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La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

par Thierry Meyssan

Pendant que les Européens et les Arabes sont absorbés par le coronavirus, les Anglo-Saxons changent l’ordre du monde. Sous commandement US, le Royaume-Uni a pris le contrôle de l’entrée de la mer Rouge ; les Émirats arabes unis se sont retournés contre l’Arabie saoudite et lui ont infligé une cuisante défaite au Yémen du Sud, tandis que les Houthis le faisaient au Yémen du Nord. Désormais, le Yémen est scindé en deux États distincts et l’intégrité territoriale de l’Arabie saoudite est menacée.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 24 MARS 2020 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆPORTUGUÊSРУССКИЙ

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JPEG - 36.7 koLe président des États-Unis, Donald Trump, et le président de facto des Émirats arabes unis, le prince Mohamed ben Zayed. En silence, les deux hommes d’affaire sont en train de réorganiser le Moyen-Orient élargi.

Le président Donald Trump poursuit sa politique de retrait militaire du « Moyen-Orient élargi ». Pour ce faire, il déplace progressivement ses troupes, signe des accords avec les forces contre lesquelles elles étaient déployées (par exemple avec les Talibans) et négocie la libération de ses prisonniers. Simultanément, le Pentagone fait appel au Royaume-Uni pour prendre la tête des opérations de la nouvelle Alliance atlantique-Moyen-Orient et superviser la suite de la « guerre sans fin » au « Moyen-Orient élargi ». La Syrie est considérée comme zone d’influence russe tandis que la stratégie Rumsfeld/Cebrowski se poursuit avec la division du Yémen en deux États distincts et la préparation du démembrement de l’Arabie saoudite.

Rapatriement des agents de la CIA détenus prisonniers

Les 18 et 19 mars 2020, un citoyen US, Michael White, détenu en Iran, a été transféré de sa prison à l’ambassade de Suisse à Téhéran ; un autre citoyen US, Amer Fakhoury, détenu au Liban, a été exfiltré par les troupes états-uniennes ; enfin le président Trump a demandé publiquement l’aide de la Syrie pour retrouver un troisième citoyen US, Austin Tice.

Ces opérations sont supervisées par le discret conseiller de sécurité nationale, Robert O’Brien, qui dispose d’une solide expérience en matière de libération de prisonniers.

- Michael White a servi 13 ans dans la Marine US. Il s’est rendu en Iran pour y retrouver sa fiancée. Il a été arrêté en 2018 et condamné à 13 ans de réclusion pour espionnage. D’autres citoyens US emprisonnés en Iran —dont Morad Tahbaz, Robert Levinson, Siamak et Baquer Namazee— ne semblent pas susciter le même intérêt de Washington. Michael White a été remis à l’ambassadeur suisse Markus Leitner pour « raison de santé ». Il n’est pas libre pour autant.
- Amer Fakhoury est un célèbre collaborateur des troupes d’occupation israéliennes au Liban. Il fut membre de l’Armée du Liban-Sud, directeur de la sinistre prison de Kiam et tortionnaire. Il s’est enfui du Liban lors du retrait israélien et y est revenu, pour une raison inconnue, en septembre 2019. Il a immédiatement été reconnu et arrêté. Il a été libéré au motif d’une prescription de ses crimes, ce qui est juridiquement faux, mais interdit de quitter le territoire. Il s’est alors précipité à la méga-ambassade US d’Awkar sous la protection de l’ambassadrice Dorothy Shea, d’où il a été exfiltré en hélicoptère par les Forces spéciales US vers Chypre.
- Austin Tice est un capitaine des Marines devenu journaliste indépendant. Il a pénétré illégalement en Syrie avec l’aide des services secrets turcs avant de disparaître, en 2012, à Daraya (banlieue de Damas). Eva Filipi, l’ambassadrice de Tchéquie qui représente les intérêts US en Syrie, avait affirmé qu’il serait détenu non pas par des jihadistes, mais par les autorités syriennes. Ce que Damas a toujours démenti.

Ces trois citoyens US sont très probablement des collaborateurs ou des agents de la CIA.

- Étrangement, les Émirats arabes unis ont brisé l’embargo US et apporté des médicaments en Iran.
- Chaque faction libanaise accuse l’autre d’avoir cédé aux pressions US. Le Hezbollah assure ne pas avoir trahi la Résistance et ne pas avoir négocié secrètement avec Washington, tandis que le président du Tribunal militaire (pro-Hezbollah) a démissionné.
- C’est la première fois depuis deux décennies qu’un président états-unien sollicite publiquement l’aide de la République arabe syrienne.JPEG - 19.8 koLe secrétaire à la Défense US, Mark Esper, reçoit son homologue britannique, Ben Wallace, au Pentagone. La « relation spéciale » entre les deux pays est rétablie. Les « Cinq yeux » sont renforcés. Le Royaume-Uni prend le commandement des opérations de l’Otan-MO.

Transfert de l’encadrement militaire au Royaume-Uni

Le 5 mars, le secrétaire US à la Défense, Mark Esper, a reçu au Pentagone son homologue britannique Ben Wallace. Les deux hommes se sont partagés le commandement de la nouvelle Otan-MO [1].

Ben Wallace a ensuite prononcé un discours à l’Atlantic Council au cours duquel il a confirmé la solidité de l’alliance UK-USA et la disponibilité du Royaume-Uni. Il a également soutenu la nécessité de juger le « dictateur Bachar el-Assad » (sic), mais l’impossibilité de le faire compte tenu du soutien de l’« ours russe ». En d’autres termes, la Syrie reste un ennemi, mais on n’y touchera plus. La guerre sera déplacée [2].JPEG - 26.1 koLe secrétaire britannique à la Défense, Ben Wallace, et son homologue turc, le général Hulusi Akar, inspectent les « postes d’observation » turcs qui servent de base de repli aux jihadistes à Idleb (Syrie occupée), le 12 mars 2020. Londres assure Ankara que le Pentagone ne détruira pas la Turquie, mais l’Arabie saoudite.

Les 12 et 13 mars, Ben Wallace s’est rendu en Turquie et en Syrie occupée par les jihadistes. Il a inspecté les postes d’observation de l’armée turque à Idleb et fait parvenir 89 millions de £ de dons « humanitaires » aux familles des jihadistes. Ceux-ci ont alors commencé à attaquer les troupes turques censées les protéger, tuant plusieurs soldats turcs.

La fin du Yémen et le début de celle de l’Arabie saoudite

Poursuivant leur politique de retrait militaire et de transfert de cette fonction à des proxys, les États-Unis sont en train de transformer la guerre du Yémen. Originellement, le Pentagone prévoyait de diviser ce pays en deux selon la ligne de partage qui existait jusqu’en 1990. Il avait encouragé l’Arabie saoudite et Israël à se lancer à l’assaut du pays pour en exploiter les ressources pétrolières de la région mitoyenne du « Quart vide » [3]. L’opération avait été conduite avec l’aviation israélienne, des mercenaires colombiens sous drapeau saoudien et des troupes émiraties. Elle avait été coordonnée par un état-major tripartite (Arabie/USA/Israël) basé au Somaliland.

Cependant, le Pentagone s’appuyant sur les rivalités tribales parvint à complexifier la situation jusqu’à aboutir à un pays effectivement divisé en deux, mais aussi à une Coalition Arabie-soudite/Émirats également divisée. Il lui fallait alors —sans engager ses propres troupes— terminer la division du Yémen en deux États distincts avant de se lancer dans la division de l’ancien allié saoudien en cinq États distincts. Le Pacte du Quincy lui fait obligation de protéger le roi d’Arabie saoudite, mais ni son pays, ni son héritier [4].JPEG - 66.7 koLe souverain de facto d’Abou Dhabi et président de facto des Émirats arabes unis, Mohamed ben Zayed, a été le mentor du prince héritier saoudien, Mohamed ben Salmane. Progressivement l’élève a voulu écraser son maître. En définitive, c’est le discret MBZ qui devrait écraser l’infatué MBS.

Cette semaine, le Pentagone a dépêché un navire de guerre au large d’Aden. Il a installé des troupes britanniques sur l’ile de Socotra pour en faire une base militaire permanente avec les Émirats arabes unis et l’a armé avec des missiles Patriot. Simultanément, les Houthis du Nord soutenus par l’Iran ont attaqué victorieusement deux bases militaires saoudiennes et fait prisonniers plus de 700 soldats saoudiens, tandis que les tribus soutenues par les Émirats ont attaqué les tribus soutenues par l’Arabie saoudite à Aden. Le gouvernement d’Abdrabbo Mansour Hadi, seule autorité officiellement reconnue par l’Onu mais siégeant en exil à Riyad, a perdu le contrôle d’Aden.

Le prince héritier saoudien, Mohamed ben Salman, après avoir torturé son ami d’enfance trop brillant, après avoir assassiné ses rivaux, après avoir exécuté le chef chiite de son opposition, après avoir embastillé et dépouillé ses frères et oncles, après avoir fait découper à Istanbul un Frère musulman trop bavard, n’a plus personne pour le soutenir.

Les départements états-unien, britannique et émirati de la Défense ne communiquent pas sur ces batailles. Seuls les Houthis le font. En l’absence de communication officielle, la presse internationale est aveugle et muette.

Le Yémen du Sud est une ancienne colonie britannique et les Émirats arabes unis étaient intégrés dans l’Empire des Indes. Le Royaume-Uni, sous parapluie états-unien, reconquiert son influence dans le Golfe et en mer Rouge.

L’opposition Arabie saoudite/Axe de la Résistance n’existe plus, faute de combattants. Désormais, après l’Iran (1953-78), l’Iraq (1979-90) et l’Arabie saoudite (1991-2019), les Émirats arabes unis (2020-), sous parapluie de l’Otan-MO, sont devenus les gendarmes de la région.

Ce retournement complet de situation correspond à notre analyse de la crise. Après leur échec en Syrie, les États-Unis poursuivent leur plan de 2001 et s’apprêtent à déstabiliser l’Arabie saoudite. Le président Trump a validé cette étape à la seule condition que les troupes US n’y participent pas directement, mais que les Émirats les représentent.

Le suicide de l’Union européenne

Pendant ce temps, l’Union européenne réagit de manière inadaptée à l’épidémie de coronavirus. Au lieu de lutter contre la maladie (tests généralisés, traitement des personnes infectées à la chloroquine, soins d’urgence aux malades avec respiration artificielle et interféron Alfa 2B recombiné), elle prévient l’engorgement de ses hôpitaux (assignation à résidence de la population saine) [5]. Son économie s’est arrêtée et la Banque centrale européenne annonce une récession de 5 % si cette situation se prolonge deux semaines, mais ce sera probablement six.

Lorsque le pic de l’épidémie sera passé, elle ne sera plus une grande puissance économique et le monde sera organisé d’une manière nouvelle, sans elle.

Thierry Meyssan

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1] « NATO Go Home ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 février 2020.

[2] « Quelle cible après la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 mars 2020.

[3] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[4] « Le Pacte du Quincy ne protège que le roi d’Arabie, pas son héritier », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 octobre 2018.

