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« La filiation des services spéciaux avec le BCRA gaulliste n’est pas exclusive »

« La filiation des services spéciaux avec le BCRA gaulliste n’est pas exclusive »

INTERVIEW. Le général d’armée aérienne François Mermet revient sur l’importance pour le renseignement du serment de Bon-Encontre, le 23 juin 1940.

Par Jean GuisnelPublié le 28/06/2020 à 11:00 | Le Point.fr

Des archives du Bureau central de renseignements et d'action - BCRA. (Photo d'illustration)
Des archives du Bureau central de renseignements et d’action – BCRA. (Photo d’illustration) © AFP PHOTO /SHD/VIOLA DOMINIQUE

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Dernier militaire à avoir dirigé la DGSE, qu’il a quittée en 1989, le général d’armée aérienne François Mermet, né en 1933 et d’une vivacité étonnante, n’a jamais cessé de s’intéresser au monde du renseignement, bien qu’il ne s’exprime pratiquement jamais. Aujourd’hui président de l’Association des anciens des services spéciaux de la défense nationale (AASSDN), il a accepté de contribuer à la mémoire des événements de 1940, qui mettent en avant le rôle essentiel du général de Gaulle.

Dans une interview récente au Figaro, le directeur de la DGSE Bernard Émié avait insisté sur la relation des services modernes avec le BCRA gaulliste. Son lointain prédécesseur rappelle au Point qu’elle n’est pas exclusive et que depuis la France occupée, des centaines de Français réunis dans une structure clandestine ont contribué à la victoire en collaborant efficacement avec l’Intelligence Service. Ils en avaient fait le serment à Bon-Encontre, non loin de Toulouse, le 23 juin 1940.closevolume_off

Le Point : Quatre-vingts ans après l’appel du 18 Juin, la DGSE célèbre sa filiation avec le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) gaulliste et vante l’esprit de résistance qui doit animer ses recrues d’aujourd’hui. Que pensez-vous de ces liens avec l’Histoire de France ?

Gl François Mermet : Cette démarche du directeur général de la DGSE, Bernard Émié, est excellente et me semble très positive. Je rappelle néanmoins que la filiation des services spéciaux avec le BCRA n’est pas exclusive. Un très bref rappel historique est nécessaire : le 14 juin, la Wehrmacht entre dans Paris vidée de ses habitants. Le 16, le général de Gaulle est à Londres. Les chefs et les membres des Services de renseignement (SR) militaire français, les seuls existant à l’époque, se replient eux aussi en zone libre avec leurs précieuses archives. Conduits par le capitaine Paul Paillole, les membres du personnel du SR gagnent Bazas, au sud de Bordeaux. Le colonel Louis Rivet, leur chef, les y rejoint le 21 juin. Le lendemain, l’armistice est signé avec les Allemands. « La clause dissolvant nos services est confirmée. Un silence de mort règne dans notre cantonnement » écrira Paillole dans son ouvrage Services spéciaux 1935-1945 : « Dans un bureau voisin soudain s’élève une voix : L’honneur, le bon sens, l’intérêt de la Patrie commandent à tous les Français libres de continuer le combat, là où ils seront et comme ils pourront… C’est de Gaulle qui, de Londres sur les ondes de la BBC, exprime et endurcit notre résolution prise la veille à Bazas : continuer le combat, là où nous serons et comme nous pourrons. »

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Comment le SR s’organise-t-il au sein de l’armée d’armistice ?

Après avoir ordonné de mettre les archives en lieu sûr, à Brax près de Toulouse, Louis Rivet donne rendez-vous le 23 à ses troupes au séminaire de Bon-Encontre, à la sortie d’Agen. Les officiers et sous-officiers des Services spéciaux militaires, se recueillent devant le monument aux morts du village. Rivet, s’adresse à eux, témoigne Paillole : « Il trace le devoir de chacun : lutter contre l’envahisseur. Nous en faisons le serment ». Par ce serment historique, nos soldats s’engagent à poursuivre dans la clandestinité une lutte implacable contre les services allemands et italiens. On ne doit surtout pas oublier qu’en 1940, ils peuvent s’enorgueillir d’un bilan qui contribuera, plus tard, à la victoire contre le nazisme.

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À quels événements faites-vous ainsi allusion ?

Parmi leurs plus grands faits d’armes, figure le recrutement en 1931 d’Hans Stilo Schmidt, frère d’un général de la Wehrmacht responsable des transmissions. Schmidt fournit, entre autres, les plans de la machine de chiffrement Enigma, au capitaine Gustave Bertrand, excellent cryptologue. Grâce à cela, les services français suivent au jour le jour les communications cryptées allemandes. Mais les machines évoluent et se modernisent. Pour conserver leur avance, le SR français demande au ministère le recrutement de quelques mathématiciens, ce qui leur sera refusé. Le SR se tourne alors vers ses homologues polonais, qui fourniront début 1940 quatre cryptologues de haut niveau. Spécialistes français et polonais s’installent à Uzès et travaillent d’arrache-pied, sans les Britanniques, pas alors convaincus par Enigma… En 1940, nos experts français et polonais embarquent pour l’Angleterre et rejoignent l’équipe de Bletchley Park avec deux machines Enigma. Une alliance tripartite, unique dans les annales des Services, est établie. Elle permet de reconstituer une machine et de procéder au déchiffrement des messages qui se révéleront si précieux lors de la bataille d’Angleterre.

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Comment ne pas citer également « la source Mad », pour Madeleine Richou, [1] qui, grâce à ses liens avec un adjoint de l’amiral Canaris, un Autrichien antinazi, fournira des renseignements d’ordre géopolitique et militaire inappréciables, échappant durant toute la guerre à la capture. Et « la source K », nom de code de l’équipe de l’ingénieur Robert Keller, qui installa une dérivation sur le câble téléphonique Paris-Berlin, permettant de procéder à des interceptions téléphoniques des plus hautes instances allemandes. Dénoncé, il mourut en déportation en 1945.

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Le SR établit une relation stable et permanente avec l’Intelligence Service (MI6) britannique. Comment les choses se déroulent-elles ?

À Bon-Encontre, dès le 26 juin, le colonel Rivet met au point un projet de réorganisation du SR entré en résistance. La liaison est rétablie avec Stewart Graham Menzies, patron du MI6 qui avait déjà travaillé avec Rivet et Paillole, puis avec les représentants américains en poste à Vichy et dans d’autres capitales et, plus tard, avec l’OSS, service secret américain créé en 1942. La lutte se poursuit sous une forme légale, avec la création du Bureau des menées antinationales (BMA). Parallèlement, une organisation clandestine est mise en place sous la couverture d’une société de « Travaux ruraux », dirigée par le commandant Paillole depuis Marseille. Une idée particulièrement astucieuse, au moment où le régime de Vichy prône le retour à la terre ! Elle permettra d’abriter les archives du service et de recruter des agents – ils étaient 674 en novembre 1942 – qui surveilleront l’implantation des forces ennemies, prépareront des caches d’armes, des terrains d’atterrissage et des zones de parachutages. Leurs réseaux sont implantés sur l’ensemble du territoire national. Les résultats obtenus par ce travail obstiné et obscur sont remarquables et reconnus par nos alliés, car ils vont concourir aux succès des débarquements de Normandie et de Provence, ainsi qu’aux opérations en Tunisie puis en Italie. N’oublions pas le sous-marin Casabianca qui a assuré une liaison permanente entre la France occupée et l’état-major de la France combattante à Alger.

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Quels seront les effets concrets de ces actions à l’encontre des occupants ?

Beaucoup de nos compatriotes ignorent que, de 1940 à 1942, grâce à ces services secrets, 50 espions allemands ou leurs affidés seront arrêtés, jugés et fusillés et 50 autres neutralisés. Après l’occupation de la zone sud, cette action de recherche des agents et des collaborateurs se poursuivra jusqu’à la Libération. En France occupée, la guerre du renseignement s’est donc poursuivie dans la clandestinité, le secret, avec son cortège de souffrances, de trahisons et d’atrocités. Sur le mémorial national de l’Amicale des anciens des services spéciaux de la défense nationale, à Ramatuelle, sont gravés en lettres d’or 325 noms des membres de nos Services. Le 7 mai 1944, le lieutenant-colonel Paillole part en mission secrète pour Londres, où il sera le seul officier français à être associé – sous le sceau du secret – à la préparation du débarquement de Normandie au SHAEF, le QG des forces alliées en Europe commandé par le général Eisenhower. Devant tant d’abnégation, de sacrifices, de détermination et d’héroïsme dans des circonstances aussi tragiques, nous nous devons de pérenniser cette mémoire très peu connue du serment de Bon-Encontre. Il a toute sa place dans l’histoire de la genèse des services spéciaux modernes.

