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L’Italie courtise la Chine est un coup de maître du chaos

L’Italie courtise la Chine est un coup de maître du chaos

La visite du Premier ministre chinois Xi Jinping en Italie la semaine prochaine rendra presque tout le monde nerveux. La récente déclaration du chef du Mouvement des cinq étoiles, Luigi Di Maio, sur le fait que son pays est prêt à signer un mémorandum d’accord avec la Chine dans le cadre de la ambitieuse initiative de ceintures et de routes de la Chine, a déclenché une série de réactions de Donald Trump à Angela Merkel Le partenaire de la coalition de Maio, le chef de Lega, Matteo Salvini.

Mais, ne laissez pas le wrapper vous tromper à ce sujet. L’annonce de Di Maio Je ne pense pas que ce soit un aveugle, comme le suggère cet article de Reuters, autant que Merkel et Trump.

Bien que Geraci soit membre de la Ligue, le groupe a semblé aveugle lorsque la nouvelle d’un accord imminent a été annoncée la semaine dernière, le chef du parti Matteo Salvini mettant en garde contre la « colonisation » de l’Italie par la Chine. 
« Nous sommes en train de l’examiner », a déclaré jeudi Salvini, qui est vice-Premier ministre adjoint à Di Maio. « Avant de permettre à quelqu’un d’investir dans les ports de Trieste ou de Gênes, j’y penserais pas une fois, mais cent fois. »

En réalité, cette annonce est une initiative intelligente de Di Maio. Cela met Salvini un peu sur la défensive qui a récemment donné le ton à la coalition. Salvini a besoin de Trump de son bon côté pour l’aider à affronter Merkel et l’Union européenne.

Comme je l’ai mentionné dans un article récent, Merkel tente de jouer dur avec Trump sur les questions d’énergie en défendant le pipeline Nordstream 2 de l’agression américaine, afin de changer l’état de la géopolitique au sein du conseil d’administration.

Il est clair pour moi maintenant que les priorités de Merkel pour ce qui reste de son mandat sont les suivantes: 
1. Tracer une voie indépendante pour la politique étrangère de l’UE depuis les États-Unis par la création d’une armée de l’UE, évitant ainsi le besoin de l’OTAN et … 
2. Mettre fin à l’occupation américaine de l’Allemagne. 
3. Assurer l’avenir énergétique de l’Allemagne, qui assure également son avenir politique en tant que dirigeant de l’Union européenne, en assemblant le continent avec les artères énergétiques russes – Nordstream 2, Turkstream. 
4. Gérer l’abandon de l’OTAN en tant que force de contrôle dans les relations entre l’Europe et la Russie, qui ne sert pas les objectifs à long terme de l’Europe.

Ceci alors que Trump et Xi sont profondément enracinés dans un accord commercial dont le monde entier est préoccupé par le résultat. Astuce: Trump va se coucher.

L’ UE vient de différer ses discussions avec les États-Unis sur le même sujet , sans donner d’avis sur l’opportunité de rouvrir les négociations commerciales avec les États-Unis.

Lors d’un vote confus, le Parlement européen a adopté à une faible majorité une série d’amendements contre le début des négociations, mais a ensuite rejeté sa propre résolution sur le sujet, ce qui signifie qu’il n’a en réalité pas été pris en compte. 
La résolution n’aurait pas été contraignante, mais le Parlement devra approuver tout accord conclu et les gouvernements de l’UE ont déclaré qu’ils souhaitaient connaître le point de vue des législateurs avant de prendre une décision.

Parce que tout ce qui concerne l’UE est parfaitement clair un jour normal, n’est-ce pas?

Aujourd’hui, Di Maio entre et participe à une réunion importante avec Xi, à la recherche de milliards d’investissements chinois pour relancer les perspectives économiques de l’Italie.

Trump est déjà apoplectique par rapport à Nordstream 2 et menace de sanctionner certaines des plus grandes entreprises du monde pour leur participation au projet. Mais, ce navire a principalement navigué. Le pipeline est achevé à plus de 70%.

Tout ce que les États-Unis peuvent faire maintenant, c’est que le Parlement européen arrête le gazoduc qui achemine du gaz, gaspillant 11 milliards d’euros pour la construction de ce projet. Comme avec le Brexit ou la Crimée, il arrive un moment où les opposants à quelque chose dans le monde qu’ils n’aiment pas doivent être acceptés de facto.

Malheureusement, les aliénés qui pensent diriger le monde n’abandonneront pas tant qu’il y aura des avocats à déployer pour compliquer les choses.

C’est pourquoi j’aime le déménagement de Di Maio ici. Trump est engagé dans une guerre commerciale avec la Chine tout en se plaignant amèrement de l’Europe faisant des affaires avec la Russie. Il les menace même avec un projet de loi pour le logement de nos troupes que nous ne voulons pas supprimer.

Selon Di Maio, l’Italie conviendrait parfaitement au projet routier et routier de la Chine, que les États-Unis minent activement dans toute l’Asie et le Moyen-Orient.

En même temps, il fait un pied de nez à Merkel qui ne veut pas que l’Italie se sente investie d’un pouvoir à quelque niveau que ce soit alors qu’elle entre dans la saison des élections parlementaires européennes. Les eurosceptiques pourraient prendre jusqu’à un tiers des sièges, même sans un contingent britannique pris en otages.

De plus, Merkel tente toujours de parler avec les États-Unis des deux côtés de sa bouche:

Restez ferme sur Nordstream 2, essayez de sauver le JCPOA, d’une part, mais soutenez l’opération imbécile de changement de régime américain au Venezuela pour apaiser Trump.

C’est une déclaration d’indépendance forte de la part de l’Italie, qui rejoint la Hongrie, la Pologne, la Grèce et le Portugal, qui ont tous signé un protocole d’accord avec la Chine. Et ce n’est pas comme si la Hongrie et la Pologne figuraient en bonne place sur la liste des cartes de Noël de Merkel. Tous deux traitent de procédures au titre de l’article 7 pour les priver de leurs droits de vote de l’Union

Sous tous les angles, il jette un voile sur la scène internationale tout en faisant de la bonne politique sur le plan intérieur. Si Xi quitte Rome sans passer par un accord, cela ne signifie pas nécessairement que l’Italie cède aux pressions extérieures de Trump ou de Merkel, cela pourrait au moins indiquer que Xi a simplement demandé plus que ce que l’Italie était disposée à donner à ce stade.

Et les deux parties ont réalisé qu’elles étaient utilisées par l’autre comme moyen de pression auprès des personnes absentes. Quoi qu’il en soit, le fait que Xi vienne à Rome et rencontre ces étrangers de l’UE soit une excellente déclaration de ce que la Chine sait que le jeu impérial Merkel and the Gang à Bruxelles joue à long terme.


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Netanyahou aux Arabes : « Faites avancer l’intérêt commun de la guerre avec l’Iran »

Netanyahou aux Arabes :
« Faites avancer l’intérêt commun de la guerre avec l’Iran »


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 13 février 2019

Les États-Unis avaient appelé à une réunion anti-iranienne de haut niveau en Pologne. Le but de la réunion était de mettre leurs alliés et leurs caniches en conformité avec l’ordre du jour américain sur l’Iran, pour au moins les inciter à adopter des sanctions plus sévères. Mais les Européens ont rejeté la proposition.

Le département d’État a ensuite modifié l’ordre du jour :

« L’idée était d’organiser une conférence, une réunion ministérielle et de briser notre isolement diplomatique sur l’Iran », a déclaré une personne familiarisée avec la planification de cet événement. « Cela a commencé comme une conférence déguisée sur l'Iran, mais a probablement dû assumer un contenu plus vaste et plus actuel sur le Moyen-Orient. »

La personne a ajouté : « Ils ont modifié certains points de l'agenda et ont été contraints de se contenter de débats sur la Syrie et le Yémen en particulier. »

La réunion a eu lieu aujourd’hui, mais les puissances européennes ne sont pas tombées dans le piège. Elles veulent conserver l’accord nucléaire avec l’Iran :

Même la Pologne a déclaré mardi qu'elle n'était pas d'accord avec l'approche américaine vis-à-vis de l'Iran. Le ministre des Affaires étrangères, Jacek Czaputowicz, a déclaré à la presse que l'accord sur le nucléaire était précieux et a exprimé l'espoir que la conférence pourrait aider les participants à trouver un terrain d'entente.

Bien que la délégation américaine comprenne le vice-président Mike Pence, le secrétaire d’État Mike Pompeo et le conseiller principal de la Maison Blanche Jared Kushner, d’autres acteurs importants ont refusé de participer ou ont envoyé des délégations de niveau inférieur. Federica Mogherini, responsable de la politique étrangère de l'UE, a déclaré qu'elle avait d'autres engagements.

L’Allemagne et la France n’ont envoyé que du personnel de niveau inférieur. Le ministre britannique des Affaires étrangères ne participera qu’à une séance parallèle sur le Yémen.

Le département d’État s’est donné du mal pour brouiller l’objectif réel de la conférence. Son communiqué de presse dit aujourd’hui :

L'ordre du jour est vaste et comprendra une discussion sur les efforts déployés par l'administration US pour promouvoir une paix globale et durable entre Israël et les Palestiniens, ainsi qu'une discussion sur la manière de faire face aux crises humanitaires régionales en cours. Le Secrétaire US fera le point sur la situation en Syrie et discutera des autres priorités des États-Unis dans la région, notamment des préoccupations concernant les activités destructrices de l’Iran.

Des séances plus restreintes permettront aux ministres de se concentrer sur des domaines de préoccupation spécifiques tels que le développement et la prolifération des missiles, la cybersécurité et les menaces émergentes, ainsi que le terrorisme et les financements illicites.

