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L’omniprésence de Bannon irrite à une semaine du scrutin européen

L’omniprésence de Bannon irrite à une semaine du scrutin européen

EPA-EFE/CLAUDIO PERI

L’ancien conseiller de Donald Trump a publiquement apporté son soutien à l’extrême-droite française lors d’une série d’interview. Le parti de Macron dénonce une ingérence dans la campagne électorale.

À une semaine des élections européennes, les médias français se sont précipités pour interviewer Steve Bannon, ex-conseiller politique de Donald Trump, qui s’est juré de soutenir Marine Le Pen et l’extrême droite européenne.

Entre une interview dans Le Parisien vendredi, puis dans le JDD dimanche, l’Américain était aussi sur les ondes de RMC et BFM TV lundi matin, pour dire tout le bien qu’il pense de Marine Le Pen et du Rassemblement national, et assurer que « Marine Le Pen finira par gagner ».

Pourquoi Steve Bannon veut la peau de l’Europe

L’ex-stratège de Trump fait de l’œil aux partis d’extrême droite en Europe et ouvre une fondation à Bruxelles pour faire émerger un « super-groupe » et paralyser les institutions européennes. Un article de notre partenaire Ouest France.

Selon Nicolas Bay, Steve Bannon n’aurait « jamais interféré de quelque manière que ce soit » dans le projet politique du Rassemblement national. Lui assure les avoir aidé sur le financement de leur campagne, en les incitants à demander à leur électorat de répondre à une souscription – ce qui a effectivement fonctionné.

LREM dénonce « une atteinte à la souveraineté ».

« Il ne se cache absolument pas de son envie de s’ingérer dans notre scrutin », a dénoncé la tête de liste LREM Nathalie Loiseau.

Plusieurs députés et sénateurs de différents bords, y compris LREM, ont réclamé une commission d’enquête sur les liens entre le RN et Steve Bannon, après la diffusion d’un reportage d’Envoyé spécial dans lequel on voit les dirigeants du parti Louis Aliot et Jérôme Rivière proposer à Steve Bannon d’assister à des réunions entre Marine Le Pen et des hauts fonctionnaires français.

Steeve Bannon y évoque aussi les besoins financiers du RN. « Ils veulent rembourser cet emprunt aux Russes (pour la présidentielle, NDLR) et obtenir d’autres financements », dit l’ancien conseiller.

Comme le Rassemblement national, Bannon n’a eu de cesse de répéter que les élections européennes étaient un « referendum anti-Macron ». Une rhétorique également utilisée par l’extrême gauche, qui brouille un peu plus le message sur les élections européennes alors que les Français avouent déjà manquer d’informations sur le fonctionnement des institutions européennes.

Comme l’a montré l’élection de 2014, l’élection européenne a logiquement des conséquences au niveau du Parlement européen, mais pas au niveau national. Ainsi, l’élection d’une majorité d’eurodéputés de l’ancien Front national en 2014 n’a eu pour seule conséquence nationale de faire baisser l’influence de la France en Europe, mais n’a pas fait bouger la politique ou l’opinion en France. Pour preuve, les Français ont au contraire élu un président pro-européen 3 ans plus tard.

Bannon tente de «trumpiser» la politique européenne

L’ancien conseiller de Trump veut unir les partis populistes et de droite de l’UE. Son organisation, « Le Mouvement », tentera d’influencer les élections européennes de mai 2019.

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Emmanuel Macron assume une « confrontation féconde » avec Angela Merkel pour bâtir un « compromis avec l’Allemagne pour pouvoir avancer »

RELATION CONFLICTUELLE ?
Emmanuel Macron assume une « confrontation féconde » avec Angela Merkel pour bâtir un « compromis avec l’Allemagne pour pouvoir avancer »

Emmanuel Macron a indiqué ce mercredi ne croire « ni à la confrontation stérile ni à l’entente stérile » avec Angela Merkel mais à « la confrontation féconde » afin de « bâtir un compromis » au niveau européen.

Le président de la République s’est exprimé lors d’une conférence de presse à l’Elysée : 

« Nous devons accepter des désaccords momentanés, de ne pas totalement être d’accord sur tout, pour construire un compromis avec l’Allemagne pour pouvoir avancer« .

Il était interrogé suite à une déclaration sans langue de bois de la chancelière allemande qui  reconnaît des différences avec Emmanuel Macron. Angela Merkel a accordé un entretien au quotidien allemand Süddeutsche Zeitung. La chancelière souligne les « différences de mentalité » entre elle et le président français et des « différences dans leur compréhension des rôles« . Angela Merkel a reconnu avoir une « relation conflictuelle » avec Emmanuel Macron. La chancelière allemande considère que les deux dirigeants ont eu des « temporalités différentes« .

Ces propos sont issus d’une interview publiée ce mercredi par le quotidien allemand Süddeutsche Zeitung :

« Bien sûr, nous avons une relation conflictuelle. Il y a des différences de mentalité [entre moi et le président français et des] différences dans [notre] compréhension des rôles« .

La chancelière apporte néanmoins une note d’optimisme en soulignant les « énormes progrès » réalisés grâce au couple franco-allemand, notamment sur la question de la défense :

« Nous avons décidé de développer un avion de combat et un char ensemble. (…) C’est un signe de confiance que de compter davantage les uns sur les autres en matière de politique de défense ».

Les deux dirigeants ont également signé en janvier dernier le traité d’Aix-la-Chapelle sur la coopération et l’intégration franco-allemandes.

Angela Merkel a aussi abordé la question des élections européennes dans cet entretien. Selon elle, il s’agit d’un scrutin « d’une grande importance, une élection spéciale« . Elle considère que beaucoup sont « inquiets pour l’Europe, moi aussi« .

Vu sur : Le Figaro
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VRAI COMBAT ? “Droite Trocadéro” contre “droite mercato”

VRAI COMBAT ?
“Droite Trocadéro” contre “droite mercato” : ce que cache la querelle entre LR et ex LR ralliés au macronisme

Atlantico : Dans une interview au Figaro, Édouard Philippe a parlé de droite Trocadéro pour décrire ce que sont devenus les LR aujourd’hui tout en qualifiant lui sa droite à lui de « droite moderniste, proeuropéenne pour laquelle [il] militait aux côtés d’Alain Juppé » tout en ajoutant être parti de « son ancienne formation politique parce qu’elle était incapable de dire si elle préférait voter pour Emmanuel Macron ou pour Marine Le Pen, en rupture complète avec l’héritage de Jacques Chirac ». Dans le même temps, Amélie de Montchalin déclarait sur RTL que les propositions des LR pour l’Europe sont « proches de celles de l’extrême droite ».

Dans les faits, ces deux droites, la LR et la ralliée au macronisme (la droite Mercato comme l’a décrite le députe LR Julien Aubert) sont-elles si différentes ?

Edouard Husson : Pour répondre à la question, commençons par regarder le programme LR sur l’Europe. Il est tout à fait macron-compatible: le « Courrier des stratèges » propose une comparaison instructive sur de nombreux points. Ils relèvent de nombreuses similitudes: sur le renforcement de Frontex, sur la volonté de constituer des « champions européens », sur l’ambition de faire de l’euro encore plus une monnaie qui compte dans le monde, sur la volonté de faire payer les cotisations du salarié dans le pays où il travaille etc….On met beaucoup de temps à trouver une proposition qui puisse donner de vrais frissons à Madame de Montchalin: ne verser de prestations sociales aux étrangers extra-européens qu’au bout de trois ans de cotisations. Pour le reste, on comprend bien que le nouveau secrétaire d’Etat aux affaires européennes n’en finisse pas de chercher des moyens de justifier son éloignement de cette droite qu’elle a fréquentée de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy, en 2007, à la campagne des primaires d’Alain Juppé en 2016. Mais on cherche en vain à comprendre où sont les lignes démarcation: les campagnes de Nicolas Sarkozy en 2007 et en 2012 étaient, sur de nombreux points, très à droite. Mais aujourd’hui, expliquez-nous la différence entre LR et LR-EM, à part les deux initiales supplémentaires d’un côté et la phraséologie de Bellamy de l’autre. Certains trouveront sympathique le coup du Professeur Nimbus qui se promène avec L’Iliade sous le bras. Je retiens surtout qu’en début de campagne le dit professeur a expliqué qu’il choisirait toujours Emmanuel Macron contre Marine Le Pen – comme François Fillon au soir du premier tour en 2017!; Bellamy a aussi eu honte de certaines de ses conférences disponibles en ligne, montrant son engagement de catholique conservateur, au point de les faire retirer. Ce qui fait frémir Edouard Philippe, c’est sans doute qu’il soit arrivé, ici ou là, à Laurent Wauquiez de renvoyer dos à dos Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Il est vrai que, si le critère est une rupture avec le chiraquisme, c’en est une.

