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Le désarroi des diplomates et militaires à la MSC 2018

Le désarroi des diplomates et militaires à la MSC 2018

Organisée par des Allemands, la Conférence sur la Sécurité de Munich, s’est transformée en forum mondial des ministres des Affaires étrangères et de la Défense. Chacun voulait anticiper l’évolution politique du moment, tandis que les organisateurs tentaient de faire avancer la cause de leur réarmement. En définitive, si les positions des uns et des autres ont été clarifiées, la question des nouvelles règles du jeu reste en suspens.

| Damas (Syrie)

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La Conférence sur la Sécurité de Munich est devenue au fil du temps la rencontre internationale la plus importante sur le sujet au monde. Créée dans le contexte de la Guerre froide par un noble ultra-conservateur, héros de la Résistance contre le nazisme, Ewald-Heinrich von Kleist-Schmenzin, elle a toujours eu un côté atlantiste et anti-communiste. Elle n’en reste pas moins un événement allemand et non pas une initiative états-unienne.

Fondée en 1963, elle réunissait alors une soixantaine de personnalités. Henry Kissinger, qui n’était alors qu’un espion et un universitaire, et Helmut Schmidt, alors simple député fédéral, y participèrent. Depuis 2009, sous l’impulsion de son nouveau président, le diplomate Wolfgang Ischinger, la conférence n’est plus un séminaire stratégique germano-US, ni même un forum européen, mais l’événement mondial en matière de Relations internationales et de Défense.

La Conférence 2018

L’édition 2018 rassemblait 682 hautes personnalités, dont une trentaine de chefs d’État et de gouvernement, une quarantaine de ministres des Affaires étrangères, une autre quarantaine de ministres de la Défense, et presque tous les patrons des services secrets occidentaux, sans compter les directeurs de think tanks et d’ONG humanitaires atlantiques, ou les journalistes bien-pensants  [1]. Depuis trois ans, un sommet des services secrets se tient discrètement en marge de la Conférence.

Le très haut niveau, sans aucun précédent, de cette rencontre s’explique par le désordre international actuel. Chacun a bien vu que le système unipolaire imposé par les États-Unis à partir de 1995 n’est plus. Pour autant, personne ne sait très bien ce qui va suivre.

La presse n’a retenu de cet événement que le show puéril de Benjamin Netanyahu et quelques phrases des uns et des autres. Les vrais enjeux étaient ailleurs.

L’affirmation de la puissance militaire allemande est-elle désormais possible ?

La puissance invitante, c’est-à-dire des Allemands à titre privé et non pas l’État fédéral, entendaient utiliser les participants pour faire avancer ses propres objectifs. Un document distribué à l’entrée, débute par deux articles. Celui de gauche, signé par le ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, comprend cette phrase : « Il est ni imprudent, ni anti-américain, d’imaginer une Europe sans les États-Unis » [2]. Celui de droite, rédigé par la juriste Constanze Stelzenmüller, analyse les divergences entre le président Trump et ses principaux conseillers pour conclure par une mise en garde face à leurs développements possibles [3].

Juste avant que Berlin ne soit paralysé par l’absence de majorité parlementaire, le gouvernement fédéral réfléchissait à la possibilité d’investir massivement dans son armée et de prendre le contrôle de l’ensemble des armées européennes, française comprise [4]. Il s’agit d’utiliser l’Union européenne au moment où les États-Unis sont en crise pour affirmer au plan politique la puissance économique allemande. Mais comment se passer de la puissante armée britannique après le Brexit ? Comment gérer la force nucléaire française ? Et quelle marge de manœuvre les États-Unis sont-ils prêts à concéder à l’Allemagne ?

Le Premier ministre britannique, Theresa May, a répondu, en ce qui la concerne, que le Royaume-Uni entendait négocier un Traité de Défense avec l’Union européenne, une fois qu’il l’aurait quittée ; ce qui renvoie l’Allemagne à la vision que Winston Churchill en avait. L’Union européenne doit maintenir la stabilité à l’Ouest du continent, Londres sera toujours pour elle un allié solide, mais c’est le gouvernement de Sa Majesté qui fixera les objectifs communs et certainement ni Berlin, ni Paris.

Le Premier ministre français, Édouard Philippe, a dressé l’éloge de l’Europe de la Défense et affirmé que son pays consacrerait 2% de son PIB aux questions militaires en 2025. Capitalisant sur l’excellente communication du président Emmanuel Macron, il a manifesté son soutien aux ambitions allemandes tout en s’abstenant de répondre à la question concrète de la force de frappe. On n’est donc guère avancé : le tandem Macron-Philippe se réjouit du nouveau mécanisme de concertation européenne en matière d’industrie de Défense (le PESCO), mais n’a signé d’engagements concrets qu’avec Londres.

L’énorme délégation US s’est comportée comme imaginé dans le document préparatoire : Washington attache beaucoup d’importance à ses alliés pour renforcer sa crédibilité. Autant dire que l’affirmation de la puissance militaire allemande ne sera possible que tenue en laisse par le Pentagone.

L’Ukraine et la Crimée

Alors que l’Allemagne a voté les sanctions européennes contre la Russie, les membres de la MSC ne remettent pas en question la réunification de la Crimée à la Russie. Ils ne s’appuient pas sur l’exemple de la réunification allemande, car celle-ci ne s’est pas faite au détriment d’un autre État, mais sur leur propre initiative de reconnaître l’indépendance de la Slovénie, de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine contre la volonté de la Fédération yougoslave (actuelle Serbie) [5]. Ils analysent la crise ukrainienne en termes de tectonique des plaques. Pour eux, les forces qui se sont affrontées là-bas durant une vingtaine d’années ont abouti à ce divorce. Dès lors, la question du Donbass est celle de la délimitation des plaques. La réponse n’est pas la même selon que l’on observe l’Histoire longue ou courte.

Quoi qu’il en soit, la MSC considère les accords de Minsk II comme la seule solution de paix, mais elle ne les comprend pas de la même manière que Moscou, ce texte étant particulièrement imprécis.

Les Allemands ont été surpris par la proposition du président Vladimir Poutine de déployer une force de stabilisation des Nations unies au Donbass. Ils la comprennent comme chargée de faire respecter l’ordre de Kiev et donc, de désarmer la région tandis que le gouvernement ukrainien pourrait, lui, se préparer à un nouvel affrontement. Ce n’est évidemment pas le point de vue russe.

Une dizaine de personnalités ukrainiennes étaient présentes à Munich. Certes, le président Petro Poroschenko et ses alliés comme son ministre des affaires étrangères Pavlo Klimkin (ancien ambassadeur à Berlin) ou le maire de Kiev Vitali Klitschko (ex-champion du monde de boxe poids lourds WBO & WBC, « héros » du Maïdan). Également des leaders économiques comme Natalie Jaresco (une ex-employée du département d’État US, placée par Washington comme ministre des Finances) ou le patron de Naftogaz, Andriy Kobolyev, et les oligarques Viktor Pinchuk et Sherhiy Taruta. Mais ne faisant qu’une confiance très limitée à l’équipe actuellement au pouvoir, la MSC avait également invité Yulia Timoschenko, les députés Mustafa Nayyem (le déclencheur du Maïdan) et Svitlana Zalishchuk (US National Endowment for Democracy).

Dans une salle séparée, hors des regards, les représentants de la France, l’Allemagne, l’Union européenne et la Russie ont rencontré ceux de l’Ukraine. Rien n’a avancé et surtout pas l’idée d’un déploiement de Casques bleus.

Le Moyen-Orient vu par Berlin

L’Allemagne s’est considérablement investie dans le projet US au Moyen-Orient (stratégie de destruction des sociétés et des États conçue par l’amiral Arthur Cebrowski [6]), mais peu dans le projet états-uno-britannique des « printemps arabes ». Elle héberge et soutient depuis la Guerre froide plusieurs quartiers généraux des Frères musulmans, dont celui des Syriens à Aix-la-Chapelle. Elle a participé à l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri [7]. Elle a co-rédigé en 2012 le plan Feltman de capitulation totale et inconditionnelle de la Syrie [8]. Actuellement, Volker Perthes, le directeur de la Stiftung Wissenschaft und Politik, son think tank étatique, est conseiller de Jeffrey Feltman à l’Onu.

Depuis plusieurs années, les documents internes du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) sont des copiés-collés des notes de Volker Perthes pour le gouvernement allemand.

Volker Perthes était bien entendu présent à Munich [9] avec Jeffrey Feltman et leurs amis, Lakdhar Brahimi, Ramzi Ramzi, Steffan de Mistura, les généraux David Petraeus (le fond KKR était aussi représenté par Christian Ollig) et John Allen (Brookings Institution), ainsi que Nasser al-Hariri, le président de la Haute-Autorité pour les négociations (opposition syrienne pro-Saoudienne), Raed al-Saleh le directeur des Casques blancs (Al-Qaïda) et leurs sponsors qataris, dont l’émir Thamim.

Dans un article du document préparatoire de la Conférence [10], Volker Perthes assure que l’équilibre politique du Moyen-Orient vient de basculer. Mais il raisonne en s’appuyant sur ce qu’il souhaite et non pas sur ce qu’il voit. Il assure que le gouvernement de Damas est épuisé par la guerre alors qu’il vient de tendre un piège savant aux Israéliens et est parvenu à détruire un de leurs avions. Il évalue la rivalité saoudo-iranienne en croyant que Riyad est en position de force alors que le contre-coup de Palais s’organise depuis l’étranger. Il imagine que les Émirats vont aider l’Arabie saoudite contre Téhéran, alors qu’ils viennent d’imposer à Riyad la partition du Yémen et qu’ils tirent la richesse de Dubaï du contournement de l’embargo anti-iranien.

Les erreurs de Volker Perthes ont été prolongées par celles —volontaires— des trois patrons du BND allemand (Bruno Kahl), du MI6 britannique (Alex Younger) et de la DGSE française (Bernard Émié), qui ont expliqué dans une salle à part, devant un public choisi pour sa crédulité, leurs inquiétudes face à l’opération turque en Syrie. Les trois hommes ont feint de croire que les combattants du YPG sont les meilleurs remparts face à Daesh, alors qu’ils devaient former avec d’ex-daeshistes la Force de sécurité aux frontières et que, cette semaine, plusieurs officiers jihadistes ont été arrêtés par l’armée arabe syrienne en rejoignant Afrin mêlés aux combattants kurdes [11]. Certes, le métier de ces trois maîtres-espions est de savoir à qui ils doivent la vérité et à qui ils peuvent mentir. Continuant sur leur lancée, ils ont laissé entendre que l’armée arabe syrienne utilise des armes chimiques —profitant ainsi de l’absence dans la salle du secrétaire US à la Défense, Jim Mattis, qui avait souligné quelques jours plus tôt l’inexistence de preuve en la matière [12]—.

En définitive, avant de se réarmer massivement, l’Allemagne devrait choisir avec plus soin ses analystes de politique étrangère.

[1] « Liste des 682 participants à la Conférence sur la Sécurité de Munich 2018 », Réseau Voltaire, 18 février 2018.

[2] “Power boost. The EU must win the conflicts of the future”, Sigmar Gabriel, Security Times, February 2018.

[3] “Power outage. « America first » means America alone”, Constanze Stelzenmüller, Security Times, February 2018.

[4] « Ambitionierte Rahmennation : Deutschland in der Nato », Rainer L. Glatz, Martin Zapfe, SWP-Aktuell #62, août 2017.

[5] “Chain of secession”, Andreas Zumach, Security Times, February 2018.

[6] The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[7] « Révélations sur l’assassinat de Rafiq Hariri », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 29 novembre 2010.

[8] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 janvier 2016.

[9] Sur les interventions de Volker Perthes à la Conférence 2017, lire : « Le détournement de la Conférence sur la Sécurité de Munich », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 21 février 2017.

[10] “Bismarck would blush. The political geometry of the Middle East has been redrawn in the last year”, Volker Perthes, Security Times, February 2018.

[11] Un accord a été conclu entre le YPG et les autorités syriennes. Les combattants kurdes ont été autorisés à traverser les zones contrôlées par l’armée arabe syrienne pour rejoindre leurs « frères » à Afrin et y lutter contre l’armée turque. Mais cet accord n’est valable que pour les anarchistes kurdes, pas pour les jihadistes étrangers.

[12] « Jim Mattis réfute les « Fake News » d’Israël et de l’Otan », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 14 février 2018.

http://www.voltairenet.org/article199739.html

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May prépare un traité sur la défense avec l’UE

May prépare un traité sur la défense avec l’UE

Londres souhaite la mise en place d’un traité de défense et de sécurité avant sa sortie de l’UE, en mars 2019, a indiqué Theresa May lors de la conférence de Munich sur la sécurité.

