Archives pour la catégorie Soudan

C’est malgré tout une bonne idée pour l’Éthiopie enclavée de se construire une marine

C’est malgré tout une bonne idée pour l’Éthiopie enclavée de se construire une marine


Par Andrew Korybko – Le 13 juin 2018 – Source Oriental Review

Ethiopia NavyLe nouveau président Abiy Ahmed s’entretenait avec les chefs militaires lorsqu’il leur a dit que « nous devrions à l’avenir renforcer nos capacités en terme de force navale », ce qui a immédiatement attiré l’attention internationale parce que le pays est enclavé depuis la sécession de l’Érythrée en 1993. Ce pays désormais indépendant a toujours craint que l’Éthiopie ait encore des projets pour le réintégrer de force ou le transformer en un État mandataire pour regagner son accès historique à la mer Rouge, bien que ce ne soit probablement pas ce que le président Ahmed avait à l’esprit lorsqu’il a fait sa curieuse suggestion.

Bloomberg a inclus des informations très pertinentes dans son bref rapport sur ce développement en rappelant comment l’Éthiopie a récemment conclu des accords portuaires avec le Soudan, Djibouti, la Somalie du Somaliland, autoproclamée indépendante, et le Kenya dans toute la région de la Corne de l’Afrique, donnant ainsi au pays un intérêt naturel à vouloir protéger ses investissements en terminaux et ses lignes maritimes de communication (SLOC) qui les accompagnent.

En conséquence, on peut aussi s’attendre à ce que l’Éthiopie conclue des accords militaires conventionnels avec ses partenaires régionaux afin de protéger les infrastructures de transport reliant leurs ports à la grande puissance africaine émergente, qui est le deuxième pays le plus peuplé du continent avec l’un des taux de croissance économique les plus élevés du monde. Le développement d’une marine éthiopienne serait également une première pour un pays africain qui s’impliquerait activement dans la nouvelle « ruée vers l’Afrique » qui a débuté dans la région de la Corne au milieu des années 2000, après la frénésie de la piraterie somalienne au large des côtes.

Ethiopia map
Au cours de la décennie qui a suivi, cette partie du monde est devenue l’une des plus militarisées, avec des bases américaines, chinoises, émiraties, saoudiennes, turques, italiennes, françaises et japonaises tout le long de ses côtes. La Russie a aussi récemment été invitée à construire une base navale à Port Soudan à la fin de l’année dernière après la visite du président Bachir à Moscou, même si on ne sait pas si le président Poutine envisage de l’accepter.

Ce que la Russie peut faire, cependant, c’est d’aider son partenaire éthiopien, lien datant de l’ère soviétique, à construire une nouvelle marine, ce qui pourrait en soi annoncer un important « Retour en Afrique » pour Moscou et lui permettre de montrer une dimension différente de sa « diplomatie militaire » que celle acquise par les forces aériennes et terrestres de renommée mondiale lors de l’intervention anti-terroriste en Syrie.

Le post présenté est la transcription partielle de l’émission de radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusée le vendredi 8 juin 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.
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Les implications stratégiques d’une éventuelle base russe au Somaliland

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Par Andrew Korybko – Le 6 avril 2018 – Source Oriental Review

Somaliland flagSi l’on en croit les rapports non confirmés sur une éventuelle base russe dans la région sécessionniste du Somaliland, Moscou bande enfin ses muscles militaires au-delà de l’Eurasie et signale son désir de retourner en Afrique.
 
Le portail d’information des média alternatifs, généralement digne de confiance, South Front, a republié des déclarations qui circulaient depuis quelques jours sur une éventuelle base militaire russe dans la région sécessionniste du Somaliland, un développement qui a d’abord pris au dépourvu de nombreux observateurs. Mais il n’y a rien d’inexplicable si cela se confirme. Le rapport allègue que Moscou a entamé des pourparlers avec les autorités autoproclamées de Hargeisa pour construire une petite installation aérienne et navale polyvalente dans la ville frontalière de Zeila, à Djibouti, en échange de la reconnaissance officielle de « l’indépendance » de la région. Les EAU construisent déjà leur propre base à Berbera − bien qu’ils ne reconnaissent pas officiellement le Somaliland − mais l’État du Golfe est une puissance militaire montante avec beaucoup plus d’argent pour arroser le terrain que la Russie et n’est donc probablement pas soumis aux mêmes conditions que Moscou juste pour cette simple raison pécuniaire.

Somaliland map

Le contexte du Somaliland

Le Somaliland était une colonie britannique réunie avec ses frères somaliens en 1960, après quoi elle s’est séparée de cet état somalien « croupion » après le renversement du président Barre et la guerre civile multidimensionnelle qui a suivi et qui a englouti le pays. Le gouvernement de facto du Somaliland estime que la politique anti-insurrectionnelle de Barre à la fin de la guerre froide envers sa région a constitué ce qu’il a appelé le « génocide Isaaq » et l’a donc convaincu de faire sécession pour des raisons de sécurité. Quelle que soit la légitimité de cette démarche, le fait incontesté est que la position géostratégique du  Somaliland est restée fonctionnellement celle de l’indépendance et d’une posture en grande partie pacifique depuis lors, ce qui, selon Hargeisa, devrait renforcer sa revendication de reconnaissance internationale de son indépendance. Mogadiscio, cependant, maintient que la région devrait revenir sous son contrôle formel, avec la garantie que le nouveau système « fédéral » selon elle, empêchera les abus passés de se reproduire.

