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La Roumanie, loin derrière le mur de Berlin

La Roumanie, loin derrière le mur de Berlin

Romania By: Clara Sanchiz – CC BY 2.0

Il a fallu des années pour que la situation politique se décante et que disparaissent peu à peu les personnalités et les pratiques de l’ancien régime.

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Par Yves Montenay.

Le trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin a ranimé les souvenirs du bloc soviétique et de son écroulement. Mais un des États de ce bloc, la Roumanie, a essayé de sauver ce qu’il pouvait de l’ancien régime, pourtant particulièrement calamiteux.

La Roumanie était loin derrière le mur de Berlin à tous points de vue : géographiquement, médiatiquement et politiquement.

  • géographiquement, étant loin à l’est et « encerclée » au nord par la Moldavie soviétique et au sud par la Bulgarie,
  • médiatiquement du fait de l’absence d’un point de friction comme le mur de Berlin,
  • politiquement par l’opacité de son régime particulièrement fermé qui a partiellement perduré après la chute du mur et dont les derniers débris alimentent des élections actuelles.

Naturellement j’ai voulu savoir ce qui se cachait derrière le rideau de fer et ai visité ces pays conduits vers « l’avenir radieux » sous la direction de leur « grand ami et allié de l’Est », l’URSS.

Je suis allé dans le dernier pays dès 1964, ce qui m’a montré la face officielle et touristique de la Russie et de l’Ukraine (voir le récit de ce voyage rocambolesque), ainsi que certains aspects de la vie de l’élite.

Plus tard j’ai traversé rapidement la Pologne, et séjourné plusieurs fois en Roumanie et en RDA (République Démocratique d’Allemagne, l’Allemagne de l’Est en français courant).

Je suis bien sûr revenu voir les changements après la chute du mur et de l’ensemble du Rideau de fer.

LA ROUMANIE FRANCOPHONE DE CEAUSESCU

Je me suis rendu trois ou quatre fois dans ce pays dans les années 1960 et 1970 comme touriste curieux ou en voyage d’affaires en prétextant un intérêt pour le pétrole roumain, déjà en voie d’épuisement.

Je précise tout d’abord que la Roumanie de l’époque était un pays très largement francophone.

Pourquoi cette présence du français ?

La tradition d’abord : les Roumains sont profondément persuadés d’être des Latins descendants des Romains. Cela se discute (très discrètement, car c’est un dogme) car les colons romains avaient été rapatriés, mais peut-être avaient-il eu le temps d’assimiler la population locale. Peut-être s’y est ajoutée l’influence des migrants « aroumains » venus des montagnes de l’ancienne Illyrie. De toute façon la langue est indéniablement latine.

L’histoire ensuite : l’État roumain a été créé au XIXe siècle, quand la langue internationale était le français, position renforcée par l’appui de notre pays à cette nouvelle nation, notamment pendant la Première Guerre mondiale. Et cette primauté donnée au français dans l’enseignement roumain a été renforcée par Ceausescu.

Cette francophonie fut pour moi l’occasion d’avoir des contacts approfondis à tous les niveaux, y compris populaires.

Les Roumains me décrivaient la férocité communiste de leur dictateur, et la profonde misère qui en résultait. Ils ajoutaient que pour avoir un minimum d’appui populaire, ils jouaient la carte du nationalisme anti-russe en invitant de Gaulle et en bloquant l’enseignement du russe au bénéfice du français.

Pour expliquer ce relatif double visage de Ceausescu, faisons un bref retour en arrière sur les relations entre son pays et le voisin russe.

LA ROUMANIE ET L’URSS

Culturellement d’abord, la Russie puis l’URSS n’aimaient pas cet « îlot latin dans la mer slave » dont l’Église nationale avait eu le culot de se rallier à Rome.

Ce dernier n’a aucun pouvoir, mais aurait discrètement protégé la résistance roumaine démocrate et gardé le contact avec des pays antinazis. Les deux pays sont même devenus ennemis pendant la Seconde Guerre mondiale. Le 5 septembre 1940, le gouvernement pro-nazi du maréchal Ion Antonescu force le roi Carol II qu’il considère comme anti-allemand à abdiquer et proclame roi son fils Michel qui a alors 18 ans.

