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Maison Blanche : L’Irak a le virus anthrax La Russie a créé NotPetya

Maison Blanche : L’Irak a le virus anthrax La Russie a créé NotPetya


Moon of Alabama
Moon of Alabama

Par Moon of Alabama – Le 16 février 2018

Hier soir, la Maison Blanche a accusé l’armée russe d’avoir créé et propagé le malware destructeur « NotPetya » qui, en juin 2017 a infesté de nombreuses entreprises internationales.

Déclaration du porte-parole

En juin 2017, l’armée russe a lancé la cyber-attaque la plus destructrice et la plus coûteuse de l’histoire.

L’attaque, surnommée « NotPetya » s’est rapidement propagée dans le monde entier, causant des milliards de dollars de dégâts en Europe, en Asie, et dans les Amériques. Elle s’inscrivait dans le cadre des efforts continus du Kremlin pour déstabiliser l’Ukraine, et témoigne toujours plus clairement de l’engagement de la Russie dans le conflit en cours. Il s’agit également d’une cyber-attaque irresponsable et tous azimuts qui aura des conséquences internationales.

Cette déclaration ressemble à s’y méprendre aux déclarations précédentes accusant l’Espagne d’avoir fait exploser le Maine ou Saddam Hussein d’avoir des armes de destruction massive.

Ni les États-Unis ni personne d’autre n’a présenté la MOINDRE preuve de la MOINDRE implication russe dans la création ou la diffusion du malware NotPetya. Les États-Unis l’affirment sans pouvoir le démontrer.

Il est, en général, absolument impossible d’attribuer à qui que ce soit de telles cyber-attaques. Comme l’a expliqué John McAfee, qui a fondé une société anti-virus :

« Lorsque le FBI ou tout autre organisme affirme que les Russes ou que les Chinois ou que les Iraniens ont fait quoi que ce soit, ils mentent » a déclaré M. McAfee. (…)

« Un hacker capable d’entrer par effraction dans un système est tout à fait capable d’effacer ses traces. Si j’étais Chinois et que je voulais faire croire que les Russes l’ont fait, j’utiliserais la langue russe dans le code. J’utiliserais des techniques russes pour entrer par effraction dans les organisations, donc il n’y a tout simplement pas moyen de déterminer la source d’une attaque – c’est un mensonge. » (…)

« Je peux vous le garantir, si on a l’impression que ce sont les Russes qui l’ont fait, oui je peux vous garantir que ce n’était pas les Russes. »

Je suis d’accord avec McAfee. La CIA est certainement aussi d’accord avec lui. En effet WikiLeaks a publié un certain nombre d’outils cybernétiques de la CIA qu’une de ses sources lui avait procuré. Il s’agissait notamment de logiciels spécialement conçus pour que les attaques soient attribuées à d’autres que leurs auteurs :

« À travers le programme UMBRAGE de la Remote Devices Branch, la CIA collecte, enregistre et archive une grande quantité de techniques de piratage et de logiciels malveillants ‘volés’ à d’autres acteurs et/ou produits dans d’autres États y compris la Fédération de Russie.

Avec UMBRAGE et des programmes de ce type, la CIA peut non seulement augmenter la variété de ses attaques, mais elle peut aussi faire croire que ceux à qui ces programmes malveillants ont été volés sont à l’origine des attaques en laissant derrière elle leurs ’empreintes’. »

Presque tous les éléments qui permettent d’identifier l’origine d’une cyber-attaque peuvent aisément être falsifiés pour accuser quelqu’un qui n’a rien à voir avec elle.

Le British National Cyber Security Center, qui fait partie de l’organisation britannique d’espionnage informatique GCHQ, affirme également que l’armée russe est « presque certainement » responsable de l’attaque de NotPetya. Le Canada et les Australiens disent aussi la même chose.

Mais attention – ce ne sont PAS des sources indépendantes. Ils font partie, avec la Nouvelle-Zélande, de l’alliance d’espionnage des « Five Eyes ». D’après les dossiers de la NSA publiés par Edward Snowden, nous savons que les Five Eyes sont en pratique dirigés par la US National Security Agency :

« Un document interne cite les paroles du chef de la NSA, le lieutenant-général Keith Alexander, lors d’une visite à Menwith Hill en juin 2008 : ‘Pourquoi ne pouvons-nous pas intercepter tous les signaux tout le temps ? On dirait que cette question pourrait faire l’objet d’un bon programme d’été pour Menwith’. »

Menwith Hill est une base d’espionnage de la Royal Air force et fait partie de l’infrastructure du GCHQ. Que le responsable de la NSA puisse lui dicter son « programme d’été » montre où se trouve le vrai pouvoir.

Le gouvernement russe récuse fermement les accusations.

NotPetya était un virus destructeur qui se dissimulait sous la forme d’un ransomware 1. Il était constitué à la base d’outils d’attaque développés par la NSA qui ont ensuite été diffusés anonymement par quelqu’un dont le pseudo était Shadow-Broker. Un des vecteurs d’attaque utilisé par NotPetya était le mécanisme de mise à jour de logiciels de comptabilité fiscale communs à l’Ukraine et à la Russie. Mais le virus s’est rapidement propagé dans le monde entier :

« La banque centrale de l’Ukraine ; les ordinateurs du gouvernement ; les aéroports ; le métro de Kiev ; la compagnie d’électricité d’État Ukrenergo ; le système de surveillance des rayonnements de Tchernobyl ; et d’autres machines du pays ont été attaqués. Tout comme le géant pétrolier russe Rosneft, le cabinet d’avocats DLA Piper, le géant biopharmaceutique américain Merck, l’annonceur britannique WPP et la compagnie danoise Maersk, entre autres. »

C’est à la compagnie maritime danoise Maersk que NotPetya a causé le plus grand dommage. Elle a dû redémarrer complètement toute son infrastructure et a perdu entre 250 et 300 millions de dollars à cause de l’attaque.

La question qu’il faut toujours se poser lorsque de telles accusations sont portées est celle-ci : quel intérêt celui qui en est accusé avait-il à le faire ?

En janvier, le Washington Post a donné le coup d’envoi des accusations étasuniennes sur le malware NotPetya :

« La CIA a attribué à des pirates militaires russes une cyber-attaque qui a endommagé les ordinateurs en Ukraine l’année dernière. Leur but était de perturber le système financier de ce pays dans le cadre du soutien militaire de la Russie aux séparatistes fidèles au Kremlin. (…)

Selon des rapports classifiés cités par les responsables du renseignement américains, la CIA est arrivée, en novembre dernier, à la conclusion ‘presque sûre’ que l’agence d’espionnage militaire du GRU avait créé NotPetya. (…)

Les pirates travaillaient pour le service d’espionnage militaire GTsST, ou Main Center for Special Technology, selon la CIA. Cette unité est fortement impliquée dans le programme de cyber-attaque du GRU, qui comprend le lancement d’opérations d’influence. »

Quel aurait bien pu être le motif de l’« armée russe » de répandre un malware (mal fichu) qui détruit au hasard les fichiers informatiques d’entreprises du monde entier, y compris ceux de Rosneft, le géant russe du pétrole ? Ceux qui croient que le système financier ukrainien était la cible se trompent presque certainement. D’ailleurs aucune preuve ne vient corroborer ça. La Banque centrale ukrainienne n’a été qu’une des milliers de victimes de l’attaque.

Seulement 50 % environ des entreprises contaminées se trouvaient en Ukraine. La plupart d’entre elles n’étaient pas des sociétés financières. L’attaque a été lancée au moyen d’un mécanisme de mise à jour d’un logiciel comptable qui est également utilisé en Russie. Ce vecteur d’attaque initial a probablement été choisi simplement pour sa facilité d’utilisation. La société de logiciels comptables était très mal protégée contre les attaques. Les premiers ordinateurs infectés ont ensuite utilisé un mécanisme différent pour propager le malware à d’autres machines. L’attaque a été lancée un jour férié ukrainien, ce qui n’était pas le meilleur moyen de la propulser le plus vite possible dans toute l’Ukraine.

Le fait que l’Ukraine et la Russie aient été frappées en premier par les logiciels malveillants n’est probablement qu’une question d’horaire. Les États-Unis et la majeure partie de l’Europe occidentale dormaient encore lorsque le virus a commencé à proliférer. Il n’a fallu que quelques heures aux firmes d’anti-virus, dont la société russe Kaspersky, pour identifier les logiciels d’attaque. Une solution pour limiter les dégâts a été trouvée en moins de douze heures. Au moment où la journée de travail commençait aux États-Unis les firmes d’anti-virus avaient déjà publié des conseils et un code de protection. Si l’attaque n’avait pas été enrayée par un logiciel de protection, elle aurait affecté beaucoup plus d’ordinateurs. Et la plupart d’entre eux n’auraient pas été en Ukraine.

Il est extrêmement douteux que l’attaque NotPetya puisse être attribuée à une organisation russe comme le prétendent les Étasuniens. Il est généralement impossible d’identifier avec certitude l’origine d’une telle cyber-attaque. Il est facile à n’importe quel concepteur de virus un tant soit peu compétent de modifier le code pour que le virus paraisse avoir été créé par un tiers. La CIA elle-même développe des outils qui permettent de le faire.

Les logiciels attaquants semblaient de qualité assez médiocre. C’était un fourre-tout mal conçu créé à partir de logiciels malveillants et d’outils espions connus. L’attaque ne se limitait pas à un pays ou à une cible en particulier. Elle peut au mieux être décrite comme un acte de vandalisme d’échelle mondiale ciblant tout le monde et personne. On ne voit pas pourquoi une organisation d’État russe quelle qu’elle soit ferait quelque chose d’aussi inepte.

En 2009, la Russie a proposé de conclure un traité international interdisant les cyber-attaques. Ce sont les États-Unis, sous Obama, qui l’ont rejeté en disant que c’était « inutile » ; et ils ont continué d’élargir leurs propres capacités d’attaque.

Le gouvernement étasunien a lancé une guerre froide 2.0 contre la Russie. Le motif semble être essentiellement financier. Faire la chasse à quelques « terroristes » ne nécessite  pas de gros budgets militaires, mais déclarer la guerre à une puissance nucléaire, si.

Les accusations actuellement proférées contre la Russie ne sont pas plus fondées que les allégations passées d’armes de destruction massive en Irak. Espérons que ces nouvelles accusations n’auront pas des conséquences aussi lourdes !

Traduction : Dominique Muselet

Note

  1. Un ransomware, ou rançongiciel, est un logiciel malveillant qui prend en otage des données personnelles.

http://lesakerfrancophone.fr/maison-blanche-lirak-a-le-virus-anthrax-la-russie-a-cree-notpetya

 

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Manipulation d’une élection ? Les USA l’ont fait dans 45 pays

Source : Vocativ, le 30/12/2016

Par Shane Dixon Kavanaugh

Le 30 décembre 2016

La tentative russe d’influer sur les élections de 2016 continue de consumer la politique américaine d’autant que l’administration Obama a contre-attaqué avec une série de punitions visant les agences d’espionnage et les diplomates russes. La Maison-Blanche ce jeudi (29 décembre 2016) a expulsé 35 russes suspectés d’être des agents de renseignement, et imposé des sanctions contre les deux principales agences de renseignement du Kremlin en réponse à ce que les USA considèrent comme des cyberattaques conduites par les Russes pendant la campagne électorale. Pour le moment, le Président russe Vladimir Poutine a indiqué qu’il n’entendait pas répliquer, mais que cela pourrait changer.

Ce bouillonnant “œil pour œil” a entretenu la question de l’ingérence électorale au niveau national, alimentée plus encore par la croyance, parmi les services de renseignement américains, que la Russie voulait aider Donald Trump à ravir la présidence. Cependant, aucun des deux pays n’est étranger à ce type de manœuvres électorales à l’encontre d’autres nations. En fait, de récentes recherches du politologue Dov Levin montrent que les USA ont une longue et stupéfiante expérience de tentatives d’influencer des présidentielles de pays étrangers.

Levin, un enseignant post-doctorat à l’Institut de Politique & Stratégie de l’Université Carnegie-Mellon, a trouvé que les USA ont tenté d’influencer au moins 81 élections étrangères entre 1946 et 2000. Bien souvent pratiquées dans l’ombre, ces tentatives incluent aussi bien la conduite réussie des présidentielles aux Philippines dans les années 50 par des agents de la CIA, que la divulgation préjudiciables d’informations sur les Sandinistes marxistes pour influencer les électeurs nicaraguayens en 1990. En tout, les USA auraient tenté d’influencer les élections de plus de 45 nations au niveau mondial pendant cette période, ce que démontre Levin. Dans le cas de pays comme l’Italie ou le Japon, les USA auraient tenté d’intervenir dans au moins 4 élections différentes.

Les chiffres avancés par Levin ne comprennent pas les tentatives de coups d’État militaires ou les renversements de régime suivant l’élection d’un candidat non agréé par les USA, comme par exemple quand la CIA a aidé à renverser le premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, démocratiquement élu en 1953. Levin définit une “immixtion électorale” comme “une opération financière conçue afin de déterminer le résultat d’une élection en faveur d’un des deux camps.” Selon les recherches de Levin, cela inclut : divulgation de fausses informations ou de propagandes, création de matériau électoral pour le candidat ou le parti favori, la fourniture ou le retrait d’aides étrangères, diffusion publique de déclarations menaçant ou favorisant un candidat. Souvent, cela comprend aussi le transfert secret de larges sommes d’argent, comme par exemple lors d’élections au Japon, au Liban, en Italie, et dans d’autres pays.

