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Le retour de Marco Polo ou les complications d’un monde post-impérial

Le retour de Marco Polo ou les complications d’un monde post-impérial

Publié le 17 Mars 2019 par Observatus geopoliticus in EuropeChineEtats-UnisEconomie

Lorsque le 22 mars, le président chinois Xi Jinping débarquera à Rome pour une très importante visite, l’esprit de Marco Polo flottera dans l’air. S’il ne fut pas le premier Occidental à emprunter la route de la Soie, le célèbre Vénitien laissa à la postérité la description de la Chine et ses merveilles dans son Devisement du monde.

Sept siècles plus tard, le gouvernement italien lance un pavé dans la marre en voulant rejoindre les Nouvelles routes de la Soie, le tentaculaire projet de Pékin visant à intégrer économiquement l’Eurasie, hantise de l’empire américain. Sans surprise, Washington a déjà réagi, en affirmant sans rire que cela « dégraderait l’image internationale de l’Italie ».

Cette dernière n’est pourtant pas le premier pays européen à adhérer au projet chinois et le fidèle lecteur sait que la Hongrie du grand méchant Orban est sur les rangs depuis trois ans, rejointe ensuite par la Grèce ou encore le Portugal. Mais le poids de l’Italie est autrement important : membre du G7, quatrième pays européen en termes de population et d’économie, sa décision pourrait « briser la glace » pour les autres et entraîner plusieurs pays dans son sillage. D’autant que cette intégration aux routes de la Soie ferait bénéficier des prêts de la BAII, à propos de laquelle un petit rappel n’est pas inutile :

La fameuse Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures (BAII) a été lancée en fanfare à Pékin cette semaine [juillet 2015, ndlr]. Plus de 300 délégués de 57 pays ont assisté à la signature. Rappelons que la BAII concurrencera la Banque mondiale sous influence américaine et sera la cheville ouvrière du cauchemar absolu des stratèges états-uniens : l’intégration de l’Eurasie. Elle financera – sans doute en coopération avec l’autre Goliath bancaire créé récemment, la banque des BRICS – les infrastructures liées au phénoménal projet continental de routes de la Soie visant à relier l’Europe à l’Extrême-Orient en évitant les mers, marginalisant considérablement les Etats-Unis.

L’entrée de Rome dans la danse serait une situation gagnant-gagnant, l’Italie pouvant ainsi financer la reconstruction de ses infrastructures vieillissantes (cf. catastrophe du pont de Gênes) et vendre son Made in Italy aux consommateurs chinois qui en sont friands. Un seul perdant dans cette affaire : Washington.

L’analyse pourrait s’arrêter là et conclure à une nouvelle baffe dans la tête impériale. Pourtant, si ce dernier point n’est pas discutable, les choses sont en réalité bien plus compliquées et entrent dans la lignée de ce que nous prédisions au lendemain de l’élection du Donald il y a plus de deux ans :

Le deuxième mandat d’Obama avait sans doute porté à son paroxysme l’affrontement des deux blocs. Entre 2013 et 2015, le système impérial américain, incluant ses dépendances européenne et médiatique, s’est arc-bouté, uni, resserré presque jusqu’à l’étouffement. Un objet trop compressé finit par se fissurer, puis éclater – simple loi physique. Géopolitiquement, cela nous a donné le Brexit et l’élection de Trump.

Nous entrons maintenant dans une ère aléatoire de recomposition, un nouvel ordre mondial que les tenants de l’ordre ancien voient avec horreur et qu’ils tentent désespérément, et avec de moins en moins de succès, de ralentir. Voici venue l’ère des électrons libres, de la restructuration internationale et des nouveaux paradigmes.

Le rapprochement italo-chinois est éclairant à cet égard et un excellent article de Tom Luongo l’analyse en détail. Résumons la complexité de la situation en quelques points :

  1. Le ralliement de Rome aux Nouvelles routes de la Soie est poussé par le Mouvement 5 étoiles et son leader, Di Maio.
  2. Cette annonce a été accueillie avec des cris d’orfraie par Trump, Merkel mais aussi par la Ligue de Salvini, autre composante essentielle du gouvernement italien, pourtant alliée à Di Maio.
  3. La position de Salvini recoupe grosso modo celle de l’anti-système « de droite » partout en Europe (Le Pen, Wildeers, UKIP etc.) : oui à la multipolarité russo-chinoise sur le plan géopolitique contre l’hégémonie américaine, mais non à l’invasion chinoise sur le plan économique.
  4. Merkel, qui ne veut pas voir l’Italie jouer un rôle important en Europe, s’oppose à l’accord Rome-Pékin. Ce faisant, elle se retrouve curieusement dans le même camp que Salvini, qu’elle déteste par ailleurs (migrants, fédéralisme européen etc.)
  5. Ironie du sort, elle se retrouve également dans le même bateau que le Donald, à qui elle s’oppose sur à peu près tous les autres sujets (gaz russe, paiement pour le stationnement des troupes US, protectionnisme vs libre-échange etc.)
  6. Dans ce maelstrom, l’euronouillerie est complètement perdue, ne sachant que faire avec la Chine. Elle est encore plus désemparée face aux Etats-Unis de Trump, comme le montre la délirante séance du Parlement européen d’il y a trois jours, au cours de laquelle les députés ont d’abord voté une série d’amendements contre la reprise des négociations commerciales avant… de voter dans la foulée pour annuler leur propre résolution !

Dans le nouveau monde aux recompositions complexes créées par le reflux impérial, Bruxelles est déboussolée. Vassal eurocratique cherche suzerain désespérément…

 

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Nouvelles routes de la soie : le vrai plan de Xi Jinping

Nouvelles routes de la soie : le vrai plan de Xi Jinping

MICHEL DE GRANDI  – MICHEL DE GRANDI 

ANALYSE. Le gigantisme du plan des nouvelles routes de la soie ne doit pas faire oublier les risques qu’il fait peser. Derrière un vaste projet économique qui doit conduire la Chine à investir hors de ses frontières se cache une autre ambition : celle de façonner une mondialisation à la chinoise.

Le plan est titanesque, avec un budget oscillant autour de 1.000 milliards de dollars, des projets qui courent sur quasiment tous les continents, partagés entre des lignes de transport terrestres ou maritimes. Du côté financier, plusieurs fonds sont à la manoeuvre, une banque de développement qui réunit plus d’une soixantaine de pays : les nouvelles routes de la soie véhiculent des chiffres à donner le vertige. Le plan, lancé en 2013 par Pékin, a eu du mal à arriver jusqu’en France. Mais depuis l’arrivée d’un train reliant Wuhan (centre de la Chine) à Lyon, puis le voyage du chef de l’Etat en Chine où le sujet a été officiellement évoqué, l’intérêt s’est notoirement accru. Les réunions d’information se succèdent et les intervenants rivalisent d’arguments pour inciter les entreprises à participer à « ce formidable plan Marshall », comme on peut l’entendre. Il y a pourtant dans cette démarche plusieurs dangers, notamment celui d’un aveuglement occidental favorisé par une approche trop simpliste, où seuls le court terme et ses opportunités d’affaires sont pris en compte.

Concept évolutif

Les nouvelles routes de la soie ont été conçues comme un concept évolutif. Trois ans après leur lancement, le plan chinois n’a cessé d’étendre sa couverture géographique : de 60 pays concernés au début, le nombre est passé à une centaine. Le continent africain, par exemple, est aujourd’hui clairement intégré au plan, tout comme l’Arctique, qui aura sa propre « route de la soie  » ou encore l’Amérique du Sud, continent où la Chine renforce sa présence. La liste des secteurs a, elle aussi, grossi. Des seules infrastructures de transports, le périmètre s’est élargi à la coopération culturelle ou touristique. Le nom du plan a changé, délaissant les « nouvelles routes de la soie » pour « Une ceinture, une route » (« One belt one road »)  » pour devenir aujourd’hui une initiative. La Chine a mis en place, en interne comme à l’étranger, des séances de brainstorming pour donner du contenu à ce cadre général.

