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Bonaparte, la Russie, ou comment rien ne change.

Bonaparte, la Russie, ou comment rien ne change.

Franco-russe, je me souviens encore de ce sentiment de gêne qui me travaillait, enfant, à chaque fois que j’entendais parler de la guerre partiotique de 1812. Si j’avais eu le malheur de naître à cette époque, qu’aurais-je fait ? Comme, en certains cas, le sens des réalités n’est pas négociable, je finissais par me ranger du côté russe car, après tout, qui était l’envahisseur ? Le barbare ? Je me souviens des réflexions que m’avaient inspirée la biographie de la bonne vieille Comtesse de Ségur dont le père, Fédor Rostopchine, gouverneur de Moscou entre 1812 et 1814, ordonna la mise à feu de Moscou. Si j’avais été à sa place, me demandais-je, aurais-je pu épouser un Français ? Prenant un peu plus de recul, 25 ans plus tard, je me repose la question mais en d’autres termes : est-ce que les Russes ont bien raison de ravaler une rancune normalement indigeste alors que, si l’on inverse un certain nombre de scénarios, on se rend compte que jamais l’Occident n’aurait absous la Russie. Imaginons que les trois-quarts de Paris eussent été brûlés pour éviter que l’envahisseur russe ne s’en empare ! Imaginons que plus de 10.000 Français auraient trouvé la mort sur les champs d’honneur russes pendant la I GM et que le roi (le président, l’Empereur …) qui les y aurait envoyé aurait fini trahi par le gouvernement russe de l’époque ! Imaginons que deux divisions SS russes aient été aux portes de Paris mais que Paris, au lendemain de l’armistice, ait décidé de passer l’éponge ! Imaginons que le gouvernement russe ait soutenu une guerre civile menée par un gouvernement fantoche contre des régions ethniquement françaises et francophones et qu’ils aient imposé des sanctions à la France parce qu’elle osait soutenir ces régions ! Cette dernière remarque vaut aussi pour l’Allemagne qui pourtant, vu un passé peu glorieux, ferait mieux de la mettre en veilleuse. Dois-je poursuivre ?

J’entends être claire : il ne s’agit pas de dénigrer le bercail, d’opposer une Patrie à une autre, mais bien de supposer, observations empiriques à l’appui, que la Russie n’est pas assez rancunière. Que le gouvernement russe actuel n’est pas assez lucide lorsqu’il estime que l’on peut se permettre de raisonner le gangster étasunien et de séduire la ravissante’Europe qui, dans l’esprit d’un grand nombre de Russes auxquels j’ai l’immense plaisir d’enseigner notre langue que j’affectionne, reste l’Europe des châteaux forts, des cathédrales, des blés mûrs et des champs moissonnés.

Le fait que le gouvernement russe ait ENFIN décidé de voter une loi sur les médias « agents de l’étranger » en réponse aux poursuites délirantes qui accablent aujourd’hui RT est, à mon sens, un bon début. Encore faut-il persévérer sans craindre de ne pas être « assez démocrates » aux yeux des gouvernements occidentaux qui s’en soucient comme d’une guigne.

On doit bien sûr respecter les règles du jeu … jusqu’au moment où votre adversaire les respecte. Or, le droit international, aujourd’hui, c’est le droit du plus fort. Lorsque les schémas classique ne fonctionnent plus et que le discours politique tourne à l’impasse, il faut parfois oser prendre des décisions inattendues comme en avait pris, il y a 215 ans, le tsar Alexandre I et ses hauts-fonctionnaires.

Ainsi, et là encore, à mon humble sens, la présence fantasmée d’une armée russe dans le Donbass restera telle tant que Kiev ne se décidera pas – s’il s’y décide ! – à un blitzkrieg mettant en jeu la survie de la région et de ses peuples. Ce qui sépare le droit de son sosie, l’action vraie du discours hypocrite, c’est précisément cette ligne rouge qui, si elle est franchie, mettra un terme à cette diplomatie de façade de plus en plus ridicule incarnée par les accords de Minsk. Les Russes se sont bien décidés à en découdre avec Daesh et sa sordide constellation, pourtant, on essayait de l’en empêcher arguant l’existence d’une opposition modérée. Ils le firent quand ils n’avaient plus le choix. Je ne suis pas dans le secret de Dieu et j’ignore comment se fera la libération du Donbass et dans quelle mesure la Russie s’inverstira si elle s’investit. Ce qui pour moi est clair, c’est que nous entrons dans une période où il faudra oublier le droit et adopter des tactiques de circonstances, là encore, comme le firent les aïeux russes il y a 215 ans car, au fond, à travers le Donbass, c’est toute la Russie, tout le monde slave orthodoxe qui est dans le collimateur.

Voici, ci-dessous, le petit texte qui m’a inspirée ce billet d’humeur et qui prouve qu’en deux centenaires, bien peu de choses ont changé. Chacun en tirera ce qu’il jugera bon d’en tirer.

Les sept petites merveilles qui ont choqué Bonaparte.

1. La tactique déployée par l’armée russe.

La tactique déployée par les troupes russes avait impressionné Bonaparte. Impressionné dans tous les sens du terme! Placée sous le commandement du général Barclay de Tolly, l’armée russe recourait sans discontinuer au retrait tactique. Les troupes purent ainsi reculer au-delà de Vitebsk, Smolensk, et Moscou. Avant le redéploiement de Tollay et de Koutouzov, les Français ne purent engager que deux batailles.

Le regard que porta Bonaparte sur le retrait des troupes russes était équivoque. Au début de la campagne, le choix d’une telle tactique profitait à l’Empereur français car il espérait progresser jusqu’à Smolensk sans grandes effusions de sang. Néanmoins, les Français ne prirent pas Smolensk puisqu’ils trouvèrent cette ville dans un état lamentable. S’y cantonner n’avait donc aucun sens, quant à pousser plus loin, le risque était bien trop grand. Cette armée française qui misait sur une opération fulgurante, une sorte de blitzkrieg, s’enfonçait jusqu’au menton dans les tréfonds d’un pays incernable, égrenant des terres qui n’en finissaient pas, s’enlisant.

Les soldats entraient dans des villes désertes, achevant piteusement les provisions qui leur restait alors qu’un sentiment de panique gagnait progressivement les rangs. Exilé à Sainte-Hélène, retranché dans ses souvenirs, Bonaparte avait fait cette confidence :

«Consternées de voir sans cesse s’éloigner puis se perdre les fruits de leurs efforts conquis au terme de traversées si difficiles et si périlleuses, mes troupes en vinrent à mesurer, non sans angoisse, la distance qui les séparait de la France», 

(NdT. N’ayant pu retrouver l’original de cette confidence, j’ai dû me contenter d’une traduction approximative. Idem pour les confidences qui suivront).

2, Des murailles (trop) épaisses.

Bonaparte consacra toute une page de ses Mémoires aux murailles inexpugnables de Smolensk. La description qu’il y fait commence par un éloge des beautés de la ville auquel succède l’énumération de tous les procédés insensés mis à l’oeuvre pour s’en emparer :

« J’ai dû utiliser toutes les réserves de mon artillerie pour essayer de défoncer la courtine, mais en vain: nos boulets finissaient coincés dans l’épaisseur des murailles qui résistaient comme si de rien n’était. Il n’y avait qu’un moyen de percer : focaliser tous nos tirs sur deux tours rondes. L’inconvénient, c’est que nous en ignorions l’épaisseur comparée à celle de l’ensemble de la muraille ».

3, Les incendies.

Si ce n’était les Mémoires de Bonaparte, on aurait pu croire que les villes russes avaient été mises à feu par l’armée française. L’avancée napoléonienne s’accompagnait en effet d’incendies spectaculaires : le feu ravageait non seulement les villes, mais aussi les routes ! A Smolensk, à Gzatsk (actuellement, Gagarine, NdT), à Maly Jaroslavets, c’était les Français qui éteignaient le feu ! Les Russes brûlaient tout : les maisons, les magazins, les rues, les champs. Au beau milieu d’un Moscou cerné de flammes, Bonaparte ne parvenait pas à comprendre d’où venait un tel brasier. On en retrouve le témoigage à travers ces lignes imprégnées de poésie et de tristesse :

« Moscou n’était plus qu’un océan de flammes. La vue qui s’offrait à moi depuis un balcon du Kremlin aurait épaté Néron mettant Rome à feu ; en ce qui me concerne, jamais je n’ai ressemblé à ce monstre, et le coeur me saignait à la vue de cet horrible spectacle dont je fus alors le triste témoin »

4, Les villes.

Bonaparte se montrait admiratif du talent des architectes russes. Pour se consoler de l’échec cuisant de son artillerie, il consacra plusieurs pages de ses Mémoires aux tours de Smolensk. Mais ce fut Moscou qui, plus que d’autres villes rebelles à l’invasion, impressionna l’Empereur à tel point qu’il écrivit ceci :

« Bâtie, à l’instar de Rome, sur sept collines, Moscou est pittoresque. Il faudrait voir ne serait-ce qu’une image de cette ville où Orient et Occident fraternisent, ses deux-cents églises avec les milliers de dômes multicolores les surplombant, pour imaginer quelles furent nos impressions lorsque nous la vîmes, pour la première fois, depuis les hauteurs du mont Poklonnaïa ».

5, Les routes

Les routes que Bonaparte dut sillonner lors de sa campagne russe étaient loin de l’avoir satisfaites. En l’occurence, ce n’était pas le climat qu’il mettait en cause – il en parlera amplement mais ailleurs –  mais le fait que celles-ci se soient révélées impraticables :

« Faute d’avoir assez d’informations sur l’état des routes, et vu que les cartes dont nous disposions étaient incomplètes ou fausses, je décidai de ne pas disperser mes unités, car rien ne garantissait qu’elles allaient prendre des routes praticables ».

6, La météo.

Bonaparte lança sa campagne au début de l’été, alors que le retrait eut lieu vers le printemps. L’Empereur avait donc tout loisir de se faire une idée de ce qu’était le climat en Russie. Ainsi, l’automne était d’une « exceptionnelle beauté dans ces rudes contrées ». Mais c’est au pire moment de sa campagne, en rebroussant chemin, qu’il se heurta au véritable froid russe :

« Au-delà du 7 novembre, les températures se mirent à dégringoler aussi vite que l’angoisse gagnait mes hommes, un sentiment qui ne les quittait plus depuis la bataille de Viazma ».

