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Le leurre de Trump au Gabon relève-t-il d’un coup d’ État de l’AFRICOM ?

Le leurre de Trump au Gabon relève-t-il d’un coup d’ État de l’AFRICOM ?


Par Andrew Korybko − Le 7 janvier 2019 − Source eurasiafuture.com

andrew-korybkoTrump a fait déployer 80 militaires au Gabon la semaine dernière, pour préparer une réponse aux « manifestations violentes » qui se sont déroulées dans le pays voisin, la République démocratique du Congo ; il pourrait s’agir d’une ruse couvrant la complicité étasunienne dans la tentative de coup d’État au Gabon qui vient de se produire en début de semaine, et qui a constitué une prise de pouvoir bien travaillée de l’AFRICOM dans la zone stratégique du Golfe de Guinée. Les USA ont à y gagner l’établissement d’une base d’opérations d’où ils pourront étendre leur « sphère d’influence » sur la région, que l’opération de changement de régime parvienne à ses fins ou non.

Le lendemain-même du jour où était confirmé l’assassinat du responsable de l’attentat contre le Cole Bomber au Yémen, Trump était déjà à l’œuvre pour remporter une seconde victoire en politique étrangère dans un autre pays du « Grand Sud », cette fois-ci dans l’État centre-africain du Gabon. La nouvelle est tombée récemment : des membres des forces armées du pays ont tenté un coup d’État contre le président Ali Bongo, qui recevait ces derniers mois des soins au Maroc après avoir subi une attaque en octobre [2018]. Le gouvernement gabonais déclare que la plupart des conspirateurs ont été arrêtés et que la « situation reste sous contrôle ». Même s’il semble donc bien que l’État a réussi à contrer le putsch, les USA restent en position de tirer des bénéficies géopolitiques de la situation, en manipulant le dénouement en faveur de leur AFRICOM.

Rappel de quelques fondamentaux sur le Gabon

Bongo a réussi à se faire réélire avec une courte avance de moins de 6000 voix, chose que l’opposition a pris comme prétexte pour incendier le parlement, ce qui a fait basculer le pays, qui jusqu’alors constituait un havre de paix historique, dans un chaos de guerre hybride. L’auteur du présent article avait décrit la crise alors en développement dans l’article « Le déploiement de la guerre hybride au Gabon », où les fondamentaux en politique intérieure et étrangère du Gabon étaient notamment abordés. Le Gabon est dirigé par la famille Bongo depuis la prise de pouvoir par le père du président en exercice en 1967, soit 7 années après son accès à l’indépendance. Avant cela, le pays était considéré comme l’une des « possessions » françaises néo-coloniales les plus précieuses du continent, car il est connu comme très riche en matières premières. C’est pour cette dernière raison que le pays a été membre de l’OPEP sur la période 1975-1995, puis y est revenu en 2016, soit – de manière intéressante – un an après avoir grossi les rangs de la « coalition anti-terroriste » des Saoud.

On peut se trouver surpris de voir une nation majoritairement chrétienne de la côte Atlantique sub-saharienne d’Afrique rejoindre cette organisation militaire basée au Moyen-Orient ; l’une des raisons pourrait en être l’appartenance de Bongo à la minorité musulmane du Gabon, et au fait qu’il a pu succomber au chant des sirènes de la « diplomatie personnelle » saoudienne, qui voulaient séduire son pays. Une autre explication possible serait que le pays avait entamé un « ré-équilibrage » de sa politique étrangère à ce moment : le pays avait connu la transition de constituer une « possession » néo-coloniale française au statut d’État plus souverain avec son partenariat avec la Chine dans la période suivant la fin de la Guerre froide, et comprenait donc bien l’importance de disposer d’un troisième partenaire stratégique pour maintenir un « équilibre » entre les deux pays extra-continentaux les plus importants pour lui, alors que démarraient les premières phases de la Nouvelle guerre froide.

Outre ses ressources en énergie et dans les domaines de la pêche et de l’exploitation forestière, le Gabon constitue également une pièce maîtresse pour des raisons géostratégiques. Comme décrit par l’auteur dans son précédent article, qui visait à expliquer pourquoi la France maintenait 1000 hommes dans ce petit pays :

Paris peut garder ces militaires prêts à un déploiement éclair sur les points chauds en Afrique centrale, comme en République centre-africaine et dans la République démocratique du Congo. Le Gabon, de par sa position géographique clé, permet également à la France de disposer d’un positionnement à mi-chemin entre les deux puissances africaines montantes que sont le Nigeria et l’Angola, et Paris est prête à en exploiter tous le potentiel si la situation l’y invite.

Voilà qui était bien vu, puisque c’est précisément sous le motif « officiel » de répondre à des « manifestations violentes » qui pourraient éclater dans la République Démocratique du Congo voisine (qui se trouve constituer également être le premier producteur mondial de cobalt) à l’issue des dernières élections, que Trump a déployé 80 militaires dans ce même pays en fin de semaine dernière.

Les raisons du déploiement étasunien

Avec le recul, l’annonce de Trump du déploiement de soldats dans un pays d’Afrique centrale, soi-disant en réponse à des « manifestations violentes » en RDC pourrait s’apparenter à une ruse pour couvrir le rôle qu’ont joué les USA pour essayer d’empêcher les mêmes manifestations au Gabon, par suite de ce qui ressemble fortement à une tentative toute récente de coup d’État au Gabon assisté par l’AFRICOM. La situation n’est pas totalement éclaircie pour l’instant, mais il semble bien que le gouvernement a réussi à arrêter la plupart des conspirateurs, et a repris le contrôle de la situation. Reste que les dissensions internes connues par le Gabon depuis deux ans et demi – c’est à dire depuis les dernières élections – auraient pu constituer le terreau pour l’éclosion de rumeurs quant à la santé de Bongo. Ces rumeurs auraient pu amener l’armée à agir préventivement, au vu du soutien manifesté par les organisateurs des agitations envers les partisans de l’opposition tués pendant ces émeutes.

Les soldats étasuniens ont été envoyés au Gabon sous le prétexte à peine plausible d’une préparation à l’évacuation des ressortissants des USA en RDC, au cas où ce pays verrait éclater des violences par suite des annonces imminentes des résultats d’élections. Le positionnement de ces soldats pouvait tout aussi bien être considéré par les conspirateurs gabonais comme signe d’un soutien tacite des USA, et par les loyalistes à Bongo comme une dissuasion à toute réaction de leur part – ce qui semble n’avoir pas fonctionné. Les USA ne voulaient pas s’impliquer trop directement, pour optimiser leur positionnement vis à vis du pays quelle que soit l’issue du coup d’État. Il reste que cet événement est d’une importance de premier plan pour l’AFRICOM : les USA ont à présent une raison de s’intégrer d’avantage au Gabon, pays disposant d’un positionnement stratégique privilégié dans le Golfe de Guinée. Le pays est également entouré de plusieurs États faibles mais tout aussi importants stratégiquement, présidés par des dirigeants au long court vieillissants, et qui ont tous connu des troubles civils récemment, à des degrés divers.

