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Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Publié par Brujitafr sur 10 Mai 2018, 07:39am

Catégories : #ACTUALITES, #CONFLICTS DANS LE MONDE, #3 ème guerre mondiale

Le hasard fait que la Syrie se trouve sur la plus colossale plaque de réserve de gaz du monde…

Un conflit qui dure depuis seize mois et qui aurait fait des milliers de morts selon une comptabilité tenue soigneusement par les médias des pays occidentaux qui attribuent insidieusement les morts uniquement au régime de Damas et non aussi aux insurgés armés lourdement par les Occidentaux avec l’argent des roitelets du Golfe.

Les chrétiens ont peur de servir de variables d’ajustement d’un conflit qui les dépasse. Ce conflit, un siècle après les accords de Sykes-Picot, met en jeu les mêmes acteurs avec en plus, les Etats-Unis, la Russie et la Chine et…Israël. Les dépouilles sont toujours les mêmes, les dirigeants arabes faibles, lâches qui continuent à s’étriper pour le plus grand bien de l’Empire et de ses vassaux. Avec cette fois-ci, un coup d’arrêt à la tentation d’Empire, de la part de puissances asiatiques qui s’affirment.

Que se passe t-il réellement, et pourquoi Assad ne tombe pas malgré les communiqués triomphalistes présentant des personnalités qui ont lâché le pouvoir, le général Tlass, l’ambassadeur de Syrie en Irak qui s’enfuit au Qatar… Un autre round de négociations sur le règlement pacifique en Syrie s’est tenu dernièrement à Moscou.

Cette fois, le ministère des Affaires étrangères de Russie a invité le président du Conseil national syrien (CNS) Abdel Basset Sayda. Mais il n’y a pas eu de rapprochement de positions. D’autre part, l’émissaire international Kofi Annan, qui poursuit sa tournée en Iran, a rencontré Bachar el-Assad en Syrie pour tenter de trouver une issue au conflit dans le pays. Il a annoncé lundi 9 juillet 2012 être tombé d’accord avec le président Bachar el-Assad sur une « approche » qu’il soumettra aux rebelles syriens.

La diabolisation des médias occidentaux

Et si la version matraquée tous les jours par les médias français n’était pas la bonne ? C’est en tout cas l’avis du politologue Gérard Chalian, sur le plateau de « C dans l’air » du 14 juin 2012, sur France 5 : ce qu’il dit c’est que ce n’est pas uniquement un méchant contre des gentils et que la volonté d’intervention et les hésitations des Occidentaux ne sont pas forcément liées à des sentiments purement humanistes. Il dit qu’une intervention impliquerait beaucoup de conséquences géopolitiques.

Pour lui, ce qui se passe en Syrie est avant tout une affaire politique et non humanitaire. C’est en fait, l’exacerbation du conflit artificiel sunnite /chiite avec d’un côté pour les sunnites l’Arabie Saoudite, le Qatar, l’Union européenne, les Etats-Unis et Israël et de l’autre, les chiites, c’est-à -dire les Alaouites aidés par l’Iran. Le but de la manipulation est de casser l’Iran et de réduire le Hezbollah.

Nous verrons qu’il existe aussi l’argument énergétique. Le témoignage d’une Française, épouse d’un Franco-Syrien, qui a séjourné en Syrie du 19 mai au 12 juin 2012, est édifiant : « Alors que ce pays offrait une totale sécurité, les « Amis de la Syrie » y ont semé la violence. A Alep, des bandes armées ont fait leur apparition dans le 2e semestre 2011 : kidnapping, demandes de rançons… Une mafia très lucrative. Nous avons eu connaissance de nombreux récits d’enlèvements à toute heure et à tout endroit à Alep à un rythme quasi quotidien.

Les enfants ont pris l’habitude de téléphoner à leurs parents dès leur arrivée et départ de l’école. Les militaires et policiers sont les cibles privilégiées pour ceux qui sont payés pour tuer. Ainsi, un commandant de 35 ans a été abattu de 2 balles dans la tête un matin à 8 h 30 alors qu’il achetait du pain. Les commerçants ferment sur ordre d’hommes armés qui menacent de brûler leur boutique. Ainsi, le 2 juin, à la Médine (anciens souks) tout était fermé. Les médias français parlent alors de grève générale anti-régime. Lors de manifestations pro Bachar, des hommes armés s’infiltrent et se mettent à tirer dès que la foule est dense.

Ceci est filmé et envoyé aux chaînes de télévision. Le pouvoir conseille de ne pas faire de manifestations de soutien pour éviter ces tueries. La population, qui est confrontée aux kidnappings, bombes, asphyxie des commerces, connaît des difficultés d’approvisionnement en fuel, essence et gaz. Il n’y a pas pénurie en Syrie, mais les véhicules de transport sont attaqués et brûlés sur les routes. » (1)

« Pour ceux qui à l’étranger souhaitent apporter leur aide, il est impossible de virer de l’argent et impossible d’en retirer sur place (d’un compte en France par exemple). A Damas, tout semble comme avant, vie diurne et nocturne, malgré la menace des bombes. Cependant, beaucoup d’hôtels ont fermé, le tourisme est inexistant. A Homs, un seul quartier reste occupé par les rebelles. Les habitants se sont réfugiés dans les villages alentour chez la famille ou des amis.

Sur les grands axes routiers, l’ASL effectue des contrôles et abat sur le champ un militaire présent. (…) Il n’y a pas de guerre civile en Syrie, les communautés continuent de vivre en harmonie. Il y a des actes de barbarie et de violence de la part de mercenaires et de l’ASL contre des minorités pour provoquer une guerre civile. (…) Monsieur Sarkozy a en son temps exprimé au patriarche maronite venu le rencontrer que les chrétiens d’Orient devaient laisser leur pays aux musulmans et que leur avenir était en Europe. L’Occident applique en Syrie le même scénario qu’en Irak et en Libye. (…) L’opposition en Syrie participe de façon légale au changement. Les gens sont écoeurés par le manque d’objectivité des médias français. La seule source, l’Osdh, basée à Londres, est animée par un Frère musulman, payé par les services secrets britanniques. »(1)

L’argument énergétique

Le professeur Imad Fawzi Shueibi analyse les causes et les conséquences de la récente position de la Russie au Conseil de Sécurité de l’ONU. Le soutien de Moscou à Damas n’est pas une posture héritée de la Guerre froide, mais le résultat d’une analyse en profondeur de l’évolution des rapports de force mondiaux. La crise actuelle va cristalliser une nouvelle configuration internationale, qui d’un modèle unipolaire issu de la chute de l’Union Soviétique, va évoluer progressivement vers un autre type de système qui reste à définir. Inévitablement, cette transition va plonger le monde dans une période de turbulences géopolitiques.

