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La France au Sahel : une stratégie bancale

La France au Sahel : une stratégie bancale

Publié par: Majed Nehméle: 18 janvier, 2020Dans: A La UneACCEUILActualitéActualité_MaghrebImprimerEmail

Neuf ans après l’éclatement de la Libye, grâce notamment à la France, alors dirigée par Nicolas Sarkozy, le Sahel, cette immense bande de près de trois millions de km2, séparant le Grand Sahara de l’Afrique de l’Ouest, se retrouve à son tour livré au chaos. Les cinq pays qui la composent (Mauritanie, Mali, Tchad, Niger et Burkina Faso) continuent de subir, à des degrés divers, les contrecoups de la tragédie libyenne.

– Vendredi 10 janvier, deux jours avant la tenue du sommet de Pau convoqué par Macron, un millier de Maliens ont encore manifesté à Bamako pour réclamer le départ des troupes étrangères, en particulier françaises. (AFP)

Celle-ci avait ouvert une boite de pandore d’où sont sortis les démons qui sèment aujourd’hui la terreur et le chaos dans le Sahel et, probablement demain, dans d’autres pays de l’Afrique de l’Ouest. Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense et de l’Intérieur, fut l’un des rares hommes politiques français à stigmatiser la politique d’ingérence et de regime change qui a ouvert un boulevard au terrorisme, au crime organisé transfrontalier et à l’immigration massive non contrôlée.
A part Hubert Védrine et quelques voix courageuses mais inaudibles, rares étaient ceux qui avaient vu venir cette catastrophe. Même Jean-Luc Mélenchon, alors l’étoile montante de la gauche française avait soutenu cette guerre.
Interrogé en 2014 sur la vague de l’immigration massive et incontrôlée qui s’était abattue à partir de 2011 sur l’Europe, Chevènement imputa ce phénomène à « la destruction de la Libye » par le gouvernement français. «La Libye, déclara-t-il sur le micro d’Europe 1, avait beaucoup de défauts à l’époque de Mouammar Kadhafi, mais la Libye exerçait un contrôle sur ses frontières. Nous avons détruit la Libye, il faut le dire (…) La France, l’Angleterre, sous l’impulsion de M. Sarkozy, peut-être de M. Bernard Henry-Lévy, ont décidé qu’il fallait aller faire le ménage…Résultat de l’ingérence : aujourd’hui, c’est le désordre complet».

Du chaos libyen au bourbier sahélien

Mais ce désordre ne s’est pas arrêté là. Depuis la Libye, livrée à elle-même et aux milices islamistes financées par le Qatar et armées par le Soudan islamiste d’Omar al-Bachir et, plus tard, par la Turquie d’Erdogan, le chaos s’est répandu comme une trainée de poudre dans l’ensemble du Sahel, une région considérée jusqu’ici comme une zone d’influence française. L’imminente chute de cette zone tampon – située entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne – entre les mains de groupes terroristes, mafieux et ethniques constituait une menace directe pour les intérêts français. L’ancien président François Hollande, qui avait applaudi des deux mains l’intervention en Libye, n’avait pas bougé le petit doigt quand ces groupes terroristes, renfloués par des groupes armés Touaregs, s’étaient emparés du nord du Mali, l’Azawad, y constituant une sorte d’émirat islamique autonome. Nombreux d’ailleurs sont les nationalistes maliens, attachés à l’intégrité territoriale de leur pays qui avaient accusé la France de vouloir favoriser la partition du pays et la création d’un Etat touareg indépendant.
Ce n’est que lorsque les groupes islamistes, qui contrôlaient déjà l’Azawad, foncèrent vers la capitale Bamako à partir de Konna le 10 janvier 2013, après avoir défait l’armée malienne, que la France intervint militairement. L’objectif était de stopper l’avance des rebelles et de passer, dans le cadre de l’opération Serval, à la reconquête des territoires sous contrôle des rebelles. Cette intervention était motivée par une saisie du Conseil de sécurité de l’Onu par le gouvernement central de Bamako demandant l’aide militaire de la France et de la communauté internationale. Ce fut le début de l’enlisement militaire français dans le bourbier sahélien.

Sauver le Sahel ou les intérêts géopolitiques de la France ?

Si l’objectif affiché de l’opération était, selon François Hollande dans un discours prononcé le 15 janvier 2013, de soutenir l’armée malienne face aux groupes terroristes et irrédentistes, de stopper l’avancée rebelle vers la capitale Bamako, de sauvegarder l’intégrité territoriale du pays, la mise en application de cette feuille de route s’avèrera plus compliquée que prévu. Une fois les principaux bastions de la rébellion tombés (Gao, Tombouctou, Kidal, Tessalit…), il fallait combattre un ennemi mobile, dispersé non seulement dans l’Azawad et les centres urbains, mais dans le reste du Mali et l’immensité du Sahel. De simple opération de lutte anti-terroriste, la France s’est retrouvée confrontée à un processus de Nation Building avec tous les risques qu’il comporte.
L’opération Barkhane, qui a pris le relais dès le 1er août 2014 de l’opération Serval, est composée de 4 500 hommes essentiellement français. Un effectif jugé par tous les géopoliticiens sérieux de très insuffisant pour mener à terme la pacification du Sahel et la reconstruction de ses Etats fragiles, voire faillis. C’est ce qui a amené la France à proposer à ses partenaires européens la constitution d’une nouvelle structure appelée Takuba, qui consisterait à déployer des forces spéciales auprès des armées locales [notamment malienne] afin de les aider à contrer la menace jihadiste. Ce projet n’a guère emballé les partenaires européens de la France puisque jusqu’ici, seules l’Estonie, déjà présente dans Barkhane, la Belgique et la Tchéquie avaient répondu présentes. Avec une participation presque symbolique…
L’Allemagne, quant à elle, a jusqu’ici refusé l’invitation française à participer au déploiement de forces spéciales européennes pour combattre les islamistes au Mali. Il faut dire que les Allemands ne partagent ni l’approche, ni la perception de la France dans la gestion de ce dossier. Le diagnostic de leurs services de renseignements est très sceptique, rejoignant en cela celui d’un récent rapport de l’ONU et de l’International Crisis Group. Les Américains sont, eux, tentés de se retirer de la région et de fermer leur base de surveillance au Niger, aujourd’hui en voie d’effondrement.
Pour le ministère allemand de la Défense, la menace au Sahel est non seulement incarnée par des groupes jihadistes et le crime organisé, mais aussi par le fait que les groupes armés terroristes y jouissent d’une « grande liberté de mouvement » et pourraient « agir sans restriction ». Ils estiment que « la valeur opérationnelle de la Force conjointe du G5 Sahel est actuellement faible » et que les forces de sécurité maliennes ont « atteint leurs limites malgré le soutien international. » L’ICG va encore plus loin puisqu’il considère, dans un rapport publié à la veille du Sommet de Pau du G5 que la véritable menace pour la sécurité et la stabilité dans cette région « n’est pas seulement le jihad international porté par des groupes terroristes transnationaux, mais une vague d’insurrections tournées contre les États.»

Y a-t-il une stratégie de sortie pour la France ?

Certes, les militaires français ne sont pas les seuls responsables de cet engrenage puisqu’il y a aussi une multitude de forces qui sont censées aider à la mise en application de la stratégie d’intervention dans la région, telle que théoriquement définie par les décideurs français. « La stratégie sahélienne de la France, lit-on sur le site officiel du ministère français de la Défense, vise à ce que les États partenaires acquièrent la capacité d’assurer leur sécurité de façon autonome. Elle repose sur une approche globale (politique, sécuritaire et de développement) dont le volet militaire est porté par l’opération Barkhane, conduite par les armées françaises. »
A titre d’information, Barkhane est soutenue par la Mission européenne de formation de l’armée malienne (EUTM Mali), lancée le 18 février 2013 à la suite de l’adoption de la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU.