Pour construire sa base de données, Levin a utilisé des documents déclassifiés des services secrets US ainsi que des rapports du Congrès sur l’activité de la CIA. Il a aussi creusé des histoires qu’il a considérées comme fiables provenant de la CIA et des activités secrètes américaines, ainsi que des recherches universitaires sur les services d’espionnages US, des histoires diplomatiques de la Guerre froide et des mémoires d’anciens fonctionnaires de la CIA. La plupart des interventions américaines dans des élections étrangères ont été bien documentées, le Chili dans les années 60 ou Haïti dans les années 90 notamment. Qu’en est-il de Malte en 1971 ? Selon Levin, les USA auraient tenté de “booster” l’économie de cette minuscule île méditerranéenne dans les mois précédant l’élection.

Les recherches montrent que la plupart des ingérences américaines eurent lieu pendant la Guerre froide et avaient pour but de contenir l’influence soviétique à travers des mouvements locaux gauchistes. Et pour être clair, les USA n’étaient pas les seuls à s’immiscer dans des élections étrangères. Selon Levin, la Russie a tenté près de 36 fois d’influencer des élections entre la fin de la seconde guerre mondiale et la fin du 20ème siècle, ce qui, combiné avec les tentatives américaines, constituent 117 ingérences pendant cette période.

Et même après la chute de l’Union soviétique en 1991, Levin a découvert que les USA continuèrent leurs opérations à l’étranger, notamment en Israël, dans l’ancienne Tchécoslovaquie et même en Russie en 1996. Depuis 2000, les USA se sont immiscés dans les élections en Ukraine, au Kenya, au Liban, et en Afghanistan, entre autres.

Source : Vocativ, le 30/12/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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Une base de données retrace l’historique des ingérences américaines dans des élections étrangères

Source : NPR, le 22/12/2016

Le 22 décembre 2016

Ari Shapiro du NPR discute avec Dov Levin, le chercheur de l’Université Carnegie Mellon au sujet de la base de données historique qui révèle les ingérences américaines dans les élections étrangères au fil des années.

ARI SHAPIRO, HOST : Ce n’est pas la première fois qu’un pays a tenté d’influencer le résultat des élections d’un autre pays. Les USA l’ont fait, également, selon le décompte d’un expert, plus de 80 fois à travers le monde, entre 1946 et 2000. Cet expert est Dov Levin de l’Université Carnegie Mellon. Je lui ai demandé de nous raconter des élections où l’intervention américaine a probablement entraîné une différence dans les résultats du vote.

DOV LEVIN : Un exemple est notre intervention en Serbie, Yougoslavie, lors de l’élection de 2000. Slobodan Milosevic était candidat à sa réélection et nous ne voulions pas qu’il reste au pouvoir à la suite de sa tendance, vous savez, à perturber les Balkans et ses violations des droits de l’Homme.

Aussi, nous sommes intervenus de différentes manières au bénéfice du candidat de l’opposition, Vojislav Kostunica. Et nous avons financé l’opposition, nous l’avons aidée et participé à la campagne. Et selon mes calculs, cette aide a été cruciale pour permettre à l’opposition de l’emporter.

SHAPIRO : A quelle fréquence ces interventions sont-elles rendues publiques ou restées secrètes ?

LEVIN : C’est environ un tiers d’interventions publiques et deux-tiers qui sont secrètes. En d’autres mots, elles ne sont pas connues des électeurs visés avant l’élection.

SHAPIRO : Votre décompte ne comprend pas les coups d’État, les tentatives de changement de régime. Il semble que, selon les définitions prises en compte, le total pourrait être en fait bien plus important.

LEVIN : Vous avez raison. Je ne comptabilise pas les coups d’État secrets comme celui mené par les USA en Iran en 1953 ou au Guatemala en 1954. J’ai comptabilisé les cas uniquement quand les USA ont tenté directement d’influencer une élection au bénéfice d’un seul des candidats. Les autres cas d’interventions, je n’en discute pas. Mais si devions compter ces derniers, bien sûr le total serait plus élevé, oui.

SHAPIRO : Combien de fois d’autres pays, comme la Russie par exemple, ont tenté d’infléchir une élection par comparaison avec les États-Unis ?

LEVIN : Eh bien, d’après ma base de données, les USA sont le pays le plus adepte de cette technique. La Russie ou l’Union soviétique depuis 1945 l’a utilisé moitié moins. Mon estimation indique 36 cas entre 1946 et 2000. Nous savons que les Chinois ont également utilisé cette technique et les Vénézuéliens quand feu Hugo Chavez était encore au pouvoir et aussi d’autres pays.

SHAPIRO : Les USA sont probablement plus bruyant que tout autre pays pour tenter de promouvoir la démocratie et les valeurs démocratiques dans le monde Est-ce que cela ne vous frappe pas comme incohérence dans ce message ?

LEVIN : Cela dépend si vous souhaitez aider le côté pro-démocrate – ce qui pourrait être le cas pour l’exemple évoqué précédemment sur Slobodan Milosevic. Je pense que cela pouvait être positif pour la démocratie. Si cela aide des candidats ou partis moins “sympathiques”, alors évidemment c’est moins bénéfique.

SHAPIRO : Évidemment, votre étude sur les tentatives réalisées au 20e siècle pour influencer des élections ne prend pas en compte les attaques informatiques car les ordinateurs n’étaient pas aussi nombreux auparavant.

LEVIN : Oui.

SHAPIRO : De votre point de vue, la technologie – comme nous l’avons vu lors de l’élection de novembre – change-t-elle spectaculairement les règles du jeu ? Ou est-ce juste la dernière évolution d’un effort qui utilise tous les outils mis à sa disposition ?

LEVIN : Je dirais que c’est plutôt ce dernier cas. Je pense que les Russes, ou les Soviétiques auparavant, faisaient rarement ce type d’intervention en l’absence des outils de piratage informatique – vous savez, les rencontres de personnes à la mode ancienne, dans un parc, en secret, donnant ou recevant des informations, dans ce style…

SHAPIRO : Dov Levin travaille au sein de l’Institute for Politics and Strategy de l’Université Carnegie Mellon. Merci de nous avoir rejoint.

LEVIN : Merci beaucoup.

Source : NPR, le 22/12/2016

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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15 réponses à Manipulation d’une élection ? Les USA l’ont fait dans 45 pays

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Les bobards de l’intervention occidentale en Libye et au Kosovo

Les bobards de l’intervention occidentale en Libye et au Kosovo

Les bobards de l’intervention occidentale en Libye et au Kosovo

Par Marc Rousset, économiste, ancien haut dirigeant d’entreprise ♦ Quelque chose est en train de bouger ou de changer dans le royaume de France. Il est ahurissant qu’ait pu paraître sur la page 18 entière du Figaro du samedi 3 février 2018 un dossier aussi accusateur et politiquement incorrect que l’interview de Rony Brauman, ex-Président de Médecins sans frontières, par le grand journaliste Renaud Girard, normalien, adepte de la « Real Politik », épris très souvent de vérité et d’un sens minimum de l’honnêteté intellectuelle.


Rony Brauman vient en effet de faire paraître son ouvrage intitulé : Guerres humanitaires ? Mensonges et intox (éditions Textuel). Cette chronique dans le premier quotidien français pourrait être le point de départ d’une commission d’enquête parlementaire française sur les mensonges politico-médiatiques lors de l’intervention en Libye. Les accusations de Rony Brauman sont d’autant plus graves que le Parlement britannique a mené une enquête qui a confirmé la réalité des bobards. L’ancien Président Obama a pu qualifier l’expédition en Libye, tant vantée pourtant par Hillary Clinton, de « plus grande erreur de sa présidence ».

Les bobards dépassent en intensité ceux des armes de destruction massive de Saddam Hussein pour justifier l’intervention américaine en Irak. On peut mieux comprendre à la lumière de cet ouvrage l’indignation des Russes et le désir de Poutine de ne pas être de nouveau le dindon de la farce en Syrie.

Contrairement à ce qui a été prétexté, la rébellion armée de Benghazi était parfaitement à même de se défendre et de protéger son territoire. Personne n’a jamais vu, à supposer qu’elle ait existé, la prétendue colonne de chars de Kadhafi. Il n’était de toute façon pas nécessaire de commencer une guerre ; de simples survols de la « colonne fantôme » ou des tirs d’arrêt auraient suffi.

Le colonel Kadhafi qui prétendait dans ses discours enflammés aller chercher les opposants « ruelle par ruelle », n’avait pas les moyens d’écraser la rébellion de Benghazi. L’attaque de manifestants à Tripoli par les avions de Kadhafi n’a également jamais eu lieu. Sarkozy, Cameron et Obama ont pu cependant déclarer : « Un chef d’Etat qui envoie son aviation contre son peuple n’est plus digne de gouverner ; il doit partir ».

De même les charniers de Benghazi et de Tripoli n’ont jamais existé. Le représentant de la ligue libyenne des droits de l’homme faisait pourtant état de six mille morts ensevelis à la hâte en une dizaine de jours. La quasi-totalité des médias, des hommes politiques et des intellectuels ont repris et divulgué en 2011 cette fausse information.

Il y a ceux qui voient ce qu’ils croient et ceux qui, comme les patriotes, croient ce qu’ils voient. La guerre était en réalité voulue par l’Occident. Il s’est passé seulement 5 semaines entre la première manifestation à Benghazi du 15 février 2011 et l’attaque aérienne française du 19 mars. Toutes les tentatives de médiation (Union africaine, Turquie, Sénégal, Afrique du Sud) ont été repoussées. Voilà ce que le politiquement correct et l’infâme BHL appellent une guerre juste !

A noter qu’il en a été de même pour la guerre déclenchée par l’Otan en mars 1999 qui a bombardé pendant 83 jours Belgrade et les populations civiles serbes alors que la  Serbie souhaitait reprendre le contrôle du Kosovo, son berceau mythique ancestral avec ses monastères, perdu le 28 juin 1389 face à l’empire ottoman lors de la bataille du Champ des Merles, envahi par l’immigration d’origine albanaise devenue majoritaire.

La véritable raison de l’agression par l’hyper-puissance américaine était alors le désir de justifier le maintien de l’organisation militaire de l’OTAN, de narguer les Nations-Unies, la Chine, l’Europe et la Russie, d’affaiblir l’Europe en favorisant le multi-ethnisme et l’islam, de poursuivre l’expansion militaire à l’Est et d’implanter la plus grande base militaire hors des Etats-Unis de « Bondsteel » forte de 10 000 hommes.

Le droit de l’hommiste Bill Clinton avait eu alors le toupet de dire : « Nous intervenons pour édifier un Kosovo pacifié et multi-ethnique »

Marc Rousset
19/02/2018

Rony Brauman, Guerres humanitaires ? Mensonges et intox, éditions Textuel, 24 janvier 2018, 127 pages.

Source : LAFAUTEAROUSSEAU

Crédit photo : Nicolas Sarkozy et Bernard-Henri Lévy – Gyrostat [CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons

https://www.polemia.com/les-bobards-de-lintervention-occidentale-en-libye-et-au-kosovo/

Syrieleaks : Un câble diplomatique dévoile la “stratégie occidentale”, par Richard Labévière

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 19-02-2018

Conférence sur la sécurité – Munich, 17 février.

Dans un anglais quelque peu familier mais précis, Benjamin Norman – diplomate en charge du dossier Proche et Moyen Orient à l’ambassade de Grande Bretagne à Washington – rend compte dans un Télégramme diplomatique confidentiel (TD)1 du 12 janvier 2018 de la première réunion du « Petit groupe américain sur la Syrie » (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie), qui s’est tenue à Washington le 11 janvier 2018.

Dans ce TD de cinq pages, il dévoile le détail de la « stratégie occidentale » en Syrie : partition du pays, sabotage de Sotchi, cadrage de la Turquie et instructions adressées au représentant spécial de l’ONU Staffan de Mistura qui dirige les négociations de Genève. Un Non Paper (de 8 pages) accompagne ce TD en prévision de la deuxième réunion du « Petit Groupe ». Celle-ci s’est tenue à Paris le 23 janvier dernier, essentiellement consacrée à l’usage des armes chimiques et aux « consignes » adressées par le « Petit Groupe américain » à Staffan de Mistura.

Assistaient à cette réunion du 11 janvier à Washington Hugh Cleary (chef du Département Proche et Moyen-Orient du Foreign Office) ; Jérôme Bonnafont (directeur ANMO/Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay) ; David Satterfield (Secrétaire d’Etat-adjoint américain chargé du Moyen-Orient) ; le Jordanien Nawaf Tell et le saoudien Jamal al-Aqeel. L’Américain a ouvert la séance en précisant qu’une deuxième réunion aurait lieu à Paris le 23 janvier.

