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Pour la députée LREM Sira Sylla, «si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi»

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Pour la députée LREM Sira Sylla, «si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi»

© AFP 2019 BOUREIMA HAMAAFRIQUE15:38 15.01.2020(mis à jour 15:39 15.01.2020)URL courtePar Christine H. Gueye444S’abonner

Cheville ouvrière de la politique africaine d’Emmanuel Macron, s’appuyant sur l’implication des diasporas, Sira Sylla, députée LREM, estime que le sommet de Pau représente un tournant au Sahel. Invitée de Sputnik France, elle revient sur le Sommet G5 Sahel, le rôle de la France et de la Russie dans la région et sur son action pour la Francophonie.

«Ce sommet [à Pau, ndlr] a constitué un temps fort, puisque les États du G5 Sahel ont réaffirmé la nécessité de la force Barkhane. On peut aussi saluer la création de la Coalition Sahel qui va s’organiser autour de quatre piliers», s’est félicitée la députée LREM, Sira Sylla, au micro de Sputnik France.

Lors d’un entretien dans nos locaux le mardi 14 janvier, la parlementaire En Marche de la 4e circonscription de Seine Maritime a détaillé ces quatre piliers, avant d’expliquer son action avec les diasporas et dans le cadre de la Francophonie.

«La lutte contre le terrorisme, la formation des militaires sur place –donc le renforcement des capacités militaires–, la nécessité d’un retour de la présence de l’État –puisqu’il n’y en a plus– et le développement. Les États du G5 Sahel et la France ont réussi à s’unir sur ces quatre piliers et cela, c’est un signe encourageant.»

Réagissant aux décisions annoncées lors du sommet des chefs d’État du G5 Sahel, réunis à Pau le 13 janvier à la demande du président Emmanuel Macron, Sira Sylla, qui est d’origine sénégalaise, mais née à Rouen, s’est félicitée de la «remobilisation» des Etats du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) autour de la France sur ces quatre piliers.

Initialement prévu le 16 décembre pour «clarifier» la volonté des États sahéliens d’accueillir des troupes françaises chez eux, après les discours anti-français qui se sont fait entendre, notamment au Mali, ce sommet avait été reporté. Depuis l’attaque d’Inatès, au Niger, le 10 décembre, ayant causé la mort de 71 militaires nigériens, de nouveaux assauts des djihadistes se sont produits, provoquant à nouveau de nombreuses victimes dans la zone sensible, dite des trois frontières.

«Concernant le sentiment anti-français, c’est vrai [qu’il existe, ndlr], mais je préfère, pour ma part, répondre par la pédagogie. Il faut expliquer sur place ce que fait Barkhane, ce que font les différentes forces internationales. Il faut aussi que les Etats et les élus, là-bas, s’engagent sur le terrain [pour dire à quoi sert Barkhane, ndlr]. On ne peut pas laisser les pays du G5 Sahel dans une telle situation. Car si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi», a déclaré Sira Sylla au micro de Sputnik France.

Marine Le Pen et Emmanuel Macron

© REUTERS / ERIC FEFERBERGMarine Le Pen soutient Macron sur ce pointCertains médias français répètent à l’envi que la Russie serait derrière les demandes de départ des troupes françaises du Mali. Moscou attiserait donc le sentiment anti-français grandissant au Sahel, parce qu’il viserait à prendre la place de Paris dans la région. Des allégations qui laissent Sira Sylla sceptique.

«Je ne prends pas pour argent comptant ce que les médias racontent sur les Russes. Je constate par rapport à ce que je vois et par rapport à ce que disent des ONG sérieuses qui se rendent souvent sur le terrain. On ne peut pas tout mettre sur le dos des Russes. Il vaut mieux être concret, aller sur le terrain et que tous les États avancent ensemble. Or, la Coalition Sahel, ça, c’est du concret», répond Sira Sylla sans détour.

S’unir pour contrer les djihadistes

Dans un communiqué publié lundi 13 janvier soir par l’Élysée à l’issue de la conférence de presse donnée par le Président de la République aux côtés de ses homologues du G5 Sahel, ceux-ci ont surtout insisté sur le besoin d’une «plus grande coordination dans la mise en œuvre des initiatives en cours au Sahel» et d’un «engagement international renforcé» afin de combattre plus efficacement les groupes armés terroristes actifs dans cette zone.

Sira Sylla, députée de la République en marche (LRM) est chargée des diasporas africaines et de la Francophonie.

© PHOTO. ASSEMBLÉENATIONALEFRANÇAISESira Sylla, députée de la République en marche (LRM) est chargée des diasporas africaines et de la Francophonie.

«À cette fin, un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel appelé Coalition pour le Sahel, rassemblant les pays du G5 Sahel et la France à travers l’opération Barkhane et ses autres formes d’engagements, les partenaires déjà engagés ainsi que tous les pays et organisations qui voudront y contribuer, est organisé autour de quatre piliers», précise le communiqué de l’Élysée.

Mali, opération Barkhane

© PHOTO. DAPHNE BENOITSahel: Macron annonce l’envoi de 220 soldats supplémentaires pour renforcer la force BarkhaneSur la base des décisions qui ont été arrêtées à Pau, c’est dans la région des trois frontières (Burkina Faso, Mali, Niger) que les efforts vont désormais se concentrer «sous le commandement conjoint de la Force Barkhane et de la Force conjointe du G5 Sahel, en ciblant en priorité l’EIGS*.»

De surcroît, toujours selon ce communiqué, le commandement conjoint de cette coalition accueillera «progressivement» l’ensemble des pays volontaires et partenaires, dont les contributions militaires rejoindront l’opération Barkhane, comme le futur groupement de forces spéciales européennes, baptisé «Task Force Takuba», s’inscrivant dans ce premier pilier, celui de la lutte antiterroriste.

Sortir des liens néocolonialistes

Revenant sur l’annonce récente à Abidjan (Côte d’Ivoire), où elle a accompagné Emmanuel Macron, de la fin du franc CFA en faveur de l’ECO, Sira Sylla s’est également réjouie que ce soit des États africains qui aient demandé de mettre un terme au franc CFA. «Nous ne pouvons que nous féliciter de ce que la France sorte des instances de décision», a-t-elle ajouté, se déclarant très fière d’avoir pu assister à ce moment «historique» empreint d’émotion.

Du coup, elle comprend mal les critiques dont le Président de la République continue de faire l’objet de la part de militants anti-CFA.

«Le handicap de la relation entre la France et l’Afrique, c’est que nous restons enlisés dans un passé post-colonialiste. Les Africains doivent prendre leur destin en main. Or, j’ai toujours l’impression qu’il y a un peu de schizophrénie. On voulait la fin du franc CFA. On l’a et c’est même annoncé. Mais on continue de pointer du doigt en direction d’Emmanuel Macron. Il n’est quand même pas tout seul dans cette affaire. Il y a bien une autre partie en face, qui est celle des chefs d’État africains de la zone franc», s’insurge la parlementaire LREM.

Même si elle ne nie pas que des questions «sensibles», comme l’augmentation subite des frais de scolarité pour les étudiants étrangers, la Loi Asile et immigration ou la présence omnipotente de grands groupes français tels que Bolloré, voire Auchan, peuvent empoisonner la relation entre la France et l’Afrique, elle rejette catégoriquement les accusations d’hypocrisie à l’encontre de «son» Président.

Le plus important, pour elle, est de conserver intacte sa détermination à faire bouger les lignes en poursuivant son combat auprès des diasporas africaines, qu’elle veut de plus en plus impliquer dans la nouvelle politique africaine de la France et au sein de la Francophonie:

«C’est en tous cas le sens de mon engagement aux côtés d’Emmanuel Macron pour que les diasporas africaines s’impliquent davantage dans la co-construction de relations apaisées», confie Sira Sylla.

*L’État islamique au Grand Sahel (EIGS) est une organisation terroriste interdite en Russie

https://fr.sputniknews.com/afrique/202001151042908570-pour-la-deputee-lrem-sira-sylla-si-lafrique-sombre-dans-le-terrorisme-leurope-sombrera-aussi/

Sortir du brouillard sahélien

Sortir du brouillard sahélien

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09 janvier, 2020
Note

Leslie Varenne

Le 4 décembre dernier, lors du sommet de l’OTAN, Emmanuel Macron avait convoqué de manière très peu diplomatique ses homologues du G5 Sahel en les appelant à clarifier leurs positions sur la présence de la force Barkhane dans la Bande sahélo-saharienne, une présence fortement décriée par leurs opinions publiques. Après un report, des remous, des tensions et des conciliabules, le sommet aura donc bien lieu le 13 janvier à Pau, les cinq chefs d’Etat ayant fini par accepter de s’y rendre. Ironie de l’histoire, si au départ, dans l’esprit du président français, cette réunion devait obliger les présidents du G5 Sahel à apporter des « réponses claires et assumées » sur la présence de Barkhane, finalement, ce sera à la France de se livrer à un nécessaire exercice de clarification pour sortir de sa confusion stratégique (1). Toutes les parties devront également jouer cartes sur table pour essayer, autant que faire se peut, de sortir le Sahel de la zone rouge dans laquelle il se trouve. 