Cet effort du Département d’État visant à dissimuler quelque peu le véritable agenda a été saboté lorsque le Premier ministre israélien est arrivé et a précisé le sens de la réunion :

« Je vais à une réunion avec soixante ministres des Affaires étrangères, et des envoyés des pays du monde entier contre l'Iran. Ce qui est important dans cette réunion - et cette réunion n’est pas secrète, car il y en a beaucoup de semblables - c’est qu’il s’agit d’une réunion ouverte avec les représentants des principaux pays arabes, réunis en Israël pour promouvoir l’intérêt commun d'une guerre avec l'Iran ».

[Mise à jour 15h40]

La déclaration a maintenant été changée en « combattre l’Iran ». Mais ce n’est pas ce que Netanyahou a déclaré à Varsovie et il existe une vidéo pour le prouver. Il y avait aussi des témoins :

Aron Heller @aronhellerap 18:44 utc - 13 fév 2019

Est-ce que @netanyahu a vraiment dit « guerre » avec l'Iran ? J'étais là et le mot était « milchama » = guerre.

[Fin de mise à jour]

Pourquoi Netanyahou fait-il cela ?

Aucun autre pays, à l’exception peut-être des États-Unis, n’a intérêt à faire la guerre à l’Iran. Certainement pas les pays arabes proches du golfe Persique. En cas de guerre, ils sont tous extrêmement vulnérables aux représailles iraniennes. Leurs installations pétrolières et gazières seraient sérieusement en danger. Les usines de dessalement qui fournissent leur eau potable sont facilement accessibles aux missiles iraniens.

En affirmant que la conférence avait pour objet de faire la guerre à l’Iran, Netanyahou n’embarrasse pas seulement le département d’État et le secrétaire américain Mike Pompeo. Il rend également extrêmement difficile pour les autres participants de justifier leur présence. Les Arabes seront particulièrement furieux d’être présentés dans une alliance aussi ouverte avec Israël et son hostilité à l’Iran. Il est bon de faire des arrangements avec Israël en douce. Mais être publiquement associé à un Israël belliciste est difficile à vendre à leur peuple. Il ne serait pas surprenant de voir certains d’entre eux partir.

L’ensemble de la conférence était une initiative propre à l’administration Trump. Au lieu de montrer l’unité avec ses alliés, elle n’a fait maintenant que montrer la profondeur de leur désaccord. La déclaration de Netanyahou pourrait l’aider à gagner des voix lors des prochaines élections en Israël. Mais l’alliance espérée avec les Arabes du Golfe est plus éloignée qu’elle ne l’a jamais été.

Moon of Alabama

Traduit par jj, relu par wayan pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/netanyahou-aux-arabes-faites-avancer-linteret-commun-de-la-guerre-avec-liran

 

COP24 : la négociation finale s’annonce difficile et décevante

COP24 : la négociation finale s’annonce difficile et décevante

14 décembre 2018 / Dorothée Moisan et Sadak Souici (Reporterre)

Au 11e et avant-dernier jour de la 24e conférence climatique des Nations unies, la négociation se tend à mesure que l’horloge tourne. L’esprit de l’accord de Paris est bien retombé, et il s’agit en fait de limiter la casse. Quant aux ministres français, ils sont tout simplement… absents.

Tous les jours, notre envoyée spéciale vous raconte les coulisses, les anecdotes et les coups de théâtre de la COP24, qui se déroule en Pologne, du 2 au 14 décembre. L’intégralité du journal est à retrouver ici.


  • Katowice (Pologne), envoyée spéciale

« Merci de noter qu’une fois la COP24 officiellement terminée, tous les membres des médias devront quitter les lieux dans les trois heures » : message reçu ce matin dans ma boîte à courriels, la fin de la COP approche… Nous sommes désormais au 11e jour des négociations ici à Katowice et après les échauffements de la première semaine, le moteur onusien tourne à plein régime. Objectif : réussir d’ici vendredi soir à décrocher non seulement un accord, mais surtout un accord ambitieux.

Même si certains États, notamment les États-Unis, continuent à bloquer les négociations, la plupart des observateurs ne doutent pas qu’un accord sera trouvé. « Deux-trois jours avant la fin, c’est toujours comme ça, c’est le mélodrame, on a l’impression que ça va planter. Et puis, ça finit toujours par aboutir », me dit un diplomate européen, grand habitué des COP. La question est plutôt de savoir quand – la COP24 se termine officiellement vendredi soir mais, vu le retard accumulé, il est d’ores et déjà quasi certain qu’elle se prolongera samedi –- et comment. L’idéal serait que trois volets aboutissent :

  • primo la publication d’une notice claire et ambitieuse de l’Accord de Paris, le fameux rulebook, qui permette d’appliquer l’accord climatique avec efficacité à travers le monde ;
  • secundo l’engagement des États à relever d’ici 2020 leurs objectifs de réductions des émissions de gaz à effet de serre (les Nationally determined contributions, NDC) ;
  • et tertio la promesse par les pays développés de nouveaux financements pour aider les pays en voie de développement, plus vulnérables au changement climatique.

Jeudi 13 décembre, les appels se sont multipliés pour convaincre les États les plus riches de relever leur ambition sur ces trois volets. Jennifer Morgan, de Greenpeace, a rappelé les dirigeants à leurs responsabilités. « Les gens, les a-t-elle prévenu, n’attendent plus un consensus mondial, ils poursuivent leurs gouvernements, ils poursuivent les grands compagnies pétrolières, ils bloquent des routes et des ponts, ils organisent des grèves à l’école, et ce n’est que le début. Plutôt que de vides promesses, nous avons besoin que les États réhaussent leur ambition ». La jeune Suédoise Greta Thunberg, qui depuis le début de la COP se dépense sans compter pour médiatiser la cause climatique, s’est quant à elle chargée de convaincre les plus jeunes : dans un message posté sur les réseaux sociaux, elle a appelé enfants et ados à faire vendredi, comme elle-même depuis plusieurs mois, la grève de l’école et à se rassembler devant leur « Parlement ou [leur] gouvernement local » pour faire pression.

La jeune Suédoise Greta Thunberg.

De leur côté, les 48 pays les plus vulnérables regroupés au sein du Climate Vulnerable Forum (CVF) -– dont certains sont menacés de disparaître sous les mers –- ont appelé leurs homologues à sauver la COP d’« une issue médiocre ». « Nous ne sommes pas prêts à mourir. Nous n’avons pas l’intention de devenir la première victime du changement climatique », a dit l’ancien président des Maldives, Mohamed Nasheed.

Depuis dix ans qu’il assiste aux conférences internationales sur le climat, « rien ne semble avoir changé », regrette-t-il. « On utilise toujours le même langage, un langage de dinosaure. […] Le problème, c’est qu’on continue à demander aux gros pollueurs de cesser de polluer mais sur des fondements éthiques, et ils ne nous écoutent pas. » Pour cesser ce dialogue de sourds, il propose de changer radicalement d’approche : « Plutôt que de leur demander des réductions, peut-être devrions-nous leur demander des hausses », autrement dit d’augmenter leurs investissements dans les énergies propres. « Alors ils cesseront d’utiliser des énergies fossiles. […] Demandons des choses positives plus que des choses négatives, les investissements augmenteront et les émissions diminueront. »

Le pavillon de la Russie.

Le Maldivien a ensuite brocardé les « quatre pays qui nous prennent en otage », sous-entendu les États-Unis, la Russie, le Koweït et l’Arabie Saoudite, qui s’opposent à ce que la COP24, dans sa décision finale, « salue » (welcome) le rapport du Giec sur les 1,5 °C, préférant qu’elle en « prenne note » (note), une expression insuffisante aux yeux des pays insulaires et de l’Union européenne. Le royaume saoudien va jusqu’à contester les conclusions scientifiques du rapport : « Il vous montre uniquement les opportunités » qu’il y a à lutter contre le changement climatique mais « il ne vous en montre pas le coût », dénonce dans une interview au site Carbon Brief le délégué saoudien à la COP.

Le rapport du Giec toujours contesté par l’Arabie saoudite, les États-Unis et la Russie

Cette question de vocabulaire peut sembler cosmétique, mais elle revêt une grande importance car elle créera un précédent : quel avenir pour la lutte climatique si les États ne reconnaissent pas que la science est fondamentale et doit guider leur action ?

En fait, il n’y a pas vraiment 4 pays bloqueurs et 192 pays qui marcheraient tous main dans la main vers un accord idéal comme le laisse entendre Mohamed Nasheed. C’est le cas pour qualifier le rapport du Giec, mais pas sur la question du rulebook ou sur celle des financements.

De nombreux pays comme l’Inde, l’Afrique du Sud ou des pays en voie de développement craignent que les pays riches, en tête desquels les États-Unis et l’Australie, ne rabotent les financements : en volume, mais aussi en qualité. Certains s’inquiètent ainsi de la tendance croissante des pays développés à se défausser sur les investisseurs privés. Une question cruciale reste celle des pertes et préjudices (loss and damage) que les pays en voie de développement veulent absolument voir apparaître dans le rulebook, pour s’assurer qu’à l’avenir, les pertes irréversibles causées chez eux par des événements extrêmes seront prises en compte en tant que telles, et non pas incluses dans d’autres fonds, dédiés à l’adaptation au changement climatique.

