Archives pour la catégorie Pétrole

L’illusion de la paix au Soudan du Sud 1/2

L’illusion de la paix au Soudan du Sud 1/2

Le 5 août 2018, un accord de partage du pouvoir a été signé à Khartoum (Soudan) entre le président sud-soudanais Salva Kiir et son principal opposant, l’ancien vice-président Riek Machar. Si certains y voient une lueur d’espoir, d’autres n’en demeurent pas moins sceptiques. La guerre au Soudan du Sud, qui a éclaté en 2013, a vu défiler nombre de négociations et d’accords sans résultat concret. Cet article se propose d’analyser le conflit en deux temps, se focalisant d’abord sur son déroulement jusqu’à l’accord d’Addis-Abeba en 2015, pour se concentrer sur la situation qui s’en suivra jusqu’à celui de Khartoum.

Perspectives historiques

L'Illusion de la paix au Soudan du Sud 1/2
Le Soudan du Sud et les Etats limitrophes [Encyclopaedia Britannica]

Considéré comme un Etat failli, le Soudan du Sud est le plus jeune Etat de la planète. A la suite de son indépendance du Soudan le 9 juillet 2011, le pouvoir est confié à des chefs rebelles, qui n’ont ni les compétences ni la volonté de créer les infrastructures et les services nécessaire au développement du nouveau pays. Ainsi, après avoir connu 2 longues guerres civiles[1], le Soudan du Sud sombre dans un nouveau conflit en décembre 2013.

Pour certains, les troubles naissent de tensions interethniques. A première vue, cet argument est difficilement réfutable. En effet, les deux hommes à l’origine du conflit sont le président Salva Kiir, et son vice-président Riek Machar. Le premier est Dinka, le second Nuer, les deux ethnies majoritaires du pays. Depuis cinq ans, les partisans des deux hommes se livrent une lutte armée sans pitié. Cependant, la réalité est bien plus complexe : les causes de ce conflit sont à chercher dans des différends personnels anciens, motivés par le contrôle du pouvoir et des ressources naturelles.

Une lutte pour le pouvoir pas si récente

C’est dès la seconde guerre civile que les tensions naissent entre Salva Kiir et Riek Machar. En 1984, ce dernier rejoint l’Armée de Libération des Peuples du Soudan (SPLA), principal groupe armé d’opposition au pouvoir central. Créé par John Garang – dont Salva Kiir est proche – un an auparavant, le groupe était à ses débuts un mouvement d’opposition politique non armé[2]. Il exprimait la volonté des peuples marginalisés du Soudan, au nord comme au sud et quelles que soient leurs origines, d’être plus intégrés à l’économie du pays et mieux représentés politiquement. Le fait que Machar soit Nuer et intègre ce mouvement créé par un Dinka, démontre que les différends ethniques ne sont pas la source même de la guerre.

L'illusion de la paix au Soudan du Sud 1/2
S. Kiir et R. Machar

Cependant, certains hommes forts du SPLA[3] ne tardent pas à se montrer en désaccord avec le leadership de John Garang, qui se bat pour l’égalité des peuples au sein d’un Soudan uni.  Ils proposent alors de le remplacer par R. Machar, qui prendra la tête d’une nouvelle faction en 1991, le SPLA-Nasir, prônant l’indépendance du Sud.  De violents affrontements entre les deux groupes auront lieu au cours des années suivantes, alors que le mouvement de Machar se rapproche de Khartoum[4]. Après plusieurs années de médiation et à la suite du protocole de Machakos (2002), les deux hommes forts de l’opposition se rapprochent. Lors de l’accord de paix global conclu en 2005[5], Garang et Machar sont respectivement nommés président et vice-président du Soudan du Sud. Suite à la mort brutale de John Garang[6], son poste est attribué à Salva Kiir. Lors de la période intérimaire (2005-2011) devant déboucher sur un référendum d’autodétermination, la région se voit en effet attribuer un gouvernement, un Parlement, et une administration propre. A l’indépendance, Kiir et Machar conserveront leurs titres à la tête du nouveau pays.

Les origines de l’embrasement

En 2012, les différends politiques entre Riek Machar et Salva Kiir prennent un tournant critique. Le président retire à R. Machar plusieurs de ses fonctions au sein du gouvernement. A l’été 2013, il est évincé de son poste de vice-président, et tout son gouvernement est destitué. Six mois plus tard, Machar annonce lors d’une conférence de presse qu’il présentera sa candidature aux élections présidentielles de 2015 contre Salva Kiir, qu’il accuse de dérives dictatoriales. Cette annonce attise les tensions au sein du parti au pouvoir[7], et un clan de soutien à chaque leader se crée. C’est à ce moment que la soif de pouvoir des deux hommes forts du pays prend progressivement un tournant interethnique.

L'illusion de la paix au Soudan du Sud 1/2
Principales villes des conflits et leurs régions [South Sudan Web]

La tension monte encore d’un cran lorsque le président accuse son second de coup d’Etat, et des affrontements armés éclatent à Juba, capitale du Soudan du Sud, entre la garde présidentielle et des soldats Nuers. Les jours suivants, les combats se propagent dans d’autre villes du pays, notamment à Bor, Malakal et Bentiu. Le conflit se transforme alors en nouvelle guerre civile, et durera 20 mois. Sept accords de cessez-le-feu sont signés durant cette période, mais tous seront rapidement rompus[8].