Financement du terrorisme

Le financement du terrorisme est bien évidemment la première question qui doit être mise sur le tapis de Pau, si celle-ci n’est pas traitée, toutes les autres seront nulles et non avenues. En novembre dernier, le ministre nigérien de la Défense, Issoufou Katembé a déclaré : « Nous savons d’où viennent les financements des groupes terroristes. Il faut que les Etats qui sont derrière ces financements arrêtent » (2). Cette injonction à cesser d’alimenter les djihadistes de la zone n’a pas porté ses fruits, bien au contraire. Selon des informations obtenues par l’IVERIS, un émir d’AQMI basé dans la zone ouest du Mali, qui vient de quitter son organisation pour intégrer l’Etat Islamique dans le Grand Sahara (EIGS), recrute actuellement à tour de bras, en distribuant des sommes conséquentes, 500 000 CFA et une Kalachnikov à toute personne qui rejoint ses rangs. A tel point que cette organisation est en train de supplanter AQMI et s’installe durablement dans la zone dite des trois frontières, où la présence de djihadistes étrangers est de plus en plus visible. A terme, l’instauration d’un califat dans cette région est à redouter, même si pour des raisons tactiques il n’est pas proclamé officiellement.

Cette augmentation de la capacité de nuisance des groupes armés terroristes n’est possible que grâce aux moyens conséquents dont ils disposent. Or comment gagner une guerre lorsque des Etats, qui, au passage sont vos alliés, sponsorisent vos ennemis ? Cette question concerne la France mais également tous les pays du G5 Sahel qui acceptent des fonds de la part de pays qui, dans le même temps, alimentent les responsables des drames quotidiens que subissent les populations et causent des pertes considérables dans les rangs des armées nationales (3).

En outre, un des plus grands dangers qui guette le Sahel actuellement est la mise en place d’une économie de guerre, avec en prime le narcotrafic, qui profite aux terroristes comme à certaines élites de ces Etats ; ce qui, compte tenu des dividendes engrangés, pourrait « éterniser » le conflit.

 Clarification française

 L’opération Takouba

Pour sortir de sa solitude sahélienne, la France a tenté de sonner le rappel des troupes en Europe en créant une nouvelle force militaire, une unité de forces spéciales, baptisée Takouba, qui aurait dû être opérationnelle ce mois. Problème, peu d’Européens se sont montrés enthousiastes. Les Allemands ont refuséla Belgique a accepté de dépêcher trois militairesles Estoniens enverront, eux, une quinzaine de membres de leur force spéciale, mais pas avant le deuxième trimestre 2020Reste la République tchèque qui se propose de déployer soixante hommes prochainement…

Que va faire la France ? Renoncer à cette mauvaise idée d’un empilement de forces, (il en existe déjà six, Takouba serait la septième) ? Revoir sa politique d’un tout sécuritaire qui a montré ses limites puisque les résultats ne sont pas au rendez-vous et que les groupes terroristes ne cessent de prendre de l’ampleur, tant par le nombre de combattants que par les attaques de plus en plus sophistiquées et meurtrières ? Va-t-elle enfin se doter d’une vision stratégique et politique de long terme au lieu de réagir au coup par coup, en créant à chaque fois de nouveaux mécanismes inutiles, comme Takouba ou le P3S ?

Désengagement des Etats-Unis dans le Sahel ?

Fin décembre, le New York Times a annoncé une réduction importante des troupes américaines en Afrique, notamment dans le Sahel. Le Pentagone aurait demandé à l’Africom de proposer un plan de retrait des troupes au cours du mois de janvier. Cette information a été reprise par de nombreux médias et considérée comme un fait déjà établi. Mais, compte tenu du grand désordre qui règne à Washington et des divergences de vues entre la Maison Blanche, le Pentagone, le Département d’Etat et la CIA, rien n’est moins sûr. A cette heure, aucun signe de désengagement n’est visible sur le terrain. Par ailleurs, ce retrait paraît assez peu envisageable, d’une part pour des raisons géopolitiques, les USA laisseraient un espace vacant qui pourrait être avantageusement occupé par la Chine et/ou la Russie ; d’autre part, à cause des investissements déjà réalisés, notamment avec la création de la base de drone d’Agadez qui devrait être inaugurée avant la fin du mois de janvier.

Cependant, si Donald Trump décidait réellement de se désengager du Sahel, au moins pendant le temps de sa campagne pour rassurer ses électeurs auxquels il avait promis de ramener les « boys » à la maison, que pourrait faire Barkhane, rester ou partir ? Faute de moyens et de volonté politique l’armée française n’est plus autonome pour ses opérations extérieures, au Sahel comme au Moyen-Orient, elle dépend du Pentagone en termes de logistique, de renseignement et de surveillance. Cette annonce est tombée à point nommé pour faire plier Paris, après les velléités d’Emmanuel Macron lors du sommet de l’OTAN. Ceci explique, peut-être, pourquoi le Président français a rappelé sa solidarité sans faille avec Washington après l’assassinat du Général iranien Qassem Soleimani en Irak.  

En attendant de se désengager ou pas, les Etats-Unis s’apprêtent à nommer un émissaire pour le Sahel. Le profil de cet envoyé spécial pourrait rassurer, ou pas, la France sur la stratégie des USA dans la zone.

Stratégie régionale

Si désormais les Européens affichent une unité de façade pour dénoncer l’arrivée des forces militaires turques en Libye et les multiples ingérences extérieures, alors qu’ils y interviennent beaucoup eux-mêmes, ils n’en restent pas moins profondément divisés et se contentent de déclarations d’intentions inefficaces. Par ailleurs, il est intéressant de noter que les Européens n’ont même pas pris la peine de mentionner que le prochain débarquement de forces turques en Libye a été précédé de combattants affiliés à l’Armée syrienne libre (ASL) en provenance d’Idlib, faisant ainsi craindre une invasion du Sahel par des djihadistes de Syrie, dont Recep Tayyip Erdogan ne sait plus quoi faire. 

Sur ce dossier encore, la France doit clarifier sa position. Selon Kader Abderrahim : « Si officiellement, la France soutient le gouvernement Sarraj, reconnu par la communauté internationale, dans les faits, elle soutient le général Haftar. » En outre, ce chercheur à l’IRIS, spécialiste du monde arabe et de l’islamisme, note « la France devrait s’employer à faire respecter le droit international et appliquer un contrôle strict de l’embargo sur les armes, cela limiterait les combats. » (4) Il ajoute : « Depuis un siècle, toutes les résonnances violentes sont venues du Proche Orient, le Maghreb est resté assez stable. C’est la première fois qu’il y a un étau qui se resserre dans tout le monde arabe avec l’Iran à l’Est et la Libye à l’Ouest et qui pourrait provoquer l’instabilité dans toute la Méditerranée. »  Autant dire que la situation libyenne est grave et qu’elle pourrait embraser encore un peu plus le Sahel, car ces deux crises sont interdépendantes.

 L’Afrique aux Africains…

Si la France doit clarifier ses positions vis-à-vis des pays du Sahel, c’est à l’Afrique elle-même de donner ses orientations. Jusqu’à présent, en guise d’unité africaine, ont coexisté plusieurs clubs de dirigeants s’auto-congratulant et demandant aux pays des autres continents des fonds et des armes. Mais les visées de la Turquie sur la Libye changent la donne, et il faut espérer que cela provoquera une réaction commune et forte de tous les pays africains. L’Union Africaine pourrait saisir l’occasion, le moment est opportun. C’est à cette organisation d’envoyer un émissaire auprès du président Erdogan pour lui dire de s’occuper de son pays et de ne pas changer de continent. C’est encore à elle de taper du poing sur la table des Etats qui remplissent les caisses des djihadistes…

Finalement, cette réunion de Pau, tant décriée, pourrait s’avérer utile si les vrais sujets y étaient évoqués.

