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Honte et déni de la mort : l’atemporalité moderne

Honte et déni de la mort : l’atemporalité moderne


La civilisation occidentale post-Chrétienne cherche à se débarrasser de la mémoire de la mort, à la fuir ; et la Russie seule résiste à cette course suicidaire.


Par Mikhail Touïourenkov – Le 21 janvier 2019 – Source Katehon

Pourquoi le culte de la « jeunesse éternelle » est-il si commun dans l’Occident moderne ? Il ne s’agit pas seulement d’un « mode de vie sain », mais d’un « parasitisme » du vivant, avec les modifications génétiques (juste pour donner l’illusion de l’immortalité). Pourquoi, avec la promotion active des droits de tuer les bébés à naître et l’euthanasie, les « maîtres de la vie » tentent-ils aujourd’hui de prolonger leur âge de pré-retraités à l’infini ?

Pourquoi l’information sur l’utilisation des cellules souches embryonnaires, au service du rajeunissement, évoque-t-elle tant les histoires des « salles de bain » sanglantes de la comtesse Báthory ? Pourquoi la surprenante longévité des nombreux « maîtres » âgés de l’Occident moderne évoque-t-elle une thérapie anti-âge inhumaine et originale ? Quels secrets cache-t-elle ? Guy de Rothschild (1909 – 2007) ; David Rockefeller, SR. (1915 – 2017) ; Ronald Reagan (1911 – 2004) ; George W. Bush (1924 – 2018) ; Jimmy Carter (né en 1924) ; Henry Kissinger (né en 1923) ; enfin, le « bambin » George Soros (né en 1930) – et ce n’est que le sommet de l’iceberg « gérontocratique ».

Pourquoi les cultes adolescents de la mort (toutes sortes de films et même des séries de dessins animés avec vampires et autres esprits maléfiques, les groupes suicidaires sur les réseaux sociaux, etc.) sont-ils ainsi associés à un infantilisme adulte intégral sur cette même question ? Enfin, pourquoi préfèrent-ils sérieusement, non seulement de ne pas parler de la mort elle-même, mais aussi ne pas en évoquer le souvenir ? La conséquence en est la distanciation du monde occidental vis-à-vis des traditions des funérailles, qui deviennent trop chères, et hors de la portée des « simples mortels ». Au point que dans de nombreuses villes américaines et européennes, le nombre de corps non réclamés croît chaque année.

Et des dizaines et des dizaines de « pourquoi » s’accumulent autour de cette question complexe, que l’on peut à peine comprendre, mais sur laquelle il est cependant nécessaire de réfléchir. Essayons de saisir la principale différence entre, d’une part, les partisans de ce « déni de la mort », et, d’autre part, ceux qui s’en souviennent.

Memento mori

Les anciens généraux romains victorieux, de retour de leur campagne militaire, tenaient un esclave derrière eux, afin de rappeler régulièrement au triomphateur qu’il était mortel. Il en a peut-être été ou non ainsi, mais Tertullien, penseur du christianisme primitif, adhéra à cette version dans son Apologétique. Plus tard, ce « pense-bête » s‘est transformé en une phrase latine porteuse de sens : « Memento Mori », « souviens-toi que tu vas mourir ». Une phrase dont les chrétiens occidentaux sont très friands, en lui conférant bien davantage de sens que celui dont elle était porteuse dans la Rome pré-chrétienne. Ainsi, dans certains ordres monastiques catholiques, ces mots formèrent-ils une devise, et même une salutation.

Les Chrétiens orthodoxes orientaux, que ce soit de la nouvelle Rome (Constantinople et l’Empire byzantin), ou de la Troisième Rome (Moscou et l’État russe), connaissaient parfaitement bien ces phrases latines porteuses de sens, mais préféraient leurs textes liturgiques. Et en premier lieu le « Credo ou Symbole de la Foi », qui énonce clairement l’aspiration à la résurrection corporelle générale des morts, lors du second avènement du Christ, « Qui  viendra de nouveau, avec la gloire, pour juger les vivants et les morts ».

« Juger » ; « les Vivants et les Morts ». Il s’agit bien ici du Jugement dernier dont nous savons très peu de chose, mais dont la scène est souvent représentée sur les icônes et les fresques des églises. La scène est véritablement terrible, mais permet de se souvenir du principal remède chrétien contre la mort, le Repentir, que la civilisation post-Chrétienne tente vainement de « fuir », croyant qu’ainsi elle fuit également le Jugement dernier et sa sentence elle-même.

