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Retour de la Russie dans le G8 : Donald Trump «pourrait soutenir» un changement du format

Retour de la Russie dans le G8 : Donald Trump «pourrait soutenir» un changement du format

20 août 2019, 21:16

– Avec AFP

Retour de la Russie dans le G8 : Donald Trump «pourrait soutenir» un changement du format

© MANDEL NGAN Source: AFPLe président américain Donald Trump.

Donald Trump a plaidé, le 20 août, pour un retour du G8 auquel la Russie serait réintégrée. Prenant ainsi le contre-pied de ses partenaires occidentaux, le président américain s’est dit prêt à soutenir toute initiative allant dans ce sens.

Le 20 août, Donald Trump s’est déclaré en faveur du retour au G8 avec la réintégration de la Russie, qui a été écartée du groupe des huit pays les plus industrialisés en 2014, marquant ainsi une nouvelle rupture avec ses alliés du G7. 

«Beaucoup de sujets dont nous discutons ont à voir avec la Russie, je la verrais bien revenir dans le G8», a-t-il déclaré à la presse depuis la Maison Blanche, ajoutant qu’il «pourrait tout à fait soutenir» un retour au G8 avec Moscou, si une proposition est faite dans ce sens. «Comme vous savez, pendant longtemps c’était le G8 […] et le président Obama n’a plus voulu de la Russie parce qu’ils se sont montrés plus malins que lui», a-t-il ajouté. Depuis le rattachement par référendum de la Crimée en 2014, la Russie est exclue du G8, qui s’est donc transformé en G7.Lire aussiLe G8 manque-t-il à Vladimir Poutine ? Le président russe répond à la presse (VIDEO)

Les membres du G7 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon et Royaume-Uni) doivent se retrouver du 24 août au 26 août à Biarritz (Pyrénées-Atlantiques) pour un sommet qui s’annonce sous haute tension, en raison des désaccords entre Donald Trump et ses alliés sur de nombreux sujets, à l’instar de l’Iran, la Syrie ou encore l’accord de Paris sur le climat. 

En juin dernier, Emmanuel Macron avait estimé que «sans avancée claire et tangible sur le processus de Minsk» – les accords censés mettre un terme aux combats dans l’est de l’Ukraine –, la reconstitution d’un G8 intégrant la Russie, demeure hypothétique. 

Interrogé par l’AFP sur son rapport à l’ex-G8, le président russe avait, de son côté, déclaré le 19 août en présence d’Emmanuel Macron, qu’il ne pouvait pas souhaiter participer à un modèle de sommet qui «n’existe pas». «Comment pourrais-je revenir dans une organisation qui n’existe pas ? Il y a le G7 qui existe, aujourd’hui c’est le G7», avait-t-il ainsi répondu, esquissant un sourire. 

Lire aussi : «Il faut arrêter les babillages» : après le sommet du G7, Poutine appelle à une «vraie coopération»

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Les succès de la diplomatie russe au Moyen-Orient

Les succès de la diplomatie russe au Moyen-Orient

par Thierry Meyssan

Les changements politiques qui transforment le Moyen-Orient depuis deux mois sont la résultante non pas de l’écrasement de protagonistes, mais de l’évolution des points de vue iranien, turc et émirati. Là où la puissance militaire états-unienne a échoué, la finesse diplomatique russe a réussi. Refusant de se prononcer sur les crimes des uns et des autres, Moscou parvient à pacifier lentement la région.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 20 AOÛT 2019 عربيESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEΕΛΛΗΝΙΚΆРУССКИЙENGLISH

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Depuis cinq ans, la Russie a multiplié les démarches pour rétablir le Droit international au Moyen-Orient. Elle s’est particulièrement appuyée sur l’Iran et la Turquie dont elle ne partage pourtant pas la manière de penser. Les premiers résultats de ce patient exercice diplomatique redessinent les lignes de partage au sein de plusieurs conflits.

De nouveaux rapports de force et un nouvel équilibre se mettent discrètement en place dans la vallée du Nil, au Levant et dans la péninsule arabique. Au contraire, la situation se bloque dans le Golfe persique. Ce changement considérable et coordonné touche différents conflits apparemment sans lien entre eux. Il est le fruit de la patiente et discrète diplomatie russe [1] et, dans certains dossiers, de la relative bonne volonté US.

À la différence des États-Unis, la Russie ne cherche pas à imposer sa vision du monde. Elle part au contraire de la culture de ses interlocuteurs qu’elle modifie par petites touches à son contact.

Recul des jihadistes et des mercenaires kurdes en Syrie

Tout à commencé le 3 juillet : un des cinq fondateurs du PKK, Cemil Bayik, publiait une tribune libre dans le Washington Postappelant la Turquie à ouvrir des négociations en levant l’isolement de son prisonnier le plus célèbre : Abdullah Öcalan [2]. Soudain, les visites en prison du leader des Kurdes autonomistes de Turquie, interdites depuis 4 ans, furent à nouveau autorisées. Cette ouverture fut immédiatement considérée comme une trahison par le Parti républicain du peuple qui manqua à l’appel de l’AKP le 23 juin à Istanbul, infligeant une sévère défaite électorale au candidat du président Erdoğan.

Simultanément, les combats reprenaient dans la zone occupée par Al-Qaïda au Nord de la Syrie, le gouvernorat d’Idleb. Cet Émirat islamique n’a pas d’administration centrale, mais une multitude de cantons affectés à des groupes combattants divers. La population est nourrie par des « ONG » européennes affiliées aux services secrets de ces pays et la présence de l’armée turque dissuade les jihadistes de tenter de conquérir le reste de la Syrie. Cette situation étant peu avouable, la presse otanesque présente l’Émirat islamique d’Idleb comme le paisible refuge des « opposant modérés à la dictature d’Assad » Soudain, Damas, appuyé par un soutien aérien russe, a commencé à reconquérir le territoire et l’armée turque à se retirer en silence. Les combats sont extrêmement meurtriers, en tout premier lieu pour la République. Cependant, après plusieurs semaines, l’avancée est notable, de sorte que si rien ne l’arrête, la province pourrait être libérée en octobre.

Le 15 juillet, à l’occasion du troisième anniversaire de la tentative de l’assassinat dont il fut l’objet et du coup d’État improvisé qui suivit, le président Erdoğan annonçait la redéfinition de l’identité turque, non plus sur une base religieuse, mais nationale [3]. Il révélait aussi que son armée allait balayer les forces du PKK en Syrie et transférer une partie des réfugiés syriens dans une zone frontalière de 30 à 40 kilomètres de profondeur. Cette zone correspond à peu près à celle dans laquelle le président Hafez el-Assad avait autorisé, en 1999, les Forces turques à réprimer d’éventuels tirs d’artillerie kurde. Après avoir annoncé que le Pentagone ne pouvait pas abandonner ses alliés kurdes, des émissaires états-uniens vinrent à Ankara faire le contraire et approuver le plan turc. Il s’avère que, comme nous l’avons toujours dit, les chefs du « Rojava », ce pseudo État autonome kurde en terre syrienne, sont presque tous de nationalité turque. Ils occupent donc la région qu’ils ont nettoyée ethniquement. Leurs troupes, de nationalité syrienne, envoyèrent alors des émissaires à Damas pour demander la protection du président Bachar el-Assad. Rappelons que les Kurdes sont une population nomade sédentarisée au début du XXème siécle. Selon la Commission King-Crane et la conférence internationale de Sèvres (1920), un Kurdistan n’est légitime que dans l’actuel territoire turc [4].

Il est peu probable que la France et l’Allemagne laisseront la Syrie reconquérir la totalité de l’Émirat islamique d’Idleb et abandonneront leur fantasme de Kurdistan, n’importe où (en Turquie, en Iran, en Iraq ou en Syrie, mais pas en Allemagne où ils sont pourtant un million). Ils pourraient y être contraints.

De même, malgré les discussions actuelles, il est peu probable que si la Syrie se décentralise, elle accorde la moindre autonomie à la région qui fut occupée par les Kurdes turcs.

Après plusieurs années de blocage, la libération du Nord de la Syrie repose uniquement sur le changement de paradigme turc, fruit des erreurs états-uniennes et de l’intelligence russe.

Partition de facto du Yémen

Au Yémen, l’Arabie saoudite et Israël soutiennent le président Abdrabbo Mansour Hadi en vue d’exploiter les réserves pétrolières qui sont à cheval sur la frontière [5]. Ce dernier doit faire face au soulèvement des zaïdites, une école du chiisme. Avec le temps, les Saoudiens ont reçu l’aide des Émiratis, et la Résistance zaïdites de l’Iran. Cette guerre, alimentée par les Occidentaux, provoque la pire famine du XXIème siècle.

Cependant, contrairement à l’organisation des deux camps, le 1er août, les gardes-côtes émiratis ont signé un accord de coopération transfrontalier avec la police des frontières iranienne [6]. Le même jour, le chef de la milice yéménite financée par les Émirats (dite « Conseil de transition du Sud » ou « Ceinture de sécurité » ou encore « séparatistes »), Abu Al-Yamana Al-Yafei, a été assassiné par les Frères musulmans du parti Islah financé par l’Arabie saoudite [7].

À l’évidence l’alliance entre deux princes héritiers d’Arabie et des Émirats, Mohammed ben Salmane (« MBS ») et Mohammed ben Zayed Al Nahyane (« MBZ »), est malmenée.

Le 11 août la milice soutenue par les Émirats prenait d’assaut le palais présidentiel et divers ministères à Aden, malgré le soutien de l’Arabie au président Hadi ; lequel était déjà réfugié depuis longtemps à Riyad. Le lendemain, « MBS » et « MBZ » se rencontraient à La Mecque en présence du roi Salmane. Ils rejetaient le coup d’État et appelaient leurs troupes respectives au calme. Le 17 août les pro-Émiratis évacuaient en bon ordre le siège du gouvernement.

