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L’OTAN est en train de cibler les Serbes bosniaques afin de « terminer le boulot » dans les Balkans.

L’OTAN est en train de cibler les Serbes bosniaques afin de « terminer le boulot » dans les Balkans.


Par Aleksandar Pavic – Le 28 février 2018 – Source Strategic Culture

L’Occident « libéral » qui en train de s’effondrer, est désespérément pressé d’en finir dans les Balkans. Plus d’un quart de siècle après que les premiers États occidentaux, poussés par l’Allemagne, ont reconnu unilatéralement la sécession des anciennes républiques fédérales yougoslaves de Slovénie, de Croatie et de Bosnie-Herzégovine et environ 19 ans après l’attaque aérienne et terrestre de l’OTAN contre ce qui restait du pays (la République fédérale de Yougoslavie, comprenant la Serbie et le Monténégro) qui a entraîné l’occupation par l’OTAN et l’amputation forcée de la province serbe du Kosovo-Metohija (par la reconnaissance de son indépendance unilatéralement déclarée en février 2008 par les principales puissances occidentales, par certains pays musulmans, mais pas tous, et tous les petits pays dont l’Oncle Sam pouvait soit tordre les mains soit y glisser une poignée de dollars), les maîtres de l’OTAN montrent de plus en plus des signes de nervosité parce qu’ils n’ont pas réussi à établir un contrôle complet sur le territoire de l’ancien pays multiethnique modèle. En conséquence, les appels pour que l’Alliance « termine le boulot » dans la région gagnent en volume.

L’été dernier, le Monténégro a été expressément absorbé par l’OTAN, grâce à un complot invoquant une prétendue « tentative de coup d’État » soutenue par la Russie (dont les « preuves » sont équivalentes à celles qui ont été présentées jusqu’à présent pour étayer les affirmations de la prétendue collusion de la campagne Trump avec les Russes pendant la campagne présidentielle américaine de 2016), des intimidations et une campagne médiatique alarmiste s’y rattachant, ont servi à justifier l’entrée du pays dans l’Alliance sans qu’il soit nécessaire de passer par quelque chose d’aussi lourd qu’un référendum. À  première vue, cette opération spéciale pouvait sembler banale, compte tenu de la taille minuscule du Monténégro et de sa population d’environ 600 000 habitants. Jusqu’à ce que l’on regarde une carte et que l’on se rende compte que ce pays traditionnellement allié à la Russie était le dernier pays non-membre de l’OTAN à résister dans la Méditerranée septentrionale.

Puis ce fut le tour de la Macédoine. Premièrement, son gouvernement nationaliste, qui a eu l’audace de courtiser activement les investissements chinois et chercher de bonnes relations avec la Russie, a dû être rappelé à l’ordre. Cela a été accompli grâce à une campagne déstabilisatrice de George Soros, soutenue par les États-Unis, les inévitables revendications sans preuves d’« ingérence russe » et l’installation d’un nouveau gouvernement pro-occidental en mai 2017, négocié par l’UE et les États-Unis, après une importante torsion du bras par le diplomate américain Hoyt Brian Yee (le même à qui Victoria Nuland a dit « F*ck the EU » pendant le coup d’État ukrainien), avec l’aide cruciale de la minorité albanaise de Macédoine, la carte maîtresse des atlantistes dans les Balkans au cours de ces trois dernières décennies. En plus de promettre aux Albanais un statut égal à celui de la majorité des Macédoniens (qui sont des Slaves du Sud et représentent environ 65 % de la population, contre 25 % d’Albanais), le nouveau Premier ministre Zoran Zaev a pour tâche principale de pousser la Macédoine à adhérer à l’UE et d’exprimer son souhait d’adhérer à l’OTAN, comme vous pouvez le deviner. À cette fin, des négociations hâtives sont maintenant menées avec la Grèce, qui bloque les aspirations de la Macédoine à l’OTAN depuis une bonne vingtaine d’années, jusqu’à ce que le pays change de nom, c’est-à-dire qu’il renonce à prétendre être la Macédoine historique d’Alexandre le Grand. Depuis le début de l’année 2018, le nouveau gouvernement macédonien a pris des mesures en ce sens, en rebaptisant l’aéroport de la capitale, Skopje, (de « aéroport Alexandre le Grand » à « aéroport international de Skopje ») ainsi que sa route principale vers la Grèce (de « Alexandre le Grand » à « l’autoroute de l’Amitié »). Cela n’a pas encore pleinement satisfait la Grèce, mais la diplomatie macédonienne fait tout son possible pour accélérer le processus afin d’être prêt pour le prochain sommet de l’OTAN en juillet 2018. En sécurisant la Macédoine, l’OTAN ajoute non seulement un autre bijou, mais elle obtient aussi le contrôle ferme d’une communication essentielle le long de la branche balkanique de la nouvelle route chinoise de la soie et du gazoduc russo-turc.

Il ne reste plus que la Serbie et la Bosnie-Herzégovine (B-H) comme derniers pays de l’ex-Yougoslavie qui ne soient pas membres de l’OTAN. La Serbie est encore difficile à briser, en raison de sa taille relative, de son indépendance traditionnelle et de sa tradition militaire – bien qu’elle soit soumise à des pressions croissantes, comme en témoigne le récent avertissement du ministre russe des Affaires étrangères, M. Lavrov, selon lequel l’Occident poussait la Serbie vers un scénario ukrainien en l’obligeant à choisir entre l’UE et la Russie.

Cela fait de la B-H le maillon le plus faible à briser. Les partis politiques représentant la majorité musulmane ne sont pas un obstacle, pas plus que les Croates (environ 17% de la population). Cependant, les Serbes de Bosnie, qui représentent environ un tiers de la population, mais qui contrôlent 49% du territoire à la suite des accords de paix de Dayton de 1995 (selon lesquels la B-H sera composée de deux entités : la Republika Srpska, à majorité serbe, et la Fédération de B-H, à majorité croate et musulmane, qui comprend 51% du pays) sont résolument opposés à l’adhésion à l’OTAN, pour trois raisons principales : a) les souvenirs de la diabolisation des Serbes par les puissances de l’OTAN et de son appui à la direction islamiste fondamentaliste de Sarajevo pendant la sanglante guerre civile de 1992-1995, encore aujourd’hui, b) le refus d’être en désaccord avec la Serbie voisine, qui a déclaré sa neutralité militaire et son refus d’adhérer à tout bloc militaire, c) le désir de maintenir son amitié avec la Russie et d’autres pays non-membres de l’OTAN.

