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Bolsonaro : pièce maîtresse dans le jeu de Trump pour construire la «Citadelle Amérique»

Bolsonaro : pièce maîtresse dans le jeu de Trump pour construire la «Citadelle Amérique»


Par Andrew Korybko – Le 29 octobre 2018 – Source eurasiafuture.com

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L’élection de Jair Bolsonaro en tant que prochain président du Brésil constitue une étape importante dans les projets de Trump d’édifier une « Citadelle Amérique » pour bétonner l’influence hégémonique américaine sur l’hémisphère occidental, en repoussant pas à pas la présence chinoise en Amérique latine.

Crédit photo : lejdd.fr

L’élection de Jair Bolsonaro en tant que prochain président du Brésil restera dans l’histoire comme un moment clé dans les affaires de cette région : il s’agit du succès le plus retentissant du dessein américain Opération Condor 2.0, qui vise à remplacer les gouvernements socialistes de la « Marée rose » par des néolibéraux de droite. La guerre hybride menée contre le Brésil avait volontairement préparé l’environnement socio-économique du pays le plus grand d’Amérique du Sud, et c’est ce qui a permis à ce candidat improbable de sortir de nulle part et de s’emparer de cette grande puissance avec le soutien tacite des USA ; cet événement ne restera pas sans importantes implications géostratégiques. Avec la nouvelle guerre froide qui commence, les USA mettent à profit tous les moyens à leur portée pour contrer l’initiative chinoise une Ceinture une Route (BRI [Belt & Road Initiative, NdT]), et il apparaît comme relativement certain que Bolsonaro tiendra sa promesse de campagne de contrer l’influence chinoise croissante dans son pays, ce qui coïncide parfaitement avec les actions de Donald Trump, son modèle des USA.

La Maison Blanche sème des indices

Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche, a confirmé que les deux hommes se sont parlé peu après l’annonce de la victoire de Bolsonaro sur son opposant, soulignant que « chacun d’eux avait exprimé un fort engagement à travailler ensemble pour améliorer la vie des peuples des États-Unis et du Brésil, et en tant que dirigeants régionaux, de l’ensemble des Amériques », ce qui évoque quelques possibilités notables de coopération entre ces deux pays, sur lesquels nous allons revenir. Reuters a également signalé que Bolsonaro promettait de « réaligner le Brésil sur d’autres économies plus avancées plutôt qu’avec des alliés régionaux », et ce dès les premiers commentaires qu’il a prononcés une fois son élection validée, ce qui suppose qu’il pourrait négliger l’adhésion de son pays aux BRICS en faveur de relations avec les USA et l’UE. Pour en revenir à la déclaration de Sanders, il est important de garder en mémoire qu’elle a qualifié le Brésil de pays leader régional des Amériques, ce qui se conjugue avec la vision de Trump d’une gestion hégémonique de l’hémisphère occidental, par une poursuite de la politique « Diriger depuis l’arrière » datant de l’ère Obama, au travers de partenariats avec des pays mandataires locaux.

Construire la « Citadelle Amérique »

Développons ce sujet : le prédécesseur de Trump avait mené à bien sans bruit des changements de régimes dans plusieurs pays d’Amérique Latine, et avait semé les graines de ce qui allait suivre au Brésil, qui a toujours constitué le « gros lot » pour les États-Unis au vu de sa taille et de son influence. Le président américain en exercice projette des partenariats avec plusieurs pays de la région, comptant le Mexique, la Colombie, et le Brésil, pour avancer sur la voie d’une intégration de l’hémisphère sous la bannière de Washington, restaurant l’influence des USA sur l’ensemble de l’Amérique latine, tout en jetant à la mer leur principal concurrent chinois. Pour parvenir à ces fins, le Brésil de Bolsonaro sera encouragé à adopter les politiques géo-économiques que nous exposons ci-après, dans le but de permettre la création de cette « Citadelle-Amérique » dominée par les USA, que Trump veut édifier en réponse aux progrès des routes de la soie chinoises sur le continent ces dernières années :

1. Fusion du Mercosur dans la néolibérale Alliance Pacifique :

Chacun des pays membres des deux alliances commerciales sont à présent dirigés par des politiques de droite, aussi apparaît-il comme « naturel » de les fusionner ensemble pour porter l’intégration régionale vers une nouvelle étape. Il est probable que même AMLO, homme de gauche et président élu du Mexique, s’inscrira dans cette tendance afin d’étendre les influences de son pays vers l’Amérique centrale et l’Amérique du sud.

2. Conclusion d’accords de libre échange avec l’UE et l’USMC (NAFTA 2.0) :

Prochaine étape d’une union du Mercosur et de l’Alliance Pacifique : remettre sur les rails les discussions jusqu’ici enrayées entre Mercosur et UE, et mener à bien celles qui sont projetées avec l’USMC. Le succès de ces opérations posera les bases structurelles d’une intégration plus avancée de l’hémisphère, et fera entrer l’Amérique latine dans la soi-disant « Communauté transatlantique ».

3. Dégeler la FTAA et la relier au TTIP :

Dernière phase de la construction de la « Citadelle Amérique » : que les USA prennent la direction de la proposition portée par la zone de libre-échange des Amériques (FTAA [Free Trade Area of the Americas, NdT]) de dégeler une zone de libre échange à l’échelle de l’hémisphère, axée sur le pivot géo-économique sud-américain dirigé par le Brésil, visant à ensuite relier cette structure de commerce transcontinental au TTIP (Trans-Atlantic Trade and Investment Partnership) conclu avec l’UE.

L’objectif des projets sus-mentionnés pour les USA est de verrouiller l’Amérique latine dans des structures de commerce néo-libérales pour bloquer tout retour au socialisme, même si cela pourrait générer des retours de flamme en inspirant une nouvelle « Marée rose » à l’avenir. Tant que persiste un composant transatlantique important en lien avec l’UE, la « Citadelle Amérique » pourrait se construire sans l’Europe, si celle-ci reste arc-boutée sur les différends commerciaux avec les USA. Si Bolsonaro réussit à rassembler sous son aile le reste de l’Amérique du Sud pour suivre la direction choisie par Trump (peut-être par la fusion entre Mercosur et Alliance Pacifique), la baisse de l’influence de la Chine sur le continent constituera un fait accompli, la République populaire voyant dès lors ses nombreux investissements mis en concurrence avec une combinaison des gouvernements locaux et avec son concurrent américain renforcé.

Casser les BRICS

Il va devenir extrêmement compliqué au niveau des BRICS de continuer à fonctionner au delà des apparences si le Brésil coupe les amarres avec la Chine – qui dirige ce groupe de facto – et se met à œuvrer tous azimuts contre Pékin, y compris en jetant aux orties le chemin de fer trans-océanique (que l’on pourrait familièrement qualifier de « route de la soie d’Amérique du sud ») ou en remplaçant la plupart des investissements chinois par des financements occidentaux, ce qui viendrait neutraliser leur portée stratégique multipolaire. Considérons les événements récents en Afrique du Sud – autre membre des BRICS : le pays subit une réorientation néolibérale après le « coup d’État profond » qui a mis le président Ramaphosa au pouvoir, possiblement à l’issue d’un processus de changement de régime fomenté par les USA. Si l’on rapproche ce changement de l’élection de Bolsonaro, il apparaît clairement que les BRICS se réduisent à présent au cadre original RIC, qui ne connaît son format multilatéral que par le rôle de « balancier » de la Russie, qui vient arbitrer les grandes puissances asiatiques, et sans laquelle il ne se serait réduit qu’à des partenariats bilatéraux superposés.