Durant la semaine où les « séparatistes » avaient pris Aden, les Émirats contrôlaient de facto les deux rives du très stratégique détroit de Bab el Mandeb reliant la mer Rouge à l’océan Indien. Maintenant que Riyad a préservé son honneur, il va falloir accorder une contrepartie à Abou Dhabi.

Sur ce champ de bataille, le changement est imputable aux seuls Émirats qui, après avoir payé un lourd tribu, tirent la leçon de cette guerre ingagnable. Prudents, ils se sont d’abord rapprochés des Iraniens avant d’envoyer ce coup de semonce à leur puissant allié et voisin saoudien.

Chaises musicales au Soudan

Au Soudan, après que le président Omar el-Béchir (Frère musulman dissident), ait été renversé par des manifestations de l’Alliance pour la liberté et le changement (ALC) et que la hausse du prix du pain ait été annulée, un Conseil militaire de transition était placé au pouvoir. Dans la pratique, cette révolte sociale et quelques milliards de pétro-dollars permettait à l’insu des manifestants de faire passer le pays d’une tutelle qatarie à une autre saoudienne [8].

Le 3 juin, une nouvelle manifestation de l’ALC était dispersée dans le sang par le Conseil militaire de transition, faisant 127 morts. Face à la condamnation internationale, le Conseil militaire engageait des négociations avec les civils et concluait un accord le 4 août, qui fut signé le 17. Pour une période de 39 mois, le pays sera gouverné par un Conseil suprême de 6 civils et de 5 militaires, dont l’accord ne précise pas les identités. Ils seront contrôlés par une Assemblée de 300 membres nommés et non pas élus, comprenant 67 % de représentants de l’ALC. Il n’y a évidemment rien de démocratique là dedans et aucune des parties ne s’en plaint.

L’économiste Abdallah Hamdok, ancien responsable de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique deviendra Premier ministre. Il devrait obtenir la levée des sanctions dont le Soudan fait l’objet et réintégrer le pays dans l’Union africaine. Il fera juger l’ancien président Omar el-Béchir dans le pays afin de lui garantir de ne plus pouvoir être extradé à La Haye, devant le Tribunal pénal international.

Le véritable pouvoir sera détenu par le « général » Mohammed Hamdan Daglo (dit « Hemetti »), qui n’est pas général, ni même soldat, mais chef de la milice employée par « MBS » pour mater la Résistance yéménite. Durant ce jeu de chaises musicales, la Turquie —qui dispose d’une base militaire sur l’île soudanaise de Suakin pour encercler l’Arabie saoudite— n’a rien dit.

De fait la Turquie accepte de perdre à Idleb et au Soudan pour gagner contre les mercenaires pro-US kurdes. Seul ce dernier enjeu est vital pour elle. Il aura fallu beaucoup de discussions pour qu’elle se rende compte qu’elle ne pouvait pas gagner sur tous les tableaux à la fois et qu’elle hiérarchise ses priorités.

Les États-Unis contre le pétrole iranien

Londres et Washington poursuivent leur concurrence, entamée il y a soixante dix ans, pour contrôler le pétrole iranien. Comme à l’époque de Mohammad Mossadegh, la Couronne britannique entend décider seule ce qui lui appartient en Iran [9]. Tandis que Washington, ne veut pas que ses guerres contre l’Afghanistan et l’Iraq profitent à Téhéran (conséquence de la doctrine Rumsfeld/Cebrowski) et entend fixer le prix mondial de l’énergie (doctrine Pompeo) [10].

Ces deux stratégies se sont télescopées lors de la saisie du pétrolier iranien Grace 1 dans les eaux de la colonie britannique de Gibraltar. L’Iran a, à son tour, arraisonné deux tankers britanniques dans le détroit d’Ormuz prétendant —insulte suprême— que le principal transportait du « pétrole de contrebande », c’est-à-dire du pétrole subventionné iranien acheté par Londres au marché noir [11]. Lorsque le nouveau Premier ministre, Boris Johnson, réalisa que son pays était allé trop loin, il eut la « surprise » de voir la justice « indépendante » de sa colonie libérer le Grace 1. Immédiatement Washington émit un mandat pour le saisir à nouveau.

Depuis le début de cette affaire, les Européens font les frais de la politique états-unienne et protestent sans grandes conséquences [12]. Seuls les Russes défendent non pas leur allié iranien, mais le Droit international comme ils l’ont fait à propos de la Syrie [13] ce qui leur permet d’avoir une ligne politique toujours cohérente.

Dans ce dossier, l’Iran fait preuve d’une très grande ténacité. Malgré le virage clérical de l’élection de cheik Hassan Rohani, en 2013, le pays se réoriente vers la politique nationale du laïque Mahmoud Ahmadinejad [14]. Son instrumentation des communautés chiites en Arabie saoudite, à Bahreïn, en Iraq, au Liban, en Syrie, au Yémen pourrrait se transformer en un simple soutien. Là encore, c’est des longues discussions d’Astana que ce qui est évident pour les uns l’est devenu pour les autres.

Conclusion

Avec le temps, les objectifs de chaque protagoniste se hiérarchisent et leurs positions se précisent.

Conforme à sa tradition, la diplomatie russe ne cherche pas, à la différence de l’états-unienne, à redessiner les frontières et les alliances. Elle tente de démêler les objectifs contradictoires de ses partenaires. Ainsi a t-elle aidé l’ancien Empire ottoman et l’ancien Empire perse à s’éloigner de leur définition religieuse (les Frères musulmans pour le premier, le chiisme pour le second) et à revenir à une définition nationale post-impériale. Cette évolution est extrêmement visible en Turquie, mais suppose un changement de têtes en Iran pour se réaliser. Moscou ne cherche pas à « changer les régimes », mais certains aspects des mentalités.

Thierry Meyssan

[1] Voir les paragraphes 3, 4, 5 et 10 de la « Déclaration conjointe de la Russie, de l’Iran et de la Turquie relative à la Syrie », Réseau Voltaire, 2 août 2019, et les comparer avec les déclarations des réunions précédentes.

[2] “Now is the moment for peace between Kurds and the Turkish state. Let’s not waste it”, by Cemil Bayik, Washington Post (United States) , Voltaire Network, 3 July 2019.

[3] « La Turquie ne s’alignera ni sur l’Otan, ni sur l’OTSC », « La Turquie renonce une seconde fois au Califat », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 et 13 août 2019.

[4] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[5] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[6] « إيران والإمارات توقعان اتفاقا للتعاون الحدودي« , RT, 01/08/19.

[7] “Missile fired by Yemen rebels kills dozens of soldiers in port city of Aden”, Kareem Fahim & Ali Al-Mujahed, The Washington Post, August 1, 2019.

[8] « Le renversement d’Omar el-Béchir », par Thierry Meyssan ; « Le Soudan est passé sous contrôle saoudien », « La Force de réaction rapide au pouvoir au Soudan », Réseau Voltaire, 16, 20 & 24 avril 2019.

[9] « Londres défend ses lambeaux d’Empire face à l’Iran », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 23 juillet 2019.

[10] « La nouvelle Grande stratégie des États-Unis », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 mars 2019. “Advancing the U.S. Maximum Pressure Campaign On Iran” (Note : The graph was distributed with the text !), Voltaire Network, 22 April 2019.

[11] « Royaume-Uni/Iran : « Grace 1 » et « British Heritage » », Réseau Voltaire, 11 juillet 2019.

[12] « Déclaration conjointe des chefs d’État et de gouvernement de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni à propos de l’Iran », Réseau Voltaire, 14 juillet 2019.

[13] “Russian comment on the seizure of the Panama-flagged tanker by Gibraltar authorities ”, Voltaire Network, 5 July 2019.

[14] Par laïque, nous entendons que le très mystique président Ahmadinejad voulait séparer les institutions religieuses et politiques et mettre fin à la fonction platonicienne du Guide de la Révolution.

https://www.voltairenet.org/article207362.html

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[1] Voir les paragraphes 3, 4, 5 et 10 de la « Déclaration conjointe de la Russie, de l’Iran et de la Turquie relative à la Syrie », Réseau Voltaire, 2 août 2019, et les comparer avec les déclarations des réunions précédentes.

[2] “Now is the moment for peace between Kurds and the Turkish state. Let’s not waste it”, by Cemil Bayik, Washington Post (United States) , Voltaire Network, 3 July 2019.

[3] « La Turquie ne s’alignera ni sur l’Otan, ni sur l’OTSC », « La Turquie renonce une seconde fois au Califat », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 6 et 13 août 2019.

[4] « Les projets de Kurdistan », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 5 septembre 2016.

[5] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[6] « إيران والإمارات توقعان اتفاقا للتعاون الحدودي« , RT, 01/08/19.

[7] “Missile fired by Yemen rebels kills dozens of soldiers in port city of Aden”, Kareem Fahim & Ali Al-Mujahed, The Washington Post, August 1, 2019.

[8] « Le renversement d’Omar el-Béchir », par Thierry Meyssan ; « Le Soudan est passé sous contrôle saoudien », « La Force de réaction rapide au pouvoir au Soudan », Réseau Voltaire, 16, 20 & 24 avril 2019.

[9] « Londres défend ses lambeaux d’Empire face à l’Iran », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 23 juillet 2019.

[10] « La nouvelle Grande stratégie des États-Unis », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 26 mars 2019. “Advancing the U.S. Maximum Pressure Campaign On Iran” (Note : The graph was distributed with the text !), Voltaire Network, 22 April 2019.

[11] « Royaume-Uni/Iran : « Grace 1 » et « British Heritage » », Réseau Voltaire, 11 juillet 2019.

[12] « Déclaration conjointe des chefs d’État et de gouvernement de France, d’Allemagne et du Royaume-Uni à propos de l’Iran », Réseau Voltaire, 14 juillet 2019.

[13] “Russian comment on the seizure of the Panama-flagged tanker by Gibraltar authorities ”, Voltaire Network, 5 July 2019.

[14] Par laïque, nous entendons que le très mystique président Ahmadinejad voulait séparer les institutions religieuses et politiques et mettre fin à la fonction platonicienne du Guide de la Révolution.

