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La doctrine-LGTBQ, ou notre-Armageddon

La doctrine-LGTBQ, ou notre-Armageddon

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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La doctrine-LGTBQ, ou notre-Armageddon

17 juin 2019 –On trouve, esquissée dans l’introduction au texte des Archives-dd&esur la “culture-Armageddon”, une idée qui a retenu mon attention au point de concevoir de lui consacrer petit développement : l’idée selon laquelle « …la gauche (ex-“dissidence” pseudo-antiSystème en 2004) a développé sa propre version de la “culture-Armageddon”, qui est la folie progressiste-sociétale ». Cette “version” de la “culture-Armageddon” serait ainsi le pendant de gauche de la signification fondamentale de la doctrine MAD poussée à l’extrême de son accomplissement par les extrémistes religieux qu’on aime situer à droite, qu’ils soient islamistes, chrétiens ou juifs, tous enfants d’un monothéisme sourcilleux ; lui-même, le Politiquement-Correct de gauche (PC en vertueuses initiales), étant à sa façon un extrémisme religieux, qu’il soit laïque, athée, transhumaniste ou néandertalien.

(Mais bon, il faut prendre ces “gauche-droite” dans leur positionnement les plus extrêmes, c’est-à-dire les produits paroxystiques et pathologiques du Système opérationnalisant dans les piètres agitations humaines le “déchaînement de la Matière”. Nous sommes bien au-delà des habituelles supputations de salon concernant ce rangement politique, avec les arguments des Vychinski de talkshows.)

Cela signifie que le politiquement correct, ou PC, ou conformisme totalitaire, qui est le monstre accouché de la gauche entrée dans la perte de ses eaux hystériques s’avère à la fois être absolument terroriste, à l’image aussi bien de la doctrine MAD réalisée que du terrorisme dispensé par les pensées religieuses extrémistes, et qu’il est absolument suicidaire, comme s’avère être le produit final de la “culture-Armageddon”. (Cela, sans que je me prononce sur la valeur historique, symbolique, religieuse, eschatologique, etc., de la bataille d’Armageddon, puisque me contentant dans ce cas de considérer simplement l’effet de cette tendance.) (*)

Le développement de la dialectique de ce que nous devrions baptiser dans un premier élan “doctrine-PC”, – comme il y a doctrine-MAD, – et de ses multiples branches de déstructuration-dissolution-entropisation (la “formule-dd&e“) de toutes les catégories du sociétal ne cesse d’accélérer et de créer de nouvelles voies vers des situation propices à la démence. Ce travers de la psychologie et de l’esprit affecte évidemment ceux qui suivent ces voies, qu’ils soient convaincues de la chose ou qu’ils se convainquent de l’être sous la pression terroriste de la chose.

Une récente démonstration de cette situation, c’est l’affaire du NYT supprimant ses dessins humoristiques à la suite d’accusations diverses portant sur le très-classique antisémitisme contre l’un de ces dessins, et le NYT décidant avec une extrême bravoure de ne pas se prononcer sur le fond (antisémitisme ou pas ?), non plus que certains acteurs-PC célèbres intervenant pour déplorer cette décision, également sans prendre position sur le fond (antisémitisme ou pas ?) du problème qui est l’accusation-PC (type déviationnisme-antisémite remplaçant les classiques “déviationnisme-trotskiste” ou “déviationnisme-droitiste” c’est selon et à votre bon cœur) … Ce commentaire d’Antoine Menuisier dans Figaro-Vox, rapportant la protestation d’un dessinateur pourtant très-PC (le Suisse Patrick Chappatte) publiant un manifeste contre la décision du NYT, fait l’affaire pour décrire l’état de schizophrénie absolument panicarde vers lequel nous conduit cette terreur dialectique, avec exemple à l’appui de l’intervention de cet acteur-PC (Chappatte) :

« Nous voilà au cœur d’un politiquement correct au carré, qui fait qu’on se garde, au nom du politiquement correct, c’est-à-dire par crainte des réactions, de se prononcer sur le fin mot du litige, dont on déplore les conséquences éditoriales pourtant politiquement correctes (la fin des dessins politiques)… »

Et Menuisier de poursuivre : « … notons que nulle part dans son manifeste[contre la décision du NYT], Patrick Chappatte n’emploie l’expression “politiquement correct”, dont il pense peut-être qu’elle est l’apanage des réacs. Revenons au dessin objet du scandale : s’il le juge antisémite, Chappatte passera pour “sioniste” ; s’il n’y voit qu’une maladresse de mauvais goût, il risque l’accusation d’antisioniste, voire pire… Quel dilemme ! »

Ce qu’il m’importe de développer ici ne porte bien entendu en aucune façon « sur le fin mot du litige », antisémite ou pas, sioniste ou pas, ou bien encore transgenre ou pas, transhumaniste ou pas, etc., – sans aucun doute, sans m’en dissimuler une seconde parce que là n’est vraiment pas l’essentiel, parce qu’enfin croire le contraire serait signaler que la démence-PC vous a désormais frappé vous-même. Si vous acceptez de suivre les règles de cette dialectique, vous entrez dans la ronde infernale de leur démence, et vous n’en sortirez qu’avec un entonnoir sur la tête, pour vous protéger en mode-bio des retombées de la fin du monde. Ce qui m’importe, ce sont les deux aspects qui se découvrent de la doctrine-PC, ou progressisme-sociétal, et complète en s’y intégrant, sur sa gauche, la culture-Armageddon : l’aspect terroriste et l’aspect suicidaire…

• L’aspect terroriste, sans aucun doute, aussi terroriste pour la substance opérationnelle des esprits que l’est pour la substance opérationnelle de l’univers physique la doctrine-MAD lorsqu’elle est poussée à son extrême. L’extrême de la doctrine MAD est la menace de l’anéantissement du monde physique par le nucléaire ; l’extrême de la doctrine PC est la menace de l’anéantissement du monde intellectuel par la dialectique. Voilà les deux vecteurs terroristes de la “culture-Armageddon” dont notre civilisation a fièrement accouché. Dans les deux cas, la psychologie est affectée, elle est ouverte, sinon offerte absolument, comme peut l’être une fille au sens du XIXème et des frères Goncourt, à l’incursion de la démence.

• L’aspect suicidaire va de soi, comme le montre l’affaire NYT-Chappate, comme symbole, opposant deux acteurs également PC : au nom de la doctrine-PC qu’ils vénèrent également, ils s’attaquent réciproquement, se condamnent, se déchirent, se haïssent, s’humilient, se crêpent le chignon, et finalement renoncent de factoà toute forme réelle d’activité intellectuelle (jugement « sur le fin mot du litige) dans ce segment de la polémique. Bientôt, ce sera la raison elle-même qui sera mise en cause si ce n’est déjà fait certes, et la réaction sera évidemment de l’abandonner parce que la raison peut conduire à des jugements et des constats que le doctrine-PC ne peut envisager. Il ne restera plus alors que de suivre la voie de la démence et ainsi sera mis en place le dessein suicidaire de la doctrine-PC. Là aussi, l’aspect complémentaire de la doctrine-MAD est parfait et la démonstration de l’aspect suicidaire de la “culture-Armageddon” est acceptable.

Je crois qu’arrivé à ce constat logique de la complémentarité des deux, pour mieux définir la culture-Armageddon il faut trancher, c’est-à-dire dépasser la logique justement pour entrer dans le domaine de l’intuition, parce que la logique nous laisse totalement insatisfaits et frissonnant, entre terreur et suicide… Il y a, dans le texte retrouvé de dd&e, ce passage qui absout la logique en la renversant, et par-là même qui l’envoie dans la poubelle la plus proche, et donc certes nous invite effectivement à trancher (je souligne de gras les passages qui importent au vulgum pecus que je suis) :

« Ce qu’a montré la fin de l’URSS, c’est que cette référence-Armageddon n’était pas accidentelle, circonstancielle, imposée par le communisme, la crainte de l’holocauste nucléaire, etc. Au contraire, elle était et reste complètement structurelle, absolument fondamentale pour l’américanisme extrémiste que nous décrivons, – ce pourquoi l’on peut parler de “culture-Armageddon”. Au-delà même : Armageddon est non seulement fondamental pour cette psychologie [de l’américanisme], il lui est nécessaire comme l’oxygène l’est à la vie… »

Ce passage dit bien que ce que l’on a nommé “doctrine-MAD”  parce qu’il s’agissait effectivement d’une doctrine rationnelle n’a d’utilité que dans la mesure où elle s’adapte parfaitement au raisonnement sur la “culture-Armageddon”. En soi, elle ne représente rien de décisif, et, effectivement là encore, la suite de sottises et de ratages incroyables, de débilités impuissantes, d’éjaculations précoces et de coitus interruptus, surtout à partir de 9/11, a démontré sa vanité. De l’Irak à l’Iran, à la Syrie, à la Russie, à la Corée du Nord, personne dans la dynamique du système de l’américanisme n’est parvenu à transcender cette doctrine-MAD pour en faire la déclencheuse de l’Armageddon. (Attente jusqu’ici infructueuse de la Troisième Guerre Mondiale.)

… Ce qui me conduit à avancer ceci : j’en viens enfin à considérer que la véritable doctrine répondant au besoin d’Armageddon, c’est bien la doctrine-PC qu’on pourrait désigner aujourd’hui, pour la satisfaction de la diversité et l’élévation à la dignité qui lui sied, doctrine-LGTBQ. Ainsi en viendrais-je à considérer que la clef d’Armageddon se trouve dans cette intervention du progressisme-sociétal, à la fois terroriste et suicidaire.