Pierre Bréchon : Je n’aime pas beaucoup l’expression de droite Trocadéro parce que trop marquée par un épisode conjoncturel de la campagne électorale de 2017, le meeting de François Fillon au Trocadéro le dimanche 5 mars 2017 au cours duquel il confirme sa candidature, bien qu’il soit mis en examen et lâché par une partie de ses soutiens qui, dans les semaines suivantes, rejoindront souvent le camp d’Emmanuel Macron.

En fait, il y a toujours eu une diversité de la droite, entre des courants plus traditionnels, des courants plus nationalistes, des adeptes de la dérégulation économique et des partisans d’une droite sociale. L’UMP, fondée en 2002, était censée rassembler tous ces courants divers dans un même parti, dirigé par Alain Juppé, avec la bénédiction de Jacques Chirac qui venait d’être très largement réélu pour un second mandat présidentiel face à Jean-Marie Le Pen. Aujourd’hui, on peut opposer une droite identitaire qui domine Les Républicains à un centre droite qui est disséminé entre l’UDI, fédération déjà ancienne de mouvements de centre droite, Agir, la droite constructive, mouvement lancé par des dissidents des Républicains en novembre 2017, ainsi que par les macronistes venus de l’UMP, à l’instar d’Edouard Philippe.

Il est clair que les responsables des deux camps issus des Républicains ne s’aiment pas. Chacun accuse l’autre de trahison ! Trahison du candidat commun – issu de la primaire – alors qu’il est empêtré dans l’affaire des emplois de sa famille ou trahison d’une ligne équilibrée des Républicains entre ses différentes tendances. Ces haines – cuites et recuites – entre anciens responsables trouvent d’ailleurs leurs origines dans différentes crises qui ont émaillé la vie de l’UMP et des Républicains de 2012 à 2017 : départ des centristes et du parti radical fin 2012, bataille pour la présidence entre Jean-François Copé et François Fillon, affaire Bygmalion conduisant à la démission de la direction, retour de Nicolas Sarkozy au leadership partisan mais échec de celui-ci dans la primaire présidentielle…

La seule chose qui les différencie est-elle le regard porté sur le RN ? Sachant que la droite LR ne cesse de dire qu’il n’y a pas d’alliance possible avec le RN même s’il n’en fait pas un diable absolu ou l’alpha et l’oméga de l’engagement politique comme le font par exemple Nathalie Loiseau et une partie de la droite juppéiste.

Edouard Husson : On est dans un théâtre d’ombres, non? La campagne a été l’occasion de parler d’une époque où Madame Loiseau n’était pas choquée par un compagnonnage avec une droite dure. Quant au RN, il a pris grand soin de faire savoir qu’il n’était plus opposé à l’euro, en pratiquant un tête-à-queue assez maladroit; mais l’avantage de cette évolution, c’est qu’il fait clairement apparaître que LREM joue la carte de la confrontation théâtrale tandis que LR est dans la confrontation un peu honteuse, pour la bonne raison que, sur le terrain et parmi les élus locaux, le clivage avec le Rassemblement National n’est pas clair.

Ces deux droites ont des sensibilités extrêmement différentes mais au-delà de la manière d’exprimer les choses, qu’est ce qui les distingue vraiment si on regarde ce qu’ils font/ ou feraient s’ils étaient au pouvoir ?

Edouard Husson : Si l’on revient à la comparaison entre les programmes pour les élections européennes, il y a une différence de tonalité – LREM met plus en avant l’ambition européenne – mais pas de fond. Ce fond partagé, c’est le giscardisme. Le président de la seconde moitié des années 1970 a produit le logiciel « libéral, centriste et européen » que Mitterrand s’est réapproprié en 1983 puis Chirac dès la première cohabitation, entre 1986 et 1988. Le libéralisme giscardien est ambigu, mélange de libéralisme d’Etat à la française et de progressisme à l’américaine. Mais c’est pour cela qu’il a séduit non seulement la « deuxième gauche » mais en fait le PS et le RPR dès les années 1980.

En fait, posons-nous une question simple: que se serait-il passé si François Fillon avait été élu président de la République? On aurait certes évité le dilettantisme des strauss-kahniens; les relations franco-allemandes auraient été plus modestement menées et donc sans doute moins chaotiques; j’aurais pour ma part préféré entendre un discours de François Fillon pour le centenaire de l’armistice: on y aurait parlé de la réalité de la guerre vécue par les soldats, au lieu de plaquer des constructions d’historiens antimilitaristes sur la commémoration. J’imagine que la lutte contre l’islamisme aurait été plus sérieuse. Pour autant, le programme de réduction des déficits de François Fillon n’aurait-il pas amené lui aussi une crise type « Gilets Jaunes »? Et ceci d’autant plus que Messieurs Philippe, Darmanin, Le Maire seraient restés à bord. Quant à Madame de Montchalin, elle aurait fait le siège des équipes du nouveau président pour faire oublier qu’elle avait flirté avec LREM.

Idem en regardant chez leurs électeurs, qu’est ce qui les rassemble, qu’est ce qui les distingue ? Quel sont les critères qui font basculer dans un camp ou l’autre ?

Edouard Husson : Je pense qu’il y a une triple rupture chez les électeurs, qui n’est pas encore suffisamment mesurée. La première est bien visible: elle est apparue lors de la Manif pour Tous. Une partie de la droite ne veut plus du progressisme en matière de moeurs. Il est probable qu’Emmanuel Macron va encore accentuer ce clivage en voulant passer en force sur la « PMA pour tous ». La deuxième rupture est générationnelle: c’est largement par les jeunes que l’alliance des droites est en train de se faire, sur le terrain. La troisième rupture concerne l’écologie: en face du millénarisme des prêcheurs de fin du monde que sont devenus certains militants de la lutte contre le réchauffement climatique, il va se mettre en place une conscience écologique tranquille, entrepreneuriale, passionnée par la nouvelle économie de marché des circuits courts. Elle va être essentielle pour forger le consensus conservateur. Elle sera beaucoup plus authentiquement écologique que les fous-furieux de l’autre bord parce qu’elle montrera qu’on n’a pas besoin de la peur du changement climatique pour aimer la nature, la biodiversité et l’économie régénérative. La confusion au centre qui règne actuellement ne sera plus tenable si LR veut survivre.

Pierre Bréchon : Au-delà des responsables partisans et des militants, on peut essayer  d’identifier les deux droites actuelles à travers la sociologie des électorats en 2017. L’électorat de François Fillon était très âgé et fortement diplômé, avec un déficit de catégories populaires et une forte surreprésentation des catégories favorisées. Les anciens électeurs de l’UMP et des Républicains qui ont voté Macron au premier tour de la présidentielle sont plutôt moins âgés mais probablement guère différents en termes de catégories socioprofessionnelles. C’est évidemment au niveau des idées que les deux électorats se distinguent le plus. Les ex-UMP macronistes sont beaucoup plus libéraux en matière familiale et de moeurs, moins libéraux en économie, plus sociaux et nettement moins négatifs à l’égard des immigrés, moins demandeurs d’ordre et de répression, plus favorables à l’intégration européenne. Ces traits expliquent qu’ils soient macron-compatibles.

Les idées développées par les candidats sont bien sût très importantes mais, dans le contexte d’une campagne présidentielle, les images des candidats, construites sur le long terme mais qui continuent d’évoluer pendant la campagne, sont également déterminantes. François Fillon a perdu environ un quart de ses électeurs du fait des affaires. C’est son électorat le plus convaincu et le plus conformiste qui lui est davantage resté fidèle, avec notamment des milieux catholiques âgés et des militants engagés dans la défense de la famille hétérosexuelle.

Le vote des électeurs au premier tour d’une élection présidentielle est aussi un vote utile en prévision du second tour. Certains électeurs de droite, estimant que François Fillon avait perdu ses chances d’être au second tour, ont décidé d’appuyer Emmanuel Macron, pour qu’il y ait au moins un candidat jugé pas trop éloigné de leur camp, alors qu’ils pouvaient craindre un second tour Le Pen-Mélenchon ! Evidemment, d’autres ont pu osciller vers Marine Le Pen ou Nicolas Dupont-Aignan.

S’agit-il de deux droites dont le divorce politique produit une clarification bienvenue ou de deux droites un peu paumées qui se déchirent d’autant plus qu’elles ne savent plus bien quel est leur logiciel fondamental et pour lesquelles en conséquence, la sensibilité prend le dessus sur le fond ?

Edouard Husson : Deux droites ? Nous devrions peut-être nous réapproprier les mots. Les uns et les autres sont des centristes, héritiers du giscardisme. Les uns n’osent pas se rallier à Macron, les autres si ! Mais sans forcément respecter les frontières des partis. Cela donne ce tweet de Nathalie Loiseau: « Hier en Bretagne, Pierre Méhaignerie m’a accompagnée. Hier à Lyon, François Grossetête, vice-présidente du PPE, a annoncé son soutien à notre liste. Et aujourd’hui, cher Jean-Pierre Raffarin, vous êtes là et votre présence nous honore ». C’est dit par une ancienne juppéiste passée par la droite la plus anticommuniste puis le fédéralisme européen d’IDE (en 1989), et qui est aujourd’hui tête de liste macroniste. Elle s’adresse à l’ancien Premier ministre de Jacques Chirac qui fut militant des jeunes giscardiens. Quant au PPE, dont il est question ici, Bellamy s’apprête à y siéger. Vous avouerez que c’est troublant.

