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La France va accélérer les préparatifs pour un Brexit sans accord

La France va accélérer les préparatifs pour un Brexit sans accord


Mercredi 16 Janvier 2019 modifié le Mercredi 16 Janvier 2019 – 11:38


La France va intensifier ses préparatifs pour un Brexit sans accord, après le rejet massif par le Parlement britannique de l’accord de sortie négocié avec Bruxelles, a indiqué mercredi l’Élysée.




Édouard Philippe et Emmanuel Macron

Édouard Philippe et Emmanuel Macron
Le Premier ministre Édouard Philippe réunira jeudi matin « les principaux ministres concernés pour faire le point sur les préparatifs et les accélérer », a précisé la présidence. Cette réunion avait été planifiée avant le vote britannique, dans le cadre des préparatifs menés depuis plusieurs mois en vue du Brexit, prévu le 29 mars.

Avec le rejet de l’accord par une grande majorité de députés britanniques, « les risques d’un +No deal+ se sont accrus hier ». Un tel scenario « serait très négatif pour le Royaume-Uni » et « serait mauvais pour l’Europe, et pour la France, qui est la porte d’entrée » d’une bonne partie des flux entre la Grande-Bretagne et le reste de l’Europe, indique l’Elysée.

Un projet de loi préparant la France à toute forme que prendrait la sortie du Royaume-Uni de l’UE doit être adopté d’ici la fin de la semaine par le Parlement. Ce texte, sur lequel députés et sénateurs se sont accordés fin 2018, habilite le gouvernement à prendre par ordonnances les mesures de préparation.

Le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux a également appelé mercredi les entreprises françaises à se préparer au « pire scénario » car « le vote d’hier ajoute de l’incertitude à l’incertitude ».

Mercredi 16 Janvier 2019 – 11:34


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Re-Colonisation

Re-Colonisation

Pour Thierry Meyssan, une des conséquences de la fin successive du monde bipolaire et du monde unipolaire est le rétablissement des projets coloniaux. Successivement, des dirigeants français, turcs et anglais ont publiquement déclaré le retour de leurs ambitions. Reste à savoir quelles formes elles pourraient prendre au XXIème siècle.

| Damas (Syrie)

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L’Empire britannique sur lequel le soleil ne se couche jamais

L’empire français

Depuis une décennie, nous avons relevé, comme une incongruité, la volonté française de rétablir son autorité sur ses anciennes colonies. C’était la logique de la nomination par le président Nicolas Sarkozy de Bernard Kouchner comme ministre des Affaires étrangères. Il substitua la notion anglo-saxonne de « Droits de l’homme » à celle des Révolutionnaires français de « Droits de l’homme et du citoyen » [1]. Plus tard, son ami, le président François Hollande déclara, lors d’une conférence de presse en marge de l’Assemblée générale des Nations Unies, qu’il était temps de rétablir un mandat sur la Syrie. C’est encore plus clairement que le petit neveu de l’ambassadeur François George-Picot (celui des accords Sykes-Picot), l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing, en parla. Et c’est évidemment de cette manière qu’il faut comprendre la volonté du président Emmanuel Macron de continuer la guerre contre la Syrie, sans les États-Unis.

Il y a toujours eu en France un « parti colonial » qui traversait les partis politiques et agissait comme un lobby au service de la classe possédante. Comme à chaque période où il devient difficile à des capitalistes sans scrupules d’écraser la main d’œuvre nationale, le mythe de la conquête coloniale ressurgit. Si les « Gilets jaunes » se révoltent, alors poursuivons « l’exploitation de l’homme par l’homme » sur le dos des Syriens.

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L’empire français « apporte » la civilisation

Jadis cette forme de domination se cachait, selon les mots de Jules Ferry —sous les auspices duquel François Hollande consacra son mandat [2]—, derrière « le devoir d’apporter la civilisation ». Aujourd’hui, elle vise à protéger les peuples dont les élus sont qualifiés de « dictateurs ».

La France n’est pas la seule ancienne puissance coloniale a réagir ainsi. La Turquie n’a pas tardé à suivre.

L’empire ottoman

Trois mois après la tentative d’assassinat et le coup d’État avorté de juillet 2016, le président Recep Tayyip Erdoğan prononçait le discours inaugural de l’université qui porte son nom (RTEÜ). Il dressait alors un aperçu des ambitions de la République turque depuis sa création et de celles de son nouveau régime [3]. Faisant explicitement référence au « Serment national » (Misak-ı Millî) [4], adopté par le Parlement ottoman le 12 février 1920, il justifiait son irrédentisme.

Ce serment, qui fonde le passage de l’Empire ottoman à la République turque, revendique les territoire du Nord-Est de la Grèce (la Thrace Occidentale et le Dodécanèse) [5], de tout Chypre, du Nord de la Syrie (y compris Idleb, Alep et Hassakeh), et du Nord de l’Iraq (y compris Mossoul).

Actuellement l’empire en re-formation occupe déjà le Nord de Chypre (la pseudo « République turque de Chypre du Nord »), le Nord-Ouest de la Syrie et une petite partie de l’Iraq. Pour toutes ces zones, où la langue et la monnaie turques s’appliquent, un préfet (« wali ») a été nommé dont le bureau se trouve au Palais blanc d’Ankara.

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L’empire ottoman se fonde sur l’ignorance de ses sujets. Il a fermé les écoles du monde arabe.

L’empire britannique

Le Royaume-Uni, quant à lui, hésite depuis deux ans sur son avenir après le Bréxit.

Peu après l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, le Premier ministre Theresa May s’était rendue aux États-Unis. S’adressant aux responsables du Parti républicain, elle avait proposé de rétablir le leadership anglo-saxon sur le reste du monde [6]. Mais le président Trump avait été élu pour liquider les rêves impériaux, pas pour les partager.

Déçue, Theresa May voyagea en Chine pour proposer au président Xi Jinping de contrôler avec lui les échanges internationaux. La City, disait-elle, est prête à assurer la convertibilité des monnaies occidentales en Yuan [7]. Mais le président Xi n’avait pas été élu pour faire affaire avec l’héritière de la puissance qui démantela son pays et lui imposa la guerre de l’opium.