Dans ce cas, l’Armageddon échappe à sa référence, et s’il reste un Armageddon dans sa définition première et primaire (« …le terme “Armageddon” est[…] employé pour qualifier une destruction catastrophique »),ce n’est pas en tant que symbole de l’ultime bataille du Bien contre le Mal comme l’aurait voulu les extrémistes de la doctrine-MAD échappant à la logique rationnelle, mais en tant qu’outil d’une extraordinaire efficacité pour accomplir le déstructuration-dissolution-entropisation de tout ce qui est organisation humain et civilisationnel ; c’est-à-dire la déstructuration-dissolution-entropisation d’abord des États-Unis où fleurissent ces Cent-Fleurs de cette pensée. Ce processus ne peut être le fait que des individus américanistes devenus entités informes et sans la moindre singularité comme nous le suggère l’évolution de cet aspect-là de la “culture-Armageddon” ; c’est-à-dire production intrinsèque, déstructurée totalement et absolument dissoute jusqu’à l’entropie de l’esprit, venue directement des « puanteurs foucaldiennes des restes de l’Empire[des USA] » ; ou, pour faire moins simple, se rapportant à cette citation Jean-Marc Mandosio dans son Longévité d’une imposture – Michel Foucault (Édition de l’Encyclopédie des Nuisances, 2010),

« La destitution de l’idée d’“individu” au profit d’une “singularité” sans essence , pure potentialité susceptible de prendre n’importe quelle forme et d’en changer à volonté, est contemporaine de l’émergence du néocapitalisme festif, dont le mode vie gay a constitué le prototype à la fin des années soixante-dix, avec la bénédiction cde Foucault… »

Où l’on voit que le doctrine-PC devenue doctrine-LGTBQ apparaissait effectivement dans ses limbes foucaldiennes alors que la doctrine-MAD en était à son chant du cygne (décennies 1970 & 1980) devant la disparition prochaine, puis actée de l’URSS, qu’elle était ainsi  complètement vidée de sa substance, découvrant le vide de son essence ; qu’elle était donc, cette doctrine-PC devenue-LGTBQ, destinée après sa naissance et ses premières envolées, son cheminement hésitant puis de plus en plus triomphant, finalement son formidable essor notamment à partir du début des années 2010 pour sa phase finale et paroxystique, à occuper l’essentialité du cimier de la “culture-Armageddon” et à organiser la bataille de la catastrophe finale, ou Bien et Mal selon la logique de l’interprétation humaine n’auraient en rien leur place, où le trinôme déstructuration-dissolution-entropisation s’occuperait d’activer l’effondrement qui justifierait l’étiquette d’Armageddon.

Nous y sommes sous peu…

 

Note

(*) Pour servir de pense-bête, l’Armageddon de Wikipédia : « En 609 av. J.-C., le roi Josias du royaume du sud, royaume de Juda, est défait et tué sur la colline fortifiée de Megiddo (Har Megiddo) par le pharaon Nékao II. Cette défaite, alors que le Dieu des défenseurs de Mégiddo était censé les protéger, est ressentie comme une catastrophe traumatisante, et c’est en son souvenir que le terme “Armageddon” est ensuite employé pour qualifier une destruction catastrophique. […] Ce mot est utilisé pour désigner des batailles catastrophiques, éventuellement d’ampleur planétaire, et, au sens de bataille finale, celle dont l’issue donnera la victoire définitive. Ainsi, à l’inverse du dicton “perdre une bataille mais pas la guerre”, désigner une bataille à venir comme un Armageddon, c’est sous-entendre que perdre cette future bataille, c’est perdre la guerre. »

https://www.dedefensa.org/article/la-doctrine-lgtbq-ou-notre-armageddon

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L’interview de Michel Serres – Stupéfiant !

#Stupéfiant

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Ajoutée le 28 mai 2019

Élu en mars 1990, Michel Serres est donc un peu chez lui à l’Académie française. Le philosophe y reçoit Léa Salamé pour évoquer sa vision de « l’art d’être Français ».

Emmanuel Macron est-il machiavélien ?

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Michel Houellebecq contre le système

Michel Houellebecq contre le système

Les Carnets de Nicolas Bonnal

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Michel Houellebecq contre le système

Il a récemment soutenu Donald Trump et c’était très bien de le faire. Il avait attaqué la religion de paix et d’amour de Riyad et c’était très bien de le faire. Il remet en cause les acquis de la révolution sexuelle et  libertaire, et c’était encore mieux de le faire. Il a régulièrement insulté ses ennemis et c’est bon de le faire.  Il ne vit pas en France, et il a raison de le faire. Comme dit Bonald, dans son essai sur l’émigration :

« Le sol n’est pas la patrie de l’homme civilisé ; il n’est pas même celle du sauvage, qui se croit toujours dans sa patrie lorsqu’il emporte avec lui les ossements de ses pères. Le sol n’est la patrie que de l’animal ; et, pour les renards et les ours, la patrie est leur tanière. Pour l’homme en société publique, le sol qu’il cultive n’est pas plus la patrie, que pour l’homme domestique la maison qu’il habite n’est la famille.L’homme civilisé ne voit la patrie que dans les lois qui régissent la société, dans l’ordre qui y règne, dans les pouvoirs qui la gouvernent, dans la religion qu’on y professe, et pour lui son pays peut n’être pas toujours sa patrie. »

De toute manière il a aussi dit que le monde est devenu un hôtel.

Il, c’est Michel Houellebecq.

L’ennemi a perdu depuis longtemps la bataille des idées, et il s’en est récemment rendu compte. Certes, il lui reste la trique, la dictature européenne, la censure médiatique, et sans doute la guerre contre la Russie pour espérer se maintenir au pouvoir.

Quelques rappels de Houellebecq pour s’en assurer, de la victoire…

« Tout comme le libéralisme économique sans frein, et pour des raisons analogues, le libéralisme sexuel produit des phénomènes de paupérisation absolue. Certains font l’amour tous les jours; d’autres cinq ou six fois dans leur vie, ou jamais. Certains font l’amour avec des dizaines de femmes ; d’autres avec aucune. C’est ce qu’on appelle la « loi du marché ».

Et cette sublime envolée, toujours dans l’extension du domaine de la lutte :

« Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. »

Le meilleur livre restera – avec, selon moi, le recueil rester vivants qui donne des recettes pratiques pour supporter cette société –, les particules élémentaires. Poète, Houellebecq aura chargé comme un traditionaliste contre la société festive sans que les bourgeois de la presse de gauche s’en rendent compte :

« Cependant, dans le même temps, la consommation libidinale de masse d’origine nord-américaine (chansons d’Elvis Presley, films de Marilyn Monroe) se répandait en Europe occidentale. Parallèlement aux réfrigérateurs et aux machines à laver, accompagnement matériel du bonheur du couple, se répandaient le transistor et le pick-up, qui devaient mettre en avant le modèle comportemental du flirt adolescent. Le conflit idéologique, latent tout au long des années soixante, éclata au début des années soixante-dix dans Mademoiselle Age tendre et dans 20 Ans, se cristallisant autour de la question à l’époque centrale : « Jusqu’où peut-on aller avant le mariage ? » Ces mêmes années, l’option hédoniste-libidinale d’origine nord-américaine reçut un appui puissant de la part d’organes de presse d’inspiration libertaire (le premier numéro d’Actuel parut en octobre 1970, celui de Charlie Hebdo en novembre). S’ils se situaient en principe dans une perspective politique de contestation du capitalisme, ces périodiques s’accordaient avec l’industrie du divertissement sur l’essentiel : destruction des valeurs morales judéo-chrétiennes, apologie de la jeunesse et de la liberté individuelle. »

Comme Muray à la même époque (Libération tançait cette « libération de la parole gauloise »), Houellebecq explique la désertification de la France par le sexe (revoyez le très instructif sex-shop de Claude Berri tournée à la fin de ces satanées années Pompidou) :

« Le 14 décembre 1967, l’Assemblée nationale adopta en première lecture la loi Neuwirth sur la légalisation de la contraception ; quoique non encore remboursée par la Sécurité sociale, la pilule était désormais en vente libre dans les pharmacies. C’est à partir de ce moment que de larges couches de la population eurent accès à la libération sexuelle, auparavant réservée aux cadres supérieurs, professions libérales et artistes – ainsi qu’à certains patrons de PME. Il est piquant de constater que cette libération sexuelle a parfois été présentée sous la forme d’un rêve communautaire, alors qu’il s’agissait en réalité d’un nouveau palier dans la montée historique de l’individualisme. »

Chesterton a dit que la famille est le seul État qui crée et aime ses citoyens (l’État-république les détruit et les remplace). Houellebecq :

« Comme l’indique le beau mot de « ménage », le couple et la famille représentaient le dernier îlot de communisme primitif au sein de la société libérale. La libération sexuelle eut pour effet la destruction de ces communautés intermédiaires, les dernières à séparer l’individu du marché. Ce processus de destruction se poursuit de nos jours. »

Houellebecq décrit aussi très bien la dérive du new Age (on sait maintenant que tout fut manipulé et encadré par des sévices secrets) :

« Au départ c’était plutôt un endroit alternatif, nouvelle gauche ; maintenant c’est devenu New Age ; ça n’a pas tellement changé. Dans les années soixante-dix on s’intéressait déjà aux mystiques orientales ; aujourd’hui, il y a toujours un jacuzzi et des massages. C’est un endroit agréable, mais un peu triste ; il y a beaucoup moins de violence qu’au-dehors. L’ambiance religieuse dissimule un peu la brutalité des rapports de drague. Il y a cependant des femmes qui souffrent, ici. Les hommes qui vieillissent dans la solitude sont beaucoup moins à plaindre que les femmes dans la même situation. Ils boivent du mauvais vin, ils s’endorment et leurs dents puent ; puis ils s’éveillent et recommencent ; ils meurent assez vite. Les femmes prennent des calmants, font du yoga, vont voir des psychologues ; elles vivent très vieilles et souffrent beaucoup. Elles vendent un corps affaibli, enlaidi ; elles le savent et elles en souffrent. Pourtant elles continuent, car elles ne parviennent pas à renoncer à être aimées. Jusqu’au bout elles sont victimes de cette illusion. »

S’ensuit la douce confession du gros prof déprimé. Le plus intéressant dans cette élégie c’est que la littérature est enfin définie pour ce qu’elle est : « un objet culturel désuet ».

