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Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

À peine la République fédérale d’Allemagne a-t-elle officialisé la construction du controversé gazoduc Nord Stream 2 le 16 mai 2018, que la Pologne et les États-Unis d’Amérique ont sans surprise fait part de leur opposition à ce projet. Ce gazoduc devant s’étendre sous la mer Baltique sur 1200 kilomètres pour relier la Russie à l’Allemagne, devrait assurer à cette dernière un approvisionnement de 55 milliards de m³ d’hydrocarbures russes par an tout en évitant à la Russie d’avoir à payer des frais de transit à l’Ukraine et la Pologne. Les autorités allemandes donnèrent le feu vert au projet en mars 2018, suivies par la Finlande en avril, les travaux débutèrent dès le mois de mai dans la ville de Lubmin.

Les représentants polonais et américains ont réagi avec une hostilité prévisible face à ce projet qu’ils avaient maintes fois dénoncé comme étant une « menace pour la stabilité européenne ». Ainsi, la rencontre entre le Ministre des Affaires Étrangères polonais, Jacez Czatupowitc et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo le 21 mai 2018 fut l’occasion pour la Pologne d’aborder le sujet et notamment de s’assurer d’une éventuelle pression américaine sur les compagnies européennes impliquées dans la construction du gazoduc1 après que le représentant américain en Ukraine, Kurt Volker, ait fait part de l’intention des États-Unis de recourir à ces méthodes.

Dans un contexte de tensions croissantes avec la Russie placée sous sanctions et face à un éventuel recours à des moyens de rétorsion économique de la part des Américains, il convient de s’interroger sur les performances de « l’arme économique » à la lumière d’expériences antérieures. Ainsi cet article sera consacré à un sujet méconnu de la Guerre Froide à savoir le Coordinating Commitee for Multilateral Export Controls (CoCom), Cette organisation, fondée en 1949 et rattachée à une annexe de l’Ambassade des États-Unis à Paris, fut le fruit de débats houleux entre puissances occidentales pour contrôler les transferts technologiques vers le bloc socialiste qui en était dépendant.

Cette politique de « containment économique » et son instrument principal, le CoCom, furent maintenus à divers degrés tout au long de la Guerre Froide jusqu’à l’Arrangement de Wassenaar en 1994, et auront fortement impliqué les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, non sans controverses constantes; l’enjeu portant sur une question délicate et lourde de conséquences : les États-Unis et leurs alliés pouvaient-ils se permettre de commercer avec l’Union soviétique ?

Si la question n’a jamais pu faire l’unanimité entre les parties concernées aux États-Unis, elle le put encore moins entre les membres du CoCom.

Stratégie visant à tempérer les Soviétiques pour les uns, ou risque de leur « vendre la corde » pour d’autres, chaque pays du CoCom va progressivement mettre en œuvre sa propre conception de ce commerce selon ses perceptions de sécurité nationale durant la Guerre Froide.

La présente analyse portera sur ces deux extrêmes entre lesquels le CoCom se retrouva tiraillé durant les années 80 dans un contexte de « guerre fraîche » marqué par la volonté américaine de reprendre la lutte anticommuniste sous l’impulsion du président Ronald Reagan.

 

Présentation de la Nouvelle Politique Economique de Lénine, Affiche d'époque

 

I/ Le commerce Est-Ouest, entre ouverture et confrontation

La lutte idéologique entre le camp occidental et le bloc de l’Est durant la Guerre Froide n’a pas consacré une rupture des relations commerciales. Le rapport de force était à première vue en faveur des Occidentaux. En effet, n’en déplaise aux tenants du mythe des miracles de l’économie socialiste, la Russie soviétique a toujours affiché une dépendance prononcée vis-à-vis des technologies occidentales qui furent indispensables à son développement comme l’ont démontrée plusieurs études, les plus notables étant celles du professeur Antony Sutton2.

À titre d’exemple, dans les années 20, la NEP3 a permis l’ouverture de 350 concessions en Union soviétique encourageant l’implantation d’entreprises occidentales dont le capital technologique fut le principal, si ce n’est l’unique facteur de redressement économique de ce pays ravagé par la guerre civile. Les concessions furent ensuite supprimées par Staline pour recourir aux « accords d’assistance technique » accordant à certaines compagnies occidentales la possibilité d’apporter leur savoir-faire pour aider à la réalisation des grands projets industriels en Union soviétique. La période de la Détente, marquée par un apaisement des tensions et un relâchement des contrôles, fut l’occasion pour les Soviétiques d’acquérir une multitude de technologies occidentales au profit de leur potentiel économique…ainsi que militaire.

Comme l’avait jadis si bien résumé le professeur Carroll Quigley : « Des sociétés telles que la Russie soviétique, qui ont, par manque de tradition scientifique, démontré une faible créativité technologique, peuvent néanmoins constituer une menace pour la civilisation occidentale par l’usage, à immense échelle, d’une technologie presque entièrement importée de cette même civilisation occidentale »4.

Un bref descriptif de secteurs militaires clés soviétiques ayant bénéficié des transferts technologiques occidentaux, permettrait d’étayer ces propos ainsi que d’établir l’échec du CoCom et des espoirs de pacification à l’aube de la présidence de Reagan :

La flotte soviétique, la plus imposante au monde, était constituée à 60% de vaisseaux construits à l’Ouest, tout comme 80% de leur machinerie5. Les technologies furent obtenues auprès de la Burgmeister & Wain of Coppenaghen et Litton Industries6. Ce furent certains de ces bateaux qui acheminèrent les missiles à Cuba et qui ravitaillèrent Haiphong en équipements.7

L’industrie automobile fut érigée avec l’aide d’entreprises occidentales telles que Fiat et Ford entre les années 30 et 608. Certains véhicules militaires, plagiats de modèles occidentaux, furent utilisés en Afghanistan et contre l’effort de guerre américain au Vietnam.

Les missiles soviétiques positionnés en Europe ont largement bénéficié du savoir-faire occidental notamment celui de l’entreprise américaine Bryant Chucking Grinder Company dont les roulements à billes ont accru la précision des tirs soviétiques et la menace qu’ils incarnaient pour la sécurité européenne9.

Nous aurions pu rajouter à ce bilan les secteurs agricoles et chimiques, mais ces données suffisent pour établir que le commerce avec l’URSS, que certains avaient promu dans l’optique « d’adoucir » les Soviétiques, eut les effets inverses : l’Occident loin d’avoir acheté la paix a plutôt « vendu la corde10 ». En considérant les nombreux efforts aussi bien légaux qu’officieux que les Soviétiques déployaient pour se procurer en technologies, ce fut pour remédier à une véritable hémorragie technologique occidentale que Reagan voulut remanier le CoCom dont les défaillances appelaient à certaines rectifications.

Au regard de ce besoin obsessionnel des Soviétiques en technologies occidentales, on pourrait facilement être tenté comme Antony Sutton, de conclure qu’un blocage pur et radical des transferts technologiques auraient pu permettre de mettre l’URSS à genoux et ainsi précipiter la fin de la Guerre Froide. Toutefois cette vision relève de l’idéal tant le contrôle des technologies impliquait des considérations multiples qui transcendaient le simple recours à la coercition ou à d’autres mesures draconiennes.

 

II/ Des orientations américaines aux contradictions occidentales

Le contrôle des exportations est une initiative principalement américaine. À l’aube de la Guerre Froide les Etats-Unis en usèrent pour faire pression sur l’URSS à travers le « Control Act » en 1949, plaçant les biens exportés sous contrôle, mais aussi sur les pays occidentaux par le « Battle Act » en 1951 leur faisant perdre la protection américaine en cas de commerce avec le bloc socialiste. C’est dans ce contexte qu’apparu le CoCom11, souvent comparé à un « club » ne reposant sur aucun traité ou accord et dépendant de la bonne volonté des États membres pour réguler les transactions technologiques vers l’URSS, les pays du Pacte de Varsovie et la Chine Populaire.

Le CoCom a établi trois listes de biens devant être soumis à des licences : les munitions, les biens nucléaires et les biens à « double-usage » tout en accordant des possibilités de « ventes exceptionnelles »12. Enfin, il opérait selon deux notions anglo-saxonnes de guerre économique entre lesquelles il alternait selon la nécessité, à savoir l’effet de levier (« Leverage ») et « Linkage »13, le premier consistant à exploiter politiquement un avantage économique, tandis que le second revient à user d’actions économiques pour faire pression sur une cible.

Le contrôle américain sur les pays européens était certes bien établi à l’issue de la Deuxième Guerre Mondiale lorsque ceux-ci étaient trop exsangues pour se permettre de risquer de perdre la protection américaine, mais à mesure qu’ils opérèrent leur redressement économique, ils obtinrent une marge de manœuvre se traduisant par plusieurs écarts.

En effet, chaque pays membre s’était doté d’une conception propre du commerce Est-Ouest et d’une législation commerciale qui ne s’alignait pas forcément sur les directives américaines.

Ainsi la France, capitale des sympathies mondiales envers le communisme, recourait au commerce Est-Ouest afin d’affirmer sa souveraineté et se démarquer de l’hégémonie américaine. Le commerce avec l’Est bénéficiait d’un large consensus et le monde des affaires pouvait compter sur la bienveillance de l’État. Si la tendance était au laxisme jusqu’en 1981, la France, tout en renforçant ses contrôles, a préservé le souci de sa souveraineté.

Le Royaume-Uni, de par ses traditions commerciales, s’adonnait au commerce avec l’Est afin de subvenir à ses besoins économiques internes. Cependant l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979 marque un assujettissement à la politique américaine de contrôle.