[5] « Covid-19 : propagande et manipulation », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 mars 2020

.https://www.voltairenet.org/article209502.html

‘Des exigences ridicules et déraisonnables’: les hostilités sont lancées entre la France et le Royaume-Uni

‘Des exigences ridicules et déraisonnables’: les hostilités sont lancées entre la France et le Royaume-Uni

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17/02/2020 | Pieterjan Neirynck | 3 min de lecture

Le ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian (à droite) est considéré comme un confident du président Emmanuel Macron. (EPA)

La France avertit le Royaume-Uni que les prochaines négociations avec l’Union européenne sur un nouvel accord commercial ne seront pas une partie de plaisir, selon la BBC.

‘En ce qui concerne le nouvel accord commercial et les relations futures, l’Union européenne et le Royaume-Uni vont se déchirer mutuellement’, a déclaré Jean-Yves Le Drian, le ministre français des affaires étrangères, lors d’une conférence internationale le weekend dernier. Une punchline qui s’inscrit toutefois dans les négociations: chacun défend ses propres intérêts.

Il y a deux semaines, les Britanniques ont officiellement quitté l’Union européenne et ont entamé une période de transition pour négocier un nouvel accord commercial. Que Boris Johnson veuille à tout prix gérer ces pourparlers cette année suscite également le scepticisme du ministre français. ‘Il sera difficile pour le Royaume-Uni de trouver un accord commercial d’ici le 31 décembre’, déclare Le Drian.

‘Des exigences ridicules et déraisonnables’ de l’UE

Les avertissements ne viennent pas de nulle part. David Frost, le négociateur britannique de Brexit, doit prononcer ce lundi un discours en guise d’ouverture. Il réitérera fermement les priorités britanniques et exigera que l’Union européenne retire ses demandes ‘ridicules et déraisonnables’ de la table. Il est bien connu que Johnson préfère cesser de suivre les normes européennes.

La pêche, en particulier, deviendra une pomme de discorde dans les négociations. L’Union européenne – et la France en particulier – insiste sur le fait que l’accès permanent aux eaux britanniques doit faire partie d’un accord. Johnson, en revanche, voit l’avenir du Royaume-Uni comme un ‘État côtier indépendant’, avec un contrôle sur ses propres pêches.

Lire aussi:

Source: BBC

https://fr.businessam.be/des-exigences-ridicules-et-deraisonnables-les-hostilites-sont-lancees-entre-la-france-le-royaume-uni/

Le Grand Large

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   mardi 04 février 2020

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Le Grand Large

L’Angleterre est entrée dans les vastes horizons maritimes du Brexit. En effet, nombre, très grand nombre de commentateurs qui saluèrent l’événement de grimaces désolées ou/et sardoniques nous ont fait part du destin catastrophique qui attendait le sortant. L’UE, quant à elle, prépare  des conditions inacceptables pour les Britanniques, pour les négociations à venir, comme si elle voulait réintégrer ce pays mais bien entendu sans qu’il ait le droit de vote. L’EU est une démocratie vibrante  du type  que le monde entier nous envie.

Mais laissons de côté les briganderies courantes de l’UE qui n’est capable de produire rien d’autre et le volet intérieur et économique de l’avenir de UK, que traite le texte ci-dessous de Pierre Lévy, – les intentions britanniques à cette lumière (“la trahison du thatchérisme”) expliquant d’ailleurs en partie, du point de vue psychologique, la sévérité et l’intention de l’UE de récupérer le fugueur pour le mettre en isolement dans une cellule hautement sécurisé. Le principal aspect du démarrage de la période du post-Brexita été, du point de vue le plus général possible de nos salons (toujours eux), le constat que UK, replongé dans son absurde “splendid isolation”, allait en fait se jeter dans les bras des USA, tournant résolument le dos à l’Europe, choisissant “le Grand Large”, c’est-à-dire les cousins d’Amérique. 

“Le grand large” est une expression venue d’une anecdote elle-même venue du général de Gaulle, systématiquement interprétée depuis plus d’un demi-siècle dans le sens parfaitement contraire de ce qu’elle dit. (La FakeNews n’a pas attendu nos éminences du jours pour baigner le conformisme de la culture-Système des élites-zombie.) Telle qu’on nous la ressort aujourd’hui dans les susdites élites-zombie du Système, elle rapporte ceci que Churchill, lors d’une discussion avec de Gaulle, lui aurait dit que “chaque fois qu’il nous faudra [nous Anglais] choisir entre l’Europe et le grand large [les États-Unis], nous choisirons le grand large”. Cette anecdote symbolisait donc la volonté irrésistible de UK de toujours se tourner vers les USA et constitue en général, dans les conversations de salon et de plateaux TV, la preuve intangible de cette attitude.

L’anecdote dit complètement le contraire comme le montre ce passage des Mémoires de guerredu général… La scène se passe dans le wagon d’un train où le gouvernement britannique se tenait temporairement, le 4 juin 1944, tout proche des principaux ports d’embarquement des forces d’invasion du continent ; et la scène se tenant dans une pièce où se trouvent de Gaulle et Churchill certes, mais aussi les principaux membres du cabinet britannique (souligné en gras, les passages qui disent le contraire de ce qu’on fait dire à cette anecdotique) : 

« — Et vous ! s’écrie Churchill, comment voulez-vous que nous, Britanniques, prenions une position séparée de celles des États-Unis ?” Puis, avec une passion dont je sens qu’elle est destinée à impressionner ses auditeurs anglais plutôt que moi-même : “Nous allons libérer l’Europe, mais c’est parce que les Américains sont avec nous pour le faire. Car, sachez-le ! Chaque fois qu’il nous faudra choisir entre l’Europe et le grand large, nous serons toujours pour le grand large. Chaque fois qu’il me faudra choisir entre vous et Roosevelt, je choisirai toujours Roosevelt.” Après cette sortie, Eden, hochant la tête, ne me paraît guère convaincu. Quant à Bevin, ministre travailliste du Travail [et vice-Premier ministre du gouvernement d’unité nationale], il vient à moi et me déclare assez haut pour que chacun l’entende : “Le Premier ministre vous a dit que, dans tous les cas, il prendrait le parti du président des États-Unis. Sachez qu’il a parlé pour son compte et nullement au nom du cabinet britannique.” »

Il est vrai que les Britanniques avaient défini en 1944 une ligne politique qu’une note interne du Foreign Office, citée par John Charmley dans La Passion de Churchill, définissait de la sorte : « En tentant d’exposer “l’essence d’une politique américaine” en 1944, un diplomate définit parfaitement cette attitude [dans une note interne du Foreign Office]. La politique traditionnelle du Royaume-Uni de chercher à empêcher qu’une puissance exerçât une position dominante était écartée : “Notre but ne doit pas être de chercher à équilibrer notre puissance contre celle des États-Unis, mais d’utiliser la puissance américaine pour des objectifs que nous considérons comme bénéfiques”. La politique britannique devrait être désormais considérée comme un moyen d’“orienter cette énorme péniche maladroite  [les USA] vers le port qui convient”. »

Il n’empêche qu’il subsista toujours deux courants au sein de l’establishment  britannique, dont un était celui de la recherche d’une alliance européenne, non pas au sein d’une Europe unie (ce que Churchill notamment rejetait) mais en recherchant principalement un axe Londres-Paris appuyé sur les deux pays souverains. Ce fut notamment le travail de  l’ambassadeur Duff-Cooper  (*) en 1944-1947, dont Churchill disait « Duff est parfois plus français que les Français » (Duff-Cooper répliquant que « Churchill est parfois plus américain que les Américains »).

En fait, si l’on observe l’histoire britannique de l’après-guerre, on trouve trois Premiers ministres qui jouèrent un jeu totalement pro-américaniste : McMillan (1956-1964), qui trahit Eden dont il était le ministre des finances avant de le remplacer comme premier ministre,  au moment de l’expédition de Suez en arrangeant secrètement un accord avec les USA ; Margaret Thatcher (1979-1989) et Tony Blair surtout à partir de l’attaque 9/11. Parmi des exemples de politiques divergentes des USA, on mentionnera que même Churchill, lors de son retour au pouvoir (1949-1954), lança après la mort de Staline une politique personnelle de rapprochement avec l’URSS qui contredisait complètement  celle des USA. Eden suivit les Français dans l’expédition de Suez, contre l’avis des USA, et Wilson refusa dans les années 1960 de céder aux pressions US pour envoyer un contingent de forces militaires britanniques au Vietnam (ce qui conduisit la CIA à explorer l’hypothèse d’un Wilson agent de Moscou).

Pour ce qui concerne l’Europe elle-même, l’Europe institutionnelle, l’avertissement d’un tournant  britannique vers “le Grand Large” avec le Brexit, est risible de la part d’un organisme (l’UE) totalement aligné sur les USA, avec un leader (l’Allemagne)à qui est, bien plus qu’aucun autre pays européen (UK compris), une colonie américaniste en Europe, occupée par un contingent de 50 000 G.I. En fait, c’est le Royaume-Uni au sein de l’UE qui travailla clairement comme un agent des USA selon une orientation qui le satisfaisait (UK hostile à une intégration supranationale). Aujourd’hui, UK ne peut plus tenir ce rôle et nous attendons avec intérêt la façon dont l’UE, – Allemagne en tête applaudie par la Pologne, – affirmera son indépendance par rapport aux USA.

Par contre, nous croyons très possible que les Britanniques, n’ayant plus leur travail de termites à faire au sein de l’UE selon leurs intérêts et avec le soutien et les consignes US, retrouvent en politique extérieure des velléités d’indépendance. Après tout, ils sont capables aujourd’hui de dire non aux USA  qui leur demandent d’abandonner le réseau Huawei 5G, symboliquement trois jours avant le Brexit, alors qu’on les dit en état de faiblesse mortelle et totalement sous la coupe des USA.

Nous ne serions pas autrement étonnés si les Britanniques, retrouvant leur politique européenne traditionnelle, craignent une alliance militaire franco-allemande et fassent des ouvertures avantageuses aux Français pour resserrer des liens militaires bilatéraux déjà établis. Cela ne pourrait que satisfaire le bon sens, en évitant aux Français et à ses stratèges de salon et de plateaux TV, européistes fulgurants d’intelligence et de germanolâtrie, une de ces monstrueuses sottises telle que la mise en commun “européenne” de la force nucléaire française. Les Allemands, qui sont en train de rafler tous les postes de direction de l’UE sans le moindre égard pour les autres pays et encore moins pour leurs “partenaires“ français, le réclament avec insistance, – on comprend aisément pourquoi, non ?

