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Congo : les multinationales inlassablement en opposition

Congo : les multinationales inlassablement en opposition

https://www.investigaction.net/fr/congo-les-multinationales-inlassablement-en-opposition/Dans un contexte mondial de course au cobalt, le Congo conduit une gestion plus souveraine de ses richesses naturelles. Le nouveau Code minier renforce les conditions sous lesquelles les entreprises multinationales peuvent extraire ce minerai. Le pays renégocie aussi ses contrats avec les multinationales, conclus sous le Code minier précédent qui faisait la part belle aux grands groupes. Ce revirement ne plaît pas au secteur minier privé qui s’organise en lobbypour défier le gouvernement de Kinshasa. Contrairement à ce qu’on pourrait penser : ce lobbyn’est pas purement occidental. Et les miniers agissent aussi individuellement à l’instar de Glencore, le premier producteur mondial de cobalt dans ses concessions congolaises, ou du kazakh ERG, qui semblent assécher le marché pour influencer le prix du cobalt, à la hausse bien sûr.

 

Ni l’adoption du Code minier, en mars 2018, ni sa mise en application ne font l’unanimité. C’était prévisible. Plusieurs indices annonçaient l’émergence d’un conflit majeur entre le gouvernement et le secteur privé.

En mars 2015, lorsque le gouvernement a envoyé un brouillon du nouveau Code au parlement, la Chambre des Mines a vu rouge en raison de « la chute récente des prix des matières premières » et appelait à une extrême prudence parce que « tous les gains impressionnants de la décennie précédente risquent d’être renversés. (…) Les propositions fiscales favoriseraient inéquitablement l’État et refuseraient un juste retour sur leurs investissements aux investisseurs ». Pour mémoire : des gains impressionnants avaient effectivement été engrangés, mais ils avaient été transférés à l’étranger, comme nous l’avons démontré dans l’article « Le Congo, exportations libérales des richesses ».

La Chambre s’est également opposée à une réduction de la période de stabilité garantie aux entreprises. La société civile, pour sa part, a reproché au gouvernement d’avoir amoindri le financement par les entreprises du Fonds de développement communautaire, le taux étant 0,1 % du revenu brut de la vente des métaux. Les « organisations de la société civile œuvrant dans le secteur des ressources naturelles » rappelaient que lors des sessions précédentes en tripartite auxquelles elles participaient, un taux de 0,3 % avait été convenu.

Finalement, en 2015, le débat à l’Assemblée nationale n’a pas eu lieu et les travaux sur le Code minier ont été suspendus. Ils ont repris en 2017 après le discours annuel du président Kabila sur l’État de la nation dans lequel il demandait que plusieurs lois fiscales, dont celle portant sur la révision du Code minier, soient adoptées « dans les plus brefs délais » [1].

Le projet de loi portant sur la révision du Code minier de 2002 est finalement débattu et adopté à l’Assemblée nationale en décembre 2017 puis au Sénat congolais en janvier 2018. À ce moment-là, le bilan de l’ancien code préparé par la commission mixte parlementaire fait état du « passage de 35 entreprises minières en 2002 à 482 sociétés détentrices de droit minier et de carrière au 31 décembre 2016 [et] de 679 droits miniers et des carrières validés et confirmés en 2002 à 2447 en 2016 », chiffres qui démontrent une fois de plus la forte expansion du secteur minier sous le régime estimé ultra-favorable du Code minier de 2002 [2].

Le Congo change de cap avec la loi n°18/001 modifiant et complétant la Loi n° 007/2002 du 11 juillet 2002 portant sur le Code minier, signé le 9 mars 2018 à Kinshasa par le président congolais Joseph Kabila et publié dans le Journal Officiel de la République démocratique du Congo du 28 mars. Le pays impose sa souveraineté avec ce nouveau code, ce qui ne va pas sans provoquer une forte contestation de la part d’un noyau d’entreprises multinationales étrangères. Le résumé suivant fait bien entendu du tort à ce document juridique, qui régit désormais le système minier d’un pays aussi important pour les industries mondiales que le Congo. Nous en retenons les stipulations les plus importantes (et les plus discutées).

 

Le Code minier du Congo de mars 2018

• Les mesures fiscales sont très contestées. Les entreprises sont entre autres assujetties à des redevances minières calculées sur base de la valeur commerciale brute des différents minerais. La redevance est maintenant de 1 % pour le fer et les métaux ferreux, 3,5 % pour les métaux non ferreux et/ou de base ; 3,5 % pour les métaux précieux ; 6 % pour les pierres précieuses et de couleur ; 10 % pour les substances stratégiques (article 241 colonne 60). Déclarer une substance minérale stratégique fait partie des compétences du Premier ministre (art. 7 bis col. 78). Les entreprises (titulaires) qui exportent des produits marchands des mines sont tenues de rapatrier 60 % des recettes d’exportation (100 % en cas d’amortissement de l’investissement) et de les déposer sur un compte bancaire au Congo (art. 269 col. 67). L’article 251-bis (colonne 104) introduit l’impôt spécial sur les profits excédentaires qui sont imposables au taux de 50%. « Par profits excédentaires ou super profits, il faut entendre les bénéfices réalisés lorsque les cours des matières ou des commodités connaissent un accroissement exceptionnel, supérieur à 25 % par rapport à ceux repris dans l’étude de faisabilité bancable du projet ». Ensuite, les entreprises désirant commencer l’exploitation d’un gisement obtenu par appel d’offres doivent verser un pas-de-porte à l’État qui représente 1 % de la valeur de ce gisement (art 33. bis col. 86).
• Une deuxième catégorie de mesures contestées concerne l’emprise de l’État sur le secteur. Le nouveau Code minier stipule entre autres qu’un titulaire d’un permis d’exploitation doit disposer de ressources financières suffisantes et « céder à l’État 10 % des parts ou actions constitutives du capitalsocial de la société requérante » (art 71 col 31). L’article 276 al. 2 (colonne 69) stipule ensuite que « l’État assure au titulaire des droits octroyés la garantie de stabilité du régime fiscal, douanier et de change qui demeure acquise et intangible jusqu’ à la fin d’une période de cinq ans ». L’État doit par ailleurs donner son accord préalable en cas de changement de contrôle (par transmission ou vente des parts sociales) de l’entreprise titulaire du permis d’exploitation (art. 276 bis col. 107). Pour renforcer l’industrialisation du secteur minier, les titulaires de droits d’exploitation sont obligés de traiter ou faire traiter les substances minérales en produits marchands dans leurs propres installations ou auprès des entités de traitement agréées et établies sur le territoire congolais (art. 108 bis col. 92). La durée de validité des permis d’exploitation est réduite de 30 à 25 ans (art. 67 col. 31).
• Pour clarifier ceci, il est intéressant de voir ce qui existait avant. En comparaison avec le Code minier de 2002, le nouveau Code augmente en effet sensiblement le taux de la redevance minière, qui était de 0,5 % pour le fer ou les métaux ferreux, 2 % pour les métaux non ferreux, 2,5 % pour les métaux précieux et 4 % pour les pierres précieuses. Les entreprises productrices de ces matériaux doivent donc contribuer considérablement plus au trésor national. Ce qui ne les arrange pas. Ensuite, les entreprises multinationales, sont privées d’une partie de leur liberté en cas de transmission de pouvoir décisive à l’un ou l’autre actionnaire. Cette mesure permet au gouvernement d’éviter que l’histoire ne se répète. En effet, en 2016, l’actionnaire majoritaire américain (et fortement endetté) Freeport-McMoran vend sa part de l’entreprise Tenke Fungurume Mining (TFM) à l’entreprise chinoise China Molybdenum sans consulter l’État congolais. Le Congo est pourtant copropriétaire de TFM via son entreprise Gécamines. Mais en septembre 2018, l’entreprise Randgold annonce qu’elle fusionnera avec le groupe minier Barrick (Canada), un des plus grands producteurs d’or. Or, Randgold est l’opérateur de la mine d’or de Kibali dans le Nord-est du Congo, mais y est associé à deux « partenaires », la Britannique Anglogold Ashanti et l’entreprise Sokimo qui appartient à l’État congolais. Cette dernière n’a pas été consultée et « s’insurge » contre « cette énième illustration d’opérations de cession de contrôle entre grands groupes mondiaux, conçues et structurées pour s’imposer sans discussion préalable dans les pays d’où sont extraites les ressources qui font leur richesse ». [3]
Enfin, le Code minier prévoit que les entreprises versent une dotation minimale de 0,3 % de leur chiffre d’affaires dans un fonds de projets de développement communautaire. Mais la presse congolaise révèle que l’entité chargée de la gestion de ces fonds et ses modalités de fonctionnement et de contrôle doivent être définies.
Comment s’en sortent les creuseurs artisanaux, c’est-à-dire ces travailleurs sans aucun statut formel (auto-employés, dit-on actuellement en Europe) qui produisent pourtant environ 20 % du cobalt du Congo ? Pour le Code, ils font partie intégrante de la filière de production du bassin cobaltifère du Congo. Lorsqu’ils se constituent en coopérative, ils peuvent obtenir l’autorisation d’exercer dans des zones d’exploitation artisanale (ZEA). Ces zones se situent généralement en dehors des concessions des industriels. L’exploitation artisanale a lieu là où les industriels ne peuvent opérer, en d’autres mots : là où le rendement leur semblera insuffisant. Les exploitations artisanales doivent donc combler le vide laissé par les industriels. Avec l’accord des entreprises titulaire des permis miniers, les creuseurs peuvent même se voir octroyer une ZEA à l’intérieur d’une concession industrielle. Les creuseurs artisanaux ne sont donc en aucun cas superflus dans le système de production minier du Congo. Pourtant, le Code ne comporte pas de dispositif de protection élaboré à leur égard. Il laisse cela au Code du travail.

