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La stratégie russe de développement de l’intelligence artificielle

SCIENCES ET TECHNOLOGIES 30 NOVEMBRE 2019

La stratégie russe de développement de l’intelligence artificielle

Vladimir Poutine 2 (Crédits World Economic Forum, licence Creative Commons)

Comme elle a su le faire pour la conquête spatiale au milieu du XXe siècle, la Russie s’est mise en ordre de marche pour la conquête de l’intelligence artificielle.

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Par Thierry Berthier et Yannick Harrel, expert en cybertstratégie russe1.
Un article de The Conversation

Le 1er septembre 2017, le président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine énonça lors du discours de rentrée universitaire ces propos sentencieux :

« L’intelligence artificielle est l’avenir, non seulement pour la Russie, mais pour toute l’humanité. Cela présente des opportunités colossales, mais aussi des menaces difficiles à prévoir aujourd’hui. Quiconque deviendra le leader dans ce domaine deviendra le dirigeant du monde. »

L’oukaze (loi) fixant le cadre, les objectifs et les moyens du développement de l’intelligence artificielle en Russie a été promulgué près de deux ans plus tard, le 10 octobre 2019. Ce décret présidentiel s’inscrit dans une volonté politique plus large : garantir la souveraineté technologique de la Fédération de Russie. Une ambition qu’est encore venue illustrer la participation remarquée de Vladimir Poutine à la conférence sur l’Intelligence Artificielle tenue le 9 novembre 2019 à Moscou.

CONTEXTUALISATION HISTORIQUE DE LA STRATÉGIE INFORMATIONNELLE ET CYBER RUSSE DEPUIS LES ANNÉES 2000

La doctrine de la Fédération de Russie en matière de cyberespace – ou plus exactement de « stratégie informationnelle » – date du 9 septembre 2000. Elle a été révisée à la marge le 5 décembre 2016, restant immuable sur ses aspects principaux :

  • la défense des intérêts nationaux (sur le plan technique mais aussi civilisationnel, moral et spirituel) ;
  • la nécessité d’un secteur informationnel propice à l’émergence de champions nationaux et internationaux ;
  • l’appui d’outils et de services informationnels au développement économique ;
  • l’émergence d’une société informationnelle sûre et fiable.

Ce corpus doctrinal, relativement neutre technologiquement, d’où sa pérennité, fut complété au fil des années par plusieurs textes officiels à l’orientation ostensiblement plus technique, qui fournissent des définitions, des rapports de situation, des objectifs, le cadre législatif et la liste des acteurs financiers impliqués.

Citons par exemple la Stratégie de développement de l’industrie des technologies de l’information de la Fédération de Russie pour 2014-2020 et perspectives à l’horizon 2025 ou, plus récemment, la Stratégie pour le développement de la société informationnelle 2017-2030.

Certains textes complémentaires peuvent être très ciblés, comme la loi fédérale sur l’information, les technologies de l’information et de la protection de l’information n°149-FZ du 27 juillet 2006, laquelle sera modifiée à plusieurs reprises, notamment via la loi fédérale n°242-FZ du 21 juillet 2014 (concernant la protection des données des citoyens russes hébergées sur des serveurs situés sur le territoire national), la loi fédérale n°276-FZ du 29 juillet 2017 (réglementant l’utilisation et le développement des outils d’anonymisation) et la loi fédérale n°90-FZ du 1er mai 2019 (qui porte sur la résilience du réseau Internet en cas de blocage ou de dysfonctionnement majeur du DNS).

Il ne faudrait cependant pas omettre les déclarations du président Poutine, qui donnent le la quant aux futures orientations stratégiques du pays. Ce fut l’objet de son fameux discours du 1er mars 2018, en pleine campagne de réélection, face aux représentants des deux Chambres ainsi qu’aux membres du gouvernement Medvedev. Dans un contexte de grande tension avec ses homologues occidentaux, il confirme la détermination de la Russie à assurer sa sécurité militaire par le développement de diverses armes… mais, aussi, de l’intelligence artificielle, évoquée à deux reprises, signe de son importance. D’où son aboutissement logique avec l’oukaze n°490 du 10 octobre 2019.

L’OUKAZE DU 10 OCTOBRE 2019

Ce décret présidentiel de plus de vingt-trois pages est exclusivement focalisé sur l’intelligence artificielle et sur son écosystème, d’où ce titre sans ambiguïté : « Stratégie nationale du développement de l’intelligence artificielle pour la période s’étendant jusqu’à 2030 ».

Si le texte fixe comme horizon l’année 2030, il prévoit un rapport de situation et la finalisation des premiers objectifs pour l’année 2024, notamment dans le registre de la recherche (au travers du dépôt de brevets ou de publications scientifiques mais aussi de solutions pratiques pleinement fonctionnelles). L’article premier relatif aux dispositions générales annonce que la liste des documents cités n’exclut en rien les programmes nationaux où l’intelligence artificielle viendrait à s’appliquer, à tous les échelons du pays.

La définition russe de l’intelligence artificielle donnée à l’article 5 est la suivante :

« Ensemble de solutions technologiques permettant de simuler des fonctions cognitives humaines (incluant l’auto-apprentissage et la recherche de solutions sans l’appoint d’algorithmes prédéterminés) et d’obtenir des résultats lors de tâches spécifiques comparables aux résultats de l’activité intellectuelle humaine. »

Si le document prend soin de rappeler le contexte global de course à l’intelligence artificielle (chiffres à l’appui) et de souligner les ressources techniques et humaines de la Fédération de Russie, il rappelle également qu’une absence de coordination et d’implication des différents acteurs nationaux serait préjudiciable pour la place mondiale de la Russie dans ce secteur stratégique.

Il est énoncé distinctement que la recherche scientifique spécifique à ce secteur doit être appuyée, que la qualité et l’accessibilité des données doivent être prioritaires, que les produits et services russes doivent bénéficier d’un accès facilité au marché mondial, que l’obtention de matériel informatique puissant est nécessaire et que l’émergence de cadres qualifiés dans ce domaine et d’un éveil de la population active aux possibilités offerte par l’intelligence artificielle doivent être stimulés.

Assez surprenant toutefois est l’objectif de création d’un système complexe de régulation des relations sociales issues du développement et de l’utilisation de l’intelligence artificielle. Il ne s’agit pas de contrôler les relations sociales déjà existantes par l’appoint de l’intelligence artificielle mais de réguler celles qui sont créées algorithmiquement : c’est là une projection peu commune. Autre point qu’il convient de souligner : le soutien au développement d’architectures matérielles basées sur l’intelligence neuromorphique.

Fait singulier, le télétravail est évoqué comme l’un des moyens d’attirer des spécialistes du secteur en améliorant leur environnement de recherche et de production. Par ailleurs, le recrutement de spécialistes étrangers est recommandé : pour les attirer, de hauts salaires sont préconisés, concomitamment à un cadre de travail agréable. Plus généralement, le texte octroie une place majeure à l’aspect humain, en insistant sur la qualité de la formation en recherche tant fondamentale qu’appliquée – et cela, sur le long terme.

Sont également encouragées la participation des spécialistes russes aux forums mondiaux et la mise à disposition, au profit de leurs collègues extérieurs, de bibliothèques ouvertes. Il est mentionné que des compétitions pourraient stimuler l’émulation et le progrès (on peut songer à cet égard aux Olympiades de l’informatique et à l’International Collegiate Programming Contest (ICPC) où les universités de l’ex-Union soviétique excellent depuis les années 2000).

Enfin, le texte recommande la mise en place de méthodes unifiées et régulièrement mises à jour permettant de développer des bases de données massives de qualité sur les serveurs publics afin d’alimenter les plates-formes d’apprentissage automatique.

