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vulnérabilité télébancaire nationale

mardi 19 juin 2018

vulnérabilité télébancaire nationale

Avertissement, les considérations qui suivent n’émanant ni d’un banquier ni d’un télématicien, elles peuvent être incomplètes sur le plan technique. La déconnexion de l’Europe du sytème Visa le 1er juin 2018 appelle cependant quelques réflexions stratégiques.
Tout d’abord, il convient de noter que, là encore, la déconnexion a été géographique, pas organique. Ce ne sont pas les banques européennes qui ont été interdites de transaction Visa mais les banques situées en Europe, fussent-elles simples filiales locales de banques non européennes, étatsuniennes ou brésiliennes par exemple, tandis que les filiales hors d’Europe de banques européennes n’ont pas été affectées. Il ne s’agit cependant pas d’une simple avarie de télécommunications, puisqu’aucune autre interruption de communication filaire ou satellitaire (téléphonie, internet…) n’a été rapportée.
D’ailleurs même les transactions opérées à travers le réseau Mastercard n’ont pas été affectées, seulement celles du réseau Visa l’ont été. A ce sujet il peut être utile de rappeler que, pour la quasi-totalité des pays hormis une poignée (France, Japon, Chine, Russie et Inde sauf oubli), toutes les transactions effectuées avec une carte Visa sont traitées, en temps réel, aux Etats-Unis d’Amérique, et il en est de même pour les cartes Mastercard. Cela signifie que lorsqu’un porteur d’une carte Visa émise par une banque italienne introduit sa carte dans le lecteur d’un commerçant italien, mis à sa disposition par sa banque italienne, la transaction entre la banque italienne émettrice de la carte du client et la banque italienne propriétaire du lecteur du commerçant est traitée aux Etats-Unis, par l’entreprise Visa. S’il n’y a pas de télécommunications entre l’Italie et les Etats-Unis ce jour-là (ou si les lignes sont occupées à l’instant requis) le client italien porteur d’une carte émise par sa banque italienne ne peut pas payer le commerçant italien par le terminal mis à la disposition de ce commerçant par sa banque italienne.
La première exception historique est la France, car le réseau intzerbancaire Carte Bleue a été développé et mis en service (en 1967) plusieurs années avant que le développement international du réseau étatsunien homologue Americard (Visa) amène le groupement bancaire français à négocier un accord pour que les porteurs de cartes émises par les banques françaises puissent effectuer des paiements à l’étranger coordonnés par Visa. Mais les transactions entre banques françaises restent traitées en France, par le groupement Carte Bleue, ce qui explique que les Français n’ont pas noté d’interruption de service ce 1er juin, sauf pour leurs paiements à l’étranger voire peut-être pour certains paiements en France envers des commerçants français titulaires d’un compte bancaire à l’étranger (zone euro ou SEPA objet de moulte publicité), bel exemple d’ailleurs d’une « ouverture » européenne qui introduit une dépendance envers les Etats-Unis pour des transactions effectuées en France entre client et fournisseur français.
Sauf erreur la deuxième exception à cette dépendance fut le Japon, pour des raisons historiques similaires, et la troisième fut la Chine évidemment en retard (désormais rattrapé) sur le monde capitaliste en matière de diffusion des comptes bancaires individuels, de la compensation interbancaire et de la technologie de la carte.
Le 1er janvier 2013 sont entrées en application les mesures coercitives envers le Vatican, pour des raisons secrètes (peut-être le rapprochement tectonique envisagé entre les Eglises romaine et russe) évidemment sans rapport avec le prétexte invoqué, et dont les prochaines étapes seraient certainement allées bien au-delà du niveau bancaire puisque guère plus de quarante jours de traversée imposée du désert ont suffi pour obtenir la démission du pape Benoît. Dans la mesure où, dans ce micro-Etat, tous les terminaux de paiement et tous les distributeurs de billets appartiennent à une seule banque (la Deutsche Bank), laquelle envoie les demandes de transaction tant envers le groupement Visa que le groupement Mastercard, tous deux étatsuniens, il a suffi d’une seule décision pour interdire toutes les transactions par carte dans le pays. Pour plus d’efficacité politique cependant, et compte tenu du peu d’impact économique de l’interdiction des cartes bancaires dans un micro-Etat sans grandes entreprises ni grosses transactions commerciales ou salariales (juste quelques touristes dans les magasins de souvenirs bénitiers), la mesure fut doublée d’une interruption des virements interbancaires vers ou de l’étranger, l’entreprise belge Swift ayant accepté, sous des menaces là encore inconnues, d’interrompre ses services de messagerie interbancaire sécurisée comme cela avait été fait quelques années plus tôt pour l’Iran dans le cadre de sanctions, internationalement licites celles-là, décrétées par le Conseil de Sécurité de l’ONU. Pour mémoire, Swift fut encore sollicitée de manière illicite en 2014 contre la Russie et refusa d’obtempérer, ce pays étant un peu plus important que le Vatican. Sous ces pressions visibles, et certainement d’autres invisibles, le chef d’Etat du Vatican Joseph Ratzinger annonça le 11 février 2013 sa démission, certes canoniquement invalide comme pape puisque le canon 332 (deuxième alinéa) invalide toute démission sous la contrainte, et l’élection prochaine d’un nouveau chef d’Etat, certes canoniquement un antipape en la présence d’un pape élu (Benoît) dont la prétendue démission est canoniquement invalide. L’annonce publique de la démission du chef d’Etat fut certainement accompagnée d’une capitulation discrète mais inconditionnelle sur le litige véritable, puisque le Vatican fut reconnecté aux circuits financiers internationaux dès le lendemain même 12 février, d’une part par Swift pour les virements et d’autre part par un groupement bancaire suisse pour les paiements par carte.
Tous les gouvernements de pays souverains auraient dû tirer les conclusions de la prise de contrôle du Vatican et du Saint-Siège au moyen des outils de transactions financières internationales.
L’Inde a alors développé son propre système national afin que les transactions internes ne soient plus traitées à l’étranger.
A son tour la Russie a subi une attaque majeure en mars 2014, suite à son acceptation de la réunification après le referendum d’autodétermination de la Crimée. Sur injonction de leur gouvernement en application de ses mesures de coercition internationalement illicites, les entreprises étatsuniennes Visa et Mastercard ont cessé de traiter toutes les transactions effectuées en Crimée, même par exemple entre un touriste français porteur d’une carte bancaire française et un commerçant criméen détenteur d’un lecteur de carte délivré par une banque ukrainienne ou russe (il y en avait plusieurs). Simultanément cinq banques russes se sont vues également refuser toutes transactions par les entreprises Visa et Mastercard. Du jour au lendemain, un client russe porteur d’une carte Visa délivrée par sa banque russe ne pouvait effectuer de paiement dans un commerce russe équipé d’un lecteur Visa par une banque russe… y compris d’ailleurs si les comptes bancaires du client et du commerçant relevaient d’une même et unique banque russe. Cette situation est à méditer puisque ce 1er juin 2018 il en fut de même non seulement pour les paiements entre la carte Visa d’un client italien et le terminal Visa d’un commerce allemand (y compris sur internet), mais également entre clients et fournisseurs italiens, entre clients et fournisseurs allemands etc. dans toute l’Europe télématiquement dépendante de cette entreprise de compensation étatsunienne.
Le secteur bancaire russe, soutenu par son gouvernement, s’est mis au travail pour construire un système de compensation interbancaire national (comme celui du groupement Carte Bleue français) avant que les gens perdent l’habitude d’utiliser les cartes. Un an après le déni illicite de service (d’ailleurs jamais indemnisé aux banques russes adhérentes aux réseaux Visa et Mastercard), ce système de compensation nationale NSPK entrait en service et les titulaires de cartes Visa émises par des banques russes pouvaient de nouveau les utiliser en Russie (entre client et fournisseur disposant de comptes bancaires russes) puisque les transactions nationales n’étaient plus traitées dans un lointain pays ennemi mais au niveau national, même si ces cartes restaient inutiles pour les transactions internationales. Dès la fin 2015 les banques russes ont émis une carte nationale Mir… et depuis lors les réseaux internationaux ont proposé au groupement interbancaire russe de donner à cette carte un accès aux réseaux internationaux, comme à la Carte Bleue ou maintenant à la Union Pay chinoise, d’abord bien sûr pour les porteurs de cartes russes en déplacement à l’étranger, puis à terme pour les clients des filiales étrangères que les banques russes ouvriront petit à petit.
En ce qui concerne l’inaccessibilité du réseau Visa, seulement à partir ou en direction de l’Europe, ce 1er juin, les communiqués de l’entreprise étatsunienne Visa assurent qu’il s’agissait d’une panne technique (sans autre précision), réparée le lendemain. Qu’il s’agît en réalité d’un litige sur les commissions dites d’interchange récemment réduites par la Commission Européenne, d’une attaque étrangère bancaire, étatique ou délinquante, ou d’une toute autre affaire, les dirigeants bancaires et politiques qui ont apparemment capitulé en vingt-quatre heures ne diront rien.
Mais, dans un contexte où de plus en plus de structures mondialisatrices mises en place au nom de l’ourverture et de la liberté sont désormais détournées pour servir des conflits d’intérêts spécifiques, tous les pays économiquement souverains devraient mettre en place des systèmes nationaux de compensation interbancaire des transactions par carte. Et en ce qui concerne les pays européens, leurs banques devraient particulièrement s’en préoccuper avant de se voir imposer un système uniopéen qui donnerait à la technocratie bruxelloise les moyens de mettre un jour en place des mesures de coercition contre les banques ou les citoyens de tel ou tel pays membre rétif aux directives de la Commission ou de la BCE.
La préservation des capacités de transactions économiques interieures revêt, dans un contexte de disparition progressive des espèces, un intérêt de souveraineté nationale.
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La grande stratégie de la Russie en Afrique et en Eurasie

La grande stratégie de la Russie en Afrique et en Eurasie


Et ce qui pourrait mal se passer


Par Andrew Korybko – Le 7 mai 2018 – Source Oriental Review

Russia Iran Azerbaijan summit
Sommet de l’Iran, de la Russie et de l’Azerbaïdjan à Téhéran en 2017

La grande stratégie de la Russie au XXIe siècle consiste à devenir la force suprême d’équilibre en Afrique et en Eurasie grâce à la gestion diplomatique habile des multiples conflits de l’hémisphère. Le plus grand danger de cette vision ne provient pas des guerres hybrides américaines mais de la Russie si ses représentants de la communauté diplomatique et ses experts ne saisissent pas cette occasion pour expliquer correctement cette stratégie aux masses.