Vous aimez rappeler le souvenir des Merlinettes. Qui étaient-elles ?

Ces jeunes opératrices radio affectueusement appelées « Merlinettes » sont les membres du Corps féminin des transmissions d’Afrique du Nord, créé en novembre 1942 par le général Lucien Merlin. Recrutées par nos services, entraînées en Afrique du Nord et parfois en Angleterre, parachutées depuis Londres (par l’Intelligence Service) ou Alger (par l’OSS), et qui furent, pour la plupart, trahies, arrêtées, torturées, déportées et finalement exécutées à Ravensbrück. Elles avaient entre 20 et 25 ans. Un jardin du parc Citroën, inauguré en 2015, rappelle le sacrifice de la plus jeune (3). Il faut savoir regarder l’Histoire en face, y compris celles de nos si précieux services spéciaux.

[1] Marie Gatard, La source MAD. Services secrets : une Française de l’ombre et un officier de l’armée allemande unis contre le nazisme, Michalon, 2017. Mad, une héroïne de l’ombre, film de Laurent Bergers, scénario de Marie Gatard, Label Image, 2017.

[2] Hitler sur table d’écoute, film de Laurent Bergers, scénario de Marie Gatard, Label Image, 2018.

[3] Dominique Camusso et Marie-Antoinette Arrio, La Vie brisée d’Eugénie Djendi de l’Algérie à Ravensbück. L’Harmattan 2020

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AFFAIRE COURBET : TERRORISME TURC, REPONSES MUNICHOISES…

AFFAIRE COURBET : TERRORISME TURC, REPONSES MUNICHOISES…

Publié par: Richard Labévièrele: 22 juin, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientImprimerEmail

Que s’est-il passé ? Le 10 juin dernier, la FLF (frégate légère furtive) française Courbet (F-712)1 participe à un exercice de l’OTAN (Sea Guardian) en Méditerranée occidentale. Le Courbet est chargé d’une mission de « sûreté maritime » au large des côtes de la Libye, déchirée par une guerre civile depuis 2011. Le pays est l’objet d’un embargo de l’ONU sur l’importation d’armes.

– La frégate Le Courbet, navire français participant à une mission de l’Otan en Méditerranée, a récemment fait l’objet d’une manœuvre « extrêmement agressive » de la part de frégates turques. (Photo archives MARINE NATIONALE)

BRANLE-BAS DE COMBAT

Peu après 17 heures, le Courbet repère un cargo turc – le Circkin – sous pavillon tanzanien. Depuis plusieurs mois, ce bateau est identifié par l’OMI (Organisation internationale maritime)2 comme un navire pratiquant la contrebande d’armes. Sur la coque, son numéro d’identification est masqué et sa balise AIS (numéro 5IM389)3, qui permet une reconnaissance automatique est arrêtée. Le Marcom – qui commande la force de l’OTAN – demande au Courbet de « l’interroger ». Deux frégates turques lance-missiles – Oruç Reis (F-245) et Gökova (F-496) -, qui pourtant participent à l’exercice de l’OTAN s’interposent, engageant une manœuvre hostile. A trois reprises (durant 30 à 40 secondes), elles « illuminent » le Courbet avec leur radar préparant une « conduite de tir ».
Appellation technique, le terme d’« illumination » ne signifie pas que le Courbet visé a été soudainement éclairé par une puissance lumineuse, mais qu’il est électroniquement placé dans la ligne de mire permettant de déclencher des tirs de missiles ou tirs au canon. Autrement dit « l’illumination » correspond bel et bien à un « coup de semonce », un « tir de sommation » avant le déclenchement d’une attaque effective, le Courbet étant parfaitement équipé pour détecter ce genre d’acte hostile, pour en collecter et en conserver les données techniques. Par ailleurs, depuis la passerelle du Courbet, on observe très distinctement à la jumelle et avec d’autres moyens d’observation plus précis que les marins des deux frégates turques sont au poste de combat, derrière leurs affûts équipés de casques lourds, lunettes de protection et gilets pare-balles !

Le Courbet rend aussitôt compte au Marcom qui préconise de décrocher : « la mission du Courbet n’était pas d’intercepter le cargo turc, ni d’ouvrir le feu sur un bâtiment, qui plus est censé être un allié », précise un officier de l’exercice Sea Guardian qui participait à la mission ; « une chose est certaine et avérée : les deux frégates turques portent bien la responsabilité d’une manœuvre hostile qui peut être apparentée à un acte de guerre ». Le cargo turc, qui prétend transporter du matériel médical, poursuit sa route en direction de la Libye.

DE SERIEUX PRECEDENTS

Le ciblage du Courbet est le dernier événement d’une série d’incidents qui a débuté en début d’année. Le mercredi 29 janvier 2020, des Rafale français en mission de reconnaissance avec le porte-avions Charles-de-Gaulle ont repéré un débarquement de véhicules blindés lourds dans le port de Tripoli, depuis un navire affrété par Ankara – le Circkin – escorté par l’une des quatre frégates turques qui croisent régulièrement dans les eaux libyennes.

A l’occasion de la visite à Paris du premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, Emmanuel Macron avait souligné « le non-respect de la parole donnée » par le président Recep Tayyip Erdogan lors de la conférence de Berlin du 19 janvier, qui visait notamment à suspendre les activités militaires en Libye. « Nous voyons ces derniers jours des navires turcs accompagner des mercenaires syriens arrivant sur le sol libyen », a dit le président français.

Une source du renseignement français avait récemment confirmé que 1 500 à 2 000 combattants jihadistes avaient été acheminés par la Turquie en Libye en provenance de Syrie. Deux frégates turques, accompagnées de leurs navires de soutien, avaient été repérées dans les eaux libyennes. Le président Macron estimait alors l’acheminement de tels mercenaires « attentatoire à la sécurité de tous les Européens et des Sahéliens ». En outre, selon plusieurs sources diplomatiques européennes, la Turquie avait déjà installé des systèmes antiaériens de défense sur l’aéroport militaire de Mitiga, à 11 kilomètres à l’est de Tripoli, afin de soutenir l’armée du gouvernement d’accord national (GAN) libyen de Faïez Sarraj.

Le 27 mai dernier, la frégate française de défense aérienne – Forbin (D-620) -, de retour en Méditerranée de la mission Agénor/EMASOH4 dans le détroit d’Ormuz, fait décoller son hélicoptère de bord Panther afin de vérifier l’identité du cargo Circkin.
Contacté par radio, la passerelle du navire ne répond pas. Deux frégates turques qui se tenaient à distance accélèrent subitement pour s’interposer entre le cargo et le Forbin. Et c’est la marine turque qui répond aux demandes françaises : « inspection impossible ».

Le Forbin n’insiste pas mais poursuit sa surveillance et ses investigations : le Circkin a remis le cap sur Gabès (Tunisie), le temps du survol du Pantheravant de reprendre sa route en direction du port libyen de Misrata (à 200 km à l’est de Tripoli).

Le lendemain, le 28 mai au matin, le cargo débarque sa cargaison : plusieurs chars Patton M-60, des missiles Hawk anti-aériens, des canons 105 mn et plusieurs centaines de mercenaires syriens du groupe terroriste Sultan Mourad5, engagé en Syrie contre l’armée gouvernementale. Une fois déchargé, le cargo appareille de nouveau pour la Turquie.
Sous observation satellitaire permanente, il accoste – le 2 juin – à son port d’attache d’Haydarpasa (partie asiatique d’Istanbul). Les 5 et 6 juin, plusieurs camions porte-chars et des conteneurs sont chargés à bord. Il appareille de nouveau le dimanche 7 juin : de nouveau la destination officielle déclarée est Gabès en Tunisie. Une fois encore, ce cargo « civil » est escorté par deux frégates militaires.

– Faut-il rappeler aussi que Nicolas Sarkozy et l’ancien Premier ministre britannique David Cameron, avec les encouragements de Barack Obama, portent une très lourde responsabilité sur la situation actuelle de la Libye, dernièrement aggravée par l’ingérence turque. La Une du Figaro affichant la volonté des trois chefs de guerre atlantistes de se débarrasser du leader libyen…

Au large de l’île grecque de Psara, et violant délibérément l’espace aérien grec, des chasseurs turcs survolent le Circkin. Le mercredi 10 juin, sur ordre du commandement d’Irini, la frégate grecque Spetsai effectue une manœuvre d’approche avant d’être dissuadée par les mêmes moyens engagés contre les bâtiments français. Le 11 juin, le Circkin débarque sa cargaison de « médicaments », selon les autorités d’Ankara.