Ci-dessous, on trouve le texte de Pierre Lévy, du magazine mensuel Ruptures, du  31 janvier 2020, publié sur RT-françaisen partenariat avec Ruptures

dedefensa.org

Note

(*) Dans le texte référencé, on trouve notamment ce passage :

 « Les réalités que rapporte Duff Cooper, pourtant peu suspect d’hostilité à l’encontre des Américains ne nous disent pas cela[UK irrésistiblement lié aux USA, toujours tournée vers le ‘grand large’ et fascinée par lui”]. Lorsqu’il explique l’hostilité qu’éprouvaient Roosevelt et parfois Churchill à l’encontre de De Gaulle parce que celui-ci réaffirmait sans arrêt la souveraineté française, [Duff Cooper] ne cesse de préciser que ces opinions étaient peu courantes dans les cercles dirigeants britanniques, qu’au contraire l’opinion générale était favorable à de Gaulle dans la mesure où il entendait restaurer la dignité et la puissance française, parce que ce statut restauré de la France était une nécessité de l’Europe d’après-guerre, où les deux pays devraient jouer un rôle majeur.[…]
» …On trouvait les adversaires de l’option européenne (française) dans les branches “techniques” du gouvernement (une partie de la bureaucratie militaire, les services de renseignement, les bureaucraties des ministères du trésor et du commerce) et dans les cercles d’influence pro-américains autour de Churchill… »

________________________

Le Brexit et la trahison du thatchérisme

Historique. Pour une fois, le terme n’est pas galvaudé. Le 31 janvier au soir, le Royaume-Uni aura juridiquement quitté l’Union européenne. Avec la chute du mur de Berlin – mais dans un sens opposé – il s’agit probablement du plus important événement européen depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Dès le référendum, et malgré une suite incroyable d’embûches, sa réalisation ne faisait in fine aucun doute – c’est ce que nous n’avons cessé d’analyser dans ces colonnes.

Le dépit a saisi tous ceux qui ont eu jusqu’au bout l’illusion de pouvoir faire dérailler le processus, moyennant guérilla parlementaire et pression bruxelloise. Quelques jours avant les élections décisives du 12 décembre, qui tournèrent au plébiscite en faveur du Brexit, certains partisans de l’UE affirmaient encore que, grâce à l’inscription récente et massive de jeunes sur les listes électorales, le choix du 23 juin 2016 allait pouvoir être retoqué.

Très cruel paradoxe pour les partisans de l’Europe : la guerre d’usure que menèrent les députés pro-UE à Westminster a bloqué l’accord signé en novembre 2018 entre Bruxelles et Theresa May, alors même que cette dernière avait accepté d’y graver concession sur concession. A l’inverse, en affirmant que la Grande-Bretagne sortirait « quoi qu’il arrive, avec ou sans accord », son successeur a arraché un traité bien plus net et fait voter une application qui concrétise un Brexit bien plus « dur »… Boris Johnson a en outre exclu que les négociations pour fixer le cadre des futures relations bilatérales se traduisent par un « alignement » sur les règles des Vingt-sept.

Le locataire de Downing street a indiqué dans la foulée qu’il ne se rendrait pas à Davos « parce qu’il y a plus urgent à faire que d’aller trinquer avec les milliardaires ». Démagogique ? Peut-être. Mais doit-on également moquer ainsi un programme qui s’engage à réinvestir massivement dans les services publics (notamment la santé), les infrastructures (notamment ferroviaires), et à rééquilibrer les priorités en faveur des régions les plus déshéritées ? Le premier ministre vient même de renflouer un transporteur aérien dont la faillite aurait laissé à l’abandon nombre de liaisons régionales. Une décision contraire aux règles de l’UE – mais aussi une « trahison du thatchérisme », selon le quotidien conservateur The Telegraph.

Boris Johnson s’est-il converti au bolchevisme ? C’est peu probable. Mais au lieu de faire un bras d’honneur aux classes populaires après que celles-ci ont assuré sa victoire, il projette sans doute de s’ancrer à long terme au sein de celles-ci, en profitant du fossé qui s’est creusé entre les ouvriers et une « gauche » favorable à l’UE et à l’ouverture des frontières.

Il faudra juger sur pièces. Ce qui est certain, c’est que le Brexit a et aura des conséquences bien au-delà du Royaume-Uni. Alors que durant des mois, l’on nous a présenté la sortie de l’UE comme une interminable torture sans autre perspective que le chaos, désormais, chaque jour qui passe sans que le pays ne sombre dans l’abîme va constituer un cinglant désaveu de cette propagande.

Le président de la Banque d’Angleterre, le Canadien Mark Carney, avait été l’un des plus acharnés prophètes de l’apocalypse dès la campagne référendaire de 2016. Bougon, il vient de concéder discerner « la réduction des incertitudes », pour affirmer toutefois que le rebond économique « n’est pas assuré ». Ce qui dénote quand même une petite évolution par rapport à la catastrophe certaine… On note au passage que l’homme vient de quitter ses fonctions pour remplacer le milliardaire américain Michael Bloomberg comme représentant de l’ONU pour le climat – un autre poste où il brillera par l’annonce des catastrophes bien connues… 

Donc, on peut sortir de l’UE sans brûler en enfer. Pour les dirigeants européens, cela va devenir une bien fâcheuse évidence. Taraudés par cette angoisse, ils viennent de lancer un processus de « rénovation » de l’UE censé durer deux ans et associant les « citoyens européens » via un « grand débat » à la Macron.

Grandiose !

Pierre Lévy

https://www.dedefensa.org/article/le-grand-large

Brexit: La France ne veut pas d’un «Singapour-sur-Tamise» prévient Jean-Yves Le Drian

Brexit: La France ne veut pas d’un «Singapour-sur-Tamise» prévient Jean-Yves Le Drian

l’Opinion 03 février 2020 à 07h30

Le ministre des Affaires étrangères s’est montré ferme face aux velléités britanniques de dumping social

Jean-Yves Le DrianJean-Yves Le Drian © Sipa PressS’abonner

Les négociations commerciales entre le Royaume-Uni et l’Union européenne s’annoncent sportives. Depuis Londres, Boris Johnson a fait savoir qu’il n’hésiterait pas à faire usage de droits de douane comme levier dans les discussions. Le locataire du Quai d’Orsay, Jean-Yves Le Drian a assuré que la France s’opposerait à tout dumping social de la part du Royaume-Uni. « Si le Royaume-Uni veut établir à l’extérieur de l’Union européenne une espèce de Singapour-sur-Tamise, nous ne serons pas d’accord », a dit le chef de la diplomatie française dimanche 2 février au micro de RTL, lors de l’émission « le Grand Jury ».

Plusieurs pays européens redoutent que le Royaume-Uni, désormais en dehors de l’Union européenne, ne prenne comme modèle économique Singapour, qui a connu une croissance exceptionnelle grâce à une politique de libre-échange total et d’ouverture unilatérale des frontières. L’une des craintes est que Londres devienne, en faisant du dumping social, un paradis fiscal aux portes de l’Europe. « Il faudra pour avoir accès au marché intérieur respecter nos règles », a prévenu Jean-Yves Le Drian.

Velléités. Une réponse ferme au ministre britannique des Affaires étrangères, Dominic Raab. Le même jour, il a déclaré sur Sky News que le Royaume-Uni reprenait « le contrôle de ses lois et qu’il n’entendait pas s’aligner intégralement sur les règles européennes ». Le chef de la diplomatie britannique a rappelé qu’il attendait de « qu’elle se tienne à son engagement d’un accord de libre-échange semblable à celui avec le Canada », tout en précisant que son pays souhaitait « coopérer ».

Si cette posture ravit les Brexiters, elle risque de renforcer les tensions avec l’Irlande, qui avait majoritairement voté pour rester dans l’Union européenne. Son Premier ministre, Leo Varadkar, a mis en garde dimanche le gouvernement britannique contre des « lignes rouges » trop rigides qui compromettraient un accord au terme de la période de transition. Celle-ci doit s’achever le 31 décembre 2020.

(Avec Reuters)

https://www.lopinion.fr/edition/international/brexit-france-ne-veut-pas-d-singapour-tamise-previent-jean-yves-drian-210449

Paris, Berlin et Londres déclenchent un mécanisme pour contraindre l’Iran sur le nucléaire

urgent

Paris, Berlin et Londres déclenchent un mécanisme pour contraindre l’Iran sur le nucléaire

© Sputnik .INTERNATIONAL12:29 14.01.2020(mis à jour 12:52 14.01.2020)URL courte18650S’abonner

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont annoncé, mardi 14 janvier, leur décision de saisir la commission mise en place dans le cadre du mécanisme de résolution des différends créé par l’accord de Vienne, afin de contraindre l’Iran à respecter ses engagements.

La France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont annoncé, mardi 14 janvier, leur décision de saisir la commission mise en place dans le cadre du mécanisme de résolution des différends créé par l’accord de Vienne, afin de contraindre l’Iran à respecter ses engagements.

«Nous n’avons plus d’autre choix, étant donné les mesures prises par l’Iran, que de faire part aujourd’hui de nos préoccupations quant au fait que l’Iran ne respecte pas ses engagements au titre du JCPoA et de saisir la Commission conjointe dans le cadre du mécanisme de règlement des différends, conformément aux dispositions du paragraphe 36 du JCPoA», indique un communiqué commun des ministères français, allemand et britannique des Affaires étrangères.

Le communiqué souligne que, malgré cette décision, les pays «ne rejoignent pas la campagne visant à exercer une pression maximale contre l’Iran»:

«Nous agissons en toute bonne foi avec l’objectif primordial de préserver l’accord et dans l’espoir sincère de trouver une solution pour sortir de l’impasse par le biais d’un dialogue diplomatique constructif, tout en restant dans son cadre. Nous espérons ramener l’Iran au plein respect de ses engagements au titre du JCPoA».

https://fr.sputniknews.com/international/202001141042901242-paris-berlin-et-londres-declenchent-un-mecanisme-pour-contraindre-liran-sur-le-nucleaire/

Victoire triomphale de Boris Johnson et du Brexit aux législatives britanniques

Victoire triomphale de Boris Johnson et du Brexit aux législatives britanniques

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Le Premier ministre Boris Johnson quitte le 10 Downing Street à Londres le 13 décembre 2019 après sa victoire aux élections

Le Premier ministre Boris Johnson quitte le 10 Downing Street à Londres le 13 décembre 2019 après sa victoire aux élections1/3© AFP, Ben STANSALLA lire aussi

Cap sur le Brexit pour Boris Johnson, grand vainqueur des élections britanniques

MondeCap sur le Brexit pour Boris Johnson, grand vainqueur des élections britanniquesMondeGrande-Bretagne: le parti du Brexit renonce à disputer les sièges des conservateurs

AFP, publié le vendredi 13 décembre 2019 à 13h48

Brexit, en avant toute ! Le Premier ministre conservateur Boris Johnson s’impose vendredi comme l’homme fort du Royaume-Uni après son triomphe aux législatives qui lui permet d’honorer sa promesse de sortir son pays de l’Union européenne le 31 janvier, après plus de trois ans de déchirements.

Les résultats publiés jusqu’à vendredi matin ont confirmé la tendance donnée par les premières estimations: une majorité écrasante pour les conservateurs, qui n’avaient plus exercé un tel contrôle sur le Parlement britannique depuis Margaret Thatcher.

En raflant des circonscriptions ouvrières détenues depuis des décennies par les travaillistes, les tories ont les coudées franches pour mettre en oeuvre le Brexit, approuvé à 52% par les Britanniques en 2016 mais dans l’impasse.


