Archives pour la catégorie Russie

«Où est leur souveraineté ?» : Poutine s’interroge sur l’indépendance des Etats de l’UE

«Où est leur souveraineté ?» : Poutine s’interroge sur l’indépendance des Etats de l’UE

«Où est leur souveraineté ?» : Poutine s'interroge sur l'indépendance des Etats de l'UE© Pool Source: Reuters
Vladimir Poutine à Sotchi lors d’une rencontre avec le président biélorusse Alexandre Loukachenko.
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Affirmant qu’aucun des Etats membres de l’Union européenne n’osait s’opposer aux volontés de Washington de déployer des missiles sur son territoire, le président russe a comparé le mode de fonctionnement de l’UE à celui de l’URSS

A l’occasion d’une conférence de presse tenue le 15 février à Sotchi, le président russe Vladimir Poutine s’est exprimé sur la question des missiles américains en Europe, sujet selon lui étroitement lié à celui de la souveraineté des Etats de l’Union européenne.

«Croyez-vous qu’un des pays européens veuille voir des missiles balistiques à moyenne portée américains déployés en Europe ? Aucun d’eux n’en veut, mais ils préfèrent se taire», a-t-il assuré, avant de s’interroger : «Où est leur souveraineté ?»

Selon le président russe, c’est cela qui expliquerait que l’Union européenne contraigne des Etats, y compris contre leur intérêt, à se plier aux volontés américaines. Comparant Bruxelles au politburo de l’URSS, il a estimé que, de la même manière que ce dernier décidait du sort des  Républiques soviétiques, l’UE imposait sa politique à ses Etats membres.

Toutefois, l’analyse de Vladimir Poutine ne concernait pas exclusivement les Etats européens, mais l’ensemble des Etats du monde. «Les pays totalement indépendants n’existent pas», a-t-il estimé, soulignant que «le monde moderne est un monde d’interdépendance».

Lire aussi : Vladimir Poutine est «déterminé à saper les démocraties», estime le chef de la diplomatie américaine

https://francais.rt.com/international/59125-ou-est-leur-souverainete-poutine-interroge-independance-etats-union-europeenne

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Honte et déni de la mort : l’atemporalité moderne

Honte et déni de la mort : l’atemporalité moderne


La civilisation occidentale post-Chrétienne cherche à se débarrasser de la mémoire de la mort, à la fuir ; et la Russie seule résiste à cette course suicidaire.


Par Mikhail Touïourenkov – Le 21 janvier 2019 – Source Katehon

Pourquoi le culte de la « jeunesse éternelle » est-il si commun dans l’Occident moderne ? Il ne s’agit pas seulement d’un « mode de vie sain », mais d’un « parasitisme » du vivant, avec les modifications génétiques (juste pour donner l’illusion de l’immortalité). Pourquoi, avec la promotion active des droits de tuer les bébés à naître et l’euthanasie, les « maîtres de la vie » tentent-ils aujourd’hui de prolonger leur âge de pré-retraités à l’infini ?

Pourquoi l’information sur l’utilisation des cellules souches embryonnaires, au service du rajeunissement, évoque-t-elle tant les histoires des « salles de bain » sanglantes de la comtesse Báthory ? Pourquoi la surprenante longévité des nombreux « maîtres » âgés de l’Occident moderne évoque-t-elle une thérapie anti-âge inhumaine et originale ? Quels secrets cache-t-elle ? Guy de Rothschild (1909 – 2007) ; David Rockefeller, SR. (1915 – 2017) ; Ronald Reagan (1911 – 2004) ; George W. Bush (1924 – 2018) ; Jimmy Carter (né en 1924) ; Henry Kissinger (né en 1923) ; enfin, le « bambin » George Soros (né en 1930) – et ce n’est que le sommet de l’iceberg « gérontocratique ».

Pourquoi les cultes adolescents de la mort (toutes sortes de films et même des séries de dessins animés avec vampires et autres esprits maléfiques, les groupes suicidaires sur les réseaux sociaux, etc.) sont-ils ainsi associés à un infantilisme adulte intégral sur cette même question ? Enfin, pourquoi préfèrent-ils sérieusement, non seulement de ne pas parler de la mort elle-même, mais aussi ne pas en évoquer le souvenir ? La conséquence en est la distanciation du monde occidental vis-à-vis des traditions des funérailles, qui deviennent trop chères, et hors de la portée des « simples mortels ». Au point que dans de nombreuses villes américaines et européennes, le nombre de corps non réclamés croît chaque année.

Et des dizaines et des dizaines de « pourquoi » s’accumulent autour de cette question complexe, que l’on peut à peine comprendre, mais sur laquelle il est cependant nécessaire de réfléchir. Essayons de saisir la principale différence entre, d’une part, les partisans de ce « déni de la mort », et, d’autre part, ceux qui s’en souviennent.

Memento mori

Les anciens généraux romains victorieux, de retour de leur campagne militaire, tenaient un esclave derrière eux, afin de rappeler régulièrement au triomphateur qu’il était mortel. Il en a peut-être été ou non ainsi, mais Tertullien, penseur du christianisme primitif, adhéra à cette version dans son Apologétique. Plus tard, ce « pense-bête » s‘est transformé en une phrase latine porteuse de sens : « Memento Mori », « souviens-toi que tu vas mourir ». Une phrase dont les chrétiens occidentaux sont très friands, en lui conférant bien davantage de sens que celui dont elle était porteuse dans la Rome pré-chrétienne. Ainsi, dans certains ordres monastiques catholiques, ces mots formèrent-ils une devise, et même une salutation.

Les Chrétiens orthodoxes orientaux, que ce soit de la nouvelle Rome (Constantinople et l’Empire byzantin), ou de la Troisième Rome (Moscou et l’État russe), connaissaient parfaitement bien ces phrases latines porteuses de sens, mais préféraient leurs textes liturgiques. Et en premier lieu le « Credo ou Symbole de la Foi », qui énonce clairement l’aspiration à la résurrection corporelle générale des morts, lors du second avènement du Christ, « Qui  viendra de nouveau, avec la gloire, pour juger les vivants et les morts ».