Leslie Varenne

(1)https://www.iveris.eu/list/notes/474-cote_divoire_sahel__deux_rendezvous_a_hauts_risques
(2)https://www.agenceecofin.com/securite/2811-71576-nous-savons-d-o-viennent-les-financements-des-groupes-terroristes-ministre-de-la-defense-du-niger
(3)Selon l’ONU en 3 mois entre octobre et décembre 2019, 193 militaires maliens sont morts au combat.

 https://www.elwatan.com/edition/international/sahel-lonu-alerte-sur-linsecurite-croissante-au-mali-06-01-2020(4)Le Conseil de Sécurité n’a pas réussi à faire voter une seule résolution pour faire respecter l’embargo sur les armes mis en place en 2011. 
La semaine prochaine aura lieu la conférence de Berlin à laquelle les Algériens, qui sont tout de même parmi les premiers impactés par la crise libyenne n’avaient pas été conviés. Les Allemands ont récupéré in extrémis leur faute majeure…

https://www.iveris.eu/list/notes/479-sortir_du_brouillard_sahelien

Editorial de Bernard Lugan

L’Afrique Réelle N°121 – Janvier 2020

Sommaire

Actualité
– L’année 2019 en Afrique
– Les deux guerres du Sahel
– La Corne de l’Afrique entre déterminismes ethno-tribaux et  nouveaux équilibres géostratégiques

Dossier : La question peul
– La première expansion des Peul (XVe-XVIIIe siècles)
– L’islamisation du Sahel par les Peul (XVIII-XIXe siècles)
– La méthode peul

Editorial de Bernard Lugan :

Au Sahel, l’impasse actuelle a cinq principales causes :
1) Les Maliens et les Français n’ont pas le même ennemi. Pour les premiers ce sont les Touareg qui demandent la partition du pays alors que les islamo-trafiquants que Barkhane combat ne sont pas séparatistes ; de plus, ils irriguent l’économie souterraine du pays.
2) L’islamisme radical, donnée régionale de longue durée, a toujours été le paravent d’intérêts économiques ou politiques à base ethnique (voir à ce sujet le dossier de ce numéro consacré à l’expansion des Peul). Aujourd’hui, il prospère sur des plaies antérieures à la période coloniale dont il n’est que la surinfection.
3) Le jihadisme est devenu un « ennemi de confort ». En réalité, nous n’avons face à nous que quelques centaines d’ « authentiques » religieux se mouvant avec opportunisme dans un vivier de plusieurs dizaines milliers de trafiquants abritant leur « négoce » traditionnel derrière l’étendard du Prophète et qui, à l’occasion, peuvent se joindre à une expédition armée. 
4) Pour les populations maliennes, la présence française relève du néocolonialisme et elles accusent même la France d’être « complice » (!!!) des jihadistes (voir mon communiqué du 8 décembre 2019). Une accusation singulièrement renforcée par l’insolite restitution du «_sabre d’el-Hadj Omar » (voir mon communiqué en date du 25 novembre 2019) perçue localement comme la reconnaissance par la France de la mémoire d’un conquérant jihadiste apparenté aux Peul qui mit en coupe réglée les ancêtres de 90% de la population de l’actuel Mali et d’une partie de celle du Burkina Faso… 
5) Les dirigeants français qui s’obstinent à soutenir des Etats faillis, ne proposent à des populations antagonistes enfermées dans d’artificielles frontières qu’une seule solution politique, l’utopique « vivre ensemble ». Or, comment peuvent-ils imaginer que des nomades berbères, arabes ou peul accepteront de se soumettre au bon vouloir d’agriculteurs sédentaires que leurs ancêtres razziaient au seul motif qu’ils sont électoralement plus nombreux qu’eux ? 
Voilà identifiés les cinq principaux problèmes qui sont à la base des actuels conflits sahéliens. Or, comme je l’explique dans mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours, ils sont insolubles dans les cadres politiques et institutionnels actuels. En effet, l’opposition ethno-raciale nord-sud et la confrontation nomades-sédentaires, avec en arrière-plan la péjoration climatique et la suicidaire démographie, ne peuvent évidemment pas être réglées par Barkhane. D’autant plus que, placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou de ressources, nos forces percutent régulièrement les constantes et les dynamiques locales. 
Sans une profonde remise en cause des définitions constitutionnelles des Etats sahéliens, les actuelles guerres sont donc sans solution. Imaginons en effet que les islamo-trafiquants et les divers groupes armés terroristes soient finalement éradiqués, les problèmes de fond que connaît le Sahel ne seraient pas réglés pour autant puisque les causes historiques et humaines des conflits résurgents n’y auraient pas été traitées.

Publié par Administrateur à 21:11

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Opération Barkhane : une mise au point nécessaire

jeudi 28 novembre 2019

Opération Barkhane : une mise au point nécessaire

Les pertes cruelles que viennent de subir nos Armées -et qui ne seront hélas pas les dernières-, ont donné à certains l’occasion de s’interroger sur le bien-fondé de la présence militaire française au Sahel. Cette démarche est légitime, mais à la condition de ne pas sombrer dans la caricature, les raccourcis ou l’idéologie.
J’ai longuement exposé l’état de la question sur ce blog, notamment dans mon communiqué en date du 7 novembre 2019 intitulé « Sahel : et maintenant quoi faire ?» , ainsi que dans les colonnes de l’Afrique Réelle et dans mon  livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours qui replace la question dans sa longue durée historique et dans son environnement géographique. Je n’y reviens donc pas. Cependant, trois points doivent être soulignés :
1) Dupliquées d’un logiciel datant des années 1960-1970, les accusations de néocolonialisme faites à la France sont totalement décalées, inacceptables et même indignes. Au Sahel, nos Armées ne mènent  en effet pas la guerre pour des intérêts économiques. En effet :

– La zone CFA dans sa totalité, pays du Sahel inclus,  représente à peine plus de 1% de tout le commerce extérieur de la France, les pays du Sahel totalisant au maximum le quart de ce 1%. Autant dire que le Sahel n’existe pas pour l’économie française.
– Quant à l’uranium du Niger, que de fadaises et de contre-vérités entendues à son sujet puisqu’en réalité, il ne nous est pas indispensable. Sur 63.000 tonnes extraites de par le monde, le Niger n’en produit en effet que 2900…C’est à meilleur compte, et sans nous poser des problèmes de sécurité que nous pouvons nous fournir au Kazakhstan qui en extrait  22.000 tonnes, soit presque dix fois plus, au Canada (7000 t.), en Namibie (5500 t.), en Russie (3000 t.), en Ouzbékistan (2400 t.), ou encore en Ukraine (1200 t.) etc..
– Pour ce qui est de l’or du Burkina Faso et du Mali, la réalité est qu’il est très majoritairement extrait par des sociétés canadiennes, australiennes et turques.
2) Militairement, et avec des moyens qui ne lui permettront jamais de pacifier les immensités sahéliennes, mais là n’était pas sa mission, Barkhane  a réussi à empêcher la reformation d’unités jihadistes constituées. Voilà pourquoi, pariant sur notre lassitude, les islamistes attaquent les cadres civils et les armées locales, leur objectif étant de déstructurer administrativement des régions entières dans l’attente de notre départ éventuel, ce qui leur permettrait de créer autant de califats. Notre présence qui ne peut naturellement empêcher les actions des terroristes, interdit donc à ces derniers de prendre le contrôle effectif de vastes zones.
3) Nous sommes en réalité en présence de deux guerres :

– Celle du nord ne pourra pas être réglée sans de véritables concessions politiques faites aux Touareg par les autorités de Bamako. Egalement sans une implication de l’Algérie, ce qui, dans le contexte actuel semble difficile. Si ce point était réglé, et si les forces du général Haftar ou de son futur successeur tenaient effectivement le Fezzan, les voies libyennes de ravitaillement des jihadistes  auxquelles Misrata et la Turquie ne sont pas étrangères, seraient alors coupées. Resterait à dissocier les trafiquants des jihadistes, ce qui serait une autre affaire…- Au sud du fleuve Niger les jihadistes puisent dans le vivier peul et dans celui de leurs anciens tributaires. Leur but est de pousser vers le sud afin de déstabiliser la Côte d’Ivoire. Voilà pourquoi notre effort doit porter sur le soutien au bloc ethnique mossi. Aujourd’hui comme à l’époque des grands jihad peul du XIXe siècle ( là encore, voir mon livre sur les guerres du Sahel), il constitue en effet un môle de résistance. Le renforcement des défenses du bastion mossi implique d’engager à ses côtés les ethnies vivant sur son glacis et qui ont tout à craindre de la résurgence d’un certain expansionnisme peul abrité derrière le paravent du jihadisme. Cependant, si les jihadistes régionaux sont majoritairement Peul, tous les Peul ne sont pas jihadistes. Ceci fait que, là encore, il sera nécessaire de « tordre le bras » aux autorités politiques locales pour que des assurances soient données aux Peul afin d’éviter un basculement généralisé de ces derniers aux côtés des jihadistes. Car, et comme je l’ai écrit dans un ancien numéro de l’Afrique Réelle « Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera ». Il y a donc urgence.