Pour exprimer les choses différemment, on peut considérer le déploiement de soldats étasuniens comme un « appât », positionné pour encourager les conspirateurs à lancer leur tentative. Quel que soit le résultat de cette tentative, les USA pouvaient tirer parti de la situation en utilisant le Gabon comme point d’entrée de l’AFRICOM sur le continent, chose qu’ils désiraient depuis longtemps. Si le coup d’État avait réussi, les USA auraient pu s’allier au gouvernement « paria », qui se serait naturellement vu boudé par l’Union africaine et la plupart des acteurs internationaux ; ils l’auraient aidé à stabiliser la situation intérieure et à restaurer dès que possible un sentiment de « normalité ». Si le coup échouait, et en dépit de la réussite apparente des forces gouvernementales à maîtriser ce coup d’État, ce grave incident démontrait à l’État que des tensions politiques intérieures étaient bien en train d’infuser jusqu’aux couches de son appareil d’« État profond », et le besoin d’un nouveau partenariat en sécurité devenait patent aux yeux des autorités en place, pour prévenir toute nouvelle occurrence de ce type d’incident.

Les USA étaient donc positionnés pour tirer les marrons du feu de la situation et faire progresser leur agenda régional, quelle que soit l’issue du coup d’État.

Pourquoi le Gabon

Au cœur de toute action

Comme expliqué dans l’article du même auteur cité ci-avant, le pays dispose d’une proximité très importante avec les grandes puissances montantes en Afrique que constituent le Nigeria et l’Angola, ainsi que la République démocratique du Congo – qui dispose de trésors en gisements. Le Gabon est en outre à très faible distance de la République centre africaine (RCA), dont l’importance a été croissante au cours des 12 derniers mois – depuis l’intervention sur base de « mercenaires » organisée par la Russie et approuvée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies – et qui constitue le composant clé de la stratégie d’« équilibrage » de la Russie sur le continent africain. La France ayant perdu pour de bon la RCA en tant que possession néo-coloniale, et semblant en bonne passe de perdre également le Gabon suite au putsch, on peut penser que la « Ruée vers l’Afrique » dont l’auteur avait prédit qu’elle allait s’intensifier cette année amène à des changements géopolitiques profonds dans la région de l’Afrique centrale : l’ancienne domination française se voit supplantée par la Russie, les USA et la Chine.

Entouré de dirigeants vieillissants

C’est une chose importante : les dirigeants des pays avoisinants, que sont le Cameroun, la République du Congo, ainsi que la Guinée équatoriale, sont tous d’âge avancé, et ont tous subi récemment des tentatives de changement de régime, sous des formes diverses. Le premier de ces pays est dirigé par Paul Biya (en poste depuis 36 années consécutives), et subit officieusement un état de guerre civile entre le gouvernement central et la région anglophone qui jouxte la frontière avec le Nigeria. La République du Congo est dirigée par Denis Nguesso (en poste pour la première fois il y a 34 ans – il a dirigé le pays pendant 13 années, puis 21 années, avec 5 années d’intérim entre-temps), qui n’a réussi à restaurer la paix avec le département rétif du Pool au sud du pays que récemment. Le dirigeant de Guinée équatoriale est quant à lui Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (au pouvoir depuis 39 années), qui a réussi l’an dernier à faire échouer un coup d’État monté par des mercenaires.

Plaque tournante pour Guerre Hybride

Si l’on raisonne en fonction de la dynamique des Guerres hybrides régionales, le Gabon représente pour les USA l’endroit idéal pour encourager et guider des mouvements de changement de régime partout en Afrique centrale, afin de se façonner une « sphère d’influence » dans l’Est du Golfe de Guinée. Si les USA réussissent à transformer le Gabon en base d’opérations de l’AFRICOM sur le continent, ils pourront s’en servir pour exercer des influences vers les pays d’Afrique de l’Ouest, du Centre et du Sud, comme le Nigeria, la RDC et l’Angola. Dans cette hypothèse, on verra probablement les autorités nouvellement imposées justifier les changements en arguant d’un « équilibrage », alors que l’on verra le pays se tourner totalement vers les USA, et se détourner en même temps de la France, de la Chine et de l’Arabie Saoudite. Il n’est même pas nécessaire qu’AFRICOM soit formellement invitée dans le pays pour voir tout ceci arriver : il suffit que les USA gardent leur proverbial   « pied dans la porte », et le reste suivra « naturellement ».

Conclusions

Le putsch au Gabon a pris nombre d’observateurs par surprise, mais rétrospectivement, « c’était écrit » depuis un moment, et deux importants signaux avaient été émis avant son occurrence, qui auraient pu mettre la puce à l’oreille. Le discours de nouvelle année de Bongo à son peuple, enregistré depuis le Maroc, où il est toujours en soins suite à son attaque d’octobre [2018], montrait qu’il restait diminué physiquement, surtout après la controverse autour de sa réélection de justesse en 2016 – cela fait presque un demi-siècle que sa dynastie familiale administre le pays. Le déploiement de 80 soldats étasuniens en fin de semaine dernière, sous prétexte de répondre à des violences après les élections dans la RDC voisine, constituait clairement une ruse : le Gabon n’a même pas de frontière commune avec la RDC ; la simple présence de ces soldats ressemblait donc fortement à un encouragement pour les conspirateurs et à un avertissement préventif face aux réactions de l’État.

Bien que les dernières informations en date semblent indiquer que le gouvernement aurait récupéré le contrôle de la situation, ce putsch reste une victoire de la politique étrangère étasunienne : les USA sont à présent en bonne position pour en manipuler les retombées et faire valoir leurs propres intérêts. Un « gouvernement révolutionnaire » serait resté en marge sur le plan international, et donc totalement dépendant des USA, mais l’affaiblissement que subit l’État à l’issue de ce putsch favorise également le positionnement des USA comme partenaires en sécurité, et leur donne un grand rôle à jouer dans la stratégie d’« équilibrage » du pays. Dans les deux scénarios de sortie de crise, la relation USA-Gabon se trouvait renforcée, et s’apparentait plus à une réorientation qu’à une évolution de l’« exercice d’équilibrage » du Gabon : l’implantation de soldats étasuniens sur le sol gabonais aura inévitablement des conséquences régionales.

Certes, que ce pays de deux millions d’habitants, relativement prospère et riche en ressources naturelles, tombe « dans l’escarcelle » d’une des grandes puissances, dans le cadre de la « Ruée vers l’Afrique », épisode de la Nouvelle guerre froide, constitue un événement en soi. Mais l’importance du Gabon réside également dans son positionnement géopolitique entre les grandes puissances régionales montantes que constituent le Nigeria et l’Angola, sa proximité avec la République démocratique du Congo et la République centre africaine (dont la Chine et la Russie, rivaux des USA, constituent les protectrices principales, respectivement) ; son emplacement au barycentre de trois pays affaiblis dirigés par des hommes d’âge avancé, qui ont tous subi des tentatives de changement de régime ces derniers temps. Il est trop tôt pour dire si le putsch gabonais aura changé la donne régionale ou non, mais il saute aux yeux, au vu des raisons élaborées plus haut, que les stratèges étasuniens comptent là-dessus : si leur opération réussit même partiellement, nous assisterons au retour de l’Afrique au cœur du positionnement international étasunien.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-leurre-de-trump-au-gabon-releve-t-il-dun-coup-detat-de-lafricom

 

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Les évêques centrafricains demandent la levée de l’embargo sur les armes en République centrafricaine

