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Le pape combien de divisions ? Par Guillaume Berlat

19.août.2018 // Les Crises

Le pape combien de divisions ? Par Guillaume Berlat

Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 02-07-2018

« Il faut, comme Dumersais l’observe après plusieurs écrivains, distinguer avec soin la cour de Rome, le pape et le Saint-siège » (Jean Le Rond d’Alembert). Il est vrai qu’il est difficile, parfois impossible pour le béotien de distinguer des concepts qui lui apparaissent voisins mais en réalité ne sont pas si proches qu’il n’y paraît à première vue. D’où vraisemblablement, la difficulté qui existe à porter un jugement objectif sur le bilan de l’action d’un pape. La tâche est d’autant plus ardue que le descendant de Saint Pierre est une personnalité aussi atypique et non conformiste que l’est celle du pape François, Jorge Mario Bergoglio né en 1936 à Buenos Aires (Argentine). Cinq ans après son élection (13 mars 2013) par le conclave, quels sont les premiers enseignements que l’on peut tirer du pontificat du 266e pape de l’Église catholique dans un monde aussi complexe qu’imprévisible ?

Rarement en manque d’imagination, nos perroquets à carte de presse ne font pas dans la mesure, sombrant dans l’excès alors que la prudence s’impose pour juger de son action à l’intérieur et à l’extérieur de la Cité dont il est le chef d’État. Comment juger sérieusement l’action d’un souverain pontife sur la base de sondages d’opinion (volatils par nature) alors que son action se place dans le temps long de l’intemporel (celui de l’éternité) et dans la dimension spirituelle (celle de la religion catholique) ?1 Ne dit-on pas dans les couloirs feutrés du Vatican que « le diplomate séduit, le gestionnaire déçoit » !

VOLONTÉ AFFFIRMÉE ET ASSUMÉE DE RÉFORME EN PROFONDEUR

La critique est aisée, l’art est difficile, y compris lorsque l’on sait que les voies du Seigneur sont impénétrables. Après une longue période de papamania, les critiques se font jour à l’intérieur et à l’extérieur du Vatican. Qu’en est-il des projets de réforme du pape François tant en ce qui concerne les structures que les esprits ? Que dire de la sévérité des médias ?

Une réforme des structures par les mentalités : le plaidoyer pour la « dignité humaine »

Si l’on en croit les sondages des cœurs et des âmes, les Chrétiens plébiscitent « en même temps » sa volonté de secouer le conservatisme de la Curie romaine2, voire ses excès d’apparat, en un mot son progressisme tout en critiquant sa gestion du scandale de la pédophilie (Cf. les réactions hostiles lors de son dernier déplacement en Amérique latine et, plus particulièrement, en Argentine)3. Les experts du Vatican considèrent que s’est ouverte, avec ce voyage en pays de connaissance, la crise la plus violente de son pontificat, cinq ans après son élection, le 13 mars 2013. Ce que l’on découvre au fil des ans est que le pape François met constamment l’accent sur la défense des faibles, des démunis, des méprisés face aux forts et aux puissants.

De Lampedusa, où il fulmine contre la « mondialisation de l’indifférence » qui laisse périr les migrants en mer, au discours de Santa Cruz (Bolivie) qui enrôle l’Église aux côtés des « mouvements populaires », des prisons qu’il ne cesse de visiter aux « esclaves sexuels » dont il prend la défense, le pape argentin tonne comme le « Dieu argent », les trafiquants d’êtres humains et les fabricants d’armes. N’est-il pas tenté de donner de plus crédit à la parole d’un hiérarque chilien qu’à de simples fidèles ? Ne prête-t-il pas le flanc à l’accusation de cléricalisme ? Voilà pour les critiques actuelles ! Même si les choses ont évolué dans le bon sens.

Mais, notre jugement ne peut être que balancé tant il saisit l’occasion de chacune de ses rencontres annuelles avec la Curie romaine pour critiquer administration dysfonctionnelle minée par les conflits internes. Il est le premier pape à s’exprimer avec vigueur contre les forteresses du conservatisme au Vatican. Entre la parole et l’action, il existe toujours un grand pas à franchir. Cinq ans, c’est long mais c’est court. La France est bien placée pour le savoir. Le dossier noir, qui est mis à son débit, porte sur la lutte contre la pédophilie qu’il qualifie la « plus grande des désolations que l’Église est en train de subir ». Ceci le conduit à reconnaître ses « graves erreurs d’appréciation » sur le dossier des scandales de la pédophilie touchant des ecclésiastiques au Chili4 et à prendre les mesures qui s’imposent5. Ceci mérite d’être relevé et médité par nos dirigeants politiques bonimenteurs.

Une réforme des esprits par les pratiques : la querelle des anciens et des modernes

Ouvrant le pré-synode des jeunes, en présence de 285 représentants de la jeunesse du monde entier au Vatican le 19 mars 2018, le pape François, qui vient de publier un ouvrage sur la jeunesse6, affiche un ton incisif en les encourageant à parler « sans gêne » ni peur d’énoncer des « vérités crues ». Il leur rappelle que l’éducation doit permettre de conserver une « capacité d’étonnement » et « d’ouverture au mystère de l’autre ». Il ajoute que « pour avoir une éducation complète, il faut les trois langages : celui de la tête, pour bien penser, celui du cœur pour bien sentir, et celui des mains pour bien faire »7. Lors de son message pascal (1er avril 2018), le pape François fait des jeunes sa priorité (les écouter), axe d’action structurelle pour l’Église mais aussi pour le souverain pontifical.

Ne souhaitant pas s’attaquer frontalement au dogme et à son intangibilité, le souverain pontife préfère faire évoluer les pratiques en poussant le Vatican à abandonner l’entre-soi et en s’ouvrant vers l’extérieur, vers l’avenir et la jeunesse. Pour lui, il faut que les jeunes s’engagent dans « la marche de l’Église »8. Ceci relève d’une habile stratégie de contournement. À ses yeux, le prochain synode sera le temps d’un appel lancé à l’Église pour qu’elle « retrouve un dynamisme jeune et renouvelé » et cela contre « la routine » et « on a toujours fait comme ça ». L’Église doit rester en « mode créatif » dans « l’authentique tradition chrétienne », ce qui « comporte des risques ».

Une intransigeance des médias à l’égard du pape : le manque de charité chrétienne

Les médias ne laissent rien passer. Chaque erreur est stigmatisée comme l’affaire du floutage des remarques acides du pape émérite, Benoît XVI qui conduit à la démission au puissant « ministre » de la communication du Vatican, Monseigneur Dario Vigano9. Face à la polémique qui grossissait, le Vatican a été contraint de publier tout le document accompagné d’une note qui récuse toute « manipulation »10. Il est vrai que ces mêmes médias font preuve d’une bienveillance particulière lorsqu’il s’agit des bobards, des mensonges, des contre-vérités que nous servent, à longueur de journée, nos dirigeants de droite, de gauche comme de la République en marche arrière. C’est que le pape François dérange par ses saillies régulières contre « la pétrification mentale », contre la « mondanité spirituelle ». « Faire des réformes à Rome, c’est comme nettoyer le Sphinx d’Égypte avec une brosse à dent » s’exclame-t-il ! Il agace par la tendance à faire la morale à ses troupes et même à terroriser ses collaborateurs. À quand, quelques plaintes pour « burn out » pontifical ? En un mot, il dérange par son non conformisme dans un environnement conformiste, parfois traditionnaliste.

Il est difficile d’être fort à l’extérieur avec des fragilités à l’intérieur. Ce sont ces deux voies parallèles que suit le pape François depuis plus de cinq ans. Surtout dans la mesure où « le pape est le premier dont le pontificat se déroule à l’échelle du monde »11.

VOIX SINGULIÈRE ET FORTE SUR LA SCÈNE INTERNATIONALE

Il y aurait beaucoup à dire de la diplomatie vaticane tant elle est complexe, souvent entourée d’un halo de mystère, les voies du Seigneur étant par nature impénétrables12. Essayons de replacer l’action du Saint-Siège dans sa dimension absolue et dans sa dimension relative !

La diplomatie vaticane dans l’absolu : une action en dehors et au-dessus des Nations

Une diplomatie ancienne. La diplomatie vaticane est bel et bien adossée à un héritage multiséculaire, mais elle doit constamment faire face à l’inattendu. Usant du réseau planétaire de ses nonciatures, la diplomatie vaticane entend œuvrer discrètement mais utilement dans le champ du temporel. Dans son discours devant l’ONU, le 4 octobre 1965, Paul VI renonce à jouer la compétition entre les Etats souverains. Il ne se dit « investi que d’une minuscule et quasi symbolique souveraineté temporelle : le minimum nécessaire pour être libre d’exercer sa mission spirituelle et assurer ceux qui traitent avec lui qu’il est indépendant de toute souveraineté dans ce monde ». Le Saint-Siège est présent dans les grandes agences et enceintes internationales. Personne ne remet en question cette présence sur la scène mondiale, ni ne conteste le fait que le Saint-Siège est un acteur incontournable des relations internationales. Après l’ouverture de relations diplomatiques avec la Russie en 2009 (Cf. visite de Vladimir Poutine au Pape le 25 novembre 2013), le Vatican a des relations avec 174 Etats, soit plus du double de ce qui existe au début du pontificat de Jean-Paul II.

