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29 MAI 2019 Combien a fourni l’Union européenne au G5 Sahel ? Qu’est-ce qui a été déboursé, payé, livré ?

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l’université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 – Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).

Combien a fourni l’Union européenne au G5 Sahel ? Qu’est-ce qui a été déboursé, payé, livré ?

 

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Ambleu Sahel, reconstruire le vivre ense

Édito.

Ambleu Sahel, reconstruire le vivre ense

Publié le 

Les violences intercommunautaires se multiplient au Mali, attisées par les djihadistes. La menace terroriste s’étend au Burkina Faso et au Niger. Dessin de Ale + Ale, Italie, pour Courrier international

Comment arrêter cet engrenage ? Cette région du monde est en proie à de multiples facteurs de déstabilisation : lutte d’influence entre grandes puissances, notamment la France, la Chine et la Russie, pour se procurer de l’or et de l’uranium, lutte entre les différentes communautés pour le contrôle des ressources comme l’eau et les terres agricoles, raréfiées par le changement climatique, le tout dans un contexte de militarisation excessive. Les différentes communautés, ne pouvant compter sur les armées des États fragilisés comme le Mali et le Burkina, se reposent pour leur protection sur leurs milices surarmées. Au risque d’entraîner des massacres, comme cela s’est vu récemment avec la mort de 160 villageois peuls, qui auraient été tués par une milice dogon. Vingt-cinq ans après le génocide rwandais, alors qu’on s’interroge toujours sur l’inaction de la France et de la communauté internationale à l’époque, on peut se poser des questions sur l’efficacité de la présence militaire française.

La paix dans cette région cruciale ne pourra pas passer par une lutte uniquement sécuritaire contre le terrorisme, mais nécessite des solutions globales, fondées sur un développement économique et social accéléré, une présence accrue des États et des services publics, un partage des ressources, pour que le vivre-ensemble soit de nouveau possible.

Hamdam Mostafavi

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Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera…

samedi 30 mars 2019

L’Afrique Réelle n°112 – Avril 2019

Sommaire

Dossier : Les guerres du Sahel
– Comprendre les guerres du Sahel
– Peul contre Dogon, un vieux conflit ethnique
– Réflexions sur les opérations militaires françaises en Afrique à travers l’exemple du Mali

Histoire
Rwanda : Les historiens face au non-lieu des juges Herbaut et Poux

Editorial de Bernard Lugan

Quand le monde peul s’éveillera, le Sahel s’embrasera…

Tel était le titre d’un article, hélas peut-être prémonitoire de l’Afrique Réelle datant d’août 2016.
Comme les Kurdes, les Peul forment un peuple dispersé et sans Etat. Zébré par les frontières post-coloniales, l’espace peul s’étend sur tout l’ouest africain, courant de l’Atlantique sénégalais  jusqu’à la région tchadienne et à la RCA (voir la carte page 14).
La question est  de savoir si l’actuel cycle de massacres-représailles qui se déroule au Mali et au Burkina Faso, ne va pas finir par provoquer leur union, phénomène qui pourrait être soutenu à l’étranger par une diaspora dynamique, riche et instruite.
Hommes de la vache et de la lance, les Peul vont-ils, à l’image des Tutsi du Rwanda, tenter de briser par les armes le système de l’ethno-mathématique électorale qui les soumet politiquement aux hommes de la houe et qui en fait les victimes de leurs armées ?
Si tel était le cas, les conflits sahéliens prendraient alors une toute autre dimension. A l’image des cataclysmes du XIXe siècle, quand l’impérialisme peul  s’abrita derrière le paravent du jihad (voir la carte page 12).
Une simplification extrême permet de distinguer les Peul sahéliens nomades et les Peul soudaniens vivant en noyaux semi sédentaires ou sédentaires parmi les peuples agriculteurs. Certains ont fondé des sociétés très structurées et hiérarchisées comme dans le Fouta Djalon guinéen, au Macina malien, dans le nord du Nigeria et au Cameroun.
Aujourd’hui, les Peul se trouvent placés au cœur de plusieurs conflits hérités de l’histoire. Rallumés par le jihadisme et par la suicidaire démographie sahélienne dont la conséquence est la lutte pour les terres et les pâturages, ces affrontements font peser une menace supplémentaire sur la stabilité déjà fragile d’une vaste partie de l’Afrique.
Dans le Mali central et dans le nord du Burkina Faso, les actuels évènements opposant Peul et Dogon ne sont pas une nouveauté. Ils sont tout au contraire la résurgence des conflits  liés aux conquêtes peul de la fin de la période précoloniale. Or, les principales résistances à cette expansion furent celles des Bambara et des Dogon. Mise entre parenthèses durant la période coloniale, l’opposition entre ces peuples ressurgit avec force aujourd’hui.
Le 26 mars dernier, les journalistes de France 24, qui est, rappelons-le, la chaîne officielle française émettant vers l’Afrique, ont osé produire une émission dont le titre est « Massacre de Peul au Mali : les exactions n’ont pas une origine ethnique » !!! Que sont-ils donc alors ? Des vengeances de maris cocus ou des querelles de supporters de football ?
L’on ne peut qu’être atterré par l’aveuglement doublé d’incompétence de ces journalistes qui, paralysés par leur idéologie universaliste niant les identités et les enracinements, s’interdisent de nommer la réalité.
En plus du Macina, la situation sécuritaire est de plus en plus préoccupante dans le nord du Mali où les routes sont minées par les GAT (Groupes armés terroristes) et où les garnisons sont attaquées. Ces dernières constituent des cibles d’autant plus tentantes que les soldats maliens se débandent devant des assaillants inférieurs en nombre, avant de leur abandonner l’armement flambant neuf généreusement offert par la « communauté internationale »…

Si l’Algérie implose, le Sahel se disloquera et le Sénégal sera directement au contact

Si l’Algérie implose, le Sahel se disloquera et le Sénégal sera directement au contact

Fondateur de la mythique revue Hérodote, le Professeur émérite, Yves Lacoste, recommande, chaque matin, de regarder la mappemonde. Geste éminemment instructif !

En effet, un regard appuyé et insistant sur la partie maghrébine de la carte de l’Afrique génère un « Gros Plan » sur l’Algérie. Immense, peuplé et riche pays qui borde la Méditerranée au Nord, délimite la Tunisie à l’Est, fixe le Maroc à l’Ouest, l’Algérie étend singulièrement sa vaste superficie (2 380 000 km2) jusqu’aux confins de la Mauritanie (Tindouf), aux limites extrêmes du Nord-Mali (Tamanrasset) et aux bornes frontalières nigéro-libyennes de Djanet et d’In Amenas.

Un État si central et un socle territorial si névralgique peuvent-ils être en déséquilibre sans déstabiliser alentour ?

Le vide – en vue – au sommet de l’État algérien est vertigineux, au plan intérieur, et dangereux hors des frontières.

Quant à la redoutée implosion (scénario de type syrien) elle donne des frayeurs vives et des sueurs froides aux diplomates, aux observateurs et aux spécialistes. Bref, à tous ceux qui ont un « appétit pour l’avenir » : j’ai nommé la prospective. A cet égard, la réflexion est d’office happée par le Sahel qui compte, au moins, trois Etats fragiles ou en dérive. Même le G5 Sahel, en entier, ne supportera pas sans ébranlement ni craquement, les ondes de choc d’une secousse institutionnelle à grande magnitude de l’Algérie. Pour des raisons multiples, car Alger est – par la géographie, la diplomatie et les services secrets – au cœur des enjeux saharo-sahéliens.

Le flanc sud de l’Algérie correspond aux régions septentrionales du Mali que sont Kidal, Gao, Tombouctou et Taoudenni. Une proximité voire une imbrication qui n’est pas étrangère au repli des islamistes des GIA algériens dans les sanctuaires montagneux et limitrophes du Mali, où ils ont fait la jonction et, parfois, la collusion avec les irrédentistes Touaregs dont certains ont longtemps servi dans des Légions auxiliaires ou supplétives de l’armée libyenne du Colonel Kadhafi.

