Archives pour la catégorie SINGAPOUR

Le FMI tente d’empêcher les Îles Marshall d’adopter une cryptomonnaie

Le FMI tente d’empêcher les Îles Marshall d’adopter une cryptomonnaie

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Le Parlement des Îles Marshall a adopté, le 26 février 2018, le principe d’une cryptomonnaie (Declaration and Issuance of the Sovereign Currency Act 2018). Elle devrait être mise en œuvre par une société israélienne, Neema, sous le nom de Sovereign (SOV).

Les Îles Marshall, qui n’ont pas d’armée et dont la Défense est assurée par les États-Unis, n’ont pas de monnaie propre et utilisent le Dollar.

Selon le Fonds monétaire international, le projet de Sovereign n’offre aucune garantie en matière de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme. Il pourrait donc ne pas obtenir la convertibilité en Dollar.

Affolé par cette perspective, le Parlement des Îles Marshall devra se prononcer le 12 novembre sur sa mise en application et, éventuellement, censurer le gouvernement d’Hilda Heine.

Actuellement, le Venezuela est le seul État au monde à disposer d’une crypto-monnaie, le Petro. Cependant, celle-ci n’est pas fixée sur le marché, mais sur les réserves naturelles du pays. Ce système a permis de mettre fin à la dépréciation abyssale du Nouveau Bolivar.

Depuis le début 2018, le Royaume-Uni, le Canada, Singapour, la Turquie et l’Iran étudient la possibilité de créer leur propre cryptomonnaie.

Documents joints

IMF Report
See page 6 : « Protecting fincial stability ».
(PDF – 1.4 Mo)

 

http://www.voltairenet.org/article203813.html

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Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 2/2

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 2/2

Le sommet de Singapour le 12 juin dernier entre Donald Trump et Kim Jong-un a suscité beaucoup d’espoirs mais aussi de craintes sur l’utilisation de l’arme nucléaire dans les relations internationales. Quelles conclusions tirer de cette rencontre inattendue sur le rôle de l’arme ultime au coeur de la diplomatie ? 

Le retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales

Affiche de propagande nord-coréenne vantant les capacités balistiques des ICBM nord-coréen.
Affiche de propagande nord-coréenne vantant les capacités balistiques des ICBM nord-coréen.

Ce spectaculaire retournement de situation, à travers la réunion historique entre deux les dirigeants, laisse planer le doute sur les résultats réels de ce sommet. Le régime nord-coréen exerce magistralement l’art des promesses non tenues. De plus, l’inconséquence de Donald Trump en politique étrangère oblige à être prudents dans l’analyse des faits. Pourquoi Kim Jong-un croirait-il en les engagements du Président des États-Unis ? En tout état de cause, la crise coréenne et ce sommet ont signifié le retour de l’arme nucléaire comme élément de négociation en relations internationales.

Étant donné le peu de garantie donné par Donald Trump à la Corée du Nord, la meilleure assurance-vie du régime de Kim Jong-un est de conserver le plus longtemps possible son arsenal nucléaire. Au delà du geste de bonne volonté dont Pyongyang a fait preuve en avril dernier en annonçant l’arrêt de ses essais, l’arme nucléaire s’est imposée comme le pivot des négociations et de la pression dans les relations internationales. L’actuel président américain vient de relancer l’arsenal nucléaire des États-Unis, face une montée des menaces émanant de la Chine et de la Russie détaillées dans la nouvelle Nuclear Posture Review du Pentagone (NPR) de 2018[11].

Le gouvernement Trump a pris l’initiative d’augmenter massivement le budget militaire alloué aux armes nucléaires des États-Unis en violation du Traité de Non Prolifération Nucléaire (TNP). La NPR met en exergue l’annexion de la Crimée par la Russie et l’augmentation des budgets liés à la dissuasion russe et chinoise. Il insiste également sur le besoin d’une modernisation constante de la « triade nucléaire » des États-Unis, de manière à préserver leur sécurité et leurs capacités.

L’abandon des armes nucléaires peut-il donner lieu à des changements politiques profonds ? 

«L’équilibre de la terreur » se fonde, dans un monde bipolaire, sur le postulat que l’utilisation à grande échelle de l’arme nucléaire par l’un des deux belligérants provoquerait à coup sûr leurs destructions mutuelles. Il est donc nécessaire pour chaque protagoniste de disposer d’un stock d’armes nucléaires suffisant pour dissuader toute attaque de l’ennemi.

La production d’armes nucléaires à grande échelle permet donc de dissuader les États de prendre le risque d’une attaque. Pourtant lors de la crise des missiles de Cuba en 1962, le monde est passé près de l’apocalypse par une simple erreur d’interprétation[12]. Aujourd’hui, dans un monde instable où les alliances entre les États sont plus opportunistes qu’idéologiques, l’arme nucléaire semble avoir perdu de sa pertinence face aux menaces terroristes. Toutefois, la Corée du Nord et l’Iran rappellent la pertinence et le danger que représente la prolifération nucléaire dans un monde instable et fragmenté avec de plus en plus d’États souhaitant acquérir la technologie de l’atome.

Une arme de dissuasion?

