’un Califat.

L’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) a profité des troubles occasionnés par les « printemps arabes » de 2011 pour percer dans la région. Véritable hydre régionale, il égrène des réseaux qui souhaitent étendre et généraliser l’implosion des Etats, notamment l’Arabie saoudite et la Jordanie, au nom d’un hypothétique califat.

Fort de ses complicités transfrontalières, en Turquie, de ses capacités à établir des filières d’approvisionnements logistiques, en armes et munitions, tout en vendant du pétrole au marché noir, l’EIIL change de nom en 2013 pour devenir l’Etat islamique et proclame, en 2014, l’instauration d’un Califat destiné à rayonner sur le territoire historique de la Grande Syrie – Bilad el-Cham – qui, historiquement englobe l’Irak et la Syrie. Sa finalité étant, à terme de s’étendre à une large partie de l’Afrique du Nord, de l’Europe méditerranéenne et occidentale.

Sur le sol irakien, l’extension de l’EI n’est stoppée qu’à partir de 2015, au niveau de Tikrit, avant que ne soit engagée, depuis, un long processus de reconquête et de sécurisation des zones que les jihadistes tenaient sous leur joug.

Le Moyen-Orient, et principalement l’arc syro-irakien, demeure donc miné par la toile d’un jihadisme transfrontalier. Les divers jeux d’influence et d’alliance avec des courants islamiques dans plusieurs pays arabo-musulmans, tant au Moyen-Orient que dans certains Etats africains de la zone pansahélienne, sont de notoriété publique, désormais, quoique longtemps minimisés ou niés.

L’Arabie saoudite et le Qatar sont rattrapés par leurs politiques de soutiens polymorphes apportés à une rébellion syrienne hétéroclite. Les deux pays paient le prix fort en matière d’image de marque, victimes à la fois du jeu de certains membres des familles royales, Al Saoud et Al Thani, et de l’ultra conservatisme des régimes en place.

En même temps, cette situation a sans doute contribué à ce que la branche réformiste de la famille régnante, en Arabie saoudite, sorte de l’ombre et se lance dans une nouvelle dynamique, particulièrement osée ; comme en témoigne la politique de purge lancée, début novembre 2017, par le prince héritier Mohammed Ben Salman, âgé de 32 ans – surnommé MBS – fils favori du roi Salman, sur le trône depuis janvier 2015 [15].

La commission de lutte contre la corruption, placée sous la direction de Mohammed Ben Salman, a ainsi fait arrêter 11 princes, dont le milliardaire Al-Walid ben Talal [16], et des dizaines de ministres et hommes d’affaires, reconnus coupables d’abus divers en profitant de leurs statuts. En outre, Mohammed Ben Salman se veut l’architecte d’un islam modéré, loin du rigorisme wahhabite. Il ose ainsi prôner une politique de distanciation à l’égard des personnalités partisanes d’une religiosité ultra-conservatrice et compte bien concrétiser diverses mesures, par étapes, en faveur de l’émancipation des femmes, toujours considérées comme des mineures sur le plan juridique.

Ce bouleversement majeur dans la vie politique et religieuse de l’Arabie saoudite est considéré comme le plus important depuis l’ère médiévale. Il vient aussi rappeler combien rien n’est figé et peut-être l’objet de mutations que l’on souhaite prometteuses et constructives.

Quant aux jeux d’influence en provenance du Qatar, en direction des courants islamistes, Riyad tente désormais de s’en démarquer de manière claire. Le régime a ainsi pris ses distances avec le Qatar accusé de soutenir les groupements paramilitaires rigoristes aux motivations jihadistes, tout en semblant promouvoir une nouvelle phase de rapprochement avec Washington.

Jeux d’influence et d’attractivité internationales

La stratégie saoudienne vise à assurer à la monarchie un repositionnement constructif sur l’échiquier mondial. Elle s’applique dès lors à renouer avec les nations les plus influentes, au premier chef desquelles se trouvent les Etats-Unis. La venue à Riyad du président Donald Trump, le 20 mai 2017, témoigne de l’intérêt réciproque des deux pays pour redynamiser une alliance stratégique de laquelle chacun compte tirer profit. Cette visite s’est soldée par la signature d’accords commerciaux dont le montant global annoncé est de 380 milliards de dollars dont plus du tiers en matière d’armement.

Dans cette valse des jeux diplomatiques et économiques, l’Arabie saoudite, comme les Emirats arabes unis – très hostiles au Frères musulmans et au jihadisme [17]– ont décidé d’engager un rapport de force avec le Qatar mis à l’amende, surtout pour faire cavalier seul et peut-être aussi, pour le contraindre à mettre un terme à sa politique d’appui et de soutien aux mouvements jihadistes. L’enchainement des évènements a d’ailleurs de quoi susciter une interrogation dans la mesure où la rupture des relations avec le Qatar intervient près de 15 jours après la visite du président Trump, à Riyad. La démarche des pays du Golfe dénonçant la politique qatarie de financement de réseaux jihadistes témoigne aussi, il est vrai, d’antécédents. En 2014, l’Arabie saoudite, Bahreïn et les EAU avaient ainsi rappelé leurs ambassadeurs.

Le Qatar : le micro-Etat arabe jugé trop proche de l’Iran et de la Russie

À l’été 2017, donc, le ton des sanctions s’est durci. En juin 2017, le Qatar a essuyé un véritable blocus des pays du Golfe, diligenté par l’Arabie saoudite [18] ; démarche facilitée par leur regroupement stratégique au sein du Conseil de Coopération du Golfe. Au point même que non seulement l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn mais aussi le Yémen, les Maldives et l’Egypte ont rompu leurs relations diplomatiques, le 6 juin 2017, avec le micro-Etat. Le cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, à la tête du Qatar, a fermement condamné ces diverses mesures et dénoncé une volonté collégiale d’étouffer économiquement le pays.

L’Arabie saoudite reproche aussi au Qatar d’entretenir des liens économiques avec l’Iran. Le Qatar partage en effet, avec la puissance perse, la gestion et exploitation du South Pars / North Dome, gigantesque gisement gazier off-shore situé dans le Golfe persique [19].
L’Arabie saoudite et l’Iran avaient déjà rompu leurs relations diplomatiques le 3 janvier 2016, suite à l’exécution du cheikh chiite saoudien, Al-Nimr, la veille. L’exécution a engendré des troubles à Téhéran, qui ont conduit à la destruction partielle de l’ambassade saoudienne. Dans le sillage de l’Arabie saoudite, plusieurs pays arabes du golfe ont rompu, eux aussi, leurs relations diplomatiques avec l’Iran : les EAU, le Soudan, Bahreïn et le Koweït.

