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Sahel-Sahara : Le Maroc, « un acteur incontournable »

International

Sahel-Sahara : Le Maroc, « un acteur incontournable »

le 5 septembre 2018

Le Maroc est un « acteur incontournable » pour faire face aux divers défis sécuritaires dans la région du Sahel et du Sahara et assurer sa stabilité et sa prospérité, a indiqué, mercredi à New Delhi, M. Mohamed Benhammou, président du Centre marocain des études stratégiques.

« Le Maroc reste le seul pays stable dans cette zone pleine de turbulences grâce à son adoption d’une approche sécuritaire proactive basée sur le développement humain, la restructuration du champ religieux, la formation des imams mourchidines et mourchidates, la gouvernance sécuritaire et la bonne analyse stratégique », a souligné M. Benhammou dans une intervention lors d’une conférence internationale tenue sous le thème « changer le paradigme de la sécurité en Asie de l’Ouest: Réponses régionales et internationales ».

Après les attentats terroristes de Casablanca, le 16 mai 2003, le Royaume a adopté une approche sécuritaire qui lui a permis de faire face à plusieurs défis aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur et d’occuper une place de choix sur l’échiquier continental », a-t-il dit.

Ainsi, le Maroc a choisi de focaliser ses efforts sur la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme en lançant l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), qui constitue un projet de grande envergure visant à éliminer toute forme de marginalisation et de vulnérabilité.

Le spécialiste marocain a indiqué que le Royaume a aussi décidé la restructuration de la réforme du champ religieux pour barrer la route à l’extrémisme et à la radicalisation, à travers notamment l’encadrement et la formation des prédicateurs.

Pour promouvoir un Islam tolèrent et du juste milieu dans le monde, notamment en Afrique, le Maroc s’est engagé à partager son expérience « inédite » et dispenser des formations adéquates aux imams issus de différents pays, a-t-il poursuivi.

M. Benhammou a souligné, lors de son intervention sur le thème « les nouveaux défis sécuritaires en Afrique du Nord: L’approche marocaine » que la région de l’Afrique du Nord reste fragile après le « printemps arabe » qui a donné lieu à l’émergence de groupes terroristes et des milices, aux bouleversements politiques, conflits civils et aux violences sectaires, mais aussi à la croissance de l’immigration clandestine et du trafic d’armes.

Organisée par l’Institut indien d’études et d’analyses de la défense (IDSA), la conférence a pour objectifs d’examiner et d’analyser les dynamiques de sécurité émergentes dans le monde, notamment en Asie d’Ouest, et de formuler des réponses à tous les défis et menaces qui guettent ces régions et visent leur sécurité et stabilité.

Cette conférence de trois jours est marquée par la participation de plusieurs personnalités politiques internationales, des médias et des experts et académiciens appartenant à des centres de recherche et d’analyse très prestigieux.

LNT avec Map

https://lnt.ma/sahel-sahara-maroc-acteur-incontournable/

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Attaque « terroriste » contre des soldats français au Mali pendant le sommet de l’UA en Mauritanie

Attaque « terroriste » contre des soldats français au Mali pendant le sommet de l’UA en Mauritanie


Dimanche 1 Juillet 2018 modifié le Lundi 2 Juillet 2018 – 18:27


Des soldats français de l’opération Barkhane ont été visés dimanche par une attaque « terroriste » à Gao au Mali, qui a fait quatre morts et une vingtaine de blessés civils, en plein sommet de l’Union africaine (UA) en Mauritanie voisine qui doit également se pencher sur les questions sécuritaires.




Selon les autorités maliennes citant un bilan provisoire de source hospitalière, cet attentat a fait quatre morts et 23 blessés parmi des civils.

A Paris, l’état-major français des armées a annoncé dimanche soir que quatre soldats français de la force Barkhane ont été blessés dans l’attaque. Il y a eu « quatre blessés chez Barkhane » et au moins deux morts et une vingtaine de blessés chez les civils, a indiqué l’état-major à l’AFP.

« Le terrorisme a encore lâchement frappé au Mali ». « Des civils ont perdu la vie et des militaires français sont blessés », a tweeté la ministre française des Armées, Florence Parly.

Selon une source militaire occidentale, « des militaires français de la force Barkhane (4.000 hommes, NDLR) sont tombés ce dimanche dans une embuscade tendue par des terroristes à la sortie qui mène vers la localité de Bourem ».

« C’est une patrouille de l’opération Barkhane qui a été visée par une voiture piégée conduite par un kamikaze (…) de Gao », a déclaré de son côté une habitante de la ville. « Très vigilant, un blindé lui a barré la voie et le véhicule kamikaze s’est fait exploser », a déclaré Fatouma Wangara.

« Le véhicule bourré d’explosifs a fait beaucoup de dégâts », selon une source hospitalière à Gao, principale ville du nord du Mali.

D’autre part, un véhicule du Mouvement pour le salut de l’Azawad, (MSA, issu de l’ex-rébellion à dominante touareg) « a sauté sur une mine (dimanche) dans le village de Talataye (nord du Mali). Le bilan est de quatre morts et trois blessés », a écrit le MSA sur sa page Facebook.