– Les cinq chefs d’états du Sahel lors du Sommet de Pau dimanche 12 janvier 2020 autour du président français Emmanuel Macron. Palabre, palabres…Photo DR

Elle s’inscrit dans le cadre de l’approche globale conduite par l’Union européenne pour renforcer la sécurité au Mali et au Sahel. Elle compte un effectif d’environ 600 militaires en provenance d’une vingtaine d’États membres de l’UE et une douzaine de militaires français y contribuent.
A cela s’ajoute la mission onusienne de maintien de la paix Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), créée le 25 avril 2013 par le Conseil de sécurité de l’ONU (résolution 2100) et composée de 11 953 militaires, 1 741 policiers et de 1 180 civils (661 nationaux – 585 internationaux, 155 volontaires des Nations unies).
Certes, un travail considérable a déjà été accompli ne serait-ce qu’au niveau de la défaite des organisations jihadistes et des groupes armés dans le Nord-Mali. Tant que les accords inter-maliens, dont ceux signés respectivement à Alger et à Bamako en 2015 après des négociations laborieuses menées dans la capitale algérienne entre le gouvernement central malien et la Coordination des mouvements de l’Azawad) ne sont pas appliqués par les deux parties, la menace reste sous-jacente, des cellules dormantes attendant le moment propice pour se manifester. Les principes généraux contenus dans ces accords visaient à redéfinir les contours d’un nouveau contrat social au Mali même et dans le reste des Etats du Sahel infesté par le terrorisme, à savoir :

A) respect de l’unité nationale, de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Etat du Mali, ainsi que de sa forme républicaine et son caractère laïc;
B) reconnaissance et promotion de la diversité culturelle et linguistique et valorisation de la contribution de toutes les composantes du peuple malien, particulièrement celle des femmes et des jeunes, à l’œuvre de construction nationale;
C) prise en charge par les populations de la gestion effective de leurs propres affaires, à travers un système de gouvernance prenant en compte leurs aspirations et leurs besoins spécifiques;
D) promotion d’un développement équilibré de l’ensemble des régions du Mali tenant compte de leurs potentialités respectives;
E) rejet de la violence comme moyen d’expression politique et recours au dialogue et à la concertation pour le règlement des différends;
F) respect des droits de l’Homme, de la dignité humaine et des libertés fondamentales et religieuses;
G) lutte contre la corruption et l’impunité;
H) lutte contre le terrorisme, le trafic de drogues et les autres formes de criminalité transnationale organisée.

Grande absente : l’Algérie

Malheureusement ces accords sont restés lettre morte, même si Emmanuel Macron, dès son élection en mai 2017, avait promis de tout faire pour les ressusciter. Vœux pieux. La réaction très peu diplomatique du locataire de l’Élysée à l’élection d’Abdelmajid Tebboune, en décembre dernier, comme nouveau président de l’Algérie n’est pas de nature à faciliter les contacts entre les deux hommes. Au lieu de présenter ses félicitations, comme c’est l’usage et comme l’ont fait tous les chefs d’Etats européens, il s’était contenté de « prendre note » de l’élection d’Abdelmadjid Tebboune à la tête de l’Algérie et de l’appeler, avec arrogance, à engager un « dialogue avec le peuple algérien ». Ce dernier, vexé, a répliqué : « Je ne lui réponds pas. Il est libre de vendre la marchandise qu’il veut dans son pays, mais moi j’ai été élu par le peuple algérien et je ne reconnais que le peuple algérien ».
On comprend pourquoi la France a brillé par son absence lors du ballet diplomatique autour de la Libye dont Alger a été le théâtre.
Une autre bizarrerie de la stratégie sahélienne française antiterroriste : l’entêtement à exclure implicitement l’Algérie comme partenaire dans le processus de sortie de crise du Sahel. D’autant que ce pays abrite le siège du Conseil des chefs d’état-major opérationnel des armées (Cemoc) basé à Tamanrasset, dans le Sud algérien) et composé de l’Algérie, du Mali, de la Mauritanie et du Niger et qu’il dispose de l’armée la plus puissante de la région.

Pourquoi la France est incomprise par les Africains ?

Incomprise de ses partenaires européens et américains, regardée avec suspicion par de vaste tranches des opinions publiques africaines, jugée sévèrement pour ses maigres résultats sur le terrain, la stratégie française dans le Sahel devrait impérativement être réadaptée pour faire face aux nouveaux foyers qui se sont déplacés du Nord-Mali vers le triangle de la mort (à la frontière entre le Mali, le Niger et le Burkina Faso), le brasier tchadien. Cela risque encore de s’étendre vers l’Afrique de l’Ouest et en particulier en Côte d’Ivoire. Et ce ne sont pas les déclarations sibyllines du sommet de Pau qui constituent une vraie feuille de route pour sortir de ce bourbier. Ni l’envoi de 220 soldats supplémentaires au Mali qui va changer la donne sur le terrain.
Jean-Yves Le Drian, le patron du Quai d’Orsay fait mine de ne pas comprendre pourquoi les Africains sont remontés contre la France.
« Je le constate avec tristesse et un peu de révolte, quand on sait la force de notre engagement, nos 41 morts, et que cela a été fait à la demande des autorités politiques du Sahel. Je ne veux pas non plus surestimer ce sentiment. Il est fortement relayé sur les réseaux sociaux, au travers de fausses nouvelles qu’il faut combattre, mais, dans une situation de crise et d’insécurité, on cherche un bouc émissaire. Une partie du ressentiment antifrançais est liée au fait que les populations ne se sentent pas assez protégées. Il faut que les choses soient claires concernant notre présence. Nous n’avons aucun intérêt dans cette région, sauf la défense du droit et de notre propre sécurité. Si ça ne passe pas par des accords et une clarification des engagements, il faudra se poser des questions et repenser notre positionnement militaire. »
Le Drian, qui reprend ici le même argumentaire que son patron, passe sous silence les racines de la colère, à savoir les ingérences et les interventions militaires françaises à répétition en Afrique pour sauver, non pas leurs pays, mais des régimes à la solde de la France. Les opinions africaines n’ont surtout pas digéré l’intervention militaire française en Libye, comme elles n’ont pas digérée l’emploi de la force armée pour déloger l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo. Elles sont enfin en colère contre les maigres résultats de ces interventions. La sécurité promise n’est pas au rendez-vous et les fruits du développement durable promis tardent à mûrir.
Il faudra plus qu’un sommet du G5 pour relever les défis et dissiper les malentendus. Car il y a péril en la demeure et seule la réhabilitation d’Etats africains souverains, autonomes, représentatifs et efficients est de nature à assécher le vivier terroriste. Il n’est pas trop tard pour changer de logiciel et d’approche.

http://www.afrique-asie.fr/la-france-au-sahel-une-strategie-bancale/

Déclaration conjointe des Chefs d’État du G5 Sahel

Déclaration conjointe des Chefs d’État du G5 Sahel

RÉSEAU VOLTAIRE | 13 JANVIER 2020 

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Les Chefs d’État membres du G5 Sahel et le Président de la République française se sont réunis ce jour 13 janvier 2020 à Pau en France en vue d’examiner la situation dans l’espace G5 Sahel.

Les Chefs d’Etat ont réaffirmé leur détermination commune à lutter ensemble contre les groupes terroristes qui opèrent dans la bande sahélo-saharienne et dans la région du Lac Tchad. Ils ont rendu hommage aux victimes civiles des exactions commises par ces groupes terroristes ainsi qu’aux soldats africains, français et internationaux tombés dans l’accomplissement de leur mission.

Les Chefs d’Etat du G5 Sahel ont exprimé le souhait de la poursuite de l’engagement militaire de la France au Sahel et ont plaidé pour un renforcement de la présence internationale à leurs côtés. Ils ont exprimé leur reconnaissance à l’égard de l’appui crucial apporté par les Etats-Unis et ont exprimé le souhait de sa continuité.

Ils ont réaffirmé que cette action commune vise à protéger les populations civiles, à défendre la souveraineté des Etats du G5 Sahel (conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité des Nations unies et aux accords bilatéraux en vigueur), à prévenir une extension de la menace terroriste dans les pays frontaliers et à ramener la stabilité, condition indispensable du développement.

Les Chefs d’Etat sont convenus d’accroître et de coordonner leurs efforts en vue d’une solution rapide à la crise libyenne, qui continue à alimenter l’instabilité au Sahel. A cet effet, ils ont rappelé la responsabilité de la communauté internationale, l’impérieuse nécessité d’une prise en charge prioritaire de ce dossier par toutes les parties et ont exprimé leur soutien aux objectifs de la conférence internationale de Berlin pour restaurer la stabilité et la sécurité en Libye.