Conclusions

L’élection de Bolsonaro constitue le résultat des manipulations socio-politiques élaborées par Washington au cours des dernières années, et s’inscrit comme moment crucial dans l’histoire de l’Amérique latine : il est très probable que cet événement soit la clé permettant la poursuite du projet des USA de construire la « Citadelle Amérique ». Au vu des convergences de vues très fortes que partage le nouveau président brésilien avec Trump, surtout quant à la nécessité de « contenir » la Chine et de supprimer toute velléité socialiste sur le plan intérieur, il est quasi certain que l’ancien dirigeant militaire cadencera son pas sur celui de son idole pour mener à bien leurs projets conjoints sur l’hémisphère occidental. On peut prédire que le Brésil prendra la tête d’initiatives d’intégration régionales qui auraient été impensables avec un gouvernement de gauche, comme la fusion entre Mercosur et Alliance Pacifique. À venir sans doute également, le pays essayera de conclure des accords multilatéraux de libre échange entre la structure continentale qui sortira de cette fusion et l’USMC (NAFTA 2.0). Les perspectives sont sombres pour les routes de la soie chinoises, et c’est bien là l’une des raisons pour lesquelles « Citadelle Amérique » a été conçue.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/bolsonaro-piece-maitresse-dans-le-jeu-de-trump-pour-construire-la-citadelle-amerique

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La route de la soie et Israël

La route de la soie et Israël

Bejing développe sans cesse son projet de « route de la soie ». Son vice-président, Wang Qishan, entreprend une tournée au Proche-Orient qui l’a notamment conduit quatre jours en Israël. Selon les accords déjà signés, la Chine contrôlera dans deux ans l’essentiel de l’agro-alimentaire israélien, de sa haute technologie et de ses échanges internationaux. Un accord de libre-échange devrait suivre. Toute la géopolitique régionale s’en trouvera chamboulée.

| Damas (Syrie)

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La visite du vice-président chinois, Wang Qishan, en Israël, en Palestine, en Égypte et aux Émirats arabes unis vise à développer la « Nouvelle route de la soie ».

À l’automne 2013, la Chine a rendu public son projet de création de voies de communication maritimes et surtout terrestres à travers le monde. Elle a débloqué des sommes colossales et commencé à très vive allure à le réaliser. Les principaux axes passent soit par l’Asie, soit par la Russie, vers l’Europe occidentale. Mais elle planifie aussi des voies à travers l’Afrique et l’Amérique latine.

Les obstacles à la Nouvelle route de la soie

Ce projet rencontre deux obstacles, l’un économique, l’autre stratégique.

D’un point de vue chinois, ce projet vise à exporter ses produits selon le modèle de l’antique « route de la soie » qui, du IIe au XVe siècle, relia la Chine à l’Europe via la vallée de Ferghana, l’Iran et la Syrie. Il s’agissait à l’époque de transporter des produits de ville en ville, de sorte qu’à chaque étape ils étaient échangés contre d’autres selon les besoins des marchands locaux. Au contraire, aujourd’hui, la Chine ambitionne de vendre directement en Europe et dans le monde. Or, ses produits ne sont plus exotiques (soies, épices etc.) mais sont identiques à ceux des Européens et souvent de qualité supérieure. La voie commerciale se transforme en autoroute. Si Marco Polo était ébloui par les soieries d’Extrême-Orient sans équivalent en Italie, Angela Merkel est terrifiée à l’idée de voir son industrie automobile terrassée par ses concurrents chinois. Les pays développés vont donc devoir à la fois commercer avec Beijing et préserver leurs industries du choc économique.

En exportant massivement sa production, la Chine va prendre la place commerciale que le Royaume-Uni d’abord seul, puis avec les États-Unis, occupent depuis la révolution industrielle. C’est précisément pour conserver cette suprématie que Churchill et Roosevelt ont signé la Charte de l’Atlantique et que les États-Unis sont entrés dans la Seconde Guerre mondiale. Il est donc probable que les Anglo-Saxons n’hésiteront pas à employer la force militaire pour faire obstacle au projet chinois [1] comme ils le firent en 1941 face aux projets allemands et japonais.

D’ores et déjà, le Pentagone a publié le plan Wright en 2013 qui prévoyait de créer un nouvel État à cheval sur l’Iraq et la Syrie pour couper la route de la soie entre Bagdad et Damas. Cette mission a été réalisée par Daesh, de sorte que la Chine a modifié le tracé de sa route. Bejing a finalement décidé de la faire passer par l’Égypte et a investi dans le doublement du Canal de Suez et la création d’une vaste zone industrielle à 120 kilomètres du Caire [2]. Identiquement, le Pentagone a organisé une « révolution colorée » en Ukraine pour couper la route européenne, ou encore des troubles au Nicaragua pour faire obstacle à la construction d’un nouveau canal reliant des océans Pacifique et Atlantique.

Malgré l’importance sans précédent des investissements chinois dans la Nouvelle route de la soie, il faut se souvenir qu’au XVe siècle, la Chine lança une formidable flotte pour sécuriser ses débouchés. L’amiral Zheng He, « l’eunuque aux trois joyaux », combattit les pirates du Sri Lanka, construisit des pagodes en Éthiopie et fit le pèlerinage à La Mecque. Cependant, à son retour, pour des raisons de politique intérieure, l’Empereur abandonna la route de la soie et brûla la flotte. La Chine se referma alors sur elle-même. Il ne faut donc pas considérer que, d’un point de vue chinois, le projet actuel est gagné d’avance.

Dans un passé récent, la Chine s’est investie au Moyen-Orient avec l’unique idée de s’approvisionner en pétrole. Elle a construit des raffineries en Iraq qui ont été malencontreusement détruites par Daesh ou par les Forces occidentales qui faisaient semblant de combattre les islamistes. Beijing est également devenu le principal acheteur de l’or noir saoudien. Elle a ainsi construit dans le royaume le gigantesque complexe pétrolier de Yasref-Yanbu pour 10 milliards de dollars.

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Signature de la concession du port d’Haïfa au Shanghai International Port Group

Israël et la Nouvelle route de la soie

Les liens entre Israël et la Chine datent du mandat du Premier ministre israélien, Ehud Olmert, dont les parents fuirent les nazis pour s’installer à Shanghai. Le prédécesseur de Benjamin Netanyahu avait tenté d’établir de fortes relations avec Beijing. Ses efforts furent effacés par son soutien à un des groupes de pirates en Somalie, chargé par Washington de perturber le trafic maritime russe et chinois à la sortie de la mer Rouge [3]. Le scandale fut évité de justesse. La Chine fut autorisée à établir une base navale à Djibouti et Ehud Olmert fut écarté de la vie politique.

Depuis 2016, la Chine négocie avec Israël un traité de libre-échange. Dans ce contexte, le Shanghai International Port Group a acheté la concession d’exploitation des ports d’Haïfa et d’Ashdod, de sorte qu’en 2021, la Chine contrôlera 90 % des échanges commerciaux israéliens. Bright Food a déjà acquis 56 % de la coopérative des kibboutzim Tnuva et pourrait augmenter sa participation, de sorte que la Chine contrôlera l’essentiel du marché agricole israélien. Le fondateur du magasin en ligne Alibaba, Jack Ma, venu à Tel-Aviv au sein de la délégation officielle chinoise, n’a pas caché son intention de racheter de nombreuses start up israéliennes afin de récupérer leur haute technologie.

L’armement est le seul secteur important de l’économie israélienne préservé de l’appétit chinois. En septembre, le professeur Shaul Horev a organisé une conférence à l’université d’Haïfa avec l’aide du Hudson Institute états-unien pour alerter les officiers généraux du Pentagone des conséquences des investissements chinois. Les intervenants ont notamment souligné que ces contrats exposaient le pays à un espionnage intensif, rendaient difficile l’exploitation de son port pour ses sous-marins lanceurs d’engins nucléaires, et ses liens avec la Sixième flotte états-unienne.

L’ancien directeur du Mossad, Ephraïm Halevy, dont on connaît la proximité avec les États-Unis, a souligné que le Conseil de sécurité nationale n’avait jamais délibéré de ces investissements. Ils ont été décidés uniquement selon une logique d’opportunité commerciale. La question se pose donc de savoir si Washington a autorisé ou non ce rapprochement entre Tel-Aviv et Beijing.

Il ne faut pas se tromper sur les raisons qui permirent à la Chine d’implanter une base militaire à Djibouti et il paraît peu probable que Bejing ait conclu un accord secret avec Washington pour ce nouveau tracé de la route de soie. Certes, les États-Unis ne seraient pas inquiets d’un effondrement économique de l’Union européenne. Cependant, sur le long terme, la Chine et la Russie sont contraintes de s’entendre pour se préserver des Occidentaux. L’Histoire a montré que ces derniers ont tout fait et continuent à tout faire pour démanteler ces grandes puissances. Par conséquent, si une alliance sino-US serait à court et moyen terme en faveur de Beijing, elle conduirait par la suite à l’élimination successive de la Russie et de la Chine elle-même.