Présents sur la frontière entre le Mali et le Niger, le GATIA (Groupe d’autodéfense touareg Imghad et alliés, pro-Bamako) et le MSA participent à des opérations de sécurisation aux côtés de la force Barkhane et de l’armée malienne.

Ces attaques soulignent la situation sécuritaire fragile qui prévaut au Mali qui se prépare pour une élection présidentielle le 29 juillet.

Elle a eu lieu alors que le sommet de l’UA est entré dans le vif des débats dimanche à Nouakchott, deux jours après un attentat suicide perpétré vendredi à Sévaré, dans le centre du Mali, contre le QG de la force conjointe du G5 Sahel lancée en 2017.

Le président français Emmanuel Macron doit rencontrer lundi à Nouakchott, en marge du sommet de l’UA, ses homologues du G5 Sahel, une organisation régionale regroupant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.

En fin de sommet, M. Macron discutera avec ses homologues du G5 Sahel de la lente montée en puissance de la force conjointe mise en place par cette organisation régionale pour lutter contre les jihadistes.

La France, qui conduit dans la région l’opération Barkhane, soutient ce projet, y voyant un possible modèle de prise en main par les Etats africains de leur propre sécurité.

Mais sa mise en oeuvre est pour l’instant marquée par les problèmes de financement et les accusations de violations des droits de l’homme par les troupes de la force conjointe, basée au Mali.

Pour le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz, l’attentat perpétré vendredi contre le QG de la force du G5 Sahel démontre qu’il « y a encore énormément de failles » dans la sécurité qui doivent être « corrigées ». L’attaque, qui avait fait trois morts, dont deux militaires de la force du G5 Sahel, « touche le coeur de notre système de sécurité, l’état-major (de la force conjointe du G5 Sahel) installé (à Sévaré). C’est un message envoyé par les terroristes en ce moment précis, moment où nous nous organisons pour stabiliser, sécuriser notre région ».

Le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans, principale alliance jihadiste du Sahel, liée à Al-Qaïda, a revendiqué l’attentat de Sévaré.

Le nord du Mali était tombé en mars-avril 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda.

Ces groupes en ont été en grande partie chassés à la suite du lancement en janvier 2013 d’une intervention militaire française.

Mais des zones entières échappent au contrôle des forces maliennes, françaises et internationales, régulièrement visées par des attaques meurtrières, malgré la signature en mai-juin 2015 d’un accord de paix, censé isoler définitivement les jihadistes, dont l’application accumule les retards.

Dimanche 1 Juillet 2018 – 23:27


afp

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens

Par Djiby SOW, le 20 mai 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Djiby Sow est chercheur indépendant. Il s’intéresse aux questions de sécurité internationale et de lutte contre le terrorisme, dans la région du Sahel et en Afrique de l’Ouest en particulier. Djiby Sow est l’auteur de La légalité de l’intervention militaire française au Mali. Contribution à l’étude du cadre juridique de la lutte armée contre le terrorisme international (L’Harmattan, 2016) et contribue régulièrement à l’analyse de divers sujets de géopolitique et d’actualité internationale. Djiby Sow est diplômé de l’Université de Montréal en science politique et en droit international public. Contact : djiby.sow@umontreal.ca

Cette étude inédite présente le concept stratégique de la FC-G5S comme une concession au réalisme, puis le G6 du Sahel ou l’interdépendance stratégique franco-sahélienne. Cette page présente d’abord une synthèse de l’étude, puis l’étude complète au format PDF.

SYNTHÈSE

Le 6 février 2017, les États du G5 Sahel ont lancé une force conjointe de 5000 hommes (la « FC-G5S » ou la « Force ») mandatée pour lutter contre le terrorisme, le trafic de drogue et le trafic d’êtres humains. La FC-G5S est dotée d’un concept d’opérations dual et évolutif dont la première phase consiste en la sécurisation des espaces transfrontaliers de l’espace G5. Ce volet procède de cinq (5) années d’opérations militaires conjointes transfrontalières (OMCT) avec la France, dans le cadre du partenariat militaire conjoint transfrontalier (PMCT). Dans une seconde phase peu élaborée, la FC-G5S devrait muter en une force d’intervention antiterroriste appelée à conduire des opérations dans d’autres zones de l’espace G5.

Les représentations de la FC-G5S dans la littérature oscillent entre la conception d’une création française et celle d’une initiative si authentiquement sahélienne que parler d’appropriation dans le contexte de son opérationnalisation relèverait du fallacieux. L’idée maitresse de cette contribution est que l’identité française ou sahélienne de l’architecte de la FC-G5S importe moins que (i) les déterminismes stratégiques et opérationnels ayant forgé le concept d’opérations de la Force ainsi que (ii) les pesanteurs de son cadre stratégique plus large, dont la combinaison dicte in fine la marge d’appropriation sécuritaire des États du G5 Sahel.