Depuis son installation à la Maison Blanche le 20 janvier 2017, la démarche âpre, vis-à-vis de l’Iran, du nouveau président américain, Donald Trump, satisfait Riyad qui déplorait le rapprochement amorcé par Barack Obama avec l’Iran. Les efforts et négociations de l’Administration Obama avec le régime des Mollahs ont permis la signature, le 14 juillet 2015, de l’Accord sur le nucléaire iranien, et, par voie de conséquence, le retour de l’Iran dans le jeu de la diplomatie et de l’économie mondiales, avec la levée progressive des sanctions internationales. Or, l’Arabie saoudite comme Israël estiment cet accord de mauvais aloi et entretiennent une forte suspicion à l’égard du régime iranien. D’où leur satisfaction quant au scepticisme – c’est peu dire – partagé avec le président Trump à l’égard de Téhéran.

L’Arabie saoudite et ses alliés du CCG, outre les Etats-Unis, n’apprécient guère non plus que le Qatar se soit rapproché de la Russie, pour des raisons économiques, et ait renoncé à son projet des années 2000, visant à établir un gazoduc à destination de l’Europe transitant par la Syrie, en collaboration avec l’Arabie saoudite et la Jordanie, Etats que le gazoduc projeté aurait traversé. Et surtout, depuis la Syrie, et la ville de Homs en particulier, étaient prévus trois axes d’approvisionnement, respectivement à destination du Liban, en débouchant à Tripoli, de la Turquie et de Lattaquié ; projet qui aurait essuyé le refus du régime syrien.

La Russie et le Qatar ont renforcé leurs relations, motivées par les questions énergétiques, industrielles et de coopération militaire.

Pour le Qatar, il ne s’agit pas, en effet, de tourner le dos à Moscou, au-delà des positionnements contraires dans la crise syrienne. Le potentiel russe et ses capacités d’investissement régionaux, n’est pas boudé, d’autant que la région du Golfe est l’objet de nombreux programmes d’investissements, à l’instar de ceux de la Chine, notamment en Iran [20].

Ainsi, la Russie et le Qatar ont-ils renforcé leurs relations, motivées par les questions énergétiques, industrielles et de coopération militaire [21]. Cela s’est notamment traduit par un accord signé à cet effet, le 6 septembre 2016, au terme d’échanges qui se sont étalés sur plusieurs mois, d’abord entre le vice-ministre russe des Affaires étrangères Mikhaïl Bogdanov et l’émir Tamim ben Hamad al-Thanin, puis le ministre qatari de la Défense, Khalid bin Mohammad Al Attiyah, et son homologue russe, Sergueï Choïgou.

Le Qatar a en effet besoin de produits agricoles et du savoir-faire russe pour la mise en valeur industrielle de son potentiel pétrochimique. Ce rapprochement bilatéral montre des intérêts respectifs puisque les Qataris investissent aussi dans les entreprises russes. L’entreprise de production gazière Novatek a ainsi bénéficié d’un investissement de 2 milliards de dollars, en vertu du rôle dynamique, depuis 2014, de la commission intergouvernementale pour le commerce, l’économie, la science et la coopération technique mise en place entre les deux pays. Le Qatar a aussi acquis une partie du capital de la multinationale Rosneft, en décembre 2016, à la fois directement, et indirectement en tant que membre du Comité des actionnaires du fonds d’investissement Glencore qui a obtenu 19,5% du capital.

Le monde des affaires : marchés prometteurs et nouvelles sources d’énergie

De manière générale, les pays du Golfe, conscients de disposer d’une manne financière considérable – via les fonds souverains notamment – s’estiment en position de force pour imposer leurs desiderata aux pays occidentaux, dont les besoins en matière de capitalisation, de financement par l’actionnariat dans les grands groupes multinationaux, et de ressources énergétiques sont conséquents. Le royaume de Bahreïn, même quasi inféodé à l’Arabie saoudite voisine, s’inscrit comme une place financière majeure. Les quelque 400 banques et institutions financières installées sur son territoire font de cet émirat une place financière stratégique, outre le rayonnement d’entreprises de télécommunication et de services de transport.

En même temps, les pays du Golfe, conscients des réalités environnementales, misent sur les nouvelles technologies et les énergies renouvelables.

Les pays du CCG, quoique disposant de près de 29% des réserves prouvées de pétrole et de 22% des gisements gaziers de la planète, se tournent vers l’avenir avec détermination, conscients de l’épuisement, in fine, de ces ressources naturelles en leur possession. D’autant que les prix du pétrole ont connu des baisses sensibles ces dernières années, au point d’engendrer, en 2015, une baisse des recettes de près de 287 milliards de dollars pour les pays du Golfe arabique, soit plus de 20% de leurs PIB [22].

Pour l’instant, leurs ventes et exportations assurent plus de 80% de leurs ressources financières. Mais, ils ont saisi l’importance à la fois salutaire – sur les plan environnemental et climatique – et stratégique des énergies renouvelables : énergie solaire, grâce à la captation photovoltaïque (le prix des panneaux a chuté de près de 80% depuis 2009), permet la production d’électricité via notamment les centrales thermodynamiques à l’instar du site de Shams aux Emirats arabes Unis ; énergie éolienne notamment au Koweït, à Oman et en Arabie saoudite… Ce à quoi, il faut ajouter le secteur croissant de l’industrie de dessalement d’eau de mer puisque, d’ici 30 ans, les besoins des pays du Golfe en eau douce pourraient quintupler. Par le dessalement, le Qatar, par exemple, répond déjà à 87% de ses besoins en eau douce.

En Arabie saoudite, en avril 2016, le fils du roi, Mohammed ben Salmane, lançait officiellement un plan de réforme de la politique économique de la monarchie. Cela se traduit notamment par la constitution d’un fonds souverain d’investissements hors hydrocarbures de 2 000 milliards de dollars, par la création également de 16 réacteurs nucléaires destinés à satisfaire 25% des besoins du pays en électricité d’ici 2032. Ce qui représenterait un investissement de 100 milliards de dollars.

Autant de perspectives qui permettent aux multinationales comme EDF- AREVA, ENGIE, de se positionner pour conclure des partenariats avec l’Arabie saoudite mais aussi les autres pays du Golfe.