Les grands du cobalt

 

Plus de 100 entreprises industrielles privées, de tailles différentes, sont actives dans le secteur minier au Congo, à côté d’une demi-douzaine d’entreprises étatiques. Du cuivre et du cobalt sont produits dans environ 120 sites [4]. Mais qui sont les principaux miniers congolais dans le secteur du cobalt ? Fin 2018, plusieurs sources les ont répertoriés. Parmi elles l’agence Bloomberg mais aussi l’entreprise Trafigura, grand négociant de matières premières non coté en bourse. [5] Le graphique ci-dessous reprend le classement des producteurs de cobalt.

 

Tableau. Les entreprises du cobalt au Congo et leur part de la production en 2017

 

29% Mutanda Mining Glencore, Switzerland
21% TFM CMOC, China
9% Tilwezembe Other D.R.C. including artisanal mining
8% Luiswishi Congo Dongfang Mining, Zhejiang Huayou Cobalt, China
6% Ruashi Ruashi Mining, Jinchuan Group, China
5% Etoile Etoile/Usoke, Shalina Resources/Chemaf, U.A.E.
4% Mukondo Boss Mining, ERG, Luxembourg
4% Kamoya Kamoya, Wanbao Mining Ltd. (Comika), China
4% Diverse Metal Mines, Nanjing Hanrui Cobalt, China
3% Big Hill Big Hill, GTL, Belgium/Cuba
3% Kisanfu Somika, Somika SPRL, D.R.C.
3% Diverse MJM, Jiana Energy, China
2% Kalumbwe-Myunga MKM, CREC, China
1% Dima Sicomines, CREC, China
N/A Kamoto Glencore, Katanga Mining/KCC, Switzerland

Source Bloomberg (basé sur Darton Commodities)

 

On observe que la Gécamines n’apparaît pas dans ce « classement ». Les quantités de cuivre et de cobalt produites par cette entreprise étatique congolaise sont insignifiantes comparées aux volumes des entreprises multinationales. Cela résulte de la privatisation des minerais du Congo puisque, « la Gécamines a surtout, à partir des années 2000, été contrainte de céder 32 millions de tonnes de cuivre et 3,5 millions de tonnes de cobalt à ses partenaires, ne lui laissant en ressources certifiées, que moins de 400.000 tonnes de cuivre dans la seule mine de Kamfundwa » [6].

Bloomberg et Trafigura attirent l’attention sur l’arrivée d’entreprises chinoises, phénomène pour lequel ils voudraient alerter leur clientèle en Occident. Les entreprises et les participations chinoises dans les mines de cobalt au Congo prennent de l’ampleur. Cette tendance est bien réelle, et se manifeste depuis au moins dix ans. China Molybdenum (CMOC), par exemple, aujourd’hui propriétaire principal de Tenke-Fungurume, dit avoir conclu un « partenariat stratégique » avec les Américains de Phelps-Dodge en 2005 déjà. Dix ans plus tard, CMOC a racheté les parts des Américains (devenu Freeport-McMoran) de cette mine.

Enfin, pour voir le poids écrasant de Glencore, il faudrait le rapprocher de KCC/Katanga Mining dont les réserves constituent les plus importantes du Congo. Mais cette filiale de Glencore a effectué des travaux de maintenance et de modernisation entre septembre 2015 et décembre 2017 et interrompu le traitement des minerais. KCC est à redevenue opérationnelle fin 2017. Sa production s’est ajoutée à celle de la mine de Mutanda, également exploitée par Glencore.

Quant à la firme kazakh enregistrée au Luxembourg ERG (anciennement Eurasian Natural Resource Corporation ou ENRC), fondée par l’homme d’affaires Patokh Chodiev bien connu en Belgique [7], elle a été mise en cause en 2013 par les autorités anti-corruption britanniques lors de son acquisition de cinq mines au Congo. ENRC est alors devenue Eurasian Resources Group (ERG). L’entreprise ne fait pas partie des champions du cobalt au Congo, mais le deviendra. Selon le service géologique de l’Allemagne BGR (voir tableau ci-dessous), elle était assise sur une réserve de plus 1,1 million de tonnes contenu-cobalt en 2014 et comptait dans son portefeuille entre autres les mines de Boss, Frontier et Comide ainsi que Metalkol (spécialisée dans le retraitement des résidus minier).

 

Tableau : producteurs de cobalt en RDC

 

Entreprise Mine, concession, installation Production en tonnes – contenu cobalt Réserves en tonnes – contenu cobalt
Glencore Mutanda, Kansuki 24.500 (2016) 1.144.000
Katanga Mining, avec Gécamines Dikuluwe, Kamoto, Tilwezembe, KOV, Luilu, Mashamba, Musonoi ea 2.901 (2015) 645.000
China Molybdenum (avant Freeport-McMoran) Kwatebala, Tenke Fungurume, Sefu, Fwaulu 15.876 (2015) 560.000
Zhejiang Huayou Luiswishi ea 6.200 (2015) 63.000
Eurasian Natural Resources Group Boss, Frontier, Kalukundi, Lonshi, Kabolela, Kambove, Lodja, Dezita, RTR, Comide, SMKK 5.400 (2014) 1.120.000
Shalina Etoile 1.800 (2015) 82.000
Jinchuan avec Gécamines Ruashi-Etoile 3.400 (2016) 29.000
Groupe Forrest Lubumbashi Tailings, Big Hill 4.600 uan(2010) /
CIMCO Luisha 2.000 (2012) /
Nanjing Hanrui « inconnu » 1.900 (2015) /
Volcano Mining Kawama, Lubumbashi 1.300 (2012) /
Shangai Pengxin Shituru 1.100 (2015) /

Source : Commodity Top News 53, BGR, 2017

Marchander, puis boycotter

 

Avant que le nouveau Code minier ne soit signé et publié, les entreprises minières tentent de marchander avec le gouvernement sur leurs exigences. Début décembre 2017, trois d’entre-elles – Glencore, Randgold et China Molybdenum -, dans une lettre aux présidents des deux chambres du parlement, font savoir qu’elles défendront leurs investissements « par tous les moyens, nationaux et internationaux » à leur disposition. Ivan Glasenberg, le patron de Glencore, prend la peine de se déplacer au Congo pour y rencontrer le président Kabila, « mais même lui [Glasenberg] est incapable de le convaincre » [8].

Ce qui dérange le plus ces entreprises multinationales, c’est le fait que les nouveaux taux des redevances minières seront appliqués dès la promulgation du nouveau Code, ce qui serait en contradiction avec la stabilité garantie sous le Code minier de 2002. Début février 2018, les multinationales se constituent en groupe de pression. Mark Bristow, partisan de longue date des intérêts privés étrangers, déclare à cette occasion que le nouveau Code est illégal s’il ne prend pas en compte la législation précédente et la clause de stabilité de 10 ans et menace de recourir à l’arbitrageinternational pour faire valoir ses droits [9].

Une réunion de pas moins de 6 heures entre le noyau dur des multinationales et le président Kabila a lieu le 7 mars 2018, deux jours avant que le président ne signe le Code minier. Parmi les entreprises présentes, on trouve Glencore et China Molybdenum-TFM (qui produisent du cuivre et du cobalt) ainsi que MMG/China Minmetals (productrice de cuivre à Kinsevere), Ivanhoe Mines (qui développe la mine souterraine de Kamoa) et Zijin (projet de cuivre à Kolwezi et participation dans le projet Kamoa de Ivanhoe), Randgold et AngloGold Ashanti (coexploitantes de la mine d’or de Kibali).

La photo prise à l’issue de ce meeting en dit long sur le résultat : sur l’avant-scène, le ministre des Mines Martin Kabwelulu, lisant un communiqué et, derrière lui, les patrons présents. Le patron de Randgold, Mark Bristow, n’arrive pas à cacher sa colère. Le gouvernement n’a pourtant pas claqué la porte. Il a proposé de traiter les demandes des entreprises multinationales au cas par cas, après la promulgation du Code, et en tiendra compte dans le Règlement minier qui régit la mise en exécution du Code minier.

 

7 mars 2018, (1) Martin Kabwelulu, le ministre des Mines de la RDC lit le communiqué. Les patrons sont : (2) Robert Friedland, Ivanhoe Mining, (3) Mark Bristow, Randgold Mining, (4) Ivan Glasenberg, Glencore, (5) Mark Davis, MMG/China MinMetals, (6) Chaochun « Steele » Li, CMOC/China Molybdenum, (7) Qixue Fang, Gold Mountain/Zijin, (8) So Hou Chun, Crystal River – photo ZoomEco

 

Ce 7 mars 2018, les entreprises multinationales ont cru forcer la main du Congo, et n’ont pas eu gain de cause, mais simplement une promesse. Paradoxalement, certains observateurs contestent le fait que le climat d’investissement au Congo ait été bousculé. Selon eux, les taux de redevances minières en RDC restent parmi les plus compétitifs du monde, entre autres pour le cuivre et le cobalt, « et d’ailleurs les prix ont monté en 2017 et resteront hauts en 2018 et les grands producteurs comme Glencore peuvent absorber des coûts plus élevés » [10].

Mais les patrons ne lâchent pas. Une semaine après la rencontre avec le président Kabila, plusieurs d’entre eux quittent la Fédération des Entreprises Congolaises (FEC) présidée par Albert Yuma, le PDG de la Gécamines. Les patrons miniers lui reprochent d’avoir défendu les intérêts congolais au lieu des leurs. Ils se retirent alors dans la Chambre des Mines pour préparer une action commune.