Le contrôle du pétrole, élément clé du conflit

L’or noir est primordial pour le Soudan du Sud, dont l’exportation représentait 98% des revenus du pays en 2011[9]. Si les principales zones de combats se situent autour des villes de Bor, Malakal et Bentiu, c’est parce que c’est précisément là où se trouvent les réserves de pétrole les plus importantes du pays. Or, la production a largement été affectée par le conflit, ainsi que par la baisse du prix du baril. 160 000 barils sont produits quotidiennement en 2015 contre 245 000 en 2011[10], ce qui se révèle dévastateur pour les finances de l’Etat.

En 2017, un rapport confidentiel de l’ONU révèle que les revenus du pétrole sont largement dépensés par le gouvernement pour financer armes, milices, et autres services de sécurité[11]. Les populations vivant près des zones pétrolifères subissent ainsi de nombreuses exactions de la part de milices financées par le gouvernement, conduisant à des déplacements de population massifs. Ce fait n’est pas nouveau, puisque divers rapports dénoncent que des évènements similaires se sont produits lors de la guerre civile précédente[12].

L’accord de paix d’Addis-Abeba

A l’été 2015 sous pression américaine, les dirigeants des pays membres de l’Autorité intergouvernementale pour le développement en Afrique de l’Est (IGAD) se réunissent à Addis-Abeba afin d’encadrer des pourparlers de paix entre Kiir et Machar. L’Union européenne et l’ONU participent également au processus de négociations. Ces dernières avaient officiellement commencé en janvier 2014, mais n’ont jamais débouché sur des accords concrets. Le 26 août 2015, les deux hommes signent finalement un accord de paix, et Riek Machar reprend son poste de vice-président dans le gouvernement de transition. Le conflit aura fait plus de 50 000 morts et 1,6 million de déplacés[13].

[1] La première guerre civile se déroule entre 1955 et 1972, la seconde entre 1983 et 2002.
[2] La branche politique non armée du SPLA est le Mouvement de Libération des Peuples du Soudan (SPLM)
[3] Notamment Lam Akol
[4] Le président Omar el-Béchir considère la vision de R.Machar comme moins dangereuse pour ses ambitions personnelles : la sécession du sud lui permettrait de garder le pouvoir au nord, alors que l’idée d’un Soudan uni prônée par J.Garang le forcerait à quitter la tête du pays.
[5] Signé le 9 janvier 2005 à Nairobi (Kenya) entre le gouvernement soudanais et le SPLA
[6] John Garang meurt dans un accident d’hélicoptère le 30 juillet 2005
[7]  Le parti au pouvoir est le SPLM
[8]  Marc Lavergne, Comprendre la situation au Soudan du Sud, Le Monde Afrique, 14/03/2017
[9]  Fonds Monétaire International, IMF Survey: South Sudan Faces Hurdles as World’s Newest Country, 18/07/2011
[10] Reuters, South Sudan oil revenue at $3.38 bln, hit by conflict and price falls, 03/01/2015
[11] Al Jazeera, South Sudan keeps buying weapons amid famine: UN, 17/03/2017
[12] Human Security in Sudan, The Harker Report, 01/2000
Christian Aid, The scorched earth: oil and war in Sudan, 03/2001
European Coalition on Oil, Unpaid Debt, 06/2010
[13] Reach Initiative, Return intentions of IDPs and the future of Protection of Civilian sites in South Sudan, 04/11/ 2015

About Amélie METEL

Etudiante en master 2 coopération internationale à l’université Grenoble Alpes. Passionnée par la géopolitique, elle se spécialise dans l’analyse des conflits armés et la diplomatie.
Publicités

Le pétrole monte, Trump hausse le ton face à l’Iran

Le pétrole monte, Trump hausse le ton face à l’Iran

Londres (awp/afp) – Les cours du pétrole montaient lundi en cours d’échanges européens alors que le président américain Donald Trump a lancé une mise en garde d’une rare violence contre l’Iran, à quelques mois des sanctions interdisant l’exportation des barils iraniens.

Vers 14H00 GMT (16H00 HEC), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre valait 73,78 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 71 cents par rapport à la clôture de vendredi.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » (WTI) pour la même échéance, dont c’est le premier jour d’utilisation comme contrat de référence, prenait 84 cents à 69,10 dollars une heure après son ouverture.

Le président américain Donald Trump a lancé une mise en garde d’une rare virulence contre l’Iran, qu’il a menacé de représailles apocalyptiques après des propos guerriers de son homologue iranien Hassan Rohani.

« NE MENACEZ PLUS JAMAIS LES ÉTATS-UNIS OU VOUS ALLEZ SUBIR DES CONSÉQUENCES TELLES QUE PEU AU COURS DE L’HISTOIRE EN ONT CONNUES AUPARAVANT », a écrit dimanche sur Twitter M. Trump dans un message adressé nommément au président Rohani et rédigé entièrement en majuscules.

Le marché du pétrole surveille avec attention la relation entre les Etats-Unis et l’Iran. Washington, qui est sorti de l’accord sur le nucléaire iranien, a dores et déjà annoncé que les pays important du pétrole venu de Téhéran seront sanctionnés à partir de novembre, mais a pour l’instant laissé la porte ouverte à d’éventuelles exemptions.