Après dépouillement dans 647 circonscriptions sur 650, le parti de Boris Johnson avait raflé 362 sièges à la Chambre des communes contre 317 remportés en 2017. Principale formation d’opposition, les travaillistes s’effondrent à 203 sièges (contre 262), plaçant leur très à gauche chef de file Jeremy Corbyn sur un siège éjectable. 

Ce « nouveau mandat fort (…) donne à ce nouveau gouvernement l’occasion de respecter la volonté démocratique du peuple britannique », a souligné Boris Johnson. Il a évoqué un « tremblement de terre » qui redessine le paysage politique britannique, au profit des conservateurs. 

– Accord commercial « lucratif » –

Le slogan « Réalisons le Brexit! », que le bouillonnant dirigeant à la tignasse blonde a répété à l’envi durant sa campagne, a fait mouche auprès des électeurs lassés de plus de trois ans de psychodrame. 

Désormais doté d’une confortable majorité absolue qui lui manquait jusqu’à présent, il ira tout droit à Buckingham Palace pour être renommé Premier ministre par la reine Elizabeth II.

Boris Johnson a été félicité par son fidèle soutien, le président américain Donald Trump, qui lui a promis sur Twitter « un énorme nouvel accord commercial après le BREXIT », « potentiellement beaucoup plus gros et plus lucratif que n’importe quel accord qui pourrait être conclu avec l’Union européenne ». 

A Bruxelles, où les dirigeants européens sont réunis en sommet, la France a salué une « clarification ».

Pour le travailliste Jeremy Corbyn, 70 ans, c’est l’humiliation. « Très déçu », ce dernier a annoncé qu’il ne conduirait pas le parti aux prochaines élections, tout en souhaitant voir son parti entamer une « réflexion sur le résultat du scrutin et sur sa future politique ». Maigre consolation, il a été élu pour la dixième fois, dans la circonscription londonienne d’Islington nord.

Chef de l’opposition le plus impopulaire jamais enregistré dans les sondages, Jeremy Corbyn a payé sa position ambiguë sur la sortie de l’UE. Il voulait renégocier un nouvel accord de divorce, plus social, puis le soumettre aux Britanniques avec comme alternative le maintien dans l’UE, sans lui-même prendre position.

Les travaillistes ont perdu des fiefs symboliques, comme la ville de Workington. Un groupe de réflexion avait identifié « l’homme de Workington », un homme blanc, âgé, sans diplôme, pro-Brexit comme l’électeur clé pour remporter le scrutin.

« Les conservateurs représentent désormais de nombreux ménages à faible revenu, des personnes qui travaillent dans les industries manufacturières et traditionnelles du centre et du nord de l’Angleterre », a dit à l’AFP le professeur Tony Travers, de la London School of Economics (LSE).

Jusqu’à présent, Boris Johnson n’avait pas réussi à faire adopter par le Parlement l’accord de divorce qu’il avait négocié avec Bruxelles, faute de majorité à la Chambre des communes.

Il a promis de soumettre cet accord aux députés avant Noël avec l’objectif de mettre le Brexit en oeuvre fin janvier, après trois reports. 

Boris Johnson a bénéficié d’un coup de pouce du Parti du Brexit, emmené par l’europhobe Nigel Farage, qui devrait faire chou blanc après s’être retiré de nombreuses circonscriptions pour ne pas diviser le vote pro-Brexit. 

– Quel lien avec l’UE? –

Réaliser le Brexit doit permettre de tourner la page et de s’atteler aux « priorités » des Britanniques, comme la santé, la sécurité et les infrastructures, a affirmé le chef de gouvernement.

Mais Boris Johnson devra aussi préciser quel type de relation il veut nouer avec l’Union européenne. Dès le Royaume-Uni sorti de l’UE s’ouvriront de difficiles négociations sur ce sujet, censées être conclues d’ici à la fin 2020. Mission impossible vu la complexité du sujet, estiment bien des analystes. 

Les nouveaux députés siégeront dès mardi et Boris Johnson leur déclinera son programme législatif par le biais du traditionnel discours de la reine jeudi.Pour les pro-UE, l’espoir d’empêcher le Brexit s’est évanoui avec la défaite du Labour et l’échec des libéraux-démocrates, opposés au Brexit, dont la cheffe Jo Swinson n’a pas été réélue. 

Seuls les nationalistes écossais du SNP tirent leur épingle du jeu, progressant nettement à 48 sièges, selon les résultats partiels.

https://actu.orange.fr/monde/victoire-triomphale-de-boris-johnson-et-du-brexit-aux-legislatives-britanniques-CNT000001m50tM/photos/le-premier-ministre-boris-johnson-quitte-le-10-downing-street-a-londres-le-13-decembre-2019-apres-sa-victoire-aux-elections-8f7d1989029c583b672c520df18f2561.html 

La France manipulée

« SOUS NOS YEUX » (9/25)

La France manipulée

par Thierry Meyssan

Nous poursuivons la publication du livre de Thierry Meyssan, Sous nos yeux. Dans cet épisode, l’auteur montre que la France post-coloniale a été recrutée par le Royaume-Uni et les États-Unis pour se joindre aux guerres contre la Libye et la Syrie, sans que ces deux puissances l’informent sur leur projet de « printemps arabe ». Accaparés par les détournements de fonds auxquels ils se livraient, les dirigeants français n’ont rien vu venir. Lorsqu’ils ont réalisé être tenus à l’écart de la planification, leur réaction a été purement communicationnelle : ils ont tenté d’apparaître comme les amiraux de l’opération, sans se préoccuper des conséquences des agissements de leurs partenaires.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 6 DÉCEMBRE 2019 TÜRKÇEITALIANO

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Cet article est extrait du livre Sous nos yeux.
Voir la Table des matières.

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Le Royaume-Uni a manipulé la France en l’entraînant dans ses aventures au Moyen-Orient élargi sans lui révéler l’opération qu’elle y préparait avec les États-Unis depuis 2005.

18— La préparation des invasions
de la Libye et de la Syrie

Avant même sa confirmation par le Sénat, la future secrétaire d’État Hillary Clinton contacte Londres et Paris pour mener une double opération militaire au «  Moyen-Orient élargi  ». Après le fiasco irakien, Washington considère comme impossible d’utiliser ses propres troupes pour ce genre d’aventure. D’un point de vue états-unien, le moment est venu de remodeler la région, c’est-à-dire de redessiner les États dont les frontières avaient été fixées en 1916 par les empires anglais, français et russe (la «  Triple entente  ») et d’imposer des lignes favorables aux intérêts US. Cet accord est connu sous le nom des délégués britannique et français Sykes et Picot (le nom de l’ambassadeur Sazonov a été oublié du fait de la révolution russe). Mais comment convaincre Londres et Paris de ruiner leur héritage, sinon en leur promettant de les laisser recoloniser la région  ? D’où la théorie du «  leadership par l’arrière  ». Cette stratégie est confirmée par l’ancien ministre mitterrandien des Affaires étrangères, Roland Dumas, qui attestera à la télévision avoir été contacté par des Britanniques et des États-uniens, en 2009, pour savoir si l’opposition française soutiendrait un nouveau projet colonial.

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À l’instigation des États-Unis, la France et le Royaume-Uni signent les accords de Lancaster House. Une clause secrète prévoit de conquérir la Libye et la Syrie. L’opinion publique ignore cependant l’accord entre Londres et Washington sur les futurs « printemps arabes ».

En novembre 2010, c’est-à-dire avant le début du prétendu «  Printemps arabe  », David Cameron et Nicolas Sarkozy signent à Londres les Traités de Lancaster House [1]. Il s’agit officiellement de mettre en commun des éléments de Défense, y compris nucléaires, de manière à réaliser des économies d’échelle. Bien que ce soit une idée stupide au regard de la différence d’intérêts des deux pays, l’opinion publique ne comprend pas ce qui se trame. L’un des Traités unit les «  forces de projection  » (comprendre les forces coloniales) des deux nations.

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Opération « Southern Mistral » : l’étrange logo du Commandement des opérations aériennes. Le rétiaire ne protège pas l’oiseau de la liberté, mais le fait prisonnier dans son filet.

Une annexe de ces Traités indique que la Force expéditionnaire franco-britannique réalisera les plus importantes manœuvres militaires conjointes de l’histoire des deux pays du 15 au 25 mars 2011, sous le nom de «  Southern Mistral  ». Le site Internet de la Défense précise que le scénario du jeu de guerre sera un bombardement à très grande distance pour venir en aide aux populations menacées par «  deux dictateurs de la Méditerranée  ».

C’est précisément le 21 mars que l’US AfriCom et l’US CentCom – les commandements régionaux des Forces états-uniennes – ont choisi comme date pour que la France et le Royaume-Uni attaquent à la fois la Libye et la Syrie [2]. Cela tombe bien, les Forces franco-britanniques sont prêtes. Comme les choses ne se passent jamais comme prévu, la guerre contre la Syrie est remise à un peu plus tard, et Nicolas Sarkozy qui veut frapper en premier ordonne à son armée d’attaquer seule la Libye dès le 19 mars, lors de l’opération «  Harmattan  » (traduction française de Southern Mistral).

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L’ex compagnon de Kadhafi, Nouri Massoud El-Mesmari, a fait défection le 21 octobre 2010. Il s’est placé sous protection des services secrets français prétendant connaître les secrets du Guide.

La France croit disposer d’un atout maître  : le chef du protocole libyen, Nouri Massoud El-Mesmari, a fait défection et a demandé asile à Paris. Sarkozy est persuadé que l’homme était le confident du colonel Kadhafi et peut l’aider à identifier ceux qui sont prêts à le trahir. Malheureusement, ce beau parleur tenait l’agenda du Guide, mais n’assistait pas aux réunions [3].

Quelques jours après la signature des Traités de Lancaster House, une délégation commerciale française se rend à la Foire de Benghazi avec des fonctionnaires du ministère de l’Agriculture, des dirigeants de France Export Céréales et de France Agrimer, des managers de Soufflet, de Louis Dreyfus, de Glencore, de Cani Céréales, de Cargill et de Conagra. Sur place, les agents de la DGSE qui les accompagnent rencontrent secrètement des militaires pour préparer un coup d’État.

Prévenu par les États-Unis, Tripoli arrête les traîtres, le 22 janvier 2011. Les Libyens s’imaginent protégés par leur nouvelle alliance avec Washington, alors qu’il se prépare à leur apporter la mort. Les Français, quant à eux, doivent retourner dans l’ombre du Grand frère US.

Pendant que les Français s’occupent de préparer l’invasion de la Libye, les États-uniens lancent leur opération avec les Britanniques. Elle est beaucoup plus vaste que ce qu’ils en ont dit à leur agent Sarkozy. Il ne s’agit pas simplement de renverser Mouammar el-Kadhafi et Bachar el-Assad, comme ils le lui ont fait croire, mais tous les gouvernements laïcs et de les remplacer par les Frères musulmans. Ils commencent donc avec les États amis (Tunisie et Égypte), laissant les Britanniques et les Français s’occuper des ennemis (Libye et Syrie).