En conséquence, depuis l’adoption de sa propre résolution de l’automne dernier sur sa neutralité militaire, qui empêche la B-H d’être officiellement invitée à adhérer à l’OTAN, les dirigeants serbes de B-H ont fait l’objet de diverses campagnes de désinformation et de provocations concoctées dans divers médias anglo-américains, ainsi que dans les arrière-cuisines militaires et diplomatiques.

D’abord, il y a eu des allégations selon lesquelles, le 9 janvier, un groupe « formé par la Russie » portant le nom d’« Honneur serbe » (ou « Srbska čast » en serbe) a pris part à un défilé marquant l’anniversaire de la Republika Srpska. Le Washington Post et le Guardian ont rapidement lancé les appels de détresse avec des gros titres alarmistes appropriés comme « La Russie recrute des jeunes hommes qui aiment les armes à feu et les entraînent » et « Des mercenaires formés par la Russie soutiennent les séparatistes serbes de Bosnie ». Mais, comme c’est devenu la coutume dernièrement avec ce que Donald Trump a baptisé les médias d’infos bidon, ces allégations ne sont soutenues par aucune preuve.

D’abord, alors qu’il existe bien un groupe appelé « Honneur serbe » le ministre de la police de la Republika Srpska, Dragan Lukac, a déclaré que celui-ci n’avait pas participé au défilé. Ensuite, absolument aucune preuve n’a démontré que ses membres sont « formés par la Russie » à l’exception des allégations creuses de liens supposés entre ce groupe obscur et le Centre humanitaire russo-serbe établi dans la ville serbe de Nish en 2012. L’ironie est d’autant plus grande que l’activité principale du Centre depuis sa création est de fournir du personnel et des ressources pour aider à éliminer les milliers de bombes à sous-munitions et bombes non explosées laissées par les bombardements illégaux de l’OTAN sur la Serbie, en 1999. C’est un fait : les ressources russes sont utilisées pour nettoyer la scène de crime de l’OTAN. Et pourtant, le principal pays de l’OTAN accuse la Russie d’exercer une « influence néfaste » dans la région.

Le Centre a également fourni une aide vitale lors des inondations catastrophiques qui ont frappé la Serbie en 2014. Pourtant, encore une fois, les principaux pays de l’OTAN ont toujours tenté de dépeindre ce petit avant-poste accueillant, comme l’a dit le ministre serbe des Affaires étrangères, un total de « cinq Serbes, quatre Russes et un chien » comme une sorte d’espion sinistre, ou même comme une base militaire. Tout ce qui manque sont, comme vous l’avez deviné, des preuves pour étayer ces affirmations ridicules. Même Reuters l’admettait en précisant qu’aucune source n’avait été citée dans l’article original pour étayer l’affirmation selon laquelle des « mercenaires » s’y entraînaient. Mais, comme nous l’avons appris, surtout au cours de ces dernières années, un inconvénient mineur comme la vérité ne doit pas faire obstacle au « plus grand bien » que représente la reprise de la guerre froide, même au risque de la rendre sensiblement plus « chaude » que sa version précédente.

Puis, au début du mois de février, un autre scandale (présumé) est survenu : la police serbe bosniaque est maintenant devenue une ordure puisqu’elle est en train de s’armer. « La livraison d’armes aux Serbes de Bosnie attise les craintes de l’UE » avertit le si crédible Guardian, faisant écho à la presse musulmane bosniaque. Sauf qu’il s’est avéré que la police de la Republika Srpska avait finalement décidé d’acheter son premier lot de fusils en 20 ans. Et que tout avait été autorisé par les autorités centrales de Bosnie-Herzégovine. Et que, comme l’a précisé Darko Hudelist, journaliste croate très respecté, d’autres unités de police des cantons à majorité musulmane de Bosnie avaient récemment acheté de nouvelles armes. Bien sûr, il n’y a pas eu de gros titres dans le Guardian pour remettre les pendules à l’heure.

Enfin, à la mi-février, un site d’information bosniaque a révélé qu’il était prévu de tenir un exercice militaire de l’OTAN en Bosnie-Herzégovine en 2019. Naturellement, ces manœuvres doivent se dérouler dans la partie du pays à majorité serbe, résolument anti-OTAN, près de sa capitale Banja Luka. Cependant, la vraie nouvelle est l’utilisation prévue d’avions de combat américains pour le soutien aérien rapproché, des A-10 Warthog, et leur possible utilisation de munitions à uranium appauvri. Comme on pouvait s’y attendre, c’est un scandale pour la Republika Srpska. L’OTAN a bombardé à deux reprises des positions de l’armée serbe pendant la guerre civile de Bosnie-Herzégovine, en 1994 et 1995. La population vivant dans les zones où des munitions à l’uranium appauvri ont été utilisées a assisté à une augmentation alarmante des taux de cancer au cours des années suivantes, comme cela a été le cas en Serbie voisine, où des munitions à uranium appauvri ont été encore plus souvent utilisées pendant la guerre aérienne illégale de l’OTAN en 1999.

L’ambassade des États-Unis à Sarajevo a émis des démentis, mais les documents publiés ont effectivement montré que l’utilisation d’avions A-10 et de munitions à uranium appauvri était envisagée. Milorad Dodik, le président de la Republika Srpska, a clairement averti l’OTAN de « ne pas oser » utiliser des munitions à uranium appauvri, tandis que les habitants des villages proches du site d’exercice militaire proposé ont juré d’empêcher les manœuvres.

C’est un classique de la guerre psychologique, et cela ne peut que s’intensifier. En effet, dans le cadre du renforcement continu de ses activités le long des frontières occidentales de la Russie, l’OTAN semble chercher à utiliser tous les points de faiblesse qui s’offrent à elle. Et c’est précisément ce que sont la Serbie et la Bosnie-Herzégovine. Quand les Balkans font face à la guerre, en particulier dans les régions à majorité serbe, ce genre de calcul a un caractère familier. Ce sont les Serbes qui se sont levés pour rejeter la tentative du gouvernement royal yougoslave d’apaiser l’Allemagne nazie en signant un pacte avec elle le 25 mars 1941. En conséquence, Hitler a dû reporter son attaque contre l’URSS pendant plusieurs semaines cruciales jusqu’à ce que la rébellion dirigée par les Serbes puisse être pacifiée (Cela s’est passé brièvement quand deux mouvements de guérilla majoritairement serbes se sont soulevés au cours de l’été 1941 et se sont battus jusqu’à la libération du pays). Certains pensent que cela a contribué au moins en partie à l’échec de la machine de guerre nazie à briser Staline avant l’arrivée de l’hiver russe, ce qui a finalement coûté la guerre à l’Allemagne.