Pour résumer, l’oukaze fixe deux dates butoir : 2024 et 2030. La première date est un point d’étape critique vers la seconde qui doit être l’aboutissement des objectifs fixés. La Russie, ayant appris des rigidités et de l’hypocrisie du Gosplan, a décidé de procéder par une approche cadrée mais non rigide, se ménageant une capacité d’évolution au gré des découvertes et aboutissements.

D’où l’avertissement inséré explicitement dans le document sur le potentiel ralentissement que provoqueraient des barrières administratives trop rigoureuses – message comminatoire destiné tant au législateur trop bavard qu’aux fonctionnaires trop zélés qui entraveraient la bonne marche d’une intelligence artificielle à la russe.

LES ENJEUX MILITAIRES LIÉS AU DÉVELOPPEMENT DE L’IA

Même si le volet militaire n’apparaît pas directement dans l’oukaze du 10 octobre 2019, il faut garder à l’esprit qu’il est bien présent en arrière-plan de chaque direction ou préconisation fixée par ce texte.

La doctrine militaire russe a pleinement intégré l’apport de l’intelligence artificielle dans le contexte global de robotisation du champ de bataille pour le combat terrestre, aérien, naval, sous-marin, cyber puis spatial. En 2018, le chef d’état-major des forces russes indiquait que la Russie s’engageait vers la robotisation de 33 % de ses matériels et de ses systèmes d’armes. Depuis, plusieurs hauts responsables ont déclaré qu’il fallait impérativement retirer le soldat russe de la zone d’immédiate conflictualité pour le remplacer par des plates-formes armées robotisées télé-opérées et semi-autonomes. La « dronification » des matériels militaires terrestres russes est en bonne marche.

De nombreuses plates-formes ont été développées, testées et améliorées, y compris sur le théâtre de guerre syrien. De grands programmes industriels ont été lancés comme celui du char de combat T14 Armata qui évolue rapidement vers une plate-forme télé-opérée sans équipage (sans doute la première au monde de ce genre). Ou encore le projet d’aéronef de cinquième génération Su-57 qui, en sa prochaine mouture, est censé embarquer un système intégré algorithmique de complète délégation de vol.

On ne compte plus le nombre de plates-formes robotisées de taille intermédiaire créées depuis 2015 et utilisées pour les campagnes de déminage, de détection d’explosifs, d’actions en zone ayant subi une pollution NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique), d’acquisition de renseignements, de surveillance automatique de zones sensibles, de logistique, de ravitaillement ou d’appui feu.

Les forces terrestres russes seront dotées de plates-formes modulables, robustes, rapidement configurables et adaptables à des missions et à des contextes spécifiques comme le combat en milieu sous-terrain (grottes et tunnels), toujours très coûteux en vies humaines.

Fin 2009, les premiers robots de combat terrestre (UGV) russes dotés de capacités de duplication d’actions de combat ont fait leur apparition, à l’image du robot Marker, capable de suivre automatiquement un combattant humain superviseur et de reproduire fidèlement ses tirs lorsque celui-ci ouvre le feu sur une cible. Le développement d’UGV armés « dupliquants » transforme en profondeur les mécanismes du combat terrestre et constitue un important multiplicateur de puissance sur le théâtre des opérations.Présentation du robot Marker, publiée par la Fondation russe pour les projets de recherche avancés, février 2019.

Concrètement, le robot doit intervenir partout où il peut économiser le sang russe. La doctrine d’économie du sang est aussi liée à l’économie financière engendrée par le remplacement d’équipages humains par des systèmes automatisés produits en grande série. Ce choix stratégique de dronification des systèmes est d’ailleurs totalement partagé par les concurrents chinois et américain.

Quel que soit le milieu de confrontation (terre, air, mer, cyber), nous assistons ainsi à une course à l’autonomisation des systèmes d’armes impliquant les trois acteurs principaux – Russie, Chine, États-Unis. Cette course à l’armement semi-autonome s’appuie nécessairement sur les progrès technologiques et scientifiques réalisés en apprentissage automatique, en robotique, en optimisation ou en contrôle optimal. Les besoins en expertise dans ces champs de recherche motivent pleinement les mesures d’incitation au recrutement d’experts internationaux en IA et le développement de laboratoires et de structures de formation de haut niveau en IA.

Comme elle a su le faire pour la conquête spatiale au milieu du XXe siècle, la Russie s’est mise en ordre de marche pour la conquête de l’intelligence artificielle. Méthodiquement, sereinement, efficacement, elle installe ce puissant vecteur de puissance dans l’ensemble de ses structures militaro-industrielles.

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Yannick Harrel est expert en cyberstratégie russe et a assuré la traduction des textes russes
  2. https://www.contrepoints.org/2019/11/30/358895-la-strategie-russe-de-developpement-de-lintelligence-artificielle

LES AUTORITÉS DÉTIENNENT UN GRAND GROUPE QUI TENTE DE S’INTRODUIRE DANS LE CENTRE DE RECHERCHE ET DE TEST DE ROSCOSMOS

#RUSSIAChoix de l’éditeur 10.09.2019 – 0 views    0 ( 0 votes)

LES AUTORITÉS DÉTIENNENT UN GRAND GROUPE QUI TENTE DE S’INTRODUIRE DANS LE CENTRE DE RECHERCHE ET DE TEST DE ROSCOSMOS

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Authorities Detain Large Group Attempting To Break Into Roscosmos Research And Testing Center

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Le 9 septembre, il y a eu un « incident intéressant » dans lequel plusieurs personnes ont tenté de pénétrer dans un centre de recherche et d’essais de Roscosmos , a déclaré le chef de l’entreprise, Dmitry Rogozin .

« Les assaillants sont arrivés pour prendre des photos sur le toit et à l’intérieur des locaux sensibles et pour poster les images sur Internet », a déclaré le service de presse de Roscosmos.

«La police va découvrir qui ils sont. S’ils trouvaient quelque chose là-bas, y compris quelque chose qui n’était pas enregistré sur leurs appareils photo. Nous avons contacté la police. Ils ont trouvé beaucoup de choses intéressantes là-bas. Non seulement la police sera… intéressée. Il y a une affiliation politique et la citoyenneté des gars est intéressante », a déclaré Rogozin, cité par RIA.

Les services de sécurité et de garde de Roscosmos ont arrêté 17 personnes qui prévoyaient d’entrer sur le territoire du centre de recherche et d’essais de l’industrie spatiale et spatiale. Ils avaient prévu de prendre des photos sur le territoire de l’installation sensible et de grimper sur le toit.

Le rapport de la société indiquait que l’enquête avait établi que, dans la nuit du 8 au soir, près de 50 personnes prévoyaient d’entrer sur le territoire de l’installation « afin de vandaliser du matériel et d’autres actes illégaux ».

Rogozin a également déclaré que des étrangers avaient été arrêtés sur le territoire « où un stand pour Bourane » avait été créé plus tôt. Actuellement, Roscosmos ne l’utilise pas, mais le loue.

«Quoi qu’il en soit, il s’agit d’un vaste périmètre extérieur de notre entreprise», a déclaré le directeur de Roscosmos.

Il a rappelé que l’installation est la principale entreprise de Roskosmos, où tous les moteurs de fusées sont testés.

«Au début, un petit groupe a été arrêté, puis il est apparu que leurs camarades seraient présents. Ils ont emballé les camarades et les ont envoyés à la police. Sont-ils des vandales ou pas, mais quelqu’un est plus intéressant, ce n’est même pas important pour moi maintenant, il est important pour nous que le système fonctionne avec la sécurité », a déclaré le chef de Roscosmos.

«Ce n’est pas une question de savoir qui a pénétré, c’est une gifle au système de sécurité. Si un blogueur a pénétré, que Dieu le bénisse, ils le nettoieront et le laisseront partir, mais que se passe-t-il s’il s’agit d’un groupe de sabotage? Mon attitude envers toute pénétration, toute violation est négative. Je ne recommande à personne de monter dans le périmètre de sécurité », a déclaré Rogozin.

