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La tempête sociale du 5 décembre : Macron nous invite "à prendre la mer"

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Décryptages » La tempête sociale du 5 décembre : Macron nous invite « à prendre la mer »POLITIQUE05 décembre 2019© CHRISTOPHE ARCHAMBAULT / AFP

ÇA VA FAIRE DES VAGUES…

La tempête sociale du 5 décembre : Macron nous invite « à prendre la mer »

Une grève massive et très suivie ? « Même pas peur », dit le président.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN702Avec Benoît Rayski

On ne vantera jamais assez la souplesse du chef de l’État. Sa capacité d’adaptation aux circonstances force l’admiration. Il était hier aux Assises de la mer. Et, capitaine courageux, il s’est jeté à l’eau. Dans une allusion explicite à la grève du 5 décembre, il a exhorté les siens, les marins présents, la France toute entière « à prendre la mer », même par gros temps, en saluant le « courage » des marins qui ne craignent pas « de prendre des risques » face aux flots déchaînés.

Dans ses paraboles maritimes, il n’en a oublié aucune. Il a salué « l’esprit d’équipage ». Quelles que soient les dissensions, a dit Macron, nous sommes tous dans le même bateau et c’est ensemble que nous affronterons les vagues. Macron a un côté caméléon. Il épouse fidèlement les couleurs de ceux qui l’environnent. Aux Assises de la montagne, il serait venu avec un piolet et aurait salué l’audace du premier de cordée. Aux Assises du handicap, il serait arrivé en fauteuil roulant et il aurait dit « nous sommes tous debout ». Aux Assises de la banlieue, il se serait présenté en survêt avec une capuche sur la tête et un joint au bec.

Ce que Macron a oublié de dire, c’est que sur les bateaux se pose parfois la question du comportement du capitaine. Ce dernier est supposé tenir fermement la barre. Or, avec le président de la République, elle oscille dangereusement. Bâbord, tribord, le risque est grand : Fluctuat et mergitur…

Craignant le naufrage, l’équipage peut s’interroger sur le fonctionnement erratique de celui qui est le seul maître à bord. Et alors les marins sont tentés de l’inciter fermement à laisser le gouvernail entre des mains plus expertes. Macron devrait méditer sur les paroles d’une chanson de Renaud : « Ce n’est pas l’homme qui prend la mer, c’est la mer qui prend l’homme ». Il lui faudrait aussi aller réfléchir devant un célèbre tableau de Géricault : Le Radeau de la Méduse.

P.S. : Normalement, le capitaine est réputé « seul maître après Dieu ». Mais Macron lui-même est un Dieu, même si ce n’est qu’un dieu grec. Il y a des moments où on peut trouver sympatrique la devise des anarchistes : « ni dieu, ni maître »

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L’expertise germanopratine

L’expertise germanopratine

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

   samedi 30 novembre 2019

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L’expertise germanopratine

30 novembre 2019 – Il fut un temps dans la période d’après-guerre où les journalistes français avaient une connaissance solide, et même parfois brillante, des affaires internationales, notamment des relations avec les USA et de la situation US, de l’OTAN, etc. Cela vaut surtout pour le temps de la Guerre froide, essentiellement pour les années1950 et 1960 sans aucun doute.

(Mon explication pour cette période est qu’alors il n’était pas encore envisagée de boucler le savoir de toute chose en matière de relations extérieures et tout ce qui y affère en transférant la patate chaude au concept et aux instances remarquablement informées de “l’Europe”, éventuellement avec l’OTAN en mode de réhabilitation après les éclats gaullistes. Cette attitude aparut dès l’époque qui suivit [courant des années 1970], lorsque l’Europe devint un sujet inévitable dans tout ce qui concernait l’extérieur de soi, et effectivement le chroniqueur perdit toute souveraineté de jugement pour s’en remettre à une entité qui ne peut en avoir [de jugement], puisque privée de souveraineté.)

Aujourd’hui, le niveau d’ignorance, d’inculture, d’aveuglement saupoudrées d’arrogance et de certitude de soi est, chez ces mêmes journalistes français, spécialiste de tout et rudement-grassement payés, stupéfiant au-delà de tout. Cela se situe au sous-sol du Mordor et ça parle autour des talk-shows bavards des grands réseaux d’infos, avec une assurance à ne pas croire, une assurance “qui ose tout” comme disait Audiard.

Je me fais souvent cette sorte de remarques et me décide à vous en faire part après avoir entendu O.M. (on l’a reconnu), éditorialiste tous-terrains de LCI, ce matin autour de 09H10. O.M. éditorialisait sur “les faits de la semaine” et on lui proposait, en ricanant comme il convient dans ce cas, à-propos de cette crapule d’Erdogan qui vient de dire qu’en fait de « mort cérébrale » (l’OTAN selon Macron), ce serait plutôt Macron qui en souffre. (L’aimable propos a valu une convocation de l’ambassadeur turc au Quai d’Orsay. On s’occupe comme on peut.) Bien, – alors, que pense O.M. de la sortie du Calife Erdogan ?

En substance, il dit que le propos de Macron sur l’OTAN, qu’on l’approuve ou non, a au moins du bon en mettant les choses à nue. Ainsi en est-il d’Erdogan qui est ainsi mis sur la sellette (à partir de son incursion en Syrie qui est la cause tout ce qu’il y a de plus apparent-simulacre du jugement de Macron sur l’OTAN) et dont on découvre, nous révèle O.M., “qu’il met l’OTAN en danger en achetant des systèmes de missiles russes anti-aériens” ; et même, – écoutez cela, la traîtrise n’a plus de bornes, – “qu’il a permis à des techniciens russes de venir en Turquie pour espionner avec leurs systèmes ainsi mis en place les secrets des avions américains dont les Turcs sont équipés”. Ainsi O.M. implique-t-il, par raisonnements en cascade, que la sortie de Macron contre l’OTAN (l’affaire terrible de la « mort cérébrale ») avait en vérité pour but de défendre les secrets du F-35.

Est-il bien utile de passer en revue les sottises innombrables dont est marquée cette intervention, du “danger” que les S-400 font courir à l’OTAN (de même que les S-300 dont les Grecs sont équipés depuis nombrecd’années ?), de l’“espionnage” que des Russes déguisés en S-400 vont effectuer sur les nombreux F-35 dont la Force Aérienne turque n’est pas encore équipée, qui font l’objet d’un marchandage grotesque au point qu’on ne sait s’ils seront livrés, qui sont d’ailleurs et d’ores et déjà largement “calibrés” et “éclairés” par les Russes et les Chinois lorsqu’il leur arrive de voler, etc… C’est donc cela qu’un chroniqueur-vedette arrive à nous sortir de la déclaration Macron sur l’OTAN, répétée à plusieurs reprises : démasquer un complot russo-turque pour saboter l’OTAN alors qu’elle est faite pour tenter d’être quitte de l’OTAN et tenter de se rapprocher décisivement des Russes. Non seulement on dit des sornettes déguisées en sottises, ou le contraire, en abordant un simulacre hors-sujet et complètement annexe farci de ragots de salon, mais on en sous-entend suffisamment pour en laisser conclure comme explication d’un tel acte (la déclaration de Macron) le contraire de ce qu’il prétend tenter.

Que vaut donc O.M. dans cette aventure ? Répond-il à la définition de  Pilger sur les journalistes post-modernes (malgré son âge respectable qui laisse à penser qu’il exerça avant l’arrivée du “nouveau monde”, mais la mémoire d’une cervelle d’oiseau ne suffit pas) :

« Aujourd’hui, les vrais francs-tireurs sont redondants dans les médias grand public. Les relations publiques du Corporate Power sont la force dominante du journalisme moderne. Regardez la façon dont les nouvelles sont écrites : presque rien ne répond à la juste réalité. J’ai écrit pendant de nombreuses années pour le Guardian ; mon dernier article date d’il y a cinq ans, après quoi j’ai reçu un appel téléphonique. J’ai été liquidé, ainsi que d’autres écrivains indépendants. Le Guardian promeut maintenant la fiction sur la Russie d’une façon obsessionnelle, les intérêts des services de renseignements britanniques, d’Israël, du Parti démocrate américain, les narrative de la théorie des genres si chère aux bourgeois et une vision très satisfaite de lui-même. »

Même pas vraiment… Je crois que c’est lui faire trop d’honneur que de croire qu’il “obéit” à des ordres ; l’autocensure, d’une part, suffit à la besogne ; mais surtout et d’autre part, cette longue et rapide descente dans la servilité absolument-volontaire rend de plus en plus stupide, et bientôt enchaîné au  déterminisme-narrativiste (narrative de départ : “les Russes sont les vilains”) qui les mène tous par le bout du nez sans qu’ils n’y voient goutte, alignant les sornettes-sottises sans même songer à les évaluer, comme des robots lobotomisés-zombistropiés.