Les chefs d’Etat ont salué les actions déjà menées et ont souligné le besoin d’une plus grande coordination dans la mise en œuvre des initiatives en cours au Sahel et d’un engagement international renforcé.

À cette fin, les chefs d’Etats sont convenus de mener une discussion avec les partenaires déjà engagés afin de mettre en place un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel qui marquera une nouvelle étape dans la lutte contre les groupes terroristes au Sahel et dans la prise de responsabilité collective.

À la lumière de ces discussions, ce nouveau cadre prendra la forme et le nom d’une « Coalition pour le Sahel », rassemblant les pays du G5 Sahel, la France – à travers l’opération Barkhane et ses autres formes d’engagements, les partenaires déjà engagés, ainsi que tous les pays et organisations qui voudront y contribuer. Ce cadre sera organisé autour de quatre piliers rassemblant les efforts engagés dans les domaines suivants :

1. En matière de combat contre le terrorisme :

les chefs d’Etat ont marqué leur ferme volonté de combattre ensemble tous les groupes armés terroristes actifs dans la zone, en concentrant immédiatement leurs efforts militaires dans la région des trois frontières sous le commandement conjoint de la Force Barkhane et de la Force conjointe du G5 Sahel, en ciblant en priorité l’EIGS.

Parallèlement à cet effort, le commandement conjoint de cette coalition accueillera progressivement l’ensemble des pays volontaires et partenaires, dont les contributions militaires rejoindront l’opération Barkhane, comme le futur groupement de forces spéciales européennes, baptisé « Task Force Takuba », qui s’inscrira dans le cadre de ce premier pilier. Le concept d’opération de la Force conjointe sera révisé afin qu’elle puisse agir avec une marge de manœuvre renforcée au-delà de la zone des 50 km de part et d’autre des frontières.

Cette coalition militaire pourra développer les capacités opérationnelles des forces sahéliennes sur l’ensemble de l’espace G5 Sahel afin de réduire la menace des groupes terroristes et d’assurer un meilleur contrôle des frontières.

2. En matière de renforcement des capacités militaires des Etats de la région :

les Chefs d’Etat ont salué le lancement, par la France et l’Allemagne, de l’initiative du partenariat pour la stabilité et la sécurité au Sahel (P3S) et ont souhaité une accélération et une amplification des efforts de formation, d’aguerrissement, de soutien logistique, d’entrainement et d’équipements des armées des pays du G5 Sahel. Ce pilier s’appuiera notamment sur les efforts déjà engagés par les Nations Unies et par les missions de formation de l’Union Européenne. Il pourra inclure un accompagnement au déploiement des armées des pays du G5 Sahel avec le soutien de l’Union Africaine et de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

3. En matière d’appui au retour de l’Etat et des administrations sur le territoire :

Les Chefs d’Etat du G5 Sahel se sont engagés à prendre toutes les mesures visant à accélérer un retour de l’administration et des services publics sur l’ensemble des territoires concernés par la question, en particulier les chaînes pénale et judicaire, essentielles pour le retour de l’Etat de droit. Cet effort s’appliquera prioritairement à Kidal.

Dans un esprit de responsabilité partagée, ces engagements seront appuyés dans le cadre du P3S qui ciblera tout particulièrement son intervention sur la formation et le déploiement jusqu’au niveau local de personnels en matière d’administration civile, de sécurité intérieure (police, gendarmerie, douanes) et de justice.

4. En matière d’aide au développement :

les Chefs d’Etat ont salué les premiers résultats de l’Alliance pour le Sahel, lancée sous l’impulsion de l’Allemagne et de la France en juillet 2017, et ont appelé les pays et organisations, membres de l’Alliance à poursuivre dans la voie d’une démarche encore davantage coordonnée avec l’action sécuritaire, à un recours plus systématique à une programmation conjointe et à des mécanismes de délégation réciproque tenant compte des priorités des pays membres du G5 Sahel.

Dans le même esprit, les Chefs d’Etat en appellent aux partenaires internationaux à concrétiser les engagements pris en décembre 2018 à la Conférence des donateurs de Nouakchott pour la mise en œuvre du Programme d’Investissement Prioritaire (PIP) du G5 Sahel.

Par ailleurs, les Chefs d’Etats appellent les partenaires des États du G5 Sahel à accroitre leur assistance et leur soutien afin de permettre de faire face aux nouveaux défis humanitaires que sont les déplacés internes, les réfugiés, la fermeture des écoles et des centres de santé.

Un sommet associant les Etats du G5 Sahel et la France se tiendra en juin 2020 à Nouakchott dans le cadre de la présidence mauritanienne du G5 Sahel. D’ici cette échéance, le suivi de ces engagements sera effectué au niveau des Ministres des Affaires Etrangères et des Ministres des Armées et de la Défense.

https://www.voltairenet.org/article208905.html

Pour la députée LREM Sira Sylla, «si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi»

RECHERCHESur les lieux de l'explosion d'un terroriste-kamikaze au Niger, archives

Pour la députée LREM Sira Sylla, «si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi»

© AFP 2019 BOUREIMA HAMAAFRIQUE15:38 15.01.2020(mis à jour 15:39 15.01.2020)URL courtePar Christine H. Gueye444S’abonner

Cheville ouvrière de la politique africaine d’Emmanuel Macron, s’appuyant sur l’implication des diasporas, Sira Sylla, députée LREM, estime que le sommet de Pau représente un tournant au Sahel. Invitée de Sputnik France, elle revient sur le Sommet G5 Sahel, le rôle de la France et de la Russie dans la région et sur son action pour la Francophonie.

«Ce sommet [à Pau, ndlr] a constitué un temps fort, puisque les États du G5 Sahel ont réaffirmé la nécessité de la force Barkhane. On peut aussi saluer la création de la Coalition Sahel qui va s’organiser autour de quatre piliers», s’est félicitée la députée LREM, Sira Sylla, au micro de Sputnik France.

Lors d’un entretien dans nos locaux le mardi 14 janvier, la parlementaire En Marche de la 4e circonscription de Seine Maritime a détaillé ces quatre piliers, avant d’expliquer son action avec les diasporas et dans le cadre de la Francophonie.

«La lutte contre le terrorisme, la formation des militaires sur place –donc le renforcement des capacités militaires–, la nécessité d’un retour de la présence de l’État –puisqu’il n’y en a plus– et le développement. Les États du G5 Sahel et la France ont réussi à s’unir sur ces quatre piliers et cela, c’est un signe encourageant.»

Réagissant aux décisions annoncées lors du sommet des chefs d’État du G5 Sahel, réunis à Pau le 13 janvier à la demande du président Emmanuel Macron, Sira Sylla, qui est d’origine sénégalaise, mais née à Rouen, s’est félicitée de la «remobilisation» des Etats du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) autour de la France sur ces quatre piliers.

Initialement prévu le 16 décembre pour «clarifier» la volonté des États sahéliens d’accueillir des troupes françaises chez eux, après les discours anti-français qui se sont fait entendre, notamment au Mali, ce sommet avait été reporté. Depuis l’attaque d’Inatès, au Niger, le 10 décembre, ayant causé la mort de 71 militaires nigériens, de nouveaux assauts des djihadistes se sont produits, provoquant à nouveau de nombreuses victimes dans la zone sensible, dite des trois frontières.

«Concernant le sentiment anti-français, c’est vrai [qu’il existe, ndlr], mais je préfère, pour ma part, répondre par la pédagogie. Il faut expliquer sur place ce que fait Barkhane, ce que font les différentes forces internationales. Il faut aussi que les Etats et les élus, là-bas, s’engagent sur le terrain [pour dire à quoi sert Barkhane, ndlr]. On ne peut pas laisser les pays du G5 Sahel dans une telle situation. Car si l’Afrique sombre dans le terrorisme, l’Europe sombrera aussi», a déclaré Sira Sylla au micro de Sputnik France.

Marine Le Pen et Emmanuel Macron

© REUTERS / ERIC FEFERBERGMarine Le Pen soutient Macron sur ce pointCertains médias français répètent à l’envi que la Russie serait derrière les demandes de départ des troupes françaises du Mali. Moscou attiserait donc le sentiment anti-français grandissant au Sahel, parce qu’il viserait à prendre la place de Paris dans la région. Des allégations qui laissent Sira Sylla sceptique.

