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Interprétation du discours du président Poutine au Forum 2019 des Nouvelles Routes de la Soie

Interprétation du discours du président Poutine au Forum 2019 des Nouvelles Routes de la Soie


Par Andrew Korybko – Le 27 avril 2019 – Source orientalreview.org

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Le président Poutine n’a laissé aucune place au doute, en proclamant fièrement que la Russie ainsi que l’Union Économique Eurasiatique, organisation d’intégration régionale pilotée par la Russie, opéraient une fusion stratégique avec la Chine et son projetLa Ceinture et la Route. Ce processus aura des conséquences stratégiques profondes sur le supercontinent, ainsi que sur l’ensemble de la géopolitique du XXIème siècle.

Putin's Speech At The 2019 BRI Forum

Le Forum 2019 du projet La ceinture et la Route (BRI) constitue un événement de toute première envergure, rassemblant des dizaines de chefs d’États et mettant à disposition de la communauté internationale une plateforme permettant de mieux appréhender cette vision novatrice. Le président Poutine y a prononcé un important discours, que l’on peut résumer comme l’expression d’une fusion stratégique de la Russie et de l’Union Économique Eurasiatique avec la Chine et son projet. Il ne fait aucun doute que ce processus aura des conséquences stratégiques très profondes pour le supercontinent et pour la géopolitique du XXIème siècle dans son ensemble, et son discours mérite d’être analysé à fond. Suivent donc ci-après une transcription de ce discours, intercalée de quelques explications de texte pour aider le lecteur à saisir la portée de l’événement et le poids qu’auront ces mots sur l’avenir de la stratégie générale de la Russie :

Passage :

Président Xi Jinping, Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord, je voudrais remercier mon cher ami, le président chinois Xi Jinping, de m’avoir invité à participer au deuxième Forum de la Ceinture et la route pour la Coopération internationale. J’aimerais [lui, NdT] exprimer ma reconnaissance pour cette occasion d’être présent au sein d’un groupe aussi étendu et de nous rencontrer, de discuter les sujets de développement mondial, et les principes de coopération.

J’ai écouté avec le plus grand intérêt – et je ne doute pas que nombre de participants en ont fait autant – les principes et les objectifs de développement de la Chine, c’est-à-dire, la manière dont la République populaire de Chine, aujourd’hui première économie mondiale en terme de parité de pouvoir d’achat, prévoie de développer et de construire des relations avec ses partenaires. Ces sujets sont de toute première importance, tant pour la Russie, j’en suis convaincu, que pour nombre de mes collègues qui ont également fait le déplacement aujourd’hui jusque Pékin.

Interprétation :

Quand la Chine parle, le monde écoute.

Passage :

De toute évidence, la mise en œuvre de ce projet ambitieux, la Ceinture et la Route, promu par nos collègues chinois, vise à renforcer la coopération constructive des États d’Eurasie. L’objectif de ce projet, fondamentalement unificateur, est d’assurer un développement économique harmonieux et durable, ainsi qu’une croissance économique, à travers l’espace d’Eurasie.

La Russie a souligné à de multiples reprises que le projet du président chinois, la Ceinture et la Route, résonnait avec l’idée russe d’établir un large partenariat eurasiatique, un projet visant à « intégrer les structures d’intégration », et ainsi à promouvoir un alignement plus proche des divers processus d’intégration bilatéraux ou multilatéraux déjà à l’œuvre en Eurasie.

Interprétation :

La vision chinoise des Routes de la Soie, pour une intégration en Eurasie, est complémentaire du partenariat russe pour une large Eurasie, le concept clé en est que les deux grandes puissances sont à présent prêtes à « intégrer [leurs] structures d’intégration ». Poutine confirme ici les déclarations de l’ambassadeur de Russie en Chine en début de mois, et confirme également par là la participation non déclarée, mais de facto, de Moscou au projet amiral des BRI : le Couloir économique Chine-Pakistan (CPEC).

Passage :

La Russie est prête à consacrer des efforts pour créer un environnement transparent et efficace, afin de promouvoir les coopérations partout en Eurasie.

Il est important que nous définissions des moyens de réponse efficaces face aux risques que présente un paysage politique, économique et technologique fragmenté au niveau mondial, ainsi qu’au protectionnisme croissant, dont les expressions sont des restrictions unilatérales illégitimes imposées en outrepassant le Conseil de sécurité des Nations Unies ou, pire encore, des guerres commerciales.

Nous sommes convaincus que ce n’est qu’en travaillant ensemble que nous pourrons faire face à des défis pressants, tels que la baisse de la croissance économique, les écarts de richesses de plus en plus grands entre les nations, ainsi que les retards technologiques.

Interprétation :

Seule une coopération économique multilatérale, telle que celle proposée par les BRI chinoises et l’UEEA russe (sans parler de la fusion en cours de ces projets d’intégration), peut contrer les conséquences déstabilisantes au niveau systémique des « guerres commerciales » étasuniennes ainsi que la vision du monde « trumpiste »qui les a inspirées.

Passage :

Permettez-moi de répéter une chose que j’ai déjà dite à de nombreuses reprises : ces tendances négatives nourrissent le terrorisme, l’extrémisme et les flux migratoires illégaux, contribuent à la résurgence d’anciens conflits régionaux et à l’émergence de nouveaux conflits.

Interprétation :

Le président russe Poutine, le président chinois Xi, et le premier ministre Khan de l’État pivot du Pakistan partagent tous la même vision : de nombreuses menaces en matière de sécurité sont dues à des problèmes économiques, d’où l’intérêt pour la nouvelle trilatérale multipolaire de poursuivre l’intégration de l’UEEA, du BRI et du CPEC.

Passage :

Je suis profondément convaincu que l’Eurasie peut devenir un modèle exemplaire de la mise au point d’un agenda volontaire et porteur de sens, permettant de répondre à ces sujets, ainsi qu’aux autres problèmes internationaux urgents. Cela fait des millénaires que des peuples de cultures, de religions et de traditions très diverses habitent le vaste espace d’Eurasie.

Bien sûr, l’histoire de notre continent a connu guerres et conflits, mais tôt ou tard, ils ont toujours pris fin, le sens commun et l’aspiration naturelle des peuples pour la paix et la communication ont toujours fini par l’emporter.

Interprétation :

Malgré la diversité qui la caractérise, l’Eurasie ne sera pas le théâtre du soi-disant « conflit de civilisations », que des forces masquées s’efforcent activement d’attiser ; l’Eurasie sera la plateforme d’une convergence des civilisations, qui stabilisera le supercontinent, à l’issue de l’intégration des structures d’intégration citées ci-avant (UEEA, BRI, CPEC).

Passage :

La Russie est intéressée par la coopération la plus étroite avec tous les partenaires d’Eurasie, sur la base du respect des principes inaltérables de la souveraineté, des droits et des intérêts légitimes de chaque État. C’est sur ces principes que nous bâtissons l’Union économique eurasiatique, avec nos partenaires – l’Arménie, le Bélarus, le Kazakhstan et le Kirghizistan. Bientôt, dès le 29 mai 2019, l’UEEA célébrera son cinquième anniversaire. Sur cette période, un marché commun a été créé, et des conditions sont mises en place pour permettre la libre circulation des biens, des services, des capitaux et du travail.

Des marchés communs ont été établis, ainsi qu’un espace numérique commun.

Parmi les remarques qu’il vient d’adresser, le président Xi Jinping a parlé de l’établissement de liens entre ses projets et d’autres projets similaires, et d’autres associations qui sont en cours de formation dans notre vaste espace. Nos projets sont absolument en ligne avec cela. Les États de l’UEEA travaillent activement à renforcer leurs coopérations industrielles et technologiques, à établir des chaînes logistiques et de transport efficaces. Et nous aussi, nous prendrons part, avec nos amis chinois, avec tous nos partenaires, à d’autres discussions aujourd’hui et demain, nous poursuivrons nos coordinations sur ces travaux, travaux de nature mondiale.

Interprétation :

L’UEEA menée par la Russie constitue le cœur de la stratégie d’intégration super-continentale de Moscou, et elle se raccorde parfaitement avec le BRI de la Chine.

Passage :

Nous poursuivons également notre politique d’harmonisation en matière de politiques monétaires et fiscales. Dans le même temps, l’Union économique eurasiatique aspire à la coopération la plus large possible avec tous les pays et associations intéressés. Je fais ici référence en premier chef à la République populaire de Chine, le pays que nous considérons comme notre principal soutien, comme notre partenaire naturel dans le développement intégré du continent.

Les cinq États membres de l’UEEA soutiennent à l’unanimité l’idée d’appairer le développement de l’UEEA et du projet économique chinois des Nouvelles routes de la soie. Les accords auxquels nous sommes parvenus à cet égard sont déjà mis en œuvre avec succès. Dans les mois qui suivent, l’Accord sur la coopération commerciale et économique [Agreement on Trade and Economic Cooperation, NdT] entre l’UEEA et la Chine entrera en vigueur.

Interprétation :

L’UEEA continuera d’harmoniser sa stratégie économique avec la Chine, principal soutien de la Russie, et partenaire naturel, en vue d’intégrer l’Eurasie ensemble, avec d’autres accord de coopération à suivre.

Passage :

L’Union Eurasiatique est décidée à libéraliser ses liens économiques avec ses autres partenaires également, et a d’ores et déjà signé un accord de libre échange avec le Vietnam, tandis qu’un accord provisoire avec l’Iran constitue un jalon à la création d’une zone de libre échange. La préparation d’instruments semblables avec Singapour et la Serbie est presque achevée, et des discussions sont en cours avec Israël, l’Égypte et l’Inde.

Nous coopérons activement avec l’Organisation de coopération de Shanghai ainsi que l’Association des nations d’Asie du Sud-Est.

Nous défendons résolument l’expansion de liens d’affaires avec l’Union européenne, notre partenaire traditionnel et de long terme, d’une manière constructive et équitable. Même si nous connaissons des différences, celles-ci ne peuvent ni ne devraient jeter d’ombre sur notre responsabilité partagée quant à l’avenir de l’Europe et de toute l’Eurasie.

Interprétation :

La vision russe du Partenariat eurasiatique élargi est réellement multi-facettes, et vise à porter la multipolarité à tous les coins du supercontinent, quitte à réaliser des choses que la plupart des observateurs avaient jusqu’ici considérées comme politiquement impossibles, comme relier l’Iran et son ennemi juré d’« Israël » dans le même cadre commercial multilatéral que constitue l’UEEA.

Passage :

Permettez-moi d’insister sur ce point : les concepts du grand partenariat eurasiatique, et des nouvelles routes de la soie partagent les mêmes principes et les mêmes valeurs, que chacun peut comprendre : l’aspiration naturelle des nations à vivre en paix et en harmonie, pouvoir profiter des dernières découvertes scientifiques et des développements innovants, tout en préservant leur culture et l’unicité de leur identité spirituelle. En d’autres termes, ce sont nos intérêts stratégiques à long terme qui nous unissent.

Je crois ardemment que l’approche étendue qui qualifie chacun des deux concepts nous aidera à améliorer la coopération économique au sein du continent, à développer des infrastructures partagées en matière de transports et d’énergie, et à promouvoir la technologie numérique. De cette manière, l’intégration servira les intérêts de nos peuples et de toutes les nations d’Eurasie à son plein potentiel.

Interprétation :

« Gagnant-gagnant » n’est pas une simple rhétorique réservée aux chinois ; il s’agit d’une vision crédible, à l’échelle de l’Eurasie, qui peut finir par améliorer les standards de vie des nombreux habitants du supercontinent, pour peu qu’elle soit menée par toutes les nations en coordination mutuelle.

Passage :

Une fois de plus, j’aimerais remercier nos partenaires, nos amis chinois, pour ce projet. Merci de votre attention.