Une diplomatie de l’efficacité. Pour mener sa mission, le micro-État (44 hectares) qu’est le Vatican possède un appareil doté d’une solide expérience. À la manœuvre, le cardinal Pietro Parolin décrit par un vaticaniste comme « un diplomate courtois, à l’écoute, qui joue un rôle essentiel sur les grands dossiers internationaux, notamment dans la négociation avec les FARC, la rencontre avec Kirill, le réchauffement Cuba/États-Unis »13. Même si la structure dirigée par Richard Gallagher, prélat britannique est modeste (l’équivalent d’une direction du Quai d’Orsay), elle tire sa force de la quasi-universalité de son réseau (ses nonciatures) que l’on retrouve dans 195 États dans le monde. Seuls une dizaine n’entretient pas n’entretiennent pas de relations avec le Saint-Siège, les trois plus importants étant l’Arabie saoudite, la Chine et le Vietnam. Avec son statut d’observateur, le Vatican peut faire entendre sa voix au Conseil de l’Europe (Strasbourg), à l’OSCE et à l’AIEA (Vienne) et à l’ONU (New-York). Constant sur le sujet du désarmement, il est le premier État à avoir signé le traité d’interdiction des armes nucléaires (TIAN) en juillet 2017.

Une diplomatie des marges. La diplomatie du Vatican est astucieuse dans la mesure où elle échappe aux critères courants. Par sa nature même, le dirigeant du plus petit État au monde ne peut jouer dans la Cour des grands, membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et détenteurs de l’arme nucléaire. Sa diplomatie, pour être efficace, se doit d’être une diplomatie des marges fondée sur une parole prophétique, sur un regard distancié. La diplomatie du Vatican excelle dans la discrétion et dans l’ombre, ce qui la rend d’autant plus efficace. Elle sait effectuer une distinction entre les conflits sur lesquels elle a prise et sur les autres, en ne dispersant pas inutilement. Elle essaie de faire preuve de clairvoyance dans le diagnostic des nombreux maux du XXIe siècle. Clairvoyance qui fait sérieusement défaut à nos dirigeants l’œil rivé sur le très court terme et sur le buzz.

Une diplomatie engagée. Ne redoutant pas de quelconques représailles sur le plan économique et commercial, la diplomatie du Vatican se réclame d’une diplomatie des valeurs. L’environnement14, les migrants… sont ses chevaux de bataille. Certains lui font parfois le reproche d’être un dirigeant d’ONG humanitaire, rompant avec certaines conceptions archaïques du message pontifical. Peu importe, en ces temps tourmentés, le pape François n’hésite pas à choisir ses combats à l’occasion des fêtes de Pâques 2018, en appelant à la fin de « l’extermination en cours » en Syrie ou à « la réconciliation en Terre sainte ». Il stigmatise le « génocide arménien ». Pour l’instant, il reste silencieux sur la question kurde. Pourquoi ? Jusqu’à quand ? Le pape François, c’est la force de la parole contre les dérives de notre époque, la force et la simplicité du message, la parole singulière qui appelle à revenir à l’essentiel qui fustige « la globalisation de l’indifférence ». En un mot, sans faire de mauvais jeu de mots, un « homme qui a choisi de faire de sa parole une arme contre les défis de notre temps »15. Une approche originale qui sied parfaitement à une autorité spirituelle.

La diplomatie vaticane dans le relatif : la médiation entre États16

La qualité de l’information. La force principale de la diplomatie du Saint-Siège tient à la qualité des informations qu’elle recueille aux quatre coins de la planète. Elle est informée en temps réel par son réseau irremplaçable d’informateurs discrets mais attentifs que sont les évêques, les cardinaux, les prêtres, les religieux, les missionnaires qui sont les témoins oculaires de ce qui passe partout, y compris dans les zones de crise et de guerre. Leurs rapports n’ont rien à envier à certains des télégrammes diplomatiques façon Norpois du Quai d’Orsay. Un véritable réseau d’espions en soutane, maugréent certains ! La diplomatie vaticane se déploie tous azimuts. Information à la source que le pape François tient des nombreuses visites que les chefs d’État et de gouvernement lui rendent régulièrement à Rome (Cf. celle d’Emmanuel Macron du 26 juin 2018). « Le défilé ne cesse jamais, le rythme est très soutenu », constate un diplomate européen. Certains vont jusqu’à dire que « le pape est l’aumônier les chefs d’État et de gouvernement » tant certains d’entre eux sont des visiteurs réguliers.

La spécificité du message. Délaissant le « centre », ce pape des « périphéries » est à Lampedusa, à Lesbos, en Albanie, en Géorgie, en Azerbaïdjan… Il se veut la conscience du monde. Le souverain pontife se place résolument du côté des humbles, des discriminés. Il incite les catholiques à aider les plus pauvres et accueillir les migrants (il met un bémol ces dernières semaines) tout en les appelant à faire chaque jour leur examen de conscience17. Son activité internationale est volontairement ciblée sur une quinzaine de dossiers et sur des endroits précis. Une action internationale articulée avec sa vision du monde. Autre axe de son pontificat, « l’écologie intégrale » qu’il défend dans son encyclique « Laudato Si’ » (2015). Comme le souligne Hubert Védrine : « cette encyclique, même si elle présente des côtés trop systématiques, a un impact profond. Elle conforte un mouvement ‘d’écologisation’, avenir de l’humanité et de l’économie ; c’est une contribution extraordinaire, tranquille, sans tapage, à une évolution des mentalités ». Le pape souhaite s’en tenir à la « sagesse du peuple ; le salut ne vient pas des experts qui cogitent dans leurs bureaux ». D’où sa critique marquée des élites. Il sait communiquer à la perfection. Une parole relayée chaque jour jusqu’aux confins de la planète par les 350 personnes de Radio Vatican, rebaptisée Vatican News depuis le 1er janvier 2018, sur tous les supports en 40 langues. Ce qui permet de « porter le pape au cœur du monde ». Un journaliste va même jusqu’à dire que Vatican News se situe dans « une logique de promotion de la marque pape François ».

La pertinence et l’actualité de son action. Le premier mouvement du Pape François sur le terrain géopolitique est la dénonciation de l’éventuelle intervention militaire en Syrie. Le grand mérite de François est d’avoir repris le flambeau du pape diplomate, que ce soit pour resserrer les liens avec l’orthodoxie, pour défendre la cause des chrétiens d’Orient, particulièrement menacés en Syrie, ou pour inviter Israéliens et Palestiniens à prier pour la paix au Vatican. Son voyage en Jordanie, Israël et Palestine (24-26 mai 2014) signe le retour de la diplomatie vaticane. Deux thématiques dominent son action : l’attention portée aux crises immédiates (Syrie, conflit israélo-palestinien, RCA) et un intérêt accru pour les questions sociétales (climat, environnement, économie, social, immigration avec sa visite à Lampedusa). Il porte à la une de l’actualité la cause des Rohingyas, minorité musulmane de Birmanie.

En Afrique, il joue les intercesseurs pour la paix au Mozambique, en Centrafrique et en RDC et projette de se rendre au Soudan du sud, ce que lui déconseille son entourage pour des raisons de sécurité. Avec en toile de fonds, la volonté d’être une « conscience dans la mondialisation ». Il stigmatise les marchés financiers, décrits comme des machines à enrichir un tout petit nombre au détriment de tous les autres, dans un document, qu’il n’a pas écrit, mais qu’il a approuvé : Oeconomica et pecuniariae quaequestiones18. Sa voix comme cette voie sont prises au sérieux. Sans être un diplomate de formation, il se révèle fin géopoliticien. A la diplomatie normative des traités, il préfère la diplomatie des mains jointes : « la prière possède une force politique à exploiter ». À la diplomatie de l’exclusion, particulièrement en vogue chez les dirigeants occidentaux, il préfère la diplomatie inclusive, jouant d’une grande habileté pour ménager tout le monde.

La déclaration d’amour de Jupiter à l’église catholique. De manière surprenante, alors qu’on l’attendait sur le thème de la laïcité, Jupiter se rend au Collège des Bernardins, le 9 avril 2018, pour y discourir (plus d’une heure comme à l’accoutumée) sur la relation entre l’État et l’église dont il veut réparer le lien19. Il rencontre le pape François à Rome le 26 juin 2018. Cette première visite se déroule sous de meilleurs auspices que celle de son prédécesseur qui fut lamentable et qui se déroula dans un contexte de polémique sur la personnalité de l’ambassadeur désigné pour représenter la France auprès du Saint-Siège20. Après un an de vaines polémiques, François Hollande retirera cette candidature inopportune. Le plus fort n’est pas celui que l’on croit.

« Le véritable doute consiste à douter de tout, y compris du bienfondé de ce doute » nous rappelle Descartes. Le défi, que doit relever le pape François, se situe aussi bien en interne qu’externe avec des évènements qui viennent de loin et les « sombres temps » (Hannah Arendt) d’un monde aux repères brouillés. Il veut en finir avec le temps des hypocrisies, des fausses pensées, de la bienpensance, du dogme mortifère et d’une liturgie désuète tout cela embrumé de langue de bois. Tout en ne récusant pas de traiter les problèmes du court terme, il place son action dans une vision à long terme. Il se méfie de l’impuissance du pouvoir. Pendant ce temps, la colère des peuples gronde. Le pape François cherche à regarder le réel en face. Son message prophétique est parfois dérangeant à l’instar des lanceurs d’alerte21. Comme le rappelle Marivaux « il faut avoir du jugement pour sentir que nous n’en avons point ». Alors que les cartes de la géopolitique sont rebattues et que les régimes autoritaires se multiplient, la force de la diplomatie du pape François tient à sa vertu, ne cherchant à vendre ni armes, ni à conquérir des marchés ou à gagner de l’influence par la force si ce n’est celle de ses idées. Ce qui lui procure une liberté de manœuvre indéniable et réelle bien que l’on puisse toujours dire, comme aurait dit Staline à Pierre Laval en 1935, le pape, combien de divisions ?