7, Les partisans.

Comment ne pas être fier en constatant que c’est bien le courage exemplaire du peuple russe qui choqua jusqu’à l’admiration la plus franche un Bonaparte pourtant assez peu sentimental ? De cette guerre patriotique (populaire selon les termes de l’original, NdT), Bonaparte dit ceci : « La plus redoutable des armées ne saurait guerroyer contre un peuple unanimement résolu à vaincre ou à mourir. Ce n’était plus au peuple lituanien, témoin indifférent des grands cataclysmes de l’Histoire, que nous avions affaire. Chaque habitant de ce pays, produit organique du peuple russe, quittait sa demeure à notre approche. Des logis désertés et des villages carbonisés, voici le spectacle sinistre qui se déployait sur toutes les routes que nous prenions. Les habitants qui avaient pris la fuite s’organisaient en bandes et s’en prenaient à nos fourrageurs. Sans jamais troubler l’avancée des troupes, ils n’hésitaient pas à enlever les maraudeurs et les soldats à la traîne ».

Françoise Compoint

Texte original de Anna Fomenkova :

 

http://nrt24.ru/fr/news/bonaparte-la-russie-ou-comment-rien-ne-change

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Facebook crée un nouvel outil anti-propagande russe

Bien sûr personne ne rappelle le manque total d’éthique démocratique de tous les médias, biaisés en faveur de Clinton…

Source : Les Echos, AFP, 23-11-2017

Le réseau social a présenté sa nouvelle fonction destinée à montrer aux utilisateurs s’ils ont suivi des contenus pilotés par la propagande russe.

Facebook a annoncé, mercredi, l’apparition d’une nouvelle fonction, qui sera lancée d’ici la fin de l’année. Le concept : savoir si, entre janvier 2015 et août 2016, l’on a « aimé » ou « suivi » sur le réseau social des pages ou des comptes pilotés par l’Internet Research Agency.

Cette société, liée au renseignement russe, est accusée d’avoir publié des milliers de messages pour influencer la campagne qui a mené à l’élection de Donald Trump en novembre 2016.

« Nous ne cessons de vouloir protéger notre plateforme et les gens qui l’utilisent des personnes mal intentionnées essayant de détruire notre démocratie », a justifié l’entreprise californienne.

150 millions d’utilisateurs concernés

Pour Facebook, « il est important que les gens comprennent comment des intervenants étrangers ont tenté de semer la division et la méfiance en utilisant Facebook avant et après l’élection américaine de 2016 », explique la firme sur son blog.

De quoi redorer un peu son blason, alors que Facebook et d’autres géants d’internet ont été récemment pointés du doigt par le Congrès américain pour avoir permis la diffusion de contenus mis en ligne par des intérêts russes. Et aussi, d’avoir tardé à réagir face à cette campagne d’influence.

Au total, environ 150 millions d’utilisateurs de Facebook et d’Instagram ont vu des contenus créés par des opérateurs russes pour influencer la présidentielle, avait affirmé le directeur juridique de Facebook, Colin Stretch, lors d’une audition parlementaire consacrée au rôle des réseaux sociaux dans la campagne.

Google, Facebook et d’autres groupes technologiques ont rejoint plusieurs médias en début de mois au sein de l’initiative « Trust Project », destinée à identifier les sources d’information fiables, dernier projet en date pour combattre le phénomène des « fake news ».

Source AFP

Source : Les Echos, AFP, 23-11-2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

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Google veut réduire la visibilité de la propagande russe, la Russie menace de représailles

À ce stade, je n’ai même plus le courage de commenter trop longuement.

Voilà ne tous cas ce que je présentais de notre avenir : la censure molle.

Les “Décodintox” notent les mauvaises sources, et Google va, non pas faire disparaître – censure trop voyante – mais les faire apparaître ne pages 3, 4 ou 5 des résultats Google, que personne ne lit jamais. Ce qui revient donc au même, avec l’avantage que la victime ne peut se plaindre (Google fait ce qu’il veut dans son algorithme -secret- et n’a aucune justification à donner)

Il y aurait bien sûr beaucoup à en dire, tant c’est stupéfiant en termes de Droit à l’information.

Mais ce n’est pas ça que je trouve le plus extraordinaire.

C’est, exactement comme les délires de la NSA, le naufrage à venir par arrogance de la puissance actuelle. Les États-Unis ont Google, Facebook, Twitter, énorme avantage planétaire. Eh bien il leur faut 10 ans pour commencer à tripatouiller les résultats et expositions des informations,.

ET DONC, ils vont inciter d’urgence Russie, Chine, Inde et compagnie à ne surtout plus utiliser leurs services et produits traficotés à leur détriment…

Des génies…

Source : Le Nouvel Obs, Thierry Noisette, 22-11-2017

Le PDG d’Alphabet, la maison mère de Google, veut faire reculer dans les classements du moteur de recherche les médias russes RT et Sputnik.

Les relations sont tendues ces derniers jours entre Google et la Russie, où le traitement accordé aux médias Russia Today (RT) et Sputnik est en cause.

Samedi 18 novembre, Eric Schmidt, le président d’Alphabet (maison mère de Google), participait, au Canada, au Halifax International Security Forum. Il y a indiqué que Google travaille à réduire l’impact des contenus trompeurs, et du matériel “transformé en arme” à des fins néfastes.

“Nous travaillons à détecter ce genre de scénario”

Schmidt a été interrogé sur la place favorable donnée aux sites russes sur les plateformes de Google, où Russia Today et Sputnik font partie des sites accessibles depuis Google Actualités, et sur leur monétisation par le programme d’annonces publicitaires de Google Adsense.

Le PDG d’Alphabet a répondu : “Nous travaillons à détecter ce genre de scénario, à déclasser [en les faisant reculer dans le classement des réponses] ce genre de sites. Il s’agit à la base de RT et de Sputnik” (le passage en question se trouve à partir de 1h38 dans cette vidéo).

Eric Schmidt a ajouté que son entreprise ne veut cependant pas bannir ces médias.

Ce n’est pas la première fois que ces deux sites proches du Kremlin sont mis en cause pour leur participation à des opérations de propagande ou de désinformation.

Fin octobre, Twitter a exclu les deux journaux de l’achat de publicités : ils ne peuvent plus passer d’annonces sponsorisées pour leurs contenus, mais restent accessibles via leurs comptes Twitter. Le réseau à l’oiseau avait cité le besoin “d’aider à protéger l’intégrité de l’expérience des utilisateurs”.

Une porte-parole de Google a indiqué à Reuters que les propos de Schmidt se réfèrent aux modifications du moteur de recherche annoncées en avril, qui incluaient la volonté de mettre en avant des pages faisant autorité et de mettre de côté les contenus de faible qualité.

“Nous défendrons nos médias”

[….] Lire la suite sur :Le Nouvel Obs, Thierry Noisette, 22-11-2017

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À l’Onu, l’incapacité US d’admettre la réalité

Quatre vétos successifs sur le mensonge de Khan Cheikhoun

À l’Onu, l’incapacité US d’admettre la réalité

Alors que les présidents Poutine et Trump avancent sur la question syrienne, les hauts fonctionnaires d’origine US à l’Onu ont entamé un bras de fer avec la Russie. Refusant d’enquêter sur un crime qu’ils ont déjà jugé a priori, ils ont provoqué non pas un, mais quatre vétos au Conseil de sécurité. Pour Thierry Meyssan, le comportement schizophrénique des États-Unis sur la scène internationale atteste à la fois de la division de l’administration Trump et du déclin de l’impérialisme US.

| Le Caire (Égypte)

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Reprenant la posture de son lointain prédécesseur, Adlai Stevenson, lors de la crise des missiles cubains, Nikki Haley a dénoncé l’incident survenu à Khan Cheikhoun au moyen de terribles photographies. Cependant, le Mécanisme d’enquête Onu-OIAC a refusé d’authentifier ces prétendues « preuves ». On observera le faucon Jeffrey Feltman, assis aux côtés de l’ambassadrice.

Décidément peu de choses ont changé depuis le 11 septembre 2001. Les États-Unis persistent à manipuler l’opinion publique internationale et les outils des Nations unies, certes pour des raisons différentes, mais toujours avec le même mépris de la vérité.

En 2001, les représentants des États-Unis et du Royaume-Uni, John Negroponte et Stewart Eldon, assuraient que leurs deux pays venaient d’attaquer l’Afghanistan en légitime défense après les attentats commis à New York et Washington [1]. Le secrétaire d’État, Colin Powell, promettait de distribuer au Conseil de sécurité un dossier complet présentant les preuves de la responsabilité afghane. 16 ans plus tard, on attend toujours ce document.

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Le secrétaire d’État Colin Powell ment au Conseil de sécurité. Il brandit ce qu’il présente comme une fiole d’antrax capable de tuer toute la population de New York et accuse l’Iraq d’en avoir préparé pour attaquer les États-Unis. Jamais Washington ne s’est excusé de cette mascarade.

En 2003, le même Colin Powell venait expliquer au Conseil de sécurité, lors d’une intervention relayée par les télévisions du monde entier, que l’Iraq était également impliqué dans les attentats du 11-Septembre et qu’elle préparait une nouvelle agression contre les États-Unis au moyen d’armes de destruction massive [2]. Cependant lorsqu’il eut quitté ses fonctions au sein du gouvernement US, le général Powell admettait sur une chaîne de télévision de son pays que les nombreuses accusations de son discours étaient toutes fausses [3]. 14 ans après ce discours, on attend toujours les excuses des États-Unis devant le Conseil de sécurité.

Tout le monde a oublié les accusations US sur la responsabilité du président Saddam Hussein dans les attentats du 11-Septembre (depuis, Washington a attribué les mêmes attentats à l’Arabie saoudite, puis aujourd’hui à l‘Iran, sans jamais apporter de preuves dans aucun de ces quatre cas). On se souvient par contre du débat, qui dura des mois, sur les armes de destruction massive. À l’époque la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations unies (en anglais UNMOVIC) ne trouva pas la moindre trace de ces armes. Un bras de fer opposa son directeur, le Suédois Hans Blix, d’abord aux États-Unis, puis à l’Onu, et en définitive à l’ensemble du monde occidental. Washington affirmait que M. Blix n’avait pas trouvé ces armes parce qu’il faisait mal son travail, tandis que celui-ci assurait que l’Iraq n’avait jamais eu la capacité de fabriquer de telles armes. Peu importe, les États-Unis bombardèrent Bagdad, envahirent l’Iraq, renversèrent le président Saddam Hussein et le pendirent, occupèrent son pays et le pillèrent.