Les évêques centrafricains demandent la levée de l’embargo sur les armes en République centrafricaine

Les évêques centrafricains demandent la levée de l’embargo sur les armes en République centrafricaine

Alors que le pape François fustige régulièrement le commerce des armes, les évêques centrafricains ont demandé le 13 janvier la levée de l’embargo sur les armes en République centrafricaine, dans le message final de leur première Assemblée plénière. Pour eux, cet embargo n’est plus opportun alors que l’armée est fragilisée et que les groupes armés sèment la terreur :

« Avec l’élection des nouvelles autorités en 2016, la RCA a retrouvé l’ordre constitutionnel. Alors que la RCA, encore maintenue sous embargo, ne peut pas s’approvisionner en armes pour sa défense, les groupes armés se ravitaillent en engins de guerre au vu et au su de tous. Dans ces conditions, l’embargo sur les armes ne favorise-t-il pas les groupes armés qui continuent à semer la terreur, la désolation et à défier l’autorité de l’État ? Comment peut-on former les forces de défense et de sécurité sans leur fournir ? »

« De vastes zones de la Centrafrique échappent au contrôle de l’État et se trouvent entre les mains de groupes armés qui se livrent aux actes répétitifs de violences inhumaines et de violations graves des droits humains ».

Les évêques centrafricains, fustigent le comportement de certains contingents de la Mission des Nations Unies en Centrafrique (Minusca).

« Nous déplorons la duplicité de certains contingents qui laissent pourrir la situation sous leurs yeux comme s’ils en tiraient profit »,« les Marocains à l’est, les Pakistanais à Batangafo et les Mauritaniens à Alindao ».

Pour se défendre et rétablir le droit, l’Etat centrafricain a donc besoin de s’armer.

Un texte publié en juin 1994 par le Conseil pontifical Justice et Paix, présidé alors par le Cardinal Etchegaray, intitulé «Le commerce international des armements, une réflexion éthique », estime que le recours à certaines formes de violence armée est un droit, et même un devoir, en cas de légitime défense :

“Dans un monde où subsistent le mal et le péché, existe le droit à la légitime défense par des moyens armés. Ce droit peut devenir un devoir grave pour celui qui est responsable de la vie d’autrui, du bien commun de la famille ou de la cité”.

La reconnaissance d’un tel droit détermine deux conséquences :

  • Tout Etat qui s’estime menacé a le droit d’entretenir des forces armées proportionnées à l’évaluation de la menace pesant sur sa vie, son indépendance, sa liberté. S’il n’a pas d’industrie d’armement, il a donc le droit de se procurer ailleurs les matériels nécessaires. Le commerce des armes n’est donc pas, en soi, immoral.
  • La « légitime défense » est le seul et unique fondement moral de ce droit de s’équiper en armements.

https://www.lesalonbeige.fr/les-eveques-centrafricains-demandent-la-levee-de-lembargo-sur-les-armes-en-republique-centrafricaine/

Centrafrique : Le Drian estime qu’il n’y a pas de place pour l’initiative de paix menée par la Russie

Centrafrique : Le Drian estime qu’il n’y a pas de place pour l’initiative de paix menée par la Russie

25 septembre 2018 à 08h54 | Par Jeune Afrique avec AFP

Aux yeux du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, il n’existe « aucune alternative » à l’initiative de paix menée par l’Union africaine en Centrafrique, où Moscou tente d’initier un processus concurrent.

« Il n’y a aucune alternative, ni souhaitable, ni susceptible de réussir », a déclaré Jean-Yves Le Drian lors d’une conférence de presse en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Des déclarations qui interviennent alors que la Russie est de plus en plus présente diplomatiquement et militairement – ainsi que par mercenaires interposés – dans ce pays.

L’ingérence de Moscou

Moscou s’est notamment ingérée dans la complexe médiation avec les groupes armées qui contrôlent la majorité du territoire. Une rencontre sous son égide a notamment été organisée fin août à Khartoum entre différents groupes en parallèle de la médiation officielle menée par l’Union africaine (UA).

De leur côté, les autorités centrafricaines ont déclaré soutenir la médiation de l’UA, qui tente depuis juillet 2017 de faire s’asseoir autour de la table de négociations les groupes armés et le gouvernement.

Une situation sécuritaire « préoccupante »

« L’initiative de paix portée par l’Union africaine pose le seul cadre crédible et approuvé par l’ensemble de la communauté internationale à une sortie de crise durable », a estimé Jean-Yves Le Drian. »Celle-ci passe par le désarmement des groupes armés et la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire », a-t-il ajouté en rappelant que « la situation (sécuritaire) rest(ait) préoccupante ».

Début 2018, cinq officiers militaires et 170 instructeurs civils sont arrivés de Russie à Bangui, où ils ont aidé au redéploiement de soldats centrafricains hors de la capitale. Moscou a par ailleurs livré des armes à l’armée nationale après avoir obtenu une exemption à l’embargo de l’ONU.

https://www.jeuneafrique.com/634154/politique/centrafrique-le-drian-

Assassinat de trois journalistes russes en Centrafrique: que s’est-il passé?

Centrafrique: trois Russes porteurs de cartes de presse assassinés

Centrafrique: trois Russes porteurs de cartes de presse assassinés

Bangui – Trois Russes qui portaient sur eux des cartes de presse ont été assassinés dans la nuit de lundi à mardi près de Sibut, dans le centre de la Centrafrique, a appris l’AFP de sources judiciaire, religieuse et sécuritaire.

Leurs corps « ont été retrouvés à 23 km de Sibut, ils ont été assassinés par des hommes armés non identifiés », a declaré à l’AFP une source judiciaire, précisant qu’ils auraient été tués à un barrage dressé sur une route.

Les corps des trois hommes ont été déposés mardi matin à la base de la Mission de l’ONU pour la stabilisation de la Centrafrique (Minusca) de Sibut, selon ces sources. Leur chauffeur est porté disparu.

« Ils rentraient de Kaga Bandoro (nord) par la route », a précisé une source religieuse de SIbut.

Ni l’ambassade russe à Bangui, ni le conseiller russe à la présidence centrafricaine, n’avaient connaissance de la présence de journalistes de leur pays en Centrafrique, selon une source sécuritaire russe.

C’est la première fois que l’assassinat de citoyens russes est rendu public en Centrafrique où la présence de la Russie est de plus en plus marquée depuis plusieurs mois.

Moscou a depuis début 2018, déployé des formateurs militaires à Bangui, livré des armes à l’armée nationale et assure la sécurité du président Faustin-Archange Touadéra, dont le conseiller à la sécurité est un Russe.

La Russie avait réussi à obtenir une exemption afin de vendre des armes au gouvernement centrafricain. En décembre 2017, Moscou a ainsi livré un important stock d’armes, incluant des armes de poing, des fusils d’assaut, des mitrailleuses et des lance-roquettes.

La Russie a également obtenu l’autorisation de l’ONU pour dispenser une formation militaire à deux bataillons – environ 1.300 hommes – des Forces armées centrafricaines.

Officiellement, le programme russe vise à renforcer une armée en grande difficulté dans un pays où la majeure partie du territoire est contrôlé par des groupes armés.

Mais par cette mission, Moscou vise également à renforcer son influence dans un État stratégique, riche en ressources telles que les diamants, l’or, l’uranium et le bois.