La RFA constituait le maillon faible du CoCom. Cela est dû au fait que son commerce avec la RDA n’était pas considéré comme du commerce extérieur et occasionnait des fuites de technologies qui n’ont pas été l’objet de contrôles au sein du CoCom.

Le Japon enfin s’illustrait par son laxisme. La loi assurait la liberté d’exportation et les contrôles ne se limitaient qu’aux entreprises sur le sol japonais sans s’étendre à leurs filiales à l’étranger.

 Le commerce des pays membres du CoCom avec l'URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)Figure: Le commerce des pays membres du CoCom avec l’URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)

De par son caractère informel, les décisions prises au sein du CoCom ne revêtaient aucune forme contraignante vis-à-vis des États membres qui ont toute latitude pour appliquer les mesures du CoCom à leur convenance. Ainsi s’opposent deux conceptions de l’embargo : celle de sécurité (établir des contrôles stables) et celle de sanctions (selon les initiatives soviétiques)14. Les États-Unis alternant par opportunisme entre les deux mais toujours en désaccord avec ses alliés. Si on peut admettre qu’il existait un consensus pour le contrôle des exportations de technologies stratégiques (non sans réserves de la part des pays européens), le principal litige porte sur la définition de « bien stratégique ».

Les listes de biens à placer sous contrôle ne peuvent donc faire l’unanimité parmi les membres du CoCom, les Américains suivant une démarche intransigeante, souhaitaient restreindre le commerce par des listes élargies, tandis que les Européens volontaristes préféraient préserver leurs liens commerciaux avec l’Est par des listes de contrôle limitées.

Les deux parties procédaient fréquemment à des accusations mutuelles d’hypocrisie, les Européens souhaitant défendre leurs intérêts économiques à l’Est et n’hésitant pas à remettre en cause les directives du CoCom au moindre empiètement de celui-ci sur leur souveraineté. Les Américains étaient en proie à une pression interne de la part de leurs industriels, ces derniers se sentant lésés par rapport à leurs concurrents européens bénéficiant de restrictions plus souples de la part de leurs pays respectifs

Ces éléments mettent en exergue un double paradoxe résultant d’une dépendance mutuelle: l’URSS bien qu’étant fortement dépendante des technologies occidentales est tout de même parvenue à se maintenir à niveau face au camp occidental, tandis qu’inversement, les pays et industriels occidentaux, bien qu’exposés à la menace soviétique, ont tout de même poursuivi voire défendu le commerce de technologies avec le bloc de l’Est en affichant une réticence opiniâtre envers toute injonction ou interférence américaine dans leurs activités économiques.

Un constat qui appelle sérieusement à relativiser les concepts libéraux inspirés de Montesquieu pour lequel « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix »…

Reagan et Gorbatchev

III/ Les faux espoirs du renforcement des contrôles

Lorsque Reagan accéda à la présidence en 1981, la détérioration des relations américano-soviétiques avait déjà été consommée depuis Carter. L’invasion de l’Afghanistan en 1979 sonna le glas de la Détente et les États-Unis réagirent en prenant certaines mesures répressives.

En 1979 fut promulguée l’Export Administration Act (EAA) accordant au président un droit de regard sur les exportations suivi d’un embargo sur le grain en 1980. La politique de Reagan s’inscrivit dans cette tendance, constatant l’échec du « commerce pacifique » et concevant une nouvelle approche du commerce Est-Ouest à imposer aux membres du CoCom. Celle-ci s’aligna sur les recommandations faites en 1976 par le « Rapport Bucy »15 insistant sur un contrôle prioritaire et sélectif quant aux technologies à « double usage » et limitant l’accès aux technologiques américaines aux membres du CoCom. La procédure se conforme également à l’approche du National Security Council (NSC) prônant un renforcement du CoCom, le besoin de convaincre les Alliés du bien-fondé des contrôles des exportations, des mesures collectives et une adhésion de l’Est à l’éthique commerciale de l’Ouest16.

La guerre économique paraissait être une opportunité dans la mesure où certains observateurs percevaient en URSS les prémisses d’un effondrement économique; le refus de transferts technologiques pouvait donc accentuer cette phase de déclin et acculer l’URSS vers des compromis en terme de consommation et investissement dont les effets pouvaient se conjuguer à la course à l’armement, infligeant à l’URSS le coup de grâce17.

Cette stratégie est issue de l’optique américaine selon laquelle les contributions technologiques au secteur industriel soviétique bénéficient par ricochet au secteur militaire18, conception rompant avec la « compartimentalisation » adoptée par les autres pays du CoCom pour lesquels le secteur militaire est indépendant des technologies civiles issues du secteur économique19. Vis-à-vis des Alliés, les États-Unis vont alterner entre 2 tendances : les « multilatéralistes » et les « unilatéralistes » chacune prônant une posture distincte au sein du CoCom et qui vont inspirer la démarche à suivre à l’occasion de deux crises majeures.

La première est celle de la construction du gazoduc d’Urengoy, certainement l’exemple le plus représentatif d’une gestion calamiteuse d’embargo multilatéral issue d’une initiative unilatérale.

En réaction aux troubles survenus en Pologne en 1980, Reagan met ses menaces à exécution et décide en décembre 1981 de suspendre toutes les licences d’exportations portant sur les biens et composants censés assurer la construction d’un gazoduc sibérien20. Il fallut cependant contraindre les membres du CoCom à suivre cette démarche. Le 18 juin 1982 l’interdiction est étendue aux filiales des entreprises américaines ainsi qu’aux entreprises étrangères produisant les équipements sous licence. Ceci avait engendré de fortes tensions avec les pays européens membres du CoCom dont les entreprises sont pénalisées par l’extraterritorialité d’une décision américaine, d’autant que ceux-ci voient Reagan paradoxalement lever l’embargo sur le grain21 au profit des fournisseurs américains. Les gouvernements français et britanniques incitèrent ouvertement leurs entreprises à passer outre les directives de Reagan et leurs obligations vis-à-vis du CoCom, contraignant le président américain à lever l’embargo en novembre 1982. Le gazoduc sera finalement construit au profit de l’URSS.

Plusieurs conclusions sont à retenir de cette expérience : nous pouvons considérer cet incident comme la preuve que l’unilatéralisme américain est défaillant, plutôt que d’obtenir le soutien des Alliés, les Américains ont réussi à se les aliéner, ceux-ci considérant certaines variables (dépendance envers le gaz soviétique, intérêts économiques) comme prenant le pas sur leurs obligations envers le CoCom.

L’unilatéralisme s’étant révélé inapproprié à l’issue de cette crise, l’Administration Reagan se vit donc acculée vers le multilatéralisme pour renforcer, non sans peine, le CoCom après 1982.

Les États-Unis présentèrent au CoCom un triple projet : l’élargissement des listes de contrôle, le renforcement des sanctions et enfin le renforcement de la structure institutionnelle du CoCom. Les Européens n’étaient disposés à entreprendre une guerre économique qu’à la condition que les produits concernés aient effectivement une importance militaire. Ainsi, lors de la réunion de 1982, 58 produits sur 100 proposés par les Américains furent ajoutés aux listes. S’ajoutent l’année suivante l’application directe de contrôles pour les 10 biens prioritaires susceptibles de détournement et en 1984, l’interdiction d’exporter certains équipements de communication. Les États-Unis purent obtenir la création en 1985 d’un sous-comité (STEM) renforçant le poids des représentants de la Défense face à ceux du Commerce au sein du CoCom mais seulement après une série de compromis avec leurs partenaires occidentaux22.

Ce développement multilatéral du CoCom suscita certes des plaintes croissantes d’officiels soviétiques, cependant ce succès relatif est à nuancer pour certaines raisons : ces renforcements sont limités à l’intérieur des frontières de l’Ouest et s’accompagnent de la réticence persistante des Européens ; les États-Unis ayant renoncé à l’unilatéralisme, étaient contraints de composer avec des partenaires peu disposés à suivre les nouvelles procédures sur le long-terme d’où de nouvelles plaintes venant de ces derniers qui percevaient les freins à la réexportation de technologies américaines comme une atteinte aux lois internationales. Ces contrôles internes ont finalement nuit à la volonté des pays du CoCom de coopérer, les Européens et les Japonais y percevant des velléités unilatéralistes inavouées des Américains.

Les failles de ce nouveau paramétrage seront mises à nu à l’occasion du scandale Toshiba-Kongsberg en 1987. Ces deux entreprises avaient vendu aux Soviétiques des machines-outils sous licence indispensables à la modernisation de leurs sous-marins nucléaires compromettant davantage la sécurité de l’Europe de l’Ouest23. En réaction, le Sénat américain, par le Garn Amendment, a exigé la fermeture du marché américain à toutes les entreprises qui ne se conforment pas aux réglementations du CoCom en guise de sanctions. Paradoxalement, cette mesure fut désavouée par l’Administration Reagan qui craignait de voir les pays européens appliquer les mêmes restrictions à l’encontre des entreprises américaines en représailles. De surcroît, une telle initiative unilatérale n’aurait fait que compromettre le CoCom24. Il fallut privilégier la voie multilatérale en coopération avec le Japon et la Norvège. Des sanctions à l’encontre de Toshiba et de la Kongsberg-Vapenfabrik furent bel et bien appliquées en plus d’un engagement accru du Japon dans le contrôle des technologies sensibles.