Par-delà les prestations médiatiques des « experts », une chose est donc claire : la paix au nord dépend des Touareg, la paix au sud dépend des Peul. Tout le reste découle de cette réalité. Dans ces conditions, comment contraindre les gouvernements  concernés à prendre en compte cette double donnée qui est la seule voie pouvant conduire à la paix ?
Bernard LuganPublié par Administrateur à 11:352  

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Opération Barkhane : la France financièrement à la peine au Sahel

Décryptages » Opération Barkhane : la France financièrement à la peine au SahelDÉFENSE27 novembre 2019© Daphné BENOIT / AFP

MALI

Opération Barkhane : la France financièrement à la peine au Sahel

La France va rendre hommage lundi aux treize soldats français qui ont trouvé la mort dans un double accident d’hélicoptères au Mali. Emmanuel Macron prononcera leur éloge funèbre lors de la cérémonie aux Invalides.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN499Avec Jean-Bernard Pinatel

Atlantico.fr : Au vu des événements qui se sont déroulés au Mali (13 soldats français ont trouvé la mort), la situation semble de plus en plus tendue dans cette zone. Certains partis politiques, comme LFI, en profitent pour appeler à une discussion « pour envisager les voies de sortie » de l’opération lancée en 2014.

Quelle est la situation au Mali (tant sur le plan militaire que géopolitique) ? Le niveau de menace pour les forces françaises a-t-il augmenté ?

Jean-Bernard Pinatel : La situation au Mali doit être examinée non seulement au niveau des cinq pays du G5 Sahel mais aussi au regard des 4 pays riverains de la méditerranée et en particulier de la Lybie et de la Tunisie. 

La zone d’opération Barkane couvre cinq pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina, Niger et Tchad) où vivent 93 millions d’habitants sur 5 000 000 de km2, près de 8 fois la superficie de la France. 

Une chronologie sommaire est en effet nécessaire pour comprendre la situation actuelle :

• Aout 2011 mort de Kadhafi

• Novembre 2011 le gouvernement s’inquiète du pillage des arsenaux libyens et du  retour dans leur pays des militaires originaires du Sahel qui servaient dans l’armée libyenne avec un armement considérable. On parle notamment de 5000 SAM7 disparus.

• 2012 tout le Nord du Mali est en rébellion ; les villes de Tombouctou et de Gao sont aux mains de plusieurs organisations islamistes AQMI et le MUJAO dont  les chefs ne sont pas originaires du Mali et qui cohabitent plus ou moins avec les  indépendantistes Touaregs du massif des ifhogas 

• Le 12 janvier2013  début de l’opération Serval face à la menace des rebelles qui après avoir pris Konna menacent Bamako.

Depuis le 18 janvier 2013 je ne cesse d’écrire que le retour à la stabilité du Mali ne pourra être obtenue seulement par une option militaire ;  que notre objectif doit se limiter à casser les katibas et à ramener les bandes à de petits groupes qui seront incapables de contrôler durablement une ville ; que pour faire monter en puissance l’armée malienne comme celle du Burkina et qu’elles soient capables de conduire seules des actions offensives vers le nord,  il faudra  reconstruise presque complétement le corps des officiers qui a démontré en 2011 sa lâcheté et sa corruption ; qu’il est essentiel de mettre en place une solution d’autonomie pour l’AZAWAD qui ressemble à celle que les espagnols ont consenti aux Basques afin de dissocier les Touaregs des bandes d’islamistes dont l’encadrement est souvent étranger ou qui a servi de longues années en Libye.

Au final l’opération Barkane est un succès car cet engagement limité a permis  de garantir un niveau de sécurité acceptable et elle fournit les délais nécessaires  à la reconstruction des armées de ces pays. Dans ce domaine on est à peine au milieu du gué. Elle permet aussi, tant bien que mal, de préserver  une activité économique minimale notamment grâce à l’exploitation de leurs richesses minières. Cet objectif est atteint avec un surcout financier limité pour notre budget militaire de l’ordre de 1,5 milliard d’€ (moins de 5% de nos dépenses militaires) si on prend en compte l’usure accélérée des matériels. Et aussi avec des pertes humaines très limitées même si elles sont toujours très douloureuses.

Cela dit l’objectif de muscler les forces de ces pays pour leur permettre de mener des actions offensives contre les rebelles du Nord sera un travail de longue haleine. Certains  pensent même que c’est illusoire. Le Tchad a connu une stabilité relative à partir du moment où se sont les Toubous ou les Goranes qui ont pris le pouvoir à N’Djamena car les nomades du désert ont un ADN de guerrier ce qui n’est pas le cas des populations sédentaires du Sud.

Enfin sur un plan géographique plus large tant que les milices islamiques continueront de contrôler Misrata en Libye et une  partie de Tripoli,  Erdogan pourra continuer à ravitailler en armes et en munitions les islamistes du Sahel.

L’armée française peut-elle continuer à combattre dans les conditions actuelles ? En a-t-elle les moyens ? Est-ce qu’une opération européenne par exemple serait plus efficace ? 

Jean-Bernard Pinatel : L’armée française a les moyens d’empêcher la reconstitution de katibas qui pourraient à nouveau contrôler durablement une ville et des villages dans ces pays. Elle tire de cette mission un bénéfice considérable en capacité opérationnelle car une armée qui ne se bat pas ne vaut rien. Quant aux européens, ils nous aident logistiquement et prennent en compte des actions de formation et notre Ministre des armées se bat quotidiennement pour leur faire accroître cet effort. Mais tant que l’Allemagne ne changera pas sa Constitution, elle ne pourra pas engager ses forces dans des opérations militaires. Quant à l’Italie elle a des intérêts considérables en Libye et joue un jeu qui va dans le sens de ses propres intérêts et pas nécessairement dans celui d’une stabilisation de la Libye.

Quelles seraient les conséquences d’un retrait du Mali ? 

Jean-Bernard Pinatel : Les conséquences seraient des vagues d’immigration vers la France. Je rappelle que 93 millions de personnes vivent dans ces 5 pays, beaucoup ont des parents qui vivent et travaillent France. Stabiliser la situation sécuritaire et aider ces pays dans leur développement est la seule option sérieuse.

Certains observateurs estiment que la France défend non seulement des intérêts politiques mais aussi économiques au Sahel, notamment sur les questions liées à l’uranium. Est-ce crédible ?

Jean-Bernard Pinatel : Non, l’uranium  est une ressource abondante et bien répartie sur l’ensemble de la planète : 44 % des réserves se trouvent dans les pays de l’OCDE – l’Australie est le premier producteur -, 22 % dans les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et 34 % dans le reste du monde. Nous ne sommes absolument pas dépendants du Niger.

Ces opérations sont certes nécessaires mais lorsqu’elle déploie ses forces armées, la France est souvent accusée de néocolonialisme. Comment sortir de ce cercle vicieux ?

Jean-Bernard Pinatel : La France est au Sahel à la demande express et en coordination permanente avec les gouvernements légaux. Pour mémoire l’or du Burkina et du Mali  est presque exclusivement exploité par des compagnies qui sont canadiennes, australiennes, turques, russes, etc.. Et pas françaises !

On n’empêchera pas les islamo-gauchistes, compagnons de route de l’Islam radical,  de reprendre la chanson du néocolonialisme. Les commentaires de cet article sont à lire ci-aprèsLe sujet vous intéresse ?Mots-clés :barkhaneopération BarkhaneArméearmée de terreAfriqueFranceMaliSahelBudgetNigerTchadThématiques :FRANCEDÉFENSE

https://www.atlantico.fr/decryptage/3583631/operation-barkhane–la-france-financierement-a-la-peine-au-sahel-mali-niger-gao-jean-bernard-pinatel

Les Tchèques vont prendre le commandement de la mission EUTM Mali

Les Tchèques vont prendre le commandement de la mission EUTM Mali

 21 novembre 2019Nicolas Gros-Verheyde  Aucun commentairecommandementEUTM MaliRépublique Tchèque

(B2) Présents dans EUTM Mali depuis le début, les Tchèques vont passer à la vitesse supérieure. Ils prendront le commandement de la mission de l’UE de formation de l’armée malienne l’année prochaine

Le contingent tchèque à EUTM Mali en octobre lors de la cérémonie de remise des médailles (crédit : Armée tchèque)

Le général Aleš Opata, chef de l’état-major de l’armée, l’a confirmé, ce mercredi (20 novembre) lors de la réunion annuelle du commandement tchèque. « Une des priorités de l’armée tchèque reste les missions à l’étranger ».

