Archives pour la catégorie Renseignement

La guerre électronique russe contre les troupes américaines en Syrie entre dans une phase dangereuse

La guerre électronique russe contre les troupes américaines en Syrie entre dans une phase dangereuse


Tyler DurdenPar Tyler Durden – Le 30 juillet 2018 – Source Zero Hedge

Un colonel en retraite de l’armée US, spécialiste de la guerre électronique a déclaré à Foreign Policy : « Tout à coup, vos communications ne fonctionnent plus, vous ne pouvez pas ordonner de tirs, vous ne pouvez pas être averti des tirs hostiles parce que vos radars ont été bloqués et ils ne peuvent rien détecter ». 

Un nouveau rapport détaille l’inquiétude grandissante du Pentagone face à l’augmentation du nombre d’attaques électroniques russes contre des positions militaires américaines en Syrie, dont le nombre selon les déclarations publiques du Pentagone est de 2000 ou plus, situées sur une douzaine de bases « secrètes », principalement au nord-est de la Syrie, et intégrées dans les Forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes, soutenues par les États-Unis,

ewin syria
Image via The National Interest

Le rapport de Foreign Policy commence ainsi :

« Les officiers qui ont subi le brouillage – connu sous le nom de guerre électronique – disent que ce n’est pas moins dangereux que les attaques conventionnelles avec des bombes et de l’artillerie. Mais ils disent aussi que cela permet aux troupes américaines de découvrir la technologie russe sur le champ de bataille et de trouver des moyens de se défendre. »

Depuis que la Russie est intervenue en Syrie à la demande du gouvernement Assad en 2015, les deux superpuissances se sont affrontées à de multiples occasions dangereuses, mais ont communiqué par l’intermédiaire d’une « ligne directe militaire à militaire » destinée à éviter les collisions aériennes et la confrontation directe des troupes.

La Russie, aux côtés du gouvernement syrien, considère les troupes américaines comme des occupants étrangers non invités, qui ont commis des actes d’agression contre l’État syrien, tuant des centaines de soldats syriens (et des mercenaires russes, même s’ils n’étaient pas sous les ordres de Moscou), lors de multiples incidents près des lignes de front à Deir Ezzor.

Et maintenant, comme l’a récemment déclaré le général Raymond Thomas, chef du commandement des opérations spéciales des États-Unis, lors d’une conférence de renseignement et de technologie militaire, la Syrie est devenue « l’environnement de guerre électronique le plus agressif de la planète ».

Il a dit des « adversaires » russes, iraniens et syriens : « Ils nous testent tous les jours, bloquant nos communications, désactivant nos EC-130 [les grands avions de commandement et de contrôle des champs de bataille aériens de l’Air Force]. »

Foreign Policy (FP) indique que le brouillage électronique par les forces russes signifie une menace d’« escalade » dans un environnement déjà confus compte tenu du large éventail de groupes et d’acteurs étatiques opérant en Syrie.

Le rapport dit que le Pentagone a officiellement reconnu le succès des efforts de brouillage russes la semaine dernière dans les termes suivants :

« Un colonel de l’armée américaine, Brian Sullivan, a décrit un épisode récent à des journalistes au département de la Défense des États-Unis la semaine dernière. Il a déclaré que ses troupes avaient rencontré un ‘environnement de guerre électronique saturé’ alors qu’elles combattaient dans le nord-est de la Syrie pendant leur déploiement de neuf mois, qui avait duré de septembre 2017 à mai 2018. »

Et le rapport cite encore le Col. Sullivan : « Cela nous a posé des défis auxquels nous avons pu faire face avec succès, et cela nous a donné l’opportunité d’opérer dans un environnement qui ne peut être reproduit nulle part à domicile, y compris dans nos centres de formation au combat. »

Dans une citation particulièrement troublante qui rappelle la guerre froide, le colonel note : « C’est une grande opportunité pour nous d’opérer particulièrement dans l’environnement syrien où les Russes sont actifs ».

L’ancien directeur intérimaire/directeur adjoint de la CIA Michael Morell : « nous devons tuer les Russes en Syrie » (vidéo en anglais).

Bien sûr, pour commencer – et quoi qu’on en dise – il y a la grande question de la contradiction concernant des troupes américaines qui se trouvent en Syrie sans aucune autorisation du Congrès ni mandat du peuple américain (à moins que, comme semble le croire le président Donald Trump, l’ancienne autorisation d’utilisation de la force militaire, l’AUMF, après le 9/11, signifie que les troupes américaines peuvent rester au Moyen-Orient pour toujours).

Foreign Policy écrit en outre que la guerre électronique implique l’arrêt des communications et de la capacité de navigation au sol et en l’air, quelque chose de particulièrement dangereux dans un espace de combat bondé comme la Syrie :

« Daniel Goure, expert en sécurité nationale et questions militaires au Lexington Institute, affirme que les nouveaux systèmes de guerre électronique de la Russie sont sophistiqués. Ils peuvent être montés sur de gros véhicules ou des avions et peuvent endommager des cibles à des centaines de kilomètres. »

Goure parle aussi d’un affrontement involontaire potentiel entre des puissances majeures comme les États-Unis et la Russie : « Le problème avec la guerre électronique, de manière plus générale, est qu’elle peut vraiment aveugler votre vision de l’espace de combat, votre vision opérationnelle, et cela peut mener à des erreurs vraiment horribles. »

La Russie aurait fait d’énormes progrès dans sa capacité de systèmes de guerre électronique au cours des quinze dernières années car elle perçoit que la menace d’une invasion par l’OTAN à ses frontières ne peut que croître.

En attendant, la Russie a indiqué qu’elle était au courant des actions militaires futures que Washington et ses alliés occidentaux pourraient comploter contre elle.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov a dit cette semaine dans des déclarations publiques lors d’un forum éducatif russe : « Notre conscience des plans que les militaires américains et d’autres pays occidentaux préparent en relation avec la Fédération de Russie est totale. » Il a ajouté que la Russie et ses frontières terrestres et aériennes étaient sûres « quoi qu’il arrive dans le monde », ce qui semblait être une référence aux récents progrès de la technologie de la défense et du renseignement russes.

Tyler Durden

Traduit par jj, relu par Cat, vérifié par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-guerre-electronique-russe-contre-les-troupes-americaines-en-syrie-entre-dans-une-phase-dangereuse

 

Publicités

La mission d’Alexandre Benalla

La mission d’Alexandre Benalla

+

Un des collaborateurs du président Emmanuel Macron, Alexandre Benalla, avait pour mission de créer un équivalent français à l’US Secret Service.

Cette agence, rattachée au département de Sécurité de la patrie (Homeland Security), est chargée de la protection du président des États-Unis et de hautes personnalités. Elle joue également un rôle pivot dans l’anti-terrorisme (et la lutte contre la fausse monnaie).

Le président Macron avait déjà institué à l’Élysée une « Task Force » (sic) de lutte contre le terrorisme dirigée par le préfet Pierre Bousquet de Florian.

Malgré son jeune âge, Monsieur Benalla, que la presse algérienne présente comme lié aux services secrets marocains (DGED), était pressenti pour diriger le futur Secret Service de l’Élysée.

http://www.voltairenet.org/article202126.html

 

 

Révélation : Alexandre Benalla est un agent des services secrets marocains

Révélation : Alexandre Benalla est un agent des services secrets marocains

Publié par wikistrike.com sur 21 Juillet 2018, 11:29am

Catégories : #Politique intérieure

Révélation : Alexandre Benalla est un agent des services secrets marocains

L’affaire du grade du corps «officieux» du président français, Emmanuel Macron, tourne au scandale d’Etat. Licencié pour avoir fait preuve de brutalité dans l’exercice de sa fonction, Alexandre Benalla est, néanmoins, l’illustration même de l’infiltration des plus hautes sphères du pouvoir français par les services des renseignements marocains.