Ukraine, Syrie, Gilets jaunes… Ce qu’il faut retenir de la conférence de presse Macron-Poutine

Politique

Ukraine, Syrie, Gilets jaunes… Ce qu’il faut retenir de la conférence de presse Macron-Poutine

Par Challenges.fr le 19.08.2019 à 17h54

Le président français Emmanuel Macron a reçu son homologue russe Vladimir Poutine dans sa résidence d’été lundi pour un entretien bilatéral avant le sommet du G7.

Ce qu'il faut retenir de la conférence Macron-Poutine

Le président français Emmanuel Macron a reçu son homologue russe Vladimir Poutine dans sa résidence d’été lundi pour un entretien bilatéral avant le sommet du G7.POOL/AFP – GERARD JULIEN

Le président français Emmanuel Macron a reçu son homologue russe Vladimir Poutine dans sa résidence d’été lundi pour un entretien bilatéral avant le sommet du G7 qui se déroulera sans la Russie à la fin de la semaine en France. Vladimir Poutine, arrivé au fort de Brégançon (sud de la France) dans un hélicoptère aux couleurs de la Russie, a été accueilli par Emmanuel Macron et son épouse Brigitte, à qui il a remis un bouquet de fleurs. Les deux hommes ont ensuite tenu une conférence de presse. Voici ce qu’il faut en retenir.

Macron appelle au respect de la liberté de manifester en Russie

Emmanuel Macron a appelé lundi, lors d’une visite de Vladimir Poutine en France, au respect de la liberté d’expression et du choix de se présenter à des élections en Russie où plus de 2.000 manifestants, réclamant des élections libres, ont été interpellés ces dernières semaines. « La Russie a toute sa place dans l’Europe des valeurs », a déclaré le chef de l’Etat français lors d’une déclaration à la presse, au Fort de Brégançon, dans le Var. « Nous avons pu appeler cet été à ce que la liberté de manifester, d’expression, d’opinion, de se présenter à des élections dans le cadre de tout pays au sein de ce conseil (de l’Europe) soit pleinement aussi respectée en Russie », a-t-il ajouté aux côtés de son homologue russe.

Macron demande le respect du cessez-le-feu à Idleb en Syrie

Le président français Emmanuel Macron a exhorté le régime de Damas et son allié russe à respecter le cessez-le-feu décrété dans la province d’Idleb dans le nord-ouest de la Syrie. »Il est impérieux – nous y tenons beaucoup et nous aurons l’occasion d’en parler – que le cessez-le-feu décidé et acté à Sotchi (en Russie) soit vraiment respecté », a-t-il déclaré. Le président russe Vladimir Poutine a répondu que la Russie « soutenait l’armée syrienne » dans son combat contre les « menaces terroristes ».  « Nous soutenons les efforts de l’armée syrienne pour éliminer les menaces terroristes à Idleb », a déclaré Vladimir Poutine, où l’armée syrienne est à l’offensive, épaulée par des militaires russes.

Poutine évoque un « optimisme prudent » sur la situation ukrainienne

Vladimir Poutine a évoqué lundi « un optimisme prudent » sur le dossier des régions séparatistes prorusses de l’est de l’Ukraine après ses contacts avec le nouveau président ukrainien Volodymyr Zelensky. Au cours d’une conférence de presse avant sa rencontre avec le président français Emmanuel Macron, le chef de l’Etat russe a déclaré : « Je vais parler (avec Emmanuel Macron) de mes contacts avec le nouveau président ukrainien. Il y a des choses qui sont dignes de discussions et qui provoquent un optimisme prudent ».

Macron souhaite un sommet à quatre sur l’Ukraine

Emmanuel Macron a souhaité lundi que les conditions soient réunies rapidement pour organiser « dans les prochaines semaines » un sommet en format « Normandie » (France, Russie, Ukraine et Allemagne) en vue de résoudre le conflit dans l’est de l’Ukraine. « Les prises de position, les choix qui ont été faits par le président (ukrainien Volodimir) Zelenski sont un vrai changement », a dit le chef de l’Etat français avant un entretien avec Vladimir Poutine, au Fort de Brégançon, dans le Var. « Le président Poutine a eu plusieurs échanges avec lui ces dernières semaines, c’est pour nous l’opportunité de revisiter cette situation, de pouvoir échanger et de pouvoir préparer des rendez-vous à venir. En lien étroit avec le président Zelenski et la chancelière Merkel, nous aurons à considérer l’opportunité – ce qui est mon souhait – d’un nouveau sommet en format Normandie dans les prochaines semaine si nous arrivons à configurer les voies d’avancement », a-t-il ajouté devant la presse à côté de son homologue.

Macron se rendra à Moscou en mai 2020 pour l’anniversaire de la victoire sur les nazis

Le président français Emmanuel Macron a annoncé lundi qu’il se rendrait à Moscou en mai 2020 pour assister aux célébrations en Russie du 75e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie. « Je serai en Russie aux côtés du président Poutine » pour cet événement, a-t-il déclaré en recevant son homologue russe dans sa résidence d’été dans le sud-est de la France. « Je suis reconnaissant » à Emmanuel Macron d’avoir accepté cette invitation, a renchéri Vladimir Poutine, les Russes accordant la plus haute importance à ces commémorations qui ont été boudées par les Occidentaux depuis l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014.

(Avec AFP et Reuters)

https://www.challenges.fr/politique/ce-qu-il-faut-retenir-de-la-conference-de-presse-macron-poutine_669726#xtor=CS4-92[Ce+qu%27il+faut+retenir+de+la+conf%C3%A9rence+de+presse+Macron-Poutine]-669726

DOUBLE DISCOURS, PROPAGANDE GRAND PUBLIC ET «MENACE RUSSE»

 19.08.2019 – 1 119 views    5 ( 6 votes)

DOUBLE DISCOURS, PROPAGANDE GRAND PUBLIC ET «MENACE RUSSE»

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Doublespeak, Mainstream Propaganda And 'Russian Threat'

AFP PHOTO / SERGEY VENYAVSKY

Les États-Unis et le Royaume-Uni sont dans un état d’hystérie constant dû au fait que l’audience a récemment eu l’occasion de recevoir des faits et plus d’un point de vue de différentes sources. Par conséquent, le système de propagande créé par le Nouvel Ordre Mondial a été endommagé. Il n’est plus capable de remplir ses objectifs principaux et sa tâche. C’est la raison de l’hystérie permanente des médias grand public et des représentants américains et britanniques du Nouvel Ordre Mondial.

Un exemple intéressant de cette situation a été montré dans un article récent du Sunday Times, intitulé « L’Armée parallèle des cyber-guerriers britanniques ». L’article cite le général Sir Nick Carter qui « lance » la création d’une « structure de carrière parallèle pour les cyber-guerriers à temps partiel ».

Le général Carter, nommé chef d’état-major de la défense l’année dernière. Selon lui, les services vont «devoir de plus en plus accueillir beaucoup plus de spécialistes» en raison des progrès technologiques rapides.

Le Sunday Times:

Reconnaissant qu’il ne sera peut-être pas en mesure de payer tous les spécialistes qu’il veut à plein temps, il examine «comment utiliser les [civils] civils pour leur travail quotidien, pour ainsi dire travailler la nuit pour la nation , pour les forces armées « .

Il s’inspire d’outre-Atlantique pour inciter les travailleurs du numérique travaillant sur des salaires élevés à s’enrôler. Un schéma américain qui a créé une nouvelle taxonomie des grades pour certains officiers recrutés dans la vie civile pour leurs compétences hautement spécialisées, plutôt que d’avoir à gravir les échelons, pourrait être repris en Grande-Bretagne.

« Ils ont ces choses appelées adjudants-chefs et il y a des grades [de la première à la cinquième] … nous pourrions bien nous retrouver avec quelque chose comme ça pour le cyber. »

« Si nous voulons être une » Grande-Bretagne globale « , alors la défense a un rôle à jouer à cet égard, mais comme tout, cela signifie probablement que vous devez faire des choix pour dépenser de l’argent à cette fin. »

Selon le général, le Royaume-Uni étudie une proposition visant à installer un nouveau Sandhurst dans les Caraïbes, afin de «doubler… cette réputation extraordinaire de fournir une formation et une éducation militaires étonnantes» dont bénéficie la Grande-Bretagne.

« Il a parlé à plusieurs de ses voisins et il croit profondément que les 13 pays des Caraïbes seraient heureux de confier leurs élèves-officiers à un équivalent de Sandhurst basé en Jamaïque et que cette marque créerait le type de jeunes officiers dont ces pays auraient besoin. »

Le général Carter a également affirmé que de petits déploiements stratégiques à l’étranger pouvaient également porter ses fruits. Dans ce domaine, il s’est adressé à l’infanterie spécialisée: de petits bataillons d’élite dotés de compétences spécialisées sont conçus pour former et accompagner les forces d’un pays.

Il a également abordé la prétendue « menace russe ».

« La Russie [essaie] d’absorber certaines parties de l’Afrique dans sa propre orientation », a-t-il déclaré, mais les missions d’assistance militaire et de stabilisation britanniques peuvent aider les pays en développement à devenir « plus orientés vers l’ouest que peut-être vers le groupe de Wagner » – une référence à la société militaire privée russe insaisissable, dont les mercenaires ont surgi à travers le monde, de la Syrie au Venezuela, ce qui est une préoccupation croissante.

Il a en outre affirmé que « la menace de Moscou s’est matérialisée beaucoup plus rapidement et de manière plus vivante que ce que la Grande-Bretagne avait prédit dans son dernier examen majeur de la défense en 2015 ».

«Ils sont très doués pour utiliser des capacités que l’on refuse très facilement… ils maîtrisent parfaitement l’environnement de l’information et exposent leur version de la vérité… ils sont très intelligents dans le cyberespace et je pense qu’ils le sont aussi amener les pays à sentir que la Russie est peut-être un meilleur allié, ou un meilleur pari en termes de soutien, que l’Occident », a-t-il déclaré.

