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Dé-dollarisation

Dé-dollarisation


Le plan de l’UE visant à lutter contre la domination du dollar ne fonctionnera pas sans la Russie


Euro banknotes


Par Sputniknews – Le 5 décembre 2018 – Source sputniknews.com

Sputnik_logoLe plan de la Commission européenne, récemment divulgué, visant à réduire considérablement la dépendance du bloc vis-à-vis du dollar ne fonctionnera pas sans la participation de la Russie, a noté Ivan Danilov, un collaborateur de Sputnik, suggérant que Paris et Berlin devraient étouffer leurs sentiments anti-russes. 

Il semble que le billet vert puisse finalement se retrouver dans une situation difficile, étant au moins en partie privé de son « privilège exorbitant» : l’Union européenne a élaboré un plan pour lutter contre la domination du dollar sur les marchés mondiaux.

Le 3 décembre, Bloomberg a annoncé avoir obtenu un document de la Commission européenne contenant une feuille de route détaillée sur la montée de l’euro, ajoutant que le projet serait publié par Bruxelles plus tard cette semaine.

« Il est possible pour l’euro de développer davantage son rôle mondial et de réaliser son plein potentiel, reflétant le poids politique, économique et financier de la zone euro », lit-on dans le projet.

A one euro coin is pictured on one US dollar notes on March 13, 2015 in Godewaersvelde, Northern France

Le document propose également d’utiliser l’euro comme devise par défaut dans les transactions énergétiques du bloc avec des pays tiers, ainsi que la création d’un index de référence libellé en euros pour le pétrole. Selon la Commission européenne, le bloc doit créer « un ensemble d’index de référence de taux d’intérêt dignes de confiance » sur les marchés financiers et « un système de paiement instantané entièrement intégré ».

Expliquant le raisonnement derrière cette décision, le projet expose que « des actions unilatérales extraterritoriales récentes par des juridictions de pays tiers comme dans le cas de sanctions à nouveau imposées sur l’Iran, ainsi que des défis récents aux règles internationales de la gouvernance et du commerce sont une alarme quant à la souveraineté économique et monétaire de l’Union européenne ».

Le document fait clairement référence au retrait unilatéral du président américain Donald Trump de l’accord nucléaire avec l’Iran (JCPOA), et à la reprise des sanctions contre la République islamique, qui ont gravement porté atteinte aux intérêts des entreprises européennes.

Swift payment systemDe plus, à en juger par le projet, le bloc européen cherche une alternative viable à SWIFT (Système informatisé de compensation internationale). Bien que l’organisme soit localisé en Europe, il est de facto subordonné aux US. Ainsi, SWIFT a déconnecté les institutions financières de l’Iran, y compris la banque centrale du pays, au début du mois, indépendamment du fait que les signataires du traité JCPOA, y compris l’UE, s’engageaient à plusieurs reprises à respecter les termes de l’accord nucléaire avec l’Iran.

« Bien que les propositions ne soient pas une législation contraignante, leur adoption potentielle par le bloc pourrait renverser le marché mondial de l’énergie », a averti Bloomberg.

Banknotes and coins of the United States

Ivan Danilov, contributeur à Sputnik et économiste, a souligné que, même s’il est peu probable que l’UE mette en place les nouveaux mécanismes financiers du jour au lendemain, le document sonne l’alarme pour le dollar.

Selon l’économiste, la décision du bloc d’acheter des hydrocarbures en euro pourrait porter un coup dur au billet vert, l’UE demeurant le plus gros importateur d’énergie au monde. Ses contrats énergétiques annuels s’élèvent habituellement à environ 341 milliards de dollars.

L’initiative de l’Union européenne a toutefois bien plus à offrir que ce que l’on pourrait croire, a souligné Danilov.

« Ce qui est remarquable dans le grand dessein de la Commission européenne, c’est que le plan ne fonctionnera pas sans la Russie. Cela signifie que Paris et Berlin devront probablement avaler légèrement leurs pulsions antirusses, car elles auront besoin de la coopération de Moscou sur cette question vitale », a souligné l’économiste.

En outre, la Russie reste le principal fournisseur d’énergie de l’Union européenne, a-t-il ajouté. Tout ce qui précède « crée les conditions pour que l’industrie énergétique russe passe aux règlements en monnaie européenne ».

The Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunication (SWIFT)Dans le même temps, le 27 novembre, le ministère russe des Finances a émis un emprunt obligataire à 7 ans d’une valeur d’un milliard d’euros (avec un rendement de 3,0%). Selon Leonid Bershidsky, de Bloomberg, le passage de la Russie à l’euro faisait partie du plan global de dé-dollarisation de Moscou.

« Si le test et le plan aboutissent, l’Union européenne aura un allié improbable mais important pour renforcer le rôle mondial de sa monnaie commune », a prédit M. Bershidsky.

Danilov estime que le plan de la Commission européenne devrait susciter une réaction ferme de Washington : « La réduction de la zone dollar n’est rien de moins qu’une menace existentielle pour l’économie et le système financier américains ».

Cependant, la colère des États-Unis est susceptible de profiter à l’UE et à la Russie, car elle pourrait faciliter leur rapprochement, estime l’économiste.

Sputniknews

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/de-dollarisation

 

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La rupture entre Russie et Ukraine : un changement radical dans le processus de modernisation de l’espace post-soviétique ?

La rupture entre Russie et Ukraine : un changement radical dans le processus de modernisation de l’espace post-soviétique ?

Par Laurent CHAMONTIN, le 7 décembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Diplômé de l’École Polytechnique. Écrivain et russophone, Laurent Chamontin est auteur de L’empire sans limites. Pouvoir et société dans le monde russe, éd. De l’Aube, 2014 et de Ukraine et Russie : pour comprendre, éd. Diploweb, 2017. Il a vécu et voyagé dans l’espace post-soviétique. Membre du Conseil scientifique du Diploweb.com.

Le douloureux divorce en cours entre l’Ukraine et la Russie est paradoxalement le signe que ces deux pays partagent parfois les mêmes problèmes face à la modernisation. L’héritage légué par la « réforme par en haut » ne peut être ignoré ni en Russie ni en Ukraine. Laurent Chamontin en fait ici une démonstration argumentée et stimulante.

IL Y A quelques 500 ans, une course à la puissance commença entre les pays d’Europe de l’Ouest, ce qui conduisit finalement au remplacement de l’antique société agraire héritée de l’ère néolithique par une autre, d’un type entièrement nouveau [1].