Depuis la chute de l’URSS, la prolifération s’est considérablement accrue sans toutefois atteindre les niveaux de la Guerre Froide. La montée des acteurs non-étatiques ainsi que la criminalité transnationale doivent inciter les États à renforcer leur politique de sécurité et leurs moyens de contrôle. Cela de manière à éviter que de telles armes ne tombent entre les mains de groupes terroristes. L’AIEA rappelle d’ailleurs que le risque de terrorisme nucléaire n’est pas à écarter[13], bien que la logistique complexe de ces armes rend très difficile leur utilisation par des groupes extérieurs aux États.

Bien que l’équilibre de la terreur soit un concept répandu, il est loin d’être accepté aujourd’hui par tous les spécialistes des questions nucléaires. S’il paraît impensable que les pays européens attachés aux valeurs démocratiques utilisent un jour l’arme nucléaire, qu’en est-il des gouvernements autocratiques? La Corée du Nord peut servir d’exemple. Si Kim Jong-un a montré des gestes d’ouverture, il n’en a pas toujours été ainsi. Les menaces apocalyptiques de la Corée du Nord ont longtemps affolé les États-Unis, qui ont cherché à tout prix à empêcher ce pays de se doter de l’arme nucléaire. Pourtant, comme l’Iran, la Corée du Nord a prouvé au monde que les sanctions économiques à son égard ne l’ont pas dissuadée de renoncer à poursuivre son programme nucléaire. Et que penser du Pakistan, déchiré par des luttes confessionnelles et lui aussi doté de l’arme nucléaire? L’abandon par un pays de son programme nucléaire ne peut-être le fruit que d’une décision politique à haut niveau qui sous-tend une volonté de rupture historique[14]. Toutefois les pays historiquement possesseurs de l’arme nucléaire sont tous dans une posture visant à moderniser leurs arsenaux dont la durée de vie a été étendue. Le rôle joué par l’arme nucléaire dans les doctrines de sécurité reste donc un élément crucial pour toute puissance ayant des ambitions mondiales. Le général Marks Milley, chef d’État-major de l’US Army, en 2016 rappelait d’ailleurs l’importance de l’arme nucléaire dans la politique de défense américaine  : « Ce que nous voulons faire, c’est dissuader. Personne ne veut faire la guerre. La seule chose la plus chère que la dissuasion c’est de faire la guerre. Et la seule chose plus chère que de faire la guerre, c’est de se battre et de perdre la guerre[15] ».

Article co-écrit par Marc-Henri SAILLARD et Raphaëlle MABRU.

[11] « Nuclear posture review », department of defense, united states of america, pp.100, p.26, 2018, en ligne, <https://media.defense.gov/2018/Feb/02/2001872886/-1/-1/1/2018-NUCLEAR-POSTURE-REVIEW-FINAL-REPORT.PDF>.

[12]  « Crise de Cuba : le jour le plus dangereux de l’Histoire », nouvel obs : blog affaires étrangères, 22octobre 2012, en ligne, <http://globe.blogs.nouvelobs.com/archive/2012/10/19/crise-de-cuba-le-jour-le-plus-dangereux-de-l-histoire.html>.

[13]  « Mesures de prévention et de protection contre les menaces internes », coll : sécurité nucléaire de l’AIEA n°8, AIEA, en ligne, <https://www-pub.iaea.org/MTCD/Publications/PDF/Pub1359f_web.pdf>.

[14] Benjamin Hautecouverture, « Un retour de l’arme nucléaire dans les relations internationales ? », fondation pour la recherche stratégique, 5 juin 2018, en ligne , <https://www.youtube.com/watch?v=FS4_tBODH1s>.

[15]  « Nuclear posture review », op.cit, p.75.

About Raphaëlle MABRU

Raphaëlle MABRU est diplômée de Sciences Po Toulouse et d’un Master 2 « Géopolitique et Relations Internationales ». Passionnée par l’actualité internationale et la protection des droits de l’Homme, elle est particulièrement intéressée par les enjeux au Moyen-Orient. Ses thèmes de prédilection portent sur la lutte contre le terrorisme et le renseignement. Elle a rejoint les Yeux du Monde en novembre 2017.

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 1/2

Le sommet de Singapour, point de départ de relations normalisées entre les États-Unis et Corée du Nord ? 1/2

Après des mois d’escalade et de désescalade autour de la péninsule coréenne, de sommets prévus puis annulés, la rencontre historique a finalement eu lieu entre le président des États-Unis, Donald Trump et le leader de Corée du Nord Kim Jong-un le mardi 12 juin dernier à Singapour. Donald Trump a pris le monde de court en participant au premier sommet bilatéral entre la Corée du Nord et les États-Unis. La Corée du Nord, petit État d’Asie du Nord-Est a enfin obtenu, à coups d’intimidations nucléaires, un sommet bilatéral avec la première puissance mondiale, gage de reconnaissance et de sécurité pour le régime. Quels sont les enjeux et les intérêts de chacun des participants à ce sommet ? Quelles évolutions cet accord peut-il insuffler à une région marquée historiquement par la Guerre froide et par une montée en puissance de la Chine dans le pré-carré américain ? La Corée du Nord pourra-t-elle changer de visage ? Cette rencontre est-elle un tournant significatif pour la paix mondiale ?

