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Les Philippins veulent voir déguerpir les États-Unis et ils ne sont pas les seuls

Les Philippins veulent voir déguerpir les États-Unis et ils ne sont pas les seuls


Par Tim Kirby − Le 15 février 2020 − Source Strategic Culture

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Les pions du Grand Échiquier commencent à bouger beaucoup plus hardiment. Dans une décision non prévue par les « experts », les Philippines ont demandé aux forces américaines de quitter leurs îles définitivement.

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Il était impossible de penser, il y a dix ou quinze ans, qu’un pays aussi complètement impuissant sur le plan militaire que les Philippines oserait tenir tête à l’oncle Sam, mais maintenant c’est devenu une réalité. Vu par le petit bout de la lorgnette, cette décision pourrait être imputée au caractère personnel fougueux de Duterte, ou à une sorte de hasard chanceux, mais il s’agit d’une tendance croissante qui se poursuivra probablement pendant au moins les prochaines années, dans laquelle l’idéologie joue en fait un rôle majeur, bien qu’invisible.

Les Philippines sont une nation insulaire pauvre et en difficulté qui commence à remettre de l’ordre dans sa maison grâce principalement à une puissante figure charismatique centrale, mais si nous regardons le pays à la lumière de «La Géopolitique pour les nuls», nous pouvons voir que cette nation a plus de valeur que ce que l’on pourrait penser, en raison de son emplacement.

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Source Institut de recherche en politique étrangère

Si nous pouvons croire la carte des emplacements des bases américaines qui nous sont présentées via divers types de médias, alors nous pouvons voir que même sans la bénédiction de Manille, les États-Unis dominent toujours l’océan Pacifique dans son ensemble. Le contrôle total de l’Atlantique et du Pacifique grâce à la victoire des Alliés dans la Seconde Guerre mondiale a été pour le moins très bénéfique à l’Amérique et ils doivent continuer à le maintenir. Ce qui rend la perte des Philippines mauvaise pour les États-Unis, c’est que cela pourrait sérieusement diminuer leur capacité à créer un blocus naval autour de la Chine.

Bien que cela ne soit pas indiqué explicitement, l’une des principales raisons de la Belt and Road Initiative chinoise est le fait qu’à tout moment Washington pourrait couper complètement le commerce maritime de la Chine. L’une des raisons pour lesquelles les produits chinois ont fini par dominer le marché mondial est due à la baisse des coûts d’expédition. Le chargement d’un énorme bateau avec des produits bon marché permet à la Chine de livrer des choses dans l’autre moitié du monde pour beaucoup moins cher que les travailleurs américains ne le peuvent dans leur propre pays. Mais sans voies navigables – c’est à dire sans transport bon marché -, l’avantage chinois serait détruit et la Chine telle que nous la connaissons aujourd’hui pourrait être détruite également.

Les Philippines sont situées dans la région d’un éventuel blocus naval, ce qui signifie que sans elles, le blocage des Chinois d’un point de vue naval devient beaucoup plus difficile et peut-être impossible. Sans surprise, Duterte a été accusé de se tourner vers la Chine,  donc ses motivations pour se débarrasser des États-Unis ne sont peut-être pas entièrement fondées sur la morale, mais là encore, en tant que pays faible, le seul moyen pour les Philippines de tenir un rôle important est de jouer les grandes puissances l’une contre l’autre – ou peut-être l’argent des pot-de-vin chinois a-t-il meilleur goût. Il est très possible que pour que ce groupe d’îles ait une quelconque souveraineté, il a besoin que de plus grands acteurs le convoitent.

Il est peut-être trop tôt pour dire que, à cause de la décision audacieuse de Duterte, « les dominos tombent », mais ce n’est pas la seule nation qui essaie ou a réussi à éliminer les forces américaines et l’OTAN. Les Kirghizes ont mis fin aux opérations étrangères dans leur pays, qui pour l’essentiel, utilisaient leur plus grand aéroport à Bichkek.