«Je ne prends pas pour argent comptant ce que les médias racontent sur les Russes. Je constate par rapport à ce que je vois et par rapport à ce que disent des ONG sérieuses qui se rendent souvent sur le terrain. On ne peut pas tout mettre sur le dos des Russes. Il vaut mieux être concret, aller sur le terrain et que tous les États avancent ensemble. Or, la Coalition Sahel, ça, c’est du concret», répond Sira Sylla sans détour.

S’unir pour contrer les djihadistes

Dans un communiqué publié lundi 13 janvier soir par l’Élysée à l’issue de la conférence de presse donnée par le Président de la République aux côtés de ses homologues du G5 Sahel, ceux-ci ont surtout insisté sur le besoin d’une «plus grande coordination dans la mise en œuvre des initiatives en cours au Sahel» et d’un «engagement international renforcé» afin de combattre plus efficacement les groupes armés terroristes actifs dans cette zone.

Sira Sylla, députée de la République en marche (LRM) est chargée des diasporas africaines et de la Francophonie.

© PHOTO. ASSEMBLÉENATIONALEFRANÇAISESira Sylla, députée de la République en marche (LRM) est chargée des diasporas africaines et de la Francophonie.

«À cette fin, un nouveau cadre politique, stratégique et opérationnel appelé Coalition pour le Sahel, rassemblant les pays du G5 Sahel et la France à travers l’opération Barkhane et ses autres formes d’engagements, les partenaires déjà engagés ainsi que tous les pays et organisations qui voudront y contribuer, est organisé autour de quatre piliers», précise le communiqué de l’Élysée.

Mali, opération Barkhane

© PHOTO. DAPHNE BENOITSahel: Macron annonce l’envoi de 220 soldats supplémentaires pour renforcer la force BarkhaneSur la base des décisions qui ont été arrêtées à Pau, c’est dans la région des trois frontières (Burkina Faso, Mali, Niger) que les efforts vont désormais se concentrer «sous le commandement conjoint de la Force Barkhane et de la Force conjointe du G5 Sahel, en ciblant en priorité l’EIGS*.»

De surcroît, toujours selon ce communiqué, le commandement conjoint de cette coalition accueillera «progressivement» l’ensemble des pays volontaires et partenaires, dont les contributions militaires rejoindront l’opération Barkhane, comme le futur groupement de forces spéciales européennes, baptisé «Task Force Takuba», s’inscrivant dans ce premier pilier, celui de la lutte antiterroriste.

Sortir des liens néocolonialistes

Revenant sur l’annonce récente à Abidjan (Côte d’Ivoire), où elle a accompagné Emmanuel Macron, de la fin du franc CFA en faveur de l’ECO, Sira Sylla s’est également réjouie que ce soit des États africains qui aient demandé de mettre un terme au franc CFA. «Nous ne pouvons que nous féliciter de ce que la France sorte des instances de décision», a-t-elle ajouté, se déclarant très fière d’avoir pu assister à ce moment «historique» empreint d’émotion.

Du coup, elle comprend mal les critiques dont le Président de la République continue de faire l’objet de la part de militants anti-CFA.

«Le handicap de la relation entre la France et l’Afrique, c’est que nous restons enlisés dans un passé post-colonialiste. Les Africains doivent prendre leur destin en main. Or, j’ai toujours l’impression qu’il y a un peu de schizophrénie. On voulait la fin du franc CFA. On l’a et c’est même annoncé. Mais on continue de pointer du doigt en direction d’Emmanuel Macron. Il n’est quand même pas tout seul dans cette affaire. Il y a bien une autre partie en face, qui est celle des chefs d’État africains de la zone franc», s’insurge la parlementaire LREM.

Même si elle ne nie pas que des questions «sensibles», comme l’augmentation subite des frais de scolarité pour les étudiants étrangers, la Loi Asile et immigration ou la présence omnipotente de grands groupes français tels que Bolloré, voire Auchan, peuvent empoisonner la relation entre la France et l’Afrique, elle rejette catégoriquement les accusations d’hypocrisie à l’encontre de «son» Président.

Le plus important, pour elle, est de conserver intacte sa détermination à faire bouger les lignes en poursuivant son combat auprès des diasporas africaines, qu’elle veut de plus en plus impliquer dans la nouvelle politique africaine de la France et au sein de la Francophonie:

«C’est en tous cas le sens de mon engagement aux côtés d’Emmanuel Macron pour que les diasporas africaines s’impliquent davantage dans la co-construction de relations apaisées», confie Sira Sylla.

*L’État islamique au Grand Sahel (EIGS) est une organisation terroriste interdite en Russie

https://fr.sputniknews.com/afrique/202001151042908570-pour-la-deputee-lrem-sira-sylla-si-lafrique-sombre-dans-le-terrorisme-leurope-sombrera-aussi/

Sortir du brouillard sahélien

Sortir du brouillard sahélien

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09 janvier, 2020
Note

Leslie Varenne

Le 4 décembre dernier, lors du sommet de l’OTAN, Emmanuel Macron avait convoqué de manière très peu diplomatique ses homologues du G5 Sahel en les appelant à clarifier leurs positions sur la présence de la force Barkhane dans la Bande sahélo-saharienne, une présence fortement décriée par leurs opinions publiques. Après un report, des remous, des tensions et des conciliabules, le sommet aura donc bien lieu le 13 janvier à Pau, les cinq chefs d’Etat ayant fini par accepter de s’y rendre. Ironie de l’histoire, si au départ, dans l’esprit du président français, cette réunion devait obliger les présidents du G5 Sahel à apporter des « réponses claires et assumées » sur la présence de Barkhane, finalement, ce sera à la France de se livrer à un nécessaire exercice de clarification pour sortir de sa confusion stratégique (1). Toutes les parties devront également jouer cartes sur table pour essayer, autant que faire se peut, de sortir le Sahel de la zone rouge dans laquelle il se trouve. 

Financement du terrorisme

Le financement du terrorisme est bien évidemment la première question qui doit être mise sur le tapis de Pau, si celle-ci n’est pas traitée, toutes les autres seront nulles et non avenues. En novembre dernier, le ministre nigérien de la Défense, Issoufou Katembé a déclaré : « Nous savons d’où viennent les financements des groupes terroristes. Il faut que les Etats qui sont derrière ces financements arrêtent » (2). Cette injonction à cesser d’alimenter les djihadistes de la zone n’a pas porté ses fruits, bien au contraire. Selon des informations obtenues par l’IVERIS, un émir d’AQMI basé dans la zone ouest du Mali, qui vient de quitter son organisation pour intégrer l’Etat Islamique dans le Grand Sahara (EIGS), recrute actuellement à tour de bras, en distribuant des sommes conséquentes, 500 000 CFA et une Kalachnikov à toute personne qui rejoint ses rangs. A tel point que cette organisation est en train de supplanter AQMI et s’installe durablement dans la zone dite des trois frontières, où la présence de djihadistes étrangers est de plus en plus visible. A terme, l’instauration d’un califat dans cette région est à redouter, même si pour des raisons tactiques il n’est pas proclamé officiellement.

Cette augmentation de la capacité de nuisance des groupes armés terroristes n’est possible que grâce aux moyens conséquents dont ils disposent. Or comment gagner une guerre lorsque des Etats, qui, au passage sont vos alliés, sponsorisent vos ennemis ? Cette question concerne la France mais également tous les pays du G5 Sahel qui acceptent des fonds de la part de pays qui, dans le même temps, alimentent les responsables des drames quotidiens que subissent les populations et causent des pertes considérables dans les rangs des armées nationales (3).

En outre, un des plus grands dangers qui guette le Sahel actuellement est la mise en place d’une économie de guerre, avec en prime le narcotrafic, qui profite aux terroristes comme à certaines élites de ces Etats ; ce qui, compte tenu des dividendes engrangés, pourrait « éterniser » le conflit.

