Archives pour la catégorie RWANDA

L’Afrique Réelle n°113 – Mai 2019

mardi 30 avril 2019

L’Afrique Réelle n°113 – Mai 2019

Sommaire

Actualité :
Comprendre la question du Soudan

Dossier : Autopsie du « Système » algérien
– 1962 : la naissance du « Système »
– L’adaptabilité du « Système »
– Le pouvoir militaire

Rwanda :
Les responsabilités de l’ONU et du général Dallaire dans le génocide

Editorial de Bernard Lugan :

Le coeur du « Système » algérien est formé par une caste d’officiers supérieurs placés à la tête d’une armée qui dévore 25% du budget de l’Etat. Le double de celui de l’éducation. Jusqu’à ces dernières années, les réseaux affairistes militaires contrôlaient intégralement l’économie du pays. Afin de les affaiblir, Abdelaziz Bouteflika injecta dans le « Système » une cohorte de parvenus lui devant leur fortune, les « oligarques ». Au prétexte de lutter contre la corruption, mais d’abord pour tenter de freiner la revendication populaire, l’armée en a fait jeter certains en prison, ce qui lui permet d’éliminer ou de placer sous contrôle des rivaux économiques.
La réaction militaire débuta le 26 mars, quand le général Gaïd Salah, vieil et acariâtre chef d’état-major, décida de sacrifier le président Bouteflika et son clan. Il appela alors à la destitution d’un président dont, jusque-là, il avait été le plus fidèle et le plus inconditionnel soutien, clamant encore haut et fort son appui au « 5e mandat », qualifiant même de traitres à la nation ceux qui s’y opposaient… Quant à son gendre, Abdelghani Zaâlane, ministre des Transports et des travaux publics, il était le directeur de campagne d’Abdelaziz Bouteflika pour ce même 5e mandat…
Le sauve-qui-peut des caciques du « Système » prit alors la forme d’une hémorragie. Le RND, parti pourtant servilement associé au FLN, demanda ainsi à son tour la démission du président Bouteflika tout en se précipitant aux pieds du général Gaïd Salah pour l’assurer de sa « loyauté »… Le FLN lui-même fut gagné par ce mouvement.
Cette manœuvre n’ayant pas freiné la contestation populaire, c’est désormais du « Système » tout entier dont la rue veut se débarrasser. A commencer par le général Gaïd Salah et son clan familial incarné par Karim et Adel Gaïd Salah, ses deux fils qui règnent sur la ville d’Annaba où ils possèdent organes de presse, hôtels et sociétés d’import-export.
Face à la rue, le « Système » résiste en pariant sur la division de la contestation et sur un essoufflement espéré durant le prochain ramadan. Le tout dans l’attente de l’inévitable confrontation.
Au début du mois d’avril dernier, les medias déversant ad nauseam leurs habituels mensonges sur la prétendue responsabilité de la France dans le génocide du Rwanda, le président Macron crut devoir recevoir à l’Elysée des associations porte-voix du régime de Kigali. Par pur fait du prince, il leur annonça, sans le moindre débat contradictoire et sans la moindre consultation de la population, qu’en France, le 7 avril serait désormais jour de « commémoration du génocide des Tutsi du Rwanda ». Reprenant le vocabulaire officiel rwandais, le président Macron a parlé de « génocide des Tutsi » et non pas de « génocide du Rwanda ».
Les Français vont donc devoir commémorer un génocide dans lequel leur pays ne porte pourtant aucune responsabilité. Sauf celle d’avoir accepté le diktat de Paul Kagamé qui était de retirer son contingent militaire du Rwanda, ce qui fut achevé au mois de décembre 1993, soit cinq mois avant le début du génocide.
Les 400 Français furent alors remplacés par plus de 2600 casques bleus de l’ONU. Commandés par l’incompétent et fragile général canadien Roméo Dallaire, ils demeurèrent l’arme au pied, se terrant même parfois dans leurs casernements, laissant ainsi les génocidaires libres d’agir et les hommes de Paul Kagamé libres de conquérir le pays.
Mais c’est la France qui est mise en accusation… non l’ONU…
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Le Rwanda rend hommage aux victimes du génocide de 1994

7 AVRIL 2019 / 12:55 / IL Y A UNE HEURE

Le Rwanda rend hommage aux victimes du génocide de 1994

KIGALI (Reuters) – Le président rwandais, Paul Kagamé, a ouvert dimanche par un discours une semaine d’hommage solennel aux 800.000 Tutsis et Hutus modérés massacrés lors du génocide qui avait débuté il y a 25 ans et avait duré trois mois.