Certains trouveront peut-être l’analogie surprenante. Mais les actes sont plus éloquents que les mots. Comme aux États-Unis, c’est maintenant pratiquement toujours « la Russie ! La Russie ! La Russie ! » dans les Balkans, les Serbes traditionnellement pro-russes subissent des pressions politiques, de propagande et militaires de plus en plus fortes pour adhérer au « Nouvel ordre mondial »  abandonnant finalement leur cœur historique et spirituel du Kosovo et tournant le dos à leur allié russe traditionnel et aux coreligionnaires chrétiens orthodoxes, la croisade anti-serbe et, par extension, la croisade anti-russe de l’Occident, qui dure depuis un quart de siècle, s’intensifie, et les choses pourraient bien s’aggraver dans un avenir proche.

Et nous savons ce que cela peut signifier quand les choses tournent mal dans les Balkans…

Aleksandar Pavic

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

lesakerfrancophone.fr/lotan-est-en-train-de-cibler-les-serbes-bosniaques-afin-de-termine…

 

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Pour l’Allemagne, la reconnaissance du Kosovo conditionne l’adhésion de la Serbie à l’UE

Pour l’Allemagne, la reconnaissance du Kosovo conditionne l’adhésion de la Serbie à l’UE

La Serbie devra accepter l’indépendance du Kosovo, son ancienne province, si elle veut rejoindre l’Union européenne, prévient le ministre allemand des Affaires étrangères.

Le Kosovo a déclaré son indépendance il y a déjà dix ans, soit presque dix ans après que l’OTAN a bombardé les forces serbes pour mettre fin au massacre et à l’expulsion des Albanais du Kosovo lors d’une guerre anti-insurrectionnelle (1998-1999).

« Si la Serbie veut se rapprocher de l’Union européenne, la construction d’un État de droit est une priorité, mais elle doit également accepter l’indépendance du Kosovo », a déclaré le ministre allemand des Affaires étrangères, Sigmar Gabriel, lors d’une conférence de presse conjointe avec Ramush Haradinaj, le Premier ministre du Kosovo.

« C’est une condition essentielle à son adhésion à l’Union » a-t-il martelé. Sigmar Gabriel affirme par ailleurs qu’il a remis le même message aux responsables serbes à Belgrade.

La Serbie souhaite adhérer à l’UE courant 2025, une date fixée par Bruxelles qui veut arrimer les Balkans occidentaux.

Les représentants serbes espèrent que la reconnaissance du Kosovo ne sera pas un critère essentiel pour son intégration à l’UE. Aleksandar Vulin, le ministre de la Défense, a par ailleurs déclaré que Belgrade et Pristina devraient se partager le Kosovo.

Sigmar Gabriel a signalé que l’Allemagne aiderait le pays à obtenir la reconnaissance des cinq États membres européens qui ne l’ont pas encore reconnu, soit l’Espagne, la Roumanie, Chypre, la Grèce et la Slovaquie.

« Naturellement, l’appartenance à l’Union est le but ultime. Pour cela, il faudra persuader les cinq États membres qui n’ont pas encore reconnu le Kosovo que cette reconnaissance est logique puisque le Kosovo ne fera plus jamais partie de la Serbie. »

« L’adhésion à l’Union profitera à toutes les parties », a-t-il ajouté.

Les citoyens des Balkans doutent de leur adhésion à l’UE

Malgré les déclarations rassurantes de Bruxelles, plus d’un quart des citoyens des Balkans ne croient plus à l’adhésion de leurs pays à l’UE,  selon l’étude 2017 du baromètre des Balkans.

Au total, 115 pays ont reconnu le Kosovo, dont 23 des 28 membres de l’Union européenne. L’adhésion du pays aux Nations Unies est cependant bloquée par la Russie et la Chine, fidèles alliés de la Serbie. Environ 120 000 Serbes résidant au Kosovo et aidés financièrement pas la Serbie considèrent encore Belgrade comme leur capitale.

L’Allemagne, l’un des premiers pays à avoir reconnu l’indépendance du pays à l’instar des États-Unis, de la France et du Royaume-Uni, est l’un des principaux investisseurs au Kosovo.

Hashim Thaçi, le président du Kosovo, a mis en garde contre un traitement inégal de la part de l’UE du Kosovo et des trois autres pays des Balkans occidentaux à majorité musulmane.

Les tensions entre Serbie et Kosovo préoccupent l’ONU

Zahir Tanin, qui dirige la mission de l’ONU au Kosovo, a souligné les tensions croissantes au Kosovo et la dégradation de la confiance entre Belgrade et Pristina, lors d’une session du Conseil de sécurité. Un article d’Euractiv Serbie.

La nouvelle stratégie d’élargissement, dévoilée le 6 février, a suscité la controverse dans la région. Dans celle-ci, la Serbie et le Monténégro se placent dans le « peloton de tête » et pourraient rejoindre le club européen en 2025.

Une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’UE (un Gymnich), en partie consacrée aux Balkans occidentaux, débute aujourd’hui à Sofia. Les ministres des six pays des Balkans occidentaux se joindront ensuite à la réunion ministérielle. Certains d’entre eux devraient exprimer leur mécontentement au sujet de la nouvelle stratégie d’élargissement de la Commission.

https://www.euractiv.fr/section/elargissement/news/germany-reassures-kosovo-it-is-not-treated-unfairly/

La Serbie n’a pas besoin d’un dialogue sur le Kosovo, mais sur l’intégration européenne

La Serbie n'a pas besoin d'un dialogue sur le Kosovo, mais sur l'intégration européenne

La Serbie n’a pas besoin d’un dialogue sur le Kosovo, mais sur l’intégration européenne

Par Dragana Trifkovic, journaliste au magazine serbe Geopolitika et au magazine allemand Zuerst, fondateur et directeur du Centre des études géostratégiques ♦ Maintenant que les circonstances mondiales ont changé et que les États-Unis et l’OTAN sont en train de perdre de leur influence et que les puissances favorables à la préservation du Kosovo-Metohija serbe – comme la Russie et la Chine – sont de plus en plus fortes, nous poursuivons une politique de capitulation.