« Je ne sers à rien, dit Bruno avec résignation. Je suis incapable d’élever des porcs. Je n’ai aucune notion sur la fabrication des saucisses, des fourchettes ou des téléphones portables. Tous ces objets qui m’entourent, que j’utilise ou que je dévore, je suis incapable de les produire ; je ne suis même pas capable de comprendre leur processus de production. Si l’industrie devait s’arrêter, si les ingénieurs et techniciens spécialisés venaient à disparaître, je serais incapable d’assurer le moindre redémarrage. Placé en dehors du complexe économique-industriel, je ne serais même pas en mesure d’assurer ma propre survie : je ne saurais comment me nourrir, me vêtir, me protéger des intempéries ; mes compétences techniques personnelles sont largement inférieures à celles de l’homme de Neandertal. Totalement dépendant de la société qui m’entoure, je lui suis pour ma part à peu près inutile ; tout ce que je sais faire, c’est produire des commentaires douteux sur des objets culturels désuets. Je perçois cependant un salaire, et même un bon salaire, largement supérieur à la moyenne. La plupart des gens qui m’entourent sont dans le même cas. Au fond, la seule personne utile que je connaisse, c’est mon frère. »

Et de parler des rares années heureuses en matière d’amour, qui ne durèrent pas longtemps, quand il avait un début de révolution sexuelle et un reste de christianisme en France :

« L’Église catholique, qui avait toujours regardé avec réticence la sexualité hors mariage, accueillit avec enthousiasme cette évolution vers le mariage d’amour, plus conforme à ses théories (« Homme et femme Il les créa »), plus propre à constituer un premier pas vers cette civilisation de la paix, de la fidélité et de l’amour qui constituait son but naturel. Le Parti communiste, seule force spirituelle susceptible d’être mise en regard de l’Église catholique pendant ces années, combattait pour des objectifs presque identiques. C’est donc avec une impatience unanime que les jeunes gens des années cinquante attendaient de tomber amoureux, d’autant que la désertification rurale, la disparition concomitante des communautés villageoises permettaient au choix du futur conjoint de s’effectuer dans un rayon presque illimité, en même temps qu’elles lui donnaient une importance extrême (c’est en septembre 1955 que fut lancée à Sarcelles la politique dite des « grands ensembles », traduction visuelle évidente d’une socialité réduite au cadre du noyau familial). C’est donc sans arbitraire que l’on peut caractériser les années cinquante, le début des années soixante comme un véritable âge d’or du sentiment amoureux – dont les chansons de Jean Ferrat, celles de Françoise Hardy dans sa première période peuvent encore aujourd’hui nous restituer l’image. »

Houellebecq change de registre élégamment et sans faire de manière. Et voyez cette autre envolée sublime, aux femmes qui donnaient tout toute leur vie sans rien demander (on pense à la Félicité de Flaubert) :

« De tels êtres humains, historiquement, ont existé. Des êtres humains qui travaillaient toute leur vie, et qui travaillaient dur, uniquement par dévouement et par amour ; qui donnaient littéralement leur vie aux autres dans un esprit de dévouement et d’amour ; qui n’avaient cependant nullement l’impression de se sacrifier ; qui n’envisageaient en réalité d’autre manière de vivre que de donner leur vie aux autres dans un esprit de dévouement et d’amour. En pratique, ces êtres humains étaient généralement des femmes. »

Dans Soumission, qui est un roman courageux, Houellebecq tape bien sur les politiques et les …catholiques (voyez des images des JMJ à Panama, c’était à se tordre, dirait Allais) :

« Ce qui est extraordinaire chez Bayrou, ce qui le rend irremplaçable, poursuivit Tanneur avec enthousiasme, c’est qu’il est parfaitement stupide, son projet politique s’est toujours limité à son propre désir d’accéder par n’importe quel moyen à la « magistrature suprême », comme on dit ; il n’a jamais eu, ni feint d’avoir la moindre idée personnelle ; à ce point, c’est tout de même rare. Ça en fait l’homme politique idéal pour incarner la notion d’humanisme, d’autant qu’il se prend pour Henri IV, et pour un grand pacificateur du dialogue interreligieux ; il jouit d’ailleurs d’une excellente cote auprès de l’électorat catholique, que sa bêtise rassure. »

Après cette bonne démonstration de sobre et froide cruauté, je ne saurais trop recommander au lecteur de découvrir la part la plus soignée et révoltée de l’œuvre de Michel Houellebecq : ses vers…

 

Sources

Michel Houellebecq – Les particules élémentaires… ; extension du domaine… ; soumission ; rester vivant

Nicolas Bonnal – Comment les Français sont morts (Amazon.fr)

Louis de Bonald – Œuvres complètes, XVII (archive.org)

http://www.dedefensa.org/article/michel-houellebecq-contre-le-systeme

Attentat de Strasbourg : les défis structurels du terrorisme

Attentat de Strasbourg : les défis structurels du terrorisme

Par Cyrille BRET, Pierre VERLUISE, le 12 décembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Cyrille Bret, ancien élève de l’école normale supérieure et de l’école nationale d’administration, agrégé et docteur en philosophie, enseigne la philosophie à l’institut d’études politiques de Paris (sciences po). Il vient de publier Cyrille Bret, « Qu’est-ce que le terrorisme ? », Paris, édition Vrin, 2018. Pierre Verluise, docteur en géopolitique, est le fondateur du Diploweb.com.

Du 23 novembre 2015 au 11 décembre 2018. De Paris à Strasbourg. Encore une fois les populations civiles sont frappées par une attaque terroriste. Le lieu est hautement symbolique : le marché de Noël de Strasbourg jouit dune réputation internationale qui assure aux meurtres une visibilité au-delà de nos frontières. Le moment est minutieusement choisi : pendant la crise des gilets jaunes, au moment où la communauté nationale semble désunie. Et juste avant les fêtes de fin d’année où les familles ont coutume de se rassembler.

Tous les éléments convergent pour propager dans les populations civiles un sentiment de panique et de vulnérabilité généralisée. Alors que les opérations de police sont en cours et que les procédures judiciaires sont lancées, il est nécessaire de revenir sur les caractéristiques fondamentales du terrorisme : pour lutter contre l’horreur, un sursaut intellectuel et un travail d’analyse rationnel est indispensable. A cette fin, Cyrille Bret, auteur de « Qu’est-ce que le terrorisme ? » (éd. Vrin) répond aux questions de Pierre Verluise, fondateur du Diploweb.

Introduction

Le terrorisme et la lutte contre le terrorisme sont devenus un thème central pour les relations internationales. Considérée par tous les États et les organisations internationales comme un des principaux dangers sur la scène globale, la menace terroriste retient l’attention des opinions publiques et concentre l’attention des autorités politiques.

Pour éclairer les débats actuellement en cours, il convient toutefois de réaliser un retour critique sur les catégories fondamentales mobilisées par les acteurs et les analystes des relations internationales. Premièrement, la définition du terrorisme est un enjeu de puissance à tel point qu’on en vient à douter de la possibilité de cerner le phénomène de façon objective. Deuxièmement, les politiques de lutte contre le terrorisme sont entrées dans l’ère du soupçon : chaque opération anti-terroriste est en butte à l’accusation de « terrorisme d’Etat » de la part des terroristes eux-mêmes mais également de la part de défenseurs des droits de l’homme. Troisièmement, il convient de réinterroger la place du terrorisme dans la géopolitique contemporaine : sommes-nous entrés dans un « âge de la terreur » comme plusieurs spécialistes de relations internationales le soutiennent ? Enfin, doit-on considérer que le terrorisme est devenu la figure contemporaine de la guerre ?

Sur ces quatre questions hautement conceptuelles et terriblement concrètes, il est nécessaire de reprendre la réflexion afin d’éviter raccourcis et amalgames qui obscurcissent l’analyse rationnelle des relations internationales.

« Le terrorisme a une nouvelle fois frappé notre territoire à Strasbourg » a déclaré le Procureur de la République de Paris, Rémy Heitz (12 décembre 2018)

Entretien

Pierre Verluise (P. V. ) : Définir le terrorisme est-il un enjeu des relations internationales ?