C’est à mon avis une très grande faiblesse d’avoir, comme ça, les grands noms des plateaux se lancer dans des racailleries de la sorte, – une très grande faiblesse pour le Système, le Corporate Power, les 1% et toute cette clique. Je veux dire qu’écoutant O.M., ses approximations, cette évidence qui suintait de toutes ses paroles assez molles et sans conviction qu’il parlait manifestement de quelque chose à propos de quoi il ne pouvait rien ni entendre ni comprendre, qui même ne l’intéressait pas une seconde, en l’écoutant et en l’entendant de la sorte le doute s’installe dans votre oreille et vous vous dites : “Ce type, finalement, dit n’importe quoi”. C’est exactement cela, et il est payé assez haut pour cela, car ce n’est pas une spécialité si commune d’arriver à dire n’importe quoi sans se demander si l’on n’est pas en train de dire n’importe quoi…

Ainsi, John Pilgen, en est-il du journalisme assermenté aujourd’hui ; de la volaille de basse-cour qui vous pond des œufs carrés en bêlant comme un mouton du Sieur Panurge que la chose est importante.

https://www.dedefensa.org/article/lexpertise-germanopratine

Trump à la baston

Trump à la baston

Bloc-Notes

   samedi 23 novembre 2019

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Trump à la baston

Alors que le processus de l’instruction de la mise en accusation par la commission judiciaire de la Chambre est en pleine vitesse (deux semaines d’audition) et approche de son terme, alors que nous subissons de plein fouet ce phénomène dans la situation désormais connue et bien identifiéede la « Solitude cognitive du citoyen », – c’est-à-dire à peu près tous et nous-mêmes, notamment à dedefensa.org, n’y comprenant rien précisément et d’une façon objective sur la raisin d’être et l’orientation de ce processus… Raison de plus, bien entendu, pour expliquer à nos lecteurs, et sur un ton assuré qui implique que personne ne pourra nous imposer la moindre réalité impérative que de toutes les façons plus personne ne parvient à saisir, ce qu’il pourrait bien et probablement se passer derrière notre complète incompréhension. Tout cela constitue après tout le modus operandi standard de l’aventure inédite du commentaire politique de cette étrange époque.

Trump, au contraire, s’il se fiche bien de comprendre quelque chose, disons des faits et de la vérité-de-situation, comprend parfaitement ce qu’il a décidé de faire. Il montre désormais une volonté affichée et proclamée d’en découdre au cours du procès devant le Sénat qui pourrait avoir lieu si la mise en accusation était votée comme cela semble probable. En effet, il proclame bien haut qu’il est nécessaire qu’il y ait un procès sur sa destitution, et avec le Sénat pour juge, à partir de la probable mise en accusation de la Chambre. Si donc, comme dit plus haut, il n’est pas assuré qu’il en comprenne plus que nous sur l’instruction et l’orientation de l’enquête, son idée est très fortement affirmée : la baston.

Dans une interview téléphonique à Fox News, Trump a affirmé qu’il préférait un procès à un rejet pur et simple de la mise en accusation qui peut être voté à la volonté de la majorité républicaine du Sénat, coupant court à toute autre procédure. Trump dit au contrairequ’il veut un procès au cours duquel il entend bien que d’importants témoignages polémiques de différents acteurs de la mise en accusation soient réalisées pour mettre den lumière les véritables raisons et objectifs de ce processus. 

(Il n’est même pas exclu qu’il ne réclame pas de gémoigner lui-même lors du procès qu’il appelle de ses voeux. A notre sens, cela lui correspondrait tellement bien : la baston devant les cent sénateurs et les USA fascinés, lui-même au centre d’un événement sans précédent, lui-même devenant événement sans précédent. Narcisse ne pourrait rêver mieux.)

« “Je veux un procès”, a dit le président. “Je veux entendre Adam Schiff témoigner au sujet du lanceur d’alerte, – qui est un faux lanceur d’alerte”, a-t-il poursuivi, faisant référence au lanceur d’alerte de la communauté du renseignement dont le rapport sur un appel téléphonique entre Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lancé la campagne de destitution contre lui.
» Qualifiant Adam Schiff, le président du House Intelligence Committee, de “dingue”, Trump a ajouté : “Celui que je veux le plus entendre témoigner, c’est Shifty Schiff… et ce que je veux le plus savoir, c’est pourquoi il a falsifié ma déclaration.”
» Trump a également reproché à M. Schiff d’avoir tenu des audiences de destitution avec des témoins de deuxième et de troisième main qui n’ont jusqu’à présent pas fourni de preuves concrètes que le président avait conclu un accord à l’amiable qui pro quo avec le président ukrainien Zelensky. Les démocrates allèguent que Trump a retenu l’aide militaire à l’Ukraine en échange de la réouverture par Kiev d’une enquête pour corruption contre la famille du candidat Joe Biden, en 2020.
» Trump a également dit qu’il aimerait entendre Hunter Biden, le fils du vice-président Joe Biden, témoigner devant le Sénat. Hunter Biden a siégé au conseil d’administration de la société énergétique ukrainienne Burisma de 2015 à 2019, un poste pour lequel il n’était pas qualifié, et une rémunération lui a été offert dans le cadre d’un marché de corruption entre son père et Kiev. »

Il semble maintenant que c’est en janvier 2020 que la mise en accusation viendrait devant le Sénat, et non début décembre comme certains l’avaient envisagé. Ce retard est du bien entendu à l’atmosphère électrique de polémique, à l’abondance des témoignages qui ont surtout comme résultats de rendre la mise en accusation plus confuse d’une part, d’autre part d’exacerber l’hostilité et la tension entre démocrates et républicains, avec notamment le radicalisme du président de la commission de renseignement de la Chambre Adam Schiff conduisant à un radicalisme antithétique des républicains.

L’attitude de Trump semble loin d’être une initiative personnelle lancée sur une impulsion du type-tweeté, toujours soumise aux possibilités de sautes de l’humeur et des foucades du président, mais une stratégie d’ores et déjà élaborée. Une délégation de sénateurs républicains a rencontré l’équipe juridique et politique de la Maison-Blanche qui gère le dossier et il y a bien une volonté d’un procès destiné à mettre en pièces la mise en accusation des démocrates. Trump veut donc renverser le sens du procès : non plus le procès de Trump mais le procès des démocrates. ZeroHedge.com :

« Jeudi matin, un groupe de sénateurs républicains a rencontré Pat Cipollone, Kellyanne Conway, Jared Kushner et Mick Mulvaney, conseillers juridiques de la Maison-Blanche, pour discuter de la stratégie d’un éventuel procès devant le Sénat qui aurait probablement lieu en janvier, selon Politico.
» “Deux participants ont déclaré que la Maison-Blanche souhaitait que le Sénat tienne un procès d’une certaine durée et ne rejette pas immédiatement tout article de destitution avec la majorité du GOP, comme certains républicains l’ont suggéré.
» “Les alliés de la Maison-Blanche et du GOP de Trump ont plutôt décidé qu’ils voulaient une défense affirmative factuelle sur le fond, a déclaré un participant.
» “Un participant a fait remarquer que la Maison-Blanche veut montrer son engagement envers l’application régulière de la loi, d’autant plus que les républicains ont critiqué les démocrates de la Chambre pour la façon dont ils ont mené leurs procédures de destitution. […]
» “Un fonctionnaire de la Maison-Blanche a déclaré que la réunion ‘ne portait pas tant sur les détails que sur la faiblesse de la position des démocrates, et nous voulons montrer à quel point cette position est faible’”. »

On peut dire, après deux semaines d’audience de la commission chargée d’instruire le dossier à charge, que plus personne ne comprend exactement où on en est du point de vue du fond de cette mise en accusation ; les uns interprètent le résultat de ces auditions comme la confirmation de la culpabilité de Trump, les autres comme la confirmation de la faiblesse du dossier des démocrates et de leur intention de détruire Trump par tous les montages possibles. Bien entendu, de ce point de vue on identifie aisément qui est qui, quelles sont les forces qui s’affrontent, et le fait que le dossier de la destitution n’est qu’un outil pour cet affrontement. N’apparaissent évidentes dans cet imbroglio que la volonté forcenée des démocrates, menés par Adam Schiff, de détruire Trump, et la radicalisation de Trump dans sa volonté non seulement de se défendre mais de contre-attaquer vigoureusement les démocrates, – éventuellement pour les détruire, selon le principe du qui pro quo.

Certains qui, eux, prétendent comprendre, – à cet égard, nul ne peut être critiqué pour un si louable effort, – jugent que cette grande mascarade de la destitution, ce simulacre à l’échelle d’une hyperpuissance complètement ivre de sa démence, a pour véritable cause l’engagement américaniste en Ukraine, et de là la préparation d’un conflit contre la Russie.