Fin mai, le président Touadéra avait rencontré son homologue russe Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg. Il l’avait remercié pour l’aide de la Russie à un moment où son pays vit une « situation humanitaire difficile » et « un processus de consolidation et de réconciliation du pays ».

« Nous serons heureux de réfléchir à différents moyens d’intensifier nos relations, en premier lieu et avant tout dans les sphères économique et humanitaire », avait quant à lui affirmé le président Poutine.

La Russie a vainement tenté d’organiser début juillet une rencontre entre le gouvernement centrafricain et des groupes armés dans la capitale soudanaise Khartoum.

(©AFP / 31 juillet 2018 15h04)

https://www.romandie.com/news/Centrafrique-trois-Russes-porteurs-de-cartes-de-presse-assassin-s/941456.rom

 

 

Retour de la Russie en RCA : entre intérêts multiples et lutte d’influence

Retour de la Russie en RCA : entre intérêts multiples et lutte d’influence

Depuis une rencontre en octobre 2017 à Sotchi entre le président centrafricain Faustin Archange Touadéra, et le ministre russe des Affaires étrangères, Serguei Lavrov, la Russie renforce son soutien militaire au régime de Bangui. La présence de « russophones » est de plus en plus marquée dans le pays et reste bien perçue par la population. Cependant, en parallèle, la Russie n’hésite pas à passer des arrangements controversés avec des groupes armés « rebelles » afin de satisfaire ses intérêts économiques. Dans le cadre d’une stratégie globale visant à remettre les pieds sur le continent africain, le Kremlin accroit progressivement son influence en République centrafricaine (RCA) et semble affaiblir celle d’autres puissances, telles que la France.  

Appui militaire au gouvernement et bonne perception par les populations

Suite à la signature d’un accord -resté confidentiel- à Sotchi sous l’impulsion du directeur de cabinet du président centrafricain, Firmin Ngrabada[1], Moscou a fortement renforcé sa présence militaire en RCA. Tout d’abord, la Russie livre depuis mi-janvier de considérables dons d’armes à Bangui dans le but d’équiper les Forces armées centrafricaines (FACA). Conjointement, entre 200 et 300 conseillers militaires ont également été déployés à Bangui pour former les FACA. Pour certains, ces instructeurs seraient des « spetnasz » -forces spéciales russes-, pour d’autres il s’agirait de « mercenaires » employés par les sociétés militaires privées russes Lobaye Ltd et Sewa security Services[2]. Les instructeurs, dont le nombre excède considérablement celui qui avait été convenu tacitement avec les Nations unies, ont installé leur base dans l’ancienne propriété de l’empereur Bokassa à Bérengo. La résidence, qui s’étend sur plusieurs dizaines d’hectares, se situe près d’une ancienne piste d’atterrissage qui serait en train d’être agrandie[3].

Plusieurs accords de coopération ont été signés à Sotchi entre la Russie et la RCA.

Par ailleurs, depuis le 30 mars, une quarantaine de « spetnasz », menés Valeri Zakarov, ont été placés à la tête du dispositif de protection rapprochée du président Touadéra. Ces derniers ont marginalisé les Casques bleus rwandais de la MINUSCA qui la composaient quasi-intégralement jusque-là. Le président Touadéra, qui craint un hypothétique coup d’état orchestré par les Occidentaux suite à son rapprochement avec la Russie[4], pourrait rapidement augmenter le nombre de « russophones » dans la garde présidentielle.

Cette implantation militaire russe est légitimée par une situation sécuritaire très critique[5]. Alors que la réforme du système de sécurité (RSS) centrafricain menée par l’Union européenne prend du temps, les 13 000 Casques bleus de la MINUSCA se sont montrés incapables de protéger efficacement les populations civiles depuis le retrait de l’opération française Sangaris en 2016. Les dernières manœuvres de l’opération de paix contre les « criminels » du MK5 ont ravivé les tensions entre les groupes armés dans un pays où l’autorité étatique reste toujours quasi insignifiante. En avril 2018, alors que le président Touadéra a appelé à augmenter les effectifs de l’opération onusienne, une source diplomatique russe a d’ailleurs indiqué que son pays n’excluait pas la possibilité d’envoyer des Casques bleus sur le terrain[6].

Enfin il est intéressant de constater que malgré la barrière des langues, les soldats russophones bénéficient d’une bonne image au sein de la population centrafricaine. D’une part, la levée partielle de l’embargo a été bien perçue par les Centrafricains. D’autre part, selon plusieurs habitants de Bangui, la Russie serait aujourd’hui la seule puissance capable de les protéger. Moscou mène en outre des opérations humanitaires pour s’assurer la sympathie des populations[7]. Pour sa part, l’image de la France semble fortement détériorée dans le pays. Elle est accusée de néocolonialisme, d’être responsable de la situation actuelle de la RCA en raison de sa « mauvaise gouvernance »[8], voire même de pactiser avec les groupes de l’ex-Séléka.

La Russie ne ferme la porte à aucun acteur afin de satisfaire ses intérêts économiques

Si la Russie est fortement impliquée dans un soutien au gouvernement, elle ne ferme pas pour autant le dialogue avec certains groupes armés de l’ex-Séléka. Le Kremlin utilise comme intermédiaire le russophone et ex-leader de la Séléka, Michel Djotodia, aujourd’hui réfugié au Bénin[9]. Cependant, la présence de plusieurs médiateurs russes à Kaga-Bandoro début mai[10] ou dans le quartier musulman du Pk5[11] montre que Moscou négocie aussi directement sur le terrain. Si certains groupes armés semblent pour l’instant exclus des négociations -MPC- ou réticents à tout accord -UPC-, le Front Populaire pour la Renaissance de la Centrafrique (FPRC) de Nourredine Adam a déjà trouvé un terrain d’entente avec Moscou[12]. Afin de faciliter les négociations, l’ex-numéro 2 de la Séléka aurait touché d’importantes sommes d’argents, ainsi que quelques biens immobiliers au Tchad.

L’ouverture de discussions de la part des Russes avec ces groupes « rebelles » s’expliquerait principalement par la volonté de satisfaire des intérêts économiques. L’intérêt russe pour les ressources minières de la RCA n’est un secret pour personne et lors de l’entretien de Sotchi, le « potentiel significatif d’un partenariat en matière d’exploitation minière » avait été constaté par les deux parties. Or, le FPRC contrôle de riches zones minières (diamants, or, platine …) et quelques gisements de pétrole dans le nord du pays. Depuis fin avril, plusieurs dizaines de camions russes sont arrivés dans la région de Ndélé et de Birao depuis le Soudan, officiellement pour rénover des hôpitaux. Selon certaines sources, Nourredine Adam permettrait aux camions russes de prospecter librement le sous-sol de son territoire, à condition que Moscou lui fournisse des armes lourdes et qu’elle lui verse un taux de 30% sur les revenus liés à l’exploitation des ressources premières[13]. Les Russes ont pu profiter du retrait des entreprises chinoises à la fin de l’année 2017, alors qu’elles étaient présentes dans le nord du pays depuis 2003. Ces dernières ont été chassées de la région par Nourredine Adam, en raison d’une prise de position trop marquée de la Chine envers le gouvernement de Bangui[14].