Le régime Antonescu envoie l’armée roumaine appuyer l’Allemagne nazie sur le front russe, notamment à Stalingrad. Quand l’armée rouge approcha de la frontière roumaine à l’occasion de la déroute allemande, Michel 1er se débarrassa d’Antonescu, se proclama allié de l’URSS et ennemi de l’Allemagne, ce qui permit à l’armée soviétique de traverser la Roumanie sans combattre et de prendre le troisième Reich à revers en déboulant en Hongrie.

On m’a raconté les mésaventures d’aviateurs allemands décollant d’un aérodrome roumain allié, apprenant en vol que le pays avait changé de camp et recevant l’ordre d’aller mitrailler l’aérodrome qu’ils venaient de quitter… je suppose qu’ils se sont posés en Hongrie, alliée elle aussi à l’Allemagne nazie.

L’URSS mit une dizaine de jours à accepter le changement de camp de la Roumanie ce qui lui permit de la traiter en pays occupé.

La Roumanie a donc évité des combats sur son sol, mais au prix d’une certaine humiliation et de pillages lors de la traversée du pays par l’armée rouge. Cette dernière a laissé l’impression du déferlement d’une horde barbare violant à grande échelle et arrachant les montres des poignets. Les Roumains se souvenaient voir les soldats russes tenter de noyer leurs poux dans mer…

Les conditions de paix furent sévères avec la perte de la province roumaine de Bessarabie transformée en république soviétique de Moldavie et du territoire de la Dobroudja méridionale donnée à la Bulgarie.

Pour couronner le tout, les Soviétiques chassèrent le roi et mirent au pouvoir une équipe ayant pour mission de minorer « la latinité » en accordant l’autonomie à tout ce qu’ils pouvaient trouver de populations non roumaines, en particulier à l’importante minorité hongroise. Ce qui était d’autant plus désagréable au nationalisme roumain que les Hongrois étaient un ennemi héréditaire déjà favorisé par l’empire austro-hongrois puis par les nazis.

Tout cela explique le manque de sympathie des Roumains envers l’URSS, et l’on peut imaginer que Ceausescu ait réussi à convaincre le Kremlin qu’il pouvait être d’autant plus loyal à l’URSS qu’il flatterait par ailleurs le sentiment national roumain… et sa francophonie.

UN PAYS MISÉRABLE

La misère et le délabrement sautaient aux yeux et m’étaient confirmés par les discussions en français sur la pénurie générale.

En ville, les immeubles avaient été nationalisés et n’étaient plus entretenus, les loyers étant très bas.

Il n’y avait pratiquement pas de construction neuve lors de mes premiers voyages, et les appartements étaient partagés, comme en Russie. Un couple divorcé était en pratique obligé de continuer à cohabiter.

Les centres-villes hongrois, allemands ou roumains, magnifiques quartiers historiques avant la guerre, s’écroulaient mais avaient encore de beaux restes.

Les Allemands, terme populaire pour désigner les Roumains descendants des colons allemands, se faisaient rares. Ceausescu les vendait à l’Allemagne : cette dernière les acceptait au nom du droit du sang moyennant un gros paiement en deutsche mark à l’État roumain pour le visa de sortie.

À la campagne, où chacun bricolait son logement, la misère était moins visible. On remarquait toutefois la différence entre la plaine, royaume des kolkhozes, et certains endroits montagneux où la propriété des terres était restée privée et qui paraissaient pimpants par contraste.

Un matin, dans un hôtel du bled je m’étonnais de ne pas avoir de lait, alors que je voyais des vaches :

« Pourquoi n’allez pas en demander aux paysans ?
– Monsieur, les paysans doivent livrer toute leur production à la coopérative.
– Alors pourquoi n’allez-vous pas en chercher à la coopérative ?
– Monsieur, la coopérative n’a pas le droit d’en vendre, elle doit tout livrer à l’administration pour l’exportation (je savais que c’était souvent payable en roubles, c’est-à-dire en pratique en bon d’achat de production russe). Mais si vous voulez absolument du lait, allez voir discrètement le paysan et donnez-lui un dollar. »

Les boutiques, pharmacies comprises, étaient pratiquement vides. Il y avait néanmoins de longues queues attendant une prochaine livraison. Faute également de vendeurs, considérés parasitaires en marxisme qui ne reconnaît que le travail de l’ouvrier d’usine ou du kolkhoze.