 Clarification française

 L’opération Takouba

Pour sortir de sa solitude sahélienne, la France a tenté de sonner le rappel des troupes en Europe en créant une nouvelle force militaire, une unité de forces spéciales, baptisée Takouba, qui aurait dû être opérationnelle ce mois. Problème, peu d’Européens se sont montrés enthousiastes. Les Allemands ont refuséla Belgique a accepté de dépêcher trois militairesles Estoniens enverront, eux, une quinzaine de membres de leur force spéciale, mais pas avant le deuxième trimestre 2020Reste la République tchèque qui se propose de déployer soixante hommes prochainement…

Que va faire la France ? Renoncer à cette mauvaise idée d’un empilement de forces, (il en existe déjà six, Takouba serait la septième) ? Revoir sa politique d’un tout sécuritaire qui a montré ses limites puisque les résultats ne sont pas au rendez-vous et que les groupes terroristes ne cessent de prendre de l’ampleur, tant par le nombre de combattants que par les attaques de plus en plus sophistiquées et meurtrières ? Va-t-elle enfin se doter d’une vision stratégique et politique de long terme au lieu de réagir au coup par coup, en créant à chaque fois de nouveaux mécanismes inutiles, comme Takouba ou le P3S ?

Désengagement des Etats-Unis dans le Sahel ?

Fin décembre, le New York Times a annoncé une réduction importante des troupes américaines en Afrique, notamment dans le Sahel. Le Pentagone aurait demandé à l’Africom de proposer un plan de retrait des troupes au cours du mois de janvier. Cette information a été reprise par de nombreux médias et considérée comme un fait déjà établi. Mais, compte tenu du grand désordre qui règne à Washington et des divergences de vues entre la Maison Blanche, le Pentagone, le Département d’Etat et la CIA, rien n’est moins sûr. A cette heure, aucun signe de désengagement n’est visible sur le terrain. Par ailleurs, ce retrait paraît assez peu envisageable, d’une part pour des raisons géopolitiques, les USA laisseraient un espace vacant qui pourrait être avantageusement occupé par la Chine et/ou la Russie ; d’autre part, à cause des investissements déjà réalisés, notamment avec la création de la base de drone d’Agadez qui devrait être inaugurée avant la fin du mois de janvier.

Cependant, si Donald Trump décidait réellement de se désengager du Sahel, au moins pendant le temps de sa campagne pour rassurer ses électeurs auxquels il avait promis de ramener les « boys » à la maison, que pourrait faire Barkhane, rester ou partir ? Faute de moyens et de volonté politique l’armée française n’est plus autonome pour ses opérations extérieures, au Sahel comme au Moyen-Orient, elle dépend du Pentagone en termes de logistique, de renseignement et de surveillance. Cette annonce est tombée à point nommé pour faire plier Paris, après les velléités d’Emmanuel Macron lors du sommet de l’OTAN. Ceci explique, peut-être, pourquoi le Président français a rappelé sa solidarité sans faille avec Washington après l’assassinat du Général iranien Qassem Soleimani en Irak.  

En attendant de se désengager ou pas, les Etats-Unis s’apprêtent à nommer un émissaire pour le Sahel. Le profil de cet envoyé spécial pourrait rassurer, ou pas, la France sur la stratégie des USA dans la zone.

Stratégie régionale

Si désormais les Européens affichent une unité de façade pour dénoncer l’arrivée des forces militaires turques en Libye et les multiples ingérences extérieures, alors qu’ils y interviennent beaucoup eux-mêmes, ils n’en restent pas moins profondément divisés et se contentent de déclarations d’intentions inefficaces. Par ailleurs, il est intéressant de noter que les Européens n’ont même pas pris la peine de mentionner que le prochain débarquement de forces turques en Libye a été précédé de combattants affiliés à l’Armée syrienne libre (ASL) en provenance d’Idlib, faisant ainsi craindre une invasion du Sahel par des djihadistes de Syrie, dont Recep Tayyip Erdogan ne sait plus quoi faire. 

Sur ce dossier encore, la France doit clarifier sa position. Selon Kader Abderrahim : « Si officiellement, la France soutient le gouvernement Sarraj, reconnu par la communauté internationale, dans les faits, elle soutient le général Haftar. » En outre, ce chercheur à l’IRIS, spécialiste du monde arabe et de l’islamisme, note « la France devrait s’employer à faire respecter le droit international et appliquer un contrôle strict de l’embargo sur les armes, cela limiterait les combats. » (4) Il ajoute : « Depuis un siècle, toutes les résonnances violentes sont venues du Proche Orient, le Maghreb est resté assez stable. C’est la première fois qu’il y a un étau qui se resserre dans tout le monde arabe avec l’Iran à l’Est et la Libye à l’Ouest et qui pourrait provoquer l’instabilité dans toute la Méditerranée. »  Autant dire que la situation libyenne est grave et qu’elle pourrait embraser encore un peu plus le Sahel, car ces deux crises sont interdépendantes.

 L’Afrique aux Africains…

Si la France doit clarifier ses positions vis-à-vis des pays du Sahel, c’est à l’Afrique elle-même de donner ses orientations. Jusqu’à présent, en guise d’unité africaine, ont coexisté plusieurs clubs de dirigeants s’auto-congratulant et demandant aux pays des autres continents des fonds et des armes. Mais les visées de la Turquie sur la Libye changent la donne, et il faut espérer que cela provoquera une réaction commune et forte de tous les pays africains. L’Union Africaine pourrait saisir l’occasion, le moment est opportun. C’est à cette organisation d’envoyer un émissaire auprès du président Erdogan pour lui dire de s’occuper de son pays et de ne pas changer de continent. C’est encore à elle de taper du poing sur la table des Etats qui remplissent les caisses des djihadistes…

Finalement, cette réunion de Pau, tant décriée, pourrait s’avérer utile si les vrais sujets y étaient évoqués.

Leslie Varenne

(1)https://www.iveris.eu/list/notes/474-cote_divoire_sahel__deux_rendezvous_a_hauts_risques
(2)https://www.agenceecofin.com/securite/2811-71576-nous-savons-d-o-viennent-les-financements-des-groupes-terroristes-ministre-de-la-defense-du-niger
(3)Selon l’ONU en 3 mois entre octobre et décembre 2019, 193 militaires maliens sont morts au combat.

 https://www.elwatan.com/edition/international/sahel-lonu-alerte-sur-linsecurite-croissante-au-mali-06-01-2020(4)Le Conseil de Sécurité n’a pas réussi à faire voter une seule résolution pour faire respecter l’embargo sur les armes mis en place en 2011. 
La semaine prochaine aura lieu la conférence de Berlin à laquelle les Algériens, qui sont tout de même parmi les premiers impactés par la crise libyenne n’avaient pas été conviés. Les Allemands ont récupéré in extrémis leur faute majeure…

https://www.iveris.eu/list/notes/479-sortir_du_brouillard_sahelien

Editorial de Bernard Lugan

L’Afrique Réelle N°121 – Janvier 2020

Sommaire

Actualité
– L’année 2019 en Afrique
– Les deux guerres du Sahel
– La Corne de l’Afrique entre déterminismes ethno-tribaux et  nouveaux équilibres géostratégiques

Dossier : La question peul
– La première expansion des Peul (XVe-XVIIIe siècles)
– L’islamisation du Sahel par les Peul (XVIII-XIXe siècles)
– La méthode peul

Editorial de Bernard Lugan :