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Personnellement, je trouvais très étrange et humiliant de voir un aéroport international avec plus d'avions militaires étrangers à Bichkek que de civils, il y avait aussi de nombreuses accusations de mauvais comportement envers les habitants, y compris un meurtre présumé.

Étonnamment, même le gouvernement irakien, essentiellement installé par les États-Unis, a demandé aux forces de ceux-ci de quitter le pays après l’assassinat du général iranien Soleimani. Même les médias traditionnels admettent que des dizaines de milliers de Japonais ont manifesté contre des bases américaines dans d’autres pays – encore une fois en raison de prétendus abus sur les habitants. Cependant, le gouvernement du Japon n’a fait aucune demande formelle pour demander le départ des forces américaines, mais discrètement l’interdiction constitutionnelle d’avoir une véritable armée a été levée par Tokyo qui a connu sa première étape d’expansion militaire depuis des décennies.

Pour que les États-Unis maintiennent leur présence militaire globale, ils doivent examiner les cas dans lesquels l’occupation a été considérée comme positive par les habitants – comme en Corée du Sud. Quels que soient les sentiments de chacun concernant la Corée, du Nord ou du Sud, le fait est que la péninsule coréenne est un jeu de tout ou rien. Si les États-Unis abandonnaient Séoul, le Nord – avec le soutien de la Chine – s’imposerait et «unifierait» la nation. De nombreux Sud-Coréens sont satisfaits du statu quo et si les États-Unis n’étaient pas dans leur voisinage, leur vie changerait rapidement et violemment pour le pire, selon leur point de vue. Cette nécessité américaine ne se fait pas sentir en Irak, aux Philippines ou au Kirghizistan, mais si Washington veut rester dans ces lieux, il doit convaincre de l’utilité de sa présence dans le pays. La guerre froide est terminée et la stratégie classique des États-Unis de « se rallier au capitalisme pour obtenir des jeans et des voitures » n’est plus une option, car les Chinois et dans une moindre mesure les Russes, peuvent également offrir beaucoup de bien-être matériel.

Un facteur clé de la division du monde par la Guerre froide était l’idéologie. Cela a permis aux États-Unis et à l’URSS d’installer des bases étrangères sur toute la planète. L’effondrement de l’attrait idéologique pour les États-Unis continuera de permettre aux nations courageuses de leur dire adieu, l’une après l’autre et pour toujours. «Les Russes sont mauvais» ou «nous vous apporterons du bien-être matériel» ne suffisent plus pour justifier une occupation étrangère. Washington doit proposer une nouvelle stratégie idéologique. Les Russes et les Chinois doivent être prêts à cela et en même temps continuer à fragiliser le monde unipolaire défaillant. Lorsque les habitants voient des gens, qu’ils perçoivent comme des étrangers, dominer leur pays, se promener avec des armes à feu et parfois abuser des habitants, il doivent avoir une sorte de grande justification pour supporter cela.

Aux Philippines, il n’y a pas une telle justification. Il n’y a aucune raison, du point de vue de Manille ou de l’homme de la rue, que les troupes américaines restent dans leur pays. L’érosion idéologique des valeurs américaines, après la victoire dans la Guerre froide, doit être stoppée si les États-Unis veulent rester la seule hyperpuissance mondiale.

Tim Kirby

Traduit par jj, relu par Kira pour la Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/les-philippins-veulent-voir-deguerpir-les-etats-unis-et-ils-ne-sont-pas-les-seuls

LA SERBIE ET LES PHILIPPINES REJOIGNENT LA CHASSE À L’OR MONDIALE

LA SERBIE ET LES PHILIPPINES REJOIGNENT LA CHASSE À L’OR MONDIALE

PUBLIÉ PAR OR.FR ™ | 30 MAI 2019 | ARTICLES976 

Deux nouveaux pays, la Serbie et les Philippines, ont annoncé leur intention d’augmenter leurs réserves nationales d’or. Ils suivent ainsi l’exemple d’autres banques centrales qui accumulent des lingots dans le but de réduire leur dépendance au dollar américain.