La Russie semble être devenue l’un des sujets de prédilection de tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la politique internationale, et apparemment tout le monde a une opinion sur la grande stratégie du pays. Ceux qui sont enclins à croire les médias occidentaux traditionnels soutiennent généralement deux positions contradictoires en croyant à tort que la Russie est soit acharnée à conquérir militairement le monde ou à quelques années d’un effondrement total à la suite de la mauvaise gestion systémique du pays. D’autre part, de nombreux adeptes des médias alternatifs pensent à tort que la Russie a une mission autoproclamée de sauver le monde de l’unipolarité dirigée par les Américains dans toutes ses manifestations et que le grand maître des échecs, Poutine, remporte victoire sur victoire. Ces trois courants de pensée ne parviennent malheureusement pas à rendre compte de la grande stratégie de la Russie, qui se résume à essayer de devenir la force d’équilibre suprême du XXIe siècle en Afrique et en Eurasie grâce à une gestion diplomatique habile des conflits de l’hémisphère.

Du « pivot vers l’Oumma » au « cercle d’or »

Cette vision ambitieuse doit ses origines à la faction « progressiste » de l’« État profond » russe (ses bureaucraties militaires, de renseignement et diplomatiques permanentes) qui a courageusement décidé de se débarrasser des chaînes soviétiques du passé et d’entamer des rapprochements révolutionnaires avec des partenaires non traditionnels tels que la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Azerbaïdjan et le Pakistan dans ce qu’on peut appeler familièrement le « Pivot vers l’Oumma ». Ces pionniers de la politique étrangère « ont comblé le fossé (géographique) » laissé par leurs prédécesseurs après avoir « encadré » l’Eurasie avec leurs propres rapprochements de l’après-guerre froide avec l’Allemagne à l’ouest et la Chine à l’est. Le temps devait finalement venir pour la Russie de regarder vers le sud, vers les pays à majorité musulmane qui bordent cette partie du Rimland eurasiatique. Pendant ce temps, la Chine dévoilait sa vision globale de la Nouvelle route de la soie, « Une ceinture, une route », qui fournit les bases infrastructurelles permettant de relier ces nœuds géopolitiques disparates et de jeter les bases structurelles de l’émergence de l’ordre mondial multipolaire.

Après avoir été repoussée en Eurasie occidentale par les sanctions anti-russes de l’UE que les États-Unis ont poussé à mettre en œuvre, Moscou a « rééquilibré » son orientation européenne et diversifié ses efforts diplomatiques grâce à son « Pivot vers l’Oumma », créant deux nouveaux partenariats trilatéraux. Le premier est centré sur la Syrie et concerne la Russie, la Turquie et l’Iran, tandis que le second concerne l’Afghanistan et implique la Russie, le Pakistan et la Chine. Le potentiel géostratégique combiné de ces cinq grandes puissances multipolaires générant un « cercle de chariots » [Référence au Far West, NdT] pour protéger le noyau super-continental eurasien est ce « Cercle d’Or », qui représente l’objectif intégrateur ultime du XXIe siècle et qui symboliserait l’union institutionnelle d’un grand nombre des plus importantes puissances continentales à l’Est de cet hémisphère. De la plus haute importance stratégique, l’accomplissement du Cercle d’Or permettrait à ses membres de commercer les uns avec les autres via les routes de la Route de la soie à venir qui évitent de façon cruciale la domination de la Marine américaine le long de la région eurasienne.

Problèmes périphériques

Néanmoins, la périphérie maritime super-continentale est toujours très importante en raison de la dépendance de la Chine aux routes maritimes pour le commerce avec l’Afrique, dont le futur est étroitement lié à la République populaire car cette dernière a absolument besoin que ce continent devienne suffisamment robuste pour acheter la surproduction de biens chinois. Les plus grands concurrents de Pékin dans l’espace afro-pacifique sont Washington et sa coalition « dirigée dans l’ombre » du « Quad », qui ont dévoilé le soi-disant « Corridor de croissance Asie-Afrique » (AAGC) pour contrer la Nouvelle route de la soie. La Chine et les quatre autres grandes puissances du Cercle d’Or doivent se préparer à répondre aux conflits d’identité provoqués de l’extérieur dans les États de transit géostratégiques de la Route de la soie (guerres hybrides), tandis que le noyau eurasien peut plus ou moins compter sur les solutions multilatérales à ces défis, via l’OCS ou toute autre structure connexe. L’Afrique n’a pas de telles options de sécurité.

La Chine est donc obligée de renforcer les capacités militaires de ses partenaires de la Route de la soie et peut même déployer ses porte-avions le long de la côte,  dans le pire des cas pour aider les populations locales à contrer les campagnes de guerres hybrides. Mais il est intéressant à ce stade de voir que la Russie pourrait jouer un rôle crucial dans le rétablissement de la stabilité en Afrique. Moscou expérimente déjà une nouvelle politique consistant à utiliser des « mercenaires » pour soutenir le gouvernement de la République centrafricaine, reconnu internationalement, mais encore jeune, dans sa quête pour relever ce pays, déchiré par une guerre civile, des mains d’une myriade de bandes de militants qui occupent la grande majorité du pays. Le succès de la version russe de sa propre stratégie du « diriger dans l’ombre » serait une « preuve de concept » nécessaire pour convaincre le reste de l’Afrique et la Chine que Moscou pourrait fournir des services de sécurité indispensables pour protéger leurs projets de la Route de la soie.

L’angle africain

Comme expliqué dans l’analyse ci-dessus, l’implication de la Russie dans les processus de résolution des conflits africains pourrait passer de la phase militaire initiale à une phase diplomatique secondaire pour faire de Moscou un acteur clé dans tout règlement politique à venir. Cela lui fournira un accès privilégié garanti au marché et aux ressources de ladite nation. Ce compromis gagnant-gagnant pourrait séduire les élites africaines et leurs partenaires chinois, qui n’ont pas l’expérience du combat réel ou diplomatique que la Russie a acquise grâce à sa campagne anti-terroriste en Syrie et le processus de paix d’Astana pour gérer les défis de guerre hybride à venir. Tant que la Russie fait preuve de prudence et évite de tomber dans des bourbiers potentiels, elle peut continuer à « faire plus avec moins » en « nettoyant » les nombreux dégâts qui devraient se produire dans toute l’Afrique dans un futur proche.

À la dimension militaire de cette stratégie d’« équilibrage » vient s’ajouter sa dimension diplomatique traditionnelle, que la Russie pratique déjà dans une certaine mesure avec les rivaux indo-japonais de la Chine. Le renforcement et l’amélioration des relations bilatérales avec chacune de ces grandes puissances alignées sur l’Amérique sont à la fois avantageux pour la Russie et même pour la Chine car cela pourrait permettre à Moscou d’exercer une influence « modératrice » sur chacun d’entre eux au cas où les États-Unis provoqueraient une crise avec Pékin. Pour aller plus loin encore, la Russie devrait explorer les possibilités de devenir un membre à part entière de l’AAGC afin de « se greffer » sur les progrès de ces deux pays beaucoup plus entreprenants en Afrique, surtout quand on considère que la Chine n’aide pas la Russie à accéder à ce marché (bien que cela puisse changer si elle devient le partenaire de sécurité stratégique de Pékin sur le continent). « Équilibrer » entre les deux « blocs » économiques serait le premier avantage de la Russie, et cela pourrait même profiter à ses régions sous-développées de l’Extrême-Orient et de l’Arctique.

Examen stratégique

Passant en revue la grande stratégie exposée jusqu’ici, le rejet de la Russie par l’Europe à la suite des pressions américaines a motivé Moscou à lancer le « Pivot vers l’Oumma » en consolidant le noyau eurasien grâce à deux partenariats trilatéraux interconnectés qui forment collectivement la base du « Cercle d’or », le nexus des grandes puissance associées. En tirant parti de sa position centrale en Eurasie, la Russie ambitionne de devenir l’État de transit irremplaçable de la plupart des entreprises de connectivité continentale, ainsi qu’un « équilibreur » neutre pour résoudre le chaos hybride que les États-Unis ont provoqué dans toute la région et devenir le muscle diplomatique de cette stratégie. Au-delà du noyau eurasien et dans le Rimland, les relations multi-vectorielles de la Russie avec l’Inde et le Japon peuvent être utilisées pour acquérir une présence commerciale en Afrique qui complèterait sa présence militaire non-officielle par des « mercenaires » et lui donnerait une chance d’« équilibrer » les affaires de ce continent aussi.