Des conditions favorables – institutions pré-démocratiques dynamiques et contexte de compétition frénétique entre des pays comparables en termes de puissance [2] – eurent pour résultat un changement social sans précédent – « de l’état traditionnel, agraire, rural, patriarcal, holiste à une société moderne, industrielle ou « post-industrielle », urbaine, démocratique, individualiste » [3].

Cette transition – que nous appellerons « modernisation » ci-après, à la suite d’Anatoli Vichnevski – ne pouvait pas rester sans conséquences pour le reste du Monde, qui eut en premier lieu à éprouver les effets du dynamisme économique et militaire qu’elle rendait possible.

En ce qui concerne la Moscovie et son successeur l’empire russe, la réaction à ce défi commença au début du XVIIIe siècle, en recourant à une forme politique russe caractéristique : la « réforme par en haut ».

Avec l’expérience totalitaire, le XXe siècle fut un point extrême en la matière, qui permit de d’atteindre un point de non-retour en ce qui concerne le processus de modernisation. Cependant, il conduisit notoirement à un résultat en demi-teintes, qu’il s’agisse des conditions économiques, sociales, démographiques ou politiques.

Cette modernisation quelque peu incomplète pose inévitablement le problème de son achèvement. La « réforme par en haut » restera-t-elle la force motrice de la modernisation dans les décennies à venir ? Les hauts et les bas de l’État continueront-ils à imprimer leur rythme à la vie publique, comme ils l’ont fait pendant le XXe siècle ?

Une forme profondément enracinée : la « réforme par en haut »

Il est important, avant d’entrer dans la discussion de ces questions, d’insister sur la nécessité d’inclure dans son champ l’Ukraine aussi bien que la Russie. Si la crise russo-ukrainienne depuis 2014 peut être vue comme une tentative de Kiev de sortir de la sphère d’influence de Moscou et de rejeter tout concept de monde russe, cela ne signifie pas pour autant que l’Ukraine puisse ignorer les problèmes posés par la modernisation à la russe.

En effet, l’empreinte de quelques 300 ans de russification dans tous les domaines de la vie n’a pas pu être effacée en seulement 25 ans d’existence indépendante [4]. De fait, on pourrait même avancer que le douloureux divorce en cours est un signe indéniable de ce que ces deux pays partagent les mêmes problèmes. En bref, l’héritage légué par la « réforme par en haut » ne peut être ignoré ni en Russie ni en Ukraine.

La persistance de cette forme est indissociable de conditions géographiques et stratégiques très spécifiques qui ont pesé sur le cours de l’histoire russe jusqu’à aujourd’hui [5]. De fait, les dimensions exceptionnelles du territoire qui a servi de cadre à l’expansion de l’empire ont clairement eu leur part dans une inertie de la société qui a été un casse-tête pour les dirigeants de toutes les époques.

En effet, l’histoire russe depuis les origines se déroule dans un contexte de très faible densité de population : le niveau de 30 habitants par kilomètre carré est atteint en France au XIIIe siècle, et seulement aujourd’hui en Russie occidentale, pour ne rien dire de la Sibérie et de l’Extrême-Orient russe.

Cet état de choses ne peut être sans conséquences pour la dynamique sociale, dans la mesure où il entrave le développement des liaisons horizontales et de l’économie de marché, ainsi que celui des relations avec l’Europe.

Pour la même raison, la relation entre la population et l’État a toujours été intermittente, ce qui n’a pas permis d’établir concrètement une relation constructive entre ces deux acteurs. Deux formes bien connues de l’histoire russe illustrent par excellence cet état de fait. La première est le célèbre village Potemkine. La seconde est la fuite dans la plaine sauvage, permettant d’échapper aux contraintes d’un État à la main notoirement lourde – cette fuite étant précisément permise par l’immensité du territoire.

En plus de ce contexte, il faut avoir à l’esprit le faible enracinement de la propriété privée rurale, en liaison avec l’abondance de la terre, les traditions autoritaires héritées du joug mongol, et l’effort tenace des dirigeants pour éradiquer toute forme d’auto-administration municipale – de la conquête de Novgorod à l’abolition du Droit de Magdebourg à Kiev en 1835 [6].

Tout ceci pris simultanément permet de comprendre le développement d’un État qui ne tolère aucune sorte de limitation de jure et tire tout le parti possible de sa position de puissance continentale excentrée. En accord avec ce contexte, les traits caractéristiques de la modernisation dans cette zone sont le rôle crucial du pouvoir impérial, soumis à la pression d’une Europe qui se modernise et surtout préoccupé par l’accroissement de sa force militaire, l’absence de contrepouvoirs et des forces sociales réticentes, en liaison avec l’absence d’incitations visibles.

Il ne fait aucun doute que cette modernisation autoritaire en vase clos a laissé des traces profondes dans les idées et les attitudes au sujet de l’Europe : elle doit être vue comme la raison ultime de la prédominance sur le long terme du conservatisme et du messianisme russe en politique [7].

La rupture entre Russie et Ukraine : un changement radical dans le processus de modernisation de l'espace post-soviétique ?
Ukraine, Lviv, marché près de la gare ferroviaire.

Les résultats en demi-teinte de la modernisation

Concrètement, les bolcheviks n’eurent pas d’autre choix que de composer avec cet héritage et de revenir à l’antique modèle de « réforme par en haut ». Cependant ils le firent à leur manière. En effet, sous l’empire, le vase clos n’était pas parfaitement hermétique et ses effets étaient limités en pratique par la possibilité de voyager à l’étranger, par les engagements internationaux du gouvernement et par le souci qu’il avait de sa réputation [8] . Tous ces facteurs d’atténuation disparurent après 1917, ce qui permit une accélération sans précédent de la modernisation – dans les conditions du totalitarisme.

Cela ne signifie en aucune manière que V. I. Lénine et ses camarades pouvaient ignorer le contexte local. En effet, « dans la Russie des années vingt seule pouvait gagner une stratégie des changements qui permettrait de concilier une modernisation « instrumentale » réellement révolutionnaire avec le maintien de nombreuses institutions et valeurs traditionnelles fondamentales » [9].

En d’autres termes, la modernisation fut limitée dès le début par ses conditions initiales. De fait, « elle a permis à l’URSS d’emprunter de nombreux acquis instrumentaux des sociétés occidentales (technologies modernes, formes extérieures de vie, sciences, instruction, etc.) (…) mais elle n’a pu créer les mécanismes sociaux adéquats qui assurent leur développement autonome (économie de marché, structure sociale moderne, institutions modernes de la société civile, démocratie politique, etc.) » [10].