En effet, des sources informées ont révélé à Algeriepatriotique que le déjà ex-chargé de mission auprès du chef de cabinet du président Macron est, en réalité, un agent de la DGED marocaine. Alexandre Benalla a gravi les échelons doucement mais sûrement depuis qu’il fut introduit dans les rouages du Parti socialiste par l’ancienne ministre de l’Education, Najet Vallaud Belkacem, elle-même inféodée à Rabat, aux côtés de Rachida Dati, Myriam Al-Khomri, Audrey Azoulay et bien d’autres.

L’affaire Alexandre Benalla met à nu la stratégie du Makhzen en France et révèle les dessous de l’acharnement des dirigeants français de toutes obédiences – PS, Les Républicains, La République en Marche – à soutenir la monarchie alaouite et à couvrir les frasques et les dépassements de Mohammed VI. C’est que le régime monarchique de Rabat a de tout temps eu un pied dans les plus hautes sphères du pouvoir en France et, depuis quelque temps, au sein de l’Union européenne où il compte de nombreux lobbyistes rémunérés avec l’argent du peuple marocain détourné par la famille régnante prédatrice protégée par Paris.

Les frasques du voyou bombardé «chargé de mission» à l’Elysée mettent Emmanuel Macron dans la gêne. Mais le battage médiatique autour de ce personnage sorti de l’ombre par on ne sait qui, ni pour quel dessein, est sciemment focalisé sur ses exactions et ses excès, mais aucun média français n’a cherché à connaître le secret qui se cache derrière son ascension fulgurante depuis François Hollande jusqu’à Emmanuel Macron qui l’a définitivement pris sous sa protection avant qu’éclate ce scandale.

La France est infestée d’agents secrets marocains qui ont accédé aux fonctions les plus sensibles, jusqu’à avoir accès aux secrets les mieux gardés. Et l’affaire Alexandre Benalla n’est que la partie visible de l’iceberg.

K. B.

Source

http://www.wikistrike.com/2018/07/revelation-alexandre-benalla-est-un-agent-des-services-secrets-marocains.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

 

 

 

 

Maroc : dans les coulisses de la DGST

Maroc : dans les coulisses de la DGST

A la pointe de la lutte contre le terrorisme régional, le service de renseignements ouvre pour la première fois les portes de son siège. Visite guidée.

À quelques jours du ramadan, les Marocains n’y ont guère prêté attention, comme s’ils avaient intégré l’idée que vivre sur la ligne de front invisible du combat contre le terrorisme était une sorte de mal du siècle. Les 8 et 14 mai, le Groupe d’intervention rapide (GIR) de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), dont les hommes cagoulés de noir sont le bras opérationnel du Bureau central d’investigations judiciaires (BCIJ), a démantelé leurs 56e et 57e cellules jihadistes depuis 2015, portant à 829 le nombre des arrestations d’activistes pro-Daesh dans le royaume sur la même période.

Les images, les lieux, les profils, les objectifs des apprentis terroristes, tous interpellés avant leur passage à l’acte, sont désespérément répétitifs. Beaucoup sont originaires du nord du Maroc, stockent chez eux des armes blanches ou des pistolets de petit calibre, s’activent sur les réseaux sociaux et visent des cibles identiques : hôtels, night-clubs, festivals, événements sportifs, touristes, chaînes de télévision.

Place au renseignement préventif

Même l’aspect, souvent transfrontalier, de ces opérations (le chef du réseau a été arrêté ce même 8 mai par la police espagnole à Bilbao) ne surprend plus. La routine a un avantage : elle protège d’autant plus efficacement de l’angoisse que les Marocains, dans leur grande majorité, ont confiance en leur police – tout au moins dans les unités qui, en son sein, sont chargées de la lutte contre le terrorisme et le crime organisé.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Restructurés, recadrés et nettoyés au Kärcher depuis trois ans, les quelque 70 000 agents de la sûreté nationale – la police classique en uniforme, visible quotidiennement dans les rues – n’ont pas encore achevé leur mue. Ripoux et tourmenteurs continuent d’y sévir, même s’ils sont de plus en plus rares et de plus en plus sévèrement sanctionnés. Les 7 000 hommes que compte la DGST n’ont, eux, plus rien à voir avec la sinistre réputation de leur corps jusqu’au début des années 2000. Le temps des rafles massives, des interrogatoires expéditifs et des séances de torture des années de plomb appartient au passé.

Place au renseignement préventif, aux arrestations ciblées, au respect des normes judiciaires, à la pénétration en profondeur des réseaux islamistes et à la déradicalisation. Si le siège ultrasécurisé du BCIJ à Salé, inauguré en mars 2015, est désormais connu des Marocains pour sa politique d’ouverture soigneusement calibrée en direction des médias nationaux et étrangers sous la houlette de son responsable, le très communicatif Abdelhak Khiame, 60 ans, ancien patron de la police judiciaire, il n’en va pas de même de la « maison mère ».

Une institution « normalisée »

Installé au cœur de la forêt de chênes-lièges de Dar es-Salam, non loin du golf du même nom, à la limite de Rabat et de la commune de Témara, cet ensemble de bâtiments partiellement entouré de murs recouverts de barbelés a longtemps été l’un des centres sécuritaires les plus secrets du royaume. À l’époque où Driss Basri régnait sur ce qui s’appelait alors la DST, Témara était le lieu de tous les fantasmes et de tous les cauchemars, centre de détention et d’interrogatoire, « site noir » souvent comparé à Tazmamart et à Kelaat M’Gouna.

À partir de 2005, passé la vague d’arrestations qui a suivi les attentats meurtriers de Casablanca, la DGST s’est « normalisée » sur le modèle des grandes agences occidentales, ouvrant ses portes à des délégations de parlementaires et du Conseil national des droits de l’homme. Objectif : démontrer que les cellules souterraines, les chambres de torture et le bagne clandestin relevaient désormais du mythe. Opération réussie : plus aucune plainte sérieuse n’a été déposée contre ce service depuis plus de dix ans.

Deux hommes sont à l’origine du lifting d’une institution à part en ce qu’elle se situe au cœur d’un paradoxe sécuritaire unique : le Maroc est à la fois l’un des pays qui « produit » le plus de terroristes et l’un de ceux qui leur résistent le mieux. Le roi Mohammed VI d’abord, qui a saisi très tôt les limites d’une politique uniquement répressive et prôné un islam du juste milieu, et Abdellatif Hammouchi, 52 ans, juriste, pur produit de la maison DGST, au sein de laquelle il a fait toute sa carrière avant d’en assumer la direction à partir de 2005, poste qu’il cumule depuis trois ans avec celui de directeur de la sûreté nationale.

Abdellatif Hammouchi, spécialiste des réseaux jihadistes

Depuis son vaste bureau ultrafonctionnel au deuxième étage du centre des opérations de la DGST, à Témara, ce haut fonctionnaire, qui n’a pas pris de vacances depuis vingt ans, n’accorde jamais d’interviews et s’abstient de toute vie mondaine, coordonne chaque opération antiterroriste avec un soin de moine copiste. Ce spécialiste des réseaux jihadistes a une connaissance intime des différentes strates de l’islamisme radical marocain depuis les années 1980 : Beurs des banlieues européennes, « Afghans », sectateurs de l’État islamique, salafistes dévoyés et loups solitaires n’ont aucun secret pour lui. Il pourrait en parler des heures, cas par cas, ainsi que des effets du renseignement, de la prévention, du maillage sécuritaire étroit et d’une législation antiterroriste particulièrement draconienne sur le climat de vigilance permanente qui règne au Maroc.