Ambitions multiples

On le voit bien : ces nouvelles routes de la soie concentrent sur leur nom et sous couvert de projets économiques plusieurs ambitions. C’est avant tout un projet de communication extrêmement bien ciselé. Pour vanter les ambitions de ce plan, les autorités de Pékin déroulent des éléments de langage adaptés à chaque catégorie socioprofessionnelle. Les arguments avancés auprès des chercheurs ne sont pas les mêmes que ceux déroulés aux journalistes, lesquels ne ressemblent pas aux points mis en avant pour les milieux d’affaires. La réunion de toutes ces communications finit par former un message global qui transforme ces nouvelles routes de la soie de simple concept de départ à une pure évidence.

Il y a en effet derrière ce plan une dimension de diplomatie économique qui doit permettre à Pékin et à ses entreprises de trouver des relais de croissance hors de Chine. Mais ce n’est pas tout, c’est aussi un projet qui exporte le soft power chinois et sa volonté de refondre la gouvernance de la planète.Xi Jinping et la Chine veulent piloter la réorganisation des institutions mondiales. L’étiquette des routes de la soie est idéale pour réunir autour de ce plan, à travers le monde, des représentants de haut niveau des Etats et des hommes d’affaires.

Projection de puissance

On peut appeler cela la diplomatie des forums, un domaine où la Chine est très active. Non seulement elle participe à la modernisation des infrastructures dans le monde, mais elle diffuse un autre message, plus idéologique. Le président chinois veut « vendre » son mode de développement comme une alternative à celui des démocraties occidentales en proie à de nombreux maux. Lui vante un Etat fort, centralisé, capable de prendre des décisions rapidement et de les imposer dans un délai court. Enfin, il ne faut pas oublier l’aspect géostratégique de ce projet.

Pour la Chine, ce plan reste une projection de puissance à 2050, année du 100e anniversaire de la création de la république populaire (1er octobre 1949). La Chine doit avoir, alors, retrouvé le lustre qu’elle avait perdu au XIXe siècle. Aux projets terrestres s’ajoutent les maritimes. Voilà pourquoi les progtammes dûment estampillés touchent aussi bien des câbles sous-marins que des investissements dans les ports. Avec la dimension stratégique que cela sous-tend. La phase ultime du plan est de faire circuler des données informatiques d’une zone à une autre via un réseau de fibres optiques. En parallèle, une dizaine de ports sont dénombrés rien que pour la Méditerranée.

<center><blockquote class=’twitter-tweet’ data-partner=’tweetdeck’><p lang=’en’ dir=’ltr’>Xi Jinping’s Belt and Road Initiative is helping China gain clout across the globe, including in the Middle East | <a href=’https://twitter.com/isaac_kfir?ref_src=twsrc%5Etfw’>@isaac_kfir</a&gt; <a href=’https://twitter.com/ASPI_org?ref_src=twsrc%5Etfw’>@ASPI_org</a><a href=’https://t.co/iRDk16wh0N’>https://t.co/iRDk16wh0N</a><a href=’https://twitter.com/hashtag/Israel?src=hash&amp;ref_src=twsrc%5Etfw’>#Israel</a&gt; <a href=’https://twitter.com/hashtag/OBOR?src=hash&amp;ref_src=twsrc%5Etfw’>#OBOR</a&gt; <a href=’https://t.co/2L82uG8BNR’>pic.twitter.com/2L82uG8BNR</a></p>&mdash; Policy Forum (@APPSPolicyForum) <a href=’https://twitter.com/APPSPolicyForum/status/951703036518379520?ref_src=twsrc%5Etfw’>January 12, 2018</a></blockquote> https://platform.twitter.com/widgets.js </center>Alors, certes, ce vaste plan offre des opportunités à court terme. Mais il ne faut pas le voir par le petit bout de la lorgnette. La Chine est autant dans une stratégie de conquête que de propagation de la paix dans le monde, comme elle le clame. Et elle sait protéger ses intérêts. Les liaisons ferroviaires entre la Chine et l’Europe sont à ce titre riches d’enseignements. Les trains arrivent chargés de toutes sortes de marchandises en Europe, nettement moins dans l’autre sens. Cela pose par ricochet diverses questions, dont celle de l’accès au marché, fortement inégal.

Participation étrangère

Enfin, rien n’indique à ce stade que les étrangers pourront aisément de participer aux projets développés par la Chine. Le corridor économique que Pékin construit au Pakistan pour quelque 50 milliards de dollars ressemble fort à une aide au développement liée. Aucune firme pakistanaise ne peut planter un coup de pioche dans ce qui est devenu une zone réservée aux entreprises chinoises. Cela ne signifie pas que ce plan chinois soit définitivement fermé aux étrangers. Mais il faut se garder de ne considérer que l’effet grossissant du court terme et surtout éviter d’imaginer qu’un tapis rouge est déroulé devant ces routes.

Michel De Grandi

La Chine et l’Arabie saoudite s’engagent à élargir leur coopération

La Chine et l’Arabie saoudite s’engagent à élargir leur coopération

© Chine Nouvelle (Xinhua), Le 22/02/2019 18:53

Le vice-Premier ministre chinois Han Zheng, a rencontré vendredi Mohammed ben Salmane Al Saoud, prince héritier, vice-Premier ministre et ministre de la Défense de l’Arabie saoudite, et a co-présidé avec lui une réunion du Comité conjoint de haut niveau sino-saoudien.

Saluant le développement rapide des relations bilatérales ces dernières années, M. Han, également membre du Comité permanent du Bureau politique du Comité central du Parti communiste chinois, a indiqué que la Chine et l’Arabie saoudite avaient maintenu une communication et une coordination étroites depuis la deuxième réunion du comité.

Le Comité conjoint de haut niveau sino-saoudien a été créé en 2016, et il s’agit de sa troisième réunion cette année.

Selon M. Han, le comité conjoint est une plate-forme globale, de haut niveau et institutionalisée entre les deux gouvernements, qui a joué un rôle de coordination important. La construction institutionnelle s’est améliorée et de nombreux progrès ont été réalisés grâce à la coopération approfondie dans divers domaines depuis la dernière réunion, a noté M. Han.

Le vice-Premier ministre chinois a également fait plusieurs suggestions sur les domaines de coopération majeurs et les projets prioritaires entre les deux pays.

Il a suggéré que la Chine et à l’Arabie saoudite renforcent leur confiance mutuelle politique, se soutiennent mutuellement dans leurs intérêts fondamentaux et renforcent la communication et la coordination dans les affaires multilatérales.

La Chine et l’Arabie saoudite doivent renforcer la synergie entre l’Initiative « la Ceinture et la Route » et « la Vision saoudienne 2030 », intensifier leur coopération pragmatique dans les domaines de l’énergie, de la construction d’infrastructures, des finances et des hautes technologies, a déclaré M. Han.

Le prince héritier de l’Arabie saoudite a confirmé que son pays attachait une grande importance au partenariat stratégique global avec la Chine, qu’elle adhérait sans réserve au principe d’une seule Chine, et soutenait fermement les efforts de la Chine pour sauvegarder sa souveraineté, sa sécurité et sa stabilité, et s’opposait à ce que des forces extérieures s’ingèrent dans les affaires intérieures chinoises.

L’Arabie saoudite est prête à travailler avec la Chine pour renforcer la synergie des stratégies de développement, approfondir la coopération dans le dévelopement conjoint de « la Ceinture et la Route », et apporter des avantages aux deux pays et aux deux peuples, a-t-il ajouté.