Theresa May tenta une troisième formule avec le Commonwealth [8]. Certaines des anciennes colonies de la Couronne, comme l’Inde, connaissent aujourd’hui une forte croissance et pourraient devenir de précieux partenaires commerciaux. Symboliquement le dauphin de la Couronne, le prince Charles, fut porté à la présidence de cette association. Madame May annonça que l’on allait enfin se diriger vers un Royaume-Uni global (Global Britain)

Dans un entretien au Sunday Telegraph du 30 décembre 2018, le ministre britannique de la Défense, Gavin Williamson, a dressé son analyse de la situation. Depuis le fiasco du Canal de Suez, en 1956, le Royaume-Uni mène une politique de décolonisation et retire ses troupes du reste du monde. Il ne conserve aujourd’hui de bases militaires permanentes qu’à Gibraltar, à Chypre, à Diego Garcia et aux Malouines (« Falklands » selon leur dénomination impériale). Depuis 63 ans, Londres se tourne vers l’Union européenne, que Winston Churchill a imaginé, mais à laquelle il ne pensait pas initialement que l’Angleterre adhérerait. Le Brexit « déchire cette politique ». Désormais, « le Royaume-Uni est de retour en tant que puissance globale ».

D’ores et déjà Londres envisage d’ouvrir deux bases militaires permanentes. La première devrait être en Asie (à Singapour ou à Brunei), la seconde en Amérique latine. Probablement au Guyana de manière à participer à la nouvelle étape de la stratégie Rumsfeld-Cebrowski de destruction des régions du monde non-connectées à la globalisation. Après les « Grands lacs africains », le « Moyen-Orient élargi », le « Bassin des Caraïbes ». La guerre commencerait avec une invasion du Venezuela par la Colombie (pro-US), le Brésil (pro-Israélien) et le Guyana (pro-Britannique).

Ne s’embarrassant pas du discours lénifiant des Français, les Anglais édifièrent un empire avec le concours de multinationales au service desquelles ils placèrent leur armée. Ils divisèrent le monde en deux, résumé par ce titre : le souverain était roi d’Angleterre (donc soumis ici à la tradition politique) et empereur des Indes (c’est-à-dire succédant à la Compagnie privée des Indes et pur autocrate là-bas).

La décolonisation était un corolaire de la Guerre froide. Elle a été imposée aux États d’Europe occidentale par le duopole des USA et de l’URSS. Elle s’est maintenue durant le monde unipolaire, mais ne rencontre plus d’obstacle depuis le retrait états-unien du « Moyen-Orient élargi ».

Il est difficile d’anticiper quelle forme la colonisation future prendra. Jadis, elle était rendue possible par d’importantes différences de niveau d’éducation. Mais aujourd’hui ?

Documents joints

[1] La différence des deux furent le principal sujet de débats durant la Révolution française. Leur incompatibilité fut notamment le thème du livre éponyme de Thomas Paine, le plus vendu durant la Révolution.

[2] « La France selon François Hollande », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 30 juillet 2012.

[3] « La stratégie militaire de la nouvelle Turquie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 11 octobre 2017.

[4] « Serment national turc », Réseau Voltaire, 28 janvier 1920.

[5] « La Turquie annonce préparer l’invasion de la Grèce », Réseau Voltaire, 20 février 2018.

[6] “Theresa May addresses US Republican leaders”, by Theresa May, Voltaire Network, 27 January 2017.

[7] « Le Brexit redistribue la géopolitique mondiale », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 27 juin 2016.

[8] « La nouvelle politique étrangère britannique », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 juillet 2016.

https://www.voltairenet.org/article204637.html

Le sort du Brexit suspendu au vote du Parlement britannique

La Première ministre britannique Theresa May devant les députés, le 14 janvier 2019 à Londres (capture d’écran/ AFP Photo/PRU) © PRU/AFP HO

International

Le sort du Brexit suspendu au vote du Parlement britannique

le 15 janvier 2019

Le sort du Brexit est suspendu au vote mardi des députés britanniques, qui se prononceront dans la soirée sur l’accord de divorce conclu avec Bruxelles, une défaite « historique » étant annoncée pour la Première ministre Theresa May.

Celle-ci a déployé tous ses efforts pour tenter de convaincre les députés, les prévenant qu’en cas de rejet du texte, le pays entrera « en territoire inconnu », et pourrait sortir sans accord ou même rester dans l’UE.

Mardi, les tabloïds pro-Brexit suppliaient les députés de soutenir l’accord. « Mettez vos préjugés de côté et donnez la priorité à votre pays », implorait Daily Mail.

Si les députés se prononcent en faveur du texte, le Brexit sera effectif le 29 mars à 23H00 GMT, et Londres et Bruxelles commenceront à discuter de leur future relation commerciale après une période de transition prévue pour durer jusque fin 2020 et censée adoucir la rupture après 40 ans de mariage.

Mais la presse britannique prédisait une déroute massive pour la Première ministre. « May se prépare à une défaite historique » pour le Times, elle n’ a « plus d’alliés et plus de temps », constate le Telegraph. « Nous regrettons de devoir nous opposer à une Première ministre Tory », écrit le Telegraph, quotidien de droite. « Mais ce serait une erreur historique que les députés approuvent cet accord épouvantable. »

Le Daily Mirror, classé à gauche, conseille à la cheffe du gouvernement de « commencer à chercher un Plan B », alors qu’elle s’apprête à connaître « une des plus écrasantes défaites au Parlement ».

Le vote, prévu à partir de 19H00 GMT, intervient après une période de turbulences dans la classe politique britannique. Celle-ci a été incapable de se mettre d’accord sur quel Brexit mettre en oeuvre, entre partisans d’une rupture nette et ceux qui souhaitent au contraire le maintien de liens étroits.

– « Rien n’a changé » –

Initialement prévu en décembre, le vote avait été reporté à la dernière minute par Mme May pour éviter une défaite annoncée et se laisser le temps d’obtenir des « assurances » supplémentaires de la part des dirigeants européens.

Ceux-ci ont affirmé que l’UE « ne souhaite pas » que la disposition controversée du « filet de sécurité » (ou « backstop » en anglais) entre en vigueur, dans une lettre publiée lundi.

Cette option de dernier recours prévoit de maintenir le Royaume-Uni dans une union douanière avec l’UE pour éviter le rétablissement d’une frontière physique entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord, si aucune solution alternative n’était trouvée à l’issue de la période de transition. Elle est particulièrement décriée par les « Brexiters », qui y voient une forme d’amarrage indéfini à l’UE.

Mais les garanties européennes n’ont pas convaincu le parti ultra-conservateur nord-irlandais DUP, dont le soutien est indispensable à Theresa May pour disposer d’une majorité absolue au Parlement. Pour ce parti, le projet d’accord menace l’intégrité économique et politique du Royaume-Uni.

« Nous ne laisserons pas des bureaucrates à Bruxelles nous séparer du reste du Royaume-Uni », a dit Sammy Wilson, chargé du Brexit au sein du DUP, à BBC Newsnight.