Cela n’empêche pas ces mêmes multinationales de se tourner vers l’Iran (80 millions d’habitants) qui affiche un taux de croissance économique annuel d’environ 5% et un PIB de 412 milliards de dollars, soit le deuxième du Moyen-Orient après celui du l’Arabie saoudite. Le potentiel iranien, sur le champ économique, est considérable et perçu comme un vecteur de concurrence directe par la plupart des Etats sunnites [23].

De manière pragmatique, à la fois pour des raisons économiques et sécuritaires, les partenariats des pays du Golfe avec les pays occidentaux se sont accentués depuis le début des années 2000.

L’Iran a des besoins importants dans de nombreux domaines : diversification du secteur tertiaire, développement des infrastructures, productions énergétiques, outre la chimie, les matériaux de base, les transports, les télécommunications, le secteur pharmaceutique, l’informatique, le secteur minier et l’industrie dont l’automobile. Autant d’investissements rendus possibles dans le sillage de la levée des sanctions internationales suite à l’accord sur le nucléaire. Les entreprises françaises, Renault, qui espère contrôler 20% du marché automobile iranien en 2020. PSA et Total, sont bien implantées. Airbus mise aussi sur le marché iranien, tout comme Bouygues et Vinci pour les secteurs des transports et des infrastructures. Le secteur bancaire reste néanmoins frileux pour assurer les financements, d’autant que les Etats-Unis – nous l’avons dit – se montrent suspicieux vis-à-vis de l’Iran en l’accusant d’opérations de blanchiment d’argent et cherchant même des preuves attestant que Téhéran ne respecte pas l’accord du 14 juillet 2015. D’ailleurs, diverses analyses laissent à penser que les Etats-Unis et Israël miseraient sur une nouvelle glaciation des relations avec l’Iran.

De manière pragmatique, à la fois pour des raisons économiques et sécuritaires, les partenariats des pays du Golfe avec les pays occidentaux se sont accentués depuis le début des années 2000. Ces derniers étant déterminés à préserver leurs intérêts géopolitiques, comme en témoigne l’ouverture et la montée en puissances des bases militaires, américaines, britanniques et françaises, dans le Golfe persique. Et la décennie 2010 n’a fait que témoigner de cette constance dans le jeu des échanges avec les pays du Golfe. Cela s’observe notamment sur le champ du secteur de l’armement [24], le Moyen-Orient constituant le principal secteur géographique en tant que premier client mondial.

Selon l’Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (Sipri) [25], les importations d’armes au Moyen-Orient ont augmenté de 86 % entre 2012 et 2016, par rapport à la période 2007-2012. Pour la seule Arabie saoudite, la hausse des achats entre les deux périodes précitées est de 212%, contre un bond 245 % pour le Qatar. Les Etats-Unis dominent 53 % du marché mondial, contre 23% pour la Russie, 8% pour la France (qui effectue près de 40% de ses ventes au Moyen-Orient). Après les Etats-Unis et la Russie, la Chine se positionne au troisième rang mondial en matière de vente d’armements.

Conclusion


Finalement, le concept dit de Guerre froide est loin d’être moribond, tant nous semblons toujours dépendants du rapport de force entre Etats-Unis et Russie, via les pays du Golfe interposés. Et nous semblons, en Occident, nous satisfaire d’ânonner sur un état des faits et des lieux sans que rien ne soit clairement mis en œuvre, à court terme, pour s’engager sur une nouvelle voie des relations interétatiques et humaines. À l’inverse, les crispations semblent à nouveau se renforcer.

La plupart des pays de la région sont minés par leurs propres contradictions, entre aspirations à se moderniser culturellement et économiquement, et pression du conservatisme, sous le poids des traditions et des certitudes dogmatiques. Si au cœur des pouvoirs exécutifs, certains dirigeants et membres de leurs équipes aspirent à pouvoir amorcer des réformes constructives, synonymes d’apaisement, les lobbies rigoristes et tribaux, jouant de la manipulation des foules, bloquent souvent leurs démarches. Aussi, les monarchies des pays du Golfe semblent-elles prises à leur propre jeu.

Il y a pourtant de formidables potentiels et capacités pour s’écarter du champ sclérosant des dogmes et de la culture des peurs entretenues de manière cynique. Les évolutions des pays du Golfe ne sont pas inexistantes. Certes, elles sont lentes et prudentes, tant les garants auto-proclamés d’une orthodoxie jugée immuable, nourrissent les crispations religieuses. Sur le plan de la représentation politique, la féminisation de la vie publique ne progresse que très légèrement. On peut le déplorer mais se rassurer dans le même temps en considérant qu’elle n’est pas au point mort.

Copyright Novembre 2017-Le Pautremat/Diploweb.com

https://www.diploweb.com/Les-pays-du-Golfe-arabo-persique-depuis-2011-persistance-d-une-geopolitique-conflictuelle.html

L’exploration pétrolière se poursuit en Europe

L’exploration pétrolière se poursuit en Europe

L’accord de Paris n’empêche pas les sociétés pétrolières de continuer à prospecter, à grands frais, dans les eaux du nord de l’Europe.

L’extraction de pétrole en Europe, concentrée dans les eaux au large du Royaume-Uni et de la Norvège, a connu un déclin rapide depuis le début du 21e siècle. Après un maximum de 137 millions de tonnes d’équivalents pétrole extraites en 1999, la production britannique a ainsi chuté à moins de 48 tonnes en 2016. En Norvège, le pic a eu lieu en 2001, avec près de 163 millions de tonnes, et n’atteignait plus qu’environ 90 millions de tonnes l’an dernier.

Il existe cependant une différence notoire entre les deux pays. Si la production au Royaume-Uni a chuté de 16 % en cinq ans, la production norvégienne augmente à nouveau depuis un plus-bas de 87 millions de tonnes en 2012.

Face à une demande mondiale qui ne faiblit pas, Oslo semble n’avoir aucune intention d’inverser cette tendance, malgré un changement possible de l’opinion publique et une décision de justice historique qui devrait être délivrée dans le courant du mois.

Il peut sembler étonnant que les entreprises montrent encore un intérêt si poussé pour l’exploitation pétrolière, pourtant très chère, dans les mers les plus hostiles de la planète.

Le prix de l’or noir stagne aux environs de 50 dollars le baril (soit 43 euros) depuis sa chute à la fin de l’année 2014. De nombreux experts estiment en outre que le pic mondial de la demande pourrait être atteint dès les années 2020, étant donné les actions que devront mettre en place les gouvernements pour respecter leurs engagements dans le cadre de l’accord de Paris signé en 2015.

L’or noir atteindra son plus haut niveau de demande en 2030

La demande de pétrole atteindra son plus haut niveau d’ici 13 ans, avant de décliner, grâce au développement des voitures électriques et de moteurs plus efficaces. Un article de notre partenaire, The Guardian.