David Satterfield a confirmé que le président Trump avait décidé de maintenir une importante présence militaire américaine en Syrie, malgré la victoire remportée contre l’« Organisation Etat islamique » (Dae’ch) ; le coût de ce maintien étant fixé à quatre milliards de dollars annuels. Il a précisé que cette présence militaire américaine devait prévenir toute résurgence de Dae’ch, mais surtout empêcher les « Iraniens de s’installer durablement et de s’imposer dans la recherche d’une solution politique ». En troisième lieu, il a insisté sur le fait que la première réunion du « Petit Groupe » devait aussi apporter un « appui matériel et politique important à Staffan de Mistura pour « consolider le processus de Genève ». L’ensemble des participants a accueilli très positivement cette mise au point afin de « réaliser des progrès substantiels en Syrie durant l’année 2018 » et de « répondre à la propagande d’une victoire russe ». Ensuite, les participants ont insisté sur le « désir russe d’aboutir à une solution politique » qu’il s’agissait d’utiliser pour rendre « plus opérationnels » les objectifs du « Petit Groupe ».

CONSOLIDER LE PROCESSUS DE GENEVE

Les Etats-Unis ont noté qu’ils ne participeraient plus aux réunions d’Astana, ayant réduit « leur participation à un niveau très bas, pour souligner leur engagement envers Genève » ; en des termes définitifs, il est décidé de « tirer un trait conceptuel sur Astana pour revenir à Genève ». Ils ont ensuite estimé que jusqu’à maintenant « Genève restait un échec, malgré les efforts de Staffan de Mistura ». Ils se sont montrés très prudents quant à l’inclusion du cessez-le-feu dans les discussions de Genève : « la vérité étant que nous n’avons tout simplement pas la capacité d’empêcher le régime de grignoter les poches de l’opposition restantes à Idlib et à l’Est de la Ghouta ».

Le TD fait état de grands progrès « réalisés par l’opposition au cours des derniers mois », en soulignant qu’elle « devra encore faire preuve d’une plus grande souplesse pour s’assurer que le Régime ne quitterait pas Genève (…) alors que les Américains n’apportent aucun soutien à l’hypothèse d’un gouvernement de transition tel que le prévoit la résolution 2254 (du Conseil de sécurité des Nations unies) ». Le texte ajoute qu’il « serait tout de même utile que l’opposition puisse cesser d’agiter cette hypothèse à tout bout de champ… » Il a été aussi convenu que « l’opposition devait faire preuve de plus de flexibilité et arrêter d’agiter l’épouvantail d’un gouvernement de transition », les Américains ajoutant que, sans changer d’objectif final quant à la partition de la Syrie et au départ de Bachar al-Assad, il fallait d’abord « rester en mouvement en procédant à « une manipulation prudente » de l’opposition.

Le représentant français – Jérôme Bonnafont – a posé le problème d’une éventuelle participation de Bachar al-Assad à de futures élections. David Satterfield a répondu que « l’objectif était de créer les conditions et des institutions qui permettraient des élections qu’Assad ne pourrait pas gagner ». Satterfield a ajouté « qu’il n’y avait pas de raison ‘flagrante’ pour empêcher Assad d’être candidat ». Dans ces conditions, il s’agissait surtout de tester les intentions de la Russie, notamment pour qu’elle arrive « à ce que le Régime soit amené à discuter d’une nouvelle Constitution, d’élections libres sous le contrôle des Nations unies et de la création d’un environnement susceptible de favoriser ces deux processus ». Accord sans restriction de tous les membres de la réunion du « Petit Groupe » pour « ne plus se satisfaire des propos mielleux de Lavrov, afin de mettre Moscou sous pression ». Pour Satterfield, il s’agit d’amener les Russes à lâcher Assad, « à travers des réunions du Conseil de sécurité et une large campagne de communication publique », estimant que la ré-élection annoncée de Vladimir Poutine fragilisait positivement la position russe…

SABOTER ET INSTRUMENTALISER SOTCHI

L’une des conclusions de cette première réunion du « Petit Groupe » est parfaitement claire : « revigorer Genève pour que Sotchi devienne hors de propos » ; la France réclamant plus de « transparence sur la position russe ». Mais il s’agit encore de ne pas s’opposer « frontalement » à Sotchi « présentant l’avantage de rassembler une part non négligeable de la société civile syrienne », pour en ramener les « apports les plus positifs à Genève, afin de renouveler et relancer ce format de Genève ».

Les Saoudiens ont mis en garde contre un « risque de fragmentation des différents groupes de l’opposition et demandé de l’aide afin de maintenir la cohésion de celle-ci ». Satterfield a rétorqué que leurs représentants devraient « s’engager davantage dans la recherche d’une solution politique plutôt que de profiter de salaires mirifiques et de longs séjours dans des hôtels agréables ». La France a appuyé cette remarque en insistant sur « la communication ». A cet égard, le TD britannique dresse le commentaire suivant : « malheureusement, la Cinquième République française n’a pas vocation à financer cet effort », les représentants britanniques rappelant « que la communication de l’opposition a été financée en premier lieu par… le Royaume-Uni ».

David Satterfield a, ensuite, expliqué que l’opposition turque aux « Unités de protection du peuple kurde (YPG) » empêchait les Kurdes de participer à Genève. Tout en comprenant la position d’Ankara, il a souligné « qu’on ne pouvait pas ignorer un groupe qui contrôlait le tiers de la Syrie (SIC) et qui avait pris la plus grande part à la lutte contre Dae’ch ». Il a expliqué que « les Américains cherchaient à établir un leadership multi-ethnique au nord-est de la Syrie afin de diluer l’hégémonie de l’ YPG ». Par contre, il s’agissait d’imposer les FDS (Forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes et sous contrôle américain) dans le processus de Genève.

Commentaire de l’auteur du TD : « je comprends que les Etats-Unis vont nommer William (Bill) Roebuck, leur ex-ambassadeur à Bahreïn, comme représentant spécial des FDS. Je vais suivre, mais cela vaut la peine de rappeler – selon les discussions séparées que nous avons eues, par exemple avec Fiona Hill – que les relations entre les Etats-Unis et la Turquie sont déjà mauvaises et ne risquent pas de s’améliorer. Par conséquent, les Américains ne sont pas les mieux placés pour faire – en solo – le gros boulot avec les FDS et Ankara ». L’objectif est clairement défini : « amener Staffan de Mistura à accepter à Genève une structure tripartite incorporant l’opposition, Assad et les FDS ».

Du reste, le secrétaire d’Etat adjoint indique qu’un « Non-Paper – Reviving the Syrian Political Track in Geneva– sera communiqué à Staffan de Mistura avant la réunion du 23 janvier à Paris, « afin de mettre les Russes au pied du mur ». Ce document comporte : « une Feuille de route politique, les éléments d’une réforme constitutionnelle, la structure onusienne de supervision des élections et les directives pour l’établissement d’un environnement pacifié ».

Pour leur part, les Jordaniens ont qualifié la session du « Petit Groupe » de « la réunion publique la plus secrète de tous les temps ». Et l’auteur du TD de conclure : « nous devons, pour le moment, garder un groupe constitué uniquement des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de la France, de l’Arabie saoudite et de la Jordanie. Les prochains à être invités devraient être l’Egypte et l’Allemagne (pour qui nous avons plaidé). La Turquie devrait également joindre le groupe, mais la discussion avec elle risque d’être empoisonnée par les Kurdes, ce qui rendra plus difficile la neutralisation d’Astana. Il n’y a donc pas urgence à intégrer ces trois derniers pays ».

COMMENTAIRES BELLICISTES

Les commentaires en conclusion de ce TD sont fort éloquents en ce qui concerne l’avenir de la stratégie occidentale en Syrie. Les trois conclusions essentielles soulignent « une vraie réaffirmation du leadership des Etats-Unis dans les coulisses… ». La deuxième perspective consiste à « maintenir la pression sur la Russie, même si celle-ci ne parvient pas à convaincre Moscou de lâcher le régime comme nous l’espérions ». Sur ce plan, « nous devons continuer – ce que nous faisons déjà – à dénoncer l’horrible situation humanitaire ainsi que la complicité russe dans la campagne de bombardements de cibles civiles ». Enfin, conclut l’auteur du TD, « les Américains m’ont dit combien ils avaient apprécié notre contribution et notre soutien ces derniers mois alors qu’ils étaient en train de finaliser leur stratégie ».

XXX

Voilà qui n’augure pas d’une prochaine sortie de crise en Syrie dans un contexte marquée par quatre évolutions majeures des plus préoccupantes. 1) Les Etats-Unis ont décidé de renforcer et de diversifier leur posture nucléaire. Le Pentagone vient d’annoncer qu’il va développer des armes nucléaires tactiques miniaturisées « pour s’adapter aux nouvelles menaces internationales ». Le président iranien Hassan Rohani a répondu : « comment quelqu’un peut-il parler de paix mondiale et en même temps annoncer qu’il développe de nouvelles armes nucléaires destinées à ses principaux ennemis ? »

2) Les ministres de la Défense de l’OTAN se sont entendus les 14 et 15 février derniers à Bruxelles sur les grandes lignes d’une nouvelle refonte des structures de commandement de l’Alliance Atlantique. Cette « adaptation – la plus grande depuis la fin de la Guerre froide », selon le secrétaire général Jens Stoltenberg, est proposée par les militaires américains. Elle vise à rendre l’Alliance plus efficace en cas de crise de haute intensité. En clair, il s’agit de « mieux dissuader et répondre aux nouvelles menaces venant de certains Etats, au premier rang desquels la Russie ».

3) Aux lendemains de la destruction d’un chasseur israélien dans l’espace aérien syrien et, alors que la police israélienne demande l’inculpation du premier ministre Benyamin Netanyahou pour corruption, Tel-Aviv accuse l’Iran de s’implanter en Syrie et menace de multiplier ses opérations militaires. Ce n’est pas la première fois que le premier ministre israélien – qui refuse de démissionner – utilise les regains de tension régionale pour consolider son pouvoir personnel et son alliance avec l’extrême-droite du pays.

4) Enfin, le soutien militaire de Washington aux Kurdes de Syrie continue à provoquer l’Ire d’Ankara. La crise de confiance est consommée et l’axe turco-américain est au bord de la rupture. Deuxième contingent de l’OTAN, l’armée turque a dû accompagner le tournant conservateur et anti-occidental après le putsch raté de juillet 2016. Mission vient d’être donnée à un général aux tendances conservatrices et islamistes de restructurer l’armée turque dégarnie par les purges.

En définitive, le TD britannique reflète parfaitement la stratégie occidentale en Syrie : saboter les efforts de paix de Sotchi, ajouter deux nouvelles guerres à la crise syrienne : celle des Turcs contre les Kurdes et celles des Israéliens contre l’Iran et le Hezbollah libanais. « Les Américains n’ont jamais admis leur défaite militaire en Syrie et ne veulent pas lâcher le morceau et surtout leur objectif stratégique principal », commente un haut diplomate français, « celui d’un démantèlement de la Syrie, du type de celui qui a été conduit en Irak et en Libye. Leur volonté est d’armer les Kurdes pour contrôler les régions pétrolières de l’Est syrien afin de pouvoir peser sur la reconstruction politique et économique du pays ». La paix n’est donc pas pour demain.

Richard Labévière

1 Benjamin Norman/Foreign and Security Policy – Middle East/British Embassy – 3100 Massachusetts Avenue, NW/Washington DC/20008/USA. Phone : 202 588 6547/FTN : 8430 6547. Email : Benjamin.norman@fco.gov.uk

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 19-02-2018

Nous vous proposons cet article afin d’élargir votre champ de réflexion. Cela ne signifie pas forcément que nous approuvions la vision développée ici. Dans tous les cas, notre responsabilité s’arrête aux propos que nous reportons ici. [Lire plus]

3 réponses à Syrieleaks : Un câble diplomatique dévoile la “stratégie occidentale”, par Richard Labévière

  1. Christian Gedeon Le 21 février 2018 à 07h11

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    Si tout ce que je lis a effectivement été dit,c’est assez ahurissant. Et ça traduit surtout le desarroi de ce petit groupe,tres informel quand même semble t il. In fine on en revient toujours à la meme tentation de faire éclater les pays ,ce qui est une boîte de Pandore. Et je pense surtout que ce groupe ne pige toujours pas que Poutine se contrefout que la solution soit trouvée à Sotchi ,Astana ou au diable vauvert pour peu que cette solution garantisse l’intégrité de la Syrie et empêche la prise de pouvoir par les islamistes quelle que soit leur forme,car là est son véritable but. Genève? Pourquoi pas? Mais Genève passant sous les fourches caudines du projet global russe. Reste l’épineuse question iranienne,épineuse pour les russes aussi en vérité. Peut être le point qui accordera tout ce petit monde.

  2. Fritz Le 21 février 2018 à 07h19

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    Merci de dévoiler les projets de ces cinq États-voyous – dont la France fait partie, hélas…
    C’est consternant. Lundi, le placide et modéré Sergueï Lavrov a exigé la fermeture d’une base américaine en Syrie, qui permet aux djihadistes de reconstituer leurs forces. Rappelons que la “présence américaine en Syrie” est PARFAITEMENT ILLÉGALE, comme l’étaient l’agression et l’occupation américaine en Irak.

    Et là, il y a en face les Russes et les Iraniens, sans compter des Turcs qui se détachent de l’Empire, et un Netanyahu tenté par la fuite en avant pour échapper à une inculpation.

    Concernant l’OTAN, ce machin-truc qui ne s’est pas dissous contrairement au Kominform et au pacte de Varsovie, et qui a deux guerres à son passif (Serbie et Libye), George Kennan nous avait prévenus il y a vingt ans : son extension vers l’Est serait « une erreur tragique ».
    http://www.nytimes.com/1998/05/02/opinion/foreign-affairs-now-a-word-from-x.html

    Tout est réuni pour que ça dérape, définitivement. Si une Troisième Guerre mondiale éclate, nous autres Occidentaux l’aurons amplement méritée.