Lors de la conférence de Munich sur la sécurité, le 17 février, la Première ministre britannique, Theresa May, a appelé un « partenariat profond et spécial » sur la défense, assurant que « les aspects clés [du] partenariat futur dans ce domaine seront déjà en place à partir de 2019 ». « Le Royaume-Uni est aussi engagé vis-à-vis de la sécurité européenne qu’il ne l’a jamais été », a-t-elle ajouté.

« Nous ne pouvons pas aujourd’hui permettre qu’une concurrence entre partenaires, des restrictions institutionnelles rigides ou une idéologie profonde affaiblissent notre coopération et compromettent la sécurité de nos citoyens », a-t-elle estimé.

Pas de nouveau référendum

Elle a également écarté un deuxième référendum sur le Brexit : « nous quittons l’UE et il n’est pas question d’organiser un second référendum ou de faire marche arrière, je trouve cela important ».

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, également présent, a pour sa part indiqué qu’une coopération continue sur la défense et la sécurité était dans l’intérêt des deux partenaires, mais ne devait pas être confondue avec les négociations du Brexit. « Cette alliance de la sécurité, le lien sécuritaire entre le Royaume-Uni et l’UE, sera maintenue, nous en avons toujours besoin », a-t-il affirmé.

La coopération militaire en Europe fait face à de nombreux challenges

23 États membres ont décidé de mettre en place une plus coopération militaire. Mais les intérêts industriels  nationaux et la lenteur du processus créent des interférences, surtout entre Berlin et Paris. Un article de notre partenaire, Der Tagesspiegel.

À ce jour, le Royaume-Uni n’a pas encore défini exactement ce qu’il souhaiterait inclure dans ce traité de défense, qui devrait cependant couvrir la coopération dans les domaines militaire, du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. Cela comprendrait des dispositions sur les missions militaires communes de l’UE, la participation des troupes britanniques à ces missions et les capacités de défense.

Le Royaume-Uni souhaite également maintenir des liens étroits avec Europol, qui coordonne les services de renseignement de police dans toute l’UE, et continuer à faire partie du système de mandat d’arrêt européen.

L’ampleur de cette coopération pourrait toutefois poser des problèmes pour les « brexiteers durs » du parti conservateur. L’adhésion au mandat d’arrêt européen impliquerait en effet un contrôle par la Cour de justice européenne, une ligne rouge pour le gouvernement britannique.

Autre point potentiellement conflictuel : le document de négociation du gouvernement sur la défense et la sécurité évoque la nécessité d’inclure une proposition visant à maintenir le Fonds européen de défense et le programme industriel de défense, principaux piliers des accords. Londres concédera donc probablement à l’UE la prise de décision en matière de défense, étant donné que ces structures sont régies par les institutions européennes.

L’industrie britannique de la défense souhaite elle aussi faire partie de l’écosystème européen. Robert Hannigan, l’ancien chef du service de renseignement britannique, a ainsi averti que les entreprises de défense britanniques tomberaient dans un « déclin constant » si elles étaient exclues de la collaboration en matière de recherche et d’innovation avec le secteur de la défense de l’UE.

« Cela devrait être plus facile [à obtenir] qu’un accord commercial », a déclaré une spécialiste à Euractiv. « L’intérêt est de le faire au début de l’année 2019. »

Pour une source de Westminster, le Royaume-Uni adopte une approche « schizophrène » : ses ministres se sont publiquement opposés aux projets d’une « Union européenne de la défense » à la fin de l’année 2016, ne validant le projet que pour éviter d’entraver l’UE à 27 alors que les Britanniques se préparaient à quitter le bloc.

Depuis lors, toutefois, les ministres britanniques participent aux discussions de l’Union de la défense. Des compromis sur une série de questions, notamment les finances militaires, le commandement, le renseignement et la planification industrielle de défense sont en vue.

En décembre, 25 États membres – à l’exception du Danemark, de Malte et de la Grande-Bretagne – ont accepté d’adhérer à une nouvelle « coopération structurée permanente » en matière de défense, ou CSP.

L’Europe de la Défense avance à 23 pays

Vingt-trois pays de l’Union européenne ont acté lundi leur intention de s’engager dans une « coopération » militaire renforcée, dans le développement d’armements comme les opérations extérieures, avec pour ambition affichée de relancer l’Europe de la Défense.

Les risques non conventionnels et leur impact sur les entreprises

Le 18 janvier 2018
Les risques non conventionnels et leur impact sur les entreprises
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Les risques non conventionnels et leur impact sur les entreprises

par Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R),

Éric DENÉCÉ, docteur en sciences politiques, a servi au Secrétariat de la défense nationale avant de se consacrer à l’intelligence économique au Centre d’études et de prospectives stratégiques (CEPS), au sein du cabinet ARGOS et du groupe GEOS. Auditeur du Centre des hautes études sur l’Afrique et l’Asie moderne (Cheam) en 1993, il avait consacré son mémoire à La liberté de navigation à travers les détroits, enjeu essentiel de la sécurité en Asie du Sud-Est.

Il enseigne le renseignement et l’intelligence économique dans plusieurs écoles de commerce et universités françaises et étrangères. Il conseille par ailleurs les entreprises en matière de Risk Management (CF2R Services). Auteur de nombreux ouvrages sur le renseignement, l’intelligence économique, le terrorisme et les opérations spéciales, il a reçu en 2009 le prix Akropolis de l’Institut des hautes études de sécurité intérieure (IHESI).

Le risque est par définition au cœur de l’entreprise. Sous le double effet des révolutions technologique et géopolitique à l’origine de la mondialisation, l’environnement des affaires connait de profonds bouleversements. L’influence des facteurs « hors marché » est devenue en deux décennies un sujet de préoccupation majeur pour les acteurs économiques engagés dans la compétition internationale. Aujourd’hui, cinq nouveaux types de risques doivent être pris en considération : internationaux, criminels, sociétaux, anticoncurrentiels et extra-judiciaires.

Les risques internationaux

Plus géopolitiques que « politiques », ils résultent de l’accroissement de l’insécurité internationale et du terrorisme. Il y a une défaillance des États en voie de développement qui, confrontés, depuis la fin de la guerre froide, à la chute des financements des deux blocs, ne peuvent plus payer leurs policiers et leurs militaires.

Les mouvements de guérilla se sont criminalisés. Leurs membres, privés de toute réinsertion mais disposants de dépôts d’armes, se sont reconvertis en criminels pour survivre. Les « zones grises » ou zones de non-droit prospèrent en Afrique mais aussi dans nos banlieues. Les seules régions sécurisées sont celles qui produisent des matières premières.

Les conflits intraétatiques se multiplient : guerres tribales ou ethniques. Les revendications liées au décalage de développement entre pays du nord et du sud se multiplient. La population est remontée contre l’Occident.

L’islam radical intervient maintenant au niveau international. Il cible les liens des pays visés avec l’Occident : les industries, les mines, etc. Les attentats, les enlèvements d’expatriés, la piraterie maritime se multiplient. Le nombre d’enlèvements est évalué à environ 30 000 par an, dont 25 % d’Occidentaux. Les ONG et les entreprises n’ont plus d’interlocuteurs locaux capables d’assurer leur sécurité. Cela leur impose un accroissement du coût de leurs opérations ou les oblige à quitter certains marchés. Il y a donc pour les entreprises des risques à l’occasion de leurs voyages, de leurs implantations et de leurs projets.

Les risques criminels

La part de l’économie criminelle dans le monde est forte : 2 000 milliards de dollars, 7 % du PIB mondial contre 2 à 3 % en 1990, 25 % de la richesse privée mondiale. Les organisations criminelles (mafias, cartels, etc.) font irruption dans l’économie légale, en particulier pour « recycler » leurs fonds. Cette manœuvre se caractérise par une diversification des produits ou des marchés et vise un blanchiment des fonds pour assurer l’héritage des enfants !

Les fonds objets du blanchiment sont issus de trafic de drogue, d’armes, d’êtres humains (prostitution, trafic d’organes), de contrebande de produits rares, de contrefaçon de médicaments ou d’autres produits. Il faut se débarrasser des petites coupures, un million de dollars en billets pèse 48 kilos, et ensuite « légaliser » ces fonds.

Les opérations illicites s’infiltrent dans les activités traditionnelles des entreprises par de multiples biais : placements immobiliers, participations financières, rachats de PME, etc. Par ailleurs, les fraudes internes sont une préoccupation constante pour les dirigeants.

Les risques anticoncurrentiels

Ils sont la conséquence du durcissement de la compétition économique. Une course effrénée à l’innovation et aux marchés se développe avec un accroissement de l’intensité concurrentielle. Il y a une régression de l’application de la loi de l’offre et de la demande. De nombreux acteurs recourent à des pratiques agressives, déloyales ou illégales pour acquérir des informations (espionnage), contournent les règles d’accès aux marchés (corruption, influence, pressions politiques), pour venir à bout de la concurrence (déstabilisation, sabotage).

Les États interviennent dans la compétition économique. En 1990, à la fin de la guerre froide, de 20 à 30 % du personnel de la CIA et de la NSA américaines se sont reconvertis dans la sécurité des entreprises. Les pratiques illégales participent à la guerre économique. Les savoir-faire des opérations clandestines sont utilisés. La guerre mondiale contre le terrorisme (Global War on Terrorism, GWOT pour les Américains) est utilisée à des fins commerciales. Les États-Unis écoutent les communications, celles de l’Iran bien sûr mais aussi et surtout celles des pays développés. La France n’échappe pas à ces écoutes car elle intervient dans des domaines concurrentiels… Ces méthodes prennent clairement leurs distances avec l’éthique – voire la légalité – et font courir des risques énormes aux entreprises qui en sont victimes.

Des risques extra-judiciaires sont liés à l’application extraterritoriale du droit américain en matière de règles d’exportation (embargo) et de normes anticorruption. Cette pratique offre des possibilités de poursuites judiciaires multiples par la justice des États-Unis et instrumentalise le droit pour affaiblir ses concurrents économiques. Cela se traduit pour les entreprises et leurs dirigeants par des poursuites pénales et de lourdes sanctions financières.

Les risques sociétaux

Les risques sociétaux sont la traduction de l’évolution des préoccupations morales et éthiques de nos sociétés. Ils sont aussi l’inquiétante traduction du vide philosophique et spirituel et de la perte de repères de nos sociétés post-industrielles.

L’évolution des sociétés modernes se caractérise par le développement des manifestations en faveur de l’écologie, par la perte des valeurs en particulier dans le monde occidental. Les risques sociétaux sont aussi la conséquence directe d’un certain « désœuvrement » lié au chômage, une retraite plus longue, un temps de travail réduit qui offre plus de temps libre et aussi du développement des moyens de communication modernes (TIC).

Les risques sociétaux sont de nature sectaire ou de nature contestataire. Ils relèvent globalement de la volonté de remettre en cause la société libérale et de déstabiliser les entreprises, soit au nom d’une croyance que les uns cherchent à imposer (islam radical, scientologie, etc.) ou d’une cause « éthique » que les adeptes défendent parfois avec une très grande violence (altermondialistes, animalistes et écologistes radicaux).

Risques sectaires

Diverses sectes ciblent les acteurs économiques : Scientologie, New Age, certaines formes de développement personnel/coaching, etc.

Le risque islamique présente une spécificité française. Le nombre des musulmans en France est évalué à 6 millions de personnes, dont 1 à 2 % d’islamistes. Les manifestations communautaires se développent : exigence d’une salle de prière, demande d’aménagement des horaires pour les prières, refus de serrer la main des femmes, prosélytisme, etc.

Risques militants

Ils résultent des nouvelles « valeurs » de nos sociétés : transparence, écologie, développement durable, etc. Dans nos sociétés développées, il y a une multiplication des mouvements de contestation sociétaux ou éthiques : antipub, anti marques, @dbusters (« casseurs de pub »), écoterroristes, animalistes, anti-avortement, altermondialistes, etc. Dans chaque « cause », il y a passage à l’action violente des groupuscules contestataires.

Les actions de tous ces groupes perturbent le fonctionnement interne autant que les activités des entreprises et nuisent directement ou indirectement à leur image et à leur réputation.

 

Perspectives : addition et combinaison des risques

Ces nouvelles menaces font peser sur les entreprises de nouveaux risques qualifiés de « non conventionnels » ou « spéciaux » parce qu’ils ne relèvent pas de la sphère traditionnelle des managements. Ces nouvelles menaces proviennent essentiellement d’acteurs « hors marché » et se traduisent par des modes d’action (violence, prédation, subversion, chantage) auxquels les entreprises ne sont pas accoutumées. Ce sont des risques intentionnels et organisés, à la différence des risques financiers, technologiques ou climatiques, dits « conventionnels ».