LES MENSONGES D’ANKARA

A l’Élysée, l’amiral Bernard Rogel – chef d’état-major particulier du président de la République – est à la manœuvre. L’attaché de défense turc est convoqué à Balard – siège du ministère français des Armées – pour demande d’explications. Le 15 juin, le ministre grec des Affaires étrangères Nikos Dendias est à Paris pour échanger avec son homologue Jean-Yves Le Drian. La ministre des Armées Florence Parly s’entretient téléphoniquement avec le secrétaire général norvégien de l’OTAN Jens Stoltenberg (depuis le 28 mars 2014). Le 17 juin, c’est la réunion (par vidéo-conférence) des ministres de la Défense. Plutôt mollement, le secrétaire général de l’OTAN annonce l’ouverture d’une « enquête » sur l’affaire du Courbet, insistant sur la nécessité de « respecter l’embargo des Nations unies sur les armes à destination de la Libye ».

Dénonçant le « comportement agressif » de la Turquie, Florence Parly ne recueille le soutien que de huit pays soutenant l’ouverture d’une enquête sur le comportement des navires militaires turcs en Méditerranée. Devant les sénateurs français, elle déclare : « C’est un acte extrêmement agressif et qui ne peut pas être celui d’un allié face à un autre allié qui fait son travail sous commandement de l’OTAN. J’ai donc été extrêmement claire lors de la réunion des ministres de l’OTAN d’hier et j’ai eu même à y revenir aujourd’hui : il ne peut pas y avoir la moindre complaisance vis-à-vis de ce genre de comportement. Cet incident particulièrement grave doit être relevé et nos alliés partagent nos préoccupations puisque huit alliés européens dont des pays majeurs m’ont apporté encore aujourd’hui un clair soutien lors de mes interventions à l’OTAN ».

Et la ministre française de s’interroger ouvertement sur le problème turc au sein de l’Alliance : « Une réflexion est nécessaire sur ce qui est en train de se passer dans l’Alliance. il faut, en effet, regarder en face les dérives qui s’y produisent et je crois que l’argument consistant à dire que tout ceci n’a qu’une seule bonne cause, c’est-à-dire empêcher que la Russie ne prenne place en Libye est un argument qui est un peu court », laissant clairement entendre que Paris n’a pas l’intention de passer l’éponge : « Je ne pense pas que nous ayons épuisé la question et je constate avec plaisir que nous sommes un certain nombre, parmi les européens, à considérer que ceci n’est vraiment pas acceptable ».

Jeudi dernier, Ankara rejette les accusations « infondées » de Paris. « Il est évident que ces accusations (…) sont infondées », déclare un haut responsable militaire turc ayant requis l’anonymat, accusant même le Courbet d’avoir effectué une « manoeuvre à grande vitesse et dangereuse ». Le même affirme que les navires turcs ont utilisé la caméra intégrée à leur radar pour « observer le navire français qui effectuait une manoeuvre dangereuse à très faible distance, et ce par mesure de sécurité ». Il poursuit : « à aucun moment, le radar n’a illuminé » le navire français », ajoutant que ce dernier « n’avait pas cherché à établir un contact avec les frégates turques avant de conclure : « nous sommes peinés de voir que cet incident a évolué de façon contraire à l’esprit d’amitié et d’alliance ».

Faux, faux, archifaux et mensonges éhontés d’Ankara parfaitement contredits par les archives électroniques et mémoires radars relatives à l’incident, transmises à la commission d’enquête de l’OTAN. Le lendemain de l’accrochage, chauffée à blanc, la presse turque se glorifie d’une « grande victoire nationale » et de la « défaite française » en Méditerranée allant même jusqu’à affirmer que « la honte de la bataille de Lépante6est enfin lavée… ».

PROJET NEO-OTTOMAN ET NEO-ISLAMISTE

Exclu de l’alliance gazière qui regroupe l’Égypte, Israël et Chypre en Méditerranée orientale, la Turquie d’Erdogan cherche à établir un couloir maritime entre ses côtes et la Libye, l’objectif final étant de contrôler les régions pétrolières et gazières de ce pays. Objectif identique en Syrie et en Irak où sous couvert de lutte contre les factions kurdes, Ankara cherche à mettre la main sur les réserves énergétiques. En mer Rouge, avec l’aide financière du Qatar, la Turquie construit un port militaire dans la presqu’île de Suakin au Soudan, quasiment face au port militaire saoudien de Djeddah. A Djibouti, Ankara joue la carte de la diplomatie religieuse en multipliant la construction de madrassas (écoles coraniques) et de mosquées. En Somalie, les services spéciaux de l’armée turque arment et entraînent plusieurs organisations jihadistes liées aux terroristes shebab.

– Exclu de l’alliance gazière qui regroupe l’Égypte, Israël et Chypre en Méditerranée orientale, la Turquie d’Erdogan cherche à établir un couloir maritime entre ses côtes et la Libye, l’objectif final étant de contrôler les régions pétrolières et gazières de ce pays. Objectif identique en Syrie et en Irak où sous couvert de lutte contre les factions kurdes, Ankara cherche à mettre la main sur les réserves énergétiques….

Cette diplomatie théologico-politique ne vise pas seulement la Méditerranée et la Corne de l’Afrique, mais aussi l’Asie centrale, comme toutes les anciennes régions d’influence turkmène. Cet activisme tous azimuts intervient alors que le prestige du président turc Recep Tayyip Erdogan est sur le déclin. Son Parti de la justice et du développement (AKP) a perdu les élections municipales dans la plupart des grandes villes en 2019, ses anciens complices ont créé des partis politiques pour le défier tandis que l’économie (qui était la 15ème du monde) est en crise. Après ses revers en Syrie, dont l’accord de cessez-le-feu conclu avec Moscou le 5 mars dernier pour le partage de la poche d’Idlib (dernier fief des jihadistes anti-Assad), Erdogan a impérativement besoin de victoires militaires pour redonner confiance à sa base électorale.

« On nous demande souvent ce que nous faisons exactement en Libye. Nous y sommes pour défendre nos descendants, nos frères anatoliens », déclare-t-il, le 22 décembre 2019 à Gölcük (région de Kocaeli), alors qu’il préside à la mise à l’eau d’un nouveau sous-marin. Sa politique étrangère met en avant un projet « néo-ottoman » censé restaurer le prestige de l’ancien empire démantelé à la fin de la Première guerre mondiale. Parfaitement irréaliste sur un plan géopolitique, cette posture s’avère idéologiquement très efficace.

Héritier de l’islamiste Necmettin Erbakan7, Recep Tayyip Erdogan est un fervent partisan de l’idéologie des Frères musulmans – officine créé par l’instituteur égyptien Hassan al-Banna en 1928 – cherchant à implanter des régimes islamiques fondés sur la Charia dans l’ensemble du monde arabo-musulman, ainsi qu’en Europe et partout où vivent d’importantes diasporas musulmanes. Ainsi, l’obsession d’Erdogan n’est pas seulement géopolitique, mais cherche également à diffuser – parmi l’ensemble des populations musulmanes du monde – l’idéologie d’un Islam politique fondamentaliste.

Il ne faudra jamais oublier que ce sont les services spéciaux de l’armée turque – aidés de plusieurs mouvements d’extrême-droite dont celui des Loups-gris8 – qui ont acheminé plusieurs milliers de jihadistes chinois d’origine ouïgours (nord-ouest de la Chine) en Syrie pour renverser le gouvernement de Bachar al-Assad. Ce sont les mêmes officines turques qui ont aidé l’émergence de l’organisation « Etat-islamique » (Dae’ch) dès les années 2012/2013 dans les Kurdistan irakien, avant de favoriser leur implantation dans le nord de la Syrie. Les assassinats de l’opposant saoudien Jamal Khashoggi (2 octobre 2018) et celui de l’agent britannique du MI-6 (11 novembre 2019) se sont – tous deux – déroulés à Istanbul avec le bienveillant assentiment des services spéciaux turcs.

Comme Donald Trump et le fasciste Brésilien Jair Bolosonaro, Recep Tayyip Erdogan est prêt à tout pour garder le pouvoir, même au prix d’une guerre civile dans son propre pays. Pour l’heure, c’est surtout en exportant un terrorisme d’Etat en Syrie, au Liban, dans la Corne de l’Afrique, en Asie et en Méditerranée, sans parler de l’instrumentalisation des communautés turques d’Europe, qu’il entend attiser la haine entre Musulmans et « infidèles ». Sa grande ambition : avec l’aide du Qatar, supplanter le wahhabisme saoudien, pouvoir hégémonique régnant sur l’Islam sunnite… Que faire pour arrêter ce fou furieux ?

QUE FAIRE ?

Alors qu’aujourd’hui encore, l’Union européenne et la France soutiennent et partagent les sanctions économiques qui frappent durement la Russie, l’Iran et le Venezuela, comment se fait-il que la Turquie d’Erdogan échappe à toute espèce de mise en garde internationale ?
L’OTAN est clairement en « mort cérébrale », pour reprendre les propres termes du président de la République. Cette alliance militaire, qui n’a plus de missions clairement établies, ne sert plus qu’à écouler les produits du complexe militaro-industriel américain qui représente des millions d’emplois aux États-Unis.