Alors que Wauquiez, Bellamy et les autres devraient être en train de voir comment créer un groupe conservateur, au sens plein du terme, au Parlement européen, le premier se tait, le deuxième fait des contorsions et le reste de LR essaie d’échapper aux questions de fond.

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Le succès de François-Xavier Bellamy, leçon pour les libéraux ?

Le succès de François-Xavier Bellamy, leçon pour les libéraux ?

Le succès du candidat LR montre ainsi que la politique de l’offre est toujours la meilleure, y compris dans le champ électoral ​!

Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

François-Xavier Bellamy, le candidat des Républicains aux élections européennes, fait figure de petit miracle pour la droite. Alors que le parti plafonne bas dans les sondages (Laurent Wauquiezréaliserait, selon une enquête Ifop de février, un score de 8 % à l’élection présidentielle), le jeune élu de Versailles et sa liste arriveraient en 3e position au scrutin du 26 mai prochain. Les derniers sondages lui donnent l’espoir de remporter 14 % (OpinionWay, 25 avril) ou 15 % des voix (Ifop, 26 avril), derrière le parti présidentiel (21 % à 23 %) et le Rassemblement national (21,5 % à 24 %).

Le résultat est en deçà des dernières performances européennes de la droite : en 2014, l’UMP avait remporté 20,8 % des voix (le FN, 24,9 %) ; en 2009, 27,9 % (le FN, 6,3 %). Mais compte tenu du désastre de 2017, le score promis à François-Xavier Bellamy constitue une petite victoire.

Comment expliquer ce relatif succès ?

Une première raison est médiatique. Le candidat est jeune, dynamique et nouveau dans le paysage et il paraît sympathique. Le projet de son parti se distingue cependant du message agréable et de l’image aimable qu’il renvoie : commençant par des mesures « contre l’immigration illégale », il enchaîne sur l’« Europe frontière ». Les mesures ne sont pas toujours aussi radicales que le vocabulaire employé veut faire paraître, mais celui-ci fait clairement appel aux registres de la protection et de la fermeture : « ​contrôle ​», « ​défendre ​», « ​refuser ​», « ​interdire ​», « ​arrêter ​» reviennent régulièrement. Le mot « ​économie ​», lui, n’apparaît que trois fois (dont deux avec « ​circulaire ​» et « ​bio ​»).

LA CONFIANCE PLUS QUE LE PROGRAMME

La campagne de 2019 est ainsi à l’image de celle de 2017 ​: le programme importe moins que la confiance qu’inspirent les candidats ou que le sentiment d’identification que les électeurs projettent sur eux. Le succès de LREM dans la campagne actuelle en est la preuve ​: le parti présidentiel n’a même pas de programme ​!

Une seconde raison est plus structurelle. Elle marque le succès d’une droite d’inspiration conservatrice et – en reflet – l’échec de sa sœur libérale.

Cela fait des années que cette droite, qui fait primer l’identité et la stabilité sur l’économie et le mouvement, travaille durement à la maturation d’une expression politique fondée sur une réflexion intellectuelle solide et la mobilisation d’un électorat militant, uni par le sentiment d’une forme de communauté.

La plus grande force de François-Xavier Bellamy est la robustesse de sa structuration intellectuelle ​: ses raisonnements sont mûris et charpentés et, à l’entendre, il semble s’en tenir à une ligne cohérente (qu’on la partage ou non), là où ses camarades de partis et adversaires sont empêtrés dans les contradictions de leurs reniements successifs.

Le succès du candidat LR montre ainsi que la politique de l’offre est toujours la meilleure, y compris dans le champ électoral ​! La droite conservatrice n’a pas couru après la demande, elle a constitué une vision cohérente, une stratégie efficace pour gagner des parts de marché. Ce faisant, une ligne qui semblait encore minoritaire il y a 10 ans s’impose désormais progressivement.

Paradoxalement, et malheureusement, les libéraux n’ont pas su suivre la même voie. Il le faudra pourtant pour la droite si elle veut revenir aux affaires ​​: sa réussite électorale s’est faite sur l’alliance du libéralisme et du conservatisme.

Sur le web

https://www.contrepoints.org/2019/05/04/343310-le-succes-de-francois-xavier-bellamy-lecon-pour-les-liberaux

Quelles perspectives après les élections présidentielles ukrainiennes

Quelles perspectives après les élections présidentielles ukrainiennes

Le dimanche 31 mars ont eu lieu les élections présidentielles. Le résultat importe peu, c’est la stratégie russe qui l’emporte aujourd’hui : laisser l’Ukraine aux prises avec ses élites…

https://stratpol.com/quelles-perspectives-apres-les-elections-presidentielles-ukrainiennes/

L’Empire du mensonge : Comment nous nous effondrons de la même manière que l’Empire romain.

L’Empire du mensonge : Comment nous nous effondrons de la même manière que l’Empire romain.

Par Ugo Bardi – Le 14 avril 2019 – Source CassandraLegacy

On dit parfois que le Diable est« Le Père du mensonge ». C’est une définition appropriée pour une créature qui n’existe même pas, si ce n’est comme le fruit de l’imagination humaine. Satan est un égrégore maléfique que nous avons nous-mêmes créé, une créature qui semble de plus en plus grande derrière notre actualité. La récente arrestation de Julian Assange n’est que le dernier acte d’un Empire qui semble vouloir vraiment créer sa propre réalité, un acte qui, en soi, ne serait pas nécessairement mauvais, mais qui le devient quand il implique de détruire toutes les autres réalités, y compris la seule vraie.

Note du Saker Francophone

Dmitry Orlov a aussi publié cet article avec quelques commentaires que vous retrouverez ci dessous.

Comme notre empire moderne, l’ancien empire romain s’est retrouvé dans une spirale de mensonges dont il n’a jamais pu sortir : les Romains n’ont jamais trouvé le moyen de concilier leurs vues avec la réalité et ce fut leur perte. Aujourd’hui, la situation semble être la même mais, dans notre cas, notre orgueil semble être beaucoup plus grand qu’à l’époque romaine. Et c’est là l’origine de ce que nous voyons. Finalement, l’Empire mondialisé finira par s’effondrer sous le poids des mensonges qu’il a créés.

Dans un premier temps, j’ai pensé commenter l’actualité récente en reproduisant un post « L’Empire du mensonge » que j’ai publié ici il y a environ un an, dans lequel je décrivais comment la transition de l’Empire romain au Moyen Âge était principalement une transition épistémologique, où il appartenait au Christianisme de rétablir la confiance que l’ancien empire avait perdue – le Moyen Âge était loin d’être « un âge sombre ». Mais, finalement, j’ai pensé publier quelque chose que j’avais à l’esprit sur la façon dont l’Empire romain et l’Empire occidental moderne suivent des trajectoires parallèles dans leur mouvement vers leurs falaises respectives de Sénèque.

Voici donc mon évaluation de l’effondrement romain, basée sur l’excellent livre de Dmitry Orlov, Les cinq étapes de l’effondrement. Juste une note : dans le livre, Orlov ne décrit pas la phase post-effondrement de l’Union soviétique qui s’est terminée avec la Russie redevenue un pays prospère et uni, comme elle l’est aujourd’hui. C’était un bon exemple du Rebond de Sénèque – il y a la vie après l’effondrement et il y aura une nouvelle vie après que l’Empire maléfique du mensonge aura disparu.

Les cinq étapes de l’effondrement de l’Empire romain

Dmitry Orlov a écrit Les cinq étapes de l’effondrement sous forme d’un article en 2008 et d’un livre en 2013. C’était une idée originale pour l’époque de comparer la chute de l’Union soviétique à celle des États-Unis. En tant que citoyen américain né en Russie, Orlov a pu comparer en détail les deux empires et noter les nombreuses similitudes qui ont conduit les deux à suivre la même trajectoire, même si le cycle de l’empire américain n’est pas encore terminé.

Pour renforcer l’analyse d’Orlov, je pensais pouvoir appliquer les mêmes cinq étapes à un empire plus ancien, l’Empire romain. Et, oui, les cinq étapes s’appliquent bien aussi à ce cas ancien. Alors, voici mon point de vue sur le sujet.

Pour commencer, une liste des cinq étapes de l’effondrement selon Orlov.

  • Étape 1 : Effondrement financier.
  • Étape 2 : Effondrement commercial.
  • Étape 3 : Effondrement politique.
  • Étape 4 : Effondrement social.
  • Étape 5 : Effondrement culturel.