Pour le Labour comme pour les libéraux-démocrates et les nationalistes écossais du SNP, « rien n’a changé ».

Une partie du Parti conservateur reste aussi fortement opposée à l’accord négocié par leur cheffe.

La cheffe des conservateurs a prévenu son camp des risques de perdre le pouvoir au profit au Labour, qui compte déposer une motion de censure pour déclencher des élections législatives anticipées en cas d’échec du texte au Parlement.

– « Extension possible » –

Theresa May devrait s’exprimer après le vote.

Ce sera « difficile pour elle de continuer » à son poste, si elle perd par plus de cent voix, a dit une source ministérielle au Telegraph.

Mais pour la ministre des relations avec le Parlement, Andrea Leadsom, la cheffe du gouvernement n’a pas l’intention de jeter l’éponge. Elle « restera déterminée à mettre en oeuvre cet accord », a dit Mme Leadsom à BBC Newsnight.

Face à l’hostilité des députés, la dirigeante britannique n’a pas pu écarter totalement l’hypothèse d’un report de la date du Brexit.

Cette éventualité, de plus en plus évoquée par des députés britanniques, bénéficierait de soutiens côté européen.

À Strasbourg, plus de 100 députés européens se sont engagés lundi à soutenir un report de la date si le Royaume-Uni le réclame, si cela peut éviter un divorce sans accord, dans un courrier destiné aux Britanniques.

LNT avec Afp

https://lnt.ma/sort-brexit-suspendu-vote-parlement-britannique/

Jérusalem : Le président Trump met au défi les réflexes « pavloviens » des Européens

Jérusalem : Le président Trump met au défi les réflexes « pavloviens » des Européens


Avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et la décision d’y transférer l’ambassade US, le président Trump a fait un premier pas pour briser l’un des réflexes les mieux ancrés des Européens. Car, comme l’avait remarqué l’ancien commissaire européen Chris Patten, sur le dossier proche-oriental en particulier « le principal déterminant du comportement politique de l’Europe » a été jusqu’ici « le refus pavlovien de toute ligne de conduite qui pourrait éloigner l’Europe des Américains ».

Toujours est-il que, si le suivisme mécanique ne s’est pas produit cette fois-ci, les principales puissances européennes désapprouvant la décision US, l’Union européenne est loin de présenter un front uni. L’Europe est divisée, comme à presque chaque fois où l’alignement commun sur le grand allié n’est pas possible. A ceci près que l’administration Trump a considérablement changé la donne, et Jérusalem n’est que le premier d’une série de défis en provenance d’outre-Atlantique qui se profilent à l’horizon.

L’Europe prend ses distances

Une fois n’est pas coutume, sur la question de Jérusalem, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont tous les trois fait part de leur désaccord par rapport à la relocalisation de l’ambassade des Etats-Unis. Ils ont tous les trois soutenu la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies qui « déplore au plus haut point » les décisions américaines relatives à Jérusalem et juge qu’elles sont « nulles et non avenues » du point de vue juridique. Paris, Berlin et Londres ont également été unanimes à boycotter le gala d’ouverture de l’ambassade US relocalisée. Le chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a quant à elle exprimé sa « sérieuse préoccupation » face à l’annonce américaine. Elle n’a également eu de cesse de répéter que « la position de l’UE reste inchangée ».

Cette position commune se limite, par définition, à l’appel au respect du droit international. Ainsi, « L’UE reste fermement engage à continuer de travailler avec les deux parties et avec ses partenaires dans la communauté internationale en vue de la reprise de véritables négociations avec l’objectif d’arriver à la solution des deux Etats, et Jérusalem capitale des deux ».  Ceci implique également, comme elle tient à le souligner, le respect du consensus international tel qu’il s’incarne dans la Résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations Unies, appelant au retrait de toute représentation diplomatique de Jérusalem. A cette approche légaliste viennent s’additionner en Europe d’autres considérations, plus politiques. Tel le souci d’enrayer l’escalade de la violence dans son voisinage immédiat, de même que d’éviter les provocations inutiles susceptibles de radicaliser ses propres minorités musulmanes.

De surcroît, les Européens se sentent souvent inconfortables avec certaines caractéristiques de la prise de décision US qui leur paraissent comme faisant partie d’un même schéma. Ils n’apprécient pas d’être mis devant le fait accompli international par le président américain pour des raisons qu’ils estiment être en grande partie d’ordre électoral. Étroitement lié à cela, il existe une forte réticence en Europe vis-à-vis de ce qu’ils voient comme la contamination du discours politique par le fait religieux, la réduction des problèmes complexes à une simple opposition entre le Bien et le Mal. De même, les Européens se méfient de l’option unilatérale, a fortiori sous une forme brutale, qu’ils considèrent à la fois comme source de ressentiments, donc d’instabilité future et, dans un monde de plus en plus multipolaire, comme un précédent dangereux.

L’Europe se divise, pour les mêmes raisons que d’habitude

Malgré cette large convergence des considérations juridiques, politiques et stratégiques, les 28 Etats membres de l’UE n’ont pas été capables de publier ne serait-ce qu’une seule déclaration commune. La première, dès l’annonce du président Trump a été bloquée par la Hongrie, et la seconde, à la veille du transfert de l’ambassade US a été opposée par la Hongrie, La République tchèque et la Roumanie. Entretemps, l’Union européenne n’a pas pu soutenir en tant que telle la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU déplorant la décision US, du fait de l’abstention de six de ses Etats membres (les trois ci-dessus rejoints par la Pologne, la Lettonie et la Croatie). Pour terminer, si 24 pays européens ont boycotté la soirée de gala organisée pour l’ouverture de l’ambassade US, quatre s’y sont rendus (la Hongrie, la Roumanie, la République tchèque et l’Autriche).

Il y a fort à parier que ce n’est pas un soudain accès d’illumination sur les complexités du processus de paix israélo-palestinien qui aurait amené les pays d’Europe centrale et orientale à prendre le contre-pied de la majorité de leurs partenaires européens. Tout comme lors de la division en « vieille Europe » et « jeune Europe » au sujet de l’intervention américaine de 2003 en Irak, quoique dans une proportion bien moindre cette fois-ci, certains Etats membres préfèrent se démarquer de la solidarité européenne s’ils l’estiment aller à l’encontre de la loyauté atlantiste.