L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi : la Syrie, centre de la guerre du gaz au Proche-Orient. C’est ainsi que Imad Fawzi Shueibi analyse la situation actuelle. Il écrit : L’attaque médiatique et militaire à l’encontre de la Syrie est directement liée à la compétition mondiale pour l’énergie, ainsi que l’explique le professeur Imad Shuebi. (2)

« Avec la chute de l’Union soviétique, les Russes ont réalisé que la course à l’armement les avait épuisés, surtout en l’absence des approvisionnements d’énergie nécessaires à tout pays industrialisé. Au contraire, les USA avaient pu se développer et décider de la politique internationale sans trop de difficultés grâce à leur présence dans les zones pétrolières depuis des décennies. C’est la raison pour laquelle les Russes décidèrent à leur tour de se positionner sur les sources d’énergie, aussi bien pétrole que gaz. (…) Moscou misa sur le gaz, sa production, son transport et sa commercialisation à grande échelle. Le coup d’envoi fut donné en 1995, lorsque Vladimir Poutine mis en place la stratégie de Gazprom. (…) Il est certain que les projets Nord Stream et South Stream témoigneront devant l’Histoire du mérite et des efforts de Vladimir Poutine pour ramener la Russie dans l’arène internationale et peser sur l’économie européenne puisqu’elle dépendra, durant des décennies à venir, du gaz comme alternative ou complément du pétrole, avec cependant, une nette priorité pour le gaz. A partir de là , il devenait urgent pour Washington de créer le projet concurrent Nabucco, pour rivaliser avec les projets russes et espérer jouer un rôle dans ce qui va déterminer la stratégie et la politique pour les cent prochaines années. Le fait est que le gaz sera la principale source d’énergie du XXIe siècle, à la fois comme alternative à la baisse des réserves mondiales de pétrole, et comme source d’énergie propre.(…) Moscou s’est hâté de travailler sur deux axes stratégiques : le premier est la mise en place d’un projet sino-russe à long terme s’appuyant sur la croissance économique du Bloc de Shanghai ; le deuxième visant à contrôler les ressources de gaz. C’est ainsi que furent jetées les bases des projets South Stream et Nord Stream, faisant face au projet états-unien Nabucco, soutenu par l’Union européenne, qui visait le gaz de la mer Noire et de l’Azerbaïdjan. S’ensuivit entre ces deux initiatives une course stratégique pour le contrôle de l’Europe et des ressources en gaz.

 

 

Le projet Nord Stream relie directement la Russie à l’Allemagne en passant à travers la mer Baltique jusqu’à Weinberg et Sassnitz, sans passer par la Biélorussie. Le projet South Stream commence en Russie, passe à travers la mer Noire jusqu’à la Bulgarie et se divise entre la Grèce et le sud de l’Italie d’une part, et la Hongrie et l’Autriche d’autre part. »(2)

« Pour les États-Unis, poursuit le professeur Imad, le projet Nabucco part d’Asie centrale et des environs de la mer Noire, passe par la Turquie et devait à l’origine passer en Grèce, mais cette idée avait été abandonnée sous la pression turque. Ce projet, écrit le professeur Imad, bat de l’aile. A partir de là , écrit-il, la bataille du gaz a tourné en faveur du projet russe. En juillet 2011, l’Iran a signé divers accords concernant le transport de son gaz via l’Irak et la Syrie. Par conséquent, c’est désormais la Syrie qui devient le principal centre de stockage et de production, en liaison avec les réserves du Liban. C’est alors un tout nouvel espace géographique, stratégique et énergétique qui s’ouvre, comprenant l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban. Les entraves que ce projet subit depuis plus d’un an donnent un aperçu du niveau d’intensité de la lutte qui se joue pour le contrôle de la Syrie et du Liban.

Elles éclairent du même coup le rôle joué par la France, qui considère la Méditerranée orientale comme sa zone d’influence historique, devant éternellement servir ses intérêts, et où il lui faut rattraper son absence depuis la Seconde Guerre mondiale. En d’autres termes, la France veut jouer un rôle dans le monde du gaz où elle a acquis en quelque sorte une « assurance maladie » en Libye et veut désormais une « assurance-vie » à travers la Syrie et le Liban. (…) L’empressement de la coalition Otan-Etats-Unis-France à mettre fin aux obstacles qui s’élevaient contre ses intérêts gaziers au Proche-Orient, en particulier en Syrie et au Liban, réside dans le fait qu’il est nécessaire de s’assurer la stabilité et la bienveillance de l’environnement lorsqu’il est question d’infrastructures et d’investissement gaziers. La réponse syrienne fût de signer un contrat pour transférer vers son territoire le gaz iranien en passant par l’Irak. Ainsi, c’est bien sur le gaz syrien et libanais que se focalise la bataille, alimentera-t-il. » (2)

« De plus, poursuit le professeur Imad, la coopération sino-russe dans le domaine énergétique est le moteur du partenariat stratégique entre les deux géants. Il s’agit, selon les experts, de la « base » de leur double veto réitéré en faveur de la Syrie. Parallèlement, Moscou affiche sa souplesse concernant le prix du gaz, sous réserve d’être autorisé à accéder au très profitable marché intérieur chinois. (…) En conséquence, les préoccupations des deux pays se croisent au moment où Washington relance sa stratégie en Asie centrale, c’est-à -dire, sur la Route de la soie. (…) Cet aperçu des mécanismes de la lutte internationale actuelle permet de se faire une idée du processus de formation du nouvel ordre international, fondé sur la lutte pour la suprématie militaire et dont la clé de voûte est l’énergie, et en premier lieu le gaz. La « révolution syrienne » est un paravent médiatique masquant l’intervention militaire occidentale à la conquête du gaz. Quand Israël a entrepris l’extraction de pétrole et de gaz à partir de 2009, il était clair que le Bassin méditerranéen était entré dans le jeu et que, soit la Syrie serait attaquée, soit toute la région pourrait bénéficier de la paix, puisque le XXIe siècle est supposé être celui de l’énergie propre. Selon le Washington Institute for Near East Policy (Winep, le think tank de l’Aipac), le Bassin méditerranéen renferme les plus grandes réserves de gaz et c’est en Syrie qu’il y aurait les plus importantes. La révélation du secret du gaz syrien fait prendre conscience de l’énormité de l’enjeu à son sujet. Qui contrôle la Syrie pourrait contrôler le Proche-Orient. » (2)

L’argument religieux : sunnite versus chiite

Un autre argument de basse intensité est le conflit artificiel sunnite-chiite. Le conflit en Syrie est devenu, écrit Bernard Haykel spécialiste du Moyen-Orient à l’université Princeton, une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Pendant de longues années, le salafisme a été le vecteur d’influence de l’Arabie Saoudite. Mais cette doctrine a créé des monstres, notamment Al-Qaîda, qui se sont retournés contre le régime des Al Saoud. Aujourd’hui, l’anti-chiisme et le discours contre l’Iran sont utilisés par la monarchie pour que les Saoudiens, à 90% sunnites, fassent bloc derrière le régime. Cela pourrait devenir aussi la nouvelle base des relations avec les États-Unis. Il a montré comment le régime saoudien tente de tirer son épingle du jeu dans le grand chambardement du printemps arabe. » (3)

« Mais c’est la Syrie qui est au centre de l’attention de l’Arabie Saoudite. Le roi s’est prononcé contre le régime de Bachar Al Assad. Il a rappelé son ambassadeur à Damas. Les Saoudiens estiment que l’Iran est aujourd’hui une menace réelle pour leur pays. Ils jugent que si Bachar Al Assad est renversé, ce sera un revers important pour l’influence de l’Iran dans la région. Il y a donc un flot d’argent saoudien qui vise à radicaliser les sunnites syriens, comme en 2006-2007 au Liban quand il s’agissait de radicaliser les sunnites locaux contre le Hezbollah. Riyadh ne considère plus qu’un changement dans la région est mauvais. « Enfin, elle tente de promouvoir cette approche à Washington. » L’Arabie Saoudite est sous protection militaire des Etats-Unis », conclut Bernard Haykel. » « Ces deux pays entretiennent aussi des relations commerciales fortes, dominées par les hydrocarbures et les ventes d’armes. » (3)

 

Le résultat de cette anomie

 

Quels sont les perdants et quels sont les gagnants ? Le grand perdant est d’abord et avant tout le peuple syrien qui paie le prix fort d’une guerre qui le dépasse. Il devient clair que la clé de la réussite économique et de la domination politique réside principalement dans le contrôle de l’énergie du XXIe siècle : le gaz. C’est parce qu’elle se trouve au coeur de la plus colossale réserve de gaz de la planète que la Syrie est sur une plaque tectonique énergétique. Une nouvelle ère commence, celle des guerres de l’énergie. Le grand gagnant dans tous les cas est Israël qui réussit – sans y participer – à affaiblir ses adversaires, l’Iran, les pays arabes qui ne comptent plus et le Hezbollah. On l’aura compris, la paix en Syrie n’est pas pour demain. Hélas !