Interprétation :

Personne ne devrait jamais oublier que, pour inclusive que soit la vision du « gagnant-gagnant », elle ne pourrait pas se voir mise en pratique si elle n’était pas portée par le BRI de la Chine, ce qui fait de la République populaire le cœur du processus et du changement de paradigme pour le XXIème siècle, qui promet de révolutionner de manière irréversible la géopolitique mondiale.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/interpretation-du-discours-du-president-poutine-au-forum-2019-des-nouvelles-routes-de-la-soie

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Intervention de Jean-Yves Le Drian au Second Forum sur les nouvelles routes de la soie

 | BEIJING (CHINE)  

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Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

Le développement de la mondialisation et la mise en place au lendemain des deux terribles guerres mondiales d’un système multilatéral plus efficace que tous les précédents, ont ouvert une phase de prospérité et de liberté inédites et permis une expansion pacifique du commerce international. En quelques décennies, des centaines de millions d’êtres humains sont sortis de la pauvreté et les deux parties d’un monde divisé par la guerre froide, se sont enfin rapprochées.

Ces progrès sont incontestables, le reconnaître ce n’est pas pour autant nous voiler les yeux. Les rapports de puissance conçus au milieu du 20e siècle ont évolué, la mondialisation a aussi engendré des déséquilibres. Déséquilibres à l’échelle planétaire, certaines régions retirant d’importants bénéfices de ces évolutions, tandis que d’autres se trouvent laissées pour compte. Déséquilibres au sein de nos sociétés, où des inégalités considérables se sont installées. Déséquilibres environnementaux, manifestés par des catastrophes trop longtemps ignorées.

C’est ce double constat que nous devons garder à l’esprit, pour répondre au défi du développement d’aujourd’hui. Ensemble, nous devons agir pour une mondialisation plus juste, une mondialisation qui profite à tous. Je dis bien ensemble, car il n’y a qu’en renforçant les bases de notre coopération que nous pourrons y parvenir. Sans ouverture réciproque, sans renforcement de la connectivité, nous ne saurions construire la prospérité mieux partagée à laquelle nous aspirons. Et devant l’ampleur de la tâche à accomplir, le repli sur soi, les efforts isolés ne peuvent être que des impasses.

Ce deuxième forum de coopération internationale sur l’initiative chinoise « une ceinture – une route » est l’occasion de réfléchir aux voies et moyens d’agir ensemble, pour faire face à ces défis qui engagent notre présent mais aussi notre avenir.

L’initiative chinoise des nouvelles routes de la soie sera essentielle pour répondre au déficit d’infrastructures en Asie qui, selon la Banque asiatique de développement, a un déficit d’infrastructures important qui s’élèvera d’ici 2030 à 26 milliards de dollars.

Au nom du président Macron, je suis venu porter ici un message clair : celui que nous avons tout à gagner à unir nos forces.

Vous le savez, la connectivité est au coeur du projet politique européen. La quadruple liberté de circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes, a toujours été pour nous un principe moteur. Dans ce continent qui est désormais le plus interconnecté, le plus ouvert du monde, la stratégie eurasiatique en matière de connectivité publiée à l’automne 2018, vise précisément à renforcer encore davantage cette dynamique d’échanges en développant dans tous les domaines, transports, énergies, numérique et échanges humains, des projets concrets fondés sur la soutenabilité économique, sur la soutenabilité fiscale, sur la soutenabilité environnementale et sur la soutenabilité sociale.

Comme nous le faisons dans le cadre de l’ASEM, nous devons donc travailler à renforcer les synergies entre nos initiatives qui, vous le voyez, peuvent et doivent être complémentaires.

Le succès des projets que nous menons dépendra, je crois, de deux facteurs :

- D’abord de notre capacité à entendre les besoins des pays où ces projets seront développés, en mettant en place une démarche partenariale. L’enjeu de la connectivité c’est bien que les routes qui sont construites fonctionnent dans les deux sens. C’est d’ailleurs dans cette démarche que s’inscrivent les efforts de la France et de la Chine afin d’identifier des projets de coopération en pays tiers, et avec des pays tiers.

- Ensuite, ces succès dépendront de notre détermination à tenir nos engagements et les projets que nous menons doivent en être l’illustration concrète. Engagement pour l’ouverture, engagement pour la transparence, engagement pour une concurrence équitable, engagement aussi, bien entendu, pour la durabilité environnementale. C’est en mettant l’exigence climatique au coeur de notre coopération que nous avancerons dans la mise en oeuvre de l’Accord de Paris, auquel nous sommes très attachés. La production d’énergie renouvelable et la durabilité des infrastructures doivent donc rester pour nous des priorités. Les principes actuellement développés dans le cadre du G20 sur la qualité des infrastructures doivent nous permettre d’avancer sur ce sujet.

Ainsi conçus, nos projets de connectivité seront autant de témoignages de l’efficacité du multilatéralisme rénové et de l’utilité de la gouvernance mondiale renforcée que nous appelons de nos voeux. C’est le sens de la déclaration franco-chinoise que les présidents Xi Jinping et Emmanuel Macron ont adoptée le 26 mars dernier et qui engage nos pays à développer avec leurs partenaires des initiatives concrètes pour renforcer le multilatéralisme, réformer les institutions existantes lorsque cela est nécessaire mais toujours, toujours inscrire nos actions dans un cadre fondé sur le droit international.

De fait, nombreuses sont les organisations qui ont élaboré des normes, des standards, ou des principes internationaux traitant de la soutenabilité financière et de l’inclusivité. Je pense à la Banque mondiale, au FMI, ou encore à l’OCDE. Mettons ces principes en oeuvre, illustrons-en la validité sur le terrain, nous lancerons ainsi un cercle vertueux car une telle approche, par les cadres de référence communs qu’elle contribuera à mettre en oeuvre, ne pourra que favoriser la synergie entre les initiatives.

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes à la croisée des chemins. Jamais sans doute notre monde n’a été aussi interdépendant. Et jamais cependant le système multilatéral et la mondialisation n’ont suscité autant de critiques. Et face à la tentation du cavalier seul, face à la tentation du rapport de force, agissons ensemble pour démontrer, dans les faits, que la coopération rapporte plus que la confrontation.

Je vous remercie.

Des routes de la soie plus transparentes

Des routes de la soie plus transparentes

En 2013, Xi Jinping annonce à Astana un projet chinois de grande ampleur : les nouvelles routes de la soie. Appelé One Belt One Road, puis Belt and Road Initiative, le projet doit aider au développement des infrastructures en Chine et à l’étranger. Toutefois, aujourd’hui, la BRI est sous le feu de nombreuses critiques, notamment en ce qui concerne l’endettement des états au profit de la Chine. À l’occasion du deuxième sommet international, Xi Jinping a tenté de rassurer les pays partenaires.

Une Chine non impérialiste ?

Le Président chinois Xi Jinping

La Chine veut se donner une image pacifique dans sa stratégie d’expansion. Elle se présente comme une puissance non-coloniale et met en avant l’aspect « gagnant-gagnant » des partenariats ou investissements qu’elle effectue. Cette posture existait avant le projet des nouvelles routes de la soie. C’est aussi un moyen de répondre aux accusations de néo-colonialisme et autres « Chinafrique », condamnations professées par les anciennes puissances coloniales. La BRI s’inscrit totalement dans ce projet. Si les routes servent à sécuriser les importations de matières premières et l’exportation des produits manufacturés chinois, c’est bien l’intérêt pour le développement mutuel et la stabilité qui sont mis en avant.

Dans un premier temps, nombre de pays émergents profitent de l’occasion. C’est le cas de pays où le gouvernement est pro-chinois, en Asie centrale ou du sud-est. D’autres acceptent plus par nécessité. Par exemple, la Grèce, en pleine crise économique, profite des investissements chinois alors que l’Europe exige l’austérité. Avant l’annonce officielle du projet BRI, Pékin obtenait des terminaux dans le port du Pirée. En retour, la Grèce a défendu certains intérêts chinois lors de débats européens. La Chine aide donc les états en crise économique, favorise la construction de grands projets pour les émergents ou pour des dictatures en quête de légitimité interne.

Vers un vent de panique

Toutefois, les populations acceptent parfois mal la présence massive d’investissements chinois, voire de migrations chinoises. Plusieurs gouvernements sont ainsi accusés de « vendre le pays à la Chine », du Kazakhstan à la Malaisie. Un événement marque particulièrement les esprits : la construction du port de Hambantota par des entreprises chinoises. L’Etat sri-lankais s’est retrouvé, à partir de 2016, dans l’incapacité de financer ce projet. Un arrangement est finalement trouvé, le port est cédé à la China Merchants Port Holdings, puis loué à la Chine pour 99 ans. Outre les contestations locales, les états eux-mêmes remettent en cause les investissements chinois. L’image non-coloniale de la Chine s’en trouve sérieusement affectée.

Plusieurs élections en Asie ont amené à des changements de politiques. Les Maldives votent en majorité contre l’autocrate pro-chinois Abdullah Yameen. Au Pakistan, le Premier ministre nouvellement élu, Imran Khan, cherche des aides financières non-chinoises – Pékin détient 30% de la dette du pays. En Malaisie, Mohammad Tun Mahathir remet en cause les projets chinois, notamment la ligne de chemin de fer de la côte est. Pékin se défend, arguant d’un parfait respect des lois. Le projet est malgré tout annulé, faute d’accord, avant qu’une solution ne soit renégociée en avril 2019. En Thaïlande, durant les élections de 2019, certains opposants à l’armée appellent à « faire une Mahathir »1 pour s’émanciper de l’influence chinoise.

Même sans changement de politique, l’inquiétude se répand. Le Kirghizstan, peuplé par six millions d’habitants, refuse l’exemption de visa aux hommes d’affaires chinois, de peur d’être envahi par le géant voisin. Au Kenya, un scénario similaire à celui de Hambantota inquiète les autorités quant à l’endettement du port de Mombasa. Dans un article d’Al Monitor, c’est le journaliste Kadri Gursel qui fait état du déficit commercial et de la dette croissante de la Turquie vis-à-vis de Pékin. Après avoir cultivé une image non-impérialiste, la Chine ressemble de plus en plus à une puissance menaçante et néo-coloniale.

Des routes de la soie plus transparentes

C’est dans ce contexte que la Chine se doit d’être rassurante. L’image non-coloniale de Pékin est durement atteinte. Cependant, la république communiste marque tout de même certaines victoires. En Malaisie, elle a réussi à sauver le projet de chemin de fer de la côte est. Mahathir, le Premier ministre malaisien, déclare même qu’il souhaite que son pays devienne un hub de la BRI. La Chine garde des soutiens en Afrique, comme l’Ethiopie, ou en Europe du Sud, notamment la Grèce ou le Portugal. Enfin, elle a  marqué des points en signant plusieurs accords avec Rome, concernant les ports de Gênes et Trieste. L’Italie est le premier état du G7 à participer à la BRI.

Les nouvelles routes de la soie restent donc un enjeu majeur de notre début de siècle. Toutefois, pour rester crédible auprès des partenaires, une plus grande transparence est nécessaire. C’est ce qu’a promis Xi Jinping lors de son discours du 26 avril au sommet de la BRI.