Moscou s’affirme au milieu d’une lutte d’influence entre grandes puissances

En renforçant ses positions en RCA, la Russie marque des points dans un pays où plusieurs grandes puissances semblent se mener une lutte d’influence[15]. Selon Thierry Vircoulon, la RCA serait « un Etat à genoux et à vendre » et des puissances émergentes ou « revanchardes » -telles que la Chine et la Russie- sont accueillies à bras ouvert par Touadéra.

Tout d’abord, la Russie dépoussière son image de puissance anti-impérialiste et tente de réactiver les solides relations qu’avaient entretenues les deux pays de 1960 à 1980, en plein contexte de guerre froide. Au-delà de sa volonté de renforcer ses intérêts économiques et sa coopération sécuritaire, la Russie est bien consciente que la RCA, située sur un carrefour en plein cœur de l’Afrique subsaharienne, offre une position bien plus stratégique que le Soudan. Le chercheur de l’IRIS Arnaud Dubien[16] explique que cette implantation en RCA n’est pas un cas isolé puisqu’elle s’inscrit dans une large stratégie à l’échelle continentale lancée par Moscou depuis quelques années.

De surcroît, la Chine souhaite également renforcer sa coopération avec le pays. Principalement intéressée par les matières premières du pays, elle veut également renforcer ses intérêts en matière de coopération militaire. Tout comme la Russie, le refus d’ingérence de la Chine sur des questions politiques a toujours été bien perçu par le régime centrafricain. Pékin a effectué plusieurs gestes amicaux envers Bangui ces dernières années, dont le dernier en date est l’exemption partielle de dettes équivalentes à 17 milliards de franc CFA -soit 26 millions d’euros- en janvier 2018[17].

A contrario, l’influence des pays occidentaux semble légèrement sur le reculoir. La France, qui a mené sept interventions militaires en RCA depuis l’indépendance du pays, semble avoir de plus en plus de difficultés à dialoguer avec F.A. Touadéra. Le renouvellement de personnel au sein son ambassade à Bangui depuis mars 2018 témoigne de cette problématique. Contrairement aux Russes, Paris ne dispose sur place que de 81 formateurs militaires et de quelques drones. La France se serait en outre fait doubler par Moscou sur l’importante livraison d’armes adressée aux FACA. Enfin, des spécialistes russes de la désinformation seraient également arrivés dans le pays[18] afin de détériorer encore davantage l’image de l’ex-colonisateur. Néanmoins, cette perte d’influence reste relative et le « show of force » de Mirage 2000 au-dessus de Kaga-Bandoro mi-mai a montré que Paris avait encore son mot à dire.

Enfin, s’ils restent inquiets pas rapport à la mise en place progressive d’un axe Angola-Soudan par Moscou, les Etats-Unis de Donald Trump semblent porter peu d’intérêt pour l’Afrique centrale. Les Etats-Unis feraient pour l’instant confiance à la France sur ce dossier, qui se déroule dans ce qu’ils considèrent comme son « arrière-cour ». A noter qu’en réaction au don d’armes attribué par Moscou aux FACA, les Etats-Unis ont tout de même fait un don de 12,6 milliards de dollars destiné aux programmes de formation et d’équipement de l’armée centrafricaine.

En somme, l’accord signé à Sotchi en octobre 2017 a permis à la Russie de renforcer sa coopération militaire avec Bangui. Cette dernière se traduit par un soutien militaire de plus en plus important, officiellement dans le but soutenir le régime de Touadéra contre des groupes armés qui contrôlent 80% du territoire. Derrière cette généreuse aide militaire, Moscou espère potentiellement créer une base militaire sur une position géostratégique hors pair mais aussi se servir du cas centrafricain pour créer de nouveaux partenariats de défense avec d’autres acteurs continentaux -notamment pour vendre son matériel de défense. Moscou travaille également son image auprès des populations, dont le lien de confiance avec la MINUSCA semble quasiment rompu. Néanmoins, en parallèle, la Russie dresse son propre plan d’action qui diffère largement de celui des Nations-Unies. Afin de satisfaire ses intérêts économiques, le Kremlin n’hésite pas à passer secrètement des accords controversés avec des groupes armés afin d’exploiter le riche sous-sol centrafricain. L’influence montante de la Russie en RCA, mais aussi sur l’ensemble du continent africain, semble se faire au détriment de celle des grandes puissances occidentales. Si ces dernières ont encore une bonne longueur d’avance sur le continent, Moscou exploiterait néanmoins les opportunités qu’offrent leur dynamique de désengagement, caractérisée par un recentrage de leurs priorités stratégiques sur des questions migratoires et stricto-sécuritaires.

[1] Pacôme Pabandji , « Centrafrique : qui est Firmin Ngrebada, l’homme du rapprochement Moscou-Bangui ? », Jeune Afrique, 3 mai 2018.

[2] Rémy Ourdan, « Soldats, mercenaires et conseillers russes se multiplient dans la capitale centrafricaine », Le Monde, 23 avril 2018.

[3] Nicolas Beau,« Poutine s’installe en Centrafrique », Mondafrique, 4 mai 2018.

[4] Pacôme Pabandji, « Centrafrique : la garde rapprochée russe du président Touadéra », Jeune Afrique, 16 avril 2018.

[5] François Soudan, « Russafrique », Jeune Afrique, 22 mai 2018.

[6] Laurent Lagneau, « La Russie cherche à étendre son influence en Centrafrique », Opex 360, 27 avril 2018.

[7] « Centrafrique : La population de Ndélé dans la psychose suite à la présence russe », RJDH, 12 mai 2018.

[8] « [Reportage] RCA: à Berengo, la présence des militaires russes fait l’unanimité », RFI, 12 mars 2018.

[9]  « Centrafrique : Moscou sollicite l’ex-Séléka via Michel Djotodia », Jeune Afrique, 5 avril 2018.

[10] « RCA: une médiation russe à Kaga-Bandoro », RFI, 1er mai 2018.

[11]  « [Info RFI] Centrafrique : l’opération séduction des Russes au PK5 », RFI, 26 avril 2018.

[12] Pierrot Namsene, « L’ex-Séléka divisée sur la question russe », C.P.I, 17 mai 2018.

[13] Pierrot Namsene, « Nouredine Adam brade nos richesses », C.P.I, 14 mai 2018.

[14]China, Russia rise in C. Africa as Western influence shrinks”, AFP, 24 mai 2018.

[15] « La Centrafrique terrain d’une lutte d’influence diplomatique et sécuritaire », AFP, 19 mai 2018.

[16] Arnaud Dubien, « La Russie s’intéresse également à la nouvelle Afrique« , Le Point, 30 octobre 2017.

[17] Cyrille Yapendé, « Centrafrique : l’exemption partielle des dettes, la Chine vient de signer un protocole d’accord avec la RCA », CNC, 10 janvier 2018.

[18] Nicolas Beau, « La France muette face à Poutine », Mondafrique, 9 mai 2018.

About Clement LOBEZ

Clément Lobez, diplômé d’un master en relations internationales à l’UCO, a participé à plusieurs expériences en lien avec la consolidation de la paix en Afrique et a été assistant chercheur au GRIP dans la section « Conflits, sécurité et gouvernance en Afrique ».