« L’Iran est la clef du marché du pétrole pour les prochains mois », a affirmé Stephen Brennock, analyste chez PVM.

La crainte de voir disparaître l’essentiel des barils extraits par le troisième plus grand producteur de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) avait fait grimper les cours de l’or noir au début de l’été, avant que l’Arabie saoudite n’affirme vouloir compenser les éventuelles pertes de son rival géopolitique ainsi que celles du Venezuela.

Depuis, les prix du pétrole restent volatils, d’autant plus que la demande mondiale pourrait être ponctionnée par la guerre commerciale.

« A court et moyen termes, l’impact de la guerre commerciale et le constat du fait que le président Trump et son administration sont vraiment prêts à en découdre sur ce sujet commencent à pénétrer les consciences des courtiers et investisseurs dans le pétrole et les autres marchés financiers », explique Greg McKenna, d’AxiTrader.

bur-js/nas

(AWP / 23.07.2018 16h15)

https://www.romandie.com/news/Le-p-trole-monte-Trump-hausse-le-ton-face-l-Iran_RP/938979.rom

 

 

 

Le pétrole recule avant les stocks américains

Le pétrole recule avant les stocks américains

Londres (awp/afp) – Les prix du pétrole reculaient à nouveau mercredi en cours d’échanges européens avant les données hebdomadaires officielles sur les stocks américains, des premiers chiffres faisant état d’une hausse inattendue des réserves de brut.

Vers 10H20 GMT (12H20 HEC), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en septembre valait 71,54 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en baisse de 62 cents par rapport à la clôture de mardi.

Dans les échanges électroniques sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » (WTI) pour le contrat d’août cédait 53 cents à 67,55 dollars.

Vers 08H45 GMT, le Brent a touché 71,23 dollars, à son plus bas niveau en trois mois, tandis que le WTI avait atteint mardi 67,03 dollars, à son plus bas en trois semaines et demie.

Les marchés attendent la publication en cours de séance du rapport hebdomadaire de l’Agence américaine d’information sur l’Energie (EIA) sur les réserves arrêtées au 13 juillet.

Après une glissade de 12,6 millions de barils des stocks de brut la semaine dernière, les analystes tablent sur une nouvelle baisse hebdomadaire de 4,1 millions de barils des réserves américaines de brut, selon la médiane d’un consensus compilé par Bloomberg.

Les réserves d’essence auraient elles reculé de 700.000 barils et celles d’autres produits distillés (fioul de chauffage et diesel) auraient augmenté de 1,18 million de barils.

Mais la fédération professionnelle de l’American petroleum institute (API), qui publie ses propres données dès le mardi, a pour sa part estimé que les stocks de brut, d’essence et de produits distillés avaient augmenté.

« L’API a fait état d’une hausse de 630.000 barils (des stocks de brut, ndlr), ce qui n’est pas énorme », a commenté Michael van Dulken, analyste chez Accendo Markets, qui estime que l’EIA pourrait décevoir les attentes.

Après s’être envolés au printemps alors que les marchés se focalisaient sur les perturbations de l’offre au Venezuela et dans d’autres pays, avec la perspective de sanctions américaines contre l’Iran, les prix ont reculé avec les efforts d’augmentation de la production, principalement chez les trois plus grands producteurs mondiaux, les Etats-Unis, la Russie et l’Arabie saoudite.

Mais malgré la baisse récente, « à 70 dollars le baril, le Brent est toujours quasiment 20 dollars plus cher qu’un an auparavant », ont rappelé les analystes de JBC Energy, « et pour atteindre ce niveau il a fallu utiliser une bonne partie des capacités de production disponibles ».

Selon eux, dans un marché où les réserves commerciales sont peu élevées et où les producteurs ont peu de marge pour augmenter encore leurs extractions, une volatilité élevée est à attendre dans les prochains mois.

js/pn/nas

(AWP / 18.07.2018 12h28)

https://www.romandie.com/news/Le-p-trole-recule-avant-les-stocks-am-ricains/937596.rom

 

Washington demande à l’ONU l’arrêt des exportations de pétrole vers Pyongyang

Washington demande à l’ONU l’arrêt des exportations de pétrole vers Pyongyang

Nations unies (Etats-Unis) – Les Etats-Unis ont demandé jeudi à l’ONU l’arrêt de toute nouvelle exportation de pétrole vers la Corée du Nord, se basant sur un rapport américain affirmant que ce pays a dépassé pour 2018 ses quotas d’importations fixés fin 2017 par des sanctions.

Cette demande est formulée dans une lettre au président du Comité de sanctions des Nations unies chargé de la Corée du Nord, accompagnée d’un résumé d’un rapport des services de renseignement américains, deux documents obtenus jeudi par l’AFP.

« Nous demandons au Comité 1718 de publier une note verbale urgente à tous les Etats membres et un communiqué de presse pour les informer ainsi que le grand public que la Corée du Nord a violé les quotas d’importation de pétrole raffiné pour 2018 fixés par la résolution 2397 », souligne la lettre.