Retour sur une année décisive 

Rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin dernier.
Rencontre historique entre Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour, le 12 juin dernier.

L’élection de Donald Trump a radicalement changé la méthode d’approche de l’administration américaine du dilemme nord-coréen. Barack Obama avait opté pour une politique de la « patience stratégique » qui n’a donné que de faibles résultats. Donald Trump, lui, a opté pour la manière forte et une pression maximale envers le régime de Pyongyang qui a multiplié les essais nucléaires et balistiques. Dans cette partie de bluff nucléaire, chacun des acteurs a su doser sa réaction pour éviter le pire et inciter à une évolution de la situation, sans perdre la face.

La pression exercée par la Chine sur la Corée du Nord a été déterminante. Xi Jinping a dû se montrer moins complaisant envers son « allié » et partenaire économique coréen, afin d’appliquer les sanctions onusiennes sous la menace de représailles américaines. De son côté, le Japon, avec la reconduction de Shinzo Abe, a maintenu sa position ferme pour obtenir des garanties de sécurité des Américains en cas de conflit. Le changement de gouvernement en Corée du Sud, passant de la conservatrice Park Geun-hye au plus libéral Moon Jae-in, a remis au goût du jour la « sunshine policy » initiée par Kim Dae-jung et Roh Moo-hyun de 1999 à 2008. Enfin, la main tendue par la Corée du Sud à Kim Jong-un a permis la participation de la Corée du Nord aux Jeux olympiques de Pyongchang en février 2018 et la première rencontre inter-coréenne depuis huit ans, le 27 avril 2018.

A l’aune de ces diverses avancées, une fenêtre de tir s’est ouverte afin d’organiser une rencontre entre Kim Jong-un et Donald Trump.

Les intérêts divergents des deux participants au sommet de Singapour

Donald Trump est empêtré dans diverses affaires intérieures – les ingérences russes dans la campagne électorale ou encore le scandale lié à la Trump University – qui entachent le début de sa présidence. A cela s’ajoute une gestion erratique de la politique internationale des États-Unis. Tout d’abord le retrait du partenariat transpacifique, signé par Donald Trump dans les premiers jours de sa présidence. Cela a laissé le champs libre à la Chine[1] (alliée historique et de circonstance de Pyongyang) dans une région de première importance pour le commerce mondial. Peu après, Rex Tillerson, le Secrétaire d’État américain (alors en pleine crise coréenne) a été remplacé par Mike Pompeo. A cela s’est ajouté un renforcement des tensions, déjà existantes, avec la Russie qui a entraîné le limogeage du directeur du FBI, James Comey. Ce tableau pourrait faire croire à une perte de leadership américain, d’autant plus que le président Trump a rejeté l’accord sur le nucléaire iranien. Celui-ci reflète plutôt une nouvelle perception des relations internationales et des rapports de forces géopolitiques dictée par son slogan de campagne « America First ». De là découle la nécessité pour les États-Unis de trouver une issue à la crise coréenne de manière à montrer que Trump réussit là où ses prédécesseurs ont échoué.

Concernant le régime de Pyongyang, Kim Jong-un, au pouvoir depuis la mort de son père Kim Jong Il s’est obstiné à poursuivre et à développer les capacités nucléaires du pays par la politique du Byungjin [2] (développement conjoint de l’économie et de l’arme nucléaire). Cela de manière à sanctuariser le territoire nord-coréen, à renforcer la légitimité du leader et son autorité sur l’armée et le parti pour in fine préserver son régime.

Le bluff nucléaire des derniers mois visait à faire monter le niveau de tension entre les deux États, afin d’atteindre un but ultime, recherché depuis longtemps par la dynastie Kim : la reconnaissance internationale face aux États-Unis. L’organisation du sommet bilatéral a donné à la Corée du Nord cette reconnaissance. Toutefois le terrain avait été préparé en amont par Kim Jong-un. Il a annoncé le 23 avril 2018, lors d’une réunion du PTC[3], que le pays allait passer dorénavant d’un développement de l’arme nucléaire et de l’économie [sic, Byungjin], à une priorité simple donnée à l’économie nord-coréenne.

Quelles évolutions attendre de ce sommet ? 

Le contexte international tendu en Asie du Nord-Est puis la surprenante détente entre les deux Corées, doublé d’un besoin pressant des acteurs régionaux de trouver une issue à cette crise, a permis cette rencontre historique avec le président Trump. A l’automne dernier, Donald Trump menaçait la Corée du Nord de « destruction totale » lorsque celle-ci avait démontré par son sixième test qu’elle était désormais en mesure d’atteindre le territoire des États-Unis et ainsi éviter une potentielle attaque américaine.

La Corée du Nord a ainsi rejoint le club très fermé des puissances dotées de l’arme suprême, comme les États-Unis en 1945 la Russie en 1949, le Royaume Uni en 1952, la France en 1960, la Chine en 1964, puis de manière officieuse l’Inde en 1974, Israël en 1979 et le Pakistan en 1998. L’Inde, Israël et le Pakistan n’ont jamais adhéré au Traité de non-prolifération nucléaire (TNP). Quant à la Corée du Nord, elle s’en est retirée en 2003.

