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La nouvelle Route de la Soie en Amérique latine

La nouvelle Route de la Soie en Amérique latine

Solène VIZIER 26 juin 2019 ActualitéActualités analyséesAmériqueAmérique centraleAmérique du NordAmérique du SudAsie et OcéanieChineGéoéconomieLeave a comment

La nouvelle Route de la Soie, vaste entreprise de mondialisation de la Chine depuis 2013, étend ses ramifications aux quatre coins du monde. Après l’Eurasie, l’Afrique et l’Arctique, Pékin a inclus l’Amérique latine dans son projet tentaculaire. Vingt pays d’Amérique latine et des Caraïbes ont rejoint l’initiative.

Martín Vizcarra et le Pérou ont rejoint la nouvelle Route de la Soie chinoise.
Martín Vizcarra et le Pérou ont rejoint la nouvelle Route de la Soie chinoise.

La Route de la Soie passe par l’Amérique latine

Il y a deux mille ans, les Routes de la Soie reliaient la Chine à l’Europe, en passant par la Mongolie, la Perse, l’Arabie, la Syrie, la Turquie puis l’Afrique. Du nom de leur marchandise la plus précieuse, elles virent circuler marchands, diplomates, techniciens, soldats ou religieux. Tous participèrent à la diffusion des objets, des techniques et des savoirs. La nouvelle Route de la Soie, projet phare du gouvernement de Xi Jinping formulé en 2013, est bien plus ambitieuse.

Comme un immense réseau, le nouvel itinéraire a un spectre d’action beaucoup plus large. La “Belt and Road Initiative” (BRI) a pour objectif de connecter économiquement la Chine à l’Europe, le Moyen-Orient, l’Afrique et l’Amérique Latine, afin de générer, à travers une forte interaction entre les pays, une immense zone d’influence chinoise. Autrement dit, la Chine cherche à accélérer l’arrivée de ses produits sur des marchés éloignés. Six ans après son lancement, 129 pays – dont l’Italie – ont donné leur accord pour participer au projet.

L’Amérique latine avait d’abord été exclue de la carte officielle de l’initiative. Son inclusion représente un tournant diplomatique du gouvernement chinois en 2015. Xi Jinping avait alors évoqué la possibilité que l’Amérique latine fasse partie de « l’extension naturelle » de la Route de la Soie pour relier l’Océanie. 20 pays d’Amérique Latine et des Caraïbes ont aujourd’hui rejoint officiellement le projet ou signé un mémorandum d’accord.

La Chine, un partenaire économique essentiel

Récemment, le Pérou a ainsi rejoint le Panama, l’Uruguay, l’Équateur, le Venezuela, le Chili, la Bolivie ou encore Cuba. A travers son initiative, la Chine tend à prioriser ses investissements dans les infrastructures routières, ferroviaires, portuaires et de communication. Le projet chinois consiste notamment à construire une ligne ferroviaire reliant les océans Atlantique et Pacifique par le Brésil et le Pérou. Cette route réduirait considérablement le temps des échanges commerciaux. A l’heure actuelle, les produits sud-américains doivent en effet transiter par le canal de Panama, puis naviguer un mois pour atteindre la Chine.

Pékin souhaite, par ses investissements, améliorer l’interconnectivité des infrastructures latino-américaines. La Chine a également participé à la reconstruction de l’aéroport Eloy Alfaro (Équateur), durement touché par un séisme en 2016. Au Panama, une nouvelle ligne de train sera créée pour relier la capitale du pays à David, une ville occidentale.

La Chine est le second partenaire commercial de l’Amérique latine. En 2018, la valeur totale des importations et exportations ont atteint 307,4 milliards d’euros. L’Empire du milieu est aussi devenu le premier partenaire commercial du Pérou et du Chili. Les échanges commerciaux entre Pékin et Lima ont atteint un montant record de 23 milliards d’euros en 2018.

Quid des grands pays d’Amérique latine ?

Les quatre grands pays d’Amérique latine – le Brésil, l’Argentine, le Mexique et la Colombie – n’ont pas rejoint l’initiative. Il convient cependant de noter que même sans la Route de la Soie, la Chine est un acteur économique majeur en Amérique latine. Les échanges commerciaux entre les deux zones ont été multipliés par 22 au cours de la dernière décennie et les banques de développement chinoises ont prêté 150 milliards de dollars aux pays latino-américains.

Buenos Aires entretient d’excellentes relations avec Pékin. De même, malgré les critiques de son président envers la Chine, le vice-président brésilien Hamilton Mourao a insisté sur le fait que la Chine était un partenaire stratégique essentiel pour le Brésil. Pékin est d’ailleurs son premier partenaire commercial et la principale source d’investissement direct à l’étranger. Les investissements brésiliens sont importants en Chine. Enfin, la relation croissante entre Pékin et des pays africains stratégiques pour le gouvernement et le monde des affaires brésilien – tels que l’Angola ou le Mozambique – participe au rapprochement entre les deux États.

Le Mexique également est un pôle d’attraction pour les activités chinoises. La Chine envisage notamment d’investir dans le l’aménagement d’un corridor ferroviaire traversant l’isthme de Tehuantepec, une mince bande de terre entre l’Atlantique et le Pacifique. La construction d’un tel projet équivaudrait à un mini-canal de Panama, créant un nouveau raccourci entre les deux océans.

Une initiative largement critiquée

Lorsque la Chine a invité l’Amérique latine et les Caraïbes à rejoindre la nouvelle Route de la Soie, elle a assuré qu’il s’agissait « d’une nouvelle plate-forme pour une coopération mutuellement bénéfique ». Plusieurs pays, notamment occidentaux, critiquent pourtant l’initiative. Ils dénoncent tout d’abord l’influence géopolitique et stratégique grandissante de la Chine dans la région. Les préoccupations sociales et environnementales sont également nombreuses. Plusieurs ONG ont ainsi mis en cause divers projets chinois en Amérique latine pour violation des droits de l’homme et non-respect des normes environnementales.

L’asymétrie de la relation entre Pékin et les pays latino-américains, et les déséquilibres économiques que cela crée, sont enfin pointés du doigt. La Chine est accusée de favoriser l’endettement des pays qui bénéficient de son projet. Comme le mentionne le journaliste Eduardo Daniel Oviedo, la nouvelle Route de la Soie ne « dit rien sur les perdants de la relation, le schéma centre-périphérie, les asymétries, la concentration commerciale dans quelques produits, et la dépendance financière qui caractérise la relation entre la Chine et certains pays de la région ».

Un projet géopolitique

En réponse aux critiques, Xi Jinping a voulu, lors du forum de Beijing, atténuer les inquiétudes. Il a promis en ce sens de garantir la transparence et la viabilité financière de tous les projets. En Amérique latine, la Chine n’est pas pressée et ne cherche pas à rallier à tout prix les quatre “grands”. Suivant la stratégie du jeu du “go”, elle tisse peu à peu sa toile dans la zone. Pékin a désormais des accords avec tous les pays Pacifique d’Amérique du Sud, à l’exception de la Colombie.

Dans l’idéologie chinoise, l’objectif de la nouvelle Route de la Soie est de raccourcir la distance entre l’Empire du milieu et la zone latino-américaine. La confrontation géopolitique avec les États-Unis pour le leadership mondial sous-tend cependant l’initiative. Le champ d’action et la pénétration de la nouvelle Route de la Soie sont tels qu’il est impossible d’éviter le tour de force géopolitique. La Chine a en effet profité du retrait des États-Unis de la région pour tirer parti des espaces géoéconomiques disponibles. Elle a rallié à sa cause deux proches alliés de Washington, le Chili et le Pérou. Pékin met ainsi Washington au défi dans son “arrière-cour”.Share

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About Solène VIZIER

Solène Vizier est diplômée d’un Master 2 Etudes Stratégiques. Passionnée de géopolitique, ses domaines de spécialisation concernent les mondes hispanophone et russophone, le désarmement nucléaire et la géopolitique du sport. Elle est rédactrice aux Yeux du Monde depuis avril 2019.