La méthode US d’après 2001 n’avait aucun rapport avec celle qui avait précédé. En 1991, le président Bush père s’était assuré de placer le Droit international de son côté avant d’attaquer l’Iraq. Il l’avait poussé à envahir le Koweït et le président Saddam Hussein à s’entêter. Il avait donc obtenu le soutien de presque toutes les nations au monde. Au contraire, en 2003, Bush fils se contenta de mentir et de mentir encore. De très nombreux États se distancièrent de Washington, tandis que l’on assistait aux plus grandes manifestations pacifistes de l’Histoire, de Paris à Sydney, de Pékin à Mexico.

En 2012, le Bureau des Affaires politiques de l’Onu rédigea un projet de capitulation totale et inconditionnelle de la Syrie [4]. Son directeur, l’États-unien Jeffrey Feltman, ancien adjoint de la secrétaire d’État Hillary Clinton, utilisa tous les moyens dont il disposait pour constituer la plus vaste coalition de l’Histoire et accuser la Syrie de toutes sortes de crimes dont aucun ne fut jamais prouvé.

Si les États qui détiennent le document Feltman ont décidé de ne pas le publier c’est afin de préserver les Nations Unies. Il est en effet inacceptable que les moyens de l’Onu aient été utilisés pour promouvoir la guerre alors que cette institution a été créée pour préserver la paix. N’étant pas astreint aux mêmes obligations qu’un État, j’ai publié une étude détaillée de cet ignoble document dans Sous nos yeux [5].

En 2017, le Mécanisme d’enquête conjoint Onu-OIAC, créé à la demande de la Syrie pour enquêter sur l’usage d’armes chimiques sur son territoire, fait l’objet du même bras de fer que celui qui opposa Hans Blix à Washington. Sauf que cette fois, les fronts sont renversés. En 2003, l’Onu défendait la paix. Plus aujourd’hui, Jeffrey Feltman ayant été reconduit dans ses fonctions et étant toujours le numéro 2 de l’Onu. C’est la Russie cette fois qui s’oppose à des fonctionnaires internationaux pro-US au nom de la Charte.

Si les travaux du Mécanisme d’enquête ont été normalement débattus durant sa première période, c’est-à-dire de septembre 2015 à mai 2017. Ils sont devenus clivants lorsque le Guatémaltèque Edmond Mulet a remplacé à sa direction l’Argentine Virginia Gamba ; une nomination imputable au nouveau secrétaire général de l’Onu, le Portugais António Guterres.

Le Mécanisme d’enquête mobilise des fonctionnaires internationaux de l’Onu et de l’OIAC. Cette prestigieuse organisation internationale a reçu le Prix Nobel de la Paix, en 2013, notamment pour son travail de surveillance de la destruction par les États-Unis et la Russie des armes chimiques syriennes. Cependant son directeur, le Turc Ahmet Üzümcü, a évolué. En juin 2015, il était invité à Telfs Buchen (Autriche) à la réunion du Groupe de Bilderberg, le club de l’Otan.

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En décembre 2015, Ahmet Üzümcü est décoré de la Légion d’honneur par le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, l’homme selon qui le président el-Assad « n’a pas le droit de vivre » et al-Qaïda « fait du bon boulot ».

La question était d’autant plus grave qu’en 2003, le litige opposait d’un côté Hans Blix et de l’autre les États-Unis qui menaçaient d’intervenir contre l’Iraq si l’Onu prouvait l’existence des armes de destruction massive, tandis qu’en 2017 il oppose la Russie à Edmond Mulet qui pourrait valider a posteriori l’intervention états-unienne contre la Syrie. En effet, Washington a déjà tranché, considère la Syrie comme responsable d’une attaque au gaz sarin à Khan Cheikhoun, et a déjà bombardé la base aérienne de Cheyrat [6].

Dans le cas où le Mécanisme d’enquête s’écarterait d’une manière ou d’une autre du discours de Washington, il placerait les États-Unis dans l’obligation de présenter des excuses et d’indemniser la Syrie. Les fonctionnaires internationaux pro-US considèrent donc comme leur mission de conclure que la Syrie a bombardé sa propre population avec du gaz sarin qu’elle aurait détenu illégalement sur la base aérienne de Cheyrat.

Dès le mois d’octobre, le ton a commencé à monter entre certains fonctionnaires de l’Onu et la Russie. Contrairement à ce que la presse occidentale a prétendu, le différent ne portait aucunement sur les conclusions du Mécanisme d’enquête, mais exclusivement sur ses méthodes ; Moscou refusant à l’avance toute conclusion obtenue par des méthodes non-conformes aux principes internationaux établis dans le cadre de la Convention sur les armes chimiques et de l’OIAC [7].

Le gaz sarin est un neurotoxique extrêmement létal pour l’homme. Il existe des variantes de ce produit, le chlorosarin et le cyclosarin, et une version encore plus dangereuse, le VX. Tous ces produits sont absorbés par la peau et passent directement dans le sang. Ils se dégradent en quelques semaines à quelques mois dans l’environnement, non sans conséquences pour les animaux qui entreraient en contact avec eux. Lorsqu’il pénètre dans le sol, en l’absence d’oxygène et de lumière, il peut se conserver très longtemps.

Il suffit de voir les photographies de l’attaque de Khan Cheikhoun, montrant quelques heures plus tard des personnes prélever des échantillons sans porter de combinaison protégeant leur peau, pour savoir avec certitude que s’il y a eu usage de gaz, ce ne pouvait pas être ni du sarin, ni un de ses dérivés. Pour plus de détails, on se reportera à l’étude du professeur Theodore Postol, du Massachusetts Institute of Technology (MIT), qui démonte un à un les arguments des prétendus experts de la CIA [8].

Or, contrairement aux principes de la Convention sur les armes chimiques, le Mécanisme d’enquête ne s’est pas rendu sur place pour prélever des échantillons, les analyser et identifier le gaz utilisé, s’il y en avait un.

Interrogée à ce sujet en mai et juin 2017 par la Russie, l’OIAC a déclaré étudier les conditions de sécurité de ce déplacement pour finalement conclure qu’il n’était pas nécessaire puisque, selon elle, « L’utilisation de sarin ne fait aucun doute ».

Le Mécanisme d’enquête s’est par contre rendu sur la base aérienne de Chaïrat où, selon Washington, le gaz sarin avait été illégalement stocké et où il avait été chargé sur des bombardiers. Mais, malgré l’insistance de la Russie, il a refusé d’y prélever des échantillons.

Identiquement, le Mécanisme d’enquête a refusé d’étudier les révélations de la Syrie sur l’approvisionnement des jihadistes en gaz par les sociétés états-uniennes et britannique Federal Laboratories, NonLethal Technologies, et Chemring Defence UK [9].

Les États-Unis et leurs alliés ont eux-mêmes admis dans le projet de résolution qu’ils ont présenté le 16 novembre que les fonctionnaires internationaux devraient mener leurs investigations d’« une manière appropriée à la réalisation de leur mandat » [10].

La Russie a rejeté le rapport du Mécanisme d’enquête au vu de son dilettantisme et a refusé par trois fois de reconduire son mandat. Elle a opposé son veto les 24 octobre [11] et les 16 [12] et 17 novembre, comme elle l’avait fait le 12 avril [13] lorsque les États-Unis et la France [14] tentèrent de condamner la Syrie pour cette prétendue attaque au gaz sarin. C’était la 8ème, la 9ème, la 10ème et la 11ème fois qu’elle en faisait usage sur la question syrienne.

On ignore pour quelle raison Washington a présenté ou fait présenter quatre fois la même assertion au Conseil de sécurité par des biais différents. Ce balbutiement s’était déjà présenté au début de la guerre contre la Syrie, les 4 octobre 2011, 4 février et 19 juillet 2012, lorsque la France et les États-Unis tentèrent de faire condamner par le Conseil ce qu’ils appelaient la répression du printemps syrien. À l’époque la Russie affirmait au contraire qu’il n’y avait pas de guerre civile, mais une agression extérieure. À chaque fois, les Occidentaux répliquèrent qu’ils allaient « convaincre » leur partenaire russe.

Il est intéressant d’observer qu’aujourd’hui la doxa occidentale prétend que la guerre en Syrie a débuté par une révolution démocratique qui a mal tourné et a été finalement récupérée par des jihadistes. Or, contrairement à ce qui fut prétendu, il n’existe aucune preuve de la moindre manifestation en faveur de la démocratie en 2011-12 en Syrie. Toutes les vidéos publiées à l’époque sont soit en faveur du président el-Assad soit contre la République arabe syrienne, jamais pour la démocratie. Aucune vidéo ne comprend de slogan ou de pancarte pro-démocratie. Toutes les vidéos des prétendues « manifestations révolutionnaires » de cette période ont été tournées des vendredis à la sortie de mosquées sunnites, jamais un autre jour et jamais depuis un autre lieu de rendez-vous qu’une mosquée sunnite.

Il est vrai que sur certaines vidéos on entend des phrases comprenant le mot « liberté ». En tendant l’oreille, on constate que les manifestants y exigent non pas la « Liberté » au sens occidental, mais la « liberté d’appliquer la charia ». Si vous trouvez un document traçable qui puisse me contredire d’une manifestation de plus de 50 personnes, merci de me le communiquer, je ne manquerai pas de le publier.

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Bien que pour ne pas donner l’occasion à son opposition de l’accuser d’avoir été chercher ses ordres du KGBiste Vladimir Poutine, le président Trump n’ait pas eu d’entretien privé avec lui, les deux hommes affichent leur entente (Đà Nẵng, 11 novembre 2017).

On pourrait interpréter l’obstination états-unienne à manipuler les faits comme le signe de l’alignement de l’administration Trump sur la politique des quatre mandats précédents. Mais cette hypothèse est contredite par la signature d’un Mémorendum secret à Amman, le 8 novembre, entre la Jordanie [15], la Russie et les États-Unis, et par la Déclaration commune des présidents Poutine et Trump, le 11 novembre, à Đà Nẵng, en marge du sommet de l’Apec [16].