Très apprécié de ses homologues américains et européens (« Tu as sauvé la France », lui a confié le Français Patrick Calvar, patron de la Direction générale de la sécurité intérieure, au lendemain des attentats de Paris de novembre 2015, après qu’un renseignement marocain a permis de localiser le terroriste Abdelhamid Abaaoud et ses complices), Hammouchi n’a pas oublié l’offense subie en février 2014, quand des policiers français sont venus frapper à la porte de la résidence de l’ambassadeur du Maroc, à Neuilly, porteurs d’une convocation de justice à son nom.

Ce jour-là, Abdellatif Hammouchi était dans son bureau de Témara et non à Paris, comme on l’a dit. Patrick Calvar, Manuel Valls, alors Premier ministre, et même le président Hollande lui ont par la suite juré qu’ils n’étaient pas au courant de l’initiative de la juge Sabine Kheris. Lui en a tiré une leçon : nul n’est à l’abri d’une dénonciation calomnieuse, surtout quand on dirige un service que les ONG et la justice françaises s’obstinent à observer, trente ans après la parution de Notre ami le roi, avec les lunettes obsolètes de Gilles Perrault.

Une autre facette du soft power marocain

À deux pas du QG d’Abdellatif Hammouchi, un institut de formation professionnelle des agents et cadres de la DGST a été inauguré le 24 avril par Mohammed VI. Cinquante-sept commissaires issus de l’Institut royal de police de Kenitra y apprennent les techniques du renseignement pendant douze à dix-huit mois. L’objectif est d’en former 500 par an, tout en accueillant des stagiaires venus d’une douzaine de pays africains – une autre facette du soft power marocain sur le continent.

Les enseignants sont des cadres de la DGST et des professeurs des facultés de Rabat et de Casablanca. L’ambiance est monacale, aseptisée. Les « étudiants », en costumes quasi identiques et rasés de près, bénéficient d’un environnement à la fois technologique et intellectuel rare sous ces latitudes : salles de monitoring, ordinateurs omniprésents, bibliothèque dans laquelle ouvrages religieux, précis juridiques et livres d’espionnage cohabitent avec Sigmund Freud et Edgar Morin.

Un peu à l’écart, sous un hangar qui jouxte l’inévitable parcours du combattant, fraîchement repeint, le GIR, unité d’élite de la DGST, s’entraîne au tir. L’arsenal dont dispose ce groupe de 300 hommes chargé des interventions à haut risque est impressionnant : fusils à lunettes américains pour snipers, pistolets-mitrailleurs allemands, armes de poing autrichiennes, fusils à pompe italiens, caméras thermiques françaises, identificateurs à rayons X…

Un combat de fond idéologique

Ces agents sont susceptibles d’être appelés sur n’importe quel théâtre d’opérations, de Tanger à Dakhla, l’unicité de commandement DGSN-DGST sous le képi du seul Abdellatif Hammouchi permettant d’éviter toute guerre des polices entre les différents services. Seul le contre-espionnage (Direction générale des études et de la documentation, DGED), que dirige depuis treize ans le très discret Yassine Mansouri, ancien condisciple du roi au Collège royal de Rabat, évolue indépendamment de cette structure.

À Témara comme à Salé, lorsqu’on écoute Abdellatif Hammouchi et celui qui, à la tête du BCIJ, est l’un de ses principaux collaborateurs – le préfet Khiame – décrire leur veille permanente, on comprend : l’éradication du jihadisme radical au Maroc n’est pas pour demain, même s’il demeure un objectif à long terme. On est ici dans la prévention, le renseignement, l’anticipation et le traitement des symptômes, conscient du fait que l’ennemi est une hydre en constante mutation.

En février, l’agresseur d’un touriste britannique à Fès a ainsi déclaré aux policiers qu’il avait agi après avoir vu sur Al Jazeera un reportage sur les Palestiniens de Gaza et sans en référer à aucune filière organisée. Contre cet émiettement des charges explosives du terrorisme, le combat de fond ne peut être qu’idéologique. Et il ne se gagne pas en une décennie.

L’enquête judiciaire française sur l’affaire Lafarge vient de mettre en lumière les liens très étroits entre le cimentier et les services secrets français en Syrie.

L’enquête judiciaire française sur l’affaire Lafarge vient de mettre en lumière les liens très étroits entre le cimentier et les services secrets français en Syrie.

Alors qu’elle est chargée d’instruire une plainte d’anciens salariés de la multinationale contre leur employeur, la juge Charlotte Bilger étend progressivement ses investigations à l’activité du cimentier. De fil en aiguille, elle en est venue à s’interroger sur une éventuelle fourniture de ciment à Daesh.

Avant même l’ouverture de cette affaire à Paris, Thierry Meyssan avait révélé que Lafarge avait fourni environ 8 millions de mètres cubes de ciment à divers groupes jihadistes afin de construire un ensemble de fortifications et d’installations souterraines ; ce que le cimentier refuse de commenter. Il avait également révélé qu’Hillary Clinton avait été avocate et administratrice de la firme, ainsi que les services rendus par la multinationale à la CIA.

« Lafarge : L’État français au centre de l’affaire », « L’usine syrienne, fournisseuse de l’ÉI ? », Ismaël Halissat et Willy Ledevin, Libération, 23 avril 2018.

http://www.voltairenet.org/article200911.html

[Vidéo] Alain Juillet : DGSE, Espions, Secrets des Affaires, Crises mondiales, par Thinkerview

22.avril.2018 // Les Crises

[Vidéo] Alain Juillet : DGSE, Espions, Secrets des Affaires, Crises mondiales, par Thinkerview

Source : Thinkerview, Youtube, 07-04-2018

Interview de Alain Juillet, Ancien Directeur du Renseignement au sein de la DGSE, Haut Responsable pour l’Intelligence Économique en France auprès du premier Ministre, en direct à 19h, le 07/04/2018.

Source : Thinkerview, Youtube, 07-04-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/video-alain-juillet-dgse-espions-secrets-des-affaires-crises-mondiales-par-thinkerview/

La DGSE en danger de se transformer en NSA à la française… Par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 19-03-2018

La rédaction transporte ses quartiers dans le Corne de l’Afrique, avant de prendre la mer pour rejoindre Madras/Chennaï en Inde, début avril. D’ici là nous assurons la publication et la diffusion de prochetmoyen-orient.ch, des principaux articles de votre hebdomadaire numérique – à l’exception des deux séries de brèves (En bref et dans La Presse). En vous priant de nous excuser de ces désagréments, nous continuons à vous souhaiter bonne lecture et bonne semaine.

La rédaction

LA DGSE EN DANGER DE SE TRANSFORMER EN NSA A LA FRANCAISE…

Djibouti, 17 mars.

Le 17 février dernier, lors de la Conférence sur la sécurité de Munich, les trois patrons des grands services européens de renseignement – Bruno Kahl pour le BND allemand, Alex Younger pour le MI6 britannique et Bernard Emié pour la DGSE – se sont affichés ensemble publiquement pour dire qu’ils travaillaient ensemble… On est rassuré ! Mais cette première avait, semble-t-il, une toute autre fonction : malgré les turbulences du Brexit, il fallait absolument communiquer – co-mmu-ni-quer – pour souligner une convergence sur les conflits en cours au Proche-Orient, sur la lutte anti-terroriste et sur la défense de l’Europe alors que, sur ce dernier dossier, la France apparaît très isolée en soutenant une conception d’« Europe-puissance » dont personne ne veut !

Un diplomate allemand de haut rang a, aussitôt recadré les choses : « les Français sont nos alliés stratégiques. Et, dans le domaine du renseignement, nous travaillons ensemble – unis – comme avec nos partenaires britanniques. Mais, bien entendu, nous privilégions les coopérations bilatérales et nous croyons beaucoup dans l’avenir d’une plateforme européennes de renseignement chapeautée par… l’OTAN ». On n’est plus rassuré du tout !