La Corée du Nord, dernière dictature d’inspiration communiste au monde à su se doter au fil des années de l’arme nucléaire et a défié les États-Unis. Cette dernière a obtenu une rencontre avec la première puissance mondial pour négocier un accord d’égal à égal. Cet évènement est à mettre en perspective avec la période qui a précédé, de 1994 jusqu’à aujourd’hui. «De nombreux Coréens se remémorent divers épisodes de tensions avec le Nord, comme la crise nucléaire de 1992 à 1994. Pour rappel la CIA avait accusé la Corée du Nord d’avoir retraité de déchets nucléaires. Les accusations furent démenties par Pyongyang qui menaça de se retirer du TNP[4]. Cela provoqua l’ire des États-Unis qui étaient prêts à attaquer la Corée du Nord »[5].

L’accord signé par Donald Trump et Kim Jong-Un prévoit des garanties de sécurité et réaffirme l’engagement d’une dénucléarisation de la Corée du Nord, sans évoquer de calendrier. Toutefois si cela se concrétise elle ne sera pas entière et effective avant au moins une dizaine d’années, voire plus. Même si les États-Unis défendaient à la base l’idée que la dénucléarisation devait être «complète, vérifiable et irréversible», la position de Trump a évolué, car l’accord ne mentionne pas ces termes[6]. Le président Trump affirme pourtant que le processus de dénucléarisation sera vérifié. Par quel biais ? Rien n’a été mentionné en ce sens, la prudence reste donc de mise. La Corée du Nord cherche peut-être à gagner du temps. Kim Jong-Un a bel et bien signé l’accord. Un tel résultat n’est-il pas à même de bousculer l’appareil d’État nord-coréen, ce qui pourrait créer des tensions en interne ? Donald Trump, lui, a fait un brillant coup de communication médiatique.

Il est encore trop tôt pour dire si le sommet de Singapour, bien que qualifié d’historique, a porté ses fruits. Trop de questions restent encore ouvertes. En effet, les États-Unis se sont certes engagés à fournir des garanties de sécurité à Pyongyang. Les sanctions contre le régime, elles, sont néanmoins toujours en vigueur, comme moyen de pression et d’incitation. Ce sommet peut-il relancer la perspective d’un traité de paix entre la Corée du Nord et la Corée du Sud, jamais signé à l’issue de la guerre en 1953? Une réduction des effectifs de l’armée américaine en Corée du Sud n’a pas été évoquée. En revanche le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a annoncé « une suspension indéfinie »[7] des exercices militaires conjoints avec l’armée sud-coréenne.

Kim Jong-un a obtenu ce qu’il voulait à l’issue du sommet et se montre de bonne foi. Cela peut masquer d’autres éléments. En interne, le régime de Pyongyang ne semble pas s’orienter vers des réformes ou vers une quelconque ouverture politique[8]. Le renoncement au nucléaire pourrait-il faire douter la population nord-coréenne de son leader[9] ? La Chine en arrière plan a réussi a préserver la stabilité à ses frontières, à faire évoluer Kim Jong-un, qui s’est rendu à Pékin en mai 2018[10], entre le sommet inter-coréen et sa rencontre avec Trump. Est-ce le signe qu’une potentielle évolution du régime de Corée du Nord à long terme est possible, après des décennies de tensions ?

Article co-écrit par Marc-Henri SAILLARD et Raphaëlle MABRU.

[1] « éditorial », politique étrangère, 4, 2017, p.4, en ligne, https://www.ifri.org/sites/default/files/atoms/files/editorial_pe_ndeg4-2017.pdf.

[2] «“Byungjin » (Parallel Development) », global security, en ligne, <https://www.globalsecurity.org/military/world/dprk/byungjin.htm>.

[3] Parti des Travailleurs de Corée (du Nord).

[4] Traité de Non Prolifération.

[5] Marc-Henri Saillard, « L’Asie du Nord-Est face à la crise coréenne _ enjeux de la relation Sino-Américaine pour le leadership régionale », IRIS, Asia Focus, n°53, pp.14, p.4, 30 novembre 2017, en ligne, <http://www.iris-  france.org/wp-content/uploads/2017/11/Asia-focus-53.pdf>.

[6] « Poignée de main, accord signé… Le file d’une journée historique entre Trump et Kim Jong Un », le figaro, 12 juin 2018, en ligne, <http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2018/06/12/01016-20180612ARTFIG00069-poignee-de-main-accord-signe-le-fil-d-une-journee-historique-entre-trump-et-kim.php>.

[7] Dorian Malovic,« Corée du Nord – USA : qui paiera le prix du rapprochement ? » les enjeux internationaux, france culture podcats, 15 juin 2018, en ligne, <https://www.franceculture.fr/emissions/les-enjeux-internationaux/coree-du-nord-usa-qui-paiera-le-prix-du-rapprochement>.

[8] « North Korea convenes meeting ahead of talks with U.S. to prohibit use of the terms ‘reform and opening’ », daily north korea, 6 juin 2018, en ligne, <http://www.dailynk.com/english/north-korea-convenes-meeting-ahead-of-talks-with-u-s-to-prohibit-use-of-the-terms-reform-and-opening/>.