Ce concentré de djihadistes, de rebelles, de condottiere et de trafiquants est évidemment surveillé, complètement infiltré, souvent manipulé et sporadiquement décimé par le DRS algérien, successivement commandé par les Généraux Mediène Toufik et Bachir Tartag.

Diplomatiquement, c’est Alger qui a assuré la médiation, abrité les négociations et parrainé l’Accord éponyme du 15 mai 2015, pour la Paix et la Réconciliation. La présidence du Comité de suivi du dit Accord est d’ailleurs confiée à l’ambassadeur d’Algérie à Bamako, son Excellence Ahmed Boutache. Déduction logique et conséquence automatique : le Mali déjà éprouvé sera sûrement disloqué par l’implosion de son puissant voisin (le pays de Bouteflika) lourdement associé à son futur voire tributaire de son destin. Au moment où ces lignes sont écrites, la Ministre des Affaires Etrangères, Mme Kamissa Camara, séjourne – malgré la crise – à Alger, à l’invitation du Vice-Premier ministre et nouveau Ministre des Affaires Etrangères, Ramtane Lamamra. N’est-ce pas révélateur de l’étroitesse des rapports bilatéraux et géostratégiques ?

A côté du maillon malien sérieusement fêlé, survit cahin-caha le maillon faible burkinabé. Un Burkina Faso affaibli et fatigué par les rodéos des djihadistes et les irruptions d’agresseurs inclassables (déserteurs du défunt RSP ou bandits invétérés ?) qui répandent l’insécurité. D’où une course-poursuite infernale et meurtrière avec les unités motorisées de l’armée burkinabé. Accrochages sans fin qui provoquent la fermeture des écoles et réduisent la présence de l’Etat comme une peau de chagrin, dans toute la zone semi-désertique du Burkina Faso. Une montée des périls qui déboussole un régime orphelin de son stratège Salif Diallo, décédé le 19 août 2017. L’autre tombeur emblématique de Blaise Compaoré, le Ministre d’Etat Simon Compaoré, est rongé par la maladie. Quant au Président Roch Marc Christian Kaboré (un bon banquier formé à Dijon), il n’est ni mentalement taillé dans le roc ni politiquement préparé à faire face à l’orage. La mobilité à la tête de l’Etat-major des Armées, les changements répétés des titulaires de la Défense nationale au sein du gouvernement et les performances mitigées des services de renseignement laissent les observateurs pantois sur les lendemains du Burkina, dans un prévisible scénario de regain de violences et de terreurs, à l’échelle du Sahel, induites par les contrecoups d’une éventuelle aggravation de la crise en Algérie. Plus loin, c’est l’écran territorial burkinabé qui sécurise peu ou prou la Côte d’Ivoire, notamment sur l’axe Bobo-Dioulasso-Korhogo Si le Burkina s’écroule, la Côte d’Ivoire, située en bordure du Sahel, vacillera.

Le Niger ne sera évidemment pas à la fête, au cas où tout bascule à Alger. Sa longue frontière avec l’Algérie est longée par la fameuse passe de Salvador que l’opération BARKHANE contrôle difficilement à partir de la base avancée de Madama, implantée dans le désert du Ténéré. Salvador (couloir marqué au crayon rouge sur les cartes militaires) est emprunté par les terroristes qui convoient des armes et des hommes vers le Nord-Mali. Certes, le Niger est intact. Il n’est pas cassé comme le Mali amputé de facto de Kidal, au nord, et déchiqueté, au centre, par le brasier intercommunautaire dogons-bambaras-peuls qui calcine la belle région de Mopti, jadis appelée la Venise du Mali. Mais Niamey, ses élites et son gouvernement sont alarmés silencieusement, profondément par les effectifs en augmentation constante d’armées étrangères (française, suédoise, allemande, américaine etc.) sur le sol national. Au train où vont les choses, les soldats non nigériens seront bientôt plus nombreux que tous les jeunes Nigériens sous les drapeaux. C’est la souveraineté du pays qui s’effiloche ou s’étiole à vue d’œil. C’est dire combien le spectre d’un chaos algérien hante le sommeil du Président Issoufou et les nuits de son dauphin, Mohamed Bazoum.

Pays sahélien sans siège au G5 Sahel, le Sénégal suit et surveille forcément la complexe conjoncture politique en Algérie, évalue ses inévitables répercussions dans son voisinage immédiat : le Mali et la Mauritanie. Deux Etats membres de l’OMVS – l’un est aussi un partenaire dans l’exploitation du pétrole – qui jouent stratégiquement des rôles de glacis momentanément protecteurs pour le territoire sénégalais. La Mauritanie est militairement robuste, tandis que le Mali demeure branlant. Le temps post-électoral doit donc vite basculer vers l’heure de l’analyse prospective. Car la « syrianisation » de l’Algérie post-Bouteflika correspondra à l’âge d’or ou à l’apogée du terrorisme dans le Sahel. Et, en cas de défaillance ou de destruction du verrou mauritanien, l’armée sénégalaise sera au contact direct des djihadistes.

PS : Les terroristes et autres djihadistes n’attendent pas le naufrage du système en Algérie, pour se déchainer et, surtout, balayer les camps et autres cantonnements de l’armée malienne dans le Delta central du fleuve Niger et sur l’ensemble du Macina. L’attaque foudroyante, ce dimanche 17 mars, de la garnison de Dioura – assaut ponctué par la débandade des défenseurs de la caserne – ruisselle de leçons. 200 soldats maliens dotés de canons et de Toyota ont décampé et abandonné tout le matériel à 40 assaillants. Vous avez bien lu : 40 hommes armés. Il a fallu la colère du Président IBK, pour qu’une colonne mixte de militaires, de gendarmes et d’éléments de la Garde réoccupât le camp vers 16 heures. Avec l’appui des avions d’attaque Tucano, livrés récemment par le Brésil à l’armée de l’Air. Preuve que l’armée (actuelle) du Mali est commandée par des Généraux d’opérette, plus à l’aise dans les célébrations d’anniversaires fastueux et coûteux que dans les manœuvres opérationnelles sur les champs de batailles. Derrière le rempart mauritanien, les Diambars bénéficient encore d’un répit. Pour combien de temps ?

Babacar Justin Ndiaye

Dakaractu

Source directe: Laser du lundi : Si l’Algérie implose, le Sahel se disloquera et le Sénégal sera directement au contact. (Par Babacar Justin Ndiaye)

Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique ‘vivre ensemble’ »

Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique 'vivre ensemble'. »

Bernard Lugan : « Au Mali, les dirigeants français ont voulu imposer l’utopique ‘vivre ensemble’ »

Par Bernard Lugan, historien et spécialiste de l’Afrique ♦ Découvrez ci-dessous l’éditorial du numéro 111 (mars 2019) de L’Afrique Réelle, lettre d’information proposée par Bernard Lugan.


Le sentiment anti-français en hausse au Mali

En dépit de l’élimination par l’armée française le 21 février 2019 de l’Algérien Yahia Abou al-Hamman, chef de « l’émirat de Tombouctou », et qui était l’un des trois principaux chefs de la coalition jihadiste sahélienne GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans), la situation se complique au Mali.

Le sentiment anti Français y a même explosé le 10 février 2019 quand, à Bamako, devant plusieurs dizaines de milliers de partisans, l’imam wahhabite Mahmoud Dicko a déclaré : « Pourquoi c’est la France qui dicte sa loi ici ? Cette France qui nous a colonisés et continue toujours de nous coloniser et de dicter tout ce que nous devons faire. Que la France mette fin à son ingérence dans notre pays. » 

Un singulier remerciement pour tout ce que nos Armées ont fait pour son pays…

Les 3 erreurs de la France

La vérité est que, face à la grande complexité des réalités maliennes, l’erreur française fut triple :

1) En 2013, il aurait fallu subordonner la reconquête de Gao, de Tombouctou et du nord Mali par Serval à la reconnaissance préalable par Bamako d’une nouvelle organisation constitutionnelle et territoriale prenant véritablement en compte les spécificités nordistes, ce qui n’a pas été fait.