UN CHANGEMENT DE RÉGIME TRÈS PROGRESSIF

Le 25 décembre 1989, soit environ deux mois après la chute du mur, les cadres du régime cherchèrent le moyen de s’auto-succéder tout en sacrifiant à l’air du temps.

Une mise en scène macabre (des cadavres extraits des hôpitaux disposés dans les rues de Timisoara) donna l’impression d’une révolte populaire brutalement réprimée puis sauvée par une équipe de collaborateurs de Ceausescu. C’est du moins l’impression que ces événements très controversés m’ont laissé.

Ces grands cadres du régime communiste improvisèrent un procès ultra-rapide, informel et médiatisé de Ceausescu et sa femme, considérée comme son inspiratrice. Ils les fusillèrent immédiatement et se proclamèrent alors « représentants de la révolution ».

Naturellement je me suis précipité dès 1990 pour voir ce « nouveau régime », puis ai décroché quelques contrats de coopération avec l’équivalent roumain de l’Électricité de France et la Banque de Roumanie.

L’ambiance était à la liberté de parole et d’expression, ce qui était un immense progrès, mais le reste n’avait pas vraiment changé.

Les partis politiques renaissants, dont les libéraux, s’étaient vu attribuer un immeuble où ils cohabitaient et lançaient de nouveaux journaux. Les mauvaises langues disaient que cet immeuble avait été ébranlé par un tremblement de terre et tomberait bientôt sur la tête des audacieux qui y travaillaient.

L’ancien régime restait économiquement en place, après ce coup d’État interne sur fond de protestation populaire…  ce qui me rappelle la situation de l’Algérie d’aujourd’hui.

La coopération avec l’entreprise nationale d’électricité, toujours en français, fut confiée à EDF avec comme priorité l’examen des centrales nucléaires soviétiques  type Tchernobyl.

Ma participation à la formation, en français également, des fonctionnaires à la privatisation m’a paru vite comme une hypocrisie polie pour entrer dans les vues occidentales. L’intention réelle des participants semblait plutôt être de les retarder au maximum, ou de se voir attribuer des postes de direction dans les entreprises concernées.

L’OFFENSIVE ANGLOPHONE EN ROUMANIE

Je fus le témoin de la percée britannique qui réussit à s’attribuer tout le mérite de la coopération avec l’Union européenne… alors que sa contribution au budget européen, donc à l’aide à la Roumanie, était égale à celle de la France.

Commença alors le basculement vers l’anglais, accentué ensuite par un déluge de bourses américaines.

Il n’est pas certain que la diplomatie française ait vraiment analysé l’évolution de la situation.

Je me demande même si cela l’intéressait : ce n’est pas le seul pays où des Français de haut rang mettent un point d’honneur à afficher leur bonne connaissance de l’anglais !

Aujourd’hui si une bonne part des Roumains est toujours francophone, notamment autour de certaines entreprises françaises, dont Renault, et dans l’enseignement de la médecine, la majorité des jeunes semble se contenter de cet anglais sommaire qu’est le globish.

L’aide européenne est toujours importante et « c’est l’anglais qui est la langue de l’Europe ».

L’ACTUALITÉ POLITIQUE ROUMAINE

Il a fallu des années pour que la situation politique se décante et que disparaissent peu à peu les personnalités et les pratiques de l’ancien régime.

Les promesses de démocratisation totale et de lutte contre la corruption à l’occasion de l’admission dans l’Union européenne ne furent pas complètement tenues.

Actuellement le président libéral Klaus Iohannis, issu de la minorité allemande et célèbre pour sa rénovation de la vieille ville de Brasov, est largement en tête au premier tour de la présidentielle.