  3. caliban Le 21 février 2018 à 07h38

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    Ces gens ne sont pas faits comme nous, ils ne pourraient pas survivre dans l’air putride qu’ils respirent lors de ce genre de réunions. Partant de là, séparer la tête des épaules de ces cyborgs serait-il vraiment répréhensible ?

    Blague à part, merci pour ce document très instructif, qui nous apprend que ces gens ne raisonnent évidemment ni avec les sentiments et ni en tenant compte de l’expérience passée. Bref, raisonnent-ils vraiment ? Ne constituent-ils pas une sorte de fanatiques en col blanc ?

    https://www.les-crises.fr/syrieleaks-un-cable-diplomatique-devoile-la-strategie-occidentale-par-richard-labeviere/

Le désarroi des diplomates et militaires à la MSC 2018

Le désarroi des diplomates et militaires à la MSC 2018

Organisée par des Allemands, la Conférence sur la Sécurité de Munich, s’est transformée en forum mondial des ministres des Affaires étrangères et de la Défense. Chacun voulait anticiper l’évolution politique du moment, tandis que les organisateurs tentaient de faire avancer la cause de leur réarmement. En définitive, si les positions des uns et des autres ont été clarifiées, la question des nouvelles règles du jeu reste en suspens.

| Damas (Syrie)

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La Conférence sur la Sécurité de Munich est devenue au fil du temps la rencontre internationale la plus importante sur le sujet au monde. Créée dans le contexte de la Guerre froide par un noble ultra-conservateur, héros de la Résistance contre le nazisme, Ewald-Heinrich von Kleist-Schmenzin, elle a toujours eu un côté atlantiste et anti-communiste. Elle n’en reste pas moins un événement allemand et non pas une initiative états-unienne.

Fondée en 1963, elle réunissait alors une soixantaine de personnalités. Henry Kissinger, qui n’était alors qu’un espion et un universitaire, et Helmut Schmidt, alors simple député fédéral, y participèrent. Depuis 2009, sous l’impulsion de son nouveau président, le diplomate Wolfgang Ischinger, la conférence n’est plus un séminaire stratégique germano-US, ni même un forum européen, mais l’événement mondial en matière de Relations internationales et de Défense.

La Conférence 2018

L’édition 2018 rassemblait 682 hautes personnalités, dont une trentaine de chefs d’État et de gouvernement, une quarantaine de ministres des Affaires étrangères, une autre quarantaine de ministres de la Défense, et presque tous les patrons des services secrets occidentaux, sans compter les directeurs de think tanks et d’ONG humanitaires atlantiques, ou les journalistes bien-pensants  [1]. Depuis trois ans, un sommet des services secrets se tient discrètement en marge de la Conférence.

Le très haut niveau, sans aucun précédent, de cette rencontre s’explique par le désordre international actuel. Chacun a bien vu que le système unipolaire imposé par les États-Unis à partir de 1995 n’est plus. Pour autant, personne ne sait très bien ce qui va suivre.

La presse n’a retenu de cet événement que le show puéril de Benjamin Netanyahu et quelques phrases des uns et des autres. Les vrais enjeux étaient ailleurs.

L’affirmation de la puissance militaire allemande est-elle désormais possible ?

La puissance invitante, c’est-à-dire des Allemands à titre privé et non pas l’État fédéral, entendaient utiliser les participants pour faire avancer ses propres objectifs. Un document distribué à l’entrée, débute par deux articles. Celui de gauche, signé par le ministre des Affaires étrangères Sigmar Gabriel, comprend cette phrase : « Il est ni imprudent, ni anti-américain, d’imaginer une Europe sans les États-Unis » [2]. Celui de droite, rédigé par la juriste Constanze Stelzenmüller, analyse les divergences entre le président Trump et ses principaux conseillers pour conclure par une mise en garde face à leurs développements possibles [3].

Juste avant que Berlin ne soit paralysé par l’absence de majorité parlementaire, le gouvernement fédéral réfléchissait à la possibilité d’investir massivement dans son armée et de prendre le contrôle de l’ensemble des armées européennes, française comprise [4]. Il s’agit d’utiliser l’Union européenne au moment où les États-Unis sont en crise pour affirmer au plan politique la puissance économique allemande. Mais comment se passer de la puissante armée britannique après le Brexit ? Comment gérer la force nucléaire française ? Et quelle marge de manœuvre les États-Unis sont-ils prêts à concéder à l’Allemagne ?

Le Premier ministre britannique, Theresa May, a répondu, en ce qui la concerne, que le Royaume-Uni entendait négocier un Traité de Défense avec l’Union européenne, une fois qu’il l’aurait quittée ; ce qui renvoie l’Allemagne à la vision que Winston Churchill en avait. L’Union européenne doit maintenir la stabilité à l’Ouest du continent, Londres sera toujours pour elle un allié solide, mais c’est le gouvernement de Sa Majesté qui fixera les objectifs communs et certainement ni Berlin, ni Paris.

Le Premier ministre français, Édouard Philippe, a dressé l’éloge de l’Europe de la Défense et affirmé que son pays consacrerait 2% de son PIB aux questions militaires en 2025. Capitalisant sur l’excellente communication du président Emmanuel Macron, il a manifesté son soutien aux ambitions allemandes tout en s’abstenant de répondre à la question concrète de la force de frappe. On n’est donc guère avancé : le tandem Macron-Philippe se réjouit du nouveau mécanisme de concertation européenne en matière d’industrie de Défense (le PESCO), mais n’a signé d’engagements concrets qu’avec Londres.

L’énorme délégation US s’est comportée comme imaginé dans le document préparatoire : Washington attache beaucoup d’importance à ses alliés pour renforcer sa crédibilité. Autant dire que l’affirmation de la puissance militaire allemande ne sera possible que tenue en laisse par le Pentagone.

L’Ukraine et la Crimée

Alors que l’Allemagne a voté les sanctions européennes contre la Russie, les membres de la MSC ne remettent pas en question la réunification de la Crimée à la Russie. Ils ne s’appuient pas sur l’exemple de la réunification allemande, car celle-ci ne s’est pas faite au détriment d’un autre État, mais sur leur propre initiative de reconnaître l’indépendance de la Slovénie, de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine contre la volonté de la Fédération yougoslave (actuelle Serbie) [5]. Ils analysent la crise ukrainienne en termes de tectonique des plaques. Pour eux, les forces qui se sont affrontées là-bas durant une vingtaine d’années ont abouti à ce divorce. Dès lors, la question du Donbass est celle de la délimitation des plaques. La réponse n’est pas la même selon que l’on observe l’Histoire longue ou courte.

Quoi qu’il en soit, la MSC considère les accords de Minsk II comme la seule solution de paix, mais elle ne les comprend pas de la même manière que Moscou, ce texte étant particulièrement imprécis.

Les Allemands ont été surpris par la proposition du président Vladimir Poutine de déployer une force de stabilisation des Nations unies au Donbass. Ils la comprennent comme chargée de faire respecter l’ordre de Kiev et donc, de désarmer la région tandis que le gouvernement ukrainien pourrait, lui, se préparer à un nouvel affrontement. Ce n’est évidemment pas le point de vue russe.

Une dizaine de personnalités ukrainiennes étaient présentes à Munich. Certes, le président Petro Poroschenko et ses alliés comme son ministre des affaires étrangères Pavlo Klimkin (ancien ambassadeur à Berlin) ou le maire de Kiev Vitali Klitschko (ex-champion du monde de boxe poids lourds WBO & WBC, « héros » du Maïdan). Également des leaders économiques comme Natalie Jaresco (une ex-employée du département d’État US, placée par Washington comme ministre des Finances) ou le patron de Naftogaz, Andriy Kobolyev, et les oligarques Viktor Pinchuk et Sherhiy Taruta. Mais ne faisant qu’une confiance très limitée à l’équipe actuellement au pouvoir, la MSC avait également invité Yulia Timoschenko, les députés Mustafa Nayyem (le déclencheur du Maïdan) et Svitlana Zalishchuk (US National Endowment for Democracy).

Dans une salle séparée, hors des regards, les représentants de la France, l’Allemagne, l’Union européenne et la Russie ont rencontré ceux de l’Ukraine. Rien n’a avancé et surtout pas l’idée d’un déploiement de Casques bleus.

Le Moyen-Orient vu par Berlin

L’Allemagne s’est considérablement investie dans le projet US au Moyen-Orient (stratégie de destruction des sociétés et des États conçue par l’amiral Arthur Cebrowski [6]), mais peu dans le projet états-uno-britannique des « printemps arabes ». Elle héberge et soutient depuis la Guerre froide plusieurs quartiers généraux des Frères musulmans, dont celui des Syriens à Aix-la-Chapelle. Elle a participé à l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri [7]. Elle a co-rédigé en 2012 le plan Feltman de capitulation totale et inconditionnelle de la Syrie [8]. Actuellement, Volker Perthes, le directeur de la Stiftung Wissenschaft und Politik, son think tank étatique, est conseiller de Jeffrey Feltman à l’Onu.

Depuis plusieurs années, les documents internes du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) sont des copiés-collés des notes de Volker Perthes pour le gouvernement allemand.

Volker Perthes était bien entendu présent à Munich [9] avec Jeffrey Feltman et leurs amis, Lakdhar Brahimi, Ramzi Ramzi, Steffan de Mistura, les généraux David Petraeus (le fond KKR était aussi représenté par Christian Ollig) et John Allen (Brookings Institution), ainsi que Nasser al-Hariri, le président de la Haute-Autorité pour les négociations (opposition syrienne pro-Saoudienne), Raed al-Saleh le directeur des Casques blancs (Al-Qaïda) et leurs sponsors qataris, dont l’émir Thamim.

Dans un article du document préparatoire de la Conférence [10], Volker Perthes assure que l’équilibre politique du Moyen-Orient vient de basculer. Mais il raisonne en s’appuyant sur ce qu’il souhaite et non pas sur ce qu’il voit. Il assure que le gouvernement de Damas est épuisé par la guerre alors qu’il vient de tendre un piège savant aux Israéliens et est parvenu à détruire un de leurs avions. Il évalue la rivalité saoudo-iranienne en croyant que Riyad est en position de force alors que le contre-coup de Palais s’organise depuis l’étranger. Il imagine que les Émirats vont aider l’Arabie saoudite contre Téhéran, alors qu’ils viennent d’imposer à Riyad la partition du Yémen et qu’ils tirent la richesse de Dubaï du contournement de l’embargo anti-iranien.

Les erreurs de Volker Perthes ont été prolongées par celles —volontaires— des trois patrons du BND allemand (Bruno Kahl), du MI6 britannique (Alex Younger) et de la DGSE française (Bernard Émié), qui ont expliqué dans une salle à part, devant un public choisi pour sa crédulité, leurs inquiétudes face à l’opération turque en Syrie. Les trois hommes ont feint de croire que les combattants du YPG sont les meilleurs remparts face à Daesh, alors qu’ils devaient former avec d’ex-daeshistes la Force de sécurité aux frontières et que, cette semaine, plusieurs officiers jihadistes ont été arrêtés par l’armée arabe syrienne en rejoignant Afrin mêlés aux combattants kurdes [11]. Certes, le métier de ces trois maîtres-espions est de savoir à qui ils doivent la vérité et à qui ils peuvent mentir. Continuant sur leur lancée, ils ont laissé entendre que l’armée arabe syrienne utilise des armes chimiques —profitant ainsi de l’absence dans la salle du secrétaire US à la Défense, Jim Mattis, qui avait souligné quelques jours plus tôt l’inexistence de preuve en la matière [12]—.

En définitive, avant de se réarmer massivement, l’Allemagne devrait choisir avec plus soin ses analystes de politique étrangère.

[1] « Liste des 682 participants à la Conférence sur la Sécurité de Munich 2018 », Réseau Voltaire, 18 février 2018.

[2] “Power boost. The EU must win the conflicts of the future”, Sigmar Gabriel, Security Times, February 2018.

[3] “Power outage. « America first » means America alone”, Constanze Stelzenmüller, Security Times, February 2018.

[4] « Ambitionierte Rahmennation : Deutschland in der Nato », Rainer L. Glatz, Martin Zapfe, SWP-Aktuell #62, août 2017.

[5] “Chain of secession”, Andreas Zumach, Security Times, February 2018.

[6] The Pentagon’s New Map, Thomas P. M. Barnett, Putnam Publishing Group, 2004. « Le projet militaire des États-Unis pour le monde », par Thierry Meyssan, Haïti Liberté (Haïti) , Réseau Voltaire, 22 août 2017.

[7] « Révélations sur l’assassinat de Rafiq Hariri », par Thierry Meyssan, Оdnako (Russie) , Réseau Voltaire, 29 novembre 2010.

[8] « L’Allemagne et l’Onu contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 28 janvier 2016.

[9] Sur les interventions de Volker Perthes à la Conférence 2017, lire : « Le détournement de la Conférence sur la Sécurité de Munich », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 21 février 2017.

[10] “Bismarck would blush. The political geometry of the Middle East has been redrawn in the last year”, Volker Perthes, Security Times, February 2018.

[11] Un accord a été conclu entre le YPG et les autorités syriennes. Les combattants kurdes ont été autorisés à traverser les zones contrôlées par l’armée arabe syrienne pour rejoindre leurs « frères » à Afrin et y lutter contre l’armée turque. Mais cet accord n’est valable que pour les anarchistes kurdes, pas pour les jihadistes étrangers.

