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France/Iran : reprise de la guerre des services ?

NOTE D’ACTUALITÉ N°525 / octobre 2018

France/Iran : reprise de la guerre des services ?

Alain RODIER

 

Selon plusieurs organes de presse, le Mossad serait à l’origine de la chasse déclenchée à travers toute l’Europe contre les services secrets iraniens. Celle-ci a officiellement débuté quand le service spécial hébreu a averti ses homologues du Vieux continent – vraisemblablement en mai/juin 2018 -de la préparation d’un attentat visant la réunion annuelle de l’Organisation des moudjahiddines du peuple iranien (OMPI[1]) se tenant à Villepinte le 30 juin 2018, en présence de nombreuses personnalités[2].

À la suite de ces renseignements, un couple belgo-iranien- Amir et Nasimeh S., âgés d’une trentaine d’années – a été appréhendé par la police belge le 30 juin dans le quartier de Stockel, à Woluwe-Saint-Pierre, dans la banlieue bruxelloise. 500 grammes d’explosif  TATP et un dispositif de mise à feu ont été trouvés dans deux paquets séparés dans leur voiture. Assadollah Assadi, un diplomate iranien en poste à l’ambassade d’Iran à Vienne (Autriche), soupçonné d’être en contact avec ce couple, a été arrêté en Allemagne. En effet, n’étant pas accrédité dans ce pays, il ne bénéficiait pas de l’immunité diplomatique[3]. Les Israéliens l’ont désigné comme le responsable opérationnel de la tentative d’attentat. Il devrait être extradé vers la Belgique pour y être présenté à la justice.

 

Actions et décisions de la France

 

Début octobre, faisant – tardivement – suite à cette affaire, la France a gelé pour six mois les avoirs sur son territoire du ministère du Renseignement et de la Sécurité iranien (VAJA, ex VEVAK) qui serait lié à la tentative d’attentat. La même sanction a été prise à l’encontre d’Assadollah Assadi – le diplomate arrêté en Allemagne – et du chef des services de renseignement iraniens, le vice-ministre Saeid Hashemi Moghadam.

Ces mesures surviennent parallèlement à l’importante opération policière qui a visé, le 2 octobre, l’association musulmane chiite dénommée Centre Zahra France. Les forces de l’ordre ont perquisitionné son siège ainsi que le domicile de ses principaux dirigeants. 11 personnes ont été interpellées et trois ont été placées en garde à vue pour détention d’armes. Les avoirs du Centre Zahra France et deux organisations qu’il abrite dans ses locaux – France Marianne Télé et la Fédération chiite de France/Parti Antisioniste – ont également été gelés.

Les activités du Centre Zahra France étaient suivies depuis de très nombreuses années par les services de renseignement français pour « soutien à plusieurs organisations terroristes et en faveur de mouvements prônant des idées contraires aux valeurs de la République ». Selon l’AFP, le Centre Zahra France et les associations qu’il héberge sont soupçonnés de prôner la guerre sainte et de faire l’apologie de mouvements comme le Hamas palestinien ou le Hezbollah libanais, soutenus par l’Iran. Les branches militaires de ces organisations sont considérées comme « terroristes » par l’Union européenne.

Il est vrai que des intervenants tiennent au Centre Zahra  des discours extrémistes, à l’exemplede ceux du cheikh Ali Talal qui a déclaré le 29 avril 2018 : « nous ne fermerons pas les yeux […] jusqu’à ce que le sionisme soit extirpé de tout le pays. » Lors d’un autre sermon, délivré le 15 mai, il proclamait : « Aujourd’hui, la boussole de l’unité doit être réglée sur notre union contre le sionisme ! Que nous nous acceptions mutuellement, qui que nous soyons, jusqu’à ce que nous en finissions avec les sionistes, et en débarrasser le monde, que le monde et les opprimés soient débarrassés d’eux. À ce moment, nous nous assiérons et nous parlerons de nos différends, s’ils existeront encore. Et je vous dis qu’il n’y en aura plus, car l’origine de tout différend vient de ces sionistes, ces arrogants, ces maudits qui ne veulent aucune forme de vie pour l’humanité ! ». À l’évidence, il s’agit là d’un appel lancé aux sunnites radicaux.

Certes, le Centre Zahra France était dans le collimateur des autorités françaises depuis des années, mais on peut se demander pourquoi elles ont décidé d’agir maintenant ? N’est-ce pas là un signe politique envoyé en direction de Washington pour faire oublier que la France était en pointe dans la défense du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), traité levant les sanctions contre l’Iran en échange de son engagement de cesser le développement des ses activités nucléaire militaire[4] et remis en cayse par Donald Trump ?

Par la voix de son porte-parole Bahram Ghassemi, la diplomatie iranienne a rejeté les accusations françaises : « Une fois encore, nous démentons avec véhémence ces accusations, nous condamnons l’arrestation de ce diplomate et nous appelons à sa libération immédiate». Suite à cette arrestation, le ministère des Affaires étrangères français a publié le 20 août une note interne demandant à ses personnels non accrédités en Iran d’éviter de se rendre dans ce pays. Ils pourraient être à leur tour arrêtés pour être ensuite échangés contre leur homologue iranien.

 

Une tentative d’attentat quelque peu étrange

 

Généralement, quand ils mènent des actions de type terroriste, les services spéciaux iraniens, agissent via des tiers comme le Hezbollah libanais ou des mouvements palestiniens pour ne pas apparaître en première ligne. Ces derniers se font un devoir de leur rendre ces services car ils dépendent presque totalement de Téhéran, en particulier sur le plan financier. Or, dans la tentatvie d’attentat visant Villepinte, ce ne semble pas avoir été le cas. Selon l’accusation, c’est Assadollah Assadi, le diplomate en poste à Vienne, qui aurait remis la charge explosive aux activistes lesquels, apparemment, n’appartiennent pas à une “structure extérieure“.

Ensuite, si les 500 grammes de TATP auraient pu provoquer des dégâts importants en explosant dans la foule, il s’agit d’une charge d’explosifs relativement faible, d’autant que l’on ignore si elle était entourée de projectiles métalliques qui, eux, sont extrêmement vulnérants. Pour le moment, aucune information n’a filtré sur la composition de l’engin… La clé de l’énigme réside dans cette preuve matérielle : est-ce un engin professionnel ou un bricolage ? Etait-il apte a être mis en oeuvre rapidement et comment ? Les enquêteurs détiennent les réponses à ces questions mais ne les ont pas encore dévoilées.

Rappelons également que l’OMPI vit quasi ouvertement au grand jour en France et tient sa réunion populaire annuelle tous les ans au même endroit, à Villepinte. Pour l’anecdote, les mauvaises langues prétendent que certains participants sont rémunérés pour faire la claque. Si le régime iranien avait voulu s’en prendre à l’OMPI, il aurait pu le faire depuis longtemps et de manière plus professionnelle. Quel est l’intérêt pour lui d’organiser en tel attentat en pleine crise sur la suspension de l’accord JCPOA ?

Enfin, lors de leur arrestation le jour même de la manifestation de l’OMPI, les deux « terroristes » se trouvaient à Bruxelles ce qui était un peu loin de leur objectif supposé. Même s’il n’est pas impossible d’envisager qu’ils se rendaient à Villepinte, une action de ce type se prépare soigneusement à l’avance et les opérateurs sont généralement présents sur place quelques temps auparavant.

 

Des services iraniens de sinistre réputation

 

Il est vrai que les services iraniens traînent une sinistre réputation s’étant livrés au terrorisme d’État à de nombreuses reprises par le passé ; pour mémoire, l’assassinat de l’ambassadeur français au Liban, Louis Delamare, le 4 septembre 1981 ; l’attentat contre les parachutistes français de Drakskaret les Marinesaméricains à l’aéroport de Beyrouth le 23 octobre 1983 (305 morts) ; celui de l’opposant Chapour Bakhtiar à Suresnes, le 6 août 1991 ; sans oublier les attentats terroristes contre les intérêts israéliens en Argentine et en Europe.  La liste est longue et il convient de ne rien oublier ! Le régime des mollahs sait utiliser l’arme de la terreur quand il la juge utile à sa politique.