Depuis une quinzaine d’années, la révolution numérique s’est opérée au plus grand profit des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), voyant la totalité des données privées des usagers européens détournées et stockées dans de vastes hangars numériques Outre-Atlantique. Cloud-Computing et Big-Data constituent déjà d’insupportables négations des souverainetés nationales, alors que les Etats n’arrivent pas à mettre sur pied la coopération minimale afin d’assurer police et sécurité sur le Net. Déjà sous tutelle américaine, les moyens techniques des grands services européens de renseignement adoptent, de plus en plus, les modèles anglo-saxons de surveillance, d’intervention et de gestion numériques des menaces.

LES MIRAGES DE LA LIGNE MAGINOT NUMERIQUE

Les dernières Revue stratégique de défense/sécurité et Loi de programmation militaire (LPM) ont entériné cette évolution allouant de substantiels moyens à la DGSE – le service français le plus important en personnels, moyens et budgets – pour les écoutes et observations satellitaires, ainsi qu’à destination des processus de riposte en matière de cyber-défense, cyber-sécurité et cyber-renseignement. Cette option consistant à consolider un renseignement technologique – à l’américaine – s’opère pourtant – à la gauloise -, c’est-à-dire sans éclaircir, ni préciser l’interface et les relations entre l’ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information, créée par décret en juillet 2009) et la DGSE. Les deux entités restent distinctes, la première dépend de Matignon, la seconde du ministère de la Défense, faisant dire à nombre d’experts – de plus en plus nombreux – qu’il s’agirait de « transformer la DGSE » en une NSA à l’américaine, engagée sur tous les fronts de sécurité et cyber-sécurité et cyber-défense, mais aussi de sécurités sociétales (santé, sécurité alimentaire, environnementale et des entreprises). D’une manière générale, il s’agirait de transformer la DGSE en une super-agence numérique destinée à couvrir l’ensemble des écoutes, observations satellitaires et cyber-menaces.

Dans ce contexte, et dans l’ombre de la stratégie anti-terroriste française, la fameuse guerre des services n’est, malheureusement, pas totalement épuisée malgré d’indéniables avancées. La vieille rivalité historique DST/DGSE refait surface, de temps à autre, opposant encore la nouvelle DGSI (renseignement intérieur) aux services extérieurs. Depuis 2008, début du programme d’investissement massif de la France dans la création d’une plate-forme nationale de renseignement technique gérée par la DGSE et mutualisée aux principaux services secrets français, la DGSI (qui s’appelait jusqu’en 2014 Direction centrale du renseignement intérieur/DCRI), n’a eu de cesse de vouloir s’émanciper des moyens techniques de la DGSE.

Dépendante techniquement, la DGSI l’était aussi sur le plan humain : que pourraient faire ses policiers sans les ingénieurs X-Télécoms de la direction technique de la DGSE ? L’ancien patron de la DGSI, Patrick Calvar, avait milité auprès des parlementaires comme du gouvernement pour finir par obtenir les moyens de diversifier ses recrutements, notamment en direction des ingénieurs ou d’informaticiens. En 2015 et début 2016, ces querelles de territoires apparaissaient toujours lors du suivi de suspects par la DGSE et la DGSI. Ces deux services, malgré les alertes de l’autorité de contrôle des interceptions administratives, « branchaient » ou « débranchaient » des cibles dans le plus grand désordre, sans que l’information circule.

Cette situation d’indépassables gauloiseries conforte la tentation d’une « ligne Maginot numérique », dont on connaît aujourd’hui parfaitement les dysfonctionnements et faillites, non seulement avant, pendant et après les attentats du 11 septembre 2001, mais aussi face aux dernières attaques à main armée d’écoles et d’autres bâtiments publics. Et cette évolution s’effectue, bien-sûr, au détriment du renseignement humain, l’« espionnage de papa » quelque peu démonétisé par les ingénieurs et les cyber-techniciens, dernièrement engagés par la DGSE.

Certes, « la boîte », comme l’appellent communément les employés du Boulevard Mortier, vient de renforcer ses équipes de « langues rares », mais « la tendance générale est à une marginalisation, sinon un risque de disparition du renseignement humain », met en garde l’un des formateurs des nouveaux agents de la DGSE. Un autre serpent de mer menace les savoir-faire humains de nos services extérieurs : la vieille rivalité qui oppose le COS (forces spéciales) au fameux Service Action (SA) de nos services extérieurs.

COS CONTRE SERVICE ACTION

Depuis longtemps, « depuis toujours même, l’Armée de terre veut manger le SA de la boîte, pourtant exclusivement constitué de commandos de nos différentes forces armées », souligne un officier supérieur du Service Action, « cette volonté de fusion-absorption ne poursuit pas seulement la maîtrise de budget et des affectations, mais ambitionne aussi une main mise sur la conception même des opérations spéciales clandestines ».

Le différend, sinon la confrontation entre l’Armée de terre et la DGSE se fait récurrent depuis février 2013, après l’exfiltration ratée de l’agent Denis Allex, enlevé en Somalie en 2009. Menée par le SA de la DGSE, l’opération s’était soldée par la mort de l’otage et du chef du commando, un autre militaire français étant porté disparu. Les conditions d’engagement du commando français font aujourd’hui encore débat, et pas souvent à l’avantage de la DGSE. Un autre dossier alimente la disputatio : l’opération Barkhane1, son format, son déploiement et son évolution.

« Très clairement, Barkhane est une bonne affaire pour l’Armée de terre qui en a fait sa chose… très juteuse ! L’opération lui permet de faire tourner ses régiments dont les soldats bénéficient d’intéressantes primes d’Opex2. Donc, pour le chef d’état-major de l’Armée de terre : pas question de toucher à Barkhane, même si son déploiement ne correspond plus à l’évolution de la menace », explique un officier supérieur du SA ; « dernièrement, Bernard Emié – le patron de la DGSE – a voulu donner des leçons en expliquant, en Conseil de défense, que la stratégie verticale de Barkhane, non seulement ne correspondait plus à une menace terroriste qui ne provient plus exclusivement des Touareg de l’Azawad (nord du Mali), mais aussi d’activistes Peuls qui investissent les villes du sud du pays. Par conséquent, il s’agissait d’adopter une nouvelle tactique d’opérations clandestines et d’assassinats ciblés, alors que les cantonnements et déplacements des unités de Barkhane sont – elles-mêmes – devenues des cibles vulnérables. Engagé dans une phase de câlinothérapie vis-à-vis de l’Armée de terre pour dépasser les critiques ayant amené à la démission du chef d’état-major des armées (CEMA) – le général Pierre de Villiers -, l’Elysée n’a pas voulu entendre et Franck Paris, le ‘Monsieur Afrique’ d’Emmanuel Macron, a tranché en faveur des Terriens au détriment de la DGSE dont la mission est pourtant d’alerter le pouvoir exécutif sur l’évolution des menaces qui ciblent les intérêts français à l’étranger ».

« Il est pourtant clair, que l’opération Barkhane n’est plus adaptée à l’évolution de la menace terroriste qui concerne l’ensemble de la bande sahélo-saharienne, des côtes de Mauritanie jusqu’à la Corne de l’Afrique », poursuite notre officier supérieur, « ce nouveau contexte se prête davantage à la mise sur pied d’opérations spéciales clandestines qu’aux cantonnements et patrouilles de militaires français qui, avec le temps, sont perçues comme des forces d’occupation, se transformant en autant de cibles vulnérables. De toutes les façons, Barkhane devra s’interrompre un jour ou l’autre. Quand bien même elle durerait encore 10 ou 20 ans, ce format d’engagement ne pourrait venir à bout d’une mission qui ne correspond plus à la doctrine française des Opex ».