L’ampleur de cette crise décida les autres membres du CoCom à renforcer leur coopération avec les États-Unis au sein du CoCom. Ce revirement aurait pu être encourageant si, entre 84 et 89, la RFA n’avait pas à son tour manqué à ses obligations en permettant à la Imhausen-Chemie de construire des installations chimiques en Libye tout en négligeant de soumettre ses produits aux contrôle du CoCom avec la complicité silencieuse des autorités fédérales allemandes…

L’arrivée au pouvoir de Gorbatchev et l’apaisement des tensions avec les États-Unis qu’il va consacrer achèveront de convaincre Reagan d’assouplir sa politique de contrôle en 1986.

 

Reagan et Trump

Conclusion: de Ronald à Donald

L’expérience du CoCom est édifiante dans le contexte actuel puisqu’elle permet de relativiser le leadership américain parmi ses alliés sur le plan économique. Si la domination militaire et diplomatique américaine demeure une constante encore aujourd’hui au sein de l’OTAN, le domaine économique constitue le talon d’Achille de cette suprématie. C’est précisément sur le plan économique que toute l’hétérogénéité du camp occidental nous est révélée au grand jour, chacun des pays membres disposant de spécificités économiques particulières divergentes sur lesquelles peuvent buter les intérêts américains.

Donald Trump, ayant pris ses fonctions de président des États-Unis en 2016, se retrouvent confrontés à certains enjeux auxquels fit face son prédécesseur Reagan. Si le recours aux sanctions économiques à l’encontre de la Russie fut appliqué suite au rattachement de la Crimée à la Russie en mars 2014, les résultats mitigés, voire contreproductifs obtenus ne plaident pas en faveur de cette politique. Les relations économiques étant intrinsèquement mutuelles, les sanctions constituent des armes à double-tranchant pouvant mener à l’impasse25

Ainsi, la partie occidentale de l’Union Européenne, notamment l’Allemagne, est plus soucieuse de préserver ses rapports économiques avec la Russie et par conséquent moins disposée à avaliser toutes les directives de Washington.

Face au gazoduc Nord Stream 2, les Américains peuvent compter sur l’appui des pays d’Europe de l’Est membres de l’Initiative des Trois Mers26 dont les intérêts, comme l’a reconnu le général L. Jones de l’Atlantic Council, sont « davantage alignés sur la perception américaine du monde, que nos alliés traditionnels d’Europe de l’Ouest »27.

Quand bien même les États seraient amenés à coopérer dans une politique de boycott contre la Russie, les milieux d’affaires qui y sont implantés risquent fort d’affirmer leur désapprobation.

La Russie constitue un cas particulier dans l’approche des politiques de guerre économique. Qu’importe qu’elle ait été, selon Lénine, « un apanage semi-colonial du capitalisme » au temps du tsarisme, ou « un marché captif » d’après Antony Sutton sous le communisme. Ce pays a paradoxalement toujours su ranger cette dépendance économique et technologique prononcée envers l’Occident parmi ses atouts jusqu’à la rendre mutuelle.

Les perspectives économiques qu’offre la Russie et sa place incontournable sur le marché mondial susciteront immanquablement l’intérêt d’acteurs étrangers qui seront dès lors mus par  une volonté impérieuse de retour sur investissement. Plus les capitaux qu’ils consacreront à la Russie seront importants, plus ils seront réticents à toute politique de sanction susceptible de rendre la Russie insolvable et de compromettre leurs profits.

Ainsi, tout comme pour le gazoduc d’Urengoy, rien ne saurait garantir une annulation du projet de Nord Stream 2 prévu pour 2019 d’autant que les efforts américains pour obtenir l’annulation de Nord Stream 1 en 2012 se sont révélés infructueux.

Tout comme au temps du CoCom, rien ne saurait non plus assurer que la menace de sanctions à l’encontre de compagnies impliquées dans des projets avec la Russie pourrait les dissuader de poursuivre leurs activités d’autant que cette mesure a déjà été sèchement désavouée par les protestations de l’Allemagne et de l’Autriche en juin 2017.

La prise en compte des résultats mitigés du CoCom sous Reagan ne devrait-elle pas inviter Trump à plus de circonspection dans la tentation de l’usage de l’arme économique face à la Russie de Poutine?

 

Hédi ENNAJI

 

Bibliographique sélective:
  • BERTSCH G. K. (sous la direction de); Controlling east-west trade and technology transfer, power, politics and policies; éd. Duke University Press; 1988; Georgia; 508 p.
  • BUCHAN D.; Incidences stratégiques du commerce est-ouest; éd. Bosquet; coll. Hermès; Paris; 1985; 169 p.
  • HANSON P.; Trade and technology in Soviet-Western relations; éd. Macmillan Press LTD; Hong Kong; 1981; 271 p.
  • HOLIDAY G. D.; Technology transfer to the USSR, 1928-1937 and 1966-1975: The role of Western technology in Soviet economic development; éd. Westview Press; Colorado; 1979; 225 p.
  • LACHAUX C., LACORNE D., LAMOUREUX C.; De l’arme économique; éd. Fondation pour les études de Défense Nationale; coll. Les 7 épées; Paris; 1987; 406 p.
  • LAÏDI S.; Histoire mondiale de la guerre économique; éd. Perrin; Paris; 2016; 576 p.
  • MASTANDUNO M.; Economic Containment, CoCom and the politics of East-West trade; éd. Cornell University Press; New York; 1992; 353 p.
  • OFFICE OF TECHNOLOGY ASSESSMENT; Technology and east-west trade; éd. Allanheld Osmun & co; New Jersey; 1981; 303 p.
  • PARROTT B. (sous la direction de); Trade, technology, and Soviet-American relations; éd. Indiana University Press; Bloomington; 1985; 394 p.
  • SANDBERG M.; Learning from capitalists, A study of Soviet assimilation of Western technology; éd.Almqvist & Wiksell International; Göteborg; 1989; 264 p.
  • SEUROT F.; Le commerce est-ouest; éd Economica; Paris; 1987; 174 p.
  • SUTTON A. C.; National suicide, military aid to the Soviet Union; éd. Arlington House; New York; 1974; 283 p.

https://stratpol.com/le-camp-occidental-a-lepreuve-de-larme-economique-les-lecons-du-cocom/

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Les États-Unis envisagent de retirer leurs forces d’Allemagne. Une partie d’un plus large processus

Les États-Unis envisagent de retirer leurs forces d’Allemagne. Une partie d’un plus large processus


Par Alex Gorka – Le 8 juillet 2018 – Source Strategic culture

Le ministère américain de la Défense étudie la possibilité de retirer ou de transférer les forces américaines de l’Allemagne vers la Pologne. Le Washington Post (WP) a indiqué que les coûts et les implications de ce projet sont en cours d’analyse. Le 5 juillet, la Maison-Blanche a déclaré qu’elle n’avait pas de tels plans, mais qu’il n’y a pas de fumée sans feu, sinon pourquoi la Pologne offrirait elle de payer 2 milliards de dollars pour une base américaine sur son sol et de le faire maintenant ? L’US Air Force a commencé à piloter des drones Reaper MQ-9 non armés à partir de la base aérienne polonaise de Miroslawiec, en mai dernier.

« Ma déclaration sur le fait que l’OTAN est obsolète et disproportionnellement trop chère (et injuste) pour les États-Unis reçoit maintenant, enfin, des applaudissements », a dit M. Trump sur Twitter pendant sa campagne présidentielle de 2016. Il a souvent exprimé sa frustration devant le fait que les alliés n’ont pas respecté le niveau de dépenses de défense de 2 % du PIB convenu à l’unanimité. Le rapport du WP indique que le président Donald Trump aurait réfléchi à l’idée d’un retrait total ou partiel de l’Allemagne, début 2017.

Le président s’est récemment montré très critique à l’égard de la chancelière allemande. Il est frustré par sa position sur toute une série de questions, y compris la contribution à la défense collective de l’OTAN.

Des dépenses militaires plus élevées sont impopulaires auprès des électeurs allemands. La récente rencontre entre le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, et la ministre allemande de la défense, Ursula von der Leyen, a été très décevante pour les États-Unis, car il a été clairement indiqué qu’aucune augmentation substantielle des dépenses de défense allemande n’est en vue. Les projections budgétaires allemandes prévoyaient de l’augmenter à 1,5 % du PIB du pays seulement, d’ici 2024. En fait, l’Allemagne refuse de respecter son engagement de dépenser au moins 2 % de son budget pour l’OTAN.

Pour économiser de l’argent ? L’Allemagne paie une part équitable des coûts liés au stationnement des troupes américaines et les bases sont utilisées par les Américains pour des opérations menées en dehors de l’Europe. Par exemple, le commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM) a son siège à Stuttgart, en Allemagne. Pour donner une impulsion à l’industrie de la défense américaine ? Pas vraiment, l’Europe disposant d’un puissant complexe militaro-industriel qui lui est propre.

Et l’idée de déplacer les forces vient au moment où l’Europe se trouve au bord de la rupture. L’Occident n’a jamais été aussi divisé depuis la Seconde Guerre mondiale. Le paysage politique et militaire européen est en train d’être remodelé. C’est le bon moment pour tirer parti des faiblesses de l’Europe. La dépendance à l’égard des États-Unis en matière de sécurité peut être utilisée comme un puissant levier pour forcer des concessions dans d’autres domaines, comme le commerce.

Faire partie d’un groupe occidental n’est pas le but recherché par le président Trump. En tant qu’isolationniste, il croit en l’indépendance et la façon d’y parvenir est de promouvoir les intérêts de l’État national, et non d’un groupe de pays unis dans une alliance. La souveraineté nationale américaine est atteignable grâce à l’éclatement d’un Occident unifié pour recréer une nouvelle alliance, mais dirigée cette fois par le gouvernement des États-Unis, au lieu d’un organisme supranational où l’Amérique jouit d’une position forte mais pas d’un contrôle absolu. Le président Trump veut que l’Europe soit économiquement dépendante de l’Amérique, tandis que les États-Unis pagaieraient leur propre canoë sans aucune obligation internationale à trainer.