La nouvelle Route de la Soie en Amérique latine

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/41144-nouvelle-route-soie-amerique-latine

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Cette satanée multipolarité

Cette satanée multipolarité

Publié le 16 Juin 2019 par Observatus geopoliticus in Asie centrale

Un mélancolique article du Jerusalem Post intitulé « Les sommets d’Asie centrale qui montrent que Washington perd prise » nous rappelle une nouvelle fois, si l’en était besoin, que derrière les strass et paillettes de l’événementiel, l’empire américain est inexorablement engagé sur la pente descendante.

A Bichkek, au Kirghizstan, a eu lieu la grand-messe annuelle de l’Organisation de Coopération de Shanghai, incluant désormais l’Inde et le Pakistan. On y a vu Modi et Khan échanger des blagues, Xi et Rouhani renforcer leur coopération, Poutine rencontrer ses homologues chinois, iranien, indien ou pakistanais. Si le président iranien, Etat observateur, s’est fait remarquer en critiquant vertement l’unilatéralisme US et en offrant des privilèges économiques aux membres de l’OCS qui investiraient en Iran, il n’a pas été le seul. A Bichkek, on a parlé multipolarité, Routes de la Soie et intégration de l’Eurasie, pour le plus grand malheur de qui vous savez…

Le jour suivant, au Tadjikistan voisin, le sommet CICA (Conférence pour l’Interaction et la Confiance en Asie) a réuni du beau monde. Les représentants d’une trentaine de pays y participaient dont Poutine, Xi (qui a fêté son 66ème anniversaire avec le président russe), Rouhani, Erdogan ou encore Al Thani, l’émir du Qatar. On sait que ce dernier, depuis la rupture avec l’Arabie saoudite, a une furieuse tendance à se rapprocher de Téhéran et des géants de l’Eurasie. Ses multiples rencontres bilatérales d’hier sont là pour le prouver, notamment avec la Chine et l’Iran, qui a par ailleurs également reçu le soutien turc face au harcèlement américain.

L’hybris impériale – sanctions contre la Russie et l’Iran, guerre économique contre la Chine, menaces contre la Turquie, sanctions saoudiennes contre le Qatar – tend naturellement à rapprocher ces pays et accélère l’inévitable mouvement d’intégration du grand continent, bientôt irrigué par le gaz russe et les Routes de la Soie chinoises. Le monde multipolaire du XXIème émerge sous nos yeux..

 

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/06/cette-satanee-multipolarite.html

Gigantesque projet des Nouvelles routes de la soie : L’Algérie signe un mémorandum d’entente avec la Chine

Gigantesque projet des Nouvelles routes de la soie : L’Algérie signe un mémorandum d’entente avec la Chine

Publié par Gilles Munier sur 12 Juin 2019, 06:42am

Catégories : #Chine#Algérie

Par Nadjia Bouaricha (revue de presse : El Watan – 9/6/19)*

L’Algérie vient de signer un mémorandum d’entente avec la République populaire de Chine portant sur la coopération dans le cadre de l’initiative «La ceinture économique de la route de la soie et la route de la soie maritime du XXIe siècle».

Une initiative chinoise qui remet au goût du jour et sous de plus larges ambitions les anciennes routes de la soie. Avec son adhésion à ce projet, l’Algérie ouvre de nouvelles perspectives à ses échanges commerciaux et pourra prétendre à de nouveaux marchés. 1000 milliards de dollars pour près d’un millier de projets sont engagés par la Chine pour rendre réel un projet pharaonique de lancement de nouveaux itinéraires pour la route de la soie. Six ans que le projet existe et fait grincer des dents du côté des puissances occidentales qui y voient une «réelle menace».

Avec des mégaprojets d’infrastructures et de passages commerciaux, les nouvelles routes de la soie comptent la construction de nouveaux ports, des milliers de kilomètres de voies ferrées, des routes, des oléoducs reliant l’Asie, l’Europe, l’Afrique et même des pays de l’Amérique latine. Il ne s’agira pas de la route empruntée par Marco Polo il y a 1000 ans, mais d’une multitude de connexions maritimes et terrestres et six corridors économiques devant faciliter les échanges commerciaux à partir et vers la Chine.

Le très ambitieux projet chinois prévoit un axe routier et ferroviaire de 10 000 kilomètres de long reliant l’ouest de la Chine à l’Europe, ainsi que des investissements dans des dizaines de ports de par le monde. Le projet gigantesque inclut même de nouvelles routes vers l’Arctique. 72 pays ont rallié le vaste programme d’investissement chinois hors de Chine, dont l’Italie en Europe.

Lancées depuis 2013 par le président Xi Jinping, les nouvelles routes de la soie promettent de créer une nouvelle dynamique économique, notamment sur le plan de la consommation énergétique qui devrait tripler d’ici 2030, ce qui pourrait ouvrir à un pays exportateur d’hydrocarbures, comme l’Algérie, de nouveaux débouchés, surtout que son traditionnel marché qui est l’Europe présente certaines complications du fait de la concurrence. 25 milliards de dollars ont déjà été dépensés par la Chine dans plusieurs projets depuis 2013.

*Source : El Watan

Jean-Louis GUIGOU, Président de l’IPEMED : « La Verticale de l’AME serait une [bonne] réponse européenne aux Routes de la soie »

Jean-Louis GUIGOU, Président de l’IPEMED : « La Verticale de l’AME serait une [bonne] réponse européenne aux Routes de la soie »

4 juin 2019
Jean-Louis GUIGOU, Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMED Paris). © AM/AP.P
L’expansionnisme chinois prospère en Europe et talonne celle-ci en Afrique. « Les Routes de la soie » constituent un projet géopolitique bien construit, financé, médiatisé. Face à cela, l’Europe ne doit pas être réactive, mais proactive, et proposer un autre projet : la construction d’un axe intégré Afrique-Méditerranée-Europe – d’où l’acronyme AME. Explications et prospective.

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Une tribune libre de Jean-Louis GUIGOU
Président de l’IPEMED

Institut de prospective économique du monde méditerranéen (Paris)

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Le Président Emmanuel Macron a été clair : « Nous devons arrimer ensemble, enfin, les continents européen et africain, à travers la Méditerranée (…) la stratégie que je veux mettre en œuvre consiste à créer un axe intégré entre l’Afrique, la Méditerranée et l’Europe. »

Le Roi du Maroc prône la même idée à sa façon : positionner le Maroc en « hub » entre l’Europe et l’Afrique. L’ancien ministre marocain de l’Économie Fathallah Oualoulou détaille cette ambition : « Il est de notre intérêt, nous Marocains, Magrébins, Sud-méditerranéens, Arabes et Africains, de soutenir toute action qui tourne le dos à la polarisation du monde et ce, pour consolider tous les projets d’intégration dans nos régions.

Il est opportun dans ce cadre de promouvoir le grand projet de la Verticale Afrique-Méditerranée-Europe [AME] parce qu’il accorde une place centrale à la méditerranée, ce qui permettra à cet ensemble dans sa globalité d’entrer dans des rapports équilibrés avec l’espace Asie-pacifique et l’espace Amérique-Atlantique-Pacifique – le concept de la Verticale a été mis en évidence par les travaux que mène l’IPEMED, l’Institut de Prospective économique du monde méditerranéen. » (Extrait de La Chine et nous. Répondre au second dépassement, p. 302. Éditions La croisée des chemins).

Un nécessaire et permanent cadre de réflexion
stratégique entre l’Europe et l’Afrique

Le Président Jean-Claude Juncker de son côté milite pour une Nouvelle Alliance entre les Européens et les Africains. Voilà pourquoi il a mis en place entre « les deux continents, non pas voisins mais cousins germains », le Programme d’Investissement Extérieur (PIE) pour mettre à disposition jusqu’à 44 milliards d’euros de garanties pour des investissements privés.

De son côté, dans une lettre à l’IPEMED, datée du 7 décembre 2015, le Président de la République du Niger, Issoufou Mahmadou, constatait : « L’observation de l’évolution économique et sociale des deux continents montre à quel point ils sont liés et à quel point un cadre permanent de réflexion stratégique est nécessaire pour guider cette évolution. »

Cet axe intégré AME n’est pas une vue de l’esprit : il se construit déjà « à bas bruit ». C’est une tendance lourde fondée sur le retour de la géographie, de la proximité et de la complémentarité des économies Nord/Sud. Ce phénomène s’accélère depuis la crise financière de 2008.