Tout cela ne suffit visiblement pas à opérer un changement immédiat dans les mentalités, qui permettrait un abandon rapide du pétrole, au profit d’énergies et de technologies plus propres.

En juin, Oslo a ainsi annoncé que l’exploration pétrolière serait autorisée dans 102 nouveaux blocs de son plateau continental, un record. La plupart de ces blocs sont des territoires vierges de la mer de Barents, dans le cercle arctique, ce qui n’a pas manqué d’alarmer les associations de protection de l’environnement, qui dénoncent des autorisations illégales.

«  Il y a un grand intérêt [pour l’exploration], comme l’illustre le fait qu’un nombre record de puits d’exploration ont été creusés dans la mer de Barents en 2017 », a indiqué Sissel Eriksen, directrice d’exploration à la Direction des hydrocarbures norvégienne. Les entreprises intéressées ont jusqu’à fin novembre pour demander une concession.

La Norvège exploitera ses réserves gazières jusqu’à la dernière goutte

La Norvège entamera bientôt le dernier tiers de ses réserves en gaz naturel, dont la plupart se situe dans les régions arctiques, selon le ministre du Pétrole et de l’Énergie.

Les écologistes saisissent la justice

Et pourtant, le plus gros obstacle à l’exploration pétrolière en Europe pourrait ne pas provenir de principes économiques de base, mais de l’opposition publique. En effet, mi-novembre, le gouvernement norvégien devra se défendre face à la plainte de défenseurs de l’environnement, qui estiment que les autorisations d’exploration précédentes, accordées à 13 entreprises, sont contraires à la Constitution nationale.

La plainte s’appuie sur l’article 112 de la Constitution, qui stipule que les autorités doivent assurer un environnement sûr aux générations présentes et futures.

L’opinion publique est très divisée sur l’avenir d’une industrie qui a rendu le pays riche, souligne Truls Gulowsen, de Greenpeace, un des groupes ayant participé au dépôt de la plainte. Selon un sondage Ipsos réalisé pour le Dagbladet, 44 % des Norvégiens seraient favorables à une réduction des activités pétrolières pour des raisons climatiques, alors qu’ils sont 42 % à soutenir l’exploitation des réserves jusqu’au bout. Le sondage indique également que les femmes sont en général plus favorables que les hommes à ce que le pétrole ne soit pas extrait.

La procédure juridique qui s’ouvre le 14 novembre constitue « un territoire juridique absolument inédit pour les tribunaux norvégiens », admet Truls Gulowsen. Les défenseurs de l’environnement espèrent cependant une décision en leur faveur, qui créerait un précédent juridique pour le reste du monde et permettrait peut-être de convaincre encore davantage les citoyens. Les principaux partis politiques restent cependant fermement attachés à l’ouverture de nouvelles zones d’exploration.

Le représentant de Greenpeace estime que le gouvernement est dans le déni face aux réalités économiques du secteur pétrolier. « Si les pays du monde parviennent à réduire la demande de pétrole de manière nécessaire au respect des objectifs climatiques de l’accord de Paris, plus personne ne voudra acheter ce pétrole offshore si cher. La poursuite de l’exploration est directement contraire aux objectifs de l’accord », fait-il remarquer.

Scénario de 2 °C

Les producteurs de pétrole ne sont toutefois pas d’accord avec l’idée que la limitation du réchauffement climatique à 2°C signifie que l’exploration n’est plus nécessaire. « Selon les chiffres de l’AIE, même dans un scénario à 2 °C, le pétrole et le gaz fourniront toujours environ 45 % du bouquet énergétique en 2040 », assure Nareg Terzian, de l’Association internationale des producteurs gaziers et pétroliers.

«  Le CSC [captage et stockage du CO2] et l’efficacité énergétique joueront un rôle essentiel dans la réduction de l’impact des émissions. La demande restera élevée, c’est pourquoi l’exploration et la production sont importantes et permettront de compenser le taux de diminution de 3 à 6 % des champs », assure-t-il.

Le captage et stockage du CO2 est une toute nouvelle technologie permettant de capter le dioxyde de carbone dans l’atmosphère et de l’envoyer dans des champs gaziers souterrains. En Europe, Statoil est l’acteur le plus actif dans ce domaine.

Le captage de CO2 fait son come-back

Considéré comme mort et enterré il y a quelques années, le captage et stockage du CO2 jouit d’un regain de popularité après une expérience originale en Norvège.

L’Association internationale des producteurs gaziers et pétroliers estime les ressources pétrolières européennes connues à plus de 25 milliards de barils, soit 3,5 milliards de tonnes. « Nous envisageons plus de 50 milliards d’euros d’investissements dans le pétrole et le gaz pour les dix années à venir », souligne Nareg Terzian. « L’idée selon laquelle le pétrole et le gaz sont incompatibles avec un avenir à faibles émissions est trompeuse, parce qu’en réalité nous en aurons besoin. »

Selon des recherches commanditées par l’association, 65 % des projets gaziers et pétroliers lancés à l’heure actuelle en Europe devraient être rentables à partir de 60 dollars le baril. La production mondiale a atteint un pic de 97,5 millions de barils par jour au mois de septembre, mais le marché est encore alimenté grâce aux stocks engrangés en 2015 et 2016, estime le groupe.

« Il n’y a aucune indication d’une baisse de la demande, au contraire », assure Nareg Terzian.

Quoi qu’il en soit, la production pétrolière européenne reste marginale face aux grands exportateurs, avec seulement 4 382 tonnes en 2016. Et l’intensification des forages d’exploration dans la mer de Barents cette année n’a pour l’instant pas eu de bons résultats.

L’ONU appelle à investir davantage dans la technologie pour sauver l’accord de Paris

Si tous les ׂtats parties de l’Accord de Paris tenaient leurs engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre, l’augmentation de la température sur la planète atteindrait probablement 3-3,2°C avant 2100, et l’objectif de 2°C voire de 1,5°C ne serait donc pas respecté, calculent les Nations unies dans leur 8e rapport annuel « Emissions Gap ». Mais investir dans les bonnes technologies pourrait sauver la mise. Un article de notre partenaire, La Tribune.

 

https://www.euractiv.fr/section/climat/news/oil-exploration-continues-unabated-in-europe-despite-paris-goals/

Est-il temps pour une diplomatie alimentaire au Venezuela ?

Est-il temps pour une diplomatie alimentaire au Venezuela ?