Le général a affirmé qu’il estimait que «les démocraties occidentales doivent concevoir de meilleures méthodes pour protéger la vérité et défier ceux qui la subvertissent, tout en investissant davantage dans le contre-espionnage».

Les remarques du général britannique se composent de deux parties principales avec un sens commun:

  • le Royaume-Uni et les «démocraties occidentales» doivent renforcer leurs capacités de propagande et de renseignement, car la grande méchante Russie contredit les dirigeants du monde;
  • Big Bad Russia a appris à utiliser des moyens d’influence et des outils paramilitaires pour défendre ses intérêts sur la scène internationale. Quelle horrible chose!

Dans le même temps, le général Carter a oublié de mentionner que les États-Unis et le Royaume-Uni utilisaient divers outils de soft power et paramilitaires pour promouvoir leurs intérêts et promouvoir le programme du Nouvel Ordre Mondial depuis des décennies. Le concept de «puissance douce» est développé au Royaume-Uni et aux États-Unis depuis longtemps.

Dans cette situation, la Russie a dû apprendre à utiliser ces approches car elle a été mise dans la situation lorsque son existence a été menacée. Un examen plus attentif de la situation révèle que la grande méchanceté de la Russie n’a pas connu d’expansion, mais qu’elle a mené toutes ses actions en réponse à une pression constante et forte des «démocraties occidentales» utilisant des méthodes similaires.

Le principal problème soulevé par le discours dominant dominant qui se plaint de «propagande russe» et alimente les craintes de «menace russe» est qu’il s’agit d’un signe de manque de respect envers les nations britanniques et américaines. La propagande traditionnelle soutient que les gens ne peuvent pas analyser les faits et tirer leurs propres conclusions. Au lieu de cela, il considère les gens comme des moutons consuméristes. Il n’y a pas de secret dans tout ça. Le Nouvel Ordre Mondial repose sur quatre piliers: le néolibéralisme (en politique), le postmodernisme (en culture), le transhumanisme (en philosophie) et la techno-dystopie néo-oligarchique (en économie).

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L’influence russe croissante au Mali


SAMEDI , 17 AOÛT 2019

Breaking News

L’influence russe croissante au Mali

Harold MICHOUD 13 août 2019 ActualitéActualités analyséesAfrique subsaharienneRussie Leave a comment

Le 26 juin 2019, au salon moscovite « Army », le général Ibrahim Dahirou Dembélé signait un accord de coopération militaire et de sécurité avec son homologue russe, Sergueï Choïgou. Cet accord illustre bien une nouvelle stratégie adoptée par Moscou depuis 2014. L’Afrique est (re)devenue une nouvelle destination stratégique.

Des liens russes et maliens qui datent de la Guerre froide

Un Mi-35, hélicoptère de combat russe qui sera prochainement livré aux armées malienne
Un Mi-35, hélicoptère de combat russe prochainement livré aux armées maliennes

La Fédération de Russie trouve en effet intérêt à s’implanter en Afrique et dans ce cas spécifique au Mali. Elle renoue tout d’abord des liens avec Bamako qui datent de la Guerre froide. De plus, le marché militaire malien est conséquent en raison des troubles qui y règnent. Enfin, les forces armées maliennes (FAMa) sont principalement équipées de matériels soviétiques. Bamako a même effectué une commande supplémentaire de fusils d’assaut de type kalachnikov à la Russie en 2013.

La volonté de Moscou de se rapprocher de son client malien s’illustre par le don de deux hélicoptères militaires en 2016. A cela s’ajoutent deux MI-35, des hélicoptères de combat russes, qui doivent être livrés cette année à l’armée de l’air malienne. Dans un cadre de relation commerciale il semble donc logique qu’un rapprochement militaire ait lieux.

Pour quelle raison Moscou et Bamako effectuent un rapprochement ?

La question se pose au regard des événements qui se déroulent dans le pays. Comme le confirme le général Clément-Bollée, ancien commandant de la force Licorne en Côte d’Ivoire, la force Barkhane est en difficulté et « va droit dans le mur », selon l’intéressé. Depuis l’opération Serval de 2013, les violences n’ont pas diminué. Les groupes djihadistes se sont structurés et frappent de manière régulière. Pire, des tensions interethniques secouent le centre du pays. Dogon, Touaregs et Peuls se livrent à des vendettas générant des massacres. L’intervention française rencontre donc une hostilité grandissante.

C’est dans ce contexte que l’attractivité russe est grandissante. Partenaire économique ancien, parrain anti-occidental durant la Guerre froide, la Russie permet à Bamako de réaffirmer son indépendance vis-à-vis de la France. L’offre russe représente aussi de nombreux avantages pour le pouvoir malien. Une formation de l’armée par des spécialistes russes permettra d’accentuer la capacité des FAMa à maintenir la paix sur le territoire. Même si l’opération Barkhane continue, cela offre une indépendance stratégique à Bamako. De plus, la Russie veille à la stabilité des régimes qu’elle soutient. L’intervention russe en Syrie a en effet permis de maintenir le clan Assad au pouvoir. Ibrahim Boubacar Keïta, le président malien, très contesté, peut donc espérer une aide de Moscou afin d’asseoir son pouvoir.

Le savoir-faire militaire russe est donc considéré comme efficace, facteur de stabilité et d’indépendance. Des arguments de poids dans un pays instable et dont une partie de la population conteste la présence française.

Quels bénéfices pour Moscou ?

L’Afrique n’est pas un espace stratégique prioritaire pour la Russie. Loin de son influence stratégique, soumis à des troubles dans certaines régions, le continent fut délaissé à la fin de la Guerre froide.

Toutefois les sanctions européennes à l’encontre de Moscou, depuis 2014, poussent le président Vladimir Poutine à développer de nouvelles stratégies. Le continent africain permet donc de traiter avec des pays qui ne sanctionnent pas la Russie. Leurs économies ne sont en effet pas soumises au champ de sanctions européennes. Le Kremlin a aussi bâti sa diplomatie internationale en opposition avec le monde occidental. Ce sujet structurant de la politique étrangère russe est sans doute un facteur de contrat militaire. En soulignant implicitement le bourbier malien pour l’armée française, Moscou envoie un signal fort à toute l’Afrique francophone. La méthode russe se présente donc comme une alternative à l’ancien colon européen.

Stratégie d’opportunité ou vision long terme ?

Il serait sans doute trop facile de dénoncer un simple opportunisme. Les liens entre Moscou et les anciennes colonies africaines existent depuis l’indépendance de ces pays. La majorité des pays africains ont utilisé des matériels militaires soviétiques durant la Guerre froide. Des liens existent donc depuis des années. Cependant, c’est plutôt la nouvelle stratégie russe qui est intéressante. Le plus vaste pays du monde se sert de son expertise militaire comme d’un outil de soft power au service de son rayonnement international.

Loin de n’être que du soft power, cette approche est également pragmatique. En effet, la Russie semble avoir conclu des accords commerciaux avec la Centrafrique. Moscou privilégie l’accès aux ressources d’un des pays les plus pauvres de la planète mais avec un sous-sol très riche. Il semble que l’accord militaire conclu avec Bamako soit du même acabit. Pour preuve, le Mali possède des réserves de terre rare, matière essentielle à la constitution d’appareils technologiques ou encore des mines d’or ainsi que des réserves de pétrole.

L’accès à ces ressources stratégiques, la participation d’instructeurs militaires russes et la livraison d’armement à Bamako semble donc augurer une stratégie à long-terme. Même si l’approche opportuniste de concurrencer une région historiquement liée au bloc occidental n’est pas à démontrer, il est évident que la Russie noue des liens dans l’espoir de durer au Mali. Il en est de même dans les autres pays africains sous accord militaire, même non francophones (Soudan, RDC, Angola, Zimbabwe).

Entre avantages économiques, rayonnement militaire et concurrence pour le marché africain, ces contrats militaires révèlent un changement d’approche politique net de la part du Kremlin. A monde multipolaire nouvelles stratégies…

Sources :

-“Le “grand retour” de la Russie en Afrique ?”, IFRI, Avril 2019, (https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/kalika_russie_afrique_2019.pdf)

-“L’offensive russe au Mali”, Monde Afrique, 9 juillet 2019, (https://mondafrique.com/loffensive-militaire-russe-au-mali/?fbclid=IwAR0M3eYYKZslxCIG_BfkirHUPhmVkCnh5Xkrix1LD1TKch0U9Z3ogI1yZOk)

-“Le Mali et la Russie ont signé un accord de coopération militaire”, Opex360.com, 27 juin 2019, (http://www.opex360.com/2019/06/27/le-mali-et-la-russie-ont-signe-un-accord-de-cooperation-militaire/)Share

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About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant de Grenoble Ecole de Management et effectue une poursuite d’étude en géopolitique au sein de l’IRIS SUP’. Il s’intéresse particulièrement à la Turquie et au Khorasan.

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/41394-influence-russe-mali

Un ex-analyste de la CIA explique comment Trump et la Russie peuvent s’entendre

Vladimir Poutine et Donald Trump

Un ex-analyste de la CIA explique comment Trump et la Russie peuvent s’entendre

© Sputnik . Mikhael KlimentyevINTERNATIONAL17:43 17.08.2019(mis à jour 18:06 17.08.2019)URL courte114

Malgré les rhétoriques qui font parfois penser que les États-Unis et la Russie se trouvent au seuil de la Troisième guerre mondiale, la situation n’est pas pire que cela, et il existe plusieurs moyens d’éviter une confrontation, écrit le National Interest.

Pris aujourd’hui dans «une spirale de perception des menaces», les États-Unis et la Russie risquent de commettre les fautes qui ont mené les grandes puissances du début du siècle passé à la Première Guerre mondiale, estime George Beebe, ancien analyste de la CIA sur la Russie dans un article publié dans le National Interest.

Le monument aux soldats du Corps expéditionnaire russe à Courcy

© SPUTNIK . IRINA KALASHNIKOVALa Russie peut-elle être «rayée des rangs des pays vainqueurs» de la Grande Guerre?