Pas de mort, l’âme est immortelle

La « Mémoire de la mort » fondant la conception chrétienne de la mort, en fait, est très relative, dans la mesure où elle ne concerne que notre corps. Notre mort corporelle inévitable est une « nouvelle naissance » à la vie éternelle. Mais c’est précisément pour cela qu’il faut toujours se souvenir de la mort, afin d’être prêt à cette nouvelle naissance, à tout moment de la vie.

Trop compliqué et prêtant à confusion ? Comme bien d’autres choses en notre monde, la mort est un grand mystère. Et donc, peu importe l’intensité de la foi, ou la perfection de la connaissance de l’Écriture sainte et des Œuvres patristiques, l’être humain ne sera jamais en mesure de comprendre pleinement la frontière entre la vie et la mort.

Il n’y a pas de mort, mais toute la vie doit être une préparation à la mort, parce que la mort est la porte de l’Éternité.

Le mystère de l’immortalité Russe

Pour les Russes, la mort a toujours été importante ; les morts faisaient l’objet de leurs prières comme s’ils étaient vivants. Pâques, la Résurrection du Christ des morts, est pour le monde Orthodoxe russe une fête beaucoup plus importante que Noël. Et même à l’époque Soviétique, quand les gens ont été forcés d’oublier les rites orthodoxes, les cimetières sont restés l’un des principaux espaces de vie pour tout le monde, et les rites ont continué à y être observés. En même temps, les Russes n’ont jamais eu cette crainte des cimetières, typique de l’homme Occidental, et qui a été pénétré par l’industrie hollywoodienne et toutes sortes de « films d’horreur ». Au contraire, les Chrétiens orthodoxes y ressentent un frisson sacré et une tristesse joyeuse.

Memento Mori

Mikhail Touïourenkov

Traduction de Carpophoros pour le Saker Francophone

 

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Temporel et spirituel

Cette vidéo arrive, comme promis, en suite à celle faite sur la crise de l’église orthodoxe en Ukraine. Nous ne reviendrons pas sur cette crise. Nous referons une vidéo quand le cycle sera définitivement terminé. Mais ce que l’on peut dire aujourd’hui c’est que ce qui se passe en Ukraine depuis 2014 est toujours entre le tragique et le grotesque, sachant que le grotesque l’emporte plutôt.

Je voudrai profiter de cette crise, qui finalement correspond à l’immixtion du pouvoir temporel, du pouvoir de l’Etat dans la vie d’une Eglise, pour tirer des leçons du point de vue historique et des éléments de comparaison avec des événements de l’histoire de la Russie ou de l’Europe en général.

 

En Europe Occidentale, la séparation du temporel et du spirituel date d’il y a à peu près 1000 ans dans ce qu’on a appelé la Réforme Grégorienne. On ne reviendra pas sur cette Réforme mais je vous recommande, pour ceux que cela intéresse, le livre de Sylvain Gouguenheim (La Réforme Grégorienne, De la lutte pour le sacré à la sécularisation du monde), qui est un excellent médiéviste, d’avantage connu pour un autre ouvrage, Aristote au Mont Saint-Michel, que je vous recommande également même si ce n’est pas le sujet de notre vidéo, qui traite de la manière dont l’héritage philosophique grec nous est parvenu en Europe occidentale.

 

Revenons à la séparation du temporel et du spirituel caractéristique de la civilisation chrétienne en tant qu’elle illustre le fameux « rendez à César ce qui est à César ».

On peut dire que paradoxalement, la France s’est construite en opposition aux tentatives impériales et aux tentatives d’hégémonie temporelle de Rome sur les Nations. Ainsi, un roi pourtant sanctifié comme Saint Louis, s’est affirmé contre les pouvoirs de la Papauté. En France, nous n’avons pas attendu 1905, pour avoir une séparation du temporel et spirituel. A cette époque, il n’y a avait pas de guerre de religion, donc aucune raison de s’en prendre à la religion catholique comme l’a fait la IIIème République, sauf pour des raisons idéologiques, ce qui était le cas.