Après leur rencontre, MM. Han et Mohammed ont assisté à la signature d’une série d’accords de coopération couvrant la politique, les transports, la capacité, l’énergie et les finances.

https://chine.in/actualite/cn/arabie-saoudite-engagent-elargir-leur_116827.html

Londres tente de saboter la nouvelle route de la soie au Pakistan

Londres tente de saboter la nouvelle route de la soie au Pakistan

Les vieilles méthodes font toujours recette mais pas souvent :  l’attaque du consulat de la République populaire de Chine à Karachi, la plus grande ville du Pakistan (Sind, Sud) par trois éléments de l’Armée de Libération du Balouchistan porte de très vieilles marques, reconnaissables à des milliers de kilomètres à la ronde. Le vieil impérialisme britannique est mort. Restent les miettes.

Nous sommes dans le domaine du Grand Jeu de Kipling, revisité à la sauce chinoise.

La nouvelle route de la Soie chinoise est en marche. Au Pakistan, cela se traduit par d’énormes investissements chinois dans les infrastructures rendant ce pays moins dépendant de l’assistance militaire américaine et l’aide financière  saoudienne. Mais le Pakistan est un pays faisant face à d’immenses défis géostratégiques et l’instabilité n’attirant pas les affaires, il fallait résoudre un certain nombre de problèmes anciens :  restauration de l’autorité dans les zones tribales du Nord, au Waziristan, réduction de la tentation indépendantiste balouche, alimentée par les services britanniques et indiens, surveillance de la situation en Afghanistan et par dessus tout, établir une dissuasion viable face au gigantesque rival indien.

Le Balouchistan est une province frontalière avec l’Iran et où les services secrets des pays occidentaux sont positionnés depuis des décennies à des fins de déstabilisation de l’Iran mais également pour le potentiel minier et fossile de cette zone. Cette présence s’est traduite par la multiplication de groupes armés indépendantistes incapables de faire face à l’Armée pakistanaise mais capables d’instaurer une instabilité chronique et l’insécurité. Or, la ceinture économique chinoise doit impérativement passer par le Balouchistan pour joindre l’Iran en attendant le retrait des forces occidentales d’Afghanistan. Une fois l’Iran atteint, les routes de Baghdad et d’Alep sont ouverts.
C’est à ce niveau qu’interviennent les services britanniques :  maintenir l’insécurité et le cas échéant, passer à l’action comme ce fut le cas ce vendredi matin avec l’attaque armée foireuse ayant visé le consulat de Chine à Karachi.

C’est un peu comme en Afrique, quand les chinois s’approchent un peu trop des gisements d’Areva au Niger et qu’un groupe armé local (sinon un créé ad-hoc) est chargé de kidnapper un ou deux techniciens de l’Empire du Milieu.

C’est une lutte désespérée. Un nouveau monde se met en place et les vieilles recettes n’ont plus cours.

Londres tente de saboter la nouvelle route de la soie au Pakistan

Un séminaire de l’UE contre le corridor économique sino-pakistanais

La Fondation européenne d’études sur l’Asie du Sud (EFSAS) a organisé un séminaire d’une journée sur le corridor économique Chine-Pakistan (CPEC). Organisé par Jonathan Bullock, membre du Parlement européen (MEP) du parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), il a rassemblé des européens qui dénoncent la montée de la Chine sur la scène mondiale ainsi que des agitateurs financés par les Etats-Unis et l’Europe pour saboter les relations sino-pakistanaises.

Le CPEC est un projet clé dans le cadre des relations sino-pakistanaises et fait partie intégrante de l’initiative One Belt, One Road (OBOR) de Beijing. Il comprend des projets énergétiques et de transport qui développent et relient la province pakistanaise du Baloutchistan, le long de la mer d’Oman, au territoire chinois le long de la frontière du Pakistan et de la Chine.

Une fois achevés, les projets augmenteront les perspectives du Pakistan et l’influence de la Chine non seulement au Pakistan, mais dans l’ensemble de la région. Avec d’autres projets OBOR, le CPEC constituera un pas de plus vers la montée de l’Eurasie et sa sortie de siècles de domination européenne.

Pour l’eurodéputé Jonathan Bullock de UKIP, il est quelque peu déroutant de voir un politicien soi-disant soucieux de l’indépendance britannique si désireux de s’immiscer dans la souveraineté du Pakistan et de la Chine, à des milliers de kilomètres des côtes britanniques ou de toutes côte européenne.

On pouvait trouver sur le site Web de l’EFSAS  un résumé de cet événement axé sur le CPEC :

Un panel de haut niveau composé de membres du Parlement européen, de chercheurs et d’académiciens a parlé de la construction du corridor économique Chine-Pakistan (CPEC) et des questions juridiques, géostratégiques, économiques et environnementales qui y sont liées et qui ont un impact direct sur la stabilité en Asie du Sud.

Les participants ont affirmé que la Chine exercerait une influence injustifiée sur le Pakistan au cours de la construction du projet. Des représentants de groupes séparatistes, dont beaucoup sont financés par les États-Unis et l’Europe pour servir de vecteurs à l’influence occidentale au Pakistan et d’agents de déstabilisation non seulement au Pakistan, mais aussi entre le Pakistan et ses voisins immédiats (Afghanistan, Inde, Iran et Chine), ont également soulevé des préoccupations liées au Cachemire et au Baloutchistan du Pakistan.

Selon la déclaration de l’EFSAS :

M.Fernando Burgés, directeur de programme à l’Organisation des Nations et des Peuples non représentés (UNPO), a présenté son point de vue sur les répercussions négatives de la construction du CPEC, qui traverse le territoire contesté du Gilgit Baltistan, qui faisait partie de l’ancien État princier de Jammu-et-Cachemire sur lequel le Pakistan n’a aucun droit.

L’UNPO sert de représentation collective à une myriade de groupes séparatistes soutenus par des intérêts spéciaux occidentaux utilisés pour semer et entretenir l’agitation dans le monde.

Parmi eux il y avait ou il y a encore aujourd’hui des séparatistes tchétchènes qui cherchent à arracher des territoires au sud de la Russie, des séparatistes tibétains soutenus depuis des décennies par la CIA (Central Intelligence Agency) américaine et divers groupes du Cachemire et du Baloutchistan. Ces derniers sont soutenus par le Département d’Etat américain dans sa quête d’indépendance et la fin effective de l’accès de la Chine à la mer d’Arabie via le port de Gwadar récemment construit.

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Il convient de noter que la partie de la région du Cachemire revendiquée par le Pakistan constitue son seul accès direct à la frontière chinoise dans le nord. Il est donc particulièrement commode qu’ici, l’UNPO ait trouvé un autre groupe à soutenir qui cherche l’indépendance et qui fermerait de fait le Pakistan à la Chine dans le nord.

Alors que les différents eurodéputés de l’Union Européenne qui se plaignent de la CPEC ne feront presque rien pour ralentir sa construction et encore moins pour l’arrêter, même avec l’aide de groupes séparatistes financés et soutenus par les États-Unis et l’Europe qui tentent de compliquer la sécurité sur le terrain, il est important de comprendre le suprématisme impérial qui continue à gangrener de façon profonde plusieurs milieux politiques de l’élite occidentale.

Il est également important de comprendre comment elle se manifeste politiquement à travers des causes « droits de l’homme » diverses mais tout à fait hypocrites et cyniquement violées. De même, il est important de voir comment elle se manifeste sur le terrain où ces intérêts cherchent à perturber leurs concurrents géopolitiques au lieu de trouver des bases communes de coopération et d’intérêt mutuel.

Des cercles d’intérêts alternatifs, tant aux États-Unis qu’en Europe et ailleurs dans le monde, rechercheront des bases communes de coopération et d’avantages mutuels avec la Chine et ses nombreux partenaires eurasiens. Ils se retrouveront finalement aux premières places à la table du multipolarisme émergent, tandis que les instigateurs de chaos et les suprématistes impériaux resteront sur la touche.