« Juger » ; « les Vivants et les Morts ». Il s’agit bien ici du Jugement dernier dont nous savons très peu de chose, mais dont la scène est souvent représentée sur les icônes et les fresques des églises. La scène est véritablement terrible, mais permet de se souvenir du principal remède chrétien contre la mort, le Repentir, que la civilisation post-Chrétienne tente vainement de « fuir », croyant qu’ainsi elle fuit également le Jugement dernier et sa sentence elle-même.

Pas de mort, l’âme est immortelle

La « Mémoire de la mort » fondant la conception chrétienne de la mort, en fait, est très relative, dans la mesure où elle ne concerne que notre corps. Notre mort corporelle inévitable est une « nouvelle naissance » à la vie éternelle. Mais c’est précisément pour cela qu’il faut toujours se souvenir de la mort, afin d’être prêt à cette nouvelle naissance, à tout moment de la vie.

Trop compliqué et prêtant à confusion ? Comme bien d’autres choses en notre monde, la mort est un grand mystère. Et donc, peu importe l’intensité de la foi, ou la perfection de la connaissance de l’Écriture sainte et des Œuvres patristiques, l’être humain ne sera jamais en mesure de comprendre pleinement la frontière entre la vie et la mort.

Il n’y a pas de mort, mais toute la vie doit être une préparation à la mort, parce que la mort est la porte de l’Éternité.

Le mystère de l’immortalité Russe

Pour les Russes, la mort a toujours été importante ; les morts faisaient l’objet de leurs prières comme s’ils étaient vivants. Pâques, la Résurrection du Christ des morts, est pour le monde Orthodoxe russe une fête beaucoup plus importante que Noël. Et même à l’époque Soviétique, quand les gens ont été forcés d’oublier les rites orthodoxes, les cimetières sont restés l’un des principaux espaces de vie pour tout le monde, et les rites ont continué à y être observés. En même temps, les Russes n’ont jamais eu cette crainte des cimetières, typique de l’homme Occidental, et qui a été pénétré par l’industrie hollywoodienne et toutes sortes de « films d’horreur ». Au contraire, les Chrétiens orthodoxes y ressentent un frisson sacré et une tristesse joyeuse.

Memento Mori

Mikhail Touïourenkov

Traduction de Carpophoros pour le Saker Francophone

 

Selon l’ambassadeur de France en Russie, le retrait français de Syrie est «en cours d’examen»

Selon l’ambassadeur de France en Russie, le retrait français de Syrie est «en cours d’examen»

Selon l'ambassadeur de France en Russie, le retrait français de Syrie est «en cours d'examen»© Aboud Hamam Source: Reuters
Un drapeau français sur un véhicule militaire à Manbij, en Syrie, le 12 mai 2018 (image d’illustration).
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L’ambassadeur de France en Russie, Sylvie Bermann, est revenue dans un entretien pour Sputnik sur la situation en Syrie. Elle a notamment expliqué que la France examinait son maintien dans le pays et que Daesh n’était «pas complètement éliminé».

Le 12 février, Sylvie Bermann, ambassadeur de France en Russie, a précisé la politique française en Syrie sur le média russe Sputnik. Elle a d’abord rappelé que le sommet sur la Syrie d’octobre – réunissant les dirigeants de la Russie, de la France, de l’Allemagne et de la Turquie – avait été suivi «d’une déclaration précise sur l’ensemble des sujets : la mise en place du comité constitutionnel, les conditions du rapatriement des réfugiés sur une base volontaire et dans des conditions de sécurité, et une reconstruction qui sera possible quand le processus politique sera engagé».

Elle a également affirmé que «les présidents Poutine et Macron continu[aient] à avoir un dialogue sur la Syrie», dont un dernièrement en janvier.

Il est important d’avoir un processus de transition politique

Alors que la France et la Russie ont effectué une opération humanitaire conjointe l’été dernier, l’ambassadeur estime néanmoins que les opérations de reconstruction «ne peuvent pas [se] faire dans le contexte actuel». Sylvie Bermann insiste : «Il est important d’avoir un processus de transition politique» pour les réaliser.

Sur le sujet du retrait américain en Syrie, elle se dit «comme tout le monde surpris[e] de l’annonce américaine». Cependant, elle assure être rassurée par le fait qu’il s’agira d’un retrait «ordonné», étant donné que Daesh «n’est pas complètement éliminé» sur le sol syrien. Ne croyant pas «que la Syrie soit complètement libérée des terroristes», Sylvie Bermann précise qu’un autre sujet se doit d’être traité : celui des prisonniers. Ainsi, à la question de savoir si la France restera en Syrie, elle répond : «Pour le moment, c’est en cours d’examen.»

Lire aussi : La Syrie s’insurge contre des frappes de la coalition qui auraient tué des dizaines de civils

https://francais.rt.com/international/59047-selon-ambassadeur-france-russie-retrait-francais-de-syrie-est-en-cours-examen

Le saccage de deux ambassades camerounaises pourrait forcer la France à choisir son camp

Le saccage de deux ambassades camerounaises pourrait forcer la France à choisir son camp


Par Andrew Korybko – Le 28 janvier 2019 – Source eurasiafuture.com

andrew-korybkoDes manifestants émeutiers ont brièvement pris d’assaut les ambassades du Cameroun à Paris et à Berlin le week-end dernier, tâchant par là d’éveiller la conscience publique à la campagne de changement de régime qui sévit dans le pays suite à la ré-élection du président Biya, qui a ainsi entamé son septième mandat consécutif fin 2018. La France pourrait se trouver réduite à choisir son camp et mettre son poids en faveur ou bien de celui qui fut son mandataire au Cameroun depuis des décennies, ou bien de ses opposants anti-gouvernementaux.