Ce qui est intéressant également, c’est que ce qu’il se passe en ce moment en Ukraine a aussi eu lieu en France car dès l’instant que le pouvoir temporel a été indépendant de Rome en France, il a voulu contrôler aussi sa propre Eglise, d’où la Déclaration de quatre articles qui a échoué à mettre en place l’Eglise Galicane. Plus tard, au moment de la Révolution Française, un événement a lieu, lequel correspond exactement à ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine : on exige des prêtres qu’ils prêtent serment sur la Constitution, ce qui est problématique du point de vue de la liberté de la foi, d’où l’apparition des prêtres jureurs et prêtres réfractaires, fidèles à Rome et à leur foi. Soulignons par ailleurs, ce qui est utile pour anticiper ce qui va se passer en Ukraine, que ces prêtres jureurs, une fois que l’Etat a cessé de les payer, ont laissé place à l’Eglise légitime catholique qui l’a emportée.

L’Eglise orthodoxe de Russie donne un exemple plus profond de l’empiétement du temporel sur le spirituel qui ne date d’ailleurs pas de l’URSS mais de Pierre Le Grand, qui était sous l’influence d’une éminent théologien de l’époque, Théophane Prokopovitch, qui lui-même est passé par le Vatican et a ensuite été très attiré par la Réforme, où il n’y a pas de véritable séparation entre temporel et spirituel. Tout est systématiquement sur le principe du cujus regio, ejus religio, qui est un peu la règle qui sort des guerres de religions et de la Guerre de Trente Ans, c’est-à-dire la règle disant que les peuples ont la foi du Prince, ce qui s’oppose à la liberté de la foi.

Ainsi, par exemple, dans le Royaume de Suède, quand Bernadote s’en empare, sa femme et ses enfants catholiques doivent avoir une dérogation spéciale du Parlement suédois pour garder leur religion. De la même manière, la séparation du temporel et du spirituel pour la Suède protestante date de l’année 2000.

Si on regarde l‘Angleterre, le chef de l’Etat est aussi le chef de l’Eglise, c’est la Reine d’Angleterre. L’Eglise anglicane peut être assimilée aux églises réformées.

Aux Etats-Unis, on prête serment sur la Bible et sur les billets, il est inscrit « In God We Trust ». On peut éventuellement discuter de quel Dieu il s’agit, mais le fait est qu’il y a un aspect fusionnel entre le temporel et le spirituel qui est amené par la Réforme Protestante.

 

Ainsi, Théophane Prokopovitch parvient à convaincre Pierre Le Grand qu’il doit appliquer la même méthode et que le Patriarcat n’est pas nécessaire, puisque le Patriarcat, c’est lui et qu’il ne reste que la concilirité, avec une Assemblée qui prend les décisions mais qui demeure contrôlée par l’Empereur. D’où, jusqu’en février 1917, il n’y a pas de Patriarche dans les territoires de la Russie. Il ne revient donc qu’en février 1917 quand Nicolas II abdique et que la Ière République Russe est proclamée. De nouveau, il y a un Patriarche, mais il ne dure pas longtemps puisque les Bolcheviques arrivent et pendant les années 1920-1930, les chrétiens orthodoxes deviennent des martyrs dans un des pires moments de la chrétienté entre 1918 et 1941.

L’invasion allemande change la donne puisque Staline comprend que la population russe n’a pas envie de mourir pour le Bolchevisme ou Staline, mais plutôt pour la Patrie et pour Dieu. Staline envoie donc chercher dans les camps de concentration les prêtres et évêques qui ne sont pas encore morts et les fait venir à Moscou pour leur proposer une alliance contre l’envahisseur, ce qui se traduit par un retour d’une certaine liberté religieuse en échange d’un appui dans la lutte contre les nazis. Ce qui reste du Clergé accepte.

Cette liberté donnée sera reprise en partie après la guerre parce que Staline essaie de faire oublier la Grande Guerre Patriotique pour réveiller la Russie (voir à ce propos le livre de Jean Lopez sur les questions militaires, Joukov, l’homme qui a vaincu Hitler). Même les vétérans ne sont pas pris en compte et c’est seulement Joukov qui leur accordera un traitement digne. On célébrera alors vraiment la Grande Guerre Patriotique.