Joseph Thomas

 

Article original en anglais :

The China-Pakistan Economic Corridor (CPEC). Why is the European Union Opposed to It?

New Eastern Outlook 24 novembre 2018

https://www.mondialisation.ca/un-seminaire-de-lue-contre-le-corridor-economique-sino-pakistanais/5629079

Bolsonaro : pièce maîtresse dans le jeu de Trump pour construire la «Citadelle Amérique»

Bolsonaro : pièce maîtresse dans le jeu de Trump pour construire la «Citadelle Amérique»


Par Andrew Korybko – Le 29 octobre 2018 – Source eurasiafuture.com

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L’élection de Jair Bolsonaro en tant que prochain président du Brésil constitue une étape importante dans les projets de Trump d’édifier une « Citadelle Amérique » pour bétonner l’influence hégémonique américaine sur l’hémisphère occidental, en repoussant pas à pas la présence chinoise en Amérique latine.

Crédit photo : lejdd.fr

L’élection de Jair Bolsonaro en tant que prochain président du Brésil restera dans l’histoire comme un moment clé dans les affaires de cette région : il s’agit du succès le plus retentissant du dessein américain Opération Condor 2.0, qui vise à remplacer les gouvernements socialistes de la « Marée rose » par des néolibéraux de droite. La guerre hybride menée contre le Brésil avait volontairement préparé l’environnement socio-économique du pays le plus grand d’Amérique du Sud, et c’est ce qui a permis à ce candidat improbable de sortir de nulle part et de s’emparer de cette grande puissance avec le soutien tacite des USA ; cet événement ne restera pas sans importantes implications géostratégiques. Avec la nouvelle guerre froide qui commence, les USA mettent à profit tous les moyens à leur portée pour contrer l’initiative chinoise une Ceinture une Route (BRI [Belt & Road Initiative, NdT]), et il apparaît comme relativement certain que Bolsonaro tiendra sa promesse de campagne de contrer l’influence chinoise croissante dans son pays, ce qui coïncide parfaitement avec les actions de Donald Trump, son modèle des USA.

La Maison Blanche sème des indices

Sarah Sanders, porte-parole de la Maison Blanche, a confirmé que les deux hommes se sont parlé peu après l’annonce de la victoire de Bolsonaro sur son opposant, soulignant que « chacun d’eux avait exprimé un fort engagement à travailler ensemble pour améliorer la vie des peuples des États-Unis et du Brésil, et en tant que dirigeants régionaux, de l’ensemble des Amériques », ce qui évoque quelques possibilités notables de coopération entre ces deux pays, sur lesquels nous allons revenir. Reuters a également signalé que Bolsonaro promettait de « réaligner le Brésil sur d’autres économies plus avancées plutôt qu’avec des alliés régionaux », et ce dès les premiers commentaires qu’il a prononcés une fois son élection validée, ce qui suppose qu’il pourrait négliger l’adhésion de son pays aux BRICS en faveur de relations avec les USA et l’UE. Pour en revenir à la déclaration de Sanders, il est important de garder en mémoire qu’elle a qualifié le Brésil de pays leader régional des Amériques, ce qui se conjugue avec la vision de Trump d’une gestion hégémonique de l’hémisphère occidental, par une poursuite de la politique « Diriger depuis l’arrière » datant de l’ère Obama, au travers de partenariats avec des pays mandataires locaux.

Construire la « Citadelle Amérique »

Développons ce sujet : le prédécesseur de Trump avait mené à bien sans bruit des changements de régimes dans plusieurs pays d’Amérique Latine, et avait semé les graines de ce qui allait suivre au Brésil, qui a toujours constitué le « gros lot » pour les États-Unis au vu de sa taille et de son influence. Le président américain en exercice projette des partenariats avec plusieurs pays de la région, comptant le Mexique, la Colombie, et le Brésil, pour avancer sur la voie d’une intégration de l’hémisphère sous la bannière de Washington, restaurant l’influence des USA sur l’ensemble de l’Amérique latine, tout en jetant à la mer leur principal concurrent chinois. Pour parvenir à ces fins, le Brésil de Bolsonaro sera encouragé à adopter les politiques géo-économiques que nous exposons ci-après, dans le but de permettre la création de cette « Citadelle-Amérique » dominée par les USA, que Trump veut édifier en réponse aux progrès des routes de la soie chinoises sur le continent ces dernières années :

1. Fusion du Mercosur dans la néolibérale Alliance Pacifique :

Chacun des pays membres des deux alliances commerciales sont à présent dirigés par des politiques de droite, aussi apparaît-il comme « naturel » de les fusionner ensemble pour porter l’intégration régionale vers une nouvelle étape. Il est probable que même AMLO, homme de gauche et président élu du Mexique, s’inscrira dans cette tendance afin d’étendre les influences de son pays vers l’Amérique centrale et l’Amérique du sud.

2. Conclusion d’accords de libre échange avec l’UE et l’USMC (NAFTA 2.0) :

Prochaine étape d’une union du Mercosur et de l’Alliance Pacifique : remettre sur les rails les discussions jusqu’ici enrayées entre Mercosur et UE, et mener à bien celles qui sont projetées avec l’USMC. Le succès de ces opérations posera les bases structurelles d’une intégration plus avancée de l’hémisphère, et fera entrer l’Amérique latine dans la soi-disant « Communauté transatlantique ».

3. Dégeler la FTAA et la relier au TTIP :

Dernière phase de la construction de la « Citadelle Amérique » : que les USA prennent la direction de la proposition portée par la zone de libre-échange des Amériques (FTAA [Free Trade Area of the Americas, NdT]) de dégeler une zone de libre échange à l’échelle de l’hémisphère, axée sur le pivot géo-économique sud-américain dirigé par le Brésil, visant à ensuite relier cette structure de commerce transcontinental au TTIP (Trans-Atlantic Trade and Investment Partnership) conclu avec l’UE.

L’objectif des projets sus-mentionnés pour les USA est de verrouiller l’Amérique latine dans des structures de commerce néo-libérales pour bloquer tout retour au socialisme, même si cela pourrait générer des retours de flamme en inspirant une nouvelle « Marée rose » à l’avenir. Tant que persiste un composant transatlantique important en lien avec l’UE, la « Citadelle Amérique » pourrait se construire sans l’Europe, si celle-ci reste arc-boutée sur les différends commerciaux avec les USA. Si Bolsonaro réussit à rassembler sous son aile le reste de l’Amérique du Sud pour suivre la direction choisie par Trump (peut-être par la fusion entre Mercosur et Alliance Pacifique), la baisse de l’influence de la Chine sur le continent constituera un fait accompli, la République populaire voyant dès lors ses nombreux investissements mis en concurrence avec une combinaison des gouvernements locaux et avec son concurrent américain renforcé.

Casser les BRICS

Il va devenir extrêmement compliqué au niveau des BRICS de continuer à fonctionner au delà des apparences si le Brésil coupe les amarres avec la Chine – qui dirige ce groupe de facto – et se met à œuvrer tous azimuts contre Pékin, y compris en jetant aux orties le chemin de fer trans-océanique (que l’on pourrait familièrement qualifier de « route de la soie d’Amérique du sud ») ou en remplaçant la plupart des investissements chinois par des financements occidentaux, ce qui viendrait neutraliser leur portée stratégique multipolaire. Considérons les événements récents en Afrique du Sud – autre membre des BRICS : le pays subit une réorientation néolibérale après le « coup d’État profond » qui a mis le président Ramaphosa au pouvoir, possiblement à l’issue d’un processus de changement de régime fomenté par les USA. Si l’on rapproche ce changement de l’élection de Bolsonaro, il apparaît clairement que les BRICS se réduisent à présent au cadre original RIC, qui ne connaît son format multilatéral que par le rôle de « balancier » de la Russie, qui vient arbitrer les grandes puissances asiatiques, et sans laquelle il ne se serait réduit qu’à des partenariats bilatéraux superposés.