[9]  Kim Joo Jin, « North Koreans discontent over abandonment of nuclear weapons », daily north korea, 14 juin 2018, en ligne <http://www.dailynk.com/english/north-koreans-discontent-over-abandonment-of-nuclear-weapons/>.

[10] « Kim Jong Un à effectué une deuxième visite en chine », la dépêche, mai 2018, en ligne, <https://www.ladepeche.fr/article/2018/05/08/2793981-kim-jong-un-a-effectue-une-deuxieme-visite-en-chine.html>.

About Marc-Henri SAILLARD

Marc-Henri Saillard est diplômé du Master II Géopolitique et Sécurité Internationale de l’Institut Catholique de Paris et d’une licence d’Arabe de l’Université de Jordanie.

Bons baisers de Pékin

Bons baisers de Pékin

13 Juin 2018 , Rédigé par Observatus geopoliticus Publié dans #Extrême-Orient, #Etats-Unis, #Chine

Le Donald restera-t-il dans l’histoire comme le fossoyeur de l’empire américain ? Cette question que nous nous posons depuis son élection ressurgit après le sommet historique et surmédiatisé de Singapour entre Trump et Kim.

Pour bien comprendre les tenants et les aboutissants, jamais explicités dans la presse grand public ni dans la majorité des médias alternatifs, un petit rappel est nécessaire :

Nous sommes évidemment en plein Grand jeu, qui voit la tentative de containment du Heartland eurasien par la puissance maritime américaine. La crise coréenne ou les disputes territoriales autour des Spratleys, des Paracels ou des Senkaku/Dyaoshu ne concernent pas une quelconque volonté de mettre la main sur d’éventuelles ressources énergétiques ou routes stratégiques, ou alors seulement en deuxième instance. Il s’agit avant tout pour le Heartland, la Chine en l’occurrence, de briser l’encerclement US et de s’ouvrir des routes vers le Rimland et vers l’océan, exactement comme la Russie le fait sur la partie ouest de l’échiquier avec ses pipelines et ses alliances de revers.

La présence américaine en Extrême-Orient est l’héritage de l’immédiat après-guerre (tiens, tiens, justement la période des père fondateurs de la pensée stratégique états-unienne, MacKinder et Spykman). Japon (1945), Taïwan (1949), Corée (1950) : la boucle était bouclée et l’Eurasie cernée à l’est, comme elle l’était à l’ouest par l’OTAN, au Moyen-Orient par le CENTO et en Asie du sud et sud-est par l’OTASE. La guerre froide entre les deux Corées ou entre Pékin et Taïwan sont évidemment du pain béni pour Washington, prétexte au maintien des bases américaines dans la région.

Washington utilise habilement un conflit ancien et réel (crise coréenne : 1er niveau) pour placer ses pions sur l’échiquier (Grand jeu : 2nd niveau). Des batteries THAAD sur le territoire sud-coréen, surveillant officiellement la Corée du nord et officieusement la Chine, seraient évidemment un coup porté à la dissuasion nucléaire chinoise.

Ceux qui voyaient dans la dynastie des Kim des résistants à l’empire se mettaient le doigt dans l’oeil. Les multiples provocations nucléaires de Pyongyang ont toujours été du pain béni pour les Américains ; la pire chose qui puisse leur arriver serait la chute du régime et la disparition de la menace nord-coréenne, ce qui remettrait en question la présence militaire US au Japon et en Corée du Sud. A l’inverse, ce serait une bénédiction pour la Chine et la Russie car cela ôterait le prétexte dont use et abuse le système impérial afin de conserver ses bases dans la région. Kim III ou l’idiot utile de l’empire, nous l’avons expliqué à plusieurs reprises (ici, ici ou ici)…

A ce titre, ce qui vient de se passer à Singapour a dû faire se retourner dans leur tombe Mackinder, Spykman et Brzezinski. Le rapprochement inédit entre Pyongyang et Washington a poussé le Donald à annuler les futurs exercices militaires américano-sud-coréens, ce qui a mis en émoi non seulement Séoul mais le Pentagone lui-même.

Surtout, Trump a évoqué un possible rapatriement, graduel et à terme, des soldats américains présents au Pays du matin calme, en cas de dénucléarisation de la péninsule. Inutile de dire que cette décision serait très populaire dans l’opinion publique états-unienne qui, sur le dossier nord-coréen, soutient son président.

Or, tous ces développements – fin des kriegspiel, retrait militaire US – sont exactement ce que Pékin demande depuis des années. Les observateurs ne s’y trompent pas, qui voient dans ce sommet une grande victoire chinoise. On ne se frotte pas impunément à la patrie de Sun Tzu et des Trente-Six stratagèmes…

Le troisième – 借 刀 殺 人 (Assassiner avec une épée d’emprunt) – a de troublantes ressemblances avec notre affaire : faire travailler les autres, sans qu’ils en aient conscience, dans le sens de vos intérêts. Le Donald a-t-il été l’épée d’emprunt en question pour, une nouvelle fois, saper les intérêts de l’empire ? Ca y ressemble.