Instaurée par le général Henri Bentégeat (CEMA du 30 octobre 2002 au 4 octobre 2006), celle-ci s’appuyait sur trois principes intangibles : 1) des opérations courtes avec point d’entrée et point de sortie (au-delà d’un certain temps, tout contingent étranger est perçu comme une force d’occupation et devient une cible potentielle) ; 2) toute Opex vise et cible des ennemis clairement identifiés dans l’espace et le temps ; 3) enfin, chaque Opex est validée par l’aval et le soutien de la représentation nationale (Assemblée nationale et Sénat).

ABERRATIONS LIBYENNES

Entre prolongements et dysfonctionnements, nos Opex connaissent d’autres postures posant autant de questions quant aux relations compliquées entre le COS et le SA de la DGSE, ainsi qu’aux conditions d’engagement de ces unités d’élite. Dans l’imbroglio suscité par la guerre déclenchée en Libye par Messieurs Sarkozy et Cameron avec l’aval de Barack Obama et de l’OTAN (mars 2011), la Libye n’en finit pas de s’abîmer en micro-guerres civiles et trafics mafieux. La Libye a implosé, morcelée entre la Tripolitaine, la Cyrénaïque et les zones sud du Fezzan, les Nations unies donc la France soutenant le gouvernement de Tripoli.

Mais l’homme fort de Benghazi, le maréchal Khalifa Haftar fait de la résistance. Refusant la tutelle de Tripoli, il tient les régions frontalières de l’Egypte – riches en hydrocarbures – et revendique le pouvoir sur l’ensemble de la Libye historique. Par conséquent, il est parfaitement légitime de voir différents agents français déployés à Benghazi pour « traiter » le Maréchal et ses forces militaires, le contraire serait très inquiétant… Là où les choses se compliquent, c’est qu’on peut croiser dans l’Est de la Libye, à la fois des soldats du COS et des membres du SA de la DGSE.

Une autre aberration est aussi d’y croiser des agents du SA en uniforme alors que les soldats du COS mènent leurs missions… en civil. « En Libye, on marche sur la tête, on mélange tout et l’on frise quotidiennement la catastrophe », ajoute notre officier supérieur. Dernièrement, il a fallu exfiltrer d’urgence deux « diplomates » français de Cyrénaïque en direction de Tripoli. L’opération a été confiée à une SMP anglo-saxonne (Société Militaire Privée) de très mauvaise réputation au grand dam des militaires du SA présents dans la zone. Ils avaient, vainement alerté leur hiérarchie.

Unanimes sont nos différentes sources militaires et civiles à défendre l’existence du SA de la DGSE, « pour que la République puisse, comme n’importe quelle démocratie, continuer à pouvoir mener des opérations spéciales clandestines, ce qui n’est certainement pas la mission du COS », conclut un officier général, vieux routier des missions africaines ; « par définition, le COS mène ses opérations en uniforme et, de fait celles-ci sont publiques, connues, sinon médiatisées, ce qui parfois parfaitement incompatible avec le but recherché ».

« En transformant la DGSE en NSA à la française, on se tirerait plusieurs balles dans le pied », poursuit le général, « on marginaliserait et dévaloriserait le renseignement humain qui reste indispensable pour infiltrer les organisations terroristes et criminelles, ainsi que pour évaluer le ‘secret de l’intention’ qui ne ressort pas forcément des écoutes et des images satellitaires. Simultanément, on renoncerait aux opérations militaires clandestines et ciblées, qui demeurent l’une des missions essentielles de nos services extérieurs ».

En définitive, et pas seulement en Afrique et aux Proche et Moyen-Orient, les capacités d’évaluation, d’analyse et de renseignement humain de la DGSE demeurent indispensables, même si elles se trouvent marginalisées par la montée en puissance de la mode du « tout technologique ». « A force de copier les Américains dans tous les domaines, et notamment dans ceux du renseignement, on finira par connaître et subir les revers que nos amis d’Outre-Atlantique accumulent depuis les attentats du 11 septembre 2001 », conclut un ancien patron de la DGSE.

En la matière, comme en d’autres domaines, les décideurs de nos pouvoirs exécutifs feraient bien de se mettre, comme toutes les autres grandes nations, à l’écoute du terrain et des grands anciens. En France, une fois partis à la retraite, ces derniers sont systématiquement rayés des annuaires et interdits de toute espèce de relation avec leurs successeurs et responsables de la Défense et la Sécurité de notre pays. Incompréhensible gâchis qui tient, tant à l’ignorance et l’arrogance des petits marquis des cabinets ministériels qu’à une culture profondément enracinée de la triple dictature de l’immédiat, de la communication instantanée et de l’américanisation des cerveaux.

Bonne lecture et à la semaine prochaine.

Richard Labévière
19 mars 2018

1 L’opération Barkhane est une opération menée au Sahel et au Sahara par l’Armée française, qui vise à lutter contre les groupes armés salafistes jihadistes dans toute la région du Sahel. Lancée le 1er août 2014, elle prend la suite des opérations Serval et Épervier. Elle s’inscrit dans le cadre d’une stratégie de forces prépositionnées dans la région, en partenariat avec les États de la zone. Elle mobilise plusieurs milliers de soldats.
2 OPEX : opérations extérieures.

Pour aider le site Proche & Moyen-Orient c’est ici

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 19-03-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

Une réponse à La DGSE en danger de se transformer en NSA à la française… Par Richard Labévière

  1. numaroumestan Le 04 avril 2018 à 06h17

    Afficher/Masquer

    La destruction d’un pays passe par l’abrutissement de ses élites. Tout naturellement, les mafias globalitaires tirent la France vers des impasses pour en finir avec ce qu’elle a incarné.

    Les collabos de cette destruction tiennent le haut du pavé puisqu’ils sont les domestiques des mafias financières qui décident de tout.

    Devenir des tueurs à gages ne semble pas perturber ce petit personnel politique français, qui ne dépasse pas le niveau des mafieux de banlieue.

    L’Europe en général et la France en particulier sont devenus la poubelle de l’humanité…..

    https://www.les-crises.fr/la-dgse-en-danger-de-se-transformer-en-nsa-a-la-francaise-par-richard-labeviere/

Affaire Skripal Piquée au vif, la Russie expulse à son tour 60 diplomates américains

Affaire Skripal Piquée au vif, la Russie expulse à son tour 60 diplomates américains

Après l’expulsion concertée de plus de 140 diplomates russes par les États-Unis et ses alliés occidentaux, Moscou a annoncé jeudi que 60 diplomates américains étaient désormais persona non grata en Russie. Ils ont une semaine pour quitter le pays.

La réponse du berger russe à la bergère américaine ne s’est pas fait attendre. Quelques jours à peine après l’expulsion par Washington de 60 diplomates russes et la fermeture du consulat de Seattle, Moscou a détaillé le menu des représailles.

“Les mesures seront réciproques”, a déclaré à la presse le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov, cité par le quotidien russe The Moscow Times. “Elles comprennent l’expulsion d’un nombre équivalent de diplomates et notre décision de retirer l’accréditation du consulat général des États-Unis à Saint-Pétersbourg.”

Des mesures similaires, encore non détaillées, seront prises à l’encontre de plus de 90 diplomates d’autres pays ayant décidé d’expulser des diplomates russes, a ajouté le ministre.

La décision des États-Unis et de ses alliés visait à sanctionner l’empoisonnement, le 4 mars en Grande-Bretagne, de l’ex-agent russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia, derrière lequel les Occidentaux voient la main de Moscou. Si l’ancien espion est toujours dans un état critique, les médecins ont annoncé jeudi que sa fille est maintenant hors de danger et que son état “s’améliore”, selon The Moscow Times.