L’ axe AME, une redistribution Nord/Sud
du système productif

C’est la régionalisation de la mondialisation : les chaînes de valeur mondiales deviennent de plus en plus régionales.

Selon la CIA, dans son rapport sur l’état du monde en 2050 « Deux grandes zones d’influences privilégiées apparaissent » l’une liant les deux Amériques et l’autre associant le Japon, la Chine et les pays du sud asiatique (ASEAN). Les travaux du CEPII montrent qu’un troisième axe est en cours de création autour de l’Allemagne, de la France et de l’Union Européenne. [Voir le graphe à la fin de l’article, ndlr].

Reste à construire ce troisième axe AME. Pour réussir à effacer les mauvais souvenirs de la colonisation, cette nouvelle grande région mondiale ne doit en aucun cas ressembler aux deux autres « zones d’influences privilégiées »… sous-entendu dominées par le Nord.

Il s’agit de construire autre chose. 
De nouvelles relations enfin équilibrées, avec un système d’intégration en profondeur incluant la coproduction, le partage de la valeur ajoutée et le transfert de technologie. Cela revient à une redistribution Nord/Sud du système productif faisant de l’Afrique une zone créatrice de valeur et non plus une zone exportatrice des seules matières premières.

Un système productif « écologisé » et inclusif, donnant au monde l’exemple d’une responsabilité économique, sociale et environnementale. 
Un rêve ? Non. La situation chaotique du monde impose, comme le disait – déjà ! –Socrate, de penser autrement, de parler autrement, d’agir autrement.

https://www.africapresse.paris/Jean-Louis-GUIGOU-President-de-l-IPEMED-La-Verticale-de-l-AME-serait-une-bonne

La Chine accueille le deuxième forum de l’Initiative de la Ceinture et de la Route.

4.juin.2019 // Les Crises

La Chine accueille le deuxième forum de l’Initiative de la Ceinture et de la Route. Par Peter Symonds

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Source : World Socialist Web Site, Peter Symonds, 01-05-2019

Par Peter Symonds
1 mai 2019

Le président chinois Xi Jinping a accueilli la semaine dernière à Beijing le deuxième forum de l’un de ses principaux programmes – l’Initiative de la Ceinture et de la Route (ICR) – un vaste projet d’infrastructure visant à relier la Chine par l’Eurasie par voie terrestre et maritime et à renforcer sa position sur la scène mondiale.

Depuis sa première annonce en 2013, l’ICR a été de plus en plus critiquée par les États-Unis, qui la considèrent comme un défi à ses propres ambitions mondiales. Lorsque l’Italie est devenue la première puissance du G7 à signer officiellement le projet le mois dernier, le Conseil national de sécurité des États-Unis a publié un tweet déclarant que Rome donne une légitimité à «l’approche prédatrice de la Chine en matière d’investissement».

Les responsables américains, y compris le vice-président Mike Pence, les groupes de réflexion et les médias ont accusé à plusieurs reprises la Chine d’utiliser l’ICR pour créer des «pièges à dette» afin de faire pression sur les pays pour qu’ils répondent aux demandes chinoises. Cette critique est tout à fait hypocrite. Depuis des décennies, les États-Unis exploitent des institutions comme le Fonds monétaire international pour imposer leurs diktats économiques et géopolitiques dans le monde entier.

Le président Xi était impatient d’utiliser le forum de l’ICR pour contrer les critiques croissantes des États-Unis et renforcer les liens ses liens en Eurasie et en Afrique. En ouvrant la réunion vendredi dernier, Xi a déclaré que la Chine s’engageait à la transparence et à la construction d’«infrastructures de haute qualité, durables, résistantes aux risques, à des prix raisonnables et inclusives».

Xi a dit à l’auditoire que l’ICR encouragerait un «développement ouvert, vert et propre». Sans mentionner spécifiquement les États-Unis, il a déclaré que «nous devons construire une économie mondiale ouverte et rejeter le protectionnisme». Cette remarque ne visait pas seulement à dénoncer les mesures de guerre commerciale de l’administration Trump contre la Chine. C’était aussi un signal aux puissances européennes, qui sont également confrontées à la menace de tarifs douaniers américains punitifs.

Devant une position américaine de plus en plus agressive à l’égard de la Chine – d’abord sous Barack Obama, puis sous Donald Trump – l’ICR a toujours été conçue pour renforcer la position économique et stratégique de la Chine, notamment en Europe, en vantant les avantages économiques d’une coopération économique et politique renforcée.

L’Italie est la seule grande puissance européenne à adhérer à l’ICR et à avoir envoyé son chef de gouvernement, le premier ministre Giuseppe Conte, au forum. Cependant, d’autres grands pays européens ont envoyé des représentants de haut niveau en quête d’opportunités économiques, tout en essayant d’éviter le mécontentement de Washington.

Le chancelier britannique Philip Hammond a assisté au forum pour faire du lobbying au nom des entreprises britanniques, un communiqué du Trésor soulignant des opportunités pour les entreprises britanniques dans les domaines du «design, du financement de l’ingénierie, des partenariats public-privé et des services juridiques».

Dans la perspective du forum de Beijing, malgré les fortes pressions exercées par les États-Unis, le gouvernement britannique a donné son accord de principe au géant chinois des télécommunications Huawei pour l’aider à construire le réseau de données 5G de la prochaine génération du pays. Robert Strayer, responsable du département d’État américain, a lancé un avertissement lundi contre toute implication du «fournisseur non fiable», même dans des éléments non essentiels du réseau, pouvant compromettre la coopération entre les services de renseignements américains et britanniques.

Le ministre allemand de l’Économie, Peter Altmaier, était également présent au forum de l’ICR. Il a plaidé en faveur d’un accord multilatéral de l’ICR entre la Chine et l’Union européenne, qui permettrait à l’Allemagne d’avoir plus de poids au chapitre dans l’exécution des projets. Dans une critique à peine voilée de l’Italie, Altmaier a déclaré que l’UE «dans sa grande majorité» avait convenu qu’elle ne voulait signer aucun accord bilatéral.

Au total, quelque 5000 délégués étrangers de plus de 150 pays et plus de 90 organisations internationales ont participé au forum, dont 37 chefs de gouvernement ou chefs d’État. Le président russe Vladimir Poutine et le premier ministre italien étaient présents, ainsi que des dirigeants de l’Autriche, du Portugal, de la Hongrie et de la Grèce.

De hauts dirigeants de neuf des dix pays de l’Association des Nations de l’Asie du Sud-Est (ANASE) étaient présents, ainsi que de quatre des cinq républiques d’Asie centrale. Le premier ministre pakistanais Imran Khan y a participé, mais l’Inde, hostile aux liens étroits de la Chine avec son rival régional, le Pakistan, n’était pas représentée par son premier ministre.

Non seulement le président américain Trump n’était pas présent, mais il n’y avait pas non plus de haut représentant américain au forum.

Avant le forum, le gouvernement chinois a entrepris d’atténuer certaines des critiques sur le financement des projets de l’ICR. Le premier ministre malaisien Mahathir Mohamad, arrivé au pouvoir lors de l’élection de l’an dernier, s’est montré très critique à l’égard des investissements chinois pendant la campagne électorale et a suspendu ou annulé plusieurs projets importants, dont une ligne ferroviaire le long de la côte est non développée de son pays.

Le mois dernier, la Chine a renégocié l’accord sur la ligne ferroviaire de 20 milliards de dollars en réduisant d’un tiers le coût de la construction. Le nouvel accord a permis à Mahathir d’assister au forum de Beijing et d’apporter son «plein soutien» à l’ICR.

Le président Xi a déclaré aux médias que la Chine avait signé quelque 64 milliards de dollars d’accords lors de ce forum de trois jours. Selon un rapport d’Al-Jazeera, «À ce jour, environ 90 milliards de dollars ont été investis dans divers projets liés à l’ICR, mais il reste plusieurs centaines d’autres milliards vaguement promis, et il faudra encore des années avant que tous ces capitaux ne soient investis.» Dans l’ensemble, la Chine a indiqué que plus d’un billion de dollars seront investis dans divers projets.