Pas de récit, pas de chance

Aussi intéressante que cette approche puisse paraître, elle comporte beaucoup de risques, en particulier en ce qui concerne les guerres hybrides encouragées par les Américains dans le Heartland Eurasien et les opérations de guerre de l’information du « diviser pour régner » conçues pour briser ce « Cercle d’or ». Mais ils peuvent toujours être gérés à un niveau d’État à État avec assez de coordination et de confiance multilatérales. Plus difficiles à gérer, cependant, sont les conséquences des « faiblesses » du soft power russe qui « échoue » traditionnellement à expliquer correctement sa stratégie « d’équilibrage » aux masses populaires, conduisant ainsi au mécontentement et à la confusion, ce qui fournit en retour un environnement fertile pour les opérations des ONG qui ont pour but de semer la discorde entre une société et ses élites. La Russie communique assurément ses intentions « d’équilibrage » à chacun de ses homologues « profonds », comme elle a l’habitude de le faire, mais la Fédération de Russie n’a pas été en mesure d’égaler l’URSS pour faire passer son message à la moyenne des gens dans chacun de ces pays.

Armenia protests
Manifestation en Arménie, Révolution de velours, avril 2018

L’Arménie est un exemple parfait de ce qui n’a pas fonctionné avec la stratégie de soft power de la Russie et cela mérite d’être analysé de manière concise en tant qu’étude de cas. La « diplomatie militaire » de la Russie, qui consiste à vendre des armes à l’Arménie et à son voisin l’Azerbaïdjan, est une stratégie solide au sens géopolitique, mais risquée en ce qui concerne l’image de la Russie dans l’esprit de chacune des populations de ses deux partenaires. Les Azerbaïdjanais ne s’en soucient guère puisque la Russie était considérée comme étant plus proche de leur ennemi jusqu’à récemment, mais les Arméniens furent naturellement contrariés quand ils ont appris que leur allié de défense mutuelle de l’OTSC armait aussi leur adversaire. Même si la majorité de ses citoyens ne « devait jamais changer d’opinion de fond » en voyant la Russie dans cette situation, Moscou aurait pu au moins investir assez de ressources et d’efforts pour essayer d’expliquer ses grandes intentions stratégiques dans ce contexte, mais elle ne l’a pas fait. Cela a alimenté le mouvement de « protestation » de Pashinyan contre les autorités arméniennes au pouvoir.

Ce n’est pas seulement l’Arménie car beaucoup de partenaires traditionnels de la Russie sont inquiets de ses nouvelles relations « d’équilibre » avec leurs rivaux historiques. Les Serbes, les Syriens, les Iraniens et les Indiens préféreraient que la Russie ne coopère pas aussi étroitement avec la Croatie, la Turquie, l’Arabie Saoudite et le Pakistan, mais comme c’est déjà le cas, la « moindre des choses » que Moscou pourrait faire, et beaucoup le ressentent, serait d’essayer de leur expliquer pourquoi cela se produit, même si ces pays ne finissent pas finalement par être d’accord. Malheureusement, cela ne se produit pas du tout, et les conséquences de cette « incompétence » en terme de soft power sont que les gens perdent confiance en la Russie. Au lieu d’avoir l’occasion de considérer ce pays comme un joueur habile sur l’« échiquier des grandes puissances au sens du XIXe siècle » pour l’« équilibrer » et ainsi contrecarrer les effets déstabilisateurs de la politique étrangère américaine, le pays renvoie une image négative, trop « intéressé », « indigne de confiance », et superficiellement « pas vraiment différent des États-Unis ».

Risques globaux

Les stratèges et les décideurs politiques russes adhèrent en effet au paradigme néo-réaliste des relations internationales. Mais le grand intérêt de leur pays à maintenir la stabilité dans la région afro-eurasie et à sécuriser les nouvelles routes de la soie qui devraient former la base de l’émergence de l’ordre mondial multipolaire, chevauchent les intérêts de chacun de ses partenaires. Tous devraient accepter que chaque partie doit « faire des compromis » sur quelque chose afin d’atteindre les « accords » négociés par Moscou pour concrétiser cet avenir gagnant-gagnant. Cette réalité « dérangeante » n’est peut-être pas populaire auprès de leurs publics, mais c’est pourtant ce qui doit se passer pour que le modèle russe réussisse. Le problème se pose lorsque les dirigeants de ces pays n’en rendent pas compte à leur population qui en entend parler soudainement aux infos ou perçoit des rumeurs (vraies ou pas) que leur pays pourrait être sur le point de « sacrifier » quelque chose qui leur est cher.

Si le « pré-conditionnement » et la « gestion de la perception » avaient été mis en œuvre avant cela, les États-Unis ou d’autres tiers hostiles ne pourraient pas exploiter ce potentiel sentiment en agitant des troubles comme en Arménie après les accords répétés de ventes d’armes entre la Russie et l’Azerbaïdjan. Il y aurait au moins un récit « construit » déjà disponible pour contrer la version destructive nouvellement créée et « armée » par les ennemis de Moscou. Malheureusement, parce que la Russie préfère traiter principalement avec les « États profonds » de ses partenaires quand il s’agit de ces questions, elle tend à « négliger » l’opinion publique dans ces pays. Cette vulnérabilité est maintenant présente dans toute l’Afro-Eurasie et attend d’être exploitée par les États-Unis, qui exercent une influence beaucoup plus forte en gagnant les « esprits et les cœurs » au niveau local, même s’ils doivent recourir à des moyens indirects (des ONG) pour le faire. Les partenaires de la Russie, en particulier ceux qui ont un système nominalement « démocratique », courent donc le risque d’être « soumis au chantage » par des messages démagogiques.

Réflexions finales

On ne saurait trop insister sur l’importance pour la grande vision stratégique de la Russie d’équilibrer les affaires afro-eurasiennes et de clairement les faire expliquer par ses représentants de la communauté diplomatique, experte en la matière, afin d’empêcher les États-Unis d’armer une « pression publique » contre eux dans chacune des populations de ses partenaires. Des questions sensibles telles que les livraisons d’armes à l’Arménie et à l’Azerbaïdjan ou la coopération avec la Turquie dans le nord de la Syrie doivent être discutées au niveau local et pas seulement avec l’État profond de chaque partenaire traditionnel, afin de maintenir la confiance du public avec au moins quelques efforts pour essayer d’expliquer ces politiques aux masses. L’absence de tout discours de la part de la Russie à cet égard, conduit à un vide informationnel rapidement comblé par les États-Unis et leurs alliés unipolaires, qui met en péril la pérennité des efforts d’« équilibrage » de Moscou en raison du risque que ses partenaires pourraient céder à une « pression publique » manipulée de l’extérieur (Révolutions de couleurs).

Aussi ambitieux que cela puisse paraître, il est certainement possible que la Russie réalise sa stratégie pour réparer les dommages que les États-Unis ont causés dans tout l’hémisphère (surtout dans ses parties non-européennes), mais seulement en déployant des mesures égales entre les « États profonds » et la confiance du public dans ses initiatives. Personne, et encore moins les gens moyens, ne devraient jamais avoir de fausses impressions sur les motivations de la Russie, qui sont avant tout de défendre ses propres intérêts, mais aussi de les faire coïncider avec ceux de chacun de ses nombreux partenaires en ce qui concerne sa politique générale. L’objectif est de promouvoir la multipolarité, mais de fausses attentes quant à l’« engagement » de Moscou à leur égar ne peut que conduire à un sentiment de déception qui, avec le temps, sera inévitablement capitalisé par son adversaire américain. Dans le même ordre d’idée, si les peuples ne comprennent rien à ce que fait la Russie, cela est tout aussi dangereux, car cela pourrait également entraîner le même résultat perturbateur.

Par conséquent, la Russie doit accorder la priorité à ses activités de soft power et doit faire des efforts urgents par l’intermédiaire de ses représentants diplomatiques et experts pour communiquer ses intentions « équilibrantes » au-delà des « États profonds » de ses partenaires. Les citoyens ordinaires doivent être sensibilisés à la vision globale de la Russie pour ne pas être manipulés aussi facilement par l’Amérique à travers l’exploitation du vide narratif existant et/ou des faux espoirs qui en découlent. Il faut néanmoins accepter que tout le monde ne soit pas d’accord avec l’« équilibrage » de Moscou, indépendamment de ses intentions. C’est tout à fait vrai parce que l’importance est de faire connaître le récit afin que les efforts ultérieurs en terme de soft power puissent être investis dans la promotion auprès du public. C’est pourquoi une première étape doit être entreprise immédiatement pour sensibiliser les gens à ce message. Le suivi des plans devrait être mis en œuvre par avance dans le futur pour renforcer cette grande vision stratégique à tous les niveaux de la société afro-eurasienne.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Liens

Retrouvez ici l’analyse de Karine Bechet-Golovko sur l’Arménie.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/la-grande-strategie-de-la-russie-en-afrique-et-en-eurasie

 

Le pétrole recule en Asie

Le pétrole recule en Asie

Singapour (awp/afp) – Les cours du pétrole reculaient mardi en Asie, les spéculations sur une hausse ou non des quotas de production lors d’une prochaine réunion de l’Opep allant bon train.

Vers 04H00 GMT, le baril de « light sweet crude » (WTI), la référence américaine du brut, pour livraison en juillet, reculait de 32 cents, à 65,53 dollars.

Le baril de Brent de la mer du Nord, principale référence sur le marché mondial, pour livraison en août, perdait 748 cents à 74,86 dollars.

Les représentants de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et de ses dix partenaires, dont la Russie, se retrouvent vendredi et samedi à Vienne.