Conclusions

L’élection de Bolsonaro constitue le résultat des manipulations socio-politiques élaborées par Washington au cours des dernières années, et s’inscrit comme moment crucial dans l’histoire de l’Amérique latine : il est très probable que cet événement soit la clé permettant la poursuite du projet des USA de construire la « Citadelle Amérique ». Au vu des convergences de vues très fortes que partage le nouveau président brésilien avec Trump, surtout quant à la nécessité de « contenir » la Chine et de supprimer toute velléité socialiste sur le plan intérieur, il est quasi certain que l’ancien dirigeant militaire cadencera son pas sur celui de son idole pour mener à bien leurs projets conjoints sur l’hémisphère occidental. On peut prédire que le Brésil prendra la tête d’initiatives d’intégration régionales qui auraient été impensables avec un gouvernement de gauche, comme la fusion entre Mercosur et Alliance Pacifique. À venir sans doute également, le pays essayera de conclure des accords multilatéraux de libre échange entre la structure continentale qui sortira de cette fusion et l’USMC (NAFTA 2.0). Les perspectives sont sombres pour les routes de la soie chinoises, et c’est bien là l’une des raisons pour lesquelles « Citadelle Amérique » a été conçue.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Diane pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/bolsonaro-piece-maitresse-dans-le-jeu-de-trump-pour-construire-la-citadelle-amerique

La route de la soie et Israël

La route de la soie et Israël

Bejing développe sans cesse son projet de « route de la soie ». Son vice-président, Wang Qishan, entreprend une tournée au Proche-Orient qui l’a notamment conduit quatre jours en Israël. Selon les accords déjà signés, la Chine contrôlera dans deux ans l’essentiel de l’agro-alimentaire israélien, de sa haute technologie et de ses échanges internationaux. Un accord de libre-échange devrait suivre. Toute la géopolitique régionale s’en trouvera chamboulée.

| Damas (Syrie)

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La visite du vice-président chinois, Wang Qishan, en Israël, en Palestine, en Égypte et aux Émirats arabes unis vise à développer la « Nouvelle route de la soie ».

À l’automne 2013, la Chine a rendu public son projet de création de voies de communication maritimes et surtout terrestres à travers le monde. Elle a débloqué des sommes colossales et commencé à très vive allure à le réaliser. Les principaux axes passent soit par l’Asie, soit par la Russie, vers l’Europe occidentale. Mais elle planifie aussi des voies à travers l’Afrique et l’Amérique latine.

Les obstacles à la Nouvelle route de la soie

Ce projet rencontre deux obstacles, l’un économique, l’autre stratégique.

D’un point de vue chinois, ce projet vise à exporter ses produits selon le modèle de l’antique « route de la soie » qui, du IIe au XVe siècle, relia la Chine à l’Europe via la vallée de Ferghana, l’Iran et la Syrie. Il s’agissait à l’époque de transporter des produits de ville en ville, de sorte qu’à chaque étape ils étaient échangés contre d’autres selon les besoins des marchands locaux. Au contraire, aujourd’hui, la Chine ambitionne de vendre directement en Europe et dans le monde. Or, ses produits ne sont plus exotiques (soies, épices etc.) mais sont identiques à ceux des Européens et souvent de qualité supérieure. La voie commerciale se transforme en autoroute. Si Marco Polo était ébloui par les soieries d’Extrême-Orient sans équivalent en Italie, Angela Merkel est terrifiée à l’idée de voir son industrie automobile terrassée par ses concurrents chinois. Les pays développés vont donc devoir à la fois commercer avec Beijing et préserver leurs industries du choc économique.

En exportant massivement sa production, la Chine va prendre la place commerciale que le Royaume-Uni d’abord seul, puis avec les États-Unis, occupent depuis la révolution industrielle. C’est précisément pour conserver cette suprématie que Churchill et Roosevelt ont signé la Charte de l’Atlantique et que les États-Unis sont entrés dans la Seconde Guerre mondiale. Il est donc probable que les Anglo-Saxons n’hésiteront pas à employer la force militaire pour faire obstacle au projet chinois [1] comme ils le firent en 1941 face aux projets allemands et japonais.

D’ores et déjà, le Pentagone a publié le plan Wright en 2013 qui prévoyait de créer un nouvel État à cheval sur l’Iraq et la Syrie pour couper la route de la soie entre Bagdad et Damas. Cette mission a été réalisée par Daesh, de sorte que la Chine a modifié le tracé de sa route. Bejing a finalement décidé de la faire passer par l’Égypte et a investi dans le doublement du Canal de Suez et la création d’une vaste zone industrielle à 120 kilomètres du Caire [2]. Identiquement, le Pentagone a organisé une « révolution colorée » en Ukraine pour couper la route européenne, ou encore des troubles au Nicaragua pour faire obstacle à la construction d’un nouveau canal reliant des océans Pacifique et Atlantique.

Malgré l’importance sans précédent des investissements chinois dans la Nouvelle route de la soie, il faut se souvenir qu’au XVe siècle, la Chine lança une formidable flotte pour sécuriser ses débouchés. L’amiral Zheng He, « l’eunuque aux trois joyaux », combattit les pirates du Sri Lanka, construisit des pagodes en Éthiopie et fit le pèlerinage à La Mecque. Cependant, à son retour, pour des raisons de politique intérieure, l’Empereur abandonna la route de la soie et brûla la flotte. La Chine se referma alors sur elle-même. Il ne faut donc pas considérer que, d’un point de vue chinois, le projet actuel est gagné d’avance.

Dans un passé récent, la Chine s’est investie au Moyen-Orient avec l’unique idée de s’approvisionner en pétrole. Elle a construit des raffineries en Iraq qui ont été malencontreusement détruites par Daesh ou par les Forces occidentales qui faisaient semblant de combattre les islamistes. Beijing est également devenu le principal acheteur de l’or noir saoudien. Elle a ainsi construit dans le royaume le gigantesque complexe pétrolier de Yasref-Yanbu pour 10 milliards de dollars.

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Signature de la concession du port d’Haïfa au Shanghai International Port Group

Israël et la Nouvelle route de la soie

Les liens entre Israël et la Chine datent du mandat du Premier ministre israélien, Ehud Olmert, dont les parents fuirent les nazis pour s’installer à Shanghai. Le prédécesseur de Benjamin Netanyahu avait tenté d’établir de fortes relations avec Beijing. Ses efforts furent effacés par son soutien à un des groupes de pirates en Somalie, chargé par Washington de perturber le trafic maritime russe et chinois à la sortie de la mer Rouge [3]. Le scandale fut évité de justesse. La Chine fut autorisée à établir une base navale à Djibouti et Ehud Olmert fut écarté de la vie politique.

Depuis 2016, la Chine négocie avec Israël un traité de libre-échange. Dans ce contexte, le Shanghai International Port Group a acheté la concession d’exploitation des ports d’Haïfa et d’Ashdod, de sorte qu’en 2021, la Chine contrôlera 90 % des échanges commerciaux israéliens. Bright Food a déjà acquis 56 % de la coopérative des kibboutzim Tnuva et pourrait augmenter sa participation, de sorte que la Chine contrôlera l’essentiel du marché agricole israélien. Le fondateur du magasin en ligne Alibaba, Jack Ma, venu à Tel-Aviv au sein de la délégation officielle chinoise, n’a pas caché son intention de racheter de nombreuses start up israéliennes afin de récupérer leur haute technologie.