Le communiqué de ce forum a identifié plusieurs projets clés qui seront accélérés, y compris le port pakistanais de Gwadar, point de départ du corridor économique Chine-Pakistan vers le sud-ouest de la Chine et le port grec du Pirée, que la Chine considère comme une tête de pont clé pour l’Europe.

L’autre grand projet est le China Railway Express – un réseau de chemins de fer reliant Londres à la ville chinoise de Chongqing et devant être emprunté par plus de 14.000 trains de marchandises par semaine. Ces liaisons d’infrastructure devraient permettre de réduire les coûts, mais du point de vue de la Chine, cela lui permettra également d’éviter de dépendre trop fortement du transport maritime à travers le détroit de Malacca, qui pourrait être bloqué par la marine américaine en temps de guerre.

Les États-Unis sont déterminés à faire en sorte que les plans de l’ICR de la Chine ne portent pas atteinte aux intérêts économiques et stratégiques américains. Lors du sommet de l’ANASE en novembre dernier, le vice-président américain Pence a critiqué l’ICR et déclaré qu’un plan d’infrastructure américain pour l’Asie-Pacifique constituait une meilleure option. «Nous ne noyons pas nos partenaires dans une mer de dettes, nous ne contraignons pas, nous ne compromettons pas votre indépendance… Nous n’offrons pas une ceinture contraignante ou une route à sens unique», a-t-il déclaré.

Les États-Unis, qui cherchent à obtenir l’appui d’alliés comme l’Australie et le Japon, ont annoncé qu’un peu plus de 100 milliards de dollars seront offerts pour des projets d’infrastructure. Il n’est pas surprenant que tous les pays de l’ANASE étaient fortement représentés à Beijing la semaine dernière, car il y a là potentiellement beaucoup plus d’argent de disponible.

Peu intéressé à investir davantage, Washington intensifiera sans aucun doute ses méthodes agressives utilisées jusqu’à présent pour saper l’influence chinoise – intrigues diplomatiques comprenant des opérations de changement de régime, des provocations militaires dans des points chauds dangereux comme en mer de Chine méridionale et des préparatifs de guerre contre la Chine.

(Article paru en anglais le 30 avril 2019)

Source : World Socialist Web Site, Peter Symonds, 01-05-2019

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

https://www.les-crises.fr/la-chine-accueille-le-deuxieme-forum-de-linitiative-de-la-ceinture-et-de-la-route-par-peter-symonds/

Arcum chiitum

Arcum chiitum

Publié le 24 Mai 2019 par Observatus geopoliticus in Moyen-Orient

Nous n’allons pas aborder dans ce billet la démission de dame Teresa en ce fatidique mois de May, même si le départ de la givrée russophobe du 10 Downing Street fait bâiller d’aise l’ours. Nous n’allons pas non plus nous appesantir sur la contre-attaque djihadiste dans l’Idlibistan, qui a fait perdre une des villes récemment gagnées par l’armée syrienne et surtout prouvé, comme nous l’avions prédit, que celle-ci n’avait pas encore engagé les grandes manœuvres pour récupérer la province barbue. Laissons également de côté le quatrième false flag chimique, qui semble d’ailleurs faire pchiiiit, au moment même où émerge enfin le fait que le troisième était une mauvaise farce, ce qui ne surprendra évidemment pas le fidèle lecteur du blog.

Aujourd’hui, attardons-nous sur une petite info lourde de conséquence. Dans un billet intitulé Arc chiite an Inous écrivions il y a vingt mois :

C’est dans ce contexte que l’on apprend, et c’est tout sauf un hasard, que le 4+1 a décidé de passer la vitesse supérieure le long de la frontière syro-irakienne, pierre angulaire de l’arc chiite potentiellement (re)constitué.

Du côté syrien, l’armée et le Hezbollah ont, avec le précieux soutien de l’aviation russe, relancé les opérations vers Al Bukamal / Al Qaïm, point nodal crucial de la recomposition moyen-orientale. Dans le même temps et en parallèle, de l’autre côté de la frontière, l’armée irakienne et les UMP chiites ont libéré la zone d’Akashat.

La coordination avec Damas semble évidente. A ce rythme et au vu de l’effondrement daéchique, l’alliance chiite ne devrait pas tarder à arriver en vue d’Al Bukamal / Al Qaïm. La prise de ce dernier bastion califal ne sera certes pas chose aisée, mais c’est la grande image qu’il faut prendre en compte : suppression définitive du corridor sunnite nord-sud et mise en place de l’arc chiite est-ouest. Au grand dam de qui vous savez.

Bingo ! Depuis qu’Al Bukamal est revenue, fin 2017, dans le giron loyaliste, les Iraniens y sont présents. Le noeud stratégique est en effet fondamental pour la marche de Téhéran vers le ponant :

L’arc chiite, en partie reconstitué après la victoire des syro-russo-iraniens en Syrie, (re)devient le cauchemar stratégique de Washington, Tel Aviv et Riyad. Les Iraniens s’établissent sur la Méditerranée tandis que la construction d’une autoroute Iran-Irak-Syrie a commencé (elle finira par relier Téhéran à Beyrouth) et qu’un projet de voies ferrées ressort du sable. Les futures routes de la Soie chinoises doivent passer par là…

Or, qu’apprend-on ? Les Iraniens ont entrepris des travaux pour ouvrir un nouveau passage près d’Al Bukamal (l’ancien étant totalement détruit par la guerre). Il n’en fallait pas plus pour que le système impérial entre en mode panique et imagine déjà les cargaisons d’armes à destination du Hezbollah ou de pétrole pour alléger les sanctions US.

Avec ténacité, Téhéran joue sa carte et avance ses pions pour rejoindre la Méditerranée, profitant de la reconstitution partielle de l’arc chiite. Un bémol toutefois, cette route doit serpenter entre les bases américaines en Irak, puis les zones occupées par l’empire en Syrie (zone « kurde » et Al Tanaf), sans compter les régions où la présence de Daech n’a pas été totalement éliminée :

On ne sait pas très bien ce que seraient censés faire les soldats US si un convoi iranien leur passait sous le nez, ni le cadre légal (vote du Congrès ?) d’une éventuelle intervention. Pour compliquer encore un peu la situation, se pose d’ailleurs toujours la question de la présence états-unienne en Irak. Ces bases sont en tout cas un moyen de pression visant à contrôler et à contrarier l’arc chiite renaissant.

Une chose est sûre : des sables du désert aux corridors du pouvoir à Bagdad, l’affrontement à fleurets mouchetés entre Téhéran et Washington n’est pas prêt de s’arrêter. Un petit jeu dans le Grand…

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2019/05/arcum-chiitum.html

Interprétation du discours du président Poutine au Forum 2019 des Nouvelles Routes de la Soie

Interprétation du discours du président Poutine au Forum 2019 des Nouvelles Routes de la Soie


Par Andrew Korybko – Le 27 avril 2019 – Source orientalreview.org

andrew-korybko

Le président Poutine n’a laissé aucune place au doute, en proclamant fièrement que la Russie ainsi que l’Union Économique Eurasiatique, organisation d’intégration régionale pilotée par la Russie, opéraient une fusion stratégique avec la Chine et son projetLa Ceinture et la Route. Ce processus aura des conséquences stratégiques profondes sur le supercontinent, ainsi que sur l’ensemble de la géopolitique du XXIème siècle.