2) Au lieu de cela, Paris imposa une fois de plus l’aberrante solution électorale. Or, comme l’ethno-mathématique a automatiquement donné la victoire aux plus nombreux, c’est à dire aux sudistes, la revendication touareg a donc été « démocratiquement » délégitimée..

3) Les autorités françaises ont refusé de voir que pour Bamako, l’ennemi principal est le séparatisme touareg et non l’islamo-jihadisme combattu par Barkhane.

Au lieu de partir du réel ethno-racial sahélien, aveuglés par leur idéologie, les dirigeants politiques français ont voulu imposer l’utopique « vivre ensemble ». Ils imaginaient sans doute que la fée électorale allait, d’un coup de baguette magique, faire accepter à des nomades berbères ou arabes de se soumettre au bon vouloir des agriculteurs noirs sédentaires que leurs ancêtres razziaient, et aux sudistes de cesser de prendre leur revanche sur ceux qui, avant la colonisation libératrice, réduisaient leurs ancêtres en esclavage.

Par la faute de nos gouvernants, Barkhane se trouve donc désormais prise entre le marteau et l’enclume avec des possibilités de manœuvre réduites en raison de la multiplication des mines posées sur les axes de communication obligés.

Certes, de brillantes opérations permettent de liquider les têtes du jihadisme mais il faut bien voir que, de plus en plus fixée sur des emprises coupées des populations, comment Barkhane dont l’essentiel des moyens est désormais utilisé à son auto-protection pourrait-elle répondre aux problématiques régionales millénaires ?

D’autant plus que ses cadres ne reçoivent plus de formation africaniste, depuis que les véritables enseignements en cette matière ont été supprimés, tant à Coëtquidan qu’à l’Ecole de Guerre…

Au sommaire du numéro :

Actualité
Algérie : derrière les élections, le naufrage économique

Dossier : Libye, le général Haftar maître du jeu
– Le coup de pied du général Haftar dans la fourmilière du Fezzan
– Haftar-Russie-Turquie contre Fayez el-Sarraj et les Occidentaux

Dossier : Le fragile verrou tchadien
– La terre, les hommes et leurs conflits
– Les nouvelles guerres du nord (2019)

Histoire et justice
Rwanda : un non-lieu valant accusation…

Bernard Lugan
12/03/2019

Source : L’Afrique Réelle

https://www.polemia.com/bernard-lugan-mali-dirigeants-francais-imposer-utopique-vivre-ensemble/

Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

Bras de fer géopolitique entre la France et l’Italie en Libye

L’appel à la réconciliation, lancé par Emmanuel Macron dimanche à la télévision italienne, ne fera pas disparaître les approches rivales de Rome et de Paris qui conditionnent l’avenir politique de la Libye
De gauche à droite : le ministre italien de l’Intérieur Matteo Salvini (dirigeant de la Ligue du Nord, extrême droite), Emmanuel Macron, et le vice-Premier ministre aussi chef de file du Mouvement 5 étoiles (M5S, qui gouverne en coalition avec la Ligue du Nord), Luigi Di Maio (AFP)

Les relations franco-italiennes sont loin d’être au beau fixe par les temps qui courent. Il y a quelques jours, Paris demandait le rappel de son ambassadeur à Rome à la suite d’une série de fausses notes du côté italien : soutien public des Gilets jaunes par le vice-Premier ministre et dirigeant du Mouvement 5 étoiles, Luigi Di Maio, critique de la politique migratoire française, inflexibilité sur le projet d’ouverture d’une ligne TGV entre Lyon et Turin…

Mais derrière ces querelles diplomatiques, essentiellement protocolaires, un véritable bras de fer géopolitique se déroule entre Paris et Rome de l’autre côté de la Méditerranée. La Libye est aujourd’hui le théâtre d’une véritable bataille diplomatique entre la France et l’Italie.

Le démembrement de l’État libyen de Kadhafi à la suite des opérations militaires engagées en 2011 par les forces de l’OTAN, où la France a eu un rôle prééminent, a occasionné de profondes répercussions géopolitiques. La destruction de l’appareil étatique libyen a entraîné une déstabilisation de son environnement régional tout en livrant le pays aux différentes factions politiques armées revendiquant chacune leur prétention à l’exercice du pouvoir.

Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi à Paris en décembre 2007, sous la tente bédouine que le dirigeant libyen avait installée dans la résidence officielle de l’hôtel Marigny (AFP)

Dans ce contexte particulièrement instable, où les négociations pour l’institution durable d’un gouvernement consensuel et légitime peinent à avancer depuis 2011, la France et l’Italie se livrent à une discrète guerre d’influence afin de préserver leurs intérêts respectifs au sein d’un territoire aux portes de l’Europe qui constitue, à plusieurs titres, un enjeu stratégique pour les deux puissances.

Libye année zéro

La Libye du colonel Kadhafi présentait un inconvénient de taille pour les puissances occidentales : elle disposait de la pleine maîtrise étatique de ses ressources naturelles, ce qui a longtemps permis au régime libyen de disposer d’importants capitaux économiques qui pouvaient être employés sous forme d’investissements sur tout le continent.

Durant la seconde moitié des années 1970, la Libye était particulièrement active dans le développement d’une politique panafricaine affranchie de toute ingérence étrangère. Cette période assigna au pays un statut de puissance régionale qui s’exerça en particulière aux confins sud de ses frontières, le long de la bande d’Aouzou, disputée avec le Tchad voisin soutenu par la France. Sur le plan interne, la solidité du régime reposait sur quatre piliers essentiels : l’appareil de sécurité, les comités révolutionnaires, la compagnie pétrolière nationale (NOC) et le fond d’investissement libyen.

La France a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012

C’est précisément l’essentiel de cette structure qui disparaît sous les bombes lors des opérations de la coalition en mars 2011. Kadhafi meurt en emportant son régime avec lui. Les conséquences d’un tel effondrement sont connues (guerre civile, fuite d’importants stocks d’armes dont une partie alimenteront les groupes armés qui combattront les troupes françaises au Mali en 2013, accroissement de l’immigration clandestine…).

La France, qui a contribué dans une large mesure aux opérations aériennes au-dessus de la Libye, a clairement manqué sa stratégie de post-conflit dans la mise en place d’un gouvernement national de transition à partir de 2012.

De son côté, l’Italie a vu d’un très mauvais œil l’intervention militaire française de 2011. Certains hommes politiques italiens pointaient d’ailleurs du doigt, dès 2011, le risque encouru pour la recrudescence de l’immigration clandestine vers l’Europe en provenance d’Afrique. Il est intéressant de souligner qu’à l’époque, cet argument était déjà mis en avant par la Ligue du Nord, parti dont est issu l’actuel ministre de l’Intérieur italien Matteo Salvini, en partie à l’origine du refroidissement des relations diplomatiques entre Rome et Paris.

Un eldorado pétrolier fortement convoité

Le contentieux franco-italien en Libye n’est donc pas une affaire récente. Pour Rome, l’ancien territoire libyen, qui fut d’abord et avant tout une colonie administrée à partir de 1911 et abandonnée en 1947, représente son pré carré africain traditionnel.

Sous Kadhafi, malgré le caractère fluctuant des relations diplomatiques, les deux pays surent conserver des relations économiques durables de sorte que l’Italie demeura le premier partenaire économique du pays. Sur ce plan, l’économie pétrolière a historiquement constitué un ciment géopolitique durable qui n’a jamais été altéré par les différentes crises diplomatiques qui survinrent entre Rome et Tripoli.

La déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie (AFP)

Le groupe italien ENI était d’ailleurs présent dès 1959 en Cyrénaïque, position qui lui a permis d’obtenir une situation privilégiée en matière d’exportation d’hydrocarbures et de gaz. Au moment de la chute de Kadhafi, en 2011, l’Europe importait 80 % du pétrole libyen dont 32 % pour l’Italie, premier client du pays.

Jusqu’en 2011, l’économie libyenne reposait en grande partie sur ses exportations pétrolières de sorte que 65 % du PIB national était tiré des exportations d’hydrocarbures.

Avec une production oscillant de 1,3 à 1,6 million de barils par jour, la Libye de Kadhafi était ainsi le second exportateur africain de pétrole après le Nigeria. Par ailleurs, du fait de sa qualité (peu sulfureux) et de la proximité des sites d’extraction par rapport aux terminaux maritimes d’exportation, le coût de production du baril libyen représentait l’un des moins chers du marché (de 3 à 5 dollars par baril).

Comment la contrebande du pétrole libyen saigne le pays à blanc

Lire

Pour Rome, la manne pétrolière libyenne a donc représenté historiquement une aubaine stratégique puisqu’elle permettait à l’Italie de conserver une relative autonomie énergétique. Aux côtés de la National Oil Company libyenne, le groupe italien ENI représentait le premier producteur étranger de pétrole en Libye.

En 2011, à l’issue des opérations militaires contre Kadhafi, l’économie pétrolière libyenne s’effondre avec une production journalière qui chute à 200 000-300 000 barils par jour. Dans un premier temps, le groupe ENI s’est ainsi vu dans l’obligation d’arrêter sa production de pétrole tout en maintenant, malgré tout, l’extraction de gaz, secteur moins touché par les opérations militaires.

Cette déstabilisation de l’économie pétrolière libyenne n’a cependant pas fait que des malheureux. Le géant français Total a ainsi pu profiter de la situation, au grand dam de l’Italie, pour réinvestir le secteur pétrolier en profitant de la vacance du pouvoir occasionnée par les opérations militaires. Quelques jours après la fin des bombardements de la coalition, une lettre rédigée par le Conseil national de transition (CNT) libyen évoquait ainsi la possibilité d’octroyer 35 % des futures concessions pétrolières libyennes au groupe Total. Une aubaine pour cet opérateur qui disposait, avant la chute de Kadhafi, d’une implantation relativement modeste (55 000 barils par jours) par rapport au groupe italien ENI (244 000 barils par jours). Une nouvelle donne géopolitique qui constitue aujourd’hui l’un des facteurs déterminants dans la rivalité franco-italienne en Libye.

Des stratégies d’influence au cœur de l’avenir politique de la Libye

L’avenir politique de la Libye est aujourd’hui en partie conditionné par les approches géopolitiques rivales de la France et de l’Italie. Dans un pays où plus d’une vingtaine de groupes politiques armés se disputent encore le contrôle de l’État ainsi que celui des puits pétroliers, Rome et Paris défendent deux visions diamétralement opposées.

Le gouvernement italien s’est aligné sur la position officielle des Nations unies en reconnaissant le Gouvernement d’union nationale (GNA) de Fayez el-Sarraj, basé à Tripoli et institué en 2016, comme seul légitime. Un choix qui semble cohérent par rapport aux intérêts et à l’influence italienne à l’ouest de la Libye.

En soutenant le pouvoir de Tripoli, l’Italie sécurise également son important terminal pétrolier de Melittah, cogéré par la NOC et le groupe ENI. Par ailleurs, la Cyrénaïque est historiquement plus réfractaire à la puissance italienne, souvent renvoyée à son identité coloniale.

La France a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque

Enfin, le gouvernement italien est particulièrement pressé par la question migratoire puisqu’une grande partie des migrants qui débarquent sur les côtes de la péninsule provient du littoral tripolitain, en particulier de Sabratha, considérée aujourd’hui comme une capitale de la migration clandestine où les passeurs règnent en maîtres et qui n’est qu’à 300 kilomètres des côtes italiennes.

La France, de son côté, a clairement projeté son influence à l’est du pays, en Cyrénaïque. Un choix qui peut s’avérer judicieux du point de vue de la géopolitique des hydrocarbures. Le croissant pétrolier libyen qui s’étire le long du bassin de Syrte concentre en effet 85 % des réserves de pétrole et 70 % des réserves de gaz tandis que cinq des six terminaux pétroliers se situent également à l’Est du pays.

En mars 2018, le groupe Total annonçait d’ailleurs le rachat, à auteur de 16,3 %, des concessions pétrolières détenues par l’américain Marathon Oil sur les champs de Waha. Un positionnement français, à l’Est du pays, qui s’explique également d’un point de vue militaire : Paris considère en effet que le sud-est libyen est une zone grise particulièrement instable et où les groupes terroristes armés bénéficient d’une réelle assise menaçant la force Barkhane déployée au Sahel. Un tel positionnement, de la part de la France, ne pouvait cependant être obtenu sans un allié local lui permettant de maintenir une relative stabilité de ses intérêts à l’est.

Le Premier ministre Fayez el-Sarraj, le président français Emmanuel Macron et le maréchal Khalifa Haftar en conférence de presse près de Paris le 25 juillet 2017 (AFP)

Or, depuis 2016, le maréchal Haftar, un ancien officier de l’armée de Kadhafi, a pris le contrôle de l’est de la Libye et de ses principaux champs pétroliers, malgré un revers militaire rapidement récupéré en juin 2018. Il a par ailleurs décidé de transférer la gestion des ressources pétrolières, contrairement aux années précédentes, à la Compagnie nationale pétrolière de Benghazi, rivale de Tripoli. Une position qui accentue encore plus la division du pays.

Haftar n’en demeure pas moins particulièrement attractif aux yeux de la France qui le considère comme l’homme fort de l’est et qui l’a désormais intégré dans le processus de négociation, notamment lors du sommet de Paris en mai 2018, pour l’établissement d’élections libres en Libye, alors même que le général boudait le sommet de Palerme organisé par l’Italie quelques mois plus tard. L’avenir de la Libye est donc aujourd’hui conditionné en partie par le règlement du conflit d’intérêt qui oppose la France à l’Italie.

La France est-elle un médiateur sincère dans le conflit libyen ?
Guma el-Gamaty

Lire

Actuellement, les différents partis libyens ne parviennent pas à s’entendre sur le projet d’une nouvelle Constitution. Le sommet de Paris devait déboucher sur des élections en décembre 2018 qui n’ont jamais eu lieu. Mais la reconstruction de l’État libyen souverain implique, au minimum, la fin de l’antagonisme entre Tripoli et Benghazi, antagonisme qui ne pourra être dépassé tant que les deux puissances européennes alimenteront les conditions d’une politique de division nationale en Libye.

Le 27 février dernier, Fayez al-Sarraj et Khalifa Haftar se sont rencontrés lors d’un sommet organisé par les Nations unies à Abou Dabi. Les deux hommes se sont entendus sur un nouvel accord de principe pour la tenue d’élections libres d’ici l’été prochain. Peut-être une lueur d’espoir pour l’avenir de la Libye.

 

https://www.middleeasteye.net/fr/news/bras-de-fer-geopolitique-entre-la-france-et-litalie-en-libye

Editorial de Bernard Lugan : Sahel, bien identifier l’ennemi

L’Afrique Réelle N°110 – Février 2019

Sommaire

Dossier : Sahel

– Quel ennemi combattons-nous au Sahel ?

– Qui sont les jihadistes du Macina et de la région des trois frontières ?

– Mali : Dogon contre Peul, jihadisme ou guerre ethnique ?

Controverse :

Afrique du Sud : à qui appartient la terre ?