Le but du dialogue interne mené par le président serbe Aleksandar Vucic devrait être celui de répartir les responsabilités et de servir comme couverture pour l’abandon final du Kosovo-Métochie.

Le gouvernement nous assure constamment qu’il ne reconnaîtra jamais le Kosovo en tant qu’État indépendant, mais nous devons ici souligner une chose : ils ne sont pas censés annoncer au public que le Kosovo est un État indépendant et que nous le reconnaissons comme tel. Personne ne demande une reconnaissance aussi claire de leur part. Le problème est qu’ils instiguent l’indépendance du Kosovo en mettant en œuvre leur politique, sans clairement définir et communiquer au public ce qu’ils font réellement. Si nous convenons que la prétendue indépendance du Kosovo dépend exclusivement du consentement de la Serbie, et que sans le consentement de la Serbie, les États-Unis ne peuvent pas mettre en œuvre une nouvelle carte des Balkans, la responsabilité des autorités de Belgrade devient encore plus grande.

J’ai récemment passé en revue le livre Wikileaks, Les secrets des dépêches de Belgrade de l’auteur Nikola Vrzić, publié en 2011, c’est-à-dire avant l’arrivée au pouvoir du Parti progressiste serbe. Il analyse les lettres et les rapports confidentiels originaux des diplomates étrangers qui révèlent les plans des puissances occidentales concernant la sécession du Kosovo de la Serbie, ainsi que l’attitude des autorités démocratiques précédentes sur la question.

Continuité de la mauvaise politique

Au tout début du livre, l’auteur décrit le président précédent et dit qu’”il ne pouvait pas décider entre la capitulation, la trahison et la peur de son propre peuple, et qu’il choisissait volontiers la capitulation et la trahison”.

Si nous ne tenons pas compte du fait que ces mots sont dédiés à Boris Tadic, pouvons-nous les identifier aujourd’hui avec le président actuel ?

L’auteur analyse ensuite la stratégie américaine K1, par laquelle ils veulent convaincre les Serbes que le Kosovo leur importe peu. Y a-t-il une manière plus ouverte que celle dans laquelle le président de l’État de Serbie dit que nous ne devrions pas célébrer et glorifier les défaites (en pensant à la bataille du Kosovo) mais que nous devrions glorifier le héros, le grand chef militaire et stratège Mourad, pour qui “ces gens-là ne sont même pas assez bons pour être ses adjoints”.

Les dépêches de Wikileaks de 2007 montrent clairement que les fonctionnaires de l’UE demandent à la Serbie de reconnaître le Kosovo avant de rejoindre l’UE. La question se pose de savoir si Aleksandar Vucic n’a découvert ce fait que récemment lorsqu’il a déclaré à Arandjelovac que nous devions modifier radicalement notre attitude vis-à-vis du Kosovo pour devenir membre de l’UE. Dans sa nouvelle déclaration à la presse, il appelle à un débat public, c’est-à-dire un dialogue interne mis en place, avec des solutions déjà préparées, et il fait appel au professeur Kutlesic, qui a présenté l’idée d’une “réelle union de la Serbie et du Kosovo” lors de la première table ronde organisée dans le cadre du dialogue interne sur le Kosovo.

Enfin, ce livre devrait aussi nous rappeler le modèle de deux Allemagnes, déjà mentionné en 2007 par la diplomatie allemande comme une solution qui est offerte à la Serbie et qui implique un modèle de coexistence avec un Kosovo indépendant (quelque chose de similaire à ce que le professeur Kutlesic nous suggère généreusement). L’auteur a commenté que depuis 2008, la politique du Kosovo a été réduite à « une application peu convaincante de la variante pervertie des deux modèles allemands dans les Balkans, dans laquelle la Serbie ne reconnaît pas le Kosovo en poussant les Serbes du Kosovo dans les bras de Pristina. Mais seulement de façon temporaire jusqu’à la reconnaissance finale par la Serbie d’un Kosovo indépendant, au nom d’une intégration européenne sans fin ».

La reconnaissance non-avouée

Maintenant la question se pose de savoir pourquoi de nombreux analystes politiques indépendants, tels qu’ils se présentent, n’analysent pas la politique du Kosovo de la Serbie depuis 2012 à la lumière des dépêches de Wikileaks de la période précédente ? Parce qu’ils en viendraient à la conclusion que le gouvernement actuel a fait des pas beaucoup plus importants et audacieux vers l’établissement de l’État du Kosovo et l’expulsion des Serbes sous les auspices d’un Kosovo indépendant, que le gouvernement précédent.

Il est tout à fait clair que la politique de l’Occident envers la Serbie n’a pas changé, mais seules les personnalités politiques en Serbie qui ont mis en œuvre une telle politique, ont changé et tout ce qui a été fait depuis 2012 est conforme au plan d’accomplissement de l’indépendance du Kosovo.

Au lieu de s’engager à annuler les accords signés par le gouvernement précédent, le Parti progressiste serbe (SNS) a signé l’Accord de Bruxelles, et nous pouvons constater qu’il s’est engagé à signer un accord global sur la normalisation des relations avec Pristina, qui devrait définir un changement radical concernant le Kosovo, ce qui signifie que la Serbie devrait abandonner le Kosovo. En signant un tel traité avec Pristina, la Serbie reconnaîtra le Kosovo.

En ce qui concerne la situation des Serbes au Kosovo-Métochie, elle a aussi radicalement changé depuis 2013 et la signature de l’Accord de Bruxelles, et aussi depuis le démantèlement des barricades, l’établissement d’une frontière et des douanes entre le Kosovo et le reste de la Serbie, la suppression des institutions de l’État de Serbie sur le territoire de la province du sud, l’intégration de la police et de la justice dans le système du Kosovo, la participation de la “Liste serbe” dans les institutions qui fonctionnent selon la Constitution et les lois de la République du Kosovo, l’attribution d’un indicatif téléphonique international au Kosovo et toutes les autres mesures contribuant à la mise en œuvre de l’indépendance du Kosovo.