Putin's Speech At The 2019 BRI Forum

Le Forum 2019 du projet La ceinture et la Route (BRI) constitue un événement de toute première envergure, rassemblant des dizaines de chefs d’États et mettant à disposition de la communauté internationale une plateforme permettant de mieux appréhender cette vision novatrice. Le président Poutine y a prononcé un important discours, que l’on peut résumer comme l’expression d’une fusion stratégique de la Russie et de l’Union Économique Eurasiatique avec la Chine et son projet. Il ne fait aucun doute que ce processus aura des conséquences stratégiques très profondes pour le supercontinent et pour la géopolitique du XXIème siècle dans son ensemble, et son discours mérite d’être analysé à fond. Suivent donc ci-après une transcription de ce discours, intercalée de quelques explications de texte pour aider le lecteur à saisir la portée de l’événement et le poids qu’auront ces mots sur l’avenir de la stratégie générale de la Russie :

Passage :

Président Xi Jinping, Mesdames et Messieurs,

Tout d’abord, je voudrais remercier mon cher ami, le président chinois Xi Jinping, de m’avoir invité à participer au deuxième Forum de la Ceinture et la route pour la Coopération internationale. J’aimerais [lui, NdT] exprimer ma reconnaissance pour cette occasion d’être présent au sein d’un groupe aussi étendu et de nous rencontrer, de discuter les sujets de développement mondial, et les principes de coopération.

J’ai écouté avec le plus grand intérêt – et je ne doute pas que nombre de participants en ont fait autant – les principes et les objectifs de développement de la Chine, c’est-à-dire, la manière dont la République populaire de Chine, aujourd’hui première économie mondiale en terme de parité de pouvoir d’achat, prévoie de développer et de construire des relations avec ses partenaires. Ces sujets sont de toute première importance, tant pour la Russie, j’en suis convaincu, que pour nombre de mes collègues qui ont également fait le déplacement aujourd’hui jusque Pékin.

Interprétation :

Quand la Chine parle, le monde écoute.

Passage :

De toute évidence, la mise en œuvre de ce projet ambitieux, la Ceinture et la Route, promu par nos collègues chinois, vise à renforcer la coopération constructive des États d’Eurasie. L’objectif de ce projet, fondamentalement unificateur, est d’assurer un développement économique harmonieux et durable, ainsi qu’une croissance économique, à travers l’espace d’Eurasie.

La Russie a souligné à de multiples reprises que le projet du président chinois, la Ceinture et la Route, résonnait avec l’idée russe d’établir un large partenariat eurasiatique, un projet visant à « intégrer les structures d’intégration », et ainsi à promouvoir un alignement plus proche des divers processus d’intégration bilatéraux ou multilatéraux déjà à l’œuvre en Eurasie.

Interprétation :

La vision chinoise des Routes de la Soie, pour une intégration en Eurasie, est complémentaire du partenariat russe pour une large Eurasie, le concept clé en est que les deux grandes puissances sont à présent prêtes à « intégrer [leurs] structures d’intégration ». Poutine confirme ici les déclarations de l’ambassadeur de Russie en Chine en début de mois, et confirme également par là la participation non déclarée, mais de facto, de Moscou au projet amiral des BRI : le Couloir économique Chine-Pakistan (CPEC).

Passage :

La Russie est prête à consacrer des efforts pour créer un environnement transparent et efficace, afin de promouvoir les coopérations partout en Eurasie.

Il est important que nous définissions des moyens de réponse efficaces face aux risques que présente un paysage politique, économique et technologique fragmenté au niveau mondial, ainsi qu’au protectionnisme croissant, dont les expressions sont des restrictions unilatérales illégitimes imposées en outrepassant le Conseil de sécurité des Nations Unies ou, pire encore, des guerres commerciales.

Nous sommes convaincus que ce n’est qu’en travaillant ensemble que nous pourrons faire face à des défis pressants, tels que la baisse de la croissance économique, les écarts de richesses de plus en plus grands entre les nations, ainsi que les retards technologiques.

Interprétation :

Seule une coopération économique multilatérale, telle que celle proposée par les BRI chinoises et l’UEEA russe (sans parler de la fusion en cours de ces projets d’intégration), peut contrer les conséquences déstabilisantes au niveau systémique des « guerres commerciales » étasuniennes ainsi que la vision du monde « trumpiste »qui les a inspirées.

Passage :

Permettez-moi de répéter une chose que j’ai déjà dite à de nombreuses reprises : ces tendances négatives nourrissent le terrorisme, l’extrémisme et les flux migratoires illégaux, contribuent à la résurgence d’anciens conflits régionaux et à l’émergence de nouveaux conflits.

Interprétation :

Le président russe Poutine, le président chinois Xi, et le premier ministre Khan de l’État pivot du Pakistan partagent tous la même vision : de nombreuses menaces en matière de sécurité sont dues à des problèmes économiques, d’où l’intérêt pour la nouvelle trilatérale multipolaire de poursuivre l’intégration de l’UEEA, du BRI et du CPEC.

Passage :

Je suis profondément convaincu que l’Eurasie peut devenir un modèle exemplaire de la mise au point d’un agenda volontaire et porteur de sens, permettant de répondre à ces sujets, ainsi qu’aux autres problèmes internationaux urgents. Cela fait des millénaires que des peuples de cultures, de religions et de traditions très diverses habitent le vaste espace d’Eurasie.

Bien sûr, l’histoire de notre continent a connu guerres et conflits, mais tôt ou tard, ils ont toujours pris fin, le sens commun et l’aspiration naturelle des peuples pour la paix et la communication ont toujours fini par l’emporter.

Interprétation :

Malgré la diversité qui la caractérise, l’Eurasie ne sera pas le théâtre du soi-disant « conflit de civilisations », que des forces masquées s’efforcent activement d’attiser ; l’Eurasie sera la plateforme d’une convergence des civilisations, qui stabilisera le supercontinent, à l’issue de l’intégration des structures d’intégration citées ci-avant (UEEA, BRI, CPEC).

Passage :

La Russie est intéressée par la coopération la plus étroite avec tous les partenaires d’Eurasie, sur la base du respect des principes inaltérables de la souveraineté, des droits et des intérêts légitimes de chaque État. C’est sur ces principes que nous bâtissons l’Union économique eurasiatique, avec nos partenaires – l’Arménie, le Bélarus, le Kazakhstan et le Kirghizistan. Bientôt, dès le 29 mai 2019, l’UEEA célébrera son cinquième anniversaire. Sur cette période, un marché commun a été créé, et des conditions sont mises en place pour permettre la libre circulation des biens, des services, des capitaux et du travail.

Des marchés communs ont été établis, ainsi qu’un espace numérique commun.

Parmi les remarques qu’il vient d’adresser, le président Xi Jinping a parlé de l’établissement de liens entre ses projets et d’autres projets similaires, et d’autres associations qui sont en cours de formation dans notre vaste espace. Nos projets sont absolument en ligne avec cela. Les États de l’UEEA travaillent activement à renforcer leurs coopérations industrielles et technologiques, à établir des chaînes logistiques et de transport efficaces. Et nous aussi, nous prendrons part, avec nos amis chinois, avec tous nos partenaires, à d’autres discussions aujourd’hui et demain, nous poursuivrons nos coordinations sur ces travaux, travaux de nature mondiale.

Interprétation :

L’UEEA menée par la Russie constitue le cœur de la stratégie d’intégration super-continentale de Moscou, et elle se raccorde parfaitement avec le BRI de la Chine.

Passage :

Nous poursuivons également notre politique d’harmonisation en matière de politiques monétaires et fiscales. Dans le même temps, l’Union économique eurasiatique aspire à la coopération la plus large possible avec tous les pays et associations intéressés. Je fais ici référence en premier chef à la République populaire de Chine, le pays que nous considérons comme notre principal soutien, comme notre partenaire naturel dans le développement intégré du continent.

Les cinq États membres de l’UEEA soutiennent à l’unanimité l’idée d’appairer le développement de l’UEEA et du projet économique chinois des Nouvelles routes de la soie. Les accords auxquels nous sommes parvenus à cet égard sont déjà mis en œuvre avec succès. Dans les mois qui suivent, l’Accord sur la coopération commerciale et économique [Agreement on Trade and Economic Cooperation, NdT] entre l’UEEA et la Chine entrera en vigueur.

Interprétation :

L’UEEA continuera d’harmoniser sa stratégie économique avec la Chine, principal soutien de la Russie, et partenaire naturel, en vue d’intégrer l’Eurasie ensemble, avec d’autres accord de coopération à suivre.

Passage :

L’Union Eurasiatique est décidée à libéraliser ses liens économiques avec ses autres partenaires également, et a d’ores et déjà signé un accord de libre échange avec le Vietnam, tandis qu’un accord provisoire avec l’Iran constitue un jalon à la création d’une zone de libre échange. La préparation d’instruments semblables avec Singapour et la Serbie est presque achevée, et des discussions sont en cours avec Israël, l’Égypte et l’Inde.