1 Un tweet du média chinois South China Morning Post utilise cette expression pour montrer que Mahathir sert de modèle à la Thaïlande, afin de s’émanciper de la trop grande présence chinoise. https://twitter.com/SCMPNews/status/1106779626150473728

 

Bibliographie

Holly Ellyatt, « Is Italy playing with fire when it comes to China ? », CNBC, 27 Mars 2019

Adéa Guillot, « Le port du Pirée cédé au chinois Cosco », Le Monde, 21 Janvier, 2016

Kadri Gursel, « Will China buy Turkey on the cheap ? » Al Monitor, 8 décembre 2018

Bhavan Jaipragas & Meaghan Tobin, « Is China about to ditch China for the US ? », South China Morning Post, 16 Mars 2019

Abdul Khaliq, « Is Pakistan falling into China’s debt trap ? », CADTM, 16 Avril 2018

Frédéric Lemaitre, « Xi Jinping promet des “routes de la soie“ plus transparentes », Le Monde, 27 Avril 2019

Shannon Teoh, « New East Coast Rail Link deal eases “debt trap“ concerns for Malaysia, says Mahathir », The Straits Times, 15 Avril 2019

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WASHINGTON N’EST PAS CONTENT DE LA CHINE NOUVELLE EN AMÉRIQUE CENTRALE

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25.04.2019

Alors qu’il apparaît clairement que le soutien de l’administration Trump, jusqu’ici infructueux, au changement de régime au Venezuela vise également à viser l’énorme présence financière de la Chine auprès du régime de Maduro, la nouvelle récente d’un succès pétrolier majeur dans les eaux cubaines va clairement s’intensifier les tensions géopolitiques. Et cela ne concerne pas seulement le Venezuela, la Guyana et le Brésil.

La société pétrolière publique chinoise CNPC, par l’intermédiaire de sa filiale Great Wall Drilling, a commencé à prospecter du pétrole au large des côtes cubaines dans le cadre d’une coentreprise avec la société pétrolière publique cubaine Petroleum Company (CUPET), selon un rapport publié le 16 avril dans le pays l’agence de presse d’Etat chinoise, Xinhua. Great Wall se consacre à l’exploration pétrolière à Cuba depuis 2005, mais c’est le résultat le plus prometteur à ce jour. La technologie de forage avancée de CNPC a ouvert pour la première fois la perspective de l’exploitation pétrolière majeure au large de Cuba  .

La nouvelle intervient alors que les sanctions prises par Washington visent les revenus pétroliers du Venezuela et ses accords visant à approvisionner Cuba en pétrole à faible coût. Alors que le gouvernement Maduro continue d’insister pour que le pétrole soit livré à Cuba en dépit des sanctions, il est clair que la sécurité de l’approvisionnement devient plus risquée et que l’approvisionnement diminue.

Le 21 avril, le conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton, a annoncé que Washington appliquerait une loi sur les sanctions inutilisée, qui permet aux tribunaux américains de poursuivre en justice les étrangers utilisant des biens saisis par le régime communiste. Bien que l’on ne sache pas à quel point cela va frapper Cuba, cela va clairement décourager les entreprises étrangères qui cherchent à investir à Cuba.

Cuba est réputée avoir fourni une assistance militaire à grande échelle ainsi que des milliers de médecins et de personnel médical cubains pour appuyer la présidence de Maduro au Venezuela. La présence de la Chine dans les deux pays est un motif moins connu et peut-être un motif caché derrière la déclaration de Bolton.

La présence chinoise à Cuba

Les détails des prêts chinois à l’économie cubaine sont classés secret d’État et ne sont pas divulgués. De toute évidence, Pékin a discrètement accru sa présence dans l’île des Caraïbes, un pays qui, pendant la guerre froide, était devenu un proche allié des Soviets, les mettant alors en contradiction avec la Chine. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, malgré plusieurs tentatives de sociétés russes telles que Norilsk Nickel de s’implanter à nouveau à Cuba, les contraintes financières ont empêché toute nouvelle présence russe forte.

La Chine ne semble pas avoir de tels problèmes et investit dans un certain nombre de domaines clés de l’économie de libéralisation de Cuba. Depuis la libéralisation du commerce à Cuba au cours des deux dernières années, la Chine a vendu à Cuba des bus Yutong, des camions Sinotruk, des tracteurs YTO, des voitures Geely, des appareils électroménagers Haier ainsi que 100 locomotives de chemin de fer.

Huawei est en train de construire des points d’accès Internet sur l’île et des discussions sont en cours, sans résultat à ce jour, pour un investissement chinois de 600 millions de dollars dans une joint-venture sino-cubaine à l’usine de traitement de nickel Cuban de Las Camariocas qui n’a pas été finalisée par les Soviétiques. Cuba possède les troisièmes plus grandes réserves de nickel au monde. En 2017, Haier a ouvert une usine d’assemblage d’ordinateurs cubaine d’une capacité annuelle de 120 000 ordinateurs portables et tablettes ainsi qu’un terminal de conteneurs pour navires, Santiago de Cuba, financé par un prêt de développement chinois de 120 millions de dollars  .

Actuellement, Beijing est le principal partenaire commercial de Cuba et le plus important créancier de La Havane. Cuba importe d’importantes quantités de riz chinois, ainsi que des milliers de touristes chinois, une activité qui rapporte à Cuba environ 2 milliards de dollars par an. Le sucre et le nickel sont les deux principaux produits cubains expédiés en Chine dans un déséquilibre commercial favorable à la Chine.

Si la Chine exploite maintenant d’importantes ressources pétrolières offshore à Cuba, leur présence augmentera considérablement et le déclin du pétrole vénézuélien vers Cuba comme une sorte de paiement de troc pour le soutien militaire, médical et autre, sera atténué. Jusqu’à présent, le russe Rosneft a comblé le déficit d’importation de pétrole pour Cuba.

Une Caraïbe chinoise?

La Chine est également bien établie en tant que principal créancier étranger vis-à-vis du Venezuela. Selon certaines estimations, sa dette pourrait atteindre 61 milliards de dollars. Le pétrole vénézuélien est clairement au cœur de la relation, mais il semblerait que les sociétés chinoises cherchent également à exploiter des ressources inexploitées en or et en coltan. Depuis les déclarations de Washington en faveur de Guaido, la Chine a défendu avec brio la défense de Maduro, ce qui est inhabituel pour un État qui prétend ne jamais être impliqué dans la politique locale.

Les détails de l’ampleur des investissements chinois au Venezuela n’étant pas clairement définis, la Chine a également établi une présence majeure en Guyana, pays voisin, depuis 2018 en accueillant officiellement la petite ancienne colonie britannique dans l’Initiative Belt, Road, parfois appelée Nouvelle route économique de la soie en Chine. C’est en effet bien loin d’un projet d’infrastructure original de Beijing, dévoilé pour la première fois par Xi Jinping au Kazakhstan en 2013, qui proposait de relier toute l’Eurasie de l’océan Indien à l’Atlantique par un double réseau de ports à conteneurs en eau profonde et de lignes à grande vitesse. Au fur et à mesure de son évolution, la China BRI développe clairement une perspective mondiale, qui commence clairement à déstabiliser certains à Washington.

En Guyane, des sociétés et des fonds chinois établissent actuellement une liaison routière entre Manaus, dans le nord du Brésil, via la Guyana, ce qui permettra au Brésil d’accéder plus efficacement au canal de Panama en coupant des milliers de  kilomètres  de la voie de navigation. Des pourparlers seraient également en cours pour que la Chine construise un port en eau profonde sur la côte nord de la Guyana, afin de relier l’autoroute de la Chine à la région amazonienne du Brésil, limitrophe du Venezuela et de ses vastes richesses minérales inexploitées. Les Guyanais disent que le port routier profitera beaucoup plus à la Chine qu’à la Guyane. En tout état de cause, cela permettrait un transport efficace des navires d’Amazonie par le canal de Panama en direction de la Chine.

Et le Panama…

Si nous ajoutons à la présence économique discrète mais croissante de la Chine à Cuba, au Venezuela et au Guyana, les récentes actions de Pékin dans le canal stratégique du Panama commencent à expliquer en partie l’inquiétude croissante de Washington face aux développements au Venezuela et à Cuba.

En 2016, le groupe chinois Landbridge Group a acheté le port d’île de Margarita au Panama, dans la zone franche de Colón, le plus grand port situé du côté atlantique du canal, offrant à la société chinoise un accès intime à l’un des plus importants centres de distribution de marchandises au monde. Ils ont réalisé une expansion importante depuis qu’ils ont utilisé la société publique China Communication Construction Corp., aujourd’hui la plus grande société d’infrastructure et d’ingénierie du  monde.

Déjà en 1997, le Chinois Hutchinson Whampoa avait pris le contrôle des ports de Balboa et Cristobal construits par les États-Unis dans le cadre d’un contrat de 50 ans. Aujourd’hui, Hutchison Whampoa appartient à Cheung Kong Holdings de la famille du milliardaire chinois Li Ka Shing.

En 2017, le Panama a provoqué un choc à Taiwan et à Washington et a retiré sa reconnaissance antérieure à Taiwan en faveur de Beijing. Début avril, le président du Panama, Juan Carlos Varela, était en Chine pour discuter de son adhésion officielle à la BRI. En décembre 2018, le Chinois Xi Jinping a également effectué une visite officielle au Panama. Pékin a placé le Panama en tête de ses priorités. Les produits chinois sont les deuxièmes en volume après ceux des États-Unis empruntant le canal.

Outre le fait que la Chine possède des ports de conteneurs vitaux au Panama, tels que le port de l’île de Margarita, la Chine propose de construire une ligne ferroviaire à grande vitesse de 4,1 milliards de dollars, reliant Panama City à sa frontière avec le Costa Rica, sous la  rubrique  Belt and Road. .

Au fur et à mesure que ces relations se développent, le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a déclaré qu’il envisageait de rejoindre Belt and Road.

Dans ce contexte stratégique, on comprend mieux pourquoi Washington commence à réagir plus fortement dans son arrière-pays, l’Amérique centrale, en invoquant la doctrine Monroe du XIXe siècle, une coquille vide de rhétorique. Ce qui manque cruellement, c’est une série d’initiatives économiques positives lancées par Washington pour aider ces pays à développer des infrastructures essentielles en Amérique centrale et en Amérique du Sud, ce qui constitue un changement radical par rapport à la diplomatie Gunboat Diplomacy. Si cela devait commencer, le climat dans la région pourrait devenir beaucoup plus favorable à la coopération avec Washington.

 

« Nouvelles perspectives orientales »

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Peter Frankopan Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

Peter Frankopan

Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

Traduction en Anglais

10 mars 2019 : Soline Schweisguth a rencontré à Oxford l’historien Peter Frankopan.
Professeur d’Histoire Globale à l’Université d’Oxford (Worcester College), il dirige le centre de recherches pour les études byzantines. Son livre Les Routes de la soie (traduit en français en 2017) a connu un succès mondial, notamment en Chine, en Inde et au Pakistan.
Il a publié une suite à cet essai en 2018 avec un livre en rapport avec la géopolitique contemporaine : Les Nouvelles routes de la soie, traduit en français en novembre 2018.

The Silk Roads, a New History of the World (Peter Frankopan)L’historien propose dans son premier livre une approche de l’histoire du monde centrée sur les pays le long des routes de la soie« Loin d’être en marge des affaires mondiales, ces pays sont très centraux – et ce depuis le début de l’histoire », souligne-t-il. De l’Antiquité à nos jours, depuis les premiers mouvements de christianisation jusqu’à la guerre en Irak, en passant par le développement de l’islam des VIIe et VIIIe siècles, il raconte une histoire trop souvent méconnue et remet en perspective l’histoire de l’Europe.

En novembre 2018, Peter Frankopan a publié cette fois un ouvrage intitulé Les Nouvelles routes de la Soie. Son titre reprend l’appellation donnée à la politique du président chinois Xi Jinping, qui a annoncé en 2013 sa volonté de développer les échanges commerciaux entre les pays du continent asiatique.