L’« assaut parfait »

Le président Paul Biya

L’événement est passé inaperçu dans la plupart des médias mondiaux, mais le week-end dernier, des manifestants, opposés au gouvernement, ont brièvement pris d’assaut les ambassades du Cameroun de Paris et de Berlin, dans l’objectif de faire prendre conscience aux opinions publiques de la campagne de changement de régime en cours contre le président en exercice depuis longtemps, qui vient d’être ré-élu pour son septième mandat l’an dernier. Le pays d’Afrique de l’Ouest connaît ces temps-ci un climat de soulèvement de Guerre hybride ; secoué par des offensives de la part de séparatistes anglophones et de la part des islamistes de Boko Haram, tout en se défendant d’un mouvement de Révolution de couleur en cours de fermentation. L’« assaut parfait » est en train d’arriver à maturation, mais n’a encore fait l’objet d’une attention sérieuse de la part d’aucune grande puissance, principalement en raison du fait que le président Biya maintient une immense loyauté à l’égard de ses protecteur français ; et ce malgré son partenariat avec les routes de la soie chinoises, mais les événements du week-end dernier sont de nature à changer la donne à cet égard.

Origines de la Guerre hybride

Même en considérant que la Guerre hybride contre le Cameroun a pour double objectif de perturber la Route de la soie transcontinentale de la Chine (Soudan-Tchad-Cameroun) et de créer les conditions pour que le Nigeria, grande puissance en éveil juste à côté, puisse se voir plus facilement contrôlé, aucune grande puissance n’a à ce stade jeté tout son poids (même sur le plan purement diplomatique) derrière cette campagne de déstabilisation. Cela peut constituer un signe que cette dernière constitue un « début », un « essai » pour évaluer la résilience des structures de sécurité régionales, ou une tactique de pression à court terme visant à arracher quelques concessions politiques à Yaoundé. Il est également possible qu’une bonne partie de ces processus de Guerre hybride constituent des « occurrences naturelles non provoquées de l’extérieur », résultant des lignes de fractures très nombreuses dans le pays. Quoi qu’il en soit, certains membres de la diaspora ont visiblement l’intention de modeler la situation en leur faveur.

Deux poids, deux mesures

En temps ordinaire, la prise d’assaut coordonnée de deux ambassades du même pays le même week-end devrait constituer un événement médiatique mondial, mais cela n’a pas été le cas pour le Cameroun, les diplomates de ce pays africain de taille moyenne ne recevant que peu de respect de la part de l’Occident. Si la même occurrence était arrivée à une grande puissance telle la France, les réactions auraient été bien différentes. Mais dans l’instance qui nous intéresse ici, en l’objet le Cameroun, c’est bel et bien l’implication d’une grande puissance, qui aurait jeté son poids derrière les mouvances de changement de régime, qui aurait pu éveiller l’attention des médias. Il se pourrait que cet état de fait se voie modifié prochainement, si la déstabilisation de Douala, le plus grand port du pays, pénalise les importations du Tchad et de la République centrafricaine : ces deux États enclavés en dépendent et verraient les coûts de divers biens augmenter, ce qui pourrait soulever par rebond une crise socio-économique dans chacun des deux pays.

Les États rivaux se bagarrent en Afrique centrale

La République centrafricaine connaît depuis peu d’importantes influences russes, Moscou ayant reçu l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU fin 2017 de déployer des « mercenaires » dans le cadre d’un programme d’aide et d’encadrement, qui vise à soutenir l’armée naissante du pays ; ce pays central tâche de restaurer sa souveraineté sur l’ensemble de son territoire, riche en ressources naturelles. Quant au Tchad, il glisse régulièrement dans la guerre civile, et doit de temps à autre repousser des militant soudanais et libyens hébergés par d’autres États, mais le pays reste une puissance militaire régionale considérable, capable de se déployer vers l’Ouest jusqu’au Mali. Chose intéressante, N’Djamena a récemment rétabli des relations avec Tel Aviv – on a vu une visite de Netanyahu au Tchad la semaine dernière – ce qui a contribué à un état intéressant des affaires régionales de l’Afrique centrale : dans cette zone, un pays est sous influence « israélienne », un autre (la République centrafricaine) connaît depuis peu une influence russe, et le troisième (le Cameroun) est sous influence chinoise ; tout ceci malgré le fait qu’officieusement ces trois États appartiennent encore à la Françafrique néocoloniale.

L’heure des choix

Même si la France contrôle encore les monnaies de ces trois pays, et d’une dizaine d’autres États africains, par l’entremise du franc CFA, elle perd lentement mais sûrement son influence géopolitiques sur ses anciennes colonies. Irritée du fait qu’elle ne parviendra plus à reprendre ses positions stratégiques passées en Centrafrique après que la Russie s’y soit installée pour stabiliser la situation, et sans doute de même au Gabon avec le déploiement de soldats étasuniens le mois dernier avant le putsch, la France pourrait se sentir obligée de s’accrocher à son partenaire camerounais, malgré les pressions du « bas » qu’elle subit, visant à le trahir. Ceci étant dit, si la situation semble changer dans la direction d’un changement de régime « inévitable », il faudrait s’attendre à voir Paris lâcher son homme, dans une dernière tentative de conserver son influence sur le pays, au lieu de le laisser tomber sous influence étasunienne ou anglaise, chose qui ne manquerait pas d’arriver si le changement de régime se produisait sans solution de rechange française préparée.

L’heure de vérité pour la Françafrique ?

À l’égal de l’Empire Ottoman, qui fut considéré comme l’« homme malade de l’Europe » dans les périodes qui précédèrent sa chute, la France pourrait se voir désignée comme l’« homme malade de l’Afrique » si ses possessions de la Françafrique continuent de tomber l’une après l’autre dans l’escarcelle d’autres puissances. Le franc CFA a peut-être encore de belles années devant lui, mais la dominance géopolitique française sur cet espace trans-régional pourrait échapper à la France si elle ne parvient pas à reprendre contrôle de ses mandataires, après les avancées russes en République centrafricaine, le pivot du Tchad vers Israël et l’accueil surprise de soldats étasuniens par le Gabon. L’influence de la Chine est également en train de tisser sa toile dans l’ensemble de la Françafrique, et Paris pourrait prochainement se sentir obligée de prendre position en Afrique centrale, ou bien en soutenant ou bien en désavouant le président camerounais, selon son évaluation du « sens du vent ». Dans un sens ou dans l’autre, les assauts du week-end dernier sur les ambassades du Cameroun pourraient forcer la France à enfin arbitrer ce choix.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-saccage-de-deux-ambassades-camerounaises-pourrait-forcer-la-france-a-choisir-son-camp

 

La construction du gazoduc Nord Stream 2 menacée par la France

7 février 2019 / 15:40 / il y a 3 jours

La construction du gazoduc Nord Stream 2 menacée par la France

 

 

PARIS (Reuters) – La France a annoncé jeudi son soutien à la révision de la directive européenne sur le gaz, une position susceptible de remettre en cause la construction du pipeline Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne.