Les renseignement iranien est organisé autour de deux entités : le ministère du Renseignement et de la Sécurité(VAJA) et le directorat du renseignement du Corps des Gardiens de la Révolution islamique, dont le bras armé à l’étranger est la force Al-Qods. Ces deux services sont présents dans toutes les représentations diplomatiques iraniennes. Il est donc vraisemblable que Assadollah Assadi appartenait à l’un d’eux.

La première mission des services iraniens est la surveillance des opposants ; la seconde est la lutte contre Israël et contre l’Arabie saoudite. Ils agissent généralement de manière très professionnelle, mais il leur est cependant arrivé de commettre de graves erreurs techniques à plusieurs reprises, lesquelles ont permis de les confondre et de mettre en cause leurs responsables politiques, notamment suite aux attentats ayant eu lieu en Argentine ou en Bulgarie.

Il n’est pas exclu que Téhéran – dans le climat international actuel très tendu – ait de nouveau recours à des opérations violentes à l’étranger (attentats, assassinats). La sécurité autour des opposants iraniens réfugiés en Europe aurait d’ailleurs été renforcée ces dernières semaines. Il ne faut pas se faire d’illusions, les services iraniens sont en train de se préparer à mener une guerre secrète si la situation venait à se détériorer du fait de l’agressivité affichée des Américians et des Britanniques suivis – contraints et forcés – par les Européens.

 

*

 

Il n’a échappé à personne que l’accord JCPOA est en train de se détricoter depuis que Donald Trump l’a rejetté et a rétabli les sanctions économiques à l’égard de Téhéran. De plus, Washington ne s’est pas privé de menacer directement de sanctions ses alliés ayant des relations économiques avec l’Iran. Résultat : presque tous les industriels européens et français (Total, Peugeot, etc.) se sont retirés du pays, laissant la place aux Chinois et aux Russes.

C’est dans ce cadre que cette affaire d’attentat survient fort opportunément. Elle a été servie avec délectation par les Israéliens qui considèrent l’Iran comme leur pire ennemi[5]. Comme par hasard, le président iranien Hassan Rohani entamait, début juillet  2018, un voyage officiel en Suisse et en Autriche. La révélation de cette tentative d’attentat et du « complot » iranien est donc venue fort à propos saboter son voyage et a été un signal fort à l’attention des  Etats qui espéraient encore pouvoir négocier.

La stratégie des Américains et d’Israël est clairement d’asphyxier au maximum l’économie iranienne pour provoquer des mécontentements intérieurs qui pourraient changer la donne politique.Pour Washington, l’OMPI a un rôle central à jouer à l’avenir. C’est oublier un peu vite que cette organisation – dont l’idéologie est un mélange de marxisme et d’islamisme – n’est pas populaire du tout en Iran. Une grande majorité d’Iraniens – même ceux qui ne soutiennent pas le pouvoir des mollahs – considère que l’OMPI a trahi la Patrie en combattant dans les rangs de l’armée de Saddam Hussein lors de la « guerre imposée » ou « défense sacrée » (1980-1988). Les Iraniens restent des nationalistes fiers de leur histoire et ne pardonnent pas cette trahison. Mais si Washington appuie l’OMPI, c’est aussi parce ce mouvement a été un fidèle « collaborateur » des services de renseignement américains, ayant fourni dans le passé de précieuses informations sur l’effort nucléaire iranien.

Malheureusement, il y a bien longtemps que la politique du Quai d’Orsay suit celle du département d’État américain. Il est loin le temps où Paris et Berlin avaient refusé de participer à l’invasion de l’Irak de 2003. La fureur des Américains dénonçant la « lâcheté » des Français avait été à son comble. Aujourd’hui,ce n’est pas par conviction que Paris s’aligne sur Washington, mais tout simplement parce que la France n’a plus les moyens de s’y opposer. Les responsables politiques français savent que s’ils passent outre les “recommandations“ de Washington et continuent de commercer avec Téhéran, les sanctions américaines seront sans pitié. Le marché intérieur américain sera alors fermé à nos industriels et les sanctions (condamnations, amendes) ne tarderont pas. Or, le marché américain est vital pour les économies française et européenne alors que celui de l’Iran est, comparativement, négligeable.

 

 

[1] Mojāhedin-e Khalq (MEK).

[2] Dont : Rudy Giulani, avocat de Donald Trump et maire de New York au moment des attentats du 11 septembre 2001 ; Stephen Harper, l’ancien Premier ministre canadien ; Philippe Douste-Blazy, Bernard Kouchner, Rama Yade, etc.

[3] L’accréditation dans un pays ne couvre le diplomate que dans celui-ci, lors des trajets professionnels qu’il effectue ou s’il accompagne la « valise diplomatique.

[4] Signé le 14 juillet 2015 à Vienne par les cinq membres du Conseil de sécurité de l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-uni) + l’Allemagne, d’où son appellation « 5+1 ».

[5] Cela n’a pas été toujours le cas car durant la guerre Irak-Iran qui a duré de 1980 à 1988, l’État hébreu a discrètement fourni une aide militaire à Téhéran avec l’accord plus ou moins officiel de Washington. Il considérait à l’époque que Saddam Hussein était son adversaire potentiel le plus menaçant.

https://www.cf2r.org/actualite/france-iran-reprise-de-la-guerre-des-services/

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Renseignement : la France souhaite enfin retrouver un peu de souveraineté

 Publié le Mis à jour le 18 septembre 2018
Auteur par Pierrot
Catégories Fabrication française, International Renseignement : la France souhaite enfin retrouver un peu de souveraineté Depuis 2 ans, le logiciel d’analyse des données dont se sert les services de renseignement français est la propriété d’une start-up américaine financée par la CIA…
Situation ubuesque dont le gouvernement semble enfin vouloir sortir. Développer la souveraineté numérique de la France et de l’Europe. Le gouvernement intensifie ses efforts en ce sens afin de ne plus dépendre des logiciels américains au moment où les relations transatlantiques ne sont pas des plus chaleureuses, rapporte l’agence Bloomberg
. En ligne de mire notamment : un logiciel d’analyse de données (Big Data) fourni par Palantir, une start-up américaine financée en partie par la CIA et que le renseignement intérieur français utilise pour sa lutte antiterroriste.
Le contrat avait été signé en 2016 « en l’absence d’une solution française et européenne ». Mais Paris voudrait désormais lui trouver un remplaçant « maison ». « Nous cherchons aujourd’hui à développer une offre française ou européenne », explique le patron de la Direction générale de la sécurité intérieure, Laurent Nunez, à Bloomberg. « Nous avons pour objectif de lancer un outil pour toutes les agences de renseignement. Et de nombreuses entreprises sont intervenues. »
Une start-up valorisée 20 milliards Peu connue du grand public, Palantir est pourtant l’une des pépites de la Silicon Valley. Elle a rejoint en 2015 le cercle des start-up valorisées au moins 20 milliards de dollars . Lancée en 2004 notamment par Peter Thiel , cofondateur de Paypal et l’un des premiers investisseurs de Facebook, l’entreprise compte aujourd’hui 2.000 employés, selon Forbes. Elle compterait parmi ses clients la NSA, le Département américain de la Sécurité intérieure, les Marines ou encore l’Armée de l’air américaine.
Source : Les Echos

Moscou a placé la barre plus haut en Syrie

Moscou a placé la barre plus haut en Syrie


Par VIPS – Le 9 septembre 2018 – Source Consortium News

MÉMORANDUM POUR : Le Président

DE : Anciens Professionnels du renseignement pour la santé mentale

OBJET : Moscou a placé la barre plus haut en Syrie

Monsieur le Président,

Nous craignons que vous n’ayez pas été suffisamment informé de la reprise des hostilités dans le nord-ouest de la Syrie, où les forces armées syriennes, avec l’appui de la Russie, ont lancé une grande campagne pour reprendre la province d’Idlib infestée par les membres du groupe al-Nusra/al-Qaida/État islamique. Les Syriens vont presque certainement réussir à la reprendre, comme ils l’ont fait fin 2016 à Alep. Comme à Alep, cela signifiera un carnage indescriptible, à moins que quelqu’un ne dise enfin aux insurgés que leur cause est perdue d’avance.