Depuis plusieurs décennies, l’Union européenne se couvre de honte en entretenant la fiction de négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE, alors qu’Ankara occupe militairement le nord de Chypre – Etat membre à part entière de cette même UE. Dès lors, qu’on ne vienne pas s’étonner de l’arrogance et de l’agressivité d’Erdogan !

– Héritier de l’islamiste Necmettin Erbakan7, Recep Tayyip Erdogan est un fervent partisan de l’idéologie des Frères musulmans – officine créé par l’instituteur égyptien Hassan al-Banna en 1928 – cherchant à implanter des régimes islamiques fondés sur la Charia dans l’ensemble du monde arabo-musulman, ainsi qu’en Europe et partout où vivent d’importantes diasporas musulmanes. Ainsi, l’obsession d’Erdogan n’est pas seulement géopolitique, mais cherche également à diffuser – parmi l’ensemble des populations musulmanes du monde – l’idéologie d’un Islam politique fondamentaliste.

Ici, faut-il rappeler aussi que Nicolas Sarkozy et l’ancien Premier ministre britannique David Cameron, avec les encouragements de Barack Obama, portent une très lourde responsabilité sur la situation actuelle de la Libye, dernièrement aggravée par l’ingérence turque. A partir de la résolution 1973 de l’ONU – qui recommandait l’instauration d’une « no-flying zone » sur l’Est de la Libye et l’acheminement d’une aide humanitaire à destination des populations de Bengazi -, les trois dirigeants occidentaux ont déclenché une guerre d’ingérence. Celle-ci a abouti au renversement de Mouammar Khadafi, à l’implosion politique et territoriale du pays et, en dernière instance, à une guerre civilo-régionale qui permet la nouvelle ingérence militaire turque, en violation flagrante d’une série de résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies.

A tout le moins, l’affaire du Courbet aurait pu provoquer une convocation extraordinaire du Conseil de sécurité, voire la proposition d’un projet de résolution réclamant des sanctions contre la Turquie d’Erdogan.

Méfions-nous des anachronismes historiques, mais ne peut-on craindre le pire si les Chamberlain et Daladier d’aujourd’hui, si l’OTAN, l’UE et l’ONU restent les bras croisés devant les provocations répétées du fou furieux Recep Tayyip Erdogan ?
La question reste posée. En attendant des réponses plus pertinentes, nous vous souhaitons bonne lecture et bonne semaine.

Richard Labévière
22 juin 2020

NOTES
1 La frégate Courbet (numéro de coque F712) est le troisième bâtiment de la classe La Fayette – d’une série qui compte cinq unités – de la Marine nationale française. Elle a été nommée en hommage à l’amiral Amédée Courbet (1827-1885) et est parrainée par la ville d’Angers.
2 L’Organisation maritime internationale (OMI) est une institution spécialisée de l’Organisation des Nations unies (ONU), spécialisée dans les questions maritimes. Son siège est à Londres.
3 Le Système d’identification automatique (SIA) – Automatic Identification System (AIS) en anglais – est un système d’échanges automatisés de messages entre navires par radio VHF qui permet aux navires et aux systèmes de surveillance de trafic (CROSS en France) de connaître l’identité, le statut, la position et la route des navires se situant dans la zone de navigation. Pour les navires de commerce, le système doit pouvoir être interfacé à un ordinateur externe pour une éventuelle utilisation par un pilote.
4 L’opération Agénor, volet militaire de la mission européenne de surveillance maritime du détroit d’Ormuz (EMASOH) est portée par la France, les Pays-Bas, la Belgique et le Danemark.
5 La Brigade Sultan Mourad – rebaptisée en 2015 Division Sultan Mourad – est un groupe terroriste turkmène engagé dans la guerre civile syrienne contre l’armée gouvernementale. Cette organisation est soutenue, financée et armée par les services spéciaux de l’armée turque.
6 La bataille de Lépante s’est déroulée le 7 octobre 1571 dans le golfe de Patras, sur la côte occidentale de la Grèce, durant la Quatrième Guerre vénéto-ottomane. La puissante marine ottomane affronte une flotte chrétienne d’escadres vénitiennes et espagnoles, appuyée par des galères génoises, pontificales, maltaises et savoyardes, sous le nom de Sainte-Ligue à l’initiative du pape Pie V. La bataille se conclut par une défaite des Ottomans qui perdent plus de 20 000 hommes et 200 bateaux. L’événement a un retentissement considérable en Europe car, plus encore que la défaite des janissaires lors du Grand Siège de Malte de 1565, il sonne comme un coup d’arrêt porté à l’expansionnisme ottoman.
7 Necmettin Erbakan, né le 29 octobre 1926 à Sinop et mort le 27 février 2011. Homme d’Etat turc, fondateur et membre successivement de différents partis politiques islamiques, il est également fondateur du mouvement islamique Milli Görüş. Il est Premier ministre de Turquie de juin 1996 à juin 19971.
8 Les « Loups gris », officiellement connus sous le nom de « Foyers idéalistes », est une organisation armée ultranationaliste turque. Le mouvement se définit comme néo-fasciste, anti-communiste, anti-grec, anti-kurdes, anti-arméniens, homophobe, antisémite et anti-chrétien. Il entretient d’étroites relations très avec le Parti d’action nationaliste (MHP), dont il est, en fait, la branche paramilitaire.

* Richard Labévière est Rédaction en chef du journal en ligne Proche et Moyen-Orient.ch. Expert des questions internationales et stratégiques, on lui doit une vingtaine de livres de référence sur le terrorisme et les questions géopolitiques, notamment dans le monde arabe.

Proche et Moyen-Orient.ch
http://prochetmoyen-orient.ch/affaire-courbet-terrorisme-turc-reponses-munichoises

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«Je n’ose imaginer la situation si nous prenions conscience que le confinement n’était pas nécessaire»

personnes décédées: 403 022JHU CSSE

Le Désordre mondial avec Rachel Marsden

«Je n’ose imaginer la situation si nous prenions conscience que le confinement n’était pas nécessaire»

LE DÉSORDRE MONDIAL16:27 22.04.2020URL courtePar Rachel Marsden26825S’abonner

Les services de renseignement français craignent une radicalisation des mouvements sociaux lors du déconfinement. Ont-ils aussi une responsabilité dans la crise du coronavirus? N’ont-ils pas su anticiper la débâcle? Éric Denécé, directeur du CF2R, fait le point sur le rôle des services de renseignement face au Covid-19 au micro de Rachel Marsden.

Comment est-il possible que la situation actuelle –population confinée, gouvernements aveuglés, mal préparés et débordés– n’ait pas été anticipée? C’est pourtant le rôle des services de renseignement: prévoir, conseiller les responsables pour qu’ils ne puissent prétendre un jour n’avoir pas vu venir une quelconque menace.

https://w.soundcloud.com/player/?url=https%3A//api.soundcloud.com/tracks/803862328&color=ff5500&auto_play=false&hide_related=false&show_comments=true&show_user=true&show_reposts=falseComme l’a dit Emmanuel Macron: «Étions-nous préparés à cette crise? À l’évidence, pas assez, mais nous avons fait face, en France comme partout ailleurs.» Les services spéciaux, avec leurs moyens et leurs ressources, n’ont-ils été que de simples spectateurs de cette crise majeure? Éric Denécé, directeur du Centre Français de Recherche sur le Renseignement (CF2R), réagit:

«La polarisation que met la presse sur le rôle des services de renseignement dans cette opération est pour moi tout à fait erronée. Ce n’est pas le rôle des services d’espionnage au sens propre, qui ne travaillent que sur des informations secrètes, de surveiller ce qui se passe dans le monde en matière médicale.»

L’auteur du livre, «Le Renseignement au service de la démocratie» (Éd. Fauves), explique que ces servies ne fonctionnent pas à l’aveuglette et qu’ils agissent dans le cadre de missions décidées en amont:

«En matière de renseignement, on ne trouve que ce que l’on cherche. Parfois, en parallèle, on va faire des découvertes un petit peu par hasard. Ces informations que l’on a trouvées par hasard, on les rentre dans une base de données, généralement, sauf indice d’alerte particulier.»

D’après un reportage exclusif du Parisien, des rapports internes des services de renseignement français font état de leur crainte de voir les mouvements sociaux se radicaliser lors du déconfinement. 

«Je n’ose imaginer la situation dans laquelle nous serions d’ici quelques mois, si nous prenions conscience que le confinement n’était pas nécessaire. Alors là, je pense que les réactions de tous ceux qui en ont souffert, notamment économiquement, seraient extrêmement virulentes, et je crois qu’on est peut-être là en train de jouer les prochaines élections présidentielles», conclut Éric Denécé. 