Le volet « cybernétique » de ces risques ne doit pas être négligé. De même, il faut noter l’interconnexion progressive des nouvelles menaces. Parmi celles-ci, la criminalité, avec la corruption et le chantage, est un danger infiniment supérieur au terrorisme. Tout ces risques nécessitent d’anticiper en permanence par le renseignement.

Le domaine de préoccupation des entreprises s’élargit désormais à de nouveaux champs qui viennent perturber leur développement et leur imposent de nouvelles conditions de fonctionnement. D’où la nécessité d’apporter aux acteurs économiques de nouveaux éléments d’information, utiles à leur développement, qui leur permettront d’affiner la perception de ces nouveaux risques, de mesurer leurs impacts possibles sur leurs activités et d’identifier les solutions existantes pour s’en prémunir ou y réagir.

Notes de François Toussaint et synthèse de l’intervenant

https://www.arri.fr/articles/22168-les-risques-non-conventionnels-et-leur-impact-sur-les-entreprises

Les services de renseignements militaires ont militarisé la démocratie dans le monde entier

Les services de renseignements militaires ont militarisé la démocratie dans le monde entier


andrew-korybko

Par Andrew Korybko – Le 10 janvier 2018 – Source Oriental Review

Weaponized democracyPeu importe que ce soit la « démocratie » des États-Unis qui serve de modèle à l’exportation ou tel modèle de gouvernement nationaliste spécifique renforçant les États non occidentaux, le concept théorique derrière ce système a été utilisé par les agences de renseignement militaires du monde entier comme une compétition, rencontrant plus ou moins de succès, pour changer ou maintenir le statu quo de l’« État profond ».

La plupart des gens connaissent l’exportation clandestine et militante par les États-Unis de leur « démocratie » à travers le monde afin d’éliminer les dirigeants non complaisants et promouvoir leurs intérêts géostratégiques durables pour conserver leur propre hégémonie unipolaire. Mais relativement peu de gens ont jamais pensé que ce système est, en fait, une méthode de contrôle, peu importe quelle forme cela prend finalement. Ce n’est pas un jugement mais un fait. La démocratie est vraiment un outil habilement utilisé par les praticiens des « États profonds » afin de maintenir le statu quo dans leurs états.

Que ce soit « bon » ou « mauvais » dépend de votre perspective. La plupart des gens de la Communauté des médias alternatifs soutiendrait que c’est bon tant que le pays en question protège ses politiques indépendantes des ingérences extérieures (USA / Occident / Golfe) et garde une volonté de construire un ordre mondial multipolaire. Les médias traditionnels, en revanche, considèrent cela, avec des  qualificatifs péjoratifs, comme de la « démocratie dirigée » ou, pire, de la « dictature ». Dans le même ordre d’idée, la Communauté des médias alternatifs croit que les États-Unis sont une fausse démocratie et pratiquent une itération peu sincère de cette idéologie, tandis que les médias traditionnels la prônent comme le meilleur modèle au monde.

Cet article ne cherche cependant pas à dire si la démocratie est un bon ou un mauvais système, ou même à juger de la variante que certains pays ont choisi de mettre en œuvre, mais à décrire comment cette idéologie est devenue le noyau des opérations des services de renseignements militaires à travers le monde en effectuant des missions offensives et défensives à long terme.

La stratégie en quatre étapes

Les services secrets militaires sont presque toujours dirigés contre des cibles étrangères et il existe de multiples façons de décrire la pratique de cet art. La plus pertinente est d’attirer l’attention sur un processus en quatre étapes qui commence et finit avec la démocratie. La première étape consiste à développer des concepts pouvant servir à élargir les divisions sociétales (deuxième étape), qui provoquent une crise (troisième étape) et permettent la mise en œuvre de solutions de fin de jeu reconfigurée (dernière étape). Bien qu’il existe de nombreuses théories susceptibles de catalyser cette séquence et la conclure, peu importe qu’elles soient identiques ou non pour remplir les deux rôles, la démocratie est la plus efficace pour « faire d’une pierre deux coups ».

Une partie de l’appel universel à la démocratie est que les gens croient que c’est le meilleur moyen de responsabiliser les décideurs pour qu’ils tiennent leurs promesses d’améliorer le niveau de vie de la population et de permettre aux individus de réaliser leur plein potentiel. La démocratie, cependant, est aussi la boîte de Pandore proverbiale, et il n’y a pas de retour en arrière possible une fois que les idéaux de cette théorie ont été introduits ou pratiqués dans une société.

L’ingrédient secret de la guerre hybride

De par sa nature même, la démocratie est capable d’élargir les divisions sociétales, en particulier dans les États de l’hémisphère sud, aux identités diverses et surtout post-coloniaux, qui occupent de plus en plus une position géostratégique importante dans les affaires mondiales en raison de leur localisation et de leur potentiel économique. Cela satisfait à la deuxième étape des opérations des services secrets militaires. En fonction de la composition du pays ciblé − que les États-Unis peuvent prendre en compte grâce à l’analyse des médias sociaux et à la relance secrète de facto du « Projet Camelot » de la guerre froide − divers scénarios de guerre hybride peuvent être élaborés pour laisser l’État en crise et dans le chaos militarisé qui en résulte afin de mettre en œuvre la « solution » de rétro-ingénierie pour normaliser le changement systémique qui en résulte.

Exprimé clairement et dans le contexte du prosélytisme militant de la « démocratie » des États-Unis, cet idéal ou une variante pertinente devient attrayant pour la population ciblée. Il aboutit à encourager ou à servir de front à des divisions sociétales déstabilisantes qui finissent par perturber le statu quo en catalysant une crise ouvrant la voie à un changement de régime contre le gouvernement. On peut visualiser le processus dans ses termes conceptuels les plus crus.

THÉORIE / CONCEPT => DIVISION SOCIÉTALE / PERTURBATION => CRISE =>
MISE EN ŒUVRE DE LA « SOLUTION » PRÉDÉTERMINÉE

La démocratie est l’arme idéologique de choix des États-Unis car elle permet la gestion de la « destruction créatrice » dans le système qui permet périodiquement à la population d’évacuer pacifiquement ses frustrations en recyclant électoralement ses élites civiles sans interférer avec les services permanents au sein de l’armée, des renseignements et de la bureaucratie diplomatique, ce fameux « État profond ». C’est avantageux du point de vue de l’hégémonie, car elle permet aux États-Unis de conserver indirectement le contrôle de leurs vassaux ou, au besoin, de manipuler le processus démocratique pour « légalement » installer leur soutien public préféré.

Gestion du retour de flamme

Il arrive toutefois que les démocraties n’empêchent pas l’émergence d’une élite menaçant le système, auquel cas les États-Unis instrumentalisent divers leviers de pression sur « l’État profond » contre les « révolutionnaires » élus afin de compenser leurs changements planifiés comme c’est le cas actuellement contre le président moldave Dodon. Si le personnage nouvellement élu ne peut pas être coopté comme Tsipras l’a été ou fonctionnellement neutralisé − comme l’Inde, un allié américain tente de le faire contre le gouvernement communiste pro-chinois nouvellement élu au Népal  (avant sa formation officielle qui devrait être annoncée le mois prochain) − il va soit recourir à un coup d’État soit lancer une guerre hybride. Si cela échoue, l’intervention militaire directe par ses partenaires « Lead From Behind » ou même directement par les États-Unis devient possible, selon le modèle libyen.

Ayant expliqué la manipulation externe de la démocratie pour les offensives géostratégiques et les changements de régime menée par les États-Unis, il est maintenant temps de discuter de la façon dont elle a été utilisée par les pays à des fins défensives.

L’armement défensif de la démocratie

La démocratie est un moyen et non une fin, et elle est devenue un outil pour perpétuer le statu quo de l’« État profond » en maintenant la bureaucratie permanente au pouvoir (et même parfois publiquement) tout en donnant superficiellement ou sincèrement aux citoyens l’occasion d’obliger certains décideurs à rendre des comptes dans l’espoir qu’ils finiront par se plier à la volonté politique de la majorité en mettant en œuvre des politiques qui bénéficieront finalement au peuple. En tant que telle, la démocratie ne devient rien de plus qu’une soupape pour évacuer le trop  de pression, dans le sens le plus cynique pour distraire les masses en les endoctrinant avec la conviction que c’est le moyen le plus efficace de faire advenir les réels changements, tout en évitant toute menace systémique réelle contre l’état profond.

La démocratie ou une variante de celle-ci reste presque toujours la première et la dernière étape de ce processus, tandis que les divisions naturelles qu’elle crée (deuxième étape) sont gérées par la « crise » contrôlée des élections (troisième étape).

Comme cela a été mentionné au début de l’analyse, cela pourrait être interprété comme « bon » d’empêcher une minorité violente et éventuellement soutenue par l’extérieur de renverser un gouvernement multipolaire élu ou « mauvais » si elle permet à un leader public impopulaire ou « cardinal gris » (« Dictateur ») de rester au pouvoir contrairement à la volonté authentique de la majorité de la population. Il faut préciser que ce dernier état de choses pourrait être manipulé par une propagande de guerre depuis l’étranger afin de gérer la perception des masses à cette fin. D’une manière ou d’une autre, la « destruction créatrice » inhérente aux systèmes démocratiques donne à « l’État profond » la meilleure chance de contrôler les citoyens de la manière la plus rentable, limitant de façon controversée le rythme du changement réel, en contradiction avec la mission conceptuelle originale de la démocratie qui est de laisser libre les processus selon la volonté du public.

Offensive contre défense

Quand les États-Unis soutiennent des groupes s’appuyant sur des slogans « démocratiques » pour renverser les gouvernements d’autres démocraties (occidentale comme en Pologne ou spécifiquement nationale comme en Syrie), ils comptent sur eux pour introduire une autre variante de la démocratie pour « justifier » leur usurpation de pouvoir et créer ainsi un écran de fumée pour effectuer ensuite une purge « en profondeur » et remplacer les décideurs précédents par les leurs. À l’inverse, l’application défensive de la démocratie est utilisée pour éjecter des dirigeants impopulaires et introduire « sans risque » de nouvelles idées dans l’appareil gouvernemental mais qui ne soit pas suffisamment « révolutionnaire » pour « faire chavirer le bateau » et menacer « l’État profond ». Cela donne à la population un moyen pour faire des retours de bâton constructifs et canaliser ses frustrations en indiquant aux autorités la direction qu’elles doivent suivre si elles veulent conserver le soutien des masses.

Les deux exemples ci-dessus représentent la conclusion de la militarisation de la démocratie par les renseignements militaires selon des manifestations offensives et défensives d’une séquence en quatre étapes parce qu’elle commence et finit avec la démocratie elle-même, même si elle « normalise » le concept dans la phase finale selon qu’il y a un changement visible (électoral) dans l’élite publique. Comme on l’a déjà remarqué, la nature contrôlée de l’« État profond » qui gère la « destruction créatrice » dans leurs systèmes est contraire à la pure définition théorique de la démocratie en permettant à ce processus de se dérouler librement en fonction de la volonté du public. Cependant, il convient de ne pas porter de jugement sur cette observation, car la prolifération des médias de masse et des médias sociaux, ainsi que la facilité avec laquelle les forces étrangères peuvent manipuler les citoyens ciblés depuis l’étranger par ces moyens, suggèrent que certaines « protections » pourraient être effectivement un mouvement responsable, à condition qu’il n’y ait pas d’abus.

L’anomalie Trump

Avec tout cela à l’esprit, l’élection de Trump fut une véritable révolution car le même développement menaçant le système qui se produit occasionnellement à l’étranger pour mettre en danger « l’État profond » s’est produit réellement aux États-Unis, sans intervention extérieure. Le Kraken essaie maintenant d’opérer des changements au sein même de la « démocratie » qui avait jusqu’ici supposé qu’elle était à l’abri de toutes ces manœuvres. C’est pourquoi les membres hostiles « global-libéraux » de « l’État profond » ont activé les leviers de la pression institutionnelle pour contrecarrer ces changements, exactement ce que l’administration de Trump fait ironiquement contre Dodon, le président moldave. Malgré cela, Trump est suffisamment pragmatique pour ne pas contrecarrer l’exécution démocratique de sa vision désirée par le Congrès et a donc travaillé avec certaines personnalités de l’« l’État profond » lorsque c’était nécessaire. C’est pourquoi son ancien allié trotskyste, Steve Bannon, l’a poignardé dans le dos dans une tentative infructueuse de briser ce qu’il croyait vraiment être la présidence « contre-révolutionnaire » de Trump

Réflexions finales

Il n’y a rien de fondamentalement « bon » ou « mauvais » dans la démocratie, car ces jugements sont subjectifs, mais on peut objectivement soutenir que le modèle lui-même est le plus efficace pour accomplir les missions en quatre étapes des services de renseignement militaires, comme celles menées par les États-Unis à l’étranger ou pour des raisons défensives à la maison comme l’Iran vient de le démontrer. Ce n’est pas non plus une « bonne » ou une « mauvaise » chose, mais simplement un fait de vie dont peu de personnes ont pris conscience parce que l’existence de certains idéaux démocratiques est maintenant considérée comme acquis presque partout dans le monde et doit, pour canaliser la quatrième et dernière étape du processus des services de renseignement militaires, devenir la « norme ». Cela ne veut pas dire que la « solution » consiste à diluer la démocratie, ou même qu’une « solution » est même nécessaire mais seulement d’attirer l’attention sur un aspect peu connu de la vie moderne qui échappe souvent à l’attention de la plupart des analystes politiques et d’encourager les lecteurs à sortir des sentiers battus en reconceptualisant le monde qui les entoure.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-services-de-renseignements-militaires-ont-militarise-la-democratie-dans-le-monde-entier

 

Des renards responsables du poulailler des services de renseignements, par Ray McGovern

Source : Ray McGovern, Consortium News, 22-01-2018

Les récentes révélations de suppressions « par inadvertance » de données électroniques au FBI et à la NSA concernant des crimes présumés sont décrites comme une « erreur », mais les antécédents des agences de renseignement suggèrent une explication peut-être plus désagréable, explique Ray McGovern dans cet éditorial.