Les implications stratégiques d’une éventuelle base russe au Somaliland

http://lesakerfrancophone.fr/les-implications-strategiques-dune-eventuelle-base-russe-au-somaliland


Par Andrew Korybko – Le 6 avril 2018 – Source Oriental Review

Somaliland flagSi l’on en croit les rapports non confirmés sur une éventuelle base russe dans la région sécessionniste du Somaliland, Moscou bande enfin ses muscles militaires au-delà de l’Eurasie et signale son désir de retourner en Afrique.
 
Le portail d’information des média alternatifs, généralement digne de confiance, South Front, a republié des déclarations qui circulaient depuis quelques jours sur une éventuelle base militaire russe dans la région sécessionniste du Somaliland, un développement qui a d’abord pris au dépourvu de nombreux observateurs. Mais il n’y a rien d’inexplicable si cela se confirme. Le rapport allègue que Moscou a entamé des pourparlers avec les autorités autoproclamées de Hargeisa pour construire une petite installation aérienne et navale polyvalente dans la ville frontalière de Zeila, à Djibouti, en échange de la reconnaissance officielle de « l’indépendance » de la région. Les EAU construisent déjà leur propre base à Berbera − bien qu’ils ne reconnaissent pas officiellement le Somaliland − mais l’État du Golfe est une puissance militaire montante avec beaucoup plus d’argent pour arroser le terrain que la Russie et n’est donc probablement pas soumis aux mêmes conditions que Moscou juste pour cette simple raison pécuniaire.

Somaliland map

Le contexte du Somaliland

Le Somaliland était une colonie britannique réunie avec ses frères somaliens en 1960, après quoi elle s’est séparée de cet état somalien « croupion » après le renversement du président Barre et la guerre civile multidimensionnelle qui a suivi et qui a englouti le pays. Le gouvernement de facto du Somaliland estime que la politique anti-insurrectionnelle de Barre à la fin de la guerre froide envers sa région a constitué ce qu’il a appelé le « génocide Isaaq » et l’a donc convaincu de faire sécession pour des raisons de sécurité. Quelle que soit la légitimité de cette démarche, le fait incontesté est que la position géostratégique du  Somaliland est restée fonctionnellement celle de l’indépendance et d’une posture en grande partie pacifique depuis lors, ce qui, selon Hargeisa, devrait renforcer sa revendication de reconnaissance internationale de son indépendance. Mogadiscio, cependant, maintient que la région devrait revenir sous son contrôle formel, avec la garantie que le nouveau système « fédéral » selon elle, empêchera les abus passés de se reproduire.

Importance géostratégique

Le Somaliland, tout comme le Sud-Yémen tout aussi méconnu mais également souverain, s’est rangé du côté des Émirats arabes unis dans la guerre du Yémen et héberge aujourd’hui un complexe militaire émirati à Berbera qu’Abou Dhabi envisage d’associer à ses installations existantes d’Aden et des iles Socotra pour en faire la « porte d’entrée » de Bab El Mandeb pour le commerce maritime UE-Chine. Ce processus se déroule parallèlement à l’extension de la guerre froide du Golfe à la Corne de l’Afrique et à la militarisation internationale de la mer Rouge, faisant de la région l’un des points chauds les plus exposés aux conflits dans le monde aujourd’hui. C’est dans ce contexte que la Russie pourrait envisager une base navale et aérienne au Somaliland à quelques kilomètres de celle des États-Unis à Djibouti, qui, si elle était construite, complèterait de manière stratégique celle de la Chine à l’ouest du Camp Lemonnier des Américains.

Le « pivot vers l’Afrique » de la Russie

Somaliland Foreign Minister Dr. Saad Ali Shire meets with Russian diplomat Yury Kourchakov
Le ministre des Affaires étrangères du Somaliland, Dr. Saad Ali Shire (centre droit) rencontre le diplomate russe Yury Kourchakov (centre) en 2017

La base possible de la Russie au Somaliland serait bien plus qu’un crachat à la face des Américains car elle ferait partie du projet de « pivot vers l’Afrique » de Moscou qui a été annoncé à la fin de l’année dernière, suite à l’aide militaire fournie à la République centrafricaine et l’offre par le Soudan de mettre à la disposition des Russes une installation militaire sur sa côte de la mer Rouge. En relation avec ces deux développements, il y a aussi eu des signes au début de cette année que tout pivot africain pourrait voir Moscou s’appuyer davantage sur les mercenaires comme force d’avant-garde pour stabiliser les pays déchirés par les conflits et créer les conditions pour équilibrer les intérêts intra-étatiques et les affaires internationales, à travers le continent par conséquence. Dans ce cas, la Russie pourrait potentiellement servir de médiateur entre le Somaliland et la Somalie proprement dite et ensuite « équilibrer » les relations entre eux et leur voisine beaucoup plus enclavée qu’est l’Éthiopie.

L’Éthiopie et les Émirats arabes unis

À cet égard, il convient de rappeler aux observateurs les relations de longue date entre la Russie et l’Éthiopie qui ont jeté les bases de leur rapprochement en cours après près de trois décennies de négligence après la fin de la guerre froide. L’Éthiopie est le premier partenaire de la Chine en Afrique et le chemin de fer Djibouti-Addis-Abeba (DAAR) récemment construit pour devenir le cœur d’un « CPEC africain ». Compte tenu du « surpeuplement » militaire dans la minuscule Djibouti et de la distance relativement longue entre Port Soudan et l’Éthiopie, la Russie aurait pu décider de construire une base au Somaliland comme « porte dérobée » pour l’Éthiopie, avec laquelle Hargeisa est alliée. En outre, le développement conjoint par l’Éthiopie d’un port à Berbera avec les Émirats arabes unis et les relations croissantes de la Russie avec ces deux grandes puissances émergentes indiquent des motivations économiques et stratégiques derrière la décision éventuelle de Moscou de construire une base poche de Zeila, pour « tuer plusieurs oiseaux d’une seule pierre » en renforçant les liens de la Russie avec les trois parties.

L’échiquier de la grande puissance du XIXe siècle

Néanmoins, tout mouvement dans cette direction serait sans aucun doute considéré comme une « trahison » de la Somalie par son ancien soutien pendant la Guerre froide, malgré la participation décisive de la Russie aux côtés de l’Éthiopie pendant la guerre Ogaden de 1978-79 et le fait d’avoir « vendu » Mogadiscio à Addis-Abeba lors d’un échange sans précédent d’alliés régionaux avec les États-Unis. Tout comme à l’époque, les calculs néo-réalistes seraient au cœur de cette décision, bien que cette fois-ci basés sur « l’équilibre » de « l’Échiquier des Grandes Puissances du XIXe siècle » devenu infiniment plus complexe avec l’émergence de l’Ordre mondial multipolaire que durant les « bons vieux jours » de la bipolarité. Comme preuve de cette politique en action dans un contexte africain, il suffit de regarder la nouvelle politique de la Russie à l’égard de la Libye qui considère maintenant le renversement de Kadhafi comme une « affaire interne » même si c’est elle qui a attiré l’attention de la communauté internationale sur les débuts de la Révolution colorée nommée « Printemps arabe » à l’échelle du théâtre du grand Moyen-Orient.