[12] « Jim Mattis réfute les « Fake News » d’Israël et de l’Otan », par Thierry Meyssan, Al-Watan (Syrie) , Réseau Voltaire, 14 février 2018.

http://www.voltairenet.org/article199739.html

Le boss, c’est lui

Le boss, c’est lui

14 Février 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Moyen-Orient

Alors que s’embrasent les flammes du conflit syrien entrant dans sa dernière phase, un intéressant et quelque peu pessimiste article a paru dans la presse israélienne sur l’épisode du week-end. Retour sur la dernière flambée…

La veille du 39ème anniversaire de la Révolution iranienne, les Gardiens de ladite Révolution, présents sur la base T4, ont fait décoller aux petites heures de l’aube un drone afin de survoler Israël. Une demi-heure plus tard, il est abattu par un hélicoptère et l’aviation israélienne réplique en bombardant le T4.

Las pour Bibi la terreur, déjà englué dans une inopportune affaire judiciaire et qui a par ailleurs réussi l’exploit de rendre furieuse à propos des colonies une administration Trump pourtant complaisante… Un F16 est abattu par la défense anti-aérienne syrienne et l’un des pilotes meurt de ses blessures.

Vexés par cette gifle à leur aviation théoriquement toute puissante et voulant sauver la face, les Israéliens ripostent par une deuxième vague plus massive de bombardements, d’ailleurs applaudie des deux mains par Al Qaeda. Quant aux tirs de missiles, une partie aurait également été abattus par la défense syrienne.

C’est là qu’intervient le boss. Extrait de l’article d’Haaretz :

Le président russe Vladimir Poutine a mis fin à la confrontation entre Israël et l’Iran en Syrie et les deux pays ont accepté cette décision. (…)

Samedi après-midi, après la seconde vague de bombardements par l’aviation israélienne sur des cibles syriennes et des installations iraniennes en Syrie, de hauts responsables militaires israéliens tenaient encore une ligne dure et paraissaient considérer des opérations militaires supplémentaires. Ces discussions ont pris fin peu après une conversation téléphonique entre Poutine et Netanyahou. (…)

Le calme après la discussion Netanyahou-Poutine montre à nouveau qui est le véritable patron au Moyen-Orient. Pendant que les Etats-Unis continuent de briller par leur absence – les recherches continuent pour trouver une politique américaine cohérente -, la Russie dicte le tempo.

Tout est dit…

Une mauvaise nouvelle n’arrivant jamais seule pour le système impérial, le risque potentiel, quoique encore improbable, d’une confrontation intra-OTAN avec la Turquie augmente chaque jour en Syrie du nord. Notez la bravade du général US menaçant de « répondre agressivement » si les Turcs attaquent Manbij, joyeuseté à laquelle le sultan a rétorqué en promettant une « gifle ottomane ». Ambiance, ambiance…

Quant à l’armée syrienne, elle masse des renforts vers Deir ez-Zoor pour reprendre du terrain aux proxies SDF de l’empire après le bombardement de loyalistes par l’US AIr Force la semaine dernière, qui a également tué un certain nombre de mercenaires russes présents avec les forces pro-Bachar. La situation est encore peu claire sur ce qui s’est réellement passé et les Américains avaient apparemment immédiatement contacté les Russes pour les prévenir de l’attaque des loyalistes avant de répliquer.

Moscou reste étrangement muet, comme après le bombardement israélien du week end. On a vu qu’un coup de fil de Vlad l’empaleur (agrémenté de menaces voilées ?) a suffi à calmer les ardeurs puériles de Netanyahou. L’arrivée de renforts syriens sur Deir ez-Zoor signifie peut-être que le Kremlin a assuré Damas du parapluie des S400 contre les Américains dans ce qui pourrait devenir une situation relativement brûlante. A suivre..

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2018/02/le-boss-c-est-lui.html

Baisse de l’inflation en Russie: déni, surprise et réalité expliquée 1/2

Baisse de l’inflation en Russie: déni, surprise et réalité expliquée 1/2

Pourquoi les économistes occidentaux ne pouvaient-ils pas prévoir la baisse de l’inflation en Russie ? Pourquoi il était inconcevable qu’elle baisse? Et comment a-t-elle baissé? La première question tient largement à une posture conventionnelle qui a fait dériver l’économie dans le domaine de la géopolitique, nous l’examinerons dans une première partie de ce travail 1/2. La dernière est une question de théorie économique qui dénonce encore des conventions rigides à un méta niveau. Nous l’aborderont dans une seconde partie 2/2 dans la perspective d’une présentation des résultats dans le séminaire franco russe qui se tiendra à Moscou les 12,13 et 14 février 2018 à L’Institut de Prévision de l’Economie Nationale de l’Académie des Sciences de la Russie.


Partie I/2 : Déni et surprise : l’économie politisée

Transformer le réel pour servir une cause
La manipulation de l’illusion a révélé ses sommets avec la rhétorique autour de la stratégie occidentale des sanctions imposées à la Russie. Le pays n’en survivrait pas pour faire court1. Pas besoin de travailler le sujet et analyser les situations économiques réelles dans le réel, il suffisait de crier bien fort et partout. La méthode fut contagieuse. Les mêmes alarmes sonnèrent ainsi pour le Brexit et pour l’élection de Trump…ainsi qu’en France pour «éviter le pire»! La stratégie qui mit en avant une justification par le discours économique a été bien rodée et parfois elle fut efficace… Cependant, quand elle se heurte au réel quelle en est la perspective à plus long terme?

Le réel se charge en effet toujours de secouer les certitudes, et assurément celles qui sont bâtis sur des mécanismes de communication sans cohérence avec le réel…. Alors les experts et les media ont beau jeu de sortir «la surprise» qui bien sûr ne s’explique qu’irrationnellement, car normalement les experts avaient raison. Le réel est traitre et les acteurs trichent en ne se comportant pas comme attendu.
Ce fut bien le message tant du Brexit que de l’élection de D. Trump qui fut donné par bon nombre de professionnels de l’information et de l’économie.

Rien de nouveau
La fin des années 90 nous avait déjà habitués à des écarts «surprises» entre les anticipations des experts du FMI suivis par toute la clique des autres experts ex-Russie. Tous annonçaient la récession du PIB pour 1999 ! Finalement le pays connut une croissance de plus de 7%. De cette expérience initiatique, les économistes auraient pu garder l’idée qu’il fallait se méfier du réel qui trompe. Le plus simple fut certainement alors de l’écarter définitivement des propos des économistes. La crise de 2007-2008 a certainement quelque chose à voir avec cette stratégie. Malgré tout, le réel ne cessa pas de fournir des surprises, parfois bien mauvaises…et pas qu’en Russie, même pour les pays où les anticipations se devaient de rester bien rationnelles !((L’économie réelle de l’Angleterre ne s’est pas aussi bien portée depuis des décennies, les USA de même, mais on ne peut pas en dire de même de la France du point de vue économique, du marché du travail, entre autre.))

Depuis 2014, date du conflit ouvert, après le théâtral Maïdan en Ukraine, les experts occidentaux en vue professaient sur l’effondrement du cours du pétrole, du rouble, du niveau de vie en Russie et de l’économie russe. toute entière.  Ainsi, dévastée par l’hyperinflation, la société russe s’étiolerait dans le ressentiment. La Russie isolée du monde, ruinée par le conflit syrien dans lequel l’armée russe ne pourrait que s’enliser et… finalement le pouvoir s’effondrerait en 2018 par un processus électoral naturel ; qu’on pourrait aider à la marge selon une habitude bien consommée !

Ceci est l’histoire d’un chaos qui finirait bien dans le cadre du récit occidental que nous finissons par bien connaitre.

Une certaine conception de la dynamique économique flirtait avec les souhaits de changement de régime qui s’exposaient avec vigueur en Occident et particulièrement en France contre le gouvernement de V. V. Poutine. Les économistes amalgamaient allègrement économie et vision politique ! Croyaient-ils aux effets d’annonce auto-validants, ou servaient-ils la chanson douce aux oreilles de leurs mécènes?

Cette politisation de l’analyse économique a été source d’aveuglement pour l’ensemble des acteurs. Aidée par la saturation de l’espace avec des «fakenews» économiques, ce panorama dramatique officiel a directement handicapé les acteurs occidentaux dans leurs relations avec leurs homologues russes2. C’est bien ce que traduit le rapport sur l’effet des sanctions contre la Russie présenté par l’ONU à l’automne 2017.
Que se cache sous cette vision à la fois dramatique de la dynamique économique mais paradoxalement rassurante pour la gente médiatico-politique occidentale et ses experts attitrés?

Quelques semaines avant l’échéance fatidique de mars 2018, il ne serait pas dit que la rhétorique dû cesser. Ainsi en janvier 2018, le manque de stabilité économique de la Russie est encore mis en avant, comme argument pour alimenter l’inquiétude du directeur de la chambre de commerce franco russe3. Pourquoi ces responsables qui aiment et travaillent en Russie ne voient-ils que ça? Pourquoi les résultats de terrain visibles, ne prennent-ils pas le pas sur les récits standards des experts hors-sol?4

Des altercations parfois vives – car ces gens perdent vite leur calme- m’ont amené récemment à ne recevoir qu’une seule réponse : le contexte pour les investissements directs étranges (IDEs). Le salut économique par les IDEs, tel est donc l’enjeu qui semble être légitimé par une logique économique univoque.

L’économie néocoloniale
Cette réflexion s’inscrit dans une conception très restrictive du développement économique d’un pays. Ainsi selon cette conception, la Russie ne peut se développer économiquement qu’avec des IDEs extérieurs (assurément occidentaux)! Un dogme qui n’a rien à voir avec un dogme économique dans le panorama d’un pays vaste, disposant de ressources importantes comme la Russie ; ainsi il s’agit plus d’un dogme géopolitique. Le monde des affaires n’attendrait5 donc qu’une Russie soumise, ainsi il y seraient de bon ton de ressasser la rengaine pour sous-estimer systématiquement les capacités du pays au rebond, ses liens eurasiatiques et leurs potentiels. En somme cacher le réel pour mieux en être définitivement maître.

C’est dans cette logique qu’on doit trouver un brin de rationalité pour justifier les récits dramatiques d’anticipation politico-économique, aux accents vengeurs, dont les experts en vue nous abreuvent. Ils fournissent ainsi régulièrement la dose d’incertitude nécessaire pour dissuader les acteurs économiques à s’accorder à un environnement politique qui n’est pas conforme au modèle que les élites occidentales ont choisi pour la Russie... Elles veulent une Russie, colonie soumise sinon rien… A noter que ce «rien» a pris des tournants dramatiques en Ukraine.

Une telle conception si politisée, ce serait faux de la qualifier de façon neutre de «libérale»(( préférons le vocable de « néolibérale’ comme Karine Bechet-Golovko juriste et politologue française, qui vient de publier chez l’Harmattan en 2018 Russie. Tentation néolibérale)) par respect pour une tradition libérale anglo-saxonne qui savait aussi avoir des «sentiments moraux». Il y a plus que du libéral dans cette stratégie de négation de la souveraineté d’un pays, il y a la domination de classe implicite6, celle d’une oligarchique mondialiste qui redécouvre le colonialisme. Ce néocolonialisme, colonialisme du XXIe siècle est aussi celui que l’Europe a remis à la mode en Grèce.

IDEslâtres, échec et mat en Russie !
Mais la Russie et les citoyens russes se souviennent des premières expériences menées avec eux comme cobayes dans la Russie des années 90s7. Nous avons connu aussi cette époque où les mêmes détracteurs de la Russie contemporaines exigeaient alors du «currency board» sur le dollar et des «debt equity swaps». Ces jargons économico-financiers caractérisaient les seules possibilités pour le sauvetage du pays! Aucune autre alternative n’était envisageable selon leur point de vue. Il y a 20 ans bientôt que comme le peuple russe nous avons eu la puce à l’oreille…
Alors quand cette même politique envahit à nouveau le panorama économique, c’est comme une piqûre de rappel, un réflexe. Comme il a 20 ans quand nous dénoncions ce « currency board » avec la rigueur économique requise nous refusons aujourd’hui de même l’aveuglement contemporain et le discours politisé sur l’économie russe qui cache le réel. Les institutions qui le propagent sont les antichambres non seulement d’un monde unipolaire qui n’existe même plus mais aussi de la gouvernance mondiale étriquée. Les films de science-fiction nous l’avaient bien décrits avec sa logique diabolique ; ici une page d’anthologie récente qui reprend ses funestes accents8 :

«Depuis mars 2014, la Russie est entrée dans un «moment politique». Les décisions d’annexer la Crimée, puis de soutenir les séparatistes du Donbass ont constitué des ruptures politiques majeures pour le pays, nombres d’analyses en conviennent? Ce qui est moins souligné en revanche, c’est que cette rupture est à l’origine de secousses économiques considérables. Les pertes économiques subies par la grande majorité de la population russe ne peuvent pas être compensées par l’amélioration de la situation de quelques acteurs bien placés. Pourtant, le système économiques et social s’est jusqu’ici accommodé de cette nouvelle donne. C’est précisément cet accommodement qui signe le «moment politique» vécu actuellement en Russie».