Editorial de Bernard Lugan : Sahel, bien identifier l’ennemi

Qui sont les GAT (groupes armés terroristes) sahéliens que combattent nos forces ?

– Des jihadistes animés par des motifs religieux ?
– Des trafiquants utilisant le jihadisme pour brouiller les pistes ?
– Des militants porteurs de revendications ethniques, sociales ou politiques revêtues du voile religieux ?
– Des combattants « multi-cartes » pouvant être les trois à la fois selon les circonstances et les opportunités ?

Pour nos Armées, la réponse à ces interrogations est évidemment essentielle. Etant bien entendu que les tendances lourdes, à savoir la démographie, l’opposition ethno-raciale nord-sud et la question de l’ethno-mathématique électorale ne pourront pas être réglées par leur intervention.

Placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou des ressources, nos forces percutent régulièrement les constantes et les dynamiques locales. Leur action s’inscrit donc dans une nébuleuse à l’intérieur de laquelle tout classement géométrique « à l’européenne » est une illusion, et plus encore, un danger.

Comment en serait-il autrement tant la réalité du terrain est faite d’alliances pragmatiques et ponctuelles, de loyautés mouvantes et d’allégeances conjoncturelles dont les véritables objectifs ne sont en réalité, et contrairement à ce qui est constamment affirmé, qu’accessoirement religieux ?

Face à ce brouillard, mettre par principe une étiquette « jihadiste » ou « GAT », sur tous ceux qui n’entrent pas dans les classifications définies à Paris est une facilité. Elle aboutit à désigner un « ennemi de confort », ce qui revient à éluder les questions complexes que nos états-majors n’ont que quelques mois pour appréhender avant leur projection.

Un exemple : considérer comme jihadiste l’actuelle alliance de circonstance nouée entre orpailleurs, trafiquants et irrédentistes toubou dans la région de Miski-Kouri Bougoudi dans le nord du Tchad pourrait avoir trois conséquences désastreuses :

1) Favoriser la coagulation de groupes aux intérêts contradictoires alors que la priorité est à leur division.

2) Permettre aux jihadistes d’entrer dans le jeu en proposant leur soutien au « comité d’autodéfense » actuellement ciblé par l’armée tchadienne, alors que tout devrait être fait pour assurer le confinement du conflit.

3) Provoquer la déstabilisation de l’irrédentiste Tibesti, région au contact du puzzle tribalo-politique de Libye et des zones Toubou du nord-est du Niger, alors que l’urgence est d’éviter l’embrasement régional.

L’approfondissement de la connaissance des dynamiques locales est donc une priorité pour nos Armées. Tant à Coëtquidan qu’à l’Ecole de Guerre et au niveau le plus élevé du commandement.

Publié par Administrateur à 00:19

http://bernardlugan.blogspot.com/

https://ombre43.com/2019/03/08/editorial-de-bernard-lugan-sahel-bien-identifier-lennemi/

Les préalables pour un engagement inclusif du Tchad au sein de la Force Conjointe du G5 Sahel (4/4)

Les préalables pour un engagement inclusif du Tchad au sein de la Force Conjointe du G5 Sahel (4/4)

L’accentuation des difficultés économiques, le recul de l’État de droit ainsi que l’indifférence de la communauté internationale face au non-respect des principes démocratiques semblent être les principaux dangers qui guettent le Tchad, corrélativement à son engagement dans la nouvelle Force Conjointe du G5 Sahel[1].

Le Tchad au cœur de la poudrière du Sahel.
Le Tchad au cœur de la poudrière du Sahel.

Une communauté internationale dans une critique ambivalente du régime tchadien

S’agissant spécifiquement de la gouvernance démocratique, il ressort que la retenue affichée par la communauté internationale à l’égard du Tchad, malgré les nombreuses accusations sur le non-respect des droits de l’homme, interpelle. C’est le cas de la France, dont les différents chefs d’État de ces dix dernières années, de Nicolas Sarkozy en passant par François Hollande jusqu’à Emmanuel Macron, n’ont pas montré une réelle fermeté à l’encontre du Tchad. Sous Nicolas Sarkozy par exemple, le pouvoir d’Idriss Deby est sauvé in extremis par la France après que les rebelles avaient encerclé le palais présidentiel en 2008[2]. Quant à François Hollande et Emmanuel Macron, après avoir voulu introduire plus d’éthique et de transparence dans les relations franco-africaines, la realpolitik semble avoir eu raison de leur volontarisme vis-à-vis du Tchad.

C’est ainsi qu’au début de son quinquennat, François Hollande repousse à plusieurs reprises sa rencontre avec Idriss Deby « jugé infréquentable à cause du déficit démocratique dont souffre son régime », mais se trouve par la suite dans l’obligation de le recevoir début décembre 2012 à Paris. Pour cause, le président français était dans l’attente de la résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations-Unies qui allait autoriser l’intervention Serval au Mali. Face aux tergiversations des États de l’Afrique de l’Ouest, divisés sur la pertinence d’une intervention dans un État voisin, le Tchad s’impose indéniablement comme le partenaire régional indiqué pour accompagner l’expédition française du nord Mali[3].

Pour ce qui est d’Emmanuel Macron, les positions prises par son gouvernement à l’égard du Tchad, relativement à la bonne gouvernance et au respect des droits de l’homme, s’apparentent plus à des incantations qu’à une réelle volonté de faire pression sur le pouvoir en place à N’Djamena. Pourtant, entre les arrestations arbitraires de journalistes, les manifestations réprimées violemment ou la nouvelle modification de la constitution permettant à Idriss Deby d’être candidat à l’élection présidentielle jusqu’en 2033, les occasions ne manquent pas pour dénoncer les dérives autoritaires du régime de N’Djamena[4].

Toujours sur la question du respect des droits de l’homme et des valeurs démocratiques, même les États-Unis, un autre partenaire de poids du Tchad, ne formulent pas ouvertement de critiques contre le Tchad, mais se contentent généralement de déclarations de circonstances énoncées dans des rapports officiels[5]. D’ailleurs, le décret du gouvernement américain, interdisant aux ressortissants tchadiens l’accès au territoire américain, ne fait nullement mention de motifs liés au non-respect des droits de l’homme, mais met plutôt en cause la fiabilité du Tchad quant à sa capacité à coopérer de manière sincère dans le partage de renseignements[6]. Tout du moins, ce sont les organisations non-gouvernementales[7], les associations de la société civile ou les partis d’opposition qui s’occupent désormais de faire la veille démocratique au Tchad[8].

Le pouvoir d’Idriss Deby et de son cercle proche renforcé par ces rapports ambigus

Cette prévenance, manifestée à l’égard du Tchad au nom des intérêts stratégiques, renforce le pouvoir du président Idriss Deby en interne. Il en découle ainsi une gestion patrimoniale de l’État, doublée d’une restriction des libertés. Dans le contexte actuel du Tchad, la gestion des affaires publiques spécialement celle du pétrole qui représente 73 % des revenus et 90 % des exportations, est accaparée par la famille présidentielle et semble s’opérer de manière concentrique.

Tout d’abord, il y a la famille du président dont l’influence est notoire notamment à travers Hinda Deby, l’une des épouses d’Idriss Deby. Ensuite, viennent les proches parents ; frères, beaux-frères, neveux auxquels s’ajoutent des personnalités cooptées au gré des affinités nouées avec la famille du président[9]. Ce mode de gestion privée de l’État génère de la prévarication puis de la frustration populaire qui sont à la base des mécontentements sociaux et des insurrections armées. Les effets de la gestion patrimoniale de l’État se font également sentir au sein de l’armée. Une situation qui appelle à une réforme structurelle de cette institution incontournable dans la vie sociopolitique du Tchad.

Idriss Deby, président du Tchad. G5 Sahel. Les Yeux du Monde.
Idriss Deby, président du Tchad.