En août 2018, les entreprises multinationales présentent leur plan d’attaque, un lobby qu’ils appellent le « Mining Promotion Initiative » (MPI). Parmi les membres fondateurs, on retrouve l’avant-garde minière du Congo : Randgold, Glencore, Ivanhoe, AngoGold Ashanti, China Molybdenum, Zijin, MMG, et des plus petits comme Gold Mountain, Crystal River et Alphamin. Fait remarquable : le secrétaire-général de la MPI n’est autre que Richard Robinson. Cet Américain est le directeur des opérations d’Alphamin à Bisie au Nord-Kivu. Mais il défend depuis longtemps les intérêtsd’entreprises minières des États-Unis, comme Phelps-Dodge/ Freeport-McMoran, qui a initié la méga-mine de Tenke-Fungurume. Robinson a travaillé pour le gouvernement américain, mais aussi pour l’ONG américaine PACT. Cette dernière a été invitée par le négociant de matières premières Trafigura dans le cadre de sa collaboration avec le producteur de cobalt Shalina/Chemaf.

Que des entreprises chinoises se battent aux côtés des Occidentaux comme Glencore, Randgold et Ivanhoe et qu’ils soient en plus co-fondateurs du MPI pose questions. Pour y voir plus clair, il faudrait connaître leur nature et leurs propriétaires : sont-elles toutes des entreprises privées, sont-elles étatiques ou majoritairement contrôlées par l’État chinois ?

La réponse à ces questions dépasse le thème de cet article. Elle n’est pourtant pas sans intérêt pour comprendre les tiraillements autour des richesses naturelles du Congo. La Chine s’est engagée pour une organisation « décente » de la filière mondiale du cobalt. Cette initiative s’appelle le Responsable Cobalt Initiative. Outremer, la diplomatie et les entreprises chinoises s’activent collectivement. Au Congo, 35 entreprises chinoises se sont réunies en juin 2018 dans l’Union of Mining Companies with Chinese Capital (USMCC). L’ambassade chinoise à Kinshasa et le ministère congolais des mines sont à l’origine de cette association. Parmi les objectifs, celui de faciliter la communication entre les uns et les autres. Un autre objectif viserait à mieux positionner les entreprises chinoises vis-à-vis de la concurrence occidentale.

La Gécamines exige sa part

 

Pendant que se déroule le combat autour du Code minier, Albert Yuma, le patron de l’entreprise minière Gécamines, va irriter les grandes entreprises multinationales. Yuma n’a pas évolué dans le secteur minier. Cet homme d’affaires a dirigé l’entreprise privée Texaf (belge) avant d’être nommé à la tête de l’entreprise étatique Gécamines en 2010 pour la rationaliser, lisez : pour y introduire une gestion calquée sur les pratiques du secteur privé. Ses ambitions pour la Gécamines sont de taille. Il veut la (re)transformer en « véritable acteur minier ». Il a évoqué cette idée une première fois en 2011, ce qui supposait pour près d’un milliard de dollars d’investissements (que la Gécamines devait trouver ailleurs) pour augmenter la production. Yuma réoriente finalement son action vers les partenariats que la Gécamines a conclus avec des entreprises privées, pour les rééquilibrer. Le cas de Congo Non-Ferrous Metals (CNMC) est précurseur. CNMC signe un contrat avec la Gécamines en avril 2017, qui marque selon Yuma « une rupture avec les schémas miniers traditionnels. Ainsi, la durée de vie est limitée à 9 ans, répartition entrepreneuriale quasi égalitaire (soit 51 % pour le partenaire majoritaire et 41 % pour le porteur du titre minier) » [11] . D’autres partenariats sont audités par le cabinet Mazars.

Rappelons qu’une première « revisitation » selon les termes congolais, avait eu lieu de 2007 à 2010, pour une soixantaine de contrats miniers entre privés et plusieurs entreprises étatiques, mais que les résultats pour l’État congolais avaient été maigres. Cette fois-ci, la « revisitation » ne concerne que les partenariats de la Gécamines. Selon M. Yuma, il ne sera pas question de renégocier : « c’est nous qui allons désormais fixer les termes ». « Dans la plupart de nos partenariats, pour ne pas dire tous », a affirmé M. Yuma, « nous n’avons jamais touché de dividendes et l’État n’a jamais touché d’impôts ».

Depuis « la mise en place du code minier », qui date de 2002, les différents partenaires de la Gécamines « ont exporté pour plus de 48 milliards de dollars » et « l’État a reçu en net – soit le revenu moins les bonus fiscaux qu’il a donnés – moins de 3 milliards de dollars ». C’est pourquoi, a ajouté M. Yuma, la Gécamines va « revoir – j’ai dit revoir, pas renégocier, c’est nous qui allons désormais fixer les termes » – les « conditions » des partenariats qui lient cette entreprise congolaise à des sociétés minières privées » [12]. Pendant le Mining Indaba, la foire minière annuelle à Capetown en février 2018, Albert Yuma révèle que 17 partenariats seront examinés et que la Gécamines aurait perdu « au-delà de 2 milliards de dollars de 4 partenariats dont les audits sont terminés » [13] .

Les défauts importants sont constatés. Les partenaires privés auraient dépassé les prévisions d’exploitation et de commercialisation, ce qui aurait entraîné une charge d’endettement explosive et privé la Gécamines de dividendes et l’État d’impôts. Les groupes miniers auraient appliqué des pratiques managériales et comptables, « souvent à la marge de la loi », entre autres dans le recours à la sous-traitance via des groupes filialisés [14]. Tout cela sera rééquilibré.

La première entreprise ciblée est Kamoto Copper Company (KCC). En avril 2018, la Gécamines ouvre une procédure contre KCC devant le tribunal de commerce de Kolwezi, pour obtenir la dissolution de KCC. La Gécamines possède 25 % du capital de KCC, les 75 % restant appartiennent à Katanga Mining, une filiale de l’entreprise multinationale suisse Glencore. La Gécamines reproche à KCC la « non-reconstitution des fonds propres » avant le 31 décembre 2017, qui était le délai légal. Katanga Mining, le copropriétaire reconnaît qu’il aurait dû résoudre une « déficience de capital ». Selon Katanga Mining cette déficience est le résultat de pertes historiques rencontrées pendant les réhabilitations des installations de KCC en 2014 et « dues, entre autres, aux remboursements d’emprunts inter-entreprises » [15] .

Il apparaît que KCC s’est endettée « à l’égard de sa maison-mère Glencore à des taux élevés » et que les pertes de KCC s’élèvent à environ 9 milliards de dollars, une pratique proche de celle des prix de transfert pour laquelle Glencore a déjà été condamnée en Zambie il y a plusieurs années [16].

Il s’agirait d’une « politique de service et de sous-traitance organisée en faveur des sociétés affiliées au groupe Glencore (…) qui a contribué à affecter les résultats de cette société commune, laquelle n’a jamais versé le moindre dividende » [17].

Un mois avant l’expiration du délai légal, Katanga Mining a proposé à la Gécamines un plan de recapitalisation, sans que cela n’aboutisse à une entente. Mais, dès lors que Katanga Mining et le groupe Glencore sont impliqués dans une procédure en justice, le dossier évolue rapidement. En juin 2018, ils trouvent un accord avec la Gécamines. La lecture de la version de Katanga Mining de cet accord est très instructive à plusieurs niveaux. Commençons par l’actionnariat. La « catégorie A » des actionnaires, ou bien la partie congolaise, est constituée par les entreprises étatiques, la Gécamines et la Société Immobilière du Congo (SIMCO). La « catégorie B », quant à elle, est constituée par cinq entités étrangères, toutes filiales du groupe Glencore [18].

L’accord oblige le groupe-Glencore à rationaliser cette « architecture ». Une seule filiale de Glencore, Katanga Mining Finance Limited (KMFL), participe dorénavant à KCC, la Joint-Venture avec la Gécamines. L’accord concerne aussi l’endettement. KCC avait pour 4,6 milliards de dollars de dettes financières auprès des cinq filiales citées (à cause des prêts entre ces entreprises) et pour 4,450 milliards de dollars de dettes commerciales vis à vis d’une autre filiale du groupe, à savoir Glencore International AG (pour des préfinancements d’achats de cuivre et de cobalt). Cette dette d’environ 9 milliards de dollars au total est restructurée au sein du groupe Glencore et KMFL en devient l’unique créancier.

Le groupe Glencore convertit ensuite 5,6 milliards de dollars de ce paquet de dettes en nouvelles actions de KCC. La répartition du capital de KCC ainsi augmenté ne change pas puisque 25 % reste auprès de la Gécamines et 75 % auprès du « groupe Glencore ». Mais la Gécamines obtient une série d’améliorations remarquables à sa participation : le partenaire devra informer Glencore et ses filiales d’augmentations de capital et des termes des contrats de vente de cuivre et de cobalt, ainsi que du lancement d’appels d’offres futurs pour des contrats commerciaux dont la valeur dépasse 5 millions de dollars. La Gécamines renforce donc son droit de regard dans KCC. Dernier élément : le groupe Glencore rembourse 150 millions de dollars à la Gécamines pour régler « certaines disputes historiques commerciales » et lui paye 41 millions de dollars (de factures impayées de sous-traitants qui avaient fait des travaux d’exploration) [19].

Que la Gécamines se soit d’abord adressée à KCC s’explique en partie par le fait que le groupe Glencore, dont KCC est une filiale, a été confronté à des problèmes avec la justice internationale à partir de 2017 et doit baisser le ton. À ce moment-là, le nom de Glencore apparaissait dans le cadre des révélations fondées sur les Panama Papers. Glencore avait prêté plus de 40 millions de dollars au courtier Dan Gertler pour que cet homme d’affaires règle l’accession de Glencore à Katanga Mining.

Le dossier remontait à 2008-2009. Glencore n’en était pas à son premier scandale. Le groupe est entre autres poursuivi pour corruption au Brésil. Gertler semble être le principal courtier du secteur minier congolais, c’est-à-dire le plus puissant intermédiaire lorsque plusieurs acteurs se rapprochent pour conclure un deal. Dans cette niche spécialisée mais bien opaque du monde des affaires, Gertler a succédé à Augustin Katumba Mwanke (décédé en 2012). On attribue à Katumba Mwanke la conclusion en 2007 du grand contrat d’échange entre le Congo et la Chine de minerais congolais pour des financements chinois. Ces courtiers ne sont évidemment pas des philanthropes et facturent leurs commissions aux bénéficiaires.