Nous coopérons activement avec l’Organisation de coopération de Shanghai ainsi que l’Association des nations d’Asie du Sud-Est.

Nous défendons résolument l’expansion de liens d’affaires avec l’Union européenne, notre partenaire traditionnel et de long terme, d’une manière constructive et équitable. Même si nous connaissons des différences, celles-ci ne peuvent ni ne devraient jeter d’ombre sur notre responsabilité partagée quant à l’avenir de l’Europe et de toute l’Eurasie.

Interprétation :

La vision russe du Partenariat eurasiatique élargi est réellement multi-facettes, et vise à porter la multipolarité à tous les coins du supercontinent, quitte à réaliser des choses que la plupart des observateurs avaient jusqu’ici considérées comme politiquement impossibles, comme relier l’Iran et son ennemi juré d’« Israël » dans le même cadre commercial multilatéral que constitue l’UEEA.

Passage :

Permettez-moi d’insister sur ce point : les concepts du grand partenariat eurasiatique, et des nouvelles routes de la soie partagent les mêmes principes et les mêmes valeurs, que chacun peut comprendre : l’aspiration naturelle des nations à vivre en paix et en harmonie, pouvoir profiter des dernières découvertes scientifiques et des développements innovants, tout en préservant leur culture et l’unicité de leur identité spirituelle. En d’autres termes, ce sont nos intérêts stratégiques à long terme qui nous unissent.

Je crois ardemment que l’approche étendue qui qualifie chacun des deux concepts nous aidera à améliorer la coopération économique au sein du continent, à développer des infrastructures partagées en matière de transports et d’énergie, et à promouvoir la technologie numérique. De cette manière, l’intégration servira les intérêts de nos peuples et de toutes les nations d’Eurasie à son plein potentiel.

Interprétation :

« Gagnant-gagnant » n’est pas une simple rhétorique réservée aux chinois ; il s’agit d’une vision crédible, à l’échelle de l’Eurasie, qui peut finir par améliorer les standards de vie des nombreux habitants du supercontinent, pour peu qu’elle soit menée par toutes les nations en coordination mutuelle.

Passage :

Une fois de plus, j’aimerais remercier nos partenaires, nos amis chinois, pour ce projet. Merci de votre attention.

Interprétation :

Personne ne devrait jamais oublier que, pour inclusive que soit la vision du « gagnant-gagnant », elle ne pourrait pas se voir mise en pratique si elle n’était pas portée par le BRI de la Chine, ce qui fait de la République populaire le cœur du processus et du changement de paradigme pour le XXIème siècle, qui promet de révolutionner de manière irréversible la géopolitique mondiale.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/interpretation-du-discours-du-president-poutine-au-forum-2019-des-nouvelles-routes-de-la-soie

Intervention de Jean-Yves Le Drian au Second Forum sur les nouvelles routes de la soie

 | BEIJING (CHINE)  

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Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de gouvernement,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs,

Le développement de la mondialisation et la mise en place au lendemain des deux terribles guerres mondiales d’un système multilatéral plus efficace que tous les précédents, ont ouvert une phase de prospérité et de liberté inédites et permis une expansion pacifique du commerce international. En quelques décennies, des centaines de millions d’êtres humains sont sortis de la pauvreté et les deux parties d’un monde divisé par la guerre froide, se sont enfin rapprochées.

Ces progrès sont incontestables, le reconnaître ce n’est pas pour autant nous voiler les yeux. Les rapports de puissance conçus au milieu du 20e siècle ont évolué, la mondialisation a aussi engendré des déséquilibres. Déséquilibres à l’échelle planétaire, certaines régions retirant d’importants bénéfices de ces évolutions, tandis que d’autres se trouvent laissées pour compte. Déséquilibres au sein de nos sociétés, où des inégalités considérables se sont installées. Déséquilibres environnementaux, manifestés par des catastrophes trop longtemps ignorées.

C’est ce double constat que nous devons garder à l’esprit, pour répondre au défi du développement d’aujourd’hui. Ensemble, nous devons agir pour une mondialisation plus juste, une mondialisation qui profite à tous. Je dis bien ensemble, car il n’y a qu’en renforçant les bases de notre coopération que nous pourrons y parvenir. Sans ouverture réciproque, sans renforcement de la connectivité, nous ne saurions construire la prospérité mieux partagée à laquelle nous aspirons. Et devant l’ampleur de la tâche à accomplir, le repli sur soi, les efforts isolés ne peuvent être que des impasses.

Ce deuxième forum de coopération internationale sur l’initiative chinoise « une ceinture – une route » est l’occasion de réfléchir aux voies et moyens d’agir ensemble, pour faire face à ces défis qui engagent notre présent mais aussi notre avenir.

L’initiative chinoise des nouvelles routes de la soie sera essentielle pour répondre au déficit d’infrastructures en Asie qui, selon la Banque asiatique de développement, a un déficit d’infrastructures important qui s’élèvera d’ici 2030 à 26 milliards de dollars.

Au nom du président Macron, je suis venu porter ici un message clair : celui que nous avons tout à gagner à unir nos forces.

Vous le savez, la connectivité est au coeur du projet politique européen. La quadruple liberté de circulation des biens, des capitaux, des services et des personnes, a toujours été pour nous un principe moteur. Dans ce continent qui est désormais le plus interconnecté, le plus ouvert du monde, la stratégie eurasiatique en matière de connectivité publiée à l’automne 2018, vise précisément à renforcer encore davantage cette dynamique d’échanges en développant dans tous les domaines, transports, énergies, numérique et échanges humains, des projets concrets fondés sur la soutenabilité économique, sur la soutenabilité fiscale, sur la soutenabilité environnementale et sur la soutenabilité sociale.

Comme nous le faisons dans le cadre de l’ASEM, nous devons donc travailler à renforcer les synergies entre nos initiatives qui, vous le voyez, peuvent et doivent être complémentaires.

Le succès des projets que nous menons dépendra, je crois, de deux facteurs :

- D’abord de notre capacité à entendre les besoins des pays où ces projets seront développés, en mettant en place une démarche partenariale. L’enjeu de la connectivité c’est bien que les routes qui sont construites fonctionnent dans les deux sens. C’est d’ailleurs dans cette démarche que s’inscrivent les efforts de la France et de la Chine afin d’identifier des projets de coopération en pays tiers, et avec des pays tiers.

- Ensuite, ces succès dépendront de notre détermination à tenir nos engagements et les projets que nous menons doivent en être l’illustration concrète. Engagement pour l’ouverture, engagement pour la transparence, engagement pour une concurrence équitable, engagement aussi, bien entendu, pour la durabilité environnementale. C’est en mettant l’exigence climatique au coeur de notre coopération que nous avancerons dans la mise en oeuvre de l’Accord de Paris, auquel nous sommes très attachés. La production d’énergie renouvelable et la durabilité des infrastructures doivent donc rester pour nous des priorités. Les principes actuellement développés dans le cadre du G20 sur la qualité des infrastructures doivent nous permettre d’avancer sur ce sujet.

Ainsi conçus, nos projets de connectivité seront autant de témoignages de l’efficacité du multilatéralisme rénové et de l’utilité de la gouvernance mondiale renforcée que nous appelons de nos voeux. C’est le sens de la déclaration franco-chinoise que les présidents Xi Jinping et Emmanuel Macron ont adoptée le 26 mars dernier et qui engage nos pays à développer avec leurs partenaires des initiatives concrètes pour renforcer le multilatéralisme, réformer les institutions existantes lorsque cela est nécessaire mais toujours, toujours inscrire nos actions dans un cadre fondé sur le droit international.

De fait, nombreuses sont les organisations qui ont élaboré des normes, des standards, ou des principes internationaux traitant de la soutenabilité financière et de l’inclusivité. Je pense à la Banque mondiale, au FMI, ou encore à l’OCDE. Mettons ces principes en oeuvre, illustrons-en la validité sur le terrain, nous lancerons ainsi un cercle vertueux car une telle approche, par les cadres de référence communs qu’elle contribuera à mettre en oeuvre, ne pourra que favoriser la synergie entre les initiatives.