Ces expulsions croisées “jettent un froid sur les relations entre Moscou et l’Occident qui rappellerait presque l’époque de la guerre froide”, remarque le Los Angeles Times. Mais les analystes interrogés par le quotidien californien relèvent qu’en “procédant à un nombre équivalent d’expulsions, la Russie a veillé à ne pas relever la barre – au moins pour l’instant”.

Un avis partagé par Brett Bruen, ancien membre du Conseil national de sécurité de Barack Obama, dans les colonnes de USA Today. Pour lui, la riposte russe “semble calibrée pour convaincre les États-Unis de ne pas prendre de mesures de représailles supplémentaires. Elle est suffisamment importante pour montrer sa force à domicile, mais a pour véritable objectif d’assurer qu’il n’y aura pas d’escalade.”

Le magazine The Atlantic souligne pour sa part que les expulsions de diplomates, “considérées jusqu’à récemment comme un vestige de la guerre froide”, sont assez communes et que “leur impact est limité” : “Ces expulsions n’ont fait qu’augmenter au rythme de la détérioration des relations entre la Russie et l’Occident”.

Si la Russie semble vouloir éviter l’escalade, les États-Unis n’écartent pas une contre-riposte, alors que la Maison-Blanche a qualifié jeudi l’annonce russe de “nouvelle étape dans la détérioration des relations entre les États-Unis et la Russie” et que le département d’État s’est réservé “le droit d’y répondre” en examinant “différentes options”.

L’une d’entre elles pourrait consister à s’intéresser de plus près aux affaires des oligarques russes en Occident, notamment en Grande-Bretagne. Une décision qui ferait “très vite monter la tension”, selon le Los Angeles Times.

Mais pour l’heure, les premières victimes de ces expulsions sont les services de renseignements, comme le remarque le New York Times. “Les responsables occidentaux affirment que la plupart des Russes sont des espions et que les expulsions vont entraver le renseignement russe.” Mais la riposte russe risque elle-même de faire du mal à l’espionnage occidental, car “les États-Unis et ses alliés utilisent aussi la couverture diplomatique pour leurs espions”.

https://reveil.courrierinternational.com/#/edition/1882543/article/1882630

Christopher Steele vu par le New Yorker

Christopher Steele vu par le New Yorker

Par Philip M. Giraldi – Le 13 mars 2018 – Source The Unz Review

Jane-Mayer
La dernière salve en date, dans le cadre de la saga du Russiagate, est un article de 15 000 mots, publié dans le New Yorker, intitulé « Christopher Steele, l’homme derrière le dossier Trump : comment l’ex-espion a essayé d’avertir tout le monde sur les liens de Trump avec la Russie » signé par la célèbre journaliste Jane Mayer. L’axiome de départ est aussi limpide que l’annonce son titre indigeste : le dossier Steele, qui mettait en cause Donald Trump et ses associés dans une myriade de crimes et de délits, a fondamentalement raison d’exposer la menace existentielle que représente la Russie pour notre pays. Comment en vient-elle à cette conclusion ? En citant des sources non identifiées, mais dont le lecteur doit accepter la crédibilité comme irrécusable, et en y ajoutant les témoignages d’amis et de soutiens de Steele.


Pour l’exprimer différemment, l’œuvre de Mayer est une énième redite des thèses « croyez ce que je vous dis » qui ont mené la charge contre la Russie et contre Trump depuis le début. Comme on pouvait s’y attendre, les anti-Trump de droite comme de gauche se sont jetés sur l’article de Mayer, le prenant comme confirmation de leurs présomptions, En réalité, cependant, il se pourrait que Trump ait plus raison que tort quand il se dénonce comme victime d’une conspiration de l’establishment visant à le discréditer et à se débarrasser de lui.

Mayer est une progressiste, et critique Donald Trump depuis longtemps. Elle est auteur d’un livre dénonçant « la profonde influence des frères Koch sur la politique américaine » et co-auteur d’un autre ouvrage avec Jill Abamson, qui fut rédactrice en chef du New York Times. On rapporte qu’Abramson conserve dans son sac à main une reproduction miniature en plastique à l’effigie de Barack Obama, qu’elle peut ainsi sortir et contempler pour « se réconforter » quand elle se trouve confrontée à l’Amérique de Donald Trump. La biographie du New Yorker sur Mayer la décrit comme une journaliste couvrant la sécurité nationale, ainsi que des sujets politiques et culturels.

Le problème du genre de néo-journalisme pratiqué par Mayer est que la démarche consiste à partir d’une conclusion, puis à sélectionner les « faits » nécessaires à l’étayer. Quand le gouvernement adopte ce genre de pratique pour appuyer, disons, une guerre contre l’Irak, ou même, hypothétiquement, contre l’Iran, on appelle cela du « picorage ». Après avoir « picoré » les faits arrangeants, la pratique consiste à en gaver les décideurs politiques, ce qui évite toute analyse susceptible de venir s’opposer à la véracité du produit. En termes journalistiques, l’équivalent serait d’envoyer directement les saloperies à un ami éditeur, en se passant de toute vérification.

Mayer tente de faire preuve de probité en affirmant que les Républicains « essaient de faire tomber la communauté du renseignement ». C’est une affirmation étrange de sa part, elle qui a écrit un livre dont le titre est The Dark Side : The Inside Story of How the War on Terror Turned into a War on American Ideals (Le Côté sombre : comprendre de l’intérieur comment la guerre contre la terreur est devenue une guerre contre les idéaux américains) un travail qui avait montré comment la communauté du renseignement travaillait main dans la main avec le Congrès et la Maison Blanche. Mais elle n’est pas la première des libéraux à être devenus amis avec la CIA, le FBI et la NSA, en réponse à la soi-disant menace ultime provoquée par Donald Trump.

Un ami de Steele décrit pratiquement celui-ci comme la réincarnation de Jésus sur terre, lui dont « la rectitude, l’intégrité et la vérité (…) surpassent toute idéologie ». L’ancien dirigeant du MI-6 et patron de Steele, Sir John Dearlove, qui avait à l’époque témoigné au sujet des renseignements sur l’Irak qu’ils avaient été marketés et « établis en contournant les bonnes pratiques » pour plaider la fausse cause de la guerre, décrit Steele comme « superbe ». On trouve d’autres commentaires similaires d’autres anciens agents de la CIA. John McLaughlin, ancien directeur adjoint de la CIA, qui s’était vu impliqué dans les mensonges soutenant l’invasion américaine de l’Irak, voit également Steele comme honnête et crédible, cependant qu’un ancien responsable d’agence de la CIA à Moscou est invoqué pour dénigrer le « tempérament russe » qui inciterait ce peuple à mentir et tromper autrui.

Ma relecture du refus de Mayer d’adopter une démarche critique vis à vis de Steele a révélé plusieurs occurrences, où elle en vient à des conclusions sans réel étai, ou accepte des « preuves » qui sont fondamentalement des ouï-dires et convergent avec sa narration. Elle affirme que la Russie et que WikiLeaks étaient de mèche lors de la publication d’emails du Comité national démocrate et de Hillary Clinton, sans apporter la moindre justification. Elle a probablement conclu cela sur la base de quelque chose qu’elle avait entendu, mais de la bouche de qui, et quand ?

Une autre grosse gaffe de l’article de Mayer est de citer un « dirigeant russe » dont le nom reste inconnu, déclarant que le Kremlin avait bloqué la nomination au poste de secrétaire d’État de Mitt Romney, un critique notoire de la Russie. Les déclarations de Steele ne précisent pas comment cela serait arrivé exactement, et on n’a trace d’aucune autre confirmation indépendante de cette allégation, mais Mayer la trouve crédible, estimant qu’« on peut considérer que les événements qui ont suivi l’ont confirmé ». Quels événements ? C’est une question que l’on pourrait se poser, mais les médias nationaux n’ont pas hésité à répandre l’allégation de Mayer comme si elle constituait une source crédible dans un cycle frénétique de 48 heures d’information en boucle sur Romney et Trump.