Bien sûr, nous n’en sommes qu’aux prémices et beaucoup d’eau peut encore couler sous les ponts. Nul doute que le Deep State fera tout pour torpiller le rapprochement, sèmera des obstacles sur le chemin de la négociation, tentera de circonvenir Trump pour qu’il revienne sur ses déclarations. L’Asie du Nord-est est une zone en devenir stratégique majeur et le Washingtonistan doit s’arracher les cheveux à la simple idée de voir les Etats-Unis s’en retirer.

Bien des péripéties et rebondissements nous attendent encore, mais les événements actuels pointent inexorablement du doigt ce que l’on constate partout ailleurs : le reflux de l’empire.

DIRECT. Une rencontre historique ! Regardez le sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour

DIRECT. Une rencontre historique ! Regardez le sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un à Singapour

Depuis la guerre de Corée, aucun président américain ne s’est jamais entretenu avec un dirigeant nord-coréen.

Ce qu’il faut savoirUne poignée de main et des sourires. Pour la première fois, un président américain en exercice rencontre son homologue nord-coréen pour évoquer, notamment, la dénucléarisation de la Corée du Nord. Après une poignée de main historique, Donald Trump et Kim Jong-un ont entamé ce sommet de Singapour avec le sourire. Suivez cette rencontre en direct et en images, sur notre site franceinfo.fr.

Un tête-à-tête. La rencontre entre les deux dirigeants est prévue mardi matin dans un hôtel de luxe de la cité-État asiatique. Suivront une réunion avec leurs équipes respectives, puis un déjeuner de travail. À la veille de ce sommet, Donald Trump s’est montré particulièrement confiant : « Je pense que cela va très bien se passer », a-t-il déclaré. Ce tête-à-tête en a pourtant surpris plus d’un, tant Donald Trump et Kim Jong-un étaient engagés dans une surenchère verbale ces derniers mois.

Pacification et dénucléarisation au menu. Les ambitions atomiques de Pyongyang, sous le coup de sanctions internationales draconiennes imposées au fil des années, seront au cœur des discussions entre les deux dirigeants. Washington demande à Pyongyang sa dénucléarisation « complète, vérifiable et irréversible ». La Corée de Nord réclame, elle, la levée des sanctions économiques, et une normalisation du pays au sein de la communauté internationale.

>> De quoi vont parler Donald Trump et Kim Jong-un ?

La prudence de mise. Le sommet Trump-Kim constitue un événement : les déplacements à l’étranger de Kim Jong-un se comptent sur les doigts d’une main et ce sommet est vu comme une concession de taille de la part des Etats-Unis. « Cela fait 25 ans que la Corée du Nord essaie d’obtenir une rencontre avec un président américain en exercice », explique le chercheur Boris Toucas. Néanmoins, la prudence reste de mise quant à ses conclusions. Lundi, Paris a ainsi indiqué « attendre de façon très pragmatique les résultats », « sans penser que les choses peuvent du jour au lendemain se résoudre de façon magique ».

Retrouvez ici l’intégralité de notre live #TRUMP_KIM

04h33 : Ils n’ont pas été conviés à la rencontre qu’ils accueillent à Singapour, mais la suivent de près. Le président et le Premier ministre de la cité-Etat arborent un sourire satisfait. Le président Moon Jae-in confie d’ailleurs avoir peiné à trouver le sommeil la nuit dernière et souhaiter sincèrement que le sommet soit un succès.

04h29 : Et de quatre ! Kim Jong-un et Donald Trump ont déjà échangé quatre poignées de main, en moins d’une heure trente.

(JONATHAN ERNST / REUTERS)

04h24 : Grâce à la BBC (en anglais), on en sait un peu plus sur la délégation nord-coréenne. Sont présents : Kim Yon-chol, connu comme le bras droit de Kim Jong-un, qui a participé à la préparation du sommet, Ri Yong-ho, ministre des Affaires étrangères, et Ri Su-yong, ancien ministre des Affaires étrangères, mais toujours l’un des hommes forts du régime nord-coréen.

04h23 : Du côté de Kim Jong-un, est présent, notamment, le ministre des Affaires étrangères, Ri Yong Ho. Côté américain, le secrétaire d’Etat Mike Pompéo et le conseiller à la sécurité nationale John Bolton, partisan d’une ligne dure envers la Corée du Nord, et le chef de cabinet de la Maison Blanche John Kelly, sont là.

(JONATHAN ERNST / REUTERS)

03h58 : Le tête à tête entre les deux dirigeants est terminé. Place à une rencontre bilatérale élargie. Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, notamment, qui a beaucoup œuvré pour la tenue de ce sommet, doit rejoindre Donald Trump.

03h56 : @gabbrielle qui a du mal à rester éveillée : C’est un mystère et cela dépendra de la tournure que prend la discussion. Kim et Trump devaient rester en tête à tête au moins 45 minutes, avant que les délégations américaine et nord-coréenne ne les rejoignent. Et là, cela peut encore durer un moment… Si vous préférez aller dormir, nous vous ferons un résumé dans la matinée, promis.

03h54 : le sommet est prévu pour durer jusqu’à quelle heure svp ?