«Nous n’épargnerons personne: ce sont des blogueurs, des danseurs ou des terroristes, quelle est la différence? L’attitude sera la même », a-t-il ajouté.

La société est située dans le district de Sergiev Posad, dans la région de Moscou, dans la ville de Peresvet. Il existe des tests de moteurs de fusées et de vaisseaux spatiaux. Dans cette ville, des travaux étaient en cours pour créer le vaisseau spatial Vostok, sur lequel Youri Gagarine a effectué le premier vol habité dans l’espace.

Aucune autre information concernant l’identité des personnes arrêtées n’a été fournie.

Il convient de rappeler qu’en juin 2019, des millions de roubles de technologies spatiales utiles uniquement pour la Station spatiale internationale ont été volés dans les locaux d’une filiale de Roscosmos.

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Comment un drapeau planté sur la Lune peut-il flotter ?

Comment un drapeau planté sur la Lune peut-il flotter ?

par France Inter publié le 

Le 21 juillet 1969, Neil Armstrong, puis Buzz Aldrin, prennent la pose dans leur scaphandre à côté d’un drapeau américain. A quelques semaines du cinquantenaire des premiers pas de l’Homme sur la Lune, Maema, huit ans, pose la question de la possibilité d’un drapeau posé et flottant sur le satellite de la Terre.

Un drapeau sur la Lune peut-il flotter ? Ici Buzz Aldrin en juillet 1969 à coté du drapeau américain
Un drapeau sur la Lune peut-il flotter ? Ici Buzz Aldrin en juillet 1969 à coté du drapeau américain © Getty / The LIFE Picture Collection

La réponse de Christophe Bonnal, ingénieur, expert à la direction des lanceurs du CNES : 

« La question de Maema est intéressante car sur Terre, pour qu’un drapeau flotte, il faut qu’il y ait du vent. Et pour qu’il y ait du vent, il faut qu’il y ait de l’atmosphère (enveloppe gazeuse). Or sur la Lune, pas d’atmosphère, donc pas de vent ! 

Pour les puristes : en fait, il y a un tout petit peu d’atmosphère. C’est une atmosphère extrêmement ténue. On trouve quelques atomes par-ci par-là. Notamment quelques molécules de dégazage des cailloux qui sont chauffées par le soleil. Au total, l’atmosphère de la Lune représente 25 tonnes, presque rien. En tous les cas, pas assez pour faire flotter un drapeau.

Donc pour qu’un drapeau flotte, il faut tricher

Il faut mettre une barre horizontale sur le drapeau. On ne le voit pas bien, mais si on regarde de plus près les drapeaux des missions Apollo, on voit cet artifice. D’ailleurs, sur Apollo 15 (1971), ils ont cassé la barre. Donc on voit sur les clichés que le drapeau n’est pas brillant, qu’il est à moitié horizontal et qu’il flanche sur l’autre moitié. C’est comme ça qu’on peut tricher.

C’est amusant, si on regarde les photos à plusieurs jours d’intervalle le même drapeau sur la lune, il a exactement les même plis, car il n’y a rien pour le faire changer.

Un fois il a réellement été balayé par un souffle de vent

Le drapeau d’Apollo 11 était planté pas très loin du LEM, le module lunaire (véhicule spatial américain). Quand les astronautes ont redécollé de la Lune, le souffle de la fusée du LEM a couché le drapeau. Les fois suivantes, ils ont décidé de mettre le drapeau un peu plus loin.

Tellement loin que sur Apollo 12 (la mission avec Al Bean, novembre 1969), ils font deux sorties sur la Lune. La première : ils sortent, ils plantent le drapeau, ils reviennent dans le LEM qu’ils avaient repressurisé (ils avaient remis de l’atmosphère) de manière à pouvoir retirer leur scaphandre et pouvoir dormir un peu.

Après s’être reposés, ils ont remis leur scaphandre, donc, ils ont à nouveau dépressurisé, chassé l’air qui était dans le LEM, de manière à pouvoir ouvrir la porte pour aller sur la Lune. Quand ils ont ouvert la porte, il restait encore un peu d’atmosphère et on a vu le drapeau qui flottait grâce au peu de vent du LEM, mais c’était exceptionnel ! Mais à parier qu’un drapeau peut flotter sur la Lune… on peut parfois gagner ! »

Aller + Loin

Christophe BONNAL, est ingénieur, expert à la direction des lanceurs du CNES, il préside les commissions Débris spatiaux de la Fédération internationale d’aéronautique (FIA) et de l’Académie internationale d’astronautique (AIS). Il est l’auteur de Pollution spatiale, l’état d’urgence chez Belin.

https://www.franceinter.fr/culture/comment-un-drapeau-plante-sur-la-lune-peut-il-flotter#xtor=EPR-5-[Meilleur10062019]

Huawei : la guerre technologique est déclarée

Huawei ne devrait pas être le seul perdant du bras de fer engagé par les Etats-Unis.
PHOTO : © ZUMA Press/ZUMA/REA
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COMMERCE

Huawei : la guerre technologique est déclarée

En privant le le géant chinois des télécoms Huawei d’accès à leur marché, les Etats-Unis franchissent un cap dans leur affrontement commercial avec la Chine. Un épisode qui révèle également combien le secteur des télécoms dépend technologiquement d’un très petit nombre d’acteurs.

Les Etats-Unis ont sorti l’artillerie lourde. En annonçant l’inscription de l’entreprise chinoise Huawei sur la liste des sociétés avec lesquelles il est interdit de commercer, le gouvernement américain a franchi un cap dans la guerre technologique qui l’oppose avec la Chine. Aussitôt cette décision prise, toute une série d’entreprises américaines ont déclaré arrêter de fournir leurs services à Huawei. Ces décisions privent donc la société chinoise de nombreux services sur lesquels reposent ses produits, et en premier lieu ceux fournis par Google avec le système d’exploitation pour mobile Android. Cette décision n’impacte donc pas uniquement la société chinoise, mais aussi l’ensemble des utilisateurs de produits Huawei de par le monde. Et montre à que le secteur des télécommunications est technologiquement dépendant d’un très petit nombre d’acteurs, parmi lesquels Google… Et Huawei elle-même. Décryptage en cinq points.

1/ Pourquoi tant de tensions autour de Huawei ?

Huawei est essentiellement connue du grand public pour ses smartphones, marché dont elle occupe la deuxième place mondiale, derrière Samsung mais devant Apple. Mais l’entreprise est surtout un équipementier de télécoms : elle fournit les opérateurs téléphoniques (Orange, SFR, etc.) en routeurs et antennes relais. C’est même le leader mondial de ce secteur.

Or, dans le développement du réseau mobile cinquième génération, appelé plus communément la 5G, Huawei est également très bien positionnée. Les standards de cette technologie, qui doit être déployée dans les prochaines années, ne sont pas encore parfaitement définis, mais celle-ci constitue bien plus qu’une amélioration des standards antérieurs. En s’appuyant sur des bandes de fréquences bien plus élevées, elle pourra transmettre davantage de données et plus rapidement. Ses promoteurs avancent un débit multiplié par dix et un délai de transmission réduit d’autant. Sur cette technologie devrait se développer tout un tas d’usages nouveaux : la réalité virtuelle, les voitures autonomes, les objets connectés et, peut-être, l’industrie du futur.

Evidemment, l’acteur qui fournira le matériel sur lequel reposera la 5G aura un rôle stratégique majeur. Ce d’autant qu’on suspecte les équipementiers qui vont produire en série les antennes relais d’y ajouter des « portes dérobées » (backdoors). Celles-ci permettent de récupérer des informations et des données qui transitent par ces équipements.