Cette prose écrite en décembre 2016 pour le Comité de la Défense nationale, il y a à peine un peu plus d’un an…avant d’être un acte politique (assumé?), procède du mensonge économique. Elle atteste de la légèreté des pratiques de la discipline et de l’absence d’auto-contrôle des experts au sein des institutions qui les mandatent comme du monde académique qui les accueille.

Encore une fois en Russie, la surprise fut au rendez-vous et infirma les conceptions économiques, de nos économistes «zombies». J’utilise ici l’intéressant vocable préconisé par l’économiste australien, John Quiggin dans un ouvrage publié en 2010 (traduit en français sous le titre Économie zombie : pourquoi les mauvaises idées ont la vie dure ?9 .
Toutes les prévisions dramatiques aux conséquences politiques funestes ont encore fait «flop» ! Le réel est vraiment trop méchant ! Moins d’un an après avoir fait les déclarations sur le «moment politique» en Russie, notre protagoniste, devant les acteurs du business Franco-russes pourvoyeurs de fonds a dû se plier au réel. il ne s’agissait plus de tordre la vérité avec outrance, ces gens voient le réel mieux que les media français. Ainsi, en public, avec des propos secs, dépourvus de trop de commentaires10, corrigeant -sans le dire ses erreurs de jugement précédentes-. fut fait état des résultats économiques sur 2017. A défaut de pouvoir afficher l’hyperinflation, le protagoniste parla de la baisse de l’inflation…Nous revoilà dans le réel retombé! Fin de la com et retour à l’économie. Une erreur étant si vite arrivée chez les économistes, qui ne saurait la pardonner?

Je suis en effet d’accord avec mes collègues économistes de l’IPEN RAN ; l’économie n’est pas la politique et les sentiers sont glissants si on s’y engage. Mais le mensonge économique véhiculé comme vérité n’est pas non plus de la politique mais de la trahison scientifique. Diffusée inlassablement, cette trahison détruit l’activité des acteurs économiques et fausse la concurrence. Elle est un mal sournois !
A ce propos l’épisode des sanctions est assez édifiant11, il a permis de révéler un autre point important dans cette politisation stratégique excessive de l’économie. Il s’y cache aussi des guerres commerciales, avec ses instruments pour fausser la concurrence. La communication autour des sanctions a servi à intimider les intimidables, à fausser la concurrence et gagner ainsi des parts de marché. Firmes allemandes et américaines sont passées maître à ce jeu de dupe. Que dire des observateurs qui font là aussi semblant de ne rien voir, s’emportant contre les sanctions qui entravent l’arrivée des IDEs salvateurs de la Russie! Un seul mot semble approprié celui de «Collusion» pour reprendre le mot que Janine Wedel avait utilisé pour décrire la mécanique de compromission en oeuvre dans les années 90 en Russie. Mais collusion sans collision cette fois…L’économie russe n’a plus rien à attendre des promesses occidentales, elle y est résiliente. Ce constat est l’acquis majeur des sanctions, un changement radical des mentalités de la politique économique russe qui porte ses fruits. Les sanctions, une sacrée chance pour la Russie, nous ne le soulignerons jamais assez.

La surprise d’une inflation base en Russie en 2017
Une inflation aussi basse en Russe moins de 4%12, frôlant actuellement les 2,5 % annuels demeurait un phénomène impensable pour les économistes standards et alignés -ceux qui tiennent le haut du pavé. Ceux que le Décodex et la presse ne censurent pas13
Il y a encore quelques mois, ces experts nous faisaient parier sur l’hyperinflation, conséquence de la chute du rouble et de l’effondrement des prix énergétiques1314 ; ces phénomènes considérés comme des acquis rhétoriques ont longtemps permis d’alimenter les interviews avec la presse ces dernières années…Puisque eux le disaient c’était vrai, combien de gens le croient encore. Ainsi va la dynamique des conventions15.

Une bien mauvaise surprise au pire moment
Une des dernières «surprises» qui nous occupe maintenant, la baisse de l’inflation en Russie. Cette surprise survient au pire moment politique pour les bien-pensants. C’est bien à cette heure, qu’il aurait fallu s’alarmer sur la supposée totale décomposition économique de la Russie, à l’approche d’enjeux électoraux de poids. Ainsi pouvait-on penser modifier la donne de la géopolitique mondiale pour ralentir tant que faire se peut, la dérive vers un monde multipolaire.

Surprise résultat de l’hyperpolitisation de l’économie
La surprise fait rater cette contorsion des économistes et des experts pour «leur bonne cause». Cette «bonne cause» n’excuse pas pour autant le laxisme dans la rigueur de la discipline qui traduit un problème finalement assez grave : la politisation excessive des débats économiques qui empêche voire même qui interdit aux économistes qui veulent être crédibles professionnellement de regarder le réel16. C’est un mal qui mine profondément la science économique en Occident et plus globalement qui égare les politiques économiques en Europe 17.
Il est plus facile de céder à la facilité d’un discours préétabli que de regarder dans le détail le réel et tâcher d’analyser et de comprendre les mécanismes dynamiques en jeu. La science économique en France paie dans ce travers, ces années idéologiques au service de la promotion de l’Euro. Elles ont brisé les capacités et les habitudes de réflexions économiques, minant durablement l’honnêteté intellectuelle. Il fallait bien vivre et respecter les consignes, diront les protagonistes en témoignage. Devra-t-on leur en vouloir ?
Y aura-t-il un Nuremberg de l’économie en Europe? Individuellement non, mais en tant que système d’analyse, la discipline économique a failli dans la crise, dans l’Euro et plus encore, l’épistémologie lui fera rendre des comptes. Elle a failli pas ses exagérations politiques, son dogmatisme théorique et son caractère si manifestement hors-sol – sans référence au réel, aux gens, aux territoires-.

L’incompréhension en matière de dynamique inflationniste en Russie souligne tout particulièrement les mécanismes de telles rigidités. Deux ordres de rigidités, contextuelles et théoriques, se rencontrent pour faire écho à une exacerbation du rôle politique de l’économie. C’est seulement en prenant le contre-pied de cette conception idéologique de l’économie, enlisée dans la politisation du discours qu’il est possible de comprendre les mécanismes réels de la baisse de l’inflation en Russie depuis ces dernières années.
La politisation des analyses économiques a entrainé un déni de réalité et des effets de surprise face au réel…encore une fois les experts ont fait flop!

(à suivre )

Image mise en avant :  extrait de la couverture de la revue Stratégie économique, 8 (150) 2017, La force de l’année nouvelle. Journal de l’Académie des affaires.

 

 

 

  1. pour le détail des moments les plus cocasses se reporter à l’article que j’ai posté sur Viableco et qui a fait le tour de nombreux blogs en France dont incroyablement Médiapart ! J’en reste songeuse…  Le «flop» des experts chantres de la débâcle économique russe, l’ONU passe à l’explication de texte (ici) ! []
  2. On sait maintenant que les sanctions antirusses et leurs réponses, pour lesquelles aucun calcul d’impact n’avait été fait dans l’UE, -une légèreté de plus avec le réel! …ont causé des dommages à des secteurs entiers de l’économie européenne. Je cite tout particulièrement, le secteur de l’élevage avec la production de viande de porcs. L’Université de Kiel a publié aussi une étude s’efforçant de démontrer que l’Allemagne était le pays qui avait le plus subit…manière de dédouaner celui qui sur le terrain -et au vue de tout le monde- prend beaucoup de libéralités avec les sanctions, alors que les concurrents français sont doublement intimidés. []
  3. cf. article du Courrier de Russie sur l’amnistie fiscale et la réponse aux sanctions (ici) []
  4. Les incertitudes actuelles rendent attractif le transfert des investissements en Russie. Il reste à savoir si ce retour sera durable. Les experts s’accordent sur un point : la réponse dépend directement du degré de confiance accordée à l’État par les entreprises et de la situation politique. Le journal Vedomosti rapporte ainsi les propos de Roustam Vakhitov, fiscaliste chez International Tax Associates B.V. : « Si les capitaux reviennent en Russie, ce ne sera que provisoire, le temps que l’instabilité économique se dissipe et que les sanctions soient levées. » Vladimir Tikhomirov, économiste au sein du groupe BKS, enchérit : « Les capitaux peuvent ne pas demeurer dans le pays si la situation politique est instable. » []
  5. Désireux de rencontrer le Président, tous le gratin du monde des affaires français en Russie amené par la président de la CCIFR, fin janvier a dû attendre 3 heures dans l’antichambre du pouvoir russe pour être finalement reçu : Est-ce une manière d’afficher la dissonance cognitive qui nous occupe en ces lignes? []
  6. voir l’intéressant développement proposé par Patrick Artus, l’économiste de la banque Natexis : La dynamique du capitalisme est aujourd’hui bien celle qu’avait prévue Karl Marx, 3 février 2018, doc de recherche Natixis (article Artus Marx 2018On observe bien aujourd’hui dans les pays de l’OCDE la succession d’évolutions que Karl Marx avait prévues :
    1- la baisse de l’efficacité des entreprises (ralentissement de la Productivité Globale des Facteurs), toutes choses égales par ailleurs, impliquerait une baisse du rendement du capital des entreprises ;
    2- les entreprises réagissent à cette évolution en réduisant les salaires (en déformant le partage des revenus en faveur des profits) ;
    3- mais cette stratégie a une limite, atteinte quand les bas salaires deviennent trop faibles (égaux au salaire de subsistance) et les « capitalistes » se lancent alors dans des activités spéculatives qui font apparaître des crises financières.» []
  7. cf. le constat fait par David Stuckler et son équipe sur l’austérité qui tue (ici) []
  8. Julien Vercueil. Le moment politique de l’ ́Economie russe. Revue Défense Nationale, Comitée d’Etudes Défense Nationale, 2015, pp.91-97. <halshs-01422246>
    Julien Vercueil  Texte moment politique(3) []
  9. «Dans la culture populaire caribéenne, les Zombies sont des revenants créés par les sorciers. Agressifs et dépourvus d’intelligence, ils se déplacent souvent en meute incontrôlable. Morts-vivants, ces Zombies ne peuvent être éliminés».J. Quiggin,  éd. Saint-Simon, 2013. voir aussi Sébastien Charles, Thomas Dallery et Jonathan Marie , Institutions internationales et idées zombies en économie : enfin la rupture ? 2016 []
  10. Cf. intervention de J. Vercueil pour le rapport sur la Russie 2017 (ici) de l’observatoire franco-russe de la CCIFR, Rapport présenté le 8 novembre 2017 à l’espace de conférences de l’IRIS Paris. []
  11. Comme nous avons pu nous en rendre compte dans les travaux en communs autour du thème « les sanctions une chance pour la Russie » qui ont fait l’objet de plusieurs présentations et publications en russe. -dont dans une monographie  de l’Université Fédérale du Sud de la Russie 2017 []
  12. objectif affiché de la Banque centrale de Russie []
  13. à l’inverse de Russeurope, blog de Jacques Sapir depuis septembre 2017 []
  14. La faillite de Gazprom avais-je entendu chuchoté avec délectation ceux qui nous assuraient de la construction effective de Nabucco! Je m’attends bientôt ainsi qu’on me garantisse que Yamal est un #Fakenews []
  15. chère à l »école des conventions’ qui a souligné l’impact dans les mécanismes économiques et auprès des acteurs []
  16. L’absence de diversité dans l’approche économique dans le monde académique et l’université française est le sous produit de ce constat. Cf. Laura Raim (2018), «La domination des orthodoxes stérilise le débat public, Police de la pensée économique à l’Université» (ici), Le Monde diplomatique
    []
  17. Steve Keen l’a illustré avec humour récemment dans un billet sur RT, avec des allégories musicales….l’humour comme instrument de refonte d’une économie raisonnable attachée au réel. Un sujet à ne pas négliger, les étudiants aimeront les futurs manuels.
    Steve Keen, «Why economics is too important to be left to the (academic) economists» (ici), RT 12 janvier 2018 []

 

http://viableco.hypotheses.org/1675#more-1675

La réalité du conflit post-syrien : qui contient qui ?

La réalité du conflit post-syrien : qui contient qui ?

The Post-Syria Conflict Reality: Who’s Containing Who?


thPar Alastair Crooke – Le 23 janvier 2018 – Source Strategic Culture

Les négociations de la Maison Blanche au Moyen-Orient, avec Mohammad bin Salman (MbS), Mohammad bin Zayed (MbZ) et Bibi Netanyahou pour un « deal du siècle » ont abouti, non seulement à « pas d’accord » mais ont plutôt exacerbé les tensions du Golfe en une crise quasi-existentielle. Les États du Golfe sont maintenant très vulnérables. L’ambition a incité certains dirigeants à ignorer les limites inhérentes aux petits émirats marchands tribaux et à prétendre participer à des jeux de pouvoir hors de leur portée, en tant qu’architectes, à la tête d’un nouvel ordre du Moyen-Orient.

L’équipe Trump – et quelques Européens – enivrés par cette nouvelle génération de trentenaires ambitieux, hommes de pouvoir issus des écoles de commerce du Golfe, ont tout bousculé. La First Family [la famille du président US] a endossé le récit – cul par dessus tête – faisant de l’Iran et des chiites des méchants archaïques et des terroristes, et a pensé tirer parti de cela dans un accord par lequel l’Arabie saoudite et Israël agiraient conjointement pour entraver l’Iran et ses alliés, et en retour, Israël gagnerait, enfin, sa normalisation longtemps recherchée avec le monde sunnite – l’affaire du siècle.