Le site  WSWS.org a plusieurs excellents articles à cet égard, qui mériteraient une analyse à part. Pour autant, et même si certains des acteurs de la farce-bouffe ont cela à l’esprit, il nous paraît un peu trop rationnel de réduire la dite-farce à cette seule problématique. Au-dessus règne une extraordinaire sensation d’irrationnel et de complet désintérêt pour le moindre des faits parmi ceux qui sont évoqués. Chacun évolue à sa place dans le simulacre, et force est de reconnaître que les démocrates occupent la place principale, sorte de vernaculi ex machinasi l’on ose dire, sans le moindre souci de véracité, de logique, de légalisme ni rien d’autre de cette sorte. Il est vrai qu’à cette aune, on a vu resurgir le serpent de mer de la vilenie sans retour des Russes, et la nécessité d’aider l’Ukraine dans ce qui pourrait ressembler à un futur conflit avec la Russie.

Il n’est pas sûr que Trump, qui a jusqu’ici pesté d’être ainsi totalement accaparé, donc empêché de traiter sérieusement les affaires courantes, n’ait pas fini par trouver l’occasion excellente d’entrer en plein au milieu de ce cirque, où il devrait bien figurer, pour lancer sa campagne électorale dans les bruits de grosse caisse et de sifflements propres à cette sorte d’activité (le cirque). Il n’est donc pas sûr qu’il ne cherche pas à prolonger cette mascarade au-delà du début des primaires pour que la dite-mascarade pèse de tout son poids, – en sa faveur estimerait-il et espérerait-il, – dans les présidentielles.

Les républicains semblent de moins en moins inclinés à le ralentir ou à lui mesurer leur soutien, devant l’évidence de l’aspect d’une complète usine à gaz qu’a pris cette affaire, au long des auditions, dans le chef des démocrates. Il semble en effet que le soutien à leur président des républicains, eux aussi poussés au radicalisme antagoniste par le radicalisme des démocrates, soit aujourd’hui bien plus ferme qu’il y a un mois, – et eux-mêmes, dont certains ont une campagne électorale personnelle pour 2020, estimant à leur tour qu’ils pourraient den tirer profit.

Pour autant, et d’ailleurs en complète logique avec le caractère incontrôlable de la situation, il est effectivement plus que jamais impossible de dire où tout cela nous amène. La seule chose assurée que l’on puisse proposer est que l’affaire de la destitution est désormais bien ancrée, non pas dans un conflit constitutionnel classique, mais dans ce que Israël Shamir nomme « la guerre civile froide » qui déchire les USA, et particulièrement tous les grands centres du pouvoir du système de l’américanisme, depuis 2015-2016.

Mis en ligne le 23 novembre 2019 à 11H55

https://www.dedefensa.org/article/trump-a-la-baston

Donaldinho refait des siennes

Donaldinho refait des siennes

16 Novembre 2019

L’on évoque souvent les multiples campagnes du Deep State pour saboter les efforts de Trump visant à ramener l’empire dans des limites plus modestes : pressions, chantage, harcèlement, campagnes médiatiques… Mais il est également intéressant de renverser l’angle de vue et de se pencher sur les piques, incessantes elles aussi, du Donald contre l’establishment impérial. Dès que ce dernier pense pouvoir dormir sur ses deux oreilles, le Donald allume un feu là où on ne l’attend pas, mettant une nouvelle fois les stratèges américains sur les nerfs.

Tout a été dit sur l’énième vrai-faux retrait des troupes de Syrie, décidé par la Maison Blanche et partiellement torpillé, mais à quel prix, par les tentacules de l’Etat profond. 800 soldats vont finalement rester, officiellement pour « garder le pétrole », en réalité pour peser sur l’arc chiite. Dans l’affaire, l’empire perd quand même tout le Nord d’un trait de plume et se décrédibilise durablement (était-ce le but de Trump ?) sur la scène internationale en affichant une image peu glorieuse confinant à la piraterie. Le trouble des représentants du Washingtonistan, complètement perdus, consolés de conserver quand même une présence militaire amoindrie en Syrie mais s’arrachant les cheveux devant les raisons données, est délicieux à voir :

A peine remis de ses émotions, le Deep State voit avec horreur la houppette blonde, apparemment infatigable, refaire des siennes sur un autre théâtre d’opération. Nous avons plusieurs fois expliqué l’importance de la case Nord-est dans le containment de l’Eurasie par la thalassocratie US, notamment en juin de l’année dernière :

Le Donald restera-t-il dans l’histoire comme le fossoyeur de l’empire américain ? Cette question que nous nous posons depuis son élection ressurgit après le sommet historique et surmédiatisé de Singapour entre Trump et Kim.

Pour bien comprendre les tenants et les aboutissants, jamais explicités dans la presse grand public ni dans la majorité des médias alternatifs, un petit rappel est nécessaire :

Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine. La crise coréenne ou les disputes territoriales autour des Spratleys, des Paracels ou des Senkaku/Dyaoshu ne concernent pas une quelconque volonté de mettre la main sur d’éventuelles ressources énergétiques ou routes stratégiques, ou alors seulement en deuxième instance. Il s’agit avant tout pour le Heartland, la Chine en l’occurrence, de briser l’encerclement US et de s’ouvrir des routes vers le Rimland et vers l’océan, exactement comme la Russie le fait sur la partie ouest de l’échiquier avec ses pipelines et ses alliances de revers.

La présence américaine en Extrême-Orient est l’héritage de l’immédiat après-guerre (tiens, tiens, justement la période des père fondateurs de la pensée stratégique états-unienne, MacKinder et Spykman). Japon (1945), Taïwan (1949), Corée (1950) : la boucle était bouclée et l’Eurasie cernée à l’est, comme elle l’était à l’ouest par l’OTAN, au Moyen-Orient par le CENTO et en Asie du sud et sud-est par l’OTASE. La guerre froide entre les deux Corées ou entre Pékin et Taïwan sont évidemment du pain béni pour Washington, prétexte au maintien des bases américaines dans la région.PUBLICITÉ

Washington utilise habilement un conflit ancien et réel (crise coréenne : 1er niveau) pour placer ses pions sur l’échiquier (Grand jeu : 2nd niveau). Des batteries THAAD sur le territoire sud-coréen, surveillant officiellement la Corée du nord et officieusement la Chine, seraient évidemment un coup porté à la dissuasion nucléaire chinoise.

Ceux qui voyaient dans la dynastie des Kim des résistants à l’empire se mettaient le doigt dans l’oeil. Les multiples provocations nucléaires de Pyongyang ont toujours été du pain béni pour les Américains ; la pire chose qui puisse leur arriver serait la chute du régime et la disparition de la menace nord-coréenne, ce qui remettrait en question la présence militaire US au Japon et en Corée du Sud. A l’inverse, ce serait une bénédiction pour la Chine et la Russie car cela ôterait le prétexte dont use et abuse le système impérial afin de conserver ses bases dans la région. Kim III ou l’idiot utile de l’empire, nous l’avons expliqué à plusieurs reprises (iciici ou ici)…

A ce titre, ce qui vient de se passer à Singapour a dû faire se retourner dans leur tombe Mackinder, Spykman et Brzezinski. Le rapprochement inédit entre Pyongyang et Washington a poussé le Donald à annuler les futurs exercices militaires américano-sud-coréens, ce qui a mis en émoi non seulement Séoul mais le Pentagone lui-même.

Surtout, Trump a évoqué un possible rapatriement, graduel et à terme, des soldats américains présents au Pays du matin calme, en cas de dénucléarisation de la péninsule. Inutile de dire que cette décision serait très populaire dans l’opinion publique états-unienne qui, sur le dossier nord-coréen, soutient son président.

Or, tous ces développements – fin des kriegspiel, retrait militaire US – sont exactement ce que Pékin demande depuis des années. Les observateurs ne s’y trompent pas, qui voient dans ce sommet une grande victoire chinoise. On ne se frotte pas impunément à la patrie de Sun Tzu et des Trente-Six stratagèmes…

Le troisième – 借 刀 殺 人 (Assassiner avec une épée d’emprunt) – a de troublantes ressemblances avec notre affaire : faire travailler les autres, sans qu’ils en aient conscience, dans le sens de vos intérêts. Le Donald a-t-il été l’épée d’emprunt en question pour, une nouvelle fois, saper les intérêts de l’empire ? Ca y ressemble.

Bien sûr, nous n’en sommes qu’aux prémices et beaucoup d’eau peut encore couler sous les ponts. Nul doute que le Deep State fera tout pour torpiller le rapprochement, sèmera des obstacles sur le chemin de la négociation, tentera de circonvenir Trump pour qu’il revienne sur ses déclarations. L’Asie du Nord-est est une zone en devenir stratégique majeur et le Washingtonistan doit s’arracher les cheveux à la simple idée de voir les Etats-Unis s’en retirer.

Et il recommence. Jouant sur son image de businessman, Donaldinho vient de réclamer le quadruplement de la somme payée par le Japon pour le stationnement des troupes US et le quintuplement à la Corée du Sud ! Vu l’outrance de ces demandes, sans doute inacceptables pour Tokyo et Séoul, on voudrait trouver un prétexte pour en retirer les GI qu’on ne s’y prendrait pas autrement… On imagine les alarmes sonner frénétiquement dans la salle de contrôle impériale, réveillant les stratèges à peine remis de leurs émotions syriennes. Ce diable de président ne peut-il donc pas nous foutre la paix ?