Les économies émergentes (Brésil, Inde, Chine et Afrique du Sud) insistent quant à elles sur la flexibilité. Depuis les premières négociations climatiques en 1992, un principe important est celui des responsabilités communes mais différenciées (CBDR en anglais). En gros, cela signifie que les États sont tous responsables du réchauffement climatique, mais que leurs efforts doivent être modulés en fonction de leur responsabilité historique – les pays les plus anciennement industrialisés doivent faire plus – et des moyens dont ils disposent. Une fois que les États auront fixé leurs NDC, ils devront ensuite régulièrement évaluer leurs avancées. Ce que réclament les pays du Sud, c’est une flexibilité dans ces évaluations car ils jugent qu’ils n’auront pas les moyens financiers et techniques pour bien les faire. Mais un coup de théâtre survenu jeudi soir pourrait changer la donne : la Chine a annoncé qu’elle renonçait à cette exigence et acceptait d’obéir aux mêmes règles que les pays développés sur ce point.

Aucun ministre français dans le round final !

Une Coalition pour une haute ambition a été lancée mercredi par quelque 70 États, dont 11 Européens parmi lesquels la France et l’Allemagne. Elle ne réunit qu’un tiers des pays signataires de l’accord de Paris, alors que la coalition similaire lancée en 2015 comptait 118 nations, dont les 28 pays de l’UE.

L’Europe est très en retrait. Et la France brille par son absence ! Ni le ministre de la Transition écologique François de Rugy, ni la secrétaire d’État Brune Poirson — partie précipitamment mardi soir en raison de la crise des Gilets jaunes –- ne sont présents à Katowice ? Sans doute une première dans toute l’histoire des COP.

Jeudi soir, la présidence polonaise — critiquée par de nombreux observateurs pour son « inertie » et son échec à créer une dynamique ministérielle -– a enfin fini par publier un nouveau texte. Peu avant minuit, des experts commençaient à le décrypter, tout en se frottant les yeux, déjà gonflés de fatigue. Si certains points leur semblaient positifs, d’autres au contraire suscitaient leur inquiétude, comme la question des pertes et préjudices -– dont le traitement allait selon eux « décevoir les petites îles et les pays en voie de développement » — ou l’article 6, bourré de crochets, sur l’utilisation des marchés carbone et autres moyens de coopération. C’est sur cette base que les ministres devaient commencer vendredi à livrer bataille.


La France de Macron pourrait se positionner comme rivale de la Pologne

La France de Macron pourrait se positionner comme rivale de la Pologne


Par Andrew Korybko – Le 9 novembre 2018 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoMacron, le président français, a dénoncé la soi-disant « lèpre nationaliste », qui selon lui balaie le continent.

Il a relié les événements contemporains à l’Europe de 1920, insinuant de manière évidente que la vague euro-réaliste qui s’est répandue dernièrement au travers de l’Union Européenne pourrait amener à une résurgence du nazisme. Mais il ne s’est pas arrêté là, tenant des propos alarmistes sur les USA, la Russie, la Chine, et même les intentions du monde de la finance, qu’il a décrits comme « régentés par des puissances étrangères ». Pour être franc, certains de ses propos sonnent vrais, tels les intérêts de plus en plus marqués qu’ont à présent les grandes puissances envers l’Union Européenne pour diverses raisons, ou comme le rôle croissant que les politiques populistes vont prendre dans le bloc. Mais ses conclusions visent surtout à faire peur aux populations européennes, afin qu’elles acceptent les solutions qu’il énonce comme seules en mesure d’éviter le scénario dramatique d’une troisième guerre mondiale.

L’incertitude a marqué le terrain politique en Allemagne au cours de l’année écoulée, surtout depuis l’annonce de Merkel, qui compte se retirer de la vie politique à la fin de son mandat en 2021. Cette incertitude a créé l’espace propice pour que la France devienne le dirigeant du bloc euro-libéral, et c’est de là que vient la haine de Macron pour la tendance euro-réaliste, qu’il a décriée comme « lèpre nationaliste ». Voilà de quoi bloquer toute possibilité pour la France de s’allier avec la Pologne et l’Initiative des Trois Mers dirigée par Varsovie et axée contre l’Allemagne. Une telle alliance aurait présenté un front uni amenant à séparer le bloc en deux « sphères d’influence » une à l’Ouest et l’autre côté Est : Macron préfère jouer sur le terrain de l’UE entière, plutôt que s’en tenir aux centres d’intérêts naturels de la France, centrés sur l’ouest et le sud du continent. Il ne fait aucun doute que la la ligne de fracture entre l’Est et l’Ouest ne va faire que s’élargir avec le temps.

On peut en dire autant du projet, ressorti des placards par le même Macron, d’« Armée européenne » : ce projet va sans doute créer des craintes parmi les membres orientaux les plus récents de l’UE, de voir les pays de l’Ouest, France en tête, se lancer dans la mise en œuvre d’une « Europe à deux vitesses », qui les relégueraient dans un statut de seconde classe, peut-être comme une punition pour leur euro-réalisme. La réaction qu’il faut en attendre est de voir les états européens centraux et de l’Est, Pologne en tête, réaffirmer leur appartenance à l’OTAN, au plus grand plaisir des USA, qui positionne son équilibrage militaire de plus en plus à l’est du bloc européen. La tendance, déjà entamée, de décaler l’importance stratégique d’Ouest en Est, ne va s’en trouver que confirmée. Cela positionne également, de manière intéressante, la France et la Pologne comme rivales sur le terrain géopolitique.

La Pologne ne dispose d’aucun levier sur les affaires européennes à l’ouest, mais la France peut exercer une influence sur l’Europe centrale et de l’Est, en usant de son statut plus influent dans l’UE : toute compétition entre les deux états est donc biaisée dès le départ. Mais cela étant dit, il est difficile d’éviter l’optique de voir un pouvoir euro-réaliste se positionner en défi de la dominance euro-libérale sur le continent, dans pratiquement tous les domaines. Les chances ne sont pas en faveur de la Pologne dans une compétition idéologique contre l’Allemagne, et à présent la France, mais le récent pivot euro-réaliste italien pourrait changer la donne, si Varsovie ralliait Rome à son camp : un agenda de réformes à l’échelle du bloc, partagé entre ces pays, aurait de meilleures chances de succès.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 9 novembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-france-de-macron-pourrait-se-positionner-comme-rivale-de-la-pologne

 

Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

Le camp occidental à l’épreuve de l’arme économique : les leçons du CoCom

À peine la République fédérale d’Allemagne a-t-elle officialisé la construction du controversé gazoduc Nord Stream 2 le 16 mai 2018, que la Pologne et les États-Unis d’Amérique ont sans surprise fait part de leur opposition à ce projet. Ce gazoduc devant s’étendre sous la mer Baltique sur 1200 kilomètres pour relier la Russie à l’Allemagne, devrait assurer à cette dernière un approvisionnement de 55 milliards de m³ d’hydrocarbures russes par an tout en évitant à la Russie d’avoir à payer des frais de transit à l’Ukraine et la Pologne. Les autorités allemandes donnèrent le feu vert au projet en mars 2018, suivies par la Finlande en avril, les travaux débutèrent dès le mois de mai dans la ville de Lubmin.

Les représentants polonais et américains ont réagi avec une hostilité prévisible face à ce projet qu’ils avaient maintes fois dénoncé comme étant une « menace pour la stabilité européenne ». Ainsi, la rencontre entre le Ministre des Affaires Étrangères polonais, Jacez Czatupowitc et le secrétaire d’État américain Mike Pompeo le 21 mai 2018 fut l’occasion pour la Pologne d’aborder le sujet et notamment de s’assurer d’une éventuelle pression américaine sur les compagnies européennes impliquées dans la construction du gazoduc1 après que le représentant américain en Ukraine, Kurt Volker, ait fait part de l’intention des États-Unis de recourir à ces méthodes.

Dans un contexte de tensions croissantes avec la Russie placée sous sanctions et face à un éventuel recours à des moyens de rétorsion économique de la part des Américains, il convient de s’interroger sur les performances de « l’arme économique » à la lumière d’expériences antérieures. Ainsi cet article sera consacré à un sujet méconnu de la Guerre Froide à savoir le Coordinating Commitee for Multilateral Export Controls (CoCom), Cette organisation, fondée en 1949 et rattachée à une annexe de l’Ambassade des États-Unis à Paris, fut le fruit de débats houleux entre puissances occidentales pour contrôler les transferts technologiques vers le bloc socialiste qui en était dépendant.

Cette politique de « containment économique » et son instrument principal, le CoCom, furent maintenus à divers degrés tout au long de la Guerre Froide jusqu’à l’Arrangement de Wassenaar en 1994, et auront fortement impliqué les États-Unis et leurs alliés de l’OTAN, non sans controverses constantes; l’enjeu portant sur une question délicate et lourde de conséquences : les États-Unis et leurs alliés pouvaient-ils se permettre de commercer avec l’Union soviétique ?

Si la question n’a jamais pu faire l’unanimité entre les parties concernées aux États-Unis, elle le put encore moins entre les membres du CoCom.

Stratégie visant à tempérer les Soviétiques pour les uns, ou risque de leur « vendre la corde » pour d’autres, chaque pays du CoCom va progressivement mettre en œuvre sa propre conception de ce commerce selon ses perceptions de sécurité nationale durant la Guerre Froide.

La présente analyse portera sur ces deux extrêmes entre lesquels le CoCom se retrouva tiraillé durant les années 80 dans un contexte de « guerre fraîche » marqué par la volonté américaine de reprendre la lutte anticommuniste sous l’impulsion du président Ronald Reagan.

 

Présentation de la Nouvelle Politique Economique de Lénine, Affiche d'époque

 

I/ Le commerce Est-Ouest, entre ouverture et confrontation

La lutte idéologique entre le camp occidental et le bloc de l’Est durant la Guerre Froide n’a pas consacré une rupture des relations commerciales. Le rapport de force était à première vue en faveur des Occidentaux. En effet, n’en déplaise aux tenants du mythe des miracles de l’économie socialiste, la Russie soviétique a toujours affiché une dépendance prononcée vis-à-vis des technologies occidentales qui furent indispensables à son développement comme l’ont démontrée plusieurs études, les plus notables étant celles du professeur Antony Sutton2.