Le logo du projet de gazoduc Nord Stream 2 lors du Forum Economique International de Saint-Pétersbourg 2017. La France a annoncé jeudi son soutien à la révision de la directive européenne sur le gaz, un changement de position susceptible de remettre en cause la construction du pipeline Nord Stream 2 entre la Russie et l’Allemagne. /Photo d’archives/REUTERS/Sergei Karpukhin

En révisant cette directive, l’exécutif européen souhaite étendre sa juridiction en matière de marchés de l’énergie et avoir son mot à dire sur le gazoduc conçu pour relier la Russie à l’Allemagne à travers la mer Baltique, et voulu par Berlin.

Dans sa forme actuelle, le gazoduc détenu par la compagnie d’Etat russe Gazprom et dont la construction a déjà commencé (l’achèvement est prévu en 2020), dérogerait aux nouveaux critères européens renforcés.

Pour éviter de voir le projet contrarié, Berlin oeuvre en coulisses auprès des autres capitales européennes pour réunir une minorité de blocage et empêcher le vote du texte, a-t-on appris de sources diplomatiques.

“La révision de la directive gaz a pour but d’appliquer les règles du troisième paquet énergie à tous les gazoducs avec les pays tiers entrant sur le territoire européen. La directive révisée s’appliquerait au projet Nord Stream 2”, a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères lors d’un point de presse électronique.

“La France compte soutenir l’adoption d’une telle directive. Les travaux se poursuivent avec nos partenaires, en particulier avec l’Allemagne, sur les modifications qui pourraient être apportées au texte”, a-t-elle ajouté.

UN SOUTIEN DÉCISIF

Les Européens sont divisés sur la question : les pays de l’Est, scandinaves et de la Baltique voient d’un mauvais oeil le gazoduc long de 1.225 kilomètres, soulignant le risque d’une dépendance de l’UE à l’égard de Moscou, tandis que d’autres, comme l’Allemagne, font valoir ses bénéfices économiques.

Jusqu’alors, les alliés de Berlin, dont la France, l’Italie et l’Espagne, semblaient réticents à aller contre la volonté du gouvernement allemand.

“La position francaise était connue des autorités allemandes. On avait pris la décision de ne pas s’exprimer publiquement”, précise-t-on de source diplomatique française.

De source européenne, on estime ce soutien potentiellement décisif, dans la mesure où il rendra plus difficile l’obtention d’une minorité de blocage par Berlin.

Le projet, dénoncé par les Etats-Unis, est financé pour moitié par le russe Gazprom, avec une participation du français Engie, des allemands Uniper et Wintershall, de l’autrichien OMV et de l’anglo-néerlandais Shell, chacun à hauteur de 10%. Autant de groupes pour lesquels la directive entraînerait des incertitudes.

L’Allemagne ne deviendra pas dépendante de la Russie pour son approvisionnement en gaz à cause du gazoduc Nord Stream 2, a assuré jeudi la chancelière allemande Angela Merkel, en visite en Slovaquie.

La révision de la directive a reçu l’aval du Parlement européen en mars, un feu vert qui ouvre la voie à une adoption rapide de la réglementation si le Conseil européen réunissait une majorité pour l’approuver.

John Irish, Jean-Baptiste Vey et Julie Carriat à Paris, Paul Carrel, Andreas Rinke et Markus Wacket à Berlin, édité par Yves Clarisse

 

https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN1PW1PM-OFRTP

Quelques mauvaises nouvelles pour l’empire…

Quelques mauvaises nouvelles pour l’empire…

Publié le 10 Février 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-Unis, Amérique latine, Russie, Europe, Gaz

Si l’empire tente de réagir à son lent mais inexorable déclin et même de contre-attaquer, les tuiles continuent de s’accumuler. Ces derniers jours ont été particulièrement prolixes en mauvaises nouvelles, aussi un rapide tour d’horizon n’est-il pas inutile…

Au Venezuela, Maduro a sorti les S-300 de leur housse. Nul doute que ce geste, qui vise à refroidir les têtes brûlées de Washington si l’envie leur prenait de faire un petit tour dans les cieux bolivariens, sera étudié de près par le Pentagone.

Eh oui, Moscou avait vendu son système à Caracas au début des années 2010, ce que tout le monde avait oublié. Si, à l’époque, cela pouvait paraître quelque peu folklorique, la crise actuelle ramène le sujet sur le devant de la scène. Certes, les S-300 sont théoriquement peut-être un peu justes face aux chasseurs de cinquième génération, même si ce qui se passe dans le ciel syrien tendrait à prouver le contraire. C’est en tout cas une belle épine dans le pied impérial, ce que les spécialistes appellent une « bulle de déni » ou, en termes ronflants, un « environnement non-permissif ».

Les Russes (et les Chinois) iront-ils plus loin et franchiront-ils le Rubicon en s’installant militairement au Venezuela ? Selon certains, cette sanctuarisation d’un pays menacé par Washington ferait tache d’huile et beaucoup se précipiteraient à Moscou et Pékin pour demander leur propre protection. Une opportunité historique pour l’ours et le dragon d’assumer le leadership mondial. A suivre…

En Syrie, Daech est lessivé et le « califat » ne s’étend plus que sur quelques kilomètres carrés. le long de l’Euphrate. La question du retrait US revient donc en force sous les feux de l’actualité. Le Donald, qui donne du mou au Deep State par ailleurs (par exemple au Venezuela), tient tête à ses généraux et à l’hystérique clique impériale. Sauf énorme surprise, le retrait aura bien lieu. Et l’arrivée temporaire de troupes supplémentaires avant le départ ne devra pas être vu comme un reniement mais, au contraire, comme une preuve supplémentaire du repli : il faut du personnel, logistique ou autre, pour plier les bagages.