La Serbie a tourné le dos aux Serbes de Kosovo-Métochie

La position désespérée des Serbes se reflète dans le fait suivant. Les Serbes au Kosovo-Métochie ont été confrontés à de nombreux dangers qui les menaçaient du côté albanais depuis des années, mais ils étaient néanmoins résolus à rester chez eux et à se battre pour la survie de l’État serbe au Kosovo-Métochie. Cependant, quand ils ont senti que leur pays leur tournait le dos, qu’il avait une attitude hostile à l’égard de leur réticence à devenir citoyens de la République du Kosovo et qu’il les laissait seuls dans leur lutte pour la survie, ce n’est qu’alors qu’ils ont senti un désespoir total. J’ai visité les enclaves serbes au Kosovo-Métochie environ un an après la signature de l’Accord de Bruxelles, et les habitants de Gracanica, Orahovac et Velika Hoca m’ont dit qu’ils avaient perdu espoir et que depuis la signature de l’Accord de Bruxelles, de nombreux Serbes avaient décidé de vendre leurs maisons.

D’un autre côté, nous constatons que la partie albanaise n’a rien fait dans le processus de négociation qui nous serait profitable et qu’elle n’est même pas prête à consentir la création de la Communauté des municipalités serbes qui devrait fonctionner en tant qu’une organisation non gouvernementale conformément à la Constitution et les lois de la République du Kosovo.

La Serbie se trouve maintenant dans une situation absurde, compte tenu du fait que nous nous sommes opposés à l’OTAN lorsque cette organisation était au sommet de son pouvoir, ainsi qu’aux États-Unis, qui étaient la seule puissance mondiale à l’époque.

Maintenant que les circonstances mondiales ont changé et que les États-Unis et l’OTAN sont en train de perdre de leur influence et que les puissances favorables à la préservation du Kosovo-Metohija serbe – comme la Russie et la Chine – sont de plus en plus fortes, nous poursuivons une politique de capitulation.

A l’heure où la séparation violente du Kosovo et de Métochie de la Serbie a déclenché une vague de séparatisme dans l’UE, nous n’interrogeons pas les responsables bruxellois sur leur responsabilité. Lorsque la politique étrangère agressive des États-Unis a entraîné des migrations historiques du Moyen-Orient vers l’Europe, en raison des bombardements et de la destruction de pays du Moyen-Orient, nous ne demandons pas qui est responsable de cela. Qui est responsable de la montée du terrorisme dans le monde ?

Au lieu de poser des questions, nous voulons accepter les problèmes de Bruxelles et les partager avec eux, bien qu’en tant qu’État, nous n’ayons aucune responsabilité pour les problèmes qui se sont posés, et que nous-mêmes, nous sommes la partie lésée.

Le dernier moment

La seule façon de préserver le Kosovo en Serbie et de restaurer la souveraineté, c’est d’examiner de manière drastique la politique d’intégration européenne, car c’est la clé de tout. Il est nécessaire d’avoir un dialogue ouvert sur l’intégration européenne en Serbie, et non pas un dialogue sur le Kosovo-Métochie, parce que nous devons, en tant que société, examiner les avantages réels que la Serbie peut obtenir en adhérant à l’UE et, d’autre part, étudier les conséquences que nous allons en subir. Nous pouvons voir que le soutien à l’adhésion de la Serbie à l’UE a maintenant augmenté, et que les États-Unis sont déterminés à définir la situation dans les Balkans à leur propre avantage.

Cela leur est utile pour eux pour plusieurs raisons : tout d’abord, en raison de l’obligation de la Serbie de signer un accord de paix avec Pristina, et d’un autre côté, c’est leur façon idéale pour séparer la Russie de la Serbie et des Balkans, puisque le processus de l’intégration européenne est contraire au développement des relations avec la Russie. Dans la période à venir, ce sera une tâche clé pour l’Occident, où l’attention se tournera vers la Serbie, car la Serbie est un pays central dans les Balkans, et non une partie des Balkans occidentaux comme ils nous représentent. Sans interrompre les liens entre la Serbie et la Russie, dans le contexte géopolitique actuel, toute l’influence occidentale dans les Balkans a été remise en question jusqu’à présent. D’un autre côté, si la Serbie rompt ses liens avec la Russie, elle perdra à long terme toutes les chances de préserver sa souveraineté et son intégrité.

En tant que société, nous devons demander aux dirigeants politiques de déclarer les négociations avec Pristina à Bruxelles comme échouées, de demander le retour du dialogue sur le Kosovo au sein de l’ONU et, avec l’aide du droit international, de la résolution 1244 de l’ONU et de nos alliés qui respectent également le droit international, de revenir à nos positions de négociation et en même temps d’établir un dialogue interne sur l’intégration européenne.

Dragana Trifkovic
Directeur du Centre d’Études Géostratégiques (Belgrade, Serbie)
06/01/2018

Traduit du serbe par Svetlana Maksovic

Source : Arrêt sur Info

Correspondance Polémia – 11/01/2018

https://www.polemia.com/la-serbie-na-pas-besoin-dun-dialogue-sur-le-kosovo-mais-sur-lintegration-europeenne/

L’Initiative polonaise des Trois Mers. Quel en est l’enjeu géopolitique ?

L’Initiative polonaise des Trois Mers. Quel en est l’enjeu géopolitique ?


Par William Engdahl – Le 6 décembre 2017 – Source New Eastern Outlook

En jaune, les pays participant a l’initiative des Trois mers

L’initiative polonaise des Trois Mers est une tentative géopolitique à peine voilée de contrer l’influence de la Russie, à l’est, et de l’Allemagne, à l’ouest. Des comparaisons avec le malheureux Intermarium polonais, à la fin de la Première Guerre mondiale, me viennent à l’esprit, non sans raison. À la suite de cette guerre, le dirigeant polonais Josef Pilsudski a tenté de créer une union des États situés entre la mer Noire et la Baltique pour s’opposer à la fois à l’empire soviétique russe et allemand, union connue sous le nom d’Intermarium. Si nous superposons la géographie des États des différentes configurations de l’Intermarium à celle de l’initiative des Trois Mers contemporaine, nous découvrons alors une forte ressemblance entre les deux, c’est-à-dire une sorte de ligne de démarcation entre l’Allemagne à l’ouest et la Fédération de Russie à l’est. Mais les similitudes ne s’arrêtent pas là.