Guillaume Berlat
2 juillet 2018

1 Jean-Marie Guénois, La popularité du pape François faiblit chez les catholiques, Le Figaro, 13 mars 2018, pp. 1-2-3.
2 Cécile Chambraud, Les embarras du C9, le cénacle chargé de transformer la curie, Le Monde, 11-12 mars 2019, pp. 2-3.
3 Cécile Chambraud, La réforme du pape à l’épreuve de la pédophilie, dans Les cinq ans de François au Vatican, Le Monde, 11-12 mars 2018, pp. 1-2-3.
4 Cécile Chambraud, Le pape confesse ses « erreurs » sur la pédophilie au Chili, Le Monde, 13 avril 2018, p. 5.
5 Cécile Chambraud, Le pape accable l’église du Chili à propos de la pédophilie. Le Monde, 20-21-22 mai 2018, pp. 1-2.
6 Pape François, Dieu est jeune, Robert Laffont, 2018.
7 Marie Malzac, Le pape exhorte les jeunes au « courage » de parler sans fard, La Croix, 20 mars 2018, p. 18.
8 Jean-Marie Guénois, Le pape engage les jeunes dans la marche de l’Église, Le Figaro, 2 avril 2018, pp. 1-2-3.
9 Cécile Chambraud, Quand le Vatican « floute » les remarques acides de Benoît XVI, Le Monde, 23 mars 2018, p. 5.
10 Jean-Marie Guénois, Comment le Vatican a tronqué une lettre de Benoît XVI, Le Figaro, 19 mars 2018, p. 13.
11 Dominique Wolton rencontre avec le pape François (un dialogue inédit), Politique et société, éditions de l’Observatoire, 2017.
12 Constance Colonna Cesari, Dans les secrets de la diplomatie vaticane, Seuil, 2016.
13 Jérôme Cordellier, À quoi joue le pape François ? Géopolitique, Le Point, 5 avril 2018, pp. 44-45-46-47.
14 Pape François, Le souci de la Maison commune. Lettre encyclique Laudato Si’, Collège des Bernardins, 2015.
15 Céline Rouden, Wim Wenders, le pape et la force de la parole, La Croix, 14 mai 2018, p. 20.
16 Guillaume Berlat, François, un pape diplomate. Le passé recomposé, www.association-desinternationalistes.org , 15 septembre 2014.
17 Jean-Marie Guénois, L’appel du pape François pour tendre vers « la sainteté », Le Figaro, 10 avril 2018, p. 10.
18 Habemus pas d’âme, Le Canard enchaîné, 23 mai 2018, p. 8.
19 Cécile Chambraud, Macron veut réparer le lien » entre Eglise catholique et Etat, Le Monde, 11 avril 2018, p. 10.
20 François Hollande, Au Saint-Siège dans Les leçons du pouvoir, Stock, 2018, pp. 93-94.
21 Étienne de Montety, Lanceur d’alerte, Le Figaro, 13 mars 2018, p. 1.

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Source : Proche & Moyen-Orient, Guillaume Berlat, 02-07-2018

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La Turquie contraint les Églises juives et chrétiennes turques à signer une déclaration

La Turquie contraint les Églises juives et chrétiennes turques à signer une déclaration

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Le gouvernement turc a contraint les responsables de 18 Églises juives et chrétiennes à signer une déclaration attestant de jouir de la liberté religieuse. Parmi les signataires figurent le patriarche grec-orthodoxe Bartholomée Ier, l’évêque arménien Aram Ateşyan et le grand rabbin Ishak Haleva.

Cette déclaration a été publiée par l’agence nationale Anadolu [1], puis citée par le président Recep Tayyip Erdoğan pour assurer qu’il ne persécute pas les chrétiens.

Cette étrange affaire se tient dans le contexte de la demande turque d’extradition depuis les États-Unis du prêcheur musulman Fethullah Gülen ; du refus US de livrer ce collaborateur de la CIA ; et de l’arrestation en retour par la Turquie du pasteur évangélique états-unien Andrew Brunson.

Ankara tente désormais de faire chanter Washington et d’échanger un religieux contre un autre. S’appuyant sur la déclaration extorquée aux églises arménienne et orthodoxe, le président Erdoğan assure que son pays respecte la liberté de religion.

Rappelons que la loi turque interdit la construction de lieux de culte chrétiens. Le patriarcat œcuménique de Constantinople n’est pas reconnu par la Turquie. Les séminaires chrétiens ont été fermés par la police en 1971 de sorte qu’il ne soit plus possible de former des prêtres ou des pasteurs. De nombreuses églises et monastères ont été saisis.

Le président Recep Tayyip Erdoğan salue désormais en faisant avec les mains le signe des Frères musulmans.

[1] “Azınlık cemaatlerinden ’baskı’ iddialarına yalanlama”, Anadolu Ajensi, 31 Temmuz 2018.

http://www.voltairenet.org/article202415.html

Pourquoi les anglo-saxons haïssent-ils la Russie ?

Pourquoi les anglo-saxons haïssent-ils la Russie ?


Par Emmanuel Leroy − le 7 Juillet 2018

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Pour entrer directement dans le cœur du sujet, j’irai au fait et je dirai que si l’on ne prend pas conscience que la guerre en cours contre la Russie aujourd’hui est la même guerre que l’oligarchie anglo-saxonne a mené depuis l’époque élisabéthaine contre l’Espagne et le Portugal, puis contre la Hollande, puis contre la France, définitivement vaincue à Waterloo, puis contre l’Autriche-Hongrie vaincue en 1918 et enfin contre l’Allemagne vaincue en 1945, on ne peut comprendre intimement aucun des grands événements qui se sont déroulés sur le continent européen depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Tous ces peuples européens ont courbé la tête et leurs élites sont passées sous les fourches caudines de la City, aujourd’hui renforcée par Wall Street.


Dans cette lecture rapide de l’histoire de l’Europe des 5 derniers siècles, force est de constater qu’il ne reste qu’un peuple sur le continent eurasiatique qui n’a jamais été vaincu définitivement par les puissances anglo-saxonnes et c’est le peuple russe. Voilà pourquoi ce que les Anglais ont appelé « Le Grand jeu » continue et il continuera jusqu’à ce que la Russie s’incline à son tour ou jusqu’à ce que Mammon tombe de son piédestal.

Si l’on ne rentre pas dans cette logique, on ne peut rien comprendre à la chute du mur de Berlin en 1989, ni aux sécessions programmées des pays baltes, de la Biélorussie, de l’Ukraine et des régions d’Asie centrale ni aux révolutions de couleur en Yougoslavie ni à celle de Géorgie en 2008, ni bien sûr à la crise ukrainienne que nous connaissons aujourd’hui.

La crise ukrainienne

Dans une première analyse, on pourrait dire que la cause première de la guerre résulte de la chute du Président Viktor Yanoukovitch à la suite des manifestations de Maïdan qui a conduit à la mise en place d’un régime néo-bandériste à la solde de l’occident. Puis de manière concertée et volontariste, ce régime manipulé et tenu à bout de bras par le FMI, les USA et la Commission européenne, a créé délibérément les conditions d’une sécession dans l’est de l’Ukraine, comme si on avait voulu créer un abcès purulent aux frontières de la Russie.

Première question : l’agression contre la Russie en Ukraine est-elle une mesure de rétorsion consécutive aux défaites successives subies par les terroristes islamistes manipulés par l’occident sur le front syrien depuis l’intervention russe à l’automne 2015 ? Peut-être, sans doute même, mais cela n’a pas une grande importance dans l’analyse des causes profondes de cette guerre, car ceux qui font la guerre à la Russie aujourd’hui, je ne parle pas des marionnettes de Kiev bien entendu, la font depuis très longtemps et ils n’ont pas besoin d’un prétexte aussi futile qu’une défaite marginale au moyen-orient pour poursuivre inexorablement le but qu’ils poursuivent depuis des siècles. Nous reviendrons sur cet aspect en détail un peu plus loin.

Alors remontons plus avant dans l’analyse des causes de cette guerre. Le magazine russe Zavtra a publié le 15 mars 2015 le compte rendu d’une table ronde organisée autour de la situation actuelle en Russie et en Ukraine, de ses causes et de son impact pour l’avenir. Alexander Nagorny, Secrétaire exécutif du club d’Izborsk implique la perestroïka de Gobatchev dans la genèse de la guerre civile en Ukraine. Il a parfaitement raison d’intégrer cette période de l’histoire russe comme une des causes de la situation de crise qui existe aujourd’hui dans le Donbass, mais à la condition de ne pas oublier d’analyser la pérestroïka et la glasnost gorbatchévienne pour ce qu’elles étaient, à savoir des mesures de déstabilisation et de réorientation politique suscitées par l’occident.
Si l’on se refuse à admettre cette hypothèse, on ne peut rien comprendre aux conditions de la dislocation du régime soviétique et au pillage généralisé qui a suivi durant l’ère Eltsine.