Une marge d’appropriation limitée

Quatre grandes contraintes stratégiques viennent réduire les ambitions de la FC-G5S et consolider le dispositif dans sa dimension transfrontalière :

. Le pilier sécuritaire du G5 Sahel souffre d’une absence de dynamique interne franche et fondée sur une perception commune de la menace. Des équations sécuritaires individuelles et des degrés d’exposition variables au terrorisme et à l’extrémisme violent sont à l’origine de postures stratégiques différenciées. La création de la force multilatérale de sécurisation du Liptako Gourma (janvier 2017) par le Burkina Faso, le Mali et le Niger en réponse à la dégradation sécuritaire dans cette région aura matérialisé la réalité d’un G3 au sein du G5 et sédimenté la FC-G5S dans sa dimension transfrontalière. En octobre 2017, période initialement envisagée pour le plein déploiement de la Force, aucun consensus ne semblait encore avoir été trouvé par les États membres sur les modalités de transition entre les phases du concept d’opérations ;

. Le nord et le centre du Mali ont vocation à constituer la zone de déploiement prioritaire du dispositif dans sa configuration de force d’intervention. La coexistence d’éléments de terrorisme et d’une situation de conflit armé interne soulève toutefois des difficultés juridiques qui imposent aux États du G5 Sahel l’obtention d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies (CSNU). En particulier eu égard aux cibles de l’emploi de la force : (i) à côté des groupes terroristes, prolifèrent des groupes armés protégés par le droit international (dont certains sont parties au processus de paix inter-malien) et a priori exclus des cibles légales de la FC-G5S et des autres forces offensives qui opèrent au Sahel ; (ii) la plupart des groupes armés actifs dans l’espace G5 participent aux trafics que la FC-G5S a mandat de combattre ;

. Le déploiement de la force d’intervention sahélienne au nord Mali pose la question de son rôle dans un environnement stratégique caractérisé par une forte présence internationale. L’armée française joue déjà le rôle de force d’intervention rapide en soutien de la MINUSMA et mène des opérations antiterroristes, seule ou en coopération avec l’armée malienne et/ou des milices d’autodéfense. La question de la coordination se pose avec moins d’acuité dans le schéma transfrontalier de la FC-G5S : (i) s’inscrivant dans la droite ligne des OMCT, les opérations de la Force reposeront sur une coordination étroite avec Barkhane ; (ii) le déploiement de la FC-G5S intervient dans une logique de complémentarité soulignée par le CSNU et renforcée par la mise en place de mécanismes appropriés de coordination et d’échange de renseignements ;

. D’importantes difficultés financières et opérationnelles obèrent quasi fatalement la montée en puissance de la FC-G5S dans sa dimension transfrontalière, a fortiori dans sa configuration de force d’intervention. La perspective d’un déblocage au compte-goutte des 420m. d’euros réunis en contributions volontaires fait craindre un engagement en pointillés, oscillant entre les OMCT traditionnelles et des opérations labélisées FC-G5S conduites au gré des saisons de la menace. Au plan opérationnel, exception faite de la Mauritanie, redondance avec les effectifs sahéliens de la MINUSMA et surexploitation de ressources limitées sont la règle. Les moyens matériels et techniques des armées du G5 Sahel restent aussi en deçà des exigences d’une pleine opérationnalisation de la FC-G5S quel qu’en soit le volet, malgré une tendance générale à la modernisation observée ces dernières années.

Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l'appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens
Djiby Sow
Chercheur, diplômé de l’Université de Montréal.

Le paradoxe de l’appropriation dans la dépendance

Un second ordre de difficultés découle du cadre stratégique global de la FC-G5S et restreint de façon significative la marge d’appropriation sécuritaire. D’une part, celle-ci est paradoxalement tributaire de la coopération militaire avec la France :

. Annoncée en novembre 2015 et créée en février 2017, c’est à la faveur des difficultés rencontrées par Paris au Sahel que la FC-G5S voit son opérationnalisation s’accélérer. La nette dégradation de la situation sécuritaire régionale sous la garde de Barkhane expose les angles morts de l’antiterrorisme français. Elle s’ajoute au fardeau financier du dispositif et aux problèmes découlant de son élongation sur une superficie de 5,2 millions de kilomètres carrés. L’opérationnalisation accélérée du projet stagnant de force conjointe apparaît comme l’élément clé d’une correction stratégique d’ensemble visant à : (i) réduire l’exposition excessive de Barkhane par le transfert d’une partie du fardeau politique de la sécurité régionale aux États du G5 Sahel ; (ii) permettre une ré-articulation du dispositif français par son recentrage sur le Mali et la boucle du Niger ainsi qu’une réduction des effectifs ;

. Si l’assistance de la France aux armées du G5 Sahel est largement perçue comme l’appui exogène d’une entité à l’autre, les forces françaises exécutent leur mission de renforcement des capacités et de soutien opérationnel, non de l’extérieur mais de l’intérieur d’un édifice de sécurité ad hoc dont elles constituent, par leur centralité et leur prépondérance dans le PMCT, les murs porteurs. L’autonomie opérationnelle de la FC-G5S est dès lors inenvisageable dans l’avenir prévisible : (i) aucun des cinq États du cœur sahélien ne possède les capacités militaires, l’influence et la volonté politiques nécessaires pour se substituer à la France ; (ii) les difficultés de coordination et de logistique mises en lumière par l’opération Hawbi confirment l’invraisemblance du scénario initialement envisagé d’un rôle en retrait de Barkhane dans les opérations de la FC-G5S ;

D’autre part, la coopération avec la France constitue à certains égards un obstacle structurel à une appropriation poussée :