Ce quelqu’un, c’est vous. Les Israéliens, les Saoudiens, et d’autres qui veulent que les troubles durent, s’adressent aux insurgés en leur assurant que vous, Monsieur le Président, utiliserez les forces américaines pour les protéger à Idlib, et peut-être aussi pour faire vivre un enfer à Damas. Nous pensons que vos principaux conseillers encouragent les insurgés à penser en ces termes, et que vos principaux collaborateurs s’attribuent le mérite de votre récent changement de politique, qui consiste à passer du retrait des troupes de Syrie à une guerre sans fin.

Mais, cette fois-ci, il existe une grosse différence.

Des unités navales et aériennes russes équipées de missiles sont maintenant déployées en quantité sans précédent pour combattre ceux qui seront tentés d’interférer avec les forces syriennes et russes qui visent à éliminer les terroristes d’Idlib. Nous supposons que vous en avez été informé, du moins dans une certaine mesure. Plus important encore, nous savons que vos conseillers ont tendance à dangereusement sous-estimer les capacités et les intentions russes.

Nous ne voulons pas que vous soyez surpris lorsque les Russes commenceront à utiliser leurs missiles. La perspective d’hostilités directes entre la Russie et les États-Unis en Syrie n’a jamais été aussi forte. Nous ne sommes pas sûrs que vous le réalisiez.

La situation est d’autant plus instable que les dirigeants du Kremlin ne savent pas exactement qui dirige les opérations à Washington. Ce n’est pas la première fois que le Président Poutine rencontre une telle incertitude (voir brève annexe ci-dessous). C’est cependant la première fois que les forces russes se déploient en si grand nombre dans la région, prêtes à se battre. Les enjeux sont très élevés.

Nous espérons que John Bolton vous a donné une description exacte de ses entretiens acerbes avec son homologue russe à Genève, il y a quelques semaines. À notre avis, il y a fort à parier que le Kremlin n’est pas certain si Bolton parle fidèlement en votre nom ou s’il parle contre votre nom.

La meilleure façon d’assurer à M. Poutine que vous contrôlez la politique des États-Unis à l’égard de la Syrie serait de vous donner rapidement l’occasion de vous exprimer publiquement et de préciser vos intentions.  Mais si vous souhaitez une guerre plus ouverte, alors Bolton vous a mis sur la bonne voie.

Si vous voulez calmer le jeu, vous pouvez envisager ce que l’on pourrait appeler un cessez-le-feu préventif. Nous entendons par là un engagement public des présidents des États-Unis et de la Russie à renforcer les procédures afin d’empêcher un affrontement ouvert entre les forces armées américaines et russes. Nous pensons que, dans les circonstances actuelles, ce genre de mesure extraordinaire est maintenant nécessaire pour éviter une guerre plus ouverte.

Pour le groupe des VIPS, signé par :

William Binney, Ancien directeur technique, analyse géopolitique et militaire mondiale a la NSA ; cofondateur du Centre de recherche en automatisation SIGINT (à la retraite).

Marshall Carter-Tripp, Agent du service extérieur (à la retraite) et directeur de division, Bureau du renseignement et de la recherche du département d’État.

Philip Giraldi, agent chargé des opérations à la CIA (retraité),

James George Jatras, Ancien diplomate américain et ancien conseiller en politique étrangère auprès des dirigeants républicains du Sénat (Associate VIPS).

Michael S. Kearns, Capitaine dans l’U.S. Air Force, officier du renseignement et ancien maître instructeur SERE (retraité).

John Kiriakou, Ancien agent antiterroriste de la CIA et ancien enquêteur principal, Comité sénatorial des relations étrangères.

Matthew Hoh, Ancien capitaine de l’USMC en Irak ; agent du service extérieur en Afghanistan (VIPS associé).

Edward Loomis, Informaticien expert en cryptologie de la NSA (à la retraite).

Linda Lewis, Analyste des politiques de préparation aux ADM, USDA (à la retraite) (Associate VIPS)

David MacMichael, Agent principal au budget du Conseil national du renseignement (à la retraite)

Ray McGovern, Officier du renseignement de l’armée et de l’infanterie et conseiller présidentiel pour la CIA (retraité).

Elizabeth Murray, Agent national adjoint du renseignement pour le Proche-Orient, Conseil national du renseignement (retraité).

Todd E. Pierce, Juge-avocat général de l’armée américaine (à la retraite).

Coleen Rowley, Agent spécial du FBI et ancien conseiller juridique de la Division de Minneapolis (à la retraite)

Ann Wright, Colonel de réserve à la retraite de l’armée américaine et ancien diplomate américain qui a démissionné en 2003 pour s’opposer à la guerre en Irak.

Annexes

12 septembre 2016 : Un cessez-le-feu limité entre en vigueur ; les dispositions comprennent la séparation entre les rebelles « modérés » et les autres. Le secrétaire d’État John Kerry avait précédemment prétendu qu’il avait des moyens sophistiqués pour réussir un tel tri, mais rien ne s’est produit ; les dispositions incluaient également un accès sécurisé pour des secours vers Alep.

17 septembre 2016 : Les bombes de l’armée de l’air américaine ont frappé les positions de l’armée syrienne, tuant entre 64 et 84 soldats syriens ; une centaine d’autres ont été blessés – une preuve suffisante pour convaincre les Russes que le Pentagone était résolu à saborder une coopération significative avec la Russie.

26 septembre 2016 : On peut supposer que ce que Lavrov a dit à son patron en privé est proche de ce qu’il a dit ce 26 septembre sur la NTV russe. (Dans des remarques publiques frôlant l’insubordination, de hauts responsables du Pentagone avaient, quelques jours auparavant, fait preuve d’un scepticisme inhabituellement public envers des aspects clés de l’accord Kerry-Lavrov, comme le partage de renseignements avec les Russes – une disposition clé de l’accord approuvé à la fois par Obama et Poutine). Voici ce que Lavrov disait ce 26 septembre :

Mon bon ami John Kerry … est vivement critiqué par la machine militaire américaine. Malgré le fait que, comme toujours, [ils] aient donné l’assurance que le commandant en chef américain, le président Barack Obama, l’avait soutenu dans ses contacts avec la Russie (il a confirmé cela lors de sa rencontre avec le président Vladimir Poutine), les militaires n’écoutent apparemment pas vraiment leur commandant en chef.

Lavrov est allé au-delà de la simple rhétorique. Il a également critiqué en particulier le président du JCS, Joseph Dunford, pour avoir dit au Congrès qu’il s’opposait au partage de renseignements avec la Russie, « après que les accords conclus sur ordre direct du président russe Vladimir Poutine et du président américain Barack Obama ont stipulé qu’ils allaient partager les renseignements. … Il est difficile de travailler avec de tels partenaires. … »

Le 27 octobre 2016 : Poutine parle au Club de discussion international de Valdai.

À Valdai, le président russe Poutine a parlé de l’état « fébrile » des relations internationales et s’est lamenté : « Mes accords personnels avec le Président des États-Unis n’ont pas donné de résultats. » Il s’est plaint de « personnes à Washington prêtes à tout mettre en œuvre pour empêcher l’application concrète de ces accords » et, se référant à la Syrie, a dénoncé l’absence d’un « front commun contre le terrorisme après de si longues négociations, des efforts énormes et des compromis difficiles ».

 

Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS), (Professionnels du renseignement pour la santé mentale des anciens combattants (VIPS)).

Le groupe Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS) est composé d’anciens agents de renseignement, diplomates, officiers militaires et membres du personnel du Congrès. L’organisation, fondée en 2002, a été parmi les premiers à critiquer les justifications de Washington pour lancer une guerre contre l’Irak. VIPS préconise une politique étrangère et de sécurité nationale américaine fondée sur de véritables intérêts nationaux plutôt que sur des menaces fortuites promues pour des raisons essentiellement politiques.