Si l’on remonte encore plus loin dans le temps, on peut considérer que le financement pendant la première guerre mondiale de Trotsky par la City et certaines banques new-yorkaises d’une part et de Lénine par l’Allemagne de Guillaume II d’autre part, afin de renverser la dynastie des Romanov et d’établir un régime totalitaire et spécifiquement antichrétien constituent là encore, une cause ancienne mais probable de la guerre en Ukraine.

Et enfin, si l’on remonte encore un peu le fleuve de l’histoire, on peut considérer que la guerre de Crimée de 1853 s’inscrit aussi dans la même logique, avec les mêmes motivations, que la guerre d’Ukraine qui se déroule actuellement dans le bassin du Don. Que peut-on retenir de significatif dans cette guerre de Crimée menée au XIXème siècle, au-delà du prétexte fallacieux de la question des lieux saints de Jérusalem et du contrôle de la mer Noire pour lequel la France n’avait aucun intérêt stratégique ni même commercial ? Qu’il s’agit là de la première guerre que la France fit au service exclusif des intérêts anglo-saxons, car depuis Waterloo, une grande partie des élites françaises, aristocratie et bourgeoisie confondues, se sont progressivement détournées de l’intérêt national pour servir la cause du maître dominant de l’époque, hier Londres et aujourd’hui Washington.

D’une manière différente, mais toujours en poursuivant le même but, la finance anglo-saxonne, après avoir soutenu l’émergence du nazisme en Allemagne comme elle avait soutenu la révolution bolchevique en Russie, est parvenue à l’un de ses buts en brisant les reins de la puissance germanique, et là encore en amenant les élites allemandes à Canossa, à réduire un autre grand peuple européen au servage idéologique et à le priver de sa souveraineté.

Autrement dit, et pour résumer mon propos, depuis la fin du XVIème siècle au moins, l’oligarchie anglaise, c’est-à-dire aristocratie et finance réunies, a conçu le projet de dominer le monde par tous les moyens, y compris légaux : la guerre, le vol, la corruption, la subversion, le boycott, le blocus, les sanctions économiques, l’assassinat, le chantage, la désinformation… La liste n’est pas exhaustive.

Lorsque certains historiens qualifient de volonté d’équilibre entre grandes puissances la politique de Londres depuis Henry VIII jusqu’à la première guerre mondiale, ils n’ont que partiellement raison. Derrière le jeu des alliances successives avec l’Autriche, la Prusse, la Russie, la France, la Suède ou d’autres, se dessinait toujours la volonté de faire tomber l’une après l’autre toutes les puissances qui dominaient le continent européen et qui pouvaient compromettre le grand projet thalassocratique. D’abord il fallut briser l’empire de Charles Quint et sa suprématie maritime dans le commerce des Amériques, puis briser la puissance française qui domina l’Europe de la fin du XVIIème siècle jusqu’à Waterloo.

Puis il fallut à l’oligarchie anglo-saxonne deux guerres mondiales pour réduire à néant la puissance germanique en mobilisant pour cela toutes les énergies des nations qu’elle avait subjuguées. Pour abattre la puissance allemande, il était vital dans le plan des anglo-saxons que l’URSS s’oppose à l’Allemagne nazie et que ces deux géants de la scène européenne s’affrontent et s’épuisent dans une lutte mortelle ce qui advint. Cet éclairage permet avec le recul de mieux comprendre l’intelligence politique du pacte Molotov-Ribbentrop dont Hitler et les dirigeants nazis n’ont pas compris la réelle portée, ainsi que l’a montré l’expédition à Londres que fit Rudolf Hess en 1941.

Alors aujourd’hui où en est-on ?

L’oligarchie anglo-saxonne a gagné la guerre idéologique puisque depuis la fin de l’Union soviétique aucune puissance dans le monde n’offre d’alternative à son discours libéral et libertaire. Or, il s’agit d’une lutte à mort dont l’enjeu, le Grand Enjeu, est la domination mondiale, ce dont les néo-conservateurs américains ne se cachent même plus. Le monde unipolaire qu’ils souhaitent instaurer est celui que George Orwell dénonçait dans son roman 1984. Ces gens-là rêvent d’une humanité réduite en esclavage et dont ils seront les maîtres tous puissants.
La dernière forteresse qu’il leur reste à conquérir se trouve sur les rives de la Moskova. Et la guerre qu’ils feront, qu’ils font, pour conquérir le Kremlin est une guerre totale : Idéologique, culturelle, religieuse, économique, technologique et bien sûr militaire.

Ils se serviront des centaines d’organisations non-gouvernementales comme celles de Monsieur Soros et de ses amis, ils appliqueront la politique des sanctions, ils achèteront les esprits et les âmes et ils donneront leurs directives aux agents de la 5ème colonne afin de saboter et d’affaiblir la puissance slave. Ils paieront des Femen, des Pussy Riot ou des Navalny pour salir et faire tomber la Sainte Russie.

Face à cette volonté de conquête de la part du monde anglo-saxon et de son oligarchie financière, face à des êtres pour qui la Russie traditionnelle représente tout ce qu’ils haïssent et qu’ils veulent voir disparaître, les Russes ne peuvent se contenter de contester leurs mensonges à la tribune de l’ONU. La responsabilité de la Russie aujourd’hui est historique et l’enjeu va bien au-delà d’une Sainte Alliance telle que celle dont rêvait le Tsar Alexandre 1er, car si la Russie tombe demain, c’est toute l’humanité qui tombera avec elle sous la férule du monde abject de l’argent.

En conclusion, je dirais que le courage et la volonté ne suffiront pas pour gagner cette guerre. Cette fois-ci, il ne faudra pas compter sur le général Hiver pour l’emporter. Car l’arme principale utilisée par nos ennemis est l’arme culturelle et les batailles qu’ils sont en train de livrer se déroulent déjà depuis un quart de siècle de Pskov à Vladivostok. Le cinéma, la musique, les concerts de rock, la peinture, le théâtre, la littérature, l’enseignement, les médias, Internet, tous ces vecteurs sont utilisés pour transformer l’âme du peuple russe et le subvertir, comme ils sont toujours utilisés en occident pour maintenir les populations dans l’adoration de leurs maîtres et des régimes pseudo démocratiques qu’ils nous ont imposés.

Il découle de cela que le pragmatisme et le bon sens utilisés comme moyens de défense en réplique aux attaques que la Russie subit de manière croissante ne sont pas des armes suffisantes face à l’hégémonie idéologique et culturelle de notre adversaire commun. Contre l’idéologie des droits de l’homme et du libre marché il faut opposer une vision du monde alternative qui démontre la nocivité des buts poursuivis par l’oligarchie anglo-saxonne. Pour contrer cette idéologie mortifère qui se sert de l’individualisme pour tuer les peuples et les asservir, il faut promouvoir la liberté des peuples et la pluralité des cultures contre le totalitarisme rampant de l’hegemon anglo-saxon. Le conservatisme et le patriotisme sont sans doute des armes qu’il faudra utiliser, mais je ne suis pas certain qu’elles seront suffisantes pour l’emporter. C’est une guerre de religion que mène le Système et l’un de ses buts primordiaux est d’achever l’éradication de la religion chrétienne sur le continent européen. Et la Russie est l’un des lieux où renaît cette foi. Voilà un crime impardonnable.

Emmanuel Leroy

Président de l’association humanitaire
Urgence Enfants du Donbass

 

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-les-anglo-saxons-haissent-ils-la-russie

 

 

Deux croix sciées sur des sommets dans les Pyrénées-Orientales

Deux croix sciées sur des sommets dans les Pyrénées-Orientales


La date où ces deux croix ont été sciées n’est pas précisée. Je lis sur le forum de discussion  Pyrénées Team que la croix installée au sommet du mont Cambre d’Aze avait disparu avant le 10 octobre  2017. S’agit-il de la même que celle dont l’évêque signale la disparition ? Rappelons que les maires des communes sur le territoire desquelles les croix étaient érigées depuis 2015 avaient donné leur accord : Hélène Josende, maire d’Angoustrine-Villeneuve-les-Escaldes pour celle du Carlit, et Jean-Luc Molinier, maire de Saint-Pierre-dels-Forcats pour celle du Cambre d’Aze. Voici le communiqué indigné de Mgr Norbert Turini, évêque du diocèse de Perpignan-Elne en date du 24 juillet.

Absent de Perpignan pour quelques jours, j’ai été mis au courant par mes collaborateurs et par la presse locale de la gravité des faits qui se sont produits aux sommets du Carlit et du Cambre d’Aze où des individus n’ont rien trouvé de mieux que de scier ces croix plantées en 2015.

Ce sont les militaires du CNEC [Centre national d’entraînement commando] qui les avaient payées, qui avaient fourni tout le matériel pour leurs poses et obtenu les autorisations du Conseil Départemental, du Parc naturel et des municipalités concernées.

Certains, au nom du respect de la laïcité avaient déjà demandé que ces croix plantées sur les sommets de nos montagnes, soient retirées, en faisant appel à la puissance publique au moyen d’une pétition.

Si la république se sent offensée par ces croix, je lui en demande pardon.Mais qui va demander pardon aux catholiques et plus largement à tous les chrétiens qui reconnaissent dans la Croix le symbole de leur foi ?
Je me demande si l’on n’est pas en train de se tromper de combat !
C’est une tradition très ancienne que des croix soient plantées au sommet de nos montagnes, pas seulement en pays catalan, mais ailleurs.