D’après le média serbe Vecernje Novosti, Belgrade augmentera ses réserves d’or de 20 à 30 tonnes d’ici la fin de l’année. Par mesure de sécurité, le pays prévoit de porter ses réserves à 50 tonnes d’ici la fin 2020. Les statistiques de la Banque nationale de Serbie montrent que les réserves de change s’élèvent actuellement à 11 milliards €.

La décision de renforcer les réserves d’or aurait été prise à la suite d’une réunion entre le FMI et le président serbe Aleksandar Vučić au début du mois. Les représentants du FMI ont indiqué qu’ils approuveraient l’achat d’or de Belgrade s’il s’inscrit dans la stratégie d’accroissement des réserves de change du pays.

Mercredi dernier, la Banque centrale des Philippines (BSP) a annoncé l’adoption d’une loi exonérant les petits exploitants miniers de droits et taxes d’accise en cas de vente à l’institution financière. Cette mesure a été justifiée comme un moyen d’accroître les réserves de change et de lutter contre la contrebande.

Selon Reuters, les petits mineurs ont trouvé un moyen de contourner les taxes introduites en 2011 en vendant l’or au marché noir. La loi leur permet désormais de vendre tout l’or produit à la BSP, au cours du marché international. Les réserves d’or des Philippines sont demeurées inchangées, aux alentours de 198 tonnes, au premier trimestre 2019 et au quatrième trimestre 2018. L’or représente environ 10% des réserves de change brutes du pays, qui s’élevaient à 83,96 milliards $ à la fin avril.

De nombreux pays accumulent des lingots d’or afin de diversifier leurs réserves de change et s’éloigner du dollar américain.

Selon les données du World Gold Council (WGC), les achats nets totaux des banques centrales au premier trimestre 2019 ont atteint leur plus haut niveau depuis 2013. Les achats ont bondi de 68% par rapport à l’année dernière, à 145,5 tonnes.

Cette tendance mondiale a été menée par la Russie et la Chine. Les achats nets d’or de la Banque centrale russe ont été les plus élevés au premier trimestre 2019. Le pays a ajouté 55,3 tonnes, portant ses réserves d’or à 2 168,3 tonnes et devenant ainsi le plus gros acheteur mondial de ce métal précieux.

Dans le même temps, Moscou a réduit considérablement ses avoirs en bons du Trésor américain, dans le cadre de son plan de dédollarisation. Le sixième détenteur d’or au monde, la Chine, a acquis 33 tonnes au cours du premier trimestre 2019.

L’Inde a suivi l’exemple en achetant 8,2 tonnes d’or depuis le début de l’année. En 2018, la Banque de réserve de l’Inde a acheté 42,3 tonnes. L’institution détient actuellement 608,7 tonnes d’or, ce qui représente environ 7% de ses réserves de change.

Source originale: Rt

La reproduction, intégrale ou partielle, est autorisée dès lors qu’elle est accompagnée d’un lien vers la source originale.

QUAD à trois roues

QUAD à trois roues

Publié le 10 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-UnisSous-continent indienChine

Mauvaise nouvelle pour l’empire, une de plus : tonton Sam a eu un accident de QUAD. Aux dernières nouvelles, il boîte bas et a le moral dans ses rangers. Le fidèle lecteur, lui, était prévenu. Il y a cinq mois, nous écrivions, après la très importante visite de Vladimirovitch à New Delhi :

Poutine et Modi ont, dans leur déclaration finale, insisté à plusieurs reprises sur la « nécessité de consolider le monde multipolaire et les relations multilatérales ». Ils ont même évoqué l’idée d’une architecture de sécurité régionale dans la zone indo-pacifique. Décodage : l’unipolarité américaine est rejetée. En un mot :

Pour Moon of Alabama et l’excellent Bhadrakumar, Modi a signé la fin du QUAD. Quézako ? Votre serviteur a déjà eu l’occasion d’expliquer la stratégie américaine des chaînes d’îles afin de contenir l’Eurasie :

Les Philippines sont d’importance : dans l’encerclement de l’Eurasie par les Etats-Unis, elles sont la clé du sud-est.

