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Vladimirovitch et Donaldinho sont dans un bateau…

Vladimirovitch et Donaldinho sont dans un bateau…

31 Mars 2020

Fait à peu près passé inaperçu dans l’océan de panique du coronavirus, Trump s’est résolu à appeler Poutine dans la journée d’hier. Cette conversation, sur demande de la partie américaine a précisé le Kremlin, confirme ce que tout le monde sait : Washington est très gêné par la tournure que prennent les événements pétroliers. Le Donald, qui base en partie sa réélection sur le pouvoir d’achat et une essence bon marché, a même cru bon, lors d’une interview, de l’admettre : « Je n’aurais cru devoir dire cela mais il faut que les prix du pétrole remontent« .

Le schiste US est en effet au bord du précipice, d’autant plus que les dépôts de stockage sont pleins, notamment ceux servant de réserves stratégiques aux Etats-Unis. Les compagnies essaient bien de louer des supertankers pour stocker leurs surplus mais les navires sont rares (occupés qu’ils sont à transporter le pétrole saoudien) et, loi de l’offre et de la demande oblige, les prix ont explosé. Le désespoir est si grand que nous assistons à une surprenante révolution copernicienne qui n’échappe à personne. L’Amérique, chantre historique d’un marché libre et sans entraves, pourfendeuse traditionnelle de la politique des quotas, demande maintenant un contrôle des prix et de la production !

Rien n’est sorti de la discussion Poutine-Trump, qui a également abordé d’autres sujets (gageons que les sanctions et le Nord Stream II n’étaient pas loin). Mais Moscou fait par ailleurs chauffer le chaud et l’effroi. Dans la seconde catégorie, voici Igor Sechin, patron de Rosneft, qui a résumé la situation d’un glacial et clinique : « Dès que le schiste américain sera éliminé, le pétrole remontera à 60 $« . On imagine les gouttes de sueur du côté du Texas et des banques qui soutiennent à bout de bras le secteur…

Suffisamment intelligent pour laisser la porte entrouverte, l’ours n’a toutefois pas écarté l’idée d’un nouvel accord pour stabiliser les prix, une sorte d’OPEP ++ comprenant, outre la Russie et l’OPEP, d’autres pays producteurs. Point besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre qu’il ne peut s’agit que des Etats-Unis eux-mêmes, invités à faire comme tout le monde, c’est-à-dire à imposer des quotas sur leur production. Pour le schiste US, la conséquence serait grosso modo la même : bye bye.

Moscou joue actuellement de la carotte et du bâton avec l’oncle Sam. D’un côté, c’est l’avion-cargo rempli d’aide médicale envoyé aux Etats-Unis pour lutter contre le coronavirus, entraînant les remerciements publics du président américain lors d’une conférence de presse (le Deep State a failli s’étrangler de rage et les articles de l’habituelle camarilla pleuvent déjà sur l’inénarrable « instrumentalisation » de l’aide russe et chinoise). C’est aussi, nous venons d’en parler, l’invite polie lancée à Washington pour rejoindre un accord pétrolier général tout en sachant que les Américains ne pourront vraisemblablement pas l’accepter.

Car, au-delà de la forme, les Russes mettent Trump au pied du mur en cette année électorale. Ce blog s’est souvent posé la question de savoir si l’occupant de la Maison blanche avait fini par être croqué par l’Etat profond qui l’entoure. Ce qui est sûr, c’est que, vu de Moscou, il a trop souvent plié, notamment sur les sanctions. Le Kremlin ne lâchera rien sur le pétrole sans contrepartie et la balle est dans le camp du Donald qui va maintenant devoir prouver de quel métal il est fait…Tag(s) : #Russie#Etats-Unis#Pétrole

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/03/vladimirovitch-et-donaldinho-sont-dans-un-bateau.html

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Tempête autour d’un académicien

Tempête autour d’un académicien

29 Mars 2020

L’Histoire nous réserve de ces clins d’œil…

Polonais sans pays (la Pologne était alors divisée entre les empires russe, prussien et autrichien), Jan Czerski participa très jeune à la grande révolte indépendantiste de 1863. Arrêté comme bons nombres de ses compatriotes rebelles par les autorités russes, il fut intégré de force dans l’armée et exilé en Sibérie. Autodidacte, il se passionna alors pour les sciences et finit par devenir géologue et explorateur au service des tsars. Ses nombreuses explorations sibériennes lui valurent les médailles de la Société russe de Géographie et de l’Académie des sciences et il mourut, comblé d’honneurs, lors d’une équipée dans le grand Nord.

Son nom fut donné à des montagnes, à une ville et, plus récemment, à un bateau. Pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de l’Académicien Czerski, censé poser les derniers tubes du Nord Stream II auquel s’oppose de toutes ses forces… la Pologne ! Ironie, quand tu nous tiens.PUBLICITÉ

Nous avions déjà mentionné ce navire début février :

Alors que le Danemark avait, après un feuilleton digne d’une télénovela brésilienne, fini par donner son accord à l’achèvement du Nord Stream II, les sanctions du Congrès américain ont poussé vers la sortie la compagnie suisse de pose de tubes Allseas, abandonnant en rase campagne le chantier déjà réalisé à 94%. Il ne manquait plus que 80 km, soit environ… deux semaines de travail !

Si d’aucuns auraient souhaité que Gazprom poursuive en justice l’entreprise suisse pour rupture abusive de contrat, Poutine puis le ministère russe de l’Energie ont assuré que le projet serait terminé, mais avec un retard d’un an :«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/73332-catastrophe-vue-dans-ehpad-temoignage-glacant-aide-soignant

« Le chantier étant gelé, Gazprom doit désormais avoir recours à ses propres équipements, beaucoup moins performants. Une mission a priori réaliste car la fin du chantier n’est plus en eaux profondes. Un premier bateau, le Fortuna, pourrait déjà être à l’œuvre dans les eaux allemandes. Mais sa capacité est de seulement 3 kilomètres de tuyaux posés par jour. Et il n’est pas autorisé à fonctionner dans les eaux danoises où demeure l’essentiel du chantier à achever. 

Gazprom, qui n’a pas précisé l’ampleur des surcoûts provoqués par ces changements, dispose d’un autre navire de construction, l’Akademik Tchersky. Mais celui-ci serait pris pour le moment sur un autre chantier près de… Vladivostok, à l’autre bout de la Russie. Son transfert prendra plusieurs mois. Selon l’agence russe Interfax, il est en fait en cours de reconstruction pour modernisation. D’où les multiples délais et donc un retard final d’au moins un an pour ce projet qui, sans les nouvelles sanctions américaines, devait être terminé tout début janvier, avec une mise en exploitation prévue dès ce printemps.  »

A défaut de pouvoir empêcher durablement les pipelines russes de gagner le Rimland, la thalassocratie fait tout pour en retarder l’échéance. Une lutte à mort dont dépend sa survie en tant que superpuissance.

L’académicien a finalement largué les amarres et se trouve maintenant au niveau du Cap de Bonne espérance, en route vers la Baltique où il devrait arriver d’ici peu.

La question à un million est de savoir s’il sera capable de poser les dernières dizaines de kilomètres de tubes…

Dans un billet récent, nous évoquions la politique d’auto-suffisance russe qui lui permet maintenant de tenir bon dans la tempête :

La presse américaine regrette que les sanctions impériales d’hier contre la Russie lui aient permis d’être bien mieux armée, aujourd’hui, que l’immense majorité des États de la planète face à la pandémie. Nous avons montré à plusieurs reprises (ici ou ici par exemple) que ces sanctions, parfois gênantes à court terme, étaient en réalité une bénédiction à long terme pour l’ours, réduisant sa dépendance vis-à-vis de l’Occident et l’obligeant à ne compter que sur lui-même.

Auto-suffisante sur le plan agricole, libre de dette et disposant de réserves considérables, la Russie va désormais empocher les dividendes de cette politique clairvoyante. « Gouverner, c’est prévoir » : personnifié par Colbert qui, en son temps, fit planter un million d’hectares d’arbres pour servir de bois de construction à la marine pour les siècles à venir, ce célèbre adage est repris avec sérénité du côté de Moscou.