Ceux qui plantaient ces croix avant 1905 étaient dans la tradition. Et ceux qui les plantent après ne le sont plus, voire sont dans l’illégalité ? Comme si les lois de 1905 avaient supprimé toute tradition.

Il y a dans ce département et dans d’autres des gestes naturels, spontanés, qui font partie de notre culture locale et qui sont posés, non par provocation ni pour contrevenir à la loi, mais parce qu’ils sont reliés à notre propre histoire. Et, je tiens le préciser il y a des croyants mais aussi des incroyants qui s’associent à la pose de ces croix.

Je connais de fervents défenseurs de la laïcité qui n’hésitent pas pour la saint Jean-Baptiste à apporter leurs fagots de bois à la Croix du Canigou plantée en 1943. Sont-ils en contradiction avec leurs principes ? Je pense qu’ils ne se posent même pas la question, parce que c’est une tradition qui fait partie de leur culture.
Quant aux auteurs de ce délit, je suis indigné est triste pour eux.
Aujourd’hui les croix ne sont pas plantées que sur le sommet de nos montagnes mais dans la vie des migrants, des chômeurs, des malades, des handicapés, des gens de la rue, des familles sans ressources, des jeunes en grande précarité, des croyants persécutés, etc. C’est pour ces croix-là qu’il nous faut mener le vrai combat afin de faire valoir leur dignité.
Monseigneur Norbert Turini,  évêque de Perpignan-Elne

Source : diocèse de Perpignan-Elne, 26 juillet

 

La Chine débordée par ses missionnaires évangéliques

La Chine débordée par ses missionnaires évangéliques

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La République populaire de Chine, qui s’est longuement affrontée à la secte du Falun Gong [1], découvre avec stupeur la résurgence du « Mouvement du retour à Jérusalem ».

Cette secte évangélique était puissante dans les années 1920 dans la province de Shandong (au Nord-Est de la Chine), une région avec une tradition religieuse syncrétiste. Elle disparut avec la révolution nationaliste, et ressurgit aujourd’hui, particulièrement parmi la diaspora chinoise en Afrique.

La secte est dirigée depuis le Royaume-Uni par le Frère Yun (photo), de son vrai nom Liu Zhenying. Ce pasteur, qui fut emprisonné en Chine, se serait évadé d’une prison à haute sécurité grâce à son pouvoir d’invisibilité. Il aurait également jeûné durant 80 jours, manifestant des capacités doubles de celles du Christ.

Les missionnaires de la secte se déplacent le long des chantiers de la route de la soie. Ils véhiculent parmi la diaspora une idéologie anti-communiste et présentent le président Xi Jinping comme un faux dieu.

Depuis peu, le mouvement tente de prendre racine en Chine populaire à l’occasion du retour de Chinois de la diaspora. Beijing semble prendre désormais très au sérieux le danger qu’il représente.

 

Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Publié par Brujitafr sur 10 Mai 2018, 07:39am

Catégories : #ACTUALITES, #CONFLICTS DANS LE MONDE, #3 ème guerre mondiale

Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Un conflit qui dure depuis seize mois et qui aurait fait des milliers de morts selon une comptabilité tenue soigneusement par les médias des pays occidentaux qui attribuent insidieusement les morts uniquement au régime de Damas et non aussi aux insurgés armés lourdement par les Occidentaux avec l’argent des roitelets du Golfe.

Les chrétiens ont peur de servir de variables d’ajustement d’un conflit qui les dépasse. Ce conflit, un siècle après les accords de Sykes-Picot, met en jeu les mêmes acteurs avec en plus, les Etats-Unis, la Russie et la Chine et…Israël. Les dépouilles sont toujours les mêmes, les dirigeants arabes faibles, lâches qui continuent à s’étriper pour le plus grand bien de l’Empire et de ses vassaux. Avec cette fois-ci, un coup d’arrêt à la tentation d’Empire, de la part de puissances asiatiques qui s’affirment.

Que se passe t-il réellement, et pourquoi Assad ne tombe pas malgré les communiqués triomphalistes présentant des personnalités qui ont lâché le pouvoir, le général Tlass, l’ambassadeur de Syrie en Irak qui s’enfuit au Qatar… Un autre round de négociations sur le règlement pacifique en Syrie s’est tenu dernièrement à Moscou.

Cette fois, le ministère des Affaires étrangères de Russie a invité le président du Conseil national syrien (CNS) Abdel Basset Sayda. Mais il n’y a pas eu de rapprochement de positions. D’autre part, l’émissaire international Kofi Annan, qui poursuit sa tournée en Iran, a rencontré Bachar el-Assad en Syrie pour tenter de trouver une issue au conflit dans le pays. Il a annoncé lundi 9 juillet 2012 être tombé d’accord avec le président Bachar el-Assad sur une « approche » qu’il soumettra aux rebelles syriens.

La diabolisation des médias occidentaux

Et si la version matraquée tous les jours par les médias français n’était pas la bonne ? C’est en tout cas l’avis du politologue Gérard Chalian, sur le plateau de « C dans l’air » du 14 juin 2012, sur France 5 : ce qu’il dit c’est que ce n’est pas uniquement un méchant contre des gentils et que la volonté d’intervention et les hésitations des Occidentaux ne sont pas forcément liées à des sentiments purement humanistes. Il dit qu’une intervention impliquerait beaucoup de conséquences géopolitiques.

Pour lui, ce qui se passe en Syrie est avant tout une affaire politique et non humanitaire. C’est en fait, l’exacerbation du conflit artificiel sunnite /chiite avec d’un côté pour les sunnites l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Union européenne, les Etats-Unis et Israël et de l’autre, les chiites, c’est-à -dire les Alaouites aidés par l’Iran. Le but de la manipulation est de casser l’Iran et de réduire le Hezbollah.

Nous verrons qu’il existe aussi l’argument énergétique. Le témoignage d’une Française, épouse d’un Franco-Syrien, qui a séjourné en Syrie du 19 mai au 12 juin 2012, est édifiant : « Alors que ce pays offrait une totale sécurité, les « Amis de la Syrie » y ont semé la violence. A Alep, des bandes armées ont fait leur apparition dans le 2e semestre 2011 : kidnapping, demandes de rançons… Une mafia très lucrative. Nous avons eu connaissance de nombreux récits d’enlèvements à toute heure et à tout endroit à Alep à un rythme quasi quotidien.

Les enfants ont pris l’habitude de téléphoner à leurs parents dès leur arrivée et départ de l’école. Les militaires et policiers sont les cibles privilégiées pour ceux qui sont payés pour tuer. Ainsi, un commandant de 35 ans a été abattu de 2 balles dans la tête un matin à 8 h 30 alors qu’il achetait du pain. Les commerçants ferment sur ordre d’hommes armés qui menacent de brûler leur boutique. Ainsi, le 2 juin, à la Médine (anciens souks) tout était fermé. Les médias français parlent alors de grève générale anti-régime. Lors de manifestations pro Bachar, des hommes armés s’infiltrent et se mettent à tirer dès que la foule est dense.

Ceci est filmé et envoyé aux chaînes de télévision. Le pouvoir conseille de ne pas faire de manifestations de soutien pour éviter ces tueries. La population, qui est confrontée aux kidnappings, bombes, asphyxie des commerces, connaît des difficultés d’approvisionnement en fuel, essence et gaz. Il n’y a pas pénurie en Syrie, mais les véhicules de transport sont attaqués et brûlés sur les routes. » (1)

« Pour ceux qui à l’étranger souhaitent apporter leur aide, il est impossible de virer de l’argent et impossible d’en retirer sur place (d’un compte en France par exemple). A Damas, tout semble comme avant, vie diurne et nocturne, malgré la menace des bombes. Cependant, beaucoup d’hôtels ont fermé, le tourisme est inexistant. A Homs, un seul quartier reste occupé par les rebelles. Les habitants se sont réfugiés dans les villages alentour chez la famille ou des amis.

Sur les grands axes routiers, l’ASL effectue des contrôles et abat sur le champ un militaire présent. (…) Il n’y a pas de guerre civile en Syrie, les communautés continuent de vivre en harmonie. Il y a des actes de barbarie et de violence de la part de mercenaires et de l’ASL contre des minorités pour provoquer une guerre civile. (…) Monsieur Sarkozy a en son temps exprimé au patriarche maronite venu le rencontrer que les chrétiens d’Orient devaient laisser leur pays aux musulmans et que leur avenir était en Europe. L’Occident applique en Syrie le même scénario qu’en Irak et en Libye. (…) L’opposition en Syrie participe de façon légale au changement. Les gens sont écoeurés par le manque d’objectivité des médias français. La seule source, l’Osdh, basée à Londres, est animée par un Frère musulman, payé par les services secrets britanniques. »(1)

L’argument énergétique

Le professeur Imad Fawzi Shueibi analyse les causes et les conséquences de la récente position de la Russie au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le soutien de Moscou à Damas n’est pas une posture héritée de la Guerre froide, mais le résultat d’une analyse en profondeur de l’évolution des rapports de force mondiaux. La crise actuelle va cristalliser une nouvelle configuration internationale, qui d’un modèle unipolaire issu de la chute de l’Union Soviétique, va évoluer progressivement vers un autre type de système qui reste à définir. Inévitablement, cette transition va plonger le monde dans une période de turbulences géopolitiques.