Dans ces conditions, la position commune de l’UE, exprimée par sa Haute représentante Mogherini, est réduite au plus petit dénominateur commun qu’est le respect du droit et du consensus international. Toutefois, même avec cette approche minimaliste, l’équilibre fragile à 28 risque d’être mise à mal, sur deux points. Premièrement, il ne s’agit que d’une pause momentanée qui ne durera que jusqu’à la présentation du plan de paix américain. Comme l’a dit le ministre français des Affaires étrangères « dès lors qu’un plan est en préparation, il serait malvenu pour la France ou l’Union européenne de décider d’une initiative unilatérale ». Par contre, si le plan américain n’est pas jugé par tous comme suffisamment équilibré, le projet d’un accord d’association UE-Palestine ou la question de la reconnaissance de l’Etat palestinien pourraient se retrouver en tête de l’agenda. D’ici là, l’Union sera occupée à maintenir tous les Etats membres dans le rang, qu’il s’agisse du non-transfert des ambassades (la République tchèque hésite, paraît-il) ou de la mise en œuvre parfois difficile de la distinction de principe entre territoire israélien et territoires occupés.

Au-delà de Jérusalem : d’autres épreuves transatlantiques en vue

Au lendemain de la crise irakienne, la directrice de l’Institut de l’UE pour les Etudes de sécurité a mis en exergue l’un des obstacles les plus persistants à une politique étrangère européenne : « Il est beaucoup plus facile aux Européens de s’entendre sur l’analyse des crises extérieures que sur l’analyse de la politique américaine. Autrement dit, le monde rassemble, l’Amérique divise. Si les Européens parviennent assez facilement à une vision à peu près commune du monde, ils se divisent en revanche sur le rôle de l’Union dans la gestion des crises. Parce que ce rôle est en effet largement fonction du type de relations que chacun souhaite construire avec la puissance américaine, à titre bilatéral ou au sein de l’OTAN ». En d’autres termes, du moment où l’alignement collectif pur et simple n’est pas une option, le positionnement des uns et des autres se fait, en premier lieu, en fonction de son impact sur les relations transatlantiques. Assument-ils de se démarquer de leur plus grand allié ou, au contraire, estiment-ils que l’essentiel est de faire preuve de loyauté vis-à-vis des Etats-Unis ?

Ce dilemme perpétuel apparaît aujourd’hui dans un contexte bien particulier. Au-delà de la question de Jérusalem, deux sujets éminemment chers au cœur, et au portefeuille, des Européens sont en suspense : les tarifs douaniers et l’accord nucléaire avec l’Iran. Ajoutez à cela le style extrêmement « franc » du président Trump, et une opinion publique européenne de plus en plus eurosceptique qui risque de s’aliéner encore plus si elle ne voit qu’une Union dépendante et impuissante. Il s’agit d’un mélange explosif, où les réflexes européens d’alignement et de concessions disproportionnées pourraient avoir plus de mal que d’habitude à l’emporter.

De ce point de vue, peu importe qui « a raison » ou quelle politique serait « la bonne » sur tel ou tel dossier. Sur Jérusalem, l’Iran, les tarifs douaniers – il peut y avoir des arguments valables des deux côtés. L’essentiel ici est de savoir s’il y a une quelconque utilité pour les Européens d’essayer de défendre collectivement leurs intérêts, voire de définir, ne sait-on jamais, une politique. Ou ces efforts sont-ils d’emblée voués à l’échec, dès que le dossier en question implique, de près ou de loin, les Etats-Unis. Grâce à la propension du président Trump à soulever les sujets les plus sensibles, sans ménagement et à un rythme accéléré, les premiers éléments de réponse tangibles ne sauraient tarder.

Ce texte est la version française de l’article original: Hajnalka Vincze, Jerusalem: President Trump Challenges Europe’s “Pavlovian” Reflexes, In The American Review of Books, Blogs, and Bull, Foreign Policy Research Institute (FPRI), 18 May 2018.

Jérusalem : Le président Trump met au défi les réflexes « pavloviens » des Européens

Jérusalem : Le président Trump met au défi les réflexes « pavloviens » des Européens


Avec la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et la décision d’y transférer l’ambassade US, le président Trump a fait un premier pas pour briser l’un des réflexes les mieux ancrés des Européens. Car, comme l’avait remarqué l’ancien commissaire européen Chris Patten, sur le dossier proche-oriental en particulier « le principal déterminant du comportement politique de l’Europe » a été jusqu’ici « le refus pavlovien de toute ligne de conduite qui pourrait éloigner l’Europe des Américains ».

Toujours est-il que, si le suivisme mécanique ne s’est pas produit cette fois-ci, les principales puissances européennes désapprouvant la décision US, l’Union européenne est loin de présenter un front uni. L’Europe est divisée, comme à presque chaque fois où l’alignement commun sur le grand allié n’est pas possible. A ceci près que l’administration Trump a considérablement changé la donne, et Jérusalem n’est que le premier d’une série de défis en provenance d’outre-Atlantique qui se profilent à l’horizon.

L’Europe prend ses distances

Une fois n’est pas coutume, sur la question de Jérusalem, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont tous les trois fait part de leur désaccord par rapport à la relocalisation de l’ambassade des Etats-Unis. Ils ont tous les trois soutenu la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies qui « déplore au plus haut point » les décisions américaines relatives à Jérusalem et juge qu’elles sont « nulles et non avenues » du point de vue juridique. Paris, Berlin et Londres ont également été unanimes à boycotter le gala d’ouverture de l’ambassade US relocalisée. Le chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a quant à elle exprimé sa « sérieuse préoccupation » face à l’annonce américaine. Elle n’a également eu de cesse de répéter que « la position de l’UE reste inchangée ».

Cette position commune se limite, par définition, à l’appel au respect du droit international. Ainsi, « L’UE reste fermement engage à continuer de travailler avec les deux parties et avec ses partenaires dans la communauté internationale en vue de la reprise de véritables négociations avec l’objectif d’arriver à la solution des deux Etats, et Jérusalem capitale des deux ».  Ceci implique également, comme elle tient à le souligner, le respect du consensus international tel qu’il s’incarne dans la Résolution 478 du Conseil de sécurité des Nations Unies, appelant au retrait de toute représentation diplomatique de Jérusalem. A cette approche légaliste viennent s’additionner en Europe d’autres considérations, plus politiques. Tel le souci d’enrayer l’escalade de la violence dans son voisinage immédiat, de même que d’éviter les provocations inutiles susceptibles de radicaliser ses propres minorités musulmanes.