En relais des Autrichiens

Les Tchèques vont ainsi prendre le relais des Autrichiens qui assurent actuellement le commandement de la mission déployée au Mali depuis juin 2019, au 2e semestre 2020. C’est le général de brigade Frantisek Ridzak, actuel directeur des systèmes d’information et de communication de l’armée, qui sera le chef de la mission EUTM Mali. Ce durant six mois à compter de juin 2019 (selon nos dernières informations). C’est la première fois qu’une mission/opération militaire sur le sol africain est commandé par un officier venu d’un pays d’Europe centrale. Ce qui témoigne d’un engagement notable de Prague sur ce terrain.

Un certain consensus politique

Cet effort est soutenu à la fois par le chef du gouvernement et le chef d’État. Ce qui, dans le contexte de la politique locale, n’est pas un petit succès. « Le terrorisme international reste une menace mondiale » a ainsi déclaré hier aux officiers le président Milos Zeman, marquant au passage son « refus de la possibilité de retirer les troupes de l’Alliance d’Afghanistan ». Je suis « très heureux que notre armée soit active dans les missions étrangères » a salué le Premier ministre Andrej Babiš.

Une présence continue tchèque

Pour les Tchèques, le terrain malien n’est pas nouveau. Ils ont été présents de façon continue, depuis février 2013, c’est-à-dire le début de la mission, assurant une fonction essentielle : la protection des bases (Bamako et Koulikoro), les escortes armées des personnes, ainsi que la force de réaction rapide, tout comme la formation de membres des forces armées maliennes notamment dans les missions de protection VIP.

Un contingent de 120 militaires

Cette présence n’est pas symbolique. 120 militaires tchèques sont actuellement présents dans la mission. Pour la plupart, selon la dernière relève, ils appartiennent au 72ème bataillon mécanisé de Přáslavice. Une unité habituée aux missions délicates : un détachement revient de Bagram en Afghanistan où il était chargé de sécuriser la base de l’Otan avec les Géorgiens, Américains et Afghans.

Acquérir une expérience africaine

Pour près de la moitié d’entre eux, c’est cependant un premier déploiement à l’étranger. Ils « viennent acquérir en Afrique une expérience précieuse » explique le capitaine Marek Maxim Švancara, officier média de l’armée tchèque. Contrairement aux missions en Afghanistan, et encore plus en Europe. ils vont devoir « faire face à un éventail plus large de tâches, des températures et une humidité plus élevée », sans compter la « possibilité de maladies tropicales, les exigences accrues au niveau linguistiques, comme des conditions de vie plus rustiques ». Une épreuve africaine utile.

Le défi n’est pas mince

Les Tchèques devront à la fois assurer la continuité des missions, mais aussi son évolution, selon ce que décideront les ministres de la Défense de l’UE, à l’issue de la revue stratégique qui vient de démarrer (lire : Sahel. Une inquiétude européenne de plus en plus accrue. Faut-il changer le logiciel d’EUTM Mali). L’enjeu est de ‘durcir’ les formations et d’assurer aussi un peu de mentoring, en se déplaçant au besoin en dehors de Bamako (le QG de la mission) et Koulikoro (le centre de formation). Ce durcissement pourrait venir en complément de l’opération de forces spéciales (lire : Plusieurs pays européens s’engagent ou songent à s’engager au Mali (opération Takuba).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Un ‘surge’ pour les missions PSDC au Sahel et en Somalie. EUTM Mali et EUNAVFOR Atalanta réorientées ?FacebookTwitterLinkedInWhatsAppPrintFriendlyPrintPartager

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l’université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

https://www.bruxelles2.eu/2019/11/21/les-tcheques-vont-prendre-le-commandement-de-la-mission-eutm-mali/

La ministre des Armées a débuté une visite des pays du Sahel.

Défense & Sécurité

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Sahel : Florence Parly au contact de l’opération Barkhane

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Publié par Jean-Baptiste Le Roux le 4 Novembre 2019

La ministre des Armées a débuté une visite des pays du Sahel. Deux jours après la mort d’un militaire français, elle doit rencontrer le nouveau commandant de la force Barkhane, ainsi que le président tchadien.

Florence Parly est arrivée au Tchad

Sahel : Florence Parly au contact de l’opération Barkhane

Une visite sous très haute sécurité. Deux jours seulement après la mort du brigadier de 24 ans Ronan Pointeau, tué par un IED qui a explosé au passage de son véhicule, la ministre des Armées françaises vient prendre le pouls de l’opération Barkhane, dans les pays du Sahel. Une visite qui a débuté lundi 4 novembre par un arrêt au Tchad, à N’Djamena.
Sur place, Florence Parly doit notamment rencontrer le président tchadien, Idriss Déby, ainsi que le nouveau commandant de la force Barkhane, le général Pascal Facon. Pour rappel, l’opération Barkhane est une opération militaire française qui mobilise 4.500 soldats, menée conjointement avec les autorités locales, qui se déroule dans la bande sahélo-saharienne (Mali, Tchad, Burkina Faso, Niger et Mauritanie).

Barkhane, l’enlisement ?

Pour des raisons de sécurité évidentes, après la mort du brigadier Ronan Pointeau, et l’attaque contre la base des forces armées maliennes (FAMa), toutes deux revendiquées par le groupe djihadiste État islamique au Grand Sahara (EIGS), les autres étapes de la visite de Florence Parly sont tenues secrètes. Quoi qu’il en soit, la ministre des Armées vient prendre la température d’une situation devenue de plus en plus complexe pour les armées françaises.
Cela fait six ans que les exactions djihadistes perdurent dans cette zone de l’Afrique. Sur place, la menace terroriste s’étend désormais du Nord du Mali au centre du pays, en passant par le Burkina Faso et le Niger. Les forces locales semblent démunies face à un tel conflit, malgré l’aide de contingents étrangers, dont les militaires français.

Tags : A la uneArméesBarkhaneBurkina FasoDéfenseFAMaFlorence ParlyFranceIdriss DébyInternationalMaliministre des ArméesNationalNigerOpérationPascal FaconRonan PointeauSahelSécuritéTchad

https://www.enderi.fr/Sahel-Florence-Parly-au-contact-de-l-operation-Barkhane_a563.html

La France tente de remobiliser face à la menace djihadiste au Sahel

5 NOVEMBRE 2019 / 14:31 / IL Y A 2 HEURES

La France tente de remobiliser face à la menace djihadiste au Sahel

par Paul Lorgerie et Tangi Salaün

4 MINUTES DE LECTURE

BAMAKO/PARIS (Reuters) – La ministre des Armées, Florence Parly, a réaffirmé l’engagement de la France à aider ses partenaires africains à lutter contre la recrudescence des attaques djihadistes dans la zone sahélienne, mardi à Bamako, troisième étape d’une tournée qui l’a conduite au Tchad, au Burkina Faso et au Mali.La ministre des Armées, Florence Parly (photo), a réaffirmé l’engagement de la France à aider ses partenaires africains à lutter contre la recrudescence des attaques djihadistes dans la zone sahélienne, mardi à Bamako, troisième étape d’une tournée qui l’a conduite au Tchad, au Burkina Faso et au Mali. /Photo prise le 21 octobre 2019/REUTERS/Benoit Tessier

Avant de regagner Paris, Florence Parly devait prendre la parole devant des soldats de la force Barkhane et rendre hommage au brigadier-chef Ronan Pointeau, tué samedi dernier dans un attentat à l’engin explosif contre son blindé dans le nord-est du Mali, revendiqué par la branche locale du groupe Etat islamique (EI).

La défaite territoriale du groupe djihadiste en Syrie et en Irak et la mort de son chef, Abou Bakr al Baghdadi, tué par les forces spéciales américaines le mois dernier, fait craindre une flambée de violences dans d’autres régions et en particulier au Sahel, où les 4.500 soldats français déployés dans le cadre de Barkhane peinent déjà à sécuriser un territoire grand comme l’Europe.

“J’ai renouvelé la détermination de la France à poursuivre ce combat mené courageusement par l’armée malienne contre le terrorisme et (…) notre souhait de pouvoir renforcer notre appui si cela est possible”, a déclaré Florence Parly à l’issue d’un entretien avec le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) à Bamako.