Effectivement, l’empereur allemand Guillaume II croyait alors que l’Empire britannique voulait l’attaquer et qu’il était prêt pour cela à s’unir avec la France. De leur côté, les Britanniques étaient persuadés que Guillaume II envisageait une alliance secrète avec la France et la Russie pour détruire leur empire. Par la suite, ces craintes se sont transformées en un conflit meurtrier qui a embrasé la totalité du continent, rappelle M.Beebe.

L’auteur constate que, de nos jours, la situation est presque la même: les Russes sont convaincus que Washington cherche à entourer leur pays de régimes fantoches et à renverser le gouvernement russe, tandis que les Américains croient que le Kremlin a essayé d’utiliser des hackers pour diviser leur société et détruire la démocratie américaine. En même temps, Washington qualifie les peurs de Moscou de «paranoïa» et le Kremlin accuse la Maison-Blanche de «russophobie».

Pour M.Beebe, il existe tout de même des recettes permettant d’éviter une aggravation de la crise actuelle.

Ne pas se faire d’illusions

L’Histoire prouve, poursuit l’auteur, que même les «ennemis jurés» peuvent parvenir à la compréhension mutuelle. Pour cela, il faut en premier lieu éviter les interprétations erronées et les malentendus.

John Bolton

© AP PHOTO/ EVAN VUCCIJohn Bolton trouve un nouveau responsable à la fin du FNI

«Pour mettre fin à la détérioration des relations, les deux parties doivent reconnaître ouvertement qu’elles sont concurrentes et déclarer que leur objectif n’est pas de nouer un partenariat, mais de maintenir leur concurrence dans des limites sûres et mutuellement respectées. Plutôt que de se concentrer sur les domaines peu nombreux dans lesquelles Washington et Moscou peuvent s’accorder, nous devrions énumérer les nombreux points de désaccord et exposer nos perceptions contraires», explique l’auteur.

Quitter l’Afghanistan

L’Asie centrale reste actuellement l’un des principaux points de désaccord entre Moscou et Washington, estime M.Beebe. Même si Vladimir Poutine a aidé les États-Unis en 2001 à déployer «temporairement» des bases militaires en Asie centrale, le Président russe a par la suite été déçu par la persistance de Washington à rester dans la région même après leur évident succès à chasser les Talibans* du pouvoir dans le pays. Finalement, la présence militaire américaine persistante dans la région a poussé la Chine et la Russie à renforcer leur coopération dans la région.

Côte sud du golfe Persique

© PHOTO. ROSCOSMOS/ANTON SHKAPLEROVL’apparition de la marine chinoise dans le Golfe, une perspective réelle?

Pour cette raison, estime l’auteur de l’article, le retrait américain d’Afghanistan pourrait non seulement inciter les acteurs régionaux à assumer une plus grande part de responsabilité dans la lutte contre l’extrémisme et le maintien de l’ordre, mais aussi poussera Pékin et Moscou à rivaliser pour l’influence en Asie centrale ce qui doit rééquilibrer la relation triangulaire entre les États-Unis, la Russie et la Chine, fortement axée sur la coopération entre Moscou et Pékin face à Washington.

Rôle de l’Europe

La troisième recette concerne l’Europe qui doit jouer le rôle de contrepoids pour établir et maintenir l’équilibre international alors que la Russie et la Chine cherchent à augmenter leur poids sur la scène internationale.

Hubert Védrine

© AFP 2019 LIONEL BONAVENTUREHubert Védrine: «Il faut réinventer nos rapports avec la Russie sans attendre Trump»

«Elle ne peut toutefois pas jouer ce rôle si des forces sécessionnistes continuent de détruire l’Otan et l’UE, menaçant de hâter la désintégration de l’Europe et la fin du couple transatlantique. Dans cette situation, la Russie se considère comme exclue du processus décisionnel en matière de sécurité européenne. Cela incite la Russie à exacerber les divisions sur le continent et à approfondir les fissures existantes ce qui réduit les chances qu’une Europe puisse jouer ce rôle d’équilibre», souligne M.Beebe.

Les États-Unis ne doivent pas manquer à leurs engagements vis-à-vis de l’Europe car cela ne fait qu’accentuer les divisions sur le continent en attisant les craintes des pays d’Europe orientale qui ont peur que l’Otan ne soit pas disposée ou capable de les défendre contre une éventuelle agression russe.

Le retour de l’Otan à sa stratégie initiale

Pour l’auteur de l’article, l’Otan doit se concentrer sur la défense collective pour ainsi rassurer la Pologne et les États baltes qui pensent que la Russie menace leur sécurité. Non seulement cela permettrait de réduire les tensions au sein de l’Alliance mais cela servirait aussi de message fort adressé à la Russie concernant les vraies intentions de l’Otan, c’est-à-dire de défendre ses États membres et tracer une ligne ferme contre une intervention russe.

L’Otan en Pologne

© REUTERS / INTS KALNINSLa diplomatie polonaise assure avoir trouvé le moyen d’«effrayer la Russie»

Cela démontrerait également l’intention de l’Alliance de ne pas admettre de nouveaux membres et ne pas organiser de manœuvres hors des frontières des pays de l’Alliance. Si cela est fait, l’Europe et la Russie auront un intérêt commun à contenir et gérer l’instabilité dans les États non membres de l’Otan et situés près de la Russie. Cela réduira au minimum les intentions de ces États de rechercher la création d’une alliance capable de menacer soit la Russie, soit l’Otan.

*Organisation terroriste interdite en Russie

https://fr.sputniknews.com/international/201908171041943388-un-ex-analyste-de-la-cia-explique-comment-trump-et-la-russie-peuvent-sentendre-/

Russie : le banquier français Philippe Delpal relâché de prison et assigné à résidence

Russie : le banquier français Philippe Delpal relâché de prison et assigné à résidence

15 août 2019, 13:37

Russie : le banquier français Philippe Delpal relâché de prison et assigné à résidence

© Kirill KUDRYAVTSEV Source: AFPLa banquier français Philippe Delpal devant le tribunal de Moscou, le 15 août.

A quelques jours de la rencontre entre Vladimir Poutine et Emmanuel Macron, la justice russe a libéré le 15 août le banquier français Philippe Delpal, en détention préventive depuis février dans une affaire de fraude, pour l’assigner à résidence.

Comme l’avais requis le Parquet, le tribunal municipal de Moscou a décidé ce 15 août d’assigner le Français Philippe Delpal à résidence. Directeur financier du fonds d’investissement Baring Vostok, ce dernier était en détention préventive depuis février dans une affaire de fraude. Sa libération intervient à quelques jours de la rencontre entre le président russe Vladimir Poutine et son homologue français Emmanuel Macron, prévue le 19 août au fort de Brégançon.

Les 14 et 15 février dernier, l’Américain Michael Calvey, fondateur et directeur de BaringVostok, qui est un des plus importants fonds d’investissement en Russie, avait été arrêté par les autorités russes, en compagnie de quatre autres collaborateurs du fonds, dont le Français Philippe Delpal. Il leur est reproché d’avoir détourné au moins 2,5 milliards de roubles (environ 33 millions d’euros) au détriment de la banque russe Vostotchny. Philippe Delpal a toujours plaidé son innocence, soutenant qu’il s’agissait d’un banal conflit d’affaires, pour lequel ses accusateurs ont été déboutés devant une cour d’arbitrage à Londres.

Kyrill Dmitriev, directeur général du Fonds russe des investissements directs (RDIF), a réagi en ces termes à cette décision de justice : «Au nom de la communauté des investisseurs russes et internationaux, nous nous félicitons de la décision du tribunal de modifier la mesure de contrainte à l’égard de Philippe Delpal en le plaçant en résidence surveillée. Nous plaidons également en faveur de l’atténuation à parts égales de la mesure préventive appliquée aux employés étrangers et russes de Baring Vostok qui ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire.» Auparavant, Kirill Dmitriev avait demandé au tribunal de la ville de Moscou, au tribunal du district Basmanny de Moscou et au Comité d’enquête de la Fédération de Russie, de modifier les mesures de contrainte affectant Michael Calvey et les autres employés du BVCP, les citoyens russes Ivan Zuzine et Vagan Abgarian et le Français Philippe Delpal. «Je salue également la décision d’assouplir les conditions de résidence surveillée de Michael Calvey», a également déclaré Kyrill Dmitriev.

Paris souhaite un «traitement équitable»

Le 9 juillet, la détention provisoire du Français ainsi que celle de ses partenaires russes avait été prolongée jusqu’à octobre. En revanche, l’américain Michael Calvey, sur qui pèse la même plainte, avait pu bénéficier d’une résidence surveillée.Lire aussiRussie : deux investisseurs dont un Français arrêtés pour soupçon de fraude

Ce placement en détention provisoire, au contraire de Michael Calvey, avait interpellé la diplomatie française : «Ce qu’on souhaite c’est que ses droits fondamentaux soient respectés, qu’il bénéficie d’un traitement équitable, qu’il n’y ait pas de discrimination», avaient ainsi expliqué à l’AFP les services du Premier ministre français.

L’ambassadeur de France à Moscou Sylvie Bermann, venue apporter son soutien au Français début juillet, avait fait part de son étonnement «que ce contentieux purement commercial soit traité de manière pénale». Dans le même sens, la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI), et les Conseillers du Commerce Extérieur de la France (CNCCEF) avaient critiqué dans un communiqué la décision de la justice russe, assurant qu’elle «choqu[ait] profondément la communauté d’affaires et constitu[ait] malheureusement un frein aux investissements étrangers en Russie».