De surcroît, les Européens se sentent souvent inconfortables avec certaines caractéristiques de la prise de décision US qui leur paraissent comme faisant partie d’un même schéma. Ils n’apprécient pas d’être mis devant le fait accompli international par le président américain pour des raisons qu’ils estiment être en grande partie d’ordre électoral. Étroitement lié à cela, il existe une forte réticence en Europe vis-à-vis de ce qu’ils voient comme la contamination du discours politique par le fait religieux, la réduction des problèmes complexes à une simple opposition entre le Bien et le Mal. De même, les Européens se méfient de l’option unilatérale, a fortiori sous une forme brutale, qu’ils considèrent à la fois comme source de ressentiments, donc d’instabilité future et, dans un monde de plus en plus multipolaire, comme un précédent dangereux.

L’Europe se divise, pour les mêmes raisons que d’habitude

Malgré cette large convergence des considérations juridiques, politiques et stratégiques, les 28 Etats membres de l’UE n’ont pas été capables de publier ne serait-ce qu’une seule déclaration commune. La première, dès l’annonce du président Trump a été bloquée par la Hongrie, et la seconde, à la veille du transfert de l’ambassade US a été opposée par la Hongrie, La République tchèque et la Roumanie. Entretemps, l’Union européenne n’a pas pu soutenir en tant que telle la résolution de l’Assemblée générale de l’ONU déplorant la décision US, du fait de l’abstention de six de ses Etats membres (les trois ci-dessus rejoints par la Pologne, la Lettonie et la Croatie). Pour terminer, si 24 pays européens ont boycotté la soirée de gala organisée pour l’ouverture de l’ambassade US, quatre s’y sont rendus (la Hongrie, la Roumanie, la République tchèque et l’Autriche).

Il y a fort à parier que ce n’est pas un soudain accès d’illumination sur les complexités du processus de paix israélo-palestinien qui aurait amené les pays d’Europe centrale et orientale à prendre le contre-pied de la majorité de leurs partenaires européens. Tout comme lors de la division en « vieille Europe » et « jeune Europe » au sujet de l’intervention américaine de 2003 en Irak, quoique dans une proportion bien moindre cette fois-ci, certains Etats membres préfèrent se démarquer de la solidarité européenne s’ils l’estiment aller à l’encontre de la loyauté atlantiste.

Dans ces conditions, la position commune de l’UE, exprimée par sa Haute représentante Mogherini, est réduite au plus petit dénominateur commun qu’est le respect du droit et du consensus international. Toutefois, même avec cette approche minimaliste, l’équilibre fragile à 28 risque d’être mise à mal, sur deux points. Premièrement, il ne s’agit que d’une pause momentanée qui ne durera que jusqu’à la présentation du plan de paix américain. Comme l’a dit le ministre français des Affaires étrangères « dès lors qu’un plan est en préparation, il serait malvenu pour la France ou l’Union européenne de décider d’une initiative unilatérale ». Par contre, si le plan américain n’est pas jugé par tous comme suffisamment équilibré, le projet d’un accord d’association UE-Palestine ou la question de la reconnaissance de l’Etat palestinien pourraient se retrouver en tête de l’agenda. D’ici là, l’Union sera occupée à maintenir tous les Etats membres dans le rang, qu’il s’agisse du non-transfert des ambassades (la République tchèque hésite, paraît-il) ou de la mise en œuvre parfois difficile de la distinction de principe entre territoire israélien et territoires occupés.

Au-delà de Jérusalem : d’autres épreuves transatlantiques en vue

Au lendemain de la crise irakienne, la directrice de l’Institut de l’UE pour les Etudes de sécurité a mis en exergue l’un des obstacles les plus persistants à une politique étrangère européenne : « Il est beaucoup plus facile aux Européens de s’entendre sur l’analyse des crises extérieures que sur l’analyse de la politique américaine. Autrement dit, le monde rassemble, l’Amérique divise. Si les Européens parviennent assez facilement à une vision à peu près commune du monde, ils se divisent en revanche sur le rôle de l’Union dans la gestion des crises. Parce que ce rôle est en effet largement fonction du type de relations que chacun souhaite construire avec la puissance américaine, à titre bilatéral ou au sein de l’OTAN ». En d’autres termes, du moment où l’alignement collectif pur et simple n’est pas une option, le positionnement des uns et des autres se fait, en premier lieu, en fonction de son impact sur les relations transatlantiques. Assument-ils de se démarquer de leur plus grand allié ou, au contraire, estiment-ils que l’essentiel est de faire preuve de loyauté vis-à-vis des Etats-Unis ?

Ce dilemme perpétuel apparaît aujourd’hui dans un contexte bien particulier. Au-delà de la question de Jérusalem, deux sujets éminemment chers au cœur, et au portefeuille, des Européens sont en suspense : les tarifs douaniers et l’accord nucléaire avec l’Iran. Ajoutez à cela le style extrêmement « franc » du président Trump, et une opinion publique européenne de plus en plus eurosceptique qui risque de s’aliéner encore plus si elle ne voit qu’une Union dépendante et impuissante. Il s’agit d’un mélange explosif, où les réflexes européens d’alignement et de concessions disproportionnées pourraient avoir plus de mal que d’habitude à l’emporter.

De ce point de vue, peu importe qui « a raison » ou quelle politique serait « la bonne » sur tel ou tel dossier. Sur Jérusalem, l’Iran, les tarifs douaniers – il peut y avoir des arguments valables des deux côtés. L’essentiel ici est de savoir s’il y a une quelconque utilité pour les Européens d’essayer de défendre collectivement leurs intérêts, voire de définir, ne sait-on jamais, une politique. Ou ces efforts sont-ils d’emblée voués à l’échec, dès que le dossier en question implique, de près ou de loin, les Etats-Unis. Grâce à la propension du président Trump à soulever les sujets les plus sensibles, sans ménagement et à un rythme accéléré, les premiers éléments de réponse tangibles ne sauraient tarder.

Ce texte est la version française de l’article original: Hajnalka Vincze, Jerusalem: President Trump Challenges Europe’s “Pavlovian” Reflexes, In The American Review of Books, Blogs, and Bull, Foreign Policy Research Institute (FPRI), 18 May 2018.

Les Cinq Yeux contre Huawei

Les Cinq Yeux contre Huawei

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Washington a demandé à Ottawa l’arrestation de Meng Wanzhou et son extradition. La jeune femme est directrice financière et fille du fondateur de Huawei, le géant chinois des télécoms. Elle a été arrêtée le 6 décembre 2018 au Canada.

La guerre entreprise par Washington contre Huawei a une raison profonde et quantité de justifications de façade.

Le fond du problème, c’est que la firme chinoise utilise un système de cryptage qui empêche la NSA d’intercepter ses communications. De nombreux gouvernements et services secrets dans le monde non occidental ont commencé à s’équiper exclusivement de matériels Huawei afin de protéger la confidentialité de leurs communications.