Le président rwandais, Paul Kagamé, a ouvert dimanche par un discours une semaine d’hommage solennel aux 800.000 Tutsis et Hutus modérés massacrés lors du génocide qui avait débuté il y a 25 ans et avait duré trois mois. /Photo prise le 7 avril 2019/REUTERS/Baz Ratner

Le chef de l’Etat a déposé une gerbe au mémorial de Gisozi, dédié aux victimes du génocide, avant de laisser la place à une après-midi de discours et de chants.

“Il est impossible de comprendre pleinement la solitude et la colère des survivants, et pourtant, toujours et encore, nous leur demandons de faire les sacrifices nécessaires pour permettre la renaissance de notre nation. Les émotions doivent être enfermées dans une boîte”, a dit Paul Kagamé, dont le discours était retransmis par la télévision.

“Les Rwandais vont mieux aujourd’hui que par le passé. Mais nous pouvons aller encore mieux. Nous sommes le dernier peuple au monde qui doive succomber à l’autosatisfaction”, a-t-il ajouté.

Des artistes populaires rwandais ont entonné des chants comme “Turabunamira twiyubaka”, qui signifie “Rendre hommage tout en reconstruisant”.

Une dizaine de chefs d’Etat assistaient dimanche aux cérémonies, tout comme le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, et Julie Payette, gouverneure générale du Canada.

Emmanuel Macron avait en revanche annoncé qu’il n’assisterait pas aux cérémonies alors que le rôle joué par Paris lors du génocide demeure controversé.

UN RWANDAIS SUR DIX TUÉ

Officiellement invité par les autorités rwandaises à participer à la journée de commémoration ce dimanche, Emmanuel Macron s’est fait représenter à Kigali par Hervé Berville, député La République en marche (LaRem) des Côtes-d’Armor et orphelin tutsi.

Le président français a déclaré qu’il souhaitait voir la date du 7 avril constituer désormais une journée de commémoration nationale du génocide rwandais.

“Le président de la République salue le travail de mémoire conduit par les rescapés et a souhaité que la date du 7 avril soit désormais une journée de commémoration du génocide des Tutsis”, peut-on lire dans un communiqué de la présidence.

Dans le courant de l’après-midi, les dirigeants rwandais et environ 2.000 personnes devaient participer à une “marche du souvenir” à Kigali, entre le Parlement et le stade national, où des bougies seront allumées lors d’une veillée aux chandelles.

Le massacre des Tutsis et des Hutus modérés, qui a duré 100 jours, a débuté le 6 avril 1994 après que l’avion transportant le président rwandais Juvénal Habyarimana et son homologue burundais Cyprien Ntaryamira – tous deux Hutus – eut été abattu par un missile au-dessus de la capitale rwandaise. Les auteurs de cet attentat n’ont pas été identifiés.

L’armée rwandaise et les milices hutus extrémistes Interahamwe se sont alors lancées dans une extermination méthodique de la minorité tutsie.

Dans les villages, les habitants hutus se sont retournés contre leurs voisins tutsis, tuant plus de 10.000 personnes par jour à coups de machette, de gourdin, par balles ou parfois en les brûlant vifs.

Lorsque le génocide a pris fin en juillet 1994, après la prise du pouvoir par le Front patriotique rwandais (FPR), le mouvement rebelle tutsi dirigé par Paul Kagamé, 70% des Tutsis rwandais avaient été tués, et 10% de la population rwandaise dans son ensemble.

Tangi Salaün et Eric Faye pour le service français

 

https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKCN1RJ0A3-OFRTP

France-Rwanda : le député Hervé Berville représentera Emmanuel Macron à Kigali le 7 avril

France-Rwanda : le député Hervé Berville représentera Emmanuel Macron à Kigali le 7 avril

21 mars 2019 à 13h22 | Par 

Invité par la présidence rwandaise à participer aux 25e commémorations du génocide des Tutsi au Rwanda, Emmanuel Macron ne se rendra pas à Kigali le 7 avril. C’est le député Hervé Berville qui représentera officiellement le président français, accompagné d’une délégation de parlementaires.

Ce ne sera finalement pas Emmanuel Macron mais Hervé Berville. Selon nos informations, le président français sera officiellement représenté par le député La République en marche (LREM) de la 2e circonscription des Côtes d’Armor lors de la 25e commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda.

L’invitation officielle du président français par les autorités rwandaises, début mars, avait été vue comme une étape supplémentaire dans le rapprochement actuellement en cours entre Paris et Kigali.  Mais, retenu en France en raison « de la proximité des élections européennes », selon une source à l’Élysée, Emmanuel Macron réfléchissait ces derniers jours à la personnalité susceptible de le représenter à Kigali le 7 avril.