Le premier coup part en Tunisie. En réponse à la tentative de suicide d’un marchand de rue, Mohamed el-Bouzazi, le 17 décembre 2010, des manifestations se succèdent contre les abus de la police, puis contre le gouvernement. La France qui croit à leur spontanéité se propose pour équiper la police tunisienne en matériel anti-émeute.

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Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie, ignorant le projet anglo-saxon des « printemps arabes », négocient avec la famille du président Ben Ali la vente d’un avion officiel qu’ils ont détourné, pendant que la « révolution de jasmin » débute en Tunisie.

Nicolas Sarkozy et sa ministre des Affaires étrangères, Michèle Alliot-Marie, ont toute confiance en Ben Ali avec qui ils font des «  affaires  » personnelles. Après s’être fait construire et équiper un Airbus A330 comme super avion présidentiel, ils ont revendu les deux anciens aéronefs destinés aux voyages officiels. L’un des A319 CJ a été discrètement retiré des inventaires et cédé à la société tunisienne Karthago Airlines, propriété d’Aziz Miled et de Belhassen Trabelsi (frère de Mme Ben Ali) [4]. Nul ne sait quel est l’heureux bénéficiaire de cette transaction. Après la fuite du Président Ben Ali, l’avion sera récupéré et vendu à une société de jeux à Singapour, puis à la Turquie.

Tout occupés à protéger leur receleur, Nicolas Sarkozy et Michèle Alliot-Marie tombent des nues lorsque le Président Ben Ali demande à atterrir à Paris et à s’y réfugier. L’Élysée a juste le temps d’annuler l’envoi d’un avion-cargo transportant le matériel de maintien de l’ordre promis qui patiente sur le tarmac en raison de lenteurs dans les formalités de dédouanement et de renvoyer l’appareil du Président déchu hors de son espace aérien.

Pendant ce temps, en Égypte, l’ingénieur informatique Ahmed Maher et la bloggeuse islamiste Israa Abdel Fattah appellent à manifester contre le Président Hosni Moubarak, le 25 janvier 2011, «  jour de colère  ».

Immédiatement soutenus par la télévision qatarie Al-Jazeera et par les Frères musulmans, ils lancent un mouvement qui, avec l’aide des «  ONG  » de la CIA, déstabilise le régime. Les manifestations se succèdent chaque vendredi à la sortie des mosquées à partir du 28 janvier, encadrées par les Serbes que Gene Sharp, le faiseur de «  révolutions colorées  », a formés. En définitive Nicolas Sarkozy apprend le 11 février par un coup de téléphone de son beau-père, l’ambassadeur US Frank Wisner Jr que, sur instruction de la Maison-Blanche, il a convaincu le général Moubarak de se retirer.

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Venu participer au Caire à la réunion de lancement des printemps arabes en Libye et en Syrie par la CIA, le lobbyiste Bernard-Henri Lévy (dit « BHL ») prend la pose sur la place Tahrir.

La CIA organise alors une réunion secrète au Caire à laquelle le Président Sarkozy envoie une délégation incluant le lobbyiste Bernard-Henri Lévy, un ancien amant de Carla Bruni et de Ségolène Royal. Le Frère musulman Mahmoud Jibril, qui est le n°2 du gouvernement libyen en entrant dans la pièce, devient le leader de «  l’opposition au tyran  » en sortant. Parmi les Syriens présents, se trouvent notamment Malik Al-Abdeh (un ancien de la BBC qui créa BaradaTV avec l’argent de la CIA et du département d’État) et Ammar Qurabi (membre d’une kyrielle d’associations de défense des Droits de l’Homme et créateur d’OrientTV) [5].

Les guerres contre la Libye et contre la Syrie viennent de commencer.

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Apparaissant sur la place verte, le 25 février 2011, Mouammar Kadhafi dénonce une attaque de son pays par les terroristes d’Al-Qaïda. Lyrique, il proclame fièrement qu’il se battra jusqu’au bout contre eux avec son peuple, quitte à faire couler des « rivières de sang » et à se sacrifier lui-même. Il annonce une distribution d’armes aux citoyens pour défendre la patrie en danger. La propagande atlantiste va l’accuser de vouloir faire couler le sang de son peuple.

19— Le début de la guerre contre la Libye

La presse occidentale assure que la police libyenne a dispersé une manifestation à Benghazi, le 16 février 2011, en tirant sur la foule. Depuis, le pays se soulève, poursuit-elle, et les autorités tirent sur tout ce qui bouge. Pressentant le possible retour de l’esclavage, 200 000 travailleurs immigrés tentent de fuir le pays et les télévisions les montrent attendant aux postes frontières. Mouammar Kadhafi apparaît trois fois à l’écran. Il dénonce une opération mise en œuvre par Al-Qaïda et déclare être prêt à mourir en martyr. Puis, il annonce la distribution d’armes à la population pour faire couler des «  rivières de sang  », exterminer ces «  rats  » et protéger le pays. Sorties de leur contexte, les phrases du Guide sont diffusées par les chaînes occidentales qui les interprètent comme annonçant non pas la lutte contre le terrorisme, mais la répression d’une hypothétique révolution.

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Pris de panique, les ouvriers noirs de l’Est de la Libye tentent de fuir avant que la Jamahiriya soit renversée. Ils sont persuadés que si les Occidentaux rétablissent l’Ancien régime, ils seront réduits en esclavage. Selon l’Onu ils sont des dizaines de milliers à se précipiter aux frontières.

À Genève, le 25 février, le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU écoute avec effroi les témoignages de la Ligue libyenne des Droits de l’Homme. Le dictateur est devenu fou et «  massacre son propre peuple  ». L’ambassadeur du Pakistan dénonce l’abus de la force. Soudain, la délégation officielle libyenne entre dans la salle, valide les témoignages entendus et se déclare solidaire de ses concitoyens face au dictateur. Une résolution est adoptée et transmise au Conseil de sécurité [6]. Celui-ci adopte immédiatement la Résolution 1970 [7] – sous le chapitre VII de la Charte qui autorise l’emploi de la force – étrangement prête depuis plusieurs jours. Il saisit la Cour pénale internationale et place la Libye sous embargo. Cette dernière mesure est immédiatement reprise et élargie par l’Union européenne. Allant plus loin que les autres Occidentaux, le Président Sarkozy déclare  : «  Kadhafi doit partir  !  »

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L’ancien ministre de la Justice, Moustafa Abdel Jalil (ici avec BHL) , qui avait fait torturer les infirmières bulgares, devient chef du Gouvernement provisoire.

Le 27 février, les insurgés de Benghazi fondent le Conseil national libyen de transition (CNLT), tandis que quittant Tripoli le ministre de la Justice, Moustafa Abdel Jalil, crée un Gouvernement provisoire. Ces deux instances, contrôlées par les Frères musulmans, fusionnent donnant l’impression d’une unité nationale. Immédiatement, des drapeaux de l’ancien roi Idriss fleurissent à Benghazi [8]. Depuis Londres, son fils, S.A. Mohamed Senussi, se déclare prêt à régner.

Abdel Jalil ne parvenant pas à convaincre tous les membres du CNLT de faire appel aux Occidentaux, il fait nommer un Comité de crise disposant des pleins pouvoirs et présidé par l’ancien numéro 2 du gouvernement de Kadhafi, Mahmoud Jibril, de retour du Caire.

À Paris, on admire la manière dont Washington gère les événements. Pourtant, contredisant les informations en provenance de Benghazi et des Nations Unies, les diplomates et les journalistes présents à Tripoli assurent ne rien voir qui évoque une révolution. Mais peu importe la vérité, pourvu que les apparences soient favorables. Ainsi, le «  philosophe  » Bernard-Henri Lévy persuade les Français de la justesse de la cause en assurant avoir convaincu lui-même le Président de la République de s’engager pour la liberté après avoir rencontré des «  révolutionnaires  » libyens.

L’armée française vient chercher Mahmoud Jibril et l’amène à Strasbourg où il plaide pour une intervention «  humanitaire  » occidentale devant le Parlement européen. Le 10 mars, Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron écrivent au Président de l’Union européenne pour lui demander de reconnaître le CNLT à la place du «  régime  » et pour instaurer une zone d’exclusion aérienne [9]. Parfaitement coordonnés, le député écologiste français Daniel Cohn-Bendit (l’agent d’influence de Mai 68) et le libéral belge Guy Verhofstadt font adopter le même jour par le Parlement européen une résolution dénonçant le «  régime  » de Kadhafi et appelant à prendre le contrôle de l’espace aérien libyen pour protéger la population civile de la répression du dictateur [10]. Le même jour encore, le secrétaire général de l’OTAN, Anders Fogh Rasmussen, annonce travailler sur les moyens techniques nécessaires pour mettre en œuvre cette exclusion aérienne.

Le 12 mars, la Ligue arabe vote en faveur de la zone d’exclusion aérienne malgré l’opposition de l’Algérie et de la Syrie.

Seules fausses notes dans ce concert d’unanimité  : la Bulgarie, qui se souvenant qu’Abdel Jalil a couvert les tortures des infirmières bulgares et du médecin palestinien, refuse de reconnaître le CNTL. De son côté, l’Union africaine s’oppose vivement à toute intervention militaire étrangère.

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Le Livre vert de Mouammar Kadhafi

La Jamahiriya arabe libyenne est organisée selon les principes du Livre vert de Mouammar Kadhafi. Celui-ci est un admirateur des socialistes libertaires français du XIXe siècle, Charles Fourier et Pierre-Joseph Proudhon. Il a donc imaginé un État minimal qui s’avère incapable de défendre son peuple face aux armées impérialistes. En outre, il a donné à l’État la mission de répondre aux aspirations des Bédouins  : gratuité d’un moyen de locomotion, d’une habitation et de l’eau. Chacun dispose donc de sa voiture, les transports collectifs étant de facto réservés aux immigrés. À son mariage, chacun reçoit un appartement, mais il faut parfois attendre trois ans que la maison soit construite pour pouvoir se marier. De gigantesques travaux ont été réalisés pour puiser l’eau dans des nappes phréatiques millénaires, très profondément sous le désert. Le pays est devenu prospère. Son niveau de vie est le plus élevé de tout le continent africain. Mais peu de choses ont été faites en matière d’éducation. Bien que les universités soient gratuites, la plupart des jeunes arrêtent précocement leurs études. Mouammar Kadhafi a sous-estimé le poids des traditions tribales. Trois millions de Libyens coulent des jours paisibles, tandis que deux millions d’immigrés africains et asiatiques les servent.

Le 19 mars, 18 États (Allemagne, Belgique, Canada, Danemark, Émirats arabes unis, Espagne, États-Unis, France, Grèce, Italie, Irak, Jordanie, Maroc, Norvège, Pays-Bas, Pologne, Qatar et Royaume-Uni) et 3 organisations internationales (Ligue arabe, Union européenne et ONU) se réunissent à Paris pour annoncer l’imminence de leur intervention militaire [11]. Quelques heures plus tard, la France double ses partenaires et attaque en premier.