Chems Eddine Chitour

1. http://www.afrique-asie.fr/nous-ecrire/27-actualite32/3216-desinformation-mais-que-se-passe-t-il-en-syrie.html3/07/12

2. Imad Fawzi Shueibihttp://www.voltairenet.org/La-Syrie-centre-de-la-guerre-du 8 mai 2012

3. Bernard Haykel : Le conflit en Syrie est devenu une guerre par procuration entre Riyadh et Téhéran. Conférence École des Hautes études en sciences sociales, Paris, mardi 22 mai 2012

Source : https://www.legrandsoir.info/refondation-energetique-du-moyen-orient-la-plaque-tectonique-syrienne.html

http://www.brujitafr.fr/2018/05/le-hasard-fait-que-la-syrie-se-trouve-sur-la-plus-colossale-plaque-de-reserve-de-gaz-du-monde.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

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L’affrontement entre l’Ukraine et la Russie se déplace dans la sphère religieuse

0 avril 2018
L’affrontement entre l’Ukraine et la Russie se déplace dans la sphère religieuse

En annonçant une procédure pour la création d’une Église orthodoxe indépendante, le pouvoir ukrainien veut signifier sa volonté de se séparer de la Russie.

 

Que l’annonce vienne du président ukrainien lors d’un voyage d’État en Turquie était un premier indice que l’affaire n’est pas strictement religieuse. Petro Poroshenko n’a d’ailleurs pas cherché à s’en cacher : le lancement d’une initiative pour la création d’une Église orthodoxe ukrainienne unifiée est une question de « géopolitique », a-t-il lancé aux parlementaires ukrainiens.

La déclaration initiale s’est faite à Istanbul le 17 avril, à la suite d’une longue rencontre entre le président ukrainien et le patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomeos, l’autorité la plus importante pour la reconnaissance officielle d’une nouvelle Église orthodoxe. Coup politique pour le président ukrainien à un an de l’élection présidentielle, la question de l’autocéphalie est aussi une conséquence de la division de l’orthodoxie dans le pays.[…]

Le Patriarcat de Moscou est en perte de vitesse

Les temps changent, note le sociologue Mikhail Mishchenko : « Le nombre d’Ukrainiens se reconnaissant dans le Patriarcat de Kiev augmente de manière constante depuis 2000, représentant 29 % aujourd’hui ». Le Patriarcat de Moscou est lui en perte de vitesse depuis 2010 : 15 % des Ukrainiens s’en revendiquent.[…]

Le Patriarcat de Kiev s’était joint aux manifestants du Maidan

La reconnaissance d’une Église orthodoxe ukrainienne voudrait dire, pour le Patriarcat de Moscou, « qu’il ne serait plus dépositaire de la naissance historique de l’Église slave », note Nicolas Kazarian. Difficile à avaler pour Moscou, qui pourrait agiter le spectre d’une fragmentation de l’orthodoxie pour bloquer l’autocéphalie.

Au-delà des symboles, l’affrontement entre les deux Églises trouve aussi racine dans l’actualité récente. Les tensions entre le Patriarcat de Moscou et celui de Kiev ont ainsi atteint leur paroxysme avec la révolution de 2014 et le conflit dans l’Est du pays.

Tandis que des prêtres du Patriarcat de Kiev se sont joints aux manifestants du Maidan, le Patriarcat de Moscou a très vite été accusé d’être à la solde de la Russie et de soutenir les séparatistes. Les scandales se sont depuis succédé, contribuant à creuser le fossé entre les deux Églises et permettant au pouvoir ukrainien de présenter l’autocéphalie comme un enjeu de sécurité autant que de construction nationale.

 

La Croix

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/05/l-affrontement-entre-l-ukraine-et-la-russie-se-deplace-dans-la-sphere-religieuse.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

http://www.citoyens-et-francais.fr/2018/05/l-affrontement-entre-l-ukraine-e

Vers une alliance des chrétiens contre la guerre en Syrie

Vers une alliance des chrétiens contre la guerre en Syrie

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À l’initiative du patriarche Cyrille de Moscou (orthodoxe) et en collaboration avec le pape François de Rome (catholique), une alliance est en train de se nouer avec les patriarches Bartholomée Ier de Constantinople, Théophile III de Jérusalem, Théodore II d’Alexandrie et Jean X d’Antioche, pour s’opposer à la guerre en Syrie.

Elle fait suite à la Déclaration conjointe des patriarcats grec-orthodoxe, syriaque-orthodoxe et grec-melkite catholique d’Antioche et tout l’Orient sur le bombardement de la Syrie, publiée le 14 avril à Damas.

http://www.voltairenet.org/article200759.html

[RussEurope-en-Exil] Trèbes et l’attentat de trop, par Jacques Sapir

Billet invité

L’attentat islamiste survenu le vendredi 23 mars aura donc fait quatre morts et de nombreux blessés. Le terroriste à lui même était abattu. Un attentat de plus dira-t-on, et un attentat de trop. Mais il y a dans cette attaque, menée par un criminel qui revendiquait son appartenance à DAECH quelque chose de plus. Nous sommes nombreux à être sous le choc du sacrifice exemplaire du lieutenant-colonel Arnaud Beltrame, qui s’était proposé en otage au terroriste pour sauver des vies, et que ce même terroriste n’a pas hésité à abattre froidement. Il y a, dans ce geste d’humanité de la part du lieutenant-colonel Beltrame, chef exemplaire qui avait préparé ses hommes à ce type de prise d’otages, quelque chose qui dépasse notre simple condition humaine et qui impose le respect. Cet homme a marché à la mort les yeux ouverts pour que d’autres vivent. A rebours, il y a dans l’a-humanité du terroriste quelque chose qui nous révulse et nous horrifie. Cet homme a tué quatre autres hommes de sang-froid et en a blessé de nombreux autres. La comparaison des deux est donc terrible. Elle est aussi fortement symbolique. Cette confrontation entre deux mondes, entre deux images du monde, va marquer les esprits.

L’attentat de trop ?

Car, cet attentat ne survient pas n’importe quand. Nous sommes en France, en mars 2018, soit près de 6 ans après les meurtres de Merah, trois ans après le massacre de Charlie-Hebdo, 30 mois après celui du Bataclan, 21 mois après celui de la Promenade des Anglais à Nice. Cette litanie est terrible. Elle l’est d’autant plus que nous voyons ce gouvernement et ce Président, Emmanuel Macron, s’éloigner chaque jour un peu plus de la notion d’état de droit et de démocratie, comme on a pu le constater dans les affaires universitaires de Toulouse ou de Montpellier, comme on le constate avec le projet de loi liberticide sur les « fake news », comme on le constate encore avec le démantèlement et la vente à l’encan des services publiques.

Les français ont, et à juste titre, le sentiment d’être abandonnés aux appétits toujours plus immodérés de la « finance » alors qu’on les massacre. Et, les deux sont liés. La politique économique et sociale d’Emmanuel Macron a pour pendant logique sa volonté de ne rien faire face au terrorisme islamiste, car le sentiment de peur est probablement le meilleur rempart, du moins le croit-il, contre la colère sociale. Il y a, de manière inconsciente ou consciente, une instrumentalisation du danger par un pouvoir qui est aujourd’hui de plus en plus discrédité. Cette complaisance vis-à-vis de l’islamisme, c’est à dire les dérives génocidaires de l’Islam, s’enracine aussi dans la politique à courte vue qui veut, par le clientélisme et le népotisme, acheter une forme de paix sociale. C’est ce qui justifie ses déclarations, dénonçant certes les « crimes », mais les mettant sur le même pied que les formes extrêmes de la laïcité. C’est ce qui justifie aussi les déclarations scandaleuse du gouvernement par rapport au texte de « l’Appel des 100 » qui a été récemment publié dans Le Figaro[1].