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes à la croisée des chemins. Jamais sans doute notre monde n’a été aussi interdépendant. Et jamais cependant le système multilatéral et la mondialisation n’ont suscité autant de critiques. Et face à la tentation du cavalier seul, face à la tentation du rapport de force, agissons ensemble pour démontrer, dans les faits, que la coopération rapporte plus que la confrontation.

Je vous remercie.

Des routes de la soie plus transparentes

Des routes de la soie plus transparentes

En 2013, Xi Jinping annonce à Astana un projet chinois de grande ampleur : les nouvelles routes de la soie. Appelé One Belt One Road, puis Belt and Road Initiative, le projet doit aider au développement des infrastructures en Chine et à l’étranger. Toutefois, aujourd’hui, la BRI est sous le feu de nombreuses critiques, notamment en ce qui concerne l’endettement des états au profit de la Chine. À l’occasion du deuxième sommet international, Xi Jinping a tenté de rassurer les pays partenaires.

Une Chine non impérialiste ?

Le Président chinois Xi Jinping

La Chine veut se donner une image pacifique dans sa stratégie d’expansion. Elle se présente comme une puissance non-coloniale et met en avant l’aspect « gagnant-gagnant » des partenariats ou investissements qu’elle effectue. Cette posture existait avant le projet des nouvelles routes de la soie. C’est aussi un moyen de répondre aux accusations de néo-colonialisme et autres « Chinafrique », condamnations professées par les anciennes puissances coloniales. La BRI s’inscrit totalement dans ce projet. Si les routes servent à sécuriser les importations de matières premières et l’exportation des produits manufacturés chinois, c’est bien l’intérêt pour le développement mutuel et la stabilité qui sont mis en avant.

Dans un premier temps, nombre de pays émergents profitent de l’occasion. C’est le cas de pays où le gouvernement est pro-chinois, en Asie centrale ou du sud-est. D’autres acceptent plus par nécessité. Par exemple, la Grèce, en pleine crise économique, profite des investissements chinois alors que l’Europe exige l’austérité. Avant l’annonce officielle du projet BRI, Pékin obtenait des terminaux dans le port du Pirée. En retour, la Grèce a défendu certains intérêts chinois lors de débats européens. La Chine aide donc les états en crise économique, favorise la construction de grands projets pour les émergents ou pour des dictatures en quête de légitimité interne.

Vers un vent de panique

Toutefois, les populations acceptent parfois mal la présence massive d’investissements chinois, voire de migrations chinoises. Plusieurs gouvernements sont ainsi accusés de « vendre le pays à la Chine », du Kazakhstan à la Malaisie. Un événement marque particulièrement les esprits : la construction du port de Hambantota par des entreprises chinoises. L’Etat sri-lankais s’est retrouvé, à partir de 2016, dans l’incapacité de financer ce projet. Un arrangement est finalement trouvé, le port est cédé à la China Merchants Port Holdings, puis loué à la Chine pour 99 ans. Outre les contestations locales, les états eux-mêmes remettent en cause les investissements chinois. L’image non-coloniale de la Chine s’en trouve sérieusement affectée.

Plusieurs élections en Asie ont amené à des changements de politiques. Les Maldives votent en majorité contre l’autocrate pro-chinois Abdullah Yameen. Au Pakistan, le Premier ministre nouvellement élu, Imran Khan, cherche des aides financières non-chinoises – Pékin détient 30% de la dette du pays. En Malaisie, Mohammad Tun Mahathir remet en cause les projets chinois, notamment la ligne de chemin de fer de la côte est. Pékin se défend, arguant d’un parfait respect des lois. Le projet est malgré tout annulé, faute d’accord, avant qu’une solution ne soit renégociée en avril 2019. En Thaïlande, durant les élections de 2019, certains opposants à l’armée appellent à « faire une Mahathir »1 pour s’émanciper de l’influence chinoise.

Même sans changement de politique, l’inquiétude se répand. Le Kirghizstan, peuplé par six millions d’habitants, refuse l’exemption de visa aux hommes d’affaires chinois, de peur d’être envahi par le géant voisin. Au Kenya, un scénario similaire à celui de Hambantota inquiète les autorités quant à l’endettement du port de Mombasa. Dans un article d’Al Monitor, c’est le journaliste Kadri Gursel qui fait état du déficit commercial et de la dette croissante de la Turquie vis-à-vis de Pékin. Après avoir cultivé une image non-impérialiste, la Chine ressemble de plus en plus à une puissance menaçante et néo-coloniale.

Des routes de la soie plus transparentes

C’est dans ce contexte que la Chine se doit d’être rassurante. L’image non-coloniale de Pékin est durement atteinte. Cependant, la république communiste marque tout de même certaines victoires. En Malaisie, elle a réussi à sauver le projet de chemin de fer de la côte est. Mahathir, le Premier ministre malaisien, déclare même qu’il souhaite que son pays devienne un hub de la BRI. La Chine garde des soutiens en Afrique, comme l’Ethiopie, ou en Europe du Sud, notamment la Grèce ou le Portugal. Enfin, elle a  marqué des points en signant plusieurs accords avec Rome, concernant les ports de Gênes et Trieste. L’Italie est le premier état du G7 à participer à la BRI.

Les nouvelles routes de la soie restent donc un enjeu majeur de notre début de siècle. Toutefois, pour rester crédible auprès des partenaires, une plus grande transparence est nécessaire. C’est ce qu’a promis Xi Jinping lors de son discours du 26 avril au sommet de la BRI.

1 Un tweet du média chinois South China Morning Post utilise cette expression pour montrer que Mahathir sert de modèle à la Thaïlande, afin de s’émanciper de la trop grande présence chinoise. https://twitter.com/SCMPNews/status/1106779626150473728

 

Bibliographie

Holly Ellyatt, « Is Italy playing with fire when it comes to China ? », CNBC, 27 Mars 2019

Adéa Guillot, « Le port du Pirée cédé au chinois Cosco », Le Monde, 21 Janvier, 2016

Kadri Gursel, « Will China buy Turkey on the cheap ? » Al Monitor, 8 décembre 2018

Bhavan Jaipragas & Meaghan Tobin, « Is China about to ditch China for the US ? », South China Morning Post, 16 Mars 2019

Abdul Khaliq, « Is Pakistan falling into China’s debt trap ? », CADTM, 16 Avril 2018

Frédéric Lemaitre, « Xi Jinping promet des “routes de la soie“ plus transparentes », Le Monde, 27 Avril 2019

Shannon Teoh, « New East Coast Rail Link deal eases “debt trap“ concerns for Malaysia, says Mahathir », The Straits Times, 15 Avril 2019

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WASHINGTON N’EST PAS CONTENT DE LA CHINE NOUVELLE EN AMÉRIQUE CENTRALE

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25.04.2019

Alors qu’il apparaît clairement que le soutien de l’administration Trump, jusqu’ici infructueux, au changement de régime au Venezuela vise également à viser l’énorme présence financière de la Chine auprès du régime de Maduro, la nouvelle récente d’un succès pétrolier majeur dans les eaux cubaines va clairement s’intensifier les tensions géopolitiques. Et cela ne concerne pas seulement le Venezuela, la Guyana et le Brésil.

La société pétrolière publique chinoise CNPC, par l’intermédiaire de sa filiale Great Wall Drilling, a commencé à prospecter du pétrole au large des côtes cubaines dans le cadre d’une coentreprise avec la société pétrolière publique cubaine Petroleum Company (CUPET), selon un rapport publié le 16 avril dans le pays l’agence de presse d’Etat chinoise, Xinhua. Great Wall se consacre à l’exploration pétrolière à Cuba depuis 2005, mais c’est le résultat le plus prometteur à ce jour. La technologie de forage avancée de CNPC a ouvert pour la première fois la perspective de l’exploitation pétrolière majeure au large de Cuba  .