Le sulfureux [20] Dan Gertler semble régner en maître dans cette profession. De nombreux rapports, entre autres de Global Witness, dénoncent ces pratiques et décrivent les gains obtenus en œuvrant pour le compte de personnes tierces inconnues. On dit de lui qu’il est « proche de Kabila » (le président Joseph Kabila), mais à vrai dire, il est apparemment proche de tous les patrons qui veulent faire des affaires au Congo, comme ceux de Glencore et des autres grandes entreprises minières. La justice américaine et certaines ONG ont mené des enquêtes sur ses pratiques nébuleuses et, fin 2017, on retrouve le nom de Dan Gertler sur une liste de 13 personnes sanctionnées par les États-Unis pour violations de droits humains et corruption.

On sait bien que Washington prévoit des sanctions pour frapper des adversaires politiques. Or, dans le communiqué américain, on lit que Dan Gertler « a utilisé son amitié avec le président Joseph Kabila pour agir comme intermédiaire pour la vente d’actifs miniers au Congo ce qui a obligé quelques entreprises multinationales à passer via Gertler pour faire des affaire avec l’État congolais ». Cela aurait coûté plus de 1,3 milliards de dollars au Congo entre 2010 et 2012 [21].

Peu après cette mise en accusation, Glencore a rompu ses liens avec l’homme d’affaire israélien Dan Gertler. Mais l’affaire n’a certainement pas renforcé la position de Glencore vis-à-vis des autorités congolaises ou de la Gécamines. [22]

À suivre…

 

Les entreprises multinationales n’ont pas épuisé leur arsenal pour s’opposer aux réformes entreprises par le Congo, ou simplement pour avoir les mains libres. Ainsi, quand Katanga Mining (du groupe Glencore) annonce en novembre 2018 devoir suspendre l’exportation et les ventes de cobalt de la mine de Kamoto, certains froncent les sourcils. Devons-nous, demandent-ils, croire Glencore qui dit qu’une radiation dangereuse (liée à la présence d’uranium dans le gisement) a été mesurée à Kamoto ? Ou est-ce plutôt une astuce pour assécher le marché et faire monter le prix du cobalt ? Personne ne pourra établir une corrélation directe entre l’uranium de Kamoto et le cours du cobalt. Mais, après l’annonce, le prix d’une tonne de cobalt remonte de 10.000 dollars en quelques jours. « Et », demande un observateur, « Glencore, Katanga et KCC continuent à exporter leur cuivre… uranium-free ? » [23].

Tout récemment, l’entreprise ERG a répété cet exploit en annonçant l’arrêt de la production de cobalt dans sa mine Boss. ERG veut réduire son coût salarial et licencier 2.700 travailleurs à Boss, comme l’agence de presse Bloomberg l’écrit, dans un contexte d’une hausse rapide de la production congolaise de cobalt en 2018, donc de surproduction et de prix trop bas. [24]

À nouveau : cette décision serait-elle une réponse à la Gécamines et à Albert Yuma, qui ont « redéfini les termes de leur contrat » avec ERG en décembre dernier et augmenté la participation de l’État congolais dans Boss de 30 à 49 % ? On ose en douter. Il est clair que les multinationales ne désarment pas. Affaire à suivre…

 

 

Notes

[1] Forum des As, 6 avril 2017.

[2] Approbation à l’Assemblée nationale des conclusions de la commission mixte relatives au code minier, ACP/Digitalcongo, 6 décembre 2017.

[3] RDC : la Sokimo s’inquiète de l’impact de la fusion Barrick/Randgold à Kibali, Jeune Afrique, 28 septembre 2018.

[4] Rapport 2016, ITIE, 2018.

[5] Sources : Jack Farchy, Hayley Warren, China has a secret weapon in the race to dominate electric cars, Bloomberg, 2 décembre 2018 ; Meeting the EV challenge : Responsible sourcing in the electric vehicle battery supply chain, Trafigura, 17 octobre 2018, 24 pages. Trafigura n’est pas un acteur au-dessus de tout soupçon. En RDC, il s’est associé à l’entreprise Chemaf (qui exploite la mine de Mutoshi) pour s’assurer l’accès au cobalt congolais. Chemaf est tristement connue pour ses pratiques non-environnementales.

[6] La vérité sur les mensonges des ONG en République Démocratique du Congo, Gécamines, novembre 2018, p.9.

[7] Impliqué dans le scandale du Kazakhgate

[8] Miners Face Sudden Cost Increases After Congo Law Overhaul, Bloomberg, 31 janvier 2018

[9] International miners join forces to fight Congo mining code, Reuters, 5 février 2018

[10] New DRC mining code will not alter positive outlook, Fitch, 13 mars 2018. https://www.miningreview.com/new-drc-mining-law-will-not-alter-positive-outlook/

[11] Albert Yuma : « Pour 4 partenariats déjà audités, c’est plus de 2 milliards USD des pertes… »,ZoomEco, 6 février 2018.

[12] Marie-France Cros, RDC : Albert Yuma va revoir unilatéralement les partenariats miniers, LaLibreAfrique, 21 novembre 2017.

[13] Albert Yuma : « Pour 4 partenariats déjà audités, c’est plus de 2 milliards USD des pertes… »,Zoom-Eco.net, 7 février 2018.

[14] Idem

[15] Katanga Mining provides update on KCC recapitalization process and notes commencement of DRC legal proceedings by Gécamines, Katanga Mining News Release 4/2018, Zug, Suisse, 22 avril 2018.

[17] RDC : la Gécamines passe à l’offensive contre son partenaire Glencore, Jeune Afrique, 25 avril 2018.

[18] Ces entités sont : Katanga Mining Finance Limited (KMFL), Katanga Mining Holdings Limited (KMHL), Katanga Mining Limited (KML), Holdco Limited (KMLBVI) et Global Enterprises Corporate Limited (GEC).

[19] Katanga Mining announces settlement of DRC legal dispute with Gécamines and agreement for the resolution of KCC capital deficiency, Katanga Mining News Release 10/2018, Zug, Suisse, 12 juin 2018.

[20] Lire par exemple : Lemonde.fr, « SwissLeaks en Afrique : des diamantaires en fuite », 13 février 2015.

[21] United States Sanctions Human Rights Abusers and Corrupt Actors Across the Globe, US Department of the Treasury, 21 décembre 2017.

[22] Glencore le reconnaît d’ailleurs cet affaiblissement temporaire dans son rapport annuel sur 2018 publié le 28 février 2019.

[23] Voici la réponse, Resource Matters sur Twitter, 6 novembre 2018.

[24] ERG Will Halt Copper, Cobalt Output at Congo Mine This Month, Bloomberg, 20 février 2019.

 

Source:  http://www.gresea.be/Congo-les-multinationales-inlassablement-en-opposition

Congo : les multinationales inlassablement en opposition

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Afrique : l’État islamique frappe au Congo

cueil  International  Afrique : l’État islamique frappe au Congo

Afrique : l’État islamique frappe au Congo

Après des signes d’activité épars en 2018, l’État islamique a annoncé sa première attaque au Congo (Zaïre), près de Bovata. Selon l’organisation terroriste, l’attaque aurait visé une caserne à Bovata, dans la région de Beni, où sévit depuis 2014 une rébellion des ADF (Allied Democratic Forces), un groupe rebelle de l’Ouganda voisin, issu de la secte musulmane Tabligh à ses origines. L’EI affirme avoir tué 3 soldats congolais et blessé cinq autres.

Une source officielle confirme l’attaque, commise par l’ADF, à Kanyimbe, avec deux soldats morts et un civil le 16 avril dernier. Cependant la revendicationpar l’EI – présent ailleurs en Afrique, notamment en Libye, Centrafrique et dans la région du lac Tchad – est accueillie avec prudence. Beni se trouve cependant au nord Kivu, au nord-est de l’ex-Zaïre (RD Congo), une région dévastée par des conflits ethniques répétitifs – depuis 2014 il y a encore eu plus de 2000 morts dans une série d’attaques et de guerillas.

Un communiqué du général-major Leon Richard Kasonga, de l’armée congolaise, affirmait en septembre 2017 que les tueries de Beni étaient l’œuvre d’une « coalition terroriste internationale » regroupant notamment des Ougandais, Rwandais, Burundais, Kenyans, Tanzaniens, Sud-Africains, Mozambicains, actifs à Beni, Uvira et Fizi (Sud-Kivu) et dans l’Ituri, le long de la frontière avec l’Ouganda.

Les ADF, un groupe instrumentalisé par l’Ouganda et la RD Congo

En novembre dernier, le centre d’études sur le Congo avait publié un rapport sur les ADF, basé sur sa propagande externe – notamment des vidéos. Les experts y indiquaient entre autres que « le groupe tente de s’aligner sur d’autres groupes jihadistes, se nommant Madina à Tauheed Wau Mujahedeen [MTM, La cité du monothéisme et des guerriers sacrés ], présentant un drapeau semblable à celui utilisé par Al-Shabaab, Al-Qaïda, l’État islamique en Irak et en Syrie (ISIS) et Boko Haram ».

L’institut royal supérieur de défense a rendu, en janvier 2018, un rapport sur la menace islamiste dans la région des Grands Lacs. Il se trouve en effet que le Kivu est entre autre une zone assez islamisée dans un Congo plutôt chrétien : l’islam serait la religion d’un dixième de la population, et surtout, selon les organisations chrétiennes, « le nombre de mosquées au Sud Kivu a augmenté de 63% entre 2005 et 2012». Par ailleurs, toujours selon le même rapport, nombre de jeunes recrues de l’ADF sont musulmanes et l’islam a été instrumentalisé par le groupe rebelle pour justifier sa cause.