Le premier document n’a pas été publié, mais on sait par des indiscrétions qu’il ne tient pas compte de la demande israélienne de créer une zone neutre, en territoire syrien, à 60 kilomètres au-delà non pas de la frontière israélienne, mais de la ligne de cessez-le-feu de 1967. Ne manquant jamais une occasion de verser de l’huile sur le feu, le gouvernement britannique réagit en faisant publier par la BBC des photographies satellitaires de la base militaire iranienne d’El-Kiswah (à 45 kilomètres de la ligne de cessez-le-feu) [17]. Comme on pouvait l’anticiper, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rejeta immédiatement l’accord entre les Grandes puissances et annonça réserver le droit d’Israël à intervenir militairement en Syrie pour préserver sa sécurité [18] ; ce commentaire constitue une menace et, à ce titre, viole la Charte des Nations unies. Au demeurant, chacun a pu constater depuis sept ans que le prétexte des armes destinées au Liban a bon dos. À titre d’exemple, le 1er novembre, Tsahal bombardait illégalement une zone industrielle à Hassiyé en prétendant détruire des armes destinées au Hezbollah. En réalité, la cible n’était qu’une usine de cuivre indispensable au rétablissement de la distribution d’électricité dans le pays [19].

La Déclaration de Đà Nẵng comporte de nettes avancées. Ainsi établit-elle pour la première fois que tous les Syriens pourront participer à la prochaine élection présidentielle. Or, jusqu’à présent les Syriens exilés ont été interdits de voter par les membres de la Coalition internationale en violation de la Convention de Vienne. Quant à la « Coalition nationale des forces de l’opposition et de la révolution », elle boycottait les élections car cette instance était dominée par les Frères musulmans selon qui « Le Coran est notre Loi », et il n’y a pas de place pour des élections dans un régime islamiste.

Le contraste entre d’une part la progression des négociations russo-US sur la Syrie et, d’autre part, l’entêtement des mêmes États-Unis à nier les faits devant le Conseil de sécurité de l’Onu est saisissant.

Il est intéressant d’observer la gêne de la presse européenne aussi bien face au travail des présidents Poutine et Trump que face à l’entêtement enfantin de la délégation US au Conseil de sécurité. Presque aucun média n’a évoqué le Mémorendum d’Amman et tous ont commenté la Déclaration commune avant qu’elle ne soit publiée, sur la seule foi d’une Note de la Maison-Blanche. Quant aux enfantillages de l’ambassadrice Nikki Haley au Conseil de sécurité, les médias européens ont unanimement constaté que les deux Grands n’étaient pas parvenus à un accord et ont fait l’impasse sur les arguments russes, pourtant longuement expliqués par Moscou.

Force est de constater que si le président Trump tente de solder la politique impérialiste de ses prédécesseurs, les fonctionnaires internationaux pro-US de l’Onu sont inaptes à s’adapter au réel. Après 16 ans de mensonges systématiques, il ne sont plus capables de penser en fonction des faits, mais uniquement de leurs fantasmes. Ils ne parviennent plus à ne pas prendre leurs désirs pour la réalité. Ce comportement est caractéristique des Empires en déclin.

[1] Référence : Onu S/2001/946 et S/2001/947.

[2] « Discours de M. Powell au Conseil de sécurité de l’ONU », par Colin L. Powell, Réseau Voltaire, 11 février 2003.

[3] “Colin Powell on Iraq, Race, and Hurricane Relief”, ABC, September 8, 2005.

[4] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 janvier 2016.

[5] Sous nos yeux. Du 11-Septembre à Donald Trump, Thierry Meyssan, Demi-Lune, 2017.

[6] « Pourquoi Trump a-t-il bombardé Cheyrat ? », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 2 mai 2017.

[7] « Observations émises par le Ministère russe des Affaires étrangères au sujet du dossier chimique syrien », Réseau Voltaire, 23 octobre 2017.

[8] « Le rapport de la CIA sur l’incident de Khan Shaykhun est grossièrement faux », Réseau Voltaire, 15 avril 2017.

[9] « Londres et Washington ont fourni les jihadistes en armes chimiques », Réseau Voltaire, 16 août 2017.

[10] « Projet de résolution sur le Mécanisme d’enquête conjoint Onu-OIAC (Véto russe) », Réseau Voltaire, 16 novembre 2017.

[11] « Projet de résolution sur le renouvellement du Mécanisme d’enquête conjoint (Veto russe) », « Utilisation d’armes chimiques en Syrie (Veto russe) », Réseau Voltaire, 24 octobre 2017.

[12] « Projet de résolution sur le Mécanisme d’enquête conjoint Onu-OIAC (Véto russe) », Réseau Voltaire, 16 novembre 2017.

[13] « Débat sur l’incident chimique présumé de Khan Cheïkhoun (veto russe) », Réseau Voltaire, 12 avril 2017.

[14] « Évaluation française de l’attaque chimique de Khan Cheikhoun », Réseau Voltaire, 26 avril 2017.

[15] « La Jordanie apporte son soutien à la Syrie », Réseau Voltaire, 29 août 2017.

[16] « Déclaration commune des présidents russe et états-unien sur la Syrie », Réseau Voltaire, 11 novembre 2017.

[17] “Iran building permanent military base in Syria – claim”, Gordon Corera, BBC, November 10, 2017.

[18] « Israël rejete l’accord de paix russo-US en Syrie », Réseau Voltaire, 14 novembre 2017.

[19] « Israël bombarde une usine de cuivre en Syrie », par Mounzer Mounzer, Réseau Voltaire, 3 novembre 2017.

 

http://www.voltairenet.org/article198863.html

Syrie : colère russe contre Israël

  • Syrie : colère russe contre Israël

Coup de froid russo-israélien

Le ton monte entre Israël et la Russie. Alors que Tel-Aviv multiplie les menaces contre l’armée syrienne et ses alliés dans le sud de la Syrie, l’ambassadeur russe en Israël fustige le  « non » d’Israël à l’accord tripartite que viennent de signer les USA, la Russie et la Jordanie et qui rétablit la zone de désescalade au sud syrien. Le haut diplomate appelle Israël à « ne pas exagérer dans ses évaluations » quant à la place que représente le sud de la Syrie et les événements qui s’y produisent dans la sécurité nationale israélienne.

Cité par ElNashra, Alexandre Shein affirme que « l’accord signé le 8 novembre à Amman entre la Russie et les Etats-Unis auquel s’est ralliée la Jordanie a été confidentiel dans sa première moture. La seconde version évoque entre autres les modalités techniques d’une mise en oeuvre de la zone de désescalade au sud de la Syrie. Les Israéliens ne devraient en aucun prix exagérer les impacts de cette note d’entente sur la sécurité d’Israël ».

L’ambassadeur s’est dit étonné de la réaction de Tel-Aviv aux récentes déclarations du chef de la Diplomatie russe, Serguei Lavrov. Ce dernier avait mis l’accent sur le caractère légal de la présence des forces iraniennes en Syrie, puisque cette présence « réponde à la demande de l’Etat syrien ».

« C’est dans le cadre de la lutte contre le terrorisme que la Russie approuve la présence de l’Iran en Syrie et c’est toujours dans ce même cadre que l’armée coopère avec l’armée iranienne. En réalité il revient à l’Etat et au peuple syriens et à eux seuls de décider de la présence de tel ou tel pays étranger sur le sol syrien. Cette présence-là devra d’ailleurs se déicider au terme des discussions nationles élargies « .

La mise en garde de l’ambassadeur russe aux dirigeants israéliens intervient alors que le chef d’Etat-major de l’armée iranienne, le général Bagheri est parti lundi à Sotchi pour participer au sommet consacré à l’avenir politique de la Syrie.  Cité par Al Mayadeen, le chef d’Etat-major russe, Valéri Guérassimov, a salué les efforts irano-russes qui « ont abouti  » pour marquer la victoire contre le terrorisme en Syrie. « C’est à l’Iran et à la Russie à présent de faire tout pour consolider cette victoire militaire qui s’achève à Abou Kamal et qui se traduit par la prise du contrôle de la totalite des frontières syriennes »

 

http://parstoday.com/fr/news/middle_east-i49985-syrie_col%C3%A8re_russe_contre_isra%C3%ABl

La Route de la soie arctique : un énorme bond en avant pour la Chine et la Russie

La Route de la soie arctique :
un énorme bond en avant pour la Chine et la Russie


Federico PIERACCINIPar Federico Pieraccini – Le 13 novembre 2017 – Source Strategic Culture

La Route de la soie chinoise, rebaptisée Belt and Road Initiative (BRI), développe des infrastructures le long des routes commerciales terrestres et maritimes.

The Arctic Silk Road: A Huge Leap Forward for China and Russia

Mais on sait peu de choses sur l’initiative de la Chine dans le cercle polaire arctique, qui représente une nouvelle voie que Pékin est maintenant en mesure de développer, grâce à la technologie, avec le partenariat stratégique de la Russie.

Impliquant environ 65 pays et affectant 4,4 milliards de personnes, représentant 30% du PIB mondial, avec un investissement total de Pékin qui pourrait dépasser mille milliards de dollars, le projet est immense et demande beaucoup d’imagination pour saisir les intentions de la direction chinoise. Avec une foule de projets déjà en cours, et certains presque achevés – le Corridor sino-pakistanais connu sous le nom de CPEC est archétypal – les routes terrestres et maritimes se développent côte à côte. Beaucoup d’encre a été utilisée pour décrire les intentions de Pékin concernant les connexions Est-Ouest du vaste continent eurasien. Les pipelines, les lignes de chemin de fer, les câbles de fibres optiques, les infrastructures de télécommunications et les autoroutes dominent les discussions, tout comme celles sur les coûts, les études de faisabilité, la sécurité et le retour sur investissement. La Route de la soie terrestre est certainement un défi imposant qui n’est pas seulement commercial mais qui pose les fondations d’une plus grande intégration culturelle et sociale entre les pays voisins. C’est un projet qui, à long terme, vise à amalgamer le continent eurasien et à surmonter les contradictions qui le composent grâce à une coopération gagnant-gagnant et au développement économique.