Voyons maintenant comment ces cinq étapes se sont déroulées pendant la chute de l’Empire romain.

Étape 1 – Effondrement financier (IIIe siècle après J.-C.). Le système financier de l’Empire romain n’était pas aussi sophistiqué que le nôtre, mais, tout comme notre civilisation, l’Empire était basé sur l’argent. L’argent était l’outil qui gardait l’État uni : il servait à payer les légions et les bureaucrates et à faire en sorte que le système commercial approvisionne les villes en nourriture. La monnaie romaine était une marchandise physique : elle était basée sur l’argent et l’or, et ces métaux devaient être extraits. C’était le contrôle romain sur les riches mines d’or du nord de l’Espagne qui avait créé l’Empire, mais ces mines ne pouvaient pas durer éternellement. À partir du 1er siècle, le coût de l’exploitation minière des veines épuisées est devenu un fardeau de plus en plus lourd. Au IIIe siècle, le fardeau était trop lourd à porter pour l’Empire. Ce fut l’effondrement financier dont l’Empire n’a jamais pu se remettre complètement.

Étape 2 – Effondrement commercial (Ve siècle après J.-C.). L’Empire romain n’avait jamais vraiment été un empire commercial ni une société manufacturière. Elle était spécialisée dans la conquête militaire et préférait importer des articles de luxe de l’étranger, certains, comme la soie, venant de l’autre côté de l’Eurasie, de Chine. En plus des légions, l’Empire ne produisait que deux marchandises en grandes quantités : du grain et de l’or. De ces produits, seul l’or pouvait être exporté sur de longues distances et il disparut rapidement en Chine pour payer les importations coûteuses que les Romains avaient l’habitude d’acheter. L’autre produit, le grain, ne pouvait pas être exporté et a continué à être commercialisé à l’intérieur des frontières de l’Empire pendant un certain temps – l’approvisionnement en grain venant des greniers d’Afrique et du Proche-Orient était ce qui maintenait en vie les villes romaines, Rome en particulier. Après l’effondrement financier, les lignes d’approvisionnement sont restées ouvertes parce que les producteurs de céréales n’avaient pas d’autre marché que les villes romaines. Mais, vers le milieu du Ve siècle, les choses sont devenues si mauvaises que Rome a été saccagée d’abord par les Wisigoths en 410, puis par les Vandales en 450. Elle s’est remise du 1er sac, mais le second était de trop. Les Romains n’avaient plus d’argent pour payer le grain dont ils avaient besoin, les voies maritimes commerciales se sont complètement effondrées et les Romains sont morts de faim. C’était la fin du système commercial romain.

Étape 3 – Effondrement politique (fin du Ve siècle après J.-C.). L’effondrement politique est allé de pair avec l’effondrement commercial. Déjà à la fin du IVe siècle, les empereurs étaient devenus incapables de défendre Rome contre les armées barbares qui défilaient à travers l’empire et ils s’étaient retirés dans la sécurité de la ville fortifiée de Ravenne. Quand Rome a été mise à sac, les empereurs n’ont même pas essayé de faire quelque chose pour aider. Les derniers empereurs ont disparu à la fin du Ve siècle mais, déjà des décennies auparavant, la plupart des gens en Europe avaient cessé de se soucier de savoir s’il y avait ou non une personne pompeuse à Ravenne qui portait des vêtements violets et prétendait être un empereur divin.

Étape 4 – Effondrement social (Ve siècle après J.-C.). L’effondrement social de l’Empire d’occident s’est accompagné de la désagrégation des structures politiques et commerciales. Déjà au début du 5ème siècle, nous avons la preuve que les élites romaines étaient parties en « mode évasion » – ce n’était pas seulement l’empereur qui avait fui Rome pour se réfugier à Ravenne, les patriciens et les chefs de guerre étaient en mouvement avec des troupes, de l’argent et des disciples pour établir leurs domaines féodaux où ils pourraient. Et ils ont laissé les roturiers se défendre seuls. Au VIe siècle, l’État romain avait disparu et la majeure partie de l’Europe était aux mains des seigneurs de guerre germaniques.

Étape 5 – Effondrement culturel (à partir du VIe siècle après J.-C.). Ce fut très lent. L’avènement du christianisme, au IIIe siècle, n’a pas affaibli la structure culturelle de l’Empire, il a été une évolution plutôt qu’une rupture avec le passé. L’effondrement de l’Empire en tant qu’entité politique et militaire n’a pas tant changé les choses et pendant des siècles, les gens en Europe se sont toujours considérés comme des Romains, un peu comme les soldats japonais échoués dans des îles éloignées après la fin de la seconde guerre mondiale, (en Grèce, les gens se définissaient encore comme « Romains » au 19ème siècle). Le latin, langue impériale, a disparu en tant que langue vernaculaire, mais il a été maintenu en vie par le clergé catholique et il est devenu un outil indispensable pour l’unité culturelle de l’Europe. Le latin a gardé une certaine continuité culturelle avec l’ancien empire qui ne s’est perdue que très progressivement. Ce n’est qu’aux XVIIIe et XIXe siècles que le latin a disparu comme langue de l’élite culturelle, pour être remplacé par [le français, puis .. NdT] l’anglais de nos jours.

Comme vous le voyez, la liste d’Orlov a une certaine logique bien qu’elle doive être un peu adaptée à l’effondrement de l’Empire romain occidental. Les 5 étapes ne se sont pas succédées, il y a eu plus d’un siècle de décalage entre l’effondrement financier du 3ème siècle (étape 1) et les trois étapes suivantes qui sont arrivées ensemble : l’effondrement commercial, politique, et social. La cinquième étape, l’effondrement culturel, a été une longue histoire qui est venue plus tard et qui a duré des siècles.

Et notre civilisation ? La première étape, l’effondrement financier est clairement en cours, bien qu’il soit masqué par diverses astuces comptables. La deuxième étape, l’effondrement commercial, au contraire, n’a pas encore commencé, ni l’effondrement politique : l’Empire maintient toujours une force militaire géante et menaçante, même si son efficacité réelle peut être mise en doute. Peut-être que nous voyons déjà des signes de la troisième étape, l’effondrement social, mais, si le cas romain est un guide, ces trois étapes arriveront ensemble.

Alors, que diriez-vous de la dernière étape, l’effondrement culturel ? C’est une question pour un avenir relativement lointain. Pendant un certain temps, l’anglais restera certainement la langue universelle, tout comme le latin l’était après la chute de Rome, alors que les gens continueront à penser qu’ils vivent encore dans un monde globalisé (c’est peut-être déjà une illusion). Avec la disparition de l’anglais, tout peut arriver et quand (et si) un nouvel empire se lèvera sur les cendres de l’empire américain, ce sera quelque chose de complètement différent. Nous pouvons seulement dire que l’univers avance par cycles et que c’est évidemment ainsi que les choses doivent se passer.

Ugo Bardi


Par Dmitry Orlov – Le 16 avril 2019 – Source  Club Orlov

Dans cet article, Ugo Bardi a appliqué ma taxonomie d’effondrement à l’effondrement de l’Empire romain d’occident, et son analyse montre que la cascade canonique d’effondrement financier, commercial, politique et socioculturel a fonctionné comme prévu dans un autre cas, particulièrement célèbre. Mais cela soulève une question qui revêt une grande importance pour notre époque. L’analyse d’Ugo est exacte lorsqu’il s’agit spécifiquement de la vieille Rome et de son effondrement, sauf pour un détail crucial. La vieille Rome ne s’est pas seulement effondrée, elle a été abandonnée, puis, deux siècles plus tard, elle a disparu.

Un événement assez significatif s’est produit le 11 mai 330 de notre ère. Ce jour-là, la vieille Rome (celle d’Italie) a cessé d’être la capitale de l’Empire romain. Ce jour-là, l’empereur Constantin Ier transféra la capitale vers la Nouvelle Rome (Νέα Ῥώμη), anciennement connue sous le nom de Byzance et informellement appelée Constantinople jusqu’en 1930, année où elle fut officiellement rebaptisée İstanbul. C’était la ville la plus grande et la plus prospère d’Europe tout au long du Moyen Âge et elle reste aujourd’hui encore la plus grande ville d’Europe (la deuxième plus grande est Moscou, parfois appelée la troisième Rome). De 330 après J.-C. au 13 avril 1204 – une période de 974 ans – elle fut la capitale de l’Empire romain, qui se scinda en Orient et en Occident en 395. Puis, 81 ans plus tard, en 476 après J.-C., l’Empire romain d’occident a cessé d’exister, rendant l’appellation « orientale » plutôt superflue. En effet, les habitants de la Nouvelle Rome se sont toujours qualifiés de Romains. En 1204 après J.-C., elle fut saccagée et brûlée par les chevaliers de la Quatrième croisade (un assaut barbare, pourrait-on dire) et il est très intéressant de se demander pourquoi les Romains ne leur opposèrent aucune résistance. Nous garderons cela pour une autre fois. Constantin ne s’est pas contenté de déplacer la capitale dans une ville existante ; il a reconstruit en grande partie l’ancienne Byzance (une colonie grecque datant de 657 av. J.-C.).