Les États-Unis n’ont pas besoin d’une Europe forte capable de les contester. Le Brexit, les migrants, les réformes judiciaires polonaises controversées et une série d’autres problèmes divisent le Vieux Continent et le rend plus faible et plus soumis aux intérêts de l’Amérique. Le président Trump a offert au président Macron ce qu’il pensait être un meilleur accord commercial si la France quittait l’UE. C’est pourquoi l’Allemagne, la locomotive économique de l’Europe, est constamment sous pression, qu’il s’agisse du projet gazier Nord Stream-2 avec la Russie ou de sa réticence à mettre fin au commerce avec l’Iran. Si l’Allemagne relève le défi, elle devra assumer la responsabilité de sa propre sécurité ainsi que celle de ceux qui resteront fidèles à l’idée de l’intégration européenne. Avant le prochain sommet de l’OTAN, le chancelier s’est prononcé en faveur de l’initiative du président Macron visant à créer une force expéditionnaire européenne. C’est un premier pas dans la bonne direction.

L’Europe devra alors reconsidérer ses relations avec la Russie. Il faudra l’intégrer dans un projet européen de sécurité. Frank-Walter Steinmeier, l’actuel président allemand, a lancé une initiative européenne de maîtrise des armements en 2016 alors qu’il était ministre des affaires étrangères. Il a proposé de mettre de côté les divergences et de s’atteler à la réalisation d’un nouveau traité de sécurité pour faire de l’Europe un endroit plus sûr. Sans les États-Unis, un nouvel accord devient tout à fait possible. Ensuite, l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) dirigée par la Russie et le groupe d’États européens dirigé par l’Allemagne pourrait lancer un projet commun pour repousser ensemble la menace terroriste. La Grande-Bretagne pourrait devenir membre de la nouvelle initiative européenne d’intervention. Après tout, la Russie et l’UE ont l’expérience des opérations conjointes de maintien de la paix au Tchad et des patrouilles navales pour combattre les pirates somaliens dans l’océan Indien.

Se séparer n’est pas toujours une mauvaise chose. Les États-Unis se débarrasseront des resquilleurs. Les Européens seront assez souverains pour décider combien ils doivent dépenser pour leur défense et d’autres choses. Ils auront l’occasion de s’attaquer aux menaces réelles qui pèsent sur leur sécurité, comme le problème des migrants, et non celles sur lesquelles Washington leur dit de se concentrer. La Russie n’aura plus besoin d’être une tête de turc permettant de maintenir l’« unité occidentale » éclatant aux coutures. Une alliance européenne dirigée par l’Allemagne et la Russie pourrait initier une nouvelle période de détente. Il n’y aurait pas de perdant et tout le monde gagnerait. La seule chose qui est certaine, c’est qu’un nouveau modèle de sécurité est en train d’émerger dans le monde et que le processus est imparable.

Alex Gorka

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

http://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-envisagent-de-retirer-leurs-forces-dallemagne-une-partie-dun-plus-large-processus

 

 

 

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Le bon sens israélien contre Georges Soros

Soros en destructeur des démocraties occidentales ?

Ce très beau texte de Caroline Glick, publié en août 2016, fut référencé et commenté comme il se doit alors par Dedefensa.org. Il renvoie les maniaques des minorités, les antiracistes et les antisémites à leur niche.

Comme disait un vieux maître (Lalande, l’auteur de mon dico de philosophie préféré), « on doit se défendre quand on est attaqué, car si on ne le fait pas, on favorise une injustice. » Et comme disait Nietzsche dans Par-delà le bien et le mal, les deux peuples qui ont un avenir en Europe sont les juifs et les russes (§251).  Ils ne l’ont que trop montré depuis quand des peuples comme les Français ou les Espagnols s’affaissent lamentablement dans la danse de Saint-Guy du mondialisme liquéfié. Les British ou les Italiens ont au moins essayé… Même les Américains .

Glick commence ainsi :la menace est globale. Je le sens depuis que Soros a pris pied en Espagne avec le gouvernement de Soros-Sanchez-Podemos, qui ne perd pas une minute pour anéantir ce pays.

« OUR WORLD: LA CAMPAGNE DE SOROS DE SOROS DANS LE MONDE

La première chose que nous voyons est la nature mégalomaniaque du projet philanthropique de Soros. Aucun coin du globe n’est affecté par ses efforts. Aucune zone politique n’est laissée intacte. »

Comme une multinationale du crime. La subversion du terme société ouverte empruntée à Henri Bergson (puis seulement à Popper) marquait l’entropie méphitique du K Soros.

Glick ajoute :

« La notion qui sous-tend la légalisation d’une immigration sans entraves est que les États ne devraient pas être en mesure de protéger leur identité nationale. «

Sur la question sexuelle et militaire (la subversion de l’un va avec l’autre, et réciproquement) :

« Ils soutiennent non seulement le droit des femmes à servir dans les unités de combat, mais aussi les efforts pour forcer les soldats à vivre dans des casernes unisexes. En d’autres termes, ils soutiennent les efforts visant à priver les citoyens des démocraties occidentales du droit de maintenir toute distance entre eux et le rejet par Soros de leurs valeurs les plus intimes – leur vie sexuelle et leur identité sexuelle. »

Sur la question de l’immigration illégale (je sais, je sais, on est nazi quand on est contre, et on est nazi quand, juif ou israélien, on s’y oppose) :

« Les groupes de Soros sont sur le terrain permettant aux immigrants illégaux d’entrer aux États-Unis et en Europe. Ils ont cherché à influencer les décisions de la Cour suprême des États-Unis sur l’immigration illégale en provenance du Mexique. Ils ont travaillé avec des musulmans et d’autres groupes pour diaboliser les Américains et les Européens qui s’opposent aux frontières ouvertes. »

Glick souligne qu’Israël est dans le collimateur de Soros :
« En Israël également, Soros s’oppose aux efforts du gouvernement pour mettre fin au flux d’immigration illégale en provenance d’Afrique à travers la frontière avec l’Egypte. »

Se défendre est raciste. Défendre son peuple, son sol, les libertés qui vont avec est raciste.

Retenez bien cette constatation magnifique et implacable :

« S’il est raciste pour les Grecs de protéger leur identité nationale en cherchant à bloquer l’entrée de millions de Syriens sur leur territoire, alors cela est raciste pour la Grèce – ou la France, l’Allemagne, la Hongrie, la Suède, les États-Unis ou la Pologne. »

Caroline Glick termine par un beau rappel des troupes et une constatation non moins implacable :

« Les peuples de l’Occident doivent reconnaître les bases communes de toutes les actions de Soros. Ils doivent aussi réaliser que la seule réponse à ces campagnes préméditées de subversion est que les Occidentaux défendent leurs droits nationaux et leur droit individuel à la sécurité. Ils doivent soutenir les institutions nationales qui garantissent cette sécurité, conformément à la loi, et défendre et défendre leurs valeurs et traditions nationales. »

Car on n’impose ce chaos que par le fascisme.

 

 

Sources

https://www.jpost.com/Opinion/Our-World-Soross-campaign-of-global-chaos-464770

https://nicolasbonnal.wordpress.com/2018/04/15/nietzsche-et-le-conflit-judeo-russe-a-travers-les-siecles/

https://www.les4verites.com/histoire/notes-politiquement-incorrectes-sur-la-superiorite-des-juifs-a-travers-les-siecles

http://www.dedefensa.org/article/le-jerusalem-post-contre-soros-khaos

http://www.dedefensa.org/article/le-bon-sens-israelien-contre-georges-soros

La base militaire américaine en Pologne concerne plus la Chine que la Russie

La base militaire américaine en Pologne concerne plus la Chine que la Russie


La Pologne propose d’accueillir une base militaire américaine permanente sur son territoire.


Par Andrew Korybko – Le 1er juin 2018 – Source Oriental Review

American-And-Polish-FlagsLa Pologne veut remplacer l’Allemagne comme partenaire privilégié des États-Unis en Europe, profitant de la méfiance américaine envers Berlin au sujet du pipeline Nord Stream II et des désaccords commerciaux tout en capitalisant sur le désir du Pentagone de « contenir » la Russie, satisfaisant ainsi plusieurs objectifs stratégiques à la fois. Les dirigeants polonais estiment que l’initiative régionale des « Trois Mers » avec 11 autres pays d’Europe centrale et orientale est idéologiquement compatible avec le populisme anti-libéral de l’administration Trump et représente une autre convergence stratégique avec les États-Unis. Paradoxalement, alors que la Pologne s’efforce de faire progresser sa souveraineté nationale, elle la sacrifie néanmoins en voulant accueillir une base militaire américaine, raison pour laquelle une explication plus approfondie de cette proposition est nécessaire.

La Pologne n’est pas seulement stratégiquement importante pour l’Allemagne, la Russie et les États-Unis, mais elle l’est aussi pour la Chine, en étant le premier partenaire de Pékin dans la collection 16 + 1 des États d’Europe centrale et orientale. La Chine construit un chemin de fer à grande vitesse entre les capitales hongroise et serbe qui devrait se développer plus au sud à travers les Balkans en se connectant au port grec du Pirée, détenu par les Chinois, l’un des plus grands d’Europe. Ce terminal est aussi envisagé pour être un connecteur de ce qu’on peut appeler la Route de la soie des Balkans. Cependant, ce projet pourrait également s’étendre vers le nord à travers la Slovaquie et donc vers la Pologne, le plus grand pays de la région, le cœur de l’« initiative des Trois Mers ». Cela constituerait un développement géopolitique révolutionnaire.