Ces derniers jours, nous avons appris que le FBI et l’Agence nationale de sécurité ont supprimé « par inadvertance » des messages électroniques relatifs aux délits signalés, mais persiste une fâcheuse réalité : personne au sein du FBI ou de la NSA n’est susceptible d’être tenu responsable de ces « erreurs ».

C’est une tradition vieille de 70 ans. Le manque actuel de responsabilisation est rendu possible par (1) la corruption au sommet des agences de renseignement ; (2) le secret commode derrière lequel leurs dirigeants se cachent ; (3) les tracasseries administratives et les failles structurelles du système ; (4) l’indulgence/complicité de la plupart des « médias grand public », et (5) les eunuques qui dirigent les comités de « contrôle » du Congrès, qui – l’histoire le montre – peuvent être intimidés par des menaces, y compris le chantage, comme l’ancien directeur du FBI J. Edgar Hoover.

On peut cependant parier sans risques que ni le FBI ni la NSA n’ont supprimé leurs dossiers sur les principaux dirigeants du Congrès – y compris la leader de la minorité démocrate à la Chambre des représentants Nancy Pelosi, qui s’enorgueillissait de son très long mandat à la tête de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants, pour se plaindre plus tard « qu’ils [les responsables du renseignement] nous trompent tout le temps ».

En fait, Pelosi a été informé par la NSA et la CIA de toutes sortes de crimes, y compris la surveillance sans autorisation des citoyens américains, en violation du quatrième amendement, et la torture.

L’absence de responsabilisation en matière de renseignement a créé une sorte de tourbillon parfait, qui a permis des crimes et des méfaits moins graves commis sur ordre de ceux qui siègent au sommet de la communauté du renseignement. Alors que les rapports de presse indiquent que les commissions de contrôle du Congrès disposent désormais de preuves documentaires « explosives » – pas encore effacées – de ces crimes, il reste à voir si les commissions auront le courage de faire leur devoir en vertu de la loi.

Même s’ils essaient, il y a fort à parier qu’ils ne pourront pas beaucoup avancer, face à la vive résistance des chefs des agences de renseignement et à des « médias grand public » soumis et effrayés.

L’impressionnante Rosemary Woods

Ceux d’entre nous qui ont les cheveux un peu gris se souviendront du fameux trou de 18,5 minutes causé « par erreur » par Rosemary Woods, la secrétaire de longue date du président Richard Nixon, alors qu’elle transcrivait une vidéo clé, prise dans le Bureau ovale, d’une discussion entre le président Richard Nixon et son partenaire dans le monde du crime, le chef d’état-major des RH. Haldeman, juste après l’effraction du Watergate.(La bande elle-même a ensuite été détruite.)

Les plus jeunes se souviennent peut-être d’un reportage sur les bandes vidéo de la torture de la « baignoire » dans un « site noir » de la CIA [les « sites noirs » désignent des prisons clandestines contrôlées par la CIA dans différents pays, NdT] en Thaïlande en 2002, bandes vidéo qui ont été délibérément détruites en 2005 sur ordre de Jose Rodriguez, directeur des opérations de la CIA à l’époque.

Woods a témoigné qu’elle avait effacé une partie de la bande par erreur. Elle n’a subi aucune conséquence pour son « erreur » et est décédée en 2005 à l’âge de 87 ans.

Et sans surprise, Rodriguez est aussi retombé sur ses pieds.

Les responsables de la CIA ont d’abord prétendu que les bandes vidéo avaient été détruites pour protéger l’identité des enquêteurs – lisez tortionnaires. Il a été révélé plus tard que le directeur exécutif de la CIA, Kyle « Dusty » Foggo, a écrit dans un courriel que Rodriguez pensait que « la colère causée par la destruction n’est rien, comparée à ce que ce serait si les bandes vidéo tombaient dans le domaine public », ajoutant qu’elles seraient « dévastatrices pour nous ».

Foggo s’est retrouvé en prison à la suite d’une affaire de fraude étrangère aux faits. Malheureusement, sans doute aucun haut responsable des services de renseignements qui aujourd’hui suivra la méthode Foggo/Rodriguez (in)acceptable à l’époque ne finira derrière les barreaux, à moins que cette fois-ci le Congrès ne fasse preuve d’un courage inhabituel.

Ray McGovern travaille avec la branche éditoriale de l’Église œcuménique du Sauveur dans le centre-ville de Washington. Après avoir pris sa retraite d’une carrière de 27 ans en tant qu’analyste de la CIA, il a été cofondateur de Veterans Intelligence Professionals for Sanity (VIPS).

Source : Ray McGovern, Consortium News, 22-01-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

6 réponses à Des renards responsables du poulailler des services de renseignements, par Ray McGovern :

Pour lire les 6 réponses , cliquez sur le lien :     https://www.les-crises.fr/des-renards-responsables-du-poulailler-des-services-de-renseignements-par-ray-mcgovern/

Du Safari Club au Safari Club-II

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Du Safari Club au Safari Club-II

Le commentateur dissident Wayne Madsen a développé la description d’une initiative originale et d’une réelle importance politique ; ce faisant, il la compare à un modèle initial, également original, dont il faut développer le rappel historique d’un point de vue structurel (“structure souple”) en laissant de côté pour cet exercice la critique idéologique qui va de soi lorsqu’elle s’exerce sur le temps long et lorsqu’il s’agit du combat au profit de l’américanisme comme c’est le cas. Les deux démarches ont chacune leur intérêt et, par conséquent et simple mathématique, le texte de Wadsen est doublement intéressant. Il s’agit du “Safari Club”, ex-“Mt. Kenya Safari Club” (Safari Club du Mont Kenya), et du “Safari Club-II”.

Le Safari Club constitua, durant sa vie opérationnelle (de 1977 à quelque part entre 1983 et 1986) une de ces associations informelles et semi-clandestines, formée pour une ou des circonstances régionales par des dirigeants de services de renseignement ayant les mêmes intérêts et les mêmes buts, dans tous les cas dans les circonstances données extrêmement conditionnées par des circonstances conjoncturelles et dans un cadre régional bien défini. Par leur caractère à la fois informel, libre de toute attache contraignante voyante, de toute bureaucratie, et évoluant plutôt en apparence dans la sphère sociale de l’influence avec relais vers des capacités opérationnelles, ces “structures” sont extrêmement souples et ont une capacité d’agir très vite et très efficacement.

(Autre exemple de la Guerre Froide du même type que le Safari Club, Le Cercle, clairement d’obédience britannique et directement lié au MI6. Toutes ces “structures souples” ayant des liens également avec d’autres structures clandestines d’action directe telles les réseaux Stay Behind/Gladio, ne sont pas elles-mêmes productrices d’“actions directes”. De ce point de vue, cela contribue également à leur souplesse de fonctionnement.)

Le Safari Club initial, qui naquit du rachat d’une association de chasseurs au Kenya détenue par trois actionnaires (dont l’acteur William Holden), le “Mt. Kenya Safari Club” qui servit de couverture initiale, rassemblait plusieurs pays musulmans anticommunistes et du Moyen-Orient, et la France, bien entendu avec une connexion forte mais non contraignante avec la CIA. Dans la description qu’en fait Madsen, le Safari Club est implicitement présenté quasiment comme une création de la CIA, et l’auteur Peter Dale Scott en fait même une “CIA n°2”. Nous aurions tendance à apprécier dans ces jugements implicites et explicites un paradoxal tropisme américaniste, où même des “dissidents” du Système et adversaires les plus acharnés de la CIA voient la CIA partout en la dotant par conséquent de qualité qu’elle n’a pas toujours, exactement comme les partisans des USA voient partout des traces décisives de la présence hégémonique et “bienfaisante” des USA et de leurs divers “organes”.

Nous dirions au contraire que c’est l’absence de mainmise trop écrasante de la CIA (voir plus loin) qui a contribué au succès du Safari Club original, en empêchant la redoutable bureaucratie américaniste, digne pendant de la bureaucratie soviétique, de contrecarrer tous les avantages du projet. Pendant les années de mise en route et de fonctionnement à plein rendement du Safari Club, de 1977 à 1981, la CIA se trouvait en effet emprisonnée dans les suites paralysantes de sa crise de 1975 (enquête de la Commission Church au Congrès, nomination d’un directeur résolument réformiste, l’amiral Stansfield Turner, par le nouveau président US Carter en 1977).

Selon nous, la cheville ouvrière du Safari Club fut le directeur du SDECE français, le gigantesque et tonitruant comte Alexandre de Marenches, dit “Porthos”, homme aux multiples contacts et amoureux des manœuvres d’influence par les réseaux sociaux d’alors, essentiellement les intrigues de salon, la “Haute Société” (pas encore nommée JetSet mais sur le point de l’être), mais aussi certains réseaux bancaires, de trafiquants, etc. Marenches, proche des Anglo-Saxons avec une femme d’une vieille famille américaine d’origine française (huguenote ayant quitté la France à la révocation de l’Edit de Nantes), proaméricaniste et anticommuniste après une belle guerre (il fut un des chefs d’état-major et officier de liaison du général Juin, futur maréchal, qui commanda avec un brio exceptionnel l’armée française libre durant la campagne d’Italie) et une démission des SR français en 1962 (désaccord avec de Gaulle sur l’Algérie) avant d’être rengagé par Pompidou pour diriger le SDECE de 1969 à 1981.

On verra deux points de vue sur le Safari Club dans les Wikipédia, le français et l’anglais. Du second, nous extrayons cette appréciation de l’un des membres du Safari Club, Prince Turki, chef du SR saoudien, dans une conférence à Georgetown University en 2002, – où l’on voit qu’il n’est pas donné un grand crédit à la CIA dans l’opération et qu’il n’est pas fait mention officiellement d’Israël, – mais par contre l’opération étant placée dans le contexte qui importe, qui était l’écroulement des capacités de renseignement des USA :

« En 1976, après la crise du Watergate qui avait eu lieu ici même, à Washington, votre communauté du renseignement avait été littéralement taillée en pièces par le Congrès. Elle ne pouvait plus rien faire. Elle ne pouvait envoyer des agents en mission, elle ne pouvait écrire des rapports, elle ne pouvait utiliser de l’argent pour opérer. Pour tenter de rétablir cette situation, des pays formèrent un groupe dans l’espoir de combattre le communisme et ils établirent ce qui fut nommé le Safari Club. Il incluait la France, l’Égypte, l’Arabie Saoudite, le Maroc et l’Iran [jusqu’à la chute du Shah]. Le but principal de ce club était de partager entre leurs membres leurs informations et de s’aider les uns les autres à contrer l’influence mondiale de l’Union Soviétique, particulièrement en Afrique… »

Ces précisions ne sont pas sans intérêt pour introduire le deuxième point de l’analyse de Madsen, qui  développe la révélation que les Houthis qui se battent présentement au Yémen contre les Saoudiens sont au cœur d’une organisation informelle du même type que le Safari Club, que Madsen baptise aussitôt et fort logiquement Safari Club-II. Il détaille cette “structure souple” qui rassemble les services de renseignement de l’Iran, du Hezbollah, du Fatah et du Hamas.

Au-delà de cette présentation formelle, il y a la description de diverses opérations réalisées par les Houthis, où cette association Safari Club-II a joué un rôle important. Ces opérations prennent ainsi une dimension d’organisation et d’efficacité qui les font passer du seul plan tactique au plan stratégique impliquant la situation de toute la zone du Moyen-Orient, cela qui justifie le concept présenté dans le titre original de l’article : « Ce qu’est “Safari Club-II” et comment il peut changer la dynamique politique au Moyen-Orient » (“What Is ‘Safari Club II’ and How It Can Change Middle East Dynamics”).