La route maritime est un projet plus structuré, lié principalement à deux besoins intrinsèques de la République populaire de Chine. Le premier est commercial et concerne la nécessité pour Pékin d’expédier ses marchandises le long des routes établies, en créant des ports et des installations pour l’approvisionnement en cours de route. L’objectif est d’augmenter les profits des cargos, surtout lorsqu’ils reviennent en Chine remplis de marchandises, ainsi que de créer de nouveaux centres mondiaux de distribution dans les ports implantés le long de la route maritime. Des exemples importants peuvent être vus au Pakistan avec le développement du port de Gwadar.

La première phase a été achevée en 2006 et la deuxième est en cours depuis 2007, bien que le port ait été inauguré en novembre 2016 et soit opérationnel depuis. Le projet devrait être étendu dans les décennies à venir, avec potentiellement 45 points d’ancrage de navires, le drainage du canal d’approche à une profondeur d’environ 20 mètres, et un transit annuel total de plus de 400 millions de tonnes. Le principal avantage de cet arrangement entre les voies terrestre et maritime est de répartir le transit des biens selon leur nécessité, leur valeur et l’offre disponible. Le port de Gwadar est principalement relié par des pipelines à la ville chinoise de Kashi. C’est un bel exemple de diversification possible avec la voie maritime, principalement utilisée pour les marchandises, tandis que le port de Gwadar devient une plaque tournante importante du commerce pétrolier et gazier, notamment grâce aux progrès de la technologie du méthane et de la gazéification.

Parmi les autres destinations majeures de la Route de la soie maritime figurent Venise et Athènes, le port du Pirée est déjà détenu par COSCO depuis de nombreuses années, il s’agit d’une entreprise spécialisée dans les activités portuaires et l’intégration de ports le long de la Route de la soie maritime sur le modèle du Port de Gwadar. Venise est actuellement seulement un rappel de l’ancienne Route de la Soie, mais si son rôle passé devait être retrouvé – dans un environnement moderne – pour être le terminal de la Route en mer du Sud, cela nécessiterait certainement aujourd’hui de gros investissements pour nourrir un dense réseau d’échanges. La Chine aurait alors une route maritime dans le sud de l’Europe, reliée principalement par voie terrestre à son corridor nord.

L’autre raison – moins connue – qui pousse la République populaire de Chine à investir dans de telles routes maritimes concerne la doctrine navale adoptée par la marine chinoise. Les États-Unis conservent une capacité notable à projeter leur pouvoir sur les cinq continents grâce à la taille de leur Marine de Guerre, qui a connu une croissance régulière au cours du siècle dernier. Pékin s’est rendue compte que posséder, elle même, une telle projection de puissance soutiendrait la viabilité de ses routes maritimes, aussi bien en la protégeant contre les pirates qu’en évitant la possibilité d’un blocus naval en temps de guerre, quelque chose qui est toujours à l’esprit des stratèges chinois [qui doivent se souvenir de l’embargo mis en place par les États-Unis contre le Japon, qui a entraîné la guerre du Pacifique en 1941, NdT].

Un parallèle en termes de sécurité est facilement observable lors de l’analyse de la Route de la soie terrestre et la sécurité qui accompagne nécessairement un tel réseau d’infrastructures. En ce sens, l‘Organisation de coopération de Shanghai, et l’adhésion du Pakistan et de l’Inde à celle-ci, visent à créer les conditions d’un développement pacifique tout en évitant les tensions entre pays voisins et différents groupes ethniques. Pékin est bien conscient qu’il n’y a pas de prospérité sans sécurité, surtout dans le contexte du sous-développement d’un continent si diversifié au regard de sa géographie humaine.

En termes militaires et navals, le budget de Beijing a atteint des niveaux significatifs, passant d’environ 10 milliards de dollars en 1989 à environ 110 milliards en 2017. Avec de tels investissements, Pékin a pu lancer trois nouveaux modèles de sous-marins (type 93, 94 et 95) ainsi qu’un porte-avions remis à neuf (type 001) et la construction du premier porte-avions entièrement produit et équipé en Chine (type 001A). L’objectif principal de la Marine de l’Armée Populaire de Libération est d’investir stratégiquement dans des navires amphibies et des petits navires qui fournissent les moyens de projeter des forces pour pouvoir influencer la dynamique des conflits en mer de Chine méridionale, ceci dans le contexte du harcèlement américain pour dominer la  région. En ce sens, la stratégie consistant à priver l’Amérique d’une présence en mer de Chine méridionale s’accompagne également de la construction d’îles artificielles et du développement de nouveaux missiles anti-navires à capacités supersoniques.

La sécurité et l’investissement semblent être les moteurs du projet chinois de Routes de la soie, et la connectivité semble être la chaîne de transmission. Une attention maximale est également accordée à la création de ports maritimes pour la marine chinoise, comme on le voit avec la première base étrangère chinoise à Djibouti, un emplacement particulièrement stratégique proche du détroit de Bab-el-Mandeb [à l’entrée du canal de Suez, NdT].

Un aspect moins bien connu du projet chinois, et sur lequel nous avons encore peu de détails, est la route de l’Arctique. L’Arctique est formellement partagé entre les États-Unis, le Nord du Canada, la Finlande, le Groenland (Danemark), l’Islande, la Norvège, la Russie et la Suède et est administré par le Conseil de l’Arctique. Les pays non membres comprennent la France, l’Allemagne, l’Inde, l’Italie, le Japon, la Corée du Sud, les Pays-Bas, la Pologne, Singapour, l’Espagne, le Royaume-Uni et la République populaire de Chine.

Récemment, la Russie et la Chine ont entamé des discussions fructueuses sur l’exploitation des routes de l’Arctique. La réunion de juillet 2017 entre Xi Jinping et Medvedev a confirmé que Moscou et Pékin avaient l’intention de développer conjointement la Route de la soie maritime chinoise dans l’Arctique afin de diversifier les routes commerciales et d’impliquer les États voisins dans les projets portuaires et la recherche scientifique. Pékin a l’intention de transporter ses marchandises à travers l’Arctique depuis l’Europe vers la Chine, réduisant ainsi les distances de 20% à 30%, économisant du temps, du carburant et des ressources humaines. Considérant que 90% des marchandises chinoises sont transportées par voie maritime, même une petite modification de ce ratio générerait des économies et des profits très importants. Face à une telle occasion irrésistible, la Chine ne perd pas de temps. Il y a quelques jours, le brise-glace Xuelong – la Fédération de Russie est le seul pays possédant deux brise-glaces nucléaires – a traversé le passage du Nord-Ouest dans l’Arctique, atteignant l’Amérique du Nord depuis l’Asie en un rien de temps. C’est la première fois qu’un navire chinois a emprunté cette route. Tout aussi important pour les affaires, l’entreprise COSCO, le géant chinois, a réalisé en 2013, le passage Nord-Est dans l’Arctique, en partant du port chinois de Dalian pour arriver à Rotterdam, réduisant la durée du trajet d’un tiers, passant de 45 jours à 30.

Il y a certaines considérations à faire, concernant la région arctique, d’un point de vue à la fois pratique et réaliste. Il y a actuellement trois routes possibles, à savoir par le nord-est, le nord-ouest et le « nord-nord » – traversant le pôle Nord. Le premier est celui par lequel la Russie et la Chine ont l’intention de raccourcir les délais de livraison, malgré les difficultés rencontrées par le manque actuel d’infrastructures et un environnement hostile, compliquant les choses et rendant ces efforts extrêmement coûteux. En ce sens, la coopération entre la Russie et la Chine est très rentable pour les deux pays, qui sont intéressés à proposer cette voie à d’autres pays, ce qui se traduira par une augmentation des volumes de transit. Actuellement, l’itinéraire peut être utilisé pendant environ quatre mois de l’année. La route du nord-ouest a un problème de glaces profondes qui empêchent les brise-glaces de dégager un passage pendant une durée suffisante pour permettre une route commerciale. Le passage « nord-nord », traversant directement le pôle Nord, est inaccessible jusqu’à ce que toute la glace soit fondue, ce que les scientifiques prévoient d’ici 2050, avec toutes les conséquences qui en découlent.

Les routes de l’Arctique représentent inévitablement le futur en termes d’opportunités et d’économies de coûts. En comparaison avec le canal de Suez, qui est la route actuelle par laquelle la Chine atteint l’Europe, avec un trajet de près de 12 000 miles nautiques, le passage par la voie arctique du Nord-Ouest est inférieur à 7 000 milles.

Pékin investit dans des infrastructures pour réduire le temps de transit et augmenter les profits. La route de l’Arctique a toutes les caractéristiques pour devenir un élément central de l’initiative des Routes de la soie. L’engagement de la Chine pour le développement de la route de l’Arctique est comparable à un autre projet titanesque, qui est également au cœur de la stratégie de la Route de la soie maritime, en cours au Nicaragua, à savoir la construction d’une alternative au canal de Panama. La viabilité de ces projets gigantesques reste une question de temps, reposant principalement sur l’acquisition de nouvelles technologies qui transforment l’impossible en possible, l’accessibilité des nouvelles technologies permettant de réduire les coûts de recherche et de développement.

Dans un avenir proche, les routes de transit à travers l’Arctique prendront une certaine importance dans la géopolitique mondiale de la Russie et de la Chine. Pékin et Moscou semblent avoir l’intention de développer cette route innovante avec tous les moyens à leur disposition, ajoutant à la Route de la soie maritime une route imprévue mais très bénéfique. La création d’un partenariat avec la Russie dans l’Arctique permettra à Pékin de prendre pied dans la région et de participer à l’exploitation des hydrocarbures et d’autres ressources naturelles. Combinée à la capacité croissante de la Fédération de Russie de pénétrer dans l’Arctique et donc de créer l’infrastructure nécessaire, la route chinoise de l’Arctique pourra, de plus en plus souvent, être proposée aux pays partenaires.