03h48 : Pour patienter, pendant que Kim Jong-un et Donald Trump s’entretiennent en privé, l’ancien basketteur Dennis Rodman, bon copain de Kim Jong-un, livre son analyse (pointue), sur CNN.

03h33 : « Les vieux préjugés et les habitudes anciennes ont été autant d’obstacles, mais nous les avons tous surmontés pour nous retrouver ici aujourd’hui. »

« Le chemin pour en arriver là n’a pas été facile », a pour sa part déclaré Kim Jong-un, avant son tête à tête avec Donald Trump.

03h31 : @gabbrielle : D’après ce que l’on sait de son CV, Kim Jong-un parle un anglais très médiocre, à peine mieux que le français et l’allemand dont il aurait acquis quelques notions, à l’adolescence, dans une école suisse. Et Donald Trump ne parle pas coréen. Chacun est donc accompagné d’un interprète.

03h29 : Ecoutez Donald Trump, optimiste, sur sa future relation avec Kim Jong-un.

https://embedftv-a.akamaihd.net/?ue=aca6046025a29dfdd4f7141701c75e3c&videoid=b0d9a49e-6ddf-11e8-85d3-000d3a2437a2

03h20 : Le président américain Donald Trump assure que Pyongyang et Washington vont nouer « une relation formidable », lors d’une brève prise de parole devant la presse.

03h16 : Mais au fait, de quoi vont discuter Donald Trump et Kim Jung-un ? Sanctions économiques, dénucléarisation, traité de paix entre les deux Corée… On vous résume les enjeux, dans cet article.

03h09 : Voici la poignée de main tant attendue, accompagnée de quelques mots, avant que les deux dirigeants s’éclipsent pour un entretien loin des caméras.

https://embedftv-a.akamaihd.net/?ue=7edcb7caf79322b71dd79af0dc17f278&videoid=bf918676-6ddc-11e8-9116-000d3a2439ea

03h04 : C’est parti. Kim Jong-un et Donald Trump sont tous les deux arrivés à l’hôtel Capella.

03h00 : En plus de ce direct, vous pouvez suivre le sommet de Singapour, par ici, avec l’édition spéciale de France 24.

02h58 : Avant cela, les deux dirigeants devraient se rejoindre, dans moins de 10 minutes, pour une poignée de main inédite, devant les drapeaux de leurs deux pays.

(JONATHAN ERNST / REUTERS)

02h53 : Le décor sera sobre. Voici la salle dans laquelle Kim Jong-un et Donald Trump vont s’entretenir, pendant 45 minutes, ou plus, en (presque) tête-à-tête, avec seulement un interprète chacun, avant d’être rejoints par les délégations américaine et nord-coréenne.

02h49 : Ce sommet sera-t-il « hystérique » ou « historique » ? A la une de son édition de mardi, Libération s’interroge, et vous propose de cocher la ou les bonne(s) réponse(s).

02h43 : Donald Trump, depuis son véhicule, en route pour le sommet, annonce sur Twitter que son principal conseiller économique Larry Kudlow vient d’être hospitalisé, après une crise cardiaque, à Washington.

02h41 : Donald Trump et Kim Jong-un ont chacun quitté leur hôtel pour se retrouver à l’hôtel Capella de Singapour, où ils doivent s’entretenir.

02h37 : Bonjour, ou bonsoir, à toutes et à tous ! Bienvenue dans ce direct nocturne, dans lequel nous suivrons attentivement la rencontre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un.

Le cortège de Kim Jong-un «parade» à Singapour (vidéo)

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10 juin 2018
Le cortège de Kim Jong-un «parade» à Singapour (vidéo)

Le cortège de Kim Jong-un, en visite à Singapour pour rencontrer le Président Donald Trump, a été filmé par plusieurs témoins oculaires. Certaines de ces vidéos ont été publiées sur YouTube.

Les vidéos ci-dessous, mise en ligne par The Straits Times, montrent le cortège du leader nord-coréen s’approcher de l’hôtel St. Regis, où Kim Jong-un et sa délégation seront accueillis tout au long de la visite.

Kim Jong-un a prévu de quitter Singapour mardi à 14h00 heure locale (06h00 GMT), soit cinq heures après l’heure prévue du début de son sommet avec Donald Trump, a-t-on appris dimanche auprès d’une source associée à son déplacement dans la ville-État.

Cet horaire est indicatif, a cependant précisé cette source, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

Les deux hommes ont rendez-vous mardi à 09h00 (01h00 GMT) au Capella, un palace parmi les plus luxueux de Singapour, pour un sommet historique et sans précédent entre un président américain et un dirigeant nord-coréen.

Le dirigeant nord-coréen est arrivé dimanche peu après 14h30 à Singapour. Le président américain est attendu pour sa part vers 20h30.

source

Singapour, la cité-État hôte de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un

Singapour, la cité-État hôte de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un

Comme à l’accoutumée, c’est sur Twitter que le président américain Donald Trump a annoncé l’événement. Le 12 juin prochain, il rencontrera son homologue nord-coréen Kim Jong-un pour un sommet qui s’annonce déjà historique. Il ne s’agissait pourtant pas d’une réelle surprise, puisque la rencontre avait déjà été annoncée depuis plusieurs semaines. Il ne restait plus qu’à fixer la date et le lieu du sommet. Deux États étaient  alors pressentis pour accueillir cet événement : la Mongolie et Singapour. C’est finalement la cité-État d’Asie du Sud-est qui a été sélectionnée. Pour mieux comprendre ce choix réunissant Américains et Nord-Coréens, voici un focus sur les atouts de Singapour, qui expliquent son attractivité diplomatique.