Il y avait de nombreuses raisons pour la décision de Constantin de déplacer la capitale. Le nouvel emplacement était tout simplement meilleur : plus facile à défendre, entouré de provinces économiquement développées, plus proche des centres d’apprentissage et de culture et stratégiquement situé à l’intersection de plusieurs routes commerciales. Constantin fit sortir beaucoup de richesses de la Vieille Rome pour fonder sa Nouvelle Rome, puis quitta la Vieille Rome qui languit dans un état considérablement affaibli, et ne s’en remit jamais. Mais il y avait une autre raison à ce déménagement : Constantin chevauchait une vague de passion nouvelle qui avait à voir avec la propagation du christianisme, et elle l’a emmené en Méditerranée orientale où le christianisme a d’abord pris racine. C’était une décision consciente d’abandonner la vieille Rome païenne et de construire une nouvelle Rome chrétienne. Bien que les cérémonies chrétiennes et païennes y aient d’abord eu lieu, les cérémonies païennes ont rapidement été abandonnées.

La nouvelle Rome est devenue le centre de l’apprentissage chrétien, où la Bible et d’autres écrits chrétiens ont été traduits dans de nombreuses langues, dont le slave, étape essentielle dans la diffusion du christianisme en Eurasie, à l’exception de l’Europe occidentale, qui a connu un âge sombre. Là-bas, l’enseignement basé sur le latin a été maintenu à peine en vie par des moines qui travaillaient dans des scriptoria, vivants à peine eux-mêmes, taraudés par le froid, la faim et l’ennui. Le sacerdoce catholique, qui s’est fusionné en une structure autoritaire – la papauté – était désireux de maintenir la population dans l’ignorance parce que cela facilitait son contrôle et son exploitation. Au lieu de traduire la Bible dans les langues vernaculaires et d’enseigner aux paroissiens à lire, ils ont eu recours à l’enseignement de la doctrine chrétienne au moyen de dioramas sentimentalistes idolâtres. La réaction à cette répression de l’apprentissage, quand elle est arrivée, a été la Réforme protestante. Il en résulta beaucoup de massacres insensés et conduisit au développement d’une autre abomination : les interprétations littérales de la Bible par les sectes protestantes et les cultes apocalyptiques. Ainsi, la décision de Constantin de quitter la vieille Rome languissante s’est avérée très positive, nous donnant un millénaire de développement culturel à l’Est, et très négative, nous donnant l’âge des ténèbres et la guerre de Trente Ans qui ont causé la dévastation et des pertes de population en Europe occidentale.

Quel est le rapport avec les cinq étapes de l’effondrement ? Il montre que les effondrements sont des phénomènes locaux. Ailleurs, la vie continue, parfois mieux qu’avant. Les effondrements peuvent avoir des causes internes (ressources épuisées) ou externes (le monde passe à autre chose). Mais la séquence d’effondrement reste la même : ceux qui contrôlent la situation répugnent à admettre ce qui se passe et prétendent qu’il n’en est rien. Ensuite, ils sont ruinés (effondrement financier). Ensuite, ils perdent la capacité d’importer des choses (effondrement commercial). Ensuite, leurs institutions publiques cessent de fonctionner (effondrement politique). Puis la société s’effondre. Et ce n’est qu’alors, après tout cela, que les gens réalisent enfin que le problème était dans leur tête depuis le début (effondrement culturel). L’adoption rapide d’une culture meilleure et plus réfléchie est, bien sûr, une bonne idée. Une alternative est de passer par un âge sombre suivi d’une longue période de carnage sans raison.

Qu’est-ce que cela a à voir avec le monde d’aujourd’hui ? Eh bien, si vous le remarquez, il y a un pays en particulier dans le monde qui a un problème majeur : il consomme beaucoup plus qu’il ne produit. De plus, il consomme beaucoup de produits, mais la plupart de ce qu’il produit sont des services – pour lui-même – qui ont tendance à être surévalués et ne sont d’aucune utilité pour qui que ce soit d’autre, mais il compte fièrement dans son produit intérieur brut cette extase d’auto-satisfaction. Il justifie l’énorme écart entre sa production (réelle, physique) et sa consommation (réelle, physique) à l’aide d’astuces comptables, et il pense qu’il peut continuer à le faire pour toujours. Le reste du monde n’est pas d’accord, et fait connaître son mécontentement en se désengageant progressivement de ce pays. Il pourrait abandonner sa culture de surconsommation aveugle et de diffusion de la « liberté et de la démocratie » par des moyens militaires avant que les circonstances ne l’y obligent, mais il refuse de le faire, au risque d’être abandonné comme le fut la vieille Rome.

Les cinq stades de l'effondrementDmitry Orlov

Le livre de Dmitry Orlov est l’un des ouvrages fondateur de cette nouvelle « discipline » que l’on nomme aujourd’hui : « collapsologie » c’est à-dire l’étude de l’effondrement des sociétés ou des civilisations.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

Source: LE SAKER FRANCOPHONE

AUSTÉRITÉ MON AMOUR

AUSTÉRITÉ MON AMOUR
Pourquoi les erreurs européennes dans le traitement de la crise financière de 2008 sont les racines de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’UE

Atlantico.fr : Si l’accumulation d’excédents commerciaux, de la part des Européens, et principalement de la part de l’Allemagne, peut être considérée comme l’origine des tensions existantes avec les Etats-Unis, comment expliquer le processus qui a pu conduire à une telle situation ?

Brad Setser : Au début du processus, cela n’était pas perçu comme un contexte de guerre commerciale, et cela n’était même pas considéré comme un contexte de déséquilibres commerciaux. A ce moment, le diagnostic était que les économies avancées étaient en crise et que cette crise s’était déclarée aux Etats-Unis. Mais il s’est avéré que l’exposition aux subprimes était particulièrement élevée dans les institutions financières européennes. L’idée était donc que nous subissions un choc commun, qui nécessitait une réponse commune dans l’objectif de ramener nos systèmes financiers à une meilleure santé, en recapitalisant, en s’assurant qu’il n’y aurait pas un nouveau Lehman Brothers, et en répondant au choc de demande qui touchait nos deux économies.

Pour répondre à ce choc de demande, une action budgétaire coordonnée -un stimulus budgétaire – avait vu le jour. Puis, les Etats-Unis se sont inquiétés du fait que l’Europe réagissait trop lentement, aussi bien concernant la recapitalisation de ses institutions financières, que parce qu’elle avait retiré trop rapidement son soutien budgétaire à l’économie. De plus, les désaccords existants au sein de la zone euro menaçaient de provoquer une nouvelle crise. 

C’est ainsi que les tensions, particulièrement avec l’Allemagne – mais la position allemande était alors plutôt partagée en Europe – ont émergé lorsque les Allemands ont considéré que la relance budgétaire avait été trop loin et qu’il était nécessaire de l’inverser. Ils ont alors commencé à encourager un virage vers l’austérité en Europe. Contrairement à la vision américaine, l’Allemagne était réticente à l’idée de faire tout ce qu’il devait être fait pour éviter une deuxième crise financière.

Nous sommes ici en 2011 ? 

C’est essentiellement 2011, mais cela a commencé dès 2010. Il y a eu toute une série de chocs durant cette période. Mon souvenir de cette période est un enchaînement, un choc après l’autre. Tout le monde savait à ce moment que le premier plan grec était un échec, et les pressions sur les taux obligataires ont alors commencé à se propager, de la Grèce à l’Espagne ou encore l’Italie, et les gens l’oublient, mais la Belgique, était également touchée, même la France.  On peut également rappeler le resserrement monétaire de la BCE en 2011, par Jean-Claude Trichet. La sentiment qui se diffusait à cette période est que nous étions face à un risque d’une nouvelle crise financière, après celle de 2008. Les Etats-Unis comprenaient leur responsabilité concernant cette première crise, mais voyaient l’Europe, particulièrement l’Allemagne, comme n’ayant pas assimilé les leçons de ce qui s’était produit en 2008.

Cette différence d’approche entre Etats-Unis et Europe a conduit à la formation d’un différentiel de croissance entre les deux zones….

Cette divergence de la croissance entre Europe et Etats-Unis n’est pas due au fait que les Etats-Unis connaissaient une reprise particulièrement rapide, cette reprise était plutôt faible, mais il était évident que les tensions internes à la zone euro contribuaient à l’affaiblissement de la reprise américaine, aussi bien au travers des canaux financiers, que de la demande. Les “spreads” obligataires progressaient en même temps que s’imposait l’austérité en Europe. Le résultat a été un affaiblissement de la demande européenne qui s’est répercuté aux Etats-Unis.

Quel lien avec les déséquilibres commerciaux ?