Aussi curieux que cela puisse paraître, cette approche perspicace n’a pas été étendue au domaine de la pose sous-marine de pipelines. Le Kremlin a peut-être pensé, avec une certaine logique, que le jeu (investir massivement dans ce secteur technologique si particulier) n’en valait pas la chandelle (les gazoducs offshore ne sont pas légion dans le monde). M’enfin, il était tout de même difficile d’ignorer l’obsession de la thalassocratie impériale. En juin 2017, nous rapportions :

Si quelqu’un doutait encore que les Américains tentèrent, tentent et tenteront de torpiller l’intégration de l’Eurasie et d’isoler énergétiquement la Russie, une membre du comité des Affaires étrangères du Congrès a rappelé fin mai les fondamentaux de la politique étrangère de son pays :

« Les Etats-Unis devraient agir contre le projet russe de gazoduc afin de soutenir la sécurité énergétique de l’Union européenne [défense de rire ; qui eut cru que la novlangue pouvait être amusante ?] L’administration Obama et l’UE ont travaillé contre le Nord Stream II (…) L’administration Obama a fait de la sécurité énergétique européenne une question de haute priorité de la politique étrangère américaine. L’administration Trump serait bien avisée de continuer sur cette voie. »

Dans ce dossier, Donaldinho s’est sagement rangé derrière son Deep State et les sanctions sont tombées, effrayant la compagnie suisse chargée de poser les derniers kilomètres de tubes et laissant les Russes face à eux-mêmes. L’académicien, sans expérience dans ce domaine, pourra-t-il relever le défi ? Les avis sont partagés même si l’on sait que Poutine, qui n’est pas adepte des promesses en l’air, a assuré que le pipeline serait terminé sous un an. Le feuilleton continue…Tag(s) : #Gaz#Histoire#Russie#Europe

http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/03/tempete-autour-d-un-academicien.html

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Virus… blocus, Par Michel Raimbaud

Virus… blocus, Par Michel Raimbaud

Publié par Candide le 28 mars 2020 dans Chroniques      Rate This

Virus… blocus

Par Michel RaimbaudMondialisation.ca, 27 mars 2020

Nous sommes des mille et des millions à goûter aux plaisirs du confinement. C’est la faute à ce virus crochu, invisible mais omniprésent, qui guette ses victimes tapi dans leurs voies respiratoires, réveillant les peurs ancestrales. Sages ou craintifs, les citoyens acceptent les règles nouvelles, appréhendant ce que sera l’après. Revisité, le temps d’avant était un paradis : c’était il y a un mois, il y a quinze jours, c’était hier.

Ils seront innombrables, en France et dans cette vieille Europe devenue le foyer du virus, à faire des comptes et à en demander, à proposer des priorités pour réparer les dégâts. Avant d’entamer toute réflexion, il conviendra de réviser les idées reçues que les événements ont fait voler en éclats et d’en tirer des leçons. Puissent les mesures prises dans une situation d’exception ne pas être fatales à une certaine exception française.

L’Euro-Amérique n’est plus le « cœur » du monde, ayant perdu sa suprématie globale et son magistère intellectuel et moral. Difficile à gober pour un béotien comme l’oncle Donald, suprématiste hors pair, et pour les clients de l’idéologie occidentaliste. Si certains ont évoqué « la mort cérébrale » ou « le déclin de l’Occident », ce sont de simples éclairs tant est enracinée la conviction nombriliste. Il reste que l’épisode du coronavirus aura ruiné irrémédiablement l’image de l’Amérique* et de l’Europe, où la pandémie a établi ses quartiers. C’est en effet auprès de l’Organisation de Coopération de Shanghai (Chine, Russie et alliés asiatiques) que la plupart des pays, alliés y compris, auront cherché appui.

Accusée par Trump d’être le responsable de la pandémie (le « virus chinois »), la Chine, premier pays à avoir su juguler l’effrayant fléau, est sollicitée par le reste du monde. Forte du prestige que lui vaut sa gestion – un brin idéalisée – de la crise et désormais surpuissante, elle affirme son nouveau leadership. Qu’il s’agisse de l’Italie, abandonnée en première ligne sur le front coronique par ses partenaires européens, ou de la France, durement frappée, l’aide en matériel et en personnel de l’Empire du Milieu n’est pas passée inaperçue…

La Russie a lancé elle aussi des opérations de secours, envoyant vers l’Italie, par avions-cargos, du matériel de dépistage et de désinfection, tandis que son armée de l’air acheminait huit brigades mobiles de médecins et une centaine de virologues et épidémiologistes. L’Institut moscovite de dépistage du Corona annonce l’envoi d’une assistance d’urgence à seize pays : les membres de l’Union Economique Eurasienne (ex-URSS), mais aussi l’Iran, l’Egypte, le Venezuela, la Corée du Nord, la Mongolie. La Serbie a choisi elle aussi de faire appel à Moscou et Pékin.

Cet investissement des deux grands de l’Eurasie dans une action d’urgence aura eu un impact considérable. Médiatisation ? Ni plus ni moins que les « grandes démocraties » naguère. Que pourraient bien médiatiser nos médias de révérence, sinon l’absence de toute solidarité des Etats occidentaux, la vanité de leurs leçons de morale, leur acharnement à poursuivre des guerres illégales ou « invisibles », et la fin du monopole « atlantiste » dans le domaine humanitaire, cheval de bataille pour l’ingérence. Le mainstream aura été à la hauteur de sa réputation, le dépit portant d’ailleurs à ressasser les mensonges les plus éculés sur les « pays qui fâchent » (Syrie, Iran, Russie, Chine) !

Dans le même temps et autre signe des temps, l’Amérique est défiée jusque dans son ex-arrière-cour, son ignominie et son impuissance étant affichées à la face du monde. Après soixante ans de sanctions, Cuba est toujours debout et a développé une médecine de pointe : le 16 mars, à la demande de Londres, on y accueillait sous les acclamations un navire de croisière (MS Braemar) et sa cargaison de passagers occidentaux ailleurs indésirables (dont 5 « positifs » et 40 à l’isolement). La Havane a envoyé par ailleurs une mission médicale en Italie. Des sots s’en étonneront, mais les gestes ne s’oublieront pas, n’en déplaise aux esprits chagrins.

Le Venezuela, provocation permanente, est frappé par la pandémie. Une occasion minable d’exhiber un acharnement « viral ». C’est sous forme de sanctions meurtrières et dévastatrices que se manifestent les attentions de Washington : le coût des dépistages se trouve propulsé à des niveaux exorbitants. Valet fidèle, le FMI a refusé le prêt demandé par Caracas : Maduro manquerait de légitimité. Selon les experts onusiens, de telles sanctions « s’apparentent à une action génocidaire » et leurs « architectes » devraient être poursuivis et emprisonnés à vie, du moins « dans un monde décent ». Il ne l’est plus, depuis belle lurette.

Le comportement criminel de l’Amérique et des « grandes démocraties s’est inscrit dans le paysage à partir de 1991, tandis qu’émergeait le paradigme d’une « communauté internationale » réduite aux laquais. C’est à la résignation de ceux-ci, à leur aveuglement idéologique et à leur complicité qu’une « troïka » pervertie doit sa capacité de nuisance. Bien que le premier véto russo-chinois contre une ingérence militaire en Syrie, en octobre 2011, ait stoppé les élans de l’arrogant triumvirat, celui-ci a de beaux restes et de malfaisants relais.

Un demi-siècle après sa naissance « sous X », la « théorie du fou » de Nixon et Kissinger, loin d’être la touche folklorique d’une « géopolitique racontée aux grands enfants », est pour l’Occident une clé essentielle du Grand Jeu. Éructant au milieu de sa cour des miracles, le gangster à la mèche jaune a fait des adeptes au Moyen-Orient. Avec Netanyahou, bourreau des Palestiniens et complice d’une « transaction » ignominieuse, Erdogan l’hystérique Mamamouchi, et Mohammed Ben Salman, qui rêve de transformer l’Arabie en Disneyland ou en lupanar, voilà cet OVNI maléfique en mesure d’instaurer un chaos sans fin au centre de « la ceinture verte », à l’ombre de la nouvelle peste.

Ce qu’écrit Doug Bandow le 22 mars dans The American interest vaut son pesant d’encre : « Le coronavirus signifie que l’Amérique est brisée. Trump devrait sortir de l’enfer syrien », « le Moyen-Orient a perdu sa signification stratégique », les deux craintes majeures ayant disparu : (1) « Personne ne menace de conquérir le pétrole dont dépend l’Occident », (2) « Personne ne menace la survie d’Israël, superpuissance régionale ». Mon Dieu, si c’était vrai ? Aux doux rêveurs, on rappellera que l’Amérique s’acharne à mener en Syrie une guerre «invisible et sans fin» pour interdire la paix et la reconstruction, qu’elle maintient une occupation illégale à l’est de l’Euphrate, pour « contrôler le pétrole syrien » (sic dixit Donald).

Agressée par une coalition hybride où se retrouvent les membres de l’OTAN, les forces de l’islamisme dévoyé et une multitude de comparses, la Syrie est frappée depuis 2011 par une pléthore de sanctions infâmes et sadiques, dans l’indifférence quasi-générale…Rappelons que les sanctions (commerciales ou financières) ont pour but d’empêcher un Etat de fonctionner et d’étrangler son économie. Elles ont entre autres pour résultat d’interdire les importations de médicaments et matériels sanitaires, et de rendre impossibles la réparation des équipements. Ce qui est dramatique pour un pays dévasté comme la Syrie.

Comment des Etats peuvent-ils se prétendre « civilisés » alors qu’ils n’ont pas le courage de briser l’omerta, loi des mafieux. Exiger une levée immédiate des sanctions ne suffit pas. Chaque pays peut prendre la décision, seul ou dans un cadre collectif. Il y a urgence : la Syrie entre dans sa dixième année de guerre et on peut s’inquiéter de l’impact que pourrait avoir le corona, déjà présent dans la région. En effet, la pandémie ne saurait occulter les menées criminelles des alliés de Washington : Israël responsable du confinement massif des Palestiniens, notamment à Gaza ; Erdogan et son chantage au « lancer » de réfugiés vers l’Europe, nul ne se souciant des malheureux migrants piégés par les frontières fermées.