>>> À LIRE – Rwanda : Macron officiellement invité à Kigali pour les 25e commémorations du génocide des Tutsi


Plusieurs raisons justifient le choix d’Hervé Berville, jeune député de 29 ans. Orphelin d’origine rwandaise, né à Kigali, il a été adopté en 1994, à l’âge de 4 ans, par une famille bretonne qui comptait déjà quatre enfants. « Il est proche du président. Le choisir lui, plutôt qu’un ministre, permet aussi d’envoyer un signal nouveau », glisse-t-on à l’Élysée.

Lettre de Macron à Kagame

IL FAUT REGARDER L’HISTOIRE EN FACE ET SE TOURNER VERS L’AVENIR

Selon Paris, les autorités rwandaises ont été officieusement informées de ce choix le 20 mars. Côté rwandais, deux sources officielles ont toutefois indiqué à Jeune Afrique n’avoir pas été, pour l’heure, informées de cette décision.

Une lettre d’Emmanuel Macron à Paul Kagame l’informant qu’Hervé Berville serait son « représentant personnel » aux commémorations du 7 avril devait par ailleurs être envoyée à Kigali incessamment.

« Je suis très honoré mais aussi un peu ému, explique le député à JA. Cela montre la volonté des deux présidents de renforcer les liens entre nos deux pays et de s’appuyer sur la jeunesse pour faire avancer nos relations. Il faut regarder l’Histoire en face et se tourner vers l’avenir. »

Le député, qui est aussi le rapporteur du projet de loi sur l’augmentation de l’aide publique au développement, souhaitée par Emmanuel Macron, conduira une délégation de parlementaires français dans la capitale rwandaise. Seront notamment présents plusieurs élus du groupe d’amitié France-Rwanda, présidé par la députée Sira Sylla. Amélia Lakrafi, la députée LREM de la 10e circonscription des Français établis hors de France – qui couvre le Rwanda -, fera également le voyage.

Rwanda : raison d’Etat ou nouvelle humiliation nationale ?

dimanche 14 octobre 2018

Rwanda : raison d’Etat ou nouvelle humiliation nationale ?

L’affaire serait cocasse si elle n’était le révélateur du niveau d’abaissement de la France. Lors du sommet de l’OIF (Organisation internationale de la Francophonie) qui vient de se tenir en Arménie, le président Macron a, de son propre chef, fait élire une nouvelle présidente en la personne de Louise Mushikiwabo, ministre rwandaise des Affaires étrangères, une habituée des virulentes et continuelles attaques contre la France.

Voilà donc cet organisme désormais présidé par la représentante d’un pays dont le gouvernement a rasé au bulldozer le centre culturel français à Kigali, un pays qui a déclassé le français au profit de l’anglais, un pays qui, si l’on en croit la presse, ne cotisait plus à l’OIF, un pays qui n’a cessé de traiter de génocidaires ou de complices de génocide, le président Mitterrand et ses ministres, ainsi que MM. Balladur et Juppé ; un pays enfin qui a menacé de traîner en justice plusieurs dizaines d’officiers et de hauts fonctionnaires français…

La raison d’Etat a certes ses impératifs, mais certainement pas au prix d’une nouvelle humiliation nationale.

D’autant plus qu’au même moment, un vice-procureur du Parquet anti-terroriste français signait une insolite réquisition aux fins de non-lieu dans l’affaire de l’assassinat, le 6 avril 1994, de deux chefs d’Etat en exercice, celui du Rwanda et celui du Burundi, assassinat qui fut le déclencheur du génocide du Rwanda.

Or, il est essentiel de savoir que cette réquisition fut prise trois mois après que les magistrats instructeurs eurent eu communication d’un document exclusif émanant du TPIR (Tribunal pénal international pour le Rwanda). Il s’agit d’un rapport jusque-là gardé secret par le Procureur de ce tribunal, dans lequel ses propres enquêteurs désignent le président Kagamé comme étant le donneur d’ordre de l’assassinat de son prédécesseur Juvénal Habyrimana, meurtre qui, rappelons-le, déclencha le génocide du Rwanda.

Ce rapport confirmait trois autres enquêtes indépendantes qui concluaient toutes à la culpabilité de Paul Kagamé dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana, à savoir le « Rapport Hourigan », l’enquête française du juge Bruguière et l’enquête espagnole du juge Merelles.