Poland US Troops
Troupes américaines de Pologne

Les États-Unis s’opposeront clairement à l’expansion sans restriction d’un projet d’infrastructure connective transnationale multipolaire de construction chinoise dans l’UE via la « porte dérobée balkanique », mais toute perturbation potentielle de type guerre hybride qu’elle pourrait provoquer dans les Balkans pourrait être évitée si l’Amérique contrôle ce couloir de la Route de la soie avec une base militaire au sein même du nœud polonais, le plus important. Bien que cette idée paraisse à première vue annuler l’utilité stratégique de ce projet, cette base pourrait néanmoins être la seule façon pour les États-Unis de permettre sa construction, ce qui, en cas de succès, permettrait à la Pologne de « trouver un équilibre » entre les États-Unis et la Chine tout en cherchant à miner ses puissants voisins allemand et russe.

Curieusement, les intérêts polonais et américains convergent autour de cette Route de la soie des Balkans parce que ce projet chinois pourrait détourner le commerce ouest-européen de l’Asie orientale et le pont terrestre eurasien transitant par la Russie, et renforcer l’« initiative des Trois Mers » au point de remettre en cause le contrôle allemand de l’UE. Cela pourrait même offrir une certaine décentralisation du bloc vers une collection d’États axée sur leur souveraineté nationale, partant de leur statut actuel, un simple groupe de colonies néo-impériales allemandes. En évaluant les grandes implications stratégiques de l’implantation d’une base américaine en Pologne, cela amène Washington à accepter l’expansion possible de la Route de la soie balkanique construite par la Chine un jour jusqu’à Varsovie. Cela entraînerait clairement de sérieuses pertes à long terme pour l’Allemagne et la Russie, tout en étant une victoire majeure des États-Unis et de la Chine.

Quant à la Pologne, ses bénéfices dépendront entièrement de la mesure dans laquelle le gouvernement pourra maintenir un « équilibre » entre l’influence militaire grandissante des États-Unis et celle future de la Chine via l’économie.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 01 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-base-militaire-americaine-en-pologne-concerne-plus-la-chine-que-la-russie

 

Les États-Unis sont contre le Nord Stream II en raison de l’initiative des «Trois Mers»

Les États-Unis sont contre le Nord Stream II en raison de l’initiative des «Trois Mers»


La géopolitique du Nord Stream II devient de plus en plus complexe.


Par Andrew Korybko – Le 1er juin 2018 – Source Oriental Review

Nord Steam 2Le deuxième gazoduc sous-marin direct entre la Russie et l’Allemagne continue de subir de fortes pressions de la part des États-Unis, qui sont totalement contre sa construction et menacent même de sanctionner ceux qui sont impliqués dans le projet. L’Allemagne est le moteur économique de l’UE et reçoit beaucoup de ressources qui alimentent ses usines de Russie, faisant ainsi de son partenariat énergétique un exemple naturel de coopération gagnant-gagnant et de confirmation des théories économiques fondamentales de l’offre et de la demande. Cela dit, c’est précisément à cause des implications politiques profondes de ce partenariat que les États-Unis s’y opposent si fortement, parce qu’ils craignent que Moscou oriente Berlin vers le monde multipolaire à long terme.


Il serait contreproductif que la Russie utilise les exportations d’énergie comme une arme comme les États-Unis le font en instillant la peur et en trompant l’Europe en lui faisant croire qu’elle est la pierre angulaire de sa politique après les différends gaziers pro-américains de l’Ukraine, au milieu des années 2000. Washington est d’avis que des relations plus étroites et plus dignes de confiance entre ces deux grandes puissances continentales rendraient plus difficile pour l’Amérique de dominer la politique étrangère de l’Allemagne. L’acte d’équilibrage subséquent de Berlin entre l’Est et l’Ouest serait préjudiciable aux conceptions unipolaires des États-Unis, dans leur être même. Il y a donc des allusions provocatrices mais entièrement trompeuses sur le fait qu’il s’agit d’un « nouveau pacte Molotov-Ribbentrop ».

three-seas-initiative-2017

Cette rhétorique est formulée car elle vise principalement à attirer un auditoire polonais qui souffre d’une paranoïa intrinsèque envers ses deux grands voisins pour des raisons historiques bien connues et tente donc d’exploiter la controverse artificielle sur le gazoduc Nord Stream II afin de remplacer l’Allemagne en tant que principal partenaire européen des États-Unis. Les intérêts de l’Amérique sont évidents car ce pays entend continuer à vendre son GNL plus coûteux sur le continent via le terminal de Świnoujście en Pologne et via d’autres réceptacles ailleurs. Les États-Unis veulent également une présence plus affirmée dans la région du projet des Trois Mers, parce qu’elle se situe juste entre l’Allemagne et la Russie.

Le projet Nord Stream II est donc une arme à double tranchant contre les États-Unis, car il réduirait ses activités GNL rentables mais fournirait en même temps un prétexte stratégique pour « légitimer » sa présence en Pologne et dans les pays baltes. Les États-Unis seraient en mesure de creuser un fossé entre la Russie et l’Allemagne à travers cet « Intermarium » dirigé par les Polonais, ce qu’ils voulaient faire depuis un moment, avec ou sans sanctions contre ce deuxième pipeline sous-marin. Cette évolution, déjà en cours mais fortement accélérée par la construction de Nord Stream II, a pour but d’entraver un rapprochement russo-allemand multidimensionnel mais pourrait, à sa manière, inciter les deux grandes puissances à aller encore plus loin.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 01 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-sont-contre-le-nord-stream-ii-en-raison-de-linitiative-des-trois-mers

 

Euronouillerie cherche maître désespérément

Euronouillerie cherche maître désespérément

18 Juin 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Europe, #Economie, #Gaz

Qu’il était rassurant pour les vassaux européens de se laisser diriger pendant des décennies par Washington et ne surtout prendre aucune décision. Oui mais voilà, l’élection du Donald a provoqué un cataclysme et l’Union ectoplasmique a désormais perdu son suzerain qui lui donnait ses ordres. Laissée à elle-même, elle part dans tous les sens et ce n’est pas triste…

En Italie, le putsch bruxellois a donc tourné court et l’alliance «  »populiste » » a formé son gouvernement. Bien sûr, il convient de voir ce que cela va donner sur le long terme mais les premières décisions/mesures/annonces n’ont pas tardé.

Le Premier ministre italien Conte a appuyé l’idée de Trump de réintégrer la Russie dans le G8, ce que Moscou a d’ailleurs gentiment balayé d’un revers de la main : « Au sein du G20, les ultimatums ne marchent pas et vous avez besoin de parvenir à des accords. Je pense que c’est le format le plus prometteur pour l’avenir ». Une gentille claque au club des pays les plus endettés du monde…

A cette occasion, les euronouilles (c’est-à-dire l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les technocrates bruxellois) se sont, dans un grand élan d’unanimité, opposées au retour de la Russie, ce qui est amusant quand on sait que Berlin disait l’inverse il y a seulement deux ans.

Un coup, la russophobie doit cesser, un coup elle est érigée en dogme de politique étrangère. Et quand l’Italie, fidèle a sa ligne, elle, propose de lever les sanctions contre la Russie, les dirigeants du Vieux continent sont cette fois plus ou moins d’accord, car Trump s’y oppose.

Nos petits eurocrates semblent en réalité complètement perdus…

Il est vrai que dans le dernier cas, la soudaine bienveillance européenne sent fortement le gaz. Nous avons vu à plusieurs reprises que Poutine parie sur l’égoïsme allemand afin de faire passer le Nord Stream II et Frau Milka ne demande que ça.

Le gazoduc russe est une évidence économique et les Européens le comprennent bien malgré les efforts du centre impérial que nous décrivions il y a un mois :

Alors que l’Allemagne a débuté les travaux dans ses eaux territoriales, et que la Finlande fait de même après l’approbation par Helsinki du passage du pipe dans sa zone maritime économique exclusive, les Américains font feu de tout bois : menace de sanctions ; pleurnicheries de leur proxy de Kiev qui réalise qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre (le transit par l’Ukraine tombera à terme à une douzaine de Mds de m3 annuels) ; coup de fil de Pompeo, l’ancien chef de la CIA et désormais secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, au gouvernement suédois…

Pour la Suède, c’est râpé : Stockholm vient d’approuver le passage du tube dans sa zone économique exclusive. Ne reste plus que le Danemark, comme nous l’expliquions début avril :

Le placide pays scandinave fait en effet face à un écrasant dilemme, sa « plus importante décision de politique étrangère depuis la Seconde Guerre Mondiale » : permettre ou non le passage du Nord Stream II par ses eaux territoriales.

Le projet doit également recevoir dans les prochains mois les autorisations finales de la Russie (c’est couru d’avance), de la Finlande et de la Suède. Mais concernant ces deux dernières, il s’agit uniquement de leur zone économique exclusive, régie par le droit international de la mer sur lequel les gouvernements suédois (très russophobe) et finlandais (plus équilibré) ont de toute façon peu de prise.

Seul le Danemark est concerné dans sa souveraineté même, et il s’en serait bien passé. Les émissaires américains et bruxellois poussent le gouvernement à empêcher le passage des 139 km du Nord Stream II par ses eaux territoriales tandis que Moscou et Berlin l’encouragent à accepter.