Ce Comité doit « ordonner un arrêt immédiat de tous les transferts de pétrole raffiné à destination de la Corée du Nord », ajoute la missive américaine, en réclamant aussi un effort accru des Etats membres contre les transferts illicites en haute mer de produits pétroliers.

La demande américaine s’appuie sur un rapport des services de renseignement des Etats-Unis, transmis au Comité de sanctions et qui comprend des photos de transfert illicite de cargaisons en mer. Selon le rapport, ces transferts se produisent à une échelle bien plus importante que ce qu’ont en dit les informations publiées ces derniers mois.

« Nos informations suggèrent qu’entre le 1er janvier et le 30 mai, des pétroliers ont fait escale dans un port de la Corée du Nord RPDC à au moins 89 reprises pour vraisemblablement livrer des produits pétroliers raffinés achetés illicitement via des transferts » en mer, indique un résumé de ce rapport américain transmis au Comité de sanctions.

« Si chacun de ces pétroliers a livré ne serait-ce qu’un tiers de ses capacités, le volume global des livraisons dépasse les quotas annuels autorisés par l’ONU de 500.000 barils par an », ajoute ce résumé.

En 2017, le Conseil de sécurité avait approuvé trois séries de sanctions toutes plus sévères les unes que les autres contre la Corée du Nord en rétorsion à la poursuite de ses programmes d’armement nucléaire et conventionnel. Parmi celles-ci, l’ONU avait décidé de limiter en 2018 les exportations de pétrole raffiné à destination de la Corée du Nord.

(©AFP / 12 juillet 2018 16h19)

https://www.romandie.com/news/Washington-demande-l-ONU-l-arr-t-des-exportations-de-p-trole-vers-Pyongyang_RP/936022.rom

 

Libye/pétrole: le gouvernement reconnu appelle l’ONU à bloquer toute vente « illégale »

Libye/pétrole: le gouvernement reconnu appelle l’ONU à bloquer toute vente « illégale »

Tripoli – Le gouvernement libyen d’union nationale (GNA), reconnu internationalement, a appelé mardi le Conseil de sécurité des Nations unies à bloquer « toute tentative de vente illégale de pétrole » par les autorités rivales de l’est du pays.

« Remettre les terminaux pétroliers à une entité qui n’est pas légitime ne fait qu’exacerber les tensions, (…) nuit au processus d’entente et incite à la discorde et à la division », a ajouté dans un communiqué le GNA.

Lundi, le maréchal Khalifa Haftar, homme fort de l’est de la Libye, a annoncé que toutes les installations sous contrôle de ses forces seraient remises à la compagnie de pétrole du gouvernement parallèle basé dans l’est.

Une telle action, a souligné le GNA, « sape tous les efforts internationaux et nationaux de ces dernières années en vue d’un retour à la stabilité ».

(©AFP / 26 juin 2018 12h20)

https://www.romandie.com/news/Libye-p-trole-le-gouvernement-reconnu-appelle-l-ONU-bloquer-toute-vente-ill-gale/930970.rom

Ce que la politique de domination énergétique de Trump signifie pour le monde, par Alastair Crooke

24.juin.2018 // Les Crises

Ce que la politique de domination énergétique de Trump signifie pour le monde, par Alastair Crooke

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 05-06-2018

Il y a deux semaines, nous avons écrit sur la façon dont la politique étrangère du président Trump s’était en quelque sorte « repliée sur elle-même » dans un « néo-américanisme ». Nous avons cité Russell-Mead, professeur de politique étrangère américaine, qui suggérait que la métamorphose du 8 mai de Trump (la sortie de la Joint Comprehensive Plan of Action, JCPOA [l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien, NdT]), représentait quelque chose de nouveau, un changement de direction (lui qui était un habile négociateur), vers « une ère néo-américaine de la politique mondiale – plutôt qu’une ère post-américaine [Obama-iste] ». « L’administration veut accroître le pouvoir des États-Unis, plutôt que de s’adapter à son déclin (comme l’aurait fait Obama). Pour l’instant, au moins, le Moyen-Orient est la pièce maîtresse de cette nouvelle affirmation », estime Russell-Mead, expliquant que cette nouvelle impulsion de Trump provient de ses instincts qui lui disent que la plupart des Américains sont tout sauf désireux d’un monde “post-américain”. Les partisans de M. Trump ne veulent pas de longues guerres, mais ils ne se résignent pas non plus au déclin national ».

Il y a là quelque chose de paradoxal : Trump et sa base déplorent le coût et l’engagement de l’immense parapluie défensif américain, disséminé à travers le monde par les internationalistes (sentiments aggravés par l’ingratitude supposée de ses bénéficiaires) – mais le Président veut « élargir le pouvoir américain, plutôt que de s’ajuster au déclin ». C’est-à-dire qu’il veut plus de pouvoir, mais moins d’empire. Comment pourrait-il résoudre la quadrature du cercle ?

En fait, un indice est apparu presque un an plus tôt, lorsque le 29 juin 2017, le Président a utilisé un mot tout à fait inattendu dans un discours lors d’un événement du Département de l’énergie : Libérer l’énergie américaine. Au lieu de parler de l’indépendance énergétique américaine, comme on pouvait s’y attendre, il a plutôt annoncé une nouvelle ère de « domination » de l’énergie américaine.