Aujourd’hui les États successeurs de l’URSS doivent faire face à une compétition mondiale plus intense que jamais, où de nouveaux acteurs comme la Chine et l’Inde ont émergé. Ils doivent aussi composer avec l’héritage en demi-teintes de cette modernisation conservatrice et avec les problèmes structurels que celle-ci n’a pas permis de résoudre, en particulier la dépendance vis-à-vis des exportations de matières premières, la dépendance vis-à-vis des technologies étrangères, la dégradation des infrastructures, la corruption, la stagnation sociale et politique. Cela signifie que la modernisation, quoiqu’ayant atteint un point de non-retour, n’est pas encore terminée.

En ce qui concerne la suite de celle-ci, la résurgence actuelle de la puissance militaire russe combinée avec l’autoritarisme pourrait faire croire à un retour de la « réforme par en haut ». Cependant les conditions qui ont conféré son exceptionnelle permanence à ce mécanisme ont commencé à changer de manière significative.

L’achèvement de la modernisation dans les conditions du XXIe siècle : un jeu complexe

Comme évoqué ci-dessus, la « réforme par en haut » est le produit de la combinaison entre un État hors de contrôle monopolisant l’initiative, une société passive et un vase clos de dimensions continentales.

Le vase clos ne peut évidemment disparaitre en un jour, pour ne rien dire de l’empreinte qu’il a laissé dans les mentalités. Considérons un individu vivant quelque part dans la basse vallée de la Volga, ne parlant que le russe, n’ayant pas assez d’argent pour voyager hors de l’ex-URSS et recevant ses informations exclusivement par la télévision d’État russe. Cet individu, loin d’être seul dans son cas, peut difficilement avoir une vision exacte du monde de l’étranger lointain.

Cependant l’étanchéité du confinement a commencé à se dégrader, dans la mesure où la liberté de voyager existe effectivement, et où le transport de masse a accru la mobilité des populations de manière extraordinaire. De plus, en dépit des difficultés qui pèsent sur son utilisation en Russie, Internet joue aussi son rôle dans la mise en relation de ses habitants avec le reste de l’humanité.

De surcroit, avec cette liberté de voyager, l’émigration et la fuite des cerveaux sont aujourd’hui des faits massifs aussi bien en Russie qu’en Ukraine [11]. Si les émigrants peuvent avoir un effet positif sur l’économie grâce au transfert de devises vers leur patrie, leur départ prive celle-ci de talents nécessaires à sa modernisation. En particulier, à moins que des politiques énergiques ne soient mises en place pour limiter la fuite des cerveaux et attirer les éléments talentueux, l’ouverture du vase clos pourrait bien avoir un impact négatif sur la croissance et la diversification de l’économie, pourtant urgentes et nécessaires.

Cette émigration massive illustre sans équivoque la capacité qu’ont les individus de voter avec leurs pieds, montrant par là même que les sociétés sont aujourd’hui loin d’être passives en face de la mondialisation. La modernisation incomplète de l’ex-URSS était en fait suffisamment complète pour donner aux populations des attentes en termes de bien-être et de niveau de vie. Ceci est aussi la cause profonde de l’agitation qui peut survenir quand les dirigeants ignorent ces attentes, comme la crise politique ukrainienne de 2014 l’a dramatiquement montré.

Si l’autonomie et l’énergie de la société civile sont plus visibles en Ukraine qu’en Russie, cela ne signifie pas que celle-ci est passive dans ce dernier cas : simplement, elle évolue dans des conditions où l’équilibre interne des forces est plus favorable à l’État. L’écho rencontré par les initiatives d’Alexeï Navalny suffit en soi à rappeler que le monopole de l’État sur la vie publique fait partie du passé.

De plus, la puissance latente de la société civile en Russie est sans aucun doute possible l’un des facteurs qui ont conduit à la sur-réaction de Moscou pendant la crise ukrainienne. Le renversement de Viktor Yanoukovitch entrait directement en conflit avec le récit nationaliste élaboré par le Kremlin pour détourner la population de la tentation de la critique sociale [12]. Pour des élites moscovites à la légitimité sociale et fonctionnelle incertaine, l’annexion de la Crimée (2014) et la déstabilisation du Donbass (2014 – ) ont permis de contrôler le potentiel social explosif que la révolution ukrainienne pourrait avoir dans leur pré carré [13].

Si l’État ne peut ignorer les attentes de la société mentionnées plus haut, il n’est pas en fait dans une position idéale pour y répondre, en raison de l’héritage de l’Histoire. En effet, le modèle bien ancré de la « réforme par en haut », combiné avec des habitudes autoritaires profondément enracinées et avec l’absence de contrepouvoirs a conduit à un modèle d’État hautement dysfonctionnel, envahi par la corruption et peu capable de fournir à la population « la santé, l’éducation, la gestion des infrastructures, l’ordre public » [14], pour ne rien dire des conditions qui permettraient de tirer tout le parti de la créativité des entrepreneurs.

D’autre part, comme partout ailleurs, l’État est mis au défi et sa position affaiblie par le développement des liaisons horizontales, à l’intérieur de la population comme avec le monde extérieur. Cela signifie en particulier que la destruction complète de ces liaisons horizontales n’est plus possible et que, si l’autoritarisme peut revenir, le totalitarisme ne le peut pas. De plus, en dépit des embardées de la politique extérieure russe, Moscou n’est pas en mesure de se déconnecter complètement de la mondialisation.

En d’autres termes, aussi bien en Russie qu’en Ukraine, l’État est aujourd’hui mis en difficulté par l’émergence de la société civile et des oligarques, et il se trouve dans une position assez inconfortable pour répondre à ce défi. La situation est rendue encore plus complexe par la rupture récente entre la Russie et l’Ukraine : il y a maintenant deux pôles de puissance concurrents là où il y avait auparavant un vase clos sous l’emprise de l’empire russe, et, comme relevé ci-dessus, toute évolution du processus de modernisation dans l’un des deux pays a et aura inévitablement un écho dans l’autre.

*

La restauration de la puissance russe mise en scène depuis 2014 visait à répondre aux attentes latentes de pouvoir tout puissant que des siècles de « réforme par en haut » ont profondément ancrées dans les mentalités. Cependant, quand on regarde l’envers du décor, le rôle de l’État au XXIe siècle est loin d’être évident, y compris dans le cas ukrainien où des mesures structurelles lourdes ont été prises sous l’égide des institutions internationales et devraient commencer à porter leurs fruits. De fait, il est plus facile de discerner ce qui n’arrivera pas plutôt que ce qui arrivera quant à sa contribution à des réformes qui restent urgentes.