Copenhague peut-elle se mettre à dos son principal partenaire (Allemagne) et la principale puissance militaire européenne (Russie), qui vient d’ailleurs essayer quelques missiles à proximité ? Le système impérial réussira-t-il à manoeuvrer afin de torpiller le pipeline comme ce fut le cas avec le South Stream ?

Le principe de réalité face aux simagrées de l’empire déclinant. Des dirigeants de la trempe d’un De Gaulle auraient immédiatement choisi, mais nos pauvres petites euronouilles vassalisées sont pris dans les méandres de leur faiblesse et de leurs atermoiements.

Un exemple éclairant est celui de la Bulgarie, qui a refusé en 2014 le South Stream sous la pression de McCainistan et qui vient maintenant quémander à Moscou le privilège de recevoir une malheureuse branche du Turk Stream.

Eternel spectacle du laquais mécontent de son sort mais n’osant encore se rebeller ouvertement contre le maître…

Un pays qui semble – restons prudents – en voie d’émancipation est l’Italie, comme nous l’avons entrevu au début. Le nouveau gouvernement italien ne cache pas sa sympathie envers Moscou. En plus de demander la fin des sanctions (en opposition à Washington) et la réintégration de la Russie dans le G8 (en opposition à Bruxelles), Rome a encore annoncé deux décisions prenant de revers le système impérial.

Le parlement ne ratifiera pas le CETA, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada. Soros a dû en avaler son Tokaj de travers… Rappelons que, voulus par l’oligarchie globaliste et négociés dans l’opacité la plus totale, ces accords visent au final à supplanter les Etats par les multinationales, qui auraient le pouvoir de faire annuler juridiquement les décisions des gouvernements.

Autre mauvaise nouvelle pour Soros & Co, l’Italie s’oppose désormais de front à l’immigration et vient de gagner sa première bataille face à Bruxelles. Sur ce sujet, 80% des Italiens sont sur la même longueur d’onde que leur gouvernement, ce qui doit donner quelques sueurs froides aux eurocrates non élus.

Pire, le pays transalpin rejoint dans ce combat un nombre croissant de pays d’Europe centrale et orientale – Pologne, Hongrie, Slovaquie… Nous avions relevé l’ironie de la chose il y a deux ans :

L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber (…)

La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le cache-sexe de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schroeder…)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler… Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l’hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça…

Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, Rome veut maintenant constituer sur cette question un axe avec l’Autriche et le ministre allemand de l’intérieur, en fronde ouverte contre sa chancelière. Sa coalition gouvernementale étant au bord de l’implosion, Frau Milka vit peut-être ses derniers jours à la direction de l’Allemagne, au grand dam du patronat qui salivait d’aise devant la main-d’oeuvre bon marché constituée par les « migrants ».

Le paradigme de ces vingt-cinq dernières années (US = OTAN = ennemi russe = UE = globalisme et libéralisme) est en train d’exploser sous nos yeux. Des pays pro-américains deviennent anti-UE (Pologne), des globalistes deviennent anti-américain et veulent la fin de la politique de sanctions contre la Russie (Merkel). Sans compter des Etats (Italie, Hongrie) qui prennent résolument une autre voie. Inimaginable il y a seulement quelques années…

Le système impérial est sens dessus dessous et l’euronouillerie orpheline, peu habituée à vivre sans maître, est en émoi. Devant tant de malchance, un troll eurocrate, Verhofstadt pour ne pas le nommer, a une explication toute faite : l’Anglais Farage, le Néerlandais Wildeers, la Française Le Pen, le Hongrois Orban, l’Italien Salvini et même le Polonais Kaczynski (LOL) sont tous payés par Poutine !

“L’agent chimique de l’attaque de Salisbury peut être produit par n’importe quel État”, dit le chef de l’OIAC

“L’agent chimique de l’attaque de Salisbury peut être produit par n’importe quel État”, dit le chef de l’OIAC

On s’en doutait, mais ça va mieux en le disant…

Source : Russia Today, 24-04-2018

L’agent chimique de l’attaque de Salisbury peut être produit par n’importe quel État, même les États-Unis, dit le chef de l’OIAC à ceux qui appellent pour faire un canular

Un agent neurotoxique utilisé dans l’attaque sur l’ancien agent double Sergei Skripal et sa fille peut être produit par n’importe quel pays, y compris les États-Unis, a déclaré Ahmet Uzumcu, chef de l’OIAC, à des farceurs russes, qui l’ont appelé en se faisant passer pour le Premier ministre polonais.

Uzumcu est devenu une nouvelle cible pour le célèbre duo Vovan et Lexus (Vladimir Kuznetsov et Alexey Stolyarov), qui a déjà fait des farces à des personnalités internationales telles que l’envoyé américain à l’ONU Nikki Haley, le président turc Recep Tayyip Erdogan et le chef de l’OTAN, Jens Stoltenberg.

Les comédiens ont posté sur YouTube, lundi, ce qu’ils ont dit être leur canular téléphonique avec le Directeur général de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques. Ils se sont présentés en tant que Premier ministre polonais, Mateusz Morawiecki, pour s’adresser au chef de l’organisme international de surveillance des armes chimiques sur les attaques chimiques présumées au Royaume-Uni et en Syrie.

M. Uzumcu a pris le temps de répondre aux préoccupations de l’interlocuteur, qu’il croyait être le chef du gouvernement polonais, car la conversation a duré plus de 22 minutes. Il a dit aux farceurs que le mandat de son organisation ne prévoyait pas d’établir le lieu d’origine de la substance, que le Royaume-Uni prétend avoir été utilisé contre Sergei et Yulia Skripal à Salisbury le 4 mars.

Cependant, le chef de l’OIAC a fait remarquer que “selon nos experts, il peut être produit dans n’importe quel État”. Cela contredit les affirmations britanniques selon lesquelles la Russie peut être le seul coupable du fait que A-234 ou ‘Novitchok’ était un agent neurotoxique conçu par les Soviétiques.

«Selon nos experts, elle [la substance, ndlr] peut être produite dans n’importe quel pays. La Russie affirme que la substance a été produite dans un autre pays. Cela aussi peut être vrai mais les pays qui pourraient élaborer cette substance, pourraient le faire pour créer un antidote de cette substance. Dans ce cas-là, le développement de la substance n’est pas interdit [par l’OIAC ndlr] et il n’est pas obligatoire de nous mettre au courant »,

“Il peut donc être produit dans n’importe quel pays ?” ont précisé les farceurs , et Uzumcu a répondu : “En théorie – oui.” Lorsqu’on lui a demandé si les États-Unis auraient pu être la source du produit chimique de Salisbury, le directeur de l’OIAC a répondu : “Absolument”.

« Absolument, dans tous les pays où il y a des experts en chimie, parce que la substance qui a été utilisée, comme m’ont dit nos experts, est généralement accessible. C’est aussi le problème avec ce produit chimique toxique: le matériel pour la production de cette substance est accessible sans aucun obstacle. Néanmoins, nous avons besoin de spécialistes hautement qualifiés et d’un bon laboratoire »

Selon M. Uzumcu, l’A-234 peut être produit “dans n’importe quel pays où il y aurait une certaine expertise chimique. Le matériel utilisé – comme me l’ont dit nos experts – est accessible. C’est le problème auquel nous sommes confrontés avec ce produit chimique toxique.”

Les farceurs avaient également quelques questions à poser sur le gaz toxique présumé utilisé dans la banlieue de Damas à Douma le 7 avril. Les allégations non vérifiées d’une attaque chimique ont été exploitées par les États-Unis et leurs alliés pour justifier une frappe massive de missiles sur la Syrie, qui a été menée avant que les experts de l’OIAC ne soient en mesure d’arriver sur place pour leur enquête. Damas et Moscou ont nié les accusations, le ministère russe de la défense apportant la preuve que toute l’attaque de Douma a été fabriquée.

Uzumcu a déclaré que la Russie coopère avec les experts de l’OIAC, qui sont arrivés à Damas, disant qu”‘ils semblent disposés à soutenir le déploiement de l’équipe.” Il a également commenté les affirmations selon lesquelles les forces russes en Syrie auraient pu enlever du site les preuves de l’attaque alléguée afin de détourner l’accusation des autorités syriennes. “Il y a de telles spéculations. Nous avons entendu cela de la part de quelques pays et nous ne pouvons pas le vérifier”, a déclaré le chef de l’OIAC.

«Il semble qu’ils [les Russes, ndlr] veuillent nous aider à déployer [la mission de l’OIAC, ndlr] et veuillent assurer notre sécurité. Ils nous en ont informés officiellement. Nous espérons que dans les circonstances actuelles nous pourrons faire notre travail et accomplir la mission», a-t-il conclu.

Source : Russia Today, 24-04-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/lagent-chimique-de-lattaque-de-salisbury-peut-etre-produit-par-nimporte-quel-etat-dit-le-chef-de-loiac/

La Pologne et la Suède construisent un anneau baltique

La Pologne et la Suède construisent un anneau baltique


Par Andrew Korybko – Le 23 mars 2018 – Source Oriental Review

La tendance mondiale à la connectivité se déplace vers l’Europe du Nord et du Centre-Est alors que les deux anciennes grandes puissances de ces régions unissent leurs forces pour approfondir leur intégration mutuelle et construire un nouveau bloc de puissance sur le continent.