Ces Etats sont engagés depuis début 2017 et théoriquement jusqu’à la fin de l’année par un accord qui leur impose des quotas de production dans le but de faire remonter les prix dans un contexte d’offre surabondante.

Les débats devraient être agités.

Les deux géants de la production que sont l’Arabie saoudite et la Russie ont fait part de leur souhait de sortir de ce carcan.

Mais certains pays ne sont pas en mesure de relancer leurs extractions et s’opposent déjà à une révision des objectifs de limitation de la production.

Au premier rang des récalcitrants, l’Iran, qui voit d’un mauvais oeil la possibilité d’une baisse des cours alors qu’il est pénalisé par les sanctions américaines, et ne pourra augmenter sa production.

« L’Opep est fracturé ou se fracture. Hier, nous avons entendu de la part de l’Iran qu’il allait, avec le Venezuela et l’Irak, chercher à mettre son véto à une hausse de la production », a commenté Greg McKenna, analyste chez AxiTrader.

Les marchés sont aussi inquiets des répercussions de la nouvelle escalade des tensions commerciales entre Washington et Pékin sur la demande mondiale de brut.

Pékin a promis mardi des « représailles » après des menaces la veille de Donald Trump d’imposer de nouvelles taxes à un niveau inédit sur les produits chinois importés.

Lundi, à Londres, le Brent a terminé à 75,34 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE), en hausse de 1,90 dollar.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le WTI a pris 79 cents à 65,85 dollars.

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(AWP / 19.06.2018 06h20)

https://www.romandie.com/news/Le-p-trole-recule-en-Asie/928784.rom

Force de Sibérie, le gazoduc géant reliant la Russie à la Chine, en voie d’achèvement

Le pétrole monte, l’Opep prend le pas sur la guerre commerciale

Le pétrole monte, l’Opep prend le pas sur la guerre commerciale

Londres (awp/afp) – Les cours du pétrole remontaient lundi en cours d’échanges européens à quelques jours d’une réunion de l’Opep et malgré les craintes exacerbées d’une guerre commerciale entre Chine et Etats-Unis.

Vers 14H15 GMT (16H15 HEC), le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août valait 74,40 dollars sur l’Intercontinental Exchange (ICE) de Londres, en hausse de 96 cents par rapport à la clôture de vendredi.

Sur le New York Mercantile Exchange (Nymex), le baril de « light sweet crude » (WTI) pour le contrat de juillet prenait 3 cents à 65,09 dollars une heure après son ouverture.

En cours d’échange asiatique (02H00 GMT), les cours se sont repliés pour atteindre 72,45 dollars pour le Brent, à son plus bas niveau depuis un mois et demi, tandis que le WTI a atteint son cours le plus bas depuis deux mois à 63,59 dollars.

« La demande mondiale de pétrole pourrait reculer dans le cas de sanctions chinoises sur la production américaine », a commenté Benjamin Lu, analyste chez Phillip Futures.

La confrontation commerciale entre la Chine et les Etats-Unis s’est aggravée vendredi quand Donald Trump a annoncé imposer de nouveaux droits de douane de 25% sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises.

La Chine a répliqué en visant notamment des produits agricoles, mais a également annoncé vouloir taxer le pétrole et les produits pétroliers américains à une date ultérieure.

Les prix se sont toutefois repris alors que le marché se focalise sur les négociations de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), qui se réunira vendredi avant une réunion avec ses partenaires, dont la Russie, samedi.

L’avenir de l’accord de limitation de la production reste la principale cause d’inquiétude des marchés.

« La réunion s’annonce tendue entre d’un côté l’Arabie Saoudite et la Russie, favorables à un assouplissement des quotas et de l’autre côté l’Iran, l’Irak et le Venezuela qui devraient s’y opposer fermement », ont résumé les analystes de Saxo Banque.

L’Iran aurait ainsi annoncé dimanche compter opposer son droit de veto si le ministre saoudien Khaled al-Faleh proposait d’augmenter les objectifs de production, a rapporté l’agence Bloomberg.

Mais selon des sources citées par l’agence, les deux géants pétroliers que sont l’Arabie saoudite et la Russie voudraient proposer une augmentation modérée, de 300.000 à 600.000 barils par jour, et apaiser les mécontents en officialisant l’accord de l’Opep et des dix autres producteurs sur le long terme.

Le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak, avait émis samedi l’hypothèse d’une hausse nettement plus marquée, de 1,5 million de barils par jour.

js/ktr/LyS

(AWP / 18.06.2018 16h28)

https://www.romandie.com/news/Le-p-trole-monte-l-Opep-prend-le-pas-sur-la-guerre-commerciale/928630.rom

Les États-Unis sont contre le Nord Stream II en raison de l’initiative des «Trois Mers»

Les États-Unis sont contre le Nord Stream II en raison de l’initiative des «Trois Mers»


La géopolitique du Nord Stream II devient de plus en plus complexe.


Par Andrew Korybko – Le 1er juin 2018 – Source Oriental Review

Nord Steam 2Le deuxième gazoduc sous-marin direct entre la Russie et l’Allemagne continue de subir de fortes pressions de la part des États-Unis, qui sont totalement contre sa construction et menacent même de sanctionner ceux qui sont impliqués dans le projet. L’Allemagne est le moteur économique de l’UE et reçoit beaucoup de ressources qui alimentent ses usines de Russie, faisant ainsi de son partenariat énergétique un exemple naturel de coopération gagnant-gagnant et de confirmation des théories économiques fondamentales de l’offre et de la demande. Cela dit, c’est précisément à cause des implications politiques profondes de ce partenariat que les États-Unis s’y opposent si fortement, parce qu’ils craignent que Moscou oriente Berlin vers le monde multipolaire à long terme.


Il serait contreproductif que la Russie utilise les exportations d’énergie comme une arme comme les États-Unis le font en instillant la peur et en trompant l’Europe en lui faisant croire qu’elle est la pierre angulaire de sa politique après les différends gaziers pro-américains de l’Ukraine, au milieu des années 2000. Washington est d’avis que des relations plus étroites et plus dignes de confiance entre ces deux grandes puissances continentales rendraient plus difficile pour l’Amérique de dominer la politique étrangère de l’Allemagne. L’acte d’équilibrage subséquent de Berlin entre l’Est et l’Ouest serait préjudiciable aux conceptions unipolaires des États-Unis, dans leur être même. Il y a donc des allusions provocatrices mais entièrement trompeuses sur le fait qu’il s’agit d’un « nouveau pacte Molotov-Ribbentrop ».

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Cette rhétorique est formulée car elle vise principalement à attirer un auditoire polonais qui souffre d’une paranoïa intrinsèque envers ses deux grands voisins pour des raisons historiques bien connues et tente donc d’exploiter la controverse artificielle sur le gazoduc Nord Stream II afin de remplacer l’Allemagne en tant que principal partenaire européen des États-Unis. Les intérêts de l’Amérique sont évidents car ce pays entend continuer à vendre son GNL plus coûteux sur le continent via le terminal de Świnoujście en Pologne et via d’autres réceptacles ailleurs. Les États-Unis veulent également une présence plus affirmée dans la région du projet des Trois Mers, parce qu’elle se situe juste entre l’Allemagne et la Russie.

Le projet Nord Stream II est donc une arme à double tranchant contre les États-Unis, car il réduirait ses activités GNL rentables mais fournirait en même temps un prétexte stratégique pour « légitimer » sa présence en Pologne et dans les pays baltes. Les États-Unis seraient en mesure de creuser un fossé entre la Russie et l’Allemagne à travers cet « Intermarium » dirigé par les Polonais, ce qu’ils voulaient faire depuis un moment, avec ou sans sanctions contre ce deuxième pipeline sous-marin. Cette évolution, déjà en cours mais fortement accélérée par la construction de Nord Stream II, a pour but d’entraver un rapprochement russo-allemand multidimensionnel mais pourrait, à sa manière, inciter les deux grandes puissances à aller encore plus loin.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 01 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/les-etats-unis-sont-contre-le-nord-stream-ii-en-raison-de-linitiative-des-trois-mers

 

Euronouillerie cherche maître désespérément

Euronouillerie cherche maître désespérément

18 Juin 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Europe, #Economie, #Gaz

Qu’il était rassurant pour les vassaux européens de se laisser diriger pendant des décennies par Washington et ne surtout prendre aucune décision. Oui mais voilà, l’élection du Donald a provoqué un cataclysme et l’Union ectoplasmique a désormais perdu son suzerain qui lui donnait ses ordres. Laissée à elle-même, elle part dans tous les sens et ce n’est pas triste…

En Italie, le putsch bruxellois a donc tourné court et l’alliance «  »populiste » » a formé son gouvernement. Bien sûr, il convient de voir ce que cela va donner sur le long terme mais les premières décisions/mesures/annonces n’ont pas tardé.

Le Premier ministre italien Conte a appuyé l’idée de Trump de réintégrer la Russie dans le G8, ce que Moscou a d’ailleurs gentiment balayé d’un revers de la main : « Au sein du G20, les ultimatums ne marchent pas et vous avez besoin de parvenir à des accords. Je pense que c’est le format le plus prometteur pour l’avenir ». Une gentille claque au club des pays les plus endettés du monde…

A cette occasion, les euronouilles (c’est-à-dire l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et les technocrates bruxellois) se sont, dans un grand élan d’unanimité, opposées au retour de la Russie, ce qui est amusant quand on sait que Berlin disait l’inverse il y a seulement deux ans.