Il faut également lever le siège criminel imposé par l’Amérique à l’Iran. Résistant depuis quarante ans aux sanctions imposées à l’instigation de Washington et confronté à la ré-escalade engagée par Trump depuis son retrait illégal du traité nucléaire, il y a deux ans, l’Iran figure en outre parmi les Etats les plus menacés par la pandémie. L’interdiction de commercer en dollars revient à lui interdire tout achat de médicaments et d’équipements sanitaires, alors qu’il est économiquement étranglé (Téhéran aurait demandé un prêt d’urgence de cinq milliards de dollars au FMI). Il s’agit pour l’Amérique de le soumettre. Si dans un accès de sagesse les Européens viennent en aide à l’Iran, ils rachèteront un peu la communauté des « chefs d’Etat du monde » auxquels en appelle Ruhani : L’Amérique n’est pas seulement responsable de la mort d’un iranien toutes les dix minutes, elle menace la vie du monde. Téhéran et Qom ne sont pas si loin de Paris, Londres et New-York. « Vous êtes des insolents, des oppresseurs, des terroristes » : seuls blâmeront Ali Khamenei d’avoir ainsi stigmatisé les dirigeants américains ceux que la vérité blesse.

Michel Raimbaud

Virus… blocus

https://tunisitri.wordpress.com/2020/03/28/virus-blocus-par-michel-raimbaud/

Oléo-trio ou la guerre de l’or noir

Oléo-trio ou la guerre de l’or noir

26 Mars 2020

La grande guerre du pétrole engagée début mars commence à sérieusement démoraliser le secteur du schiste américain et les autorités impériales qui, dans un contexte encore compliqué par la pandémie mondiale, tentent de le sauver afin d’éviter une cascade de faillites oléo-financières.

Victoria Coates. Retenez bien ce nom car il n’est pas impossible qu’il revienne sous les feux de l’actualité dans les semaines ou les mois à venir. Collaboratrice de Trump à la Maison Blanche sur les questions moyen-orientales, elle vient d’être nommée Envoyée spéciale à l’énergie en Arabie saoudite, un poste créé sur mesure. Son but : « convaincre » les Saoudiens de fermer les vannes afin de faire remonter les cours du brut qui, en l’état actuel, menacent de ruiner tout un pan de l’industrie pétrolière US.

L’accablement a en effet gagné les esprits fébriles de Washington qui multiplient les tentatives pour stopper l’hémorragie. Nous en donnions un exemple il y a une vingtaine de jours :

L’administration du Donald a tout de suite pris la mesure du danger. Douce coïncidence, le secrétaire au Trésor, Steve Mnuchin, s’est précipité pour rencontrer au débotté l’ambassadeur russe aux Etats-Unis, plaidant pour un « marché énergétique organisé » (décodeur : ne faites pas baisser les prix, vous allez ruiner nos compagnies). Ô ironie, des « possibilités de commercer et d’investir » ont été évoquées. Tiens, les sanctions sont passées de mode à Washington ?

Tout cela semble en tout cas confirmer en creux ce que nous disions : Moscou a décidé de lancer une contre-attaque d’envergure contre l’empire pour toutes les avanies subies ces dernières années (blocage du Nord Stream II, sanctions, Syrie). Et il faudra plus que de vagues promesses pour ramener l’ours à de meilleurs sentiments.

Apparemment, ça n’a justement pas dépassé le stade des promesses car l’ouverture américaine semble être tombée dans l’oreille d’un sourd du côté de Moscou. Aussi, les efforts se sont, depuis, tournés vers le royaume des Seoud comme nous le rapportions la semaine dernière :

L’or noir n’en finit pas de dégringoler et le schiste américain est au bord du gouffre ou, comme le dit poétiquement un analyste de Forbes, « se noie dans le sang et les larmes ». des coupes claires dans les investissements et les budgets ont déjà commencé et ce n’est que le début…

Les critiques de l’establishment oléo-impérial pleuvent depuis quelques jours mais, chose, intéressante, elles ne s’adressent pas à la Russie, pourtant au départ du mouvement ; c’est l’Arabie saoudite qui est dans le viseur. Treize sénateurs Républicains ont même pris leur plume pour écrire au Seoud, lui demandant de revenir sur sa décision. A lire entre les lignes, on se demande même s’il n’y aurait pas un soupçon de menace :«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus
«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus
«

En savoir plus sur RT France : https://francais.rt.com/france/72681-agnes-buzyn-declare-avoir-quitte-ministere-sachant-elections-auraient-pas-lieu-coronavirus

« Les leaders saoudiens nous ont répété à plusieurs reprises que le royaume d’Arabie saoudite était une force de stabilité sur le marché mondial. Les récentes décisions saoudiennes ont remis en cause ce rôle. Nous exhortons le royaume à assurer un leadership constructif pour stabiliser l’économie mondiale en apaisant l’inquiétude dans le secteur pétrolier et gazier. »

Doublant la mise, Washington envoie maintenant dame Victoria à Riyad (dont la prise de fonction sera cependant retardée par le coronavirus) tandis que Pompeo commence ses séances de persuasion vis-à-vis de MBS. Menaces de l’aigle au chameau ou, au contraire, entente entre les deux contre l’ours : on ne le sait pas encore. Une chose semble certaine et nous l’avons dit à plusieurs reprises : il est vraisemblable que Riyad flanchera avant Moscou.

D’autant plus que, pied de nez des lois de l’économie, la Russie engrange paradoxalement certains bénéfices grâce à la chute des cours du naphte qui compensent en partie ses pertes par ailleurs. Ce tour de magie se résume en un mot : le rouble.

La monnaie russe est en effet soumise au régime de changes flottants sur les marchés financiers et suit de très près le prix du pétrole. Logiquement, la récente dégringolade du pétrole s’est accompagnée d’une dégringolade du rouble :

Or, les coûts de production des compagnies russes sont en roubles. Un rouble qui chute, ce sont donc des coûts de production qui chutent aussi si on les établit en dollars. Le géant Rosneft dépense 199 roubles pour chaque baril extrait. Début mars, avant le tsunami, cela équivalait à 3,10 $. Ca ne représente plus maintenant que 2,50 $ ! Les marges sont plus importantes et compensent partiellement la chute des cours.

Rien de tel en Arabie saoudite où le taux de change du rial est fixe et lié au billet vert. Le coût d’extraction (2,80 $ en l’occurrence) reste donc le même quel que soit l’évolution du cours de l’or noir. Aramco, qui se targuait d’avoir les coûts les plus faibles du monde, vient de se faire damer le pion par Rosneft. Dans cette lutte de titans pétroliers, c’est une victoire symbolique pour Moscou…Tag(s) : #Pétrole#Etats-Unis#Russie#Moyen-Orient#Economie

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De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

De la Chine à la Syrie : les premières nouvelles géopolitiques de demain

Publié par: Michel Raimbaud*le: 21 février, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_Moyen_OrientGéopolitiqueNon classéImprimerEmail

De quoi 2020 sera-t-il fait en géopolitique ? Confirmation de la résurrection russe, montée en puissance chinoise et effacement américain pourraient dessiner la politique internationale.

L’exercice de prospective politique est devenu l’un des rites de l’an neuf. S’il promet plus de tempêtes que d’embellies, c’est que la vie commune de milliards d’êtres humains encadrée par deux centaines d’Etats n’est pas un fleuve tranquille. L’avenir n’est pas une science exacte.
Depuis la fin d’un XXème siècle ponctué par des épisodes « messianistes » de courte durée bien qu’ils aient eu l’éternité pour horizon (colonisation, épidémie des reichs, guerre froide, puis moment unipolaire américain), il est légitime de ne plus croire que l’histoire aurait un « sens », comme le professait le marxisme, ou une « fin », comme le fanfaronnait en 1992 Francis Fukuyama, chantre du libéralisme.
S’il n’y a en elle ni fatalité ni éternité, ce qu’elle a d’erratique est polarisé par des constantes naturelles : c’est ce que nous rappelle la géopolitique, politique de la géographie. Née avant 1900 en de brumeux pays avides d’espace vital, reprise par les « empires de la Mer » au temps du colonialisme et des expansionnismes, cette discipline permet de comprendre pourquoi, au-delà des avatars et séismes, l’Histoire continue, en quête de repères et d’équilibre.
En un temps que les moins de cinquante ans ne peuvent pas connaître, les devins avides de « prédictions » faisaient de la géopolitique sans le savoir. Mais l’époque où Geneviève Tabouis présentait les dernières nouvelles de demain sur Radio Luxembourg étant révolue, qui oserait dire aujourd’hui de quoi sera fait 2020 ? Mieux vaudra donc ne pas voir des oracles dans ces premières nouvelles de demain. L’exercice – au vu du bilan 2019, entrevoir les évolutions pour 2020 – rappellera le pensum imposé jadis aux bizuts entrant en faculté : « Etant donné le clair de lune, tirer le clair de l’autre »…