Une modernisation instrumentale sous direction étatique a été réalisée au XXe siècle, avec un coût humain et économique exorbitant. Les sociétés à demi modernisées qu’elle a produites ont des attentes pressantes en matière de bien-être et de niveau de vie, alors même qu’elles doivent composer avec un État hautement dysfonctionnel, qui peut difficilement être vu comme la force motrice des étapes à suivre de ce processus.

La révolution ukrainienne de 2014 a mis en lumière l’importance qu’a prise la société civile dans la vie politique et sociale. Elle a aussi rendu celle-ci plus complexe, dans la mesure où la rupture entre Kiev et Moscou a pour résultat une compétition entre ces deux pôles de puissance.

Ainsi, la multiplication des acteurs autonomes rend indubitablement le processus de modernisation plus complexe qu’auparavant. La question des modalités d’une coopération future entre la société civile et l’État reste largement béante – surtout si l’on pense au discrédit auquel ce dernier doit faire face, en liaison avec son caractère dysfonctionnel et sa faible capacité à entretenir une discussion d’égal à égal avec les forces sociales. La seule chose que l’on puisse affirmer avec certitude est que l’ère de la « réforme par en haut » est terminée.

Copyright 2018-Chamontin/Diploweb.com

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Quels pays de l’Otan pourraient abriter les missiles nucléaires états-uniens ?

Quels pays de l’Otan pourraient abriter les missiles nucléaires états-uniens ?

L’Otan, qui dispose déjà d’un dispositif nucléaire en Méditerranée avec des dépôts en Italie et en Turquie —bien qu’ils violent le Traité de non-prolifération—, prépare un déploiement identique dans l’Arctique. Valentin Vasilescu analyse comment l’Alliance devrait exploiter les faiblesses actuelles de la Russie.

| Bucarest (Roumanie)

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Les bases russes de l’Arctique

Les exercices Trident Junction 2018 de l’Otan, qui ont eu lieu en Norvège à la fin octobre et début novembre, ont été les plus importants exercices occidentaux depuis 1980. Leur première planification, dans les conditions hivernales dans la zone arctique, porte sur l’intention des États-Unis de se retirer du traité INF.

Il est probable qu’en plus de la région balte, l’Otan voudrait ouvrir un deuxième front contre la Russie dans l’Arctique. Le but de ce corridor balistique arctique est de faciliter l’offensive navale et aéroterrestre contre Moscou. Ainsi, une fois retirés du traité INF, les États-Unis pourraient placer des missiles balistiques nucléaires, à moyenne portée et de portée intermédiaire, sur le territoire de certains États membres de l’Otan dans l’Arctique, tirant ainsi parti d’un nombre moins élevé des systèmes de détection à la frontière nord de la Russie.

Dans le nord de la Norvège, pays membre de l’Otan, la distance est de 1 500 km avec Moscou, et de 1 000 km avec Saint-Pétersbourg. La distance entre l’archipel du Svalbard, administré par la Norvège, et Moscou est de 2 000 km. Le Groenland qui appartient au Danemark, autre pays membre de l’Otan, se situe à une distance de 1 500 km de la frontière russe et à 3 000 km de Moscou. Le nord du Canada, encore un pays membre de l’Otan, est distant de 2 300 km de la côte arctique russe, et de 3 900 km de Moscou avec des trajectoires passant par le Pôle Nord. Rappelons que le traité INF, signé en 1987, interdit la fabrication de systèmes de missiles balistiques au sol d’une portée comprise entre 1 000 et 5 500 km.

Tout cela a conduit la Russie à adopter des mesures pour protéger l’Arctique.

1 – Les brigades motorisées indépendantes 80 et 200 appartenant au 14ème Corps d’Armée-Arctique de la Russie en coopération avec la Flotte du Nord et la VIème Armée de l’air ont pour mission de défendre les régions de Mourmansk, Arkhangelsk et Nenets. Elles ont été dotées de chars T-80, de BTR-82A blindés, d’obusiers automoteurs 2S19 Msta, et de véhicules amphibies Trekol-39294 qui sont équipés de grands pneus tubeless spéciaux qui permettent de se déplacer sur du sable, la glace, la neige et les marécages, sans s’enliser ou s’embourber.

Les véhicules de transport de troupes ont été remplacés par des véhicules DT-30 Vityaz articulés à chenilles et avec remorque, pouvant atteindre une vitesse de 60 km/h. Ces véhicules DT-10 et 30 sont des plates-formes pour les systèmes AA mobiles, adaptés aux conditions arctiques, de type Tor-M2DT, Pantsir-S1 (photo), et les systèmes antichars 9K114-Shturm. Les unités de reconnaissance et des opérations spéciales des deux brigades opèrent sur des motoneiges disposant de climatiseurs dans l’habitacle, des appareils GPS de type TTM-1901 et As-1. Les motoneiges peuvent être transportées dans la soute d’un l’hélicoptère Mi-8/17.

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2 – L’Armée de l’Air russe a commencé la restauration et la modernisation de sept terrains d’aviation près du cercle polaire arctique, abandonnés après 1990. Cinq escadrons de chasse équipés principalement de MiG-31l y ont été redéployés.

3 – Les radars antibalistiques Voronej-DM et M de Dunayevka (enclave de Kaliningrad) et Lekhtusi (Saint-Pétersbourg) ont été réactualisés pour compenser la désactivation du radar de Skrunda (Lettonie). Ces radars russes ont un rayon d’action de 6 000 km.

Le radar antibalistique de la Volga a également été modernisé, ainsi que celui d’Hantsavitchy (Bélarus), qui a une portée de 2 000 km. Un autre radar russe antibalistique Voronezh-VP opère à Olenegorsk, sur la péninsule de Kola (limitrophe de la Finlande). Un autre radar de nouvelle génération de type Daryal a été placé à Pechora dans le cercle polaire arctique. Enfin, en 2018, un radar a été rendu opérationnel dans l’île de Nouvelle-Zemble.

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Tous ces radars fonctionnent au sein d’un réseau d’alerte (code 590), contrôlé par le 29B6-Container situé à Nijni Novgorod (250 km à l’est de Moscou). Bien que sa portée de détection ne soit que de 3 000 km, il dispose d’installations de mémoire de stockage et de serveurs dédiés, avec une puissance de traitement de la dernière génération, utilisant des microprocesseurs et des équipements de communication par satellite. Tous ces radars antibalistiques sont de type OTHR (Over The Horizon Radar) et, pour les détections sur de très grandes distances, ils utilisent la réflexion ionosphérique des ondes électromagnétiques.