De cette manière, le conflit yéménite perd son aspect strictement régional sinon local d’un affrontement confus provoqué par l’agression de l’Arabie contre les Houthis et le Yémen, cette agression à la fois illégale, absurde et cruelle, et paraissant pourtant d’une importance secondaire pour la situation générale. Au contraire, la composante Houthis, qui se trouve impliquée dans une telle “structure souple” qu’est le Club Safari-II, apparaît comme devant à la fois conserver ses capacités d’adaptation propres à des mouvements s’apparentant à des guérilla, capacités de souplesse justement, mais aussi acquérant une dimension politique et stratégique importante, effectivement capable de modifier des situations de grande politique et de grande stratégie. De ce point de vue, le conflit yéménite pourrait constituer non seulement une erreur absurde de l’Arabie, mais également une erreur catastrophique, pouvant se transformer en situation politico-militaire où la stabilité et la structure même du royaume seraient menacées, avec conséquences telluriques en chaîne pour toute la région.

Dans ce cas, le Safari Club originel apparaîtrait rétrospectivement comme une initiative effectivement originale, mais plus encore, une initiative prophétique pouvant servir de modèle à une organisation qui s’adapte parfaitement aux “guerres hybrides” que l’on connaît aujourd’hui, exemple d’application effectivement de ce que William S. Lind désigne comme la “Guerre de 4ème Génération” (G4G). Manifestement Wayne Madsen a été informé, “briefé” dans ce sens, par une ou des source(s) qui apprécie(nt) l’association Safari Club-II de ce point de vue.

Par conséquent, nous sommes conduits à observer le conflit yéménite d’un autre point de vue que l’habituelle vision d’une agression absurde, assorti d’un carnage effectué par des forces saoudiennes incapables de maîtriser leurs capacités de feu contre une population et une organisation qui se défendent comme ils peuvent, avec de faibles moyens. Au contraire pour ce dernier point, les combattants Houthis apparaissent disposer d’une maturité, d’une organisation et d’une efficacité beaucoup plus grandes que supposé tandis que se mettent en place des techniques de coopération et d’organisation à partir d’entités que la critique stratégique du bloc-BAO jugeait également reléguées à des formes primitives de guerre incapables de résister à l’assurance arrogante du maximalisme technologique de la postmodernité. Il est effectivement ironique mais aussi significatif et plein d’enseignement logique de constituer pour lutter contre l’agression bureaucratique et prédatrice du Système, un “modèle” de l’aventure du Safari Club qui fut une réussite du Système essentiellement parce que le poids paralysant de la bureaucratie américaniste était obligé de relâcher son étreinte.

Le texte de Wayne Madsen, dont une traduction-adaptation est présentée en ligne ci-dessous, a été mis en ligne sur Strategic-Culture.org le 26 janvier 2018.

dedefensa.org

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Comment “Safari Club-II“ peut changer le Moyen-Orient

Pendant la guerre froide, la Central Intelligence Agency avait convaincu certains alliés d’Europe et du Moyen-Orient d’établir une alliance informelle de renseignement dont les liens avec les États-Unis devraient être officiellement “contestables de manière plausible”, – selon le langage typique de la CIA. En 1976, un groupe de directeurs d’agences de renseignement pro-occidentaux s’étaient secrètement rencontrés au “Mt. Kenya Safari Club”(“Safari Club du Mont Kenya”), à Nanyuki au Kenya, pour élaborer un pacte informel visant à limiter l’influence soviétique en Afrique et au Moyen-Orient. Le groupe s’était réuni sous les auspices du marchand d’armes saoudien Adnan Khashoggi, du président kenyan Jomo Kenyatta et du secrétaire d’État américain Henry Kissinger. Si Khashoggi était présent à la première réunion de ce groupe informel qui allait être connu sous le nom de “Safari Club”, Kenyatta et Kissinger étaient absents.

Les signataires de la charte originale du Safari Club au Kenya comprenaient le comte Alexandre de Marenches, directeur du Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage (SDECE, prédécesseur de la DGSE) ; Kamal Adham, le chef d’Al Mukhabarat Al A’amah, le service de renseignement saoudien ; le général Kamal Hassan Aly, directeur du service de renseignement égyptien ; Ahmed Dlimi, chef du service de renseignement marocain ; enfin, le général Nematollah Nassiri, chef de l’agence de renseignement SAVAK en Iran. Il y a des indications, mais aucune preuve réelle, que le chef du Mossad d’Israël, Yitzhak Hofi, aurait informellement participé à cette première réunion du Safari Club.

Le “Mt. Kenya Safari Club”, fondé en 1959, était la copropriété du magnat du pétrole de l’Indiana, Ray Ryan, qui avait des liens avec la CIA et la Mafia ; de Carl W. Hirschmann Sr., le fondateur suisse de Jet Aviation, une société internationale d’aviation d’affaires ayant des liens étroits avec la CIA et qui a été vendue à General Dynamics en 2008 ; et de l’acteur William Holden. Le 18 octobre 1977, après que le Safari Club ait installé son quartier général opérationnel au Caire, Ryan fut tué dans une voiture piégée à Evansville, Indiana. William Holden est mort dans son appartement de Santa Monica, en Californie, le 12 novembre 1981, apparemment après avoir trébuché sur une table de chevet et s’être fait une blessure au crane qui entraîna le décès par hémorragie ; Holden était seul et il agonisa pendant plusieurs heures, son corps n’étant découvert que trois jours plus tard. Le meurtre de Ryan est une affaire classée mais non résolue tandis que des questions sans réponses caractérisent la mort solitaire de Holden.

En 1977, Khashoggi profita des problèmes fiscaux de Ryan avec le gouvernement américain et des difficultés financières de Hirschmann pour acquérir le contrôle total du “Mt. Kenya Safari Club” qui devint simplement le Safari Club, peu de temps avant le meurtre de Ryan. Avec le transfert clandestin de son siège au Caire, le Safari Club devint un élément-clef dans le recrutement de combattants irréguliers arabes pour lutter contre l’Union Soviétique en Afghanistan. Khashoggi a joué un rôle clé dans le financement de la “Légion arabe” en Afghanistan en s’appuyant sur le soutien de la famille royale saoudienne et du sultan Hassanal Bolkiah du Brunei.

La couverture du “Mt. Kenya Safari Club” continua à jouer un rôle utile dans les réunions clandestines du Safari Club, y compris celle du 13 mai 1982 entre le ministre israélien de la Défense, Ariel Sharon ; le président du Soudan, Jaafar al-Nimeiri ; Omar al-Tayeb, chef des renseignements soudanais ; le milliardaire américano-israélien Adolph “Al” Schwimmer, fondateur d’Israel Aerospace Industries ; Yaacov Nimrodi, ancien officier de liaison du Mossad à Téhéran du tempsde la SAVAK du Shah ; enfin, le directeur adjoint du Mossad, David Kimche.

Le chef du Safari Club était George “Ted” Shackley, qui, en tant que directeur adjoint de la CIA pour les opérations, était le chef des opérations clandestines de la CIA sous la direction de George W. Bush [Bush-père] en 1977-1978. Shackley, dont le surnom était “Blond Ghost”, fut mis à pied par le directeur de la CIA de Jimmy Carter, l’amiral Stansfield Turner, puis rappelé au service par le chef de la CIA de Ronald Reagan, William Casey. Agissant comme un agent de renseignement privé, Shackley a joué un rôle-clef dans la mobilisation de l’ancien réseau SAVAK du Safari Club en Europe pour contribuer à la tristement célèbre affaire Iran-contra.

Le Safari Club était responsable de la plupart des opérations clandestines de l’Occident contre l’Union soviétique dans les zones de conflit s’étendant de l’Afghanistan à la Somalie et de l’Angola au Nicaragua. Il est ironique qu’un groupe d’agences de renseignement et de groupes de guérilla soutenant les Houthis au Yémen reprenne aujourd’hui le modèle de l’ancien Safari Club pour combattre les Etats-Unis, l’Arabie Saoudite, Israël et leurs mandataires au Yémen, la Corne de l’Afrique, et le grand Moyen-Orient.

Le mouvement Houthi anti-Saoudien au Yémen, dont les membres adhèrent à la secte Zaidi-Shi’a de l’Islam, s’oppose aux pratiques fondamentalistes rigides du Wahhabisme saoudien. Les Houthis, qui sont alignés religieusement et politiquement avec l’Iran chiite, ont établi un service de renseignement externe sous la direction d’Abdelrab Saleh Jerfan. S’inspirant de la formule du Safari Club, les services de renseignement Houthi ont conclu des accords informels avec le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) ou Pasdaran ; le Service de sécurité préventive (PSS) de Palestine ; les trois branches du renseignement du Hezbollah libanais, y compris l’Unité 1800, la branche du renseignement des opérations spéciales du Hezbollah ; enfin, avec le service de renseignement du Hamas, basé à Gaza mais dont les agents sont répartis dans tout le Moyen-Orient. Maintenant que le président syrien Bashar al-Assad a mis en déroute la plupart des armées de guérilla djihadistes de son pays, notamment avec l’aide du personnel des forces expéditionnaires houthi, la Syrie est mieux placée pour fournir une assistance militaire à la coalition Houthi au Yémen. Ensemble, cette alliance de forces antisionistes et anti-wahhabites, que l’on pourrait surnommer “Safari Club-II”, peut lancer des opérations de pénétration de la frontière saoudienne du Yémen et mener des opérations militaires contre des cibles militaires et gouvernementales saoudiennes dans la province d’Asir en Arabie saoudite.

La coalition suscitée et menée par l’Arabie saoudite, qui comprend des troupes des Émirats arabes unis, du Pakistan, de l’Égypte, du Koweït, du Maroc, du Soudan, de Jordanie et de Bahreïn, est intervenue dans le guerre civile yéménite en 2015, sous l’impulsion de sa direction saoudienne. Cette intervention a conduit les Houthis à riposter et, dès 2016, ils ont étendu leur action en territoire saoudien. Les forces houthies sont entrées dans trois régions frontalières saoudiennes, notamment Asir, Jizan et Najran. Avec l’appui des services de renseignements des Pasdaran et du Hezbollah, les Houthis ont créé un groupe sécessionniste saoudien, Ahrar al-Najran, ou “les Indépendants de la région de Najran”. Najran faisait partie jusqu’en 1934 du royaume de Mutawakkilite au Yémen, gouverné par la dynastie Zaidi jusqu’en 1962, lorsque le roi a été renversé. Les irrédentistes du côté saoudien de la frontière veulent la réunification avec le Yémen. La tribu yéménite Hamdanid, qui avait été le principal soutien de la dynastie Zaidi, a prêté serment d’allégeance à la coalition menée par les Houthis au Yémen, marquant ainsi un succès considérable du Safari Club-II.

Le renseignement Houthi effectue également une surveillance et des reconnaissances des bases navales israéliennes en mer Rouge dans l’archipel des Dahlak, en Érythrée et dans le port de Massawa. Les Houthis ont également surveillé les opérations militaires saoudiennes et émiraties dans la ville portuaire d’Assab en Érythrée. En 2016, les forces houthies auraient attaqué le quartier général de la marine érythréenne à Assab après l’arrivée des forces saoudiennes dans la ville portuaire. Les Houthis ont peut-être été aidés par un autre allié du Safari Club-II, le groupe d’opposition érythréen, l’Organisation démocratique Afar de la mer Rouge (RSADO), qui reçoit également le soutien de l’Éthiopie.

En 2016, les Houthis ont mené avec succès une incursion dans Asir et capturé une base militaire saoudienne, ainsi qu’une cache d’armes américaines et canadiennes. Le parrainage par Safari Club-II d’un mouvement sécessionniste en Arabie Saoudite ressemble au soutien que le Safari Club originel avait apporté à divers groupes insurgés, dont l’UNITA en Angola, la RENAMO au Mozambique et les contras au Nicaragua.

Les bouleversements politiques au Yémen et en Arabie Saoudite ont débouché sur de nouvelles alliances entre la coalition saoudienne et les membres du Safari Club-II. Le 4 novembre 2017, le prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman, a entrepris de consolider son pouvoir politique en arrêtant plusieurs princes de la Maison des Saoud, ainsi que d’éminents ministres, dignitaires religieux et hommes d’affaires. Un hélicoptère transportant le prince Mansour bin Muqrin, le vice-gouverneur de la province d’Asir, et sept autres hauts responsables saoudiens, s’est écrasé près d’Abha, dans la province d’Asir, près de la frontière avec le nord du Yémen contrôlé par les Houthis. Selon plusieurs rapports, l’hélicoptère aurait été abattu par les Saoudiens après qu’ils aient eu appris qu’il volait vers le Yémen contrôlé par les Houthis où le prince et son parti avaient reçu l’assurance de l’asile politique. Un prince saoudien se joignant aux Houthis aurait constitué un coup symbolique et de communication majeur pour le Safari Club-II. Dans tous les cas, cette intervention signale que les Houthis ont pris position dans la lutte pour le pouvoir au sein de la maison des Saoud.