La Chine a ainsi investi plusieurs milliards de dollars dans des infrastructures ferroviaires et maritimes. Les discours soulignant la coopération et l’ouverture se sont accompagnés de prêts pour l’aide au développement dans de nombreux pays d’Asie et d’Afrique. Cela pourrait bien accélérer la croissance économique de ces pays, mais dans le cadre d’un néo-colonialisme inavoué… L’historien décrit et analyse la montée en puissance des pays le long des anciennes routes de la soie et un monde « dont le centre de gravité économique est en train de s’éloigner de l’ouest ». Il observe qu’« un nouveau monde est en train d’émerger en Asie, mais ce n’est pas un monde libre ».

« Tous les chemins menaient à Rome, écrit-il. Aujourd’hui, ils mènent à Pékin. »

Herodote.net : Dans Les Routes de la soie, vous recentrez l’histoire depuis l’Antiquité sur les pays le long de la route de la soie, de la Chine au Moyen-Orient. Comment ce point de vue permet-il d’enrichir une histoire traditionnellement centrée sur l’Occident?

En écrivant ce livre, je m’intéressais à trois choses. Premièrement, je voulais examiner les histoires des peuples, des cultures, des échanges, etc. qu’on oublie souvent quand on pense au passé. On s’attarde beaucoup sur Louis XIV, Henri VII, Napoléon ou Hitler. Mais on ne dit qu’un mot ou deux des Byzantins, des Ottomans, des Abbassides ou des Chola, des Khmers ainsi que des nombreuses ères et dynasties chinoises (pour ne mentionner que certains des manques les plus importants).

Peter Frankopan, né le 22 mars 1971 en Angleterre, professeur d'Histoire globale à OxfordMais deuxièmement, je voulais montrer que même l’histoire de l’Europe et de l’Occident était directement liée aux parties du monde à l’est de Venise et d’Istanbul, et auxquelles on ne prête pas attention. Je voulais montrer que même notre conception de l’histoire est trompeuse, non seulement parce qu’on oublie les autres, mais aussi parce qu’on déforme l’histoire avec de telles exclusions.

Il y a beaucoup de chercheurs qui travaillent sur les endroits du monde dont j’ai parlé, et qui sont confrontés aux problèmes de l’eurocentrisme ou des limites de la manière dont on voit les périodes. Par exemple, qu’est-ce qu’est exactement le « Moyen Âge », et qu’est-ce que cela signifie pour quelqu’un en Afrique, en Amérique, en Asie du Sud-Est etc.?

Le même problème se pose pour les ères géographiques, découpées en pays et en régions, qu’on étudie ensuite de manière exclusive. Je pense que l’histoire est plus excitante quand on regarde les échanges (violents et militaires bien sûr, mais aussi commerciaux, religieux, diplomatiques, etc.) et c’est donc cela que j’ai essayé de faire.

Dans votre deuxième livre Les Nouvelles Routes de la soie, vous décrivez le monde actuel comme un monde dans lequel les initiatives économiques et politiques de l’Est rendent anecdotiques, voire ridicules, celles de l’Occident. Dans quelle mesure peut-on dresser un parallèle entre cette situation et celle de la Grande Divergence, quand l’Europe était la première à entrer dans la révolution industrielle?

Les historiens ont des opinions très contrastées sur les causes, les conséquences et la nature de cette grande divergence.

D’une manière générale, il me semble que la prospérité, la croissance et l’espoir d’un meilleur futur sont les moteurs du changement. Durant les dernières décennies, l’augmentation de la richesse en Inde, en Chine, dans le Golfe persique, en Corée du Sud et dans l’Asie du Sud-Est, a été impressionnante. Cela ne s’est pas fait aux dépens de l’Occident, mais plutôt main dans la main – on a tous bénéficié de la chaîne de production mondiale qui a rendu les produits que nous achetons moins chers et plus abordables.

Ce qui a été problématique, cependant, c’est l’augmentation des inégalités en Europe et aux États-Unis, l’augmentation du chômage (ou, plus précisément, le manque de croissance des salaires). Notre continent est en état de confusion profonde, voire même de tristesse.

C’est dans ce contexte qu’il faut voir le Brexit, les gilets jaunes, le mouvement pour l’indépendance en Catalogne, la montée de l’extrême-droite (et de l’extrême-gauche), ainsi que la situation des pays comme la Hongrie ou la Pologne qui cherchent une voie alternative.

Tout cela semble très différent de ce que je vois en Asie. Il est important de noter les frictions, les tensions et les défis nombreux qui touchent les pays individuellement, et parfois leurs relations complexes avec leurs voisins. Mais le point fondamental est que 65% de la population mondiale vit à l’est d’Istanbul ; c’est de là que viennent 70% des énergies fossiles ainsi qu’une grande proportion du blé, du riz, parmi d’autres.

Sans puissance coloniale pour extraire ces ressources comme dans le passé, il est raisonnable de penser que ce qui se passe en Asie – en bien ou en mal – affectera le monde de demain.

La mise en place des « Nouvelles Routes de la soie » par le président chinois Xi Jinping s’accompagne de références aux anciennes routes de la soie. Dans quelle mesure cette expression ne serait-elle qu’un effet de rhétorique quand la majorité du commerce se fait encore par bateau ou en direction des États-Unis?

Les routes de la soie chinoises ne se réfèrent pas seulement à des liaisons commerciales terrestres ou maritimes mais aussi à un enjeu symbolique. En tant qu’historien, on peut noter que de nombreux pays parlent de revenir à un passé glorieux et idéalisé. En Angleterre, le slogan du Brexit était « Reprendre le contrôle » (Take Back Control), ce qui implique un retour à une situation meilleure.

Aux États-Unis, ce n’est pas ‘Make America Great’ mais ‘Make America Great Again’. D’autres pays, comme la Turquie, la Russie, l’Inde ou le Pakistan (la liste est longue) voient un intérêt à bâtir le présent et le futur en fonction du passé. D’après moi, c’est une bonne raison de passer plus de temps à faire de l’Histoire !

Propos recueillis par Soline Schweisguth
Publié ou mis à jour le : 2019-03-21 15:02:51

La Banque de Chine émet à nouveau des obligations pour « la Ceinture et la Route »

La Banque de Chine émet à nouveau des obligations pour « la Ceinture et la Route » © Chine Nouvelle (Xinhua), Le 12/04/2019 13:16 La Banque de Chine, l’une des banques commerciales les plus importantes du pays, a émis 3,8 milliards de dollars d’obligations en diverses devises pour collecter des fonds à bas coût pour des projets de moyen et long termes liés à « la Ceinture et la Route », selon un article publié vendredi par le journal China Daily. Huit types d’obligations ont été émis en cinq devises, soit le dollar américain, l’euro, le renminbi, le dollar hongkongais et le pataca macanais, par les branches de la Banque de Chine au Luxembourg, à Francfort, à Sydney, à Hong Kong et à Macao. En tant que quatrième prêteur commercial de la Chine, la Banque de Chine a émis les obligations de « la Ceinture et la Route » à cinq reprises en sept devises depuis 2017, avec une valeur totale de 14,6 milliards de dollars. « L’intérêt de ce genre d’obligations achetées par des investisseurs internationaux, en particulier des investisseurs européens, a connu une croissance importante ces dernières années », a fait savoir Liu Xinqun, directeur général du département du Trésor de la banque. Lire plus sur :

https://chine.in/actualite/cn/banque-emet-nouveau-des-obligations-pour_118384.html

QUAND L’EUROPE S’ÉVEILLERA… LA CHINE S’ESCLAFFERA !

QUAND L’EUROPE S’ÉVEILLERA… LA CHINE S’ESCLAFFERA !

« Les temps changent. On ne sait pas quand, mais c’est toujours avant qu’on s’en aperçoive » (Catherine Breillat, cinéaste, romancière). Les temps changent, le ton change. Hier bénie, aujourd’hui (presque) honnie. Tel est le traitement que subit désormais la Chine. Au moment où le président chinois, Xi Jinping effectue une brève visite en Europe (Italie, Monaco1, France) en cette dernière décennie du mois de mars 2019, les critiques pleuvent comme à Gravelotte sur l’Empire Céleste2. Violations répétées des droits de l’Homme (Cf. contre les Ouigours ou contre l’ex-président d’Interpol, Meng Hongwei …), visées hégémoniques en Asie, en Afrique, voire en Europe à travers l’initiative des « Nouvelles routes de la soie »; violations graves des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC basée à Genève) en pratiquant une concurrence déloyale, espionnage à grande échelle (Cf. critiques portées contre le géant des télécommunications Huaweï au moment où il concourt au marché de la 5G)…

Telles sont les philippiques qui reviennent le plus souvent, de manière inattendue, dans la bouche des dirigeants occidentaux, européens avec une certaine insistance depuis quelques dernières semaines. Les mêmes qui ne tarissaient pas d’éloge sur l’Empire Céleste, il y a peu encore. Comme si la guerre commerciale contre la Chine dans laquelle s’est lancée Donald Trump avait enfin décillé les yeux de la Belle au Bois Dormant qui a pour nom Europe sur les visées de Pékin. Le temps n’est plus au libéralisme échevelé, à la candeur rafraichissante. Le temps serait plutôt au patriotisme économique, à la Realpolitik, à la défense des intérêts bien compris. Mais, l’Europe (l’Union européenne) divisée et sans cap est-elle bien armée pour mener à bien ce combat contre la puissance montante du XXIe siècle ?3 Puissance normative incontestée, l’Europe est et restera encore longtemps une impuissance stratégique.

***

L’EUROPE : UNE PUISSANCE NORMATIVE

Pour tenter de comprendre l’impasse structurelle dans laquelle se trouve l’Union européenne, il est indispensable de se pencher sur la philosophie générale qui a présidé à sa création (la paix par le droit) pour être en mesure d’apprécier la conséquence de cette démarche (la construction par le vide).

La paix par le droit : une nouvelle utopie.

Faut-il le rappeler, comme le Conseil de l’Europe en 1949, l’Union européenne s’est construite sur le mantra de la paix par le droit (celui qui avait si bien fonctionné à l’époque de la SDN…) ! Par sa force intrinsèque et quasi-divine, la norme est censée résoudre tous les problèmes de l’Europe de l’après Seconde Guerre mondiale, de la Guerre froide, de l’après-Guerre froide et de la nouvelle Guerre froide. Ni plus, ni moins La construction européenne – du traité de Rome au traité de Lisbonne – s’est reposée sur d’énormes conventions internationales que seuls quelques initiés – dont ni vous, ni moi ne sommes – parviennent à comprendre et à interpréter. À Bruxelles, les hommes forts (les fortes femmes) de la Commission et du Conseil sont les juristes. Ils pondent en permanence de nouvelles normes et traquent l’État délinquant soit celui qui ne respecte pas les valeurs du machin (Hongrie, Pologne, Roumanie), soit celui qui viole les sacro-saintes règles budgétaires (Grèce, Italie, voire France)4. L’Europe à 28/27 n’a toujours ni cap, ni affectio societatis alors même qu’elle est secouée par des vents mauvais tant à l’intérieur (feuilleton sans fin du « Brexit »montée du sentiment national, croissance atone, phénomènes migratoires non contrôlés, terrorisme…) qu’à l’extérieur (Diktats américains, arrogance chinoise, cavalier seul russe, déclin de l’Occident…). « Cette non-personne pèse de l’extérieur, sans habiter notre intérieur »5.