L’arrivée de Khrouchtchev permet également un assouplissement et une pratique religieuse plus ou moins tolérée même si l’Eglise orthodoxe est étroitement contrôlée par le Parti Communiste et le KGB et qu’on y inclut de force les gréco-catholiques. Mais contrairement à l’époque impériale, il y a donc un patriarche, bien qu’étroitement contrôlé et la question religieuse perd de son importance, à tel point qu’à la fin des années 1980, alors qu’on est dans une période d’ouverture et d’euphorie, Gorbatchev autorise les fidèles orthodoxes à célébrer le millénaire de la Russie (de la Rus’ de Kiev). Il y a des processions partout et les gens veulent se faire baptiser. On baptise dans la Neva et partout où l’on peut. On s’aperçoit qu’après 70 ans de communisme, la foi n’est pas morte. L’Eglise orthodoxe et le Patriarcat de Moscou bénéficient pour la première fois depuis Pierre Le Grand d’une liberté presque totale. Tout en étant une Eglise autocéphale, elle est libre du temporel puisque le pouvoir d’Eltsine puis de Poutine n’a aucun droit vis-à-vis de la conciliarité, ce qui n’empêche pas que Poutine et Medvedev s’affichent dans les cérémonies religieuses pour montrer que la Russie est un pays orthodoxe.

Malheureusement, cette liberté aura un prix. En 1990, pour la première fois, le Patriarcat de Moscou est autorisé à présenter des candidats qui ne seront pas présélectionnés par le PC. Ils sont trois : Alexis II, d’origine Balte, qui sera élu ; un ukrainien de Donetsk ; mais aussi Lenitsenko, qui lui était très ambitieux mais ne parviendra même pas au 2e tour et retourne en Ukraine humilié où il est lié au président Kravtchouk qui lui propose de créer une église nationale indépendante de l’Eglise de Russie.

 

En conclusion, on peut dire que ce n’est pas nouveau que le temporel tente d’empiéter sur le spirituel. C’est arrivé dans notre histoire et dans l’histoire russe et cela arrive encore en Angleterre constitutionnellement. Mais systématiquement, on constate que ce sont les Eglises indépendantes qui l’emportent. Donc si on se fonde sur les précédents historiques, à n’en pas douter, le Patriarcat de Moscou l’emportera en Ukraine.

https://stratpol.com/temporel-et-spirituel/

En images : les plus belles bibliothèques monastiques au monde

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ADMONT LIBRARY

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Aleteia vous invite à découvrir les plus belles bibliothèques monastiques au monde. De la Prusse, à l’Autriche en passant par Prague, Madrid ou Paris, découvrez ces trésors à couper le souffle. Cachées derrière de lourdes portes, parcourues de forêts d’escaliers en colimaçon et de couloirs tapissés d’étagères, elles sont un des joyaux de la culture européenne.

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Véritables chefs-d’œuvre d’architecture, ces bibliothèques monastiques détiennent notamment les plus belles éditions de la Bible. Elles préservent aussi de multiples ouvrages merveilleusement calligraphiés et rehaussées d’or, d’innombrables livres liturgiques qui dégagent un parfum d’encens. Les évangéliaires les plus beaux sont tracés en lettres d’argent sur des parchemins pourpres.

Voici en images les plus belles bibliothèques monastiques au monde :

Que fait le pape François à Noël ?

Que fait le pape François à Noël ?

POPE FRANCIS GREETS THE ROMAN CURIA

©VATICAN POOL/CPP

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Entre rencontres, visites et messages spirituels : découvrez le Noël du souverain pontife.

La période de Noël est l’un des temps forts de l′Église catholique. Pour son chef, c’est notamment l′occasion de s’adresser aux chrétiens et plus particulièrement à ses plus fidèles collaborateurs. En général, quelques jours avant la fête de la Nativité, le souverain pontife rassemble les membres de la Curie romaine dans la salle Clémentine du Palais apostolique pour leur adresser ses vœux. Un moment solennel que le pape a déjà utilisé pour glisser quelques remarques bien inspirées.

Cette année, le pape François s’est servi de ses vœux de Noël à la Curie romaine pour lancer un appel ferme aux membres du clergé coupables d’abus sexuels : « Convertissez-vous, rendez-vous à la justice humaine et préparez-vous à la justice divine ! ». C′est également  dans ce cadre que le pape avait prononcé un discours qui avait fait mouche en 2014, décrivant la Curie comme un « corps complexe » exposé à des dysfonctionnements. S′en était alors suivie une liste de 15 maladies à éviter absolument.