Dans un discours « qui cherchait à souligner une rupture avec les politiques de Barack Obama », note le Financial Times, M. Trump a lié l’énergie à son programme America First… Il a déclaré « La vérité est que nous avons maintenant des réserves d’énergie presque illimitées dans notre pays. Nous sommes vraiment aux commandes, et vous savez quoi ? Nous ne voulons pas que d’autres pays nous privent de notre souveraineté et nous disent quoi faire et comment le faire. Ça n’arrivera pas. Avec ces ressources incroyables, mon administration visera non seulement la tant attendue indépendance énergétique américaine, mais aussi la domination énergétique américaine ».

Il semble, comme l’explique Chris Cook, que Gary Cohn, qui était alors conseiller économique en chef du Président, ait joué un rôle dans la genèse de cette ambition. Cohn (alors chez Goldman Sachs), avec un collègue de Morgan Stanley, a conçu en 2000 un plan pour prendre le contrôle du marché mondial du pétrole par le biais d’une plateforme de négociation électronique basée à New York. En résumé, les grandes banques ont attiré d’énormes sommes « d’argent géré » des opérateurs financiers (des fonds spéculatifs, par exemple), vers le marché, pour parier sur les prix futurs (sans qu’elles ne prennent jamais réellement livraison de pétrole brut : le commerce du « pétrole papier », plutôt que du pétrole physique). Et, en même temps, ces banques travaillaient en collusion avec les principaux producteurs de pétrole (y compris, plus tard, l’Arabie Saoudite) pour préacheter du pétrole physique de telle manière que, en conservant, ou en déversant du brut physique sur le marché, les grandes banques de New York ont pu « influencer » les prix (en créant une pénurie ou une surabondance).

Pour donner une idée de la capacité de ces banquiers à « influer » sur les prix, mi-2008, on estimait que quelque 260 milliards de dollars d’investissements (spéculatifs) d’argent « géré » étaient en jeu sur les marchés de l’énergie, éclipsant complètement la valeur du pétrole qui est effectivement extrait en mer du Nord chaque mois, entre 4 et 5 milliards de dollars au plus. Ces jeux d’options pétrolières « papier » l’emporteraient donc souvent sur les « fondamentaux » de l’offre réelle et de la demande réelle de l’utilisateur final.

Pour Cohn, la « première étape » consistait donc, pour les États-Unis, à gérer le marché du négoce, à la fois en termes de prix et d’accès, les concurrents des américains, tels que l’Iran ou la Russie, pouvant accéder au marché à des conditions moins avantageuses, voire pas du tout. La « deuxième étape » présumée a été de soutenir la production américaine de pétrole de schiste, de construire de nouveaux terminaux américains d’exportation de GPL [Gaz de Pétrole Liquéfié, NdT] et de développer la prospection pétrolière et gazière américaine, tout en forçant le reste du monde, de l’Allemagne à la Corée du Sud et à la Chine, à acheter des exportations américaines de gaz. « Troisièmement », avec les exportations de pétrole du Golfe déjà sous l’égide des États-Unis, il y avait alors deux grands producteurs d’énergie du Moyen-Orient hors de la zone « d’influence » du cartel (tombant davantage dans le « cœur » stratégique de production d’énergie de la Russie) : L’Iran – qui est maintenant visé par une opération de changement de régime et dont les exportations de pétrole font l’objet d’un blocus, et l’Irak, qui fait l’objet d’intenses pressions politiques (douces, comme la menace de sanctions en vertu de la loi Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act) pour forcer son adhésion à la sphère occidentale.

Comment reformuler simplement, cette notion de domination énergétique ? Les États-Unis – si la domination de l’énergie réussissait – contrôleraient simplement le robinet du développement économique – ou son absence – pour ses concurrents que sont la Chine et l’Asie. De cette manière, les États-Unis auraient également le pouvoir de réduire les revenus de la Russie. En bref, les États-Unis pourraient étrangler les plans de développement économique de la Chine et de la Russie. Est-ce la raison pour laquelle le JCPOA a été révoqué par le Président Trump ?

Voici donc la quadrature du cercle (plus de puissance américaine, mais moins d’empire) : Les objectifs américains de Trump pour « dominer », non pas par le biais de l’infrastructure permanente des mondialistes du parapluie de défense américain, mais en utilisant intelligemment le dollar américain et le monopole de la compensation financière, en protégeant et en contrôlant étroitement la technologie américaine et en dominant le marché de l’énergie, qui, à son tour, constitue pour les concurrents des USA un interrupteur marche/arrêt de la croissance économique. De cette façon, Trump pourra ‘ramener les soldats à la maison’, sans pour autant que l’Amérique perde sa position hégémonique. Le conflit militaire deviendrait un dernier recours.

Le conseiller principal Peter Navarro a déclaré sur NPR [la radio publique aux USA, NdT] cette semaine : « nous sommes en mesure de les empêcher [les Chinois] de mettre nos entreprises de haute technologie en faillite » et « d’acheter nos joyaux technologiques… Chaque fois que nous produisons une innovation, la Chine vient l’acheter ou la voler ».