La construction par le vide : une puissance Potemkine

Nous avons aujourd’hui un exemple particulièrement éclairant de la vacuité européenne sur la scène internationale en analysant la relation de Pékin avec la France mais aussi avec l’Union européenne. Mais, un léger retour en arrière s’impose. Au cours des dernières années, sous l’influence de la pensée libérale à l’anglo-saxonne (le tout dérégulation), la Commission européenne (agissant dans l’un de ses domaines de compétence exclusif qu’est le commerce) s’est targuée de négocier et de conclure des dizaines de traités de commerce, de libre-échange avec la planète entière. Nos petits marquis drogués aux lobbies, particulièrement actifs à Bruxelles (« un aéropage technocratique, apatride et irresponsable »), nous expliquent fort doctement que tous ces torchons de papier constituent le nec plus ultra de la mondialisation heureuse6, la meilleure garantie pour les citoyens européens en termes de prospérité et de bonheur (« L’Europe des réponses » chère à Nathalie Loiseau), le signe de L’Europe indispensable7. Or, la réalité est tout autre comme ces mêmes citoyens peuvent s’en rendre compte concrètement.

L’Union n’est qu’un tigre de papier ouvert aux quatre vents. Elle ignore un principe cardinal de la diplomatie classique qui a pour nom réciprocité. Elle ouvre grandes ses portes aux entreprises chinoises alors que leurs homologues européennes sont soumises à des règles drastiques et des pratiques déloyales8. Souvenons-nous que Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du développement international (MAEDI), porteur de la diplomatie économique, ne jurait que par la Chine. Sans la Chine, point de salut. Or, aujourd’hui, les langues commencent à se délier sur les étranges pratiques commerciales chinoises. Du côté de la Commission européenne, c’était le silence radio. Du côté de nos partenaires, européens, c’était le chacun pour soit et les vaches seront bien gardées. Comme cela est tout à fait normal de la part d’une authentique grande puissance comme l’est la Chine9, Pékin pratique un vieux classique qui a fait ses preuves depuis la nuit des temps, le diviser pour mieux régner, la diplomatie des gros contrats pour mieux faire taire les rabat-joie10. Nous en avons un exemple frappant avec l’Italie qui est le premier pays du G7 à emprunter les « nouvelles routes de la soie »11. Une sorte d’embarquement pour Cythère du XXIe siècle.

L’angélisme est une plaie en ces temps conflictuels. Les États membres de l’union européenne ne comprendront jamais que « les puissants n’accordent leur amitié protectrice qu’en échange de la servitude »12. Ils commencent à peine à percevoir que la Chine entend transformer sa puissance économique en puissance diplomatique et stratégique aux quatre coins de la planète.

L’EUROPE : UNE IMPUISSANCE STRATÉGIQUE

Il est important d’en revenir aux fondamentaux des relations internationales. Dans un monde frappé au coin de la prégnance du rapport de forces, la désunion structurelle de l’Europe fait sa faiblesse sur la scène internationale. Par ailleurs, au moment où l’on nous annonce que l’Union se réveille face à la Chine, le moins que l’on puisse dire est que cette nouvelle posture relève encore de la cacophonie.

La désunion fait la faiblesse : l’Europe s’agite

L’opération de charme du nouvel empereur. C’est que le président Xi Jinping n’est pas né de la dernière pluie. Il sait parfaitement caresser ses hôtes français dans le sens du poil. Il le fait avec un sens aigu de l’emphase diplomatique. Pour s’en convaincre, il n’est qu’à se reporter à la tribune qu’il publie dans un grand quotidien français à la veille de sa visite en France. Il la conclut ainsi :

« La responsabilité. Ensemble, la Chine et la France pourront apporter de grandes transformations. L’histoire n’a cessé de le prouver au cours des 55 ans écoulés. À l’heure actuelle où l’humanité se trouve à la croisée des chemins, les grands pays du monde ont à assumer les responsabilités qui leur incombent. Membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, la Chine et la France sont invitées à renforcer leur concertation pour défendre le multilatéralisme, préserver les normes fondamentales régissant les relations internationales basées sur les buts et principes énoncés dans la Charte des Nations unies, relever conjointement les défis, contribuer à la prospérité et à la stabilité dans le monde et promouvoir la construction d’une communauté de destin pour l’humanité.

Comme dit un proverbe chinois : « Un voyage de mille lieues commence toujours par le premier pas ». L’illustre écrivain français Victor Hugo disait : « Que peu de temps suffit pour changer toutes choses ! » Aujourd’hui sur un nouveau point de départ historique, la Chine souhaite aller de l’avant avec la France, concrètement et solidement, pour réaliser des accomplissements encore plus éclatants »13.

Et ses officines de propagande (« Échos de Chine ») d’inonder d’encarts publicitaires à l’eau de rose les principaux médias français à la veille de la visite en France du grand timonier sur les thèmes du développement d’un « partenariat stratégique global plus étroit et durable », de « Paris et Wuhan : le Conte de deux cités », de « Beijing et Paris : partenaires majeurs dans la lutte contre le changement climatique » (on en tombe à la renverse en se reportant aux facéties environnementales chinoises), de « Faire progresser plus avant les relations franco-chinoises », des « Perspectives de la coopération pragmatique entre la France et la Chine »… En prime, nous avons même droit aux dernières raffarinades : « Cette année sera une année fertile pour les relations franco-chinoises » (on se croirait revenu au temps d’Alice au pays des merveilles). Dans le rôle de l’idiot utile, Quasimodo n’a pas son pareil. Il est tout simplement parfait et impayable. Une fonction étrange pour un ancien Premier ministre de Jacques Chirac, mais qui ne gêne pas du tout l’intéressé. Ce dernier n’aime d’ailleurs pas qu’on vienne le chercher sur ces ambiguïtés : à l’en croire, il ne joue qu’un seul rôle, celui de poisson-pilote en Chine pour les entreprises françaises. Fermez le ban !

Jupiter tombe sous le charme du carnet de chèques chinois. Comment ne pas succomber aux charmes d’une telle sirène qui arrive avec de nombreuses promesses de contrats pour des entreprises françaises (on met à l’eau bouche avec des quantités extravagantes d’achats d’avions [commande de 300 Airbus pour 30 milliards d’euros par la compagnie d’État CASC]14, de navires et d’autres gadgets dont les Gaulois sont particulièrement friands) ? En bon français, cela s’appelle acheter son ou ses interlocuteurs. Comment évoquer le concept grossier de « violations des droits de l’Homme » dans cette ambiance du genre Embrassons-nous Folleville ?15 Fidèle à son habitude, Emmanuel Macron explique lors de sa conférence de presse commune à l’Élysée que la discussion sur la question des droits de l’Homme avec son homologue a été « franche » mais nous n’en saurons pas plus. Diplomatie de la discrétion oblige !

Oubliées les promesses européennes visant à faire front commun contre le tigre chinois (qui n’est pas de papier, les investissements chinois en Europe sont passés de 1,4 milliard de dollars en 2006 à 42,1 en 2018 après avoir connu un pic de 96,8 milliards en 2017) et vive le cavalier seul, le chacun pour soi dont sont coutumiers les 27/28 ! Il y a fort à parier que les moulinets de Jean-Yves Le Drian (qui accueille le président chinois sur l’aéroport de Nice) sur le thème du double sens des nouvelles routes de la soie feront rapidement pschitt. Il y a fort à parier que les déclarations viriles d’Emmanuel Macron avant la visite officielle chinoise aient autant d’effets positifs sur Xi Jinping que sur Donald Trump en son temps (il devait revenir sur son refus de l’accord sur le climat et sur celui sur le nucléaire iranien, Jupiter nous avait promis). À l’Élysée, Pinocchio (Bijou dans une robe longue rouge immaculée) fait assaut d’amabilités à l’égard de son hôte de marque. Pour nous rassurer sur les bonnes et pures intentions chinoises, quelques experts viennent nous faire la leçon : « La Chine s’essouffle, le monde s’inquiète »16, « La position de Xi Jinping n’est pas si confortable qu’elle en a l’air »17 au regard de la crise commerciale américano-chinoise18. Il est vrai que quelques nuages assombrissent le ciel bleu chinois après une longue période faste. Est-ce une tendance conjoncturelle ou structurelle ? Il est encore trop tôt pour le dire avec certitude. Mais, heureusement, l’Europe a décidé de sortir de sa torpeur pour prendre la mesure du problème. Faut-il avoir peur de la Chine ?19 Vaste programme, aurait dit le général de Gaulle qui a noué des relations diplomatiques avec la Chine communiste au nez et à la barbe des Américains.

La cacophonie fait la foire : l’Europe se réveille20

Un réveil tardif et mou. Lors de ses entretiens à la villa Kérylos (Beaulieu), Emmanuel Macron prône « un partenariat équilibré » avec Pékin (déficit commercial de la France de 30 milliards d’euros)21. [Il enfonce le clou lors des entretiens à l’Élysée au cours desquels il déroule le tapis rouge et tous les leviers de la diplomatie gastronomique]. Des limites, du piège de la démagogie surtout lorsque nous apprenons qu’Emmanuel Macron, trop faible pour faire le poids, appelle de ses vœux la constitution d’un front européen (uni, nous imaginons !) destiné à déjouer la stratégie et les ambitions planétaires de Pékin. Trop peu, trop tard, pourrait-on dire. Des mots, toujours des mots… Où est la stratégie suivie d’actes forts d’une Europe unie ? On peine toujours à la découvrir. Ce qui fait le plus défaut à l’Union européenne est sa capacité d’anticipation sans parler de son absence de volonté de prendre à bras le corps les grands problèmes stratégiques du monde. Elle préfère se quereller sur des taux de TVA, de pourcentages de croissance et autres vétilles qui ne contribuent pas à faire d’elle un acteur du monde. En réalité, elle est de plus en plus spectatrice d’un spectacle dans lequel elle joue les seconds rôles. Comme le souligne si justement, Thierry de Montbrial : « Quand on reprend les conversations entre chefs d’État au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, on s’aperçoit qu’ils ne parlaient pas de tactique, quand ils se rencontraient mais de visions »22. C’est là toute la différence entre celui qui fait l’avenir et celui qui le subit. « La construction européenne vise à surmonter les conflits et les guerres du passé. Elle a pour but la paix, la prospérité, la stabilité, la sécurité. Elle a construit un édifice institutionnel qui est bien huilé et tourne remarquablement bien. Pour renverser la formule d’Emile de Girardin, elle donne l’impression de tourner le dos à l’imprévu pour mieux diriger le cours des choses » comme le souligne un diplomate brillant, Maxime Lefebvre.

Une grande interrogation pour l’avenir.

Que peut-on mettre concrètement à l’actif de l’Union européenne au cours des dernières semaines ?

Une réponse visible, qui n’est pas pour autant efficace, est donnée au bon peuple. Xi Jinping est convié, le 26 mars 2019, à rencontrer à l’Élysée, outre le président Macron, la chancelière allemande, Angela Merkel et le président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker23. Drôle de Sainte-Trinité (le terme de Pieds Nickelés serait plus approprié) pour sermonner le Grand Timonier et répondre d’une seule voix aux ambitieuses « routes de la soie » ! Mais, ce trio parle-t-il et a-t-il reçu mandat expresse des autres partenaires pour parler et s’engager en leur nom ? Emmanuel Macron a fait chou blanc avec son sermon aux citoyens européens. Angela Merkel est sur le départ et voit ses prérogatives rogner par son successeur, AKK24. Jean-Claude Juncker, qui ne sera pas reconduit dans ses fonctions après les élections européennes du 26 mai 2019, peine à marcher à trop lever le coude. Mais, Emmanuel Macron nous indique avoir plaidé pour un « multilatéralisme rénové » (que signifie ce nouveau concept ?) et « plus équilibré » auprès de Xi Jinping tout en confessant l’ampleur des désaccords entre la Chine et le trio choc25. Comme le démontre amplement la guerre commerciale américano-chinoise26, Pékin ne comprend que la force dans son état brut. Un grand classique des relations internationales ! Mais, nous sommes pleinement rassurés en apprenant l’existence de « convergences » euro-chinoises à l’Élysée27. Sur quels sujets, c’est un autre problème ! Nous les sommes encore plus en prenant connaissance des déclarations de de Bruno Le Maire selon lesquelles : « Face à la Chine et aux États-Unis, l’Europe doit s’affirmer comme une puissance souveraine ». Un superbe exemple de diplomatie déclaratoire.