À titre d’exemple, dans les années 20, la NEP3 a permis l’ouverture de 350 concessions en Union soviétique encourageant l’implantation d’entreprises occidentales dont le capital technologique fut le principal, si ce n’est l’unique facteur de redressement économique de ce pays ravagé par la guerre civile. Les concessions furent ensuite supprimées par Staline pour recourir aux « accords d’assistance technique » accordant à certaines compagnies occidentales la possibilité d’apporter leur savoir-faire pour aider à la réalisation des grands projets industriels en Union soviétique. La période de la Détente, marquée par un apaisement des tensions et un relâchement des contrôles, fut l’occasion pour les Soviétiques d’acquérir une multitude de technologies occidentales au profit de leur potentiel économique…ainsi que militaire.

Comme l’avait jadis si bien résumé le professeur Carroll Quigley : « Des sociétés telles que la Russie soviétique, qui ont, par manque de tradition scientifique, démontré une faible créativité technologique, peuvent néanmoins constituer une menace pour la civilisation occidentale par l’usage, à immense échelle, d’une technologie presque entièrement importée de cette même civilisation occidentale »4.

Un bref descriptif de secteurs militaires clés soviétiques ayant bénéficié des transferts technologiques occidentaux, permettrait d’étayer ces propos ainsi que d’établir l’échec du CoCom et des espoirs de pacification à l’aube de la présidence de Reagan :

La flotte soviétique, la plus imposante au monde, était constituée à 60% de vaisseaux construits à l’Ouest, tout comme 80% de leur machinerie5. Les technologies furent obtenues auprès de la Burgmeister & Wain of Coppenaghen et Litton Industries6. Ce furent certains de ces bateaux qui acheminèrent les missiles à Cuba et qui ravitaillèrent Haiphong en équipements.7

L’industrie automobile fut érigée avec l’aide d’entreprises occidentales telles que Fiat et Ford entre les années 30 et 608. Certains véhicules militaires, plagiats de modèles occidentaux, furent utilisés en Afghanistan et contre l’effort de guerre américain au Vietnam.

Les missiles soviétiques positionnés en Europe ont largement bénéficié du savoir-faire occidental notamment celui de l’entreprise américaine Bryant Chucking Grinder Company dont les roulements à billes ont accru la précision des tirs soviétiques et la menace qu’ils incarnaient pour la sécurité européenne9.

Nous aurions pu rajouter à ce bilan les secteurs agricoles et chimiques, mais ces données suffisent pour établir que le commerce avec l’URSS, que certains avaient promu dans l’optique « d’adoucir » les Soviétiques, eut les effets inverses : l’Occident loin d’avoir acheté la paix a plutôt « vendu la corde10 ». En considérant les nombreux efforts aussi bien légaux qu’officieux que les Soviétiques déployaient pour se procurer en technologies, ce fut pour remédier à une véritable hémorragie technologique occidentale que Reagan voulut remanier le CoCom dont les défaillances appelaient à certaines rectifications.

Au regard de ce besoin obsessionnel des Soviétiques en technologies occidentales, on pourrait facilement être tenté comme Antony Sutton, de conclure qu’un blocage pur et radical des transferts technologiques auraient pu permettre de mettre l’URSS à genoux et ainsi précipiter la fin de la Guerre Froide. Toutefois cette vision relève de l’idéal tant le contrôle des technologies impliquait des considérations multiples qui transcendaient le simple recours à la coercition ou à d’autres mesures draconiennes.

 

II/ Des orientations américaines aux contradictions occidentales

Le contrôle des exportations est une initiative principalement américaine. À l’aube de la Guerre Froide les Etats-Unis en usèrent pour faire pression sur l’URSS à travers le « Control Act » en 1949, plaçant les biens exportés sous contrôle, mais aussi sur les pays occidentaux par le « Battle Act » en 1951 leur faisant perdre la protection américaine en cas de commerce avec le bloc socialiste. C’est dans ce contexte qu’apparu le CoCom11, souvent comparé à un « club » ne reposant sur aucun traité ou accord et dépendant de la bonne volonté des États membres pour réguler les transactions technologiques vers l’URSS, les pays du Pacte de Varsovie et la Chine Populaire.

Le CoCom a établi trois listes de biens devant être soumis à des licences : les munitions, les biens nucléaires et les biens à « double-usage » tout en accordant des possibilités de « ventes exceptionnelles »12. Enfin, il opérait selon deux notions anglo-saxonnes de guerre économique entre lesquelles il alternait selon la nécessité, à savoir l’effet de levier (« Leverage ») et « Linkage »13, le premier consistant à exploiter politiquement un avantage économique, tandis que le second revient à user d’actions économiques pour faire pression sur une cible.

Le contrôle américain sur les pays européens était certes bien établi à l’issue de la Deuxième Guerre Mondiale lorsque ceux-ci étaient trop exsangues pour se permettre de risquer de perdre la protection américaine, mais à mesure qu’ils opérèrent leur redressement économique, ils obtinrent une marge de manœuvre se traduisant par plusieurs écarts.

En effet, chaque pays membre s’était doté d’une conception propre du commerce Est-Ouest et d’une législation commerciale qui ne s’alignait pas forcément sur les directives américaines.

Ainsi la France, capitale des sympathies mondiales envers le communisme, recourait au commerce Est-Ouest afin d’affirmer sa souveraineté et se démarquer de l’hégémonie américaine. Le commerce avec l’Est bénéficiait d’un large consensus et le monde des affaires pouvait compter sur la bienveillance de l’État. Si la tendance était au laxisme jusqu’en 1981, la France, tout en renforçant ses contrôles, a préservé le souci de sa souveraineté.

Le Royaume-Uni, de par ses traditions commerciales, s’adonnait au commerce avec l’Est afin de subvenir à ses besoins économiques internes. Cependant l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en 1979 marque un assujettissement à la politique américaine de contrôle.

La RFA constituait le maillon faible du CoCom. Cela est dû au fait que son commerce avec la RDA n’était pas considéré comme du commerce extérieur et occasionnait des fuites de technologies qui n’ont pas été l’objet de contrôles au sein du CoCom.

Le Japon enfin s’illustrait par son laxisme. La loi assurait la liberté d’exportation et les contrôles ne se limitaient qu’aux entreprises sur le sol japonais sans s’étendre à leurs filiales à l’étranger.

 Le commerce des pays membres du CoCom avec l'URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)Figure: Le commerce des pays membres du CoCom avec l’URSS et les pays du Pacte de Varsovie (source: RHOADES W. E.; CoCom, technology transfer and its impact on national security; Calhoun: The NPS Institutional Archive; 1989; p.127)

De par son caractère informel, les décisions prises au sein du CoCom ne revêtaient aucune forme contraignante vis-à-vis des États membres qui ont toute latitude pour appliquer les mesures du CoCom à leur convenance. Ainsi s’opposent deux conceptions de l’embargo : celle de sécurité (établir des contrôles stables) et celle de sanctions (selon les initiatives soviétiques)14. Les États-Unis alternant par opportunisme entre les deux mais toujours en désaccord avec ses alliés. Si on peut admettre qu’il existait un consensus pour le contrôle des exportations de technologies stratégiques (non sans réserves de la part des pays européens), le principal litige porte sur la définition de « bien stratégique ».

Les listes de biens à placer sous contrôle ne peuvent donc faire l’unanimité parmi les membres du CoCom, les Américains suivant une démarche intransigeante, souhaitaient restreindre le commerce par des listes élargies, tandis que les Européens volontaristes préféraient préserver leurs liens commerciaux avec l’Est par des listes de contrôle limitées.

Les deux parties procédaient fréquemment à des accusations mutuelles d’hypocrisie, les Européens souhaitant défendre leurs intérêts économiques à l’Est et n’hésitant pas à remettre en cause les directives du CoCom au moindre empiètement de celui-ci sur leur souveraineté. Les Américains étaient en proie à une pression interne de la part de leurs industriels, ces derniers se sentant lésés par rapport à leurs concurrents européens bénéficiant de restrictions plus souples de la part de leurs pays respectifs

Ces éléments mettent en exergue un double paradoxe résultant d’une dépendance mutuelle: l’URSS bien qu’étant fortement dépendante des technologies occidentales est tout de même parvenue à se maintenir à niveau face au camp occidental, tandis qu’inversement, les pays et industriels occidentaux, bien qu’exposés à la menace soviétique, ont tout de même poursuivi voire défendu le commerce de technologies avec le bloc de l’Est en affichant une réticence opiniâtre envers toute injonction ou interférence américaine dans leurs activités économiques.

Un constat qui appelle sérieusement à relativiser les concepts libéraux inspirés de Montesquieu pour lequel « l’effet naturel du commerce est de porter à la paix »…

Reagan et Gorbatchev

III/ Les faux espoirs du renforcement des contrôles

Lorsque Reagan accéda à la présidence en 1981, la détérioration des relations américano-soviétiques avait déjà été consommée depuis Carter. L’invasion de l’Afghanistan en 1979 sonna le glas de la Détente et les États-Unis réagirent en prenant certaines mesures répressives.