Les justifications de façade sont alternativement de vol de propriété intellectuelle, de commerce avec l’Iran et la Corée du Nord, et de violer les règles de la concurrence en bénéficiant de subventions nationales.

Les États membres du système d’espionnage électronique des Cinq Yeux —Australie, Canada, États-Unis, Nouvelle-Zélande, Royaume-Uni— ont commencé à exclure Huawei de leurs appels d’offre.

http://www.voltairenet.org/article204253.html

Brexit : où en est-on ? Que nous dit l’exemple de Galileo sur le volet défense du Brexit ?

Brexit : où en est-on ? Que nous dit l’exemple de Galileo sur le volet défense du Brexit ?

Interview
6 décembre 2018
Le point de vue de Jean-Pierre Maulny

Le Royaume-Uni a officialisé, ce vendredi 30 novembre, son retrait de la partie militaire du futur système de navigation satellite communautaire Galileo. Quelles sont les conséquences directes et à moyen terme de ce retrait ? Existe-t-il d’autres écueils et obstacles en termes de défense entre Londres et Bruxelles ? Plus globalement, les négociations sur le Brexit entrent dans leur phase finale après 17 mois de difficiles négociations. Quelles seront les conséquences, selon si l’accord négocié par Theresa May est adopté ou non par les députés du Royaume-Uni actuellement en plein débat ? Le point de vue de Jean-Pierre Maulny, directeur adjoint de l’IRIS.

Que signifie le retrait du Royaume-Uni du système satellite européen de géolocalisation Galileo, tant pour l’Union européenne (UE) que pour les Britanniques ?

Il y a un côté « effet d’annonce » dans la décision britannique. En réalité l’UE a indiqué dès le mois de mars de cette année que les entreprises britanniques ne pourront plus postuler aux appels d’offres dans le cadre du programme Galileo pour ce qui concerne les éléments correspondant au signal sécurisé utilisable notamment dans le domaine de la défense.

Deux raisons à cela.

La première est que Galileo est un programme européen financé exclusivement par l’UE, alors que le Royaume-Uni sortira le 29 mars 2019 de l’UE. Il est donc logique que les industriels britanniques ne puissent plus participer aux contrats sur Galileo pour les parties du programme qui ont trait au signal sécurisé puisque le Royaume-Uni deviendra un État tiers de l’Union européenne après le 29 mars 2019.

La deuxième raison repose sur le fait que le signal militaire de Galileo est sécurisé. Cela pose le problème de l’accès à des informations classifiées qui proviennent et appartiennent à l’UE ce qui fait que des entreprises étrangères ne peuvent plus avoir accès à ces données. Pour ce qui est de l’accès en tant que tel au signal sécurisé de Galileo, les instances européennes ont proposé que le Royaume-Uni négocie un accord pour avoir accès à celui-ci, proposition qui a également été faite aux États-Unis. Enfin il faut bien voir que les citoyens britanniques auront toujours accès au signal « civil », comme tous les citoyens européens ont accès au GPS américain. A noter également que les Britanniques s’étaient opposés quand le programme a été lancé à ce que Galileo ait une finalité militaire.

Si Galileo est le symbole des tensions actuelles entre Londres et Bruxelles, quid des autres points d’achoppements en matière de défense dans le cadre du Brexit ?

Il est vrai que Galileo est assez révélateur, quant à sa partie militaire, de la problématique actuelle en matière de défense du Brexit. Il faut distinguer deux domaines.

Le premier concerne les opérations militaires de l’UE. Au cas par cas, le Royaume-Uni pourra participer aux opérations militaires de l’UE. Les Britanniques ne pourront pas participer à la décision décidant d’une opération de l’UE puisqu’ils ne seront plus membres de l’UE. Mais ils seront associés dans les chaînes de commandement de l’opération à hauteur de leur participation.

Concernant les équipements, la question est plus problématique pour les Britanniques et on en a vu les prémisses avec Galileo. Depuis début 2017, il existe un budget communautaire pour la défense, notamment pour les programmes d’équipements, nommé Fonds européen de défense, budget qui devrait sensiblement augmenter à partir de 2021. Or, cet argent communautaire est réservé aux entreprises européennes. C’est assez logique : les citoyens européens ne comprendraient pas que cet argent communautaire bénéficie à des entreprises de pays non membres de l’Union européenne. Partant de ce principe, les entreprises britanniques ne pourront pas avoir accès au Fonds européen de défense qui servira à financer de la recherche et des programmes d’armements européens. La seule condition pour que les entreprises britanniques aient accès aux crédits de ce Fonds est qu’elles aient des filiales localisées dans les pays membres de l’Union européenne, que celles-ci ne soient pas contrôlées par les maisons-mères britanniques, et que cela ne remette pas en cause les intérêts de sécurité européens.

Néanmoins, on peut penser que des aménagements seront mis en place, car l’objectif n’est pas non plus d’empêcher les Britanniques de participer à des coopérations en matière d’armement avec les Européens, car leur industrie possède des compétences non négligeables. Ainsi, le jour venu, il est possible que l’on associe les Britanniques au programme d’avion de combat franco-allemand, qui devrait en toute logique être également financé par des crédits communautaires. Mais cela se fera aux conditions définies par les Européens qui visent simplement à réserver les crédits européens aux entreprises européennes.

Le Parlement britannique est en plein débat avant son vote historique qui acterait le divorce entre le Royaume-Uni et l’UE, après 17 mois de difficiles négociations. Quelles seront les conséquences, si l’accord négocié par Theresa May est adopté ou non par les députés du Royaume-Uni ?

C’est encore difficile à déterminer, car, dans ce Brexit, on avance en marchant et des dispositions qui n’étaient pas prévues à l’origine ont dû être imaginées. C’est notamment le cas de ce que l’on appelle la période de transition. Celle-ci a été demandée par les Britanniques dès juillet 2017 et acceptée par les Européens en mars 2018. Elle prévoit qu’une fois le Brexit consommé, le Royaume-Uni reste dans le marché unique et dans l’Union douanière jusqu’au 31 décembre 2020. En effet, il était tout simplement impossible de négocier un nouvel accord de libre-échange entre le Royaume-Uni et l’Union européenne dans le temps imparti avant la prise d’effet du Brexit et de rétablir notamment tous les outils nécessaires au rétablissement des frontières avec des douanes. Il a ainsi été admis qu’il pouvait y avoir cette période de transition. Aujourd’hui, celle-ci doit permettre également de négocier la relation future entre l’Union européenne et le Royaume-Uni, car il faut bien dire qu’au-delà des principes de cette relation future qui sont fixés dans l’accord de retrait la négociation a peu avancé.