Dans le même temps, les services secrets Houthis, aidés par les impressionnantes capacités de renseignement de communication du Hezbollah, ont intercepté des communications téléphoniques entre le président yéménite Ali Abdullah Saleh, ancien allié des Houthis, avec les EAU et la Jordanie, alliés des Saoudiens. Ces écoutes ont permis de découvrir que Saleh négociait un accord séparé avec la coalition saoudienne-émiratie, une orientation qui a été considérée par les Houthis comme la trahison ultime. Les Houthis ont pris d’assaut la résidence de Saleh dans la capitale yéménite de Sanaa et l’ont exécuté sur place.

Il est remarquable et ironique à la fois que le Safari Club-II se bat contre de nombreux membres du Safari Club original. À l’exception de l’Iran, membre du Safari Club-II mais sous un régime complètement différent, il s’agit de l’Arabie saoudite, d’Israël, de la France, de l’Égypte, du Maroc et d’autres satellites des Etats-Unis, et du Soudan. Henry Kissinger, un des parrains du Safari Club originel, conseille maintenant le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, relais du Mossad à la Maison Blanche, sur ses contacts fréquents avec les dirigeants saoudiens et d’autres acteurs régionaux de la même clique, y compris les Israéliens.

Le Safari Clb-II dispose de ce dont manquait le Safari Club originel : un soutien populaire. La coalescence des intérêts des populations opprimées du Yémen, du Liban et de la Palestine (Cisjordanie et Gaza), ainsi que les préoccupations géopolitiques de sécurité de l’Iran, expliquent ce soutien populaire. Plus récemment l’évolution du Qatar à la suite de la querelle de cet Émirat avec l’Arabie, a fait profiter le Safari Club-II d’un nouvel avantage de communication et sans doute plus. Le Safari Club-II bénéficie désormais d’une oreille sympathique à Doha, capitale du Qatar, membre à l’origine de la coalition saoudienne au Yémen mais désormais cible du boycott économique par les Saoudiens, les Bahreïnis, les Koweïtiens et les Emiratis. La Chine, qui a coopéré avec le Safari Club d’origine en Afghanistan et en Angola, a reçu des délégations Houthi à Beijing. Cette puissance fournirait également des armes à la coalition Houthi au Yémen via l’Iran. Oman, qui est resté neutre dans la guerre civile yéménite, est devenu en 2016 un relais pour fournir des armes aux Houthis dans des camions portant des plaques d’immatriculation omanaises. Le gouvernement irakien dirigé par les chiites est également connu pour apporter son soutien aux Houthis.

La CIA et ses alliés de la guerre froide ont fourni, avec la Safari Club originel, un modèle inestimable pour les peuples assiégés et menacés du Yémen, de la Corne de l’Afrique et de l’ensemble du Moyen-Orient. Le Safari Club-II donne aux Saoudiens, aux Israéliens, aux Américains, aux Égyptiens, aux Marocains et à d’autres, y compris l’État islamique financé par l’Arabie saoudite et les guérillas d’Al-Qaïda au Yémen, un avant-goût amer de leur propre médecine.

Wayne Madsen

http://www.dedefensa.org/article/du-safari-club-au-safari-club-ii

Les risques non conventionnels et leur impact sur les entreprises

Le 18 janvier 2018
Les risques non conventionnels et leur impact sur les entreprises
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Les risques non conventionnels et leur impact sur les entreprises

par Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R),

Éric DENÉCÉ, docteur en sciences politiques, a servi au Secrétariat de la défense nationale avant de se consacrer à l’intelligence économique au Centre d’études et de prospectives stratégiques (CEPS), au sein du cabinet ARGOS et du groupe GEOS. Auditeur du Centre des hautes études sur l’Afrique et l’Asie moderne (Cheam) en 1993, il avait consacré son mémoire à La liberté de navigation à travers les détroits, enjeu essentiel de la sécurité en Asie du Sud-Est.

Il enseigne le renseignement et l’intelligence économique dans plusieurs écoles de commerce et universités françaises et étrangères. Il conseille par ailleurs les entreprises en matière de Risk Management (CF2R Services). Auteur de nombreux ouvrages sur le renseignement, l’intelligence économique, le terrorisme et les opérations spéciales, il a reçu en 2009 le prix Akropolis de l’Institut des hautes études de sécurité intérieure (IHESI).

Le risque est par définition au cœur de l’entreprise. Sous le double effet des révolutions technologique et géopolitique à l’origine de la mondialisation, l’environnement des affaires connait de profonds bouleversements. L’influence des facteurs « hors marché » est devenue en deux décennies un sujet de préoccupation majeur pour les acteurs économiques engagés dans la compétition internationale. Aujourd’hui, cinq nouveaux types de risques doivent être pris en considération : internationaux, criminels, sociétaux, anticoncurrentiels et extra-judiciaires.

Les risques internationaux

Plus géopolitiques que « politiques », ils résultent de l’accroissement de l’insécurité internationale et du terrorisme. Il y a une défaillance des États en voie de développement qui, confrontés, depuis la fin de la guerre froide, à la chute des financements des deux blocs, ne peuvent plus payer leurs policiers et leurs militaires.

Les mouvements de guérilla se sont criminalisés. Leurs membres, privés de toute réinsertion mais disposants de dépôts d’armes, se sont reconvertis en criminels pour survivre. Les « zones grises » ou zones de non-droit prospèrent en Afrique mais aussi dans nos banlieues. Les seules régions sécurisées sont celles qui produisent des matières premières.

Les conflits intraétatiques se multiplient : guerres tribales ou ethniques. Les revendications liées au décalage de développement entre pays du nord et du sud se multiplient. La population est remontée contre l’Occident.

L’islam radical intervient maintenant au niveau international. Il cible les liens des pays visés avec l’Occident : les industries, les mines, etc. Les attentats, les enlèvements d’expatriés, la piraterie maritime se multiplient. Le nombre d’enlèvements est évalué à environ 30 000 par an, dont 25 % d’Occidentaux. Les ONG et les entreprises n’ont plus d’interlocuteurs locaux capables d’assurer leur sécurité. Cela leur impose un accroissement du coût de leurs opérations ou les oblige à quitter certains marchés. Il y a donc pour les entreprises des risques à l’occasion de leurs voyages, de leurs implantations et de leurs projets.

Les risques criminels

La part de l’économie criminelle dans le monde est forte : 2 000 milliards de dollars, 7 % du PIB mondial contre 2 à 3 % en 1990, 25 % de la richesse privée mondiale. Les organisations criminelles (mafias, cartels, etc.) font irruption dans l’économie légale, en particulier pour « recycler » leurs fonds. Cette manœuvre se caractérise par une diversification des produits ou des marchés et vise un blanchiment des fonds pour assurer l’héritage des enfants !

Les fonds objets du blanchiment sont issus de trafic de drogue, d’armes, d’êtres humains (prostitution, trafic d’organes), de contrebande de produits rares, de contrefaçon de médicaments ou d’autres produits. Il faut se débarrasser des petites coupures, un million de dollars en billets pèse 48 kilos, et ensuite « légaliser » ces fonds.

Les opérations illicites s’infiltrent dans les activités traditionnelles des entreprises par de multiples biais : placements immobiliers, participations financières, rachats de PME, etc. Par ailleurs, les fraudes internes sont une préoccupation constante pour les dirigeants.

Les risques anticoncurrentiels

Ils sont la conséquence du durcissement de la compétition économique. Une course effrénée à l’innovation et aux marchés se développe avec un accroissement de l’intensité concurrentielle. Il y a une régression de l’application de la loi de l’offre et de la demande. De nombreux acteurs recourent à des pratiques agressives, déloyales ou illégales pour acquérir des informations (espionnage), contournent les règles d’accès aux marchés (corruption, influence, pressions politiques), pour venir à bout de la concurrence (déstabilisation, sabotage).

Les États interviennent dans la compétition économique. En 1990, à la fin de la guerre froide, de 20 à 30 % du personnel de la CIA et de la NSA américaines se sont reconvertis dans la sécurité des entreprises. Les pratiques illégales participent à la guerre économique. Les savoir-faire des opérations clandestines sont utilisés. La guerre mondiale contre le terrorisme (Global War on Terrorism, GWOT pour les Américains) est utilisée à des fins commerciales. Les États-Unis écoutent les communications, celles de l’Iran bien sûr mais aussi et surtout celles des pays développés. La France n’échappe pas à ces écoutes car elle intervient dans des domaines concurrentiels… Ces méthodes prennent clairement leurs distances avec l’éthique – voire la légalité – et font courir des risques énormes aux entreprises qui en sont victimes.

Des risques extra-judiciaires sont liés à l’application extraterritoriale du droit américain en matière de règles d’exportation (embargo) et de normes anticorruption. Cette pratique offre des possibilités de poursuites judiciaires multiples par la justice des États-Unis et instrumentalise le droit pour affaiblir ses concurrents économiques. Cela se traduit pour les entreprises et leurs dirigeants par des poursuites pénales et de lourdes sanctions financières.

Les risques sociétaux

Les risques sociétaux sont la traduction de l’évolution des préoccupations morales et éthiques de nos sociétés. Ils sont aussi l’inquiétante traduction du vide philosophique et spirituel et de la perte de repères de nos sociétés post-industrielles.

L’évolution des sociétés modernes se caractérise par le développement des manifestations en faveur de l’écologie, par la perte des valeurs en particulier dans le monde occidental. Les risques sociétaux sont aussi la conséquence directe d’un certain « désœuvrement » lié au chômage, une retraite plus longue, un temps de travail réduit qui offre plus de temps libre et aussi du développement des moyens de communication modernes (TIC).

Les risques sociétaux sont de nature sectaire ou de nature contestataire. Ils relèvent globalement de la volonté de remettre en cause la société libérale et de déstabiliser les entreprises, soit au nom d’une croyance que les uns cherchent à imposer (islam radical, scientologie, etc.) ou d’une cause « éthique » que les adeptes défendent parfois avec une très grande violence (altermondialistes, animalistes et écologistes radicaux).

Risques sectaires

Diverses sectes ciblent les acteurs économiques : Scientologie, New Age, certaines formes de développement personnel/coaching, etc.

Le risque islamique présente une spécificité française. Le nombre des musulmans en France est évalué à 6 millions de personnes, dont 1 à 2 % d’islamistes. Les manifestations communautaires se développent : exigence d’une salle de prière, demande d’aménagement des horaires pour les prières, refus de serrer la main des femmes, prosélytisme, etc.

Risques militants

Ils résultent des nouvelles « valeurs » de nos sociétés : transparence, écologie, développement durable, etc. Dans nos sociétés développées, il y a une multiplication des mouvements de contestation sociétaux ou éthiques : antipub, anti marques, @dbusters (« casseurs de pub »), écoterroristes, animalistes, anti-avortement, altermondialistes, etc. Dans chaque « cause », il y a passage à l’action violente des groupuscules contestataires.

Les actions de tous ces groupes perturbent le fonctionnement interne autant que les activités des entreprises et nuisent directement ou indirectement à leur image et à leur réputation.

 

Perspectives : addition et combinaison des risques

Ces nouvelles menaces font peser sur les entreprises de nouveaux risques qualifiés de « non conventionnels » ou « spéciaux » parce qu’ils ne relèvent pas de la sphère traditionnelle des managements. Ces nouvelles menaces proviennent essentiellement d’acteurs « hors marché » et se traduisent par des modes d’action (violence, prédation, subversion, chantage) auxquels les entreprises ne sont pas accoutumées. Ce sont des risques intentionnels et organisés, à la différence des risques financiers, technologiques ou climatiques, dits « conventionnels ».

Le volet « cybernétique » de ces risques ne doit pas être négligé. De même, il faut noter l’interconnexion progressive des nouvelles menaces. Parmi celles-ci, la criminalité, avec la corruption et le chantage, est un danger infiniment supérieur au terrorisme. Tout ces risques nécessitent d’anticiper en permanence par le renseignement.

Le domaine de préoccupation des entreprises s’élargit désormais à de nouveaux champs qui viennent perturber leur développement et leur imposent de nouvelles conditions de fonctionnement. D’où la nécessité d’apporter aux acteurs économiques de nouveaux éléments d’information, utiles à leur développement, qui leur permettront d’affiner la perception de ces nouveaux risques, de mesurer leurs impacts possibles sur leurs activités et d’identifier les solutions existantes pour s’en prémunir ou y réagir.