Une réponse moins visible mais plus concrète. Le Parlement européen vient d’adopter (février 2019) et demande la mise en œuvre rapide de « l’instrument de filtrage des investissements directs étrangers pour des motifs de sécurité » 28. Il s’agit à l’évidence d’une initiative heureuse qu’il faut saluer. Encore, faut-il qu’elle trouve sa concrétisation dans les meilleurs délais et qu’elle soit ensuite appliquée avec la plus grande rigueur en cas de violation avérée de ses dispositions. L’Union européenne serait bien inspirée de voir ce qui se passe Outre-Atlantique en la matière29. En dernière analyse, il ne faut pas avoir la main qui tremble.

Une réponse encore hypothétique. Manifestement, du côté de la Commission européenne et sous l’amicale pression des États, on commence à mettre au point une sorte de feuille de route dans les relations UE/Chine30. Voici la relation qui nous en est faite par l’hebdomadaire Le Point.

« Nous avons avec la Chine des relations – comment dire ? – bonnes, mais qui ne sont pas excellentes. La Chine aujourd’hui pour nous est un concurrent, un partenaire, un rival. » C’est ainsi que Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, concluait le Conseil européen le 22 mars, en amont de la visite de Xi Jinping en Europe, qui sera suivi, le 9 avril, d’un sommet UE-Chine. Emmanuel Macron a invité le président de la Commission et la chancelière Merkel à se joindre à la visite du leader chinois à Paris, en guise de hors-d’œuvre au futur sommet.

La semaine dernière, les chefs d’État et de gouvernement ont débattu des dix mesures que la Commission a mises sur la table vis-à-vis de l’empire du Milieu, qualifié de « rival systémique ». Un changement de ton qui traduit l’impatience des Européens à voir la Chine s’ouvrir à leurs entreprises – notamment les marchés publics –, cesser le dumping déloyal par ses prix, mettre fin au transfert de technologies forcé. En somme, rejoindre le concert des nations dans le cadre de l’OMC et accepter les règles du marché. Or, ce n’est pas le chemin emprunté par Pékin après son adhésion à l’OMC en 2001. Les Occidentaux ont eu la naïveté de croire que la Chine deviendrait une économie sociale de marché. Elle est demeurée étroitement entre les mains du Parti communiste chinois et a inventé une forme de « capitalisme d’État » qui l’a rendue quatre fois plus riche qu’en 2001…

Zhang Ming, l’ambassadeur de Chine auprès de l’Union européenne, a prévenu les Européens que les avancées en termes d’ouverture économique s’effectueront à un « rythme raisonnable » et que « les demandes européennes seront « progressivement prises en compte ». Donc, il n’y a pas de « grand soir » à attendre ni de la visite de Xi Jinping à Paris ni du prochain sommet UE-Chine.

Parmi les dix mesures préconisées par la Commission, appuyée par Federica Mogherini, la haute représentante pour les relations extérieures, certaines relèvent encore, disons, des bons sentiments. Quand on pense pouvoir coopérer avec Pékin sur l’ensemble des trois piliers des Nations unies, à savoir les droits de l’homme, la paix et la sécurité et le développement, l’Union européenne demeure dans le formalisme diplomatique. Mais il est peu probable que la situation s’améliore, à court terme, au Tibet ou pour la minorité musulmane ouïghour. En revanche, l’Union européenne et la Chine sont davantage en phase sur le climat. Jean-Claude Juncker appellera Pékin à plafonner ses émissions de CO2 avant 2030, conformément aux objectifs de l’accord de Paris. Il existe également une bonne coopération sino-européenne sur le dossier iranien.

La mesure 5 est un peu plus « punchie » puisque l’UE « invite » la Chine à tenir ses engagements, dont la réforme de l’OMC, « en particulier pour ce qui est des subventions et des transferts de technologies forcés », de même que la protection des indications géographiques. Dans la mesure 6, la Commission appelle le Parlement européen et le Conseil européen à adopter l’instrument international de réciprocité sur les marchés publics avant la fin 2019. Cet appel a été entendu par le Conseil européen qui, dans ses conclusions du 22 mars, appelle à son tour « à la reprise des discussions sur l’instrument international de passation des marchés de l’UE ». On n’en est donc pas à décider. On discute… depuis 2012. L’Allemagne bloquait la discussion. Elle vient de changer d’avis à la faveur de la fusion avortée entre Alstom et Siemens. Ce travail sera donc parachevé lors de la prochaine législature, après les élections européennes. La mesure 7 est également musclée, puisque la Commission se propose de publier des « orientations » afin que les prix proposés dans les marchés publics de l’UE prennent en compte réellement les normes en matière de travail et d’environnement. C’est par ce biais que les concurrents chinois ne pourraient soutenir la concurrence avec les entreprises européennes. Emmanuel Macron, lui, voulait aller plus loin et établir une préférence communautaire dans les marchés publics. Il n’a pas été suivi par une majorité d’États membres. La Commission proposera également de compléter la législation européenne pour contrecarrer les distorsions de concurrence des pays tiers sur les biens et les services échangés dans le marché intérieur. S’agissant de la 5G, la Commission a pris en compte les problèmes de sécurité posés par le leader mondial Huawei et fera des propositions très prochainement, a annoncé Juncker31. On ne peut que se féliciter que Bruxelles ait décidé de ne pas exclure l’équipementier chinois du marché de la 5G32.

Enfin, la Commission invite les États membres à mettre en œuvre le plus rapidement possible, de manière « complète et effective », la récente législation sur le filtrage des investissements étrangers dans les domaines sensibles. Cette législation n’est pas contraignante pour les États, qui sont seulement tenus de s’informer les uns les autres. Cela n’empêcherait nullement, par exemple, l’Italie de poursuivre le partenariat qu’elle vient de signer avec Xi Jinping qui prévoit, dans le cadre du projet pharaonique des « nouvelles routes de la soie », des investissements chinois dans les ports stratégiques de Gênes et de Trieste. Un protocole d’accord « non contraignant », s’est empressé de dire Giuseppe Conte, le président du Conseil italien, devant les froncements de sourcils suscités par cet accord à Washington, Bruxelles et Paris. « La partie chinoise souhaite des échanges commerciaux dans les deux sens et un flux d’investissements dans les deux sens », a assuré, de son côté, Xi Jinping. « La relation entre l’Union européenne et la Chine ne doit pas être avant tout une relation commerciale, elle doit être une relation politique et géostratégique », a souligné Emmanuel Macron, au sortir du Conseil européen. Le commerce est un des aspects, mais si nous construisons de proche en proche une dépendance géopolitique ou stratégique, nous comprendrons rapidement les conséquences que cela peut avoir. Et nous serons perdants sur les deux points. »33

On l’aura compris, nous ne sommes qu’au début d’un très long processus diplomatique avant que toutes ces mesures deviennent contraignantes34. L’unanimité n’est pas garantie tant la Chine dispose de sérieux leviers d’influence sur les États les plus faibles de l’Union (Grèce, Italie…) et que les 27/28 pratiquent la défense de leurs intérêts nationaux avec celle de l’intérêt européen.

***

« L’Europe n’aura pas eu la politique de sa pensée ». Ce jugement porté par Paul Valéry avant la Seconde Guerre mondiale n’a pas pris la moindre ride en cette fin de deuxième décennie du XXIe siècle. Comme le rappelle fort justement Jean-Pierre Chevènement : « Les Européens se sont accommodés de la vassalisation ». Vassalisation surtout vis-à-vis du grand frère américain depuis la fin de la Première Guerre mondial et soumission vis-à-vis de l’Empire Céleste depuis la fin de la Guerre froide. Comme l’écrit avec le sens aigu de la formule qui est le sien, Régis Debray : « L’Européen a des velléités mais, à la fin, il fait où Washington lui dit de faire, et s’interdit là ou et quand il n’a pas la permission »35. Que veut-il faire avec et/ou contre la Chine qui tisse lentement mais sûrement sa toile des « nouvelles routes de la soie » (« Pour l’Europe, c’est la déroute de la soie »36), y compris jusqu’au cœur de l’Union (Grèce et maintenant Italie avec l’accord signé par Xi Jinping avec les nouveaux dirigeants37). La réponse est aussi peu claire qu’évidente à ce stade de la réflexion des 27/28. Nous sommes au cœur de la problématique institutionnelle et fonctionnelle de la construction européenne38.

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Pourquoi l’Union européenne a-t-elle tant de mal à être unie face à la Chine (« Unité de façade Merkel, Macron-Juncker. Face à l’impérialisme économique de Xi Jinping, l’Europe chinoise ! »39) ? Même si les défis ne manquent pas pour Xi Jinping40, il faudra apprendre à compter avec la Chine et à anticiper des réponses réalistes pour faire jeu égal avec elle41. Aujourd’hui, force est de constater que l’expansionnisme chinois bouscule et divise sérieusement l’Europe qui est restée longtemps inerte42. Longtemps, trop longtemps, le mot « réciprocité » a été considéré comme un mot tabou, grossier du côté européen. Il semble qu’aujourd’hui il soit devenu cardinal dans la langue de certains de nos dirigeants toujours en retard d’une guerre43. Révolution copernicienne pour certains, tournant pour d’autres44. Le temps est venu de trancher le nœud gordien. D’ici là, quand l’Europe s’éveillera vraiment (nous ne savons toujours pas quand compte tenu de son inertie habituelle), le risque est grand qu’elle soit depuis longtemps empêtrée dans la nasse pékinoise et que la Chine s’esclaffera.