Par Andrew Korybko – Le 17 octobre 2017 – Source Oriental Review

Russian Rosneft oil company CEO Igor Sechin signs a deal with Venezuela Oil Minister Eulogio del Pino in the presence of President Maduro, July 2016
Le PDG de la compagnie russe Rosneft, Igor Sechin, signe un accord avec le ministre du pétrole du Venezuela, Eulogio del Pino, en présence du président Maduro, juillet 2016

La victoire convaincante du parti socialiste au pouvoir au Venezuela ce week-end devrait permettre au président Maduro de demander enfin une aide alimentaire à ses partenaires russes et chinois. Ceux-ci  seraient tous deux plus qu’impatients de bénéficier de la poussée de soft power qui viendrait avec l’assouplissement de la souffrance humanitaire que la guerre hybride américaine et les sanctions connexes ont infligé au peuple vénézuélien.

Nicolas Maduro
Nicolas Maduro

Le Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV) est arrivé en tête lors des élections régionales de ce week-end, bien que sa victoire produise de manière prévisible des allégations non fondées de fraude de la part de l’opposition. Même s’il y a une possibilité de violence anti-gouvernementale, le Vénézuélien moyen semble épuisé par les troubles qui secouent son pays depuis toutes ces années. La majorité des électeurs ont donc choisi de soutenir le PSUV afin de préserver la paix et la stabilité dans le pays. Cela a placé le président Maduro dans une position plus solide que jamais depuis que la guerre hybride contre le Venezuela a commencé sérieusement au début de 2014. Cela lui permettra de faire avancer son programme de réforme constitutionnelle avec moins de résistance qu’auparavant.

Cela dit, cela signifie aussi qu’il doit tenir ses promesses pour améliorer la situation des Vénézuéliens qui souffrent d’un manque de nourriture et d’autres produits de base, ce qui n’a pas seulement contribué à l’aggravation de la réputation internationale du Venezuela, mais a fourni également à l’opposition une excellente occasion de recruter de nouveaux adeptes pour sa révolution colorée. Cependant, le gouvernement vénézuélien semble réticent à reconnaître que ce problème existe bel et bien dans certaines parties du pays, sans doute surexploité par les médias internationaux à des fins de guerre de l’information mais néanmoins présent dans une certaine mesure. On peut se demander qui de la pression économique extérieure des États-Unis ou de la mauvaise gestion interne du gouvernement est le plus à blâmer pour cela, mais peu importe la cause, les symptômes doivent être traités et c’est maintenant le meilleur moment pour Maduro.

Menaces de Trump

Le refus de Trump à la mi-août d’exclure une « option militaire » conventionnelle dans cette guerre hybride contre le Venezuela a été une bénédiction pour le gouvernement du pays parce que cela a confirmé ce qu’il disait depuis des années ; à savoir que les États-Unis avaient l’intention de mettre en place un changement de régime dans ce pays riche en pétrole en utilisant tous les moyens possibles à sa disposition, y compris une invasion semblable à celle de l’Irak. On ne peut pas savoir avec certitude si c’est exactement ce que Trump avait en tête ou non, mais il n’en reste pas moins que Maduro a pu donner l’impression que tel était le cas, ce qui a également eu pour conséquence que l’avant-garde de cette révolution colorée de l’opposition a été perçue comme le « fer de lance » de cette campagne. Il n’est donc pas étonnant que le gouvernement ait gagné lors des dernières élections, car le fait d’avoir voté pour une coalition d’opposition liée aux États-Unis à la lumière des menaces formelles du président américain contre leur pays s’est avéré trop proche de la trahison, même pour certains Vénézuéliens hostiles au gouvernement.

L’intensification de la mentalité de siège du Venezuela à la suite de la déclaration belliqueuse de Trump il y a quelques mois, son discours mélodramatique à l’ONU et les sanctions toujours présentes permettent à Maduro de transférer facilement sur les États-Unis tout le blâme des problèmes économiques et ouvrir une nouvelle gamme d’options pour faire face à la guerre hybride contre son pays. Alors que lui et son gouvernement se sentaient mal à l’aise de reconnaître les conséquences humanitaires de ce conflit asymétrique en raison de la crainte que cette admission puisse être ré-emballée comme une autre arme de propagande de guerre pour discréditer les autorités et influencer les élections à venir, le PSUV a remporté de façon convaincante les dernières élections et les États-Unis ont prouvé sans aucun doute qu’ils avaient un intérêt pressant à réaliser à tout prix un changement de régime dans le pays.

Politique pétrolière

Les États-Unis ne veulent pas seulement prendre le contrôle des plus grandes réserves de pétrole du monde dans le bassin du fleuve Orénoque, que ce soit pour les utiliser à leurs propres besoins ou pour contrôler le flux de cette ressource vers son gros concurrent chinois, mais parce que cela pourrait être la seule option laissée pour sauver le pétrodollar. Avec le « partenaire saoudien » des États-Unis qui se tourne de plus en plus vers la Russie et la Chine, il y a de fortes chances que Riyad libelle bientôt tous ses nouveaux contrats énergétiques en monnaies locales afin de contourner le dollar. Cela mettrait une grosse pression sur un système économique qui est le talon d’Achille des États-Unis et qui s’annonce être le plus grand changement mondial dans le monde de la finance depuis que Washington a complètement abandonné l’étalon-or en 1971. Ce n’est donc pas pour rien que la Russie et la Chine ont stocké de l’or ces deux dernières années, alors qu’elles prévoyaient prudemment que ce moment pourrait arriver dans un avenir proche.

La grande conséquence stratégique serait que les États-Unis perdraient finalement le contrôle des processus de mondialisation qu’ils avaient lancés et qui les avaient finalement amenés à devenir la seule superpuissance de l’après-guerre froide. Cela permettrait ainsi aux Routes de la Soie de la Chine de se substituer à son rival occidental en formalisant le début d’un ordre mondial multipolaire. Les États-Unis essaient désespérément d’empêcher que cela se produise, d’où la nécessité d’un « plan de sauvegarde » pour garantir que le dollar continuera à être utilisé dans un pourcentage important des transactions sur le marché international de l’énergie. Si la série de changements de régime hémisphérique « Operation Condor 2.0 » des États-Unis réussit à renverser le PSUV, la réaction géopolitique résultante conduirait probablement à la chute des gouvernements bolivien et nicaraguayen, alliés du Venezuela dans le cadre de l’ALBA, peu de temps après, ce qui évincerait l’influence multipolaire du cœur de l’Amérique du Sud et préempterait la construction du canal du Nicaragua qui est un gros enjeu dans la région.