Ce risque de cyberespionnage n’est cependant pas le seul qui explique les tensions. Un équipementier occupant une position dominante sur un réseau a aussi une capacité d’intervention sur ce dernier pour éventuellement l’interrompre à un moment donné et nuire à sa stabilité. C’est bien pour cela, alors que les opérateurs sont en train de faire leur choix entre les différents équipementiers pour leur futur réseau 5G, que ce sujet s’invite au cœur des tensions internationales et géopolitiques.

Reste qu’étant donné l’avance qu’avait prise Huawei, se passer d’elle pourrait ralentir le déploiement de la 5G de deux ans et coûter très cher, a estimé l’opérateur Deutsch Telekom.

2/ Que craignent les Etats-Unis ?

Washington accuse Huawei de cyberespionnage et de collaboration avec les autorités chinoises. S’ils n’ont pas de réelles preuves, les Etat-Unis s’appuient sur différentes enquêtes internationales suspectant l’entreprise d’espionnage. Surtout, ils mettent en avant la législation chinoise, qui oblige les entreprises nationales à collaborer avec les autorités.

La loi sur la cybersécurité de 2017 stipule en effet que « les entreprises de réseau doivent fournir un support et une assistance aux autorités publiques, c’est-à-dire à la police », explique Séverine Arsène, chercheuse associée au Médialab de Sciences Po. « La loi chinoise sur le terrorisme indique également que les activités de télécoms doivent contribuer à la collecte d’informations », ajoute cette sinologue. Les autorités ont en outre un accès privilégié aux données stockées sur le territoire chinois, ce qui est évidemment le cas d’une grande partie de celles gérées par Huawei.

Plus globalement, c’est bien l’absence de réel Etat de droit chinois qui pose problème. « La Chine est un Etat qui définit de manière large les termes dans ses dispositions réglementaires, si bien qu’il est difficile de statuer sur les accusations d’espionnage, précise Séverine Arsène, mais la formulation de la loi laisse supposer que la police peut avoir accès à certaines données. »

La stratégie américaine est cependant à mettre en perspective avec le fait que, dans le secteur stratégique de la 5G, elle a laissé un acteur étranger prendre les devants. « La guerre commerciale et technologique que livrent les Etats-Unis peut aussi être vue comme une volonté de ralentir Huawei pour tenter de rattraper leur retard », expliquait en janvier Michel Nakhla, professeur d’économie et de gestion à l’école Mines ParisTech.

3/ Comment réagit l’Europe ?

Les Etats-Unis ont fortement incité leurs alliés à l’imiter et à bannir l’entreprise chinoise de leurs marchés. Les réactions européennes ont cependant été très variées. La France s’est dotée le mois dernier d’une loi, ne visant pas spécifiquement Huawei, mais permettant d’exclure n’importe quel équipementier sur décision des services du gouvernement. L’entreprise est pour l’instant autorisée à répondre aux appels d’offres des opérateurs allemands.

Selon des fuites dans la presse, le Royaume-Uni s’apprêterait, lui, à autoriser Huawei, tant qu’il ne fournit pas d’équipement pour le centre du réseau, comme les grandes villes où circulent des grandes quantités de données sensibles. Cette décision, qui n’a pas encore été officialisée, surprend de la part de l’allié historique des Américains. Plusieurs ministres britanniques ont d’ailleurs fait part de leurs réserves quant à l’autorisation du géant des télécoms chinois.

Le Royaume-Uni est cependant dans une position délicate, car le pays est engagé avec le géant chinois depuis longtemps. Le groupe y est présent depuis 2001 et emploie aujourd’hui plus de 1 500 personnes. Il a même promis un investissement de plus de 3 milliards de livres l’année dernière. Plus globalement, l’île est la première destination des investissements chinois en Europe. Et vu les difficultés commerciales qui s’annoncent avec le Brexit, il serait particulièrement inopportun pour les sujets de sa Majesté de se fâcher avec un tel partenaire…

Huawei, de son côté, multiplie naturellement les efforts pour amadouer les Européens. Il a ouvert ces dernières semaines son deuxième centre de cybersécurité à Bruxelles, en plus de celui de Londres.

4/ Quel impact pour Huawei ?

Washington a placé la firme chinoise sur sa liste d’entreprises à risque, rendant obligatoire l’autorisation des autorités pour commercer avec lui. Mais les charges retenues contre Huawei sont telles qu’il s’agit bien, en réalité, d’un bannissement commercial. L’entreprise dispose cependant d’un délai de quatre-vingt-dix jours pour arrêter progressivement toutes ses activités avec les acteurs américains. Le gouvernement américain pourrait également profiter de ce sursis de trois mois pour changer éventuellement d’avis, s’il juge les conséquences trop importantes dans sa guerre commerciale avec la Chine.

En attendant, voilà Huawei privé des logiciels de Microsoft et, donc, de Google. Au-delà du système d’exploitation Android, ce sont aussi des applications aussi répandues que Gmail (messagerie), YouTube (vidéo), GoogleSearch (moteur de recherche), Maps (cartographie) ou Google Play Store auxquelles le géant chinois n’aura plus accès.

Un véritable handicap pour le marché international, car il est évidemment très difficile de vendre des smartphones sans certaines de ces applications. Même la Commission européenne estime que le magasin d’application Google Play Store est une « application indispensable » au vu de sa position dominante. Pour les consommateurs ayant déjà un smartphone Huawei, les logiciels ne seront pas supprimés, mais toutes les mises à jour ne seront pas accessibles. L’accès aux dernières versions des applications risque donc d’être difficile.

Pour le marché chinois, cela n’aura pas de trop lourdes conséquences, car des acteurs nationaux ont développé certains services similaires. En résumé, les Chinois ont leur propre Google, auquel manque toutefois la pièce centrale : le système d’exploitation. Android étant développé en « open source », il pourrait être copié pour proposer un service similaire. Mais le service de Google n’est transparent qu’en son centre, et pas sur l’ensemble des services et de son univers nécessaire au développement d’un système d’exploitation, que ce soit le magasin d’application ou les API (interface de programmation d’applications).

La dépendance chinoise ne concerne pas uniquement la partie logicielle (« software ») mais aussi la partie équipement avec la fourniture (« hardware ») de produits indispensables comme les semi-conducteurs qu’assuraient les Américains Intel, Broadcom et Qualcomm. « Malgré ses efforts, la Chine n’a pas encore de constructeurs de puces et de semi-conducteurs chinois sous droit intellectuel chinois », résume Séverine Arsène.

5/ Un marché sous dépendance ?

Huawei ne devrait pas être le seul perdant du bras de fer engagé par les Etats-Unis. Car s’il voit des fournisseurs stratégiques se désolidariser de lui, ces derniers perdent également un client important. Ces acteurs, en petit nombre, sont cependant quasi exclusivement localisés dans deux pays et juridictions : les Etats-Unis et la Chine. Si bien que le reste du monde est globalement dépendant d’acteurs eux-mêmes interdépendants, appartenant aux deux premières puissances commerciales mondiales, dont les relations ne cessent de se tendre !

Malgré un impact réel des décisions américaines, la Chine peut se passer des géants numériques américains, puisqu’elle a des équivalents nationaux. Mais si une telle décision venait à toucher l’Europe, le résultat serait tout autre. Ceci laisse donc imaginer les conséquences dans nos sociétés d’une privation de services aussi stratégique que Google, Microsoft, Amazon, Intel, etc.

Comme le rappelle Benoît Thieulin, ancien président du Conseil national du numérique : la domination américaine sur l’Europe « se fait à tous les niveaux de la puissance numérique : les moteurs de recherche, les réseaux sociaux, le commerce en ligne, les infrastructures technologiques, l’intelligence artificielle (IA)… ». Voilà un beau sujet de réflexion pour le Parlement européen qui sera élu ce dimanche…

 

La Mise À Mort De Huawei Par Google Et La Maison Blanche

Analysis

La Mise À Mort De Huawei Par Google Et La Maison Blanche

Suivant de très près la décision de la Maison Blanche d’interdire l’accès au marché américain à la compagnie chinoise Huawei, Google vient de suspendre ses accords de licences et de partage de produits. C’est un évènement qui fera date dans l’histoire des nouvelles technologies de l’information et des communications.