. Nonobstant ses handicaps financiers et opérationnels, le volet de force d’intervention de la FC-G5S entre a priori en conflit avec la mission et le rôle de Barkhane. Les États du G5 Sahel demeurent silencieux là où l’Union africaine, à travers le Processus de Nouakchott, envisageait explicitement une force d’intervention ayant notamment mandat d’« intervenir à l’appui d’éléments de la MINUSMA, en cas de menace grave et imminente, à la demande du Secrétaire général des Nations unies » [1], une mission dévolue aux forces françaises par le CSNU depuis juillet 2013 ;

. En considérant l’appropriation non plus à travers le prisme des moyens militaires mais par celui de leur finalité, à savoir la stabilisation régionale par la pacification prioritaire du Mali, la marge d’appropriation des États du G5 Sahel devient aussi fonction du concours indispensable de l’Algérie. Toutefois, en dépit de coopérations bilatérales relativement soutenues avec ses États membres, la principale puissance régionale se refuse à toute participation directe aux efforts militaires du G5 Sahel : (i) Alger perçoit l’organisation comme un projet français destiné à maintenir des bases militaires françaises à ses frontières ; (ii) le discours officiel préconise une solution afro-africaine aux problèmes de la région et privilégie le cadre fixé par le Processus de Nouakchott à cette fin, ce qui revient en pratique à l’exclusion de la France des initiatives régionales de stabilisation ou, à tout le moins, à sa marginalisation ;

. La France est dans une large mesure une puissance africaine. Elle entend le rester en raison des impératifs stratégiques globaux qui sont les siens et qui ont érigé sa présence en Afrique en constante et priorité de politique étrangère depuis les indépendances. En 2018, « la France a de fait des responsabilités parce qu’elle a des moyens sur place. C’est l’existence de ces moyens qui crée la responsabilité et les demandes d’empire » [2]. De cette réalité fondamentale à la base de l’interdépendance stratégique entre la France et l’Afrique francophone découle le constat que les moyens français et leur fonction de béquille sécuritaire pour les États de la région sont au nombre des facteurs qui grèvent plus largement l’appropriation sécuritaire, en combinaison avec les défaillances « par construction politique » [3] des appareils de défense et de sécurité nationaux (surveillance de l’opposition politique, gardes prétoriennes, mauvaise gouvernance, clientélisme, ethnicisation, etc.).

Le nécessaire élargissement du paradigme sécuritaire

Les perspectives limitées au plan militaire enjoignent les États du G5 Sahel à élargir le champ de l’appropriation sécuritaire. La re-politisation intégrale des problèmes sahéliens et de l’approche de la question sécuritaire apparaissent comme le véritable enjeu.

À brève échéance, le renforcement du traitement politique du problème terroriste est un impératif. Sans prétendre à l’exhaustivité, un espace considérable existe, par exemple, en matière de lutte contre l’extrémisme violent : le Mali est depuis peu le seul des États du G5 Sahel à disposer d’un plan national formel de lutte en la matière. De même, sans constituer une politique officielle de reflux de l’influence religieuse des monarchies du golfe, la position du Tchad à cet égard se démarque, le gouvernement ayant révoqué par le passé les chartes d’organisations et associations d’obédience salafiste [4]. Dans le cas spécifique du Mali, la dégradation continue de la situation sécuritaire impose l’exploration de modes alternatifs de résolution de conflit. À cet égard, l’exercice par le gouvernement de ses prérogatives souveraines, à l’abri des ingérences extérieures, est primordial. Tout particulièrement en ce qui concerne l’option du dialogue avec les groupes armés maliens se revendiquant de l’Islam.

À plus long terme, la logique d’appropriation sécuritaire ne peut faire l’économie d’une refonte des modalités de gouvernance des États et de la réinvention de mécanismes politiques au sein de projets de citoyenneté inclusifs et en cohérence avec les spécificités politiques, historiques et culturelles des sociétés sahéliennes. L’ouverture d’un tel chantier implique notamment d’aller au delà du nexus sécurité-développement et de ré-appréhender la problématique de la sécurité sur une base nationale. À des degrés variables selon le pays considéré, le sous-développement des régions périphériques sahéliennes est l’expression du délitement de l’État. Il constitue l’ancrage le plus puissant du terrorisme, de l’extrémisme violent et des trafics, ainsi qu’un amplificateur des conflits locaux. Mais la faillite de l’État se traduit également par une série de graves dysfonctionnements dans les les centres urbains et politiques (extrême pauvreté, explosion des prix des produits de première nécessité, chômage endémique, défaillance ou inaccessibilité des infrastructures de santé et d’éducation, etc.) et fait le lit d’une défiance ouverte et croissante à l’égard des pouvoirs publics.

À la veille de l’échéance présidentielle 2018, le Mali fait figure de cas d’école en matière de généralisation de la contestation de l’État, mais les forces centrifuges qui travaillent le pays ont leurs abcès de fixation dans les États voisins, qu’il s’agisse de la révolution bloquée au Burkina, de la question identitaire en Mauritanie, de la gouvernance politique du Niger ou du rejet de la personnalisation du pouvoir au Tchad. C’est dans cette très forte tension sur les appareils politiques sahéliens que se situe la principale menace pour la sécurité, la paix et la stabilité régionales et internationales. Elle exige une réponse politique de fond que seules les collectivités sahéliennes ont la responsabilité et la légitimité d’apporter.