Pour le moment, la question principale porte sur le vote du Parlement britannique sur l’accord de retrait qui doit avoir lieu le 11 décembre. Si le Parlement britannique refuse l’accord, le Royaume-Uni va se retrouver en grande difficulté après le 29 mars 2019. C’est l’hypothèse du « no deal » avec des conséquences économiques qui seraient catastrophiques pour le Royaume-Uni.

Il est possible que les parlementaires britanniques refusent l’accord sans enlever leur confiance au Gouvernement britannique et demandent à Theresa May de renégocier l’accord. Cependant, l’un des problèmes majeurs est le temps très restreint pour négocier un nouvel accord. Il ne faut pas oublier que celui-ci doit être ratifié par le Parlement britannique, mais également par le Parlement européen, puis approuvé par le Conseil de l’UE à la majorité qualifiée. Le processus d’approbation de l’accord de retrait prend donc un certain temps. De plus, les marges de négociation sont extrêmement faibles pour l’UE, notamment du fait de la problématique irlandaise, car on ne peut rétablir de frontières entre les deux Irlande et qu’il est difficile également de créer de fait une frontière entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume-Uni. On peut certes imaginer une sorte de coup de pouce de l’UE pour obtenir l’accord de la Chambre des communes, mais les aménagements à l’accord actuel resteront certainement mineurs en cas de renégociation de l’accord.

On pourrait également imaginer, mais personne ne veut évoquer cette solution, qu’un délai supplémentaire soit décidé pour la négociation de l’Accord de retrait. Cela peut être possible en recueillant l’unanimité des pays de l’UE, puisqu’on contreviendrait à l’article 50 du Traité de l’Union européenne, qui prévoit un délai de deux ans entre l’invocation par un pays de son retrait de l’UE et la prise d’effet de ce retrait. Dans ce cas, le Brexit ne se ferait pas le 29 mars 2019. Mais cela semble quand même difficilement envisageable, car le Parlement européen cessera ses travaux vers le 15 février du fait des élections européennes qui auront lieu fin mai 2019. Cela reporterait ainsi une ratification d’un nouvel accord après l’été 2019 ce qui semble bien lointain voir aléatoire. Il est donc peu probable que le négociateur européen, Michel Barnier, propose cette solution aux pays membres de l’UE : le money time a déjà commencé.

http://www.iris-france.org/125506-brexit-ou-en-est-on-que-nous-dit-lexemple-de-galileo-sur-le-volet-defense-du-brexit/

La nouvelle base anglaise d’Oman s’inscrit dans le pivot post-Brexit du pays vers l’Océan Indien

La nouvelle base anglaise d’Oman s’inscrit dans le pivot post-Brexit du pays vers l’Océan Indien


Le Royaume-Uni a pour projet d’établir une deuxième base dans la région du Moyen-Orient, à Oman.


 

Par Andrew Korybko – Le 13 novembre 2018 – Source orientalreview.org

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Le ministre anglais de la Défense a annoncé ces projets en début de semaine, après une visite dans la monarchie arabe, qui lui a permis d’observer les exercices militaires en cours entre son armée et celle du pays hôte. Une fois construite, l’an prochain, cette base sera la deuxième base anglaise dans la région, faisant suite à la première base navale construite au Bahreïn. L’établissement de ces deux bases marque symboliquement le retour du pays à l’« est de Suez ».

À l’époque de l’apogée de l’empire britannique, le pays constituait la puissance dominante indiscutée de cette partie du monde, et le retrait militaire massif britannique qui s’était déroulé en plein milieu de la guerre froide avait constitué un choc psychologique pour nombre de citoyens de sa majesté, qui pouvaient apprécier le prestige que la période impériale leur inspirait.

Le retour du Royaume-Uni vers l’Orient fait suite à plusieurs raisons interconnectées entre elles : la première en est, évidemment, le retrait progressif américain de cette région, qui pose une nécessité pour leurs alliés de prendre leur place, de par le stratagème « Diriger depuis l’arrière » dévoilé sous Obama. Deuxièmement, les conséquences économiques et stratégiques du Brexit poussent le pays à renforcer ses partenariats commerciaux extra-régionaux, chose que le pays estime pouvoir réaliser au mieux au travers d’une « diplomatie militaire » avec de riches pays du Moyen-Orient. Et cela va plus loin, puisque le retour anglais dans la région pourrait faciliter la conclusion d’autres accords commerciaux, à l’image de celui qui fut signé cette année même avec l’Union douanière d’Afrique australe (SACU, [Southern African Custom Union, NdT]) et le Mozambique, ainsi que l’accord que le Royaume-Uni souhaite également signer un jour avec l’Inde.

Le motif qui transparaît peu à peu est que le Royaume-Uni essaie de se rétablir comme puissance économique et militaire de premier plan dans la région de l’Océan Indien, certes sur une échelle moindre de ce qu’elle fut, mais en jouant sa partition dans cette région de plus en plus soumise à compétition, et qui se voit traversée par les principales routes commerciales mondiales. On peut s’attendre à voir d’autres bases militaires anglaises, plus petites, s’établir ça et là sur ce vaste espace, Londres les reliant, elles et leurs pays hôtes, au travers d’exercices militaires réguliers et pourquoi pas au travers d’accords commerciaux, ce qui lui ferait reprendre le rôle de puissance de cohésion de la région. L’avenir dira si cette stratégie apportera des retombées tangibles au Royaume-Uni, mais pour l’instant, nous y voyons le meilleur indicateur disponible révélant les priorités du pays à l’issue du Brexit.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le vendredi 9 novembre 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Note du Saker Francophone

Le Brexit permet enfin au Royaume-Uni de sortir de son repli sur l'Europe et l'Occident, et de reprendre un rôle sur la scène mondiale. Dans le grand jeu géopolitique, également, les derniers à sortir de l'Union européenne seront les grands perdants.

Traduit par Vincent, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

Les Européens entérinent leur divorce « tragique » avec le Royaume-Uni

Les Européens entérinent leur divorce « tragique » avec le Royaume-Uni

Ce « traité de retrait » inédit, négocié dans la douleur pendant 17 mois entre Londres et Bruxelles, devra toutefois encore passer l’épreuve de la ratification du Parlement européen et surtout celle du parlement britannique avant d’entrer en vigueur le 29 mars 2019 / © AFP/Archives / OLI SCARFF

Les dirigeants européens ont donné leur feu vert dimanche à l’accord historique sur le départ du Royaume-Uni de l’UE, un divorce qualifié de « tragédie » par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker après une relation houleuse de plus de 40 ans.