Les accords sino-israéliens laissent plutôt à penser que, selon la formule de Lénine, « Les capitalistes ont vendu la corde pour les pendre ».

[1] “The Geopolitics of American Global Decline”, by Alfred McCoy, Tom Dispatch (USA) , Voltaire Network, 22 June 2015.

[2] « La Chine se déploie au Proche-Orient », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 janvier 2016.

[3] « Pirates, corsaires et flibustiers du XXIe siècle », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 25 juin 2010.

http://www.voltairenet.org/article203662.html

La « route de la soie » passera par la Jordanie, l’Égypte et Israël

La « route de la soie » passera par la Jordanie, l’Égypte et Israël

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Après l’attaque de Daesh contre Palmyre, la Chine a renoncé au tracé traditionnel de la route de la soie historique (Bagdad, Palmyre, Damas, Tyr). Un tracé alternatif avait été envisagé, non plus à travers la Syrie, mais la Turquie. Il a également été abandonné.

Au cours de l’Antiquité, il existait aussi une route secondaire par Petra (Jordanie) et Alexandrie (Égypte). En définitive, la nouvelle route devrait passer par la Jordanie, puis se scinder vers l’Égypte et Israël.

Le tracé par l’Égypte a été validé par l’administration Obama. Washington a autorisé le doublement du Canal de Suez (déjà opérationnel) et la création d’une vaste zone industrielle (en cours).

L’administration Trump aurait autorisé le tracé par Israël. Le Shanghai International Port Group vient d’acheter la concession d’exploitation des ports d’Haïfa et d’Ashdod. La Chine construira également le tunnel du Mont Carmel pour doubler l’approvisionnement du port d’Haïfa.

En 2021, 90 % du commerce international d’Israël sera alors contrôlé par la Chine, ce qui signifie que celle-ci deviendra avec les États-Unis le co-protecteur du pays ; une perspective qui suscite une indignation dans les cercles militaires israélo-US.

Cette décision bouleverse complètement la géopolitique régionale. Jusqu’ici, Beijing était un partenaire commercial d’Israël (sauf en matière d’armement) et politique du Hamas (qui dispose d’une représentation à Beijing). Identiquement, la Chine fournissait des missiles au Hezbollah libanais. Désormais, le Hamas et le Hezbollah ne pourront plus attaquer des objectifs routiers, ferroviaires et portuaires israéliens sans entrer en conflit avec la Chine. On se souvient par exemple que le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, avait expliqué qu’en cas d’attaque israélienne du Liban, il pourrait bombarder les matières nucléaires stockées à Haïfa, se félicitant ainsi de disposer de sa propre « bombe atomique ».

Cette décision bouleverse également la géopolitique mondiale. L’accord sino-israélien suppose l’autorisation de Washington. La stratégie commerciale chinoise bouscule les contraintes politiques qu’elle ignore. Elle modifie profondément le sens du Partenariat de l’Eurasie élargie, conclu entre la Chine et la Russie, qui sert aujourd’hui de fondement à l’alliance entre les deux pays.

En définitive, l’annonce de ce nouveau trajet révèle un accord secret entre Beijing et Washington, malgré l’escalade mutuelle des droits de douanes entre les deux Grands.

Si ce projet arrive à son terme, chaque État du Moyen-Orient va devoir se repositionner. Puis, ce sont tous les États du monde qui vont devoir s’adapter à cette nouvelle donne.

http://www.voltairenet.org/article203516.html

Le bruit autour de l’accord chinois sur Haïfa met en lumière les divisions au sein de l’« État profond » israélien

Le bruit autour de l’accord chinois sur Haïfa met en lumière les divisions au sein de l’« État profond » israélien


Andrew Korybko
Andrew Korybko

Par Andrew Korybko – Le 22 septembre 2018 – Source orientalreview.org

La Chine exploitera bientôt le port israélien de Haïfa, si tout se passe comme prévu.

Haaretz a publié un compte rendu sur une conférence, tenue fin août en Israël, au cours de laquelle Shaul Horev, ancien directeur du cabinet de la marine et président de la commission à l’énergie atomique, s’était alarmé de la prochaine remise à la Chine de la gestion du port stratégique de Haïfa. Ce changement avait été signé il y a trois ans et demi par le ministère des transports et les autorités portuaires, sans l’aval du conseil à la sécurité nationale ni de la marine elle-même, qui est semble-t-il directement concernée au vu de la proximité de sa flotte de sous-marins avec le port. La mise en œuvre imminente de l’accord a soulevé les angoisses habituelles quand au « piège de la dette », aux implications militaires, et assez étrangement, quant à se demander si Israël se détourne des USA.

Manifestement, ce à quoi nous observons résulte d’une faction des administrations militaires, de renseignements et diplomatiques permanentes de l’État d’Israël – ou « État profond » – qui veulent rejoindre la vision mondiale chinoise de la connectivité portée par les Routes de la soie (One Belt One Road – OBOR), alors que l’autre faction veut s’en tenir sans fléchir au soutien pro-américain de Tel-Aviv et empêcher ces initiatives, ce qui génère les frictions aux yeux du public sur ce sujet. Contrairement à ce que beaucoup dans les médias alternatifs pourraient imaginer, Israël et la Chine n’ont fait que se rapprocher au fil des dernières années, Pékin développant un intérêt pour la proposition du train « Red-Med » [Train à grande vitesse Tel-Aviv Eilat, NdT], qui viendrait relier mer Rouge et mer Méditerranée par voie ferrée, et qui pourrait compléter voire un jour constituer une alternative au canal de Suez.

L’accord israélien permettant à la Chine de s’étendre et de venir gérer le port de Haïfa constitue une indication de l’existence d’une faction influente de l’« État profond », désireuse d’ouvrir des alternatives à la dépendance stratégique de Tel Aviv envers les USA, en coopérant de façon pragmatique avec d’autres grandes puissances en cours de constitution, comme on l’a vu par ailleurs dans les coopérations avec la Russie au sujet de la Syrie. Cette faction semble projeter un rôle d’Israël quelque peu similaire à celui de son nouveau partenaire, l’Inde, en jouant le même jeu de « multi-alignement » entre grandes puissances, ce qui en théorie permettrait au pays de tirer le meilleur parti de la « compétition » pour sa « loyauté », en négociant plus cher auprès de chacune des parties, USA y compris.

À supposer que l’accord ne se voie pas entravé en dernière minute par la faction opposée et ses alliés américains sur des considérations de « sécurité nationale », Israël donnerait là aux routes de la soie leur meilleure caution internationale, ce qui d’ailleurs pourrait bien constituer la raison pour laquelle la Chine a monté ce projet dès le départ. Il est également possible, comme évoqué par Ber Cowen du Times of Israël, que la Chine maintienne des ambitions à long terme de contrôler les accès européens aux ressources du Golfe, via les ports méditerranéens, suite à un accord de paix en Palestine à venir qui verrait les monarchies arabes reconnaître officiellement Israël, et faire traverser des oléoducs sur son territoire pour économiser 40% des coûts de transport par rapport au transit par le canal de Suez.

Quelles que soient les intentions de la Chine – et il ne s’agit certainement pas de s’affranchir d’Israël dans un « piège de dette » ou d’espionner ses sous-marins – la controverse autour de cet accord révèle le fait que deux factions de l’« État profond » sont en compétition en Israël et ont rendu publique leur querelle sur Haïfa, chacune d’entre elles ayant ses raisons – très différentes – d’estimer que le grand jeu se verrait changé si l’accord devait se voir suivi de faits.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 21 septembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-bruit-autour-de-laccord-chinois-sur-haifa-met-en-lumiere-les-divisions-au-sein-de-letat-profond-israelien

 

Arctique : l’autre route de la soie

Arctique : l’autre route de la soie

 

20 septembre, 2018
Note d’analyse

Boris Laurent

Pékin, Karakorum, Samarkand, Boukhara, Astrakhan… ces noms évoquent encore aujourd’hui les cités-relais de la route de la soie par où transitaient d’innombrables richesses. Depuis plusieurs années, la Chine reconstitue cette célèbre route et bâtit plusieurs grands axes qui débouchent notamment sur le marché européen. Dernier projet en date : une route de la soie polaire, passant par l’Arctique.