Cyrille Bret (C. B. ) : Sur la scène internationale, celui qui définit la réalité gagne un ascendant sur ses rivaux. Définir est un enjeu de puissance. Puissance symbolique, puissance juridique et puissance politique. Dire ce qu’est le terrorisme – et dire ce qu’il n’est pas – c’est en effet désigner l’ennemi. C’est dire qui est terroriste et qui ne l’est pas. Pour mesurer l’importance de cette confrontation conceptuelle et politique, il n’est besoin que de revenir à la dernière Assemblée Générale des Nations-Unies.

Lors de cet événement annuel, le président de la République Islamique d’Iran, Hassan Rohani, a publiquement accusé les États-Unis de terrorisme, dans la presse et à la tribune. Quels étaient les motifs invoqués ? d’une part, il imputait aux États-Unis un soutien logistique à l’attentat perpétré à Ahvaz sur le territoire iranien, le 22 septembre 2018, qui avait fait 22 morts lors d’un défilé militaire. Et d’autre part, il attribuait à l’administration Trump un « terrorisme économique » en raison de son retrait le 8 mai 2018 du traité sur le nucléaire signé en juillet 2015 et des sanctions prises contre l’économie iranienne.

En retour, les États-Unis ont accusé l’Iran de fomenter de nouveau des attentats dans le monde. L’Iran avait en effet eu pour pratique, au début des années 1980, durant la guerre Iran-Irak de faire organiser par leurs services extérieurs des attentats contre les soutiens de l’Irak de Saddam Hussein. Les Français se souviennent de l’attentat de la rue de Rennes le 17 septembre 1986 que le Hezbollah libanais avec commandité (7 morts, 55 blessés). L’accusation de « State sponsored terrorism » ou « diplomatie coercitive » selon l’expression de Gérard Chaliand contre le « terrorisme économique ». Voilà la confrontation exposée aux yeux de tous.

On le voit dans ces exemples comme dans bien d’autres, la notion « terrorisme » est utilisée sur la scène internationales comme une invective symétrique et relative : le « terrorisme », c’est la violence de mon ennemi, quelle que soit cette violence, ses modes d’action et surtout quel que soit mon ennemi. Le vague entretenu délibérément sur ce concept conduit à un relativisme complet où l’organisation Etat islamique peut se présenter comme une armée de résistants et qualifier ses ennemis de « terroristes ».

C’est la première raison pour laquelle il est essentiel de produire une véritable définition du terrorisme : mettre fin aux amalgames qui placent sur un même plan le résistant et le terroriste et faire cesser cette spirale où le terrorisme n’est plus nulle part à force d’être dénoncé partout. Pour lutter contre cette inflation verbale politiquement instrumentalisée, le Conseil de sécurité des Nations-Unies a essayé de clarifier la notion et ses contours à travers une dizaine de résolutions. Mais, à chaque fois, les rivalités de puissance entre les membres permanents, ont bloqué les travaux. Ainsi, la République Populaire de Chine et la Fédération de Russie cherchent avant tout à faire désigner comme terroristes les organisations violentes opposées à l’Etat. Elles souhaitent exclure toute accusation de terrorisme contre les États eux-mêmes.

C’est pour éviter que le groupe Manouchian, actif durant l’occupation allemande, et Breivik, coupable des attentats d’Oslo et d’Utoya soient rangés dans la même catégorie qu’il est essentiel de proposer une définition du terrorisme. Pour sortir du relativisme, je propose de mettre en évidence plusieurs caractéristiques distinctives. D’une part, la caractérisation des victimes : le terroriste se distingue de l’assassin politique et du guérillero par le fait qu’il vise les populations civiles, les passants, de façon indifférenciée. Le guérillero ou le partisan, selon l’expression utilisée par Carl Schmitt dans sa « Théorie du partisan », vise les dépositaires de la force publique armée ou police. Le soldat en uniforme et en arme qui constitue l’incarnation de la souveraineté étatique. Cette absence de discrimination dans les cibles est une violation du principe fondamental de la guerre de respecter la distinction entre combattants et non-combattants. C’est sous cet angle que le groupe Manouchian, assassinant le général allemand Julius Ritter le 28 septembre 1943 en France, est bien différent de Breivik assassinant des membres des jeunesses travailliste sur l’ile d’Utoya le 22 juillet 2011 en Norvège.

D’autre part, le deuxième élément distinctif du terrorisme concerne ses effets : le but est de propager par ces actions une panique généralisée et indéfinie : en tuant plus de 3000 personnes à New York et Washington, le 11 septembre 2001, Al-Qaida n’a ni cherché une victoire militaire par confrontation directe avec les forces armées américaines, ni cherché à distinguer entre dépositaires de la force, musulmans présents sur place et citoyens ordinaires. En frappant indifféremment toutes les personnes présentes dans les avions détournés et les bâtiments détruits, l’organisation a cherché à faire en sorte que, par le biais de l’identification aux passants, chaque résident aux Etats-Unis se sentent potentiellement menacé. « N’importe qui peut être frappé n’importe quand et n’importe où par n’importe quel moyen » voilà le message spécifique de la violence terroriste. C’est un sentiment de terreur, c’est-à-dire de « vulnérabilité généralisée ».

Pour que l’usage de la notion de « terroriste » ne renforce pas la domination du puissant qui impose sa division du monde entre terroristes et non-terroriste, il est nécessaire de poser cette définition objective par les victimes et les effets.

P. V. : Peut-on parler d’un terrorisme d’État actuellement à l’œuvre ?

C. B. : L’accusation est récurrente depuis les débuts du terrorisme moderne, au XIXème siècle : dans sa lutte contre le terrorisme, l’Etat est systématiquement soupçonné de recourir lui-même au terrorisme. Qu’il soit autoritaire comme la Russie tsariste ou qu’il soit démocratique comme la Suède contemporaine, à chaque fois l’accusation de terrorisme d’Etat resurgit aussi bien chez les avocats des droits fondamentaux que parmi les réseaux terroristes eux-mêmes selon un paradoxe douloureux pour les premiers.

Qu’on examine par exemple les réactions du public et des intellectuels face à la « Global War on Terror » déclarée par le président Bush suite aux attentats du 11 septembre 2001. Les opérations militaires comme l’intervention en Afghanistan et l’invasion de l’Irak, les activités de surveillance de masse à l’intérieur comme à l’extérieur du territoire national et la mise en place de législations dérogatoires comme les PATRIOT Acts I et II ont été souvent dénoncées comme du « terrorisme d’Etat ». On retrouve là encore la symétrie entre terroristes et leurs ennemis. L’anti-terrorisme est depuis longtemps entrée dans l’ère du soupçon.

Les porte-paroles les mieux identifiés de cette remise en cause de l’anti-terrorisme sont le linguiste et essayiste américain Noam Chomsky et le philosophe italien Giorgio Agamben sur le plan intellectuel. Pour le premier, le terrorisme est loin d’être l’arme du pauvre. Les actions terroristes des groupes comme Al-Qaida et Daech mais aussi les mouvements de lutte anti-coloniale, comme le Vietcong, sont des réactions au terrorisme premier et fondamental. Pour Chomsky, le premier terrorisme est celui des Etats-Unis. Pour ce penseur radical, le terrorisme est d’abord et avant tout une arme du fort et du dominant. Rien n’est moins fortuit que sa genèse dans le vocabulaire politique entre les années 1793 et 1798 (date de son entrée dans le Dictionnaire de l’Académie française). Le terrorisme a été inventé par les Etats pour dominer les populations. Et les Etats-Unis l’ont porté à un point de généralisation mondial.

Le procès en terrorisme est également intenté aux démocraties en général par Giorgio Agamben dans Homo Sacer II. En effet, face aux paniques des populations civiles et face aux défis à la souveraineté que le terrorisme suscite, les Etats démocratiques s’engagent dans des législations dérogatoires : état d’urgence et législation anti-terroriste accoutument les pouvoirs publics et les populations à ne plus s’astreindre à un respect scrupuleux des principes de protection de la vie privée, de liberté de croyance et d’expression et de liberté de mouvement. Avec l’anti-terrorisme, les démocraties seraient prises sur une pente glissante qui conduit de l’état d’urgence à l’Etat d’exception permanent. Au nom de la sécurité, les démocraties anciennes, comme le Royaume-Uni suite aux attentats de 2005 et la France suite aux attentats de 2015, adoptent des législations et des pratiques policières dérogatoires et potentiellement funestes à leurs propres principes.

Ces accusations sont graves car elles rendent indiscernables le terrorisme et l’anti-terrorisme, les attaques perpétrées contre les populations civiles et les programmes d’actions destinés à les protéger. Ces accusations sont graves car elles placent sur le même plan les démocraties aux prises avec le terrorisme et les régimes autoritaires qui terrorisent leurs populations. Mais elles doivent être prises en compte pour analyser les relations internationales. Elles mettent en évidence le sentiment d’injustice et la méfiance des populations face aux campagnes anti-terroristes. Il est ainsi essentiel de bien identifier quand l’anti-terrorisme bascule dans le terrorisme d’Etat.