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Tags:DGSEDirection générale de la sécurité intérieure (DGSI)Covid-19ChineFrance

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Pandémies, le renforcement indispensable des capacités de renseignement

Pandémies, le renforcement indispensable des capacités de renseignement

By La redaction de Mondafrique -5 mai 2020https://www.facebook.com/plugins/like.php?href=https://mondafrique.com/pandemies-le-renforcement-indispensable-des-capacites-de-renseignement-sanitaire/&layout=button_count&show_faces=false&width=105&action=like&colorscheme=light&height=21

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Le facteur épidémique est depuis longtemps un sujet d’étude pour le monde de la défense, tant il peut présenter des risques. Dès 1869 le médecin général inspecteur Michel Levy rapportait cette statistique: Sur les 95615 décès de troupes françaises que la guerre de Crimée avait occasionné, 77% étaient dues aux maladies.

Une chronique signée Alphonse Galland

Dans les années 2000, de nombreux rapports ont su esquisser les dangers que les risques biologiques, tant pour les forces armées que les populations civiles pouvaient générer. Des deux côtés de l’Atlantique, services de renseignement et directions de la prospective anticipaient ainsi la menace pandémique. En 2000, le National Intelligence Council américain établissait un premier rapport sur les risques que faisaient peser l’émergence et la résurgence de maladies infectieuses pour la sécurité des Etats-Unis. En 2008, il réitérait et établissait le scénario d’une situation similaire à celle que nous connaissons due à « l’émergence d’une maladie respiratoire virulente » apparue dans des territoires « à forte densité » où il existait « une proximité entre humains et animaux, comme dans certains endroits de Chine ».

Des avertissements à répétition

La même année, en France, le Livre Blanc, définissant la stratégie globale de défense et de sécurité française, considérait l’émergence d’une « pandémie massive à forte létalité » comme « plausible ». Quelques années plus tôt, à la demande des Ministres de la santé et de l’enseignement supérieur (Jean-François Mattéi et Claudie Haigneré), un certain Professeur Didier Raoult signait un rapport sur l’état des lieux de l’ensemble des mesures de santé publique et des recherches prévues en France et en Europe sur les dangers liés au bioterrorisme.

Face à ces alarmes, l’Etat français avait su réagir en lançant dès 2007 l’EPRUS, Etablissement de Préparation et de Réponse aux Urgences Sanitaires. Sa mission : anticiper et prévenir ces risques. Un stock conséquent de masques, de respirateurs, de traitements etc… avait ainsi pu être constitué.

Certains pays africains se sont également penchés sur la question. En 2007, le Royaume du Maroc avait réuni à Casablanca des acteurs nationaux et internationaux, publics et privés, spécialisés dans la gestion de crises « hors cadre ». Ce séminaire nommé « Crises non conventionnelles. Nouveaux impératifs. Nouvelles Postures » avait été l’occasion d’analyses et de retours d’expériences sur des scénarios dits « à fortes ruptures »

Des réductions budgétaires drastiques

Néanmoins, certaines de ces initiatives prometteuses vont tourner court. Suite à l’épidémie de grippe H1N1 en 2011, le gouvernement de l’époque et les services de l’Etat furent accusés d’avoir sur-préparé la réponse à l’épidémie en dépensant plus d’un milliard d’Euros dans l’achat de médicaments, de masques et autres équipements de protection.

Il fût alors imposé à l’EPRUS une réduction drastique de budget. De 287 millions en 2007, son budget était divisé par 10 en 2015, avant d’être dissous un an plus tard.

Avant cette année 2020 et la crise du COVID-19, qui frappe si durement, il apparaît ainsi que, malgré les avertissements, la question du risque pandémique ait été globalement délaissée, voire ignorée, par rapport à d’autres problématiques sécuritaires comme la lutte anti-terroriste. Il semble en particulier que les services de renseignement, véritables vigies et garants de la sécurité collective, n’aient pas eu réellement les capacités de capter des signaux faibles en matière épidémiques, de les interpréter et de recommander une posture stratégique de défense face à ces menaces.

Le risque bio-terroriste

Les conséquences sanitaires, sociales, économiques, financières, et in fine, sécuritaires nées du Coronavirus, témoignent d’un risque de déstabilisation majeur pour l’Europe, l’Afrique et d’autres parties du monde insuffisamment renseignées et préparées à répondre à cette menace. Dans le futur, des états proliférants ou des groupes terroristes, pourraient s’inspirer de ce chaotique exemple et ainsi faire revenir la menace bioterroriste sur le devant de la scène.

Dans ces conditions, il va falloir renforcer des capacités de recherche et d’analyse que l’on croyait perdues. Certains pays étaient – ou sont encore – dotés de branche d’évaluation sanitaire et médicale au sein de leurs services de renseignement. Leurs exemples, passés ou présents, peuvent et doivent inspirer un changement rendu nécessaire.

Aux Etats-Unis, le National Center for Medical Intelligence (NCMI) est par exemple spécialisé dans le renseignement à vocation sanitaire et médical. Dépendant de la DIA (Defense Intelligence Agency), il a, entre autres, pour mission la prévention des risques épidémiques via la surveillance, la collecte et l’analyse de tout procédé, invention ou information présentant un risque pour la sécurité des populations ou des forces armées.

Des expertises ignorées

                                                                                                           Il y a encore 30 ans, ce centre suivait les recherches sur des armes biologiques d’Etats qui s’étaient dotés de capacité dans ce domaine : Russie soviétique, Afrique du Sud de l’Apartheid, Irak de Saddam Hussein, … A la fin des années 90, il s’est ensuite focalisé sur le suivi des capacités d’emploi d’agents pathogènes de la menace terroriste, mais également sur des expertises portant sur les risques sécuritaires que présentaient l’émergence d’épidémie comme Ebola, le SARS,  

Le National Center for Medical Intelligence (NCMI) aurait prévenu la Maison Blanche dès le mois de Novembre 2019 des dangers que le Coronavirus risquait de provoquer. 

La menace biologique, qu’elle soit naturelle ou artificielle est ainsi une réalité qui n’aurait jamais dû quitter, même provisoirement, les champs d’investigation et d’expertise des Services.                                               

Au vu du rappel à l’ordre que provoque la crise COVID-19, les services de renseignement vont ainsi devoir renforcer leurs capacités d’analyse et d’évaluation de la menace pandémique. D’importants moyens vont devoir être réattribués pour permettre de disposer d’informations précises sur l’état des programmes de recherche pratiqués par des laboratoires civils ou militaires en la matière, ou pour se munir des capacités d’évaluation initiale de situation en cas de départ d’épidémie : détermination précise de l’origine du virus, étendue de l’infection, …

Une meilleure synergie entre agences de renseignement civiles et militaires d’une part, et services de santé publics ou dépendant des Armées semble donc inévitable à l’avenir.

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ACTIVITÉS DES SERVICES DE RENSEIGNEMENT …