L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi : la Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient. C’est ainsi que Imad Fawzi Shueibi analyse la situation actuelle. Il écrit : L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi. (2)

« Avec la chute de l’Union soviétique, les Russes ont réalisé que la course à l’armement les avait épuisés, surtout en l’absence des approvisionnements d’énergie nécessaires à tout pays industrialisé. Au contraire, les USA avaient pu se développer et décider de la politique internationale sans trop de difficultés grâce à leur présence dans les zones pétrolières depuis des décennies. C’est la raison pour laquelle les Russes décidèrent à leur tour de se positionner sur les sources d’énergie, aussi bien pétrole que gaz. (…) Moscou misa sur le gaz, sa production, son transport et sa commercialisation à grande échelle. Le coup d’envoi fut donné en 1995, lorsque Vladimir Poutine mis en place la stratégie de Gazprom. (…) Il est certain que les projets Nord Stream et South Stream témoigneront devant l’Histoire du mérite et des efforts de Vladimir Poutine pour ramener la Russie dans l’arène internationale et peser sur l’économie européenne puisqu’elle dépendra, durant des décennies à venir, du gaz comme alternative ou complément du pétrole, avec cependant, une nette priorité pour le gaz. A partir de là , il devenait urgent pour Washington de créer le projet concurrent Nabucco, pour rivaliser avec les projets russes et espérer jouer un rôle dans ce qui va déterminer la stratégie et la politique pour les cent prochaines années. Le fait est que le gaz sera la principale source d’énergie du XXIe siècle, à la fois comme alternative à la baisse des réserves mondiales de pétrole, et comme source d’énergie propre.(…) Moscou s’est hâté de travailler sur deux axes stratégiques : le premier est la mise en place d’un projet sino-russe à long terme s’appuyant sur la croissance économique du Bloc de Shanghai ; le deuxième visant à contrôler les ressources de gaz. C’est ainsi que furent jetées les bases des projets South Stream et Nord Stream, faisant face au projet états-unien Nabucco, soutenu par l’Union européenne, qui visait le gaz de la mer Noire et de l’Azerbaïdjan. S’ensuivit entre ces deux initiatives une course stratégique pour le contrôle de l’Europe et des ressources en gaz.

 

 

Le projet Nord Stream relie directement la Russie à l’Allemagne en passant à travers la mer Baltique jusqu’à Weinberg et Sassnitz, sans passer par la Biélorussie. Le projet South Stream commence en Russie, passe à travers la mer Noire jusqu’à la Bulgarie et se divise entre la Grèce et le sud de l’Italie d’une part, et la Hongrie et l’Autriche d’autre part. »(2)

« Pour les États-Unis, poursuit le professeur Imad, le projet Nabucco part d’Asie centrale et des environs de la mer Noire, passe par la Turquie et devait à l’origine passer en Grèce, mais cette idée avait été abandonnée sous la pression turque. Ce projet, écrit le professeur Imad, bat de l’aile. A partir de là , écrit-il, la bataille du gaz a tourné en faveur du projet russe. En juillet 2011, l’Iran a signé divers accords concernant le transport de son gaz via l’Irak et la Syrie. Par conséquent, c’est désormais la Syrie qui devient le principal centre de stockage et de production, en liaison avec les réserves du Liban. C’est alors un tout nouvel espace géographique, stratégique et énergétique qui s’ouvre, comprenant l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban. Les entraves que ce projet subit depuis plus d’un an donnent un aperçu du niveau d’intensité de la lutte qui se joue pour le contrôle de la Syrie et du Liban.

Elles éclairent du même coup le rôle joué par la France, qui considère la Méditerranée orientale comme sa zone d’influence historique, devant éternellement servir ses intérêts, et où il lui faut rattraper son absence depuis la Seconde Guerre mondiale. En d’autres termes, la France veut jouer un rôle dans le monde du gaz où elle a acquis en quelque sorte une « assurance maladie » en Libye et veut désormais une « assurance-vie » à travers la Syrie et le Liban. (…) L’empressement de la coalition Otan-Etats-Unis-France à mettre fin aux obstacles qui s’élevaient contre ses intérêts gaziers au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, réside dans le fait qu’il est nécessaire de s’assurer la stabilité et la bienveillance de l’environnement lorsqu’il est question d’infrastructures et d’investissement gaziers. La réponse syrienne fût de signer un contrat pour transférer vers son territoire le gaz iranien en passant par l’Irak. Ainsi, c’est bien sur le gaz syrien et libanais que se focalise la bataille, alimentera-t-il. » (2)

« De plus, poursuit le professeur Imad, la coopération sino-russe dans le domaine énergétique est le moteur du partenariat stratégique entre les deux géants. Il s’agit, selon les experts, de la « base » de leur double veto réitéré en faveur de la Syrie. Parallèlement, Moscou affiche sa souplesse concernant le prix du gaz, sous réserve d’être autorisé à accéder au très profitable marché intérieur chinois. (…) En conséquence, les préoccupations des deux pays se croisent au moment où Washington relance sa stratégie en Asie centrale, c’est-à -dire, sur la Route de la soie. (…) Cet aperçu des mécanismes de la lutte internationale actuelle permet de se faire une idée du processus de formation du nouvel ordre international, fondé sur la lutte pour la suprématie militaire et dont la clé de voûte est l’énergie, et en premier lieu le gaz. La « révolution syrienne » est un paravent médiatique masquant l’intervention militaire occidentale à la conquête du gaz. Quand Israël a entrepris l’extraction de pétrole et de gaz à partir de 2009, il était clair que le Bassin méditerranéen était entré dans le jeu et que, soit la Syrie serait attaquée, soit toute la région pourrait bénéficier de la paix, puisque le XXIe siècle est supposé être celui de l’énergie propre. Selon le Washington Institute for Near East Policy (Winep, le think tank de l’Aipac), le Bassin méditerranéen renferme les plus grandes réserves de gaz et c’est en Syrie qu’il y aurait les plus importantes. La révélation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l’énormité de l’enjeu à son sujet. Qui contrôle la Syrie pourrait contrôler le Proche-Orient. » (2)

L’argument religieux : sunnite versus chiite

Un autre argument de basse intensité est le conflit artificiel sunnite-chiite. Le conflit en Syrie est devenu, écrit Bernard Haykel spécialiste du Moyen-Orient à l’université Princeton, une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Pendant de longues années, le salafisme a été le vecteur d’influence de l’Arabie Saoudite. Mais cette doctrine a créé des monstres, notamment Al-Qaîda, qui se sont retournés contre le régime des Al Saoud. Aujourd’hui, l’anti-chiisme et le discours contre l’Iran sont utilisés par la monarchie pour que les Saoudiens, à 90% sunnites, fassent bloc derrière le régime. Cela pourrait devenir aussi la nouvelle base des relations avec les États-Unis. Il a montré comment le régime saoudien tente de tirer son épingle du jeu dans le grand chambardement du printemps arabe. » (3)

« Mais c’est la Syrie qui est au centre de l’attention de l’Arabie Saoudite. Le roi s’est prononcé contre le régime de Bachar Al Assad. Il a rappelé son ambassadeur à Damas. Les Saoudiens estiment que l’Iran est aujourd’hui une menace réelle pour leur pays. Ils jugent que si Bachar Al Assad est renversé, ce sera un revers important pour l’influence de l’Iran dans la région. Il y a donc un flot d’argent saoudien qui vise à radicaliser les sunnites syriens, comme en 2006-2007 au Liban quand il s’agissait de radicaliser les sunnites locaux contre le Hezbollah. Riyadh ne considère plus qu’un changement dans la région est mauvais. « Enfin, elle tente de promouvoir cette approche à Washington. » L’Arabie Saoudite est sous protection militaire des Etats-Unis », conclut Bernard Haykel. » « Ces deux pays entretiennent aussi des relations commerciales fortes, dominées par les hydrocarbures et les ventes d’armes. » (3)

 

Le résultat de cette anomie

 

Quels sont les perdants et quels sont les gagnants ? Le grand perdant est d’abord et avant tout le peuple syrien qui paie le prix fort d’une guerre qui le dépasse. Il devient clair que la clé de la réussite économique et de la domination politique réside principalement dans le contrôle de l’énergie du XXIe siècle : le gaz. C’est parce qu’elle se trouve au coeur de la plus colossale réserve de gaz de la planète que la Syrie est sur une plaque tectonique énergétique. Une nouvelle ère commence, celle des guerres de l’énergie. Le grand gagnant dans tous les cas est Israël qui réussit – sans y participer – à affaiblir ses adversaires, l’Iran, les pays arabes qui ne comptent plus et le Hezbollah. On l’aura compris, la paix en Syrie n’est pas pour demain. Hélas !

Chems Eddine Chitour

1. http://www.afrique-asie.fr/nous-ecrire/27-actualite32/3216-desinformation-mais-que-se-passe-t-il-en-syrie.html3/07/12

2. Imad Fawzi Shueibihttp://www.voltairenet.org/La-Syrie-centre-de-la-guerre-du 8 mai 2012

3. Bernard Haykel : Le conflit en Syrie est devenu une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Conférence École des Hautes études en sciences sociales, Paris, mardi 22 mai 2012

Source : https://www.legrandsoir.info/refondation-energetique-du-moyen-orient-la-plaque-tectonique-syrienne.html

http://www.brujitafr.fr/2018/05/le-hasard-fait-que-la-syrie-se-trouve-sur-la-plus-colossale-plaque-de-reserve-de-gaz-du-monde.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

L’affrontement entre l’Ukraine et la Russie se déplace dans la sphère religieuse

0 avril 2018
L’affrontement entre l’Ukraine et la Russie se déplace dans la sphère religieuse

En annonçant une procédure pour la création d’une Église orthodoxe indépendante, le pouvoir ukrainien veut signifier sa volonté de se séparer de la Russie.