La Pologne et la Suède sont deux des plus vieilles grandes puissances d’Europe, bien qu’elles soient toutes les deux loin de leur apogée et qu’elles aient vu leur influence éclipsée par d’anciens concurrents tels que la Russie, l’Allemagne et le Royaume-Uni. La réalité géopolitique de l’après-Brexit et l’adhésion de Trump à la politique de « Diriger dans l’ombre » de son prédécesseur ont ouvert de façon inattendue des possibilités stratégiques sans précédent pour ces deux « has-been ». Elles coopèrent désormais tacitement pour construire un nouveau bloc de puissance en Europe. La Suède, le chef du « Bloc des Vikings » des pays scandinaves et de la Finlande, se joint à la Pologne, un aspirant hégémon pour un « néo-Commonwealth » que Varsovie souhaite un jour gouverner à travers « l’Initiative des trois mers ». Elle le fait en coordonnant la construction de plusieurs corridors d’intégration qui conduiront à l’émergence d’un « anneau baltique ».

Une ligne ferroviaire à grande vitesse baptisée « Rail Baltica » est en cours de construction entre la Pologne et l’Estonie, d’où elle pourrait être étendue sous la Baltique à la Finlande par le « tunnel de Talsinki ». Une fois ce pays accessible au nord, les voies ferrées existantes pourraient être reliées à la Suède via le futur « corridor Bothnien » après quoi les gens et les marchandises pourraient rejoindre l’Allemagne par le réseau ferroviaire suédo-danois-allemand déjà en activité. En outre, la composante allemande est déjà reliée à la Pologne, complétant ainsi l’anneau de la Baltique. Un élément connexe de ce réseau d’intégration en développement est le « tube de la Baltique » planifié par la Pologne qui traversera le Danemark et acheminera le gaz offshore norvégien vers le pays. La carte ci-dessous donne un aperçu rudimentaire de ce à quoi cela pourrait ressembler s’il est jamais terminé et entre pleinement en fonctionnement [À noter qu’il devrait « croiser » les deux North Stream, russo-germaniques, NdT].

Il ne faut pas non plus oublier qu’il existe déjà plusieurs services de ferry entre la Suède et la rive Est et Sud de la mer Baltique, ce qui signifie que le pays scandinave a déjà un accès maritime aux États baltes et à la Pologne. En raison de son poids démographique et économique, l’Allemagne est clairement une partie cruciale de cet Anneau baltique, mais elle n’est pas indispensable dans le sens où les entreprises de connectivité suédo-polonaises peuvent toujours continuer sans elle. En outre, ces initiatives mènent à la création de sphères d’influence en Europe du Nord et du Centre-Est, où Stockholm exerce à nouveau la prédominance sur son ancien royaume impérial dans la partie nord de la mer Baltique, tandis que Varsovie fait de même sur les rivages sud-est.

La Finlande et l’Estonie, qui sont des nations culturellement similaires, peuvent être regroupées en une entité stratégique unique aux fins de cette analyse et pourraient donc représenter une sorte de « zone tampon », mais plutôt « amicale » car la Pologne et la Suède ne sont plus susceptibles d’être des rivales comme par le passé. En fait, alors que le paradigme du Grand Jeu comme au XIXe siècle est véritablement en vigueur aujourd’hui, il n’a pas nécessairement les mêmes contours que son homonyme historique parce que personne ne s’attend à ce qu’une guerre conventionnelle à grande échelle entre les puissances voisines soit un élément déterminant de nos jours. Plutôt, comme dans l’exemple de la Pologne et de la Suède, ces deux empires, rivaux historiquement, ne s’affronteront pas, mais coopéreront dans un espace baltique partagé du fait de la logique de la géopolitique européenne contemporaine et l’esprit gagnant-gagnant de l’intégration des Nouvelles Routes de la Soie.

Personne ne devrait supposer que l’Anneau baltique serait une entité favorable à la Russie. Cependant, puisque la russophobie politique de la Pologne infecte maintenant la Suède et que ces deux grandes puissances rivalisent à cause des sollicitations de leur patron américain unipolaire pour savoir laquelle des deux détestera le plus Moscou, cette situation est clairement désavantageuse pour les intérêts russes car cela implique de voir l’OTAN se rapprocher de ses frontières sous des faux prétextes. Mais cela profite à la Pologne et à la Suède car elles sont en mesure d’obtenir le soutien de Washington dans leur quête collective de se dégager des sphères d’influence en Europe qui se distinguent de l’ensemble de l’UE, contrôlée par les Allemands. Cette tendance à la « décentralisation » s’accorde également avec la tendance mondiale du transfert de pouvoir vers l’Est au XXIe siècle, ce qui est plus visible maintenant que ce qui apparaissait au départ.

L’anneau baltique n’est pas seulement une collection régionale d’États et de réseaux commerciaux en Europe, mais il pourrait un jour fonctionner comme un nouveau nœud des Routes de la Soie dans un ordre mondial multipolaire compte tenu de ses perspectives de connectivité avec la Chine. La voie d’accès logique à la République populaire serait de traverser la Russie via le pont terrestre eurasien mais cela pourrait ne pas être politiquement faisable compte tenu de la géopolitique de la nouvelle guerre froide et de la russophobie hystérique de la Pologne et de la Suède. Néanmoins, des routes maritimes existent le long des axes nord et sud, à savoir le désir de la Finlande de rejoindre la « route de la soie/glace » via le port russe de Mourmansk (moins probable si les tensions russo-européennes provoquées par les États-Unis persistent) ou la proximité norvégienne du port de Kirkenes et la possibilité d’étendre la route de la soie des Balkans du port grec du Pirée le long d’une route vers le nord, pour faire la jonction avec l’anneau baltique de la Pologne.

En outre, le couloir encore plus complexe sur le plan logistique mais actif dans le Caucase représente une autre solution géographique permettant à la Chine de se connecter à l’anneau baltique sans passer par la Russie (la Pologne et la Suède tenteront probablement d’éviter autant qu’elles le peuvent de passer par la Russie sur cette route commerciale). Le segment azerbaïdjanais-géorgien du chemin de fer BTK, récemment dévoilé, permet théoriquement aux pays baltes de commercer avec la Chine via la mer Noire, le Caucase, la mer Caspienne et l’Asie centrale (maritime, continentale, maritime, continentale). Si l’Arménie développe pleinement ses plans de corridor mer Noire–golfe Persique, une liaison CPEC + avec la Chine pourrait également s’établir à travers la mer Noire, le Caucase, l’Iran et le Pakistan, mais il faudra encore attendre quelques années avant que cela ne devienne possible.

Dans une perspective plus large de la Route de la soie, voici comment les potentiels de connectivité de la Baltique avec la Chine apparaissent sur la carte :

Les quatre nœuds géographiques les plus importants sont la Finlande, la Suède, la Pologne et la Roumanie, les pays de l’ex-Yougoslavie étant trop faibles et désorganisés pour fonctionner comme une unité politico-économique unique dont ils auraient besoin pour tirer le meilleur parti possible de cette situation et ils ne représentent rien de plus qu’un espace de transit dans cette construction. Toutefois, sur les quatre États mentionnés, la Pologne est de loin le plus important car sa population (qui se traduit stratégiquement en potentiel de main-d’œuvre et en taille de marché) est presque aussi importante que le total combiné de la Suède, de la Finlande et de la Roumanie. Si l’on exclut la Russie de l’équation, les routes d’accès de la Route de la Soie vers la Pologne traversent la Suède et la Finlande au nord et la Roumanie et l’ex-Yougoslavie au sud. Toutes ont le potentiel de bénéficier d’une connectivité sino-polonaise améliorée via l’anneau baltique et le concept des « Trois Mers » si elles tirent judicieusement parti de leurs positions économiques et stratégiques.

Dans l’ensemble, le schéma évident est que le centre de gravité stratégique de l’Europe se déplace lentement mais sûrement à l’Est de l’Allemagne vers la Pologne et la Suède, avec ces deux grandes puissances « has been » réunies dans un nouveau cadre de coopération afin de construire l’anneau de connectivité de la Baltique avec lequel elles projettent de relier la Chine via les Nouvelles Routes de la Soie. La russophobie politique de ce centre de pouvoir en développement est troublante mais pas surprenante, même si ses conséquences à long terme pourraient être que la connectivité de la route de la soie avec l’Europe via le pont terrestre eurasien pourrait être entravée en conséquence. Malgré cela, la Route de la Soie Arctique/Glace, le Couloir du Caucase (que ce soit à travers la Caspienne ou à travers l’Iran) et la Route de la Soie des Balkans présentent des solutions de contournement Nord et Sud pour maintenir l’accès commercial à la Chine.

Cela signifie que la Pologne est en train de devenir la pièce maîtresse de la géopolitique post-européenne dans toute la partie du bloc à l’Est de l’Allemagne, car c’est l’un des nœuds les plus cruciaux de la vision globale de la Route de la Soie. Les implications stratégiques de cette réalité émergente pourraient avoir une portée considérable en ce qui concerne l’équilibre des forces dans la nouvelle guerre froide. L’« Initiative des trois mers » dirigée par la Pologne et la direction conjointe de Varsovie de cet anneau Baltique avec Stockholm ne sont pas des développements bienvenus pour la Russie car elles sont clairement soutenues par les États-Unis pour renforcer l’influence américaine dans toute la région frontalière de sa rivale. Mais d’un autre côté, cela crée par inadvertance certaines opportunités irrésistibles pour la Chine d’étendre son influence aux régions les plus éloignées du supercontinent eurasien et de travailler sur la propagation silencieuse de la multipolarité là-bas.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, vérifié par WAyan, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-pologne-et-la-suede-construisent-un-anneau-baltique

À Budapest, le V4 réitère son désir d’une autre Europe

À Budapest, le V4 réitère son désir d’une autre Europe

Hongrie, Budapest – Réunis au parlement hongrois à Budapest, les plus hauts représentants parlementaires du groupe de Visegrád, dont la Hongrie assume la présidence jusqu’à fin juin, ont réitéré leur volonté d’une Europe des Nations, sans immigration extérieure, et acté une plus forte coopération entre eux sur de nombreux plans.