Le parcours professionnel de Steele est également matière à questions. Il a travaillé à Moscou de 1990 à 1993 pour son premier poste d’agent du MI-6, sous couverture diplomatique. C’était la tourmente en Russie à l’époque, et Mayer raconte comment « Boris Eltsine parvint au pouvoir suprême, et on vit l’extinction des promesses de démocratie quand le KGB – maintenant appelé FSB – réaffirma son influence, que les oligarques s’emparèrent des biens de l’État et que les forces politiques nationalistes commencèrent à émerger ». Sans vouloir trop entrer dans les détails, la manière dont Mayer dépeint la Russie est totalement fausse. Eltsine était un ivrogne aux mains des manipulations et des interventions américaines et européennes. Il ne constituait pas du tout une « promesse de démocratie » et il est devenu de plus en plus corrompu alors qu’il occupait toujours le pouvoir après les élections totalement truquées de 1996, quand le FMI et les États-Unis ont conspiré pour le faire ré-élire, afin de faire perdurer le pillage du pays, baptisé « démocratisation ». Mayer poursuit en décrivant en termes négatifs un « obscur » ancien « agent du KGB » nommé Vladimir Poutine, émergeant du chaos.

Mayer continue en citant un rapport de Steele d’avril 2016, une « enquête secrète impliquant une étude des interférences de la Russie avec les politiques menées par quatre [États] membres de l’Union européenne » mais elle ne produit jamais ni le rapport ni les sources qui ont permis de le constituer. Le rapport conclut prétendûment que l’« objectif à long terme du Kremlin (…) était de renforcer les groupes et les politiciens extrémistes aux dépens des démocraties libérales d’Europe. Le but le plus immédiat était de détruire l’UE… ». Le compte-rendu fourni par Mayer apparait comme un peu fantasque, et constitue peut-être un reflet d’une obsession malsaine provenant de Steele, s’il est réellement venu à cette conclusion. En l’état, il s’agit d’ouï-dire, éventuellement fournis à Mayer par Steele lui-même ou par un de ses amis pour défendre sa réputation.

Mayer rapporte et relaie également des allégations de Steele pouvant relever de la trahison, selon lesquelles « [le] Kremlin et Trump complotaient politiquement ensemble lors de la campagne de 2016 (…) “pour chacun semer la discorde et la désunion aux USA” et au sein de l’alliance transatlantique ». En outre, « [Trump] et ses principaux associés ont accepté plusieurs fois des renseignements en provenance du Kremlin sur Hillary Clinton et d’autres rivaux politiques ». Robert Mueller [le directeur du FBI en poste, NdT ] n’ayant apparemment pas fourni d’information étayant des assertions aussi graves, il serait intéressant de savoir d’où Jane Mayer les considère comme crédibles.

Les jugements expéditifs de Mayer comprennent également « l’allégation [de Steele] selon laquelle le Kremlin a pris Trump comme favori en 2016 et lui a offert ses ragots de campagne sur Hillary, qui ont mis cette dernière au tapis. Ainsi que son affirmation que le Kremlin et WikiLeaks travaillaient ensemble… ». Comme noté ci-dessus, les allégations WikiLeaks/Kremlin n’ont pas été prouvées, pas plus que celles sur le Kremlin donnant des informations sur Hillary, qui œuvrait très bien elle-même à l’époque à son propre discrédit.

La description de Donald Trump se livrant à des « actes sexuels pervers » dans un hôtel de Moscou est tout aussi emblématique de ce qui ne va pas dans cet article. On y trouve quatre sources, citées comme décrivant des détails de ce qui s’est passé, mais il est admis qu’aucune des quatre n’a réellement assisté à ce qu’elles  décrivent. Il faudrait en apprendre plus sur l’identité des sources, au delà de vagues descriptions, quel était leur accès à l’information et comprendre quelles pourraient être leurs motivations à la diffuser. L’une des sources serait un « agent de haut niveau du renseignement russe » mais les autres étaient des employés de l’hôtel et un associé de Trump qui avait organisé le voyage.

Pour finir, en tant qu’ancien agent de renseignement, j’ai des questions sur les sources de Steele en Russie. Qui sont-elles ? S’il s’agissait de sources du MI-6, il ne pourrait pas les joindre une fois son service terminé, sous peine de sanctions sévères tombant sous le coup de l’Official Secrets Act. D’autres assertions de l’article de Mayer précisent que Mayer n’a pas versé d’argent à ses sources pour éviter qu’elles ne fabriquent leurs témoignages, un argument que l’on pourrait retourner contre Steele qui, lui, a été payé pour jeter l’opprobre sur Trump. Alors où est le quiproquo ? Les agents de renseignements travaillent contre rétribution, surtout quand il s’agit d’une société de sécurité privée, et les allégations de Steele, s’il a réellement déclaré que des sources lui ont divulgué des informations très sensibles et jusque là précieusement gardées, en échange d’un déjeuner occasionnel au Mayfair, sonnent creux.

Le rapport de Jane Mayer sur le dossier Steele semble reposer en grande partie sur la foi. Il serait intéressant de savoir dans quelle mesure les déclarations de Steele lui-même et de ses relais ont constitué les sources de ce qu’elle a écrit. Tant que l’on n’en saura pas plus sur la réalité des sources russes, ni sur les propres contacts de Mayer interviewés pour produire cet article, son « dossier sur l’homme derrière Trump » restera un mystère et tout cette saga sur le Russiagate, mentionnant des interférences de Moscou dans les élections américaines de 2016, restera sujette à caution.

Philip M. Giraldi, Ph.D., est directeur du Council for the National Interest, une fondation à but éducatif, dont les dons donnent lieu à réduction d’impôts, et qui vise à développer une politique étrangère américaine au Moyen-Orient plus en adéquation avec les intérêts du pays. Le site web est www.councilforthenationalinterest.org, l’adresse P.O. Box 2157, Purcellville VA 20134 et l’email inform@cnionline.org.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/christopher-steele-vu-par-le-new-yorker

 

La nécessaire amélioration de la gouvernance du renseignement en Afrique

TRIBUNE LIBRE N°76 / mars 2018

La nécessaire amélioration de la gouvernance du renseignement en Afrique

Jean-François CURTIS

Stratégiste, spécialiste Sécurité et Défense. Conseiller technique, ministère des Eaux et Forêts, République de Côte d’Ivoire.

 

Les services de renseignement occidentaux connaissent depuis 15 ans une phase de réorganisation et d’adaptation face à la menace terroriste. En Afrique, les services sont quant à eux, plus que jamais, mis à l’épreuve du fait de menaces de plus en plus complexes mais également en raison de leurs carences de plus en plus marquées. Au cœur de l’évolution du renseignement, demeure la question de sa gouvernance. Où en sont les pays africains, dans leur compréhension des enjeux liés au renseignement ? Où en sont-ils avec la réforme de leurs services ? Comment font-ils face aux exigences de gouvernance démocratique ?