L’Initiative des Trois Mers a officiellement débuté à Dubrovnik en août 2016 et compte douze États d’Europe centrale et orientale parmi ses membres. Les pays membres couvrent l’espace entre la Baltique, l’Adriatique et la mer Noire, d’où le nom. Outre la Pologne et la Croatie, les membres comprennent actuellement l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la République tchèque, la Slovaquie, l’Autriche, la Hongrie, la Bulgarie, la Roumanie et la Slovénie. Sa deuxième réunion à Varsovie en juillet 2017 a été suivie par le président américain Trump, qui a donné au groupe son imprimatur.

La question est de savoir quels sont les facteurs politiques ou économiques qui sous-tendent cette initiative polonaise des trois mers. Si nous regardons de plus près son orientation initiale basée sur l’énergie, les choses deviennent plus claires.

Le gaz de schiste étasunien

Le 6 juillet 2017, en route pour le Sommet du G20 de Hambourg, le président américain Donald Trump s’est rendu à Varsovie pour participer à la deuxième réunion pour le projet des Trois mers, un projet proposé publiquement par le président polonais Andrzej Duda.

Alors que les deux principaux acteurs, la Pologne et la Croatie, insistent sur le fait que l’Initiative des Trois Mers n’est pas du tout géopolitique, mais plutôt un forum pour mieux intégrer les projets d’infrastructures communes nord-sud dans les nouveaux États de l’UE d’Europe centrale, il est évident que c’est plutôt l’inverse, c’est surtout de la géopolitique. Le véritable moteur de l’initiative, Washington, est clairement opposé au gazoduc germano-russe passant sous la Baltique, le North Stream II. La Pologne, pour sa part, risque de perdre des redevances de transit du gaz, car les routes de transit actuelles du gaz russe passant par l’Ukraine et la Pologne seraient progressivement supprimées, mais ce n’est pas le principal facteur. Pour l’Allemagne et pour la Russie, depuis le coup d’État de Kiev de février 2014 fait à l’initiative des États-Unis et qui a provoqué la rupture des liens entre l’Ukraine et la Russie, le transit du gaz russe par l’Ukraine reste une question extrêmement explosive et incertaine.

En juillet, à Varsovie, Trump a déclaré à son auditoire : « Nous nous engageons à garantir votre accès à des sources d’énergie différentes, afin que la Pologne et ses voisins ne soient plus jamais pris en otage par un seul fournisseur d’énergie. » Ces remarques sont une gifle assez visible adressée à Moscou alors que Washington a prétendu en 2008, à tort, que Gazprom avait coupé les approvisionnements en gaz via l’Ukraine aux consommateurs d’Europe occidentale, ce que Moscou a nié avec véhémence, affirmant que cela avait été fait par l’Ukraine, avec le soutien quasi certain de Washington. Pendant les pires tensions de la guerre froide, Moscou n’a jamais perturbé les livraisons de gaz à l’Europe. Elle n’avait aucune raison de le faire en 2008, bien au contraire. Toutefois, le président Viktor Iouchtchenko, soutenu par les États-Unis, l’a fait.

Un centre gazier polonais

De son côté, la Pologne rêve d’utiliser l’Initiative des Trois Mers pour faire de la Pologne un nouveau centre gazier européen, en important du gaz naturel liquéfié (GNL) des États-Unis.

Mais expédier du gaz par méthanier est un processus coûteux. Cela nécessite la construction de terminaux spéciaux tant au port d’origine qu’au port de destination. Le gaz doit d’abord être transformé en liquide froid à environ -260°F, puis transporté dans des citernes spéciales. À destination, un terminal méthanier spécial similaire est nécessaire où le gaz peut à nouveau passer de l’état liquide à l’état gazeux pour la consommation finale. Tout cela est assez coûteux par rapport aux gazoducs.

En revanche, la Russie livre aujourd’hui la majeure partie de son gaz par gazoduc au marché de l’UE. Le coût du gaz russe, en raison de ce facteur, et d’autres, est nettement inférieur. Pour la Pologne, cela ne semble pas avoir d’importance. Elle rêve de remplacer l’Ukraine en tant que place de transit du gaz russe vers l’UE et d’importer du gaz de Norvège, du gaz naturel liquéfié (GNL) des États-Unis et peut-être même du gaz du Qatar, si Washington ne perturbe pas ce projet par les sanctions saoudiennes.

Fin juin 2017, le nouveau terminal méthanier polonais de Swinoujscie, sur la mer Baltique, a reçu le premier envoi de GNL étasunien, en provenance du terminal texan de Cheniere Energy, actuellement le seul terminal méthanier américain destiné à l’exportation de GNL. Lors de la visite de Trump, le président polonais a clairement indiqué qu’il souhaitait conclure des contrats à long terme avec des fournisseurs de GNL américains, pour finalement exporter vers les autres pays de l’Initiative des Trois Mers, à la place du gaz russe transitant par l’Ukraine. Dans ce processus, la Pologne rêve de remplacer la Russie comme fournisseur de gaz de l’Ukraine.

Commentant le souhait polonais, Trump a déclaré que « encore bien plus » de GNL étasunien arrivera en Pologne, mais a ajouté que le prix pourrait augmenter. « Peut-être que le prix aura un peu augmenté, mais c’est normal, les négociations sont difficiles, a déclaré Trump à son public, à Varsovie. Nous sommes assis sur une grande quantité d’énergie, nous sommes maintenant des exportateurs d’énergie. Chaque fois que vous avez besoin d’énergie, appelez-nous. » Des négociations difficiles, c’est sûr.

La Pologne est en train de mettre en place sa stratégie pour devenir le nouveau centre énergétique de l’Europe centrale et remplacer le gaz russe. C’est là le cœur de son projet des Trois Mers. Le nouveau terminal GNL, qui a coûté 1 milliard de dollars, peut recevoir 5 milliards de mètres cubes de gaz par an, soit environ un tiers de la consommation annuelle polonaise en gaz. La Pologne envisage de doubler ce chiffre.

Mais ce n’est là que la première partie d’une stratégie de l’OTAN visant à expulser le gaz russe des marchés de l’UE. La stratégie préconise de faire de la Pologne une plaque tournante du gaz naturel pour l’Europe centrale en reliant la Pologne à la Lituanie, l’Ukraine, la Slovaquie et la République tchèque par des interconnexions.