Au Sahel, l’impasse actuelle a cinq principales causes :
1) Les Maliens et les Français n’ont pas le même ennemi. Pour les premiers ce sont les Touareg qui demandent la partition du pays alors que les islamo-trafiquants que Barkhane combat ne sont pas séparatistes ; de plus, ils irriguent l’économie souterraine du pays.
2) L’islamisme radical, donnée régionale de longue durée, a toujours été le paravent d’intérêts économiques ou politiques à base ethnique (voir à ce sujet le dossier de ce numéro consacré à l’expansion des Peul). Aujourd’hui, il prospère sur des plaies antérieures à la période coloniale dont il n’est que la surinfection.
3) Le jihadisme est devenu un « ennemi de confort ». En réalité, nous n’avons face à nous que quelques centaines d’ « authentiques » religieux se mouvant avec opportunisme dans un vivier de plusieurs dizaines milliers de trafiquants abritant leur « négoce » traditionnel derrière l’étendard du Prophète et qui, à l’occasion, peuvent se joindre à une expédition armée. 
4) Pour les populations maliennes, la présence française relève du néocolonialisme et elles accusent même la France d’être « complice » (!!!) des jihadistes (voir mon communiqué du 8 décembre 2019). Une accusation singulièrement renforcée par l’insolite restitution du «_sabre d’el-Hadj Omar » (voir mon communiqué en date du 25 novembre 2019) perçue localement comme la reconnaissance par la France de la mémoire d’un conquérant jihadiste apparenté aux Peul qui mit en coupe réglée les ancêtres de 90% de la population de l’actuel Mali et d’une partie de celle du Burkina Faso… 
5) Les dirigeants français qui s’obstinent à soutenir des Etats faillis, ne proposent à des populations antagonistes enfermées dans d’artificielles frontières qu’une seule solution politique, l’utopique « vivre ensemble ». Or, comment peuvent-ils imaginer que des nomades berbères, arabes ou peul accepteront de se soumettre au bon vouloir d’agriculteurs sédentaires que leurs ancêtres razziaient au seul motif qu’ils sont électoralement plus nombreux qu’eux ? 
Voilà identifiés les cinq principaux problèmes qui sont à la base des actuels conflits sahéliens. Or, comme je l’explique dans mon livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours, ils sont insolubles dans les cadres politiques et institutionnels actuels. En effet, l’opposition ethno-raciale nord-sud et la confrontation nomades-sédentaires, avec en arrière-plan la péjoration climatique et la suicidaire démographie, ne peuvent évidemment pas être réglées par Barkhane. D’autant plus que, placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou de ressources, nos forces percutent régulièrement les constantes et les dynamiques locales. 
Sans une profonde remise en cause des définitions constitutionnelles des Etats sahéliens, les actuelles guerres sont donc sans solution. Imaginons en effet que les islamo-trafiquants et les divers groupes armés terroristes soient finalement éradiqués, les problèmes de fond que connaît le Sahel ne seraient pas réglés pour autant puisque les causes historiques et humaines des conflits résurgents n’y auraient pas été traitées.

Publié par Administrateur à 21:11

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Opération Barkhane : une mise au point nécessaire

jeudi 28 novembre 2019

Opération Barkhane : une mise au point nécessaire

Les pertes cruelles que viennent de subir nos Armées -et qui ne seront hélas pas les dernières-, ont donné à certains l’occasion de s’interroger sur le bien-fondé de la présence militaire française au Sahel. Cette démarche est légitime, mais à la condition de ne pas sombrer dans la caricature, les raccourcis ou l’idéologie.
J’ai longuement exposé l’état de la question sur ce blog, notamment dans mon communiqué en date du 7 novembre 2019 intitulé « Sahel : et maintenant quoi faire ?» , ainsi que dans les colonnes de l’Afrique Réelle et dans mon  livre Les guerres du Sahel des origines à nos jours qui replace la question dans sa longue durée historique et dans son environnement géographique. Je n’y reviens donc pas. Cependant, trois points doivent être soulignés :
1) Dupliquées d’un logiciel datant des années 1960-1970, les accusations de néocolonialisme faites à la France sont totalement décalées, inacceptables et même indignes. Au Sahel, nos Armées ne mènent  en effet pas la guerre pour des intérêts économiques. En effet :

– La zone CFA dans sa totalité, pays du Sahel inclus,  représente à peine plus de 1% de tout le commerce extérieur de la France, les pays du Sahel totalisant au maximum le quart de ce 1%. Autant dire que le Sahel n’existe pas pour l’économie française.
– Quant à l’uranium du Niger, que de fadaises et de contre-vérités entendues à son sujet puisqu’en réalité, il ne nous est pas indispensable. Sur 63.000 tonnes extraites de par le monde, le Niger n’en produit en effet que 2900…C’est à meilleur compte, et sans nous poser des problèmes de sécurité que nous pouvons nous fournir au Kazakhstan qui en extrait  22.000 tonnes, soit presque dix fois plus, au Canada (7000 t.), en Namibie (5500 t.), en Russie (3000 t.), en Ouzbékistan (2400 t.), ou encore en Ukraine (1200 t.) etc..
– Pour ce qui est de l’or du Burkina Faso et du Mali, la réalité est qu’il est très majoritairement extrait par des sociétés canadiennes, australiennes et turques.
2) Militairement, et avec des moyens qui ne lui permettront jamais de pacifier les immensités sahéliennes, mais là n’était pas sa mission, Barkhane  a réussi à empêcher la reformation d’unités jihadistes constituées. Voilà pourquoi, pariant sur notre lassitude, les islamistes attaquent les cadres civils et les armées locales, leur objectif étant de déstructurer administrativement des régions entières dans l’attente de notre départ éventuel, ce qui leur permettrait de créer autant de califats. Notre présence qui ne peut naturellement empêcher les actions des terroristes, interdit donc à ces derniers de prendre le contrôle effectif de vastes zones.
3) Nous sommes en réalité en présence de deux guerres :

– Celle du nord ne pourra pas être réglée sans de véritables concessions politiques faites aux Touareg par les autorités de Bamako. Egalement sans une implication de l’Algérie, ce qui, dans le contexte actuel semble difficile. Si ce point était réglé, et si les forces du général Haftar ou de son futur successeur tenaient effectivement le Fezzan, les voies libyennes de ravitaillement des jihadistes  auxquelles Misrata et la Turquie ne sont pas étrangères, seraient alors coupées. Resterait à dissocier les trafiquants des jihadistes, ce qui serait une autre affaire…- Au sud du fleuve Niger les jihadistes puisent dans le vivier peul et dans celui de leurs anciens tributaires. Leur but est de pousser vers le sud afin de déstabiliser la Côte d’Ivoire. Voilà pourquoi notre effort doit porter sur le soutien au bloc ethnique mossi. Aujourd’hui comme à l’époque des grands jihad peul du XIXe siècle ( là encore, voir mon livre sur les guerres du Sahel), il constitue en effet un môle de résistance. Le renforcement des défenses du bastion mossi implique d’engager à ses côtés les ethnies vivant sur son glacis et qui ont tout à craindre de la résurgence d’un certain expansionnisme peul abrité derrière le paravent du jihadisme. Cependant, si les jihadistes régionaux sont majoritairement Peul, tous les Peul ne sont pas jihadistes. Ceci fait que, là encore, il sera nécessaire de « tordre le bras » aux autorités politiques locales pour que des assurances soient données aux Peul afin d’éviter un basculement généralisé de ces derniers aux côtés des jihadistes. Car, et comme je l’ai écrit dans un ancien numéro de l’Afrique Réelle « Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera ». Il y a donc urgence.

Par-delà les prestations médiatiques des « experts », une chose est donc claire : la paix au nord dépend des Touareg, la paix au sud dépend des Peul. Tout le reste découle de cette réalité. Dans ces conditions, comment contraindre les gouvernements  concernés à prendre en compte cette double donnée qui est la seule voie pouvant conduire à la paix ?
Bernard LuganPublié par Administrateur à 11:352  

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Opération Barkhane : la France financièrement à la peine au Sahel

Décryptages » Opération Barkhane : la France financièrement à la peine au SahelDÉFENSE27 novembre 2019© Daphné BENOIT / AFP

MALI

Opération Barkhane : la France financièrement à la peine au Sahel

La France va rendre hommage lundi aux treize soldats français qui ont trouvé la mort dans un double accident d’hélicoptères au Mali. Emmanuel Macron prononcera leur éloge funèbre lors de la cérémonie aux Invalides.AJOUTER AU CLASSEURLECTURE ZEN499Avec Jean-Bernard Pinatel

Atlantico.fr : Au vu des événements qui se sont déroulés au Mali (13 soldats français ont trouvé la mort), la situation semble de plus en plus tendue dans cette zone. Certains partis politiques, comme LFI, en profitent pour appeler à une discussion « pour envisager les voies de sortie » de l’opération lancée en 2014.

Quelle est la situation au Mali (tant sur le plan militaire que géopolitique) ? Le niveau de menace pour les forces françaises a-t-il augmenté ?

Jean-Bernard Pinatel : La situation au Mali doit être examinée non seulement au niveau des cinq pays du G5 Sahel mais aussi au regard des 4 pays riverains de la méditerranée et en particulier de la Lybie et de la Tunisie. 

La zone d’opération Barkane couvre cinq pays du Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina, Niger et Tchad) où vivent 93 millions d’habitants sur 5 000 000 de km2, près de 8 fois la superficie de la France. 

Une chronologie sommaire est en effet nécessaire pour comprendre la situation actuelle :

• Aout 2011 mort de Kadhafi

• Novembre 2011 le gouvernement s’inquiète du pillage des arsenaux libyens et du  retour dans leur pays des militaires originaires du Sahel qui servaient dans l’armée libyenne avec un armement considérable. On parle notamment de 5000 SAM7 disparus.