Le gouvernement social-démocrate, parti considéré par certains comme le lointain successeur du parti communiste a été renversé le 10 octobre 2019 au bénéfice du parti libéral, ce qui laisse prévoir de prochaines élections législatives, avant le terme normal de décembre 2020.

Les amis de la Roumanie espèrent alors voir ce pays se débarrasser des rémanences de l’ancien régime et devenir pleinement européen. Ce qui ne signifie pas se laisser écraser par le rouleau compresseur du globish. J’espère que le président germanophone de la Roumanie utilisera sa langue maternelle, langue de travail théoriquement à égalité avec le français et l’anglais !

Umberto Eco disait que « la langue de l’Europe, c’est la traduction. » Excellent exercice qui manque visiblement aux fonctionnaire de Bruxelles, dont le galimatias est de moins en moins compris y compris par les Anglais.

https://www.contrepoints.org/2019/11/21/358160-la-roumanie-loin-derriere-le-mur-de-berlin

La Transcarpatie et le Front de l’Ouest

La Transcarpatie et le Front de l’Ouest


andrew-korybko

Par Andrew Korybko – Le 18 décembre 2017 – Source Oriental Review

Péter Szijjártó OSCELe ministre des Affaires étrangères Peter Szijjarto a pris la parole lors d’une réunion de l’OSCE à Vienne la semaine dernière pour demander à l’organisation d’envoyer une mission spéciale de surveillance dans la région occidentale de Transcarpatie en faisant valoir que les manifestations anti-hongroises ont rendu nécessaire que la communauté internationale garde un œil sur la situation. Il a également précisé que Budapest interprète la nouvelle loi linguistique de Kiev comme étant discriminatoire à l’égard de la minorité hongroise dans la région. Son gouvernement ne réussira probablement pas à faire que l’Ukraine revienne sur sa législation ultranationaliste, ni à faire pression sur l’OSCE pour envoyer préventivement une mission spéciale de surveillance en Transcarpatie avant que la situation ne s’aggrave. Mais ses commentaires ont attiré l’attention sur ces deux questions liées et cela a confirmé que la Hongrie ne soutiendra pas les aspirations institutionnelles pro-occidentales de l’Ukraine à court terme, jusqu’à ce que ces problèmes soient résolus.


Map of the Ukrainian Transcarpathia
En fait, la déclaration de Szijjarto suggère que la situation internationale entre les deux États voisins pourrait même se détériorer davantage. Les observateurs doivent garder à l’esprit que la Hongrie a pour politique de soutenir les Hongrois ethniques dans ce que l’on pourrait appeler le « proche étranger » du pays par la délivrance de passeports et d’aide au développement socio-économique. Selon Budapest, plus de 3 millions de ses compatriotes ont été injustement laissés à l’extérieur de leur patrie à la suite du traité de Trianon de 1920 qui a officiellement démantelé les terres de la Couronne de Saint-Étienne, le nom attribué officiellement à la Hongrie quand elle a rejoint l’Autriche dans leur double monarchie. Ce n’est que ces dernières années, sous le gouvernement du Premier ministre Viktor Orban, que l’État est devenu assez confiant dans son soft power et sa puissance économique pour faire de sérieux efforts afin de réintégrer informellement ces personnes dans le contexte plus large de la société hongroise.

En ce qui concerne l’Ukraine, environ 12% de la population de Transcarpatie est d’origine hongroise, soit environ 150 000 personnes vivant très près de la frontière de leur État éponyme et faisant partie de sa civilisation depuis plus d’un millénaire. Outre la signification émotionnelle et historique que leur bien-être confère à Budapest, la préoccupation croissante de la Hongrie pour ses droits et sa sécurité symbolise l’émergence d’un soi-disant « front occidental » pour compléter le front « oriental » que la Russie a ouvert de l’autre côté du pays lors de sa réunification avec la Crimée et en étendant son soutien politico-moral aux rebelles du Donbass. Du point de vue de Kiev, ses populations périphériques posent des problèmes pour l’unité nationale, bien que cela soit entièrement dû au fait que les dirigeants ultra-nationalistes les menacent, les spolient de leurs droits existants et les forcent à participer à l’« ukrainisation ».