L’armée tchadienne, une institution à réformer

Dans le domaine de la gouvernance sécuritaire, il apparaît clairement que le Tchad se trouve dans l’urgence de réactiver les réformes structurelles entamées en 2011 avec l’appui de la coopération française visant à « dégraisser » son armée en luttant contre les fraudes aux effectifs et en réduisant les accusations de violences commises par la soldatesque et ses cadres[10]. En effet, unanimement réputée comme étant sinon la meilleure du moins l’une des plus expérimentées d’Afrique, l’armée tchadienne à y regarder de près présente, néanmoins, beaucoup de défauts souvent minorés ou sciemment ignorés. Dans les faits, cette institution est scindée en deux, avec d’un côté l’élite en l’occurrence la Direction Générale de Services de Sécurité des Institutions de l’État (DGSSIE), l’ancienne garde présidentielle composée de 14 000 hommes issus majoritairement de la communauté Zaghawa, l’ethnie du président Idriss Deby. Elle est bien équipée et pourvue en moyens financiers conséquents[11].

De l’autre des unités hétéroclites, sous-équipées et composées du tout-venant avec entre autres des anciens rebelles, des commerçants, des étudiants, des éleveurs, des femmes… recrutés pour la plupart frauduleusement[12]. Pourtant, ces défaillances en perdurant sont enclines à mettre en péril non seulement le fragile équilibre acquis depuis 2008[13],mais aussi à remettre en cause le volontarisme militaire du pays qui représente son principal instrument diplomatique.

Le Tchad dans la FC G5 Sahel : une rationalisation nécessaire pour l’efficacité de son engagement

La contribution du Tchad dans la lutte contre l’insécurité en Afrique globalement et au Sahel en particulier est indéniable. Cependant, son incidence pèse lourd dans la mesure où son activisme peine à s’inscrire dans une trajectoire cohérente et avantageuse pour le pays[14]. Et ce d’autant que le régime du président Idriss Deby fait face à des contraintes à la fois structurelles et conjoncturelles susceptibles d’avoir des conséquences néfastes sur la gouvernance économique et la stabilité sociopolitique.

Dès lors, certains impératifs s’imposent pour le Tchad. En premier lieu, celui de systématiser une stratégie d’intervention, au sein d’une zone clairement définie. En second lieu, les difficultés économiques aidant, émerge la nécessité de la compatibilité entre les multiples opérations extérieures et les intérêts des populations. Enfin, le positionnement stratégique du Tchad sur l’échiquier africain est essentiel.

Ainsi, c’est finalement la rationalisation de la projection extérieure du Tchad qui apparaît comme l’enjeu principal de son futur engagement au sein de la nouvelle Force Conjointe du G5 Sahel. Ce nouveau challenge révèlera en effet sa capacité à articuler de manière satisfaisante son volontarisme militaire avec ses intérêts socio-économiques et géopolitiques. Une performance qui a, jusqu’ici, cruellement fait défaut, vu que le Tchad a administré la preuve de son incapacité à définir clairement une stratégie précise lors de ses précédentes interventions armées sur la scène africaine.

Les auteurs

Stéphane Bertrand Andenga est analyste au sein du 2r3s (Réseau de Réflexion Stratégique sur la Sécurité au Sahel) et doctorant à l’Institut des Relations Internationales du Cameroun (IRIC).

David Vigneron est Secrétaire général du 2r3s (Réseau de Réflexion Stratégique sur la Sécurité au Sahel) et docteur en géographie.

Ezept Valmo Kimitene est expert associé au 2r3s (Réseau de Réflexion Stratégique sur la Sécurité au Sahel) et docteur en géographie.

Sources

[1]La rédaction Charilogone média,« Tchad : une alternance bâillonnée au nom de la lutte contre le terrorisme ! », le 28 août 2017,http://magazine-charilogone.over-blog.com/2016/06/tchad-une-alternance-baillonnee-au-nom-de-la-lutte-contre-le-terrorisme.html

[2] D’ERSU L. et PLOQUIN J.-C., « La France a permis à Idriss Deby de sauver son régime », La Croix, le 7 février 2008, https://www.la-croix.com/Actualite/Monde/La-France-a-permis-a-Idriss-Deby-de-sauver-son-regime-_NG_-2008-02-07-668191

[3]TISSERON A.,Op.cit., p. 12.

[4] BENOIT J., « Macron, complice silencieux du Président tchadien ?», Le Nouvel Obs, le 13 juillet 2017, https://www.nouvelobs.com/monde/20170713.OBS2105/macron-complice-silencieux-du-president-tchadien.html

[5]Country Reports on Terrorism 2016— US, Departmentof state,https://www.state.gov/documents/organization/272488.pdf

[6]RFI, le 25 septembre 2017,op.cit.

[7]AFP, « Amnesty dénonce la répression au Tchad »,VOA Afrique, le 14 septembre 2017,https://www.voaafrique.com/a/amnesty-denonce-l…de-la…au-tchad/4028455.html

[8]AFP, « Tchad, les partis politiques d’opposition appellent à ne « pas baisser les bras » face au gouvernement », Jeune Afrique, le 7 février 2018, http://www.jeuneafrique.com/528476/politique/tchad-les-partis-politiques-dopposition-appellent-a-ne-pas-baisser-les-bras-face-au-gouvernement/

[9]Africa Intelligence, « Comment Hinda Deby Itno, contrôle les leviers pétroliers du pays », le 30 octobre 2015, https://www.africaintelligence.fr/aif/insiders/tchad/2015/10/30/comment-hinda-deby-itno-controle-les-leviers-petroliers-du-pays/108108419-be1

[10]Tshitenge LUBABU M.K, « Tchad : l’opération « nettoyage » de l’armée a commencé », Jeune Afrique, le 10 novembre 2010, cité par TISSERON A, op.cit., p. 7.

[11]À cet effet, la DGSSIE (Direction Générale des Services de Sécurité et des Institutions de l’État) bénéficie par exemple d’une enveloppe budgétaire de 42 milliards de F.CFA soit (64 millions d’euros) en 2014 en comparaison le budget de l’armée de terre se situe à 9 milliards de F.CFA c’est-à-dire moins de (14 millions d’euros).

[12]TISSERON A., op.cit.

[13]Kappès-Grangé A., « Tchad : la stabilité malgré tout »,Jeune Afrique, le 4 avril 2012,http://www.jeuneafrique.com/142242/politique/tchad-la-stabilit-malgr-tout/

[14] Sahel Elite, « Tchad/Mali-MINUSMA : déjà plus de 50 Casques bleus tchadiens morts au Mali », 09 septembre 2018, disponible sur l’URL : https://httpsahel-elite.com/2018/09/09/tchad-mali-minusma-deja-plus-de-50-casques-bleus-tchadiens-morts-au-mali/

 

https://les-yeux-du-monde.fr/actualite/actualite-analysee/38156-les-prealables-pour-un-engagement-inclusif-du-tchad-au-sein-de-la-force-conjointe-du-g5-sahel-4-4

Synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018

12/18 Actualité internationale

Synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018

Par Axelle DEGANS, le 30 décembre 2018  Imprimer l'article  lecture optimisée  Télécharger l'article au format PDF

Agrégée d’histoire, Professeure de chaire supérieure au lycée Faidherbe (Lille) où elle enseigne la géopolitique en classes préparatoires économiques et commerciales. Membre du laboratoire HABITER (EA 2076) de l’Université Reims Champagne-Ardenne. Elle est notamment auteure de A. Degans, « Réussite aux concours 2019 ! La synthèse de l’actualité internationale 2018 », éd. Diploweb, via Amazon, 2019.