 

Carte route de l’Arctique
Trajet en vert : Passage du Nord-Ouest ;
trajet en bleu : passage du Nord-Est ou Route du Nord avec points de chute en Russie, Scandinavie, Europe du Nord, îles britanniques et Islande ;
trajet en bleu ciel : Route Transpolaire.
En mauve : réserves en pétrole et en gaz estimées par l’US Geological Survey.
En vert : membres du Conseil de l’Arctique.
En bleu : Etats observateurs.

 

 

Le 28 janvier 2018, le Bureau d’État à l’information de la République Populaire de Chine publie un « document blanc » qui fera date : La politique arctique de la Chine (1). Ce document fait le point sur les objectifs de Pékin dans cette région du monde : missions scientifiques, commerce et navigation, protection de l’environnement, extraction des ressources et intégration de cet axe polaire dans le vaste plan de nouvelles routes de la soie. La Chine se sent prête au grand bon vers le Nord. Rappelons qu’en 2017, le brise-glace et navire de recherche Xue Long a été le premier bâtiment chinois à avoir traversé l’Arctique en empruntant les trois routes majeures de navigation : le Passage du Nord-Ouest (le long des Etats-Unis et du Canada) le Passage du Nord-Est (le long de la Russie) et la route transpolaire, débouchant sur l’Islande et l’Europe du Nord, en longeant la Norvège.

 

L’ Arctique : nouvel Eldorado ?

 

Il faut dire que l’Arctique est une zone particulièrement convoitée. Si les bouleversements climatiques y ont un impact négatif très important, ils offrent, en revanche, des opportunités économiques incroyables tout autant que de véritables défis environnementaux. Tous les pays arctiques sont donc concernés et certains d’entre eux ont déjà commencé à bouger leurs pions (2). C’est le cas de la Russie, très active dans les domaines économique et militaire.

La Chine semble motivée par des facteurs énergétiques, commerciaux et géopolitiques. Cette région regorge de ressources naturelles dont près de 13% des réserves mondiales de pétrole brut et 32% des réserves de gaz naturel restant à découvrir. Selon une étude publiée en 2008 par l’US Geological Survey (Institut d’études géologiques des Etats-Unis), cela représente un total de 90 milliards de barils de brut, 44 milliards de barils de condensats de gaz liquide et plus de 47261 milliards de mètres cubes de gaz naturel.

Bien que ces ressources soient profondément enfouies dans l’océan, lui-même recouvert d’une épaisse couche de glace, la fonte accélérée de cette dernière pourrait offrir de sérieuses opportunités d’extraction. Pour l’heure, la Chine est étroitement associée aux travaux du site onshore Yamal LNG (Liquified Natural Gaz) du groupe russe Novatek (et Total, actionnaire à hauteur de 20%), dont une partie du projet principal est financée par plusieurs compagnies chinoises. En réalité, la Chine vient à la rescousse d’un projet qui connaît de graves difficultés financières. En aidant le propriétaire de Novatek, Gennady Timchenko, très proche du Kremlin, Pékin gagne des bénéfices autant politiques qu’économiques, avec la garantie d’une livraison annuelle s’élevant à quatre millions de tonnes de gaz liquide.

L’aide chinoise est toutefois à relativiser pour l’ensemble de la péninsule de Yamal. Gazprom exploite des gisements de gaz naturel dans le secteur de Bovanenkovo, au centre de la péninsule. Potentiel : près de cinq mille milliards de mètres cubes de gaz que seuls les Russes exploitent et dont l’Europe est le principal bénéficiaire.

Mais c’est le trafic maritime qui intéresse surtout les entreprises chinoises. Les deux passages principaux, Nord-Ouest (NWP) et Nord-Est (NEP), sont plus rapides et débouchent directement sur les marchés européen et nord-américain. Une troisième route, la route Transpolaire, passe entre le NWP et le NEP, via les eaux internationales mais ne peut être empruntée qu’avec de puissants brise-glaces. Malgré la fonde des glaces qui favorise le trafic maritime, le manque d’infrastructures et de bases pour des missions de secours rend ces passages dangereux et, pour l’instant, saisonniers.

Il n’empêche. Cette voie polaire offre un avantage de taille : le NEP offre un passage à travers la ZEE russe qui permet aux navires chinois d’éviter plusieurs zones de piraterie, comme le détroit de Malacca, situé entre la Malaisie et l’Indonésie, la mer Rouge et l’océan Indien.

 

Gagner un statut de puissance

 


Plateforme offshore Arctique. Crédit photo Gazprom

 

Pour autant, l’extraction des ressources naturelles arctiques est encore très difficile et très onéreuse (pression de la banquise sur les plateformes offshore, fonte du pergélisol et raccourcissement des routes, climat, milieu, techniques de forage, matériels). En outre, la Chine est totalement dépendante de ses partenaires, dont le premier, la Russie, qui détient le plateau continental le plus vaste. Les relations ne peuvent donc qu’être bilatérales.

Si la Chine se greffe à divers projets arctiques, c’est d’abord pour renforcer son statut de puissance géopolitique. Le NEP permet à Pékin d’éviter l’axe traditionnel de son trafic maritime débouchant sur l’Europe – canal de Suez, Cap de Bonne Espérance – où l’US Navy est très présente. Les tensions entre la Chine et les Etats-Unis sont bien réelles. Elles se matérialisent en mer de Chine méridionale où Pékin revendique plusieurs îles à potentiels économiques, énergétiques et stratégiques – Spratleys, Pratas, Paracels… – qui intéressent aussi le Vietnam, les Philippines, Brunei, la Malaisie et où l’US Navy garantit un trafic maritime libre et surveille de près les marines impliquées dans cette crise. Sans abandonner ses activités militaires et commerciales dans ce secteur, la Chine semble anticiper les opportunités offertes par la route polaire. L’ Arctique offre d’abondantes ressources autant que des avantages commerciaux et géopolitiques. Mais, dans le fond, il n’est qu’une pièce d’un vaste puzzle qui permettra à la Chine d’être reconnue comme une puissance majeure au moment où les Etats-Unis, de leurs côtés, se retirent de plusieurs engagements internationaux. Être présent dans cette région du monde est aussi un moyen d’apprendre de ses partenaires. Techniques de forage, plateformes offshore, navigation, recherches scientifiques, tous ces domaines d’expertise, notamment la prospection pétrolière, intéressent Pékin. L’empire du Milieu est patient et apprend vite.

 

Le partenaire russe en Arctique : l’axe Moscou-Pékin est-il solide ?

 

Pour autant, le partenariat engagé avec la Russie pourrait achopper sur plusieurs points et fragiliser la position chinoise en Arctique.

Le géant russe, s’il profite d’un partenariat bilatéral fructueux, ne compte pas se laisser guider par d’autres choses que ses propres ambitions et les intérêts qui lui sont liés.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, l’Arctique joue un rôle clef dans la rhétorique patriotique russe. Le président Poutine s’investit personnellement dans la défense des intérêts russes dans le Grand Nord.

Phénomène intéressant, la plupart des infrastructures le long des 5600 kilomètres du NEP sont construites par le ministère de la Défense russe, créant des difficultés pour les navires commerciaux et les missions scientifiques étrangers.

Cette militarisation du Nord peut légitimement inquiéter les partenaires de la Russie. C’est le cas de la Chine qui ne souhaite pas travailler trop étroitement avec la marine russe ni investir massivement dans des programmes de défense commun pour cette zone.

À l’inverse, Moscou regarde avec beaucoup d’intérêts son Extrême-Orient où la Chine est très présente et active. Comme dans la mer de Chine méridionale, l’activité militaire chinoise suscite beaucoup d’inquiétude à Moscou. L’île de Sakhaline notamment, où « dorment » des quantités incroyables de pétrole, pourrait être un jour revendiquée par la Chine, au nom du lien historique qui a autrefois unit les deux territoires (3).