Le droit international en ruine

Il est presque minuit, Docteur Folamour. Début février, l’aiguille de l’« Horloge de l’Apocalypse » se trouverait, d’après le Bulletin des Scientifiques Nucléaires américains (qui ne sont pas astrologues), à 100 secondes du minuit de la guerre nucléaire, record d’imminence depuis la création de ce joujou en 1947. La situation ne semble pas inquiéter nos sorciers qui pérorent dans les hautes sphères.
Pas besoin d’être expert pour constater la ruine du droit international. Et après examen des tenants et aboutissants, on y verra un travail de sape programmé, inspiré par le « chaos créateur » de Leo Strauss, recette permettant à l’Empire de neutraliser à moindre coût les obstacles à son hégémonie.
Fustiger l’OTAN « en état de mort cérébrale », comme le fait le porte-voix élyséen de l’école complexiste, est d’un bel effet, mais escamote les responsabilités du « monde civilisé » dans l’effondrement de la vie internationale. Ce qu’il faut bien appeler un naufrage intellectuel et moral se décline de façon multiforme : échec et faillite de l’ONU et de sa charte, fin de la légalité et loi de la jungle, falsification des mots et détournement des concepts, abandon des us et coutumes de la diplomatie, de la courtoisie et du protocole… Autant de marches vers les enfers, là où s’abîme l’Occident, aveuglé par une imposture qui a viré au gangstérisme.
Pourtant, la nature ayant horreur du vide, un nouvel ordre est en gestation. Le bloc eurasien en pleine ascension le veut multipolaire, tandis que l’Empire Atlantique freine des quatre fers.
La géopolitique considère que le monde est structuré en trois « zones », (1) le Heartland russo-sibérien qui constitue le Pivot du monde habité, (2) le Rimland qui tel un glacis ceinture ce « Pivot » de l’Atlantique au Pacifique, (3) la zone des Territoires et Iles Périphériques ou offshore, qui génère des « Empires de la Mer », où le choix du grand large va de soi. C’est le messianisme de ces « peuples élus » qui leur fait voir le « Pivot » comme une terre promise, objet de leurs convoitises. Dans ce schéma, le Rimland (Europe Occidentale, Chine, le monde arabo-musulman) constitue tantôt un glacis, tantôt une proie. La théorie permet de saisir les ressorts des expansionnismes et d’éclairer les conflits.

Le déclin des États-Unis

Empire de la Mer malgré leur masse continentale, les Etats-Unis ont un avantage fondamental : loin du cœur du monde (Heartland), ils ne connaissent pas les affres de la guerre. Ils contrôlent les mers, l’espace et le cyberespace, le système financier mondial via le dollar. Ils peuvent envahir sans risquer de l’être. Depuis 1945, une langue invasive aidant, ils ont acquis la mainmise de l’espace médiatique et investissent le domaine « chrétien » par le biais des évangéliques, baptistes et autres chrétiens sionistes.
Toutefois cette puissance est en déclin, ce qui apparaît dans les chiffres, mais aussi dans le recours grandissant à la menace, aux sanctions, aux actions clandestines. S’y ajoutent le statut menacé du dollar, l’érosion de la crédibilité et la perte du magistère moral…. Au sein de l’Etat profond, on est tétanisé.

La Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection.

Depuis vingt ans, la Russie a vécu avec Poutine une vraie résurrection, effaçant l’humiliation subie à la chute de l’URSS et la décennie Eltsine. Elle doit ce retour au dossier qui lui a permis de s’imposer. Par son soutien à la Syrie, elle a contribué à stopper le rouleau compresseur des « révolutions arabes » pilotées par l’Occident et l’islamisme extrémiste. Même si les Occidentaux répugnent à l’admettre, Moscou est le pôle de référence.

La nouvelle puissance chinoise

La Chine est déjà numéro un de l’économie mondiale, devançant les États-Unis en parité de pouvoir d’achat. Elle est en tête pour son palmarès commercial et industriel : après avoir été l’atelier du monde, elle en est devenue « l’usine », en attendant d’en être le banquier. Sa puissance militaire s’accroît rapidement, son budget de défense étant au deuxième rang derrière les Etats-Unis. L’essor de la marine est spectaculaire, visant à sécuriser son environnement (Mer de Chine) et asseoir sa capacité de projection (Méditerranée, voire Arctique).


S’y ajoute le défi sans précédent lancé à l’arrogante Amérique par un Iran sous sanctions, troisième pôle de cette Eurasie qui s’affirme militairement. En témoignent les premières manœuvres maritimes communes organisées en janvier 2020 entre les trois « menaces ».

Le retour aux vieilles méthodes (coups d’État, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington.

Les Arabo-musulmans ne sont pas seuls à chercher à Moscou et Pékin des contrepoids. Par le biais des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud), l’Eurasie étend sa zone d’influence. Si l’Afrique du Sud est restée « un cas » sur le continent noir, l’Amérique Latine secoue le joug : le Brésil de Lula et Dilma Roussef avait entraîné dans son sillage le Venezuela chaviste, la Bolivie de Morales, l’Argentine de Mme Kirschner, rompant la singularité de Cuba. Le retour aux vieilles méthodes (coups d’Etat, ingérences, pressions, sanctions, menaces) témoigne de la colère de Washington face aux intrusions de Moscou.

Un « Amerixit » au sein du camp Atlantique ?

En Asie, on est sensible aux sirènes russes ou aux effluves des Routes de la Soie. L’Inde, membre des BRICS et de l’Organisation de Coopération de Shanghai, montre la voie : l’Indonésie, les deux Corées (la bonne qui aime l’Amérique et la méchante qui brave Trump, et dont Pékin est le protecteur), et d’autres, y compris la Thaïlande et ses voisins indochinois, sont alléchés. Le Japon lui-même desserrerait bien l’étreinte de son ex-vainqueur.
Sur le vieux continent, les « occidentalistes » font la loi. Ils se disent effarouchés par l’arrivée du soudard, mais ils ne s’indignent pas de ses turpitudes, lui reprochant son langage : ne réclame-t-il pas grossièrement le paiement de l’effort de défense. La dégradation est tangible. L’imputer à Trump ? Sa politique est au final celle de ses prédécesseurs.
Devenu réalité au 31 janvier 2020, le Brexit a traumatisé les chefs de l’UE, mais « l’évènement européen sans doute le plus important depuis la chute du Mur de Berlin » ne bouleversera pas l’équilibre. Voilà un grand Ex qui s’alignera encore davantage sur Washington, mais ni plus ni moins que ses anciens partenaires. Aucun n’est prêt à se démarquer d’un mauvais suzerain sur les dossiers qui fâchent, la Syrie, le bras de fer avec l’Iran (traité nucléaire, Soleimani), la « transaction du siècle », Erdogan, le terrorisme. La France encore moins que ses rivaux allemands, de plus en plus dominateurs.
Un Amerixit serait-il impensable au sein du camp atlantique?

Le Grand Moyen-Orient piégé

Théorisé par les neocons israélo-étatsuniens, le Grand Moyen-Orient est au départ un ensemble d’Etats musulmans entre Levant et Asie Centrale, à amadouer ou à détruire. George W. Bush et ses acolytes avaient décrété qu’il fallait les « démocratiser », c’est-à-dire les rendre israélo-compatibles en les bombardant. La technique : exciter les oppositions contre les « régimes » en soutenant discrètement les islamistes, fussent-ils terroristes. On ne rappellera pas ici le bilan des « printemps arabes ».
Le clan des heureux élus s’est avéré extensible au gré des lubies et des lobbies : la frontière génétique imaginée par le colonisateur entre monde arabe et Afrique « noire » a été oubliée, le terrorisme et « l’Etat islamique » envahissant le Sahel (à partir de la Libye ou de zones sanctuarisées), avant de rayonner en direction du Sud. L’Amérique s’y implante à la place de la France. La Russie y fait des incursions (Mali, RCA), investissant par ailleurs les positions moyen-orientales de l’Empire (Arabie, Emirats Arabes Unis, Irak, Egypte…) et les appendices que sont la Turquie et Israël.

Nouvelles routes de la soie, voies nouvelles de puissance

Le « pivotement » de l’Amérique vers l’Asie ne signifie pas qu’elle se désintéresse du Moyen-Orient : dans sa translation, c’est la « ceinture verte musulmane » qu’elle côtoiera sur toute son extension.
Pour le Céleste Empire, pays d’adoption des Ouigours parfois irrédentistes et/ou djihadistes, les Routes de la Soie constituent une riposte au « projet » de Bush. A l’horizon 2049, centenaire de la Chine Populaire, Pékin aura tissé son paradigme multipolaire de nations souveraines/partenaires, reliées par un labyrinthe de ceintures et de routes interconnectées. La vision de Xi Jinping repose sur une étroite coordination entre Moscou et Pékin et implique une planification stratégique à long terme, Poutine dit « communication ». N’en déplaise aux occidentalistes, la « nouvelle ère », fondée sur un partage des rôles, n’est pas une chimère. Les investissements prévus sont gigantesques, par centaines de milliards.

Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.

Le projet russe de Grande Eurasie (Union économique eurasienne, Organisation de Coopération de Shanghai, Banque asiatique d’investissement) est comme un miroir des nouvelles Routes de la Soie. De l’Iran à la frontière mongole, le Grand Moyen-Orient vu de Moscou est une partie de « l’étranger proche » et pour la Russie, avec ses 20 millions de musulmans, il est urgent de recomposer l’Asie Centrale. Aux BRICS la tâche de réorganiser le monde.
Le « cœur » de l’Axe de la Résistance (Iran – Irak – Syrie – Liban) est stratégique. La simple idée d’un corridor offrant à la République Islamique un débouché sur la Méditerranée donne des sueurs froides à Israël et à l’Amérique. Intégré aux Routes de la Soie et à la grande Eurasie, il sera intouchable. Si la question des pipelines est centrale dans cette région flottant sur une nappe de gaz, la libre circulation des personnes et des marchandises ne l’est pas moins.