Le plan de Trump serait-il le suivant : La domination du marché et la guerre commerciale pour prolonger la « suprématie » de l’Amérique en matière de technologie, de finance et d’énergie, au lieu d’être réduits à s’adapter au déclin ? Et, en agissant de la sorte, réduire – ou du moins retarder – l’émergence de rivaux ? Dans ce contexte, deux questions se profilent immédiatement : Cette formule est-elle l’adoption, par l’administration américaine, du néo-conservatisme tant haï par la base électorale de Trump ? Et, deuxièmement, l’approche peut-elle fonctionner ?

Il ne s’agit peut-être pas de néo-conservatisme, mais plutôt de retravailler un thème. Les néo-conservateurs américains voulaient, en majorité, porter des coups aux parties du monde qu’ils n’aimaient pas, pour y substituer quelque chose qui leur convenait. La méthode Trump est plus machiavélique.

Les racines de ces deux courants de pensée résident cependant – plus qu’en partie – dans l’influence de Carl Schmitt sur la pensée conservatrice américaine par l’intermédiaire de son ami Leo Strauss, à Chicago (que Trump ait, ou non, lu ces deux hommes, les idées circulent toujours dans la sphère américaine). Schmitt a soutenu que la politique (contrairement aux idées libérales et humanistes) n’a rien à voir avec la justice ou l’équité dans le monde – qui sont du ressort des moralistes et des théologiens. La politique, pour Schmitt, est une question de pouvoir et de survie politique, rien de plus.

Les progressistes (et les internationalistes), a suggéré Schmitt, ont du mal à utiliser le pouvoir pour écraser les forces alternatives qui émergent : leur vision optimiste de la nature humaine les amène à croire en la possibilité de médiations et de compromis. L’optique de Schmitt, se moquant bien de telles positions humanistes, privilégie le rôle du pouvoir, pur et simple, basé sur la compréhension de la nature véritable des « autres » et des rivaux. Ce point semble toucher aux fondamentaux du raisonnement de Trump : Obama et les « progressistes » étaient prêts à sacrifier les « joyaux de la couronne » de « notre culture » (expertise financière, technologique et énergétique) dans le cadre d’une « action positive » multilatérale qui aurait aidé les États moins développés (comme le rival Chinois, tout en en haut de l’échelle). C’est peut-être la raison pour laquelle Trump s’est retiré de l’accord sur le climat : Pourquoi aider des rivaux potentiels, tout en imposant des handicaps volontaires à sa propre civilisation ?

C’est sur cette base très étroite (l’impératif de garder le pouvoir américain intact), que les néo-conservateurs et les partisans de Trump se retrouvent. Ils partagent aussi le mépris pour les humanistes utopiques prêts à brader les joyaux de la civilisation occidentale pour d’autres idéaux humanistes afin d’aider les rivaux de l’Amérique à se développer et à dépasser l’Amérique et sa civilisation (dans cette optique).

Le terrain d’entente entre les deux courants s’exprime avec une candeur remarquable à travers le commentaire de Berlusconi selon lequel « nous devons être conscients de la supériorité de notre civilisation [occidentale] ». Steve Bannon dit à peu près la même chose, bien qu’exprimée en termes de bien-fondé de la sauvegarde d’une civilisation judéo-chrétienne occidentale (qui serait menacée).

Ce sens de l’avantage civilisationnel, qui doit à tout prix être recouvré et préservé, contribue peut-être en partie (mais pas entièrement) à expliquer le soutien inconditionnel que Trump apporte à Israël : S’adressant à Channel Two d’Israël, Richard Spencer, un des principaux dirigeants de l’Alt-Right américaine (qui est une des composantes de la base électorale de Trump), a souligné le sentiment profond de spoliation ressenti par les Blancs, dans leur propre pays [les États-Unis] :

« … un citoyen israélien, quelqu’un qui comprend votre identité, qui a le sentiment de l’appartenance à une nation et à un peuple, qui est marqué par l’histoire et l’expérience du peuple juif, vous devriez le respecter comme moi, qui ai des sentiments analogues à l’égard des Blancs. Vous pourriez dire que je suis un sioniste blanc – dans le sens où je me soucie de mon peuple, où je veux une patrie sûre pour nous et pour nos proches. Tout comme vous voulez une patrie sûre en Israël. »

En fait, la tentative de tirer parti de la culture des élites américaines, en leur fournissant les armes que sont le dollar et l’hégémonie énergétique supposée avec son emprise sur les transferts de technologie, peut-elle réussir à s’accrocher à la « culture » américaine (dans la conception réductionniste de la base de Trump) ? C’est la question à soixante-quatre mille dollars [Sorte de jeu des mille francs américain NdT], comme on dit. Cela pourrait aussi provoquer une réaction inverse, tout aussi puissante ; et beaucoup de choses peuvent se produire au niveau national aux États-Unis, d’ici aux élections de mi-mandat de novembre, qui pourront soit confirmer le président au pouvoir – soit le déstabiliser. Il serait risqué de tenter des analyses au-delà de cet échéance.