“La situation sécuritaire est difficile, les récentes attaques en attestent, (mais) on ne doit pas baisser la garde à un moment aussi dramatique”, a-t-elle ajouté.

Ce week-end, au moins 53 soldats maliens ont été tués dans des attaques revendiquées par l’EI au Mali, et les opérations des groupes djihadistes se multiplient au Burkina Faso voisin, sur fond de conflits communautaires.

“ACCOMPAGNEMENT” ET “PATIENCE”

Dans ce contexte, “il était important de faire le point sur les besoins de nos partenaires en matière de sécurité, notamment le Burkina Faso” où l’armée française intervient à partir de ses bases au Mali et au Niger, et qui héberge le quartier général des forces spéciales françaises Sabre, dit-on au ministère des Armées à Paris.

Florence Parly a martelé à chacune des étapes de sa tournée sahélienne l’importance de “l’accompagnement” par la France des armées africaines, notamment celles du G5 Sahel (regroupant outre les trois pays visités, le Niger et la Mauritanie) que Paris s’efforce tant bien que mal de rendre plus opérationnel.

“Barkhane ne s’enlise pas. Barkhane s’adapte en permanence. Barkhane se transforme pour (…) mieux accompagner les forces africaines dans leurs opérations”, a assuré la ministre dimanche à N’Djamena, centre opérationnel de l’opération française, en vantant la “montée en puissance” du G5 Sahel illustrée selon elle par une récente opération au Niger.

“C’est un combat dans lequel il faut faire preuve de patience. Il faudra du temps pour construire la résilience des forces locales”, a-t-elle toutefois concédé.

Pour améliorer l’efficacité de son dispositif et du soutien aux armées locales, la France espère convaincre davantage de ses partenaires de l’Union européenne de participer à la “task force” de forces spéciales qu’elle s’emploie à mettre en place en zone sahélienne, souligne-t-on au ministère des Armées.

La force Barkhane doit parallèlement recevoir d’ici la fin de l’année du matériel modernisé, dont, pour la première fois, des drones Reaper armés de missiles.

Paul Lorgerie à BAMAKO et Tangi Salaün à PARIS

https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKBN1XF1OZ

Sahel : une cécité volontaire

Sahel : une cécité volontaire

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15 octobre, 2019
NoteLeslie Varenne

Au cours des quinze derniers jours, les événements dramatiques se sont succédé à une vitesse effrénée dans la Bande sahélo-saharienne (BSS). Paradoxalement, les communications officielles des gouvernements malien, burkinabè sont déconcertantes d’optimisme. Quant à celle du Conseil de sécurité, le 12 octobre, elle ne pourrait être plus lénifiante. Les populations, elles, ne sont pas dupes, l’inquiétude se lit sur les visages. Elles ont compris que la crise s’inscrivait dans un temps long. Elles ne comptent plus que sur leur propre force pour survivre et sécuriser leur famille, leur village, leur zone. Les échecs militaires assortis d’une absence de réponse politique les poussent à s’interroger sur les raisons de leurs malheurs et sur les agendas des acteurs nationaux et internationaux. Cette situation provoque également la colère des habitants de la BSS. La manifestation qui a tourné à l’émeute le 12 octobre à Sévaré contre la MINUSMA, co-accusée avec l’opération française Barkhane « d’inertie face à la situation sécuritaire dans le centre du pays », est un signal fort, exprimant le niveau d’exaspération et d’élévation de la température. Le même jour, à Ouagadougou était organisé, par plusieurs associations, une journée anti-impérialiste pour demander le départ des forces étrangères. La gronde pourrait se propager…   

Attaque du camp de la MINUSMA à Sévaré

Montée en puissance des forces djihadistes

D’après une source sécuritaire, lors de l’attaque de la base du G5 Sahel à Boulkessi et d’un camp des forces armées maliennes à Mondoro dans la nuit du 29 octobre, les soldats ont essuyé une pluie d’obus venant de tous les côtés puis les terroristes se sont rendus maîtres des lieux avant de s’enfuir. Cela prouve d’une part, le bon niveau de préparation militaire et la maîtrise du terrain ; d’autre part, cela confirme que les djihadistes maliens comptent désormais dans leurs rangs des éléments aguerris, parmi lesquels des étrangers ayant fait leurs armes au Moyen-Orient, comme l’IVERIS le notait dans un précédent article et comme le groupe des experts de l’ONU sur le Mali l’a écrit également dans son dernier rapport

Cette attaque a été revendiquée par le JNIM, de lyad AG Ghali. qui a déclaré que son organisation avait tué 85 soldats, fait deux prisonniers et saisi des pickup, des munitions et des matériels lourds.

Toujours au Mali, une semaine plus tard, les terroristes maliens ont signé une énième attaque contre les forces armées présentes sur le territoire, en tuant un casque bleu par l’explosion d’un engin lors du passage du véhicule de la MINUSMA dans la région d’Aguelhok.

Au Burkina Faso voisin, les quinze derniers jours ont été tout aussi violents, illustrant ainsi la désespérante dégradation sécuritaire. Les mêmes djihadistes qui opèrent au Sahel de part et d’autre de la frontière, adoptent une stratégie différente en poursuivant des objectifs distincts selon les pays. Dans cet Etat, ce sont les populations civiles qui sont les premières ciblées lors d’attaques non revendiquées par des hommes armés non identifiés. Ainsi, en moins de quinze jours, cinq attaques, dont celle d’un site d’orpaillage, ont fait au moins 48 victimes. Le mode opératoire est toujours le même les assaillants arrivent en moto, tuent, pillent, volent le bétail et incendient maisons et bâtiments publics, forçant ainsi les habitants à quitter leurs villages et à venir grossir le rang des déplacés à Ouagadougou.

Un débat nauséabond

Toujours au Burkina-Faso, le 11 octobre, la grande mosquée de Salmossi, près de Gorom-Gorom a été la cible d’hommes armés, 16 fidèles ont été froidement assassinés pendant leur prière. Cet acte n’a pas été revendiqué, mais il ne semble pas signé par les groupes armés de la zone qui ne s’en prennent pas aux mosquées. Cela s’inscrit plus vraisemblablement dans le cycle attaques de djihadistes/représailles sur des populations soupçonnées de collaborer avec les terroristes. Tout porte à croire que cette tuerie est l’œuvre d’une milice, comme celle des Koglweogos qui avait commis le massacre de Yirgou, de sinistre mémoire.

Par ailleurs, ce drame survient précisément au moment où un débat agite la société burkinabè sur l’utilité de créer des milices d’autodéfense. Loin d’être anodin, ce débat entérine la faiblesse de l’Etat et de son armée, ouvre la voie à des représailles aveugles, à la chasse aux boucs émissaires, aux massacres dits « intercommunautaires » comme celui d’Ogossagou…

Déconnectés du réel

C’est dans ce contexte que les gouvernements malien et burkinabé, ont cru bon de faire la promotion du tourisme en participant au salon IFTM-TOP Résa à Paris, alors qu’au moins un tiers de leur territoire respectif échappe au contrôle de leur Etat. Interrogé sur RFI, Amadou Maïga chargé de mission au ministère de l’Artisanat et du Tourisme du Mali a déclaré : « lorsqu’il y a du terrorisme, lorsqu’il y a de l’insécurité les gens ont peur, c’est vrai, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas envoyer les gens à Tombouctou, les gens peuvent partir partout au Mali, mais il faut simplement organiser et les sécuriser… »  Cette saillie pourrait prêter à sourire si elle ne démontrait pas la déconnection des élites et leurs dénis des réalités.

Leurs pays sont en guerre et leurs dirigeants communiquent comme s’ils étaient en temps de paix. A ce titre, le communiqué du dernier conseil des ministres du Burkina Faso est édifiant. Hormis un décret pris sur le blanchiment et le financement du terrorisme, rien concernant la situation sécuritaire, humanitaire ou sur le sort des déplacés, en revanche il a été décidé qu’un projet de loi sur le… tourisme sera présenté aux députés !