Plus : L’étude complète au format PDF. Djiby Sow, « Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens »

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Force conjointe du G5 Sahel : perspective stratégique sur l’appropriation sécuritaire par les Etats sahéliens
Une étude de Djiby Sow pour Diploweb.com. Ce document pdf présente la version intégrale (26 pages)

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CSFRS et GeoStrategia « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche »

CSFRS et GeoStrategia « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche »

Par CSFRS, GEOSTRATEGIA, le 3 mai 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Le Conseil Supérieur de la Formation et de la Recherche Stratégiques (CSFRS) a pour objet le soutien, la coordination et l’ animation des efforts développés en matière de recherche et de formation stratégiques dans les domaines de la sécurité et de la défense de façon à permettre l’ élaboration et l’actualisation d’instruments de référence de niveau international. En cohérence avec la finalité et l’ensemble des actions menées par le CSFRS, Geostrategia est un site web collaboratif qui vise à soutenir la formation et la recherche stratégiques nationales et à contribuer à la l’émergence d’une communauté stratégique nationale.
Une production vidéo SAS Expertise géopolitique – Diploweb. Propos recueillis par Pierre Verluise. Images et son : Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard.

Le CSFRS et GeoStrategia présentent « Repenser l’approche de la question sahélienne par la recherche », première session des Rendez-vous de la Réflexion Stratégique (Paris, École militaire, 11 avril 2018). Les Rendez-vous de la Réflexion Stratégique visent à valoriser la recherche soutenue par le CSFRS et à créer des synergies avec les partenaires de GeoStrategia.
Cette première session s’appuie sur divers articles et études mis en ligne sur Geostrategia (www.geostrategia.fr) et issus de la Revue Défense Nationale, de l’European Council on Foreign Relations, des Cahiers de l’Orient et du CSFRS.

Par ordre d’apparition, les intervenants :

Olivier Caron, directeur général du CSFRS.
Jean-Marc Châtaignier, Ambassadeur « Envoyé spécial pour le Sahel »
Serge Michailof, Chercheur, enseignant associé à Sciences Po Paris
Thierry Hommel, Économiste, enseignant associé à l’École des ponts et chaussées
Andrew Lebovich, Chercheur associé à l’European Council on Foreign Relations
Salim Chena, Chercheur, enseignant associé à Sciences Po Bordeaux.
Yvan Guichaoua, Chercheur et enseignant à la Brussels School of International Studies.
Anne De Luca, Chercheure associée au centre Thucydide.

Résumé

La question sahélienne est complexe, et le paysage stratégique associé englobe tant le Sahara que ses deux rives : l’Afrique du Nord et l’Afrique subsaharienne. Les sept intervenants en abordent les différents aspects interdépendants : sécurité, gouvernance, développement.

La crise de l’espace sahélien dépasse donc le Mali, même si ce problème malien est majeur et déborde sur le Niger et le Burkina. Par ailleurs, le Nord-Nigéria, le sud-est du Niger et le sud du Tchad constituent un deuxième foyer de tension majeure, avec le phénomène Boko Haram.

Le Sahel est une zone fragile sur les plans environnemental, politique, démographique. Le rôle de la communauté internationale ne consiste pas à donner des leçons, à exporter des « recettes », mais à proposer un véritable support à une politique définie par les Sahéliens eux-mêmes. D’où l’accent porté sur l’importance du dialogue avec les partenaires locaux, sur la compréhension de leurs besoins comme de leurs aspirations.

Au Mali, les difficultés du gouvernement et les attaques successives contre les troupes régulières soulignent la difficulté stratégique à laquelle nous faisons face. Les élections de juillet 2018 offrent une opportunité pour construire un appareil d’État capable de rétablir l’ordre dans le pays, ce que les forces françaises et onusiennes ne peuvent faire seules. Les organisations non-gouvernementales (ONG) ne peuvent également pas à elles seules ramener le Mali sur la voie du développement. L’urgence est donc au rétablissement de l’appareil régalien. Pourtant, malgré leurs discours sur l’importance du développement pour la sécurité et inversement, les ONG jugent trop délicat et politiquement sensible d’intervenir dans ce sens. Or, il faut améliorer les conditions de vie pour ramener la paix dans les villages. Il faut donc pouvoir coordonner l’aide internationale de façon plus efficace. Dans le cas contraire, cette aide risque d’accroitre la désorganisation et la dégradation économique du territoire, nonobstant la perte financière. Ainsi, tant qu’il y aura un vide étatique, l’impact des interventions dans ces régions enclavées sera toujours limité par les difficultés des populations à accéder à certains services essentiels comme l’éducation, la santé, l’énergie.