L’armement est le seul secteur important de l’économie israélienne préservé de l’appétit chinois. En septembre, le professeur Shaul Horev a organisé une conférence à l’université d’Haïfa avec l’aide du Hudson Institute états-unien pour alerter les officiers généraux du Pentagone des conséquences des investissements chinois. Les intervenants ont notamment souligné que ces contrats exposaient le pays à un espionnage intensif, rendaient difficile l’exploitation de son port pour ses sous-marins lanceurs d’engins nucléaires, et ses liens avec la Sixième flotte états-unienne.

L’ancien directeur du Mossad, Ephraïm Halevy, dont on connaît la proximité avec les États-Unis, a souligné que le Conseil de sécurité nationale n’avait jamais délibéré de ces investissements. Ils ont été décidés uniquement selon une logique d’opportunité commerciale. La question se pose donc de savoir si Washington a autorisé ou non ce rapprochement entre Tel-Aviv et Beijing.

Il ne faut pas se tromper sur les raisons qui permirent à la Chine d’implanter une base militaire à Djibouti et il paraît peu probable que Bejing ait conclu un accord secret avec Washington pour ce nouveau tracé de la route de soie. Certes, les États-Unis ne seraient pas inquiets d’un effondrement économique de l’Union européenne. Cependant, sur le long terme, la Chine et la Russie sont contraintes de s’entendre pour se préserver des Occidentaux. L’Histoire a montré que ces derniers ont tout fait et continuent à tout faire pour démanteler ces grandes puissances. Par conséquent, si une alliance sino-US serait à court et moyen terme en faveur de Beijing, elle conduirait par la suite à l’élimination successive de la Russie et de la Chine elle-même.

Les accords sino-israéliens laissent plutôt à penser que, selon la formule de Lénine, « Les capitalistes ont vendu la corde pour les pendre ».

[1] “The Geopolitics of American Global Decline”, by Alfred McCoy, Tom Dispatch (USA) , Voltaire Network, 22 June 2015.

[2] « La Chine se déploie au Proche-Orient », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 25 janvier 2016.

[3] « Pirates, corsaires et flibustiers du XXIe siècle », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 25 juin 2010.

http://www.voltairenet.org/article203662.html

La « route de la soie » passera par la Jordanie, l’Égypte et Israël

La « route de la soie » passera par la Jordanie, l’Égypte et Israël

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Après l’attaque de Daesh contre Palmyre, la Chine a renoncé au tracé traditionnel de la route de la soie historique (Bagdad, Palmyre, Damas, Tyr). Un tracé alternatif avait été envisagé, non plus à travers la Syrie, mais la Turquie. Il a également été abandonné.

Au cours de l’Antiquité, il existait aussi une route secondaire par Petra (Jordanie) et Alexandrie (Égypte). En définitive, la nouvelle route devrait passer par la Jordanie, puis se scinder vers l’Égypte et Israël.

Le tracé par l’Égypte a été validé par l’administration Obama. Washington a autorisé le doublement du Canal de Suez (déjà opérationnel) et la création d’une vaste zone industrielle (en cours).

L’administration Trump aurait autorisé le tracé par Israël. Le Shanghai International Port Group vient d’acheter la concession d’exploitation des ports d’Haïfa et d’Ashdod. La Chine construira également le tunnel du Mont Carmel pour doubler l’approvisionnement du port d’Haïfa.

En 2021, 90 % du commerce international d’Israël sera alors contrôlé par la Chine, ce qui signifie que celle-ci deviendra avec les États-Unis le co-protecteur du pays ; une perspective qui suscite une indignation dans les cercles militaires israélo-US.

Cette décision bouleverse complètement la géopolitique régionale. Jusqu’ici, Beijing était un partenaire commercial d’Israël (sauf en matière d’armement) et politique du Hamas (qui dispose d’une représentation à Beijing). Identiquement, la Chine fournissait des missiles au Hezbollah libanais. Désormais, le Hamas et le Hezbollah ne pourront plus attaquer des objectifs routiers, ferroviaires et portuaires israéliens sans entrer en conflit avec la Chine. On se souvient par exemple que le secrétaire général du Hezbollah, sayyed Hassan Nasrallah, avait expliqué qu’en cas d’attaque israélienne du Liban, il pourrait bombarder les matières nucléaires stockées à Haïfa, se félicitant ainsi de disposer de sa propre « bombe atomique ».

Cette décision bouleverse également la géopolitique mondiale. L’accord sino-israélien suppose l’autorisation de Washington. La stratégie commerciale chinoise bouscule les contraintes politiques qu’elle ignore. Elle modifie profondément le sens du Partenariat de l’Eurasie élargie, conclu entre la Chine et la Russie, qui sert aujourd’hui de fondement à l’alliance entre les deux pays.

En définitive, l’annonce de ce nouveau trajet révèle un accord secret entre Beijing et Washington, malgré l’escalade mutuelle des droits de douanes entre les deux Grands.

Si ce projet arrive à son terme, chaque État du Moyen-Orient va devoir se repositionner. Puis, ce sont tous les États du monde qui vont devoir s’adapter à cette nouvelle donne.

http://www.voltairenet.org/article203516.html

Le bruit autour de l’accord chinois sur Haïfa met en lumière les divisions au sein de l’« État profond » israélien

Le bruit autour de l’accord chinois sur Haïfa met en lumière les divisions au sein de l’« État profond » israélien


Andrew Korybko
Andrew Korybko

Par Andrew Korybko – Le 22 septembre 2018 – Source orientalreview.org

La Chine exploitera bientôt le port israélien de Haïfa, si tout se passe comme prévu.

Haaretz a publié un compte rendu sur une conférence, tenue fin août en Israël, au cours de laquelle Shaul Horev, ancien directeur du cabinet de la marine et président de la commission à l’énergie atomique, s’était alarmé de la prochaine remise à la Chine de la gestion du port stratégique de Haïfa. Ce changement avait été signé il y a trois ans et demi par le ministère des transports et les autorités portuaires, sans l’aval du conseil à la sécurité nationale ni de la marine elle-même, qui est semble-t-il directement concernée au vu de la proximité de sa flotte de sous-marins avec le port. La mise en œuvre imminente de l’accord a soulevé les angoisses habituelles quand au « piège de la dette », aux implications militaires, et assez étrangement, quant à se demander si Israël se détourne des USA.

Manifestement, ce à quoi nous observons résulte d’une faction des administrations militaires, de renseignements et diplomatiques permanentes de l’État d’Israël – ou « État profond » – qui veulent rejoindre la vision mondiale chinoise de la connectivité portée par les Routes de la soie (One Belt One Road – OBOR), alors que l’autre faction veut s’en tenir sans fléchir au soutien pro-américain de Tel-Aviv et empêcher ces initiatives, ce qui génère les frictions aux yeux du public sur ce sujet. Contrairement à ce que beaucoup dans les médias alternatifs pourraient imaginer, Israël et la Chine n’ont fait que se rapprocher au fil des dernières années, Pékin développant un intérêt pour la proposition du train « Red-Med » [Train à grande vitesse Tel-Aviv Eilat, NdT], qui viendrait relier mer Rouge et mer Méditerranée par voie ferrée, et qui pourrait compléter voire un jour constituer une alternative au canal de Suez.

L’accord israélien permettant à la Chine de s’étendre et de venir gérer le port de Haïfa constitue une indication de l’existence d’une faction influente de l’« État profond », désireuse d’ouvrir des alternatives à la dépendance stratégique de Tel Aviv envers les USA, en coopérant de façon pragmatique avec d’autres grandes puissances en cours de constitution, comme on l’a vu par ailleurs dans les coopérations avec la Russie au sujet de la Syrie. Cette faction semble projeter un rôle d’Israël quelque peu similaire à celui de son nouveau partenaire, l’Inde, en jouant le même jeu de « multi-alignement » entre grandes puissances, ce qui en théorie permettrait au pays de tirer le meilleur parti de la « compétition » pour sa « loyauté », en négociant plus cher auprès de chacune des parties, USA y compris.