Notes de François Toussaint et synthèse de l’intervenant

https://www.arri.fr/articles/22168-les-risques-non-conventionnels-et-leur-impact-sur-les-entreprises

Des vétérans du renseignement disent à Trump que l’Iran n’est pas le principal commanditaire du terrorisme

Source : Consortium News, 21-12-2017

21 décembre 2017

Un groupe de vétérans du renseignement états-unien demande instamment au président Trump de faire en sorte que son administration cesse de prétendre faussement que l’Iran est le principal commanditaire du terrorisme alors que des alliés des États-Unis, comme l’Arabie saoudite, sont, eux, beaucoup plus coupables dans ce domaine.

MEMORANDUM POUR : le Président

DE : Veteran Intelligence Professionals for Sanity (VIPS)

OBJET : L’Iran est-il le « principal commanditaire mondial du terrorisme ? »

RÉSUMÉ ANALYTIQUE ET HISTORIQUE

Nous sommes préoccupés par les récentes déclarations publiques véhémentes et brutales de membres clés de votre administration qui dépeignent l’Iran en termes très alarmistes. L’Américain moyen, s’il n’a pas le recul de l’Histoire, pourrait facilement être persuadé que l’Iran représente une menace imminente et qu’il n’y a pas d’autre alternative pour nous que le conflit militaire.

Nous trouvons que cette situation est un terrain désagréablement familier. Il y a dix ans, l’ancien président George W. Bush envisageait une guerre contre l’Iran lorsque, en novembre 2007, les analystes des services de renseignement ont publié une estimation officielle du National Intelligence Estimates (NIE) [documents émis par le gouvernement des États-Unis. Il s’agit d’évaluations officielles du Directeur du renseignement national (DNI) sur des thématiques de renseignement liées à un sujet particulier relevant de la sécurité nationale, NdT] démystifiant les idées reçues, à savoir que l’Iran était sur le point de se doter d’une arme nucléaire. La NIE a conclu que l’Iran avait cessé de travailler sur une arme nucléaire en 2003.

Se rappelant ce moment dans ses mémoires, Decision Points, le président Bush a noté que les conclusions « sensationnelles » du renseignement recueillies dans la NIE l’ont en empêché. Il a ajouté cette question rhétorique : « Comment expliquer l’utilisation de l’armée pour détruire les installations nucléaires d’un pays qui aux dires de la communauté du renseignement n’a pas de programme d’armement nucléaire actif ? »

Nous croyons que vous faites face à une situation semblable aujourd’hui. Mais au lieu de prétendre de façon inexacte que l’Iran possède des armes nucléaires, le nouveau bobard pour justifier la guerre avec l’Iran est l’affirmation selon laquelle l’Iran demeure « le principal État au monde à parrainer le terrorisme ». Ceci est incorrect, comme nous l’expliquons ci-dessous.

* * *

L’un des grands mensonges bipartites récurrents qui est promu dans le public avec l’aide enthousiaste de médias largement dociles, est que l’Iran est actuellement le principal commanditaire du terrorisme dans le monde.

La récente présentation de la stratégie nationale pour 2018 de votre administration souligne que :

« L’Iran, premier pays au monde à parrainer le terrorisme, a profité de l’instabilité pour étendre son influence par le biais de ses partenaires et de ses mandataires, de la prolifération des armes et du financement… L’Iran continue de pérenniser le cycle de la violence dans la région, causant de graves dommages aux populations civiles. »

Plusieurs autres pays du Moyen-Orient se font l’écho de ces sentiments. Le ministre des Affaires étrangères de l’Arabie saoudite, Adel al-Jubeir, par exemple, a déclaré en octobre 2015 que l’Iran « est le plus grand commanditaire du terrorisme dans le monde et qu’il travaille à déstabiliser la région. »

Le ministre des Affaires étrangères saoudien a opportunément refusé de mentionner que 15 des 19 terroristes qui ont détourné des avions et attaqué l’Amérique le 11 septembre 2001 étaient des Saoudiens, et non des Iraniens. Et si l’Iran était un promoteur actif du terrorisme il y a vingt ans, il n’est plus à l’avant-garde du terrorisme mondial. Ironiquement, cette distinction douteuse revient aujourd’hui aux accusateurs de l’Iran – en premier lieu, l’Arabie saoudite.

Les faits ne corroborent pas la description de l’Iran en tant que « principal État parrainant le terrorisme dans le monde ». Alors que l’Iran est coupable d’avoir utilisé le terrorisme comme instrument de politique nationale, l’Iran de 2017 n’est pas l’Iran de 1981. Dans les premiers temps de la République islamique d’Iran, des agents iraniens ont systématiquement commis des attentats à la voiture piégée, des enlèvements et des assassinats de dissidents et de citoyens américains. Ce n’est plus le cas depuis de nombreuses années. Malgré les affirmations fréquentes des responsables américains selon lesquelles l’Iran est impliqué dans le terrorisme, nous notons simplement que les incidents enregistrés chaque année par le département d’État américain dans son rapport intitulé Patterns of Global Terrorism (Modèles de terrorisme mondial) identifient rarement un incident terroriste comme un acte commis par l’Iran ou en son nom.

Les relations de l’Iran avec le Hezbollah ont également évolué radicalement. Dans les premières années de la République islamique, le Hezbollah a souvent été mandataire et sous-traitant pour l’Iran. Mais au cours des 20 dernières années, le Hezbollah est devenu une entité et une force politique à part entière. Il a combattu Israël jusqu’à l’arrêt des hostilités en 2006 dans le sud du Liban, un moment décisif dans la transformation du Hezbollah en une armée conventionnelle. Entre-temps, le Hezbollah, qui fait maintenant partie du gouvernement libanais, s’est également détourné de la violence radicale et religieuse qui caractérise les extrémistes sunnites, comme l’EI.

La réponse asymétrique de l’Iran

Après que l’Iran soit tombé sous le règne des Ayatollah en 1979, le terrorisme, son rôle dans des attentats terroristes de grande envergure, comme la prise d’otages américains et les attentats à la bombe de l’ambassade américaine et des casernes maritimes au Liban, a alimenté l’animosité compréhensible des États-Unis envers l’Iran. Mais les actions de l’Iran n’ont pas été motivées principalement par une haine aveugle ou des opinions religieuses radicales. Pour l’Iran, le terrorisme était un moyen de se battre contre des ennemis plus puissants, principalement les États-Unis, qui apportaient un soutien militaire et des renseignements au voisin et à l’ennemi de l’Iran, l’Irak.

Les Iraniens étaient également pragmatiques et avaient des rapports directs avec Israël. Pendant les premiers jours de la révolution iranienne, les mollahs, bien que dénonçant publiquement Israël, ont heureusement accepté le soutien militaire secret des Israéliens. Israël était tout aussi pragmatique. Les dirigeants israéliens ont fait abstraction des mollahs et ont apporté leur soutien pour aider à contrer la menace posée par le président irakien Saddam Hussein. Un cas classique de l’ennemi de mon ennemi est mon ami.

L’image publique de l’Iran en tant que foyer de terroristes fanatiques a été usurpée depuis les attentats à la bombe perpétrés en août 1998 par Al-Qaïda et d’autres entités sunnites radicales contre les ambassades des États-Unis en Afrique de l’Est. La propre liste d’attentats terroristes du gouvernement américain depuis 2001 montre une baisse spectaculaire de la violence perpétrée par l’Iran et une recrudescence concomitante d’actes horribles commis par des musulmans sunnites radicaux qui ne sont pas alignés sur l’Iran. La dernière édition du Global Terrorism Index, un projet du département de la Sécurité intérieure des États-Unis, montre que quatre groupes sont à l’origine de 74 % de tous les décès dus au terrorisme en 2015 : Boko Haram, Al-Qaïda, les Talibans et l’EI.

Treize des 14 groupes islamistes repérés par la communauté du renseignement américain comme activement hostiles aux États-Unis sont sunnites, et non chiites, et ne sont pas soutenus par l’Iran.

  • État islamique (sunnite)
  • Front Al-Nosra (sunnite)
  • Al-Qaïda Central (sunnite)
  • Al-Qaïda au Maghreb (sunnite)
  • Al-Qaïda dans la Péninsule arabique (sunnite)
  • Boko Haram (sunnite)
  • al-Shabab (sunnite)
  • groupe Khorassan (sunnite)
  • Société des Frères musulmans (sunnite)
  • Abou Sayyaf aux Philippines (sunnite)
  • Talibans au Pakistan et en Afghanistan (sunnite)
  • Lashkar-e-Toiba (sunnite)
  • Jamaa Islamiya (sunnite)
  • Houthis (chiite)

Le dernier attentat terroriste majeur ayant fait des victimes en relation avec l’Iran a été l’attentat à la bombe perpétré en juillet 2012 contre un bus de touristes israéliens en Bulgarie. Cet écart par rapport à la politique plus récente de l’Iran en matière de terrorisme constitue une rétorsion pour ce que l’Iran a perçu comme le rôle d’Israël dans l’assassinat de cinq scientifiques iraniens impliqués dans le programme nucléaire iranien, entre janvier 2010 et janvier 2012 (les dates et les noms des personnes agressées sont joints en annexe).

On peut facilement imaginer l’indignation et la soif de vengeance qui balayerait les États-Unis, si les Américains croyaient qu’un pays étranger envoyait des agents aux États-Unis qui, chacun son tour, assassineraient des ingénieurs et des scientifiques travaillant sur des projets de défense américains sensibles.

Opérations spéciales

Il y a eu d’autres attentats terroristes à l’intérieur de l’Iran qui portaient la marque du soutien des États-Unis. Relentless Strike [une guerre implacable, NdT] de l’auteur Sean Naylor, qui décrit en détail l’historique des opérations menées par le Joint Special Operations Command (JSOC) des États-Unis au cours des 30 dernières années, éclaire cette vérité inconfortable :

« Le personnel du JSOC a également travaillé avec le Mujaheddin-e-Khalq (MEK) [en français, ’Organisation des moudjahidin du peuple iranien’ ou OMPI, NdT], un groupe militant d’exilés iraniens qui s’était établi en Irak après avoir fui le régime des ayatollahs à Téhéran. Le département d’État avait inscrit l’OMPI sur sa liste d’organisations terroristes désignées, mais cela n’ a pas empêché le JSOC d’adopter une attitude de « l’ennemi de mon ennemi est mon ami » envers le groupe. « C’était un groupe de gens qui pouvaient traverser la frontière, et ils étaient prêts à nous aider sur ce que nous voulions faire avec l’Iran », a déclaré un officier des opérations spéciales.

L’OMPI a été classée comme un groupe terroriste, jusqu’ à ce que les États-Unis décident que tant que l’OMPI aiderait à tuer les Iraniens plutôt que les Américains, ils n’étaient plus des terroristes. L’histoire du terrorisme de l’OMPI est très claire. Parmi plus d’une douzaine d’exemples au cours des quatre dernières décennies, ces quatre exemples sont représentatifs :

  • Au cours des années 1970, l’OMPI a tué du personnel militaire américain et des civils américains travaillant sur des projets de défense à Téhéran et a soutenu la prise de contrôle de l’ambassade des États-Unis à Téhéran en 1979.
  • En 1981, l’OMPI a fait exploser des bombes au siège du Parti de la République islamique et dans le bureau du Premier ministre, tuant quelque 70 hauts responsables iraniens, dont le président, le premier ministre et le Président de la Cour suprême en Iran.
  • En avril 1992, l’OMPI a mené des attaques quasi-simultanées contre les ambassades et installations iraniennes dans 13 pays, démontrant ainsi la capacité du groupe à monter des opérations d’envergure outre-mer.
  • En avril 1999, l’OMPI a pris pour cible des officiers militaires clés et assassiné le chef adjoint de l’état-major général des forces armées iraniennes.

En dépit de cette histoire, un défilé bipartite de dirigeants politiques et militaires américains de premier plan a fait pression en faveur de l’OMPI et a été bien récompensé en retour.

Une politique jusqu’ici ignorante

Ironiquement, la guerre de 2003 menée par les États-Unis en Irak a joué un rôle critique dans la résurgence de l’Iran en tant que puissance régionale. Saddam Hussein a été remplacé par des musulmans chiites qui avaient trouvé refuge en Iran pendant de nombreuses années et les institutions baathistes, y compris l’armée, ont été reprises par les Irakiens favorables à Téhéran.

L’Iran est sorti vainqueur en Irak et, avec l’accord nucléaire de 2015 en place, les liens commerciaux et autres de l’Iran se sont améliorés avec les principaux alliés de l’OTAN et les autres grands acteurs mondiaux, en particulier la Russie et la Chine.

Les déclarations officielles sur des questions cruciales de sécurité nationale doivent être fondées sur des faits. L’hyperbole dans la description des activités terroristes de l’Iran peut être contre-productive. Pour cette raison, nous attirons l’attention sur la récente déclaration de l’Ambassadeur Nikki Haley selon laquelle il est difficile de trouver un « groupe terroriste au Moyen-Orient qui n’ a pas les empreintes digitales de l’Iran partout sur lui ». La vérité est bien différente. La majorité des groupes terroristes de la région ne sont ni des créatures, ni des marionnettes de l’Iran. L’EI, Al-Qaïda et Al-Nosra sont trois des plus importants qui me viennent à l’esprit.