Voici une synthèse de l’actualité internationale de décembre 2018 qui sera fort utile à tous ceux qui veulent disposer d’un point de l’actualité géopolitique, voire préparent un concours. Pour ne rien manquer, et recevoir nos alertes sur des documents importants, le plus simple est de s’abonner gratuitement à notre Lettre d’information hebdomadaire ou au compte twitter de veille géopolitique @diploweb (+ de 12 000 followers)

Le sort des urnes

En Géorgie, Salomé Zourabichvili est devenue en décembre 2018 la nouvelle présidente de la Géorgie, république du Caucase. C’est la dernière élection présidentielle qui procède du suffrage universel direct, la prochaine sera indirecte, le président étant choisi par les parlementaires. La nouvelle présidente est connue en France pour avoir précédemment embrassé une carrière au Quai d’Orsay.

Andry Raejolina a remporté en décembre 2018 les élections présidentielles malgaches avec un peu plus de 55 % des suffrages exprimés pour une participation d’un peu moins de 50%. La commission électorale doit confirmer les résultats alors que son challenger dénonce des fraudes électorales. Cette élection a été l’occasion de dépenses somptuaires alors que le revenu moyen des malgaches est aujourd’hui inférieur à celui du moment de l’indépendance. Le pays est gangréné par la corruption et le système de la « rapine », c’est-à-dire des prélèvements effectués sur les produits exportés.

En République démocratique du Congo (RDC) les élections présidentielles prévues pour décembre 2018 ont de nouveau été repoussées, ce qui laisse planer de fortes inquiétudes. Une vingtaine de candidats se présentent pourtant à ces élections. … L’Eglise catholique, une des rares structures qui maille encore l’ensemble du territoire congolais, promet d’être vigilante et de veiller à ce que le scrutin puisse se dérouler dans les meilleures conditions possibles. Joseph Kabila est président depuis la mort de son père – le seigneur de guerre Laurent-Désiré Kabila -en 2001. Il a été élu en 2006 puis en 2011. Les élections présidentielles auraient dû se tenir en 2016, mais elles sont depuis sans cesse ajournées, le président – qui ne peut se présenter pour un troisième mandat – restant au pouvoir. Le report partiel des élections, qui doivent se tenir le 30 décembre, n’est pas un bon signe.

Les nouvelles d’Afrique

En Tunisie, huit années presque jour pour jour après l’immolation du jeune Mohamed Bouazizi (décembre 2010) qui a été le point de départ de la « révolution du jasmin » et plus généralement des révoltes arabes, un autre jeune, journaliste cette fois-ci, s’est immolé en décembre 2018 à Kasserine. Il a voulu, par son geste désespéré, dénoncer l’absence de perspective d’avenir dans son pays. Des heurts ont éclaté dans plusieurs villes tunisiennes, montrant que rien n’est réglé depuis la chute du président Ben Ali (2011) et la transition vers la démocratie. La situation économique et sociale reste bloquée, pour le malheur d’une jeunesse nombreuse et diplômée. L’islamisme radical monte dans ce pays où l’avenir semble sombre.

Le danger djihadiste est loin d’avoir disparu au Sahel comme le rappelle les récents affrontements au Mali. Le président Emmanuel Macron est allé réveillonner avec les troupes françaises au Tchad, réaffirmant ainsi son soutien à l’engagement militaire au côté du G5 Sahel (Tchad, Burkina Faso, Mali, Niger et Mauritanie). Il demande à l’Union européenne de contribuer au plus vite au financement de cette action commune visant à éloigner le danger djihadiste de l‘UE.

Au Maroc, deux jeunes touristes scandinaves ont été assassinées en décembre 2018 par des djihadistes. Une révélation perturbante pour le royaume chérifien. Au Niger, une centaine d’écoles ont été fermées en raison de menaces djihadistes.

Les Etats-Unis de Donald Trump

Synthèse de l'actualité internationale de décembre 2018
Général James Mattis
Source : Wikipédia

Le président Donald Trump annonce en décembre 2018 le retrait les troupes américaines de Syrie, déclarant que l’Etat islamique a définitivement été battu… mais rien n’est moins sûr. Il tient ainsi une de ses promesses électorales. C’est une décision assez populaire au sein de la population américaine, attachée à l’« America first ». Les effectifs militaires engagés (2 000 en Syrie et 14 000 en Afghanistan) devraient être divisés par plus de deux, mais les effectifs en Irak (5 200 hommes) devraient être maintenus. Cette décision, essentiellement décidée pour des considérations internes aux Etats-Unis n’est pas étrangère à la démission du secrétaire à la Défense, le général James Mattis. Elle pénalise les Kurdes que Washington avait jusque là soutenus mais satisfait grandement la Turquie qui ne veut pas de la création d’un Kurdistan indépendant.

Les Etats-Unis sont de nouveau confrontés en décembre 2018 à un « shut down », comme ils l’ont déjà été sous les mandatures de Bill Clinton ou Barack Obama. Le Congrès américain doit donner son accord pour un dépassement de budget – creusant donc davantage le déficit – pour financer la politique voulue par le président. Sinon, les fonctionnaires arrêtent d’être payés et des administrations ferment leurs portes. Il s’agit du troisième « shut down » de l’année 2018 après ceux des mois de janvier et février. Le bras de fer avec les parlementaires se cristallise autour du financement du mur que Donald Trump a promis d’ériger à la frontière avec le Mexique.

Le quarante-et-unième président des Etats-Unis, Georges Herbert Bush est décédé. Il a reçu des hommages nationaux et même internationaux. Il a été le président de la fin de la Guerre froide et de la guerre du Golfe, deux guerres gagnées par les Etats-Unis. L’actuel président a ostensiblement marqué une certaine indifférence à cette occasion.

La bulle qui s’est formée avec les cryptomonnaies – comme le bitcoin – au cours de l’année 2017 a fini par éclater en 2018. Ainsi, l’indice Bloomberg des cryptomonnaies les plus importantes a baissé de 80%, pour le plus grand malheur des spéculateurs qui y ont cru. Le krach des cryptomonnaies correspond aussi à une très mauvaise année boursière

Quelques nouvelles d’Asie

Le Japon est confronté à un environnement qu’il perçoit comme de plus en plus dangereux. Moscou a décidé de construire des bâtiments pour accueillir des soldats russes sur les iles Kouriles revendiquées par le Japon. Inquiet face à une Chine dont l’affirmation ne lui apparait pas pacifique, de l’imprévisibilité de la Corée du Nord, le Japon vient d’accroitre en décembre 2018 son budget militaire de plus de 200 milliards d’euros sur les cinq prochaines années, pour acquérir de nouveaux avions de chasse auprès de Washington et transformer deux porte-hélicoptères en porte-avions.

Le Qatar, qui est l’objet d’un boycott de ses voisins emmenés par l’Arabie saoudite, a décidé de façon très symbolique de sortir en décembre 2018 de l’OPEP, le cartel des exportateurs de pétrole. C’est une manière de montrer sa résistance face à la politique de Riyad.

Une angoissante nouvelle vient de se produire, la naissance de bébés – des jumelles – génétiquement modifiées. Elles le sont pour résister au Sida, une maladie qui n’afflige pas sa famille et qui n’empêche pas de naissance viable. Le chercheur et généticien français Axel Kahn a des mots très durs vis-à-vis de celui qui a permis cette naissance, qui ne relève d’aucune avancée scientifique mais d’une simple « audace » pour entrer dans l’Histoire. Il ajoute que le Sida ne sera peut-être même plus un fléau du monde quand ces petites chinoises parviendront à l’âge adulte, par contre, le code génétique de ces enfants est modifié sans en avoir la maitrise complète. Le médecin a une terrible responsabilité envers elles, qu’il ne pourra jamais assumer. Un terrible précédent pour une humanité qui n’a rien à gagner à jouer aux apprentis-sorciers avec la génétique.

L’Indonésie est de nouveau frappée en décembre 2018 par des catastrophes naturelles après celles qui ont endeuillé l’archipel durant l’été 2018. Cette fois-ci l’activité du volcan Krakatoa est responsable d’un tsunami qui a frappé la région du détroit de la Sonde – le détroit le plus utilisé dans la région après celui de Malacca – et provoqué la mort de plus de quatre cent trente personnes.