 

Que l’annonce vienne du président ukrainien lors d’un voyage d’État en Turquie était un premier indice que l’affaire n’est pas strictement religieuse. Petro Poroshenko n’a d’ailleurs pas cherché à s’en cacher : le lancement d’une initiative pour la création d’une Église orthodoxe ukrainienne unifiée est une question de « géopolitique », a-t-il lancé aux parlementaires ukrainiens.

La déclaration initiale s’est faite à Istanbul le 17 avril, à la suite d’une longue rencontre entre le président ukrainien et le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomeos, l’autorité la plus importante pour la reconnaissance officielle d’une nouvelle Église orthodoxe. Coup politique pour le président ukrainien à un an de l’élection présidentielle, la question de l’autocéphalie est aussi une conséquence de la division de l’orthodoxie dans le pays.[…]

Le Patriarcat de Moscou est en perte de vitesse

Les temps changent, note le sociologue Mikhail Mishchenko : « Le nombre d’Ukrainiens se reconnaissant dans le Patriarcat de Kiev augmente de manière constante depuis 2000, représentant 29 % aujourd’hui ». Le Patriarcat de Moscou est lui en perte de vitesse depuis 2010 : 15 % des Ukrainiens s’en revendiquent.[…]

Le Patriarcat de Kiev s’était joint aux manifestants du Maidan

La reconnaissance d’une Église orthodoxe ukrainienne voudrait dire, pour le Patriarcat de Moscou, « qu’il ne serait plus dépositaire de la naissance historique de l’Église slave », note Nicolas Kazarian. Difficile à avaler pour Moscou, qui pourrait agiter le spectre d’une fragmentation de l’orthodoxie pour bloquer l’autocéphalie.

Au-delà des symboles, l’affrontement entre les deux Églises trouve aussi racine dans l’actualité récente. Les tensions entre le Patriarcat de Moscou et celui de Kiev ont ainsi atteint leur paroxysme avec la révolution de 2014 et le conflit dans l’Est du pays.

Tandis que des prêtres du Patriarcat de Kiev se sont joints aux manifestants du Maidan, le Patriarcat de Moscou a très vite été accusé d’être à la solde de la Russie et de soutenir les séparatistes. Les scandales se sont depuis succédé, contribuant à creuser le fossé entre les deux Églises et permettant au pouvoir ukrainien de présenter l’autocéphalie comme un enjeu de sécurité autant que de construction nationale.

 

La Croix

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/05/l-affrontement-entre-l-ukraine-et-la-russie-se-deplace-dans-la-sphere-religieuse.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/05/l-affrontement-entre-l-ukraine-e

Vers une alliance des chrétiens contre la guerre en Syrie

Vers une alliance des chrétiens contre la guerre en Syrie

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À l’initiative du patriarche Cyrille de Moscou (orthodoxe) et en collaboration avec le pape François de Rome (catholique), une alliance est en train de se nouer avec les patriarches Bartholomée Ier de Constantinople, Théophile III de Jérusalem, Théodore II d’Alexandrie et Jean X d’Antioche, pour s’opposer à la guerre en Syrie.

Elle fait suite à la Déclaration conjointe des patriarcats grec-orthodoxe, syriaque-orthodoxe et grec-melkite catholique d’Antioche et tout l’Orient sur le bombardement de la Syrie, publiée le 14 avril à Damas.

http://www.voltairenet.org/article200759.html

[RussEurope-en-Exil] Trèbes et l’attentat de trop, par Jacques Sapir

Billet invité

L’attentat islamiste survenu le vendredi 23 mars aura donc fait quatre morts et de nombreux blessés. Le terroriste à lui même était abattu. Un attentat de plus dira-t-on, et un attentat de trop. Mais il y a dans cette attaque, menée par un criminel qui revendiquait son appartenance à DAECH quelque chose de plus. Nous sommes nombreux à être sous le choc du sacrifice exemplaire du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui s’était proposé en otage au terroriste pour sauver des vies, et que ce même terroriste n’a pas hésité à abattre froidement. Il y a, dans ce geste d’humanité de la part du lieutenant-colonel Beltrame, chef exemplaire qui avait préparé ses hommes à ce type de prise d’otages, quelque chose qui dépasse notre simple condition humaine et qui impose le respect. Cet homme a marché à la mort les yeux ouverts pour que d’autres vivent. A rebours, il y a dans l’a-humanité du terroriste quelque chose qui nous révulse et nous horrifie. Cet homme a tué quatre autres hommes de sang-froid et en a blessé de nombreux autres. La comparaison des deux est donc terrible. Elle est aussi fortement symbolique. Cette confrontation entre deux mondes, entre deux images du monde, va marquer les esprits.

L’attentat de trop ?

Car, cet attentat ne survient pas n’importe quand. Nous sommes en France, en mars 2018, soit près de 6 ans après les meurtres de Merah, trois ans après le massacre de Charlie-Hebdo, 30 mois après celui du Bataclan, 21 mois après celui de la Promenade des Anglais à Nice. Cette litanie est terrible. Elle l’est d’autant plus que nous voyons ce gouvernement et ce Président, Emmanuel Macron, s’éloigner chaque jour un peu plus de la notion d’état de droit et de démocratie, comme on a pu le constater dans les affaires universitaires de Toulouse ou de Montpellier, comme on le constate avec le projet de loi liberticide sur les « fake news », comme on le constate encore avec le démantèlement et la vente à l’encan des services publiques.

Les français ont, et à juste titre, le sentiment d’être abandonnés aux appétits toujours plus immodérés de la « finance » alors qu’on les massacre. Et, les deux sont liés. La politique économique et sociale d’Emmanuel Macron a pour pendant logique sa volonté de ne rien faire face au terrorisme islamiste, car le sentiment de peur est probablement le meilleur rempart, du moins le croit-il, contre la colère sociale. Il y a, de manière inconsciente ou consciente, une instrumentalisation du danger par un pouvoir qui est aujourd’hui de plus en plus discrédité. Cette complaisance vis-à-vis de l’islamisme, c’est à dire les dérives génocidaires de l’Islam, s’enracine aussi dans la politique à courte vue qui veut, par le clientélisme et le népotisme, acheter une forme de paix sociale. C’est ce qui justifie ses déclarations, dénonçant certes les « crimes », mais les mettant sur le même pied que les formes extrêmes de la laïcité. C’est ce qui justifie aussi les déclarations scandaleuse du gouvernement par rapport au texte de « l’Appel des 100 » qui a été récemment publié dans Le Figaro[1].

Le mythe de l’islamophobie

Cette volonté de ne rien faire, de ne pas prendre les mesures qui s’imposent, elle est justifiée au nom du risque de « stigmatisation » d’une minorité, la minorité pratiquant la religion musulmane. On parle alors d’islamophobie, mais ceci est un mythe. Car, toute religion peut être contestée et détestée. En réalité, le véritable problème serait la montée d’actes « antimusulmans ». Que ce risque puisse potentiellement exister est une réalité qu’il ne faut pas nier. Mais, que ce risque existe réellement dans la France d’aujourd’hui et soit dominant est, à tout le moins, une large exagération, voire un demi-mensonge. Il faut en effet avoir les chiffres en tête.

Tableau 1

Comparaison des actes antisémites et antimusulmans en

2016 et 2017

2016 2017
Action contre les musulmans 67 72
Menaces contre les musulmans 118 59
Total 185 131
Actions contre les juifs 77 97
Menaces contre les juifs 258 214
Total 335 311
Actions autres 84 85
Menaces autres 524 433

Chiffres collationnés par le Service Central du Renseignement Territorial (SCRT).

La véracité totale de ces chiffres peut être discutée. On peut penser que certaines personnes, victimes d’une agression, ne vont pas la déclarer, ou qu’à l’inverse d’autres « sur-déclarent » une agression. Mais, ces chiffres existent. Ils montrent que si une minorité est aujourd’hui victime d’agressions et de menaces, ce sont les français pratiquant la religion juive, ou considérés comme tels, bien plus que les musulmans. Si l’on rapporte ces chiffres à ce que pèsent ces minorités dans la population, le constat n’en est que plus accablant.

Agir

Il convient donc de dire et de redire une réalité en France : s’il existe un sentiment (et des actes) antimusulmans, ce sentiment et ces actes restent très limités, et probablement de 8 à 10 fois inférieurs (par rapport au nombre dans la population) de ce que subissent les français pratiquant la religion juive. Ce sentiment ne peut donc être invoqué pour ne pas prendre les mesures qui s’imposent face à l’islamisme. Or, sur ce point, très peu a été fait depuis 2015. Le nouveau gouvernement et notre nouveau Président n’ont pas pris la mesure du danger, et ce probablement parce qu’ils cherchent à instrumentaliser le péril islamiste par rapport à le situation économique et sociale.

Sur ce point il convient de répéter une vérité : la pratique d’une religion est libre en France, et ce quelle que soit cette religion, du moment que cette pratique se fait dans le cadre du respect des lois.