Un coup, la russophobie doit cesser, un coup elle est érigée en dogme de politique étrangère. Et quand l’Italie, fidèle a sa ligne, elle, propose de lever les sanctions contre la Russie, les dirigeants du Vieux continent sont cette fois plus ou moins d’accord, car Trump s’y oppose.

Nos petits eurocrates semblent en réalité complètement perdus…

Il est vrai que dans le dernier cas, la soudaine bienveillance européenne sent fortement le gaz. Nous avons vu à plusieurs reprises que Poutine parie sur l’égoïsme allemand afin de faire passer le Nord Stream II et Frau Milka ne demande que ça.

Le gazoduc russe est une évidence économique et les Européens le comprennent bien malgré les efforts du centre impérial que nous décrivions il y a un mois :

Alors que l’Allemagne a débuté les travaux dans ses eaux territoriales, et que la Finlande fait de même après l’approbation par Helsinki du passage du pipe dans sa zone maritime économique exclusive, les Américains font feu de tout bois : menace de sanctions ; pleurnicheries de leur proxy de Kiev qui réalise qu’on ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre (le transit par l’Ukraine tombera à terme à une douzaine de Mds de m3 annuels) ; coup de fil de Pompeo, l’ancien chef de la CIA et désormais secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, au gouvernement suédois…

Pour la Suède, c’est râpé : Stockholm vient d’approuver le passage du tube dans sa zone économique exclusive. Ne reste plus que le Danemark, comme nous l’expliquions début avril :

Le placide pays scandinave fait en effet face à un écrasant dilemme, sa « plus importante décision de politique étrangère depuis la Seconde Guerre Mondiale » : permettre ou non le passage du Nord Stream II par ses eaux territoriales.

Le projet doit également recevoir dans les prochains mois les autorisations finales de la Russie (c’est couru d’avance), de la Finlande et de la Suède. Mais concernant ces deux dernières, il s’agit uniquement de leur zone économique exclusive, régie par le droit international de la mer sur lequel les gouvernements suédois (très russophobe) et finlandais (plus équilibré) ont de toute façon peu de prise.

Seul le Danemark est concerné dans sa souveraineté même, et il s’en serait bien passé. Les émissaires américains et bruxellois poussent le gouvernement à empêcher le passage des 139 km du Nord Stream II par ses eaux territoriales tandis que Moscou et Berlin l’encouragent à accepter.

Copenhague peut-elle se mettre à dos son principal partenaire (Allemagne) et la principale puissance militaire européenne (Russie), qui vient d’ailleurs essayer quelques missiles à proximité ? Le système impérial réussira-t-il à manoeuvrer afin de torpiller le pipeline comme ce fut le cas avec le South Stream ?

Le principe de réalité face aux simagrées de l’empire déclinant. Des dirigeants de la trempe d’un De Gaulle auraient immédiatement choisi, mais nos pauvres petites euronouilles vassalisées sont pris dans les méandres de leur faiblesse et de leurs atermoiements.

Un exemple éclairant est celui de la Bulgarie, qui a refusé en 2014 le South Stream sous la pression de McCainistan et qui vient maintenant quémander à Moscou le privilège de recevoir une malheureuse branche du Turk Stream.

Eternel spectacle du laquais mécontent de son sort mais n’osant encore se rebeller ouvertement contre le maître…

Un pays qui semble – restons prudents – en voie d’émancipation est l’Italie, comme nous l’avons entrevu au début. Le nouveau gouvernement italien ne cache pas sa sympathie envers Moscou. En plus de demander la fin des sanctions (en opposition à Washington) et la réintégration de la Russie dans le G8 (en opposition à Bruxelles), Rome a encore annoncé deux décisions prenant de revers le système impérial.

Le parlement ne ratifiera pas le CETA, l’accord de libre-échange entre l’UE et le Canada. Soros a dû en avaler son Tokaj de travers… Rappelons que, voulus par l’oligarchie globaliste et négociés dans l’opacité la plus totale, ces accords visent au final à supplanter les Etats par les multinationales, qui auraient le pouvoir de faire annuler juridiquement les décisions des gouvernements.

Autre mauvaise nouvelle pour Soros & Co, l’Italie s’oppose désormais de front à l’immigration et vient de gagner sa première bataille face à Bruxelles. Sur ce sujet, 80% des Italiens sont sur la même longueur d’onde que leur gouvernement, ce qui doit donner quelques sueurs froides aux eurocrates non élus.

Pire, le pays transalpin rejoint dans ce combat un nombre croissant de pays d’Europe centrale et orientale – Pologne, Hongrie, Slovaquie… Nous avions relevé l’ironie de la chose il y a deux ans :

L’Europe américaine sera-t-elle mise à mort par ceux-là même qui étaient censés la régénérer ? L’on peut sérieusement se poser la question quand on voit le divorce grandissant entre l’UE et les pays d’Europe centrale et orientale, fers de lance de la « Nouvelle Europe » si chère aux néo-cons. Le pied droit de Washington donne des coups au pied gauche et c’est tout le système vassalique européen qui risque de tomber (…)

La chute du Mur et l’intégration à l’UE des anciennes démocraties populaires n’étaient que le cache-sexe de l’avancée de l’OTAN vers la Russie. Mieux encore, ces pays nouvellement libérés de la tutelle soviétique et férocement anti-russes pour des raisons historiques compréhensibles étaient susceptibles d’établir un nouveau rapport de force très favorable aux Etats-Unis au sein de l’UE face à certaines poussées de fièvre frondeuse toujours possibles de la « vieille Europe » (De Gaulle, Chirac et Schroeder…)

Or, au moment où les institutions européennes sont noyautées et soumises comme jamais aux désidératas US, le château de cartes est en train de s’écrouler… Ce sont d’abord les sanctions anti-russes qui ont créé une brèche. Si elles furent accueillies avec des transports de joie par la Pologne et les pays Baltes, leur réception en Hongrie, en Slovaquie et même en République tchèque fut bien plus mesurée, c’est le moins qu’on puisse dire. Première cassure au sein de la « nouvelle Europe ».

Et maintenant, la question des réfugiés pourrait bien sonner l’hallali. La Pologne, pays ô combien pro-US, refuse tout à fait d’obéir aux injonctions des institutions elles aussi ô combien pro-US de Bruxelles. Diantre, Brzezinski n’avait pas prévu ça…

Ne s’arrêtant pas en si bon chemin, Rome veut maintenant constituer sur cette question un axe avec l’Autriche et le ministre allemand de l’intérieur, en fronde ouverte contre sa chancelière. Sa coalition gouvernementale étant au bord de l’implosion, Frau Milka vit peut-être ses derniers jours à la direction de l’Allemagne, au grand dam du patronat qui salivait d’aise devant la main-d’oeuvre bon marché constituée par les « migrants ».

Le paradigme de ces vingt-cinq dernières années (US = OTAN = ennemi russe = UE = globalisme et libéralisme) est en train d’exploser sous nos yeux. Des pays pro-américains deviennent anti-UE (Pologne), des globalistes deviennent anti-américain et veulent la fin de la politique de sanctions contre la Russie (Merkel). Sans compter des Etats (Italie, Hongrie) qui prennent résolument une autre voie. Inimaginable il y a seulement quelques années…

Le système impérial est sens dessus dessous et l’euronouillerie orpheline, peu habituée à vivre sans maître, est en émoi. Devant tant de malchance, un troll eurocrate, Verhofstadt pour ne pas le nommer, a une explication toute faite : l’Anglais Farage, le Néerlandais Wildeers, la Française Le Pen, le Hongrois Orban, l’Italien Salvini et même le Polonais Kaczynski (LOL) sont tous payés par Poutine !

Web radio Diploweb. Russie : la reconstruction du « hard power » et du « soft power »

Web radio Diploweb. Russie : la reconstruction du « hard power » et du « soft power »

Par Estelle MENARD, Jean-Robert RAVIOT , Kevin LIMONIER, Louis PETINIAUD, Marlène LARUELLE, Selma MIHOUBI, le 15 juin 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Estelle Ménard, étudiante en Master 2 Géopolitique – Territoires et enjeux de pouvoir à l’Institut français de géopolitique (IFG, Université 8). Selma Mihoubi, doctorante en Géographie mention Géopolitique à l’IFG (Université Paris 8). Marlène Laruelle, chercheur associé au Centre d’études des mondes russes, caucasiens et centre-européen et à l’Observatoire des États post-soviétiques. Jean-Robert Raviot, Professeur de civilisation russe et soviétique à l’Université Paris-Nanterre. Louis Pétiniaud, doctorant à l’Institut français de géopolitique (IFG, Université Paris 8). Kevin Limonier, Maitre de conférence en études slaves et géopolitique (IFG, Université Paris 8).

Émission sur la Russie réalisée par Selma Mihoubi et Estelle Ménard. Le Diploweb.com croise les regards sur le « soft power », l’idéologie, le « hard power » et le cyberespace pour comprendre la reconstruction du pouvoir en Russie. Cette émission a été réalisée en collaboration avec quatre des auteurs du numéro double de la revue « Hérodote » (N° 166-167) : « Géopolitique de la Russie ». Il s’agit de Marlène Laruelle, Jean-Robert Raviot, Louis Pétiniaud et Kévin Limonier.

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Russie : la reconstruction du « hard power » et du « soft power »
Émission réalisée par Selma Mihoubi et Estelle Ménard pour Diploweb.com

Participants à cette émission :

. Marlène Laruelle, chercheur associé au Centre d’études des mondes russes, caucasiens et centre-européen et à l’Observatoire des États post-soviétiques. Depuis Washington, elle nous parle de l’idéologie comme instrument du soft power russe.