Vous vous êtes présenté comme quelqu’un qui est prêt à dire des vérités dures face aux pressions de l’establishment et à ne pas accepter le statu quo. Vous avez dénoncé pendant la campagne l’invasion américaine de l’Irak en 2003 comme une erreur historique aux proportions épiques. Vous avez aussi correctement saisi l’humeur de nombreux Américains fatigués par la guerre constante dans des pays lointains. Pourtant, le torrent d’avertissements lancés par Washington au sujet des dangers prétendument posés par l’Iran et la nécessité de les affronter sont largement perçus comme des mesures visant à renverser votre promesse de ne pas vous embarquer dans de nouvelles guerres

Nous vous encourageons à réfléchir à l’avertissement que nous avons émis à l’attention du président George W. Bush il y a près de 15 ans, à un moment historique similaire :

« après avoir écouté le secrétaire Powell aujourd’hui, nous sommes convaincus que vous seriez bien avisé si vous élargissiez la discussion… au-delà du cercle de ces conseillers clairement tournés vers une guerre pour laquelle nous ne voyons pas de raison impérieuse et dont nous pensons que les conséquences imprévues sont susceptibles d’être catastrophiques. »

ANNEXE

LISTE DES SCIENTIFIQUES IRANIENS ASSASSINÉS EN IRAN

12 janvier 2010 : Masoud Alimohammadi, physicien iranien :

Tué par une voiture piégée. L’auteur aurait avoué avoir été recruté par les renseignements israéliens pour commettre l’assassinat.

29 novembre 2010 : Majid Shahriari, physicien nucléaire iranien :

Tué par une voiture piégée. Selon les médias allemands Israël était le commanditaire.

29 novembre 2010 : tentative d’assassinat sur Fereydoon Abbasi, physicien nucléaire :

Blessé par une voiture piégée.

23 juillet 2011 : Darioush Rezaeinejad, ingénieur en électricité iranien, scientifique nucléaire.

Tué par deux hommes armés à moto. Spécialiste des commutateurs à haut voltage – un composant clé dans les ogives nucléaires. Assassiné par les renseignements israéliens.

11 janvier 2012 : Mostafa Ahmadi-Roshan, physicien nucléaire iranien

Tué à la station d’enrichissement de l’uranium par une bombe magnétique de la même sorte que celles utilisées antérieurement pour des assassinats de scientifiques iraniens.

________________________

Signé :

Richard Beske, CIA, Operations Officer (ret.)

William Binney, former NSA Technical Director for World Geopolitical & Military Analysis; Co-founder of NSA’s Signals Intelligence Automation Research Center

Marshall Carter-Tripp, Foreign Service Officer (ret.) and Division Director, State Department Bureau of Intelligence and Research

Bogdan Dzakovic, Former Team Leader of Federal Air Marshals and Red Team, FAA Security, (ret.) (associate VIPS)

Philip Giraldi, CIA, Operations Officer (ret.)

Larry C. Johnson, former CIA and State Department Counter Terrorism officer

Michael S. Kearns, Captain, USAF (Ret.); ex-Master SERE Instructor for Strategic Reconnaissance Operations (NSA/DIA) and Special Mission Units (JSOC)

John Kiriakou, Former CIA Counterterrorism Officer and former senior investigator, Senate Foreign Relations Committee

Karen Kwiatkowski, former Lt. Col., US Air Force (ret.), at Office of Secretary of Defense watching the manufacture of lies on Iraq, 2001-2003

Edward Loomis, NSA, Cryptologic Computer Scientist (ret.)

David MacMichael, National Intelligence Council (ret.)

Ray McGovern, former US Army infantry/intelligence officer & CIA analyst (ret.)

Elizabeth Murray, Deputy National Intelligence Officer for Near East, CIA and National Intelligence Council (ret.)

Torin Nelson, former Intelligence Officer/Interrogator (GG-12) HQ, Department of the Army

Todd E. Pierce, MAJ, US Army Judge Advocate (ret.)

Coleen Rowley, FBI Special Agent and former Minneapolis Division Legal Counsel (ret.)

Greg Thielmann – Former director of the Strategic, Proliferation, and Military Affairs Office of the State Department’s intelligence bureau (INR) and former senior staffer on the Senate Intelligence Committee

Kirk Wiebe – former Senior Analyst, SIGINT Automation Research Center, NSA

Lawrence Wilkerson, Colonel (USA, ret.), Distinguished Visiting Professor, College of William and Mary (associate VIPS)

Sarah G. Wilton, CDR, USNR, (Retired)/DIA, (Retired)

Robert Wing – former Foreign Service Officer (associate VIPS)

Ann Wright, Col., US Army (ret.); Foreign Service Officer (who resigned in opposition to the war on Iraq)

Source : Consortium News, 21-12-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

18 réponses à Des vétérans du renseignement disent à Trump que l’Iran n’est pas le principal commanditaire du terrorisme

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Vidéo. CSFRS Entre instabilité et chaos : hybridation des menaces

Vidéo. CSFRS Entre instabilité et chaos : hybridation des menaces

Par CSFRS, le 17 janvier 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Propos recueillis par Pierre Verluise, fondateur du Diploweb.com. Images et son : Fabien Herbert et Selma Mihoubi. Montage : Fabien Herbert. Réalisation SAS Expertise géopolitique – Diploweb.

« Entre instabilité et chaos : hybridation des menaces » : c’est le titre de l’édition 2017 des Assises Nationales de la Recherche Stratégique, organisées par le Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégique (CSFRS). C’était le lundi 30 novembre 2017 à l’École Militaire, dans le 7ème arrondissement de Paris.

Cette vidéo présente une synthèse de quelques-uns des grands thèmes abordés lors de ces Assises, notamment l’hybridation, le commerce illégal, le rôle des médias dans les guerres asymétriques et la coordination du renseignement et de la lutte antiterroriste. On y entend dix des vingt-et-un intervenants de la journée des Assises.

Par ordre d’apparition :
. Olivier Caron, directeur général du CSFRS.
. Alain Bauer, président du CSFRS.
. Jean-François Gayraud, haut fonctionnaire de la police nationale.
. Mikhaïl Remizov (Russie), expert en Science politique.
. Xavier Raufer, criminologue.
. Louise Shelley (Etats-Unis), professeur en affaires internationales.
. Joseph Henrotin, chercheur à l’Institut de Stratégie Comparée.
. Olivier Zajec, maître de conférence en science politique à Lyon III.
. Renaud Girard, correspondant de guerre, grand reporter international.
. Pierre de Bousquet de Florian, coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme.

L’événement est notable pour la participation d’intervenants russes et américains, dont les points de vue sont indispensables pour la réflexion stratégique française, bien que les échanges ne soient pas toujours simples et dépourvus de désaccords : c’est d’ailleurs ce qui justifie un événement comme celui-ci. L’objectif de cette diversité des regards et des expertises est de bouleverser les idées reçues et de distinguer le vrai du faux sur les enjeux sécuritaires et stratégiques auxquels nous faisons face.

Un des thèmes majeurs de ces VIIIe Assises est l’hybridation. Si le concept de guerre hybride n’est pas inédit, nous avons pris l’habitude, à tort, de catégoriser et cloisonner les différents types de criminalité (crime organisé, terrorisme, guérilla, guerres tribales, ou religieuses, etc.). Aujourd’hui, même l’hybridation s’évalue à différents degrés, de la réciprocité à la mutation en passant par la convergence. L’hybridation, ce mélange entre criminalité de droit commun et violence politique, est un phénomène qui doit être examiné avec beaucoup plus de finesse et d’attention. Les djihadistes des attentats de 2015 et 2016 en France en sont la preuve, puisqu’ils partageaient presque tous une similarité : un passé de criminel de droit commun. L’instrumentalisation des médias par le faible est un autre grand thème abordé, puisqu’elle permet de mobiliser l’opinion publique et trouver des alliés, mais surtout, elle donne lieu à des guerres asymétriques.

Parmi les concepts faux que la VIIIème journée des Assises de la CSFRS cherche à déconstruire, on retrouve celui de « la guerre contre le terrorisme », car le terrorisme est un mode d’action et non pas d’un ennemi que l’on peut combattre, comme le sont les groupes armés. C’est un changement de paradigme essentiel dans notre compréhension des enjeux sécuritaires. Par ailleurs, il est indéniable que la guerre a changé de forme, mais il est erroné de dire qu’elle a changé de nature : elle demeure ce point de tension de deux volontés opposées entre différents acteurs. Les nouveautés à observer sont les objectif, les représentations, et le « capital sacrificiel » de criminels hybrides au comportement autodestructeur et menaçant pour nos sociétés.

Tous ces points permettent de comprendre la coordination effective du renseignement et de la lutte antiterroriste, un thème abordé lors la conclusion de cette passionnante journée. Le renseignement est en effet produit, consolidé et enrichi pour obtenir une vision géopolitique plus large, afin de rendre compte d’un monde de plus en plus fragmenté et chaotique et ce, sans faire de raccourcis ou d’analyse superficielle.

Plus : le site du CSFRS

Copyright pour la vidéo : CSFRS 2018

Copyright pour le résumé Janvier 2018-Ménard/Diploweb.com

Vidéo. Pierre de Bousquet de Florian. La coordination du renseignement et de la lutte anti-terroriste

Vidéo. Pierre de Bousquet de Florian. La coordination du renseignement et de la lutte anti-terroriste

Par Estelle MENARD, Fabien HERBERT, Pierre de Bousquet de Florian, Pierre VERLUISE, Selma MIHOUBI, le 10 janvier 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Pierre de Bousquet de Florian est le coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (Présidence de la République). Propos recueillis par Pierre Verluise, Selma Mihoubi et Fabien Herbert dans le cadre des Assises Nationales de la Recherche Stratégique (30 novembre 2017). Images et son : Fabien Herbert et Selma Mihoubi. Montage : Fabien Herbert.

Pierre de Bousquet de Florian, coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme (France) a répondu aux questions du Diploweb.

. Qu’est-ce que la coordination nationale du renseignement et de la lutte contre le terrorisme ?

. Quel est le rôle de la pédagogie dans la lutte contre le terrorisme ?

Cette vidéo peut facilement être diffusée en classe ou en amphi pour illustrer un cours ou un débat.

Résumé par Estelle Ménard pour Diploweb.com

La coordination du renseignement et de la lutte anti-terroriste est plus qu’une mission classique de production d’informations. Derrière, réside un réel travail de consolidation du renseignement par le coordinateur, qui a pour mission d’enrichir les informations qui doivent parvenir aux plus hautes autorités de l’Etat. Cet enrichissement du renseignement permet d’assurer une vision globale et complète aux décideurs publics.

Trois dimensions du renseignement sont ainsi coordonnées : les dimensions géopolitique, criminalistique et stratégique. La géopolitique permet d’examiner les racines d’un problème criminel ou terroriste afin d’éviter de faire des amalgames ou de rester trop superficiel dans son analyse. C’est un travail essentiel pour rendre compte d’un monde fragmenté et chaotique. La dimension criminalistique est d’autant plus importante que nous faisons face à un phénomène de porosité entre le droit commun et le terrorisme. En effet, le renseignement montre que les adversaires ont souvent des profils hybrides. Par exemple, en Afrique, dans la bande sahélo-saharienne, les trafics d’armes, de drogues, de migrants et le terrorisme sont très souvent menés par les mêmes équipes, qui utilisent les mêmes routes et les mêmes territoires. Enfin, la dimension stratégique est utile dans la détermination de liens et d’intérêts communs à des organisations terroristes et des États, ce qui est notamment le cas dans les pays du Levant.

Il faut enfin insister sur la vocation pédagogique du métier de coordinateur du renseignement et de la lutte contre le terrorisme. Les services de renseignement inspirent souvent la méfiance quant à leurs méthodes et leurs objectifs. Simultanément, les services secrets fascinent. Ainsi, pour démystifier le renseignement et convaincre le grand public de son utilité, M. de Bousquet de Florian considère qu’une démarche explicative est nécessaire, par voie d’action de presse, entre autres. Les décideurs publics ne sont pas exclus de cette démarche pédagogique : il est important d’entretenir une relation de confiance avec les hautes autorités, en assurant la conformité des procédés et des objectifs du renseignement avec le droit et la constitution.

Copyright Janvier 2018-Diploweb.com

https://www.diploweb.com/Video-Pierre-de-Bousquet-de-Florian-La-coordination-du-renseignement-et-de-la-lutte-anti-terroriste.html

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Revue de presse nationale et internationale.

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