Guerres économiques invisibles

Comme le Venezuela où, selon le journaliste Jeffrey Sachs, « au nom de la pression maximale, les sanctions américaines sont délibérément conçues pour détruire l’économie », l’Iran, l’Irak, la Syrie et le Liban sont des cibles par excellence des guerres économiques invisibles. Celles-ci, enclenchées à la chaîne par les Etats-Unis, ont un effet terrifiant. Prenant la forme de sanctions, d’embargos, cachées par l’omerta, sans coup de feu, elles coûtent moins cher que des interventions militaires directes et permettent de contourner les vétos russo-chinois. Elles empêchent surtout toute vie normale.
Dans l’inventaire des dégâts, on notera la chute brutale de la croissance et la « contraction » des économies visées (de 14% en deux ans pour l’Iran), suite aux difficultés d’accès aux produits de base et matières premières. Autres conséquences : l’effondrement du niveau de vie et la glissade vers la grande pauvreté, la flambée des prix. Partout, les désastres socio-économiques (famine, malnutrition, surmortalité, misère) aggravent les crises sanitaires (ruptures concernant les médicaments et le matériel médical, infrastructures détruites).
Les sanctions financières affectent les banques, mais aussi la vie quotidienne. Dès 2011, les Etats-Unis et l’Europe ont mis en place un régime de sanctions particulièrement sévères contre le peuple syrien, « bloquant l’accès à de nombreuses ressources vitales »…« l’un des régimes de sanctions les plus vastes et compliqués jamais imposés ». La loi César « sur la protection des civils syriens » (sic) inscrite au budget 2020 impose, au nom des Droits de l’Homme, « des sanctions contre les secteurs liés à l’Etat et contre les gouvernements qui soutiennent la reconstruction et l’armée syrienne ». Le prétexte ? « Ouvrir un nouveau front contre l’influence de l’Iran en Syrie ».

La leçon de l’Irak ?

Thomas Nagy, de l’Université George Washington, citant la Defense Intelligence Agency (DIA), évoque « un plan de génocide commis contre les Irakiens (…) permettant de liquider une part importante de la population irakienne ». Dennis Halliday, coordinateur démissionnaire de l’ONU, accuse en septembre 1998 « le système onusien aux ordres de Washington et de l’Occident depuis la chute de l’URSS, qui a « imposé des sanctions génocidaires contre les innocents ». C’est le prix à payer pour la « démocratisation », dira la sublime Albright….
Gavé par neuf années de « printemps », le monde arabe est en piètre condition : la plupart des Etats sont brisés, livrés au chaos et à la sédition. Certains comme la Libye, le Yémen, l’Irak, l’Afghanistan risquent de rester un moment sous le feu des bombardements, des destructions, au gré des ingérences, des terroristes, des luttes inextricables. Le « monde civilisé » regarde avec commisération ce spectacle qu’il a mis en scène.
D’autres Etats, passés entre les balles, se retrouvent sous le feu des forces « populaires » qui veulent « la chute du régime », « le retrait des militaires », la dévolution immédiate du pouvoir, sans concessions et d’ailleurs sans programme. Derrière le tumulte, s’agitent à nouveau ONG, forces du changement, sociétés civiles, le tout saupoudré d’égéries et de diplomates occidentaux. On devine la main de l’étranger, comme en 2011. Et lorsqu’une issue se dégage, elle donne souvent sur la Maison-Blanche et sur Tel-Aviv, on allait dire sur Jérusalem. La recette est partout de normaliser avec Israël (le Soudan), condition sine qua non pour plaire aux régimes du Golfe qui regardent maintenant l’Etat hébreu avec les yeux de Jared Kuschner.

Syrie, cœur battant du monde arabe

La Syrie, cœur battant du monde arabe, a pu tenir neuf années face à l’alliance entre l’Empire israélo-atlantique et les forces du takfirisme et du terrorisme. Elle a fait barrage à la vague des « révolutions », le payant au prix fort. Appartenant au camp des résistants et dotée de puissants alliés, elle est potentiellement victorieuse, un renversement de situation étant improbable. Mais elle doit faire face aux manigances néo-ottomanes d’Erdogan et aux crimes de ses terroristes déguisés en enfants de choeur, supporter les caprices des Kurdes tout en encaissant les insultes et inepties de Le Drian.

Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump,
l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions

Désarticulé, le monde arabe est prié d’applaudir à la « transaction du siècle » qui liquide la cause sacrée du peuple palestinien pour une poignée de milliards de dollars, à payer par les Arabes. Rares sont les protestataires : la Syrie, dont la Palestine est une terre perdue, l’Iran droit dans son soutien, le Hezbollah, et la Turquie qui s’érige en défenseur de l’Islam face à la Saoudie.
Le terrorisme est toujours vivant, AlQaida en Syrie, ici et là Da’esh made in USA, et les innombrables groupes qui sévissent au Proche-Orient, en Libye, au Sahel, sous l’égide des Wahhabites (Arabie, Emirats) et/ou des Frères Musulmans (Turquie, Qatar).
Entre Erdogan, Netanyahou, Ben Salman et Trump, en 2020, l’échiquier du Moyen Orient est bien loti en rois, en fous et en pions.

*Par Michel Raimbaud, ancien ambassadeur, auteur de Tempête sur le Grand Moyen-Orient (ed. Ellipses, 2017) et Les guerres de Syrie (ed. Glyphe, 2019)

Source : Ruptures

http://www.afrique-asie.fr/de-la-chine-a-la-syrie-les-premieres-nouvelles-geopolitiques-de-demain/

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

La première guerre de l’Otan-MO renverse l’ordre régional

par Thierry Meyssan

Pendant que les Européens et les Arabes sont absorbés par le coronavirus, les Anglo-Saxons changent l’ordre du monde. Sous commandement US, le Royaume-Uni a pris le contrôle de l’entrée de la mer Rouge ; les Émirats arabes unis se sont retournés contre l’Arabie saoudite et lui ont infligé une cuisante défaite au Yémen du Sud, tandis que les Houthis le faisaient au Yémen du Nord. Désormais, le Yémen est scindé en deux États distincts et l’intégrité territoriale de l’Arabie saoudite est menacée.RÉSEAU VOLTAIRE | DAMAS (SYRIE) | 24 MARS 2020 عربيENGLISHESPAÑOLITALIANOROMÂNĂTÜRKÇEDEUTSCHΕΛΛΗΝΙΚΆPORTUGUÊSРУССКИЙ

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JPEG - 36.7 koLe président des États-Unis, Donald Trump, et le président de facto des Émirats arabes unis, le prince Mohamed ben Zayed. En silence, les deux hommes d’affaire sont en train de réorganiser le Moyen-Orient élargi.

Le président Donald Trump poursuit sa politique de retrait militaire du « Moyen-Orient élargi ». Pour ce faire, il déplace progressivement ses troupes, signe des accords avec les forces contre lesquelles elles étaient déployées (par exemple avec les Talibans) et négocie la libération de ses prisonniers. Simultanément, le Pentagone fait appel au Royaume-Uni pour prendre la tête des opérations de la nouvelle Alliance atlantique-Moyen-Orient et superviser la suite de la « guerre sans fin » au « Moyen-Orient élargi ». La Syrie est considérée comme zone d’influence russe tandis que la stratégie Rumsfeld/Cebrowski se poursuit avec la division du Yémen en deux États distincts et la préparation du démembrement de l’Arabie saoudite.

Rapatriement des agents de la CIA détenus prisonniers

Les 18 et 19 mars 2020, un citoyen US, Michael White, détenu en Iran, a été transféré de sa prison à l’ambassade de Suisse à Téhéran ; un autre citoyen US, Amer Fakhoury, détenu au Liban, a été exfiltré par les troupes états-uniennes ; enfin le président Trump a demandé publiquement l’aide de la Syrie pour retrouver un troisième citoyen US, Austin Tice.

Ces opérations sont supervisées par le discret conseiller de sécurité nationale, Robert O’Brien, qui dispose d’une solide expérience en matière de libération de prisonniers.

- Michael White a servi 13 ans dans la Marine US. Il s’est rendu en Iran pour y retrouver sa fiancée. Il a été arrêté en 2018 et condamné à 13 ans de réclusion pour espionnage. D’autres citoyens US emprisonnés en Iran —dont Morad Tahbaz, Robert Levinson, Siamak et Baquer Namazee— ne semblent pas susciter le même intérêt de Washington. Michael White a été remis à l’ambassadeur suisse Markus Leitner pour « raison de santé ». Il n’est pas libre pour autant.
- Amer Fakhoury est un célèbre collaborateur des troupes d’occupation israéliennes au Liban. Il fut membre de l’Armée du Liban-Sud, directeur de la sinistre prison de Kiam et tortionnaire. Il s’est enfui du Liban lors du retrait israélien et y est revenu, pour une raison inconnue, en septembre 2019. Il a immédiatement été reconnu et arrêté. Il a été libéré au motif d’une prescription de ses crimes, ce qui est juridiquement faux, mais interdit de quitter le territoire. Il s’est alors précipité à la méga-ambassade US d’Awkar sous la protection de l’ambassadrice Dorothy Shea, d’où il a été exfiltré en hélicoptère par les Forces spéciales US vers Chypre.
- Austin Tice est un capitaine des Marines devenu journaliste indépendant. Il a pénétré illégalement en Syrie avec l’aide des services secrets turcs avant de disparaître, en 2012, à Daraya (banlieue de Damas). Eva Filipi, l’ambassadrice de Tchéquie qui représente les intérêts US en Syrie, avait affirmé qu’il serait détenu non pas par des jihadistes, mais par les autorités syriennes. Ce que Damas a toujours démenti.