Guillaume Berlat
1 avril 2019

1 Alice George, Albert et Charlène de Monaco reçoivent le président chinois et son épouse. Dans les coulisses d’une visite d’État, Point de vue, 27 mars-2 avril 2019, pp. 34 à 37.
2 Gabriel Grésillon/Frédéric Schaeffer, Le président chinois Xi Jinping amorce une tournée Pékin dans une Europe vigilante mais divisée face à Pékin, Les Échos, 21 mars 2019, pp. 6-7.
3 François d’Orcival, Les routes de la puissance et de l’intimidation, Valeurs actuelles, 28 mars 2019, p. 4.
4 Guillaume Berlat, De l’Europe de la sanction à la sanction de l’Europe, http://www.prochetmoyen-orient.ch , 24 décembre 2018.
5 Régis Debray, L’Europe fantôme, collection « Tracts », Gallimard, 2019, p. 34.
6 Guillaume Berlat, Mondialisation heureuse, balkanisation furieuse, http://www.prochetmoyen-orient.ch , 11 mars 2019.
7 Nicole Gnesotto, L’Europe indispensable, CNRS éditions, mars 2019.
8 Pierre Tiessen/Régis Soubrouillard, La France made in China, Michel Lafon, 2019.
9 Guillaume Berlat, Quand la Chine s’éveillera vraiment…, http://www.prochetmoyen-orient.ch , 14 janvier 2019.
10 Jean-Michel Bezat, Pékin emploie la diplomatie des gros contrats avec les Occidentaux, Le Monde, 27 mars 2019, p. 2.
11 Jérôme Gautheret, L’Italie, premier pays du G7 à prendre les « nouvelles routes de la soie », Le Monde, 26 mars 2019, p. 5.
12 Bernard Simiot, Moi Zénobie reine de Palmyre, Albin Michel, 1978, p. 208.
13 Xi Jinping, « La Chine et la France, ensemble vers un développement commun », Le Figaro, 23-24 mars 2019, p. 16.
14 Il convient de rappeler que cette commande avait déjà annoncée, il y a un an déjà, lors de la visite officielle d’Emmanuel Macron en Chine. Tous ces Airbus seront assemblés en Chine par des ouvriers chinois. Pour remporter ce contrat géant, Airbus aura dû consentir à d’importants transferts de technologies. Pékin n’aura pas dû se livrer à quelques activités d’espionnage pour obtenir des secrets de fabrication. Les clés de la Maison lui auront été confiées. Et, tout cela intervient en toute légalité…
15 François Bougon, La Chine cherche à imposer un nouvel ordre mondial de l’information, s’inquiète RSF, Le Monde, 26 mars 2019, p. 17.
16 Frédéric Lemaître/Marie de Vergès, La Chine s’essouffle, le monde s’inquiète, Le Monde, Économie & Entreprise, 22 mars 2019, p. 14.
17 Jean-Philippe Béja, La position de Xi Jinping n’est pas si i confortable qu’elle en a l’air, Le Monde, 26 mars 2019, p. 29.
18 Cyrille Pluyette, L’autorité de Xi Jinping écornée, Le Figaro, 6 mars 2019, p. 7.
19 Renaud Girard, Faut-il avoir peur de la Chine ?, www.lefigaro.fr , 25 mars 2019.
20 Isabelle Lasserre, Le réveil des Européens face à la Chine, Le Figaro, 25 mars 2019, p. 6.
21 Cyrille Pluyette, Macron prône un partenariat équilibré avec Pékin, Le Figaro, 25 mars 2019, p. 6.
22 Thierry de Montbrial (propos recueillis par Isabelle Lasserre), « La principale rupture du système international remonte fut 1989 et non 2001 », Le Figaro, 18 mars 2019, p. 20.
23 Brice Pedroletti/Marc Semo, L’Europe affiche son unité face à Pékin. Front européen face à la Chine de Xi Jinping, Le Monde, 27 mars 2019, pp. 1-2.
24 Thomas Wieder, « AKK », la dauphine de Merkel marque sa différence, Le Monde, 27 mars 2019, p. 4.
25 Michel de Grandi, Les Européens invitent la Chine à respecter « l’unité de l’Union », Les Échos, 27 mars 2019, p. 6.
26 Sylvie Kauffmann, L’Europe, champ de bataille sino-américain, Le Monde, 28 mars 2019, p. 32.
27 Alain Barluet, « Convergences » euro-chinoises à l’Élysée, Le Figaro, 27 mars 2019, p. 8.
28 Éric Martin, L’Union européenne va-t-elle se laisser acheter ? Le filtrage des investissements étrangers en Europe, https://www.ifri.org/fr/publications/etudes-de-lifri/lunion-europeenne-va-t-se-laisser-acheter-filtrage-investissements , mars 2019.
29 Marie de Vergès, Trump : un an d’escalade protectionniste, Le Monde, Économie & Entreprise, 28 mars 2019, p. 17.
30 Frédéric Lemaître/Jean-Pierre Stroobants/Brice Pedroletti, L’UE durcit le ton face à la Chine, Le Monde, 21 mars 2019, p. 2.
31 Sebastien Dumoulin, L’Union européenne se coordonne face à Huawei, Les Échos, 27 mars 2019, p. 6.
32 Jean-Pierre Stroobants, Huawei : face aux pressions américaines, l’Europe résiste, Le Monde, Économie & Entreprise, 28 mars 2019, p. 18.
33 Emmanuel Berretta, Les 10 préconisations de Bruxelles face à la Chine, http://www.lepoint.fr , 26 mars 2019.
34 Éditorial, UE-Chine : le bon virage de Paris, Le Monde, 28 mars 2019, p. 32.
35 Régis Debray, précité, p. 24.
36 Frédéric Pagès (propos presque recueillis par), Les interviews (presque) imaginaires du « Canard ». Xi Jinping : « Pour l’Europe, c’est la déroute de la soie », Le Canard enchaîné, 27 mars 2019, p. 1.
37 Olivier Tosseri, L’Italie sera bientôt la porte d’entrée des nouvelles routes de la soie en Europe, Les Échos, 21 mars 2019, p. 6.
38 Louis Vogel, Les 7 péchés capitaux de l’Europe, Ramsay, 2019.
39 Le Canard enchaîné, 27 mars 2019, p. 1.
40 Éric de la Maisonneuve, Les défis chinois : la révolution Xi Jinping, éditions du Rocher, mars 2019.
41 Hervé Martin, Les Chinois attrapent les États par la dette, Le Canard enchaîné, 27 mars 2019, p. 3.
42 Fabrice Nodé-Langlois/Valérie Segond, Les ambitions de Xi Jinping prospèrent dans une Europe divisée, Le Figaro économie, 20 mars 2019, pp. 19-20-21.
43 Anne Rovan, Face à la Chine, Bruxelles tente de trouver la parade, Le Figaro économie, 20 mars 2019, p. 21.
44 Sylvie Kauffmann, Chine-Europe : le tournant, Le Monde, 21 mars 2019, p. 31.

Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

Les Nouvelles routes de la soie et l’émergence d’un nouveau monde

Traduction en Anglais

10 mars 2019 : Soline Schweisguth a rencontré à Oxford l’historien Peter Frankopan.
Professeur d’Histoire Globale à l’Université d’Oxford (Worcester College), il dirige le centre de recherches pour les études byzantines. Son livre Les Routes de la soie (traduit en français en 2017) a connu un succès mondial, notamment en Chine, en Inde et au Pakistan.
Il a publié une suite à cet essai en 2018 avec un livre en rapport avec la géopolitique contemporaine : Les Nouvelles routes de la soie, traduit en français en novembre 2018.

The Silk Roads, a New History of the World (Peter Frankopan)L’historien propose dans son premier livre une approche de l’histoire du monde centrée sur les pays le long des routes de la soie« Loin d’être en marge des affaires mondiales, ces pays sont très centraux – et ce depuis le début de l’histoire », souligne-t-il. De l’Antiquité à nos jours, depuis les premiers mouvements de christianisation jusqu’à la guerre en Irak, en passant par le développement de l’islam des VIIe et VIIIe siècles, il raconte une histoire trop souvent méconnue et remet en perspective l’histoire de l’Europe.

En novembre 2018, Peter Frankopan a publié cette fois un ouvrage intitulé Les Nouvelles routes de la Soie. Son titre reprend l’appellation donnée à la politique du président chinois Xi Jinping, qui a annoncé en 2013 sa volonté de développer les échanges commerciaux entre les pays du continent asiatique.

La Chine a ainsi investi plusieurs milliards de dollars dans des infrastructures ferroviaires et maritimes. Les discours soulignant la coopération et l’ouverture se sont accompagnés de prêts pour l’aide au développement dans de nombreux pays d’Asie et d’Afrique. Cela pourrait bien accélérer la croissance économique de ces pays, mais dans le cadre d’un néo-colonialisme inavoué… L’historien décrit et analyse la montée en puissance des pays le long des anciennes routes de la soie et un monde « dont le centre de gravité économique est en train de s’éloigner de l’ouest ». Il observe qu’« un nouveau monde est en train d’émerger en Asie, mais ce n’est pas un monde libre ».

« Tous les chemins menaient à Rome, écrit-il. Aujourd’hui, ils mènent à Pékin. »

Herodote.net : Dans Les Routes de la soie, vous recentrez l’histoire depuis l’Antiquité sur les pays le long de la route de la soie, de la Chine au Moyen-Orient. Comment ce point de vue permet-il d’enrichir une histoire traditionnellement centrée sur l’Occident?

En écrivant ce livre, je m’intéressais à trois choses. Premièrement, je voulais examiner les histoires des peuples, des cultures, des échanges, etc. qu’on oublie souvent quand on pense au passé. On s’attarde beaucoup sur Louis XIV, Henri VII, Napoléon ou Hitler. Mais on ne dit qu’un mot ou deux des Byzantins, des Ottomans, des Abbassides ou des Chola, des Khmers ainsi que des nombreuses ères et dynasties chinoises (pour ne mentionner que certains des manques les plus importants).

Peter Frankopan, né le 22 mars 1971 en Angleterre, professeur d'Histoire globale à OxfordMais deuxièmement, je voulais montrer que même l’histoire de l’Europe et de l’Occident était directement liée aux parties du monde à l’est de Venise et d’Istanbul, et auxquelles on ne prête pas attention. Je voulais montrer que même notre conception de l’histoire est trompeuse, non seulement parce qu’on oublie les autres, mais aussi parce qu’on déforme l’histoire avec de telles exclusions.

Il y a beaucoup de chercheurs qui travaillent sur les endroits du monde dont j’ai parlé, et qui sont confrontés aux problèmes de l’eurocentrisme ou des limites de la manière dont on voit les périodes. Par exemple, qu’est-ce qu’est exactement le « Moyen Âge », et qu’est-ce que cela signifie pour quelqu’un en Afrique, en Amérique, en Asie du Sud-Est etc.?

Le même problème se pose pour les ères géographiques, découpées en pays et en régions, qu’on étudie ensuite de manière exclusive. Je pense que l’histoire est plus excitante quand on regarde les échanges (violents et militaires bien sûr, mais aussi commerciaux, religieux, diplomatiques, etc.) et c’est donc cela que j’ai essayé de faire.

Dans votre deuxième livre Les Nouvelles Routes de la soie, vous décrivez le monde actuel comme un monde dans lequel les initiatives économiques et politiques de l’Est rendent anecdotiques, voire ridicules, celles de l’Occident. Dans quelle mesure peut-on dresser un parallèle entre cette situation et celle de la Grande Divergence, quand l’Europe était la première à entrer dans la révolution industrielle?

Les historiens ont des opinions très contrastées sur les causes, les conséquences et la nature de cette grande divergence.

D’une manière générale, il me semble que la prospérité, la croissance et l’espoir d’un meilleur futur sont les moteurs du changement. Durant les dernières décennies, l’augmentation de la richesse en Inde, en Chine, dans le Golfe persique, en Corée du Sud et dans l’Asie du Sud-Est, a été impressionnante. Cela ne s’est pas fait aux dépens de l’Occident, mais plutôt main dans la main – on a tous bénéficié de la chaîne de production mondiale qui a rendu les produits que nous achetons moins chers et plus abordables.

Ce qui a été problématique, cependant, c’est l’augmentation des inégalités en Europe et aux États-Unis, l’augmentation du chômage (ou, plus précisément, le manque de croissance des salaires). Notre continent est en état de confusion profonde, voire même de tristesse.

C’est dans ce contexte qu’il faut voir le Brexit, les gilets jaunes, le mouvement pour l’indépendance en Catalogne, la montée de l’extrême-droite (et de l’extrême-gauche), ainsi que la situation des pays comme la Hongrie ou la Pologne qui cherchent une voie alternative.

Tout cela semble très différent de ce que je vois en Asie. Il est important de noter les frictions, les tensions et les défis nombreux qui touchent les pays individuellement, et parfois leurs relations complexes avec leurs voisins. Mais le point fondamental est que 65% de la population mondiale vit à l’est d’Istanbul ; c’est de là que viennent 70% des énergies fossiles ainsi qu’une grande proportion du blé, du riz, parmi d’autres.

Sans puissance coloniale pour extraire ces ressources comme dans le passé, il est raisonnable de penser que ce qui se passe en Asie – en bien ou en mal – affectera le monde de demain.

La mise en place des « Nouvelles Routes de la soie » par le président chinois Xi Jinping s’accompagne de références aux anciennes routes de la soie. Dans quelle mesure cette expression ne serait-elle qu’un effet de rhétorique quand la majorité du commerce se fait encore par bateau ou en direction des États-Unis?