Federico Pieraccini 

 

  http://lesakerfrancophone.fr/la-route-de-la-soie-arctique-un-enorme-bond-en-avant-pour-la-chine-et-la-russie

 

Maria Khodynskaya-Golenishcheva : «On ne réglera pas la crise syrienne sans l’Iran»

Source : La Tribune de Genève, Alain Jourdan, 30.10.2017

Il est rare qu’un diplomate en fonction raconte les coulisses de négociations encore en cours. C’est ce que vient de faire Maria Khodynskaya-Golenishcheva. Occupant un poste de premier rang à la Mission permanente de la Fédération de Russie auprès des Nations Unies à Genève, la diplomate joue un rôle central dans les négociations visant à trouver un accord politique en Syrie. Arabisante et docteur en géopolitique, elle a déjà publié plusieurs ouvrages. Dans «Alep, la guerre et la diplomatie», elle livre sa vision de l’un des épisodes les plus controversés du conflit syrien.

– Vous avez été au cœur des négociations menées à Genève. Pourquoi avoir éprouvé le besoin d’écrire un livre?

– Pour témoigner. Ce qui s’est passé à Alep a donné lieu à une guerre de l’information sans précédent. La reprise de la ville ne se résume pas à une opération militaire menée par l’armée syrienne avec l’aide de l’aviation russe. Au cours de cet épisode, des négociations politiques extrêmement importantes ont été menées par la Russie et les Etats-Unis avec la Turquie, le Qatar, l’Arabie saoudite et l’Iran. Il y a un avant et un après Alep.

– En quoi la reprise d’Alep marque-t-elle un tournant?

– L’accord trouvé avec la Turquie et accepté par l’Iran pour évacuer les rebelles d’Alep-Est a servi de déclencheur. Cela a ouvert la voie au processus d’Astana et à des accords plus importants pour ramener la paix en Syrie. La mise en place de zones de désescalade contribue aujourd’hui à renforcer les efforts engagés dans le cadre des pourparlers de Genève sous l’égide de l’ONU et de son médiateur Staffan de Mistura.

– Mais Astana a montré que la communauté internationale restait très divisée…

– Le 9 septembre 2016, il y a eu un accord très important. La Russie a accepté que l’est d’Alep reste sous le contrôle des rebelles à condition que les Etats-Unis veillent à en exclure le Front al-Nosra. Mais le lobby militaire américain a rejeté ce que les diplomates étaient parvenus à construire. Si cet accord avait été respecté, une nouvelle page d’histoire se serait ouverte dans les relations internationales. Après cet échec, nous n’avons pas eu d’autre choix que de nous tourner vers les acteurs régionaux qui contrôlent les groupes engagés sur place. Et c’est un format qui fonctionne. Il y a des pays comme la France qui ont proposé des idées étranges: un nouveau format P5 sans l’Iran. Mais expliquez-moi comment on peut régler le problème syrien sans l’Iran?

– On sent que le jeu des Américains dans le dossier syrien vous déconcerte. L’arrivée de Donald Trump a-t-elle changé la donne?

– Pour ce qui est de nos relations avec la nouvelle administration américaine, je suis optimiste parce que la priorité absolue de Donald Trump est de combattre Daech et le terrorisme. C’est là un point commun. En ce qui concerne la ville de Deir Ezzor, par exemple, nous avons un dialogue ouvert et constructif avec eux.

– Et avec les Européens?

– Nous sommes déconcertés par l’attitude de l’ouest et spécialement de l’Union européenne, qui ne veut pas donner d’argent pour la reconstruction de la Syrie tant qu’il n’y a pas de solution politique. Refuser de reconstruire des écoles et des hôpitaux parce qu’on réclame le départ de Bachar el-Assad, c’est totalement cynique. De la part de l’Europe, qui parle tout le temps des droits humains, c’est particulièrement étonnant. Des enfants ne vont pas à l’école uniquement parce que Paris et Londres ne veulent pas de Bachar el-Assad.

– Une guerre n’est jamais propre. La Russie ne reconnaît-elle aucune erreur? N’y a-t-il pas eu des frappes qui auraient pu être évitées?

– Vous faites sans doute allusion au bombardement du dernier hôpital d’Alep annoncé plusieurs fois. Combien y a-t-il eu de dernier hôpital d’Alep? C’était de la propagande. L’aviation russe est très professionnelle, elle ne lâche pas des bombes au hasard. Il y a des repérages qui ont été effectués auparavant.

– Le système onusien a été incapable d’empêcher la guerre en Syrie. Il peine aujourd’hui à ramener la paix. A quoi attribuez-vous cet échec?

– L’ONU n’est pas une entité à part entière. Ce sont des pays qui la composent et si ces pays ne s’entendent pas, l’ONU ne peut pas fonctionner efficacement. Staffan de Mistura a vraiment essayé de résoudre le problème. Mais au sein de l’ONU, tout le monde n’a pas joué un rôle positif. Certaines agences humanitaires ont relayé la propagande et faussé le jeu.

– La propagande de qui?

– Je pense par exemple aux Casques blancs, qui sont une organisation affiliée à Al-Qaida. La Branche opérationnelle à l’Est d’Alep a été créée par Abdulaziz Maghribi, le chef local d’Al-Nosra. Souvent l’ONU et ses agences reprennent les informations qui lui sont transmises par cette organisation et d’autres ONG travaillant sur des territoires contrôlés par des groupes armés ou des organisations à la réputation douteuse, comme l’Observatoire des droits de l’homme basé à Londres.

– La visite récente du roi Salman en Russie peut-elle aider à relancer les pourparlers de Genève?

– Le roi Salman a promis qu’il allait réformer le groupe de Riyad et faire des efforts en poussant ceux qui ont une vision pour le pays. Jusque-là ce groupe n’a fait que saboter les pourparlers. Certains de ses membres perçoivent un salaire des Frères musulmans. Ce sont des marionnettes. Si ces gens-là sont éloignés au profit de Syriens qui veulent réellement reconstruire leur pays, alors les choses ont des chances de bouger.

Source : La Tribune de Genève, Alain Jourdan, 30.10.2017

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

10 réponses à Maria Khodynskaya-Golenishcheva : «On ne réglera pas la crise syrienne sans l’Iran»

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Le jeu désespéré de l’Arabie saoudite

Le jeu désespéré de l’Arabie saoudite


Furieux de sa défaite en Syrie, le Prince héritier rejoue sa mise. Il arrête ses rivaux à leurs domiciles et provoque une crise politique au Liban, déclare l’ex-diplomate Alastair Crooke.


Par Alastair Crooke – Le 10 novembre 2017 – Source Consortium News

Potus, Flotus, le roi saoudien Salman et le président égyptien Abdel Fattah Al Sissi, le 21 mai 2017, pour participer à l’ouverture inaugurale du Centre mondial de lutte contre l’idéologie extrémiste. (Photo officielle de la Maison Blanche par Shealah Craighead)

Il est toujours tentant de jouer un autre coup. La guerre en Syrie touche à sa fin, et les pertes, sous les feux des projecteurs de la fin du jeu, pour ceux qui ont parié sur les perdants deviennent publiquement embarrassantes. Il est tentant de donner un coup de balai sur ces pertes et de faire un dernier pari en forme de bravade publique, le mâle “héros” risque sa maison et ce qu’elle contient sur un dernier coup de roulette. Les spectateurs présents se tiennent dans un impressionnant silence attendant que la roulette ralentisse, que la bille sautille case après case pour porter leur regard sur celle où elle va s’immobiliser, soit sur le noir, soit sur le rouge sang de la tragédie.

Pas seulement comme dans les romans mais aussi dans la vie, le Prince héritier saoudien Mohamed ben Salman (MbS) a tout misé sur le noir, avec ses “amis”, le beau fils du président Trump Jared Kushner, le prince héritier d’Abu Dhabi Mohamed ben Zayed et Trump lui même, qui ont osé le faire avec lui. Trump, dans sa vie professionnelle, a une ou deux fois mis en jeu son avenir sur un tour de roulette. Il avait joué et reconnu que c’est exaltant.

Mais dans l’ombre, derrière la salle de jeu, se tient le Premier ministre israélien Bibi Netanyahou. L’idée d’aller jouer au casino était, tout d’abord, la sienne. Si le héros sort le noir il partagera dans la joie, mais si c’est le rouge… Ne vous en faites pas, la maison de Bibi ne sera pas confisquée.

Soyons clairs, MbS est en train de rompre tous les liens qui maintiennent le royaume saoudien uni et intact. L’Arabie saoudite n’est pas qu’une affaire de famille, c’est aussi une confédération de tribus. Leurs intérêts divers avaient été pris en charge, essentiellement, à travers la composition de la Garde nationale, et de son contrôle. Celle-ci représente désormais non plus les diverses affiliations tribales du royaume, mais les intérêts sécuritaires d’un homme qui l’a accaparée pour lui même.

Idem pour les différentes branches cadettes de la famille al-Saoud, le partage soigneusement pesé du butin parmi les nombreux bénéficiaires de la famille est terminé. Un homme est en train de débarrasser la table des petits joueurs. Il a coupé les câbles qui reliaient la Cour à l’élite saoudienne des affaires et il découpe également lentement l’institution religieuse. Les religieux ont effectivement été éjectés du partenariat, fondé conjointement avec ibn-Saoud, le premier monarque d’Arabie saoudite qui a régné durant la première moitié du siècle dernier, connu également sous le nom de roi Abdul Aziz. En résumé, plus personne n’a de part dans cette entreprise, sauf MbS, et plus personne, semble-t-il, n’a de droits ou de compensations.

Pourquoi ? Parce que MbS voit que l’autorité politique et religieuse du monde arabe est en train de glisser comme du sable entre les doigts du roi et ne supporte pas l’idée que l’Iran (et les chiites honnis), pourrait en être l’héritier.

Transformer l’Arabie saoudite.

Par conséquent, l’Arabie saoudite doit être transformée d’un royaume endormi, déclinant, en un instrument pour affaiblir la puissance iranienne. Ceci, naturellement est en résonance avec le président américain qui semble, aussi, de plus en plus préoccupé par la réaffirmation du prestige U.S., sa dissuasion et sa puissance dans le monde (à l’inverse du discours non-interventionniste de la campagne). À la conférence du The American Conservative à Washington la semaine dernière, l’éditorialiste Robert Merry, un éditorialiste réaliste et prolifique, se plaignait de ce qu’“il n’y a aucun réalisme ni retenue dans la politique étrangère de l’ère Trump”.

