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Éviter le piège de la division


Éviter le piège de la division

 3 semaines ago Strategika51

Divide et impera. Diviser pour régner, un l’un des axes directeurs de la stratégie de contrôle des populations menée par la plupart des élites ou des oligarchies tout en affichant la promotion de la diversité et du vivre-ensemble. C’est un outil politique par excellence dont le concept se heurte aux ambitions d’un empire universel dans son acception de toujours depuis la plus haute antiquité.

L’esclavage n’a jamais disparu. Une nouvelle forme d’asservissement à chaque renouvelé et adaptée aux besoins d’un système économique profondément inégalitaire et prédateur. L’esclavage post-moderne est probablement plus cruel dans son fond que celui, fort codifié et différent qui était en vigueur durant l’Antiquité et le haut Moyen-âge.

Dès qu’un événement ou un traumatisme risquent d’éveiller des populations-objet de leur torpeur, le pouvoir réel (qui se distingue dans le fond et dans la forme du pouvoir apparent) utilise des expédients éprouvés exploitant de vieilles lignes de fracture sociétale ou un clivage persistent basé sur la puissance de l’ignorance. Dans un monde néo-liberal et « ouvert », les vieux démons de la division ethnique ou pire, raciale, n’avaient plus de raison d’exister et pourtant la ré-écriture de plus en plus subjective et faussée de l’histoire rend une partie de la population en perte de repères plus réceptive à une certaine sublimation de l’Ego collectif d’un groupe basé sur des critères aussi puérils que l’apparence ou le phénotype polymorphe éphémère d’une humanité en pleine altérité. Cette approche est d’autant plus dangereuse qu’elle se crée une idéologie à laquelle des individus adhérent et y croient dur comme fer au point de passer à l’acte irréfléchi et irreversible.

Le racisme est une forme atavique de l’ignorance et une frivolité d’un esprit simple. Il existe là où l’ignorance et le déni du réel sont érigés en critères de vie dans une société dystopique et névrosée croyant vivre en utopie ou du moins dans une sorte de monde parfait ou chaque membre est moralement convaincu de la supériorité de son groupe. C’est un retour à peine déguisé au tribalisme primitif sous l’apparence sophistiquée d’un système économique mécanique ou automatisé.

Le racisme, l’ostracisme, l’exclusion, la marginalisation, l’injustice, l’aliénation, la domination de l’homme par l’homme, la destruction de la vie humaine (celle-ci est loin de se limiter à l’homicide) sont des maux réels sur lesquels tout système de domination repose. Le déni d’humanité infligé à un humain ou un groupe d’humain est le stade ultime de l’aliénation induite par un système matérialiste et déshumanisé. C’est à partir du clivage que se nourrit le système de prédation et il n’a de cesse d’en créer de nouveau même au sein de la famille restreinte ou individuel. Plus de divisions signifie plus de pouvoir sur une masse d’humains zombifiés et désarticulés objets de manipulations orientées selon un degré croissant de complexité comme on l’a vu récemment avec la crise du COVID-19  et maintenant les tensions liées aux thématiques ethniques et/ou confessionnelles dans un monde où le concept fallacieux du choc des civilisations, crée de toutes pièces pour des besoins immédiats en matière de stratégie d’hégémonie, ne pouvait que lamentablement échouer.

Il est temps d’arrêter de se mentir et de créer des mythes. La mystification ne fait qu’aggraver le problème de fond. Le racisme est un syndrome pathologique psychiatrique et ne devrait pas avoir droit de cité. Mais il existe et il est de plus en plus répandu en raison de l’effondrement des valeurs et de la promotion du crétinisme et de la xénophobie. Certains pays y sont plus réceptifs que d’autres. Paradoxalement, le racisme est plus présent dans les pays du monde dit libre que dans les systèmes fermés qualifiés de dictatoriaux. C’est un instrument de contrôle et de manoeuvre. Il n’y a aucune différence biologique entre les humains. Il y a la névrose du Gestalt. De la perception de la perception. De l’apparat.

Le piège de la division à l’infini est une nasse de laquelle il est très difficile d’échapper. C’est un nihilisme  collectif. D’où la nécessité d’éviter tout jugement hâtif ou une foi aveugle dans des stéréotypes simplifiant une réalité bien plus complexe que tout ce que notre esprit peut concevoir. 