Le chef du plus petit État du monde profite également de cette journée pour rencontrer l’ensemble des employés du Saint-Siège, accompagnés de leur famille. Il se mêle alors à ces « invisibles » pour les remercier de leur travail en coulisses : qu’ils soient jardiniers, agents de nettoyage, huissiers, chefs de service, liftiers chargé de gérer les ascenseurs… et tant d’autres . Il a particulièrement pris le temps cette année de les saluer longuement, sans hésiter à tenir de petites conversations avec les uns et les autres ni à embrasser les enfants ou bénir le ventre de certaines femmes enceintes. Un épisode particulièrement touchant.

C′est en général ce même jour que le 266e pape choisit de se rendre auprès de son vénérable prédécesseur, retiré au monastère Mater Ecclesiae. Depuis sa renonciation en 2013, le pape émérite Benoît XVI, s′est retiré là, au cœur des Jardins du Vatican. Ainsi chaque année, selon une coutume bien ancrée, le pape François vient présenter ses vœux de Noël à Benoît XVI. Un geste qui fait partie de la simplicité de la relation entre les deux hommes qui en profitent pour échanger, calmement, à l′abri des regards et des oreilles, quelques paroles sur l’année écoulée.

De la messe de Noël au fameux Urbi et Orbi

Le cœur de cette période reste bien entendu la nuit du 24 au 25 décembre, lorsque le Très-Haut se fait petit enfant et qu′Il est célébré dans toutes les paroisses de Rome et du monde. Pour l’occasion, le pape François préside la messe de minuit à la gigantesque basilique Saint-Pierre de Rome. Cette célébration est souvent introduite par un très beau et très vénérable chant : la calende, un antique texte annonçant la naissance du Christ. C′est dans ces circonstances que le Souverain pontife avait l’année dernière qualifié la naissance du Christ « d’étincelle révolutionnaire de la tendresse de Dieu ».

Le lendemain se tient la fameuse bénédiction « Urbi et orbi » (à la ville et au monde), le traditionnel message pour la paix prononcé depuis le balcon de la basilique Saint-Pierre. Un moment rare, puisqu’il a lieu deux fois seulement au cours de l′année, à Noël et à Pâques, retransmis sur les télévisions du monde entier. Bien souvent la place Saint-Pierre est inondée de dizaines de milliers de pèlerins à cette occasion. Gardes suisses et gendarmes du Vatican sont revêtus de leurs plus beaux atours et postés sur le parvis de la basilique.

Cette bénédiction est l’occasion pour le chef des quelque 1,3 milliard de catholiques dans le monde de délivrer un message d′une portée universelle. Depuis la loggia centrale de la basilique Saint-Pierre, il est courant de voir le pontife faire un point sur les pays du monde touchés par des conflits. Ainsi, l′année dernière, il avait notamment invoqué la paix pour Jérusalem et pour toute la Terre sainte, mais également pour la Syrie, l’Irak, le Yémen et divers pays d′Afrique.

Le premier pape sud-américain réserve en outre certaines surprises. Comme ce fut le cas en 2014, il ne serait pas improbable cette année de voir surgir sur la place Saint-Pierre une petite Ford focus bleue et de voir l’homme en blanc en descendre pour se recueillir devant la crèche, installée au centre de l′esplanade. Ou encore de le voir partager le traditionnel repas de Noël du 26 décembre avec les personnes démunies. Il n’y aurait rien de surprenant encore à ce que « le pape des pauvres », comme beaucoup le qualifient, participe à une petite fête organisée en l’honneur des plus pauvres chaque année au Vatican par la congrégation religieuse des missionnaires de la charité de sainte Mère Teresa.

Un message pour vous du Rédacteur-en-Chef

Qui était Jean le Baptiste ?

LA QUESTION POSÉE PAR BARTHÉLEMY (7 ANS). Certains personnages de la Bible nous « parlent » plus que d’autres, tellement ils semblent inspirés par Dieu.