• 2012 tout le Nord du Mali est en rébellion ; les villes de Tombouctou et de Gao sont aux mains de plusieurs organisations islamistes AQMI et le MUJAO dont  les chefs ne sont pas originaires du Mali et qui cohabitent plus ou moins avec les  indépendantistes Touaregs du massif des ifhogas 

• Le 12 janvier2013  début de l’opération Serval face à la menace des rebelles qui après avoir pris Konna menacent Bamako.

Depuis le 18 janvier 2013 je ne cesse d’écrire que le retour à la stabilité du Mali ne pourra être obtenue seulement par une option militaire ;  que notre objectif doit se limiter à casser les katibas et à ramener les bandes à de petits groupes qui seront incapables de contrôler durablement une ville ; que pour faire monter en puissance l’armée malienne comme celle du Burkina et qu’elles soient capables de conduire seules des actions offensives vers le nord,  il faudra  reconstruise presque complétement le corps des officiers qui a démontré en 2011 sa lâcheté et sa corruption ; qu’il est essentiel de mettre en place une solution d’autonomie pour l’AZAWAD qui ressemble à celle que les espagnols ont consenti aux Basques afin de dissocier les Touaregs des bandes d’islamistes dont l’encadrement est souvent étranger ou qui a servi de longues années en Libye.

Au final l’opération Barkane est un succès car cet engagement limité a permis  de garantir un niveau de sécurité acceptable et elle fournit les délais nécessaires  à la reconstruction des armées de ces pays. Dans ce domaine on est à peine au milieu du gué. Elle permet aussi, tant bien que mal, de préserver  une activité économique minimale notamment grâce à l’exploitation de leurs richesses minières. Cet objectif est atteint avec un surcout financier limité pour notre budget militaire de l’ordre de 1,5 milliard d’€ (moins de 5% de nos dépenses militaires) si on prend en compte l’usure accélérée des matériels. Et aussi avec des pertes humaines très limitées même si elles sont toujours très douloureuses.

Cela dit l’objectif de muscler les forces de ces pays pour leur permettre de mener des actions offensives contre les rebelles du Nord sera un travail de longue haleine. Certains  pensent même que c’est illusoire. Le Tchad a connu une stabilité relative à partir du moment où se sont les Toubous ou les Goranes qui ont pris le pouvoir à N’Djamena car les nomades du désert ont un ADN de guerrier ce qui n’est pas le cas des populations sédentaires du Sud.

Enfin sur un plan géographique plus large tant que les milices islamiques continueront de contrôler Misrata en Libye et une  partie de Tripoli,  Erdogan pourra continuer à ravitailler en armes et en munitions les islamistes du Sahel.

L’armée française peut-elle continuer à combattre dans les conditions actuelles ? En a-t-elle les moyens ? Est-ce qu’une opération européenne par exemple serait plus efficace ? 

Jean-Bernard Pinatel : L’armée française a les moyens d’empêcher la reconstitution de katibas qui pourraient à nouveau contrôler durablement une ville et des villages dans ces pays. Elle tire de cette mission un bénéfice considérable en capacité opérationnelle car une armée qui ne se bat pas ne vaut rien. Quant aux européens, ils nous aident logistiquement et prennent en compte des actions de formation et notre Ministre des armées se bat quotidiennement pour leur faire accroître cet effort. Mais tant que l’Allemagne ne changera pas sa Constitution, elle ne pourra pas engager ses forces dans des opérations militaires. Quant à l’Italie elle a des intérêts considérables en Libye et joue un jeu qui va dans le sens de ses propres intérêts et pas nécessairement dans celui d’une stabilisation de la Libye.

Quelles seraient les conséquences d’un retrait du Mali ? 

Jean-Bernard Pinatel : Les conséquences seraient des vagues d’immigration vers la France. Je rappelle que 93 millions de personnes vivent dans ces 5 pays, beaucoup ont des parents qui vivent et travaillent France. Stabiliser la situation sécuritaire et aider ces pays dans leur développement est la seule option sérieuse.

Certains observateurs estiment que la France défend non seulement des intérêts politiques mais aussi économiques au Sahel, notamment sur les questions liées à l’uranium. Est-ce crédible ?

Jean-Bernard Pinatel : Non, l’uranium  est une ressource abondante et bien répartie sur l’ensemble de la planète : 44 % des réserves se trouvent dans les pays de l’OCDE – l’Australie est le premier producteur -, 22 % dans les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) et 34 % dans le reste du monde. Nous ne sommes absolument pas dépendants du Niger.

Ces opérations sont certes nécessaires mais lorsqu’elle déploie ses forces armées, la France est souvent accusée de néocolonialisme. Comment sortir de ce cercle vicieux ?

Jean-Bernard Pinatel : La France est au Sahel à la demande express et en coordination permanente avec les gouvernements légaux. Pour mémoire l’or du Burkina et du Mali  est presque exclusivement exploité par des compagnies qui sont canadiennes, australiennes, turques, russes, etc.. Et pas françaises !

On n’empêchera pas les islamo-gauchistes, compagnons de route de l’Islam radical,  de reprendre la chanson du néocolonialisme. Les commentaires de cet article sont à lire ci-aprèsLe sujet vous intéresse ?Mots-clés :barkhaneopération BarkhaneArméearmée de terreAfriqueFranceMaliSahelBudgetNigerTchadThématiques :FRANCEDÉFENSE

https://www.atlantico.fr/decryptage/3583631/operation-barkhane–la-france-financierement-a-la-peine-au-sahel-mali-niger-gao-jean-bernard-pinatel

Les Tchèques vont prendre le commandement de la mission EUTM Mali

Les Tchèques vont prendre le commandement de la mission EUTM Mali

 21 novembre 2019Nicolas Gros-Verheyde  Aucun commentairecommandementEUTM MaliRépublique Tchèque

(B2) Présents dans EUTM Mali depuis le début, les Tchèques vont passer à la vitesse supérieure. Ils prendront le commandement de la mission de l’UE de formation de l’armée malienne l’année prochaine

Le contingent tchèque à EUTM Mali en octobre lors de la cérémonie de remise des médailles (crédit : Armée tchèque)

Le général Aleš Opata, chef de l’état-major de l’armée, l’a confirmé, ce mercredi (20 novembre) lors de la réunion annuelle du commandement tchèque. « Une des priorités de l’armée tchèque reste les missions à l’étranger ».

En relais des Autrichiens

Les Tchèques vont ainsi prendre le relais des Autrichiens qui assurent actuellement le commandement de la mission déployée au Mali depuis juin 2019, au 2e semestre 2020. C’est le général de brigade Frantisek Ridzak, actuel directeur des systèmes d’information et de communication de l’armée, qui sera le chef de la mission EUTM Mali. Ce durant six mois à compter de juin 2019 (selon nos dernières informations). C’est la première fois qu’une mission/opération militaire sur le sol africain est commandé par un officier venu d’un pays d’Europe centrale. Ce qui témoigne d’un engagement notable de Prague sur ce terrain.

Un certain consensus politique

Cet effort est soutenu à la fois par le chef du gouvernement et le chef d’État. Ce qui, dans le contexte de la politique locale, n’est pas un petit succès. « Le terrorisme international reste une menace mondiale » a ainsi déclaré hier aux officiers le président Milos Zeman, marquant au passage son « refus de la possibilité de retirer les troupes de l’Alliance d’Afghanistan ». Je suis « très heureux que notre armée soit active dans les missions étrangères » a salué le Premier ministre Andrej Babiš.

Une présence continue tchèque

Pour les Tchèques, le terrain malien n’est pas nouveau. Ils ont été présents de façon continue, depuis février 2013, c’est-à-dire le début de la mission, assurant une fonction essentielle : la protection des bases (Bamako et Koulikoro), les escortes armées des personnes, ainsi que la force de réaction rapide, tout comme la formation de membres des forces armées maliennes notamment dans les missions de protection VIP.

Un contingent de 120 militaires

Cette présence n’est pas symbolique. 120 militaires tchèques sont actuellement présents dans la mission. Pour la plupart, selon la dernière relève, ils appartiennent au 72ème bataillon mécanisé de Přáslavice. Une unité habituée aux missions délicates : un détachement revient de Bagram en Afghanistan où il était chargé de sécuriser la base de l’Otan avec les Géorgiens, Américains et Afghans.