Il est facile pour l’Occident de faire du soutien de la Russie à ses propres compatriotes une nouvelle forme d’« impérialisme » mais il est relativement plus difficile pour eux de le faire quand il s’agit de la Hongrie, membre de l’UE et de l’OTAN. C’est pourquoi les États-Unis se sont alliés avec Soros contre Orban en essayant de le dépeindre comme un « dictateur non libéral ». Les États-Unis craignent que les intérêts humanitaires de Budapest en Transcarpatie puissent « déstabiliser » l’Ukraine, déjà fragile, ignorant le fait que les problèmes dans ce coin du pays sont du fait de Kiev. Ils savent que s’ils ne stoppent pas la Hongrie rapidement, ce n’est qu’une question de temps avant que les partenaires d’Orban des Trois Mers, la Roumanie et la Pologne, se sentent suffisamment à l’aise pour soulever la question des droits et de la sécurité de leurs propres minorités et transformer le soi-disant « Front occidental » en une force sur laquelle il faut compter.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie « Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime » (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé et relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/transcarpatie-et-le-front-de-louest

 

Les conventions démocratiques de Macron démarrent en Roumanie

Les conventions démocratiques de Macron démarrent en Roumanie

La Roumanie pourrait devenir le 1er pays à organiser un débat dans l’esprit des « conventions démocratiques » proposées par Emmanuel Macron, dans le cadre de sa préparation à la présidence européenne.

Emmanuel Macron, le président français, a indiqué son souhait de « reconstruire » une Union européenne plus démocratique, notamment grâce à des « conventions ». En préparation des élections européennes de 2019, des assemblées démocratiques pour une réforme de l’UE, constituées de consultations en ligne, suivies de débats locaux, devraient avoir lieu de mai à octobre 2018

Les députés français veulent des conventions démocratiques pour toute l’Europe

Consultation en ligne, puis débats locaux : les conventions démocratiques pour la refondation de l’UE devraient se tenir de mai à octobre 2018, en amont des élections européennes de 2019.

Si la France a lancé l’idée, la Roumanie pourrait être le premier pays à organiser ces débats. Victor Negrescu, secrétaire d’État aux Affaires européennes, a ainsi indiqué qu’une réflexion s’amorçait sur la présidence roumaine, qui débutera le 1er janvier 2019, les priorités de cette présidence et de la stratégie européenne générale du pays, soulignant qu’un débat dans l’esprit des conventions européennes proposées par Emmanuel Macron aurait lieu en janvier.

Valeurs et citoyens

Le secrétaire d’État, ancien eurodéputé S&D, a expliqué que Bucarest se pencherait en particulier sur deux aspects lors de sa présidence : les citoyens et les valeurs.

En ce qui concerne les citoyens, il est évident qu’un grand nombre des problèmes auxquels l’UE est confrontée aujourd’hui résultent de la rupture entre les décideurs politiques, au niveau de l’UE et au niveau national et le grand public, estime le gouvernement roumain. Et dans le contexte de crises successives, l’« intérêt » semble prévaloir sur les « valeurs », regrette Bucarest.

Victor Negrescu a donc déclaré que les affaires européennes devaient être démocratisées, car pour l’instant seule une petite élite en comprend les rouages.

Des événements liés à la présidence internationale se tiendront dans tous les localités de Roumanie – soit plus de 40 villes. Un projet ambitieux, pour lequel la Roumanie tirera parti de ses nombreux aéroports assurant des liaisons avec Bruxelles, assure le représentant.

Pas moins de 60 000 visiteurs étrangers sont en effet attendus en Roumanie pendant la présidence. La Bulgarie a quant à elle indiqué qu’elle attendait 20 000 visiteurs étrangers pour sa présidence, qui commence le 1er janvier 2018. Le ministre a déclaré que les communautés locales étaient enthousiastes à l’idée d’accueillir de tels événements.

« L’UE, c’est aussi pour elles. La présidence ne concerne pas les ministres, ni le gouvernement, ce sont les citoyens roumains doivent se l’approprier », a-t-il assuré.