Qu’on examine la Terreur robespierriste théorisée par le discours du 5 février 1794 (18 Pluviôse an II) devant la Convention. Et qu’on examine également les campagnes de bombardement chimiques perpétrées depuis le début de la guerre en Syrie par le régime d’Al-Assad notamment dans la Ghouta en avril 2018. On constatera effectivement que les techniques terroristes ne sont pas l’apanage de groupes non-étatiques, clandestins révolutionnaires ou islamistes. Dans les deux cas, on note la même indifférence à la distinction entre combattants et non combattants. Et on relève la même volonté d’instiller une panique généralisée à toute une population et indéfinie dans le temps. Robespierre et le Comité de Salut Public suspendent les tribunaux ordinaires, violent le principe du contradictoire, récusent les droits de la défense et font exécuter sommairement sur simple dénonciation des opposants politiques souhaitant faire trembler tous les ennemis de la révolution. Bachar Al-Assad utilise quant à lui des armes qui rendent impossible par construction le ciblage sur les combattants, créent un effet d’épouvante sur les populations civiles et visent ainsi le rétablissement de sa domination. En effet, une arme chimique ne distingue pas entre les soldats et les civils. De plus, sa propagation rapide crée un traumatisme collectif massif. C’est bien un effet de terreur qui est visé. Que le régime Al-Assad ne soit pas le seul des protagonistes du conflit syrien à utiliser ces armes ne change rien à l’affaire : dans le cas du Comité de Salut Public comme dans celui de Bachar Al-Assad, les pouvoirs publics utilisent une violence indiscriminée pour établir une domination par la panique générale.

Contrairement à ce que soutiennent Agamben et Chomsky, tous les Etats ne se valent pas dans la lutte contre le terrorisme, notamment islamiste. Entre un Etat qui sombre dans la surveillance de masse et l’autorisation de la torture et un Etat qui soumet son anti-terrorisme au contrôle des parlementaires, du juge et de l’opinion publique, il y a toute la différence qui sépare un État autoritaire d’un Etat démocratique.

Le terrorisme d’Etat n’est donc ni la vérité de l’Etat ni une illusion dangereuse. Oui, certains pouvoirs publics recourent à la terreur méthodique. Ce fut le cas de l’Etat stalinien durant les années 1930 et des gouvernements sud-américains appuyés par l’opération Condor de la CIA durant les années 1970 Mais tous les Etats ne sont pas structurellement terroristes.

P. V. : Le terrorisme ouvre-t-il une nouvelle époque des relations internationales ?

C. B. : Dans le sillage des attentats du 11 septembre 2001, plusieurs géopoliticiens de renom ont considéré que le monde avait basculé dans une nouvelle ère : l’âge de la Terreur. Ces attentats marqueraient l’irruption de « l’hyperterrorisme » dans les relations internationales pour reprendre l’expression de François Heisbourg.

Plusieurs éléments nouveaux apparaissent, en effet, à l’occasion des attentats du 11 septembre sur la scène mondiale. D’une part, le caractère massif des meurtres qui font près de 3000 victimes. D’autre part, le statut mondial de cet événement, ciblé sur des symboles internationalement connus et retransmis immédiatement à travers la planète. Avec cet événement, les relations internationales auraient basculé. Le terrorisme serait devenu un des principales menaces à la paix internationale au même titre que la prolifération nucléaire par exemple.

Si le terrorisme a acquis un statut central dans les débats internationaux, il est important d’apporter plusieurs limites et nuances à cette thèse. Premièrement, le terrorisme mondialement médiatisé n’est pas une nouveauté. L’histoire du terrorisme fait corps avec celle des médias industriels. Les attentats anarchistes de la deuxième partie du XIXème siècle culminant dans l’assassinat de Sadi Carnot par Caserio en 1894 et dans les explosions organisées par Ravachol à Paris font corps avec le développement de la presse illustrée de masse. De même, les détournements d’avion et les prises d’otage sanglantes, comme durant les Jeux Olympiques de Munich en 1972, peuvent terrifier parce qu’ils s’appuient sur la généralisation de la télévision dans les foyers partout dans le monde. La première nuance à l’idée d’un âge de la terreur est que le terrorisme a été au centre de l’attention à plusieurs reprises durant les deux derniers siècles.

La deuxième limite tient à la nature du terrorisme. Bien souvent, le terrorisme marque non pas la puissance de ceux qui l’utilisent mais au contraire leur faiblesse. Si un mouvement clandestin violent avait la capacité de remporter une victoire sur ses ennemis (Etats-Unis, France, etc.), il ne recourrait pas à des attentats mais à des stratégies militaires. La parenté entre guerre et terrorisme ne doit pas faire illusion.

P. V. : Le terrorisme est-il la nouvelle forme de la guerre à l’heure de la mondialisation ?

C. B. : Dans le sillage des attentats du 13 novembre 2015 en France, plusieurs voix se sont élevées pour défendre l’idée que le terrorisme constituait la nouvelle forme paradigmatique de la conflictualité internationale. Reprenant les idées lancées par Jürgen Habermas après le 11 septembre 2001, l’historien Pascal Ory a en effet affirmé que le terrorisme était la nouvelle forme de la guerre. Là encore, un examen critique est nécessaire.

Le terrorisme contemporain notamment islamiste essaie d’installer dans les opinions que la ligne de front passe aujourd’hui au milieu des villes et peut s’aviver au cœur même de la paix civile des grandes cités : Bombay, Paris, Madrid, Londres, Berlin, etc. On l’a vu en novembre 2015 : les terroristes des attentats du stade de France, les massacres du Bataclan et du 10ème arrondissement ont été perpétrés de façon à installer l’idée d’attaques militaires. Les équipes adoptaient la tenue et les modes d’organisation des opérations clandestines de forces spéciales, les armes utilisées étaient des armes de guerre, etc. Tout est fait pour que les terroristes puissent, comme à l’accoutumée, revendiquer le statut de « combattants », de « soldats » ou de « guerriers ». D’où la réaction des pouvoirs publics : puisque Al-Qaida puis l’organisation Etat islamique mènent des batailles au cœur des métropoles, il convient de déclarer la guerre en retour à ces organisations. Ainsi, le président F. Hollande déclara en 2015 qu’il n’avait pas d’état d’âme à considérer le terrorisme comme une guerre et les opérations anti-terroristes comme des batailles. En somme, les terroristes et leurs cibles semblent aujourd’hui convenir d’un terrain d’affrontement commun : le terrorisme serait la continuation de la guerre par les moyens de la mondialisation : usage intensif des médias mondiaux en direct, tactique du choc maximal par l’utilisation d’armes traumatisante (armes blanches, armes de guerre, armes de destruction massive).

Si les actions anti-terroristes peuvent comprendre des actions de nature militaire, faut-il accepter la confusion des catégories fondamentales des relations internationales que tentent de réaliser les terroristes pour se draper dans le statut de « soldat » ? Assimiler le terrorisme à des actes de guerre entretient pourtant plusieurs illusions dangereuses. D’une part, elle fait croire que l’action militaire peut consister à massacrer des civils alors qu’il s’agit là de crimes de guerre qui n’ont plus rien de commun avec une campagne militaire. D’autre part, elle confère aux terroristes le statut militaire qu’ils revendiquent pour échapper à l’opprobre de celui de criminels. Enfin et surtout, il diffuse l’idée selon laquelle les terroristes sont engagés dans une confrontation militaire pour obtenir la victoire contre leurs ennemis. C’est là que réside le point le plus problématique de cette assimilation.

Si on examine précisément les tactiques terroristes, on voit qu’elles ne sont pas faites, comme les opérations militaires ou les guérillas, pour obtenir la victoire sous la forme d’une conquête d’un territoire, d’une reddition d’une armée ou d’une soumission des autorités politiques à d’autres autorités. Les victoires que recherchent les terroristes sont plus limitées matériellement mais plus ambitieuses psychologiquement. Remporter la victoire sur le terrain importe moins que d’établir une panique indéfinie et une abdication psychologique.

Par exemple, le 13 novembre 2015, l’organisation Etat islamique n’était précisément pas en mesure de faire plier militairement la France dans une confrontation militaire et ne recherchait pas cet objectif autrement qu’en parole. Le terrorisme n’est pas la nouvelle forme de la guerre. C’est la volonté de se faire passer pour une guerre. Le terrorisme est une guerre qui se nie elle-même car son usage rend la victoire impossible. C’est tout l’objet de l’article préliminaire n°6 du Projet de Paix Perpétuelle que Kant écrit en 1795 précisément au moment où le terrorisme se répand en Europe notamment suite à la Terreur robespierriste. L’usage de techniques terroristes rend par construction la victoire impossible. Les infiltrations clandestines, les massacres en temps de paix, les attaques contre des civils, l’usage d’armes de destruction massive par empoisonnement, etc. sont des moyens qui sape la possibilité même d’une paix par cessez-le-feu, armistice, traité de paix ou soumission. En effet, ces procédés instillent une méfiance insurmontable entre les parties opposées de sorte que jamais ces actes marquant la fin des hostilités ne sera possible.

Voilà à mon sens un passage visionnaire de l’œuvre de Kant sur le terrorisme : de même que le terroriste vise à instaurer une guerre perpétuelle car une violence indéfinie, de même l’anti-terrorisme doit renoncer à se présenter lui-même comme une campagne militaire.

Décembre 2018-Bret-Verluise/Diploweb.com

https://www.diploweb.com/Le-defi-du-terrorisme.html

Michel Onfray déprogrammé de France 5 après un texte à charge contre Macron

Michel Onfray déprogrammé de France 5 après un texte à charge contre Macron

Michel Onfray déprogrammé de France 5 après un texte à charge contre Macron© Charly Triballeau Source: AFP
Michel Onfray.

Jugé homophobe par certains, un texte adressé par Michel Onfray à Emmanuel Macron a poussé France 5 à annuler une invitation faite au philosophe. Il se dit victime d’une «censure de la part du service public audiovisuel».