Mais il y a un point plus important. Tandis que Trump est obnubilé par la civilisation et l’hégémonie américaines, les dirigeants non-occidentaux d’aujourd’hui pensent de manière tout aussi passionnée qu’il est temps pour « le siècle américain » de céder le pas. Tout comme, après la Seconde Guerre mondiale, les anciens États coloniaux voulaient l’indépendance. Désormais, ces dirigeants veulent mettre fin au monopole du dollar, ils veulent se retirer de l’ordre mondial dirigé par les États-Unis avec leurs institutions dites « internationales » ; ils veulent « exister » à leur manière, avec leur culture propre – et ils veulent retrouver leur souveraineté. Il ne s’agit pas seulement d’un nationalisme culturel et économique, mais d’un point d’inflexion significatif – loin de l’économie néolibérale, de l’individualisme et du mercantilisme brut – vers une expérience humaine plus épanouie.

Le raz-de-marée, après la Seconde Guerre mondiale, était certainement irréversible. Je me souviens même que les anciennes puissances coloniales européennes ont par la suite déploré leur retrait forcé : « Ils vont [les anciennes colonies] le regretter », ont-elles prédit avec assurance. (En fait non, ils ne l’ont jamais fait.) La marée monte en force aujourd’hui et s’est même étendue à l’Europe, où, qui sait, les Européens auront peut-être le courage de repousser les manœuvres financières et commerciales de Trump : il s’agira là d’un test déterminant pour la suite des événements.

Mais ce qui est différent aujourd’hui (par rapport à l’époque), c’est que l’hégémonie monétaire, l’avance technologique et la « domination » énergétique ne sont pas du tout garanties pour les occidentaux. Elles ne leur appartiennent plus. Elles ont commencé à migrer, il y a quelque temps.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 05-06-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/ce-que-la-politique-de-domination-energetique-de-trump-signifie-pour-le-monde-par-alastair-crooke/

Le pétrole recule en Asie

Le pétrole recule en Asie

Singapour (awp/afp) – Les cours du pétrole reculaient mardi en Asie, les spéculations sur une hausse ou non des quotas de production lors d’une prochaine réunion de l’Opep allant bon train.

Vers 04H00 GMT, le baril de « light sweet crude » (WTI), la référence américaine du brut, pour livraison en juillet, reculait de 32 cents, à 65,53 dollars.

Le baril de Brent de la mer du Nord, principale référence sur le marché mondial, pour livraison en août, perdait 748 cents à 74,86 dollars.

Les représentants de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de ses dix partenaires, dont la Russie, se retrouvent vendredi et samedi à Vienne.

Ces Etats sont engagés depuis début 2017 et théoriquement jusqu’à la fin de l’année par un accord qui leur impose des quotas de production dans le but de faire remonter les prix dans un contexte d’offre surabondante.

Les débats devraient être agités.

Les deux géants de la production que sont l’Arabie saoudite et la Russie ont fait part de leur souhait de sortir de ce carcan.

Mais certains pays ne sont pas en mesure de relancer leurs extractions et s’opposent déjà à une révision des objectifs de limitation de la production.

Au premier rang des récalcitrants, l’Iran, qui voit d’un mauvais oeil la possibilité d’une baisse des cours alors qu’il est pénalisé par les sanctions américaines, et ne pourra augmenter sa production.

« L’Opep est fracturé ou se fracture. Hier, nous avons entendu de la part de l’Iran qu’il allait, avec le Venezuela et l’Irak, chercher à mettre son véto à une hausse de la production », a commenté Greg McKenna, analyste chez AxiTrader.

Les marchés sont aussi inquiets des répercussions de la nouvelle escalade des tensions commerciales entre Washington et Pékin sur la demande mondiale de brut.

Pékin a promis mardi des « représailles » après des menaces la veille de Donald Trump d’imposer de nouvelles taxes à un niveau inédit sur les produits chinois importés.

Lundi, à Londres, le Brent a terminé à 75,34 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE), en hausse de 1,90 dollar.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le WTI a pris 79 cents à 65,85 dollars.

str-ev/ib

(AWP / 19.06.2018 06h20)

https://www.romandie.com/news/Le-p-trole-recule-en-Asie/928784.rom

Force de Sibérie, le gazoduc géant reliant la Russie à la Chine, en voie d’achèvement

Le pétrole monte, l’Opep prend le pas sur la guerre commerciale

Le pétrole monte, l’Opep prend le pas sur la guerre commerciale

Londres (awp/afp) – Les cours du pétrole remontaient lundi en cours d’échanges européens à quelques jours d’une réunion de l’Opep et malgré les craintes exacerbées d’une guerre commerciale entre Chine et Etats-Unis.

Vers 14H15 GMT (16H15 HEC), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août valait 74,40 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 96 cents par rapport à la clôture de vendredi.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » (WTI) pour le contrat de juillet prenait 3 cents à 65,09 dollars une heure après son ouverture.

En cours d’échange asiatique (02H00 GMT), les cours se sont repliés pour atteindre 72,45 dollars pour le Brent, à son plus bas niveau depuis un mois et demi, tandis que le WTI a atteint son cours le plus bas depuis deux mois à 63,59 dollars.

« La demande mondiale de pétrole pourrait reculer dans le cas de sanctions chinoises sur la production américaine », a commenté Benjamin Lu, analyste chez Phillip Futures.

La confrontation commerciale entre la Chine et les Etats-Unis s’est aggravée vendredi quand Donald Trump a annoncé imposer de nouveaux droits de douane de 25% sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises.