Importance géostratégique

Le Somaliland, tout comme le Sud-Yémen tout aussi méconnu mais également souverain, s’est rangé du côté des Émirats arabes unis dans la guerre du Yémen et héberge aujourd’hui un complexe militaire émirati à Berbera qu’Abou Dhabi envisage d’associer à ses installations existantes d’Aden et des iles Socotra pour en faire la « porte d’entrée » de Bab El Mandeb pour le commerce maritime UE-Chine. Ce processus se déroule parallèlement à l’extension de la guerre froide du Golfe à la Corne de l’Afrique et à la militarisation internationale de la mer Rouge, faisant de la région l’un des points chauds les plus exposés aux conflits dans le monde aujourd’hui. C’est dans ce contexte que la Russie pourrait envisager une base navale et aérienne au Somaliland à quelques kilomètres de celle des États-Unis à Djibouti, qui, si elle était construite, complèterait de manière stratégique celle de la Chine à l’ouest du Camp Lemonnier des Américains.

Le « pivot vers l’Afrique » de la Russie

Somaliland Foreign Minister Dr. Saad Ali Shire meets with Russian diplomat Yury Kourchakov
Le ministre des Affaires étrangères du Somaliland, Dr. Saad Ali Shire (centre droit) rencontre le diplomate russe Yury Kourchakov (centre) en 2017

La base possible de la Russie au Somaliland serait bien plus qu’un crachat à la face des Américains car elle ferait partie du projet de « pivot vers l’Afrique » de Moscou qui a été annoncé à la fin de l’année dernière, suite à l’aide militaire fournie à la République centrafricaine et l’offre par le Soudan de mettre à la disposition des Russes une installation militaire sur sa côte de la mer Rouge. En relation avec ces deux développements, il y a aussi eu des signes au début de cette année que tout pivot africain pourrait voir Moscou s’appuyer davantage sur les mercenaires comme force d’avant-garde pour stabiliser les pays déchirés par les conflits et créer les conditions pour équilibrer les intérêts intra-étatiques et les affaires internationales, à travers le continent par conséquence. Dans ce cas, la Russie pourrait potentiellement servir de médiateur entre le Somaliland et la Somalie proprement dite et ensuite « équilibrer » les relations entre eux et leur voisine beaucoup plus enclavée qu’est l’Éthiopie.

L’Éthiopie et les Émirats arabes unis

À cet égard, il convient de rappeler aux observateurs les relations de longue date entre la Russie et l’Éthiopie qui ont jeté les bases de leur rapprochement en cours après près de trois décennies de négligence après la fin de la guerre froide. L’Éthiopie est le premier partenaire de la Chine en Afrique et le chemin de fer Djibouti-Addis-Abeba (DAAR) récemment construit pour devenir le cœur d’un « CPEC africain ». Compte tenu du « surpeuplement » militaire dans la minuscule Djibouti et de la distance relativement longue entre Port Soudan et l’Éthiopie, la Russie aurait pu décider de construire une base au Somaliland comme « porte dérobée » pour l’Éthiopie, avec laquelle Hargeisa est alliée. En outre, le développement conjoint par l’Éthiopie d’un port à Berbera avec les Émirats arabes unis et les relations croissantes de la Russie avec ces deux grandes puissances émergentes indiquent des motivations économiques et stratégiques derrière la décision éventuelle de Moscou de construire une base poche de Zeila, pour « tuer plusieurs oiseaux d’une seule pierre » en renforçant les liens de la Russie avec les trois parties.

L’échiquier de la grande puissance du XIXe siècle

Néanmoins, tout mouvement dans cette direction serait sans aucun doute considéré comme une « trahison » de la Somalie par son ancien soutien pendant la Guerre froide, malgré la participation décisive de la Russie aux côtés de l’Éthiopie pendant la guerre Ogaden de 1978-79 et le fait d’avoir « vendu » Mogadiscio à Addis-Abeba lors d’un échange sans précédent d’alliés régionaux avec les États-Unis. Tout comme à l’époque, les calculs néo-réalistes seraient au cœur de cette décision, bien que cette fois-ci basés sur « l’équilibre » de « l’Échiquier des Grandes Puissances du XIXe siècle » devenu infiniment plus complexe avec l’émergence de l’Ordre mondial multipolaire que durant les « bons vieux jours » de la bipolarité. Comme preuve de cette politique en action dans un contexte africain, il suffit de regarder la nouvelle politique de la Russie à l’égard de la Libye qui considère maintenant le renversement de Kadhafi comme une « affaire interne » même si c’est elle qui a attiré l’attention de la communauté internationale sur les débuts de la Révolution colorée nommée « Printemps arabe » à l’échelle du théâtre du grand Moyen-Orient.

Réflexions finales

Les fondements de la politique étrangère russe contemporaine complètement non-idéologiques et axés sur les intérêts contrastent fortement avec le récit dogmatique des démagogues des médias alternatifs qui prétendent que Moscou ne peut que s’opposer par principe à des alliés des américains, c’est-à-dire que la Russie « ne contribuerait jamais » (délibérément ou non) à la « balkanisation » de la Somalie en construisant une base dans le Somaliland à côté de celle de la « petite Sparte » des États-Unis et à proximité d’un pays enclavé qui est son bras droit régional. Les temps ont certainement changé, prouvant que la Nouvelle Guerre froide n’a rien à voir avec la première version et que la Fédération de Russie d’aujourd’hui ne ressemble en rien à l’Union soviétique du passé en ce qui concerne ses « principes » de politique étrangère. Ce n’est pas nécessairement une « mauvaise » chose mais seulement un reflet de la réalité internationale dans laquelle la Russie est obligée de bouger si elle veut faire avancer ses intérêts face à une pression américaine asymétrique considérable et multidimensionnelle.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