Michel Onfray est-il victime de censure ? Après l’annulation de la retransmission de ses cours à l’Université populaire de Caen sur la radio France Culture, qui l’a conduit à renoncer à ses activités au sein de cette institution qu’il avait lui-même créée en 2002, le philosophe s’est vu déprogrammé de France 5 à cause d’un texte à charge contre le président de la République.

Invité à présenter son dernier ouvrage dans le Magazine de la Santé sur France 5, Michel Onfray a finalement appris que l’interview, qui devait avoir lieu le 8 octobre, était annulée. En cause : la publication sur son site internet d’une «Lettre à Manu sur le doigté et son fondement», jugée homophobe par certains.

Dans ce pamphlet satirique, volontiers grossier, Michel Onfray développe sa vision des rapports entretenus par Emmanuel Macron avec «ceux qui [lui] font savoir leur amour d’une façon qui ne prête pas à confusion». «Il faut t’enlacer torse nu pour te plaire, essuyer sa transpiration sur ta chemise blanche et passer plus de temps en salle de sport qu’en bibliothèque», écrit-il au chef de l’Etat, faisant référence à une photographie du président en compagnie d’«un beau black, bodybuildé en prison et luisant de sueur tropicale» qui avait déclenché une vive polémique.

«Après France Culture, c’est donc France 5 qui me prive de micro : cela confirme la censure dont je fais l’objet de la part du service public audiovisuel et dont je parlais dans ma satire», a réagi Michel Onfray sur son site. Le philosophe critique très violemment le président de la République depuis son élection en 2017 : selon lui, les déboires médiatiques qu’il connaît depuis cette date sont en lien avec ses prises de position à l’encontre du pouvoir.

Opposé au mariage homosexuel et à la théorie du genre, Michel Onfray, qui se revendique épicurien et libertaire, n’a jamais exprimé d’opinions hostiles aux homosexuels dans ses œuvres. Il y a un an, il proposait une «généalogie de l’homosexualité», renvoyant dos à dos «homophilie» et «homophobie», refusant d’aborder cette question sur le terrain de la morale.

Lire aussi : «Il faudrait que ce petit garçon devienne un adulte» : quand Michel Onfray recadre Emmanuel Macron

Raconter l’actualité

https://francais.rt.com/france/54446-michel-onfray-deprogramme-france-5-apres-texte-charge-macron

Emmanuel Macron à Washington : une lecture philosophique

Emmanuel Macron à Washington : une lecture philosophique

TRUMP MACRON PRESIDENT US FRANCE

JIM WATSON / AFP
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Comment comprendre la visite du Président français aux États-Unis à la lumière de Machiavel et de Hegel ? Visions du monde et rapports de force se sont jaugés à Washington : la forme entière de l’humanisme occidental est en train de muter.

La relation personnelle entre les deux présidents Donald Trump et Emmanuel Macron a trop été observée par le petit bout de la lorgnette. Elle offre pourtant une ample matière à réflexions. Décryptage d’Henri Hude, philosophe, directeur du pôle d’éthique et de déontologie militaire des Écoles militaires de St-Cyr Coëquidan et auteur de La Formation des décideurs (Mame, 2018, 229 pages, 19 euros) et Habiter notre nature : écologie et humanisme (Mame, 2018, 245 pages, 20 euros).

D’un point de vue machiavélien

Les deux hommes sont des outsiders, qui se sont imposés, chacun à son système politique vieillissant. Chacun a donc intérêt à ce que l’autre se maintienne, car la chute de l’un serait inévitablement interprétée comme un signe de « retour à la normale », risquant de présager la chute de l’autre.

Vu du côté d’Emmanuel Macron, et toujours d’un point de vue machiavélien, le maintien de Donald Trump au pouvoir sert aussi l’intérêt de la France et de l’Europe. En effet, le mode d’exercice du pouvoir par Donald Trump, vraiment bizarre, et les tentatives continuelles faites par son opposition pour l’éjecter avant la fin de son mandat, la division et le chaos qui en résultent à la tête de l’État US, font perdre aux États-Unis du crédit dans le monde, donc du pouvoir. Donald Trump permet ainsi aux Européens de jouer, s’ils le veulent, un jeu plus indépendant par rapport aux États-Unis.

Les Anglais ayant quitté l’Union européenne, Angela Merkel étant politiquement affaiblie, c’est forcément le président français qui devient le leader le plus représentatif de l’Europe dans son ensemble. La façon dont Emmanuel Macron est reçu et sa façon de se tenir à égalité montre combien la puissance d’une des nations d’Europe peut être multipliée par la présence implicite des autres derrière elle. La familiarité de la relation amicale fonctionne comme un moyen d’inscrire dans les faits l’égalité nouvelle des puissances. La différence d’âge permet de mettre au compte d’une déférence de bon ton ou d’une sympathique bienveillance, ce qui pourrait relever autrement de l’obséquiosité ou de la condescendance.

Toujours d’un point de vue machiavélien, en s’affichant avec Donald Trump, Emmanuel Macron rassure la fraction populiste de la France (pas loin d’une moitié du pays…), manifestant qu’il est capable de bien s’entendre avec un président américain réputé populiste et que les antipopulistes vouent aux gémonies.

Le même raisonnement vaudrait pour sa relation avec Vladimir Poutine.

La visite d’avril 2018 à Washington ne doit pas être isolée de la visite à Saint-Pétersbourg en mai 2018. À rapprocher de la première succession de rencontres avec Vladimir Poutine, le 29 mai 2017, puis Donald Trump, le 14 juillet 2017. Par ces séquences, Emmanuel Macron entend probablement symboliser la continuité, ou plutôt la reprise, d’une politique gaullienne, combinant une prise de position décidée du côté du « monde libre » et une politique d’équilibre entre les blocs. Emmanuel Macron a tenu à ce que son discours devant le congrès américain tombe exactement le jour anniversaire du discours prononcé au même endroit par le général De Gaulle, le 25 avril 1960. Je crois que cette référence fournit le sens le plus exact de cette visite.

D’un point de vue hégélien

Bien des commentateurs de cette visite ont noté son apparente absence de résultat, sur les trois points en discussion : climat, commerce international et Iran. Ils s’interrogent donc sur le contraste entre l’évidence, à leurs yeux, d’un échec diplomatique, et l’exhibition, qu’ils trouvent complaisante voire déplacée, d’une chaude relation personnelle. De là à conclure que tout cela n’est que mise en scène people et publicité, il n’y a qu’un pas, vite franchi. C’est là que la réflexion doit adopter pour comprendre un point de vue hégélien.

D’un point de vue « hégélien », l’élection de Donald Trump, aussi bien que d’Emmanuel Macron, au-delà du jeu des passions, intérêts et rapports de forces, relèvent de l’Idée. Entendons par là le système des principes et des valeurs qui, « comme un désir inconscient », tendent à réaliser leur logique à travers les décisions passionnées ou intéressées des acteurs individuels ou collectifs. Le vieux système politique a fait son temps, parce que plus généralement, la forme entière de l’humanisme occidental est en train de muter. La forme dominante, qu’on peut qualifier de postmoderne et de néolibérale, est à la fois ultra-dominante en surface et moribonde en profondeur. De ce vieux monde, il ne reste guère que la façade.

Sachant cela, parce qu’il est vraiment cultivé, Emmanuel Macron ne craint pas de travailler avec Donald Trump. Les vieilles politiques réactionnaires ne mèneront à rien. Quand elles auront échoué, les États-Unis et la France seront toujours là, avec leurs deux cultures essentielles, leur parenté et leur rivalité syntonique, leur alliance naturelle. De plus, l’humanisme devrait logiquement « prévaloir » dans le monde par sa force intrinsèque. Mais nous devons aussi le faire prévaloir.
Si les États-Unis se séparent de l’Universel, c’est l’Europe qui reprendra le flambeau, si elle ne se fourvoie pas dans les mêmes impasses. L’Europe, puisque la Grande-Bretagne est partie, cela signifie d’abord le noyau que forment la France et l’Allemagne, plus l’Italie – l’Europe de De Gaulle et Adenauer, l’empire de Charlemagne, l’empire romain d’Occident.

Donald Trump est qualifié de nationaliste et de populiste, mais il relève aussi d’une autre logique, encore juste en train d’éclore, tout comme Emmanuel Macron. Donald Trump est assez intelligent pour le sentir, pas assez cultivé pour se l’expliquer. On peut supposer qu’il apprécie intuitivement en Macron quelqu’un qui l’aide à se rattacher au Sens, au-delà des passions et des intérêts. Car il y a plus derrière le populisme et surtout derrière Donald Trump que des regrets du passé. Il y a le travail obscur de l’Idée de l’avenir. Et c’est cette même Idée qui travaille aussi Emmanuel Macron.

D’un point de vue à la fois hégélien et machiavélien

Il est pensable que la différence de traitement entre Emmanuel Macron, reçu en premier et en grande pompe, et Angela Merkel, reçue moins longtemps et sans faste particulier, relève d’une tactique classique de division. Plusieurs disent aussi que les États-Unis soutiennent Emmanuel Macron dans son rétablissement de la France, afin de rééquilibrer une Europe devenue trop allemande, au moment où l’Allemagne manifeste une fâcheuse tendance à entrer dans les vues économiques de la Chine et à construire un nouveau pipeline pour importer du gaz russe.