 

La Russie a décidé d’axer sa politique chinoise sur plusieurs points

 

D’une part, elle « muscle » sa Flotte du Pacifique basée à Vladivostok et à Vilioutchinsk, dans la péninsule du Kamtchatka (pour les SNLE). Les nouveaux sous-marins nucléaires de la classe Yassen Projet 885-M (amélioré), désigné SSGN ou sous-marins nucléaires lanceurs de missiles de croisière, seront expédiés en priorité dans la zone pacifique. Ces bâtiments sont multimissions (cibles navales en surface, sous-marines, et cibles terrestres) mais ont été conçus pour lutter contre les groupes aéronavals (4).

La bulle de protection A2/AD ou Anti-Access / Area Denial est également renforcée. Centres urbains, industriels, stratégiques comme Vladivostok, disposent de bases dont le rôle est d’interdire l’accès aux avions, bâtiments de surface et sous-marins ennemis. Le territoire russe mais aussi « l’étranger proche » dont l’Asie centrale, sont ainsi quadrillés par des systèmes de missiles et un vaste réseau de radars très efficaces.

Outre ses propres forces navales et sous-marines, la Russie vend des armes aux États concurrents de la Chine. C’est notamment le cas du Vietnam qui a reçu plusieurs sous-marins Varchavianka-Projet 636 (code OTAN Improved Kilo), furtifs, bien armés, redoutables. Ce contrat est doublé d’un accord permettant à la Russie d’établir des bases navales au Vietnam.

Phénomène incroyable, les Philippines, historiquement liées aux Etats-Unis, viennent de passer un contrat avec Moscou pour la livraison de sous-marins classe Kilo. Conséquences : les Philippines disposeront d’outils face à la puissante Marine chinoise, Washington risque de perdre de son influence dans cette région alors que Moscou renforce son lien stratégique avec Manille.

Enfin, la Russie a décidé, dans le même temps, de resserrer ses relations avec Pékin, notamment dans le domaine militaire, et d’intégrer l’armée populaire de libération dans des exercices de grande ampleur en vue de probables et futurs déploiements conjoints. C’est le cas des exercices « Vostok 2018 » qui ont eu lieu dans l’Extrême-Orient russe. Il s’agit du plus grand déploiement militaire de l’histoire russe, ère soviétique comprise ! Au-delà de leur aspect spectaculaire, ces exercices montrent le potentiel militaire russe, les ambitions stratégiques de Moscou, et la capacité de coopération avec l’armée chinoise. L’axe Moscou-Pékin, formé dès l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, en 2000, se renforce donc aujourd’hui. Pour la Chine, ce déploiement permet de renforcer sur le terrain la coopération avec l’armée russe, de bénéficier du « retour sur expérience » russe en Syrie, notamment dans les opérations combinées aéroterrestres. Pour les deux partenaires, il s’agit de montrer, notamment aux Etats-Unis, que les deux pays sont des alliés solides et que la Russie, en dépit des sanctions occidentales, n’est pas isolée.

 

Arctique : futur arc de tensions

 

Au regard de tous ces éléments, on voit bien la complexité des rapports qu’entretient la Chine avec la Russie, et le problème qui se posera à un moment ou à un autre en Arctique (mais aussi dans les sphères d’influence russes où lorgne la Chine). Si les deux États sont partenaires et alliés, ils sont aussi rivaux sur un certain nombre de points (visions géopolitiques parfois divergentes, influence grandissante de Pékin en Asie centrale via les routes de la soie).

Pour autant, si la Chine a montré son intérêt pour le Grand Nord et ses nombreuses ressources (pétrolière, gazière, halieutique…), les investisseurs, au premier chef desquels le pouvoir central à Pékin, bougent relativement lentement. À pas mesurés, le gouvernement évalue les opportunités et prépare au mieux les futurs termes des négociations. La Chine pose ainsi les bases de ses actions qui garantiront ses intérêts géostratégiques en Arctique, pour les décennies à venir.

Aujourd’hui, le dossier économique pour l’Arctique n’est pas prioritaire. Pékin insiste sur l’outil politique pour parachever ses objectifs : affirmer ses droits en Arctique ; influencer les organismes internationaux afin de modifier les règles qui prévalent dans le Grand Nord ; commencer lentement mais sûrement à exploiter les ressources. Les intérêts économiques chinois seront de plus en plus importants et auront un impact sur les prises de décisions au niveau international, alors que parallèlement, les opportunités seront plus nombreuses.

La Chine poursuit la route qui la mènera au statut de « superpuissance » mondiale. Elle jouera donc un rôle majeur, incontournable, en Arctique, au risque de créer des tensions avec l’ensemble des partenaires arctiques. La Russie, partenaire qui semble solide aujourd’hui, pourrait ainsi devenir un sérieux rival demain.
Boris Laurent
Boris Laurent est historien, journaliste spécialisé en histoire des relations internationales et en histoire militaire, officier de réserve dans la Marine nationale. Il est notamment l’auteur de « Le IIIe Reich pouvait-il gagner la bataille de l’Atlantique ? » Publié aux éditions Economica.

(1) Document disponible en anglais sur le site officiel : http://www.scio.gov.cn/zfbps/32832/Document/1618243/1618243.htm

(2) Le Conseil de l’Arctique est composé du Canada, du Danemark, des Etats-Unis, de la Finlande, de l’Islande, de la Norvège, de la Suède et de la Russie. La Chine est un État observateur « proche de l’Arctique ».

(3) La Chine et la Russie ont toutefois signé le 2 juin 2005, à Vladivostok, un accord définitif sur le tracé de leur frontière commune orientale… après 40 ans de négociations !

(4) Est à l’étude pour les Yassen et les croiseurs classe Kirov, un nouveau système de missiles hypersoniques Zircon 3M22. Vitesse maximale : 6500 kilomètres/heure !

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Un tweet de destruction de masse de Trump attise les tensions avec l’Iran

Un tweet de destruction de masse de Trump attise les tensions avec l’Iran

L’objectif ultime de l’administration Trump est certes un changement de régime à Téhéran, mais s’agissait-il d’un contre-feu destiné à éteindre l’incendie médiatique de la « trahison » d’Helsinki, à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis ? Ou voulait-il simplement déstabiliser les géants eurasiens et leur nouvelle Route de la soie ?

Le tweet nocturne de destruction de masse du président Trump, tout en majuscules, qui menaçait l’Iran mérite une place historique dans les annales de l’art de la diplomatie.

(Au président iranien Rohani : NE RECOMMENCEZ JAMAIS, JAMAIS A MENACER LES USA OU VOUS EN SOUFFRIREZ DES CONSEQUENCES COMME PEU EN ONT SOUFFERT AUPARAVANT AU COURS DE L’HISTOIRE. NOUS NE SOMMES PLUS UN PAYS QUI SUPPORTE VOS PROPOS DEMENTIELS DE VIOLENCE ET DE MORT. SOYEZ PRUDENT!)

Mais reprenons cette affaire depuis le commencement. Après s’être retiré unilatéralement de l’accord nucléaire iranien, l’administration Trump a publié ce qui équivaut à une déclaration de guerre économique contre l’Iran et emploiera tous les moyens pour expulser la République islamique du marché pétrolier mondial – par exemple en menaçant ses alliés européens de sanctions secondaires s’ils manquent à arrêter toutes leurs importations de pétrole iranien d’ici le 4 novembre.

Le week-end dernier, l’Ayatollah Khamenei, chef suprême de l’Iran, a déclaré qu’il soutiendrait le blocage de toutes les exportations de pétrole du Moyen-Orient par le détroit d’Ormuz si les partenaires commerciaux européens de l’Iran cèdent à la pression de Washington et cessent d’acheter du pétrole iranien.

Puis le président Hassan Rouhani a emboîté le pas à Khamenei et averti les États-Unis de ne pas « taquiner la queue du lion ».

Rohani, comme en témoigne son bilan politique, s’est toujours comporté comme l’incarnation de la diplomatie. Contrairement à ce qu’en dit la propagande prévisible des médias américains, il n’a jamais « menacé » d’attaquer les États-Unis. Téhéran était heureux d’offrir à Washington la « mère de toutes les paix ». Mais si Trump préfère attaquer l’Iran, alors (les italiques sont de moi) cela ouvrirait la voie à la Mère de toutes les Guerres.