. Jean-Robert Raviot, Professeur de civilisation russe et soviétique à l’Université Paris-Nanterre nous présente l’exercice du pouvoir selon Vladimir Poutine.

. Louis Pétiniaud, doctorant à l’Institut français de géopolitique (IFG, Université Paris 8), explique les enjeux stratégiques en mer Noire.

. Kevin Limonier, Maitre de conférence en études slaves et géopolitique (IFG, Université Paris 8), et spécialiste du cyberespace russophone en explique les caractéristiques.

Résumé par Selma Mihoubi et Estelle Ménard

La Russie d’aujourd’hui possède une relation ambigüe avec l’idéologie. Elle veut en conserver un certain degré sans pour autant s’enfermer dans un cadre idéologique. Le régime préfère promouvoir des cadres implicites pour éviter les doctrines de type marxiste-léniniste, comme ce fut le cas durant l’ère soviétique (1917-1991). Les médias français ont tendance à surestimer le « soft power » idéologique de la Russie dans le débat identitaire européen et américain. En fait, elle y fait écho mais ne l’influence que de manière indirecte, et surtout, ce n’est pas elle qui le crée. La Russie se trouve donc en résonnance avec le débat européen et américain sur l’immigration, la citoyenneté et l’identité. Ce qui lui permet de développer des partenariats idéologiques diversifiés et d’avoir de nouveaux alliés. Mais rappelons que c’est une stratégie que la Russie ne contrôle pas : si le débat perd de sa saillance dans l’Union européenne, la Russie peut perdre ces éléments d’influence. De cette idéologie découlent un certain nombre de projets géopolitiques : reconstruire les relations avec l’Europe communautaire et justifier la présence symbolique russe. Elle veut apparaître comme une puissance européenne et participer au débat en Europe balkanique et méditerranéenne, notamment après l’annexion de la Crimée (2014) et l’intervention en Syrie. Elle veut, par ailleurs, développer sa relation avec la Turquie et réaffirmer son rôle dans la mer Noire. La redéfinition idéologique du Kremlin correspond à un jeu d’équilibre entre l’implicite et l’explicite. Elle s’appuie notamment sur les termes de « conservatisme » et de « patriotisme », afin d’éviter un débat sur la nature politique du régime et sur l’identité nationale. Cette nouvelle orientation du discours idéologique russe autour du conservatisme et du patriotisme permet effectivement d’éviter de créer des divisions au sein de la société.

L’exercice du pouvoir par Vladimir Poutine est source de nombreux fantasmes dans les médias occidentaux. Contrairement à une idée répandue, Poutine n’exerce pas le pouvoir seul, mais il est le chef de file de ce que Jean-Robert Raviot appelle un directoire. Il faut se défaire de l’image d’un pouvoir vertical et d’un régime autoritaire « pur et parfait ». Il existe un dialogue permanent entre le pouvoir et le territoire. Les normes ne s’appliquent pas de la même manière d’une région à l’autre de la Russie. Enfin, il y a l’idée que la popularité de Poutine est une construction du pouvoir et des médias russes. Bien que les médias aient un contrôle solide sur l’opinion et que le régime ait des tendances autoritaristes, la popularité de Poutine est bien réelle. Elle est évidemment surestimée par les chiffres des sondages et les résultats des élections. Le Président Poutine s’appuie sur une « garde prétorienne », c’est-à-dire des gens dont le but est de préserver l’intégrité de l’État. Constituée d’hommes provenant des ministères de la Défense et de l’Intérieur depuis la fin des années 1990. C’est la peur de l’effondrement de l’État qui légitime cette garde prétorienne, avec l’idée prégnante que la Russie est en danger face à des ennemis extérieurs et en raison de ses dysfonctionnements internes liés à la chute de l’URSS, un souvenir difficile pour beaucoup de gens au pouvoir. L’évolution de ce prétorianisme russe en une technocratisation de l’élite politique est un risque pour le régime car la loyauté politique de la nouvelle classe dirigeante est peu considérée. On met davantage l’accent sur la méritocratie.

En mer Noire, la Russie a établi une force de dissuasion importante. Selon le bail de location à l’Ukraine, la Russie ne pouvait pas avoir beaucoup de navires en mer Noire. Après l’annexion de la Crimée en 2014, la Russie engage une augmentation de son nombre de navires. Trente navires supplémentaires seront stationnés d’ici 2020. Une nouvelle base sera construite dans le deuxième plus grand port de la mer Noire, à Novorossiysk. Enfin, des installations militaires en Crimée seront mises sur pied pour sécuriser l’espace aérien. Cela s’inscrit dans le contexte d’une réforme de l’armée, engagée en 2008 et qui vise à améliorer la mobilité et la rapidité des forces armées. Des réformes bien entendu complexes à mener au niveau matériel et financier. La mer Noire reste néanmoins un espace d’équilibre, où la puissance russe est contrebalancée, notamment par le contrôle des détroits par l’OTAN depuis longtemps. À l’intérieur de la Russie, il y a une réelle adhésion de la population à cette politique étrangère et la popularité de V. Poutine a augmenté. En effet, dans l’imaginaire collectif, la Crimée, l’Ukraine et Sébastopol ont une grande importance. Par ailleurs, cette popularité s’explique par un refus de l’ingérence américaine et européenne dans l’étranger proche. Malgré tout, on peut parler d’un échec du « lac russe », en référence à la mer Noire. C’est un échec paradoxal car l’intervention de la Russie en Crimée en 2014 était surtout due à la crainte que celle-ci bascule dans l’OTAN. Or, avec cette intervention, l’OTAN intensifie, en effet, ses activités dans la mer Noire. On dit aujourd’hui que la Russie a « perdu » l’Ukraine. Enfin, on peut parler de l’échec d’un « lac russe » qui s’étend à l’Europe de l’est, de la mer Baltique à la mer Noire.

L’affaire de la messagerie électronique d’Hillary Clinton n’a pas joué un grand rôle dans la stratégie d’influence russe aux États-Unis, selon Kevin Limonier, parce qu’il n’y a aucune preuve formelle que la Russie ait été impliquée dans cette affaire de piratage lors des élections américaines de 2017. Si ce sont des Russes, ce qui est très probable, il n’est pas possible de savoir s’il s’agit du gouvernement ou simplement de pirates. Il est très risqué d’attribuer les attaques cybernétiques, car un État peut faire une fausse attribution ou se tromper. La décision de l’attribution est d’abord un moyen de se positionner sur la scène internationale. Cela peut donc avoir des conséquences majeures. C’est pourquoi la France refuse d’attribuer les cyberattaques. Les relais russes comme Russia Today et Sputnik News ont indéniablement joué un rôle dans la campagne américaine, mais encore une fois, il est impossible de mesurer cette influence avec des chiffres. Néanmoins, la politique d’influence russe est bien réelle. Elle est complètement assumée par le régime si l’on se fie au discours des responsables gouvernementaux qui accusent les médias comme Radio Free Europe d’être les vecteurs d’influence des États-Unis. Selon eux, les médias russes ne font que présenter un point de vue alternatif à celui de ce qu’ils appellent le « mainstream media occidental ». Enfin, contrairement à la représentation de « menace cybernétique » occidentale, en Russie, on parle davantage de menace sur « l’espace informationnel ». C’est la sécurisation du contenu informationnel qui prime, contrairement à la sécurisation des tuyaux en Occident. Il y a un historique qui justifie la sécurisation de l’espace informationnel. On pense notamment à la guerre en Tchétchénie, à la fin des années 1990, pendant laquelle la stabilité interne de la fédération russe était menacée par des producteurs de contenu tchétchènes.

Copyright pour l’émission et le résumé 2018-Ménard-Mihoubi-Diploweb.com

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Le refus américain de voir la menace Daech en Asie centrale ne fera que renforcer l’anneau d’or

Le refus américain de voir la menace Daech en Asie centrale ne fera que renforcer l’anneau d’or


Par Andrew Korybko – Le 30 mai 2018 – Source Oriental Review

Les États-Unis ont rejeté les avertissements de la Russie selon lesquels Daech se rassemblait dans le nord de l’Afghanistan et s’apprêtait à constituer une menace pour l’Asie centrale.

Le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Oleg Syromolotov, a attiré l’attention sur cette menace lors d’un discours dans la capitale tadjike de Douchanbé pendant la conférence de deux jours sur le « contre-terrorisme et la prévention de l’extrémisme violent ». Le colonel Kone Faulkner l’a qualifié de « propagande » et a insisté sur le fait que la Russie « ne fait pas assez pour s’attaquer au problème de la radicalisation et du recrutement terroriste à l’intérieur de ses frontières », bien que Syromolotov ait parlé précisément de ces efforts anti-terroristes lors d’une autre conférence de l’OSCE sur le contre-terrorisme, il y a deux semaines.

L’approche américaine autour de la présence accrue de Daech en Afghanistan est restée cohérente, niant continuellement que le groupe grandit et tente de mettre le doute sur tous les avertissements de la Russie afin de montrer que Moscou manipule cette menace terroriste à des fins géostratégiques. Les États-Unis n’aiment pas que les États d’Asie centrale travaillent plus étroitement avec la Russie à travers le traité de défense mutuelle de l’OTSC et avec la Chine via l’OCS afin de contrer cette menace car Washington veut être le seul « fournisseur de sécurité » de cette région.