 Traduit par Wayan, relu par Diane pour le Saker Francophone.

http://lesakerfrancophone.fr/moscou-a-place-la-barre-plus-haut-en-syrie

 

Le renseignement humain à l’ère numérique, une autre approche de l’intelligence économique

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Le renseignement humain à l’ère numérique, une autre approche de l’intelligence économique


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Publié par La rédaction le 20 Avril 2018


Dans un contexte où l’on évoque régulièrement l’urgence de remettre le renseignement humain au cœur de la lutte contre le terrorisme, Terry Zimmer, praticien et enseignant en intelligence économique sort « Le renseignement humain à l’ère numérique » chez VA Editions.
Loin des clichés et des fantasmes qui entourent ce sujet, le livre propose un regard atypique, non militaire, qui tente de démontrer sa valeur et la possibilité pour tout le monde de s’en saisir.



Pouvez-vous nous donner une définition simple du renseignement humain ?

Il s’agit de l’acquisition d’informations auprès d’une personne, directement ou indirectement.
C’est un ensemble de connaissances, de savoir-faire et de savoir-être qui peuvent être appuyés par des outils.

Qu’est-ce qui vous a motivé à écrire ce livre ?

Le renseignement humain me passionne depuis 10 ans. Moins pour le côté historique (les grands noms, les grandes opérations) que pour les méthodes et les techniques et surtout leurs applications dans un cadre civil. Les anciens des services plaisantent souvent sur le fait qu’ils ont pratiqué le plus vieux métier du monde (il faut bien savoir où trouver ses dames). Vu sous cet angle, il sera aussi le dernier. Entouré d’une réputation sulfureuse et de beaucoup de fantasmes, c’est un sujet injustement mal traité. C’est l’art noble, mais le parent pauvre de l’intelligence économique, dans son enseignement et ses applications professionnelles. Il faut le revaloriser et le mettre en avant.

Qu’est-ce qui change avec cette « ère numérique » ?

Nous vivons dans un monde qui subit d’énormes changements technologiques. Ils bouleversent nos manières de vivre, notre organisation, notre façon de communiquer et notre relation à l’information.
Un exemple, voyez la confusion et l’impuissance dans lesquelles nous plongent quelques « fausses nouvelles ». François-Bernard Huygues regrette à raison la désuétude du mot « bobard ». En effet, la rumeur, la propagande, la désinformation ou encore l’intoxication, vous en avez plein dans l’Illiade d’Homère. Le fait que cela se passe sur Facebook semble nous faire perdre tout repère.
Le renseignement humain est, à mon sens, une excellente réponse face à ces problématiques.
C’est le but de ce livre : regarder vers les anciens fondamentaux (parfois oubliés) et se questionner sur les outils actuels et futurs afin de pouvoir les gouverner et ne pas en être les esclaves.

En quoi est-ce une réponse adaptée au contexte actuel ?

Une personne qui sait comment un cerveau fonctionne et comment il peut lui arriver de se tromper est mieux équipée pour prendre conscience de ses propres biais et peut s’améliorer. Elle est également mieux équipée pour comprendre les biais des gens qui l’entourent et a la capacité de s’adapter.
Une personne qui connaît les machines et les algorithmes, leur utilité, leurs limites et leurs dangers, est capable d’en tirer le meilleur, car elle ne se laisse pas bercer par les promesses marketing.
Une personne qui travaille son esprit critique, qui sait qualifier une information et l’analyser n’a pas besoin de « décodeurs » pour lui dire ce qu’elle peut lire.
Une personne qui est consciente de l’importance d’un réseau relationnel, qui sait comment le créer, le développer et le maintenir est plus résiliente.
Une personne qui sait protéger sa vie privée est mieux armée face aux atteintes forte et régulière que cette vie privée subit ces derniers temps.
Le renseignement humain englobe ces sujets (et bien d’autres), en cela, c’est un superbe outil d’émancipation, d’autodéfense intellectuelle (pourquoi pas d’attaque) et d’autonomie.

S’il est si essentiel, pourquoi est-il si négligé selon vous ?

S’il est si essentiel, pourquoi est-il si négligé selon vous ?
Je ne sais pas répondre à cette question. J’ai seulement quelques pistes.
Il est difficile à vendre ou à « emballer » sur un plan marketing. Les résultats ne se font sentir que sur un temps long et en plus ils sont non assurés et difficilement quantifiable dans un tableur ou un rapport annuel. Les compétences professionnelles induites sont peu reconnues.
Il est vu comme « sale », « risqué », « un truc de service secret » ou d’officine.
Puis les gens ont souvent le vague sentiment que si les autres doivent l’apprendre, eux savent intuitivement, eux ne se font pas berner par une fausse nouvelle, c’est l’autre… Du coup il est peu enseigné ou son enseignement mal écouté.

Sale et risqué ?

Un agent de renseignements qui agit en légitimité, à couvert, en territoire hostile n’a pas les mêmes objectifs qu’un citoyen ordinaire. Le livre n’offre bien sûr qu’une présentation du sujet légale et surtout éthique. Et il y a déjà beaucoup à dire.

Votre livre fait-il le tour de la question ?

J’aimerais que ce soit si simple. Il n’a pas cette prétention. Comme je l’ai déjà dit, c’est une collection de connaissances, de savoir-faire et de savoir-être. C’est un thème hybride, aux contours flous, sur lequel on peut greffer quantité de sujets.
C’est pourquoi le livre implique une dizaine d’experts dans leurs domaines respectifs, car il n’est pas possible pour une personne de tout maîtriser.
Cela étant dit, j’ai tout de même essayé de proposer un cadre, une colonne vertébrale pour mettre le lecteur « sur de bons rails » pour le laisser continuer son expérience seul s’il le souhaite.
Il ne suffit pas de lire un livre pour saisir ce thème, il faut l’expérimenter et le mettre en pratique au quotidien. On ne le regrette pas.

Comment le renseignement français change-t-il ? Entretien avec A. Bauer et M-C Dupuis-Danon

Comment le renseignement français change-t-il ?
Entretien avec A. Bauer et M-C Dupuis-Danon

Par Alain BAUER, Marie-Christine DUPUIS-DANON, Pierre VERLUISE, le 17 juin 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Alain Bauer et Marie-Christine Dupuis-Danon viennent de publier « Les Guetteurs. Les patrons du renseignement français répondent », préface de Jean-Yves Le Drian, éd. O. Jacob. Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), et aux Universités de New York et de Shanghai. Après une carrière en banque d’affaires, Marie-Christine Dupuis-Danon a intégré l’ONU pour rejoindre l’équipe responsable de la lutte anti-blanchiment. Aujourd’hui spécialiste indépendante reconnue de la lutte contre la finance criminelle, Propos recueillis par Pierre Verluise, docteur en Géopolitique, fondateur du Diploweb.com.

Comment définir « le renseignement à la française » ? Comment s’est-il adapté aux grandes ruptures stratégiques ? Quelles relations entre services de renseignement, responsables politiques et médias ? Les pays « alliés » s’espionnent-ils ? Quelles sont les opportunités et les défis du temps présent ?

Alain Bauer et Marie-Christine Dupuis-Danon viennent de publier « Les Guetteurs. Les patrons du renseignement français répondent », préface de Jean-Yves Le Drian, éd. O. Jacob. Ils répondent aux questions de Pierre Verluise, fondateur du Diploweb.com

Pierre Verluise (P. V. ) : Vous avez réussi dans ce livre à conduire des entretiens avec 14 des patrons du renseignement français depuis les années 1980. Au vu de leurs réponses, comment définir « le renseignement à la française », ses fonctions et ses limites ?