Le mythe de l’islamophobie

Cette volonté de ne rien faire, de ne pas prendre les mesures qui s’imposent, elle est justifiée au nom du risque de « stigmatisation » d’une minorité, la minorité pratiquant la religion musulmane. On parle alors d’islamophobie, mais ceci est un mythe. Car, toute religion peut être contestée et détestée. En réalité, le véritable problème serait la montée d’actes « antimusulmans ». Que ce risque puisse potentiellement exister est une réalité qu’il ne faut pas nier. Mais, que ce risque existe réellement dans la France d’aujourd’hui et soit dominant est, à tout le moins, une large exagération, voire un demi-mensonge. Il faut en effet avoir les chiffres en tête.

Tableau 1

Comparaison des actes antisémites et antimusulmans en

2016 et 2017

2016 2017
Action contre les musulmans 67 72
Menaces contre les musulmans 118 59
Total 185 131
Actions contre les juifs 77 97
Menaces contre les juifs 258 214
Total 335 311
Actions autres 84 85
Menaces autres 524 433

Chiffres collationnés par le Service Central du Renseignement Territorial (SCRT).

La véracité totale de ces chiffres peut être discutée. On peut penser que certaines personnes, victimes d’une agression, ne vont pas la déclarer, ou qu’à l’inverse d’autres « sur-déclarent » une agression. Mais, ces chiffres existent. Ils montrent que si une minorité est aujourd’hui victime d’agressions et de menaces, ce sont les français pratiquant la religion juive, ou considérés comme tels, bien plus que les musulmans. Si l’on rapporte ces chiffres à ce que pèsent ces minorités dans la population, le constat n’en est que plus accablant.

Agir

Il convient donc de dire et de redire une réalité en France : s’il existe un sentiment (et des actes) antimusulmans, ce sentiment et ces actes restent très limités, et probablement de 8 à 10 fois inférieurs (par rapport au nombre dans la population) de ce que subissent les français pratiquant la religion juive. Ce sentiment ne peut donc être invoqué pour ne pas prendre les mesures qui s’imposent face à l’islamisme. Or, sur ce point, très peu a été fait depuis 2015. Le nouveau gouvernement et notre nouveau Président n’ont pas pris la mesure du danger, et ce probablement parce qu’ils cherchent à instrumentaliser le péril islamiste par rapport à le situation économique et sociale.

Sur ce point il convient de répéter une vérité : la pratique d’une religion est libre en France, et ce quelle que soit cette religion, du moment que cette pratique se fait dans le cadre du respect des lois.

Les mesures face à l’islamisme sont connues, et j’en ai parlé à de multiples reprises ; certaines de ces mesures exigeraient néanmoins une adaptation de notre législation :

  1. fermeture des mosquées où la haine est prêchée, expulsion des imams « prêcheur de haine » s’ils sont étrangers, interdiction de prêche s’ils sont français.
  2. Interdiction de organisations appelant au non-respect des règles constitutionnelles, et en particulier aux règles d’égalité entre hommes et femmes. Cela concerne les organisations dites « culturelles » mais qui sont en réalité cultuelles d’obédience salafiste ou wahhabite mais aussi certaines associations liées aux frères musulmans.
  3. Interdiction de la propagande appelant au non-respect des règles constitutionnelles, que cette propagande soit par moyens vidéo, par écrit, ou par des signes ostentatoires comme l’habillement.

Ce qui s’est passé le vendredi 23 mars dans une banlieue de Carcassonne n’a pas fini d’agiter les esprits. Mais, il faut aujourd’hui agir. La confrontation entre le sublime et l’horrible, si elle reste en l’état, est grosse d’un affrontement bien plus massif, bien plus généralisé. Le gouvernement a encore les moyens de l’empêcher, mais il n’a plus beaucoup de temps…

[1] http://www.lefigaro.fr/vox/societe/2018/03/19/31003-20180319ARTFIG00299-l-appel-des-100-intellectuels-contre-le-separatisme-islamiste.php

32 réponses à [RussEurope-en-Exil] Trèbes et l’attentat de trop, par Jacques Sapir

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DAECH : Leur violence est légitimée par leur foi.

DAECH : Leur violence est légitimée par leur foi.


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Publié par Hubert De LANGLE le 14 Mars 2018


Malgré la victoire militaire sur le califat de l’EI, les djihadistes semblent toujours décidés à poursuivre leurs attaques. Auteur d’Après DAECH, la guerre idéologique continue (VA Press Editions, 2018), Edouard Vuiart rappelle que le salafisme djihadiste repose notamment sur un fondement religieux, qui constitue le socle de légitimation de la violence terroriste contemporaine.



Pourquoi avez-vous choisi d’étudier la violence terroriste djihadiste ?

Après la vague d’attentats qui a ensanglanté l’Europe, de nombreux politiques et experts ont cherché à psychiatriser la violence terroriste ou à la réduire à des frustrations ou à des pulsions irrationnelles. Or, l’analyse de leurs productions vidéo, audio et surtout papier, montre à quel point leur engagement est construit à partir d’un discours structuré, d’une foi inébranlable et d’une idéologie à toute épreuve. Je me suis donc intéressé de près à cette violence terroriste pour comprendre comment elle se justifiait dans la logique djihadiste. Je me suis demandé quelle était leur vision de la violence ; quelles étaient les raisons pour lesquelles ils prenaient ou déposaient les armes ; et si la chute l’EI en Irak et en Syrie allait avoir un impact quelconque sur leur système de pensée. En les lisant, on réalise vite qu’ils n’arrêtent pas d’expliquer, d’annoncer et de justifier tout ce qu’ils entreprennent. Loin des visions psychotiques du terrorisme, on découvre une dogmatique, une rhétorique, un argumentaire, une géopolitique, une eschatologie, une vision du monde et une stratégie djihadiste. J’ai donc cherché à analyser la part de rationalité qui pousse ces individus à passer à l’acte, tout en réfléchissant aux mutations probables que pourrait connaître la sphère djihadiste dans les mois et les années à venir.


Dans votre ouvrage, vous dénoncez « la sous-estimation de la force théologico-politique de l’idéologie salafiste djihadiste ». Selon vous, la dimension religieuse a-t-elle été négligée concernant la menace djihadiste ?

Le poids du religieux a souvent été sous-estimé dans l’analyse du phénomène terroriste. De nombreuses analyses ont préféré présenter les djihadistes comme des « aliénés mentaux » ou des « barbares primitifs » devenus incapables de discerner le Bien du Mal, et pour qui la morale ne signifierait rien. Or, comme le dit le sociologique Michel Wieviorka, il « n’existe pas de violence extrême sans foi », que celle-ci soit découverte juste avant de passer à l’acte ; basée sur une manipulation des textes ; ou entremêlée de facteurs exogènes. Pour autant, cela ne revient évidemment pas à culpabiliser l’islam en tant que religion et culture. L’islam comme concept arrêté ou essence invariable, n’existe pas. Toute adhésion à un quelconque courant nécessite la pratique d’une interprétation que chaque croyant se doit d’exercer à partir de la tradition religieuse qui est la sienne. C’est donc une grave erreur que de vouloir essentialiser l’islam, en lui donnant une apparence unique et invariable. Mais cela serait également une erreur de considérer l’islam sans une quelconque unité, comme une mosaïque d’interprétations discordantes aux divergences irréductibles. En dépit de leurs diverses nuances d’interprétation, les musulmans se reconnaissent tous dans le Coran, qu’ils considèrent comme la parole même de Dieu, éternelle, sans interférence humaine. Pour reprendre l’expression du frère dominicain Adrien Candiard, l’islam est en quelque sorte « une diversité qui aspire à l’unité ». Et c’est précisément cela qui est en partie à l’origine des deux grandes crises actuelles de cette religion : l’affrontement sunnites/chiites et la rivalité pour la définition de l’orthodoxie sunnite.