Trump aura-t-il de la suite dans les idées ? Assistera-t-on à un désengagement militaire états-unien dans cette zone hautement stratégique ? Rien n’est moins sûr. Avant de passer de vie à trépas, le funeste McCain a laissé un dernier cadeau empoisonné. Affolé par le sommet de Singapour, il a, en tant que patron du Comité des forces armées au Sénat, fait voter une loi restreignant fortement la possibilité de réduire le nombre de soldats américains en Corée. Le Donald, qui avait alors été plus ou moins obligé de signer ce John S. McCain National Defense Authorization Act, codicille au vote du budget militaire, passera-t-il outre ? Le Deep State, une nouvelle fois sur la défensive, réussira-t-il à recoller les morceaux ? La suite au prochain épisode…

Tag(s) : #Etats-Unis#Extrême-Orient

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/11/donaldinho-refait-des-siennes.html

Décomposition impériale

Décomposition impériale

9 Novembre 2019

Moins spectaculaire que les guerres américaines ratées, moins médiatique que les tentatives de putsch qui ne prennent plus, le mouvement tectonique du reflux de l’empire suit son cours, inexorable. Le schéma est classique, presque mécanique…

Années 90 : après l’éclatement de l’URSS, le système impérial est à son apogée. Il est alors pris d’une véritable folie des grandeurs qui finira par causer sa perte.

Années 2000 (ère Bush) : victime d’hybris, il s’engage dans un certains nombre de fiascos coûteux et retentissants (Irak, Afghanistan), et provoque la résurgence de ses rivaux (Russie, Chine, OCS).

Années 2000-2010 (ère Obama) : sentant le vent tourner, ils s’arc-boute sur ses fondamentaux (Europe totalement vassalisée, presstituée noyautée comme jamais) pour tenter de durer, au risque d’imploser.

A bien des égards, la géopolitique ressemble à la physique pure. Plus un corps, soumis à une pression intense, se comprime, plus il est instable et susceptible de provoquer des réactions en chaîne. C’est ce qui finit par arriver

Qui aurait imaginé, même dans ses rêves les plus fous, voir le système impérial US se décomposer aussi rapidement ? Certes, il y avait eu des signes avant-coureurs : crise grecque, montée des «  »populismes » » (entre huit guillemets) en Europe, multiplication des voix discordantes concernant la politique anti-russe (Hongrie d’Orban, Italie, Slovaquie, République tchèque, Grèce, industriels allemands etc.), record d’impopularité des hommes de paille de Washington (Flamby Ier rejoignant les rois fainéants mérovingiens dans le palmarès des dirigeants les plus détestés de l’histoire de France)…

Mais l’année 2016 restera comme l’apothéose de ce détricotage. En mai dernier, avant le sommet du G7 à Tokyo, un eurocrate envisageait le « scénario de l’horreur » :

Imaginez si, au lieu de Barack Obama, François Hollande, David Cameron et Matteo Renzi, nous avons Donald Trump, Marine Le Pen, Boris Johnson et Beppe Grillo.

Un mois plus tard, le scénario tant honni commençait à se mettre en place, au grand dam de Washington, Bruxelles et de leurs relais médiatiques. Le Brexit envoya des ondes de choc (…) Ce n’était pourtant rien en comparaison de ce qui allait se passer trois mois plus tard, au cœur même de l’empire, la deuxième étape du « scénario de l’horreur », le changement tectonique représenté l’élection du Donald.

2016 fut en effet le début de la fin : Brexit, Trump, guerre pétrolière américano-saoudienne, perte ou trahison des alliés, dédollarisation, fiasco ukrainien, dégringolade de la branche médiatique… Ce qui avait été patiemment bâti au cours de longues décennies se défaisait à vue d’œil. Et si le Deep State réussissait à sauver quelques meubles, par exemple en récupérant partiellement le Donald, plus rien ne serait comme avant. Comme la marée basse laisse sur le sable les traces de son passage, le reflux de l’empire mettait à jour ses contradictions criantes et ses dysfonctionnements inhérents.

Les éléments, auparavant maintenus sous la chape (de plomb) du manteau américain, étaient désormais livrés à eux-mêmes. Certains comme les euronouilles, complètement perdus, couraient dans tous les sens comme des poulets sans tête. D’autres, tel le sultan, jouaient les électrons libres et se rapprochaient dangereusement de l’autre camp. Partout, l’unité faisait place à la dissension. Sur le Vieux continent :

L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber.

Rappelons d’abord que la construction européenne fut, dès le départ, un projet américain. Des archives déclassifiées montrent que les soi-disant « pères de l’Europe » – Schuman, Spaak ou le bien-nommé Monet – travaillaient en réalité pour les Etats-Unis. Pour Washington, il était en effet plus aisé de mettre la main sur le Vieux continent par le biais d’une structure globale noyautée de l’intérieur que de négocier pays par pays avec des dirigeants indépendants.

La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le cache-sexe de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schroeder…)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler… Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l’hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça…

Il n’avait pas non plus prévu ce qui allait se passer dans le Golfe en juin 2017 :

La grande affaire très commentée de ces derniers jours est la mise au ban du Qatar par l’Arabie saoudite et ses quelques affidés de circonstance. Si c’était dans les tuyaux depuis une bonne semaine, c’est un véritable séisme dans la région, les précédentes querelles n’ayant jamais conduit à une rupture des relations diplomatiques (…)

Le Conseil de Coopération du Golfe est la pierre angulaire de l’empire américain dans la région – un peu comme l’UE en Europe – et il est aujourd’hui au bord du gouffre. Après le Brexit, le Qatarxit ? A Washington, les stratèges impériaux ne doivent pas être aux anges… Le Koweït et Oman ont en tout cas refusé de suivre leurs collègues et de rompre leurs relations avec Doha, ce qui fissure encore un peu plus l’organisation  (…)

Deux piliers du pétrodollar et soutiens du djihadisme en conflit, CCG en crise, Turquie ballotée, Etat profond US divisé… Il faut prendre la rupture saoudo-qatarie pour ce qu’elle est : une énième convulsion du « camp du Bien », un émiettement supplémentaire de l’empire.

Il n’en fallait pas plus à CNN pour accuser… les hackers russes ! Audiard nous avait prévenu : les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Derrière cette nouvelle dégénérescence de la presstituée se cache tout de même une réalité : c’est Noël au Kremlin, qui se garde toutefois de tout triomphalisme.

Les groupies de l’hégémonie américaine ne peuvent maintenant que constater les dégâts :

Un mélancolique article du Jerusalem Post intitulé « Les sommets d’Asie centrale qui montrent que Washington perd prise » nous rappelle une nouvelle fois, si l’en était besoin, que derrière les strass et paillettes de l’événementiel, l’empire américain est inexorablement engagé sur la pente descendante.

A Bichkek, au Kirghizstan, a eu lieu la grand-messe annuelle de l’Organisation de Coopération de Shanghai, incluant désormais l’Inde et le Pakistan. On y a vu Modi et Khan échanger des blagues, Xi et Rouhani renforcer leur coopération, Poutine rencontrer ses homologues chinois, iranien, indien ou pakistanais. Si le président iranien, Etat observateur, s’est fait remarquer en critiquant vertement l’unilatéralisme US et en offrant des privilèges économiques aux membres de l’OCS qui investiraient en Iran, il n’a pas été le seul. A Bichkek, on a parlé multipolarité, Routes de la Soie et intégration de l’Eurasie, pour le plus grand malheur de qui vous savez…

Le jour suivant, au Tadjikistan voisin, le sommet CICA (Conférence pour l’Interaction et la Confiance en Asie) a réuni du beau monde. Les représentants d’une trentaine de pays y participaient dont Poutine, Xi (qui a fêté son 66ème anniversaire avec le président russe), Rouhani, Erdogan ou encore Al Thani, l’émir du Qatar. On sait que ce dernier, depuis la rupture avec l’Arabie saoudite, a une furieuse tendance à se rapprocher de Téhéran et des géants de l’Eurasie. Ses multiples rencontres bilatérales d’hier sont là pour le prouver, notamment avec la Chine et l’Iran, qui a par ailleurs également reçu le soutien turc face au harcèlement américain.

L’hybris impériale – sanctions contre la Russie et l’Iran, guerre économique contre la Chine, menaces contre la Turquie, sanctions saoudiennes contre le Qatar – tend naturellement à rapprocher ces pays et accélère l’inévitable mouvement d’intégration du grand continent, bientôt irrigué par le gaz russe et les Routes de la Soie chinoises. Le monde multipolaire du XXIème émerge sous nos yeux…

Ce qui nous amène aux délectables nouvelles de ces derniers jours, qui remuent encore un peu plus le couteau dans le cœur des petits génies de Washington. Au Royaume-Uni, l’énième report du Brexit par les manigances des députés a poussé le Premier ministre Johnson à organiser des élections générales, prévues dans cinq semaines. Sans surprise, elles mettront aux prises les conservateurs de ce même Johnson et le Labour de Jeremy Corbyn. Si certains articles versent allègrement dans l’hyperbole, parlant de « lutte pour l’âme britannique », un aspect fondamental n’est pourtant jamais abordé : l’accélération du détricotage de l’empire.