A la suite de cette décision inédite, Huawei ne dispose plus que du libre accès à la version Open Source (source publique) du système d’exploitation Android, utilisé sur la totalité de ses appareils. Cela veut dire que non seulement les systèmes Android des appareils Huawei ne pourront plus être mis à jour et donc vulnérables à des failles sécuritaires mais seront dans l’incapacité d’installer des applications propriétaires de Google comme Gmail, Google Play Store et assimilés.

Cela veut dire que Washington veut tuer Huawei.

Officiellement, les États-Unis accusent le géant technologique chinois d’espionnage et le perçoivent comme un danger pour leur sécurité nationale. En réalité, ils cherchent à l’anéantir. D’une part pour éliminer la compétition d’un rival devenu insupportable et d’autre part pour damer le pion à Beijing dans le domaine des infrastructures de la technologie 5G.

Cette mesure extraordinaire aura pour effet de pousser ou plutôt forcer les chinois à se lancer dans l’élaboration de leur propre écosystème d’exploitation et à ne plus compter sur les logiciels US. Une substitution chinoise au système Android n’est point une option impossible mais cela aura pour conséquence d’éloigner Huawei de la majorité des pays occidentaux.

Il est quasiment certains que les dizaines de millions d’ordinateurs chinois fonctionnant sous des versions modifiées de Microsoft Windows XP et Windows NT (ceux de la défense en particulier) changeront très bientôt de logiciels d’exploitation.

Après la mésaventure de Huawei, presque aucun pays au monde ne pourra continuer à faire confiance à des géants de la technologie qui se présentent comme des firmes privées mais qui travaillent pour les intérêts d’une oligarchie ayant une réelle influence sur un ou deux gouvernements d’États visant l’hégémonie mondiale.

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Palantir, l’œil de Washington ?

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Palantir, l’œil de Washington ?



Publié par Antoine Vandevoorde le 9 Mai 2019


Dans un contexte technologique marqué par la surabondance des données numériques, recueillir et traiter l’information est devenu une priorité stratégique pour les entreprises, mais également les États souverains. Plusieurs champions du big data se sont en cela fait jour, dont notamment Palantir Technologies. Cette société américaine à la réputation sulfureuse a acquis sa notoriété en nouant des partenariats significatifs avec plusieurs entreprises multinationales, mais également des services étatiques réputés sensibles, à l’instar de la DGSI. Faut-il y voir un banal partenaire commercial ou à l’inverse une véritable épée de Damoclès pour la souveraineté nationale ?



Palantir, l’œil de Washington ?
Palantir, au commencement

Que dissimule Palantir ? Palantir Technologies est une société de droit privé américaine fondée en 2003 et basée à Palo Alto en Californie, cœur battant de la Silicon Valley. Celle-ci se revendique dès sa création comme une startup orientée vers le domaine de l’analyse de données de masse – big data – à destination d’entreprises et d’institutions à des fins d’aide de prise à la décision stratégique. Officieusement, la réalité est plus complexe. Palantir se spécialise d’entrée, sous l’impulsion de ses principaux fondateurs Alex Karp et Peter Thiel, dans l’analyse de données stratégiques extrêmement sensibles par l’entremise de salariés issus des domaines du renseignement et de la sécurité. La société s’est aujourd’hui diversifiée, mettant cette expertise à profit d’acteurs du secteur de la santé, de la finance, de l’assurance ou encore de la consommation courante.

Palantir s’est principalement forgé une réputation de géant mondial de la visualisation et de l’analyse de données de par ses solutions Gotham et Foundry, aujourd’hui plébiscitées dans le domaine du management de l’information. Ce couronnement en tant qu’acteur technologique majeur n’est pourtant pas le fruit du hasard. Outre sa stature affichée de modeste startup, Palantir Technologies fait l’objet dès sa création d’un financement qui est tout sauf anodin : celui d’In-Q-Tel. Ce fonds de capital-investissement, ayant octroyé deux millions de dollars à la société, n’est nul autre que celui de la CIA vouée originellement à parrainer les projets technologiques jugés utiles à terme pour le fonctionnement de l’agence. En pratique, la CIA se réserve en cela un droit de regard, voire une présence au sein des conseils d’administrations des sociétés concernées par In-Q-Tel, ce à quoi Palantir n’aurait pas fait exception. L’entreprise est indéniablement liée à l’appareil de renseignement américain.

Le monde au sens de Palantir 

Saisir l’essence profonde de Palantir passe inéluctablement par une compréhension approfondie de son message, et de ses fondateurs. Le secret, au cœur de l’activité de Palantir, n’en est pourtant pas un. En effet, Palantir tire son nom de l’œuvre de J.R.R. Tolkien, faisant référence à l’objet magique éponyme octroyant à son possesseur le don d’omniscience et de clairvoyance. L’aspiration profonde de l’entreprise n’est en cela pas dissimulée, malgré les doutes et craintes occasionnés. La stratégie de ce panoptique numérique passe alors par des actions de légitimation principalement incarnées par son Président directeur général, Alex Karp. Ce dernier est à lui tout seul le gage de réassurance pour sa société auprès des observateurs, eu égard notamment à quelques passes d’armes technologiques notables. En effet, il est l’homme ayant conduit le projet d’identification des groupes hackers chinois GhostNet et Shadow (ayant espionné les communications du Dalaï Lama, ou encore de l’OTAN) et a surtout vu son nom étroitement associé à la localisation d’Oussama Ben Laden. Pilier de la légitimité de Palantir, c’est durant ses études à Stanford que ce dernier fit la rencontre de l’autre homme fort de l’entreprise, Peter Thiel.

À l’inverse d’Alex Karp, Peter Thiel entretient l’image d’une personnalité sulfureuse et très médiatique. Ce dernier est très tôt considéré comme l’un des caciques de la Silicon Valley. Peter Thiel investit notamment dans Facebook peu après sa création, et prend part à la création de PayPal aux côtés du magnat de la technologie sud-africain Elon Musk. À la tête d’un titan de l’information tel que Palantir, Peter Thiel cristallise toutes les appréhensions. Connu pour son obédience libertarienne très prononcée, celui-ci fait volontiers part de ses opinions sur le rôle que devrait avoir l’Etat : aucun. L’historien Edouard Husson en dépeint dans les colonnes d’Atlantico un portrait sans équivoque : « Comme Saint-Simon, Peter Thiel se prend pour un visionnaire de la politique et il juge son expertise supérieure à celle des politiques […] [il] a révélé dans de nombreuses déclarations que ses convictions libertariennes revenaient à vouloir substituer Google à l’État américain, PayPal à l’IRS ». Seul soutien de Donald Trump dans la Silicon Valley, Peter Thiel se place en parangon du solutionnisme technologique, au sens d’Evgeny Morozov, comme « remède » aux afflictions contemporaines. Tout en gardant à l’esprit que pour lui, Etat, démocratie et modèle occidental relèvent de ces maux.

Palantir et Cambridge Analytica, la liaison dangereuse

En mars 2018, Palantir se retrouve pour la première fois de son histoire dans l’œil du cyclone. C’est à cette période qu’éclate le scandale Cambridge Analytica, du nom de la société britannique éponyme. Pour rappel, cette affaire mit en lumière certaines relations troubles des géants de la Silicon Valley, Facebook en tête, dans le cadre de la campagne présidentielle américaine de 2016. L’entreprise de Mark Zuckerberg fut en effet accusée d’avoir permis l’accès à près de 50 millions de profils au cabinet d’analyse politique Cambridge Analytica afin d’exploiter des données personnelles et rallier les concernés à la cause du candidat Trump. Un ancien employé de Palantir, Christopher Wylie, se pose alors en lanceur d’alerte, accusant son ancien employeur d’avoir activement collaboré à ces pratiques.