Traduction
Avic
Réseau International

http://www.voltairenet.org/article204112.html

Dedo pour l’empire

Dedo pour l’empire

Publié le 9 Décembre 2018 par Observatus geopoliticus in Economie, Etats-Unis

Le hasard faisant bien les choses, dedo(llarisation) signifie « doigt » en espagnol. Il est vrai que le grand mouvement planétaire d’abandon progressif du billet vert doit être particulièrement douloureux pour le système financier américain, pilier de la domination impériale durant des décennies.

Continuant sur la lancée de ce qu’il dit depuis longtemps et avec son célèbre sens de la formule, le facétieux président russe s’en est donné à cœur joie il y a quelques jours en parlant de la sanctionnite aiguë de Washington : « Ce n’est pas nous qui quittons le dollar, c’est le dollar qui nous quitte. Ceux qui prennent de telles décisions ne se tirent pas une balle dans le pied, mais plus haut. »

Pour la Russie, le Wall Street Journal lui-même doit reconnaître que cela commence à porter ses fruits. Même les euronouilles, lassés de toujours payer les pots cassés, veulent s’y mettre, notamment dans les échanges avec l’Iran. Et l’on ne compte plus les pays qui se sont déjà partiellement engagés dans la voie de la dédollarisation. Nous les avons régulièrement cités dans ces Chroniques.

Dernier exemple en date : l’Inde et les Emirats Arabes Unis ont signé un accord SWAP pour commencer à commercer dans leurs monnaies respectives. Objectif avoué : squizzer le dollar dans leurs échanges.

La confiance est, et a toujours été, l’un des fondements de la domination des empires. Que des pays peu suspects d’anti-américanisme comme ces deux-là en arrivent à cette décision montre à quel point la perte de confiance envers Washington s’est durablement installée sur notre planète. Prémisse inévitable du déclin…

 

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Chers amis, désolé pour cette longue interruption mais j’étais extrêmement occupé ce dernier mois. Les choses devraient maintenant rentrer dans l’ordre.

Bien à vous tous et merci encore de votre confiance.

Rappelez-vous l’incident de Crimée en 1988

Rappelez-vous l’incident de Crimée en 1988

Washington a annoncé son intention d’envoyer un de ses navires en mer d’Azov pour y faire respecter les droits des Ukrainiens. Cependant, au vu du passé récent, cette opération pourrait mal tourner. Valentin Vasilescu revient sur un incident méconnu survenu entre les États-Unis et l’Union soviétique en 1988.

| Bucarest (Roumanie)

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L’incident du 25 novembre 2018 a été résolu par les petits navires Izumrud et Don de la police des frontières sans la participation des navires de la Flotte russe de la mer Noire.

Le secrétaire d’État états-unien Mike Pompeo a dit qu’il envoyait un grand navire de guerre pour forcer les autorités russes à respecter la liberté de navigation dans le détroit de Kertch. Ils vont probablement essayer de passer de la mer Noire à la mer d’Azov. Le navire en question devrait être un destroyer de classe Arleigh Burke ou un croiseur de classe Ticonderoga de la 6ème flotte en Méditerranée.

Si le navire états-unien ne sollicite pas une autorisation d’entrée de 48 heures aux autorités portuaires russes ou si l’autorisation n’est pas approuvée, il sera dans la même situation que les navires militaires ukrainiens, le 25 novembre. Dans le pire des cas, nous pourrions assister à la répétition de l’incident du 12 février 1988, un épisode honteux pour les États-Unis, gardé secret par le Pentagone.

Il y a 30 ans, le croiseur porteur de missiles USS Yorktown (CG-48) de la classe Ticonderoga (9 800 tonnes) et le destroyer USS Caron (DD-970) ont traversé secrètement le détroit des Dardanelles et le Bosphore et ont navigué en silence radio dans la mer Noire, profitant du déploiement en Méditerranée, lors d’un exercice naval, du croiseur Moskova et trois destroyers de la Flotte de la mer Noire de l’URSS. Cependant, les deux bâtiments états-uniens avaient été suivis à distance par plusieurs petits navires soviétiques. Les navires US n’ont pas répondu aux sommations radio des autorités soviétiques leur demandant de changer de direction et se sont infiltrés de sept miles à l’intérieur des eaux territoriales de l’URSS, près de Sébastopol.

Ce que le Pentagone avait décidé, c’était d’exercer un « droit de passage inoffensif » dans les eaux territoriales soviétiques. Devant cette situation, les frégates soviétiques Bezzavetniy (3 300 tonnes) et SKR-6 (1 150 tonnes) se sont approchées à grande vitesse, ont choisi des positions d’approche optimales et sont entrées en collision avec les navires US.

Bien que les frégates soviétiques soient 3 à 4 fois plus petites que les navires états-uniens, elles étaient plus robustes et mieux placées. L’accident a causé d’importants dégâts au croiseur Yorktown : 4 des 8 missiles mer-mer Harpoon et le hangar pour hélicoptères ont été démolis. Un incendie s’est déclaré sur le pont de Yorktown. Les navires US sont repartis, quittant immédiatement les eaux territoriales soviétiques et ont foncé vers le détroit du Bosphore. Après cet incident, il a été ordonné aux navires de la 6ème flotte états-unienne de rester à plus de 120 milles de la Crimée.

Traduction
Avic
Réseau International

http://www.voltairenet.org/article204271.html

Syrie: Washington accuse Moscou d’avoir aidé à mettre en scène une attaque chimique

Syrie: Washington accuse Moscou d’avoir aidé à mettre en scène une attaque chimique

Washington – Washington a accusé vendredi Damas et Moscou d’avoir voulu « saper » un cessez-le-feu fragile dans la province rebelle d’Idleb en Syrie, en propageant la thèse d’une attaque chimique dans la ville d’Alep, conduite selon le régime de Bachar al-Assad par des « groupes de l’opposition ».

Washington assure au contraire que c’est le régime syrien qui a utilisé des gaz lacrymogènes à l’encontre de civils le 24 novembre, pour faire croire à l’idée d’une attaque au chlore menée par les rebelles, a déclaré le porte-parole du département d’Etat américain, Robert Palladino, dans un communiqué.

Le ministère de la Défense russe avait assuré que des rebelles avaient lancé des grenades contenant du chlore dans la ville d’Alep, tenue par les forces gouvernementales. Les médias syriens avaient rapporté qu’une centaine de personnes étaient hospitalisées pour des difficultés respiratoires.