Le vendredi 2 mars, László Kövér, président de l’Assemblée nationale hongroise, a reçu ses homologues tchèques, slovaque et polonais. Outre la réunion des présidents d’assemblées et de sénats, plusieurs commissions de parlementaires du V4 ont été formées pour aborder différents thèmes de coopération à renforcer et développer.

Les présidents d’assemblées et de sénats du V4 à Budapest, le 2 mars 2018. Photo : Visegrád Post

La Commission du V4 aux Affaires européennes a réitéré la volonté du V4 et de ses parlementaires majoritaires à vivre au sein d’une Union européenne des Nations, où les parlements nationaux verraient leur rôle renforcé. La question de la subsidiarité a également été abordée, et la Commission du V4 a émis des doutes sérieux sur l’application de celle-ci par la Commission européenne.

Pour les parlementaires du V4, le Brexit est une question posée à l’Europe : « où vas-tu ? ». Mais il représente également un bouleversement important du point de vue centre-européen. Le V4 entend s’y préparer, et appelle à ce que l’Union européenne respecte la sortie du Royaume-Uni sans chercher à le sanctionner, et que l’Union garde d’excellents rapports avec le Royaume-Uni.

Avec le Brexit, 85% du PIB de l’UE proviendra de la zone euro, ce qui accentuera « l’Europe à deux vitesses ».

Pour la Commission aux Affaires étrangères du V4, la réponse aux Brexit est en partie dans l’élargissement de l’Union aux Balkans occidentaux, mais aussi la Moldavie. Considérant que l’Europe centrale est le moteur de cet élargissement, notamment via l’Initiative des Trois Mers, le président de la Commission, Zsolt Németh, a expliqué que le moteur principal de cette dynamique est la Pologne, car « la taille compte ». L’élargissement de l’UE aux Balkans occidentaux est important notamment pour combler le vide dans lequel les États-Unis et la Russie s’engouffrent. Zsolt Németh a rappelé également de ne pas commettre la même erreur que pour la Yougoslavie : il faut respecter les Nations.

En parallèle, la Commission estime que la Coopération Structurée Permanente (CSP) de l’Union européenne a été une grande réussite de l’an passé.

Pour la Commission sociale du V4, le thème principale aura été la question de la démographie. En effet, les pays du V4 ont tous des taux de fécondité inférieurs à 2, autrement dit, leurs populations respectives sont en déclin numérique. Pour répondre à cette situation jugée problématique, le V4 rappelle qu’il s’oppose à la solution de l’immigration. « Nos réponses doivent servir nos nations. Il faut des politiques familiales, pas des politiques d’immigration, » a dit la présidente de la Commission.

La Hongrie, qui avait un taux de fécondité de 1,26 enfant par femme en 2010, est actuellement à 1,5 et vise 2,1 pour 2030. Les trois piliers de la politique familiale hongroise sont également donnés en exemple : avoir des enfants et appauvrissement ne doivent pas être synonymes, l’État doit soutenir les familles matériellement et moralement, et il faut redorer l’image de la parenté. Le V4 reproche à Bruxelles de choisir l’immigration et non la natalité. Et enfin, le V4 s’oppose également à l’idéologie du genre, et porte un profond respect aux enfants et à l’institution du mariage.

La Commission économique du V4 s’est penchée sur la question des fonds de cohésion du budget 2020-2027 de l’UE : pour le V4, il est important de ne pas réduire les fonds de cohésion suite au départ du Royaume-Uni, et d’augmenter les cotisations pour compenser, afin de maintenir les fonds de cohésions qui sont un grand succès, et ont prouvé leur efficacité.

La Commission pour l’agriculture du V4 s’est déclarée en faveur du maintien de la PAC et des paiements directs aux agriculteurs. Cependant, le V4 veut moins de bureaucratie dans la PAC et souligne que la question de l’immigration ne doit pas être incluse dans la PAC. La Commission a également rappelé la volonté du V4 de lutter contre l’Europe à deux vitesses également sur le terrain de la qualité des produits manufacturés.

Enfin, la Commission à la défense du V4 estime que le plus grand défi sécuritaire pour l’Union européenne aujourd’hui est l’arrêt de l’immigration de masse vers l’Europe. Et en cela, a souligné Szilárd Németh, le président de la Commission, le V4 a montré que c’était possible, tout en donnant l’exemple d’une belle solidarité européenne : les pays du V4 ont aidé la Hongrie pour arrêter l’immigration à sa frontière. En 2016, a-t-il rappelé, il y avait encore 124 agents des autres pays du V4 pour sécuriser la frontière. Dès 2017, cela n’était plus nécessaire.

Szilárd Németh a également annoncé qu’un sondage de novembre 2017 montrait que 70% des habitants du V4 pensent que la Commission européenne ne veut pas arrêter l’immigration de masse mais au contraire l’organiser et la soutenir.

Parmi les succès de la collaboration du V4, le président de la Commission à la défense a rappelé le succès du groupe de combat du V4 constitué de 4.000 soldats. Sa conclusion a porté sur la nécessité au niveau du V4 de renforcer la coopération au niveau de l’industrie de l’armement.

L’intervention de Péter Szijjártó (au centre) au sommet du V4 de Budapest, le 2 mars 2018. Photo : Visegrád Post

Le ministre hongrois des Affaires étrangères, sortant d’une rencontre avec le Secrétaire d’État aux Affaires étrangères britannique Boris Johnson, est également intervenu brièvement lors du sommet : le V4 a été plusieurs enterré, et pourtant, le voilà plus fort que jamais ; cela démontre sa longévité.

Le ministre a rappelé que le commerce extérieur de l’Allemagne avec le V4 est de 54% supérieur à celui avec la France et le triple de celui avec l’Italie. Le V4 représente un marché de 66 millions d’habitants, et tous doivent en tenir compte, en particulier du fait de sa croissance dynamique, a rajouté le ministre Péter Szijjártó.

Selon lui, le V4 a eu plusieurs fois raison par le passé. Avec le Brexit, les partisans d’une Europe des Nations seront moins nombreux et c’est une des raisons pour élargir l’UE aux Balkans occidentaux. Pour le chef de la diplomatie hongroise, le rôle du V4 est critique pour cet élargissement, car l’Ouest de l’Union comprend mal l’intérêt d’un tel élargissement qui est vu comme un poids, alors qu’il s’agit selon le ministre hongrois de la meilleure réponse aux défis qui se posent à nous.

Un des objectifs du V4 est également d’améliorer les infrastructures nord-sud. M. Szijjártó a donné l’exemple de la route Budapest-Varsovie qui nécessite 12 heures de trajet, et a ajouté que l’absence d’autoroute ou de connexion de gazoducs et de réseaux électriques est également un problème. Le ministre hongrois a déclaré qu’une des premières étapes pour répondre à cette problématique était la mise en place d’une ligne à grande vitesse entre Varsovie, Brno, Bratislava et Budapest.

Enfin, le ministre hongrois des Affaires étrangères a souligné l’importance du christianisme et des traditions chrétiennes pour l’Europe, ainsi que le rôle du V4 pour la défense de cet héritage.

À l’issue du sommet, le Maréchal de la Diète (président de l’assemblée nationale polonaise) Marek Kuchciński et le Maréchal du Sénat de Pologne Stanisław Karczewski ont reçu du Président de la République hongroise la Grande-Croix de l’Ordre du Mérite de Hongrie, dans une cérémonie à laquelle a participé le Premier ministre hongrois Viktor Orbán.

De gauche à droite : László Kövér, Marek Kuchciński, János Áder, Stanisław Karczewski, Viktor Orbán. Photo : Visegrád Post
https://visegradpost.com/fr/2018/03/05/a-budapest-le-v4-reitere-son-desir-dune-autre-europe/

L’armée polonaise sous protectorat germano-US

L’armée polonaise sous protectorat germano-US

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L’armée allemande installe à Rostock le quartier général de l’Otan chargé de coordonner une éventuelle guerre navale contre la Russie (photo), ainsi que le quartier général joint des flottes allemande et polonaise.

La Pologne, qui dispose d’une côte sur la mer Baltique, a confié la gestion de sa marine à l’Allemagne.

L’Allemand ThyssenKrupp Marine Systems devrait vendre trois nouveaux sous-marins à la Pologne pour une valeur d’environ 2,4 milliards d’euros. Cependant les règles européennes d’appel d’offres contraignent Varsovie à prendre en considération les propositions française (Naval Group, ex-DCNS) et suédoise (Kockums, filiale de Saab).

En 2002, grâce aux conseils de l’avocate Christine Lagarde du cabinet Baker & McKenzie, la Pologne avait rompu des négociations avec Airbus et Dassault pour lui préférer Boeing et Lockheed-Martin. Les fonds européens octroyés pour hausser l’agriculture polonaise au niveau de l’Union européenne avaient été utilisés pour des achats d’aéronefs et pour payer le contingent polonais de l’opération US contre l’Irak.

Fin 2016, l’armée polonaise avait soudainement rompu des négociations avec Airbus hélicoptères pour l’achat de 50 Caracals. Elle avait alors privilégié l’États-unien Boeing. Considérant l’appel d’offres truqué, Airbus avait porté l’affaire devant l’Institut d’arbitrage de la Chambre de Commerce de Stockholm.

http://www.voltairenet.org/article199977.html

http://www.voltairenet.org/article199977.html