Cette situation ne s’est pas immédiatement transformée en un déséquilibre commercial. Le plan de relance européen, suite à la crise – on l’oublie souvent- a bien permis une reprise économique en Europe à la fin de l’année 2009, mais celle-ci s’est estompée avec l’austérité budgétaire et une politique monétaire stricte (Jean-Claude Trichet). Il est devenu alors assez clair que la reprise de la demande en Europe allait s’inverser, et c’est à ce moment là que nous avons vu l’apparition d’une forte progression des excédents commerciaux européens, qui est le résultat indirect de ces différences de croissance (une  croissance plus forte aux Etats-Unis provoque alors une hausse des importations en provenance d’Europe, alors que la faible croissance européenne ne permet pas de suivre le même rythme, ce qui provoque un déséquilibre dans les échanges commerciaux entre les deux zones).

Ce contexte a poussé l’administration Obama à demander aux européens d’en faire davantage pour soutenir la croissance et la demande mondiale. Comment les Européens ont-ils réagi à ces demandes ?

Il est clair que les pays les plus fragiles ne se sentaient pas en capacité de contribuer davantage à la demande. Ils espéraient que les Etats-Unis agissent pour contrer la pression allemande qui s’exerçait sur eux pour consolider leurs comptes publics extrêmement rapidement. Les Etats-Unis ne cherchaient pas à ce que ces pays les plus fragiles participent davantage, mais ils alertaient sur les risques de voir ces pays suivre une stratégie auto-destructrice. La principale demande américaine a toujours été que l’Allemagne, et les pays les plus forts de l’Union, en fassent plus pour soutenir la croissance de la demande.

Nous sommes passés d’un contexte ou un choc commun appelait une réponse commune à une inquiétude de voir l’Europe maintenir de larges excédents commerciaux. Ce glissement est apparu lorsque la chute des déficits de la balance courante en Espagne, en Grèce, en Italie, ne s’est pas traduite pas par une réduction des surplus allemands. Au lieu de voir un ajustement à la baisse du surplus allemand, nous avons vu l’ensemble européen basculer vers ce qui était, et ce qui reste, un très large excédent.

Les Allemands ne le voient pas comme cela, mais il est possible de démontrer que l’Allemagne a profité de la demande qui était alors créée par les Etats-Unis et la Chine, tout en ne faisant pas “sa part” pour contribuer à la demande mondiale. Encore plus important, en n’en faisant pas plus pour soutenir sa propre demande, l’Allemagne a affaibli l’ensemble de la zone euro.

Il est vrai que la Grèce, pas plus que le Portugal ou l’Espagne, ne pouvaient soutenir durablement un déficit de la balance courante équivalent à 10% de leur PIB, ils avaient besoin de s’ajuster, mais nous aurions pu espérer que la contrepartie de cet ajustement ait été une baisse des excédents allemands (en passant de 6-7% du PIB à 3 ou 4% par exemple). Mais cela ne s’est pas passé comme cela. Les excédents allemands ont continué de progresser. Je pense que le moment qui a vraiment cristallisé ce basculement a été 2013, quand les excédents allemands ont dépassé ceux de la Chine. C’est à ce moment que l’administration américaine, et non pas le grand public, a pris conscience de ce problème. Ce débat n’a jamais été équivalent à celui qui entoure la question de la Chine, parce que pour la Chine, il s’agit plus d’une question d’équité, c’est un débat qui touche le grand public qui existe depuis longtemps. Alors que la préoccupation à l’égard de l’Allemagne est restée circonscrite aux économistes du Trésor, de la Réserve Fédérale, et à quelques analystes financiers.

Comment cette préoccupation de l’administration Obama à l’égard des déséquilibres macroéconomiques s’est-elle transformée en une guerre commerciale entre Donald Trump et les Européens, sur la base de barrières douanières ? Comment ce mouvement s’est produit ?

En toute honnêteté, il n’est pas nécessaire de sur-analyser. Ce mouvement s’explique presque entièrement par la vision personnelle de Donald J Trump. Je pense que beaucoup de monde, y compris dans son administration, reconnaissent que Trump ne pense pas en termes de déséquilibres macroéconomiques, il pense en termes de balances bilatérales. Un déséquilibre bilatéral est pour lui le signe d’une iniquité. Quand il vient à Paris ou à Berlin, il voit qu’il n’y a pas beaucoup de voitures américaines, alors qu’il voit beaucoup de voitures allemandes aux Etats-Unis, et il doit penser qui cela est le résultat des barrières douanières.

Mais il y a une importante distinction à faire entre la pression commerciale qui est exercée sur la Chine et la pression qu’exerce Donald Trump sur l’Europe. La pression sur la Chine bénéficie d’un soutien relativement important de la population, alors que la pression sur l’Europe relève bien plus de la conviction personnelle de Donald Trump.

La France vient de voter contre le mandat demandé par la Commission européenne pour négocier un accord commercial avec les Etats-Unis. Dans le même temps, Bruno Le Maire, mais également des économistes proches d’Emmanuel Macron, ont appelé l’Allemagne à dépenser plus. Voyez vous un lien entre ces deux approches qui pourraient signifier que Paris demande à Berlin de régler un problème dont elle est à l’origine ?

Je n’ai pas connaissance d’une stratégie française qui ferait un lien entre ces deux situations. Mais je pense que la principale cause du refus français est la question de l’agriculture, Paris n’a jamais voulu faire la moindre concession dans ce secteur. Même sans lier les deux, le refus opposé au mandat et la demande faite à l’Allemagne de dépenser plus, on comprend très bien qu’Emmanuel Macron refuse d’étendre un accord à l’agriculture. Ceci pour la raison simple que l’Allemagne a le plus à perdre si les Etats-Unis imposent des tarifs sur le secteur automobile, alors que d’autres pays ont plus à perdre, la France notamment, avec une libéralisation du commerce sur l’agriculture. Ouvrir un accord sur l’agriculture serait un moyen d’acheter la paix pour l’Allemagne, ce qui lui donnerait des avantages importants, tandis que le coût ne serait pas supporté par l’Allemagne. On comprend pourquoi la France résiste à une négociation commerciale que beaucoup en Europe voient comme une extorsion, particulièrement quand l’administration Trump a voulu faire un compromis sur beaucoup de dossiers en Europe. Je ne pense pas que Donald Trump s’intéresse tellement aux excédents budgétaires allemands, je ne suis pas convaincu qu’il fasse le lien entre l’excédent budgétaire et l’excédent commercial, mais s’il voudrait voir l’Allemagne dépenser plus pour sa défense. Il n’y a pas de plan compliqué avec Trump, il dit ce qu’il pense, et il s’inquiète des sujets dont il dit qu’il s’inquiète. Cela dit, la France a plus à gagner que les Etats-Unis d’une politique budgétaire allemande plus soutenue, la France a ici un intérêt direct. Un soutien budgétaire allemand permettrait plus de croissance, tout comme un changement de voie de la part de la Banque centrale européenne.

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La bataille du Signe des Temps

La bataille du Signe des Temps

Journal dde.crisis de Philippe Grasset

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La bataille du Signe des Temps

20 avril 2019 – J’avoue n’avoir pas marchandé mon bonheur lorsque Finkielkraut, semi-grave pour l’évidente force de son idée et demi-ironique en imaginant ce que seraient les binettes de ceux qui l’écoutaient, commença à dire qu’il ne croyait pas à un accident ni à un attentat, pas du tout… Mais bien plutôt ceci, évoquant l’usine à touristes par millions, l’incessante exploitation, « livrée aux cars immenses et immondes, découragée par cet environnement dé-spiritualisé, elle a voulu mettre fin à ses jours et in extremis en a été empêchée par des pompiers exemplaires et héroïques »…

Je ne marchande pas mon bonheur car vous aurez tous reconnu l’idée centrale que développe notre poétesse Badia Benjelloun dans son « Notre-Dame ». Il est vrai que nous autres, pauvres hères et pauvres humains qui portons et supportons cette époque terrifiante de bassesse, nous comprendrions si bien qu’elle, Notre-Dame, puisse songer au pire selon nos conceptions habituelles et peut-être erronées ; exaspérée enfin, par les marchands du temple qui sont le principal “reflet du temps” que le philosophe Premier ministre Philippe voudrait voir figurer pour illustrer Notre-Dame 2.0 à laquelle nous apporterions les améliorations qui s’imposent, avec consommation réduite, taxe-carbone, et une décoration extérieure rendant compte de cette sublime “diversité” qui fait toute la richesse de cette opulente époque des hautes eaux du système sanitaire. Dans une telle perspective enfermée dans de telles intentions de bureaucrates de l’Art Contemporain, tiendrions-nous le terrain propice à nos élans décisifs ?

Enfin, la “performance” comme il détesterait que l’on dise, d’Alain Finkielkraut sur LCI vendredi, fut dispensatrice d’énergie et surtout portant confirmation, pour mon compte, que s’ouvre effectivement une bataille autour d’un symbole et de son sort, où la métaphysique, et par conséquent la métahistoire, auront la place la plus éminente. « C’est la métaphysique qui descend dans l’hallucinant débat agité des combats politiques pour affirmer une tragédie, restaurer une gravité », dit le comédien Fabrice Lucchini, et j’en suis bien aise.