… ACTIVITÉS DES SERVICES DE RENSEIGNEMENT …
Un sénateur américain aurait profité d’informations confidentielles pour se défaire de ses titres
boursiers avant la déclaration de la pandémie…
Selon les médias américains, le républicain Richard Burr, président de la Commission du
renseignement du Sénat américain, s’est défait de nombreux titres avant la chute des valeurs
boursières, tout en assurant au public américain que l’épidémie du nouveau coronavirus (Covid-19)
était contrôlable aux États-Unis. Le sénateur républicain Richard Burr, de la Caroline du Nord, est
président de la Commission du renseignement et membre de la Commission de la Santé du Sénat
américain. La radio publique nationale (NPR) a rapporté que Richard Burr recevait régulièrement des
briefings du Sénat sur le Covid-19. NPR a commenté que Richard Burr avait participé à la rédaction du
cadre de réponse aux épidémies aux États-Unis, mais il n’avait jamais émis d’alerte à la hauteur au
public depuis février. Dans une tribune publiée le 7 février sur le site de Fox News, Burr a ainsi écrit :
« Le gouvernement est mieux préparé que jamais pour parer au Covid-19, et le Congrès a élaboré un
Renseignor N° 1121 le 29 mars 2020 4
cadre juridique, dans lequel, l’administration Trump a également activement répondu au Covid-19 ».
Néanmoins, un enregistrement secret révélé par NPR jette un pavé dans la marre. L’enregistrement
montre que Richard Burr a lancé le 27 février un avertissement très sérieux lors d’une rencontre
privée : « Le Covid-19 est bien plus agressif dans la façon de se transmettre que ce que nous avons vu
dans l’histoire récente et ça ressemble probablement à la pandémie de grippe de 1918 ».
Malheureusement, seuls quelques riches patrons ont eu la chance d’entendre ces rappels. Ce jour-là,
le président américain a encore affirmé avec conviction que l’épidémie était sous contrôle et allait
bientôt disparaître. Jusqu’au 13 mars, date à laquelle l’état d’urgence a été déclaré, les mesures antiépidémiques pertinentes ont été progressivement renforcées. Alors que Richard Burr a conservé secret
le risque du Covid-19 signalé à l’avance, le peuple américain n’a pas pu se protéger. Selon le bilan du
CDC américain, un total de 15 cas confirmés de Covid-19 ont été signalés aux États-Unis le 27 février.
Aujourd’hui, il y a plus de 14 000 cas confirmés dans le pays. Richard Burr n’est pas le seul à avoir
profité de sa position privilégiée pour éviter la chute de son portefeuille boursier. Actuellement, au
moins trois autres sénateurs assumant de hautes fonctions ont été accusés d’utiliser des informations
inaccessibles au grand public pour vendre de grandes quantités de titres avant que le marché ne soit
en difficulté. On se demande combien d’autres politiciens américains connaissent les risques de
l’épidémie mais restent silencieux. L’une des fonctions importantes des sénateurs consiste à superviser
le travail du gouvernement, mais au lieu de s’acquitter de leurs fonctions, ces sénateurs américains ont
aidé le gouvernement à dissimuler ses erreurs et à tromper le peuple. Ce n’est pas un hasard.
L’épidémie est un miroir qui reflète l’hypocrisie de certains politiciens.
(Radio Chine internationale, le 23-03-2020)
Covid-19 : Le Mossad chercherait à récupérer le maximum d’équipements, de kits et de
traitements expérimentaux pour Israël…
Le Mossad israélien ne chôme pas en cette période de pandémie de Covid-19. Une de ses équipes a
réussi à détourner une partie de l’aide chinoise destinée à l’Italie en République tchèque, tandis qu’une
autre équipe a réussi à intercepter et à récupérer des kits de dépistage chinois destinés aux Émirats
arabes unis et un autre lot de molécules fabriquées en Chine destinées à l’Arabie saoudite. Jusqu’ici,
ce genre d’activités est considéré comme une routine. Ce qui ne l’est pas par contre est la course
effrénée pour obtenir le degré d’avancement des recherches sur le SRAS-nCoV-2 en Chine et même
aux États-Unis. Le Mossad israélien est impliqué dans toutes les opérations visant à récupérer le
maximum d’équipements, de kits et de traitements expérimentaux et les diriger vers Israël.
(Press TV, le 23-03-2020)
En Israël, 500 personnes en contact avec des porteurs du Covid-19 identifiées grâce au
programme de surveillance de masse du Shin Beth…
Le service de sécurité, le Shin Beth, a affirmé jeudi soir que son programme de surveillance de masse
a jusqu’à présent aidé à identifier 500 patients atteints de coronavirus. Il indique que les 500 personnes
identifiées ont été en contact avec des porteurs de coronavirus par le biais du suivi des téléphones
portables. « Sans les trouver rapidement et les mettre en quarantaine, ils auraient sûrement infecté
sans le savoir beaucoup plus de gens » a averti le Shin Beth dans un communiqué. Au cours des deux
dernières semaines, l’agence de sécurité intérieure a travaillé avec le ministère de la Santé pour
retracer les mouvements des patients atteints de coronavirus en utilisant la masse de données de
téléphones et de cartes de crédit à sa disposition, qu’elle n’est généralement pas autorisée à utiliser
pour des raisons autres que la lutte contre le terrorisme. Le service de sécurité n’a pas précisé combien
de personnes au total ont été identifiées comme étant en contact avec un porteur de coronavirus
confirmé, mais seulement les 500 cas qui ont également été testés positifs pour la maladie. De son
côté, le service de renseignement, le Mossad, a aidé à acheminer 400 000 kits de tests de coronavirus
supplémentaires en Israël depuis un lieu étranger non divulgué, a indiqué jeudi soir le bureau du
Premier ministre.
(I24News, le 27-03-2020)
Covid-19 : Au Kenya disparition de six millions de masques destinés à l’Allemagne…
Quelque six millions de masques destinés à l’Allemagne pour faire face à la pandémie provoquée par
le nouveau coronavirus ont été perdus au Kenya, a annoncé mardi une porte-parole du ministère
allemand de la Défense. « Il y a six millions de masques de protection qui ont été perdus au Kenya » a
déclaré à l’AFP cette porte-parole, confirmant une information du Spiegel. Ces six millions de masques
Renseignor N° 1121 le 29 mars 2020 5
FFP2 ont disparu d’un aéroport du Kenya à la fin de la semaine dernière. Ils étaient censés être livrés à
l’Allemagne le 20 mars, selon le magazine. « Nous tentons d’en savoir plus » a déclaré la porte-parole,
notamment pourquoi ces masques transitaient par le Kenya. Elle a assuré que ces articles, dont la
provenance n’a pas été précisée, n’avaient pas encore été payés par l’Allemagne. Les autorités
tchèques avaient saisi le 17 mars 680 000 masques et des appareils respiratoires dans un entrepôt
d’une entreprise privée de Lovosice, au nord de Prague, présentant l’opération comme un grand
succès contre le trafic existant dans ce domaine. Une partie de ces masques étaient en fait un don
chinois destiné à l’Italie, le pays européen le plus touché par la pandémie.
(Africa Radio, le 24-03-2020)

https://cf2r.org/wp-content/uploads/2020/03/Renseignor1121.pdf

Le coronavirus, un défi aussi pour les services de renseignement

Actualité  International

Le coronavirus, un défi aussi pour les services de renseignement

AFPPublié le 23/03/2020 à 16:59 | AFP

Le coronavirus, un défi aussi pour les services de renseignement
Le coronavirus, un défi aussi pour les services de renseignement © AFP/Archives / SAUL LOEB

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Internet surchargé, services d’espionnage redimensionnés et menaces multiformes: le coronavirus bouleverse aussi le monde du renseignement occidental, dont la vigilance redouble alors que les gouvernements sont concentrés sur la seule épidémie.

Au fur et à mesure que le monde s’enferme pour endiguer la propagation du covid-19, les services font face à une double problématique: contraints à une importante réorganisation pour éviter de propager la maladie dans leurs rangs, ils assistent aussi à une augmentation massive des volumes échangés sur internet – contenus officiels ou officieux, confidentiels ou ouverts, exacts ou faux.closevolume_off

Entre désinformation organisée et cyberattaques sous toutes les formes, les services veillent au grain en organisant l’alternance des équipes aux sièges. Dans le jargon militaire, on appelle ça du « mode dégradé ».

Les messageries du renseignement militaire sont suffisamment chiffrées pour être utilisables depuis le domicile des agents, explique à l’AFP un ancien des services de renseignement extérieur français (DGSE). Mais elles ne permettent pas l’accès aux bases de données les plus sensibles. « Il y a une continuité en matière de travail, mais le renseignement stratégique sera forcément plus léger », résume-t-il.

Aux Etats-Unis, la situation est semblable, explique à l’AFP Brian Perkins, chercheur à la Fondation Jamestown de Washington et ancien analyste dans la marine américaine. Il ajoute toutefois un écueil supplémentaire: le pilier du métier, le contact humain, devient parfois impossible.

« Le plus gros défi posé par le covid-19 est l’incapacité des officiers de terrain des services à travailler dans des zones très contaminées, en particulier celles avec des restrictions de circulation », explique-t-il.

Une menace qui augmente

Il faut donc agir différemment et en faire un peu moins, alors que la quantité de travail demeure, sinon augmente. Les administrations et gouvernements sont presque exclusivement concentrés sur la maladie. Pour regarder ailleurs, il ne reste donc que les services.

Et les avis sont unanimes, la menace vient du web, que ce soit une attaque en bonne et due forme contre une infrastructure ou une administration, ou la déstabilisation d’opinions publiques inquiètes, via la diffusion de fausses nouvelles.

« Les acteurs malveillants exploitent ces nouvelles circonstances exigeantes », constate Europol dans un communiqué. « Les entités compétentes de l’Union européenne sont en contact étroit les unes avec les autres » pour y faire face.

L’éventail est large, du pillage économique et stratégique à l’altération des données (électorales, scientifiques, etc…) en passant par la paralysie des serveurs, les campagnes de hameçonnages, la diffamation… Mais le danger le plus important, provenant d’Etats ennemis ou de groupes commandités par ces mêmes Etats, sont des opérations massives et sophistiquées contre une administration ou une structure.

Un expert du secteur, fort de longues années sur le terrain, souligne que les grandes puissances disposent de réseaux suffisamment solides et complémentaires pour y répondre. « Une grosse cyberattaque massive, où tu coupes internet ? Tu peux le faire sur des pays en sous-développement », confie-t-il. « Mais pour faire tomber internet dans les pays occidentaux, il faut quand même s’accrocher ».