L’humain est fragile. Nous sommes tous esclaves d’un système prédateur, aveugle, impitoyable et inhumain qui nous fait dresser les uns contre les autres comme le faisaient les rabatteurs des gladiateurs dans les sous-sols de l’arène du Colisée pour entretenir l’amusement et la frénésie dans les tribunes bondées d’une foule en transe sanguinaire.

Paix à tous les humains de bonne volonté.

https://strategika51.org/2020/06/15/eviter-le-piege-de-la-division/

« La repentance permanente n’est pas supportable ! » Jean-Yves Le Gallou face à Louis-Georges Tin

« La repentance permanente, ce n'est pas supportable ! » Jean-Yves Le Gallou face à Louis-Georges Tin

« La repentance permanente n’est pas supportable ! » Jean-Yves Le Gallou face à Louis-Georges Tin

Europe, l’heure des frontières. 6e colloque de l’Institut ILIADE le 6 avril à Paris. Billetterie en ligne : institut-iliade.com

Le mercredi 27 mars, Jean-Yves Le Gallou – président de Polémia -, était sur RT France afin de débattre face à Louis-Georges Tin, le président du CRAN. Un débat vif et sans concession autour de la polémique sur l’annulation de la pièce de théâtre antique Les Suppliantes à la suite du blocage d’activistes de la communauté noire.


 

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https://www.polemia.com/la-repentance-permanente-nest-pas-supportable-jean-yves-le-gallou-face-a-louis-georges-tin/

Eschyle et le Blackface : haro sur l’héritage antique !

Eschyle et le Blackface : haro sur l’héritage antique !

Foto353.jpg By: Patrik Tschudin – CC BY 2.0

La nouvelle défaite culturelle au cœur de la Sorbonne pose le bilan de ce qui reste de l’enseignement d’Eschyle aujourd’hui.

 

« La démesure en fleurissant produit l’épi de la folie, et la récolte est une moisson de larmes ». Si Eschyle avait été à la Sorbonne cette semaine, il aurait sûrement été déçu du peu de cas que certains de nos contemporains font de ses enseignements. Toute l’œuvre de sa vie, en effet, aura servi une cause : le contrôle des passions, le rejet de l’hybris, cette terrible démesure qui avilit l’homme. Car sans mesure, point de justice.

L’ÉDUCATION À LA JUSTICE PAR LA TRAGÉDIE

Chez les Grecs, cette éducation à la justice se fait par le biais de la tragédie. Ce genre littéraire, né au milieu du IVe siècle avant Jésus-Christ, a pour but d’accorder les Hommes et les dieux en les humanisant.

En effet, les tragédies sont toujours le théâtre d’un conflit ; un conflit entre un homme, qui est en quelque sorte le champion de l’Humanité, et une puissance divine qui s’acharne contre lui. Cette mise à l’épreuve perpétuelle fait office de catharsis pour l’auditoire, qui peut ainsi se libérer de ses propres passions en voyant le héros les surpasser pour se réconcilier enfin avec le divin. Cet apprivoisement du divin par les Hommes passe par la reconnaissance de la Justice.

Dans les tragédies grecques, les hommes, comme les dieux, sont à la recherche du comportement juste. À ceci près que seuls les Hommes payent leurs injustices, puisque nul ne peut faire payer la leur aux dieux. Les Hommes et les dieux vont ainsi mûrir simultanément petit à petit, et cette maturation est d’autant plus facilitée que les dieux sont de plus en plus affublés de caractères humains.

La tragédie est donc l’outil permettant de concilier le Destin et la Justice divine. « Ainsi la poésie d’Eschyle, toujours courageuse à nourrir l’art dramatique des conflits les plus redoutables qui puissent opposer les hommes au monde dont ils font partie, puise ce courage renouvelé dans la foi profonde du poète en l’existence d’un ordre harmonieux auquel collaborent enfin les hommes et les dieux1 ».