Faisant état de rencontres secrètes entre Alexander Nix et les cadres dirigeants de Palantir par l’entremise de Sophie Schmidt, fille de l’ancien patron de Google Eric Schmidt, Christopher Wylie a affirmé devant un parterre de députés britanniques que Palantir aurait également eu accès aux données incriminées à des fins d’analyse et de traitement. Une position qui a tout sauf surpris les observateurs du fait notamment des liens déjà connus de Peter Thiel. Alexandra Saviana, journaliste à l’hebdomadaire Marianne a abondé en ce sens : « Pour être très clair, sans Palantir, pas sûr que Cambridge Analytica aurait pu faire autant fructifier ces millions de données utilisées pour la campagne Trump ».

Une emprise stratégique sur les données sensibles

Palantir inquiète autant qu’elle fascine. Malgré les éléments pesant sur la société et sa réputation, celle-ci a pourtant su pérenniser son activité. Palantir a su mettre la main par le truchement de ses nombreux clients sur des volumes substantiels de données aussi sensibles que stratégiques. Elle collabore naturellement avec la CIA, mais également la NSA, le FBI, l’US Marines, l’US Air Force ou encore les services de polices de New York et de Los Angeles. Elle s’est cependant le plus illustrée dans l’obtention de contrats stratégiques à l’étranger, notamment auprès de Sanofi ou encore d’Airbus, dont elle a fait de l’ancien directeur général Fabrice Brégier le dirigeant de sa filiale française. La société a cependant le plus défrayé la chronique française en annonçant un contrat établi avec la Direction générale de la Sécurité intérieure (DGSI) en 2016. Dans le contexte post-attentats de 2015, la DGSI souhaite urgemment se doter de solutions puissantes d’analyse de données de masse, comme l’expliquait alors son directeur Patrick Calvar : « Nous ne manquons pas de données, ni de métadonnées, mais nous manquons de systèmes pour les analyser ».

Ce parti-pris des services de renseignement intérieur français résonne auprès des observateurs comme un véritable aveu de faiblesse. En effet, collaborer avec Palantir pour la DGSI met en lumière les lacunes du tissu numérico-industriel français en matière de gestion des données critiques. Un constat que partage là encore Patrick Calvar : « Les entreprises françaises qui développent des systèmes ne sont pas encore capables de répondre à nos besoins ». Ce partenariat soulève dès lors des interrogations et craintes légitimes à plusieurs titres, avec tout d’abord celle de la perte de souveraineté. En effet, le fait de confier des informations sensibles à un prestataire de services américains financé par la CIA engendre un risque considérable. Le manque d’informations quant à la réelle proximité entre les services de renseignement américains et Palantir inquiète à juste titre, faisant miroiter au minimum un accès à des données sensibles, et au maximum la possibilité de leur exploitation. Cela renvoie également à la crainte d’une potentielle existence de backdoors, ou « portes dérobées » soit des systèmes implémentés secrètement dans les logiciels à l’insu du client. La DGSI a en cela privilégié le risque minimum, en favorisant un prestataire américain dans un contexte marqué par l’urgence terroriste et l’inaptitude française en la matière. Il est compliqué de jeter la pierre.

La crainte du cheval de Troie américain 

Une véritable levée de boucliers s’est depuis opérée face à l’incertitude Palantir. Ces critiques se sont tout d’abord élevées depuis le sommet de l’État français, Emmanuel Macron ayant réagi à cet état de fait. Le Président de la République aurait en effet fait part d’un grand mécontentement dans le cadre du partenariat liant la société à la DGSI. Cet avis est largement partagé au sein du secteur de la cyberdéfense française, notamment par le directeur de l’ANSSI Guillaume Poupard. Celui-ci déclare en ce sens lors d’une audition parlementaire qu’ : « Il va de soi qu’il faut déconnecter les logiciels Palantir qui permettent d’effectuer des recherches de données ». Un constat partagé même par la DGSI puisque Laurent Nuñez, alors successeur de Patrick Calvar à la tête du service déclare dès son entrée en fonction la nécessité de préférer un acteur français ou européen du big data à très court terme.

Les pouvoirs publics ont de fait réfléchi à une alternative crédible avec pour leitmotiv la souveraineté. La DGSI est finalement parvenue à s’émanciper de Palantir, en supervisant dans le cadre du Groupement des industries de défense et de sécurité terrestres et aéroterrestres(GICAT) l’élaboration d’un champion français de l’analyse de données. C’est dans ce contexte qu’est né le Cluster Data Intelligence, initiative portée par de nombreux acteurs issus des domaines stratégiques français. Parmi les structures prenant part au projet figurent notamment Airbus, Atos, Engie, le champion français du big data Flaminem ou encore Thalès. La principale aspiration du cluster est de proposer une solution allant de d’analyse au traitement et à la restitution des données sensibles, et ce de bout en bout en tant qu’acteur 100% français. L’ambition de la récupération de la maîtrise nationale en la matière est clairement affichée.

Ce cluster, louable et judicieux sur le principe va toutefois se voir confronté très rapidement à un défi de taille : celui de pallier son retard sur l’avance technologique de Palantir. En effet, celui-ci suscite des interrogations quant à ses performances techniques, la viabilité de sa solution logicielle dans un contexte empreint de menaces d’ordres diverses ainsi que son mode de gouvernance eu égard aux intérêts parfois divergents des acteurs qui le composent. Les toutes prochaines années diront si oui ou non si la France a les moyens de ses ambitions, c’est-à-dire de revenir dans la course technologique internationale.

Pour aller plus loin au sujet de Palantir : 

BENOIT Fabien, « Peter Thiel, l’homme qui voulait achever la démocratie », Usbek & Rica, 17 juillet 2018

BOULESTIN Rénald, “Big Data : la DGSI s’émancipe de Palantir pour une solution 100% française”, Silicon, 18 avril 2018

CARPENTIER Thierry & COHEN-GRILLET Philippe, « Alex Karp : l’homme le mieux renseigné de la planète », Paris Match, 24 janvier 2017

COLLOMBAT Benoît, « Comment une start-up financée par la CIA s’est imposée au cœur des services de renseignement français », France Info, 22 septembre 2018

DRIF Anne, « In-Q-Tel, le fonds de la CIA qui fait rêver les militaires français », Les Echos, 16 décembre 2016

HUSSON Edouard, « Peter Thiel et la Silicon Valley : comme une méchante ombre sur les démocraties occidentales », Atlantico, 7 janvier 2018

KHARPAL Arjun, “Palantir worked with Cambridge Analytica on the Facebook data it acquired, whistleblower alleges”, CNBC, 27 mars 2018

LAMIGEON Vincent, « Faut-il avoir peur de Palantir, le géant du big data ? », Challenges, 21 mars 2019

LELOUP Damien, « Palantir, l’embarrassant poisson-pilote du big data », Le Monde, 9 octobre 2018

MONIN Jacques, « Palantir : l’œil américain du renseignement français », France Inter, 22 septembre 2018

PAQUETTE Emmanuel, « Palantir, quand la CIA scrute la France », L’Express, 19 mai 2017

SAVIANA Alexandra, « Le très inquiétant pouvoir de Palantir, la boîte mêlée au scandale Facebook, à la NSA… et à la DGSI », Marianne, 30 mars 2018

La Syrie, vitrine du potentiel industriel de défense russe.

La Syrie, vitrine du potentiel industriel de défense russe.

En quelques années, et grâce à des investissements massifs, la Russie a surpris par sa capacité d’adaptation et de production de matériels militaires de très haute technologie. La Syrie est devenue un théâtre vitrine du savoir faire russe. De quoi intéresser de nombreux pays acheteurs mais également susciter la crainte sur la scène internationale.