Elle fait même partie d’un réseau de containment mis en place par les Etats-Unis dans les années 50 : l’Island chain strategy ou, en bon français, stratégie des chaînes d’îles. Si ce fait est très peu connu en Europe et n’est jamais évoqué dans les médias, même les moins mauvais, il occupe pourtant les pensées des amiraux chinois et américains ainsi que les états-majors de tous les pays de la région ou les publications spécialisées (tag spécial dans The Diplomat, revue japonaise par ailleurs très favorable à l’empire).

Petite parenthèse historique : la réflexion stratégique autour des îles du Pacifique-ouest commença dès le début du XXème siècle, quand les Etats-Unis mirent la main sur les anciennes colonies espagnoles de Guam et… des Philippines (1898), tandis que l’Allemagne occupait les îles Marianne et Palau, et que la marine japonaise prenait son essor en dépossédant la Chine de Taïwan (1895). C’est à Haushofer, attaché militaire allemand au Japon de 1908 à 1910, que l’on doit les premières analyses sérieuses, où apparaissent déjà des considérations bien actuelles (rideau de protection, nœuds stratégiques etc.)

Pour Haushofer, cependant, ces chaînes d’îles constituaient pour les Etats continentaux comme la Chine ou l’Inde un rempart face aux menées des puissances maritimes. Les vicissitudes du XXème siècle et l’inexorable extension de l’empire US ont retourné la donne : ces arcs insulaires étaient désormais un rideau de fer contenant l’Eurasie (le bloc sino-soviétique durant la Guerre froide) et « protégeant » le Pacifique américanisé.

Ce qui nous amène au Grand jeu actuel. Que le domino philippin tombe et c’est la première chaîne qui est sérieusement ébréchée. La deuxième ligne étant plus virtuelle (car uniquement maritime, sans armature terrestre véritable), c’est le Pacifique, donc les côtes américaines, qui s’ouvrent partiellement à la Chine :

Pour faire simple, le QUAD est la troisième chaîne de containment de la Chine, composé de puissances économiques importantes, en arrière ligne, inféodées aux Etats-Unis : Japon, Australie et, du moins dans les rêves des stratèges US, Inde. Cette alliance informelle, créée au milieu des années 2000, a traversé diverses vicissitudes et connaît un regain de forme avec la sinophobie primaire du Donald, pour une fois d’accord avec son Deep State. D’aucuns voient dans le QUAD le prémisse d’une OTAN indo-pacifique.

Il y a deux mois, Modi avait déjà mis le holà, montrant ainsi de profondes divergences entre l’Inde et les deux autres valets de l’empire. Son idée de sécurité régionale, avancée lors du sommet avec Poutine, semble enfoncer un clou dans le cercueil du QUAD.

Bingo ! L’amiral Phil Davidson, chef du commandement indo-pacifique de la flotte américaine, vient de reconnaître que le QUAD est mis en sommeil pour une durée indéfinie. En cause, le refus entêté de New Delhi d’en faire une alliance anti-chinoise, c’est-à-dire un outil de l’impérialisme US dans la région. Et le bonhomme de continuer : « Nous avons remis le sujet sur la table à plusieurs reprises mais le patron de la marine indienne, l’amiral Sunil Lanba, nous a très clairement fait comprendre que le QUAD n’avait pas de potentiel dans l’immédiat ». En décodé : nous ne sommes pas intéressés.

A la Chine maintenant de faire preuve d’intelligence et de renvoyer l’ascenseur à New Delhi, en cessant par exemple de prendre constamment parti pour le Pakistan dans sa guéguerre avec l’Inde. Les toutes dernières déclarations de Pékin, plus équilibrées et appelant les deux frères ennemis au dialogue, vont dans ce sens.