Certaines représentations faussent la compréhension de la crise sahélienne. L’Algérie est ainsi plus active qu’on ne le pense. Même si son histoire et sa Constitution l’empêchent d’intervenir en dehors de ses frontières, elle coopère avec des partenaires, régionaux, européens et américains. Par ailleurs, les causes sociologiques et politiques sont essentielles pour comprendre les raisons qui poussent aux révoltes armées au Sahel. La croissance du djihadisme n’est-elle pas liée à un désengagement de l’État ? S’il existe une volonté de transformer un système politique en accord avec des références religieuses, il faut impérativement prendre en compte la dimension locale. Le djihadisme prospère en effet sur des territoires fragmentés, au sein de communautés ayant des comptes à régler avec l’État. Il faut également être attentif aux interférences externes de la France et de l’ONU et aux risques qu’elles portent sur la cohésion sociale et politique au Sahel. Enfin, il faut se défier des idées reçues sur la dimension religieuse et sur les textes (Coran…) associés, auxquels on prête beaucoup de significations plus ou moins erronées. Il est nécessaire d’apporter des réponses argumentées et construites aux interrogations légitimes des opinions publiques, via une meilleure connaissance de ces textes.

Plus : le site du CSFR https://www.csfrs.fr/ et GeoStrategia https://www.geostrategia.fr

Une production vidéo SAS Expertise géopolitique – Diploweb. Propos recueillis par Pierre Verluise. Images et son : Jérémie Rocques. Montage : Fabien Herbert. Résumé : Estelle Ménard.

https://www.diploweb.com/CSFRS-et-GeoStrategia-Repenser-l-approche-de-la-question-sahelienne-par-la-recherche.html

Editorial de Bernard Lugan : Mali : quelle stratégie de sortie de crise ?

jeudi 1 mars 2018

L’Afrique Réelle N°99 – Mars 2018

Editorial de Bernard Lugan :
Mali : quelle stratégie de sortie de crise ?

En date du 21 février 2018, dans les colonnes du quotidien Le Monde, un « collectif de chercheurs » a publié une tribune intitulée « La France doit rompre avec la rhétorique martiale qui prévaut au Sahel », proposant une sortie de crise associée à un début de retrait français et à l’ouverture de discussions des autorités maliennes avec les jihadistes.

Si un consensus semble s’établir sur plusieurs points, notamment en ce qui concerne les erreurs de la communauté internationale dans la recherche d’accords hors sol, dans l’embouteillage sécuritaire interdisant toute action cohérente, et dans la référence à la nécessité de l’implication algérienne, je ne partage cependant pas le point de vue des auteurs de la tribune quant à leur proposition de sortie de crise.
Mes arguments sont les suivants :

– Comme je ne cesse de le dire depuis des années, le jihadisme n’est pas ici l’essentiel puisqu’il est d’abord la surinfection d’une plaie ethno-« raciale » que les autorités de Bamako n’ont pas l’intention de cautériser.
– Les auteurs font largement l’impasse sur la question touareg qui est pourtant à l’origine du conflit.
– Selon les signataires de cette tribune, ce serait paradoxalement la présence militaire française qui radicaliserait la situation et empêcherait les acteurs locaux de discuter entre eux[1]…

Ce dernier point appelle quatre grandes remarques :

1) Au Mali, les protagonistes n’ont pas attendu la présence militaire française pour livrer les guerres de 1963, de 1984, de 1990, de 1992, de 2006 et de 2008…
2) Dans le Macina, la guerre ethno-sociale se fait hors présence militaire française.
3) Qui peut penser que le départ des forces françaises permettrait, comme par un coup de baguette magique, de réunir autour de l’arbre à palabres, les acteurs d’un conflit millénaire dont, avec opportunisme, les jihadistes ont profité ?
4) Enfin, si l’armée française se retirait, les forces de Bamako seraient tôt ou tard « reconduites » vers le fleuve par les Touareg qui reprendraient un combat mis entre parenthèses pour ne pas déplaire à Paris.

La vérité, et il est impératif de cesser de la cacher, est que les ennemis de Bamako n’étant pas ceux de Paris, la France et le Mali mènent donc deux guerres différentes.
Les soldats français traquent ainsi au prix de leur vie[2] des jihadistes que les autorités maliennes voient quasiment comme des « alliés » contre les séparatistes touareg. Dans ces conditions, les dernières opérations militaires françaises « gênent » effectivement nos « partenaires » maliens…

Cependant, quoiqu’il en soit de la négociation que ces derniers conduisent actuellement dans le dos de nos militaires, rien ne sera pacifié à long terme puisque, à la source du conflit se trouve la question touareg que ces pourparlers ne régleront pas.
De plus comme en fin de processus, l’ethno-mathématique électorale donnera automatiquement le pouvoir aux sudistes, légitimé par la démocratie, le régime malien ne fera aucune concession fondamentale aux Touareg, lesquels continueront donc à se révolter.

[1] Ils critiquent ainsi les dernières opérations militaires ayant abouti à l’élimination de jihadistes.
[2] Qui osera dire aux Maliens qu’il est de plus en plus inacceptable que des soldats français se fassent tuer pour les défendre, quand des dizaines de milliers de jeunes déserteurs maliens viennent trouver un havre économique en France au lieu de combattre pour leur patrie ?

G5 Sahel : solution ou problèmes ?

G5 Sahel : solution ou problèmes ?