Washington a déclaré avoir des « informations crédibles » montrant que ce récit était faux.

« Les Etats-Unis sont très préoccupés du fait que des responsables pro-régime ont gardé le contrôle du site de l’attaque dans sa suite immédiate, leur permettant potentiellement de fabriquer des échantillons et de contaminer le site avant une enquête en bonne et due forme par l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques » (OIAC), a déclaré M. Palladino.

« Nous mettons en garde la Russie et le régime contre toute manipulation du site de l’attaque présumée et les appelons à assurer la sécurité d’inspecteurs impartiaux, indépendants, afin que les responsables puissent rendre des comptes », a-t-il ajouté.

– « Saper la confiance » –

Selon lui, la Russie et la Syrie ont « utilisé » cette attaque présumée « comme une opportunité pour saper la confiance dans le cessez-le-feu d’Idleb », ultime grand bastion de l’opposition au président Bachar al-Assad.

Dans un communiqué similaire, le Royaume-Uni a déclaré qu’il était « très peu probable » que du chlore ait été utilisé ou que l’opposition soit impliquée.

Ces accusations américaines « servent à distraire le public des crimes commis par l’aviation américaine dans l’est de ce pays », a réagi l’ambassade russe à Washington dans un message posté sur Facebook.

Un responsable américain, parlant sous couvert d’anonymat, a expliqué qu’après l’attaque présumée, la Russie et la Syrie avaient immédiatement soulevé les soupçons en communiquant de façon similaire.

Il a également affirmé que des témoins n’avaient pas rapporté d’odeur de chlore caractéristique de telles attaques.

« Des analyses techniques des vidéos et des images de munitions restantes indiquent que les mortiers décrits par les médias russes ne conviennent pas pour le tir de chlore », a-t-il dit.

Les Etats-Unis — ainsi que d’autres gouvernements occidentaux, l’ONU et des organisations de défense des droits humains– ont régulièrement accusé le régime syrien d’attaques chimiques.

La Russie avait répondu par des frappes aériennes sur la province d’Idleb, fragilisant cette trêve en vigueur depuis la mi-septembre.

Le 4 avril 2017, une attaque au gaz sarin à Khan Cheikhoun avait fait plus de 80 morts, dont plus de 30 enfants selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme. En octobre 2017, les experts de l’ONU et de l’OIAC ont pointé du doigt le régime.

La Russie a rejeté les conclusions des enquêteurs qui ont estimé fin octobre que le régime syrien était responsable de cette attaque au gaz sarin.

(©AFP / 08 décembre 2018 02h51)

https://www.romandie.com/news/Syrie-Washington-accuse-Moscou-d-avoir-aid-mettre-en-sc-ne-une-attaque-chimique/978030.rom

 

Un RIC chasse un BRICS

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Un RIC chasse un BRICS

Le BRICS (d’abord BRIC) eut son heure de gloire, durant les années 2008-2015, lorsque Lula (puis Rousseff) étai(en)t aux affaires au Brésil et que l’Afrique du Sud était dirigée par Jacob Zuma. Puis les temps ont changé et le BRICS a perdu sa dynamique politique avec des changements de présidents et d’orientation, l’effacement du Brésil et de l’Afrique du Sud, et aussi une certaine incertitude en ce qui concernait l’Inde avec son nouveau Premier ministre Modi.

Mais voici qu’un événement a eu lieu en marge du G-20, que nous signale notre ami et remarquable commentateur retraité des affaires diplomatiques indiennes, M.K. Bhadrakumar. A l’initiative de Poutine s’est tenu un sommet à trois, avec Xi pour la Chine et Modi pour l’Inde. On voit qu’on retrouve le RIC du BRICS, avec les trois membres les plus importants. Les trois présidents ont convenu que ce “format”-RIC leur convenait et qu’on se reverrait à trois en marge d’autres rencontres multinationales.

Le format-RIC rapproche l’Inde de la Chine, à la satisfaction de la Russie qui a d’excellentes relations avec les deux pays. Bhadrakumar, qui craignait beaucoup une dérive proaméricaniste de Modi, signale combien le Premier ministre indien a été indirectement très critique des USA dans son communiqué siuivant le sommet-RIC, après plusieurs récentes occasions où il a affirmé une position plus proche de ses deux partenaires et critique des USA. Il est évident que le RIC a, pour cause de son ébauche de formation, le souci de ses membres de se prévenir contre la politique erratique et dangereuse pour le monde des USA. Les rapports personnels ont leur importance dans cette évolution stratégique d’une grande importance : « Les relations personnelles entre les trois hommes sont d’ores et déjà excellentes. Une chose remarquable dans ce sommet des RIC, c’est la congruence stratégique des communiqués russe, indien et chinois. »

Par conséquent, il faut désormais commencer à considérer qu’on pourrait voir apparaître un nouveau “bloc”, le RIC chassant le BRICS, avec une pesanteur stratégique déterminée par des intérêts communs. Bhadrakumar signale que le RIC rejoint une idée prophétique du ministre des affaires étrangères de Eltsine, Evgueny Primakov : le “triangle de Primakov” (le RIC d’aujourd’hui), proposé en 1998, – en avance sur son temps, mais le termps désormais venu…

L’enthousiasme qui pointe sous sa plume toujours très retenue indique combien l’ancien diplomate indien est impressionné par la formation du RIC. Ci-dessous, le texte de M.K. Bhadrakumar, dans Strategic-Culture.org du 4 décembre 2018.

dde.org

http://www.dedefensa.org/article/un-ric-chasse-un-brics

L’Opep défie Trump mais apparaît timide sur la baisse de production envisagée

L’Opep défie Trump mais apparaît timide sur la baisse de production envisagée

Des policiers autrichiens gardent l’entrée du siège de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) à Vienne, le 5 décembre 2018 / © AFP / JOE KLAMAR

Les producteurs de pétrole de l’Opep étaient réunis jeudi à Vienne pour convenir d’une baisse de production destinée à enrayer la chute des cours, n’hésitant pas à défier verbalement le président américain Donald Trump mais sans convaincre les marchés.

« Nous recherchons une baisse suffisante pour équilibrer le marché », a souligné le ministre saoudien de l’Energie, Khaled al-Faleh, poids lourd de l’organisation, avant le début de cette réunion cruciale.

L’Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep), qui pompe environ un tiers du brut mondial, cherche à contrebalancer la chute des cours, qui ont accusé un recul de 30% ces deux derniers mois.