Le communiqué du gouvernement malien après l’émeute de Sévaré où les populations ont saccagé les dépôts de la MINUSMA est tout aussi surprenant. « Le gouvernement appelle les manifestants au calme et à la retenue ; les invite à privilégier le dialogue dans les revendications sociales. Il souligne qu’il est important que les populations apprennent à revendiquer et à s’exprimer sans violence ni vandalisme. Nous devons étonner le monde, en lui montrant notre capacité à transformer la colère en débat et les revendications en solutions concrètes. » Ce communiqué « original » a été vite retiré pour faire place à un autre plus politiquement correct « Le gouvernement condamne avec la plus grande fermeté ces actes intolérables… »

En ce qui concerne les solutions concrètes, c’est précisément ce qu’attendent les populations. Quant à étonner le monde, le Mali le fait déjà.  Lors d’un récent voyage à Bamako, l’auteur de ces lignes a recueilli le commentaire d’un Bamakois : « Au Mali tout est inédit. C’est le seul pays qui achète des avions et reçoit des épaves, c’est le seul pays où l’opposition a le portefeuille de ministre des Affaires Etrangères, le seul pays où des groupes armés sont rebelles le jour, terroristes la nuit et trafiquants tout le temps ; le seul pays où la mauvaise foi politique et la corruption atteignent de tels sommets. »

Dans ces conditions, il est compréhensible que Burkinabè et Maliens doutent de la capacité et de la volonté de leurs dirigeants de les sortir de ce guêpier ; d’autant que ces Etats, et surtout le Mali, sont entrés dans une économie de guerre qui profite aux élites de toutes les parties au conflit. Ce ne sont sûrement pas, non plus, les grandes messes du type de celle qui a eu lieu le 14 septembre dernier à Ouagadougou où la CEDEAO se réunissait en session extraordinaire sur le terrorisme, qui permettront aux populations de retrouver la confiance. Le communiqué final n’étant qu’une longue suite de vœux pieux, dont aucun n’a vu le début d’un commencement de mise en œuvre.  

La crise de confiance touche aussi Barkhane. Pas un jour ne se passe sans que les médias maliens et burkinabè ne se fassent l’écho du mécontentement et des interrogations, avec parfois des arguments logiques « Pourquoi la France n’a-t-elle pas vu les colonnes de pick-up se dirigeant vers Boulkessi et Mondoro ? » et d’autres ahurissants : « Aussi longtemps que durera la crise, les forces françaises, onusiennes et le G5 Sahel se ravitailleront dans les stations Total ce qui est une aubaine pour le trésor français ! »

Si la France est soupçonnée d’avoir un agenda caché ce n’est pas seulement parce que la force Barkhane n’arrive pas à contenir les groupes terroristes, c’est aussi et surtout à cause de sa politique illisible qui laisse la place à tous les fantasmes. Après avoir beaucoup communiqué, fait preuve de volontarisme, affiché un optimisme béat en annonçant d’un air martial des victoires du G5 Sahel pour… 2018, Emmanuel Macron semble aujourd’hui tétanisé. Le Quai d’Orsay se tait. Lors de l’attaque des camps militaires, Jean-Yves le Drian a fait le service minimum en publiant un communiqué succinct. Les ministères de la Défense et des Affaires étrangères auraient commandé des rapports à des instituts privés pour trouver des pistes de sorties, preuve de leur désarroi. En soutenant des chefs d’Etats qui ont perdu la confiance de leurs peuples, en fermant les yeux sur leurs pratiques exécrables, comme la création de milices et les trafics en tous genres, les dirigeants français ont placé l’armée française dans une impasse. L’Opération Barkhane est désormais perçue par les opinions publiques comme une assurance tous risques pour des dirigeants corrompus et peu soucieux de leurs peuples.  Comment gagner une guerre lorsque l’on n’ouvre aucune perspective pour la paix ?

Un intellectuel malien décrypte : « La France, comme le G5 Sahel et la Minusma sont partis d’un postulat faux, ils n’ont pas fait une analyse fine de ce type de conflits qui est une superposition de crises qui ont conduit au délitement des Etats. Aujourd’hui la France ne connaît plus l’Afrique, ces élites s’abreuvent des livres d’histoire avec des clichés totalement dépassés. Du coup, le jeu est totalement faussé, tant qu’on ne fera pas la bonne analyse, on ne fera la paix ni au Sahel ni ailleurs. »

Persaverare diabolicum

Le pire serait que la France persiste dans ses erreurs en soutenant, quoiqu’elle en dise, la seule option militaire ; qu’elle ne prenne pas acte de l’échec du G5 Sahel et qu’avec l’Allemagne, elle pousse à son élargissement à certains pays de la CEDEAO, sous quelques formes que ce soient. Alors que les djihadistes adoptent leur stratégie en fonction des spécificités locales, il est vain et illusoire de vouloir globaliser les solutions à toute l’Afrique de l’Ouest. D’autant que les Etats entrant dans cette nouvelle coalition deviendraient de facto la cible d’al-Qaida (JNIM) ou de l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS). En prime, ces deux organisations risquent fort d’être renforcées par les combattants de Daech qui ont réussi à fuir la Syrie à la faveur de l’intervention turque…

Comment sortir du tunnel et rendre l’espoir à la fois aux populations et à ceux qui s’en soucient ? La situation actuelle ne permet pas de conclure sur une ombre de solution, puisque perdurent les dogmes et les pratiques qui ont conduit à cet échec. Au-delà des diagnostics sévères, l’IVERIS s’efforce toujours de donner des axes de réflexions, mais rien n’est possible dans une telle atmosphère. Rien ne pourra changer, aucune proposition ne sera efficace, aucune action ne pourra être entreprise tant que le mensonge et l’aveuglement régneront au Sahel : la situation est grave, mais elle n’est désespérée que si on ne veut pas la regarder.  

Leslie VarenneTags:
mali; bssburkina fasofranceterrorismesahel; afrique de l’ouest;https://www.iveris.eu/list/notes/450-sahel–une-cecite-volontaire–/

Sahel : une cécité volontaire ?

Sahel : une cécité volontaire ?

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15 octobre, 2019
NoteLeslie Varenne

Au cours des quinze derniers jours, les événements dramatiques se sont succédé à une vitesse effrénée dans la Bande sahélo-saharienne (BSS). Paradoxalement, les communications officielles des gouvernements malien, burkinabè sont déconcertantes d’optimisme. Quant à celle du Conseil de sécurité, le 12 octobre, elle ne pourrait être plus lénifiante. Les populations, elles, ne sont pas dupes, l’inquiétude se lit sur les visages. Elles ont compris que la crise s’inscrivait dans un temps long. Elles ne comptent plus que sur leur propre force pour survivre et sécuriser leur famille, leur village, leur zone. Les échecs militaires assortis d’une absence de réponse politique les poussent à s’interroger sur les raisons de leurs malheurs et sur les agendas des acteurs nationaux et internationaux. Cette situation provoque également la colère des habitants de la BSS. La manifestation qui a tourné à l’émeute le 12 octobre à Sévaré contre la MINUSMA, co-accusée avec l’opération française Barkhane « d’inertie face à la situation sécuritaire dans le centre du pays », est un signal fort, exprimant le niveau d’exaspération et d’élévation de la température. Le même jour, à Ouagadougou était organisé, par plusieurs associations, une journée anti-impérialiste pour demander le départ des forces étrangères. La gronde pourrait se propager…   

Attaque du camp de la MINUSMA à Sévaré

Montée en puissance des forces djihadistes

D’après une source sécuritaire, lors de l’attaque de la base du G5 Sahel à Boulkessi et d’un camp des forces armées maliennes à Mondoro dans la nuit du 29 octobre, les soldats ont essuyé une pluie d’obus venant de tous les côtés puis les terroristes se sont rendus maîtres des lieux avant de s’enfuir. Cela prouve d’une part, le bon niveau de préparation militaire et la maîtrise du terrain ; d’autre part, cela confirme que les djihadistes maliens comptent désormais dans leurs rangs des éléments aguerris, parmi lesquels des étrangers ayant fait leurs armes au Moyen-Orient, comme l’IVERIS le notait dans un précédent article et comme le groupe des experts de l’ONU sur le Mali l’a écrit également dans son dernier rapport

Cette attaque a été revendiquée par le JNIM, de lyad AG Ghali. qui a déclaré que son organisation avait tué 85 soldats, fait deux prisonniers et saisi des pickup, des munitions et des matériels lourds.

Toujours au Mali, une semaine plus tard, les terroristes maliens ont signé une énième attaque contre les forces armées présentes sur le territoire, en tuant un casque bleu par l’explosion d’un engin lors du passage du véhicule de la MINUSMA dans la région d’Aguelhok.