 

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21 décembre, 2017
Entretien

Leslie Varenne; Moussa Ag Assarid

Le 22 décembre 2017, Emmanuel Macron se rend au Niger où il sera question une nouvelle fois de la force G5 Sahel (FC-G5S). Cette force, qui ne cesse d’être à l’agenda médiatique du Président de la République, n’est toujours pas entièrement financée. Le tour de table organisé par la France à la Celle-Saint-Cloud, le 13 décembre dernier, a permis de récolter quelques 300 millions d’euros sur les 423 recherchés [1]. Les deux plus gros bailleurs de fonds sont l’Arabie Saoudite avec 100 millions et les Etats-Unis avec 60 millions d’euros. Ils sont suivis par l’Union européenne 50, les Emirats Arabes Unis, 30, la France, 8 et les Pays-Bas 5 millions d’euros. Le 12 décembre dernier, lors d’une conférence à l’Assemblée Nationale consacrée au G5, l’IVERIS a interrogé le secrétaire permanent de cette organisation, Najim El Hadj, sur la participation de l’Arabie Saoudite au sein de la FC-G5S. Monsieur El Hadj a alors répondu que ce pays ne jouerait aucun rôle. Pourtant quelques jours plus tard, l’Arabie Saoudite annonçait son souhait de tenir une réunion sur le sujet à Ryad en janvier prochain. Dans la foulée, Paris justifiait cette initiative en déclarant : « Il y a une logique d’engagement opérationnel des Saoudiens et une logique d’engagement des Saoudiens et d’autres pays sur la prise en compte et la lutte contre les vecteurs du financement du terrorisme et de l’extrémisme ». Par conséquent, ce qui était annoncé comme une création d’une force militaire africaine, s’apparente de plus en plus à une coalition occidentale/monarchie du golfe à l’instar de celle qui existait en Irak et en Syrie… Cette nouvelle coalition et cette sur-militarisation de la bande sahélo-saharienne questionne d’autant plus que selon les chiffres disponibles, les terroristes agissant dans cette zone seraient entre 500 et 1000 tout au plus. Pour décrypter la situation et évaluer les risques, l’IVERIS a interrogé Moussa Ag Assarid, consultant sur les questions de développement au Sahel.

 

Que pensez-vous de l’hyperactivité du Président français sur le dossier du G5 Sahel, n’est-ce pas contreproductif de promouvoir ainsi des opérations militaires ? Lors du sommet de la Celle-Saint-Cloud, il a annoncé son objectif « avoir des victoires au premier semestre 2018 », cela vous parait-il possible ?

L’hyperactivité du Président français, c’est du déjà-vu. François Hollande avait agi de la même manière, médiatisant et vantant la partie militaire en mettant de côté le volet politique. Il n’y a pas de changement, Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense est devenu Ministre des Affaires étrangères, le militaire est devenu politique mais sur le fond aucune nouveauté. Si l’opération Barkhane avait modifié sa stratégie, cela se saurait. Comme son prédécesseur, au lieu de rechercher une solution politique, Emmanuel Macron s’embourbe dans une solution militaire. Faut-il rappeler que toutes les initiatives seulement armées ont échoué ? En 2011, il y a eu le PSPSDN, financé par l’Union européenne; en 2012 la création de la Misma par la CEDEAO; en 2013, l’opération française Serval qui a mis un coup de pied dans la fourmilière mais n’a pas assuré le reste ; Concomitamment, les Nations unies ont créé la Minusma qui n’arrive pas à maintenir la paix ; enfin, en 2014, a débuté l’opération Barkhane qui est enlisée ; Et maintenant la FC-G5S.. Quand va-t-on cesser de mettre de l’argent dans l’armement ? En outre, plus cette force apparaît comme une coalition occidentale menée par la France, plus elle suscite au mieux la méfiance des populations, au pire le rejet. En cela, oui, cette hyperactivité médiatique est totalement contreproductive. Aucune opération militaire ne peut réussir sans le consentement des autochtones, car ce sont eux qui sont directement concernés, qui vivent la réalité quotidienne et qui sont en mesure de fournir les renseignements.

Quant aux victoires qui devraient avoir lieu au premier semestre 2018, il faudrait savoir ce que le Président français entend par victoire. Comment se chiffreront les résultats attendus ? Selon le nombre de personnes tuées ? De territoires repris ? Mais aujourd’hui il n’y a pas de territoires occupés par les terroristes comme lors de l’opération Serval. Sur quels éléments baser la réussite ? Sur le nombre de kilomètres parcourus ? Ou encore lorsque le chef d’une organisation sera éliminé ? Chasser les terroristes ? Mais où sont-ils ? Ce sont seulement des déclarations. Les objectifs ne sont pas connus, on se retrouve avec la même problématique que celle posée à l’opération Barkhane et qui est la principale cause de son enlisement.

Pensez-vous que la FC-G5S, lorsqu’elle sera opérationnelle, sera capable de rétablir la sécurité au Mali ?