M. al-Faleh a plaidé jeudi pour une baisse de production d' »un million de barils par jour ». Mais ce niveau, inférieur aux attentes des marchés, a provoqué une nouvelle chute des cours à la mi-journée en cours d’échanges européens, le baril de Brent passant même sous les 60 dollars.

« L’Arabie saoudite a suggéré une baisse de la production plus faible que ce que le consensus estimait », a expliqué David Madden, analyste pour CMC Markets.

Alors que Ryad est contraint à un délicat jeu d’équilibriste vis-à-vis de son allié américain, le ministre saoudien a assuré ne pas vouloir se laisser dicter sa conduite.

Washington « n’est pas en position de nous dire ce que nous devons faire », a-t-il estimé devant la presse, ajoutant: « Je n’ai besoin de la permission de personne pour diminuer » la production.

Le président américain Donald Trump avait exhorté mercredi dans un tweet l’Opep à « maintenir sa production en l’état » afin de ne pas mécontenter les consommateurs. L’organisation a produit 32,99 millions de barils par jour en octobre, selon l’Agence internationale de l’énergie.

Tout en se disant opposé à une baisse de la production de son propre pays en raison des sanctions américaines, le ministre iranien du Pétrole, Bijan Namdar Zanganeh, a lui aussi ironisé jeudi sur le tweet de M. Trump.

« C’est la première fois qu’un président des Etats-Unis dit à l’Opep ce qu’elle doit faire », a-t-il relevé, ajoutant que l’administration américaine devrait « savoir que l’Opep ne fait pas partie du département américain de l’Energie ».

Le ministre a estimé que la plupart des pays de l’Opep visaient un prix du brut compris « entre 60 et 70 dollars ».

– Le rôle clé de la Russie –

L’ampleur réelle de la baisse de production reste donc la principale inconnue de la réunion, ainsi que celle qui pourrait être convenue vendredi lors d’une réunion entre l’Opep et ses partenaires, au premier rang desquels la Russie. Ces deux groupes, qui représentent plus de la moitié de l’offre mondiale, sont liés depuis fin 2016 par un accord de limitation de production.

Le ministre russe de l’Energie, Alexandre Novak, qui doit assister à la réunion de vendredi à Vienne, a souligné jeudi à Saint-Pétersbourg que son pays suivait « la situation réelle et l’évaluation réelle du marché ».

Mais il a rappelé qu’en plein hiver, les « conditions climatiques » russes rendaient « beaucoup plus difficile de réduire (la production) que pour d’autres pays », laissant entendre qu’un éventuel effort de Moscou ne pourrait intervenir que plus tard. Pour les analystes de Commerzbank, « la Russie aura un rôle clé à jouer dans ce contexte ».

Mercredi, la firme de courtage londonienne PVM avait estimé qu’une absence de baisse de production déclencherait « une frénésie de ventes dans des proportions bibliques et garantirait le retour à une surabondance mondiale de pétrole ».

Mais la marge de manoeuvre de l’Opep est d’autant plus réduite que les Saoudiens peuvent difficilement se permettre de s’aliéner le président américain après l’indignation internationale suscitée par l’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul.

Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MBS) a besoin de la protection de son allié à la Maison-Blanche, mais aussi d’un baril plus cher pour mettre en oeuvre ses réformes économiques.

En juin, les producteurs avaient assoupli leur discipline avec pour objectif de permettre à la Russie et à l’Arabie saoudite d’extraire davantage pour compenser les pertes prévues de barils iraniens en raison du rétablissement des sanctions américaines.

Mais les exemptions accordées au dernier moment par les Etats-Unis à huit pays importateurs, à des niveaux plus élevés que ne l’attendait le marché, ont contribué au plongeon des prix de ces deux derniers mois, effaçant les gains engrangés depuis début 2017.

(©AFP / (06 décembre 2018 13h05)

Gilets jaunes: ce tweet moqueur de Trump pour tacler Macron sur l’accord de Paris

French President Emmanuel Macron listens as President Donald Trump speaks during a news conference in the East Room of the White House, Tuesday, April 24, 2018, in Washington. (AP Photo/Evan Vucci)

Gilets jaunes: ce tweet moqueur de Trump pour tacler Macron sur l’accord de Paris

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Les manifestations d’envergure qui se déroulent actuellement en France pour protester contre la hausse des prix du carburant attestent de la bonne décision des États-Unis de sortir de l’accord de Paris sur le climat, a déclaré Donald Trump.

Le dirigeant américain s’est exprimé sur les manifestations des Gilets jaunes qui se déroulent en France depuis mi-novembre afin de protester contre la décision gouvernementale d’augmenter les prix du carburant.

​«Je suis content que mon ami Emmanuel Macron et les protestataires à Paris soient tombés d’accord avec la conclusion à laquelle j’avais abouti il y a deux ans. L’accord de Paris comporte une profonde faille car il relève les prix de l’énergie pour les pays responsables et, dans le même temps, il disculpe certains des plus grands pollueurs au monde», a écrit Donald Trump sur son compte Twitter.

​«Je veux de l’air et de l’eau purs et j’ai beaucoup progressé dans l’amélioration de l’environnement en Amérique. Mais les contribuables américains — et les travailleurs américains — ne devraient pas payer pour nettoyer la pollution d’autres pays», a-t-il également affirmé, faisant référence à sa décision de sortir les États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, annoncée en 2017.

En France, après une première manifestation qui s’est déroulée le 17 novembre, des membres du mouvement des Gilets jaunes ont organisé le troisième acte de leur mobilisation le samedi 1er décembre. Dénonçant à l’origine la hausse des carburants, ils expriment désormais une colère sociale bien plus profonde.Le dernier rassemblement a été marqué par d’importantes violences urbaines dans la capitale française. Elles ont fait 133 blessés, dont 23 membres des forces de l’ordre, et ont conduit au placement en garde à vue de 378 personnes sur les 412 interpellées, selon un bilan communiqué par la préfecture de police dimanche.

https://fr.sputniknews.com/international/201812051039178110-macron-trump-france-usa-gilets-jaunes-climat/

Les réseaux russes en France, au-delà des fantasmes

Gueorgui Chepelev

Les réseaux russes en France, au-delà des fantasmes

Sputnik

France

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Jean-Baptiste Mendès
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Alors qu’un forum des Russes de France se tenait les vendredi 30 et samedi 1er décembre à Paris, Sputnik est allé à la rencontre de Gueorgui Chepelev, qui présidait cette rencontre. Nous voulions en savoir plus sur la communauté russe en France et débroussailler les fantasmes sur ces fameux «réseaux du Kremlin».