Eh bien, la décision mal inspirée sur Jérusalem a mis fin à ce jeu, ou plutôt, l’intervention de Trump a fait le contraire, elle a offert à la région un pôle autour duquel les anciens antagonistes du conflit syrien pouvaient se retrouver sur une cause partagée : défendre Jérusalem comme culture, histoire et source d’identité commune aux peuples musulmans et chrétiens. Une cause qui pourrait unir la région – après une période récente de tensions et de conflits.

Et les États du Golfe se trouvent maintenant, après la perte de la Syrie, entraînés dans une autre controverse hautement contentieuse – le djihad ostensiblement dirigé par les Américains, contre les chiites – dans toutes ses manifestations régionales (réelles et imaginaires). Un projet de grande ampleur qui n’est bon ni pour les affaires (Dubaï, par exemple, étant essentiellement un petit État commercial du Golfe qui survit grâce au commerce avec l’Iran et le Pakistan – ce dernier ayant une importante population chiite), ni pour une politique avisée : l’Iran est une vraie nation datant de 6 000 ans, avec une population de près de 100 millions d’habitants.

Il n’est pas surprenant que ce projet controversé démantèle le Conseil de coopération du Golfe (CCG) : Oman, avec ses liens anciens avec l’Iran, n’a jamais joué un rôle ; le Koweït, avec son importante composante chiite, pratique la coexistence et l’inclusion de ses chiites. Dubaï s’inquiète pour ses perspectives économiques ; et le Qatar… Eh bien, le harcèlement contre le Qatar a fini par inclure ce pays dans un nouvel axe régional avec l’Iran et la Turquie.

Mais pire que cela, l’Art du contrat concerne aussi le revanchisme économique américain : l’Amérique récupère un territoire économique perdu à cause de la négligence (prétendue) des administrations américaines précédentes – selon l’analyse de la Stratégie de sécurité nationale américaine (NSS). Washington serait en train de jouer avec des droits de douane contre la Chine, des sanctions contre la Russie et une guerre économique destinée à renverser le gouvernement en Iran. Si le président Trump poursuivait cette politique (et il semble que ce soit effectivement son intention) il y aurait alors, en représailles, une forme de riposte économique de la part de la Chine, de la Russie et de l’Iran. Déjà la superficie et la population, couvertes par le système du pétro-dollar, ont diminué – et pourraient encore diminuer davantage (peut-être même inclure l’Arabie saoudite acceptant un paiement en yuans, pour son pétrole).

En bref, la base de liquidité – les gisements de pétrodollars – sur laquelle repose l’hyper-sphère financiarisée du Golfe, et une grande partie de son bien-être économique, va se resserrer. Et cela arrive à un moment où les revenus pétroliers ont déjà faibli – la première étape du rétrécissement du pétrodollar est en cours – obligeant les États du Golfe à un retranchement fiscal au détriment de leurs citoyens. La Chine a récemment contré les plans de guerre commerciale des États-Unis, en laissant fuiter intentionnellement – puis en se rétractant – l’idée que la Banque centrale de Chine arrêterait d’acheter des bons du Trésor américain ou se débarrasserait de ceux qu’elle a. Et la grande agence de notation chinoise, Dagong, a dégradé la note de la dette souveraine américaine de A- à BBB+, suggérant effectivement que les avoirs du Trésor américain possédés par les pays du Golfe ne sont plus les actifs sans risque qu’ils étaient supposés être, et pourraient même se trouver dévalués, si les taux d’intérêt augmentent ; ou si un nouveau QE4 (assouplissement quantitatif) se produit aux US.

Comment se fait-il alors que le Golfe soit devenu aussi exposé ? Essentiellement, en ne reconnaissant pas, puis en dépassant ses propres limites intrinsèques, c’est la réponse rapide. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, c’était le Qatar et son dirigeant, Hamad bin Khalifa, qui étaient perçus comme politiquement puissants, bien au-delà du minuscule poids du Qatar (200 000 habitants). Le Qatar avait créé le réseau d’information al-Jazeera, une innovation choquante dans le monde arabe à l’époque, mais qui allait devenir un outil vraiment efficace pendant le soi-disant printemps arabeAl-Jazeera été crédité – du moins c’est ce que l’Émir m’avait dit à l’époque – de l’éviction du Président Moubarak et de la mise en place du cadre politique pour la vague de manifestations populaires en 2011. Peut-être que l’Émir avait raison dans son estimation. Il semblait alors qu’une grande partie des pays du Golfe (y compris les EAU) pourrait être renversée par la guerre de l’information menée par Al-Jazeera et tomber aux mains des Frères musulmans, que le Qatar nourrissait comme un moyen pour réformer le monde arabe sunnite.

Pour être clair, le Qatar était précisément en train de défier l’Arabie saoudite – et pas seulement sur le plan politique. En parrainant les Frères musulmans, il contestait la doctrine même qui sous-tendait les fondements religieux de la monarchie absolue de l’Arabie saoudite – les Frères musulmans, contrairement aux Al-Saoud, soutiennent que la souveraineté spirituelle repose sur la communauté des musulmans, la Oumma – et non sur le roi saoudien. Les Saoudiens détestaient cet orgueil qatari révolutionnaire qui menaçait complètement la domination des Al-Saoud. Mohammed bin Zayed (MbZ) aussi, qui croyait que les Frères musulmans visaient son royaume Abu Dhabi – et c’était le cas. Il y avait aussi d’anciens griefs et de la rivalité entre Abu Dhabi et le Qatar. L’Émir qatari avait finalement dépassé les bornes, il fut chassé de son trône et exilé en 2013.

Historiquement, Abu Dhabi avait toujours eu une relation quelque peu fragile avec l’Arabie saoudite, qui condescendait à l’existence de ces émirats mineurs, mais avec le prince héritier qui dirige l’Arabie saoudite,  Mohammed ben Salmane (MbS), MbZ a détecté une chance pour lui (et Abu Dhabi) non seulement d’influencer le jeune MbS, mais aussi pour Abu Dhabi de devenir le nouveau Qatar, boxant bien au dessus de sa catégorie, avec son léger poids politique. Mais, contrairement au Qatar, ne cherchant pas à rivaliser avec l’Arabie saoudite, mais devenant le Magicien d’Oz derrière le rideau, tirant les ficelles de l’Arabie saoudite pour gagner en influence aux États-Unis, et obtenir ainsi l’approbation et la faveur américaines pour MbS, et pour lui, contre les Frères musulmans laïques, néo-libéraux et anti-iraniens.

Et d’une certaine manière, le succès de MbZ, à la suite de la guerre israélienne de 2006 contre le Hezbollah, dans l’établissement d’un lien avec les Américains – grâce au  général Petraeus, alors commandant du CentCom – lien centré sur la menace de l’Iran ; son utilisation habile de la peur de l’infiltration par les Frères musulmans pour ouvrir une porte à l’expansion du contrôle d’Abu Dhabi sur Dubaï et le reste des principautés, au niveau de la sécurité ; et son utilisation de l’assistance financière d’Abu Dhabi aux autres émirats à la suite de la crise financière de 2008, devaient devenir LE prototype pilote pour l’élimination des rivaux politiques, et l’acquisition d’un pouvoir sans limites. Ce chemin vers le sommet devait être un exemple pour l’ascension ultérieure de MbS vers l’autorité absolue en Arabie saoudite, sous la férule du vieux MbZ. Le duo avait l’intention d’inverser le cours du Moyen-Orient, pas moins, en entravant l’Iran, et avec l’aide américaine et israélienne, restaurer la primauté de l’Arabie Saoudite.

Le président Trump a complètement (et apparemment irrévocablement) endossé MbS et MbZ. Mais cela s’est avéré être un autre cas de surestimation du Golfe, celui-ci ne pouvait rien faire pour la normalisation de Jérusalem en Israël et Netanyahou ne pouvait rien pour alléger la situation des Palestiniens – que ce soit avec la coalition existante, ni en former une autre. Et, dans tous les cas, même Mahmoud Abbas ne pouvait rien concéder sur le statut de Jérusalem. Alors Trump a tout simplement donné la ville sainte à Israël, déclenchant ainsi un moment emblématique d’isolement diplomatique quasi-complet de l’Amérique. Politiquement, MbS, MbZ, Netanyahou et Jared Kushner ont tous échoué et sortent humiliés et affaiblis. Mais surtout, le président Trump est maintenant coincé dans son étreinte avec un dirigeant saoudien agité, et dans son antipathie radicale envers l’Iran, comme cela a été démontré à l’ONU dans son discours de septembre à l’Assemblée générale.

En restant sur ce projet anti-iranien, le président Trump se trouve maintenant – à travers son jugement erroné sur les capacités de MbS et de MbZ d’apporter quelque chose de substantiel – sans troupes armées sur le terrain. Le Conseil de coopération du Golfe est en miettes, l’Arabie saoudite est en ébullition, l’Égypte dérive vers Moscou en achetant à la Russie des systèmes anti-missiles S300 pour 1 milliard de dollars, et 50 avions de combat Mikoyan MiG-29 pour 2 milliards de dollars. La Turquie est aliénée et joue sur les deux tableaux, Moscou et Washington, et une grande partie de l’Irak se range du côté de Damas et de Téhéran. Même les Européens se moquent de la politique américaine en Iran.

Bien sûr, Trump peut encore frapper l’Iran. Il peut le faire, même, sans résilier le traité anti-nucléaire JCPOA. Sa position, en créant l’incertitude du retrait ou non du JCPOA, ainsi que ses menaces de sanctions alternatives sont probablement suffisantes pour faire fuir les entreprises européennes (et quelques autres importantes) qui voudraient commencer des projets commerciaux en Iran. Aussi douloureux que cela puisse être pour le peuple iranien, cela ne peut dissimuler la nouvelle réalité du conflit post-syrien : que ce soit au Liban, en Syrie ou en Irak, peu de choses peuvent se produire sans la participation iranienne, d’une manière ou d’une autre. La Turquie aussi ne peut poursuivre une stratégie kurde réaliste sans l’aide iranienne. Et la Russie et la Chine ont toutes deux besoin de l’aide iranienne pour s’assurer que le projet de Route de la Soie, One Belt, One Road, ne soit pas déraillé par les extrémistes djihadistes.

Voici la réalité : alors que les dirigeants américains et européens parlent sans cesse de leurs plans pour contenir l’Iran, celui-ci et ses alliés régionaux (Syrie, Liban, Irak – et dans une mesure imprévisible, la Turquie) sont, de fait, en mesure de contenir – c’est-à-dire, dissuader militairement – l’Amérique et Israël. Et le centre de gravité économique de la région, inexorablement, s’éloigne du Golfe, vers la Chine et le projet eurasien de la Russie. La force économique du Golfe a dépassé son apogée.

Déployer une petite force d’occupation américaine dans le nord-est de la Syrie n’est pas une menace pour l’Iran, mais offre plutôt un otage à Damas et à Téhéran. Tel est le glissement de l’équilibre des pouvoirs entre les États du Nord de la région et ceux du Sud. Une force militaire américaine en Syrie, ostensiblement pour contenir l’Iran – indiquant que les États-Unis pourraient par la suite se repentir, si la Turquie devait agir – ou, finalement, abandonner en laissant leurs anciens alliés kurdes tourner en rond dans le vent sec syrien.

Alastair Crooke

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone.

http://lesakerfrancophone.fr/la-realite-du-conflit-post-syrien-qui-contient-qui

 

[RussEurope en Exil] La situation de l’économie russe, par Jacques Sapir

Billet invité

Le séminaire Franco-Russe qui se tiendra du lundi 12 février au mercredi 14 février a donné lieu à plusieurs interventions intéressantes. Je donne ici le résume de celle qui a ouvert le séminaire, intervention faite par l’Académicien Victor V. Ivanter, président de l’Institut de Prévisions de l’Economie

 

Victor Ivanter

La situation de l’économie russe – bilan de la fin 2017 et les perspectives pour l’année 2018

La situation économique de la Russie est largement déterminée par le cycle électoral, qui se conclura le 18 mars par l’élection présidentielle. Je rappelle que le 18 mars était, du temps de l’URSS, le jour où nous fêtions la Commune de Paris. Quelle est donc l’influence de cette élection sur l’économie ? Il faut commencer, pour juger de cela, par un bilan de la situation économique.

 

Les raisons d’une croissance faible

La prévision faite en 2015 et 2016 par le Président Obama que les sanctions briseraient l’économie russe s’est avérée fausse. D’un autre côté, les prévisions faites en Russie selon lesquelles l’économie se développerait rapidement contre les sanctions, sur un rythme de 3,5% par an, ne se sont pas entièrement matérialisées.

La croissance mondiale de ces dernières années s’est accélérée, même si cette croissance recouvre d’amples différences. La croissance de la Russie, tout en étant comparable à celle des pays de l’Europe occidentale, reste inférieure à celle des autres pays émergents (Chine, Inde). En fait, il convient de regarder la croissance de ces dernières années du point de vue de l’économie russe. La croissance a été très forte depuis 1999, et en particulier sur la période 1999-2007. Mais, depuis 2008, soit sur les 10 dernières années, la croissance a été plus faible.