Réflexions finales

Les fondements de la politique étrangère russe contemporaine complètement non-idéologiques et axés sur les intérêts contrastent fortement avec le récit dogmatique des démagogues des médias alternatifs qui prétendent que Moscou ne peut que s’opposer par principe à des alliés des américains, c’est-à-dire que la Russie « ne contribuerait jamais » (délibérément ou non) à la « balkanisation » de la Somalie en construisant une base dans le Somaliland à côté de celle de la « petite Sparte » des États-Unis et à proximité d’un pays enclavé qui est son bras droit régional. Les temps ont certainement changé, prouvant que la Nouvelle Guerre froide n’a rien à voir avec la première version et que la Fédération de Russie d’aujourd’hui ne ressemble en rien à l’Union soviétique du passé en ce qui concerne ses « principes » de politique étrangère. Ce n’est pas nécessairement une « mauvaise » chose mais seulement un reflet de la réalité internationale dans laquelle la Russie est obligée de bouger si elle veut faire avancer ses intérêts face à une pression américaine asymétrique considérable et multidimensionnelle.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

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Centrafrique: des Russes forment des soldats au maniement d’armes

Afrique

Centrafrique: des Russes forment des soldats au maniement d’armes

Les drapeaux français, russe et européen à l'entrée du village de Pissa, non loin du Palais de Berengo, en République centrafricaine, le 11 mars 2018
Les drapeaux français, russe et européen à l’entrée du village de Pissa, non loin du Palais de Berengo, en République centrafricaine, le 11 mars 2018
afp.com – FLORENT VERGNES
dans

Après de longues tractations à l’ONU, des instructeurs venus de Russie ont pris possession d’une demeure de l’ex-président Jean-Bedel Bokassa près de Bangui, pour y former des militaires centrafricains à manier des armes russes.

L’envoi de matériel militaire et d’instructeurs russes dans un pays soumis à un embargo sur les armes depuis 2013 avait provoqué des remous et des interrogations à l’ONU, en particulier de la part des Etats-Unis, de la France – ex-puissance coloniale en Centrafrique – et du Royaume-Uni.

Car les violences et exactions perpétrées par des milices et groupes armés dans ce pays riche en diamants, en or et en uranium qui attirent les convoitises, se poursuivent et le régime de sanctions a été renouvelé pour un an en janvier.

Washington, Londres et Paris avaient finalement accepté l’exemption accordée à Moscou en décembre 2017, en lui demandant des mesures renforcées de stockage des armes livrées. « Il n’y a pas encore eu de réelles inspections », selon une source diplomatique.

Le stock d’armement livré à la Centrafrique est conséquent: pistolets, fusils d’assaut, mitrailleuses ou encore lance-roquettes.

La Russie a également reçu l’autorisation de l’ONU d’entraîner l’armée centrafricaine en pleine reconstruction – deux bataillons, soit au total 1.300 hommes – à l’utilisation de ces armes.

L’immense palais de Berengo, à 60 km à l’ouest de Bangui, semble à l’abandon: mais depuis fin janvier, cette bâtisse où vivait Jean-Bedel Bokassa, président puis empereur de 1966 à 1979, abrite désormais un camp d’entraînement militaire de 41 hectares, a constaté un journaliste de l’AFP.

Plus de 150 instructeurs russes, indique-t-on de source diplomatique, y forment des centaines de soldats des Forces armées centrafricaines (FACA) au maniement des armes livrées.

– « No photo, no video, no interview » –

A première vue, au palais de Berengo, seuls quelques soldats centrafricains montent la garde.

Surgit alors une poignée de Russes en tenue militaire. L’un d’eux autorise les journalistes à faire quelques pas jusqu’à la tombe de Bokassa, située dans l’enceinte du palais, mais à une condition, répétée deux fois: « No photo, no video, no interview ».

Une dizaine de grandes tentes sont alignées à la droite de la tombe fleurie de l’empereur. Elles abritent un bataillon de soldats des FACA, dont certains ont déjà été entraînés par la mission de formation de l’Union européenne (EUTM) en 2017.

« Ces soldats sont à Berengo pour le +marquage+. C’est-à-dire qu’ils apprennent à travailler avec l’équipement spécifique livré par la Russie », explique une source militaire.

« L’entraînement est très dur », souffle un militaire centrafricain croisé à l’entrée du camp.

Aux alentours du palais, les instructeurs russes sont vus d’un très bon oeil par la population locale.

Ils « vont aider le pays à sortir du chaos, les Sangaris (surnom des soldats l’opération militaire française de décembre 2013 à octobre 2016) n’avaient pas fini leur mission », affirme Roger Okoa-Penguia, le maire de Pissa, un village proche du palais.

« Ils sont gentils, ils achètent à manger, ça fait marcher le commerce », se réjouit Alexis, un habitant de Pissa.

Un autre, Thibault, fait part du même enthousiasme, en critiquant la France: « Vous faites semblant de nous aider, les Français, vous signez des accords et vous ne faites rien alors que les Russes si ! Si vous aviez ramené la sécurité, est-ce qu’on aurait eu besoin des Russes ? ».

Le 24 janvier, une partie des héritiers de Bokassa résidant en France avait déclaré dans un communiqué « avoir appris avec émoi et consternation la présence de soldats russes » sur le site du palais qu’ils considèrent comme « un domaine privé et familial ».

« Les incompréhensions ont été levées au sujet de Berengo, cela appartient au domaine de l’Etat, il n’y a aucun doute là-dessus », a déclaré à l’AFP Albert Yaloke, porte-parole du gouvernement.

La République centrafricaine, « un condensé des malheurs du continent noir

Entretien

La République centrafricaine, « un condensé des malheurs du continent noir »

Jean-Pierre Tuquoi Journaliste

Dans son livre Oubangui-Chari, le pays qui n’existait pas, l’ancien journaliste au Monde Jean-Pierre Tuquoi, brosse le portrait d’une République centrafricaine qui avait tout pour assurer la prospérité de ses habitants – sols riches en matières premières, absence de sécheresses, forêts, savoir-faire etc. -, mais qui a été mené à « l’agonie ». C’est aujourd’hui un pays « en lambeaux », miné par la violence et une pauvreté extrême, qui touche sept habitants sur dix. Mardi 30 janvier, le conseil de sécurité de l’ONU a renouvelé pour un an l’embargo sur les armes imposé à la République centrafricaine, en raison des menaces que constituent les groupes armés, et les craintes d’un risque de nettoyage ethnique.

Vous parlez d’un « pays fantôme créé de toutes pièces »  et d’un « immense gâchis ». Peut-on tirer le fil d’une responsabilité française dans cette désolation ?

Elle n’explique pas tout, mais elle est indéniable. Le Centrafrique – l’Oubangui-Chari d’avant l’indépendance – est une création de la colonisation française, au même titre que le Tchad, le Gabon ou le Cameroun. Les frontières, la langue, la religion, la monnaie, la division administrative… Tout ce qui aujourd’hui caractérise le pays a été voulu par la France. Le pays n’existait pas auparavant. C’était une immense tâche blanche au cœur du continent africain, un territoire saigné par la traite négrière arabe.