Ces trois citoyens US sont très probablement des collaborateurs ou des agents de la CIA.

- Étrangement, les Émirats arabes unis ont brisé l’embargo US et apporté des médicaments en Iran.
- Chaque faction libanaise accuse l’autre d’avoir cédé aux pressions US. Le Hezbollah assure ne pas avoir trahi la Résistance et ne pas avoir négocié secrètement avec Washington, tandis que le président du Tribunal militaire (pro-Hezbollah) a démissionné.
- C’est la première fois depuis deux décennies qu’un président états-unien sollicite publiquement l’aide de la République arabe syrienne.JPEG - 19.8 koLe secrétaire à la Défense US, Mark Esper, reçoit son homologue britannique, Ben Wallace, au Pentagone. La « relation spéciale » entre les deux pays est rétablie. Les « Cinq yeux » sont renforcés. Le Royaume-Uni prend le commandement des opérations de l’Otan-MO.

Transfert de l’encadrement militaire au Royaume-Uni

Le 5 mars, le secrétaire US à la Défense, Mark Esper, a reçu au Pentagone son homologue britannique Ben Wallace. Les deux hommes se sont partagés le commandement de la nouvelle Otan-MO [1].

Ben Wallace a ensuite prononcé un discours à l’Atlantic Council au cours duquel il a confirmé la solidité de l’alliance UK-USA et la disponibilité du Royaume-Uni. Il a également soutenu la nécessité de juger le « dictateur Bachar el-Assad » (sic), mais l’impossibilité de le faire compte tenu du soutien de l’« ours russe ». En d’autres termes, la Syrie reste un ennemi, mais on n’y touchera plus. La guerre sera déplacée [2].JPEG - 26.1 koLe secrétaire britannique à la Défense, Ben Wallace, et son homologue turc, le général Hulusi Akar, inspectent les « postes d’observation » turcs qui servent de base de repli aux jihadistes à Idleb (Syrie occupée), le 12 mars 2020. Londres assure Ankara que le Pentagone ne détruira pas la Turquie, mais l’Arabie saoudite.

Les 12 et 13 mars, Ben Wallace s’est rendu en Turquie et en Syrie occupée par les jihadistes. Il a inspecté les postes d’observation de l’armée turque à Idleb et fait parvenir 89 millions de £ de dons « humanitaires » aux familles des jihadistes. Ceux-ci ont alors commencé à attaquer les troupes turques censées les protéger, tuant plusieurs soldats turcs.

La fin du Yémen et le début de celle de l’Arabie saoudite

Poursuivant leur politique de retrait militaire et de transfert de cette fonction à des proxys, les États-Unis sont en train de transformer la guerre du Yémen. Originellement, le Pentagone prévoyait de diviser ce pays en deux selon la ligne de partage qui existait jusqu’en 1990. Il avait encouragé l’Arabie saoudite et Israël à se lancer à l’assaut du pays pour en exploiter les ressources pétrolières de la région mitoyenne du « Quart vide » [3]. L’opération avait été conduite avec l’aviation israélienne, des mercenaires colombiens sous drapeau saoudien et des troupes émiraties. Elle avait été coordonnée par un état-major tripartite (Arabie/USA/Israël) basé au Somaliland.

Cependant, le Pentagone s’appuyant sur les rivalités tribales parvint à complexifier la situation jusqu’à aboutir à un pays effectivement divisé en deux, mais aussi à une Coalition Arabie-soudite/Émirats également divisée. Il lui fallait alors —sans engager ses propres troupes— terminer la division du Yémen en deux États distincts avant de se lancer dans la division de l’ancien allié saoudien en cinq États distincts. Le Pacte du Quincy lui fait obligation de protéger le roi d’Arabie saoudite, mais ni son pays, ni son héritier [4].JPEG - 66.7 koLe souverain de facto d’Abou Dhabi et président de facto des Émirats arabes unis, Mohamed ben Zayed, a été le mentor du prince héritier saoudien, Mohamed ben Salmane. Progressivement l’élève a voulu écraser son maître. En définitive, c’est le discret MBZ qui devrait écraser l’infatué MBS.

Cette semaine, le Pentagone a dépêché un navire de guerre au large d’Aden. Il a installé des troupes britanniques sur l’ile de Socotra pour en faire une base militaire permanente avec les Émirats arabes unis et l’a armé avec des missiles Patriot. Simultanément, les Houthis du Nord soutenus par l’Iran ont attaqué victorieusement deux bases militaires saoudiennes et fait prisonniers plus de 700 soldats saoudiens, tandis que les tribus soutenues par les Émirats ont attaqué les tribus soutenues par l’Arabie saoudite à Aden. Le gouvernement d’Abdrabbo Mansour Hadi, seule autorité officiellement reconnue par l’Onu mais siégeant en exil à Riyad, a perdu le contrôle d’Aden.

Le prince héritier saoudien, Mohamed ben Salman, après avoir torturé son ami d’enfance trop brillant, après avoir assassiné ses rivaux, après avoir exécuté le chef chiite de son opposition, après avoir embastillé et dépouillé ses frères et oncles, après avoir fait découper à Istanbul un Frère musulman trop bavard, n’a plus personne pour le soutenir.

Les départements états-unien, britannique et émirati de la Défense ne communiquent pas sur ces batailles. Seuls les Houthis le font. En l’absence de communication officielle, la presse internationale est aveugle et muette.

Le Yémen du Sud est une ancienne colonie britannique et les Émirats arabes unis étaient intégrés dans l’Empire des Indes. Le Royaume-Uni, sous parapluie états-unien, reconquiert son influence dans le Golfe et en mer Rouge.

L’opposition Arabie saoudite/Axe de la Résistance n’existe plus, faute de combattants. Désormais, après l’Iran (1953-78), l’Iraq (1979-90) et l’Arabie saoudite (1991-2019), les Émirats arabes unis (2020-), sous parapluie de l’Otan-MO, sont devenus les gendarmes de la région.

Ce retournement complet de situation correspond à notre analyse de la crise. Après leur échec en Syrie, les États-Unis poursuivent leur plan de 2001 et s’apprêtent à déstabiliser l’Arabie saoudite. Le président Trump a validé cette étape à la seule condition que les troupes US n’y participent pas directement, mais que les Émirats les représentent.

Le suicide de l’Union européenne

Pendant ce temps, l’Union européenne réagit de manière inadaptée à l’épidémie de coronavirus. Au lieu de lutter contre la maladie (tests généralisés, traitement des personnes infectées à la chloroquine, soins d’urgence aux malades avec respiration artificielle et interféron Alfa 2B recombiné), elle prévient l’engorgement de ses hôpitaux (assignation à résidence de la population saine) [5]. Son économie s’est arrêtée et la Banque centrale européenne annonce une récession de 5 % si cette situation se prolonge deux semaines, mais ce sera probablement six.

Lorsque le pic de l’épidémie sera passé, elle ne sera plus une grande puissance économique et le monde sera organisé d’une manière nouvelle, sans elle.

Thierry Meyssan

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1] « NATO Go Home ! », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 février 2020.

[2] « Quelle cible après la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 10 mars 2020.

[3] « Exclusif : Les projets secrets d’Israël et de l’Arabie saoudite », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 22 juin 2015.

[4] « Le Pacte du Quincy ne protège que le roi d’Arabie, pas son héritier », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 23 octobre 2018.

[5] « Covid-19 : propagande et manipulation », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 20 mars 2020

.https://www.voltairenet.org/article209502.html

Un nouveau monde en gestation

Un nouveau monde en gestation

21 Mars 2020

Les rédacteurs de Foreign Policy lisent-ils nos Chroniques ? Quelques jours après notre billet sur la montée en puissance du soft power humanitaire chinois en ces temps pandémiques, la revue néo-impériale a publié un article qui fera peut-être date, intitulé « Le coronavirus pourrait remodeler l’ordre mondial« . Le chapeau – « La Chine manœuvre vers le leadership mondial pendant que les Etats-Unis fléchissent » – annonce clairement la couleur et les auteurs se lamentent :

Le statut des Etats-Unis en tant que leader global durant les sept dernières décennies a été bâti non seulement sur la richesse et la puissance mais également, tout aussi important, sur la légitimité d’une bonne gouvernance intérieure, la fourniture au monde de biens et la capacité de rassembler et coordonner une réponse globale aux crises. Le coronavirus teste ces trois éléments et Washington est en train de rater l’examen.

Pendant que les Etats-Unis fléchissent, Pékin avance rapidement pour profiter des erreurs américaines, comblant le vide pour se positionner en tant que leader global. Les Chinois vantent leur propre système, fournissent une assistance matérielle aux autres Etats et aident même les gouvernements à s’organiser (…) La Chine comprend que, si elle est vue comme leader dans cette crise et que Washington donne l’impression d’être incapable de le faire, cette perception pourrait fondamentalement affaiblir la posture américaine dans les relations internationales et grandement modifier la lutte pour le leadership mondial au XXIème siècle.