Les mesures face à l’islamisme sont connues, et j’en ai parlé à de multiples reprises ; certaines de ces mesures exigeraient néanmoins une adaptation de notre législation :

  1. fermeture des mosquées où la haine est prêchée, expulsion des imams « prêcheur de haine » s’ils sont étrangers, interdiction de prêche s’ils sont français.
  2. Interdiction de organisations appelant au non-respect des règles constitutionnelles, et en particulier aux règles d’égalité entre hommes et femmes. Cela concerne les organisations dites « culturelles » mais qui sont en réalité cultuelles d’obédience salafiste ou wahhabite mais aussi certaines associations liées aux frères musulmans.
  3. Interdiction de la propagande appelant au non-respect des règles constitutionnelles, que cette propagande soit par moyens vidéo, par écrit, ou par des signes ostentatoires comme l’habillement.

Ce qui s’est passé le vendredi 23 mars dans une banlieue de Carcassonne n’a pas fini d’agiter les esprits. Mais, il faut aujourd’hui agir. La confrontation entre le sublime et l’horrible, si elle reste en l’état, est grosse d’un affrontement bien plus massif, bien plus généralisé. Le gouvernement a encore les moyens de l’empêcher, mais il n’a plus beaucoup de temps…

[1] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/03/19/31003-20180319ARTFIG00299-l-appel-des-100-intellectuels-contre-le-separatisme-islamiste.php

32 réponses à [RussEurope-en-Exil] Trèbes et l’attentat de trop, par Jacques Sapir

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DAECH : Leur violence est légitimée par leur foi.

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Publié par Hubert De LANGLE le 14 Mars 2018


Malgré la victoire militaire sur le califat de l’EI, les djihadistes semblent toujours décidés à poursuivre leurs attaques. Auteur d’Après DAECH, la guerre idéologique continue (VA Press Editions, 2018), Edouard Vuiart rappelle que le salafisme djihadiste repose notamment sur un fondement religieux, qui constitue le socle de légitimation de la violence terroriste contemporaine.



Pourquoi avez-vous choisi d’étudier la violence terroriste djihadiste ?

Après la vague d’attentats qui a ensanglanté l’Europe, de nombreux politiques et experts ont cherché à psychiatriser la violence terroriste ou à la réduire à des frustrations ou à des pulsions irrationnelles. Or, l’analyse de leurs productions vidéo, audio et surtout papier, montre à quel point leur engagement est construit à partir d’un discours structuré, d’une foi inébranlable et d’une idéologie à toute épreuve. Je me suis donc intéressé de près à cette violence terroriste pour comprendre comment elle se justifiait dans la logique djihadiste. Je me suis demandé quelle était leur vision de la violence ; quelles étaient les raisons pour lesquelles ils prenaient ou déposaient les armes ; et si la chute l’EI en Irak et en Syrie allait avoir un impact quelconque sur leur système de pensée. En les lisant, on réalise vite qu’ils n’arrêtent pas d’expliquer, d’annoncer et de justifier tout ce qu’ils entreprennent. Loin des visions psychotiques du terrorisme, on découvre une dogmatique, une rhétorique, un argumentaire, une géopolitique, une eschatologie, une vision du monde et une stratégie djihadiste. J’ai donc cherché à analyser la part de rationalité qui pousse ces individus à passer à l’acte, tout en réfléchissant aux mutations probables que pourrait connaître la sphère djihadiste dans les mois et les années à venir.


Dans votre ouvrage, vous dénoncez « la sous-estimation de la force théologico-politique de l’idéologie salafiste djihadiste ». Selon vous, la dimension religieuse a-t-elle été négligée concernant la menace djihadiste ?

Le poids du religieux a souvent été sous-estimé dans l’analyse du phénomène terroriste. De nombreuses analyses ont préféré présenter les djihadistes comme des « aliénés mentaux » ou des « barbares primitifs » devenus incapables de discerner le Bien du Mal, et pour qui la morale ne signifierait rien. Or, comme le dit le sociologique Michel Wieviorka, il « n’existe pas de violence extrême sans foi », que celle-ci soit découverte juste avant de passer à l’acte ; basée sur une manipulation des textes ; ou entremêlée de facteurs exogènes. Pour autant, cela ne revient évidemment pas à culpabiliser l’islam en tant que religion et culture. L’islam comme concept arrêté ou essence invariable, n’existe pas. Toute adhésion à un quelconque courant nécessite la pratique d’une interprétation que chaque croyant se doit d’exercer à partir de la tradition religieuse qui est la sienne. C’est donc une grave erreur que de vouloir essentialiser l’islam, en lui donnant une apparence unique et invariable. Mais cela serait également une erreur de considérer l’islam sans une quelconque unité, comme une mosaïque d’interprétations discordantes aux divergences irréductibles. En dépit de leurs diverses nuances d’interprétation, les musulmans se reconnaissent tous dans le Coran, qu’ils considèrent comme la parole même de Dieu, éternelle, sans interférence humaine. Pour reprendre l’expression du frère dominicain Adrien Candiard, l’islam est en quelque sorte « une diversité qui aspire à l’unité ». Et c’est précisément cela qui est en partie à l’origine des deux grandes crises actuelles de cette religion : l’affrontement sunnites/chiites et la rivalité pour la définition de l’orthodoxie sunnite.

Sous quelles formes l’empreinte religieuse se manifeste-t-elle dans la propagande des djihadistes de Daech ?

Avant de se manifester dans la propagande numérique de Daech, le socle idéologique du salafisme djihadiste se développe et se propage à travers toute une série d’ouvrages. Parmi ces derniers, l’opuscule d’Abû Bakr Nâjî, intitulé « Gestion de la Barbarie », constitue une véritable synthèse des textes des principaux idéologues djihadistes – dont Abdallah Azzam et Abû Mus’ab al-Sûri. Cet ouvrage développe la thèse selon laquelle la « communauté musulmane » serait confrontée aux mêmes circonstances que celles qui ont succédées à la mort du prophète Mahomet, et dénonce une même « épidémie d’apostasie » que lors des premiers temps du djihad. Et cette analogie est ainsi utilisée pour légitimer le recours aux massacres et à des actions semblables à celles qui furent menées à la même époque. À titre d’exemple, on peut citer la mise à mort du pilote jordanien, Moaz Kasasbeh, brûlé vif dans une cage en janvier 2015. Non seulement Abû Bakr Nâjî avait appelé à agir de la sorte en faisant référence à l’immolation perpétrée par le premier calife Abu Bakr As Siddiq, mais à la suite de l’exécution du pilote jordanien, le magazine Dabiq publia un article qui mentionnait une « reproduction de l’exemple » du premier calife « en infligeant le châtiment du feu au titre de représailles ».

« La vérité ne peut se trouver qu’au sein du texte sacré. »

La propagande numérique djihadiste fournit quant à elle une dogmatique composée de sourates, de hadiths et de commentaires théologiques, pour convaincre ses partisans de l’abomination que constitue la déviance religieuse et de la « licité » du sang des « apostats » et des « mécréants ». Il s’agit d’un véritable édifice idéologique dont les argumentations théologiques constituent le soubassement justificatif de son recours à la violence. Loin d’être simplement guidés par leurs appétits, les djihadistes s’avèrent convaincus que tous les choix doivent découler de la stricte application de leur interprétation des principes coraniques et prophétiques. Selon cette interprétation littéraliste voire textualiste, la vérité ne peut se trouver qu’au sein du texte sacré.


Selon vous, comment doit-on analyser la persistance des phénomènes de radicalisation malgré la chute du califat islamique en Irak et en Syrie ?

Edouard Vuiart

Edouard Vuiart
Il faut tout d’abord comprendre que le djihadisme repose en partie sur un fondement religieux, défini par ses propres doctrinaires à travers un corpus d’ouvrages et d’exégèses coraniques. Et les processus de « radicalisation éclair » ne peuvent avoir lieu que parce que la doctrine djihadiste s’avère complexe, structurée et surtout disponible. Certes, certains djihadistes n’ont presque jamais lu Coran et ne parlent que très peu – ou pas du tout – l’arabe. Mais il est dangereux de tous les considérer comme incultes, car certains ont forgé leur engagement autour de ce corpus dédié. Affirmer qu’un djihadiste est un ignare à soigner revient à oublier qu’à ses yeux, c’est la démocratie toute entière qui est délirante et c’est notre incapacité à reconnaître la « volonté divine » qui relève de l’ignorance.

« Il s’agit d’une mission ‘‘divine’’ pour affronter la Fin des Temps. »

La réalité est là : les djihadistes restent persuadés qu’ils finiront par triompher et leur volonté de frapper l’Occident reste intacte. Ils souhaitent désormais venger la destruction du califat et leur idéologie continue de se propager insidieusement. Une intervention des autorités religieuses pourrait peut-être faire évoluer les choses, mais les textes d’oulémas démontant point par point l’argumentaire djihadiste sont rares, d’autant plus que les sympathisants du salafisme djihadiste restent imperméables à leur discours, les considérant comme des « traîtres » à la solde des pouvoirs arabes ou occidentaux. La lutte contre l’idéologie djihadiste n’en reste pas moins fondamentale, car il ne s’agit pas d’un « lavage de cerveau » produisant des êtres irrationnels, mais bien d’une interprétation des textes sacrés, d’une mission « divine » dont l’objectif est d’imposer la « véritable » orthodoxie sunnite et de purger l’humanité de ses éléments « impurs » pour affronter la Fin des Temps dans les meilleures conditions.

Edouard VUIART,[ Après DAECH, la guerre idéologique continue, VA Press Editions, 2018]