Finkielkraut participe bien entendu à cette intense émotion qui a saisi le peuple de France, et déclenché une crise étrange, imprévue, extraordinaire, une crise pour le meilleur ou pour le pire. Le suicide raté de Notre-Dame a montré aux Français combien les Français aimaient Notre-Dame, et « Notre-Dame nous a paru vivante parce qu’elle nous a paru mortelle » ; il s’agissait de la sauver, de la retenir au bord du gouffre, parce qu’avec elle nous pouvions bien purement et simplement disparaître, la suivre dans sa funeste décision pourtant si justifiée par la conduite de tant d’arrogance de l’hybris des piètres arrangements humains… Il s’agissait de tout cela car elle est bien autre chose, nous le découvrons :

« Nous avons découvert une autre idée de patrimoine que celle qui était répandue… Ce n’est pas simplement un joyau touristique, ce n’est pas simplement un gisement culturel… […] C’est effectivement [aussi et d’abord] une partie de notre être, un vestige du passé, la présence des morts et pour certains du divin… »

Au cours de cette intervention, Finkielkraut est apparu plus calme qu’à l’ordinaire, moins atteint par la polémique et ainsi moins vulnérable et dominant sa sensibilité parfois impérative et trop exigeante, comme si le fait de s’adosser aux vieilles pierres venues des siècles d’antan donnait une force singulière en bronzant la conviction. Les objections, les répliques ou les attaques dont il fut l’objet manquaient singulièrement de mordant. L’on comprit également que la “reconstruction” de Notre-Dame serait une route semées d’embûches, ou même, et même plus encore, je le répète avec force, une bataille terrible. Finkielkraut, comme bien d’autres, s’il admet ne pas attendre une restauration parfaitement à l’identique, hurle des cris de colère aux échos des thuriféraires de l’Art Contemporain, de la “diversité”, et toutes cette sorte de choses accouchées par une terrible et nihiliste postmodernité, qui déjà tente d’investir le chantier de la restauration. Une terrible bataille, vous dis-je, une bataille pour la substance des pierres et la forme de l’architecture sacrée ; une bataille pour le Signe des Temps

On comprend que toutes les dimensions sont présentes, que l’aspect symbolique se trouve représenté par des situations extrêmement précises et identifiables dans les querelles les plus significatives de notre temps de Grande Crise. Il y est question d’identité, de la conception de la Nation et de l’extension du politique qu’elle implique, du manque de sens d’une époque complètement phagocytée dans l’économisme et dans les narrative arrogantes, qui soudain se trouvent confrontées à ces “siècles d’Histoire” et à l’interrogation de la dimension divine. Notre-Dame porte tout cela, et bien d’autres choses de la même essence encore, et par conséquent son drame devient absolument le drame d’une époque avec sa Grande Crise, et son incendie, et les ruines qui suivent, font naître dans bien des esprits l’analogie de l’incendie et des ruines qui caractérisent la Grande Crise et son époque.

Dans cette situation, il ne fait aucun doute que ce qu’on pourrait désigner comme le “parti postmoderne” a parfaitement compris qu’il s’agit d’une bataille et que son enjeu est colossal. Il la livrera avec toutes les forces de dissolution et de subversion à sa disposition, et peut-être certains y verront-ils le visage du Diable ; je ne ferai rien pour les en dissuader. Peut-être même irait-on jusqu’à penser qu’il s’agit là d’une sorte de “bataille finale”, une sorte d’Armageddon enfin. Ainsi, de symbole qu’est Notre-Dame dans l’occurrence tragique de l’incendie de lundi, devient-elle un signe des Temps, le véritable et décisif Signe des Temps.

J’ai parlé plusieurs fois, ces derniers temps, de Guénon et de son livre Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps ; on y lisait ceci, dans celui du 5 mars 2019 : « Avec Guénon, nous sommes au terme de la Fin des Temps. » Avec Notre-Dame, nous sommes à l’ultime et décisif Signe des Temps.

http://www.dedefensa.org/article/la-bataille-du-signe-des-temps

Du « dégagisme » au populisme

DÉGAGISME
Election présidentielle en Ukraine : l’acteur Volodymir Zelenski pourrait triompher sur un programme entre dégagisme et populisme

Du « dégagisme » au populisme

La victoire de Vladimir Zelenski atteste à nouveau du « dégagisme» qui gagne l’Ukraine après avoir transformé plusieursscènes politiques européennes. De la France à la Slovaquie, de l’Italie à l’Autriche, les électeurs européens renouvellent massivement leur personnel et leur paysage politiques. Ils font émerger de nouvelles figures : aussi différents soient-ils, Emmanuel Macron, Sebastian Kurz, Luigi di Maio ou encore Zuzana Caputovabousculent tous les codes en se propulsant au sommet du pouvoir en quelques mois. Les vieux partis sociaux-démocrates, socialistes et démocrates-chrétiens sont à la peine en France, en Espagne, en Italie ou encore en Grèce. Et ils sont remplacés par des formations disruptives, LaREM, Podemos, le M5S, etc.

Le succès de la candidature Zelenski au premier tour reprend cette tendanceen contestant lala classe politique ukrainienne issue de l’indépendance de 1991 et de la Révolution Orange de 2004. Ioulia Timochenko, ancienne Premier ministre, en a fait les frais au premier tour.

Conséquence évidente, les ressorts des succès électoraux des populistes fonctionnent aussi dans le cas Zelenski. Il a laissé son programme dans un vague qui confine à la confusion. Sur l’annexion de la Crimée et la fin des conflits dans le Donbass, il renvoie à des consultations avec la partie russe sans préciser sa méthode. Concernant l’économie et les besoins d’investissements, il promet seulement de ménagerles bailleurs de fonds du FMI et de l’Union européenne. « Faire ce que le peuple attend » et « lutter contre la corruption », voilà ses maîtres mots. Louables mais insuffisants pour un programme de gouvernement.

Voilà le premier enseignement de cette campagne ukrainienne : le « dégagisme » peut conduire au succès de leaders et de mouvements plus en phase avec le peuple mais moins mûrs idéologiquement et politiquement.

Défaite de Porochenko : l’héritage de Maïdan en question

Le président sortant, Petro Porochenko a subi au premier tour un revers important en atteignant avec peine les 15% de suffrages exprimés. Il a assurément fait les frais de sa stratégie de campagne résolument nationaliste mettant en avant la foi, l’armée et la langue. Président combatif, il s’est révélé peu en phase avec une population épuisée par la guerre et soucieuse avant tout de se ménager des perspectives socio-économiques. Cet oligarque de l’agro-alimentaire paie également les scandales de corruptions qui ont émaillé la vie politique ukrainienne durant son mandat.

Toutefois, la campagne de l’entre-deux-tours pose la question de l’héritage de la révolution de Maïdan. Ce mouvement de l’hiver 2013-2014 avait une dimension anti-russe et anti-Poutine. Mais il a constitué au moins autant un refus de la corruption. Les habitants de Kiev se sont mobilisés contre le président pro-russe Ianoukovitch pour contester la cleptocratie autant que pour empêcher l’Ukraine de quitter le partenariat oriental de l’Union européenne au profit de l’union eurasiatique de la Russie poutinienne.

L’essor de la candidature Zelenski confirme une partie de l’héritage de Maïdan : le rejet des élites et de la corruption. Toute sa popularité est fondée sur le personnage qu’il a incarné depuis plusieurs années à l’écran dans la série « serviteur du peuple » : un professeur d’histoire portée à la tête du pays par un mouvement populaire de rejet de la corruption. En revanche, la prodigieuse volonté de liberté nationale, l’autre volet de Maïdan, peut-elle être incarnée par ce nouveau leader ? Il n’a pas participé aux luttes qui ont marqué l’émergence d’une Ukraine détachée de la Russie. Et, hormis une rencontre avec Emmanuel Macron, il n’a pas encore bâti de réseau politique international lui ménageant soutiens diplomatiques et aides financières. Or l’héritage de Maïdan ne peut être défendu par un président faible ou amateur.

Voilà la deuxième leçon européenne : face à la résurgence des défis et des menaces, en Mer Noire, dans les Balkans, en Arctique, etc. l’angélisme et la bonne volonté des leaders européens ne suffiront pas. Le retrait américain d’Europe oblige les Ukrainiens et les Européens à revenir à la Realpolitik sur leur propre continent.

Les prochains défis du « serviteur du peuple »

La métamorphose de l’acteur en chef d’Etat peut aller vite. Ronald Reagan en avait apporté un exemple frappant. S’il est bien élu le président Zelenski devra se transformer en homme d’Etat en quelques heures. Car il affrontera dès lundi plusieurs défis politiques majeurs, bien réels.