Alain Bauer (A. B) et Marie-Christine Dupuis-Danon (M-C D-D) : Il y a dans le renseignement une dimension éminemment culturelle, fruit de l’histoire des Services, des circonstances de leur création, de leurs missions initiales et du contexte politique et social des États au bénéfice duquel ils opèrent. Les Services français n’y font pas exception et c’est dans les mots des Guetteurs dont nous avons recueilli la parole que l’on perçoit le mieux, comme de fortes traces, cette spécificité française. Pour décrire ce qu’il n’est pas, ce qui est peut-être plus facile, disons qu’il n’a pas ce fétichisme technologique des Américains ni cette tradition de « l’Intelligence » enchâssée dans la haute société Britannique. Le renseignement français a évolué avec notre pays qui, sur la période dont nous rendons compte, traverse la chute du mur de Berlin et la dislocation de l’URSS, son ennemi historique, le terrorisme d’État, l’activisme politique et indépendantiste violent, les GIA, et le terrorisme islamiste d’Al Qaida puis de Daesh. C’est parce que nous voulions nous garder d’interpréter avec notre propre grille d’analyse les réussites et les échecs des Services à s’adapter à ces bouleversements que nous avons choisi de recueillir la parole directe de ceux qui ont dirigé les Services, en proposant à chacun de répondre aux mêmes questions pour garantir une cohérence. Entre collecte, analyse et action comme métiers, et espionnage, contre espionnage et antiterrorisme comme cultures, on voit souvent poindre ce qui reste le débat permanent entre temps long et secret, temps court et partage. Nous invitons le public intéressé à lire leurs témoignages pour se forger sa propre idée.

Comment le renseignement français change-t-il ?
Marie-Christine Dupuis-Danon
Marie-Christine Dupuis-Danon, co-auteure de « Les Guetteurs. Les patrons du renseignement français répondent », préf. de Jean-Yves Le Drian, éd. O. Jacob.

P. V. : Après la série télévisée française « Le Bureau des légendes » créée par Éric Rochant et diffusée à compter du 27 avril 2015 sur Canal+, votre livre s’’inscrit-il dans une démarche d’explication-valorisation du renseignement pour à la fois améliorer sa connaissance par le grand public, donc augmenter son acceptabilité et générer des vocations ?

A. B et M-C D-D : Vous avez raison de souligner que le renseignement est en train de changer de statut en France auprès du grand public : pour la première fois et grâce au succès de cette série qui suit le quotidien d’agents de la DGSE, mais aussi en raison de l’actualité et des attaques terroristes qui se sont multipliées à partir de cette même année 2015, les français ont entendu parler de cette activité régalienne par excellence, peu visible médiatiquement en raison de sa nature même, et qui était donc largement méconnue hors du cercle des quelques milliers de personnes liées à la communauté de la défense et de la sécurité. L’idée que le renseignement était au coeur de la lutte contre le terrorisme, même si peu de gens savent réellement qui fait quoi et comment il s’organise, a contribué à le valoriser dans sa portée stratégique et à rectifier une image un peu altérée par quelques épisodes malheureux restés dans les mémoires. Quelles sont alors les conséquences de cette évolution ? Des vocations, certes, même si la réalité du métier, la rigueur et parfois l’austérité du quotidien de l’analyste – celui qui dissèque les éléments remontés du terrain et qui constitue le plus gros des bataillons recrutés ces dernières années – est assez loin des aventures trépidantes des agents du Bureau des Légendes. L’enjeu devient alors d’attirer des talents pluriels et pointus, mais aussi de les retenir. L’autre partie de votre question concerne l’intention qui était la nôtre. Notre ambition était de construire une réflexion sérieuse et approfondie sur un temps long, presque quarante ans, pour recueillir la parole des patrons des Services à la source et permettre au lecteur de se forger sa propre compréhension du fonctionnement, de la culture et des défis adressés aux Services. Si Les Guetteurs (moins romancés) ont les effets collatéraux que vous évoquez, c’est encore mieux !

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Alain Bauer
Alain Bauer, co-auteur de « Les Guetteurs. Les patrons du renseignement français répondent », préf. de Jean-Yves Le Drian, éd. O. Jacob. Crédit photographique : Eric Allouche.

P. V. : Depuis les années 1980, quelles sont les grandes ruptures ou inflexions stratégiques auxquelles les services de renseignement français ont été confrontés ? Par quels processus l’adaptation s’est-elle faite ?

A. B et M-C D-D : Tout le monde connaît les ruptures stratégiques majeures de notre histoire contemporaine, de la chute du mur de Berlin (1989) au 11 septembre 2001, ou plus récemment les attentats dont le cycle ouvert avec Khaled Kelkal, prolongé avec Merah, se déploie à une échelle inédite depuis 2015. Or le renseignement doit être en capacité de développer des métiers, de nature et d’exigences radicalement différentes. Le premier, historique, relève de l’espionnage qui prend tout, du contre-espionnage, il nécessite un temps long pour identifier les sources et les « traiter », le tout dans un cloisonnement extrême. L’anti-terrorisme, suppose au contraire que le cycle de collecte et d’analyse de l’information s’effectue dans un temps très court (l’enjeu étant de prévenir l’attentat car après, il est déjà trop tard). Il nécessite surtout que les Services partagent les pièces du puzzle qu’elles détiennent pour reconstituer le tableau d’ensemble. Temps long et cloisonnement contre temps court et partage, l’adaptation n’a pas été simple : résistances d’appareils, guerres intestines, la grande réforme du renseignement voulue par Michel Rocard à la fin des années quatre-vingts aura mis près de vingt ans à s’accomplir. Le « Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale » de juin 2008 a fait du renseignement une priorité puis la création, en juillet 2008, du Conseil national du renseignement a constitué une étape clé dans la coordination des Services dits du « premier cercle » autour du Coordonnateur national du renseignement. Ceci dit, les attentats de 2015 ont constitué un électrochoc qui a permis à cette coordination de passer à la vitesse supérieure et aux Services de travailler plus et mieux ensemble au plan opérationnel.

P. V. : Dans les relations entre services de renseignement, responsables politiques et médias, qui instrumente qui ? Avec quels gains et résultats ?

A. B et M-C D-D : Le mot « instrumente » est porteur d’une connotation particulière, je préférerais parler « d’utilisation » du renseignement. Celui-ci constitue un enjeu de souveraineté nationale : disposer de capteurs qui remontent une information qui est alors triée, filtrée et analysée permet à l’exécutif de prendre des décisions avec le maximum d’éléments de connaissance et de compréhension contextuelles. Il est donc cohérent que le Coordonnateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme soit en charge d’éclairer le Président de la République sur l’état de la menace et les orientations souhaitables du renseignement. Précisons que les instructions aux Services émanent, elles, du chef de d’État.


Bonus vidéo Diploweb. Pierre de Bousquet de Florian. La coordination du renseignement et de la lutte anti-terroriste


Bien sûr, le renseignement a beaucoup évolué sur la période que couvre le livre. Au fil des témoignages des Guetteurs, on voit que les modalités juridiques qui en encadrent les pratiques, et notamment les écoutes et interceptions, ont évolué vers un encadrement strict et soumis à des instances de contrôle. Le politique n’est donc plus en capacité d’instruire tel ou tel Service à collecter du renseignement à son bénéfice personnel ou hors de tout contrôle démocratique.

Par ailleurs, la question des médias est pertinente dans notre époque caractérisée par la simultanéité du fait et de l’information. L’accélération du temps s’impose au politique, sommé de décider de l’action quasiment en temps réel, et de la justifier devant une opinion publique qui ne tolère ni zone d’ombre, ni « loupé », petit ou grand. Ajoutons que comme les médias n’ont plus le monopole de la couverture d’un événement, capté directement par les smartphones des acteurs ou témoins, certains peuvent être tentés de basculer dans une forme de surenchère toxique pour tous. On voit bien que tout cela peut rapidement conduire à confondre vitesse et précipitation, ce qui se mesure dans les déclarations caricaturales et juridiquement baroques de certains responsables politiques à chaque attentat perpétré sur notre territoire. C’est là que le renseignement doit pleinement jouer son rôle pour informer et éclairer les décideurs, en utilisant toutes les possibilités qui sont lui octroyées dans le cadre démocratique dont je parlais précédemment, y compris l’action clandestine lorsqu’elle se justifie.

P. V. : Entre pays « alliés » comme les 29 membres de l’OTAN, quelles sont les coopérations et concurrences en matière de renseignement (Echelon, NSA, etc.) ?