En 1979 fut promulguée l’Export Administration Act (EAA) accordant au président un droit de regard sur les exportations suivi d’un embargo sur le grain en 1980. La politique de Reagan s’inscrivit dans cette tendance, constatant l’échec du « commerce pacifique » et concevant une nouvelle approche du commerce Est-Ouest à imposer aux membres du CoCom. Celle-ci s’aligna sur les recommandations faites en 1976 par le « Rapport Bucy »15 insistant sur un contrôle prioritaire et sélectif quant aux technologies à « double usage » et limitant l’accès aux technologiques américaines aux membres du CoCom. La procédure se conforme également à l’approche du National Security Council (NSC) prônant un renforcement du CoCom, le besoin de convaincre les Alliés du bien-fondé des contrôles des exportations, des mesures collectives et une adhésion de l’Est à l’éthique commerciale de l’Ouest16.

La guerre économique paraissait être une opportunité dans la mesure où certains observateurs percevaient en URSS les prémisses d’un effondrement économique; le refus de transferts technologiques pouvait donc accentuer cette phase de déclin et acculer l’URSS vers des compromis en terme de consommation et investissement dont les effets pouvaient se conjuguer à la course à l’armement, infligeant à l’URSS le coup de grâce17.

Cette stratégie est issue de l’optique américaine selon laquelle les contributions technologiques au secteur industriel soviétique bénéficient par ricochet au secteur militaire18, conception rompant avec la « compartimentalisation » adoptée par les autres pays du CoCom pour lesquels le secteur militaire est indépendant des technologies civiles issues du secteur économique19. Vis-à-vis des Alliés, les États-Unis vont alterner entre 2 tendances : les « multilatéralistes » et les « unilatéralistes » chacune prônant une posture distincte au sein du CoCom et qui vont inspirer la démarche à suivre à l’occasion de deux crises majeures.

La première est celle de la construction du gazoduc d’Urengoy, certainement l’exemple le plus représentatif d’une gestion calamiteuse d’embargo multilatéral issue d’une initiative unilatérale.

En réaction aux troubles survenus en Pologne en 1980, Reagan met ses menaces à exécution et décide en décembre 1981 de suspendre toutes les licences d’exportations portant sur les biens et composants censés assurer la construction d’un gazoduc sibérien20. Il fallut cependant contraindre les membres du CoCom à suivre cette démarche. Le 18 juin 1982 l’interdiction est étendue aux filiales des entreprises américaines ainsi qu’aux entreprises étrangères produisant les équipements sous licence. Ceci avait engendré de fortes tensions avec les pays européens membres du CoCom dont les entreprises sont pénalisées par l’extraterritorialité d’une décision américaine, d’autant que ceux-ci voient Reagan paradoxalement lever l’embargo sur le grain21 au profit des fournisseurs américains. Les gouvernements français et britanniques incitèrent ouvertement leurs entreprises à passer outre les directives de Reagan et leurs obligations vis-à-vis du CoCom, contraignant le président américain à lever l’embargo en novembre 1982. Le gazoduc sera finalement construit au profit de l’URSS.

Plusieurs conclusions sont à retenir de cette expérience : nous pouvons considérer cet incident comme la preuve que l’unilatéralisme américain est défaillant, plutôt que d’obtenir le soutien des Alliés, les Américains ont réussi à se les aliéner, ceux-ci considérant certaines variables (dépendance envers le gaz soviétique, intérêts économiques) comme prenant le pas sur leurs obligations envers le CoCom.

L’unilatéralisme s’étant révélé inapproprié à l’issue de cette crise, l’Administration Reagan se vit donc acculée vers le multilatéralisme pour renforcer, non sans peine, le CoCom après 1982.

Les États-Unis présentèrent au CoCom un triple projet : l’élargissement des listes de contrôle, le renforcement des sanctions et enfin le renforcement de la structure institutionnelle du CoCom. Les Européens n’étaient disposés à entreprendre une guerre économique qu’à la condition que les produits concernés aient effectivement une importance militaire. Ainsi, lors de la réunion de 1982, 58 produits sur 100 proposés par les Américains furent ajoutés aux listes. S’ajoutent l’année suivante l’application directe de contrôles pour les 10 biens prioritaires susceptibles de détournement et en 1984, l’interdiction d’exporter certains équipements de communication. Les États-Unis purent obtenir la création en 1985 d’un sous-comité (STEM) renforçant le poids des représentants de la Défense face à ceux du Commerce au sein du CoCom mais seulement après une série de compromis avec leurs partenaires occidentaux22.

Ce développement multilatéral du CoCom suscita certes des plaintes croissantes d’officiels soviétiques, cependant ce succès relatif est à nuancer pour certaines raisons : ces renforcements sont limités à l’intérieur des frontières de l’Ouest et s’accompagnent de la réticence persistante des Européens ; les États-Unis ayant renoncé à l’unilatéralisme, étaient contraints de composer avec des partenaires peu disposés à suivre les nouvelles procédures sur le long-terme d’où de nouvelles plaintes venant de ces derniers qui percevaient les freins à la réexportation de technologies américaines comme une atteinte aux lois internationales. Ces contrôles internes ont finalement nuit à la volonté des pays du CoCom de coopérer, les Européens et les Japonais y percevant des velléités unilatéralistes inavouées des Américains.

Les failles de ce nouveau paramétrage seront mises à nu à l’occasion du scandale Toshiba-Kongsberg en 1987. Ces deux entreprises avaient vendu aux Soviétiques des machines-outils sous licence indispensables à la modernisation de leurs sous-marins nucléaires compromettant davantage la sécurité de l’Europe de l’Ouest23. En réaction, le Sénat américain, par le Garn Amendment, a exigé la fermeture du marché américain à toutes les entreprises qui ne se conforment pas aux réglementations du CoCom en guise de sanctions. Paradoxalement, cette mesure fut désavouée par l’Administration Reagan qui craignait de voir les pays européens appliquer les mêmes restrictions à l’encontre des entreprises américaines en représailles. De surcroît, une telle initiative unilatérale n’aurait fait que compromettre le CoCom24. Il fallut privilégier la voie multilatérale en coopération avec le Japon et la Norvège. Des sanctions à l’encontre de Toshiba et de la Kongsberg-Vapenfabrik furent bel et bien appliquées en plus d’un engagement accru du Japon dans le contrôle des technologies sensibles.

L’ampleur de cette crise décida les autres membres du CoCom à renforcer leur coopération avec les États-Unis au sein du CoCom. Ce revirement aurait pu être encourageant si, entre 84 et 89, la RFA n’avait pas à son tour manqué à ses obligations en permettant à la Imhausen-Chemie de construire des installations chimiques en Libye tout en négligeant de soumettre ses produits aux contrôle du CoCom avec la complicité silencieuse des autorités fédérales allemandes…

L’arrivée au pouvoir de Gorbatchev et l’apaisement des tensions avec les États-Unis qu’il va consacrer achèveront de convaincre Reagan d’assouplir sa politique de contrôle en 1986.

 

Reagan et Trump

Conclusion: de Ronald à Donald

L’expérience du CoCom est édifiante dans le contexte actuel puisqu’elle permet de relativiser le leadership américain parmi ses alliés sur le plan économique. Si la domination militaire et diplomatique américaine demeure une constante encore aujourd’hui au sein de l’OTAN, le domaine économique constitue le talon d’Achille de cette suprématie. C’est précisément sur le plan économique que toute l’hétérogénéité du camp occidental nous est révélée au grand jour, chacun des pays membres disposant de spécificités économiques particulières divergentes sur lesquelles peuvent buter les intérêts américains.

Donald Trump, ayant pris ses fonctions de président des États-Unis en 2016, se retrouvent confrontés à certains enjeux auxquels fit face son prédécesseur Reagan. Si le recours aux sanctions économiques à l’encontre de la Russie fut appliqué suite au rattachement de la Crimée à la Russie en mars 2014, les résultats mitigés, voire contreproductifs obtenus ne plaident pas en faveur de cette politique. Les relations économiques étant intrinsèquement mutuelles, les sanctions constituent des armes à double-tranchant pouvant mener à l’impasse25

Ainsi, la partie occidentale de l’Union Européenne, notamment l’Allemagne, est plus soucieuse de préserver ses rapports économiques avec la Russie et par conséquent moins disposée à avaliser toutes les directives de Washington.

Face au gazoduc Nord Stream 2, les Américains peuvent compter sur l’appui des pays d’Europe de l’Est membres de l’Initiative des Trois Mers26 dont les intérêts, comme l’a reconnu le général L. Jones de l’Atlantic Council, sont « davantage alignés sur la perception américaine du monde, que nos alliés traditionnels d’Europe de l’Ouest »27.

Quand bien même les États seraient amenés à coopérer dans une politique de boycott contre la Russie, les milieux d’affaires qui y sont implantés risquent fort d’affirmer leur désapprobation.

La Russie constitue un cas particulier dans l’approche des politiques de guerre économique. Qu’importe qu’elle ait été, selon Lénine, « un apanage semi-colonial du capitalisme » au temps du tsarisme, ou « un marché captif » d’après Antony Sutton sous le communisme. Ce pays a paradoxalement toujours su ranger cette dépendance économique et technologique prononcée envers l’Occident parmi ses atouts jusqu’à la rendre mutuelle.

Les perspectives économiques qu’offre la Russie et sa place incontournable sur le marché mondial susciteront immanquablement l’intérêt d’acteurs étrangers qui seront dès lors mus par  une volonté impérieuse de retour sur investissement. Plus les capitaux qu’ils consacreront à la Russie seront importants, plus ils seront réticents à toute politique de sanction susceptible de rendre la Russie insolvable et de compromettre leurs profits.

Ainsi, tout comme pour le gazoduc d’Urengoy, rien ne saurait garantir une annulation du projet de Nord Stream 2 prévu pour 2019 d’autant que les efforts américains pour obtenir l’annulation de Nord Stream 1 en 2012 se sont révélés infructueux.