Jean Baptiste prêchant dans le désert, par Anton Raphael Mengs, 1760

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Jean Baptiste prêchant dans le désert, par Anton Raphael Mengs, 1760 / Domaine public

Barthélemy feuillette sa bible illustrée. Il s’arrête devant une illustration qui montre Jean baptisant dans le Jourdain. Barthélemy est intrigué par cet homme, plutôt étrange, vêtu de poils de chameau avec une ceinture de cuir autour des reins et qui, selon la Bible, se nourrit de sauterelles et de miel, c’est-à-dire de presque rien ! Il s’interroge sur le rôle d’un tel personnage : est-il un mendiant ou un prophète ?

Les personnages bibliques, des gens comme nous

La Bible est bien le lieu où résonne la Parole de Dieu, mais certains personnages nous parlent plus que d’autres, tellement ils semblent inspirés par l’Esprit, parfois même avant leur naissance ! C’est le cas de Jean le Baptiste, dont on raconte que « l’enfant a tressailli » dans le sein d’Élisabeth à la vue de Marie, la future mère du Sauveur.

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Jean Baptiste, l’humble précurseur du Christ

En se familiarisant avec les personnages bibliques, l’enfant découvre que ces hommes et ces femmes nous ressemblent étrangement… Comme tous les humains, ils connaissent les joies et les peines, mais ils sont aussi travaillés par la jalousie, le désir ou la peur ! Cécile Turiot, l’auteur de La Bible, elle se raconte va même plus loin. Pour elle, le récit biblique est inhérent à un éveil à la foi qui se concrétise dans des questions ouvertes.

Alors pourquoi ne pas profiter de ce temps de l’Avent pour nous exercer à ce rôle de « navette » entre l’enfant et le récit, en lui posant des questions ouvertes, qui n’appellent pas nécessairement une réponse précise, mais qui l’aideront juste à approfondir sa réflexion ? Et peut-être aussi la nôtre…

Le Jourdain, source de vie et symbole de passage

Le fils d’Élisabeth et de Zacharie sera le dernier des prophètes, celui qui annonce que le royaume des cieux est tout proche. Homme à la parole libre, il n’hésite pas à pointer les fautes des pécheurs et à les appeler à se purifier. Ainsi les foules viennent à lui pour être immergées (« baptisées » en grec) dans le fleuve Jourdain. D’où son surnom « le Baptiste ».

Source de vie dans une région aride, le Jourdain reste aussi le symbole du passage de l’esclavage à la liberté, puisque Josué le franchit pour entrer en Terre promise. Ainsi être plongé dans les eaux du Jourdain par Jean est une nouvelle démarche de libération.

Cet appel à la conversion résonne toujours avec force dans l’Église car le Christ est toujours celui qui vient comme précise le texte : « Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le principe et la fin » (Apocalypse 22,13).

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► Dans la Bible : Dieu fait grâce (d’après Luc 1,5-25)

Il y avait, au temps d’Hérode le Grand, un prêtre nommé Zacharie, marié à Élisabeth. Ils étaient justes mais n’avaient pas d’enfant. Alors que Zacharie allait offrir l’encens dans le sanctuaire du Seigneur, l’ange du Seigneur lui apparut. Zacharie fut bouleversé. L’ange lui dit : « Sois sans crainte, ta femme Élisabeth mettra au monde un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. »

Zacharie répondit : « Comment vais-je savoir que cela arrivera ? » L’ange dit alors : « Tu seras réduit au silence jusqu’au jour où cela se réalisera, parce que tu n’as pas cru à mes paroles. » Élisabeth, elle, accueillit « ce don de Dieu » avec joie.

Il arrive que, comme Zacharie, nous réagissions avec scepticisme, comme si nous sous-estimions la puissance de Dieu. L’Avent est un temps privilégié pour être attentif aux signes que Dieu nous envoie. À nous de savoir les reconnaître, comme Élisabeth. Son enfant, qui aurait dû s’appeler Zacharie comme son père, sera nommé Jean, ce qui signifie « grâce de Dieu ».

Dans la Bible, Dieu fait souvent appel à des personnages invraisemblables pour nous toucher au-delà de nos attentes conventionnelles. N’est-ce pas ce que l’on appelle l’inattendu de Dieu ?

https://www.la-croix.com/Religion/Catholicisme/France/etait-Jean-Baptiste-2017-12-15-1200899671?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20171215&utm_campaign=newsletter__crx_alert&utm_term=918311&PMID=07d35d6dfbc7bc24543248fcd9bee521