Sous quelles formes l’empreinte religieuse se manifeste-t-elle dans la propagande des djihadistes de Daech ?

Avant de se manifester dans la propagande numérique de Daech, le socle idéologique du salafisme djihadiste se développe et se propage à travers toute une série d’ouvrages. Parmi ces derniers, l’opuscule d’Abû Bakr Nâjî, intitulé « Gestion de la Barbarie », constitue une véritable synthèse des textes des principaux idéologues djihadistes – dont Abdallah Azzam et Abû Mus’ab al-Sûri. Cet ouvrage développe la thèse selon laquelle la « communauté musulmane » serait confrontée aux mêmes circonstances que celles qui ont succédées à la mort du prophète Mahomet, et dénonce une même « épidémie d’apostasie » que lors des premiers temps du djihad. Et cette analogie est ainsi utilisée pour légitimer le recours aux massacres et à des actions semblables à celles qui furent menées à la même époque. À titre d’exemple, on peut citer la mise à mort du pilote jordanien, Moaz Kasasbeh, brûlé vif dans une cage en janvier 2015. Non seulement Abû Bakr Nâjî avait appelé à agir de la sorte en faisant référence à l’immolation perpétrée par le premier calife Abu Bakr As Siddiq, mais à la suite de l’exécution du pilote jordanien, le magazine Dabiq publia un article qui mentionnait une « reproduction de l’exemple » du premier calife « en infligeant le châtiment du feu au titre de représailles ».

« La vérité ne peut se trouver qu’au sein du texte sacré. »

La propagande numérique djihadiste fournit quant à elle une dogmatique composée de sourates, de hadiths et de commentaires théologiques, pour convaincre ses partisans de l’abomination que constitue la déviance religieuse et de la « licité » du sang des « apostats » et des « mécréants ». Il s’agit d’un véritable édifice idéologique dont les argumentations théologiques constituent le soubassement justificatif de son recours à la violence. Loin d’être simplement guidés par leurs appétits, les djihadistes s’avèrent convaincus que tous les choix doivent découler de la stricte application de leur interprétation des principes coraniques et prophétiques. Selon cette interprétation littéraliste voire textualiste, la vérité ne peut se trouver qu’au sein du texte sacré.


Selon vous, comment doit-on analyser la persistance des phénomènes de radicalisation malgré la chute du califat islamique en Irak et en Syrie ?

Edouard Vuiart

Edouard Vuiart
Il faut tout d’abord comprendre que le djihadisme repose en partie sur un fondement religieux, défini par ses propres doctrinaires à travers un corpus d’ouvrages et d’exégèses coraniques. Et les processus de « radicalisation éclair » ne peuvent avoir lieu que parce que la doctrine djihadiste s’avère complexe, structurée et surtout disponible. Certes, certains djihadistes n’ont presque jamais lu Coran et ne parlent que très peu – ou pas du tout – l’arabe. Mais il est dangereux de tous les considérer comme incultes, car certains ont forgé leur engagement autour de ce corpus dédié. Affirmer qu’un djihadiste est un ignare à soigner revient à oublier qu’à ses yeux, c’est la démocratie toute entière qui est délirante et c’est notre incapacité à reconnaître la « volonté divine » qui relève de l’ignorance.

« Il s’agit d’une mission ‘‘divine’’ pour affronter la Fin des Temps. »

La réalité est là : les djihadistes restent persuadés qu’ils finiront par triompher et leur volonté de frapper l’Occident reste intacte. Ils souhaitent désormais venger la destruction du califat et leur idéologie continue de se propager insidieusement. Une intervention des autorités religieuses pourrait peut-être faire évoluer les choses, mais les textes d’oulémas démontant point par point l’argumentaire djihadiste sont rares, d’autant plus que les sympathisants du salafisme djihadiste restent imperméables à leur discours, les considérant comme des « traîtres » à la solde des pouvoirs arabes ou occidentaux. La lutte contre l’idéologie djihadiste n’en reste pas moins fondamentale, car il ne s’agit pas d’un « lavage de cerveau » produisant des êtres irrationnels, mais bien d’une interprétation des textes sacrés, d’une mission « divine » dont l’objectif est d’imposer la « véritable » orthodoxie sunnite et de purger l’humanité de ses éléments « impurs » pour affronter la Fin des Temps dans les meilleures conditions.

Edouard VUIART,[ Après DAECH, la guerre idéologique continue, VA Press Editions, 2018]

Pourquoi et comment V. Poutine gagne-t-il un 4e mandat présidentiel en Russie ? Un entretien avec Françoise Thom

Pourquoi et comment V. Poutine gagne-t-il un 4e mandat présidentiel en Russie ?
Un entretien avec Françoise Thom

Par Françoise THOM, Laurent CHAMONTIN, le 4 mars 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Françoise Thom, spécialiste de l’URSS et de la Russie postcommuniste, enseigne l’histoire à l’université Paris-Sorbonne. Elle a publié de nombreux ouvrages, dont « Les Fins du communisme » (1994), « Beria : le Janus du Kremlin » (2013) et récemment : « Géopolitique de la Russie » (avec J.-S. Mongrenier, 2016). Laurent Chamontin, polytechnicien, a vécu et voyagé dans le monde russe. Il est notamment l’auteur de « Ukraine et Russie : pour comprendre. Retour de Marioupol », éd. Diploweb 2016, disponible via Amazon.

Comment expliquer que le vainqueur de l’élection présidentielle en Russie soit « connu » plusieurs semaines avant le scrutin ? Pour le savoir, Laurent Chamontin a rencontré pour Diploweb Françoise Thom qui vient de publier « Comprendre le poutinisme », Paris, éd. Desclée De Brouwer.

Laurent Chamontin (L. C.) : Le résultat des élections de ce mois de mars 2018 en Russie ne fait aucun doute. Mais alors, pourquoi des élections ? Quelle logique préside à la sélection ou à l’élimination des candidats ?

Françoise Thom (F . T) : En Russie, les élections sont avant tout pour le pouvoir un moyen de contrôler l’efficacité des autorités régionales. Un gouverneur est jugé à sa capacité de faire voter « correctement » ses administrés. Les élections ont aussi pour but de figurer la légitimité du régime, notamment aux yeux de l’étranger. C’est l’administration présidentielle qui sélectionne les candidats. Son objectif premier est de s’assurer qu’aucun candidat alternatif ne puisse faire ombrage au vrai et unique candidat, Vladimir Poutine. Le choix des candidats « Potemkine » [1] est toutefois inspiré par d’autres considérations. La première est d’émietter au maximum le vote potentiellement contestataire. Ainsi trois candidats, Ksenia Sobtchak, Grigori Yavlinski, Boris Titov, se disputent la mouvance libérale ; trois candidats, Pavel Groudinine, Sergueï Babourine, Maxime Souraïkine rivalisent pour le vote communiste. A cela il faut ajouter l’éternel « spoiler », V. Jirinovski. La fonction de la pseudo-campagne électorale est de discréditer les deux courants virtuellement alternatifs, les libéraux pour leur absence de patriotisme (K. Sobtchak condamne l’annexion de la Crimée), les nationaux-communistes pour leur hypocrisie (Pavel Groudinine a prétendument des comptes en Suisse). La candidature de Navalny a été rejetée car sa campagne de dénonciation de la corruption du cercle du Kremlin serait déstabilisante pour le régime si Navalny avait accès à la télévision d’Etat. Navalny est charismatique, bon orateur et combatif. Il pourrait sérieusement compliquer la tâche à Vladimir Poutine. Enfin l’ultime objectif de l’Administration présidentielle est de lutter contre l’abstention qui si elle était excessive entacherait le triomphe de Vladimir Poutine, d’autant que Navalny a appelé au boycott des élections.