Conclusion du conflit musulman aux Philippines : vers une paix durable ?

Conclusion du conflit musulman aux Philippines : vers une paix durable ?

Le 25 janvier, la commission électorale des Philippines a validé le vote sur le référendum établissant une région autonome dans la partie musulmane du Mindanao. Cette décision historique achève le processus de paix débuté en 2014 par un accord entre Manille et le Front Moro islamique de libération, un groupe islamiste aux revendications indépendantistes. La création de cette entité autonome intervient alors que le gouvernement philippin tente de se concentrer sur ses problèmes internes, après avoir apaisé les tensions territoriales avec la Chine.

Les présidents Duterte et Xi Jinping se serrent la main.
Duterte parviendra-t-il à assurer la stabilité intérieure pour attirer les investisseurs chinois ?

Le plébiscite du référendum à 87% des voix est une victoire, tant pour le gouvernement que pour les mouvements autonomistes. En effet, la satisfaction des demandes des musulmans indépendantistes permet à Manille d’assurer le calme et l’ordre dans une région qui connaît des troubles depuis plusieurs décennies. Le conflit débute au milieu des années 1960 et alterne entre périodes de négociations et de violences. Les attaques terroristes d’un côté, et la répression gouvernementale de l’autre, font de nombreuses victimes dans les deux camps.

De plus, la lutte contre le mouvement indépendantiste musulman est entremêlée avec l’insurrection communiste de la Nouvelle Armée populaire, la branche armée du Parti communiste des Philippines-marxiste-léniniste. De fait, la région de Mindanao est un bastion prisé des combattants communistes et fait l’objet d’une forte militarisation. Quarante-quatre des quatre-vingt-dix-huit bataillons de l’armée philippine sont basés sur cette île afin de neutraliser les insurgés.

De plus, plusieurs fois par le passé, les indépendantistes musulmans se sont alliés aux guérillas communistes dans le but d’augmenter leurs forces respectives. Ainsi, en éliminant la menace d’un conflit avec les premiers, le gouvernement de Manille affaiblit les seconds. Toutefois, Mindanao demeure un terrain d’affrontements. La région est sous le coup de la loi martiale depuis 2017.

Mindanao, sous l’ombre de la menace terroriste

Le Sud des Philippines, incluant l’île de Mindanao, est particulièrement touché par la présence de groupes terroristes islamistes. De mai à octobre 2017, une bataille sanglante a opposé les forces gouvernementales aux djihadistes de l’Etat islamique dans la ville de Marawi. Quatre cent mille personnes ont été déplacés à la suite de ce conflit. Si Manille a remporté la victoire, l’ombre du terrorisme plane toujours sur le pays. En effet, les Philippines représentent un important vivier de combattants pour le groupe Etat islamique.

Le président Rodrigo Duterte, élu en 2016, a fait de la lutte contre le terrorisme l’une de ses priorités. Elu pour son programme populiste et ses déclarations agressives, le président philippin a capitalisé sur les questions sécuritaires et les difficultés économiques auxquels font face la classe moyenne pour séduire l’électorat.

Un frein au développement économique

Malgré des progrès importants, un cinquième de la population philippine vit toujours sous le seuil de pauvreté. De plus, 40% des travailleurs sont employés dans le secteur informel. De fait, le gouvernement peine à collecter suffisamment d’impôts afin d’investir dans de meilleurs services et infrastructures. S’ajoute à cela un important niveau d’inégalités de richesse. En effet, 0,01% de la population possède plus d’un million de dollars, un montant qui s’élève à seulement 10 000 dollars pour près de 87% des Philippins. Ainsi, le président a promis de réduire ces écarts.

Pour atteindre cet objectif, sécuriser le territoire est essentiel. Selon lui, le trafic de drogues, la corruption et la criminalité en général sont des barrières au développement socio-économique. A travers une campagne de répression ultra-violente et extra-judiciaire, Duterte a fait démonstration de sa volonté d’éradiquer les problèmes endémiques par toutes les voies possibles.