Johnson est en effet favorable à l’OTAN mais ne peut, on le sait, voir en peinture l’Union européenne et fut l’un des principaux leaders de la campagne du Leave. A l’opposé, Corbyn est un de ces européistes indécrottables mais a toujours été très critique vis-à-vis de l’impérialisme américain et favorable à un rapprochement avec la Russie. S’il ne réclame plus l’abolition de l’Alliance atlantique, comme c’était encore le cas en 2012, nul doute que la politique étrangère de Londres prendrait un tour nouveau s’il était élu.

OTAN contre UE, alors que ces deux piliers de l’hégémonie américaine en Europe étaient auparavant synonymes, Brexit ou OTANxit (ou du moins une sérieuse prise de distance). Heureusement que McCain n’est plus là pour voir ça…

Et puisqu’on parle d’elle, les déclarations tonitruantes de Macron affirmant que l’OTAN est « en état de mort cérébrale » ont jeté un énorme pavé dans la mare, provoquant les cris d’orfraie de Berlin et de Bruxelles, la fébrilité dans les salles de rédaction et l’amusement de Moscou, qui a d’ailleurs tout lieu de se réjouir des appels du même à « rouvrir un dialogue stratégique avec la Russie ».

Ce n’est pas la première fois que l’actuel président français s’écarte de la ligne vassale de son prédécesseur. S’il n’a pu s’empêcher d’y retomber en certaines occasions, par exemple lors du false flag chimique n°3, l’occupant de l’Elysée est capable de faire montre d’une relative indépendance, comme nous le relations il y a plus de deux ans :

Alerte dans les officines du système impérial, la plaque européenne commence à dangereusement se rapprocher de sa consoeur russe et nos hypothèses se voient une nouvelle fois confirmées. Après la réception de Poutine par Macron à Versailles, nous écrivions :

D’abord, pourquoi inviter Poutine, dans les fastes de Versailles qui plus est ? Notons que, mis à part le traditionnel voyage du 15 mai à Berlin pour retrouver Merkel, c’est le premier dirigeant étranger que rencontre Macron dans un format bilatéral (les discussions avec Trump, Trudeau, Erdogan & Co ayant eu lieu en marge des sommets de l’OTAN et du G7). Relevons également que la somptueuse réception du « tsar de toutes les Russie » au château du roi-soleil n’a pas été du goût des habituels thuriféraires du système impérial.

Ainsi, le président français était demandeur, ce que l’enguirlandement médiatique fanfaron tente d’occulter (…)

Un reset franco-russe, qu’évoque également le peu russophile Financial Times, serait donc dans les tuyaux à la demande de Paris. Ceci pourrait expliquer pourquoi, au-delà des pathétiques flonflons médiatiques et du sauvetage de face macronien sur des questions aussi existentielles que les LGBT de Tchétchénie ou les méchants médias russes, on a furieusement l’impression que Bobobankster s’est aligné sur Poutine.

Sur la Syrie, « l’objectif absolu est la lutte contre le terrorisme, l’éradication des groupes terroristes, en particulier Daech ». Tiens, il y aurait des modérés pas si modérés que ça finalement et Assad ne doit plus partir… Plus intéressant encore, la fameuse phrase sur les armes chimiques que toute la MSN saoudisée a rapportée, persuadée qu’elle est dirigée contre Damas, mais que personne n’a pris la peine de décrypter :

« J’ai indiqué qu’une ligne rouge très claire existe de notre côté : l’utilisation d’une arme chimique par qui que ce soit fera l’objet de représailles et d’une riposte immédiate. »

Les mots importants sont en gras. Ainsi, Assad ne serait pas le seul à disposer et à être susceptible d’utiliser des armes chimiques… Est-ce une reconnaissance en creux du false flag de Khan Cheikhoun ? A noter que le soir même, Vladimirovitch a répété dans une interview destinée au public français qu’il n’y avait aucune preuve de l’implication du gouvernement syrien dans cette attaque. Pour mieux appuyer ce qu’il a dit, voire prouvé, quelques heures plus tôt à Macron sous les lambris versaillais ?

Concernant l’Ukraine, Poutine a pris le bâton, déclarant que c’était une affaire intérieure à ce pays et qu’il fallait tenir Kiev pour responsable des atteintes aux accord de Minsk, le tout sans être contredit par son hôte. Et je ne mentionne pas les formules répétées sur « le rôle indispensable de la Russie »…

Assiste-t-on à un changement de direction de l’euronouillerie, désormais orpheline de son maître américain ? Si Macron dit tout haut ce que Merkel pense tout bas – et il y a de bonnes raisons de croire que le premier est le porte-parole de la seconde -, on est peut-être en train d’assister à un rééquilibrage du Vieux continent. L’avenir nous le dira… Mais on comprendrait mieux alors la flagornerie de la caste médiatique, cachant sous les épithètes dithyrambiques une redirection peu glorieuse pour elle.

On en prend le chemin… Dans la foulée de la visite du réaliste Le Drian à Moscou, c’est en effet une véritable bombe qu’a lancé Macron dans un entretien à huit quotidiens européens paru aujourd’hui. Dans le texte :

Le vrai aggiornamento que j’ai fait sur ce sujet, c’est que je n’ai pas énoncé que la destitution de Bachar el-Assad était un préalable à tout. Personne ne m’a présenté son successeur légitime. Assad est un ennemi de son peuple [tous les éléments de langage n’ont pas disparu du jour au lendemain, ndlr] mais pas de la France. Mes lignes sont claires. Un : la lutte absolue contre tous les groupes terroristes. Ce sont eux, nos ennemis. Deux : la Syrie ne doit pas devenir un Etat failli [failed State]. Nous avons besoin de la coopération de tous pour éradiquer les terroristes, en particulier de la Russie.

Dios mio, McCain, Barack à frites, Flamby, l’hilarante, le Seoud et autres joyeux lurons de la clique impériale doivent s’arracher les cheveux. L’imMonde est vert de rage et la presse israélienne rapporte l’info pour le moins fraîchement.

Le président Macron semble en passe de devenir nettement plus sage que le candidat Macron. Un Trump inversé en quelque sorte… Si le Donald a tout le mal du monde à contrer le Deep State, c’est néanmoins son élection qui a permis le détricotage de l’empire dont les composantes s’égaillent maintenant dans la nature.

En plein dans le mille. Le reflux américain a laissé sur la grève les composantes du système impérial qui, nouvellement autonomes, s’éparpillent et prennent des directions inimaginables il y a peu encore.

Pire ! les propres pions de Washington arrivés fraîchement au pouvoir se mettent eux aussi à tourner casaque, notamment en Amérique latine. Au Brésil, Bolsonaro a fait un flip flop digne d’une grande patineuse en allant courtiser les investissements chinois. Ce n’est pas une surprise pour le fidèle lecteur de nos Chroniques, car certains signes étaient annonciateurs :

Un mot encore sur le traditionnel sommet des BRICS en marge du G20. Il était intéressant de voir le comportement de l’américanolâtre néo-président brésilien dans cette structure de facto opposée à Washington. Les bruits alarmistes et peut-être inventés sur une possible exclusion du Brésil ne se sont pas traduits dans les faits et les oreilles de Bolsonaro ont dû quelque peu sursauter en entendant Poutine appeler à la dédollarisation ou défendre le Venezuela, point sur lequel le leader brésilien a préféré éviter de polémiquer avec son homologue russe. Bolsonaro, que d’aucuns pensaient il y a quelques mois qu’il mettrait des bâtons dans les roues des BRICS, a même partiellement épousé les discours sur le multilatéralisme en critiquant le protectionnisme unilatéral d’un certain pays…

Entre un Bolsonaro qui met de l’eau dans son maté et un Lula qui vient de sortir de prison et pourrait reprendre le chemin du pouvoir, l’expérience « américaine » du Brésil a peut-être tourné (très) court. L’occasion de redonner un regain d’énergie aux BRICS, d’autant que le grand voisin argentin pourrait à nouveau être de la partie. Nous l’expliquions en août :

En Argentine, le président Mauricio Macri, gentil toutou des USA, vient de se prendre une volée aux élections primaires, répétition générale de l’élection présidentielle du mois d’octobre. Pour Washington, c’est une bien mauvaise nouvelle, d’autant que le grand vainqueur est le parti de l’ancienne présidente Cristina Kirchner, elle aussi bien connue des lecteurs. Nous en parlions entre autres dans un billet consacré à l’établissement d’une base radar chinoise dans la pampa :

L’accord sino-argentin avait été signé en 2015, du temps de Cristina Kirchner, égérie de la multipolarité. Ironie du sort, l’objet de l’accord se réalise sous son successeur et adversaire, pion de l’empire comme nous l’expliquions il y a deux ans :

Macri, dans la plus pure tradition des leaders latino-américains dévoyés, est l’homme de paille des Etats-Unis en Argentine, permettant l’installation de deux bases US dans son pays, plaçant sa fortune chez son maître, s’attirant les louanges de son suzerain.