Par ailleurs le positionnement religieux de l’ADF a aussi été instrumentalisé – d’abord par le pouvoir ougandais qui l’accuse depuis 1998 d’avoir des liens avec Al-Quaïda afin de bénéficier d’une aide internationale pour réduire cette rébellion. Plus récemment, l’Ouganda a accusé l’ADF d’avoir monté un centre d’entraînement au djihadisme en Afrique, en lien avec les shebabs somaliens : « ce foyer djihadiste congolais se situerait dans le massif du Ruwenzori, et une formation au djihadisme serait dispensée à de jeunes recrues Kényanes, Tanzaniennes, Ougandaises, Rwandaises, Soudanaises, et Nigérianes. Une formation sur le maniement des armes et explosifs serait dispensée, ainsi qu’un enseignement de base de la foi islamique et de la Shari’a ».

Cependant la RD Congo a longtemps soutenu les ADF contre l’Ouganda, tandis que les missions de l’ONU ignoraient aussi la menace. Ces dernières ont durci le ton en 2014 après l’attaque de plusieurs convois, des attaques contre des soldats onusiens et des enlèvements de travailleurs humanitaires. Quant à la Rd Congo, elle a utilisé les ADF pour contrer l’influence ougandaise, ou pour occuper des zones considérées comme rebelles – voire comme prétexte pour des interventions autoritaires dans les régions de l’est du pays.

D’autres attaques sont à craindre

Cependant la mission de l’ONU a elle même été intoxiquée par un soi-disant ex-commandant de l’ADF, qui a prétendu que son ancien groupe fomentait une rébellion islamiste à l’est du Congo pour « transformer le pays en un nouveau Mali » (Fahey, Daniel, « Congo’s “Mr X”: the Man who Fooled the UN », World Policy Journal, 33:2 (2016)).

L’État islamique a en outre fait savoir que la zone d’activité en Afrique Centrale prenait le nom de « Wilayat Wasat Ifriqiyah », c’est à dire « Province d’Afrique centrale ». Il est donc à craindre que d’autres attaques aient lieu dans la même zone – même si jusqu’alors les attaques de l’ADF n’ont pas été revendiquées, que ce soit à des fins de recrutement ou pour véhiculer une conception salafiste de l’islam.

Crédit photo : DR
[cc] Breizh-info.com, 2019, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention et de lien vers la source d’origine 

Afrique : l’État islamique frappe au Congo

Synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018

12/18 Actualité internationale

Synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018

Par Axelle DEGANS, le 30 décembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Agrégée d’histoire, Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Elle est notamment auteure de A. Degans, « Réussite aux concours 2019 ! La synthèse de l’actualité internationale 2018 », éd. Diploweb, via Amazon, 2019.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 12 000 followers)

Le sort des urnes

En Géorgie, Salomé Zourabichvili est devenue en décembre 2018 la nouvelle présidente de la Géorgie, république du Caucase. C’est la dernière élection présidentielle qui procède du suffrage universel direct, la prochaine sera indirecte, le président étant choisi par les parlementaires. La nouvelle présidente est connue en France pour avoir précédemment embrassé une carrière au Quai d’Orsay.

Andry Raejolina a remporté en décembre 2018 les élections présidentielles malgaches avec un peu plus de 55 % des suffrages exprimés pour une participation d’un peu moins de 50%. La commission électorale doit confirmer les résultats alors que son challenger dénonce des fraudes électorales. Cette élection a été l’occasion de dépenses somptuaires alors que le revenu moyen des malgaches est aujourd’hui inférieur à celui du moment de l’indépendance. Le pays est gangréné par la corruption et le système de la « rapine », c’est-à-dire des prélèvements effectués sur les produits exportés.

En République démocratique du Congo (RDC) les élections présidentielles prévues pour décembre 2018 ont de nouveau été repoussées, ce qui laisse planer de fortes inquiétudes. Une vingtaine de candidats se présentent pourtant à ces élections. … L’Eglise catholique, une des rares structures qui maille encore l’ensemble du territoire congolais, promet d’être vigilante et de veiller à ce que le scrutin puisse se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Joseph Kabila est président depuis la mort de son père – le seigneur de guerre Laurent-Désiré Kabila -en 2001. Il a été élu en 2006 puis en 2011. Les élections présidentielles auraient dû se tenir en 2016, mais elles sont depuis sans cesse ajournées, le président – qui ne peut se présenter pour un troisième mandat – restant au pouvoir. Le report partiel des élections, qui doivent se tenir le 30 décembre, n’est pas un bon signe.

Les nouvelles d’Afrique

En Tunisie, huit années presque jour pour jour après l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi (décembre 2010) qui a été le point de départ de la « révolution du jasmin » et plus généralement des révoltes arabes, un autre jeune, journaliste cette fois-ci, s’est immolé en décembre 2018 à Kasserine. Il a voulu, par son geste désespéré, dénoncer l’absence de perspective d’avenir dans son pays. Des heurts ont éclaté dans plusieurs villes tunisiennes, montrant que rien n’est réglé depuis la chute du président Ben Ali (2011) et la transition vers la démocratie. La situation économique et sociale reste bloquée, pour le malheur d’une jeunesse nombreuse et diplômée. L’islamisme radical monte dans ce pays où l’avenir semble sombre.

Le danger djihadiste est loin d’avoir disparu au Sahel comme le rappelle les récents affrontements au Mali. Le président Emmanuel Macron est allé réveillonner avec les troupes françaises au Tchad, réaffirmant ainsi son soutien à l’engagement militaire au côté du G5 Sahel (Tchad, Burkina Faso, Mali, Niger et Mauritanie). Il demande à l’Union européenne de contribuer au plus vite au financement de cette action commune visant à éloigner le danger djihadiste de l‘UE.

Au Maroc, deux jeunes touristes scandinaves ont été assassinées en décembre 2018 par des djihadistes. Une révélation perturbante pour le royaume chérifien. Au Niger, une centaine d’écoles ont été fermées en raison de menaces djihadistes.

Les Etats-Unis de Donald Trump

Synthèse de l'actualité internationale de décembre 2018
Général James Mattis
Source : Wikipédia

Le président Donald Trump annonce en décembre 2018 le retrait les troupes américaines de Syrie, déclarant que l’Etat islamique a définitivement été battu… mais rien n’est moins sûr. Il tient ainsi une de ses promesses électorales. C’est une décision assez populaire au sein de la population américaine, attachée à l’« America first ». Les effectifs militaires engagés (2 000 en Syrie et 14 000 en Afghanistan) devraient être divisés par plus de deux, mais les effectifs en Irak (5 200 hommes) devraient être maintenus. Cette décision, essentiellement décidée pour des considérations internes aux Etats-Unis n’est pas étrangère à la démission du secrétaire à la Défense, le général James Mattis. Elle pénalise les Kurdes que Washington avait jusque là soutenus mais satisfait grandement la Turquie qui ne veut pas de la création d’un Kurdistan indépendant.

Les Etats-Unis sont de nouveau confrontés en décembre 2018 à un « shut down », comme ils l’ont déjà été sous les mandatures de Bill Clinton ou Barack Obama. Le Congrès américain doit donner son accord pour un dépassement de budget – creusant donc davantage le déficit – pour financer la politique voulue par le président. Sinon, les fonctionnaires arrêtent d’être payés et des administrations ferment leurs portes. Il s’agit du troisième « shut down » de l’année 2018 après ceux des mois de janvier et février. Le bras de fer avec les parlementaires se cristallise autour du financement du mur que Donald Trump a promis d’ériger à la frontière avec le Mexique.

Le quarante-et-unième président des Etats-Unis, Georges Herbert Bush est décédé. Il a reçu des hommages nationaux et même internationaux. Il a été le président de la fin de la Guerre froide et de la guerre du Golfe, deux guerres gagnées par les Etats-Unis. L’actuel président a ostensiblement marqué une certaine indifférence à cette occasion.

La bulle qui s’est formée avec les cryptomonnaies – comme le bitcoin – au cours de l’année 2017 a fini par éclater en 2018. Ainsi, l’indice Bloomberg des cryptomonnaies les plus importantes a baissé de 80%, pour le plus grand malheur des spéculateurs qui y ont cru. Le krach des cryptomonnaies correspond aussi à une très mauvaise année boursière

Quelques nouvelles d’Asie

Le Japon est confronté à un environnement qu’il perçoit comme de plus en plus dangereux. Moscou a décidé de construire des bâtiments pour accueillir des soldats russes sur les iles Kouriles revendiquées par le Japon. Inquiet face à une Chine dont l’affirmation ne lui apparait pas pacifique, de l’imprévisibilité de la Corée du Nord, le Japon vient d’accroitre en décembre 2018 son budget militaire de plus de 200 milliards d’euros sur les cinq prochaines années, pour acquérir de nouveaux avions de chasse auprès de Washington et transformer deux porte-hélicoptères en porte-avions.

Le Qatar, qui est l’objet d’un boycott de ses voisins emmenés par l’Arabie saoudite, a décidé de façon très symbolique de sortir en décembre 2018 de l’OPEP, le cartel des exportateurs de pétrole. C’est une manière de montrer sa résistance face à la politique de Riyad.

Une angoissante nouvelle vient de se produire, la naissance de bébés – des jumelles – génétiquement modifiées. Elles le sont pour résister au Sida, une maladie qui n’afflige pas sa famille et qui n’empêche pas de naissance viable. Le chercheur et généticien français Axel Kahn a des mots très durs vis-à-vis de celui qui a permis cette naissance, qui ne relève d’aucune avancée scientifique mais d’une simple « audace » pour entrer dans l’Histoire. Il ajoute que le Sida ne sera peut-être même plus un fléau du monde quand ces petites chinoises parviendront à l’âge adulte, par contre, le code génétique de ces enfants est modifié sans en avoir la maitrise complète. Le médecin a une terrible responsabilité envers elles, qu’il ne pourra jamais assumer. Un terrible précédent pour une humanité qui n’a rien à gagner à jouer aux apprentis-sorciers avec la génétique.