Bloquer le North Stream II

L’initiative polonaise des Trois Mers pour l’importation de GNL américain est à la fois une stratégie adoptée pour contrer l’influence allemande sur les marchés européens de l’énergie et contrer la Russie en tant que principal fournisseur d’énergie. Il n’est pas étonnant, compte tenu des ambitions de la Pologne en matière de plates-formes gazières, que le pays prenne cette initiative en essayant de bloquer le gazoduc germano-russe North Stream II qui passe sous la Baltique.

Le 1er novembre, Krzysztof Szczerski, chef de la Chancellerie du Président de Pologne, a annoncé que le gouvernement polonais fera tout son possible pour bloquer le North Stream II. « Nous devons être conscients du problème que pose le North Stream II, de l’ampleur des intérêts auxquels nous sommes confrontés, a-t-il déclaré. Il s’agit des intérêts de deux grands États [c’est-à-dire l’Allemagne et la Russie, NdA), qui vont débloquer des ressources importantes pour la mise en œuvre de ce projet. North Stream II n’est pas un projet anodin, mais une base de leur intérêt national. Simultanément, il a un caractère profondément anti-européen. [sic!] »

Bloquer le North Stream II est également une des priorités de Washington. En juin 2017, le Congrès américain a voté et le Président Trump a promulgué de nouvelles sanctions contre la Russie qui, entre autres objectifs, visaient explicitement l’investissement dans le North Stream II. Ces dernières sanctions économiques étasuniennes à l’encontre de la Russie visent directement les entreprises impliquées dans le soutien à l’expansion du gazoduc germano-russe North Stream II, qui passe par la Baltique sans passer par la Pologne. Si elles étaient activées par le président américain, cela imposerait des sanctions économiques sévères aux entreprises de l’UE impliquées dans des projets énergétiques avec la Russie, dont le North Stream II.

Les gouvernements allemand et autrichien se sont immédiatement opposés, et avec véhémence, aux dernières sanctions américaines pour des raisons évidentes. Le 15 juin, les ministres allemand et autrichien des Affaires étrangères ont publié une déclaration commune inhabituellement critique à l’égard des États-Unis. Ils ont déclaré en termes très forts : « L’approvisionnement énergétique de l’Europe est une question qui concerne l’Europe et non les États-Unis d’Amérique. Nous ne pouvons pas accepter la menace de sanctions extraterritoriales illégales à l’encontre des entreprises européennes qui participent au développement de l’approvisionnement énergétique européen » a déclaré l’Autriche lors de sa prestation à l’Initiative des Trois Mers, le 6 juillet dernier, pour marquer sa désapprobation à l’égard des pourparlers américains sur le gaz.

Le gaz naturel liquéfié (GNL) étasunien, coûteux pour la Pologne

Le 21 novembre 2017, la société d’État polonaise de gaz naturel PGNiG a signé la première partie de son accord de livraison de gaz naturel liquéfié (GNL) en provenance des États-Unis, dans le cadre de sa tentative de réduction de sa dépendance aux approvisionnements russes. PGNiG a indiqué que dans le cadre de l’accord signé avec Centrica LNG Co., un groupe énergétique anglo-américain, elle recevra neuf expéditions de GNL entre 2018 et 2022. La société n’a pas révélé les volumes ni les prix convenus dans le cadre du contrat. Des indices commerciaux montrent que le gouvernement polonais paye un prix énorme pour sa russophobie.

Les estimations de Gazprom suggèrent que la Pologne devra payer, pour l’hiver 2017–2018, environ $265 à $295 /1.000 mètres cubes. Le gaz russe acheminé par gazoduc est livré à un prix moyen de 190 $/1 000 m3. Si ces chiffres sont exacts, cela montre que la Pologne est prête à payer jusqu’ à 50 % de plus pour ses livraisons de GNL étasunien. La livraison de ce GNL à d’autres pays partenaires de l’Initiative des Trois Mers implique des prix encore plus élevés pour l’Europe centrale.

De nouvelles lignes de fractures importantes sont en cours de développement au sein de l’UE dans le domaine de l’énergie, explicitement l’énergie à base de gaz naturel. D’un côté, on observe un axe entre l’Allemagne, l’Autriche, la France et d’autres États de l’UE, qui tiennent aux principaux approvisionnements en gaz russe. Émerge maintenant clairement un axe opposé, réunissant la Pologne et les États-Unis.

Le rôle de l’Atlantic Council

Pour Washington, l’initiative polonaise des Trois Mers est une situation gagnant-gagnant. Cela ne devrait pas nous surprendre si l’on considère que le groupe de réflexion atlantiste, l’Atlantic Coucil, joue un rôle déterminant dans la formation de cette initiative polonaise.

La nomination de l’ancien PDG d’ExxonMobil, Rex Tillerson, au poste de Secrétaire d’État n’est pas un hasard. Elle s’inscrit dans le cadre d’une stratégie à plus long terme de Washington visant à faire des États-Unis, en particulier grâce à l’exploitation récente de gaz de schistes et des schistes bitumineux non conventionnels, la principale puissance énergétique mondiale. Les actions américaines en Syrie et avec l’Arabie saoudite contre l’Iran et le Qatar s’inscrivent dans cette stratégie. L’élimination ou la réduction brutale des exportations de GNL du Qatar, y compris vers la Pologne, devrait profiter aux fournisseurs de gaz américains.

L’une des raisons des sanctions saoudiennes à l’encontre du Qatar, imposées à la suite de la réunion de Trump, le 21 mai à Riyad, pour discuter de la création d’une OTAN arabe, n’avait pas grand-chose à voir avec les allégations selon lesquelles le Qatar soutenait les Frères musulmans, ce qui est vrai. De son côté, l’Arabie saoudite a dépensé des milliards de dollars pour soutenir chaque groupe terroriste en Syrie, depuis al-Qaïda lié au Front al-Nusra jusqu’à État islamique, dans son effort de déloger Bachar al-Assad. Le véritable problème pour l’embargo saoudien du Qatar, appuyé par les États-Unis, tient au fait que le Qatar avait entamé des négociations secrètes avec l’Iran sur le développement conjoint de leurs champs gaziers partagés du golfe Persique, le plus important au monde. Si la coopération entre le Qatar et l’Iran se concrétisait, avec Bachar al-Assad au pouvoir après l’intervention de la Russie en Syrie, cela changerait la géopolitique énergétique mondiale en faveur de la Russie et contre les intérêts étasuniens.