L. C. : Plus généralement, quels sont les points communs et les différences entre le poutinisme et le régime soviétique ? Quelle est la part de Vladimir Poutine dans le système qui porte son nom ?

F. T : Commençons par l’organisation du pouvoir. En URSS et en Russie le pouvoir réel ne se trouve pas dans les institutions prévues par la constitution. Il existe un centre de pouvoir informel parallèle caché qui coiffe la « verticale » administrative, le Secrétariat du Comité Central en URSS, l’Administration présidentielle en Russie. Dans les deux cas le gouvernement ne décide de rien. Il existe cependant des différences entre le cas soviétique et la Russie d’aujourd’hui. Sous Poutine le pouvoir est plus personnalisé qu’il ne l’était à l’époque soviétique. Même au temps de Joseph Staline une certaine collégialité subsistait. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. En revanche on note que les « siloviki » (armée, services de sécurité, police et Parquet) continuent à se tailler la part du lion dans le budget de l’Etat. La répression ciblée des opposants a largement été pratiquée sous Youri Andropov et elle l’est toujours à l’heure actuelle.

La Russie n’a plus d’idéologie officielle. Le rôle du Département de Propagande est confié à l’Eglise orthodoxe. La haine de l’Occident, qui était plutôt folklorique en Union Soviétique, joue un rôle fonctionnel au sein du régime poutinien.

La Russie n’a plus d’idéologie officielle. Le rôle du Département de Propagande est confié à l’Eglise orthodoxe. La haine de l’Occident, qui était plutôt folklorique en Union Soviétique, joue un rôle fonctionnel au sein du régime poutinien. Le peuple russe accepte d’être dépouillé par ses élites à condition que celles-ci lui fassent miroiter la restauration de la Russie comme grande puissance, entendue comme un pays capable de faire la nique aux Occidentaux. C’est là la différence fondamentale entre le régime d’Eltsine et celui de Poutine. Le régime poutinien est bel et bien « hybride ». Ses élites se remplissent les poches en Russie puis elles placent leur fortune mal acquise à l’étranger où elles « délocalisent » leurs proches. En revanche, elles se dédouanent en Russie en donnant dans une religion orthodoxe tapageuse, en sponsorisant force projets « patriotiques » dirigés contre l’Occident. Plus la corruption des élites devient criante, plus l’idéologie de la grande puissance est mise en avant par la propagande officielle, et plus la confrontation avec l’Occident est présentée comme la raison d’être de la politique étrangère russe.

La stratégie « hybride » mise en œuvre par le régime poutinien trouve ses racines dans la pratique bolchevique. Ainsi quand les Occidentaux se plaignaient des activités subversives du Komintern dans leurs pays respectifs, les diplomates soviétiques rétorquaient que les citoyens de l’URSS avaient bien le droit de se comporter selon leurs convictions à l’étranger, le gouvernement soviétique n’y était pour rien et ignorait tout de leurs agissements. Sous Poutine la sous-traitance s’est généralisée, à la fois dans le domaine militaire et dans le domaine de la cyberguerre. On le voit au rôle d’oligarques comme Malofeev très actif dans le soutien au séparatisme ukrainien ou Prigojine, le cuisinier de Poutine, qui finance les trolls du Kremlin et les mercenaires russes en Syrie. Formé au KGB, Poutine ne gouverne pas vraiment. Il va d’opérations spéciales en opérations spéciales, en politique intérieure comme en politique étrangère. Quand il croit pouvoir faire un bon coup sans être pris la main dans le sac il se lance sans hésiter.

Poutine cherche toujours à sortir d’une situation défavorable par l’escalade.

Même si la politique étrangère russe poursuit des objectifs identiques à la politique étrangère de l’URSS (expulsion des Américains d’Europe, sabotage de la solidarité européenne, stratégie d’influence en Europe occidentale, hostilité à l’égard des Etats-Unis, solidarité avec les dictatures du Tiers-Monde anti-occidentales), elle manifeste moins de cohésion et d’esprit de suite qu’autrefois. Les caprices et les complexes personnels de Poutine peuvent faire dérailler les stratégies les plus élaborées. Enfin dernière différence, et de taille : les dirigeants soviétiques ont toujours fait preuve de prudence. Même Staline savait où s’arrêter. Poutine pour sa part cherche toujours à sortir d’une situation défavorable par l’escalade. Il ne recule pas devant le risque et surestime constamment la faiblesse de ceux qu’il considère comme ses adversaires.

L. C. : Y a-t-il un lien entre la guerre en Ukraine et la nature du régime russe ?

F . T : La guerre contre l’Ukraine résulte de l’érosion du « consensus poutinien ». Le régime avait fait accepter l’abandon des libertés en affirmant que c’était là le prix à payer pour parvenir à la prospérité. A partir du moment où l’économie périclite, le régime poutinien met en avant le slogan du « monde russe » et de l’intégration autour de la Russie du grand espace eurasien. Désormais le régime autocratique se justifie en persuadant les Russes que seul un pouvoir autoritaire permettra « le rassemblement des terres russes ». Les hommes du Kremlin identifient la puissance à l’étendue de l’espace contrôlé. Ces tendances archaïques s’accentuent à partir de la crise de 2009, lorsque les dirigeants russes comprennent que la Russie ne parviendra pas à combler son retard économique sur les nations développées.

L. C. : Le regain de puissance russe (interventions en Géorgie en 2008, Ukraine depuis 2014, Syrie depuis 2015) vous parait-il réel et durable ?

F . T : Les succès de Poutine sont en trompe-l’oeil. La sécession des provinces géorgiennes (Abkhazie et Ossétie du Sud) constitue un fardeau supplémentaire pour le budget russe, tout comme la Crimée. La Géorgie continue à se rapprocher de l’OTAN et à se tourner vers l’Europe. Quant à l’Ukraine, elle est maintenant perdue pour la Russie. En Syrie la position « incontournable » de la Russie, comme on aime à le répéter dans nos media, devient éminemment inconfortable dans la mesure où les alliés de Poutine, encouragés dans un premier temps par la Russie à poursuivre leurs « intérêts nationaux », se mettent à réaliser leurs objectifs pour le plus souvent incompatibles et la Russie en vient à mécontenter tous ses partenaires. Elle ressemble à un jongleur dont toutes les balles risquent de tomber en même temps. L’anti-occidentalisme n’est plus un ciment suffisant pour faire tenir la coalition constituée de bric et de broc par Moscou.

L. C. : Les Occidentaux peuvent-ils espérer avoir des relations plus constructives avec ce régime ?

F . T : On peut s’attendre à des gestes de « dégel », comme toujours quand les caisses de l’Etat se vident et quand le robinet des technologies se ferme, surtout si les élites proches du Kremlin se débarrassent de Poutine. Mais tant que l’économie russe fonctionne sur le mode de la prédation décrit plus haut, l’affrontement avec l’Occident est indispensable à la stabilité interne du régime. Si le mirage de la « grande puissance » reconstituée se dissipe, les Russes cesseront de se laisser piller docilement par leurs élites et leur demanderont des comptes.

Copyright Mars 2018-Chamontin-Thom/Diploweb.com

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Lourdes : un 70e miracle officiellement reconnu

Lourdes : un 70e miracle officiellement reconnu

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Mgr Jacques Benoit-Gonnin, évêque de Beauvais (Oise), a solennellement déclaré « le caractère prodigieux et miraculeux“ de la guérison d’une religieuse, Sœur Bernadette Moriau, “par l’intercession de la bienheureuse Marie, Notre-Dame de Lourdes“.