Pas de trêve des cyberattaques

D’aucuns auraient espéré une trêve mondiale, puisque seule une coopération planétaire semble susceptible de diminuer la létalité du coronavirus. Mais « ces six dernières semaines, nous avons vu des acteurs menaçants chinois poursuivre leurs opérations contre leurs cibles extérieures habituelles », constate Ben Read, du service d’analyse en cyberespionnage de la société américaine FireEye.

« Il est trop tôt pour observer une décrue quantitative de l’activité, mais ce que l’on voit est conforme aux modèles: pas de signe de trêve », assure-t-il en pointant aussi la poursuite des activités en Corée du Nord, Asie du Sud et Russie.

« Il n’est pas nécessaire de mobiliser beaucoup de gens ni de ressources pour porter ce genre d’attaques », renchérit Suzanne Spaulding, analyste du Centre des études stratégiques et internationales (CSIS) à Washington.

« La Russie est engagée absolument chaque jour dans des opérations de désinformation qui veulent atteindre la confiance publique dans notre démocratie. Il n’y a aucune raison de penser qu’elle va arrêter », martèle-t-elle.

De fait, Moscou fait l’objet de toutes les attentions des chancelleries occidentales, qui l’accusent de multiplier les opérations de désinformation sur le coronavirus.

La task-force East Stratcom de l’Union européenne dédiée à la désinformation a ainsi attribué à Moscou pas moins de 110 campagnes entre le 22 janvier et le 19 mars. Des messages « caractéristiques de la stratégie bien établie du Kremlin d’utiliser la désinformation pour amplifier les divisions, semer la défiance et le chaos et exacerber les situations de crise ».

Des accusations régulièrement balayées par les autorités russes, qui elles-mêmes accusent l’Occident en retour.

23/03/2020 16:57:12 –          Paris (AFP) –          © 2020

 www.lepoint.fr/monde/le-coronavirus-un-defi-aussi-pour-les-services-de-renseignement-23-03-2020-2368353_24.php

La France en danger: où en est le renseignement ? Eric Dénécé. Par Thinkerview

8.mars.2020 // Les Crises

La France en danger: où en est le renseignement ? Eric Dénécé. Par Thinkerview

Eric DenécéThinkerview40

Source : Thinkerview, Youtube, 11-09-2019https://youtu.be/mx5QlspmmE8

Source : Thinkerview, Youtube, 11-09-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici.

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https://www.les-crises.fr/la-france-en-danger-ou-en-est-le-renseignement-eric-denece-par-thinkerview-2/

Le renseignement à l’épreuve de l’Union européenne 29 février 2020Romain Mielcarek

Le renseignement à l’épreuve de l’Union européenne Romain MielcarekIntCenrenseignementSitCen  2 min read

(B2) La coopération européenne en matière de renseignement reste l’un des sujets qui soulèvent beaucoup de questions lorsque l’on se penche sur le travail des ‘espions’. Tantôt présenté comme une réelle progression, tantôt perçu comme une utopie, ce dialogue entre services alliés évolue au gré des fluctuations des politiques européennes de défense et de sécurité

L’auteure de cet ouvrage, Julie Prin-Lombardo, fait intervenir au fil de sa réflexion des hauts fonctionnaires et des hauts responsables qui viennent étayer le propos de témoignages opérationnels. Au bilan, cette docteure en histoire travaillant au sein du ministère des Armées français décrit une construction institutionnelle qui aurait pu donner lieu à une structure efficace, mais qui s’est écroulée. Cela lorsque le centre de situation de l’UE (SitCen) est devenu le centre de situation et du renseignement de l’UE (IntCen), à la création du service européen pour l’action extérieure (SEAE) auquel il a été intégré. Paradoxe de cette mutation : c’est parce que le premier avait commencé à devenir réellement influent que certains ont œuvré à en réduire la portée.

L’obstacle britannique

C’est le positionnement de Londres, notamment, qui revient de manière récurrente comme un obstacle à un meilleur dialogue entre services européens. Pour les Britanniques, la priorité d’une relation solide avec Washington a bloqué de nombreux mécanismes. Par exemple : impossible d’échanger du renseignement avec le Royaume-Uni, sans risque de voir ces données partir vers les États-Unis. De même, Londres peut difficilement transmettre tout un pan de ses connaissances… directement issues des services alliés outre-Atlantique.

Dialogues informels

Reste que les échanges ont quand même lieu. Plus que dans des enceintes policées, c’est parfois dans des clubs plus informels que les acteurs du renseignement parviennent à se coordonner. Ces plateformes, dont la plus connue reste le club de Berne, qui réunit des dirigeants de services depuis les années 1970, ont le mérite de ne pas contraindre les participants et de laisser chacun s’investir à la mesure de ses besoins, de ses capacités et de ses limites politiques. Les blocages sont de fait plus politiques qu’opérationnels : les professionnels du renseignement multiplient, eux, les démarches pour trouver de bons moyens de travailler efficacement ensemble.

Conseil de lecture

Cet ouvrage reste parfois assez technique, avec une approche historique qui ravira les passionnés de renseignement. Les décryptages institutionnels ont la force de leur faiblesse : très pointus, ils dissuaderont probablement le lecteur plus novice en matière de renseignement. Pour le spécialiste, c’est un livre à ajouter à sa bibliothèque.

(Romain Mielcarek)

  • Editions Nouveau Monde, Paris, novembre 2019, 311 pages, 19,90 euros

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Romain Mielcarek

Romain Mielcarek est journaliste spécialisé défense et international. Correspondant de B2 à Paris, il collabore également avec DSI, RFI et Le Monde Diplomatique. Titulaire d’une thèse de doctorat en sciences de l’information et de la communication, il mène par ailleurs des recherches académiques sur l’influence militaire. Son dernier ouvrage : « Marchands d’armes, un business français » (Tallandier, 2017).

https://www.bruxelles2.eu/2020/02/le-renseignement-a-lepreuve-de-lunion-europeenne/

Un cadre supérieur de Twitter fait partie de la brigade de trolls de l’armée britannique

Un cadre supérieur de Twitter fait partie de la brigade de trolls de l’armée britannique


2015-05-21_11h17_05

Par Moon of Alabama − Le 30 septembre 2019

Ian Cobain a déjà écrit la longue histoire de l’implication britannique dans la torture. Il enquête maintenant sur l’implication britannique dans la manipulation des médias. Voici une de ses importantes trouvailles :

Un cadre supérieur de Twitter, le responsable de la rédaction pour le Moyen-Orient, est également officier à temps partiel dans l'unité de guerre psychologique de l'armée britannique, a révélé Middle East Eye.

Gordon MacMillan, qui a rejoint le bureau britannique de l'entreprise de médias sociaux il y a six ans, a également servi pendant plusieurs années au sein de la 77e brigade, une unité créée en 2015 afin de développer des moyens "non létaux" de faire la guerre.

La 77e brigade utilise des plateformes de médias sociaux telles que Twitter, Instagram et Facebook, ainsi que des podcasts, des analyses de données et des études d'audience pour mener ce que le général Nick Carter, chef de l'armée britannique, qualifie de "guerre de l'information".

La 77e Brigade est une ferme à trolls :

Ils l'appellent la 77e brigade. Ce sont les troupes qui mènent les guerres de l'information britanniques ...
D'un bureau à l'autre, j'ai trouvé diverses sections de la brigade occupées au travail. L'une des salles était axée sur l’étude du public : sa composition, sa démographie et les habitudes des personnes qu'ils veulent atteindre. Une autre était plus centrée sur l’analytique, se concentrant sur la création d'une "prise de conscience des attitudes et des sentiments" à partir d'un vaste ensemble de données recueillies sur les médias sociaux. Une autre était remplie d'agents produisant du contenu vidéo et audio. Ailleurs, des équipes de spécialistes du renseignement analysaient de près la façon dont les messages étaient reçus et discutaient des moyens de les rendre plus percutants.

La 77e Brigade a pour mission de produire de la propagande discrète en appui des opérations (militaires) britanniques :

Que savons-nous de la 77e Brigade ? Permettez-moi de citer une réponse écrite du ministère de la défense au Parlement, publiée en mars 2015. La Brigade existe "pour fournir un appui, en collaboration avec d'autres organismes gouvernementaux, aux efforts visant à établir la stabilité à l'étranger et à élargir la diplomatie de défense et l'engagement à l'étranger". C'est une mission bien plus politique que militaire.