La nouvelle intervient alors que les sanctions prises par Washington visent les revenus pétroliers du Venezuela et ses accords visant à approvisionner Cuba en pétrole à faible coût. Alors que le gouvernement Maduro continue d’insister pour que le pétrole soit livré à Cuba en dépit des sanctions, il est clair que la sécurité de l’approvisionnement devient plus risquée et que l’approvisionnement diminue.

Le 21 avril, le conseiller américain à la Sécurité nationale, John Bolton, a annoncé que Washington appliquerait une loi sur les sanctions inutilisée, qui permet aux tribunaux américains de poursuivre en justice les étrangers utilisant des biens saisis par le régime communiste. Bien que l’on ne sache pas à quel point cela va frapper Cuba, cela va clairement décourager les entreprises étrangères qui cherchent à investir à Cuba.

Cuba est réputée avoir fourni une assistance militaire à grande échelle ainsi que des milliers de médecins et de personnel médical cubains pour appuyer la présidence de Maduro au Venezuela. La présence de la Chine dans les deux pays est un motif moins connu et peut-être un motif caché derrière la déclaration de Bolton.

La présence chinoise à Cuba

Les détails des prêts chinois à l’économie cubaine sont classés secret d’État et ne sont pas divulgués. De toute évidence, Pékin a discrètement accru sa présence dans l’île des Caraïbes, un pays qui, pendant la guerre froide, était devenu un proche allié des Soviets, les mettant alors en contradiction avec la Chine. Depuis l’effondrement de l’Union soviétique, malgré plusieurs tentatives de sociétés russes telles que Norilsk Nickel de s’implanter à nouveau à Cuba, les contraintes financières ont empêché toute nouvelle présence russe forte.

La Chine ne semble pas avoir de tels problèmes et investit dans un certain nombre de domaines clés de l’économie de libéralisation de Cuba. Depuis la libéralisation du commerce à Cuba au cours des deux dernières années, la Chine a vendu à Cuba des bus Yutong, des camions Sinotruk, des tracteurs YTO, des voitures Geely, des appareils électroménagers Haier ainsi que 100 locomotives de chemin de fer.

Huawei est en train de construire des points d’accès Internet sur l’île et des discussions sont en cours, sans résultat à ce jour, pour un investissement chinois de 600 millions de dollars dans une joint-venture sino-cubaine à l’usine de traitement de nickel Cuban de Las Camariocas qui n’a pas été finalisée par les Soviétiques. Cuba possède les troisièmes plus grandes réserves de nickel au monde. En 2017, Haier a ouvert une usine d’assemblage d’ordinateurs cubaine d’une capacité annuelle de 120 000 ordinateurs portables et tablettes ainsi qu’un terminal de conteneurs pour navires, Santiago de Cuba, financé par un prêt de développement chinois de 120 millions de dollars  .

Actuellement, Beijing est le principal partenaire commercial de Cuba et le plus important créancier de La Havane. Cuba importe d’importantes quantités de riz chinois, ainsi que des milliers de touristes chinois, une activité qui rapporte à Cuba environ 2 milliards de dollars par an. Le sucre et le nickel sont les deux principaux produits cubains expédiés en Chine dans un déséquilibre commercial favorable à la Chine.

Si la Chine exploite maintenant d’importantes ressources pétrolières offshore à Cuba, leur présence augmentera considérablement et le déclin du pétrole vénézuélien vers Cuba comme une sorte de paiement de troc pour le soutien militaire, médical et autre, sera atténué. Jusqu’à présent, le russe Rosneft a comblé le déficit d’importation de pétrole pour Cuba.

Une Caraïbe chinoise?

La Chine est également bien établie en tant que principal créancier étranger vis-à-vis du Venezuela. Selon certaines estimations, sa dette pourrait atteindre 61 milliards de dollars. Le pétrole vénézuélien est clairement au cœur de la relation, mais il semblerait que les sociétés chinoises cherchent également à exploiter des ressources inexploitées en or et en coltan. Depuis les déclarations de Washington en faveur de Guaido, la Chine a défendu avec brio la défense de Maduro, ce qui est inhabituel pour un État qui prétend ne jamais être impliqué dans la politique locale.

Les détails de l’ampleur des investissements chinois au Venezuela n’étant pas clairement définis, la Chine a également établi une présence majeure en Guyana, pays voisin, depuis 2018 en accueillant officiellement la petite ancienne colonie britannique dans l’Initiative Belt, Road, parfois appelée Nouvelle route économique de la soie en Chine. C’est en effet bien loin d’un projet d’infrastructure original de Beijing, dévoilé pour la première fois par Xi Jinping au Kazakhstan en 2013, qui proposait de relier toute l’Eurasie de l’océan Indien à l’Atlantique par un double réseau de ports à conteneurs en eau profonde et de lignes à grande vitesse. Au fur et à mesure de son évolution, la China BRI développe clairement une perspective mondiale, qui commence clairement à déstabiliser certains à Washington.

En Guyane, des sociétés et des fonds chinois établissent actuellement une liaison routière entre Manaus, dans le nord du Brésil, via la Guyana, ce qui permettra au Brésil d’accéder plus efficacement au canal de Panama en coupant des milliers de  kilomètres  de la voie de navigation. Des pourparlers seraient également en cours pour que la Chine construise un port en eau profonde sur la côte nord de la Guyana, afin de relier l’autoroute de la Chine à la région amazonienne du Brésil, limitrophe du Venezuela et de ses vastes richesses minérales inexploitées. Les Guyanais disent que le port routier profitera beaucoup plus à la Chine qu’à la Guyane. En tout état de cause, cela permettrait un transport efficace des navires d’Amazonie par le canal de Panama en direction de la Chine.

Et le Panama…

Si nous ajoutons à la présence économique discrète mais croissante de la Chine à Cuba, au Venezuela et au Guyana, les récentes actions de Pékin dans le canal stratégique du Panama commencent à expliquer en partie l’inquiétude croissante de Washington face aux développements au Venezuela et à Cuba.

En 2016, le groupe chinois Landbridge Group a acheté le port d’île de Margarita au Panama, dans la zone franche de Colón, le plus grand port situé du côté atlantique du canal, offrant à la société chinoise un accès intime à l’un des plus importants centres de distribution de marchandises au monde. Ils ont réalisé une expansion importante depuis qu’ils ont utilisé la société publique China Communication Construction Corp., aujourd’hui la plus grande société d’infrastructure et d’ingénierie du  monde.

Déjà en 1997, le Chinois Hutchinson Whampoa avait pris le contrôle des ports de Balboa et Cristobal construits par les États-Unis dans le cadre d’un contrat de 50 ans. Aujourd’hui, Hutchison Whampoa appartient à Cheung Kong Holdings de la famille du milliardaire chinois Li Ka Shing.

En 2017, le Panama a provoqué un choc à Taiwan et à Washington et a retiré sa reconnaissance antérieure à Taiwan en faveur de Beijing. Début avril, le président du Panama, Juan Carlos Varela, était en Chine pour discuter de son adhésion officielle à la BRI. En décembre 2018, le Chinois Xi Jinping a également effectué une visite officielle au Panama. Pékin a placé le Panama en tête de ses priorités. Les produits chinois sont les deuxièmes en volume après ceux des États-Unis empruntant le canal.

Outre le fait que la Chine possède des ports de conteneurs vitaux au Panama, tels que le port de l’île de Margarita, la Chine propose de construire une ligne ferroviaire à grande vitesse de 4,1 milliards de dollars, reliant Panama City à sa frontière avec le Costa Rica, sous la  rubrique  Belt and Road. .

Au fur et à mesure que ces relations se développent, le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a déclaré qu’il envisageait de rejoindre Belt and Road.

Dans ce contexte stratégique, on comprend mieux pourquoi Washington commence à réagir plus fortement dans son arrière-pays, l’Amérique centrale, en invoquant la doctrine Monroe du XIXe siècle, une coquille vide de rhétorique. Ce qui manque cruellement, c’est une série d’initiatives économiques positives lancées par Washington pour aider ces pays à développer des infrastructures essentielles en Amérique centrale et en Amérique du Sud, ce qui constitue un changement radical par rapport à la diplomatie Gunboat Diplomacy. Si cela devait commencer, le climat dans la région pourrait devenir beaucoup plus favorable à la coopération avec Washington.

 

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