En réalité, le blocus du Qatar par les Saoudiens ne vise pas à arrêter les terroristes radicaux. Il vise à maintenir le gaz iranien et qatari, et potentiellement syrien, hors du marché d’approvisionnement en gaz de l’UE, qui devrait devenir le plus grand consommateur de gaz au monde dans les années à venir. Pour Washington, la Pologne et son Initiative des Trois Mers ne sont qu’un pion dans un jeu géopolitique plus vaste.

La création du coûteux terminal méthanier polonais et sa stratégie visant à devenir une plaque tournante européenne du gaz via l’Initiative des Trois Mers ne sont pas des idées nées à Varsovie. Elles viennent de Washington, plus précisément des stratèges géopolitiques de l’Atlantic Council. Ce groupe de réflexion, créé par Washington au plus fort de la guerre froide et financé par le Pentagone et les services de renseignement américains, joue aujourd’hui un rôle important dans les décisions politiques de l’OTAN. Les donateurs officiels sont le Département de l’armée de l’air des États-Unis, le Département de l’armée de terre, le Département de la marine et le National Intelligence Council. Le Département d’État américain et le Département de l’Énergie des États-Unis contribuent également à financer ce groupe, ainsi que l’OTAN elle-même.

En avril 2017, l’Atlantic Council a tenu une conférence à Istanbul sur la stratégie des Trois Mers. Le thème de la conférence était « Faire de l’Initiative des Trois Mers une priorité pour l’avenir » et le discours d’ouverture a été prononcé par le général James L. Jones, président de l’Atlantic Council, et ancien conseiller à la Sécurité nationale d’Obama. Ce groupe était également présent à Varsovie, en juillet à l’occasion de la visite de Trump à la réunion pour l’Initiative des Trois Mers.

Dans son discours d’avril sur cette initiative, Jones a déclaré : « Il s’agit d’un projet véritablement transatlantique qui a des ramifications géopolitiques, géostratégiques et géo-économiques énormes. » Il a aussi confirmé que l’Initiative des Trois Mers avait pour but de « soulager le secteur européen de l’énergie de la forte pression du Kremlin » et qu’il s’était entretenu avec M. Tillerson sur l’importance de soutenir l’initiative des Trois mers : « Il comprend. Il en comprend l’intérêt stratégique ; il en comprend l’intérêt économique », a fait remarquer Jones.

Une autre initiative montre les limites des Trois mers

Le 27 novembre, un forum assez différent s’est réuni, accueilli par un pays membre de l’Initiative des Trois Mers. Le sommet Chine-Europe centrale et orientale à Budapest, accueilli par le Premier ministre Viktor Orban, a réuni les 12 membres de l’Initiative des Trois Mers, ainsi que la Serbie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et l’Albanie. Les pays de l’Europe centrale et orientale ont discuté de la participation de la Chine à l’immense infrastructure chinoise One Belt, One Road pour accroître les flux commerciaux entre l’Europe et l’Eurasie. Ils ont discuté de la création de nouveaux fonds d’infrastructure, de coopération monétaire et bien plus encore. Cela contraste fortement avec le projet de l’Initiative des Trois Mers de dépenser des milliards de dollars dans des projets de gaz de schistes américains risqués, tout en s’aliénant davantage la Russie et l’Allemagne.

Le contraste entre le sommet Chine-CEE et l’Initiative des Trois Mers ne saurait être plus frappant. Il montre les lignes de faille géopolitiques du projet que Washington est en mesure d’offrir à ses alliés européens de l’OTAN aujourd’hui, d’un très faible intérêt, contrairement à celui de se joindre à la Chine et à la Russie pour construire une nouvelle infrastructure eurasiatique en direction de l’Europe.

William Engdahl

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

 

http://lesakerfrancophone.fr/linitiative-polonaise-des-trois-mers-quel-en-est-lenjeu-geopolitique

 

L’initiative « la Ceinture et la Route » enrichit le monde (président serbe)

L’initiative « la Ceinture et la Route » enrichit le monde (président serbe)

© Chine Nouvelle (Xinhua)Peng Mengyao, le 13/10/2017 12:58

L’initiative chinoise « la Ceinture et la Route » est une vision importante au niveau mondial, qui bénéficiera énormément au monde entier, a indiqué le président serbe Aleksandar Vucic.

Dans une interview accordée à Xinhua à l’approche du 19e Congrès national du Parti communiste chinois (PCC), M. Vucic a déclaré que son pays avait une confiance totale dans le PCC ainsi que dans ses initiatives.

L’initiative « la Ceinture et la Route » proposée par le président chinois Xi Jinping en 2013, qui est également le secrétaire général du PCC, est « l’une des plus importantes initiatives que nous avons aujourd’hui dans le monde contemporain », a estimé M. Vucic.

L’initiative « la Ceinture et la Route », faisant référence à la Ceinture économique de la Route de la soie et à la Route de la soie maritime du XXIème siècle, vise à promouvoir le commerce, l’intégration financière, la connectivité des infrastructures et les échanges entre les peuples le long et au-delà des anciennes routes commerciales de la Route de la soie.

L’initiative bénéficie non seulement à la Chine et son peuple mais aussi à de nombreux pays, a ajouté M. Vucic, dont le pays participe avec enthousiasme à cette initiative.

« En tant que représentant d’un petit pays, j’aimerais encourager les membres du PCC à poursuivre cette initiative ainsi que d’autres initiatives, parce que nous avons une confiance totale en eux et leurs initiatives », a-t-il souligné.

Au cours des cinq dernières années, la Chine a développé ses liens avec le monde, tout en restant fermement attachée à la voie du socialisme avec des caractéristiques chinoises, a constaté le président.

La Chine est en train de « devenir l’un des facteurs les plus décisifs de la culture mondiale et de la communication mondiale, ce dont vous devez être fiers ».

Tout cela montre que le socialisme à la chinoise fonctionne, a-t-il conclu.

 

https://chine.in/actualite/cn/initiative-la-ceinture-route-enrichit_102981.html