En outre, et en ayant à l’esprit le pétrodollar, cela complèterait la conquête par les États-Unis des ressources énergétiques de l’Amérique latine, offrant à Washington l’opportunité de devenir un formidable rival de l’OPEP dans la structure nord-américaine des pays exportateurs de pétrole d’Amérique du Sud (NASAPEC) comme l’auteur l’avait prévu à la fin de l’année dernière. Si toutes les ressources de l’hémisphère occidental étaient sous le contrôle des États-Unis via la NASAPEC, le pétrodollar pourrait survivre assez longtemps jusqu’à ce que le plan de « Choc des Civilisations » pour diviser et diriger l’hémisphère oriental par des guerres hybrides réussisse à renverser les gouvernements de l’OPEP, un par un, afin de restaurer le dollar comme monnaie de référence pour effectuer des transactions. Cela explique pourquoi il est si important pour les États-Unis de renverser le gouvernement chaviste au Venezuela et, par conséquent, pourquoi la Russie et la Chine ont intérêt à empêcher cela.

Orinoco heavy oil belt
Ceinture de pétrole lourd de l’Orénoque

La Russie à la rescousse

Après avoir placé la guerre hybride au Venezuela dans un large contexte géostratégique, il est maintenant temps de parler de ce que les partenaires russes et chinois du pays peuvent réellement faire pour l’aider à résister à cet assaut. Bien entendu, Moscou tentera de mettre à profit sa « diplomatie militaire » pour vendre plus d’armes et d’autres équipements défensifs afin d’aider Caracas à conjurer la menace d’« intervention humanitaire » des États-Unis. Ironiquement, cependant, une « intervention humanitaire » pourrait être exactement ce qu’il faut pour arrêter la guerre hybride au Venezuela, mais elle devrait être menée par la Russie et la Chine et d’une manière non conventionnelle par rapport à ce qui est communément compris par ce terme.

De ces deux grandes puissances, on estime que la Russie a exercé plus d’influence au Venezuela en raison de ses manœuvres habiles dans les secteurs financiers et de l’énergie. Il faut donc présumer que Moscou a la responsabilité de toute intervention humanitaire multipolaire au Venezuela, mais seulement si Caracas le demande, ce qui est le point clé. Jusqu’à présent, Maduro était réticent à reconnaître officiellement les conséquences humanitaires de la guerre hybride sur le Venezuela, mais depuis les antécédents des déclarations agressives de Trump sur son pays, ces deux derniers mois, et la victoire du PSUV au cours du week-end, il a maintenant la « flexibilité politique » de le faire en préparant le terrain pour inviter ses partenaires des Grandes puissances à contribuer à l’amélioration de la situation humanitaire.

Contrairement aux missiles de croisière qui accompagnent généralement toute « intervention humanitaire » unipolaire, son homologue multipolaire pourrait voir des cargos de nourriture et d’autres produits de base arriver à la place. Le nouvel ambassadeur de Russie auprès de l’ONU, Vasily Nebenzya, était fier de parler, au Conseil de sécurité l’autre jour, au sujet des opérations humanitaires impressionnantes de son pays à l’étranger, notamment en Syrie et au Yémen, mais on peut aussi y ajouter le Qatar alors que la Russie a offert d’envoyer de la nourriture dans le pays bloqué pendant le Ramadan. Bien que cette dernière proposition ait été poliment déclinée par Doha, l’impact mondial de ce soft power a fortement renforcé la réputation de la Russie au sein de la communauté musulmane internationale et a ouvert la voie à la solidification de son « Pivot vers l’Oumma ».

Tout cela est pertinent pour le Venezuela parce que cela signifie que la Russie, mais aussi la Chine, sauteront sur la première occasion pour soulager les souffrances humanitaires dont les États-Unis sont largement responsables. À la fois parce que c’est « la bonne chose à faire » mais aussi à cause du coup de maître en terme de soft power pour améliorer cet aspect de l’influence de la Russie dans toute l’Amérique latine, tout comme la proposition faite au Qatar pour le Moyen-Orient. Contrairement à l’époque où Maduro ne voulait pas reconnaître officiellement ce problème à cause du risque qu’il puisse encourager une autre vague de révolution colorée et influencer les élections à venir, il pourrait changer d’avis maintenant que la position politique de son parti est beaucoup plus sûre et même gagner des points en termes de popularité en soulignant que l’ensemble de l’opération humanitaire est une réponse multipolaire à la guerre hybride américaine contre le Venezuela.

En conséquence, les segments de la population ayant participé aux protestations et ceux alignés sur l’opposition qui ont propulsé les partis anti-gouvernementaux à la victoire aux élections parlementaires à la fin 2015 pourraient être apaisés, sous réserve de recevoir régulièrement de la nourriture et des produits de base, ouvrant ainsi une fenêtre précieuse pour le PSUV afin de les « reconquérir » au sein du chavisme et désamorcer radicalement la campagne de changement de régime dans le pays.

Réflexions finales

Les efforts incessants des États-Unis pour renverser le gouvernement vénézuélien pourraient enfin atteindre un tournant, mais pas celui que ses planificateurs stratégiques avaient prévu. Cette fois-ci, le vote s’est déroulé pacifiquement et le PSUV, au pouvoir, a remporté une victoire convaincante, libérant ainsi le président Maduro des « contraintes politiques » qui l’avaient auparavant empêché de reconnaitre formellement la détérioration de la situation humanitaire dans certaines parties du pays. En conséquence, étant donné que Trump a admis sans vergogne qu’il voulait voir un changement de régime au Venezuela, et que la CIA l’a laissé entendre plus tôt cet été, la scène est maintenant prête pour que Maduro « sauve la face » en accusant les USA de tous les maux et en demandant finalement une assistance humanitaire à ses partenaires russes et chinois.

Ces deux grandes puissances seraient plus qu’heureuses d’aider leur allié latino-américain, à la fois pour des raisons humanitaires bienveillantes et aussi pour le dynamisme évident que cela apporterait à l’attrait de leur soft power dans la région. Mais il y a une autre motivation pour tout cela qui a à voir avec la grande stratégie du monde multipolaire visant à dé-dollariser le commerce mondial de l’énergie. Tant que le peuple vénézuélien reste content et peu sensible à l’intrigue d’une révolution colorée, il est peu probable qu’il puisse servir par inadvertance dans les plans des États-Unis en remettant les clés de son pays riche en pétrole à son voisin du Nord par l’intermédiaire de l’opposition. Il en va de la survie du scénario qui permettrait au pétrodollar de se perpétuer si le leader de l’OPEP, l’Arabie saoudite, commençait à dé-dollariser ses ventes de pétrole à mesure qu’il se rapproche progressivement de la Russie et de la Chine.