Les choses tardent par contre à se concrétiser en Syrie. Les appels à manifester des 4, 11, 18 et 25 février et ceux des 4 et 11 mars à Damas ne donnent rien. Au contraire, c’est au Yémen et au Bahreïn que le Peuple descend dans la rue, sans y être invité.

Au Yémen, les Frères musulmans – dont la jeune Tawakkol Karman, qui recevra le Prix Nobel de la paix – lancent une «  révolution  ». Mais, comme la Libye, ce pays est organisé de manière tribale de sorte qu’il n’est pas possible d’avoir une lecture exclusivement politique des événements.

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Nicolas Sarkozy donne instruction à Alain Bauer pour contrer la révolution au Bahreïn.

À la requête du souverain bahreïni, l’armée saoudienne vient «  rétablir l’ordre  » dans le minuscule royaume qui abrite la Ve Flotte états-unienne. Le Royaume-Uni envoie le tortionnaire Ian Anderson, qui avait fait merveille en dirigeant la répression à l’époque coloniale (c’est-à-dire avant 1971). Tandis que, pour réorganiser la police, la France envoie Alain Bauer, conseiller en sécurité du Président Sarkozy et à la fois ancien responsable de la NSA états-unienne pour l’Europe et ancien grand-maître du Grand Orient de France [12].

Le désordre se propage par contagion, reste à faire croire qu’il est initié par les peuples et qu’il vise à établir des démocraties.

(À suivre …)Thierry Meyssan

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Ce livre est disponible en français en version papier.

[1] « Déclaration franco-britannique sur la coopération de défense et de sécurité », Réseau Voltaire, 2 novembre 2010.

[2] « Washington regarde se lever « l’aube de l’odyssée » africaine », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 19 mars 2011.

[3] “Sarkozy manovra la rivolta libica”, di Franco Bechis, Libero, 23 marzo 2011. Version française : « La France préparait depuis novembre le renversement de Kadhafi », par Franco Bechis, Traduction Marie-Ange Patrizio, Réseau Voltaire, 24 mars 2011.

[4] « Un avion présidentiel dans la 4e dimension », par Patrimoine du Peuple, Comité Valmy , Réseau Voltaire, 6 mars 2011.

[5] Rapport des services de Renseignement extérieurs libyens.

[6] « Résolution du Conseil des droits de l’homme sur la situation en Libye », Réseau Voltaire, 25 février 2011.

[7] « Résolution 1970 et débats sur la Libye », Réseau Voltaire, 26 février 2011.

[8] « Quand flottent sur les places libyennes les drapeaux du roi Idris », par Manlio Dinucci, Traduction Marie-Ange Patrizio, Réseau Voltaire, 1er mars 2011.

[9] « Lettre conjointe de Nicolas Sarkozy et David Cameron à Herman Van Rompuy sur la Libye », par David Cameron, Nicolas Sarkozy, Réseau Voltaire, 10 mars 2011.

[10] « Résolution du Parlement européen sur le voisinage sud, en particulier la Libye », Réseau Voltaire, 10 mars 2011.

[11] « Déclaration du Sommet de Paris pour le soutien au peuple libyen », Réseau Voltaire, 19 mars 2011.

[12] « La France impliquée dans la répression des insurrections arabes », Réseau Voltaire, 3 mars 2011.

https://www.voltairenet.org/article206775.html

Six projets contradictoires d’ordre mondial

Six projets contradictoires d’ordre mondial

par Thierry Meyssan

Les six principales puissances mondiales abordent la réorganisation des relations internationales en fonction de leurs expériences et de leurs rêves. Prudemment, elles entendent d’abord défendre leurs intérêts avant de promouvoir leur vision du monde. Thierry Meyssan décrit leurs positions respectives avant que la lutte ne commence.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 19 NOVEMBRE 2019 عربيΕΛΛΗΝΙΚΆENGLISHESPAÑOLITALIANOPORTUGUÊSROMÂNĂРУССКИЙTÜRKÇEDEUTSCH

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Le retrait US de Syrie, même si celui-ci a été immédiatement corrigé, indique avec certitude que Washington n’entend plus être le gendarme du monde, l’« Empire nécessaire ». Il a déstabilisé sans attendre toutes les règles des relations internationales. Nous sommes entrés dans une période de transition au cours de laquelle chaque grande puissance poursuit un nouvel agenda. En voici les principaux.

Les trois « grands »

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Les États-Unis d’Amérique

L’effondrement de l’Union soviétique aurait pu provoquer celui des USA dans la mesure où les deux Empires étaient adossés l’un à l’autre. Il n’en fut rien. Le président George Bush Sr s’assura avec l’opération « Tempête du désert » que Washington devienne le leader incontesté de toutes les nations, puis il démobilisa 1 million de soldats et proclama la recherche de la prospérité.

Les sociétés transnationales scellèrent alors un pacte avec Deng Xiaoping pour faire fabriquer leurs produits par des ouvriers chinois, vingt fois moins payés que leurs homologues états-uniens. Il s’en suivit un développement considérable des transports internationaux de marchandises, puis la disparition progressive des emplois et des classes moyennes aux USA. Le capitalisme industriel était supplanté par un capitalisme financier.

À la fin des années 90, Igor Panarine, professeur à l’Académie diplomatique russe, analyse l’effondrement économique et psychologique de la société états-unienne. Il émit l’hypothèse de l’éclatement de ce pays sur le modèle de ce qui était advenu de l’Union soviétique avec l’apparition de nouveaux États. Pour repousser l’effondrement, Bill Clinton affranchit son pays du droit international avec l’agression de la Yougoslavie par l’Otan. Cet effort s’avérant insuffisant, des personnalités US imaginent d’adapter leur pays au capitalisme financier et d’organiser, par la force, les échanges internationaux pour que la période à venir soit un « nouveau siècle américain ». Avec George Bush Jr., les États-Unis abandonnèrent leur position de nation leader et tentèrent de se transformer en un pouvoir unipolaire absolu. Ils lancèrent la « guerre sans fin » ou « guerre au terrorisme » pour détruire une à une toutes les structures étatiques du « Moyen-Orient élargi ». Barack Obama poursuivit cette quête en y associant une kyrielle d’alliés.

Cette politique porta ses fruits, mais seul un très petit nombre en profita, les « super-riches ». Les États-uniens réagirent en élisant Donald Trump à la présidence de l’État fédéral. Celui-ci rompit avec ses prédécesseurs et, comme Mikhaïl Gorbatchev en URSS, tenta de sauver les USA en les allégeant de leurs engagements les plus coûteux. Il relança son économie en encourageant les industries nationales contre celles qui avaient délocalisé leurs emplois. Il subventionna l’extraction de pétrole de schiste et parvint à prendre le contrôle du marché mondial des hydrocarbures malgré le cartel formé par l’OPEP et la Russie. Conscient que son armée est d’abord une énorme bureaucratie, gaspillant un budget colossal pour des résultats insignifiants, il cessa le soutien à Daesh et au PKK, négociant avec la Russie une voie pour en terminer avec la « guerre sans fin » en y perdant le moins possible.

Dans la période à venir, les États-Unis seront prioritairement mués par la nécessité d’économiser sur toutes leurs actions à l’étranger, jusqu’à les abandonner si nécessaire. La fin de l’impérialisme n’est pas un choix, mais une question existentielle, un réflexe de survie.

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La République populaire de Chine

Après la tentative de coup d’État de Zhao Ziyang et le soulèvement de Tienanmen, Deng Xioping entreprit son « voyage vers le Sud ». Il annonça que la Chine continuerait sa libéralisation économique en nouant des contrats avec les multinationales US.

Jiang Zemin poursuivit sur cette voie. La côte se transforma en « atelier du monde », provoquant un gigantesque développement économique. Progressivement il nettoya le Parti communiste de ses caciques et veilla à ce que les emplois bien rémunérés s’étendent à l’intérieur des terres. Hu Jintao, soucieux d’une « société harmonieuse », abroge les impôts que payaient les paysans dans les régions intérieures toujours pas touchées par le développement économique. Mais il ne parvint pas à maîtriser les pouvoirs régionaux et sombra dans une affaire de corruption.

Xi Jinping se proposa d’ouvrir de nouveaux marchés en construisant un projet titanesque de voies commerciales internationales, les « routes de la soie ». Cependant ce projet arriva trop tard car, à la différence de l’antiquité, la Chine ne propose plus de produits originaux, mais ce que vendent les sociétés transnationales en moins chers. Ce projet fut accueilli comme une bénédiction par les pays pauvres, mais redouté par les riches qui se préparent à le saboter. Xi Jinping reprend position dans tous les îlots que son pays avait abandonnés en mer de Chine, lors de l’effondrement de l’Empire Qing et de l’occupation par les huit armées étrangères. Conscient de la puissance de destruction des Occidentaux, il fait alliance avec la Russie et s’interdit toute initiative politique internationale.

Dans la période à venir, la Chine devrait affirmer ses positions dans les instances internationales en conservant à l’esprit ce que les Empires coloniaux lui infligèrent au XIXème siècle. Mais elle devrait s’interdire d’intervenir militairement et rester une puissance strictement économique.

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La Fédération de Russie

Lors de l’effondrement de l’URSS, les Russes ont cru qu’ils allaient se sauver en adhérant au modèle occidental. En fait, l’équipe de Boris Eltsine, formée par la CIA, organisa le pillage des biens collectifs par quelques individus. En deux ans, une centaine d’entre eux, à 97 % issus de la minorité juive, s’accaparèrent tout ce qui était disponible et devinrent milliardaires. Ces nouveaux oligarques se livrèrent une bataille sans merci à coup de mitraillettes et d’attentats en plein Moscou, tandis que le président Eltsine faisait bombarder le parlement. Sans réel gouvernement, la Russie n’était plus qu’une épave. Des chefs de guerre et des jihadistes armés par la CIA organisèrent la sécession de la Tchétchénie. Le niveau de vie et l’espérance de vie s’effondrèrent.

En 1999, le directeur du FSB, Vladimir Poutine sauva le président Eltsine d’une enquête pour corruption. En échange, il fut nommé président du Conseil des ministres ; poste qu’il utilisa pour contraindre le président à la démission et se faire élire sa place. Il mit en place une vaste politique de restauration de l’État : il mit fin à la guerre civile en Tchétchénie et abattit méthodiquement tous les oligarques qui refusèrent de se plier devant l’État. Le retour de l’ordre fut aussi la fin du fantasme occidental des Russes. Le niveau de vie et l’espérance de vie se redressèrent.

Ayant rétabli l’état de droit, Vladimir Poutine ne se représenta pas à l’issue de deux mandats consécutifs. Il soutint un pâle professeur de droit, adulé par les États-Unis, Dmitry Medvedev, pour lui succéder. Mais n’ayant pas l’intention de laisser le pouvoir dans des mains faibles, il se fit nommer Premier ministre jusqu’à sa réélection comme président, en 2012. Croyant à tort que la Russie allait s’effondrer à nouveau, la Géorgie attaqua l’Ossétie du Sud, mais trouva instantanément le Premier ministre Poutine sur son passage. Celui-ci constata alors l’état pitoyable de l’armée rouge, mais parvint à vaincre grâce à l’effet de surprise. Réélu à la présidence, il s’attacha à réformer la Défense. Il mit à la retraite des centaines de milliers d’officiers, souvent désabusés et parfois ivrognes, et plaça le général tuvan (turcophone de Sibérie) Sergueï Choïgou au ministère de la Défense.