L’Indonésie est de nouveau frappée en décembre 2018 par des catastrophes naturelles après celles qui ont endeuillé l’archipel durant l’été 2018. Cette fois-ci l’activité du volcan Krakatoa est responsable d’un tsunami qui a frappé la région du détroit de la Sonde – le détroit le plus utilisé dans la région après celui de Malacca – et provoqué la mort de plus de quatre cent trente personnes.

Une gouvernance mondiale contestée

La COP 24 s’est tenue en décembre 2018 en Pologne, à Katowice. Après les engagements pris à Paris lors de la COP 21 concernant la limitation des gaz à effet de serre (GES) pour contenir le réchauffement climatique, force est de constater que ceux-ci n’ont pas réellement été tenus. Les ambitions affichées en Pologne sont bien plus modestes. Un sommet pour rien ?

L’ONU a fait signer en décembre 2018 un pacte sur les migrations qui est dénoncé par certains pays. Ainsi, les Etats-Unis, certains pays européens (Autriche, la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Pologne la République tchèque ou la Suisse), l’Australie, le Chili, ou Israël ont refusé de le ratifier. La signature apposée par Bruxelles a provoqué une crise gouvernementale en Belgique. Si l’ONU met en valeur que les Etats signataires conservent leur souveraineté en matière migratoire, les Etats non signataires craignent, eux, que ce texte devienne un argument de droit pour de futurs et possibles recours en justice alors que ce texte ne fait pas suffisamment la part entre migrations légales et migrations illégales.

La réunion du G20 – les vingt premières économies mondiales – s’est tenue en décembre 2018 à Buenos Aires, en Argentine. Elle n’a débouché sur « aucun recul », manière très diplomatique de ne pas dire que rien n’a fait plier Donald Trump, moins enclin au libre-échange multilatéral que ses prédécesseurs. Les entretiens bilatéraux se sont en revanche multipliés en marge de cette réunion.

Une Europe agitée

Dans l’Union européenne, les manifestations se multiplient en décembre 2018. En Hongrie contre le pouvoir de Viktor Orban [1]. En France, les gilets jaunes manifestent tous les samedi depuis le milieu du mois de novembre. A Bruxelles contre le pacte migratoire signé sous l’égide de l’ONU. Ces manifestations témoignent d’un vrai malaise qui saisit les Européens.


Bonus vidéo. L’Union européenne est-elle condamnée à l’impuissance ?


Le sommet de Bruxelles de décembre 2018 aboutit à la décision de créer un instrument budgétaire de la zone euro pour parvenir à un budget d’investissement.

En France, l’indice de fécondité s’élève désormais à 1,92 enfant par femme après s’être stabilisé autour de 2 enfants pour la période 2006-2014. Les générations ne sont donc plus renouvelées, ce qui accentue le vieillissement de la population.

Dans les Balkans, le Kosovo annonce en décembre 2018 sa volonté de créer une armée d’environ 5000 hommes pour remplacer les 2 500 hommes des forces de sécurité du Kosovo. Celui-ci est sous perfusions internationales, et la KFOR – dépendant de l’OTAN – assure sa sécurité. Si les aspirations du Kosovo sont soutenues par Washington, le Secrétaire général de l’ONU appelle à la retenue et la Serbie manifeste son mécontentement.

A Cuba, l’après Castro en désenchantement ?

A Cuba, la situation économique continue à se dégrader après le revirement de la politique de Washington. Les pénuries alimentaires s’aggravent, y compris pour les produits de première nécessité comme la farine et donc le pain. La situation de décembre 2018 n’est pas sans rappeler la crise sévère – la « période spéciale » – qu’a traversé l’ile au lendemain de la chute de l’URSS (décembre 1991) qui finançait le régime castriste. Le président cubain Miguel Diaz-Canel s’est récemment fâché avec le nouveau président brésilien Bolsonaro, et donc l’un de ses importants partenaires économiques. Russie et Chine pourraient être des recours pour la Havane, dont le régime quasi autistique se préoccupe aujourd’hui de l’informatisation de l’ile…

La Havane a aussi décidé d’encadrer davantage les entrepreneurs privés pour lutter contre le travail illégal. Or près de 13% de la population travaille désormais à son compte, les « cuentapopistas », souvent de petits artisans ou commerçants. Il s’agit aussi pour le pouvoir d’inciter les étrangers à investir dans l’ile.

Bonnes nouvelles

En France, la ville de Grasse vient d’être classée en décembre 2018 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO pour ses savoir-faire, déjà mondialement reconnus, dans le domaine du parfum.

Un bien fragile cessez-le-feu est signé en décembre 2018 entre les protagonistes de la guerre du Yémen. Ce conflit a déjà tué près de 100 000 civils et causé l’une des pires catastrophes humanitaires de ce nouveau siècle. Plus de 15 millions de Yéménites sont en situation d’ « urgence alimentaire ».

Les Françaises sont en décembre 2018 championnes du monde de handball, un véritable exploit, qu’elles réitèrent après leur premier titre mondial décroché en 2003.

Je vous présente mes meilleurs vœux pour 2019 en espérant une belle année géopolitique !

Copyright décembre 2018-Degans/Diploweb.com

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L’Angola vient-il de connaître un «nettoyage ethnique» à la birmane ?

L’Angola vient-il de connaître un «nettoyage ethnique» à la birmane ?


Par Andrew Korybko – Le 26 octobre 2018 – Source eurasiafuture.com

andrew-korybkoL’exode rapide et massif de 380 000 Congolais de la région Nord-Est de l’Angola ces deux dernières semaines fait immédiatement penser à la crise des Rohingyas de l’an dernier en Birmanie. Mais à y regarder de plus près, aucune des deux crises ne s’est déroulée exactement selon ce qu’en ont rapporté les médias traditionnels. En outre, chacune de ces deux crises est intervenue dans le cadre du jeu géopolitique américain, que le gouvernement local de chacun des deux pays l’ait réalisé ou non.

Carte régionale établissant les positionnements de l’Angola et de la République démocratique du Congo. (Angola colorisé par le saker francophone). Source : RFI

Ce sont surtout le projet de retrait américain du traité FNI, la crise de la Caravane 2.0, et l’assassinat de Khashoggi qui ont fait les gros titres cette semaine, mais perdue au milieu de ces occurrences, une information aurait sans doute dû faire l’objet d’une attention beaucoup plus soutenue de la part du reste du monde : l’exode rapide et massif de 380 000 Congolais de la région Nord-Est de l’Angola. Kinshasa affirme que ses ressortissants ont été forcés de quitter le havre où ils avaient trouvé refuge à l’issue de leur fuite du conflit Kasaï, au sud-ouest de leur pays d’origine, tandis que Luanda les a comparé tacitement à des « armes de migration de masse », exploitant illégalement l’un des gisements de diamants les plus considérables du monde, au Nord-Est du pays.

« Armes de migration de masse »

Considérés de manière superficielle, les événements ressemblent beaucoup à ceux de l’an dernier au Myanmar avec les Rohingyas, quand on avait vu un demi-million de membres de la minorité musulmane partiellement reconnue (considérés par Naypyidaw comme des migrants d’ethnie Bengali et leurs descendants) fuir vers le Bangladesh voisin, suite au lancement par le gouvernement d’une opération de sécurité répondant à une recrudescence d’attaques terroristes. L’Angola déclare ne pas avoir forcé les Congolais à fuir, mais une enquête récemment publiée par Reuters met ces affirmations en cause, et affirme qu’un mélange de tensions ethno-tribales et de pression gouvernementale sont à la source du plus important mouvement de population transfrontalier depuis les conflits interconnectés rwandaiscongolais des années 1990, souvent appelés « Guerre mondiale africaine ».

Pour comprendre les événements dans ces deux instances, le lecteur doit accepter l’existence du concept d’« armes de migration de masse », mais ce concept ne correspond pas forcément exactement à la désignation qui en est souvent faite. Pour bien comprendre ce phénomène, le brillant ouvrage de Kelly M. Greenhill, chercheur de l’Ivy League Armes de migration de masse : les déplacements forcés utilisés comme moyen de coercition, écrit en 2010, fait référence. En très bref, Mme Greenhill dit que les flux de populations au travers des frontières peuvent servir d’armes à des fins politiques, économiques, militaires et ultimement stratégiques, en catalysant les événements qui déclenchent ce type de processus. Soyons clairs : aucune personne n’est consciente qu’elle a été manipulée à devenir un migrant, mais c’est là que réside le « génie » de cette approche.

Des États différents, un scénario unique

Les « armes de migration de masse » peuvent « plausiblement être niées », mais restent tout à fait observables comme Mme Greenhill le décrit, et ce paradigme explique parfaitement les conflits en Angola et au Myanmar. Ce dernier pays a hérité d’une minorité musulmane considérable, concentrée dans une région frontalière sensible à l’issue de l’indépendance du pays, ce qui constitue spontanément une menace à la sécurité du pays. L’armée a répondu à la vague terroriste de l’an dernier en créant les conditions qui ont forcé une grande partie de ces populations à fuir vers le Bangladesh, où elles fonctionnent également comme une « arme », en raison de l’effet déstabilisant que ces déplacements massifs ont exercé sur la sécurité aux frontières du pays, et sur sa stabilité politique. D’une certaine manière, on pourrait dire que les Rohingyas ont été exploités comme « armes de migration de masse », aussi bien contre le Myanmar que contre le Bangladesh.