Limiter la détention provisoire dans les affaires économiques

Un argument sur lequel le président russe ne semblait pas en désaccord. Le 20 février soit quelques jours seulement après l’arrestation, Vladimir Poutine avait ainsi recommandé aux autorités d’être plus souples concernant les poursuites judiciaires envers les entreprises.Lire aussiUn banquier français toujours détenu en Russie, Moscou dit espérer sa libération

«Pour mener à bien les tâches de grande envergure auxquelles le pays est confronté, nous devons nous débarrasser de tout ce qui limite la liberté d’entreprise», avait fait savoir le président russe. «Les entreprises honnêtes ne doivent pas se sentir constamment menacées, constamment risquer des sanctions pénales ou administratives», avait-il poursuivi, avant de donner son opinion sur les cas de détention provisoire dans ce genre d’affaire : «Lorsqu’on enquête sur des affaires économiques, il est nécessaire de limiter strictement les motifs de prolongation à répétition des durées de détention.»

Dans une interview accordé à RT début juin, le porte-parole du Kremlin avait en outre souligné que le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, était personnellement informé de l’affaire «car il compren[ait] qu’elle provoqu[ait] beaucoup de questions parmi certains investisseurs étrangers». «Nous espérons que [Michael Calvey et Philippe Delpal] seront libérés. Mais rien n’est fait de manière volontaire. C’est la loi russe et il faut la suivre», avait déclare Dmitri Peskov.

Le 13 août dernier, le Commissaire à la protection des droits des entrepreneurs, Boris Titov, avait de son côté demandé au procureur général de vérifier à nouveau la légalité et la validité des poursuites pénales engagées à l’encontre des personnes encore incarcérées dans l’affaire Baring Vostok.

Lire aussi : Vladimir Poutine prône la «liberté d’entreprise» après l’arrestation d’investisseurs

International

Raconter l’actualité

https://francais.rt.com/international/65005-russie-banquier-francais-delpal-relache-prison-assigne-residence?utm_source=browser&utm_medium=push_notifications&utm_campaign=push_notifications

La vérité sur le mouvement de protestations de Moscou

La vérité sur le mouvement de protestations de Moscou


Par Andrew Korybko − Le 5 août 2019 − Source eurasiafuture.com

andrew-korybko

Le récent mouvement de protestations de Moscou constitue de toute évidence une tentative de déclencher des violences de Révolution de Couleur en Russie, mais considérer tous les participants au mouvement comme des « agents de la CIA » revient à faire abstraction de leurs critiques objectivement valides quant à la situation actuelle du pays.

Mensonge par omission

Moskva River, Moscow, Russia

Le monde entier connaît à présent l’existence du récent mouvement de protestations de Moscou, du fait de la couverture sympathique que les médias traditionnels occidentaux lui ont accordée, mais beaucoup de gens n’ont pas les idées claires sur ce qui se passe réellement. Il s’agit de toute évidence d’une tentative de faire éclater des violences de Révolution de Couleur en Russie, le maire de Moscou a d’ailleurs signalé que les perturbations du week-end dernier visaient à provoquer des émeutes dans la plus grand ville du pays. Mais cela ne signifie pas que l’ensemble des participants à ces rassemblements interdits sont des « agents de la CIA », bien que tel soit le portrait ultra-simplifié qu’en a fait la communauté des médias alternatifs. Il est exact que certains éléments dans les larges foules s’emploient délibérément à provoquer une réaction par la force de la police, qui pourrait par la suite être décontextualisée, mal interprétée, et propagée dans le pays et à l’extérieur pour attiser de nouvelles violences anti-étatiques, selon les méthodes traditionnelles de gestion de la perception (psy-op) des Révolutions de Couleur, de même qu’il est illégal de participer à des rassemblements non autorisés, mais l’histoire ne s’arrête pas là.

Censure des médias alternatifs

Le mouvement de protestations est entraîné par les critiques, objectivement valides, de ses soutiens, quant à la situation actuelle du pays, en particulier la corruption excessive, l’économie sous-performante, et demande des comptes aux dirigeants politiques (sur tous ces sujets plus ou moins reliés entre eux), mais ce mouvement s’est d’ores et déjà discrédité du fait des tactiques agressives qu’il met en œuvre. Négliger ce fait et qualifier quiconque mentionne ces problèmes d’« agent de la CIA »revient à faire comme si ces problèmes n’existaient pas dans la Russie d’aujourd’hui, ce qui est tout à fait faux, et risque d’aggraver ces problèmes structurels, en donnant à leurs auteurs carte blanche pour poursuivre leurs activités contre-productives sans conséquence. La « criminalisation » de facto de la contestation s’oppose aux valeurs centrales mêmes que la communauté des médias alternatifs est supposée défendre, tout cela juste pour perpétrer le mythe voulant que leur « dieu géopolitique«  serait infaillible.

Un compromis narratif

Les défendeurs de cette position peu scrupuleuse pourraient arguer qu’ils refusent de jouer le jeu de la guerre de l’information fomentée par les USA, mais il est tout à fait possible de critiquer les actions criminelles des provocateurs anti-État et d’exposer leur agenda de Révolution de Couleur tout en reconnaissant que la majorité des personnes participant à ce mouvement ont des griefs légitimes qui sont restés lettre morte depuis bien trop longtemps. Cela étant dit, il convient également de reconnaître que le gouvernement russe s’emploie très fortement à éradiquer la corruption, à diversifier l’économie, et à assurer un meilleur « contrat social » entre les citoyens et l’État ; mais ces politiques vont mettre du temps avant de porter leurs premiers fruits. Le président Poutine est tout à fait conscient du degré problématique de ces sujets pour l’avenir de son pays, car ils entravent gravement sa compétitivité dans un monde de plus en plus rude. Certes, on peut légitimement affirmer qu’il a mis trop longtemps à s’attaquer à ces problèmes, mais le cliché du « mieux vaut tard que jamais » s’applique quand même.

La leçon Golunov

Pour ce qui concerne l’avenir, il faut s’attendre à ce que les violences anti-étatiques du mouvement de Révolution de Couleur s’intensifient probablement, les principaux cerveaux tâchant de s’en prendre à la transition politique post-Poutine de la Russie (PP24), comme l’auteur du présent article l’avait évoqué dans un précédent article cet été sous le titre « Pourquoi les russes s’unissent-ils autour d’Ivan Golunov?«  Il convient de rappeler que nombre de membres de la communauté des médias alternatifs avaient accusé d’instinct le journaliste injustement emprisonné d’avoir inventé ses affirmations, quand il dénonçait le fait que la police avait truqué la découverte de drogue sur lui pour des raisons politiques. Les mêmes se retrouvèrent bien embarrassés un peu plus tard, quand Margarita Simonyan, rédactrice en chef de Russia Today, et Valentina Matviyenko, présidente du Conseil de la Fédération [Il s’agit de la chambre haute du Parlement russe, NdT] décidèrent de rejoindre les personnages influents soutenant le journaliste en question. Peu de temps après, il fut établi sans doute possible qu’il disait la vérité depuis le début et avait bel et bien été piégé par la police russe. Cet incident inoubliable prouve que les « pro-russes non russes«  (PRNR) de la communauté des médias alternatifs s’employaient à être « plus russes que les russes », et propageaient leur théorie du complot, désormais tournée en ridicule, pour des raisons qu’ils pensaient « patriotiques ».

Une nouvelle opportunité ratée

La même leçon est à appliquer avec le mouvement de Révolution de Couleur : les récits de PRNR décrivant tous les participants à ces manifestations interdites comme des « agents de la CIA » constituent des formes contre-productives de réactionisme politique, qui jettent volontairement de l’ombre sur les problèmes intérieurs objectivement existants de la Russie, au lieu de proposer des solutions constructives pour y pallier. L’exercice pourrait, s’il était correctement mené, constituer un débat responsable visant à résoudre les nombreux problèmes que connaît leur « dieu géopolitique » ; au lieu de cela, on assiste à des prises de positions infondées, soutenant des récits totalement faux décrivant une Russie infaillible. Ce dernier point est défendu par des chiens de garde hyper zélés, au sein de la communauté des médias alternatifs, qui vont jusqu’à essayer d’intimider quiconque remet en cause leur positionnement. Quiconque soutient sincèrement la Russie se voit ainsi privé de l’opportunité de contribuer au débat, du fait du caractère « politiquement incorrect »qu’a désormais pris le simple fait de mentionner ses problèmes de ce pays. Il s’agit là d’un bien mauvais service que les médias alternatifs peuvent rendre à la Russie, alors même qu’ils prétendent la soutenir.

Andrew Korybko est un analyste politique américain, établi à Moscou, spécialisé dans les relations entre la stratégie étasunienne en Afrique et en Eurasie, les nouvelles Routes de la soie chinoises, et la Guerre hybride.

Traduit par Vincent pour le Saker Francophone

https://lesakerfrancophone.fr/la-verite-sur-le-mouvement-de-protestations-de-moscou

La Charte de l’Atlantique

14 AOÛT 1941 > 14 AOÛT 1941

14 août 1941

La Charte de l’Atlantique

Le 14 août 1941, tandis que l’Angleterre résiste seule à l’Allemagne nazie et que celle-ci vient d’envahir l’URSS, le président des États-Unis Franklin Delano Roosevelt et le Premier ministre britannique Winston Churchill se rencontrent à bord du navire de guerre Prince of Wales « quelque part en mer », au large de Terre-Neuve.

Ils proposent une série de principes moraux devant guider les puissances démocratiques et garantir le rétablissement durable de la paix :
• refus de tout agrandissement territorial,
• droit des peuples à choisir leur forme de gouvernement,
• libre accès de chacun aux matières premières,
• liberté des mers,
• renonciation à la force !

Le président américain veut de la sorte préparer son opinion publique, encore très réticente, à une entrée en guerre contre l’Allemagne, aux côtés de l’Angleterre et de l’URSS.

Principes virtuels

Le document signé par les deux dirigeants est connu sous le nom de Charte de l’Atlantique. Il est à l’origine de la charte des Nations Unies

Mais il semble que les généreux principes de la Charte aient été contournés dès l’année suivante, lors de la signature du traité d’assistance anglo-soviétique de Londres, le 26 mai 1942. Par ce traité d’alliance entre le Secrétaire aux Affaires étrangères Anthony Eden et son homologue soviétique Viatcheslav Molotov, le premier concède au second le droit à un glacis de sécurité et à des frontières stratégiques.