… et acceptant avec gloutonnerie tout accord avec le FMI visant à esclavagiser un peu plus son pays. Sans surprise, la Cristina, maintenant sénatrice, s’y oppose résolument et préfère les prêts de la banque des BRICS ou de la Chine. D’où la base radar, facilité donnée au dragon contre des espèces sonnantes et trébuchantes à un moment où l’Argentine était étranglée financièrement. Le combat continue entre la pasionaria et le vassal. Macri est largement devancé par C.K dans les projections du premier tour (39%-30%). Quel que soit le résultat, la base chinoise est là pour rester, l’accord ayant été signé pour 50 ans.

C’était l’année dernière et les sondages étaient en deçà de la réalité. Si Cristina ne s’est pas présentée elle-même, son parti a gagné par 47% contre 32%. Un retour du clan Kirchner à la Casa Rosada apporterait à coup sûr un regain d’activité au processus de multipolarité en Amérique du Sud, un temps mis à mal par la destitution de Dilma au Brésil et l’élection de Macri. On se rappelle que l’Argentine de Cristina, bien que ne faisant pas officiellement partie des BRICS, y faisait souvent figure de membre associé, ce qui sera sans doute à nouveau le cas dans deux petits mois…

Bingo. Le 27 octobre, Alberto Fernández, protégé de Cristina, a gagné dès le premier tour, renvoyant Macri à ses chères études. Si sa prise de fonction se fera en décembre, les stratèges américains commencent déjà à se ronger les ongles. Dans un geste ô combien symbolique, Fernández a accordé sa première interview internationale à Correa, l’ancien président équatorien et bête noire de l’imperium US, sur la chaîne russe RT.

Le renouveau de la multipolarité qui se prépare en Amérique du Sud va de pair avec le rôle jamais vu qu’y joue Moscou, au grand dam du Deep State dont les think tanks sonnent le tocsin :

« Il est clair que la Russie est en Amérique latine pour y rester et qu’elle étend son influence – notamment en essayant d’assurer les moyens de menacer les USA au sein même de l’hémisphère occidental. Le désarroi de la politique étrangère américaine a clairement facilité cette évolution. Etant donné l’actuel chaos à Washington [ ! ], il faudra un temps considérable avant que les Etats-Unis ne puissent établir une stratégie coordonnée visant à contrer ou, au moins, atténuer ces menaces. L’Amérique latine est devenue un théâtre d’opérations réel pour les Russes à cause de la négligence des Etats-Unis et de leurs politiques erronées. »

Au-delà de l’alarmisme peut-être exagéré de l’establishment impérial, trop longtemps habitué à l’hégémonie et qui voit surgir avec horreur son rival là où il ne l’attendait pas, une chose est sûre : en Amérique, comme en Europe ou au Moyen-Orient, l’empire US recule terriblement…Tag(s) : #Etats-Unis#Europe#Amérique latine#Russie

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/11/decomposition-imperiale.html

L’affaire Biden en Ukraine …

L’affaire Biden en Ukraine …

… Une chronologie des interventions de Joe Biden contre le procureur général de l’Ukraine


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 5 novembre 2019

Cet article est un fil rouge destiné à être mis à jour lorsque de nouveaux détails apparaîtront.

Le Washington Post a fourni un calendrier de l’intervention, en 2015 et 2016, du vice-président de l’époque, Joe Biden, contre le procureur général de l’Ukraine, Viktor Shokin. Shokin enquêtait sur Mykola Zlochevsky, le propriétaire de la société gazière Burisma Holdings, qui avait versé au moins 50 000 dollars par mois au fils de Joe Biden, Hunter Biden.

Nous avons utilisé cette chronologie pour montrer que l’intervention de Biden avait atteint son apogée peu après que le procureur a confisqué les maisons de Zlochevsky.

Un nouveau rapport de John Solomon, basé sur des courriels publiés par le Département d’État, corrobore les soupçons selon lesquels Joe Biden et d’autres personnes seraient intervenus contre Shokin au nom de Burisma et à la demande de son fils :

Des mémos récents on annoncé que Hunter Biden et ses collègues du groupe gazier ukrainien ont eu de nombreux contacts avec le département d’État d'Obama au cours du cycle électoral de 2016, dont un à peine un mois avant que le vice-président Joe Biden oblige l’Ukraine à limoger le procureur qui enquêtait sur la corruption de son fils.
 
Au cours de ce contact de février 2016, un représentant américain de Burisma Holdings a demandé une réunion avec la sous-secrétaire d'État Catherine A. Novelli pour discuter de la fin des allégations de corruption à l'encontre de la société ukrainienne dont Hunter Biden était membre du conseil d'administration, selon des mémos obtenus en vertu de la loi Freedom of Information Act.

Trois semaines à peine avant l’intervention de Burisma auprès du Département d'État, les autorités ukrainiennes ont fait une descente au domicile de l’oligarque propriétaire de la firme gazière et de Hunter Biden, signalant que la longue enquête en cours sur la corruption s’intensifiait au beau milieu de l’élection présidentielle américaine.

Solomon fait référence au même rapport Interfax-Ukraine sur l’action du procureur contre le propriétaire de Burisma, Zlochevsky, que nous avons utilisé pour appuyer notre cause contre Biden. Jusqu’à présent, d’autres médias ont ignoré ce rapport et plusieurs ont prétendu à tort que l’affaire contre Burisma était « en sommeil » lorsque Biden est intervenu pour faire renvoyer le procureur général.

Vous trouverez ci-dessous un calendrier intégré qui combine celui fourni par le Washington Post avec les nouvelles dates figurant dans les rapports de Solomon et d’autres sources. Il est conçu comme une référence de travail pouvant être mise à jour lorsque de nouveaux détails apparaîtront.