Le Pentagone tremble. Wall Street aussi… Russes et Européens parlent en effet de la possibilité d’abandonner totalement le dollar dans leurs échanges pour le remplacer par l’euro. Attention, nous n’en sommes encore qu’au stade de la réflexion. Les négociations puis la prise de décision prendraient des mois, voire plus. Pas d’emballement, donc, mais une chose est sûre : ce serait un coup terrible porté à la domination du dollar, donc des Etats-Unis.

Les euronouilles font d’ailleurs montre d’une inhabituelle autonomie vis-à-vis de tonton Sam et, comme nous le prévoyions, le coup de tonnerre de l’élection du Donald n’y est pas étranger, lui qui a brouillé les pistes et mis le système impérial sens dessus dessous. Ainsi, les gazoducs russes avancent eux aussi vers le Vieux continent.

Bruxelles a donné sa bénédiction au passage d’une ligne du Turk Stream par la Serbie, au prix de quelques aménagements mineurs. MacCainistan doit se retourner dans sa tombe, lui qui avait tout fait pour torpiller, avec succès, le South Stream.

Quant au Nord Stream II, une vieille connaissance des habitués du blog, la France de Micron Ier a d’abord créé la surprise jeudi en soutenant la révision d’une directive européenne sur le gaz, susceptible de mettre des bâtons dans les roues du pipeline. Ce coup bas porté à Berlin a fait s’interroger la presse teutonne : l’occupant de l’Elysée se serait-il aplati devant les pressions américaines ? En réalité, le pet du cerveau du président français n’a pas duré bien longtemps et a sans doute plus à voir avec des manœuvres internes à l’UE qu’avec le tube lui-même. Un accord a été trouvé, déblayant les derniers obstacles.

 

 

La Russie ne veut pas que l’Iran « supprime le régime sioniste de la carte politique »

La Russie ne veut pas que l’Iran « supprime le régime sioniste de la carte politique »


Par Andrew Korybko – Le 4 février 2019 – Source orientalreview.org

andrew-korybkoLe général de Brigade, Hossein Salami, second personnage du Corps des gardiens de la révolution iranien, a déclaré sur le ton de la confiance : « Nous annonçons que si Israël engage une quelconque action débouchant sur une guerre contre nous, cela amènera à son élimination définitive et à la libération des territoires occupés. La stratégie de l’Iran est de supprimer le régime sioniste de la carte politique, et que les Israéliens eux-mêmes prennent part à ce plan de par leurs activités criminelles ».

Le général de Brigade Hossein Salami

Il s’agissait évidemment d’une réponse aux dernières frappes israéliennes lancées contre les positions supposées du groupe paramilitaire en Syrie, et à la promesse de Netanyahou de faire tout le nécessaire pour forcer leur retrait de la République arabe. Il s’agissait bien entendu également d’une répétition des propos mal traduits (mais fortement diffusés) de l’ancien président iranien Ahmadinejad au milieu des années 2000, s’étant alors agi – dans l’interprétation de travers que les médias dominants propagèrent – « éradiquer Israël de la carte ».

Le lecteur devrait avoir à l’esprit la remarque de Poutine lors d’une interview pour RT qu’il donna en 2013, lorsqu’il déclara qu’« il n’est pas si important qu’il s’agisse d’une citation exacte ou non. Retenons-en qu’il vaut mieux éviter des propos qui peuvent être mal cités ou interprétés de plusieurs manières. C’est pour cela que le focus sur l’Iran n’est pas fait sans raison ». La Russie est donc fermement opposée à la position officielle de l’Iran de mener un changement de régime contre les alliés de Moscou à Tel Aviv. Sergey Ryabkov, adjoint au Ministre des affaires étrangères, lors d’une interview sur CNN la semaine dernière, a pris ses distances avec la notion très médiatisée qui veut que la Russie soit également « alliée » de Téhéran. En réponse à une question qui s’enquérait de savoir si la Russie et l’Iran étaient alliés en Syrie, il a secoué la tête et déclaré de manière univoque : « Ce ne sont pas les mots que j’emploierais pour décrire ce que nous sommes avec l’Iran. Nous ne sous-estimons en aucune manière l’importance des mesures qui pourraient garantir une très grande sécurité à l’État d’Israël ».

Considérés ensemble, les propos du président Poutine et de l’adjoint au Ministre des affaires étrangères Ryabkov portent la politique d’État officielle, catégoriquement opposée aux intentions de changement de régime portées par l’Iran en Israël. Clarification est également faite qu’aucune alliance n’est nouée entre les deux grandes puissances, malgré leur coopération pragmatique anti-terroriste en Syrie. Il s’agit d’un signal pour Israël : la Russie n’accourra pas au secours de l’Iran dès que l’« État juif » auto-proclamé bombardera ses positions supposées en Syrie, considérées par Tel Aviv comme une menace à sa propre existence. Mais la Russie tâchera de jouer les intermédiaires et de parvenir à une « compréhension » entre les deux, comme elle l’a fait l’été dernier, en encourageant l’Iran à reculer de 140 kilomètres du plateau du Golan occupé. Tout le monde aura ici compris que l’armée russe ne s’engagera en faveur d’aucune des parties si elles en viennent aux coups.

Mais cela risque ce ne pas arriver de sitôt, les déclarations iraniennes ne constituant rien de plus qu’une ré-affirmation idéologique de sa position déjà exposée, en réponse à la rhétorique pré-électorale de Netanyahou contre le rôle du Corps des gardiens de la révolution iranienne en Syrie ces dernières semaines, et non à la soi-disant « menace » qu’il plaît à certains de décrire. Si les mots en soi sont effectivement menaçants à l’égard de la sécurité d’Israël, ces mots ne suffisent pas en soi à établir la volonté d’action imminente de la part de l’Iran – si tel était le cas, ces actions auraient déjà été lancées. La déclaration du Corps des gardiens de la révolution s’apparente plutôt à une action de se frapper le thorax, pour rallier ses alliés en Syrie contre les dernières attaques subies là-bas par Israël, et pas le début d’une guerre conventionnelle entre l’Iran et Israël.