Les routes de la soie chinoises ne se réfèrent pas seulement à des liaisons commerciales terrestres ou maritimes mais aussi à un enjeu symbolique. En tant qu’historien, on peut noter que de nombreux pays parlent de revenir à un passé glorieux et idéalisé. En Angleterre, le slogan du Brexit était « Reprendre le contrôle » (Take Back Control), ce qui implique un retour à une situation meilleure.

Aux États-Unis, ce n’est pas ‘Make America Great’ mais ‘Make America Great Again’. D’autres pays, comme la Turquie, la Russie, l’Inde ou le Pakistan (la liste est longue) voient un intérêt à bâtir le présent et le futur en fonction du passé. D’après moi, c’est une bonne raison de passer plus de temps à faire de l’Histoire !

Propos recueillis par Soline Schweisguth
Publié ou mis à jour le : 2019-03-21 15:02:51

Pas de printemps pour l’Europe

Édito.

Pas de printemps pour l’Europe

Publié le 

Bus à impériale, Big Ben, les souliers de Theresa May, la casquette de Jeremy Corbyn, et même la figure allégorique Britannia : tout prend l’eau. Royaume-Uni, le naufrage. Illustration de Miles Cole paru dans The Economist, Londres.

“Une autre Europe est-elle possible ?” s’interroge le nouveau hors-série de Courrier internationalquelques semaines avant l’élection du Parlement européen. Pourtant, en dépit de l’arrivée du printemps, on n’aperçoit guère les bourgeons de la renaissance européenne. Côté Brexit, la saga touche à sa fin, dans un désordre indescriptible : le gouvernement de Theresa May s’avère incapable de conclure le divorce. Afin de tenter d’effacer le vote du “leave”, qui avait recueilli 17,4 millions de bulletins en juin 2016, des millions de Britanniques signent des pétitions et descendent dans la ruepour réclamer un second référendum : peuvent-ils inverser le cours des choses ? Quel que soit le scénario retenu, la gestion calamiteuse du Brexit a déjà abîmé la démocratie britannique, sans rehausser le prestige de l’Union européenne.

À Rome aussi, berceau de la construction communautaire en mars 1957, l’esprit européen s’est dilué dans la tasse de thé chinoise. Il n’était pas au rendez-vous lors de la visite du président Xi Jinping. En s’engageant sur les projets de “nouvelles routes de la soie” aux côtés de Pékin, le gouvernement populiste italien a refusé de jouer collectif au sein de l’Union. Alarmés, ses partenaires européens l’avaient mis en garde contre toute naïveté. Mais c’est surtout Bruxelles qui paye aujourd’hui le prix de plus de vingt ans de candeur : le réveil de la Commission européenne face aux ambitions mondiales de la Chine apparaît bien tardif*.

Entre l’aventure du Brexit et les illusions des routes de la soie, les choix de Londres et de Rome sont très différents. Mais, dans les deux cas, on notera que deux pays clés de l’Union (aux 2e et 4e rangs économiques) s’écartent volontairement du chemin commun.

Eric Chol

*À lire sur le blog de François Godement : “L’Europe face à la Chine : une révolution copernicienne”

https://www.courrierinternational.com/article/edito-pas-de-printemps-pour-leurope

Xi Jinping à Paris : pourquoi le président chinois arrive moins en position de force qu’on pourrait le croire

VISITE OFFICIELLE
Xi Jinping à Paris : pourquoi le président chinois arrive moins en position de force qu’on pourrait le croire

Atlantico : Xi Jinping est arrivé ce dimanche en France pour une visite officielle de trois jours. Alors qu’il est contesté au sein même du parti communiste chinois et que les tensions entre la Chine et les Etats-Unis sont nombreuses, qu’a-t-il à gagner de cette visite en France ? L’importance de l’alliance entre la Chine et la France est-elle plus importante aux yeux du président chinois qu’on ne pourrait le croire ?

Emmanuel Lincot : L’histoire nous dira si Xi Jinping joue son va-tout dans la promotion de sa politique des Nouvelles Routes de la soie auprès des Européens et dans le reste du monde à un moment crucial de sa propre évolution au sein du Parti Communiste Chinois. Sa politique semble de plus en plus contestée et les plans de relance en Chine même butent sur des faits têtus: l’économie chinoise est en récession. Cette stratégie des Nouvelles Routes de la soie doit répondre à cet écueil auquel se conjugue un changement de paradigme de l’économie chinoise. Elle n’est déjà plus l’ « atelier du monde » mais un laboratoire d’expérimentation pour l’économie du  numérique.

La coopération technologique dans ce contexte avec l’Europe est absolument cruciale d’autant que les sanctions américaines produisent chaque mois davantage leurs effets. La relation par ailleurs avec la France s’inscrit dans la célébration du 55ème anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la France du général De Gaulle et la République populaire de Chine. Une relation d’exception qui confère à la France un statut envié en tant qu’interlocuteur privilégié voire exclusif de la Chine pour l’ensemble des pays de l’Union Européenne. Un signe ne trompe d’ailleurs pas: la chancelière allemande et Jean-Claude Juncker recevront aux côtés du Chef de l’Etat français le Président Xi Jinping.

Barthélémy Courmont : Cette visite, autant que la relation Chine-Europe, est de fait très important pour le président chinois. La Chine est confrontée à de multiples défis, en parallèle à son affirmation de puissance sur la scène internationale. Défis économiques avec un modèle de croissance modifié et un risque d’impact social. Défis écologiques, sécuritaires… il serait illusoire de considérer que tout va pour le mieux en Chine. Dans ce contexte, la légitimité des dirigeants est exposée et, au sein de l’Etat-parti, il est vrai que la légitimité de Xi Jinping est exposée à des critiques de ceux qui manifestent leur désaccord avec sa politique. Plusieurs courants cohabitent au sein du Parti communiste chinois, et chacun attend son heure en mettant en avant les failles dans la gouvernance.

Ainsi, Xi Jinping n’est pas à l’abri d’une remise en cause de son leadership, en particulier dès lors que ce sont les initiatives qu’il a lui même formulées qui piétinent. C’est précisément le cas de la relation Chine-Europe. Que ce soit en matière de gouvernance mondiale ou de relations économiques et commerciales, Pekin voit dans l’Europe un partenaire de premier plan. Et le contexte de guerres commerciales avec Washington ne fait que renforcer ce sentiment. Xi Jinping s’est résolument engagé à accentuer les échanges avec l’Europe, et la visite d’Emmanuel Macron en Chine en janvier 2018 fut accueillie par les dirigeants chinois comme la possibilité d’entraîner, derrière la France, toute l’Union européenne dans son sillage, le long de ces nouvelles roues de la soie devenues obsessionnelles pour le président chinois.

La réalité est plus nuancée : la France s’inquiète autant qu’elle se réjouit des perspectives de ces nouvelles routes de la soie ; et l’influence de Paris sur les autres capitales européennes reste limitée. Les projets chinois divisent les partenaires européens plus qu’ils ne les rassemblent, et c’est en ordre très dispersé que l’UE s’avance vers la Chine, là où c’est précisément un accord avec l’ensemble de l’Union que recherche Xi Jinping.

Mardi Xi Jinping s’entretiendra avec ses homologues français et allemand ainsi que Jean-Claude Juncker. S’il cherchera à gagner l’appui de l’Europe pour son projet de nouvelles routes de la soie, quels autres sujets pourraient être au cœur des discussions ?

Emmanuel Lincot : Il pourrait être également question des problèmes sécuritaires. La disparition de l’Etat Islamique en Mésopotamie l’amène à se recomposer en Asie centrale. En Afghanistan bien sûr mais aussi au Baloutchistan et au Cachemire. Ces régions sont gangrénées par le terrorisme international et peuvent contaminer d’autres pays en pleine restructuration. Je pense au Kazakhstan où la dispute pour le pouvoir a déjà commencé. Les problèmes du climat le seront aussi et en matière d’économie verte, les Européens peuvent proposer à la Chine nombre de compétences à condition que le projet des Nouvelles Routes de la soie soit ouvert à une réelle réciprocité et que les entreprises européennes puissent réellement investir en Chine.

Barthélémy Courmont : Xi Jinping veut que l’UE dans son ensemble adhère à son projet des nouvelles routes de la soie. C’est ce qui sera évoqué. Si Emmanuel Macron s’est montré mesuré quant à l’implication de la France, Angela Merkel et Jean-Claude Junker se sont montrés très sceptiques, voire critiques. Même son de cloche du côté de la Commission. Xi Jinping a compris que si l’adhésion de pays d’Europe centrale et orientale, de la Grèce, de l’Italie… fait avancer son projet, ce n’est qu’une fois que ce dernier s’étendra à échelle continentale qu’il pourra être qualifié de succès.

La question de la gouvernance mondiale sera également au cœur des discussions, dans un contexte marqué par un repli de Washington et la nécessité d’avancer ensemble sur les enjeux environnementaux, numériques, sécuritaires… La Chine ne peut plus aujourd’hui être cantonnée dans un rôle de puissance exportatrice, et encore moins d’usine du monde. C’est désormais une grande puissance dont l’implication sur la scène internationale est indispensable. Les convergences entre Européens et Chinois sur ces questions, au-delà des difficultés économiques et des divergences profondes sur des sujets indispensables comme les droits de l’homme, doivent être rappelés, et c’est tout l’enjeu de ces rencontres de mardi, le moment le plus important de la tournée européenne de Xi Jinping.

L’Italie a rejoint hier le club des pays européens ayant conclu un protocole d’accord avec Pékin dans le cadre des nouvelles routes de la soie. A contrario, Paris et Berlin sont toujours très réticents à se joindre à cette initiative. Quel est le poids réel de ce désaccord sur l’actuelle crise de l’Union Européenne ? Et par extension, quelles pourraient-être les conséquences d’une avancée sur ce projet entre Paris, Berlin et Pékin ?

Emmanuel Lincot : Les Nouvelles Routes de la soie sont révélatrices de différends profonds entre Européens. En ce sens, soit elles donneront la possibilité à Bruxelles d’un sursaut soit elles enterreront définitivement le projet européen. Nous sommes arrivés à un seuil de toute façon critique dont la Chine est le révélateur. Dans nos choix d’éthique également car coopérer avec la Chine pose aussi des questions sur nos responsabilités en tant que démocraties de faire le jeu de l’une des plus grandes dictatures du monde.

Barthélémy Courmont : Le fait que l’Italie se soit engagée dans les projets chinois sans prendre soin d’en discuter avec ses partenaires européens, de faire cavalier-seul, est une faute qui est à replacer dans le contexte politique de ce pays, et de la relation houleuse qu’il entretient avec Berlin et plus encore Paris. L’Italie n’est pas le premier pays à adhérer au projet chinois, mais il est le premier membre du G7, fondateur des institutions européennes et accessoirement troisième économie de l’Union après le départ du Royaume-Uni.  Ce qui était problématique mais finalement minime dans le cas de pays comme la Grèce devient critique avec l’Italie et les divisions européennes générées par la stratégie chinoise passent un cap. À ce titre, notons d’ailleurs que les nouvelles routes de la soie sont jusqu’à présent plus déstabilisantes que stabilisantes en Europe, ce qui n’est pas sinon plus une bonne nouvelle pour Pékin.

Dans l’état actuel, un consensus européen est impossible, et cela a évidemment des répercussions politiques. Regardez le cas de la Suède qui vient d’annoncer être disposée à accueillir des réfugiés ouïgours… les divisions entre Européens sur la question chinoise rappellent à certains égards les dissonances sur le lien transatlantique en marge de la guerre d’Irak en 2003. Sauf que cette fois, c’est l’avenir de l’Union, sa cohésion, son poids sur la scène internationale et son économie qui sont en jeu.

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