La Syrie comme vitrine de l'effort de défense russe
Le conflit syrien, lieu de test pour l’aviation russe

La Syrie, un théâtre de tests opérationnels

Le conflit syrien a, par exemple, permis les tests opérationnels de différents robots de combats téléopérés. C’est le cas pour le Platforma-M et l’Argo depuis 2016. Ces deux robots armés pour le combat permettraient des engagements en zones urbaines sans exposer inutilement les troupes assaillantes.

La modularité des équipements disponibles pour ces robots permet de s’adapter à de multiples situations. Cela explique que les différents sites proches de la Russie comme Sputnik annoncent également le développement de robot de contre-minage, ou sous-marins. Devant le succès d’utilisation des premières gammes de robots russes, la célèbre entreprise Kalachnikov développe également le sien depuis 2015: le Volk-2.

De matériels de toute nouvelle génération extrêmement performants

La protection antiaérienne russe est également un véritable domaine d’expertise qui a pu dévoiler son potentiel en Syrie. Le S-400 est actuellement d’une technologie inégalée et limite l’ampleur de tout bombardement au-dessus de zones protégées par l’armée. La Russie a donc actuellement le pouvoir de bloquer une partie de l’espace aérien syrien à l’OTAN. Israël en fait également les frais depuis 2015 et ne peut survoler l’espace aérien sous contrôle russe qu’avec leur assentiment. Le S-500, actuellement en conception, serait même, en l’état, indestructible du ciel et capable de détruire des missiles hypersoniques dans un rayon de 600 kilomètres. Ce nouveau matériel change donc totalement les doctrines de bombardement aériens.

Les forces aériennes russes ont pu, de plus, tester le Sukhoï Su-57, avion de chasse de 5egénération à même de concurrencer le F-22 américain Cependant, ces nouveaux avions furtifs n’étaient qu’à un stade de prototype.

La marine russe bénéficie également de nouveaux sous-marins depuis 2014 et a la possibilité de lancer de nouveaux missiles de croisières de catégories Kaliber en Syrie depuis la mer Caspienne. En conséquence, la distance de 1500 km n’est plus un problème technique pour un lancement de missile.

Enfin, à défaut de pouvoir posséder un budget similaire aux États-Unis, la Russie a opté pour une spécialité tout aussi efficace que les batteries anti-aériennes : la guerre électronique. Les Américains ont ainsi fait les frais de coupures de communication sur le théâtre syrien, empêchant des frappes aériennes et bloquant les communications avec leurs alliés de l’opposition. De quoi susciter des inquiétudes et une adaptation de l’entraînement américain au combat.

Des succès technologiques qui suscitent craintes et envies

Les succès industriels d’armement russe et leur expérimentation sur le théâtre syrien encouragent leur exportation. Erdogan a  même annoncé, en début 2019, vouloir acquérir des S400 russes, de quoi susciter la polémique au sein de l’OTAN et démontrer l’attractivité croissante de la Russie auprès de son voisin. Le pays vend également des armes à la République Centrafricaine, renouant ainsi avec une vieille tradition de soutien aux pays africains.

Dans un contexte de réarmement mondial, la Russie se replace au premier plan des exportations d’armes. La Syrie est devenue une véritable vitrine de son savoir-faire, ce qui ajoute une dose de cynisme à la tragédie humaine qui s’y déroule depuis 2011. Les dividendes de la paix semblent bien loin.

Sources :

-“Achat d’équipements militaires russes: Erdogan persiste et signe”, Le Figaro, mars 2019

-“Budget, équipements, compétences: que vaut l’armée russe?”, Challenges, décembre 2016

-“Système S-500: le nouveau missile détruira des cibles à 100 kilomètres d’altitude”, russiabeyond.com , avril 2017

-“DGSE, Espions, Secrets des Affaires, Crises mondiales, interview d’Alain Juillet”, Thinkerview, avril 2018

– “Platform-M, le robot combattant”, Chaire de Saint-Cyr, décembre 2015

-“Syrie, la surprise russe pour les USA”, parstoday.com, aout 2018

-“Robots armés autonomes et IA : les 825 millions de coupes budgétaires auraient pu, auraient dû, s’y investir intelligemment” , La Synthèse online, aout 2017

– “Russia’s Platform-M combat robot on display in Sevastopol”, Russia Today, juillet 2015

-“Were Russian Combat Robots Used in Syria ?”, Bellingat.com, janvier 2016

-“La Russie a testé ses avions de chasse dernier cri Su-57 au combat en Syrie”, Russia Today, mars 2018

-“L’avion de combat russe de la 5e génération Soukhoï Su-57 testé en Syrie”,Intellivoire.net, novembre 2018

– “Plus performants et dotés de missiles Kalibr, les nouveaux sous-marins russes préoccupent l’Otan”, Opex360.com, octobre 2018

– “La Russie a lancé 26 missiles de croisière à partir de la mer Caspienne sur des cibles de l’EI”, Réseau International, octobre 2015

-“La guerre en Syrie exhibe les armes russes et encourage leurs ventes”, Memri, janvier 2016

About Harold MICHOUD

Harold Michoud est étudiant en Master II de Grenoble Ecole de Management. Il s’intéresse particulièrement aux questions de Défense et de gestion de crise dans les relations internatio

Charles de Gaulle : un porte-avions modernisé (REPORTAGE)

Les archéologues égyptiens dévoilent une tombe de 4 400 ans…

REGARDER: Les archéologues égyptiens dévoilent une tombe de 4 400 ans recouverte de peintures spectaculaires

REGARDER: Les archéologues égyptiens dévoilent une tombe de 4 400 ans recouverte de peintures spectaculaires
Les archéologues égyptiens ont dévoilé une tombe incroyablement détaillée et décorative dans le gouvernorat de Gizeh. Le site, vieux de 4 400 ans, appartenait à un noble de la cinquième dynastie appelé «Khuwy».

Les chambres de la tombe en forme de L portent des inscriptions et des reliefs colorés si bien conservés que les experts qui ont fouillé le site ont pu discerner les empreintes digitales du peintre de la tombe.

La tombe elle-même est principalement faite de blocs de calcaire blanc, tandis que les superbes peintures ont été créées avec une résine verte spéciale, selon le ministère égyptien des antiquités.

ÉGALEMENT SUR RT.COMUne énormeQUANTITÉd’animaux momifiés découverts dans une tombe égyptienne à 2 000 ans (PHOTOS, VIDÉO)

ÉGALEMENT SUR RT.COMUne énormeQUANTITÉd’animaux momifiés découverts dans une tombe égyptienne à 2 000 ans (PHOTOS, VIDÉO)

Le plan d’EDF pour construire de nouveaux EPR en France

Le plan d’EDF pour construire de nouveaux EPR en France

AURÉLIE BARBAUX  ,  ,  ,  , 

PUBLIÉ LE 

A LA UNE À l’heure où le renouvellement du parc français est à l’étude, EDF a deux ans pour peaufiner son dossier d’un nouveau nucléaire en France.

Le plan d'EDF pour construire de nouveaux EPR en France
Alors que la date de mise en service de l’EPR de Flamanville (Manche) n’est pas connue, les essais se poursuivent sur le site.

Le nucléaire français est en plein paradoxe. Alors que la loi de transition énergétique pour la croissance verte de 2015, modifiée par la loi énergie de 2019, l’oblige à fermer douze à quatorze réacteurs d’ici à 2035, EDF prévoit d’ores et déjà la mise en service de nouvelles centrales. Et ce, rapidement pour répondre à la demande de la filière qui veut maintenir ses compétences en matière de construction de centrales et qui a besoin de montrer sur les marchés internationaux que la France reste un grand pays du nucléaire. Le gouvernement est, lui, beaucoup moins pressé. Il préfère faire de la relance du nucléaire civil en France un sujet de débat pour la prochaine élection présidentielle et laisser au prochain exécutif la responsabilité de cette décision. Même s’il lui a balisé le terrain.