Toutes les guerres sont coûteuses et nécessitent de l’argent (confisqué en conséquence aux rivaux de MbS arrêtés et accusés de corruption). Mais traditionnellement, l’Arabie saoudite (depuis le dix-huitième siècle) a tout misé dans ses luttes de pouvoir sur un outil particulier (et efficace) : enflammer le djihadisme wahhabite ; mais dans le sillage de la débâcle syrienne, il se trouve discrédité et n’est plus valable.

Ainsi maintenant, l’Arabie saoudite doit se fabriquer un nouvel instrument, pour se confronter à l’Iran et le choix du prince héritier est vraiment ironique : Islam modéré et nationalisme arabe (pour contrer l’Iran et la Turquie non arabes). Mohammed Abd el Wahhab doit s’en retourner dans sa tombe, islam “modéré” dans sa doctrine rigoureuse, menait seulement à l’idolâtrie (telle que pratiquée par les Ottomans) ce qui, de son point de vue, devrait être puni de la peine de mort.

En fait c’est la partie la plus risquée du jeu de MbS (alors que c’est la confiscation de la fortune monumentale du prince Walid bin Talal qui a retenu toute l’attention). Le roi Abdel Aziz fit face à une rébellion armée, et un autre fut assassiné pour s’être départi du principe du wahhabisme sur lequel l’État était fondé parce qu’ils avaient embrassé la modernité occidentalisée (considérée par le pur wahhabisme comme idolâtrie).

On ne peut pas exorciser la société saoudienne de son gène de ferveur wahhabite en lui demandant simplement de partir (Abdul Aziz a finalement surmonté cela en mitraillant ses adeptes, morts).

Mais embrasser l’“islam modéré (c’est à dire l’islam séculaire) et menacer d’affronter l’Iran a probablement été fait avec l’intention de chercher à plaire au président Trump pour évincer son cousin, prince Naif, comme prince héritier, une autre intention étant de faire apparaître l’Iran comme adepte d’un islam “extrémiste” à une Maison Blanche dont la vision sur le Moyen-Orient a été instillée par Bibi Netanyahou murmurant à l’oreille de Jared Kushner, et par les préjugés d’un cercle de conseillers qui ont une compréhension orientée de l’Iran, au lieu de l’aborder dans ses aspects divers. Netanyahou doit se féliciter de son habile stratagème.

Le coup de Netanyahou

Aucun doute à ce sujet : c’est un coup de Netanyahou. Cependant, la question est de savoir si cela tournera en une victoire à la Pyrrhus ou pas. Quoiqu’il en soit, il est hautement dangereux de jeter des grenades sur un matériau combustible. Ce projet US–Israël–Arabie saoudite–EAU est, au fond, de nier la réalité, pas moins. Il est enraciné dans le déni du revers subit par ces États, par leurs multiples échecs à façonner un “nouveau Moyen-Orient” sur le mode occidental. Maintenant, dans le sillage de leur échec en Syrie, où ils sont allés aux limites dans la recherche d’une victoire, ils tentent un autre coup à la roulette dans l’espoir de récupérer toutes leurs pertes précédentes. Ce qui est, pour le moins, un espoir fallacieux.
D’une part, la puissance de l’Iran dans le Moyen-Orient septentrional n’est pas provisoire. Elle est maintenant bien enracinée. L’“espace stratégique” de l’Iran inclut la Syrie, l’Irak, le Liban, le Yémen et, de plus en plus, la Turquie. L’Iran, avec la Russie, a joué un rôle majeur dans la défaite de l’EI. C’est un “partenaire stratégique” de la Russie, alors que celle-ci jouit maintenant d’une large influence à travers la région. En un mot, le poids politique se situe au nord plutôt qu’au sud affaibli.

Si on pense que la Russie pourrait être amenée à « contenir » l’Iran et ses alliés dans la région pour apaiser les inquiétudes israéliennes, cela ressort du vœu pieux. Même si la Russie le pouvait (et probablement elle ne le peut pas ), pourquoi le ferait elle ? Alors comment contenir l’Iran ? Par une action militaire ? Ceci, également, semble tiré par les cheveux.

Les milieux militaire et de sécurité d’Israël, dans le sillage de la guerre du Liban en 2006, envisagent probablement une guerre (autre qu’avec les Palestiniens) qui sera courte (six jours ou moins), n’entraînera pas de lourdes pertes civiles et militaires, et pouvant être gagnée à bas coût. Idéalement, Israël espérerait une implication américaine totale (contrairement à 2006). Le Pentagone a peu d’appétence pour remettre ses bottes sur le terrain du Moyen-Orient, et les Israéliens le savent. D’autre part l’Arabie saoudite seule ne peut pas menacer militairement qui que ce soit (comme l’a amplement démontré le Yémen).

L’Arabie saoudite peut-elle coincer économiquement le Liban et imposer une pression politique sur tout gouvernement libanais ? Naturellement, mais la pression économique touchera probablement les sunnites, classes moyennes et d’affaires, plus durement que les 44% de la population libanaise qui est chiite. Généralement le Libanais a une aversion pour les interférences extérieures, et les sanctions et pressions américaines uniront probablement le Liban plutôt que le diviseront. (C’est la vieille, vieille histoire de l’imposition de sanctions). À première vue, les Européens non plus ne soutiendront pas volontiers la déstabilisation du Liban ni l’abandon du JCPOA, l’accord de 2015 pour empêcher l’Iran de développer des armes nucléaires.

Alors que peut il arriver ? À première vue, l’Arabie saoudite, une société dans laquelle déjà beaucoup de tensions sont étouffées, peut simplement imploser sous une nouvelle répression (ou alors MbS pourrait en quelque sorte être “supprimé” avant que les tensions n’explosent). L’Amérique et Israël n’en ressortiront pas renforcés mais seront plutôt vus comme moins crédibles au Moyen-Orient.

Robert Malley, l’ancien conseiller pour le Moyen-Orient de la précédente administration, avertit du danger d’une explosion potentielle régionale : “La peur est une chose qui peut l’empêcher, mais qui  pourrait aussi la précipiter.”

Alastair Crooke est est un ancien diplomate britannique qui fut une figure principale du renseignement britannique ainsi que de la diplomatie européenne. Il est le fondateur et directeur du Conflicts Forum.

http://lesakerfrancophone.fr/le-jeu-desespere-d-arabie-saoudite

 

La Révolution d’Octobre par Alexander Douguine

La Révolution d’Octobre par Alexander Douguine


Alexander DuginPar Alexandre Douguine – Le 7 novembre 2017 – Source Katehon

Aujourd’hui 7 novembre est le jour de la Révolution bolchevique d’Octobre – une date terrible et importante.

Il y a beaucoup à dire sur la Révolution d’Octobre. Cela fait indubitablement partie de notre histoire et nous en assumons la responsabilité. Par conséquent, nous sommes simplement obligés de comprendre le sens de cet événement.

Premièrement, à l'époque soviétique, la Révolution d'Octobre était vénérée comme quelque chose de presque sacré, comme un événement marquant le début du cycle soviétique.

En URSS, cette date était considérée comme le début d’une période infinie conduisant finalement au communisme. Mais il s’est avéré que ce n’était qu’une époque qui a commencé en octobre 1917 et s’est terminée en 1991. Cela signifie que la compréhension soviétique de la Révolution d’Octobre est profondément incorrecte. Nous avons pris une chose pour une autre et nous sommes follement attachés à une vieille interprétation. Nous devons trouver une nouvelle explication pour cet événement, car l’ancienne, la soviétique, s’est révélée fausse.

Deuxièmement, cette évaluation positive et idéalisée d'Octobre 1917 a prévalu dans notre société comme étant la seule possible depuis 70 ans.

C’était faux, ce qui signifie que nous devons chercher une autre explication. Et il est important de prendre en compte la position de l’autre moitié du peuple russe, qui n’était pas en faveur des Rouges, mais des Blancs. Pour les Blancs, la révolution était le résultat de la conspiration monstrueuse d’une secte infernale, purement satanique, qui utilisait la tromperie et la violence pour s’emparer du pouvoir et abandonner radicalement toute légitimité après la dissolution de l’Assemblée constituante. De plus, les Blancs ont surtout souligné que les bolcheviks étaient largement constitués de minorités nationales et comptaient sur des brigades étrangères, telles que des fusiliers lettons ou même des soldats chinois. En d’autres termes, Octobre a été vu comme une prise de pouvoir violente par une organisation terroriste russophobe. Cette évaluation, purement négative, est probablement tout aussi loin de la vérité que celle de l’Union soviétique. En effet, ça l’est. La théorie de la conspiration des gardes blancs est tout aussi inacceptable que le culte soviétique de la révolution d’Octobre.

La vérité ici est quelque peu asymétrique. Tout le monde connaît la fausse interprétation communiste, alors que beaucoup moins de nos concitoyens connaissent la version douteuse et simpliste de la Garde blanche. Il faut au moins corriger cette erreur et assimiler ces deux théories, également discutables, l’absurdité rouge de la nature socialiste de la révolution – dans un pays agraire avec un capitalisme sous-développé et presque pas de prolétariat ! Et l’absurdité blanche d’une conspiration juive. Mais puisque l’absurdité rouge est représentée dans des milliers de films et de pièces, alors laissons faire autant de monuments à l’absurdité blanche. Nous avons déjà une explication stupide de la Révolution d’Octobre sous la forme communiste, qui est un mensonge si répandu que toute tentative de publier les théories de la Garde blanche dans l’esprit d’Ataman Krasnov provoque immédiatement une tempête de protestations. Du point de vue de la justice historique, il faut aujourd’hui donner aux Blancs une estrade absolument libre. Ils doivent même être aidés jusqu’à ce que l’équilibre soit rétabli, d’autant plus que la perception d’Octobre comme une catastrophe est entièrement justifiée, car notre peuple l’a payé avec les millions de vies de ses meilleurs fils et filles.

Troisièmement, nous devons chercher à expliquer le sens historique véritablement profond de la Révolution d'Octobre, ou du Coup d’État d'Octobre, au-delà des interprétations incorrectes et simplistes des Rouges et des Blancs.