Aussi brut que cela puisse paraître, permettre à une population victime de la guerre hybride d’avoir le ventre plein et un accès fiable aux produits de base pourrait être tout ce qui est nécessaire pour inverser le mouvement de changement de régime et stabiliser ce pays assiégé. Cela pourrait augmenter les chances que le plan multipolaire de dé-dollarisation réussisse à infliger un coup paralysant au pétrodollar. Pour ces raisons, il n’est pas inconcevable que Maduro demande l’aide humanitaire à ses partenaires russes et chinois pour contrer les conséquences socio-économiques de la guerre asymétrique des États-Unis sur certains des segments les plus pauvres de la population de son pays. Au lieu de la « diplomatie classique » ou même de la « diplomatie militaire », il pourrait s’avérer que la « diplomatie alimentaire » est tout ce qu’il faut pour contrecarrer la campagne clandestine de révolution colorée.

Andrew Korybko

Note du Saker Francophone

Il faudrait idéalement que cette aide humanitaire soit doublée par une aide économique pour recréer un tissu industriel et agricole fort permettant à terme aux pays de l'ALBA d'amortir les crises financières mondiales en s'appuyant sur un secteur intérieur prospère loin des revenus du pétrole.

 

http://lesakerfrancophone.fr/est-il-temps-pour-une-diplomatie-alimentaire-au-venezuela

Poutintin au pays de l’or bleu

Poutintin au pays de l’or bleu

26 Octobre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Russie, #Gaz, #Chine, #Europe

S’il est un domaine où le Deep State impérial doit s’arracher encore plus de cheveux qu’ailleurs, c’est bien le Grand jeu énergétique eurasien. Il aura pourtant tout essayé afin d’isoler la Russie mais rien n’y a fait : en joueur d’échecs chevronné, le tsar des pipelines a contré tous les coups, inventant de nouvelles défenses, contre-attaquant là où on ne l’attendait pas.

Comme nous l’annoncions en avril, Gazprom est en pleine bourre et en passe de battre tous ses records de production et d’exportation. Du 1er janvier au 15 octobre 2017, les livraisons d’or bleu vers l’Allemagne ont bondi de 9.7%, vers l’Autriche de 48.3%, vers la République tchèque de 27.5%… La Turquie sultanesque n’est pas en reste, dont les importations atteindront cette année un plus haut historique. Ce alors que le Nord Stream II et le Turk Stream ne sont pas encore en service.

Guère étonnant dans ces conditions que les néo-cons US fassent grise mine et aient tenté, par un nouveau train de sanctions l’été dernier, de ralentir l’inexorable montée en puissance de l’ours sur le Vieux continent, ce qui ne trompe personne (Vladimirovitch reste très mesuré dans ses propos, n’entrant pas dans les détails des implications stratégiques). Mais comme le reconnaît avec mauvaise grâce la presstituée occidentale, il n’y a tout simplement pas d’alternative au gaz russe.

Le pipeline qatari ne passera jamais par la Syrie, le GNL américain est hors de prix et l’or bleu azéri-turkmène reste toujours aussi fantomatique, ce qui ne surprendra pas le fidèle lecteur de nos Chroniques :

Qu’avons-nous répété à de nombreuses reprises à propos de la chimère du gaz azéri ? Selon le merveilleux monde de l’île aux enfants médiatique influencé par qui on sait, il est censé permettre à la ménagère européenne de moins de 50 ans d’échapper à l’invasion gazière de l’horrible ours russe.

Seul hic, l’Azerbaïdjan en a tellement peu que sa compagnie nationale, la SOCAR, a officiellement demandé à Gazprom de lui en fournir pour 5 Mds de m3 par an. Pendant ce temps, les europloucs continuent de prétendre croire, contraints et forcés, aux promesses américaines d’un corridor caspien vide de sens… et de gaz.

Les vassaux geignards de l’empire ne savent plus à quel saint se vouer. Notons la schizophrénie clinique de la Pologne qui :

  1. refuse le Nord Stream II car le gazoduc la court-circuitera totalement.
  2. a également refusé un deuxième gazoduc passant par son territoire via la Biélorussie et susceptible de lui rapporter de copieux royalties.

Quand on préfère se tirer une balle dans le pied dans le seul but de ne pas « consommer russe », on mesure le degré pathologique de la chose…

De l’autre côté de l’échiquier eurasiatique, le Force de Sibérie, Sila Sibiri pour les intimes, est en bonne voie. Rappelons que ce chantier pharaonique au coeur de la taïga sibérienne fait suite au contrat du siècle de 400 Mds d’équivalents dollars signé en 2014 entre Gazprom et le chinois CNPC. Plus de mille kilomètres de tubes ont maintenant été posés et l’or bleu devrait commencer à s’engloutir comme prévu en 2019.

L’intégration énergétique du continent-monde se met chaque jour un peu plus en place et l’empire maritime n’en peut mais…

 

Le pipeline turco-kurde de la Russie à l’UE fait de Moscou le médiateur du Moyen-Orient

Le pipeline turco-kurde de la Russie à l’UE fait de Moscou le médiateur du Moyen-Orient


Par Andrew Korybko – Le 25 septembre 2017 – Source Oriental Review


Rosneft a révélé qu’elle était en négociations avec le gouvernement du Kurdistan irakien pour construire un pipeline dans la région d’ici 2019, pour commencer à exporter du gaz vers la Turquie et vers l’Union européenne une année plus tard. Cela éclaire ce que la compagnie russe, qui appartient au gouvernement, avait à l’esprit quand elle a signé un accord majeur avec la région autonome, en juin, lors du Forum économique international de Saint-Pétersbourg. L’itinéraire exact du pipeline est encore incertain, mais il progressera probablement par voie terrestre à travers la Turquie, puis se liera avec l’infrastructure du Turkish Stream près de la frontière de l’UE ou débouchera en Méditerranée orientale avec un terminal d’exportation de GNL, ce dernier pouvant faciliter les expéditions vers « Israël » dans un renforcement du partenariat déjà étroit de la Russie avec Tel-Aviv. Toutes ces possibilités sont très intéressantes et ajoutent une nouvelle couche de profondeur stratégique à la diplomatie énergétique russe au Moyen-Orient.  Il est cependant important de se concentrer sur le court terme pour savoir pourquoi cette annonce est intervenue exactement une semaine avant le vote controversé de l’indépendance des Kurdes et juste un jour après que la Russie a rétabli le service de vol direct avec l’Irak, dont le gouvernement régional kurde fait nominalement partie.