Ainsi, assurer l’ordre dans la région de Mindanao est une priorité pour le gouvernement. En effet, cette dernière abrite d’importantes ressources naturelles et joue un rôle majeur dans l’économie nationale. 100% du caoutchouc et 87% de l’ananas produits par les Philippines se trouvent sur l’île. 76% des réserves d’or nationales sont également situées dans la région, faisant de Mindanao un atout économique primordial.

Accalmie avec la Chine, éloignement avec les Etats-Unis

Depuis le début de son mandat, Duterte a entrepris l’apaisement des relations houleuses qu’entretenaient les Philippines avec la Chine, notamment sur la question territoriale en mer de Chine méridionale. De fait, une partie des ressources militaires autrefois allouées à la défense maritime ont pu être redirigées pour sécuriser les territoires nationaux conflictuels. Manille n’est pas la seule à bénéficier de ce nouveau partenariat. Pour Pékin, la bonne entente avec ses voisins asiatiques est cruciale afin de pouvoir développer ses ambitions économiques, qui se traduisent, notamment, par son projet titanesque des Routes de la Soie.

Ainsi, en 2016, seulement trois mois après son investiture, le président philippin a rendu visite à son homologue chinois. A l’occasion de cette rencontre, ils ont annoncé des investissements et des crédits à hauteur de 24 milliards de dollars. Toutefois, ces promesses sont loin de s’être toutes réalisées. En effet, seulement une petite partie de ces investissements ont été effectués. Un certain nombre de projets ont dû être abandonnés du fait de problèmes sécuritaires internes, parmi lesquels, l’insurrection musulmane sur l’île de Mindanao. Ainsi, la sécurisation du territoire nationale est une condition sine qua none si Manille souhaite assurer les financements étrangers.

Parallèlement à la détente sino-philippine, les relations entre les Etats-Unis et les Philippines se sont dégradées. A plusieurs reprises, les présidents des deux pays se sont critiqués, voire insultés, par déclarations interposées. Cependant, cet éloignement est à relativiser. En effet, les Etats-Unis demeurent le premier investisseur pour les Philippines et ont tout à gagner à préserver leur allié historique régional, face à la montée en puissance de la Chine.

La fin du conflit avec les musulmans indépendantistes ne signifie pas la fin des problèmes pour Manille, qui doit faire face à d’autres insurrections, communiste notamment. De plus, le gouvernement devra parvenir à maintenir l’équilibre entre ses alliés chinois et américains, s’il veut assurer la stabilité du pays.

Sources

https://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2017/10/23/philippines-le-gouvernement-annonce-la-fin-des-combats-contre-les-djihadistes-a-marawi_5204628_3216.html?xtmc=marawi&xtcr=1

https://worldview.stratfor.com/article/after-siege-marawi-another-fight-plays-out

https://worldview.stratfor.com/article/philippines-manila-takes-long-awaited-step-toward-calming-mindanao-jihadism-security

https://www.diplomatie.gouv.fr/fr/dossiers-pays/philippines/

https://www.indexmundi.com/philippines/economy_overview.html

https://worldview.stratfor.com/article/philippines-waits-chinese-windfall

https://worldview.stratfor.com/article/duterte-walks-tightrope

https://worldview.stratfor.com/article/philippines-ratified-referendum-paves-path-toward-peace-mindanao-bangsamoro-autonomous-region

About Clara JALABERT

Clara JALABERT est étudiante en troisième année à Sciences Po Paris. Passionnée par les relations internationales et l’histoire, elle souhaite poursuivre son parcours dans le journalisme.

Perspectives de stabilisation en mer de Chine du sud par l’acquisition possible de sous-marins russes par les Philippines

Perspectives de stabilisation en mer de Chine du sud par l’acquisition possible de sous-marins russes par les Philippines


Par Andrew Korybko – Le 28 août 2018 – Source orientalreview.org
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Malgré de fortes pressions américaines, les Philippines progressent avec la Russie vers un accord de vente de sous-marins.