Juil 2010 - Avr 2012, Mykola Zlochevsky dirige le ministère de l'Écologie et des Ressources naturelles en Ukraine. Plusieurs sociétés pétrolières et gazières appartenant à Zlochevsky reçoivent des permis de forage spéciaux lucratifs.
23 février 2014, Le coup d'État du "changement de régime" de Maidan renverse le gouvernement élu de l'Ukraine.
Mars 2014, L'UE bloque les fonds de plusieurs oligarques ukrainiens, dont celui de Zlochevsky. RFERL
11 mars 2014, La Grande-Bretagne bloque le transfert de 23 millions de dollars détenus par les sociétés de Mykola Zlochevsky et ouvre une enquête à son encontre. The Guardian
Printemps 2014, Burisma engage Devon Archer et Hunter Biden comme membres de son conseil d'administration. Archer et Biden possèdent ensemble une société appelée Rosemont Seneca Partners. The Guardian
Mai 2014, Rosemont Seneca Partners commence à recevoir des chèques mensuels de 166 000 $ de Burisma. JS
24 novembre 2014, RFERL, organe gouvernemental américain, publie un reportage vidéo montrant l'un des palais de Zlochevsky, près de Kiev. Il note la connexion avec Hunter Biden. RFERL
2 déc. 2014, Un procureur ukrainien inconnu écrit une lettre disant que Zlochevsky n'est pas soupçonné. The Guardian
Fin 2014, Zlochevsky figure sur la liste des personnes les plus recherchées par l'Ukraine pour crimes économiques allégués. RFERL
Fin 2014, Zlochevsky quitte l'Ukraine. Interfax
21 janvier 2015, Se référant à la lettre du procureur ukrainien inconnu, un tribunal britannique a ordonné la clôture du dossier britannique contre Zlochevsky et la levée des 23 millions de dollars. The Guardian
10 février 2015, Victor Shokin nommé procureur général de l'Ukraine. Interfax
Mars 2015, L'UE lève le blocage des fonds de plusieurs oligarques ukrainiens, dont Zlochevsky. RFERL
27 mai 2015, Hunter Biden rencontre le secrétaire d'État adjoint de l'époque, Tony Blinken, un ancien conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden, promu au deuxième rang du Département d'État sous John Kerry. JS
22 juillet 2015, Hunter Biden rencontre à nouveau le n°2 du département d'État, Tony Blinken. JS
31 juillet 2015, Le procureur général de l'Ukraine émet un mandat d'arrêt contre Zlochevsky. RFERL
Sep 2015, se référant à l'affaire britannique clôturée, l'ambassadeur US en Ukraine, Geoffrey Pyatt, a prononcé un discours dans lequel il a exhorté les procureurs ukrainiens à lutter davantage contre la corruption. The Guardian
8 oct. 2015, Victoria Nuland, alors secrétaire d'État adjointe aux Affaires européennes, témoigne au Congrès : «Le bureau du procureur général doit être restauré en tant qu'institution servant les citoyens ukrainiens plutôt que de les arnaquer.» WaPo
17 octobre 2015, Shokin annonce une enquête conjointe avec la Grande-Bretagne sur l'affaire Zlochevsky. Interfax
7 décembre 2015, Joe Biden tient une conférence de presse à Kiev et annonce 190 millions de dollars pour «lutter contre la corruption dans les forces de l'ordre et réformer le secteur de la justice». WaPo
7/8 décembre 2015, Selon son conseiller en matière de sécurité nationale à l'époque, Colin Kahl, le vice-président Biden refuse d'annoncer une garantie de prêt d'un milliard de dollars que l'Ukraine était censée recevoir. WaPo
8 décembre 2015, Joe Biden prend la parole devant le parlement ukrainien et dénonce le «cancer de la corruption» dans le pays. «Le bureau du procureur général a désespérément besoin d'une réforme», a-t-il noté. WaPo
Fin 2015, Shokin confie l'affaire Zlochevsky au Bureau national de lutte contre la corruption en Ukraine (NABU) soutenu par les États-Unis. Interfax
20 janvier 2016, Biden rencontre Porochenko à Davos, en Suisse, où il a également insisté sur «la nécessité de continuer à faire avancer le programme de lutte contre la corruption en Ukraine», selon un communiqué de la Maison Blanche. Kahl a déclaré que Biden, lors de cette réunion, avait insisté sur le lien entre la garantie de prêt et les réformes nécessaires. WaPo
2 février 2016, Shokin confisque plusieurs grandes propriétés et une Rolls-Royce Phantom appartenant à Zlochevsky. Interfax
4 février 2016, Première annonce publique de la confiscation des biens de Zlochevsky. Interfax
4 février 2016, Hunter Biden commence à suivre le secrétaire d'État adjoint Tony Blinken sur Twitter. JS
12 février 2016, Biden s'entretient avec Porochenko par téléphone. "Les deux dirigeants sont convenus de l'importance de l'unité des forces politiques ukrainiennes pour passer rapidement des réformes conformes aux engagements de son programme au FMI, y compris des mesures visant à éliminer la corruption", a déclaré la Maison Blanche. WaPo
16 février 2016, Le président ukrainien, Petro Porochenko, a déclaré qu'il avait conseillé à Shokin de démissionner. Interfax
16 février 2016, Porochenko a annoncé qu'il avait demandé à Shokin de démissionner. WaPo
17 février 2016, Shokin part en congé payé. Interfax
18 février 2016, Un autre appel a lieu entre Biden et Porochenko. WaPo
19 février 2016, Le secrétaire de presse présidentiel Sviatoslav Tseholko a déclaré que la lettre de démission de Shokin était parvenue à l'administration présidentielle. Le même jour, Porochenko dépose une motion devant le Parlement pour révoquer Shokin. Interfax
19 février 2016, Porochenko annonce qu'il a reçu la lettre de démission de Shokin. Cela nécessitait encore l'approbation du Parlement et Shokin ne s'en allait pas tranquillement. WaPo
19 février 2016, Biden s'est entretenu séparément avec Porochenko et le Premier ministre Arseniy Yatsenyuk. WaPo
22/23 février 2016, Karen Tramontano de Blue Star Strategies, représentante américaine de Burisma Holdings, souhaite rencontrer le sous-secrétaire d'État de l'époque, Catherine A. Novelli, qui supervise les questions énergétiques internationales afin de mettre un terme aux accusations de corruption contre Burisma. JS
24 février 2016, Un échange de courrier électronique du Département d'État avec l'objet "Burisma" indique que Karen Tramontano a mentionné en particulier Hunter Biden alors qu'elle tentait d'obtenir une réunion. JS
1 mars 2016, Tramontano doit rencontrer Novelli et les responsables du département d’État s'activent pour obtenir des réponses à temps de l’ambassade américaine à Kiev. JS
2 mars 2016, Devon Archer, membre du conseil d’administration avec Hunter Biden chez Burisma, a rencontré le secrétaire d’État, John Kerry. Le beau-fils de la secrétaire de Kerry, Christopher Heinz, avait déjà été partenaire commercial de Archer et Hunter Biden dans la société d’investissement Rosemont Seneca. JS
3 mars 2016, Shokin est de retour au travail. Interfax
16 mars 2016, Des rapports ont révélé que Shokin était de retour au travail après avoir été en vacances. WaPo
22 mars 2016, Biden et Porochenko parlent à nouveau par téléphone. WaPo
29 mars 2016, le Parlement ukrainien, par 289 voix contre 6, approuve le renvoi de Shokin. WaPo
Non daté "Les alliés de M. Zlochevsky ont été soulagés par le limogeage de M. Shokin, le procureur dont l'expulsion avait été demandée par M. Biden, selon des sources proches des événements." NYT
31 mars 2016, Porochenko a rencontré Biden lors d'un voyage à Washington, et Biden a souligné que la garantie de prêt était subordonnée à de nouvelles réformes après le retrait de Shokin. WaPo
14 avril 2016, Biden et Porochenko ont une autre conversation. Biden félicite le président pour son nouveau cabinet et "a souligné l'urgence de mettre en place un nouveau procureur général." WaPo
12 mai 2016, Porochenko a nommé Yuriy Lutsenko au poste de nouveau procureur général. WaPo
13 mai 2016, Dans un appel téléphonique, Biden a déclaré à Porochenko qu'il se félicitait de la nomination de Loutsenko. WaPo
Non daté "Les représentants de M. Zlochevsky ont été ravis de ce choix, concluant qu’ils pouvaient travailler avec M. Loutsenko pour résoudre les problèmes juridiques de l’oligarque, selon les personnes familiarisées avec la situation." NYT
Juin 2016, Hunter Biden rejoint Zlochevsky lors d'un événement organisé par Burisma au Maroc. The Guardian
22 août 2016, Joe Biden raconte à Atlantic comment il a fait chanter  Porochenko pour obtenir le licenciement du "corrompu" Shokin . Atlantic
Sep 2016, L'Ukraine annule le mandat d'arrêt contre Zlochevsky et clôture l'affaire. The Guardian
12 janvier 2017, Le procureur ukrainien clôture l'affaire contre Burisma après que la société a accepté de payer 180 millions de UAH de dettes fiscales. Interfax
19 janvier 2017, Burisma annonce un don entre 100 000 $ et 249 999 $ à Atlantic Council. The Guardian
Août 2017, Le Bureau national de lutte contre la corruption d'Ukraine (NABU) soutenu par les États-Unis clôt son procès contre Zlochevsky. Interfax
27 octobre 2017, Zlochevsky possède un actif estimé à 535 millions de dollars, soit plus du double de l’année précédente. Interfax
23 janvier 2018, Joe Biden se vante publiquement d'avoir fait chanter Porochenko pour obtenir le licenciement de Shokin. CFR
1 février 2018, Après plus de trois ans à l'étranger, Zlochevsky retourne en Ukraine. Interfax
Le 14 mai 2019, le procureur général ukrainien Yuriy Lutsenko a déclaré que l'affaire Zlochevsky avait été rouverte "il y a plusieurs mois". Interfax
Juil 2019, Shokin maintient ses soupçons quant aux motifs du vice-président Biden, accusant celui-ci de promouvoir son renvoi pour des raisons personnelles. Il insiste sur le fait qu'il "n'avait aucun doute" que Biden voulait qu'il parte dans le but de protéger le nouvel employeur de son fils. ABCNews

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par Wayan pour la Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/laffaire-biden-en-ukraine

Après le camouflet de Goulard, Macron propose Thierry Breton comme commissaire européen

Après le camouflet de Goulard, Macron propose Thierry Breton comme commissaire européen

24 oct. 2019, 11:04

– Avec AFP

Après le camouflet de Goulard, Macron propose Thierry Breton comme commissaire européen

© Ludovic Marin Source: AFPThierry Breton, PDG du groupe Atos, au Palais de l’Elysée, à Paris, le 22 février 2018.

Homme d’affaires et ancien ministre, c’est sur Thierry Breton que le choix du président s’est porté pour représenter la France à la Commission européenne. Une annonce qui intervient après le rejet de la candidature de Sylvie Goulard.

Deux semaines après le rejet de Sylvie Goulard, Emmanuel Macron a proposé Thierry Breton, 64 ans, actuel PDG du groupe Atos et ex-ministre de l’Economie, comme nouveau membre français à la Commission européenne. «Le président de la République a transmis à Ursula von der Leyen, présidente élue de la Commission européenne, sa proposition de nommer Thierry Breton comme membre de la Commission européenne», a en effet annoncé l’Elysée ce 24 octobre.Lire aussi«Je ne comprends pas» : Macron désemparé face au rejet de Sylvie Goulard par le Parlement européen

Principal enjeu pour Paris, le vaste portefeuille obtenu pour le Commissaire français – politique industrielle, marché intérieur, numérique, défense et espace – restera inchangé. Emmanuel Macron en a obtenu l’assurance d’Ursula von der Leyen, selon l’Elysée.

Si nous proposons ce candidat, c’est qu’il convient

«Ce qui m’importe, c’est le portefeuille ! Je me suis battu pour un portefeuille», s’était écrié le chef de l’Etat, apprenant avec agacement l’éviction de Sylvie Goulard le 10 octobre, vécue comme un camouflet infligé par le Parlement européen.