De fait, la Charte de l’Atlantique est évoquée à la conférence de Yalta, en février 1945, mais seulement pour la forme, les participants de ladite conférence – Staline le premier – n’ayant eu aucune intention de renoncer aux agrandissements territoriaux ni de laisser aux peuples le droit de choisir leur forme de gouvernement.

Alban DignatPublié ou mis à jour le : 2019-06-19 13:00:17

https://www.herodote.net/14_ao_t_1941-evenement-19410814.php

Notes sur un étranglement nucléaire

Notes sur un étranglement nucléaire

Analyse

   mardi 06 août 2019

   Forum

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Notes sur un étranglement nucléaire

5 août 2019 – Nous revenons sur la situation des relations internationales à la lumière de la posture extrêmement dynamique et belliciste prise par les USA, – comme vue hier, – depuis leur sortie officielle le 2 août du traité FNI, et la réduction à néant de ce traité du fait de leur action déterminée, destructrice et entropique, depuis octobre dernier. 

D’abord, les réactions des partenaires des USA dans le traité FNI, soit les Russes eux-mêmes.

• Gorbatchev, vénérable reste d’une époque révolue, puisque signataire avec Reagan du traité : « Il est peu probable que la fin du traité bénéficie à la communauté internationale. C’est un choix qui menace la sécurité non seulement en Europe, mais aussi dans le monde entier. […] Il subsistait quelques lueurs d’espoir du côté de nos partenaires, mais elles n’ont malheureusement rien donné. Je crois qu’à présent nous pouvons tous constater qu’un coup a été porté à la sécurité stratégique. […] Cette décision américaine sera porteuse d’incertitudes et mènera à un développement chaotique sur la scène internationale. »

• Ce langage, extraordinairement insipide et conformiste (Politiquement-Correct [PC] ?) est entièrement adopté et partagé par Poutine, avec ses exaltantes déclarations devant la folie-USA qui  se développe tambour-battant et dans un bruit infernal de déclarations agressives. Poutine tient à préciser que la Russie, dans son chef, respectera tous les engagements du traité FNI comme s’il était encore en vigueur, mais que, bien entendu, – et là, le ton change, – elle suivra à la trace les développements du côté US et réagira instantanément par des mesures équivalentes à chaque initiative hors-traité que prendront les USA : « Nous ne renonçons pas à nos obligations unilatéralesa déclaré Poutine […] Toutes nos actions seront uniquement réciproques et ne seront que des réponses… La Russie sera contrainte de se mettre au point des missiles analogues [à ceux développés par les États-Unis]. »

Les services d’évaluation russes suivront donc au plus près les décisions US « dans la mise au point, la production et le déploiement de missiles à portée intermédiaire et à courte portée », – et ils auront beaucoup de travail. A côté des bonnes intentions russes émises par Poutine, il reste selon lui, et cette fois sur un ton sévère sinon dramatique, que les intentions et les actes US « qui ont conduit à la liquidation du Traité sur les missiles à portée intermédiaire entraîneront inévitablement une dévaluation, une déstabilisation de toute la structure sous-tendant la sécurité mondiale, y compris le Traité sur les armes stratégiques offensives et le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires ».

Un second front nucléaire pour la Russie

Contrairement au vague et à la prudence des paroles officielles, les analyses d’experts russes sont beaucoup plus abruptes et alarmistes, notamment devant cette dimension asiatique de l’évolution US post-FNI. Que ces experts soient ou non proches du pouvoir n’importe guère, la question relevant des intérêts fondamentaux de la sécurité nationale de la Russie qui transcendent, surtout dans un tel, pays, les clivages politiques.

Un article de Nezavisimaya Gazeta que rapporte Tass le 5 août 2019 met en évidence, au travers des paroles de deux experts, ce sentiment d’extrême urgence et de “second front” de la menace nucléaire immédiate contre la Russie elle-même qu’ouvrirait/ouvrira le déploiement de missiles de moyenne portée US présentés comme “destinés” à la Chine. Il y a là un sentiment de l’inéluctabilité de la communauté des destins stratégiques chinois et russes immédiats face aux USA, et très rapidement puisque le secrétaire US à la défense voudrait ses nouveaux missiles “dans les mois qui viennent” si c’était possible, – raisonnablement, dans un an-deux ans.

« …Étant donné l’emplacement des bases militaires étrangères des États-Unis, il est facile de supposer que des missiles seront très probablement déployés en Corée du Sud, au Japon et probablement en Afghanistan. Les pays d’Extrême-Orient qui soutiennent Washington cherchent depuis longtemps à renforcer leur sécurité militaire, notamment contre la Chine. Quant à l’Afghanistan, c’est l’endroit idéal pour le Pentagone, puisque tout renforcement et déploiement militaires peuvent être attribués à la guerre contre le terrorisme.
» “Si les missiles américains que l’INF utilisés pour couvrir les missiles sont déployés au Japon, cela créera des menaces non seulement pour la Chine, mais aussi pour les installations et bases militaires stratégiques de la Russie en Extrême-Orient « , a déclaré un expert militaire, le général Youri Netkachev à Nezavisimaya Gazeta. Il a souligné que des missiles à portée intermédiaire américains seraient probablement ciblés sur les installations et les bases de la flotte du Pacifique où sont stationnées les forces nucléaires stratégiques russes. “Les missiles que les Etats-Unis pourraient déployer en Afghanistan constitueront une menace particulière pour nos garnisons militaires permanentes et nos installations stratégiques dans le sud de l’Oural et en Sibérie occidentale”, a conclu avec préoccupation cet expert.
» “Nos experts militaires et le public des pays de l’OTAN étaient préoccupés par la sécurité européenne à la lumière de l’effondrement de l’INF. Et maintenant, il s’avère que la Russie devra faire face aux menaces militaires américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale également”, a déclaré un autre expert militaire, le colonel Vladimir Popov. Il a souligné qu’à la suite de l’effondrement de l’Union soviétique, les États-Unis avaient installé des bases militaires à Khanabad (Ouzbékistan) et à Manas (Kirghizistan). “Dieu merci, elles ont été fermées. Cependant, les Américains pourraient avoir l’intention d’établir de nouvelles bases dans d’autres pays de l’ex-Union soviétique, en particulier en Géorgie et en Azerbaïdjan, et dans d’anciens membres du Pacte de Varsovie”, a noté l’expert. »

La Chine au centre du drame

On en vient maintenant à la réaction de la Chine, principale intéressée de cette évolution à la lumière du déplacement et des déclarations d’un nouveau tandem, Pompeo-Esper, en déplacement dans les pays “sous contrôle” dans la zone Pacifique-Asie. Pour mesurer cette réaction chinoise, il faut se tourner vers les canaux “officieux-officiels”, c’est-à-dire les courroies de transmission chargés de dire tout haut ce que les dirigeants pensent tout bas et ne disent pas officiellement. Un éditorial du 4 août 2019 de Global Times fait l’affaire ; le quotidien est officieusement reconnu comme porte-parole très officieux de la direction chinoise, et dénué des douceurs diplomatiques de langage habituellement pratiquées.

L’article vaut citation quasi-intégrale. Il est très riche et nous dévoile la pensée conceptuelle chinoise, à la fois sur la politique US et ce que nous traduisons par “son influence crisique”, sur les pays “sous contrôle” US dont on suppose qu’ils seront sollicités pour recevoir des missiles US, enfin sur la Chine elle-même, son poids, son rôle prépondérant et irrésistible dans la zone.

On notera également, et ce n’est certainement pas une inattention ou un accident de langage, d’autant que cela est répété, que la Chine et la Russie sont considérées ensemble par le Global Times lorsqu’il s’agit de l’enjeu stratégique suprême et même les actions de riposte contre les pays qui s’aligneraient sur les USA. Le langage est autoritaire à cet égard, mais on ne le verra pas nécessairement comme une mainmise de la Chine sur la Russie. Nous serions plus simples et plus directs à cet égard, interprétant simplement le message comme ceci, de la Chine à la Russie : “Chers amis, nous sommes dans le même bateau, et l’ouragan se lève très, très rapidement”….

« Les États-Unis poursuivent avec avidité la recherche d’une supériorité militaire absolue et universelle pour consolider leur hégémonie. Il refuse d’accepter tout rapport de force relatif. Un pays aussi têtu et dominateur est devenu la principale source d’instabilité de l’Asie.
» Le déploiement américain de missiles [offensifs] à portée intermédiaire en Asie pulvérisera le statu quo dans la plupart des cas. En plus d’une course aux armements, le chaos géopolitique risque d’en résulter. […] Tout pays acceptant le déploiement des États-Unis serait contre la Chine et la Russie, directement ou indirectement, et se porterait des coups terribles contre lui-même.
» Il est prévisible que Washington considérera Tokyo et Séoul et leur demandera d’accepter le déploiement. Mais par rapport aux pays d’Europe antagoniste de l’Union soviétique et du Pacte de Varsovie pendant la Guerre Froide, le Japon et la Corée du Sud prendront beaucoup plus de risques et auront beaucoup plus à perdre  face à la Chine et la Russie. La Chine est l’un des principaux partenaires commerciaux de ces deux États. S’ils aident les États-Unis à menacer la Chine et la Russie, les représailles de la part de la Chine et de la Russie entraîneront au moins autant de pertes pour leurs intérêts nationaux que celles qu’ils subiraient en ne cédant pas aux pressions américaines. 
» L’Asie est la région qui connaît la croissance la plus rapide au monde aujourd’hui. Bien que les relations interétatiques entre les pays asiatiques semblent plutôt compliquées, un réseau dans lequel les membres se soutiennent et se favorisent mutuellement a été établi, et la Chine est au centre de ce système. L’intention de Washington de frapper la Chine est en fait une tentative de détruire le système qui crée la prospérité. Les États-Unis transmuent leur influence crisique en affrontement entre pays asiatiques.
» Les pays asiatiques doivent collectivement résister à la tentative des États-Unis de créer une nouvelle crise dans cette région et l’empêcher de provoquer des courses aux armements extrêmes et de forcer tous les pays à prendre parti. Le Japon et la Corée du Sud en particulier doivent rester raisonnables. Leurs intérêts ont été diversifiés en raison du développement vigoureux de l’Asie. Les États-Unis ne sont plus leur seule source d’expansion. Les relations des deux pays avec la Chine et la Russie sont largement harmonieuses et la coopération économique se développe. Ce serait leur cauchemar s’ils suivaient les États-Unis dans une nouvelle guerre froide.
» Les États-Unis doivent accepter la montée en puissance de la Chine et d’autres pays asiatiques. Ils ne devraient pas chercher à contraindre les États asiatiques, y compris la Chine et la Russie. En fait, nous ne pensons pas que les États-Unis puissent réussir à rallier leurs alliés asiatiques à leur cause, même si Washington persiste. Ses alliés asiatiques espèrent maintenir des relations avec les États-Unis et la Chine, et sont réticents à prendre parti. 
» La puissance économique de la Chine peut soutenir un budget de défense beaucoup plus important qu’aujourd’hui. Les États-Unis ne devraient pas se lancer dans un nouveau jeu perdant-perdant dans une course aux armements asiatique devenant incontrôlable. Cela ne fera que forcer la Chine à construire un super arsenal d’armes, certainement pas en accord avec les intérêts américains à long terme.
» On doit penser que la Chine et la Russie renforceront leur coordination stratégique et s’uniront pour résister au plan américain. On doit espérer que le Japon et la Corée du Sud n’accepteront pas de servir de chair à canon de la politique asiatique agressive des États-Unis. »