Reprenant un mode de gestion russe traditionnel, Vladimir Poutine sépara le budget civil d’une partie du budget militaire. Le premier est voté par la Douma, le second est secret. Il restaura la recherche militaire, tandis que les États-Unis imaginaient ne plus avoir à investir dans ce domaine. Il testa quantité d’armes nouvelles —dont des armes hypersoniques qui bouleversèrent la stratégie— avant de déployer la nouvelle armée rouge au secours de la Syrie. Il expérimenta ses nouvelles armes en situation de combat et décida celles qui seraient produites et celles qui seraient abandonnées. Il organisa une permutation trimestrielle de ses troupes afin que toutes, les unes après les autres, s’aguerrissent. La Fédération de Russie qui, en 1991, n’était plus rien est devenue en dix-huit ans la première puissance militaire mondiale.

Simultanément, il utilisa le coup d’État nazi en Ukraine pour récupérer la Crimée, un territoire russe administrativement rattaché à l’Ukraine par Nikita Khrouchtchev. Il affronta alors une campagne de sanctions agricoles de l’Union européenne qu’il utilisa pour créer une production intérieure autosuffisante.

Il noua une alliance avec la Chine et lui imposa de modifier son projet de routes de la soie en intégrant les besoins de communication du territoire russe pour fonder un « Partenariat de l’Eurasie élargie ».

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Durant les années à venir, la Russie va tenter de réorganiser les relations internationales sur deux bases :
 séparer les pouvoirs politiques et religieux ;
 restaurer le droit international sur les bases formulées par le Tsar Nicolas II.

Les Européens de l’Ouest

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Le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord

Lors de la chute de l’URSS, le Royaume-Uni souscrivit avec des réserves au Traité de Maastricht. Le Premier ministre conservateur John Major entendait profiter de l’État supranational en construction tout en tenant sa monnaie à l’écart. Il se réjouit donc lorsque George Soros attaqua la Livre et la contraignit à sortir du SME (« serpent monétaire »). Son successeur, le travailliste Tony Blair redonna sa pleine indépendance à la Banque d’Angleterre et envisagea de quitter l’UE pour rejoindre l’ALENA. Il transforma la défense des intérêts de son pays en substituant des références aux Droits de l’homme au respect du Droit international. Il se fit le promoteur des politiques US de Bill Clinton, puis de George Bush Jr, encourageant et justifiant l’élargissement de l’Union européenne, la « guerre humanitaire » contre le Kosovo, puis le renversement du président iraquien Saddam Hussein. En 2006, il élabora le plan du « printemps arabe » et le soumit aux USA.

Gordon Brown hésita à poursuivre cette politique et tenta de retrouver une marge de manœuvre, mais son énergie fut happée par la crise financière de 2008, qu’il parvint pourtant à traverser. David Cameron mit en œuvre, avec Barack Obama, le plan Blair-Bush de « printemps arabe », notamment la guerre contre la Libye, mais à terme il ne parvint que partiellement à placer les Frères musulmans au pouvoir au Moyen-Orient élargi. En définitive, il démissionna après le vote par les électeurs du Brexit alors que le projet de rejoindre l’ALENA n’était plus à l’ordre du jour.

Theresa May se proposa d’appliquer le Brexit en ce qui concerne la sortie de l’État supranational du Traité de Maastricht, mais pas en ce qui concerne la sortie du marché commun antérieur à Maastricht. Elle échoua et fut remplacée par le biographe de Winston Churchill, Boris Johnson. Celui-ci décida de sortir totalement de l’Union européenne et de réactiver la politique étrangère traditionnelle du royaume : la lutte contre tout État concurrent sur le continent européen.

Si Boris Johnson reste au pouvoir, le Royaume-Uni devrait dans les prochaines années tenter de dresser l’Union européenne et la Fédération de Russie l’une contre l’autre.

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La République française

François Mitterrand n’a pas compris la dislocation de l’URSS, allant jusqu’à soutenir le putsch des généraux contre son homologue russe, Mikhaïl Gorbatchev. Quoi qu’il en soit, il y a vu une opportunité pour construire un État supranational européen, suffisamment grand pour rivaliser avec les USA et la Chine dans la continuité de la tentative napoléonienne. Aussi a-t-il promu, avec le chancelier Helmut Kohl, l’unification allemande et le Traité de Maastricht. Inquiet de ce projet d’États-Unis d’Europe, le président Bush Sr, convaincu de la « doctrine Wolfowitz » de prévenir le surgissement d’un nouveau challenger du leadership US, le contraignit à accepter la protection de l’UE par l’Otan et son élargissement aux ex-membres du Pacte de Varsovie. François Mitterrand utilisa la cohabitation et le ministre gaulliste de l’Intérieur, Charles Pasqua, pour combattre les Frères musulmans que la CIA lui avait fait accepter en France et que le MI6 utilisait pour évincer la France d’Algérie.

Jacques Chirac développa la dissuasion française en terminant les essais nucléaires aériens dans le Pacifique avant de passer aux simulations et de signer le Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE). Simultanément, il adapta les armées aux besoins de l’Otan en mettant fin au service militaire obligatoire et en intégrant le comité militaire (planification) de l’Alliance. Il soutint l’initiative de l’Otan contre la Yougoslavie (guerre du Kosovo), mais —après avoir lu et étudié L’Effroyable imposture [1]— prit la tête de l’opposition mondiale à l’agression contre l’Iraq. Cet épisode lui permit de se lier avec le chancelier Schröder et de faire avancer l’État supranational européen qu’il concevait toujours comme un outil d’indépendance autour du couple franco-allemand. Déstabilisé par l’assassinat de son partenaire en affaires, Rafic Hariri, il se retourna contre la Syrie que les États-Unis désignaient comme le commanditaire du meurtre.

Préconisant une politique radicalement différente, Nicolas Sarkozy plaça l’armée française sous commandement US via le Commandement intégré de l’Otan. Il tenta d’élargir la zone d’influence française en organisant l’Union pour la Méditerranée, mais ce projet ne fonctionna pas. Il fit ses preuves en renversant Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire et, bien qu’il ait été dépassé par les printemps arabes en Tunisie et en Égypte, il prit la tête de l’opération de l’Otan contre la Libye et contre la Syrie. Cependant par réalisme, il constata la résistance syrienne et se retira du théâtre d’opération. Il poursuivit la construction des États-Unis d’Europe en faisant adopter le Traité de Lisbonne par le Parlement alors que les électeurs avaient rejeté le même texte sous le nom de « Constitution européenne ». En réalité, la modification des institutions, censées devenir plus efficaces avec 27 États-membres, transforme en profondeur l’État supranational qui peut désormais imposer sa volonté aux États-membres.

Arrivé au pouvoir sans y être préparé, François Hollande s’inscrit de manière un peu rigide dans les pas de Nicolas Sarkozy ce qui le conduit à en adopter l’idéologie. Il signe tous les traités que son prédécesseur avait négociés —y compris le Pacte budgétaire européen permettant de sanctionner la Grèce— en y ajoutant chaque fois, comme pour s’excuser de son revirement, une déclaration reprenant son propre point de vue, mais sans valeur contraignante. Ainsi autorise-t-il l’installation de bases militaires de l’Otan sur le sol français, mettant un terme définitif à la doctrine gaulliste d’indépendance nationale. Ou encore poursuit-il la politique d’agression contre la Syrie, se livrant à une surenchère verbale avant de ne rien faire sur ordre la Maison-Blanche. Il assigne à l’armée de Terre française une mission au Sahel, en faisant la supplétive au sol de l’AfriCom. Enfin, il justifie la Bourse d’échange des droits d’émission de CO₂‎ par l’Accord de Paris sur le climat.

Élu grâce au fonds de placement états-unien KKR, Emmanuel Macron est d’abord un défenseur de la globalisation selon Bill Clinton, George Bush Jr et Barack Obama. Cependant, il adopte rapidement la vision de François Mitterrand et de Jacques Chirac selon laquelle seul un État supranational européen permettra à la France de continuer à jouer un rôle international conséquent, mais dans sa version Sarkozy-Hollande : l’Union permet la contrainte. Ces deux lignes le conduisent parfois à des contradictions, notamment face à la Russie. Cependant elles se rejoignent dans une condamnation du nationalisme des États membres de l’Union européenne, un Brexit court, ou encore une volonté de rétablir le commerce avec l’Iran.

Dans les années à venir, la France devrait mesurer ses décisions en regard de leur impact sur l’édification de l’Union européenne. Elle cherchera en priorité à s’allier toute puissance œuvrant en ce sens.

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République fédérale d’Allemagne

Le chancelier Helmut Kohl perçoit la dislocation de l’Empire soviétique comme une opportunité pour réunir les deux Allemagnes. Il obtient le feu vert de la France en échange du soutien allemand au projet de monnaie unique de l’Union européenne, l’euro. Il obtient aussi l’accord des États-Unis qui y voient un moyen détourné de faire entrer l’armée est-allemande dans l’Otan malgré la promesse faite à la Russie de ne pas y faire adhérer la République démocratique allemande.

Une fois la réunification allemande réalisée, le chancelier Gerhard Schröder pose la question du rôle international de son pays, toujours sous le coup de sa défaite lors de la Seconde Guerre mondiale. Si l’Allemagne n’est plus militairement occupée par les quatre grandes puissances, elle n’en héberge pas moins d’énormes garnisons US et les sièges de l’EuCom et bientôt de l’AfriCom. Gerhard Schröder utilise la guerre « humanitaire » contre le Kosovo pour déployer légalement, pour la première fois depuis 1945, les troupes allemandes hors du pays. Mais il refuse de reconnaître ce territoire conquis par l’Otan comme un État. De même, il s’engage très fortement aux côtés du président Chirac contre la guerre états-uno-britannique en Iraq soulignant que rien ne prouve l’implication du président Saddam Hussein dans les attentats du 11-Septembre. Il tente d’influer sur la construction européenne de manière pacifique. Aussi renforce-t-il les liens énergétiques avec la Russie et propose-t-il une Europe fédérale (incluant à terme la Russie) sur le modèle allemand, mais il rencontre l’opposition de la France très attachée au projet d’État supranational.