UN HÉRITAGE BAFOUÉ

Après deux mille ans à mûrir la sagesse grecque, la scène qui s’est déroulée à la Sorbonne lundi 25 mars est surréaliste. Le désormais bien connu Conseil représentatif des associations noires de France (Cran) a mis fin à la représentation de la plus ancienne tragédie d’Eschyle, Les Suppliantes, à cause de la non moins connue « propagande afrophobe, colonialiste et raciste »occidentale. À grands coups d’épreuves de force et d’injures, les étudiants et les associations ont forcé les comédiens à quitter la scène.

Un tel déchaînement de passions a été suscité par le recours aux black faces, c’est-à-dire le fait que des individus blancs se griment en individus noirs. Ces derniers y voient là une appropriation culturelle, descendant directement de la colonisation.

Paul-Victor Desarbres, maître de conférence en littérature à la Sorbonne, nous explique :

Philippe Brunet, le metteur en scène de la pièce, a voulu baser sa mise en scène sur des pratiques théâtrales antiques. Qu’est-ce que cela implique ?

Brunet a fondé une compagnie, Demodocos, pour promouvoir des mises en scènes qui font revivre le théâtre antique. Il s’agit à la fois de reconstituer certains éléments clés des représentations pour autant que cela est possible, et à la fois d’en faire revivre surtout l’esprit. C’est un théâtre qui crée pour nous une distance à laquelle nous ne sommes pas habitués : les personnages sont costumés, masqués. Leur apparence est très stylisée, comme conçue pour être distinguée de loin. Il n’y a pas la dimension psychologisante qui marque le théâtre actuel. On peut avoir l’impression que les acteurs sur scène s’adressent au public et déclament plutôt qu’ils ne font semblant de se parler entre eux. Comme dans la tragédie antique, le chœur (groupe de personnages) chante une partie du texte en grec avec une mélodie conçue selon les principes de la musique grecque antique. À travers cette poésie orale et visuelle, on effectue comme un voyage en Grèce antique – dépaysement garanti.

Dans Les Suppliantes, des jeunes filles préfèrent « fuir sous la conduite des étoiles » plutôt que de perdre leur liberté. Comment s’exprime le paradoxe entre le message porté par le texte d’Eschyle et l’obstruction violente faite envers la liberté d’expression ?

Les Suppliantes ou Danaïdes sont des exilées qui ont fui l’Égypte et le mariage que veut leur imposer leur oncle Egyptos. Accompagnées de Danaos, elles demandent asile dans la cité d’Argos. Après quelques hésitations, le roi accepte de les protéger, mais un héraut survient qui doit les ramener de force en Égypte. La pièce toute entière fait alterner espoir lumineux et désespoir dans les chants du chœur des Suppliantes qui est aussi le personnage principal.

Plutôt qu’un paradoxe, je verrai là deux problèmes distincts : sur le fond, le refus de se confronter au sens d’un discours ou d’une œuvre et sur la forme, une manière d’agir illégale et choquante.

Le refus de se confronter au sens du texte, à ce que signifient ces mots, n’est pas le monopole de tel ou tel militant. C’est un fléau qui touche toutes les couches de notre société. On fait trop volontiers abstraction du sens d’un discours pour ne récuser que des mots, des actes comme symptômes indiscutables d’une attitude condamnable. Va-t-on interdire le théâtre de Jean Genet ? Ce serait une jolie contradiction.

Une conséquence effroyable, c’est qu’on refuse à tel ou tel de laisser plaider sa cause – en l’occurrence de voir quelle sera la mise en scène (il n’y avait là que des photos). Or c’est justement à ce propos que la tragédie grecque porte une vertu : on y parle, on y palabre, on y gémit, on y demande – en vain ou avec succès. Danaos et les Suppliantes plaident pour être accueillies à Argos. Notre époque manque de tels « héros orateurs ». Dans la tragédie, la confrontation de paroles est parfois dure, violente ; mais elle laisse une part à la capacité d’argumenter – que celle-ci ait une efficacité ou non.

Que répondrait Eschyle à ces détracteurs ?

Danaos met en garde ses filles de l’hostilité qui toujours pourra resurgir à leur encontre chez les Argiens, en dépit de l’heureux dénouement de la pièce : « Chacun porte une langue à médire de l’étranger… ». Méfions-nous, nous sommes tous tentés de réagir impulsivement et de médire sans prendre le temps de voir et de connaître.

 

  1. André Bonnard, Civilisation grecque : de l’Iliade au Parthénon

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