Le premier sera de faire reconnaître et consacrer sa victoire puis son statut sur la scène internationale. Outre la sincérité du scrutin, il devra manifester rapidement son ancrage dans le partenariat oriental de l’Union européenne. Autrement dit montrer qu’il s’inscrit paradoxalement dans la continuité de Petro Porochenko.

Le deuxième défi sera intérieur : la transformation de l’économie est du ressort du Parlement, la Rada Suprême. Or celle-ci sera renouvelée par les élections législatives à l’automne. Le défi du nouveau président sera de constituer une majorité et de développer un parti pour lui servir de colonne vertébrale. Or le paysage parlementaire ukrainien est éclaté. Le nouveau président devra choisir rapidement un Premier ministre à la fois compétent et capable de mener campagne.

Le troisième défi concernera la Russie. En guerre larvée avec l’Ukraine dans le Donbass celle-ci peut être tentée de favoriser l’instabilité dans le pays à la faveur de la transition politique. Là encore, le nouveau président devra manifester à la fois sa détermination à rétablir la souveraineté nationale et sa volonté d’entrer en négociation.

On le voit, il se joue en Ukraine bien plus que le destin d’un Etat de 40 millions d’habitants en guerre larvée avec la Russie et pris dans une crise économique. Il se joue une partie du destin de l’Europe.

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Peter Frankopan Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

Peter Frankopan

Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

Traduction en Anglais

10 mars 2019 : Soline Schweisguth a rencontré à Oxford l’historien Peter Frankopan.
Professeur d’Histoire Globale à l’Université d’Oxford (Worcester College), il dirige le centre de recherches pour les études byzantines. Son livre Les Routes de la soie (traduit en français en 2017) a connu un succès mondial, notamment en Chine, en Inde et au Pakistan.
Il a publié une suite à cet essai en 2018 avec un livre en rapport avec la géopolitique contemporaine : Les Nouvelles routes de la soie, traduit en français en novembre 2018.

The Silk Roads, a New History of the World (Peter Frankopan)L’historien propose dans son premier livre une approche de l’histoire du monde centrée sur les pays le long des routes de la soie« Loin d’être en marge des affaires mondiales, ces pays sont très centraux – et ce depuis le début de l’histoire », souligne-t-il. De l’Antiquité à nos jours, depuis les premiers mouvements de christianisation jusqu’à la guerre en Irak, en passant par le développement de l’islam des VIIe et VIIIe siècles, il raconte une histoire trop souvent méconnue et remet en perspective l’histoire de l’Europe.

En novembre 2018, Peter Frankopan a publié cette fois un ouvrage intitulé Les Nouvelles routes de la Soie. Son titre reprend l’appellation donnée à la politique du président chinois Xi Jinping, qui a annoncé en 2013 sa volonté de développer les échanges commerciaux entre les pays du continent asiatique.

La Chine a ainsi investi plusieurs milliards de dollars dans des infrastructures ferroviaires et maritimes. Les discours soulignant la coopération et l’ouverture se sont accompagnés de prêts pour l’aide au développement dans de nombreux pays d’Asie et d’Afrique. Cela pourrait bien accélérer la croissance économique de ces pays, mais dans le cadre d’un néo-colonialisme inavoué… L’historien décrit et analyse la montée en puissance des pays le long des anciennes routes de la soie et un monde « dont le centre de gravité économique est en train de s’éloigner de l’ouest ». Il observe qu’« un nouveau monde est en train d’émerger en Asie, mais ce n’est pas un monde libre ».

« Tous les chemins menaient à Rome, écrit-il. Aujourd’hui, ils mènent à Pékin. »

Herodote.net : Dans Les Routes de la soie, vous recentrez l’histoire depuis l’Antiquité sur les pays le long de la route de la soie, de la Chine au Moyen-Orient. Comment ce point de vue permet-il d’enrichir une histoire traditionnellement centrée sur l’Occident?

En écrivant ce livre, je m’intéressais à trois choses. Premièrement, je voulais examiner les histoires des peuples, des cultures, des échanges, etc. qu’on oublie souvent quand on pense au passé. On s’attarde beaucoup sur Louis XIV, Henri VII, Napoléon ou Hitler. Mais on ne dit qu’un mot ou deux des Byzantins, des Ottomans, des Abbassides ou des Chola, des Khmers ainsi que des nombreuses ères et dynasties chinoises (pour ne mentionner que certains des manques les plus importants).

Peter Frankopan, né le 22 mars 1971 en Angleterre, professeur d'Histoire globale à OxfordMais deuxièmement, je voulais montrer que même l’histoire de l’Europe et de l’Occident était directement liée aux parties du monde à l’est de Venise et d’Istanbul, et auxquelles on ne prête pas attention. Je voulais montrer que même notre conception de l’histoire est trompeuse, non seulement parce qu’on oublie les autres, mais aussi parce qu’on déforme l’histoire avec de telles exclusions.

Il y a beaucoup de chercheurs qui travaillent sur les endroits du monde dont j’ai parlé, et qui sont confrontés aux problèmes de l’eurocentrisme ou des limites de la manière dont on voit les périodes. Par exemple, qu’est-ce qu’est exactement le « Moyen Âge », et qu’est-ce que cela signifie pour quelqu’un en Afrique, en Amérique, en Asie du Sud-Est etc.?

Le même problème se pose pour les ères géographiques, découpées en pays et en régions, qu’on étudie ensuite de manière exclusive. Je pense que l’histoire est plus excitante quand on regarde les échanges (violents et militaires bien sûr, mais aussi commerciaux, religieux, diplomatiques, etc.) et c’est donc cela que j’ai essayé de faire.

Dans votre deuxième livre Les Nouvelles Routes de la soie, vous décrivez le monde actuel comme un monde dans lequel les initiatives économiques et politiques de l’Est rendent anecdotiques, voire ridicules, celles de l’Occident. Dans quelle mesure peut-on dresser un parallèle entre cette situation et celle de la Grande Divergence, quand l’Europe était la première à entrer dans la révolution industrielle?

Les historiens ont des opinions très contrastées sur les causes, les conséquences et la nature de cette grande divergence.

D’une manière générale, il me semble que la prospérité, la croissance et l’espoir d’un meilleur futur sont les moteurs du changement. Durant les dernières décennies, l’augmentation de la richesse en Inde, en Chine, dans le Golfe persique, en Corée du Sud et dans l’Asie du Sud-Est, a été impressionnante. Cela ne s’est pas fait aux dépens de l’Occident, mais plutôt main dans la main – on a tous bénéficié de la chaîne de production mondiale qui a rendu les produits que nous achetons moins chers et plus abordables.

Ce qui a été problématique, cependant, c’est l’augmentation des inégalités en Europe et aux États-Unis, l’augmentation du chômage (ou, plus précisément, le manque de croissance des salaires). Notre continent est en état de confusion profonde, voire même de tristesse.

C’est dans ce contexte qu’il faut voir le Brexit, les gilets jaunes, le mouvement pour l’indépendance en Catalogne, la montée de l’extrême-droite (et de l’extrême-gauche), ainsi que la situation des pays comme la Hongrie ou la Pologne qui cherchent une voie alternative.

Tout cela semble très différent de ce que je vois en Asie. Il est important de noter les frictions, les tensions et les défis nombreux qui touchent les pays individuellement, et parfois leurs relations complexes avec leurs voisins. Mais le point fondamental est que 65% de la population mondiale vit à l’est d’Istanbul ; c’est de là que viennent 70% des énergies fossiles ainsi qu’une grande proportion du blé, du riz, parmi d’autres.

Sans puissance coloniale pour extraire ces ressources comme dans le passé, il est raisonnable de penser que ce qui se passe en Asie – en bien ou en mal – affectera le monde de demain.

La mise en place des « Nouvelles Routes de la soie » par le président chinois Xi Jinping s’accompagne de références aux anciennes routes de la soie. Dans quelle mesure cette expression ne serait-elle qu’un effet de rhétorique quand la majorité du commerce se fait encore par bateau ou en direction des États-Unis?

Les routes de la soie chinoises ne se réfèrent pas seulement à des liaisons commerciales terrestres ou maritimes mais aussi à un enjeu symbolique. En tant qu’historien, on peut noter que de nombreux pays parlent de revenir à un passé glorieux et idéalisé. En Angleterre, le slogan du Brexit était « Reprendre le contrôle » (Take Back Control), ce qui implique un retour à une situation meilleure.

Aux États-Unis, ce n’est pas ‘Make America Great’ mais ‘Make America Great Again’. D’autres pays, comme la Turquie, la Russie, l’Inde ou le Pakistan (la liste est longue) voient un intérêt à bâtir le présent et le futur en fonction du passé. D’après moi, c’est une bonne raison de passer plus de temps à faire de l’Histoire !

Propos recueillis par Soline Schweisguth
Publié ou mis à jour le : 2019-03-21 15:02:51
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Revue de presse nationale et internationale.

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