La chancelière Angela Merkel revient à la politique de son mentor Helmut Kohl qui l’a fait passer en une nuit de ses responsabilités aux Jeunesses communistes d’Allemagne démocratique au gouvernement d’Allemagne fédérale. Surveillée étroitement par la CIA qui ne sait trop comment la définir, elle renforce les liens de l’Allemagne avec Israël et le Brésil. En 2013, sur proposition d’Hillary Clinton, elle demande à Volker Perthes d’étudier la possibilité de développer l’armée allemande pour jouer un rôle central au CentCom si les États-Unis déplacent leurs troupes vers l’Extrême-Orient. Elle commande alors des études sur la manière dont les officiers allemands pourraient encadrer les armées d’Europe centrale et orientale et demande à Volker Perthes de rédiger un plan pour la capitulation de la Syrie. Très attachée aux structures atlantistes et européennes, elle prend ses distances avec la Russie et soutient le coup d’État nazi en Ukraine. Par souci d’efficacité, elle exige que l’Union européenne puisse imposer sa volonté aux petits États-membres (Traité de Lisbonne). Elle se montre très dure lors de la crise financière grecque et place patiemment ses pions dans la bureaucratie européenne jusqu’à l’élection d’Ursula von der Leyen à la présidence de la Commission européenne. Lorsque les États-Unis se retirent du Nord de la Syrie, elle réagit immédiatement en proposant à l’Otan d’envoyer l’armée allemande la remplacer conformément au plan de 2013.

Dans les années à venir, l’Allemagne devrait privilégier les possibilités d’intervention militaire dans le cadre de l’Otan, particulièrement au Moyen-Orient, et se méfier du projet d’État supranational européen centralisé.

Faisabilité

Il est très étrange d’entendre parler aujourd’hui de « multilatéralisme » et d’« isolationnisme » ou d’« universalisme » et de « nationalisme ». Ces questions ne se posent pas dans la mesure où chacun sait depuis la conférence de La Haye (1899) que le progrès des techniques rend toutes les nations solidaires. Cette logorrhée cache mal notre incapacité à admettre les nouveaux rapports de force et à envisager un ordre du monde le moins injuste possible.

Seules les trois Grandes puissances peuvent espérer avoir les moyens de leur politique. Elles ne peuvent parvenir à leurs fins sans guerre qu’en suivant la ligne russe fondée sur le Droit international. Toutefois, le danger d’une instabilité politique intérieure aux USA fait planer plus que jamais un risque d’affrontement généralisé.

En quittant l’Union, les Britanniques se sont mis dans l’obligation de rejoindre les États-Unis (ce que Donald Trump refuse) ou de disparaître politiquement. Tandis que l’Allemagne et la France, en perte de vitesse, n’ont pas d’autres choix que de construire l’Union européenne. Or pour le moment, ils évaluent très différemment le temps disponible et l’envisagent de deux manières incompatibles ce qui pourrait les amener eux-mêmes à disloquer l’Union européenne.Thierry Meyssan

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https://www.voltairenet.org/article208269.html

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[1L’Effroyable imposture, Thierry Meyssan, Réédition : Demi-Lune.

http://Six projets contradictoires d’ordre mondial

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Le Royaume-Uni défie l’AG de l’Onu et son tribunal

Le Royaume-Uni défie l’AG de l’Onu et son tribunal

RÉSEAU VOLTAIRE | 23 NOVEMBRE 2019 ENGLISHITALIANO

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Saisie par l’Assemblée générale, la Cour internationale de Justice avait confirmé, le 25 février 2019, le trucage du processus d’indépendance de Maurice et sa souveraineté sur l’archipel des Chagos [1].

L’Assemblée générale de l’Onu avait alors adopté, le 22 mai 2019, une résolution enjoignant au Royaume-Uni de quitter dans un délai de six mois l’archipel des Chagos qu’il occupe illégalement et de le restituer à Maurice [2].

À l’issue de cette période, le Royaume-Uni n’a rien entrepris et occupe illégalement l’archipel.

Dans un communiqué, le Foreign Office inflexible a précisé : « Le Royaume-Uni n’a aucun doute sur sa souveraineté sur les Territoires britanniques de l’océan Indien (BIOT), qui ont été de manière continue sous la souveraineté britannique depuis 1814 (…) Maurice n’a jamais eu de souveraineté sur les BIOT et le Royaume-Uni ne reconnait pas cette revendication ».

Selon l’opposition travailliste : « Le gouvernement travailliste se considère lui-même au-dessus des lois internationales ».

L’archipel comprend l’île de Diego Garcia où sont implantées une base militaire britannique et une gigantesque base militaire US. Le Royaume-Uni et les États-Unis ne cessent de dénoncer l’expansionnisme chinois dans cette région.

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[2] « L’Onu enjoint à Londres de restituer l’archipel des Chagos, dont Diego Garcia », Réseau Voltaire, 23 mai 2019.

https://www.voltairenet.org/article208393.html

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[1] « Le Tribunal interne de l’Onu déclare que Londres et Washington occupent illégalement la base de Diego Garcia », Réseau Voltaire, 26 février 2019.

Le nouveau monde surgit devant nous

Le nouveau monde surgit devant nous

par Thierry Meyssan

Thierry Meyssan souligne l’extrême gravité, non pas du retrait US de Syrie, mais de l’effondrement des repères actuels du monde. Nous entrons, selon lui, dans une courte période de transition, au cours de laquelle les actuels maîtres du jeu que sont les « capitalistes financiers » —et ceux qu’il désigne par là n’ont aucun rapport avec ni avec le capitalisme originel, ni avec la banque originelle— vont être écartés au profit des règles de droit énoncées par la Russie en 1899.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 22 OCTOBRE 2019 عربيDEUTSCHENGLISHITALIANOPORTUGUÊSROMÂNĂРУССКИЙTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆESPAÑOLفارسى

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Le roi Salmane reçoit le président Vladimir Poutine, le pacificateur.

C’est un moment qui n’arrive qu’une ou deux fois par siècle. Un nouvel ordre du monde surgit. Toutes les références antérieures disparaissent. Ceux qui étaient voués aux gémonies triomphent tandis que ceux qui gouvernaient sont précipités aux enfers. Les déclarations officielles et les interprétations que livrent les journalistes ne correspondent manifestement plus aux événements qui s’enchainent. Les commentateurs doivent au plus vite changer leur discours, le renverser en totalité ou être happés par le tourbillon de l’Histoire.

En février 1943, la victoire soviétique face au Reich nazi marquait le basculement de la Seconde Guerre mondiale. La suite des événements était inéluctable. Il fallut pourtant attendre le débarquement anglo-états-unien en Normandie (juin 1944), la conférence de Yalta (février 1945), le suicide du chancelier Hitler (avril 1945) et enfin la capitulation du Reich (8 mai 1945) pour voir se lever ce monde nouveau.

En un an (juin 44-mai 45), le Grand Reich avait été remplacé par le duopole soviéto-US. Le Royaume-Uni et la France, qui étaient encore les deux premières puissances mondiale, douze ans plus tôt, allaient assister à la décolonisation de leurs Empires.

C’est un moment comme celui-là que nous vivons aujourd’hui.

Chaque période historique a son propre système économique et construit une super-structure politique pour le protéger. Lors de la fin de la Guerre froide et de la dislocation de l’URSS, le président Bush père démobilisa un million de militaires US et confia la recherche de la prospérité aux patrons de ses multinationales. Ceux-ci firent alliance avec Deng Xiaoping, délocalisèrent les emplois US en Chine qui devint l’atelier du monde. Loin d’offrir la prospérité aux citoyens US, ils accaparèrent leurs profits, provoquant progressivement la lente disparition des classes moyennes occidentales. En 2001, ils financèrent les attentats du 11 septembre pour imposer au Pentagone la stratégie Rumsfeld/Cebrowski de destruction des structures étatiques. Le président Bush fils transforma alors le « Moyen-Orient élargi » en théâtre d’une « guerre sans fin ».

La libération en une semaine d’un quart du territoire syrien n’est pas seulement la victoire du président Bachar el-Assad, « l’homme qui depuis huit ans doit partir », elle marque l’échec de la stratégie militaire visant à établir la suprématie du capitalisme financier. Ce qui paraissait inimaginable a eu lieu. L’ordre du monde a basculé. La suite des événements est inévitable.

La réception en très grande pompe du président Vladimir Poutine en Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis atteste du spectaculaire revirement des puissances du Golfe qui basculent dès à présent dans la camp russe.

La tout aussi spectaculaire redistribution des cartes au Liban sanctionne le même échec politique du capitalisme financier. Dans un pays dollarisé où l’on ne trouve plus de dollars depuis un mois, où les banques ferment leurs guichets et où les retraits bancaires sont limités, ce ne sont pas des manifestations anti-corruption qui stopperont le renversement de l’ordre ancien.

Les convulsions de l’ordre ancien s’étendent. Le président équatorien, Lenín Moreno, attribue la révolte populaire contre les mesures imposées par le capitalisme financier à son prédécesseur, Rafael Correa qui vit en exil en Belgique, et à un symbole de la résistance à cette forme d’exploitation humaine, le président vénézuélien Nicolás Maduro, bien qu’ils n’aient aucune influence dans son pays.

Le Royaume-Uni a déjà replié ses forces spéciales de Syrie et tente de sortir de l’État supranational de Bruxelles (Union européenne). Après avoir pensé conserver le Marché commun (projet de Theresa May), il décide de rompre avec toute la construction européenne (projet de Boris Johnson). Après les erreurs de Nicolas Sarkozy, de François Hollande et d’Emmanuel Macron, la France perd subitement toute crédibilité et influence. Les États-Unis de Donald Trump cessent d’être la « nation indispensable », le « gendarme du monde » au service du capitalisme financier pour redevenir eux-mêmes une grande puissance économique. Ils retirent leur arsenal nucléaire de Turquie et s’apprêtent à fermer le CentCom au Qatar. La Russie est reconnue par tous comme le « pacificateur » en faisant triompher le droit international qu’elle avait créé en convoquant, en 1899, la « Conférence internationale de la paix » de La Haye, dont les principes ont été depuis foulés aux pieds par les membres de l’Otan.

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La Conférence internationale pour la paix de 1899. Il aura fallu plus d’un siècle pour comprendre ses implications.

Comme la Seconde Guerre mondiale a mis fin à la SDN pour créer l’Onu, ce monde nouveau va probablement accoucher d’une nouvelle organisation internationale fondée sur les principes de la Conférence de 1899 du tsar russe Nicolas II et du Prix Nobel de la paix français, Léon Bourgeois. Il faudra pour cela d’abord dissoudre l’Otan, qui tentera de survivre en s’élargissant au Pacifique, et l’Union européenne, État-refuge du capitalisme financier.

Il faut bien comprendre ce qui se passe. Nous entrons dans une période de transition. Lénine disait, en 1916, que l’impérialisme était le stade suprême de la forme de capitalisme qui disparut avec les deux Guerres mondiales et la crise boursière de 1929. Le monde d’aujourd’hui est celui du capitalisme financier qui ravage une à une les économies pour le seul profit de quelques super-riches. Son stade suprême supposait la division du monde en deux : d’un côté les pays stables et mondialisés, de l’autre des régions du monde privées d’États, réduites à n’être que de simples réserves de matières premières. Ce modèle, contesté aussi bien par le président Trump aux États-Unis, les Gilets jaunes en Europe occidentale ou la Syrie au Levant agonise sous nos yeux.

Thierry Meyssan

Consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire. Dernier ouvrage en français : Sous nos yeux – Du 11-Septembre à Donald Trump (2017)

.https://www.voltairenet.org/article208007.html

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