Des dizaines de pays bénéficient maintenant de l’aide chinoise et les euronouilles, totalement perdus par le reflux du suzerain US, ne savent plus à quel saint se vouer. Pendant que certains tentent encore maladroitement de sauver les meubles en pointant du doigt la « propagande chinoise », d’autres sont pris d’une nostalgie résignée :

L’histoire retiendra peut-être ces journées de mars 2020, lorsque la Chine est venue au secours de l’Europe. La semaine dernière, c’était en Italie, et hier, la Chine a envoyé un million de masques en France, où il existe un risque de pénurie.

Geste symbolique d’un pays devenu une grande puissance et qui le montre à la manière dont nous, les puissants du monde d’hier, le faisions autrefois, par l’action humanitaire. Il y a, au-delà du symbole, le reflet d’un nouveau rapport de force international qui change tout.

Un article de The Intercept résume parfaitement la situation : « Pendant que les Etats-Unis incriminent la Chine pour la pandémie du coronavirus, le reste du monde lui demande son aide » Le renversement de paradigme est en effet saisissant. L’hyperpuissance américaine n’est plus que l’ombre d’elle-même et se claquemure pour contenir une épidémie dont la courbe prend une dangereuse tangente (aucun autre pays n’a connu une telle progression après autant de semaines) :

Ce qui n’empêche d’ailleurs pas les illuminés de Washington-sur-Potomac de débattre d’une escalade contre l’Iran, pourtant très durement touché par le corona. Les faucons, où l’on retrouve sans surprise Pompeo et O’Brien, le Conseiller à la Sécurité nationale, se sont toutefois cognés au mur des militaires (Esper, supremo du pentagone, ou encore Milley, le chef d’état-major), bien moins enthousiastes d’aller en découdre avec Téhéran, ce qui est d’ailleurs la ligne de Donaldinho lui-même.

Fidèle à elle-même, l’inénarrable Union européenne brille, quant à elle, par sa mollesse impuissante. Même ses thuriféraires habituels ne peuvent cacher le fiasco monumental. Comme le dit un autre article de Foreign Policy, le virus a réduit en cendres l’héritage de Merkel. Quatorze années d’européisme acharné, de péroraisons sur la « solidarité européenne » ou l’austérité financière parties en fumée en quelques jours…

Nous avions déjà vu dans un billet précédent que le président serbe ironisait sur le « conte de fée » eurocratique. Clou dans le cercueil, la Lombardie, région la plus touchée d’Italie, a fait une croix sur le soutien de Bruxelles et vient de demander l’aide de la Chine, de Cuba et… du Venezuela ! Ô ironie.

Un dernier mot sur la Russie qui, bien que de manière moins spectaculaire que Pékin, aide aussi son (proche) prochain. Des dizaines de milliers de kits de dépistage ont été fournis à tous les membres de l’Union économique eurasienne (où la solidarité semble mieux fonctionner que chez sa consœur européenne) et de l’Organisation du traité de sécurité collective, regroupant plusieurs ex-républiques de l’URSS. D’autres alliés/pays amis ont bénéficié ou bénéficieront dans les prochains jours de l’aide de Moscou : Iran, Serbie, Venezuela, Mongolie, Egypte, Italie

La presse américaine, elle, regrette que les sanctions impériales d’hier contre la Russie lui aient permis d’être bien mieux armée, aujourd’hui, que l’immense majorité des États de la planète face à la pandémie. Nous avons montré à plusieurs reprises (ici ou ici par exemple) que ces sanctions, parfois gênantes à court terme, étaient en réalité une bénédiction à long terme pour l’ours, réduisant sa dépendance vis-à-vis de l’Occident et l’obligeant à ne compter que sur lui-même.

Auto-suffisante sur le plan agricole, libre de dette et disposant de réserves considérables, la Russie va désormais empocher les dividendes de cette politique clairvoyante. « Gouverner, c’est prévoir » : personnifié par Colbert qui, en son temps, fit planter un million d’hectares d’arbres pour servir de bois de construction à la marine pour les siècles à venir, ce célèbre adage est repris avec sérénité du côté de Moscou.

Ce vieux fond de sagesse russe, ou chinoise, contraste avec le spectacle de dirigeants occidentaux sautant en tout sens comme de petites puces affolées tentant de se raccrocher aux branches. Le temps long face à l’esclavage de l’immédiateté, encore et toujours…Tag(s) : #Chine#Etats-Unis#Europe#Russie

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http://www.chroniquesdugrandjeu.com/2020/03/un-nouveau-monde-en-gestation.html

L’Italie : abandonnée par l’Europe, courtisée par la Chine et la Russie

L’Italie : abandonnée par l’Europe, courtisée par la Chine et la Russie

Alphonse Moura De Alphonse Moura24 mars 2020 Dans ActualitésAsieAsie de l’EstEuropeMédias 5 Minute de lectureUn avion en provenance de Chine atterrit à Vienne avec du matériel médical à destination de l’Italie, Auteurs : Ronald Zak/AP/SIPA, Numéro de reportage : AP22441111_000001.

Le monde est contaminé. Le covid-19 – ou coronavirus – infecte toute la planète. L’Italie, le pays le plus touché en Europe, est face à un défi titanesque et encore une fois les Italiens se sentent ignorés et abandonnés.

Christine Lagarde est la cible de la furie italienne après ses propos désobligeants sur la situation dans le Belpaese. De la droite à la gauche tous sont d’accord pour dire que les organisations européennes devraient tacler la pandémie avec véhémence, sans retenues comptables ni calculs bureaucratiques. La Française a rétropédalé, en disant que la BCE veut éviter une quelconque fragmentation de la zone euro. Peu importe, son commentaire sur le spread reste gravé dans les têtes cisalpines.

A lire aussi: Coronavirus : la Corée a endigué l’épidémie sans confiner les villes

Dans la péninsule italique au temps du coronavirus

Le Partito Democratico, où l’européisme fervent est souvent visible, a dû se coller aux propos de von der Leyen et a désavoué la froideur de Lagarde. Emanuele Felice, l’un des responsables des questions économiques du parti, a dit que les paroles de la présidente de la BCE sont surprenantes. Il a aussi appelé à un changement de cap : « Aujourd’hui plus que jamais il faut que les institutions européennes mettent en marche tout le nécessaire pour affronter une émergence sans précédent. »

Giorgia Meloni, meneuse des Fratelli d’Italia, tire à boulets rouges sur l’establishment bruxellois. Elle est profondément convaincue que l’UE est dirigée par un axe franco-allemand qui se soucie peu des autres pays. Elle craint que la crise actuelle puisse être instrumentalisée par les forces étrangères pour affaiblir l’Italie et lui enlever ses ressources. Selon Meloni, le gouvernement italien doit demander la démission de Christine Lagarde. Elle a rappelé à travers les réseaux sociaux que la BCE doit être la banque centrale des Européens et non la banque centrale allemande ou française. On ajoutera que la fragilité de l’euro peut réapparaître, une monnaie que Meloni classifia jadis comme inadaptée.

Un échange tendu entre un journaliste italien et Matteo Renzi est la preuve que les Italiens se méfient de plus en plus des structures européennes. Renzi voulait amoindrir l’importance des mots de Lagarde et déclara que dire que l’Europe est immobile est populiste. Le journaliste, Massimo Giletti,  s’exalta et rétorqua enflammé : « Vous devez avoir le courage de demander la démission de ce type de personne, parce que sinon, ce pays, l’Italie, n’est même pas pris en considération. »

L’Italie courtisée par plus d’un

Les contradictions d’un système à bout de souffle rappellent aux Italiens le sort des Grecs. Avant que la situation ne devienne trop sérieuse nous étions témoin des colonnes qu’Erdogan voulait lâcher sur la Grèce, pays martyr s’il en est. Malgré les inimaginables privations qu’elle a subies, la Grèce essayait de tenir tête à l’État turc. Les Autrichiens continuent leur tradition, vieille de six siècles, de résistance face au projet européen de la Sublime Porte, en envoyant des hommes pour protéger la frontière grecque. La focalisation médiatique sur la pandémie détourne les yeux des Européens des nouvelles vagues populationnelles venues d’ailleurs ; l’administration turque s’empresse d’en profiter.

La Chine a apporté son aide aux Italiens, en envoyant un avion plein d’objets utiles pour faire face à la pandémie – des masques, des vêtements de protection, des gants, etc. La Russie, à son tour, est montée au créneau; Poutine a pris la décision d’envoyer neuf avions en Italie. Huit groupes mobiles de virologues sont attendus sur place pour fournir leur expertise aux autorités italiennes. La Russie a également mis à la disposition de l’Italie des véhicules de désinfection hautement performants. Il va sans dire que la présence russe est vue comme suspecte au-delà de l’Atlantique.

Le gouvernement nord-américain sait que l’Italie reste dans sa sphère d’influence depuis 1945, mais au fur et à mesure que le temps s’écoule elle regagne une autonomie préoccupante. Pensons tout simplement aux relations tendres entre Silvio Berlusconi et Vladimir Poutine ou aux liens supposés entre Matteo Salvini et des agents d’influence dans l’orbite de Moscou. Ces deux exemples montrent que l’angoisse nord-américaine n’est pas forcément dépourvue de raison. Sur ce point, l’Italie partage le même destin que l’Allemagne – trop émotionnellement et économiquement liées à la Russie.