« Grande joie pour l’Eglise Catholique ! »  a lancé dimanche 11 février le diocèse de Beauvais sur son compte Twitter, le jour de la fête de Notre-Dame de Lourdes.

Mgr Jacques Benoit-Gonnin, son évêque, a reconnu officiellement comme miracle la guérison en 2008 de Sœur Bernadette par l’intercession de Notre-Dame de Lourdes. Il s’agit du 70e miracle reconnu officiellement depuis les apparitions de la Vierge Marie à Bernadette Soubirous en 1858. Cette annonce intervient d’ailleurs précisément le jour du 160e anniversaire de la première apparition de la Vierge, un 11 février.

Sœur Bernadette Moriau, née dans le Nord en 1939, est entrée à 19 ans au couvent dans une congrégation de franciscaines et est devenue infirmière en 1965. Dès 1966, à 27 ans, elle ressent des douleurs lombo-sciatiques et malgré quatre interventions chirurgicales ne peut plus exercer comme infirmière et marcher normalement.

Plus aucun traitement du jour au lendemain

En juillet 2008, alors qu’elle a 69 ans, elle participe au pèlerinage à Lourdes de son diocèse et reçoit le sacrement des malades. A son retour en Picardie, le 11 juillet 2008, « elle ressent une sensation inhabituelle de relâchement et de chaleur dans tout son corps » et « perçoit comme une voix intérieure qui lui demande d’enlever l’ensemble de ses appareils, corset et attelle », d’après le communiqué du diocèse. Sœur Moriau interrompt le jour même tous ses traitements.

Après une batterie d’examens, des expertises, plusieurs réunions collégiales et de nombreuses confrontations, le Bureau des constatations médicales de Lourdes a affirmé dès 2013 « le caractère imprévu, instantané, complet, durable et inexpliqué de la guérison. En novembre 2016 à Lourdes, lors de sa réunion annuelle, le CMIL (Comité médical international de Lourdes) confirme « la guérison inexpliquée, dans l’état actuel des connaissances scientifiques ».

Unesco/Jérusalem-Est : le Saint-Siège et le Grand rabbinat s’associent

Unesco/Jérusalem-Est : le Saint-Siège et le Grand rabbinat s’associent

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Contre la négation politique et polémique de l’histoire biblique.

Il y a un mois et demi, le conseil exécutif de l’Unesco adoptait formellement une nouvelle résolution sur les lieux saints à Jérusalem-Est, classée au patrimoine de l’humanité, provoquant un tollé en Israël où le gouvernement a aussitôt suspendu ses relations avec l’organisation. Selon cette nouvelle résolution – entérinant une précédente résolution, adoptée en avril dernier, – Jérusalem est reconnue comme une ville essentiellement arabe ou musulmane, gommant de facto aussi bien le passé et le présent juif de Jérusalem, que le passé et le présent chrétien de Jérusalem.

La résolution, censée viser entre autres à « sauvegarder le patrimoine culturel palestinien et le caractère distinctif de Jérusalem-Est », avait suscité une vive protestation des évêques de France. Mgr Vincent Jordy, le président du Conseil pour l’Unité des Chrétiens et les Relations avec le judaïsme, avait adressé une lettre à Mme Irina Bokova, lui rappelant que « la reconnaissance explicite de chaque communauté de croyants, le respect de cette histoire, est non seulement une question de justice mais aussi une condition de paix « . Ce que ne fait pas l’organisme,  en « semblant ignorer le lien du peuple juif et, en conséquence, de la tradition chrétienne, avec Jérusalem ».

Cette résolution, sous l’intitulé général « Palestine occupée », proposée par plusieurs pays arabes, et soutenue par la France, efface purement et simplement tout « lien entre les juifs, le Mur occidental et le Mont du Temple à Jérusalem ». Le président de la Fédération protestante de France, François Clavairoly avait également fait part de son « étonnement », et regretté une « absence de référence qui méconnaît l’histoire et efface la mémoire de plusieurs siècles ».


Lire aussi : l’Unesco efface 3000 ans d’histoire judéo-chrétienne à Jérusalem


Respect universel des lieux saints

Jusqu’ici le Saint-Siège ne s’était pas positionné. Il a attendu de rencontrer les représentants du Grand Rabbinat d’Israël, fin novembre, à Rome, pour le faire, mais en restant sur «  le général », c’est-à-dire en évitant de citer l’Unesco, « par sobriété diplomatique » affirme-t-on dans l’entourage des discussions. À l’issue de sa 14e rencontre bilatérale, la commission a néanmoins réaffirmé « le principe du respect universel pour les lieux saints de chaque religion ». Dans un document, signé par les présidents des délégations et intitulé « La paix au nom de la religion », rapporte l’Osservatore Romano du 1 décembre, la commission a « pris position avec force contre la négation politique et polémique de l’histoire biblique, exhortant toutes les nations et les religions à respecter ce lien historique et religieux ».

Urgence éducative

Devant les défis et les tragédies humaines de notre époque, elle rappelle également le rôle « indispensable » des « guides religieux » dans l’enseignement de « la tolérance et du respect » aux jeunes générations, et pour « persuader le plus efficacement possible » les autorité de leurs nations  à agir avec plus de tolérance et humanité, envers autrui et envers les plus faibles ».

Et de réitérer alors expressément l’exhortation du pape François à l’audience interreligieuse du 3 novembre dernier au Vatican : « Que soient rejetés les chemins sans but de l’opposition et de la fermeture. Qu’il n’arrive plus que les religions, à cause du comportement de certains de leurs disciples, transmettent un message qui sonne faux, en désaccord avec celui de la miséricorde », et que face aux atrocités, justifiées au nom d’une religion ou de Dieu lui-même, « que soient condamnés de façon claire ces comportements iniques qui profanent le nom de Dieu et qui polluent la recherche religieuse de l’homme (…) », favorisant au contraire, partout, « la rencontre pacifique entre les croyants et une réelle liberté religieuse ».

Après plus d’un demi-siècle de réconciliation et de dialogue fructueux entre juifs et catholiques, conclut la commission, « juifs et chrétiens sont appelés à œuvrer ensemble pour contribuer à créer la paix dans la famille humaine tout entière », en éduquant notamment «  les nouvelles générations à promouvoir la paix et le respect réciproque « .

 La France

En mai dernier, le premier ministre français, Manuel Valls, avait regretté le vote de la France à l’Unesco, soulignant devant l’assemblée nationale : « Il y a dans cette résolution de l’Unesco des formulations malheureuses, maladroites, qui heurtent et qui auraient dû être incontestablement évitées, comme ce vote ». Il faut dire que cette question tombe à un moment où la France tente de relancer le processus de paix israélo-palestinien, toujours au point mort.

https://fr.aleteia.org/2016/12/02/unescojerusalem-est-le-saint-siege-et-le-grand-rabbinat-sassocient/

La recomposition du paysage politique en marche…

La recomposition du paysage politique en marche...

La recomposition du paysage politique en marche…

Par Alain de Benoist, philosophe, écrivain et essayiste ♦ Nous reproduisons ci-dessous un entretien avec Alain de Benoist, paru sur Boulevard Voltaire et cueilli sur Métapo infos dans lequel il évoque la recomposition du paysage politique français provoquée par l’élection d’Emmanuel Macron… Alain de Benoist a récemment publié Le moment populiste (Pierre-Guillaume de Roux, 2017), Ce que penser veut dire (Rocher, 2017) et L’écriture runique et les origines de l’écriture (Yoran, 2017).


Alain de Benoist : « L’élection d’Emmanuel Macron a été un véritable fait historique, parce qu’elle a entraîné une recomposition générale du paysage politique »

Depuis quelque temps, vous vous faites un peu rare sur Boulevard Voltaire. L’actualité politique ne vous inspire plus ?