Le présent article constitue une retranscription partielle de l’émission radiophonique context countdown, diffusée sur Radio Sputnik le 1er février 2019.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-russie-ne-veut-pas-que-liran-supprime-le-regime-sioniste-de-la-carte-politique

 

Vassaux et résistants

Vassaux et résistants

Publié le 8 Février 2019 par Observatus geopoliticus in Etats-Unis

Depuis l’élection trumpienne, la tête de l’empire tangue. On sait que le Donald doit louvoyer avec son Deep State au bord de la crise de nerfs, donnant là (Iran, Israël, Chine, Venezuela) ce qu’il souhaite retirer ici (Russie, Syrie, Asie centrale). Mais si le système impérial pensait reprendre la Maison Blanche en 2020, il voit avec horreur émerger un présidentiable plus dangereux encore.

Nous avons plusieurs fois évoqué Tulsi Gabbard, notamment sur la Syrie :

Des membres clairvoyants du Congrès (si si, il y en a) ont très vite réagi en introduisant le Stop Arming Terrorists Act. Le nom parle de lui-même… La proposition a été présentée par la délicieuse Tulsi Gabbard, qui en plus d’être jolie est intelligente :

“Si vous ou moi finançons, armons ou supportons Al Qaeda ou l’EI, nous serions mis en prison selon la loi. Or le gouvernement américain viole cette loi depuis des années, en soutenant avec de l’argent, des armes et des renseignements* les partenaires d’Al Qaeda, de Jabhat Fateh al Sham et d’autres groupes terroristes qui luttent pour renverser le gouvernement syrien. Il est temps d’arrêter cette folie. »

Elle était même allée plus loin en janvier 2017 :

A la stupéfaction de la volaille médiatique états-unienne, elle vient de passer quatre jours en Syrie et a osé rencontrer « le monstre ». A son retour, pas repentante pour un sou, elle a doublé la mise sur la nécessité de voter le Stop Arming Terrorist Act avec cet argument de simple bon sens : « Beaucoup de Syriens m’ont demandé pourquoi Washington et ses alliés soutiennent les groupes terroristes alors que c’est Al Qaeda qui a attaqué les Etats-Unis le 11 septembre, pas la Syrie. Je ne pouvais rien leur répondre… »

Dans ces conditions, on imagine aisément que l’annonce de sa candidature à la présidentielle de 2020 a envoyé des ondes de choc dans l’Etat profond et la presstituée à son service. Il n’en fallait pas plus pour qu’un torrent de boue et de propagande s’abatte sur elle. Tout y passe : groupies des dictateurs, nationaliste hindoue, islamophobe, suprémaciste blanche (!), anti-LGBT (la grande mode bobo occidentale). Mais évidemment, l’accusation suprême, celle qui doit faire trembler Hollywood et frissonner dans les chaumières, n’est jamais loin : a-g-e-n-t   r-u-s-s-e.

Tulsi ne se démonte pas et double la mise en dénonçant les désastreuses opérations de changement de régime, en refusant la tentative de putsch au Venezuela et en déclarant tout de go qu’Assad n’est pas un ennemi des Etats-Unis. CNN en a avalé sa parabole de travers…

La journaloperie a d’ailleurs fort à faire par ailleurs. Pour vous donner une idée du niveau d’hystérie outre-Atlantique, la dernière en date est d’ors et déjà à classer au rang des perles rares. Sachez, bonnes gens, que Poutine et les Chinois menacent de faire mourir de froid les habitants… du Dakota ! Eh oui, vous ne le saviez pas, eux non plus, mais les andouilles de la MSN nous l’assurent la bouche en cœur. Mais après tout, n’est-ce pas Mika Brzezinski, la fifille de l’éminence grise lui-même, qui, dans un lapsus merveilleusement révélateur, confirmait que le rôle des médias était de « contrôler la pensée des gens » ?

A mesure qu’il dégringole et que les voix dissidentes sont chaque jour plus nombreuses, le système impérial s’arc-boute. L’Europe symbolise admirablement cet état de chose. Morts de trouille devant la montée des z’horribles populistes, les euronouilles se sont engagées dans une fuite en avant éperdue. Dans le rôle du parfait vassal, Micron excelle. Non content de brader les atouts de la France (fleurons industriels, siège à l’ONU etc.), il semble carrément vouloir hypothéquer son stock d’or ! Alors que les grands pays de la planète amassent le précieux métal pour se prémunir de la crise monétaire qui pointe son nez ou ne plus dépendre du dollar, Paris fait exactement l’inverse… en toute discrétion. Volonté d’entraîner la France dans une voie de non-retour et de ligoter tout futur gouvernement qui aurait des tendances souverainistes ? Connaissant l’eurolâtrie bêlante du pensionnaire de l’Elysée, c’est tout sauf impossible.

A l’inverse, l’Italie ne cesse d’étonner par son indépendance. Nous avons déjà vu que la nouvelle direction transalpine fait frémir l’euronouillerie et refuse de se soumettre aux diktats de Washington, notamment sur le Venezuela. Rome n’arrête pas de faire souffler le chaud et l’effroi sur l’échine impériale. La présidente du Sénat remet par exemple ouvertement en cause les sanctions anti-russes, ce que Salvini avait déjà fait publiquement en Pologne (!) lors d’une visite officielle le mois dernier.

Cerise sur le gâteau, la récente visite du vice Premier ministre italien aux Gilets Jaunes a offusqué le pygmée élyséen, scandalisé devant cette « ingérence inacceptable ». Il était une fois un certain hôpital et une certaine charité Blessé dans son incommensurable orgueil, il a rappelé son ambassadeur à Rome, du jamais vu depuis 1940. Enième exemple de l’hystérisation d’un système qui se dirige vers sa fin.