Cette manœuvre, si elle existe, sera contre-productive, car l’établissement d’une quasi parité de puissance entre la France et l’Allemagne, en même temps qu’une forte solidarité, constitue probablement la principale condition de l’existence d’une Europe indépendante.

Cela n’exclut pas qu’Emmanuel Macron entre dans le jeu US pour faire pression sur Angela Merkel. Il est possible que l’action récente en Syrie ait eu pour but de rappeler à la chancelière qu’il est temps de servir aussi l’Europe et non pas seulement de s’en servir. Le sens de ce voyage est aussi d’inciter l’Allemagne à ne pas laisser passer le train.

La référence hégélienne d’Emmanuel Macron est le signe de cette solidarité franco-allemande fondamentale. Kant et Hegel sont, politiquement, du Jean-Jacques Rousseau mis en système. La France et l’Allemagne modernes ont été inspirées par la même Idée, dans deux styles différents. Le même Hegel explique aussi que l’Idée de la Liberté moderne peut se concrétiser politiquement de deux manières, soit à la française, soit à l’américaine.

La Grande-Bretagne, aussi remarquable que soit son génie national, représente moins une Idée qu’une Vie et qu’un ensemble d’intérêts aristocratiques. Et si l’Amérique devient trop oligarchique, elle renonce à exprimer son Idée et devient une immense Grande-Bretagne.

Et d’un point de vue chrétien, qui est plus qu’un simple point de vue ?

Il faut sauver la paix mondiale et reconnaître en Dieu qui se fait Homme l’axe de l’humanisme universel de l’avenir. Plusieurs hypothèses sont plausibles concernant Macron et ces deux points. L’avenir permettra sans doute d’y voir plus clair.

Pour en savoir plus, cliquez ici

https://fr.aleteia.org/2018/04/27/emmanuel-macron-a-washington-une-lecture-philosophique/?utm_campaign=NL_fr&utm_source=daily_newsletter&utm_medium=mail&utm_content=NL_fr

[Vidéo] Alain Badiou et Emmanuel Todd 2017

Source : Youtube, Alain Badiou, Emmanuel Todd, 16-09-2017

Conversation passionnante entre Emmanuel Todd, sociologue, démographe et philosophe Alain Badiou sur la situation du capitalisme
contemporain dans le monde et mondialisation.

Source : Youtube, Alain Badiou, Emmanuel Todd, 16-09-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

15 réponses à [Vidéo] Alain Badiou et Emmanuel Todd 2017

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La recomposition du paysage politique en marche…

La recomposition du paysage politique en marche...

La recomposition du paysage politique en marche…

Par Alain de Benoist, philosophe, écrivain et essayiste ♦ Nous reproduisons ci-dessous un entretien avec Alain de Benoist, paru sur Boulevard Voltaire et cueilli sur Métapo infos dans lequel il évoque la recomposition du paysage politique français provoquée par l’élection d’Emmanuel Macron… Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et L’écriture runique et les origines de l’écriture (Yoran, 2017).


Alain de Benoist : « L’élection d’Emmanuel Macron a été un véritable fait historique, parce qu’elle a entraîné une recomposition générale du paysage politique »

Depuis quelque temps, vous vous faites un peu rare sur Boulevard Voltaire. L’actualité politique ne vous inspire plus ?

La politique n’a jamais été mon principal centre d’intérêt, et je la trouve en général extrêmement ennuyeuse. Je n’aime pas, non plus, répéter ce que d’autres ont déjà dit : faire du commentaire de commentaire, toujours à propos de péripéties qui, dans trois mois, auront été complètement oubliées, je trouve que c’est une perte de temps. Beaucoup de gens sont des réactifs, qui ne perdent pas une occasion de manifester leurs obsessions. À la réactivité, je préfère la réflexivité. En politique, les seuls événements dignes d’intérêt sont ceux qui ont une certaine portée et qui nous disent quelque chose de l’avenir

Alors, quelles sont aujourd’hui les tendances lourdes ?

L’élection d’Emmanuel Macron a été un véritable fait historique, parce qu’en mettant fin au clivage droite/gauche tel que nous le connaissions, elle a entraîné une recomposition générale du paysage politique comme on n’en avait pas connu en France depuis cinquante ans. Cette recomposition n’en est, aujourd’hui, qu’à ses débuts. Toute la question est de savoir si Macron, qui n’a pas fait de faute majeure jusqu’à présent, pourra imposer durablement son bloc contre-populiste et libéral-libertaire ou si, à la faveur de quelque événement imprévu, son projet va capoter. Pour l’heure, plus il se tourne vers les centristes, et plus il dégage à gauche un espace que Mélenchon n’a pas encore préempté. Laurent Wauquiez, dans le même temps, n’a de chance de tirer son épingle du jeu qu’en s’employant à rendre irréversible la coupure entre les conservateurs et les libéraux.

Une autre tendance lourde, à laquelle on n’attache pas assez d’importance, c’est la décomposition progressive des classes moyennes, qui se retrouvent aujourd’hui de plus en plus menacées de déclassement. Les bénéficiaires de la mondialisation ont, jusqu’ici, bénéficié du soutien de deux secteurs protégés : les fonctionnaires et les retraités. Or, les fonctionnaires sont en passe de perdre leurs « privilèges » et les retraités, qui ont largement voté pour Macron, sont les principaux perdants des dernières réformes fiscales. Les puissants savent très bien que nous ne sommes plus à l’époque des Trente Glorieuses qui avaient vu enfler les classes moyennes parce que tout le monde finissait par bénéficier peu ou prou des profits accumulés au sommet de la pyramide. Aujourd’hui, la pyramide a cédé la place au sablier : les profits ne redescendent plus jusqu’à la base, les pauvres sont de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux, et les plus riches cherchent à rafler la totalité du gâteau parce qu’ils voient bien que sa taille ne cesse de diminuer.

Le « capital culturel », disait Bourdieu, joue autant que le « capital économique ». Une grande partie de la moyenne bourgeoisie se sentait, jusqu’ici, en état d’insécurité culturelle, mais non d’insécurité sociale : en clair, elle déplorait l’immigration, mais ne craignait pas pour son pouvoir d’achat, son patrimoine ou son statut social. C’est elle qui a voté pour Fillon, alors que les classes populaires l’ont boudé. Le Front national, au contraire, a surtout recueilli le vote des classes populaires de la France périphérique, c’est-à-dire de ceux qui se sentent à la fois en situation d’exclusion sociale et d’exclusion culturelle : non seulement ils sont frappés par le chômage, mais ce sont eux qui subissent de plein fouet les conséquences de l’immigration. La tendance actuelle devrait logiquement faire basculer une grande partie de la classe moyenne vers les classes populaires. Exclusion sociale et exclusion culturelle vont donc s’ajouter l’une à l’autre dans des proportions croissantes, ce qui va faire s’évaporer une partie de la majorité actuelle. Peut-être est-ce ainsi que l’alliance des conservateurs et des populistes pourra se réaliser.

Quelques questions plus anecdotiques, quand même. L’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?

Comme Philippe de Villiers, je me félicite de l’abandon de ce projet aussi destructeur qu’insensé. Et permettez-moi d’ajouter, pour être franc, que j’ai beaucoup plus de sympathie pour les « crasseux » zadistes que pour le très convenable PDG du groupe Lactalis !

L’offensive contre les crèches municipales ?

Nous en avions déjà parlé l’an dernier. Tout le monde sait qu’il y a deux sortes de laïcité : celle qui réside dans la simple séparation de l’Église et de l’État : l’État reconnaît tous les cultes, mais ne s’identifie à aucun, formule qui jusqu’à une date récente satisfaisait tout le monde. Et puis, il y a le fanatisme laïciste qui prétend privatiser intégralement la foi en interdisant le moindre signe religieux dans le secteur public, ce qui est à la fois impossible et absurde. La grotesque offensive contre la tradition à la fois religieuse et culturelle 1 des crèches municipales relève évidemment de la seconde catégorie. Il en va de même de la croix de Ploërmel – même si, à titre personnel, je la trouve absolument hideuse tant elle écrase par sa disproportion la statue placée en dessous d’elle !

Alain de Benoist,
propos recueillis par Nicolas Gauthier
(Boulevard Voltaire, 19 janvier 2018)

Source : metapoinfos.hautetfort.com (25/01/2018)

Correspondance Polémia – 26/01/2018

Crédit photo : thierry ehrmann via Flickr (cc)

https://www.polemia.com/la-recomposition-du-paysage-politique-en-marche/

Noam Chomsky : « Si vous critiquez la politique du gouvernement, vous êtes antiaméricain »

Source : Russia Today France, Noam Chomsky, 11-07-2017

Pour l’émission de RT On Contact, le linguiste Noam Chomsky revient sur l’évolution politique des Etats-Unis à partir de la transition vers le néolibéralisme et explique pourquoi le système américain prend des airs de totalitarisme.

RT : Il existe dix principes de concentration de la richesse et du pouvoir que vous avez définis dans votre livre Requiem pour le rêve américain. Le premier principe dont vous parlez est la «réduction de la démocratie». Qu’entendez-vous par là ?

Noam Chomsky (C. N.) : Je dois d’abord dire que l’élaboration de ces dix principes est, vraiment, une contribution des éditeurs. Ils ont regroupé des heures et des heures d’entretiens et de discussions, qu’ils ont édités sous cette forme. La «réduction de la démocratie» signifie la marginalisation progressive de la population, la réduction du rôle de la population en général dans la prise de décision, dans l’opinion publique. C’est une conséquence attendue et prévisible de la transition vers les principes néolibéraux à partir des années 1970 et par la suite.