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Comment le Safari Club-II peut changer la donne au Moyen-Orient

Comment le Safari Club-II peut changer la donne au Moyen-Orient


Par Wayne Madsen – Le 26 janvier 2017 – Source Strategic Culture via dedefensa

What Is ‘Safari Club II’ and How It Can Change Middle East Dynamics
Pendant la guerre froide, la Central Intelligence Agency avait convaincu certains alliés d’Europe et du Moyen-Orient d’établir une alliance informelle entre services de renseignement dont les liens avec les États-Unis devraient être officiellement « contestables de manière plausible » – selon le langage typique de la CIA. En 1976, un groupe de directeurs d’agences de renseignement pro-occidentaux s’étaient secrètement rencontrés au « Mt. Kenya Safari Club » (Safari Club du Mont Kenya), à Nanyuki au Kenya, pour élaborer un pacte informel visant à limiter l’influence soviétique en Afrique et au Moyen-Orient. Le groupe s’était réuni sous les auspices du marchand d’armes saoudien Adnan Khashoggi, du président kenyan Jomo Kenyatta et du secrétaire d’État américain Henry Kissinger. Si Khashoggi était présent à la première réunion de ce groupe informel qui allait être connu sous le nom de « Safari Club » Kenyatta et Kissinger en étaient absents.

Les signataires de la charte originale du Safari Club au Kenya comprenaient le comte Alexandre de Marenches, directeur du Service de Documentation Extérieure et de Contre-Espionnage (SDECE, prédécesseur de la DGSE) ; Kamal Adham, le chef d’Al Mukhabarat Al A’amah, le service de renseignement saoudien ; le général Kamal Hassan Aly, directeur du service de renseignement égyptien ; Ahmed Dlimi, chef du service de renseignement marocain ; enfin, le général Nematollah Nassiri, chef de l’agence de renseignement iranienne SAVAK. Il y a des indices, mais aucune preuve réelle, que le chef du Mossad d’Israël, Yitzhak Hofi, aurait informellement participé à cette première réunion du Safari Club.

Le « Mt. Kenya Safari Club », fondé en 1959, était la copropriété du magnat du pétrole de l’Indiana, Ray Ryan, qui avait des liens avec la CIA et la mafia ; de Carl W. Hirschmann Sr., le fondateur suisse de Jet Aviation, une société internationale d’aviation d’affaires ayant des liens étroits avec la CIA et qui a été vendue à General Dynamics en 2008 ; et de l’acteur William Holden. Le 18 octobre 1977, après que le Safari Club ait installé son quartier général opérationnel au Caire, Ryan fut tué dans une voiture piégée à Evansville, Indiana. William Holden est mort dans son appartement de Santa Monica, en Californie, le 12 novembre 1981, apparemment après avoir trébuché sur une table de chevet et s’être fait une blessure au crâne qui entraîna le décès par hémorragie ; Holden était seul et il agonisa pendant plusieurs heures, son corps n’étant découvert que trois jours plus tard. Le meurtre de Ryan est une affaire classée mais non résolue tandis que des questions sans réponse caractérisent la mort solitaire de Holden.

En 1977, Khashoggi profita des problèmes fiscaux de Ryan avec le gouvernement américain et des difficultés financières de Hirschmann pour acquérir le contrôle total du « Mt. Kenya Safari Club » qui devint simplement le Safari Club, peu de temps avant le meurtre de Ryan. Avec le transfert clandestin de son siège au Caire, le Safari Club devint un élément-clef dans le recrutement de combattants irréguliers arabes pour lutter contre l’Union soviétique en Afghanistan. Khashoggi a joué un rôle clé dans le financement de la « Légion arabe » en Afghanistan en s’appuyant sur le soutien de la famille royale saoudienne et du sultan Hassanal Bolkiah du Brunei.

La couverture du « Mt. Kenya Safari Club » continua à jouer un rôle utile dans les réunions clandestines du Safari Club, y compris celle du 13 mai 1982 entre le ministre israélien de la Défense, Ariel Sharon ; le président du Soudan, Jaafar al-Nimeiri ; Omar al-Tayeb, chef des renseignements soudanais ; le milliardaire américano-israélien Adolph « Al » Schwimmer, fondateur d’Israel Aerospace Industries ; Yaacov Nimrodi, ancien officier de liaison du Mossad à Téhéran du temps de la SAVAK du Shah ; enfin, le directeur adjoint du Mossad, David Kimche.

Le chef du Safari Club était George « Ted » Shackley, qui, en tant que directeur adjoint de la CIA pour les opérations, était le chef des opérations clandestines de la CIA sous la direction de George W. Bush [Bush père] en 1977-1978. Shackley, dont le surnom était « Blond Ghost » fut mis à pied par le directeur de la CIA de Jimmy Carter, l’amiral Stansfield Turner, puis rappelé au service par le chef de la CIA de Ronald Reagan, William Casey. Agissant comme un agent de renseignement privé, Shackley a joué un rôle clé dans la mobilisation de l’ancien réseau SAVAK du Safari Club en Europe pour contribuer à la tristement célèbre affaire Iran-contra.