Il est clair que de la fin 2014 à 2016 on a connu une baisse des revenus réels en Russie, largement liée aux mouvements des prix des hydrocarbures. Cette baisse des revenus a engendré une baisse de l’investissement, qui elle-même se traduit en une baisse de la production. Cette dernière conduit à une nouvelle baisse des revenus réels. Ce mouvement descendant a été brisé dans le cours de 2016. Les chiffres du revenu réel, puis ceux de l’investissement, puis ceux de la production se sont remis à progresser. Le niveau de la dette est faible, les réserves de change élevées (449 milliards de dollars), et le taux de l’inflation a baissé à un niveau inconnu depuis le début de la Russie. De plus le prix des hydrocarbures s’est redressé. On peut considérer que les chiffres macroéconomiques sont bons. Pourtant, en dépit de ces bons chiffres, on n’assiste pas à un retour d’une forte croissance mais plutôt d’une croissance modérée.

Graphique 1

Source: GosKomStat

Mais, si les problèmes actuels que rencontre l’économie russe sont, pour partie, microéconomiques ils ne sont pas que microéconomiques. Ceci est un point essentiel La question de la cohérence entre la politique déclaratoire des autorités et la politique économique réelle est centrale. Et ce sont ces problèmes qui expliquent aujourd’hui la tendance à la faible croissance. Une tendance, au sien des dirigeants de la Russie, est de considérer que ces problèmes microéconomiques viennent du système des institutions (gestion, droit) en Russie. Et il est clair que les institutions actuelles en Russie présentent de nombreux problèmes et de nombreuses déficiences. Pourtant ces mêmes institutions n’ont pas empêché la forte croissance de 1999 à 2008. Alors, des problèmes existent certainement dans le domaine des institutions, mais ces problèmes ne sont certainement pas non plus la cause réelle de la faible croissance, faible croissance que l’on retrouve tant dans l’industrie que dans la construction.

Graphique 2

Données en glissement – Source: GosKomStat

 

Politique économique déclaratoire et politique économique sous-jacente

Il faut regarder tout d’abord la responsabilité de la politique monétaire, de la politique budgétaire et ensuite la responsabilité de la politique économique globale. La politique monétaire a été une réussite en ce qui concerne la baisse de l’inflation. Mais, l’influence de cette politique monétaire sur la politique économique a été très faible. L’objectif est connu, dépasser le niveau de la croissance mondiale. Mais, il n’y a pas de politique économique clairement définie. Le gouvernement définit un objectif de croissance, mais ne définit pas de manière claire la politique économique nécessaire pour atteindre ces objectifs.

En fait, il y a une politique économique latente ou sous-jacente qui est le résultat de centaines de décisions prises à tous les niveaux, de décisions publiques et privées, et cette politique économique est bien plus importante que les décisions explicites prises par le gouvernement. Cette mosaïque de décisions, des grandes aux petites, est composée de décisions qui sont toutes individuellement cohérentes, mais qui peuvent se révéler contradictoires dans leur agrégation.

Or, l’économie de marché exige une cohérence dans les décisions. La demande, tant publique que privée, joue un rôle décisif dans les décisions économiques des agents (ménages et entreprises). Il y a donc aujourd’hui une incohérence qui freine ces décisions. De fait, l’amélioration des conditions de gestion au niveau microéconomique rend le problème de cette incohérence encore plus patent pour les décideurs économiques. Et cela explique pourquoi, en dépit de la hausse des salaires réels et du redémarrage de la consommation, la croissance de l’économie reste faible.

Graphique 3

Données en glissement annuel. Source GosKomStat

 

La croissance par l’export : moyen de relancer la dynamique du développement ?

Quelles sont donc les variantes du développement économique ? La variante optimiste constate que la dette russe, tant interne qu’externe, est très faible. Elle constate aussi que les infrastructures restent relativement sous-développées ou ont besoins de réparations importantes. Des dépenses publiques (et privées) dans ce secteur des infrastructures est susceptible d’engendrer une forte croissance. Le financement de ces travaux doit alors être pensée.

Les réserves de changes représentent environ 449 milliards de dollars, et le niveau optimal des réserves est compris entre 200 et 250 milliards de dollars. Il reste donc 200 milliards qui pourraient être utilisés. Or, certains économistes estiment que cela provoquerait un accès de « maladie hollandaise » important. C’est pourquoi la Banque Centrale stérilise une grande partie de ces revenus en titres publics américains. Par ailleurs, le transfert d’une telle somme vers l’économie russe pose le problème de la direction de ces flux.

Les exportations de la Russie ont deux dimensions : les matières premières (hydrocarbures, métaux, produits agricoles) et les armements (et produits associés à ces derniers). Ces exportations de matières premières engendrent un flux de revenus, flux qui propulse vers le haut le taux de change, ce qui n’est pas favorable au développement des exportations de biens manufacturés. Les exportations d’armement sont liées à des crédits acheteurs. Les exportations de produits civils eux dépendent de la compétitivité de ces produits. Bien entendu, il existe de nombreuses barrières, tant formelles qu’informelles, à ces exportations. On peut, bien entendu, saisir l’OMC. Mais l’octroi de crédits s’avère souvent supérieure en efficacité à toutes les mesures qui passent par l’OMC. Un constat doit être tiré de l’inefficacité croissante de l’OMC. La possibilité existe donc de créer un marché de demande d’un équivalent de 200 milliards pour nos produits manufacturés. Ce montant est très supérieur à la possibilité d’export de produits manufacturés aujourd’hui en Russie. On peut penser que la demande qui pourrait être engendrée par ces mécanismes pourrait s’élever entre 20 et 50 milliards de dollars par an.

De fait, les institutions financières qui pourraient accorder ces crédits existent, mais elles ne sont pas intégrées dans une politique économique globale.

Graphique 4

Source: GosKomStat

La question de la construction d’un capital de compétences

L’économie de marché existe, mais on parle ici d’une économie réelle et non d’un modèle théorique, fondé sur les mécanismes de concurrence pure et parfaite, des mécanismes qui sont en réalité largement illusoires. Cette économie de marché qui existe réellement est cependant très différente de l’ancienne économie soviétique. On ne peut concevoir une politique économique dans les mêmes termes pour l’une et pour l’autre.

La structure de l’économie, qu’il s’agisse d’une économie exportant uniquement des matières premières ou d’une économie exportant à la fois matières premières et produits manufacturés, exige des compétences spécialisées et des métiers particuliers. Or ces compétences et ces métiers ne sont pas les mêmes. La politique économique devrait aujourd’hui se poser la question du passage d’une structure de compétences et de métiers orientée vers l’exportation des matières premières vers une structure plus orientée vers la production de produits manufacturés. Cela pose la question de la formation du potentiel humain.

Nous avons cependant l’expérience de la réanimation du secteur de la défense, qui a été reconstruit ces 8 à 10 dernières années. La remontée des sentiers techniques et technologiques a été importante dans le secteur de la défense, ainsi que la formation de cadres tant dans le domaine de la recherche, de la production que de la gestion. Ces cadres, et ces compétences qui ont été retrouvées et ré-acquises sont le substrat réel de la réanimation de ce secteur, et ceci pourrait servir d’exemple pour l’industrie civile.

10 réponses à [RussEurope en Exil] La situation de l’économie russe, par Jacques Sapir     Pour lire les 10 réponses , cliquez sur le lien :

https://www.les-crises.fr/russeurope-en-exil-la-situation-de-leconomie-russe-par-jacques-sapir/

La nouvelle DCA syrienne : Le cauchemar d’Israël ?

La nouvelle DCA syrienne : Le cauchemar d’Israël ?

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12.02.2018

Israël a vu une fois de plus sa prétendue «supériorité aérienne» être mise à mal. Les changements de rapports des derniers mois sur le front syrien et plus généralement régional ne font que s’affirmer chaque jour un peu plus.

Dans notre article de décembre dernier, nous avions justement abordé ce changement de donne qui devenait de plus en plus évident sur la scène régional, en rapport avec l’arrivée de la fin de la supériorité aérienne de l’Etat sioniste au Proche-Orient. Evidemment, les critiques n’ont pas manqué de mettre en doute ce processus, prétendant que même si la DCA syrienne se montrait plus efficace que dans le passé et qu’elle ait pu abattre plusieurs missiles israéliens lancés contre des sites en territoire syrien, cela ne changeait en rien la capacité israélienne à dominer le ciel régional.

 

Tout change désormais. En réalité tout a commencé à changer bien avant. Depuis que les avions de Tsahal n’osaient plus s’aventurer dans le ciel syrien et menaient toutes leurs attaques contre la Syrie depuis l’espace aérien libanais: c’était déjà le début fortement révélateur. Quant à la Syrie, et comme on le disait dans les analyses précédentes, tant qu’elle était avec ses alliés focalisée à détruire les principaux foyers terroristes sur son territoire, le principal étant Daech et cet objectif a été atteint à plus de 95%, il lui était évidemment difficile de se focaliser sur les attaques sporadiques israéliennes et d’y répondre efficacement. Surtout que pour rappel et comme l’avait dit plusieurs fois le président syrien Assad la DCA syrienne était fortement affaiblie suite aux destructions menées par les terroristes vis-à-vis de ces installations, et ce depuis le début du conflit.

 

Depuis, la Russie avait annoncé son intention de mettre à niveau la DCA syrienne avec la participation de spécialistes russes, et cela en complément de la présence des systèmes russes existants dans la République arabe — destinés à protéger les installations et le personnel russes en terre syrienne. Les ennemis de la Syrie, et aussi de la Russie, n’avaient pas manqué à chaque mauvaise occasion de mettre en doute les capacités défensives de la DCA russe, prétextant justement le manque d’action face aux attaques menées notamment par l’aviation israélienne contre des cibles syriennes. Ils souriront mois souvent dorénavant.

 

Tout d’abord, et n’importe quel expert en la matière le confirmera, mettre en place un système anti-aérien digne de ce nom demande du temps, ainsi qu’une formation adéquate pour le personnel qui va le gérer à terme. Surtout (!) en temps de guerre. Quoiqu’il en soit, l’événement qui s’est déroulé ce 10 février est plus que révélateur: lorsqu’un système de fabrication soviétique, le fameux S-200 utilisé par l’armée syrienne, vraisemblablement sérieusement amélioré par les spécialistes russes, a été en mesure d’abattre la fierté du Tsahal: en l’occurrence le fameux avion F-16 et ce d’autant plus dans le ciel israélien, seul un idiot pourrait encore mettre en doute les capacités des systèmes russes beaucoup plus sophistiqués.

 

Selon le commandement syrien, plusieurs avions israéliens auraient été touchés. Israël n’a reconnu que la perte d’un seul, ajoutant que les deux pilotes ont réussi à s’éjecter, tous deux étant hospitalisés, l’un deux dans un état grave. Connaissant la capacité du commandement militaire israélien à minimiser via ses communiqués officiels ses pertes, on peut effectivement se poser la question si seulement un avion ait été abattu par la DCA syrienne, ou à défaut d’être abattu comme le premier — mis hors d’état de nuire. En tout cas, le budget israélien peut désormais calculer les pertes mais surtout analyser la fameuse question: est-il encore maitre du ciel régional?

 

Par ailleurs et au-delà du F-16 abattu, la DCA modernisée de la République arabe a détruit durant ces derniers jours plusieurs dizaines de missiles israéliens tirés contre son territoire. Et là aussi c’est un changement majeur: si dans le passé un peu plus lointain la Syrie pouvait se vanter au mieux d’avoir abattu une partie des missiles tirés par les Israéliens à son encontre, depuis les derniers jours et avant même l’événement majeur du crash du F-16 en Galilée, Damas pouvait fièrement annoncer que la très grande majorité des missiles du Tsahal tirés contre les positions syriennes ont été interceptés.

 

Au-delà de ce succès stratégique indéniable, face à un Etat surarmé se permettant beaucoup plus qu’il ne devrait se permettre, la Syrie confirme une fois encore le statut de pays défendant la fierté et la dignité du monde arabe. Et ce après avoir cassé la colonne vertébrale des terroristes, issus d’une centaine de pays qui s’étaient déferlés en terre syrienne avec le « généreux » appui financier, militaire et médiatique des élites de grand nombre de pays: occidentaux, et golfistes. Sans oublier Israël — qui tout au long de ces dernières années n’a jamais été dérangé par la présence à ses « portes » de terroristes de Daech ou d’Al-Qaida, ne les ayant jamais frappé et en allant même à leur offrir des soins médicaux dans les meilleurs hôpitaux israéliens, tout en poursuivant à attaquer périodiquement l’armée gouvernementale syrienne, y compris lorsque celle-ci menait de rudes combats contre ces mêmes terroristes salafistes.

P.S. Simple supposition personnelle mais il est à penser que l’enquête russe sur l’origine des drones d’attaque utilisés par les terroristes dans la nuit de la célébration du Nouvel an 2018 contre la base russe de Hmeimim ait abouti. Et que le responsable ait été déterminé. Sachant que selon les experts militaires russes, les dits drones d’attaque sophistiqués ne pouvaient être que de production étasunienne, ou… israélienne. Sur le plan diplomatique, le ministère russe des Affaires étrangères, commentant les frappes israéliennes et la riposte syrienne, a rappelé que le respect de la souveraineté de la Syrie était primordial, tout en ajoutant qu’il était inacceptable de mettre en danger la vie de militaires russes opérant en Syrie contre les terroristes. A bon entendeur.

 

 

Source : Sputnik

http://katehon.com/fr/article/la-nouvelle-dca-syrienne-le-cauchemar-disrael