La réponse au Parlement poursuit en disant que la Brigade "dirige les méthodes d'influence spéciale, notamment en fournissant des informations sur les activités, l'engagement des principaux dirigeants, la sécurité des opérations et l'engagement des médias". Notez l'expression "méthodes d'influence spéciales", tout droit sortie de 1984, l'ouvrage d'Orwell. Et remarquez la référence à "l'engagement des médias". Depuis quand l'armée britannique a-t-elle un rôle légitime à jouer pour essayer d'influencer les médias ?

Un aspect vraiment intéressant, et dangereux, de la 77e Brigade est son caractère mixte, militaro-civil :

Nous arrivons ici à un aspect vraiment insidieux de la 77e Brigade. Elle dispose d'un effectif d'environ 440 personnes dévouées, selon cette réponse au Parlement. Selon la nouvelle doctrine organisationnelle de l'Armée de terre, les unités combinent à la fois des soldats à plein temps et des réservistes territoriaux. La 77e brigade recrute ses réservistes parmi les journalistes et les professionnels britanniques de la publicité et des relations publiques. Il ne s'agit pas seulement de spécialistes de l'informatique et des technologies de l'information, mais aussi de professionnels des médias. Il en résulte que les frontières nécessaires entre les médias militaires et civils ont été compromises. Cela représente une menace potentielle pour les normes démocratiques.

Le fait qu’un cadre de Twitter ayant une responsabilité éditoriale travaille également pour une unité de propagande militaire britannique montre clairement que les médias sociaux « occidentaux » ne sont pas aussi neutres ou libres que ce que les pouvoirs le prétendent.

Le cadre de Twitter, Gordon MacMillan, est maintenant capitaine de réserve de l’armée britannique et travaille parfois dans son unité de propagande. Le 20 septembre, Twitter a supprimé un grand nombre de comptes, y compris dans le domaine de responsabilité de MacMillan. Combien d’entre eux ont été désignés par l’État britannique ?

En décembre 2018, nous avions parlé d’une autre organisation de manipulation des médias gérée par le gouvernement britannique, Integrity Initiative :

Cette organisation, financée par le gouvernement britannique, est chargée de diffuser de la propagande anti-russe pour influencer le public, les militaires et les gouvernements d'un certain nombre de pays. Ce qui suit est une analyse contextuelle du troisième lot de documents internes de cette organisation, qui ont été divulgués par un anonyme, hier.

Christopher Nigel Donnelly (CND) est le co-directeur de l'Institute for Statecraft et le fondateur de sa filiale, Integrity Initiative. Cette dernière prétend "Défendre la démocratie contre la désinformation".

Elle le fait en diffusant de la désinformation sur l'influence présumée de la Russie par le biais de groupes de journalistes dans toute l'Europe et aux États-Unis.

Institute for Statecraft et Integrity Initiative prétendent toutes deux être des organisations non gouvernementales indépendantes. Mais elles sont financées par le gouvernement britannique, l'OTAN et d'autres donateurs étatiques.

Parmi les documents fuités des serveurs de l'Institut par une personne anonyme, nous trouvons plusieurs documents sur Donnelly ainsi que des notes de service rédigées par lui. Ils montrent un esprit russophobe et un manque de pensée stratégique réaliste.

Le codirecteur de Donnelly à l’Institute for Statecraft est Daniel Lafayeed. Parmi les documents publiés par le compte-rendu anonyme se trouvent ses notes d’allocution lors de réunions en Israël en juin 2018. Ils mentionnent la 77e brigade :

Une grande partie de notre travail visant à améliorer l'efficacité de nos forces armées pour toutes les formes de guerre moderne est, bien sûr, très sensible, car nous l'envoyons aux plus hauts niveaux du ministère de la Défense et des forces armées.

Ce que nous cherchons à faire, c'est d'aider les Forces canadiennes à devenir plus compétentes pour mener une guerre moderne avec toutes sortes d'armes, et ce, dans le cadre du budget que l'État prévoit.

A cette fin, nous avons soutenu la création d'unités spéciales de réserve de l'armée de terre (par exemple la 77 Bde et SGMI - Specialist Group Military Intelligence - avec lesquelles nous entretenons désormais une relation étroite et informelle. En tant que réservistes dotés d'un statut spécial, ces personnes sont des experts civils de très haut niveau dans un domaine pertinent, comme des gestionnaires de fonds de pensions, des banquiers de haut niveau, des chefs de sociétés, etc. C'est-à-dire des gens que l'armée ne pourrait jamais se permettre d'embaucher, mais qui donnent de leur temps et de leur expertise en tant que patriotes.

Avec ces collègues, nous organisons des séminaires et préparons des études pour aider les forces armées à trouver de nouvelles façons de combattre dans la guerre moderne.

Ces documents décrivent notre compréhension de ces guerres modernes, comment nous devons nous y préparer et comment les Russes vont la combattre, au-delà des étapes de la guerre de l'information pour en faire une guerre classique. J'inclus également un document de réflexion sur une autre façon de structurer nos Marines pour une guerre moderne à faible coût. Cela pourrait particulièrement vous intéresser.

Integrity Initiate et Institute for Statecraft ont pris de fortes positions anti-Corbyn. Certains tweets de MacMillon sont aussi fortement dirigés contre Corbyn.

Il ne faut pas considérer la 77  brigade comme une voie à sens unique dans laquelle l’État transmet des messages que des civils contribuent à diffuser. Lorsque les gérants de fonds de pensions, les haut responsables de banque, les responsables de sociétés de relations publiques sont invités à participer à ses opérations, ils auront aussi tout intérêt à faire passer leurs propres messages pour tenter de vaincre leurs propres ennemis. L’exécutif de Twitter, en tant que membre de la brigade de propagande, l’utilisera également pour diffuser les messages et les souhaits de son entreprise.

Il s’agit d’un mariage des pouvoirs entre grandes entreprises et gouvernement pour manipuler l’opinion publique. C’est dangereux.

Addendum :

Kit Klarenberg vient de publier ses articles sur le sujet : « Notre homme infiltré : Un cadre supérieur de Twitter exposé en tant que guerrier de l’information de l’armée britannique. »

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/un-cadre-superieur-de-twitter-fait-partie-de-la-brigade-de-trolls-de-larmee-britannique

L’Élysée aurait ignoré les renseignements français, qui estimaient qu’un G7 à Biarritz était «la pire» solution

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Place beauvau (archives photo)

L’Élysée aurait ignoré les renseignements français, qui estimaient qu’un G7 à Biarritz était «la pire» solution

© AFP 2019 CHRISTOPHE ARCHAMBAULTFRANCE15:40 17.08.2019(mis à jour 17:00 17.08.2019)URL courte171620

Malgré les tentatives des services de renseignement de dissuader l’Élysée d’organiser le sommet du G7 à Biarritz en pleine saison estivale, évoquant des inquiétudes, notamment d’éventuelles opérations des blacks blocs et des Gilets jaunes au Pays basque, le choix de la ville n’a pas été revu, informe France Inter.

Les tentatives des services de renseignement de décourager l’Élysée d’organiser le sommet du G7 à Biarritz ont été vaines, relate France Inter. Même de possibles manifestations de nombreux groupes, notamment des Gilets jaunes, des blacks blocs et des mouvances nationalistes basques, n’ont pas affecté la décision des autorités sur le choix de la ville.

Les syndicats de policiers ont aussi haussé la voix pour souligner que la sécurisation de cette zone, en plus en pleine saison estivale, était une mission très difficile, en rappelant que les forces de l’ordre étaient épuisées depuis le début du mouvement des Gilets jaunes. Toutefois, il est rapporté par France Inter que les patrons de certains syndicats seront présents sur place pour agir en cas de confrontations importantes.

Biarritz

© AFP 2019 DAMIEN MEYERBiarritz se transformera-t-il en «bunker» pendant le G7?

Qui plus est, quelque 80 organisations et associations locales ainsi qu’internationales vont tenir un «contre-sommet» du G7 aux mêmes dates, lequel sera marqué par une grande manifestation et des actions «d’occupation des places publiques» près de Biarritz.

En outre, France Inter se réfère à un haut fonctionnaire d’un service de renseignement intérieur qui avait considéré dès le printemps que le choix de Biarritz était la pire option possible pour le sommet.

Auparavant, le maire de Biarritz, Michel Veunac, interrogé sur les craintes des commerçants concernant une possible baisse de leur chiffre d’affaires, avait assuré que sa commune ne serait «pas bunkérisée» et surtout que la ville ne serait pas «morte».

Une «mobilisation exceptionnelle»

Le 4 juillet, Christophe Castaner a promis lors de son déplacement à Biarritz une «mobilisation exceptionnelle des forces de sécurité intérieure» durant le G7. Selon lui, elles «neutraliseront» toute manifestation violente qui éclaterait en marge du sommet.

Du 24 au 26 août, Biarritz accueillera la 45e édition du G7. Le sommet réunira les dirigeants des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, de l’Italie, du Japon, de l’Allemagne et de la France

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