Duterte, le président philippin, a réfuté les critiques émises à l’encontre de ses projets par Randall Schriver, secrétaire américain à la défense pour l’Asie et le Pacifique, qui avait déclaré qu’« il ne s’agirait pas d’une chose qui contribuerait à notre alliance », en posant la question rhétorique : « Qui êtes-vous pour nous donner des leçons ? » ; ces déclarations ont été suivies d’un communiqué de l’ambassade russe aux Philippines, suggérant que les mots choisis par Schriver « peuvent révéler une grave attaque relevant du syndrome colonial ». Il a été rendu public il y a peu de temps que la Russie a d’ores et déjà entraîné certains des gardes du corps de Duterte, et a pour projet d’assurer également la formation de certains personnels de la flotte militaire philippine, ce qui ouvrirait la porte à une vente de Moscou à Manille de sous-marins de pointe, dont certains exemplaires ont déjà été vendus au Vietnam voisin.

Randall Schriver, secrétaire américain à la défense pour l’Asie et le Pacifique, lors d’un point presse tenu à l’ambassade américaine de Manille

Les USA comprennent bien que le temps de leur monopole sur les fournitures d’armements à leur ancienne colonie est en train de se terminer, et que la signature de gros contrats, tels que des sous-marins, amènerait à une relation soutenue entre les Philippines et la Chine, perspective de très bon augure dans une vision multipolaire, mais totalement à l’encontre des intérêts américains, surtout au regard de leurs tentatives de « contenir » la Chine en mer de Chine du sud. Les observateurs pourraient également se demander pourquoi la Russie déciderait de céder au nez et à la barbe des chinois des sous-marins aux Philippines, alors que toute perspective réaliste d’utilisation de ces engins impliquerait un jour ou l’autre des cibles chinoises. Mais si l’on considère de plus près les nuances en matière de « diplomatie militaire », on peut comprendre la stratégie qui sous-tend cette décision.

Depuis la fin de la guerre froide, les ventes d’armes russes ont toujours été centrées sur le maintien d’un équilibre de pouvoir entre divers couples d’États rivaux, qu’il s’agisse de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, de l’Inde et de la Chine, ou de la Chine et du Vietnam, avec comme dernières opportunités en date les couples Turquie & Syrie, Arabie Saoudite & Iran, Pakistan & Inde, et dernièrement donc le couple Philippines & Chine. Le concept au cœur de la stratégie russe de maintien d’affaires avec chaque membre de ces États rivaux vise à empêcher les USA de faire pencher la balance vers l’un ou l’autre, selon leurs propres préférences, ce qui encouragerait un conflit militaire ou un raidissement des relations exploitables ultérieurement par les États-Unis.

Une vente de sous-marins russes aux Philippines mettrait sur la touche la Navy américaine, et ouvrirait la voie pour faire de Moscou le partenaire militaire de long terme de Manille en lieu et place de Washington. La montée en puissance régionale russe qui en résulterait en mer de Chine du sud, si on la considère dans le cadre plus large des partenariats solides déjà en place dans les domaines militaire et énergétique avec le Vietnam, pourrait placer Moscou en position d’exercer une influence importante aussi bien sur Hanoï que sur Manille, dans la perspective de la mise au point d’un accord pacifique des différends territoriaux maritimes de ces deux pays avec Pékin. À ce stade, une telle stratégie est sans aucun doute très ambitieuse, mais il s’agit d’un pas dans la bonne direction, qui est de diminuer progressivement l’influence régionale américaine, et sous cet angle apporte plus de bien que de mal aux intérêts chinois.

Cet article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Sputnik News le vendredi 24 août 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker francophone

http://lesakerfrancophone.fr/perspectives-de-stabilisation-en-mer-de-chine-du-sud-par-lacquisition-possible-de-sous-marins-russes-par-les-philippines