Depuis son indépendance, Singapour est devenue une véritable métropole cosmopolite de 5,5 millions d’habitants.

Singapour la « Suisse d’Asie »

La République de Singapour a érigé l’un des modèles politico-économique les plus réussis des cinquante dernières années. Depuis l’obtention de son indépendance de la Malaisie en 1965, Singapour est souvent citée comme « la Suisse d’Asie ». Elle est devenue l’un des quatre dragons asiatiques (avec Hong Kong, Taïwan et la Corée du Sud) dans les années 1980. Aujourd’hui, la cité-État possède le 11ème Indicateur de Développement Humain (IDH) le plus élevé du monde et le 3ème PIB par habitant. Autre élément de comparaison avec la Suisse , l’intérêt des banques pour cette cité-État, qui sont de plus en plus nombreuses à s’y installer.

Au niveau économique, Singapour  possède le deuxième port au monde (après Shanghai), selon le World Port Ranking [1], en termes d’exportations et de trafic maritime. Le détroit de Singapour a d’ailleurs joué un rôle géopolitique essentiel dans le développement de la cité-État, puisqu’il était un lieu de passage obligatoire pour les navires européens, afin de rallier l’Extrême-Orient.

Depuis la fin de l’occupation britannique, Singapour a continué à se développer, devenant une métropole cosmopolite de 5,5 millions d’habitants aujourd’hui, à majorité chinoise, avec des minorités malaises et indiennes [2].

L’identité nationale singapourienne s’est forgée autour de la figure d’un homme, l’ancien Premier ministre Lee Kuan Yew, au pouvoir de 1965 à 1990. Il est l’instigateur des transformations économiques et sociales de Singapour, passant ainsi d’un État sous-développé à l’une des nations les plus prospères d’Asie. Bien que disposant d’une constitution parlementaire, un seul parti domine la vie politique singapourienne depuis l’indépendance. Il s’agit du  Parti d’action populaire (PAP), fondé par Lee Kuan Yew, et dirigé aujourd’hui par son fils : Lee Hsien Loong. Singapour est un régime hybride, comportant certaines caractéristiques démocratiques avec son système électoral, mais également une part d’autoritarisme, puisque le gouvernement exerce un contrôle important sur les médias.

Un État « neutre »

La raison du choix de Singapour comme lieu de rencontre entre les dirigeants américains et nord-coréens, n’est évidemment pas anodin et la décision a été longuement réfléchie. Tout d’abord, Singapour est un État de confiance pour la partie américaine, car stable économiquement et politiquement. De plus, l’armée singapourienne a manœuvré plusieurs fois aux côtés des forces américaines, notamment en Irak et en Afghanistan. Mais, c’est également une cité-État qui dispose de bonnes relations diplomatiques et économiques avec Pyongyang, bien que les dernières sanctions internationales contre la Corée du Nord aient réduit la collaboration entre les deux pays. Comme évoqué précédemment, le caractère autoritaire de Singapour rassure certainement Kim Jong-un, notamment avec le verrouillage des médias. Enfin, la cité-État et sa majorité chinoise [3], sont également bien vues du côté de Pékin, qui est également concerné par cette rencontre. De plus, Singapour avait accueilli Xi Jinping en 2015, lors d’une rencontre entre le président chinois et son homologue taïwanais Ma Ying-jeou, pour une poignée de main historique, mais sans lendemain…

À l’instar de la Suisse en Europe qui accueille fréquemment des sommets diplomatiques, Singapour est un lieu tout trouvé pour des événements similaires en Asie. Sa neutralité, sa stabilité et sa prospérité sont autant d’arguments qui donnent confiance aux adversaires américains et nord-coréens pour s’y rencontrer. Ainsi, le 12 juin prochain, Donald Trump et Kim Jong-un se retrouveront, peut-être [4], lors d’un sommet tourné autour de la question du nucléaire nord-coréen. Selon certains quotidiens japonais, les deux parties pourraient conjointement y proclamer la fin de la guerre de Corée, toujours en cours officiellement.

[1] http://www.worldshipping.org/about-the-industry/global-trade/top-50-world-container-ports

[2] Les Chinois composent 74,3 % de la population ; les Malais 13,3 % ; les Indiens forment 9,1 % et le reste provient de divers pays, la plupart occidentaux (3,3 %) (Source: Bureau de la statistique de Singapour).

[3] Singapour est parfois surnommée « la petite Chine ».

[4] Un report du sommet a été évoqué à la fois par Pyongyang et par Washington.

About Fabien HERBERT

Rédacteur géopolitique pour Les Yeux du Monde. Formé à l’Université Catholique de Louvain, Fabien Herbert est journaliste et analyste spécialisé en relations internationales. Il s’intéresse notamment au monde russop