Puis, venant à l’appui de ce rapport, le 10 octobre 2018, le journal canadien The Globe and Mail révéla, sous le titre « New information supports claims Kagame forces were involved in assassination that sparked Rwandan genocide », qu’au terme d’une enquête rocambolesque, le professeur belge Filip Reyntjens avait réussi à se procurer, preuves photographiques à l’appui, les numéros de série des 40 missiles sol-air livrés par l’URSS à l’Ouganda, pays soutenant Paul Kagamé, ce dernier ayant précédemment été officier des services secrets ougandais. Or, les numéros des deux missiles ayant abattu l’avion du président Habyarimana sont de la même série[1]…

Ces documents seront sans nul doute communiqués à la justice française et aux parties civiles, ce qui fait que la réquisition de non-lieu va être fortement contestée sur ce point et sur bien d’autres. Il va donc être « difficile » aux magistrats instructeurs de suivre les demandes du vice-procureur Ranucci.

D’autant plus que ce dernier accumule les erreurs et les contre-vérités. Ainsi, page 92 de sa réquisition, il écrit, contre toute évidence et contre tout ce que contient le dossier, et cela le jour même où le Globe and Mail publiait une nouvelle preuve de la possession par le FPR de Paul Kagamé des missiles utilisés le jour de l’attentat : « Les investigations menées n’ont pas établi de manière formelle que l’APR (l’armée de Paul Kagamé) disposait en 1994 de missiles sol-air ».

Une justice indépendante ne pourra donc que balayer ce réquisitoire aux fins de non-lieu qui ressemble fortement à un mémoire en défense.

Plusieurs chercheurs anglo-saxons menant actuellement des recherches détaillées, l’on peut donc s’attendre à d’autres révélations. Le tribunal de l’Histoire sera finalement le juge ultime, et du commanditaire du crime, et des tentatives diverses d’étouffement de l’enquête.

Bernard Lugan

[1] Dans son numéro de novembre que les abonnés recevront le 1er novembre, l’Afrique Réelle reviendra longuement sur ces deux documents. Pour l’état des connaissances voir mon livre « Rwanda, un génocide en questions »…

Publié par Administrateur à 22:25

http://bernardlugan.blogspot.com/

INFO FRANCEINFO. Génocide rwandais : un juge va enquêter sur le rôle de la banque BNP Paribas

INFO FRANCEINFO. Génocide rwandais : un juge va enquêter sur le rôle de la banque BNP Paribas

Une information judiciaire pour « complicité de génocide et crimes contre l’humanité » vient d’être ouverte contre la banque BNP Paribas. La banque est soupçonnée d’avoir contribué au financement d’un achat illégal d’armes à destination du Rwanda, en 1994.

Photo d\'illustration d\'une banque BNP Paribas. 
Photo d’illustration d’une banque BNP Paribas.  (ERIC PIERMONT / AFP)

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Benoît CollombatfranceinfoRadio France

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Une information judiciaire pour complicité de génocide et crimes contre l’humanité vient d’être ouverte suite à la plainte déposée en juin dernier par trois associations contre la banque BNP Paribas, révèle lundi 25 septembre franceinfo.

La banque est soupçonnée par trois associations, Sherpa, le Collectif des parties civiles pour le Rwanda et Ibuka France, d’avoir contribué au financement d’un achat illégal d’armes à destination du Rwanda, alors en plein génocide, en juin 1994. Et cela malgré un embargo sur les armes voté par l’ONU.

Sollicitée par la cellule Investigation de Radio France, la BNP répond qu’« il s’agit de la suite mécanique et obligatoire dans le cadre d’un dépôt de plainte de ce type. Cela ne constitue en aucun cas un développement nouveau. Ce sont des faits très anciens datant de 1994. La Banque informe qu’elle n’a pas eu communication de la plainte annoncée par voie médiatique, et qu’elle n’en connait donc pas la substance. Dans ces conditions, il n’est pas possible de commenter plus avant. »

Un ordre de paiement aurait été validé par la BNP Paribas

C’est le juge d’instruction Alexandre Baillon du pôle génocide du tribunal de grande instance de Paris qui est chargé de cette enquête.

Selon les éléments de la plainte déposée par les trois associations en juin, la banque aurait validé un ordre de paiement, dans le cadre d’une livraison d’armes. La BNP aurait été « la seule banque à répondre par l’affirmative et à débloquer les fonds suffisant pour l’achat d’armes par le gouvernement rwandais », lors de cette livraison d’armes, ajoutent les associations plaignantes.

Le génocide des Tutsis et des Hutus modérés a fait près d’un million de morts au Rwanda, entre avril et juillet 1994. C’est la première fois qu’une telle plainte est déposée contre une banque, en France.