L’objectif ultime : un changement de régime

Le fait est que l’administration Trump a abandonné un traité multilatéral parrainé par l’ONU et a lancé depuis de dangereuses opérations secrètes dans le but de renverser le régime en Iran.

L’explosion de rage de Trump, associée au discours du secrétaire d’État américain Mike Pompeo, qui a mis en avant les intérêts des « voix longtemps ignorées du peuple iranien », s’est heurtée à la dérision et au mépris de tout l’Iran.

Sur le plan géopolitique, les relations entre la Russie et l’Iran demeurent extrêmement solides, comme en témoigne la récente rencontre entre le président Poutine et le principal conseiller en politique étrangère de Khamenei, Ali Akbar Velayati. Comme me l’a dit le professeur Mohammad Marandi de l’Université de Téhéran : « La réunion Poutine-Velayati s’est très bien passée. Velayati prévoit d’aller à Pékin dans quelques semaines. Les Iraniens détestent Trump, et tous les partis et factions politiques iraniens sont devenus beaucoup plus unis. Le discours de Rohani a été largement regardé et très bien perçu. »

Khamenei et Rohani sont sur la même longueur d’onde — et c’est très important. Ils s’accordent sur le fait que dorénavant, toute négociation avec Washington est futile. Le ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarif a donné le coup de grâce en twittant que l’Iran était là depuis des millénaires et avait vu la chute de nombreux empires. Il a conclu en paraphrasant Trump, tout en majuscules : « SOYEZ PRUDENT ».

(CONSIDÉRÉZ QUE NOUS NE SOMMES PAS IMPRESSIONNÉS : Le monde a entendu des rodomontades encore pires il y a quelques mois. Et les Iraniens en ont entendues — même si elles étaient plus civilisées — pendant 40 ans. Nous sommes là depuis des millénaires & avons vu la chute d’empires, y compris le nôtre, qui avaient perduré plus longtemps que la durée de vie de certains pays. SOYEZ PRUDENT !)

Tout le feuilleton est parasité par des commentaires consternants, par exemple ceux d’une cohorte « d’experts » américains digressant sur deux résultats prévisibles pour l’Iran : la capitulation ou l’implosion du « régime ».

Quiconque imagine que Téhéran capitulera démontre une ignorance totale de l’ambiance générale de défi et de mépris parmi le peuple iranien, alors même qu’il est confronté à des difficultés économiques massives. Et quiconque affirme qu’il y aura un changement de régime à Téhéran ne fait que répéter comme un perroquet une ligne « politique » américaine qui relève du rêve éveillé.

Les néo-conservateurs américains qui ont apporté au monde la guerre ratée de plusieurs billions de dollars en Irak auraient dû être enterrés non pas à six pieds, mais à six kilomètres sous terre. Mais, comme les morts-vivants, ils n’abandonnent jamais.

Pourtant, au Moyen-Orient, en ce moment, il y a trois personnages qui chantent et dansent comme si tout se déroulait comme prévu : Mohamed ben Salmane (MBS) d’Arabie saoudite, son mentor, Mohamed ben Zayed des Émirats Arabes Unis et le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou

Certainement, ils n’ont pas entendu les conseils experts de l’ancien chef du Mossad, Meir Dagan, qui a déclaré qu’une attaque militaire contre l’Iran était « la chose la plus stupide que j’aie jamais entendue ».

Un contre-feu ?

Il est toujours possible que les majuscules de Trump soient une ruse pour distraire les Américains du scandale de la trahison d’Helsinki. La théorie tient debout quand on pense aux élections de mi-mandat imminentes, ainsi qu’au besoin absolu de Trump d’avoir l’air d’un dur pour garder les Républicains sous sa coupe. Appelez ça une brillante manœuvre stratégique de Trump. Ou de Poutine?

Mais revenons à la réalité. Les options les plus sombres seraient soit que l’Iran devienne un satellite américain, soit qu’il ferme le détroit d’Ormuz – quelque chose qui, en pratique, détruirait l’économie mondiale.

On m’a assuré que le Corps des gardiens de la révolution islamique a les moyens technologiques de bloquer le détroit et qu’ils n’hésiteraient pas à le faire plutôt que de céder, si les choses se compliquaient. Le président Rohani ne peut pas s’opposer au CGRI.

L’administration Trump a, en fait, forcé Rohani à abattre ses cartes. Toutes les branches du gouvernement iranien sont désormais unies.

L’hystérie belliqueuse actuelle est totalement irresponsable. Dans le pire scénario du détroit d’Ormuz, la marine américaine serait impuissante, car les missiles SS-N-22 Sunburn de fabrication russe pourraient faire des ravages. Washington ne pourrait bombarder qu’à partir de la base aérienne d’Al Udeid au Qatar ou d’Incirlik en Turquie. Or, ni le Qatar ni la Turquie ne semblent disposés à contrarier l’Iran.

Le Pentagone devrait bombarder des sites de missiles côtiers iraniens sur les rivages du golfe Persique. Mais ceux-ci sont très bien camouflés ; les missiles sont mobiles et les USA ne disposent pas de renseignements fiables sur le terrain. L’Iran n’a besoin de tirer qu’un seul missile à la fois. Aucun pétrolier ne pourrait espérer passer.

Les choses n’ont même pas besoin de se dégrader jusqu’à une guerre ouverte. Téhéran n’a qu’à rendre la menace crédible. Les compagnies d’assurance cesseraient d’assurer les transporteurs de pétrole. Et aucun pétrolier ne naviguerait sans assurance.

En ligne de mire, l’axe Russie-Chine-Iran

L’enjeu géopolitique est encore plus complexe. Velayati était à Moscou quelques jours avant Helsinki. Selon des sources diplomatiques, l’Iran et la Russie sont synchronisés — et coordonnent étroitement leur politique. Si la stratégie actuelle de tension persiste, elle fera monter le prix du pétrole, ce qui est aussi bon pour la Russie que pour l’Iran.

Et puis, il y a la Chine. Tsunami de sanctions ou non, Pékin est susceptible d’augmenter ses importations de pétrole en provenance d’Iran. Les « experts » selon qui l’Iran est en passe de devenir un pion de la Russie et de la Chine sont désespérément myopes. La Russie, la Chine et l’Iran sont déjà fermement alignés.

À défaut d’une guerre, la priorité absolue de l’administration Trump est de perturber la nouvelle Route de la Soie – l’Initiative Belt and Road — entre la Chine et l’Europe. Or, son principal corridor de connectivité économique traverse l’Iran.

« L’ennemi » fondamental est la Chine. Mais pour qu’un plan de division-pour-régner fonctionne, encore faudrait-il tenter d’attirer la Russie dans une sorte d’entente cordiale. Et en parallèle, la déstabilisation de la Perse est un must. Après tout, c’est ce que le régime Cheney qualifiait de « grand prix ».

Par Pepe Escobar
Paru sur Asia Times sous le titre Tweet of Mass Destruction ratchets up tension on Iran
Traduction Entelekheia
Image Pixabay

http://www.afrique-asie.fr/un-tweet-de-destruction-de-masse-de-trump-attise-les-tensions-avec-liran/

 

 

Sommet Chine, Russie et Iran sur fond de tensions avec les Etats-Unis

Sommet Chine, Russie et Iran sur fond de tensions avec les Etats-Unis

/ © POOL/AFP / Alexander Zemlianichenko

Les chefs d’Etat russe, iranien et chinois se réunissent samedi en Chine sur fond de tensions commerciales et diplomatiques avec les Etats-Unis, au moment où le G7 achève au Canada un sommet marqué par de profonds désaccords entre Washington et ses alliés sur les mêmes sujets.

L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui outre la Chine et la Russie réunit l’Inde, le Pakistan et plusieurs pays d’Asie centrale, entame ce weekend son sommet annuel dans la grande ville côtière de Qingdao.

Cette réunion démarre alors que, de l’autre côté du Pacifique, les dirigeants des pays riches du G7 -qui n’est plus le G8 depuis que la Russie a été exclue du club en 2014- tentaient d’ultimes tractations pour réduire les fractures ouvertes par Donald Trump au sujet des droits de douane et du nucléaire iranien.