Acquérir une expérience africaine

Pour près de la moitié d’entre eux, c’est cependant un premier déploiement à l’étranger. Ils « viennent acquérir en Afrique une expérience précieuse » explique le capitaine Marek Maxim Švancara, officier média de l’armée tchèque. Contrairement aux missions en Afghanistan, et encore plus en Europe. ils vont devoir « faire face à un éventail plus large de tâches, des températures et une humidité plus élevée », sans compter la « possibilité de maladies tropicales, les exigences accrues au niveau linguistiques, comme des conditions de vie plus rustiques ». Une épreuve africaine utile.

Le défi n’est pas mince

Les Tchèques devront à la fois assurer la continuité des missions, mais aussi son évolution, selon ce que décideront les ministres de la Défense de l’UE, à l’issue de la revue stratégique qui vient de démarrer (lire : Sahel. Une inquiétude européenne de plus en plus accrue. Faut-il changer le logiciel d’EUTM Mali). L’enjeu est de ‘durcir’ les formations et d’assurer aussi un peu de mentoring, en se déplaçant au besoin en dehors de Bamako (le QG de la mission) et Koulikoro (le centre de formation). Ce durcissement pourrait venir en complément de l’opération de forces spéciales (lire : Plusieurs pays européens s’engagent ou songent à s’engager au Mali (opération Takuba).

(Nicolas Gros-Verheyde)

Lire aussi : Un ‘surge’ pour les missions PSDC au Sahel et en Somalie. EUTM Mali et EUNAVFOR Atalanta réorientées ?FacebookTwitterLinkedInWhatsAppPrintFriendlyPrintPartager

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l’université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

https://www.bruxelles2.eu/2019/11/21/les-tcheques-vont-prendre-le-commandement-de-la-mission-eutm-mali/

La ministre des Armées a débuté une visite des pays du Sahel.

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Sahel : Florence Parly au contact de l’opération Barkhane

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Publié par Jean-Baptiste Le Roux le 4 Novembre 2019

La ministre des Armées a débuté une visite des pays du Sahel. Deux jours après la mort d’un militaire français, elle doit rencontrer le nouveau commandant de la force Barkhane, ainsi que le président tchadien.

Florence Parly est arrivée au Tchad

Sahel : Florence Parly au contact de l’opération Barkhane

Une visite sous très haute sécurité. Deux jours seulement après la mort du brigadier de 24 ans Ronan Pointeau, tué par un IED qui a explosé au passage de son véhicule, la ministre des Armées françaises vient prendre le pouls de l’opération Barkhane, dans les pays du Sahel. Une visite qui a débuté lundi 4 novembre par un arrêt au Tchad, à N’Djamena.
Sur place, Florence Parly doit notamment rencontrer le président tchadien, Idriss Déby, ainsi que le nouveau commandant de la force Barkhane, le général Pascal Facon. Pour rappel, l’opération Barkhane est une opération militaire française qui mobilise 4.500 soldats, menée conjointement avec les autorités locales, qui se déroule dans la bande sahélo-saharienne (Mali, Tchad, Burkina Faso, Niger et Mauritanie).

Barkhane, l’enlisement ?

Pour des raisons de sécurité évidentes, après la mort du brigadier Ronan Pointeau, et l’attaque contre la base des forces armées maliennes (FAMa), toutes deux revendiquées par le groupe djihadiste État islamique au Grand Sahara (EIGS), les autres étapes de la visite de Florence Parly sont tenues secrètes. Quoi qu’il en soit, la ministre des Armées vient prendre la température d’une situation devenue de plus en plus complexe pour les armées françaises.
Cela fait six ans que les exactions djihadistes perdurent dans cette zone de l’Afrique. Sur place, la menace terroriste s’étend désormais du Nord du Mali au centre du pays, en passant par le Burkina Faso et le Niger. Les forces locales semblent démunies face à un tel conflit, malgré l’aide de contingents étrangers, dont les militaires français.

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https://www.enderi.fr/Sahel-Florence-Parly-au-contact-de-l-operation-Barkhane_a563.html

La France tente de remobiliser face à la menace djihadiste au Sahel

5 NOVEMBRE 2019 / 14:31 / IL Y A 2 HEURES

La France tente de remobiliser face à la menace djihadiste au Sahel

par Paul Lorgerie et Tangi Salaün

4 MINUTES DE LECTURE

BAMAKO/PARIS (Reuters) – La ministre des Armées, Florence Parly, a réaffirmé l’engagement de la France à aider ses partenaires africains à lutter contre la recrudescence des attaques djihadistes dans la zone sahélienne, mardi à Bamako, troisième étape d’une tournée qui l’a conduite au Tchad, au Burkina Faso et au Mali.La ministre des Armées, Florence Parly (photo), a réaffirmé l’engagement de la France à aider ses partenaires africains à lutter contre la recrudescence des attaques djihadistes dans la zone sahélienne, mardi à Bamako, troisième étape d’une tournée qui l’a conduite au Tchad, au Burkina Faso et au Mali. /Photo prise le 21 octobre 2019/REUTERS/Benoit Tessier

Avant de regagner Paris, Florence Parly devait prendre la parole devant des soldats de la force Barkhane et rendre hommage au brigadier-chef Ronan Pointeau, tué samedi dernier dans un attentat à l’engin explosif contre son blindé dans le nord-est du Mali, revendiqué par la branche locale du groupe Etat islamique (EI).

La défaite territoriale du groupe djihadiste en Syrie et en Irak et la mort de son chef, Abou Bakr al Baghdadi, tué par les forces spéciales américaines le mois dernier, fait craindre une flambée de violences dans d’autres régions et en particulier au Sahel, où les 4.500 soldats français déployés dans le cadre de Barkhane peinent déjà à sécuriser un territoire grand comme l’Europe.

“J’ai renouvelé la détermination de la France à poursuivre ce combat mené courageusement par l’armée malienne contre le terrorisme et (…) notre souhait de pouvoir renforcer notre appui si cela est possible”, a déclaré Florence Parly à l’issue d’un entretien avec le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) à Bamako.

“La situation sécuritaire est difficile, les récentes attaques en attestent, (mais) on ne doit pas baisser la garde à un moment aussi dramatique”, a-t-elle ajouté.

Ce week-end, au moins 53 soldats maliens ont été tués dans des attaques revendiquées par l’EI au Mali, et les opérations des groupes djihadistes se multiplient au Burkina Faso voisin, sur fond de conflits communautaires.

“ACCOMPAGNEMENT” ET “PATIENCE”

Dans ce contexte, “il était important de faire le point sur les besoins de nos partenaires en matière de sécurité, notamment le Burkina Faso” où l’armée française intervient à partir de ses bases au Mali et au Niger, et qui héberge le quartier général des forces spéciales françaises Sabre, dit-on au ministère des Armées à Paris.

Florence Parly a martelé à chacune des étapes de sa tournée sahélienne l’importance de “l’accompagnement” par la France des armées africaines, notamment celles du G5 Sahel (regroupant outre les trois pays visités, le Niger et la Mauritanie) que Paris s’efforce tant bien que mal de rendre plus opérationnel.

“Barkhane ne s’enlise pas. Barkhane s’adapte en permanence. Barkhane se transforme pour (…) mieux accompagner les forces africaines dans leurs opérations”, a assuré la ministre dimanche à N’Djamena, centre opérationnel de l’opération française, en vantant la “montée en puissance” du G5 Sahel illustrée selon elle par une récente opération au Niger.

“C’est un combat dans lequel il faut faire preuve de patience. Il faudra du temps pour construire la résilience des forces locales”, a-t-elle toutefois concédé.

Pour améliorer l’efficacité de son dispositif et du soutien aux armées locales, la France espère convaincre davantage de ses partenaires de l’Union européenne de participer à la “task force” de forces spéciales qu’elle s’emploie à mettre en place en zone sahélienne, souligne-t-on au ministère des Armées.

La force Barkhane doit parallèlement recevoir d’ici la fin de l’année du matériel modernisé, dont, pour la première fois, des drones Reaper armés de missiles.

Paul Lorgerie à BAMAKO et Tangi Salaün à PARIS

https://fr.reuters.com/article/topNews/idFRKBN1XF1OZ