Hubert Védrine appelle à relancer le «format Normandie»

Hubert Védrine

Hubert Védrine appelle à relancer le «format Normandie»

© AFP 2018 Lionel Bonaventure
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Alors que les rencontres pour la paix en Ukraine, qui réunissent les chefs de la diplomatie française, allemande, russe et ukrainienne, ne permettent pas de faire des progrès considérables, Hubert Védrine propose de relancer le format sans y renoncer complètement.

Il ne faudrait pas renoncer complètement au «format Normandie» conçu pour régler le conflit dans l’est de l’Ukraine, mais ce modèle devrait être relancé, estime Hubert Védrine, ancien ministre des Affaires étrangères.

Ce lundi, à Institut d’État des relations internationales de Moscou (MGIMO), l’ex-diplomate a tenu une conférence au cours de laquelle il a noté l’utilité des rencontres sur l’Ukraine organisées par les chefs de la diplomatie française, allemande, russe et ukrainienne. Or, a indiqué M.Védrine, le format Normandie n’apporte pas de solutions à tous les problèmes.L’ancien ministre a également évalué l’état actuel des relations franco-russe, les jugeant plus mauvaises qu’après 30 ans de guerre froide.

La Russie, l’Allemagne et la France mènent avec l’Ukraine les négociations en «format Normandie» visant à trouver une issue au conflit dans le Donbass. Or, les accords de Minsk-2 pour la paix en Ukraine, signés par l’Ukraine, la France, l’Allemagne et la Russie, sont au point mort du fait que Kiev refuse de réviser le statut des républiques autoproclamées afin de trouver une solution politique au conflit.

https://fr.sputniknews.com/international/201902041039900114-hubert-vedrine-relancer-format-normandie/

La cyberdéfense. Politique de l’espace numérique

La cyberdéfense. Politique de l’espace numérique

Par Florent PARMENTIER, le 16 janvier 2019  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Florent Parmentier, docteur en Science politique, est enseignant et responsable de programmes au Master Affaires Publiques à l’Institut d’études politiques de Paris.

Voici un ouvrage qui présente la cyberdéfense sur le plan technique en mettant en lumière des stratégies et des représentations, des interactions d’acteurs, des réalisations et des pratiques.
Présentation de l’ouvrage dirigé par Stéphane Taillat, Amaël Cattaruzza, Didier Danet, « La cyberdéfense. Politique de l’espace numérique », Paris, Armand Colin. En écho au nouveau programme de 1ère spécialité Histoire-Géographie et Géopolitique, cette présentation permet de nourrir le thème 4 et son axe 1 pour l’extension du réseau Internet.

LE PIRE adversaire de la connaissance n’est pas l‘ignorance, mais le fait de croire savoir, disait le physicien Stephen Hawkins. Nous ne saurions mieux dire concernant le cyberespace, qui apparaît bien comme un espace d’expression du pouvoir et de la force, de tension entre différentes identités, mais que l’on pense parfois neutre sur le plan technique. Nous savons qu’il existe, mais on descend rarement à un niveau de détail adéquat pour en comprendre les ramifications.

C’est bien l’objet de cet ouvrage collectif, qui aborde la cyberdéfense sur le plan technique en mettant en lumière des stratégies et des représentations, des interactions d’acteurs, des réalisations et de pratiques, en dehors du déterminisme technologique. Il est intéressant de noter à cet égard qu’il existe plusieurs définitions du cyberespace, dont un certain nombre font l’impasse sur la dimension humaine et politique de celui-ci. Environnement, domaine, milieu ou moyen, chaque acteur produit sa propre définition de ce champ. Le cyberespace ne peut pas être considéré « comme un bloc homogène et uniforme, mais il faut plutôt le voir comme une multitude de cyberespaces : chaque acteur, chaque usager construit son « espace » en fonction de son utilisation, de ses représentations, de ses intérêts » (p.8). Nous ne serons ainsi pas surpris de retrouver des notions de dissuasion et de coercition déjà présentes pendant la Guerre froide.

On a assisté progressivement à une sécuritisation du cyberespace, c’est-à-dire à la prise en compte d’une dimension de sécurité à laquelle on prêtait moins d’importance dans les discours et les pratiques par le passé. La cyberdéfense désigne une certaine conception de l’action sur, dans et à travers les réseaux numériques et les activités qu’ils soutiennent (p.11), ou « l’ensemble des activités conduites afin d’intervenir militairement ou non dans le cyberespace pour garantir l’effectivité de l’action des forces armées, la réalisation de mission confiées et le bon fonctionnement du Ministère » (p.45). Ce champ connaît une autonomisation croissante, même si ses discours et ses représentations technoscientifiques restent liés aux autres champs de la conflictualité. Pour aborder la cyberdéfense le plus largement possible, l’ouvrage se compose de trois grandes parties : l’étude du contexte global de la cyberdéfense, les enjeux du domaine numérique ainsi que l’espace numérique comme domaine opérationnel.

La cyberdéfense. Politique de l'espace numérique
Exercice de cyberdéfense aux Etats-Unis
Crédit U.S. Air Force photo

Le cyberespace est un espace géopolitique

A première vue, la dématérialisation engendrée par le numérique contrevient à notre idée classique de géopolitique, classiquement définie comme une rivalité de puissances sur un territoire donné (Yves Lacoste) : si internet est partout, et que les infrastructures sont des artefacts techniques, n’est-ce pas poser la mauvaise question ? On pourrait certes objecter, comme le fait Guillaume Pitron, que le monde numérique qui se dessine est fortement consommateur d’énergie, et participe donc pleinement à des jeux économiques au-delà de ce qui existe en ligne. [1]

Les géographes et géopoliticiens ont abordé le cyberespace sous plusieurs angles, avec un corpus riche de plusieurs approches : la géographie du numérique, les géographies produites par le numérique, et les géographies produites via le numérique. Entre géographie et numérique, les individus, les Etats et la gouvernance mondiale sont les échelles pertinentes. Le cyberespace peut également se diviser en différentes couches, à la manière des géologues : la couche matérielle (les périphériques d’accès et les infrastructures nécessaires), la couche logicielle (les logiciels et protocoles permettant la circulation de grandes quantités de données) et enfin la couche sémantique – ou cognitive (contenu informationnel). Ces différentes couches font l’objet de rapports de force spécifiques, à tel point qu’on peut affirmer que la cyberdéfense n’est pas exempte de facteurs spatiaux particuliers.