Et que dire de la somptueuse pompe des Italiens quand ils ont reçu les Chinois en 2019. À l’époque, le gouvernement était constitué par une alliance entre la Ligue de Salvini et le Mouvement 5 Étoiles de di Maio. Les images d’Antonio Conte et Xi Jinping parcoururent la planète et les accords signés furent promptement dénoncés par Washington. La rupture du gouvernement giallo-verde a un rapport direct avec cette entente entre Rome et Pékin. La diplomatie trumpienne a fait comprendre à Salvini qu’un rapprochement avec les  Russes pourrait être accepté pour les séparer des Chinois, mais qu’une entente avec ces derniers était hors de question. La suite déboucha sur un coup de théâtre, Salvini essaya de forcer les élections, mais fut désarmé par un accord entre le Mouvement 5 Étoiles et le Parti Démocrate, anciens rivaux devenus alliés pour lui barrer la route.

A lire aussi: L’Amérique latine face au coronavirus

L’éternelle lumière de Rome

La guerre d’influence entre l’Amérique, la Russie et la Chine atteint des niveaux paroxystiques en Italie. Bien au milieu de la Méditerranée le pays de Dante se trouve coincé entre un nord riche, mais vieux et un sud pauvre, mais en pleine explosion démographique. Le conflit géoéconomique sino-américain autour de Gênes et Trieste s’accentue et il demeure l’une des données pour saisir si notre siècle appartiendra à l’aigle ou au dragon. La Russie poutinienne pourra être le kingmaker, cet élément qui tranchera en choisissant entre les deux colosses. Durant les pénibles épreuves actuelles, à cause du coronavirus, l’Italie renforce sa centralité dans cette guerre de propagande pour conquérir âmes et cœurs.Vous appréciez nos articles ? Partagez-les sur vos réseaux sociaux !

Alphonse Moura

Alphonse Moura

Géopolitologue, Master en sciences politiques et relations internationales.

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Image du jour: les généraux russes et italiens planifiant des opérations à Bergame depuis la base de Pratica di Mare près de Rome

mercredi, mars 25, 2020

Strategika 51

 ΠΆΝΤΑ ῬΕΙ͂…

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Image du jour: les généraux russes et italiens planifiant des opérations à Bergame depuis la base de Pratica di Mare près de Rome

Le général major Sergueï Kikot, commandant en second des forces russes de défense radiologique, chimique et biologique planifiant avec l’état-major italien le déplacement des troupes russes de la base Pratica di Mare près de Rome jusqu’à Bergame dans le nord de la péninsule italienne.

La Russie considère la crise connue sous le nom du COVID-19 comme une guerre biologique et chimique. L’envoi de forces russes spécialisées dans le combat NBCR (Nucléaire, Biologique, Chimique et Radiologique) en Italie sous le commandement d’un général-major indique l’extrême importance que Moscou accorde à ce type de menaces.

Les forces russes stationnées sur la base de Pratica di Mare près de Rome planifient avec l’état-major italien une « marche » de 600 kilomètres qui devrait leur faire atteindre Bergame où se trouve l’un des foyers de contamination COVID-19.

Outre la lutte contre le vecteur biologique (le SRAS-nCov-2), les spécialistes militaires russes ont pour objectif de déterminer si oui ou non d’autres vecteurs chimiques ou biologiques auraient pu aggraver la situation sanitaire au nord de la péninsule italienne. Les russes suspectent l’usage d’un vecteur chimique aggravant sous couvert de pandémie.

La Pologne fait tout son possible pour entraver le couloir établi par les forces aérospatiales russes vers l’Italie. Des avions de combat de l’Otan multiplient les tentatives d’interception des avions cargo russes vers l’Italie.

Le monde a définitivement changé. Cela ce passe en Italie, un pays de l’Otan où se trouve des bases militaires US disposant de dizaines de têtes nucléaires.PublicitésPowered by wordads.coSeen ad many timesNot relevantOffensiveCovers contentBrokenREPORT THIS ADPowered by wordads.coSeen ad many timesNot relevantOffensiveCovers contentBrokenREPORT THIS AD

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ESCALADE OU DÉSESCALADE? PERSPECTIVES DE L’ACCORD IDLIB RUSSO-TURC

VIDÉO#FROMTHEFRONT#RUSSIA 13.03.2020 – 3,305 vues    4.2 ( 6 votes)

ESCALADE OU DÉSESCALADE? PERSPECTIVES DE L’ACCORD IDLIB RUSSO-TURC

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Escalation Or De-Escalation? Prospects Of Russian-Turkish Idlib Agreement

La semaine du 9 mars a démontré qu’en dépit de toutes les difficultés, l’accord de cessez-le-feu russo-turc sur le Grand Idlib fonctionne plutôt que non. La situation sur la ligne de contact entre l’armée syrienne et les groupes militants soutenus par la Turquie reste relativement calme. L’armée syrienne et les forces dirigées par la Turquie peuvent faire tourner et réapprovisionner leurs combattants, réparer le matériel et déployer de nouveaux renforts. Des affrontements occasionnels, qui ont éclaté dans le sud-est d’Idlib et l’ouest d’Alep, n’ont entraîné aucune escalade.

Dans une large mesure, la confrontation entre les groupes armés Idlib et la Turquie d’un côté et la Syrie, la Russie et l’Iran de l’autre côté est passée à la sphère médiatique. Hayat Tahrir al-Sham, le Front national de libération et d’autres groupes ont promis de ne pas reculer d’un pouce de leurs positions, indépendamment de ce qui avait été convenu par Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine à Moscou. Le Parti islamique du Turkestan (TIP) a déclaré qu’il écraserait les «envahisseurs russes» s’ils venaient. Les bases principales du groupe sont situées à Jisr al-Shughur et à proximité, juste à l’intérieur de la zone tampon prévue le long de l’autoroute M4. Si les patrouilles russo-turques couvrent vraiment la zone de Trumba à Ain al-Havr, comme l’a annoncé le ministre turc des Affaires étrangères, elles devront passer par le territoire contrôlé par le TIP. De plus, tous les grands groupes d’Idlib ont officiellement rejeté le retrait des combattants ou des armes lourdes de la zone de sécurité.

Au cours de la semaine, la police militaire russe effectuait des patrouilles régulières le long de l’autoroute M5 au nord et au sud de Saraqib. Le 15 mars, les troupes russes devraient rejoindre les forces turques dans la première patrouille conjointe dans la zone de sécurité établie. À bien des égards, le sort du nouvel accord de désescalade d’Idlib dépend du résultat de cet effort.

Il existe trois scénarios principaux.

1. Hayat Tahrir al-Sham, le Front national de libération et le TIP disparaissent miraculeusement de la zone le long et au sud de l’autoroute M4. La zone de sécurité sera créée avec succès et des patrouilles conjointes russo-turques seront lancées. À moyen terme, cela permettra de désamorcer la situation dans le nord de Lattaquié, ainsi qu’au sud et à l’est d’Idlib. Un cessez-le-feu permanent sera probablement établi dans la région. La Turquie aura une pause pour faire une autre tentative de traiter avec les groupes armés résistants qui ne veulent pas suivre sans équivoque les ordres d’Ankara. Théoriquement, si la Turquie a 2-3 ans, elle peut supprimer les groupes liés à Al-Qaïda et neutraliser les terroristes les plus dangereux.
Ankara s’efforcera d’éliminer la menace terroriste de la partie d’Idlib, tenue par des militants, afin de consolider sa propre influence dans la région. Ensuite, la Turquie l’utilisera comme monnaie d’échange lors des négociations sur un accord sur le règlement politique du conflit. Si aucun accord de ce type n’est conclu, la Turquie pourrait envisager d’annexer ces territoires.

2. Les forces des groupes militants radicaux resteront le long de l’autoroute M4 et la zone de sécurité ne sera créée que de nom. Des patrouilles conjointes russo-turques dans la région deviendront impossibles en raison de la menace constante d’attaques de militants. Si, malgré cela, des patrouilles sont lancées, elles finiront par faire des victimes parmi la police militaire russe. Moscou réagira probablement à un tel développement avec la reprise de la campagne de bombardement aérien à grande échelle contre les militants. Après cela, la Turquie aura probablement la dernière courte opportunité pour neutraliser par elle-même les groupes liés à Al-Qaïda. Si cela ne se produit pas, l’armée syrienne reprendra ses opérations à Idlib avec un soutien russe à grande échelle.

3. Les dirigeants russe et turc comprennent parfaitement les perspectives du scénario numéro 2. Par conséquent, si les radicaux ne se retirent pas, Ankara et Moscou retarderont les patrouilles conjointes. Ils s’efforceront de résoudre la situation en première ligne et de trouver une solution acceptable au problème. À court terme, cela permettra probablement de maintenir le cessez-le-feu en vie. À moyen terme, cette approche entraînera inévitablement une nouvelle escalade militaire. La vie pacifique et le règlement politique entre le gouvernement de Damas et la partie modérée des groupes d’Idlib sont impossibles tant que la région est en fait entre les mains de terroristes

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