Il y a fondamentalement deux phases qu’on peut distinguer dans l’histoire socio-économique des Etats-Unis d’après-guerre. La première étape a été celle de ce qu’on appelle parfois le «capitalisme régulé» : le libéralisme intégré des années 50 et 60, une période de croissance très forte, une croissance égalitaire, quelques pas vers une plus grande justice sociale, une participation démocratique de la population. Il y a eu un véritable engagement de la population dans la vie publique. Tout cela a eu divers effets. Un de ces effets a été la réduction, la baisse du taux de profit, ce qui était problématique. Un autre effet a été que la population s’est retrouvée «trop» impliquée dans les affaires publiques.

La rhétorique du Mémorandum Powell était tout à fait fascinante : il exprimait un point de vue, qui n’est pas rare au sein de ceux qui possèdent vraiment le monde et selon lequel le contrôle de ces derniers avait été très légèrement réduit

RT : Ce que Samuel Huntington a qualifié d’«excès de démocratie», c’est cela ?

N. C. : Un «excès de démocratie», oui. Deux publications très importantes ont vu le jour au début des années 1970 et toutes deux étaient consacrées à cette théorie. Elles étaient intéressantes, parce qu’elles représentaient deux extrémités du spectre politique mais sont essentiellement arrivées à la même conclusion avec, certes, des rhétoriques quelque peu différentes. L’une était le Mémorandum Powell, rédigé par un juriste d’entreprise travaillant pour des entreprises de tabac, devenu par la suite juge à la Cour suprême sous Richard Nixon. Son mémorandum était censé être confidentiel, mais il a fuité vers un groupe d’affaires de la Chambre de commerce des Etats-Unis. Sa rhétorique était tout à fait fascinante : il exprimait un point de vue, qui n’est pas rare au sein de ceux qui possèdent vraiment le monde et selon lequel le contrôle de ces derniers avait été très légèrement réduit. Et, comme pour un enfant de trois ans pourri gâté qui n’a pas eu sa friandise, cela signifiait que le monde touchait à sa fin. Vous devriez vraiment lire ce document pour en apprécier toute la signification.

RT : Il entendait par là qu’il y avait une attaque contre le système américain de libre entreprise ?

N. C. : Il disait que le monde des affaires était la cible d’une sérieuse attaque menée par Ralph Nader et Herbert Marcuse. «Nous survivons à peine à cette attaque contre tout ce qui a de la valeur dans notre système américain», explique-t-il avant de dire : «Eh bien, écoutez, après tout, nous, les hommes d’affaires, possédons globalement tout. Nous administrons les universités. Nous ne devons pas laisser ces jeunes faire n’importe quoi. Et nous pouvons contrôler les médias, nous avons ce pouvoir.» Il appelait le monde des affaires à se mobiliser pour se défendre…

Dans les années 1960, trop de gens, qui étaient auparavant généralement passifs et indifférents, tels qu’ils sont censés l’être, ont commencé à se manifester dans l’arène politique avec leurs exigences

Cela a eu un impact important sur la croissance des think tanks de droite et l’idéologie d’extrême droite. Voilà pour l’extrémité droite du spectre. Ensuite, vous passez de l’autre côté, essentiellement le progressisme de l’administration Carter. Ou plutôt, de ceux qui composaient et influençaient l’administration de Jimmy Carter : la Commission trilatérale et ses représentants de démocraties industrielles (Europe, Japon, Etats-Unis)… fondamentalement, il s’agissait là d’internationalistes progressistes. Leur publication s’intitule La crise de la démocratie. Et la crise de la démocratie c’est… qu’il y a trop de démocratie. Dans les années 1960, trop de gens, qui étaient auparavant généralement passifs et indifférents, tels qu’ils sont censés l’être, ont commencé à se manifester dans l’arène politique avec leurs exigences, à mettre en avant ce qu’on appelle leurs «intérêts particuliers» : jeunes, vieux, agriculteurs, ouvriers… autrement dit, de tout le monde. A part le secteur des entreprises, qui n’est pas mentionné car représentant l’intérêt national. Ces intérêts particuliers mettaient trop de pression sur l’Etat. Donc, la conclusion était qu’il devait y avoir plus de modération dans notre démocratie. Les gens devaient redevenir passifs et indifférents… Samuel Huntington parle, avec une certaine nostalgie, de la période où, comme il le dit, Harry Truman était en mesure de diriger le pays en coopération avec quelques avocats et cadres de direction de Wall Street. Il n’y avait pas de crise de la démocratie.

Les institutions responsables de l’endoctrinement des jeunes échouent dans leur mission

RT : Et ils ont réussi à refouler ces aspirations… on en arrive au principe suivant, la formation de l’idéologie. Vous parlez de la différence entre Madison et Aristote. Les deux ont compris que si inégalités il y avait, il y aurait des tensions entre riches et pauvres. Madison appelait le gouvernement à limiter la démocratie et Aristote à réduire les inégalités. Votre deuxième principe est la formation de l’idéologie. Nous avons mentionné le Mémorandum Powell et la Commission trilatérale. Pour être précis, ils ont ciblé divers pans de la société. Vous parlez de la façon dont ils ont créé les plans architecturaux des universités pour que de grandes manifestations ne soient pas possibles, de la dette estudiantine comme méthode d’esclavage, de la destruction des institutions publiques… Pourriez-vous évoquer ce processus visant à refonder l’idéologie en une forme de néolibéralisme ?

N. C. : Je ne veux pas laisser entendre que la Commission trilatérale aurait contrôlé ces développements. Il s’agissait plus ou moins d’un consensus des élites progressistes sur ces questions. Pour cette raison, et c’est assez intéressant, «l’endoctrinement de la jeunesse», c’est en fait leur formule – la formule de leur consensus : les institutions responsables de l’endoctrinement des jeunes échouent dans leur mission.

Il devrait y avoir endoctrinement, les étudiants ne devraient pas penser librement. Ils ne le disent évidemment pas ainsi, mais cela signifie que les étudiants ne devraient pas essayer d’obtenir plus d’informations, de penser, de contester…

RT : C’est une façon intéressante de décrire les universités…

N. C. : C’est un peu comme le commentaire nostalgique sur Harry Truman étant capable de diriger le pays ensemble avec quelques avocats d’entreprise, etc. Mais c’est l’idéal : il devrait y avoir endoctrinement, les étudiants ne devraient pas penser librement. Ils ne le disent évidemment pas ainsi, mais cela signifie que les étudiants ne devraient pas essayer d’obtenir plus d’informations, de penser, de contester. C’est exactement ce que les jeunes devraient être encouragés à faire dans un système éducatif de qualité. Mais c’est dangereux, parce qu’ils remettent en question trop de vérités éternelles, y compris celle selon laquelle les élites doivent dominer et contrôler. Cela se constate tout au long de l’histoire.

RT : Ont-ils réussi ?

N. C. : Leur consensus a induit plusieurs développements et ils ont rencontré un succès raisonnable. On a par exemple commencé à imposer une sorte de business model aux collèges et aux universités. On a assisté à une croissance énorme de la bureaucratie, faisant pencher la balance du contrôle du corps professoral vers celui de la bureaucratie. Les frais de scolarité ont été considérablement augmentés. Dans les années 1960, un jeune homme pouvait dire : «Bon, je vais prendre une année sabbatique pour m’impliquer dans un mouvement pacifiste ou dans un mouvement féministe, ou autre chose. Après cela, je reviendrai et reprendrai le cours de ma vie.» Or, vous ne pouvez pas faire cela si vous êtes endetté. Vous sortez de la fac de droit en pensant : «J’aimerais être un défenseur des causes publiques, mais j’ai 200 000 dollars de dette.» Il vous suffit de vous rendre dans un cabinet d’avocats servant les intérêts privés et de vous faire à cette culture. De telles mesures à effet disciplinaire sont imposées de multiples façons.

L’antiaméricanisme est un concept très intéressant. Un concept de «traîtrise patriotique» qui n’existe que dans les Etats totalitaires. En dehors des Etats-Unis, je ne connais aucun pays non totalitaire et non autoritaire où ce concept existe

RT : Vous évoquez le fait que les critiques de l’empire américain, ou du capitalisme américain, sont étiquetés «anti-américanistes»…

N. C. : L’anti-américanisme est un concept très intéressant. Un concept de «traîtrise patriotique» qui n’existe que dans les Etats totalitaires. Par exemple, si quiconque en Italie critique le gouvernement de Silvio Berlusconi – il n’est pas accusé d’être anti-italien. Sous l’ancienne Union soviétique vous pouviez être condamné pour antisoviétisme ; sous l’ancienne dictature militaire brésilienne vous pouviez être qualifié d’anti-brésilien. Mais, à part les Etats-Unis, je ne connais aucun pays non totalitaire et non autoritaire où ce concept existe. C’est tout à fait frappant. Si vous critiquez la politique du gouvernement, vous êtes antiaméricain. En fait, tout cela a une origine biblique assez intéressante. Ce concept a été utilisé pour la première fois par le roi Akhab, roi du mal absolu dans la Bible. Il appela le prophète Elie qui critiquait ses actions et lui demanda pourquoi il détestait Israël. C’est un concept de base : si vous défiez le pouvoir, vous vous opposez en tout à la société, à la culture et à la communauté.

Source : Russia Today France, Noam Chomsky, 11-07-2017

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