La Chine a répliqué en visant notamment des produits agricoles, mais a également annoncé vouloir taxer le pétrole et les produits pétroliers américains à une date ultérieure.

Les prix se sont toutefois repris alors que le marché se focalise sur les négociations de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), qui se réunira vendredi avant une réunion avec ses partenaires, dont la Russie, samedi.

L’avenir de l’accord de limitation de la production reste la principale cause d’inquiétude des marchés.

« La réunion s’annonce tendue entre d’un côté l’Arabie Saoudite et la Russie, favorables à un assouplissement des quotas et de l’autre côté l’Iran, l’Irak et le Venezuela qui devraient s’y opposer fermement », ont résumé les analystes de Saxo Banque.

L’Iran aurait ainsi annoncé dimanche compter opposer son droit de veto si le ministre saoudien Khaled al-Faleh proposait d’augmenter les objectifs de production, a rapporté l’agence Bloomberg.

Mais selon des sources citées par l’agence, les deux géants pétroliers que sont l’Arabie saoudite et la Russie voudraient proposer une augmentation modérée, de 300.000 à 600.000 barils par jour, et apaiser les mécontents en officialisant l’accord de l’Opep et des dix autres producteurs sur le long terme.

Le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak, avait émis samedi l’hypothèse d’une hausse nettement plus marquée, de 1,5 million de barils par jour.

js/ktr/LyS

(AWP / 18.06.2018 16h28)

https://www.romandie.com/news/Le-p-trole-monte-l-Opep-prend-le-pas-sur-la-guerre-commerciale/928630.rom

La « diplomatie énergétique » de la Russie va-t-elle aider le Vietnam et la Chine à conclure un accord ?

La « diplomatie énergétique » de la Russie va-t-elle aider le Vietnam et la Chine à conclure un accord ?


Par Andrew Korybko – Le 25 mai 2018 – Source Oriental Review

Rosneft logoRosneft effectue des forages pétroliers au large de la côte du Vietnam donnant sur la mer de Chine méridionale dans une zone revendiquée par la Chine.
 
Le géant russe de l’énergie est impliqué dans le champ pétrolifère « Lan Do » qui touche littéralement la limite sud-ouest de la ligne de neuf traits de la Chine, mais qui est apparemment considéré par la compagnie comme étant sous la souveraineté de facto du Vietnam. La Chine a officiellement appelé tous les pays à respecter ses revendications sans mentionner spécifiquement Rosneft, mais en y faisant clairement référence, signe qu’elle se sent mal à l’aise avec ce dernier développement, même si cela pourrait éventuellement s’avérer être un pas dans la bonne direction.

Pour expliquer le contexte, le Vietnam est sous une forte pression des États-Unis, du Japon, de l’Australie et de l’Inde pour rejoindre de facto ce qui est essentiellement une « coalition pour le confinement de la Chine », bien que cette influence perturbatrice soit contrebalancée par les accords de libre-échange de l’Union eurasienne portée par la Russie et aussi des accords militaires avec son partenaire historique qui ont jusqu’ici réussi à permettre à Hanoï de trouver un équilibre entre les mondes unipolaire et multipolaire de la nouvelle guerre froide.

La controverse au sujet de Rosneft a indirectement plongé la Russie dans le différend sur la mer de Chine méridionale, mais cela pourrait être une bonne chose car Moscou est connue pour favoriser le droit international et les négociations au lieu de pousser ses partenaires à faire la guerre comme le Quad, mené par les USA, est enclin à faire. La Chine n’aimera probablement pas cela parce qu’elle préfère traiter bilatéralement tous les problèmes sensibles dans le cadre d’une politique de longue date, mais elle pourrait y voir progressivement quelque chose de positif.

Rosneft in the South China Sea
Un employé de Rosneft Vietnam surveille depuis la plate-forme de gaz de Lan Tay dans la mer de Chine méridionale au large de la côte de Vung Tau, Vietnam 29 avril 2018

Le nouveau rôle de la Russie pourrait compenser les pressions militaristes de la « Quadrilatérale » en obligeant le Vietnam à envisager d’entamer des négociations avec la Chine à ce sujet, les deux parties étant diplomatiquement réunies à cause des efforts de Moscou. Une solution possible qui pourrait en découler, serait que leur partenaire russe partage l’énergie des régions contestées et partage les profits et les ressources avec chacun d’entre eux selon une formule qu’ils acceptent d’avance dans le cadre d’un règlement pour redéfinir officiellement leur frontière maritime.

La Russie a déjà accepté de développer conjointement les ressources énergétiques situées dans la « zone grise » de l’ancien conflit avec la Norvège, membre de l’OTAN, dans la mer de Barents suite à un accord de 2010. Il est concevable que Rosneft puisse jouer le rôle d’une tierce partie avec ce même type de solution entre le Vietnam et la Chine s’ils parviennent à un accord similaire sur la mer de Chine méridionale. C’est pourquoi, même si cela peut sembler peu probable à l’heure actuelle, la Chine pourrait finir par remercier la Russie de s’impliquer indirectement dans ce conflit.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 25 mai 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervém relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-diplomatie-energetique-de-la-russie-va-t-elle-aider-le-vietnam-et-la-chine-a-conclure-un-accord

 

Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités