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Hydrocarbures : le Nigeria réclame 20 milliards de dollars aux géants du pétrole

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Hydrocarbures : le Nigeria réclame 20 milliards de dollars aux géants du pétrole

22 février 2019 à 15h17 | Par Jeune Afrique

L’administration nationale souhaite récupérer plusieurs milliards de dollars d’arriérés d’impôts auprès des compagnies pétrolières étrangères installées sur son territoire. Une réclamation qui s’inscrit dans une vaste campagne de recouvrement lancée par l’État, à la veille des élections présidentielles et législatives.

Abudja, réclame entre 2,5 et 5 milliards de dollars d’arriérés d’impôts à Royal Dutch Shell, Chevron, ExxonMobil, Eni, Total et Equinor. Les entreprises ont été averties au cours de l’année écoulée, par un courrier du service de recouvrement de la compagnie pétrolière nationale, la Nigerian National Petroleum Corporation.

Au total, l’opération doit permettre aux autorités de récupérer près de 20 milliards de dollars auprès compagnies visées. Deux d’entre-elles viennent de rendre l’affaire publique, ce qui soulève des soupçons d’instrumentalisation politique de la part du pouvoir, à la veille des élections présidentielles et législatives prévu le 23 février.

« Plusieurs opérateurs ont reçu des réclamations similaires, en liens avec une affaire entre les autorités nationales et locales du pays », a affirmé un porte-parole du groupe norvégien Equinor, selon lequel cette réclamation « n’a aucun mérite ». De son côté, ExxonMobil « est actuellement en train de plancher sur la question », a commenté un porte-parole du géant américain.

« Une dispute interne » des autorités nigérianes

De leur côté, les autorités nigérianes ont refusé de s’exprimer sur cette affaire. Mais d’après certaines sources gouvernementales et  industrielles contactées par Reuters, l’argument du redressement fiscal ne serait en fait qu’un prétexte pour mobiliser des fonds qui doivent être reversés aux États locaux, pour faire preuve d’une meilleur redistribution des revenus issus de la manne pétrolière.

« Cela ressemble à une dispute interne entre l’administration fédérale et les gouvernements locaux. Le gouvernement central essaie simplement de transférer ses dettes aux compagnies pétrolières », affirme une autre source industrielle.

Un campagne nationale de recouvrement d’impôts

Au-delà des compagnies pétrolières étrangères, les autorités nigérianes sont en pleine campagne de recouvrement fiscal menée par l’organisme public de recouvrement, le Federal Inland Revenue Service (FIRS).

En 2018, selon l’agence de presse nigérienne NAN, la FIRS a identifié et obtenue le recouvrement d’impôts de près de 40 000 entreprises évadées fiscales en 2018, pour un total de 6,4 milliards de dollars (dont 46 % issus d’entreprises liés à l’industrie pétrolières). En continuité de cette campagne, le FIRS envisage pour 2019 de régulariser la situation de 45 000 fraudeurs identifiés.

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Entretien du Saker avec Michael Hudson sur le Venezuela

Entretien du Saker avec Michael Hudson sur le Venezuela


Par Michael Hudson – Le 7 février 2019 – Source thesaker.is via  Unz Review

Hudson

Le Saker : Pouvez-vous résumer l’état de l’économie du Venezuela lorsque Chavez est arrivé au pouvoir ?

Michael Hudson : Le Venezuela était une mono-industrie du pétrole. Ses recettes d’exportation ont été largement consacrées à l’importation de produits alimentaires et autres nécessités qu’elle aurait pu produire chez elle. Son commerce était fait en grande partie avec les États-Unis. Malgré sa richesse pétrolière, il a donc augmenté sa dette extérieure.

2015-09-15_13h17_31-150x112Préambule : La vraie nature de l’économie vénézuélienne suscite de nombreuses controverses, à savoir si les réformes et les politiques d’Hugo Chavez et de Nicholas Maduro furent cruciales pour le peuple du Venezuela ou complètement erronées et ont précipité les crises actuelles. Tout un chacun semble avoir une opinion très arrêtée à ce sujet. Mais pas moi, tout simplement parce que je n’ai pas l’expertise pour avoir de tels avis. J'ai donc décidé de demander à l'un des économistes indépendants les plus en vue, Michael Hudson, pour qui j'ai un immense respect et dont les analyses – compris celles qu'il a co-écrites avec Paul Craig Roberts - semblent être les plus crédibles et les plus honnêtes qui soient. Paul Craig Roberts considère en effet que Hudson est le « meilleur économiste au monde » !
 
Je suis profondément reconnaissant à Michael pour ses réponses qui, je l’espère, contribueront à une compréhension honnête et objective de ce qui se passe réellement au Venezuela.
 
The Saker

Depuis le début, les compagnies pétrolières américaines ont craint que le Venezuela utilise un jour ses revenus pétroliers pour le bénéfice de sa population au lieu de laisser l’industrie pétrolière américaine et son aristocratie compradore locale siphonner sa richesse. Ainsi, l’industrie pétrolière – soutenue par la diplomatie américaine – a tenu le Venezuela en otage de deux manières.

Réserves de pétrole prouvées par Etat

Tout d’abord, les raffineries de pétrole n’ont pas été construites au Venezuela, mais à Trinidad et dans les États du sud de la côte américaine du Golfe. Cela a permis aux sociétés pétrolières américaines – ou au gouvernement américain – de laisser le Venezuela sans les moyens de « se débrouiller seul » et de mener une politique indépendante avec son pétrole, car il avait besoin de raffineries. Il n’est pas utile d’avoir des réserves de pétrole si vous ne parvenez pas à raffiner cette huile pour qu’elle soit utilisable.

Deuxièmement, les banquiers centraux du Venezuela ont été convaincus de nantir leurs réserves de pétrole, et tous les actifs du secteur pétrolier de l’État – y compris Citgo – en garantie de sa dette extérieure. Cela signifiait que si le Venezuela faisait défaut – ou était contraint à la faillite par des banques américaines refusant de payer en temps voulu sa dette extérieure – les détenteurs d’obligations et les grandes compagnies pétrolières américaines seraient légalement en mesure de prendre possession des avoirs pétroliers vénézuéliens.

Ces politiques pro-américaines ont fait du Venezuela une oligarchie latino-américaine typiquement polarisée. Bien qu’il soit théoriquement riche en pétrole, sa richesse était concentrée dans les mains d’une oligarchie pro-américaine qui a laissé piloter son développement national  par la Banque mondiale et le FMI. La population autochtone, en particulier sa minorité raciale rurale ainsi que la sous-classe urbaine, n’étaient pas autorisés à partager les richesses pétrolières du pays. Le refus arrogant de l’oligarchie de partager la richesse, voire de rendre le Venezuela autosuffisant, a fait de l’élection de Hugo Chavez un résultat naturel.

Le Saker : Pouvez-vous décrire les différentes réformes et changements introduits par Hugo Chavez ? Qu’est-ce qu’il a bien fait et qu’est-ce qu’il a mal fait ?

Michael Hudson : Chavez a cherché à établir une économie mixte au Venezuela, en utilisant les revenus de son gouvernement – principalement du pétrole, pour développer l’infrastructure et les dépenses nationales en soins de santé, en éducation et en emplois, afin d’améliorer le niveau de vie et la productivité de sa base électorale.

Mais il a été incapable d’empêcher les détournements de fonds et le pillage des revenus du secteur pétrolier. Et il a été également incapable d’arrêter la fuite des capitaux de l’oligarchie, qui a transféré ses richesses en fuyant à l’étranger.

Ce n’était pas « erroné ». Il faut simplement beaucoup de temps pour réformer une économie – alors que les États-Unis ont eu recours à des sanctions et à des « manœuvres malhonnêtes » pour mettre fin à ce processus.

Le Saker : Quelles sont, à votre avis, les causes de la crise économique actuelle au Venezuela – est-ce principalement dû aux erreurs de Chavez et Maduro ou est-ce le sabotage, la subversion et les sanctions des États-Unis ?

Michael Hudson : Il n’y a aucun moyen pour que Chavez et Maduro aient pu mener une politique pro-vénézuélienne visant à obtenir l’indépendance économique sans susciter la fureur, la subversion et les sanctions des États-Unis. La politique étrangère américaine reste autant axée sur le pétrole que lorsqu’elle avait envahi l’Irak sous le régime de Dick Cheney. La politique américaine consiste à considérer le Venezuela comme un prolongement de l’économie américaine, enregistrant un excédent commercial grâce au pétrole qui doit être dépensé aux États-Unis ou transféré à des banques américaines.

En imposant des sanctions qui empêchent le Venezuela d’avoir accès à ses dépôts bancaires américains et aux actifs de sa société publique Citgo, les États-Unis empêchent le Venezuela de payer sa dette extérieure. C’est le forcer à la faillite, ce que les diplomates US espèrent, comme excuse pour saisir les ressources pétrolières du Venezuela et s’emparer de ses avoirs extérieurs, à l’instar du fonds de couverture Paul Singer qui visait les avoirs extérieurs de l’Argentine.

Tout comme la politique américaine sous Kissinger était de faire « souffrir l’économie » du Chili, les États-Unis suivent la même voie contre le Venezuela. Ils utilisent ce pays comme un « exemple » pour avertir les autres pays qu’ils ne doivent pas agir pour leurs intérêts propres, de façon à permettre le siphonnage de leurs excédents économiques par des investisseurs américains.

Le Saker : Selon vous, que devrait faire ensuite Maduro – en supposant qu’il reste au pouvoir et que les États-Unis ne le renversent pas – pour sauver l’économie vénézuélienne ?

Michael Hudson : Je ne peux penser à rien que le président Maduro puisse faire qu’il ne fasse pas déjà. Au mieux, il peut rechercher un soutien étranger – et démontrer au monde la nécessité d’un système financier et économique international alternatif.

Il a déjà commencé à le faire en essayant de retirer l’or du Venezuela de la Banque d’Angleterre et de la Réserve Fédérale. Cela se transforme en « guerre asymétrique », menaçant la sanctification de la norme du dollar dans la finance internationale. Le refus de l’Angleterre et des États-Unis d’accorder à un gouvernement élu le contrôle de ses avoirs extérieurs prouve au monde entier que les diplomates et les tribunaux américains peuvent, à eux seuls, contrôler les pays étrangers en tant que prolongement du nationalisme américain.

L’attaque économique contre le Venezuela par les États-Unis a donc pour prix la fracturation du système monétaire mondial. La démarche défensive de Maduro montre à d’autres pays qu’ils doivent éviter de devenir « un autre Venezuela»  en trouvant un nouveau lieu sûr et un payeur fiable pour leur or, leur réserve de change et leur financement, loin des zones dollar, livre sterling et euro.

La seule façon pour Maduro de lutter avec succès est au niveau institutionnel, ce qui lui permet de « sortir de la boîte ». Son plan – bien sûr à long terme – consiste à aider à catalyser un nouvel ordre économique international indépendant de l’étalon dollar américain. Cela ne fonctionnerait à court terme que si les États-Unis étaient convaincus qu’ils peuvent émerger de cette lutte en tant que courtier financier honnête, avec un système bancaire fiable, et partisan de régimes démocratiquement élus. L’administration Trump détruit l’illusion plus complètement que ne le pourrait tout critique anti-impérialiste ou rival économique !

À plus long terme, Maduro doit également développer l’agriculture vénézuélienne, à peu près comme les États-Unis qui ont protégé et développé leur agriculture dans le cadre de la législation du New Deal des années 1930 : extension des services ruraux, crédit rural, conseils en semences, organisations nationales de commercialisation des récoltes, achat et fourniture de matériel agricole, et le même type de soutien des prix que les États-Unis utilisent depuis longtemps pour subventionner les investissements agricoles nationaux afin d’accroître la productivité.

The Saker : Qu’en est-il du projet d’introduction d’une crypto-monnaie basée sur le pétrole ? Sera-ce une alternative efficace au Bolivar vénézuélien mourant ?

Michael Hudson : Seul un gouvernement national peut émettre une monnaie. Une « crypto » devise liée au prix du pétrole deviendrait un moyen de couverture, sujet aux manipulations et aux fluctuations de prix des vendeurs à terme et des acheteurs. Une monnaie nationale doit être basée sur la capacité d’imposition du pays, et les recettes pétrolières qui constituent la principale source d’impôts au Venezuela sont bloquées aux États-Unis. La position du Venezuela est donc semblable à celle du mark allemand suite à l’hyperinflation du début des années 1920. La seule solution implique un soutien à la balance des paiements. Il semble que le seul soutien de ce type puisse provenir de l’extérieur de la sphère du dollar.

La solution à toute hyperinflation doit être négociée diplomatiquement et soutenue par les autres gouvernements. Mon histoire du commerce international et de la théorie financière, Trade, Development and Foreign Debt, décrit le problème des réparations de l’Allemagne et comment son hyperinflation a été résolue par le Rentenmark.

La taxe de rente économique du Venezuela proviendrait du pétrole, des sites d’immobilier de luxe, ainsi que des monopoles et des hauts revenus – principalement les revenus financiers et monopolistiques. Une telle politique fiscale et monétaire doit être encadrée par une logique. J’ai essayé d’expliquer comment atteindre l’indépendance monétaire et donc politique depuis un demi-siècle. La Chine applique cette politique le plus efficacement possible. Elle est capable de le faire car il s’agit d’une économie importante et autosuffisante, dotée d’un excédent d’exportation suffisant pour pouvoir payer ses importations de produits alimentaires. Le Venezuela n’est pas dans une telle position. C’est la raison pour laquelle il cherche l’aide de la Chine en ce moment.

Le Saker : Quelle aide apportent la Chine, la Russie et l’Iran et que peuvent-ils faire pour aider ? Pensez-vous que ces trois pays ensemble peuvent aider à contrer le sabotage, la subversion et les sanctions des États-Unis ?

Michael Hudson : Aucun de ces pays n’a actuellement la capacité de raffiner le pétrole vénézuélien. Cela rend difficile pour eux d’accepter un paiement en pétrole vénézuélien. Seul un contrat de fourniture à long terme, payé en avance, serait réalisable. Et même dans ce cas, que feraient la Chine et la Russie si les États-Unis saisissaient simplement leurs propriétés au Venezuela ou refusaient de laisser la compagnie pétrolière russe prendre possession de Citgo ? Dans ce cas, la seule solution serait de saisir les investissements américains dans leur propre pays à titre de compensation.

Au moins la Chine et la Russie peuvent fournir un mécanisme de compensation bancaire alternatif à SWIFT, afin que le Venezuela puisse contourner le système financier américain et empêcher ses avoirs d’être saisis à volonté par les autorités américaines ou les créanciers obligataires. Et bien sûr, ils peuvent sécuriser la plus grande partie de l’or que le Venezuela peut récupérer de New York et de Londres.

Pour l’avenir, la Chine, la Russie, l’Iran et d’autres pays doivent donc mettre en place un nouveau tribunal international chargé de statuer sur la crise diplomatique à venir et sur ses conséquences financières et militaires. Une telle cour – et la banque internationale associée, en tant qu’alternative au FMI et à la Banque mondiale contrôlés par les États-Unis – a besoin d’une idéologie claire pour définir un ensemble de principes de nationalité et de droits internationaux ainsi que le pouvoir de mettre en œuvre et d’appliquer ses jugements.

Les stratèges financiers américains auraient alors le choix : s’ils continuent à utiliser le FMI, la Banque mondiale, l’OIT et l’OTAN comme des prolongements d’une politique étrangère de plus en plus agressive, ils risquent d’isoler les États-Unis. L’Europe devra choisir entre rester un satellite économique et militaire américain, ou joindre son sort à celui de l’Eurasie.

Cependant, Daniel Yergin a rapporté dans le Wall Street Journal du 7 février que la Chine tentait de se protéger en ouvrant une négociation indirecte avec le groupe de Guaido, apparemment pour obtenir le même accord qu’elle avait négocié avec le gouvernement de Maduro. Mais un tel accord ne semble pas susceptible d’être honoré dans la pratique, étant donné l’animosité des États-Unis envers la Chine et la dépendance totale de Guaido au soutien secret des États-Unis.

The Saker : Le Venezuela a gardé une grande partie de son or au Royaume-Uni et de son argent aux États-Unis. Comment Chavez et Maduro pouvaient-ils faire confiance à ces pays ou n’ont-ils pas eu d’autre choix ? Existe-t-il des alternatives viables à New York et à Londres ou sont-elles toujours les « seules en ville » pour les banques centrales du monde ?

Michael Hudson : Il n’y a jamais eu de confiance réelle dans la Banque d’Angleterre ou la Réserve fédérale, mais il semblait impensable qu’elles refusent de permettre à un déposant officiel de retirer son propre or. La devise habituelle est « Faites confiance, mais vérifiez ». Mais le refus – ou l’incapacité – de la Banque d’Angleterre de laisser vérifier signifie que ce qui était auparavant impensable est maintenant arrivé : ces banques centrales ont-elles vendu cet or à terme auprès du London Pool, et à ses successeurs négociant sur le marché des matières premières; dans leur tentative de contenir le prix afin de maintenir l’apparence d’une norme solvable en dollars américains ?

Paul Craig Roberts a décrit le fonctionnement de ce système. Il existe des marchés à terme pour les devises, les actions et les obligations. La Réserve fédérale peut proposer d’acheter une action dans trois mois, par exemple à 10% de plus que le prix actuel. Les spéculateurs achèteront des actions, faisant monter les enchères, de manière à tirer parti de la promesse faite par « le marché » d’acheter les actions. Donc, au bout de trois mois, le prix aura augmenté. C’est en grande partie de cette manière que la « Plunge Protection Team » américaine a soutenu le marché boursier américain.

Le système fonctionne en sens inverse pour contenir les prix de l’or. Les banques centrales détenant de l’or peuvent se réunir et proposer de vendre de l’or à bas prix dans trois mois. Le « marché » se rendra compte qu’avec la vente d’or à bas prix, il ne sert à rien d’acheter plus d’or et d’augmenter son prix. Ainsi, le marché à terme façonne le marché actuel.

La question est de savoir si les acheteurs d’or – tels que les gouvernements russe et chinois – ont acheté tellement d’or que la Fed et la Banque d’Angleterre ont réellement dû « honorer » leurs ventes à terme et épuiser continuellement leur or. Dans ce cas, ils auraient « vécu pour le moment », en maintenant bas le prix de l’or aussi longtemps qu’ils le pouvaient, sachant qu’une fois que le monde aura retrouvé l’étalon de change or d’avant 1971 pour la compensation des déficits des balances intergouvernementales des paiements, les États-Unis seront à court d’or et ne pourront pas maintenir leurs dépenses militaires à l’étranger – sans parler de leur déficit commercial et du désinvestissement des étrangers sur leurs marchés boursier et obligataire. Mon livre sur le super-impérialisme explique pourquoi le fait de manquer d’or a mis fin à la guerre du Vietnam. La même logique s’appliquerait aujourd’hui au vaste réseau américain de bases militaires.

Le refus de l’Angleterre et des États-Unis de payer le Venezuela signifie que les réserves d’or officielles étrangères peuvent être tenues en otage par la politique étrangère des États-Unis et même par des jugements rendus par des tribunaux américains pouvant attribuer cet or à des créanciers étrangers, ou à quiconque engageant une action en justice, selon la loi américaine, contre ces pays.

Cette prise d’otages oblige maintenant d’autres pays à développer une alternative viable, d’autant que le monde se dédollarise et qu’un étalon or reste le seul moyen de limiter le déficit de la balance des paiements imputable aux forces armées des États-Unis ou de toute autre pays préparant une attaque militaire. Un empire militaire coûte très cher – et l’or est une contrainte « pacifique » sur les déficits  induits par l’armée. J’énonce les détails dans mon livre Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire (1972), mis à jour en German as Finanzimperium (2017).

Les États-Unis ont surjoué leur donne en détruisant les fondements de l’ordre financier mondial centré sur le dollar. Cette décision a permis aux États-Unis d’être « la nation exceptionnelle » capable de gérer les déficits de sa balance des paiements et une dette extérieure qu’ils n’ont aucune intention – ni possibilité – de payer, affirmant que les dollars de leurs dépenses militaires « approvisionnent » les réserves des banques centrales des autres pays sous forme de prêts au Trésor américain, obligations et bons du Trésor, pour financer le déficit budgétaire et les dépenses militaires, ainsi que le déficit essentiellement militaire de la balance des paiements.

Étant donné que l’UE agit en tant que branche de l’OTAN et du système bancaire américain, cette alternative devrait être associée à l’Organisation de coopération de Shanghai et l’or devrait être conservé en Russie et/ou en Chine.

The Saker : Que peuvent faire d’autres pays d’Amérique latine tels que la Bolivie, le Nicaragua, Cuba et peut-être l’Uruguay et le Mexique pour aider le Venezuela ?

Michael Hudson : La meilleure chose à faire pour les pays voisins d’Amérique latine consiste à créer un moyen de promouvoir la dédollarisation et, avec elle, une institution internationale chargée de superviser la réduction des dettes qui dépassent la capacité des pays à rembourser autrement qu’en imposant l’austérité et en détruisant leurs économies.

Une alternative est également nécessaire pour la Banque mondiale qui consentirait des prêts en monnaie nationale, surtout pour subventionner les investissements dans la production alimentaire nationale afin de protéger l’économie contre les sanctions alimentaires étrangères – l’équivalent d’un siège militaire pour forcer la reddition en imposant la famine. Cette Banque mondiale pour l’accélération économique donnerait la priorité au développement de l’autonomie de ses membres, au lieu de promouvoir la concurrence à l’exportation tout en chargeant les emprunteurs d’une dette extérieure qui les exposerait au type de chantage financier que connaît le Venezuela.

En tant que pays catholique romain, le Venezuela pourrait demander l’aide papale pour une réduction de la dette et une institution internationale chargée de surveiller la capacité de payer des pays débiteurs sans imposer austérité, émigration, dépeuplement et privatisation forcée du domaine public.

Deux principes internationaux sont nécessaires. Premièrement, aucun pays ne devrait être obligé de payer sa dette extérieure dans une devise – telle que le dollar ou ses satellites – dont le système bancaire peut interdire l’utilisation.

Deuxièmement, aucun pays ne devrait être obligé de payer une dette extérieure au prix de la perte de son autonomie nationale en tant qu’État : le droit de déterminer sa propre politique étrangère, de taxer et de créer sa propre monnaie, et de s’affranchir de la privatisation de ses actifs publics pour payer les créanciers étrangers. Une telle dette est un « emprunt irrécouvrable » qui reflète l’irresponsabilité du créancier ou, pire, l’acquisition pernicieuse de biens lors d’une saisie qui était l’objectif même du prêt.

Le Saker : Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre à mes questions !

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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L’interview de Maduro par Sputniknews

L’interview de Maduro par Sputniknews


Dans une grande interview exclusive à Sputnik, le Président vénézuélien, Nicolas Maduro, s’est livré à propos de la crise en cours dans son pays.


Par Sputnik News – Le 30 janvier 2019

Selon le Président vénézuélien, Washington aspire à s’emparer du pétrole et d’autres ressources.

« Il y a plusieurs raisons. La principale raison est d’obtenir du pétrole vénézuélien parce que nous avons les plus grandes réserves de pétrole certifiées au monde. Nous certifions que nous possédons ce qui sera les plus grandes réserves d’or au monde, nous avons la quatrième plus grande réserve de gaz du monde, de grandes réserves de diamants, d’énormes réserves d’eau potable, d’aluminium, de fer et de coltan. Nous sommes une puissance dans le domaine des ressources énergétiques, des ressources naturelles », a-t-il déclaré.

« Trump a donné l’ordre au gouvernement colombien de me tuer »

Nicolas Maduro estime que Donald Trump a ordonné au gouvernement colombien de l’assassiner, ajoutant que la Colombie et les États-Unis seront responsables si cela se produit, précisant que cela ne sera pas facile.

« Tout d’abord, mon destin est entre les mains de Dieu, je suis chrétien, je crois dans la protection du Seigneur. Je suis constamment protégé par le peuple du Venezuela, nous avons un bon service de renseignement », a-t-il signalé.

« Il ne fait pas de doute que Donald Trump a donné l’ordre de me tuer, il a dit au gouvernement colombien et aux mafias de l’oligarchie colombienne de me tuer. Si cela a lieu, Donald Trump et le Président colombien Ivan Duque seront responsables de ce qui m’arrivera », a indiqué le Président vénézuélien.

Il a cependant souligné une fois de plus qu’il était bien protégé.

« Cependant je suis bien protégé. Nous avons un bon système de protection. Plus encore, nous avons une protection plus substantielle : c’est la défense de Dieu qui me donnera une vie longue », a affirmé M. Maduro.

Ouverture au dialogue avec l’opposition

Nicolas Maduro s’est dit disposé au dialogue avec l’opposition pour le bien du pays.

« Je suis prêt à rencontrer, avec un ordre du jour ouvert, des secteurs de l’opposition pour évoquer le bien du Venezuela, la paix et l’avenir », a-t-il déclaré.

En ce qui concerne la possible participation de médiateurs internationaux, le Président vénézuélien a noté qu’il y avait « plusieurs gouvernements et organisations mondiales, faisant montre de leur sincère préoccupation concernant les développements au Venezuela, qui avaient appelé au dialogue ».

Il a ajouté qu’il voudrait que ces gouvernements et organisations « soutiennent le dialogue au Venezuela ».

Maduro revient sur les notes de Bolton : de l’infantilisme et de la clownerie

Nicolas Maduro trouve que le conseiller étasunien à la sécurité nationale, John Bolton, a fait montre d’infantilisme en laissant à la portée de journalistes ce qui était écrit sur son bloc-notes.

« Ce qu’a fait John Bolton, c’est quelque chose d’infantile, c’est de la clownerie. Sortir avec un bloc-notes pour qu’on lise que lui, John Bolton, enverra des troupes en Colombie, comme s’il était président des États-Unis. C’est une sottise, c’est de la clownerie. Cela a été démenti même par le gouvernement colombien, via une déclaration officielle des ministères des Affaires étrangères et de la Défense. C’est de la clownerie, de la provocation, c’est de l’infantilisme sot de la part de M.Bolton, qui traduisent sa déception et sa haine du Venezuela », a signalé M.Maduro.

Des élections présidentielles anticipées ? Le Venezuela n’accepte pas les ultimatums

Nicolas Maduro a déclaré que les élections présidentielles au Venezuela se sont tenues et que si les impérialistes voulaient de nouvelles élections, ils n’avaient qu’à attendre 2025 et que le pays n’acceptait pas des ultimatums.

« La présidentielle a eu lieu il y a moins d’un an, il y a dix mois, elle s’est tenue conformément à tous les paramètres légaux et constitutionnels », a-t-il rappelé.
Selon lui, le fait qu’une part de la communauté internationale insistait sur de nouvelles élections présidentielles était synonyme de néocolonialisme, alors qu’une capitale européenne ou Washington donne des ordres à tout pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine ou des Caraïbes.

« Qui sont-ils pour décider ici ? J’ai raflé 68% des voix. J’ai vaincu de façon légitime. Nous avons organisé les élections avec l’utilisation d’un système électronique transparent sous l’observation internationale », a-t-il relevé.

« Nous n’acceptons d’ultimatum de personne au monde. Nous n’acceptons pas le chantage. Les élections présidentielles au Venezuela se sont tenues et si les impérialistes souhaitent de nouvelles élections, qu’ils attendent jusqu’en 2025 », a martelé le Président vénézuélien.

Sur les élections législatives anticipées

Par contre, il a donné son aval à l’idée d’avancer les élections législatives, fixées pour 2020, afin de mettre fin à la grave crise politique que traverse son pays.

« Ce serait très bien s’il y avait des élections anticipées au parlement vénézuélien, ce serait une bonne forme de débat politique et une solution par le biais du vote populaire. J’accepterais les élections législatives, par un décret de l’Assemblée nationale constituante, ce qui servirait de soupape de sécurité à la tension créée par le coup d’état impérialiste au Venezuela », a déclaré le président.

Maduro a révélé qui avait empêché le dialogue entre lui et Trump

Selon Nicolas Maduro, le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, n’a pas permis l’établissement de contacts entre l’administration de Donald Trump et le gouvernement vénézuélien, malgré les nombreuses tentatives de ce dernier pour y parvenir.

« Toutes ces années, j’ai fait des tentatives au niveau personnel – en envoyant des messages qui parvenaient à Trump, en public, par le biais des médias – pour instaurer des liens, le respect et le dialogue avec le gouvernement étasunien, en dépit des divergences idéologiques, culturelles et politiques, malgré les particularités nationales si différentes soient-elles entre Donald Trump et Nicolas Maduro. Il semblait qu’une possibilité s’était offerte, qu’une porte s’était ouverte », a révélé le dirigeant vénézuélien.

Cependant, selon lui, John Bolton a défendu à Donald Trump d’engager le dialogue.

« Je dispose d’informations selon lesquelles il l’a interdit », a affirmé le Président vénézuélien.

Mandat d’arrêt contre Guaido : c’est du ressort du procureur général et de la Cour suprême

Alors que le parquet vénézuélien a annoncé la prise de certaines mesures à l’encontre de Juan Guaido, le Président a fait savoir que lancer un mandat d’arrêt contre ce dernier était de la compétence du procureur général et de la Cour suprême.

« À ma connaissance, cette mesure n’a pas été prise. Attendons les résultats des processus constitutionnels et judiciaires internes », a-t-il déclaré.

« Mais c’est un avis du chef de l’État. C’est au procureur général de la République d’agir et il a déjà agi, c’est à la Cour suprême de justice d’agir, et elle agit. Et les ordonnances du parquet et des tribunaux seront respectées par le système judiciaire vénézuélien », a-t-il signalé, ajoutant qu’ « un coup d’État [était] en cours au Venezuela et [que] la Constitution [avait] été violée ».

Sputniknews

http://lesakerfrancophone.fr/linterview-de-maduro-par-sputniknews

L’effondrement organisé de PDVSA

L’effondrement organisé de PDVSA

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Les États-Unis ont édicté des sanctions à l’encontre de PDVSA, la compagnie pétrolière nationale vénézuélienne. Selon le secrétaire au Trésor, Steven Mnuchin, le « régime de Maduro » s’en servait pour « pour contrôler, manipuler et voler le peuple vénézuélien ».

Par « manipuler le peuple », il faut comprendre que la République bolivarienne redistribuait les bénéfices de PDVSA aux pauvres du pays.

Il est désormais interdit aux sociétés US de payer le pétrole vénézuélien aux autorités constitutionnelles. Elles doivent s’en acquitter auprès du « président par intérim » autoproclamé, Juan Guaidó.

Effet collatéral de cette mesure : la société Citgo, filiale US de PDVSA ne pourra pas rembourser ses prêts à la société russe Rosneft. Par conséquent, celle-ci pourrait saisir ses trois raffineries et ses pipe-lines aux États-Unis. Cependant, le Pentagone pourrait s’y opposer pour « raison de sécurité nationale ».

Depuis sa création, en 1976, le personnel de PDVSA a vécu séparé du reste des Vénézuéliens, les yeux rivés sur Washington. Il a toujours été totalement opposé aux Bolivariens.

Durant la présidence d’Hugo Chávez, la production de PDVSA avait baissé, mais ses profits avaient augmentés. L’État, souhaitant disposer de raffineries adaptées au pétrole de schiste qui venait d’être découvert, n’était pas pressé d’investir dans leur construction : le président Chávez craignait qu’elles ne pousse les États-Unis à envahir le pays. Sous la présidence de Nicolas Maduro, divers scandales ont continué à affaiblir PDVSA. Son équipe dirigeante a détourné des sommes gigantesques et les a transférées en Andorre, avant que le pillage ne soit découvert et les criminels poursuivis. Actuellement, de nombreux ouvriers de la compagnie publique, soutiennent le putsch de Juan Guaidó et ne se rendent plus au travail, de sorte que la production est tombée au cinquième des capacités.

 

https://www.voltairenet.org/article204950.html

Le pétrole, un enjeu sanglant entre les peuples ?

Le pétrole, un enjeu sanglant entre les peuples ?


Par Christine Cuny − Janvier 2019

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Il faut rappeler que le mouvement des Gilets Jaunes s’est mis en branle à la suite de, et en réaction contre, la flambée du prix du carburant. Or, n’oublions pas qu’au-delà de l’essence qui permet aux « citoyen(nes) » de se déplacer quotidiennement pour aller travailler, et des différents produits dérivés qui pourvoient à un grand nombre de leurs besoins matériels, il y a un élément primordial : c’est l’or noir.

Pour mettre en lumière le rôle essentiel que celui-ci occupe désormais dans l’existence d’un peuple dit « civilisé » comme le nôtre, et la façon dont il continue à impacter des relations internationales qui, malgré l’existence d’organisations censées neutraliser les conflits, restent marquées par l’instabilité, il nous est nécessaire de revenir une fois de plus à la guerre de 1914-1918. Car, si sur le plan humain elle fut un désastre à jamais irréparable, il faut redire à quel point elle s’est révélée à l’inverse, le moyen, pour certaines puissances engagées dans le conflit, de s’assurer un véritable triomphe politique et économique pour le présent, mais aussi pour le futur.

Le pétrole, en particulier, y avait gagné son titre de gloire en apportant sa contribution à la résolution d’un conflit qui perdurait depuis quatre ans, à tel point que lors d’un banquet organisé à Londres, le 21 novembre 1918, Lord Curzon, ministre britannique des affaires étrangères, avait déclenché de vifs applaudissements dans l’assistance en déclarant, dans un discours enflammé :
« Tous les produits du pétrole – l’huile combustible, l’essence-aviation, l’essence-moteur, l’huile de graissage, etc., etc. – ont eu une part égale d’importance dans la guerre. En vérité, l’avenir dira que les alliés ont été portés à la victoire sur des flots de pétrole ! ».

Métaphore qui n’avait rien d’exagéré car, si l’on en croit William Engdahl dans son ouvrage Pétrole, une guerre d’un siècle :

 « En 1914, au début de la guerre, l’armée française disposait de 110 camions, 60 tracteurs et 132 avions. En 1918, quatre ans plus tard, les chiffres étaient de 70 000 camions, 12 000 avions tandis que les Britanniques et dans les derniers mois les Américains, engageaient au combat 105 000 camions et plus de 4 000 avions. L’offensive finale anglo-franco-américaine sur le front occidental consomma la quantité stupéfiante de 12 000 barils de pétrole par jour. »

Placés devant la nécessité d’assurer l’approvisionnement de quantités colossales de pétrole pour le transport des troupes et des équipements, et pour la fabrication d’explosifs, les États des pays belligérants avaient dû en prendre directement le contrôle et la gestion, comme ils avaient été contraints de le faire, pour tout ce qui était indispensable à la poursuite de la guerre en vue de la victoire, ce qui, par ailleurs, était tout à fait inédit en matière d’intervention économique.

Or, de ce côté-là, Lord Curzon, porte-parole des Britanniques, ne pouvait que se féliciter des résultats tout à fait satisfaisants qui avaient été obtenus :

« Nous avons eu à exercer d’une façon tout à fait stricte les pouvoirs de l’État, en prenant en mains le contrôle de plusieurs produits essentiels à la vie nationale. Parmi ces produits nationaux et internationaux, le plus important fut le pétrole. »

Et pour cause… La Grande Bretagne, dont la suprématie économique n’avait jusque-là jamais été démentie, avait fini par s’inquiéter de la montée en puissance des États-Unis, en raison de leurs capacités de production du précieux combustible. Ainsi se préparait un changement majeur dans les rapports de force internationaux que la guerre avait par ailleurs confirmé, les champs pétrolifères étasuniens ayant fourni 80% des besoins en pétrole des Alliés. Dans la mesure où le pétrole était susceptible de supplanter le charbon, dont la Grande-Bretagne avait été jusqu’à présent le principal producteur et pourvoyeur, l’hégémonie de l’Empire britannique était plus que jamais menacée.

À ce propos, William Engdahl remarque que l’ « on évoque (…) rarement le fait que bien avant 1914, les objectifs stratégiques géopolitiques de la Grande-Bretagne n’impliquaient pas seulement l’écrasement de son grand rival industriel allemand, mais aussi, par le moyen de la conquête, la garantie d’un contrôle britannique incontesté sur ces précieuses ressources pétrolières qui depuis 1919 s’étaient imposées comme la matière première stratégique indispensable au développement économique. »

Obnubilés, jusque dans leurs relations avec les autres puissances, par la préoccupation de préserver, coûte que coûte, les intérêts fondamentaux liés à la pérennisation de leur domination économique sur le monde, les Britanniques ne se montraient guère plus tendre avec leurs « alliés » qu’avec leurs rivaux déclarés…

Si l’on en croît William Engdahl,

« Tandis que la France et l’Allemagne étaient occupées à s’entretuer dans une boucherie sanglante et inutile le long de la ligne Maginot, la Grande-Bretagne déplaçait plus de 1 400 000 de ses soldats, un nombre étonnant, vers le théâtre oriental. »

Faut-il donc le redire ? La guerre de 1914-1918 a eu comme élément déclencheur bien autre chose que l’assassinat de l’héritier du trône d’Autriche-Hongrie par un obscur « fanatique » serbe, et elle avait une tout autre motivation que la prétendue défense des peuples et de leurs territoires : ses véritables buts étaient secrets, parce qu’en réalité inavouables. William Engdahl nous en donne un aperçu qui ne peut que nous glacer le sang…

« L’examen des véritables relations financières entre les principaux intérêts en guerre révèle un extraordinaire arrière-plan de crédits secrets associés à des plans détaillés pour ré-allouer, après la guerre, les matières premières et la richesse matérielle du monde entier et particulièrement les zones de l’Empire ottoman qui étaient réputées receler des réserves pétrolières. »

Et la France dans tout cela ? Paraît-il qu’elle manquait de pétrole : pourquoi donc n’aurait-elle pas tenté de profiter des marrons que sa chère « alliée », la Grande-Bretagne, aurait bien voulu tirer du feu (pour ses beaux yeux ?) du côté de l’Empire ottoman ou encore, et ce qui était bien plus près, dans les colonies qu’il suffirait de rafler au « barbare teuton » ? …

Pour William Engdahl,

« …rien mieux que l’accord secret signé en 1916, au plus fort de la bataille, ne démontre les objectifs cachés des puissances alliées contre les puissances centrales regroupées autour de l’Allemagne, de l’Autriche-Hongrie et de la Turquie ottomane lors de la guerre de 1914-1918. Les signataires en étaient la Grande-Bretagne, la France et plus tard l’Italie et la Russie tsariste. »

En fait, comme le constate le même auteur, aucune guerre n’avait jusqu’alors révélé aux grandes puissances « l’importance primordiale de l’approvisionnement pétrolier pour le futur de la sécurité militaire ou économique ». En apposant sa signature sur l’accord secret Sykes-Picot censé lui garantir sa part d’or noir, grâce à un dépeçage en règle des régions productrices, la France conclurait un pacte d’infamie dont elle continuerait, un siècle plus tard, à subir des effets lourds de conséquences.

Car, pendant que le peuple français semble n’être préoccupé que par le prix du carburant et par les taxes qui le grèvent, la guerre n’a toujours pas lâché prise dans ce Moyen Orient si convoité où, tout là-bas, en Syrie et en Palestine, d’autres peuples continuent de s’entretuer ou bien, quand ils le peuvent, de s’exiler pour préserver leur vie.

Est-ce donc vraiment si loin, que cela nous touche si peu, nous les Français(es) qui croyons encore pouvoir nous porter garant(e)s de ce beau pays des Droits de l’Homme et du … Citoyen ?

Christine Cuny

http://lesakerfrancophone.fr/le-petrole-un-enjeu-sanglant-entre-les-peuples

 

Pic de diesel ou pas de pic de diesel ?

Pic de diesel ou pas de pic de diesel ?


Le débat se poursuit


Par Ugo Bardi – Le 16 décembre 2018 – Source CassandraLegacy


Dans un article récent, Antonio Turiel a proposé l’hypothèse que le pic mondial de production de diesel avait été atteint il y a trois ans, en 2015. L’idée de Turiel est d’autant plus intéressante qu’elle tient compte du fait que ce que nous appelons « pétrole » est en fait une grande variété de liquides aux caractéristiques différentes. Le boom actuel de l’extraction du pétrole de réservoirs étanches (également connu sous le nom de « shale oil ») aux États-Unis a évité, jusqu’à présent, le déclin du volume total de pétrole produit dans le monde (« peak oil »).

Le schiste bitumineux a changé beaucoup de choses dans l’industrie pétrolière, mais il n’a pas pu éviter le déclin du pétrole classique. Cela a eu des conséquences : le schiste bitumineux est du pétrole léger, difficilement transformable en carburant (diesel), qui est aujourd’hui le carburant utilisé majoritairement dans les transports. Cela semble avoir forcé l’industrie pétrolière à convertir de plus en plus de pétrole « lourd » en diesel, mais le diesel se fait de plus en plus rare et de plus en plus cher, au point que sa production pourrait avoir atteint un pic en 2015. De plus, cela a créé une pénurie de pétrole lourd, le carburant de choix pour le transport maritime. Bref, le fameux « pic pétrolier » n’arrive pas d’un coup, mais au coup par coup, affectant certains types de carburants plus rapidement que d’autres.

La proposition de Turiel a suscité un débat considérable parmi les experts, plusieurs d’entre eux contestant l’interprétation de Turiel. Turiel lui-même et Gail Tverberg ont discuté de la validité des données et de leur signification. Ci-dessous, je reproduis leur échange avec leur aimable autorisation. Comme vous le verrez, la question est complexe et, au stade actuel, il n’est pas possible de parvenir à une conclusion définitive. Personnellement, je dirais qu’il est compréhensible que beaucoup d’entre nous craignent d’être critiqués pour avoir crié au loup trop tôt, mais qu’il vaut néanmoins la peine de rapporter ses données et d’en discuter en fonction de ce que nous savons. Puis, comme cette phrase attribuée à John Maynard Keynes, « Moi quand j’ai de nouvelles données, je modifie mes conclusions. Et vous, monsieur ? »

Réponse de Gail Tverberg

Cher Ugo,

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais les données par type de combustible raffiné sont disponibles à partir de diverses sources standard de données énergétiques. Les données de l’EIA contiennent beaucoup de données détaillées pour les États-Unis ; BP dispose de données régionales pour un certain nombre de ventilations. Il existe sans aucun doute d’autres sources de consommation de pétrole par pays. Je considère JODI comme des données fournies sur la base du volontariat ; il n’est pas vraiment clair (à mes yeux) quels sont les pays qui entrent ou sortent, pour quelles périodes.

L’information que vous affichez dans votre récent article semble montrer une tendance assez différente de celle de BP (Dist. signifie Distillates).

Selon BP, les distillats moyens se composent de kérosène pour avions, de kérosène de chauffage, de gaz et de diesel (y compris pour les navire de fret).

Dans le secteur des distillats moyens, il existe une autre ventilation pour les dernières années, qui montre une catégorie appelée diesel/gazole séparément du jet/kérosène. Il montre un schéma assez similaire.

C’est la catégorie « fioul », qui semble être celle des distillats lourds, qui montre la forte baisse de la consommation. Cela est conforme à ce que nous constatons aux États-Unis. Les raffineries peuvent faire beaucoup plus d’argent si elles craquent le pétrole lourd et le raffinent en produits plus légers que si elles le vendent à l’état brut. Aux États-Unis, une grande partie de la construction routière est passée de l’asphalte au béton. Le béton est un produit du charbon dans certaines parties du monde.

Aux États-Unis, le coke de pétrole a également connu une forte baisse.

En ce qui concerne ce que l’EIA appelle le mazout distillé (que je considère comme du diesel), aux États-Unis, il y a effectivement eu deux grands pas en arrière.

La première baisse de la consommation, en 1981 (lorsque les taux d’intérêt ont été augmentés), a été le moment où une grande partie du chauffage domestique et de la production d’électricité a été remplacée par d’autres produits énergétiques. Le deuxième ralentissement s’est produit en 2008, alors qu’un nombre encore plus important de propriétaires a abandonné l’utilisation du fioul pour le chauffage des maisons. De plus, sur le plan industriel, de nouvelles techniques ont été mises au point pour forer des puits de pétrole en utilisant du gaz naturel plutôt que du diesel [pour les moteurs, NdT]. Le gaz naturel est généralement produit au même endroit et il est beaucoup moins cher à utiliser pour les producteurs de pétrole que le diesel. Il est à noter que le pourcentage de baisse est beaucoup plus faible dans le graphique « mazout distillé » que pour les deux autres graphiques de l’EIA que j’ai montrés.

Pour moi, il est très difficile de comprendre exactement ce qui se passe, avec des noms aussi similaires pour différents produits. De plus, il semble y avoir beaucoup de changements dans leur utilisation dans le monde entier. Tout cela rend la situation confuse.

Vous voudrez peut-être revenir un peu en arrière sur ce que vous avez dit au sujet du diesel. Les preuves ne semblent pas aussi solides, si l’on regarde d’autres sources. Peut-être qu’un autre article, en examinant aussi de nouvelles données, serait approprié. Les données de BP peuvent être téléchargées à partir de ce lien : L’onglet qui vous intéresse est Pétrole – Consommation régionale.

Meilleurs vœux, Gail

Antonio Turiel

Chère Gail,

Comme pour tout autre pic, il faut attendre quelques années pour être tout à fait sûr de l’avoir dépassé. Par conséquent, toutes les preuves recueillies jusqu’à présent doivent toujours être prises avec un peu de prudence, et dans ce sens, je suis d’accord avec votre mise en garde.

En ce qui concerne les données, je préfère utiliser JODI parce que les données JODI sont mieux fondées que les données EIA – les données EIA contiennent beaucoup d’« inférences », allant généralement de six mois aux États-Unis à deux ans dans d’autres pays. Les données du JODI, au contraire, ont tendance à être plus opportunes (et lorsqu’il y a des retards importants, ils sont déclarés). Notez également que l’EIA, l’IEA et BP utilisent les données JODI comme l’une de leurs sources.

Une autre différence importante est que dans votre premier graphique, vous représentez la consommation, alors que je représente toujours la production. La différence est significative, car je m’intéresse principalement au débit des raffineries car c’est le problème que je veux caractériser (les difficultés à augmenter la production). L’utilisation des stocks explique la différence entre les deux.

Certains lecteurs ont fait remarquer que le ralentissement, voire la baisse de la production de diesel, si elle est réelle, pourrait être la conséquence d’une baisse de la demande. C’est la même situation que pour le pic pétrolier : on peut toujours soutenir qu’il n’y a pas assez de demande pour ce pétrole, et c’est vrai dans tous les cas : l’abordabilité est un problème, comme vous l’avez expliqué plusieurs fois.

Salutations, Antonio

Gail Tverberg

Bonjour Antonio,

Je pense qu’il y a une différence réelle entre le genre de données qu’une personne veut examiner lorsqu’elle examine les indications d’un pays ou d’une subdivision à l’intérieur d’un pays et l’information qu’elle veut examiner pour trouver des indications au niveau mondial.

Lorsqu’une personne examine des données détaillées, je conviens qu’il y a très souvent une grande différence entre la production et la consommation. L’examen de données telles que les données JODI, ainsi que d’autres indications, peut être utile pour établir les véritables indications pour ce petit groupe. Une personne doit être assez consciente des tendances particulières à chaque pays ou à d’autres petits groupes. Je sais, par exemple, que les données sur le pétrole de schiste du Texas semblent être communiquées beaucoup plus lentement que celles du Dakota du Nord. Certains pays sont connus pour essayer d’exagérer leur production. C’est pourquoi l’OPEP présente deux séries de chiffres dans ses rapports mensuels : « de sources secondaires » et « telles que déclarées par le producteur ». Les chiffres « de sources secondaires » sont généralement considérés comme les plus précis.

Lorsqu’une personne examine de petits segments de données, correspondant plus ou moins à la façon dont les données sont déclarées, il est assez facile de voir des erreurs majeures. Par exemple, semble-t-il, le diesel (ou un autre groupe) a été déclaré accidentellement comme mazout pendant un certain temps. Il semble aussi que certaines catégories sont tout simplement manquantes ou que les montants ont été mal interprétés. Si je regarde les données détaillées, je peux chercher des erreurs. D’ici à ce que les agrégations se produisent, les grands problèmes, comme l’absence d’ensembles complets de données provenant de certains petits pays, seront difficiles à déceler. Si je regarde des données agrégées, surtout à l’échelle mondiale, je veux vraiment que quelqu’un ait examiné les données en détail et qu’il ait trouvé les éléments manquants. Ils ont sans doute fait quelques estimations des pièces manquantes, mais si je fais des estimations des tendances, il est absolument essentiel de faire des estimations des pièces manquantes.

Personnellement, je n’ai aucune expérience de travail avec JODI, mais j’ai travaillé avec beaucoup d’autres ensembles de données (dans le monde de l’assurance auparavant, et maintenant dans celui de l’énergie). Je suis tout à fait conscient du fait que le codage initial est susceptible d’avoir beaucoup de défauts, surtout si c’est volontaire, et qu’il n’a pas besoin d’être équilibré pour publier des données financières.

Il y a effectivement une certaine différence entre la production et la consommation, mais lorsqu’on arrive à l’échelle mondiale, elles sont en grande partie compensées. Pour déterminer les tendances, nous voulons des données bien gérées, c’est-à-dire des données aussi exemptes d’erreurs et d’omissions que possible. Je serais disposé à croire les données de l’EIA, de l’IEA ou de la BP à cette fin. Je préférerais de loin utiliser des données de consommation bien gérées pour examiner les tendances, plutôt qu’une sommation des données déclarées individuellement dont la validité est douteuse.

J’ai au moins un peu d’information sur ce qui se passe. Je sais qu’il y a une certaine souplesse dans la distribution des produits pétroliers finis que l’on peut obtenir à partir d’un baril de pétrole. En général, il est possible de « craquer » de longues chaines provenant des hydrocarbures pour obtenir des chaines plus courtes (et donc des hydrocarbures plus légers) ; il est presque impossible de passer de chaînes courtes à des chaînes plus longues. J’ai participé à des discussions en 2008, lorsque les industries pétrolières ont voulu augmenter le raffinage de ce qui avait été des produits comme l’asphalte et le coke de pétrole, parce qu’avec les prix élevés du pétrole, elles pouvaient réaliser des profits beaucoup plus importants en raffinant le pétrole lourd en produits plus coûteux comme le diesel et l’essence. Le béton pourrait remplacer l’asphalte. Les États-Unis ont un avantage naturel à craquer des molécules longues parce qu’ils disposent d’un approvisionnement abondant en gaz naturel à faible coût. Cela permet de maintenir le coût à un niveau inférieur à celui d’un processus similaire en Europe. Le pétrole lourd, comme celui provenant des sables bitumineux, a également tendance à se vendre à un prix nettement inférieur à celui du pétrole non corrosif léger, ce qui rend le procédé rentable aux États-Unis dans une gamme de scénarios de prix.

Lorsque je vois deux tendances différentes, l’une dans les données JODI et l’autre dans les données BP, je suis enclin à croire les indications BP.

Un problème de diesel différent

Je pense que l’Europe a peut-être un problème de diesel différent de celui auquel vous pensez. L’Europe a eu tendance à utiliser le diesel pour alimenter ses voitures particulières ainsi que ses camions. Cela met beaucoup de pression en terme de « demande » à mettre sur un segment des produits raffinés à partir d’un baril de pétrole. Les États-Unis et de nombreux autres pays ont réparti la demande, les voitures de tourisme utilisant de l’essence au lieu du diesel. Cela permet à la demande de mieux correspondre à ce qui sort d’un baril de pétrole brut. Selon les données de BP, en 2017, l’Europe a consommé 7,7 % de l’approvisionnement mondial en essence et 24,4 % de l’approvisionnement mondial d’une sous-catégorie qu’elle appelle diesel/gazole. (Ce sont des sous-catégories des dernières années que je ne montre pas dans le tableau ci-dessus). Je soupçonne qu’il n’y a aucun pétrole, nulle part, qui pourrait être raffiné pour fournir le mélange de diesel lourd dont l’Europe a besoin. Personne en Europe ne s’est arrêté pour penser : « Si les voitures et les camions fonctionnent tous les deux au diesel, nous aurons besoin d’importer beaucoup de diesel du marché mondial. Nous cherchons des problèmes. Si le monde a à peine de quoi se déplacer, notre demande fera monter les prix mondiaux du diesel ».

À ce stade, il ne sert à rien d’ajouter une grande capacité de raffinage du pétrole lourd en Europe ; l’Europe ne dispose pas du gaz naturel bon marché pour le traiter. Le même rapport de BP mentionné précédemment présente également des données sur la capacité de raffinage et le débit des raffineries en Europe. La capacité de raffinage et le débit semblent tous deux diminuer, à mesure que le pétrole disponible en mer du Nord diminue.

Meilleurs voeux, Gail Tverberg

Antonio Turiel

Chère Gail,

Désolé pour ma réponse tardive – J’assiste actuellement à une importante conférence à Rome, et les jours précédents, j’étais très occupé à préparer ma présentation.

En ce qui concerne vos commentaires, si je comprends bien votre argument, vous préférez les données EIA, IEA et BP car elles sont de meilleure qualité, outre le fait qu’elles intègrent diverses sources de données. L’essentiel, c’est qu’ils appliquent un meilleur contrôle de la qualité et que le résultat est, disons, meilleur.

C’est un point raisonnable, mais c’est aussi quelque chose que je mets de toute façon en question : ces données sont-elles vraiment meilleures ? En fait, l’EIA et l’IEA subissent toutes deux des pressions politiques pour inventer leurs données, et ce genre de chose est bien pire que d’avoir une erreur : c’est un parti pris. Les erreurs aléatoires (défaillances inattendues des données, interruptions de flux de données, double comptabilisation occasionnelle, etc.) ne modifient pas vraiment la tendance, mais augmentent simplement la volatilité des données, ce qui peut être compensé par un calcul de moyenne par exemple (par exemple, la fenêtre mobile de 12 mois que nous appliquons). Mais les préjugés peuvent changer les tendances, et c’est tout à fait crucial.

Ce que vous voulez dire, c’est que la définition de ce qu’on appelle le diesel a peut-être changé tout au long de la série JODI, ce dont je ne suis pas tout à fait au courant, et de fait, un « retrait soudain » du diesel de cette catégorie devrait entraîner une augmentation des autres distillats moyens, la catégorie « Autre fioul », ce qui n’est pas le cas. En outre, la suppression en tant que telle apparaît généralement sous forme d’étapes dans le graphique, ce qui n’est pas observé non plus. Une telle hypothèse me semble donc très improbable.

Les physiciens sont habitués à faire face à des données contenant du « bruit » avec des incertitudes inconnues, car c’est notre pain quotidien (les données du monde réel sont toujours « bruyantes » et incertaines).

Permettez-moi donc de vous dire ce que je propose pour résoudre ce problème :

Je suis spécialiste d’une technique appelée « Triple Collocation » qui permet une caractérisation intrinsèque des erreurs et des biais de trois ensembles de mesures différentes d’une même grandeur physique. Donc, si je peux abuser de votre gentillesse, si vous pouviez me fournir différentes séries de données de ce que vous pourriez appeler « diesel » ou « distillats moyens » ou toute autre source qui a votre confiance, des différents fournisseurs de données auxquels vous faites le plus confiance (EIA, IEA, BP, etc.) et j’inclurai les données de JODI et je ferai tous les triples collocations possibles (si nous avons EIA, IEA, BP et JODI nous avons 4 triplets possibles), je peux estimer les facteurs d’étalonnage, biais et écarts types des erreurs aléatoires pour chaque triplet, puis comparer les 4 possibilités pour voir si les résultats sont cohérents.

Cet exercice pourrait être très instructif pour nous tous et nous donner un meilleur aperçu de la situation actuelle.

Salutations, Antonio

Traduit par Hervé pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/pic-de-diesel-ou-pas-de-pic-de-diesel

 

Florilège de la nouvelle année

Florilège de la nouvelle année

Publié le 3 Janvier 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-Unis, Asie centrale, Moyen-Orient, Russie, Gaz

Chers lecteurs, chers amis,

cette nouvelle année, que je vous souhaite excellente, commence sur les chapeaux de roue et nous promet de très belles surprises géopolitiques. Le Grand jeu a ceci de féerique qu’en plus d’être fondamental pour la compréhension du monde, il nous scotche sur nos fauteuils comme le ferait le meilleur Hitchcock…

A tout saigneur tout honneur, l’empire est toujours pris dans les insondables remous provoqués, on le sait, par l’élection de Trump il y a deux ans. Ceux qui pensaient que le Donald se rangerait sagement derrière les injonctions du Deep State en sont pour leurs frais. Pas étonnant que le sinistre McCainistan ait été derrière – c’est officiel maintenant – le dossier Steele, intox assez lamentable laissant entendre que les Russes avaient des informations compromettantes sur le nouveau président américain.

Tout était bon pour saboter sa présidence mais la bête résiste, dans son style caractéristique et inclassable, mêlant certains éléments propres à satisfaire le parti de la guerre et d’autres qui lui font littéralement s’arracher les cheveux. Sa dernière interview a encore fait perler quelques gouttes de sueurs au front des stratèges US et autres clients de l’empire, qui ne savent plus à quel saint se vouer.

Ce qu’il dit en soi n’apprendra certes rien aux observateurs et il ne peut s’empêcher quelques petits moments de gloriole infantiles – non, Donald, l’Iran n’a pas changé depuis que tu es arrivé au pouvoir et Téhéran ne retire pas ses conseillers spéciaux/milices du Moyen-Orient pour faire face à la contestation intérieure…

Mais certaines admissions, certains commentaires pertinents, sont remarquables dans la bouche d’un président américain devant les caméras de télévision. Petit florilège.

En Afghanistan, l’URSS a eu raison d’intervenir dans les années 80 pour contrer les djihadistes [soutenus par Washington, ndlr]. Les Américains y sont depuis 19 ans, dépensant une fortune sans résultat. Les Talibans sont plus forts que jamais [aucune surprise pour le fidèle lecteur] et ils se battent contre l’EI ; laissons nos ennemis se battre entre eux, il serait stupide d’intervenir.

Ce qu’il ne dit pas, c’est que les Américains multiplient les pourparlers avec les Talibans, à Abu Dhabi il y a quelques jours, au Qatar prochainement, alors même qu’ils en accusaient les Russes il y a quelques mois encore. Sur le terrain, les « étudiants en théologie » ont mis la main sur un nouveau district et la carte du pays n’est guère rassurante pour le gouvernement central :

Avec sa décision de retrait partiel d’Afghanistan, le Donald ne fait qu’entériner la défaite programmée des Etats-Unis. Le Royaume de l’insolence, tombeau des empires, a encore frappé !

Sur la Syrie, il est tout aussi clair : La Syrie a été perdue il y a longtemps par Obama. Ce n’est que sable et mort, il n’y a même aucune richesse et nous n’avons rien à y faire. Je ne sais pas d’où sort l’échéance de quatre mois ; je n’ai jamais dit que le retrait se ferait en un jour, il sera progressif, mais il se fera. Nous allons faire en sorte que les Kurdes soient protégés même s’ils ont vendu du pétrole à l’Iran [??]. Les Iraniens, les Russes et Assad détestent encore plus Daech que nous [la presstituée en a avalé son stylo de travers], ne faisons pas le travail à leur place.

Si Israël pensait être rassurée sur les intentions US en dépit du retrait, la dernière sortie de Trump a dû rallumer quelques alarmes. D’autant plus que, outre ses paroles assez ambiguës sur l’Iran, il a prononcé une phrase plus qu’étrange et quelque peu hors contexte : « Franchement, ils peuvent faire ce qu’ils veulent en Syrie« . Crise de nerfs à Tel Aviv. Nous assistons peut-être d’ailleurs à un divorce entre le Donald et le lobby pro-israélien, ce dernier tournant ingratement le dos au président américain qui a pourtant, historiquement, été le plus favorable à Israël…

Mais revenons en Syrie. Chat échaudé craint l’eau froide. Le félin en question, ce sont les Kurdes qui, ne sachant plus quoi attendre des Etats-Unis, continuent leurs négociations avec Damas. Les mots de la porte-parole kurde sont intéressants : « Les FDS ne tiennent plus compte de la présence ou absence américaine en Syrie« . Propos confirmés par un autre officiel du Rojava. De quoi faire se retourner dans sa future tombe le néo-con Lindsay Graham, pour qui un rapprochement Assad-Kurdes serait « un désastre majeur ».

A Idlib, c’est le chaos et cette carte en donne une bonne idée :

La guerre civile inter-barbue a éclaté et cette fois, elle semble partie pour durer. HTS (Al Qaeda pour les intimes) a lancé une attaque en règle contre al-Zinki qui, avec ses alliés pro-Turcs, a répliqué. Dans l’affaire, il y aurait une cinquantaine de morts de chaque côté et HTS occuperait même un poste d’observation turc.

Le sultan, justement, n’est peut-être finalement pas mécontent de la soudaine flambée de violence. Ne sachant plus trop quoi faire de ses barbus après le report sine die de l’offensive prévue contre les Kurdes, il peut toujours les lancer contre Al Qaeda afin de respecter enfin la promesse faite aux Russes d’en finir avec l’Idlibistan.

A Moscou, on boit du petit lait. Les Kurdes continuent leurs avances à Damas, les soldats syriens et américains commencent à se côtoyer sans anicroches à Manbij, les djihadistes d’Idlib s’entretuent, qui s’ajouteront aux 23 000 déjà dégommés en 2018…

Ca n’empêche pas le Kremlin de passer la vitesse supérieure. Et nous ne parlons pas ici de l’inarrêtable missile hypersonique Avangard, qui vole à Mach 20 et devant lequel l’empire n’a aucun moyen de défense. Dans le bras de fer engagé avec Washington, Moscou a inculpé un Américain, Paul Wheelan, d’espionnage deux jours après son arrestation.

Certains ne manquent évidemment pas d’y voir une monnaie d’échange pour faire libérer Maria Butina. Mais il se pourrait que l’accusation soit bien réelle. Les deux faits n’ont peut-être aucun lien mais Wikileaks a révélé il y a peu que les ambassades américaines à travers le monde étaient en train d’accumuler équipement d’espionnage et logiciels de hacker. A suivre…

Quant au Nord Stream II, la pose des tubes a commencé dans les eaux territoriales suédoises. Là encore, le fidèle lecteur aura été prévenu. Washington ne peut rien y faire et c’est d’ailleurs ce qu’a déclaré il y a quelques jours la Commission de Bruxelles, pourtant connue pour son masochisme et sa sainte horreur du gaz russe dont elle a néanmoins plus que jamais besoin.

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/01/florilege-de-la-nouvelle-annee.html

Dernières nouvelles pétrolières

Dernières nouvelles pétrolières

Publié le 8 Janvier 2019 par Observatus geopoliticus in Pétrole, Etats-Unis, Moyen-Orient, Russie, Amérique latine

Les cours de l’or noir ont beau chuter depuis octobre, le naphte reste (et restera toujours) un enjeu majeur dans les grandes manœuvres géopolitiques auxquelles nous assistons.

Nous mettons suffisamment en évidence le déclin de l’empire américain pour ne pas, le cas échéant, montrer ses réussites. La bête n’est pas morte, tant s’en faut. La meilleure illustration sont les sanctions contre l’Iran décidées, ironie de l’histoire, par le foncièrement anti-impérial Trump. Certes, Washington a dû ravaler sa fierté et ses objectifs irréalistes en accordant des exemptions temporaires à huit pays pour continuer à acheter du brut iranien pendant six mois : Chine, Inde, Italie, Japon, Corée du Sud, Turquie, Taïwan et Grèce.

Mais les sanctions semblent néanmoins fonctionner. Si des compagnies indiennes ou japonaises reviennent actuellement en Iran acheter du pétrole, c’est dans les limites de date et de quantité fixées par le diktat américain. Fait éclairant, et qui va en décevoir plus d’un : le géant russe Rosneft a lui aussi succombé à la peur des sanctions et a décidé de quitter l’Iran, annulant des investissements estimés à 30 milliards de dollars. Pour la compagnie, déjà multi-sanctionnée par Washington, le jeu géopolitique n’en vaut pas la chandelle économique.

Dans ce contexte, Téhéran se dépatouille comme il peut. En vendant par exemple son pétrole en monnaie nationale. Que pour plaire à court terme à ses clients israélien et saoudien, l’empire se tire à moyen terme une balle dans le pied en poussant le monde à dédollariser, nous l’avons expliqué à maintes reprises… Les Iraniens assurent également avoir trouvé de nouveaux acheteurs malgré les sanctions. Effet d’annonce ou réalité ?

A Moscou, malgré le retrait de Rosneft, on est tout sourire. Le ministre de l’Energie a expliqué fin décembre que l’accord trouvé avec l’OPEP il y a deux ans pour faire remonter les cours du baril avait rapporté au minimum 120 milliards dans les caisses. De quoi financer quelques surprises, hypersoniques ou autres, qui mettront les stratèges US dans tous leurs états.

Terminons par une anecdote sans rapport avec notre Grand jeu. Au Mexique, l’armée protège désormais les installations de Pemex, la compagnie nationale, pour mettre fin au pillage systématique des ressources pétrolières du pays. La fièvre de l’or noir, encore et toujours…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/01/dernieres-nouvelles-petrolieres.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

Pétrole US : l’industrie de la fragmentation cannibalise sa propre production…

Pétrole US : l’industrie de la fragmentation cannibalise sa propre production…


 … et augmente les risques à l’environnement


Par Justin Mikulka – Le 10 août 2018 – Source DeSmog

Champ de pétrole de la rivière Kern. Credit : Hamish Reid Attribution 2.0 Générique (CC BY 2.0)

Dans la scène finale de There Will Be Blood – sans doute le plus grand film sur l’industrie pétrolière – le personnage principal joué par Daniel Day Lewis explique comment il a aspiré le pétrole de la parcelle d’un voisin en utilisant le forage horizontal. Pour aider son voisin à comprendre ce qui s’est passé, il l’explique en disant qu’il a pris une très longue paille et qu’il a bu son milk-shake !


Eh bien, devinez ce qui se passe avec la révolution de la fracturation hydraulique construite sur le concept du forage horizontal ? Non seulement les producteurs de pétrole boivent les milkshakes les uns des autres, mais ils boivent les leurs et, ce faisant, perdent encore plus d’argent et augmentent le niveau de risques environnementaux.

Et contrairement au film où le personnage principal savait ce qu’il faisait, l’industrie moderne de la fracturation n’a aucune idée de ce qu’il faut faire face aux problèmes causés par la combinaison du forage horizontal et de la cupidité.

La fracturation face au problèmes posés par les puits secondaires

La première chose à comprendre, c’est qu’il s’agit simplement d’un problème d’avidité de l’industrie. Les producteurs de pétrole forent trop de puits à proximité les uns des autres, et lorsqu’ils creusent des nouveaux puits – appelés puits secondaires – ils « abîment » ou « touchent » les anciens puits et causent des problèmes.

Dans un site de fracturation typique, la production commence par un premier puits d’essai, connu sous le nom de puits primaire. Les puits forés à proximité du puits primaire sont appelés puits secondaires.

Ce qui se passe, c’est que non seulement les puits secondaires cannibalisent la production du puits primaire existant, mais lorsque les puits secondaires sont fracturés, ils peuvent créer des «fractures » qui endommagent le puits primaire. Ces fractures peuvent réduire la pression dans le puits primaire, ce qui entraîne une baisse de production. Elles peuvent aussi l’endommager  au point d’en faire un puits « mort » et, bien sûr, elles peuvent entraîner des déversements et une contamination environnementale.

Claudio Virues, ingénieur de la compagnie pétrolière et gazière Nexen, a expliqué dans le Journal of Petroleum Technology le problème fondamental de ces collisions.

« D’habitude, il y a deux scénarios », a dit Virues. « Il se peut que vous ayez une perte temporaire de production, mais vous retrouverez la tendance que vous aviez auparavant. Mais l’autre scénario sera vraiment mauvais pour votre production et vos réserves. »

Bob Barree, qui dirige la société d’experts-conseils en génie pétrolier Barree & Associates, explique ce scénario « vraiment mauvais ».

« Vous remettez le puits en production et vous avez perdu votre pression, votre vitesse, votre capacité d’injection. Le puits est tout simplement mort », a dit M. Barree.

Et cela signifie que cette industrie déjà en lambeaux perd encore plus d’argent.

Les collisions autour de la fracturation révèle un espacement entre puits trop faible et des volumes extraits trop grands

Dans un autre article du Journal of Petroleum Technology, intitulé « Les collisions autour de la fracturation révèle un espacement entre puits trop faible et des volumes extraits trop grands », l’auteur cite un article technique rédigé par des ingénieurs de Shell qui estime que si un « producteur a un inventaire de 2 000 sections de forage de 640 acres [260 hectares] et que chaque nouveau puits coûte 5 millions $, alors ajouter un seul puits inutile dans chaque section coûterait à l’exploitant 10 milliards $ ».