Le Centrafrique est une immense tâche blanche au coeur du continent africain, un territoire saigné par la traite négrière arabe

Mais si la France a colonisé le pays elle l’a fait a minima, sans se donner les moyens de le développer. Pour comprendre ce désintérêt, il faut remonter le cours de l’Histoire jusqu’à l’épisode de Fachoda en 1898. Fachoda, un village du Soudan du Sud, c’est l’affrontement de deux impérialismes, français et britannique. Les Français  voulaient établir une continuité territoriale entre leurs possessions sur la côte ouest africaine et celles de la côte est.

Si le projet s’était réalisé, l’Oubangui-Chari devenait une position charnière, à mi-chemin. L’opposition britannique a ruiné le projet et enlevé tout intérêt à cette colonie éloignée de tout, sans accès à la mer. Paris s’en est donc désintéressé. Les fonctionnaires coloniaux étaient très rares en Oubangui. Paris s’est déchargé de tout et a, en quelque sorte, privatisé la colonie. Le développement en était confié à des intérêts privés. C’était le pire des choix.

L’histoire coloniale pèse-t-elle toujours beaucoup ?

Oui, bien sûr. On ne gomme pas un demi-siècle de colonisation comme ça. Surtout lorsque de cette colonisation est issue une grande partie de ce qui constitue l’essence moderne du pays.

Paris s’est déchargé de tout et a confié le développement du Centrafrique à des intérêts privés. C’était le pire des choix

J’ajoute que les Centrafricains jouent de ce passé colonial. Ils le mettent en avant pour se dédouaner, et s’exonérer de toute responsabilité dans le drame de leur pays. Face à un problème, leur réflexe immédiat est de se tourner vers Paris et d’attendre de l’ex colonisateur qu’il règle le problème. Un ancien responsable politique centrafricain d’une grande envergure, Jean-Paul Ngoupandé, avait inventé une expression pour qualifier cette attitude. Il parlait du « syndrome Barracuda », du nom de l’opération militaire française qui avait abouti à l’éviction de l’empereur Bokassa. Je crois que le syndrome Barracuda » existe toujours.

Dans votre récit, un seul Président semblait avoir l’envergure nécessaire, Barthélémy Boganda, mort dans un accident en 1959. Qu’est-ce qui a empêché selon vous l’arrivée sur la scène politique d’une personnalité équivalente par la suite ?

Imaginez la situation du pays à la disparition de Boganda. Il est vaste, très peu peuplé, avec une culture traditionnelle omniprésente. Il n’y a pas d’élite locale. La France n’en a pas formé. Combien de bacheliers au total ? Une douzaine, plus deux ou trois diplômés de l’Université ? Barthélémy Boganda, parce que c’était un ancien prêtre, était l’intellectuel de ce pays en gestation. Il était l’homme le plus instruit. A sa disparition, s’affrontent des hommes d’une trentaine d’années, sans expérience, sur fond de guerre froide. C’est ainsi qu’un soudard comme Bokassa va prendre le pouvoir avec, disons-le, la bénédiction de la France.

Le président Boganda voulait que les anciennes colonies de l’Afrique francophone se rapprochent et ne fassent plus qu’un. C’était une belle utopie

Boganda avait conscience de la faiblesse de son pays et des pays voisins.  Pour cette raison il s’était fait le chantre des Etats-Unis d’Afrique. Il voulait que les anciennes colonies de l’Afrique francophone se rapprochent et ne fassent plus qu’un. C’était une belle utopie.

La France n’a eu de cesse de s’immiscer dans les affaires de son ancienne colonie. Comment analysez-vous le rôle de la France, notamment depuis le départ des troupes françaises ?

Dans le contexte de la guerre froide, disposer d’une base militaire au cœur du continent africain avait du sens. C’était une sorte de porte-avion. L’armée française a tout fait pour maintenir cette présence, d’autant que, dans les années 1980, elle affrontait un colonel Kadhafi qui avait des visées sur le Tchad et au-delà.

Aujourd’hui, avec la fin de la guerre froide, le Centrafrique n’a plus d’importance stratégique

Aujourd’hui, avec la fin de la guerre froide, le Centrafrique n’a plus d’importance stratégique. Maintenir une présence militaire française n’est pas une priorité. Sur le plan économique, le Centrafrique est un nain. Les entreprises tricolores sont une poignée sur place. Le chiffre d’affaires global de Total, numéro 1 sur le marché des carburants, ne doit pas dépasser celui d’une station d’autoroute en France.

Vous écrivez que le salut ne viendra pas du président Touadéra, élu en 2016, alors qu’il disposait pourtant d’une vraie légitimité. Pourquoi ?

Je suis convaincu qu’il a gagné l’élection présidentielle à la loyale. J’étais sur place lors du scrutin. Les habitants voyaient surtout en lui un homme non corrompu, un universitaire qui, tout premier ministre qu’il était du chef de l’Etat précédent, avait continué à donner des cours à l’université.

Il fallait un président exceptionnel pour relever ce pays. Touadéra ne l’est pas

Hélas, il n’a pas tenu les promesses. Il s’est révélé pusillanime, faible, sans grande consistance. Il fallait un président exceptionnel pour relever ce pays. Touadéra ne l’est pas. C’est un président « normal » dans le mauvais sens du terme.

L’Eglise pèse-t-elle encore beaucoup ?

Oui, je pense même que c’est l’unique force qui subsiste. Elle a beaucoup d’influence et lorsque les responsables catholiques, protestants et musulmans parlent d’une seule voix, celle-ci porte. Les politiques sont obligés de les entendre.

L’Eglise demeure l’unique force qui subsiste, ce qui ne vaut pas d’ailleurs que pour le Centrafrique

Ca ne vaut pas d’ailleurs que pour le Centrafrique. Observez ce qui se passe dans le pays voisin, en République démocratique du Congo :  c’est l’Eglise qui est la principale force d’opposition au président Kabila.

Qu’y a t-il à attendre de la société civile, encore peu développée ?

En Centrafrique, elle n’existe pour ainsi dire pas. Il y a des individus souvent estimables mais leur écho est faible. Se revendiquer de la société civile, créer une ONG, c’est surtout un moyen pour obtenir des subsides de la communauté internationale. Il faut bien vivre dans ce pays en ruines…

De bien des manières, ce pays semble concentrer les difficultés de plusieurs pays du continent…

Oui, vous avez raison, et c’est pour cette raison qu’il m’intéresse particulièrement.

Le drame de ce pays, c’est d’être situé dans une région on ne peut plus instable

C’est un condensé des malheurs du continent noir. On y retrouve les mêmes problèmes qu’ailleurs mais à une échelle plus importante.

Quelles graines d’espoir entrevoyez-vous ?

A court terme, je n’en vois guère. C’est un pays qui dispose de ressources suffisantes pour se développer. Son agriculture peut nourrir les habitants des pays voisins. Il a du diamant et de l’or, sans doute un peu de pétrole, des ressources forestières importantes.

Sur le plan touristique, il pourrait attirer tous les fous de la forêt tropicale. Son drame, c’est d’être situé dans une région on ne peut plus instable. Et de ne pas disposer d’une classe politique digne de ce nom, de dirigeants soucieux du bien commun.

Ancien journaliste au Monde, Jean-Pierre Tuquoi est l’auteur de plusieurs ouvrages. Il vient de publier « Oubangui-Chari. Le pays qui n’existait pas » aux éditions La Découverte (2017).  

Propos recueillis par Catherine André
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Revue de presse nationale et internationale.

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