Ancien ministre de de l’Economie de Jacques Chirac 

La future présidente de la Commission a déjà approuvé son nouveau choix. En effet, Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen «se sont mis d’accord sur ce profil après une discussion en amont. Si nous proposons ce candidat, c’est qu’il convient», commente l’Elysée.

«Thierry Breton a des compétences solides dans les domaines couverts par ce portefeuille, en particulier l’industrie et le numérique, car il a été ministre de l’Economie [sous Jacques Chirac] entre 2005 et 2007, avec tutelle sur l’industrie. Il a aussi été PDG de grands groupes industriels et du secteur de la défense [Thomson, France Télécom, Atos] et bénéficie d’une réputation solide d’homme d’action», fait valoir la présidence.

C’est lui qui, appelé à la tête de France Télécom lourdement endetté, avait redressé le groupe en réduisant ses coûts et avait conduit à sa privatisation. Il est aussi Macron-compatible, «aligné» avec les positions du chef de l’Etat. Il s’était en effet rallié à sa candidature dès avant le 1er tour, après le retrait d’Alain Juppé.

Lire aussi : «On va la flinguer lors du vote» : la gaffe du PPE après l’éviction de Sylvie Goulard

France

https://francais.rt.com/france/67241-apres-camouflet-goulard-macron-propose-thierry-breton-comme-commissaire-europeen

Soupçonné de travailler pour un autre gouvernement que la France, le conseiller de Matignon Sandro Gozi démissionne

Soupçonné de travailler pour un autre gouvernement que la France, le conseiller de Matignon Sandro Gozi démissionne

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Soupçonné de travailler pour un autre gouvernement que la France, le conseiller de Matignon Sandro Gozi démissionne

Sandro Gozi à Rome en mai 2014.©GABRIEL BOUYS / AFPA lire aussi

Le conseiller Sandro Gozi démissionne de Matignon

PolitiqueLe conseiller Sandro Gozi démissionne de MatignonPolitiqueLe conseiller de Matignon Sandro Gozi dément travailler pour un autre gouvernement que la France

Orange avec AFP-Services, publié le mercredi 23 octobre 2019 à 19h15

Sandro Gozi dénonce de « viles attaques » et souhaite ainsi « retrouver sa pleine liberté de parole » et « éviter toute instrumentalisation politique qui pourrait porter préjudice au chef du Gouvernement ». 

Soupçonné d’avoir collaboré avec le gouvernement maltais tout en travaillant pour Matignon, le conseiller d’Édouard Philippe Sandro Gozi a annoncé mercredi 23 octobre sa démission dans un courrier transmis à l’AFP. 

Ancien secrétaire d’État italien aux Affaires européennes, Sandro Gozi était devenu fin juillet chargé de mission auprès du Premier ministre. Il s’est retrouvé lundi au cœur d’une polémique après que des médias ont affirmé qu’il travaillait également pour le Premier ministre maltais Joseph Muscat.

Matignon lui a alors demandé de s’expliquer. 

Dans sa lettre, Sandro Gozi dénonce de « viles attaques » et indique préférer démissionner pour « retrouver la pleine liberté de parole » afin de se défendre et « éviter toute instrumentalisation politique qui pourrait porter préjudice au chef du Gouvernement ». « Le contrat maltais mentionné dans la presse régit légalement une mission de conseil effectuée en tant que consultant externe auprès des autorités maltaises », écrit-il dans son courrier. Cette collaboration « a cessé à (sa) demande après le résultat des élections européennes en France« , poursuit-il. Il affirme également avoir remis des preuves de ses affirmations.

Après son embauche au cabinet du Premier ministre, l’Italien affirme avoir réalisé ses « obligations déclaratives en tant que conseiller ministériel auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique » (HATVP). Il ajoute qu’il a ensuite effectué « un complément déclaratif après avoir réalisé que la législation française exigeait la déclaration non seulement des activités publiques mais également des activités professionnelles privées ». Promettant que « ses activités professionnelles n’ont jamais été dissimulées« , Sandro Gozi assure « que la HATVP n’a pas encore rendu de résultat conclusif de l’examen de sa déclaration ».
Sandro Gozi, nouvellement chargé de mission à Matignon, taxé de trahison à Romepar euronews (en français)
Candidat LREM aux élections européennes où il a élu en 22e position, Sandro Gozi ne siégera qu’après le Brexit. Il est devenu fin juillet chargé de mission auprès du Premier ministre pour suivre la mise en place des nouvelles institutions européennes et des relations avec le Parlement européen. Cette nomination a fait polémique en Italie.

https://actu.orange.fr/politique/soupconne-de-travailler-pour-un-autre-gouvernement-que-la-france-le-conseiller-de-matignon-sandro-gozi-demissionne-magic-CNT000001kqQXR.html

Elections municipales : Bruno Retailleau propose un projet de loi pour interdire les « listes communautaristes »

20 octobre 2019© LIONEL BONAVENTURE / AFP

NEUTRALITÉ RELIGIEUSE

Elections municipales : Bruno Retailleau propose un projet de loi pour interdire les « listes communautaristes »

Bruno Retailleau a accordé un entretien à la rédaction du JDD. Il a abordé de nombreux sujets comme la laïcité et le fondamentalisme. Bruno Retailleau a aussi révélé qu’il allait déposer une proposition de loi afin d’interdire les listes communautaristes dans le cadre des prochaines élections.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN305Avec Atlantico Rédaction

Alors que Christian Jacob vient d’être élu à la tête des Républicains, le président du groupe LR au Sénat, Bruno Retailleau, s’est exprimé dans les colonnes du JDD

Il a notamment annoncé une mesure phare. Il s’apprête à déposer une proposition de loi afin d’interdire les « listes communautaristes » aux élections. 

« Après avoir présenté une liste aux européennes, l’Union des démocrates musulmans français veut maintenant en présenter aux municipales. Nous déposerons dans les jours qui viennent au Sénat une proposition de loi pour contrer ce qui est une forme de sécession, puisque ces listes veulent privilégier une partie de la population alors que notre République est « indivisible »« . 

L’ancien président du conseil régional des Pays de la Loire a aussi proposé « d’interdire tout financement public d’un mouvement communautariste, qui ne respecterait pas les principes de souveraineté nationale et de laïcité, et de prohiber, sous le contrôle du juge administratif, les candidatures et la propagande électorale communautaristes« . 

Ces décisions entraîneront « l’interdiction de signes religieux comme le voile sur les affiches ou les professions de foi. Nous souhaitons aussi que les élus, dans l’exercice de leur mandat, soient désormais tenus à une stricte neutralité, comme c’est le cas pour les fonctionnaires, lorsqu’ils représentent la collectivité, notamment lors des cérémonies officielles ou des réunions des assemblées territoriales« . 

Lors de cette interview, Bruno Retailleau a évoqué la question de la laïcité : 

« La laïcité, ce n’est pas seulement la neutralité de l’État à l’égard des religions. C’est un principe qui s’adresse aussi aux citoyens. Je propose d’inscrire dans la Constitution que « nul ne peut se prévaloir de sa religion pour se soustraire à la règle commune ». Cela réglera tous les débats sur les horaires différenciés de piscine, par exemple (…) La laïcité est exigeante, mais c’est une garantie de concorde civile. La promesse française permet à chacun de s’émanciper de ses déterminismes pour rejoindre la communauté nationale. C’est cette promesse que nous devons renouveler. « .

Après les propos de Jean-Michel Blanquer, Bruno Retailleau a répondu au JDD sur la question du voile : 

« Toutes les femmes voilées ne sont pas islamistes. Mais tous les islamistes exigent des femmes qu’elles soient voilées. Le voile devient un étendard pour un islam politique conquérant. C’est le signe de la soumission de la femme. Veut-on encourager une société où la femme n’est pas l’égale de l’homme?« . 

Bruno Retailleau dans cet entretien a également critiqué l’attitude d’Emmanuel Macron face à « l’islam politique » :

« Nous sommes engagés dans une épreuve de force, non pas contre une religion – un islam apaisé a toute sa place dans notre pays – mais contre l’islam politique, dont le projet est de séparer les Français et d’affirmer la supériorité de la loi religieuse sur la loi civile. Face à cela, Emmanuel Macron est d’une formidable ambiguïté. C’est l’angle mort du macronisme. (…) Il y a le djihadisme qui tue. Et il y a un islam politique, un communautarisme qui prépare le terreau des vocations djihadistes de demain. On doit s’attaquer à l’un et à l’autre, et ne rien céder. Nous avons des valeurs. Soyons-en fiers (…) Face à l’islamisme, j’en appelle à la force d’âme française.« .

Le Sénat s’apprête également à examiner un texte sur la « neutralité religieuse » dans le cadre des sorties scolaires. Vu sur : Le JDD

https://www.atlantico.fr/pepite/3581440/elections-municipales–bruno-retailleau-propose-un-projet-de-loi-pour-interdire-les-listes-communautaristes-emmanuel-macron-senat-islam-politique-laicite-les-republicains-lr-