Tout comme au temps du CoCom, rien ne saurait non plus assurer que la menace de sanctions à l’encontre de compagnies impliquées dans des projets avec la Russie pourrait les dissuader de poursuivre leurs activités d’autant que cette mesure a déjà été sèchement désavouée par les protestations de l’Allemagne et de l’Autriche en juin 2017.

La prise en compte des résultats mitigés du CoCom sous Reagan ne devrait-elle pas inviter Trump à plus de circonspection dans la tentation de l’usage de l’arme économique face à la Russie de Poutine?

 

Hédi ENNAJI

 

Bibliographique sélective:
  • BERTSCH G. K. (sous la direction de); Controlling east-west trade and technology transfer, power, politics and policies; éd. Duke University Press; 1988; Georgia; 508 p.
  • BUCHAN D.; Incidences stratégiques du commerce est-ouest; éd. Bosquet; coll. Hermès; Paris; 1985; 169 p.
  • HANSON P.; Trade and technology in Soviet-Western relations; éd. Macmillan Press LTD; Hong Kong; 1981; 271 p.
  • HOLIDAY G. D.; Technology transfer to the USSR, 1928-1937 and 1966-1975: The role of Western technology in Soviet economic development; éd. Westview Press; Colorado; 1979; 225 p.
  • LACHAUX C., LACORNE D., LAMOUREUX C.; De l’arme économique; éd. Fondation pour les études de Défense Nationale; coll. Les 7 épées; Paris; 1987; 406 p.
  • LAÏDI S.; Histoire mondiale de la guerre économique; éd. Perrin; Paris; 2016; 576 p.
  • MASTANDUNO M.; Economic Containment, CoCom and the politics of East-West trade; éd. Cornell University Press; New York; 1992; 353 p.
  • OFFICE OF TECHNOLOGY ASSESSMENT; Technology and east-west trade; éd. Allanheld Osmun & co; New Jersey; 1981; 303 p.
  • PARROTT B. (sous la direction de); Trade, technology, and Soviet-American relations; éd. Indiana University Press; Bloomington; 1985; 394 p.
  • SANDBERG M.; Learning from capitalists, A study of Soviet assimilation of Western technology; éd.Almqvist & Wiksell International; Göteborg; 1989; 264 p.
  • SEUROT F.; Le commerce est-ouest; éd Economica; Paris; 1987; 174 p.
  • SUTTON A. C.; National suicide, military aid to the Soviet Union; éd. Arlington House; New York; 1974; 283 p.

https://stratpol.com/le-camp-occidental-a-lepreuve-de-larme-economique-les-lecons-du-cocom/

Les États-Unis envisagent de retirer leurs forces d’Allemagne. Une partie d’un plus large processus

Les États-Unis envisagent de retirer leurs forces d’Allemagne. Une partie d’un plus large processus


Par Alex Gorka – Le 8 juillet 2018 – Source Strategic culture

Le ministère américain de la Défense étudie la possibilité de retirer ou de transférer les forces américaines de l’Allemagne vers la Pologne. Le Washington Post (WP) a indiqué que les coûts et les implications de ce projet sont en cours d’analyse. Le 5 juillet, la Maison-Blanche a déclaré qu’elle n’avait pas de tels plans, mais qu’il n’y a pas de fumée sans feu, sinon pourquoi la Pologne offrirait elle de payer 2 milliards de dollars pour une base américaine sur son sol et de le faire maintenant ? L’US Air Force a commencé à piloter des drones Reaper MQ-9 non armés à partir de la base aérienne polonaise de Miroslawiec, en mai dernier.

« Ma déclaration sur le fait que l’OTAN est obsolète et disproportionnellement trop chère (et injuste) pour les États-Unis reçoit maintenant, enfin, des applaudissements », a dit M. Trump sur Twitter pendant sa campagne présidentielle de 2016. Il a souvent exprimé sa frustration devant le fait que les alliés n’ont pas respecté le niveau de dépenses de défense de 2 % du PIB convenu à l’unanimité. Le rapport du WP indique que le président Donald Trump aurait réfléchi à l’idée d’un retrait total ou partiel de l’Allemagne, début 2017.

Le président s’est récemment montré très critique à l’égard de la chancelière allemande. Il est frustré par sa position sur toute une série de questions, y compris la contribution à la défense collective de l’OTAN.

Des dépenses militaires plus élevées sont impopulaires auprès des électeurs allemands. La récente rencontre entre le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, et la ministre allemande de la défense, Ursula von der Leyen, a été très décevante pour les États-Unis, car il a été clairement indiqué qu’aucune augmentation substantielle des dépenses de défense allemande n’est en vue. Les projections budgétaires allemandes prévoyaient de l’augmenter à 1,5 % du PIB du pays seulement, d’ici 2024. En fait, l’Allemagne refuse de respecter son engagement de dépenser au moins 2 % de son budget pour l’OTAN.

Pour économiser de l’argent ? L’Allemagne paie une part équitable des coûts liés au stationnement des troupes américaines et les bases sont utilisées par les Américains pour des opérations menées en dehors de l’Europe. Par exemple, le commandement américain pour l’Afrique (AFRICOM) a son siège à Stuttgart, en Allemagne. Pour donner une impulsion à l’industrie de la défense américaine ? Pas vraiment, l’Europe disposant d’un puissant complexe militaro-industriel qui lui est propre.

Et l’idée de déplacer les forces vient au moment où l’Europe se trouve au bord de la rupture. L’Occident n’a jamais été aussi divisé depuis la Seconde Guerre mondiale. Le paysage politique et militaire européen est en train d’être remodelé. C’est le bon moment pour tirer parti des faiblesses de l’Europe. La dépendance à l’égard des États-Unis en matière de sécurité peut être utilisée comme un puissant levier pour forcer des concessions dans d’autres domaines, comme le commerce.

Faire partie d’un groupe occidental n’est pas le but recherché par le président Trump. En tant qu’isolationniste, il croit en l’indépendance et la façon d’y parvenir est de promouvoir les intérêts de l’État national, et non d’un groupe de pays unis dans une alliance. La souveraineté nationale américaine est atteignable grâce à l’éclatement d’un Occident unifié pour recréer une nouvelle alliance, mais dirigée cette fois par le gouvernement des États-Unis, au lieu d’un organisme supranational où l’Amérique jouit d’une position forte mais pas d’un contrôle absolu. Le président Trump veut que l’Europe soit économiquement dépendante de l’Amérique, tandis que les États-Unis pagaieraient leur propre canoë sans aucune obligation internationale à trainer.

Les États-Unis n’ont pas besoin d’une Europe forte capable de les contester. Le Brexit, les migrants, les réformes judiciaires polonaises controversées et une série d’autres problèmes divisent le Vieux Continent et le rend plus faible et plus soumis aux intérêts de l’Amérique. Le président Trump a offert au président Macron ce qu’il pensait être un meilleur accord commercial si la France quittait l’UE. C’est pourquoi l’Allemagne, la locomotive économique de l’Europe, est constamment sous pression, qu’il s’agisse du projet gazier Nord Stream-2 avec la Russie ou de sa réticence à mettre fin au commerce avec l’Iran. Si l’Allemagne relève le défi, elle devra assumer la responsabilité de sa propre sécurité ainsi que celle de ceux qui resteront fidèles à l’idée de l’intégration européenne. Avant le prochain sommet de l’OTAN, le chancelier s’est prononcé en faveur de l’initiative du président Macron visant à créer une force expéditionnaire européenne. C’est un premier pas dans la bonne direction.

L’Europe devra alors reconsidérer ses relations avec la Russie. Il faudra l’intégrer dans un projet européen de sécurité. Frank-Walter Steinmeier, l’actuel président allemand, a lancé une initiative européenne de maîtrise des armements en 2016 alors qu’il était ministre des affaires étrangères. Il a proposé de mettre de côté les divergences et de s’atteler à la réalisation d’un nouveau traité de sécurité pour faire de l’Europe un endroit plus sûr. Sans les États-Unis, un nouvel accord devient tout à fait possible. Ensuite, l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) dirigée par la Russie et le groupe d’États européens dirigé par l’Allemagne pourrait lancer un projet commun pour repousser ensemble la menace terroriste. La Grande-Bretagne pourrait devenir membre de la nouvelle initiative européenne d’intervention. Après tout, la Russie et l’UE ont l’expérience des opérations conjointes de maintien de la paix au Tchad et des patrouilles navales pour combattre les pirates somaliens dans l’océan Indien.

Se séparer n’est pas toujours une mauvaise chose. Les États-Unis se débarrasseront des resquilleurs. Les Européens seront assez souverains pour décider combien ils doivent dépenser pour leur défense et d’autres choses. Ils auront l’occasion de s’attaquer aux menaces réelles qui pèsent sur leur sécurité, comme le problème des migrants, et non celles sur lesquelles Washington leur dit de se concentrer. La Russie n’aura plus besoin d’être une tête de turc permettant de maintenir l’« unité occidentale » éclatant aux coutures. Une alliance européenne dirigée par l’Allemagne et la Russie pourrait initier une nouvelle période de détente. Il n’y aurait pas de perdant et tout le monde gagnerait. La seule chose qui est certaine, c’est qu’un nouveau modèle de sécurité est en train d’émerger dans le monde et que le processus est imparable.

Alex Gorka

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

http://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-envisagent-de-retirer-leurs-forces-dallemagne-une-partie-dun-plus-large-processus

 

 

 

Le bon sens israélien contre Georges Soros

Le bon sens israélien contre Georges Soros

Les Carnets de Nicolas Bonnal

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Le bon sens israélien contre Georges Soros

Soros en destructeur des démocraties occidentales ?