Les États-Unis tentent déjà de relancer leur partenariat stratégique avec l’Ouzbékistan après que son nouveau président s’est rendu aux USA pour rencontrer Trump la semaine dernière, mais le dirigeant pragmatique de Tachkent ne fera rien qui mettrait en péril les perspectives de connectivité régionale de son pays auxquelles il a travaillé si dur lors cette dernière année et demie pour permettre leurs développements. Cela conduit au scénario cynique où les objectifs stratégiques des États-Unis pourraient être mieux servis en voyant Daech fonctionner comme un moyen de diviser pour mieux régner et indirectement pour semer les graines du chaos régional en Asie centrale et du Sud, comme cela a été fait en Asie occidentale.

Pour l’expliquer plus en détail, l’un des objectifs fondamentaux de la guerre hybride est de provoquer des conflits identitaires sur quelque chose d’aussi polarisant que la religion, par exemple, pour perturber les initiatives connectives transnationales multipolaires telles que les institutions d’intégration comme l’OCS ou les infrastructures comme le projet chinois de corridor économique avec le Pakistan (CPEC). Cela a permis à Daech de se servir de l’Afghanistan comme base pour lancer des campagnes de déstabilisation axées sur le nord et le sud, respectivement, contre ces deux institutions. Tous les voisins de l’Afghanistan ainsi que la Russie sont bien conscients de cette menace, ce qui renforce leur suspicion à l’égard des motifs de l’Amérique d’en nier l’évidence.

10 membres de Daech et 5 membres des talibans capturés par les autorités afghanes.

 

Deux partenaires improbables se sont rendu compte du jeu et ont utilisé leurs intérêts communs pour contrecarrer le scénario chaotique des États-Unis comme base de leur rapprochement rapide et complet, la Russie et le Pakistan. Les deux pays ont depuis courageusement enterré leur relation de méfiance l’un envers l’autre dans une toute nouvelle ère de rapports stratégiques qui a commencé en Afghanistan. Depuis, des perspectives passionnantes se sont développées autour de ces implications continentales pour aboutir finalement à l’Anneau d’or des grandes puissances eurasiennes. L’axe russo-pakistanais avait jusqu’ici été le maillon le plus faible du grand consortium de ces deux pays plus la Chine, l’Iran et la Turquie, mais il est aujourd’hui l’un des plus prometteurs.

En niant la présence croissante de Daech en Asie centrale, les États-Unis ont involontairement renforcé l’Anneau d’Or qu’ils voulaient initialement voir perturbé par les terroristes. Les conséquences de ce retour en arrière sont même pires que ce que le « regretté » Brzezinski pouvait craindre. L’écrivant dans son livre de stratégie-planification maintenant tristement célèbre, le Grand Échiquier, il a dit que les États-Unis devaient faire tout leur possible pour empêcher la Russie et la Chine d’unir leurs forces contre l’Amérique, mais après la débâcle de Washington avec Daech dans sa guerre de l’information en Afghanistan, la patrie d’adoption du penseur polonais doit maintenant se confronter à la perspective de voir ces deux grandes puissances eurasiennes partenaires du CENTO multipolaire des musulmans en Turquie, en Iran et au Pakistan via l’Anneau d’Or.

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 25 mai 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/le-refus-americain-de-voir-la-menace-daesh-en-asie-centrale-ne-fera-que-renforcer-lanneau-dor

 

Le Trumpisme se réduit en un Netanyahou-isme, ou un ‘Néo-Américanisme’. Par Alastair Crooke

14.juin.2018 // Les Crises

Le Trumpisme se réduit en un Netanyahou-isme, ou un ‘Néo-Américanisme’. Par Alastair Crooke

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Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 21-05-2018

La déclaration présidentielle américaine du 8 mai (sur la sortie de l’accord sur le nucléaire iranien) exige que nous révisions fondamentalement notre compréhension du « Trumpisme ». Au début de son mandat, le « Trumpisme » a été largement compris comme reposant sur trois piliers clés : Que les coûts encourus par les États-Unis pour maintenir la totalité de l’Empire (c’est-à-dire le maintien par l’Amérique de l’ordre mondial, fondé sur des règles) étaient tout simplement trop onéreux et inéquitables (en particulier la fourniture du parapluie de défense) – et que d’autres doivent être contraints à partager ses coûts. Deuxièmement, les emplois américains ont été, en quelque sorte, volés aux États-Unis et devront être récupérés par le biais de modifications forcées des termes de l’échange. Et troisièmement, que ces changements seraient réalisés, par l’application des tactiques de « l’Art de la Négociation [NdT : traduit en français par Trump par Trump].

Cela semblait, à tout le moins, être clair (même si ce n’est pas nécessairement un plan entièrement réalisable). Mais nous pensions surtout que l’art ce la négociation était de menacer, de fanfaronner et d’augmenter le levier sur « quelle que soit contrepartie » – élever les tensions à des niveaux explosifs – et d’offrir « l’affaire » au point culminant de la crise avant, à la onzième heure. Et c’était le but (à l’époque) : Oui, Trump lançait des grenades verbales destinées à bouleverser les attentes conventionnelles, à prendre des mesures pour résoudre un problème – mais l’objectif (tel que généralement compris) était d’obtenir un accord : Un qui pencherait en faveur des intérêts mercantiles et politiques de l’Amérique, mais un accord, néanmoins.

Peut-être avons-nous mal compris le renforcement par Trump de la déjà très puissante armée américaine. Il semblait qu’il s’agissait d’un levier potentiel : quelque chose à offrir (sous la forme d’un parapluie aux États dociles), ou à retirer à ceux qui ne mettraient pas suffisamment la main à la poche.

Mais tout a changé avec la déclaration de Trump du 8 mai. Ce n’est pas seulement une « sortie » américaine qui a été évoquée, c’est une guerre financière en règle qui a été déclarée à l’Iran (formulée en « termes de reddition » en termes de changement de régime et de soumission totale aux États-Unis). Mais il ne s’agit plus de savoir comment parvenir à un « meilleur accord plus équitable » pour les États-Unis ; comment gagner plus d’argent. Le système financier devait plutôt servir de levier pour détruire la monnaie et l’économie d’un autre État. L’armée américaine est en train d’être encore renforcée, pour être utilisée : pour pouvoir faire pleuvoir le feu et la fureur sur les États non dociles.

Nahum Barnea, un commentateur israélien de premier plan, écrivant en hébreu dans Yediot Ahronoth, exprime le plan de manière concise : « Les aspirations israéliennes à long terme sont de grande envergure : conduire l’Iran à l’effondrement économique par le biais des sanctions américaines. L’effondrement économique entraînera un changement de régime. Le nouveau régime abandonnera l’option nucléaire et les plans de l’Iran de se développer dans toute la région. Ce qui a causé l’effondrement de l’Union soviétique à la fin des années 1980 entraînera l’effondrement de la République islamique. Le président Reagan l’a fait aux Soviétiques ; le président Trump le fera aux Iraniens. Trump s’est épris de l’idée ».

L’adoption du changement de régime à Téhéran, combinée avec le « cadeau » unilatéral de Jérusalem à Israël et le « feu vert » américain pour qu’Israël attaque les forces et les infrastructures iraniennes, partout et à tout moment en Syrie, est l’antithèse même de l’approche de l’art de la négociation. Il s’agit plutôt de faire s’effondrer – et physiquement – le modèle du Moyen-Orient par la coercition financière et militaire. C’est un autre projet utopique occidental par lequel les « défauts » humains perçus à l’encontre monde ordonné (c’est-à-dire ces « Ayatollahs » qui s’opposent perversement à la mission civilisatrice de l’Amérique) doivent être corrigés par la force ou par l’élimination.

Russell-Mead, professeur aux affaires étrangères des États-Unis, suggère que cette métamorphose du 8 mai du « Trumpisme » – tel que nous le comprenions auparavant – représente quelque chose de nouveau, un changement de direction, un cap maintenant tracé : « une ère néo-américaine dans la politique mondiale, plutôt qu’une ère post-américaine ». (D’une manière ou d’une autre, les initiatives de Trump paraissent si souvent motivées par la phobie d’Obama).

Ainsi, « l’administration veut élargir le pouvoir américain plutôt que de s’adapter au déclin. Pour l’instant au moins, le Moyen-Orient est la pièce maîtresse de cette nouvelle affirmation », anticipe Russell-Mead, expliquant que cette nouvelle impulsion de Trump est née de :

L’instinct de Trump qui lui dit que la plupart des Américains sont tout sauf avides d’un monde « post-américain ». Les partisans de M. Trump ne veulent pas de longues guerres, mais ils ne se résignent pas non plus à une acceptation stoïque du déclin national. Quant à la sagesse de s’accommoder de l’Iran, le camp Trump croit que le renforcement de l’autonomie de l’Iran est plus susceptible de conforter les tenants de la ligne dure que les modérés. Comme Franklin Roosevelt l’a dit un jour dans une conversation au coin du feu, « Nul ne peut transformer un tigre en chaton en le caressant ».

L’administration Trump croit que, loin de forcer les États-Unis à battre en retraite, l’arrogance iranienne et la surreprésentation de l’Iran au Moyen-Orient ont créé une occasion en or pour l’affirmation de la puissance américaine. Elle espère que l’alliance émergente des Arabes et des Israéliens donnera à l’Amérique des partenaires locaux prêts à supporter une grande partie des risques et des coûts d’une politique anti-iranienne en échange d’un soutien américain. La puissance aérienne israélienne et les forces arabes, combinées aux réseaux de renseignement et aux relations locales que les nouveaux alliés apportent à la table, peuvent mettre l’Iran sur la défensive en Syrie et ailleurs. Cette pression militaire, ainsi que la pression économique d’une nouvelle série de sanctions, affaiblira l’emprise de l’Iran sur ses mandataires à l’étranger et créera des problèmes politiques pour les mollahs dans le pays. S’ils réagissent en relançant leur programme nucléaire, les frappes aériennes israélo-américaines pourraient à la fois arrêter le processus et porter un coup humiliant au prestige du régime.