A. B et M-C D-D : Tout le monde espionne tout le monde, plus ou moins fortement, par nature et par exigence. Nos ennemis d’hier sont souvent devenus nos amis. Mais des amis peuvent nous quitter ou rompre. Nul ne sait où se situera le point d’équilibre de l’alliance atlantique dans dix ans….

Du coup on ne coopère jamais avec tout le monde, mais de manière bilatérale renforcée et multilatérale légère. On peut créer des outils momentanés lorsqu’un adversaire commun se révèle. Mais la protection des sources et la perception complexe de l’avenir réduisent les champs et les contenus des coopérations possibles.

P. V. : Que savez-vous des activités des services soviétiques puis russes en France des années 1980 à aujourd’hui ? Comment leurs réseaux d’influences ont-ils été renouvelés ?

A. B et M-C D-D : Tout ce qui a déjà été publié est plus ou moins connu. Le reste attendra des lectures dans une dizaine ou une vingtaine d’années. Ou jamais. Mais on peut faire confiance aux services russes, notamment le GRU dont on sous estime souvent les capacités, pour ne pas oublier la France.

P. V. : Pour les services de renseignements français, quelles sont les opportunités et les défis du temps présent ?

A. B et M-C D-D : La plus grande visibilité du rôle et des défis du renseignement dans la lutte anti-terroriste a permis l’octroi de moyens conséquents, notamment après les attentats de 2015. Les Services ont pu recruter des profils utiles à leurs missions et opérer des mises à niveaux techniques pour répondre aux exigences technologiques du monde d’aujourd’hui. Sans entrer dans les détails, disons que les circonstances ont créé des opportunités dont les Services ont profité, inégalement il est vrai de l’un à l’autre.

Mais dans le même temps, le monde n’a pas été en reste. Le retour du « grand jeu » et ses manoeuvres géopolitiques ont rappelé combien le contre-espionnage demeurait crucial, y compris dans la protection de nos intérêts et nos actifs industriels et technologiques, et ce tout à la fois dans les mondes physiques et cyber. La complexité croissante et l’hybridation des menaces appelle une agilité dans la compréhension de ce qui se joue, y compris en anticipation. Il faut pour cela des compétences plurielles et pour certaines nouvelles puisque, par exemple, certains métiers en lien avec le big data et l’intelligence artificielle n’existaient pas il y a quelques années. Analyser et anticiper les besoins et les profils, se donner les moyens de les recruter et savoir les faire évoluer pour les conserver sont quelques-uns des défis humains transverses à tous les Services. Il est question ici de moyens financiers mais également de l’adaptation très concrète des cadres contractuels et des règles applicables à ces métiers pour les rendre en phase avec l’air du temps, les agents aspirant aujourd’hui à une vie plus équilibrée, ou perçue comme telle, que celle de leurs aînés. Or conserver les compétences sur un temps long sera sans doute déterminant pour potentialiser le renseignement humain, avec ce qu’il suppose d’expérience accumulée, de réseaux de confiance développés à l’intérieur d’un Service comme en inter-Services.

Si le renseignement extérieur et le renseignement militaire ont pu utilement investir sur les humains et la technologie, il a fallu beaucoup de volonté aux patrons de la jeune DGSI pour la faire développer des ressources extérieures. La mise en place d’une véritable politique de recrutement et d’une Ecole du Renseignement semble un autre défi à traiter.

Comme l’ont souligné la plupart des Guetteurs, au bout du bout, le facteur humain fait toujours la différence.

Copyright Juin 2018-Bauer-Dupuis-Danon-Verluise/Diploweb.com

https://www.diploweb.com/Comment-le-renseignement-francais-change-t-il.html

La guerre électronique russe contre les troupes américaines en Syrie entre dans une phase dangereuse

La guerre électronique russe contre les troupes américaines en Syrie entre dans une phase dangereuse


Tyler DurdenPar Tyler Durden – Le 30 juillet 2018 – Source Zero Hedge

Un colonel en retraite de l’armée US, spécialiste de la guerre électronique a déclaré à Foreign Policy : « Tout à coup, vos communications ne fonctionnent plus, vous ne pouvez pas ordonner de tirs, vous ne pouvez pas être averti des tirs hostiles parce que vos radars ont été bloqués et ils ne peuvent rien détecter ». 

Un nouveau rapport détaille l’inquiétude grandissante du Pentagone face à l’augmentation du nombre d’attaques électroniques russes contre des positions militaires américaines en Syrie, dont le nombre selon les déclarations publiques du Pentagone est de 2000 ou plus, situées sur une douzaine de bases « secrètes », principalement au nord-est de la Syrie, et intégrées dans les Forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes, soutenues par les États-Unis,

ewin syria
Image via The National Interest

Le rapport de Foreign Policy commence ainsi :

« Les officiers qui ont subi le brouillage – connu sous le nom de guerre électronique – disent que ce n’est pas moins dangereux que les attaques conventionnelles avec des bombes et de l’artillerie. Mais ils disent aussi que cela permet aux troupes américaines de découvrir la technologie russe sur le champ de bataille et de trouver des moyens de se défendre. »

Depuis que la Russie est intervenue en Syrie à la demande du gouvernement Assad en 2015, les deux superpuissances se sont affrontées à de multiples occasions dangereuses, mais ont communiqué par l’intermédiaire d’une « ligne directe militaire à militaire » destinée à éviter les collisions aériennes et la confrontation directe des troupes.

La Russie, aux côtés du gouvernement syrien, considère les troupes américaines comme des occupants étrangers non invités, qui ont commis des actes d’agression contre l’État syrien, tuant des centaines de soldats syriens (et des mercenaires russes, même s’ils n’étaient pas sous les ordres de Moscou), lors de multiples incidents près des lignes de front à Deir Ezzor.

Et maintenant, comme l’a récemment déclaré le général Raymond Thomas, chef du commandement des opérations spéciales des États-Unis, lors d’une conférence de renseignement et de technologie militaire, la Syrie est devenue « l’environnement de guerre électronique le plus agressif de la planète ».

Il a dit des « adversaires » russes, iraniens et syriens : « Ils nous testent tous les jours, bloquant nos communications, désactivant nos EC-130 [les grands avions de commandement et de contrôle des champs de bataille aériens de l’Air Force]. »

Foreign Policy (FP) indique que le brouillage électronique par les forces russes signifie une menace d’« escalade » dans un environnement déjà confus compte tenu du large éventail de groupes et d’acteurs étatiques opérant en Syrie.

Le rapport dit que le Pentagone a officiellement reconnu le succès des efforts de brouillage russes la semaine dernière dans les termes suivants :

« Un colonel de l’armée américaine, Brian Sullivan, a décrit un épisode récent à des journalistes au département de la Défense des États-Unis la semaine dernière. Il a déclaré que ses troupes avaient rencontré un ‘environnement de guerre électronique saturé’ alors qu’elles combattaient dans le nord-est de la Syrie pendant leur déploiement de neuf mois, qui avait duré de septembre 2017 à mai 2018. »

Et le rapport cite encore le Col. Sullivan : « Cela nous a posé des défis auxquels nous avons pu faire face avec succès, et cela nous a donné l’opportunité d’opérer dans un environnement qui ne peut être reproduit nulle part à domicile, y compris dans nos centres de formation au combat. »

Dans une citation particulièrement troublante qui rappelle la guerre froide, le colonel note : « C’est une grande opportunité pour nous d’opérer particulièrement dans l’environnement syrien où les Russes sont actifs ».

L’ancien directeur intérimaire/directeur adjoint de la CIA Michael Morell : « nous devons tuer les Russes en Syrie » (vidéo en anglais).

Bien sûr, pour commencer – et quoi qu’on en dise – il y a la grande question de la contradiction concernant des troupes américaines qui se trouvent en Syrie sans aucune autorisation du Congrès ni mandat du peuple américain (à moins que, comme semble le croire le président Donald Trump, l’ancienne autorisation d’utilisation de la force militaire, l’AUMF, après le 9/11, signifie que les troupes américaines peuvent rester au Moyen-Orient pour toujours).