À supposer que l’accord ne se voie pas entravé en dernière minute par la faction opposée et ses alliés américains sur des considérations de « sécurité nationale », Israël donnerait là aux routes de la soie leur meilleure caution internationale, ce qui d’ailleurs pourrait bien constituer la raison pour laquelle la Chine a monté ce projet dès le départ. Il est également possible, comme évoqué par Ber Cowen du Times of Israël, que la Chine maintienne des ambitions à long terme de contrôler les accès européens aux ressources du Golfe, via les ports méditerranéens, suite à un accord de paix en Palestine à venir qui verrait les monarchies arabes reconnaître officiellement Israël, et faire traverser des oléoducs sur son territoire pour économiser 40% des coûts de transport par rapport au transit par le canal de Suez.

Quelles que soient les intentions de la Chine – et il ne s’agit certainement pas de s’affranchir d’Israël dans un « piège de dette » ou d’espionner ses sous-marins – la controverse autour de cet accord révèle le fait que deux factions de l’« État profond » sont en compétition en Israël et ont rendu publique leur querelle sur Haïfa, chacune d’entre elles ayant ses raisons – très différentes – d’estimer que le grand jeu se verrait changé si l’accord devait se voir suivi de faits.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 21 septembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-bruit-autour-de-laccord-chinois-sur-haifa-met-en-lumiere-les-divisions-au-sein-de-letat-profond-israelien

 

Arctique : l’autre route de la soie

Arctique : l’autre route de la soie

 

20 septembre, 2018
Note d’analyse

Boris Laurent

Pékin, Karakorum, Samarkand, Boukhara, Astrakhan… ces noms évoquent encore aujourd’hui les cités-relais de la route de la soie par où transitaient d’innombrables richesses. Depuis plusieurs années, la Chine reconstitue cette célèbre route et bâtit plusieurs grands axes qui débouchent notamment sur le marché européen. Dernier projet en date : une route de la soie polaire, passant par l’Arctique.

 

Carte route de l’Arctique
Trajet en vert : Passage du Nord-Ouest ;
trajet en bleu : passage du Nord-Est ou Route du Nord avec points de chute en Russie, Scandinavie, Europe du Nord, îles britanniques et Islande ;
trajet en bleu ciel : Route Transpolaire.
En mauve : réserves en pétrole et en gaz estimées par l’US Geological Survey.
En vert : membres du Conseil de l’Arctique.
En bleu : Etats observateurs.

 

 

Le 28 janvier 2018, le Bureau d’État à l’information de la République Populaire de Chine publie un « document blanc » qui fera date : La politique arctique de la Chine (1). Ce document fait le point sur les objectifs de Pékin dans cette région du monde : missions scientifiques, commerce et navigation, protection de l’environnement, extraction des ressources et intégration de cet axe polaire dans le vaste plan de nouvelles routes de la soie. La Chine se sent prête au grand bon vers le Nord. Rappelons qu’en 2017, le brise-glace et navire de recherche Xue Long a été le premier bâtiment chinois à avoir traversé l’Arctique en empruntant les trois routes majeures de navigation : le Passage du Nord-Ouest (le long des Etats-Unis et du Canada) le Passage du Nord-Est (le long de la Russie) et la route transpolaire, débouchant sur l’Islande et l’Europe du Nord, en longeant la Norvège.

 

L’ Arctique : nouvel Eldorado ?

 

Il faut dire que l’Arctique est une zone particulièrement convoitée. Si les bouleversements climatiques y ont un impact négatif très important, ils offrent, en revanche, des opportunités économiques incroyables tout autant que de véritables défis environnementaux. Tous les pays arctiques sont donc concernés et certains d’entre eux ont déjà commencé à bouger leurs pions (2). C’est le cas de la Russie, très active dans les domaines économique et militaire.

La Chine semble motivée par des facteurs énergétiques, commerciaux et géopolitiques. Cette région regorge de ressources naturelles dont près de 13% des réserves mondiales de pétrole brut et 32% des réserves de gaz naturel restant à découvrir. Selon une étude publiée en 2008 par l’US Geological Survey (Institut d’études géologiques des Etats-Unis), cela représente un total de 90 milliards de barils de brut, 44 milliards de barils de condensats de gaz liquide et plus de 47261 milliards de mètres cubes de gaz naturel.

Bien que ces ressources soient profondément enfouies dans l’océan, lui-même recouvert d’une épaisse couche de glace, la fonte accélérée de cette dernière pourrait offrir de sérieuses opportunités d’extraction. Pour l’heure, la Chine est étroitement associée aux travaux du site onshore Yamal LNG (Liquified Natural Gaz) du groupe russe Novatek (et Total, actionnaire à hauteur de 20%), dont une partie du projet principal est financée par plusieurs compagnies chinoises. En réalité, la Chine vient à la rescousse d’un projet qui connaît de graves difficultés financières. En aidant le propriétaire de Novatek, Gennady Timchenko, très proche du Kremlin, Pékin gagne des bénéfices autant politiques qu’économiques, avec la garantie d’une livraison annuelle s’élevant à quatre millions de tonnes de gaz liquide.

L’aide chinoise est toutefois à relativiser pour l’ensemble de la péninsule de Yamal. Gazprom exploite des gisements de gaz naturel dans le secteur de Bovanenkovo, au centre de la péninsule. Potentiel : près de cinq mille milliards de mètres cubes de gaz que seuls les Russes exploitent et dont l’Europe est le principal bénéficiaire.

Mais c’est le trafic maritime qui intéresse surtout les entreprises chinoises. Les deux passages principaux, Nord-Ouest (NWP) et Nord-Est (NEP), sont plus rapides et débouchent directement sur les marchés européen et nord-américain. Une troisième route, la route Transpolaire, passe entre le NWP et le NEP, via les eaux internationales mais ne peut être empruntée qu’avec de puissants brise-glaces. Malgré la fonde des glaces qui favorise le trafic maritime, le manque d’infrastructures et de bases pour des missions de secours rend ces passages dangereux et, pour l’instant, saisonniers.

Il n’empêche. Cette voie polaire offre un avantage de taille : le NEP offre un passage à travers la ZEE russe qui permet aux navires chinois d’éviter plusieurs zones de piraterie, comme le détroit de Malacca, situé entre la Malaisie et l’Indonésie, la mer Rouge et l’océan Indien.

 

Gagner un statut de puissance

 


Plateforme offshore Arctique. Crédit photo Gazprom

 

Pour autant, l’extraction des ressources naturelles arctiques est encore très difficile et très onéreuse (pression de la banquise sur les plateformes offshore, fonte du pergélisol et raccourcissement des routes, climat, milieu, techniques de forage, matériels). En outre, la Chine est totalement dépendante de ses partenaires, dont le premier, la Russie, qui détient le plateau continental le plus vaste. Les relations ne peuvent donc qu’être bilatérales.

Si la Chine se greffe à divers projets arctiques, c’est d’abord pour renforcer son statut de puissance géopolitique. Le NEP permet à Pékin d’éviter l’axe traditionnel de son trafic maritime débouchant sur l’Europe – canal de Suez, Cap de Bonne Espérance – où l’US Navy est très présente. Les tensions entre la Chine et les Etats-Unis sont bien réelles. Elles se matérialisent en mer de Chine méridionale où Pékin revendique plusieurs îles à potentiels économiques, énergétiques et stratégiques – Spratleys, Pratas, Paracels… – qui intéressent aussi le Vietnam, les Philippines, Brunei, la Malaisie et où l’US Navy garantit un trafic maritime libre et surveille de près les marines impliquées dans cette crise. Sans abandonner ses activités militaires et commerciales dans ce secteur, la Chine semble anticiper les opportunités offertes par la route polaire. L’ Arctique offre d’abondantes ressources autant que des avantages commerciaux et géopolitiques. Mais, dans le fond, il n’est qu’une pièce d’un vaste puzzle qui permettra à la Chine d’être reconnue comme une puissance majeure au moment où les Etats-Unis, de leurs côtés, se retirent de plusieurs engagements internationaux. Être présent dans cette région du monde est aussi un moyen d’apprendre de ses partenaires. Techniques de forage, plateformes offshore, navigation, recherches scientifiques, tous ces domaines d’expertise, notamment la prospection pétrolière, intéressent Pékin. L’empire du Milieu est patient et apprend vite.