Une gouvernance mondiale contestée

La COP 24 s’est tenue en décembre 2018 en Pologne, à Katowice. Après les engagements pris à Paris lors de la COP 21 concernant la limitation des gaz à effet de serre (GES) pour contenir le réchauffement climatique, force est de constater que ceux-ci n’ont pas réellement été tenus. Les ambitions affichées en Pologne sont bien plus modestes. Un sommet pour rien ?

L’ONU a fait signer en décembre 2018 un pacte sur les migrations qui est dénoncé par certains pays. Ainsi, les Etats-Unis, certains pays européens (Autriche, la Bulgarie, l’Estonie, la Hongrie, la Lettonie, la Pologne la République tchèque ou la Suisse), l’Australie, le Chili, ou Israël ont refusé de le ratifier. La signature apposée par Bruxelles a provoqué une crise gouvernementale en Belgique. Si l’ONU met en valeur que les Etats signataires conservent leur souveraineté en matière migratoire, les Etats non signataires craignent, eux, que ce texte devienne un argument de droit pour de futurs et possibles recours en justice alors que ce texte ne fait pas suffisamment la part entre migrations légales et migrations illégales.

La réunion du G20 – les vingt premières économies mondiales – s’est tenue en décembre 2018 à Buenos Aires, en Argentine. Elle n’a débouché sur « aucun recul », manière très diplomatique de ne pas dire que rien n’a fait plier Donald Trump, moins enclin au libre-échange multilatéral que ses prédécesseurs. Les entretiens bilatéraux se sont en revanche multipliés en marge de cette réunion.

Une Europe agitée

Dans l’Union européenne, les manifestations se multiplient en décembre 2018. En Hongrie contre le pouvoir de Viktor Orban [1]. En France, les gilets jaunes manifestent tous les samedi depuis le milieu du mois de novembre. A Bruxelles contre le pacte migratoire signé sous l’égide de l’ONU. Ces manifestations témoignent d’un vrai malaise qui saisit les Européens.


Bonus vidéo. L’Union européenne est-elle condamnée à l’impuissance ?


Le sommet de Bruxelles de décembre 2018 aboutit à la décision de créer un instrument budgétaire de la zone euro pour parvenir à un budget d’investissement.

En France, l’indice de fécondité s’élève désormais à 1,92 enfant par femme après s’être stabilisé autour de 2 enfants pour la période 2006-2014. Les générations ne sont donc plus renouvelées, ce qui accentue le vieillissement de la population.

Dans les Balkans, le Kosovo annonce en décembre 2018 sa volonté de créer une armée d’environ 5000 hommes pour remplacer les 2 500 hommes des forces de sécurité du Kosovo. Celui-ci est sous perfusions internationales, et la KFOR – dépendant de l’OTAN – assure sa sécurité. Si les aspirations du Kosovo sont soutenues par Washington, le Secrétaire général de l’ONU appelle à la retenue et la Serbie manifeste son mécontentement.

A Cuba, l’après Castro en désenchantement ?

A Cuba, la situation économique continue à se dégrader après le revirement de la politique de Washington. Les pénuries alimentaires s’aggravent, y compris pour les produits de première nécessité comme la farine et donc le pain. La situation de décembre 2018 n’est pas sans rappeler la crise sévère – la « période spéciale » – qu’a traversé l’ile au lendemain de la chute de l’URSS (décembre 1991) qui finançait le régime castriste. Le président cubain Miguel Diaz-Canel s’est récemment fâché avec le nouveau président brésilien Bolsonaro, et donc l’un de ses importants partenaires économiques. Russie et Chine pourraient être des recours pour la Havane, dont le régime quasi autistique se préoccupe aujourd’hui de l’informatisation de l’ile…

La Havane a aussi décidé d’encadrer davantage les entrepreneurs privés pour lutter contre le travail illégal. Or près de 13% de la population travaille désormais à son compte, les « cuentapopistas », souvent de petits artisans ou commerçants. Il s’agit aussi pour le pouvoir d’inciter les étrangers à investir dans l’ile.

Bonnes nouvelles

En France, la ville de Grasse vient d’être classée en décembre 2018 au patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO pour ses savoir-faire, déjà mondialement reconnus, dans le domaine du parfum.

Un bien fragile cessez-le-feu est signé en décembre 2018 entre les protagonistes de la guerre du Yémen. Ce conflit a déjà tué près de 100 000 civils et causé l’une des pires catastrophes humanitaires de ce nouveau siècle. Plus de 15 millions de Yéménites sont en situation d’ « urgence alimentaire ».

Les Françaises sont en décembre 2018 championnes du monde de handball, un véritable exploit, qu’elles réitèrent après leur premier titre mondial décroché en 2003.

Je vous présente mes meilleurs vœux pour 2019 en espérant une belle année géopolitique !

Copyright décembre 2018-Degans/Diploweb.com

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Sahel-Sahara : Le Maroc, « un acteur incontournable »

International

Sahel-Sahara : Le Maroc, « un acteur incontournable »

le 5 septembre 2018

Le Maroc est un « acteur incontournable » pour faire face aux divers défis sécuritaires dans la région du Sahel et du Sahara et assurer sa stabilité et sa prospérité, a indiqué, mercredi à New Delhi, M. Mohamed Benhammou, président du Centre marocain des études stratégiques.

« Le Maroc reste le seul pays stable dans cette zone pleine de turbulences grâce à son adoption d’une approche sécuritaire proactive basée sur le développement humain, la restructuration du champ religieux, la formation des imams mourchidines et mourchidates, la gouvernance sécuritaire et la bonne analyse stratégique », a souligné M. Benhammou dans une intervention lors d’une conférence internationale tenue sous le thème « changer le paradigme de la sécurité en Asie de l’Ouest: Réponses régionales et internationales ».

Après les attentats terroristes de Casablanca, le 16 mai 2003, le Royaume a adopté une approche sécuritaire qui lui a permis de faire face à plusieurs défis aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur et d’occuper une place de choix sur l’échiquier continental », a-t-il dit.

Ainsi, le Maroc a choisi de focaliser ses efforts sur la lutte contre la pauvreté et l’analphabétisme en lançant l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), qui constitue un projet de grande envergure visant à éliminer toute forme de marginalisation et de vulnérabilité.

Le spécialiste marocain a indiqué que le Royaume a aussi décidé la restructuration de la réforme du champ religieux pour barrer la route à l’extrémisme et à la radicalisation, à travers notamment l’encadrement et la formation des prédicateurs.

Pour promouvoir un Islam tolèrent et du juste milieu dans le monde, notamment en Afrique, le Maroc s’est engagé à partager son expérience « inédite » et dispenser des formations adéquates aux imams issus de différents pays, a-t-il poursuivi.

M. Benhammou a souligné, lors de son intervention sur le thème « les nouveaux défis sécuritaires en Afrique du Nord: L’approche marocaine » que la région de l’Afrique du Nord reste fragile après le « printemps arabe » qui a donné lieu à l’émergence de groupes terroristes et des milices, aux bouleversements politiques, conflits civils et aux violences sectaires, mais aussi à la croissance de l’immigration clandestine et du trafic d’armes.

Organisée par l’Institut indien d’études et d’analyses de la défense (IDSA), la conférence a pour objectifs d’examiner et d’analyser les dynamiques de sécurité émergentes dans le monde, notamment en Asie d’Ouest, et de formuler des réponses à tous les défis et menaces qui guettent ces régions et visent leur sécurité et stabilité.

Cette conférence de trois jours est marquée par la participation de plusieurs personnalités politiques internationales, des médias et des experts et académiciens appartenant à des centres de recherche et d’analyse très prestigieux.

LNT avec Map

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Revue de presse nationale et internationale.

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