À ce moment-là, le camp Trump espère que l’Iran sera confronté à un type de négociation différent, où les États-Unis et leurs alliés seront en position de force. En plus d’accepter des limites sur ses activités nucléaires, des espoirs optimistes, l’Iran réduirait également ses ambitions régionales. L’avenir de la Syrie serait déterminé par les Arabes, l’Iran accepterait l’Irak comme un État tampon neutre entre lui et le monde arabe sunnite, et une paix précaire prévaudrait.

Ah… l’Utopie… pour Trump, refaire le Moyen-Orient. Qu’est-ce qui pourrait mal tourner ?

Russell-Mead ne le dit pas explicitement (préférant l’appeler « néo-américain »), mais ce que nous voyons est le mélange d’un Trumpisme initial avec le néo-conservatisme pur. Ou, pourrait-on dire, avec le Netanyahou-isme. Oui, l’approche caractéristique Trumpiste de prendre des décisions de politique étrangère spectaculaires qui semblent destinées à sa base (électorale) à court terme, (mais qui semblent souvent manquer d’une vision stratégique plus profonde ou d’appréciation des risques à long terme) est toujours évidente, mais l’accord a été remplacé par la recherche d’une soumission complète – à un « élargissement du pouvoir américain », comme l’écrit Russell-Mead.

La cérémonie marquant le transfert de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem reflète précisément cette « campagne » sensationnelle continue parmi ses thèmes fondamentaux. En fait, Trump a d’abord repoussé les pressions républicaines juives pour déplacer l’ambassade à Jérusalem (comme le rapporte Haaretz), mais comme l’a noté le quotidien israélien, durant ce mois , tout cela a totalement changé : « La cérémonie d’ouverture de la nouvelle ambassade des États-Unis à Jérusalem était, essentiellement, un rassemblement de campagne de Trump sur invitation seulement » :

Ceux qui étaient présents avaient tous juré fidélité au président et appartenaient à l’un des groupes qui l’a salué comme un Cyrus le Grand des temps modernes : Les Juifs orthodoxes, les Israéliens de droite (y compris le Premier ministre Benjamin Netanyahou) et la base républicaine pro-Trump – en particulier ceux de la communauté évangélique.

Tout cela était affiché lors de la bénédiction d’ouverture de la cérémonie, par Robert Jeffress, pasteur de la super-église baptiste texane. Les paupières comprimées dans la prière, il a remercié Dieu pour « notre grand président, Donald Trump », a loué comment Israël « a béni ce monde en nous dirigeant vers vous, le seul vrai Dieu, à travers le message de ses prophètes, ses écritures et le Messie », et en priant pour Jérusalem « au nom de l’esprit du Prince de la Paix, Jésus notre Seigneur ».

Netanyahou s’est réjoui de ses succès. Ben Caspit dans le quotidien israélien Maariv, a décrit (en hébreu) l’état de Netanyahou : « Ça s’appelle de l’euphorie ». Les néoconservateurs ont le vent en poupe : déjà Eli Lake à Bloomberg fait le lien entre la déclaration sur l’Iran et la conduite des négociations commerciales entre les États-Unis et la Chine. Dans un article intitulé Trump’s Cave to China’s ZTE, Hurts His Iran Strategy [Les concessions de Trump à la société chinoise ZTE nuisent à sa stratégie en Iran, NdT], Lake cite l’un des architectes des sanctions paralysantes « Si vous commencez à échanger des mesures d’application des sanctions contre de meilleures conditions commerciales, le pouvoir dissuasif des sanctions américaines [sur l’Iran] se dilue très rapidement ».

Lake ajoute que son collègue David Fickling a fait une remarque similaire dans sa tribune lorsqu’il a observé que le recul sur ZTE de Trump introduit une dangereuse incertitude morale. « Tout gouvernement empêtré dans un différend avec Washington sait maintenant qu’il n’a qu’à menacer la ceinture agricole [du Midwest américain, NdT] qui vote pour Trump pour s’en sortir », a écrit Fickling, laissant entendre qu’une fois que l’on s’engage sur la voie néoconservatrice de la guerre financière armée, la position du « sans répit » doit être maintenue – même dans des négociations tout à fait distinctes, comme avec la Chine sur le commerce.

Précisément. Des néoconservateurs comme John Bolton désapprouvent traditionnellement la négociation et la diplomatie, privilégiant plutôt le pouvoir brut et l’influence sur les adversaires, afin de contraindre à des concessions ou à la soumission. Le fait est que, alors que la déclaration du 8 mai s’adressait spécifiquement à l’Iran, ses conséquences se font sentir sur l’ensemble du spectre de la politique étrangère. Si le fait de se concilier la Chine sur ZTE (un fabricant chinois de smartphones et de semi-conducteurs) « nuit à la stratégie iranienne », alors bien sûr, toute exemption ou assouplissement des sanctions pour les entreprises européennes implantées en Iran, nuira à la stratégie, plus directement. Toute concession à la Russie, aussi, nuit à la stratégie. Cela devient une stratégie très contagieuse du « tout ou rien ».

Et puis il y a le sommet avec la Corée du Nord. Une fonctionnaire européenne Laura Rozen, basée à Washington, a déclaré que l’administration Trump est convaincue qu’elle a une opportunité de conclure un accord nucléaire avec la Corée du Nord en raison de sa campagne de pression maximale. « Ils l’appellent le scénario de la Corée du Nord », a dit la fonctionnaire européenne. « Mettez la pression sur les Nord-Coréens. Mettez la pression sur les Iraniens… et ils feront la même chose que Kim Jong-un… se rendre ».

Mais la camp Trump – s’il croit vraiment que c’est la pression des sanctions qui a amené Kim Jong Un à prendre la décision de convoquer une réunion avec Trump – a peut-être mal interprété le terrain.

Jong Un, en fait, a précisément averti le secrétaire Pompeo lorsqu’il l’a rencontré que le sommet avait été organisé pour cette raison : « Nous avons perfectionné notre capacité nucléaire », c’est-à-dire que la Corée du Nord – en tant que puissance nucléaire à part entière – se sent maintenant en mesure de contraindre les Américains à quitter la péninsule et à emporter avec eux leurs menaces et leurs missiles. Jong Un a le soutien de la Corée du Sud sur ce point (qu’il soit suffisamment solide pour résister aux menaces de Washington, est discutable – d’où la colère de Jong Un contre la reprise par la Corée du Sud d’exercices militaires conjoints avec les États-Unis – contrairement à ce que l’on avait compris auparavant). Jong Un a ajouté l’avertissement à Pompeo, largement ignoré par Washington, mais tout à fait clair néanmoins, que « ce [sommet éventuel] n’est pas le résultat de sanctions qui ont été imposées de l’extérieur ».

Dans un sens, Trump a maintenant besoin de ce sommet – et d’une « victoire » rapide (à temps pour les élection de mi-mandat américaines) – plus que Jong Un a besoin de rencontrer Trump. Le dirigeant nord-coréen a déjà réussi à démontrer à Pékin, Moscou et Séoul qu’il est sincère dans sa tentative de parvenir à une Corée nucléaire, désarmée et réunifiée (les exigences de la Chine à son égard) – et que ce n’est pas lui qui pose problème, mais plutôt les exigences maximalistes des États-Unis. En bref, le sommet est un moyen pour la Corée du Nord d’améliorer ses relations avec la Chine et la Russie et de poursuivre l’ouverture avec le Sud. Ce n’est pas une fin pour Jong Un.

Quoi qu’il en soit, nous verrons ce qui se passera. Mais deux questions subsidiaires apparaissent : Maintenant que Trump a embrassé le nouveau néo-américanisme (selon Russell-Mead), quelle sera la stratégie américaine si ni la Corée du Nord ni l’Iran ne se soumettent ? Les frappes militaires sont-elles à l’ordre du jour ? Deuxièmement, cette stratégie est-elle susceptible de fonctionner ? Nous devrons, bien sûr, attendre et voir. Mais il y a un point important : nous ne sommes pas en 2012 (l’année où les États-Unis ont imposé des sanctions à l’Iran). Nous sommes en 2018 et beaucoup de choses ont changé.

Trump peut s’imaginer comme un équivalent moderne de Cesare Borgia du XVIe siècle, avec Bolton comme Machiavel, et Mattis comme Léonard, construisant des machines de guerre, assassinant des ennemis et imposant un siège punitif à des villes-États italiennes indociles.

La Chine, la Russie et l’Iran ne sont pas de simples villes-États assiégées à loisir, et sans conséquences. Et, tout comme la propre base de Trump exprime son dégoût pour le « marécage » de Washington – et l’exploitation financière, pratiquée par ses élites politiques et commerciales, et exige que le marais soit drainé – de même, l’axe Chine, Russie et Iran veulent que « l’ordre mondial » soit assaini – et que leurs souverainetés soient restaurées.

Ces derniers comprennent qu’ils font face à une guerre financière pour leur inobservance. Ils comprennent (comme le président Poutine l’a encore souligné ce mois-ci) que le monopole du dollar américain se trouve au centre même du marécage de « l’ordre mondial ». Et ils savent que seule l’action collective, en fin de compte, peut l’assainir. Qui sait, même l’Europe peut, en fin de compte, rejoindre les rangs de la non-observance – pour protester contre les sanctions américaines qui leur sont imposées.

Source : Strategic Culture, Alastair Crooke, 21-05-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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