Au Burkina Faso voisin, les quinze derniers jours ont été tout aussi violents, illustrant ainsi la désespérante dégradation sécuritaire. Les mêmes djihadistes qui opèrent au Sahel de part et d’autre de la frontière, adoptent une stratégie différente en poursuivant des objectifs distincts selon les pays. Dans cet Etat, ce sont les populations civiles qui sont les premières ciblées lors d’attaques non revendiquées par des hommes armés non identifiés. Ainsi, en moins de quinze jours, cinq attaques, dont celle d’un site d’orpaillage, ont fait au moins 48 victimes. Le mode opératoire est toujours le même les assaillants arrivent en moto, tuent, pillent, volent le bétail et incendient maisons et bâtiments publics, forçant ainsi les habitants à quitter leurs villages et à venir grossir le rang des déplacés à Ouagadougou.

Un débat nauséabond

Toujours au Burkina-Faso, le 11 octobre, la grande mosquée de Salmossi, près de Gorom-Gorom a été la cible d’hommes armés, 16 fidèles ont été froidement assassinés pendant leur prière. Cet acte n’a pas été revendiqué, mais il ne semble pas signé par les groupes armés de la zone qui ne s’en prennent pas aux mosquées. Cela s’inscrit plus vraisemblablement dans le cycle attaques de djihadistes/représailles sur des populations soupçonnées de collaborer avec les terroristes. Tout porte à croire que cette tuerie est l’œuvre d’une milice, comme celle des Koglweogos qui avait commis le massacre de Yirgou, de sinistre mémoire.

Par ailleurs, ce drame survient précisément au moment où un débat agite la société burkinabè sur l’utilité de créer des milices d’autodéfense. Loin d’être anodin, ce débat entérine la faiblesse de l’Etat et de son armée, ouvre la voie à des représailles aveugles, à la chasse aux boucs émissaires, aux massacres dit intercommunautaires comme celui d’Ogossagou…

Déconnectés du réel

C’est dans ce contexte que les gouvernements malien et burkinabé, ont cru bon de faire la promotion du tourisme en participant au salon IFTM-TOP Résa à Paris, alors qu’au moins un tiers de leur territoire respectif échappe au contrôle de leur Etat. Interrogé sur RFI, Amadou Maïga chargé de mission au ministère de l’Artisanat et du Tourisme du Mali a déclaré : « lorsqu’il y a du terrorisme, lorsqu’il y a de l’insécurité les gens ont peur, c’est vrai, mais ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas envoyer les gens à Tombouctou, les gens peuvent partir partout au Mali, mais il faut simplement organiser et les sécuriser… »  Cette saillie pourrait prêter à sourire si elle ne démontrait pas la déconnection des élites et leurs dénis des réalités.

Leurs pays sont en guerre et leurs dirigeants communiquent comme s’ils étaient en temps de paix. A ce titre, le communiqué du dernier conseil des ministres du Burkina Faso est édifiant. Hormis un décret pris sur le blanchiment et le financement du terrorisme, rien concernant la situation sécuritaire, humanitaire ou sur le sort des déplacés, en revanche il a été décidé qu’un projet de loi sur le… tourisme sera présenté aux députés !

Le communiqué du gouvernement malien après l’émeute de Sévaré où les populations ont saccagé les dépôts de la MINUSMA est tout aussi surprenant. « Le gouvernement appelle les manifestants au calme et à la retenue ; les invite à privilégier le dialogue dans les revendications sociales. Il souligne qu’il est important que les populations apprennent à revendiquer et à s’exprimer sans violence ni vandalisme. Nous devons étonner le monde, en lui montrant notre capacité à transformer la colère en débat et les revendications en solutions concrètes. » Ce communiqué « original » a été vite retiré pour faire place à un autre plus politiquement correct « Le gouvernement condamne avec la plus grande fermeté ces actes intolérables… »

En ce qui concerne les solutions concrètes, c’est précisément ce qu’attendent les populations. Quant à étonner le monde, le Mali le fait déjà.  Lors d’un récent voyage à Bamako, l’auteur de ces lignes a recueilli le commentaire d’un Bamakois : « Au Mali tout est inédit. C’est le seul pays qui achète des avions et reçoit des épaves, c’est le seul pays où l’opposition a le portefeuille de ministre des Affaires Etrangères, le seul pays où des groupes armés sont rebelles le jour, terroristes la nuit et trafiquants tout le temps ; le seul pays où la mauvaise foi politique et la corruption atteignent de tels sommets. »

Dans ces conditions, il est compréhensible que Burkinabè et Maliens doutent de la capacité et de la volonté de leurs dirigeants de les sortir de ce guêpier ; d’autant que ces Etats, et surtout le Mali, sont entrés dans une économie de guerre qui profite aux élites de toutes les parties au conflit. Ce ne sont sûrement pas, non plus, les grandes messes du type de celle qui a eu lieu le 14 septembre dernier à Ouagadougou où la CEDEAO se réunissait en session extraordinaire sur le terrorisme, qui permettront aux populations de retrouver la confiance. Le communiqué final n’étant qu’une longue suite de vœux pieux, dont aucun n’a vu le début d’un commencement de mise en œuvre.  

La crise de confiance touche aussi Barkhane. Pas un jour ne se passe sans que les médias maliens et burkinabè ne se fassent l’écho du mécontentement et des interrogations, avec parfois des arguments logiques « Pourquoi la France n’a-t-elle pas vu les colonnes de pick-up se dirigeant vers Boulkessi et Mondoro ? » et d’autres ahurissants : « Aussi longtemps que durera la crise, les forces françaises, onusiennes et le G5 Sahel se ravitailleront dans les stations Total ce qui est une aubaine pour le trésor français ! »

Si la France est soupçonnée d’avoir un agenda caché ce n’est pas seulement parce que la force Barkhane n’arrive pas à contenir les groupes terroristes, c’est aussi et surtout à cause de sa politique illisible qui laisse la place à tous les fantasmes. Après avoir beaucoup communiqué, fait preuve de volontarisme, affiché un optimisme béat en annonçant d’un air martial des victoires du G5 Sahel pour… 2018, Emmanuel Macron semble aujourd’hui tétanisé. Le Quai d’Orsay se tait. Lors de l’attaque sur les deux camps militaires, Jean-Yves le Drian a fait le service minimum en publiant un communiqué succinct. Les ministères de la Défense et des Affaires étrangères auraient commandé des rapports à des instituts privés pour trouver des pistes de sorties, preuve de leur désarroi. En soutenant des chefs d’Etats qui ont perdu la confiance de leurs peuples, en fermant les yeux sur leurs pratiques exécrables, comme la création de milices et les trafics en tous genres, les dirigeants français ont placé l’armée française dans une impasse. L’Opération Barkhane est désormais perçue par les opinions publiques comme une assurance tous risques pour des dirigeants corrompus et peu soucieux de leurs peuples.  Comment gagner une guerre lorsque l’on n’ouvre aucune perspective pour la paix ?

Un intellectuel malien décrypte : « La France, comme le G5 Sahel et la Minusma sont partis d’un postulat faux, ils n’ont pas fait une analyse fine de ce type de conflits qui est une superposition de crises qui ont conduit au délitement des Etats. Aujourd’hui la France ne connaît plus l’Afrique, ces élites s’abreuvent des livres d’histoire avec des clichés totalement dépassés. Du coup, le jeu est totalement faussé, tant qu’on ne fera pas la bonne analyse, on ne fera la paix ni au Sahel ni ailleurs. »

Persaverare diabolicum

Le pire serait que la France persiste dans ses erreurs en soutenant, quoiqu’elle en dise, la seule option militaire ; qu’elle ne prenne pas acte de l’échec du G5 Sahel, et qu’avec l’Allemagne, elle pousse à son élargissement à tous les pays de la CEDEAO. Alors que les djihadistes adoptent leur stratégie en fonction des spécificités locales, il est vain et illusoire de vouloir globaliser les solutions à toute l’Afrique de l’Ouest. D’autant que les Etats entrant dans cette nouvelle coalition deviendraient de facto la cible d’al-Qaida (JNIM) ou de l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS). En prime, ces deux organisations risquent fort d’être renforcées par les combattants de Daech qui ont réussi à fuir la Syrie à la faveur de l’intervention turque…

Comment sortir du tunnel et rendre l’espoir à la fois aux populations et à ceux qui s’en soucient ? La situation actuelle ne permet pas de conclure sur une ombre de solution, puisque perdure les dogmes et les pratiques qui ont conduit à cet échec. Au-delà des diagnostics sévères, l’IVERIS s’efforce toujours de donner des axes de réflexions, mais rien n’est possible dans une telle atmosphère. Rien ne pourra changer, aucune proposition ne sera efficace, aucune action ne pourra être entreprise tant que le mensonge et l’aveuglement régneront au Sahel : la situation est grave, mais elle n’est désespérée que si on ne veut pas la regarder.  

Leslie VarenneTags:
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