Rien de tout cela n’a été un hasard, car plusieurs messages forts ont été envoyés à la communauté internationale à un moment crucial de l’histoire du Moyen-Orient.

La première est que la Russie s’occupe du Kurdistan irakien comme s’il était déjà un pays indépendant, contournant Bagdad dans la conduite de sa diplomatie énergétique bilatérale avec cet « État » en rupture, en dépit de la reconnaissance officielle de la souveraineté du gouvernement central sur l’ensemble de l’Irak et de ses ressources. La raison pour laquelle la Russie semble le faire peut ressembler à une occasion irrésistible d’améliorer indirectement ses relations avec l’UE en fournissant du gaz venant du Kurdistan et transitant par la Turquie passant par le projet de Corridor gazier sud-européen qui pourrait fonctionner à la fois pour le bénéfice stratégique de Moscou et aussi de celui des Kurdes en donnant à deux de leurs adversaires une raison de reconnaître leur indépendance future. Cela conduit au prochain point, c’est-à-dire que les lourds investissements stratégiques de la Russie dans le secteur de l’énergie kurde font de Moscou un des principaux acteurs de l’avenir du territoire, ce qui permet à la Russie de mettre en scène une intervention diplomatique pour devenir le médiateur entre Erbil et Bagdad ainsi qu’entre les Kurdes et leurs trois voisins internationaux, dans le but de protéger leurs intérêts.

Cela s’harmonise avec la vision de politique étrangère des progressistes en Russie qui considèrent le rôle géostratégique de leur pays comme étant la force d’équilibrage suprême du supercontinent eurasien. À cette fin, ils ont cherché à « ranger » les alliés traditionnels américains de leur côté en encourageant leur « alignement multilatéral », ou la diversification de leur politique étrangère avec Moscou. Les Kurdes irakiens ne sont que le dernier exemple de ce qui se passe, après la Turquie, l’Azerbaïdjan, l’Arabie saoudite et le Pakistan, ce qui prouve que le « Pivot vers l’Asie » de la Russie est en fait un « Pivot vers la Oumma » alors que Moscou travaille activement à remplacer le vide de leadership laissé par des États-Unis sur le départ dans ce « Grand Moyen-Orient ».

Andrew Korybko

 

http://lesakerfrancophone.fr/le-pipeline-turco-kurde-de-la-russie-a-lue-fait-de-moscou-le-mediateur-du-moyen-orient

 

Dollar… moyant

Dollar… moyant

29 Septembre 2017 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Etats-Unis, #Economie, #Pétrole, #Chine, #Russie

Sterling 1931, dollar 2018 ? C’est la question que se pose ouvertement le très sérieux Daily Reckoning, faisant écho à ce que nous avons expliqué à de nombreuses reprises, notamment début mai :

La vague de dédollarisation touche lentement mais sûrement la planète et met en péril l’empire américain. A ce titre, la lune de miel aurifère sino-russe est éclairante. Le mois dernier, nous écrivions :

Une nouvelle est passée à peu près inaperçue quelques semaines avant le false flag chimique de Khan Cheikhoun. La banque centrale russe a ouvert son premier bureau à l’étranger à Pékin le 14 mars, à un moment où la Russie va pour la première fois de son histoire lancer un emprunt en yuans chinois.

Fin mars, le dragon renvoyait la pareille en ouvrant une banque de compensation à Moscou afin gérer les transactions en yuans et de créer en Russie un pool de liquidités en RMB facilitant le commerce bilatéral en monnaies nationales. Ce centre pourrait devenir un important hub financier dans le cadre de l’Union Economique Eurasienne et les nouvelles routes de la Soie chinoises.

Mais surtout, les discussions avancent sur l’établissement d’un étalon-or commun aux deux pays au moment où les monnaies occidentales deviennent chaque jour un peu plus des monnaies de singe. Il est même évoqué l’éventualité de paiements commerciaux en or !

Cela fait un certain temps que l’ours et le dragon nous mijotent quelque chose avec le métal précieux.

De fait, le mariage aurifère est déjà assez poussé. La Chine paye en yuans le pétrole russe qu’elle importe. Avec ces yuans, Moscou se précipite… à Shanghai pour acheter de l’or ! Circuit autarcique dont le dollar est totalement absent.

Assistera-t-on bientôt à un échange direct pétrole contre or ? Pas impossible vu ce que nous évoquions précédemment. Mais alors pourquoi Pékin continue de pousser à l’acceptation de contrats à terme sur le pétrole en yuans dans l’optique de rendre la monnaie chinoise indispensable sur le marché de l’or noir – ce que d’aucuns nomment le pétroyuan ? Peut-être bien pour embarquer les Saoudiens dans l’aventure.

L’article du Daily Reckoning par lequel nous avons commencé ne dit pas autre chose. 1971 : fin de la convertibilité du dollar en or. 1974 : « invention » du pétrodollar par Kissinger et la maison des Seoud, forçant peu ou prou le monde à acheter l’or noir avec le billet vert et permettant à l’empire US de vivre au-dessus de ses moyens.

Mais le système est maintenant en train de craquer et c’est évidemment le duo sino-russe que l’on retrouve derrière. La triade pétrole-yuan-or exclue totalement le dollar. Moscou a été la première à accepter le nouveau paradigme, suivie par les BRICS et maintenant le Venezuela. D’autres suivront, mettant fin au rôle prépondérant du dollar comme ce dernier avait mis fin à l’hégémonie de la livre sterling dans la première moitié du XXème siècle. Éternel cycle de la grandeur et de la décadence des empires…

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2017/09/dollar.moyant.html

Le pétrole ouvre en hausse à New York à 52,55 dollars le baril

Le pétrole ouvre en hausse à New York à 52,55 dollars le baril

New York (awp/afp) – Le prix du baril de pétrole a ouvert en hausse à New York mercredi, toujours sous l’influence des tensions géopolitiques au Kurdistan et de la publication la veille des stocks de brut aux Etats-Unis.

A 13H00 GMT le baril de light sweet crude (WTI) pour livraison en novembre, référence américaine du brut, avançait de 41 cents à 52,55 dollars le baril sur le New York Mercantile Exchange (Nymex).

alb/jum/aro

(AWP / 28.09.2017 15h08)

 

https://www.romandie.com/news/Le-petrole-ouvre-en-hausse-a-New-York-a-52-55-dollars-le-baril/847625.rom