Ces rapports de force se manifestent à notamment à l’occasion de crises, opposant dans les représentations courantes les Etats-Unis et les Européens face aux Russes et aux Chinois. Elles jalonnent les dernières années à travers le globe : la cyberattaque de 2007 en Estonie, attaques contre la Géorgie en 2008, le virus Stuxnet contre l’Iran (2010), les révélations d’Edward Snowden de l’été 2013, les élections présidentielles américaines de 2016 et françaises en 2017… La question de la prise de décision sous contrainte reste essentielle en la matière, comme l’illustre le parallèle avec la crise de Cuba. L’absence de régime partagé de régulation de ces enjeux, la force relative des acteurs non-étatiques et l’incitation à l’action offensive. En dehors des crises, la non-neutralité du code ou des flux de données apparaissent également avec une force d’évidence, tout comme l’importance du facteur humain – les biais cognitifs faisant pleinement partie des éléments à considérer dans l’analyse. [2]

Prospective du cyberespace

Par la diversité des approches proposées, de l’étude de la technologie jusqu’aux aspects juridiques et stratégiques, l’ouvrage aborde également la dimension prospective du cyberespace, dans la limite de la difficulté de l’exercice dans un secteur où le rythme de développement est extrêmement rapide. Par ailleurs, trois questions semblent importantes : la souveraineté numérique (avec l’enjeu des clouds souverains), la technologie et la sécurité (le Big data et le renseignement, selon les différentes étapes : l’expression du besoin, la collecte, le traitement et l’exploitation, l’analyse, la diffusion et la sécurité), et la politique internationale.

La « course technologique » à l’intelligence artificielle apparaît ainsi parmi les enjeux les plus importants, la Chine ayant élaboré le plan « Ambition 2030 », dont l’objectif annoncé est de viser un leadership mondial à cette date. Les moyens économiques, la collecte des données peu respectueuse des libertés individuelles et la vision font de la Chine un candidat crédible à une place de premier choix. L’un des co-auteurs, Julien Nocetti, l’affirme d’ailleurs très directement : « L’Europe, qui n’a guère mené de réflexion prospective à ce sujet, devra pourtant s’interroger sur les conséquences économiques et stratégiques qu’aura pour elle une IA maîtrisée par le duopole sino-américain » (p.109). Les Etats-Unis suivent évidemment avec une attention toute particulière cette question, à même de redistribuer les cartes au niveau international, et ce d’autant que Washington a considéré depuis le début des années 2010 que le cyberespace constitue le « 5e champ de bataille ». A ces deux puissances s’ajoute la Russie, qui a su développer un discours du cyberespace centré autour de la souveraineté numérique, ce pays apparaissant comme une véritable « exception numérique » (à travers le « Runet ») ; comme le souligne Kevin Limonier : « Grâce à son écosystème spécifique, la Russie a en effet les moyens techniques, politiques et économiques d’apparaître comme une « puissance souveraine » du cyberespace, ce qui n’est d’ailleurs pas sans faire écho à la situation de l’Union européenne que certains qualifient d’ailleurs de véritable « colonie numérique » des Etats-Unis » (p. 124).

La conclusion de l’ouvrage tente d’ébaucher les perspectives de l’espace numérique à horizon 2040. De 500 000 personnes en 1995, le nombre de connectés atteint aujourd’hui plus de la moitié de la population mondiale. Le phénomène a donc depuis longtemps quitté les rives technologiques pour devenir un véritable enjeu de société. Dans un contexte propice aux innovations de rupture, trois innovations de ce type sont en cours, offrant potentiellement des convergences technologiques disruptives : le développement de l’imprimante 3D, de l’intelligence artificielle et de la blockchain. [3] Si la reprise de certains épisodes de la série Black Mirror permet de mettre les choses en perspective, on peut regretter, à cet égard, que la possibilité d’un rapprochement entre l’infotech et les biotechnologies ne soit pas évoquée. De même, l’ouvrage aurait pu être enrichi de quelques illustrations sur les enjeux techniques, qu’il est toujours compliqué de retranscrire. Le défi consistant à faire toucher du doigt la complexité des enjeux multiformes du cyberespace, au-delà de l’écume du traitement médiatique quotidien, semble toutefois totalement réussi.

Copyright Janvier 2019-Parmentier/Diploweb.com


Stéphane Taillat, Amaël Cattaruzza, Didier Danet (dir.), « La cyberdéfense. Politique de l’espace numérique », Paris, Armand Colin, 2018. Sur Amazon

4e de couverture

Rapports de forces, cyberattaques sur les infrastructures, hacking, espionnage, fake news, le cyberespace est devenu en quelques décennies un champ privilégié des relations internationales où coopèrent et s’affrontent anciens et nouveaux acteurs de la conflictualité, étatiques et non étatiques, publics et privés, civils et militaires.
Les enjeux sont considérables car la plupart des activités humaines dépendent aujourd’hui de l’interconnexion des systèmes de traitement de l’information permise par les réseaux numériques. Or, les menaces associées à la digitalisation de la société ont profondément transformé la manière de concevoir les conflits contemporains. Elles ont amené les États et les principaux acteurs de la sécurité à repenser leurs politiques, leurs architectures et leurs stratégies de défense sur la scène internationale.
Ce domaine doit être appréhendé de manière globale, au croisement des approches politiques et géopolitiques, stratégiques et juridiques, économiques, techniques et sociotechniques. Cet ouvrage présente de manière concise et accessible l’ensemble des connaissances disponibles aujourd’hui sur le sujet de la cyberdéfense et de la gestion de crise dans l’espace numérique. Rédigé par de nombreux spécialistes, universitaires et praticiens, il offre une vision large et pluridisciplinaire des enjeux de la cyberconflictualité.

Voir Stéphane Taillat, Amaël Cattaruzza, Didier Danet (dir.), « La cyberdéfense. Politique de l’espace numérique », Paris, Armand Colin, 2018. Sur Amazon