Ce très beau texte de Caroline Glick, publié en août 2016, fut référencé et commenté comme il se doit alors par Dedefensa.org. Il renvoie les maniaques des minorités, les antiracistes et les antisémites à leur niche.

Comme disait un vieux maître (Lalande, l’auteur de mon dico de philosophie préféré), « on doit se défendre quand on est attaqué, car si on ne le fait pas, on favorise une injustice. » Et comme disait Nietzsche dans Par-delà le bien et le mal, les deux peuples qui ont un avenir en Europe sont les juifs et les russes (§251).  Ils ne l’ont que trop montré depuis quand des peuples comme les Français ou les Espagnols s’affaissent lamentablement dans la danse de Saint-Guy du mondialisme liquéfié. Les British ou les Italiens ont au moins essayé… Même les Américains .

Glick commence ainsi :la menace est globale. Je le sens depuis que Soros a pris pied en Espagne avec le gouvernement de Soros-Sanchez-Podemos, qui ne perd pas une minute pour anéantir ce pays.

« OUR WORLD: LA CAMPAGNE DE SOROS DE SOROS DANS LE MONDE

La première chose que nous voyons est la nature mégalomaniaque du projet philanthropique de Soros. Aucun coin du globe n’est affecté par ses efforts. Aucune zone politique n’est laissée intacte. »

Comme une multinationale du crime. La subversion du terme société ouverte empruntée à Henri Bergson (puis seulement à Popper) marquait l’entropie méphitique du K Soros.

Glick ajoute :

« La notion qui sous-tend la légalisation d’une immigration sans entraves est que les États ne devraient pas être en mesure de protéger leur identité nationale. «

Sur la question sexuelle et militaire (la subversion de l’un va avec l’autre, et réciproquement) :

« Ils soutiennent non seulement le droit des femmes à servir dans les unités de combat, mais aussi les efforts pour forcer les soldats à vivre dans des casernes unisexes. En d’autres termes, ils soutiennent les efforts visant à priver les citoyens des démocraties occidentales du droit de maintenir toute distance entre eux et le rejet par Soros de leurs valeurs les plus intimes – leur vie sexuelle et leur identité sexuelle. »

Sur la question de l’immigration illégale (je sais, je sais, on est nazi quand on est contre, et on est nazi quand, juif ou israélien, on s’y oppose) :

« Les groupes de Soros sont sur le terrain permettant aux immigrants illégaux d’entrer aux États-Unis et en Europe. Ils ont cherché à influencer les décisions de la Cour suprême des États-Unis sur l’immigration illégale en provenance du Mexique. Ils ont travaillé avec des musulmans et d’autres groupes pour diaboliser les Américains et les Européens qui s’opposent aux frontières ouvertes. »

Glick souligne qu’Israël est dans le collimateur de Soros :
« En Israël également, Soros s’oppose aux efforts du gouvernement pour mettre fin au flux d’immigration illégale en provenance d’Afrique à travers la frontière avec l’Egypte. »

Se défendre est raciste. Défendre son peuple, son sol, les libertés qui vont avec est raciste.

Retenez bien cette constatation magnifique et implacable :

« S’il est raciste pour les Grecs de protéger leur identité nationale en cherchant à bloquer l’entrée de millions de Syriens sur leur territoire, alors cela est raciste pour la Grèce – ou la France, l’Allemagne, la Hongrie, la Suède, les États-Unis ou la Pologne. »

Caroline Glick termine par un beau rappel des troupes et une constatation non moins implacable :

« Les peuples de l’Occident doivent reconnaître les bases communes de toutes les actions de Soros. Ils doivent aussi réaliser que la seule réponse à ces campagnes préméditées de subversion est que les Occidentaux défendent leurs droits nationaux et leur droit individuel à la sécurité. Ils doivent soutenir les institutions nationales qui garantissent cette sécurité, conformément à la loi, et défendre et défendre leurs valeurs et traditions nationales. »

Car on n’impose ce chaos que par le fascisme.

 

 

Sources

https://www.jpost.com/Opinion/Our-World-Soross-campaign-of-global-chaos-464770

https://nicolasbonnal.wordpress.com/2018/04/15/nietzsche-et-le-conflit-judeo-russe-a-travers-les-siecles/

https://www.les4verites.com/histoire/notes-politiquement-incorrectes-sur-la-superiorite-des-juifs-a-travers-les-siecles

http://www.dedefensa.org/article/le-jerusalem-post-contre-soros-khaos

http://www.dedefensa.org/article/le-bon-sens-israelien-contre-georges-soros

La base militaire américaine en Pologne concerne plus la Chine que la Russie

La base militaire américaine en Pologne concerne plus la Chine que la Russie


La Pologne propose d’accueillir une base militaire américaine permanente sur son territoire.


Par Andrew Korybko – Le 1er juin 2018 – Source Oriental Review

American-And-Polish-FlagsLa Pologne veut remplacer l’Allemagne comme partenaire privilégié des États-Unis en Europe, profitant de la méfiance américaine envers Berlin au sujet du pipeline Nord Stream II et des désaccords commerciaux tout en capitalisant sur le désir du Pentagone de « contenir » la Russie, satisfaisant ainsi plusieurs objectifs stratégiques à la fois. Les dirigeants polonais estiment que l’initiative régionale des « Trois Mers » avec 11 autres pays d’Europe centrale et orientale est idéologiquement compatible avec le populisme anti-libéral de l’administration Trump et représente une autre convergence stratégique avec les États-Unis. Paradoxalement, alors que la Pologne s’efforce de faire progresser sa souveraineté nationale, elle la sacrifie néanmoins en voulant accueillir une base militaire américaine, raison pour laquelle une explication plus approfondie de cette proposition est nécessaire.

La Pologne n’est pas seulement stratégiquement importante pour l’Allemagne, la Russie et les États-Unis, mais elle l’est aussi pour la Chine, en étant le premier partenaire de Pékin dans la collection 16 + 1 des États d’Europe centrale et orientale. La Chine construit un chemin de fer à grande vitesse entre les capitales hongroise et serbe qui devrait se développer plus au sud à travers les Balkans en se connectant au port grec du Pirée, détenu par les Chinois, l’un des plus grands d’Europe. Ce terminal est aussi envisagé pour être un connecteur de ce qu’on peut appeler la Route de la soie des Balkans. Cependant, ce projet pourrait également s’étendre vers le nord à travers la Slovaquie et donc vers la Pologne, le plus grand pays de la région, le cœur de l’« initiative des Trois Mers ». Cela constituerait un développement géopolitique révolutionnaire.

Poland US Troops
Troupes américaines de Pologne

Les États-Unis s’opposeront clairement à l’expansion sans restriction d’un projet d’infrastructure connective transnationale multipolaire de construction chinoise dans l’UE via la « porte dérobée balkanique », mais toute perturbation potentielle de type guerre hybride qu’elle pourrait provoquer dans les Balkans pourrait être évitée si l’Amérique contrôle ce couloir de la Route de la soie avec une base militaire au sein même du nœud polonais, le plus important. Bien que cette idée paraisse à première vue annuler l’utilité stratégique de ce projet, cette base pourrait néanmoins être la seule façon pour les États-Unis de permettre sa construction, ce qui, en cas de succès, permettrait à la Pologne de « trouver un équilibre » entre les États-Unis et la Chine tout en cherchant à miner ses puissants voisins allemand et russe.

Curieusement, les intérêts polonais et américains convergent autour de cette Route de la soie des Balkans parce que ce projet chinois pourrait détourner le commerce ouest-européen de l’Asie orientale et le pont terrestre eurasien transitant par la Russie, et renforcer l’« initiative des Trois Mers » au point de remettre en cause le contrôle allemand de l’UE. Cela pourrait même offrir une certaine décentralisation du bloc vers une collection d’États axée sur leur souveraineté nationale, partant de leur statut actuel, un simple groupe de colonies néo-impériales allemandes. En évaluant les grandes implications stratégiques de l’implantation d’une base américaine en Pologne, cela amène Washington à accepter l’expansion possible de la Route de la soie balkanique construite par la Chine un jour jusqu’à Varsovie. Cela entraînerait clairement de sérieuses pertes à long terme pour l’Allemagne et la Russie, tout en étant une victoire majeure des États-Unis et de la Chine.

Quant à la Pologne, ses bénéfices dépendront entièrement de la mesure dans laquelle le gouvernement pourra maintenir un « équilibre » entre l’influence militaire grandissante des États-Unis et celle future de la Chine via l’économie.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 01 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-base-militaire-americaine-en-pologne-concerne-plus-la-chine-que-la-russie

 

Les États-Unis sont contre le Nord Stream II en raison de l’initiative des «Trois Mers»

Les États-Unis sont contre le Nord Stream II en raison de l’initiative des «Trois Mers»


La géopolitique du Nord Stream II devient de plus en plus complexe.


Par Andrew Korybko – Le 1er juin 2018 – Source Oriental Review

Nord Steam 2Le deuxième gazoduc sous-marin direct entre la Russie et l’Allemagne continue de subir de fortes pressions de la part des États-Unis, qui sont totalement contre sa construction et menacent même de sanctionner ceux qui sont impliqués dans le projet. L’Allemagne est le moteur économique de l’UE et reçoit beaucoup de ressources qui alimentent ses usines de Russie, faisant ainsi de son partenariat énergétique un exemple naturel de coopération gagnant-gagnant et de confirmation des théories économiques fondamentales de l’offre et de la demande. Cela dit, c’est précisément à cause des implications politiques profondes de ce partenariat que les États-Unis s’y opposent si fortement, parce qu’ils craignent que Moscou oriente Berlin vers le monde multipolaire à long terme.