Pour en revenir à l’Angola, les frontières arbitraires imposées à l’époque coloniale, et héritées par la suite, ont séparé des tribus qui avant cela avait interagi pendant des siècles, ce qui a fini par aboutir en la création partielle d’identités composites dans ce pays et au Congo voisin (précédemment connu sous le nom de Zaïre). Les divisions artificielles qui ont été imposées à la région avaient été renforcées par l’intervention militaire zaïroise aux côtés des « rebelles » pro-américains, immédiatement après l’indépendance de l’Angola ; cela n’avait fait qu’augmenter l’animosité de cette nation victimisée envers son grand voisin. Les flux migratoires récents en provenance du Kasaï ont déstabilisé le Nord-Est de l’Angola, mais le retour de ces gens forcé par les autorités juste avant les élections prévues en décembre empire la situation, faisant de ces gens des « armes de migration de masse » dans les deux pays.

La connexion chinoise

Que ces « armes de migration de masse » aient été activées à ce moment précis ne constitue sans doute pas un hasard : chacune des crises a généré des réponses répondant aux intérêts américains. Au Myanmar, la controverse mondiale qui s’est fait jour à l’issue de la crise des Rohingyas s’était muée en problème international, et avait tenu lieu de pression – sans grand succès – sur Suu Kyi pour qu’elle serre la vis à l’armée ; cela aurait fait monter d’un niveau la guerre de l’« État profond » du Myanmar, qui semblait juste résolue, mais le pays avait subi ces déstabilisations comme « punition » pour le « rééquilibrage » inattendu décidé par le gouvernement civil, qui venait d’entamer un rapprochement avec la Chine. Pour ce qui concerne l’Angola, l’opération de sécurité organisée par les autorités du pays déstabilisent le Congo deux mois avant la toute première transition de pouvoir pacifique de l’histoire du pays ; les événements qui en découlent pourraient réduire les chances de voir le successeur désigné par le pouvoir en place, favorable aux chinois, prendre les rênes du pays.

Il serait crédible de plaider une thèse selon laquelle les deux pays ont cherché délibérément à faire quitter leur territoire à un groupe identitaire, ce qui techniquement s’apparenterait à une opération de « nettoyage ethnique », mais la thèse opposée tient également la route : chacun des pays exploite des prétextes qui relèvent de la loi et l’ordre, ce qui s’apparente au droit souverain de tout pays de sécuriser ses frontières de ce qu’il considère (à raison ou à tort) comme des menaces étrangères contre ses ressortissants. Selon cette seconde thèse, les flux migratoires qui en résultent constituent des « dégâts collatéraux » involontaires. Mais quel que soit le bout de la lunette par lequel on regarde le problème, le fait est que ces États ont pris des décisions de leur propre chef (qu’ils aient été incités à le faire ou pas), décisions qui profitent à l’agenda américain d’entretenir des cycles de déstabilisation auto-alimentés (guerres hybrides).

Conclusions

Les événements qui viennent de se produire en Angola ressemblent très fortement à ceux du Myanmar l’an dernier : dans les deux cas, l’armée du pays a réalisé des opérations de sécurité, et dans les deux cas, des flux migratoires rapides et massifs d’un groupe identitaire précis en ont résulté (et dans les deux cas, le gouvernement du pays considérait ces personnes comme des immigrés illégaux) ; ces flux migratoires portaient les signes dérangeants de « nettoyage ethnique », mais sauter à des conclusions hâtives reviendrait à négliger deux facteurs importants. Tout d’abord, des problèmes de sécurité très graves pré-existaient bien, et ont forcé les autorités de chacun de ces deux pays à réagir ; et deuxièmement, leurs actions ne peuvent pas être considérées hors du contexte stratégique plus large de la géopolitique régionale. Nonobstant leur légitimité, chacune de ces opérations a travaillé, avec plus ou moins de succès, en faveur des intérêts géopolitiques américains.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/langola-vient-il-de-connaitre-un-nettoyage-ethnique-a-la-birmane

 

Denis Mukwege, l’homme qui répare les femmes, prix Nobel de la paix

Denis Mukwege, l’homme qui répare les femmes, prix Nobel de la paix

Denis Mukwege, chirurgien, gynécologue obstétricien Prix Nobel de la Paix en 2018

Le prix Nobel de la paix 2018 vient d’être décerné au gynécologue congolais Denis Mukwege, un homme qui répare les femmes violées dans le cadre du conflit en République démocratique du Congo (RDC) et œuvre pour mettre fin à l’impunité. Il partage ce prix avec la militante irakienne yézidie rescapée du groupe Etat islamique Nadia Murad. Le prix Nobel de la paix récompense «leurs efforts pour mettre fin à l’usage de la violence sexuelle comme une arme de guerre».

Le docteur Denis Mukwege, lauréat 2013 du Prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits et du Prix Sakharov 2014 vient de recevoir le prix Nobel de la Paix. En République Démocratique du Congo, il vient en aide aux femmes victimes de violences sexuelles, devenues un arme de guerre pour les milices qui sévissent dans le Kivu.

La distinction rend hommage à son engagement auprès des femmes victimes de violences sexuelles, des violences érigées en arme de guerre en République Démocratique du Congo notamment dans le Kivu, l’est du pays. Le docteur Denis Mukwege a crée l’hôpital Panzi en 1999 pour secourir les femmes victimes de viols et autres mutilations sexuelles. En moyenne, 300 femmes se rendent chaque mois dans ce centre hospitalier. Il a reçu de multiples distinctions, dont le prix des Nations unies pour les droits de l’Homme. Le gynécologue obstétricien risque sa vie au quotidien. Fin 2012, il a même fait l’objet d’une tentative d’assassinat dont il a réchappé grâce à l’un de ses gardiens, qui s’est sacrifié.

« Le combat courageux, précieux du Dr Mukwege dans sa quête de justice pour les victimes oubliées du conflit en RDC est aujourd’hui récompensé », témoigne Clément Boursin, Responsable des programmes Afrique de l’ACAT (Action des chrétiens pour l’abolition de la torture). « Ce combat est essentiel car les espoirs d’une paix durable en RDC ne pourront aboutir que si justice est rendue. L’impunité des criminels passés constitue un véritable fardeau pour la pacification du pays.»

Dans ce but, le Docteur Mukwege et l’ACAT œuvrent pour que soit levé l’embargo sur les documents identifiant les présumés auteurs et responsables de 617 incidents violents commis entre 1993 et 2003, documentés dans le rapport mapping des Nations Unies de 2010 et pour que soient enfin sanctionnés leurs responsables. Le rapport « Mapping » accusait notamment des officiers de l’armée congolaise, ainsi que sept autres pays impliqués dans les conflits armés en RDC.

« Depuis sa publication en octobre 2010, le Rapport mapping a été oublié par la communauté internationale. Huit ans plus tard , les recommandations du rapport ne sont pas suivies d’effet et l’impunité demeure. Il faut que la reconnaissance du docteur Mukwege, symbole du soutien international aux victimes congolaises, s’accompagne de mesures véritables pour rétablir enfin la justice dont les Congolais ont tant besoin » témoigne Clément Boursin.

 

https://www.afrik.com/denis-mukwege-l-homme-qui-repare-les-femmes-prix-nobel-de-la-paix

Présidentielle en RDC : Moïse Katumbi dans les starting-blocks avec « Ensemble

Présidentielle en RDC : Moïse Katumbi dans les starting-blocks avec « Ensemble »

Contraint à l’exil depuis près de deux ans, l’opposant Moïse Katumbi a lancé ce lundi le mouvement « Ensemble pour le changement » depuis Johannesburg, en Afrique du Sud. Un rassemblement politique autour de sa candidature pour la présidentielle à venir en RDC.

C’est la version resserrée et corrigée du rassemblement de l’opposition congolaise qui avait eu lieu début juin 2016 à Genval, dans la banlieue bruxelloise. À l’époque, Moïse Katumbi, bien qu’à l’initiative, avait choisi de rester dans l’ombre pour ne pas éclipser le vieux et historique opposant Étienne Tshisekedi. Cette fois-ci, à Johannesburg, le dernier gouverneur de la riche province du Katanga s’est présenté en « capitaine de l’équipe » devant quelque 200 personnalités issues de différents partis politiques et de la société civile en RDC.

Pendant trois jours, du 9 au 12 février, tous ces soutiens de Moïse Katumbi se sont regroupés dans des ateliers pour réfléchir sur « le mouvement électoral » à mettre en place, le programme du candidat et le processus électoral en cours dans le pays. « Ne laissons aucune place à l’improvisation », leur avait alors recommandé leur champion lors de son discours d’ouverture du conclave. « Soyons disciplinés et dignes des attentes de notre peuple pour être au rendez-vous du 23 décembre [date prévue pour la présidentielle, NDLR] et apporter aux Congolais le changement qu’ils exigent », avait-t-il renchéri.

Katumbi lance « Ensemble »

Ce mercredi, « Ensemble pour le changement » a été lancé à Johannesburg. La structure se veut un « large mouvement pour relever, avec Moïse Katumbi, le défi du changement » en RDC. C’est désormais autour de « Ensemble » que graviteront des plateformes électorales pro-Katumbi et alliées en vue notamment des élections législatives et provinciales. Des contacts sont avancés avec l’Union pour la nation congolaise (UNC) de Vital Kamerhe, ancien président de l’Assemblée nationale.

« C’est aussi une volonté d’instaurer un leadership clair » au sein des regroupements politiques qui soutiennent la candidature de Katumbi à la présidentielle, confie un proche du candidat déclaré à la présidentielle. Bien que très influent dans le Rassemblement de l’opposition mise en place à Genval, Katumbi n’avait en effet aucune fonction officielle dans l’organisation. Aujourd’hui, c’est bien lui le président du mouvement politique créé.

Les quatre piliers du projet Katumbi

À neuf mois de la tenue – encore hypothétique – des scrutins présidentiel, législatifs et provinciaux, Moïse Katumbi a également dévoilé les « quatre piliers » de son projet de société : consolidation de l’État, de la démocratie et de la paix ; valorisation du capital humain ; relance économique, diversification de l’économie et création d’emplois ; et enfin, lutte contre le changement climatique.