L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) a publié, fin 2018, une étude économique sur l’évolution du mix électrique français entre 2020 et 2060 avec sept scénarios prospectifs qui montrent notamment que le développement de la filière EPR ne serait pas compétitif. Quoi qu’il en soit, dans la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), le gouvernement demande à EDF, le chef de file de la filière nucléaire depuis la restructuration d’Areva, de fournir un dossier sur le nouveau nucléaire d’ici à mi-2021. L’opérateur national doit y démontrer sa capacité à maîtriser les coûts et les délais de construction de nouveaux réacteurs EPR en France.

EDF ne part pas de zéro. Depuis 2014, il travaille avec Framatome sur l’EPR 2, un nouveau modèle de réacteur. « L’EPR 2 est un réacteur pour une utilisation française, proche de l’EPR pour en utiliser tout le retour d’expérience, mais optimisé en termes de coût et de délais de fabrication« , détaille Xavier Ursat, le directeur exécutif d’EDF, chargé de la direction ingénierie et projets nouveau nucléaire. Le retour d’expérience provient des premiers EPR construits en Chine, à Taishan, par l’opérateur chinois CGNPC et EDF ; en Finlande, à Olkiluoto, par le consortium Areva-Siemens et l’opérateur TVO ; et en France, à Flamanville (Manche), par EDF. Quand on va construire le premier EPR 2, on ne veut pas revivre les problèmes de planning et de surcoût qu’on a vécu à Flamanville, assure Xavier Ursat. Mais on ne veut pas réinventer quelque chose qui nous ferait prendre une fois encore des risques de tête de série. On veut optimiser, tout en restant proche du design initial. » Dominique Louis, le PDG d’Assystem, qui détient 5 % du capital de Framatome, résume l’enjeu : « Avec l’EPR, on a fait un airbus A 380. Il faut maintenant en faire un A 350. »

Les fournisseurs associés au projet

Pour concevoir cet EPR 2, EDF et Framatome (ex-Areva NP) ont créé un plateau commun qui rassemble l’équipe projet EPR 2 chez EDF (70 personnes), les ingénieurs de Framatome, et ceux de leur filiale commune d’ingénierie Edvance, créée en mai 2017, soit entre 500 et 600 personnes au total. Le projet avance dans le bon sens. Le basic design pour la chaudière nucléaire et le générateur de vapeur « st figé depuis la fin 2017« , précise Bernard Fontana, le PDG de Framatome. L’Autorité de sûreté nucléaire doit rendre son avis sur les options de sûreté fin avril. Reste à traiter des questions industrielles, de supply chain et d’ingénierie de détails, « pour se mettre en situation de bénéficier d’un effet de série« , explique Bernard Fontana. La priorité est donnée à l’industrialisation et à la standardisation des équipements à l’intérieur de l’EPR (vannes, tuyaux, pompes, portes…), pour garder un nombre limité de références différentes. « Dans la partie non nucléaire, nous allons utiliser davantage d’équipements éprouvés dans l’industrie« , rapporte Xavier Ursat. Un exemple : dans l’EPR de Flamanville, on trouve 1 700 modèles de portes différents, pour la plupart des exemplaires uniques. Il n’y aura plus que 200 modèles dans l’EPR 2.

EDF et Framatome n’avancent pas seuls. « L’une des caractéristiques de ce projet, c’est que l’on y associe les fournisseurs très tôt, notamment les génie civilistes, dans un consortium composé de Bouygues, Vinci et Eiffage pour avoir leur avis sur la constructibilité des différentes options étudiées », observe Xavier Ursat. L’un des objectifs est de préfabriquer un maximum d’équipements. « Toutes les tuyauteries vont être conçues en pouces, comme le pratique toute l’industrie dans le monde, notamment pétrolière. L’EPR, lui, était dimensionné en millimètre. Une spécificité qui a nécessité d’adapter la chaîne industrielle, ce qui a eu un coût « , reconnaît Xavier Ursat. EDF va aussi lancer une consultation pour la salle des machines. L’EPR 2 sera également le premier réacteur conçu depuis le début dans une approche entièrement numérique, soutenu par un logiciel PLM de Dassault Systèmes, préféré en 2018, à la solution de Siemens choisie par EDF en 2013. La migration est en cours.

Industrialiser l’EPR 2 n’est pas tout. Dans le dossier qui doit être remis mi-2021, EDF doit aussi s’engager sur les coûts. « On s’est fixé comme objectif d’avoir des EPR constructibles en France pour un coût complet de production d’électricité entre 65 et 70 euros le Mwh, pour qu’il soit moins cher que n’importe quel moyen fossile adossé à un prix du carbone que l’on pourrait développer à la même période« , explique Xavier  Ursat. Le dossier devra aussi définir précisément les besoins de la France en matière de nucléaire pour les soixante à quatre-vingts ans à venir, sachant que les EPR sont prévus pour fonctionner soixante ans. Il faut également tabler sur « une durée de construction de l’ordre de six ans pour une tranche, entre le moment où l’on attaque le génie civil de sûreté (le socle du bâtiment nucléaire) et la mise en service commerciale« , avertit le directeur exécutif d’EDF.

Maintien des compétences

Pour répondre à quels besoins en électricité   Combien de nouveaux EPR 2 faudra-t-il construire   À ce stade, pas de réponse, mais les coûts avancés par EDF « s’envisagent pour une série d’au moins six réacteurs, comme la Cour des comptes l’indique dans son rapport « , prévient Xavier Ursat. Un nombre qui semble faire consensus. « Deux c’est mieux qu’un, et six c’est mieux que deux« , lance Bernard Fontana, prudent. L’enjeu est industriel, mais il concerne aussi le maintien de compétences perdues et chèrement reconquises à Flamanville, notamment. « Les seuls qui construisent des réacteurs sans problème, ce sont les Chinois, observe Dominique Louis. On a perdu la main. » L’enjeu de l’EPR 2 est aussi de prouver le contraire.

De Tchernobyl à Flamanville

  • 1986 : Accident de Tchernobyl Le design des nouveaux réacteurs nucléaires doit empêcher une telle catastrophe.
  • 1989 : Framatome et Siemens-KWU s’associent au sein de Nuclear Power International (NPI).
  • 1993: Lancement du projet EPR, le réacteur pressurisé européen, qui intégrera les points forts du réacteur N4 français et du Konvoi allemand.
  • 1998: l’Allemagne décide de sortir du nucléaire au début de la coalition entre le parti social-démocrate et les Verts.
  • 1999: Framatome et Siemens Fusionnent leurs activités nucléaires. Le projet EPR est intégré à Framatome ANP (Advance Nuclear Power).
  • 2003: Commande du premier EPR par le finlandais TVO.
  • 2005 : Lancement du chantier de l’EPR d’Olkiluoto 3 en Finlande.
  • 2007 : La construction de l’EPR de Flamanville débute. Areva et le chinois CGN signent pour deux EPR à Taishan en Chine.
  • 2009 : Début des négociations d’un projet de six EPR en Inde, à Jaitapur, par EDF (accord préliminaire signé en mars 2018).
  • 2014: Le projet EPR 2 est lancé.
  • 2016: Signature d’Hinkley point C, au Royaume-Uni, par le gouvernement anglais, EDF Energy et CGN pour deux EPR et une mise en service en 2025.
  • 2017: Création d’Edvance, une coentreprise ingénierie d’EDF et de Framatome, pour travailler sur l’îlot nucléaire et le contrôle commande des EPR de demain.
  • 2018: L’EPR de Taishan 1 produit de l’électricité (29 juin). Premier béton du radier d’Hinkley Point C (11 décembre).
  • 2021: Le dossier nouveau nucléaire en France doit être remis au gouvernement.

https://www.usinenouvelle.com/article/le-plan-d-edf-pour-construire-de-nouveaux-epr-en-france.N828460

Revue de presse nationale et internationale.