Le Safari Club était responsable de la plupart des opérations clandestines de l’Occident contre l’Union soviétique dans les zones de conflit s’étendant de l’Afghanistan à la Somalie et de l’Angola au Nicaragua. Il est ironique qu’un groupe d’agences de renseignement et de groupes de guérilla soutenant les Houthis au Yémen reprenne aujourd’hui le modèle de l’ancien Safari Club pour combattre les États-Unis, l’Arabie saoudite, Israël et leurs mandataires au Yémen, la Corne de l’Afrique, et le grand Moyen-Orient.

Le mouvement houthi anti-Saoudien au Yémen, dont les membres adhèrent à la secte Zaidi-Shi’a de l’Islam, s’oppose aux pratiques fondamentalistes rigides du wahhabisme saoudien. Les Houthis, qui sont alignés religieusement et politiquement sur l’Iran chiite, ont établi un service de renseignement externe sous la direction d’Abdelrab Saleh Jerfan. S’inspirant de la formule du Safari Club, les services de renseignement houthis ont conclu des accords informels avec le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) ou Pasdaran ; le Service de sécurité préventive (PSS) de Palestine ; les trois branches du renseignement du Hezbollah libanais, y compris l’Unité 1800, la branche du renseignement des opérations spéciales du Hezbollah ; enfin, avec le service de renseignement du Hamas, basé à Gaza mais dont les agents sont répartis dans tout le Moyen-Orient. Maintenant que le président syrien Bachar al-Assad a mis en déroute la plupart des armées de guérilla djihadistes de son pays, notamment avec l’aide du personnel des forces expéditionnaires houthies, la Syrie est mieux placée pour fournir une assistance militaire à la coalition houthie au Yémen. Ensemble, cette alliance de forces antisionistes et anti-wahhabites, que l’on pourrait surnommer « Safari Club-II » peut lancer des opérations de pénétration de la frontière saoudienne du Yémen et mener des opérations militaires contre des cibles militaires et gouvernementales saoudiennes dans la province d’Asir en Arabie saoudite.

La coalition suscitée et menée par l’Arabie saoudite, qui comprend des troupes des Émirats arabes unis ; du Pakistan ; de l’Égypte ; du Koweït ; du Maroc ; du Soudan ; de Jordanie et de Bahreïn − est intervenue dans la guerre civile yéménite en 2015, sous l’impulsion de sa direction saoudienne. Cette intervention a conduit les Houthis à riposter et, dès 2016, ils ont étendu leur action en territoire saoudien. Les forces houthies sont entrées dans trois régions frontalières saoudiennes, notamment Asir, Jizan et Najran. Avec l’appui des services de renseignements des Pasdaran et du Hezbollah, les Houthis ont créé un groupe sécessionniste saoudien, Ahrar al-Najran, ou « les Indépendants de la région de Najran ».

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Najran faisait partie jusqu’en 1934 du royaume de Mutawakkilite au Yémen, gouverné par la dynastie Zaidi jusqu’en 1962, lorsque le roi a été renversé. Les irrédentistes du côté saoudien de la frontière veulent la réunification avec le Yémen. La tribu yéménite Hamdanid, qui avait été le principal soutien de la dynastie Zaidi, a prêté serment d’allégeance à la coalition menée par les Houthis au Yémen, marquant ainsi un succès considérable du Safari Club-II.

Le renseignement houthi effectue également une surveillance et des reconnaissances des bases navales israéliennes en mer Rouge dans l’archipel des Dahlak, en Érythrée et dans le port de Massawa. Les Houthis ont également surveillé les opérations militaires saoudiennes et émiraties dans la ville portuaire d’Assab en Érythrée. En 2016, les forces houthies auraient attaqué le quartier général de la marine érythréenne à Assab après l’arrivée des forces saoudiennes dans la ville portuaire. Les Houthis ont peut-être été aidés par un autre allié du Safari Club-II, le groupe d’opposition érythréen, l’Organisation démocratique Afar de la mer Rouge (RSADO), qui reçoit également le soutien de l’Éthiopie.

En 2016, les Houthis ont mené avec succès une incursion dans Asir et capturé une base militaire saoudienne, ainsi qu’une cache d’armes américaines et canadiennes. Le parrainage par Safari Club-II d’un mouvement sécessionniste en Arabie saoudite ressemble au soutien que le Safari Club originel avait apporté à divers groupes insurgés, dont l’UNITA en Angola, la RENAMO au Mozambique et les contras au Nicaragua.

Les bouleversements politiques au Yémen et en Arabie saoudite ont débouché sur de nouvelles alliances entre la coalition saoudienne et les membres du Safari Club-II. Le 4 novembre 2017, le prince héritier saoudien, Mohammed bin Salman, a entrepris de consolider son pouvoir politique en arrêtant plusieurs princes de la Maison des Saoud, ainsi que d’éminents ministres, dignitaires religieux et hommes d’affaires. Un hélicoptère transportant le prince Mansour bin Muqrin, le vice-gouverneur de la province d’Asir, et sept autres hauts responsables saoudiens, s’est écrasé près d’Abha, dans la province d’Asir, près de la frontière avec le nord du Yémen contrôlé par les Houthis. Selon plusieurs rapports, l’hélicoptère aurait été abattu par les Saoudiens après qu’ils eurent appris qu’il volait vers le Yémen contrôlé par les Houthis où le prince et son parti avaient reçu l’assurance de l’asile politique. Un prince saoudien se joignant aux Houthis aurait constitué un coup symbolique et de communication majeur pour le Safari Club-II. Dans tous les cas, cette intervention signale que les Houthis ont pris position dans la lutte pour le pouvoir au sein de la maison des Saoud.