Les 27 ont « endossé l’accord de retrait et la déclaration politique sur les futures relations » entre les deux parties, a annoncé sur Twitter le président du Conseil européen Donald Tusk, environ une demi-heure seulement après l’ouverture d’un sommet extraordinaire à Bruxelles.

L’inédit « traité de retrait », négocié pendant 17 mois dans la douleur entre Londres et Bruxelles, devra toutefois encore passer l’épreuve de la ratification du Parlement européen et surtout celle du parlement britannique avant d’entrer en vigueur.

Londres et l’UE vont tenter de nouer la relation « la plus proche possible » avec Londres après le Brexit, est-il écrit dans la courte « déclaration politique » également approuvée dimanche, qui sera jointe au traité de divorce, un pavé de près de 600 pages.

Voir le Royaume-Uni « quitter l’UE n’est pas un moment de jubilation ni de célébration, c’est un moment triste et c’est une tragédie », a déclaré M. Juncker en arrivant au sommet.

« Il s’agit d’un accord pour un avenir meilleur, qui nous permet de saisir les opportunités qui nous attendent », a plaidé de son côté la Première ministre britannique, dans une « lettre à la nation » adressée dimanche aux Britanniques.

La Première ministre britannique Theresa May (à gauche) et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à Bruxelles le 24 novembre 2018 / © AFP / EMMANUEL DUNAND

« Je crois que Theresa May s’est battue pour un bon accord, et pour l’UE c’est un résultat acceptable », a jugé le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, mettant en garde sur le fait que le Royaume-Uni ne doit pas espérer obtenir mieux que l’accord sur la table.

– « Fragilité » de l’UE –

Les dirigeants européens ont remercié le négociateur en chef de l’UE Michel Barnier pour avoir su « maintenir l’unité parmi les 27 Etats membres tout au long des négociations » avec Londres.

Le Brexit montre néanmoins que l’UE a besoin « d’une « refondation », a jugé le président français Emmanuel Macron, évoquant « un moment grave ». « Cela montre que l’UE a une part de fragilité » et « est perfectible », a-t-il ajouté, estimant que l’accord avec Londres était un « bon accord ».

Dans la lettre d’invitation au sommet, M. Tusk a souligné que « personne n’a voulu vaincre personne, nous étions tous à la recherche d’un accord juste et équitable. Et je crois que nous avons enfin trouvé le meilleur compromis possible », se réjouissant que les 27 aient « passé le test de l’unité et de la solidarité ».

La route vers le Brexit / © AFP / Gillian HANDYSIDE

Cette unité s’est toutefois fissurée ces derniers jours, quand l’Espagne a fait planer la menace d’une annulation du sommet si elle n’obtenait pas des garanties écrites sur le sort de Gibraltar. Avant que Pedro Sanchez estime samedi après-midi avoir obtenu satisfaction.

Madrid a reçu des garanties écrites de la part de l’UE pour disposer d’un droit de veto sur tout futur accord entre l’UE et le Royaume-Uni concernant Gibraltar, un territoire britannique situé à l’extrême sud de la péninsule ibérique, et dont l’Espagne revendique la souveraineté.

L’Espagne estime aussi avoir reçu l’assurance suffisante des autorités britanniques que de futurs accords de Londres avec l’UE n’engloberaient pas de manière automatique Gibraltar.

« Je suis fière que Gibraltar soit britannique, je resterai toujours au côté de Gibraltar », a toutefois insisté Mme May, assurant que la position du Royaume-Uni sur la souveraineté du territoire « n’a pas changé et ne changera pas ».

– Pêche « prioritaire » –

Brexit: le départ du Royaume-Uni est « une tragédie » (Juncker) / © EBS/AFP / –

D’autres Etats membres avaient soulevé des inquiétudes dans la dernière ligne droite des négociations et demandé des garanties supplémentaires dans certains domaines, comme celui des futurs droits de pêche dans les eaux territoriales britanniques.

Ce sujet, cher à la France et à l’Espagne entre autres, n’a pas été résolu dans le traité de retrait, qui prévoit qu’il faudra conclure un accord au plus tard d’ici à la mi-2020.

Mais, dans une déclaration annexée aux conclusions du sommet de dimanche, les 27 insistent sur le caractère « prioritaire » du dossier. Ils demandent qu’un accord soit « négocié bien avant la fin de la période de transition » post-Brexit prévue jusqu’à fin 2020 (mais qui pourra être prolongée).

Cette déclaration aborde aussi d’autres questions sur lesquelles les 27 s’engagent à faire preuve de « vigilance » vis-à-vis de Londres dans la mise en oeuvre de leurs accords, comme celui de la « concurrence loyale » nécessaire dans le domaine économique.

L’UE et le Royaume-Uni ont mis 17 mois à s’entendre sur le « traité de retrait » du Royaume-Uni et la « déclaration politique » qui fixe le cadre de leurs relations post-Brexit, notamment sur le plan commercial.

L’accord de retrait règle notamment la question de la facture que devra payer Londres à l’UE, sans la chiffrer, et prévoit une solution controversée pour éviter le retour d’une frontière physique entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord.

(©AFP / (25 novembre 2018 11h20)

https://www.romandie.com/news/ZOOM-Les-Europ-ens-ent-rinent-leur-divorce-tragique-avec-le-Royaume-Uni/973857.rom

Le Brexit montre que l’UE a besoin d’une « refondation » (Macron)

Le Brexit montre que l’UE a besoin d’une « refondation » (Macron)

Bruxelles – Le Brexit montre que l’Union européenne est « fragile » et a besoin d’une « refondation », a déclaré le président français Emmanuel Macron à son arrivée dimanche au sommet européen à Bruxelles destiné à avaliser l’accord de divorce avec le Royaume-Uni.

« C’est un moment grave pour l’UE », a souligné M. Macron, pour qui l’Union « a besoin d’une refondation ». « Cela montre que l’UE a une part de fragilité » et « est perfectible », a-t-il ajouté, estimant que l’accord avec Londres était un « bon accord ».

Les futures relations avec Londres « restent à définir », a-t-il encore dit, ajoutant: « Il est clair que le Royaume-Uni continuera à avoir un rôle important, qui pourra évoluer ».

Emmanuel Macron a fait de la relance du projet européen un des sujets phares de son mandat, mais peine à convaincre ses partenaires européens.

Il appelle de ses voeux la création d’un budget de la zone euro pour soutenir l’investissement et, sur le front de la défense commune, la constitution d’une « armée européenne ».

(©AFP / 25 novembre 2018 09h12)

https://www.romandie.com/news/Le-Brexit-montre-que-l-UE-a-besoin-d-une-refondation-Macron/973832.rom