La politique n’a jamais été mon principal centre d’intérêt, et je la trouve en général extrêmement ennuyeuse. Je n’aime pas, non plus, répéter ce que d’autres ont déjà dit : faire du commentaire de commentaire, toujours à propos de péripéties qui, dans trois mois, auront été complètement oubliées, je trouve que c’est une perte de temps. Beaucoup de gens sont des réactifs, qui ne perdent pas une occasion de manifester leurs obsessions. À la réactivité, je préfère la réflexivité. En politique, les seuls événements dignes d’intérêt sont ceux qui ont une certaine portée et qui nous disent quelque chose de l’avenir

Alors, quelles sont aujourd’hui les tendances lourdes ?

L’élection d’Emmanuel Macron a été un véritable fait historique, parce qu’en mettant fin au clivage droite/gauche tel que nous le connaissions, elle a entraîné une recomposition générale du paysage politique comme on n’en avait pas connu en France depuis cinquante ans. Cette recomposition n’en est, aujourd’hui, qu’à ses débuts. Toute la question est de savoir si Macron, qui n’a pas fait de faute majeure jusqu’à présent, pourra imposer durablement son bloc contre-populiste et libéral-libertaire ou si, à la faveur de quelque événement imprévu, son projet va capoter. Pour l’heure, plus il se tourne vers les centristes, et plus il dégage à gauche un espace que Mélenchon n’a pas encore préempté. Laurent Wauquiez, dans le même temps, n’a de chance de tirer son épingle du jeu qu’en s’employant à rendre irréversible la coupure entre les conservateurs et les libéraux.

Une autre tendance lourde, à laquelle on n’attache pas assez d’importance, c’est la décomposition progressive des classes moyennes, qui se retrouvent aujourd’hui de plus en plus menacées de déclassement. Les bénéficiaires de la mondialisation ont, jusqu’ici, bénéficié du soutien de deux secteurs protégés : les fonctionnaires et les retraités. Or, les fonctionnaires sont en passe de perdre leurs « privilèges » et les retraités, qui ont largement voté pour Macron, sont les principaux perdants des dernières réformes fiscales. Les puissants savent très bien que nous ne sommes plus à l’époque des Trente Glorieuses qui avaient vu enfler les classes moyennes parce que tout le monde finissait par bénéficier peu ou prou des profits accumulés au sommet de la pyramide. Aujourd’hui, la pyramide a cédé la place au sablier : les profits ne redescendent plus jusqu’à la base, les pauvres sont de plus en plus pauvres et de plus en plus nombreux, et les plus riches cherchent à rafler la totalité du gâteau parce qu’ils voient bien que sa taille ne cesse de diminuer.

Le « capital culturel », disait Bourdieu, joue autant que le « capital économique ». Une grande partie de la moyenne bourgeoisie se sentait, jusqu’ici, en état d’insécurité culturelle, mais non d’insécurité sociale : en clair, elle déplorait l’immigration, mais ne craignait pas pour son pouvoir d’achat, son patrimoine ou son statut social. C’est elle qui a voté pour Fillon, alors que les classes populaires l’ont boudé. Le Front national, au contraire, a surtout recueilli le vote des classes populaires de la France périphérique, c’est-à-dire de ceux qui se sentent à la fois en situation d’exclusion sociale et d’exclusion culturelle : non seulement ils sont frappés par le chômage, mais ce sont eux qui subissent de plein fouet les conséquences de l’immigration. La tendance actuelle devrait logiquement faire basculer une grande partie de la classe moyenne vers les classes populaires. Exclusion sociale et exclusion culturelle vont donc s’ajouter l’une à l’autre dans des proportions croissantes, ce qui va faire s’évaporer une partie de la majorité actuelle. Peut-être est-ce ainsi que l’alliance des conservateurs et des populistes pourra se réaliser.

Quelques questions plus anecdotiques, quand même. L’abandon de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes ?

Comme Philippe de Villiers, je me félicite de l’abandon de ce projet aussi destructeur qu’insensé. Et permettez-moi d’ajouter, pour être franc, que j’ai beaucoup plus de sympathie pour les « crasseux » zadistes que pour le très convenable PDG du groupe Lactalis !

L’offensive contre les crèches municipales ?

Nous en avions déjà parlé l’an dernier. Tout le monde sait qu’il y a deux sortes de laïcité : celle qui réside dans la simple séparation de l’Église et de l’État : l’État reconnaît tous les cultes, mais ne s’identifie à aucun, formule qui jusqu’à une date récente satisfaisait tout le monde. Et puis, il y a le fanatisme laïciste qui prétend privatiser intégralement la foi en interdisant le moindre signe religieux dans le secteur public, ce qui est à la fois impossible et absurde. La grotesque offensive contre la tradition à la fois religieuse et culturelle 1 des crèches municipales relève évidemment de la seconde catégorie. Il en va de même de la croix de Ploërmel – même si, à titre personnel, je la trouve absolument hideuse tant elle écrase par sa disproportion la statue placée en dessous d’elle !

Alain de Benoist,
propos recueillis par Nicolas Gauthier
(Boulevard Voltaire, 19 janvier 2018)

Source : metapoinfos.hautetfort.com (25/01/2018)

Correspondance Polémia – 26/01/2018

Crédit photo : thierry ehrmann via Flickr (cc)

https://www.polemia.com/la-recomposition-du-paysage-politique-en-marche/

Les moines de Tibhirine reconnus martyrs

Les moines de Tibhirine reconnus martyrs

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Le pape François a approuvé la reconnaissance du martyre de Mgr Pierre Claverie, évêque d’Oran, et de 18 autres religieux et religieuses, parmi lesquels les moines de Tibhirine. Cette reconnaissance ouvre la voie à leur béatification.

Ces 19 personnes ont été tuées entre 1994 et 1996, au cours de la guerre civile, opposant le gouvernement algérien et des groupes islamistes. En reconnaissant leur martyre, le pape François déclare que ces 19 religieux et religieuses ont été tués en « haine de la foi », parce que chrétiens.

Voici la liste des 19 religieux reconnus martyrs :

Le Frère mariste Henri Vergès et Sœur Paul-Hélène Saint-Raymond, des petites Sœurs de l’Assomption, assassinés le 8 mai 1994 à Alger.

Les Espagnoles Sœur Esther Paniagua Alonso et Sœur Caridad Alvarez Martín, religieuses augustines missionnaires, assassinées le 23 octobre 1994.

Jean ChevillardAlain DieulangardChristian Chessel et Charles Deckers, quatre Pères blancs – trois français et un belge ­– assassinés à Tizi Ouzou le 27 décembre 1994.

Sœur Angèle-Marie Littlejohn et Sœur Bibiane Leclercq, des Sœurs missionnaires de Notre-Dame des Apôtres, assassinées le 3 septembre 1995.

Sœur Odette Prévost, des petites Sœurs du Sacré-Cœur, tuée le 10 novembre 1995

© tibhirine-tibehirine.tumblr.com/

Les sept moines cisterciens de l’abbaye Notre-Dame de l’Atlas de Tibhirine, le prieur Frère Christian de Chergé, Frère Luc Dochier, Frère Christophe Lebreton, Frère Michel Fleury, Frère Bruno Lemarchand, Frère Célestin Ringeard et Frère Paul Favre-Miville avaient été enlevés en mars 1996 dans leur monastère de Notre-Dame de l’Atlas. Leur mort avait été annoncée le 23 mai par un communiqué du Groupe islamique armé (GIA). Les têtes des moines avaient été retrouvées le 30 mai 1996.

Quelques mois plus tard, le 1er août 1996, meurt le dernier de ces martyrs d’Algérie et seul évêque : Mgr Pierre Claverie, dominicain et évêque d’Oran.