Dans le même temps, les services secrets houthis, aidés par les impressionnantes capacités de renseignement de communication du Hezbollah, ont intercepté des communications téléphoniques entre le président yéménite Ali Abdullah Saleh, ancien allié des Houthis, avec les EAU et la Jordanie, alliés des Saoudiens. Ces écoutes ont permis de découvrir que Saleh négociait un accord séparé avec la coalition saoudienne-émiratie, une orientation qui a été considérée par les Houthis comme la trahison ultime. Les Houthis ont pris d’assaut la résidence de Saleh dans la capitale yéménite de Sanaa et l’ont exécuté sur place.

Il est remarquable et ironique à la fois que le Safari Club-II se batte contre de nombreux membres du Safari Club original. À l’exception de l’Iran, membre du Safari Club-II mais sous un régime complètement différent, il s’agit de l’Arabie saoudite, d’Israël, de la France, de l’Égypte, du Maroc et d’autres satellites des États-Unis, et du Soudan. Henry Kissinger, un des parrains du Safari Club originel, conseille maintenant le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, relais du Mossad à la Maison Blanche, sur ses contacts fréquents avec les dirigeants saoudiens et d’autres acteurs régionaux de la même clique, y compris les Israéliens.

Le Safari Club-II dispose de ce dont manquait le Safari Club originel : un soutien populaire. La coalescence des intérêts des populations opprimées du Yémen, du Liban et de la Palestine (Cisjordanie et Gaza), ainsi que les préoccupations géopolitiques de sécurité de l’Iran, expliquent ce soutien populaire. Plus récemment l’évolution du Qatar à la suite de la querelle de cet Émirat avec l’Arabie, a fait profiter le Safari Club-II d’un nouvel avantage de communication et sans doute plus. Le Safari Club-II bénéficie désormais d’une oreille sympathique à Doha, capitale du Qatar, membre à l’origine de la coalition saoudienne au Yémen mais désormais cible du boycott économique par les Saoudiens, les Bahreïnis, les Koweïtiens et les Émiratis. La Chine, qui a coopéré avec le Safari Club d’origine en Afghanistan et en Angola, a reçu des délégations houthi à Beijing. Cette puissance fournirait également des armes à la coalition houthi au Yémen via l’Iran. Oman, qui est resté neutre dans la guerre civile yéménite, est devenu en 2016 un relais pour fournir des armes aux Houthis dans des camions portant des plaques d’immatriculation omanaises. Le gouvernement irakien dirigé par les chiites est également connu pour apporter son soutien aux Houthis.

La CIA et ses alliés de la guerre froide ont fourni, avec le Safari Club originel, un modèle inestimable pour les peuples assiégés et menacés du Yémen, de la Corne de l’Afrique et de l’ensemble du Moyen-Orient. Le Safari Club-II donne aux Saoudiens, aux Israéliens, aux Américains, aux Égyptiens, aux Marocains et à d’autres, y compris l’État islamique financé par l’Arabie saoudite et les guérillas d’al-Qaïda au Yémen, un avant-goût amer de leur propre médecine.

Wayne Madsen

Traduit par dedefensa

http://lesakerfrancophone.fr/comment-le-safari-club-ii-peut-changer-le-moyen-orient

 

Nouveaux grondements dans la Corne de l’Afrique au sujet du barrage Éthiopien de la Grande Renaissance

Nouveaux grondements dans la Corne de l’Afrique au sujet du barrage Éthiopien de la Grande Renaissance


Par Andrew Korybko – Le 4 décembre 2017 – Source Oriental Review

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Images africa-ontherise.com

Les tensions augmentent entre l’Égypte et l’Éthiopie à cause du barrage éthiopien de la Grande Renaissance.

Le Caire a réitéré récemment sa position de longue date contre la construction par Addis-Abeba de ce méga-projet sur le Nil Bleu grâce auquel elle reçoit la plus grande partie de son eau, estimant que le barrage permettrait à l’Éthiopie de contrôler l’accès de l’Égypte à cette ressource, plaçant ainsi Le Caire dans une position stratégique de vulnérabilité. L’État de la corne de l’Afrique a riposté aux dernières critiques en déclarant qu’il ne se laissera pas contrarier dans la réalisation de ce projet de développement important au niveau national, et il a également réfuté les rumeurs selon lesquelles le Qatar finançait partiellement le barrage. La dernière campagne égyptienne dans cette guerre de l’information contre l’initiative éthiopienne serait alimentée en partie par le réalignement stratégique du Soudan vers Addis Abeba dans ce conflit et plus largement dans le contexte plus vaste de la Route de la Soie, qui a totalement changé la dynamique et placé le Caire sur la défensive.

Egypte-Ethiopie : Partage des eaux du Nil, Accord à Khartoum

Cette situation qui mijote est beaucoup plus sérieuse que son format trilatéral ne le laisse supposer, car elle a pris les contours de la Guerre froide du Golfe au cours des deux derniers mois. Le Qatar a travaillé rapidement pour rafistoler sa relation anciennement difficile avec l’Éthiopie, pour contrer l’effort orchestré en apparence par l’Arabie saoudite mais piloté par les Émirats pour « isoler » Doha sous de prétendus prétextes antiterroristes. Dans le même temps, les EAU, ses anciens partenaires pro-égyptien, renforçaient leur présence militaire chez les rivaux du voisin Éthiopien, en Érythrée et dans l’État autoproclamé du « Somaliland » sous prétexte d’utiliser leurs territoires pour aider à la guerre désastreuse contre le Yémen. Au total, une tendance dangereuse est en train d’émerger : la guerre froide du Golfe s’étend à la Corne de l’Afrique en voyant une Égypte émiratisée, encouragée par ses partenaires du CCG à se comporter de manière plus belliqueuse envers une Éthiopie soutenue par le Qatar, le barrage de la Grande Renaissance devenant un symbole de la discorde trans-régionale par proxy interposés.