Foreign Policy écrit en outre que la guerre électronique implique l’arrêt des communications et de la capacité de navigation au sol et en l’air, quelque chose de particulièrement dangereux dans un espace de combat bondé comme la Syrie :

« Daniel Goure, expert en sécurité nationale et questions militaires au Lexington Institute, affirme que les nouveaux systèmes de guerre électronique de la Russie sont sophistiqués. Ils peuvent être montés sur de gros véhicules ou des avions et peuvent endommager des cibles à des centaines de kilomètres. »

Goure parle aussi d’un affrontement involontaire potentiel entre des puissances majeures comme les États-Unis et la Russie : « Le problème avec la guerre électronique, de manière plus générale, est qu’elle peut vraiment aveugler votre vision de l’espace de combat, votre vision opérationnelle, et cela peut mener à des erreurs vraiment horribles. »

La Russie aurait fait d’énormes progrès dans sa capacité de systèmes de guerre électronique au cours des quinze dernières années car elle perçoit que la menace d’une invasion par l’OTAN à ses frontières ne peut que croître.

En attendant, la Russie a indiqué qu’elle était au courant des actions militaires futures que Washington et ses alliés occidentaux pourraient comploter contre elle.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a dit cette semaine dans des déclarations publiques lors d’un forum éducatif russe : « Notre conscience des plans que les militaires américains et d’autres pays occidentaux préparent en relation avec la Fédération de Russie est totale. » Il a ajouté que la Russie et ses frontières terrestres et aériennes étaient sûres « quoi qu’il arrive dans le monde », ce qui semblait être une référence aux récents progrès de la technologie de la défense et du renseignement russes.

Tyler Durden

Traduit par jj, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-guerre-electronique-russe-contre-les-troupes-americaines-en-syrie-entre-dans-une-phase-dangereuse

 

La mission d’Alexandre Benalla

La mission d’Alexandre Benalla

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Un des collaborateurs du président Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, avait pour mission de créer un équivalent français à l’US Secret Service.

Cette agence, rattachée au département de Sécurité de la patrie (Homeland Security), est chargée de la protection du président des États-Unis et de hautes personnalités. Elle joue également un rôle pivot dans l’anti-terrorisme (et la lutte contre la fausse monnaie).

Le président Macron avait déjà institué à l’Élysée une « Task Force » (sic) de lutte contre le terrorisme dirigée par le préfet Pierre Bousquet de Florian.

Malgré son jeune âge, Monsieur Benalla, que la presse algérienne présente comme lié aux services secrets marocains (DGED), était pressenti pour diriger le futur Secret Service de l’Élysée.

http://www.voltairenet.org/article202126.html

 

 

Révélation : Alexandre Benalla est un agent des services secrets marocains

Révélation : Alexandre Benalla est un agent des services secrets marocains

Publié par wikistrike.com sur 21 Juillet 2018, 11:29am

Catégories : #Politique intérieure

Révélation : Alexandre Benalla est un agent des services secrets marocains

L’affaire du grade du corps «officieux» du président français, Emmanuel Macron, tourne au scandale d’Etat. Licencié pour avoir fait preuve de brutalité dans l’exercice de sa fonction, Alexandre Benalla est, néanmoins, l’illustration même de l’infiltration des plus hautes sphères du pouvoir français par les services des renseignements marocains.

En effet, des sources informées ont révélé à Algeriepatriotique que le déjà ex-chargé de mission auprès du chef de cabinet du président Macron est, en réalité, un agent de la DGED marocaine. Alexandre Benalla a gravi les échelons doucement mais sûrement depuis qu’il fut introduit dans les rouages du Parti socialiste par l’ancienne ministre de l’Education, Najet Vallaud Belkacem, elle-même inféodée à Rabat, aux côtés de Rachida Dati, Myriam Al-Khomri, Audrey Azoulay et bien d’autres.

L’affaire Alexandre Benalla met à nu la stratégie du Makhzen en France et révèle les dessous de l’acharnement des dirigeants français de toutes obédiences – PS, Les Républicains, La République en Marche – à soutenir la monarchie alaouite et à couvrir les frasques et les dépassements de Mohammed VI. C’est que le régime monarchique de Rabat a de tout temps eu un pied dans les plus hautes sphères du pouvoir en France et, depuis quelque temps, au sein de l’Union européenne où il compte de nombreux lobbyistes rémunérés avec l’argent du peuple marocain détourné par la famille régnante prédatrice protégée par Paris.

Les frasques du voyou bombardé «chargé de mission» à l’Elysée mettent Emmanuel Macron dans la gêne. Mais le battage médiatique autour de ce personnage sorti de l’ombre par on ne sait qui, ni pour quel dessein, est sciemment focalisé sur ses exactions et ses excès, mais aucun média français n’a cherché à connaître le secret qui se cache derrière son ascension fulgurante depuis François Hollande jusqu’à Emmanuel Macron qui l’a définitivement pris sous sa protection avant qu’éclate ce scandale.

La France est infestée d’agents secrets marocains qui ont accédé aux fonctions les plus sensibles, jusqu’à avoir accès aux secrets les mieux gardés. Et l’affaire Alexandre Benalla n’est que la partie visible de l’iceberg.

K. B.

Source

http://www.wikistrike.com/2018/07/revelation-alexandre-benalla-est-un-agent-des-services-secrets-marocains.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

 

 

 

 

Maroc : dans les coulisses de la DGST

Maroc : dans les coulisses de la DGST

A la pointe de la lutte contre le terrorisme régional, le service de renseignements ouvre pour la première fois les portes de son siège. Visite guidée.

À quelques jours du ramadan, les Marocains n’y ont guère prêté attention, comme s’ils avaient intégré l’idée que vivre sur la ligne de front invisible du combat contre le terrorisme était une sorte de mal du siècle. Les 8 et 14 mai, le Groupe d’intervention rapide (GIR) de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), dont les hommes cagoulés de noir sont le bras opérationnel du Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ), a démantelé leurs 56e et 57e cellules jihadistes depuis 2015, portant à 829 le nombre des arrestations d’activistes pro-Daesh dans le royaume sur la même période.

Les images, les lieux, les profils, les objectifs des apprentis terroristes, tous interpellés avant leur passage à l’acte, sont désespérément répétitifs. Beaucoup sont originaires du nord du Maroc, stockent chez eux des armes blanches ou des pistolets de petit calibre, s’activent sur les réseaux sociaux et visent des cibles identiques : hôtels, night-clubs, festivals, événements sportifs, touristes, chaînes de télévision.

Place au renseignement préventif

Même l’aspect, souvent transfrontalier, de ces opérations (le chef du réseau a été arrêté ce même 8 mai par la police espagnole à Bilbao) ne surprend plus. La routine a un avantage : elle protège d’autant plus efficacement de l’angoisse que les Marocains, dans leur grande majorité, ont confiance en leur police – tout au moins dans les unités qui, en son sein, sont chargées de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Restructurés, recadrés et nettoyés au Kärcher depuis trois ans, les quelque 70 000 agents de la sûreté nationale – la police classique en uniforme, visible quotidiennement dans les rues – n’ont pas encore achevé leur mue. Ripoux et tourmenteurs continuent d’y sévir, même s’ils sont de plus en plus rares et de plus en plus sévèrement sanctionnés. Les 7 000 hommes que compte la DGST n’ont, eux, plus rien à voir avec la sinistre réputation de leur corps jusqu’au début des années 2000. Le temps des rafles massives, des interrogatoires expéditifs et des séances de torture des années de plomb appartient au passé.

Place au renseignement préventif, aux arrestations ciblées, au respect des normes judiciaires, à la pénétration en profondeur des réseaux islamistes et à la déradicalisation. Si le siège ultrasécurisé du BCIJ à Salé, inauguré en mars 2015, est désormais connu des Marocains pour sa politique d’ouverture soigneusement calibrée en direction des médias nationaux et étrangers sous la houlette de son responsable, le très communicatif Abdelhak Khiame, 60 ans, ancien patron de la police judiciaire, il n’en va pas de même de la « maison mère ».