Cependant, nous rencontrons ici un problème méthodologique très important. L’histoire est la science de l’interprétation des faits, et pas seulement les faits eux-mêmes. Les faits sans interprétation n’existent pas. Par conséquent, il est impossible d’évaluer un événement idéologique tel que la révolution (ou le coup d’État) sans se fonder sur l’une ou l’autre idéologie. Les Rouges et les Blancs ont leurs plates-formes idéologiques. Même leurs explications fausses et contradictoires sont plus fiables que les théories impuissantes de ceux qui réclament l’objectivité. Il n’y a pas d’objectivité dans l’histoire – il ne s’agit que d’une rhétorique. Ainsi, jusqu’à ce que nous déterminions d’où notre société contemporaine contemple le monde [c’est à dire avec quelle idéologie, NdT], et jusqu’à ce que nous nous reconnaissions nous-mêmes aujourd’hui dans cette vision [idéologique], la signification des événements d’octobre 1917 nous restera inaccessible et fermée.

Quatrièmement et pour finir, 1917 était un phénomène intra-russe. Ce fut un drame monstrueux pour certains et une grande réussite pour les autres.

Seuls nous, les Russes, pouvons décider ce que 1917 était en réalité et comment cela correspond à la logique générale de l’histoire russe. C’est notre affaire et notre révolution. Par conséquent, nous sommes seuls chargés de reconstituer ce puzzle. Personne d’autre.

La Révolution d’Octobre a tenté de nombreux grands penseurs et poètes russes qui ont vu dans la révolution un événement eschatologique et même l’avènement de l’Heure russe. Presque tous se sont repentis plus tard. Mais cela ne signifie pas qu’ils ont attendu l’Heure russe en vain. En termes simples, la vraie révolution russe est toujours devant nous.

Alexandre Douguine

http://lesakerfrancophone.fr/la-revolution-doctobre-par-alexander-douguine

 

Mattis, “perdu dans ses rêveries” et en Syrie

Mattis, “perdu dans ses rêveries” et en Syrie

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Mattis, “perdu dans ses rêveries” et en Syrie

Le secrétaire à la défense Mattis était désigné, il y a quelques mois, lorsque le WaPo ou le New York Times entendait décrire l’équipe Trump, autour du président Trump, comme « le seul adulte dans la pièce ». Ce général des Marines, faussement affublé du surnom de Mad Dog, colporté par la presse mais jamais employé dans ses décennies passées au sein du Marine Corps, est réputé comme un général-historien très-intellectuel, avec les sept mille ouvrages de sa bibliothèque et ses connaissances impeccables allant de Thucydide à Clausewitz. L’adulte décoré et très-cultivé, et donc d’une extrême sagesse, nous offre pourtant le spectacle étrange d’un emportement d’apparence raisonnable mais sans véritable frein, comme perdu dans les nuages, après tout aussi saugrenu et incertain que les autres; emportement provoqué sans doute par le climat délétère de “D.C.-la-folle” et l’atmosphère étrange qui règne au sein du Pentagone.

Ses déclarations, lundi, selon lesquelles les forces USA doivent rester en Syrie (où elles ont, selon le décompte turc qui n’a nullement été démenti, treize bases) pour être prêtes à reprendre ou à poursuivre le combat contre Daesh, ont parues si complètement surréalistes… 1) Les USA sont censés ne pas être en Syrie (“pas de ‘boots on the ground’ !”, voilà la politique officielle depuis 2011-2012) ; 2) ils sont censés être dans la région (uniquement dans les airs, vous dit-on), pour défaire Daesh ; 3) l’estimation officielle, cautionné par les USA et leurs brillants experts militaro-évaluateurs, est que Daesh est battu… Alors pourquoi rester en Syrie si l’ennemi désigné est battu ? Parce qu’on ne sait jamais, nous dut Mattis perdu dans les nuages, l’ennemi battu peut renaître de ses cendres, comme l’oiseau du même nom, – c’est l’hypothèse Daesh-phenix, ou, selon la terminologie du Pentagone, l’hypothèse “ISIS-2.0”.

Commentaire de ZeroHedge.com à ce point, en conclusion de cet aspect d’une tragédie-bouffe qui a soufflé en ce début de semaine sur le champ crisique de la Syrie (et retenez surtout le « And on and on it goes… » de la fin, qui ressemble aux fables pour les petits enfants pas très sages) : « America’s Syrian adventure went from public declarations of “we’re staying out” to “just some logistical aid to rebels” to “okay, some mere light arms to fight the evil dictator” to “well, a few anti-tank missiles wouldn’t hurt” to “we gotta bomb the new super-bad terror group that emerged!” to “ah but no boots on the ground!” to “alright kinetic strikes as a deterrent” to “but special forces aren’t really boots on the ground per se, right?” to yesterday’s Mattis declaration of an open-ended commitment. And on and on it goes… »

• Le même article de ZeroHedge.com a en fait comme sujet central une longue analyse de la BBC qui “révèle” qu’en fait les forces américanistes qui-ne-sont-pas-en-Syrie (puisque “no boots on the ground”), pour lesquelles Mattis promet de futurs combats contre Daesh-phénix au point qu’il est nécessaire de garder des bases-qui-n’existent-pas en Syrie (puisque “no boots on the ground”), sont les mêmes qui aident de toutes leurs forces des centaines, voire des milliers de combattants de Daesh à se sortir indemnes des piège des attaques combinées des Syriens, des Iraniens, du Hezbollah et des Russes.

Mais “révèle” mérite bien des guillemets, puisque la chose est très largement documentée, discutée, commentée, depuis des mois sinon deux ou trois ans par la presse antiSystème. Les guillemets sont donc surtout là pour saluer ce fait que la presseSystème (BBC) accouche pour la première fois d’un grand récit où l’on apprend ce qu’on sait déjà, – savoir que Daesh-ISIS est pure fabrication des USA avec les amis saoudiens et autres, et que Daesh-phénix l’est d’autant plus qu’il n’a nullement été réduit en cendres.

ZeroHedge.com s’exclame donc :

« Mattis’ declaration of an open ended military commitment in Syria came the same day that the BBC confirmed that the US and its Kurdish SDF proxy (Syrian Democratic Forces) cut a deal with ISIS which allowed for the evacuation of possibly thousands of ISIS members and their families from Raqqa. 

» According to yesterday’s bombshell BBC report:

» The BBC has uncovered details of a secret deal that let hundreds of Islamic State fighters and their families escape from Raqqa, under the gaze of the US and British-led coalition and Kurdish-led forces who control the city. A convoy included some of IS’s most notorious members and – despite reassurances – dozens of foreign fighters. Some of those have spread out across Syria, even making it as far as Turkey. […]

» Though it’s always good when the mainstream media belatedly gives confirmation to stories that actually broke months prior, the BBC was very late to the story. ISIS terrorists being given free passage by coalition forces to leave Raqqa was a story which we and other outlets began to report last June, and which Moon of Alabama and Al-Masdar News exposed in detail a full month prior to the BBC report. 

» And astoundingly, even foreign fighters who had long vowed to carry out attacks in Europe and elsewhere were part of the deal brokered under the sponsorship of the US coalition in Syria. […]

» Much is hidden beneath the rubble of Raqqa and the lies around this deal might easily have stayed buried there too. The numbers leaving were much higher than local tribal elders admitted. At first the coalition refused to admit the extent of the deal.

» So it appears that the US allowed ISIS terrorists to freely leave areas under coalition control, according to no less than the BBC, while at the same time attempting to make the case before the public that a permanent Pentagon presence is needed in case of ISIS’ return. But it’s a familiar pattern by now: yesterday’s proxies become today’s terrorists, which return to being proxies again, all as part of justifying permanent US military presence on another nation’s sovereign territory… »

• Le comportement de Mattis soulève la fureur des Russes, d’autant que ce secrétaire à la défense estime que les USA peuvent rester en Syrie puisqu’ils ont été autorisés à y entrer par l’ONU, ce qui représente une étrange absurdité. Le vice-ministre russe des affaires étrangères a longuement évoqué cette extraordinaire position consistant à dire que les forces US, qui n’étaient pas en Syrie comme Washington le dit depuis cinq ans, sont évidemment en Syrie parce que l’ONU les a autorisées à s’y trouver. Ces absurdités, plus que des contre-vérités, sont dites à l’emporte-pièce, sur un ton assez nonchalant (Mattis : « You know, the UN said that … basically we can go after ISIS. And we’re there to take them out.. »)…

Selon RT, qui est désormais un “agent étranger” et donc suspect aux USA mais qui a encore le droit de lire les compte-rendu des conférences de presse des ministres du gouvernement des États-Unis dont la cohésion est l’une des grandes vertus : « Quoi qu’il en soit, tous ces faits n’empêchent pas Mattis de prétendre que c’est l’ONU qui a autorisé la présence de troupes US en Syrie sans l’autorisation du gouvernement syrien. “Vous savez, l’ONU l’a dit… en gros, nous pouvons aller combattre contre ISIS [en Syrie]. Et nous y sommes pour les chasser”, a dit le secrétaire à la défense, se référant aux actons US en Syrie en répondant aux questions des journalistes ce lundi. »

Il faut aussi noter ceci que le titre de RT sur Mattis commence par une expression bienvenue et assez poétique, qui nous en dit si long pour définir le comportement du ministre : « Lost in reverie »…

• Que conclure à propos de cet incident ? Nous adopterons la solution assez paresseuse de citer, encore une fois, une plume bien à propos, celle de Patrick Armstrong, le 2 novembre 2017 sur Strategic-Culture.org . Ce qui était déjà vrai, ou encore vrai le 2 novembre, l’est déjà et encore plus aujourd’hui lorsque c’est sous la forme de cette charmante charade sans fin, additionnant les “nous ne savons pas” aux “nous ne savons pas” (“ce que nous, gens des USA, faisons en Syrie”), et cela du simple plouc aux généraux les plus bardés de médailles qu’on puisse imagine ; par conséquent, certes, cela vaut pour un Mattis, “perdu dans ses rêveries”…

« But still: we don’t know. We don’t know what Washington was trying to do in Syria. We don’t know whether all Washington was agreed on what it was trying to do in Syria. We don’t know if any agency in Washington had a plan in Syria. We don’t know who was making decisions in Washington then. We don’t know who’s making decisions in Washington now. We don’t know whether there is any unified position in Washington on Syria. Or anything else. We don’t know what Trump wants. We don’t know what Trump can do. We don’t know who’s running the place. Or whether anyone is.

» We don’t know. »

 

Mis en ligne le 15 novembre 2017 à 17H29

 

http://www.dedefensa.org/article/mattis-perdu-dans-ses-reveries-et-en-syrie

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