Il serait contreproductif que la Russie utilise les exportations d’énergie comme une arme comme les États-Unis le font en instillant la peur et en trompant l’Europe en lui faisant croire qu’elle est la pierre angulaire de sa politique après les différends gaziers pro-américains de l’Ukraine, au milieu des années 2000. Washington est d’avis que des relations plus étroites et plus dignes de confiance entre ces deux grandes puissances continentales rendraient plus difficile pour l’Amérique de dominer la politique étrangère de l’Allemagne. L’acte d’équilibrage subséquent de Berlin entre l’Est et l’Ouest serait préjudiciable aux conceptions unipolaires des États-Unis, dans leur être même. Il y a donc des allusions provocatrices mais entièrement trompeuses sur le fait qu’il s’agit d’un « nouveau pacte Molotov-Ribbentrop ».

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Cette rhétorique est formulée car elle vise principalement à attirer un auditoire polonais qui souffre d’une paranoïa intrinsèque envers ses deux grands voisins pour des raisons historiques bien connues et tente donc d’exploiter la controverse artificielle sur le gazoduc Nord Stream II afin de remplacer l’Allemagne en tant que principal partenaire européen des États-Unis. Les intérêts de l’Amérique sont évidents car ce pays entend continuer à vendre son GNL plus coûteux sur le continent via le terminal de Świnoujście en Pologne et via d’autres réceptacles ailleurs. Les États-Unis veulent également une présence plus affirmée dans la région du projet des Trois Mers, parce qu’elle se situe juste entre l’Allemagne et la Russie.

Le projet Nord Stream II est donc une arme à double tranchant contre les États-Unis, car il réduirait ses activités GNL rentables mais fournirait en même temps un prétexte stratégique pour « légitimer » sa présence en Pologne et dans les pays baltes. Les États-Unis seraient en mesure de creuser un fossé entre la Russie et l’Allemagne à travers cet « Intermarium » dirigé par les Polonais, ce qu’ils voulaient faire depuis un moment, avec ou sans sanctions contre ce deuxième pipeline sous-marin. Cette évolution, déjà en cours mais fortement accélérée par la construction de Nord Stream II, a pour but d’entraver un rapprochement russo-allemand multidimensionnel mais pourrait, à sa manière, inciter les deux grandes puissances à aller encore plus loin.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 01 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-sont-contre-le-nord-stream-ii-en-raison-de-linitiative-des-trois-mers

 

Euronouillerie cherche maître désespérément

Euronouillerie cherche maître désespérément

18 Juin 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Europe, #Economie, #Gaz

Qu’il était rassurant pour les vassaux européens de se laisser diriger pendant des décennies par Washington et ne surtout prendre aucune décision. Oui mais voilà, l’élection du Donald a provoqué un cataclysme et l’Union ectoplasmique a désormais perdu son suzerain qui lui donnait ses ordres. Laissée à elle-même, elle part dans tous les sens et ce n’est pas triste…

En Italie, le putsch bruxellois a donc tourné court et l’alliance «  »populiste » » a formé son gouvernement. Bien sûr, il convient de voir ce que cela va donner sur le long terme mais les premières décisions/mesures/annonces n’ont pas tardé.

Le Premier ministre italien Conte a appuyé l’idée de Trump de réintégrer la Russie dans le G8, ce que Moscou a d’ailleurs gentiment balayé d’un revers de la main : « Au sein du G20, les ultimatums ne marchent pas et vous avez besoin de parvenir à des accords. Je pense que c’est le format le plus prometteur pour l’avenir ». Une gentille claque au club des pays les plus endettés du monde…

A cette occasion, les euronouilles (c’est-à-dire l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les technocrates bruxellois) se sont, dans un grand élan d’unanimité, opposées au retour de la Russie, ce qui est amusant quand on sait que Berlin disait l’inverse il y a seulement deux ans.

Un coup, la russophobie doit cesser, un coup elle est érigée en dogme de politique étrangère. Et quand l’Italie, fidèle a sa ligne, elle, propose de lever les sanctions contre la Russie, les dirigeants du Vieux continent sont cette fois plus ou moins d’accord, car Trump s’y oppose.

Nos petits eurocrates semblent en réalité complètement perdus…

Il est vrai que dans le dernier cas, la soudaine bienveillance européenne sent fortement le gaz. Nous avons vu à plusieurs reprises que Poutine parie sur l’égoïsme allemand afin de faire passer le Nord Stream II et Frau Milka ne demande que ça.

Le gazoduc russe est une évidence économique et les Européens le comprennent bien malgré les efforts du centre impérial que nous décrivions il y a un mois :

Alors que l’Allemagne a débuté les travaux dans ses eaux territoriales, et que la Finlande fait de même après l’approbation par Helsinki du passage du pipe dans sa zone maritime économique exclusive, les Américains font feu de tout bois : menace de sanctions ; pleurnicheries de leur proxy de Kiev qui réalise qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre (le transit par l’Ukraine tombera à terme à une douzaine de Mds de m3 annuels) ; coup de fil de Pompeo, l’ancien chef de la CIA et désormais secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, au gouvernement suédois…

Pour la Suède, c’est râpé : Stockholm vient d’approuver le passage du tube dans sa zone économique exclusive. Ne reste plus que le Danemark, comme nous l’expliquions début avril :

Le placide pays scandinave fait en effet face à un écrasant dilemme, sa « plus importante décision de politique étrangère depuis la Seconde Guerre Mondiale » : permettre ou non le passage du Nord Stream II par ses eaux territoriales.

Le projet doit également recevoir dans les prochains mois les autorisations finales de la Russie (c’est couru d’avance), de la Finlande et de la Suède. Mais concernant ces deux dernières, il s’agit uniquement de leur zone économique exclusive, régie par le droit international de la mer sur lequel les gouvernements suédois (très russophobe) et finlandais (plus équilibré) ont de toute façon peu de prise.

Seul le Danemark est concerné dans sa souveraineté même, et il s’en serait bien passé. Les émissaires américains et bruxellois poussent le gouvernement à empêcher le passage des 139 km du Nord Stream II par ses eaux territoriales tandis que Moscou et Berlin l’encouragent à accepter.

Copenhague peut-elle se mettre à dos son principal partenaire (Allemagne) et la principale puissance militaire européenne (Russie), qui vient d’ailleurs essayer quelques missiles à proximité ? Le système impérial réussira-t-il à manoeuvrer afin de torpiller le pipeline comme ce fut le cas avec le South Stream ?

Le principe de réalité face aux simagrées de l’empire déclinant. Des dirigeants de la trempe d’un De Gaulle auraient immédiatement choisi, mais nos pauvres petites euronouilles vassalisées sont pris dans les méandres de leur faiblesse et de leurs atermoiements.

Un exemple éclairant est celui de la Bulgarie, qui a refusé en 2014 le South Stream sous la pression de McCainistan et qui vient maintenant quémander à Moscou le privilège de recevoir une malheureuse branche du Turk Stream.

Eternel spectacle du laquais mécontent de son sort mais n’osant encore se rebeller ouvertement contre le maître…

Un pays qui semble – restons prudents – en voie d’émancipation est l’Italie, comme nous l’avons entrevu au début. Le nouveau gouvernement italien ne cache pas sa sympathie envers Moscou. En plus de demander la fin des sanctions (en opposition à Washington) et la réintégration de la Russie dans le G8 (en opposition à Bruxelles), Rome a encore annoncé deux décisions prenant de revers le système impérial.

Le parlement ne ratifiera pas le CETA, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada. Soros a dû en avaler son Tokaj de travers… Rappelons que, voulus par l’oligarchie globaliste et négociés dans l’opacité la plus totale, ces accords visent au final à supplanter les Etats par les multinationales, qui auraient le pouvoir de faire annuler juridiquement les décisions des gouvernements.

Autre mauvaise nouvelle pour Soros & Co, l’Italie s’oppose désormais de front à l’immigration et vient de gagner sa première bataille face à Bruxelles. Sur ce sujet, 80% des Italiens sont sur la même longueur d’onde que leur gouvernement, ce qui doit donner quelques sueurs froides aux eurocrates non élus.

Pire, le pays transalpin rejoint dans ce combat un nombre croissant de pays d’Europe centrale et orientale – Pologne, Hongrie, Slovaquie… Nous avions relevé l’ironie de la chose il y a deux ans :

L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber (…)

La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le cache-sexe de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schroeder…)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler… Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l’hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça…

Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, Rome veut maintenant constituer sur cette question un axe avec l’Autriche et le ministre allemand de l’intérieur, en fronde ouverte contre sa chancelière. Sa coalition gouvernementale étant au bord de l’implosion, Frau Milka vit peut-être ses derniers jours à la direction de l’Allemagne, au grand dam du patronat qui salivait d’aise devant la main-d’oeuvre bon marché constituée par les « migrants ».

Le paradigme de ces vingt-cinq dernières années (US = OTAN = ennemi russe = UE = globalisme et libéralisme) est en train d’exploser sous nos yeux. Des pays pro-américains deviennent anti-UE (Pologne), des globalistes deviennent anti-américain et veulent la fin de la politique de sanctions contre la Russie (Merkel). Sans compter des Etats (Italie, Hongrie) qui prennent résolument une autre voie. Inimaginable il y a seulement quelques années…

Le système impérial est sens dessus dessous et l’euronouillerie orpheline, peu habituée à vivre sans maître, est en émoi. Devant tant de malchance, un troll eurocrate, Verhofstadt pour ne pas le nommer, a une explication toute faite : l’Anglais Farage, le Néerlandais Wildeers, la Française Le Pen, le Hongrois Orban, l’Italien Salvini et même le Polonais Kaczynski (LOL) sont tous payés par Poutine !