Une institution « normalisée »

Installé au cœur de la forêt de chênes-lièges de Dar es-Salam, non loin du golf du même nom, à la limite de Rabat et de la commune de Témara, cet ensemble de bâtiments partiellement entouré de murs recouverts de barbelés a longtemps été l’un des centres sécuritaires les plus secrets du royaume. À l’époque où Driss Basri régnait sur ce qui s’appelait alors la DST, Témara était le lieu de tous les fantasmes et de tous les cauchemars, centre de détention et d’interrogatoire, « site noir » souvent comparé à Tazmamart et à Kelaat M’Gouna.

À partir de 2005, passé la vague d’arrestations qui a suivi les attentats meurtriers de Casablanca, la DGST s’est « normalisée » sur le modèle des grandes agences occidentales, ouvrant ses portes à des délégations de parlementaires et du Conseil national des droits de l’homme. Objectif : démontrer que les cellules souterraines, les chambres de torture et le bagne clandestin relevaient désormais du mythe. Opération réussie : plus aucune plainte sérieuse n’a été déposée contre ce service depuis plus de dix ans.

Deux hommes sont à l’origine du lifting d’une institution à part en ce qu’elle se situe au cœur d’un paradoxe sécuritaire unique : le Maroc est à la fois l’un des pays qui « produit » le plus de terroristes et l’un de ceux qui leur résistent le mieux. Le roi Mohammed VI d’abord, qui a saisi très tôt les limites d’une politique uniquement répressive et prôné un islam du juste milieu, et Abdellatif Hammouchi, 52 ans, juriste, pur produit de la maison DGST, au sein de laquelle il a fait toute sa carrière avant d’en assumer la direction à partir de 2005, poste qu’il cumule depuis trois ans avec celui de directeur de la sûreté nationale.

Abdellatif Hammouchi, spécialiste des réseaux jihadistes

Depuis son vaste bureau ultrafonctionnel au deuxième étage du centre des opérations de la DGST, à Témara, ce haut fonctionnaire, qui n’a pas pris de vacances depuis vingt ans, n’accorde jamais d’interviews et s’abstient de toute vie mondaine, coordonne chaque opération antiterroriste avec un soin de moine copiste. Ce spécialiste des réseaux jihadistes a une connaissance intime des différentes strates de l’islamisme radical marocain depuis les années 1980 : Beurs des banlieues européennes, « Afghans », sectateurs de l’État islamique, salafistes dévoyés et loups solitaires n’ont aucun secret pour lui. Il pourrait en parler des heures, cas par cas, ainsi que des effets du renseignement, de la prévention, du maillage sécuritaire étroit et d’une législation antiterroriste particulièrement draconienne sur le climat de vigilance permanente qui règne au Maroc.

Très apprécié de ses homologues américains et européens (« Tu as sauvé la France », lui a confié le Français Patrick Calvar, patron de la Direction générale de la sécurité intérieure, au lendemain des attentats de Paris de novembre 2015, après qu’un renseignement marocain a permis de localiser le terroriste Abdelhamid Abaaoud et ses complices), Hammouchi n’a pas oublié l’offense subie en février 2014, quand des policiers français sont venus frapper à la porte de la résidence de l’ambassadeur du Maroc, à Neuilly, porteurs d’une convocation de justice à son nom.

Ce jour-là, Abdellatif Hammouchi était dans son bureau de Témara et non à Paris, comme on l’a dit. Patrick Calvar, Manuel Valls, alors Premier ministre, et même le président Hollande lui ont par la suite juré qu’ils n’étaient pas au courant de l’initiative de la juge Sabine Kheris. Lui en a tiré une leçon : nul n’est à l’abri d’une dénonciation calomnieuse, surtout quand on dirige un service que les ONG et la justice françaises s’obstinent à observer, trente ans après la parution de Notre ami le roi, avec les lunettes obsolètes de Gilles Perrault.

Une autre facette du soft power marocain

À deux pas du QG d’Abdellatif Hammouchi, un institut de formation professionnelle des agents et cadres de la DGST a été inauguré le 24 avril par Mohammed VI. Cinquante-sept commissaires issus de l’Institut royal de police de Kenitra y apprennent les techniques du renseignement pendant douze à dix-huit mois. L’objectif est d’en former 500 par an, tout en accueillant des stagiaires venus d’une douzaine de pays africains – une autre facette du soft power marocain sur le continent.

Les enseignants sont des cadres de la DGST et des professeurs des facultés de Rabat et de Casablanca. L’ambiance est monacale, aseptisée. Les « étudiants », en costumes quasi identiques et rasés de près, bénéficient d’un environnement à la fois technologique et intellectuel rare sous ces latitudes : salles de monitoring, ordinateurs omniprésents, bibliothèque dans laquelle ouvrages religieux, précis juridiques et livres d’espionnage cohabitent avec Sigmund Freud et Edgar Morin.

Un peu à l’écart, sous un hangar qui jouxte l’inévitable parcours du combattant, fraîchement repeint, le GIR, unité d’élite de la DGST, s’entraîne au tir. L’arsenal dont dispose ce groupe de 300 hommes chargé des interventions à haut risque est impressionnant : fusils à lunettes américains pour snipers, pistolets-mitrailleurs allemands, armes de poing autrichiennes, fusils à pompe italiens, caméras thermiques françaises, identificateurs à rayons X…

Un combat de fond idéologique

Ces agents sont susceptibles d’être appelés sur n’importe quel théâtre d’opérations, de Tanger à Dakhla, l’unicité de commandement DGSN-DGST sous le képi du seul Abdellatif Hammouchi permettant d’éviter toute guerre des polices entre les différents services. Seul le contre-espionnage (Direction générale des études et de la documentation, DGED), que dirige depuis treize ans le très discret Yassine Mansouri, ancien condisciple du roi au Collège royal de Rabat, évolue indépendamment de cette structure.

À Témara comme à Salé, lorsqu’on écoute Abdellatif Hammouchi et celui qui, à la tête du BCIJ, est l’un de ses principaux collaborateurs – le préfet Khiame – décrire leur veille permanente, on comprend : l’éradication du jihadisme radical au Maroc n’est pas pour demain, même s’il demeure un objectif à long terme. On est ici dans la prévention, le renseignement, l’anticipation et le traitement des symptômes, conscient du fait que l’ennemi est une hydre en constante mutation.

En février, l’agresseur d’un touriste britannique à Fès a ainsi déclaré aux policiers qu’il avait agi après avoir vu sur Al Jazeera un reportage sur les Palestiniens de Gaza et sans en référer à aucune filière organisée. Contre cet émiettement des charges explosives du terrorisme, le combat de fond ne peut être qu’idéologique. Et il ne se gagne pas en une décennie.

L’enquête judiciaire française sur l’affaire Lafarge vient de mettre en lumière les liens très étroits entre le cimentier et les services secrets français en Syrie.

L’enquête judiciaire française sur l’affaire Lafarge vient de mettre en lumière les liens très étroits entre le cimentier et les services secrets français en Syrie.

Alors qu’elle est chargée d’instruire une plainte d’anciens salariés de la multinationale contre leur employeur, la juge Charlotte Bilger étend progressivement ses investigations à l’activité du cimentier. De fil en aiguille, elle en est venue à s’interroger sur une éventuelle fourniture de ciment à Daesh.

Avant même l’ouverture de cette affaire à Paris, Thierry Meyssan avait révélé que Lafarge avait fourni environ 8 millions de mètres cubes de ciment à divers groupes jihadistes afin de construire un ensemble de fortifications et d’installations souterraines ; ce que le cimentier refuse de commenter. Il avait également révélé qu’Hillary Clinton avait été avocate et administratrice de la firme, ainsi que les services rendus par la multinationale à la CIA.

« Lafarge : L’État français au centre de l’affaire », « L’usine syrienne, fournisseuse de l’ÉI ? », Ismaël Halissat et Willy Ledevin, Libération, 23 avril 2018.

http://www.voltairenet.org/article200911.html