Les conditions qui permettent d’envisager des élections crédibles sont très loin d’être remplies

« Je veux être le candidat du mérite, en particulier au sein de notre formidable jeunesse. Leur offrir un avenir radieux au Congo constitue notre plus grand défi », a promis le candidat qui est toujours menacé d’arrestation en cas de retour au pays. En juin 2016, il a été condamné à trois ans de prison dans une affaire rocambolesque de spoliation immobilière qualifiée de « mascarade » notamment par un rapport confidentiel des évêques catholiques rédigé une année plus tard.

« Les conditions qui permettent d’envisager des élections crédibles, justes et honnêtes sont très loin d’être remplies. De nombreux compatriotes croupissent encore en prison injustement privés de leur liberté. D’autres sont condamnés à l’exil. Les manifestations pacifiques sont réprimées dans le sang. Les médias privés proches de l’opposition sont menacés ou fermés », a d’ailleurs déploré Katumbi.

À quelques milliers de kilomètres de là, à Kinshasa, la coalition au pouvoir affûte aussi ses armes. Après la restructuration du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), formation politique du président Joseph Kabila, des tractations sont en cours pour constituer sept à douze regroupements électoraux.

RDC : au moins deux morts lors des marches pacifiques, l’ONU réclame une enquête

RDC : au moins deux morts lors des marches pacifiques, l’ONU réclame une enquête

Par Jeune Afrique avec AFP
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Une nouvelle fois, les marches pacifiques organisées par le comité laïc de coordination contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila se sont achevées dans le sang. Deux personnes ont été tuées lors des manifestations de dimanche, selon un communiqué de l’ONU, qui appelle les autorités congolaises à mener une enquête sur ces nouveaux incidents.

Les manifestants ont à nouveau été dispersés par des tirs à balles réelles, dimanche lors des marches de catholiques pour protester contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila. Selon une bilan de l’ONU, au moins deux personnes ont perdu la vie, une à Kinshasa, l’autre à Mbandaka, et ce « en dépit de consignes qui auraient été données aux forces de sécurité de faire preuve de la plus grande retenue dans la gestion des manifestations », précise le communiqué des Nations Unies.

100 arrestations

Dimanche, le médecin directeur de l’hôpital Saint-Joseph de Kinshasa avait confirmé le décès d’un jeune activiste du mouvement citoyen « Collectif 2016 », Rossy Mukendi Tshimanga, « qui a reçu une balle à la poitrine ». Un agent « a tiré sur mon frère à bout portant dans l’enceinte de la paroisse Saint-Benoît (centre). J’étais près de mon frère », a expliqué le frère du défunt entre deux sanglots. Le corps de la victime a été emporté par une équipe du Comité international de la Croix-rouge.

Les équipes d’observation de la Monusco ont également dressé un bilan de « 47 blessés et plus de 100 arrestations sur l’ensemble du territoire », selon le communiqué de l’ONU.

Tirs à balles réelles

À Kisangani, grande ville du nord-est du pays, des centaines de fidèles qui sortaient de la messe ont commencé à marcher avant d’être dispersés par les forces de sécurité qui ont fait usage de gaz lacrymogènes et tiré à balles réelles, blessant deux personnes.

Dans plusieurs villes, les marches ont été étouffées par les forces de sécurités qui se sont déployées massivement devant toutes les églises catholiques. C’est le cas à Kikwit (sud-ouest) et à Goma (est), tandis qu’à Bukavu (est), toute tentative d’attroupement a été systématiquement dispersée à coup de gaz lacrymogènes.  À Lubumbashi, deuxième ville du pays dans le sud-est, des jeunes ont brûlé des pneus dans les rues avant d’être dispersés par la police anti-émeute.

Ces marches sont organisées à l’appel du Comité laïc de coordination (CLC), un collectif d’intellectuels proche de l’Église catholique, qui demandent Joseph Kabila de dire publiquement qu’il ne sera pas candidat aux élections prévues le 23 décembre 2018. Le CLC a reçu dimanche le soutien de 85 intellectuels francophones. Malgré une faible affluence, les manifestants se sont montrés déterminés et dans plusieurs paroisses de Kinshasa, les fidèles ont commencé à marcher avant d’être dispersés par les forces de l’ordre.

Objectif « zéro mort »

L’accès à internet, coupé en amont de la manifestation dimanche, a été rétabli en début de soirée, après dix heures de coupure. ​Les échanges SMS et le système de messagerie WhatsApp ont également repris, alors que le réseau 3G se redéployait.

C’est le troisième épisode de répression d’une manifestation en deux mois. Les deux marches précédentes s’étaient soldées sur un bilan d’une quinzaine de morts selon l’Église, deux selon les autorités. À Kinshasa, où la marche avait été interdite la veille par le gouverneur de la capitale André Kimbuta, la police s’était donnée pour objectif de faire « zéro mort ». La consigne a, selon le colonel Pierrot-Rombaut Mwanamputu, le porte-parole de la police, « été respectée avec professionnalisme par les forces de l’ordre déployées sur le terrain ».

La représentante de la Monusco, Leïla Zerrougui « a appelé les autorités congolaises à mener des enquêtes crédibles sur ces incidents et à prendre des mesures appropriées », selon le communiqué de l’organisation onusienne.

http://www.jeuneafrique.com/536257/politique/rdc-au-moins-deux-morts-lors-des-marches-pacifiques-de-dimanche/?utm_source=Newsletter_JA_Actu&utm_medium=Email&utm_campaign=Newsletter_JA_Actu_26_02_18

RDC-Belgique : Kinshasa ferme son consulat à Anvers et réduit les vols de Brussels Airlines

RDC-Belgique : Kinshasa ferme son consulat à Anvers et réduit les vols de Brussels Airlines

Kinshasa a décidé ce lundi de fermer son consulat à Anvers, en Belgique, exigeant de Bruxelles de faire de même pour l’une de ses représentations consulaires dans le pays. Une réduction du nombre de vols de Brussels Airlines a également été annoncée par les autorités de la RDC.

« Nous baissons le niveau de la représentation diplomatique de deux États. » Au ministère congolais des Affaires étrangères, le ton est monté. Le gouvernement congolais vient en effet de décider, ce lundi 5 février, de « fermer son consulat à Anvers », ville portuaire belge, indique à Jeune Afrique un diplomate congolais proche du dossier.

Suite à cette décision, Kinshasa dit attendre également de Bruxelles « la fermeture d’au moins un de ses deux consulats » présents sur le territoire congolais : celui de Lubumbashi, dans la partie méridionale du pays.

La requête des autorités congolaises a été envoyée « par voie diplomatique » à l’ambassade de Belgique dans la capitale congolaise. Nous n’avons pas pu joindre, dans l’immédiat, les représentants diplomatiques belges à Kinshasa.

Brussels Airlines également frappé

D’autres mesures de rétorsion visent Brussels Airlines. « Faute de réciprocité dans l’exploitation des services aériens internationaux entre la RDC et le Royaume de Belgique, le nombre des fréquences hebdomadaires allouées » à cette compagnie aérienne, basée à Diegem, près de l’aéroport de Zaventem, « est réduit de sept à quatre, à partir du lundi 5 février », indique l’Autorité de l’aviation civile de la RDC dans une correspondance adressée à la représentante de Brussels Airlines à Kinshasa.

« C’est une décision des autorités congolaises, confirme à Jeune Afrique Kim Daenen, porte-parole de Brussels Airlines. Elle prend effet dès cette semaine. Nous avons soumis un nouveau programme de vol aux autorités congolaises et nous attendons qu’il soit finalisé. Nous contacterons ensuite nos clients pour essayer de trouver des solutions avec eux. Nous sommes désolés pour eux. »

Après avoir décidé de « démanteler », sur son territoire, le dispositif consulaire Maison Schengen et de suspendre les activités de l’agence de développement belge en RDC, Kinshasa se disait prêt à prendre, « en cas d’escalade », d’autres mesures de représailles contre la Belgique.

Il était alors question d’« une  réduction drastique du personnel diplomatique belge, la fermeture des consulats de Belgique à Lubumbashi et à Goma, et la suspension des vols de Brussels Airlines », comme nous le révélions fin janvier.

« Casus belli » entre Kinshasa et Bruxelles ?

« Bruxelles a continué en effet son travail de sape diplomatique contre la RDC », explique un diplomate congolais pour justifier les nouvelles mesures annoncées. Lors de la récente réunion du comité de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF), à Paris, « le représentant belge a fait un réquisitoire contre la RDC devant Aubin Minaku, président sortant de l’APF et actuel président de l’Assemblée nationale congolaise », poursuit notre source, qui estime qu’il s’agit là d’un « casus belli ».

À Kinshasa, dans l’entourage de She Okitundu, on pointe aussi le positionnement du Belge Bart Ouvry, ambassadeur de l’Union européenne en RDC comme l’une des raisons de l’escalade en cours. « Malgré la décision du gouvernement congolais, il continue à influencer l’UE pour qu’elle maintienne la Maison Schengen sur notre territoire », soutient un conseiller du vice-Premier ministre en charge des Affaires étrangères.

C’est dans ce climat de tension que Bruxelles a rappelé son ambassadeur à Kinshasa le 29 janvier pour des « réunions internes » et « des discussions ». Depuis plusieurs mois, la Belgique est considérée aux yeux des autorités congolaises comme l’État européen qui pilote la campagne en vue du maintien de la pression internationale contre le régime de Joseph Kabila.

Ce dernier, au pouvoir depuis 2001, est arrivé au terme de son second mandat depuis fin 2016. Mais l’élection de son successeur se fait toujours attendre.

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Revue de presse nationale et internationale.

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