La réalité, c’est que l’industrie ne connaît pas actuellement les coûts potentiels des fractures et de l’espacement serré des puits, mais il ne fait aucun doute que les fractures coûtent de l’argent à l’industrie et contribuent au déclin de la production.

Les experts de l’industrie admettent qu’ils ne savent pas ce qu’ils font

L’industrie a certainement reconnu que les fractures sont un problème majeur – un problème pour lequel l’industrie n’a actuellement aucune solution.

Le groupe de recherche et de consultation de l’industrie de l’énergie Wood Mackenzie a étudié la question des fractures et des puits secondaires et a conclu ce qui suit :

« Le rendement des puits secondaires rapprochés présente non seulement un risque pour la pérennité des forages en cours, mais aussi pour les perspectives à long terme de l’industrie. Presque tous les exploitants croient que le rendement des puits secondaires est un problème important, mais il n’y a pas de consensus sur la meilleure façon de le régler. »

Un risque pour la viabilité des perspectives à long terme pour une industrie qui n’a jamais fait d’argent n’est pas une perspective très positive.

Mais c’est la situation en 2018 de l’industrie pétrolière. Au début de 2018, des membres de l’industrie se sont réunis au Texas pour discuter de la question. Comme l’a rapporté le Midland Reporter and Telegram, Dick Leonard, l’un des intervenants de la conférence, a expliqué que, en ce qui concerne l’atténuation de l’impact des fractures, « …personne n’a encore les réponses ».

Un autre intervenant, Lance Robertson d’Endeavor Energy Resources, s’est fait l’écho de ce sentiment en déclarant : « Nous en sommes aux premières phases et nous avons encore beaucoup de chemin à parcourir. Nous et l’industrie avons beaucoup à apprendre. »

Pendant combien de temps l’industrie de la fracturation peut-elle continuer à perdre de l’argent tout en essayant d’apprendre ce qu’elle fait réellement ?

Les impacts de la fracturation hydraulique augmentent les dommages environnementaux

Les risques de fracturation contaminant l’air, l’eau potable et le sol sont bien connus, même lorsque les puits fonctionnent de façon indépendante sans avoir été « touchés » par un autre chantier de fracturation. Aujourd’hui, en raison de l’espacement plus serré des puits et des fractures, le risque de dommages environnementaux augmente.

En Oklahoma, les puits horizontaux percent les puits classiques existants et causent des déversements. Mike Cantrell est un petit exploitant de puits de pétrole classique en Oklahoma qui dénonce les grandes sociétés de fracturation qui endommagent les puits comme le sien. « Ils savent qu’ils vont ruiner notre puits et ils s’en fichent », a dit Cantrell à E&E News.

L’État de l’Oklahoma reconnaît que des déversements se sont produits, mais conteste les affirmations selon lesquelles les eaux souterraines ont été contaminées. C’est la ligne de défense de l’industrie en matière de fracturation.

Pourtant, sur le site Web d’Eagleford Training, sous le thème « Quelles sont les collisions autour de la fracturation », la question des risques environnementaux est détaillée, y compris une section intitulée « Perte de contrôle d’un puits ». Parmi les problèmes potentiels énumérés lorsque le contrôle du puits est perdu, mentionnons « une fuite des fluides ou du contenu des réservoir utilisés ».

Parmi les autres risques, mentionnons le rejet de sulfure d’hydrogène gazeux mortel et le fait que « les rejets des puits de compensation libéreront des fluides du réservoir, qui ont tendance à être extrêmement inflammables », selon le site.

Ainsi, bien que l’industrie aime prétendre que les fractures posent peu de risques pour l’environnement, la question des fractures semble soulever un tout nouvel ensemble de risques environnementaux.

Les collisions autour de la fracturation pourraient être mortelles pour une industrie qui perd de l’argent

Il est bien établi que l’industrie de la fracturation a perdu de l’argent au cours de la dernière décennie. Dans un article récent de Oilprice.com qui décrivait en détail les échecs de l’industrie à faire des paris sur sa couverture financière, elle le reconnaît en affirmant que « le forage au schiste a toujours été une activité déficitaire ».

Aujourd’hui, cette industrie historiquement déficitaire est confrontée à un défi majeur qui pourrait s’avérer être une faille fatale dans un modèle industriel déjà en faillite.

Si les producteurs essaient de concentrer les puits trop près les uns des autres, les puits s’endommageront les uns les autres et la production diminuera, voire s’arrêtera pour certains puits. Si les producteurs doivent recourir à des distances beaucoup plus grandes pour l’espacement des puits, le nombre moins élevé de puits diminuera probablement aussi la production globale.

Qu’est-ce que ça va donner ? Ne posez pas la question aux experts de l’industrie parce qu’ils admettent qu’ils n’en ont aucune idée – ce qui n’est pas rassurant pour les investisseurs qui continuent de perdre de l’argent en attendant que la révolution en cours porte enfin ses fruits.

Justin Mikulka

Note du Saker Francophone

Cet article est tiré d'une série : L’industrie du schiste argileux creuse plus de dettes que de bénéfices.

Traduit par Hervé, relu par jj pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/lindustrie-de-la-fragmentation-cannibalise-sa-propre-production

 

 

Total condamné pour « corruption d’agent public étranger » dans l’Iran des années 2000

Total condamné pour « corruption d’agent public étranger » dans l’Iran des années 2000

Paris – Le pétrolier Total a été condamné vendredi à Paris à 500.000 euros d’amende pour corruption en marge de la signature d’un contrat gazier en Iran il y a vingt ans, une peine bien inférieure à la spectaculaire confiscation de 250 millions d’euros demandée par le parquet.

La multinationale a été reconnue coupable de « corruption d’agent public étranger », en l’occurrence un fils de l’ancien président iranien Rafsanjani, Mehdi Hachemi Rafsanjani, alors haut placé dans le secteur pétrolier public iranien, entre 2000 et 2004.

Le tribunal correctionnel l’a condamnée pour avoir versé pendant cette période 30 millions de dollars de pots-de-vin liés à l’obtention en 1997 d’un énorme contrat concernant le champ gazier de South Pars, dans le Golfe, sur fond d’embargo américain.

Cette seule amende est très inférieure à la peine requise par le parquet en octobre.

A titre de comparaison, l’an dernier le géant du pétrole a dégagé un bénéfice net de 8,6 milliards de dollars, soit 7,5 milliards d’euros au taux de change actuel. En d’autres termes, il a donc gagné un peu plus de 850.000 euros par heure en 2017.

Le procureur avait demandé non seulement l’amende maximale, 750.000 euros, mais aussi une peine complémentaire rarement mise en oeuvre en France: la confiscation du produit de l’infraction, qu’il avait estimé à 250 millions d’euros pouvant être saisis sur les comptes de Total.

Le tribunal a expliqué avoir tenu compte, d’une part, de la gravité de l’infraction, classé dans le code pénal « parmi les atteintes à l’autorité de l’Etat », et des quelque « 147 millions de dollars de bénéfice net tirés du contrat » par Total.

Mais il a également pris en considération le « contexte géopolitique et juridique » à l’époque des faits, commis « avant et juste après » l’entrée en vigueur en France de la loi réprimant la corruption d’agents publics étrangers, en 2000.

Le groupe français était le seul prévenu restant dans ce dossier ancien.

Parmi les trois hommes qui étaient poursuivis, l’ancien PDG de Total Christophe de Margerie et un intermédiaire iranien sont morts. Un second intermédiaire iranien, Abbas Yazdi, est présumé mort, mais en l’absence d’acte de décès, le tribunal l’a condamné à quatre ans de prison.

– Procès écourté –

Dans un communiqué, le groupe a estimé que cette situation « n’a pas permis d’assurer les conditions d’un procès équitable » mais laissé entendre qu’il ne ferait pas appel.

« Compte tenu des circonstances particulières de ce dossier, par ailleurs déjà jugé aux Etats-Unis et dans lequel plus aucun protagoniste ne peut se défendre, Total ne souhaite pas prolonger cette affaire », y indique le PDG du groupe, Patrick Pouyanné.

En 2013, Total avait conclu aux Etats-Unis une transaction à 398 millions de dollars portant sur deux contrats: cet accord gazier South Pars de 1997, d’une valeur de deux milliards de dollars, mais aussi un contrat conclu en juillet 1995 pour l’exploitation des champs pétroliers iraniens de Sirri A et E, également dans le Golfe.

En marge de ces deux accords, Total est soupçonné d’avoir versé au total 60 millions de dollars de pots-de-vin entre 1995 et 2004 via des intermédiaires et une société-écran, Baston Limited, à destination de Mehdi Hachemi Rafsandjani, sous couvert de contrats de « consulting ».

L’enquête, ouverte en 2006 en France, concernait initialement les deux contrats. Mais la multinationale n’a été jugée que pour les commissions versées après l’entrée en vigueur de la loi sur la corruption d’agents publics étrangers: 30 millions de dollars, liés uniquement au contrat South Pars.

Le procès parisien, initialement prévu sur quatre jours en octobre, avait tourné court, Total refusant de s’exprimer en raison de la transaction américaine.

La défense du pétrolier avait tenté, en vain, d’échapper au procès en assurant notamment que les termes de cet accord américain, que le groupe ne peut pas critiquer, l’empêchaient de se défendre. Les avocats du groupe avait ensuite plaidé sa relaxe, affirmant notamment que ces agissements s’apparentaient à du trafic d’influence à l’étranger, non réprimé à l’époque.

Depuis mars, Total est par ailleurs définitivement condamné à 750.000 euros d’amende, pour ce même délit de « corruption d’agent public étranger », dans l’affaire « Pétrole contre nourriture ».

jmo-pid/tib/tes

TOTAL

(©AFP / 21 décembre 2018 15h54)

https://www.romandie.com/news/Total-condamn-pour-corruption-d-agent-public-tranger-dans-l-Iran-des-ann-es-2000/982077.rom