Victor Negrescu a également insisté sur la nécessité d’améliorer les compétences des fonctionnaires roumains, car il faudra remplacer ceux qui ont intégré les institutions européennes. Il affirme avoir personnellement rencontré les 250 présidents et coprésidents des groupes de travail qui œuvreront durant la présidence.

La situation politique en Roumanie pose cependant question. De fait, une nouvelle série de manifestations contre d’une réforme judiciaire, perçue comme une tentative du gouvernement de faire marche arrière sur les efforts de lutte contre la corruption.En Roumanie, la mainmise du politique sur les médias s’aggrave

Une nouvelle loi roumaine devrait permettre au parti au pouvoir de démettre la direction de la principale agence de presse sans aucun motif.

Mobiliser la diaspora

Le secrétaire d’État, qui a passé sa jeunesse en France, où il est devenu à 17 ans un soutien du Parti socialiste français, se considère comme un représentant de la diaspora roumaine, estimée à au moins quatre millions de personnes.

Lors de chacun de ses voyages à l’étranger, il organise ainsi des rencontres avec la communauté roumaine et essaie d’être en contact avec ses membres le plus directement possible. Il assure donc être parfaitement conscient de leur volonté légitime de participer à l’élaboration des priorités de la présidence.

« La consultation que nous allons mener se fera également par l’intermédiaire du ministre chargé des relations avec la diaspora, notamment grâce à une consultation publique spécifique », a déclaré Victor Negrescu, ajoutant que le site web de la présidence roumaine, qui sera en ligne avant Noël, présentera des fonctions spécialement conçues pour la diaspora.

Il a toutefois admis qu’il était difficile de mettre au point des outils pour atteindre l’ensemble de la diaspora, et encourage donc les Roumains à l’étranger devraient également rechercher activement ces canaux. Il a également mentionné des programmes de recrutement des Roumains vivant à l’étranger, qui pourraient revenir travailler pour la présidence pendant un an.

Schengen

La Bulgarie et la Roumanie ont été jugées aptes à rejoindre l’espace Schengen sans frontières depuis 2010. Cependant, l’admission requiert un vote à l’unanimité au Conseil et des États membres comme la France, l’Allemagne et les Pays-Bas s’opposent toujours à l’adhésion de ces deux pays à l’espace Schengen.

Dans son discours sur l’état de l’Union du 13 septembre dernier, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a déclaré que la Bulgarie et la Roumanie devraient adhérer « immédiatement » à Schengen. Toutefois, cette question n’a même pas été inscrite à l’ordre du jour des réunions du Conseil Justice et affaires intérieures.

Une adhésion avant la présidence roumaine faciliterait grandement les déplacements en supprimant les nombreux contrôles aux frontières. Victor Negrescu souligne cependant que même si l’adhésion n’avait pas lieu avant le 1er janvier 2019, il pourrait être décidé de suspendre les contrôles aux frontières dans les aéroports. Les invités de la présidence roumaine n’auraient alors pas besoin de passer les contrôles.

L’idée d’une adhésion à Schengen en deux étapes n’est pas nouvelle. Durant la première étape, les voyageurs ne seraient exemptés des contrôles aux frontières que dans les ports et les aéroports. Si le système fonctionne bien, la prochaine étape consisterait à supprimer également les contrôles aux frontières terrestres.

Dans un premier temps, la Roumanie souhaite un vote au Conseil, a indiqué Victor Negrescu. Même si le vote devait aboutir à un ou plusieurs vétos, Bucarest veut savoir quels pays s’opposent à son adhésion. Cela aurait le mérite de clarifier la situation. Pour l’instant, les pays ne cessent de se renvoyer la balle, regrette-t-il, « tout le monde nous dit d’en parler avec un autre pays ».

Le pays le mieux placé pour organiser ce vote est bien sûr la Bulgarie, dont la présidence commence dans trois semaines.

https://www.euractiv.fr/section/avenir-de-l-ue/news/romania-to-hold-first-democratic-convention-on-future-eu/