L’état des lieux du renseignement en Afrique n’est guère encourageant. La contribution des services à la sécurité nationale est faible pour ne pas dire insuffisante, compte-tenu du déficit majeur d’anticipation des risques et menaces. Les multiples crises intra-étatiques, essentiellement caractérisées par des coups d’Etats, traduisent bien souvent l’inefficacité de services de renseignement et de sécurité obsolètes, tant dans leur gouvernance, que dans leurs missions, méthodes et moyens. L’accroissement des menaces comme le terrorisme et la criminalité, reflète leurs carences : si ces services étaient efficaces, cela permettrait au moins de réduire l’expansion de la terreur et du crime sur le continent, à défaut de l’éradiquer. Les enjeux liés à la cybercriminalité sont également à peine pris en compte ; les services de renseignement africains sont davantage dans la réaction à cette menace plutôt que dans l’anticipation. Les remises en question face aux divers échecs dans l’exécution de leurs missions, sont rares pour ne pas dire inexistantes. Les questions d’intégrité, de transparence, de redevabilité et d’éthique sont elles aussi, dans la plupart des cas, ignorées car contraignantes pour les gouvernements et souvent bafouées par les services de renseignement.

Toutefois, il serait injuste de considérer que les services de renseignement sont les premiers responsables du manque d’anticipation des risques et menaces qui guettent et frappent le continent. En effet, la responsabilité incombe avant tout, à l’exécutif des pays africains qui, très souvent, navigue à vue sur les questions de renseignement, du fait d’une absence de stratégie nationale en la matière. Il arrive parfois que des dispositions soient prises pour définir une politique, mais celles-ci s’inscrivent souvent dans le cadre d’une réforme du secteur de la sécurité qui peine à se réaliser, tant dans sa conception que dans son exécution. Pire encore, les pays africains calquent l’organisation de leur renseignement sur le modèle des services des anciens pays colonisateurs, lequel ne correspond pas aux exigences africaines et explique aussi en partie leur inefficacité.

Ce constat nous confronte donc à l’inéluctable question de la gouvernance du renseignement en Afrique. Comment les services de renseignement sont-ils organisés et coordonnés ? Quelles sont les dispositions légales qui encadrent leur action ? Le sujet est vaste et d’une complexité déconcertante tant les difficultés sont multiples, endogènes et exogènes.

En matière de législation, le renseignement est très souvent insuffisamment encadré. Bien des pays africains occultent la nécessité de légiférer en la matière du fait du mythe qui entoure le sujet, à savoir que le renseignement relève exclusivement de l’exécutif et du « secret d’Etat ». Cela bloque toute action à caractère démocratique vers plus de transparence. Ainsi, le renseignement en Afrique demeure extrêmement opaque et illisible tant le sujet est tabou et ne saurait être débattu ouvertement dans certains Etats au régime rigide et fébrile.

De même, la coordination des différents services de renseignement qui cohabitent dans les pays africains, demeure déficiente. La rivalité des services crée un climat qui favorise l’inefficacité et la méfiance. Certains pays essaient de centraliser la gestion des services, à l’image la Côte d’Ivoire qui a créé une Coordination nationale du renseignement regroupant tous les acteurs du secteur, mais sans encore mesurer si cette initiative améliorera la situation.

Pour mesurer l’efficacité des services en matière de gouvernance du renseignement, l’un des classements les plus reconnus est le Government Defence and Anticorruption Index produit par Tranparency International. Ce rapport évalue les risques de corruption dans les secteurs de la défense et de la sécurité dans le monde et indique le niveau de bonne gouvernance des pays, notamment dans le secteur du renseignement. A ce titre, il faut retenir que dans son édition de 20131, Transparency International relève que 85% (12 sur 14) des pays d’Afrique subsaharienne notés ont obtenu une note inférieure à 50/100. L’Afrique du Sud et le Kenya sont les seuls pays d’Afrique noire ayant obtenu la moyenne, soit 50/100.

Tout compte fait, le tableau dépeint ci-dessus permet d’identifier plusieurs anomalies à corriger dans l’urgence par les gouvernements des pays concernés. Ainsi nous proposons comme actions correctives, applicables à tous les pays africains, les mesures suivantes :

1. Il est impératif que l’exécutif élabore une stratégie nationale du renseignement, soucieuse des normes démocratiques, qui soit cohérente, pragmatique et réaliste, afin de permettre l’anticipation des risques et des menaces.

2. Il appartient à chaque gouvernement de mettre en place un mécanisme unique de coordination nationale de l’action en matière de renseignement. Ce mécanisme devra inclure tous les services de renseignement, permettant l’émergence d’une véritable « communauté ».

3. Il est impératif que les lois évoluent pour prendre en compte le renseignement et pour encadrer l’action des services. En effet, bien des pays africains ne disposent pas de l’arsenal juridique nécessaire, non seulement pour encadrer cette impérieuse activité mais aussi pour protéger le citoyen contre d’éventuelles dérives.

4. En matière de gouvernance, il est important que les services soient davantage responsabilisés, qu’ils rendent compte de leurs activités et que les Assemblées jouent un rôle de garant de leur fonctionnement démocratique. Le contrôle parlementaire est indispensable pour assurer un raisonnable degré de transparence du renseignement (publication de rapports, auditions devant les commissions dédiées, etc.). De même, le budget du renseignement doit être soumis à l’approbation des Assemblées, notamment pour garantir sa légitimité. Une telle exigence de transparence permettra de lutter contre la corruption qui mine cette activité du fait de budgets importants dont la gestion reste opaque. Enfin, il est indispensable que les questions d’éthiques soient prises en compte dans la pratique du renseignement et que les membres des services y soient formés.

5. Du point de vue des ressources humaines et matérielles, il est urgent que les pays africains mettent l’accent sur le renforcement de leurs capacités. La formation du personnel est fondamentale pour garantir un niveau de professionnalisme raisonnable et respectueux du droit. En effet, de nombreuses dérives existent dont la corruption, la faute professionnelle, le détournement de fonds, le financement d’opérations clandestines, contraires à l’éthique du métier et l’espionnage politique. Pour ce qui est des ressources matérielles, là aussi des efforts doivent être consentis par les gouvernements, pour renforcer l’efficacité de leurs services via l’acquisition de matériels dédiés et à la pointe de la technologie. Enfin, les méthodes elles aussi doivent être revues et adaptées, pour mieux répondre aux défis que constitue par exemple la lutte contre le terrorisme.

6. Il est nécessaire que les pays africains impliquent davantage leurs citoyens dans la réflexion sur le renseignement notamment à travers l’éducation, la mobilisation de l’opinion publique, la médiatisation et la communication autour de cette profession. Le rôle et les missions des services de renseignement doivent être diffusés ouvertement, l’utilisation de l’argent public et son efficacité doivent être évoquées et débattues. Néanmoins, l’impératif de discrétion autour de certaines missions devra être préservé à juste titre, mais cela ne devra pas être un prétexte pour se cacher derrière le « secret défense » ou autre.

7. Du point de vue de l’action concertée, les pays africains pourraient, dans les plus brefs délais, se retrouver au sein de l’Union africaine, pour élaborer une politique commune du renseignement facilitant l’échange d’informations critiques ou stratégiques et accentuant le partage d’expérience.

 

*

 

La réforme des services de renseignement en Afrique est un impératif urgent, qui s’inscrit dans une démarche globale de réforme des systèmes de sécurité. Il convient d’y consacrer tous les efforts, tant financiers qu’humains, afin de garantir la sécurité du continent, notamment face à la montée du terrorisme islamiste. Le renseignement a donc de beaux jours devant lui, à condition qu’un état des lieux exhaustif soit réalisé, qu’une stratégie soit clairement élaborée, que le personnel soit formé et que les moyens soient mis à disposition des services.

Mais combiner l’exigence de transparence et l’impératif du secret qui entoure l’activité du renseignement, est une équation complexe que les pays africains vont devoir résoudre. Il leur faut améliorer leurs dispositifs tout en respectant l’éthique.

  1.  http://ti-defence.org/publications/government-defence-anti-corruption-index-gi-2013/

 

https://www.cf2r.org/tribune/necessaire-amelioration-de-gouvernance-renseignement-afrique/

Publicités

Revue de presse nationale et internationale.

Publicités