D’importantes forces de sécurité appuyées par des blindés quadrillaient samedi Qingdao, cité portuaire chinoise connue pour ses collines de pins et ses villas de style allemand. Les autorités ont évacué commerçants, résidents et touristes de plusieurs quartiers, avant un banquet d’ouverture programmé en soirée, à 11H45 GMT.

Aux côtés du président russe Vladimir Poutine et du chef d’Etat chinois Xi Jinping, un invité particulier participe à l’événement: le président iranien Hassan Rohani. Même si la question du nucléaire iranien ne figure par à l’ordre du jour, M. Rohani devrait avoir l’occasion d’évoquer le dossier avec ses homologues.

Moscou comme Pékin sont signataires, aux côtés des Etats-Unis, de la France, de l’Allemagne et du Royaume-Uni, de l’accord de 2015 par lequel Téhéran acceptait de limiter ses activités nucléaires en échange d’un allègement des sanctions internationales.

Mais la décision de Trump de retirer Washington du traité ouvre la porte à de nouvelles sanctions contre l’Iran et les entreprises étrangères présentes dans le pays. Téhéran cherche désormais à s’assurer l’appui des autres signataires -Européens, Russie et notamment la Chine, grande consommatrice de pétrole iranien- afin de maintenir à flot son économie.

« L’Iran ne peut pas attendre indéfiniment. Nous avons été un acteur fidèle à nos engagements et nous faisons face à une région extrêmement volatile », a affirmé à l’AFP la haute responsable iranienne Masoumeh Ebtekar, lors d’une visite en Lituanie.

Face au retrait américain, « les membres de l’OCS pourraient accorder un statut de membre à l’Iran pour lui témoigner leur soutien, et leur attachement à l’accord nucléaire », observe Dawn Murphy, professeur de relations internationales à l’US Air War College.

– « Routes de la Soie » –

M. Rohani est le deuxième président iranien à assister à un sommet de l’Organisation de Shanghai, où l’Iran n’a qu’un statut d’observateur. L’OCS compte parmi ses membres quatre ex-républiques soviétiques d’Asie centrale (Ouzbékistan, Kazakhstan, Tadjikistan, Kirghizstan) et deux nouveaux venus: l’Inde et le Pakistan. Le Premier ministre indien Narendra Modi est également attendu à Qingdao.

Ce sommet intervient par ailleurs juste avant la rencontre historique, mardi à Singapour, entre Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un.

Xi Jinping a rencontré M. Kim à deux reprises ces dernières semaines en Chine, alors que, de l’avis des experts, Pékin entend ne pas se laisser marginaliser par les pourparlers entre Washington et Pyongyang.

Officiellement cependant, la Chine devrait surtout pousser lors du sommet de Qingdao ses « Nouvelles routes de la soie », colossal projet d’infrastructures à travers l’Asie, l’Europe et l’Afrique.

Le géant asiatique reste sous la menace de tarifs douaniers américains punitifs, et Washington vient d’imposer à ses propres alliés des taxes sur l’aluminium et l’acier: autant de préludes d’une possible guerre commerciale planétaire. Dans ce contexte, le commerce et les coopérations économiques figureront en bonne place dans les discussions de l’OCS, souligne Mme Murphy.

Alors que montent les pressions protectionnistes entre les Etats-Unis et ses alliés traditionnels, les pays de l’OSC pourraient bien discuter d’une éventuelle zone de libre-échange, estime même l’experte.

Enfin, Moscou, comme Pékin, voit dans l’Organisation de Shanghai -qui abordera également à Qingdao la lutte contre le terrorisme et le piratage informatique- un moyen de faire pièce à l’influence des Etats-Unis et de l’Otan.

Lancée en 2001 principalement pour résoudre des questions frontalières, l’OCS ne fait plus profil bas, a déclaré Vladimir Poutine cette semaine à la télévision chinoise CGTN: « Nous avons pris conscience que nous pouvions faire de grandes choses », a martelé le président russe.

(©AFP / 09 juin 2018 12h27)

https://www.romandie.com/news/Sommet-Chine-Russie-et-Iran-sur-fond-de-tensions-avec-les-Etats-Unis/925871.rom

L’US PaCom devient US IndoPaCom

L’US PaCom devient US IndoPaCom

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Lors d’une cérémonie à Pearl Harbour, le 30 mai 2018, le secrétaire US à la Défense, James Mattis, a annoncé que l’US PaCom (littéralement Commandement des Etats-Unis au Pacifique) devenait l’US IndoPaCom.

Le général n’a pas précisé les raisons de ce changement se contentant de noter que la zone couverte comprend à la fois les océans Pacifique et Indien.

L’amiral Harry Harris, commandant sortant de ce CoCom (commandement de combat unifié), a précisé que « le temps de la compétition entre les grands puissances était de retour. Dans la zone indo-pacifique, a commencé une course géopolitique entre deux visions, l’une libérale, l’autre oppressive ».

Il semble que le Pentagone fasse référence à la fois au projet chinois de « nouvelles routes de la soie » (Belt & Road Initiative) et à la stratégie chinoise du « collier de perles » visant à endiguer l’Inde.

 

http://www.voltairenet.org/article201372.html

Pourquoi l’Europe craint les Nouvelles routes de la soie

Pourquoi l’Europe craint les Nouvelles routes de la soie


De nombreux pays européens s’inquiètent du flux de marchandises à sens unique le long des nouvelles routes commerciales que Beijing essaie de mettre en place vers l’Europe


Par Pepe Escobar – le 25 avril 2018 – Source Asia Times

Cela a fait l’effet d’une petite bombe, si l’on considère que les médias travaillent sans relâche à déformer la réalité à leur guise. Sur les 28 ambassadeurs de l’UE à Beijing, 27, à l’exception de celui de Hongrie, ont signé un rapport interne très critique à l’égard des Nouvelles routes de la soie, les décrivant comme un danger camouflé au marché libre, et qui déformeraient soi-disant de façon déloyale la compétition au profit des conglomérats chinois.

Le rapport en question aurait tout d’abord « fuité » du respectable journal économique allemand Handelsblatt. Des diplomates de l’UE à Bruxelles en ont confirmé l’existence au site Asia Times. Le Ministère des affaires étrangères chinois a ensuite calmé le jeu en expliquant que Bruxelles lui avait expliqué l’objet de ce rapport.

Dans les faits, tout est dans la nuance. Quiconque est familier du caractère dysfonctionnel de la bureaucratie européenne à Bruxelles connaît l’absence de politique commune de l’UE envers la Chine, et même de la Russie d’ailleurs.

Le rapport interne explique comment la Chine, par le biais de sa politique des Nouvelles routes de la soie, aussi connue sous le nom d’ « Une ceinture, une route », sert les objectifs de politique intérieure comme la réduction de l’excès de capacité industrielle, la création de nouveaux débouchés pour ses produits finis, et la sanctuarisation de ses accès aux ressources de matières premières.

Il s’agit de la logique évidente poursuivie par la Chine depuis la création de cette initiative, dont Beijing ne s’est jamais cachée. Après tout, le concept des Nouvelles routes de la soie a été mentionné pour la première fois au sein du Ministère du commerce, bien avant que l’annonce officielle de sa création ne soit faite à Astana et Jakarta en 2013 par le président Xi Jinping.

Les réactions aux Nouvelles routes de la soie sont multiples et variées. Les pays d’Europe centrale et orientale sont pour la plupart enthousiastes, puisque synonyme de projets d’infrastructures qui font pour le moment défaut. Il en va de même pour la Grèce et l’Italie, comme l’a rapporté le site Asia Times. Des ports septentrionaux tels qu’Hambourg et Rotterdam sont en fait configurés comme des terminaux pour servir les Nouvelles routes de la soie. L’Espagne attend avec impatience le jour où les trains de marchandises reliant Yiwu à Madrid seront des trains à grande vitesse.

En fait, les bénéfices à tirer de cette initiative dépendent du degré d’intégration de chaque pays de l’UE à l’intérieur de ce que Raymond Yeung, l’économiste en chef d’ANZ (Australia-New Zealand Bank), appelle « la plus grande expérience économique de l’histoire moderne ».