Un Russe en lien avec la communauté russe et travaillant à Paris peut-il être automatiquement désigné comme étant «agent d’influence du Kremlin»? Pour «C Politique» de France 5, la réponse est oui. L’émission hebdomadaire consacrait en 2017 un portrait à l’Insoumis Djordje Kuzmanovic, dans lequel Gueorgui Chepelev était qualifié d’«agent d’influence du Kremlin, qui préside une association qui dépend de l’ambassade russe en France». En est-il vraiment un? Cherche-t-il à déstabiliser la société française? Nous l’avons donc cuisiné dans sa datcha de travail, à Sainte-Geneviève-des-Bois, avant qu’il ne préside le forum des Russes de France, les vendredi 30 et samedi 1er décembre à Paris.

Retrouvez les meilleurs moments de cet entretien en vidéo:

La communauté russe suscite ainsi des fantasmes depuis fort longtemps en France. On se souvient du livre La France russe, enquête sur les réseaux Poutine de Nicolas Hénin, publié en 2016. Chepelev a eu droit à un paragraphe entier rempli d’insinuations, le dépeignant comme un agent déstabilisateur au sein du mouvement «Russie-Libertés», optant peu après pour un discours «devenu franchement pro-Poutine»:

«Après l’avoir lu, je n’ai pas très bien compris comment on écrit ces livres sans même parler aux gens que vous essayez de décrire […] c’est un pamphlet, ce n’est pas une étude, pas le fruit d’une recherche ni scientifique ni journaliste digne de ce nom.»

Depuis il a intenté un procès pour diffamation à son auteur, également contre Cécile Vaissié, auteur en 2016 de l’ouvrage Les réseaux du Kremlin en France.

Comme lui reproche l’émission de France 5, est-il réellement un agent d’influence du Kremlin? L’accusé détaille ainsi les liens qui l’unissent à l’ambassade de Russie à Paris:

«Le conseil de coordination du forum des Russes de France ne dépend pas directement de l’ambassade. L’ambassade de Russie est l’un de nos partenaires […] Je ne vois pas d’exemples vraiment criants d’une pression politique sur moi ou mes collègues ni d’une volonté extraordinaire de nous diriger […] Notre coopération avec l’ambassade, c’est sur des dizaines de petits projets concrets, on essaie d’agir ensemble pour la venue d’une chorale russe dans une petite ville en France, l’organisation d’un concert pour les russophones âgés…»

En lisant la presse, en écoutant certaines personnalités politiques en France, il est certes difficile de se faire une image nuancée de la Russie. Autre aspect, la langue française regorge de mots d’origine russe, entrés dans le langage courant, comme «bistro», «chapka», «icône». Mais il y a aussi d’autres mots qu’on utilise pour montrer l’aspect radical ou sans détour d’une chose. Un «non» catégorique, c’est «niet». Une situation désespérée, c’est «la Bérézina». Une décision arbitraire, un «oukase». Chepelev, enseignant la langue russe à Sciences Po et à l’INALCO, me déclare qu’il rencontre des étudiants très ouverts, qui sont loin d’avoir une vision essentialiste et négative.

«Au début de chaque année universitaire, je demande à mes étudiants pourquoi ils sont là, pourquoi ils viennent apprendre le russe et la civilisation russe. Vous voyez certains sujets qui reviennent tout le temps, la littérature russe, le cinéma russe, une autre culture européenne […] Et puis en rigolant, progressivement vous allez découvrir chez les étudiants des stéréotypes sur les Russes qui boivent, sur deux ou trois mots russes qui sont entrés dans la langue française, des échanges qui font rire…»

Pourquoi Gueorgui Chepelev s’est-il installé à Sainte-Geneviève-des-Bois, commune résidentielle de l’Essonne? Parce que les Russes y résident en nombre depuis des années. La preuve: ils y ont un immense carré au cimetière municipal; le cinéaste Andreï Tarkovski et l’écrivain Viktor Nekrasov y sont notamment enterrés.

Une diaspora russe qui regrouperait entre 300 et 400.000 personnes à Paris, Nice, Biarritz ou Courchevel. Un chiffre à la louche tant les statistiques restent floues, car tout dépend ce que l’on y inclut, les premières générations uniquement ou aussi les deuxièmes, voire troisièmes générations. Une population aux contours mal définis et qui n’est absolument pas homogène. En témoignent les différentes vagues d’immigration au cours du XXe siècle, débutant par les Juifs victimes de pogroms et dernièrement, l’immigration économique.

«La première immigration, celle qui date d’avant la Révolution, les opposants au régime du Tsar, les Juifs qui fuyaient les pogroms, d’autres personnes, les artistes, par exemple, des hommes politiques qui s’installaient en France. C’est plus la gauche russe qui s’installait en France, Lénine, Trotski».

La diaspora serait également divisée par l’Histoire (Russes blancs contre Russes rouges), la religion (le Patriarcat de Constantinople et celui de Moscou) et la politique, entre conservateurs et libéraux.

Pourtant, me dit Gueorgui Chepelev, tout n’est pas si simple, si structuré, tout n’est pas noir et blanc, le Russe à l’étranger se révèle protéiforme. Difficile donc de faire le portrait-robot du Russe en France. Néanmoins, ceux-ci partagent des valeurs communes, dont leur amour pour leur pays d’origine ainsi que pour leur pays d’accueil. Chepelev étant binational, il confie se sentir russe et français… et même parfois soviétique:

«Quand je fais ma conférence sur la science-fiction soviétique pour mes étudiants, je me retrouve beaucoup plus à l’aise avec les idées de cette littérature humaniste, centrée sur le progrès social, scientifique propageant les idées de tolérance qu’avec certains courants de la littérature russe ou française actuels.»

En plus de ses activités au Forum des Russes, il était aussi animateur du collectif «France Russie Ukraine: dialogue», association qui se chargeait d’envoyer de l’aide humanitaire au Donbass, notamment pour creuser des puits. En ce qui concerne les relations diplomatiques parfois tendues, comment œuvrer à dépasser les incompréhensions actuelles entre la diplomatie française et russe?

«La règle numéro un, ne pas laisser les hommes et les femmes politiques faire ce travail à notre place. Il nous faut un dialogue direct au quotidien à tous les étages, dans les toutes les directions de notre vie, pas seulement dans le domaine de la diplomatie».

 

https://fr.sputniknews.com/france/201812031039160126-reseaux-russes-france-fantasmes/