Le régime malien compte sur les armées des autres pour faire régner la paix sur son territoire. Cependant, hormis la Mauritanie, toutes les armées de cette force, Burkina Faso, Tchad, Niger sont confrontées à des problèmes sécuritaires. L’armée burkinabée est en pleine restructuration et connait de plus en plus d’attentats, elle a donc besoin de toutes ses forces pour se sécuriser à ses frontières, elle n’ira donc pas plus loin que celles-ci. Les militaires mauritaniens sont très aguerris au désert, mais eux non plus ne viendront pas au Mali, pour ne pas exporter le terrorisme chez eux. L’armée tchadienne est sur tous les fronts avec Boko Haram et les problèmes à sa frontière libyenne.  En prime, les opposants au Président Deby prennent les armes, cette armée est en surchauffe et ne viendra donc pas sur le sol malien. D’autant que lorsque les militaires tchadiens ont combattu dans l’Azawad (Nord Mali) avec la force Serval, ils ont été envoyés à la boucherie. Ils sont rentrés chez eux avec des syndromes post-traumatiques.

A tous ces problèmes, il faut en ajouter un autre. Les armées de ces cinq pays ne sont pas extensibles. Or, nombre de leurs militaires sont actuellement en service au sein de la Minusma et pour intégrer la FC-G5S, ils devront quitter celle des Nations unies, avec toutes les questions financières à la clé, car l’ONU rétribue les Etats qui contribuent aux opérations de paix et rémunère mieux les militaires que les armées nationales.

En octobre le Département d’Etat et le sénateur John McCain, avaient tenu des propos alarmistes annonçant l’arrivée en Afrique de l’Ouest de membres de l’organisation de l’Etat Islamique qui ont combattu en Irak et en Syrie. En décembre, Smaïl Shergui, le commissaire à la paix et à la sécurité de l’Union Africaine a repris les mêmes déclarations et évoqué, lui, un chiffre précis de « 6000 djihadistes » s’apprêtant à débarquer en terre africaine. Craignez-vous une arrivée massive de terroristes dans la bande sahélo-saharienne ?

En 2012 déjà, nous avions été alertés sur l’arrivée de combattants en provenance du Pakistan, de l’Afghanistan, de la Turquie, mais nous ne les avons jamais vus. Ces autorités ont peut-être des informations que je n’ai pas, mais sincèrement, je ne crois pas à une arrivée massive de combattants étrangers. Ce qui est certain en revanche, c’est que pendant ce temps, les groupes terroristes se réorganisent, sévissent et éliminent les officiers du MNLA qui ont combattu contre eux avec la force Serval. Par exemple, Baba Ag Adobent, un des responsables militaires de la Coordination des Mouvements de l’Azawad (CMA), a été assassiné le 19 décembre dernier à Kidal par des hommes non identifiés.

L’élection présidentielle au Mali devrait avoir lieu à l’été 2018, cette consultation électorale ne risque-t-elle pas d’aggraver encore la situation ?

Le Mali a été incapable d’organiser les élections régionales qui devaient avoir lieu le 17 décembre dernier. Elles ont été reportées en avril, sans donner de date plus précise. Ce seront donc deux consultations électorales qui devraient se dérouler à quelques mois d’intervalle. C’est un pari. Politiquement, l’impasse est totale. Avant, les signataires de l’Accord d’Alger s’exprimaient, maintenant nous n’entendons plus personne parler. Cet Accord n’est pas respecté et personne ne fait véritablement pression pour que le Président Ibrahim Boubakar Keita (IBK) le respecte. De ce point de vue, Emmanuel Macron fait le minimum syndical. Aucun agenda n’a été établi point par point. Les réfugiés sont toujours dans des camps en Mauritanie et au Burkina Faso, il n’y a pas une véritable organisation d’aide au retour. Les élections locales n’ont pas eu lieu, les moyens qui devaient revenir aux autorités intérimaires n’ont pas été débloqués et la sécurité de ces autorités n’est pas garantie.

A quelques rares exceptions près, comme au Ghana ou au Bénin, déloger un Président africain en place par la voix des urnes est très difficile. IBK verrouille tout, contrôle tout d’autant qu’au Mali le premier et quasiment le seul employeur du pays est l’Etat. En prime, il y a fort à parier qu’IBK se servira du G5 Sahel et de ses moyens pour assurer sa campagne. Ce sont les militaires maliens étiquetés FC-G5S qui sécuriseront ses déplacements à l’intérieur du pays avec l’aide de Barkhane et de la Minusma. Les forces internationales aideront le régime à faire campagne. Cela s’est déjà produit en 2013. IBK avait été le seul candidat à pouvoir se rendre à Kidal avec l’aide de ces forces, aucun autre candidat n’avait bénéficié de telles faveurs. On se retrouvera donc dans une situation surréaliste où le G5 Sahel contribuera à conforter ce pouvoir et à garder en place le régime d’un Etat failli et sous tutelle, alors que la réélection d’IBK sera contraire aux objectifs de paix et de sécurité prônés par cette même force. Car non seulement le pouvoir en place n’a pas respecté les accords d’Alger mais il n’a pas œuvré à une résolution politique juste et équitable. Il n’a pas investi dans les services sociaux de base qui pourraient tarir le recrutement des divers groupes terroristes ou de banditisme. Aujourd’hui, nous ne sommes pas à l’abri d’un soulèvement populaire pacifique ou violent. Il pourrait y avoir une jonction entre les populations et les mouvements politico-militaires. Plus on prolonge la souffrance des populations, plus on s’éloigne de la solution sécuritaire, de la paix et du développement.

 

[1] Ce budget est annuel, le financement annoncé n’est donc pas pérenne.

 

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