L’Égypte sait qu’elle restera éternellement dépendante de l’Éthiopie au cas où le projet serait achevé, ce qui placerait l’État arabe le plus peuplé du monde et le premier allié du CCG en dehors du Golfe sous l’influence des alliés du Qatar à Addis-Abeba. C’est inacceptable à la fois pour le président al-Sissi et ses parrains monarchiques tant que Doha est perçue comme un soutien des Frères musulmans qui les menacent tous. En dehors de tout conflit formel d’État à État, l’Égypte et les EAU pourraient utiliser l’Érythrée comme point de départ pour organiser des efforts de déstabilisation contre l’Éthiopie, ce que le Caire est déjà soupçonné de faire du point de vue d’Addis-Abeba, en ayant déjà manipulé à cette fin les Oromos, habitants du centre du pays et ethnie la plus nombreuse.

Si les opérations de guerre par procuration se propageaient dans la Corne de l’Afrique, les implications géopolitiques pourraient être profondes car elles pourraient mettre en danger la Route de la Soie de Djibouti vers la capitale éthiopienne, ce qui pourrait bloquer la propagation de la multi-polarité dans cette région stratégique. Au milieu de tous ces enjeux, la position cruciale du Soudan entre les deux pays les plus directement en concurrence deviendra d’autant plus importante comme force d’équilibrage. Mais il faudra plus que probablement l’implication diplomatique discrète de la Grande Puissance chinoise pour atténuer les tensions interétatiques, tout comme cela s’est passé de manière décisive entre le Bangladesh et le Myanmar la semaine dernière.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

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Voici pourquoi la Russie pourrait installer au Soudan une base donnant sur la mer Rouge

Voici pourquoi la Russie pourrait installer au Soudan une base donnant sur la mer Rouge


Par Andrew Korybko – Le 5 décembre 2017 – Source Oriental Review

Map of Sudan
Le président soudanais Omar al-Bashir, en place depuis 1996, a invité l’armée russe dans son pays lors de sa visite historique à Moscou la semaine dernière, déclarant que le Soudan avait besoin d’une protection contre un complot de type guerre hybride fomenté par les Américains voulant « balkaniser » son État en cinq mini-États à la suite de la sécession du Soudan du Sud en 2011.

Au cours de la conversation, il a également déclaré que le Soudan demandait l’aide de la Russie pour moderniser ses forces armées et que l’État soudanais, avec sa position géostratégique avantageuse, pourrait devenir la « clé de l’Afrique » pour Moscou si les deux parties décidaient d’élever leur partenariat à un niveau stratégique. La situation géographique du Soudan est en effet cruciale car il est situé à l’intersection de l’Afrique du Nord et de l’Est. Il a également un fort potentiel de connectivité maritime et continentale en raison de son emplacement sur les rives occidentales de la mer Rouge mais aussi pour les plans de Route de la Soie de la Chine de construire une ligne de chemin de fer transsaharienne de Port-Soudan à la capitale tchadienne de N’Djamena pour éventuellement faciliter les échanges entre l’Afrique de l’Ouest et la République populaire de Chine via cette future route.

Un autre point d’importance géopolitique en faveur d’une base russe potentielle au Soudan est que Khartoum est avantageusement situé entre les États rivaux d’Égypte et d’Éthiopie et pourrait donc jouer un rôle assez logique de médiation entre eux. L’inclusion de la Russie dans ce format pourrait doter Moscou d’un potentiel inégalé pour « équilibrer » la situation entre ces deux pays et leurs partenaires du CCG, vu comment la « guerre froide du Golfe » s’est récemment étendue à la Corne de l’Afrique par le déploiement de l’armée pro-égyptienne des EAU en Érythrée et dans l’État auto-proclamé du Somaliland. Dans le même temps, le Qatar a réussi à rafistoler ses relations avec l’Éthiopie. Le tout est centré sur les plans ambitieux d’Addis-Abeba visant à construire un barrage controversé sur le Nil Bleu. Grâce à un partenariat qui pourrait se renforcer avec le Soudan, la Russie pourrait donc négocier non seulement entre l’Égypte et l’Éthiopie, mais aussi entre les EAU et le Qatar, remplissant ainsi le rôle de « rééquilibrage » pensé pour le  XXIe siècle par la faction « progressiste » du ministère des Affaires étrangères de Moscou.