 

Le partenaire russe en Arctique : l’axe Moscou-Pékin est-il solide ?

 

Pour autant, le partenariat engagé avec la Russie pourrait achopper sur plusieurs points et fragiliser la position chinoise en Arctique.

Le géant russe, s’il profite d’un partenariat bilatéral fructueux, ne compte pas se laisser guider par d’autres choses que ses propres ambitions et les intérêts qui lui sont liés.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, l’Arctique joue un rôle clef dans la rhétorique patriotique russe. Le président Poutine s’investit personnellement dans la défense des intérêts russes dans le Grand Nord.

Phénomène intéressant, la plupart des infrastructures le long des 5600 kilomètres du NEP sont construites par le ministère de la Défense russe, créant des difficultés pour les navires commerciaux et les missions scientifiques étrangers.

Cette militarisation du Nord peut légitimement inquiéter les partenaires de la Russie. C’est le cas de la Chine qui ne souhaite pas travailler trop étroitement avec la marine russe ni investir massivement dans des programmes de défense commun pour cette zone.

À l’inverse, Moscou regarde avec beaucoup d’intérêts son Extrême-Orient où la Chine est très présente et active. Comme dans la mer de Chine méridionale, l’activité militaire chinoise suscite beaucoup d’inquiétude à Moscou. L’île de Sakhaline notamment, où « dorment » des quantités incroyables de pétrole, pourrait être un jour revendiquée par la Chine, au nom du lien historique qui a autrefois unit les deux territoires (3).

 

La Russie a décidé d’axer sa politique chinoise sur plusieurs points

 

D’une part, elle « muscle » sa Flotte du Pacifique basée à Vladivostok et à Vilioutchinsk, dans la péninsule du Kamtchatka (pour les SNLE). Les nouveaux sous-marins nucléaires de la classe Yassen Projet 885-M (amélioré), désigné SSGN ou sous-marins nucléaires lanceurs de missiles de croisière, seront expédiés en priorité dans la zone pacifique. Ces bâtiments sont multimissions (cibles navales en surface, sous-marines, et cibles terrestres) mais ont été conçus pour lutter contre les groupes aéronavals (4).

La bulle de protection A2/AD ou Anti-Access / Area Denial est également renforcée. Centres urbains, industriels, stratégiques comme Vladivostok, disposent de bases dont le rôle est d’interdire l’accès aux avions, bâtiments de surface et sous-marins ennemis. Le territoire russe mais aussi « l’étranger proche » dont l’Asie centrale, sont ainsi quadrillés par des systèmes de missiles et un vaste réseau de radars très efficaces.

Outre ses propres forces navales et sous-marines, la Russie vend des armes aux États concurrents de la Chine. C’est notamment le cas du Vietnam qui a reçu plusieurs sous-marins Varchavianka-Projet 636 (code OTAN Improved Kilo), furtifs, bien armés, redoutables. Ce contrat est doublé d’un accord permettant à la Russie d’établir des bases navales au Vietnam.

Phénomène incroyable, les Philippines, historiquement liées aux Etats-Unis, viennent de passer un contrat avec Moscou pour la livraison de sous-marins classe Kilo. Conséquences : les Philippines disposeront d’outils face à la puissante Marine chinoise, Washington risque de perdre de son influence dans cette région alors que Moscou renforce son lien stratégique avec Manille.

Enfin, la Russie a décidé, dans le même temps, de resserrer ses relations avec Pékin, notamment dans le domaine militaire, et d’intégrer l’armée populaire de libération dans des exercices de grande ampleur en vue de probables et futurs déploiements conjoints. C’est le cas des exercices « Vostok 2018 » qui ont eu lieu dans l’Extrême-Orient russe. Il s’agit du plus grand déploiement militaire de l’histoire russe, ère soviétique comprise ! Au-delà de leur aspect spectaculaire, ces exercices montrent le potentiel militaire russe, les ambitions stratégiques de Moscou, et la capacité de coopération avec l’armée chinoise. L’axe Moscou-Pékin, formé dès l’arrivée de Vladimir Poutine au pouvoir, en 2000, se renforce donc aujourd’hui. Pour la Chine, ce déploiement permet de renforcer sur le terrain la coopération avec l’armée russe, de bénéficier du « retour sur expérience » russe en Syrie, notamment dans les opérations combinées aéroterrestres. Pour les deux partenaires, il s’agit de montrer, notamment aux Etats-Unis, que les deux pays sont des alliés solides et que la Russie, en dépit des sanctions occidentales, n’est pas isolée.

 

Arctique : futur arc de tensions

 

Au regard de tous ces éléments, on voit bien la complexité des rapports qu’entretient la Chine avec la Russie, et le problème qui se posera à un moment ou à un autre en Arctique (mais aussi dans les sphères d’influence russes où lorgne la Chine). Si les deux États sont partenaires et alliés, ils sont aussi rivaux sur un certain nombre de points (visions géopolitiques parfois divergentes, influence grandissante de Pékin en Asie centrale via les routes de la soie).

Pour autant, si la Chine a montré son intérêt pour le Grand Nord et ses nombreuses ressources (pétrolière, gazière, halieutique…), les investisseurs, au premier chef desquels le pouvoir central à Pékin, bougent relativement lentement. À pas mesurés, le gouvernement évalue les opportunités et prépare au mieux les futurs termes des négociations. La Chine pose ainsi les bases de ses actions qui garantiront ses intérêts géostratégiques en Arctique, pour les décennies à venir.

Aujourd’hui, le dossier économique pour l’Arctique n’est pas prioritaire. Pékin insiste sur l’outil politique pour parachever ses objectifs : affirmer ses droits en Arctique ; influencer les organismes internationaux afin de modifier les règles qui prévalent dans le Grand Nord ; commencer lentement mais sûrement à exploiter les ressources. Les intérêts économiques chinois seront de plus en plus importants et auront un impact sur les prises de décisions au niveau international, alors que parallèlement, les opportunités seront plus nombreuses.

La Chine poursuit la route qui la mènera au statut de « superpuissance » mondiale. Elle jouera donc un rôle majeur, incontournable, en Arctique, au risque de créer des tensions avec l’ensemble des partenaires arctiques. La Russie, partenaire qui semble solide aujourd’hui, pourrait ainsi devenir un sérieux rival demain.
Boris Laurent
Boris Laurent est historien, journaliste spécialisé en histoire des relations internationales et en histoire militaire, officier de réserve dans la Marine nationale. Il est notamment l’auteur de « Le IIIe Reich pouvait-il gagner la bataille de l’Atlantique ? » Publié aux éditions Economica.

(1) Document disponible en anglais sur le site officiel : http://www.scio.gov.cn/zfbps/32832/Document/1618243/1618243.htm

(2) Le Conseil de l’Arctique est composé du Canada, du Danemark, des Etats-Unis, de la Finlande, de l’Islande, de la Norvège, de la Suède et de la Russie. La Chine est un État observateur « proche de l’Arctique ».

(3) La Chine et la Russie ont toutefois signé le 2 juin 2005, à Vladivostok, un accord définitif sur le tracé de leur frontière commune orientale… après 40 ans de négociations !

(4) Est à l’étude pour les Yassen et les croiseurs classe Kirov, un nouveau système de missiles hypersoniques Zircon 3M22. Vitesse maximale : 6500 kilomètres/heure !

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chine, russie; route de la soie; arctique