Gardez un œil sur ces ingénieurs chinois.

Le cas de la France est emblématique. Le président Macron, tout occupé qu’il est en ce moment par son exercice de relations publiques destiné à se couronner lui-même comme Roi illégitime d’Europe, a de fait félicité l’initiative des Nouvelles routes de la soie lors de sa visite officielle en Chine au début de l’année.

Mais là encore, le diable est dans les détails : « Après tout, les anciennes routes de la soie ne furent jamais exclusivement chinoises », a-t-il déclaré lors de son discours au Daming Palace de Xi’an, qui fut la capitale pendant plus de 200 ans de la dynastie des Tang, instigatrice des routes de la soie. « Ces routes, a-t-il ajouté, ne peuvent être celles d’une nouvelle hégémonie, qui transformerait ceux qu’elle traverse en vassaux ».

Macron se positionnait dès ce moment dans le rôle de celui qui souhaitait mettre de la distance dans la relation EU-Chine, et qui donnerait voix à la plainte numéro un de l’UE à l’égard de la Chine : la façon dont les Chinois jouent le jeu du commerce extérieur et de l’investissement.

Macron a par le passé été très entreprenant dans sa démarche de pousser la Commission européenne à renforcer les directives anti-dumping contre les importations d’acier chinois, et de forcer un passage en revue pan-européen des tentatives d’acquisitions dans les secteurs stratégiques, surtout celles émanant d’entreprises chinoises.

En parallèle, chaque État européen, et pas seulement la France, réclame un accès plus large au marché chinois. Peu importe le mantra optimiste que Macron répète à qui veut l’entendre selon lequel « l’Europe est de nouveau dans la course » en terme de compétitivité, il camoufle mal la peur primaire qu’a l’Europe vis-à-vis d’une Chine qui deviendrait trop compétitive.

Du point de vue de Beijing, les Nouvelles routes de la soie sont une projection de son pouvoir géopolitique, et surtout de son volet géo-économique, notamment par la promotion de nouveaux standards et normes communs au monde entier, qui ne sont pas forcément ceux que préconise l’UE. Ce qui nous amène au cœur du problème, et que le rapport diplomatique « fuité » ne mentionne pas : le point de convergence entre l’initiative des Nouvelles routes de la soie et l’autre initiative chinoise nommée « Made in China : 2025 ».

Beijing tend à devenir un leader mondial dans le domaine des hautes technologies à un horizon de sept ans. « Made in China : 2025 » identifie 10 secteurs d’activité prioritaires, notamment l’intelligence artificielle ; la robotique; l’aéronautique ; les véhicules électriques ; le transport maritime et la construction navale.

Le commerce bilatéral sino-allemand, d’un montant de 187 milliards d’euros l’an dernier, est beaucoup plus large que celui de la France et de l’Angleterre avec la Chine, de 70 milliards d’euros chacun. Et oui, Berlin est inquiète. « Made in China : 2025 » représente une « menace » réelle pour les entreprises allemandes dans le domaine des biens manufacturés de haute-technologie.

Les jours où la Chine achetait d’impressionnantes quantités de machinerie allemande, plus les inévitables BMW et Audi, pourraient bien être révolus. La nouvelle norme semblerait être une armée de sociétés chinoises se ruant vers le haut de la pyramide de la qualité à une vitesse vertigineuse.

Comme le dit Thomas Bauer, le président directeur général du groupe éponyme, à l’agence Reuters, « la rivalité avec la Chine ne sera pas une compétition contre des copieurs, mais contre des ingénieurs innovants ».

Naviguer dans les eaux de l’économie bleue

Le rapport « Chine Bleue : Emprunter la Route maritime de la soie vers l’Europe » élargit favorablement les termes du débat, en démontrant que le corridor maritime pourrait être encore plus déterminant que sa version terrestre.
Le rapport met en avant la façon dont la Route maritime de la soie a déjà une influence sur l’UE en terme de commerce maritime et de construction navale, et pose la question de la présence croissante de la Marine de l’armée populaire de libération. Le rapport recommande à l’UE de s’inspirer de l’« utilisation que fait la Chine de l’économie bleue comme moteur de croissance et source de richesse, faite pour encourager les innovations qui répondent aux politiques industrielle et de recherche chinoises bien pourvues en capitaux ».

L’« économie bleue » met sur le devant de la scène l’initiative « Made in China : 2025 », notamment dans les domaines de l’innovation pour les secteurs des infrastructures et le trafic maritime. La logique, du point de vue de Beijing, est toujours à propos de la réduction des coûts du transport maritime, mais cela restera bien sur toujours soumis à la hausse des prix du pétrole, ce à quoi l’OPEP et la Russie sont favorables.

En l’état actuel des choses, les craintes de la bureaucratie européenne sont justifiées, l’UE étant prise en tenaille par une Chine compétitive en haute-technologie, et l’« Amérique d’abord » de Donald Trump. Et cela ne tient même pas compte des inévitables échauffourées géo-stratégiques entre les Nouvelles routes de la soie et le projet américain d’ « Espace indo-pacifique libre et ouvert » qui sera géré en principe par les États-Unis, le Japon, l’Inde et l’Australie, et qui est plus une version embellie de leur politique de la canonnière en mer de Chine du sud qu’un véritable projet d’intégration économique eurasiatique.

Nous allons assister à un sommet euro-chinois en juillet ainsi qu’à un sommet sino-allemand plus tard dans l’année : à défaut de feux d’artifices, attendons-nous à des feux grégeois.

Pepe Escobar

Traduit par Laurent Schiaparelli, relu par Cat pour Le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/pourquoi-leurope-craint-les-nouvelles-routes-de-la-soie

La Chine réfute le rapport d’un groupe de recherche américain sur « la Ceinture et la Route »

La Chine réfute le rapport d’un groupe de recherche américain sur « la Ceinture et la Route »

© Chine Nouvelle (Xinhua)Xinhua, le 18/04/2018 22:41

La Chine a réfuté mercredi le rapport d’un groupe de recherche américain sur l’initiative « la Ceinture et la Route« , réitérant que cette initiative visait à réaliser une coopération économique gagnant-gagnant.

Selon Associated Press, après avoir analysé 15 projets de ports financés par la Chine, l’institut de recherche C4ADS a tiré la conclusion que ces projets n’étaient pas motivés par un développement économique gagnant-gagnant, mais visaient à élargir « l’influence politique et la présence militaire » de la Chine.

La porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Hua Chunying, a indiqué lors d’une conférence de presse régulière que l’initiative « la Ceinture et la Route » portait essentiellement sur la coopération économique et que l’idée clé de l’initiative était de promouvoir le développement commun en faisant progresser la connectivité dans le domaine des infrastructures et d’autres secteurs.

Cette initiative a obtenu le soutien d’une centaine de pays et organisations internationales, plus de 80% d’entre eux ayant signé des accords de coopération avec la Chine.

Selon elle, ce soutien mondial n’aurait jamais été possible si cette initiative n’était pas en phase avec la tendance de l’époque et si elle n’apportait pas de bénéfices aux peuples des divers pays concernés.

La porte-parole a souligné que cette initiative était ouverte et transparente, tous les participants étant impliqués dans les consultations en matière de planification et de réalisation des projets.

« La Chine n’a pas de calculs géopolitiques, ne cherche aucun bloc d’exclusion et n’impose aucun accord commercial aux autres, » a-t-elle ajouté.

« ‘La Ceinture et la Route’ est une initiative mutuellement bénéfique et gagnant-gagnant », a affirmé Mme Hua, ajoutant qu’elle permettrait aux autres pays de partager les opportunités liées au développement de la Chine et contribuerait à résoudre les problèmes de développement du monde.

« Au cours de la construction de ‘la Ceinture et la Route’, la partie chinoise insiste sur les règles de marché et prend les intérêts et les préoccupations de toutes les parties en considération », a-t-elle fait savoir.

Un grand nombre de projets de coopération sont en cours de réalisation, et ils ont permis d’améliorer l’économie locale et bénéficié au peuple local, a-t-elle noté.

https://chine.in/actualite/cn/refute-rapport-groupe-americain-sur_108808.html