Egypte-Ethiopie : Partage des eaux du Nil, Accord à Khartoum

La mise en place d’une base au Soudan permettrait donc à la Russie de compléter son rapprochement avec l’Arabie saoudite en se donnant un rôle régional central dans ce nouveau théâtre de la « guerre froide du Golfe » entre les alliés du Royaume et le Qatar, et lui permettre de prendre pied dans le royaume des affaires africaines après sa retraite rapide [celle de l’URSS, NdT] à la fin de la guerre froide. La Russie pourrait étendre son influence post-Printemps arabe en Afrique du Nord, plongeant le long de la mer Rouge vers l’Afrique de l’Est, qui constitue une porte d’entrée stratégique pour arrimer éventuellement l’Éthiopie et établir une présence le long de la Route de la Soie sahélo-saharienne de l’Afrique de l’Ouest. Dans l’ensemble, il serait parfaitement logique que la Russie suive la proposition du président el-Bashir et construise une base au Soudan, car ce serait un mouvement à très faible coût mais à haut rendement qui incarnerait stratégiquement un résultat gagnant-gagnant pour le monde multipolaire.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

http://lesakerfrancophone.fr/voici-pourquoi-la-russie-pourrait-installer-au-soudan-une-base-en-mer-rouge

 

Russie, Égypte : accord autorisant les forces aériennes respectives à utiliser l’espace aérien et les bases de l’autre

Russie, Égypte : accord autorisant les forces aériennes respectives à utiliser l’espace aérien et les bases de l’autre


Russia, Egypt: Agreement to Allow Respective Air Forces to Use Each Other's Airspace and Bases


Andrei AKULOVPar Andreï Akulov – Le 4 décembre 2017 – Source Strategic Culture

Le ministre russe de la Défense, Sergueï Shoigu, s’est rendu au Caire le 29 novembre. En offrant ses condoléances pour le massacre perpétré le 24 novembre dans une mosquée de la péninsule du Sinaï, en Égypte, qui a fait plus de 300 morts, M. Shoigu a souligné la nécessité de renforcer la coopération dans la lutte contre le terrorisme. Selon lui, les liens militaires entre les deux pays sont à un niveau élevé depuis que l’Égypte a commandé de nouvelles armes russes.

Il a été rapporté, le 30 novembre, que le gouvernement russe avait approuvé un projet d’accord avec l’Égypte, qui permettrait aux deux pays d’utiliser l’espace aérien et les bases aériennes de l’autre. Le projet d’accord a été établi par un décret, signé du Premier ministre Dmitri Medvedev le 28 novembre, qui a chargé le ministère russe de la Défense de négocier avec les autorités égyptiennes et signer le document une fois les deux parties parvenues à un accord.

L’accès aux aéroports égyptiens permettrait aux avions militaires russes de se ravitailler en route vers la Syrie. L’accord concerne un centre logistique supplémentaire, qui pourrait aider les avions russes à agir librement sur le théâtre syrien, si nécessaire. Une fois en vigueur, l’accord facilitera beaucoup la formation du personnel de l’armée de l’air égyptienne. Le document ne couvre pas les relais radar aéroportés et les avions de transport militaire chargés de cargaisons dangereuses. L’accord est conclu pour cinq ans et pourrait être prolongé.

Le New York Times écrit que cet accord est « un pied de nez manifeste à l’administration Trump », car il représente « l’extension la plus récente du pouvoir russe au Moyen-Orient, dans ce cas par la coopération avec l’un des plus proches alliés arabes de Washington ». Selon la source, s’il était mis en œuvre, l’accord proposé renforcerait la présence militaire russe dans la région à des niveaux inégalés depuis 1973. Concrètement, la présence d’avions russes en Égypte soulèverait des inquiétudes quant à la sécurité opérationnelle du personnel militaire américain et exigerait la coordination des vols militaires dans le même espace aérien.

Le New York Times cite des analystes qui affirment que la volonté apparente du Caire d’autoriser l’accès de la puissance aérienne russe aux bases aériennes égyptiennes démontre une réduction de l’influence des États-Unis dans la région. « Le pouvoir a horreur du vide et quand les États-Unis se retirent, nous ne devons pas imaginer que le monde va s’arrêter et nous attendre », a déclaré Matthew Spence, ancien secrétaire adjoint à la Défense pour la politique du Moyen-Orient sous  l’administration Obama.

En août, le Caire a critiqué les États-Unis pour leur décision de retirer 195 millions de dollars d’aide militaire et de réduire de 96 millions de dollars d’autres aides, en réponse aux violations présumées des droits de l’homme au Caire.

L’Égypte est le pays le plus peuplé d’Afrique du Nord et du monde arabe, le troisième plus peuplé d’Afrique et le quinzième plus peuplé du monde. L’année dernière, la population du pays a atteint 92 millions d’âmes.

Il y a un an, le président égyptien Abdel Fattah al-Sisi a publiquement affirmé son soutien aux forces du président syrien Bachar al-Assad voulant rapprocher l’Égypte de la Russie. La possibilité pour l’armée égyptienne de prendre part à la mise en œuvre de l’initiative de zones sécurisées (désescalade) en Syrie est à l’ordre du jour. L’implication de l’Égypte augmenterait sans aucun doute le standing international du pays.

Au cours des derniers mois, Moscou et le Caire ont signé plusieurs contrats pour des chasseurs MiG-29, des hélicoptères Ka-52 et d’autres armes, les ventes d’armes de la Russie aux pays du Moyen-Orient atteignent des niveaux record. Les deux partenaires ont signé plusieurs accords pour la rénovation des usines de production militaire sur le sol égyptien. Un protocole a été signé pour accorder à l’Égypte l’accès à GLONASS, le système GPS de la Russie. Les exercices tactiques interarmées russo-égyptiens 2017, dénommés « Défenseurs de l’amitié », ont eu lieu en septembre 2017 dans la région de Krasnodar dans la Fédération de Russie – le premier exercice d’entraînement aérien commun sur le sol russe, appelé à devenir un événement régulier dans le futur.

Le fait d’obtenir des droits de stationnement en Égypte permettrait à la Russie de projeter son pouvoir militaire dans de nombreuses parties de la région, notamment la mer Rouge, la corne de l’Afrique et la Méditerranée. La présence militaire sera légitimée. La Russie aurait la possibilité de prendre part à des missions de maintien de la paix en Libye, si elle le souhaitait.