Les “trois petits singes” sud-coréens

Les pays nommément désignés par la Chine, essentiellement le Japon et la Corée du Sud, se trouvent très certainement dans une position extraordinairement inconfortable. Pour prendre des situations historiquement similaires, on dira que leur attitude, – surtout pour ce qui concerne la Corée du Sud, – n’a rien à voir avec l’attitude vis-à-vis de la Russie des anciens pays du Pacte de Varsovie ou des anciennes “Républiques Soviétiques” intégrées de force dans l’URSS. Ni le Japon ni la Corée du Sud n’ont été les vassaux de la Chine, comme l’ont été la Pologne ou les pays baltes pendant la période de la Guerre Froide, et désormais membres de l’OTAN.

Aujourd’hui, les relations de ces deux pays avec la Chine sont plus ou moins acceptables selon les périodes, et n’ont rien de commun avec l’hostilité antirusse débridée des anciens satellites de l’URSS. Dans cette logique, la puissance et la prépondérance économique chinoise dans la zone a été évidemment acceptée, et également sa posture stratégique. C’est dire si une demande US d’installer des missiles de portée intermédiaire pointés vers la Chine constituerait pour eux un dilemme absolument catastrophique ; l’article de Global Times ne se gêne pas pour le leur dire, de le leur rappeler, de le leur détailler, insistant lourdement à cet égard.

Les Coréens du Sud, plus concernés que n’importe qui d’autre, croisent donc les doigts. Ils interprètent avec zèle la partition des “trois petits singes”, ou “Singes de la Sagesse”, en nous disant “Je n’ai rien vu, je n’ai rien entendu et je n’ai rien dit”, – sinon ce que je vous dis ce 5 août 2019

« La Corée du Sud “n’a eu aucune discussion officielle avec les États-Unis sur l’introduction possible de missiles à portée intermédiaire”. “Nous n’avons pas examiné cette question en interne et ne prévoyons pas de le faire”, a déclaré la porte-parole du ministère [sud-coréen de la défense], Choi Hyun-soo, lors d’un point de presse.
» La position de base du gouvernement sud-coréen sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne n’a pas changé, a-t-elle assuré. […]
» Interrogée sur la possibilité des discussions sur cette question entre M. Esper et le ministre sud-coréen de la Défense, Jeong Kyeong-doo, lors de leur rencontre prévue vendredi à Séoul, Mme Choi a dit avoir été informée que ce sujet ne figurera pas au programme de cet entretien. »

Une nouvelle stature : Mark Ester

C’est donc une partie extraordinairement délicate qui s’engage, avec les USA sur une ligne quasiment hystérique qu’on ne peut qualifier que du mot de “folie” dans son sens le plus large, représentant effectivement d’une façon et d’un comportement qui n’ont aucun équivalent nulle part dans l’extrémisme de leur violence entropique dans laquelle on reconnaît le comportement propre à la modernité transformant la postmodernité en néantissement.

Ce n’est pas un hasard évidemment si nous avons proposé la traduction “son influence crisique” pour l’expression en anglais de l’article du Global Times de l’expression “sense of crisis”. (La phrase « The US is turning its sense of crisis into confrontations among Asian countries » traduite par « Les États-Unis transmuent leur influence crisique en affrontements entre pays asiatiques. ») Il s’agit effectivement d’une interprétation à la fois psychologique et pathologique selon laquelle les Chinois sentent bien que les USA n’ont plus de politique, mais une pathologie furieuse pour installer partout des crises, et éventuellement déchaîner leur violence et rechercher l’affrontement suprême.

L’opération est parfaitement minutée :la sortie du traité FNI est instantanément transformée en crise qui affecte, tout aussi instantanément la Chine et la Russie ; et, par voie de conséquence et comme un incendie par vent de mistral, qui affecte les pions “sous contrôle”, c’est-à-dire principalement le Japon et la Corée du Sud ; et, de l’autre côté, – au fait, s’en est-on aperçu ? – l’Europe dans son entièreté, désormais ramenée aux pires temps de la crise des Euromissiles – mais quoi, l’on est bien assez occupé à faire la leçon à Moscou pour les opposants arrêtés dans les rues de Moscou pour manifestation non-autorisées, nous qui veillons si jalousement sur le droit des Gilets-Jaunes à manifester sans autorisation… Pour l’Europe, les “trois petits singes” sont les “Singes de la Couardise”.

Il faut signaler un élément humain qui nous paraît de grande importance : l’émergence, en quelques jours, d’un poids lourd de l’équipe de sécurité nationale de Trump, dans le sens du renforcement de l’agressivité, du poids de pression, du bellicisme de cette équipe, avec le nouveau secrétaire à la défense Mark Esper. Autant, après le départ de Mattis, le Pentagones a flotté avec un secrétaire à la défense par intérim extrêmement incertain (Patrick Shanahan), autant Esper semble taillé pour compléter Bolton-Pompeo, et même pour jouer un rôle central dans l’élaboration de la politique agressive et belliciste qu’a lancée la doublette initiale. Esper est un ancien officier, un colonel couturé de décoration au combat, devenu ensuite épisodiquement fonctionnaire mais surtout lobbyiste qui s’est fixé sur la représentation de Raytheon. (Raytheon, cela n’étonnera personne, joue un rôle essentiel dans la mise en point des nouveaux missiles à portée intermédiaire) Esper est aussi un idéologue, ultra-dur, et une forte personnalité qui a quelque chose (jusqu’au physique) de Donald Rumsfeld. Il est parfait pour accélérer la chute complète dans la folie de destruction du système de l’américanisme.

… Il en a notamment le cynisme également à la manière de Rumsfeld, comme nous le rappelle un éditorial du 19 juillet 2019 du site Strategic-Culture.org : « Au cours des audiences sénatoriales de cette semaine, Esper a ouvertement révélé sa forme de pensée cynique et le genre de politique qu’il mènera en tant que chef du Pentagone. Il a déclaré aux sénateurs crédules que la Russie était à blâmer pour l’effondrement du Traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI). […] Puis, dans une précision contradictoire par inadvertance ou par indifférence, il a indiqué que les États-Unis devaient sortir du traité FNI afin de développer des missiles à moyenne portée pour “contrer la Chine”. Cette affirmation explique l’objectif cynique qui a poussé l’administration Trump à abandonner unilatéralement le traité. Il ne s’agit pas de violations présumées du traité par la Russie ; la véritable raison est que les États-Unis doivent obtenir une plus grande liberté pour affronter la Chine. »

Ainsi l’équipe de sécurité nationale d’inspiration boltonienne se trouve renforcée par un segment de poids, rien de moins que le Pentagone jusqu’alors plutôt modéré. Trump laisse faire parce qu’il a été entièrement convaincu par le discours Esper-Pompeo selon lequel la puissance militaire doit imposer au “partenaire” les règles commerciales qu’on a préparées pour lui, – et quoi, y compris “la puissance militaire” jusqu’à des frappes nucléaires ? Dans tous les cas, tout est prêt pour aller dans ce sens avec la nouvelle poussée maximale pour constituer une catégorie nucléaire intermédiaire qui fut, durant la Guerre Froide, la cause des deux plus graves crises nucléaires, – celle de Cuba en 1962 et celle des euromissiles en 1979-1984.

L’“influence crisique” des USA, à partir d’une production crisique maximale sans aucun frein de la raison ou du sens commun, trouve dans ce domaine, dans ce type d’armement, le meilleur terrain dont on puisse rêver pour parvenir à un conflit où l’on passerait au nucléaire “par une porte dérobée”, sans monter aussitôt au nucléaire stratégique de l’anéantissement réciproque. Plus que jamais et toujours plus, se poursuit la course entre les risques de guerre globale et d’anéantissement, et le désordre intérieur des USA qui se poursuit en ne cessant d’accélérer, dans une atmosphère de haine et de tension intérieures extraordinaires, et des perspectives de plus en plus catastrophiques…

Cela, comme le dit Doug Casey, fondateur de Casey Research qui fait autorité, lors d’une émission Kitko News le 5 août 2019 : « Je pense que nous nous dirigeons vers un désastre [économique et financier] aux proportions véritablement historiques… […] Le niveau d’animosité actuelle dans la population divisée comme jamais auparavant peut être comparé à une guerre civile. » Croisons les doigts avec les “Singes de la Sagesse” pour que cela se produise effectivement (la “guerre civile” en prime time).

https://www.dedefensa.org/article/notes-sur-un-etranglement-nucleaire