La Libye est un domaine prometteur pour la coopération. Moscou a un rôle particulier à jouer là-bas. La Russie et l’Égypte peuvent contribuer ensemble à apporter la stabilité dans ce pays déchiré par la guerre. Leurs intérêts coïncident dans une large mesure, autorisant ainsi la mise en œuvre de politiques et d’actions coordonnées. Les acteurs opposés en Libye demandent à la Russie d’intervenir en tant que médiateur. Les Libyens se souviennent bien de l’intervention de l’OTAN en 2011 et ne font pas confiance à l’Occident, surtout en raison de son échec à obtenir des résultats positifs en Syrie.

De nombreux pays arabes se tournent vers la coopération militaire avec la Russie à la suite de son succès en Syrie. Le président soudanais Omar al-Bachir vient de se rendre en Russie pour demander une protection contre les États-Unis. La possibilité de construire une base navale russe au Soudan est à l’étude.

La Russie entretient des relations privilégiées avec l’Iran, la Turquie, l’Égypte, l’Irak, la Jordanie, Israël et les pays du Golfe. L’Arabie saoudite est l’alliée de l’Égypte. Elle finance l’achat d’armes russes. En octobre, le roi saoudien Salman bin Abdulaziz Al Saud s’est rendu à Moscou, la première visite en Russie d’un roi saoudien. Un mémorandum d’accord a été signé sur l’achat de systèmes russes de défense antiaérienne S-400 afin de marquer un tournant pour l’Arabie saoudite, qui achetait jusqu’à présent des armes aux États-Unis et à la Grande-Bretagne. Les pays ne sont pas d’accord sur de nombreuses questions internationales mais réalisent à quel point il est important de coopérer et d’échanger les points de vue.

Avec les sanctions occidentales en place, la Russie fait des percées pour gagner de l’influence et accéder à de nouveaux marchés pour les armes, les biens et l’énergie russes. Elle jouit de bonnes relations avec tous les pays de la région. Il n’y a pas un seul État dans la région avec lequel Moscou est en conflit. Aucun autre pays n’a un tel avantage. Moscou ne prend pas parti dans le conflit sunnite-chiite, ce qui le rend apte à jouer le rôle de médiateur entre les États du Golfe, soutenus par l’Égypte, et l’Iran.

Une Russie résurgente s’est affirmée au Moyen-Orient comme un acteur international majeur. Le projet d’accord avec l’Égypte est un exemple convaincant de son poids croissant dans la région.

Andreï Akulov

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

http://lesakerfrancophone.fr/russie-egypte-accord-autorisant-les-forces-aeriennes

 

Une base militaire russe au Soudan

Une base militaire russe au Soudan

Chef Poutine! Allez Soudan!

La Russie n’a pas besoin d’une base militaire permanente au Soudan car elle a d’autres priorités stratégiques, a expliqué à Sputnik un expert militaire russe.

Une base militaire russe à part entière au Soudan n’est pas appropriée du point de vue militaire, a déclaré lors d’une interview à Sputnik le rédacteur en chef de la revue Arsenal de la patrie, le colonel Viktor Mourakhovsky.

«Nous avions eu une base à l’époque soviétique dans cette région. Je ne suis pas sûr qu’elle soit nécessaire actuellement. Nous avons plutôt besoin de quelque chose comme une installation navale pour que nos navires puissent changer les équipages, se réapprovisionner, en premier lieu, en nourriture, eau et carburant. Ce serait intéressant pour nous», a-t-il déclaré.

Selon M.Mourakhovsky, une base permanente au Soudan telle que Hmeimim et Tartousen Syrie n’est pas nécessaire actuellement.

«Nous n’avons pas d’escadre permanente dans cette région comme dans la partie orientale de la mer Méditerranée. Il faut regarder la réalité en face. Pour recréer l’escadre dans l’océan Indien, nous devons avoir assez de navires de première et de seconde classe. Il faut regarder, tout d’abord, du point de vue militaire», a-t-il ajouté.

Une base au Soudan pourrait être utilisée, principalement, pour montrer la présence de la Russie dans la région et pour lutter contre la piraterie.

«Et si vous voulez résoudre des problèmes opérationnels dans le cadre d’un conflit à grande échelle, cela veut dire que les [navires, ndlr] seront abandonnés à la mort. À mon avis, il est nécessaire de mettre en œuvre le programme de construction navale pour que nous ayons une nouvelle génération de destroyers, de frégates et de navires de combat», estime M.Murahovsky.

En ce qui concerne une base aérienne au Soudan, Moscou n’en a pas besoin, selon le spécialiste. Un accord permettant d’utiliser des avions de renseignement serait suffisant. Ce régime de contrôle permanent des zones maritimes dans la région nous aiderait beaucoup.

«Maintenant, il est plus approprié de développer la base aérienne de Hmeimim et l’installation navale russe à Tartous, en Syrie, pour ne pas gaspiller de ressources», a conclu M.Mourakhovsky.

Auparavant, le Président soudanais Omar el-Béchir était en visite en Russie pour rencontrer Vladimir Poutine. Lors des négociations à Sotchi, les deux chefs d’État et le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, ont évoqué la possibilité d’installer une base militaire au Soudan. Omar el-Béchir a déclaré que la séparation du Soudan du Sud en 2011 avait été le résultat de la politique des États-Unis et que Khartoum avait besoin d’être protégé des actions agressives de Washington.

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